Société: Attention, un grand remplacement peut en cacher un autre ! (But what will we do with all the superfluous people when Big Tech’s mindless algorithms are able to teach, diagnose, design and vote better than us ?)

12 avril, 2021
Dans chaque crise, il y a une opportunité

Breaking Borders: "Lady Obama"

Editorial Cartoon by Pat Oliphant, Universal Press Syndicate on New Immigration Policy Imminent

Dans chaque crise, il y a une opportunité. Proverbe chinois (?)
En chinois, le mot ‘crise’ est formé de deux caractères – l’un représente le danger, l’autre l’opportunité. (…) Avec le danger, la crise présente aussi une opportunité. John F. Kennedy (United Negro College, Indianapolis, 12.04. 1959)
Il y a une perception erronée répandue du public, en particulier dans le secteur New Age, selon laquelle le mot chinois pour ‘crise’ est composé d’éléments qui signifient ‘danger’ et ‘opportunité’. (…) Toute une industrie d’experts et de thérapeutes s’est développée autour de cette déclaration grossièrement inexacte. Une simple recherche sur le Web révèle plus d’un million de références à ce faux proverbe. Il apparaît, souvent accompagné de caractères chinois, sur les couvertures de livres, les publicités pour les séminaires, les cours onéreux pour ‘sortir des sentiers battus’, et pratiquement partout où l’on se tourne dans le monde des affaires rapides, de la psychologie pop et de la fumisterie orientaliste. Cette expression accrocheuse (Crise = Danger + Opportunité) est rapidement devenu presque aussi omniprésent que Le Tao de Pooh et L’Art de la guerre de Sun Zi pour ce que vous voulez. L’explication selon laquelle le mot chinois pour « crise » est composé de deux éléments signifiant danger et opportunité est due en partie à des vœux pieux, mais principalement à un malentendu fondamental sur la façon dont les termes sont formés en mandarin et dans d’autres langues sinitiques. (…) S’il est vrai que wēijī signifie en effet «crise» et que le wē La syllabe i de wēijī transmet la notion de «danger», la syllabe jī de wēijī ne signifie certainement pas «opportunité». (…) Le jī de wēijī, en fait, signifie quelque chose comme ‘moment naissant; point crucial (quand quelque chose commence ou change)’. Ainsi, un wēijī est bien une véritable crise, un moment dangereux, un moment où les choses commencent à mal tourner. Un wēijī indique une situation périlleuse où il faut surtout se méfier. Ce n’est pas un moment où l’on cherche des avantages et des bénéfices. En cas de crise, on veut avant tout sauver sa peau et sa tête ! Tout gourou en herbe qui prône l’opportunisme face à la crise doit être chassé de la ville sur un rail, car ses conseils ne feront qu’aggraver le danger de la crise. Victor H. Mair
Dans le cours des siècles, la science a infligé à l’égoïsme naïf de l’humanité deux graves démentis. La première fois, ce fut lorsqu’elle a montré que la terre, loin d’être le centre de l’univers, ne forme qu’une parcelle insignifiante du système cosmique dont nous pouvons à peine nous représenter la grandeur. Cette première démonstration se rattache pour nous au nom de Copernic, bien que la science alexandrine ait déjà annoncé quelque chose de semblable. Le second démenti fut infligé à l’humanité par la recherche biologique, lorsqu’elle a réduit à rien les prétentions de l’homme à une place privilégiée dans l’ordre de la création, en établissant sa descendance du règne animal et en montrant l’indestructibilité de sa nature animale. Cette dernière révolution s’est accomplie de nos jours, à la suite des travaux de Ch. Darwin, de Wallace et de leurs prédécesseurs, travaux qui ont provoqué la résistance la plus acharnée des contemporains. Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu’il n’est seulement pas maître dans sa propre maison, qu’il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique. Les psychanalystes ne sont ni les premiers ni les seuls qui aient lancé cet appel à la modestie et au recueillement, mais c’est à eux que semble échoir la mission d’étendre cette manière de voir avec le plus d’ardeur et de produire à son appui des matériaux empruntés à l’expérience et accessibles à tous. D’où la levée générale de boucliers contre notre science, l’oubli de toutes les règles de politesse académique, le déchaînement d’une opposition qui secoue toutes les entraves d’une logique impartiale. Sigmund Freud (Introduction à la psychanalyse, 1916)
Freud a décrit trois grandes blessures historiques au narcissisme primaire du sujet humain égocentrique, qui essaie de tenir la panique à distance par le fantasme de l’exceptionnalisme humain. La première est la blessure copernicienne qui a enlevé la Terre elle-même, le monde natal de l’homme, du centre du cosmos et a en effet ouvert la voie à ce cosmos pour s’ouvrir dans un univers de temps et d’espaces inhumains et non-mélodiques. La science a fait cette coupe décentrée. La deuxième blessure est la darwinienne, qui a mis l’Homo sapiens fermement dans le monde des autres bestioles, essayant tous de gagner leur vie terrestre et évoluant ainsi les uns par rapport aux autres sans les garanties de panneaux directionnels qui culminent dans l’Homme. La science a également influé sur cette coupure cruelle. La troisième blessure est la freudienne, qui posait un inconscient qui annulait la primauté des processus conscients, y compris la raison qui réconfortait l’homme avec son excellence unique, avec de terribles conséquences pour la téléologie une fois de plus. La science semble aussi tenir cette lame. Je veux ajouter une quatrième blessure, l’informatique ou cyborgienne, qui imprègne la chair organique et technologique et fusionne également ce Grand Partage. Donna J. Haraway
Cela fait des siècles que vous volez et mentez. Vous seriez venus, dites-vous, pour nous civiliser. Vous avez méprisé nos langues, nos cultures, nos religions, humilié nos mémoires, souillé nos traditions. Du coeur de l’Afrique, de l’Asie et du Sud éveillé, les voix s’élèvent, vents d’humanité. Elles n’attendent ni repentance, ni pitié. Elles exigent vérité, justice et dignité. Attendez ! Attendez ! Mais qu’est-ce que vous croyez ? Que l’on va rester là assis à vous regarder ? Piller nos terres, nos richesses, nos minerais, vous laisser tranquillement écrire l’histoire et la coloniser ? Comme vous avez colonisé nos cultures, nos pays, nos continents, nos paysages, autant que nos esprits ? La mondialisation, c’est le nom donné à vous spoliations. Vous aimeriez habiller l’horreur de votre domination. En appelant vos citoyens à l’amour du pauvre et à la charité, vous parlez d’humanitaire, mais c’est la justice que vous trahissez. Vous avez fait de ces femmes et de ces hommes déshumanisés, niés, sans nom, sans âge, ni personne ds pauvres, des exilés, des êtres déracinés. Ici, ils se noient, là-bas, vous les enfermez. Ils sont combien à mourir tous les jours, tous les soirs sur les bateaux de la honte et du désespoir ? N’avez-vous donc pas honte, vous, d’en faire des criminels, des migrants coupables, sans cervelles ? Vous interdisez aux femmes et aux hommes de courage, de les secourir, de leur tendre la main, d’éviter les naufrages ! Fiers de vos richesses, de vos sociétés, si libres et si ouvertes. Vous dites le droit des riches qui détruit la nature et signe notre perte. Vous interdisez aux femmes et aux homes de courage, de les secourir, de leur tendre la main, d’éviter les naufrages ! Fiers de vos richesses, de vos sociétés, si libres et si ouvertes. Vous dites le droit des riches qui détruit a nature et signe notre perte. Vous êtes venus chez nous imposer des frontières de misère. Voilà qu’entre vous et nous, vous avez inventé ces murs sur la mer. Vous parlez de valeurs universelles, de démocratie et d’honneur. Dites, il ne reste donc plus une seule conscience dans l’élite des voleurs ? Vous avez le choix, nous ne l’avons pas. Soit vous partagez, soit on se servira. C’est écrit, n’est-ce pas, dans vos plus beaux traités, le pauvre, il n’est pas voleur, le pauvre et l’affamé. Le monde nous appartient autant qu’à vous, compagnons. La vérité, c’est que c’est plutôt nous qui lui appartenons. Souvenez-vous des Indiens d’Amérique quand, arrogants et avides, vous voliez la terre. Ils étaient à elle et non elle à eux. A cette sagesse, vous avez préféré l’argent et la guerre. Du fond de l’Afrique et de la l’Asie, au coeur des contrées les plus démunies, entendez le souffle des révoltes qui grondent, porteuses d’espoir, d’amour et de vie. Des peuples traversent la misère, restent fiers et dignes, et même ils se multiplient. Votre ordre et vos frontières n’auront raison ni de notre jeunesse, encore moins de la vie. Demain, dans vos rues, nous marcherons. libres et sereins, nous serons des vôtres, noirs, jaunes, blancs, arabes ou amérindiens, Demain, vos frontières seront le mauvais souvenir de vos mensonges passés. Demain, entendez, la fraternité et la diversité seront seuls garants de votre sécurité. Vous avez peur de perdre vos privilèges et votre identité. La mixité serait donc votre perte et bientôt vous serez sauvagement remplacés ? Dormez en paix, amis de l’égalité, nous ne sommes venus ni pour voler, ni pour remplacer. Au-delà des couleurs, des religions, nous sommes une bonne nouvelle, un vent d’humanité. Tariq Ramadan
Il ne faut jamais gaspiller une crise grave. Cette crise fournit l’occasion de réaliser des choses qu’on n’aurait pas pu faire avant. Rahm Emmanuel (directeur de cabinet de Barack Obama)
We can replace them. In Georgia, a chance to rebuke white nationalism. (…) Right now America is tearing itself apart as an embittered white conservative minority clings to power, terrified at being swamped by a new multiracial polyglot majority. The divide feels especially stark in Georgia, where the midterm election is a battle between Trumpist reaction and the multicultural America whose emergence the right is trying, at all costs, to forestall. (…) Abrams’s goal is to put together a coalition of African-American and other minority voters and white liberals. The potential is there; Georgia is less than 53 percent non-Hispanic white. “Georgia is a blue state if everybody votes,” DuBose Porter, chairman of the Democratic Party of Georgia, told me. Abrams’s opponent, the Georgia secretary of state Brian Kemp, ahead by a couple of percentage points in the polls, doesn’t want to see that happen. Last week, Rolling Stone obtained audio of Kemp telling donors of his “concern” about what might happen in Georgia “if everybody uses and exercises their right to vote.” As the secretary of state overseeing his own election, he’s taken steps to make that harder. His office has frozen new voter registrations for minor discrepancies with official records, and, starting in 2012, purged around 1.5 million people from the voter rolls — some simply because they didn’t vote in previous elections. He’s fighting a court order to stop rejecting absentee ballots over questions about the authenticity of their signatures. Kemp is the candidate of aggrieved whiteness. (…) Racists in Georgia, like racists all over America, are emboldened. (…) But the forces of democracy are rising, too. In Georgia’s highly diverse Seventh District, Carolyn Bourdeaux, part of the wave of women inspired to run for office by revulsion at Trump, is challenging Representative Rob Woodall, a Republican. Bourdeaux said that the Seventh, a majority-minority district with immigrants from all over the world, has been on the front lines of voter suppression. Nevertheless, her campaign said that early-voting turnout has reached presidential levels. On Saturday morning, Abrams closed by reminding the crowd of Kemp’s views on democracy. “He said he is concerned that if everyone eligible to vote in Georgia does so, he will lose this election,” she said. “Let’s prove him right.” In a week, American voters can do to white nationalists what they fear most. Show them they’re being replaced. Michelle Goldberg
D’ici deux ou trois cycles présidentiels, vous verrez – le soir des élections, on aura les 38 votes électoraux du Texas pour le candidat démocrate à la présidence. Les choses changent. Ca va devenir un état violet, puis un état bleu en raison de la démographie, en raison de la croissance démographique des gens venant de l’extérieur du Texas. Julian Castro (futur ministre d’Obama, 2013)
Appelons les choses par leur nom. C’est une tentative de toucher à la démographie de notre pays en sévissant contre les immigrants. Que cette menace vienne du président des États-Unis est profondément répréhensible et un affront à nos valeurs. Nous ne laisserons pas passer ça. Kamala Harris (2019)
Avec des taux de natalité historiquement élevés parmi les Palestiniens et un afflux possible de réfugiés palestiniens et de leurs descendants vivant maintenant dans le monde, les Juifs seraient rapidement une minorité au sein d’un État binational, mettant probablement fin à tout semblant d’égalité de représentation et de protection. En cette situation, la population juive serait de plus en plus vulnérable politiquement – et potentiellement physiquement. Il est irréaliste et inacceptable de s’attendre à ce que l’État d’Israël subvertisse volontairement sa propre souveraineté et son identité nationale et devienne une minorité vulnérable au sein de ce qui était autrefois son propre territoire. Ligue anti-diffamation
Le changement démographique est la clé des ambitions politiques du Parti démocrate. (…) C’est le secret de tout le débat sur l’immigration (…) Pour gagner et se maintenir au pouvoir, les Démocrates envisagent de changer la population du pays. Ils n’essaient plus de vous convaincre avec leur programme. Ils n’essaient évidemment pas d’améliorer votre vie. Ils ne se soucient même plus de votre vote. Leur objectif est de vous rendre inutile. (…) Quand vous changez qui vote, vous changez qui gagne. Ca n’a rien à voir intrinsèquement avec la race ou la nationalité. C’est la nature de la démocratie. C’est toujours vrai. Vous pouvez le voir se produire par vous-même et vous l’avez probablement vu. Partout dans le pays, nous avons vu d’énormes changements des résultats électoraux causés par le changement démographique. De nouvelles personnes entrent et votent différemment. En pratique, peu importe à quoi elles ressemblent ou d’où elles viennent. Tout ce qui compte, c’est qu’elles ont des opinions politiques différentes. Cela est tout aussi vrai que les migrants viennent de Brooklyn ou d’Oaxaca. Dans le Vermont, les progressistes blancs fuyant le désordre qu’ils ont créé à New York ont ​​rendu l’état bleu. Pas plus tard qu’en 1992, le Vermont était de manière fiable républicain, aussi difficile à croire que cela puisse paraitre. Le Vermont est maintenant une parodie du libéralisme de style de vie. C’est le changement démographique au travail. Vous voyez la même chose se produire dans l’État du New Hampshire lorsque les réfugiés du Massachusetts affluent vers le nord et apportent leurs mauvaises habitudes avec eux. Le Montana, l’Idaho et le Nevada sont tous confrontés à des problèmes similaires. Les bobos qui ont détruit la Californie ne restent pas là pour voir comment cela se termine. Ils courent vers les ternes refuges de Boise et Bozeman, déformant au fur et à mesure la culture locale et les marchés immobiliers. Bientôt, les gens qui sont nés dans les montagnes de l’Ouest ne pourront plus y vivre. Ils seront, oui, remplacés par des grosses fortunes, des professeurs de yoga et des vice-présidents de Google. Les beaux endroits risquent toujours d’être envahis par les pires personnes. Demandez à quiconque a grandi à Aspen. Mais dans la plupart des pays, c’est l’immigration en provenance d’autres nations plus que toute autre chose qui a conduit à la transformation politique. C’est différent de ce que nous avons vu dans des endroits comme le Vermont. Les Américains ont parfaitement le droit de déménager dans de nouveaux États s’ils le souhaitent, même s’ils ont d’ineptes opinions politiques. Mais nos dirigeants n’ont pas le droit d’encourager les étrangers à s’installer dans ce pays pour changer les résultats des élections. Faire cela est une attaque contre notre démocratie. Pourtant, pendant des décennies, nos dirigeants ont fait exactement cela, et ils continuent de le faire parce que ça marche. Prenons la Virginie. Les comtés de l’autre côté de la rivière Potomac de Washington constituent maintenant l’une des plus grandes communautés d’immigrants des États-Unis. La plupart de ces immigrants sont des gens travailleurs et décents. Nombre d’entre eux ont eu beaucoup de succès en affaires. Et tant mieux pour eux. Mais ils ont aussi une position politique très différente de celle des gens qui y vivaient. Leurs votes ont permis aux Démocrates de prendre le contrôle de l’État tout entier et de le transformer en quelque chose de méconnaissable. Le gouverneur, Blackface Klanrobes de Richmond doit sa place aux immigrants d’Arlington et de Falls Church. Des tendances similaires sont actuellement en cours en Géorgie, en Caroline du Nord et dans de nombreux autres États. L’immigration de masse augmente le pouvoir du Parti démocrate, point final. C’est la raison pour laquelle les Démocrates la soutiennent. C’est la seule raison. Si 200 000 immigrants de Pologne se présentaient demain à notre frontière sud, Kamala Harris ne leur promettrait pas de soins de santé. Pourquoi? Simple: les Polonais ont tendance à voter républicain. Voilà la différence. Les Démocrates expulseraient ces migrants immédiatement. Pas de lamentations sur l’Amérique nation d’immigrants. Des centaines de milliers d’électeurs républicains susceptibles de se masser à Tijuana seraient qualifiés de crise nationale. Nous aurions un mur frontalier d’ici mercredi. Pour les Démocrates, le but de l’immigration n’est pas de faire preuve de compassion envers les réfugiés, encore moins d’améliorer notre pays. Ce n’est certainement pas une question de justice raciale. L’immigration de masse fait du mal aux Afro-Américains, peut-être plus que tous. L’immigration est un moyen d’avantage électoral. C’est une question de pouvoir. Plus d’électeurs démocrates signifient plus de pouvoir pour les politiciens démocrates. C’est la leçon caractéristique de l’État de Californie. Entre 1948 et 1992, l’État de Californie a voté une seule fois pour un candidat démocrate à la présidentielle. Parmi les grands centres de population américains, contrairement à Chicago et à New York, la Californie était fidèlement et fièrement républicaine. Pendant huit ans, rien de moins qu’un Ronald Reagan a dirigé l’État. La Californie avait les meilleures écoles du pays, la meilleure infrastructure, la meilleure économie, sans parler du plus bel environnement national de la planète. La Californie était un modèle pour le monde. En 1980, Ronald Reagan, ancien gouverneur de Californie, est devenu président des États-Unis. Rétrospectivement, les choses après ça n’ont fait qu’empirer pour la Californie. Au milieu de son deuxième mandat, Reagan a signé quelque chose qui s’appelle la loi sur la réforme et le contrôle de l’immigration de 1986. Bien qu’il ne s’en soit probablement pas rendu compte à l’époque, cette loi a rendu les futurs Ronald Reagan impossibles. La loi sur la réforme et le contrôle de l’immigration a instauré une amnistie et une voie vers la citoyenneté pour près de trois millions de ressortissants étrangers vivant illégalement aux États-Unis. L’année suivante, par décret, Reagan a encore ajouté à ce nombre. Il a mis fin à la déportation de 100 000 autres mineurs illégaux, les “Rêveurs” de son temps. Le reste du monde a observé attentivement ce qui se passait. Les migrants potentiels du monde entier ont conclu qu’il n’y avait pas de vraie sanction contre les infractions aux lois américaines. En fait, il y avait une récompense. Reagan a également signé une loi qui obligeait les hôpitaux à fournir des soins médicaux gratuits quel que soit le statut d’immigration. La Cour suprême avait déjà garanti une éducation gratuite à toute personne qui se présentait sans visa. Donc: hôpitaux gratuits, écoles gratuites et amnistie si vous vous faites prendre. Pourquoi le reste du monde ne viendrait-il pas? Ils se sont empressés de le faire. Si jamais vous vous ennuyez, revenez en arrière et relisez la couverture du projet de loi d’amnistie de 1986 le jour où il a été adopté. Tout le monde à l’époque, dans les deux partis et dans les médias, a assuré aux Américains que la nouvelle loi contrôlerait notre frontière. Cela s’appelait la Loi sur la réforme et le contrôle de l’immigration après tout. Eh bien, c’est le contraire qui s’est passé: d’énormes nouvelles vagues de migrants sont arrivées immédiatement, dont beaucoup étaient illégales. La Californie a été transformée pratiquement du jour au lendemain en un État démocrate. En 1988, George H.W. Bush a remporté de justesse la Californie à l’élection présidentielle, mais aucun républicain n’a depuis gagné cet État. Aucun républicain ne gagnera jamais en Californie, pas de notre vivant. Il y a maintenant environ deux fois plus de Démocrates enregistrés en Californie que de Républicains. Il n’y a pas beaucoup de débat sur la façon dont cela s’est produit. Les comtés de Californie avec le pourcentage le plus élevé de Républicains sont, non par coïncidence, ceux avec qui ont le plus faible pourcentage d’immigrants et vice versa. La Californie a changé parce que la population a changé. L’analyse de l’élection présidentielle de 2012, par exemple, a montré que si vous viviez dans l’État de Californie en 1980, vous votiez probablement encore républicain. Votre point de vue n’avait pas vraiment changé. Mais au fur et à mesure que votre État se remplissait d’électeurs étrangers, vos opinions devenaient inutiles. Votre pouvoir politique, le pouvoir de contrôler votre propre vie, avait disparu avec l’arrivée de nouvelles personnes qui ont dilué votre vote. C’était tout le problème. Ce n’est pas de la démocratie, c’est de la triche. Imaginez un match de football où une équipe décide de commencer la troisième manche avec 40 joueurs supplémentaires sur le terrain. Considériez-vous cela juste ? Le Parti démocrate a fait quelque chose de très semblable dans l’État de Californie. Ils ont truqué le jeu avec plus de gens. Ils ont bourré non les urnes mais le nombre d’électeurs. En conséquence, les Américains qui ont grandi en Californie ont perdu leur droit le plus fondamental dans une démocratie, à savoir le droit de faire que leurs voix comptent. Cela est d’ailleurs vrai pour tous les Américains nés dans le pays, pas seulement pour les Républicains. Los Angeles a maintenant la plus grande population de Latinos en dehors de Mexico. Les blancs représentent moins de 30% de la population, contre plus de 90% en 1960. Mais un déclin moins remarqué s’est produit chez les Afro-Américains. Selon le démographe Joel Kotkin, au cours des 30 dernières années, la proportion de résidents noirs à Los Angeles a diminué de moitié. San Francisco n’est plus qu’à 5% noire; contre 13% en 1980. Vous avez beaucoup entendu parler ces derniers temps de la nécessité du pouvoir politique noir. En Californie, ce pouvoir s’évapore en raison de l’immigration massive. Les dirigeants démocrates ne mentionnent jamais cette tendance, mais c’est évident pour les gens qui y vivent. Un sondage a révélé que près de 60% des Noirs de Californie aimeraient beaucoup partir. Beaucoup l’ont déjà fait. L’exode des Californiens nés aux États-Unis de toutes les couleurs a commencé peu de temps après l’amnistie de 1986. Il est devenu une ruée panique. (…) Peu d’Américains s’installent aujourd’hui à Los Angeles. Pourtant, pour chaque Californien qui abandonne l’État, plusieurs autres personnes arrivent de pays étrangers. C’est pourquoi depuis 1990, la population totale de la Californie a augmenté de 10 millions de personnes. C’est l’équivalent d’un Michigan et d’une Caroline du Nord entiers en seulement 30 ans. C’est énormément de monde en très peu de temps. La plupart de ces nouveaux arrivants viennent de milieux pauvres. Leur niveau de vie augmente une fois qu’ils arrivent en Californie. L’État, cependant, est devenu beaucoup plus pauvre. En 1986, la Californie était la masse continentale la plus riche de sa taille au monde. La Californie compte désormais plus de pauvres que tout autre État du pays depuis cette année, selon les meilleures mesures disponibles du gouvernement fédéral. La Californie a un taux de pauvreté plus élevé que le Mississippi, en fait le plus élevé du pays. Comment en est-on arrivé là ? Dans un pays sain, un pays qui prône l’honnêteté, la libre enquête et la science sociale légitime, nous ne poserions pas cette question de toute urgence. Comment un endroit aussi idyllique que la Californie est-il devenu si misérable qu’un grand nombre de personnes qui y sont nées décident d’abandonner leurs maisons et de s’enfuir? Si vous vous souciez des États-Unis, vous voudriez connaître la réponse et vous assurer que cela ne se reproduise pas ailleurs. Pourtant, le Parti démocrate s’emploie à faire en sorte que cela se produise partout. Ce n’est pas une insulte. Ce n’est pas une supposition. Nous le savons parce qu’ils s’en vantent constamment. La gauche pète les plombs si vous faites remarquer que les électeurs américains sont remplacés par des loyalistes du Parti démocrate d’autres pays. Vous n’êtes absolument pas autorisés à dire cela, mais eux, ils ont le droit de le dire. Et ils le disent. Ils le disent tout le temps. Ils sortent des études là-dessus, écrivent de longs livres à ce sujet, en parlent à l’infini à la télévision, souvent dans les termes raciaux les plus crus. Ils n’ont pas du tout honte, ils ne pensent pas devoir avoir honte. À l’automne 2018, une chroniqueuse du New York Times a écrit un article qui s’intitulait littéralement « Nous pouvons les remplacer ». Au cas où vous vous demanderiez qui était le « eux », la tribune vous le disait explicitement. Grâce au changement démographique, l’auteure notait avec une approbation chaleureuse, l’état de Géorgie sera bientôt contrôlé par les Démocrates: « Le potentiel est là. La Géorgie est moins de 53 [%} non hispaniques blanche ». Encore une fois, c’est une éditorialiste du New York Times, pas un blogueur de QAnon. Ils vous disent que le remplacement démographique est une obsession de droite. Non, ce n’est pas vrai. Ils disent que c’est une horrible théorie du complot de droite, que la droite en est obsédée. Non, c’est la gauche qui en est obsédée. En fait, c’est l’idée centrale du Parti démocrate moderne. Le remplacement démographique est leur obsession car c’est leur chemin vers le pouvoir. En 2013, le futur secrétaire du Cabinet d’Obama, Julian Castro, est allé sur CBS pour expliquer pourquoi le Texas serait bientôt un État démocrate. (…) Personne n’a attaqué Julian Castro pour avoir dit cela. Personne n’a demandé qui pouvaient être ces ‘gens de l’extérieur du Texas’ ni pourquoi ils avaient le droit de contrôler l’avenir des personnes qui vivaient déjà au Texas. Personne n’en a dit un mot. Cela semblait normal, c’était normal, c’est toujours normal. À Washington, ce qui est choquant, c’est toute tentative réelle de protéger la démocratie. À l’été 2019, le président de l’époque, Donald Trump, a promis – à tort, comme cela s’est avéré – qu’il allait expulser un grand nombre de ressortissants étrangers vivant ici illégalement. La réponse de Kamala Harris à cela a été révélatrice. Elle aurait pu argumenter, comme le font souvent les Démocrates, que l’expulsion est cruelle et non américaine. Mais elle n’a pas dit ça. Au lieu de cela, elle a dit la vérité à ce sujet, « Appelons cela ce que c’est », a écrit Harris sur Twitter. « C’est une tentative de toucher à la démographie de notre pays en réprimant les immigrants. Que cette menace vienne du président des États-Unis est profondément répréhensible et un affront à nos valeurs. Nous ne laisserons pas passer ça. » Mais attendez une seconde, Trump avait annoncé qu’il expulsait des étrangers illégaux, qui ne sont pas autorisés à voter à nos élections. Ils ne sont même pas autorisés à vivre ici. En quoi les renvoyer dans leur propre pays était-il ‘une tentative de toucher à la démographie de notre pays’ ? Les étrangers illégaux ne devraient même pas compter dans la démographie de notre pays. Ce ne sont pas des Américains. La réponse de Kamala Harris n’a de sens que si vous pensez que les millions d’étrangers qui enfreignent nos lois pour vivre ici sont de futurs électeurs démocrates, et c’est exactement ce qu’elle croit. C’est choquant si vous y réfléchissez, et c’est pourquoi vous n’êtes pas autorisé à le penser. En pensant à ce que Kamala Harris envisage, Kamala Harris elle-même voudrait que vous sachiez, est profondément répréhensible et un affront à nos valeurs. En d’autres termes, soumettez-vous à notre projet sinon vous êtes immoral. Si vous entendiez des personnes éminentes parler ainsi dans n’importe quel autre pays, vous seriez confus. La classe dirigeante d’une nation admettant qu’elle espère remplacer ses propres citoyens semble grotesque. Si vous croyez en la démocratie, vous devez tout faire pour protéger le pouvoir du vote de chaque citoyen, évidemment. Vous vous demandez si les gens débattent même de questions comme celle-ci dans des pays qui ne se détestent pas, comme le Japon, la Corée du Sud ou Israël. Rendez-vous sur le site Web de l’Anti-Defamation League (ADL) si vous souhaitez avoir un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler une conversation normale sur l’intérêt national d’un pays. Dans un court essai posté sur le site, l’ADL explique pourquoi l’État d’Israël ne devrait pas permettre à plus d’Arabes de devenir citoyens avec le droit de vote (…) Maintenant, du point de vue d’Israël, cela est parfaitement logique. Pourquoi une nation démocratique rendrait-elle ses propres citoyens moins puissants? N’est-ce pas la trahison la plus profonde de toutes? Pour reprendre les termes de l’ADL, pourquoi un gouvernement subvertirait-il sa propre souveraineté? (…) La plupart des Américains le croient. Malheureusement, la plupart des Américains n’ont pas leur mot à dire en la matière. La plupart des Américains ne sont même pas autorisés à avoir ce genre de conversation. Ils restent donc sur la touche à regarder leur démocratie assassinée par des gens qui prétendent en être les défenseurs. « Démocratie! Démocratie! Démocratie! » hurle la foule de Twitter, alors même que les votes des personnes qui sont nées ici perdent régulièrement de leur valeur – dilués et de plus en plus sans valeur, comme le dollar américain. C’est ce à quoi cela ressemble quand une population autochtone entière – noirs comme blancs, mais ils sont tous américains – est systématiquement privée de ses droits. Les Américains de la classe moyenne perdent de leur pouvoir chaque année. Ils ont moins de pouvoir économique et, grâce à l’immigration de masse, ils ont désormais moins de pouvoir politique. Les dirigeants qui apportent ces changements n’ont aucune sympathie pour leurs victimes. Ils blâment le pays pour ses propres souffrances. Tucker Carlson
We’ve been touting the socialist agenda now for more than two years, and everything we warned voters about is coming to fruition . We warned voters that Biden would destroy energy jobs, and Biden did that on day one. We warned voters that Biden would destroy the border, and we’re seeing a border crisis unfold before our very eyes. That all makes taking back the House within our reach, and we’re going to be reminding voters of Biden’s socialist agenda day in and day out. Michael McAdams (National Republican Congressional Committee)
While Democrats are still on a “sugar high” from the coronavirus relief bill, when that wears off and as the Biden administration tries to push through additional legislation, Republicans are hopeful they can exact a political price. At some point in time, the tide will turn against them. What’s really going to hurt Democrats is wild spending and policies that are just out of step with most Americans. It’s classic Democratic overreach. Doug Andres (press secretary for Senate Minority Leader Mitch McConnell)
The biggest issue right now where I think Democrats are way over their skis is immigration. Democrats saw the 2020 election as a repudiation of all of Trump’s policies and all of the Republicans’ policies, when, in fact, the things we’ve proposed on immigration are very popular, in a way that not just unifies our base, but also helps us bring back a lot of the moderates and independents and Hispanic voters. Chris Hartline (National Republican Senatorial Committee)
Like Roosevelt understood during the Great Depression, Joe Biden understands this country today faces a series of unprecedented crises. What Joe Biden concluded is that if his administration is going to mean anything, it has got to think big, not small, and it has got to address these unprecedented crises in an unprecedented way. In that regard, he is off to a very, very good start. Sen. Bernie Sanders (I-Vt.)
If President Biden gets his way, the national minimum wage will be $15 an hour, immigrants without legal status will receive an eight-year path to citizenship, firearms will be harder to purchase, votes will be easier to cast and Americans will head back to work in 10 million new clean-energy jobs. And that’s just the beginning. Since taking office, Biden has outlined a sweeping agenda that has delighted members of the party’s liberal wing, who were skeptical that a former Senate institutionalist known for moderation would push through policies aimed at transforming the nation. The first big victory came this past week, when Democrats approved an expansive $1.9 trillion coronavirus relief bill containing numerous long-sought liberal initiatives. (…) But Biden’s broad ambitions — especially on issues such as climate change and immigration — could also backfire, putting moderate Democrats at risk in the 2022 midterms and giving Republicans ammunition to portray the president as a left-leaning radical. Some Democrats are already raising alarms about the scale of some of Biden’s proposals on immigration and infrastructure, casting doubt on their prospects. (…) The coronavirus package, for instance, not only provides $1,400 checks to many struggling Americans and money to help ensure that the nation can be fully vaccinated by the end of the year, but it also extends unemployment insurance, helps bail out roughly 185 union pension plans on the verge of collapse, provides aid and debt relief to disadvantaged black farmers and seeks to cut U.S. childhood poverty in half through expanded tax credits. But there are concerns about the prospects of preserving party unity — and winning over Republicans — as Biden’s agenda moves toward issues that historically have been more divisive. (…) There is some amount of irony that Biden, who was among the most moderate Democrats in a sprawling field of some two dozen presidential contenders, has emerged as a liberal champion. And the next phase of Biden’s presidency will also test his ability to use a more understated demeanor to sell policies that restructure broad swaths of the U.S. economy and social policy. (…) Biden has moved more aggressively on climate change than almost any other front, using his executive authority to curb fossil fuel development starting on his first day in office. These policies have thrilled liberals, but could put centrist Democrats in a difficult position if the administration cannot deliver on its promise to generate new jobs for Americans dependent on oil, gas and coal, along with other industries, such as logging. Within hours of his inauguration, Biden vetoed the Keystone XL pipeline project and recommitted the United States to the global climate accord forged in Paris in 2015. Days later, he halted all new oil and gas leasing on federal land. Those measures, along with a raft of other policies that will place a priority on curbing greenhouse gas emissions linked to climate change, have already prompted pushback from business groups and many Republicans, as well as some Democrats in oil- and gas-producing states. On immigration, Biden immediately reversed some of Trump’s policies. He ended the ban on travel from Muslim-majority countries, and he rescinded the emergency order that was used to fund the wall along the Mexican border. But he also wants to provide a pathway to citizenship for nearly 11 million undocumented immigrants, expand the number of visas and green cards, and make it easier for asylum seekers to enter the United States. The Washington Post
Au moment où nous écrivons ces lignes (juin 2020), la pandémie continue de s’aggraver à l’échelle mondiale. Beaucoup d’entre nous se demandent quand les choses reviendront à la normale. Pour faire court, la réponse est : jamais. La normalité d’avant la crise est ‘brisée’ et rien ne nous y ramènera, car la pandémie de coronavirus marque un point d’inflexion fondamental dans notre trajectoire mondiale. Certains analystes parlent d’une bifurcation majeure, d’autres évoquent une crise profonde aux proportions ‘bibliques’, mais la substance reste la même : le monde tel que nous le connaissions pendant les premiers mois de 2020 n’est plus, dissous dans le contexte de la pandémie. Nous allons faire face à des changements radicaux d’une telle importance que certains experts parlent d’ères ‘avant coronavirus’ et ‘après coronavirus’. Nous continuerons à être surpris par la rapidité et la nature inattendue de ces changements – car, en se rajoutant les uns aux autres, ils provoqueront des conséquences de deuxième, troisième, quatrième ordre et plus, des effets en cascade et des répercussions imprévues. Ce faisant, ils formeront une ‘nouvelle normalité’ radicalement différente de celle que nous allons progressivement laisser derrière nous. Beaucoup de nos croyances et de nos hypothèses sur ce à quoi le monde pourrait ou devrait ressembler seront ébranlées au passage. Klaus Schwab et Thierry Malleret
Nous avons besoin d’une ‘Grande remise à zéro’ du capitalisme. (..) De nombreuses raisons justifient de lancer cette Grande remise à zéro, mais la plus urgente est la COVID-19. (…) Elle aura de graves conséquences à long terme sur la croissance économique, la dette publique, l’emploi et le bien-être humain. (…)Tout cela va aggraver les crises climatiques et sociales déjà en cours. (…) Des mesures incrémentielles et des solutions ad hoc ne suffiront pas à empêcher ce scénario. Nous devons construire des fondations entièrement nouvelles pour nos systèmes économiques et sociaux. Le niveau de coopération et d’ambition que cela implique est sans précédent. Mais il ne s’agit pas d’un rêve impossible. En effet, un des points positifs de la pandémie est qu’elle a montré à quelle vitesse nous pouvions apporter des changements radicaux à nos modes de vie. Presque instantanément, la crise a contraint les entreprises et les particuliers à abandonner des pratiques longtemps considérées comme essentielles, des voyages aériens fréquents au travail dans un bureau. De même, les populations ont massivement montré leur volonté de faire des sacrifices au nom des travailleurs de la santé et autres professions essentielles, ainsi que des populations vulnérables, telles que les personnes âgées. (…) De toute évidence, la volonté de construire une société meilleure existe. Nous devons l’utiliser pour mettre en application la Grande remise à zéro dont nous avons tant besoin. Cela nécessitera des gouvernements plus forts et plus efficaces. (…) Imaginez ce qui serait possible si de tels efforts étaient déployés dans tous les secteurs. (…) Aux quatre coins du monde, chaque facette de la vie des gens est affectée par la crise de COVID-19. Mais elle ne peut pas uniquement être synonyme de tragédie. Au contraire, la pandémie représente une fenêtre d’opportunité rare mais étroite pour repenser, réinventer et réinitialiser notre monde afin de créer un avenir plus sain, plus équitable et plus prospère. Klaus Schwab
Ce pays est trop vieux pour lui. Pas assez digital, pas assez mobile, trop classique, trop provincial. Il veut le refaire, le réformer, il y tient, ce sera au forceps. C’est son reset à lui et son cancel intime. Il est d’un autre monde, le monde à venir, le monde numérique.  Philippe de Villiers
C’est un effondrement de civilisation qui a été accéléré par le Covid. Nos gouvernants ressemblent à un chirurgien qui convoquerait son patient pour lui ouvrir le ventre une troisième fois. Nous subissons un ‘juin 1940 sanitaire’. Nous sommes le seul pays du Conseil de sécurité de l’ONU qui n’a pas trouvé son vaccin. La start-up nation est en Ehpad, sous perfusion. Nous avons déchiré les tissus de la France industrieuse et Emmanuel Macron a laissé s’installer un mur invisible entre la société française et une contre-société vindicative. Je lui avais dit : ‘Le prochain président sera jugé non pas sur ce qu’il aura changé mais sur ce qu’il aura sauvé, c’est-à-dire les murs porteurs.’ Or, aujourd’hui, les murs porteurs – l’autorité, la liberté, l’identité, la souveraineté – se sont écroulés. Le décolonialisme, la cancel culture, le racialisme, l’indigénisme désignent un phénomène qu’il faut oser qualifier : c’est la colonisation de la France. Une colonisation de peuplement avec un différentiel démographique défavorable. Une colonisation de conquête : déjà 200 à 300 territoires sur notre sol ne sont plus français. Et une colonisation des esprits : les assaillants veulent obtenir la récusation de l’héritage par les héritiers. Et les assaillis – nos élites – ne croient plus que la France vaut encore la peine d’être défendue comme figure de l’Histoire et communauté de destin. Ils parlent de la laïcité, de la république, jamais de la France. (…) Rien n’est irréversible. Mais je constate un véritable renversement de civilisation. Nous entrons dans un monde où l’on sacrifie la jeunesse, la transmission au nom du tout-sanitaire, où l’on sacrifie la société de voisinage au nom du tout-numérique et où l’on dénature l’espèce humaine au nom du posthumanisme. Avec la pandémie, la classe dirigeante a goûté au contrôle total et les géants du numérique veulent en finir avec tout ce qui entrave la digitalisation, en priorité l’économie traditionnelle de proximité, c’est-à-dire les métiers de la main et du cœur. Le programme est annoncé noir sur blanc dans le manifeste de Davos, intitulé Covid-19 : la grande réinitialisation, où il est écrit : « Beaucoup d’entre nous se demandent quand les choses reviendront à la normale. La réponse est : jamais ! » Ce livre, paru le 2 juin 2020, perçoit la pandémie comme ‘une fenêtre d’opportunité pour réinitialiser notre monde’, c’est-à-dire livrer notre for intime aux algorithmes. C’est l’équivalent du Manifeste du Parti communiste de 1848. (…) Je ne crois pas au complot. Il y a juste la feuille de route des grands rentiers du Web. Je ne dis pas que le virus a été inventé, mais qu’il a été accueilli par la Big Tech comme une ‘fenêtre d’opportunité’, selon le mot du patron de Davos. Ils imposent aux États une suzeraineté à partir de leurs cyber-fiefs. Avec une théophanie numérique, une religion, une conception du monde, qui entend imposer aux entreprises une ‘charte éthique’ mettant en pratique la ‘cancel culture’, au nom des minorités et du climat. Ils installent ce qu’ils appellent eux-mêmes un ‘capitalisme de surveillance’, avec de nouveaux maîtres, de nouveaux sujets, les serfs de la glèbe numérique, et une nouvelle manière de vivre : la société distanciée.  Philippe de Villiers
Le nouveau système de suivi de la santé reproductive d’Apple, disponible sur un iPhone près de chez vous à partir de cet automne, fera exactement cela: enregistrer la fréquence sexuelle et si une protection a été utilisée. Une telle technologie profitera vraisemblablement à certaines personnes, telles que celles qui essaient de concevoir, mais je ne suis pas sûr de l’utilité de cette application pour l’utilisateur moyen, au-delà du remplacement de l’encoche traditionnelle sur le pied de lit. (…) Nos téléphones commencent à jouer le rôle de substituts de conscience, de pères-confesseurs, de porte-parole de nos cortex préfrontaux. Nous voulons leur approbation: «Douze rencontres sexuelles cette semaine, toutes avec préservatifs – bravo! Vous faites partie du 20e centile supérieur des personnes ayant des relations sexuelles sûres et fréquentes! » J’ai complètement inventé cette dernière phrase, bien sûr, mais si la surveillance électronique de nos habitudes sexuelles s’avère populaire, ce n’est qu’un petit pas pour élargir l’échelle: «Bravo, bête de sexe. Vous avez essayé la privation sensorielle érotique et le jeu de fétichisme de vinyle cette semaine … vous êtes bien parti.  » Et si la surveillance visuelle devient une fonctionnalité supplémentaire, pensez à la prochaine courbe d’apprentissage que nous allons rencontrer; je ne sais pas pour vous, mais je suis loin de gérer la fellation en brandissant une perche à selfie. La surveillance électronique de toute activité peut modifier subtilement le comportement et les processus cognitifs d’une personne. Cela peut être une chose positive – comme, par exemple, aider à réduire l’obésité en mesurant l’équilibre entre l’exercice et l’apport alimentaire. Mais dans le cas de la surveillance sexuelle, le système d’échelle et de récompense refléterait les goûts, les préjugés et les croyances des programmeurs sur ce qui constitue une «sexualité saine». Et ces opinions pourraient ne pas être psychosexuellement, culturellement ou même médicalement sain pour les personnes qui utilisent les programmes. (…) Il serait très malheureux que nos téléphones nous encouragent à nous livrer à une activité sexuelle simplement pour mettre un autre Smiley dans la case «Je l’ai fait aujourd’hui», ou pour battre un ami compétitif qui a cartonné ce week-end. The Guardian
A Une nouvelle application iOS appelée « Date limite » prédit la date et l’heure de votre décès en fonction des données d’Apple HealthKit. Fournissez à l’application des informations de base sur vos antécédents médicaux et votre mode de vie, et elle vous crache la date qui pourrait apparaître sur votre pierre tombale, ainsi qu’un compte à rebours qui vous permet de regarder les secondes s’évaporer dans le regret. Malgré son logo, un oiseau mort en silhouette les pattes en l’air, les objectifs de l’application sont tout sauf morbides. «Considérez cela comme un moyen de vous motiver à être en meilleure santé», lit-on dans la description, même si elle ajoute tout de suite pour se protéger que sa prédiction n’est qu’une estimation statistique et que les visites régulières chez le médecin sont toujours une bonne idée. (…) La bonne nouvelle est que l’application prolongera votre durée de vie prévue si vous adoptez des habitudes plus saines. Son approche de la motivation convient donc à la fois aux utilisateurs qui réagissent au renforcement négatif et à ceux qui ont besoin d’un peu de motivation pour se rendre à la salle de sport. Time
While computerisation has been historically confined to routine tasks in-volving explicit rulebased activities, algorithms for big data are now rapidly entering domains reliant upon pattern recognition and can readily substitute for labour in a wide range of non-routine cognitive tasks. Inaddition, advanced robots are gaining en-hanced senses and dexterity, allowing them to perform a broader scope of manual tasks. This is likely to change the nature of work across industries and occupations. In this paper, we ask the question: how susceptible are current jobs to the set echnological developments? To assesst his, we implement a novel methodology to estimate the probability of computerisation for 702 detailed occupations. Based on these estimates, we examine expected impacts of future computerisation on labour market outcomes, with the pri-mary objective of analysing the number of jobs at risk and the relationship between an occupation’s probability of computerisation, wages and educational attainment. (…) According to our estimates around 47 percent of total us employment is in the high risk category. We refer to these as jobs at risk –i.e.jobs we expect could be automated relatively soon, perhaps over the next decade or two. Our model predicts that most workers in transportation and logistics occupations, together with the bulk of office and administrative support workers, and labour in production occupations, are at risk. These findings are consistent with recent technological developments documented in the literature. More surprisingly, we find that a substantial share of employment in service occupations, where most us job growth has occurred over the past decades, are highly susceptible to computerisation. Additional support for this finding is provided by the recent growth in the market for service robots and the gradually diminishment of the comparative advantage of human labour in tasks involving mobility and dexterity. Finally, we provide evidence that wages and educational attainment exhibit a strong negative relationship with the probability of computerisation. We note that this finding implies a discontinuity between the nineteenth, twentieth and the twenty-first century, in the impact of capital deepening on the relative demand for skilled labour. While nineteenth century manufacturing technologies largely substituted for skilled labour through the simplification of tasks, the Computer Revolution of the twentieth century caused a hollowing-out of middle-income jobs. Our model predicts a truncation in the current trend towards labour market polarisation, with computerisation being principally confined to low-skill and low-wage occupations. Our findings thus imply that as technology races ahead, low-skill workers will reallocate to tasks that are non-susceptible to computerisation – i.e., tasks requiring creative and social intelligence. For workers to win the race, however, they will have to acquire creative and social skills. Carl Benedikt Frey and Michael A. Osborne (2013)
Les gens ordinaires ont certes gagné la bataille culturelle, mais économiquement et socialement on est encore loin du compte. Ce qui se prépare, et qui est déjà à l’œuvre, ce sont partout des plans sociaux. Bravo, les technocrates français, d’avoir tout misé sur l’aéronautique, le tourisme, etc. ! (…) À un moment où tout le monde pensait que seule la classe ouvrière allait souffrir. Une classe ouvrière que la gauche avait déjà abandonnée. C’est pourquoi je commence mon livre avec la phrase de Pierre Mauroy qui constate que le mot « ouvrier » a disparu du discours des socialistes. Sauf que, après que les ouvriers ont été touchés, il y a eu les employés, puis les paysans, ensuite les indépendants, les petits retraités… C’était une fusée à plusieurs étages. (…) Politiquement, il y a donc un décalage entre la prise de conscience de la population et le seul choix qui leur est proposé aujourd’hui, à savoir départager Macron et l’extrême droite… (…) [Mais] D’abord, il s’agit de ne pas sombrer dans le pessimisme. Tout est fait pour dire aux gens qu’ils ne sont rien. Par ailleurs, nous ne sommes pas dans une période de révolution, mais dans une sorte de guérilla culturelle. C’est long, la guérilla, mais les choses progressent. Même chez ceux qui dénonçaient le concept de France périphérique et qui maintenant utilisent l’expression. Même chez un Macron : il nomme un Premier ministre dont on nous vante l’accent ! Et puis, le totalitarisme, même « adouci », n’est pas durable. Quand la masse n’y croit plus, ça ne tient pas. Et là, déjà, ça craque. Le modèle économique n’est plus durable. Il ne peut perdurer longtemps grâce à ses derniers bastions que sont les métropoles et quelques secteurs d’activité. Prenons le revenu universel : donner aux gens de l’argent pour remplir leur Caddie chez Lidl, ce n’est pas répondre à leurs aspirations. Réindustrialiser, c’est évidemment faire du protectionnisme – un gros mot. Ça prendra du temps, mais ça se fera. La question de l’Europe, c’est pareil. Les choses sont en train de s’écrouler. Plus personne n’y croit. On fait porter aux catégories populaires la défiance de l’Europe. Mais c’est faux. Ils ont joué le jeu. Comme ils ont joué le jeu de la mondialisation. On pourrait même dire qu’ils ont joué le jeu du néolibéralisme, inconsciemment. Et puis, ils font le bilan : le compte n’y est pas, ça ne marche pas. Toutes les croyances anciennes ne fonctionnent plus. On peut aller plus loin : l’instrumentalisation de l’écologie, le diversity washing, les gens voient bien que ça ne repose sur rien. On est donc à la veille d’un renversement culturel. (…) Je connais les techniques de délégitimation. J’en ai été la victime avec le concept de France périphérique. Ça non plus, ça ne fonctionne plus. Les catégories populaires ont fait confiance à leurs élites, elles ont cru aux médias. Les gens sont d’ailleurs prêts à aller vers leurs élites. Il n’y a pas intrinsèquement d’anti-intellectualisme ou d’anti-élitisme, pas de rejet a priori. Il y a juste des gens qui font le constat que les élites d’aujourd’hui n’ont plus le bien commun chevillé au corps. Christophe Guilluy
Il est peu probable que les nouvelles religions émergeront des grottes d’Afghanistan ou des madrasas du Moyen-Orient. Elles sortiront plutôt des laboratoires de recherche. De même que le socialisme s’est emparé du monde en lui promettant le salut par la vapeur et l’électricité, dans les prochaines décennies les nouvelles techno-religions conquerront peut-être le monde en promettant le salut par les algorithmes et les gènes. Yuval Harari
Que feront les humains conscients le jour où nous aurons des algorithmes non conscients, capables de presque tout faire mieux que nous ? (…) Ces dernières décennies, les pays ont connu une autre révolution, le déclin des emplois industriels, accompagné d’un essor des services. En 2010, 2 % seulement des Américains travaillaient dans l’agriculture, 20 % dans l’industrie, et 78 % comme enseignants, médecins, web designers, etc. Que ferons-nous quand des algorithmes stupides seront capables d’enseigner, de diagnostiquer et de dessiner mieux que des êtres humains ? (…) Tandis que les algorithmes chassent les hommes du marché du travail, la richesse et le pouvoir pourraient bien se concentrer entre les mains de la minuscule élite qui possède les algorithmes tout-puissants, ce qui créerait une inégalité sociale et politique sans précédent. (…) L’aubaine technologique à venir permettra probablement de nourrir et d’entretenir ces masses inutiles sans qu’elles aient même à lever le petit doigt. Mais qu’est-ce qui pourra les tenir occupées et les satisfaire ? Les gens ont besoin de faire quelque chose, sous peine de devenir fous. Que feront-ils de leurs journées ? La drogue ou les jeux vidéo pourraient être une des réponses. Les inutiles pourraient passer toujours plus de temps dans les mondes de la réalité virtuelle en 3D, qui leur procurerait bien plus d’excitation et d’intensité émotionnelle que la glauque réalité extérieure. Une telle évolution porterait cependant un coup mortel à la croyance libérale au caractère sacré de la vie et des expériences humaines. Qu’y a-t-il de sacré dans des clochards qui passent leurs journées à se gaver d’expériences artificielles dans La La Land ? (…) Google nous conseillera quel film voir, où aller en vacances, quelle matière étudier à la fac, quelle offre d’emploi accepter, voire avec qui sortir et qui épouser. (…) En échange de conseils aussi précieux, il nous faudra simplement renoncer à l’idée que les êtres humains sont des individus, que chaque humain a son libre arbitre pour déterminer ce qui est bien, ce qui est beau, et le sens de la vie. (…) Des coutumes libérales comme les élections démocratiques vont devenir obsolètes : Google saura même représenter mes opinions politiques mieux que moi. (…) Comment Facebook pourrait-il obtenir ces données politiques d’une valeur inestimable ? C’est nous qui les lui donnons gratuitement. À l’apogée de l’impérialisme européen, conquistadors et marchands achetaient des îles et des contrées entières contre des perles de couleur. Au XXIe siècle, nos données personnelles sont probablement la ressource la plus précieuse que la plupart des humains puissent encore offrir, et nous les donnons aux géants de la technologie en échange de services de messagerie et de vidéos de chats. Yuval Hariri

Attention, un grand remplacement peut en cacher un autre !

A l’heure où se mettant au slam décolonial, l’islamiste Tariq Ramadan

Moque la peur de perte d’identité et du grand remplacement …

De ceux qu’il somme de « partager » sinon « il se servira » …

Et où à défaut de bourrage des urnes de l’autre côté de l’Atlantique, le nouveau pouvoir Démocrate a repris de plus belle, avec l’ouverture des vannes de l’immigration légale et illégale, le bourrage d’électeurs comme de main d’oeuvre bon marché …

Tandis qu’avec la nouvelle « fenêtre d’opportunité » de la crise du covid …

Comme le rappelle Philippe de Villiers dans son nouveau livre …

Nos nouveaux maitres des GAFAM s’apprêtent …

Entre conférences de Davos, censure politique et élections volées, à faire basculer notre monde dans le tout-numérique …

Comment ne pas voir …

Comme le rappelait il y a quelques années l’apôtre israélien de la « nouvelle religion du salut par les algorithmes et les gènes » Yuval Harari

Cette fameuse quatrième blessure narcissique qui vient …

Qualifiée par la zoologue féministe américaine Donna Haraway d’informatique ou cyborgienne …

Et visant après les révolutions copernicienne, darwinienne et freudienne …

Qui nous ont fait successivement renoncer à notre place centrale dans l’Univers, dans les espèces vivantes et dans notre propre conscience …

A finir de déposséder, via la moulinette de l’ubérisation, à coup d’intelligence artificielle et d’algorithmes …

Au profit d’une poignée d’experts et d’une minuscule élite concentrant toujours plus de pouvoir et de richesse …

Et après nombre des paysans et employés des services que nous avons été …

Jusqu’aux juristes, médecins, pharmaciens, enseignants, gestionnaires ou électeurs que nous sommes encore …

Non seulement, via notre force de travail, de notre propre corps …

Mais aussi prenant à notre place nos moindres décisions, de notre propre libre-arbitre…

Via tant les données personnelles que nous offrons gratuitement et en continu aux géants de la technologie « en échange de services de messagerie et de vidéos de chats » …

Qu’à travers une flopée, que nous sommes d’ores et déjà et à nos propres frais prêts à installer sur nos propres corps, de bracelets ou brassards connectés …

Jusqu’à une application mesurant nos performances sexuelles

Voire nous prédisant littéralement notre propre date d’expiration  ?

Philippe de Villiers : « Macron n’est pas à la hauteur de sa fonction »

ENTRETIEN. Dans son nouvel essai, « Le Jour d’après » (Albin Michel), Philippe de Villiers part en guerre contre les Gafa… et Emmanuel Macron.

Propos recueillis par Jérôme Cordelier

Au XXIe siècle, toutefois, la majorité des hommes et des femmes pourraient bien perdre toute valeur militaire et économique. Finie, la conscription en masse des deux guerres mondiales. Les armées les plus avancées du XXIe siècle s’en remettent bien davantage à la technologie de pointe. Plutôt que de chair à canon illimitée, les pays n’ont désormais besoin que de petits nombres de soldats bien entraînés, de nombres encore plus réduits de super-guerriers des forces spéciales, et d’une poignée d’experts sachant produire et utiliser une technologie sophistiquée. Les forces high-tech avec leurs drones sans pilote et leurs cybervers remplacent les armées de masse du XXe siècle, tandis que les généraux délèguent de plus en plus les décisions critiques à des algorithmes.

Voir aussi:

  • Un meilleur monde peut survenir de cette crise si nous agissons rapidement et conjointement, écrit le professeur Klaus Schwab.
  • Les changements que nous avons déjà observés face au COVID-19 prouvent qu’il est possible de repenser nos fondements économiques et sociaux.
  • Ceci est notre meilleure chance d’instaurer le capitalisme des parties prenantes – voici comment nous pouvons y parvenir.

Les confinements dus à la COVID-19 seront peut-être assouplis progressivement, mais l’inquiétude face aux perspectives sociales et économiques du monde ne fait que s’intensifier. Il y a de bonnes raisons de s’inquiéter : une forte récession économique a déjà commencé et nous pourrions être confrontés à la pire dépression depuis les années 1930. Mais, bien que cette conclusion soit probable, elle n’est pas inévitable.

Pour obtenir de meilleurs résultats, le monde doit agir conjointement et rapidement pour repenser tous les aspects de nos sociétés et économies, de l’éducation aux contrats sociaux en passant par les conditions de travail. Chaque pays, des États-Unis à la Chine, doit participer, et chaque industrie, du pétrole et du gaz à la technologie, doit être transformée. Pour faire simple, nous avons besoin d’une « Grande remise à zéro » du capitalisme.

Une nouvelle souche de coronavirus, le COVID 19, se répand dans le monde, provoquant des décès et des perturbations majeures de l’économie mondiale.

Répondre à cette crise nécessite une coopération mondiale entre les gouvernements, les organisations internationales et le monde des affaires. C’est justement la mission du Forum Économique Mondial en tant qu’organisation internationale de coopération public-privé.

Le Forum Économique Mondial, en tant que partenaire de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a lancé la plate-forme d’action COVID. Cette plate-forme vise à favoriser la contribution du secteur privé à la stratégie mondiale de santé publique relative au COVID-19, et à le faire à l’échelle et à la vitesse requises pour protéger des vies et des moyens de subsistance ; ceci afin de trouver des moyens d’aider à mettre fin à l’urgence mondiale le plus tôt possible.

En tant qu’organisation, le Forum a déjà prouvé qu’il pouvait aider à faire face à une épidémie. En 2017, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) a été lancée à l’occasion de notre réunion annuelle. Elle a rassemblé des experts du gouvernement, des entreprises, de la santé, du monde universitaire et de la société civile pour accélérer le développement de vaccins. La CEPI soutient actuellement la course au développement d’un vaccin contre cette souche de coronavirus.

De nombreuses raisons justifient de lancer cette Grande remise à zéro, mais la plus urgente est la COVID-19. À l’origine de centaines de milliers de morts à ce jour, la pandémie représente l’une des pires crises de santé publique qu’a récemment connue l’histoire. Et, les victimes continuant d’augmenter dans de nombreuses parties du monde, nous sommes loin d’en avoir fini avec cette crise.

Elle aura de graves conséquences à long terme sur la croissance économique, la dette publique, l’emploi et le bien-être humain. Selon le Financial Times, la dette publique mondiale a déjà atteint son plus haut niveau en temps de paix. De plus, le chômage monte en flèche dans de nombreux pays : aux États-Unis, par exemple, un travailleur sur quatre a déposé une demande de chômage depuis la mi-mars, avec de nouvelles demandes hebdomadaires dépassant largement les records historiques. Le Fonds monétaire international s’attend à ce que l’économie mondiale diminue de 3 % cette année – une baisse de 6,3 points de pourcentage en seulement quatre mois.

Tout cela va aggraver les crises climatiques et sociales déjà en cours. Certains pays ont déjà utilisé la crise de la COVID-19 comme prétexte pour alléger les mesures de protections environnementales et leur application. Et les frustrations liées aux fléaux sociaux comme l’augmentation des inégalités (la richesse combinée des milliardaires américains a augmenté pendant la crise) s’intensifient.

Si elles ne sont pas traitées, ces crises, ainsi que la COVID-19, vont s’intensifier et le monde sera encore moins durable, moins équitable et plus fragile. Des mesures incrémentielles et des solutions ad hoc ne suffiront pas à empêcher ce scénario. Nous devons construire des fondations entièrement nouvelles pour nos systèmes économiques et sociaux.

Le niveau de coopération et d’ambition que cela implique est sans précédent. Mais il ne s’agit pas d’un rêve impossible. En effet, un des points positifs de la pandémie est qu’elle a montré à quelle vitesse nous pouvions apporter des changements radicaux à nos modes de vie. Presque instantanément, la crise a contraint les entreprises et les particuliers à abandonner des pratiques longtemps considérées comme essentielles, des voyages aériens fréquents au travail dans un bureau.

De même, les populations ont massivement montré leur volonté de faire des sacrifices au nom des travailleurs de la santé et autres professions essentielles, ainsi que des populations vulnérables, telles que les personnes âgées. Et de nombreuses entreprises se sont mobilisées pour soutenir leurs employés, leurs clients et les communautés locales, en évoluant vers le type de capitalisme des parties prenantes auquel elles n’avaient auparavant accordé qu’un intérêt de pure forme.

De toute évidence, la volonté de construire une société meilleure existe. Nous devons l’utiliser pour mettre en application la Grande remise à zéro dont nous avons tant besoin. Cela nécessitera des gouvernements plus forts et plus efficaces, sans impliquer une volonté idéologique en faveur de gouvernements plus grands. Et cela exigera l’engagement du secteur privé à chaque étape du processus.

Le programme de Grande remise à zéro se composerait de trois éléments principaux. Le premier orienterait le marché vers des résultats plus justes. À cette fin, les gouvernements devraient améliorer la coordination (par exemple en matière de politique budgétaire, réglementaire et fiscale), moderniser les accords commerciaux et créer les conditions nécessaires à une « économie des parties prenantes ». À l’heure où l’assiette fiscale se dégrade tandis que la dette publique monte en flèche, les gouvernements ont de bonnes raisons de poursuivre une telle action.

De plus, les gouvernements devraient mettre en œuvre des réformes, attendues depuis longtemps, favorisant des résultats plus équitables. En fonction du pays, cela pourrait inclure des modifications de l’impôt sur la fortune, le retrait des subventions aux combustibles fossiles et de nouvelles règles régissant la propriété intellectuelle, le commerce et la concurrence.

Le deuxième élément d’un programme de Grande remise à zéro garantirait que les investissements permettent de réaliser des objectifs communs, tels que l’égalité et la durabilité. Ici, les programmes de dépenses à grande échelle mis en place par de nombreux gouvernements représentent une opportunité majeure de progrès. La Commission européenne, pour sa part, a dévoilé les plans d’un fonds de relance de 750 milliards d’euros (826 milliards de dollars). Les États-Unis, la Chine et le Japon ont également leurs propres plans de relance économique ambitieux.

Plutôt que d’utiliser ces fonds, ainsi que des investissements d’entités privées et de fonds de pension, pour combler les lacunes de l’ancien système, nous devrions les destiner à la création d’un nouveau plus résilient, équitable et durable à long terme. Cela signifie, par exemple, la construction d’infrastructures « vertes » en ville et la création d’incitations pour que les industries améliorent leur bilan en matière de mesures environnementales, sociales et de gouvernance (ESG).

La troisième et dernière priorité d’un programme de Grande remise à zéro est d’exploiter les innovations de la Quatrième révolution industrielle pour soutenir le bien public, notamment en relevant les défis sanitaires et sociaux. Pendant la crise de COVID-19, des entreprises, des universités et d’autres intervenants ont uni leurs forces pour développer des diagnostics, des thérapies et d’éventuels vaccins ; établir des centres de test ; créer des mécanismes de traçage des infections ; et proposer des services de télémédecine. Imaginez ce qui serait possible si de tels efforts étaient déployés dans tous les secteurs.

Aux quatre coins du monde, chaque facette de la vie des gens est affectée par la crise de COVID-19. Mais elle ne peut pas uniquement être synonyme de tragédie. Au contraire, la pandémie représente une fenêtre d’opportunité rare mais étroite pour repenser, réinventer et réinitialiser notre monde afin de créer un avenir plus sain, plus équitable et plus prospère.

Voir également:

The Washington Post
March 13, 2021

If President Biden gets his way, the national minimum wage will be $15 an hour, immigrants without legal status will receive an eight-year path to citizenship, firearms will be harder to purchase, votes will be easier to cast and Americans will head back to work in 10 million new clean-energy jobs.

And that’s just the beginning.

Since taking office, Biden has outlined a sweeping agenda that has delighted members of the party’s liberal wing, who were skeptical that a former Senate institutionalist known for moderation would push through policies aimed at transforming the nation. The first big victory came this past week, when Democrats approved an expansive $1.9 trillion coronavirus relief bill containing numerous long-sought liberal initiatives.

“It is absolutely a bold and transformative and progressive agenda,” said Rep. Pramila Jayapal (D-Wash.), chair of the Congressional Progressive Caucus. “Where candidate Joe Biden started is different from where President Joe Biden started.”

But Biden’s broad ambitions — especially on issues such as climate change and immigration — could also backfire, putting moderate Democrats at risk in the 2022 midterms and giving Republicans ammunition to portray the president as a left-leaning radical. Some Democrats are already raising alarms about the scale of some of Biden’s proposals on immigration and infrastructure, casting doubt on their prospects.

“We’ve been touting the socialist agenda now for more than two years, and everything we warned voters about is coming to fruition,” said Michael McAdams, the communications director for the National Republican Congressional Committee, which works to elect Republicans to the House. “We warned voters that Biden would destroy energy jobs, and Biden did that on day one. We warned voters that Biden would destroy the border, and we’re seeing a border crisis unfold before our very eyes.”

McAdams added: “That all makes taking back the House within our reach, and we’re going to be reminding voters of Biden’s socialist agenda day in and day out.”

Doug Andres, press secretary for Senate Minority Leader Mitch McConnell (R-Ky.), said that while Democrats are still on a “sugar high” from the coronavirus relief bill, when that wears off and as the Biden administration tries to push through additional legislation, Republicans are hopeful they can exact a political price.

“At some point in time, the tide will turn against them,” Andres said. “What’s really going to hurt Democrats is wild spending and policies that are just out of step with most Americans. It’s classic Democratic overreach.”

The Democratic Party, not known for marching in lock-step, has been extraordinarily united around the relief package, which Democrats cast as a response to a national emergency requiring immediate action. The legislation is broadly popular with the majority of the country, and especially with Democrats, peppered through with many of the party’s top priorities.

The coronavirus package, for instance, not only provides $1,400 checks to many struggling Americans and money to help ensure that the nation can be fully vaccinated by the end of the year, but it also extends unemployment insurance, helps bail out roughly 185 union pension plans on the verge of collapse, provides aid and debt relief to disadvantaged Black farmers and seeks to cut U.S. childhood poverty in half through expanded tax credits.

But there are concerns about the prospects of preserving party unity — and winning over Republicans — as Biden’s agenda moves toward issues that historically have been more divisive.

“We have to have bipartisan cooperation if we’re going to tackle these items,” said Rep. G.K. Butterfield (D-N.C.). “Immigration has been lingering since I first came to Congress, and that was 16 years ago. . . . We don’t want to pass these with Democratic votes alone. And I’m not talking about one or two Republicans; I’m talking about a significant number of votes from the opposing party.”

While a major infusion of funds for infrastructure projects sits on the horizon, Butterfield and others are calling for potential tax hikes to help pay for new spending. House Democrats this coming week are planning to vote on legislation that would offer a pathway to citizenship for children brought to the United States illegally by their parents. That legislation is politically popular, but it could make a broader immigration overhaul more difficult.

The president and his top advisers are still assessing what legislation to take up next and what the scope of their next project will be. Any infrastructure package, for instance, will almost certainly help rebuild the nation’s crumbling roads and bridges, but it could also include expanding broadband access to rural parts of the country and a significant climate change and green infrastructure component.

Senior administration officials are working on recommendations to deliver to Biden on various options for sequencing what to take up next, one official said. There have also been preliminary discussions with top congressional leadership, according to a second official. The officials spoke on the condition of anonymity to discuss internal deliberations.

“He didn’t run for president to set aside issues and not advance them,” said Anita Dunn, a senior Biden adviser. “These are all things he said on the campaign trail. Nobody should be surprised by what he is doing now that he’s been elected president.”

The Congressional Progressive Caucus has requested a meeting with White House Chief of Staff Ron Klain and Biden to talk about the strategy for passing a federal minimum wage increase to $15 an hour. Biden had proposed the increase as part of his coronavirus relief legislation, but he also quickly conceded that he thought the Senate parliamentarian would rule that it couldn’t be included — which was exactly what happened.

There is some amount of irony that Biden, who was among the most moderate Democrats in a sprawling field of some two dozen presidential contenders, has emerged as a liberal champion. And the next phase of Biden’s presidency will also test his ability to use a more understated demeanor to sell policies that restructure broad swaths of the U.S. economy and social policy. One of his former opponents, Andrew Yang, said last year that “the magic of Joe Biden is that everything he does becomes the new reasonable.”

Louisville Mayor Greg Fischer (D), president of the U.S. Conference of Mayors, ticked off a list of Democratic priorities that were largely in line with Biden’s agenda: infrastructure, immigration, reducing gun violence and increasing the minimum wage.

“I don’t think it’s radical,” Fischer said. “I just think we’ve become so paralyzed over the last decade.”

Michigan Gov. Gretchen Whitmer (D) said she believed that Biden’s more populist agenda had appeal in her state — which was key to Biden winning the presidency — as long as it focused on the needs of average Americans.

“I think it’s important to be bold but stay focused on fundamentals,” she said. “The infrastructure package that should be teed up next is so crucial.”

Biden has broadly focused the opening of his presidency first on the relief package meant to stem the immediate challenges from the coronavirus and next on a yet-to-be-unveiled recovery proposal that would fix what he views as more structural problems that have previously existed but that have been exacerbated by the pandemic.

He is also under pressure to keep pledges he made earlier in his campaign, before the pandemic upended the country and its politics. He said he would pursue an assault weapons ban and enhanced background checks — as called for under legislation passed by the House on Thursday — to make it harder to buy guns.

Biden has moved more aggressively on climate change than almost any other front, using his executive authority to curb fossil fuel development starting on his first day in office. These policies have thrilled liberals, but could put centrist Democrats in a difficult position if the administration cannot deliver on its promise to generate new jobs for Americans dependent on oil, gas and coal, along with other industries, such as logging.

Within hours of his inauguration, Biden vetoed the Keystone XL pipeline project and recommitted the United States to the global climate accord forged in Paris in 2015. Days later, he halted all new oil and gas leasing on federal land. Those measures, along with a raft of other policies that will place a priority on curbing greenhouse gas emissions linked to climate change, have already prompted pushback from business groups and many Republicans, as well as some Democrats in oil- and gas-producing states.

On immigration, Biden immediately reversed some of Trump’s policies. He ended the ban on travel from Muslim-majority countries, and he rescinded the emergency order that was used to fund the wall along the Mexican border. But he also wants to provide a pathway to citizenship for nearly 11 million undocumented immigrants, expand the number of visas and green cards, and make it easier for asylum seekers to enter the United States.

“The biggest issue right now where I think Democrats are way over their skis is immigration,” said Chris Hartline, spokesman for the National Republican Senatorial Committee. “Democrats saw the 2020 election as a repudiation of all of Trump’s policies and all of the Republicans’ policies, when, in fact, the things we’ve proposed on immigration are very popular, in a way that not just unifies our base, but also helps us bring back a lot of the moderates and independents and Hispanic voters.”

Democrats say they have learned lessons from the years of deep partisanship and vitriol that have cleaved apart the nation, and now feel increasingly emboldened to pursue what they believe is the best policy.

“I’ve long come to terms with the fact that Republicans will attack Democrats on what they consider controversial issues no matter what steps we take, and that our job is not to fear what the attacks are, but to lean in to what we believe and explain it to the American people,” said Guy Cecil, chairman of Priorities USA, a Democratic super PAC. “Even if Joe Biden funded the [Trump border] wall, Republicans would be complaining about the color of the wall, the material used.”

“Part of this is the Republican Party has moved to a crazy place,” Hammill said. “If they’re now the party of conspiracy theories and right-wing ideology, are we just supposed to give up because they won’t vote for anything?”

Biden advisers — many of whom also worked in the Obama administration — say their experience with former president Barack Obama’s 2009 stimulus package has informed their current road map. No one remembers, they say, the three moderate Republican senators who voted for the bill, and for voters, all that matters will be the final results. Klain, for instance, has repeatedly reassured colleagues that the country will be unified when every American gets their vaccine doses and their coronavirus relief checks, these people said.

Last month, Sen. Bernie Sanders (I-Vt.) was in the Oval Office for a meeting with Biden. He glanced up and considered the large portrait of Franklin D. Roosevelt hanging over the fireplace.

“Like Roosevelt understood during the Great Depression, Joe Biden understands this country today faces a series of unprecedented crises,” Sanders, who ran against Biden in the 2020 primary, said in an interview.

“What Joe Biden concluded is that if his administration is going to mean anything, it has got to think big, not small, and it has got to address these unprecedented crises in an unprecedented way. In that regard, he is off to a very, very good start.

Juliet Eilperin contributed to this report.

Voir de même:

LE DECOUPLAGE

Yuval Noah Harari(2015)

/…/

Sur les vastes champs de bataille des guerres industrielles modernes et sur les chaînes de production en série des économies industrielles modernes, chaque homme comptait. Chaque main capable de tenir un fusil ou d’actionner une manette était précieuse. (…) Jusque vers 1800, l’immense majorité des gens travaillaient dans l’agriculture, et une minorité seulement dans l’industrie et les services. La plupart se mirent à travailler dans l’industrie, mais un nombre croissant trouva aussi du travail dans les services. Ces dernières décennies, les pays ont connu une autre révolution, le déclin des emplois industriels, accompagné d’un essor des services. Tant que les machines ne rivalisaient avec les hommes que par leurs capacités physiques, il restait d’innombrables tâches cognitives dont les hommes s’acquittaient mieux.

/…/ Au XXIe siècle, toutefois, la majorité des hommes et des femmes pourraient bien perdre toute valeur militaire et économique. Finie, la conscription en masse des deux guerres mondiales. Les armées les plus avancées du XXIe siècle s’en remettent bien davantage à la technologie de pointe. Plutôt que de chair à canon illimitée, les pays n’ont désormais besoin que de petits nombres de soldats bien entraînés, de nombres encore plus réduits de super-guerriers des forces spéciales, et d’une poignée d’experts sachant produire et utiliser une technologie sophistiquée. Les forces high-tech avec leurs drones sans pilote et leurs cyber-vers remplacent les armées de masse du XXe siècle, tandis que les généraux délèguent de plus en plus les décisions critiques à des algorithmes.

En dehors de leur imprévisibilité et de leur vulnérabilité à la peur, la faim et lafatigue, les soldats de chair et de sang pensent et évoluent sur une échelle demoins en moins pertinente. Du temps de Nabuchodonosor à celui de SaddamHussein, et malgré une myriade de progrès techniques, la guerre en est restée au calendrier organique. Les discussions duraient des heures, les batailles prenaientdes jours, et les guerres s’étalaient sur des années. Les cyber-guerres, elles, peuvent ne durer que quelques minutes. (…) Il est significatif que, dès aujourd’hui, dans maints conflits asymétriques, la majorité des citoyens en soient réduits à servir de boucliers humains à des armements avancés. Même si vous vous préoccupez plus de justice que de victoire, vous choisiriez probablement de remplacer vos soldats et pilotes par des robots et drones autonomes. Les soldats massacrent, violent, pillent, et même quand ils essaient de bien se conduire, ils tuent trop souvent des civils par erreur. Des ordinateurs programmés selon des algorithmes éthiques se conformeraient bien plusaisément aux derniers arrêts de la Cour pénale internationale.

Dans la sphère économique également, la capacité de tenir un marteau ou d’appuyer sur un bouton devient moins précieuse qu’auparavant, ce qui met en danger l’alliance critique entre libéralisme et capitalisme. (…) Dans le passé, il y avait quantité de choses que seuls les humains pouvaient faire. Désormais, robots et ordinateurs rattrapent leur retard et pourraient bientôt surpasser les hommes dans la plupart des tâches. (…)Tôt ou tard, prédisent certains économistes, les humains non augmentés deviendront totalement inutiles. D’ores et déjà, robots et imprimantes 3D remplacent les ouvriers dans diverses tâches manuelles comme la production de chemises, et des algorithmes très intelligents feront de même pour les activités des cols-blancs. Employés de banque et agents de voyages, qui, il y a peu, paraissaient totalement à l’abri de l’automation, sont devenus une espèce menacée. Quel besoin avons-nous d’agents de voyages quand nous pouvons nous servir de nos smartphones pour acheter des billets d’avion à partir d’un algorithme ? Les négociateurs en Bourse sont aussi en danger. Aujourd’hui, l’essentiel des transactions financières est déjà géré par des algorithmes informatiques qui, en une seconde, peuvent traiter plus de données qu’un être humain en une année, et réagir bien plus vite aux données qu’il n’en faut à un être humain pour cligner des yeux.

/… / Les films et séries télé donnent l’impression que les avocats passent leurs journées au tribunal à crier« Objection ! » et à prononcer des discours véhéments. La plupart des avocatsordinaires passent pourtant leur temps à éplucher des dossiers interminables, àrechercher des précédents, des failles et de minuscules éléments de preuvepotentiellement pertinents. Les uns sont occupés à essayer d’imaginer ce qui estarrivé la nuit où monsieur X a été assassiné ou à élaborer un contrat commercialqui protégera leur client contre toute éventualité. Quel sera le sort de tous ces avocats le jour où des algorithmes sophistiqués pourront repérer davantage deprécédents en un jour qu’un homme ne peut le faire de toute sa vie, et qu’il suffira d’appuyer sur un bouton pour qu’un scan du cerveau révèle mensonges et tromperies ? Même des avocats et des détectives chevronnés ne sauraient repérer la duplicité à l’intonation ou aux expressions du visage. Le mensonge implique cependant d’autres zones du cerveau que celles utilisées pour dire la vérité. Nous n’en sommes pas encore là, mais il est concevable que, dans un avenir pas si lointain, les scanners d’IRMf puissent être des détecteurs de la vérité presque infaillibles. Que deviendront les millions d’avocats, de juges, de policiers et dedétectives ? Peut-être leur faudrait-il songer à reprendre les études pour apprendre une nouvelle profession.

En entrant dans la salle de cours, cependant, ils pourraient bien découvrir que les algorithmes les y ont précédés. Des sociétés comme Mindojo sont en train de mettre au point des algorithmes interactifs qui ne se contenteront pas dem’enseigner les maths, la physique et l’histoire ; dans le même temps ilsm’étudieront et apprendront à savoir exactement qui je suis. Les enseignantsnumériques surveilleront de près chacune de mes réponses, et le temps qu’il mefaut pour les donner. Avec le temps, ils sauront discerner mes faiblesses aussibien que mes forces, et identifieront ce qui me plaît ou ce qui m’ennuie. Ils pourraient adapter l’enseignement de la thermodynamique ou de la géométrie à ma personnalité selon une méthode qui ne convient pas à 99 % des autres élèves. Et ces enseignants numériques ne perdront jamais patience, ne me crieront jamais dessus et ne se mettront jamais en grève. Le problème, c’est qu’on ne voit pas très bien pourquoi diable j’aurais besoin de connaître la thermodynamique ou la géométrie dans un monde contenant des programmes informatiques aussi intelligents.

Même les médecins sont une proie idéale pour les algorithmes. La toutepremière tâche d’un médecin est de diagnostiquer correctement les maladies,puis de suggérer le meilleur traitement disponible. (…) Une intelligence artificielle (…) a d’immenses avantages potentiels sur les médecins humains. Premièrement, elle peut stocker dans ses banques de données des informations sur toutes les maladies connues et tous les médicaments. Elle peut les mettre à jour quotidiennement, pas seulement en actualisant les résultatsdes nouvelles recherches, mais aussi avec les statistiques médicales de tous les hôpitaux et cliniques du monde. Deuxièmement, Watson aura une connaissance intime non seulement de mon génome et de mes antécédents médicaux au jour le jour, mais aussi du génome et des antécédents de mes parents, frères et sœurs, cousins, voisins et amis. Il saura instantanément si j’ai visité dernièrement un pays tropical, si j’ai des infections gastriques récurrentes, s’il y a eu des cas de cancers intestinaux dans ma famille ou si, ce matin même, d’autres habitants de ma ville se plaignent de diarrhée. Troisièmement, Watson ne sera jamais fatigué, affamé ni malade. (…) Cette menace plane au-dessus de la tête des généralistes, mais aussi des experts. Il pourrait se révéler plus facile de remplacer les médecins spécialisés dans des domaines aussi pointus que le diagnostic du cancer. Lors d’une expérience récente, un algorithme informatique a diagnostiqué correctement 90 % des cancers du poumon qui lui étaient présentés, alors que les médecinshumains n’en diagnostiquaient que 50 %.

Comme les machines se chargeaient des travaux purement manuels, les hommes se sont concentrés sur ceux qui nécessitaient au moins certaines compétences cognitives. Penser que les êtres humains auront toujours des aptitudes uniques hors de portée des algorithmes non conscients, c’est prendre ses désirs pour des réalités. Pour l’heure, certes, il est de nombreuses choses que les algorithmes organiques font mieux que les non organiques, et les experts ont dit et répété que quelque chose demeurera « à jamais » hors de portée des algorithmes non organiques. Aujourd’hui, les programmes de reconnaissance faciale sont capables d’identifier les gens bien plus efficacement et rapidement que les êtres humains.

/…/ La formation d’un médecin humain est un processus cher et compliqué qui demande des années. À son terme, après une dizaine d’années d’études et d’internat, vous n’avez jamais qu’un médecin. Si vous en voulez deux, il faut recommencer le processus à zéro. En revanche, si vous parvenez à résoudre les problèmes techniques (…), vous n’aurez pas un seul, mais un nombre infini de médecins, disponibles sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, dans tous les coins du monde. Donc, même si son entrée en service coûte 100 milliards de dollars, à la longue cela reviendrait bien moins cher que la formation de médecins humains.

Bien entendu, tous les médecins humains ne disparaîtront pas. On peut s’attendre à ce que les tâches qui exigent davantage de créativité qu’un banal diagnostic restent entre les mains des hommes. De la même façon que les armées du XXIe siècle accroissent les effectifs de leurs forces d’élite spéciales, les futurs services de soins pourraient accueillir en force les équivalents médicaux des rangers de l’armée de terre ou les groupes de guerre navale spéciale (SEAL). Toutefois, de même que les armées n’ont plus besoin de millions de GI, les futurs services de santé n’auront plus besoin de millions de généralistes. /…/

Que faire des surnuméraires ? Ce pourrait bien être la question économique la plus importante du XXIe siècle. Que feront les humains conscients le jour où nous aurons des algorithmes non conscients, capables de presque tout faire mieux que nous ?

/…/ Ces dernières décennies, les pays ont connu une autre révolution, le déclin des emplois industriels, accompagné d’un essor des services. En 2010, 2 % seulement des Américains travaillaient dans l’agriculture, 20 % dansl’industrie, et 78 % comme enseignants, médecins, web designers, etc. Que ferons-nous quand des algorithmes stupides seront capables d’enseigner, de diagnostiquer et de dessiner mieux que des êtres humains ?

/…/ Même les managers en charge de toutes ces activités sont remplaçables. Grâce à ses puissants algorithmes, Uber peut gérer des millions de chauffeurs de taxi avec une poignée d’humains seulement. La plupart des ordres sont donnés parles algorithmes qui ne nécessitent pas la moindre supervision humaine.

/…/ Tandis que les algorithmes chassent les hommes du marché du travail, la richesse et le pouvoir pourraient bien se concentrer entre les mains de la minuscule élite qui possède les algorithmes tout-puissants, ce qui créerait une inégalité sociale et politique sans précédent.

/… / En septembre 2013, deux chercheurs d’Oxford, Carl Benedikt Frey et MichaelA. Osborne, publièrent une étude sur « l’avenir de l’emploi », où ils examinaient la probabilité que différentes professions soient reprises par des algorithmes informatiques au cours des vingt prochaines années. L’algorithme mis au point par Frey et Osborne pour faire leurs calculs estimait à 47 % la part des emplois américains très exposés. Par exemple, il est probable à 99 % qu’en 2033 les télémarketeurs et les courtiers d’assurance perdront leur emploi au profit d’algorithmes ; la probabilité que les arbitres sportifs connaissent le même sort est de 98 %, elle est de 97 % pour les caissières, 96 % pour les chefs cuisiniers, 94 % pour les serveurs et les assistants juridiques, 91 % pour les guides touristiques, 89 % pour les boulangers et les chauffeurs de bus, 88 % pour les ouvriers du bâtiment, 86 % pour les aides vétérinaires, 84 % pour les agents de sécurité, 83 % pour les marins, 77 % pour les barmen, 76 % pour les archivistes, 72 % pour les menuisiers, 67 % pour les maîtres nageurs, et ainsi de suite.

/…/ L’aubaine technologique à venir permettra probablement de nourrir et d’entretenir ces masses inutiles sans qu’elles aient même à lever le petit doigt. Mais qu’est-ce qui pourra les tenir occupées et les satisfaire ? Les gens ont besoin de faire quelque chose, sous peine de devenir fous. Que feront-ils de leurs journées ? La drogue ou les jeux vidéo pourraient être une des réponses. Les inutiles pourraient passer toujours plus de temps dans les mondes de la réalité virtuelle en 3D, qui leur procurerait bien plus d’excitation et d’intensité émotionnelle que la glauque réalité extérieure. Une telle évolution porterait cependant un coup mortel à la croyance libérale au caractère sacré de la vie et des expériences humaines. Qu’y a-t-il de sacré dans des clochards qui passent leurs journées à se gaver d’expériences artificielles dans La La Land ?

/…/  la croyance en l’individualisme s’effondrera et l’autorité sera transférée des individus aux algorithmes en réseau. Les êtres humains cesseront de se voir comme des êtres autonomes qui mènent leur vie à leur guise pour s’habituer à se voir comme un assemblage de mécanismes biochimiques constamment surveillé et guidé par des algorithmes électroniques. (…) Pour ce qui est de la médecine, la ligne a déjà été franchie. Dans les hôpitaux, nous ne sommes plus des individus. Il est très probable que, de votre vivant, nombre des décisions les plus importantes prises pour votre corps et votre santé seront le fait d’algorithmes informatiques tels que Watson d’IBM. Et ce n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle. Les diabétiques portent déjà des capteurs qui contrôlent automatiquement leur niveau de sucre plusieurs fois par jour, et qui les alerte chaque fois qu’il franchit un seuil dangereux. (…) Beaucoup d’autres personnes qui ne souffrent d’aucune maladie grave ont commencé à utiliser des capteurs portables pour surveiller leur santé et leurs activités. Ces appareils – intégrés à toutes sortes d’objets, des smartphones et des montres bracelets aux brassards ou aux sous-vêtements – enregistrent diverses données biométriques telles que la tension et le rythme cardiaque. Les données sont ensuite entrées dans des programmes informatiques sophistiqués qui indiquent alors au porteur comment modifier son régime et ses habitudes quotidiennes pour jouir d’une meilleure santé et d’une vie plus longue et plus productive (…) L’application Deadline va encore plus loin, puisqu’elle vous informe du nombre d’années qu’il vous reste à vivre compte tenu de vos habitudes actuelles (…) la société Bedpost commercialise des brassards biométriques à porter lors des relations sexuelles. Le brassard recueille diverses données : rythme cardiaque, niveau de transpiration, durée des rapports et de l’orgasme, nombre de calories brûlées. Les données sont alors entrées dans un ordinateur qui analyse l’information et note précisément votre performance. Finis, les orgasmes simulés et les « pour toi, c’était comment (26) ? (…) Imaginez un système qui, pour reprendre les mots de la célèbre chanson du groupe Police, surveille chacune de vos respirations, chacun de vos mouvements et les liens que vous brisez ; un système qui surveille votre compte en banque et votre rythme cardiaque, votre niveau de glucose et vos escapades sexuelles. (…) Google nous conseillera quel film voir, où aller en vacances, quelle matière étudier à la fac, quelle offre d’emploi accepter, voire avec qui sortir et qui épouser.  (…) En échange de conseils aussi précieux, il nous faudra simplement renoncer à l’idée que les êtres humains sont des individus, que chaque humain a son libre arbitre pour déterminer ce qui est bien, ce qui est beau, et le sens de la vie. (…) Des coutumes libérales comme les élections démocratiques vont devenir obsolètes : Google saura même représenter mes opinions politiques mieux que moi.  (…) Comment Facebook pourrait-il obtenir ces données politiques d’une valeur inestimable ? C’est nous qui les lui donnons gratuitement. À l’apogée de l’impérialisme européen, conquistadors et marchands achetaient des îles et des contrées entières contre des perles de couleur. Au XXIe siècle, nos données personnelles sont probablement la ressource la plus précieuse que la plupart des humains puissent encore offrir, et nous les donnons aux géants de la technologie en échange de services de messagerie et de vidéos de chats.

Voir de plus:

Yuval Noah Harari on big data, Google and the end of free will

Forget about listening to ourselves. In the age of data, algorithms have the answer, writes the historian Yuval Noah Harari

Yuval Noah Harari

August 26 2016

For thousands of years humans believed that authority came from the gods. Then, during the modern era, humanism gradually shifted authority from deities to people. Jean-Jacques Rousseau summed up this revolution in Emile, his 1762 treatise on education. When looking for the rules of conduct in life, Rousseau found them “in the depths of my heart, traced by nature in characters which nothing can efface. I need only consult myself with regard to what I wish to do; what I feel to be good is good, what I feel to be bad is bad.” Humanist thinkers such as Rousseau convinced us that our own feelings and desires were the ultimate source of meaning, and that our free will was, therefore, the highest authority of all.

Now, a fresh shift is taking place. Just as divine authority was legitimised by religious mythologies, and human authority was legitimised by humanist ideologies, so high-tech gurus and Silicon Valley prophets are creating a new universal narrative that legitimises the authority of algorithms and Big Data. This novel creed may be called “Dataism”. In its extreme form, proponents of the Dataist worldview perceive the entire universe as a flow of data, see organisms as little more than biochemical algorithms and believe that humanity’s cosmic vocation is to create an all-encompassing data-processing system — and then merge into it.

We are already becoming tiny chips inside a giant system that nobody really understands. Every day I absorb countless data bits through emails, phone calls and articles; process the data; and transmit back new bits through more emails, phone calls and articles. I don’t really know where I fit into the great scheme of things, and how my bits of data connect with the bits produced by billions of other humans and computers. I don’t have time to find out, because I am too busy answering emails. This relentless dataflow sparks new inventions and disruptions that nobody plans, controls or comprehends. Related article Books Planet of the apps — have we paved the way for our own extinction?

But no one needs to understand. All you need to do is answer your emails faster. Just as free-market capitalists believe in the invisible hand of the market, so Dataists believe in the invisible hand of the dataflow. As the global data-processing system becomes all-knowing and all-powerful, so connecting to the system becomes the source of all meaning. The new motto says: “If you experience something — record it. If you record something — upload it. If you upload something — share it.”

Dataists further believe that given enough biometric data and computing power, this all-encompassing system could understand humans much better than we understand ourselves. Once that happens, humans will lose their authority, and humanist practices such as democratic elections will become as obsolete as rain dances and flint knives.

When Michael Gove announced his shortlived candidacy to become Britain’s prime minister in the wake of June’s Brexit vote, he explained: “In every step in my political life I have asked myself one question, ‘What is the right thing to do? What does your heart tell you?’” That’s why, according to Gove, he had fought so hard for Brexit, and that’s why he felt compelled to backstab his erstwhile ally Boris Johnson and bid for the alpha-dog position himself — because his heart told him to do it.

Gove is not alone in listening to his heart in critical moments. For the past few centuries humanism has seen the human heart as the supreme source of authority not merely in politics but in every other field of activity. From infancy we are bombarded with a barrage of humanist slogans counselling us: “Listen to yourself, be true to yourself, trust yourself, follow your heart, do what feels good.”

In politics, we believe that authority depends on the free choices of ordinary voters. In market economics, we maintain that the customer is always right. Humanist art thinks that beauty is in the eye of the beholder; humanist education teaches us to think for ourselves; and humanist ethics advise us that if it feels good, we should go ahead and do it.

Of course, humanist ethics often run into difficulties in situations when something that makes me feel good makes you feel bad. For example, every year for the past decade the Israeli LGBT community has held a gay parade in the streets of Jerusalem. It is a unique day of harmony in this conflict-riven city, because it is the one occasion when religious Jews, Muslims and Christians suddenly find a common cause — they all fume in accord against the gay parade. What’s really interesting, though, is the argument the religious fanatics use. They don’t say: “You shouldn’t hold a gay parade because God forbids homosexuality.” Rather, they explain to every available microphone and TV camera that “seeing a gay parade passing through the holy city of Jerusalem hurts our feelings. Just as gay people want us to respect their feelings, they should respect ours.” It doesn’t matter what you think about this particular conundrum; it is far more important to understand that in a humanist society, ethical and political debates are conducted in the name of conflicting human feelings, rather than in the name of divine commandments.

Yet humanism is now facing an existential challenge and the idea of “free will” is under threat. Scientific insights into the way our brains and bodies work suggest that our feelings are not some uniquely human spiritual quality. Rather, they are biochemical mechanisms that all mammals and birds use in order to make decisions by quickly calculating probabilities of survival and reproduction.

Contrary to popular opinion, feelings aren’t the opposite of rationality; they are evolutionary rationality made flesh. When a baboon, giraffe or human sees a lion, fear arises because a biochemical algorithm calculates the relevant data and concludes that the probability of death is high. Similarly, feelings of sexual attraction arise when other biochemical algorithms calculate that a nearby individual offers a high probability for successful mating. These biochemical algorithms have evolved and improved through millions of years of evolution. If the feelings of some ancient ancestor made a mistake, the genes shaping these feelings did not pass on to the next generation.

Even though humanists were wrong to think that our feelings reflected some mysterious “free will”, up until now humanism still made very good practical sense. For although there was nothing magical about our feelings, they were nevertheless the best method in the universe for making decisions — and no outside system could hope to understand my feelings better than me. Even if the Catholic Church or the Soviet KGB spied on me every minute of every day, they lacked the biological knowledge and the computing power necessary to calculate the biochemical processes shaping my desires and choices. Hence, humanism was correct in telling people to follow their own heart. If you had to choose between listening to the Bible and listening to your feelings, it was much better to listen to your feelings. The Bible represented the opinions and biases of a few priests in ancient Jerusalem. Your feelings, in contrast, represented the accumulated wisdom of millions of years of evolution that have passed the most rigorous quality-control tests of natural selection.

However, as the Church and the KGB give way to Google and Facebook, humanism loses its practical advantages. For we are now at the confluence of two scientific tidal waves. On the one hand, biologists are deciphering the mysteries of the human body and, in particular, of the brain and of human feelings. At the same time, computer scientists are giving us unprecedented data-processing power. When you put the two together, you get external systems that can monitor and understand my feelings much better than I can. Once Big Data systems know me better than I know myself, authority will shift from humans to algorithms. Big Data could then empower Big Brother.

This has already happened in the field of medicine. The most important medical decisions in your life are increasingly based not on your feelings of illness or wellness, or even on the informed predictions of your doctor — but on the calculations of computers who know you better than you know yourself. A recent example of this process is the case of the actress Angelina Jolie. In 2013, Jolie took a genetic test that proved she was carrying a dangerous mutation of the BRCA1 gene. According to statistical databases, women carrying this mutation have an 87 per cent probability of developing breast cancer. Although at the time Jolie did not have cancer, she decided to pre-empt the disease and undergo a double mastectomy. She didn’t feel ill but she wisely decided to listen to the computer algorithms. “You may not feel anything is wrong,” said the algorithms, “but there is a time bomb ticking in your DNA. Do something about it — now!” Authority will shift from humans to computer algorithms.

What is already happening in medicine is likely to take place in more and more fields. It starts with simple things, like which book to buy and read. How do humanists choose a book? They go to a bookstore, wander between the aisles, flip through one book and read the first few sentences of another, until some gut feeling connects them to a particular tome. Dataists use Amazon. As I enter the Amazon virtual store, a message pops up and tells me: “I know which books you liked in the past. People with similar tastes also tend to love this or that new book.”

This is just the beginning. Devices such as Amazon’s Kindle are able constantly to collect data on their users while they are reading books. Your Kindle can monitor which parts of a book you read quickly, and which slowly; on which page you took a break, and on which sentence you abandoned the book, never to pick it up again. If Kindle was to be upgraded with face recognition software and biometric sensors, it would know how each sentence influenced your heart rate and blood pressure. It would know what made you laugh, what made you sad, what made you angry. Soon, books will read you while you are reading them. And whereas you quickly forget most of what you read, computer programs need never forget. Such data should eventually enable Amazon to choose books for you with uncanny precision. It will also allow Amazon to know exactly who you are, and how to press your emotional buttons.

Take this to its logical conclusion, and eventually people may give algorithms the authority to make the most important decisions in their lives, such as who to marry. In medieval Europe, priests and parents had the authority to choose your mate for you. In humanist societies we give this authority to our feelings. In a Dataist society I will ask Google to choose. “Listen, Google,” I will say, “both John and Paul are courting me. I like both of them, but in a different way, and it’s so hard to make up my mind. Given everything you know, what do you advise me to do?”

And Google will answer: “Well, I know you from the day you were born. I have read all your emails, recorded all your phone calls, and know your favourite films, your DNA and the entire biometric history of your heart. I have exact data about each date you went on, and I can show you second-by-second graphs of your heart rate, blood pressure and sugar levels whenever you went on a date with John or Paul. And, naturally enough, I know them as well as I know you. Based on all this information, on my superb algorithms and on decades’ worth of statistics about millions of relationships — I advise you to go with John, with an 87 per cent probability of being more satisfied with him in the long run.

“Indeed, I know you so well that I even know you don’t like this answer. Paul is much more handsome than John and, because you give external appearances too much weight, you secretly wanted me to say ‘Paul’. Looks matter, of course, but not as much as you think. Your biochemical algorithms — which evolved tens of thousands of years ago in the African savannah — give external beauty a weight of 35 per cent in their overall rating of potential mates. My algorithms — which are based on the most up-to-date studies and statistics — say that looks have only a 14 per cent impact on the long-term success of romantic relationships. So, even though I took Paul’s beauty into account, I still tell you that you would be better off with John.”

Google won’t have to be perfect. It won’t have to be correct all the time. It will just have to be better on average than me. And that is not so difficult, because most people don’t know themselves very well, and most people often make terrible mistakes in the most important decisions of their lives. The Dataist worldview is very attractive to politicians, business people and ordinary consumers because it offers groundbreaking technologies and immense new powers. For all the fear of missing our privacy and our free choice, when consumers have to choose between keeping their privacy and having access to far superior healthcare — most will choose health.

For scholars and intellectuals, Dataism promises to provide the scientific Holy Grail that has eluded us for centuries: a single overarching theory that unifies all the scientific disciplines from musicology through economics, all the way to biology. According to Dataism, Beethoven’s Fifth Symphony, a stock-exchange bubble and the flu virus are just three patterns of dataflow that can be analysed using the same basic concepts and tools. This idea is extremely attractive. It gives all scientists a common language, builds bridges over academic rifts and easily exports insights across disciplinary borders.

Of course, like previous all-encompassing dogmas, Dataism, too, may be founded on a misunderstanding of life. In particular, Dataism has no answer to the notorious “hard problem of consciousness”. At present we are very far from explaining consciousness in terms of data-processing. Why is it that when billions of neurons in the brain fire particular signals to one another, a subjective feeling of love or fear or anger appears? We don’t have a clue.

But even if Dataism is wrong about life, it may still conquer the world. Many previous creeds gained enormous popularity and power despite their factual mistakes. If Christianity and communism could do it, why not Dataism? Dataism has especially good prospects, because it is currently spreading across all scientific disciplines. A unified scientific paradigm may easily become an unassailable dogma.

If you don’t like this, and you want to stay beyond the reach of the algorithms, there is probably just one piece of advice to give you, the oldest in the book: know thyself. In the end, it’s a simple empirical question. As long as you have greater insight and self-knowledge than the algorithms, your choices will still be superior and you will keep at least some authority in your hands. If the algorithms nevertheless seem poised to take over, it is mainly because most human beings hardly know themselves at all.

Yuval Noah Harari is the author of ‘Homo Deus: A Brief History of Tomorrow’, published by Harvill Secker on September 8. He will be speaking in London, Cambridge, Manchester and Bristol.

Voir encore:

iLawyer: What Happens When Computers Replace Attorneys?

In the end, after you’ve stripped away their six-figure degrees, their state bar memberships, and their proclivity for capitalizing Odd Words, lawyers are just another breed of knowledge worker. They’re paid to research, analyze, write, and argue — not unlike an academic, a journalist, or an accountant. So when software comes along that’s smarter or more efficient at those tasks than a human with a JD, it spells trouble.

That’s one of the issues the Wall Street Journal raised yesterday in an article on the ways computer algorithms are slowly replacing human eyes when it comes to handling certain pieces of large, high-stakes litigation. It focuses on a topic that is near and dear to the legal industry (and pretty much nobody else) known as discovery, which is the process where attorneys sort through troves of documents to find pieces of evidence that might be related to a lawsuit. While it might seem like a niche topic, what’s going on in the field has big implications for anybody who earns their living dealing with information.The discovery process is all about cognition, the ability of people to look at endless bails of info and separate the wheat from the chaff. For many years, it was also extremely profitable for law firms, which billed hundreds of dollars an hour for associates to glance at thousands upon thousands (if not millions) of documents, and note whether they might have some passing relevance to the case at hand. Those days are pretty much dead, gone thanks to cost-conscious clients and legal temp agencies which rent out attorneys for as little as $25-an-hour to do the grunt work. Some firms are still struggling to replace the profits they’ve lost as a result.
And now comes the rise of the machines — or, more precisely, the search engines. For a while now, attorneys have employed manual keyword searches to sort through the gigabytes of information involved in these cases. But as the WSJ reports, more firms are beginning to use a technology known as « predictive coding, » which essentially automates the process at one-tenth the cost. Recently, a magistrate judge in a major Virginia employment discrimination suit ruled that the defense could use predictive coding to sort through their own data, despite objections by the plaintiffs who worried it might not pick up all the relevant documents (Probably left unspoken here: plaintiffs in lawsuits also like to drive up the costs for defendants, in the hopes that it will encourage them to settle).In truth, researchers have found predictive coding to be as accurate, if not more so, than the attorneys its replacing. As the WSJ noted:

Several studies have shown that predictive coding outperforms human reviewers, though by how much is unclear. A widely cited 2011 article in the Richmond Journal of Law and Technology analyzed research on document review and found that humans unearthed an average of about 60% of relevant documents, while predictive coding identified an average of 77%.

The research also showed that predictive coding was more precise, flagging fewer irrelevant documents than humans did.

« Human readers get tired and make mistakes. They get fatigued, » says David Breau, an associate at law firm Sidley Austin LLP who has written about predictive coding.

Shorter version: There is now software that’s smarter and more efficient at these tasks than a human with a JD. Not only that, but it’s finally being given sanction by the courts, which would have the power to stop such a new technology in its tracks if they chose.

For the legal industry, this is a mixed blessing. The same way that robotics have created factories that need fewer workers, these programs will create firms that need fewer lawyers (even if it just means they’re renting fewer temps). Firms that have already figured out how to prosper without the enormous margins they achieved by charging egregious fees for associates to perform menial labor will benefit. The partners will keep on doing the most valuable work, even as the bottom rungs of their firms shrink.

But what about the rest of us? We’re now living in the age of Watson, everyone’s favorite Jeopardy-playing computer, where intelligent software has become more skilled at recognizing and fetching relevant information than most people. It’s precise enough to do our taxes. It’s precise enough to satisfy a judge. And the people who benefit most from it are those at the top of an industry, the people like law firm partners who are paid to take information and shape it into a narrative.

This is how countries get more productive and more prosperous. As we learn to make goods and perform services more efficiently, their prices come down. The question is what new jobs replace the old ones that are lost in the churn. As of now, who knows what they’ll be? Maybe in a few years there will be program I can ask.

Jordan Weissmann is a former senior associate editor at The Atlantic.
Eliza Berman
Time
November 3, 2014

Need a little extra motivation to book that vacation, write that novel, or even just get out of bed? An incessant reminder of your mortality might just do the trick. A new iOS app called Deadline predicts the date and time of your death based on data from Apple’s HealthKit. Feed the app basic information about your medical history and lifestyle, and it spits out the date that might just appear on your tombstone, along with a countdown clock that lets you watch as the seconds evaporate into regret.

Despite its logo, a silhouetted dead bird with its legs in the air, the app’s objectives are anything but morbid. “Consider this a way to motivate yourself to be healthier,” the description reads, although it goes on to hedge that its prediction is nothing more than a statistical estimation, and regular doctor visits are still a good idea. Though similar apps exist, Deadline claims to be the only one with a home screen widget that offers quick access to your countdown, lest you need a quick reality check after two hours looking at photos of dogs in Halloween costumes.

The good news is that the app will extend your predicted lifespan if you adopt healthier habits. Its approach to motivation, then, suits both users who respond to negative reinforcement and those who need a little bit of cheerleading to get to the gym.

It’s a bit ironic, though, that an app that aims to motivate users to be healthier comes from the same company that gives us Flabby Bird. Will you live out your remaining days eating chia pudding and training for marathons, or guiding a “horizontally challenged fowl through treacherous obstacles?” The choice is yours.

Voir par ailleurs:

Les impacts de l’automatisation du travail
Michel Héry
Études
Septembre 2018

On a d’abord cru que l’introduction des nouvelles technologies dans le monde du travail se traduirait essentiellement par une robotisation accrue dans l’industrie qui pousserait doucement les travailleurs vers des emplois de service. On se rend compte aujourd’hui que le développement de l’intelligence artificielle (IA) et son passage des formes faibles aux formes fortes [1] pourraient remettre en cause toute l’allocation du travail et transformer lourdement toute l’organisation de la production intellectuelle, en touchant les métiers du juridique, de la santé, du marketing, etc. Ce ne sont pas seulement, comme on l’avait cru d’abord, les tâches basiques de la documentation ou du calcul qui vont être concernées, mais toutes les tâches intellectuelles qui vont être radicalement transformées. Au-delà de son étendue, c’est aussi le rythme toujours accéléré de ce changement qui interroge.

Ces évolutions sont déjà en cours, elles modifient déjà notre vie quotidienne au travail, mais pas seulement dans ce domaine. À travers quelques exemples, nous montrerons ici les formes que ces évolutions prennent aujourd’hui sous l’influence de l’utilisation de l’intelligence artificielle. Ces exemples pourraient préfigurer le monde du travail de demain, sans que le débat social nécessaire ait eu lieu.

L’automatisation du travail et son impact

La controverse, entre les deux économistes oxfordiens Carl Frey et Michael Osborne [2], d’une part, et l’OCDE [3], d’autre part, sur le pourcentage d’emplois détruits ou fortement touchés d’ici dix à vingt ans par l’automatisation du travail montre bien à quel point le sujet est sensible. À travers la différence entre près de 50 % d’emplois détruits pour les premiers ou d’environ 10 % pour les seconds, on voit bien toute la relativité d’une méthodologie (supposée identique dans les deux études). Les résultats dépendent fortement de la façon dont elle est utilisée et des hypothèses que les chercheurs sont amenés à formuler, en fonction des réponses des acteurs de terrain.

On préférera s’intéresser ici à deux études basées sur des données d’emploi réelles, recueillies au cours des dernières décennies. Un article de mai 2017 de Daron Acemoglu et Pascual Restrepo [4], basé sur des statistiques d’emplois du Bureau du travail des États-Unis recueillies entre 1990 et 2007, aboutit aux conclusions suivantes :

– L’arrivée d’un nouveau robot industriel dans un groupe de mille travailleurs de l’industrie fait perdre, en moyenne, six emplois et diminue le salaire horaire d’environ 0,7 % ;

– Ramenée au niveau national, dans un contexte où l’appareil productif a évidemment évolué, en particulier dans les services, cette perte d’emploi est également avérée mais elle est limitée à environ trois emplois pour mille travailleurs et la baisse des salaires est de 0,3 %.

Une étude [5] de septembre 2017, consacrée aux conséquences de la robotisation de l’industrie allemande au cours des années 1994 à 2014, montre que l’installation d’un robot industriel se traduit en moyenne par la suppression de deux emplois (soit un quart des emplois dans l’industrie manufacturière au cours de la période), compensée par la création dans les services d’un nombre d’emplois équivalent. Le nombre de recrutements a significativement baissé pour les plus jeunes générations qui, à qualification égale voire supérieure, sont en outre embauchées à des salaires plus faibles que ceux dont bénéficiaient leurs homologues, il y a dix ou vingt ans. Au niveau salarial, l’écart se creuse avec les catégories les mieux rémunérées.

Les emplois de qualification moyenne et les emplois les moins qualifiés (menacés par une délocalisation dans des pays à faible coût de main-d’œuvre) sont donc touchés. Certes, à la faveur de l’automatisation, des productions peuvent être relocalisées mais pour un nombre très limité de créations d’emplois, comme dans la nouvelle usine Adidas en Allemagne [6] L’industrie y gagne en réactivité et peut satisfaire le consommateur plus rapidement en limitant les délais de livraison des produits, en particulier pour les produits de haute ou moyenne gamme.

L’intelligence artificielle, une rupture à venir ?

Pourtant, cette mutation de l’appareil productif n’en serait qu’à ses débuts. Pour l’instant, il faut bien constater que l’utilisation croissante des technologies de l’information et de la communication (TIC) ne s’est pas traduite par une augmentation majeure de la productivité. L’augmentation de cette productivité connaît même une décélération depuis quelques années, tendant vers une stagnation. Ce phénomène peut apparaître paradoxal à une époque où beaucoup font le constat d’une accélération de la capacité d’innovation vers plus d’efficacité et plus d’agilité, caractéristiques de nature à améliorer la productivité.

Ceci serait dû à la relative nouveauté des TIC et à leur dilution dans un contexte de production encore trop traditionnel, dans lequel le potentiel de l’intelligence artificielle (IA) s’atténue. Seules une véritable accumulation d’IA et l’évolution de ses formes sont susceptibles de produire leur plein effet. C’est en tout cas la théorie [7] de l’économiste américain Erik Brynjolfsson qui plaide notamment pour une adaptation du système de production à cette nouvelle entrante afin de lui permettre de déployer toutes ses capacités. Ce serait également une façon de relancer la redistribution des richesses, en panne depuis plusieurs décennies dans les pays développés. Cette question du partage de la plus-value constitue même l’élément structurant du livre de Ryan Avent, The Wealth of Humans[8] Dans un monde où l’emploi va se faire de plus en plus rare, comment procéder à un partage minimal des richesses qui, à défaut d’assurer la cohésion sociale, empêchera au moins la marmite bouillante des inégalités d’exploser ?

Au-delà du débat sur la suppression d’emplois, des effets qualitatifs majeurs sur le travail sont à venir, que nous croyons discerner dans les premiers usages de l’intelligence artificielle. Nous en présenterons ici trois exemples : le premier concernant plutôt les travailleurs manuels de l’industrie et des services, le deuxième les travailleurs intellectuels et le troisième les acteurs de la santé.

L’exosquelette, aide ou aliénation ?

Les exosquelettes d’assistance à l’effort sont des structures mécaniques qui doublent celle du squelette humain et lui confèrent des capacités physiques qu’il n’a pas ou plus [9]. Ils ont d’abord été développés dans le domaine militaire, mais des versions spécifiques au monde du travail apparaissent. C’est, par exemple, le cas d’équipements qui aident au port de charge ou accompagnent la réalisation de gestes répétitifs : l’être humain apporte la dextérité et la précision du geste, l’exosquelette apporte la force et accompagne le mouvement pour éviter qu’il ne soit forcé. Aujourd’hui, les exosquelettes sont encore souvent passifs et il faut reconnaître que les contraintes évitées sur une partie du corps sont souvent transférées sur une autre. La miniaturisation des composants et l’utilisation de l’intelligence artificielle devraient bientôt leur conférer un caractère actif qui les rendra plus performants.

À l’heure où l’équilibre financier des régimes de protection sociale semble nécessiter l’allongement des carrières professionnelles, ces équipements pourraient représenter une piste pour permettre à un travailleur vieillissant d’effectuer ses tâches sans trop solliciter ses articulations, souvent mises à mal dans les métiers manuels. De même, on peut imaginer qu’il soit également mis à la disposition d’un opérateur plus jeune afin d’éviter l’apparition des trop fréquents troubles musculo-squelettiques (TMS) ou des lombalgies dont sont victimes tant de travailleurs manuels. Ce serait un complément intéressant aux diverses mesures de prévention qui peuvent être prises en termes d’organisation du travail. Bien que les mouvements répétitifs ou forcés ne soient pas la seule cause de ces pathologies, ils y jouent un rôle déterminant.

Le prix de ces équipements n’est pas négligeable. Même s’ils génèrent des économies en matière de santé, on ne peut pas exclure la tentation de récupérer tout ou partie de l’investissement en augmentant le rythme de la production. Le risque d’un emballement du phénomène n’est pas exclu : la pression de la concurrence est telle (en particulier dans les pays à faible coût de main-d’œuvre) que, pour survivre, certaines entreprises ne seront plus en mesure de donner au facteur humain toute la part qu’il doit avoir dans l’organisation de la production. Cette révision à la hausse de la cadence de travail deviendra telle que le bénéfice de l’équipement du travailleur avec un exosquelette sera perdu. La situation peut même s’aggraver : n’étant plus pleinement libre de ses mouvements et contraint par le rythme excessif du travail, l’opérateur peut avoir le sentiment de perdre tout contrôle de son travail. Ce qui nous amène à cet autre fléau du travail d’aujourd’hui : les risques psychosociaux (RPS), dont l’influence sur le déclenchement des TMS a été largement démontrée.

On peut également considérer une autre variante : celle dans laquelle les progrès de la technologie, permis en particulier par l’intelligence artificielle, se seront traduits par un développement de la dextérité des robots leur permettant de remplacer l’humain, y compris pour les tâches nécessitant le plus d’habileté manuelle…

C’est un premier exemple de l’importance du débat social à propos du travail et des conditions dans lesquelles il s’effectue. Il concerne bien évidemment en premier lieu les employeurs et les travailleurs, mais aussi l’État qui est responsable de la régulation, à travers notamment la réglementation. Au-delà, il implique l’ensemble des citoyens, non seulement parce que la plupart d’entre eux ont été, sont ou seront actifs dans le monde du travail, mais aussi parce que leurs pratiques de consommation influent de plus en plus sur l’organisation professionnelle. L’intégration de ceux qui sont désignés sous le nom de « consomm’acteurs » dans les processus de création des informations, des activités et des biens va croissante.

L’exemple suivant va montrer que ce débat, si difficile à organiser et à faire vivre, y compris dans ses formes les plus classiques, peut se révéler parfaitement désuet et surtout inopérant face à certaines évolutions de la production déjà permises par des formes d’intelligence artificielle pourtant considérées comme faibles par rapport aux développements potentiels dans les années à venir.

Foundry, le retour du travail à la tâche

L’algorithme Foundry[10] a été conçu par un laboratoire de l’université Stanford. Il vise à faciliter le travail en mode projet en rassemblant de façon quasi instantanée les meilleures compétences disponibles dans toutes les disciplines nécessaires. Le recours aux TIC et en particulier à l’intelligence artificielle permet de faire travailler en équipe plusieurs dizaines voire plusieurs centaines de personnes qui, sauf effet du hasard, ne se connaissent pas, ne se sont jamais rencontrées et ne se rencontreront jamais. Ces personnes sont recrutées dans le monde entier. Nous allons décrire le principe de cette organisation, de façon très simplifiée.

La première tâche du chef de projet consiste en une analyse systémique du produit dont la réalisation lui a été confiée, avec pour objectif de déterminer les principales tâches qui seront à effectuer. Cette analyse transmise en texte brut à l’algorithme génère un envoi électronique de demandes de collaboration vers des spécialistes des disciplines correspondantes. Les destinataires ont préalablement enregistré leur profil détaillé dans des bases de ressources humaines (comme Upwork, par exemple). Pour chaque domaine de compétences identifié, le premier destinataire dispose de dix minutes maximum pour accepter ou refuser le travail proposé. En cas de refus, la proposition est transmise au suivant sur la liste des personnes compétentes. En cas d’acceptation, un contrat de prestation est expédié et le spécialiste dispose d’un temps limité (généralement compris entre une et cinq heures) pour effectuer immédiatement le travail qui vient de lui être confié. Il prend d’abord connaissance des données nécessaires à l’exécution de sa tâche, la réalise et, à la fin de cette courte mission, transmet le produit au chef de projet au moyen de l’algorithme. Il lui sera aussi demandé d’évaluer grâce à un questionnaire la qualité des données et des explications fournies, l’adéquation du temps accordé, etc. Il a également la possibilité de formuler des propositions d’amendement ou de réorientation du travail qui lui a été demandé : il est d’ailleurs encouragé à le faire et la notation de sa prestation intégrera cette implication.

Quand cette première boucle aura été effectuée, ses résultats permettront de générer de nouvelles tâches nécessaires pour l’avancement du projet qui seront traitées selon le même processus. Compte tenu du mode de sélection des spécialistes, il est peu probable que l’un d’entre eux soit sollicité à plusieurs reprises. Cependant, le chef de projet a la possibilité de stabiliser quelque peu son équipe en ayant recours à un même travailleur spécialisé, parmi ceux qui ont collaboré à l’analyse initiale du sujet et qui sont réputés avoir une très bonne connaissance de la discipline concernée et dont la prestation a donné satisfaction…

Sans entrer dans les détails techniques (le fonctionnement est plus complexe que celui décrit ici), il est intéressant de fournir quelques données plus précises sur les travaux qui ont été réalisés grâce à cet algorithme et les conditions de leur exécution.

Trois produits sont présentés dans la publication dont nous avons extrait les données suivantes : une application pour smartphone destinée à l’équivalent du Samu américain qui permet la transmission de données au cours du transfert de la personne avant son arrivée dans la structure médicale qui va la prendre en charge, un site internet pour une filiale d’un grand groupe de l’audit et du conseil, un jeu vidéo basé sur la transmission de récits. Chacun de ces produits a été jugé d’une qualité au moins équivalente à la qualité moyenne des produits analogues disponibles sur le marché. Leur conception a été réalisée en six semaines, y compris pour l’un des projets significativement réorienté en cours de réalisation à la suite de nombreuses propositions d’amélioration formulées par les différents acteurs.

La durée moyenne d’« embauche » a été d’environ quinze minutes, ce qui signifie que de nombreuses tâches ont été acceptées d’emblée et que peu de sollicitations successives ont été nécessaires avant acceptation. Seule une tâche n’a pas été pourvue par l’algorithme et a fait l’objet d’une « embauche de ressources humaines » plus classique.

Dans l’exemple précédent, on voit facilement l’ambivalence de cette forme d’organisation du travail. Elle peut être parfaitement adaptée à quelqu’un qui recherche délibérément un statut d’indépendant, en particulier s’il dispose de compétences rares et qu’il a acquis un certain degré de reconnaissance dans sa spécialité. De même, un travailleur disposant d’un salaire fixe peut y trouver une source de revenus complémentaires sur une base régulière ou quand il en ressent l’intérêt ou le besoin.

La situation apparaît moins favorable si l’on imagine que ce genre d’organisation du travail peut se répandre largement, voire devenir la norme et représenter la source de revenu principale. Le travailleur risque de s’engager dans une course incessante aux contrats avec l’obligation de rendre un produit de qualité optimale sous peine de voir diminuer sa e-reputation et donc son employabilité potentielle. Il doit aussi être disponible à toute heure du jour et de la nuit, compte tenu du caractère mondial de la passation de la commande et du mode de recrutement. La séparation entre la vie privée et la vie professionnelle devient de plus en plus ténue. Il s’avère également difficile d’avoir une vraie implication dans le travail, dans la mesure où les tâches sont très parcellaires, sans possibilité de vision globale de l’ensemble des étapes et sans réelle interactivité. Enfin, cette pratique signe aussi la fin du collectif de travail, une source d’enrichissement clairement identifiée en termes de vie professionnelle. Concernant les risques professionnels, ce collectif prévient aussi l’isolement du travailleur qui peut se traduire par un accroissement des RPS, en particulier dans un contexte de travail à la tâche, dont le risque a déjà été souligné plus haut.

Une santé connectée ?

Les problèmes de démographie médicale, en particulier dans certaines spécialités, la disparition des services publics dans certaines régions en raison de la désertification des régions rurales, la volonté de maîtriser les coûts, autant de facteurs qui plaident pour le développement de la télémédecine que le gouvernement actuel a décidé de promouvoir. Avec le développement des objets connectés [11], on peut imaginer que, demain, l’entrée dans le parcours de soins, à savoir souvent une consultation chez un généraliste, puisse se faire à travers un séjour de quelques minutes dans une cabine de diagnostic connectée. Installé par un personnel paramédical, le patient pourrait bénéficier d’un bilan plus complet que celui que peut effectuer le médecin au cours d’un quart d’heure de visite : prise de la tension, rythme cardiaque, prise de sang (à peine invasive), tests des réflexes, mais aussi vérification de l’acuité visuelle ou électrocardiogramme, beaucoup de choses sont déjà possibles. Beaucoup d’autres le seront demain. Cette cabine pourrait être installée dans une entreprise, dans un centre commercial, dans une pharmacie, dans un centre multiservices en milieu rural. Son financement (investissement et fonctionnement) pourrait être assuré par la Sécurité sociale (dans sa forme actuelle ou dans une version plus libérale), les mutuelles, l’État, les collectivités territoriales, etc.

Le dossier des examens effectués peut alors être transmis immédiatement à un médecin qui peut être à dix kilomètres… ou à mille. Ce médecin peut d’ailleurs s’entretenir en direct avec le patient, s’il a besoin de renseignements complémentaires. Mais la consultation en ligne du dossier complet de ce patient et, au besoin, le résumé élaboré par une intelligence artificielle bien conçue devraient constituer des éléments très utiles auxquels le praticien pourra avantageusement se référer avant de prescrire un traitement ou d’orienter le patient vers un confrère spécialiste. La consultation avec ce nouveau médecin pourra d’ailleurs souvent s’effectuer également en ligne mais, dans certains cas, il faudra recourir à une forme plus classique du colloque singulier : la consultation en face à face. Quoi qu’il en soit, beaucoup de temps et d’argent auront été épargnés.

Cette pratique de la médecine donnera-t-elle satisfaction au patient ? Ces dossiers médicaux si complets, si bien mis à jour suffiront-ils à traduire toute la complexité de la personnalité humaine ? Le médecin, pour qui l’écoute du patient est souvent si importante, ne risque-t-il pas de perdre cette capacité, celle qui aide à comprendre les petits (et parfois les grands) malaises du jour ? Pire, comment vivra-t-il l’injonction paradoxale quand son diagnostic issu des données qui lui sont communiquées et provenant de sa pratique entrera en contradiction avec le diagnostic posé avec une sûreté de 99 % par l’algorithme qui aura transmis et analysé les données sur la base des quelques millions de cas auxquels il peut accéder en quelques secondes dans toutes les bases de données connectées ? Quelle sera sa latitude décisionnelle quand cet algorithme lui rappellera que le degré de sûreté n’est pas de 99 % mais de 99,9 % et que son manque de confiance dans la technologie obère le financement (public, privé, mixte) des soins ? Quand il aura des présomptions raisonnables qu’un autre traitement que celui qui est conseillé est le bon ? Qu’en sera-t-il de sa responsabilité légale ? Combien de patients décideront de se tenir en dehors du système de soin officiel ? Combien opteront pour un second avis chez un praticien non conventionné… ou sur une autre plateforme de diagnostic à distance ?

Le développement de l’automatisation est un des nombreux facteurs qui ont concouru ces dernières années à la montée en puissance de la prescription du travail : toujours plus de normes, toujours plus de procédures pour garantir la traçabilité des opérations effectuées, un travail de plus en plus formaté, moins de capacité d’innovation. Des voix s’élèvent aujourd’hui pour s’interroger sur les conséquences de cette prescription en matière de créativité, alors que, paradoxalement, les entreprises n’ont jamais autant qu’aujourd’hui proclamé la nécessité de l’innovation continue et de l’agilité des entreprises et des travailleurs. L’intelligence artificielle ne risque-t-elle pas d’aggraver la situation ? Des études montrent que des personnes équipées de logiciels élaborés deviennent à terme moins performantes que d’autres dont les outils informatiques moins élaborés n’ont pas obéré la capacité de synthèse et d’innovation. Le renfermement de chacun dans une bulle assistée par ordinateur fait également courir le risque d’une perte de capital culturel et de capital social. Pour être inventif, il faut pouvoir se tromper, recommencer, transgresser les règles, avoir le temps de la réflexion et de l’échange, bénéficier d’une autonomie suffisante. La créativité présentée comme la condition de la compétitivité ne peut donc s’épanouir pleinement dans une organisation trop strictement réglée, sans marges de manœuvre pour les individus.

Notes

  • [1]
    L’intelligence artificielle faible est dévolue à une tâche précise et limitée. L’intelligence artificielle forte s’applique au contraire à la résolution de problèmes complexes, remplaçant l’homme dans certaines mises en œuvre de ses fonctions cognitives.
  • [2]
    Carl Benedikt Frey et Michael A. Osborne, The future of Employment: How susceptible are jobs to computerisation?, 17 septembre 2013, consultable sur http://www.oxfordmartin.ox.ac.uk
  • [3]
    France Stratégie, L’effet de l’automatisation sur l’emploi: ce qu’on sait et ce qu’on ignore, consultable sur http://www.strategie.gouv.fr
  • [4]
    Daron Acemoglu et Pascual Restrepo, « Robots and Jobs in the U.S. Labor Market », The NBER digest, mai 2017, consultable sur http://www.nber.org/digest/may17/may17.pdf
  • [5]
    Wolfgang Dauth (et al.), German robots : The impact of industrial robots on workers, disponible (avec un abonnement électronique payant) auprès du Centre for Economic Policy Research (Londres).
  • [6]
    Grégory Rozières, « Finie l’Asie, une partie des chaussures Adidas sera produite en Allemagne, mais par des robots », Le HuffPost, 25 mai 2016, consultable sur http://www.huffingtonpost.fr/2016/05/25/adidas-robots-allemagne_n_10130678.html
  • [7]
    Erik Brynjolfsson, Daniel Rock et Chad Syverson, Artificial Intelligence and the Modern Productivity Paradox: A Clash of Expectations and Statistics, consultable sur http://www.nber.org/papers/w24001
  • [8]
    Ryan Avent, The Wealth of Humans. Work and its absence in the Twenty-first Century, Penguin Books, 2017.
  • [9]
  • [10]
    Michael S. Bernstein, Tulsee Doshi, Negar Rahmati, Daniela Retelny, Alexandra To et Melissa A. Valentine, Flash Organizations: Crowdsourcing Complex Work By Structuring Crowds As Organizations, consultable sur http://dx.doi.org/10.1145/3025453.3025811
  • [11]
    Marie Defrance, Michel Héry, Jacques Leïchlé et Marc Malenfer, « Les plateformes d’intermédiation : quelles conséquences en santé et sécurité au travail en 2027 ? », Hygiène et sécurité du travail, mars 2018, n° 250, pp. 106-112.

Voir enfin:

How a misunderstanding about Chinese characters has led many astray

There is a widespread public misperception, particularly among the New Age sector, that the Chinese word for “crisis” is composed of elements that signify “danger” and “opportunity.” I first encountered this curious specimen of alleged oriental wisdom about ten years ago at an altitude of 35,000 feet sitting next to an American executive. He was intently studying a bound volume that had adopted this notorious formulation as the basic premise of its method for making increased profits even when the market is falling. At that moment, I didn’t have the heart to disappoint my gullible neighbor who was blissfully imbibing what he assumed were the gems of Far Eastern sagacity enshrined within the pages of his workbook. Now, however, the damage from this kind of pseudo-profundity has reached such gross proportions that I feel obliged, as a responsible Sinologist, to take counteraction.

A whole industry of pundits and therapists has grown up around this one grossly inaccurate statement. A casual search of the Web turns up more than a million references to this spurious proverb. It appears, often complete with Chinese characters, on the covers of books, on advertisements for seminars, on expensive courses for “thinking outside of the box,” and practically everywhere one turns in the world of quick-buck business, pop psychology, and orientalist hocus-pocus. This catchy expression (Crisis = Danger + Opportunity) has rapidly become nearly as ubiquitous as The Tao of Pooh and Sun Zi’s Art of War for the Board / Bed / Bath / Whichever Room.

The explication of the Chinese word for crisis as made up of two components signifying danger and opportunity is due partly to wishful thinking, but mainly to a fundamental misunderstanding about how terms are formed in Mandarin and other Sinitic languages. For example, one of the most popular websites centered on this mistaken notion about the Chinese word for crisis explains: “The top part of the Chinese Ideogram for ‘Crisis’ is the symbol for ‘Danger’: The bottom symbol represents ‘Opportunity’.” Among the most egregious of the radical errors in this statement is the use of the exotic term “Ideogram” to refer to Chinese characters. Linguists and writing theorists avoid “ideogram” as a descriptive referent for hanzi (Mandarin) / kanji (Japanese) / hanja (Korean) because only an exceedingly small proportion of them actually convey ideas directly through their shapes. (For similar reasons, the same caveat holds for another frequently encountered label, pictogram.) It is far better to refer to the hanzi / kanji / hanja as logographs, sinographs, hanograms, tetragraphs (from their square shapes [i.e., as fangkuaizi]), morphosyllabographs, etc., or — since most of those renditions may strike the average reader as unduly arcane or clunky — simply as characters.

The second misconception in this formulation is that the author seems to take the Chinese word for crisis as a single graph, referring to it as “the Chinese Ideogram for ‘crisis’.” Like most Mandarin words, that for “crisis” (wēijī) consists of two syllables that are written with two separate characters, wēi (危) and (機/机).

Chinese character wei 危Chinese character wēi

Chinese character ji1 -- in traditional form 機Chinese character (in traditional form)

Chinese character wei 危Chinese character wēi

Chinese character ji1 in simplified form 机Chinese character (in simplified form)

The third, and fatal, misapprehension is the author’s definition of as “opportunity.” While it is true that wēijī does indeed mean “crisis” and that the wēi syllable of wēijī does convey the notion of “danger,” the syllable of wēijī most definitely does not signify “opportunity.” Webster’s Ninth New Collegiate Dictionary defines “opportunity” as:

  1. a favorable juncture of circumstances;
  2. a good chance for advancement or progress.

While that may be what our Pollyanaish advocates of “crisis” as “danger” plus “opportunity” desire to signify, it means something altogether different.

The of wēijī, in fact, means something like “incipient moment; crucial point (when something begins or changes).” Thus, a wēijī is indeed a genuine crisis, a dangerous moment, a time when things start to go awry. A wēijī indicates a perilous situation when one should be especially wary. It is not a juncture when one goes looking for advantages and benefits. In a crisis, one wants above all to save one’s skin and neck! Any would-be guru who advocates opportunism in the face of crisis should be run out of town on a rail, for his / her advice will only compound the danger of the crisis.

For those who have staked their hopes and careers on the CRISIS = DANGER + OPPORTUNITY formula and are loath to abandon their fervent belief in as signifying “opportunity,” it is essential to list some of the primary meanings of the graph in question. Aside from the notion of “incipient moment” or “crucial point” discussed above, the graph for by itself indicates “quick-witted(ness); resourceful(ness)” and “machine; device.” In combination with other graphs, however, can acquire hundreds of secondary meanings. It is absolutely crucial to observe that possesses these secondary meanings only in the multisyllabic terms into which it enters. To be specific in the matter under investigation, added to huì (“occasion”) creates the Mandarin word for “opportunity” (jīhuì), but by itself does not mean “opportunity.”

A wēijī in Chinese is every bit as fearsome as a crisis in English. A jīhuì in Chinese is just as welcome as an opportunity to most folks in America. To confuse a wēijī with a jīhuì is as foolish as to insist that a crisis is the best time to go looking for benefits.

If one wishes to wax philosophical about the of wēijī, one might elaborate upon it as the dynamic of a situation’s unfolding, when many elements are at play. In this sense, is neutral. This can either turn out for better or for worse, but — when coupled with wēi — the possibility of a highly undesirable outcome (whether in life, disease, finance, or war) is uppermost in the mind of the person who invokes this potent term.

For those who are still mystified by the morphological (i.e., word-building) procedures of Sinitic languages, it might be helpful to provide a parallel case from English. An airplane is a machine that has the capability of flying through the air, but that does not imply that “air” by itself means airplane or that “plane” alone originally signified airplane. (The word “plane” has only come to mean “airplane” when it functions as a shortened form of the latter word.) The first element of the word airplane, like the first element of wēijī, presents no real problems: it is the stuff that makes up our earth’s atmosphere. The second element, however, like the second element of wēijī, is much trickier. There are at least half a dozen different monosyllabic words in English spelled “plane.” While most of these words are derived from a Latin root meaning “flat” or “level,” they each convey quite different meanings. The “plane” of “airplane” is said to be cognate with the word “planet,” which derives from a Greek word that means “wandering.” A planet is a heavenly body that wanders through space, and an airplane is a machine that wanders through the air. As Gertrude Stein might have said, “An airplane is an airplane is an airplane.” Neither “air” nor “plane” means “airplane”; only “airplane” means “airplane” – except when “plane” is being used as an abbreviation for “airplane”! Likewise, neither wēi nor means wēijī; only wēijī means wēijī. These are illustrations of the basic principles of word formation that are common to all languages. When etymological components enter into words, they take on the semantic coloring of their new environment and must be considered in that context.

As a matter of fact, the word “airplane” has a contested etymology (I follow Webster’s Third International), with some authorities believing that it derives from “air” + the apparent feminine of French plan (“flat, level”). Even with this latter etymon, however, we must recognize that “airplane” does not mean “a flat surface in the air,” but rather it signifies a heavier than air flying machine. That is to say, when entering into a word consisting of two or more morphemes, the constituent elements take on special meanings depending upon their new, overall environment. In “airplane,” the second element no longer means merely “wander” or “flat” — depending upon which etymology you favor.

Perhaps it would be worthwhile to offer another example from English that is closer to our Chinese word wēijī (“crisis”). Let’s take the –ity component of “opportunity,” “calamity” (“calamity” has a complicated etymology; see the Oxford English Dictionary, Barnhart, etc.), “felicity,” “cordiality,” “hostility,” and so forth. This –ity is a suffix that is used to form abstract nouns expressing state, quality, or condition. The words that it helps to form have a vast range of meanings, some of which are completely contradictory. Similarly the –jī of wēijī by itself does not mean the same thing as wēijī (“crisis”), jīhuì (“opportunity”), and so forth. The signification of jī changes according to the environment in which it occurs.

The construction of wēijī merits further investigation. The nature of this troublesome word will be much better understood if it is pointed out that, in Mandarin morphology, morphemes are divided into “bound” and “free” types. “Bound” morphemes can only occur in combination with other morphemes, whereas “free” morphemes can occur individually.

It just so happens that, in the real world of Mandarin word formation, wei and ji are both bound morphemes. They cannot occur independently. Just as the syllable/morphemes cri- and -sis that go together to make up the English word “crisis” cannot exist independently in an English sentence, so too wēi and cannot exist by themselves in a Mandarin sentence. They can only occur when combined with other word-forming elements, hence fēijī (“airplane”), jīhuì (“chance, opportunity”), wēixiǎn (“danger”), wēijī (“crisis”), and so forth.

Now let us look at the morphology of the word “crisis” itself, bearing in mind that it derives from Greek κρίσις (krisis) < κρίνω (krinō) (see the last section of this essay). The English suffix -sis may be analyzed as consisting of -si- + -s, where -si- is a Greek suffix and -s is the nominative singular ending in Greek. The suffix is used to form action or result nouns from verb roots: kri-si-s (“judgement, decision” > “crisis”); the-si-s (“act of putting [down]” > “thesis”); ap-he-si-s (“act of letting go” > “aphesis” – apo [“off, away”]). Greek -si- is cognate with Sanskrit -ti-. Greek -sis endings are nominal and productive (i.e., they can be added to roots to produce new nouns quite readily), and are often used to make abstractions, usually from verbs.

If one wants to find a word containing the element that means “opportunity” (i.e., a favorable juncture of circumstances, or a good chance for advancement), one needs to look elsewhere than wēijī, which means precisely “crisis” (viz., a dangerous, critical moment). One might choose, for instance, zhuǎnjī (“turn” + “incipient moment” = “favorable turn; turn for the better”), liángjī (“excellent” + “incipient moment” = “opportunity” [!!]), or hǎo shíjī (“good” + “time” + “incipient moment” = “favorable opportunity”).

Those who purvey the doctrine that the Chinese word for “crisis” is composed of elements meaning “danger” and “opportunity” are engaging in a type of muddled thinking that is a danger to society, for it lulls people into welcoming crises as unstable situations from which they can benefit. Adopting a feel-good attitude toward adversity may not be the most rational, realistic approach to its solution.

Finally, to those who would persist in disseminating the potentially perilous, fundamentally fallacious theory that “crisis” = “danger” + “opportunity,” please don’t blame it on Chinese!

Pertinent observations for those who are more advanced in Chinese language studies.

The word “crisis” enters the English language around 1425 with the meaning of “turning point in a disease,” in a translation of Chauliac’s Grande Chirurgie (Major Surgery). It was borrowed from Latin crisis, which in turn comes from Greek krisis (“a separating, distinguishing, discrimination, decision, judgement”), from krinein (“separate, decide, judge”). Chauliac’s first translation gives it as Old French crise, while the second translation has Latin crisis. The sense of “decisive moment” is first recorded in English in 1627 as a figurative extension of the original medical meaning. In Latin, crisis signified: 1. a (literary) judgement, 2. a critical stage in one’s life; climacteric. Since, in the Hippocratic-Galenic medical literature, “crisis” signified “a turning point in a disease; sudden change for better or worse,” this old Greek usage would be somewhat better positioned to serve as a justification for the “danger + opportunity” meme than does Chinese wēijī, which is, from the very beginning, always something worrisome and unwanted.

The earliest occurrences of the Chinese expression wēijī occur in the 3rd century A.D., at which time, and for centuries thereafter, they convey the notion of “latent danger.” It was not until the late 19th and early 20th centuries that wēijī came to mean “crisis,” as in “financial crisis,” “economic crisis,” and so on. How did this happen? It was almost certainly the result of matching up the old Chinese word wēijī (“latent danger”) with the Western concept of “crisis,” and carried out through the intermediary of Japanese, where it is pronounced kiki. This would make it another of the hundreds of modern Chinese terms that I refer to as “round-trip words” (see Sino-Platonic Papers, 34 [October, 1992]).

Many coinages that made it into twentieth-century báihuà (vernacular Mandarin) are based on traditional uses of words. That is to say, new compounds using draw on traditional uses of .

There is no traditional use of that means “opportunity” per se. Jīhuì is a neologism coined to translate the English word “opportunity.”

To say that means “opportunity” is like saying that the zōng of zōngjiào means “religion” (N.B.: jiào here means “doctrine, teaching”). Zōng traditionally means a line of orthodox transmission, or a clan lineage. It is anachronistic to say that zōng by itself means “religion.” For numerous examples of such calques and neologisms, many (such as those for “economics” and “society”) involving an initial borrowing into Japanese, and then a reborrowing into Chinese with a completely new, Westernized meaning, see Victor H. Mair, “East Asian Round-Trip Words,” Sino-Platonic Papers, 34 (October 1992).

Traditional senses of include: mechanism, inner workings (and by extension secrecy), germinal principle, pivotal juncture, crux, or a witty turn of thought.

This is the same that was used in the coinage yǒujī (organic), but we can hardly say that in and of itself means “organic.”

As examples of recent coinages using in innovative ways, we may cite jīzhì, which means “mechanism” or “machine-processed / produced.” There’s also another jīzhì meaning “quick-witted” where the zhì syllable is written with a different character than the zhì syllable of the jīzhì meaning “mechanism.” The latter jīzhì is based on the same sense of which is used in the expression dǎ Chánjī — to employ the gnomic, witty language of Chan (Zen) Buddhist teaching stories. If anyone is truly interested in sharpening his or her mind to meet the crises of the future, engagement with this kind of challenging wisdom might be a good place to begin.

Victor H. Mair
Professor of Chinese Language and Literature
Department of East Asian Languages and Civilizations
University of Pennsylvania
Philadelphia, PA 19104-6305
USA
Voir encore:

Tucker Carlson: The truth about demographic change and why Democrats want it

Native-born Americans of every race and class are being systematically disenfranchised. We need to start talking about it

Last week, we said something on television that the usual chorus of hyperaggressive liars is now pretending was somehow highly controversial. Ordinarily, we’d ignore all of this. Once you’ve been denounced as a White supremacist for quoting Martin Luther King Jr., you realize such criticism is all just all another form of social control. Honestly, who cares what they think?

But in this one case, we thought it might be worth pausing to restate the original point, both because it was true and worth saying, and also because America badly needs a national conversation about it.

On Thursday, our friend Mark Steyn guest-hosted the 7 p.m. hour on Fox. He did a segment on how federal authorities are allowing illegal aliens to fly without ID — something that, in case you haven’t noticed, you are not permitted to do. The following exchange took place in response to that story:

TUCKER CARLSON, ‘FOX NEWS PRIMETIME’, APRIL 8: I’m laughing because this is one of about 10 stories that I know you’ve covered where the government shows preference to people who have shown absolute contempt for our customs, our laws, our system itself, and they’re being treated better than American citizens.

Now, I know that the left and all the little gatekeepers on Twitter become literally hysterical if you use the term « replacement, » if you suggest that the Democratic Party is trying to replace the current electorate, the voters now casting ballots, with new people, more obedient voters from the Third World. But they become hysterical because that’s what’s happening, actually.

Let’s just say if that’s true, if look, if this was happening in your house, if you were in sixth grade, for example, and without telling you, your parents adopted a bunch of new siblings and gave them brand new bikes and let them stay up later and helped them with their homework and give them twice the allowance that they gave you. You would say to your siblings, « You know, I think we’re being replaced by kids that our parents love more. » And it would be kind of hard to argue against you because look at the evidence.

So this matters on a bunch of different levels. But on the most basic level, it’s a voting rights question. In a democracy, one person equals one vote. If you change the population, you dilute the political power of the people who live there. So every time they import a new voter, I’d become disenfranchized as a current voter. So I don’t understand. I mean, every wants to make a racial issue out of it. « Oh, the White replacement. » No, no, no. This is a voting rights question. I have less political power because they’re importing a brand new electorate. Why should I sit back and take that? The power that I have as an American, guaranteed at birth, is one man, one vote, and they’re diluting it. No, they’re not allowed to do that. Why are we putting up with this?

At least one prediction came true right away, all those little gatekeepers on Twitter did become hysterical. They’ve spent the last four days jumping up and down furiously, trying once again to pull the show off the air. Once again, they will fail, though it is amusing to see them keep at it. (They get so enraged. It’s a riot.)

TUCKER: EVERY TIME DEMOCRATS ‘IMPORT A NEW VOTER,’ THEY DILUTE AMERICANS’ POLITICAL POWER

But why all the anger? If someone says something you think is wrong, is your first instinct to hurt them? Probably not. Normal people don’t respond that way. If you hear something you think is incorrect, you try to correct it. But getting the facts right is hardly the point of this exercise. The point is to prevent unauthorized conversations from starting in the first place. « Shut up, racist! No more questions! » You’ve heard that before.

You wonder how much longer they imagine Americans are going to go along with this; an entire country forced to lie about everything all the time. It can’t go on forever, but you can see why they’re trying it.

Demographic change is the key to the Democratic Party’s political ambitions. Let’s say that again for emphasis, because it is the secret to the entire immigration debate: Demographic change is the key to the Democratic Party’s political ambitions. In order to win and maintain power. Democrats plan to change the population of the country. They’re no longer trying to win you over with their program. They’re obviously not trying to improve your life. They don’t even really care about your vote anymore. Their goal is to make you irrelevant.

That is provably true. And because it’s true, it drives them absolutely crazy when you say it out loud. A hurt dog barks. They scream about how noting the obvious is immoral, that you’re a racist if you dare to repeat things that they themselves proudly say. Most people go along with this absurd standard and dutifully shut up; they don’t think they have a choice. But no matter what they’re allowed to say in public, everyone understands the truth: When you change who votes, you change who wins. That fact has nothing inherently to do with race or nationality. It’s the nature of democracy. It is always true. You can watch it happen for yourself and you probably have.

ARIZONA AG SUES BIDEN ADMINISTRATION OVER IMMIGRATION POLICIES THAT HARM ENVIRONMENT

All across the country, we have seen huge changes in election outcomes caused by demographic change. New people move in and they vote differently. As a practical matter, it doesn’t matter what they look like or where they’re from, even. All that matters is that they have different political views. This is every bit as true when the migrants come from Brooklyn as when they come from Oaxaca.

In Vermont, White liberals fleeing the mess they made in New York turned the state blue. As recently as 1992, Vermont was reliably Republican, as hard to believe as that is. Vermont is now a parody of lifestyle liberalism. That’s demographic change at work. You see the same thing happening in the state of New Hampshire as refugees from Massachusetts flood north and bring their bad habits with them.

Montana, Idaho, and Nevada all face similar problems. The affluent liberals who wrecked California aren’t sticking around to see how that ends. They’re running to the pallid hideaways of Boise and Bozeman, distorting local culture and real estate markets as they do it. Pretty soon, people who are born in the Mountain West won’t be able to live there. They’ll be, yes, replaced by private equity barons, yoga instructors and senior vice presidents from Google. Beautiful places are always in danger of being overrun by the worst people. Ask anyone who grew up in Aspen.

But in most of this country, it is immigration from other nations more than anything else that has driven political transformation. This is different from what we’ve seen in places like Vermont. Americans have every right to move to new states if they want, even if they have silly political opinions. But our leaders have no right to encourage foreigners to move to this country in order to change election results. Doing that is an attack on our democracy. Yet for decades, our leaders have done just that, and they keep doing it because it works.

WARNOCK ADMITS SIGNING EMAIL WITH FALSE INFORMATION ABOUT GEORGIA VOTING LAW

Consider Virginia. The counties across the Potomac River from Washington, D.C. now contain one of the largest immigrant communities in the United States. Most of these immigrants are hardworking and decent people. Many have been very successful in business. Good for them. But they also have very different politics from the people who used to live there. Their votes have allowed Democrats to seize control of the entire state and change it into something unrecognizable. Governor, Blackface Klanrobes in Richmond owes his job to immigrants in Arlington and Falls Church.

Similar trends are now underway in Georgia, North Carolina and many other states. Mass immigration increases the power of the Democratic Party, period. That’s the reason Democrats support it. It’s the only reason. If two hundred thousand immigrants from Poland showed up at our southern border tomorrow, Kamala Harris wouldn’t promise them health care. Why? Simple: Poles tend to vote Republican. That’s the difference. Democrats would deport those migrants immediately. N hand-wringing about how we’re a nation of immigrants. Hundreds of thousands of likely Republican voters massing in Tijuana would qualify as a national crisis. We’d have a border wall by Wednesday.

For Democrats, the point of immigration is not to show compassion to refugees, much less improve our country. It’s definitely not about racial justice. Mass immigration hurts African-Americans, perhaps more than anyone else. Immigration is a means to electoral advantage. It is about power. More Democratic voters mean more power for Democratic politicians. That’s the signature lesson of the state of California.

Between 1948 and 1992, the state of California voted for exactly one Democratic presidential candidate. Among America’s big population centers, in vivid contrast to Chicago and New York, California was reliably, proudly Republican. For eight years, no less a figure than Ronald Reagan ran the state. California had the country’s best schools, the best infrastructure, the best economy, not to mention the prettiest national environment on the planet. California was a model for the world.

TUCKER: THE SLOW PAINFUL DEATH OF CALIFORNIA

In 1980, Ronald Reagan, California’s former governor, became president of the United States. In retrospect, it never got any better for California. Midway through his second term, Reagan signed something called the Immigration Reform and Control Act of 1986. Though he likely didn’t realize it at the time, that law made future Ronald Reagans impossible. The Immigration Reform and Control Act brought about an amnesty, and a path to citizenship, for nearly three million foreign nationals living in the U.S. illegally. The next year, by executive order, Reagan added to that number. He halted the deportation of another 100,000 illegal minors, the Dreamers of his day.

The rest of the world watched carefully as this happened. Would-be migrants everywhere concluded that there was no real penalty for breaking America’s laws. In fact, there was a reward. Reagan also signed a law that required hospitals to provide free medical care regardless of immigration status. The Supreme Court had already guaranteed free education to anyone who showed up without a visa. So: Free hospitals, free schools, and amnesty if you get caught. Why wouldn’t the rest of the world come? They soon did.

If you’re ever bored, go back and read the coverage of the 1986 amnesty bill the day it passed. Everyone at the time, in both parties and the media, assured Americans that the new law would control our border. It was called the Immigration Reform and Control Act, after all. Well, the opposite happened: Huge new waves of migrants arrived immediately, many of them illegal. California was transformed virtually overnight into a Democratic state. In 1988, George H.W. Bush narrowly won California in the presidential election, but no Republican has won that state since. No Republican ever will win in California, not in our lifetimes. There are now about twice as many registered Democrats in California as there are Republicans.

There’s not much debate about how this happened. The counties in California with the highest percentage of Republicans are, not coincidentally, those with the lowest percentage of immigrants and vice versa. California changed because the population changed. Analysis of the 2012 presidential election, for example, showed that if you lived in the state of California in 1980, you probably still voted Republican. Your views hadn’t really changed. But as your state swelled with foreign voters, your views became irrelevant. Your political power, the power to control your own life, disappeared with the arrival of new people who diluted your vote. That was the whole point.

That’s not democracy, it’s cheating. Imagine watching a football game where one team decides to start the third quarter with an extra 40 players on the field. Would you consider that fair play? The Democratic Party did something very much like that in the state of California. They rigged the game with more people. They packed the electorate. As a result, Americans who grew up in California lost their most basic right in a democracy, the right to have their votes count.

This was true for all native-born Americans, by the way, not just Republicans. Los Angeles now has the largest Latin American population outside of Mexico City. Whites make up fewer than 30% of the population, down from more than 90% in 1960. But a less noticed decline has occurred among African Americans. According to demographer Joel Kotkin, over the last 30 years, the proportion of Black residents in Los Angeles has dropped by half. San Francisco is now just 5% Black; in 1980, it was 13%. You’ve heard a lot lately about the necessity of Black political power. In California, that power is evaporating due to mass immigration.

Democratic leaders never mention this trend, but it’s obvious to the people who live there. One poll found that almost 60% of black people in California would very much like to leave. Many already have. The exodus of American-born Californians of every color began shortly after the 1986 amnesty. It has grown to a panicked rush. It can now cost you five times as much to drive a U-Haul out of California than to drive a U-Haul in. That’s supply and demand at work. Not many Americans are moving to Los Angeles.

Yet for every Californian who abandons the state, several other people arrive from foreign countries. That’s why since 1990, the total population of California has grown by 10 million people. That’s the equivalent of an entirely new Michigan and North Carolina in just 30 years. It’s an awful lot of people in a very short period of time. Most of these new arrivals come from poor places. Their standard of living rises once they get to California. The state, however, has become much poorer. In 1986, California was the richest landmass of its size in the world. California now has more poor people than any state in the country as of this year, according to the best measurements available from the federal government. California has a higher poverty rate than Mississippi, indeed the highest in the nation.

CALIFORNIA COUNTY HELPS FUND UNIVERSAL BASIC INCOME PROGRAM RESTRICTED TO WOMEN OF COLOR

How did this happen? In a healthy country, one that prized honesty and free inquiry and legitimate social science, we wouldn’t be asking that question urgently. How did a place as idyllic as California become so miserable that huge numbers of people who were born there decided to abandon their homes and flee? If you cared about the United States, you would want to know the answer and you’d want to make absolutely certain it didn’t happen anywhere else. Yet the Democratic Party is working to make certain it happens everywhere else. That’s not a slur. It’s not a guess. We know it because they brag about it constantly.

The left becomes unhinged if you point out that American voters are being replaced by Democratic Party loyalists from other countries. You’re absolutely not allowed to say that, but they’re allowed to say that. And they do. They say it all the time. They’ve done studies on it, written long books about it, talked about it endlessly on television, often in the ugliest racial terms. They’re not ashamed at all, they don’t think they have to be ashamed. In the fall of 2018, a columnist for The New York Times wrote a piece that was literally entitled « We Can Replace Them« .

In case you wondered who the « them » was, the column told you explicitly. Thanks to demographic change, the author noted with hearty approval, the state of Georgia will soon be controlled by Democrats: « The potential is there. Georgia is less than 53 [%} non-Hispanic [W]hite ». Again, that’s a New York Times columnist, not some QAnon blogger.

They tell you that demographic replacement is an obsession on the right. No, it’s not. They say it’s some horrifying right-wing conspiracy theory, that the right is obsessed with it. No, the left is obsessed with it. In fact, it’s the central idea of the modern Democratic Party. Demographic replacement is their obsession because it’s their path to power. In 2013, future Obama Cabinet secretary Julian Castro went on CBS to explain why Texas will soon be a Democratic state.

TEXAS GOV. ABBOTT SENDS LETTER TO VP HARRIS DEMANDING MIGRANT FACILITY SHUTDOWN

CASTRO: In a couple of presidential cycles, you’ll be — on Election Night, you’ll be announcing that we’re calling the 38 electoral votes of Texas for the Democratic nominee for president. It’s changing. It’s going to become a purple state and then a blue state because of the demographics, because of the population growth of folks from outside of Texas. 

No one attacked Julian Castro for saying that. No one asked who these « folks from outside of Texas » might be or why they had a right to control the future of people who already lived in Texas. Nobody said a word about it. It seemed normal, it was normal, it still is normal. In Washington, what qualifies as shocking is any real attempt to protect democracy.

In the summer of 2019, then-President Donald Trump promised — falsely, as it turned out — that he was going to deport huge numbers of foreign nationals living here illegally. Kamala Harris’s response to this was revealing. She could have argued, as Democrats often do, that deportation is cruel and it’s un-American. But she didn’t say that. Instead, she told the truth about it,

« Let’s call this what it is, » Harris wrote on Twitter. « It’s an attempt to remake the demographics of our country by cracking down on immigrants. That this threat is coming from the president of the United States is deeply reprehensible and an affront to our values. We will fight this. »

MIRANDA DEVINE: HARRIS MUST SEE FIRSTHAND THAT ‘OPEN BORDER’ POLICIES DON’T WORK

But wait a second, Trump had announced had announced he was deporting illegal aliens, who aren’t allowed to vote in our elections. They’re not even allowed to live here. How was sending them home to their own country « an attempt to remake the demographics of our country »? Illegal aliens shouldn’t even count in the demographics of our country. They’re not Americans.

Kamala Harris’s response only makes sense if you believe that the millions of foreigners breaking our laws to live here are future Democratic voters, and that’s exactly what she does believe. It’s shocking if you think about it, and that’s why you’re not allowed to think about it. Thinking about what Kamala Harris is planning, Kamala Harris herself would like you to know, is deeply reprehensible and an affront to our values. In other words, submit to our scheme or you’re immoral.

If you heard prominent people talk like this in any other country, you’d be confused. A nation’s leadership class admitting they hope to replace their own citizens seems grotesque. If you believed in democracy, you would work to protect the potency of every citizen’s vote, obviously. You wonder if people even debate questions like this in countries that don’t hate themselves, like Japan or South Korea or Israel.

Go to the Anti-Defamation League’s (ADL) website sometime if you’d like a glimpse of what an unvarnished conversation about a country’s national interest might look like. In a short essay posted to the site, the ADL explains why the state of Israel should not allow more Arabs to become citizens with voting rights:

« With historically high birth rates among the Palestinians and a possible influx of Palestinian refugees and their descendants now living around the world, » the ADL explains, « Jews would quickly be a minority within a bi-national state, thus likely ending any semblance of equal representation and protections. In this situation, the Jewish population would be increasingly politically — and potentially physically — vulnerable.

« It is unrealistic and unacceptable, » the ADL continues, « to expect the State of Israel to voluntarily subvert its own sovereign existence and nationalist identity and become a vulnerable minority within what was once its own territory. »

Now, from Israel’s perspective, this makes perfect sense. Why would any democratic nation make its own citizens less powerful? Isn’t that the deepest betrayal of all? In the words of the ADL, why would a government subvert its own sovereign existence? Good question. Maybe ADL President Jonathan Greenblatt will join « Tucker Carlson Tonight » some time to explain and tell us whether that same principle applies to the United States. Most Americans believe it does. Unfortunately, most Americans don’t have a say in the matter.

Most Americans aren’t even allowed to have the conversation. So they watch from the sidelines as their democracy is murdered by people who claim to be its defenders. « Democracy! Democracy! Democracy! » screams the Twitter mob, even as the votes of the people who were born here declined steadily in value — diluted and increasingly worthless, like the U.S. dollar. This is what it looks like when an entire native population — Black and White, but every one of them an American — is systematically disenfranchized. Middle class Americans become less powerful every year. They have less economic power, and thanks to mass immigration, they now have less political power. The leaders making these changes have no sympathy for their victims. They blame the country for its own suffering. You always hate the people you hurt.

That’s all true. Every honest person knows that it’s true. As long as we’re here, we’re going to keep saying it out loud.

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In Georgia, a chance to rebuke white nationalism.

The New York Times

For a few hours on Saturday morning, I felt good about America. I was at a smallish rally in the Atlanta suburb of Riverdale, listening to Democratic politicians including Senator Kamala Harris and Georgia’s Stacey Abrams, who could become the first African-American female governor in American history. Abrams told a story she often repeats on the campaign trail, about being 17 and arriving at the governor’s mansion for a reception for Georgia’s high school valedictorians.

Her family didn’t have a car, and she described getting off the bus and walking with her parents along a driveway to a set of black gates. A guard approached, and she remembered him saying, “This is a private event — you don’t belong here.”

Though they were eventually let in, Abrams recalled little of the event itself. “The only clear memory I have of that day is a man standing in front of the most powerful place in Georgia, looking at me and telling me I don’t belong,” she said. “But with your help in 10 days we will open those gates wide!” The crowd stood, applauding and cheering, as Abrams said, “Because this is our Georgia!”

When the rally was over I checked the news. Reports of the killings at the Tree of Life synagogue in Pittsburgh were coming in. The social media posts of the man arrested in the shootings echoed a lie being peddled by Donald Trump, Fox News and some Republican politicians, which paints a group of bedraggled migrants about a thousand miles away as a dangerous invading horde subsidized by a shadowy puppet master. The gunman’s rampage, believed to be the deadliest anti-Semitic massacre in American history, came on the heels of a bomb campaign against leading Democrats that the police say was carried out by a fanatical Trump supporter, and by what the authorities describe as the racist murder of two African-Americans in their 60s at a Kentucky supermarket.

Right now America is tearing itself apart as an embittered white conservative minority clings to power, terrified at being swamped by a new multiracial polyglot majority. The divide feels especially stark in Georgia, where the midterm election is a battle between Trumpist reaction and the multicultural America whose emergence the right is trying, at all costs, to forestall.

“Any time there is progress made there will always be moments of retrenchment,” Abrams said to me later on Saturday. But, she added, “what I am more excited about is the counterforce that we’re seeing in the number of people running for office who represent a much more forward-looking, progressive vision.”

Abrams’s goal is to put together a coalition of African-American and other minority voters and white liberals. The potential is there; Georgia is less than 53 percent non-Hispanic white. “Georgia is a blue state if everybody votes,” DuBose Porter, chairman of the Democratic Party of Georgia, told me.

Abrams’s opponent, the Georgia secretary of state Brian Kemp, ahead by a couple of percentage points in the polls, doesn’t want to see that happen. Last week, Rolling Stone obtained audio of Kemp telling donors of his “concern” about what might happen in Georgia “if everybody uses and exercises their right to vote.” As the secretary of state overseeing his own election, he’s taken steps to make that harder. His office has frozen new voter registrations for minor discrepancies with official records, and, starting in 2012, purged around 1.5 million people from the voter rolls — some simply because they didn’t vote in previous elections. He’s fighting a court order to stop rejecting absentee ballots over questions about the authenticity of their signatures.

Kemp is the candidate of aggrieved whiteness. During the primary, he ran an ad boasting that he drives a big truck “just in case I need to round up criminal illegals and take ’em home myself.” (That would be kidnapping.) A person who claimed to be a Kemp canvasser recently wrote on the racist website VDare, “I know everything I need to know about what happens when blacks are in charge from Detroit, Haiti, South Africa, etc.” Kemp cannot be blamed for the words of his volunteers, but he’s made little discernible effort to distance himself from bigots.

This month he posed for a photograph with a white nationalist fan in a T-shirt saying, “Allah is not God, and Mohammad is not his prophet.”

Racists in Georgia, like racists all over America, are emboldened. A schoolteacher in Atlanta told me that over the weekend K.K.K. fliers were strewn around his suburb.

But the forces of democracy are rising, too. In Georgia’s highly diverse Seventh District, Carolyn Bourdeaux, part of the wave of women inspired to run for office by revulsion at Trump, is challenging Representative Rob Woodall, a Republican. Bourdeaux said that the Seventh, a majority-minority district with immigrants from all over the world, has been on the front lines of voter suppression. Nevertheless, her campaign said that early-voting turnout has reached presidential levels.

On Saturday morning, Abrams closed by reminding the crowd of Kemp’s views on democracy. “He said he is concerned that if everyone eligible to vote in Georgia does so, he will lose this election,” she said. “Let’s prove him right.” In a week, American voters can do to white nationalists what they fear most. Show them they’re being replaced.

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Greg Sargent

November 7, 2012

Peter Beinart, reflecting on the spectacular electoral success of Obama’s bet on America’s changing demographics, makes a bold prediction:

Four years ago, it looked possible that Barack Obama’s election heralded a new era of Democratic dominance. Now it looks almost certain….the face of America changed, and only one party changed with it….From the beginning, Obama has said he wants to be a transformational figure, a president who reshapes American politics for decades, another Reagan or FDR. He may just have achieved that Tuesday night.

Along these lines, Pew Research has released its analysis of the the exit poll numbers. It is striking:

Nationally, nonwhite voters made up 28% of all voters, up from 26% in 2008. Obama won 80% of these voters, the same as four years ago.

Obama’s support from nonwhites was a critical factor in battleground states, especially Ohio and Florida. In Ohio, blacks were 15% of the electorate, up from 11% in 2008. In Florida, Hispanics were 17% of the electorate, a slight increase from 14% in 2008. While minority compositional gains were not huge, they offset a strong tilt against Obama among white voters. Nationally, Romney won the white vote, 59% to 39%.

Romney won nearly six out of every 10 white voters, and still lost. The key point here is that the GOP explicitly bet on a reversal of demographic trends. The case for a Romney victory always rested on the hope that the electorate would be whiter and older than it was in 2008. The opposite happened — the election seemed to confirm that these trends will continue marching inexorably forward.

Before yesterday, gay marriage had never been ratified by popular vote. Now that has happened in three states, and gay marriage is legal in nine of them. The Defense of Marriage Act very well may be struck down by the Supreme Court next year, meaning all the gay couples in all these states will enjoy full recognition as married couples from the federal government. Health care reform is here to stay. Andrew Sullivan:

America crossed the Rubicon of every citizen’s access to healthcare, and re-elected a black president in a truly tough economic climate. The shift toward gay equality is now irreversible. The end of prohibition of marijuana is in sight. Women, in particular, moved this nation forward — pragmatically, provisionally, sensibly. They did so alongside the young whose dedication to voting was actually greater this time than in 2008, the Latino voters who have made the current GOP irrelevant, and African-Americans, who turned up in vast numbers, as in 2008.

Enormous challenges remain, and it’s always easy for people to overinterpret election results amid the euphoria of victory. But it’s hard to square all of this with the notion that this was a “small” election or a victory that was only ground out on the margins. And it will certainly be interesting to see where the GOP goes from here.

Voir enfin:

Le prédicateur Tariq Ramadan chante le « grand remplacement »

Mis en examen pour viols, il s’essaie au slam. «Soit vous partagez, soit on se servira!», prévient-il dans une lancinante diatribe anticolonialiste de 8 minutes, dédiée à tous ceux « qui ont subi la colonisation ».

On connaissait l’«islamologue», le «philosophe», l’auteur d’essais, l’organisateur de séminaires, voici que Tariq Ramadan s’improvise chanteur. Slameur, plus exactement, puisque son premier titre, «Qu’est-ce que vous croyez ?», dont il vient d’annoncer la sortie, se veut de la «poésie mise en musique». Alors que le prédicateur, mis en examen pour viols sur cinq femmes en France et en Suisse, comparaissait il y a quinze jours encore devant le tribunal correctionnel de Rouen pour diffamation, il se lance dans une diatribe indigéniste dédiée à tous ceux «qui ont subi la colonisation à travers le monde».

Il commence fort, sur fond de musique lancinante: «Cela fait des siècles que vous volez et mentez. Vous seriez venus, dites-vous, pour nous civiliser. Vous avez méprisé nos langues, nos cultures, nos religions, humilié nos mémoires, souillé nos traditions». Avant de reprendre en refrain: «Attendez ! Mais qu’est-ce que vous croyez ? Que l’on va rester là assis à vous regarder ? Piller nos terres, nos richesses, nos minerais ? Vous laisser tranquillement écrire l’histoire et la coloniser?»

«Soit vous partagez, soit on se servira»

Suivent les menaces à peine voilées: «Soit vous partagez, soit on se servira!». «Des peuples traversent la misère, restent fiers et dignes, et, même, ils se multiplient. Votre ordre et vos frontières n’auront raison ni de notre jeunesse, encore moins de la vie, pontifie-t-il. Demain, dans vos rues, nous marcherons, libres et sereins. Demain, entendez, la fraternité et la diversité seront seules garantes de votre sécurité».
Ironique, voire cynique, Tariq Ramadan joue avec les antiphrases… et la théorie du «grand remplacement» : «Vous avez peur ? Vous allez perdre vos privilèges et votre identité ? La mixité serait donc votre perte et bientôt vous serez sauvagement remplacés ? Dormez en paix, amis de l’égalité, nous ne sommes venus ni pour remplacer, ni pour voler. Au-delà des couleurs, des religions, nous sommes une bonne nouvelle, un vent de liberté».

Une petite musique qu’il avait déjà entonnée dans son livre Devoir de vérité*: «La France est encore prisonnière de ses aspirations impériales et de ses penchants dominateurs: elle n’a réglé ni la question du colonialisme, ni celle de la xénophobie et du racisme», assénait Ramadan dans un chapitre intitulé «Prisonnier politique?». Énumérant des personnalités blanches accusées de viol, il s’interrogeait encore: «Comment se fait-il que je sois le seul en prison, un  »Arabe », bien sûr, un  »musulman », dont la plus grande faute est sans doute de gêner la classe politique et les intellectuels français?».

Pour Henda Ayari, première femme à l’avoir accusé de viol, «la stratégie de Tariq Ramadan est de récupérer sa popularité et le soutien des personnes issues de l’immigration, en particulier des musulmans, en s’érigeant en protecteur des musulmans contre les  »méchants Français racistes et islamophobes »». Avocat de cette première plaignante, Me Jonas Haddad renchérit: «Cela participe d’une nouvelle offensive médiatique destinée à couvrir les évolutions de la procédure. Avec un slam, des cours, des petites vidéos pour s’autojustifier, il sort complètement de ce cadre judiciaire».

L’écrivain Mohamed Sifaoui, directeur de publication de la plateforme islamoscope.tv, n’y voit aussi que «du marketing»: «Ramadan a une détestation profonde pour la société française et occidentale, propre d’ailleurs aux Frères musulmans, analyse-t-il. Ce ressentiment s’est accentué avec son passage en prison. Malgré ces paroles qui cherchent à séduire les islamo-gauchistes, il sera très difficile pour lui de rebondir: il est désormais vomi par tous ceux qui étaient ses adeptes hier».

La sortie de l’album, Traversées, est prévue le 29 mai.

* Presses du Châtelet, 2019.

Voir enfin:

How Texas Turned Purple

No one knows what is going to happen in Texas on Election Day.And it’s been decades since anyone could say that.“The raw numbers in Texas, and the year-to-year or the election-to-election increase [in voter turnout] is really, you know, fairly stunning,” James Henson, the director of the Texas Politics Project, told me. “Texas is competitive this year, and it’s much more competitive than we’ve seen for 20 years.”

“For the longest time, when you think about parties in Texas—for instance, under the Obama era, it was the Tea Party versus the more mainstream conservatives—Democrats just simply didn’t have the numbers to really make much of an impact,” Emily Farris, a professor at Texas Christian University, told me. “It’s just such a huge shift.”

More than 9 million Texans voted early this year, more than the total number who voted in 2016, and the Election Day numbers are yet to come. According to data collected by The Texas Tribune, the state will likely reach a turnout rate of more than 60 percent, a level unseen since the 1990s.For a state that has long had one of the lowest turnout rates in the country, the change is remarkable, and it makes the outcome of this year’s elections impossible to foresee with any confidence. Turnout is up in metropolitan areas where Democrats hope to draw most of their votes from, but turnout is up in Republican areas too. Even if Biden doesn’t flip the state at the presidential level, Democrats might take the state House, giving them much more of a say in the upcoming redistricting process, which helped lock them out of power the last time it took place.“I think it’s much harder to predict, because there are so many people who haven’t participated in a primary before,” Sylvia Manzano, a principal at Latino Decisions, a polling firm that specializes in Hispanic-public-opinion surveys, told me. (Voters need not sign up with a party, but analysts often determine party affiliation by looking to see in which primary voters last participated.) “The suburbs have grown, and so it’s harder to say, ‘Oh, well, you know, it’s up in Collin County, or it’s up in Fort Bend County; that must mean more Trump votes. Not necessarily, because those counties are diversifying. There’s also more young people participating. So that does make it tricky.”What happened to Texas? Democrats’ victories in 2018 shifted control of a number of local offices, which allowed them to make voting in those jurisdictions easier. Years of work from the Democratic Party and local activists, aiming to turn out left-leaning voters, have started to pay off. Texas Governor Greg Abbott also expanded the early-voting period from one week to two weeks (much to the frustration of his own party, which sued him over it), although he later tried to suppress votes in populous counties by allowing them to have only one ballot dropbox each. As Texas Monthly’s Christopher Hooks writes, Abbott is facing criticism from the left for being ineffective in suppressing the coronavirus pandemic, and from the right for undertaking any restrictive public-health measures at all.The national trends at work during the Trump era are also changing Texas. The coronavirus pandemic has ravaged the state, killing almost 20,000 people and slowing the economy. Black and Latino voters in Texas, as elsewhere in the country, have suffered disproportionately from the effects of the pandemic. College-educated white voters, meanwhile, have shifted away from the Republican Party. And looming over it all is Donald Trump, who inspires tremendous intensity of feeling among both his supporters and his detractors.
“Donald Trump is a turnout and motivation machine for both Republicans and Democrats,” Henson said. “I think we saw that in 2018, and we’re seeing that now.”Democrats have been hoping for Texas to become purple for decades—the state’s demographics are similar to California’s, but its white population is much more conservative, and its voting population less diverse than the state at large. Statewide, Latinos make up nearly 40 percent of the population but accounted for only about 30 percent of the electorate in 2018, while non-Hispanic white voters made up 56 percent of the 2018 electorate even though they make up only about 40 percent of the population. With the surge in turnout however, it’s anyone’s guess what the Texas electorate actually looks like this year.

The short version of the story of Texas’s and California’s divergent fates goes something like this: Unlike in California, where Republicans embraced an anti-immigrant politics that compelled Latino residents to organize politically to defeat them, in Texas, the Republican Party was dominated until relatively recently by George W. Bush–style immigration moderates instead of Trump-style nativists. And whether because of Trumpism alienating young and college-educated white voters, or because of an influx of white liberals from other states, white voters in Texas appear to have become, on average, more moderate.

Also in the past decade, both Democrats and activist groups have made a concerted effort to shift the state’s politics to the left and help underrepresented groups turn out.

“It’s not coming from D.C. consultants swooping in, bringing people that they worked with in a national campaign, and saying, ‘We’ll fix you,’” Manzano said. “It’s people who know the state, who know their particular piece of the state and their communities.”

These efforts showed real results in the 2018 midterms, when Democrat Beto O’Rourke came within three points of unseating incumbent Republican Senator Ted Cruz. Texas’s senior senator, John Cornyn, admitted a few weeks later that “Texas is no longer a reliably red state.”

Texas’s reliable redness, however, is a product of design more than ideology. Texas Republicans have worked hard to raise economic barriers to voting, passing strict voter-ID laws, refusing to allow voters to register online, making it extremely difficult for third parties to register voters, and gerrymandering the state so effectively as to lock Democrats out of power. A study from Northern Illinois University recently found that Texas had the most restrictive voting processes in the country.

“The Republican Party in the last 20 years has been very effective at using the levers of part of government … to their advantage, particularly in the drawing of districts and in the management of voting rules,” Henson said.

That worked for a while. But human beings don’t stay within the lines that have been gerrymandered around them, and the diversification of the suburbs has made once reliably Republican districts more competitive. The Cruz-O’Rourke race was the main event for the national media in 2018, but the undercard was more important than national observers might have guessed. Democrats’ gains in state-level offices have had tangible results. In populous Harris County, where Houston is located, Democratic officials led by County Judge Lina Hidalgo, who was elected in 2018, invested millions of dollars in helping voters cast ballots by setting up 24-hour early voting, introducing drive-through voting, and opening additional polling places—all over the objections of Republicans.

“We have now consistently been talking to voters in all of these major counties and geographies over multiple cycles. And we know that that’s important, building that relationship with voters and showing people that there are groups like ours and other groups and labor organizations that are not just going to talk to you one cycle or wait before Election Day. We’re talking to you all the time,” Crystal Zermeño, the strategic director of the Texas Organizing Project, told me. “It’s been less about the Democratic and Republican piece, and just more like, ‘Here’s a person that looks like me, or looks like my sister, looks like my cousin. I helped get that person elected. And here’s the change that they’re making.’”

Texas would be a nice feather in Biden’s cap, but he’s unlikely to need a win there to become president. Flipping the state House, however, would mean that millions of left-leaning Texans who have been shut out of state politics for years would finally have a say in how the state is governed.

In other states, “we really see the presidential race driving turnout and driving a lot of campaigns,” Farris said. “In a lot of the discussion in Texas, that seems to flip. Biden is benefiting from local and statewide races. That’s a really interesting phenomenon that’s a little bit unique here.”

None of this is to say that Biden will win Texas, or that the Democratic Senate candidate MJ Hegar will unseat Cornyn, or that Democrats are a lock to flip the state House. Blue Texas may not be a reality yet, but the days of state politics being just a battle between the right and the center-right could be over.


Affaire Enderlin/20e: Montrez-moi le pays et je vous trouve le crime (Looking back at the fake news of the century)

30 septembre, 2020

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Montrez-moi l’homme et je vous trouve le crime. Lavrenti Beria (chef de la police secrète de Staline)
L’image correspondait à la réalité de la situation, non seulement à Gaza, mais en Cisjordanie. Charles Enderlin (Le Figaro, 27/01/05)
The narrative tension of our podcast ‘Caliphate’ is the question of whether his account is true. Rukimini Callimachi (NYT)
If you look at the whole series, we did make it clear in the series that there were questions about his story, but given what happened in Canada, given the allegation he made everything up, we are going to re-report it. Dean Baquet (NYT executive editor)
We are going to look for the truth of his story and inevitably we are going to also ask the question about how we presented him so we are going to put together a group of reporters and take a new look at the story, his story and inevitably how we presented his story. Dean Baquet (NYT executive editor)
In May 2018, Rukmini Callimachi, a star reporter for the New York Times, faced some questions about her reporting. Her podcast series, “Caliphate,” focused on a young Pakistani-Canadian man who claimed that he’d traveled to Syria in 2014 and joined forces with the Islamic State. “Abu Huzayfah” — the man’s nom de guerre — told Callimachi he had executed two men. Trouble was, he told a Canadian interviewer that he’d killed no one. Pressed on the discrepancy, Callimachi told CBC News, “We were able to get to both before any other media had gotten to him, but crucially before law enforcement had gotten to him.… He was speaking to us in this window of time when he essentially thought he had slipped through the cracks.” But last week, as reported previously in this space, Abu Huzayfah was charged with fabricating his life as a terrorist. Scrutiny of this sort occasionally lands on Callimachi’s work. Her reporting has won numerous prizes, but it has also raised questions, including from her own colleagues, about how she gathers and verifies her scoops. Since joining the Times in 2014 from the Associated Press, Callimachi has become the most famous terrorism reporter in the world, in part because of her enterprise on Twitter, where she posted marathon threads about developments on her beat. She sought information everywhere, from chat rooms where terrorists lurked to hot spots like Mosul. Wired in 2016 wrote that she was “arguably the best reporter on the most impor­tant beat in the world.” Poynter in 2017 called her an “unrelenting and insightful observer of terrorism.” A fine collection of plaques commemorates Callimachi’s hard work. She is a four-time finalist for the Pulitzer Prize: first in 2009 for an AP project on the exploitation of children in Africa; next in 2014 for a stunning investigation of al-Qaeda relying on the terrorist network’s own documents; and finally in 2019, for both an exposé on the Islamic State — also driven by documents — and the “Caliphate” podcast. She made history by winning two Overseas Press Club awards for that al-Qaeda investigation. Like the awards, the journalistic stumbles of Callimachi have played out in public, right in the pages of the Times. They have prompted Times reporters to raise concerns with their bosses about her work and the reliability of her sources. Those concerns mix with an awkward and anguished institutional culture: Her critics worry that their complaints are interpreted as professional envy toward a multiplatform star of the Times. “There is some internal and external griping about certain elements of Rukmini’s reporting style,” one source told the Erik Wemple Blog in 2018. “She’s a classic giant personality.… She’s very good at describing her work and taking credit for it and living the risk. There are some people on staff who don’t like that.” Last October, Callimachi published a scoop on an unorthodox situation in which the Islamic State was allegedly paying a rival group — Hurras al-Din — to provide security for late leader Abu Bakr al-Baghdadi. The basis for the story was a series of receipts secured by Callimachi, who had turned terrorist document-hunting into her niche.  (…) Then the story crumbled. An expert quoted in the story as endorsing the receipts’ authenticity wrote a post reviewing the whole situation. Whereas Callimachi indicated in her article that the expert — Aymenn Jawad al-Tamimi — reviewed eight receipts, he had originally been given only four receipts, as a subsequent Times correction made clear. After reviewing all eight, he concluded that they were “not authentic.” (…) Questions were raised, too, over a February 2018 story on the deaths of four U.S. soldiers killed in a fight with militants in the Niger desert. Callimachi spearheaded the paper’s efforts to secure footage shedding light on the incident, and the newspaper issued this disclosure on the video (…) The Times’s decision to purchase the video rights was particularly controversial. To Callimachi’s credit, the story — for which she was the lead byline — made clear the paper’s actions in pursuing the footage. Yet some Times journalists chafed: Why was the paper arranging to procure terrorist propaganda? In particular, the “news agency” from which the video was purchased was not exactly an objective, professional organization. A 2017 story co-authored by Callimachi noted that “Agence Nouakchott d’Information, or ANI, is associated with Al Qaeda’s branches in Africa.” (…) Video was also at the center of a 2016 Callimachi dust-up that embarrassed the Times. In August of that year, Callimachi published an investigative piece about Islamic State efforts to export terrorism around the globe. The narrative tissue for the piece was an interview with Harry Sarfo, a former Islamic State terrorist who fled the territory and returned to Germany, where he was arrested and sentenced to prison. It was such a coup that the newspaper did a “Times Insider” piece — titled “Talking to Terrorists” — in which Callimachi described coming “face to face with a former terrorist whose proof of identity and affiliation were solid enough that she could quote him in a story.” The story that Sarfo told Callimachi — and other outlets as well — was that he was turned off by the bloodlust of the Islamic State and didn’t partake in any such violence. Then The Post dug up some footage that challenged Sarfo’s version of events: “Previously unreleased video shows Sarfo moving doomed hostages into position for a public execution in Palmyra last year, and then apparently firing his own weapon at one of the fallen men. » (…) After Callimachi’s December 2014 story about paying ransom for Islamic State hostages, the Times assigned one of its journalists to vet the story. Tim Arango, then an overseas reporter for the paper, looked into a source who provided the narrative bookends for the story, a man identified as Louai Abo Aljoud, a Syrian journalist who was reported to have glimpsed U.S. hostages of the Islamic State in confinement. Arango’s assignment came after voices both within and outside of the Times raised objections to the reporting. More than a month after the story’s publication, this correction was added: An article on Dec. 28 about the consequences of the United States’ refusal to pay kidnappers to free American hostages referred imprecisely to a Syrian journalist who had been held by the Islamic State terrorist group and said American officials did not pursue information he gave them about Americans being held by the group. The surname of the journalist, Louai Abo Aljoud, is an assumed one that he has been using for several years to protect family members still in Syria; Aljoud is not his real family name. This correction was delayed to verify Mr. Abo Aljoud’s information. The Times told this blog, “After questions were raised, we sent reporters to do a follow up in person interview with the source and did not learn anything that called for further action. We added a correction to the story [nytimes.com] that addressed the source’s name.” (…) Terrorism reporting is one of the toughest beats in journalism. The field is strewn with liars and murderers who are keen on manipulating the world’s most prominent outlets. So occasional screw-ups will happen. But Callimachi has shown a reluctance to reckon with the scrutiny that comes with her standing as journalism’s No. 1 terrorist correspondent. (…) In the immediate aftermath of the Abu Huzayfah news last Friday, the Times supported Callimachi, stating that “uncertainty about Abu Huzayfah’s story is central to every episode of Caliphate that featured him.” It also called the series “responsible journalism that helped listeners understand the power and pull of extremism.” On Wednesday, however, the Times sent a new statement with a different tone: “While the uncertainty about Abu Huzayfah’s story was explored directly in episodes of Caliphate that featured him, his arrest and the allegations surrounding it have raised new and important questions about him and his motivations. We’re undertaking a fresh examination of his history and the way we presented him in our series. We will have more to say when we complete that effort.” Here’s one major New York Times project on the Islamic State that’ll have to proceed without the input of Rukmini Callimachi. Erik Wemple
En répondant à Denis Jeambar et à Daniel Leconte dans le Figaro du 23 janvier 2005 que « l’image correspondait à la réalité de la situation, non seulement à Gaza, mais en Cisjordanie », alors que la diffusion d’un reportage s’entend comme le témoignage de ce que le journaliste a vu et entendu, Charles Enderlin a reconnu que le film qui a fait le tour du monde en entrainant des violences sans précédent dans toute la région ne correspondait peut-être pas au commentaire qu’il avait donné. Laurence Trébucq (Présidente de la Cour d’appel de Paris, 21.05.08)
This is not staging, it’s playing for the camera. When they threw stones and Molotov cocktails, it was in part for the camera. That doesn’t mean it’s not true. They wanted to be filmed throwing stones and being hit by rubber bullets. All of us — the ARD too — did reports on kids confronting the Israeli army, in order to be filmed in Ramallah, in Gaza. That’s not staging, that’s reality. Charles Enderlin
La mort de Mohammed annule, efface celle de l’enfant juif, les mains en l’air devant les SS, dans le Ghetto de Varsovie. Catherine Nay (Europe 1)
Enderlin (Charles) : Scénariste et producteur de fictions. Capable de transformer le vivant en mort ; de faire apparaître et disparaître les cicatrices ; d’empêcher les blessures par balles de guerre de saigner. Journaliste à l’objectivité sans faille. Modèle professionnel de Jacques Chirac et des journalistes français. Détenteur de rushes invisibles, mais néanmoins accablants. Les montrera le jour suivant la Saint-GlinGlin 2019, à cause d’une clause signée avec les acteurs, MM. Al-Dura père et fils. Laurent Murawiec
Ce reportage de 27 secondes a été une « source d’inspiration » et a servi à justifier le terrorisme, l’antisémitisme, et la délégitimation de l’Etat juif. L’image choc a été diffusée et rediffusée sur toutes les chaînes de la planète et a déclenché dans les territoires et en Israël des vagues de protestation, de haine et de violence. Depuis lors, « les soldats de Tsahal sont désormais des tueurs à gage et des assassins d’enfants innocents. » « Les soldats juifs se comportent comme des nazis… » Et l’enfant palestinien devient martyr et comparé à la célèbre photo de l’enfant juif du ghetto de Varsovie, levant les bras devant un soldat allemand… Dans les pays arabes, la mort du petit Mohammed est sur toutes les lèvres. Des milliers de photos sont affichées sur les murs des rues et dans les appartements. Les nouveau-nés prennent le nom de Mohammed al-Doura. Des timbres nationaux et des places publiques aussi. L’enfant tué « avec préméditation » devient le symbole de la lutte des Palestiniens contre l’occupation israélienne dans les territoires et dans les pays islamiques. Freddy Eytan
Ce reportage est devenu une « affaire » parce qu’il a été monté de toutes pièces, semblable à « l’affaire Dreyfus » dans lequel on retrouve désinformation, manipulation et mensonge, Charles Enderlin n’était même pas présent sur le lieu du « crime » qu’il décrivait. Avec une différence, la France de Dreyfus était divisée, alors que la France d’Enderlin est unie dans son antisionisme, il y a même un parti politique antisioniste, le PAS. (…) Charles Enderlin est coupable d’avoir oublié ses certitudes et d’avoir fait siennes les convictions d’une France majoritairement antisioniste, anti-israélienne. Charles Enderlin est coupable d’avoir choisi l’autre côté, l’autre coté, c’est le chemin de tout le monde, c’est le chemin de la majorité. La France veut des reportages anti-israéliens, Charles Enderlin va les lui fournir, avec zèle. (…) Charles Enderlin s’est condamné lui-même, il est condamné à être l’ami de tous les anti-sionistes, les anti-Israéliens, les antijuifs, du premier tristement célèbre d’entre eux, Pascal Boniface. Lui le juif, le sioniste, va servir d’alibi à Dieudonné et à ses amis, il va devenir leur exemple, leur modèle. Raphaël Kalfon
Il est maintenant établi, grâce au travail d’investigation de personnes issues de pays et de professions très variées (journalistes, documentaristes, universitaires, experts médicaux et balistiques) que le reportage diffusé le 30 septembre 2000 au JT de France 2, où Charles Enderlin affirme, sur la foi d’images tournées à Gaza par son cameraman palestinien Talal Abou Rahma qu’un enfant, Mohammed Al Dura, a été tué et son père Jamal grièvement blessé par des tirs venus d’une position militaire israélienne, était une mise en scène. Depuis douze ans, Charles Enderlin s’est enfermé dans un déni le contraignant à enchaîner mensonges sur mensonges pour sauver sa peau de journaliste vedette de la chaîne publique française. Depuis douze ans tous les moyens ont été mis en œuvre pour faire obstacle au surgissement de cette vérité maintenant admise presque partout, sauf en France. France Télévisions a d’abord prétexté de la protection des sources pour ne pas livrer à la justice les « rushes », c’est-à-dire les images tournées par Talal Abou Rahma, mais non diffusées dans le sujet du JT. Lorsqu’elles furent rendues publiques sur l’injonction de la présidente de la Cour d’appel de Paris, il apparut de manière éclatante que la version servie jusque-là par Enderlin et France 2 ne tenait pas la route : les images invalidaient tous les récits du drame dont ses protagonistes ne s’étaient pas montrés avares dans les médias du monde entier. L’affirmation répétée moult fois par Enderlin qu’il avait coupé au montage celles montrant l’agonie de l’enfant, car elles étaient trop horribles, s’est révélée totalement mensongère. D’autres éléments mis en lumière par ces rushes sont tout aussi accablants pour la thèse défendue par France 2 : absence de sang sur les vêtements de Mohammed et Jamal Al Dura, incompatibilité des cicatrices présentes sur le corps du père avec des blessures par balles, etc. Une journaliste allemande de premier plan, Esther Schapira, aujourd’hui chef du service documentaire de la principale chaîne de télévision d’Outre-Rhin a réuni, dans un film impressionnant « L’enfant, la mort et la vérité » (http://vimeo.com/59475901) une série de témoignages accablants pour Charles Enderlin et Talal Abou Rahma. Leurs mensonges successifs, leurs faux fuyants ne résistent pas une seconde aux « vérités de faits » collectés sur le terrain, à Gaza et en Israël. Les téléspectateurs français ont été privés de la possibilité de se faire une opinion sur le travail d’Esther Schapira : France 2 a exercé des pressions sur toutes les chaînes diffusées en France, y compris ARTE, pourtant franco-allemande, pour empêcher de programmer ce documentaire. Pire, elle a menacé l’ARD de dénoncer les accords de coopération entre les deux chaînes si l’ARD vendait ce programme à l’étranger. Fort heureusement, les dirigeants de cette dernière ne se sont pas laissé intimider par France 2 et le documentaire a été diffusé en Israël et de nombreux pays. Luc Rosenzweig
La tâche sacrée des journalistes musulmans est, d’une part, de protéger la Umma des « dangers imminents », et donc, à cette fin, de « censurer tous les matériaux » et, d’autre part, « de combattre le sionisme et sa politique colonialiste de création d’implantations, ainsi que son anéantissement impitoyable du peuple palestinien ». Charte des médias islamiques de grande diffusion (Jakarta, 1980)
Il s’agit de formes d’expression artistique, mais tout cela sert à exprimer la vérité… Nous n’oublions jamais nos principes journalistiques les plus élevés auxquels nous nous sommes engagés, de dire la vérité et rien que la vérité. Haut responsable de la Télévision de l’Autorité palestinienne
Karsenty est donc si choqué que des images truquées soient utilisées et éditées à Gaza ? Mais cela a lieu partout à la télévision, et aucun journaliste de télévision de terrain, aucun monteur de film, ne seraient choqués. Clément Weill-Raynal (France 3)
Nous avons toujours respecté (et continuerons à respecter) les procédures journalistiques de l’Autorité palestinienne en matière d’exercice de la profession de journaliste en Palestine… (Roberto Cristiano, représentant de la « chaîne de télévision officielle RAI, Lettre à l’Autorité palestinienne)
Je suis venu au journalisme afin de poursuivre la lutte en faveur de mon peuple. Talal Abu Rahma (lors de la réception d’un prix, au Maroc, en 2001, pour sa vidéo sur al-Dura)

Montrez-moi le pays et je vous trouve le crime !

En ce triste 20e anniversaire …

Du faux du siècle …

Et d’un reportage de 27 secondes qui, diffusé et rediffusé sur la planète entière et entre posters, timbres et noms de rue …

A inspiré et servi à justifier les pires exactions terroristes comme l’antisémitisme et la délégitimation de l’Etat d’Israël …

Alors que le New York Times ajoute une nouvelle recrue à sa déjà longue liste de faussaires

Et à l’heure où complètement discrédités – Accord du siècle de Trump oblige – par leurs anciens soutiens au sein même du Monde arabe …

Les dirigeants, de l’Autorité palestinienne au Hamas et au Hezbollah, des divers mouvements terroristes palestiniens …

N’auront bientôt plus comme raison d’être pour continuer à martyriser leur peuple et assassiner des innocents …

Que la perversité de leurs commanditaires iraniens, turcs et qataris …

Ou, Macron et Biden en tête, l’ignorance et la naïveté de leurs idiots utiles occidentaux …

Quelle meilleure et plus révélatrice preuve de l’infâmie …

Que cette phrase de celui par qui, avec l’aide du correspondant de France 2 Charles Enderlin, le scandale est arrivé …

Et que célèbre aujourd’hui 20 ans après la notoire chaine boute-feu qatarie Al Jazeera

Le preneur de vue palestinien lui-même, Tala Abou Rahma, lors de la réception d’un prix un an plus tard au Maroc:

« Je suis venu au journalisme afin de poursuivre la lutte en faveur de mon peuple » ?

Behind the lens: Remembering Muhammad al-Durrah, 20 years on

Twenty years ago, a video of a 12-year-old boy being killed in Gaza reverberated around the world. Talal Abu Rahma, the cameraman who shot the video, remembers that day.

On September 30, 2000, a Palestinian cameraman from Gaza, Talal Abu Rahma, shot a video of a father and his 12-year-old son under fire on the Saladin Road, south of Gaza City. The boy, Muhammad al-Durrah, was mortally wounded and died soon after.

The video of Jamal al-Durrah trying to shield his son as bullets rained down on them was aired by France 2, the news channel Abu Rahma was working for. It became one of the most powerful images of the Second Intifada.

The Israeli government tried to challenge the veracity of the video, with the Israeli military denying that its soldiers had been responsible.

It took until 2013 for a French court to vindicate France 2 and Abu Rahma, ultimately upholding their defamation case against Philippe Karsenty, a French media commentator who had accused them of staging the video, and fining him 7,000 euros.

Abu Rahma, who has won numerous awards for his work, including the Rory Peck Award in 2001, is now based in Greece, where he, his wife and six-year-old son are residents. He works between there and Amman, Jordan. He has been banned from returning to Gaza since 2017.

Twenty years on, he recalls the events of that day:

The day before, I was in Jerusalem working at the France 2 office. Charles Enderlin, the France 2 bureau chief in Jerusalem, called me at 10am and said “I am sending you the car, you have to go back quickly to Gaza because the situation in the West Bank is getting very, very bad.”

So I went back. Charles called me when I arrived and asked about the situation in Gaza. I said: “Gaza, it’s quiet, nothing in Gaza.” “OK,” he replied, “well keep your eyes on it, if anything happens, just let me know and go and film.”

At 3pm, 4pm, there was nothing happening. It was a Friday, you know. The West Bank was on fire, but Gaza was really quiet. I knew why it was quiet – because the schools were closed and it was the holy day.

We were watching the situation and I knew, as a journalist, that on Saturday morning there would be a demonstration in Gaza. At that time there were three very sensitive points in Gaza – one at Erez, one north of Gaza City, and the third in the middle, on Saladin Road.

Many people have asked why I went to Saladin Road. It was because it was in the middle. If something happened in Erez or elsewhere I could quickly move there. Like me, all the journalists knew what would happen on Saturday morning. I went down at about 7am because that is the time the students go to school and I knew there would be lots of people around.

They started throwing stones. And hour by hour it increased. I was in contact with my colleagues at Erez, to know what was going on over there – as that was the real hot point.

I stayed where I was until about 1pm. At this point it was tear gas, it was rubber bullets, it was stone-throwing; you know, it was normal. But there were a lot of people throwing stones. Not hundreds. Thousands.

I called the office and told them that about 40 people had been injured by rubber bullets and tear gas. Charles told me “OK, try to make interviews and send it in by satellite.”

‘It was raining bullets’

As I was conducting my second interview, the shooting started. I took my camera off its stand and put it on my shoulder. I started moving left and right to see who was shooting – shooting like crazy. Who was shooting at whom and why, I really didn’t know. I tried to hide myself because there were a lot of bullets flying around.

There was a van to my left, so I hid behind it. Then a few children came and hid there, too. At that point, I hadn’t seen the man and the boy. Ambulances were arriving and taking the injured away.

I could not hear anybody over the sound of the bullets. It just kept getting worse. There was a lot of shooting, many injured. I was really scared. There was blood on the ground. People were running, falling down; they didn’t know where the bullets were coming from, they were just trying to hide. I was confused about what to do to – whether to continue filming or to run away. But I’m a stubborn journalist.

At that moment, Charles called and asked me, “Talal, do you have your helmet on, do you have your jacket on?” Because he knows me, I don’t put the helmet and flak jacket on – it’s too heavy. But he was screaming at me, “Put it on, please, Talal.” I got really mad because I didn’t want to hear it. I told him, “I am in danger. Please, Charles, if something happens to me, take care of my family.” Then I hung up the phone.

In that moment, I was thinking about my family: about my girls, about my boy, about my wife, and about myself. I could smell death. Every second I was checking myself to see if I had been injured.

Then one of the children who was hiding beside me said: “They are shooting at them.” I asked: “Shooting at who?” That was when I saw the man and the boy against the wall. They were hiding and the man was moving his hand and saying something. The bullets were coming right at them. But I couldn’t tell where they were coming from.

In the corner on the right side of the man, there were Israeli soldiers and Palestinian security forces. In front of that point was the Israeli base. What could I do? I couldn’t cross the street. It was too busy and very wide, and the shooting was like rain. I couldn’t do anything.

The children beside me were scared and screaming and, in that moment, I saw through my camera that the boy had been injured. Then the man was injured, but he was still waving and shouting, asking for help, asking for the shooting to stop. The boys with me were really going crazy. I was trying to calm them down. I was scared about taking care of myself and them. But I had to film. This is my career. This is my work. I was not there just to take care of myself. There is a rule: a picture is not more valuable than a life. But, believe me, I tried to protect myself and I tried to save this boy and the father, but the shooting was too much.

France 2 TV footage shows Muhammad al-Durrah after he was fatally struck in the abdomen; his seriously wounded father, Jamal, shook with convulsions and lost consciousness, and was later hospitalised in Gaza [Photo by France 2/AFP]

It was too dangerous to cross the street. It was raining bullets. Then, I heard a boom and the picture was filled with white smoke.

Before the boom, the boy was alive but injured. I think the first injury was to his leg. But after the smoke moved, the next time I saw the boy, he was laying down on his father’s lap and his father was against the wall, not moving. The boy was bleeding from his stomach.

The ambulances tried to get in many times. I saw them. But they couldn’t because it was too dangerous. Eventually, one ambulance came in and picked up the boy and the man. I whistled to the driver, he saw me clearly and slowed down. I asked if we could go with him. He said, “No, no, no, I have very serious cases” and then he drove off.

When the shooting stopped, the boys near me started running, left and right. I stayed by myself and then decided to walk away. I walked for about five to seven minutes towards my car. I was trying to call the office in Jerusalem – it took a while to get a signal back then when mobile phones were still quite new. As I was walking, I saw a colleague from another news agency.

I asked him, “How many injured, how many killed?” He told me about three. I said, “Look, if you are talking about the three dead, add another two. I think there are another two, they were killed against the wall.” I showed him what I had filmed and he started screaming, “Oh no! Oh no! This is Jamal, this is his son, Muhammad, they were in the market. Oh my God, oh my God!”

I asked him, “Do you know them?” He replied, “Yes, I am married to his sister.”

The office was silent

I called Charles and he asked me, “Where have you been?” I said, “Don’t talk to me, I am very tired.” He said, “OK, you’ve got until 5pm, go feed it right now.”

When I fed the footage, everyone in my office in Gaza and in the France 2 office in Jerusalem went quiet. You couldn’t hear any noise. Everyone was astonished; even the journalists around me.

Charles spoke first. He said, “OK, Talal, I think you need to rest because this is unbelievable. But are you sure no one else filmed it?”

I said, “I was on my own, you can write exclusive for France 2.”

He said, “OK, go rest” and I went back home.

‘The camera doesn’t lie’

Then Charles called me back and asked me some questions: the angles of my footage, my position, how, who – a lot of questions. It aired at 8pm that day but Charles had to deal with a lot of questions. High-level people in Paris and Israel, he called the Israeli army, as he was obliged to, according to the law. These were strong pictures.

High-level people in Paris started asking me questions. I answered it all, knowing that Charles trusts me and knows who I am. I am not biased. From the beginning, before I started working for France 2, Charles told me, “Talal, don’t be biased.” And up until now I have taken him at his word, not to be biased.

There was a lot of talk about this video, claims that it was fake. But the people saying this didn’t even know the area. There were a lot of calls and investigations with me about how true the images were. I had one answer for them. The camera doesn’t lie. Whatever they say about these pictures, it can’t hurt me, except in one way – my career. They hurt what I am working for – journalism. To me journalism is my religion, my language, there are no borders for journalism.

I received a lot of awards for that video. I was honoured in Dubai, in Qatar, even in London twice. I received awards from America and France. I really don’t know how these people think we could have staged it.

The day after the shooting, I went to the hospital to see Jamal. I could not talk to him too much. I took a few pictures and spoke to a doctor who told me that Jamal’s condition was very bad, that there were a lot of bullets in his body.

A few people asked me how much we sold the pictures for. But France 2 told me the images would be distributed for free and I was in agreement with them. They said, “We will not make money from the blood of children.”

The court case in Paris went on until 2013. We won. We didn’t receive any money at all from the case. It was the dignity of our job that pushed us to fight the case.

This account has been edited for clarity and brevity.

Voir aussi:


Cour suprême américaine: Attention, une politisation peut en cacher une autre ! (As our media lament its current conservative shift, guess what political leanings the US Supreme court had for some 50 years while still being more liberal today than public opinion on legal issues like abortion, affirmative action or school prayer)

28 septembre, 2020
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Political Cartoons by AF Branco

Vous semblez … considérer les juges comme les arbitres ultimes de toutes les questions constitutionnelles; doctrine très dangereuse en effet, et qui nous placerait sous le despotisme d’une oligarchie. Nos juges sont aussi honnêtes que les autres hommes, et pas plus. Ils ont, avec d’autres, les mêmes passions pour le parti, pour le pouvoir et le privilège de leur corps. Leur maxime est boni judicis est ampliare jurisdictionem [un bon juge élargit sa compétence], et leur pouvoir est d’autant plus dangereux qu’ils détiennent leur fonction à  vie et qu’ils ne sont pas, comme les autres fonctionnaires, responsables devant un corps électoral. La Constitution n’a pas érigé un tribunal unique de ce genre, sachant que, quelles que soient les mains confiées, avec la corruption du temps et du parti, ses membres deviendraient des despotes. Il a plus judicieusement rendu tous les départements co-égaux et co-souverains en eux-mêmes. Thomas Jefferson (lettre à William Charles Jarvis, 28 septembre 1820)
Si le juge avait pu attaquer les lois d’une façon théorique et générale ; s’il avait pu prendre l’initiative et censurer le législateur, il fût entré avec éclat sur la scène politique ; devenu le champion ou l’adversaire d’un parti, il eût appelé toutes les passions qui divisent le pays à prendre part à la lutte. Mais quand le juge attaque une loi dans un débat obscur et sur une application particulière, il dérobe en partie l’importance de l’attaque aux regards du public. Son arrêt n’a pour but que de frapper un intérêt individuel ; la loi ne se trouve blessée que par hasard. Tocqueville
Il n’est presque pas de question politique, aux États-Unis, qui ne se résolve tôt ou tard en question judiciaire. De là, l’obligation où se trouvent les partis, dans leur polémique journalière, d’emprunter à la justice ses idées et son langage. La plupart des hommes publics étant, ou ayant d’ailleurs été des légistes, font passer dans le maniement des affaires les usages et le tour d’idées qui leur sont propres. Le jury achève d’y familiariser toutes les classes. La langue judiciaire devient ainsi, en quelque sorte, la langue vulgaire ; l’esprit légiste, né dans l’intérieur des écoles et des tribunaux, se répand donc peu à peu au-delà de leur enceinte ; il s’infiltre pour ainsi dire dans toute la société, il descend dans les derniers rangs, et le peuple tout entier finit par contracter une partie des habitudes et des goûts du magistrat. Tocqueville
Ce qui est vraiment stupéfiant, c’est l’hubris qui se reflète dans le Putsch judiciaire d’aujourd’hui. Juge Antonin Scalia
Sécuriser les frontières nationales semble assez orthodoxe. À l’ère du terrorisme anti-occidental, placer temporairement les immigrants en provenance de zones déchirées par la guerre jusqu’à ce qu’ils puissent être contrôlés n’est guère radical. S’attendre à ce que les » villes sanctuaires « suivent les lois fédérales plutôt qu’adopter les stratégies d’annulation de l’ancienne confédération sécessionniste est un retour aux lois de la Constitution. Utiliser l’expression «terreur islamique radicale» à la place de «violence sur le lieu de travail» ou de «catastrophes causées par l’homme» est sensé et non subversif. Insister pour que les Etats membres de l’OTAN honorent leurs obligations en matière de dépenses de défense, longtemps ignorées, n’est pas provocateur mais plus que temps. Supposer que l’Union européenne et les Nations Unies implosent est empirique, ce n’est pas débile. Remettre en question les accords parallèles secrets de l’accord avec l’Iran ou l’échec de la réinitialisation russe n’est que le retour à la réalité. Faire en sorte que l’Agence de protection de l’environnement suive plutôt qu’elle impose des lois, c’est comme cela qu’elle a toujours été censée être. Apporter résolument son soutien à Israël, seul pays libre et démocratique du Moyen-Orient, était la politique américaine de base jusqu’à l’élection d’Obama. (…) Il est logique de s’attendre à ce que les médias rapportent les nouvelles plutôt que de les « masser » pour les adapter aux programmes progressistes. Dans le passé, proclamer Obama «une sorte de dieu» ou l’homme le plus intelligent qui ait jamais accédé à la présidence n’était pas une pratique journalistique normale. (…) La moitié du pays a du mal à s’adapter au Trumpisme, confondant le style souvent peu orthodoxe et grinçant de Trump avec son programme par ailleurs pragmatique et surtout centriste. En somme, Trump semble révolutionnaire, mais c’est uniquement parce qu’il annule bruyamment une révolution. Victor Davis Hanson
La Cour n’est pas une législature. Que le mariage homosexuel soit une bonne idée ne devrait pas nous concerner mais est du ressort de la loi. Chief justice John Roberts
J’ai été commis au juge Scalia il y a plus de 20 ans, mais les leçons que j’ai apprises résonnent toujours. Sa philosophie judiciaire est aussi la mienne: un juge doit appliquer la loi telle qu’elle est écrite. Les juges ne sont pas des décideurs politiques, et ils doivent être résolus à mettre de côté toutes les opinions politiques qu’ils pourraient avoir. Amy Coney Barrett
I write separately to call attention to this Court’s threat to American democracy. (…) it is not of special importance to me what the law says about marriage. It is of overwhelming importance, however, who it is that rules me. Today’s decree says that my Ruler, and the Ruler of 320 million Americans coast-to-coast, is a majority of the nine lawyers on the Supreme Court. The opinion in these cases is the furthest extension in fact—and the furthest extension one can even imagine—of the Court’s claimed power to create “liberties” that the Constitution and its Amendments neglect to mention. This practice of constitutional revision by an unelected committee of nine, always accompanied (as it is today) by extravagant praise of liberty, robs the People of the most important liberty they asserted in the Declaration of Independence and won in the Revolution of 1776: the freedom to govern themselves. Until the courts put a stop to it, public debate over same-sex marriage displayed American democracy at its best. (…) The electorates of 11 States, either directly or through their representatives, chose to expand the traditional definition of marriage. Many more decided not to. Win or lose, advocates for both sides continued pressing their cases, secure in the knowledge that an electoral loss can be negated by a later electoral win. That is exactly how our system of government is supposed to work. (…) But the Court ends this debate, in an opinion lacking even a thin veneer of law. Buried beneath the mummeries and straining-to-be-memorable passages of the opinion is a candid and startling assertion: No matter what it was the People ratified, the Fourteenth Amendment protects those rights that the Judiciary, in its “reasoned judgment,” thinks the Fourteenth Amendment ought to protect. That is so because “[t]he generations that wrote and ratified the Bill of Rights and the Fourteenth Amendment did not presume to know the extent of freedom in all of its dimensions . . . . ” (…) “and so they entrusted to future generations a charter protecting the right of all persons to enjoy liberty as we learn its meaning.” The “we,” needless to say, is the nine of us. “History and tradition guide and discipline [our] inquiry but do not set its outer boundaries.” Thus, rather than focusing on the People’s understanding of “liberty”—at the time of ratification or even today—the majority focuses on four “principles and traditions” that, in the majority’s view, prohibit States from defining marriage as an institution consisting of one man and one woman. This is a naked judicial claim to legislative—indeed, super-legislative—power; a claim fundamentally at odds with our system of government. Except as limited by a constitutional prohibition agreed to by the People, the States are free to adopt whatever laws they like, even those that offend the esteemed Justices’ “reasoned judgment.” A system of government that makes the People subordinate to a committee of nine unelected lawyers does not deserve to be called a democracy. Judges are selected precisely for their skill as lawyers; whether they reflect the policy views of a particular constituency is not (or should not be) relevant. Not surprisingly then, the Federal Judiciary is hardly a cross-section of America. Take, for example, this Court, which consists of only nine men and women, all of them successful lawyers18 who studied at Harvard or Yale Law School. Four of the nine are natives of New York City. Eight of them grew up in east- and west-coast States. Only one hails from the vast expanse in-between. Not a single South-westerner or even, to tell the truth, a genuine Westerner (California does not count). Not a single evangelical Christian (a group that comprises about one quarter of Americans19), or even a Protestant of any denomination. The strikingly unrepresentative character of the body voting on today’s social upheaval would be irrelevant if they were functioning as judges, answering the legal question whether the American people had ever ratified a constitutional provision that was understood to proscribe the traditional definition of marriage. But of course the Justices in today’s majority are not voting on that basis; they say they are not. And to allow the policy question of same-sex marriage to be considered and resolved by a select, patrician, highly unrepresentative panel of nine is to violate a principle even more fundamental than no taxation without representation: no social transformation without representation. But what really astounds is the hubris reflected into day’s judicial Putsch. The five Justices who compose today’s majority are entirely comfortable concluding that every State violated the Constitution for all of the 135 years between the Fourteenth Amendment’s ratification and Massachusetts’ permitting of same-sex marriages in 2003. They have discovered in the Fourteenth Amendment a “fundamental right” overlooked by every person alive at the time of ratification, and almost everyone else in the time since. They see what lesser legal minds—minds like Thomas Cooley, John Marshall Harlan, Oliver Wendell Holmes, Jr., Learned Hand, Louis Brandeis, William Howard Taft, Benjamin Cardozo, Hugo Black, Felix Frankfurter, Robert Jackson, and Henry Friendly—could not. They are certain that the People ratified the Fourteenth Amendment to bestow on them the power to remove questions from the democratic process when that is called for by their “reasoned judgment.” These Justices know that limiting marriage to one man and one woman is contrary to reason; they know that an institution as old as government itself, and accepted by every nation in history until 15 years ago, cannot possibly be supported by anything other than ignorance or bigotry. And they are willing to say that any citizen who does not agree with that, who adheres to what was, until 15 years ago, the unanimous judgment of all generations and all societies, stands against the Constitution. The opinion is couched in a style that is as pretentiousas its content is egotistic. It is one thing for separate concurring or dissenting opinions to contain extravagances, even silly extravagances, of thought and expression; it is something else for the official opinion of the Court to do so. Of course the opinion’s showy profundities are often profoundly incoherent. “The nature of marriage is that, through its enduring bond, two persons together can find other freedoms, such as expression, intimacy, and spirituality.” (Really? Who ever thought that intimacy and spirituality [whatever that means] were freedoms? And if intimacy is, one would think Freedom of Intimacy is abridged rather than expanded by marriage. Ask the nearest hippie. Expression, sure enough, is a freedom, but anyone in a long-lasting marriage will attest that that happy state constricts, rather than expands, what one can prudently say.) (…) The world does not expect logic and precision in poetry or inspirational pop-philosophy; it demands them in the law. The stuff contained in today’s opinion has to diminish this Court’s reputation for clear thinking and sober analysis. Hubris is sometimes defined as o’erweening pride; and pride, we know, goeth before a fall. The Judiciary is the“least dangerous” of the federal branches because it has“neither Force nor Will, but merely judgment; and must ultimately depend upon the aid of the executive arm” and the States, “even for the efficacy of its judgments.” With each decision of ours that takes from the People a question properly left to them—with each decision that is unabashedly based not on law, but on the “reasoned judgment” of a bare majority of this Court—we move one step closer to being reminded of our impotence. Juge Antonin Scala
Until the federal courts intervened, the American people were engaged in a debate about whether their States should recognize same-sex marriage. The question in these cases, however, is not what States should do about same-sex marriage but whether the Constitution answers that question for them. It does not. The Constitution leaves that question to be decided by the people of each State. The Constitution says nothing about a right to same-sex marriage, but the Court holds that the term “liberty” inthe Due Process Clause of the Fourteenth Amendment encompasses this right. Our Nation was founded upon the principle that every person has the unalienable right to liberty, but liberty is a term of many meanings. For classical liberals, it may include economic rights now limited by government regulation. For social democrats, it may include the right to a variety of government benefits. For today’s majority, it has a distinctively postmodern meaning. To prevent five unelected Justices from imposing their personal vision of liberty upon the American people, the Court has held that “liberty” under the Due Process Clause should be understood to protect only those rights that are “‘deeply rooted in this Nation’s history and tradition.’” (…) And it is beyond dispute that the right to same-sex marriage is not among those rights. (…) Indeed: “In this country, no State permitted same-sex marriage until the Massachusetts Supreme Judicial Courtheld in 2003 that limiting marriage to opposite-sex couples violated the State Constitution. (…) Nor is the right to same-sex marriage deeply rooted in the traditions of other nations. No country allowed same-sex couples to marry until the Netherlands did so in 2000. “What [those arguing in favor of a constitutional right to same sex marriage] seek, therefore, is not the protection of a deeply rooted right but the recognitionof a very new right, and they seek this innovation not from a legislative body elected by the people, but from unelected judges. Attempting to circumvent the problem presented by the newness of the right found in these cases, the majority claims that the issue is the right to equal treatment. Noting that marriage is a fundamental right, the majority argues that a State has no valid reason for denying that right to same-sex couples. This reasoning is dependent upon a particular understanding of the purpose of civil marriage. Although the Court expresses the point in loftier terms, its argument is that the fundamental purpose of marriage is to promote the well-being of those who choose to marry. Marriage provides emotional fulfillment and the promise of support in times of need. And by benefiting persons who choose to wed, marriage indirectly benefits society because persons who live in stable, fulfilling, and supportive relationships make better citizens. It is for these reasons, the argument goes, that States encourage and formalize marriage, confer special benefits on married persons, and also impose some special obligations. This understanding of the States’ reasons for recognizing marriage enables the majority to argue that same-sex marriage serves the States’ objectives in the same way as opposite-sex marriage. This understanding of marriage, which focuses almost entirely on the happiness of persons who choose to marry, is shared by many people today, but it is not the traditional one. For millennia, marriage was inextricably linked to the one thing that only an opposite-sex couple can do: procreate. Adherents to different schools of philosophy use different terms to explain why society should formalize marriage and attach special benefits and obligations to persons who marry. Here, the States defending their adherence to the traditional understanding of marriage have explained their position using the pragmatic vocabulary that characterizes most American political discourse. Their basic argument is that States formalize and promote marriage, unlike other fulfilling human relationships, in order to encourage potentially procreative conduct to take place within a lasting unit that has long been thought to provide the best atmosphere for raising children. They thus argue that there are reasonable secular grounds for restricting marriage to opposite-sex couples. If this traditional understanding of the purpose of marriage does not ring true to all ears today, that is probably because the tie between marriage and procreation has frayed. Today, for instance, more than 40% of all children in this country are born to unmarried women. This development undoubtedly is both a cause and a result of changes in our society’s understanding of marriage. While, for many, the attributes of marriage in 21st-century America have changed, those States that do not want to recognize same-sex marriage have not yet given up on the traditional understanding. They worry that by officially abandoning the older understanding, they may contribute to marriage’s further decay. It is far beyond the outer reaches of this Court’s authority to say that a State may not adhere to the understanding of marriage that has long prevailed, not just in this country and others with similar cultural roots, but also in a great variety of countries and cultures all around the globe. As I wrote in Windsor: “The family is an ancient and universal human institution. Family structure reflects the characteristics of a civilization, and changes in family structure and in the popular understanding of marriage and the family can have profound effects. Past changes in the understanding of marriage—for example, the gradual ascendance of the idea that romantic love is a prerequisite to marriage—have had far-reaching conse-quences. But the process by which such consequences come about is complex, involving the interaction of numerous factors, and tends to occur over an extended period of time.“ We can expect something similar to take place if same-sex marriage becomes widely accepted. The long-term consequences of this change are not now known and are unlikely to be ascertainable for some time to come. There are those who think that allowing same-sex marriage will seriously undermine the institution of marriage. Others think that recognition of same-sex marriage will fortify a now-shaky institution. “At present, no one—including social scientists, philosophers, and historians—can predict with any certainty what the long-term ramifications of widespread acceptance of same-sex marriage will be. And judges are certainly not equipped to make such an assessment. The Members of this Court have the authority and the responsibility to interpret and apply the Constitution. Thus, if the Constitution contained a provision guaranteeing the right to marry a person of the same sex, it would be our duty to enforce that right. But the Constitution simply does not speak to the issue of same-sex marriage. In our system of government, ultimate sovereignty rests with the people, and the people have the right to control their own destiny. Any change on a question so fundamental should be made by the people through their elected officials.” (…) Today’s decision usurps the constitutional right of the people to decide whether to keep or alter the traditional understanding of marriage. The decision will also have other important consequences.It will be used to vilify Americans who are unwilling to assent to the new orthodoxy. In the course of its opinion, the majority compares traditional marriage laws to laws that denied equal treatment for African-Americans and women. (…) The implications of this analogy will be exploited by those who are determined to stamp out every vestige of dissent. Perhaps recognizing how its reasoning may be used, the majority attempts, toward the end of its opinion, to reassure those who oppose same-sex marriage that their rights of conscience will be protected. (….) We will soon see whether this proves to be true. I assume that those who cling to old beliefs will be able to whisper their thoughts in the recesses of their homes, but if they repeat those views in public, they will risk being labeled as bigots and treated as such by governments, employers, and schools. The system of federalism established by our Constitution provides a way for people with different beliefs to live together in a single nation. If the issue of same-sex marriage had been left to the people of the States, it is likely that some States would recognize same-sex marriage and others would not. It is also possible that some States would tie recognition to protection for conscience rights. The majority today makes that impossible. By imposing its own views on the entire country, the majority facilitates the marginalization of the many Americans who have traditional ideas. Recalling the harsh treatment of gays and lesbians in the past, some may think that turn-about is fair play. But if that sentiment prevails, the Nation will experience bitter and lasting wounds. Today’s decision will also have a fundamental effect on this Court and its ability to uphold the rule of law. If a bare majority of Justices can invent a new right and impose that right on the rest of the country, the only real limit on what future majorities will be able to do is their own sense of what those with political power and cultural influence are willing to tolerate. Even enthusiastic supporters of same-sex marriage should worry about the scope of the power that today’s majority claims. Today’s decision shows that decades of attempts to restrain this Court’s abuse of its authority have failed. A lesson that some will take from today’s decision is that preaching about the proper method of interpreting the Constitution or the virtues of judicial self-restraint and humility cannot compete with the temptation to achieve what is viewed as a noble end by any practicable means. I do not doubt that my colleagues in the majority sincerely see in the Constitution a vision of liberty that happens to coincide with their own. But this sincerity is cause for concern, not comfort. What it evidences is the deep and perhaps irremediable corruption of our legal culture’s conception of constitutional interpretation. Most Americans—understandably—will cheer or lament today’s decision because of their views on the issue of same-sex marriage. But all Americans, whatever their thinking on that issue, should worry about what the majority’s claim of power portends. Juge Joseph Alito
Over the past six years, voters and legislators in eleven States and the District of Columbia have revised their laws to allow marriage between two people of the same sex. But this Court is not a legislature. Whether same-sex marriage is a good idea should be of no concern to us. Under the Constitution, judges have power to say what the law is, not what it should be. The people who ratified the Constitution authorized courts to exercise “neither force nor will but merely judgment.” The Federalist No. 78, p. 465 (C. Rossiter ed. 1961) (A. Hamilton) (…).Although the policy arguments for extending marriageto same-sex couples may be compelling, the legal arguments for requiring such an extension are not. The fundamental right to marry does not include a right to makea State change its definition of marriage. And a State’s decision to maintain the meaning of marriage that has persisted in every culture throughout human history can hardly be called irrational. In short, our Constitution does not enact any one theory of marriage. The people of a State are free to expand marriage to include same-sex couples, or to retain the historic definition. Today, however, the Court takes the extraordinary step of ordering every State to license and recognize same-sex marriage. Many people will rejoice at this decision, and I begrudge none their celebration. But for those who believe in a government of laws, not of men, the majority’s approach is deeply disheartening. Supporters of same-sexmarriage have achieved considerable success persuading their fellow citizens—through the democratic process—to adopt their view. That ends today. Five lawyers have closed the debate and enacted their own vision of marriage as a matter of constitutional law. Stealing this issue from the people will for many cast a cloud over same-sex marriage, making a dramatic social change that much more difficult to accept. The majority’s decision is an act of will, not legal judgment. The right it announces has no basis in the Constitution or this Court’s precedent. The majority expressly disclaims judicial “caution” and omits even a pretense of humility, openly relying on its desire to remake society according to its own “new insight” into the “nature of injustice.” (…) As a result, the Court invalidates the marriage laws of more than half the States and orders the transformation of a social institution that has formed the basis of human society for millennia, for the Kalahari Bushmen and the Han Chinese, the Carthaginians and the Aztecs. Just who do we think we are? It can be tempting for judges to confuse our own preferences with the requirements of the law. But as this Court has been reminded throughout our history, the Constitu-tion “is made for people of fundamentally differing views.” (…) Understand well what this dissent is about: It is not about whether, in my judgment, the institution of marriage should be changed to include same-sex couples. It is instead about whether, in our democratic republic, that decision should rest with the people acting through their elected representatives, or with five lawyers who happen to hold commissions authorizing them to resolve legal disputes according to law. The Constitution leaves no doubt about the answer. (…) As the majority acknowledges, marriage “has existed for millennia and across civilizations.” (…) For all those millennia, across all those civilizations, “marriage”referred to only one relationship: the union of a man and a woman. (…) (petitioners conceding that they are not aware of any society that permitted same-sex marriage before 2001). (…) This universal definition of marriage as the union of a man and a woman is no historical coincidence. Marriage did not come about as a result of a political movement, discovery, disease, war, religious doctrine, or any other moving force of world history—and certainly not as a result of a prehistoric decision to exclude gays and lesbians. It arose in the nature of things to meet a vital need: ensuring that children are conceived by a mother and father committed to raising them in the stable conditions of a lifelong relationship. (…) The premises supporting this concept of marriage are so fundamental that they rarely require articulation. The human race must procreate to survive. Procreation occurs through sexual relations between a man and a woman. When sexual relations result in the conception of a child, that child’s prospects are generally better if the mother and father stay together rather than going their separate ways. Therefore, for the good of children and society, sexual relations that can lead to procreation should occur only between a man and a woman committed to a lasting bond. Society has recognized that bond as marriage. And by bestowing a respected status and material benefits on married couples, society encourages men and women to conduct sexual relations within marriage rather than without. As one prominent scholar put it, “Marriage is asocially arranged solution for the problem of getting people to stay together and care for children that the mere desire for children, and the sex that makes children possible,does not solve.” J. Q. Wilson, The Marriage Problem 41 (2002). (…) Allowing unelected federal judges to select which un-enumerated rights rank as “fundamental”—and to strike down state laws on the basis of that determination—raises obvious concerns about the judicial role. (…) In Loving, the Court held that racial restrictions on the right to marry lacked a compelling justification. In Zablocki, restrictions based on child support debts did not suffice. In Turner, restrictions based on status as a prisoner were deemed impermissible. None of the laws at issue in those cases purported to change the core definition of marriage as the union of a man and a woman. The laws challenged in Zablocki and Turner did not define marriage as “the union of a man and a woman, where neither party owes child support or is in prison.” Nor did the interracial marriage ban at issue in Loving define marriage as “the union of a man and a woman of the same race.” (…) Removing racial barriers to marriage therefore did not change what a marriage was any more than integrating schools changed what a school was. As the majority admits, the institution of “marriage” discussed in every one of these cases “presumed a relationship involving opposite-sex partners.” Ante, at 11. In short, the “right to marry” cases stand for the im-portant but limited proposition that particular restrictionson access to marriage as traditionally defined violate due process. These precedents say nothing at all about a right to make a State change its definition of marriage, which isthe right petitioners actually seek here. (…) The truth is that today’s decision rests on nothing more than the majority’s own conviction that same-sex couples should be allowed to marry because they want to, and that “it would disparage their choices and diminish their personhood to deny them this right.” (…)  If “[t]here is dignity in the bond between two men or two women who seek to marry and in their autonomy to make such profound choices,” (…) why would there be any less dignity in the bond between three people who, in exercising their autonomy, seek to make the profound choice to marry? If a same-sex couple has the constitutional right to marry because their children would otherwise “suffer the stigma of knowing their families are somehow lesser” (…) But this approach is dangerous for the rule of law. The purpose of insisting that implied fundamental rights have roots in the history and tradition of our people is to ensure that when unelected judges strike down democratically enacted laws, they do so based on something more than their own beliefs. The Court today not only overlooks our country’s entire history and tradition but actively repudiates it, preferring to live only in the heady days of the here and now. I agree with the majority that the “nature of injustice is that we may not always see it in our own times.” (…) As petitioners put it, “times can blind.” (…) But to blind yourself to history is both prideful and unwise. “The past is never dead. It’s not even past.” W. Faulkner, Requiem for a Nun 92 (1951). (…) Nowhere is the majority’s extravagant conception of judicial supremacy more evident than in its description—and dismissal—of the public debate regarding same-sex marriage. Yes, the majority concedes, on one side are thousands of years of human history in every society known to have populated the planet. But on the other side, there has been “extensive litigation,” “many thoughtful District Court decisions,” “countless studies, papers, books, and other popular and scholarly writings,” and “more than 100” amicus briefs in these cases alone. (…) What would be the point of allowing the democratic process to go on? It is high time for the Court to decide the meaning of marriage, based on five lawyers’ “better informed understanding” of “a liberty that remains urgent in our own era.” (…) The answer is surely there in one of those amicus briefs or studies. Those who founded our country would not recognize the majority’s conception of the judicial role. They after all risked their lives and fortunes for the precious right to govern themselves. They would never have imagined yielding that right on a question of social policy to unaccountable and unelected judges. And they certainly would not have been satisfied by a system empowering judges to override policy judgments so long as they do so after “a quite extensive discussion.” (…) In our democracy, debate about the content of the law is not an exhaustion requirement to be checked off before courts can impose their will. “Surely the Constitution does not put either the legislative branch or the executive branch in the position of a television quiz show contestant so that when a given period of time has elapsed and a problem remains unresolved by them, the federal judiciary may press a buzzer and take its turn at fashioning a solution.” (…) As a plurality of this Court explained just last year, “It is demeaning to the democratic process to presume that voters are not capable of deciding an issue of this sensitivity on decent and rational grounds.” (…) The Court’s accumulation of power does not occur in a vacuum. It comes at the expense of the people. And they know it. Here and abroad, people are in the midst of a serious and thoughtful public debate on the issue of same-sex marriage. They see voters carefully considering same-sex marriage, casting ballots in favor or opposed, and sometimes changing their minds. They see political leaders similarly reexamining their positions, and either reversing course or explaining adherence to old convictions confirmed anew. They see governments and businesses modifying policies and practices with respect to same-sex couples, and participating actively in the civic discourse. They see countries overseas democratically accepting profound social change, or declining to do so. This deliberative process is making people take seriously questions that they may not have even regarded as questions before. When decisions are reached through democratic means, some people will inevitably be disappointed with the results. But those whose views do not prevail at least know that they have had their say, and accordingly are—in the tradition of our political culture—reconciled to the resultof a fair and honest debate. In addition, they can gear up to raise the issue later, hoping to persuade enough on the winning side to think again. (…) But today the Court puts a stop to all that. By deciding his question under the Constitution, the Court removes it from the realm of democratic decision. There will be consequences to shutting down the political process on an issue of such profound public significance. Closing debate tends to close minds. People denied a voice are less likely to accept the ruling of a court on an issue that does not seem to be the sort of thing courts usually decide. Indeed, however heartened the proponents of same-sex marriage might be on this day, it is worth acknowledging what they have lost, and lost forever: the opportunity to win the true acceptance that comes from persuading their fellow citizens of the justice of their cause. And they lose this just when the winds of change were freshening at their backs. Federal courts are blunt instruments when it comes to creating rights. They have constitutional power only to resolve concrete cases or controversies; they do not have the flexibility of legislatures to address concerns of parties not before the court or to anticipate problems that may arise from the exercise of a new right. Today’s decision, for example, creates serious questions about religious liberty. Many good and decent people oppose same-sex marriage as a tenet of faith, and their freedom to exercise religion is—unlike the right imagined by the majority—actually spelled out in the Constitution. (…) Respect for sincere religious conviction has led voters and legislators in every State that has adopted same-sex marriage democratically to include accommodations for religious practice. The majority’s decision imposing same-sex marriage cannot, of course, create any such accommodations. The majority graciously suggests that religiousbelievers may continue to “advocate” and “teach” their views of marriage. (…) The First Amendment guarantees, however, the freedom to “exercise” religion. Ominously, that is not a word the majority uses. Hard questions arise when people of faith exercisereligion in ways that may be seen to conflict with the new right to same-sex marriage—when, for example, a religious college provides married student housing only to opposite-sex married couples, or a religious adoption agency declines to place children with same-sex married couples. Indeed, the Solicitor General candidly acknowledged that the tax exemptions of some religious institutions would be in question if they opposed same-sex mar-riage. (…) There is little doubt that these and similar questions will soon be before this Court. Unfortunately, people of faith can take no comfort in the treatment they receive from the majority today. Perhaps the most discouraging aspect of today’s decisionis the extent to which the majority feels compelled to sully those on the other side of the debate. The majority offers a cursory assurance that it does not intend to disparage people who, as a matter of conscience, cannot accept same-sex marriage. (…) That disclaimer is hard to square with the very next sentence, in which the majority explains that “the necessary consequence” of laws codify-ing the traditional definition of marriage is to “demea[n]or stigmatiz[e]” same-sex couples. (…) The majority reiterates such characterizations over and over. By the majority’s account, Americans who did nothing more than follow the understanding of marriage that has existed for our entire history—in particular, the tens of millions of people who voted to reaffirm their States’ enduring definition of marriage—have acted to “lock . . . out,” “disparage,”“disrespect and subordinate,” and inflict “[d]ignitarywounds” upon their gay and lesbian neighbors. (…) These apparent assaults on the character of fairminded people will have an effect, in society and in court. (…). Moreover, they are entirely gratuitous. It is one thing for the major-ity to conclude that the Constitution protects a right to same-sex marriage; it is something else to portray everyone who does not share the majority’s “better informed understanding” as bigoted. (…) If you are among the many Americans—of whatever sexual orientation—who favor expanding same-sex mar-riage, by all means celebrate today’s decision. Celebrate the achievement of a desired goal. Celebrate the opportunity for a new expression of commitment to a partner. Celebrate the availability of new benefits. But do not celebrate the Constitution. It had nothing to do with it. Chief justice Roberts
Le dogme résonne très fort avec vous et c’est un sujet d’inquiétude pour un certain nombre de sujets pour lesquels beaucoup de gens se sont battus dans ce pays. Sénatrice démocrate
C’est au nom de la liberté, bien entendu, mais aussi au nom de l’« amour, de la fidélité, du dévouement » et de la nécessité de « ne pas condamner des personnes à la solitude » que la Cour suprême des Etats-Unis a finalement validé le mariage entre personnes de même sexe. Tels furent en tout cas les mots employés au terme de cette longue décision rédigée par le Juge Kennedy au nom de la Cour. (…) Le mariage gay est entré dans le droit américain non par la loi, librement débattue et votée au niveau de chaque Etat, mais par la jurisprudence de la plus haute juridiction du pays, laquelle s’impose à tous les Etats américains. Mais c’est une décision politique. Eminemment politique à l’instar de celle qui valida l’Obamacare, sécurité sociale à l’américaine, reforme phare du Président Obama, à une petite voix près. On se souviendra en effet que cette Cour a ceci de particulier qu’elle prétend être totalement transparente. Elle est composée de neuf juges, savants juristes, et rend ses décisions à la suite d’un vote. Point de bulletins secrets dans cette enceinte ; les votants sont connus. A se fier à sa composition, la Cour n’aurait jamais dû valider le mariage homosexuel : cinq juges conservateurs, quatre progressistes. Cinq a priori hostiles, quatre a priori favorables. Mais le sort en a décidé autrement ; le juge Kennedy, le plus modéré des conservateurs, fit bloc avec les progressistes, basculant ainsi la majorité en faveur de ces derniers. C’est un deuxième coup dur pour les conservateurs de la Cour en quelques mois : l’Obamacare bénéficia également de ce même coup du sort ; à l’époque ce fut le président, le Juge John Roberts, qui permit aux progressistes de l’emporter et de valider le système. (…) La spécificité de l’évènement est que ce sont des juges qui, forçant l’interprétation d’une Constitution qui ne dit rien du mariage homosexuel, ont estimé que cette union découlait ou résultait de la notion de « liberté ». C’est un « putsch judiciaire » selon l’emblématique juge Antonin Scalia, le doyen de la Cour. Un pays qui permet à un « comité de neuf juges non-élus » de modifier le droit sur une question qui relève du législateur et non du pouvoir judiciaire, ne mérite pas d’être considéré comme une « démocratie ». Mais l’autre basculement désormais acté, c’est celui d’une argumentation dont le centre de gravité s’est déplacé de la raison vers l’émotion, de la ratio vers l’affectus. La Cour Suprême des Etats-Unis s’est en cela bien inscrite dans une tendance incontestable au sein de la quasi-totalité des juridictions occidentales. L’idée même de raisonnement perd du terrain : énième avatar de la civilisation de l’individu, les juges éprouvent de plus en plus de mal à apprécier les arguments en dehors de la chaleur des émotions. Cette décision fait en effet la part belle à la médiatisation des revendications individualistes, rejouées depuis plusieurs mois sur le modèle de la « lutte pour les droits civiques ». Ainsi la Cour n’hésite pas à comparer les lois traditionnelles du mariage à celles qui, à une autre époque, furent discriminatoires à l’égard des afro-américains et des femmes. (…) La Maison Blanche s’est instantanément baignée des couleurs de l’arc-en-ciel, symbole de la « gaypride ». Les réseaux sociaux ont été inondés de ces mêmes couleurs en soutien à ce qui est maintenant connu sous le nom de la cause gay. (…) Comme le relève un autre juge de la Cour ayant voté contre cette décision, il est fort dommage que cela se fasse au détriment du droit et de la Constitution des Etats-Unis d’Amérique. Yohann Rimokh
La Constitution donne au président le pouvoir de nommer et au Sénat le pouvoir de donner son avis et son consentement sur les candidats à la Cour suprême. En conséquence, j’ai l’intention de (…) considérer le candidat nommé par le président. Si le candidat est présenté au Sénat, j’ai l’intention de voter en fonction de ses qualifications. (…) Je pense qu’à ce stade, il est approprié de regarder la Constitution et de regarder le précédent, qui existe depuis le début de l’histoire de notre pays. Et dans une circonstance où le candidat d’un président vient d’un autre parti que le Sénat, alors puis le plus souvent, le Sénat ne confirme pas. La décision Garland était donc conforme à cela. Par contre, quand il y a un candidat d’un parti qui est du même parti que le Sénat, alors généralement ils confirment. J’ai choisi le côté de la Constitution et du précédent, après l’avoir étudié, et j’ai pris ma décision sur cette base. Je reconnais donc que nous avons peut-être un tribunal, qui a plus de tendance conservatrice que ce qu’il avait au cours des dernières décennies. Mais mes amis progressistes se sont habitués depuis de nombreuses décennies à l’idée d’avoir une cour progressiste, mais ce n’est pas gravé dans le marbre. Et je sais que beaucoup de gens se disent : ‘Mon Dieu, nous ne voulons pas d’un tel changement’. Je comprends leur énergie. Mais il me semble également approprié pour une nation de centre droit d’avoir une cour qui reflète les points de vue du centre droit, qui encore une fois, ne change pas la loi. ce qu’il énonce. Mais au lieu de cela, suive la loi et suive la Constitution. Mitt Romney
Solid majorities want the court to uphold Roe v. Wade and are in favor of abortion rights in the abstract. However, equally substantial majorities favor procedural and other restrictions, including waiting periods, parental consent, spousal notification and bans on ‘partial birth’ abortion. Samantha Luks and Michael Salamon
When Chief Justice John G. Roberts Jr. and his colleagues on the Supreme Court left for their summer break at the end of June, they marked a milestone: the Roberts court had just completed its fifth term. In those five years, the court not only moved to the right but also became the most conservative one in living memory, based on an analysis of four sets of political science data. (…) The recent shift to the right is modest. And the court’s decisions have hardly been uniformly conservative. The justices have, for instance, limited the use of the death penalty and rejected broad claims of executive power in the government’s efforts to combat terrorism. But scholars who look at overall trends rather than individual decisions say that widely accepted political science data tell an unmistakable story about a notably conservative court. (…) The proposition that the Roberts court is to the right of even the quite conservative courts that preceded it thus seems fairly well established. But it is subject to qualifications. First, the rightward shift is modest. Second, the data do not take popular attitudes into account. While the court is quite conservative by historical standards, it is less so by contemporary ones. Public opinion polls suggest that about 30 percent of Americans think the current court is too liberal, and almost half think it is about right. On given legal issues, too, the court’s decisions are often closely aligned with or more liberal than public opinion, according to studies collected in 2008 in “Public Opinion and Constitutional Controversy” (Oxford University Press). The public is largely in sync with the court, for instance, in its attitude toward abortion — in favor of a right to abortion but sympathetic to many restrictions on that right. “Solid majorities want the court to uphold Roe v. Wade and are in favor of abortion rights in the abstract,” one of the studies concluded. “However, equally substantial majorities favor procedural and other restrictions, including waiting periods, parental consent, spousal notification and bans on ‘partial birth’ abortion.” Similarly, the public is roughly aligned with the court in questioning affirmative action plans that use numerical standards or preferences while approving those that allow race to be considered in less definitive ways. The Roberts court has not yet decided a major religion case, but the public has not always approved of earlier rulings in this area. For instance, another study in the 2008 book found that “public opinion has remained solidly against the court’s landmark decisions declaring school prayer unconstitutional.” (…) In some ways, the Roberts court is more cautious than earlier ones. The Rehnquist court struck down about 120 laws, or about six a year, according to an analysis by Professor Epstein. The Roberts court, which on average hears fewer cases than the Rehnquist court did, has struck down fewer laws — 15 in its first five years, or three a year. It is the ideological direction of the decisions that has changed. When the Rehnquist court struck down laws, it reached a liberal result more than 70 percent of the time. The Roberts court has tilted strongly in the opposite direction, reaching a conservative result 60 percent of the time. The Rehnquist court overruled 45 precedents over 19 years. Sixty percent of those decisions reached a conservative result. The Roberts court overruled eight precedents in its first five years, a slightly lower annual rate. All but one reached a conservative result. NYT (2010)
Tout d’abord, il serait erroné de ne voir dans le choix du président des États-Unis qu’une opération politique. Nul ne conteste que ce type de nomination peut constituer un véritable enjeu de campagne à quelques semaines d’un scrutin présidentiel ; et depuis 1790, année au cours de laquelle la Cour suprême a statué pour la première fois, les nominations de ces grands juges figurent traditionnellement au nombre des mesures majeures des présidents lorsqu’il s’agit de dresser un bilan de leur action. Pour autant, ces nominations, réalisées en application de l’article II de la Constitution fédérale, ne présentent pas en elles-mêmes une nature politique. Républicain ou démocrate, le président est entouré de conseils avisés émanant du White House Counsel, du ministère de la Justice, de parlementaires, de cercles de réflexion et d’anciens membres de la Cour, qui s’attachent d’abord aux compétences juridiques et à l’itinéraire professionnel du candidat. Ce sont les qualifications qui font l’essentiel d’un choix mûrement réfléchi ; si des préférences sont exprimées, elles ne relèveront que de la «judicial philosophy» du candidat, et en aucun cas de considérations partisanes. Une fois la confirmation sénatoriale et la prise de fonctions réalisées, l’opposition rituelle faite entre progressistes et conservateurs au sein de la Cour procède d’une vision encore plus réductrice. Les hommes et les femmes qui composent cette juridiction sont des juristes de haut niveau, dotés d’un véritable esprit critique et d’une vaste culture ; tous ont eu une activité d’avocat ou une pratique académique leur conférant une bonne connaissance de la vie économique et sociale et ont été juges fédéraux, sans engagement politique préalable. Ils sont nommés à vie et acceptent cette mission non pas pour être le bras séculier d’un parti ou d’une idéologie mais pour veiller sur la Constitution, l’interpréter et résoudre des problématiques juridiques, y compris en matière électorale. Les membres de la Cour suprême des États-Unis ne sont pas des juges de droite ou de gauche, ni des juges «fiables» ou «imprévisibles» ; ce sont des juges, au plus haut sens du terme. C’est faire insulte à ces esprits rigoureux, indépendants et impartiaux que de vouloir les enfermer dans des catégories ou des étiquettes préétablies. Quelles que soient les conditions de leur nomination et de leur confirmation, ces juges se tiennent toujours prudemment éloignés de ce qu’Antonin Scalia, dont la haute stature intellectuelle a dominé la jurisprudence de la Cour pendant près de trente ans et mentor du juge Barrett, appelait le «cirque politique et médiatique». (…) Il existe bien sûr des lignes de partage, des positions et des inclinations. Mais celles-ci sont souvent liées à la mise en œuvre des méthodes d’interprétation de la Constitution. Un juge «originaliste», qui intègre le sens initial des normes constitutionnelles, pourra ne pas avoir la même lecture qu’un autre juge qui est partisan d’une approche plus «vivante», selon les termes de Stephen Breyer. Ces préférences sont indépendantes des options politiques ou sociétales. Le juge Neil Gorsuch, nommé par le président Donald Trump et réputé dans l’opinion comme étant conservateur, en a récemment donné une illustration éclatante dans l’affaire de la discrimination sexuelle au travail ; son textualisme l’a conduit à prendre une position LGBT que nul n’attendait. Et les exemples foisonnent de membres de la Cour qui, au cours de l’histoire de cette juridiction, ont surpris par leurs prises de position, alors que leur désignation initiale aurait pu laisser penser qu’ils adopteraient un point de vue inverse: Earl Warren et William Brennan, nommés par le président Eisenhower, Sandra Day O’Connor et Anthony Kennedy, désignés parle président Reagan, Harry Blackmun nommé par le président Nixon et rapporteur de la célèbre affaire Roe v. Wade (qui, en 1973, a autorisé l’IVG dans l’ensemble des États-Unis, NDLR), ont étonné plus d’un observateur par leurs votes dans des dossiers parfois majeurs où chacun leur prêtait une position contraire, guidée par les préjugés habituels. Le Chief Justice John G. Roberts, nommé par le président Bush, a déconcerté les ténors du Parti républicain dans plusieurs grands dossiers par ses positions vues comme «libérales» (c’est-à-dire, aux États-Unis, «de gauche», NDLR). Francois-Henri Briard
C’était prévisible: la désignation d’Amy Coney Barrett à la Cour suprême ouvre un épisode de plus dans la guerre culturelle qui déchire la société américaine — après le procès en destitution du président, les polémiques sur la crise sanitaire et l’exacerbation des tensions raciales. La détermination de Donald Trump, moins de six semaines avant l’élection présidentielle, à pressentir cette brillante juriste au pedigree impeccable n’avait rien d’improvisé. Elle renvoie autant à des considérations électorales qu’à des raisons politiques. L’ego surdimensionné du président y joue aussi sa part: si le Sénat confirmait cette nomination, M. Trump aura été le premier président à faire entrer à la Cour suprême, en un seul mandat, trois magistrats de son choix. Et cette fois-ci, ce serait un juge conservateur qui succéderait non pas à un autre juge conservateur mais à une icône de la gauche «libérale», en modifiant au passage l’équilibre «politique» de la Cour (six conservateurs contre trois «libéraux»). Sans doute espère-t-il qu’en cas de contestation du scrutin présidentiel, une Cour ainsi composée saura le ménager… (…) Si l’initiative de M. Trump soulève une telle tempête, c’est qu’elle touche au rôle suréminent qui est dévolu au droit – et aux juges – dans la culture politique américaine. L’esprit légaliste constitue depuis le temps lointain des Pères pèlerins la source de toute légitimité. C’est le droit, plus encore que la souveraineté, qu’invoque la Déclaration d’indépendance. La Constitution de 1787 reconnaîtra aux juristes une place qu’ils n’occupent nulle part ailleurs. Tocqueville, en interrogeant les caractères originaux de la jeune démocratie américaine, fait cette observation qui n’a pas pris une ride: «Il n’est presque pas de question politique qui ne se résolve tôt ou tard en question judiciaire. » C’est à la Cour suprême, non au législateur, qu’il revient d’interpréter l’esprit des lois sur les matières qui lui sont déférées. C’est elle, non le Congrès, qui s’est prononcée sur l’abolition de l’esclavage, le démantèlement de la ségrégation, le droit à l’avortement ou le mariage homosexuel. Or, depuis quelques décennies, l’activisme judiciaire impulsé par des juges «libéraux» («de gauche», NDLR) a amené la Cour, toujours au nom de la Constitution, à créer des droits et à prononcer des arrêts qui réglaient la vie publique et les conduites individuelles sans l’aveu du législateur. C’est cette dérive légaliste que contestaient les conservateurs: le rôle des juges est d’appliquer et de punir les infractions à la loi, non de légiférer ; et les questions que la Constitution laisse incertaines doivent être tranchées par les élus du peuple, argumentent-ils. D’où l’importance capitale que républicains et démocrates accordent à la désignation des magistrats d’une Cour suprême devenue l’enjeu – et l’arbitre – de la guerre civile qui les oppose. Les premiers redoutent une offensive progressiste pour étendre indéfiniment le domaine des droits individuels. Les seconds présagent une atteinte des conservateurs aux lois sur l’avortement, les droits des minorités, les immigrés, la discrimination positive et, dans l’immédiat, à la réforme de santé du président Obama. Le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, entend engager sans tarder la confirmation de Mme Coney Barrett. Le processus pourrait se poursuivre jusqu’à la prise de fonction du prochain président, même si les républicains auront perdu et la Maison-Blanche et la majorité au Sénat. Les démocrates n’y peuvent rien, puisque la Constitution l’autorise. Les deux camps agitent les principes et invoquent des précédents. Les démocrates rappellent qu’en 2016, le même M. McConnell a refusé de mettre à l’ordre du jour la confirmation d’un juge pressenti à la Cour suprême par M. Obama, au motif qu’une telle nomination n’était pas légitime à neuf mois d’une élection présidentielle. (…) Mais les républicains n’ont pas tort de soutenir qu’en pareille situation les démocrates se seraient conduits comme eux, en exploitant à leur avantage leur supériorité numérique. Il suffit de rappeler les manœuvres délétères qu’ils ont employées il y a deux ans pour saboter la nomination du juge Kavanaugh. Ran Halévy
Depuis l’arrêt Marbury v. Madison de 1803, la Cour est chargée du contrôle de constitutionalité des lois fédérales et des lois des États. Elle est aussi le juge de cassation pour les juridictions fédérales et fédérées. Enfin, elle est le juge des élections, ce qui aura sans doute une grande importance cette année. En effet, compte tenu des difficultés liées au vote par correspondance, on peut s’attendre à de nombreux recours au lendemain du scrutin du 3 novembre. Par ailleurs, la jurisprudence joue un rôle sans commune mesure avec ce que nous connaissons en France: les Américains ont un système de common law à la britannique, c’est-à-dire un système juridique qui ne repose pas sur un code de lois (comme notre Code civil), mais sur la jurisprudence élaborée par les tribunaux. C’est donc la Cour qui pose les règles sur de nombreux sujets politiques: respect du droit de vote (Shelby county v. Holder, 2013), financement des campagnes électorales (Citizens united, 2010), répartition des pouvoirs entre États et gouvernement fédéral… Ainsi que sur les questions de société: prière à l’école, avortement (avec l’arrêt Roe v. Wade en 1973), peine de mort, questions d’égalité raciale, droit des homosexuels, application de la loi sur la santé Obamacare… Cette jurisprudence évolue. Par exemple, jusqu’à présent, la Cour a refusé de se saisir d’affaires relatives à la GPA. Les justiciables font donc face à des situations très différentes selon les États. Mais cela pourrait changer avec de prochaines affaires. La Cour a donc un rôle politique, même si les juges s’en défendent. À partir du New Deal dans les années 1930, la Cour a peu à peu adopté une attitude progressiste. Une longue période d’ «activisme judiciaire» s’est déroulée sous les Chief Justice Earl Warren (de 1953 à 1969) puis Warren Burger ( de 1969 à 1986). Mais le mouvement conservateur américain, de retour à partir des années 1960, avait bien compris que les questions de jurisprudence étaient l’un des terrains sur lesquels il devait combattre. En 1982, des étudiants en droit de Yale fondent la Federalist Society for Law and Public Policy Studies pour former des juges idéologiquement conservateurs et promouvoir leur nomination. Le but étant de «droitiser» les décisions de justice, avec comme objectif principal l’interdiction de l’avortement au niveau fédéral. Aujourd’hui, les 5 membres conservateurs de la Cour sont ou ont été membres de la Federalist society: le chief justice John Roberts, Samuel Alito, Clarence Thomas, et les deux juges nommés par le président Donald Trump, Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh. Et le juge Antonin Scalia avant eux. Ils appuient leur positionnement conservateur sur deux théories du droit: la théorie «textualiste» , qui exige une lecture littérale du texte constitutionnel et la théorie «originaliste» qui veut un retour aux intentions originelles des rédacteurs de la Constitution. Face à eux, il ne reste que 3 juges progressistes: Steven Breyer, 82 ans, nommé par Bill Clinton, Antonia Sotomayor et Elena Kagan, nommées par Barack Obama. Il faut noter cependant qu’à plusieurs reprises ces dernières années, le chief justice Roberts a voté avec ses pairs progressistes, souhaitant renforcer l’image impartiale de la Cour. C’est pourquoi la nomination d’un sixième juge conservateur est si importante pour les Républicains. Le processus est bien balisé: les candidats sont nommés par le président, puis auditionnés par la Commission des affaires judiciaires du Sénat. Le Sénat débat et vote enfin la confirmation. Depuis 2017, ce vote n’est plus à la majorité qualifiée, mais à la majorité simple. Plus précisément, la procédure du filibuster, qui exigeait une majorité de 60 sénateurs pour passer au vote a été supprimée. Ce qui tombe bien pour les Républicains, qui ont actuellement une majorité de 53 sénateurs sur 100. Ainsi, rien n’empêche Trump et le Sénat de nommer un nouveau juge rapidement, peut-être même avant les élections du 3 novembre. (…) À défaut, les sénateurs républicains pourraient encore voter pendant la période de transition (entre l’élection et l’investiture du 20 janvier). Une telle rapidité aura sans doute un prix politique. En février 2016, lorsque le juge Antonin Scalia est mort, les sénateurs républicains ont refusé d’examiner la candidature du juge proposée par Obama, Merrick Garland, jugé centriste, car l’élection était trop proche. Aujourd’hui, Mitch McConnell (chef de la majorité au Sénat), Lindsay Graham (sénateur de Caroline du sud et président de la Commission sur les affaires judiciaires) et Ted Cruz (sénateur du Texas) ont retourné leur veste. Furieux, les Démocrates évoquent l’idée d’augmenter le nombre de juges, comme Franklin D. Roosevelt avait menacé de le faire dans les années 1930. Ils comptent aussi sur la défection de trois ou quatre sénateurs républicains, comme Susan Collins (Maine) et Lisa Murkowski (Alaska), qui ont dit ce week-end qu’elles refuseraient de voter avant les élections. En revanche, Mitt Romney (Utah) a finalement dit qu’il prendrait part au vote dès que possible. Laurence Nardon
Bien qu’Amy Coney Barrett soit le choix du président pour remplacer la juge Ruth Bader Ginsburg, elle est plus justement décrite comme l’héritière d’un autre juge de la Cour suprême décédé: le héros conservateur Antonin Scalia. Comme Scalia, pour qui elle a déjà été greffière, elle est une catholique romaine engagée et une adepte de son interprétation privilégiée de la Constitution connue sous le nom d’originalisme. Ces qualifications ravissent beaucoup de droite, mais consternent les libéraux qui craignent que ses votes ne conduisent à l’effritement de certaines lois, en particulier la décision Roe v. Wade légalisant l’avortement. (…) Barrett a également souligné à quel point elle est, dans son approche du droit, un opposé polaire à Ginsburg. Elle a dit de Scalia: « Sa philosophie judiciaire est la mienne aussi. » Sa nomination place Barrett sur la voie pour aider les conservateurs à dominer la cour pendant des décennies. C’est aussi sûr de dynamiser la base du président que de galvaniser ses ennemis à l’approche du jour du scrutin. Les dirigeants républicains du Sénat ont déclaré qu’ils avaient les voix pour la confirmer cette année, probablement avant les élections de novembre. Au-delà des élections, l’élévation de Barrett pourrait amener un jugement national sur l’avortement, une question qui divise amèrement de nombreux Américains depuis près d’un demi-siècle. L’idée de renverser ou de vider Roe v. Wade, la décision historique de 1973, a été une question politique animée exploitée par les deux parties. Ses écrits et discours montrent un engagement envers l’originalisme, un concept qui implique que les juges s’efforcent de déchiffrer les significations originales des textes pour évaluer si les droits d’une personne ont été violés. De nombreux libéraux disent que cette approche est trop rigide et ne permet pas aux conséquences de la Constitution de s’adapter à l’évolution des temps. Concernant l’avortement, des questions se sont posées sur l’implication de Barrett dans des organisations qui s’y opposent vigoureusement. Mais elle n’a pas dit publiquement qu’elle chercherait, si on lui en donnait la chance, à réduire les droits affirmés par la Haute Cour. Barrett est juge fédéral depuis 2017, lorsque Trump l’a nommée à la 7th US Circuit Court of Appeals, basée à Chicago. Mais en tant que professeur de droit de longue date à l’Université de Notre-Dame, elle s’était déjà imposée comme une conservatrice fiable dans le moule de Scalia. Elle a acquis une réputation de commis Scalia à la fin des années 1990 comme brillante et habile à séparer les arguments mal raisonnés. Ara Lovitt, qui travaillait avec elle, a rappelé lors de sa cérémonie d’investiture pour le 7e circuit que Scalia avait fait l’éloge d’elle. (…) Barrett et son mari, Jesse Barrett, ancien procureur fédéral, sont tous deux diplômés de la faculté de droit Notre-Dame. (…)  Barrett serait la seule juge du tribunal actuel à ne pas avoir obtenu son diplôme en droit d’une école de l’Ivy League. Les huit juges actuels ont tous assisté à Harvard ou à Yale. Si elle est confirmée, six des neuf juges seront catholiques. La manière dont ses croyances religieuses pourraient guider ses opinions juridiques est devenue une préoccupation majeure pour certains démocrates lors d’audiences de confirmation meurtrières après la nomination de Barrett au 7ème circuit. Cela a incité les républicains à accuser les démocrates de chercher à imposer un test religieux sur l’aptitude de Barrett à l’emploi. À Notre-Dame, où Barrett a commencé à enseigner à 30 ans, elle invoquait souvent Dieu dans des articles et des discours. Dans une allocution de 2006, elle a encouragé les étudiants diplômés en droit à voir leur carrière comme un moyen de «bâtir le royaume de Dieu». Elle a été considérée comme finaliste en 2018 pour la haute cour avant que Trump ne nomme Brett Kavanaugh pour le siège qui a ouvert ses portes lorsque le juge Anthony Kennedy a pris sa retraite. Même certains conservateurs craignaient que son dossier judiciaire clairsemé ne rende trop difficile de prédire comment elle pourrait gouverner, craignant qu’elle pourrait finir comme d’autres conservateurs apparemment qui se sont retrouvés plus modérés. Trois ans plus tard, son dossier comprend maintenant une centaine d’opinions et de dissensions, dans lesquelles elle a souvent illustré l’influence de Scalia en plongeant profondément dans les détails historiques pour glaner le sens des textes originaux. France 24
Autant, dans sa période new-yorkaise, Trump était bien plus progressiste dans ses positions et n’avait pas grand-chose en commun avec un évangélique de l’Arkansas par exemple… autant, depuis qu’il est élu, il a su habilement changer de convictions sur des sujets jugés fondamentaux par une large composante de son électorat: l’avortement, par exemple. Tout l’enjeu pour lui est de montrer qu’il est le Président qui tient ses promesses, et de fait, la nomination de juges conservateurs à la Cour suprême est un élément-clé pour lui permettre de tenir de nombreux engagements pris durant sa campagne: sur les lois fiscales, les droits de douane et le protectionnisme, le Mexique… Sur Twitter, Trump joue sur cette ligne-là en égrenant à longueur de temps la liste des promesses qu’il a tenues, et c’est en effet un argument très fort à l’approche des élections de mi-mandat, où Trump est loin d’être assuré de conserver une majorité républicaine au sénat. Alors, il cherche à tout prix à montrer qu’il est l’homme qui fait ce qu’il dit et qui dit ce qu’il fait: le transfert de l’ambassade à Jérusalem, par exemple, avait été promis de longue date, notamment par Obama, mais seul Trump a effectivement pris cette décision. (…) on peut (…) s’attendre à une instrumentalisation des sujets sociétaux comme l’avortement ou le droit des minorités sexuelles, qui sont en passe de devenir un véritable enjeu de campagne. Ces sujets ont le mérite d’être eux-aussi des pivots idéologiques, et c’est pour cela que Trump a intérêt à donner des gages à ce propos. La nomination d’un juge à la Cour suprême, dans un tel contexte, sera évidemment surveillée de près, et par tous les côtés de l’échiquier. (…) il peut faire face à une censure par le sénat du candidat qu’il proposera. Les démocrates ont déjà invoqué le fait qu’en période électorale, le moment est mal choisi pour nommer un juge à la Cour suprême: les républicains déjà, en 2016, avaient invoqué le même argument pour retarder le remplacement d’Antonin Scalia, décédé peu avant les élections présidentielles. Mais en réalité, comme les démocrates n’ont pas la majorité au sénat, ils ne pourront faire obstruction qu’à condition d’obtenir le ralliement de certains républicains. Pour ceux qui ne jouent pas leur réélection car ils ont décidé de ne pas briguer un nouveau mandat, il n’est pas exclu qu’un mouvement de «fronde» à Donald Trump puisse se dégager: des sénateurs comme John McCain ou Jeff Flake, par exemple, ne font pas mystère de leur hostilité au Président sur certains sujets. Cependant, Trump a été assez habile lorsqu’il a remplacé le juge Scalia, en nommant à sa place Neil Gorsuch qui n’est pas un ultraconservateur. Au contraire, Gorsuch pouvait apparaître comme un choix raisonnable, c’est-à-dire quelqu’un de modérément conservateur, à la fois ferme sur l’avortement ou les droits des homosexuels mais sans être sectaire non plus. Ainsi, si Trump doit affronter une obstruction de la part des démocrates, il aura beau jeu de la retourner à son avantage: ce seront eux qui passeront pour déraisonnables. De leur côté, les démocrates se distinguent en deux camps: ceux des États généralement acquis aux républicains joueront la conciliation pour ne pas se mettre à dos la frange conservatrice de leur électorat, tandis qu’au contraire les candidats à la primaire de 2020 s’aligneront sur la base démocrate, plutôt maximaliste. Le consensus, en tout cas, sera de bloquer toute nomination d’un juge ouvertement hostile à l’avortement. (…) Kennedy était connu pour des positions progressistes sur l’IVG, mais aussi la peine de mort et le mariage gay. Il était au cœur d’un équilibre au sein de la Cour suprême, qui risque bien de disparaître avec lui. Mais là encore, l’habileté de Trump a été de nommer auparavant Gorsuch, qui bien qu’il soit moins ambivalent que ne l’était Kennedy, n’était pas non plus un idéologue de la droite évangélique la plus dure. Cette adresse politique lui a sans doute permis de mettre le juge Kennedy en confiance. Si Donald Trump, qui joue sa réélection, regarde vers 2020, les conservateurs, eux, ont les yeux tournés jusqu’à au moins 2050 ! (…) La session de juin vient de se terminer. On ne sait pas encore avec précision quelles affaires vont remonter à la Cour suprême dans les prochaines sessions, mais ce qui est sûr c’est que la question des droits des homosexuels est de plus en plus au cœur de l’actualité. Notamment, il y a des affaires autour de la liberté de conscience, lorsque des personnes refusent de fournir certains services à des couples homosexuels qui se marient. Ensuite, la Cour suprême ne prendra pas directement de décision suspendant le mariage homosexuel ou le droit à l’avortement, mais elle peut avoir à se prononcer sur des affaires concernant des États ayant pris des mesures restreignant l’accès à ces droits. Elle pourrait donc être amenée à permettre à ces États de limiter sévèrement ces droits par des mesures réglementaires. C’est en tout cas ce que souhaitent les conservateurs américains: revenir sur les changements de société qu’a connus l’Amérique depuis les années 60. En fait, si Donald Trump, qui joue sa réélection, regarde vers 2020, les conservateurs, eux, ont les yeux tournés jusqu’à au moins 2050! (…) c’est bien l’enjeu de cette nomination, et de celles qui pourraient éventuellement suivre sous Trump (car il y a deux autres juges de 79 et 85 ans actuellement à la Cour suprême). Lorsque l’on est nommé à la Cour, on l’est à vie, c’est-à-dire pour encore au moins vingt ou trente ans en théorie. Neil Gorsuch, le dernier juge en date, n’a que 50 ans: sauf accident, il pourrait encore siéger en 2048! On rentre dans une nouvelle phase du mandat de Donald Trump. Cette phase était en réalité prévisible, et très attendue: à vrai dire, c’était même un des enjeux principaux de l’élection de 2016, de savoir qui de Clinton ou de Trump allait devoir nommer deux, peut-être trois ou quatre juges au cours de son mandat. Ce que les conservateurs attendent à présent, c’est de faire pencher définitivement la balance en leur faveur à la Cour, en instaurant un rapport de force à cinq contre quatre, qui serait l’assurance de garantir des décisions très conservatrices sur les sujets que nous avons précédemment évoqués. Lauric Henneton
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la Cour suprême n’est pas une institution qui flotterait au-dessus de la société américaine pour, de sa hauteur, arbitrer les grands débats qui animent les États-Unis. Elle a toujours été fortement politisée, reflétant les tendances très lourdes au sein du monde du droit. En ce sens, elle est elle-même, et a toujours été, très ancrée dans la société américaine. L’affaire de Floride, en 2000, lors de l’élection opposant Al Gore à George W. Bush, a fortement marqué les esprits et renvoyé l’image d’une cour actrice politique. Un scénario qui, d’ailleurs, pourrait se reproduire cette année. Mais même quand ils ne se mêlent pas d’affaires électorales, les sages sont des acteurs du débat politique, se penchant sur les grandes questions de leur temps. Le décès de Ruth Bader Ginsburg et le choix de la juge appelée, si elle est confirmée par le Sénat, à lui succéder, illustre les deux points de vue qui s’affrontent dans l’univers du droit, à savoir dans les universités américaines, dans les revues de droit, et dans les cours inférieures par lesquelles passent les juges de la Cour suprême. La première tendance, qualifiée souvent de « réaliste », considère que le droit doit accompagner la société dans ses évolutions. Cette tendance a dominé la Cour suprême jusqu’aux années 1970-1980, et Ruth Bader Ginsburg était l’une de ses représentantes. C’est une tendance, par définition, progressiste. La deuxième, au contraire, n’a que faire des statistiques et des données sociologiques. Elle estime que le droit est intangible, immuable, que ce qui compte est la jurisprudence. Or cette école de pensée, très active, a pris beaucoup de place dans les facultés américaines au cours des dernières décennies. Et les juges que nomme Donald Trump depuis qu’il est arrivé à la Maison-Blanche, pour les cours inférieures comme pour la Cour suprême, font partie de cette tendance. Ce clivage, à l’heure où la société américaine, comme les autres, est confrontée à des questions nouvelles et très complexes, qui n’ont pas de réponses simples, qu’il s’agisse de l’euthanasie, de l’avortement ou du mariage homosexuel, s’exprime sur ces questions fondamentales. D’où les débats très vifs qui entourent aujourd’hui tout ce qui touche à la Cour suprême, qu’il s’agisse des nominations des sages comme de leurs décisions. Cette complexité se retrouve d’ailleurs dans les arrêts, qui sont le plus souvent pris à des majorités très faibles parmi les neuf juges. Dans les années 1960, il pouvait y avoir des arrêts importants pris à l’unanimité. Aujourd’hui, ce consensus est impensable sur les grands sujets qui divisent la société américaine tout comme la Cour suprême. Romain Huret

Attention: une politicisation peut en cacher une autre !

A l’heure où avec la psychose covid

Et entre obligation du port du masque à l’extérieur et fermeture complète des salles de sport ou partielle des restaurants y compris avec terrasses ou même des plages

La restriction, en France et en Europe, est en train de devenir la règle et la liberté l’exception

Et où avec la nouvelle nomination d’une juge conservatrice à la Cour suprême aux Etats-Unis à moins de deux mois de la présidentielle …

L’hystérie et la fureur quasi-religieuse anti-Trump est repartie pour un tour …

Comment ne pas voir …

Alors que nos médias ont repris leurs jérémiades sur la « fin de l’ère progressive »

Ou l’excessive politisation de ladite Cour suprême …

La réalité comme le rappelait récemment l’historien Romain Huret  …

Non seulement historiquement d’une politicisation continue de ladite cour …

Mais comme vient de le rappeler le sénateur Romney pourtant ferme opposant au président américain …

Celle de son positionnement résolument à gauche pendant plus d’un demi-siècle

Et ce encore aujourd’hui par rapport à l’opinion américaine en général …

Sans compter le véritable « putsch judiciaire » d’il y a cinq ans sur le mariage homosexuel …

Comme l’ont démontré nombre de ses récentes décisions sur l’avortement, la discrimination positive ou la prière à l’école

L’actuel repositionnement apparaissant alors …

A l’instar de la si décriée présidence Trump

Moins comme une dangereuse radicalisation …

Qu’un logique recentrement qui n’aurait que trop tardé ?

La Cour suprême américaine est-elle une institution politisée ?
La mort de Ruth Bader Ginsburg, doyenne de la Cour suprême des États-Unis, a chamboulé la campagne électorale américaine. Les débats entourant le choix de la juge conservatrice Amy Coney Barrett, appelée à lui succéder, vont dominer les prochaines semaines, soulignant l’importance politique des neuf juges de cette institution arbitre des grands débats qui divisent l’Amérique.
Recueilli par Agnès Rotivel et Gilles Biassette
La Croix
27/09/2020

► « La Cour suprême aura une coloration conservatrice pour encore longtemps »

Didier Combeau, politologue, auteur d’« Être américain aujourd’hui » (1).

Les juges à la Cour suprême sont nommés par le président, puis confirmés par le Sénat, ils s’expriment sur tous les domaines importants, l’avortement, le droit aux armes, les minorités, etc. Du fait du blocage au Congrès où républicains et démocrates campent de plus en plus sur leurs positions, et où il est difficile d’obtenir un accord bi partisan pour faire adopter un texte de loi, beaucoup d’activistes se tournent vers la justice. Et d’appel en appel vers la Cour suprême. De ce fait, la nomination des juges est devenue de plus en plus politisée.

Lorsqu’un président a la majorité au Sénat, il peut plus facilement faire nommer une personnalité soit progressiste soit conservatrice. Et ce d’autant qu’il n’y a plus le « filibuster », une procédure qui rendait impérative une forme de compromis. Avant 2017, un juge de la Cour suprême devait obtenir 60 voix sur 100 pour être confirmé. Or, il était rare qu’un parti ait une telle majorité, ce qui supposait l’apport de voix issues de l’opposition. La fin du « filibuster » a donc contribué à politiser le processus, puisqu’il est ainsi possible de faire confirmer des personnalités moins consensuelles.

La culpabilité a été partagée. Le « filibuster » a été supprimé à l’initiative des démocrates en 2013 pour la nomination des juges fédéraux. Les républicains ont alors protesté, mais en 2017, c’est à leur initiative que le « filibuster » a été supprimé pour la nomination des juges à la Cour suprême.

À l’heure actuelle sur huit juges, il y a cinq conservateurs dont un juge Roberts, qui se range d’un côté ou de l’autre, c’est selon, et trois progressistes. Comme Trump a nommé une juge conservatrice supplémentaire, Amy Coney Barrett, cela fait six conservateurs sur neuf. Et les juges étant nommés à vie, elle pourrait être là pour plusieurs décennies.

Trump a déjà remplacé deux conservateurs âgés par des conservateurs d’une cinquantaine d’années, la Cour suprême aura une coloration conservatrice pour encore longtemps. Certes, les juges peuvent démissionner. Certains à gauche ont reproché à Ruth Bader Ginsburg de ne pas l’avoir fait sous Obama alors qu’elle était déjà âgée, 82 ans et malade. Elle aurait pu être remplacée par un juge progressiste.

À droite, beaucoup critiquent l’activisme de la cour et pensent qu’elle devrait s’en tenir à la constitution. À gauche, certains souhaiteraient augmenter le nombre des juges. Franklin Delano Roosevelt avait menacé de le faire dans les années 1930 au moment où la Cour suprême s’opposait à la mise en place de la politique du New Deal. Si les démocrates reviennent au pouvoir et sont majoritaires au congrès, ils pourraient augmenter le nombre des juges pour nommer des progressistes.

► « La Cour suprême a toujours été très politisée »

Romain Huret, historien des États-Unis et directeur adjoint du laboratoire Mondes américains.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la Cour suprême n’est pas une institution qui flotterait au-dessus de la société américaine pour, de sa hauteur, arbitrer les grands débats qui animent les États-Unis. Elle a toujours été fortement politisée, reflétant les tendances très lourdes au sein du monde du droit. En ce sens, elle est elle-même, et a toujours été, très ancrée dans la société américaine.

L’affaire de Floride, en 2000, lors de l’élection opposant Al Gore à George W. Bush, a fortement marqué les esprits et renvoyé l’image d’une cour actrice politique. Un scénario qui, d’ailleurs, pourrait se reproduire cette année. Mais même quand ils ne se mêlent pas d’affaires électorales, les sages sont des acteurs du débat politique, se penchant sur les grandes questions de leur temps.

Le décès de Ruth Bader Ginsburg et le choix de la juge appelée, si elle est confirmée par le Sénat, à lui succéder, illustre les deux points de vue qui s’affrontent dans l’univers du droit, à savoir dans les universités américaines, dans les revues de droit, et dans les cours inférieures par lesquelles passent les juges de la Cour suprême.

La première tendance, qualifiée souvent de « réaliste », considère que le droit doit accompagner la société dans ses évolutions. Cette tendance a dominé la Cour suprême jusqu’aux années 1970-1980, et Ruth Bader Ginsburg était l’une de ses représentantes. C’est une tendance, par définition, progressiste.

La deuxième, au contraire, n’a que faire des statistiques et des données sociologiques. Elle estime que le droit est intangible, immuable, que ce qui compte est la jurisprudence. Or cette école de pensée, très active, a pris beaucoup de place dans les facultés américaines au cours des dernières décennies. Et les juges que nomme Donald Trump depuis qu’il est arrivé à la Maison-Blanche, pour les cours inférieures comme pour la Cour suprême, font partie de cette tendance.

Ce clivage, à l’heure où la société américaine, comme les autres, est confrontée à des questions nouvelles et très complexes, qui n’ont pas de réponses simples, qu’il s’agisse de l’euthanasie, de l’avortement ou du mariage homosexuel, s’exprime sur ces questions fondamentales. D’où les débats très vifs qui entourent aujourd’hui tout ce qui touche à la Cour suprême, qu’il s’agisse des nominations des sages comme de leurs décisions.

Cette complexité se retrouve d’ailleurs dans les arrêts, qui sont le plus souvent pris à des majorités très faibles parmi les neuf juges. Dans les années 1960, il pouvait y avoir des arrêts importants pris à l’unanimité. Aujourd’hui, ce consensus est impensable sur les grands sujets qui divisent la société américaine tout comme la Cour suprême.

(1) Gallimard, 282 p. 20 €.

Lauric Henneton est maître de conférences à l’Université de Versailles Saint-Quentin. Il est l’auteur de La fin du rêve américain? (Odile Jacob, 2017).

FIGAROVOX.- Le juge Anthony Kennedy a annoncé son départ à la retraite, ce qui laisse à Donald Trump le pouvoir de nommer à vie l’un des neuf juges qui détiennent le pouvoir juridique suprême dans le pays. Faut-il s’attendre à ce que la Cour bascule définitivement du côté des conservateurs?

Lauric HENNETON.- Oui, il est probable que Donald Trump désigne un juge plutôt conservateur, car c’est là qu’est son intérêt électoral. Autant, dans sa période new-yorkaise, Trump était bien plus progressiste dans ses positions et n’avait pas grand-chose en commun avec un évangélique de l’Arkansas par exemple… autant, depuis qu’il est élu, il a su habilement changer de convictions sur des sujets jugés fondamentaux par une large composante de son électorat: l’avortement, par exemple.

Tout l’enjeu pour lui est de montrer qu’il est le Président qui tient ses promesses, et de fait, la nomination de juges conservateurs à la Cour suprême est un élément-clé pour lui permettre de tenir de nombreux engagements pris durant sa campagne: sur les lois fiscales, les droits de douane et le protectionnisme, le Mexique… Sur Twitter, Trump joue sur cette ligne-là en égrenant à longueur de temps la liste des promesses qu’il a tenues, et c’est en effet un argument très fort à l’approche des élections de mi-mandat, où Trump est loin d’être assuré de conserver une majorité républicaine au sénat. Alors, il cherche à tout prix à montrer qu’il est l’homme qui fait ce qu’il dit et qui dit ce qu’il fait: le transfert de l’ambassade à Jérusalem, par exemple, avait été promis de longue date, notamment par Obama, mais seul Trump a effectivement pris cette décision.

Justement, sur quels thèmes quoi vont se jouer ces élections de mi-mandat?

C’est difficile à anticiper car la vie politique américaine va très vite, au gré des événements, et certains sujets dont l’on croit un moment qu’ils vont être primordiaux disparaissent rapidement de la scène médiatique. En février par exemple, après la fusillade de Parkland et les manifestations immenses qui ont suivi, on était en droit de penser que la question du contrôle des armes à feu allait dominer la campagne des midterms… En réalité, cette question a quasiment disparu de l’actualité, bien qu’on ne soit pas à l’abri qu’elle ressurgisse à l’occasion d’une nouvelle fusillade dans une école, ou bien qu’un attentat ramène au contraire les enjeux de sécurité voire d’immigration au rang des priorités médiatiques.

En revanche, on peut plus facilement s’attendre à une instrumentalisation des sujets sociétaux comme l’avortement ou le droit des minorités sexuelles, qui sont en passe de devenir un véritable enjeu de campagne. Ces sujets ont le mérite d’être eux-aussi des pivots idéologiques, et c’est pour cela que Trump a intérêt à donner des gages à ce propos. La nomination d’un juge à la Cour suprême, dans un tel contexte, sera évidemment surveillée de près, et par tous les côtés de l’échiquier.

Donald Trump est-il tout-puissant pour cette nomination, ou risque-t-il de rencontrer une opposition au sénat?

Il n’est certainement pas tout-puissant, car il peut faire face à une censure par le sénat du candidat qu’il proposera. Les démocrates ont déjà invoqué le fait qu’en période électorale, le moment est mal choisi pour nommer un juge à la Cour suprême: les républicains déjà, en 2016, avaient invoqué le même argument pour retarder le remplacement d’Antonin Scalia, décédé peu avant les élections présidentielles.

Mais en réalité, comme les démocrates n’ont pas la majorité au sénat, ils ne pourront faire obstruction qu’à condition d’obtenir le ralliement de certains républicains. Pour ceux qui ne jouent pas leur réélection car ils ont décidé de ne pas briguer un nouveau mandat, il n’est pas exclu qu’un mouvement de «fronde» à Donald Trump puisse se dégager: des sénateurs comme John McCain ou Jeff Flake, par exemple, ne font pas mystère de leur hostilité au Président sur certains sujets.

Cependant, Trump a été assez habile lorsqu’il a remplacé le juge Scalia, en nommant à sa place Neil Gorsuch qui n’est pas un ultraconservateur. Au contraire, Gorsuch pouvait apparaître comme un choix raisonnable, c’est-à-dire quelqu’un de modérément conservateur, à la fois ferme sur l’avortement ou les droits des homosexuels mais sans être sectaire non plus. Ainsi, si Trump doit affronter une obstruction de la part des démocrates, il aura beau jeu de la retourner à son avantage: ce seront eux qui passeront pour déraisonnables.

De leur côté, les démocrates se distinguent en deux camps: ceux des États généralement acquis aux républicains joueront la conciliation pour ne pas se mettre à dos la frange conservatrice de leur électorat, tandis qu’au contraire les candidats à la primaire de 2020 s’aligneront sur la base démocrate, plutôt maximaliste. Le consensus, en tout cas, sera de bloquer toute nomination d’un juge ouvertement hostile à l’avortement.

Justement, si le juge Kennedy avait été ambivalent, votant même en faveur de certaines décisions progressistes comme le mariage homosexuel, il savait qu’en démissionnant il ouvrait la voie à un basculement conservateur…

En effet, Kennedy était connu pour des positions progressistes sur l’IVG, mais aussi la peine de mort et le mariage gay. Il était au cœur d’un équilibre au sein de la Cour suprême, qui risque bien de disparaître avec lui. Mais là encore, l’habileté de Trump a été de nommer auparavant Gorsuch, qui bien qu’il soit moins ambivalent que ne l’était Kennedy, n’était pas non plus un idéologue de la droite évangélique la plus dure. Cette adresse politique lui a sans doute permis de mettre le juge Kennedy en confiance.

Si Donald Trump, qui joue sa réélection, regarde vers 2020, les conservateurs, eux, ont les yeux tournés jusqu’à au moins 2050 !

Quelles seront les décisions importantes sur lesquelles la Cour devra se prononcer? Faut-il s’attendre à un basculement sociétal aux États-Unis?

La session de juin vient de se terminer. On ne sait pas encore avec précision quelles affaires vont remonter à la Cour suprême dans les prochaines sessions, mais ce qui est sûr c’est que la question des droits des homosexuels est de plus en plus au cœur de l’actualité. Notamment, il y a des affaires autour de la liberté de conscience, lorsque des personnes refusent de fournir certains services à des couples homosexuels qui se marient.

Ensuite, la Cour suprême ne prendra pas directement de décision suspendant le mariage homosexuel ou le droit à l’avortement, mais elle peut avoir à se prononcer sur des affaires concernant des États ayant pris des mesures restreignant l’accès à ces droits. Elle pourrait donc être amenée à permettre à ces États de limiter sévèrement ces droits par des mesures réglementaires.

C’est en tout cas ce que souhaitent les conservateurs américains: revenir sur les changements de société qu’a connus l’Amérique depuis les années 60.

En fait, si Donald Trump, qui joue sa réélection, regarde vers 2020, les conservateurs, eux, ont les yeux tournés jusqu’à au moins 2050!

N’est-il pas trop tôt pour dire que Donald Trump est en mesure d’insuffler une politique au pays pour les vingt ou trente prochaines années?

En tout cas, c’est bien l’enjeu de cette nomination, et de celles qui pourraient éventuellement suivre sous Trump (car il y a deux autres juges de 79 et 85 ans actuellement à la Cour suprême). Lorsque l’on est nommé à la Cour, on l’est à vie, c’est-à-dire pour encore au moins vingt ou trente ans en théorie. Neil Gorsuch, le dernier juge en date, n’a que 50 ans: sauf accident, il pourrait encore siéger en 2048!

On rentre dans une nouvelle phase du mandat de Donald Trump. Cette phase était en réalité prévisible, et très attendue: à vrai dire, c’était même un des enjeux principaux de l’élection de 2016, de savoir qui de Clinton ou de Trump allait devoir nommer deux, peut-être trois ou quatre juges au cours de son mandat.

Ce que les conservateurs attendent à présent, c’est de faire pencher définitivement la balance en leur faveur à la Cour, en instaurant un rapport de force à cinq contre quatre, qui serait l’assurance de garantir des décisions très conservatrices sur les sujets que nous avons précédemment évoqués.

Voir également:

Court Under Roberts Is Most Conservative in Decades
Adam Liptak
The New York Times
July 24, 2010

WASHINGTON — When Chief Justice John G. Roberts Jr. and his colleagues on the Supreme Court left for their summer break at the end of June, they marked a milestone: the Roberts court had just completed its fifth term.

In those five years, the court not only moved to the right but also became the most conservative one in living memory, based on an analysis of four sets of political science data.

And for all the public debate about the confirmation of Elena Kagan or the addition last year of Justice Sonia Sotomayor, there is no reason to think they will make a difference in the court’s ideological balance. Indeed, the data show that only one recent replacement altered its direction, that of Justice Samuel A. Alito Jr. for Justice Sandra Day O’Connor in 2006, pulling the court to the right.

There is no similar switch on the horizon. That means that Chief Justice Roberts, 55, is settling in for what is likely to be a very long tenure at the head of a court that seems to be entering a period of stability.

If the Roberts court continues on the course suggested by its first five years, it is likely to allow a greater role for religion in public life, to permit more participation by unions and corporations in elections and to elaborate further on the scope of the Second Amendment’s right to bear arms. Abortion rights are likely to be curtailed, as are affirmative action and protections for people accused of crimes.

The recent shift to the right is modest. And the court’s decisions have hardly been uniformly conservative. The justices have, for instance, limited the use of the death penalty and rejected broad claims of executive power in the government’s efforts to combat terrorism.

But scholars who look at overall trends rather than individual decisions say that widely accepted political science data tell an unmistakable story about a notably conservative court.

Almost all judicial decisions, they say, can be assigned an ideological value. Those favoring, say, prosecutors and employers are said to be conservative, while those favoring criminal defendants and people claiming discrimination are said to be liberal.

Analyses of databases coding Supreme Court decisions and justices’ votes along these lines, one going back to 1953 and another to 1937, show that the Roberts court has staked out territory to the right of the two conservative courts that immediately preceded it by four distinct measures:

¶In its first five years, the Roberts court issued conservative decisions 58 percent of the time. And in the term ending a year ago, the rate rose to 65 percent, the highest number in any year since at least 1953.

The courts led by Chief Justices Warren E. Burger, from 1969 to 1986, and William H. Rehnquist, from 1986 to 2005, issued conservative decisions at an almost indistinguishable rate — 55 percent of the time.

That was a sharp break from the court led by Chief Justice Earl Warren, from 1953 to 1969, in what liberals consider the Supreme Court’s golden age and conservatives portray as the height of inappropriate judicial meddling. That court issued conservative decisions 34 percent of the time.

¶Four of the six most conservative justices of the 44 who have sat on the court since 1937 are serving now: Chief Justice Roberts and Justices Alito, Antonin Scalia and, most conservative of all, Clarence Thomas. (The other two were Chief Justices Burger and Rehnquist.) Justice Anthony M. Kennedy, the swing justice on the current court, is in the top 10.

¶The Roberts court is finding laws unconstitutional and reversing precedent — two measures of activism — no more often than earlier courts. But the ideological direction of the court’s activism has undergone a marked change toward conservative results.

¶Until she retired in 2006, Justice O’Connor was very often the court’s swing vote, and in her later years she had drifted to the center-left. These days, Justice Kennedy has assumed that crucial role at the court’s center, moving the court to the right.

Justice John Paul Stevens, who retired in June, had his own way of tallying the court’s direction. In an interview in his chambers in April, he said that every one of the 11 justices who had joined the court since 1975, including himself, was more conservative than his or her predecessor, with the possible exceptions of Justices Sotomayor and Ruth Bader Ginsburg.

The numbers largely bear this out, though Chief Justice Roberts is slightly more liberal than his predecessor, Chief Justice Rehnquist, at least if all of Chief Justice Rehnquist’s 33 years on the court, 14 of them as an associate justice, are considered. (In later years, some of his views softened.)

But Justice Stevens did not consider the question difficult. Asked if the replacement of Chief Justice Rehnquist by Chief Justice Roberts had moved the court to the right, he did not hesitate.

“Oh, yes,” Justice Stevens said.

The Most Significant Change

“Gosh,” Justice Sandra Day O’Connor said at a law school forum in January a few days after the Supreme Court undid one of her major achievements by reversing a decision on campaign spending limits. “I step away for a couple of years and there’s no telling what’s going to happen.”

When Justice O’Connor announced her retirement in 2005, the membership of the Rehnquist court had been stable for 11 years, the second-longest stretch without a new justice in American history.

Since then, the pace of change has been dizzying, and several justices have said they found it disorienting. But in an analysis of the court’s direction, some changes matter much more than others. Chief Justice Rehnquist died soon after Justice O’Connor announced that she was stepping down. He was replaced by Chief Justice Roberts, his former law clerk. Justice David H. Souter retired in 2009 and was succeeded by Justice Sotomayor. Justice Stevens followed Justice Souter this year, and he is likely to be succeeded by Elena Kagan.

But not one of those three replacements seems likely to affect the fundamental ideological alignment of the court. Chief Justice Rehnquist, a conservative, was replaced by a conservative. Justices Souter and Stevens, both liberals, have been or are likely to be succeeded by liberals.

Justices’ views can shift over time. Even if they do not, a justice’s place in the court’s ideological spectrum can move as new justices arrive. And chief justices may be able to affect the overall direction of the court, notably by using the power to determine who writes the opinion for the court when they are in the majority. Chief Justice Roberts is certainly widely viewed as a canny tactician.

But only one change — Justice Alito’s replacement of Justice O’Connor — really mattered. That move defines the Roberts court. “That’s a real switch in terms of ideology and a switch in terms of outlook,” said Lee Epstein, who teaches law and political science at Northwestern University and is a leading curator and analyst of empirical data about the Supreme Court.

The point is not that Justice Alito has turned out to be exceptionally conservative, though he has: he is the third-most conservative justice to serve on the court since 1937, behind only Justice Thomas and Chief Justice Rehnquist. It is that he replaced the more liberal justice who was at the ideological center of the court.

Though Chief Justice Roberts gets all the attention, Justice Alito may thus be the lasting triumph of the administration of President George W. Bush. He thrust Justice Kennedy to the court’s center and has reshaped the future of American law.

It is easy to forget that Justice Alito was Mr. Bush’s second choice. Had his first nominee, the apparently less conservative Harriet E. Miers, not withdrawn after a rebellion from Mr. Bush’s conservative base, the nature of the Roberts court might have been entirely different.

By the end of her almost quarter-century on the court, Justice O’Connor was without question the justice who controlled the result in ideologically divided cases.

“On virtually all conceptual and empirical definitions, O’Connor is the court’s center — the median, the key, the critical and the swing justice,” Andrew D. Martin and two colleagues wrote in a study published in 2005 in The North Carolina Law Review shortly before Justice O’Connor’s retirement.

With Justice Alito joining the court’s more conservative wing, Justice Kennedy has now unambiguously taken on the role of the justice at the center of the court, and the ideological daylight between him and Justice O’Connor is a measure of the Roberts court’s shift to the right.

Justice O’Connor, for her part, does not name names but has expressed misgivings about the direction of the court.

“If you think you’ve been helpful, and then it’s dismantled, you think, ‘Oh, dear,’ ” she said at William & Mary Law School in October in her usual crisp and no-nonsense fashion. “But life goes on. It’s not always positive.”

Justice O’Connor was one of the authors of McConnell v. Federal Election Commission, a 2003 decision that, among other things, upheld restrictions on campaign spending by businesses and unions. It was reversed on that point in the Citizens United decision.

Asked at the law school forum in January how she felt about the later decision, she responded obliquely. But there was no mistaking her meaning.

“If you want my legal opinion” about Citizens United, Justice O’Connor said, “you can go read” McConnell.

The Court Without O’Connor

The shift resulting from Justice O’Connor’s departure was more than ideological. She brought with her qualities that are no longer represented on the court. She was raised and educated in the West, and she served in all three branches of Arizona’s government, including as a government lawyer, majority leader of the State Senate, an elected trial judge and an appeals court judge.

Those experiences informed Justice O’Connor’s sensitivity to states’ rights and her frequent deference to political judgments. Her rulings were often pragmatic and narrow, and her critics said she engaged in split-the-difference jurisprudence.

Justice Alito’s background is more limited than Justice O’Connor’s — he worked in the Justice Department and then as a federal appeals court judge — and his rulings are often more muscular.

Since they never sat on the court together, trying to say how Justice O’Connor would have voted in the cases heard by Justice Alito generally involves extrapolation and speculation. In some, though, it seems plain that she would have voted differently from him.

Just weeks before she left the court, for instance, Justice O’Connor heard arguments in Hudson v. Michigan, a case about whether evidence should be suppressed because it was found after Detroit police officers stormed a home without announcing themselves.

“Is there no policy protecting the homeowner a little bit and the sanctity of the home from this immediate entry?” Justice O’Connor asked a government lawyer. David A. Moran, a lawyer for the defendant, Booker T. Hudson, said the questioning left him confident that he had Justice O’Connor’s crucial vote.

Three months later, the court called for reargument, signaling a 4-to-4 deadlock after Justice O’Connor’s departure. When the 5-to-4 decision was announced in June, the court not only ruled that violations of the knock-and-announce rule do not require the suppression of evidence, but also called into question the exclusionary rule itself.

The shift had taken place. Justice Alito was in the majority.

“My 5-4 loss in Hudson v. Michigan,” Mr. Moran wrote in 2006 in Cato Supreme Court Review, “signals the end of the Fourth Amendment” — protecting against unreasonable searches — “as we know it.”

The departure of Justice O’Connor very likely affected the outcomes in two other contentious areas: abortion and race.

In 2000, the court struck down a Nebraska law banning an abortion procedure by a vote of 5 to 4, with Justice O’Connor in the majority. Seven years later, the court upheld a similar federal law, the Partial-Birth Abortion Act, by the same vote.

“The key to the case was not in the difference in wording between the federal law and the Nebraska act,” Erwin Chemerinsky wrote in 2007 in The Green Bag, a law journal. “It was Justice Alito having replaced Justice O’Connor.”

In 2003, Justice O’Connor wrote the majority opinion in a 5-to-4 decision allowing public universities to take account of race in admissions decisions. And a month before her retirement in 2006, the court refused to hear a case challenging the use of race to achieve integration in public schools.

Almost as soon as she left, the court reversed course. A 2007 decision limited the use of race for such a purpose, also on a 5-to-4 vote.

There were, to be sure, issues on which Justice Kennedy was to the left of Justice O’Connor. In a 5-to-4 decision in 2005 overturning the juvenile death penalty, Justice Kennedy was in the majority and Justice O’Connor was not.

But changing swing justices in 2006 had an unmistakable effect across a broad range of cases. “O’Connor at the end was quite a bit more liberal than Kennedy is now,” Professor Epstein said.

The numbers bear this out.

The Rehnquist court had trended left in its later years, issuing conservative rulings less than half the time in its last two years in divided cases, a phenomenon not seen since 1981. The first term of the Roberts court was a sharp jolt to the right. It issued conservative rulings in 71 percent of divided cases, the highest rate in any year since the beginning of the Warren court in 1953.

Judging by the Numbers

Chief Justice Roberts has not served nearly as long as his three most recent predecessors. The court he leads has been in flux. But five years of data are now available, and they point almost uniformly in one direction: to the right.

Scholars quarrel about some of the methodological choices made by political scientists who assign a conservative or liberal label to Supreme Court decisions and the votes of individual justices. But most of those arguments are at the margins, and the measures are generally accepted in the political science literature.

The leading database, created by Harold J. Spaeth with the support of the National Science Foundation about 20 years ago, has served as the basis for a great deal of empirical research on the contemporary Supreme Court and its members. In the database, votes favoring criminal defendants, unions, people claiming discrimination or violation of their civil rights are, for instance, said to be liberal. Decisions striking down economic regulations and favoring prosecutors, employers and the government are said to be conservative.

About 1 percent of cases have no ideological valence, as in a boundary dispute between two states. And some concern multiple issues or contain ideological cross-currents.

But while it is easy to identify the occasional case for which ideological coding makes no sense, the vast majority fit pretty well. They also tend to align with the votes of the justices usually said to be liberal or conservative.

Still, such coding is a blunt instrument. It does not take account of the precedential and other constraints that are in play or how much a decision moves the law in a conservative or liberal direction. The mix of cases has changed over time. And the database treats every decision, monumental or trivial, as a single unit.

“It’s crazy to count each case as one,” said Frank B. Cross, a law and business professor at the University of Texas. “But the problem of counting each case as one is reduced by the fact that the less-important ones tend to be unanimous.”

Some judges find the entire enterprise offensive.

“Supreme Court justices do not acknowledge that any of their decisions are influenced by ideology rather than by neutral legal analysis,” William M. Landes, an economist at the University of Chicago, and Richard A. Posner, a federal appeals court judge, wrote last year in The Journal of Legal Analysis. But if that were true, they continued, knowing the political party of the president who appointed a given justice would tell you nothing about how the justice was likely to vote in ideologically charged cases.

In fact, the correlation between the political party of appointing presidents and the ideological direction of the rulings of the judges they appoint is quite strong.

Here, too, there are exceptions. Justices Stevens and Souter were appointed by Republican presidents and ended up voting with the court’s liberal wing. But they are gone. If Ms. Kagan wins Senate confirmation, all of the justices on the court may be expected to align themselves across the ideological spectrum in sync with the party of the president who appointed them.

The proposition that the Roberts court is to the right of even the quite conservative courts that preceded it thus seems fairly well established. But it is subject to qualifications.

First, the rightward shift is modest.

Second, the data do not take popular attitudes into account. While the court is quite conservative by historical standards, it is less so by contemporary ones. Public opinion polls suggest that about 30 percent of Americans think the current court is too liberal, and almost half think it is about right.

On given legal issues, too, the court’s decisions are often closely aligned with or more liberal than public opinion, according to studies collected in 2008 in “Public Opinion and Constitutional Controversy” (Oxford University Press).

The public is largely in sync with the court, for instance, in its attitude toward abortion — in favor of a right to abortion but sympathetic to many restrictions on that right.

“Solid majorities want the court to uphold Roe v. Wade and are in favor of abortion rights in the abstract,” one of the studies concluded. “However, equally substantial majorities favor procedural and other restrictions, including waiting periods, parental consent, spousal notification and bans on ‘partial birth’ abortion.”

Similarly, the public is roughly aligned with the court in questioning affirmative action plans that use numerical standards or preferences while approving those that allow race to be considered in less definitive ways.

The Roberts court has not yet decided a major religion case, but the public has not always approved of earlier rulings in this area. For instance, another study in the 2008 book found that “public opinion has remained solidly against the court’s landmark decisions declaring school prayer unconstitutional.”

In some ways, the Roberts court is more cautious than earlier ones. The Rehnquist court struck down about 120 laws, or about six a year, according to an analysis by Professor Epstein. The Roberts court, which on average hears fewer cases than the Rehnquist court did, has struck down fewer laws — 15 in its first five years, or three a year.

It is the ideological direction of the decisions that has changed. When the Rehnquist court struck down laws, it reached a liberal result more than 70 percent of the time. The Roberts court has tilted strongly in the opposite direction, reaching a conservative result 60 percent of the time.

The Rehnquist court overruled 45 precedents over 19 years. Sixty percent of those decisions reached a conservative result. The Roberts court overruled eight precedents in its first five years, a slightly lower annual rate. All but one reached a conservative result.

Voir de plus:

Amy Coney Barrett, choix de la haute cour, est l’héritière de Scalia

CHICAGO – Bien qu’Amy Coney Barrett soit le choix du président pour remplacer la juge Ruth Bader Ginsburg, elle est plus justement décrite comme l’héritière d’un autre juge de la Cour suprême décédé: le héros conservateur Antonin Scalia.Comme Scalia, pour qui elle a déjà été greffière, elle est une catholique romaine engagée et une adepte de son interprétation privilégiée de la Constitution connue sous le nom d’originalisme. Ces qualifications ravissent beaucoup de droite, mais consternent les libéraux qui craignent que ses votes ne conduisent à l’effritement de certaines lois, en particulier la décision Roe v. Wade légalisant l’avortement.

Le président américain Donald Trump a nommé le juge d’appel de la Cour fédérale de South Bend, Indiana, âgé de 48 ans, lors d’une conférence de presse à Rose Garden samedi.

Dans des remarques quelques instants après que Trump l’a nommée, avec son mari et leurs sept enfants à la recherche, Barrett a rendu hommage à Ginsburg.

«Je me souviendrai de qui est venu avant moi», a-t-elle déclaré, citant la carrière de Ginsburg en tant que pionnière des droits des femmes. « Elle a non seulement cassé les plafonds de verre, elle les a brisés. »

Mais Barrett a également souligné à quel point elle est, dans son approche du droit, un opposé polaire à Ginsburg.

Elle a dit de Scalia: « Sa philosophie judiciaire est la mienne aussi. »

Sa nomination place Barrett sur la voie pour aider les conservateurs à dominer la cour pendant des décennies. C’est aussi sûr de dynamiser la base du président que de galvaniser ses ennemis à l’approche du jour du scrutin. Les dirigeants républicains du Sénat ont déclaré qu’ils avaient les voix pour la confirmer cette année, probablement avant les élections de novembre.

Au-delà des élections, l’élévation de Barrett pourrait amener un jugement national sur l’avortement, une question qui divise amèrement de nombreux Américains depuis près d’un demi-siècle. L’idée de renverser ou de vider Roe v. Wade, la décision historique de 1973, a été une question politique animée exploitée par les deux parties.

Ses écrits et discours montrent un engagement envers l’originalisme, un concept qui implique que les juges s’efforcent de déchiffrer les significations originales des textes pour évaluer si les droits d’une personne ont été violés. De nombreux libéraux disent que cette approche est trop rigide et ne permet pas aux conséquences de la Constitution de s’adapter à l’évolution des temps.

Concernant l’avortement, des questions se sont posées sur l’implication de Barrett dans des organisations qui s’y opposent vigoureusement. Mais elle n’a pas dit publiquement qu’elle chercherait, si on lui en donnait la chance, à réduire les droits affirmés par la Haute Cour.

Barrett est juge fédéral depuis 2017, lorsque Trump l’a nommée à la 7th US Circuit Court of Appeals, basée à Chicago. Mais en tant que professeur de droit de longue date à l’Université de Notre-Dame, elle s’était déjà imposée comme une conservatrice fiable dans le moule de Scalia.

Elle a acquis une réputation de commis Scalia à la fin des années 1990 comme brillante et habile à séparer les arguments mal raisonnés. Ara Lovitt, qui travaillait avec elle, a rappelé lors de sa cérémonie d’investiture pour le 7e circuit que Scalia avait fait l’éloge d’elle.

«Amy n’est-elle pas géniale», se souvient Lovitt en disant à Scalia.

Samedi, Barrett a également fait référence à l’étroite amitié entre Ginsburg et son compatriote amateur d’opéra Scalia, affirmant que Ginsburg a montré que les juges peuvent être en désaccord sur les principes « sans rancœur en personne ».

Avant de devenir juge, Barrett a expliqué comment les précédents judiciaires apportent une stabilité bienvenue à la loi. Mais elle semblait laisser la porte ouverte à la possibilité d’en renverser celles sur lesquelles il restait un vif désaccord.

«Une fois qu’un précédent est profondément enraciné», selon un article de 2017 du University of Pennsylvania Journal of Constitution Law, que Barrett a co-écrit, «la Cour n’est plus tenue de se pencher sur la question de l’exactitude du précédent». Mais il a ajouté: « Rien de tout cela ne veut dire qu’un juge ne peut pas tenter de renverser un précédent établi de longue date. Alors que les caractéristiques institutionnelles peuvent entraver cet effort, un juge est libre d’essayer. »

Barrett et son mari, Jesse Barrett, ancien procureur fédéral, sont tous deux diplômés de la faculté de droit Notre-Dame. Leurs sept enfants comprennent deux adoptés d’Haïti et un ayant des besoins spéciaux.

Trump a déclaré samedi que Barrett serait la première femme juge à servir avec de jeunes enfants. En regardant ses enfants au premier rang, la présidente a dit: « Merci d’avoir partagé ta mère. »

Barrett serait la seule juge du tribunal actuel à ne pas avoir obtenu son diplôme en droit d’une école de l’Ivy League. Les huit juges actuels ont tous assisté à Harvard ou à Yale.

Si elle est confirmée, six des neuf juges seront catholiques.

La manière dont ses croyances religieuses pourraient guider ses opinions juridiques est devenue une préoccupation majeure pour certains démocrates lors d’audiences de confirmation meurtrières après la nomination de Barrett au 7ème circuit. Cela a incité les républicains à accuser les démocrates de chercher à imposer un test religieux sur l’aptitude de Barrett à l’emploi.

À Notre-Dame, où Barrett a commencé à enseigner à 30 ans, elle invoquait souvent Dieu dans des articles et des discours. Dans une allocution de 2006, elle a encouragé les étudiants diplômés en droit à voir leur carrière comme un moyen de «bâtir le royaume de Dieu».

Elle a été considérée comme finaliste en 2018 pour la haute cour avant que Trump ne nomme Brett Kavanaugh pour le siège qui a ouvert ses portes lorsque le juge Anthony Kennedy a pris sa retraite. Même certains conservateurs craignaient que son dossier judiciaire clairsemé ne rende trop difficile de prédire comment elle pourrait gouverner, craignant qu’elle pourrait finir comme d’autres conservateurs apparemment qui se sont retrouvés plus modérés.

Trois ans plus tard, son dossier comprend maintenant une centaine d’opinions et de dissensions, dans lesquelles elle a souvent illustré l’influence de Scalia en plongeant profondément dans les détails historiques pour glaner le sens des textes originaux.

Dans une dissidence de 2019 dans une affaire de droits des armes à feu, Barrett a fait valoir qu’une personne reconnue coupable d’un crime non violent ne devrait pas être automatiquement interdite de posséder une arme à feu. Toutes les pages de sa dissidence de 37 pages, sauf quelques-unes, étaient consacrées à l’histoire des lois sur les armes à feu aux 18e et 19e siècles.

Barrett s’est joint à deux reprises à des opinions dissidentes demandant que les décisions liées à l’avortement soient rejetées et répétées par le tribunal au complet. L’année dernière, après qu’un panel de trois juges a bloqué une loi de l’Indiana qui rendrait plus difficile pour les mineurs d’avoir un avortement sans que ses parents en soient avertis, Barrett a voté pour que l’affaire soit répétée par le tribunal.

Les informations financières de Barrett montrent des liens avec un certain nombre de groupes conservateurs. Elle et son mari ont des investissements d’une valeur comprise entre 845000 et 2,8 millions de dollars, selon son rapport de divulgation financière de 2019. Les juges rapportent la valeur de leurs investissements dans les gammes. Leur argent est principalement investi dans des fonds communs de placement.

Lorsqu’elle a été nommée à la cour d’appel en 2017, Barrett a déclaré des actifs d’un peu plus de 2 millions de dollars, y compris sa maison dans l’Indiana d’une valeur de près de 425000 dollars et une hypothèque avec un solde de 175000 dollars.

Au cours des deux années précédentes, Barrett a reçu 4 200 $ en deux versements égaux d’Alliance Defending Freedom, un cabinet d’avocats chrétien conservateur, selon son rapport financier. En 2018 et 2019, elle a participé à 10 événements parrainés par la Federalist Society, qui a payé son transport, ses repas et son hébergement dans plusieurs villes.

Barrett a grandi à la Nouvelle-Orléans et était l’aîné d’un avocat de Shell Oil Co. Elle a obtenu son diplôme de premier cycle en littérature anglaise en 1994 au Rhodes College de Memphis, Tennessee.

Elle a également été commis pour Laurence Silberman pendant un an à la Cour d’appel des États-Unis pour le circuit du district de Columbia. Entre les stages et l’entrée dans le monde universitaire, elle a travaillé de 1999 à 2001 dans un cabinet d’avocats à Washington, Miller, Cassidy, Larroca & Lewin.

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Les rédacteurs d’Associated Press Mark Sherman à Washington et Ryan J. Foley à Iowa City, Iowa, ont contribué à ce rapport.

Amy Coney Barrett, une catholique pratiquante à la Cour suprême

PORTRAIT – Nommée par Donald Trump, cette mère de sept enfants est une juriste respectée. Elle est considérée par des groupes de pression démocrates comme partisane et rétrograde.

Adrien Jaulmes

De notre correspondant aux États-Unis

Amy Coney Barrett, 48 ans, deviendra à son entrée en fonction la plus jeune juge de la Cour suprême. Si sa longévité égale celle de Ruth Bader Ginsburg, elle pourra ainsi siéger pendant quatre décennies dans la plus haute juridiction américaine.

Ses qualités humaines et ses compétences professionnelles ont été unanimement saluées, y compris par des magistrats libéraux. Née en Louisiane, diplômée de l’Université Notre-Dame, où elle a aussi enseigné le droit, Barrett avait été l’une des collaboratrices d’Antonin Scalia, décédé en 2016.

Juriste respectée, elle appartient à la même école que son mentor. «Sa philosophie judiciaire est aussi la mienne», a dit Barrett à l’annonce de sa nomination: «un juge doit appliquer la loi telle qu’elle est écrite. Les juges ne sont pas des décideurs politiques, et ils doivent être résolus à mettre de côté toutes les opinions politiques qu’ils pourraient avoir». Barrett est décrite dans les milieux juridiques comme une juriste rigoureuse et cherchant le compromis plus qu’à imposer des décisions extrêmes.

Mais cette catholique pratiquante, mère de sept enfants, dont deux adoptés en Haïti, et un autre trisomique, est déjà dénoncée par des groupes de pression démocrates comme un juge partisan et rétrograde. Les associations militantes homosexuelles l’attaquent aussi pour son appartenance à un groupe religieux chrétien, Gens de Foi, même si Barrett a expliqué à plusieurs reprises que sa foi ne compromettait pas son travail.

Professeur de droit presque inconnue voici quatre ans, Barrett avait été placée par un conseiller juridique de Trump, lui-même enseignant à Notre-Dame, sur une liste de candidats conservateurs potentiels pour pourvoir des postes de juges. En 2017, sa nomination par Trump à la Cour d’appel de Chicago avait donné lieu à une audition difficile par la commission des affaires judiciaires du Sénat. Des élus démocrates avaient questionné Barrett à propos de sa foi catholique. «Le dogme résonne très fort avec vous», lui avait lancé une sénatrice démocrate, «et c’est un sujet d’inquiétude pour un certain nombre de sujets pour lesquels beaucoup de gens se sont battus dans ce pays».

Trump avait été impressionné par le sang-froid et le calme de Barrett devant ces attaques, et l’avait alors placée dans la liste de candidats possibles à la Cour suprême.

« La Cour encore plus à droite »

En pleine campagne présidentielle, les démocrates ont pour l’instant mis en sourdine leurs critiques sur la foi de Barrett. Ils n’ont pas non plus salué la nomination d’une femme, mettant plutôt en garde contre les positions d’une juge qui s’est déjà prononcée en faveur des restrictions à l’immigration du président Trump et de la protection du droit à porter des armes à feu. Ils craignent aussi que Barrett permette à terme d’annuler la décision historique Roe vs Wade de la Cour suprême, qui avait légalisé l’avortement dans tout le pays en 1973.

Au milieu d’une pandémie, Donald Trump essaye d’imposer la nomination d’un juge qui détruira l’Obamacare

Joe Biden

Les conservateurs espèrent qu’elle contribuera à invalider l’Obamacare, le programme d’assurance-maladie introduit par Barack Obama. «Au milieu d’une pandémie, Donald Trump essaye d’imposer la nomination d’un juge qui détruira l’Obamacare», a commenté Joe Biden. «Nous ne pouvons pas le laisser gagner.»

Kamala Harris, candidate à la vice-présidence de Joe Biden, ancienne procureur et membre de la commission des affaires juridiques du Sénat qui devra auditionner Barrett, a dit être «fermement opposée à cette nomination». «Le successeur choisi par Trump pour remplacer le juge Ginsburg rend les choses claires: ils veulent détruire la loi sur la santé pour tous et annuler Roe. Ce choix va placer la Cour encore plus à droite pour une génération et nuire à des millions d’Américains.»

Voir encore:

Cour suprême: « Les Républicains vont consolider leur majorité »

FIGAROVOX/TRIBUNE – Le président américain va annoncer dans les jours à venir qui remplacera la juge Ruth Bader Ginsburg, icône de la gauche américaine, à la Cour suprême. Cette nomination devrait renforcer la majorité républicaine, analyse Laurence Nardon.

Laurence Nardon

Laurence Nardon est responsable du programme États-Unis à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Elle a publié Les États-Unis de Trump en 100 questions (Tallandier, 2018)et analyse chaque semaine les enjeux de la campagne présidentielle américaine dans ses podcasts audio «Trump 2020» .


La disparition, samedi 18 septembre, de Ruth Bader Ginsburg, ajoute, si c’était encore possible, un degré d’hystérie à la campagne américaine. Nommée à la Cour suprême par Bill Clinton en 1993, RBG était une juriste de tout premier ordre. Elle était aussi devenue une star pour la gauche américaine, du fait de ses convictions progressistes. Elle était même surnommée «Notorious RBG», en référence au rappeur Notorious BIG.

Son remplacement est une question très importante, du fait du rôle primordial de la Cour suprême (dite SCOTUS pour Supreme Court of the United States) dans le système américain. Séparation des pouvoirs oblige, cette dernière est instituée par le 3ème article de la Constitution, après le Congrès (article 1) et le la présidence (article 2). Une loi de 1869 prévoit qu’elle sera composée de 9 juges. L’article 3 de la constitution prévoit que les juges resteront en poste tant qu’ils ont un «bon comportement» («during good behavior»), ce qui a été interprété jusqu’à présent comme autorisant un mandat à vie.

Depuis l’arrêt Marbury v. Madison de 1803, la Cour est chargée du contrôle de constitutionalité des lois fédérales et des lois des États. Elle est aussi le juge de cassation pour les juridictions fédérales et fédérées. Enfin, elle est le juge des élections, ce qui aura sans doute une grande importance cette année. En effet, compte tenu des difficultés liées au vote par correspondance, on peut s’attendre à de nombreux recours au lendemain du scrutin du 3 novembre.

Par ailleurs, la jurisprudence joue un rôle sans commune mesure avec ce que nous connaissons en France: les Américains ont un système de common law à la britannique, c’est-à-dire un système juridique qui ne repose pas sur un code de lois (comme notre Code civil), mais sur la jurisprudence élaborée par les tribunaux.

C’est donc la Cour qui pose les règles sur de nombreux sujets politiques: respect du droit de vote (Shelby county v. Holder, 2013), financement des campagnes électorales (Citizens united, 2010), répartition des pouvoirs entre États et gouvernement fédéral… Ainsi que sur les questions de société: prière à l’école, avortement (avec l’arrêt Roe v. Wade en 1973), peine de mort, questions d’égalité raciale, droit des homosexuels, application de la loi sur la santé Obamacare… Cette jurisprudence évolue. Par exemple, jusqu’à présent, la Cour a refusé de se saisir d’affaires relatives à la GPA. Les justiciables font donc face à des situations très différentes selon les États. Mais cela pourrait changer avec de prochaines affaires.

La Cour a donc un rôle politique, même si les juges s’en défendent. À partir du New Deal dans les années 1930, la Cour a peu à peu adopté une attitude progressiste. Une longue période d’ «activisme judiciaire» s’est déroulée sous les Chief Justice Earl Warren (de 1953 à 1969) puis Warren Burger ( de 1969 à 1986). Mais le mouvement conservateur américain, de retour à partir des années 1960, avait bien compris que les questions de jurisprudence étaient l’un des terrains sur lesquels il devait combattre. En 1982, des étudiants en droit de Yale fondent la Federalist Society for Law and Public Policy Studies pour former des juges idéologiquement conservateurs et promouvoir leur nomination. Le but étant de «droitiser» les décisions de justice, avec comme objectif principal l’interdiction de l’avortement au niveau fédéral.

Aujourd’hui, les 5 membres conservateurs de la Cour sont ou ont été membres de la Federalist society: le chief justice John Roberts, Samuel Alito, Clarence Thomas, et les deux juges nommés par le président Donald Trump, Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh. Et le juge Antonin Scalia avant eux. Ils appuient leur positionnement conservateur sur deux théories du droit: la théorie «textualiste» , qui exige une lecture littérale du texte constitutionnel et la théorie «originaliste» qui veut un retour aux intentions originelles des rédacteurs de la Constitution.

Face à eux, il ne reste que 3 juges progressistes: Steven Breyer, 82 ans, nommé par Bill Clinton, Antonia Sotomayor et Elena Kagan, nommées par Barack Obama. Il faut noter cependant qu’à plusieurs reprises ces dernières années, le chief justice Roberts a voté avec ses pairs progressistes, souhaitant renforcer l’image impartiale de la Cour. C’est pourquoi la nomination d’un sixième juge conservateur est si importante pour les Républicains.

Le processus est bien balisé: les candidats sont nommés par le président, puis auditionnés par la Commission des affaires judiciaires du Sénat. Le Sénat débat et vote enfin la confirmation. Depuis 2017, ce vote n’est plus à la majorité qualifiée, mais à la majorité simple. Plus précisément, la procédure du filibuster, qui exigeait une majorité de 60 sénateurs pour passer au vote a été supprimée. Ce qui tombe bien pour les Républicains, qui ont actuellement une majorité de 53 sénateurs sur 100.

Ainsi, rien n’empêche Trump et le Sénat de nommer un nouveau juge rapidement, peut-être même avant les élections du 3 novembre. Trump devrait annoncer son choix le 25 ou 26 septembre. Les deux noms qui circulent sont ceux d’Amy Barrett, une catholique conservatrice et de Barbara Lagoa, une juge d’origine cubaine. Selon le New York Times, un vote serait possible dès la semaine du 19 octobre. À défaut, les sénateurs républicains pourraient encore voter pendant la période de transition (entre l’élection et l’investiture du 20 janvier).

Une telle rapidité aura sans doute un prix politique. En février 2016, lorsque le juge Antonin Scalia est mort, les sénateurs républicains ont refusé d’examiner la candidature du juge proposée par Obama, Merrick Garland, jugé centriste, car l’élection était trop proche. Aujourd’hui, Mitch McConnell (chef de la majorité au Sénat), Lindsay Graham (sénateur de Caroline du sud et président de la Commission sur les affaires judiciaires) et Ted Cruz (sénateur du Texas) ont retourné leur veste.

Furieux, les Démocrates évoquent l’idée d’augmenter le nombre de juges, comme Franklin D. Roosevelt avait menacé de le faire dans les années 1930. Ils comptent aussi sur la défection de trois ou quatre sénateurs républicains, comme Susan Collins (Maine) et Lisa Murkowski (Alaska), qui ont dit ce week-end qu’elles refuseraient de voter avant les élections. En revanche, Mitt Romney (Utah) a finalement dit qu’il prendrait part au vote dès que possible.

Voir par ailleurs:

Cour suprême: «Des Sages qui défient les pronostics hâtifs»

FIGAROVOX/TRIBUNE – La Cour suprême a un fonctionnement bien plus subtil qu’on ne le croit souvent, argumente Francois-Henri Briard, avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation.

Francois-Henri Briard
27 septembre 2020

Francois-Henri Briard est président de l’Institut Vergennes, fondé en 1993 avec le juge à la Cour suprême Antonin Scalia. Il est membre de la Société historique de la Cour suprême des États-Unis d’Amérique.


Alors que le président Donald Trump vient de désigner un possible successeur du juge Ruth Ginsburg en la personne du juge Amy Coney Barrett, qu’il soit permis à un professionnel du droit qui fréquente assidûment cette juridiction depuis près de trente ans, et qui en connaît bien les membres, de remettre un peu d’ordre dans le tumulte actuel, où l’approximation des commentaires le dispute à l’inexactitude.

Tout d’abord, il serait erroné de ne voir dans le choix du président des États-Unis qu’une opération politique. Nul ne conteste que ce type de nomination peut constituer un véritable enjeu de campagne à quelques semaines d’un scrutin présidentiel ; et depuis 1790, année au cours de laquelle la Cour suprême a statué pour la première fois, les nominations de ces grands juges figurent traditionnellement au nombre des mesures majeures des présidents lorsqu’il s’agit de dresser un bilan de leur action. Pour autant, ces nominations, réalisées en application de l’article II de la Constitution fédérale, ne présentent pas en elles-mêmes une nature politique.

Républicain ou démocrate, le président est entouré de conseils avisés émanant du White House Counsel, du ministère de la Justice, de parlementaires, de cercles de réflexion et d’anciens membres de la Cour, qui s’attachent d’abord aux compétences juridiques et à l’itinéraire professionnel du candidat. Ce sont les qualifications qui font l’essentiel d’un choix mûrement réfléchi ; si des préférences sont exprimées, elles ne relèveront que de la «judicial philosophy» du candidat, et en aucun cas de considérations partisanes.

Une fois la confirmation sénatoriale et la prise de fonctions réalisées, l’opposition rituelle faite entre progressistes et conservateurs au sein de la Cour procède d’une vision encore plus réductrice. Les hommes et les femmes qui composent cette juridiction sont des juristes de haut niveau, dotés d’un véritable esprit critique et d’une vaste culture ; tous ont eu une activité d’avocat ou une pratique académique leur conférant une bonne connaissance de la vie économique et sociale et ont été juges fédéraux, sans engagement politique préalable. Ils sont nommés à vie et acceptent cette mission non pas pour être le bras séculier d’un parti ou d’une idéologie mais pour veiller sur la Constitution, l’interpréter et résoudre des problématiques juridiques, y compris en matière électorale.

Les membres de la Cour suprême des États-Unis ne sont pas des juges de droite ou de gauche, ni des juges «fiables» ou «imprévisibles» ; ce sont des juges, au plus haut sens du terme. C’est faire insulte à ces esprits rigoureux, indépendants et impartiaux que de vouloir les enfermer dans des catégories ou des étiquettes préétablies. Quelles que soient les conditions de leur nomination et de leur confirmation, ces juges se tiennent toujours prudemment éloignés de ce qu’Antonin Scalia, dont la haute stature intellectuelle a dominé la jurisprudence de la Cour pendant près de trente ans et mentor du juge Barrett, appelait le «cirque politique et médiatique».

Il faut avoir vu de près et concrètement, dans le secret de la Cour, le minutieux processus d’instruction contradictoire des 80 affaires jugées chaque année et le soin apporté à l’examen des questions posées pour mesurer combien les considérations politiques sont éloignées du monde de leurs délibérations. Il existe bien sûr des lignes de partage, des positions et des inclinations. Mais celles-ci sont souvent liées à la mise en œuvre des méthodes d’interprétation de la Constitution. Un juge «originaliste», qui intègre le sens initial des normes constitutionnelles, pourra ne pas avoir la même lecture qu’un autre juge qui est partisan d’une approche plus «vivante», selon les termes de Stephen Breyer.

Ces préférences sont indépendantes des options politiques ou sociétales. Le juge Neil Gorsuch, nommé par le président Donald Trump et réputé dans l’opinion comme étant conservateur, en a récemment donné une illustration éclatante dans l’affaire de la discrimination sexuelle au travail ; son textualisme l’a conduit à prendre une position LGBT que nul n’attendait. Et les exemples foisonnent de membres de la Cour qui, au cours de l’histoire de cette juridiction, ont surpris par leurs prises de position, alors que leur désignation initiale aurait pu laisser penser qu’ils adopteraient un point de vue inverse: Earl Warren et William Brennan, nommés par le président Eisenhower, Sandra Day O’Connor et Anthony Kennedy, désignés parle président Reagan, Harry Blackmun nommé par le président Nixon et rapporteur de la célèbre affaire Roe v. Wade (qui, en 1973, a autorisé l’IVG dans l’ensemble des États-Unis, NDLR), ont étonné plus d’un observateur par leurs votes dans des dossiers parfois majeurs où chacun leur prêtait une position contraire, guidée par les préjugés habituels. Le Chief Justice John G. Roberts, nommé par le président Bush, a déconcerté les ténors du Parti républicain dans plusieurs grands dossiers par ses positions vues comme «libérales» (c’est-à-dire, aux États-Unis, «de gauche», NDLR).

Pourquoi un tel décalage entre le mythe et la réalité? Tout simplement parce qu’il existe chez les membres de la Cour suprême des États-Unis une réalité invisible qui est plus forte que toute autre considération: une véritable éthique d’indépendance qui force le respect et le sens de l’appartenance à une communauté professionnelle qui se nourrit d’honnêteté intellectuelle, de liberté d’esprit, de culture juridique, de rigueur d’analyse et de respect pour l’opinion de l’autre.

Cette appartenance à la communauté des juristes était si forte en ce qui concerne Ruth Ginsburg que son meilleur ami à la Cour était son collègue Antonin Scalia, pourtant réputé pour ses opinions regardées comme ultraconservatrices. Tous deux partageaient, outre le même goût pour le chant lyrique, la vie spirituelle et les réveillons de la Saint-Sylvestre, une même passion de l’indépendance, du droit et de la discussion juridique.

Dans son ouvrage De la démocratie en Amérique qu’il ne faut jamais cesser de relire, et qui se trouve dans tous les bureaux des membres de la Cour suprême des États-Unis, notre compatriote Alexis de Tocqueville écrivait qu’«aucune nation au monde n’a constitué le pouvoir judiciaire de la même manière que les Américains». Puissions-nous demeurer des observateurs attentifs, respectueux et éclairés de cette institution unique, pour le plus grand bien du lien transatlantique.

Voir aussi:

Cour suprême: « Pourquoi neuf juges ont le dernier mot sur toutes les questions qui divisent l’Amérique »

FIGAROVOX/TRIBUNE – Le respect scrupuleux du droit est au cœur de la culture politique américaine. Et aucun autre pays n’accorde une telle place au contrôle de conformité des lois à la Constitution, explique l’historien Ran Halévi.

Ran Halévi

Ran Halévi est directeur de recherche au CNRS et professeur au Centre d’études sociologiques et politiques Raymond-Aron.


C’était prévisible: la désignation d’Amy Coney Barrett à la Cour suprême ouvre un épisode de plus dans la guerre culturelle qui déchire la société américaine — après le procès en destitution du président, les polémiques sur la crise sanitaire et l’exacerbation des tensions raciales.

La détermination de Donald Trump, moins de six semaines avant l’élection présidentielle, à pressentir cette brillante juriste au pedigree impeccable n’avait rien d’improvisé. Elle renvoie autant à des considérations électorales qu’à des raisons politiques. L’ego surdimensionné du président y joue aussi sa part: si le Sénat confirmait cette nomination, M. Trump aura été le premier président à faire entrer à la Cour suprême, en un seul mandat, trois magistrats de son choix. Et cette fois-ci, ce serait un juge conservateur qui succéderait non pas à un autre juge conservateur mais à une icône de la gauche «libérale», en modifiant au passage l’équilibre «politique» de la Cour (six conservateurs contre trois «libéraux»). Sans doute espère-t-il qu’en cas de contestation du scrutin présidentiel, une Cour ainsi composée saura le ménager…

Dans l’immédiat, M. Trump entend détourner le thème central de cette campagne, que les démocrates exploitent avec méthode: sa gestion calamiteuse de l’épidémie du Covid-19 et ses conséquences catastrophiques pour des millions d’Américains. Les sondages, pourtant, semblent désavouer ses attentes. Quelque 57 % des électeurs contre 38 % souhaitent que la nomination à la Cour suprême revienne au président et au Sénat élus le 3 novembre prochain. Et parmi les enjeux de ces élections, la succession à la Cour suprême figure bonne dernière (11 %), après l’économie (25 %), la crise sanitaire (17 %), le système de santé (15 %) et la sécurité (12 %).

Enfin, le choix de faire passer en force la confirmation de Mme Coney Barrett a beau galvaniser les partisans du président, il risque de mobiliser surtout les électeurs démocrates, d’aliéner le vote des femmes diplômées, mais aussi de mettre en péril la réélection de plusieurs sénateurs républicains en position vulnérable. D’ailleurs, le seul résultat tangible à ce jour de l’initiative présidentielle aura été de faire exploser le montant des dons individuels aux candidats démocrates.

Si l’initiative de M. Trump soulève une telle tempête, c’est qu’elle touche au rôle suréminent qui est dévolu au droit – et aux juges – dans la culture politique américaine. L’esprit légaliste constitue depuis le temps lointain des Pères pèlerins la source de toute légitimité. C’est le droit, plus encore que la souveraineté, qu’invoque la Déclaration d’indépendance. La Constitution de 1787 reconnaîtra aux juristes une place qu’ils n’occupent nulle part ailleurs. Tocqueville, en interrogeant les caractères originaux de la jeune démocratie américaine, fait cette observation qui n’a pas pris une ride: «Il n’est presque pas de question politique qui ne se résolve tôt ou tard en question judiciaire.»

C’est à la Cour suprême, non au législateur, qu’il revient d’interpréter l’esprit des lois sur les matières qui lui sont déférées. C’est elle, non le Congrès, qui s’est prononcée sur l’abolition de l’esclavage, le démantèlement de la ségrégation, le droit à l’avortement ou le mariage homosexuel. Or, depuis quelques décennies, l’activisme judiciaire impulsé par des juges «libéraux» («de gauche», NDLR) a amené la Cour, toujours au nom de la Constitution, à créer des droits et à prononcer des arrêts qui réglaient la vie publique et les conduites individuelles sans l’aveu du législateur. C’est cette dérive légaliste que contestaient les conservateurs: le rôle des juges est d’appliquer et de punir les infractions à la loi, non de légiférer ; et les questions que la Constitution laisse incertaines doivent être tranchées par les élus du peuple, argumentent-ils.

D’où l’importance capitale que républicains et démocrates accordent à la désignation des magistrats d’une Cour suprême devenue l’enjeu – et l’arbitre – de la guerre civile qui les oppose. Les premiers redoutent une offensive progressiste pour étendre indéfiniment le domaine des droits individuels. Les seconds présagent une atteinte des conservateurs aux lois sur l’avortement, les droits des minorités, les immigrés, la discrimination positive et, dans l’immédiat, à la réforme de santé du président Obama.

Le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, entend engager sans tarder la confirmation de Mme Coney Barrett. Le processus pourrait se poursuivre jusqu’à la prise de fonction du prochain président, même si les républicains auront perdu et la Maison-Blanche et la majorité au Sénat. Les démocrates n’y peuvent rien, puisque la Constitution l’autorise. Les deux camps agitent les principes et invoquent des précédents. Les démocrates rappellent qu’en 2016, le même M. McConnell a refusé de mettre à l’ordre du jour la confirmation d’un juge pressenti à la Cour suprême par M. Obama, au motif qu’une telle nomination n’était pas légitime à neuf mois d’une élection présidentielle. Aujourd’hui, à moins de six semaines du scrutin, il trouve la chose parfaitement recommandable, à coups d’arguments passablement spécieux.

Si l’on estime qu’un président en fin de mandat ne saurait nommer à la Cour suprême, M. Trump est encore moins fondé à le faire que son prédécesseur.

Mais les républicains n’ont pas tort de soutenir qu’en pareille situation les démocrates se seraient conduits comme eux, en exploitant à leur avantage leur supériorité numérique. Il suffit de rappeler les manœuvres délétères qu’ils ont employées il y a deux ans pour saboter la nomination du juge Kavanaugh.

La vérité est que démocrates et républicains, depuis longtemps déjà, font primer la loi du nombre sur l’esprit des institutions et le souci du bien commun. Ils usent sans vergogne, toujours habillés d’un riche appareil casuistique, du pouvoir considérable que leur procure en alternance le suffrage universel. L’Amérique est devenue une démocratie purement majoritaire. Tocqueville le voyait déjà venir dans ses réflexions fameuses sur la tyrannie de la majorité. «Je regarde comme impie et détestable cette maxime qu’en matière de gouvernement la majorité d’un peuple a le droit de tout faire.»

Voir enfin:

President Trump announced Saturday afternoon that he would nominate Judge Amy Coney Barrett to the Supreme Court, setting off a politically explosive scramble to confirm a deeply conservative jurist before Election Day.

The following are her remarks, as transcribed by The New York Times.

JUDGE AMY CONEY BARRETT: Thank you. Thank you very much, Mr. President. I am deeply honored by the confidence that you have placed in me. And I am so grateful, to you and the first lady, to the vice president and the second lady, and to so many others here for your kindness on this rather overwhelming occasion. I fully understand that this is a momentous decision for a president. And if the Senate does me the honor of confirming me, I pledge to discharge the responsibilities of this job to the very best of my ability. I love the United States, and I love the United States Constitution. I am truly humbled by the prospect of serving on the Supreme Court. Should I be confirmed, I will be mindful of who came before me.

The flag of the United States is still flying at half-staff, in memory of Justice Ruth Bader Ginsburg, to mark the end of a great American life. Justice Ginsburg began her career at a time when women were not welcome in the legal profession. But she not only broke glass ceilings, she smashed them. For that, she has won the admiration of women across the country, and indeed, all over the world. She was a woman of enormous talent and consequence, and her life of public service serves as an example to us all.

Particularly poignant to me was her long and deep friendship with Justice Antonin Scalia, my own mentor. Justices Scalia and Ginsburg disagreed fiercely in print without rancor in person. Their ability to maintain a warm and rich friendship despite their differences even inspired an opera. These two great Americans demonstrated that arguments, even about matters of great consequence, need not destroy affection.

In both my personal and professional relationships, I strive to meet that standard. I was lucky enough to clerk for Justice Scalia. And given his incalculable influence on my life, I am very moved to have members of the Scalia family here today, including his dear wife, Maureen. I clerked for Justice Scalia more than 20 years ago, but the lessons I learned still resonate. His judicial philosophy is mine, too. A judge must apply the law as written. Judges are not policymakers, and they must be resolute in setting aside any policy views they might hold.

The president has asked me to become the ninth justice, and as it happens I am used to being in a group of nine — my family. Our family includes me; my husband, Jesse; Emma; Vivian; Tess; John Peter; Liam; Juliet; and Benjamin. Vivian and John Peter, as the president said, were born in Haiti, and they came to us five years apart, when they were very young. And the most revealing fact about Benjamin, our youngest, is that his brothers and sisters unreservedly identity him as their favorite sibling.

Our children obviously make our life very full. While I am a judge, I’m better known back home as a room parent, car pool driver and birthday party planner. When schools went remote last spring, I tried on another hat. Jesse and I became co-principals of the Barrett e-learning academy. And yes, the list of enrolled students was a very long one. Our children are my greatest joy, even though they deprive me of any reasonable amount of sleep.

I could not manage this very full life without the unwavering support of my husband, Jesse. At the start of our marriage, I imagined that we would run our household as partners. As it has turned out, Jesse does far more than his share of the work. To my chagrin, I learned at dinner recently that my children consider him to be the better cook. For 21 years, Jesse has asked me every single morning what he can do for me that day. And though I almost always say, “Nothing,” he still finds ways to take things off my plate. And that’s not because he has a lot of free time. He has a busy law practice. It is because he is a superb and generous husband, and I am very fortunate.

Jesse and I have a life full of relationships, not only with our children, but with siblings, friends and fearless babysitters, one of whom is with us today. I’m particularly grateful to my parents, Mike and Linda Coney. I spent the bulk of — I have spent the bulk of my adulthood as a Midwesterner, but I grew up in their New Orleans home. And as my brother and sisters can also attest, Mom and Dad’s generosity extends not only to us, but to more people than any of us could count. They are an inspiration. It is important, at a moment like this, to acknowledge family and friends.

But this evening, I also want to acknowledge you, my fellow Americans. The president has nominated me to serve on the United States Supreme Court, and that institution belongs to all of us. If confirmed, I would not assume that role for the sake of those in my own circle and certainly not for my own sake. I would assume this role to serve you. I would discharge the judicial oath, which requires me to administer justice without respect to persons, do equal right to the poor and rich, and faithfully and impartially discharge my duties under the United States Constitution.

I have no illusions that the road ahead of me will be easy, either for the short term or the long haul. I never imagined that I would find myself in this position. But now that I am, I assure you that I will meet the challenge with both humility and courage. Members of the United States Senate, I look forward to working with you during the confirmation process. And I will do my very best to demonstrate that I am worthy of your support.

Thank you


Réseaux sociaux: Quand la vénalité défend la liberté (Shielded review: After allegations of special protection of popular far-right activists for their revenue, Facebook finally pulls the plug on anti-islam activist Tommy Robinson)

28 février, 2019

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breitbart04

La vertu même devient vice, étant mal appliquée, et le vice est parfois ennobli par l’action. Frère Laurent (Roméo et Juliette, Shakespeare)
Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. Ahmed (violeur pakistanais)
By date of conviction, we have evidence of such exploitation taking place in Keighley (2005 and 2013), Blackpool (2006), Oldham (2007 and 2008), Blackburn (2007, 2008 and 2009), Sheffield (2008), Manchester (2008 and 2013) Skipton (2009), Rochdale (two cases in 2010, one in 2012 and another in 2013), Nelson (2010), Preston (2010) Rotherham (2010) Derby (2010), Telford (2012), Bradford (2012), Ipswich (2013), Birmingham (2013), Oxford (2013), Barking (2013) and Peterborough (2013). This is based on a trawl of news sources so is almost certainly incomplete. (…) Ceop data about the ethnicity of offenders and suspects identified by those 31 police forces in 2012 is incomplete. The unit says: “All ethnicities were represented in the sample. However, a disproportionate number of offenders were reported as Asian.” Of 52 groups where ethnicity data was provided, 26 (50 per cent) comprised all Asian offenders, 11 (21 per cent) were all white, 9 (17 per cent) groups had offenders from multiple ethnicities, 4 (8 per cent) were all black offenders and there were 2 (4 per cent) exclusively Arab groups. Of the 306 offenders whose ethnicity was noted, 75 per cent were categorised as Asian, 17 per cent white, and the remaining 8 per cent black (5 per cent) or Arab (3 per cent). By contrast, the seven “Type 2 groups” – paedophile rings rather than grooming gangs – “were reported as exclusively of white ethnicity”. Ceop identified 144 victims of the Type 1 groups. Again, the data was incomplete. Gender was mentioned in 118 cases. All were female. Some 97 per cent of victims were white. Girls aged between 14 and 15 accounted for 57 per cent of victims. Out of 144 girls, 100 had “at least one identifiable vulnerability” like alcohol or drug problems, mental health issues or a history of going missing. More than half of the victims were in local authority care. The 27 court cases that we found led to the convictions of 92 men. Some 79 (87 per cent) were reported as being of South Asian Muslim origin. Three were white Britons, two were Indian, three were Iraqi Kurds, four were eastern European Roma and one was a Congolese refugee, according to reports of the trials. Considerable caution is needed when looking at these numbers, as our sample is very unscientific. There are grooming cases we will have missed, and there will undoubtedly be offences that have not resulted in convictions. (…) Ceop says: “The comparative levels of freedom that white British children enjoy in comparison to some other ethnicities may make them more vulnerable to exploitation. “They may also be more likely to report abuse. This is an area requiring better data and further research.” Channel 4 news
By now surely everyone knows the case of the eight men convicted of picking vulnerable underage girls off the streets, then plying them with drink and drugs before having sex with them. A shocking story. But maybe you haven’t heard. Because these sex assaults did not take place in Rochdale, where a similar story led the news for days in May, but in Derby earlier this month. Fifteen girls aged 13 to 15, many of them in care, were preyed on by the men. And though they were not working as a gang, their methods were similar – often targeting children in care and luring them with, among other things, cuddly toys. But this time, of the eight predators, seven were white, not Asian. And the story made barely a ripple in the national media. Of the daily papers, only the Guardian and the Times reported it. There was no commentary anywhere on how these crimes shine a light on British culture, or how middle-aged white men have to confront the deep flaws in their religious and ethnic identity. Yet that’s exactly what played out following the conviction in May of the « Asian sex gang » in Rochdale, which made the front page of every national newspaper. Though analysis of the case focused on how big a factor was race, religion and culture, the unreported story is of how politicians and the media have created a new racial scapegoat. In fact, if anyone wants to study how racism begins, and creeps into the consciousness of an entire nation, they need look no further. (…) the intense interest in the Rochdale story arose from a January 2011 Times « scoop » that was based on the conviction of at most 50 British Pakistanis out of a total UK population of 1.2 million, just one in 24,000 (…) Even the Child Protection and Online Protection Centre (Ceop), which has also studied potential offenders who have not been convicted, has only identified 41 Asian gangs (of 230 in total) and 240 Asian individuals – and they are spread across the country. But, despite this, a new stereotype has taken hold: that a significant proportion of Asian men are groomers (and the rest of their communities know of it and keep silent). But if it really is an « Asian » thing, how come Indians don’t do it? If it’s a « Pakistani » thing, how come an Afghan was convicted in the Rochdale case? And if it’s a « Muslim » thing, how come it doesn’t seem to involve anyone of African or Middle Eastern origin? The standard response to anyone who questions this is: face the facts, all those convicted in Rochdale were Muslim. Well, if one case is enough to make such a generalisation, how about if all the members of a gang of armed robbers were white; or cybercriminals; or child traffickers? (All three of these have happened.) Would we be so keen to « face the facts » and make it a problem the whole white community has to deal with? Would we have articles examining what it is about Britishness or Christianity or Europeanness, that makes people so capable of such things? (…) Whatever the case, we know that abuse of white girls is not a cultural or religious issue because there is no longstanding history of it taking place in Asia or the Muslim world. How did middle-aged Asian men from tight-knit communities even come into contact with white teenage girls in Rochdale? The main cultural relevance in this story is that vulnerable, often disturbed, young girls, regularly out late at night, often end up in late-closing restaurants and minicab offices, staffed almost exclusively by men. After a while, relationships build up, with the men offering free lifts and/or food. For those with a predatory instinct, sexual exploitation is an easy next step. This is an issue of what men can do when away from their own families and in a position of power over badly damaged young people. It’s a story repeated across Britain, by white and other ethnic groups: where the opportunity arises, some men will take advantage. The precise method, and whether it’s an individual or group crime, depends on the particular setting – be they priests, youth workers or networks on the web. (…) if the tables were turned and the victims were Asian or Muslim, we would have been subjected to equally skewed « expert » commentary asking: what is wrong with how Muslims raise girls? Why are so many of them on the streets at night? Shouldn’t the community face up to its shocking moral breakdown? (…) We have been here before, of course: in the 1950s, West Indian men were labelled pimps, luring innocent young white girls into prostitution. By the 1970s and 80s they were vilified as muggers and looters. And two years ago, Channel 4 ran stories, again based on a tiny set of data, claiming there was an endemic culture of gang rape in black communities. The victims weren’t white, though, so media interest soon faded. It seems that these stories need to strike terror in the heart of white people for them to really take off. What is also at play here is the inability of people, when learning about a different culture or race, to distinguish between the aberrations of a tiny minority within that group, and the normal behaviour of a significant section. Some examples are small in number but can be the tip of a much wider problem: eg, knife crime, which is literally the sharp end of a host of problems affecting black communities ranging from family breakdown, to poverty, to low school achievement and social exclusion. Joseph Harker
There is a small minority of Pakistani men who believe that white girls are fair game. And we have to be prepared to say that. You can only start solving a problem if you acknowledge it first. This small minority who see women as second class citizens, and white women probably as third class citizens, are to be spoken out against. (…) These were grown men, some of them religious teachers or running businesses, with young families of their own. Whether or not these girls were easy prey, they knew it was wrong. (…) In mosque after mosque, this should be raised as an issue so that anybody remotely involved should start to feel that the community is turning on them. Communities have a responsibility to stand up and say, ‘This is wrong, this will not be tolerated’. (…) Cultural sensitivity should never be a bar to applying the law. (…) Failure to be “open and front-footed” would “create a gap for extremists to fill, a gap where hate can be peddled.  (…) Leadership is about moving people with you, not just pissing them off. Baroness Warsi
The terrible story of the Oxford child sex ring has brought shame not only on the city of dreaming spires, but also on the local Muslim community. It is a sense of repulsion and outrage that I feel particularly strongly, working as a Muslim leader and Imam in this neighbourhood and trying  to promote genuine  cultural integration. (…) But apart from its sheer depravity, what also depresses me about this case is the widespread refusal to face up to its hard realities. The fact is that the vicious activities of the Oxford ring are bound up with religion and race: religion, because all the perpetrators, though they had different nationalities, were Muslim; and race, because they deliberately targeted vulnerable white girls, whom they appeared to regard as ‘easy meat’, to use one of their revealing, racist phrases. Indeed, one of the victims who bravely gave evidence in court told a newspaper afterwards that ‘the men exclusively wanted white girls to abuse’. But as so often in fearful, politically correct modern Britain, there is a craven unwillingness to face up to this reality. Commentators and politicians tip-toe around it, hiding behind weasel words. We are told that child sex abuse happens ‘in all communities’, that white men are really far more likely to be abusers, as has been shown by the fall-out from the Jimmy Savile case. One particularly misguided commentary argued that the predators’ religion was an irrelevance, for what really mattered was that most of them worked in the night-time economy as taxi drivers, just as in the Rochdale child sex scandal many of the abusers worked in kebab houses, so they had far more opportunities to target vulnerable girls. But all this is deluded nonsense. While it is, of course, true that abuse happens in all communities, no amount of obfuscation can hide the pattern that has been exposed in a series of recent chilling scandals, from Rochdale to Oxford, and Telford to Derby. In all these incidents, the abusers were Muslim men, and their targets were under-age white girls. Moreover, reputable studies show that around 26 per cent of those involved in grooming and exploitation rings are Muslims, which is around five times higher than the proportion of Muslims in the adult male population. To pretend that this is not an issue for the Islamic community is to fall into a state of ideological denial. But then part of the reason this scandal happened at all is precisely because of such politically correct thinking. All the agencies of the state, including the police, the social services and the care system, seemed eager to ignore the sickening exploitation that was happening before their eyes. Terrified of accusations of racism, desperate not to undermine the official creed of cultural diversity, they took no action against obvious abuse. (…) Amazingly, the predators seem to have been allowed by local authority managers to come and go from care homes, picking their targets to ply them with drink and drugs before abusing them. You can be sure that if the situation had been reversed, with gangs of tough, young white men preying on vulnerable Muslim girls, the state’s agencies would have acted with greater alacrity. Another sign of the cowardly approach to these horrors is the constant reference to the criminals as ‘Asians’ rather than as ‘Muslims’. In this context, Asian is a completely meaningless term.  The men were not from China, or India or Sri Lanka or even Bangladesh. They were all from either Pakistan or Eritrea, which is, in fact, in East Africa rather than Asia. What united them in their outlook was their twisted, corrupt mindset, which bred their misogyny and racism. (…) In the misguided orthodoxy that now prevails in many mosques, including several of those in Oxford, men are unfortunately taught that women are second-class citizens, little more than chattels or possessions over whom they have absolute authority. That is why we see this growing, reprehensible fashion for segregation at Islamic events on university campuses, with female Muslim students pushed to the back of lecture halls. There was a telling incident in the trial when it was revealed that one of the thugs heated up some metal to brand a girl, as if she were a cow. ‘Now, if you have sex with someone else, he’ll know that you belong to me,’ said this criminal, highlighting an attitude where women are seen as nothing more than personal property. The view of some Islamic preachers towards white women can be appalling. They encourage their followers to believe that these women are habitually promiscuous, decadent and sleazy — sins which are made all the worse by the fact that they are kaffurs or non-believers. Their dress code, from mini-skirts to sleeveless tops, is deemed to reflect their impure and immoral outlook. According to this mentality, these white women deserve to be punished for their behaviour by being exploited and degraded. On one level, most imams in the UK are simply using their puritanical sermons to promote the wearing of the hijab and even the burka among their female adherents. But the dire result can be the brutish misogyny we see in the Oxford sex ring. (…) It is telling, though, that they never dared to target Muslim girls from the Oxford area. They knew that they would be sought out by the girls’ families and ostracised by their community. But preying on vulnerable white girls had no such consequences — once again revealing how intimately race and religion are bound up with this case. (…) Horror over this latest scandal should serve as a catalyst for a new approach, but change can take place only if we abandon the dangerous blinkers of political correctness and antiquated multiculturalism. Dr. Taj Hargey (Imam of the Oxford Islamic Congregation)
Je respecte le droit de chacun à la liberté d’expression. C’est l’un des droits les plus importants que nous avons. Avec ces droits viennent des responsabilités –la responsabilité d’exercer sa liberté de parole dans le cadre de la loi. Je ne suis pas sûr que vous mesurez les conséquences potentielles de ce que vous avez fait. Juge
Cela n’a rien à voir avec la liberté de parole, ou de la presse, ni à propos de la légitimité du journalisme ou le politiquement correct. C’est une question de justice, et d’assurer qu’un procès peut avoir lieu de manière juste et impartiale […] Il s’agit de préserver l’intégrité du jury, qu’il continue [à siéger] sans que les gens soient intimidés ou affectés par des «reportages» – si on peut les qualifier de tels – irresponsables et faux. Juge
Il s’agit de justice, de faire en sorte qu’un procès puisse être mené avec justice et équité […], d’être innocent jusqu’à preuve du contraire. Juge
This contempt hearing is not about free speech. This is not about the freedom of the press. This is not about legitimate journalism; this is not about political correctness; this is not about whether one political viewpoint is right or another. It is about justice, and it is about ensuring that a trial can be carried out justly and fairly. It is about ensuring that a jury are not in any way inhibited from carrying out their important function. It is about being innocent until proven guilty. It is not about people prejudging a situation and going round to that court and publishing material, whether in print or online, referring to defendants as ‘Muslim pedophile rapists.’ In short, Mr. Yaxley-Lennon, turn up at another court, refer to people as ‘Muslim pedophiles, Muslim rapists’ and so on and so forth while trials are ongoing and before there has been a finding by a jury that that is what they are, and you will find yourself inside. Do you understand? Judge Norton
No one could possibly conclude that it would be anything other than highly prejudicial to the defendants in the trial. I respect everyone’s right to free speech. That’s one of the most important rights that we have. With those rights come responsibilities. The responsibility to exercise that freedom of speech within the law. I am not sure you appreciate the potential consequence of what you have done. You have to understand we are not preventing publication. We are postponing publication to ensure that the trial is fair. When people are convicted and given long sentences, it is on a proper basis and not a conviction that can be overturned. It is a serious feature that you were encouraging others to share what you were streaming live on social media. Judge
In May, Tommy Robinson was jailed over comments which had the potential to cause a retrial at Leeds Crown Court – and we can now reveal the details of the case he was protesting about. Robinson, whose real name is Stephen Christopher Yaxley-Lennon, streamed an hour-long Facebook Live outside the court in May and within hours it had been watched more than 250,000 times. A judge who locked the far right activist up for 13 months for contempt of court told him his actions could have caused a long-running trial to be retried which would cost taxpayers ‘hundreds and hundreds of thousands of pounds’. A court order was put in place temporarily banning any reporting on Robinson’s arrest and sentencing hearing, but LeedsLive challenged the order and were able to report it a few days later. Now we can reveal the long-running trial he could have put in jeopardy involved a Huddersfield grooming gang who were jailed on October 19 for more than 200 years for the grooming and sexual abuse of young children. The abuse of the vulnerable, isolated and underage girls – the youngest of whom was 11 or 12 – was described by a judge as ‘top of the scale’. A total of 20 men, ranging in age from 27 to 54, were convicted as part of Operation Tendersea during three trials at Leeds Crown Court throughout 2018 making it the worst scandal to ever hit Huddersfield. They were found guilty of child sex offences including rape, inciting child prostitution and abduction of a child. A court order had been in place temporarily banning any reporting of the trials until now. On May 25, 35-year-old Yaxley-Lennon was arrested on suspicion of a breach of the peace and was held in the court cells before being taken up to the courtroom to face the trial judge. In a rare move, he was arrested, charged and sentenced within five hours. (…) Robinson, whose criminal record dates back to 2005, has a previous conviction for contempt of court. He was the subject of a suspended prison sentence, imposed at Canterbury Crown Court, after he filmed in court. He also has convictions for disobeying a court order, possessing identity documents with intent, fraud, assault occasioning actual bodily harm, possessing drugs and threatening behaviour. In May he was found in contempt of court and in breach of a suspended sentence. Matthew Harding, mitigating, said his client felt « deep regret » after realising the potential consequences of his actions. He said Robinson was aware of the reporting restriction in place in the case but thought what he was saying on camera was already in the public domain. Leeds live
I have been completely had, how embarrassing man. I had a woman, and I’ll show you our screenshots, messaging me all morning about what had happened to her son. It turns out some leftie is sitting somewhere absolutely mugging me completely off and laughing about it. Fake news central. It turns out the ‘13-year-old’ boy who had been jumped by five Muslims wasn’t her son. Tommy Robinson
Lawyers representing a Syrian boy who was attacked at school are crowdfunding to sue Tommy Robinson and Facebook. Footage of the 15-year-old victim being pushed to the ground and having water poured on his face sparked outrage in November, and police continue to investigate the incident in Huddersfield. Amid prominent media coverage, Mr Robinson posted a series of videos on his Facebook account accusing the boy of bullying and claiming “lots of Muslim gangs are beating up white English kids” in Britain. Lawyers for the victim, Jamal, allege that the anti-Islam activist’s posts were defamatory and are exploring whether Facebook can be pursued for allowing fundraising via his page. A page asking for public donations to “sue Tommy Robinson, Facebook and others” has raised more than £3,000 since going online on Saturday. Abdulnaser Youssef, of Farooq Bajwa and Co solicitors, wrote that allegations that Jamal was involved in the beating of a young English girl was false. (…) Mr Robinson’s Facebook page has more than 1 million followers and his posts on the Huddersfield incident were viewed up to 900,000 times each. The page had a “donate” button to transfer him money at the time, but it was removed amid concern that a tool the social media giant says is for charities was abused. Facebook deleted several of Mr Robinson’s videos for violating community standards, after Jamal’s family announced their intention to sue in November. Their lawyers (…) said that Mr Robinson’s social media posts caused Jamal to become “the focus of countless messages of hate and threats from the extreme right wing”, and a police safety warning. (…) The suspect, a 16-year-old boy, has been summonsed to court for alleged assault but no date for the hearing has been set. The teenager had shared numerous posts from Mr Robinson’s Facebook account in previous months, as well as from Britain First and other far-right accounts. The Independent
I met Danny. I was working on some film on Newsnight and Danny was in the green room. It was unusual to meet a white working class male in the Newsnight green room. It was so unusual that me and one of my mates, we went down there to have a drink with him in the way that you would do with somebody, from the, you know a cannibal from the Amazonian, erm, from Amazonia or maybe a creature from outer space. John Sweeney (BBC)
The BBC strongly rejects any suggestion that our journalism is ‘faked’ or biased. Any programme we broadcast will adhere to the BBC’s strict editorial guidelines. Some of the footage which has been released was recorded without our knowledge during this investigation and John Sweeney made some offensive and inappropriate remarks, for which he apologises. BBC Panorama’s investigation will continue. BBC spokeswoman
Tommy Robinson (…) a été arrêté le vendredi 25 mai, alors qu’il filmait et transmettait en direct sur Facebook les entrées de personnes devant être jugées au tribunal de Leeds, au nord de l’Angleterre. (…) La faute à ce que l’on appelle outre-Manche une «reporting restriction» – qu’on pourrait traduire par «restriction de reportage». Le ministère de la Justice britannique en a transmis une copie à CheckNews par mail. Il s’agit d’un ordre du juge de Leeds, daté du jour de l’arrestation de Tommy Robinson. Il interdit aux médias de parler de cette arrestation ou des procédures en cours, au motif d’une loi britannique censée empêcher tout «risque ou préjudice à l’administration de la justice». Ce mardi 29 mai, The Independent et le média Leeds Live ont annoncé qu’à la suite de leurs demandes, cet ordre restrictif a été levé par la justice. Autrement dit, il est de nouveau possible, quatre jours après l’arrestation de l’activiste d’extrême droite, d’aborder ce sujet au Royaume-Uni. Confirmant une information qui circulait déjà à l’extrême droite du web et attribuée à la chaîne américaine Fox News, The Independent écrit que Robinson a été condamné à 13 mois de prison pour outrage au tribunal. La vidéo qui a valu à Robinson son emprisonnement est encore en ligne. Pendant une heure, vendredi 25 au matin, il attend, interpelle et filme des personnes qui doivent être jugées au tribunal de Leeds. La vidéo se termine quand l’activiste est emmené par des policiers.(…) le procès dont l’activiste a filmé des suspects avant d’être embarqué fait lui aussi l’objet d’une reporting restriction. Autrement dit, il est interdit aux médias britanniques d’en parler tant que la justice n’a pas rendu sa décision. Celle-ci ne devrait pas être connue avant la fin de l’année, explique à CheckNews Lizzie Dearden, la journaliste de The Independent qui a participé à faire lever la reporting restriction sur le cas Robinson. L’interdiction de parler du procès dont l’activiste a filmé les accusés s’applique potentiellement à des médias étrangers (comme Libération). L’intéressé n’en est pas à son coup d’essai. Il avait déjà été condamné à trois mois avec sursis pour avoir «couvert» un procès de viol en réunion à Canterbury, il y a un an. Pour cerner le personnage, qui a déjà séjourné à deux reprises en prison (dans sa jeunesse pour avoir frappé un policier, et plus tard pour fraude au prêt), on pourrait situer sa genèse au hooliganisme anglais de Luton, la ville dont il est originaire. Tommy Robinson est le nom de scène – en privé il est Stephen Yaxley-Lennon – du fondateur de l’English Defence League, un mouvement (qu’il a depuis quitté) censé éviter l’«islamisation» des Iles britanniques. Libération
L’arrestation et la condamnation à 13 mois de prison de Tommy Robinson, le co-fondateur de l’English Defence League, un mouvement d’extrême droite dont le but affiché est de «combattre l’islamisation de l’Angleterre», ont été largement commentés sur le web cette dernière semaine. L’homme, de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon, a été arrêté vendredi 25 mai, alors qu’il filmait des gens entrant dans le tribunal de Leeds, au Royaume-Uni, où étaient jugés selon lui «des prédateurs sexuels». Tommy Robinson diffuse la vidéo en direct sur Facebook live, où elle est vue plus de 500.000 fois. Pendant qu’il tourne, il se fait embarquer par la police pour «trouble à l’ordre public» –une interpellation elle aussi diffusée en live sur le réseau social. Les médias anglo-saxons sont sommés, via une décision du juge, de ne pas évoquer l’arrestation. Aucun d’entre-eux ne traitera le sujet jusqu’au mardi 29 mai, à l’exception de The Independent. Ce silence médiatique trouve rapidement un écho en France, dans les milieux très à droite, qui reprochent aux médias de taire le scandale anglais. Le hashtag #FreeTommyRobinson apparaît sur Twitter et certains sites de droite et d’extrême droite, comme Dreuz.info, s’emparent de l’affaire. Breizh-infos explique que l’emprisonnement menace de mort Tommy Robinson, car selon son avocat, il aurait été agressé lors d’une incarcération antérieure et sa tête serait mise à prix. Valeurs Actuelles embraye et publie à son tour un article, relayé par la secrétaire générale adjointe du groupe Les Républicains, Valérie Boyer. La veille, le président du groupe Front national-Marseille Bleu Marine au Conseil municipal de Marseille, Stéphane Ravier, y était également allé de son tweet. Selon l’extrême droite, le procès que souhaitait couvrir Tommy Robinson serait celui du scandale de Telford, une importante affaire de viols sur mineures et de pédophilie, dévoilée par le Sunday Mirror et largement reprise par la fachosphère. Si cette affaire fait autant de bruit, c’est parce que les militantes et militants sont persuadés qu’elle a été passée sous silence pour «protéger» les accusés, en majorité d’origine pakistanaise. Tommy Robinson affirme le procès qui se déroulait à Leeds le jour de son interpellation était bel et bien celui de Telford, mais rien ne permet de le confirmer. Cette incertitude alimente les accusations de censure des droites et extrêmes droites françaises et britanniques. Au Royaume-Uni, la loi impose, dans certaines affaires, des «reporting restrictions»; les juges peuvent fixer un embargo limitant le traitement médiatique d’une affaire. Comme le précise Libération, cette mesure est destinée à empêcher tout «risque ou préjudice à l’administration de la justice». Le procès de Leeds nécessitant visiblement cette protection, l’arrestation et l’emprisonnement de Tommy Robinson y ont également été aussi soumis. (…) Rapidement, le Sun, le Mirror, la BBC et le Guardian ont donné les raisons de l’arrestation de l’ancien leader de l’English Defence League. On apprend que l’homme, âgé de 35 ans, a été condamné à treize mois de prison pour outrage au tribunal –et non pour trouble à l’ordre public. L’outrage au tribunal, en droit britannique, est le fait de désobéir à un ordre de la cour ou de manquer de respect envers son autorité –en somme, de manifester sa méfiance quant à sa capacité à rendre la justice. Le choix de Tommy Robinson de couvrir médiatiquement le procès de Leeds, malgré restriction, explique sa condamnation. Même si la BBC explique que Robinson a plaidé coupable, le jugement alimente l’impression –fausse– que l’on voudrait faire taire celui qui est considéré comme un lanceur d’alerte par une partie de la fachosphère. Lors du procès, l’avocat de Robinson a exprimé le «profond regret» de son client, qui assure que ses actions n’avaient pas pour objectif de «causer des difficultés dans le processus judiciaire». Il n’a pas été entendu par le juge, qui a estimé que ses commentaires sur les réseaux sociaux, pendant la vidéo, risquaient de priver les accusés du droit à un procès équitable. (…) La liste des procès du jour, avec le nom des personnes entendues, est en effet disponible sur le site du tribunal. N’y est cependant pas mentionné ce qui est débattu. Tommy Robinson est un habitué des outrages au tribunal. En 2017, il avait tenté de filmer des accusés dans une affaire de viol, alors que leur procès était en cours –un acte qui lui avait valu du sursis. En France, où aucune loi ne peut imposer un tel embargo sur une affaire, la condamnation de Robinson surprend, certains comparant le Royaume-Uni à une dictature. (…) Le verdict rendu contre l’activiste et l’interdiction de couvrir le procès relèvent pourtant davantage d’un certain pragmatisme que d’une censure d’État: le juge a choisi de condamner Robinson car son action est susceptible d’entraîner un nouveau procès dans l’affaire de Leeds –ce qui coûterait aux contribuables «des centaines et des centaines de milliers de livres», selon Le Sun. Slate
La page Facebook de Tommy Robinson a de manière répétée contrevenu à ces règles, avec des publications utilisant un langage déshumanisant et des appels à la violence dirigés contre les musulmans. Ce n’est pas une décision que nous prenons à la légère mais les individus et organisations qui attaquent les autres sur la base de ce qu’ils sont n’ont pas leur place sur Facebook et Instagram. Facebook
If the content is indeed violating it will go. I want to be clear this is not a discussion about money. This is a discussion about political speech. People are debating very sensitive issues on Facebook, including issues like immigration. And that political debate can be entirely legitimate. I do think having extra reviewers on that when the debate is taking place absolutely makes sense and I think people would expect us to be careful and cautious before we take down their political speech. Richard Allan (Facebook’s head of public policy and Liberal Democrat peer)
We remove content from Facebook no matter who posts it, when it breaks our standards. If Tommy Robinson’s page repeatedly violated our community standards, we would remove it, as we did with Britain First. Richard Allan
Leading far-right activists have received special protection from Facebook, preventing their pages from being deleted even after a pattern of behaviour that would typically result in moderator action being taken. The process, called “shielded review”, was uncovered by Channel 4 Dispatches, after the documentary series sent an undercover reporter to work as a content moderator in a Dublin-based Facebook contractor, Cpl. Typically, Facebook pages are deleted if they are found to have five or more pieces of content that violate the site’s rules. But more popular pages, including those of activists like Tommy Robinson, are protected from those rules and are instead elevated to a second tier of moderation where in-house Facebook staff, rather than external contractors, take the decision on whether or not to take action. Most of the pages granted shielded review are for governments and news organisations, but Robinson – whose real name is Stephen Yaxley-Lennon – and the defunct political party Britain First were given the same status. In effect, although individual pieces of content are still removed by Facebook, the normal rules do not apply to the page itself for all but the most egregious breaches of the site’s guidelines. The Dispatches programme also alleged that Facebook moderators were trained to ignore visual evidence that a user was below the age of 13, and so should not be on the site, even if they were being investigated for breaking rules such as those governing self-harm. “We have to have an admission that the person is underage,” a trainer told the undercover reporter. “If not, we just, like, pretend that we are blind and we don’t know what underage looks like.” When pushed on whether it even applies in areas such as self-harm, the trainer gave confirmation, saying: “If this person was a kid, like a 10-year-old kid, we don’t care, we still action the ticket as if they were an adult.” The choice to ignore evidence suggesting a user is underage could pose problems for Facebook, which is required in the US and EU to prevent children under 13 from using their site. Speaking to the US Senate earlier this year, Mark Zuckerberg told senators that “we don’t allow people under the age of 13 to use Facebook”, but did not disclose the fact that Facebook trains its moderators to not act on visual evidence to the contrary. Allan told the Guardian that Facebook investigates underage users who have been reported to its moderators as underage. “If a Facebook user is reported to us as being under 13, a reviewer will look at the content on their profile (text and photos) to try to ascertain their age,” he said. “If they believe the person is under 13, the account will be put on a hold. This means they cannot use Facebook until they provide proof of their age. We are investigating why any reviewers or trainers at Cpl would have suggested otherwise” … Over the past two years, Facebook has gradually opened up to the outside world about how it runs its moderation efforts. In 2017, the Guardian obtained and published the company’s internal guidelines, revealing for the first time Facebook’s policies around sex, terrorism and violence. A year later, Facebook published its own versions of the guidelines, offering the first detailed look at its rulebook in more than a decade of operation. Responding to questions about the story, Allan said: “It’s clear that some of what is shown in the programme does not reflect Facebook’s policies or values, and falls short of the high standards we expect. We take these mistakes in some of our training processes and enforcement incredibly seriously and are grateful to the journalists who brought them to our attention. “Where we know we have made mistakes, we have taken action immediately. We are providing additional training and are working to understand exactly what happened so we can rectify it.” The Guardian

Attention: une motivation peut en cacher une autre !

A l’heure où après Instagram et Paypal, Facebook vient sous les huées des défenseurs de la liberté d’expression …

D’accéder à la demande de groupes antiracistes et anti-fascistes auto-proclamés d’interdire définitivement de réseau …

L’ancien hooligan devenu croisé de la lutte contre l’islamisation sous le pseudonyme emprunté à l’un des héros du hooliganisme anglais, Tommy Robinson

Suite à ses démêlés avec la justice pour avoir failli compromettre, entre une incitation au harcèlement dont celui d’un réfugié syrien de 15 ans et une dénonciation des méthodes et de l’élitisme de la BBC, le déroulement de tristement célèbres procès d’immigrés musulmans pakistanais pour viols de mineures …

Rendus en bonne partie possibles par des services sociaux et de police paralysés par la peur d’être accusés de racisme …

Et où entre appât du gain, liberté d’expression, incitation à la haine et politiquement correct …

La poule aux oeux d’or de Mark Zucker,erg est rattrapée par le véritable et inextricable sac de noeuds juridico-politique dans lequel sont désormais prises …

L’ensemble de nos institutions suite à des décennies d’immigration incontrôlée de ressortisants musulmans ne reconnaissant ni nos lois ni nos coutumes …

Devinez ce qui avait jusqu’ici et si longtemps retenu les services de modération habituellement si impitoyablement sourcilleux de votre réseau social préféré … ?

C4 Dispatches documentary finds moderators left Britain First’s pages alone as ‘they generate a lot of revenue’

Leading far-right activists have received special protection from Facebook, preventing their pages from being deleted even after a pattern of behaviour that would typically result in moderator action being taken.

The process, called “shielded review”, was uncovered by Channel 4 Dispatches, after the documentary series sent an undercover reporter to work as a content moderator in a Dublin-based Facebook contractor, Cpl.

Typically, Facebook pages are deleted if they are found to have five or more pieces of content that violate the site’s rules. But more popular pages, including those of activists like Tommy Robinson, are protected from those rules and are instead elevated to a second tier of moderation where in-house Facebook staff, rather than external contractors, take the decision on whether or not to take action.

Most of the pages granted shielded review are for governments and news organisations, but Robinson – whose real name is Stephen Yaxley-Lennon – and the defunct political party Britain First were given the same status. In effect, although individual pieces of content are still removed by Facebook, the normal rules do not apply to the page itself for all but the most egregious breaches of the site’s guidelines.

In the documentary, a moderator tells the Dispatches reporter that Britain First’s pages were left up, even though they repeatedly broke Facebook’s rules, because “they have a lot of followers so they’re generating a lot of revenue for Facebook”.

Britain First’s Facebook page was eventually banned in March 2018, almost six months after it was deregistered as a political party and a week after its leaders were jailed for a series of hate crimes against Muslims. Robinson is also in jail, serving a 13-month sentence for contempt of court.

In the Dispatches documentary, Facebook’s head of public policy, the Liberal Democrat peer Richard Allan, disputes that the rules are based on revenue. “If the content is indeed violating it will go,” Allan said.

“I want to be clear this is not a discussion about money. This is a discussion about political speech. People are debating very sensitive issues on Facebook, including issues like immigration. And that political debate can be entirely legitimate. I do think having extra reviewers on that when the debate is taking place absolutely makes sense and I think people would expect us to be careful and cautious before we take down their political speech.”

On Monday, Allan addressed Robinson’s page directly, and told the Guardian: “We remove content from Facebook no matter who posts it, when it breaks our standards. If Tommy Robinson’s page repeatedly violated our community standards, we would remove it, as we did with Britain First.”

The Dispatches programme also alleged that Facebook moderators were trained to ignore visual evidence that a user was below the age of 13, and so should not be on the site, even if they were being investigated for breaking rules such as those governing self-harm.

“We have to have an admission that the person is underage,” a trainer told the undercover reporter. “If not, we just, like, pretend that we are blind and we don’t know what underage looks like.” When pushed on whether it even applies in areas such as self-harm, the trainer gave confirmation, saying: “If this person was a kid, like a 10-year-old kid, we don’t care, we still action the ticket as if they were an adult.”

The choice to ignore evidence suggesting a user is underage could pose problems for Facebook, which is required in the US and EU to prevent children under 13 from using their site. Speaking to the US Senate earlier this year, Mark Zuckerberg told senators that “we don’t allow people under the age of 13 to use Facebook”, but did not disclose the fact that Facebook trains its moderators to not act on visual evidence to the contrary.

Allan told the Guardian that Facebook investigates underage users who have been reported to its moderators as underage. “If a Facebook user is reported to us as being under 13, a reviewer will look at the content on their profile (text and photos) to try to ascertain their age,” he said. “If they believe the person is under 13, the account will be put on a hold. This means they cannot use Facebook until they provide proof of their age. We are investigating why any reviewers or trainers at Cpl would have suggested otherwise.”

Over the past two years, Facebook has gradually opened up to the outside world about how it runs its moderation efforts. In 2017, the Guardian obtained and published the company’s internal guidelines, revealing for the first time Facebook’s policies around sex, terrorism and violence.

A year later, Facebook published its own versions of the guidelines, offering the first detailed look at its rulebook in more than a decade of operation.

Responding to questions about the story, Allan said: “It’s clear that some of what is shown in the programme does not reflect Facebook’s policies or values, and falls short of the high standards we expect. We take these mistakes in some of our training processes and enforcement incredibly seriously and are grateful to the journalists who brought them to our attention.

“Where we know we have made mistakes, we have taken action immediately. We are providing additional training and are working to understand exactly what happened so we can rectify it.”

Voir aussi:

Syrian refugee attack: Boy’s family crowdfunding to sue Tommy Robinson and Facebook over ‘defamation’
Lawyers say Facebook enabled ‘false comments’ to spread as Robinson raised money
Lizzie Dearden
The Independent
21 January 2019

Lawyers representing a Syrian boy who was attacked at school are crowdfunding to sue Tommy Robinson and Facebook.

Footage of the 15-year-old victim being pushed to the ground and having water poured on his face sparked outrage in November, and police continue to investigate the incident in Huddersfield.

Amid prominent media coverage, Mr Robinson posted a series of videos on his Facebook account accusing the boy of bullying and claiming “lots of Muslim gangs are beating up white English kids” in Britain.

Lawyers for the victim, Jamal, allege that the anti-Islam activist’s posts were defamatory and are exploring whether Facebook can be pursued for allowing fundraising via his page.

A page asking for public donations to “sue Tommy Robinson, Facebook and others” has raised more than £3,000 since going online on Saturday.

Abdulnaser Youssef, of Farooq Bajwa and Co solicitors, wrote that allegations that Jamal was involved in the beating of a young English girl was false.

“Tommy Robinson [whose real name is Stephen Yaxley-Lennon] sought to justify the abuse directed towards Jamal, he defamed the young boy,” he added.

“To make matters worse, he even raised money in support of those behind the bullying by galvanising cash from his supporters on social media platforms.”

Mr Youssef said Jamal’s lawyers were raising money for a defamation action over Mr Robinson’s “false comments” and added: “We are also exploring bringing a claim against Facebook and other social media platforms which have been exploited by Lennon [Robinson] to publish his false and damaging comments made in respect of Jamal.”

Mr Robinson’s Facebook page has more than 1 million followers and his posts on the Huddersfield incident were viewed up to 900,000 times each.

The page had a “donate” button to transfer him money at the time, but it was removed amid concern that a tool the social media giant says is for charities was abused.

Facebook deleted several of Mr Robinson’s videos for violating community standards, after Jamal’s family announced their intention to sue in November.

Their lawyers hope to use part of the crowdfunded money to “penetrate the veil surrounding Lennon’s finances” to ensure compensation can be sought if the lawsuit succeeds.

They said that Mr Robinson’s social media posts caused Jamal to become “the focus of countless messages of hate and threats from the extreme right wing”, and a police safety warning.

Mr Youssef said money from another crowdfunding page set up in November had enabled the family to “relocate to a safer environment where Jamal and his sister will be able to live and study in peace”.

West Yorkshire Police said the incident at Almondbury Community School remains under investigation.

The suspect, a 16-year-old boy, has been summonsed to court for alleged assault but no date for the hearing has been set.

The teenager had shared numerous posts from Mr Robinson’s Facebook account in previous months, as well as from Britain First and other far-right accounts.

The Independent has asked Facebook for comment.

Voir également:

Tommy Robinson admits he shared ‘fake news’ about Muslims attacking boy at school where Syrian refugee was filmed being bullied
Katy Clifton
The Evening Standard
30 November 2018

Tommy Robinson has confessed to spreading fake news about five Muslims attacking a boy at the school where a Syrian refugee was filmed being bullied.

The former EDL leader said in a Facebook video post on Friday “he had been completely mugged off” by “some leftie”.

On Thursday, he had made claims that the 15-year-old who was filmed being bullied in Huddersfield had been involved in a separate attack on a girl at the school.

However, just hours after spreading the claims during two Facebook live broadcasts, Mr Robinson admitted to his followers that he had helped spread fake news.

Explaining he had been duped, the far-right activist said: “I have been completely had, how embarrassing man. »

He added: “I had a woman, and I’ll show you our screenshots, messaging me all morning about what had happened to her son.

« It turns out some leftie is sitting somewhere absolutely mugging me completely off and laughing about it. Fake news central.

“It turns out the ‘13-year-old’ boy who had been jumped by five Muslims wasn’t her son.”

The family’s lawyer on Thursday strongly dismissed the claims made by the former EDL leader and said they were “actively considering legal action” against Mr Robinson.

A letter addressed to Mr Robinson from Farooq Bajwa & Co solicitors read: “We have been aware of two videos posted to your Facebook page. These videos contain a number of false and defamatory allegations in respect of our client.”

Asking for the videos to be removed immediately, it continues: “We wish to place you on notice that our client intends to pursue legal action against you in respect of these contents of these publications and you will shortly be receiving formal pre-action correspondence in this respect.”

Although it is uncertain whether he will still face legal action, in a further Facebook live posted on Friday Mr Robinson said: “If you’re solicitor watching this that’s suing me, I don’t give a s***.”

The comments came after footage of the 15-year-old Syrian refugee being « waterboarded » while at school in Huddersfield was widely shared on social media.

The video’s emergence this week was followed by further footage of what was said to be the boy’s sister being physically abused at the same school.

A 16-year-old boy has been interviewed over the attack on the boy and reported for summons for an offence of assault ahead of a youth court appearance.

The boy, who cannot be named for legal reasons, was questioned by police over the footage in which the 15-year-old victim, with his arm in a cast, is thrown to the ground.

He is dragged to the floor by his neck before his attacker says, « I’ll drown you », while forcing water from a bottle into his mouth.

The Syrian teenager told ITV News on Tuesday: « I woke up at night and just started crying about this problem. They think I’m different, different from them.

« I don’t feel safe at school. Sometimes I say to my dad, ‘I don’t want to go to school any more’. I was just crying and I didn’t do nothing because I respect the school rules. »

Voir par ailleurs:

L’activiste d’extrême droite Tommy Robinson n’a pas été censuré, il a enfreint la loi britannique

Frédéric Scarbonchi
Slate
31 mai 2018
L’arrestation et la condamnation à 13 mois de prison de Tommy Robinson, le co-fondateur de l’English Defence League, un mouvement d’extrême droite dont le but affiché est de «combattre l’islamisation de l’Angleterre», ont été largement commentés sur le web cette dernière semaine.

L’homme, de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon, a été arrêté vendredi 25 mai, alors qu’il filmait des gens entrant dans le tribunal de Leeds, au Royaume-Uni, où étaient jugés selon lui «des prédateurs sexuels».

Tommy Robinson diffuse la vidéo en direct sur Facebook live, où elle est vue plus de 500.000 fois. Pendant qu’il tourne, il se fait embarquer par la police pour «trouble à l’ordre public» –une interpellation elle aussi diffusée en live sur le réseau social.

Accusations de censure

Les médias anglo-saxons sont sommés, via une décision du juge, de ne pas évoquer l’arrestation. Aucun d’entre-eux ne traitera le sujet jusqu’au mardi 29 mai, à l’exception de The Independent.

Ce silence médiatique trouve rapidement un écho en France, dans les milieux très à droite, qui reprochent aux médias de taire le scandale anglais. Le hashtag #FreeTommyRobinson apparaît sur Twitter et certains sites de droite et d’extrême droite, comme Dreuz.info, s’emparent de l’affaire.

Breizh-infos explique que l’emprisonnement menace de mort Tommy Robinson, car selon son avocat, il aurait été agressé lors d’une incarcération antérieure et sa tête serait mise à prix.

Valeurs Actuelles embraye et publie à son tour un article, relayé par la secrétaire générale adjointe du groupe Les Républicains, Valérie Boyer.

La veille, le président du groupe Front national-Marseille Bleu Marine au Conseil municipal de Marseille, Stéphane Ravier, y était également allé de son tweet.

Selon l’extrême droite, le procès que souhaitait couvrir Tommy Robinson serait celui du scandale de Telford, une importante affaire de viols sur mineures et de pédophilie, dévoilée par le Sunday Mirror et largement reprise par la fachosphère.

Si cette affaire fait autant de bruit, c’est parce que les militantes et militants sont persuadés qu’elle a été passée sous silence pour «protéger» les accusés, en majorité d’origine pakistanaise.

Tommy Robinson affirme le procès qui se déroulait à Leeds le jour de son interpellation était bel et bien celui de Telford, mais rien ne permet de le confirmer. Cette incertitude alimente les accusations de censure des droites et extrêmes droites françaises et britanniques.

«Reporting restrictions»

Au Royaume-Uni, la loi impose, dans certaines affaires, des «reporting restrictions»; les juges peuvent fixer un embargo limitant le traitement médiatique d’une affaire. Comme le précise Libération, cette mesure est destinée à empêcher tout «risque ou préjudice à l’administration de la justice».

Le procès de Leeds nécessitant visiblement cette protection, l’arrestation et l’emprisonnement de Tommy Robinson y ont également été aussi soumis.

Si l’on ne connaît toujours pas l’objet du procès qui a attiré Robinson, la restriction empêchant d’évoquer son interpellation a été levée mardi 29 mai, alors que les médias eux-mêmes contestaient l’embargo, que les manifestations de soutien à Tommy Robinson se multipliaient et qu’une pétition en ligne avait déjà recueilli 400.000 signatures.

Outrage au tribunal

Rapidement, le Sun, le Mirror, la BBC et le Guardian ont donné les raisons de l’arrestation de l’ancien leader de l’English Defence League. On apprend que l’homme, âgé de 35 ans, a été condamné à treize mois de prison pour outrage au tribunal –et non pour trouble à l’ordre public.

L’outrage au tribunal, en droit britannique, est le fait de désobéir à un ordre de la cour ou de manquer de respect envers son autorité –en somme, de manifester sa méfiance quant à sa capacité à rendre la justice. Le choix de Tommy Robinson de couvrir médiatiquement le procès de Leeds, malgré restriction, explique sa condamnation.

Même si la BBC explique que Robinson a plaidé coupable, le jugement alimente l’impression –fausse– que l’on voudrait faire taire celui qui est considéré comme un lanceur d’alerte par une partie de la fachosphère.

Lors du procès, l’avocat de Robinson a exprimé le «profond regret» de son client, qui assure que ses actions n’avaient pas pour objectif de «causer des difficultés dans le processus judiciaire». Il n’a pas été entendu par le juge, qui a estimé que ses commentaires sur les réseaux sociaux, pendant la vidéo, risquaient de priver les accusés du droit à un procès équitable.

Lorsqu’il diffusait sa vidéo en live, Tommy Robinson avait d’ailleurs conscience que son acte pouvait être considéré comme un outrage: il le dit expressément et à plusieurs reprises.

Sur la page Facebook de l’activiste, dans la nuit du 29 au 30 mai, un statut a été publié. Si l’homme a reconnu l’outrage devant le tribunal, sa défense publique est tout autre: «Vous devez vous poser la question: pourquoi un reporter lisant un acte d’accusation publique devant un tribunal risque-t-il soudainement de provoquer l’effondrement d’un procès?».

La liste des procès du jour, avec le nom des personnes entendues, est en effet disponible sur le site du tribunal. N’y est cependant pas mentionné ce qui est débattu.

Tommy Robinson est un habitué des outrages au tribunal. En 2017, il avait tenté de filmer des accusés dans une affaire de viol, alors que leur procès était en cours –un acte qui lui avait valu du sursis.

Réactions internationales

En France, où aucune loi ne peut imposer un tel embargo sur une affaire, la condamnation de Robinson surprend, certains comparant le Royaume-Uni à une dictature.

Aux Pays Bas, Geert Wilders, le leader du Parti pour la liberté (PVV), mouvement d’extrême droite, a apporté son soutien à Tommy Robinson. Dans une vidéo publiée sur Twitter, il affirme que la condamnation du Britannique est une «disgrâce absolue», une preuve que «les autorités veulent nous faire taire».

Donald Trump Jr., le fils du président des États-Unis, a également tweeté sa désapprobation.

Décision pragmatique

Le verdict rendu contre l’activiste et l’interdiction de couvrir le procès relèvent pourtant davantage d’un certain pragmatisme que d’une censure d’État: le juge a choisi de condamner Robinson car son action est susceptible d’entraîner un nouveau procès dans l’affaire de Leeds –ce qui coûterait aux contribuables «des centaines et des centaines de milliers de livres», selon Le Sun.

«Je respecte le droit de chacun à la liberté d’expression. C’est l’un des droits les plus importants que nous avons. Avec ces droits viennent des responsabilités –la responsabilité d’exercer sa liberté de parole dans le cadre de la loi. Je ne suis pas sûr que vous mesurez les conséquences potentielles de ce que vous avez fait», aurait justifié le juge lors du procès.

La motivation du juge était similaire lorsque Robinson avait déjà été condamné en 2017: «Il s’agit de justice, de faire en sorte qu’un procès puisse être mené avec justice et équité […], d’être innocent jusqu’à preuve du contraire.»

Voir aussi:

Que se passe-t-il avec Tommy Robinson au Royaume-Uni ?

L’activiste d’extrême droite a écopé de 13 mois de prison pour avoir filmé les suspects d’un procès dont les médias ont, pour l’heure, interdiction de parler. Son arrestation elle-même faisait l’objet, jusqu’à ce jour d’un black-out juridique.
Fabien Leboucq

Militant d’extrême-droite anglais, Tommy Robinson, de son vrai nom Stephen Yaxley Lennon, a été arrêté, jugé et condamné à 13 mois de prison vendredi 25 mai en l’espace de cing heures, à Leeds en Angleterre. Cette arrestation, sous le coup d’une interdiction de couverture par les médias, déchaine les passions sur les réseaux sociaux.

Le C.V de Tommy Robinson est parlant. Fondateur de l’English Defence League (EDL), qu’il quitte pour devenir le correspondant de Rebel Media, un site d’information affilié à l’extrême-droite canadienne. En parallèle, il participe aussi au développement de la branche britannique de Pegida, mouvement anti-islam allemand.

Vendredi dernier alors qu’il couvre l’ouverture du procès d’un supposé gang de proxénètes d’origine anglo-indienne et anglo-pakistanaise dans la ville de Telford (comté de Shropshire), Tommy Robinson est interpellé alors qu’il fait un live sur les marches du tribunal. S’adressant à ses fans sur les réseaux sociaux, il commente le défilé en arrière-plan des suspects entrant au tribunal, les invectivant au passage en leur promettant la prison. Ce procès se tenait dans un contexte tendu. L’extrême-droite s’en étant emparé pour accuser les autorités britanniques de laxisme, au prétexte qu’elles auraient toléré les actes délictueux de ce gang identifié depuis de longues années. Leur procès était du reste censé se tenir à huit-clos et toute publicité avait été interdite par un arrêté du juge.

Alors qu’il est toujours face caméra, une heure plus tard, Tommy Robinson est embarqué en direct par la police. La vidéo de son arrestation cumulera près de 4 millions de vues sur Facebook en moins d’une semaine. Selon le « Daily Mirror », cinq heures seulement se sont écoulées entre l’arrestation de Tommy Robinson et sa condamnation à treize mois de prison ferme, celui-ci étant déjà sous le coup d’une peine de sursis pour des faits similaires.

Malgré qu’elle n’ait pas été commentée par la presse à cause de l’interdiction de publicité, la nouvelle s’est rapidement répandue via les réseaux sociaux et les médias d’extrême-droite, suscitant de vives réactions en Europe et dans le monde. Une pétition demandant sa libération, rédigée en huit langues et adressée à Theresa May, première ministre britannique, cumulait plus de 540 000 signatures le 31 mai.

Donald Trump Jr lui a twitté son soutien

En Angleterre, plus de cent personnes très agitées se sont massées devant le 10, Downing Street, soutenues par certains membres de l’UKIP (parti pour l’indépendance). En Allemagne, l’AFD réclamait que l’asile politique soit accordé à Robinson, tandis que Geert Wilders, chef de l’extrême-droite néerlandaise et alliée de Marine Le Pen, considérait que «le Royaume-Uni se comporte comme l’Arabie saoudite». La droite américaine s’est largement exprimée elle aussi, par la voix de « Breitbart News », à la droite des Républicains, ou encore de Donald Trump Jr., fils du président qui lui twittait son soutien.

La classe politique française n’est pas en reste. De nombreux cadres du Front national, ainsi que Valérie Boyer (LR) ont notamment partagé un article de « Valeurs Actuelles » consacré à l’affaire et des rassemblements sont prévus à Paris, Bordeaux et Montpellier. Les médias traditionnels ne pouvant traiter l’affaire jusque dans l’après-midi du mardi 29 mai, les débats ont majoritairement eu lieu sur les réseaux sociaux. Les supporters de Tommy Robinson considèrent son arrestation comme une atteinte à la liberté d’expression, parlant même pompeusement de “dictature de la bienpensance”. Ses détracteurs, quant à eux, soulignent que dès le départ Tommy Robinson couvrait ce procès avec l’intention de le déstabiliser.

Quoi qu’il en soit, la décision du juge ne semble pas avoir été très efficace, l’information ayant largement circulé malgré le black-out médiatique qui avait été décrété. Cette décision pourrait même avoir été contre-productive, laissant le quasi-monopole de l’information aux militants d’extrême droite.

Voir de plus:

Harcèlement scolaire: un jeune réfugié syrien martyrisé à l’école (vidéo choc)
La vidéo d’un jeune réfugié syrien, martyrisé par ses camarades de lycée, a provoqué une vive polémique

France Soir

La vidéo choc d’un jeune réfugié syrien, scolarisé dans un lycée en Angleterre, et victime de harcèlement scolaire, fait le tour d’Internet depuis mardi. On peut y voir l’adolescent martyrisé par un élève britannique, devant une assemblée visiblement amusée par cette scène de violences.

Les images choquantes d’un jeune réfugié syrien, victime de harcèlement scolaire et d’une agression à caractère raciste, font le tour des réseaux sociaux depuis mardi 27.

Sur la vidéo, partagée des milliers de fois sur Twitter, on aperçoit un adolescent de 16 ans, réfugié syrien dans ce lycée britannique de Huddersfield, se faire martyriser par un élève beaucoup plus grand que lui sur le terrain de sport attenant à l’établissement scolaire.

Le jeune homme harcelé, qui ne peut se défendre car son bras est cassé (il porte un plâtre au bras gauche), se retrouve projeté violemment au sol.

L’agresseur le saisit par le cou et commence à l’étrangler puis lui maintient fermement la tête en lui versant une bouteille d’eau dessus. « Je vais te noyer », lui crie-t-il avant de finalement relâcher sa prise.

Les faits remontent à fin octobre dernier. Ils se sont déroulés devant une assemblée d’adolescents qui ont préféré se moquer de la victime et rire avec son bourreau plutôt que d’aller alerter un enseignant.

Mais la famille de Jamal, l’adolescent violenté, a porté plainte et une enquête a été ouverte par la police britannique pour « agression aggravée à caractère raciste ».

Suite à la diffusion de ces images sur les réseaux sociaux, Jamal a reçu énormément de messages de soutien et une cagnotte GoFundMe a même été créée pour aider sa famille à surmonter cette épreuve et à s’intégrer dans la société britannique.

La personne à l’initiative de la cagnotte a mis un objectif de 50.000 livres (environ 56.600 euros). En 14 heures, plus de 3.300 personnes ont fait un don et à midi ce mercredi 28, il ne manquait de 212 livres pour atteindre la somme fixée.

Voir encore:

Facebook supprime les comptes de Tommy Robinson, figure de l’extrême droite britannique
Le réseau social a emboîté le pas à Twitter, estimant que les messages postés par cet agitateur d’extrême droite avaient violé à de nombreuses reprises les règles de modération sur les contenus haineux.
Le Monde avec AFP
26 février 2019

Facebook a décidé, mardi 26 février, de supprimer la page de Tommy Robinson, de même que son profil Instagram. Cette figure de l’extrême droite britannique a, selon le réseau social, « régulièrement violé » les conditions d’utilisation de Facebook et d’Instagram en proférant des messages haineux, particulièrement contre les musulmans.Tommy Robinson avait fondé, en 2009, l’English Defence League (EDL), un groupe d’extrême droite voulant lutter contre « les dangers de l’islamisme ». Condamné en mai 2018 à treize mois de prison pour avoir filmé et diffusé sur Internet des images d’un procès criminel, alors qu’il n’en avait pas le droit, Tommy Robinson avait été libéré sous caution en août en attente de son procès en appel. Son cas avait attiré l’attention de l’alt-right américaine, et même de Donald Trump Jr., fils du président américain, et de Steve Bannon, ex-conseiller de Donald Trump, qui lui avait apporté son soutien. En novembre, Tommy Robinson est devenu le conseiller spécial du chef du parti europhobe UKIP, Gerard Batten.

« Pas leur place »

Sur les réseaux sociaux, Tommy Robinson, dont le vrai nom est Stephen Yaxley-Lennon, avait déjà connu une interdiction remarquée. En mars 2018, Twitter avait supprimé son compte, qui rassemblait alors des millions d’abonnés et générait des centaines de milliers de visionnages de ces vidéos promouvant des messages incitant à la haîne de l’Islam, expliquait alors The Guardian.

C’est désormais à Facebook d’emboîter le pas, notamment en raison de messages répétés promouvant la haine, selon le quotidien britannique. Dans un communiqué sur le sujet, le réseau social a précisé :

« La page Facebook de Tommy Robinson a de manière répétée contrevenu à ces règles, avec des publications utilisant un langage déshumanisant et des appels à la violence dirigés contre les musulmans. Ce n’est pas une décision que nous prenons à la légère mais les individus et organisations qui attaquent les autres sur la base de ce qu’ils sont n’ont pas leur place sur Facebook et Instagram. »

Interrogé par l’agence de presse britannique PA, Tommy Robinson a affirmé que Facebook avait réagi de la sorte en raison de la diffusion de son dernier documentaire, qui « montre comment l’establishment travaille avec les médias pour me faire tomber et me détruire ». « Il s’agit d’une attaque contre la liberté d’expression à travers le monde », a-t-il déclaré.

Interrogé par l’agence de presse britannique PA, Tommy Robinson a affirmé que Facebook avait réagi à son documentaire Panadrama qui « montre comment l’establishment travaille avec les médias pour me faire tomber et me détruire ». « Il s’agit d’une attaque contre la liberté d’expression à travers le monde », a-t-il estimé. Tommy Robinson est le pseudonyme de Stephen Yaxley-Lennon, tiré du nom d’un célèbre hooligan britannique. Il est le fondateur de l' »English Defence League » (EDL), un groupe marginal affirmant lutter contre la menace islamiste.

Condamné en mai à treize mois de prison pour avoir filmé et diffusé sur internet des images d’un procès criminel qui faisait l’objet de restrictions de couverture, il a été libéré sous caution en août en attente de son procès en appel. Son cas avait attiré l’attention de l' »alt-right » américaine, ou « droite alternative », et même de Donald Trump Jr., fils du président américain, et de Steve Bannon, ex-conseiller de Donald Trump, qui lui avait apporté son soutien. En novembre, il est devenu le conseiller spécial du chef du parti europhobe Ukip Gerard Batten.

Voir enfin:

The full story behind Tommy Robinson’s contempt of court battle after Facebook Live at grooming trial
Before he was jailed for contempt of court in May, a judge told him: ‘Freedom of speech comes with responsibility’

Stephanie Finnegan
leeds live

29 May 2018

In May, Tommy Robinson was jailed over comments which had the potential to cause a retrial at Leeds Crown Court – and we can now reveal the details of the case he was protesting about.

Robinson, whose real name is Stephen Christopher Yaxley-Lennon, streamed an hour-long Facebook Live outside the court in May and within hours it had been watched more than 250,000 times.

A judge who locked the far right activist up for 13 months for contempt of court told him his actions could have caused a long-running trial to be retried which would cost taxpayers ‘hundreds and hundreds of thousands of pounds’.

A court order was put in place temporarily banning any reporting on Robinson’s arrest and sentencing hearing, but LeedsLive challenged the order and were able to report it a few days later.

Now we can reveal the long-running trial he could have put in jeopardy involved a Huddersfield groming gang who were jailed on October 19 for more than 200 years for the grooming and sexual abuse of young children.

The abuse of the vulnerable, isolated and underage girls – the youngest of whom was 11 or 12 – was described by a judge as ‘top of the scale’.

A total of 20 men, ranging in age from 27 to 54, were convicted as part of Operation Tendersea during three trials at Leeds Crown Court throughout 2018 making it the worst scandal to ever hit Huddersfield.

They were found guilty of child sex offences including rape, inciting child prostitution and abduction of a child.

A court order had been in place temporarily banning any reporting of the trials until now.

On May 25, 35-year-old Yaxley-Lennon was arrested on suspicion of a breach of the peace and was held in the court cells before being taken up to the courtroom to face the trial judge.

In a rare move, he was arrested, charged and sentenced within five hours.

The video footage was played to Judge Geoffrey Marson QC as Robinson sat in the dock.

Leeds Crown Court has advised the media that the address given by Stephen Yaxley-Lennon during his hearing on Friday May 25 was an old address.

His current address – which we would publish as part of the court report – was not given to the court.

We have chosen to remove the incorrect address with the current occupants of that property in mind.

To be clear, it is the responsibility of the defendant – in this case Mr Yaxley-Lennon – to ensure information given in a court hearing is accurate.

The media can only report the address given in open court and we have been informed that we were not at fault.
Robinson, whose criminal record dates back to 2005, has a previous conviction for contempt of court.

He was the subject of a suspended prison sentence, imposed at Canterbury Crown Court, after he filmed in court.

He also has convictions for disobeying a court order, possessing identity documents with intent, fraud, assault occasioning actual bodily harm, possessing drugs and threatening behaviour.

In May he was found in contempt of court and in breach of a suspended sentence.

Matthew Harding, mitigating, said his client felt « deep regret » after realising the potential consequences of his actions.

He said Robinson was aware of the reporting restriction in place in the case but thought what he was saying on camera was already in the public domain.

The barrister added: « He was mindful, having spoken to others and taken advice, not to say things that he thought would actually prejudice these proceedings.

« He did not try to cause difficulties for the court process. »

Mr Harding said Robinson had been the victim of assaults while serving time in prison before and there had been « a price on his head » during his last prison term with inmates being offered the reward of drugs and mobile phones to kill him.

But the judge said: “No one could possibly conclude that it would be anything other than highly prejudicial to the defendants in the trial.

“I respect everyone’s right to free speech. That’s one of the most important rights that we have.

“With those rights come responsibilities. The responsibility to exercise that freedom of speech within the law.

“I am not sure you appreciate the potential consequence of what you have done. »

The judge added: “You have to understand we are not preventing publication. We are postponing publication to ensure that the trial is fair.

“When people are convicted and given long sentences, it is on a proper basis and not a conviction that can be overturned.

“It is a serious feature that you were encouraging others to share what you were streaming live on social media.”


Terrorisme: Cet islam qui tue (Unsafe at any speed: why after decades and tens of thousands of wrongful deaths and injuries should we let Islam Inc. brazenly play on with our safety ?)

24 mars, 2018
/terrorism map
Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Jésus (Jean 15: 13)
Je suis avec vous : affermissez donc les croyants. Je vais jeter l’effroi dans les coeurs des mécréants. Frappez donc au-dessus des cous et frappez-les sur tous les bouts des doigts. Ce, parce qu’ils ont désobéi à Allah et à Son messager. Le Coran (8: 12-13)
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de ” greffe” du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci . (…) Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial (…) La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Aujourd’hui, en Occident, nous faisons montre d’une certaine réticence à engager toute notre force militaire dans une guerre pour ne pas être taxés d’impérialisme; nous hésitons même à garantir nos frontières pour ne pas paraitre racistes. Ne voulant non plus paraitre xénophobes, nous faisons, également, preuve d’une réticence certaine à demander l’assimilation des nouveaux immigrés. Nous souffrons de voir l’enseignement donner la primauté à la civilisation occidentale : foin de la suprématie! L’Occident, de nos jours, vit sur la défensive, et, pour assurer la légitimité de ses sociétés actuelles, doit constamment se dissocier des péchés de son passé, tels le racisme, l’exploitation économique, l’impérialisme, etc. Son manque d’assurance empêche l’Ouest de voir les Palestiniens tels qu’ils sont. Il vaut mieux les voir tels qu’ils se présentent eux-mêmes, en peuple « occupé », privé de sa souveraineté et de sa simple dignité humaine par un pays de colonisateurs occidentaux et blancs. L’Occident ne voulant pas être qualifié de raciste, ne s’oppose donc pas à cette caractérisation « néo-coloniale ». Notre problème d’Occidentaux se comprend et s’explique : nous ne voulons pas perdre plus de notre autorité morale. Nous choisissons donc de fermer les yeux et d’ignorer par exemple que ce ne sont pas des doléances légitimes qui poussent les Palestiniens ainsi qu’une grande partie du Moyen-Orient au militantisme et à la guerre, mais bien un sentiment d’infériorité intériorisé. Que les Palestiniens se trouvent comblés en devenant une nation souveraine et indépendante avec une capacité nucléaire en sus, cela ne les empêchera pas de se réveiller le lendemain toujours hantés par ce sentiment d’infériorité. Que ce soit pour le meilleur ou pour le pire, l’homme s’évalue maintenant par sa modernité. Et la haine est le moyen le plus rapide pour masquer son infériorité. Le problème, « ce sont les autres et pas moi! ». Victimisé, j’atteins une grandeur morale et humaine. Peu importe l’intelligence et la modernité de mon ennemi, à moi l’innocence qui caractérise les victimes. Même pauvre, mes mains restent propres. Mon sous- développement et ma pauvreté témoignent de ma supériorité morale, alors que la richesse de mon ennemi est la preuve de son inhumanité. En d’autres termes, ma haine remplace mon amour-propre. Ce qui expliquerait pourquoi Yasser Arafat a rejeté l’offre d’Ehud Barak à « Camp David » en l’an 2000, alors que ce dernier offrait au premier plus de 90% des exigences des Palestiniens. Accepter cette offre aurait signifié renoncer à la haine, à sa consolation et à sa signification profonde. Les Palestiniens et par extension, la plupart des Musulmans auraient été forcés de se confronter à leur infériorité à l’égard de la modernité. Arafat savait fort bien que, sans la haine vis à vis des Juifs, le monde musulman perdrait la cohésion qui le définit. Il a donc dit non à la paix. Que ce soit dans les banlieues de Paris et de Londres, à Kaboul ou Karachi, dans le quartier du Queens à New York ou bien à Gaza, cette réticence du monde musulman, cette attirance pour les consolations qu’offre la haine, représentent l’un des plus graves problèmes du monde actuel. Si le monde musulman ne peut se définir par sa ferveur pour la haine, celle-ci est bien devenue sa drogue, son opium qui le console de sa concurrence avec l’Occident, un Occident qui, impuissant face à ce problème difficile à résoudre, ne trouve rien de mieux que de réprimander Israël en le prenant comme bouc-émissaire. Ainsi s’exprime notre propre vulnérabilité. Shelby Steele
Avec l’aide de Dieu, ce sommet marquera le début de la fin pour ceux qui pratiquent la terreur et répandent leur vile croyance. Les leaders religieux doivent être très clairs là-dessus: la barbarie n’apportera aucune gloire, l’adoration du mal ne vous apportera aucune dignité. Si vous choisissez le chemin de la terreur, votre vie sera vide, votre vie sera courte et votre âme sera condamnée à l’enfer. Chaque pays de cette région a un devoir absolu de s’assurer que les terroristes ne trouvent aucun abri sur leur sol. Cela veut dire affronter honnêtement la crise de l’extrémisme islamique et les groupes terroristes islamiques qu’il inspire. Et cela veut dire aussi se dresser ensemble contre le meurtre d’innocents musulmans, l’oppression des femmes, la persécution des juifs, et le massacre des chrétiens. Un meilleur futur n’est possible que si vos nations se débarrassent du terrorisme et des extrémistes. Jetez les dehors. Jetez-les hors de vos lieux de culte. Jetez-les hors de vos communautés. Jetez-les hors de vos terres saintes, et jetez-les hors de cette terre. Donald Trump
As the six-week trial revealed, the Palestinian Authority provided backing for terrorists—and continues to do so today. Palestinian military and intelligence officials, Mr. Yalowitz calculated, spend $50 million a year to keep terrorists on the payroll while they are held in Israeli jails. The Palestinian government also awards “martyr payments” to the families of suicide bombers. Monday’s verdict comes as something of a vindication for the family of Leon Klinghoffer, the wheelchair-bound American who in 1985 was murdered by Palestine Liberation Organization terrorists aboard the hijacked Italian cruise liner Achille Lauro. The Klinghoffer family filed a lawsuit, but U.S. federal courts had no jurisdiction over acts of terrorism outside the country. The case was dropped, and the PLO settled with the Klinghoffers out of court for an undisclosed sum in 1997. The 1992 Anti-Terrorism Act provides federal courts “with an explicit grant of jurisdiction over international terrorism” and a private right of action for “any national of the United States injured in his or her person, property, or business by reason of an act of international terrorism.” The act also has the virtue of allowing American citizens to assign blame for supporting terrorism, even if politicians are reluctant to do so. Jessica Kasmer-Jacob
Les événements dont nous sommes témoins sont la conséquence prévisible de décennies de propagande, d’une part, et de laxisme, de l’autre. Un affrontement est imminent à l’échelle mondiale. L’avancée rapide des mouvements terroristes, qui tuent dans des buts à la fois politiques et religieux, est en train de provoquer des vocations chez un nombre effarant de jeunes. Chaque attentat procure aux islamistes une publicité effrénée qui fait rêver beaucoup d’adolescents, partout dans le monde. Qui peut leur faire comprendre qu’ils sont exploités quand ils acceptent de se transformer en bombes humaines? (…) En 2005, un ancien directeur de la CIA évaluait les sommes dépensées par l’Arabie saoudite en prosélytisme wahhabite dans le monde, à 90 milliards de dollars. Ceci, sans compter l’argent versé à des organisations terroristes, comme celle de Ben Laden à ses débuts, ou celui utilisé pour tenter de déstabiliser d’autres pays, influer sur leurs élections et acheter leurs politiciens. Ce n’est pas grand-chose pour la dynastie saoudienne, qui exporte, chaque jour, 10 millions de barils de pétrole brut. Cela lui procurait 1,5 milliard de dollars par jour quand le baril était à 150 dollars (en 2014). Maintenant que le baril est à 50 dollars, elle encaisse 500 millions par jour. Et elle laisse le peuple saoudien dans la pauvreté. Depuis les années 2000, d’autres pays financent l’islamisme dans le monde, notamment le Qatar qui tire d’énormes revenus de l’exportation de son gaz naturel. (…) Les islamistes, comme Ben Laden et Baghdadi, sont francs et vous montrent le couteau. Les islamistes «polis» enveloppent des lames de rasoir dans des gâteaux à la crème. (…) Daech a promis de faire du Vatican une mosquée, de prendre la Maison-Blanche et de remplir de sang les rues de Paris et de Londres. Pour atteindre ce but, tous les moyens sont bons. L’immigration illégale en masse est, peut-être, l’un de ces moyens. Les islamistes «polis» disent aussi qu’ils prendront l’Europe, par la conquête démographique et les conversions. Mais dans quelle mesure ces conversions sont-elles volontaires, quand on sait la pression morale et financière qui s’exerce dans certains quartiers? Des dons appelés «aumônes» sont offerts aux convertis, aux prédicateurs et aux femmes qui acceptent de se voiler. Il n’y a pas de liberté quand il y a de l’argent. Il n’y en a pas non plus quand il y a une propagande phénoménale, surtout sur les réseaux sociaux. Lina Murr Nehmé
Daesh noir, Daesh blanc. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman. Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. L’Etat islamique et l’Arabie saoudite. Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Arabie saoudite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultra-puritain dont se nourrit Daesh. (…)  L’Arabie saoudite est un Daesh qui a réussi. Le déni de l’Occident face à ce pays est frappant: on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le principal mécène idéologique de la culture islamiste. Les nouvelles générations extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées djihadistes. Elles ont été biberonnées par la Fatwa Valley, espèce de Vatican islamiste avec une vaste industrie produisant théologiens, lois religieuses, livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives. (…) Il faut vivre dans le monde musulman pour comprendre l’immense pouvoir de transformation des chaines TV religieuses sur la société par le biais de ses maillons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La culture islamiste est aujourd’hui généralisée dans beaucoup de pays — Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Mali, Mauritanie. On y retrouve des milliers de journaux et des chaines de télévision islamistes (comme Echourouk et Iqra), ainsi que des clergés qui imposent leur vision unique du monde, de la tradition et des vêtements à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils considèrent comme contaminée. Il faut lire certains journaux islamistes et leurs réactions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies »; les attentats sont la conséquence d’attaques contre l’Islam ; les musulmans et les arabes sont devenus les ennemis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la question palestinienne, le viol de l’Irak et le souvenir du trauma colonial pour emballer les masses avec un discours messianique. Alors que ce discours impose son signifiant aux espaces sociaux, en haut, les pouvoirs politiques présentent leurs condoléances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité. Une situation de schizophrénie totale, parallèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite. Ceci laisse sceptique sur les déclarations tonitruantes des démocraties occidentales quant à la nécessité de lutter contre le terrorisme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, comment empêcher les générations futures de basculer dans le djihadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fatwa Valley, de ses clergés, de sa culture et de son immense industrie éditoriale?  Kamel Daoud
Présider la République, c’est ne pas inviter les dictateurs en grand appareil à Paris. François Hollande (janvier 2012, Le Bourget)
Il n’y a pas longtemps, l’apartheid régnait en Afrique du sud. Reposant sur la ségrégation des Noirs, il voulait se disculper en créant des bantoustans où une autonomie factice leur était concédée. Un tel système a heureusement disparu. Et voici qu’aujourd’hui, c’est un apartheid d’un nouveau genre qui est proposé à la France, une ségrégation à l’envers grâce à laquelle les « dominés » préserveraient leur dignité en se mettant à l’abri des « dominants ». Mais alors, cela veut dire qu’une femme qui ôte le voile et sort dans la rue deviendrait une proie normale ? Cela veut dire qu’une « race » qui côtoie les autres serait humiliée ? Cela veut dire qu’une religion qui accepte de n’être qu’une parmi d’autres perdrait la face ? (…) À quoi peut donc servir ce ségrégationnisme nouvelle manière ? Doit-il seulement permettre aux soi-disant « dominés » de sauvegarder leur pureté en vivant entre eux ? N’a-t-il pas surtout pour but d’affirmer la sécession avec la communauté nationale, avec ses lois et ses mœurs ? N’est-il pas l’expression de la haine la plus caractérisée à l’égard de notre pays et de la démocratie ? Que chacun vive dans la loi de sa communauté ou de sa caste et dans le mépris de celle des autres, que chacun ne soit jugé que par les siens, cela est contraire à l’esprit de la République. Celle-ci a été fondée sur le refus de droits privés s’appliquant à des catégories spécifiques et exclusives, autrement dit sur l’abolition des privilèges. Les mêmes lois pour chacun de nous, voilà ce que nous garantit au contraire la République. C’est ce qu’on appelle tout simplement la Justice. Le nouveau séparatisme avance masqué. Il veut paraître bénin, mais il est en réalité l’arme de la conquête politique et culturelle de l’islamisme. L’islamisme veut être à part car il rejette les autres, y compris les musulmans qui ne partagent pas ses vues. L’islamisme déteste la souveraineté démocratique car elle lui refuse toute légitimité. L’islamisme se sent humilié lorsqu’il ne domine pas. Pétition contre le séparatisme islamique
Without TV coverage, the revolutions would never have assumed such proportions. When people followed the revolutions, to what extent did they use the Internet, versus the extent to which they watched them on the TV channels, which gave them continuous coverage? Clearly, there is no comparison…The best proof [of the impact of] the TV channels is that any popular activity that they do not cover, in any country, will die before it can get off the ground. Some Arab countries are currently seeing… protests and the beginnings of a revolution, but these [events] are not getting the necessary TV coverage, because of the focus on the escalating revolution in Libya. As a result, [these protests] will not gain much momentum… but will fade away and be forgotten. Some might argue that the images broadcast on the satellite channels were often taken from the Internet. That is true, but had the [channels] not repeatedly aired these images, their impact would have remained limited. I have yet to hear any [protesters]… complain of insufficient coverage of their activity on the Internet or on Facebook. But [some protesters are] very angry at the satellite channels, which, they claim, are not giving their activity the necessary media coverage… It is [the satellite channels] that truly fuel the revolutions – with image and sound, which remain more powerful than any other weapon… It is no exaggeration to say that one TV report on a certain country has an impact equal to that of all the websites visited by all the Arabs put together – so much so that [activists] have sometimes said, ‘Let’s postpone our protest, because some satellite channel is busy covering another revolution’…  Al-Sharq (Qatar,  March 13, 2011)
J’ai été très impressionnée par l’ouverture de ce pays. Par l’accueil, aussi, sans a priori. J’ai été frappée par l’ouverture, encore une fois, j’insiste, du Qatar.  Ségolène Royal
Les Occidentaux devraient respecter pleinement la dignité de l’Iran et reconnaître son droit souverain à maîtriser la technologie nucléaire civile. Des négociations réussies entre Européens et Iraniens renforceraient la position de l’Europe et de l’Iran sur la scène internationale… C’est inimaginable que l’on soit dans une telle nasse, dans une telle impasse. Il est de l’intérêt de tous de sortir de cette crise. Il faut négocier. J’ai dit aux Iraniens que si on sortait de cette situation, un boulevard allait s’ouvrir entre l’Iran et la France et l’Europe. Jack Lang (sep. 2006)
Quels sont les grands leaders du monde aujourd’hui ? Le président Xi, le président Poutine – on peut être d’accord ou pas, mais c’est un leader –, le grand prince Mohammed Ben Salman. Et que seraient aujourd’hui les Emirats sans le leadership de MBZ ? (…)  Ce matin, j’ai rencontré le prince héritier MBZ. Est-ce que vous croyez qu’on construit un pays comme ça, en deux ans ? Ici, en cinquante ans, vous avez construit un des pays les plus modernes qui soient. La question du leadership est centrale. La réussite du modèle émirien est sans doute l’exemple le plus important pour nous, pour l’ensemble du monde. J’ai été le chef de l’Etat qui a signé le contrat du Louvre à Abou Dhabi. J’y ai mis toute mon énergie. MBZ y a mis toute sa vision. On a mis dix ans ! En allant vite ! Sauf que MBZ est toujours là… Et moi ça fait six ans que je suis parti.  Nicolas Sarkozy


Islam: pourquoi les constructeurs peuvent encore jouer tranquillement avec notre sécurité

Au lendemain d’un énième attentat islamique

Et la mort ce matin d’un énième véritable héros

Mais surtout après un bilan qui depuis les années 70 dépasse les 20 000 morts et les 50 000 blessés …

Comment ne pas se poser la seule question qui vaille …

A savoir …

Et si à coup de centaines de procès à la Nader

On attaquait enfin la famille Saoud et leurs petits camarades du golfe

Comme de l’autre côté leurs ennemis perses …

Pour défaut majeur de conception et de fabrication …

Pour le produit frelaté

Qu’en toute connaissance de cause et depuis des décennies …

Ils continuent à déverser à coup de milliards (de nos dollars du pétrole) sur le reste du monde ?

Startling maps show every terrorist attack worldwide over the last 20 years

On October 31, New York saw the deadliest terrorist attack since September 11, 2001, when 29-year-old Sayfullo Saipov drove a truck down a bike lane, killing eight people and injuring more than a dozen.With fears of attacks around the world at a high, Carnegie Mellon researchers teamed up with Robert Muggah, a global security expert and director of the think tank Igarapé Institute, to visualize terror risks from a bird’s-eye view.

Together, they created Earth TimeLapse, an interactive platform that relies on data from the Global Terrorism Database to create maps of how many terrorism-related deaths occur annually worldwide. The larger the red circle, the more deaths in a given attack.

The project mapped attacks between 1997 and 2016 — here’s what 20 years of that data looks like.

1997: Suicide bombings in Israel killed more than a dozen people and injured more than 150. Bombings also took place in Sri Lanka and Egypt. A shooting took place in India, killing 23 and injuring 31.

1997: Suicide bombings in Israel killed more than a dozen people and injured more than 150. Bombings also took place in Sri Lanka and Egypt. A shooting took place in India, killing 23 and injuring 31. Earth TimeLapse

1998: The greatest losses of life due to terrorist activity came in Kenya and Tanzania. Members of Al-Qaeda bombed two US embassies, killing more than 200 and injuring over 4,000.

1998: The greatest losses of life due to terrorist activity came in Kenya and Tanzania. Members of Al-Qaeda bombed two US embassies, killing more than 200 and injuring over 4,000. Earth TimeLapse

1999: The worst activity occurred in the southwestern Dagestan region in Russia, just west of Kazakhstan. A series of bombings struck apartment buildings, killing nearly 300 and injuring more than 1,000. Debates still swirl about whether Chechen separatists carried out the attacks, or whether the Russian government staged them to foster support for electing Vladimir Putin.

1999: The worst activity occurred in the southwestern Dagestan region in Russia, just west of Kazakhstan. A series of bombings struck apartment buildings, killing nearly 300 and injuring more than 1,000. Debates still swirl about whether Chechen separatists carried out the attacks, or whether the Russian government staged them to foster support for electing Vladimir Putin. Earth TimeLapse

2000: The turn of the millennium was a relatively peaceful year. The world made it until December 30 before the first major attack: a wave of bombings in the Philippines that killed 22 and injured roughly 100.

2000: The turn of the millennium was a relatively peaceful year. The world made it until December 30 before the first major attack: a wave of bombings in the Philippines that killed 22 and injured roughly 100. Earth TimeLapse

2001: September 11, 2001 marked the US’ greatest loss of life from a foreign attack in the country’s history. More than 2,700 people were killed in the attacks on New York City’s Twin Towers. About 300 of those were firefighters and emergency responders.

2001: September 11, 2001 marked the US' greatest loss of life from a foreign attack in the country's history. More than 2,700 people were killed in the attacks on New York City's Twin Towers. About 300 of those were firefighters and emergency responders. Earth TimeLapse

2002: The year saw a consistent bundle of activity in Israel and South America. Sniper attacks in the mid-Atlantic region of the US killed 17 people and injured 10.

2002: The year saw a consistent bundle of activity in Israel and South America. Sniper attacks in the mid-Atlantic region of the US killed 17 people and injured 10. Earth TimeLapse

2003: Bombings spiked somewhat as attacks took place in Russia, Morocco, and Israel. As the Iraq War began, suicide bombings started to become more common around the country.

2003: Bombings spiked somewhat as attacks took place in Russia, Morocco, and Israel. As the Iraq War began, suicide bombings started to become more common around the country. Earth TimeLapse

2004: In March, the world witnessed the Madrid train bombings, which killed nearly 200 people and injured over 2,000. Attacks also proliferated in Iraq and Pakistan. The Taliban and Al-Qaeda were responsible for many of the attacks in Europe and the Middle East at this time.

2004: In March, the world witnessed the Madrid train bombings, which killed nearly 200 people and injured over 2,000. Attacks also proliferated in Iraq and Pakistan. The Taliban and Al-Qaeda were responsible for many of the attacks in Europe and the Middle East at this time. Earth TimeLapse

2005: Early in the year, the Iraqi city of Hillah experienced a devastating car bombing that took 127 lives and injured hundreds more. Later that July, four suicide bombers blew up a London bus. It killed more than 50 people and injured 700.

2005: Early in the year, the Iraqi city of Hillah experienced a devastating car bombing that took 127 lives and injured hundreds more. Later that July, four suicide bombers blew up a London bus. It killed more than 50 people and injured 700. Earth TimeLapse

2006: Unrest in the Middle East continued to produce monthly terror attacks in Iraq, Afghanistan, and Pakistan. In July, pressure-cooker bombs on a Mumbai train led to hundreds of deaths and injuries.

2006: Unrest in the Middle East continued to produce monthly terror attacks in Iraq, Afghanistan, and Pakistan. In July, pressure-cooker bombs on a Mumbai train led to hundreds of deaths and injuries. Earth TimeLapse

2007: Dual bombings in outdoor Iraqi markets took place in the first two months of the year. Then in August, a series of car-bomb attacks killed 800 people and injured 1,500. It’s the second-deadliest terror attack behind September 11.

2007: Dual bombings in outdoor Iraqi markets took place in the first two months of the year. Then in August, a series of car-bomb attacks killed 800 people and injured 1,500. It's the second-deadliest terror attack behind September 11. Earth TimeLapse

2008: A coordinated series of shootings took place in Mumbai in late November. Hundreds were killed and injured. Some terrorists relied on guns, while others planted an estimated eight bombs around the city.

2008: A coordinated series of shootings took place in Mumbai in late November. Hundreds were killed and injured. Some terrorists relied on guns, while others planted an estimated eight bombs around the city. Earth TimeLapse

2009: The first half of the year saw relatively little activity, but in the second half, Iraq and India fell victim to suicide bombings and shootings. Car bombings killed hundreds in Iraq and Pakistan in October of that year.

2009: The first half of the year saw relatively little activity, but in the second half, Iraq and India fell victim to suicide bombings and shootings. Car bombings killed hundreds in Iraq and Pakistan in October of that year. Earth TimeLapse

2010: The worst activity occurred in Pakistan, due primarily to suicide bombings. More than 500 people were injured over a span of three days in September, all due to bombings.

2010: The worst activity occurred in Pakistan, due primarily to suicide bombings. More than 500 people were injured over a span of three days in September, all due to bombings. Earth TimeLapse

2011: A particularly bloody year. Pakistan and India made up the bulk of the terrorist activity, while east Africa and South America also faced conflict.

2011: A particularly bloody year. Pakistan and India made up the bulk of the terrorist activity, while east Africa and South America also faced conflict. Earth TimeLapse

2012: With the Iraq War mostly over, new sources of conflict crossed the western border into Syria. Damascus and Aleppo became hotbeds for terrorist activity.

2012: With the Iraq War mostly over, new sources of conflict crossed the western border into Syria. Damascus and Aleppo became hotbeds for terrorist activity. Earth TimeLapse

2013: Conflict intensified in these Middle Eastern countries, with car bombings in Damascus in February claiming roughly 80 lives and injuring 250 people. The Boston Marathon bombings in April killed five and wounded more than 200.

2013: Conflict intensified in these Middle Eastern countries, with car bombings in Damascus in February claiming roughly 80 lives and injuring 250 people. The Boston Marathon bombings in April killed five and wounded more than 200. Earth TimeLapse

2014: Boko Haram attacks in Nigeria led to the deaths of more than 200 people and an unknown number of injuries in March, as well as hundreds more throughout the rest of the year. ISIS continued to ravage Syria and Iraq.

2014: Boko Haram attacks in Nigeria led to the deaths of more than 200 people and an unknown number of injuries in March, as well as hundreds more throughout the rest of the year. ISIS continued to ravage Syria and Iraq. Earth TimeLapse

2015: Unrest in Nigeria and Cameroon led to thousands of deaths when Boko Haram forces opened fire on civilians. Bombings in Turkey and Yemen also produced hundreds of deaths. In December, shooters claiming allegiance with the Islamic State killed a dozen people and wounded two dozen in San Bernardino, California.

2015: Unrest in Nigeria and Cameroon led to thousands of deaths when Boko Haram forces opened fire on civilians. Bombings in Turkey and Yemen also produced hundreds of deaths. In December, shooters claiming allegiance with the Islamic State killed a dozen people and wounded two dozen in San Bernardino, California. Earth TimeLapse

2016: More than 75% of the year’s attacks took place in 10 countries, including Iraq, Afghanistan, and India. Smaller attacks took place in Nice, France, Orlando, Florida, and New York City.

2016: More than 75% of the year's attacks took place in 10 countries, including Iraq, Afghanistan, and India. Smaller attacks took place in Nice, France, Orlando, Florida, and New York City. Earth TimeLapse

 Voir aussi:

Économie

General Motors: pourquoi les constructeurs peuvent encore jouer tranquillement avec notre sécurité

Et pourquoi il faut que ça cesse.

Un problème de conception d’un modèle automobile de General Motors provoque des dizaines d’accidents de la route et de nombreux décès. Arguant que l’entreprise n’a pas corrigé un défaut dont elle connaissait l’existence, des avocats intentent plus de cent procès au constructeur automobile. GM contre-attaque en engageant des enquêteurs pour mettre en cause les motivations de ses détracteurs. Les politiques et les médias finissent par s’intéresser de plus près à l’affaire. Au final, le dirigeant de GM finit par s’excuser au nom de son entreprise.

Si cette histoire vous donne comme une impression de déjà-lu, c’est sans doute parce que la presse a récemment parlé d’une affaire semblable. En réalité, cette histoire remonte à 1965, date de parution de Ces voitures qui tuent, de Ralph Nader. L’ouvrage accusait General Motors de vendre en toute connaissance de cause des voitures Corvairs dangereuses –et accusait l’industrie automobile dans son ensemble de préférer les profits à la sécurité de ses clients.

Près de cinquante ans ont passé. Pourquoi les Etats-Unis ont toujours du mal à garantir l’absence de dangerosité des véhicules conçus par les constructeurs automobiles? Et pourquoi en sommes-nous encore réduit à nous demander si les organismes de régulation prennent au sérieux leur mission de protection de la santé publique? En 1966, le mouvement des consommateurs a –peu après son apparition– convaincu le Congrès de voter le National Highway Safety and Transportation Act. Il s’agissait de corriger une partie des abus évoqués dans l’ouvrage de Nader.

Les routes suédoises, bien moins mortelles que les routes américaines

Au fil des décennies suivantes, la sécurité automobile s’est améliorée; aux Etats-Unis, le nombre des décès liés à l’automobile a chuté (de 25,9 pour 100.000 personnes en 1966 à 10,8 en 2012). Ces chiffres indiquent clairement qu’une nouvelle réglementation peut sauver des vies. Mais d’autres pays ont fait bien mieux. Selon le dernier rapport de l’International Transport Forum, organisation de surveillance de la sécurité routière mondiale, le taux d’accidents mortels de la circulation est trois fois plus élevé aux Etats-Unis qu’en Suède –un pays qui a fait de la sécurité automobile une priorité. Si les Etats-Unis avaient égalé les taux suédois, il y aurait eu 20.000 morts de moins sur les routes en 2011.

En France, en 2011, le taux était de 6,09 contre 3,4 en Suède et 10,4 aux Etats-Unis

Seulement, voilà: depuis son apparition, l’industrie automobile américaine s’est opposée à la réglementation, n’a pas jugé bon de révéler plusieurs problèmes, et a refusé de corriger les problèmes lorsque ces derniers ont été détectés.

General Motors a récemment rappelé 1,6 million de Chevrolet Cobalt (entre autres modèles de petite taille) afin de procéder à des réparations. En cause: un problème du commutateur d’allumage, qui aurait été à l’origine d’au moins douze morts. Le constructeur connaissait l’existence du problème –ainsi que celle d’autres anomalies– et ce depuis 2004, soit avant la sortie de la toute première Cobalt.

Le 17 mars 2014, Marry Barra, directrice générale de GM, s’est exprimée en ces termes:

«Dans le cas présent, nos processus internes ont connu un problème des plus graves; des évènements terribles en ont résulté.»

General Motors a par ailleurs rappelé 1,33 million de SUV: les airbags ne s’ouvraient pas lors des collisions. Selon une étude, les problèmes d’airbags de GM pourraient avoir contribué à la mort de 300 personnes entre 2003 et 2012. Les problèmes de sécurité ne sont pas l’apanage de GM. Toyota a récemment accepté de débourser 1,2 milliard de dollars pour mettre fin à une enquête criminelle concernant un problème d’accélération soudaines de ses véhicules.

Voilà cinquante ans qu’un –trop– grand nombre de chefs d’entreprises (automobile, alimentation, produits pharmaceutiques, armes à feu, entre autres secteurs) choisissent de suivre la voie tracée par l’industrie du tabac. Ils remettent en doute la validité des éléments de preuve qui justifient la mise en place de nouvelles réglementations. Ils exagèrent les coûts économiques de produits plus sûrs. Grâce à leur poids politique et financier, ils viennent à bout des politiques de santé publique et font en sorte que les organismes chargés de faire respecter la réglementation demeurent sous-financés. Ce sont là des comportements tellement banalisés qu’ils ne paraissent plus immoraux ou criminels, mais simplement inévitables.

Le refus de légiférer est mortel

Pour ce qui est de l’industrie automobile, le refus de respecter la réglementation a provoqué des morts, des maladies et des blessures qui auraient pu être évitées. Des années 1960 aux années 1980, les constructeurs se sont tout d’abord opposés à la mise en place de ceintures de sécurité, d’airbags de freins de meilleure facture et de meilleures normes d’émission. Pendant plus de quinze ans, les constructeurs américains ont réussi à faire obstacle à la réglementation imposant la mise en place d’airbags ou de ceintures de sécurité à fermeture automatique dans leurs automobiles.

Ce n’est qu’en 1986 que la Cour suprême a ordonné à la National Highway Transportation Safety Administration (NHTSA) de mettre en œuvre ces directives. Selon une étude publiée en 1988, ce retard aurait joué un rôle dans au moins 40.000 morts et un million de blessures et handicaps –soit par là même un coût de 17 milliards de dollars à la société.

Le refus d’appliquer la réglementation peut également tuer indirectement. Selon un récent rapport de l’Organisation mondiale de la santé, le nombre de morts dues à la pollution dans le monde est deux fois plus élevé qu’on ne le pensait. Et ce notamment en raison du rôle joué par de la pollution de l’air dans la mortalité d’origine cardiovasculaire. Aux Etats-Unis, l’automobile est l’une des principales sources de pollution, et les constructeurs américains refusent ou retardent la mise en place de normes d’émissions plus strictes.

Vous n’entendrez aucun dirigeant d’entreprise affirmer qu’il vaut mieux gagner de l’argent que sauver des vies humaines, mais leur action parlent pour eux. Les communicants des grands patrons semblent s’être passé le mot: lorsqu’un secret gênant est découvert, la stratégie est toujours la même: le PDG s’excuse platement et rapidement pour limiter au plus vite les dégâts. Mais accepter de voir les grandes sociétés et leurs alliés disposer d’un droit de veto sur les politiques de santé publique, c’est empêcher la prévention de nombreux décès, maladies et blessures sur le territoire américain.

Lors des récentes audiences consacrées à GM, le Congrès américain a eu raison de chercher à savoir qui (chez GM et à la NHTSA) savait quoi –et à quel moment ils l’ont appris. Mais il serait encore plus significatif de renforcer l’implication du gouvernement dans la protection de la santé publique –histoire de ne pas avoir à souffrir de ces problèmes pour cinquante années supplémentaires.

Le Congrès pourrait commencer par permettre à la NHTSA de faire correctement son travail, en lui allouant les ressources nécessaires. Pour 2014, cet organisme a reçu 10% de moins que la somme qu’il avait demandée. Le Congrès devrait également contrôler la mise en application des règles de sécurité par les organismes concernés, et le faire régulièrement –pas seulement lorsque l’existence d’un problème est révélée. Par ailleurs, lorsqu’il est prouvé qu’un dirigeant d’entreprise automobile a caché l’existence d’une anomalie, l’organisme chargé de la sécurité routière devrait être en mesure de le tenir responsable des morts et des décès qui en ont résulté. Au civil comme au pénal.

Nicholas Freudenberg

Traduit par Jean-Clément Nau

Voir enfin:

Profit Above Safety

 Slate
April 1, 2014

 

A design problem in a General Motors car contributes to dozens of automobile crashes and numerous deaths. Charging that the company failed to correct a known defect, lawyers file more than 100 lawsuits against the company. GM responds by hiring investigators to question the motives of its critics. Eventually, as congressional and media scrutiny increase, the head of GM apologizes for the company’s behavior. Sound familiar? You may have been reading about such a case over the past month. But actually, this story is from 1965 when Ralph Nader published Unsafe at Any Speed, a book that charged General Motors with knowingly selling unsafe Corvairs and the auto industry as a whole with putting profit above safety.

Now almost 50 years later, why is the United States still struggling to ensure that cars companies make safe cars? And why must we still question whether regulatory agencies take their mandate to protect public health seriously? In 1966, the emerging consumer movement persuaded Congress to pass the National Highway Safety and Transportation Act to correct some of the abuses Nader had documented. In the decades since, car safety has improved, with United States motor vehicle death rates falling from 25.9 per 100,000 people in 1966 to 10.8 per 100,000 in 2012. This is a clear indication that regulations save lives. But other nations have done much better. According to the latest report from the International Transport Forum, a body that monitors global road safety, the auto death rate in the United States is more than three times higher than the rate in Sweden, a country that has made auto safety a priority. If the United States had achieved Sweden’s rate, in 2011 more than 20,000 U.S. automobile deaths would have been averted.

Since its inception, however, the auto industry has resisted regulation, failed to disclose problems, and refused to correct problems when they were detected. In the past few weeks, General Motors has recalled 1.6 million Cobalts and other small cars to repair defective ignition switches that have been associated with at least 12 deaths. The company had first learned of this and other defects a decade ago—in 2004, before the first Cobalt was released. On March 17th, Mary Barra, the chief executive of GM, observed, “Something went very wrong in our processes in this instance, and terrible things happened.”

In a separate action, General Motors has recalled 1.33 million sports utility vehicles because air bags failed to deploy after crashes. Another review of GM air bag failures from 2003 to 2012 found that they may have contributed to more than 300 deaths. GM is not alone in its safety problems. Toyota recently agreed to pay $1.2 billion to settle federal criminal charges related to sudden acceleration of its vehicles.

For the past 50 years, too many corporate leaders in the auto industry as well as in the food, pharmaceutical, firearms, and other industries have chosen to follow the playbook written by the tobacco industry. They have challenged the evidence justifying regulation, exaggerated the economic costs of safer products, and used their political and financial clout to defeat public health policies and underfund the agencies charged with enforcement. These behaviors have become so normalized they seem inevitable rather than immoral or criminal.

In the case of the auto industry, resistance to regulation has caused preventable deaths, illnesses, and injuries. From the 1960s through the 1980s, the automobile industry initially opposed standard seatbelts, airbags, better brakes, and better emission standards. For more than 15 years, the U.S. auto industry successfully opposed regulations to require either airbags or automatically closing seat belts in automobiles. Finally, in 1986, the Supreme Court ordered the National Highway Transportation Safety Administration to implement the rules. A 1988 study estimated this delay contributed to at least 40,000 deaths and 1 million injuries at a cost to society of more than $17 billion. The auto industry’s resistance to regulation kills people indirectly as well. Earlier this week, the World Health Organization released a report showing that global deaths from air pollution were twice as high as previously thought, largely through air pollution’s role in in cardiovascular deaths. In the United States, automobiles are a primary source of air pollution, and the auto industry has long opposed or delayed stricter emission standards.

No corporate executives will say publicly that they prefer profits to preventing deaths, even though their actions prove otherwise. The damage control advice of the day seems to be to encourage CEOs to make rapid and profuse apologies for corporate cover-ups after they are disclosed. But as long as the public tolerates allowing corporations and their allies to have veto power over public health policy, our nation will continue to experience preventable deaths and avoidable illness and injuries. In the hearings into GM this week, Congress is correct to pursue who in GM and the NHTSA knew what when. But the deeper task should be to strengthen the visible hand of government in protecting public health so we aren’t still facing this issue 50 years from now. As a first step, Congress should provide the highway safety agency with the resources needed to meet its mandates fully; in 2014, the agency received 10 percent less than it requested. Congress should also monitor agency enforcement of safety standards regularly, not just when defects are publicly disclosed. In addition, the safety agency should hold auto executives who fail to disclose defects criminally as well as civilly liable for the resulting deaths and injuries.

Nicholas Freudenberg is a professor of public health at CUNY and Hunter College. His new book is Lethal but Legal: Corporations, Consumption, and Protecting Public Health.

Voir enfin:

L’appel des 100 intellectuels contre le « séparatisme islamiste »
Collectif
Le Figaro
21 mars 2018

Nous sommes des citoyens d’opinions différentes et très souvent opposées qui se trouvent d’accord pour exprimer, en dehors de toute actualité, leur inquiétude face à la montée de l’islamisme. Ce ne sont pas nos affinités qui nous réunissent, mais le sentiment qu’un danger menace la liberté en général et pas seulement la liberté de pensée. Ce qui nous réunit aujourd’hui est plus fondamental que ce qui ne manquera pas de nous séparer demain.
Le nouveau totalitarisme islamiste cherche à gagner du terrain par tous les moyens et à passer pour une victime de l’intolérance. On a pu observer cette stratégie lorsque le syndicat d’enseignants SUD Éducation 93 proposait il y a quelques semaines un stage de formation comportant des ateliers de réflexion sur le « racisme d’État » interdits aux « Blanc.he.s ». Certains animateurs étaient membres ou sympathisants du Collectif Contre l’Islamophobie en France et du Parti des Indigènes de la République. Les exemples de ce genre se sont multipliés dernièrement. Nous avons ainsi appris que la meilleure façon de combattre le racisme serait de séparer les « races ». Si cette idée nous heurte, c’est que nous sommes républicains.
Nous entendons aussi dire que puisque les religions sont bafouées en France par une laïcité « instrumentalisée », il faudrait donner à celle qui est minoritaire, c’est-à-dire à l’islam, une place spéciale pour qu’elle cesse d’être humiliée. La même idée se poursuit : il paraît qu’en se couvrant d’un voile les femmes se protègeraient des hommes et que se mettre à part leur permettrait de s’affranchir.
Le point commun de ces proclamations est de penser que la seule façon de défendre les « dominés » (ce n’est pas notre vocabulaire mais celui de SUD Éducation 93), serait de les mettre à l’écart des autres et de leur accorder des privilèges.
Il n’y a pas longtemps, l’apartheid régnait en Afrique du sud. Reposant sur la ségrégation des Noirs, il voulait se disculper en créant des bantoustans où une autonomie factice leur était concédée. Un tel système a heureusement disparu.
Et voici qu’aujourd’hui, c’est un apartheid d’un nouveau genre qui est proposé à la France, une ségrégation à l’envers grâce à laquelle les « dominés » préserveraient leur dignité en se mettant à l’abri des « dominants ».
Mais alors, cela veut dire qu’une femme qui ôte le voile et sort dans la rue deviendrait une proie normale ? Cela veut dire qu’une « race » qui côtoie les autres serait humiliée ? Cela veut dire qu’une religion qui accepte de n’être qu’une parmi d’autres perdrait la face ?
Et les Français musulmans, ou de culture musulmane sans être croyants, qui aiment la démocratie et veulent vivre avec tout le monde, l’islamisme a-t-il prévu de les mettre à part eux aussi ? Et les femmes qui refusent d’être enfermées, qui décidera pour elles ? Et les autres, ceux qui ne méritent apparemment pas d’être protégés : sous clé dans le camp des « dominants » ?
Tout cela va à l’encontre de ce qui a été fait en France pour garantir la paix civile. Depuis longtemps, l’unité du pays a été fondée sur l’indifférence à l’égard des particularismes pouvant être cause de conflit. Ce qu’on appelle l’universalisme républicain ne consiste pas à nier les sexes, les races ou les religions, mais à définir l’espace civique indépendamment d’eux pour que personne n’en soit exclu. Et comment ne pas voir que la laïcité protège aussi les religions minoritaires ? La mettre en péril nous expose au retour des guerres de religion.
À quoi peut donc servir ce ségrégationnisme nouvelle manière ? Doit-il seulement permettre aux soi-disant « dominés » de sauvegarder leur pureté en vivant entre eux ? N’a-t-il pas surtout pour but d’affirmer la sécession avec la communauté nationale, avec ses lois et ses mœurs ? N’est-il pas l’expression de la haine la plus caractérisée à l’égard de notre pays et de la démocratie ?
Que chacun vive dans la loi de sa communauté ou de sa caste et dans le mépris de celle des autres, que chacun ne soit jugé que par les siens, cela est contraire à l’esprit de la République. Celle-ci a été fondée sur le refus de droits privés s’appliquant à des catégories spécifiques et exclusives, autrement dit sur l’abolition des privilèges. Les mêmes lois pour chacun de nous, voilà ce que nous garantit au contraire la République. C’est ce qu’on appelle tout simplement la Justice.
Le nouveau séparatisme avance masqué. Il veut paraître bénin, mais il est en réalité l’arme de la conquête politique et culturelle de l’islamisme. L’islamisme veut être à part car il rejette les autres, y compris les musulmans qui ne partagent pas ses vues. L’islamisme déteste la souveraineté démocratique car elle lui refuse toute légitimité. L’islamisme se sent humilié lorsqu’il ne domine pas.
Il n’est pas question d’accepter cela. Nous voulons vivre dans un monde complet où les deux sexes se regardent sans se sentir insultés par la présence de l’autre. Nous voulons vivre dans un monde complet où les femmes ne sont pas jugées inférieures par nature. Nous voulons vivre dans un monde complet où les gens peuvent se côtoyer sans se craindre. Nous voulons vivre dans un monde complet où aucune religion ne fait la loi.

Société: Comme une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang (From François Fillon to David Hamilton, the same fashion the populace banishes or acclaims its kings)

4 février, 2018

Presque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Saniette (Monsieur): Homme foncièrement bon et simple, d’une grande timidité, il recherche le contact humain mais fait souvent preuve de maladresse. Il fréquente assidûment le salon des Verdurin qui se disent être ses amis, en fait, il est leur souffre-douleur ainsi que celui de la « petite bande ». Parfois la cruauté des convives à son égard atteint des sommets surprenants. Les Verdurin sont heureux d’avoir tous les soirs à leur table un bouc émissaire mais pour que Saniette n’abandonne pas définitivement leur salon, ils alternent savamment méchanceté et paroles aimables. Lorsque, encouragé par l’acquiescement des convives, M Verdurin devient par trop cruel et grossier envers le falot Saniette, sa femme intervient pour le tempérer, non pas par bonté d’âme mais tout simplement pour que Saniette ne quitte pas le salon. Mais les remissions sont de courte durée et les attaques reprennent de plus belle. Malgré les humiliations, Saniette retourne fidèlement chez ses bourreaux comme un chien battu retourne chez son maître (est-ce un hasard si le nom de « Saniette » est l’anagramme de « Sainteté » ?). Proust, ses personnages
Jewish religious law holds that the child of a Jewish mother is a Jew, but Proust never considered himself one, and neither did his friends. Still, his parentage occasionally presented difficulties. Once, as a young man, he stood silent and unresponsive when a revered mentor, Comte Robert de Montesquiou-Fezensac, delivered an anti-Semitic tirade in the company of friends and then asked Proust for his opinion on the 1894 conviction of Captain Alfred Dreyfus, a Jew, who had been tried for treason on the charge of selling military secrets to the Germans. The next day, Proust wrote to Montesquiou that he had not said anything because, although he himself was Catholic like his father and brother, his mother was Jewish: “I am sure you understand that this is reason enough for me to refrain from such discussions.” Whether Proust’s private frankness made up for his public reticence is a vexing question, and all the more so because he went on to confide that he was “not free to have the ideas I might otherwise have on the subject.” Proust’s tacit fear, in other words, was that if he defended the Jews he would be taken for a Jew, and what he wanted above all was to be thought of as a Christian gentleman. He even seemed to leave open the possibility that Montesquiou might be right: that only filial piety forbade him from thinking as Montesquiou did. (…) Proust was only as forthright as his social cowardice—his fear of sacrificing his respectability—would allow. He was to find his courage when events made it easier to be courageous. By 1898, more and more people had become convinced that Dreyfus had been railroaded, and an uproar ensued that was to shake French society for years. The salon of Mme. Genevieve Straus (the widow of the composer Georges Bizet), where Proust had been a habitue for several years, turned into a Dreyfusard hotbed. Old friends of the anti-Dreyfus persuasion, including the painter Edgar Degas, stalked off and never came back. Drawing strength from those around him, Proust now joined in the growing drumbeat for a retrial that was led by the novelist Emile Zola. He was even to boast that he was the first of the Dreyfusards, because he secured the signature of his literary hero Anatole France on a petition. Still, when an anti-Semitic newspaper numbered him among the “young Jews” who defied decency and right thinking, Proust, who at first thought to correct the paper’s misapprehension, decided to keep quiet, lest he draw any more attention to himself. He must have known that, in the eyes of anti-Dreyfusards, his political affiliations only served to confirm the sad fact of his birth. If the Dreyfus affair exposed the moral cretinism that extended into the upper echelons of French society, this hardly deterred Proust from wanting a place in that world. His social career had begun during his last year of high school, when, thanks to the mothers of some of his school friends, he gained admission to certain exclusive Parisian salons. His chum Jacques Bizet, whom he had tried to seduce, without success, made it up to him by serving as his ticket to the beau monde. At the salon of Mme. Straus, young Bizet’s mother, Proust became acquainted with artistic and aristocratic grandees like the composer Gabriel Fauré, the writer Guy de Maupassant, the actress Sarah Bernhardt, and Princesse Mathilde, the niece of Napoleon I. In time he became a regular at Princesse Mathilde’s as well, where the old-line nobility rubbed shoulders with arrivistes, and distinguished Jews mingled with those who detested them. (The writer Léon Daudet, to whom Proust would dedicate a volume of his novel, confided to his diary after one party: “The imperial dwelling was infested with Jews and Jewesses.”) Another hostess conquered by the high-flying young Proust was Mme. Madeleine Lemaire, renowned for her musical gatherings. It was she who introduced him to Montesquiou-Fezensac, the aristocratic poet whose opinions on Jews Proust was willing to overlook for the sake of the Count’s artistic and social cachet. And there was something else: Montesquiou was boldly aboveboard about his homosexuality, at a time when, as Carter writes, “few Frenchmen dared, if they cared for their reputation and social standing, to display amorous affection for another man.” This frankness earned Proust’s regard—although he was, of course, ambivalent about going public on the issue of his own sexual nature. (…) Normality, decency, goodness are, in short, the rarest of commodities in Proust’s world. Nor does their scarcity make them prized, except in the eyes of Marcel and a few other uncharacteristic souls. Instead, decency is seen by most as a social handicap; the Verdurins’ circle of bourgeois snobs, for example, barely tolerates a stammering, clumsy paleographer named Saniette. Monsieur Verdurin’s mockery of Saniette’s speech impediment makes “the faithful burst out laughing, looking like a group of cannibals in whom the sight of a wounded white man has aroused the thirst for blood.” And nowhere is this savage tribalism more marked than in the antipathy that those who consider themselves true Frenchmen feel for Jews. Anti-Semitism is everywhere in Proust’s novel. Perhaps the most repellent instance occurs when the madam of a cheap brothel Marcel is visiting touts the exotic richness of the prostitute Rachel’s flesh: “And with an inane affectation of excitement which she hoped would prove contagious, and which ended in a hoarse gurgle, almost of sensual satisfaction: ‘Think of that, my boy, a Jewess! Wouldn’t that be thrilling? Rrrr!’ ” Those in the highest reaches of society share the sentiments of the lowest. Thus, Charlus is given to maniacal explosions of loathing for Jews, while the Prince de Guermantes, Swann tells Marcel, hates Jews so much that, when a wing of his castle caught fire, he let it burn to the ground rather than send for fire extinguishers to the house next door, which happened to be the Rothschilds’. Swann is himself one of the rare Jews allowed entrance to the highest society, which leads to the outrage of the Duc de Guermantes when Swann, who had always impressed him as a Jew of the right sort, “an honorable Jew,” turns out to be an outspoken Dreyfusard. As in its sentiments toward Jews, so in every other way, the social world in Proust is revealed as a “realm of nullity.” Any glimmer of moral discrimination, let alone of true understanding, shines like a beacon; for the most part, darkness prevails. In the famous closing scene of The Guermantes Way, the duke and duchess, on their way to a dinner party, are bidding good evening to Swann and Marcel. The duchess inquires whether Swann will join them on a trip to Italy ten months hence; Swann replies that he is mortally ill and will be dead by then. The duchess does not know how to respond: “placed for the first time in her life between two duties as incompatible as getting into her carriage to go out to dinner and showing compassion for a man who was about to die, she could find nothing in the code of conventions that indicated the right line to follow.” With his “instinctive politeness,” Swann senses the duchess’s discomfort and says he must not detain them: “he knew that for other people their own social obligations took precedence over the death of a friend.” And yet, although the duke and duchess do not have a moment to spare to comfort their dying friend, they nevertheless do delay their departure while the duchess, who is wearing black shoes with her red dress, changes at her husband’s insistence into a more suitable pair of red shoes. This portrait of gross moral insensibility in the face of death is comedy of manners at its most scathing, perhaps even overdone: the duke complains that his wife is dead-tired, and that he is dying of hunger. The indignant Marcel rewards the stupidity of these preposterous creatures with unforgettable strokes of cold fury. Marcel’s triumph is that he does find a way to bear it, indeed to overcome it. In Time Regained, after spending years in a sanatorium, he is on his way to a party hosted by the Duchesse de Guermantes. The previous day he had experienced what he thought was his final disillusionment with the life of literature, but as he enters the courtyard of the Guermantes mansion a revelatory sensation changes his life. A car nearly hits him, and when he steps back out of its way he places his foot on a paving stone that is slightly lower than the one next to it; this unevenness underfoot fills him with an inexplicable and extraordinary joy. Rocking back and forth on the irregular pavement, Marcel remembers standing on two uneven stones in the baptistery of St. Mark’s in Venice, and all the various sensations associated with that particular moment come flooding back. Similar marvels await him when he enters the Guermantes house and, twice more, involuntary memories overwhelm him in their glory. He is supremely happy, but cannot at first explain it. Why should this sudden efflorescence of memory have “given me a joy which . . . sufficed, without any other proof, to make death a matter of indifference”? He concludes that such episodes of transfiguring lucidity, for as long as they last, annihilate time, and are the most that a living man will know of eternity. (…) At last Marcel has penetrated the real world, and sees what he is supposed to do with his new knowledge: to write the book that one is reading. The awareness of time’s passing spurs him to get down to the serious work that will offer him life’s supreme pleasure: illuminating the nature of timelessness. “How happy would he be, I thought, the man who had the power to write such a book! What a task awaited him!” (…) His vision of human solitude in the face of death reminds one of Edvard Munch’s great and dreadful painting Grief, in which a roomful of people are arrayed around the bed of a dead woman: no one touches or even looks at anyone else; each is locked in his own impenetrable sorrow, mourning by himself and, one suspects, for himself. But unlike Munch, Proust does admit the possibility of consolation, even of redemption. The writer Bergotte dies while sitting in a museum and looking at a patch of yellow wall in a painting by his beloved Vermeer. This devotional attitude moves Marcel to think of “a different world, a world based on kindness, scrupulousness, self-sacrifice, a world entirely different from this one and which we leave in order to be born on this earth, before perhaps returning there. . . . So that the idea that Bergotte was not permanently dead is by no means improbable.” It is this spiritual capaciousness that Saul Bellow’s Mr. Sammler has in mind when he speaks of In Search of Lost Time as “a high-ceilinged masterpiece.” (…) A lifetime of hard suffering went into this masterpiece, and, for better and for worse, it is humanity in its heartache and failure that enjoys pride of place. Algis Valiunas
Le règne du roi n’est que l’entracte prolongé d’un rituel sacrificiel violent. Gil Bailie
Parfois, la durée du règne [du nouveau roi] est fixée dès le départ: les rois de Djonkon (…) régnaient sept ans à l’origine. Chez les Bambaras, le nouveau roi déterminait traditionnellement lui-même la longueur de son propre règne. On lui passait au cou une bande de coton, dont deux hommes tiraient les extrémités en sens contraire pendant qu’il extrayait d’une calebasse autant de cailloux qu’il pouvait en tenir. Ces derniers indiquaient le nombre d’années de son règne, à l’expiration desquelles on l’étranglait. (…) Le roi paraissait rarement en public. Son pied nu ne devait jamais toucher le sol, car les les récoltes en eussent été desséchées; il ne devait rien ramasser sur la terre non plus. S’il venait à tomber de cheval, on le mettait autrefois à mort. Personne n’avait le droit de dire qu’il était malade; s’il contractait une maladie grave, on l’étranglait en grand secret. . . . On croyait qu’il contrôlait la pluie et les vents. Une succession de sécheresses et de mauvaises récoltes trahissait une relâchement  de sa force et on l’étranglait en secret la nuit. Elias Canetti
Le roi ne règne qu’en vertu de sa mort future; il n’est rien d’autre qu’une victime en instance de sacrifice, un condamné à mort qui attend son exécution. (…) Prévoyante, la ville d’Athènes entretenait à ses frais un certain nombre de malheureux […]. En cas de besoin, c’est-à-dire quand une calamité s’abattait ou menaçait de s’abattre sur la ville, épidémie, famine, invasion étrangère, dissensions intérieures, il y avait toujours un pharmakos à la disposition de la collectivité. […] On promenait le pharmakos un peu partout, afin de drainer les impuretés et de les rassembler sur sa tête ; après quoi on chassait ou on tuait le pharmakos dans une cérémonie à laquelle toute la populace prenait part. […] D’une part, on […] [voyait] en lui un personnage lamentable, méprisable et même coupable ; il […] [était] en butte à toutes sortes de moqueries, d’insultes et bien sûr de violences ; on […] [l’entourait], d’autre part, d’une vénération quasi-religieuse ; il […] [jouait] le rôle principal dans une espèce de culte.  René Girard
Le roi a une fonction réelle et c’est la fonction de toute victime sacrificielle. Il est une machine à convertir la violence stérile et contagieuse en valeurs culturelles positives. René Girard
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
Il arrive que les victimes d’une foule soient tout à fait aléatoires ; il arrive aussi qu’elles ne le soient pas. Il arrive même que les crimes dont on les accuse soient réels, mais ce ne sont pas eux, même dans ce cas-là, qui joue le premier rôle dans le choix des persécuteurs, c’est l’appartenance des victimes à certaines catégories particulièrement exposées à la persécution. (…) il existe donc des traits universels de sélection victimaire (…) à côté des critères culturels et religieux, il y en a de purement physiques. La maladie, la folie, les difformités génétiques, les mutilations accidentelles et même les infirmités en général tendent à polariser les persécuteurs. (…) l’infirmité s’inscrit dans un ensemble indissociable du signe victimaire et dans certains groupes — à l’internat scolaire par exemple — tout individu qui éprouve des difficultés d’adaptation, l’étranger, le provincial, l’orphelin, le fils de famille, le fauché, ou, tout simplement, le dernier arrivé, est plus ou moins interchangeables avec l’infirme. (…) lorsqu’un groupe humain a pris l’habitude de choisir ses victimes dans une certaine catégorie sociale, ethnique, religieuse, il tend à lui attribuer les infirmités ou les difformités qui renforceraient la polarisation victimaire si elles étaient réelles. (…) à la marginalité des miséreux, ou marginalité  du dehors, il faut en ajouter une seconde, la marginalité du dedans, celle des riches et du dedans. Le monarque et sa cour font parfois songer à l’oeil d’un ouragan. Cette double marginalité suggère une organisation tourbillonnante. En temps normal, certes, les riches et les puissants jouissent de toutes sortes de protections et de privilèges qui font défaut aux déshérités. Mais ce ne sont pas les circonstances normales qui nous concernent ici, ce sont les périodes de crise. Le moindre regard sur l’histoire universelle révèle que les risques de mort violente aux mains d’une foule déchaînée sont statistiquement plus élevés pour les privilégiés que pour toute autre catégorie. A la limite ce sont toutes les qualités extrêmes qui attirent, de temps en temps, les foudres collectives, pas seulement les extrêmes de la richesse et de la pauvreté, mais également ceux du succès et de l’échec, de la beauté et de la laideur, du vice de la vertu, du pouvoir de séduire et du pouvoir de déplaire ; c’est la faiblesse des femmes, des enfants et des vieillards, mais c’est aussi la force des plus forts qui devient faiblesse devant le nombre (…) La reine appartient à plusieurs catégories victimaires préférentielles; elle n’est pas seulement reine mais étrangère. Son origine autrichienne revient sans cesse dans les accusations populaires. Le tribunal qui la condamne est très fortement influencé par la foule parisienne. Notre premier stéréotype est également présent: on retrouve dans la révolution tous les traits caractéristiques des grandes crises qui favorisent les persécutions collectives. (…) Je ne prétends pas que cette façon de penser doive se substituer partout à nos idées sur la Révolution française. Elle n’en éclaire pas moins d’un jour intéressant une accusation souvent passée sous silence mais qui figure explicitement au procès de la reine, celui d’avoir commis un inceste avec son fils. René Girard
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
La participation médiocre, les conditions de cette victoire dans le contexte du «Fillongate», puis face à un adversaire «repoussoir», dans sa fonction d’épouvantail traditionnel de la politique française, donnent à cette élection un goût d’inachevé. Les Français ont-ils jamais été en situation de «choisir»? Tandis que la France «d’en haut» célèbre son sauveur providentiel sur les plateaux de télévision, une vague de perplexité déferle sur la majorité silencieuse. Que va-t-il en sortir? Par-delà l’euphorie médiatique d’un jour, le personnage de M. Macron porte en lui un potentiel de rejet, de moquerie et de haine insoupçonnable. Son style «jeunesse dorée», son passé d’énarque, d’inspecteur des finances, de banquier, d’ancien conseiller de François Hollande, occultés le temps d’une élection, en font la cible potentielle d’un hallucinant lynchage collectif, une victime expiatoire en puissance des frustrations, souffrances et déceptions du pays. Quant à la «France d’en haut», médiatique, journalistique, chacun sait à quelle vitesse le vent tourne et sa propension à brûler ce qu’elle a adoré. Jamais une présidence n’a vu le jour sous des auspices aussi incertains. Cette élection, produit du chaos, de l’effondrement des partis, d’une vertigineuse crise de confiance, signe-t-elle le début d’une renaissance ou une étape supplémentaire dans la décomposition et la poussée de violence? En vérité, M. Macron n’a aucun intérêt à obtenir, avec «En marche», une majorité absolue à l’Assemblée qui ferait de lui un nouvel «hyperprésident» censé détenir la quintessence du pouvoir. Sa meilleure chance de réussir son mandat est de se garder des sirènes de «l’hyperprésidence» qui mène tout droit au statut de «coupable idéal» des malheurs du pays, à l’image de tous ses prédécesseurs. De la part du président Macron, la vraie nouveauté serait dans la redécouverte d’une présidence modeste, axée sur l’international, centrée sur l’essentiel et le partage des responsabilités avec un puissant gouvernement réformiste et une Assemblée souveraine, conformément à la lettre – jamais respectée – de la Constitution de 1958. Maxime Tandonnet (07.05.2017)
La violente polémique qui secoue la candidature de François Fillon à l’élection présidentielle n’a rien d’une surprise. Il fallait s’y attendre. La vie politique française n’a jamais supporté les têtes qui dépassent, les personnalités qui prennent l’ascendant. Dans l’histoire, les hommes d’État visionnaires, ceux qui ont eu raison avant tout le monde, ont été descendus en flammes et leur image est restée maudite des décennies ou des siècles après leur mort (…) Dans mon livre les Parias de la République(Perrin, 2017), j’ai raconté la descente aux enfers de ces parias qui furent aussi de grands hommes d’État, et une femme Premier ministre, leur diabolisation qui les poursuit jusqu’aux yeux de la postérité. Cet ouvrage annonce aussi la généralisation et la banalisation de la figure du paria dans la vie politique contemporaine. La médiatisation, Internet et la puissance des réseaux sociaux, les exigences de transparence, la défiance face à l’autorité et surtout, la personnalisation du pouvoir à outrance, transforme tout homme ou femme incarnant de pouvoir en bouc émissaire des frustrations et des angoisses d’une époque. Qui ne se souvient à quel point Nicolas Sarkozy fut traîné dans la boue de 2007 à 2012? Dans un tout autre genre, François Hollande a aussi connu, à la tête de l’État, le vertige de l’humiliation. La diabolisation des hommes politiques s’accélère: non seulement Sarkozy, puis Hollande, mais aussi Alain Juppé et Manuel Valls viennent de chuter. L’hécatombe est désormais inarrêtable… Sans aucun doute, le tour viendra d’Emmanuel Macron, et sa chute sera aussi subite et aussi violente que son ascension fondée sur la sublimation d’une image. (…) Oui, il fallait s’attendre, tôt ou tard, à la lapidation de François Fillon. Le prétexte de l’emploi de son épouse à ses côtés est ambigu. Le recrutement de proches par des responsables politiques est une vieille – et mauvaise – habitude française. Alexandre Millerand , Vincent Auriol, François Mitterrand employaient leur fils à l’Elysée et Jacques Chirac sa fille. Combien de ministres ont recruté un proche dans leurs cabinets? Combien de fils et de fille «de» ont hérité de la position politique de leur père? 20% des parlementaires emploient un membre de leur famille. L’un des plus hauts responsables actuels de la République a l’habitude de salarier sa femme auprès de lui. Tout cela est bien connu. À l’évidence, cette pratique n’est pas à l’honneur de notre République. Mais tout le monde s’en est jusqu’à présent accommodé, hypocritement, sans poser de question. Personne ne s’est interrogé sur la nature et l’effectivité des tâches accomplies par le conjoint ou le parent. Et voici que soudain, le dossier est opportunément rouvert, contre François Fillon. (…) L’homme se prête particulièrement à une diabolisation. Son caractère à la fois discret et volontariste a tout pour exaspérer un microcosme politico-médiatique plus enclin à idolâtrer le clinquant stérile et l’impuissance bavarde. La ligne de défense de François Fillon transparaît dans son discours du 29 janvier. Il s’apprête à endosser le rôle de paria, comptant sur un retournement en sa faveur. En témoigne la présence de Pénélope à ses côtés. Sa parole, conservatrice et libérale, semble avoir été façonnée pour exacerber les haines des idéologues de la table rase: «On me décrit comme le représentant d’une France traditionnelle. Mais celui qui n’a pas de racines marche dans le vide. Je ne renie rien de ce qu’on m’a transmis, rien de ce qui m’a fait, pas plus ma foi personnelle que mes engagements politiques». Peut-il réussir? In fine, le résultat des élections de 2017 dépendra du corps électoral: emprise de l’émotionnel ou choix d’un destin collectif? Mais au-delà, une grande leçon de ces événements devrait s’imposer: l’urgence de refonder la vie politique française, sur une base moins personnalisée et plus collective, tournée vers le débat d’idées et non plus l’émotion – entre haine et idolâtrie – autour de personnages publics. Maxime Tandonnet (30.01.2017)
Un homme d’État doit concilier trois qualités: une vision de l’histoire, le sens du bien commun et le courage personnel. Ils sont très peu nombreux à avoir durablement émergé dans l’histoire politique française. En effet, en raison de leur supériorité, ils sont rapidement pris en chasse par le marais et réduits au silence avant d’être lapidés. Le véritable homme d’État est un paria en puissance. Le Général de Gaulle fut un paria tout à fait particulier, un paria qui a réussi. Il faut se souvenir de la manière dont il fut traité dans les années 1950 et 1960. Il était en permanence insulté, qualifié de réactionnaire et de fasciste. Dans Le Coup d’État permanent, François Mitterrand utilise à son propos les mots de «caudillo, duce, führer…». C’est un comble pour le chef de la résistance française au nazisme… S’il fut un paria qui a réussi, c’est en raison de sa place hors norme dans l’histoire, auteur de l’appel du 18 juin 1940 et de la décolonisation. Mais dès lors, il n’est plus vraiment un paria au sens de la définition que j’en donne, son image à la postérité étant largement positive et consensuelle. (…) la lecture des livres de René Girard, notamment La violence et le sacré et Les choses cachées depuis la fondation du monde m’a inspiré l’idée de cet ouvrage sur les parias de la République. Sa grille de lecture peut s’appliquer à l’histoire politique française: la quête d’un bouc émissaire, victime expiatoire de la violence collective, et son lynchage par lequel la société politique retrouve son unité. Le cas d’Édith Cresson est intéressant à cet égard. Quand on lit la presse de l’époque, quand on replonge dans les actualités du début des années 1990, la violence, la férocité de son lynchage nous apparaissent comme sidérantes. On a beaucoup parlé de ses maladresses, provocations et fautes de communication qui furent réelles. Mais l’acharnement contre elle, les insultes, la caricature, la diffamation contre une femme Premier ministre qui prenait une place convoitée par des hommes, a atteint des proportions vertigineuses. On en a oublié des aspects positifs de sa politique: le rejet des 35 heures, la promotion de l’apprentissage, des privatisations et de la politique industrielle, la volonté de maîtriser les frontières. Elle fut vraiment une femme lynchée. Et sur ce sacrifice, les politiques de son camp ont tenté de se refaire une cohésion. Sans succès. Encore aujourd’hui, je constate à quel point elle fut haïe. Des personnalités de droite ou de gauche m’ont vivement reproché de tenter de la «réhabiliter» parmi mes parias! De fait, je ne cherche pas à la réhabiliter et ne cache rien de ses erreurs, mais je mets le doigt sur un épisode qui n’est pas à l’honneur de la classe politique française. La violence est certes inhérente à la république dès lors que la république suppose une concurrence pour les postes, les mandats, les honneurs. Cette violence devrait être tempérée par la morale, le sens de l’honneur, du respect des autres, par les valeurs au sens du duc de Broglie. Elle ne l’a pas été à l’égard d’Édith Cresson. Elle l’est de moins en moins aujourd’hui, comme en témoigne la multiplication des lynchages politico-médiatiques à tout propos. (…) Nicolas Sarkozy a fait l’objet d’un lynchage permanent et violent pendant son quinquennat: insultes au jour le jour, calomnies et les aspects positifs du bilan de son action ont été étrangement passés sous silence. Pourtant, il me semble trop tôt pour lui appliquer le qualificatif de paria au sens où je l’entends dans mon ouvrage, supposant un bannissement qui se poursuit dans l’histoire. Comment sera-t-il jugé dans vingt ans? Qui peut le dire? Souvenons-nous de Mitterrand et de Chirac. Leur fin de règne fut pathétique, pitoyable. Qui s’en souvient encore? La mémoire contemporaine est tellement courte… Aujourd’hui, ils sont plutôt encensés et n’ont rien de parias… (…) [François Fillon] a le profil d’un bouc émissaire, sans aucun doute, faute de pouvoir parler de paria à ce stade. D’ici à l’élection présidentielle et par la suite, s’il l’emporte, il sera inévitablement maltraité et son tempérament à la fois réservé et volontaire ne peut qu’exciter la hargne envers lui. Il faut noter que François Hollande, quoi qu’on en pense, n’a pas été épargné par le monde médiatique et la presse qu’il croyait tout acquise à sa cause… C’est une vraie question que je me pose: le président de la République, qui incarnait du temps du général de Gaulle et de Pompidou, le prestige, l’autorité, la grandeur nationale, est-il en train de devenir le bouc émissaire naturel d’un pays en crise de confiance? Ultramédiatisé, il incarne à lui tout seul le pouvoir politique dans la conscience collective. Mais ne disposant pas d’une baguette magique pour régler les difficultés des Français, apaiser leurs inquiétudes, il devient responsable malgré lui de tous les maux de la création. Je pense qu’il faut refonder notre vision du pouvoir politique, lui donner une connotation moins personnelle et individualiste. Le temps est venu de redécouvrir les vertus d’une politique davantage axée sur l’engagement collectif, le partage de la responsabilité, entre le chef de l’État, le Premier ministre, la majorité, la nation, au service du bien commun. Maxime Tandonnet (13.01.2017)
«J’avais ourdi le complot» raconte l’avocat Robert Bourgi dans l’émission de BFM, intitulée «Qui a tué François Fillon?» Son témoignage nous remémore le fond des ténèbres atteintes par la politique française il y a tout juste un an. (…) Aujourd’hui, la mode est à l’optimisme. Le discours dominant dans les médias et la presse sublime la recomposition de la classe politique et son rajeunissement. Le nouveau monde aurait définitivement enterré l’ancien. Les événements de l’hiver 2017 semblent être à des années-lumière. La France a le plus jeune président de son histoire. Un grand balayage a entraîné le renouvellement du visage des députés et des ministres. La croissance est au rendez-vous, et «France is back», la France est de retour. Et si tout cela n’était qu’illusion? Et si les causes profondes du Fillongate de 2017, la pire catastrophe démocratique de l’histoire contemporaine, bien loin de se résorber, n’avaient jamais été aussi vivaces sous le couvercle du brouhaha quotidien? Le déclin de la culture et de l’intelligence politiques est au centre du grand malaise, touchant en premier lieu les élites dirigeantes et médiatiques. (…) Où a-t-on vu, depuis la déflagration de 2017, le moindre essai de réflexion sur un régime politique évidemment à bout de souffle, fondé sur l’idolâtrie narcissique, la démagogie, la dissimulation, l’impuissance publique, la frime inefficace, la fuite devant la réalité et le sens de l’intérêt général au profit de l’image? Nulle part! Cette réflexion est comme interdite, étouffée par le carcan d’un abêtissement collectif. (…) La cassure entre le peuple et la classe dirigeante, comme le souligne le nouveau sondage CEVIPOF 2018 sur la confiance des Français, n’a jamais été aussi profonde: comme les années précédentes, 77 % des Français ont une image négative de la politique qui leur inspire de la méfiance (39 %), du dégoût (25 %), de l’ennui (9 %), de la peur (3%). Loin de l’effervescence joyeuse de la «France d’en haut», la fracture démocratique, ce mal qui ronge le pays, ne cesse de s’aggraver. L’obsession élyséenne, quintessence de la dérive mégalomaniaque de la politique française au détriment du bien commun de la Nation, et les guerres d’ego qui ont conduit les Républicains à cette hallucinante déflagration de 2017, vont-elles enfin cesser? En effet, la chute du FN et du PS, les tâtonnements de LREM, pourraient ouvrir un nouvel espace aux Républicains. Ont-ils enfin décidé de se mettre au service du pays et non d’eux-mêmes? Tout laisse penser que non. La révolte des barons contre M. Wauquiez donne le sentiment que rien n’a changé à cet égard. (…) Le récit de M. Bourgi sur BFM est purement anecdotique. Il est l’arbre qui cache la forêt. La politique française connaît une vertigineuse crise du sens dont le séisme de 2017 fut la première manifestation. D’autres viendront, plus terribles encore. Aujourd’hui, rien n’a changé. Le mélange de nihilisme et de fureur narcissique, sur les ruines de l’intelligence politique, n’en finit pas de détruire la démocratie. Vous avez aimé 2017? Vous allez adorer 2022! Maxime Tandonnet
J’apprends non sans stupéfaction que Flavie Flament, dans l’émission « Philosophie » d’Arte, que chacun peut consulter, se réjouit, trente ans après, de la stratégie qu’elle a mise en œuvre pour devenir « le bourreau de son bourreau », stratégie qui lui a permis de se « reconstruire ». Elle parle d’Hamilton comme d’un monstre de lâcheté, mort de manière vulgaire et sans panache, le visage couvert d’un sac en plastique, car il ne supportait pas de voir son image. On a rarement été plus loin dans l’ignominie. (…) Cette sordide histoire m’a rappelé celle de Valérie Solanas, intellectuelle féministe radicale, qui appelait dans son Scum Manifeste à châtrer les hommes et qui tenta d’abattre Andy Warhol et deux de ses compagnons. Elle passera trois ans en prison, soutenue par les féministes américaines (le National Organization for Women) qui voyait en elle la championne la plus remarquable des droits des femmes. Lou Reed, lui, chanta: « Je crois bien que j’aurais appuyé sur l’interrupteur de la chaise électrique moi-même. » Sans recourir à de telles extrémités, on s’interrogera légitimement – Houellebecq l’avait fait à l’époque – sur la haine des sexes et la férocité du désir de vengeance de femmes sans doute humiliées et blessées à un âge où elles idéalisaient encore les rapports amoureux. Mais quoi qu’ait subi Flavie Flament de la part de David Hamilton, ce qui n’est pas prouvé, sa jouissance à l’annonce de son suicide et la stratégie à long terme mise pour y parvenir, me laisse pour le moins songeur. Je me garderai bien de me scandaliser, ne sachant ce qui relève d’une obsession pathologique ou d’un désir immodéré de rester sous les feux de la rampe en un temps où ce genre de dénonciation vous valorise plus qu’il n’inspire le dégoût. Faut-il vraiment, comme le suggère Madame Taubira, que les hommes apprennent ce qu’est l’humiliation ? Auquel cas je ne saurai leur conseiller meilleure maîtresse que Flavie Flament. Roland Jaccard
Tout au long de la campagne, les affaires ont contribué à envoyer par le fond les chances de succès de l’ancien Premier ministre. Ces révélations poursuivaient-elles un calcul politique ou personnel? Qui a tué François Fillon? Voilà les questions posées par une équipe de BFMTV dans un documentaire exceptionnel diffusé ce lundi soir sur notre antenne. A la croisée des regards, les journalistes du Canard enchaîné, bien sûr, qui ont dévoilé peu à peu les vicissitudes présumées du clan Fillon. Devant nos caméras, Hervé Liffran et Isabelle Barré l’assurent: leur travail ne doit rien à une « taupe » à droite, ni à une quelconque aide extérieure. C’est naturellement qu’après le premier tour de la primaire, ils se sont penchés sur les déclarations de patrimoine et de revenus du couple, puis ont découvert, intrigués, que Penelope Fillon avait travaillé pour La Revue des deux mondes, mais aussi et surtout comme collaboratrice parlementaire de son mari et du suppléant de celui-ci pendant huit ans, dans la plus grande discrétion. Naturellement que les montants perçus pour une activité peu évidente (100.000 euros brut entre mai 2012 et décembre 2013 pour la revue et 500.000 euros brut perçus auprès du Palais-Bourbon) les ont intéressés. « Pas de Dark Vador, pas de force obscure », sourit aujourd’hui Isabelle Barré. Pourtant le 24 janvier à 18 heures, lorsque le compte Twitter du Canard enchaîné jette son pavé dans la mare, les principales figures de la droite, alors réunies autour d’une galette des rois dans les locaux de campagne de leur candidat, sont persuadées qu’il s’agit là d’un acte de malveillance, peut-être venu de l’intérieur. Parmi les figures entretenant une inimitié notoire avec François Fillon, les noms de Jean-François Copé et Rachida Dati courent sur les lèvres. Tous deux écartent toujours ces allégations. « Si on devait mettre en cause tous ceux à qui François Fillon a fait du mal, la liste serait longue », ajoute l’ancien ministre du Budget. La piste d’un « cabinet noir » élyséen, lancée par François Fillon lui-même, ne mènera pas plus loin. De toute façon, les revenus des Fillon ne sont pas un secret pour tout le monde: à l’Assemblée nationale, 95 personnes ont accès aux fiches de paie des collaborateurs dans le cadre de leur travail. S’il est difficile de savoir d’où sont partis les premiers coups, nombreux sont ceux à avoir cherché à achever François Fillon. Dès fin janvier, c’est François Bayrou qui cherche un « plan B » à la droite et au centre. Début février, le président du Sénat, Gérard Larcher, veut mettre un terme à l’équipée, après avoir appris que les enfants de François Fillon avaient aussi été rémunérés par la Haute assemblée durant le mandat sénatorial de leur père. Peu à peu, les leaders de la droite prennent leurs distances. (…) Pendant toute cette période, Nicolas Sarkozy, vaincu à la primaire, joue un jeu trouble. Comme nous le raconte Rachida Dati, tout le monde ne cesse de l’appeler: Xavier Bertrand, François Bertrand, Laurent Wauquiez. Tous veulent qu’il pousse François Fillon à l’abandon. « A la faveur de chacun d’entre eux… Tout le monde voulait y aller! » s’amuse l’ancienne Garde des Sceaux. BFM
L’homme qui a offert des costumes à François Fillon, Robert Bourgi, s’est vanté chez Jean-Jacques Bourdin, avec une faconde que n’auraient pas reniée «Les Tontons flingueurs», d’avoir «ourdi un complot» contre le candidat pour peser dans sa chute. Invité chez Jean-Jacques Bourdin sur RMC ce 29 janvier, Robert Bourgi, proche de Nicolas Sarkozy et des cercles du pouvoir, a fait de nouvelles révélations sardoniques sur son ancien «ami» François Fillon. L’homme de loi a reconnu avoir monté un complot contre l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy, avec l’intention de «le niquer» pendant la campagne présidentielle. Sa ruse : lui offrir des costumes hors de prix. Le jour de la diffusion du documentaire «Qui a tué François Fillon ?» sur BFM TV, Robert Bourgi est venu livrer les dessous de son «complot». Il donne le ton en jetant d’emblée à Jean-Jacques Bourdin : «Votre service de sécurité m’a enlevé ma boîte à outils. J’avais la sulfateuse, le marteau et les clous pour le cercueil pour Monsieur Fillon mais pour vous, j’ai quelque chose.» Et l’homme de dégainer un mètre de couturière, pour prendre les mesures de l’animateur. «Ce sera pas Arny’s, ce sera Petit Bateau», rit-il, très content de sa blague. Il déroule alors l’historique qui le fait apparaître comme un intriguant, avide de relations de pouvoir, éclairant d’un jour nouveau les réseaux d’influence et alliances impitoyables autour des têtes de l’UMP, devenue les Républicains en 2015. L’avocat d’origine libano-sénégalaise Robert Bourgi, figure de la Françafrique, a toujours courtisé les puissants : Jacques Chirac, Omar Bongo, Laurent Gbagbo et surtout son «ami» Nicolas Sarkozy. Il explique avoir fréquenté régulièrement François Fillon pendant son mandat de Premier ministre. (…) Mais Robert Bourgi s’est retourné contre l’ancien Premier ministre lorsque deux journalistes lui ont livré un scoop signé François Hollande durant la campagne de la primaire. Le duo confie à l’avocat : «Ton ami Fillon a demandé la peau de ton ami Sarko.» L’ancien chef du gouvernement avait demandé que la justice accélère concernant les affaires dans lesquelles était impliqué l’ancien chef d’Etat. Dès lors, Robert Bourgi se métamorphose en nettoyeur des couloirs feutrés des cabinets ministériels. (…) Il décide alors de fomenter un complot, selon ses propres termes, contre le Sarthois en exploitant ses faiblesses. (…) Robert Bourgi ne souhaitait pas parler chiffon mais tentait d’influencer François Fillon sur le choix de ses lieutenants. Il souhaitait le voir s’entourer «de compagnons de Nicolas Sarkozy» qui voulaient le «servir», en lui conseillant de les inclure dans son «comité politique». Aucun retour. Et c’est en homme vexé de ne pas arriver à faire aboutir ses petites manœuvres qu’il se plaint : «Il m’a humilié.» Russia Today
Je lui ai dit : « Nicolas, il n’ira jamais à l’Elysée » […] parce que je vais le niquer, j’avais ourdi le complot […] à cause du comportement de Fillon à mon endroit qui n’était pas correct. Je savais exactement que j’allais payer ces costumes par chèque et que j’allais appeler mon ami Valdiguié au JDD, lui montrer le chèque. Quand on a fait campagne sur les vertus morales, la difficulté des Français à joindre les deux bouts, je me suis dit : « C’est quelque chose qui va le tuer ». Robert Bourgi
François Fillon, j’ai décidé de le tuer pour diverses raisons. D’abord parce qu’il a violé toutes les règles de l’amitié avec moi. J’ai toujours été correct avec lui, […] j’ai toujours défendu la position de Fillon auprès de Nicolas dans le but de les réunir un jour ou l’autre. […] Il passait son temps à démolir Nicolas Sarkozy. Il l’a toujours détesté, il a toujours eu les mots les plus inélégants à son égard. A chaque fois je lui disais : « François, tu n’as pas le droit de parler de Nicolas comme ça » […] François Fillon m’avait promis d’être un peu plus loyal à l’endroit de Nicolas Sarkozy, il n’a jamais tenu parole. Robert Bourgi
En fait, je fais au mois de janvier, une conférence sur Bourreaux et victimes. Et on se rend compte qu’à un moment donné, la victime peut devenir aussi quelque part – c’est pour ça que je parlais de stratégie – le bourreau de son bourreau en retournant effectivement ça. Et je pense que c’est là-dessus qu’on se reconstruit. (…) Et la façon dont il est mort m’a vraiment interrogée. Il est mort avec un sac en plastique sur la tête. (…) Il est mort d’une façon vulgaire. (…) Il avait pas de panache.  Certains mettent en scène leur mort (…) Je me suis consolée quelque part en me disant qu’il s’était regardé. Quand on se met un sac en plastique de supermarché  sur la tête et qu’on disparait de cette façon là dans un petit appartement du boulevard de Montparnasse, il y a quand même (…) quelque chose de fou. Flavie Flamant
Au lieu de lui tirer une balle, vous lui envoyez un missile. Raphael Enthoven

Attention: une curée peut en cacher une autre !

A l’heure où, forts de leur coup, BFM et France 5 nous balancent en boucle …

Leur publireportage sur le « niquage » du candidat Fillon il y a un an par un porte-flingue de Nicolas Sarkozy …

Mais où, fortes du nombre désormais de leur côté et avec la complicité active de prétendus philosophes sur des prétendues chaines culturelles, certaines femmes se laissent emporter par la plus primaire des vindictes anti-hommes

Comment avec Maxime Tandonnet …

Qui, après avoir un moment conseillé l’ancien président Sarkozy, avait écrit des pages éloquentes sur la bouc-émissarisation de la politique française …

Ne pas repenser à la si pertinente définition proustienne du fonctionnement fondamental de nos sociétés comme de nos foules …

Qui « gouvernées par l’instinct d’imitation et l’absence de courage » …

Se muent pour « chasser ou acclamer ses rois » …

En « bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang » ?

Derrière Bourgi, la déliquescence de la politique française
Maxime Tandonnet
Le Figaro
31/01/2018

FIGAROVOX/TRIBUNE – Après la diffusion d’un reportage de BFM en début de semaine, on voudrait croire que c’est bien Robert Bourgi qui a «tué François Fillon». Il n’en est rien, selon Maxime Tandonnet : l’assassin court toujours, et il n’a pas fini de faire des victimes. Il s’agit de la crise du sens que traverse la politique française.


Ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, haut-fonctionnaire, Maxime Tandonnet décrypte chaque semaine l’exercice de l’État pour le FigaroVox. Il a écrit Les parias de la République (éd. Perrin, 2017).


«J’avais ourdi le complot» raconte l’avocat Robert Bourgi dans l’émission de BFM, intitulée «Qui a tué François Fillon?» Son témoignage nous remémore le fond des ténèbres atteintes par la politique française il y a tout juste un an. Qu’est-ce que la politique? En principe, le débat d’idées, le choix d’un projet en vue de bâtir un destin commun et de régler le mieux possible les défis du présent et de l’avenir. Ces révélations donnent un nouvel aperçu du pire de la vie publique, un cocktail de batailles d’ego, de rancœurs, de vengeances personnelles qui anéantit toute idée de bien commun et d’intérêt général.

Aujourd’hui, la mode est à l’optimisme. Le discours dominant dans les médias et la presse sublime la recomposition de la classe politique et son rajeunissement. Le nouveau monde aurait définitivement enterré l’ancien. Les événements de l’hiver 2017 semblent être à des années-lumière. La France a le plus jeune président de son histoire. Un grand balayage a entraîné le renouvellement du visage des députés et des ministres. La croissance est au rendez-vous, et «France is back», la France est de retour.

Et si tout cela n’était qu’illusion? Et si les causes profondes du Fillongate de 2017, la pire catastrophe démocratique de l’histoire contemporaine, bien loin de se résorber, n’avaient jamais été aussi vivaces sous le couvercle du brouhaha quotidien?

Le déclin de la culture et de l’intelligence politiques est au centre du grand malaise, touchant en premier lieu les élites dirigeantes et médiatiques. Toute la vie politico-médiatique se ramène désormais à des effets de personnalisation narcissique au détriment des convictions. La Nation doit voter pour l’image d’un individu, les sensations qu’il inspire, une image parfaitement volatile, conditionnée par les soubresauts des émotions collectives, au fil de l’actualité et du matraquage médiatique. Dès lors s’efface la notion de choix de société sur les grands sujets du moment: l’école, l’industrie, la dette, l’immigration, le chômage, l’autorité de l’État, la sécurité, la refondation de l’Europe…

Où a-t-on vu, depuis la déflagration de 2017, le moindre essai de réflexion sur un régime politique évidemment à bout de souffle, fondé sur l’idolâtrie narcissique, la démagogie, la dissimulation, l’impuissance publique, la frime inefficace, la fuite devant la réalité et le sens de l’intérêt général au profit de l’image? Nulle part! Cette réflexion est comme interdite, étouffée par le carcan d’un abêtissement collectif.

«Renouvellement», disiez-vous? La cassure entre le peuple et la classe dirigeante, comme le souligne le nouveau sondage CEVIPOF 2018 sur la confiance des Français, n’a jamais été aussi profonde: comme les années précédentes, 77 % des Français ont une image négative de la politique qui leur inspire de la méfiance (39 %), du dégoût (25 %), de l’ennui (9 %), de la peur (3%). Loin de l’effervescence joyeuse de la «France d’en haut», la fracture démocratique, ce mal qui ronge le pays, ne cesse de s’aggraver.

L’obsession élyséenne, quintessence de la dérive mégalomaniaque de la politique française au détriment du bien commun de la Nation, et les guerres d’ego qui ont conduit les Républicains à cette hallucinante déflagration de 2017, vont-elles enfin cesser? En effet, la chute du FN et du PS, les tâtonnements de LREM, pourraient ouvrir un nouvel espace aux Républicains. Ont-ils enfin décidé de se mettre au service du pays et non d’eux-mêmes? Tout laisse penser que non. La révolte des barons contre M. Wauquiez donne le sentiment que rien n’a changé à cet égard. Summum de l’absurdité et de l’obsession élyséenne: plutôt que de se pencher sur les raisons profondes de la crise politique française, certains, songeant uniquement à leur destin personnel, ramènent déjà la question des «primaires» de 2022, sans la moindre considération pour leur faillite en 2016-2017!

Le récit de M. Bourgi sur BFM est purement anecdotique. Il est l’arbre qui cache la forêt. La politique française connaît une vertigineuse crise du sens dont le séisme de 2017 fut la première manifestation. D’autres viendront, plus terribles encore. Aujourd’hui, rien n’a changé. Le mélange de nihilisme et de fureur narcissique, sur les ruines de l’intelligence politique, n’en finit pas de détruire la démocratie. Vous avez aimé 2017? Vous allez adorer 2022!

Voir aussi:

David Hamilton: Flament glose…
Roland Jaccard

Causeur

3 février 2018

J’aimais bien David Hamilton de quelques années mon aîné, que je croisais parfois boulevard Montparnasse. Ses photos avaient bercé mon adolescence. Et personne n’y voyait rien d’obscène. Les plus grands artistes avaient travaillé avec lui et même Alain Robbe-Grillet avait signé un livre : Rêves de jeunes filles avec Hamilton dont la notoriété s’étendait au monde entier. Il y régnait un érotisme doux, presque chaste, qui n’offusquait personne. Ses films, en revanche, passaient inaperçus : le photographe avait éclipsé le cinéaste dont on retiendra néanmoins Laura ou les ombres de l’été avec Dawn Dunlap actrice à laquelle Olivier Mathieu a rendu un bel hommage dans Le Portrait de Dawn Dunlap.

Je savais par un ami commun que la situation de David Hamilton était devenue précaire et que certaines rétrospectives de son œuvre avaient été annulées après des accusations de pédophilie : sans doute portait-il aux très jeunes filles un amour immodéré. Mais jamais la justice, en dépit de deux plaintes, ne l’avait jugé coupable. Et voici que trente années plus tard, une présentatrice de télévision, Flavie Flament, un de ses anciens modèles le prend pour cible dans un médiocre roman intitulé : La Consolation. Le nom de Hamilton sent alors le soufre, tout comme ceux de Weinstein, d’Allen, de Polanski, de Balthus et de tant d’autres.

Devenir « le bourreau de son bourreau »
Sans doute lassé par une époque où la délation et la vulgarité commandent l’esprit du temps, David Hamilton se donne la mort dans des circonstances encore mal élucidées. On le trouve étouffé dans la nuit du 25 novembre 2016 « avec un sac plastique sur la tête » et la porte ouverte de son appartement. Certains pensent qu’il aurait pu être assassiné. Je crois surtout qu’il était dégoûté par un monde où il n’avait plus sa place et qu’il en a tiré la conclusion logique.

Mais j’apprends non sans stupéfaction que Flavie Flament, dans l’émission « Philosophie » d’Arte, que chacun peut consulter, se réjouit, trente ans après, de la stratégie qu’elle a mise en œuvre pour devenir « le bourreau de son bourreau », stratégie qui lui a permis de se « reconstruire ».

Elle parle d’Hamilton comme d’un monstre de lâcheté, mort de manière vulgaire et sans panache, le visage couvert d’un sac en plastique, car il ne supportait pas de voir son image. On a rarement été plus loin dans l’ignominie. Et, au passage, tous ceux qui ont eu recours au sac plastique pour se suicider apprécieront… s’ils en ont encore l’occasion.

Au mauvais souvenir de Lou Reed
Cette sordide histoire m’a rappelé celle de Valérie Solanas, intellectuelle féministe radicale, qui appelait dans son Scum Manifeste à châtrer les hommes et qui tenta d’abattre Andy Warhol et deux de ses compagnons. Elle passera trois ans en prison, soutenue par les féministes américaines (le National Organization for Women) qui voyait en elle la championne la plus remarquable des droits des femmes. Lou Reed, lui, chanta: « Je crois bien que j’aurais appuyé sur l’interrupteur de la chaise électrique moi-même. »

Sans recourir à de telles extrémités, on s’interrogera légitimement – Houellebecq l’avait fait à l’époque – sur la haine des sexes et la férocité du désir de vengeance de femmes sans doute humiliées et blessées à un âge où elles idéalisaient encore les rapports amoureux. Mais quoi qu’ait subi Flavie Flament de la part de David Hamilton, ce qui n’est pas prouvé, sa jouissance à l’annonce de son suicide et la stratégie à long terme mise pour y parvenir, me laisse pour le moins songeur. Je me garderai bien de me scandaliser, ne sachant ce qui relève d’une obsession pathologique ou d’un désir immodéré de rester sous les feux de la rampe en un temps où ce genre de dénonciation vous valorise plus qu’il n’inspire le dégoût. Faut-il vraiment, comme le suggère Madame Taubira, que les hommes apprennent ce qu’est l’humiliation ? Auquel cas je ne saurai leur conseiller meilleure maîtresse que Flavie Flament.

Voir également:

DOCUMENTAIRE – Qui a tué François Fillon? L’enquête de BFMTV

BFM

29/01/2018

D’affaire en affaire, de coup de théâtre en coup de théâtre, les espoirs de la droite et de son candidat à la présidentielle, François Fillon, se sont évaporés pendant la campagne. Un mystère demeure: quelqu’un voulait-il la peau de François Fillon? C’est la question que s’est posée une équipe de BFMTV dans un documentaire exceptionnel diffusé ce lundi soir à 22h40 sur notre antenne.

La campagne présidentielle s’est éloignée depuis longtemps et, avec elle, ses illusions perdues, mais François et Penelope Fillon sont toujours mis en examen pour détournement de fonds publics. L’enquête doit être bouclée au cours de cette année 2018.

« Pas de Dark Vador »
S’ils sont sous le coup de cette procédure judiciaire, c’est en raison d’une affaire qui a éclaté au grand jour il y a un an: les soupçons d’emplois fictifs visant Penelope Fillon, l’épouse de celui qui était le candidat de la droite au scrutin suprême. Tout au long de la campagne, les affaires ont contribué à envoyer par le fond les chances de succès de l’ancien Premier ministre. Ces révélations poursuivaient-elles un calcul politique ou personnel? Qui a tué François Fillon? Voilà les questions posées par une équipe de BFMTV dans un documentaire exceptionnel diffusé ce lundi soir sur notre antenne.

A la croisée des regards, les journalistes du Canard enchaîné, bien sûr, qui ont dévoilé peu à peu les vicissitudes présumées du clan Fillon. Devant nos caméras, Hervé Liffran et Isabelle Barré l’assurent: leur travail ne doit rien à une « taupe » à droite, ni à une quelconque aide extérieure. C’est naturellement qu’après le premier tour de la primaire, ils se sont penchés sur les déclarations de patrimoine et de revenus du couple, puis ont découvert, intrigués, que Penelope Fillon avait travaillé pour La Revue des deux mondes, mais aussi et surtout comme collaboratrice parlementaire de son mari et du suppléant de celui-ci pendant huit ans, dans la plus grande discrétion. Naturellement que les montants perçus pour une activité peu évidente (100.000 euros brut entre mai 2012 et décembre 2013 pour la revue et 500.000 euros brut perçus auprès du Palais-Bourbon) les ont intéressés. « Pas de Dark Vador, pas de force obscure », sourit aujourd’hui Isabelle Barré.

Des fiches de paie accessibles à 95 personnes
Pourtant le 24 janvier à 18 heures, lorsque le compte Twitter du Canard enchaîné jette son pavé dans la mare, les principales figures de la droite, alors réunies autour d’une galette des rois dans les locaux de campagne de leur candidat, sont persuadées qu’il s’agit là d’un acte de malveillance, peut-être venu de l’intérieur. Parmi les figures entretenant une inimitié notoire avec François Fillon, les noms de Jean-François Copé et Rachida Dati courent sur les lèvres. Tous deux écartent toujours ces allégations. « Si on devait mettre en cause tous ceux à qui François Fillon a fait du mal, la liste serait longue », ajoute l’ancien ministre du Budget.

La piste d’un « cabinet noir » élyséen, lancée par François Fillon lui-même, ne mènera pas plus loin. De toute façon, les revenus des Fillon ne sont pas un secret pour tout le monde: à l’Assemblée nationale, 95 personnes ont accès aux fiches de paie des collaborateurs dans le cadre de leur travail.

Qui veut débrancher la candidature de François Fillon?
S’il est difficile de savoir d’où sont partis les premiers coups, nombreux sont ceux à avoir cherché à achever François Fillon. Dès fin janvier, c’est François Bayrou qui cherche un « plan B » à la droite et au centre. Début février, le président du Sénat, Gérard Larcher, veut mettre un terme à l’équipée, après avoir appris que les enfants de François Fillon avaient aussi été rémunérés par la Haute assemblée durant le mandat sénatorial de leur père.

Peu à peu, les leaders de la droite prennent leurs distances. François Fillon lui-même ne se rend pas service, en affirmant à la télévision qu’il renoncera s’il venait à être mis en examen. Or, quand cette mise en examen lui est notifiée le 28 février par une convocation judiciaire que lui annonce Patrick Stefanini, son directeur de campagne, François Fillon ne renonce pas à faire campagne. Et le meeting du Trocadéro, lors de la matinée pluvieuse du 5 mars à Paris, lui servira de tremplin vers le mur du premier tour du 23 avril.

Pendant toute cette période, Nicolas Sarkozy, vaincu à la primaire, joue un jeu trouble. Comme nous le raconte Rachida Dati, tout le monde ne cesse de l’appeler: Xavier Bertrand, François Bertrand, Laurent Wauquiez. Tous veulent qu’il pousse François Fillon à l’abandon. « A la faveur de chacun d’entre eux… Tout le monde voulait y aller! » s’amuse l’ancienne Garde des Sceaux. Alain Juppé l’appelle aussi, mais tombe sur le répondeur de l’ancien président de la République, à ce moment-là tranquillement installé au parc des Princes devant un match du Paris-Saint-Germain. Devant le peu de cohésion de son camp, et l’obstination de François Fillon, le maire de Bordeaux jette lui aussi l’éponge.

Voir de même:

«Je vais le niquer» : les révélations truculentes de Robert Bourgi, le «tueur» de Fillon

L’homme qui a offert des costumes à François Fillon, Robert Bourgi, s’est vanté chez Jean-Jacques Bourdin, avec une faconde que n’auraient pas reniée «Les Tontons flingueurs», d’avoir «ourdi un complot» contre le candidat pour peser dans sa chute.

Invité chez Jean-Jacques Bourdin sur RMC ce 29 janvier, Robert Bourgi, proche de Nicolas Sarkozy et des cercles du pouvoir, a fait de nouvelles révélations sardoniques sur son ancien «ami» François Fillon. L’homme de loi a reconnu avoir monté un complot contre l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy, avec l’intention de «le niquer» pendant la campagne présidentielle. Sa ruse : lui offrir des costumes hors de prix.

Le jour de la diffusion du documentaire «Qui a tué François Fillon ?» sur BFM TV, Robert Bourgi est venu livrer les dessous de son «complot». Il donne le ton en jetant d’emblée à Jean-Jacques Bourdin : «Votre service de sécurité m’a enlevé ma boîte à outils. J’avais la sulfateuse, le marteau et les clous pour le cercueil pour Monsieur Fillon mais pour vous, j’ai quelque chose.» Et l’homme de dégainer un mètre de couturière, pour prendre les mesures de l’animateur. «Ce sera pas Arny’s, ce sera Petit Bateau», rit-il, très content de sa blague.

Il déroule alors l’historique qui le fait apparaître comme un intriguant, avide de relations de pouvoir, éclairant d’un jour nouveau les réseaux d’influence et alliances impitoyables autour des têtes de l’UMP, devenue les Républicains en 2015.

L’avocat d’origine libano-sénégalaise Robert Bourgi, figure de la Françafrique, a toujours courtisé les puissants : Jacques Chirac, Omar Bongo, Laurent Gbagbo et surtout son «ami» Nicolas Sarkozy. Il explique avoir fréquenté régulièrement François Fillon pendant son mandat de Premier ministre. L’homme de loi révèle que le Sarthois souhaitait savoir ce que Nicolas Sarkozy pensait de lui.

Mais Robert Bourgi s’est retourné contre l’ancien Premier ministre lorsque deux journalistes lui ont livré un scoop signé François Hollande durant la campagne de la primaire. Le duo confie à l’avocat : «Ton ami Fillon a demandé la peau de ton ami Sarko.» L’ancien chef du gouvernement avait demandé que la justice accélère concernant les affaires dans lesquelles était impliqué l’ancien chef d’Etat.

Une haine nourrie envers François Fillon pour défendre Nicolas Sarkozy

Dès lors, Robert Bourgi se métamorphose en nettoyeur des couloirs feutrés des cabinets ministériels.

«François Fillon, j’ai décidé de le tuer pour diverses raisons. D’abord parce qu’il a violé toutes les règles de l’amitié avec moi. J’ai toujours été correct avec lui, […] j’ai toujours défendu la position de Fillon auprès de Nicolas dans le but de les réunir un jour ou l’autre. […] Il passait son temps à démolir Nicolas Sarkozy», explique-t-il. Et Robert Bourgi ne plaisante pas avec le sujet. «Il l’a toujours détesté, il a toujours eu les mots les plus inélégants à son égard. A chaque fois je lui disais : « François, tu n’as pas le droit de parler de Nicolas comme ça » […] François Fillon m’avait promis d’être un peu plus loyal à l’endroit de Nicolas Sarkozy, il n’a jamais tenu parole», déplore l’avocat.

J’avais déjà conçu le projet que j’ai réalisé de niquer François Fillon

Il décide alors de fomenter un complot, selon ses propres termes, contre le Sarthois en exploitant ses faiblesses. «J’avais déjà conçu le projet que j’ai réalisé de niquer François Fillon, c’est mieux que tuer», explique-t-il en toute décontraction. «Je savais que l’homme avait des relations étranges avec l’argent parce que nous avions beaucoup parlé, François Fillon et moi», avoue-t-il.

Au cours d’un petit déjeuner au Ritz, Robert Bourgi piège François Fillon. «Je lui dis : « Comme je te sens amoureux de belles choses je vais t’offrir trois costumes pour ta campagne« », raconte-t-il. Le candidat LR accepte sur le champ, mais Robert Bourgi ne règle pas les complets, laissant passer quatre mois jusqu’en février 2017. Pendant ce temps, il dit avoir envoyé de nombreux textos à l’élu de la Sarthe, qui n’a jamais répondu.

Les petites manœuvres de Robert Bourgi pour placer d’anciens proches de Sarkozy

Robert Bourgi ne souhaitait pas parler chiffon mais tentait d’influencer François Fillon sur le choix de ses lieutenants. Il souhaitait le voir s’entourer «de compagnons de Nicolas Sarkozy» qui voulaient le «servir», en lui conseillant de les inclure dans son «comité politique». Aucun retour. Et c’est en homme vexé de ne pas arriver à faire aboutir ses petites manœuvres qu’il se plaint : «Il m’a humilié.»

J’avais ourdi le complot

Alors que François Fillon est en lice pour le second tour de la primaire de la droite, Nicolas Sarkozy confie à l’avocat lors d’un rendez-vous : «Tu as suivi les sondages, ils sont favorables à Fillon. Tu sais, il va droit à l’Elysée.» «Je lui ai dit : « Nicolas, il n’ira jamais à l’Elysée » […] parce que je vais le niquer, j’avais ourdi le complot […] à cause du comportement de Fillon à mon endroit qui n’était pas correct. Je savais exactement que j’allais payer ces costumes par chèque et que j’allais appeler mon ami Valdiguié [rédacteur en chef] au JDD, lui montrer le chèque. Quand on a fait campagne sur les vertus morales, la difficulté des Français à joindre les deux bouts, je me suis dit : « C’est quelque chose qui va le tuer »», justifie l’avocat.

 Ne t’inquiète pas ma fille, je me vengerai

Puis l’affaire s’emballe, en écho avec les soupçons d’emplois fictifs visant sa femme Pénélope Fillon. Sur le plateau du même Jean-Jacques Bourdin, François Fillon qualifie l’avocat d’«homme âgé qui n’a plus aucune espèce de responsabilité». La fille de Robert Bourgi l’appelle en larmes pour l’en informer. L’avocat piqué au vif, toujours aussi à l’aise avec son rôle de porte-flingue, conclut son entreprise de démolition : «Je lui ai dit : « Ne t’inquiète pas ma fille, je me vengerai »». Mission accomplie.

Voir par ailleurs:

Proust’s Way

Love, death, society, art, time, timelessness–and (perhaps) the greatest novelist of the 20th century.

Among the great modern artists, some seem to possess a boundless vitality, a spiritual extravagance that, even in the face of life’s hot suffering, causes them to profess their gratitude for the very fact of existence and to pour forth their praise of nobility, goodness, beauty, fortitude, love. Goethe, Beethoven, Victor Hugo, and Tolstoy are perhaps the foremost such figures.

Admirers of Wagner might place him, too, among the life-enhancers; yet he could write, at the age of thirty-nine, “I lead an indescribably worthless life . . . [F]or me, enjoyment, love are imaginary, not experienced.” Flaubert, who consecrated himself to a prose so beautiful that no real life could touch it, found himself exclaiming with envy at the sight of a bourgeois family enjoying a picnic, “They have it right.” In bitterness of heart, Kafka let loose with “I am made of literature,” meaning he was unfit for life.

And then there is the case of Marcel Proust (1871-1922), whose 3,000-page novels À la recherche du temps perdu (In Search of Lost Time) outshines the masterworks of Wagner, Flaubert, and Kafka but whose life makes theirs look unattainably bold and merry by comparison. Proust may have been the greatest novelist of the 20th century, but he is almost singlehandedly responsible for turning the term “exquisite sensibility” into a jeer. Everyone knows about the madeleine that Proust’s narrator, Marcel, dunks in his tea, triggering a monumental reflux of childhood memories; the asthma that hounded Proust to an early death; the silent, cork-lined room that he rarely left. Speaking to William F. Buckley, Jr. at the height of the cold war, a prominent European intellectual upheld the honor of European manhood by declaring, “We’re not all a bunch of little Prousts over there.”

Sickly, homosexual, addicted to the social whirl, the real-life Proust seemed, to his contemporaries, irreparably frivolous, terminally brittle. Everyone recognized his brilliance, but no one thought he would forge anything lasting out of it. An 1893 portrait by Jacques-Emile Blanche, who was to make his reputation by painting artistic eminences, depicts Proust as a ludicrous dandy in wing collar and cravat. His forehead has a greenish cast, like a week-old bruise, while the rest of his face is waxen. The flower on his lapel, which picks up his facial coloring, bears a disturbing resemblance to an out-sized malign insect. The eyes, though large and alert, do not reveal anything remarkable behind them. There is nothing to indicate that this young man might be more than a fop smitten with his own elegance. The only hint of otherworldliness is in the morbid tints of his face, which suggest that life is already beginning to prove too much for him and that his days are numbered.

To be sure, modern art has made room for, has even become the preserve of, wayward and misshapen souls. In 1918, with his masterpiece largely finished, Proust himself wrote that contemporary reality yielded its subtlest favors to the debauched and the incurable, and (referring to certain 19th-century artists) that “an unknown part of the mind or an additional nuance of affection was bursting with all the drunkenness of a Musset or a Verlaine, with all the perversions of a Baudelaire or a Rimbaud, even a Wagner, with the epilepsy of a Flaubert.” Suffering has its perquisites, and Proust took them for everything he could.

Yet he was also to prove himself a titan. Two identically titled new biographies help us see how, from unprepossessing beginnings, he did it. Both William C. Carter’s Marcel Proust: A Life1 and Jean-Yves Tadié’s Marcel Proust: A Life2 provide moving and cogent accounts of a life that ultimately had a single raison d’être.

The two books differ somewhat in approach. Carter, a professor of French at the University of Alabama at Birmingham, is more considerate to the American reader, deftly filling in the social and political background of Proust’s life and work—as in the case of the Dreyfus affair, which figures so prominently in Proust’s novel. Tadié, who teaches at the Sorbonne in Paris and is widely acknowledged as the world’s leading authority on Proust, takes it for granted that his reader knows things that most Americans do not. His book, which appeared in France in 1996 and which Carter cites repeatedly and respectfully, is the superior work of scholarship, but it is studded with impedimenta that sometimes make for tough going. (Tadié will record who wrote a review in a certain newspaper on a given day, for instance, but not what the review said, or set down the guest lists for parties that Proust attended, without a clue as to who these people were.) Still, there is much that Tadié knows that one is grateful to have between the covers of a book, and taken together Carter and Tadié constitute a treasure trove.

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Marcel Proust was the son of Adrien Proust, an eminent Parisian doctor, and his wife, born Jeanne Weil. The father was Catholic and the mother Jewish. Although she herself refused to convert, Jeanne agreed that their children would be raised as Catholics. As it happened, however, neither parent practiced his faith and, once Marcel had made his first communion, his church-going days were pretty much over.

Jewish religious law holds that the child of a Jewish mother is a Jew, but Proust never considered himself one, and neither did his friends. Still, his parentage occasionally presented difficulties. Once, as a young man, he stood silent and unresponsive when a revered mentor, Comte Robert de Montesquiou-Fezensac, delivered an anti-Semitic tirade in the company of friends and then asked Proust for his opinion on the 1894 conviction of Captain Alfred Dreyfus, a Jew, who had been tried for treason on the charge of selling military secrets to the Germans. The next day, Proust wrote to Montesquiou that he had not said anything because, although he himself was Catholic like his father and brother, his mother was Jewish: “I am sure you understand that this is reason enough for me to refrain from such discussions.”

Whether Proust’s private frankness made up for his public reticence is a vexing question, and all the more so because he went on to confide that he was “not free to have the ideas I might otherwise have on the subject.” Proust’s tacit fear, in other words, was that if he defended the Jews he would be taken for a Jew, and what he wanted above all was to be thought of as a Christian gentleman. He even seemed to leave open the possibility that Montesquiou might be right: that only filial piety forbade him from thinking as Montesquiou did. In Carter’s view, “Proust stated his position and his independence, but he might have been less ambiguous about the ethical implications of racist remarks.” Carter is too kind. Proust was only as forthright as his social cowardice—his fear of sacrificing his respectability—would allow.

He was to find his courage when events made it easier to be courageous. By 1898, more and more people had become convinced that Dreyfus had been railroaded, and an uproar ensued that was to shake French society for years. The salon of Mme. Genevieve Straus (the widow of the composer Georges Bizet), where Proust had been a habitue for several years, turned into a Dreyfusard hotbed. Old friends of the anti-Dreyfus persuasion, including the painter Edgar Degas, stalked off and never came back. Drawing strength from those around him, Proust now joined in the growing drumbeat for a retrial that was led by the novelist Emile Zola. He was even to boast that he was the first of the Dreyfusards, because he secured the signature of his literary hero Anatole France on a petition. Still, when an anti-Semitic newspaper numbered him among the “young Jews” who defied decency and right thinking, Proust, who at first thought to correct the paper’s misapprehension, decided to keep quiet, lest he draw any more attention to himself. He must have known that, in the eyes of anti-Dreyfusards, his political affiliations only served to confirm the sad fact of his birth.

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If the Dreyfus affair exposed the moral cretinism that extended into the upper echelons of French society, this hardly deterred Proust from wanting a place in that world. His social career had begun during his last year of high school, when, thanks to the mothers of some of his school friends, he gained admission to certain exclusive Parisian salons. His chum Jacques Bizet, whom he had tried to seduce, without success, made it up to him by serving as his ticket to the beau monde. At the salon of Mme. Straus, young Bizet’s mother, Proust became acquainted with artistic and aristocratic grandees like the composer Gabriel Fauré, the writer Guy de Maupassant, the actress Sarah Bernhardt, and Princesse Mathilde, the niece of Napoleon I. In time he became a regular at Princesse Mathilde’s as well, where the old-line nobility rubbed shoulders with arrivistes, and distinguished Jews mingled with those who detested them. (The writer Léon Daudet, to whom Proust would dedicate a volume of his novel, confided to his diary after one party: “The imperial dwelling was infested with Jews and Jewesses.”)

Another hostess conquered by the high-flying young Proust was Mme. Madeleine Lemaire, renowned for her musical gatherings. It was she who introduced him to Montesquiou-Fezensac, the aristocratic poet whose opinions on Jews Proust was willing to overlook for the sake of the Count’s artistic and social cachet. And there was something else: Montesquiou was boldly aboveboard about his homosexuality, at a time when, as Carter writes, “few Frenchmen dared, if they cared for their reputation and social standing, to display amorous affection for another man.” This frankness earned Proust’s regard—although he was, of course, ambivalent about going public on the issue of his own sexual nature.

Not that it was any secret to those who knew him. In high school, Proust had laid elaborate sexual siege to friends, writing them letters fraught with passion. When his disposition became apparent to his father, in the name of decency the agitated Dr. Proust slipped the boy ten francs and sent him off to a (female) prostitute; the mission wound up a fiasco when Proust broke a chamber pot and spoiled the romance of the moment.

Such happiness as Proust had from love was not made to last. Probably his first consummated affair was with the composer Reynaldo Hahn, whom he met at Mme. Lemaire’s when he was twenty-two and Hahn nineteen. Raw nerves and ceaseless importunity characterized Proust’s love for Hahn, who quickly tired of his friend’s demanding antics. But it was really Proust who fell out of love first, as he fell in love with the stripling Lucien Daudet, son of the novelist Alphonse Daudet and brother of the venomous Leon. Proust would even fight a duel with a journalist, himself homosexual, who hinted salaciously in print that his friendship with Lucien was not quite respectable; both duelists fired and missed.

Proust had good reason to keep his intimate proclivities under wraps. But biographers have their job to do, and Carter and Tadié leave little unsaid. Both record his favored mode of sexual recreation: going to a homosexual brothel and masturbating while watching as the man he had hired masturbated in front of him. If this procedure failed of its effect, the obliging prostitute would bring in a pair of hungry rats and loose them on each other, a spectacle that would invariably afford Proust the needed relief. (For this information we have the testimony both of one such prostitute and of the writer André Gide, in whom Proust confided.)

To the innocent observer, Proust’s sexual preferences may well appear about as demented as such things get; but normality of any kind was never Proust’s strong suit. Abysmal health plagued him his life long, and he cultivated the perpetual invalid’s peculiarities. Wracked by asthma, he spent six hours a day burning eucalyptus powders and inhaling the fumes. He needed veronal and opium and morphine to sleep, caffeine to revive him and also to help his asthma. The huge doses he took of caffeine brought on angina; the sedatives and painkillers destroyed his ability to register temperature, so that on sweltering days he would wear a heavy coat. A year’s supply of medications cost him the equivalent of $20,000 in today’s money. (His parents left him an inheritance of some $4.6 million, so the expenses were not insupportable.)

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From his early twenties, Proust kept vampire’s hours, sleeping during the day and venturing abroad only under cover of darkness. As he grew older and sicker, he ventured out less and less. His cork-lined room became his refuge. Illness, he wrote to a friend, had made it necessary for him “to do without nearly everything and to replace people by their images and life by thought.” He subscribed to a device called the theatrophone, over which he could hear live operatic and dramatic performances without leaving his bed. He hired the best string quartet in Paris to play just for him in the middle of the night. In his latter days, he subsisted largely on ice cream and iced beer, ordered from the Ritz.

And through the worst of his misery, when it was almost impossible to eat, sleep, or breathe, he worked. From his youth he had wanted to be a writer, but the full seriousness of his vocation did not impress itself upon him until he was well into his thirties. His first book, Plaisirs et Jours (Pleasures and Days), a collection of stories, poems, and pastiches, had appeared when he was twenty-three and was generally dismissed as a fussy curiosity. Fuming at the critics’ condescension, Proust set to work on a vast autobiographical novel, Jean Santeuil, which he abandoned after five years and a thousand pages. He translated a volume of John Ruskin, the English art and social critic; produced essays of his own on such artists as Watteau, Chardin, Rembrandt, Moreau, and Monet; and worked abortively on another novel that converged with a study of the literary critic Sainte-Beuve.

His painful failures made for an invaluable apprenticeship. Though the record is hazy, it was perhaps in 1908 that Proust conceived the work for which he would be known; by the next year, the novel was well tinder way. Carter says that by 1916 or soon thereafter, Proust “gave his book its ultimate shape if not its final dimensions,” but his tugging and worrying at the manuscript would continue to his final days. À la recherche du temps perdu appeared in eight volumes, published between 1913 and 1927, the last four posthumously. The titles of the constituent parts are Du côté de chez Swann (Swann’s Way), À l’ombre des jeunes filles en fleur (In the Shade of the Young Girls in Flower), Le côté de Guermantes (The Guermantes Way), Sodome et Gomorrhe (Sodom and Gomorrah), La prisonnière (The Captive), Albertine disparue (Albertine Gone), and Le temps retrouvé (Time Regained).3

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Proust’s novel takes as its great themes the illusions and disappointments of love, friendship, and society (in the limited sense of that word), and the joyous satisfactions of art. The book opens with the narrator’s reminiscence—his name is Marcel, although one has to read over 2,000 pages to find that out—of lying in bed as a boy and waiting for his mother’s good-night kiss; proceeds to a recollection of youthful days in the countrified Parisian suburb of Combray; then goes back to a time before Marcel was born and portrays the agonizing love of Monsieur Swann, an old friend of the family, for the courtesan Odette de Crécy.

Most of the rest of the book has to do with Marcel’s being in love, seeing others in love, and going to parties. His first romance, physically quite innocent but emotionally flaying, is with the Swanns’ daughter, Gilberte. (Unlike his creator, Marcel is heterosexual.) Next comes Albertine, whom Marcel singles out from a fascinating crowd of rowdy girls in the seaside resort of Balbec; this love is not innocent and is even more destructive. Meanwhile Marcel becomes friendly with the Duchesse de Guermantes, who embodies a social grandeur that sets him dreaming; gets to know the novelist Bergotte and the painter Elstir, who provide lessons in what art can and cannot do; mixes with the Verdurins, a couple of distasteful bourgeois climbers, and their circle of fools; and is courted in a most unnerving fashion by the Baron de Charlus, lord prince of the sodomites. Interleaved throughout are meditations and conversations on actual and imagined works of art, ladies’ fashions, etymology, military strategy, homosexuality, anti-Semitism, social transformations, time, and timelessness.

For most of the novel, finally, Marcel is a writer manqué, an aspirant who lacks the understanding to conceive a novel and the will to see it through. The book then records the process by which he becomes the writer who has written the extraordinary work one is reading. “And thus,” he concludes, “my whole life up to the present day might and yet might not have been summed up under the title: A Vocation.”

What does that “vocation” reveal? No other writer/narrator has attended with such extravagant care to the surface of things: the grace or ungainliness of a gesture, the historical associations of a great name, the import of a gravely formal bow in response to a friendly greeting, the radiance of a distinguished smile or shirtfront, party talk that goes on for miles. Yet, although the charms of love, friendship, and society present a brilliant and beguiling surface, they never please Marcel for long. Real life is to be found elsewhere, and only the rare soul manages to find it.

For Marcel, there is no desire more imperious than the desire to know. It is the motive force of his life and of his relentless pursuit of what he calls reality. The words “real” and “reality” must recur a thousand times in this novel, being signposts—like “virtue” for Machiavelli, “happiness” for Tolstoy, or “good” for Hemingway—that lead the reader to the heart of its unfolding significance. But to disclose the reality at life’s core requires one to experience illusion, in all its manifold and obdurate guises, and this experience is Marcel’s meat and drink.

Nowhere in Proust’s world are illusion’s guises harder to penetrate than when it comes to sex and love. The Proustian lover typically ascribes to the object of his desire all manner of enchanting virtues, which generally have no basis in fact, and then torments himself with a plague of suspected vices, which as a rule prove only too real. Every conceivable infidelity must be envisioned in gross detail, since as long as one is in love one can never assure oneself of the reality of the beloved’s heart. This ignorance is torture—but knowledge brings an end to love itself. Even carnal knowledge is no knowledge at all, only an initiation into the pangs of uncertainty.

In the early stages of Swann’s love for Odette, he believes he knows her better than anyone else does; the rumors he has heard that she is an elegant whore who has been kept by a number of men cannot be true, for she is incomparably sensitive and kind and good. In time he finds out otherwise. But even when Swann falls out of love, he cannot be indifferent to Odette unless he continues to possess her; his only recourse is to marry this woman whom he knows to be a slut.

Marcel emulates Swann in his need—ruinous to a lover, exceedingly useful to an aspiring writer—to know everything about the woman he loves, especially the worst. Albertine’s fishy answers to some pointed questions about a sexually charged encounter she has had with Gilberte (Swann’s daughter and Marcel’s first love) set the young man’s mental wheels turning. Once the lever is tripped and the questions begin, there is no stopping them. Jealous obsession is a perpetual-motion machine; it will quit its savage taunting only when love is smashed to pieces, and maybe not even then.

As it happens—as it always happens in Proust—Marcel’s worst imaginings turn out to be true: tireless researches and numberless rounds of cat and mouse confirm that Albertine is a lesbian. When she leaves him and is killed in a riding accident, Marcel is grief-stricken; but in due course his tender memories give way to renewed jealousy, a jealousy “stamped with the character, at once tormenting and solemn, of puzzles left forever insoluble by the death of the one person who could have explained them.”

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Then there is the case of the Baron de Charlus, who chats with the young man at a party and invites him up to his place afterward. This nobleman, whom Marcel has heard spoken of as the lover of Mme. Swann, is a caricature of virility, swaggering like a preening cock and proclaiming his disgust with the effeminacy of modern youth. He intimates to Marcel that he might be interested in taking him under his protection and bestowing upon him the untold benefits of his exalted position, his peerless taste, his unrivaled knowledge of the world. But when they next meet, Charlus is outraged at the young man’s ignorance, presumption, and cloddishness. Their friendship is finished before it ever really gets started.

The next sighting clarifies matters: Marcel spies Charlus in the courtyard of the Guermantes mansion—Charlus belongs to that venerable family—evidently bemused by the look of a tailor named Jupien who has a shop there. After a wordless mating dance, the two men withdraw to Jupien’s shop, where they have at it with vociferous gusto. The noise they make—Marcel can hear but cannot see them—sounds as though one might be slitting the other’s throat, so close are the groans of pleasure to those of pain. Once the indispensable facts are known, everything else falls into place. Charlus is in love with an ideal manliness because he is, in the crucial respect, a woman.

The long meditation on homosexuality that follows this episode is often taken to be Proust’s definitive word on the subject. Some passages are certainly heartfelt and magniloquent: “a race upon which a curse is laid and which must live in falsehood and perjury because it knows that its desire, that which constitutes life’s dearest pleasure, is held to be punishable, shameful, an inadmissible thing.” Marcel is even capable of attributing to sexual collisions like Charlus’s and Jupien’s a kind of sublime necessity:

[T]his Romeo and this Juliet may believe with good reason that their love is not a momentary whim but a true predestination, determined by the harmonies of their temperaments, and not only by their own personal temperaments but by those of their ancestors, by their most distant strains of heredity, so much so that the fellow creature who is conjoined with them has belonged to them from before their birth, has attracted them by a force comparable to that which governs the worlds on which we spent our former lives.

But as Marcel comes to know more and more about Charlus, his frothy enthusiasm turns to disgust and horror. At the funeral of Charlus’s wife, whom Charlus has spoken of as the most noble and beautiful person he had ever known, the Baron tries to pick up an altar boy. When World War I depletes the supply of eligible men, he takes to molesting children. He bankrolls a male brothel, of which Jupien becomes the innkeeper. There Marcel, who has wandered in innocently one night, sees Charlus chained to a bed and beaten with a whip studded with nails, afterward protesting to Jupien that his torturer was not “sufficiently brutal.” When Charlus leaves, Jupien boasts to Marcel that his establishment has the toniest, most cultivated clientele. Marcel replies that it is “worse than a madhouse, since the mad fancies of the lunatics who inhabit it are played out as actual, visible drama—it is a veritable pandemonium.”

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Normality, decency, goodness are, in short, the rarest of commodities in Proust’s world. Nor does their scarcity make them prized, except in the eyes of Marcel and a few other uncharacteristic souls. Instead, decency is seen by most as a social handicap; the Verdurins’ circle of bourgeois snobs, for example, barely tolerates a stammering, clumsy paleographer named Saniette. Monsieur Verdurin’s mockery of Saniette’s speech impediment makes “the faithful burst out laughing, looking like a group of cannibals in whom the sight of a wounded white man has aroused the thirst for blood.” And nowhere is this savage tribalism more marked than in the antipathy that those who consider themselves true Frenchmen feel for Jews.

Anti-Semitism is everywhere in Proust’s novel. Perhaps the most repellent instance occurs when the madam of a cheap brothel Marcel is visiting touts the exotic richness of the prostitute Rachel’s flesh: “And with an inane affectation of excitement which she hoped would prove contagious, and which ended in a hoarse gurgle, almost of sensual satisfaction: ‘Think of that, my boy, a Jewess! Wouldn’t that be thrilling? Rrrr!’ ”

Those in the highest reaches of society share the sentiments of the lowest. Thus, Charlus is given to maniacal explosions of loathing for Jews, while the Prince de Guermantes, Swann tells Marcel, hates Jews so much that, when a wing of his castle caught fire, he let it burn to the ground rather than send for fire extinguishers to the house next door, which happened to be the Rothschilds’. Swann is himself one of the rare Jews allowed entrance to the highest society, which leads to the outrage of the Duc de Guermantes when Swann, who had always impressed him as a Jew of the right sort, “an honorable Jew,” turns out to be an outspoken Dreyfusard.

As in its sentiments toward Jews, so in every other way, the social world in Proust is revealed as a “realm of nullity.” Any glimmer of moral discrimination, let alone of true understanding, shines like a beacon; for the most part, darkness prevails. In the famous closing scene of The Guermantes Way, the duke and duchess, on their way to a dinner party, are bidding good evening to Swann and Marcel. The duchess inquires whether Swann will join them on a trip to Italy ten months hence; Swann replies that he is mortally ill and will be dead by then. The duchess does not know how to respond: “placed for the first time in her life between two duties as incompatible as getting into her carriage to go out to dinner and showing compassion for a man who was about to die, she could find nothing in the code of conventions that indicated the right line to follow.”

With his “instinctive politeness,” Swann senses the duchess’s discomfort and says he must not detain them: “he knew that for other people their own social obligations took precedence over the death of a friend.” And yet, although the duke and duchess do not have a moment to spare to comfort their dying friend, they nevertheless do delay their departure while the duchess, who is wearing black shoes with her red dress, changes at her husband’s insistence into a more suitable pair of red shoes.

This portrait of gross moral insensibility in the face of death is comedy of manners at its most scathing, perhaps even overdone: the duke complains that his wife is dead-tired, and that he is dying of hunger. The indignant Marcel rewards the stupidity of these preposterous creatures with unforgettable strokes of cold fury. On another distressing occasion, a doctor preoccupied with his social calendar pronounces casually that Marcel’s grandmother is dying, and Marcel observes, “Each of us is indeed alone.” One has friends and lovers and family, one mixes in the best society, but finally one has no intimates. Death comes for us strictly one by one—a thought hardly to be borne.

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Marcel’s triumph is that he does find a way to bear it, indeed to overcome it. In Time Regained, after spending years in a sanatorium, he is on his way to a party hosted by the Duchesse de Guermantes. The previous day he had experienced what he thought was his final disillusionment with the life of literature, but as he enters the courtyard of the Guermantes mansion a revelatory sensation changes his life. A car nearly hits him, and when he steps back out of its way he places his foot on a paving stone that is slightly lower than the one next to it; this unevenness underfoot fills him with an inexplicable and extraordinary joy.

Rocking back and forth on the irregular pavement, Marcel remembers standing on two uneven stones in the baptistery of St. Mark’s in Venice, and all the various sensations associated with that particular moment come flooding back. Similar marvels await him when he enters the Guermantes house and, twice more, involuntary memories overwhelm him in their glory. He is supremely happy, but cannot at first explain it. Why should this sudden efflorescence of memory have “given me a joy which . . . sufficed, without any other proof, to make death a matter of indifference”? He concludes that such episodes of transfiguring lucidity, for as long as they last, annihilate time, and are the most that a living man will know of eternity.

But just when he believes himself certain of the ultimate reality of timelessness, he is reminded sharply that time, too, is undeniably real. The party to which he is presently admitted strikes him, at first, as a masquerade, where everyone has been made up to look old. But the truth is that everyone looks old because everyone is old. Marcel has been away a long time, and time has done its work. Withered, sagging, shuffling, sputtering, wheezing, this assemblage of geezers and crones is the sad remnant of a company once distinguished for its beauty and vigor.

At last Marcel has penetrated the real world, and sees what he is supposed to do with his new knowledge: to write the book that one is reading. The awareness of time’s passing spurs him to get down to the serious work that will offer him life’s supreme pleasure: illuminating the nature of timelessness. “How happy would he be, I thought, the man who had the power to write such a book! What a task awaited him!”

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Love, death, society, art: Proust takes on the great themes. Does he do them justice?

Love as Proust writes about it is love as he experienced it: a neediness so desperate no possible response can satisfy it, a relentless harrying demand for complete possession, intensified by the perversity or promiscuity or unavailability of the beloved. What Proust knows of love he knows as almost no one else does. On jealousy—and the hatred and self-hatred it causes—he is an indisputable authority, who has perhaps only Shakespeare for a rival. But about love itself, Shakespeare knows a great deal else, while Proust has the specialist’s habit of going on about his subject as though it were the only thing deserving attention. The effect is of moral lopsidedness and incompletion, as though Tolstoy had devoted the whole of Anna Karenina to Anna and Vronsky’s wretched adultery without the counterweight of Levin and Kitty’s triumphant love; such a novel could still be a great one, but something vital would be missing.

Complicating this picture of Proustian love is Marcel’s attitude toward homosexuality. Although Proust enjoys cult status among homosexuals, the treatment of homosexuality in his great novel is, as we have seen, anything but purely admiring. André Gide, outspoken champion of homosexual freedom, chastised Proust, though only in private, for the disservice he did the cause: by taking an “impartial point of view,” Gide said, Proust had “branded this subject with a red-hot iron that serves conventional morality far more effectively than the most emphatic moral treatises.” (And Gide was commenting only on Sodom and Gomorrah; he had yet to read the brothel scene, which takes place in Time Regained.)

Gide later relented of his severity, after a conversation with Proust left him with the realization “that what we find ignoble, derisive, or disgusting [in his book] does not seem to him so repulsive.” But can it really be that Proust intended the reader to see Marcel’s revulsion at the scene in the male brothel as wrong, or as some sort of moral defect? Admittedly, there are passages (like the one quoted earlier) in which Marcel rises to an overt defense of homosexuality; and a rhetorical ploy he favors is to compare the plight of homosexuals to that of the Jews. Yet although Marcel may claim that the two conditions are morally comparable, he shows otherwise. If there is an unsavory Jew or two in the novel—the social-climbing writer Bloch, for instance—their peccadilloes do not approach the patent monstrosities of Charlus.

While Proust spends countless pages of fevered analysis on love, death gets only a few brief passages—but they are extraordinary. Marcel’s most exacting criticism of society is that its forms do not accommodate the fact of mortality: the overriding concern with propriety turns the heart to stone, and the death of a friend or relative only gets in the way of those who go on living. His vision of human solitude in the face of death reminds one of Edvard Munch’s great and dreadful painting Grief, in which a roomful of people are arrayed around the bed of a dead woman: no one touches or even looks at anyone else; each is locked in his own impenetrable sorrow, mourning by himself and, one suspects, for himself.

But unlike Munch, Proust does admit the possibility of consolation, even of redemption. The writer Bergotte dies while sitting in a museum and looking at a patch of yellow wall in a painting by his beloved Vermeer. This devotional attitude moves Marcel to think of “a different world, a world based on kindness, scrupulousness, self-sacrifice, a world entirely different from this one and which we leave in order to be born on this earth, before perhaps returning there. . . . So that the idea that Bergotte was not permanently dead is by no means improbable.” It is this spiritual capaciousness that Saul Bellow’s Mr. Sammler has in mind when he speaks of In Search of Lost Time as “a high-ceilinged masterpiece.”

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In the end, of course, there is only one sort of life that Proust believes to be worth living: the life of the artist. Neither bourgeois respectability nor aristocratic gaiety possesses any lasting hold on Marcel; both represent the unreal world he finds his way out of, and are of interest only insofar as they give him something to write about. But more towering artists than Proust have rendered ordinary lives with an imaginative sympathy that makes such lives extraordinary. Indeed, this imaginative sympathy, this sense that life holds out the possibility of fulfillment and happiness even for people who do not happen to be artists, is what makes both Goethe and Tolstoy greater writers than Proust.

As for those masters—Flaubert, Joyce, Wallace Stevens—who claim that art is the best thing life has to offer, none of them delivers so grandly as Proust. But here another irony needs to be registered. For what lives most memorably in his novel is not the “real” world of Marcel’s highest aspirations but the “unreal” world, the world of thumbscrew love and puddinghead society; the timeless reality Marcel evokes seems dim indeed beside Charlus’s bed of pain or the duchess’s red shoes. A lifetime of hard suffering went into this masterpiece, and, for better and for worse, it is humanity in its heartache and failure that enjoys pride of place.

Whether Proust found the joy in the writing of his novel that Marcel professes to know is a question. The writing certainly took everything he had. His devoted housekeeper Céleste Albaret recalled that one night in the spring of 1922 Proust summoned her and declared, “I have important news. Tonight, I wrote the word ‘end.’ Now I can die.” He did everything that he had it in him to do. That is a claim few can make.

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1 Yale University Press, 960 pp., $35.00.

2 Translated by Evan Cameron. Viking, 934 pp., $45.00.

3 The first English translation of the novel (1922-1931), by C.K. Scott-Moncrieff, is justly renowned; F. Scott Fitzgerald called it “a masterpiece in itself.” Revised by Terence Kilmartin (1982), it is still available under the title Remembrance of Things Past, and this is the translation I will be referring to (Vintage paperback). D.J. Enright’s further revision of this version bears the more accurate title In Search of Lost Time (Modern Library). Penguin Books promises yet another translation due out next year.


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7 mai, 2017

Quand le pillage devient un moyen d’existence pour un groupe d’hommes qui vivent au sein de la société, ce groupe finit par créer pour lui même tout un système juridique qui autorise le pillage et un code moral qui le glorifie. Frédéric Bastiat
Je vois les incroyables conséquences de toutes ces affaires. La première, c’est que, évidemment, lorsque vous vous présentez avec un programme très dur devant les gens, en leur demandant des sacrifices et des efforts et qu’il se découvre que pour vous-même, vous n’avez pas les mêmes règles, les mêmes disciplines ou les mêmes exigences, ça rend extrêmement difficile ce programme. Ça, c’est la première chose. (…) Et puis, deuxième chose, il y a une idée que je combattrai sans cesse avec indignation, cette idée qu’on essaie de faire passer, c’est que tout le monde fait la même chose. Et je veux dire que ce n’est pas vrai ! Je veux dire qu’il y a en France des élus qui respectent les règles, des gens qui trouvent normal d’avoir la discipline élémentaire d’être simplement dans une démarche de bonne foi, et je trouve scandaleux et même infâme qu’on essaie de faire croire que tout le monde ferait la même chose. François Bayrou (26.02.2017)
La Commission nationale de contrôle a été saisie vendredi soir par le mandataire de M. Macron à la suite d’une attaque informatique dont son mouvement a été l’objet, et qui a donné lieu à la diffusion sur les réseaux sociaux de données présentées comme issues des systèmes d’information du candidat, mais dont une partie est probablement constituée de faux. Dans l’immédiat, compte tenu de l’entrée dans la période de réserve depuis vendredi minuit, et dans l’attente de la réunion de la Commission qui interviendra dans les prochaines heures, son président appelle l’attention des médias sur le sens des responsabilités dont ils doivent faire preuve, alors que sont en jeu la libre expression du suffrage des électeurs et la sincérité du scrutin. Il demande donc aux organes de presse, et notamment à leurs sites internet, de ne pas rendre compte du contenu de ces données, en rappelant que la diffusion de fausses informations est susceptible de tomber sous le coup de la loi, notamment pénale. Commission électorale
Le mouvement En Marche ! a été victime d’une action de piratage massive et coordonnée donnant lieu ce soir à la diffusion sur les réseaux sociaux d’informations internes de nature diverse (mails, documents comptables, contrats…). Les fichiers qui circulent ont été obtenus il y a plusieurs semaines grâce au hacking de boîtes mail personnelles et professionnelles de plusieurs responsables du mouvement. Ceux qui font circuler ces documents ajoutent à des documents authentiques nombre de faux documents afin de semer le doute et la désinformation. Intervenant dans la dernière heure de la campagne officielle, cette opération relève manifestement de la déstabilisation démocratique, comme cela s’est déjà vu aux Etats-Unis pendant la dernière campagne présidentielle. (…) Bien évidemment, les documents provenant du piratage sont tous légaux et traduisent le fonctionnement normal d’une campagne présidentielle. Leur diffusion rend publiques des données internes mais n’est pas de nature à nous inquiéter sur la remise en cause de la légalité et de la conformité des documents concernés. (…) Nous appelons les médias désireux de rendre compte de cette opération à prendre leurs responsabilités en conscience. Il ne s’agit en effet pas d’une simple opération de piratage mais bel et bien d’une tentative de déstabiliser l’élection présidentielle française. Il importe par conséquent de prendre en considération la nature des documents fuités, de bien prendre conscience de ce qu’une grande partie d’entre eux sont purement et simplement des faux et l’opportunité de l’écho à donner à cette opération de déstabilisation. Nous prendrons toutes les initiatives nécessaires auprès des acteurs publics et privés pour faire la clarté sur cette opération inédite dans une campagne électorale française. La gravité des faits est d’ores et déjà une certitude et nous ne saurions tolérer que les intérêts vitaux de la démocratie soient ainsi mis en danger. Communiqué En Marche !
On savait qu’il y aurait ces risques-là durant la campagne présidentielle puisque ça s’était produit ailleurs. Rien ne sera laissé sans réponse (…) S’il y a eu effectivement un certain nombre de parasitages ou de captations, il y aura des procédures qui vont entrer en vigueur. Il faut laisser les enquêtes se faire. François Hollande
L’Assemblée a rémunéré 52 épouses, 28 fils et 32 filles de députés en 2014. Mediapart a épluché la liste, désormais publique, des collaborateurs de députés, complétée de nos propres informations. En 2014, au moins 20 % des députés ont rémunéré un membre de leur famille proche. La plupart des députés assument, bravaches. D’autres bafouillent au téléphone. D’après une enquête de Mediapart, en 2014, au moins 115 députés (sur 577) ont salarié un membre de leur famille, en CDD ou CDI, sur un temps plein ou partiel. Huit élus sont même allés jusqu’à rémunérer deux de leurs proches. Mediapart
Mediapart publie la liste des députés qui emploient leur conjoint. François Fillon a employé sa femme en collaboratrice parlementaire jusqu’en 2013. Une pratique loin d’être rare à l’Assemblée Nationale. Découvrez la liste complète (…) des députés (plus d’une centaine) qui emploient un membre de leur famille en 2014. Vous y trouverez des noms connus comme celui de Claude Bartolone, président de l’Assemblée Nationale, lui même ! Ou encore le nom d’un autre candidat à l’élection présidentielle (dont étrangement personne ne parle…), Nicolas Dupont-Aignan. Vous remarquerez que François Fillon n’y figure pas, puisque, selon ses déclarations, il a mis fin à ces pratiques de lui-même en 2013. Thibault Doidy de Kerguelen
De plus en plus dans la lumière, Pauline Doussau de Bazignan cultive pourtant une nature discrète. La quadragénaire essaie en effet, autant que faire se peut, de rester en dehors des affaires de son mari et de la politique. « Avec Pauline, nous avons essayé beaucoup de formules possibles pour conjuguer vie publique et vie privée. Le pire aura été de mélanger les deux », a écrit le candidat à la primaire dans son livre A nos enfants. Une conclusion sans doute liée aux révélations de Mediapart. En 2013, le site d’investigation a en effet révélé que depuis six ans, l’épouse de Bruno Le Maire était rémunérée aux frais de l’Hémicycle pour un poste à temps plein et ce, alors qu’au cours d’une interview accordée à Paris Match, elle se décrivait elle-même comme étant « petite-fille d’agriculteurs, artiste-peintre et mère ». Et si Pauline Doussau de Bazignan ne mentionnait pas son poste à l’Assemblée, son mari ne le faisait pas non plus. En réalité, madame Le Maire était en charge du site Internet de son mari, ce qui consistait notamment à rédiger des posts de blog, ce qu’elle pouvait faire depuis chez elle, a par la suite précisé Mediapart. De là à en oublier qu’elle était rémunérée pour cela ? C’était une « erreur de parcours », a par la suite reconnu celui que son épouse surnomme « coquito ». Depuis, ils ne travaillent plus ensemble. Planet.fr
Lorsque j’ai été élue au Parlement européen en 2009, le MoDem avait exigé de moi qu’un de mes assistants parlementaires travaille au siège parisien. J’ai refusé en indiquant que cela me paraissait d’une part contraire aux règles européennes, et d’autre part illégal. Le MoDem n’a pas osé insister mais mes collègues ont été contraints de satisfaire à cette exigence. Corinne Lepage (2004)
Oui, bon, j’ai dû rendre service à Force Démocrate. Je me rappelle très bien de cette personne. (…) Mais ce n’est pas l’affaire Fillon, hein ! En tout cas, à l’époque, cela ne me paraissait pas répréhensible. (…) « C’était normal qu’on aide son parti. Le mien était petit. Quand on pouvait, on lui donnait donc des moyens. Soit sous la forme d’une collaboration, soit via une cotisation exceptionnelle chaque mois. Moi j’ai fait ça pendant un certain nombre d’années. Ancien sénateur
Cela se pratiquait, c’est une réalité. Cela peut paraître choquant aujourd’hui. Cela ne l’était pas à l’époque. D’ailleurs, il y a vingt ans, vous ne m’auriez même pas appelé pour me poser ces questions. » L’élu poursuit : « Aujourd’hui, c’est mieux encadré. Et en raison des affaires, cela le sera encore davantage demain. Notre société avance comme cela, toujours en réaction à un accident. Ce n’est pas vertueux, mais c’est ainsi. Parlementaire socialiste
Les révélations sur les emplois présumés fictifs d’assistants parlementaires (François Fillon, Bruno Le Roux…), les promesses d’exemplarité, semblent libérer la parole de certains ex-collaborateurs. C’est le cas d’un Nantais qui assure avoir occupé, il y a vingt ans, deux emplois fictifs au profit du parti de… François Bayrou. (…) « Quand j’ai vu que François Bayrou se posait en monsieur Propre, en caution morale et père vertueux de la politique, mon sang n’a fait qu’un tour. » Pierre, appelons-le ainsi, la quarantaine, assure avoir occupé des emplois fictifs auprès de deux élus centristes, un député breton actuellement retraité de la politique, et un sénateur devenu juge constitutionnel. « Je ne les ai vus que trois fois en un an. J’ai perçu un salaire, des fiches de paie pour une activité que je n’exerçais pas. Je travaillais en fait pour le magazine Démocratie Moderne du parti Force Démocrate présidé par François Bayrou », révèle-t-il, contrats de travail et un bulletin de salaire à l’appui. La consigne à sa prise de poste, selon lui ? « Si l’on vous demande ce que vous faites au parti, ne dites pas que vous y travaillez. Répondez que vous êtes un militant. » Le Télégramme
Nicolas Grégoire a bien été en contact avec un journaliste de Libé peu après la publication de son premier article. Et il est vrai que nous n’avons rien fait sur le sujet. Par manque de temps, à cause de l’actu folle, parce que cette histoire datée n’est pas apparue aux yeux du journaliste comme une priorité, parce qu’enfin (ce n’est peut-être pas la meilleure raison mais le rapport à la source importe aussi dans ce métier) le ton des échanges (entre parano et accusations diverses) a conduit le journaliste de Libé à y mettre un terme. Il est difficile de dire que Libé a eu ou pas raison. Nous sommes sans cesse contraints à des choix. Peut-être qu’une histoire liée à l’UDF il y a vingt ans semblait moins prioritaire que de se consacrer aux affaires actuelles (Le FN par exemple). L’histoire (si elle se vérifie) aurait sûrement donné des éléments de contexte intéressant sur des pratiques dénoncées pour Fillon mais répandues au delà de ce cas précis. Bref, nous ne l’avons pas fait. Pourquoi les autres média ont visiblement fait le même choix? Peut-être pour les mêmes raisons. Mais il y a une chose qu’on peut dire, c’est que le deuxième article de Nicolas Grégoire, dénonçant la censure médiatique, la presse aux ordres de Bayrou, donc en fait Macron (quelle originalité!) n’a plus rien de journalistique. Le choix de Libé (peut-être mauvais) a été un choix éditorial, d’un seul journaliste qui n’aurait eu aucun mal à écrire sur le sujet s’il en avait eu le temps et l’envie. La question du traitement de l’affaire n’a été évoquée à aucun moment par la direction. Parler de censure est faux, tout simplement. Cédric Mathiot (Libération)
Pendant presque deux ans, j’ai eu deux emplois fictifs. A l’Assemblée nationale, et au Sénat. Je percevais un salaire, des fiches de paie, pour une activité que je n’exerçais pas. Jamais personne ne s’en est ému. Pourquoi suis-je le seul, en vingt ans, à l’avouer sans contrainte ? Durant mon séjour rue de l’Université, bordée par l’Assemblée, quadrillée de partis politiques et refuge de l’ENA, je n’ai vu mes parlementaires, Jean-Jacques Hyest et Ambroise Guellec, que trois fois. Pour signer mes contrats. Pour travailler une matinée à trier du courrier. Et enfin, vidé et amer, en perte totale de repères, pour demander à être licencié. Fraîchement diplômé en journalisme européen, c’est un peu par hasard que j’ai rejoint l’équipe de Force démocrate, jeune parti d’un petit nouveau plein d’ambition : François Bayrou. Démocratie Moderne, magazine du parti dont Bayrou était directeur de la publication, cherchait un rédacteur. Jeune, malléable, pas regardant sur le salaire et recommandé par un ancien cadre, j’ai fait l’affaire. (…) A peine arrivé, je suis appelé au bureau de Huguette Ducloux, directrice des services. “Le parti n’a pas beaucoup d’argent, donc les parlementaires détachent des assistants pour nous aider”, me dit-elle. “L’utilisation des fonds est à leur discrétion, mais si l’on vous demande ce que vous faites au parti, vous ne dites pas que vous y travaillez. Vous dites que vous êtes un militant”, conclut-elle avec un demi-sourire entendu. Deux affirmations contradictoires dans une même phrase. Double langage politique, auquel j’allais vite m’habituer. (…)  Aujourd’hui, je me revois dans cette période un peu comme un étranger. Un nihiliste qui, à la moindre difficulté, cherchait à écraser. Un homme que le titre gonflé, “je suis attaché parlementaire”, suffisait à faire passer devant tout le monde aux urgences, sans avoir rien demandé. Comme tous les politiques, le pouvoir m’aidait à panser des plaies profondes, allant jusqu’à l’enfance. Je vois aisément pourquoi, après des décennies d’impunité, François Fillon ne comprend pas qu’on l’emmerde “pour des costards” ou son indemnité parlementaire. Sa réalité n’est pas la nôtre. Devant les affaires, je regarde les pantomimes d’outrage et les appels au complot avec une ironie toute professionnelle. L’enrichissement, les cadeaux, les voyages, les grands travaux avant les municipales, les élections internes truquées… Je n’ai plus jamais voté. Les sortants sont balayés. Les nouveaux jurent que tout va changer. Et on recycle. Ad nauseam. Malgré tout j’ai mal. Pour mon pays, car j’y habite. Et parce que j’ai cru en lui. (…) Bayrou, évidemment, nie. En politique, il faut toujours nier. Même la main dans le sac. “Si ça se sait, il niera”, ai-je tellement entendu sur d’autres sujets. Il me semblerait un peu naïf de ne pas y voir un système. Un système peut-être accentué chez les petits partis, qui n’ont pas beaucoup de subventions. Mais dont on retrouve la trace du PS au FN. Un système dans un monde politique qui se juge lui-même. Se finance lui-même. Et se renouvelle entre lui. C’est cette impunité, cette indignité cachée entre phrases choc et plateaux télé, qui a fait le lit de l’extrémisme qui sans une révolution morale finira, un jour, à l’Elysée. Aujourd’hui je regrette d’avoir délaissé une carrière de journaliste pour, même de quelques décimales, participer à la lente putréfaction des institutions françaises. Et je regrette d’avoir joui de cette impunité, qui transforme tant de politiques en fossoyeurs du bien public. “Tu te rends compte que tu vas être diabolisé ? Tu ne pourras plus travailler nulle part”, me dit un ancien du Figaro. Fonctionnement mafieux. Où seule la loyauté est récompensée. Et la trahison punie. Parfois jusqu’à la mort. “Qu’ils viennent. De toutes façons, je ne peux pas tomber de ma fenêtre, j’habite au rez-de-chaussée !” Nicolas Grégoire
Le 2 avril, j’ai décrit dans une tribune mon parcours dans les bas fonds de la politique. Emplois fictifs, extorsion, agressions sexuelles, tout y était, version François Bayrou. Plus de soixante-dix mille lecteurs plus tard, j’ai découvert les dessous d’une élection ou tout s’accordait, jusqu’au sommet de l’Etat, pour protéger Emmanuel Macron. (…) Oui, la politique, c’est vraiment ça : les avantages, les passe-droits. La vie en première classe. Oui, les emplois fictifs sont répandus. Dans tous les partis. (…) Le jour de la parution de Fictif(s), je reçois un email d’un journaliste de Marianne. “Compte-tenu de sa qualité, seriez-vous intéressé pour une éventuelle reprise sur le site de Marianne ?” J’accepte. Deux jours plus tard, je relance. Aucune réponse. Le lendemain, Marianne publie deux pages d’interview exclusive de François Bayou. Mediapart, qui n’avait pas voulu de mon papier, le publie maintenant sans mon autorisation. En signant “la rédaction de Mediapart”. Mes mails de protestation et de demande d’accès abonné n’ont pas de réponse. (…) Je contacte le Canard Enchaîné, dont je connais le rédacteur en chef, Erik Emptaz. “Le Canard vous remercie d’avoir pensé à lui, me répond la secrétaire de rédaction. Votre message est transmis à Erik Emptaz”. Soulagé, je réponds “vous vous réveillez enfin, c’est bien. Je commençais à me demander si vous protégiez Bayrou”. Le Canard ne publiera rien. Et enchaînera les révélations sur Fillon et Le Pen. (…) Quand les autres rédactions bloquent le sujet, Hervé Chambonnière, grand reporter au quotidien régional Le Télégramme, mène son enquête. Avec sérieux, courant après le scoop, il analyse mes preuves, appelle mon ancienne secrétaire de rédaction. Qui lui confirme que je travaillais au parti. Il rend visite à Jean-Jacques Hyest et Ambroise Guellec, mes financiers. Qui nient me connaître et m’avoir embauché. “Après 1988, impossible !” lui jure Hyest. Avant de retrouver la mémoire, devant un CDI signé de sa main. (…) Et pourtant les beaux jours sont terminés. Je vais découvrir les rouages d’une machine à influencer le résultat de l’élection présidentielle. Une alliance d’intérêts dont je n’aurais jamais deviné l’existence ou l’ampleur. (…) J’interpelle journalistes et rédactions sur Twitter. “Et ça, pourquoi vous n’en parlez pas ?” Je contacte les quotidiens. Ils connaissent mon papier, que de nombreux journalistes ont relayé sur les médias sociaux. J’envoie des mails à des adresses souvent bien cachées. (…) Et il ne se passe rien. D’abord réservé, Hervé Chambonnière finit par partager mon incrédulité. “C’est fou. Personne ?” Ce qui n’était qu’une possibilité devient pour moi une évidence : on protège François Bayrou. Mais surtout, via lui, Emmanuel Macron. La bonne société parisienne a choisi son candidat. (…) 21 avril. J’écris à un journaliste de Libération : “je viens avec des preuves d’un système de financement illégal d’un parti (fiches de paie, contrats de travail, preuves que je bossais à l’UDF) et ça ne sort pas. (…) Tous les jours on sort des trucs (et c’est bien) sur Fillon et Le Pen. Et Bayrou, allié de Macron, rien. C’est quand même plus que bizarre, vous ne trouvez pas ? D’ailleurs pourquoi Libé ou aucun quotidien national ne couvre ? J’aimerais qu’on m’explique en quoi les emplois fictifs chez Bayrou ce n’est pas de la news.” (…) Alors que chaque jour sort une révélation sur Fillon ou le FN, le clan Macron a l’air blanc comme neige. Sur les plateaux télé, François Bayrou donne des leçons d’honnêteté. Et personne ne lui pose la question qui dérange. 24 avril. Mediapart sort un article, La revanche de François Bayrou. Ses détournements de fonds n’y sont pas mentionnés, alors que Mediapart dispose des preuves. Nicolas Grégoire

Il fallait tout simplement sauver le soldat Macron !

En cette journée où, sous peine d’excommunication morale, la France entière est appelée …

Pour bouter à nouveau hors de la patrie en danger la « bête immonde »

A valider par son vote le choix de l’ancien conseiller et ministre d’un président qui termine son unique mandat à 12% d’avis favorables …

Suite à l’élimination par le coup d’Etat juridico-médiatique que l’on sait du véritable candidat de l’alternance

Retour sur les tentatives infructueuses d’un ancien attaché parlementaire fictif de Bayrou …

Pour révéler à des médias qui s’étaient montrés pourtant si courageux pour dénoncer les abus du système par le seul Fillon

Quand Mediapart en 2014 révélait que pas moins de 15 députés (sur 577), rémunérait un de ses proches (soit  52 épouses, 28 fils et 32 filles),  mais pas Fillon qui avait mis fin à ces pratiques l’année précédente …

Les dessous d’une élection ou tout s’accordait, jusqu’au bout et jusqu’au sommet de l’Etat, pour protéger Emmanuel Macron ?

Pas avant le deuxième tour

En dénonçant Bayrou, je voulais changer la politique. Censuré, espionné, cambriolé, j’ai découvert que je ne pouvais pas gagner.

Nicolas Grégoire

3 mai 2017

Le 2 avril, j’ai décrit dans une tribune mon parcours dans les bas fonds de la politique. Emplois fictifs, extorsion, agressions sexuelles, tout y était, version François Bayrou. Plus de soixante-dix mille lecteurs plus tard, j’ai découvert les dessous d’une élection ou tout s’accordait, jusqu’au sommet de l’Etat, pour protéger Emmanuel Macron. Chronique d’un échec annoncé. Et d’une France qui n’est pas la nôtre.

Maintenant ou jamais

“Bonjour ! Je m’appelle Nicolas Grégoire, j’ai eu deux emplois fictifs à l’UDF pour François Bayrou. Et aujourd’hui, je balance”

C’était le bon moment : un mois avant le premier tour. Dans une élection qui s’annonçait serrée. Avec un bon texte, des preuves et une campagne sur les réseaux sociaux, tout le monde m’entendrait. Les médias, d’abord réticents, finiraient par relayer. Et François Hollande, soucieux de sa réputation et peu enclin à protéger ennemis et traîtres, resterait neutre.

En lisant mon brouillon, mes amis découvrent un Nicolas inconnu, un peu inquiétant. “Tout est vrai, sauf le rez-de-chaussée. Je préfère qu’on ne sache pas à quel étage j’habite”. Après quelques jours de relecture, ma souris reste comme suspendue au-dessus de Publier. Le temps ralentit. Avec l’angoisse des grandes décisions, mon doigt s’écrase sur le bouton.

Quinze minutes de célébrité

“Si vous devez lire une chose aujourd’hui, lisez-ça. Vraiment” — quelqu’un sur Twitter

D’abord partagé par trois personnes, Fictif(s) se propage sur les réseaux sociaux. De programmeur en programmeur. Puis un journaliste informatique. Puis France Culture. Puis Cécile Duflot. Puis tout le monde. Pendant deux jours je regarde, fasciné, mon histoire sillonner la France. Et faire le tour des rédactions.

Très vite, les demandes d’interviews arrivent. En choisissant mes mots, je leur dis la même chose. Oui, la politique, c’est vraiment ça : les avantages, les passe-droits. La vie en première classe. Oui, les emplois fictifs sont répandus. Dans tous les partis. “Ah bon, François Bayrou ne me connaît pas ? Pourtant, quand il y avait une coquille dans le journal du parti, il savait où me trouver !” J’insiste sur l’urgence de changer la vie politique avant que, demain ou après-demain, Marine Le Pen gagne l’Elysée. “François Bayrou a l’amnésie pratique. Je ne crois pas qu’il aura l’honneur d’admettre. Oui, il faut moraliser la vie politique. Mais Bayrou ne peut en être ni la caution, ni l’instrument”.

Le jour de la parution de Fictif(s), je reçois un email d’un journaliste de Marianne. “Compte-tenu de sa qualité, seriez-vous intéressé pour une éventuelle reprise sur le site de Marianne ?” J’accepte. Deux jours plus tard, je relance. Aucune réponse. Le lendemain, Marianne publie deux pages d’interview exclusive de François Bayou.

Mediapart, qui n’avait pas voulu de mon papier, le publie maintenant sans mon autorisation. En signant “la rédaction de Mediapart”. Mes mails de protestation et de demande d’accès abonné n’ont pas de réponse.

Très vite, la qualité de mes conversations téléphoniques avec les journalistes est particulièrement mauvaise. Après deux ou trois minutes, les voix se hachent, deviennent métalliques. “Vous voyez, j’habite dans une zone où ça capte plutôt mal. Ça va, mais je capte tout juste. Et là, clairement, quand j’appelle certaines personnes, de la bande passante s’échappe quelque part”.

Je contacte le Canard Enchaîné, dont je connais le rédacteur en chef, Erik Emptaz. “Le Canard vous remercie d’avoir pensé à lui, me répond la secrétaire de rédaction. Votre message est transmis à Erik Emptaz”. Soulagé, je réponds “vous vous réveillez enfin, c’est bien. Je commençais à me demander si vous protégiez Bayrou”. Le Canard ne publiera rien. Et enchaînera les révélations sur Fillon et Le Pen.

Les interviews s’enchaînent. On m’enregistre. On prend note. J’avertis : “Attention, il va y avoir des pressions !” Et toujours la même réponse. “Ah mais Bayrou et ses amis ne font pas la loi chez nous !” Et le sujet ne sort pas.

6 avril. Pour répondre aux demandes des médias et faire taire les mauvaises langues, je publie toutes mes preuves sur Twitter. Et mets les originaux en lieu sûr. Corinne Lepage, qui avait avant moi dénoncé les emplois fictifs chez François Bayrou, retweete immédiatement. Deux minutes plus tard, elle se rétracte.

22h. Dans un appartement éteint et silencieux, je lis à côté de ma fille qui dort à poings fermé. Mon chien bondit en direction de la porte d’entrée en poussant des hurlements. Exactement comme il y a huit ans, quand on essayait de me cambrioler. Je me lève. “Qu’est ce qui se passe, mon chien ?” J’entends quelqu’un dévaler l’escalier. Je reste là, une bonne minute. Le doute s’installe. Dans quoi me suis-je foutu.

Ca sort !

“C’est lui, Grégoire, qui vous a donné ça ? Il est gonflé, le mec !” — Jean-Jacques Hyest, devant mon contrat de travail

Quand les autres rédactions bloquent le sujet, Hervé Chambonnière, grand reporter au quotidien régional Le Télégramme, mène son enquête. Avec sérieux, courant après le scoop, il analyse mes preuves, appelle mon ancienne secrétaire de rédaction. Qui lui confirme que je travaillais au parti. Il rend visite à Jean-Jacques Hyest et Ambroise Guellec, mes financiers. Qui nient me connaître et m’avoir embauché. “Après 1988, impossible !” lui jure Hyest. Avant de retrouver la mémoire, devant un CDI signé de sa main.

Quatre jours après mes révélations, le Télégramme sort en exclusivité un article d’une page.

Bayrou se réfugie derrière son entourage, qui crie à l’élucubration. J’exulte. J’ai dû m’auto-publier. Me dénoncer. Mais la vérité, maintenant, règne. Et Sylvain Maillard, porte parole d’En Marche, me suit sur Twitter.

Le Télégramme en poche, j’appelle l’AFP. On prend mon message. A 20h, un SMS. “Bonjour, je suis journaliste AFP au bureau de Rennes. Pouvons-nous nous rencontrer ?” Tout sourire, mon ex-femme me dit “tu avais raison. Il suffisait qu’un seul le sorte !” L’ancien du Figaro, naguère si pessimiste, me félicite.

Et pourtant les beaux jours sont terminés. Je vais découvrir les rouages d’une machine à influencer le résultat de l’élection présidentielle. Une alliance d’intérêts dont je n’aurais jamais deviné l’existence ou l’ampleur.

Pressions, surveillance et petites lâchetés

“Mon rédacteur en chef ne veut pas le passer. Je comprends pas, je lui ai montré les preuves” — un journaliste de RMC.

10 avril. Trois journalistes d’Europe 1 me contactent en cinq minutes. A Paris, un homme à la voix de chroniqueur m’enregistre dans la cabine. “Mettez vos ceintures, le tourbillon médiatique va commencer”, dis-je à mes proches. On me dit que ça va passer au journal de 18 heures, ou à la matinale. Et le lendemain, sur Europe 1, j’entends : “sinon en politique aujourd’hui, pas grand-chose. On tourne en rond”.

Je contacte le journaliste. “On va le passer votre témoignage, me dit-il. Mais il y a beaucoup d’actu en ce moment”. Agacé, je prolonge par texto. “Bayrou, c’est au moins 12 ans de permanents du siège payés avec des contrats parlementaires : vous avez mon témoignage en 97 et celui de Lepage en 2009. (…) C’est un système couvert par tout le monde, amnistié cette année par un gouvernement de gauche. On n’est pas dans l’anecdote. C’est un scandale énorme. Faites votre enquête”. Une semaine après, je relance. On me répond “ce sujet est en attente”.

11 avril. Après un détour obligatoire sur une messagerie cryptée, je vois la journaliste de l’AFP au café du coin. Nous parlons longuement. Elle semble très intéressée.

12 avril. France Info m’invite à la matinale. “A la suite de votre annonce sur l’emploi fictif en tant qu’attaché parlementaire, seriez-vous disponible pour qu’on en discute pour une éventuelle interview en studio demain matin à 7h40 ?” J’accepte. Quelques heures plus tard, la chargée de production me dit “non, c’est trop compliqué pour demain. (…) Et comme on a déjà fait un sujet dessus ma rédaction en chef préfère attendre. Je suis désolée”. Je ne trouve aucune trace du sujet. Je demande qu’on me donne le nom du journaliste qui a couvert. Pas de réponse.

Le même jour, le responsable des investigations du Nouvel Observateur me dit “je vais prendre vos coordonnées, un journaliste va vous rappeler”. Personne ne rappelle. Et pourtant l’Obs couvre avec assiduité les affaires Fillon et Le Pen.

Après un début fracassant, je me sens cerné par un mur de silence. Au téléphone, l’ancien du Figaro est furieux. “C’est très grave ! On parle d’une élection présidentielle ! Bien sûr que quand ton rédac-chef te refuse un sujet comme ça, tu as envie de ne rien dire pour ne pas perdre ta place. Mais journaliste, c’est pas n’importe quel métier ! On a des responsabilités ! Il faut s’insurger !”

L’enthousiasme fait place à l’impatience. Puis à l’indignation. J’interpelle journalistes et rédactions sur Twitter. “Et ça, pourquoi vous n’en parlez pas ?” Je contacte les quotidiens. Ils connaissent mon papier, que de nombreux journalistes ont relayé sur les médias sociaux. J’envoie des mails à des adresses souvent bien cachées. En y mettant des pisteurs très sophistiqués. Certains ne les détectent pas. A Libération, l’Express, on ouvre mon mail, on clique sur ma tribune. Je les vois faire en direct. Et il ne se passe rien. D’abord réservé, Hervé Chambonnière finit par partager mon incrédulité. “C’est fou. Personne ?” Ce qui n’était qu’une possibilité devient pour moi une évidence : on protège François Bayrou. Mais surtout, via lui, Emmanuel Macron. La bonne société parisienne a choisi son candidat.

— T’as vu, ça sort nulle part !

— Attends, tu viens avec des preuves, et tu n’as aucun rédac-chef qui sort le truc, parce qu’ils ont tous peur d’être punis. Je vais te dire notre profession, elle est morte.

Silences et barbouzeries

“Le message est très clair : tu ne sortiras rien le week-end du premier tour. C’est déjà serré, tu vas pas faire chier”

18 avril. Je formate mon téléphone et mets à jour sa sécurité. Les problèmes de batterie et de qualité sonore disparaissent.

20 avril. Sur l’écran de mon ordinateur, une alerte de l’antivirus. “Votre protection est désactivée”. Impossible de reprendre la main sur le système. Au bout de trois minutes, tout revient à la normale.

21 avril. J’écris à un journaliste de Libération : “je viens avec des preuves d’un système de financement illégal d’un parti (fiches de paie, contrats de travail, preuves que je bossais à l’UDF) et ça ne sort pas. (…) Tous les jours on sort des trucs (et c’est bien) sur Fillon et Le Pen. Et Bayrou, allié de Macron, rien. C’est quand même plus que bizarre, vous ne trouvez pas ? D’ailleurs pourquoi Libé ou aucun quotidien national ne couvre ? J’aimerais qu’on m’explique en quoi les emplois fictifs chez Bayrou ce n’est pas de la news.” Et j’ajoute, écoeuré : “puisque c’est ainsi, je vais sortir un deuxième papier sur les trucs hallucinants qui se passent de mon côté (…). En tous cas, je n’épargnerai personne”.

J’appelle ensuite une amie, journaliste en Suède. En lui racontant ma semaine, j’ai l’impression d’évoluer dans une réalité parallèle. Où l’information est sous contrôle. Où l’on espionne les lanceurs d’alertes. “Bon allez, je te laisse, dis-je, il faut que j’aille à la piscine avec ma fille. A bientôt !” Deux heures plus tard, je m’installe à mon bureau, allume mon ordinateur. Rien. Des pans entiers de mon disque dur ont été effacés. Je pense à un piratage. Puis me souviens avoir éteint ma machine. Il fallait donc y accéder physiquement. On s’est introduit chez moi. Un vertige me prend. La voix tremblante, j’appelle l’ancien du Figaro.

— On m’a effacé mon disque dur.

— Tu sais qui fait ça…

— Les services ?

— Bah oui… C’est illégal. Quelqu’un risque sa carrière. Mais ils le font surtout pour te déstabiliser. Ne t’inquiètes pas, dans quinze jours, ça sera fini.

Comment les services auraient-ils pu aller si loin sans l’aval de l’Elysée ? En tous cas, mission accomplie. Alors que chaque jour sort une révélation sur Fillon ou le FN, le clan Macron a l’air blanc comme neige. Sur les plateaux télé, François Bayrou donne des leçons d’honnêteté. Et personne ne lui pose la question qui dérange.

24 avril. Mediapart sort un article, La revanche de François Bayrou. Ses détournements de fonds n’y sont pas mentionnés, alors que Mediapart dispose des preuves. Sur Twitter, encore une fois, je m’immisce. “Et les emplois fictifs de Bayrou, vous ne couvrez pas ?” Silence. Cette nuit-là, je rêve que je rentre chez moi. Que quelqu’un m’attend dans mon entrée. Ganté de cuir, pour m’étrangler.

— On va te traiter de parano, de conspirationniste.

— Je m’en doute. Mais je me suis pas cambriolé moi-même, non plus !

L’agence prend son temps

“Je vous prie d’arrêter d’être désobligeant” — journaliste de l’AFP

En plein blackout médiatique, je m’accroche à l’AFP. Et encore une fois, j’attends. Le 18, une semaine après l’interview, la journaliste me dit ne pas avoir “contacté tous les protagonistes. Ca devrait sortir mardi matin”.

Le 21 avril, jour de mon cambriolage et vendredi d’avant le premier tour, nouveau texto : “Avez-vous le contact de l’ancienne secrétaire de l’UDF ?” J’en suis sur le cul. Elle n’a même pas fini son article. “Dix jours pour faire une dépêche AFP ! Mais je te la dicte tout de suite, moi : ‘Un ancien assistant parlementaire accuse François Bayrou d’avoir favorisé un système d’emplois fictifs…’ Ca tient en une colonne”.

L’AFP ajoute “je ne connais pas la date de publication, car nous attendons la réaction de M. Bayrou”. Immédiatement, je tape :

— C’est honteux.

— Pardon ?

— Bayrou refuse de réagir en espérant que ça ne sorte pas et vous rentrez dans son jeu. C’est hallucinant.

— Ecoutez, ma collègue ne l’a pas encore contacté car elle croule sous le travail et je dois encore avoir M. Hyest. Evitez certains commentaires. Bonne journée.

— Vous avez des preuves, des contrats de travail. Le Télégramme est sorti il y a dix jours. Contrairement à vous, je dirai et j’écrirai ce que je voudrai.

— Vous n’allez pas me dicter ce que je dois faire ou écrire. Je vous prie d’arrêter d’être désobligeant.

— Oh, je ne vous dicte rien. Vous n’avez pas besoin de moi.

J’appelle Chambonnière. “Je vais sortir un deuxième papier. Mais cette fois-ci, je vais m’attaquer aux médias”. Il a un blanc. “C’est pas une bonne idée”.

Iceberg, droit devant

“Tous les animaux sont égaux, mais (il semble que cela ait été rajouté) il y en a qui le sont plus que d’autres.” — Georges Orwell, La ferme des animaux

Le soir, je regarde le ballet des motards autour de la voiture de Macron. Le dîner dans son Fouquet’s à lui. Au diable les apparences.

Le mercredi d’après le premier tour, l’AFP me demande encore des précisions. Quinze jours ! La dépêche n’est pas encore prête ! “Je n’ai jamais vu une attitude pareille, même Bayrou que je viens d’avoir au téléphone n’a pas été aussi agressif”, me glisse miss AFP Bretagne. Elle m’écrit ensuite “l’unique raison pour laquelle je n’ai pas rédigé le papier c’est tout simplement que je n’ai pas eu le temps. (…) Je vous aurais dit si mes chefs bloquaient le papier”. Tout va bien alors. Mais cela n’a plus d’importance. “De toutes façons, écris-je en conclusion, il fallait que ça sorte avant le premier tour, pour qu’acculés, Bayrou et surtout son allié Macron fassent des promesses fortes. Maintenant que Macron est assuré d’avoir la présidence, tout cela ne sert plus à grand-chose. J’ai perdu mon pari”.

La dépêche devrait sortir quelques jours avant l’élection. Devrait. Hier sûrement confiant d’avoir Matignon, Bayrou tremble, pantomime l’indignation. Il est sale, il le sait. Et pourtant, il s’absout. Comme je l’ai entendu dire en bureau politique : “on me dit ‘tu ne ramènes pas autant que Léotard’. C’est vrai, et j’en suis fier”. “Et quand il revenait d’Afrique, rigole un élu, il avait les mains vides. Parce que c’était Lehideux qui portait les valises !”

En politique, on a une drôle vision de la morale. Qui s’élastifie encore pour les élections. Macron trahit Hollande. Valls trahit Hamon. Les Républicains trahissent Juppé pour Fillon. Puis Fillon pour Juppé. Et retournent vers Fillon. Nicolas Dupont-Aignan trahit la République. Et l’Elysée trahit la liberté d’expression. Comme disait déjà Cicéron en s’adressant au Sénat : “vous êtes des putes”.

Cette réalité, les grands médias la connaissent bien. Mais vous comprenez, le peuple est trop simplet. Il faut lui tenir la main. Des grands médias contrôlés par une poignée de milliardaires. Et des journalistes politiques emplis d’eux-mêmes. Inféodés. Accros aux confidences de cocktails. A leurs places dans le Falcon présidentiel. Des journalistes méprisés par les politiques, qui jouissent à les manipuler.

Il est loin le temps où Maurice Maréchal, directeur du Canard Enchaîné, virait son journaliste pour avoir eu la Légion d’honneur. “Il ne fallait pas la mériter !” Ces copinages, cette soumission au clic de la grande presse, et surtout cette confusion entre informer et occulter, font le lit des extrémismes.

Pendant ce temps, dans l’Aisne, un homme vole une pièce de vingt centimes et écope d’un mois ferme. A Bordeaux, un autre homme sans ressources prend quinze jours pour un paquet de saucisses, des gâteaux et une brosse à dents. Et ma voisine fait des ménages au noir, pour compléter sa retraite. Avec quarante-deux ans de cotisation et une prothèse de genou. Noyée dans les vaines promesses, une France s’écroule. Le Front National a huit millions de votants. Le 7 mai, ils seront peut-être le double. Dans cinq ou dix ans, ils fêteront leur victoire. C’est le début de la fin pour une Cinquième usée, presque impotente.

Les politiques doivent être tenus en laisse. Il faut réformer la rémunération des parlementaires. Qu’ils arrêtent de l’utiliser pour s’acheter, légalement, des villas sur la côte d’Azur. Il faut punir sévèrement toute corruption. Tout favoritisme. Par une peine de prison ferme et l’inéligibilité à vie. Il faut une vraie transparence. Que pour tout, les politiques rendent des comptes. Il faut une nouvelle République, avec comme modèle la Suisse.

Et surtout il faut sortir cette race de seigneurs de ses palais, ses banquets, ses voitures à cocardes, ses gardes armés, ses jets privés, ses centre-villes privatisés. Ces politiques qui ne représentent qu’eux-mêmes.

La France appartient à ses habitants.

Epilogue

“C’est quand même sympa de la part de l’AFP de ne pas vouloir perturber l’élection avec de veilles affaires. Comme pour Fillon !”

3 mai. Histoire de laisser une dernière chance, j’écris encore à l’AFP.

— Bonjour, vous êtes vraiment sûre que vos chefs ne bloquent pas le sujet ?

— Pour être honnête, je ne sais pas. Dès que j’en sais plus je vous dis. Ca peut effectivement paraître après le second tour. Je ne suis plus décisionnaire depuis que je l’ai rédigé.

Dépité, je pars au bistrot du coin. Et m’épanche auprès de la tenancière. “Les médias décident pour qui on doit voter”. Elle hausse les épaules en essuyant un verre. “Ça c’est pas nouveau”. Je touille mon café chantilly. “Oui, mais il faut pas que Bayrou ait Matignon. Sinon je suis dans la merde”. Elle s’empare d’un plat de pommes de terre. “Bayrou premier ministre ? Quelle drôle d’idée ! Il passera pas, Macron. C’est Le Pen qui va passer”. J’arrête de touiller. “Ah bon ?” Elle nappe les pommes de terre d’huile. “De toutes façons on l’aura à un moment ou à un autre. Autant l’avoir maintenant.”

Voir aussi:

Fictif(s) : deux ans à l’UDF payé par la République

Parcours dans les bas-fonds de la politique française

Emploi fictif. Le terme resurgit de scandale en scandale. Pendant presque deux ans, j’ai eu deux emplois fictifs. A l’Assemblée nationale, et au Sénat. Je percevais un salaire, des fiches de paie, pour une activité que je n’exerçais pas. Jamais personne ne s’en est ému. Pourquoi suis-je le seul, en vingt ans, à l’avouer sans contrainte ?

Durant mon séjour rue de l’Université, bordée par l’Assemblée, quadrillée de partis politiques et refuge de l’ENA, je n’ai vu mes parlementaires, Jean-Jacques Hyest et Ambroise Guellec, que trois fois. Pour signer mes contrats. Pour travailler une matinée à trier du courrier. Et enfin, vidé et amer, en perte totale de repères, pour demander à être licencié.

Fraîchement diplômé en journalisme européen, c’est un peu par hasard que j’ai rejoint l’équipe de Force démocrate, jeune parti d’un petit nouveau plein d’ambition : François Bayrou.

Démocratie Moderne, magazine du parti dont Bayrou était directeur de la publication, cherchait un rédacteur. Jeune, malléable, pas regardant sur le salaire et recommandé par un ancien cadre, j’ai fait l’affaire.

“Force démocrate, c’est le parti qui monte, avec six ministres au gouvernement”, me confie d’un ton feutré Rémy le Gall, rédacteur-en-chef de Démocratie Moderne, peu avant mon embauche. “Au début, il faut faire profil bas, surtout ne menacer personne. Et après, tout naturellement, tu t’imposes, comme une évidence.”

A peine arrivé, je suis appelé au bureau de Huguette Ducloux, directrice des services. “Le parti n’a pas beaucoup d’argent, donc les parlementaires détachent des assistants pour nous aider”, me dit-elle. “L’utilisation des fonds est à leur discrétion, mais si l’on vous demande ce que vous faites au parti, vous ne dites pas que vous y travaillez. Vous dites que vous êtes un militant”, conclut-elle avec un demi-sourire entendu. Deux affirmations contradictoires dans une même phrase. Double langage politique, auquel j’allais vite m’habituer.

Au pouvoir

Au cours des mois, je découvre les nombreux avantages de l’appartenance au “troisième plateau” de Force démocrate, qui allait dévorer l’UDF. A un poste modeste mais stratégique, je fais partie du clan. Le clan protège les siens. Et le pouvoir corrompt.

Besoin d’envoyer quelque chose du bureau ? Colis et lettres sont livrés par des motards de la gendarmerie nationale, qui font les coursiers pour le parti sans broncher. “Je t’envoie un motard !”

Problème avec la banque ? Il suffit de tourner son siège. “Dis moi, tu as un contact pour ma banque à Paris ?” Au services des élections, quelqu’un lève le nez et s’empare d’un énorme Rolodex, qu’il appelle “la bomba”. “Bouge pas… Voilà. Tu notes ?” Le directeur de la banque au détail d’une grande banque à trois lettres est dérangé en pleine réunion sur sa ligne directe. Mon agence passera des lettres de menaces à l’obtention d’un prêt. En me déclarant fonctionnaire. Et en saisissant de fausses données financières dans son système informatique, “pour que ça passe”. Prêt que, gagnant 9200 francs par mois (1405 €) je ne rembourserai jamais. La banque à trois lettres ne fit jamais valoir sa créance.

Vol d’une console vidéo dans mon bagage à Orly ? Un fax autoritaire à Aéroports de Paris, avec en-tête de l’Assemblée. Je suis immédiatement remboursé, sans demande de justificatifs. Je réalise que j’aurais pu inventer un ordinateur portable, engranger des milliers d’euros.

Contrôle routier ? Le motard regarde ma carte du Sénat avec autorité. “Et vous êtes assistant de quel sénateur ? Depuis combien de temps ?” En costume de banquier, je hausse immédiatement le ton. “Non mais dites donc, vous allez arrêter de m’emmerder, ou vous allez avoir de gros problèmes !” En à peine un an, j’ai adopté du politique le langage, dont la classique menace de “problèmes”. Immédiatement, son binôme plus âgé le pousse de côté. “Excusez-le monsieur. C’est un jeune, il est pas habitué. Excusez-le”. “Bon, ça va.” Je repars en trombe, énervé d’avoir été pris de haut par ce qui n’est plus pour moi qu’un coursier.

Une matinée à l’Assemblée

Député mais aussi vice-président du Conseil régional de Bretagne, Ambroise Guellec fit un jour part de son déplaisir de me voir passer mon temps au parti. Je me retrouve dans son petit bureau de la rue de l’Université. En bon assistant, je commence par trier le courrier. Demande après demande d’aide, de subventions, de locaux. Certains y incluent, naïfs, leur carte du parti. Une lettre et un projet sortent du lot. Je passe à Guellec : “ça m’a l’air bien, ça.” Après un bref coup d’œil, il la repose sur mon liège. “Non, on ne peut pas les aider”. Je demande pourquoi. Il me regarde, visiblement exaspéré. “Mais parce que c’est une association de gauche !”

Le soir même, je reviens “au siège” et demande à Rémy le Gall de me sortir de cette situation. “Tu y vas, et tu lui dis que t’as pas le temps”, me répond-il tranquillement. “Mais comment ça, je peux pas lui dire ça !” Le Gall me jette un de ses sourires narquois. “Tu lui dis que tu as vu ça avec Bayrou.”

C’est ainsi que, le lendemain, j’annonce à un parlementaire que mon activité illégale étant trop prenante, je ne vais plus bosser pour lui. “Et bien si c’est ça, j’arrête de payer !” me lance-t-il. “Non, je réponds tranquillement. J’ai vu ça avec François. Vous allez continuer à payer. Et je ne travaillerai plus pour vous.” Il baisse la tête, vaincu. Le pouvoir n’est pas toujours où l’on croit.

Fin de partie

Tout commence avec la fille de l’accueil. Appelons-la Emilie. Dans l’entrée du siège, spartiate espace sur cour composé d’un bureau, d’un canapé et de l’escalier principal, elle arrondit ses fins de mois en faisant la permanence du soir. Elle est très belle, rayonnante. Nous flirtons. Un soir, elle m’appelle. Et me dit s’être fait agresser sexuellement par Le Gall.

Les policiers refusent de prendre sa plainte. Elle me raconte aller de commissariat en commissariat avant de comprendre la futilité de sa démarche. Le lendemain, elle décide d’en informer Ducloux. Qui, me dit-elle, l’écoute patiemment, puis lui dit “à qui cherchez-vous à nuire ?” Emilie n’en trouve plus ses mots. Elle quitte le siège en pleurs.

La rumeur, grâce à moi, enfle. En comité de rédaction, Rémy le Gall prend les devants. “J’imagine que vous avez entendu les accusations portées contre moi. Tout cela est bien évidemment faux. Je pense ne pas avoir besoin de ça pour séduire”. Pour garder mon job, je me tais. C’est à mon tour de baisser la tête. “Rémy. Tu ries comme lui”, me dit Emilie, soudain distante. La lune de miel est terminée.

Un conseiller municipal me propose un HLM. 80 m² dans le 12e, pour 190 €. “Là j’ai un pompier, et puis après je t’en file un, si tu veux.” Je refuse. “C’est gentil, mais je suis sûr que d’autres gens en ont plus besoin que moi.” Il est stupéfait. On me propose la fédération des Jeunes du 8e. Je refuse. Maintenant le clan se méfie. Les regards changent.

Et puis vient ce déjeuner. Lors d’une grande tablée à La Poule au Pot, cantine officieuse de l’UDF, quelqu’un me reproche d’être un jeune apparatchik, mené uniquement par l’ambition. “C’est vrai, j’aime les responsabilités. Mais au fond, si je fais ce métier c’est pour, un jour, aider la France.” La salle hurle de rire. Rémy le Gall, rouge pivoine et larme à l’œil, se tourne vers moi. “Tu es un idéaliste, c’est bien !” Et j’ai compris qu’il fallait partir. Que ces gens me menaçaient. Au plus profond de mon être.

Que sont-ils devenus ?

En 1999, Huguette Ducloux devient conseillère de Nicole Fontaine, présidente du Parlement européen. Elle est aujourd’hui retraitée.

Rémy le Gall devient directeur de la communication de la mairie de Versailles. Scénariste de bande-dessinée, il publie quatre fictions sur la politique. En 2012, il est décoré Chevalier des Arts et Lettres. En 2016, il est condamné à six mois de prison pour harcèlement sexuel sur quatre de ses subordonnées. Durant son procès, il est décrit comme faisant “régner la terreur, la manipulation et le mensonge”.

En 2004, Jean-Jacques Hyest est élu président de la Commission des Lois du Sénat. En 2015, il est nommé au Conseil constitutionnel. Hyest siège également à la Haute Cour de justice de la République. Il est décoré Chevalier dans l’ordre des Palmes académiques.

Ambroise Guellec reste vice-président de la région Bretagne jusqu’en 2004. Il y est toujours conseiller régional.

De ralliement en retournement, François Bayrou est sûrement toujours convaincu d’être, un jour, président de la République. La moralité et l’exemplarité sont ses derniers chevaux de bataille.

Épilogue

Aujourd’hui, je me revois dans cette période un peu comme un étranger. Un nihiliste qui, à la moindre difficulté, cherchait à écraser. Un homme que le titre gonflé, “je suis attaché parlementaire”, suffisait à faire passer devant tout le monde aux urgences, sans avoir rien demandé. Comme tous les politiques, le pouvoir m’aidait à panser des plaies profondes, allant jusqu’à l’enfance.

Je vois aisément pourquoi, après des décennies d’impunité, François Fillon ne comprend pas qu’on l’emmerde “pour des costards” ou son indemnité parlementaire. Sa réalité n’est pas la nôtre.

Devant les affaires, je regarde les pantomimes d’outrage et les appels au complot avec une ironie toute professionnelle. L’enrichissement, les cadeaux, les voyages, les grands travaux avant les municipales, les élections internes truquées… Je n’ai plus jamais voté. Les sortants sont balayés. Les nouveaux jurent que tout va changer. Et on recycle. Ad nauseam. Malgré tout j’ai mal. Pour mon pays, car j’y habite. Et parce que j’ai cru en lui.

Dans son livre “Les mains propres”, publié en 2014, Corinne Lepage écrit :

“Lorsque j’ai été élue au Parlement européen en 2009, le MoDem avait exigé de moi qu’un de mes assistants parlementaires travaille au siège parisien. J’ai refusé en indiquant que cela me paraissait d’une part contraire aux règles européennes, et d’autre part illégal. Le MoDem n’a pas osé insister mais mes collègues ont été contraints de satisfaire à cette exigence.”

Bayrou, évidemment, nie. En politique, il faut toujours nier. Même la main dans le sac. “Si ça se sait, il niera”, ai-je tellement entendu sur d’autres sujets. Il me semblerait un peu naïf de ne pas y voir un système. Un système peut-être accentué chez les petits partis, qui n’ont pas beaucoup de subventions. Mais dont on retrouve la trace du PS au FN. Un système dans un monde politique qui se juge lui-même. Se finance lui-même. Et se renouvelle entre lui. C’est cette impunité, cette indignité cachée entre phrases choc et plateaux télé, qui a fait le lit de l’extrémisme qui sans une révolution morale finira, un jour, à l’Elysée.

Aujourd’hui je regrette d’avoir délaissé une carrière de journaliste pour, même de quelques décimales, participer à la lente putréfaction des institutions françaises. Et je regrette d’avoir joui de cette impunité, qui transforme tant de politiques en fossoyeurs du bien public.

“Tu te rends compte que tu vas être diabolisé ? Tu ne pourras plus travailler nulle part”, me dit un ancien du Figaro. Fonctionnement mafieux. Où seule la loyauté est récompensée. Et la trahison punie. Parfois jusqu’à la mort. “Qu’ils viennent. De toutes façons, je ne peux pas tomber de ma fenêtre, j’habite au rez-de-chaussée !”


Vous voulez des preuves ? Elles sont .

Voir également:

«Fictif(s): deux ans à l’UDF payé par la République»

La rédaction de Mediapart
3 avril 2017

« Emploi fictif. Le terme resurgit de scandale en scandale. Pendant presque deux ans, j’ai eu deux emplois fictifs. A l’Assemblée nationale, et au Sénat. Je percevais un salaire, des fiches de paie, pour une activité que je n’exerçais pas. Jamais personne ne s’en est ému. Pourquoi suis-je le seul, en vingt ans, à l’avouer sans contrainte ?

« Durant mon séjour rue de l’Université, bordée par l’Assemblée, quadrillée de partis politiques et refuge de l’ENA, je n’ai vu mes parlementaires, Jean-Jacques Hyest et Ambroise Guellec, que trois fois. Pour signer mes contrats. Pour travailler une matinée à trier du courrier. Et enfin, vidé et amer, en perte totale de repères, pour demander à être licencié.

Fraîchement diplômé en journalisme européen, c’est un peu par hasard que j’ai rejoint l’équipe de Force démocrate, jeune parti d’un petit nouveau plein d’ambition : François Bayrou.

Démocratie Moderne, magazine du parti dont Bayrou était directeur de la publication, cherchait un rédacteur. Jeune, malléable, pas regardant sur le salaire et recommandé par un ancien cadre, j’ai fait l’affaire.

“Force démocrate, c’est le parti qui monte, avec six ministres au gouvernement”, me confie d’un ton feutré Rémy le Gall, rédacteur-en-chef de Démocratie Moderne, peu avant mon embauche. “Au début, il faut faire profil bas, surtout ne menacer personne. Et après, tout naturellement, tu t’imposes, comme une évidence.” »

La suite de ce billet de Nicolas Grégoire, qui se définit comme « rédacteur omnivore » et « petit politique repenti »est à lire sur son blog Medium.

Voir encore:


Affaire Fillon: A qui profite le crime ? (French presidential election: Hope and change now so things can stay as they are tomorrow)

9 février, 2017

francois fillon penelope juges medias
Sondage : Macron le plus capable pour l\'Elysée, Hamon le plus honnête
https://www.thesun.co.uk/wp-content/uploads/2017/02/nintchdbpict000300125351.jpg?strip=all&w=960

‘All further migration from mainly Muslim countries should be stopped’

Il faut que tout change pour que rien ne change. Le Guépard
Is France on the brink of a political revolution? Already, four established candidates for the presidency — two former presidents and two former prime ministers — have backed out or been rejected by the voters, and another, François Fillon, is on the ropes. The campaign is being taken over by outsiders, principally the Front National’s Marine Le Pen and a youthful former banker, Emmanuel Macron, while the Socialists have chosen an eccentric radical, Benoît Hamon. Should we welcome a shake-up in the cradle of European revolutions? What kind of shake-up might it be — socialist (the least likely), liberal with Macron or nationalist with Le Pen? Or can the outsiders still be beaten by an electoral system designed to keep them out of power? France in its modern history has worn out five monarchies, five republics and 16 constitutions — and two of this year’s presidential hopefuls are demanding a 17th. Its people are still more ready than most to go into the streets. It was, and is, a country in which rhetoric and visions play a prominent part in politics. (…) This is because France fluctuates between short spasms of change and longer periods of immobility. It has developed institutional barriers and tacit compromises to hold things steady. Its current Fifth Republic is a ‘republican monarchy’, with parliament downgraded and a powerful president supposed to unite the nation — a task sadly beyond most politicians. Another, less noticed, institution goes back even further than Enjolras’s fictional death on the barricades: the two-round ballot, designed in the 1820s to prevent hotheads like him from winning elections. It gives voters and politicians a second chance, not so much to reconsider their own choices as to react against the choices of others. In the first round you vote for the person you want; in the second you vote against the person you fear. (…) Consider the long-term consequences of the two-round voting system. Many British commentators — and indeed some in France — call periodically for a ‘French Thatcher’ to sweep away institutional barriers to economic dynamism. Nicolas Sarkozy was one who briefly claimed this mantle. The latest is Emmanuel Macron, a former economics minister of Blairite tinge in François Hollande’s socialist government. But Margaret Thatcher could never have been elected in a French-style second round. The British system not only can but regularly does give power to a united minority over a divided majority. Mrs Thatcher could carry out a peaceful revolution without ever having the clear support of a majority of voters. In a French-style system, she and her parliamentary supporters would inevitably have been defeated in second-round ballots by a combination of Labour and the Liberals: Jim Callaghan would have been triumphantly re-elected. In short, precisely because of its turbulent political history, France has developed a series of barriers against radical change. A leading sociologist, Michel Crozier, described it in 1970 as a ‘société bloquée’ — a ‘stalemate society’. Of course, much in France does change: but the price of political stability is that certain fundamental rights and privileges remain untouched. Advantageous retirement rights and pensions. Certain influential professions. Farmers, sheltered by the Common Agricultural Policy. People in permanent employment, protected by laws penalising redundancy and limiting hours of work. The public sector — in French le service public, significantly in the singular — is the core of this system: schools, public hospitals, railways, universities, local government, the post office. All are arms of the state. Think of le service public as the NHS multiplied by five. The politics of its workforce, combining a real sense of public service with a jealous defence of rights and privileges, explains why France is the most anti-capitalist country in Europe. There are benefits. Many British people have happy memories of French hospitals, schools or trains. But one does not need very right-wing views to see the accumulating disadvantages. The highest taxes in the developed world, especially on businesses. Chronic unemployment, worst among the young and ethnic minorities. Slow growth, including among small companies afraid of the burden of regulation incurred by getting too big. Crumbling infrastructure. Anyone who arrives at the Gare du Nord must see that something is amiss. People in France do too, and have done for years. Even in the 1980s President Mitterrand lamented national ‘moroseness’. Bookshops have long been piled high with works by economists, politicians and academics warning that France was in accelerating decline. Young people emigrate, over 200,000 to London alone. On top of this chronic malaise has come the tension between republican secularism and Islam, sparked off three decades ago by a row about girls wearing headscarves in a provincial secondary school. It is a fraught mixture of cultural difference, social deprivation and historic mistrust, but none can doubt its brooding presence, hugely inflamed by a series of terrorist attacks. (…) None of these observations is unique to France. Characteristic of France, however, is the seeming inability of the political system to do much about them, even over many years. Here we come back to the ‘stalemate society’ problem. Even limited reforms — by British standards minor tinkering — with the education system or the labour market have caused huge and prolonged student demonstrations and sit-ins, and damaging strikes by public-sector unions. They often produce complicated half-measures that create a destabilising sense of unresolved problems and leave continuing tensions. A ‘French Thatcher’ — assuming that there is one, however diluted — faces not only the electoral barrier but a wider ideological polarisation than that of Britain in the 1980s. Then a large minority, even at times a majority, felt that something radical had to be done, and accepted that this included weakening the trade unions and increasing the freedom of the market. There is little sign that any such consensus exists in France, where both left and right are deeply suspicious of economic liberalism. Marine Le Pen thunders against free trade and ‘unfair’ competition. The very word ‘liberal’ has long been a political kiss of death: we shall see whether Macron is immune. So there is widespread dissatisfaction, but no accepted solution. Robert Tombs
If Macron’s unique selling point is unclear, his unique talking point is that he married his former school teacher, a lady 24 years older than him. This startling fact, when first encountered, tends to bring political discussion to a halt, while all pause for a few moments of profound reflection. His latest fan is Ségolène Royal. Ségolène is the current minister of the environment, and, by chance, she too is 24 years older than the dynamic new arrival. She has repeatedly spoken of her affection and admiration for Macron. Ségolène was the defeated Socialist presidential candidate of 2007, but last week she urged the party’s voters to ignore their own candidate, Benoît Hamon — a hardline leftist sacked as education minister by Valls in 2014 — and back Macron instead. Macron has not just divided the Socialists, he has replaced them. So how has this apparently isolated and underfunded individual managed all this in such a short time? It is clear that Macron has powerful supporters behind the scenes, and a clue may lie in the little-discussed fact that some years ago he was identified as a member of ‘les Gracques’ — a discreet centre-left pressure group loosely staffed by influential chief executives and civil service mandarins. They are pro-market socialists who long ago gave up on the Socialist party. Many are fellow ‘énarques’ (graduates of ENA) and every step of Macron’s career could have been directed by them. Spotted as a brilliant and charming student, Macron could first have been launched into the prestigious state Finance Inspectorate, then switched into Rothschild to gain business experience (and wealthy support) and then placed like a time bomb in Hollande’s outer office, where he ticked away until he could be moved into the heart of the Valls government. Last August he finally exploded into action at the perfect moment to cause maximum damage to Hollande, Valls and the entire Socialist presidential election campaign. Macron’s rise bears all the hallmarks of a classic ENA undercover operation, a fundamental part of the énarques’ stock-in-trade and one in which the country’s leading bureaucrats are cynically trained. Now that the Socialists have lumbered themselves with a dinosaur — Hamon — as their candidate, Macron is in an even stronger position. He will be able to tune his campaign to attract moderate Socialist voters as well as the centrists and centre-rightists who flock to his meetings and are having second thoughts about François Fillon. Mr Fillon and his British wife Penelope are currently under investigation for misuse of public funds. The Spectator
No one in France disputes Fillon’s right to have paid his wife as an “assistant” over the course of eight years. While nepotism laws in America prohibit such practices — unless you are president — not so in France. More than one-fifth of French parliamentary representatives — 115 of 577 — employ one or more family members as “assistants.” Yet, while it is not illegal for political officeholders in France to hire family members, it is illegal to create so-called emplois fictifs, or make-believe jobs where you pay relatives for work they have not, are not, and never intend to do. Herein lies the rub with the Fillons. Until the Canard’s scoop, there was no reason to believe that the Welsh-born Penelope Fillon devoted her life to anything other than her family of five (unless you count the five horses stabled near the family’s 12th-century chateau). Mme Fillon has previously conceded that she had extra time on her hands. (…) Fillon did not help his cause by revealing in the same interview that, while a senator, he had also paid two of his children to handle specific cases for him because of “their particular competence as lawyers.” (The problem, as several newspapers quickly pointed out, is that neither child was a lawyer yet; the latest Canard story reports that they were paid approximately $90,000 for their work.) Over the weekend, fresh news broke out that between 2005 and 2007, Fillon had written himself seven checks totaling about $28,000 from an account earmarked for paying assistants; then came the new revelations that his wife’s pay had been even more than first thought. The two pillars of Fillon’s candidacy have been the economic imperative of scaling back the state’s social protections, and the political imperative of being untouched by scandal. The two are interconnected; the former relies on the latter. That Penelope Fillon drew an exorbitant salary for reading her husband’s speeches before saddling up for a morning canter will not go down well with an electorate being asked to make financial sacrifices. At the same time, Fillon has always emphasized that his hands, unlike those of his fellow Gaullist contenders, were clean. (…) France is not a particularly corrupt country, in global terms, but in the West it is something of an outlier. According to Transparency International’s 2016 “corruption perception” index, France ranked 23rd among 176 nations, just behind Estonia and just ahead of the Bahamas. It is not, of course, Somalia or Syria. But neither is it Denmark, New Zealand, Canada, or even the United States. In Western Europe, it outranks only Portugal, Italy, and Spain. What may make matters worse is that French corruption is particularly high-profile: It doesn’t come in the form of cops asking for petty bribes, or companies buying off bureaucrats. Rather, thanks to the peculiarly French principle of a republican monarchy, French corruption involves vast sums and takes place at the highest levels of government. Created by De Gaulle in 1958, the Fifth Republic hands vast power and prestige to the presidency. The president, in principle, is not answerable to Parliament; the president, in essence, reigns and his ministers merely rule. While De Gaulle also endowed the office with his personal imperiousness and incorruptibility, his descendants have held tight to the former while mostly trashing the latter. From the late 1970s, when Central African Republic Emperor Jean-Bedel Bokassa showered Valéry Giscard d’Estaing with diamonds, through the 1980s, when Chirac, while mayor of Paris, embezzled public funds for his presidential campaign, to Sarkozy and the kaleidoscope of court cases confronting him, ranging from influence peddling to accepting $54 million in campaign financing from former Libyan dictator Muammar al-Qaddafi, the French presidency has been consistently mired in scandals worthy of the Bourbons. (François Hollande, for all his fecklessness, has — to give credit where it’s due — kept his hands relatively clean during his time in office; his scandals have been of the personal sort.) This relentless drip of scandals both dampens public attitudes toward the mainstream parties — a Transparency International poll taken late last year revealed that three-quarters of the French believe that parliamentary deputies and government ministers are corrupt — and continues to raise the boat of the far-right National Front (FN). Marine Le Pen’s party has its own instances of financial misbehavior: The European Union had determined that the FN defrauded the European Parliament budget of more than $324,000, which it used to illicitly pay FN staffers. Perhaps because the victim was Brussels, however, and because Le Pen was not enriching herself personally, the scandal has had little traction in France; this week, while Fillon was busy battling for his political life, Le Pen was scoffing at the notion that she might return the funds. More to the point, it hasn’t stopped Le Pen from positioning herself as the only candidate able to drain the French swamp. Given the steady 25 to 26 percent support her party attracts in polls, a sizable group, it seems, believes her. The reluctance of French governments to address the problem of corruption is well known. In 2014, a European Union report rapped France’s knuckles for its faulty firewalls in campaign financing, its judiciary’s relative lack of independence, and the absence of political willpower to tackle a culture of corruption. Until recently, moreover, the foot-dragging of politicians over these issues has not unduly bothered French voters. As Jean-Christophe Picard of the watchdog group Anticor notes, through the 1980s and 1990s the public mostly tolerated such wheeling and dealing. “In France, there is the idea that defrauding and wasting public money is not too serious a problem as long as there are no direct victims,” he said in a recent interview with the weekly French magazine L’Obs. There have been some recent attempts to remedy the problem: Last year, the country enacted the Sapin II Law, which, for the first time, creates an anti-corruption agency, requires members of Parliament to render public the names of everyone listed on their official payrolls, and affords fuller legal protection to lanceurs d’alerte, the rather awkward French term for whistleblowers. The law has been hailed as an important step by transparency advocacy groups, but much of the law is aimed at targets lower down than the Élysée. It is still too early to tell if the recent revelations will bar Fillon from the presidency, but it is looking increasingly likely. He has already vowed that he will end his campaign if formal charges are brought against him; on Tuesday, police were spotted at his parliamentary office looking for evidence. Even if the courts do not act before this spring’s election, Fillon’s reputation has already taken a serious hit. In an Odoxa poll taken after the Canard’s scoop, 61 percent of respondents had a bad opinion of Fillon, while just 38 percent thought favorably of him — a 4 percent drop since Jan. 8. An even more recent poll, conducted by Elabe, shows that Fillon is now in danger of not even making it past the first round of France’s two-stage election process. One of the beneficiaries of his decline will be Le Pen, who even before Penelope-gate had overtaken Fillon in a Le Monde poll; another may be Emmanuel Macron, the center-left independent whose campaign continues to gain momentum. French politics is looking more unpredictable than ever, and much can still happen between now and the first round of the election, which is slated for late April. But one thing does seem clear: With Penelope-gate, a long French tradition looks set to continue. Foreign Policy
Trois pays qui ont profondément modernisé leur administration dans les vingt dernières années, le Canada, la Suède et la Nouvelle-Zélande (…) ont en commun d’avoir mis en œuvre cette réforme en réponse justement à des situations de crise économique profonde. (…) L’expérience de ces trois pays montre que plusieurs éléments doivent se conjuguer pour mener à bien ces transformations : tout d’abord la légitimité sortie des urnes pour une équipe qui place le redressement de l’économie et la défense d’un contrat social comme objectif prioritaire à atteindre, la réforme de l’État n’étant qu’un moyen d’y parvenir. Ensuite, la prise de conscience à travers une grave crise économique et budgétaire de la rareté de la ressource publique et de la nécessité d’en « avoir pour son argent ». Désormais, les exigences des citoyens sont renforcées, ce qui rend impossible le maintien de prélèvements obligatoires élevés et le blocage des réformes indispensables. Enfin, la réforme implique une attitude pragmatique des parties prenantes : c’est la recherche d’une plus grande efficacité du modèle social qui doit être mise en avant par les pouvoirs publics, plus qu’une simple logique comptable. Pour les syndicats, c’est un changement de stratégie qui passe par la négociation des réformes plutôt qu’une opposition systématique. C’est au prix de ces efforts que l’on pourra, en France, réussir la réforme de l’État et des politiques publiques. Sandrine Gorreri (2009)
Il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse. Emmanuel Macron
Que voulez-vous que j’en pense? Il est cynique. Un peu homme, un peu femme, c’est la mode du moment. Androgyne. Ce qui vous plait chez Macron, c’est que vous aimez toujours ceux qui ne vous obligent pas à choisir. Nicolas Sarkozy
Sur les « qualités nécessaires » pour être chef de l’Etat, le candidat de la droite est certes à la deuxième place. L’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy est cité en premier ou deuxième par 36% des personnes interrogées. Seul Emmanuel Macron fait mieux, cité en premier ou deuxième par 46%. Benoît Hamon est cité par 34% des Français, devant Marine Le Pen (28%) et Jean-Luc Mélenchon (18%). François Fillon est même celui qui est le plus cité en premier, par 22% des personnes interrogées, contre 21% à l’ancien ministre de l’Economie de François Hollande. Sur la question de l’honnêteté, le palmarès est radicalement différent, même si Emmanuel Macron reste bien placé puisqu’il est sur la deuxième marche du podium, cité (en premier ou second) par 30% des Français. Cette-fois, c’est Benoît Hamon qui arrive en tête. Le candidat du PS est cité (toujours en premier ou deuxième) par 33% des personnes interrogées. Suivent Marine Le Pen (25%), Jean-Luc Mélenchon (23%) et François Bayrou (21%). Plombé par la polémique sur les emplois présumés fictifs de son épouse Penelope, François Fillon est à la peine : 17% seulement le citent en premier ou deuxième parmi les candidats « les plus honnêtes ». Il ne devance que les petits candidat (Nicolas Dupont-Aignan, Philippe Poutou, Nathalie Artaud, Jannick Jadot), qui pâtissent, eux, de leur manque de notoriété dans l’opinion. Les Echos (01.02.2017)
Poland showed the strongest opposition to migrants arriving from Muslim countries, with 71 per cent supporting the ban. Opposition to further migration was also intense in Austria (65 per cent), Belgium (64 per cent), Hungary (64 perc cent) and France (61 per cent) and Greece (58 per cent). The idea of a Trump-style ban also received support in Germany, with 53 per cent calling for increased curbs and 51 per cent in Italy. But there was not majority support in Britain or Spain, which was most opposed to the idea of a ban with only 41 per cent voicing support. Overall, across all ten of the European countries an average of 55 per cent agreed that all further migration from mainly Muslim countries should be stopped. The Sun
Selon une étude menée par l’institut de recherche britannique Chatham House, les Européens seraient majoritairement favorables à la fermeture de leurs frontières aux individus originaires de pays musulmans. 55% des personnes interrogées ont ainsi déclaré être d’accord avec cette affirmation : “Toute immigration supplémentaire venant de pays à majorité musulmane doit cesser”. Un chiffre impressionnant. Dans le commentaire de l’étude, l’institut livre ses conclusions : “Nos résultats sont frappants et donnent à réfléchir. Ils suggèrent que l’opposition à l’immigration venant de pays à majorité musulmane n’est pas confinée à l’électorat de Donald Trump aux Etats-Unis mais est largement répandue”. Largement, mais plus spécialement dans les pays qui “ont été au centre de la crise migratoire ou ont vécu des attaques terroristes ces dernières années”. La Pologne (71%), l’Autriche (65%), la Hongrie et la Belgique (64%), ainsi que la France (61%), sont ainsi parmi les plus favorables à l’assertion de départ. Valeurs actuelles
Jusqu’en 2012, les députés pouvaient conserver le reliquat du crédit collaborateurs qui leur était attribué. Vincent Goyet
Marine Le Pen bénéfice d’un électorat fidèle et déjà très mobilisé: 76% de ses anciens électeurs en 2012 se disent d’ores-et-déjà certains d’aller voter à la présidentielle, 90% de ses anciens électeurs en 2012 voteraient à nouveau pour elle en 2017 et parmi eux, près de huit sur dix se disent sûrs de leur choix. (…) Telle n’est pas la situation d’Emmanuel Macron, dont l’électorat potentiel apparaît sensiblement plus incertain, une personne sur deux exprimant une intention de vote en sa faveur nous disant qu’elle peut encore changer d’avis. Ceci s’explique par la nouveauté qu’incarne Emmanuel Macron et la structure politique de son électorat potentiel. Sa volonté de transcender les clivages politiques traditionnels séduit une partie des électeurs, et nos récents sondages attestent de sa capacité à attirer sur son nom d’anciens électeurs de François Hollande, de Nicolas Sarkozy et François Bayrou. Reste à savoir si cette alliance perdurera jusqu’au au premier tour de l’élection présidentielle, ce qui n’est pas acquis. Un moment de vérité sera certainement le jour où il dévoilera officiellement son programme, ce qui est annoncé pour fin février ou début mars. C’est à ce moment-là que l’on pourra juger avec davantage de certitude de sa capacité à fédérer sur son nom des électeurs venus de divers horizons politiques, et donc de la solidité de son électorat potentiel. (…) Dans notre enquête, ce sont 72% à 75% des électeurs potentiels de François Fillon qui se déclarent d’ores-et-déjà sûrs de leur choix. C’est un peu moins que Marine Le Pen, et nettement plus que pour Emmanuel Macron, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon. Ce résultat doit toutefois être mis en perspective avec l’érosion qu’a connue le socle électoral de François Fillon ces dernières semaines, nous rapprochant d’un noyau dur d’électeurs qui lui sont acquis quoiqu’il arrive. Ceci contribue à augmenter mécaniquement la proportion d’électeurs se disant certains de leur choix. Notons d’ailleurs que ceci tendrait à valider l’hypothèse selon laquelle le potentiel à la baisse pour François Fillon est désormais limité. Reste à savoir dans quelle mesure il lui sera possible, d’ici au premier tour, d’inverser la tendance et de regagner les parts de voix qu’il a subitement perdues. Alexis Feertchak
François Fillon (…) a vigoureusement posé les termes du débat et de l’affrontement. D’un côté le tribunal médiatique – il a affirmé sa confiance pour l’issue judiciaire -, de l’autre le peuple français. François Fillon de retour n’a été animé par rien d’autre que le souci de rendre à une part importante de celui-ci une victoire qu’on croyait déjà lui avoir volée. Philippe Bilger
Le lynchage médiatique de François Fillon et l’écho qu’il semble rencontrer dans l’opinion montrent à quel point le système politico-médiatico-judiciaire tombe en déliquescence. Mise à mal par le gouvernement des juges et des médias la démocratie représentative est en danger. (…) Il est stupéfiant de constater la façon dont certaines des allégations sorties par Le Canard enchaîné et Médiapart sont reprises en boucle par presque tous les médias. Ces affirmations sont totalement à charge et peu de rédactions osent donner des arguments à décharge, alors que ceux-ci existent et sont d’importance. Il est encore plus stupéfiant de constater que la justice s’est emparée de cette affaire alors que rien ne justifie qu’elle le fasse. (…) A tel point que même les plus ardents supporters de François Fillon se sont mis à douter de son honnêteté. Et l’information est devenue un feuilleton quotidien. (…) Pourquoi cette affaire sort-elle précisément en janvier 2017 alors que les faits reprochés remontent à plusieurs années ? Pourquoi la justice s’en empare-t-elle avec une telle diligence ? Quel objectif cherchent à atteindre ceux qui ont manipulé et fabriqué l’opinion, ceux qui l’ont mise sous tutelle ? La réponse est évidente. Dans un premier temps, il s’agit de faire baisser François Fillon dans les sondages et dans les intentions de vote pour arriver au constat que le candidat de la droite et du centre ne sera pas qualifié pour le second tour de l’élection présidentielle. L’objectif suivant étant de l’obliger, sous la pression des mauvais sondages, à renoncer à se présenter à l’élection pour laisser le champ libre au duel rêvé par les médias – entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron (ce dernier est d’ailleurs une pure fabrication du système médiatique). Dès que l’objectif sera atteint, la presse cessera de s’intéresser au cas de François Fillon. Le « PénélopeGate » disparaîtra immédiatement des radars médiatiques. Concernant la justice, notons que c’est le parquet national financier (PNF) qui s’est autosaisi de l’affaire, 24 heures seulement après les révélations du Canard enchaîné. Le PNF, présenté comme « autonome », a été installé par le gouvernement socialiste le 6 décembre 2013, et son procureur, la magistrate Éliane Houlette – une proche de Ségolène Royal – a été choisie et nommée à la discrétion de François Hollande. Marc Joncour
François Fillon fait l’objet d’un lynchage en règle depuis plusieurs semaines. Chaque nouvelle information sur lui, même la plus anodine, est présentée comme un délit potentiel. Quoi qu’il dise, on considère qu’il aggrave son cas. Les circonstances commanderaient pourtant que l’on fasse le tri entre ce qui doit lui être reproché et ce qui est sans conséquence, et que l’on aille jusqu’à faire l’effort de ne pas publier dans la presse les faits et gestes relevant de la seconde catégorie. Comment peut-on accepter que cet homme et sa famille soient scannés avec une telle obsession, un tel niveau de détails, une telle suspicion ? Ce délire donne la nausée. Si François Fillon a octroyé un emploi fictif à sa femme et/ou à ses enfants, il est normal qu’il soit sanctionné. La décision relèvera d’un tribunal et sera prise à la lumière du contexte dans lequel ces contrats ont été conclus, des éléments fournis par les personnes mises en cause et des éclairages apportés par les enquêteurs. Ce n’est pas aux journaux, même les plus prestigieux, d’en décider. En attendant, il conviendrait de ne pas faire preuve d’une mauvaise foi telle qu’elle ne pourrait que révéler une forme d’animosité. Certains ont écrit que la fille de M. Fillon, lorsqu’elle travaillait à ses côtés au Sénat, était sortie de ses fonctions en participant à l’écriture d’un ouvrage publié par son père, comme si François Fillon était le seul responsable politique à se faire aider pour écrire ses livres ! On a pareillement reproché au fils de M. Fillon d’avoir planché sur le programme … Charles Consigny
Les réseaux sociaux s’en donnent à cœur joie, ces temps-ci. Les twittos lynchent comme ils respirent. Bienvenue dans le monde de Dark Vador, chez les aigris, les haineux en furie. Dommage qu’on ne puisse pas marcher dessus, ça porterait bonheur. Il paraît que cette meute électronique incarne la modernité. Mille excuses, mais elle n’a pas le pouvoir qu’elle croit. Sous l’Occupation, ses ancêtres parvenaient à leurs fins quand ils envoyaient leurs lettres de dénonciation à la Kommandantur. Aujourd’hui, son hystérie a tendance à se retourner contre elle : l’élection de sa bête noire, Donald Trump l’a hélas confirmé. Nous voilà sommés de condamner sans autre forme de procès François Fillon, qui, de tout évidence,a fauté, comme nous l’avons écrit la semaine dernière.  Les bois de justice sont déjà dressés, il est urgent de raccourcir le prévenu. Depuis peu, il règne sur la France un climat qui rappelle, à certains égards, celui de la terreur de 1793. Sauf que la guillotine est devenue métaphorique. Les médias, ces nouveaux dieux ont soif. Franz-Olivier Giesbert
Macron, c’est tout ce que les Français sensibles à la fragilité du pays rejettent. Annoncer vouloir voter pour lui, même en dernier recours, est incompatible avec la défense d’une nation unifiée et assimilatrice. Son usage du mot « hexagone », vocabulaire désincarné qu’il partage avec Hamon, fait comprendre la froide distance qui sépare Macron de l’âme française. Samedi, à Lyon, le faux rebelle d’un Système qui le soutient a défendu le modèle multiculturel, qui est au cœur de la crise identitaire abordée par Fillon, mais aussi Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan. Il a déclaré : « Il n’y a pas une culture française ; il y a une culture en France : elle est diverse, elle est multiple ». Il a aussi dénoncé l’ »obscurantisme », mais il le voit chez Donald Trump, et non dans l’idéologie islamiste qui nargue la République et a pris le monde occidental pour cible. Macron dit refuser les murs, les quotas, les frontières, les conflits. Un tel homme à l’Elysée signifierait l’abandon de la société d’intégration au profit d’une « inclusion » dans un espace ouvert et bienveillant. Pour le leader d’En Marche!, le FN représente « une France qui n’a jamais existé ». Mais le communautariste qu’il avalise, et qui se consolide dans les cités, est celui qui produit les tensions et annonce les guerres civiles. Lundi soir, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) des policiers encerclés ont dû tirer en l’air à balles réelles. Si la droite ne s’affirme pas, elle poussera nombre d’électeurs dans les bras de Marine. Ivan Rioufol
Dans l’affaire Fillon, le « plan B » s’appelle Marine Le Pen : voilà à quoi ont conduit les justiciers qui, depuis deux semaines, chargent le dossier contre le candidat de la droite, plébiscité par la primaire. S’il y a un scandale à ce stade c’est celui qui consiste à faire taire, à moins de trois mois de la présidentielle, un homme qui a su désigner le libéralisme comme allié et le totalitarisme islamique comme ennemi. La tentative de kidnapping du favori pour l’Elysée, devenu le symbole d’une classe politique déconnectée de la vie des gens, n’est pas plus respectable que les pratiques dénoncées, sans preuve pour l’instant, par les donneurs de leçons. Le spectacle donné par ceux qui, chez Les Républicains paniqués, pressent Fillon de céder la place, illustrent la pusillanimité qui habite les opportunistes et les carriéristes. Alain Juppé est resté, ce lundi, à la bonne hauteur quand il a une nouvelle fois rejeté les appels du pied pour remplacer Fillon