Tourisme humanitaire: C’est pour les pains et les poissons, imbécile ! (From rice Christians to voluntourists and honeyteers: With the touristization of humanitarian work, both aid agencies and Christian missions rediscover the adverse effects of free lance aid work)

14 septembre, 2016

honeyteering
En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés. Jésus (Jean 6: 26)
Accordez-moi aussi ce pouvoir, afin que celui à qui j’imposerai les mains reçoive le Saint Esprit. Simon le magicien (Actes 8: 19)
Our ancestors were Roman Catholics; they were made Protestants by the laird coming round with a man having a yellow staff, which would seem to have attracted more attention than his teaching, for the new religion went long afterward, perhaps it does so still, by the name of the religion of the yellow stick. David Livingstone
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
Unfortunately, the Europeans’ devastating urge to do good can no longer be countered with reason. (…) The countries that have collected the most development aid are also the ones that are in the worst shape. (…) Huge bureaucracies are financed (with the aid money), corruption and complacency are promoted, Africans are taught to be beggars and not to be independent. In addition, development aid weakens the local markets everywhere and dampens the spirit of entrepreneurship that we so desperately need. As absurd as it may sound: Development aid is one of the reasons for Africa’s problems. If the West were to cancel these payments, normal Africans wouldn’t even notice. Only the functionaries would be hard hit. Which is why they maintain that the world would stop turning without this development aid. (…tons of corn are shipped to Africa … [corn that predominantly comes from highly-subsidized European and American farmers] … and at some point, this corn ends up in the harbor of Mombasa. A portion of the corn often goes directly into the hands of unsrupulous politicians who then pass it on to their own tribe to boost their next election campaign. Another portion of the shipment ends up on the black market where the corn is dumped at extremely low prices. Local farmers may as well put down their hoes right away; no one can compete with the UN’s World Food Program. (…) Why do we get these mountains of clothes? No one is freezing here. Instead, our tailors lose their livlihoods. They’re in the same position as our farmers. No one in the low-wage world of Africa can be cost-efficient enough to keep pace with donated products. In 1997, 137,000 workers were employed in Nigeria’s textile industry. By 2003, the figure had dropped to 57,000. The results are the same in all other areas where overwhelming helpfulness and fragile African markets collide. (…) If one were to believe all the horrorifying reports, then all Kenyans should actually be dead by now. But now, tests are being carried out everywhere, and it turns out that the figures were vastly exaggerated. It’s not three million Kenyans that are infected. All of the sudden, it’s only about one million. Malaria is just as much of a problem, but people rarely talk about that. (…) AIDS is big business, maybe Africa’s biggest business. There’s nothing else that can generate as much aid money as shocking figures on AIDS. AIDS is a political disease here, and we should be very skeptical. (…) So you end up with some African biochemist driving an aid worker around, distributing European food, and forcing local farmers out of their jobs. That’s just crazy. James Shikwati
« L’assistance est vraisemblablement la pire des catastrophes de la région, car elle rend possibles l’explosion démographique, les règlements de comptes interethniques, le financement de la guerre, la corruption et l’indifférence aux problèmes sociaux, notamment la précarité sanitaire. (…) L’Afrique a reçu pendant 45 ans plus de mille milliards de dollars, pour quel résultat! Denis-Clair Lambert
Le transfert de ressources des contribuables occidentaux est en fait beaucoup plus important, car dans le même temps les gouvernements locaux empruntent massivement, à faible taux d’intérêt, aux organisations internationales et sur les marchés financiers. Comme les pays prêteurs ont coutume d’annuler périodiquement la dette des pays les plus pauvres, ces derniers empruntent à nouveau. La partie de l’assistance sans remboursement, qualifiée d’aide publique au développement, a très rarement servi au développement de ces pays. Ce pactole nourrit 40 à 60 % des dépenses budgétaires des pays bénéficiaires et souvent la moitié du revenu national. La plus grande partie de ces fonds est destinée au soutien budgétaire, ce qui est une incitation à pérenniser ou accroître le déficit des comptes publics. (…) Il y a tant de donateurs : en moyenne 30 dans les nations d’Afrique et un nombre équivalent d’organisations non gouvernementales, que le programme des Nations Unies finit par reconnaître une véritable gabegie. En Tanzanie l’administration est supposée contrôler 650 projets, qui bien souvent ont le même objet, et pour lesquels il faut rédiger des milliers de rapports et envoyer des centaines de missions. La coordination, l’évaluation, le suivi deviennent des missions impossibles tant pour le pays donateur que pour ce pays récepteur. On ne sait pas combien ces pays reçoivent, chaque donataire expédie des dizaines de missions dans 30 ou 40 pays et ces experts payés au « per diem » finissent par coûter très cher, mais ils remplissent les avions et les hôtels ! L’Union européenne ne fait pas mieux, elle remplit les avions : les chefs de projet changent tous les six mois, comme leurs interlocuteurs, et l’on reprend la procédure à 0. À quoi sert cette assistance ? D’abord à payer les fonctionnaires et la solde des soldats, à satisfaire leur demande d’équipements militaires, puis à honorer les dépenses somptuaires des dirigeants. (…) Quel est le pays africain qui a reçu l’assistance internationale la plus massive depuis 1960 ? L’Éthiopie, suivie par le Soudan, ont reçu de l’Amérique et de l’URSS, de l’Europe et de la Banque mondiale et du Fonds Monétaire International, puis des ONG une assistance massive et stratégique, comme l’Afghanistan en Asie. Ces deux pays étaient cependant dirigés par des dictateurs sanguinaires et farouchement anti-occidentaux. Aujourd’hui le premier bénéficiaire est le Congo-Zaïre, suivi par la Tanzanie et toujours l’Éthiopie. (…) au sud du Sahel saharien la moitié des États sont confrontés à des guerres intestines, l’autre moitié étant riveraine de ces pays sert de refuge aux civils et aux mouvements insurrectionnels » … Denis-Clair Lambert
By Indianization, we are not demanding conversion of Muslims and Christians into Hindus. For the sake of unity and integrity of the country, we are demanding that Christians and Muslims should be indigenized, carrying Indian names. Acharya Giriraj Kishore (Indian Vice President)
What better way to start your married life together than to share a fulfilling, enriching voluntourism experience with your loved one whilst on honeymoon! You can bond together as a couple, enjoy luxury accommodation, and do what other honeymooners don’t get to do: interact meaningfully with the local people, and make a positive impact in their lives! Naturally there is also plenty of time to relax and explore – we can tailor-make your honeymoon volunteering to suit your exact preferences. Hands up holidays
 A 2008 study surveyed 300 organizations that market to would-be voluntourists and estimated that 1.6 million people volunteer on vacation, spending around $2 billion annually. A few are celebrities supporting their cause du jour, who drop in to meet locals and witness a project that often bears their name. Many more come to teach English during high school, college vacations or during a gap year. Others are sun-seeking vacationers who stay at beachside resorts but who also want to see “the real (name your country).” So they go into a community for an afternoon to help local women make beads, jewelry or clothes. Volunteering seems like an admirable way to spend a vacation. Many of us donate money to foreign charities with the hope of making the world a better place. Why not use our skills as well as our wallets? And yet, watching those missionaries make concrete blocks that day in Port-au-Prince, I couldn’t help wondering if their good intentions were misplaced. These people knew nothing about how to construct a building. Collectively they had spent thousands of dollars to fly here to do a job that Haitian bricklayers could have done far more quickly. Imagine how many classrooms might have been built if they had donated that money rather than spending it to fly down themselves. Perhaps those Haitian masons could have found weeks of employment with a decent wage. Instead, at least for several days, they were out of a job. (…) Sometimes, volunteering even causes real harm. Research in South Africa and elsewhere has found that “orphan tourism” — in which visitors volunteer as caregivers for children whose parents died or otherwise can’t support them — has become so popular that some orphanages operate more like opportunistic businesses than charities, intentionally subjecting children to poor conditions in order to entice unsuspecting volunteers to donate more money. Many “orphans,” it turns out, have living parents who, with a little support, could probably do a better job of raising their children than some volunteer can. And the constant arrivals and departures of volunteers have been linked to attachment disorders in children. There are some volunteers who possess specialized, sought-after skills, of course. (…) But not all volunteers come with an expertise like ophthalmology. (…) Perhaps we are fooling ourselves. Unsatisfying as it may be, we ought to acknowledge the truth that we, as amateurs, often don’t have much to offer. Perhaps we ought to abandon the assumption that we, simply by being privileged enough to travel the world, are somehow qualified to help ease the world’s ills. Because the mantra of “good intentions” becomes unworthy when its eventuality can give a South African AIDS orphan an attachment disorder or put a Haitian mason out of work. Jacob Kushner
More and more Americans are no longer taking a few weeks off to suntan and sightsee abroad. Instead they’re working in orphanages, building schools and teaching English. It’s called volunteer tourism, or « voluntourism, » and it’s one of the fastest growing trends in travel today. More than 1.6 million volunteer tourists are spending about $2 billion each year. But some people who work in the industry are skeptical of voluntourism’s rising popularity. They question whether some trips help young adults pad their resumes or college applications more than they help those in need. (…) Most volunteer tourists are women. They’re also young adults, between the ages of 20 and 25, says the industry consulting group Tourism, Research and Marketing, based in Glasbury, Wales. But more and more high school students are also traveling and volunteering. (…) That worldview for many American teens is a lot different than it was two decades ago, says Ken Jones, who owns Maximo Nivel, a volunteer tourism company out of Antigua. He got his start in the travel business, offering only Spanish-language classes. But young people today, he says, want a richer experience. (…) The industry has exploded in the past few years, says Theresa Higgs, who runs United Planet in Boston. The nonprofit offers what she calls a cultural immersion program. But Higgs is on the fence about whether the rise in popularity of « voluntourism » is a good thing. She’s heartened by the altruism of volunteers, but she’s worried about the flood of for-profit organizations bursting onto the scene. « What I think often gets lost is the host communities, » she says. « Are they gaining? Are they winning? Are they true partners in this? Or are they simply a means to an end to a student’s learning objective, to someone’s desire to have fun on vacation and learn something? » she asks. NPR
I think there are a combination of things. Post 2000s and with the recession and that sort of thing, young people are having difficulty in the job market. So instead of opting for sitting at home, trying to get a job, they opt for this volunteer tourism. They can travel cheaply. They can engage in activities that they find fulfilling. And they can build their resume. So it’s a sort of perfect storm of all truism and resume building. And I think, for me, one of the biggest perks to this is the recognition that volunteer tourism, while on the surface looks like something that’s going to benefit host communities, at the heart I think it’s about transforming the volunteer. It’s helping them see where they fit in the global scheme of things. (…) for me, when I’m looking at the research, there’s a full spectrum in terms of volunteer tourism. Those are those kinds of activities, but there are lots of other things going on. And my concern is that we throw the baby out with the bathwater because I think the volunteer tourism itself still offers some of the greatest potential for economic opportunity if you do it right. But I would agree that it’s not necessarily that form of volunteer tourism that does that best. (…) One of the things that’s really intriguing me right now is this idea of applying fair trade concepts to volunteer travel. So are the organizations creating opportunities for disadvantaged producers? Are the organizations pointing to ways in which they’re doing community capacity building? So those are sorts of – the framework that we’re looking at for organizations that are doing it right. (…) there has been a lot of negative press these days about volunteer tourism. And I kind of draw the analogy with ecotourism in the 80s because when it initially emerged, it was, you know – it was the greatest thing since sliced bread. And it was wonderful. And it was going to do great things for the environment. And then we had this sort of natural swinging of the pendulum to the other side, where all of a sudden we were pointing to bad examples. And we were saying, maybe not – this isn’t the best idea. And I’m seeing a very similar thing happening with volunteer tourism. And I guess what I hope for is that we find that happy medium and we find that place where we can, on one side, recognize the great examples of volunteer tourism that are out there but, on the other hand, take advantage of this time to really look critically at the various organizations that are there and to help them be accountable for their activities in these host communities. And that’s where I think you really need to do your homework, recognize whether the organization is transparent. Is the organization community centered? And all these things maximize the positive impacts while minimizing the negatives. Nancy McGehee (professor of hospitality and tourism, Virginia Tech)
Volunteers often have unfulfilling and disappointing experiences; volunteer placements can prevent local workers from getting much-needed jobs; hard-pressed institutions waste time looking after them and money upgrading facilities; and abused or abandoned children form emotional attachments to the visitors, who increase their trauma by disappearing back home after a few weeks. We feel that there are many opportunities for people to undertake meaningful volunteering in their own community, where they will receive proper training, support and supervision – without the need to pay a tour operator for the privilege. In the majority of cases people would be far better (and have a more rewarding experience) volunteering at home and spending their money on travelling and staying in places listed in our Ethical Travel Guide. Mark Watson
Basically, we failed at the sole purpose of our being there. It would have been more cost effective, stimulative of the local economy, and efficient for the orphanage to take our money and hire locals to do the work, but there we were trying to build straight walls without a level. Philippa Biddle
Helping out at an African nursery or digging trenches in rural India might have become a fashionable – and expensive – rite of passage for thousands of young people each year, but volunteers would often do more good staying at home and assisting communities on their own doorstep, a conference on ethical tourism will hear tomorrow. The growing trend for far-flung gap years often combining an element of work in a developing country has become one of the fastest-growing phenomena in the global travel industry. However, a leading UK charity is warning that whilst often well intentioned in their motives, altruistic young travellers can end up doing more harm than good to their host communities, even potentially fuelling child abuse. Mounting concern that the desire to work in orphanages in countries such as Cambodia and Nepal is actually be leading to the abandonment or even abduction of children from their parents to fuel the boom in eager tourists has led to calls for a radical rethink on the ethics of so-called volunteerism. (…) The charity’s executive director Mark Watson said that whilst the desire to help others was commendable – too many expensive commercial volunteering opportunities ended up exploiting both those offering help whilst harming the lives of those meant to be on the receiving end. The Independent
Voluntourism almost always involves a group of idealistic and privileged travelers who have vastly different socio-economic statuses vis–à–vis those they serve. They often enter these communities with little or no understanding of the locals’ history, culture, and ways of life. All that is understood is the poverty and the presumed neediness of the community, and for the purposes of volunteering, that seems to be enough. In my own experiences (…) this has led to condescending and superficial relationships that transform the (usually western) volunteer into a benevolent giver and the community members into the ever grateful receivers of charity. It makes for an extremely uncomfortable dynamic in which one begins to wonder if these trips are designed more for the spiritual fulfillment of the volunteer rather than the alleviation of poverty. (…) I couldn’t help feeling ashamed at the excessive praise and thanks we received from locals and those on the trip alike. I cringed as we took complimentary photos with African children whose names we didn’t know. We couldn’t even take full credit for building the houses because most of the work had already been done by community members. In fact, if anything we slowed down the process with our inexperience and clumsiness. And how many schools in the west would allow amateur college students to run their English classes for a day? What had I really done besides inflate my own ego and spruce up my resume? I had stormed into the lives of people I knew nothing about, I barely engaged with them on a genuine level, and worst of all, I then claimed that I had done something invaluable for them all in a matter of five days (of which most of the time was spent at hotel rooms, restaurants, and airports). An entire industry has sprouted out of voluntourism as it increases in popularity, possibly equal to the increase in global inequality. As the gap between rich and poor widens, so too it seems does the need for those of the global north to assuage the guilt of their privilege (paradoxically, guilt only seems to deepen as many realise the illusory effect of their impact), or to simply look good. The developing world has become a playground for the redemption of privileged souls looking to atone for global injustices by escaping the vacuity of modernity and globalisation. Ossob Mohamud
The debate about « voluntourism » – that unsightly word – has reared its cynical head yet again. Every so often the spotlight is turned on western students using their free time to help those less fortunate in developing countries, and much head-scratching and soul-searching ensues. Recently the Guardian published a piece by Somalian blogger Ossob Mohamud, with the headline Beware the ‘voluntourists’ doing good. She argues that the west is turning the developing world into « a playground » for the rich to « assuage the guilt of their privilege ». Mohamud clearly had a difficult volunteering experience. She says she felt ashamed at the excessive praise and thanks of locals, cringed as she took photos with African children whose names she did not know and was left feeling that she had simply inflated her ego and spruced up her resume. There is a discussion to be had about the merits or otherwise of overseas volunteering schemes which attract crowds of well-meaning westerners to build schools and playgrounds, teach English or care for orphans. But Mohamud’s insistence on drawing a wider social message from her own unsatisfactory trip is unfair and potentially damaging. Last summer I visited Uganda to report on the work of East African Playgrounds. The charity enlists British students to build play facilities and run sporting projects for primary school children. In just a few years it has grown to be self-sufficient, employing a team of young Ugandans as builders, to the point where the charity’s British founders will soon be able to step back and let it run itself. I witnessed the volunteers – students and recent graduates from UK universities – forming genuine friendships with the locals, developing emotional attachments to the children and becoming truly invested in their future. Cynics might that say when they return to Britain they leave it all behind and life moves on. But for many, volunteering can be life changing. (…) Undergraduates face a stark choice about how to spend their time before entering employment, particularly now that money is tight and jobs are scarce. Charities that invest in the developing world need keen, energetic, ambitious people to help them along. « Voluntourists » they may be – but their work can have a huge impact on their own lives and the lives of those they help. It would be an awful shame if they were put off. Sam Blackledge
Je viens ici car les volontaires sont jolies. Réfugié de Calais
The term “Rice Christians » (…) is used among the missionary community to describe nationals who make a profession of conversion (inauthentically or without true understanding) in order to get the product (clothing, food, rice) that is being delivered by the Western worker.  It seems that if you add the strings attached to the given supplies with the “don’t cause conflict or disagree” cultural value of the Asian country where we lived,  a subtle social game can quickly develop. It could go a bit like this: uneducated villagers, a little (or a lot) in awe of the white American, are provided with goods they desperately need, entertainment that encourages their kids, and attention by the wealthy Westerner, all of which they gladly accept. And at some point over the course of the event, the Westerners share honestly about their religion and eventually ask for public professions of faith. And, seriously, what’s an impoverished person, raised in a culture of respect, supposed to do in light of  this turn of events? In many ways, isn’t agreeing with the views of the outsider the most polite and most effective response for the national– the path that both provides for their families while still showing respect for their visitors? Perhaps, perhaps they become Rice Christians for the day. And maybe we missionaries don’t really give them many other options.  (…) I am by no means saying that the gospel can’t move mightily and quickly among a people group. I’m not saying that we should all begin to doubt the faith of those that come forward in evangelistic outreaches, either. I’m also not throwing short term missions under any kind of bus because I’ve seen this in both short and long-termers. I am saying, though, that perhaps we need to consider the position we put people in when we enter their worlds with gifts and programs. And perhaps we need to re-evaluate some of our “numbers.”  Laura Parker (Co-Founder/Editor, Former Aid Worker in SE Asia)
We’re very conscious of making ‘rice Christians’. Jehovah’s Witness missionary in Cambodia
My own sense is that some groups have probably come here and, out of zeal, have used methodologies that we wouldn’t feel comfortable with. There has been a tendency … to inflate [conversion] numbers, or to count them differently. It’s actually something we work quite hard to try and avoid, because that would not be the kind of faith that we’re looking for. (…) I think that the use of money is an area where we have to be hugely careful, so that these kinds of patron-client relationships are not established. (…) We limit the amount of money coming from the outside in terms of direct support [to churches]. My problem with this is when they try to wean themselves off, there’s already a bit of dependency, and they’ll often just look for another patron. David Manfred (Christian & Missionary Alliance)
Not only do we not use poverty as a lure to join the church; we invite members to donate [a] 10 percent [tithe] to help the church grow. Robert Winegar (Mormon mission President) .
It became apparent to me that [Cambodians] were coming to church but not wanting to take part in building the church. That’s why I no longer want to have a big structure and have them think that ‘this is the Western money train, I want to get on board’. (…) But Freeze said these mistakes were often a result of a lack of understanding of the local context, something that could be overcome through in-country experience. Most groups have genuine heart. But a lot of the problem here is a misunderstanding of culture. Michael Freeze (Baptist missionary)
It’s good to give, but you have to be very careful how you give. You come to Cambodia with SUVs and tonnes of rice, and that’s virtually bribery. (…) I believe that churches have made a lot of mistakes in terms of their focus on finance and on getting their numbers up. That’s where the church of Mormon comes in. They know how to work the system…. But all the money in the world can’t buy God. Independent Khmer-American pastor
Quand on est sérieux, il faut regarder quel est notre impact réel, prendre du recul. Toutes les conneries, je les ai faites. Dans la rue, je donnais à manger aux enfants cambodgiens, comme tous les touristes. Du coup, les gamins stagnaient en attendant le room service… Huit repas par jour. L’enfant est devenu une attraction touristique. Imaginez un turn-over permanent de Japonais, un flux d’adultes inconnus qui viendraient dans nos écoles pour apprendre des chants aux petits Français, enseigner leur langue, leur offrir du riz et les photographier avant de repartir. (…) Les volontaires étrangers veulent tous ouvrir des orphelinats. Seulement, il faut les remplir ! Alors, croyant bien faire, ils retirent les enfants aux familles cambodgiennes pauvres, expliquant que c’est mieux, qu’ils ne savent pas s’en occuper. C’est raciste, colonialiste. Et si on retirait aux Français leurs enfants au seul motif qu’ils sont trop pauvres ? (…) Ils viennent soit se construire un CV, soit se reconstruire parce qu’ils sont dans une mauvaise passe. Charge donc aux enfants étrangers de soigner les problèmes des Occidentaux. D’un point de vue marketing, l’orphelinat c’est facile à vendre. Mais pour que l’argent continue d’affluer, il ne faut pas qu’il soit investi, ce serait casser le produit. Le bâtiment doit rester pourri et les enfants avoir l’air malheureux.  (…) Nos volontaires font des travaux administratifs, des recherches, mènent des enquêtes. Il y a beaucoup à faire et peu d’occasions de selfies avec des enfants. Ce sont des professionnels locaux et expérimentés que nous salarions qui s’en occupent. Sébastien Marot (directeur de Friends International et ancien directeur marketing chez L’Oréal)
On remplace la planche à voile par un réfugié. (…) Dire à un jeune Blanc que même s’il n’a que le bac, il aura toujours un niveau supérieur aux professeurs et médecins locaux, c’est du racisme positif. Il faut lui remettre les pieds sur terre, on ne l’attend pas pour sauver l’Afrique, même si c’est sympa, même si ça fait rêver. (…) Soit le séjour se passe bien et les jeunes reviennent avec l’idée que les pays en développement sont un grand bac à sable ; soit cela se passe mal, et là c’est tout le secteur associatif qu’ils verront comme une vaste arnaque. (…) A l’étranger, le marché du travail souffre aussi, avec toute cette main-d’œuvre qui paye pour venir travailler. Pierre de Hanscutter (président fondateur de l’association francophone Service volontaire international)
L’envie d’engagement ne fléchit pas. Faire de l’humanitaire, c’est faire quelque chose de bien pour l’autre, c’est une attitude sociale légitime qui coexiste en parallèle d’un processus continu de professionnalisation. (…) Pourquoi vouloir fixer au voyage un autre but que la découverte de personnes, de paysages, de saveurs ? Faire du tourisme en se sentant investi d’une mission, pour être gentil, pour jouer au père Noël avec des livres, des stylos et des médicaments disqualifie le voyage en lui-même. La dissymétrie du rapport rend d’emblée la rencontre impossible. Ce n’est pas de l’ouverture, mais de la condescendance. (…) C’est Tintin au Congo. [Mais] Il ne faut pas casser l’élan, le désir de s’engager. Rony Brauman (ancien président de Médecins sans frontières)
C’est un safari exotique low cost, le premier du genre. Le dépaysement à moindres frais, sans partir de chez soi, en «faisant le bien» et en attirant sur soi l’admiration de ses amis Facebook : la visite du camp de réfugiés à Calais. The jungle, pour les initiés et ceux qui souhaitent en être, avec ses déclinaisons d’humour grinçant : la librairie The Jungle Books, la cabane de Baloo, les restaurants «New Kabul» et «British Hotel», des graffitis pleins de promesses comme «London Calling» et «Welcome to the UK», l’auto-proclamée ambassade du Koweït, un drapeau français célébrant avec ironie la chaleur et l’hospitalité hexagonales, des capsules vides de gaz lacrymogène qui décorent en guirlande la devanture d’un barbier de fortune… ici pas besoin de passeport, de visa ou d’autorisation d’entrée – il suffit de se conformer aux fouilles policières des véhicules à l’entrée. À certains moments «la jungle» a tout d’un zoo. Tandis que chacun, dans la ronde des touristes, photographes, journalistes, chercheurs, bénévoles, employés d’ONG et Calaisiens charitables, s’évertue à faire valoir la légitimité de sa présence, les migrants désœuvrés regardent, amers ou méfiants, avec apathie ou un embarras poli, défiler ce petit monde étrange dont les intentions réelles leur demeurent inconnues. Certains, plus que d’autres, ont une raison d’être ici. Ce sont les employés d’ONG et bénévoles dont le rôle est clairement défini et les compétences, professionnelles. Dans les regards de ces anonymes actifs se devine un mépris à peine dissimulé pour le reste des visiteurs de passage, parmi eux des jeunes qui se disent «réfugiés du capitalisme», comme on peut le lire sur le mur d’une des écoles improvisées ; de débonnaires babas cool qui veulent croire en une communauté des pauvres, laïque et multiculturelle, unie par la solidarité et la musique ; ou encore ceux qui se voient comme d’intrépides aventuriers qui ont le cran de vivre au milieu du camp, sont les amis des réfugiés jusqu’à finir par devenir, pour les plus obstinés d’entre eux, «l’un des leurs». Une tentative – louable mais illusoire – d’abolir le gouffre qui les sépare: les bénévoles, eux, pourront toujours rentrer chez eux par le prochain bus ou ferry pour 50€ et la présentation d’une carte d’identité. Les migrants, eux, auront besoin de quelques milliers (voire dizaine de milliers) d’euros pour quitter la «jungle». On donne des cours d’anglais ou de français, on s’amuse avec les enfants, on gratte sa guitare, on chante, jusqu’au moment où nos aventuriers se découragent, l’un après l’autre, ou doivent simplement regagner leurs pénates. Il y a aussi les bénévoles dont on ne sait pas s’ils font partie d’une association, d’une ONG, ou s’ils sont là à leur propre compte. On les croise tous les jours, à discuter avec des gens qui leur ressemblent et faire de grands sourires aux migrants qui les regardent avec curiosité, ou à jouer aux assistants sociaux, vaguement infantilisants, implorant les migrants de rejoindre leur «atelier de percussions» qui se résume à taper deux bâtons ensemble pour tuer le temps. «La jungle» abrite aussi des journalistes, plus ou moins indépendants, qui y passent un jour ou deux, prennent des photos et disparaissent. Et puis il y a les touristes. Qui jouent parfois aux apprentis reporters. Comme cette femme avec son Nikon D70 débarquant dans la cour de l’école de fortune, sans un bonjour pour prendre des photos. «Vous comptez en faire quoi, de ces photos ?» Et elle de répondre, d’un ton assuré qui se veut rassurant : «Ah mais moi c’est pas pour publier sur Facebook, hein ! C’est pour moi.» Un souvenir de vacances, donc. (…) Enfin vient le groupe d’amies, 18-20 ans, qui se partagent une barquette de frites en déambulant dans les rues passantes du campement, comme elles le feraient à Marrakech ou Bangkok, tout excitées à l’idée de vivre cette aventure hors du commun. Étrange et inattendu pot pourri, qui réunit ce que le tourisme a de pire, en ce lieu qui s’appelle «jungle» parce qu’il n’y règne aucune loi. Chacun s’arroge donc le loisir de faire comme bon lui semble. D’autant plus qu’on est ici chez soi — en Europe — sans l’être vraiment. Cette zone de non-droit, sans contrôle social, sans règles, est un jardin d’expérimentations en tout genre. Une cacophonie de charitabilisme. Le soir, les bénévoles regagnent l’auberge de jeunesse, les plus anciens dorment sur place, dans une caravane équipée d’un cadenas. (…) Cautère sur une jambe de bois, les bénévoles ? Au moins font-ils un peu de bien, à une toute petite échelle. Et sans doute de leur mieux. Nous autres ne pourrons même pas justifier moralement de notre présence, puisque le projet – mal préparé, mal organisé – n’aboutira pas. Il aura fait de nous des touristes améliorés, doués d’une certaine conscience éthique et, désormais, de regrets. (…) Une chose est sûre : on ne s’improvise pas humanitaire du jour au lendemain, et les bons sentiments ne suffisent pas. Quand l’État se désengage complètement, que le grand public préfère s’impliquer directement, on en arrive vite au safari. Au zoo participatif. À la jungle. Tara Bate (Salariée du secteur humanitaire, étudiante en anthropologie du développement)
Se prélasser aux Maldives pour son voyage de noces ? Dépassé. Le top de la tendance, c’est le honeyteering (de honeymoon et volunteering), la lune de miel humanitaire. A lire les témoignages, c’est inoubliable. Ça rapproche et ça soulage. Le phénomène ne touche pas seulement les couples fraîchement épousés. De plus en plus de particuliers donnent de leur temps de vacances pour faire du volontariat : c’est le tourisme humanitaire, ou «volontourisme». Plusieurs formules sont possibles, du groupe d’amis qui s’auto-organise et part distribuer du matériel collecté, ou donner un coup de main à une association locale à l’initiative individuelle, en passant par les «séjours humanitaires» clé en main. Les tour-opérateurs proposent ainsi des «circuits humanitaires», qui promettent de l’atypique, de l’authentique, de l’alternatif. Avec des étapes «solidarité», hors des sentiers battus : don de fournitures scolaires dans un petit village, journée dans un orphelinat, etc. (…) L’intention est louable. La critique s’avère, dès lors, délicate. «Il ne faut pas casser l’élan, le désir de s’engager», prévient Brauman. Les ONG ont lancé des campagnes de dissuasion du volontouriste, à l’instar de Solidarités International. «Tout le monde ne peut pas aider sur le terrain», disent les spots. Une série de faux entretiens d’embauche croustillants, avec notamment une hippie qui a «fait grave du baby-sitting», sait ce que c’est que de vivre sans douche à force de faire des festivals, «kiffe l’Afrique» et se dit prête à partir secourir «les enfants qui meurent de faim et ont besoin d’amour». Comme si les bons sentiments à l’égard d’une misère aussi lointaine qu’abstraite dispensaient de toute réflexion intellectuelle. (…) Le Cambodge compte plus d’orphelinats aujourd’hui qu’en 1979, au sortir de la guerre. Rien que ces huit dernières années, leur nombre a triplé. Six cents structures ont été dénombrées et le recensement n’est pas terminé… En trente ans, le nombre d’orphelins est passé de 7 000 à 47 000. En fait, selon l’Unicef, 74 % d’entre eux ont des parents. (…) Le mot «orphelin» déclenche l’arrivée massive de l’aide étrangère et des volontaires. (…) Le phénomène a gagné le Laos, la Thaïlande, la Birmanie. Au Cambodge, Friends International œuvre à la réintégration des enfants dans les familles, en partenariat avec l’Unicef et le gouvernement. Depuis cette année, des orphelinats sont fermés et l’ouverture de nouveaux établissements est gelée. (…) Reste le «séjour humanitaire» afin d’accéder à l’enfant exotique, pauvre et malade. Contre 2 000 euros en moyenne les quinze jours, au titre des frais de mission (transport, hébergement, repas, le tout dans un confort rudimentaire qui participe au charme de l’aventure), Projects Abroad promet par exemple de soigner des lépreux au Ghana ou d’accueillir les primo-arrivants sur les plages italiennes. Des «missions de volontariat» en «médecine générale», «soins infirmiers», «sage-femme»,«santé publique», «soins dentaires», accessibles «même sans qualification médicale» et à partir de 16 ans, insiste le site web de Projects Abroad. Et si les photos ne suffisaient pas (des jeunes Blancs en blouse et gantés de latex qui prennent des tensions, donnent des médicaments à des nourrissons, etc.), il y a les vidéos. Deux adolescentes danoises soignent les plaies purulentes de malades au Ghana. Elles voulaient une première expérience avant de passer le concours de médecine. Se faire la main, en quelque sorte. Leur meilleur souvenir ? Un accouchement compliqué, c’était «extraordinaire», «du sang partout». Au Pérou, une fille fait des points de suture, ravie : «Ça donne confiance en soi.» En Tanzanie, un garçon anglais, stéthoscope autour du cou, briefe des infirmières noires, regarde les radios, feuillette des dossiers. Au Mexique, une Suissesse enjouée enseigne le français à l’université. Trois classes. Les élèves sont plus vieux qu’elle, pas trop dur ? «Il suffit d’être motivée, d’avoir envie d’enseigner et d’être de bonne humeur. Ça suffit pour les Mexicains !»(…) Le SVI regrette le silence de l’ordre des médecins en France. (…) Projects Abroad est le leader du tourisme humanitaire. Un ensemble de structures appartenant à une holding domiciliée en Angleterre, Beech View Holdings Limited. La multinationale, arrivée sur le marché hexagonal voilà dix ans, n’a rien d’une ONG, si ce n’est le champ lexical. Six cents salariés, près de deux cents programmes, des dizaines de milliers de volontaires-clients dont les deux tiers ont moins de 30 ans. Son bénéfice net, en constante augmentation, s’élevait à 1,7 million de livres en 2012 (2 millions d’euros). (…) Qui sont ces volontouristes ? La sociologue Alizée Delpierre a enquêté durant trois ans chez Projects Abroad. Elle souligne le «rôle déterminant des parents», professions libérales, hauts-fonctionnaires, majoritairement aisés et résidant dans les beaux quartiers parisiens. «Ils redoutent généralement le secteur associatif, considéré comme un domaine de relégation. A ce prix-là, ils ont la garantie de l’entre-soi.» L’action humanitaire répond d’abord à «stratégie éducative», que la chercheuse détaille : «Les parents veulent que leur enfant acquière des compétences internationales, teste ses affinités avec un métier avant de payer une grande école, apprenne à se débrouiller seul ou soit confronté à la misère pour qu’il mesure combien il est privilégié…» Sur place, elle a vu des volontaires «déçus de constater le faible impact de leur action. Alors ils visitent, font du shopping». Comme des touristes tout court. Libération

Attention: un chrétien du riz peut en cacher un autre !

En ces temps étranges du post-christianisme triomphant …

Comment encore s’étonner, à l’instar de la tristement fameuse aide au développement, de cette nouvelle dérive des idées chrétiennes devenues folles

Ce tourisme dit humanitaire qui du volontourisme au honeyteering (lune de miel humanitaire) …

En arrive à l’exploit de faire payer des gens pour le droit de travailler bénévolement …

Tout en détruisant le marché du travail local entre selfies pour page Facebook et stratégies éducatives ou professionnelles …

Ou même en multipliant par sept sur le modèle des « chrétiens du riz » des missions chrétiennes d’antan …

La population des orphelinats d’un Cambodge en paix depuis 30 ans ?

Tourisme humanitaire : la vraie fausse pitié

Profiter de ses vacances pour aider les populations locales, l’idée est plutôt louable. Mais l’amateurisme et le cynisme de ce secteur en vogue inquiètent les ONG sérieuses.

Noémie Rousseau
Libération

15 août 2016

Se prélasser aux Maldives pour son voyage de noces ? Dépassé. Le top de la tendance, c’est le honeyteering (de honeymoon et volunteering), la lune de miel humanitaire. A lire les témoignages, c’est inoubliable. Ça rapproche et ça soulage. Le phénomène ne touche pas seulement les couples fraîchement épousés. De plus en plus de particuliers donnent de leur temps de vacances pour faire du volontariat : c’est le tourisme humanitaire, ou «volontourisme». Plusieurs formules sont possibles, du groupe d’amis qui s’auto-organise et part distribuer du matériel collecté, ou donner un coup de main à une association locale (lire notre reportage au Liban) à l’initiative individuelle, en passant par les «séjours humanitaires» clé en main. Les tour-opérateurs proposent ainsi des «circuits humanitaires», qui promettent de l’atypique, de l’authentique, de l’alternatif. Avec des étapes «solidarité», hors des sentiers battus : don de fournitures scolaires dans un petit village, journée dans un orphelinat, etc.

«L’envie d’engagement ne fléchit pas, observe Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières. Faire de l’humanitaire, c’est faire quelque chose de bien pour l’autre, c’est une attitude sociale légitime qui coexiste en parallèle d’un processus continu de professionnalisation.» Le célèbre médecin est plus critique quant à l’idée de coupler voyage et humanitaire. «Pourquoi vouloir fixer au voyage un autre but que la découverte de personnes, de paysages, de saveurs ? Faire du tourisme en se sentant investi d’une mission, pour être gentil, pour jouer au père Noël avec des livres, des stylos et des médicaments disqualifie le voyage en lui-même. La dissymétrie du rapport rend d’emblée la rencontre impossible. Ce n’est pas de l’ouverture, mais de la condescendance.»  

L’intention est louable. La critique s’avère, dès lors, délicate. «Il ne faut pas casser l’élan, le désir de s’engager», prévient Brauman. Les ONG ont lancé des campagnes de dissuasion du volontouriste, à l’instar de Solidarités International. «Tout le monde ne peut pas aider sur le terrain», disent les spots. Une série de faux entretiens d’embauche croustillants, avec notamment une hippie qui a «fait grave du baby-sitting», sait ce que c’est que de vivre sans douche à force de faire des festivals, «kiffe l’Afrique» et se dit prête à partir secourir «les enfants qui meurent de faim et ont besoin d’amour». Comme si les bons sentiments à l’égard d’une misère aussi lointaine qu’abstraite dispensaient de toute réflexion intellectuelle. «Quand on est sérieux, il faut regarder quel est notre impact réel, prendre du recul, explique Sébastien Marot, directeur de Friends International, qu’il a cofondé au Cambodge en 1994. Toutes les conneries, je les ai faites. Dans la rue, je donnais à manger aux enfants cambodgiens, comme tous les touristes. Du coup, les gamins stagnaient en attendant le room service… Huit repas par jour», se souvient cet ancien directeur marketing chez L’Oréal. Vingt-deux ans qu’il voit défiler dans les orphelinats les touristes humanitaires et autres volontaires en tout genre. «L’enfant est devenu une attraction touristique. Imaginez un turn-over permanent de Japonais, un flux d’adultes inconnus qui viendraient dans nos écoles pour apprendre des chants aux petits Français, enseigner leur langue, leur offrir du riz et les photographier avant de repartir.»

Lépreux au Ghana

Le Cambodge compte plus d’orphelinats aujourd’hui qu’en 1979, au sortir de la guerre. Rien que ces huit dernières années, leur nombre a triplé. Six cents structures ont été dénombrées et le recensement n’est pas terminé… En trente ans, le nombre d’orphelins est passé de 7 000 à 47 000. En fait, selon l’Unicef, 74 % d’entre eux ont des parents. «Les volontaires étrangers veulent tous ouvrir des orphelinats. Seulement, il faut les remplir ! Alors, croyant bien faire, ils retirent les enfants aux familles cambodgiennes pauvres, expliquant que c’est mieux, qu’ils ne savent pas s’en occuper. C’est raciste, colonialiste. Et si on retirait aux Français leurs enfants au seul motif qu’ils sont trop pauvres ?» interroge Sébastien Marot.

Le mot «orphelin» déclenche l’arrivée massive de l’aide étrangère et des volontaires. «Ils viennent soit se construire un CV, soit se reconstruire parce qu’ils sont dans une mauvaise passe. Charge donc aux enfants étrangers de soigner les problèmes des Occidentaux, tacle Marot. D’un point de vue marketing, l’orphelinat c’est facile à vendre. Mais pour que l’argent continue d’affluer, il ne faut pas qu’il soit investi, ce serait casser le produit. Le bâtiment doit rester pourri et les enfants avoir l’air malheureux.» Le phénomène a gagné le Laos, la Thaïlande, la Birmanie. Au Cambodge, Friends International œuvre à la réintégration des enfants dans les familles, en partenariat avec l’Unicef et le gouvernement. Depuis cette année, des orphelinats sont fermés et l’ouverture de nouveaux établissements est gelée. «Nos volontaires font des travaux administratifs, des recherches, mènent des enquêtes. Il y a beaucoup à faire et peu d’occasions de selfies avec des enfants. Ce sont des professionnels locaux et expérimentés que nous salarions qui s’en occupent.»

Reste le «séjour humanitaire» afin d’accéder à l’enfant exotique, pauvre et malade. Contre 2 000 euros en moyenne les quinze jours, au titre des frais de mission (transport, hébergement, repas, le tout dans un confort rudimentaire qui participe au charme de l’aventure), Projects Abroad promet par exemple de soigner des lépreux au Ghana ou d’accueillir les primo-arrivants sur les plages italiennes. «On remplace la planche à voile par un réfugié», s’indigne Pierre de Hanscutter, président et fondateur de l’association francophone Service volontaire international (SVI).

Des «missions de volontariat» en «médecine générale», «soins infirmiers», «sage-femme»,«santé publique», «soins dentaires», accessibles «même sans qualification médicale» et à partir de 16 ans, insiste le site web de Projects Abroad. Et si les photos ne suffisaient pas (des jeunes Blancs en blouse et gantés de latex qui prennent des tensions, donnent des médicaments à des nourrissons, etc.), il y a les vidéos. Deux adolescentes danoises soignent les plaies purulentes de malades au Ghana. Elles voulaient une première expérience avant de passer le concours de médecine. Se faire la main, en quelque sorte. Leur meilleur souvenir ? Un accouchement compliqué, c’était «extraordinaire», «du sang partout». Au Pérou, une fille fait des points de suture, ravie : «Ça donne confiance en soi.» En Tanzanie, un garçon anglais, stéthoscope autour du cou, briefe des infirmières noires, regarde les radios, feuillette des dossiers. Au Mexique, une Suissesse enjouée enseigne le français à l’université. Trois classes. Les élèves sont plus vieux qu’elle, pas trop dur ? «Il suffit d’être motivée, d’avoir envie d’enseigner et d’être de bonne humeur. Ça suffit pour les Mexicains !»

Holding

«C’est Tintin au Congo», résume Rony Brauman, «inquiet» et «révolté» par les dégâts sanitaires causés sur place et «l’exploitation cynique des bonnes volontés». Le SVI regrette le silence de l’ordre des médecins en France. «Dire à un jeune Blanc que même s’il n’a que le bac, il aura toujours un niveau supérieur aux professeurs et médecins locaux, c’est du racisme positif. Il faut lui remettre les pieds sur terre, on ne l’attend pas pour sauver l’Afrique, même si c’est sympa, même si ça fait rêver», soupire Pierre de Hanscutter.

Projects Abroad est le leader du tourisme humanitaire. Un ensemble de structures appartenant à une holding domiciliée en Angleterre, Beech View Holdings Limited. La multinationale, arrivée sur le marché hexagonal voilà dix ans, n’a rien d’une ONG, si ce n’est le champ lexical. Six cents salariés, près de deux cents programmes, des dizaines de milliers de volontaires-clients dont les deux tiers ont moins de 30 ans. Son bénéfice net, en constante augmentation, s’élevait à 1,7 million de livres en 2012 (2 millions d’euros). Contacté par Libération, Projects Abroad n’a pas donné suite.

Bac à sable

«Soit le séjour se passe bien et les jeunes reviennent avec l’idée que les pays en développement sont un grand bac à sable ; soit cela se passe mal, et là c’est tout le secteur associatif qu’ils verront comme une vaste arnaque», souligne Pierre de Hanscutter, inquiet des valeurs inculquées ainsi à ces citoyens en devenir. Il pointe un autre écueil : «A l’étranger, le marché du travail souffre aussi, avec toute cette main-d’œuvre qui paye pour venir travailler.»

Qui sont ces volontouristes ? La sociologue Alizée Delpierre a enquêté durant trois ans chez Projects Abroad. Elle souligne le «rôle déterminant des parents», professions libérales, hauts-fonctionnaires, majoritairement aisés et résidant dans les beaux quartiers parisiens. «Ils redoutent généralement le secteur associatif, considéré comme un domaine de relégation. A ce prix-là, ils ont la garantie de l’entre-soi.» L’action humanitaire répond d’abord à «stratégie éducative», que la chercheuse détaille : «Les parents veulent que leur enfant acquière des compétences internationales, teste ses affinités avec un métier avant de payer une grande école, apprenne à se débrouiller seul ou soit confronté à la misère pour qu’il mesure combien il est privilégié…» Sur place, elle a vu des volontaires «déçus de constater le faible impact de leur action. Alors ils visitent, font du shopping». Comme des touristes tout court.

Voir aussi:

Dans la «jungle», une faune charitable

Dans le camp de réfugiés de Calais, on croise des migrants mais aussi des touristes de plus ou moins bonne volonté.

Tara Bate , Salariée du secteur humanitaire, étudiante en anthropologie du développement
Libération
15 août 2016 

C’est un safari exotique low cost, le premier du genre. Le dépaysement à moindres frais, sans partir de chez soi, en «faisant le bien» et en attirant sur soi l’admiration de ses amis Facebook : la visite du camp de réfugiés à Calais. The jungle, pour les initiés et ceux qui souhaitent en être, avec ses déclinaisons d’humour grinçant : la librairie The Jungle Books, la cabane de Baloo, les restaurants «New Kabul» et «British Hotel», des graffitis pleins de promesses comme «London Calling» et «Welcome to the UK», l’auto-proclamée ambassade du Koweït, un drapeau français célébrant avec ironie la chaleur et l’hospitalité hexagonales, des capsules vides de gaz lacrymogène qui décorent en guirlande la devanture d’un barbier de fortune… ici pas besoin de passeport, de visa ou d’autorisation d’entrée – il suffit de se conformer aux fouilles policières des véhicules à l’entrée.

Un mépris à peine dissimulé

À certains moments «la jungle» a tout d’un zoo. Tandis que chacun, dans la ronde des touristes, photographes, journalistes, chercheurs, bénévoles, employés d’ONG et Calaisiens charitables, s’évertue à faire valoir la légitimité de sa présence, les migrants désœuvrés regardent, amers ou méfiants, avec apathie ou un embarras poli, défiler ce petit monde étrange dont les intentions réelles leur demeurent inconnues. Certains, plus que d’autres, ont une raison d’être ici. Ce sont les employés d’ONG et bénévoles dont le rôle est clairement défini et les compétences, professionnelles. Dans les regards de ces anonymes actifs se devine un mépris à peine dissimulé pour le reste des visiteurs de passage, parmi eux des jeunes qui se disent «réfugiés du capitalisme», comme on peut le lire sur le mur d’une des écoles improvisées ; de débonnaires babas cool qui veulent croire en une communauté des pauvres, laïque et multiculturelle, unie par la solidarité et la musique ; ou encore ceux qui se voient comme d’intrépides aventuriers qui ont le cran de vivre au milieu du camp, sont les amis des réfugiés jusqu’à finir par devenir, pour les plus obstinés d’entre eux, «l’un des leurs». Une tentative – louable mais illusoire – d’abolir le gouffre qui les sépare: les bénévoles, eux, pourront toujours rentrer chez eux par le prochain bus ou ferry pour 50€ et la présentation d’une carte d’identité. Les migrants, eux, auront besoin de quelques milliers (voire dizaine de milliers) d’euros pour quitter la «jungle». On donne des cours d’anglais ou de français, on s’amuse avec les enfants, on gratte sa guitare, on chante, jusqu’au moment où nos aventuriers se découragent, l’un après l’autre, ou doivent simplement regagner leurs pénates.

Un souvenir de vacances

Il y a aussi les bénévoles dont on ne sait pas s’ils font partie d’une association, d’une ONG, ou s’ils sont là à leur propre compte. On les croise tous les jours, à discuter avec des gens qui leur ressemblent et faire de grands sourires aux migrants qui les regardent avec curiosité, ou à jouer aux assistants sociaux, vaguement infantilisants, implorant les migrants de rejoindre leur «atelier de percussions» qui se résume à taper deux bâtons ensemble pour tuer le temps. «La jungle» abrite aussi des journalistes, plus ou moins indépendants, qui y passent un jour ou deux, prennent des photos et disparaissent.

Et puis il y a les touristes. Qui jouent parfois aux apprentis reporters. Comme cette femme avec son Nikon D70 débarquant dans la cour de l’école de fortune, sans un bonjour pour prendre des photos. «Vous comptez en faire quoi, de ces photos ?» Et elle de répondre, d’un ton assuré qui se veut rassurant : «Ah mais moi c’est pas pour publier sur Facebook, hein ! C’est pour moi.» Un souvenir de vacances, donc.

Mais ses modèles ne s’y soumettent pas toujours volontiers. L’un d’eux, refusant d’abord, décide finalement de tourner la séance de prise de vues en parodie. Il s’allonge de tout son long, lascivement, telle une odalisque enturbannée, et se laisse mitrailler, le visage figé, se moquant visiblement de l’avidité de sa spectatrice. Quelques minutes plus tard, elle guette un autre modèle, qui commente, malicieux : «Regarde-la celle-là ! Elle attend que je sois seul pour me demander de nouveau. Regarde comme elle est drôle !»

Enfin vient le groupe d’amies, 18-20 ans, qui se partagent une barquette de frites en déambulant dans les rues passantes du campement, comme elles le feraient à Marrakech ou Bangkok, tout excitées à l’idée de vivre cette aventure hors du commun.

Horde protéiforme

Étrange et inattendu pot pourri, qui réunit ce que le tourisme a de pire, en ce lieu qui s’appelle «jungle» parce qu’il n’y règne aucune loi. Chacun s’arroge donc le loisir de faire comme bon lui semble. D’autant plus qu’on est ici chez soi — en Europe — sans l’être vraiment. Cette zone de non-droit, sans contrôle social, sans règles, est un jardin d’expérimentations en tout genre. Une cacophonie de charitabilisme. Le soir, les bénévoles regagnent l’auberge de jeunesse, les plus anciens dorment sur place, dans une caravane équipée d’un cadenas.

«Ne dites rien à ces gens. Ils promettent des choses et partent sans jamais revenir. Ils viennent parce que c’est trop cher pour eux d’aller en Afghanistan, ici ils ont l’impression d’y être et c’est gratuit», dit un homme afghan. Il exprime le malaise de nombre d’occupants du camp. Face à lui, la horde protéiforme change de visage tous les jours. Le gouffre ne se referme pas. Et toujours les mêmes questions, rarement dans leurs langues : sur leurs origines, leur parcours, leur destination, les raisons de leur fuite, le prix du passage…

«Don’t ask me about my life, I don’t want to talk», peut-on lire, écrit au marqueur, sur une table d’extérieur, devant l’«école». «I hate journalists», nous a dit aujourd’hui un migrant somalien.

Comment se comporter et s’habiller dans ce no man’s land multiculturel, un territoire sur lequel seule la présence hostile des escadrons de CRS indique qu’on est France. Les bénévoles de longue date, dépositaires d’une forme d’autorité, conseillent aux visiteurs de porter des pantalons très larges, d’attacher leurs cheveux (voire de se couvrir la tête) et de porter des chemises amples. Est-ce pour éviter d’offenser les sensibilités culturelles supposées et sans doute surinterprétées de chacun ? Ou pour «se fondre dans le décor» ? La très grande majorité des bénévoles sont des femmes. Certaines faisant fi des recommandations, fument, cheveux lâchés, et plaisantent avec les réfugiés — tous des hommes — en leur passant parfois un bras sur l’épaule. Eux sont tantôt gênés, tantôt ravis : «je viens ici car les volontaires sont jolies», confie l’un d’eux. Les réfugiées, elles, restent dans des espaces clos, éventuellement avec leurs enfants, ou ne font que passer furtivement. On leur organise parfois des «ateliers beauté» pour qu’elles puissent se retrouver ensemble, en sécurité – car même si elles sont des réfugiées, elles demeurent des femmes et en tant que telles, on estime qu’elles doivent rester plaisantes à regarder et s’occuper de leur apparence. Tant pis si elles n’ont pas envie de l’être, attirantes, et restent cloîtrées pour éviter justement les regards souvent prédateurs. C’est le réflexe systématique des projets d’assistance dédiés aux femmes, l’atelier beauté. Et, en réalité, c’est la seule activité à laquelle elles participent, les cours de langue étant mixte – et donc, de facto, entièrement masculins.

Et nous ? Nous, nous sommes là, petite équipe de huit, qui ne savons pas trop ce que nous y faisons. Nous sommes payés pour mener des entretiens afin d’évaluer la faisabilité d’un projet de services financiers permettant d’épargner ou de transférer de l’argent. A la fin de la journée, on se raconte ce qu’on a fait et appris, on tire des conclusions sur les besoins et… on n’en fait rien. On recommence le lendemain. On récolte les mêmes histoires, peu ou prou. On note tout, bien consciencieusement, dans un carnet, et au terme de notre séjour, nous n’en ferons rien, faute de financement et d’appui institutionnel.

Des touristes améliorés

Cautère sur une jambe de bois, les bénévoles ? Au moins font-ils un peu de bien, à une toute petite échelle. Et sans doute de leur mieux. Nous autres ne pourrons même pas justifier moralement de notre présence, puisque le projet – mal préparé, mal organisé – n’aboutira pas. Il aura fait de nous des touristes améliorés, doués d’une certaine conscience éthique et, désormais, de regrets. Nous nous serons bornés à énumérer les évidences : nécessité de développer l’accès à l’éducation, à l’électricité, à Internet, et d’assurer la sécurité des occupants.

Une chose est sûre : on ne s’improvise pas humanitaire du jour au lendemain, et les bons sentiments ne suffisent pas. Quand l’État se désengage complètement, que le grand public préfère s’impliquer directement, on en arrive vite au safari. Au zoo participatif. À la jungle.

Tara Bate Salariée du secteur humanitaire, étudiante en anthropologie du développement

Voir également:

Money

NPR

July 31, 2014

As you plan — or even go — on your summer vacation, think about this: More and more Americans are no longer taking a few weeks off to suntan and sightsee abroad. Instead they’re working in orphanages, building schools and teaching English.

It’s called volunteer tourism, or « voluntourism, » and it’s one of the fastest growing trends in travel today. More than 1.6 million volunteer tourists are spending about $2 billion each year.

But some people who work in the industry are skeptical of voluntourism’s rising popularity. They question whether some trips help young adults pad their resumes or college applications more than they help those in need.

Judith Lopez Lopez, who runs a center for orphans outside Antigua, Guatemala, says she’s grateful for the help that volunteers give.

All visitors and volunteers get a big warm welcome when they walk in the doors of her facility, Prodesenh. It’s part orphanage, part after-school program and part community center.

Most of the kids at Prodesenh don’t have parents, Lopez says. They live with relatives. Some were abandoned by their mothers at birth. Others lost their fathers in accidents or to alcoholism.

There are three volunteers here now, all from the U.S. Lopez says they give the kids what they need most: love and encouragement.

One those volunteers is Kyle Winningham, who just graduated from the University of San Francisco with a degree in entrepreneurship. « Yeah, my real name is Kyle, but mi apodo aqui es Carlos, » he says.

Winningham didn’t have a job lined up after school, so he decided to spend his summer at Prodesenh. « When the kids have homework, I help with homework, » he says. « When they don’t, I generally help out with teaching a little bit of English. »

But today they are cooking. Lopez hands out bowls filled with bright red tomatoes, onions and mint. She’s teaching the kids to make salsa.

Haley Nordeen, an international relations major at American University in the District of Columbia, is also spending her entire summer at Prodesenh. During her first six weeks here, the 19-year-old helped build the newest addition to the center, a small library. Now she’s tutoring.

« I’ve met a lot of international relations majors here, so it seems like a trend, » Nordeen says.

Most volunteer tourists are women. They’re also young adults, between the ages of 20 and 25, says the industry consulting group Tourism, Research and Marketing, based in Glasbury, Wales. But more and more high school students are also traveling and volunteering.

Sam Daddono is a junior at Rumson-Fair Haven High School in New Jersey. His whole Spanish class is in Antigua, sharpening their Spanish skills. But they’re also hiking up the side of a volcano every morning to help tend to a coffee plantation — and learning about what life is like here in Guatemala.

« The way I view things now is a lot different than before, » Daddono says. « I’ve visited other countries, but I’ve never done hands-on work or really talked to the people about the problems that they face in their lives. »

That worldview for many American teens is a lot different than it was two decades ago, says Ken Jones, who owns Maximo Nivel, a volunteer tourism company out of Antigua. He got his start in the travel business, offering only Spanish-language classes. But young people today, he says, want a richer experience.

« It used to be beach and beer, » Jones says. « And now it’s, ‘Well, I want to come down and learn something and figure out how to help or be a part of something.’ It was more superficial 20 years ago, maybe. »

The industry has exploded in the past few years, says Theresa Higgs, who runs United Planet in Boston. The nonprofit offers what she calls a cultural immersion program.

But Higgs is on the fence about whether the rise in popularity of « voluntourism » is a good thing. She’s heartened by the altruism of volunteers, but she’s worried about the flood of for-profit organizations bursting onto the scene.

« What I think often gets lost is the host communities, » she says. « Are they gaining? Are they winning? Are they true partners in this? Or are they simply a means to an end to a student’s learning objective, to someone’s desire to have fun on vacation and learn something? » she asks.

Higgs urges travelers to do their homework and research companies, just as you would before giving to a charity or volunteering for any organization.

About a dozen youth from the United Church of Christ from Yarmouth, Maine, are learning how to count to 10 in the Mam language, from an elderly indigenous woman in Guatemala City. They are volunteering for a week at the nonprofit Safe Passage, which helps children and parents who live and work in the capital’s sprawling garbage dump.

It’s pouring rain outside, but 17-year-old Mary Coyne isn’t bummed. She’s glad she spent her summer vacation here instead of at the beach, she says. « Yeah, I’m not getting a tan and not eating ice cream, » Coyne says. « But it’s something different. It’s like your whole being is satisfied because of experiences like this. »

Voir encore:

The Voluntourist’s Dilemma

Several years ago, when I was working as a reporter based in Haiti, I came upon a group of older Christian missionaries in the mountains above Port-au-Prince, struggling with heavy shovels to stir a pile of cement and sand. They were there to build a school alongside a Methodist church. Muscular Haitian masons stood by watching, perplexed and a bit amused at the sight of men and women who had come all the way from the United States to do a mundane construction job.

Such people were a familiar sight: They were voluntourists. They would come for a week or two for a “project” — a temporary medical clinic, an orphanage visit or a school construction. A 2008 study surveyed 300 organizations that market to would-be voluntourists and estimated that 1.6 million people volunteer on vacation, spending around $2 billion annually. A few are celebrities supporting their cause du jour, who drop in to meet locals and witness a project that often bears their name. Many more come to teach English during high school, college vacations or during a gap year. Others are sun-seeking vacationers who stay at beachside resorts but who also want to see “the real (name your country).” So they go into a community for an afternoon to help local women make beads, jewelry or clothes.

Volunteering seems like an admirable way to spend a vacation. Many of us donate money to foreign charities with the hope of making the world a better place. Why not use our skills as well as our wallets? And yet, watching those missionaries make concrete blocks that day in Port-au-Prince, I couldn’t help wondering if their good intentions were misplaced. These people knew nothing about how to construct a building. Collectively they had spent thousands of dollars to fly here to do a job that Haitian bricklayers could have done far more quickly. Imagine how many classrooms might have been built if they had donated that money rather than spending it to fly down themselves. Perhaps those Haitian masons could have found weeks of employment with a decent wage. Instead, at least for several days, they were out of a job.

Besides, constructing a school is relatively easy. Improving education, especially in a place like Haiti, is not. Did the missionaries have a long-term plan to train and recruit qualified teachers to staff the school? Did they have a budget to pay those teachers indefinitely? Other school-builders I met in Haiti admitted they weren’t involved in any long-term planning, and I once visited a school built by an NGO that had no money left to pay the teachers. If these brick-laying voluntourists overlooked such things in their eagerness to get their hands dirty, they wouldn’t be the first.

Easing global poverty is an enormously complex task. To make so much as a dent requires hard, sustained work, and expertise. Even the experts sometimes get it wrong. Critics of the Red Cross’s post-earthquake work in Haiti argue that the half a billion dollars the organization raised for disaster relief was largely misspent. Multimillion-dollar projects undertaken by the U.S. government ultimately failed to help Haiti export its mangos or complete a new building for Haiti’s Parliament on time. If smart, dedicated professionals can fail to achieve lasting progress over a period of years, how then is an untrained vacationer supposed to do so in a matter of days?

Sometimes, volunteering even causes real harm. Research in South Africa and elsewhere has found that “orphan tourism” — in which visitors volunteer as caregivers for children whose parents died or otherwise can’t support them — has become so popular that some orphanages operate more like opportunistic businesses than charities, intentionally subjecting children to poor conditions in order to entice unsuspecting volunteers to donate more money. Many “orphans,” it turns out, have living parents who, with a little support, could probably do a better job of raising their children than some volunteer can. And the constant arrivals and departures of volunteers have been linked to attachment disorders in children.

There are some volunteers who possess specialized, sought-after skills, of course. In Port-au-Prince I lived across from a Catholic guesthouse where groups of mostly American volunteers would spend their first nights in Haiti. Often I’d join them for dinner to hear about their experiences. I remember meeting an ophthalmologist from Milwaukee, who had just spent a week in a remote town in Haiti performing laser eye surgery. He recounted the joy he felt at helping people who were going blind from cataracts to see.

But not all volunteers come with an expertise like ophthalmology. When I asked one of the women who ran that guesthouse why she moved to Haiti, she told me that “a long time ago I felt called to be here, and I came based on that, not knowing what I was going to do.” In many ways, this woman is typical of the sort of voluntourists I’ve encountered. Many are religious — the sort of people who cite passages from the Bible, the Torah or the Quran that encourage followers to help those in need. Surely, they say, “love thy neighbor” takes on a different meaning in a globalized world. To many of these people, simply experiencing a foreign culture is not enough. They must change that place for the better.

Perhaps we are fooling ourselves. Unsatisfying as it may be, we ought to acknowledge the truth that we, as amateurs, often don’t have much to offer. Perhaps we ought to abandon the assumption that we, simply by being privileged enough to travel the world, are somehow qualified to help ease the world’s ills. Because the mantra of “good intentions” becomes unworthy when its eventuality can give a South African AIDS orphan an attachment disorder or put a Haitian mason out of work.

I’ve come to believe that the first step toward making the world a better place is to simply experience that place. Unless you’re willing to devote your career to studying international affairs and public policy, researching the mistakes that foreign charities have made while acting upon good intentions, and identifying approaches to development that have data and hard evidence behind them — perhaps volunteering abroad is not for you.

Jacob Kushner reports on foreign aid and immigration in East and Central Africa and the Caribbean.

Voir de même:

Voluntourism is a ‘waste of time and money’ – and gappers are better off working in Britain
Campaigners hit out at gap years in developing countries
Jonathan Brown
The Independent
24 October 2014

Helping out at an African nursery or digging trenches in rural India might have become a fashionable – and expensive – rite of passage for thousands of young people each year, but volunteers would often do more good staying at home and assisting communities on their own doorstep, a conference on ethical tourism will hear tomorrow.

The growing trend for far-flung gap years often combining an element of work in a developing country has become one of the fastest-growing phenomena in the global travel industry.

However, a leading UK charity is warning that whilst often well intentioned in their motives, altruistic young travellers can end up doing more harm than good to their host communities, even potentially fuelling child abuse.

Mounting concern that the desire to work in orphanages in countries such as Cambodia and Nepal is actually be leading to the abandonment or even abduction of children from their parents to fuel the boom in eager tourists has led to calls for a radical rethink on the ethics of so-called volunteerism.

Delegates at a one-day conference at Braithwaite Hall in Croydon, south London, organised by Tourism Concern will seek to persuade prospective volunteers to think hard about their choice of destination.

The charity’s executive director Mark Watson said that whilst the desire to help others was commendable – too many expensive commercial volunteering opportunities ended up exploiting both those offering help whilst harming the lives of those meant to be on the receiving end.

“Volunteers often have unfulfilling and disappointing experiences; volunteer placements can prevent local workers from getting much-needed jobs; hard-pressed institutions waste time looking after them and money upgrading facilities; and abused or abandoned children form emotional attachments to the visitors, who increase their trauma by disappearing back home after a few weeks,” Mr Watson said.

“We feel that there are many opportunities for people to undertake meaningful volunteering in their own community, where they will receive proper training, support and supervision – without the need to pay a tour operator for the privilege. In the majority of cases people would be far better (and have a more rewarding experience) volunteering at home and spending their money on travelling and staying in places listed in our Ethical Travel Guide,” he added.

Among the speakers at the event is campaigner Philippa Biddle, who described taking part in a development project building an orphanage and library in Tanzania. She said each night local men dismantled the structurally unsound work they had done – relaying bricks and resetting timbers whilst the students slept.

“Basically, we failed at the sole purpose of our being there. It would have been more cost effective, stimulative of the local economy, and efficient for the orphanage to take our money and hire locals to do the work, but there we were trying to build straight walls without a level,” she recalled.

Laura Woodward of Raleigh International, a non-profit making sustainable development charity which works with young volunteers and communities around the world living in poverty, said few commercial organisations offered high quality placements that brought benefit to their host countries.

She said the conference was right to highlight concerns over voluntourism.

“It’s true that there are many fantastic volunteering opportunities for people in their own communities and we strongly encourage volunteers to take action in their own communities upon their return; indeed, this has become a fundamental element of our programmes. Whilst there are huge benefits to volunteering at home, there are still pressing issues across the globe where young, international volunteers can make a real difference,” she said.

Voir de plus:

I recently came across an interesting article questioning voluntourism and assessing whether it does more harm than good in communities of the global south. It reminded me of my own concerns with « voluntourism » that originated in my college years in which I had participated in Alternative Spring Breaks. It was considered an alternative to what most college students did on their vacations: spending idle time by the poolside. The university-organised trips sent students to spend a week in disadvantaged and poverty-stricken communities to volunteer. This could take the form of teaching English at the local school, assisting in building and beautifying new homes for residents, or environmental cleanups. Interspersed throughout the week were also touristy getaways and souvenir shopping. Although I had memorable and rewarding moments, I could never shake off the feeling that it was all a bit too self-congratulatory and disingenuous.

Voluntourism almost always involves a group of idealistic and privileged travelers who have vastly different socio-economic statuses vis–à–vis those they serve. They often enter these communities with little or no understanding of the locals’ history, culture, and ways of life. All that is understood is the poverty and the presumed neediness of the community, and for the purposes of volunteering, that seems to be enough. In my own experiences – also highlighted by the author of the article – this has led to condescending and superficial relationships that transform the (usually western) volunteer into a benevolent giver and the community members into the ever grateful receivers of charity. It makes for an extremely uncomfortable dynamic in which one begins to wonder if these trips are designed more for the spiritual fulfillment of the volunteer rather than the alleviation of poverty.

I couldn’t help feeling ashamed at the excessive praise and thanks we received from locals and those on the trip alike. I cringed as we took complimentary photos with African children whose names we didn’t know. We couldn’t even take full credit for building the houses because most of the work had already been done by community members. In fact, if anything we slowed down the process with our inexperience and clumsiness. And how many schools in the west would allow amateur college students to run their English classes for a day? What had I really done besides inflate my own ego and spruce up my resume? I had stormed into the lives of people I knew nothing about, I barely engaged with them on a genuine level, and worst of all, I then claimed that I had done something invaluable for them all in a matter of five days (of which most of the time was spent at hotel rooms, restaurants, and airports).

An entire industry has sprouted out of voluntourism as it increases in popularity, possibly equal to the increase in global inequality. As the gap between rich and poor widens, so too it seems does the need for those of the global north to assuage the guilt of their privilege (paradoxically, guilt only seems to deepen as many realise the illusory effect of their impact), or to simply look good. The developing world has become a playground for the redemption of privileged souls looking to atone for global injustices by escaping the vacuity of modernity and globalisation.

But does this address the root institutional and structural causes of the problem? I do not mean to deny, across the board, the importance of the work voluntourists do. Volunteers in developing countries fund and deliver great programmes that would not happen otherwise, but the sustainability and the effectiveness of the approach is what I question. Time and energy would be better spent building real solidarity between disparate societies based on mutual respect and understanding. Instead of focusing on surface symptoms of poverty, volunteers and the organisations that recruit them should focus on the causes that often stem from an unjust global economic order. Why not advocate and campaign for IMF and World Bank reforms? How about having volunteers advocate for their home country to change aggressive foreign and agricultural policies (such as subsidy programmes)? This might seem unrealistic but the idea is to get volunteers to understand their own (direct or indirect) role in global poverty. The idea is to get volunteers truly invested in ending poverty, and not simply to feel better about themselves.

Voir aussi:

In defence of ‘voluntourists’


The Guardian
25 February 2013

The debate about « voluntourism » – that unsightly word – has reared its cynical head yet again. Every so often the spotlight is turned on western students using their free time to help those less fortunate in developing countries, and much head-scratching and soul-searching ensues.

Recently the Guardian published a piece by Somalian blogger Ossob Mohamud, with the headline Beware the ‘voluntourists’ doing good. She argues that the west is turning the developing world into « a playground » for the rich to « assuage the guilt of their privilege ».

Mohamud clearly had a difficult volunteering experience. She says she felt ashamed at the excessive praise and thanks of locals, cringed as she took photos with African children whose names she did not know and was left feeling that she had simply inflated her ego and spruced up her resume.

There is a discussion to be had about the merits or otherwise of overseas volunteering schemes which attract crowds of well-meaning westerners to build schools and playgrounds, teach English or care for orphans. But Mohamud’s insistence on drawing a wider social message from her own unsatisfactory trip is unfair and potentially damaging.

Last summer I visited Uganda to report on the work of East African Playgrounds. The charity enlists British students to build play facilities and run sporting projects for primary school children. In just a few years it has grown to be self-sufficient, employing a team of young Ugandans as builders, to the point where the charity’s British founders will soon be able to step back and let it run itself.

I witnessed the volunteers – students and recent graduates from UK universities – forming genuine friendships with the locals, developing emotional attachments to the children and becoming truly invested in their future. Cynics might that say when they return to Britain they leave it all behind and life moves on. But for many, volunteering can be life changing.
Mark Deeks, 28, was deeply affected by the experience, and is still shaken by the country’s poverty, healthcare and corrupt political system. When he returned to university he wrote his masters dissertation on gay rights in Uganda.

East African Playgrounds founder Tom Gill admits frustration that many quick-fix ‘gap year’ companies are « built to maximise profits and reduce costs wherever they can » without investing in communities. But, he says, many charities are working hard to counter this.

« Charity in its essence is a chance for those who have more than enough to help those who don’t have enough, » he says. « If privileged people stopped volunteering and making donations then what would happen to the work of thousands of charities worldwide?

« Volunteers play a vital role in the model of charities that are looking to become financially independent and self-sufficient. Charities that rely heavily on grants and trusts have almost all suffered reductions in donations, which has a huge impact on the ground with funding having to be pulled from grassroots projects.

« No approach is without its flaws, but it is vital that people do not group charities doing this well with companies who are putting very little into the developing world. »

Undergraduates face a stark choice about how to spend their time before entering employment, particularly now that money is tight and jobs are scarce. Charities that invest in the developing world need keen, energetic, ambitious people to help them along. « Voluntourists » they may be – but their work can have a huge impact on their own lives and the lives of those they help. It would be an awful shame if they were put off.

Voir par ailleurs:

Rice Christians and Fake Conversions

Laura Parker

A life overseas

January 28, 2013

 

I remember our first year on the field literally thinking, “No one is ever, ever going to come to faith in Christ, no matter how many years I spend here.” 

I thought this because for the first time in my life, I was face-to-face with the realities that the story of Jesus was so completely other to the people I was living among. Buddhism and the East had painted such a vastly different framework than the one I was used to that I was at a loss as to how to even begin to communicate the gospel effectively.

And so, the Amy-Carmichael-Wanna-Be that I was, I dug in and started learning the language. I began the long, slow process of building relationships with the nationals, and I ended up spending lots of time talking about the weather and the children in kitchens. And while over time, I became comfortable with helping cook the meal, I saw very little movement of my local friends towards faith.

But, then we started hearing about Western teams that came for short term trips or long-term missionaries who visited the villages around the city where we were living. Sometimes they would do vacation bible schools for the kids, other times they would show a film. Sometimes they would do a sermon or go door-to-door. Other times, they would help build a bathroom or a water well or a new church. (And these efforts were definitely noble, costly, and helpful on many levels.)

But the surprising thing for me was that these teams (both long and short term) seemed to come back with conversion stories. 

These Americans — many of whom didn’t know the language and hadn’t studied the culture– often came back thrilled to have witnessed several locals seemingly convert from Buddhism to Christianity.

After three days of ministry.

Here I was learning from living in the culture, that the leap from following Buddha to following Jesus was seemingly a gigantic one, yet it seemed that every time I turned around Western teams were having wild success in convincing nationals to make it.

And they would tell their stories or I would read them online, and I would immediately begin to shrink a little, or a lot.

What was I doing wrong? I obviously suck at being a missionary.  These were my logical conclusions.

About six months into our time overseas, I first heard the term “Rice Christians.”

The term is used among the missionary community to describe nationals who make a profession of conversion (inauthentically or without true understanding) in order to get the product (clothing, food, rice) that is being delivered by the Western worker.  It seems that if you add the strings attached to the given supplies with the “don’t cause conflict or disagree” cultural value of the Asian country where we lived,  a subtle social game can quickly develop.

It could go a bit like this: uneducated villagers, a little (or a lot) in awe of the white American, are provided with goods they desperately need, entertainment that encourages their kids, and attention by the wealthy Westerner, all of which they gladly accept. And at some point over the course of the event, the Westerners share honestly about their religion and eventually ask for public professions of faith.

And, seriously, what’s an impoverished person, raised in a culture of respect, supposed to do in light of  this turn of events? In many ways, isn’t agreeing with the views of the outsider the most polite and most effective response for the national– the path that both provides for their families while still showing respect for their visitors?

Perhaps, perhaps they become Rice Christians for the day.

And maybe we missionaries don’t really give them many other options. 

Note: I am by no means saying that the gospel can’t move mightily and quickly among a people group. I’m not saying that we should all begin to doubt the faith of those that come forward in evangelistic outreaches, either. I’m also not throwing short term missions under any kind of bus because I’ve seen this in both short and long-termers. I am saying, though, that perhaps we need to consider the position we put people in when we enter their worlds with gifts and programs. And perhaps we need to re-evaluate some of our “numbers.” 

*******

Thoughts on this? What is your opinion/experience with pairing the gospel with humanitarian aid? Can that become manipulative? In your area of the world, are people quick to receive the gospel?

Laura Parker, Co-Founder/Editor, Former Aid Worker in SE Asia

 

******

Proselytising amid the poverty

3 September 2008

Cambodia’s relative religious freedoms have encouraged Christian groups to set up shop in the Kingdom, but they risk creating ‘rice Christians’ when they preach to the poor

Elders Jones and Henderson cycle calmly through Phnom Penh’s rush-hour traffic, Bible bags strapped to their backs, white cotton shirts snapping in the breeze. It is becoming a familiar sight in Cambodia: clean-cut young missionaries of the Church of Jesus Christ of Latter-Day Saints – better known as the Mormon Church – taking to the streets to spread the Word of the Lord.

As missionaries, Jones and Henderson are awake at five and proselytise until eight in the evening, seven days a week. Both are nearing the end of their gruelling two-year stints in Phnom Penh, but look back on their time here with no regrets. « My purpose is to welcome others to come into the Word of Christ, » Henderson said. « I wouldn’t be here if I didn’t love it. »

He said their work is helped by the natural curiosity of the Cambodian people. « There’s a lot of curiosity. There’s a great number of people who are willing to hear the message that we are sharing, » Henderson said.

Elder Jones, an Idaho native, agreed Cambodians’ friendliness was an advantage for the church, which was founded in the US in 1830 and has since grown into a global religion with over 13 million adherents.

« We just go and talk to them, » he said. « The Lord is in charge, and he’s taking care of things. »

With a local membership of over 8,000, Mormonism has led a significant demographic shift towards Christianity in Cambodia. According to the US State Department’s 2007 International Religious Freedom Report, Christians make up around two percent of Cambodia’s population (approximately 282,000 people), dispersed amongst 100 organisations.

Compared to more restrictive neighbouring countries like Vietnam and Laos, Cambodia has a relatively open climate for missionary work.

The law requires all religious groups to register with the Ministry of Cults and Religions if they wish to build places of worship or conduct religious activities. But according to the Religious Freedom report, « there is no penalty for failing to register, and in practice some groups do not. » Only 900 of Cambodia’s 2,400 churches are officially registered with the government.

Dok Narin, undersecretary of state at the ministry, said the constitution guaranteed freedom of religion and that there are few laws to regulating the day-to-day activities of missionaries. « We cannot control them, as we don’t have any special laws, » he said, adding that more regulation was desirable but difficult to balance with a commitment to religious freedom. « The ministry is planning laws to exercise more controls on religion, but we are afraid that it may affect the constitution, » he said.

« Rice Christians »

In February 2003, the government imposed a ban on door-to-door proselytising, but the continuing lack of firm regulations has created fresh temptations. Cambodia has long been plagued by rumours that Christians were exploiting the nation’s poverty to attract converts – a problem Christian leaders say goes to the heart of doing missionary work here.

« When a country like Cambodia opens up, you get greater freedoms to operate, » said Vernon Elvish, a missionary with the Jehovah’s Witnesses, who arrived here in 1992.

« In one way that’s a good thing, but then you can also get the bad side of that freedom coming in, » he said, adding that rumours of exploitation were hard to verify, but taken seriously.

« We’re very conscious of making ‘rice Christians’, » he said, referring to those who change religions on a material incentive. « Our organisation is purely a religious organisation…. We don’t even teach English here, so if they want to become a Jehovah’s Witness, it’s because they want to become a Jehovah’s Witness, not because they’re getting any material benefit out of it. »

David Manfred, a missionary with the Christian & Missionary Alliance (CAMA), founded in Cambodia in 1923, said the country’s openness made it tempting for some missionaries and that « rice Christians » were a constant concern.

« My own sense is that some groups have probably come here and, out of zeal, have used methodologies that we wouldn’t feel comfortable with, » Manfred told the Post. « There has been a tendency … to inflate [conversion] numbers, or to count them differently. It’s actually something we work quite hard to try and avoid, because that would not be the kind of faith that we’re looking for. »

Mormon mission President Robert Winegar said the church spent between US$400,000 and $1 million per year on charity and development programs, but that such activities were tightly sealed off from its religious work.

« In all of these [projects] we never talk about the church, » he said, adding that the church asked more of its members than its members asked of the church. « Not only do we not use poverty as a lure to join the church; we invite members to donate [a] 10 percent [tithe] to help the church grow, » he said.

Freelance missionaries

Some missionaries have gone further, distancing themselves from the large churches they say have made Christians dependent on foreign church money. Michael Freeze, a Baptist missionary who has worked in Cambodia since 2000, said that after four years of running a church in Phnom Penh, he became disillusioned and now focuses on small Bible study sessions.

« It became apparent to me that [Cambodians] were coming to church but not wanting to take part in building the church, » he said. « That’s why I no longer want to have a big structure and have them think that ‘this is the Western money train, I want to get on board’. »

An independent Khmer-American pastor, who declined to be named because of his associations with several organisations in Cambodia, agreed that the massive economic gap between Westerners and most Cambodians turned proselytising into an ethical minefield.

While outright bribes were rare, he said that economic dependency was hard to avoid.

« It’s good to give, but you have to be very careful how you give. You come to Cambodia with SUVs and tonnes of rice, and that’s virtually bribery, » he said.

The pastor said the financial concerns of some large churches had compromised their aims.

« If you build your foundation on money,  religion will crumble, » he said, singling out the Mormons for criticism.

« I believe that churches have made a lot of mistakes in terms of their focus on finance and on getting their numbers up. That’s where the church of Mormon comes in. They know how to work the system…. But all the money in the world can’t buy God. »

CAMA’s Manfred said that in terms of building local capacity and avoiding the pitfalls of dependency, the principles of effective missionary activity were similar to the principles of effective aid work. « I think that the use of money is an area where we have to be hugely careful, so that these kinds of patron-client relationships are not established, » he said.

Given the lack of government oversight, Manfred added, some Christian groups imposed a regime of regulation on themselves. CAMA has associated itself with the Evangelical Fellowship of Cambodia, an umbrella organisation representing a large number of missions, which has a stringent code of conduct prohibiting the use of material « enticements ».

« We limit the amount of money coming from the outside in terms of direct support [to churches], » he said.

« My problem with this is when they try to wean themselves off, there’s already a bit of dependency, and they’ll often just look for another patron. »

But Freeze said these mistakes were often a result of a lack of understanding of the local context, something that could be overcome through in-country experience. « Most groups have genuine heart, » he said. « But a lot of the problem here is a misunderstanding of culture. »

ADDITIONAL REPORTING BY HOR HAB

Voir également:

Baptists Tired of Being Swindled by Rice Christians

christianaggress 
April 27, 2016

Way of Life Baptist Publication

Recently a Baptist publication printed the following after being swindled by many Asian converts who they have attempted to « buy »: THE DANGER OF SUPPORTING NATIONAL PREACHERS. To channel a lot of funds to a national preacher in that part of the world is a serious mistake. Those people are incredibly poor, and an amount of money which to us is minuscule, to them can be a small fortune, and therefore a very great temptation. I have met dozens of Indian preachers who are channels for U.S. funds, and who have their hired « preacher boys » and evangelistic work. I have met very few who, in my estimation, were using the money properly for the spiritual health of the churches under their care. The tendency is for the following to happen: (1) The head preacher who is the funnel for the U.S. funds becomes wealthy in the eyes of his own people. He might seem poor to the preachers who visit from the States, but in the eyes of his own people, he has found a « gravy train. » It has perpetuated the concept in those lands that the best way to make a good living for a preacher is to get hooked into U.S. church funds. (2) The national preachers who are on the head preacher’s payroll become his hirelings. It is like welfare. They never seem to get off the dole. Year after year passes, and these evangelists and pastors remain salaried by U.S. churches via the largess of the « head preacher » rather than through the tithes and offerings of their own people. The « churches » they start never become self-supporting. They don’t pay the salary of their own workers. They don’t build their own buildings. They don’t even buy their own bicycles. I have often asked these men why the national churches are not supporting their own men. The answer invariably is that « they are too poor. » That tells me immediately that I am dealing with a man who desires to perpetuate the « welfare » system. Any church in any part of the world can support its own men at its own standard of living through the Lord’s program of tithes and offerings. Those who refuse to train the churches in this are creating welfare churches which will never be strong enough to stand on their own feet. This is NOT New Testament missions. THE DANGER OF BUILDING NATIONAL CHURCH BUILDINGS. It is a very serious mistake to fund church buildings for the nationals. On occasion, it might not be wrong to HELP another church to build its building, when it is plain that that congregation is doing all it can to build the building, and when it is plain that that congregation would eventually get its own building with or without outside help. But to channel U.S. church funds into church buildings in Asia (or elsewhere) is a very serious mistake. It will weaken those churches, at best. It is even possible that the churches which are so aided will never be true churches, being peopled only by « rice Christians. »

Missionaries Flock to China
George Wehrfritz and Lynette Clemetson
Newsweek

The children are dressed in their Sunday best when « Grandma Jane » arrives at the orphanage in rural Xinmi County. All 16 of them — girls in summer dresses, boys in pressed shirts — race out of their cramped apartments to meet her. Jane Marcum hugs and kisses each one, bantering in broken Mandarin about new haircuts and schoolwork. Together they enter the House of Hope. « When we found Wenwei, he had no smile, no joy, » the orphanage’s ebullient founder says about one of her charges. « His ears were frostbitten, and he had sores in his mouth. » Now he has a home and a future.

Until 1994 Marcum, now 58, taught high-school biology in Mound City, Kans. Then one day « God told me to move to China, » she remembers. A self-described « spiritual Christian, » she took early retirement, told her husband and two grown children she’d see them during summer holidays and journeyed to Henan province, where friends introduced her to Xinmi officials. Within three weeks, they had established the House of Hope. The whole operation costs less than $10,000 a year. Donors include Catholic nuns, a Baptist Sunday-school class from Missouri and the Wall Street Christian Church in Kansas, which gives $100 a month earned from a communal wheat field.When the United States and China established diplomatic relations in 1979, President Jimmy Carter asked Deng Xiaoping to reopen Christian churches, print Bibles and welcome back foreign missionaries. Deng granted the first two requests. China’s state-approved « patriotic » churches (both Catholic and Protestant) have since opened more than 37,000 churches and « meeting places » and have printed more than 22 million Bibles. Underground « house churches, » illegal congregations that refuse to register with the government, also thrive despite periodic crackdowns. Critics in the United States accuse China of persecuting Christians. But by some estimates, 50 million Chinese have been baptized since the late 1970s. Now it seems Beijing has quietly and unofficially granted Carter’s third wish.

Not since Mao Zedong declared American missionaries « spiritual aggressors » and expelled them 50 years ago have so many foreign Christians worked in China. Missionaries are still officially forbidden in China, and proselytizing is technically illegal. Nonetheless, more Christian activists are entering China openly. By some estimates, 10,000 foreign Christian workers now live in the country, more than half of them Americans.Behind this change is economics: Beijing’s rules no longer count for much in the cash-strapped provinces. As reformers unravel the socialist safety net, local leaders must find new ways to finance basic services like schools and health clinics. « Few local authorities will put bureaucratic hurdles in the way of… Christians who appear with bags full of money, » writes development expert Nicholas Young in the China Development Briefing, a bimonthly newsletter.It’s all a question of tactics. Hong Kong Christian Council member Philip Lam went to China in 1993 to propose Project Nehemiah, a plan to rebuild churches. At first, authorities bristled. « Nehemiah? » asked one official. « Is he a foreigner? » Lam explained that Nehemiah was an Old Testament prophet, but that didn’t help. Finally, Lam dropped the name Nehemiah. Authorities gave the OK. « You have to understand their sensitivity, » says Lam.Even after a half century of official atheism, some of the old missionary links remain. The small town of Hequ, in Shanxi province, counts a missionary as one of its local heroes. Peter Torjesen, a Norwegian evangelist, sheltered wartime refugees until the Japanese dive-bombed his mission in 1939, killing him. For that sacrifice, local communists proclaimed Torjesen a « people’s martyr. » In 1990 they invited his American offspring back to Shanxi to unveil a monument to their patriarch. Grandson Finn Torjesen, then a missionary in Indonesia, attended with 15 relatives and met Shanxi’s vice governor. « You are the picture of an old Chinese family, three generations gathered to honor an ancestor, » the official said. « We want your kind of people back in China. »The family returned in 1993, establishing an outpost for the Colorado-based Evergreen Family Friendship Service, a nonprofit humanitarian group. Volunteer physicians and teachers train « barefoot » village doctors and screen rural children for illnesses. « We’re here to live in the community, learn the language and do what the community wants us to do — but as Christians, » says Torjesen. David Vikner has a similar family story. The son and grandson of Lutheran missionaries, he fled the communist takeover as a toddler but later returned. Twice. In 1982 he taught English in Wuhan until suspicious officials asked him to leave. « They thought I was a spy, » he says, laughing. Seven years later, he became president of the United Board for Christian Higher Education in Asia, a nonprofit established in 1922 to unify missionary colleges in China. Since re-establishing links with the mainland, the board has worked with more than 100 Chinese universities, spending nearly $15 million. « We do not evangelize, » Vikner says.Why the disclaimers? Traditional stereotypes portray missionaries as opportunists who rode in on foreign gunboats and turned famine victims into « rice Christians. » Missionary health clinics and orphanages created a folklore about demons who « took blood from poor people and killed babies, » says Zhuo Xinping, a religion specialist at the Chinese Academy of Social Sciences. Little wonder that although today’s Christian charity work is without question a form of missionary activity, few Christians use the term. They stick to job descriptions like doctor, engineer, project director. »Teacher » is the most popular. The majority of foreign teachers working in China today are sponsored by Christian organizations. The Amity Foundation, a nonprofit Christian charity established under the state-sanctioned China Christian Council in 1985, now has more than 150 American instructors spread across the country. Amity’s guidelines admonish them to express their faith « through service rather than proselytization. » Yet many teachers bend, or defy, the ban on evangelism by sharing the gospel with curious students on a one-on-one basis or inviting them home for Bible study. « When the group got too big for my apartment we started meeting in the fields, » confides a teacher now living in China.Christian teachers are having such success that religious groups are stepping up recruitment efforts. The Lutheran Church-Missouri Synod, for example, runs an Internet ad seeking applicants for a program called TEAM (Teaching English as Ministry). The ad says the job is « the most ‘hands on’ type of ministry that is available for foreigners. » Insists a church spokesman: « We don’t permit overt evangelism. »Beijing isn’t blind to evangelism, overt or otherwise, but its strategy is to regulate missionaries and tap them for resources. For that reason, many Christians outside the country worry that it is too easy for local authorities to skim money from donations and that cooperating solely with official religious organizations weakens the underground church. « Everyone must do what God tells them to do, » says a Hong Kong Pentecostal minister whose followers smuggle Bibles into China and evangelize in rural areas. « I don’t criticize those other efforts, but we’re giving people the word of God in the way we feel is best. »Some Christian organizations are trying to have it both ways with « two track » China strategies. They advocate both official cooperation and clandestine assistance to unregistered house-church congregations. Last year, the Southern Baptist Convention faced a mutiny when missionary directors in East Asia proposed abandoning covert programs in China. After intense debate, the Baptists decided to keep their two-pronged approach. Beijing, which had followed the debate on a Baptist Web site, promptly cut all ties with the convention.While Western Christians bicker over strategies, Chinese Christianity — official and unofficial — is growing rapidly as people search for spiritual meaning in a post-Marxist society. Down a winding dirt road on the banks of the Mekong River, the Jinghong Church in China’s southern Yunnan province is bursting at the seams. « Jesus is all the world to me, » the congregation sang at one recent service as latecomers crowded in. The church holds three services every Sunday to accommodate a flock that is fast approaching 2,000. With funding from the Hong Kong Christian Council, the congregation hopes to build a new church this year. Local authorities are happy about the plan, because the new building will double as a lay training facility and community-service center. Elder Yu Di, a spirited preacher who rebuilt the congregation from a five-member underground church that met in her home in 1987, says the church has grown by testing the limits. « Before, there was no freedom for us. [The government] said Christianity was a foreign religion, » she says. « Now we can say our God is a universal God. »Vol. 20, No. 1

Voir enfin:

New Code of Conduct for Christian Witness
Mark R. Elliott
In January 2011 the Roman Catholic Pontifical Council for Inter-religious Dialogue, the World Council of Churches (representing mainline Protestant and Eastern Orthodox churches), and the World Evangelical Alliance agreed upon a new code of conduct for ethical, non-coercive sharing of the gospel. These church bodies, which collectively represent approximately two billion members, or 90 percent of the global Christian population, negotiated this path-breaking code of conduct in three consultations spanning a period of five years: May 2006, Lariano, Italy; August 2007, Toulouse, France; and January 2011, Bangkok, Thailand (www.internationalbulletin.org; pp. 194 and 196).In “Christian Witness in a Multi-Religious World: Recommendations for Conduct,” all parties concur that “Proclaiming the word of God and witnessing to the world is essential for every Christian. At the same time, it is necessary to do so according to gospel principles, with full respect and love for all human beings” (Preamble of “Christian Witness.” All citations to “Christian Witness” are taken from the text online at http://www.oikoumente.org/eng/a/en/news/news-management/article/1634/christians-reach-broad-co.html. Hereafter, all references are from this document unless otherwise noted.)The desired practical outcome for “Christian Witness” is to see churches and mission agencies “reflect on their current practices and…prepare, where appropriate, their own guidelines for their witness and mission” (Preamble). The document notes that “In some contexts, living and proclaiming the gospel is difficult, hindered or even prohibited, yet Christians are commissioned by Christ to continue…in their witness to him.” At the same time, “If Christians engage in inappropriate methods of exercising mission by resorting to deception and coercive means, they betray the gospel….Such departures call for repentance” (“A Basis for Christian Witness,” Points 5 and 6).The sections of “Christian Witness” entitled “Principles” and “Recommendations” provide a valuable blueprint for sharing the gospel with integrity. Key affirmations, with accompanying commentary by the East-West Church and Ministry Report in italics, may be summarized under five headings: I. fair representation of other confessions and faiths; II. disavowal of all forms of violence and coercion; III. advocacy for government impartiality in matters of faith; IV. calls for tolerance, respect, and inter-religious dialogue; and V. the need to distinguish between acts of mercy expected of all Christians and inappropriate allurements.
I. Fair Representation of Other Confessions and Faiths
To characterize other churches and religions fairly, “Christians should avoid misrepresenting [their] beliefs and practices” (Recommendation 3). “Any comment or critical approach should be made in a spirit of mutual respect, making sure not to bear false witness concerning other religions” (Principle 10). Appendix 3 of “Christian Witness” further urges that “Freedom of religion enjoins upon all of us the…non-negotiable responsibility to respect faiths other than our own, and never to denigrate, vilify or misrepresent them for the purpose of affirming superiority of our faith.” The ever-present temptation in making comparisons is to commend the example of the most praiseworthy spiritual paragons of one’s own tradition while omitting to mention or minimizing the significance of the shortcomings of one’s own confession. Individuals who have managed to abstain from unfair representations and comparisons include Plymouth Brethren evangelist Lord Radstock who scrupulously avoided criticism of Russian Orthodoxy in his preaching in St. Petersburg palaces; Don Fairbairn in his exemplary, balanced critique of Eastern Orthodoxy through Western Eyes; and Father Alexander Schmemann in his self-critical judgments as well as defense of his own tradition in The Historical Road of Eastern Orthodoxy and The Journals of Alexander Schmemann 1973-1983.
II. Disavowal of Violence and Coercion
“Christians are called to reject all forms of violence, even psychological or social, including the abuse of power in their witness. They reject violence, unjust discrimination or repression by any religious or secular authority, including the violation or destruction of places of worship, sacred symbols or texts” (Principle 6). Sad to say, the past two decades provide too many examples of violence motivated by religious intolerance in post-Soviet states: the murder of Father Alexander Men and other Orthodox priests; the murder of Korean Protestant missionaries in Siberia; Albanian destruction of Serbian Orthodox churches and monasteries (following earlier Serbian destruction of Albanian mosques); an Orthodox bishop in Ekaterinburg ordering the public burning of texts written by “suspect” theologians: Alexander Men, Alexander Schmemann, and John Meyendorff; and ongoing harassment of Russian Baptists and Pentecostals and vandalism of their houses of worship. (On murdered priests: East-West Church and Ministry Report 7 [Summer 1999]: 1; and Orthodoxy in the World, 28 May 2010; http://www.pravmir.com/article _987.html; on Korean Protestant missionary murders: East- West Church and Ministry Report 3 [Spring 1995], 4; on destruction of Serbian and Albanian religious sites: East-West Church and Ministry Report 12 [Summer 2004], 1-3; and 12 [Spring 2005], 15; on Orthodox book burning: East-West Church and Ministry Report 6 [Summer 1998], 11; on harassment of Russian Baptists and Pentecostals: Felix Corley, “Fined for Meeting for Worship,” Forum 18, 28 October 2011, http://www.forum18.org. For many additional examples of harassment search the Forum 18 online archive.)
III. Advocacy for Government Impartiality
Unfortunately, much of the religiously inspired mayhem in post-Soviet states is exacerbated by government partiality toward one or another favored faith. The text of “Christian Witness” speaks at length of the necessity of state neutrality regarding freedom of conscience: Christians are encouraged to “call on their governments to ensure that freedom of religion is properly and comprehensively respected, recognizing that in many countries religious institutions and persons are inhibited from exercising their mission” (Recommendation 5). “Religious freedom including the right to publicly profess, practice, propagate and change one’s religion flows from the very dignity of the human person which is grounded in the creation of all human beings in the image and likeness of God….Where any religion is instrumentalized for political ends, or where religious persecution occurs, Christians are called to engage in a prophetic witness denouncing such actions” (Principle 7).In post-Soviet territories, especially in the Caucasus and Central Asia, changing one’s religious allegiance from a majority to a minority faith is particularly fraught with danger. On this point, “Christian Witness” holds that followers of Christ “are to acknowledge that changing one’s religion is a decisive step that must be accompanied by sufficient time for adequate reflection and preparation, through a process ensuring full personal freedom” (Principle 11). Given existing state and societal pressures to maintain one’s identification with a majority faith, it must be recognized that freedom of conscience may be violated not only through improper pressure or inducement to change one’s religion, but also by improper pressure or inducement not to change one’s religion (Mark Elliott, “Evangelism and Proselytism in Russia: Synonyms or Antonyms?,” International Bulletin of Missionary Research 25 [April 2001], 72). Churches enjoying numerical superiority and/or state privilege typically have exploited their advantages in ways that have undermined freedom of conscience. As a rule, in such circumstances, minority faiths have faced persecution or discrimination. It should be pointed out that a lack of government impartiality in matters of faith has been the case not only in states with established churches (for example, Catholic Spain, Orthodox tsarist Russia, Lutheran Prussia, and Anglican England), but also in circumstances of informal church-state compacts, such as Protestant privilege in nineteenth-century America and Orthodox privilege in post-Soviet Russia.
IV. Calls for Tolerance, Respect, and Dialogue
The text of “Christian Witness” repeatedly addresses the need for tolerance, respect, and inter-religious dialogue: “Christians are called to commit themselves to work with all people in mutual respect, promoting together justice, peace and the common good. Inter-religious cooperation is an essential dimension of such commitment” (Principle 8). “In certain contexts, where years of tension and conflict have created deep suspicions and breaches of trust between and among communities, inter-religious dialogue can provide new opportunities for resolving conflicts, restoring justice, healing of memories, reconciliation and peace-building” (Recommendation 2).While the above commitments deserve wholehearted support, in the post-Soviet context it must be noted that respect, tolerance, and inter-religious dialogue are extremely rare commodities. In large measure, this sad circumstance is a function, at least in Russia, of a once-privileged Orthodoxy reasserting its claims to spiritual hegemony. Lord Acton’s famous aphorism, “Power corrupts and absolute power corrupts absolutely,” applies in Russia with a vengeance. The contrast between Eastern Orthodoxy in North America and in Russia is instructive. As a minority faith in the West, Orthodoxy benefits from, and seems genuinely agreeable to, the concept of full protections for freedom of conscience. In Russia, however, Orthodoxy accepts—and even lobbies the government for—ever-increasing legislative discrimination against Christians outside the fold of the Moscow Patriarchate. The only faiths Orthodoxy tolerates are those that have sworn off witness outside their historic ethnic constituency (Islam, Judaism, and Buddhism), hence their ceremonially privileged characterization, along with Russian Orthodoxy, as “traditional” religions in the preamble of Russia’s discriminatory 1997 law on religion. Generally speaking, those faiths that favor inter-religious dialogue are religious minorities that suffer legal and/or societal distrust and discrimination, for example, Muslims in post-9/11 America and Baptists, Pentecostals, and Methodists in present-day Russia. The fact is that Russian Orthodoxy has little interest in inter-religious dialogue because, in its privileged position, it sees nothing to gain from it. Traveling through Siberia in September 2011, this writer was struck repeatedly by the desire of Russian Protestants and Western missionaries (politically impotent) to dialogue with Russian Orthodox (politically privileged), but the latter will have no part in it. The existing power differential is all the more striking given the fact that Protestantism east of the Urals appears to be demographically much stronger than Orthodoxy. The author’s interviews with Professor Andrei Savin, Novosibirsk, and seven missionaries and Russian believers, 6-14 September 2011, provided the following denominational figures: 28 Protestant and 8 Orthodox churches in Khabarovsk; 19 Protestant and 4 Orthodox churches in Komsomolsk na Amure; and 65 Protestant and 27 Orthodox churches in Novosibirsk. The same Protestant majority applies in Sakhalin: Natalia Potapova, “Contemporary Religious Life on Sakhalin Island,” East-West Church and Ministry Report 13 (Summer 2005), 3. (In contrast, Irkutsk, the historic capital of Siberia, is home to 35 Orthodox churches compared to 28 Protestant: http://iemp.ru/uprav/hram/hram/php.)The text of “Christian Witness” urges that “relationships of respect and trust with people of different religions” be built “so as to facilitate deeper mutual understanding, reconciliation and cooperation” (Principle 12). Unfortunately, in practice, Orthodox in post-Soviet states require non-Orthodox to forswear Christian witness as a precondition for tolerance and cooperation.
V. Distinguishing Appropriate Acts of Compassion from Inappropriate Allurements
Finally, the text of “Christian Witness” commends demonstrations of Christ-like compassion, but not material enticements that could lead to conversions of convenience. “Christians are called to…serve others and in so doing to recognize Christ in the least of their sisters and brothers. Acts of service, such as providing education, health care, relief services and acts of justice and advocacy are an integral part of witnessing to the gospel. The exploitation of situations of poverty and need has no place in Christian outreach. Christians should denounce and refrain from offering all forms of allurements, including financial incentives and rewards, in their acts of service” (Principle 4). Similarly, “As an integral part of their witness to the gospel, Christians exercise ministries of healing. They are called to exercise discernment as they carry out these ministries, fully respecting human dignity and ensuring that the vulnerability of people and their need for healing are not exploited” (Principle 5).As praiseworthy as Principles 4 and 5 are, they give inadequate guidance in differentiating between biblically mandated compassion and service on the one hand and unjustifiable allurements on the other. The fact is that Russian Orthodox define any Protestant or Catholic educational or medical assistance or charitable act as a means of proselytizing and sheep stealing. In the 1990s a pastor from Florida called this writer outlining his church’s plan for an evangelistic campaign in Russia. Following a short-term preaching mission, those Russians who made professions of faith and who joined a new church plant were to be given a trip to their sister church in Florida so they could experience an evangelical worship service in America firsthand. To the best of my ability I tried to explain to this well-meaning but misguided pastor that his approach to cross-cultural ministry was bound to produce “rice Christians” drawn to “faith” by the enticing prospect of a free trip to an American vacationland. Conversely, just as a paid trip to Florida is an inappropriate allurement for new Russian converts, equally inappropriate is Orthodox insistence that no Protestant or Catholic act of charity is legitimate on what Orthodox define as their exclusive canonical territory, even in cases of charity extended to those who have no affiliation with Orthodoxy. In the mid-1990s an Orthodox priest visited an orphanage near Volgograd, advising the director not to accept assistance from Protestants. The director, who was not a believer, reacted angrily, asking the priest why he had not come to help, rather than criticize Protestants who did help. No fair-minded Christian would want to endorse the example of the Florida pastor or the Volgograd priest. Nevertheless, the line between commendable and exploitative acts of mercy and service can be quite fine and quite gray. Thus, the appendix of “Christian Witness” is right to note that “Each issue” addressed in this unique, multi-confessional document “is important in its own right and deserves more attention than can be given in these recommendations” (Appendix, Point 5). It would be most beneficial to have the text of “Christian Witness” serve as the basis of discussion for the formulation of a more detailed and nuanced code of conduct for evangelical missionaries wherever they may serve.
Mark R. Elliott is editor of the East-West Church and Ministry Report, Asbury University, Wilmore, Kentucky.

India’s Hindu Nationalists Seek To « Indianize » Christians

Worthy Christian News

May 11, 2001

SANTA ANA, CA (ANS) — In a fresh attack on Christians and Muslims, the Hindu nationalist Vishwa Hindu Parishad (VHP) has joined the Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS) in demanding the « Indianization » of Christians and Muslims in the country.

On April 20, VHP Vice President Acharya Giriraj Kishore demanded that Christians and Muslims should be « indigenized » and be given Indian names.

« By Indianization, we are not demanding conversion of Muslims and Christians into Hindus. For the sake of unity and integrity of the country, we are demanding that Christians and Muslims should be indigenized, carrying Indian names, » Kishore said.

Last October, RSS chief K.S. Sudershan called on Christians and Muslims to cut their spiritual links with « foreign sources. »

In a separate development, the VHP’s international general secretary, Pravin Togadia, claimed that about 33,000 people had been converted to Christianity in the northern state of Sikkim in the last 25 years. Togadia said there were only a few Christians 25 years ago.

Meanwhile, the VHP says it is planning to revamp its image and highlight its « social work » component in the rural areas among the backward castes and tribals.

According to VHP’s chief of social projects, Sitaram Agarwal, the aim is to counter the influence of Christian missionaries. The VHP says the program has helped in checking conversions as « awareness » was being spread in the rural areas.

For more information on the ministry of Open Doors (who released this story,) write: Open Doors with Brother Andrew, PO Box 27001, Santa Ana, CA 92799 or call: (949) 752-6600. The Open Doors USA Web site can be found at http://www.opendoorsusa.org.


Soft power: Vous avez dit nation de boutiquiers ? (How Britain became a soft power superpower)

12 septembre, 2016

unnamed1unnamed2 https://i0.wp.com/cdn.static-economist.com/sites/default/files/imagecache/original-size/images/2015/07/articles/body/20150718_woc000.png

Great Britain’s medal tally at the Summer Olympics
Gold  Silver Bronze
gbmedals riomedals britmedals rio-qui-paye-le-mieux-ses-athletes-web-tete-0211186866405 unnamed3 unnamed4 unnamed5 unnamed7 unnamed6 unnamed9Aller fonder un vaste empire dans la vue seulement de créer un peuple d’acheteurs et de chalands semble, au premier coup d’oeil, un projet qui ne pourrait convenir qu’à une nation de boutiquiers. C’est cependant un projet qui accomoderait extrêmement mal une nation toute composée de gens de boutique mais qui convient parfaitement bien à une nation dont le gouvernement est sous l’influence des boutiquiers. Adam Smith
L’ Angleterre est une nation de boutiquiers.
Napoléon
Les Anglais ont toujours quelque chose de nouveau que nous, on n’a pas ! Michaël D’Almeida
De l’Australie jusqu’à Trinidad et Tobago, le portrait de la reine Elisabeth II a orné les monnaies de 33 pays différents – plus que n’importe qui au monde. Le Canada fut le premier a utiliser l’image de la monarque britannique, en 1935, quand il a imprimé le portrait de la princesse, agée de 9 ans, sur son billet de 20 dollars. Au fil des années, 26 portraits d’Elisabeth II seront utilisés dans le Royaume-Uni et dans ses colonies, anciennes et actuelles et territoires – la plupart one été commandés dans le but express d’apparaitre sur des billets de banque. Toutefois, certains pays, comme la Rhodésie (aujourd’hui le Zimbabwe), Malte ou les Fidji, se sont servis de portraits déjà existants. La Reine est souvent montrée dans une attitude formelle, avec sa couronne et son spectre, bien que le Canada ou l’Australie préfère la représenter dans une simple robe et un collier de perles. Et alors que de nombreux pays mettent à jour leurs devises afin de refléter l’âge de la Reine, d’autres aiment la garder jeune. Lorsque le Belize a redessiné sa monnaie en 1980, il a choisi un portrait qui avait déjà 20 ans. Time
Un grand nombre de nations a conservé la reine comme chef d’Etat et elle est donc toujours représentée sur les billets de banques de nombreux pays. La Reine est présente sur les billets de 33 pays. Peter Symes
Of 31 sports, GB finished on the podium in 19 – a strike rate of just over 61%. That percentage is even better if you remove the six sports – basketball, football, handball, volleyball, water polo and wrestling – Britain were not represented in. Then it jumps to 76%. The United States won medals in 22 sports, including 16 swimming golds. In terms of golds, GB were way ahead of the pack, finishing with at least one in 15 sports, more than any other country, even the United States. GB dominated track cycling, winning six of 10 disciplines and collecting 11 medals in total, nine more than the Dutch and Germans in joint second. GB also topped the rowing table, with three golds – one more than Germany and New Zealand – and were third in gymnastics, behind the US and Russia. BBC
On July 14th an index of “soft power”—the ability to coax and persuade—ranked Britain as the mightiest country on Earth. If that was unexpected, there was another surprise in store at the foot of the 30-country index: China, four times as wealthy as Britain, 20 times as populous and 40 times as large, came dead last. (…) Britain scored highly in its “engagement” with the world, its citizens enjoying visa-free travel to 174 countries—the joint-highest of any nation—and its diplomats staffing the largest number of permanent missions to multilateral organisations, tied with France. Britain’s cultural power was also highly rated: though its tally of 29 UNESCO World Heritage sites is fairly ordinary, Britain produces more internationally chart-topping music albums than any other country, and the foreign following of its football is in a league of its own (even if its national teams are not). It did well in education, too—not because of its schools, which are fairly mediocre, but because its universities are second only to America’s, attracting vast numbers of foreign students.(…) Governance was the category that sank undemocratic China, whose last place was sealed by a section dedicated to digital soft-power—tricky to cultivate in a country that restricts access to the web. (…) But many of the assets that pushed Britain to the top of the soft-power table are in play. In the next couple of years the country faces a referendum on its membership of the EU; a slimmer role for the BBC, its prolific public broadcaster; and a continuing squeeze on immigration, which has already made its universities less attractive to foreign students. Much of Britain’s hard power was long ago given up. Its soft power endures—for now. The Economist
Although beaten to the top spot in this year’s index, the UK continues to boast significant advantages in its soft power resources. These include the significant role that continues to be played by both state-backed assets (i.e. BBC World Service, DfID, FCO and British Council) and private assets and global brands (e.g. Burberry and British Airways). Additionally, the British Council, institutions like the British Museum, and the UK’s higher education system are all pillars of British soft power. The UK’s rich civil society and charitable sector further contribute to British soft power. Major global organisations that contribute to development, disaster relief, and human rights reforms like Oxfam, Save the Children, and Amnesty International are key components in the UK’s overall ability to contribute to the global good – whether through the state, private citizens, or a network of diverse actors. The UK’s unique and enviable position at the heart of a number of important global networks and multi-lateral organisations continues to confer a significant soft power advantage. As a member of the G-7, G-20, UN Security Council, European Union, and the Commonwealth, Britain has a seat at virtually every international table of consequence. No other country rivals the UK’s diverse range of memberships in the world’s most influential organisations. In this context, a risk exists that the UK’s considerable soft power clout would be significantly diminished should it vote to leave the European Union. The soft power 30
The United States takes the top spot of the 2016 Soft Power 30, beating out last year’s first-place finisher, the United Kingdom. America topping the rankings this year is perhaps a strange juxtaposition to Donald Trump, the presumptive Republican presidential nominee, currently threatening to tear up long-held, bi-partisan principles of American foreign policy – like ending the US’s stated commitment to nuclear non-proliferation. On the other hand, President Obama’s final year as Commander-in-Chief has been a busy one for diplomatic initiatives. The President managed to complete his long-sought Iran Nuclear Deal, made progress on negotiating free trade agreements with partners across the Oceans Atlantic and Pacific, and re-established diplomatic relations with Cuba after decades of trying to isolate the Communist Caribbean Island. These major soft power plays have paid dividends for perceptions of the US abroad, as it finished higher in the international polling this year, compared to 2015. Perhaps not dragged down as much by attitudes to its foreign policy, the US’s major pillars of soft power have been free to shine, as measured in our Digital, Education, and Culture sub-indices. The US is home to the biggest digital platforms in the world, including Facebook, Twitter, and WhatsApp, and the US State Department sets the global pace on digital diplomacy. Likewise, the US maintains its top ranking in the Culture and Education sub-indices this year. The US welcomed over 74 million international tourists last year, many of whom are attracted by America’s cultural outputs that are seemingly omnipresent around the globe. In terms of education, the US has more universities in the global top 200 than any other country in the world, which allows it to attract more international students than any other country – by some margin as well. (…) Home to many of the biggest tech brands in the world, the US is the global leader in digital technology and innovation. The Obama Administration and State Department developed the theory and practice of online-driven campaigning and ‘digital diplomacy’. The way the US has developed and leveraged digital diplomacy, gives the nation a significant soft power boost. (…) It’s not just foreign policy that can drag down the image of America. Regular news stories of police brutality, racial tension, gun violence, and a high homicide rate (compared to other developed countries) all remind the world that America has its faults on the home front too. Speaking of which, the forthcoming Presidential election will have leaders in a lot of world capitals nervous at prospect of a Trump presidency. The soft power 30
With nearly 84 million tourists arriving annually, France maintains the title of the world’s most visited country. Yet while the strength of its cultural assets – the Louvre, its cuisine, the Riviera – have helped it hold onto this title, the country remains vulnerable. In the last year, France made headlines for the horrific terror attacks that shook its capital. Since the beginning of his mandate, President François Hollande has struggled to revitalise the French economy. Unemployment has risen steadily, and businesses are weary of France’s seemingly over-regulated and overprotective market. Its “new-blood” Minister of the Economy, Emmanuel Macron, is labouring to shake things up. His newly announced political movement, En Marche! (Forward) hopes to break party lines and revive the Eurozone’s second largest economy. Only time can tell if the initiative will pay dividends. Until then, France can still count on its unequalled diplomatic prowess to safeguard its position near the top of the Soft Power 30. It remains a global diplomatic force, asserting its presence through one of the most extensive Embassy networks. (…) France’s soft power strengths lie in a unique blend of culture and diplomacy. It enjoys, for historic reasons, links to territories across the planet, making it the only nation with 12 time zones. Its network of cultural institutions, linguistic union “la Francophonie” and network of embassies allow it to engage like no other. Its top rank in the Engagement sub-index comes as no surprise. (…) France continues to struggle as a result of the global financial crisis and President Hollande’s failure to lift the nation’s economic competitiveness has delayed its full recovery. Germany’s economy, in comparison, makes France look in need of reform. The soft power 30
Le secret de la réussite made in Britain ? « C’est simple : l’argent », répond Steve Haake, le directeur du Advanced Wellbeing Research Centre à l’université de Sheffield Hallam. Depuis une vingtaine d’années, le Royaume-Uni a investi massivement dans le sport de haut niveau : 274 millions de livres (316 millions d’euros) rien que sur ces quatre dernières années pour les sports olympiques. C’est cinq fois plus qu’il y a vingt ans. Il faut remonter à l’humiliation des Jeux d’Atlanta en 1996 pour comprendre. Cette année-là, le pays termine 37e au tableau des médailles avec un seul titre olympique. Le premier ministre d’alors, John Major, décide d’intervenir. Ordre est donné d’investir dans le sport de haut niveau une large part de l’argent de la National Lottery, qui sert normalement à financer des actions caritatives ou culturelles. L’effet se fait sentir rapidement et le Royaume-Uni passe au dixième rang aux Jeux de Sydney en 2000. « Mais ça s’est vraiment accéléré en 2007, quand Londres a obtenu l’organisation des Jeux de 2012 », explique Steven Haake. Le financement a soudain triplé, avec une approche ultra-compétitive. Pas question de s’intéresser au développement du sport pour tous ou amateur. Chaque discipline financée reçoit un objectif chiffré de médailles olympiques. Les résultats sont immédiats : le Royaume-Uni finit quatrième à Pékin en 2008 (47 médailles) et troisième de « ses » Jeux, quatre ans plus tard, avec un record de 65 récompenses, dont 29 titres. Le système mis en place est ultra-élitiste. En cas d’échec d’une discipline, le financement est retiré. Ainsi, pour les Jeux de Londres, UK Sport, l’organisme qui supervise le haut niveau, finançait 27 sports différents. A une exception près, tous ceux qui n’ont pas eu de médaille ont vu leur enveloppe supprimée pour les quatre années suivantes. Le basket-ball, le handball, le volley-ball, l’haltérophilie masculine l’ont appris à leurs dépens… Seuls les résultats comptent. (…)« Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio » Pour les Jeux de Rio, le Royaume-Uni a maintenu son soutien financier, contrairement à beaucoup de nations, qui ont relâché leurs efforts une fois les Jeux organisés chez elles. Mais l’aide a été encore plus ciblée : seules vingt disciplines ont reçu de l’argent, alors que l’enveloppe totale a augmenté de 3 %. « C’est un système impitoyable, reconnaît Girish Ramchandani, également de l’université Sheffield Hallam, spécialiste du financement dans le sport. Mais ça marche. Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio. » (…) Cet argent qui coule à flots a permis aux athlètes de haut niveau de se concentrer uniquement sur leur sport. Les plus prometteurs touchent jusqu’à 28 000 livres (32 000 euros) par an, sans compter l’enveloppe que reçoit leur fédération pour payer les entraîneurs et les équipements. Qu’elle parait loin, l’époque où Daley Thompson, l’un des meilleurs décathloniens de tous les temps, devait rendre son survêtement aux couleurs britanniques après les Jeux de Los Angeles en 1984. Reste que l’argent n’explique pas tout. A Rio, nombre d’athlètes s’étonnent des succès britanniques et expriment des doutes quant à l’intégrité de certaines performances. Les prouesses de Mo Farah, qui a remporté la médaille d’or du 10 000 mètres, et espère décrocher celle du 5 000 mètres, dimanche 21 août, interrogent. Son entraîneur, Alberto Salazar, n’a-t-il pas été accusé lui-même de dopage par une enquête de la BBC, il y a un an ? La domination sans partage de l’équipe de cyclisme sur piste, avec douze médailles, dont six en or, fait aussi grincer des dents, alors que celle-ci avait été médiocre aux Championnats du monde organisés à Londres en mars. « Il faudrait demander la recette à nos voisins, car je n’arrive pas à comprendre. Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde. C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses… », s’interrogeait Laurent Gané, l’entraîneur de l’équipe de France, après le bronze de ses hommes dans une épreuve de vitesse dont ils étaient les rois il n’y a encore pas si longtemps. Off the record, on évoque un autre type de dopage, technologique, avec des hypothèses comme un engrenage dans les roues. Un bruit de moteur qui avait aussi parcouru les routes du Tour de France, dominé par Chris Froome (troisième de l’épreuve sur route à Rio) ces dernières années. Pour Steve Haake, de l’université de Sheffield Hallam, ces doutes sont compréhensibles dans le climat de scandales de dopage permanent. Mais il estime que l’explication est plus prosaïque : « Les équipes britanniques se concentrent sur les Jeux olympiques, qui sont la clé de leur financement. Alors, c’est normal qu’elles n’impressionnent pas aux Championnats du monde, qui ne sont pas leur priorité. » Et surtout, il estime que le système actuel, avec des financements garantis sur une, voire deux olympiades, permet de travailler dans la durée. « Ce qu’il se passe actuellement ne va pas s’arrêter à Rio. » Il y a de fortes chances que les concurrents des Britanniques jalousent encore leurs performances aux Jeux de Tokyo en 2020. Le Monde
Avec 66 médailles (dont 27 en or !), la Grande-Bretagne s’est hissée avec brio à la deuxième place du classement général des Jeux olympiques, dimanche 21 août. Elle a ainsi surclassé la Chine et la Russie, qui jouent habituellement des coudes avec les Etats-Unis. Cette performance des Britanniques n’est pas une parfaite surprise. Quatrième en 2008 à Pékin puis troisième en 2012 à domicile, la Grande-Bretagne compte désormais parmi les meilleures nations olympiques. Mais comment ses athlètes, arrivés dixièmes à Athènes en 2004, ont-ils réussi cette folle ascension ? La débâcle des Jeux d’Atlanta, en 1996, a créé un électrochoc. Cette année-là, la Team GB termine 36e, avec une seule médaille d’or. Le Premier ministre conservateur, John Major, décide de mettre un terme à cette humiliation sportive. Désormais, le sport de haut niveau britannique est financé par la Loterie nationale, qui lui reverse une partie de ses profits. Le programme s’est intensifié progressivement, pour atteindre 75% du budget total du sport britannique. Cette enveloppe s’élève ainsi à plus de 400 millions d’euros pour la période 2013-2017, afin de préparer les Jeux olympiques et paralympiques de Rio (…) En plus de la grosse cagnotte de la loterie, UK Sport, l’organisme qui gère la Team GB, a fait un choix « brutal mais efficace », explique encore le Guardian. Les fonds sont attribués en fonction des résultats. Les sports qui gagnent touchent plus que les autres, ce qui explique pourquoi l’aviron et le cyclisme, qui ont rapporté chacun quatre médailles d’or en 2012, ont depuis reçu respectivement 37 et 35 millions d’euros. L’haltérophilie, en revanche, a reçu un peu moins de 2 millions, selon le budget présenté par UK Sport. Les Britanniques appellent cela la « no compromise culture » (culture de l’intransigeance). « Les millions investis dans le sport olympique et paralympique ont un seul objectif : gagner des médailles », explique le Guardian. UK Sport investit dans les sports « en fonction de leur potentiel podium lors des deux prochains Jeux ». Ces sommes ont permis de professionnaliser des athlètes, qui peuvent donc se consacrer entièrement à leur discipline, mais aussi leurs entraîneurs. L’argent a également été investi dans la recherche et les équipements de pointe, pour le cyclisme notamment, dans lequel le matériel est particulièrement important. Le bureau des chercheurs de la Fédération britannique de cyclisme a même un nom : le « Secret Squirrel Club », chargé de mettre au point les guidons moulés, les peintures ultra-fines et les casques aérodynamiques qui peuvent offrir aux pistards quelques centièmes de seconde d’avance. Ces équipements peuvent faire la différence, ne serait-ce qu’en en mettant plein la vue aux adversaires. En envoyant une délégation très étoffée (…) c’est tout de même mathématique. Davantage de compétiteurs, c’est davantage de chances de médailles, surtout pour les pays riches. (…) Message reçu à Londres, qui a envoyé 366 athlètes à Rio. C’est moins que les 542 sportifs présentés en 2012, mais la Team GB jouait alors à domicile, bénéficiant de qualifications automatiques. Ils étaient 313 à Pékin en 2008, 271 à Athènes en 2004, 310 à Sydney en 2000, et 300 à Atlanta en 1996. A l’exception des Jeux de Londres, donc, la délégation de Grande-Bretagne-Irlande du Nord – sa dénomination officielle – présentée à Rio est la plus importante depuis les Jeux olympiques de Barcelone en 1992 (371 athlètes). En préparant en priorité les JO La stratégie britannique est bien différente de celle des Français. Francetv sport la résume ainsi : « Contrairement à la France qui entend jouer toutes les compétitions [championnats du monde, championnats d’Europe, JO…] à fond, les Britanniques sont prêts à en sacrifier certaines (…) La méthode agace et suscite la jalousie, de la part des Français notamment, qui ont dominé le classement en 1996 et 2000, et dont le bilan est, cette année, famélique (une seule médaille, en bronze). L’entraîneur Laurent Gané semble surpris de voir les Britanniques survoler les épreuves sur piste. « Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde », s’étonne-t-il dans Le Monde. France infos

Vous avez dit nation de boutiquiers ?

Investissement massif issu de la loterie (400 millions), quasi-salarisation des athlètes (mais pas de primes individuelles),  mise exclusive et sans concession sur les seules disciplines gagnantes (35 millions d’euros pour le cyclisme,  1,5 million pour un tennis de table sans résultat), investissement dans la technologie de pointe et approche scientifique de la performance,  délégation très étoffée, priorité absolue aux JO (quitte à faire l’impasse sur les championnats du monde ou d’Europe) et concentration sur les sports les plus « payants »…

A l’heure où un pays à l’économie, la population et la superficie respectivement huit fois, cinq fois et 35 fois moindre fait quasiment jeu égal et avait même dépassé en influence ces deux dernières années la première puissance mondiale …

Et où avec l’auto-effacement  de ladite première puissance mondiale, le Moyen-Orient est à feu et à sang et une Russie et une Chine assoiffées de revanche menacent impunément les frontières de leurs voisins …

Comment ne pas voir l’ironie de la reprise et de la domination par l’ancienne puissance coloniale d’un concept (« sof power ») créé à l’origine par un Américain (Joseph Nye) en réponse à un historien britannique (Paul Kennedy) qui prédisait à la fin des années 80 l’inéluctabilité du déclin américain ?

Mais surtout le redoutable pragmatisme d’un pays qui il y a vingt ans ne finissait que 36e (pour une seule misérable médaille d’or) …

Et qui non content de laisser loin derrière (avec un avantage – excusez du peu – de pas moins de 18 médailles d’or !) une France au même poids démographique et économique …

Dépasse aujourd’hui en médailles la première population et la 2e puissance économique mondiales ?

Millions de la Loterie, choix drastiques et coups de chance : comment la Grande-Bretagne a raflé tant de médailles à RioLes Britanniques se sont hissés à la deuxième place du tableau des médailles, devant la Chine et la Russie. Mais comment ont-ils fait ?
Camille Caldini
France Tvinfos
21/08/2016Avec 66 médailles (dont 27 en or !), la Grande-Bretagne s’est hissée avec brio à la deuxième place du classement général des Jeux olympiques, dimanche 21 août. Elle a ainsi surclassé la Chine et la Russie, qui jouent habituellement des coudes avec les Etats-Unis. Cette performance des Britanniques n’est pas une parfaite surprise. Quatrième en 2008 à Pékin puis troisième en 2012 à domicile, la Grande-Bretagne compte désormais parmi les meilleures nations olympiques. Mais comment ses athlètes, arrivés dixièmes à Athènes en 2004, ont-ils réussi cette folle ascension ?En collectant des millions grâce à la Loterie
La débâcle des Jeux d’Atlanta, en 1996, a créé un électrochoc. Cette année-là, la Team GB termine 36e, avec une seule médaille d’or. Le Premier ministre conservateur, John Major, décide de mettre un terme à cette humiliation sportive. Désormais, le sport de haut niveau britannique est financé par la Loterie nationale, qui lui reverse une partie de ses profits.Le programme s’est intensifié progressivement, pour atteindre 75% du budget total du sport britannique. Cette enveloppe s’élève ainsi à plus de 400 millions d’euros pour la période 2013-2017, afin de préparer les Jeux olympiques et paralympiques de Rio, détaille le Guardian (en anglais). Les athlètes britanniques ont d’ailleurs été invités à dire tout le bien qu’ils pensaient de la Loterie nationale, « en insistant sur le lien entre l’achat d’un ticket et les chances de médailles », ajoute le quotidien.

En misant tout sur les gagnants

En plus de la grosse cagnotte de la loterie, UK Sport, l’organisme qui gère la Team GB, a fait un choix « brutal mais efficace », explique encore le Guardian. Les fonds sont attribués en fonction des résultats. Les sports qui gagnent touchent plus que les autres, ce qui explique pourquoi l’aviron et le cyclisme, qui ont rapporté chacun quatre médailles d’or en 2012, ont depuis reçu respectivement 37 et 35 millions d’euros. L’haltérophilie, en revanche, a reçu un peu moins de 2 millions, selon le budget présenté par UK Sport.

Les Britanniques appellent cela la « no compromise culture » (culture de l’intransigeance). « Les millions investis dans le sport olympique et paralympique ont un seul objectif : gagner des médailles », explique le Guardian. UK Sport investit dans les sports « en fonction de leur potentiel podium lors des deux prochains Jeux ».

En investissant dans la technologie de pointe

Ces sommes ont permis de professionnaliser des athlètes, qui peuvent donc se consacrer entièrement à leur discipline, mais aussi leurs entraîneurs. L’argent a également été investi dans la recherche et les équipements de pointe, pour le cyclisme notamment, dans lequel le matériel est particulièrement important. Le bureau des chercheurs de la Fédération britannique de cyclisme a même un nom : le « Secret Squirrel Club« , chargé de mettre au point les guidons moulés, les peintures ultra-fines et les casques aérodynamiques qui peuvent offrir aux pistards quelques centièmes de seconde d’avance.

Ces équipements peuvent faire la différence, ne serait-ce qu’en en mettant plein la vue aux adversaires. « Tout le monde regarde les vélos des autres », raconte en effet Laurent Gané, entraîneur de l’équipe de France de vitesse sur piste, au Monde. Et le relayeur Michaël D’Almeida le concède, dans le même quotidien : « Les Anglais ont toujours quelque chose de nouveau que nous, on n’a pas ! »

En envoyant une délégation très étoffée

La Chine le prouve à Rio, cela ne suffit pas. Mais c’est tout de même mathématique. Davantage de compétiteurs, c’est davantage de chances de médailles, surtout pour les pays riches. « Les pays les plus riches ont tendance à mieux réussir, non seulement parce qu’ils envoient davantage d’athlètes, mais aussi parce qu’ils sont mieux préparés », explique le journal canadien Toronto Star (article en anglais).

Message reçu à Londres, qui a envoyé 366 athlètes à Rio. C’est moins que les 542 sportifs présentés en 2012, mais la Team GB jouait alors à domicile, bénéficiant de qualifications automatiques. Ils étaient 313 à Pékin en 2008, 271 à Athènes en 2004, 310 à Sydney en 2000, et 300 à Atlanta en 1996. A l’exception des Jeux de Londres, donc, la délégation de Grande-Bretagne-Irlande du Nord – sa dénomination officielle – présentée à Rio est la plus importante depuis les Jeux olympiques de Barcelone en 1992 (371 athlètes).

En préparant en priorité les JO

La stratégie britannique est bien différente de celle des Français. Francetv sport la résume ainsi : « Contrairement à la France qui entend jouer toutes les compétitions [championnats du monde, championnats d’Europe, JO…] à fond, les Britanniques sont prêts à en sacrifier certaines (…) Et si le Royaume-Uni est aussi haut placé, c’est peut-être tout simplement grâce à cette stratégie du ‘tout pour les JO’. »  Cela semble payer. A Rio, le cyclisme a rapporté 12 médailles à la Team GB : 11 sur piste dont 6 en or, et une sur route. En 2008 et 2012, ils avaient déjà glané 8 médailles d’or.

La méthode agace et suscite la jalousie, de la part des Français notamment, qui ont dominé le classement en 1996 et 2000, et dont le bilan est, cette année, famélique (une seule médaille, en bronze). L’entraîneur Laurent Gané semble surpris de voir les Britanniques survoler les épreuves sur piste. « Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde », s’étonne-t-il dans Le Monde. De là aux soupçons de dopage ou de tricherie technologique, il n’y a qu’un petit pas, que le coach français s’est retenu de faire, s’interrompant au milieu d’une phrase : « C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses… »

En profitant des exclusions russes et des ratés chinois

Il faut bien l’admettre, il y a aussi une petite part de chance dans le succès de la Team GB, qui peut remercier la Russie et la Chine.

En 2012, la Russie talonnait la Grande-Bretagne, avec ses 81 médailles dont 23 en or. Pour Rio, le scandale du dopage organisé par l’Etat a contraint Moscou a réduire sa délégation : seulement 271 athlètes au lieu de 389 et aucun athlète paralympique. Conséquence directe : le compteur de médailles d’or russe s’est arrêté à 17. En athlétisme en particulier, cette absence russe a été une bénédiction pour la Team GB, qui avait terminé quatrième en 2012, derrière les Américains, les Russes et les Jamaïcains.

Un autre géant a trébuché à Rio, laissant à la Grande-Bretagne une chance de se hisser sur le podium final : la Chine. Le bilan mitigé de ses athlètes a presque tourné à l’affaire d’Etat à Pékin. La Chine a multiplié les contre-performances, au badminton, au plongeon et en gymnastique, des disciplines où elle a pourtant l’habitude de s’illustrer. L’équipe chinoise de gymnastique quitte Rio sans aucune médaille d’or, du jamais-vu depuis les JO de Los Angeles en 1984.

Voir aussi:

JO 2016 : comment les Britanniques ont acheté leurs médailles
Eric Albert

Le Monde

20.08.2016

La BBC est passée en mode surchauffe depuis une semaine. Sa « Team GB » réussit des Jeux olympiques impressionnants, engrange médaille après médaille, et les commentateurs de la chaîne publique se perdent en superlatifs et en compliments.
Avec 67 médailles, dont 27 en or, le Royaume-Uni a pris une surprenante deuxième place au tableau des nations, derrière les Etats-Unis (105 breloques) et loin devant la France – même population, même poids économique –, septième avec neuf médailles d’or.

Le secret de la réussite made in Britain ? « C’est simple : l’argent », répond Steve Haake, le directeur du Advanced Wellbeing Research Centre à l’université de Sheffield Hallam. Depuis une vingtaine d’années, le Royaume-Uni a investi massivement dans le sport de haut niveau : 274 millions de livres (316 millions d’euros) rien que sur ces quatre dernières années pour les sports olympiques. C’est cinq fois plus qu’il y a vingt ans.

Système ultra-élitiste
Il faut remonter à l’humiliation des Jeux d’Atlanta en 1996 pour comprendre. Cette année-là, le pays termine 37e au tableau des médailles avec un seul titre olympique. Le premier ministre d’alors, John Major, décide d’intervenir. Ordre est donné d’investir dans le sport de haut niveau une large part de l’argent de la National Lottery, qui sert normalement à financer des actions caritatives ou culturelles. L’effet se fait sentir rapidement et le Royaume-Uni passe au dixième rang aux Jeux de Sydney en 2000.

« Mais ça s’est vraiment accéléré en 2007, quand Londres a obtenu l’organisation des Jeux de 2012 », explique Steven Haake. Le financement a soudain triplé, avec une approche ultra-compétitive. Pas question de s’intéresser au développement du sport pour tous ou amateur. Chaque discipline financée reçoit un objectif chiffré de médailles olympiques. Les résultats sont immédiats : le Royaume-Uni finit quatrième à Pékin en 2008 (47 médailles) et troisième de « ses » Jeux, quatre ans plus tard, avec un record de 65 récompenses, dont 29 titres.

Le système mis en place est ultra-élitiste. En cas d’échec d’une discipline, le financement est retiré. Ainsi, pour les Jeux de Londres, UK Sport, l’organisme qui supervise le haut niveau, finançait 27 sports différents. A une exception près, tous ceux qui n’ont pas eu de médaille ont vu leur enveloppe supprimée pour les quatre années suivantes. Le basket-ball, le handball, le volley-ball, l’haltérophilie masculine l’ont appris à leurs dépens… Seuls les résultats comptent. Le mythique fair-play britannique appartient au passé.

« Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio »
Pour les Jeux de Rio, le Royaume-Uni a maintenu son soutien financier, contrairement à beaucoup de nations, qui ont relâché leurs efforts une fois les Jeux organisés chez elles. Mais l’aide a été encore plus ciblée : seules vingt disciplines ont reçu de l’argent, alors que l’enveloppe totale a augmenté de 3 %. « C’est un système impitoyable, reconnaît Girish Ramchandani, également de l’université Sheffield Hallam, spécialiste du financement dans le sport. Mais ça marche. Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio. »

L’équipe de plongeon britannique doit ainsi une fière chandelle à Tom Daley, médaillé de bronze à Londres. Grâce à ce succès sur le fil, la discipline a conservé son financement. Aujourd’hui, elle en récolte les fruits : à Rio, elle a déjà obtenu trois médailles, une de chaque couleur.

Cet argent qui coule à flots a permis aux athlètes de haut niveau de se concentrer uniquement sur leur sport. Les plus prometteurs touchent jusqu’à 28 000 livres (32 000 euros) par an, sans compter l’enveloppe que reçoit leur fédération pour payer les entraîneurs et les équipements. Qu’elle parait loin, l’époque où Daley Thompson, l’un des meilleurs décathloniens de tous les temps, devait rendre son survêtement aux couleurs britanniques après les Jeux de Los Angeles en 1984.

Scandales de dopage
Reste que l’argent n’explique pas tout. A Rio, nombre d’athlètes s’étonnent des succès britanniques et expriment des doutes quant à l’intégrité de certaines performances. Les prouesses de Mo Farah, qui a remporté la médaille d’or du 10 000 mètres, et espère décrocher celle du 5 000 mètres, dimanche 21 août, interrogent. Son entraîneur, Alberto Salazar, n’a-t-il pas été accusé lui-même de dopage par une enquête de la BBC, il y a un an ?

La domination sans partage de l’équipe de cyclisme sur piste, avec douze médailles, dont six en or, fait aussi grincer des dents, alors que celle-ci avait été médiocre aux Championnats du monde organisés à Londres en mars. « Il faudrait demander la recette à nos voisins, car je n’arrive pas à comprendre. Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde. C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses… », s’interrogeait Laurent Gané, l’entraîneur de l’équipe de France, après le bronze de ses hommes dans une épreuve de vitesse dont ils étaient les rois il n’y a encore pas si longtemps.

Off the record, on évoque un autre type de dopage, technologique, avec des hypothèses comme un engrenage dans les roues. Un bruit de moteur qui avait aussi parcouru les routes du Tour de France, dominé par Chris Froome (troisième de l’épreuve sur route à Rio) ces dernières années.

Pour Steve Haake, de l’université de Sheffield Hallam, ces doutes sont compréhensibles dans le climat de scandales de dopage permanent. Mais il estime que l’explication est plus prosaïque :

« Les équipes britanniques se concentrent sur les Jeux olympiques, qui sont la clé de leur financement. Alors, c’est normal qu’elles n’impressionnent pas aux Championnats du monde, qui ne sont pas leur priorité. »
Et surtout, il estime que le système actuel, avec des financements garantis sur une, voire deux olympiades, permet de travailler dans la durée. « Ce qu’il se passe actuellement ne va pas s’arrêter à Rio. » Il y a de fortes chances que les concurrents des Britanniques jalousent encore leurs performances aux Jeux de Tokyo en 2020.

Voir également:

Rio Olympics 2016: Team GB medal haul makes them a ‘superpower of sport’

Great Britain’s Olympic review

Great Britain is « one of the superpowers of Olympic sport » after its performance in Rio, according to UK Sport chief executive Liz Nicholl.

A total of 67 medals with 27 golds put Team GB second in the medal table – above China for the first time since it returned to the Games in 1984.

« It shows we are a force to be reckoned with in world sport, » Nicholl said.

Britain is the first country to improve on a home medal haul at the next Games, beating the 65 medals from London 2012.

They won gold medals across more sports than any other nation – 15 – and improved on their medal haul for the fifth consecutive Olympics.

The Queen offered her « warmest congratulations » for an « outstanding performance » in Rio, while the Duke and Duchess of Cambridge and Prince Harry said the team were an « inspiration to us all, young and old ».

The money behind the medals

UK Sport is the body responsible for distributing funds from national government to Olympic sports.

Team GB’s 67 medals in Brazil cost an average of just over £4m per medal in lottery and exchequer funding over the past four years – a reported cost of £1.09 per year for each Briton.

Nicholl added: « Half of the investment that we’re putting into Rio success also feeds into Tokyo [2020 Olympics]. We’re very confident that we’ve got a system here that’s working and that’s quite exceptional around the world. »

Chief executive of British Gymnastics Jane Allen told BBC Radio 5 live: « You wouldn’t want to be in some of the other countries at the moment, who are examining themselves.

« UK Sport has made those sports that receive the funding be accountable for their results. This is the end result in Rio – the country should expect a return for their investment, it is incredible. »

« It’s tough to imagine a stronger performance, » said Bill Sweeney, chief executive of the BOA.

« When you get into the [Olympic] village there’s been a real collective team spirit around Team GB – you just got a sense that this was a team that wanted to do something really special. »

Britain had been set a target by UK Sport to make Rio its most successful ‘away’ Olympics by beating the 47 medals from Beijing in 2008, but Nicholl said there had been an « aspirational » aim to surpass the achievements of London 2012.

Sweeney said he « wasn’t surprised » by the extent of the success, but that beating China « wasn’t on the radar » before the Games.

« China are a massive nation, aren’t they? Goodness knows how much money they spend on it, » he said.

« To be able to beat them is absolutely fantastic.

Sweeney said it would be difficult for Britain to replicate their position in the medal table at Tokyo 2020, at which he predicted hosts Japan, China, Russia and Australia would all improve.

How has China reacted?

China did top one table in Rio – that of fourth-place finishes, according to data from Gracenote Sports.

They had 25, with the US next on 20 and Britain third on 16.

Gracenote head of analysis Simon Gleave said China’s decline in medals from London 2012 « has been primarily due to the sports of badminton, artistic gymnastics and swimming ».

China Daily said: « In contrast with China’s previous obsession with gold medals, the general public is learning to enjoy the sports themselves rather than focusing on the medal count. Winning gold medals does not mean everything anymore in China. »

Swimmer Fu Yuanhui’s enthusiasm at winning a bronze medal « took Chinese viewers by surprise », said Global Times. « They are used to their athletes focusing in interviews on their desire to win glory for the country. »

Many users of the Chinese social media site Weibo posted messages using the hashtag #ThisTimeTheChinaTeamAreGolden, saying their athletes were still « the best » irrespective of their placing in their events.

Voir encore:

Rio Olympics 2016: How did Team GB make history?

Tom Fordyce

BBC

22 August 2016

It has been an Olympic fiesta like never before for Britain: their best medal haul in 108 years, second in the medal table, the only host nation to go on to win more medals at the next Olympics.

Never before has a Briton won a diving gold. Never before has a Briton won a gymnastics gold. There have been champions across 15 different sports, a spread no other country can get close to touching.

It enabled Liz Nicholl, chief executive of UK Sport, the body responsible for distributing funds from national government to Olympic sports, to declare on the final day of competition in Rio that Britain was now a « sporting superpower ».

Only 20 years ago, GB were languishing 36th in the Atlanta Olympics medal table, their entire team securing only a single gold between them. This is the story of a remarkable transformation.

Biased judges or gracious defeat? What China thinks of GB going second
‘Superpower’ Team GB a ‘world force’

Money talks

As that nadir was being reached back in 1996, the most pivotal change of all had already taken place.

The advent of the National Lottery in 1994, and the decision of John Major’s struggling government to allocate significant streams of its revenue to elite Olympic sport, set in motion a funding spree unprecedented in British sport.

From just £5m per year before Atlanta, UK Sport’s spending leapt to £54m by Sydney 2000, where Britain won 28 medals to leap to 10th on the medal table. By the time of London 2012 – third in the medal table, 65 medals – that had climbed to £264m. Between 2013 and 2017, almost £350m in public funds will have been lavished on Olympic and Paralympic sports.

It has reinvigorated some sports and altered others beyond recognition.

Gymnastics, given nothing at all before Atlanta, received £5.9m for Sydney and £14.6m in the current cycle. In Rio, Max Whitlock won two gymnastics golds; his team-mates delivered another silver and three bronzes.

As a talented teenage swimmer, Adam Peaty relied on fundraising events laid on by family and friends to pay for his travel and training costs. That changed in 2012, when he was awarded a grant of £15,000 and his coach placed on an elite coaching programme. In Rio he became the first British male to win a swimming gold in 28 years.

There are ethical and economic debates raised by this maximum sum game. Team GB’s 67 medals won here in Brazil cost an average of £4,096,500 each in lottery and exchequer funding over the past four years.
Average cost of Games to each Briton
As determined by the Sport Industry Research Centre

At a time of austerity, that is profligate to some. To others, the average cost of this Olympic programme to each Briton – a reported £1.09 per year – represents extraordinary financial and emotional value. Joe Joyce’s super-heavyweight silver medal on Sunday was the 700th Olympic and Paralympic medal won by his nation since lottery funding came on tap.

« The funding is worth its weight in gold, » says Nicholl.

« It enables us to strategically plan for the next Games even before this one has started and makes sure we don’t lose any time. We can maintain the momentum of success for every athlete with medal potential through to the next Games. »

All in the detail

The idea of marginal gains has gone from novelty to cliche over the past three Olympic cycles, but three examples from Rio underline how essential to British success it remains.

In the build-up to these Olympics, a PhD student at the English Institute of Sport named Luke Gupta examined the sleep quality of more than 400 elite GB athletes, looking at the duration of their average sleep, issues around deprivation and then individual athletes’ perception of their sleep quality.

His findings resulted in an upgrading of the ‘sleep environment’ in the Team GB boxing training base in Sheffield – 37 single beds replaced by 33 double and four extra-long singles; sheets, duvets and pillows switched to breathable, quick drying fabrics; materials selected to create a hypo-allergenic barrier to allergens in each bedroom.

« On average, the boxers are sleeping for 24 minutes longer each night, » says former Olympic bronze medallist and now consultant coach Richie Woodhall.

« When you add it up over the course of a cycle it could be as much as 29 or 30 days’ extra sleep. That can be the difference between winning a medal or going out in the first round. »

In track cycling, GB physio Phil Burt and team doctor Richard Freeman realised saddle sores were keeping some female riders out of training.

Their response? To bring together a panel of experts – friction specialist, reconstructive surgeons, a consultant in vulval health – to advise on the waxing and shaving of pubic hair. In the six months before Rio not a single rider complained of saddle sores.

Then there is the lateral thinking of Danny Kerry, performance director to the Great Britain women’s hockey team that won gold in such spectacular fashion on Friday.

« Everyone puts a lot of time into the physiological effects of hockey, but what we’ve done in this Olympic cycle is put our players in an extremely fatigued state, and then ask them to think very hard at the same time, » Kerry told BBC Sport.

« We call that Thinking Thursday – forcing them to consistently make excellent decisions under that fatigue. We’ve done that every Thursday for a year. »

Britain won that gold on a penalty shootout, standing firm as their Dutch opponents, clear favourites for gold, missed every one of their four attempts.
Virtuous circles

Success has bred British success.

That hockey team featured Helen and Kate Richardson-Walsh, in their fifth Olympic cycle, mentoring 21-year-old Lily Owsley, who scored the first goal in the final. A squad that won bronze in London were ready to go two better in Brazil.

« We’ve retained eight players who had medals around their necks already, » says Kerry. « We added another eight who have no fear.

« It gave us a great combination of those who know what it’s all about, and those who have no concept at all of what it’s all about, and have just gone out and played in ruthless fashion.

« We get carried away with some of the hard science around sport, but there’s so much value in how you use characters and how you bring those qualities and traits to the fore. You see that on the pitch. Leverage on the human beings as much as the science. »

In the velodrome, experience and expertise is being recycled with each successive Games.

Paul Manning was part of the team pursuit quartet that won bronze in Sydney, silver in Athens and gold in Beijing. As his riding career came towards the end, he was one of the first to graduate through the Elite Coaching Apprenticeship Programme, a two-year scheme that offered an accelerated route into high-performance coaching for athletes already in British Cycling’s system.

In Rio he coached the women’s pursuit team to their second gold in two Olympics, his young charge Laura Trott also winning omnium gold for the second Games in a row.

Then there is Heiko Salzwedel, head of the men’s endurance squad, back for his third spell with British Cycling having worked under the visionary Peter Keen from 2000 to 2002 and then Sir Dave Brailsford between 2008 and 2010.

Expertise developed, expertise retained. A culture where winning is expected, not just hoped for.

« We have got the talent in this country and we know that we can recruit and keep the very best coaches, sports scientists and sports medics, » says Nicholl.

« It is now a system that provides the very best support for that talent. »

Competitive advantages

Funding has not flowed to all British sports equally, because in some there is a greater chance of success than others.

On Lagoa Rodrigo de Freitas, Britain’s rowers dominated the regatta, winning three gold medals and two silvers.

With 43 athletes they also had the biggest team of any nation there. Forty-nine of the nations there qualified teams of fewer than 10 athletes. Thirty-two had a team of just one or two rowers.

Only nine other nations won gold. In comparison, 204 nations were represented in track and field competition at Rio’s Estadio Olimpico, and 47 nations won medals.

British efforts in the velodrome, where for the third Olympics on the bounce they ruled the boards, were fuelled by a budget over the four years from London of £30.2m, up even from the £26m they received in funding up to 2012.

In comparison, the US track cycling team – which won team pursuit silver behind Britain’s women, and saw Sarah Hammer once again push Trott hard for omnium gold, has only one full-time staff member, director Andy Sparks.

Then there is the decline of other nations who once battled with Britain for the upper reaches of the medal table, and frequently sat far higher.

In 2012, Russia finished fourth with 22 golds. They were third in 2008 and third again in 2004.

This summer, despite escaping a total ban on their athletes in the wake of the World Anti-Doping Agency’s McLaren Report, they finished with 19 golds for fourth, permitted to enter only one track and field athlete, Darya Klishina.

Australia, Britain’s traditional great rivals? Eighth in 2012, sixth in Beijing, fourth in Athens, 10th here in Brazil.

In Rio, 129 different British athletes have won an Olympic medal.

It is a remarkable depth and breadth of talent – a Games where 58-year-old Nick Skelton won a gold and 16-year-old gymnast Amy Tinkler grabbed a bronze, a fortnight where Jason Kenny won his sixth gold at the age of 28 and Mo Farah won his ninth successive global track title.

The abilities of those men and women has been backed up by similar aptitude in coaching and support.

In swimming there is Rebecca Adlington’s former mentor, Bill Furniss, who has taken a programme that won just one silver and two bronzes in London and, with a no-compromise strategy, taken them to their best haul at an Olympics since 1908.

In cycling, there has been the key hire of New Zealand sprint specialist Justin Grace, the coach behind Francois Pervis’ domination at the World Championships, a critical influence on Kenny, Callum Skinner, Becky James and Katy Marchant.

« We have got the talent in this country, and we know we can recruit and keep the very best coaches, sports scientists and sports medics, » says Nicholl.

« It is a system that provides the very best support for that talent. We do a lot in terms of people development. We are conscious when people are recruited to key positions as coaches they are not necessarily the finished article in their broader skills.

« We provide support so that coaches across sports can network and learn from each other. That improves their knowledge expertise and the support systems they’ve got. »

It is an intimidating thought for Britain’s competitors. After two decades of consistent improvement, Rio may not even represent the peak.

Voir encore:

‘Brutal but effective’: why Team GB has won so many Olympic medals

Sports that have propelled Britain up the medal table have received extra investment while others have had their funding cut altogether
Josh Halliday

15 August 2016

In the past 24 hours Team GB have rewritten their Olympic history, moving ahead of China into second place in the Rio 2016 medals table after winning a record-breaking five gold medals in a single day.
Team GB’s Olympic success: five factors behind their Rio medal rush

With Olympic champions in tennis, golf, gymnastics and cycling – and another assured in sailing – the team’s directors hailed national lottery funding and the legacy of London 2012 for the Rio goldrush. So how has funding in British sport changed in the run-up to Super Sunday?

UK Sport, which determines how public funds raised via the national lottery and tax are allocated to elite-level sport, has pledged almost £350m to Olympic and Paralympic sports between 2013 and 2017, up 11% on the run-up to London 2012.

Those sports that have fuelled the rise in Britain’s medal-table positions over the past eight years – athletics, boxing and cycling, for example – were rewarded with increased investment. “It’s a brutal regime, but it’s as crude as it is effective,” said Dr Borja Garcia, a senior lecturer in sports management and policy at Loughborough University.

Sports that failed to hit their 2012 medal target – including crowd-pleasers such as wrestling, table tennis and volleyball – either had their funding reduced or cut altogether. Has that affected their prospects in Rio? It may be too soon to tell, but so far swimming is the only sport that has won medals at this Olympics after having it funding cut post-2012.

The aim is quite simple: to ensure Great Britain becomes the first home nation to deliver more medals at the following away Games. As it stands after day nine on Sunday, Team GB has one more medal than at the equivalent stage in London – their most successful ever Games.

Swimming

Spearheaded by the gold medal-winning Adam Peaty, Team GB has already secured its biggest Olympic medal haul in the pool since 1984, but it was one of the elite sports to have its funding slashed from £25.1m to £20.8m after a disappointing London 2012, when its three medals missed the target of between five and seven.

With six medals so far in Rio – one gold and five silvers – it has already passed its target of five for this Olympic Games. Its national governing body, British Swimming, will hope to be rewarded for this success with an increase in funding before Tokyo 2020.

UK Sport funding for medal-winning Olympians is assured, but some of the clubs where they spend long hours training are struggling to survive. Peaty’s City of Derby swimming club was almost forced to close last year when two pools in the city shut down for nearly three months, its chairman, Peter Spink, said.

“If we hadn’t got the focus of the council back on to swimming, things would have got a lot worse for us,” he said. “Worst case, closure could have happened. I don’t think I felt we got that close fortunately but unless we did something drastic and worked our way through it then, if not closed, we would have been a very much diminished club.”

Steve Layton, the club’s secretary, credited the local authority for fixing a roof at one pool and reopening another that had previously been closed, but added that it was only a matter of time before one of the “not fit for purpose” facilities was permanently closed down.

The club is trying to raise sponsorship money through partnerships with local companies, he said, but has so far been unable to raise enough money to pay for coaches rather than rely on volunteers. The ultimate aim is to raise enough investment for an Olympic-standard 50m pool in Derby, so that the Adam Peatys of tomorrow are not confined to the city’s 25m pools.

“Swimming is not like football. It doesn’t draw the crowds and we are in times of austerity. We understand all that, but we are trying to get sponsorship to give us some support,” Layton said.

The grand rhetoric of an Olympic legacy after London 2012 did not add up to much for cities such as Derby, but Spink said he was hopeful now of more investment in swimming following Team GB’s success in Rio. “The legacy of the London Olympics was always a big thing. We saw that a little bit, but of late that has dwindled a bit. The issues we have in Derby demonstrate that there really wasn’t the appetite either in local or national government to fund sport in that way,” he said.

Cycling
Along with a knighthood for Bradley Wiggins, an increase in funding followed Team GB’s cycling success in London 2012. Their final tally of 12 medals exceeded the target of between six and 10, resulting in a boost to British Cycling’s coffers from £26m to £30.2m.

In Rio, Team GB has secured six medals – four gold and two silver – and smashed two world records, with both the women’s and men’s team pursuit taking gold. It is well on the way to reaching its final Rio target of between eight and 10 medals.

Gymnastics
Max Whitlock competes in the men’s pommel horse event final.

Max Whitlock’s heroics in the Olympics arena on Super Sunday ended a 116-year wait for a British gymnastics Olympic champion.

His double gold also boosted Team GB’s medal count in the sport to four, with Louis Smith winning silver in the pommel horse and Bryony Page becoming the first British woman to win an Olympic trampoline medal by claiming silver in Rio.

Having previously lost all of its elite-level funding, British gymnastics has experienced a steady increase in public investment over the past 20 years, from £5.9m at Sydney 2000 to £14.6m in the current cycle, after it benefited from a 36% funding increase after beating its medal target in London 2012.
Funding for individual athletes
Advertisement

In addition to the funding given to each sport’s governing body, some elite stars – described by UK Sport as “podium-level athletes – also qualify for individual funding to help with living costs.

Medallists at the Olympic Games, senior world championships and Paralympics gold medallists can receive up to £28,000 a year in athlete performance awards funded by the national lottery.

Sportsmen and women who finish in the top eight in the Olympics can receive up to £21,500 a year. Future stars, those expected to win medals on the world or Olympic stage within four years, can get up to £15,000 a year.
Has it worked?

Most experts agree that UK Sports “no compromise” funding approach has underpinned Great Britain’s rise from 36th in the medal table in Atlanta in 1996 to third at London 2012.

“It’s a very rational, cold approach. Medals have gone up. British elite sport is certainly booming. The returns of medals per pound is there,” said Garcia.

Some critics, however, say UK Sport’s approach has gone too far and is damaging grassroots sport. They have argued that focusing disproportionately on sports such as cycling, sailing and rowing has meant those such as basketball risk withering because they were unable to demonstrate they would win a medal at either of the next two Olympics.
Advertisement

“We can ask all the philosophical questions, which are valid. What about basketball, which has a lot of social potential in the inner cities? What about volleyball? What about fencing? Why focus on specific sports?” said Garcia.

“Participation is going down. Why do we invest all this money in all those medals? Just to get the medals? To get people active? To make Great Britain’s name known around the world? With a cold analysis of the objectives and the money invested, yes it has worked.

“I have some sympathy for UK Sport as an organisation. They were given the objectives and they delivered.”

In May, Sport England, which focuses on grassroots sport, unveiled a four-year strategy to target inactivity. More than a quarter of the population is officially defined as inactive because they do less than 30 minutes of activity a week, including walking.

The move is a lurch away from the earlier strategy, which was set before London 2012 and focused on getting more people to play more sport with only mixed results.

Severe cuts to local authority budgets are also squeezing resources at the grassroots level. Councils across England have been forced to make cuts since 2010, when grant funding for local authorities was cut by a fifth, more than twice the level of cuts to the rest of the UK public sector
Jazz Carlin celebrates after winning silver in the women’s 800m freestyle final.

Jazz Carlin celebrates winning silver in the women’s 800m freestyle final. Photograph: Ryan Pierse/Getty Images

Many smaller, older swimming pools are being closed at a time when more people are being inspired to get in the water, thanks in part to Team GB medal winners Jazz Carlin, Siobhan-Marie O’Connor and Peaty.

The Amateur Swimming Association (ASA) said this weekend that there had been a huge jump in the number of people searching online for their nearest leisure pool during the first few days of the Games.
Advertisement

Alison Clowes, the ASA’s head of media, said 80,000 people had used its “poolfinder” app between 5 and 11 August – almost double the rate for the same period in July – and the ASA was getting dozens of phone inquiries too. “We’ve already seen a boost from our Olympic successes, which is great,” she said.

Meanwhile, the average level of swimming proficiency among schoolchildren requires improvement. ASA research shows that 52% of children leave school unable to swim 25 metres unaided.

Jennie Price, the chief executive of Sport England, said: “Watching our athletes achieving great things in Rio is truly inspirational, particularly for young people. Whether it encourages them to get more active, try something new or even strive for gold themselves one day, Team GB is making a massive contribution to sport back home.

“A relatively small number of sports feature regularly on prime-time TV, so for many the Olympic Games is the moment that catapults them onto the screens of the nation. We need to capitalise on that, for example with programmes like Backing the Best where Sport England supports young talented athletes at the beginning of their sporting careers.

“There will be new Max Whitlocks and Kath Graingers out there who Sport England will support through our funding of the talent system, but most won’t reach those heights. Our main aim is making sure all young people get a positive experience when they try a sport and whatever they choose to do, come away with the good basic skills and having had a great time.”

Soft power, hard power et smart power: le pouvoir selon Joseph Nye

Avec ce nouvel ouvrage, l’internationaliste américain poursuit sa réflexion sur la notion du pouvoir étatique au XXIe siècle. Après avoir défini le soft et le smart power, comment Joseph Nye voit-il le futur du pouvoir?

En Relations Internationales, rien n’exprime mieux le succès d’une théorie que sa reprise par la sphère politique. Au XXIe siècle, seuls deux exemples ont atteint cet état: le choc des civilisations de Samuel Huntington et le soft power de Joseph Nye. Deux théories américaines, reprises par des administrations américaines. Deux théories qui, de même, ont d’abord été commentées dans les cercles internationalistes, avant de s’ouvrir aux sphères politiques et médiatiques.

Le soft power comme réponse au déclinisme

Joseph Nye, sous-secrétaire d’Etat sous l’administration Carter, puis secrétaire adjoint à la Défense sous celle de Bill Clinton, avance la notion de soft power dès 1990 dans son ouvrage Bound to Lead. Depuis, il ne cesse de l’affiner, en particulier en 2004 avec Soft Power: The Means to Success in World Politics. Initialement, le soft power, tel que pensé par Nye, est une réponse à l’historien britannique Paul Kennedy qui, en 1987, avance que le déclin américain est inéluctable[1]. Pour Nye, la thèse de Kennedy est erronée ne serait-ce que pour une raison conceptuelle: le pouvoir, en cette fin du XXe siècle, a muté. Et il ne peut être analysé de la même manière aujourd’hui qu’en 1500, date choisie par Robert Kennedy comme point de départ de sa réflexion. En forçant le trait, on pourrait dire que l’Etat qui aligne le plus de divisions blindées ou de têtes nucléaires n’est pas forcément le plus puissant. Aucun déclin donc pour le penseur américain, mais plus simplement un changement de paradigme.

Ce basculement de la notion de puissance est rendu possible grâce au concept même de soft power. Le soft, par définition, s’oppose au hard, la force coercitive, militaire le plus généralement, mais aussi économique, qui comprend la détention de ressources naturelles. Le soft, lui, ne se mesure ni en « carottes » ni en « bâtons », pour reprendre une image chère à l’auteur. Stricto sensu, le soft power est la capacité d’un Etat à obtenir ce qu’il souhaite de la part d’un autre Etat sans que celui-ci n’en soit même conscient « Co-opt people rather than coerce them »[2].

Time to get smart ?

Face aux (très nombreuses) critiques, en particulier sur l’efficacité concrète du soft power, mais aussi sur son évaluation, Joseph Nye va faire le choix d’introduire un nouveau concept: le smart power. La puissance étatique ne peut être que soft ou que hard. Théoriquement, un Etat au soft power développé sans capacité de se défendre militairement au besoin ne peut être considéré comme puissant. Tout au plus influent, et encore dans des limites évidentes. A l’inverse, un Etat au hard power important pourra réussir des opérations militaires, éviter certains conflits ou imposer ses vues sur la scène internationale pour un temps, mais aura du mal à capitaliser politiquement sur ces «victoires». L’idéal selon Nye ? Assez logiquement, un (savant) mélange de soft et de hard. Du pouvoir « intelligent »: le smart power.

Avec son dernier ouvrage, The Future of Power, Joseph Nye ne révolutionne pas sa réflexion sur le pouvoir. On pourrait même dire qu’il se contente de la récapituler et de se livrer à un (intéressant) exercice de prospective… Dans une première partie, il exprime longuement sa vision du pouvoir dans les relations internationales (chapitre 1) et s’attache ensuite à différencier pouvoir militaire (chapitre 2), économique (chapitre 3) et, bien sûr, soft power (chapitre 4). La seconde partie de l’ouvrage porte quant à elle sur le futur du pouvoir (chapitre 5), en particulier à l’aune du «cyber» (internet, cyber war et cyber attaques étatiques ou provenant de la société civile, etc.). Dans son 6e chapitre, Joseph Nye en revient, une fois encore, à la question, obsédante, du déclin américain. La littérature qu’il a déjà rédigée sur le sujet ne lui semblant sûrement pas suffisante, Joseph Nye reprend donc son bâton de pèlerin pour nous expliquer que non, décidément, les Etats-Unis sont loin d’être en déclin.

Vers la fin des hégémonies

Et il n’y va pas par quatre chemins: la fin de l’hégémonie américaine ne signifie en rien l’abrupte déclin de cette grande puissance qui s’affaisserait sous propre poids, voire même chuterait brutalement. La fin de l’hégémonie des Etats-Unis est tout simplement celle du principe hégémonique, même s’il reste mal défini. Il n’y aura plus de Rome, c’est un fait. Cette disparation de ce principe structurant des relations internationales est la conséquence de la revitalisation de la sphère internationale qui a fait émerger de nouveaux pôles de puissance concurrents des Etats-Unis. De puissants Etats commencent désormais à faire entendre leur voix sur la scène mondiale, à l’image du Brésil, du Nigeria ou encore de la Corée du sud, quand d’autres continuent leur marche forcée vers la puissance comme la Chine, le Japon et l’Inde. Malgré cette multipolarité, le statut prééminent des Etats-Unis n’est pas en danger. Pour Joseph Nye, un déclassement sur l’échiquier n’est même pas une possibilité envisageable et les différentes théories du déclin américain nous apprendraient davantage sur la psychologie collective que sur des faits tangibles à venir. «Un brin de pessimisme est simplement très américain»[3] ose même ironiser l’auteur.

Même la Chine ne semble pas, selon lui, en mesure d’inquiéter réellement les Etats-Unis. L’Empire du milieu ne s’édifiera pas en puissance hégémonique, à l’instar des immenses empires des siècles passés. Selon lui, la raison principale en est la compétition asiatique interne, principalement avec le Japon. Ainsi, « une Asie unie n’est pas un challenger plausible pour détrôner les Etats-Unis »[4] affirme-t-ilLes intérêts chinois et japonais, s’ils se recoupent finalement entre les ennemis intimes, ne dépasseront pas les antagonismes historiques entre les deux pays et la Chine ne pourra projeter l’intégralité de sa puissance sur le Pacifique, laissant ainsi une marge de manœuvre aux Etats-Unis.

Cette réflexion ne prend cependant pas en compte la dimension involontaire d’une union, par exemple culturelle à travers les cycles d’influence mis en place par la culture mondialisée[5]. Enfin, la Chine devra composer avec d’autres puissances galopantes, telle l’Inde. Et tous ces facteurs ne permettront pas à la Chine, selon Joseph Nye, d’assurer une transition hégémonique à son profit. Elle défiera les Etats-Unis sur le Pacifique, mais ne pourra prétendre porter l’opposition sur la scène internationale.

De la stratégie de puissance au XXIe siècle

Si la fin des alternances hégémoniques, et tout simplement de l’hégémonie, devrait s’affirmer comme une constante nouvelle des relations internationales, le XXIe siècle ne modifiera pas complètement la donne en termes des ressources et formes de la puissance. La fin du XXe siècle a déjà montré la pluralité de ses formes, comme avec le développement considérable du soft power via la culture mondialisée, et les ressources, exceptées énergétiques, sont pour la plupart connues. Désormais, une grande puissance sera de plus en plus définie comme telle par la bonne utilisation, et non la simple possession, de ses ressources et vecteurs d’influence. En effet, «trop de puissance, en termes de ressources, peut être une malédiction plus qu’un bénéfice, si cela mène à une confiance excessive et des stratégies inappropriées de conversion de la puissance».[6]

De là naît la nécessité pour les Etats, et principalement les Etats-Unis, de définir une véritable stratégie de puissance, de smart power. En effet, un Etat ne doit pas faire le choix d’une puissance, mais celui de la puissance dans sa globalité, sous tous ses aspects et englobant l’intégralité de ses vecteurs. Ce choix de maîtriser sa puissance n’exclue pas le recours aux autres nations. L’heure est à la coopération, voire à la copétition, et non plus au raid solitaire sur la sphère internationale. Même les Etats-Unis ne pourront plus projeter pleinement leur puissance sans maîtriser les organisations internationales et régionales, ni même sans recourir aux alliances bilatérales ou multilatérales. Ils sont voués à montrer l’exemple en assurant l’articulation politique de la multipolarité. Pour ce faire, les Etats-Unis devront aller de l’avant en conservant une cohésion nationale, malgré les déboires de la guerre en Irak, et en améliorant le niveau de vie de leur population, notamment par la réduction de la mortalité infantile. Cohésion et niveau de vie sont respectivement vus par l’auteur comme les garants d’un hard et d’un soft power durables. A contrario, l’immigration, décriée par différents observateurs comme une faiblesse américaine, serait une chance pour l’auteur car elle est permettrait à la fois une mixité culturelle et la propagation de l’american dream auprès des populations démunies du monde entier.

En face, la Chine, malgré sa forte population, n’a pas la chance d’avoir de multiples cultures qui s’influencent les unes les autres pour soutenir son influence culturelle. Le soft power américain, lui, a une capacité de renouvellement inhérente à l’immigration de populations, tout en s’appuyant sur «[des] valeurs [qui] sont une part intrinsèque de la politique étrangère américaine»[7].

Ces valeurs serviront notamment à convaincre les « Musulmans mondialisés » («Mainstream Muslims») de se ranger du côté de la démocratie, plutôt que d’Etats islamistes. De même, malgré les crises économiques et les ralentissements, l’économie américaine, si elle ne sert pas de modèle, devra rester stable au niveau de sa production, de l’essor de l’esprit d’entreprise et surtout améliorer la redistribution des richesses sur le territoire. Ces enjeux amèneront «les Etats-Unis [à]redécouvrir comment être une puissance intelligente»(p.234).

Le futur du pouvoir selon Joseph Nye

L’ouvrage de Joseph Nye, s’il apporte des éléments nouveaux dans la définition contemporaine de la puissance, permet également d’entrevoir le point de vue d’un Américain -et pas n’importe lequel…- sur le futur des relations internationales. L’auteur a conscience que:

«Le XXIe siècle débute avec une distribution très inégale [et bien évidemment favorable aux Etats-Unis] des ressources de la puissance»[8]

Pour autant, il se montre critique envers la volonté permanente de contrôle du géant américain. Certes, les forces armées et l’économie restent une nécessité pour la projection du hard power, mais l’époque est à l’influence. Et cette influence, si elle est en partie culturelle, s’avère être aussi politique et multilatérale. Le soft power prend du temps dans sa mise-en-œuvre, notamment lorsqu’il touche aux valeurs politiques, telle la démocratie. Ce temps long est gage de réussite, pour Joseph Nye, à l’inverse des tentatives d’imposition par Georges Bush Junior, qui n’avait pas compris que  les nobles causes peuvent avoir de terribles conséquences.

Dans cette quête pour la démocratisation et le partage des valeurs américaines, la coopération interétatique jouera un rôle central. Pour lui, les Etats-Unis sont non seulement un acteur majeur, mais ont surtout une responsabilité directe dans le développement du monde. La puissance doit, en effet, permettre de lutter pour ses intérêts, tout en relevant les grands défis du XXIe siècle communs à tous, comme la gestion de l’islam politique et la prévention des catastrophes économiques, sanitaires et écologiques. Les Etats-Unis vont ainsi demeurer le coeur du système international et, Joseph Nye d’ajouter:

«penser la transition de puissance au XXIe siècle comme la conséquence d’un déclin des Etats-unis est inexact et trompeur […] L’Amérique n’est pas en absolu déclin, et est vouée à rester plus puissant que n’importe quel autre Etat dans les décennies à venir»[9]

Comment dès lors résumer le futur des relations internationales selon Joseph Nye? Les Etats-Unis ne déclineront pas, la Chine ne les dépassera pas, des Etats s’affirmeront sur la scène mondiale et le XXIe siècle apportera son lot d’enjeux sans pour autant mettre à mal le statut central des Etats-Unis dans la coopération internationale. Dès lors, à en croire l’auteur, le futur de la puissance ne serait-il pas déjà derrière nous?

1 — Naissance et déclin des grandes puissances, Payot, 1989

2 — Soft Power: The Means to Success in World Politics, Public Affairs, 2004, p. 5

3 — « A strand of cultural pessimism is simply very American » (p.156)

4 — « an allied Asia is not a plausible candidate to be the challenger that displaces the United-States » (p.166)

5 — Fregonese, Pierre-William, La hallyu coréenne ou l’opportunité d’un soft power asiatique, La Nouvelle Revue Géopolitique, n.122, août 2013

6 — « too much power (in terms of resources) can be a curse, rather than a benefit, if it leads to overconfidence and inappropriate strategies for power conversion » (p.207)

7 —« values are an intrinsic part of American foreign policy » (p.218)

8 — « The twenty-firt century began with a very unequal distribution of power resources » (p.157)

9 — « describing power transition in the twenty-first century as an issue of American decline is inaccurate and misleading […] America is not in absolute decline, and it is likely to remain more powerful than any single state in the coming decades ». (p.203)

 Voir aussi:

Power

Softly does it

The awesome influence of Oxbridge, One Direction and the Premier League

The Economist

Jul 18th 2015

HOW many rankings of global power have put Britain at the top and China at the bottom? Not many, at least this century. But on July 14th an index of “soft power”—the ability to coax and persuade—ranked Britain as the mightiest country on Earth. If that was unexpected, there was another surprise in store at the foot of the 30-country index: China, four times as wealthy as Britain, 20 times as populous and 40 times as large, came dead last.

Diplomats in Beijing won’t lose too much sleep over the index, compiled by Portland, a London-based PR firm, together with Facebook, which provided data on governments’ online impact, and ComRes, which ran opinion polls on international attitudes to different countries. But the ranking gathered some useful data showing where Britain still has outsized global clout.

Britain scored highly in its “engagement” with the world, its citizens enjoying visa-free travel to 174 countries—the joint-highest of any nation—and its diplomats staffing the largest number of permanent missions to multilateral organisations, tied with France. Britain’s cultural power was also highly rated: though its tally of 29 UNESCO World Heritage sites is fairly ordinary, Britain produces more internationally chart-topping music albums than any other country, and the foreign following of its football is in a league of its own (even if its national teams are not). It did well in education, too—not because of its schools, which are fairly mediocre, but because its universities are second only to America’s, attracting vast numbers of foreign students.

Britain fared least well on enterprise, mainly because it spends a feeble 1.7% of GDP on research and development (South Korea, which came top, spends 4%). And the quality of its governance was deemed ordinary, partly because of a gender gap that is wider than that of most developed countries, as measured by the UN. Governance was the category that sank undemocratic China, whose last place was sealed by a section dedicated to digital soft-power—tricky to cultivate in a country that restricts access to the web. The political star of social media, according to the index, is Narendra Modi, India’s prime minister, whose Facebook page generates twice as many comments, shares and thumbs-ups as that of Barack Obama.

The index will cheer up Britain’s government, which has lately been accused of withdrawing from the world. But many of the assets that pushed Britain to the top of the soft-power table are in play. In the next couple of years the country faces a referendum on its membership of the EU; a slimmer role for the BBC, its prolific public broadcaster; and a continuing squeeze on immigration, which has already made its universities less attractive to foreign students. Much of Britain’s hard power was long ago given up. Its soft power endures—for now.

Voir également:

The U.S. Jumps to the Top of the World’s ‘Soft Power’ Index

Fortune

June 14, 2016

In an interview on Fox News on Monday, Donald Trump suggested that President Barack Obama was either weak, dumb, or nefarious, saying, “Look, we’re led by a man that either is not tough, not smart, or he’s got something else in mind.”

But President Obama’s work over the last eight years to reposition the U.S. as more diplomatic and less belligerent seems to be paying some dividends, at least according to a survey released today by the London PR firm Portland in partnership with Facebook.

In the Soft Power 30 report, an annual ranking of countries on their ability to achieve objectives through attraction and persuasion instead of coercion, the U.S. leapfrogged the U.K. and Germany to claim the top spot, while Canada, under its popular and photogenic new Prime Minister Justin Trudeau, jumped France to claim fourth place.

Based on a theory of global political power developed by Joseph Nye, a Harvard political science professor, the survey uses both polling and digital data to rank countries on more than 75 metrics gathered under the three pillars of soft power: political values, culture, and foreign policy.

According to survey author Jonathan McClory, the U.S.’s jump to the top spot had a lot to do with the fact that President Obama’s last year as Commander-in-Chief was “a busy one for diplomatic initiatives.”

“The President managed to complete his long-sought Iran Nuclear Deal, made progress on negotiating free trade agreements with partners across the Oceans Atlantic and Pacific, and re-established diplomatic relations with Cuba after decades of trying to isolate the Communist Caribbean Island. These major soft power plays have paid dividends for perceptions of the U.S. abroad,” the author wrote.

The report also praised U.S. contributions in the digital world, via Facebook FB 0.81% , Twitter TWTR 0.11% , and the like, and the fact that it has more universities in the global top 200 than any other country.

The report did admit that U.S.’s rise was a bit odd, though, at least under current circumstances.

“America topping the rankings this year is perhaps a strange juxtaposition to Donald Trump, the presumptive Republican presidential nominee, currently threatening to tear up long-held, bi-partisan principles of American foreign policy—like ending the U.S.’s stated commitment to nuclear non-proliferation,” the author wrote.

The U.K.’s slip from the top spot seemed to have more to do with U.S. strength than its own weakness. “The U.K. continues to boast significant advantages in its soft power resources,” the report notes. Indeed, U.K. Prime Minister David Cameron cited last year’s No. 1 ranking in the report as proof of his country’s international influence, the Financial Times reports.

But, the survey adds, Brexit could have devastating effects: “No other country rivals the U.K.’s diverse range of memberships in the world’s most influential organisations. In this context, a risk exists that the U.K.’s considerable soft power clout would be significantly diminished should it vote to leave the European Union.”

The ranking includes several surprising countries, like Russia (27th place). “With its annual military parades and occasional encroachments into European air and naval space, soft power might not spring to mind when thinking about the Russian Federation,” McClory writes. But, the report notes, Russia’s investment in the global, multilingual TV channel RT, as well as its diplomatic work in Syria, seem to be paying dividends.

Argentina climbed onto the list in the 30th and final spot, spurred by optimism that new, reform-minded President Mauricio Macri would further integrate it into the global diplomatic community. It was the only Latin American country other than Brazil to make the list.

 

It’s All About the Elizabeths

TIME

From Australia to Trinidad and Tobago, Queen Elizabeth II’s portrait has graced the currencies of 33 different countries — more than that of any other individual. Canada was the first to use the British monarch’s image, in 1935, when it printed the 9-year-old Princess on its $20 notes. Over the years, 26 different portraits of Elizabeth have been used in the U.K. and its current and former colonies, dominions and territories — most of which were commissioned with the direct purpose of putting them on banknotes. However, some countries, such as Rhodesia (now Zimbabwe), Malta and Fiji, used already existing portraits. The Queen is frequently shown in formal crown-and-scepter attire, although Canada and Australia prefer to depict her in a plain dress and pearls. And while many countries update their currencies to reflect the Queen’s advancing age, others enjoy keeping her young. When Belize redesigned its currency in 1980, it selected a portrait that was already 20 years old.

Voir de même:

The Portraits of Queen Elizabeth II
… as they appear on World Banknotes
Elizabeth Alexandra Mary of the House of Windsor has been Queen of the United Kingdom since 1952, when she succeeded her father, King George VI, to the throne. Queen Elizabeth II, as the head of the Commonwealth of Nations, is also Head of State to many countries in the Commonwealth. Although She remains Head of State to many countries, over the years many member nations of the Commonwealth have adopted constitutions whereby The Queen is no longer Head of State.

Queen Elizabeth’s portrait undoubtedly appeared more often on the banknotes of Great Britain’s colonies, prior to the colonies gaining independence and the use of her portrait is not as common as it once was. However, there are a number of nations who retain her as Head of State and she is still portrayed on the banknotes of numerous countries. The Queen has been depicted on the banknotes of thirty-three issuing authorities, as well as on an essay prepared for Zambia. The countries and issuing authorities that have used portraits of The Queen are (in alphabetical order):Australia
Bahamas
Belize
Bermuda
British Caribbean Territories
British Honduras
Canada
Cayman Islands
Ceylon
Cyprus
East African Currency Board
East Caribbean States
Falkland Islands
Fiji
Gibraltar
Great Britain (Bank of England)
Guernsey
Hong Kong
Isle of Man
Jamaica
Jersey
Malaya and North Borneo
Malta
Mauritius
New Zealand
Rhodesia and Nyasaland
Rhodesia
Saint Helena
Scotland (Royal Bank of Scotland)
Seychelles
Solomon Islands
Southern Rhodesia
Trinidad and Tobago
Zambia (essay only)

Arguably, there is some duplication in this list, depending on how it is viewed. Should British Honduras and Belize be counted as one issuing authority? If not, then perhaps Belize should be broken into ‘Government of Belize’, ‘Monetary Authority of Belize’ and ‘Central Bank of Belize’. Similar arguments can be made for the amalgamation of British Caribbean Territories and the East Caribbean States, or for splitting Southern Rhodesia into ‘Southern Rhodesia Currency Board’ and ‘Central Africa Currency Board’. Such decisions can be made by collectors for their own reference, but this list of countries should satisfy most collectors.

In total, there have been twenty-six portraits used on the various banknotes bearing the likeness of Queen Elizabeth. This study identifies the twenty-six individual portraits that have been used and also identifies the numerous varieties of the engravings, which are based on the portraits. The varieties of portraits on the banknotes are due, in the main, to different engravers, but there are some varieties due to different photographs from a photographic session being selected by different printers or issuing authorities.

The list that follows this commentary identifies the twenty-six portraits, the photographer or artist responsible for the portrait (where possible), and the date the portrait was executed. Portraits used on the banknotes come from one of several sources. Most are official photographs that are distributed regularly by Buckingham Palace for use in the media and in public places. Some of the portraits have been especially commissioned, usually by the issuing authority, although, in the case of the two paintings adapted for use on the notes (Portraits 9 and 19), it was not the issuing authority that commissioned the paintings. In the case of the portraits used by the Bank of England, a number of the portraits have been drawn by artists without specific reference to any single portrait.

It is interesting to observe that many portraits of Her Majesty have been used some years after they were originally executed. There is often a delay in presenting a portrait on a banknote that is to be issued to the public, because of the time required to produce a note from the design stage. Therefore, it is unusual to see a portrait appear on a banknote in less than two years after the original portrait was executed.

However, some portraits are introduced onto banknotes many years after they were taken. Portrait 9, which is based on the famous painting by Pietro Annigoni, was completed in 1955 but did not appear on a banknote until 1961. The last countries to introduce this portrait to their notes were the Seychelles and Fiji, who placed the portrait on their 1968 issues. Similarly, Portrait 17 was taken at the time of Her Majesty’s Silver Jubilee in 1977 and made its first appearance on the notes of New Zealand in 1981, but it was only introduced to the notes of the Cayman Islands in 1991. Perhaps the longest delay in using a portrait belongs to Belize. Portrait 13 was taken in 1960 and first used on the New Zealand banknotes in 1967, which is in itself a reasonable delay. Belize introduced the image to its banknotes in 1980, some twenty years after the portrait was taken.

Apart from the portrait of Queen Elizabeth as a young girl on the Canadian 20-dollar notes of 1935, the earliest portrait used on the banknotes is Portrait 6, which appears on the Canadian notes issued in 1954. The portrait used for the Canadian notes was taken in 1951 when Elizabeth was yet to accede to the throne. Undoubtedly there was a touch of nationalism is the choice of the portrait, as the photographer, Yousuf Karsh, was a Canadian. Karsh was born in Turkish Armenia but found himself working in Quebec at the age of sixteen for his uncle, who was a portrait photographer. Karsh became one of the great portrait photographers of the twentieth century and took numerous photographs of The Queen, although this is his only portrait of Her Majesty to appear on a banknote.

Portrait 6 is particularly famous because the original engraving of The Queen, which appeared on the 1954 Canadian issues, showed a ‘devil’s head’ in her hair. After causing some embarrassment to the Bank of Canada, the image was re-engraved and the notes reprinted. Notes with the modified portrait appeared from 1955.

While there have been some very famous photographers to have taken The Queen’s portrait, Dorothy Wilding is the photographer to have taken most portraits for use on world banknotes. Wilding had been a court photographer for King George VI and many of the images of the King that can be found on banknotes, coins and postage stamps throughout the Commonwealth were copied from her photographs. On the accession of Queen Elizabeth, Wilding was granted the same duty by the new monarch. Shortly after Elizabeth became Queen many photographs of the new monarch were taken by Wilding. These photographs were required for images that could be used on coins, stamps, banknotes and for official portraits that could be hung in offices and public places.

In her autobiography, In Pursuit of Perfection, Wilding says of the images she created:
‘Of all the stamps of Queen Elizabeth II reproduced from my photographs, I think the two most outstanding are the one-cent North Borneo, and our own little everyday 2½d. It is interesting to see that the Group of Fiji Islanders have chosen to use for some of their stamps the head taken from the full length portrait of Annigoni … and for the others, one of my standard portraits which have been commonly used throughout the Colonial stamp issue of the present reign.’
From her description of the postage stamps, it is possible that Wilding was unaware her images were also being used on banknotes. The image on the North Borneo stamp, preferred by Wilding, is very similar to Portrait 3 but taken at a slightly different angle. The image on the English 2½d stamp is similarly akin to Portrait 4.

Anthony Buckley was another prolific photographer of The Queen, and his work is well represented in the engravings of Her Majesty on the banknotes. An English photographer, most of Buckley’s portraits were taken in the 1960s and 1970s. His work has also been adapted for use on numerous postage stamps throughout the world.

One of the interesting aspects to the portraits of Queen Elizabeth, which appear on world banknotes, is the style of portrait chosen by each issuing authority. How does each issuing authority wish to portray The Queen? Some of the portraits are formal, showing The Queen as a regal person, and some show her in relatively informal dress. While most issuing authorities have chosen to show The Queen in formal attire, the Bank of Canada has always shown The Queen without any formal regalia and always without a tiara. It has been suggested that this may be due to a desire to appease the French elements of Canada.

Australia originally opted to show Her Majesty in formal attire. Portrait 5 shows a profile of The Queen wearing the State Diadem and Portrait 12 shows Her Majesty in the Regalia of the Order of the Garter. When preparations were being made to commission a portrait for the introduction of decimal currency into Australia, the Chairman of the Currency Note Design Group advised that, for the illustration of The Queen (Portrait 12), the ‘General effect [is] to be regal, rather than « domestic » …’ However, the most recent portrait used on Australian banknotes (Portrait 21) shows The Queen in informal attire, perhaps even displaying a touch of ‘domesticity’. This is possibly a reflection of changing attitudes to the monarchy in Australia.

While Canada and Australia may opt to use informal images of The Queen, most issuing authorities continue to depict Her Majesty regally. In many portraits she is depicted wearing the Regalia of the Order of the Garter. In other portraits she is often dressed formally, wearing Her Royal Family Orders. In most portraits she is wearing some of her famous jewellery. In the following descriptions of the portraits, various tiaras, diadems, necklaces and jewellery worn by Her Majesty are described, although not all items have been identified.

Of interest, in the following descriptions, are the differences observed in the same portraits engraved by different security printers. In several instances the same portrait has been use by different security printers and the rendition of the portrait is noticeably variant for the notes prepared by the different companies. Portrait 4 gives a good example of the different renditions of the Dorothy Wilding portrait by Bradbury Wilkinson, Thomas De La Rue, Waterlow and Sons, and Harrisons.

Another example can be seen in Portrait 16, which is used on banknotes issued by Canada and the Solomon Islands. In the engraving used by the Solomon Islands, prepared by Thomas De La Rue, The Queen looks severe, but on the Canadian notes prepared by the British American Bank Note Company and by the Canadian Bank Note Company there is a suggestion of a smile. The Canadian notes achieve the difference by including a subtle shaded area on Her Majesty’s left cheek, just to the right of her mouth.

While there have been thirty-three issuing authorities to have prepared banknotes bearing The Queen’s portrait (excluding the Zambian essay), Fiji has used the most number of portraits, being six in total. Three issuing authorities have used five portraits: the Bank of England, Bermuda, and Canada.

The following list of portraits is ordered by the date on which the banknotes, on which the portraits appear, were first released into circulation, rather than the date on which the portraits were executed. Where the portrait was used by more than one issuing authority, the list of issuing authorities is ordered by the date on which the authority first used the portrait. Next to each issuing authority are the reference numbers from the Standard Catalog of World Paper Money (SCWPM, Volume 2, Ninth Edition and Volume 3, Eighth Edition) that indicate those notes of the issuing authority which bear the portrait.

Voir de plus:

Queen Elizabeth II has, of course, been pictured on British currency for much of her reign, but she has also appeared on the money of various British Commonwealth states and Crown dependencies. With such a long reign and so many nations issuing money with her image on it over the years, there are enough banknote portraits to construct a sort of aging timeline for the Queen. The age given below for each portrait is her age when the picture was made, which is not always the same as the year the banknote was issued (more information can be found at this interesting site maintained by international banknote expert Peter Symes). Here is Elizabeth through the years, on money.

1. Canada, 20 dollars, age 8

Navonanumis

She was just a princess then. Her picture appeared on Canadian banknotes long before anything issued by the Bank of England.

2. Canada, 1 dollar, age 25

Lithograving

From a portrait taken by a Canadian photographer the year before she ascended the throne.

3.  Jamaica, 1 pound, age 26

Numismondo

Newly queen.

4. Mauritius, 5 rupees, age 29

CollectionPpyowb

From a painting commissioned in the 1950s by the Worshipful Company of Fishmongers, for Fishmongers’ Hall in London.

5. Cayman Islands, 100 dollars, age 34

Downies

Here she’s wearing the Russian style Kokoshnik tiara.

6. Australia, 1 dollar, age 38

Leftover Currency

Not long after this portrait was taken, she would meet the Beatles.

7. St. Helena, 5 pounds, age 40

MeBankNotes

Perfecting the art of looking casual while wearing bling.

8. Isle of Man, 50 pounds, age 51

Leftover Currency

More bling for this portrait from her Silver Jubilee.

9. Jersey, 1 pound, age 52

Leftover Currency

Wisdom, experience, soulful eyes.

10. Australia 5 dollars, age 58

Currency Guide

The confidence to go casual.

11. New Zealand, 20 dollars, age 60

1kpmr.com

Not the most flattering one. The green tint doesn’t help.

12. Gibraltar, 50 pounds, age 66

Leftover Currency

Silver hair and shiny diamonds. From a photograph taken at Buckingham Palace.

13. Fiji, 5 dollars, age 73

BanknoteWorld

More silver hair, more shiny diamonds, and not so much smoothing of the wrinkles.

14. Jersey, 100 pounds, age 78

Downies

Face lined, eyes sparkly. She is looking right at you, and she looks good.

15. Canada, 20 dollars, age 85

GDC.net

Back to Canada, where it all began, and where they like their Queen a bit laid back.


11-septembre/15e: Les djihadistes confirment Girard (It’s mimetism, stupid !)

11 septembre, 2016

Montage photo des kamikazes du Stade de France, dont l'identité reste à déterminer.

Khalid (à gauche) et Ibrahim El Bakraoui. kouchaisbro attashbro indonesianbros tsarnaevs aseel-muthanabro Les frères Abdeslam - Brahim, 31 ans, et Salah (à gauche), 26 ans, de nationalité française. Ils ont grandi à Molenbeek, à Bruxelles. Le premier a participé à la tuerie des terrasses avant de se faire exploser boulevard Voltaire. Le second, décrit comme le logisticien des attentats, a été arrêté vendredi en Belgique. Les frères Clain - Fabien (à gauche), radicalisé depuis les années 1990 et pilier de la mouvance djihadiste de Toulouse, et son frère Jean-Michel sont partis s'installer en Syrie en 2014. Leurs voix ont été authentifiées dans un enregistrement de l'État islamique qui revendique les attentats du 13 novembre. Les frères Mohamed-Aggad - Originaires du quartier de la Meinau, à Strasbourg, Foued (à gauche), 23 ans, et Karim, 25 ans, partent en Syrie fin 2013. L'aîné finit par rentrer en France, avant d'être incarcéré à Fleury-Mérogis. Foued reste sur place avec femme et enfant avant de se faire exploser le 13 novembre, au Bataclan.akchaahmidan belhoucineQue chacun se tienne en garde contre son ami, Et qu’on ne se fie à aucun de ses frères; Car tout frère cherche à tromper, Et tout ami répand des calomnies. Jérémie 9: 4
Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Jésus (Jean 15: 13-20)
Le petit garçon manifeste un grand intérêt pour son père ; il voudrait devenir et être ce qu’il est, le remplacer à tous égards. Disons-le tranquillement, il fait de son père son idéal. cette attitude à l’égard du père (ou de tout autre homme en général) n’a rien de passif ni de féminin : elle est essentiellement masculine. Elle se concilie très bien avec le complexe d’Oedipe qu’elle contribue à préparer. Sigmund Freud, (Psychologie collective et analyse du moi, chapitre VII)
 Seul l’adulte peut interpréter les mouvements de l’enfant comme un désir d’usurpation (le parricide et l’inceste) ; il les interprète au sein d’un système culturel qui n’est pas encore celui de l’enfant, à partir de significations culturelles dont l’enfant n’a pas la moindre idée (…) Le père prolonge en pointillés les mouvements à peine amorcés du fils et il constate sans peine que celui-ci se dirige droit vers le trône et vers la mère. Le désir du parricide et de l’inceste ne peut pas être une idée de l’enfant, c’est de toute évidence l’idée de l’adulte, l’idée du modèle. Dans le mythe, c’est l’idée que l’oracle souffle à Laïos, longtemps avant qu’Oedipe soit capable de désirer quoi que ce soit… […] L’élément mythique du freudisme, c’est la conscience du désir parricide et incestueux, conscience éclair assurément, entre la nuit des premières identifications et celle de l’inconscient, mais conscience réelle tout de même, conscience à laquelle Freud ne veut pas renoncer, ce qui l’oblige à trahir toute logique et toute vraisemblance, une première fois pour rendre possible cette conscience et une deuxième fois pour l’annuler, en imaginant l’inconscient réceptacle et le système de pompes aspirantes et refoulantes que l’on sait. Ce désir du parricide et de l’inceste, je le refoule parce que jadis, je l’ai vraiment voulu. Ergo sum. […] La rivalité mimétique présente sur le complexe freudien des avantages de tous ordres : elle élimine avec la conscience du désir parricide et incestueux, la nécessité encombrante du refoulement et de l’inconscient. Elle s’inscrit dans un système de lecture qui déchiffre le mythe oedipien ; elle assure à l’explication une cohérence dont le freudisme est incapable et ceci avec une économie de moyens que Freud ne soupçonne même pas. (…) Il y a une unité non seulement de toutes les mythologies et de tous les rituels, mais de la culture humaine dans sa totalité, religieuse et anti-religieuse, et cette unité des unités est toute entière suspendue à un unique mécanisme toujours opératoire parce que toujours méconnu, celui qui assure spontanément l’unumanité de la communauté contre la victime émissaire et autour d’elle. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Hitler sait que les êtres humains ne veulent pas seulement le confort, la sécurité, les heures de travail de courte durée, l’hygiène, le contrôle des naissances et, dans le bon sens commun. Ils ont également, au moins par intermittence, l’envie de lutte et de sacrifice de soi, pour ne pas mentionner les tambours, drapeaux et défilés. Peu importe comment sont leurs théories économiques, le fascisme et le nazisme sont plus sonores psychologiquement que toute conception hédoniste de la vie. Orwell
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, avril 2003)
Oui, ce jour-là, nous étions tous Américains. Mais avions-nous suffisamment mesuré et compris que nous étions tous concernés et que nous étions désormais confrontés à un terrorisme d’une autre nature que ce que jusque-là le monde avait connu ? Avions-nous saisi qu’au-delà d’Al quaïda et de ce groupe barbare qui s’était installé en Afghanistan, c’était une guerre qui nous était déclarée par le fondamentalisme ? Les réponses que l’administration américaine a apportées à ces attaques planifiées de l’intérieur et exécutées de façon méthodique, loin d’éradiquer la menace, l’ont élargie à un plus vaste espace. Et notamment en Irak. Et si la France, avec Jacques Chirac, a refusé légitimement de se joindre à l’intervention, et l’a même condamnée, elle n’en a pas moins été victime des conséquences du chaos qu’elle a engendré. François Hollande (11.09.2016)
Même aux pires moments de notre relation, quand le général De Gaulle a quitté l’OTAN, critiqué la guerre du Vietnam et voulu remplacer le dollar par l’étalon-or, il n’est jamais allé aussi loin. Il n’a jamais tenté, lui, de monter une coalition contre nous. Kissinger (Paris, automne 2003)
A senior U.S. official said France’s refusal to join in threatening force against Iraq doomed the united front assembled in November and convinced Iraqi President Saddam Hussein that he could split the international community and avert war without divulging his programs to develop weapons of mass destruction. (…) As the United States and Britain lobbied for a second U.N. resolution that would authorize the use of force, France played hardball, openly competing for Security Council votes and trying to intimidate supporters of the U.S. position among Eastern European countries. It wasn’t just France’s anti-war stance that Washington resented, but the « gleeful organizing against us, » a senior U.S. official said. This generated even more disfavor within the Bush administration than was reserved for Russia, which opposed the war less aggressively. (…) U.S.-French strains did not start with Iraq, and are unlikely to end anytime soon. Determined to act as a counterweight to American power in Europe and to preserve its influence among former colonies in Africa and the Middle East, France has long viewed the United States and its power with a mixture of gratitude, Old World disdain and sheer mischievousness. President Charles de Gaulle set the relationship on its rocky course in 1966 when he pulled France out of the military arm of the U.S.-led North Atlantic Treaty Organization while remaining part of its political umbrella, the North Atlantic Council, and providing troops and equipment for NATO missions. In the years since, France has refused to give unblinking support for U.S. actions, even blocking the use of its airspace when the United States, under President Ronald Reagan, bombed Libya in 1986. The Baltimore Sun (09.05.2003)
Il est maintenant clair que les assurances données par Chirac ont joué un rôle crucial, persuadant Saddam Hussein de ne pas offrir les concessions qui auraient pu éviter une guerre et le changement de régime. Selon l’ex-vice président Tareq Aziz, s’exprimant depuis sa cellule devant des enquêteurs américains et irakiens, Saddam était convaincu que les Français, et dans une moindre mesure, les Russes allaient sauver son régime à la dernière minute. Amir Taheri
Yes, France has suffered terror attacks. There’s no question on that score. But what I didn’t understand in 2003 and what Hollande should most certainly understand by now is that they were going to be attacked anyway. The horror of 9/11 wasn’t the start of anything. It was just the most shocking, visible symbol of a disease which had already taken hold in the global bloodstream. To think that the terrorist urges of Islam weren’t going to hit France sooner or later (being a western power within easy reach of their strongholds) is foolish. Blaming it on us is counterproductive and ignores both history and reality … Hot air
Relire aujourd’hui les principaux textes consacrés à ces attentats par des philosophes de renom constitue une étrange expérience. De manière prévisible, on y rencontre élaborations sophistiquées, affirmations grandioses ou péremptoires, performances rhétoriques bluffantes. Malgré tout, avec le recul, on ne peut qu’être saisi par un décalage profond entre ces performances virtuoses et la réalité rampante du terrorisme mondialisé que nous vivons à présent quotidiennement. Au fil des ans, un écart frappant s’est creusé entre discours subtils et réalités grossières, propos éthérés et faits massifs. Le 11 septembre devait être nécessairement considéré comme une énigme. Le philosophe français Jacques Derrida affirmait qu’« on ne sait pas, on ne pense pas, on ne comprend pas, on ne veut pas comprendre ce qui s’est passé à ce moment-là ». Il fallait d’abord récuser les évidences, considérées comme clichés idéologiques ou manipulations médiatiques. Ne parler donc ni de d’acte de guerre, ni de haine de l’Occident, ni de volonté de détruire les libertés fondamentales. Dialoguant à propos du 11 septembre avec Jürgen Habermas, qui centrait alors son analyse principalement sur la politique de l’Europe, Derrida, pour comprendre l’événement, s’attardait sur la notion d’Ereignis (« événement », ou « avenance ») dans l’histoire de l’être selon Heidegger et finissait par proposer une « hospitalité sans condition ». « C’est eux qui l’on fait, mais c’est nous qui l’avons voulu » soutenait pour sa part le sociologue Jean Baudrillard, attribuant aux rêves suicidaires de l’Occident l’effondrement des tours et la fascination des images des attentats. Pour celui voulait mettre en lumière « l’esprit du terrorisme », les « vrais » responsables étaient donc, au choix, les Etats-Unis, l’hégémonie occidentale ou chacun d’entre nous… D’autres se demandèrent aussitôt « à qui profite le crime » et conclurent que ce ne pouvait être qu’à la CIA, préparant ainsi les théories du complot qui firent florès. Ce ne sont que quelques exemples. Une histoire des lectures philosophiques du 11 septembre reste à écrire. Elle montrerait combien anti-américanisme et anti-capitalisme ont empêché tant d’esprits affutés de voir la nature religieuse du nouveau terrorisme comme les singularités de la nouvelle guerre. S’y ajoutaient la volonté de n’être pas dupe et la défiance envers les propagandes, transformées en déni systématique des informations de base. Les philosophes ont évidemment pour rôle indispensable d’être critiques, donc de démonter préjugés et fausses évidences, mais n’ont-ils pas pour devoir de ne jamais faire l’impasse sur les faits ? Au lieu de mettre en cause l’empire américain, l’arrogance des tours, le règne des images, il fallait scruter l’islamisme politique, les usages inédits de la violence, l’art terroriste de la communication. Quelques-uns l’ont fait, en parlant dans le désert. Aujourd’hui, il est urgent d’analyser ce qu’impliquent les changements intervenus depuis le 11 septembre. Car ce ne sont plus des symboles, comme les Twin Towers ou le Pentagone, qui sont ciblés, mais n’importe qui vivant chez les « impies » – dans la rue, aux terrasses, au concert, à l’école…. Les terroristes ne sont plus des commandos organisés d’ingénieurs formés au pilotage pour transformer des Boeing en bombes, mais de petits délinquants autogérés, s’emparant d’un couteau de cuisine ou d’un camion. Pour en venir à bout, il va falloir rattraper, au plus vite, le temps perdu à penser à côté de la plaque. Roger-Pol Droit
Le djihad est de toute évidence une affaire de famille. Il ne se fait pas contre la famille mais pour la famille. Dans sa logique, le jeune veut ramener la famille dans la tradition, vers un islam originel. Il se considère comme un sauveur. Il y a dans la fratrie un phénomène d’identification croisée entre frères ou sœurs. Un rapport de complémentarité se construit. Chacun développe des compétences qui s’amplifient. Dans une fratrie, l’aîné sert le plus souvent d’éclaireur. Il y a parfois une identification à l’aîné beaucoup plus forte qu’au père. (…) [Mais] J’ai l’exemple d’une famille française musulmane totalement insérée dont le fils s’est radicalisé. La sœur, elle, est totalement révulsée. (…) Les familles sont déchirées. S’installe alors un dialogue de sourds. Car chacun défend à sa façon une famille qui n’est pas la même. Serge Hefez (psychiatre et psychanalyste, Pitié-Salpêtrière, Paris).
C’est un phénomène tout à fait naturel. On développe son identité sociale d’abord en parlant à ses proches. Et les proches, ce sont bien entendu d’abord les frères et les amis d’enfance. C’est ce que j’appelle l’activation de l’identité sociale. C’est une question de proximité. C’est pour ça qu’il y a dans les groupes jihadistes tant de frères, parfois de sœurs, de copains de quartier. Ils grandissent ensemble. Ils rouspètent, s’inventent une identité de défenseurs d’un islam agressé, de femmes et d’enfants tués dans des bombardements aériens. Ils se radicalisent, se confortent les uns les autres. (…) Tu te fies à un proche, naturellement. Et quand il s’agit d’entraîner quelqu’un avec toi, la cible la plus logique est ton petit frère ou ton grand frère. Marc Sageman (psychiatre et ancien agent de la CIA )
Le recrutement se fait essentiellement par des pairs. C’est la parenté et l’amitié qui pèsent, beaucoup plus que la religion ou le quartier. Il y a un gros phénomène de groupe. Dr Rik Coolsaet (expert belge)
« La seule chose vraiment évidente que nombre de ces jeunes ont en commun, c’est un dysfonctionnement familial. Il y a eu des divorces dramatiques, des trahisons, des abandons, des abus sexuels, des pères qui sont partis, des pères pervers qui ont agressé leurs enfants. Ces frères se créent un fort univers commun, ils font famille autrement. (…) Ils s’enferment rapidement dans une sorte de confusion psychique. Il y a quelque chose d’un peu fou, d’un peu irrationnel dans ces processus. Une prise de risque un peu adolescente, même s’ils ne sont pas toujours adolescents. Patrick Amoyel (psychanalyste et professeur de psychopathologie)
Pour ces possibles orphelins symboliques le sang est une façon de laisser une trace, de faire un trou dans la mémoire des autres, l’acte terrorisant devant être inoubliable: à ces dates, 7 janvier, 13 novembre, c’est de leur haine que l’on se souviendra, pas du nom du père. Paul-Laurent Assoun
La radicalisation est  en  effet avant tout un processus de socialisation dans lequel la dynamique de groupe (amis, famille) est  bien  plus  importante  que  l’idéologie.  Ces  études  nous  ont  fourni  une  compréhension  plus  détaillée  des étapes de ce processus de socialisation. Avant d’en arriver à la violence, certaines étapes sont en  effet franchies, plus ou moins progressivement, et généralement à travers une dynamique de groupe  (de  véritables  « loups  solitaires » comme  Anders  Breivik  étant  très  rares).  Au  départ,  il  y  a  des  sentiments de frustration, d’injustice, de mécontentement. Ces sentiments sont ensuite intériorisés,  ce  qui  conduit  à  une  séparation  mentale  de  la  société,  considérée  comme  seule  responsable.  Subséquemment, les individus recherchent confirmation auprès d’autres personnes, qui partagent  les mêmes sentiments. Ainsi se  crée un  “ in – group ” , où la loyauté envers l’ensemble solidifie les liens  internes. A l’intérieur d’un tel groupe, les sentiments personnels d’origine se  politisent (« qu’allons – nous  faire  pour  réagir  ? » ).  La  pensée de  groupe  ( “ groupthink ” ) écarte  graduellement  toutes  les  objections éventuelles à la pensée unique qui commence à se cristalliser. Si  cette dernière s’oriente  dans  une  voie  extrémiste,  voire  violente,  les  membres  ont  – en  principe  – le choix soit d’y adhérer,  soit  de  quitter  le  groupe.  Mais  la  dynamique  de  groupe, et surtout le besoin qu’éprouvent les  membres de maintenir les liens créés dans ce processus, rend ce choix généralement aléatoire. A ce  stade, l’idéologie  – qui n’est généralement pas à l’origine du processus  – commence à jouer un rôle  bien spécifique : contribuer à déshumaniser l’ out – group , c’est – à – dire le reste de la société et dès lors  à  transformer  des  innocents  (qui  ne  portent  aucune  responsabilité  personnelle  dans  les sentiments  de frustration et d’injustice à l’origine du processus) en complices coupables.  Dans ce processus de socialisation dans l’extrémisme, ce n’est donc pas le narratif (à savoir,  l’idéologie) qui pousse un individu dans le terrorisme, mais le contexte et la dynamique de groupe. Il  n’y a en effet  aucun  automatisme  entre  l’acquisition  d’idées  dites  radicales  et  le  choix  délibéré  de  recourir à des actes terroristes. Les premières ne sont pas l’antichambre des secondes. Et pourtant,  les stratégies de déradicalisation sont presque toujours basées sur cette thèse, comme en témoigne  le  point  de  vue du  premier  ministre  belge  Charles  Michel:  « On  se  trompe  en  cherchant  des  causes  sociales à ce qui n’est rien d’autre qu’une idéologie fanatique qui veut imposer par la violence  extrême sa vision  obscurantiste. » L’accord  du gouvernement  Mich el d’octobre 2014 mentionne que : « La protection de l’Etat de droit  démocratique et la sécurité de nos citoyens constituent une priorité absolue pour le gouvernement. Aujourd’hui, elle se trouve sous la pression de la menace croissante de la r adicalisation  et  du  terrorisme. » Mais  il  se  garde  bien  de  définir  sur  quelle  base  a  pu  être  déterminé  qu’il  y  accroissement de radicalisation  – sauf à se référer au nombre de Belges partis pour la Syrie.  Mais la   « radicalisation » explique – t – elle   vraiment   le  phénomène   des combattants étrangers d’aujourd’hui ? Qu’est – ce  qui  pousse  des  jeunes  Belges  vers  la  Syrie  et  vers  le  groupe  le  plus  brutal  et  violent,  Daesh ? L’actuelle  génération de  candidats  combattants  étrangers  se  compare  difficilement  à leurs  ainés, partis dès les années 80 vers l’Afghanistan, la Bosnie, l’Irak et d’autres théâtres de guerre.  Tout  d’abord, leur  âge  moyen  est  maintenant  nettement  inférieur .  Auparavant, l’âge  moyen  était  de  27  ans, tandis  qu’à présent l’âge caractéristique se situe entre 20 et 24 ans (même en tenant compte du  fait qu’un tiers des belges partis pour la Syrie ont 30 ans ou plus). Des jeunes  candidats au départ  de  15 – 18 ans sont malheureuse ment  loin d’être des exceptions en Europe . Ensuite,  comparé  aux générations  antérieures de  combattants  étrangers,  leur  bagage politique  et  religieux  est souvent  fort léger. Pour  Alain  Grignard,  islamologue, chargé de cours à l’université de  Liège, et  commissaire à la division antiterrorisme de la police fédérale belge, la différence avec leurs  prédécesseurs est patente : « Auparavant, nous avions surtout affaire à des  “ islamistes radicaux ” – des individus qui étaient  poussés vers la violence par une interprétation extrémiste de l’Islam  – mais maintenant nous sommes  de plus en plus face à ce que l’on pourrait décrire des  “ radicaux islamisés ” . »  U ne  fois  arrivés en  Syrie  et  en  Irak,  ils  se  montrent en  outre  très  égocentriques et  conscients de  l’image qu’ils veulent afficher. Leur désir de se placer au centre des événements (avec de nombreux  selfies et  tweets dans  un  langage – jeune  sur  des thèmes  d’adolescents)  et  d’attirer  l’attention  reflètent un degré de narcissisme qui était largement absent parmi leurs prédécesseurs. De plus, leur décision de partir  est souvent le résultat d’ un  empressement , plutôt qu e d ’une décision  mûrement réfléchie.  Des  dynamiques de groupe jouent un rôle crucial, car ces jeunes se connaissent  et s’influencent les uns les autres à l’école, dans les parcs publics,  des clubs de sports, bref, leurs lieux de  vie  quotidiens.  Mais  leur  décision  de  rejoindre  la  Syrie  n’est  plus  lié  à  ce processus  de  radicalisation  plus ou  moins  long,  comme  ce  fut  typiquement  le  cas  des générations  antérieures  de combattants étrangers et  fut tant  étudié depuis 2004 . Elle est par contre généralement une réponse  plus – ou – moins impulsive aux défis quotidiens du milieu et des quartiers où ils sont nés et ont grandi  et avec lequel ils  cherchent à rompre. Pour une parti e des  candidats  au départ,  rejoindre  Daesh est  en effet  le passage  à une  autre  forme  de comportement déviant , à c ôté d’une appartenance à des  gangs, des émeutes de rue, de trafic de  drogue, la délinquance juvénile ou d’autres comportements déviants 12 . Mais  rejoindre Daesh  ajoute  une  dimension  aguichante à  leur mode  de  vie  – en  fait  les  transformant  de  délinquants  sans  avenir  en moudjahidines avec une cause. Mais  les  candidats  au  départ  ne  sont  pas  tous  connus  de  la  police  pour  un  comportement  déviant.  Une partie des partants européens ne semblait en rien se distinguer.  C eux – ci font par contre souvent  référence  à  une  absence  d’ avenir,  à  des  difficultés  personnelles  auxquels  ils  sont  confrontés  dans  leur  vie  quotidienne,  à  des  sentiments  d’exclusion  et  d’ absence  d’appartenance,  comme  s’ils ne  disposaient  pas  d’un  enjeu  de  société.  Souvent aussi,  ils  sont  solitaires,  des adolescents  isolés,  en  désaccord avec la famille et les amis, à la recherche d’ une  appartenance et  d’ une cause à  rejoindre . À  un  certain  moment,  la  succession  de  ces  ruptures  se  transforme  en  colère  et  en quête d’ une  échappatoire à cette vie sans perspective. Bien  que  différents  dans  leurs  motivations,  les  deux  groupes  partagent  certaines  caractéristiques  communes qui,  prises  ensemble,  constituent  la  « culture  jeune » dans  laquelle  la  force  d’attraction  de Daesh trouve un terreau fertile. Tout d’abord, la religion n’y joue qu’un rôle mineur.  Europol a fini  par  souscrire  à  la  thèse que la religion n’est plus un élément – clé  dans  la  radicalisation et  va jusqu’à  préférer abandonner le  concept même de « radicalisation » : “ Compte tenu de la diminution de la composante religieuse dans  la radicalisation, en particulier parmi  les jeunes recrues, il peut être plus exact de parler d’une ‘tendance sociale de type extrémisme  violent’ plutôt que d’utiliser le terme ‘radicalisation’ .” Un second trait commun est le sentiment largement partagé parmi les candidats au départ, que leur  vie n’offre pas de perspe ctives.  Le  “ no future” apparait  comme  un  élément  crucial  de  cette  culture  jeune qui pousse au départ vers la Syrie. Le moteur principal est le vécu d’une partie de la jeunesse,  qui a le sentiment que leur avenir ne leur appartient pas, qu’ils ne sont ni souhaités, ni acceptés, ni  respectés. Fragilité, frustration, une perception d’iniquité et le sentiment qu’en partant pour la Syrie,  ils n’ont rien à perdre et tout à gagner,  animent l’ensemble des partants. Troisièmement, comme le chercheur français Olivier Roy  le  soutient également, cette culture jeune  est  aussi le résultat d’une révolte générationnelle, contre leurs parents, contre la société et  contre  les  autorités.  Jusqu’à  un  certain  point,  les  mêmes  mécanismes  étaient  en  jeu  lors  des  mouvements  de contestation dans les années 1960 et les années 1970. Mais la société d’aujourd’hui contraste nettement avec la société de l’époque.  Dr Rik Coolsaet (expert belge)
Ceux qui partent faire le jihad agissent ainsi à 90 % pour des motifs personnels : pour en découdre,  pour l’aventure, pour se venger, parce qu’ils ne trouvent pas leur place dans la société… Et à 10 %  seulement pour des convictions religieuses: l’islam radical. La religion n’est pas le moteur de ce  mouvement et c’est ce qui en fait sa force. C’est pour cette même raison que placer la déradicalisation  sous ce seul filtre ne pourra pas fonctionner. Marc  Trévidic
Le Prof. Coolsaet indique que des études sur le terrorisme ont en effet révélé qu’un cercle d’amis constitue un média élémentaire pour la radicalisation d’un individu – plus crucial même que l’idéologie ou la religion. (…) Le Prof. Rik Coolsaet stipule que ce cas est un bel exemple d’auto-radicalisation ou d’autorecrutement. Muriel, Issam et les jeunes de Saint-Josse-Ten-Noode radicalisent presque entièrement par leur cercle d’amis ou leur famille. Un recrutement actif n’aurait pratiquement pas ou pas du tout joué un rôle. Il indique que les jeunes se prennent l’un l’autre pour modèle. Via l’Internet, ils ont construit une communauté virtuelle de personnes partageant les mêmes opinions. Il s’agissait entièrement d’un processus bottom-up (de bas en haut). Rapport Polarisation en radicalisation
Dans la nébuleuse des djihadistes, les frères qui se radicalisent, partent faire le djihad, et commettent parfois des attaques terroristes sont nombreux. On peut citer les al-Hamzi, pirates de l’air du 11 septembre 2001, les Oulad-Akcha, poseurs de bombes du 11 mars 2004 à Madrid, mais aussi la fratrie Merah, les frères Belhoucine, Karim et Foued Mohamed-Aggad ou encore les frères Clain. On se souvient aussi des frères Kouachi, qui ont préparé et perpétré les attentats de Charlies Hebdo. Du début à la fin, les deux hommes, dont la relation a été décrite comme «fusionnelle», ne se sont jamais quittés et sont morts ensemble à l’imprimerie de Dammartin-en-Goëlle, sous les balles du GIGN. Ces alliances fraternelles dans la radicalisation et dans le martyr se forgent plus facilement qu’entre amis. «Le sang ne ment pas. Quand on est frère, on ne peut pas se trahir», résume Farhad Khosrokhavar*, directeur d’études à l’EHESS, joint par Le Figaro. «Ils se connaissent très bien, peuvent se voir facilement et parfois communiquer d’un seul regard.» De quoi compliquer la tache des services de renseignement qui peinent à détecter ce genre de profils. «Deux frères qui se parlent, ça n’éveille pas forcément les soupçons», commente le spécialiste. «C’est une question de confiance», ajoute le psychiatre et ancien agent de la CIA Marc Sageman, interrogé par l’AFP. «Tu te fies à un proche, naturellement. Et quand il s’agit d’entraîner quelqu’un avec toi, la cible la plus logique est ton petit frère ou ton grand frère. C’est le même phénomène avec les gangs de rue. Il n’y a pas besoin de lavage de cerveau, d’endoctrinement.» «Nous sommes très proches (avec mon frère Mohamed, ndlr). S’il a besoin de quelque chose, je lui apporte mon aide et inversement», avait dit aux enquêteurs Medhi Belhoucine, apparu plus tard avec Hayat Boumeddiene – la compagne du tueur Amedy Coulibaly – à l’aéroport d’Istanbul. Bien que très solides, ces relations sont rarement égalitaires et le frère aîné n’est pas toujours celui qui entraîne l’autre dans sa dérive. Cherif Kouachi, le frère cadet, semblait avoir l’ascendant sur son frère aîné Saïd. Même hypothèse chez les frères Abdeslam. «C’est Salah qui connaît depuis l’enfance Abaaoud», expliquait à l’Express leur frère aîné Mohamed. «Je pense que c’est ce dernier qui lui a parlé des combats en Syrie. Brahim le connaît peu. Peut-être qu’ensuite Salah l’a convaincu à son tour». «Généralement, il y en a un qui commande et l’autre qui suit, ce qui facilite les opérations», synthétise Farhad Khosrokhavar. Les rapports entre parents et enfants peuvent avoir une incidence sur la radicalisation des fratries. Dans les familles patriarcales, où le père est en retrait, le grand frère prend souvent le relais et exerce une autorité sur les autres, quitte à les entraîner dans le sillage de la radicalisation. «Pour certains, il s’agit d’être plus musulmans que les parents. On essaie de racheter la défaillance du père et de sauver l’identité musulmane de la famille», estime le psychanalyste Patrick Amoyel, contacté par Le Figaro. Ces pactes familiaux peuvent toucher un cadre plus large et concerner les femmes, les cousins, les amis. Ainsi Souad Merah, la soeur du tueur de Toulouse, «avait clairement favorisé la radicalisation de son frère et est même aller jusqu’à déclarer qu’elle était fière de lui», rappelle le chercheur franco-iranien. «Les terroristes doivent sans cesse innover pour garder une longueur d’avance sur les services de sécurité», pense Farhad Khosrokhavar. «Je ne serai pas surpris qu’à l’avenir les femmes soient de plus en plus mises à contribution dans les projets d’attentats.» On se souvient notamment d’Abdelhamid Abaaoud qui s’était servi de sa cousine Hasna Ait Boulahcen pour se trouver une planque, après les attentats de Paris. Pour les spécialistes, il est compliqué de ramener ces fratries radicalisées vers la société. Patrick Amoyel en sait quelque chose. Au sein de l’association Entr’Autres, il suit une quinzaine de fratries radicalisées depuis plusieurs mois. «Leur prise en charge est plus difficile», constate le thérapeute. «Lorsqu’on commence à atteindre l’un des deux et à le déstabiliser dans ses convictions, l’autre revient à la charge et le rattrape. Et on doit repartir à zéro.» Le Figaro
Les terroristes s’appellent souvent entre eux « frère » ou se réfèrent aux « frères » de Syrie, d’Afghanistan ou de France. Un moyen d’indiquer une solidarité, un sentiment d’identité commune. Un jargon qui est d’ailleurs utilisé par les jeunes du monde entier et qui n’est pas réservé aux seuls terroristes ou jihadistes. Il est néanmoins troublant de constater que dans les filières terroristes, les liens de sang sont fréquents, fait remarquer le quotidien britannique The Guardian . Tout récemment, l’enquête sur les attentats de Paris , vendredi 13 novembre, a permis d’identifier deux frères, Brahim Abdeslam, 31 ans, le kamikaze qui s’est fait exploser boulevard Voltaire sans faire de victimes, et son frère Salah Abdeslam , toujours en fuite. Un troisième frère, Mohammed, a été arrêté lundi, a passé plusieurs heures en garde à vue, avant d’être finalement libéré. Abdelhamid Abaaoud , le cerveau présumé des attentats de Paris, avait, lui , fait la une des journaux belges dès 2014, après avoir enlevé son propre frère Younès, emmené en Syrie alors qu’il était âgé de 13 ans, et qui avait été surnommé « le plus jeune jihadiste du monde » par certains médias. Les frères Abdeslam et Abaaoud ne sont pas des cas isolés. Il existe de nombreux autres exemples identiques : les frères Kouachi , auteurs des attentats contre Charlie Hebdo en janvier dernier, ou bien les frères Tsarnaev, coupables des attentats de Boston en 2013. Il y a aussi le frère de Mohammed Merah, terroriste islamiste franco-algérien ayant perpétré les tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban, qui aujourd’hui est encore en détention provisoire pour complicité d’assassinat. Les liens fraternels sont aussi fréquents parmi ceux se rendant en Syrie, en Irak ou d’autres zones de guerre. En Grande-Bretagne, trois frères âgés de 17 à 21 ans originaires de Brighton sont partis pour la zone de combat syrienne en s’engageant pour un groupe lié à Al Qaïda. En France, les frères Bons sont partis combattre à Alep en 2013. Ils sont aujourd’hui décédés. Des exemples comme ceux-là il y en a à la pelle. Ils sont choquants mais pas surprenants. Il y a dix ans, des responsables américains du renseignement militaire en Irak avaient déjà noté qu’un homme impliqué dans l’extrémisme violent se révélait être un prédicateur très efficace face aux membres de sa famille. Cela peut être un frère ou un père. Abdel-Majed Abdel Bary, un britannique recruté par Daech est par exemple le fils d’Adel Abdel Bary, un militant égyptien venu au Royaume-Uni en 1991 qui a été reconnu coupable à New York dans les attentats des ambassades américaines en Afrique de 1998. Une étude récente, de l’Université de Pennsylvanie, a analysé les interactions de 120 supposés «loups solitaires» parmi les terroristes de tous horizons idéologiques et religieux. Elle a constaté que même s’ils ont effectivement combattu seul, dans 64% des cas, famille et amis étaient au courant de ses intentions. Tout cela apporte quelques éclaircissements sur la nature des recrutements des terroristes et sur la radicalisation. Les deux sont souvent compris comme un processus impliquant une personne « normale » subissant un « lavage de cerveau » venant de l’extérieur. Les faits, cependant, contredisent cette explication. Le terrorisme est d’abord une affaire sociale. Plutôt qu’une influence extérieure, ce sont les idées, les idéologies et les activités, même celles terriblement destructrices, véhiculées par des membres de la famille ou des amis proches, qui intéressent et fascinent. Les Echos
Militants often call each other “brother”, and refer collectively to the “brothers” in Syria, Afghanistan, Iraq or France. Why? Partly this is to indicate solidarity, attachment to a common cause, a sense of shared identity and endeavour. Partly it’s because that’s how young men speak, all over the world, but particularly in the kind of environments from which many contemporary militants come. But it is also because, remarkably often, the term is entirely accurate. Those speaking of being “brothers” are indeed blood relatives, children of the same parents, who often grew up together. The Paris attackers are reported to have included Ibrahim Abdeslam – a suicide bomber who blew himself up outside the Comptoir Voltaire restaurant – and Salah Abdeslam, who is on the run. (…) Abdelhamid Abaaoud, the suspected mastermind of the attacks, recruited his own 13-year-old brother, who travelled to Syria and then was seen in a video in a pickup truck dragging bodies of Syrian army soldiers. (…) There are many other examples, in different countries, on different continents: the two Kouachis who attacked the Charlie Hebdo offices in January. The Tsarnaev brothers, who bombed the 2013 Boston Marathon. The brother of Mohammed Merah, who killed seven in south-west France in 2012, remains jailed, although his role in the murders and the radicalisation of the perpetrator is not entirely clear. Fraternal ties are also common among those who travel to Syria, Iraq or other war zones, even if they do not turn to terrorism at home. Few travel alone: almost all make the journey with close friends or family members. Three brothers aged 17 to 21, from Brighton, left the UK to join al-Nusra Front, an al-Qaida affiliate, in Syria. There was Aseel Muthana, a 17-year-old schoolboy who travelled with his elder brother, a medical student, to join Isis. In October, a British court found that two brothers of Iftekhar Jaman, who spoke of “five-star jihad” on the BBC, had spent two years giving help and advice to people seeking to travel to Syria to establish an Islamic state. Both were convicted of terrorist offences.This vision of “jihad by family” may be shocking, but it should not be surprising. Ten years ago, US military intelligence officials in Iraqi identified having a close family member already involved as the greatest predictor of an individual becoming involved in violent militancy, Islamic or otherwis. This may be a brother, or it may be a father. Abdel-Majed Abdel Bary, a British aspiring rapper turned Isis recruit, is the son of Adel Abdel Bary, an Egyptian militant who came to the UK in 1991 and was later convicted in New York for his role in al–Qaida’s attack on US embassies in east Africa in 1998. In the UK more recently, along with siblings, parents of jihadis have been detained and some charged with Syria-related offences. Research by New America, a nonpartisan thinktank in the United States, showed that more than a quarter of western fighters have a familial connection to jihad, whether through relatives who are also fighting in Syria and Iraq, through marriage or through some link to other jihads or terrorist attacks. The research also found that of those western fighters with familial ties to jihad, three-fifths had a relative who has also left for Syria. Another recent study, at Pennsylvania State University, examined the interactions of 120 supposed “lone wolf” terrorists from all ideological and faith backgrounds, and found that, even though they launched their attacks alone, in a large majority of the cases others were aware of the individual’s commitment to a specific extremist ideology. In an astonishing 64% of cases, family and friends were aware of the individual’s intent to engage in a terrorism-related activity because the offender verbally told them. All this offers an important window into the nature of recruitment and radicalisation. Both are often understood to be processes which involve someone who is previously “normal” being “brainwashed” by some outside influence that turns them into someone who behaves abnormally. An alternative explanation for how people are drawn into militancy blames propaganda, via the internet. The facts, however, contradict this. Terrorism, like any activism, is highly social, only its consequences are exceptional. People become interested in ideas, ideologies and activities, even appallingly destructive ones, because other people are interested in them. (…) The psychological and social barriers to involvement in violence are certainly higher than in other less nefarious activities, but the mechanics of the process that draws people into them are the same. The Guardian
L’annonce a eu un air de déjà vécu. Deux frères ont été identifiés parmi les kamikazes des attentats de Bruxelles. Il s’agit de deux Bruxellois, Khalid et Ibrahim El Bakraoui, connus des services de police belges. Encore une fois, l’horreur a donc été commise en famille. Quelques mois plus tôt, on apprenait que deux frères faisaient partie des commandos ayant perpétré les attentats du 13 novembre à Paris: Brahim Abdeslam, qui s’est fait exploser devant un bar du boulevard Voltaire et Salah Abdeslam, dont le rôle dans les attentats de Paris reste flou, arrêté à Bruxelles le 18 mars dernier. Les deux fratries, El Bakraoui et Abdeslam, étaient proches l’une de l’autre. Ce n’est pas la première fois que des frères de sang deviennent frères d’armes. Avant eux, les frères Kouachi se sont attaqués à Charlie Hebdo, les frères Tsarnaev ont été les auteurs des attentats de Boston en avril 2013, le frère de Mohammed Merah, responsable des tueries de Toulouse et Montauban en 2012, est détenu pour complicité d’assassinat. Abdelhamid Abaaoud, « cerveau présumé » des attentats de Paris, est également connu pour avoir entraîné son plus jeune frère en Syrie alors qu’il n’avait que 13 ans. Selon une étude du think tank New America, plus d’un quart des jihadistes occidentaux ont un membre de leur famille ayant participé au jihad. Comment expliquer que tant de fratries se radicalisent ensemble et avancent main dans la main jusqu’au moment de passer à l’acte? Evidemment, le mode de recrutement dans les réseaux jihadistes « se fait essentiellement par des pairs », comme a pu le constater l’expert belge Rik Coolsaet. (…) Mais au-delà du fonctionnement presque « familial » du recrutement, le fait d’être du même sang, d’évoluer dans le même milieu, semble jouer un rôle important dans de nombreux cas de radicalisation. « C’est un phénomène tout à fait naturel », explique à l’AFP le psychiatre et ancien agent de la CIA Marc Sageman, l’un des premiers à avoir souligné le phénomène dans son livre Understanding Terror Networks. « On développe son identité sociale d’abord en parlant à ses proches. Et les proches, ce sont bien entendu d’abord les frères et les amis d’enfance ». (…) Ils se radicalisent, se confortent les uns les autres », dit-il. (…) Grandir ensemble, mais aussi et surtout avoir une confiance aveugle en quelqu’un, voici l’un des moteurs de ce phénomène. (…) De fil en aiguille, les frères s’influencent l’un et l’autre. (…) Jusqu’au moment fatidique, celui où ils décident de passer à l’acte ensemble, qui semble être pour eux un accomplissement. Huffington post
La confiance absolue qui existe entre deux frères est une garantie face aux services de renseignement. Même si un membre de la fratrie décide de ne pas participer, il ne va pas dénoncer son frère à la police. (…) Les frères s’unissent dans un pacte, recréent les liens familiaux sur une base de cohésion. Farhad Khosrokhavar
La diffusion d’un nouvel appel à témoins par la police Nationale, dimanche, a jeté le trouble sur l’identité de deux des trois kamikazes du Stade de France. Les similitudes physiques et le parcours quasi identique des deux terroristes interrogent quant aux liens qui les unissent. Dès lundi 16 novembre, dans un communiqué, le parquet affirmait avoir retrouvé un passeport syrien près d’un des corps des kamikazes. L’authenticité du document, au nom d’Ahmad Al Mohammad, 25 ans et né en Syrie, « reste à vérifier » mais « il existe une concordance entre les empreintes papillaires du kamikaze et celles relevées lors d’un contrôle en Grèce en octobre 2015 ». Si le nom d’Al Mohammad n’est pas certain, les enquêteurs ont une certitude : le jeune homme se serait enregistré le 3 octobre 2015 sur l’île de Leros en Grèce. Un premier appel à témoins est alors diffusé pour tenter d’obtenir la réelle identité du kamikaze. Ed Thomas, journaliste pour la BBC à Athènes, a enquêté sur le parcours emprunté par le supposé Al Mohammad. Le correspondant aurait découvert que le premier terroriste aurait voyagé avec un autre syrien nommé Al Mahmod. Les enquêteurs français de leur côté, ont précisé que le 3e kamikaze, dont la photo a été diffusée vendredi, a également été enregistré le 3 octobre 2015 sur l’île de Leros en Grèce. Si des traces de leur passage subsistent également aux camps de Presevo en Serbie puis d’Opatovac en Croatie, impossible de connaître la suite de leur itinéraire qui s’est achevé aux alentours de 21h20 ce vendredi 13 novembre, aux abords du Stade de France. En dehors de ces éléments, rien ne permet pour le moment d’affirmer un lien de parenté entre ces deux hommes. 20 minutes
Dans les enquêtes antiterroristes médiatisées, les fratries tiennent le haut du pavé. Les plus connus, les frères Merah, se sont radicalisés ensemble. Mais c’est le cadet qui est passé à l’acte. Bertrand Nzohabonayo, tué dans le commissariat de Joué-les-Tours alors qu’il s’apprêtait à porter des coups de couteau à des policiers, avait mis un drapeau de l’organisation de l’Etat islamique sur sa page Facebook. Deux jours après que son frère Brice eut posté le même drapeau… Saïd et Chérif Kouachi se sont formés et entraînés tantôt ensemble, tantôt chacun de leur côté, se rendant soit au Yémen, soit en Arabie saoudite. Mercredi 23 mars 2016, une nouvelle fois, ce sont des frères, Khalid et Ibrahim El Bakraoui, qui ont été identifiés comme deux des trois kamikazes des attentats de Bruxelles, a indiqué le procureur fédéral belge Frédéric Van Leeuw.  (…) Mimétisme, entraide, endoctrinement mutuel, surenchère… (…) La famille devient alors le premier cercle dans lequel le jeune radicalisé va exercer son argumentation et mettre à l’épreuve son prosélytisme. Ainsi, l’aîné des frères Merah, Abdelkhader, mis en examen pour complicité d’actes terroristes, semble avoir été à l’origine de l’endoctrinement de son cadet. Chez les frères Kouachi, Saïd, est le premier à être parti s’entraîner à manier les armes au Yémen. Pareil pour la fratrie Belhoucine, où l’aîné, Mohamed, est le premier à avoir été condamné dans le cadre d’une filière d’acheminement de combattants à destination de la zone pakistano-afghane. C’est son petit frère Mehdi, qui a accompagné dans sa fuite vers la Syrie Hayat Boumeddiene, la femme d’Amedy Coulibaly, auteur de la prise d’otage à Vincennes et de la fusillade à Montrouge. Pour autant, toutes les fratries confrontées à la radicalisation d’un des leurs, ne basculent pas forcément dans l’endoctrinement. Le passage à l’acte n’est pas forcément toujours décidé de concert. Alors que Mohamed Merah a décidé, a priori seul, de tuer des militaires et des juifs, les frères Kouachi, eux, sont sortis du bois en même temps. Et sont morts, côte à côte, les armes à la main. 20 minutes

Ben Attash (New York), Al-Shehri (New York), Al Hazmi (Washington), Nurhasyim (Bali), Oulad-Akcha (Madrid), Tsarnaev (Boston), Merah (Toulouse), Belhoucine, Mohamed-Aggad, Clain (Syrie), Kouachi (Paris), El Bakraoui (Paris), Abdeslam (Paris), Abaaoud (Paris), Al Mohammad (Paris) …

Après Harry Potter, les terroristes confirment Girard !

En ce 15e anniversaire des attentats du 11/9

Où, ultime perversion du message évangélique et sans compter les avanies de certains de nos beaux esprits, il s’agissait de donner sa vie non pour ses amis mais pour tuer à l’aveugle les premiers civils venus …

Et une semaine après un nouvel attentat à Paris (Notre-Dame ?) évité apparemment in extremis et organisé cette fois par un réseau de femmes dont une mère et sa propre fille …

Alors que la chaine américaine d’informations continue CNN confirme que les attentats du 13 novembre devaient toucher d’autres sites en France et même plusieurs pays européens, révèlant également la détention d’un  probable complice d’Abaaoud actuellement en Autriche …

Pendant que le président d’un pays qui avait déjà il y a 30 ans interdit son espace aérien aux bombardiers américains partant punir Kaddafi pour son soutien au terrorisme aérien profite de l’hommage aux victimes du 11/9 pour blamer la victime et réécrire l’histoire

Comment ne pas voir …

Dans cette surreprésentation des fratries terroristes

Et contre le misérabilisme social ou médical (les fameux « déséquilibrés » qui bien sûr existent aussi), les histoires de « loups solitaires » ou d’ « auto-radicalisation » dont on nous rebat les oreilles …

La dimension essentiellement sociale du phénomène comme le rappelle l’expert belge Rik Coolsaet …

Et surtout au-delà du cas particulier du terrorisme ou même d’ailleurs des fratries …

La confirmation des fameuses analyses de l’anthropologue français René Girard …

Sur la dimension proprement mimétique – qui Dieu merci marche aussi pour le bien – de la plupart de nos conduites ?

Radicalisation,  entre contexte et responsabilité individuelle
Rik Coolsaet
L’Observatoire
mars 2016
Le concept de  « radicalisation » célèbre cette année ses douze ans. Apparu pour la première fois  dans  un  document de travail de l’Union européenne en  mai  2004,  il  est  devenu  le  Saint  Graal  du contreterrorisme.  Il fait référence  à la trajectoire qu’un individu entreprend  en  quittant son  état  dit  « normal » pour  s’orienter vers l’acte  terroriste.  Mais  ce  processus  est  bien  plus  complexe  qu’il n’y paraît à première vue.
Comme l’a fait remarquer Farhad Khosrokhavar,  avant  les  attentats  du  11  septembre  la  notion  de  radicalisation  était marginale, tant dans les sciences sociales que dans les travaux sur l’extrémisme et  le   terrorisme. Suite   à   ces   attentats,   une   divergence   de   vues  s’est  dessinée entre   les   alliés  transatlantiques.  Les  Etats – Unis  ont  déclaré la  « guerre » au  terrorisme  international  et  ses  leaders,  tenus  pour  responsables  et  dev en ant dès  lors l’objet d’une  chasse à l’homme sans relâche.  Les  Européens  ont  quant  à  eux davantage  insisté  sur  les  « caus es  profondes » , qu’il faudrait  neutraliser  afin d’ éviter qu’à chaque arrestation d’un  leader terroriste, un autre  ne  prenne tout  simplement sa  place.  Cependant,  le  concept  même  de  « causes  profondes » est longtemps resté  inexploré en  Europe, la priorité étant tout naturellement donnée aux mesures de prévention des  attentats.
Vers 2004 – 2005, suite à des attentats à Madrid, La Haye et Londres, les comités spécialisés de l’Union  européenne  ont  été forcés à développer  davantage  leur  réflexion. En effet, ces attentats n’étaient  pas le fruit d’individus venus  expressément  de l’étranger pour perpétrer  leur  acte,  mais  bien  de  personnes ayant grandi en Europe  et  qui  souvent  y  étaient  nés. Comment  en  étaient – elles venues à  recourir au terrorisme ? Qu’est – ce qui les  attiraient dans les idéologies extrémistes et  les propos des recruteurs ?  En  mai  2004,  les  comités  tentèrent pour  la  première  fois  d’énumérer  les  facteurs  pouvant  expliquer  le  recrutement  de  jeunes  musulmans  européens  par  des  groupes  extrémistes  étrangers.  C’est dans ce cadre que le mot « radicalisation » fait son apparition, avec comme contenu  tout simplement « colère ».  C’est la première fois  que ce concept  était mentionné dans un document  européen  – et en plus une première dans le contreterrorisme européen.
En effet, dans la longue  histoire du contreterrorisme européen,  on  prêtait jadis  peu d’attention aux  trajectoires  individuelles. L’accent  était  davantage  mis  sur  le  « pourquoi » de  l’émergence  de  terrorisme que sur le « comment » des individus en arrivaient à choisir cette voie.  A titre d’ exemple,  la  notion  de  « radicalisation » n’était  pas  ou  peu  évoquée  dans  le contreterrorisme  en  Irlande  du  Nord .  Cette faible attention accordée aux trajectoires individuelles était d’ailleurs observable pour  toutes les formes d’acti visme ,  à quelques  exceptions  près,  comme  l’étude du sociologue  français  Yvon Bourdet. L es  travaux classiques sur le terrorisme et les  efforts  antiterroristes  se  concentraient ainsi  quasi exclusivement sur l e contexte  qui  expliquait l’émergence de violences politiques,  puisqu’il  était considéré comme le facteur principal  motivant les  individus  à recourir à la violence.
La nouveauté du concept  de radicalisation  explique pourquoi, en 2006, la Commission européenne  a  créé un Groupe d’Experts,  auquel  il fut  demandé  de  fournir  un  état  des  lieux des  connaissances  académiques  sur  « la  radicalisation  violente ». Dans  leur  rapport  de  2008, les  experts  mentionnent  que  le  concept  manque d’ assises  scientifiques.  Ils  le qualifient  de plus d’intrinsèquement  ambigu,  à  plus d’un égard.  Le  groupe  propose dès  lors  de  le  remplacer  par des  notions  qui  sont,  elles,  enraciné es  dans  les  sciences  sociales.  « Socialisation dans l’extrémisme qui  se  manifeste  dans  le  terrorisme » a été la formule proposée.
En  indiquant  que,  définie  ainsi,  la  « radicalisation » est un  processus  connu  depuis  toujours  et  présent  dans  toutes  les  formes  antérieures  de  terrorisme,  le  groupe  a  également voulu mettre  en  garde  les  décideurs  contre  tout  emploi  abusif,  en  particulier  la  tentation  de  la  lier  exclusivement  à  l’islam. Mais la notion  est vite  devenue  incontournable,  acquiérant le  statut  de Saint  Graal  du  contreterrorisme,  en  raison  de son  apparente  simplicité ,  mais  aussi de  son  ambiguïté.  Elle  s’est  immiscée dans le discours ambiant  sur l’immigration qui  s’est développé depuis les années 1980,  et  dans le malaise autour  de l’islam ( et  les  musulmans ) stimulé par  les attaques  du  11  septembre.  La  « radicalisation » permettait en  effet de parler  de  ces questions  d’une  manière apparemment différente de la rhétorique des mouvements d ’ extrême – droite.
Le  succès  rencontré  par la  notion  de  « radicalisation » a cependant  eu  un  prix.  Elle  a  placé la  responsabilité essentiellement sur l’individu , ses amis et sa famille, ainsi que sur l’ idéologie, tout en  diminuant  significativement  l’importance du  contexte  général  qui,  auparavant,  était considéré comme  fondamental pour  appréhender et combattre  le terrorisme .
De plus, et comme l’avait craint  le Groupe d’Experts européen, elle  a (quasi) exclusivement  été  appliquée à l’islam et aux mus ulmans .  L’islam  a en effet été consid éré comme l’unique et la seule « cause profonde » de la radicalisation et  du   terrorisme.  Ce qui eut comme   effet   de   renforcer , dans   les   populations   européennes,  la  polarisation  sur la soi – disant incompatibilité entre  islam  et valeurs européennes.  Du coup, une partie  de  la  population  « s’est vue renvoyée à son origine, à son apparence, à sa culture, à sa religion,  comme si elle était à part, mise à l’écart, à distance et en défiance ».
Malgré tous les efforts , au sein du monde académique et des forces de police et de renseignement ,  on n’est jamais  parvenu à  développer un  instrument qui  pourrait  déterminer si  oui  ou  non la radicalisation au sein d’une société  s’acc roit ou  au contraire se tasse. 
La kyrielle d’études sur la radicalisation produites depuis 2004 a néanmoins donné quelques résultats  fort  utiles.  Nous  déchiffrons  maintenant  mieux  les  trajectoires  individuelles.  La radicalisation est  en  effet avant tout un processus de socialisation dan s lequel la dynamique de groupe (amis, famille) est  bien  plus  importante  que  l’idéologie.  Ces  études  nous  ont  fourni  une  compréhension  plus  détaillée  des étapes de ce processus de socialisation. Avant d’en arriver à la violence, certaines étapes sont en  ef fet franchies, plus ou moins progressivement, et généralement à travers une dynamique de groupe  (d e  véritables  « loups  solitaires » comme  Anders  Breivik  étant  très  rares).  Au  départ,  il  y  a  des  sentiments de frustration, d’injustice, de mécontentement. Ces sentiments sont ensuite intériorisés,  ce  qui  conduit  à  une  séparation  mentale  de  la  société,  considérée  comme  seule  responsable.  Subséquemment, les individus recherchent confirmation auprès d’autres personnes, qui partagent  les même s sentiments. Ainsi se  crée un  “ in – group ” , où la loyauté envers l’ensemble solidifie les liens  internes. A l’intérieur d’un tel groupe, les sentim ents personnels d’origine se  politisent (« qu’allons – nous  faire  pour  réagir  ? » ).  La  pensée de  groupe  ( “ groupthink ” ) 9 écarte  graduellement  toutes  les  objections éventuelles à la pensée unique qui commence à se cristalliser. Si  cette dernière s’oriente  dans  une  voie  extrémiste,  voire  violente,  les  membres  ont  – en  principe  – le choix soit d’y adhérer,  soit  de  quitter  le  g roupe.  Mais  la  dynamique  de  groupe , et surtout le besoin qu’éprouvent les  mem bres de maintenir les liens créé s dans ce processus, rend ce choix généralement aléatoire. A ce  stade, l’idéologie  – qui n’est généralement pas à l’origine du processus  – commence à jouer un rôle  bien spécifique : contribuer à déshumaniser l’ out – group , c’est – à – dire le reste de la société et dès lors  à  transformer  des  innocents  (qui  ne  portent  aucune  responsabilité  personnelle  dans  les sentiments  de frustration et d’injustice à l’or igine du processus) en complices coupables.  Dans ce processus de socialisation dans l’extrémisme, ce n’est donc pas le narratif (à savoir,  l’idéologie) qui pousse un individu dans le terrorisme, mais le contexte et la dynamique de groupe. Il  n’y a en effe t  aucun  automatisme  entre  l’acquisition  d’idées  dites  radicales  et  le  choix  délibéré  de  recourir à des actes terroristes. Les premières ne sont pas l’antichambre des secondes. Et pourtant,  les stratégies de déradicalisation sont presque toujours basées sur cette thèse, comme en témoigne  l e  point  de  vue du  premier  ministre  belge  Charles  Michel:  « On  se  trompe  en  cherchant  des  causes  sociales à ce qui n’est rien d’autre qu’une idéologie fanatique qui veut imposer par la violence  extrême sa vision  obscurantiste. » 
L’accord  du gouvernement  Michel d’octobre 2014 mentionne que : « La protection de l’Etat de droit  démocratique et la sécurité de nos citoyens constituent une priorité absolue pour le gouvernement. Aujourd’hui, elle se trouve sous la pression de la menace croissante de la r adicalisation  et  du  terrorisme. » Mais  il  se  garde  bien  de  définir  sur  quelle  base  a  pu  être  déterminé  qu’il  y  accroissement de radicalisation  – sauf à se référer au nombre de Bel ges partis pour la Syrie.  Mais la   « radicalisation » explique – t – elle   vraiment   le  phénomène   des combattants étrangers d’aujourd’hui ? Qu’est – ce  qui  pousse  des  jeunes  Belges  vers  la  Syrie  et  vers  le  groupe  le  plus  brutal  et  violent,  Daesh ? L’actuelle  géné ration de  candidats  combattants  étrangers  se  compare  difficilement  à leurs  ainés, partis dès les années 80 vers l’Afghanistan, la Bosnie, l’Irak et d’autres théâtres de guerre.  Tout  d’abord, leur  âge  moyen  est  maintenant  nettement  inférieur.  Auparavant, l’âge  moyen  était  de  27  ans, tandis  qu’à présent l’âge caractéristique se situe entre 20 et 24 ans (même en tenant compte du  fait qu’un tiers d es belges partis pour la Syrie ont 30 ans ou plus). Des jeunes  candidats au départ  de  15 – 18 ans sont malheureuse ment  loin d’être des exceptions en Europe . Ensuite,  c omparé  aux générations  antérieures de  combattants  étrangers ,  leur  bagage politique  et  religieux  est souvent  fort léger. Pour  Alain  Grignard,  islamologue, chargé de cours à l’université de  Liège, et  commissaire à la division antiterrorisme de la police fédérale belge , la différence avec leurs  prédécesseurs est patente : « Auparavant, nou s avions surtout affaire à des  “ islamistes radicaux ” – des individus qui étaient  poussés vers la violence par une interprétation extrémiste de l’Islam  – mais maintenant nous sommes  de plus en plus face à ce que l’on pourrait décrire des  “ radicaux islamisés ” . » U ne  fois  a rrivé s en  Syrie  et  en  Irak,  ils  s e  montrent en  outre  très  égocentrique s et  conscient s de  l’image qu’ils veulent afficher. Leur désir de se placer au centre des événements (avec de nombreux  selfies et  tweets dans  un  langage – je une  sur  des thèmes  d’adolescent s)  et  d’attirer  l’attention  reflète nt un degré de narcissisme qui était largement absent parmi leurs prédécesseurs. De plus, leur décision de partir  est souvent le résultat d’ un  empressement , plutôt qu e d ’une décision  mûrement réfléchie.  Des  dynamiques de groupe jouent un rôle crucial, car ces jeunes se connaissent  et s’influencent les uns les autres à l’école, dans les parcs publics,  des cl ubs de sports, bref, leurs lieux de   vie  quotidiens. 
Mais  leur  décision  de  rejoindre  la  Syrie  n’est  plus  lié  à  ce p rocessus  de  radicalisation  plus ou  moins  long,  comme  ce  fut  typiquement  le  cas  des générations  antérieur e s  de combattants étrangers et  fut tant  étudié depuis 2004 . Elle est par contre généralement une réponse  plus – ou – moins impulsive aux défis quotidiens du milieu et des quartiers où ils sont nés et ont grandi  et avec lequel ils  cherchent à rompre. Pour une p arti e des  candidats  au départ,  rejoindre  Daesh est  en effet  le passage  à une  autr e  forme  de comportement déviant , à c ôté d’une appartenance à des  gangs, des émeutes de rue, de trafic de  drogue, la délinquance juvénile ou d’autres comportements déviants 12 . Mais  rejoindre Daesh  ajoute  une  dimension  aguichante à  leur mode  de  vie  – en  fait  les  transformant  de  délinquants  sans  avenir  en moudjahidines avec une cause. Mais  les  candidats  au  départ  ne  sont  pas  tous  connus  de  la  police  pour  un  comportement  déviant.  Une partie des partants européens ne semblait en rien se distinguer.  C eux – ci font par contre souvent  référence  à  une  absence  d’ avenir,  à  des  difficultés  personnelles  auxquels  ils  sont  confrontés  dans  leur  vie  quotidienne,  à  d es  sentiments  d’exclusion  et  d’ absence  d’appartenance,  comme  s’ils ne  dispos ai ent  pas  d’un  enjeu  de  société.  Souvent aussi ,  i ls  sont  solitaires,  des adolescents  isolés,  en  désaccord avec la famille et les amis, à la recherche d’ une  appa rtenance et  d’ une cause à  re joindre . À  un  certain  moment,  la  succession  de  ces  ruptures  se  transforme  en  colère  et  en quête d’ une  échappatoire à cette vie sans perspective.
Bien  que  différents  dans  leurs  motivations,  les  deux  groupes  partagent  cert aines  caractéristiques  communes qui,  prises  ensemble,  constituent  la  « culture  jeune » dans  laquelle  la  force  d’attraction  de Daesh trouve un terreau fertile. Tout d’abord, la religion n’y joue qu’un rôle mineur.  Europol a fini  par  souscrire  à  la  thèse que la religion n’est plus un élément – clé  dans  la  radicalisation et  va jusqu’à  préférer abandonner le  concept même de « radicalisation » : “ Compte tenu de diminution de la composante religieuse dans  la radicalisation, en particulier parmi  les jeunes recrues, il peut être plus exact de parler d’une ‘tendance sociale de type extrémisme  violent’ plutôt que d’utiliser le terme ‘radicalisation’ .”
Un second trait commun est le sentiment largement partagé parmi les candidats au départ, que leur  vie n’offre pas de perspe ctives.  Le  “ no future” apparait  comme  un  élément  crucial  de  cette  culture  jeune qui pousse au départ vers la Syrie. Le moteur principal est le vécu d’une partie de la jeunesse,  qui a le sentiment que leur avenir ne leur appartient pas, qu’ils ne sont ni souhaités, ni acceptés, ni  respectés. Fragilité, frustration, une perception d’iniquité et le sentiment qu’en partant pour la Syrie,  ils n’ont rien à perdre et tout à gagner,  animent l’ensemble des partants. Troisièmement, comme le chercheur français Olivier Roy  le  soutient également 14 , cette culture jeune  est  aussi le résultat d’une révolte générationnelle, contre leurs parents, contre la société et  contre  les  autorités.  Jusqu’à  un  certain  point,  les  mêmes  mécanismes  étaient  en  jeu  lors  des  mouvements  de contestation dans les années 1960 et les années 1970. Mais la société d’aujourd’hui contraste nettement ave c la société de l’époque. Pour les jeunes partis  de  France,  Marc  Trévidic  a  fait  le même  constat pour  le  contingent  belge en  juin  2015,  lors  de  son  départ du  pôle antiterroriste après  quinze années de travail  dans le domaine  :  « Ceux qui partent faire le jihad agissent ainsi à 90 % pour des motifs personnels : pour en découdre,  pour l’aventure, pour se venger, parce qu’ils ne trouvent pas leur place dans la société… Et à 10 %  seulement pour des convictions religieuses: l’islam radical. La religion n’est pas le moteur de ce  mouvement et c’est ce qui en fait sa force. C’est pour cette même raison que placer la déradicalisation  sous ce seul filtre ne pourra pas fonctionner. » L ’écrivain français Erik Orsenna, juste après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de  Vincennes,  a  pointé le  véritable  enjeu  en  évoquant  « le  terreau  de  désespérance » .  C’était  exactement le même sentiment que  Latifa Ibn Ziaten, la mère d’un des  soldats  tués  par  Mohamed  Merah  en  2012,  avait  recueilli  dans  les  écoles  de  quartiers  difficiles:  « un sentiment d’abandon » .
Suite à l’assassinat de son fils, elle a commencé à plaider passionnément auprès des jeunes afin qu’ils  se  réconcilient « avec le pays qui  [les] a vu naître (et qui) est  [leur] patrie » . Mais, en même  temps,  elle s’ adresse également à la France : « La dignité : voilà la chose la plus importante que vous oubliez.

Voir aussi:

Pourquoi tant de fratries parmi les terroristes ?

Dans les filières terroristes, les liens de sang sont fréquents.
Florence Renard-Gourdon
Les Echos
17/11/2015
Les terroristes s’appellent souvent entre eux « frère » ou se réfèrent aux « frères » de Syrie, d’Afghanistan ou de France. Un moyen d’indiquer une solidarité, un sentiment d’identité commune. Un jargon qui est d’ailleurs utilisé par les jeunes du monde entier et qui n’est pas réservé aux seuls terroristes ou jihadistes.

Il est néanmoins troublant de constater que dans les filières terroristes, les liens de sang sont fréquents, fait remarquer le quotidien britannique The Guardian . Tout récemment, l’enquête sur les attentats de Paris , vendredi 13 novembre, a permis d’identifier deux frères, Brahim Abdeslam, 31 ans, le kamikaze qui s’est fait exploser boulevard Voltaire sans faire de victimes, et son frère Salah Abdeslam , toujours en fuite. Un troisième frère, Mohammed, a été arrêté lundi, a passé plusieurs heures en garde à vue, avant d’être finalement libéré.

Abdelhamid Abaaoud , le cerveau présumé des attentats de Paris, avait, lui , fait la une des journaux belges dès 2014, après avoir enlevé son propre frère Younès, emmené en Syrie alors qu’il était âgé de 13 ans, et qui avait été surnommé « le plus jeune jihadiste du monde » par certains médias.

Kouachi, Tsarnaev, Merah…

Les frères Abdeslam et Abaaoud ne sont pas des cas isolés. Il existe de nombreux autres exemples identiques : les frères Kouachi , auteurs des attentats contre Charlie Hebdo en janvier dernier, ou bien les frères Tsarnaev , coupables des attentats de Boston en 2013. Il y a aussi le frère de Mohammed Merah, terroriste islamiste franco-algérien ayant perpétré les tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban, qui aujourd’hui est encore en détention provisoire pour complicité d’assassinat.

Les liens fraternels sont aussi fréquents parmi ceux se rendant en Syrie, en Irak ou d’autres zones de guerre. En Grande-Bretagne, trois frères âgés de 17 à 21 ans originaires de Brighton sont partis pour la zone de combat syrienne en s’engageant pour un groupe lié à Al Qaïda. En France, les frères Bons sont partis combattre à Alep en 2013. Ils sont aujourd’hui décédés.

Des exemples comme ceux-là il y en a à la pelle. Ils sont choquants mais pas surprenants. Il y a dix ans, des responsables américains du renseignement militaire en Irak avaient déjà noté qu’un homme impliqué dans l’extrémisme violent se révélait être un prédicateur très efficace face aux membres de sa famille.

Cela peut être un frère ou un père. Abdel-Majed Abdel Bary, un britannique recruté par Daech est par exemple le fils d’Adel Abdel Bary, un militant égyptien venu au Royaume-Uni en 1991 qui a été reconnu coupable à New York dans les attentats des ambassades américaines en Afrique de 1998.

Des « loups solitaires » pas si solitaires

Une étude récente, de l’Université de Pennsylvanie, a analysé les interactions de 120 supposés «loups solitaires» parmi les terroristes de tous horizons idéologiques et religieux. Elle a constaté que même s’ils ont effectivement combattu seul, dans 64% des cas, famille et amis étaient au courant de ses intentions.

Tout cela apporte quelques éclaircissements sur la nature des recrutements des terroristes et sur la radicalisation. Les deux sont souvent compris comme un processus impliquant une personne « normale » subissant un « lavage de cerveau » venant de l’extérieur.

Les faits, cependant, contredisent cette explication. Le terrorisme est d’abord une affaire sociale. Plutôt qu’une influence extérieure, ce sont les idées, les idéologies et les activités, même celles terriblement destructrices, véhiculées par des membres de la famille ou des amis proches, qui intéressent et fascinent. « Le recrutement est d’abord une affaire de parenté ou d’amitié bien plus que de religion ou de nationalité », résume le Dr Rik Coolsaet, un expert belge, pour The Guardian.

Voir également:

Merah, Kouachi, Abdeslam… Le djihad est souvent une affaire de fratrie

Dans la nébuleuse des djihadistes, les frères qui se radicalisent, partent faire le djihad, et commettent parfois des attaques terroristes sont nombreux. Plusieurs spécialistes analysent ce phénomène relativement ancien.

Au lendemain des attentats de Bruxelles, les enquêteurs ont réussi à identifier deux des kamikazes présumés, deux frères: Ibrahim et Khalid El Bakraoui, connus des services de police pour grand banditisme. Un nouveau cas qui montre que le terrorisme est souvent une affaire de fratrie. Leurs noms viennent s’ajouter à une longue liste de binômes. Avant eux, les frères Abdeslam avaient agi ensemble lors des attentats du 13 novembre dernier àParis et à Saint-Denis. L’aîné, Ibrahim, s’est fait exploser boulevard Voltaire tandis que Salah, présenté comme le logisticien de ces attaques, avait pris la fuite, renonçant à son projet de se faire exploser au stade de France.

Dans la nébuleuse des djihadistes, les frères qui se radicalisent, partent faire le djihad, et commettent parfois des attaques terroristes sont nombreux. On peut citer les al-Hamzi, pirates de l’air du 11 septembre 2001, les Oulad-Akcha, poseurs de bombes du 11 mars 2004 à Madrid, mais aussi la fratrie Merah, les frères Belhoucine, Karim et Foued Mohamed-Aggad ou encore les frères Clain. On se souvient aussi des frères Kouachi, qui ont préparé et perpétré les attentats de Charlies Hebdo. Du début à la fin, les deux hommes, dont la relation a été décrite comme «fusionnelle», ne se sont jamais quittés et sont morts ensemble à l’imprimerie de Dammartin-en-Goëlle, sous les balles du GIGN.

«Le sang ne ment pas»

Ces alliances fraternelles dans la radicalisation et dans le martyr se forgent plus facilement qu’entre amis. «Le sang ne ment pas. Quand on est frère, on ne peut pas se trahir», résume Farhad Khosrokhavar*, directeur d’études à l’EHESS, joint par Le Figaro. «Ils se connaissent très bien, peuvent se voir facilement et parfois communiquer d’un seul regard.» De quoi compliquer la tache des services de renseignement qui peinent à détecter ce genre de profils. «Deux frères qui se parlent, ça n’éveille pas forcément les soupçons», commente le spécialiste. «C’est une question de confiance», ajoute le psychiatre et ancien agent de la CIA Marc Sageman, interrogé par l’AFP. «Tu te fies à un proche, naturellement. Et quand il s’agit d’entraîner quelqu’un avec toi, la cible la plus logique est ton petit frère ou ton grand frère. C’est le même phénomène avec les gangs de rue. Il n’y a pas besoin de lavage de cerveau, d’endoctrinement.»

«Nous sommes très proches (avec mon frère Mohamed, ndlr). S’il a besoin de quelque chose, je lui apporte mon aide et inversement», avait dit aux enquêteurs Medhi Belhoucine, apparu plus tard avec Hayat Boumeddiene – la compagne du tueur Amedy Coulibaly – à l’aéroport d’Istanbul. Bien que très solides, ces relations sont rarement égalitaires et le frère aîné n’est pas toujours celui qui entraîne l’autre dans sa dérive. Cherif Kouachi, le frère cadet, semblait avoir l’ascendant sur son frère aîné Saïd. Même hypothèse chez les frères Abdeslam. «C’est Salah qui connaît depuis l’enfance Abaaoud», expliquait à l’Express leur frère aîné Mohamed. «Je pense que c’est ce dernier qui lui a parlé des combats en Syrie. Brahim le connaît peu. Peut-être qu’ensuite Salah l’a convaincu à son tour». «Généralement, il y en a un qui commande et l’autre qui suit, ce qui facilite les opérations», synthétise Farhad Khosrokhavar.

Des fratries difficiles à ramener vers la société

Les rapports entre parents et enfants peuvent avoir une incidence sur la radicalisation des fratries. Dans les familles patriarcales, où le père est en retrait, le grand frère prend souvent le relais et exerce une autorité sur les autres, quitte à les entraîner dans le sillage de la radicalisation. «Pour certains, il s’agit d’être plus musulmans que les parents. On essaie de racheter la défaillance du père et de sauver l’identité musulmane de la famille», estime le psychanalyste Patrick Amoyel, contacté par Le Figaro.

Ces pactes familiaux peuvent toucher un cadre plus large et concerner les femmes, les cousins, les amis. Ainsi Souad Merah, la soeur du tueur de Toulouse, «avait clairement favorisé la radicalisation de son frère et est même aller jusqu’à déclarer qu’elle était fière de lui», rappelle le chercheur franco-iranien. «Les terroristes doivent sans cesse innover pour garder une longueur d’avance sur les services de sécurité», pense Farhad Khosrokhavar. «Je ne serai pas surpris qu’à l’avenir les femmes soient de plus en plus mises à contribution dans les projets d’attentats.» On se souvient notamment d’Abdelhamid Abaaoud qui s’était servi de sa cousine Hasna Ait Boulahcen pour se trouver une planque, après les attentats de Paris.

Pour les spécialistes, il est compliqué de ramener ces fratries radicalisées vers la société. Patrick Amoyel en sait quelque chose. Au sein de l’association Entr’Autres, il suit une quinzaine de fratries radicalisées depuis plusieurs mois. «Leur prise en charge est plus difficile», constate le thérapeute. «Lorsqu’on commence à atteindre l’un des deux et à le déstabiliser dans ses convictions, l’autre revient à la charge et le rattrape. Et on doit repartir à zéro.»

» La fratrie Merah: Mohamed, le tueur, et son aîné Abdelkader, dont le parquet a requis son renvoi devant une cour d’assises spéciales pour complicité d’assassinats et association de malfaiteurs terroriste criminelle. L’aîné de la fratrie Merah, Abdelghani, est également convaincu qu’Abdelkader a joué un rôle crucial dans la radicalisation de Mohamed et son passage à l’acte. Mais pour son avocat, Eric Dupond-Moretti, aucun élément ne le relie aux crimes et rien ne justifie sa mise en examen pour complicité d’assassinats terroristes. Leur sœur Souad s’est dite «fière» de son frère avant de quitter la France pour la Syrie ou l’Algérie.

» Les frères Kouachi : les deux hommes, qui se sont radicalisés au début des années 2000, ont préparé et perpétré les attentats de Charlie Hebdo. Chérif a basculé en rencontrant Farid Benyettou, le leader du groupe dit des «Buttes Chaumont». Il a été arrêté en 2005 alors qu’il s’apprêtait à rallier la Syrie. Plus discret, son frère Saïd était parti au Yémen en 2011 dans un camp d’entraînement. Un temps placés sur écoutes, ils ont échappés aux services de renseignement.

» Les fères Abdeslam : Brahim, 31 ans et Salah, 26 ans. Le premier a participé à la tuerie des terrasses en novembre dernier avant de se faire exploser boulevard Voltaire, dans l’est parisien. Le second, décrit comme le logisticien des attentats, devait se faire exploser au Stade de France, avant de «faire machine arrière», comme l’a déclaré le procureur de la République de Paris, Fançois Molins.

» Les frères Abaaoud : Cerveau présumé des attentats de novembre et mort dans l’assaut mené par le Raid quelques jours plus tard, Abdelhamid Abaaoud avait recruté son petit frère, Younès, alors qu’il n’avait que 13 ans. Les médias l’avaient surnommé «le plus jeune djihadiste du monde».

» Les frères Clain : Fabien, radicalisé depuis les années 1990, et son frère Jean-Michel sont partis s’installer en Syrie en 2014. Leurs voix ont été toutes les deux authentifiées dans un enregistrement de l’État islamique qui revendique les attentats.

» Les frères Belhoucine : Ils ont aidé Hayat Boumedienne, l’ex-compagne d’Amedy Coulibaly, à fuir la France peu avant les attentats de Charlie Hebdo. L’aîné, Mohamed, 27 ans, a été condamné en 2014 pour avoir participé à une filière d’acheminement de combattants vers la zone pakistano-afghane. Medhi, son petit frère de 23 ans, l’avait aidé à intercepter des messages en provenance d’Afghanistan.

» Les frères Mohamed-Aggad : En décembre 2013, Foued, 23 ans, et Karim, 25 ans, sont partis ensemble en Syrie. L’aîné ne supportant plus la situation sur place a fini par rentrer en France, avant d’être incarcéré à la prison de Fleury-Mérogis. Foued est en revanche resté sur place avec femme et enfant avant de participer au commando du Bataclan et de se faire exploser le 13 novembre.

* Auteur de Radicalisation, aux éditions de la maison des sciences de l’homme.

Voir aussi:

Attentats à Bruxelles: El Bakraoui, Merah, Kouachi… Le terrorisme islamiste, une affaire de frères?

SECURITE La famille et le premier cercle sont souvent impliqués dans le passage à l’acte…

William Molinié

20 minutes

23.03.2016

Mise à jour le 23/03/2016 : Alors que la Belgique a été frappée, le 22 mars 2016, par des attentats terroristes à Bruxelles, les premiers éléments de l’enquête impliquent de nouveau des frères : Khalid et Ibrahim El Bakraoui. 20 Minutes vous propose de relire cet article, paru après les attentats de janvier 2015 à Paris.

Dans les enquêtes antiterroristes médiatisées, les fratries tiennent le haut du pavé. Les plus connus, les frères Merah, se sont radicalisés ensemble. Mais c’est le cadet qui est passé à l’acte. Bertrand Nzohabonayo, tué dans le commissariat de Joué-les-Tours alors qu’il s’apprêtait à porter des coups de couteau à des policiers, avait mis un drapeau de l’organisation de l’Etat islamique sur sa page Facebook. Deux jours après que son frère Brice eut posté le même drapeau… Saïd et Chérif Kouachi se sont formés et entraînés tantôt ensemble, tantôt chacun de leur côté, se rendant soit au Yémen, soit en Arabie saoudite.

Mercredi 23 mars 2016, une nouvelle fois, ce sont des frères, Khalid et Ibrahim El Bakraoui, qui ont été identifiés comme deux des trois kamikazes des attentats de Bruxelles, a indiqué le procureur fédéral belge Frédéric Van Leeuw. Les deux hommes étaient connus des services de police pour grand banditisme.

Mimétisme, entraide, endoctrinement mutuel, surenchère… « Le djihad est de toute évidence une affaire de famille », explique Serge Hefez, psychiatre, psychanalyste et responsable de l’unité de thérapie familiale dans le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris. Habitué à travailler avec des parents confrontés à la radicalisation d’un de leur enfant, il explique auprès de 20 Minutes que ce phénomène, contrairement à ce qu’on pourrait penser, « ne se fait pas contre la famille mais pour la famille ». « Dans sa logique, le jeune veut ramener la famille dans la tradition, vers un islam originel. Il se considère comme un sauveur », poursuit-il.

« L’aîné sert le plus souvent d’éclaireur »

La famille devient alors le premier cercle dans lequel le jeune radicalisé va exercer son argumentation et mettre à l’épreuve son prosélytisme. « Il y a dans la fratrie un phénomène d’identification croisée entre frères ou sœurs », ajoute le docteur. « Un rapport de complémentarité se construit. Chacun développe des compétences qui s’amplifient. Dans une fratrie, l’aîné sert le plus souvent d’éclaireur », poursuit-il.

Ainsi, l’aîné des frères Merah, Abdelkhader, mis en examen pour complicité d’actes terroristes, semble avoir été à l’origine de l’endoctrinement de son cadet. Chez les frères Kouachi, Saïd, est le premier à être parti s’entraîner à manier les armes au Yémen. Pareil pour la fratrie Belhoucine, où l’aîné, Mohamed, est le premier à avoir été condamné dans le cadre d’une filière d’acheminement de combattants à destination de la zone pakistano-afghane. C’est son petit frère Mehdi, qui a accompagné dans sa fuite vers la Syrie Hayat Boumeddiene, la femme d’Amedy Coulibaly, auteur de la prise d’otage à Vincennes et de la fusillade à Montrouge. « Il y a parfois une identification à l’aîné beaucoup plus forte qu’au père », complète Serge Hefez.

« Les familles sont déchirées »

Pour autant, toutes les fratries confrontées à la radicalisation d’un des leurs, ne basculent pas forcément dans l’endoctrinement. « J’ai l’exemple d’une famille française musulmane totalement insérée dont le fils s’est radicalisé. La sœur, elle, est totalement révulsée. » Autre exemple, au sein même de la fratrie Merah, des scissions peuvent exister. Ainsi, le plus âgé, Abdelghani, ne partageait pas les convictions radicales de ses frères, Mohamed et Abdelkader, rejoints par leur sœur, Souad. « Les familles sont déchirées. S’installe alors un dialogue de sourds. Car chacun défend à sa façon une famille qui n’est pas la même », ajoute le psychiatre.

Le passage à l’acte n’est pas forcément toujours décidé de concert. Alors que Mohamed Merah a décidé, a priori seul, de tuer des militaires et des juifs, les frères Kouachi, eux, sont sortis du bois en même temps. Et sont morts, côte à côte, les armes à la main

Voir également:

Ibrahim et Karim El Bakraoui: pourquoi des frères deviennent-ils des terroristes ensemble?

 
23/03/2016

PSYCHOLOGIE – L’annonce a eu un air de déjà vécu. Deux frères ont été identifiés parmi les kamikazes des attentats de Bruxelles. Il s’agit de deux Bruxellois, Khalid et Ibrahim El Bakraoui, connus des services de police belges.

Encore une fois, l’horreur a donc été commise en famille. Quelques mois plus tôt, on apprenait que deux frères faisaient partie des commandos ayant perpétré les attentats du 13 novembre à Paris: Brahim Abdeslam, qui s’est fait exploser devant un bar du boulevard Voltaire et Salah Abdeslam, dont le rôle dans les attentats de Paris reste flou, arrêté à Bruxelles le 18 mars dernier. Les deux fratries, El Bakraoui et Abdeslam, étaient proches l’une de l’autre.

Ce n’est pas la première fois que des frères de sang deviennent frères d’armes. Avant eux, les frères Kouachi se sont attaqués à Charlie Hebdo, les frères Tsarnaev ont été les auteurs des attentats de Boston en avril 2013, le frère de Mohammed Merah, responsable des tueries de Toulouse et Montauban en 2012, est détenu pour complicité d’assassinat. Abdelhamid Abaaoud, « cerveau présumé » des attentats de Paris, est également connu pour avoir entraîné son plus jeune frère en Syrie alors qu’il n’avait que 13 ans.

Selon une étude du think tank New America, plus d’un quart des jihadistes occidentaux ont un membre de leur famille ayant participé au jihad. Comment expliquer que tant de fratries se radicalisent ensemble et avancent main dans la main jusqu’au moment de passer à l’acte?

Confiance fraternelle aveugle

Evidemment, le mode de recrutement dans les réseaux jihadistes « se fait essentiellement par des pairs », comme a pu le constater l’expert belge Rik Coolsaet. « C’est la parenté et l’amitié qui pèsent, beaucoup plus que la religion ou le quartier. Il y a un gros phénomène de groupe », souligne-t-il au Guardian.

Mais au-delà du fonctionnement presque « familial » du recrutement, le fait d’être du même sang, d’évoluer dans le même milieu, semble jouer un rôle important dans de nombreux cas de radicalisation.

« C’est un phénomène tout à fait naturel », explique à l’AFP le psychiatre et ancien agent de la CIA Marc Sageman, l’un des premiers à avoir souligné le phénomène dans son livre Understanding Terror Networks. « On développe son identité sociale d’abord en parlant à ses proches. Et les proches, ce sont bien entendu d’abord les frères et les amis d’enfance ».

« C’est ce que j’appelle l’activation de l’identité sociale. C’est une question de proximité. C’est pour ça qu’il y a dans les groupes jihadistes tant de frères, parfois de sœurs, de copains de quartier. Ils grandissent ensemble. Ils rouspètent, s’inventent une identité de défenseurs d’un islam agressé, de femmes et d’enfants tués dans des bombardements aériens. Ils se radicalisent, se confortent les uns les autres », dit-il.

Grandir ensemble, mais aussi et surtout avoir une confiance aveugle en quelqu’un, voici l’un des moteurs de ce phénomène. « Tu te fies à un proche, naturellement. Et quand il s’agit d’entraîner quelqu’un avec toi, la cible la plus logique est ton petit frère ou ton grand frère », précise Marc Sageman. « La confiance absolue qui existe entre deux frères est une garantie face aux services de renseignement », explique au Parisien Magazine le sociologue Farhad Khosrokhavar, auteur du livre Radicalisation. « Même si un membre de la fratrie décide de ne pas participer, il ne va pas dénoncer son frère à la police », ajoute-t-il.

Contexte familial difficile

Certains psychiatres ou psychologues travaillant sur le sujet ont également pu constater qu’au-delà de la proximité et de la confiance, le contexte familial parfois chaotique était l’un des points communs de ces fratries, même s’il est difficile de dessiner un profil type des terroristes, qui viennent de tous les milieux.

« La seule chose vraiment évidente que nombre de ces jeunes ont en commun, c’est un dysfonctionnement familial. Il y a eu des divorces dramatiques, des trahisons, des abandons, des abus sexuels, des pères qui sont partis, des pères pervers qui ont agressé leurs enfants », analyse pour Le Point le psychanalyste et professeur de psychopathologie Patrick Amoyel, travaillant également pour l’association de déradicalisation des jeunes séduits par le jihad, Entr’autres. « Ces frères se créent un fort univers commun, ils font famille autrement », ajoute-t-il.

Le père de Mohamed Merah, par exemple, est un ex-trafiquant de cannabis. Les frères Kouachi étaient tous deux orphelins. Difficile d’établir un lien de cause à effet, mais pour Farhad Khosrokhavar, « les frères s’unissent dans un pacte, recréent les liens familiaux sur une base de cohésion ».

Laisser une trace

De fil en aiguille, les frères s’influencent l’un et l’autre. « Ils s’enferment rapidement dans une sorte de confusion psychique. Il y a quelque chose d’un peu fou, d’un peu irrationnel dans ces processus. Une prise de risque un peu adolescente, même s’ils ne sont pas toujours adolescents », explique Patrick Amoye à l’AFP.

Jusqu’au moment fatidique, celui où ils décident de passer à l’acte ensemble, qui semble être pour eux un accomplissement. « Pour ces possibles orphelins symboliques le sang est une façon de laisser une trace, de faire un trou dans la mémoire des autres, l’acte terrorisant devant être inoubliable: à ces dates, 7 janvier, 13 novembre, c’est de leur haine que l’on se souviendra, pas du nom du père », affirme au Point le psychanalyste Paul-Laurent Assoun.

Pour l’instant, on sait seulement des frères El Bakraoui qu’ils ont un passé criminel. Ibrahim a été condamné en 2010 pour avoir tiré à la kalachnikov sur la police, selon Libération. Son frère, Khalid, a été condamné à 5 ans de prison pour une affaire de car-jackings.

Attentats à Paris: Deux des kamikazes du Stade de France étaient-ils frères?

ENQUÊTE Les deux hommes ont été enregistrés le même jour sur l’île de Leros en Grèce…

20 minutes

23.11.2015

La diffusion d’un nouvel appel à témoins par la police Nationale, dimanche, a jeté le trouble sur l’identité de deux des trois kamikazes du Stade de France. Les similitudes physiques et le parcours quasi identique des deux terroristes interrogent quant aux liens qui les unissent.

Faux passeports mais vrais enregistrements

Dès lundi 16 novembre, dans un communiqué, le parquet affirmait avoir retrouvé un passeport syrien près d’un des corps des kamikazes. L’authenticité du document, au nom d’Ahmad Al Mohammad, 25 ans et né en Syrie, « reste à vérifier » mais « il existe une concordance entre les empreintes papillaires du kamikaze et celles relevées lors d’un contrôle en Grèce en octobre 2015 ».

Si le nom d’Al Mohammad n’est pas certain, les enquêteurs ont une certitude : le jeune homme se serait enregistré le 3 octobre 2015 sur l’île de Leros en Grèce. Un premier appel à témoins est alors diffusé pour tenter d’obtenir la réelle identité du kamikaze.

Ed Thomas, journaliste pour la BBC à Athènes, a enquêté sur le parcours emprunté par le supposé Al Mohammad. Le correspondant aurait découvert que le premier terroriste aurait voyagé avec un autre syrien nommé Al Mahmod. Les enquêteurs français de leur côté, ont précisé que le 3e kamikaze, dont la photo a été diffusée vendredi, a également été enregistré le 3 octobre 2015 sur l’île de Leros en Grèce.

Si des traces de leur passage subsistent également aux camps de Presevo en Serbie puis d’Opatovac en Croatie, impossible de connaître la suite de leur itinéraire qui s’est achevé aux alentours de 21h20 ce vendredi 13 novembre, aux abords du Stade de France. En dehors de ces éléments, rien ne permet pour le moment d’affirmer un lien de parenté entre ces deux hommes.

Voir

Voir également:

‘Jihad by family’: Why are terrorist cells often made up of brothers?
Use of the term ‘brother’ among extremists is frequently quite literal: terrorist recruitment is highly social, with parents and siblings often joining forces
Jason Burke
The Guardian
17 November 2015

Militants often call each other “brother”, and refer collectively to the “brothers” in Syria, Afghanistan, Iraq or France. Why?

Partly this is to indicate solidarity, attachment to a common cause, a sense of shared identity and endeavour. Partly it’s because that’s how young men speak, all over the world, but particularly in the kind of environments from which many contemporary militants come.

But it is also because, remarkably often, the term is entirely accurate. Those speaking of being “brothers” are indeed blood relatives, children of the same parents, who often grew up together.

The Paris attackers are reported to have included Ibrahim Abdeslam – a suicide bomber who blew himself up outside the Comptoir Voltaire restaurant – and Salah Abdeslam, who is on the run.

A third brother, Mohammed, was arrested in Brussels on Monday and spent several hours in custody before being released without charge. Speaking after his release, he denied any link to his brothers’ actions: “I was accused of committing an act of terrorism … but I have not in the slightest way been connected to the operation in Paris.

“My parents are completely shocked by the tragedy. My two brothers are normal and I have never noticed anything strange.”

Abdelhamid Abaaoud, the suspected mastermind of the attacks, recruited his own 13-year-old brother, who travelled to Syria and then was seen in a video in a pickup truck dragging bodies of Syrian army soldiers. And this is all within one – albeit complex – plot.

There are many other examples, in different countries, on different continents: the two Kouachis who attacked the Charlie Hebdo offices in January. The Tsarnaev brothers, who bombed the 2013 Boston Marathon. The brother of Mohammed Merah, who killed seven in south-west France in 2012, remains jailed, although his role in the murders and the radicalisation of the perpetrator is not entirely clear.

Fraternal ties are also common among those who travel to Syria, Iraq or other war zones, even if they do not turn to terrorism at home. Few travel alone: almost all make the journey with close friends or family members. Three brothers aged 17 to 21, from Brighton, left the UK to join al-Nusra Front, an al-Qaida affiliate, in Syria. There was Aseel Muthana, a 17-year-old schoolboy who travelled with his elder brother, a medical student, to join Isis. In October, a British court found that two brothers of Iftekhar Jaman, who spoke of “five-star jihad” on the BBC, had spent two years giving help and advice to people seeking to travel to Syria to establish an Islamic state. Both were convicted of terrorist offences.

This vision of “jihad by family” may be shocking, but it should not be surprising. Ten years ago, US military intelligence officials in Iraqi identified having a close family member already involved as the greatest predictor of an individual becoming involved in violent militancy, Islamic or otherwise.

This may be a brother, or it may be a father. Abdel-Majed Abdel Bary, a British aspiring rapper turned Isis recruit, is the son of Adel Abdel Bary, an Egyptian militant who came to the UK in 1991 and was later convicted in New York for his role in al–Qaida’s attack on US embassies in east Africa in 1998. In the UK more recently, along with siblings, parents of jihadis have been detained and some charged with Syria-related offences.

Research by New America, a nonpartisan thinktank in the United States, showed that more than a quarter of western fighters have a familial connection to jihad, whether through relatives who are also fighting in Syria and Iraq, through marriage or through some link to other jihads or terrorist attacks.

The research also found that of those western fighters with familial ties to jihad, three-fifths had a relative who has also left for Syria.

Another recent study, at Pennsylvania State University, examined the interactions of 120 supposed “lone wolf” terrorists from all ideological and faith backgrounds, and found that, even though they launched their attacks alone, in a large majority of the cases others were aware of the individual’s commitment to a specific extremist ideology. In an astonishing 64% of cases, family and friends were aware of the individual’s intent to engage in a terrorism-related activity because the offender verbally told them.

All this offers an important window into the nature of recruitment and radicalisation. Both are often understood to be processes which involve someone who is previously “normal” being “brainwashed” by some outside influence that turns them into someone who behaves abnormally. An alternative explanation for how people are drawn into militancy blames propaganda, via the internet.

The facts, however, contradict this. Terrorism, like any activism, is highly social, only its consequences are exceptional. People become interested in ideas, ideologies and activities, even appallingly destructive ones, because other people are interested in them.

“Recruitment is basically by peers. It is kinship and friendship which really matter, much more than religion or locality or whatever else. There is a strong group phenomenon,” said Dr Rik Coolsaet, a Belgian expert who has studied local militant networks in the country.

The psychological and social barriers to involvement in violence are certainly higher than in other less nefarious activities, but the mechanics of the process that draws people into them are the same.

The Outsize Role of Brothers in Terrorist Plots

In terrorist attacks around the world, brothers keep turning up as suspects. Sometimes one radicalizes the other; other times, they seem to join up in tandem.
The NYT

March 23, 2016

– Khalid and Ibrahim el-Bakraoui

Little is known about Khalid and Ibrahim el-Bakraoui, whom the authorities named on Wednesday as having been involved in the Brussels attacks the morning before. Ibrahim blew himself up at the city’s main airport, they said, and Khalid at a subway station.

Both had criminal records involving theft and firearms.

Khalid, 27, was sentenced to five years in prison in 2011 for his involvement in a carjacking ring and was caught with a Kalashnikov. Ibrahim, 29, was sentenced to nine years in prison in 2010 for attempted murder after he and two other men robbed a currency exchange and shot at the police. It was not clear when or how they were released.

– Salah and Ibrahim Abdeslam

Salah and Ibrahim Abdeslam, both involved in the Paris attacks of Nov. 13, 2015, seem to have become radicalized together. It happened over the last couple of years while they were running a bar in their hometown, Molenbeek, a district of Brussels.

Ibrahim, the older of the two, died when he detonated a suicide vest in Le Comptoir Voltaire, a cafe in the 11th arrondissement of Paris. Salah appears to have been principally a logistician and organizer, and the authorities say he was the sole surviving Paris attacker. He was captured on March 18 in Brussels after evading investigators for 125 days, and charged with terrorist murder.

– Chérif and Said Kouachi

Chérif and Said Kouachi entered the offices of the French satirical newspaper Charlie Hebdo in January 2015 and gunned down 12 people in and around its offices, including eight of its journalists and cartoonists. Charlie Hebdo had published cartoons lampooning the Prophet Muhammad. Chérif appears to have been the more hard-line of the two, and to have influenced his brother. They became radicalized gradually, over a 10-year period. Both died in a police shootout shortly after the attacks.

– Mohammed and Abdelkader Merah

Mohammed and Abdelkader Merah were raised in a tough neighborhood in Toulouse, France. Mohammed was the gunman in the 2011 attacks that killed seven people in three locations, two of them in Toulouse and one in Montauban.

Mohammed Merah had traveled to Egypt to learn Arabic and went to Afghanistan afterward. Before the attacks, he was a petty criminal, not a killer. He shot three children and a teacher at a Jewish school, as well as three members of the military.

Less is known about his brother, who prosecutors said had a hand in planning the attacks and who is now in prison in France.

– Tamerlan and Dzhokhar Tsarnaev

Tamerlan and Dzhokhar Tsarnaev carried out the 2013 bombings at the Boston Marathon, killed three people and injured more than 260. Dzhokhar, the younger brother, was a college student. Both were self-radicalized and had not traveled to wage jihad in the Middle East or elsewhere.

Tamerlan was killed in a shootout with the police, and Dzhokar was sentenced to death. He is in prison while his lawyers work on his appeal.

– Hassan and Walid bin Attash

Hassan and Walid bin Attash have been held at Guantánamo Bay, Cuba, for years. They also served time in C.I.A. prisons. They were once described as something like Qaeda royalty.

Walid, a former bodyguard for Osama bin Laden, faces a possible death sentence as a coordinator of the attacks of Sept. 11, 2001. He is accused of selecting and training attackers, but his case has been delayed in litigation, as have the cases of other detainees.
Hassan has been accused of planning attacks on American naval targets.

– Waleed and Wail al-Shehri

Waleed and Wail al-Shehri sat side by side on American Airlines Flight 11, which struck the World Trade Center’s North Tower on Sept. 11, 2001. Wail, the older brother, had suffered from psychological problems. The brothers are believed to have stabbed two unarmed flight attendants as the hijacking began.

After the attacks, it took time for the authorities to identify them as brothers. Their last name is common, and siblings don’t always use the same surname.

– Nawaf and Salem al Hazmi

Nawaf and Salem al Hazmi were among the hijackers who flew American Airlines Flight 77 into the Pentagon. The brothers were selected for extra scrutiny when they checked in for their flight at Dulles International Airport. But “the only consequence of their selection was that their checked bags were held off the plane until it was confirmed that they had boarded the aircraft,” the report by the 9/11 Commission found.

– Ali Imron, Amrozi and Mukhlas

These three brothers were involved in the 2002 bombings in Bali, Indonesia, that killed 202 people. Mukhlas – also known as Ali Ghufron – was the operational chief of Jemaah Islamiyah, a militant Islamist group in Southeast Asia. Ali Ghufron recruited his two younger brothers, Ali Imron and Amrozi. In 2003, Ali Imron was sentenced to life in jail. Amrozi and Ghufron were executed by firing squad in 2008.

Voir par ailleurs:

Paris n’était pas la seule cible le 13 novembre 2015, selon CNN
Raphaël Moury
Le Figaro
05/09/2016

VIDÉO – Les attentats du 13 novembre devaient toucher plusieurs pays européens et d’autres sites en France, selon la chaîne américaine. Les milliers de documents auxquels elle a eu accès évoquent également un probable complice d’Abaaoud actuellement détenu en Autriche.

Plusieurs pays européens auraient dû connaître un 13 novembre 2015 aussi tragique que celui de la France. C’est ce que révèle l’enquête de la chaîne américaine CNN qui a eu accès à des centaines de documents (comptes-rendus d’interrogatoires, photos, notes) auprès de sources proches de l’enquête sur les attentats de Paris. Selon ces documents, le groupe Etat islamique (EI) planifiait une opération bien plus vaste ce jour-là, devant toucher d’autres lieux en France et d’autres pays en Europe. Selon les interrogatoires menés par les enquêteurs européens, l’EI ciblait également les Pays-Bas et le Royaume-Uni. En France, un supermarché et une zone commerciale étaient visés.

Les 90.000 pages de l’enquête révèlent aussi des éléments de la communication au sein de Daech. Parmi eux, l’utilisation importante des réseaux sociaux ou d’applications comme Viber, WhatsApp ou encore Telegram. Le langage crypté sur cette dernière reste la principale frustration pour les services de sécurité européens, selon un agent anti-terroriste cité par CNN. Il permet aux responsables de l’EI de garder un certain avantage en Europe. CNN explique que les djihadistes reçoivent des pseudonymes lors de leurs «missions», et juste assez d’informations et d’argent pour leur permettre de passer chaque étape de leur voyage. Autre point révélé par la chaîne américaine, les terroristes échangent constamment entre eux des conseils logistiques comme la questions de donner ou non leurs vrais noms aux frontières ou encore les meilleurs moyens de les passer illégalement.

«Pour faire quelque chose de bien pour Dieu»

Le contenu des documents dévoilés par CNN révèle aussi des informations concernant le rôle d’un «quatrième commando» qui n’aurait pas réussi à atteindre la France. Retardés en Grèce en prenant la route des réfugiés, un Algérien identifié comme Adel Haddadi et son complice pakistanais Muhammad Usman sont arrivés en Autriche le lendemain des attaques de Paris, le 14 novembre. Les documents montrent comment l’EI a soutenu le voyage de ces deux hommes depuis la Syrie jusqu’en Europe.

Six semaines avant, ils avaient quitté Raqqa en compagnie de Ahmad al-Mohammad et Mohamad al-Mahmod, deux des kamikazes du Stade de France. L’équipe a traversé la frontière syrienne vers la Turquie début octobre et pris la direction des côtes turques. D’après CNN, les quatre hommes ne connaissaient pas leurs véritables noms et le but précis de leurs missions. Adel Haddadi savait tout juste qu’il devait se rendre en France «pour faire quelque chose de bien pour Dieu» précisent les documents.

L’opération était coordonnée depuis la Syrie par un homme, Abu Ahmad. C’est lui qui aurait recruté, financé et entraîné l’équipe. Les documents racontent que les quatre terroristes se sont fait passer pour des réfugiés pour atteindre la Grèce. Selon CNN, c’est à ce moment-là que Haddadi et Usman sont arrêtés par les autorités grecques qui découvrent leur faux passeport syrien. Le 14 novembre, le duo arrive à Salzbourg en Autriche. Selon les documents de CNN, ils attendaient l’arrivée d’un troisième homme pour prendre le train pour Paris. Ce troisième homme, c’est Abid Tabaouni, un djihadiste arrêté en juillet dernier à Bruxelles. Inconnu, il serait selon les enquêteurs lié à la cellule de l’attaque du 13 novembre. La preuve? Le numéro d’Abdelhamid Abaaoud, l’un des responsables de l’attentat de Paris, était enregistré dans son téléphone ainsi qu’une photo de combattants devant un drapeau de l’Etat islamique. Abid Tabaouni est, depuis, empriconné en Autriche.

Voir encore:

Atten­tat à la bonbonne de gaz : qui sont les suspectes ?

Qui sont les 4 suspectes inter­pel­lées et soupçon­nées d’avoir voulu commettre un atten­tat à la bonbonne de gaz jeudi à Paris, à proxi­mité de la cathé­drale Notre-Dame et leurs 3 complices ? Eléments de répon­se…

Il s’agit d’« un commando de femmes télé­com­man­dées depuis la Syrie par l’Etat isla­mique », a déclaré le procu­reur de Paris François Molins, lors de sa confé­rence de presse vendredi soir, à propos de celles qui ont voulu commettre un atten­tat à Paris, près de la cathé­drale Notre-Dame.

Samedi 10 septembre au matin, ce sont 7 suspects qui étaient en garde à vue, parmi lesquelles les 3 membres du commando. C’est à Boussy Saint-Antoine, Essonne, que trois des suspectes, Inès M., Amel S. et Sarah H., ont été arrê­tées, non sans résis­tance.

Inès M., 19 ans, la meneuse

L’enquête en cours, depuis la décou­verte de la Peugeot 607 remplie de bonbonnes de gaz près de la cathé­drale pari­sienne, a d’abord permis de remon­ter jusqu’à Inès M. 19 ans. Fichée S, décrite comme « très radi­ca­li­sée », la jeune fille n’était pas rentrée au domi­cile fami­lial depuis plusieurs jours. C’est elle qui était en posses­sion des clés du véhi­cule piégé, appar­te­nant à son père.

Dans son sac à main, se trou­vait un docu­ment manus­crit, serment d’al­lé­geance à l’Etat isla­mique et à son calife, Abu Bakr al-Bagh­dadi. Selon la police belge, elle entre­te­nait des contacts avec plusieurs personnes mis en cause dans les atten­tats de Paris et Bruxelles.

Amel.S., mère de famille « discrète » mais déter­mi­née

Inès M. a été arrê­tée en compa­gnie de Amel H., mère de famille de 39 ans. C’est à son domi­cile qu’I­nès se rendait en compagne de la 3ème. Mère de 4 enfants dont une fille de 15 ans, égale­ment arrê­tée à Clichy-sous-bois, Amel S déte­nait, à son domi­cile, situé dans un quar­tier calme de cette petite commune de l’Es­sonne, trois couteaux et un shocker, 7 bouteilles de verre vides, du papier pouvant servir de mèche. Dans sa voiture, deux bidons de 5 litres vides, mais portant des traces de gasoil.

Mère de famille décrite comme discrète, quoique peu souriante, elle aurait glissé dans le radi­ca­lisme il y a 2 ou 3 ans, troquant ses tenues coquettes contre des vête­ments bien plus couvrants.

Sarah H. conver­tie, promise ultra­vio­lente

Quant à Sarah H., 23 ans, elle est la troi­sième membre du commando. Fana­ti­sée, « très forte­ment liée à la mouvance djiha­diste, cette femme née dans une famille catho­lique à Lisieux s’est conver­tie très jeune à l’is­lam sala­fiste. Son nom appa­raît dans tous les dossiers d’at­ten­tats menés ces derniers mois, notam­ment via des projets de mariage. Promise à Larossi Abdal­lah, assas­sin du couple de poli­ciers de Magnan­ville, en juin, Sarah H. aurait égale­ment été promise à Adel Kermiche, l’un des assas­sins du père Hamel, dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, en Norman­die, et à Moha­med Lamine A., jeune radi­ca­lisé de 22 ans et frère d’un complice de Larossi Abdal­lah. Le fiancé a égale­ment été arrêté, aux Mureaux, en Yvelines. Lors de son inter­pel­la­tion, Sarah. a violem­ment blessé un poli­cier à l’épaule à l’aide d’un couteau en hurlant, avant d’être neutra­li­sée par un autre poli­cier.

Ornella G. candi­date au djihad

Les quatre autres personnes gardées à vue ce samedi, avec les 3 femmes du commando sont la fille d’Amel S,  ainsi qu’Or­nella G., 29 ans. Arrê­tée dans le Vaucluse en compa­gnie de son conjoint, la jeune femme aurait aidé à prépa­rer l’at­ten­tat avorté de Notre-Dame, ses empreintes ayant été retrou­vées dans le véhi­cule piégé. Domi­ci­liée dans une petite commune près de Montar­gis, dans le Loiret, Ornella G. aurait été en rela­tion avec des proches d’Hayat Boumed­diene, compagne du tueur de l’Hyper Cacher, Amedy Couli­baly. Hayat Boumed­diene aurait, depuis la mort de son mari, réussi à quit­ter la France pour rejoindre la Syrie.

Gardées à vue et enten­dues par les enquê­teurs à Leval­lois-Perret, les 6 femmes et leur complice, compa­gnon d’Or­nella G., sont donc en lien avec tous les auteurs d’at­ten­tat ou suspects tris­te­ment célèbres dont le nom appa­raît dans les affaires terro­ristes. Leur soudaine média­ti­sa­tion met surtout en lumière le rôle de plus en plus impor­tant des femmes dans la mouvance terro­riste et djiha­diste. Plus rigo­ristes dans la pratique reli­gieuse, elles sont souvent celles par qui la radi­ca­li­sa­tion arrive dans un foyer, selon les experts, et n’at­tendent, sous leur voile inté­gral, que l’oc­ca­sion de prou­ver leur déter­mi­na­tion…

Voir de même:

Société
Affaire Merah: Le frère de Mohamed Merah mis en examen et incarcéré
Alors que sa compagne a été libérée..
20 minutes avec Reuters

25.03.2012

Le frère aîné de Mohamed Merah, l’auteur des tueries de Montauban et Toulouse, a été mis en examen dimanche pour «complicité d’assassinats», notamment, et placé en détention. Abdelkader Merah, âgé d’une trentaine d’années, est visé par les chefs de «complicité d’assassinats», «association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme» et «vol en réunion» pour le vol du scooter qui a servi à Mohamed Merah pour l’exécution de ses crimes.

Le parquet de Paris avait ouvert dimanche matin une information judiciaire pour ces trois chefs, déclarant dans un communiqué disposer d’«indices graves ou concordants» à l’encontre d’Abdelkader Merah. Quatre juges antiterroristes ont été saisis de l’affaire. Le lieu d’incarcération d’Abdelkader Merah n’a pas été précisé. Son avocate Me Anne-Sophie Laguens, commise d’office, a déclaré à la presse qu’il condamnait les actes de son frère cadet, abattu par les policiers du Raid jeudi dernier à Toulouse, et qu’il espérait ne pas devenir le bouc émissaire de cette affaire sans précédent en France.

Fiché comme intégriste religieux
«Il y a eu des fuites dans la presse qui étaient fausses, à savoir qu’il aurait dit qu’il était « fier » des actes de son frère. Il tient aujourd’hui à bien exprimer le fait que c’est faux», a-t-elle rapporté. «Il les condamne fermement. Il a un peu l’impression que comme on n’a pas pu faire le procès de son frère qui n’est plus là aujourd’hui, peut-être qu’on se reporte sur la seule personne qu’on a». Fiché en France comme un intégriste religieux, il avait été inquiété pour sa participation présumée à une filière d’acheminement de djihadistes en Irak il y a quelques années, sans être mis en examen.

Abdelkader Merah avait été interpellé mercredi avec sa compagne à leur domicile d’Auterive, à 40 km de Toulouse, et transféré samedi matin à la sous-direction antiterroriste (SDAT) à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), près de Paris. Il avait été transféré au palais de justice de Paris dimanche matin après une garde à vue de 96 heures, durée maximale autorisée en matière d’affaires de terrorisme. Sa compagne a pour sa part été libérée vers 4h30, a-t-on appris auprès de son avocat toulousain, Me Guy Debuisson, qui assure que la jeune femme ignorait tout de la double vie présumée d’Abdelkader Merah.

A ce stade de l’enquête, aucune charge ne peut être retenue à l’encontre de Zoulikha Aziri, la mère des frères Merah dont la garde à vue avait été levée vendredi soir à Toulouse, et de la compagne d’Abdelkader Merah, a indiqué le parquet. Il a reconnu sa complicité dans le vol du scooter Yamaha T-Max tout en niant être au courant des projets meurtriers de son frère cadet, a-t-on ajouté de même source.

D’autres complicités?
Les enquêteurs cherchent à déterminer si Mohamed Merah a bénéficié d’autres complicités. La justice a la conviction que Merah était seul lors des tueries mais l’enquête doit déterminer s’il a agi pour le compte d’une organisation et s’il a bénéficié d’un soutien logistique. Sans emploi, Mohamed Merah disposait de nombreuses armes, avait effectué plusieurs voyages à l’étranger et loué deux voitures fin février en vue de perpétrer d’autres attentats, selon une source policière citée par Le Journal du Dimanche.

Selon un compte rendu publié dans le JDD, des échanges via talkie-walkie que Mohamed Merah a eus avec les policiers du Raid, le jeune homme affirmait avoir agi seul après avoir été entraîné par un instructeur unique au Waziristan, région pakistanaise limitrophe de l’Afghanistan. Il disait ne pas avoir confiance en son frère. Le directeur de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), Bernard Squarcini, a déclaré qu’Abdelkader Merah avait effectué plusieurs séjours au Caire pour suivre des cours dans une école coranique.

Les taliban pakistanais (TTP) ont affirmé dimanche à Reuters par la voix d’un porte-parole que Mohamed Merah avait subi un entraînement dans un camp du groupe islamiste au Waziristan. Selon une source policière, la mère du tueur a épousé le père d’un homme qui appartenait à un groupe de l’Ariège dont les membres ont été condamnés pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste» en 2009. Les services de police auraient mis en évidence à partir de 2008 les liens entre les frères Merah et ce groupe, hébergé par un chef religieux autoproclamé, un Français né en Syrie surnommé «l’émir blanc».

Voir de plus:

Ce que l’on sait des trois femmes qui voulaient commettre des attentats en région parisienne
RT
9 sept. 2016

Après leur arrestation à Boussy-Saint-Antoine dans l’Essonne, le profil des trois femmes qui projetaient des attentats en plein Paris commence à se dessiner et leurs revendications à être découvertes.

Elles voulaient venger le ministre des attentats de Daesh

En commettant un attentat en plein Paris, les trois femmes voulaient venger la mort d’Abou Mohamed Al Adnani, désigné comme le «ministre des attentats» de Daesh. Ce dernier a été tué en Syrie par une frappe russe fin août. Son décès a été confirmé au début du mois de septembre.

Le procureur de la République de Paris, François Molins a d’ailleurs indiqué en conférence de presse le 9 septembre que le commando avait été «téléguidé» par des djihadistes de Daesh depuis la Syrie.

Elles étaient sur le point de commettre un attentat, avorté de justesse

Agées de 39, 23 et 19 ans, les trois femmes «radicalisées, fanatisées […] préparaient vraisemblablement de nouvelles actions violentes et de surcroît imminentes», a déclaré le 8 septembre le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve.

Le projet d’attentat des trois femmes a échoué durant le week-end du 3-4 septembre mais leur détermination était certaine. Si la voiture remplie de bonbonnes de gaz n’a pas été utilisée comme prévu initialement, ce serait, selon les enquêteurs, uniquement dû à une dispute survenue entre les trois jeunes femmes juste avant de passer à l’acte.

Elles auraient en effet garé le véhicule qu’elles auraient finalement abandonné avant de prendre la fuite. Cependant, cette hypothèse n’étant pas confirmée, rien pour le moment ne permet d’affirmer clairement les raisons de leur renoncement ni de connaître les causes de leur possible dispute qui a finalement contribué à éviter un véritable carnage dans ce quartier particulièrement fréquenté de la capitale.

Par ailleurs, selon une information publiée par Le Figaro, un torchon brûlé a été retrouvé à bord – un dispositif de mise à feu artisanal qui n’aurait pas réussi à faire exploser les bouteilles de gaz. Le parquet antiterroriste et la DGSI avaient, dans la foulée, été saisis.

Elles avaient prêté allégeance à L’Etat islamique

Au moment de leur interpellation, l’une des femmes, Inès Madani, a sorti un couteau avant de blesser légèrement un policier. Celle-ci a finalement été maîtrisée grâce à une intervention armée du RAID.

Plus tôt, la jeune-femme avait pris le temps d’écrire une lettre d’adieu à sa mère qu’elle a laissée sur place. Elle avait également, comme tous les terroristes de Daesh, pris le soin de garder sur elle une autre lettre, dans laquelle elle prêtait allégeance à l’Etat islamique.

Des gares parisiennes dans leur viseur

Les trois femmes étaient arrivées à un tel niveau de fanatisme qu’elles voulaient frapper à l’aveugle et à tout prix. Selon les policiers qui les surveillaient, elles voulaient s’en prendre à des gares, en l’occurrence la Gare de Lyon à Paris, ainsi que celle de Boussy Saint-Antoine – la ville de leur arrestation.

Elles connaissaient Hayat Boumeddiene

Certaines des femmes arrêtées connaissaient Hayat Boumeddiene, la compagne d’Amedy Coulibaly, le terroriste de l’Hyper Cacher, annonce RTL. Pour le moment, la nature des liens qu’elles entretenaient n’est pas connue.

Le père de l’une d’elle connu pour prosélytisme

Le propriétaire de la voiture, père de Inès Madani, connu pour des faits anciens de prosélytisme islamiste, a été relâché le 6 septembre au soir à l’issue de sa garde à vue, les policiers s’étant focalisés sur la recherche de deux de ses filles.

Inès Madani déjà connue des autorités belges

Le nom d’Inès Madani, 19 ans, interpellée jeudi soir dans des conditions mouvementées dans le cadre de l’enquête sur les bonbonnes de gaz découvertes à proximité de Notre-Dame de Paris, «apparaît dans un dossier du Parquet fédéral» belge, spécialisé dans les affaires de terrorisme, a affirmé vendredi la télévision belge RTBF.

«Selon nos informations, Inès Madani entretenait des contacts avec des Belges radicalisés issus de la région de Charleroi (sud), des Belges dont le nom se trouvait sur la liste de l’Ocam (l’Organe belge de coordination de l’analyse de la menace) comme des candidats potentiels au départ en Syrie. Certains ont depuis été arrêtés», a expliqué la chaîne publique francophone, sans citer de source

«Pas question ici chez nous (en Belgique) de projet d’attentat, mais Inès Madani semblait remplir un rôle de recruteuse et de facilitatrice pour ces départs. Elle aurait pu faire profiter les Belges de ses compétences», a assuré la RTBF, en estimant que «les connexions entre les deux pays ne sont, une nouvelle fois, pas étonnantes».

Voir par ailleurs:

First on CNN: ISIS planned for more operatives, targets during Paris attacks

Scott Bronstein, Nicole Gaouette, Laura Koran and Clarissa Ward, CNN Investigations

September 5, 2016

ISIS planned for more operatives during Paris attacks

The sophisticated ISIS network that plots foreign strikes had planned for the carnage in the November 2015 Paris attacks to be far worse, to occur in other European countries as well and, investigators believe, had planned to follow them up with strikes in several locations, CNN has learned.

CNN has obtained thousands of pages of documents and photos from internal European investigations and gathered information from sources close to the Paris investigation that together provide new details about the highly organized terror group intent on attacking overseas targets.

These documents reveal new information about two captured operatives who investigators believe intended to attack France. They also point, chillingly, to the existence of another suspected terrorist — never before named publicly — who authorities claim is linked to the Paris terror cell and was on the loose in Europe for months after that attack. That man, identified by authorities as Abid Tabaouni, was only arrested in July.
And the documents shed new light on the highly organized branch of ISIS devoted to plotting attacks inside Europe where, even now, sources told CNN, operatives await instructions from senior handlers in Syria.
« ISIS is increasing its international attack planning, » said Paul Cruickshank, a CNN terrorism analyst who contributed to CNN’s investigation and editor of CTC Sentinel, a publication issued by the Combating Terrorism Center at West Point. « It’s increasingly sophisticated in the way it does this. It’s set up an intricate, logistical support system for these terrorists … to launch these terrorist attacks. »
A CNN team spent months going through 90,000 pages of documents, most of them in French, that included a trove of interrogations, investigative findings and data pulled from cell phones offering insight into the external operations wing of ISIS known as the Amn al-Kharji.
The documents show:
  • a fuller portrait of the suspected terrorists’ extensive use of social media platforms such as Viber, Telegram and WhatsApp, many encrypted for secure communication. One app let them pick their own phone number, allowing them to disguise who was calling them and from where.
  • how ISIS handlers protect their missions by: giving operatives only as much information and money as they need to reach the next phase; contacting them on each leg of their journey; and insisting on pseudonyms, even within teams.
  • how the suspected terrorists constantly exchanged logistical advice with others in their network, including whether or not to use real names at border crossings and how to sneak across those borders illegally. One tip was to hide in train restrooms.
A senior European counter-terrorism official who spoke to CNN said that according to investigations into the network that carried out the Paris attacks, they were a slimmed-down version of an even more ambitious plan to hit Europe.
After interrogating suspects and gathering intelligence, European investigators now believe that ISIS initially planned for the operatives it sent last year to also attack the Netherlands, as well as other targets in France including shopping areas and possibly a supermarket in Paris, the official said.
In addition, recently obtained intelligence indicates that ISIS has stepped up efforts to infiltrate operatives into the UK to launch attacks there, an official told CNN.
The senior European counter-terrorism official told CNN that security services were « uncovering more and more ISIS operatives » on continental European soil. ISIS operatives dispatched back to Europe have taken advantage of encryption, especially the Telegram messenger app, to communicate securely, the official told CNN, frustrating European security services.
« Encrypted messaging groups have the potential to revolutionize terror plot planning by allowing entire cells to coordinate in real time without compromising themselves, » said CNN terrorism analyst Paul Cruickshank.
Europe’s security agencies have had important successes, though. One major breakthrough was the capture of two men who authorities believe intended to travel to France alongside the two suicide bombers who eventually blew themselves up outside a Paris stadium.

Investigators: Two ISIS attackers who never reached France

 Those two suspected ISIS operatives are identified in the documents as Algerian-born Adel Haddadi and his Pakistani travel partner, Muhammad Usman.
Documents that detail their capture and extensive interrogations, particularly with Haddadi, show how ISIS supported the attackers throughout their journey from Syria through Europe — and how future attacks might be organized. The following account of their journey to Europe is based on those documents, which include evidence gathered by investigators, and their conclusions.
Haddadi and Usman, who was identified by investigators as a suspected bombmaker for the Pakistani terror group Lashkar-e-Taiba, set out from the capital of the self-declared ISIS caliphate in Raqqa, Syria, six weeks before the Paris attacks.
They were part of a team, investigators concluded. The two others, Ahmad al-Mohammad and Mohamad al-Mahmod, would later blow themselves up outside the national stadium in Paris. The team crossed the border from Syria into Turkey in early October and headed for the Turkish coast.
The four men didn’t seem to know each other’s real names, or what their final mission would be. All Haddadi knew, he later told interrogators, was that they were being sent to France to do « something for the good of God. »
The documents show that their journey was directed by a shadowy ISIS leader in Syria, known only as Abu Ahmad. Operating like a puppet-master from afar, Abu Ahmad handled their logistics: connecting them with smugglers and cars for transport, providing pre-programmed cell phones and getting them fake Syrian passports.
He wired them money as they moved, using intermediaries who couldn’t be traced, and communicated using encrypted apps.
« Abu Ahmad … is key in sending those individuals, at least the foreigners, into the Paris attacks, » said Jean-Charles Brisard, president and chairman of the French Center for the Analysis of Terrorism, who reviewed the documents for CNN.
« He is the one who recruited them, who funds them, who trained them, » said Brisard. « He was always in contact with them. »
Throughout their journey, Abu Ahmad gave the men only enough money and information to get to the next stop, rarely if ever telling them what would happen next, the documents show.

Posing as Syrian refugees

The documents reveal fresh details about their journey and the way they posed as Syrian refugees, blending in with thousands fleeing the war-torn country.
They made the treacherous crossing from Izmir, Turkey, into Greece in a boat filled with dozens of refugees. But they were then intercepted by the Greek Navy.
The two who would go on to strike the Paris stadium passed through Greece and started moving across Europe toward their target in France. Greek officials declined to explain how the two got through.
But Greek authorities discovered Haddadi and Usman’s fake Syrian passports. The pair were arrested, their money was taken, and they were held for nearly a month.
Sources told CNN that investigators believe that delay was significant; as a result, they would not have a chance to become part of the Paris attacks.
The Greeks released Haddadi and Usman in late October. They immediately contacted their ISIS handler, Abu Ahmad, who arranged for someone to wire them 2,000 euros. Flush with cash, the pair continued along the refugee route.
It was likely a quiet journey.
The documents show that Usman spoke only Urdu, while Haddadi spoke mostly Arabic. And as they travelled north, Usman was preoccupied with a strikingly un-Islamic hobby — using his phone to peruse almost two dozen X-rated sites, including « sexxx lahur » and « Pakistani Lahore college girls … ImakeSex. »
Both men’s phones have given European officials rich investigative veins to mine, revealing dozens of contacts across Europe and the Middle East.
One of the people Haddadi reached out to for help was a technician at one of the most important nuclear research centers in Europe. That man was placed under immediate observation by French authorities, the documents show.
Data pulled from the phones also revealed how the operatives functioned both with extreme care and sometimes, seemingly, by the seat of their pants. In one exchange, Haddadi asks a contact for advice about what to do at a border crossing and whether a friend should use his real name. The friend is so worried about this, Haddadi gripes that he’s « driving me crazy. »
Other online conversations, notably with Abu Ahmad, are clearly in code. One message investigators pulled from Haddadi’s phone shows the ISIS handler counseling patience, though the exact meaning of his message isn’t clear. « Yes, but not yet, » it reads, « the drugs are not good. »
On November 14, the day after the Paris attacks, Haddadi and Usman arrived in Salzburg, Austria, applied for asylum and settled into one of the city’s refugee centers, where they waited for weeks.

Investigators: Planning for another strike

They were waiting with a purpose, according to the documents.
European investigators concluded that Haddadi and Usman were part of the same terror cell as the Paris bombers and, having failed to participate in that bloody day, were planning another strike.
Investigators found that in the days before their arrest, Haddadi and Usman were researching trains to Paris and making a flurry of phone calls overseas, including to contacts in Belgium and France.
The documents also reveal that investigators believe that Haddadi and Usman were waiting for a third man to join them — Abid Tabaouni.
Tabaouni’s name and his alleged role have never before been made public.
As investigators grilled Haddadi and pored through data they collected from cell phones, they asked European police to issue a continent-wide warrant for Tabaouni’s arrest.
Like Usman and Haddadi, Tabaouni traveled from Syria along the refugee route, arriving in Salzburg on December 10. He headed to the refugee center where Haddadi and Usman were staying.
The documents outline what happened next: The very day that Tabaouni arrived, Austrian security officials thundered into the center, arresting Haddadi, Usman and a few others suspected of being connected to the Paris attackers.
Tabaouni was nowhere to be seen. But investigators found his cell phone charging right beside Haddadi’s bed.
The documents show that Tabaouni had programmed into his phone a number linked to the terror cell of the ringleader of the Paris attacks, Abdelhamid Abaaoud. He had also saved a photo of ISIS fighters standing before their black-and-white flag.
Haddadi denied knowing Tabaouni, but investigators found Tabaouni had saved Haddadi’s phone number in his contacts. The phone also contained a photo taken just 30 minutes before security officials stormed the refugee center. It shows Tabaouni sitting on a bed in between where Haddadi and Usman slept.
The investigators lay out in the documents their belief that Tabaouni was coming to join Haddadi and Usman and that the three men were working on ISIS operations and planning possible attacks.
CNN sources and analysts agree about Tabaouni’s likely role.
« We can assume that Tabaouni was also part of the same plot, » said Brisard, the French terror expert. « And (that he) was instructed to carry out an attack. »
From the moment he slipped away in December, Tabaouni was a wanted man, according to several CNN sources.
An arrest is made
 The Belgian prosecutor’s office told CNN that Tabaouni, who is Moroccan, was only arrested in Brussels in July. He was taken into custody as soon as he was located, according to a senior European terrorism official. Following the publication of an earlier version of this story, Austrian media, citing prosecutors, have reported that Tabaouni has been extradited to Austria.
Haddadi and Usman were extradited to France, where they face terrorism charges, according to senior European counterterrorism sources, who also say they will be trying to tie Tabaouni to Haddadi and Usman and the Paris attackers.
While he was on the loose, Tabaouni was openly using a Facebook account that is identified in the documents by its unique ID number and was publicly posting updates from Belgium, where he was arrested. None of his postings indicate any apparent terrorist leanings or affiliations.
Investigators are now analyzing more than 1,600 pages of data from Tabaouni’s phone in hopes of learning more about his movements and contacts.
Several sources told CNN there are probably more sleeper cells and ISIS operatives coming into Europe using the same crowded, chaotic refugee route exploited by Haddadi, Usman and Tabaouni.
« We’ve seen that in the recent weeks, several of them, individuals who carry out individual attacks, inspired attacks, were coming back from Syria using the same route, » Brisard said.
« In addition to that, several jihadists have been arrested all around in France … in Belgium and Germany using the same route, for the same purpose, » Brisard said.
The treasure trove of information that investigators gained from the interrogations and the data extracted from the phones may help authorities better identify future plotters. Even after the arrests in Austria, Haddadi’s phone was still active.
On December 15, five days after the refugee center raid, the documents show that the team’s ISIS handler, Abu Ahmad, reached out to his operatives. He messaged Haddadi, perhaps wondering about their silence.
« How are you, » he wrote. « What has become of you? »
There was no reply.

Le 11 septembre et l’aveuglement des intellectuels

Les Echos
08/09/2016

Quinze ans après les attentats de New York, il est frappant de relire les commentaires des grands penseurs de l’époque. La nature religieuse du terrorisme était alors presqu’entièrement occultée

Ce week end, à New York, seront commémorés les attentats du 11 septembre 2001. Dans le monde entier, une kyrielle de dossiers, d’émissions et d’articles reviennent sur ces événements et dressent le bilan de ce qui a changé depuis quinze ans, dans leur sillage. Tout le monde, ou presque, s’accorde sur un constat : un pli de l’histoire mondiale s’est constitué ce jour-là, dont nous vivons encore, et pour longtemps, les prolongements. Toutefois, décrypter ce qu’on voit dans le rétroviseur est moins simple. Sur les causes profondes des attentats, les analyses divergent. Et plus encore les interprétations des répliques politiques et militaires, notamment celles de George W. Bush. Dans ce flot de discussions, un point demeure rarement aperçu : la cécité des philosophes. Elle mérite qu’on s’y arrête, et l’interroge.

Relire aujourd’hui les principaux textes consacrés à ces attentats par des philosophes de renom constitue une étrange expérience. De manière prévisible, on y rencontre élaborations sophistiquées, affirmations grandioses ou péremptoires, performances rhétoriques bluffantes. Malgré tout, avec le recul, on ne peut qu’être saisi par un décalage profond entre ces performances virtuoses et la réalité rampante du terrorisme mondialisé que nous vivons à présent quotidiennement. Au fil des ans, un écart frappant s’est creusé entre discours subtils et réalités grossières, propos éthérés et faits massifs.

Le 11 septembre devait être nécessairement considéré comme une énigme. Le philosophe français Jacques Derrida affirmait qu’« on ne sait pas, on ne pense pas, on ne comprend pas, on ne veut pas comprendre ce qui s’est passé à ce moment-là ». Il fallait d’abord récuser les évidences, considérées comme clichés idéologiques ou manipulations médiatiques. Ne parler donc ni de d’acte de guerre, ni de haine de l’Occident, ni de volonté de détruire les libertés fondamentales. Dialoguant à propos du 11 septembre avec Jürgen Habermas, qui centrait alors son analyse principalement sur la politique de l’Europe, Derrida, pour comprendre l’événement, s’attardait sur la notion d’Ereignis (« événement », ou « avenance ») dans l’histoire de l’être selon Heidegger et finissait par proposer une « hospitalité sans condition » (1).

« C’est eux qui l’on fait, mais c’est nous qui l’avons voulu » soutenait pour sa part le sociologue Jean Baudrillard, attribuant aux rêves suicidaires de l’Occident l’effondrement des tours et la fascination des images des attentats. Pour celui voulait mettre en lumière « l’esprit du terrorisme » (2), les « vrais » responsables étaient donc, au choix, les Etats-Unis, l’hégémonie occidentale ou chacun d’entre nous… D’autres se demandèrent aussitôt « à qui profite le crime » et conclurent que ce ne pouvait être qu’à la CIA, préparant ainsi les théories du complot qui firent florès.

Ce ne sont que quelques exemples. Une histoire des lectures philosophiques du 11 septembre reste à écrire. Elle montrerait combien anti-américanisme et anti-capitalisme ont empêché tant d’esprits affutés de voir la nature religieuse du nouveau terrorisme comme les singularités de la nouvelle guerre. S’y ajoutaient la volonté de n’être pas dupe et la défiance envers les propagandes, transformées en déni systématique des informations de base. Les philosophes ont évidemment pour rôle indispensable d’être critiques, donc de démonter préjugés et fausses évidences, mais n’ont-ils pas pour devoir de ne jamais faire l’impasse sur les faits ?

Au lieu de mettre en cause l’empire américain, l’arrogance des tours, le règne des images, il fallait scruter l’islamisme politique, les usages inédits de la violence, l’art terroriste de la communication. Quelques-uns l’ont fait, en parlant dans le désert. Aujourd’hui, il est urgent d’analyser ce qu’impliquent les changements intervenus depuis le 11 septembre. Car ce ne sont plus des symboles, comme les Twin Towers ou le Pentagone, qui sont ciblés, mais n’importe qui vivant chez les « impies » – dans la rue, aux terrasses, au concert, à l’école…. Les terroristes ne sont plus des commandos organisés d’ingénieurs formés au pilotage pour transformer des Boeing en bombes, mais de petits délinquants autogérés, s’emparant d’un couteau de cuisine ou d’un camion. Pour en venir à bout, il va falloir rattraper, au plus vite, le temps perdu à penser à côté de la plaque.

(1)Le « concept » du 11 septembre. Dialogue à New-York (octobre-décembre 2001) de Jacques Derrida et Jürgen Habermas avec Giovanna Borradori .(Galilée, 2004).

(2)Galilée, 2002.

Voir par ailleurs:

Les fratries dans l’histoire

Didier Lett

Historien

Peu étudiées, les fratries sont pourtant bien présentes dans les sources historiques du?roman familial. L’Occident chrétien voit même dans la fraternité la forme idéale du lien social. Plus diversifiées que celles d’aujourd’hui, les fratries d’hier révèlent parfois des similitudes?; les familles recomposées sont ainsi de toutes les époques. La relation entre un frère et une sœur, aussi proches que différents soient-ils, est la forme du lien fraternel qui fascine entre toutes.

1

Dans les mythologies antiques et chrétiennes, la tradition orale, les proverbes ou les contes, on rencontre de très nombreuses histoires et adages dans lesquels le lien entre frères et sœurs joue un rôle central. Ces mises en scène sont souvent l’occasion d’une réflexion sur le thème de l’identité, de l’autre et du semblable, mais aussi sur celui de sentiments exacerbés (de la haine farouche à l’amour excessif). Pourtant, malgré la forte présence de ce lien dans les sources historiques de la pratique comme de la fiction, force est de constater que l’histoire des frères et sœurs est encore balbutiante [1]. Elle s’inscrit dans une histoire de la famille et de la parenté, laquelle est pourtant un champ d’étude très fécond depuis une trentaine d’années. Dans une optique d’anthropologie structurale, les historiens de la parenté ont surtout centré leur attention sur la filiation et l’alliance, et les frères et les sœurs apparaissent comme les «?parents pauvres?» du roman familial. Or, on ne peut expliquer le silence des historiens sur le sujet par la pauvreté des sources. Il suffit d’observer les trajectoires des legs testamentaires, les principaux acteurs impliqués lors des transferts patrimoniaux ou auprès des miraculés dans la documentation hagiographique, les sentiments mis en scène dans la littérature, les journaux intimes, les correspondances, etc., pour se convaincre que les fratries sont bien présentes dans l’histoire.

2

Nous rappellerons d’abord que, dans les sociétés anciennes qui connaissent une très faible espérance de vie, la coexistence entre frères et sœurs se révèle plus fréquente que celle entre parents de générations différentes. Dans ces contextes de forte mortalité, la disparition précoce du père et de la mère ou du conjoint tend à renforcer les liens fraternels. Cette situation s’observe au moins jusqu’à la «?révolution démographique?», c’est-à-dire avant que l’Europe ne connaisse une baisse de la mortalité, puis de la fécondité, un phénomène qui en France s’amorce dès le début du XIXe siècle. Par ailleurs, la société occidentale chrétienne valorise à l’extrême le lien fraternel. Par son incarnation, le Christ se présente comme le frère aîné des chrétiens. Il est, comme l’écrit saint Paul, «?le premier né d’une multitude de frères?» (Épître aux Romains 8, 29). Dans l’Occident chrétien, la fraternité représente la forme idéale du lien social : les chevaliers se lient par une fraternité d’armes et les moines se vivent tous comme des frères, dans un rapport d’égalité à l’égard de l’abbé, père du monastère. À partir du XIIIe siècle, ce courant de fraternité religieuse s’accentue encore avec le mouvement des ordres mendiants, dont les membres sont des «?frères?», et l’essor des confréries. Le vocabulaire de la fraternité se retrouve plus tard chez les francs-maçons (les «?frères trois points?»), les Poilus de 1914-1918 qui, au sortir de la Grande Guerre, évoqueront la «?fraternité des tranchées?». Il occupe aujourd’hui les frontons de nos mairies. Le langage de la germanité déborde donc largement son champ d’application initiale pour s’étendre à d’autres formes de liens, toujours très positifs. C’est la raison pour laquelle l’emploi par le chercheur des termes «?fraternel?» ou «?fraternité?» pose problème, le même que nous rencontrons lorsque nous qualifions de «?puérile?» l’activité d’un enfant. C’est pourquoi nous lui préférons le terme plus neutre d’«?adelphique?»?: adelphos signifiant né de la même matrice. Nous pensons par ailleurs que le lexique utilisé par l’historien doit également tenir compte du sexe de la fratrie (mixte ou unisexuée). Il convient en effet de remettre en cause la très forte masculinisation des termes usités, sous couvert de neutralité?; il nous paraît ainsi particulièrement délicat d’utiliser «?fratrie?» pour désigner un ensemble de sœurs [2]. Nous lui préférons, quant à nous, le terme de «?sororie?».

3

Dans cette contribution, je me contenterai d’évoquer quatre points qui me paraissent essentiels : la taille des fratries, le rang dans la fratrie, l’importance très grande des fratries recomposées et la relation entre un frère et une sœur.

Fratries larges ou fratries étroites?

4

Nous imaginons volontiers les groupes de germains d’autrefois comme des fratries très nombreuses. La réalité est-elle vraiment en conformité avec cette image?? Avant la révolution démographique (au début du XIXe siècle), parce que c’est la finalité du mariage et qu’il existe peu de moyens contraceptifs efficaces, le nombre de naissances par famille est très élevé. On sait par exemple qu’au XIIIe siècle, Blanche de Castille, épouse du roi de France Louis VIII et mère du futur Saint Louis, a accouché de douze enfants. Dans les deux derniers siècles médiévaux, les Florentines, mariées entre 15 et 19 ans et vivant au moins jusqu’à la fin de leur période de fécondité, ont onze enfants en moyenne (Klapisch-Zuber, 1988, p. 46). Les intervalles intergénésiques sont donc très courts. Mais, parallèlement à toutes ces naissances, beaucoup de nouveau-nés meurent?: on considère que le taux de mortalité infantile est de l’ordre de deux cents à quatre cents pour mille. Devant ces très forts taux de natalité et de mortalité, les historiens démographes s’accordent aujourd’hui pour dire que les fratries d’Ancien Régime, en moyenne, ne comportent pas beaucoup de membres. Les fratries occidentales «?traditionnelles?» se composent donc de deux à quatre enfants, en moyenne. Cela n’empêche pas qu’il existe des fratries beaucoup plus nombreuses lorsqu’elles sont épargnées par la mort. Avant le XIXe siècle, les fratries se différencient donc de celles d’aujourd’hui, surtout par leur plus grande diversité plus que par leurs effectifs. Si, lors d’une épidémie, la mort emporte plusieurs frères et sœurs à des âges très voisins, la fratrie peut apparaître comme «?coupée en plusieurs morceaux?». Le démographe Hervé Le Bras en arrive à se demander si, à cause de cette très forte mortalité, on peut parler de fratrie pour les époques anciennes. «?Il y a des liens entre frères et sœurs, écrit-il, mais il n’y a pas vraiment de constellation d’ensemble qui soit assez stable?» (Le Bras, 1981, p. 28).

5

Il faut attendre l’extrême fin du XVIIIe siècle, et surtout le XIXe siècle, pour assister à un recul généralisé de la mortalité en Occident. Dans la mesure où, pendant quelques temps encore, et surtout dans les familles populaires et catholiques n’utilisant pas ou peu de moyens contraceptifs, la natalité est restée élevée, le nombre d’enfants vivant au sein d’une même famille s’accroît considérablement. C’est sans aucun doute à cette époque que l’Europe a connu les fratries les plus nombreuses, pour assister ensuite, on le sait, à une nouvelle et forte diminution au cours du XXe siècle.

La place dans la fratrie?: aînés, cadets, benjamins

6

Au moins jusqu’aux IXe-Xe siècles, prévaut une relative égalité des enfants mâles face aux règles de transmission des biens (l’héritage) et des fonctions (la succession). Dans l’ensemble des lois barbares (code d’Euric, loi Gombette, loi salique, édit de Rothari, loi des Alamans, loi des Bavarois, etc.), l’habitude est de diviser l’héritage paternel en autant de parts qu’il existe d’enfants mâles. Certaines législations permettent aux filles de la fratrie d’obtenir une part du patrimoine familial à la seule condition qu’il n’y ait plus de mâles vivants en position d’hériter.

7

Puis se met en place, entre les Xe et XVIIIe siècles (avec quelques nuances car les systèmes égalitaires persistent encore dans certaines régions), le système de la primogéniture?: les parents octroient à un seul héritier la majeure partie du patrimoine foncier et mobilier pour éviter que celui-ci ne se disperse et ne s’émiette de génération en génération. Le droit d’aînesse se retrouve dans la transmission des biens symboliques. À partir du Xe siècle, dans les milieux aristocratiques (ceux qu’éclaire majoritairement la documentation), l’aîné reçoit un prénom puisé dans la branche patrilinéaire, marqueur onomastique fortement porteur de mémoire familiale et lignagère. Ce choix explique pourquoi un prénom se répète sur plusieurs générations pour désigner le chef du lignage.

8

Ainsi, la famille des Lusignan, de moyenne noblesse, a été dirigée par des Hugues pendant huit ou neuf générations successives entre 960 et 1200. Les ducs d’Aquitaine ont tous été des Guillaume entre 935 et 1136, et les comtes d’Anjou, des Foulques ou des Geoffroy, comme si le prénom était porteur d’autorité, générateur d’un charisme permettant d’occuper une fonction. Le triomphe de l’aîné mâle s’accompagne souvent de l’exclusion des cadets et des filles dotées. Attesté dès le Xe siècle dans les milieux aristocratiques, le principe de «?l’exclusion pour cause de dot?» (exclusio propter dotem) gagne rapidement les habitudes roturières. Durant les derniers siècles médiévaux et l’époque moderne, les pères rappellent souvent dans leur testament que leurs filles ont déjà reçu leur part en dot et qu’elles ne peuvent plus prétendre à une partie de l’héritage.

9

Dans la fameuse nuit du 4 août 1789 est proclamée l’abolition de tous les privilèges. Il fallait donc que les révolutionnaires appliquent ces principes à la famille et suppriment le droit d’aînesse et l’exclusion des filles. La structure familiale doit être, à l’échelle de chaque individu, comme un microcosme de la nation tout entière et doit aussi, par conséquent, refléter l’égalité. Lors d’une réunion à la Constituante, Mirabeau s’écrie : «?Il n’y a plus d’aînés, plus de privilégiés dans la grande famille nationale?». Mais les lois nationales sont une chose, la réalité juridique en est une autre. La nouveauté d’une loi ne doit pas masquer la permanence des comportements, d’autant moins que le Code civil (1804) vient nuancer quelque peu l’égalité révolutionnaire. Au moins jusqu’au milieu du XXe siècle, cette unique législation égalitaire nationale n’a pas empêché la diversité des systèmes d’héritage dans les sociétés rurales. Les parents et les familles ont inventé des stratégies pour détourner la relative égalité du Code civil, de façon particulièrement nette en France du Sud et du Centre où le droit d’aînesse séculaire n’a pas vraiment été mis à mal (Collomp, 1994, p. 157-167). Désormais, en France, ni le sexe ni le rang dans la fratrie n’ont, en droit, d’incidence sur le montant de l’héritage.

10

Cependant, n’allons pas trop rapidement conclure à une stricte égalité des frères et des sœurs car, en pratique, on se rend compte qu’en milieu rural l’attribution de l’exploitation va prioritairement aux garçons. Celui qui a pris en charge les vieux parents se voit aussi souvent avantagé, prérogative parfois reconnue et acceptée par les autres membres de la fratrie.

Fratries recomposées

11

Les sociologues contemporains ont attiré notre attention sur le phénomène des familles recomposées. La fréquence des séparations et des divorces, dans l’Europe de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle, multiplie en effet le nombre de «?demi-frères?» et de «?demi-sœurs?». Ce phénomène n’a rien de nouveau. Malgré les difficultés et les réticences et interdictions ecclésiastiques, il arrivait également autrefois que des couples se séparent. Les Coutumes de Beauvaisis de Philippe de Beaumanoir, rédigées vers 1283, consacrent ainsi un chapitre entier aux différentes formes d’animosité qui peuvent exister au sein de la cellule conjugale et aux raisons qui mettent parfois fin à cette union. Quelques articles examinent le sort des enfants en cas de séparation et stipulent que si les époux ont plusieurs enfants de plus de 7 ans, ils s’en partagent la garde par moitié. Par contre, si leur union n’a donné naissance qu’à un seul enfant de plus de 7 ans, le père en aura la garde s’il le souhaite, auquel cas la mère doit participer à sa «?nourriture?» par moitié. Si les frères et sœurs n’ont pas atteint l’âge de 7 ans, la garde doit en être confiée à la mère et c’est au père de «?payer la moitié de leur raisonnable subsistance?» (Philippe de Beaumanoir, 1899-1900, chap. LVII, article 1639). On voit ainsi qu’au Moyen-Âge, l’âge de raison (aetas discretionnis) et la taille de la fratrie sont deux éléments déterminants pour orienter la trajectoire d’un enfant à la suite de la séparation de ses parents?: il vivra, selon les cas, avec son père ou avec sa mère, séparés ou non de ses frères et sœurs. Les parents désunis, parfois encore jeunes, pourront procréer à nouveau (même si ces nouvelles naissances ne sont pas légitimées) et offrir ainsi, aux enfants du premier lit dont ils ont la garde, des «?demi-frères?» ou des «?demi-sœurs?».

12

Toutefois, la recomposition des fratries d’autrefois tient essentiellement à la fréquence de la mort d’un des deux parents et du remariage de celui ou celle qui survit. Dès l’Antiquité, aux côtés du divorce et de l’adoption, la mortalité joue un très grand rôle dans l’origine de la recomposition des familles, et beaucoup d’enfants sont élevés par des personnes autres que leurs géniteurs. Au Moyen Âge, on sait que de très nombreux mariages ne dépassent pas une durée de dix à quinze ans à cause du décès d’un des deux conjoints. Au XVIIIe siècle, dans la région parisienne, 30 à 40?% des mariages célébrés sont des unions dans lesquelles l’un des deux conjoints au moins est veuf (Baulant, 1972, p.?968). Dans ce contexte démographique, rares sont les «?familles achevées?» (considérées comme telles par les démographes lorsqu’il ne peut plus y naître d’enfants, soit parce que l’un des deux conjoints est mort, soit parce que la femme a dépassé l’âge de 50 ans). Au hasard des morts, des naissances et des remariages, la cellule familiale d’autrefois apparaît donc très mouvante : de très nombreux enfants ont vécu avec des garçons et des filles issus d’un autre lit que le leur. Il peut arriver qu’un scripteur différencie les «?frères germains?» (nés de mêmes parents) des «?frères consanguins?» (nés du même père) et des «?frères utérins?» (nés de la même mère), mais cela est rare. On trouve également parfois, dans la documentation, les termes latins désignant les germains, soror et frater, flanqués de germanus ou de carnalis. Lorsque ces adjectifs n’apparaissent pas, il faut sans doute considérer les termes de «?frère?» et de «?sœur?» dans une large acception?: l’ensemble des enfants nés d’un même père et d’une même mère (siblings en anglais), mais aussi, à cause de la très forte mortalité parentale évoquée plus haut, ceux qui ne partagent qu’un parent biologique et qu’aujourd’hui nous appellerions «?demi-frères?» ou «?demi-sœurs?» (half-siblings). Ces derniers termes sont récents. Ils n’apparaissent sans doute pas avant le XIXe siècle, à un moment où, pour la première fois dans l’histoire, la conjonction d’un taux de mortalité et d’un taux de divorce et de remariage très bas rend nécessaire un vocabulaire nouveau pour désigner un phénomène devenu rare et qui était pourtant très répandu dans les siècles passés. Il est fort probable encore que les termes génériques de soror ou de frater désignent également ceux qui ne sont que des frères et sœurs sociaux, c’est-à-dire qui vivent ensemble comme des frères et sœurs. À cause de la fréquence de la mort des parents, ils se retrouvent sous le même toit sans aucun lien de sang. Cette distance par le sang ne crée pas nécessairement une distance affective entre des enfants amenés à vivre ensemble.

Le lien entre un frère et une sœur

13

Au sein de la fratrie ancienne, il existe une relation très spécifique, fascinante, fusionnelle, parfois ambiguë et productrice de nombreux mythes et récits (comme celle des jumeaux) : celle qui unit un frère et une sœur. Il s’agit d’une relation centrale dans les systèmes de parenté, toujours très positive car, l’un et l’autre devant suivre une trajectoire sociale différente, ils entrent rarement en concurrence. Le lien entre un frère et une sœur possède «?cette caractéristique majeure au niveau de la parenté d’être à la fois une relation de l’identité et une relation de la différence absolue, alors que la relation entre germains de même sexe n’a que la première caractéristique et celle entre mari et femme la seconde?» (Jamous, 1991, p. 225).

14

Voici, par exemple, au XVe siècle, le portrait qu’un Florentin, Giovanni Morelli, dresse dans son Journal de sa sœur aînée, Méa, morte prématurément à l’âge de 23 ans?: «?De taille normale, un teint admirable, fraîche et blonde, très bien faite de sa personne, elle n’était que charme. Entre autres perfections, elle avait ses mains, des mains d’ivoire, si bien faites qu’on les eût dites peintes par Giotto, mains longues, douces, aux doigts allongés, fuselés comme des cierges et terminés par de larges ongles galbés, brillants et vermeils?» (Giovanni di Pagolo Morelli, 1956, p. 178). Au cours de la période médiévale et moderne, il est fréquent qu’un moine, entré au couvent, cherche à préserver la relation entretenue avec sa sœur en lui offrant une règle ou en lui donnant des conseils de vie, qu’elle soit elle aussi devenue nonne ou qu’elle soit restée dans la vie laïque. Césaire d’Arles (vers 470-542) fonde devant les murs de la ville un monastère de religieuses (Saint-Jean d’Arles) qu’il confie à sa sœur pour laquelle il compose la plus ancienne règle féminine d’Occident. Saint Benoît, rédacteur de la règle bénédictine (entre 530 et 560), entretient lui aussi une relation très forte avec sa sœur Scolastique. Un récit rapporte qu’un jour, celle-ci reçoit la visite de son frère. Alors qu’il s’apprête à partir, elle lui demande avec insistance de demeurer la nuit auprès d’elle. Comme il refuse, elle implore le Ciel et se déclenche alors un orage si violent que Benoît est obligé de rester. Jacques de Voragine, un des nombreux hagiographes qui raconte l’événement, écrit : «?Et il en advint ainsi pour qu’ils puissent passer la nuit tout entière en s’édifiant mutuellement dans de saints entretiens?» (1967, p. 244). Ce sont les amants ou les maîtresses qui, en règle générale, prient pour passer une nuit avec l’être aimé. Quant au moine cistercien anglais Aelred de Rievaulx (vers 1109-1166), il rédige pour sa sœur un traité, De institutione inclusarum (De l’institution des recluses), qui a connu un relatif succès au Moyen Âge, dans lequel il n’hésite pas à s’adresser directement à sa sœur, à lui exprimer sa profonde affection et à rappeler des souvenirs d’enfance. Le traité commence ainsi?: «?Voilà déjà bien des années, ma sœur, que tu me réclames une formule de vie. (…) Je suis ton frère, tant par la chair que par l’esprit : comment refuser ? Je réponds donc à tes désirs?» (1961, p. 43). C’est donc bien au nom de leur «?fraternité?» qu’il accepte de rédiger cet opuscule. On sent dans cet écrit d’Aelred une forte jalousie et une volonté notamment de protéger sa sœur des visites intempestives, la réclusion lui apparaissant comme le mode le plus sûr de préservation de l’idéal adelphique. Il l’implore?: «?Je voudrais d’ailleurs que personne ne vînt te rendre visite trop souvent, et que tu ne te livres pas à des confidences avec un hôte trop assidu. En effet, à de trop fréquentes rencontres avec la même personne, la réputation d’une vierge (fama virginis) ne peut que perdre, et sa conscience de même?» (ibidem, p. 59-81).

15

Les correspondances des XIXe et XXe siècles entre un frère et une sœur livrent également de très beaux exemples d’affections adelphiques (Lett, 2009, p.?185-189).

16

* * *

17

Le taux de fécondité n’a cessé de baisser dans les pays européens. En 2010, il se situe en moyenne à 1,53 enfant par femme. Certains auteurs alarmistes vont jusqu’à se demander si les fratries survivront au XXIe siècle. Même en France, où la fécondité est aujourd’hui parmi les plus élevées d’Europe (2,02 en 2011), le taux de renouvellement des générations est à peine assuré et, aujourd’hui, près de la moitié des individus n’ont pas de frère ou de sœur. C’est sans doute en partie cette réduction de la taille moyenne de la fratrie qui explique l’intérêt récent manifesté par les sciences humaines pour l’étude des frères et sœurs. En outre, dans cette période de mutation sociale (avec l’érosion de l’autorité parentale) et de difficultés économiques des dernières décennies, l’entraide horizontale joue un rôle de plus en plus fort, et ce phénomène peut également nous aider à comprendre cette nouvelle valorisation de la fratrie.

Sources

18

? Aelred de Rievaulx, 1961, La Vie de recluse, la prière pastorale, traduit et présenté par Charles Dumont, Paris, Cerf.

19

? Giovanni di Pagolo Morelli, 1956, Ricordi, a cura di Vittore Branca, Florence, éd. Le Monnier.

20

? Jacques de Voragine, 1967, La Légende dorée, Paris, Flammarion, tome?1.

21

? Philippe de Beaumanoir, 1899-1900, Coutumes de Beauvaisis, publié par Amédée Salmon, Paris, éd. A. Picard.


  • ? Bannour W. et Berthier P. (dir.), 1992, Éros philadelphe, frère et sœur, passion secrète, Paris, éd. du Félin, coll. «?Le temps et les mots. Colloque de Cerisy?».
  • ? Baulant M., 1972, «?La “famille en miettes”?: sur un aspect de la démographie du XVIIe siècle?», Annales ESC, juillet-octobre, p.?959-968.
  • ? Buisson M., 2003, La fratrie, creuset de paradoxes, Paris, L’Harmattan, coll. «?Logiques sociales?».
  • ? Collomp A., 1994, «?Le statut des cadets en Haute-Provence avant et après le Code civil?», in Segalen M. et Ravis-Giordani G. (dir.), Les Cadets, Paris, CNRS Éditions, p. 157-167.
  • ? Godeau F. et Troubetzkoy W., 2003, Fratries. Frères et sœurs dans la littérature et les arts de l’Antiquité à nos jours, Paris, éd. Kimé, coll. «?Détours littéraires?».
  • ? Jamous R., 1991, La relation frère-sœur. Parenté et rites chez les Méo de l’Inde du Nord, Paris, École des hautes études en sciences sociales (EHESS).
  • ? Klapisch-Zuber C., 1988, «?La fécondité des Florentines (XIVe-XVIe siècles)?», Annales de démographie historique, p. 41-57.
  • ? Le Bras H., 1981, «?La démographie des frères et sœurs?», in Soulé M. (dir.), Frères et sœurs, Paris, éd. ESF, p. 16-29.
  • ? Lett D., 2005, «?Brothers and Sisters. New perspectives on Medieval Family History?», in Mustakallio K., Hanska J., Sainio H.-L. et Vuolanto V. (dir.), Hoping for Continuity. Childhood, Education and Death in Antiquity and the Middle Ages (Acta Instituti Romani Finlandiae, 33), Rome, p.?13-23 ; 2008, «?Les frères et sœurs, “parents pauvres” de la parenté?» (introduction), in Lett D. (dir.), Frères et sœurs. Ethnographie d’un lien de parenté, Médiévales, n° 54, p. 5-12?; 2009, Frères et sœurs. Histoire d’un lien, Paris, Payot, coll. «?Petite bibliothèque?».
  • ? Poitevin A., 2006, Enfants de familles recomposées. Sociologie des nouveaux liens fraternels, Rennes, Presses universitaires de Rennes (Pur).
  • ? Segalen M. et Ravis-Giordani G. (dir.), 1994, Les Cadets, Paris, CNRS Éditions.
  • ? Vernier B., 1991, La genèse sociale des sentiments. Aînés et cadets dans l’île grecque de Karpathos, Paris, École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

[1]

L’histoire n’a pas été la seule science sociale à négliger l’étude de cette relation. Voir Lett, 2008.

[2]

Certaines langues (l’italien par exemple) ne possèdent pas l’équivalent du mot «?fratrie?», un terme qui en français est très récent?: il apparaît dans Le Petit Robert vers 1970.

Français

Les liens adelphiques sont très présents dans l’histoire et dans la mythologie car, dans les sociétés anciennes, qui connaissent une très faible espérance de vie, la coexistence entre frères et sœurs se révèle plus fréquente que celle entre parents de générations différentes. De plus, la société occidentale chrétienne valorise à l’extrême le lien fraternel. L’article se propose de montrer que la taille de la fratrie n’a pas toujours été large au cours de l’histoire, que le droit d’aînesse s’est imposé tardivement et de manière relative, que les fratries recomposées, en particulier à cause des remariages, ont été très nombreuses et que la relation entre un frère et une sœur est une relation particulièrement valorisée.

Voir enfin:

L’histoire des frères et des sœurs

The history of brothers and sisters

Didier Lett
Clio
p. 182-202

Comme en témoigne la multiplication récente des colloques et des ouvrages collectifs depuis cinq ou six ans, l’histoire des frères et sœurs connaît un très fort développement. Cette partie de l’actualité de la recherche retrace la genèse de ce mouvement et propose un inventaire raisonné des principaux thèmes traités en insistant sur l’articulation entre genre et relations adelphiques. Grâce à l’essor très tardif de cette histoire, la dimension du genre y est relativement présente.

  • 39 « Frères et sœurs du Moyen Âge à nos jours », colloque organisé par le CERHIO et le FRAMESPA, http: (…)
  • 40 Certaines langues (l’italien par exemple) ne possède pas le mot « fratrie », terme qui, en français (…)
  • 41 À ma connaissance, le premier à avoir utilisé et défendu ce terme est Jacques Maître dans ses étude (…)

1En décembre 2011 à Rennes et en mars 2012 à Toulouse se tiendra un double colloque international ayant pour titre « Frères et sœurs du Moyen Âge à nos jours »39. La cinquantaine de contributions retenues a été classée en différents thèmes : la démographie de la fratrie, la fratrie comme ressource, fratries et trajectoires individuelles, solidarités et conflits, fratries et transmission, sentiments et affection, genre et fratrie, fraternité (lien rêvé). Cette manifestation révèle qu’au sein des études portant sur l’histoire de la famille et de la parenté, les relations adelphiques sont devenues aujourd’hui un thème à part entière du paysage historiographique. Même si, comme on le soulignera au cours de ce rapide bilan, l’intérêt des historiens pour les sœurs a été moins fort que celui porté aux frères et que rares sont encore les démarches de genre pour appréhender les liens adelphiques, on assiste à l’adoption d’un vocabulaire qui permet de remettre en cause la très forte masculinisation des termes usités, sous couvert de neutralité et, par conséquent, de tenir compte du féminin autant que du masculin. Ainsi, on a pris acte du fait que l’emploi des termes de « fratrie », « fraternel » ou « fraternité », formés sur la racine latine frater, posaient problème pour désigner ce qui est relatif aux frères et sœurs. C’est pourquoi, les historiens adoptent de plus en plus le mot plus neutre d’« adelphique » (adelphos, signifiant né de la même matrice). De même, lorsqu’ils cherchent à distinguer le sexe de la fratrie (mixte ou unisexuée), ils évitent, pour désigner un ensemble de sœurs, d’utiliser « fratrie »40et lui préfèrent le terme de « sororie »41.

2Dans cette actualité de la recherche, j’aimerais revenir sur la très récente et lente genèse du développement des travaux portant sur l’histoire des frères et sœurs avant de proposer, sans nullement prétendre à l’exhaustivité, un inventaire raisonné des principaux thèmes traités en insistant sur l’articulation entre genre et relations adelphiques.

Un intérêt très récent

  • 42 Pour un bilan historiographique récent sur les travaux des médiévistes, je me permets de renvoyer à (…)
  • 43 Ariès 1973 [1960].

3Comme de très nombreux chercheurs en sciences sociales, les historiens ayant travaillé sur la famille et la parenté, ont été, dans un premier temps, profondément influencés par l’anthropologie structurale des années 1960-1970 et se sont prioritairement intéressés aux relations verticales entre parents et enfants (la filiation) ou à celles, horizontales, entre deux parentés dans le cadre de l’alliance ou entre deux acteurs au sein du couple (relations conjugales). Le lien de germanité est donc resté le parent pauvre de l’histoire de la famille, toutes périodes confondues42. Les raisons de ce silence ne tiennent pas à la pauvreté des sources. Il suffit par exemple d’observer les trajectoires des legs testamentaires, les principaux acteurs présents au moment des transferts patrimoniaux ou auprès des miraculés dans la documentation hagiographique, les sentiments mis en scène dans la littérature ou dans les correspondances pour s’en convaincre. Il convient donc de chercher ailleurs les explications à ce manque d’intérêt. De nombreux historiens du début du xxie siècle, les médiévistes plus que les modernistes davantage tournés vers la démographie historique et l’étude des structures des ménages et de la résidence, inscrivent majoritairement leurs travaux dans le champ de l’anthropologie de la parenté qui, comme le montre ici Agnès Fine, a privilégié l’alliance et la filiation aux dépens de la germanité. Les nombreux travaux sur la grossesse, l’accouchement, la relation mère-enfants (auxquels l’histoire des femmes n’est pas étrangère) ou sur l’éducation ont mis l’accent sur les fonctions et l’affection paternelles et maternelles bien plus que sur les autres rôles ou statuts au sein de la cellule familiale. Pour les spécialistes des périodes antérieures aux xviie-xviiie siècles, il était aussi prioritaire durant les années 1970-1990, pour répondre à la thèse de Philippe Ariès sur l’absence d’un « sentiment de l’enfance » et d’un souci éducatif au Moyen Âge43, de privilégier l’étude des relations entre parents et enfants (affection, éducation).

  • 44 Cette situation s’observe au moins jusqu’à la « révolution démographique », c’est-à-dire avant que (…)
  • 45 Gouesse 1982.
  • 46 Pour la Hollande du début du xxe siècle, voir Bras & Van Tilburg 2007.

4Forts des acquis de la démographie historique (reconstitution des familles à partir des registres paroissiaux dans la longue durée) et de l’utilisation des travaux juridiques (règles d’héritage) au cours des années 1980-1990, les principales monographies régionales des modernistes ont apporté de précieux renseignements sur les intervalles intergénésiques, la taille et le sexe des fratries, la forte présence des frères et sœurs au moment du mariage ou du décès, la fréquence des liens entre frères et sœurs ou entre neveux-nièces et oncles-tantes, et le choix des frères et sœurs comme parrains et marraines. Ils ont attiré l’attention sur le fait que dans les sociétés anciennes où l’espérance de vie est faible, la coexistence entre frères et sœurs s’avère plus fréquente que celle entre parents de générations différentes44. Dans un contexte de forte mortalité, la disparition prématurée du père et de la mère ou du conjoint tend à renforcer les liens fraternels. Par ailleurs, la durée relativement longue du temps potentiel de fécondité d’une femme (vingt à vingt-cinq ans) et la fréquence des remariages entre conjoints d’âge très différent, produisent de forts écarts intergénésiques et de fréquentes recompositions des fratries. Dès 1982, Jean-Marie Gouesse étudiait les remariages des veufs et des veuves avec la sœur ou le frère du conjoint décédé à la fin du xviiie siècle en France. Il montrait que 15 à 20 % des frères ou des sœurs choisis comme nouveau conjoint avaient été sollicités comme parrains ou marraines d’un enfant du couple45. D’autres travaux ont souligné le lien entre taille de la fratrie et capacité des frères et sœurs à l’ascension sociale46.

  • 47 Bannour & Berthier 1992.
  • 48 Arru & Boesch Gajano 1993.
  • 49 Lett 1997 : chapitre IX ; Réal 2001 : 476-504.
  • 50 Lett 2001, 2003, 2004, 2006, 2008, 2009a, 2009b et 2008 (dir.).
  • 51 Godeau & Troubetzkoy 2003.

5Il faut attendre le début des années 1990 pour voir les deux premiers ouvrages collectifs sur les frères et sœurs. Le premier, Eros Philadelphe, organisé par des littéraires et publié en 1992, est centré spécifiquement sur les passions entre le frère et la sœur sur une large période, de l’Égypte romaine au xxe siècle47. Le second est un numéro de la revue Quaderni Storici de 1993, dirigé par Angiolina Arru et Sofia Boesch, intitulé Fratello/Sorella, couvrant les périodes du xiie au xixe siècle48. Les thèses d’histoire qui paraissent alors sur l’enfance et la famille consacrent quelques paragraphes, parfois un chapitre spécifique à ce thème49. Au cours de la première décennie du xxie siècle, j’ai moi-même publié quelques articles en histoire médiévale sur le rang dans la fratrie, la diversité des statuts et des rôles des sœurs au sein de la parenté et sur les solidarités adelphiques, avant de diriger un numéro de la revue Médiévales et de réaliser une synthèse sur l’ensemble des périodes de l’histoire50. Les spécialistes de la littérature n’ont pas été en reste dans ce domaine. Ainsi s’est tenu en 2002 à l’Université de Saint-Quentin-en-Yvelines un colloque sur les fratries publié en 2003 (auquel quelques historiens ont participé) qui couvre une période très large, de l’Antiquité à nos jours, et dont l’un des grands intérêts est de faire une très bonne place aux sorories et à la sororité51.

  • 52 Trévisi 2008.
  • 53 Cassagnes-Brouquet & Yvernault 2007.
  • 54 Miller & Yavneh 2006.
  • 55 Sibling relations… 2010.
  • 56 Bernard, Massol & Roulin 2010.

6Aujourd’hui, les historiens démographes continuent à exploiter leurs sources et leurs données. Sauf oubli ou erreur de ma part, ils n’ont pas encore livré une thèse ou un livre directement sur le sujet : ainsi, l’étude de Marion Trévisi, parue en 2008, sur les oncles et les tantes aborde le sujet indirectement52 car la force des liens avunculaires s’explique en partie par la puissance des relations entre les frères et les sœurs. Deux colloques récents organisés par des historiens, celui de Limoges (en septembre 2006, publié en 2007) qui couvre les périodes antique et médiévale53 et celui (à venir) de Rennes-Toulouse mentionné plus haut, embrassant une période plus vaste, montrent à l’évidence que le thème est en pleine expansion. En témoignent encore le numéro spécial de la Revue Renaissance Quarterly paru en 200654, celui de la Revue européenne d’histoire, paru en 2010, consacré à la solidarité, aux conflits et au genre dans les relations adelphiques entre xvie et xixe siècles55 et l’ouvrage collectif, Adelphiques, issu d’un colloque qui a eu lieu en février et octobre 2009 aux États-Unis et à Lyon, paru lui aussi en 2010 : ce dernier s’interroge sur la manière dont la littérature du xixe siècle représente les relations adelphiques, effectives ou fantasmées, littérales ou figurées et dont une partie entière est consacrée à la manière dont la relation adelphique met en jeu les catégories du masculin et du féminin56.

7Quels sont les thèmes qui ont retenu le plus l’attention des historiens et quelle est la part du genre dans ces études ?

La fraternité

  • 57 Pour la confusion et la hiérarchie entre fraternité biologique et fraternité spirituelle, voir le c (…)
  • 58 Fine 1994 : 126 ; voir, plus généralement, sur la « fraternité » entre compères le chapitre iv, « L (…)
  • 59 Vincent 1994.
  • 60 Hunt 1995, chapitre 2 « La bande des frères » : 69-104.
  • 61 David 1987.
  • 62 Hunt 1995 : 96.

8Quelques spécialistes en histoire politique ou culturelle ont abordé le thème par le biais de la fraternité, concept clé pour comprendre, en Occident, le lien social idéal, que ce soit dans les sociétés anciennes christianisées ou dans les sociétés modernes et contemporaines. La société chrétienne a en effet fortement valorisé le lien fraternel. Par son incarnation, le Christ se présente comme le frère aîné des chrétiens. Il est « le premier né d’une multitude de frères » (Épître aux Romains, 8, 29). Dès lors, la fraternité représente la forme idéale du lien social : les chevaliers se lient par une fraternité d’armes et les moines se vivent tous comme des frères, dans un rapport d’égalité à l’égard de l’abbé, père du monastère57. Dans les échanges verbaux, se donner du « Mon frère » ou du « Ma sœur » apparaît toujours comme le signe d’une profonde amitié. Au moment du baptême, le lien de compérage qui se noue entre le père et le parrain de l’enfant se décline sur le mode de la germanité. Il met les deux compères dans une position de stricte égalité l’un vis-à-vis de l’autre, créant entre eux un lien de parenté spirituelle perçu comme l’équivalent d’une relation fraternelle consanguine. Comme le fait remarquer Agnès Fine, « Si le parrainage incarne le bon amour parental, le compérage incarne le bon amour fraternel »58. À partir du xiiie siècle, ce courant de fraternité religieuse s’accentue avec le mouvement des Ordres mendiants dans lesquels les membres sont des « frères » et avec l’essor des confréries (confraternitas ou confratria) dont les statuts insistent sur l’égalité entre les membres et rappellent souvent la fraternité scripturaire : « Que l’amour fraternel vous lie d’affection entre vous » (Épître aux Romains, 12, 9)59. À l’époque moderne, le compagnonnage continue d’utiliser le vocabulaire de la fraternité. À la fin de l’Ancien Régime et surtout pendant la Révolution française, c’est l’ensemble du corps social qui est pensé comme une fratrie. Les deux ordres de la société, trop longtemps privilégiés, sont les aînés. Le Tiers-État, le laissé-pour-compte, c’est l’ensemble des cadets. Dès lors, le roi, père de la patrie, devient le symbole de la monarchie absolue et de l’Ancien Régime. Lorsqu’il est décapité, un rêve de société fraternelle, dont les membres seraient unis seulement par des liens horizontaux, souffle sur la France et bientôt sur toute l’Europe. Dans l’imagerie politique de la Révolution, les représentations des corps humains ou des figures insistent sur ces nouveaux rapports de famille fondés sur la fraternité, offrant un contre-modèle à la famille patriarcale traditionnelle que les Révolutionnaires ont symboliquement tuée en détruisant les corps du roi et de la reine60. Ainsi, Hercule jeune, mis en avant comme symbole du peuple, s’apparente davantage à un grand frère protecteur qu’à un père. La fraternité incarne un sentiment, une vertu, un devoir et un principe politique. Elle entretient des relations très étroites avec la liberté et l’égalité61. Reconnaissons cependant que dans le discours révolutionnaire qui vise à inventer un nouveau monde utopique, où les hommes, tous égaux comme des frères, ont remplacé le père, les sœurs n’ont guère leur place. Comme le constate Lynn Hunt, « les sœurs occupèrent une position équivoque dans le nouveau roman familial de la fraternité »62.

9Ce vent de fraternité se perpétue au cours des siècles suivants. Les francs-maçons s’appellent les « frères trois points » et les Poilus de 1914-1918, au sortir de la Grande Guerre, dans les associations d’anciens combattants, nostalgiques et meurtris, évoquent la « fraternité des tranchées ». Le langage de la germanité déborde donc largement son champ d’application initial, jusqu’à occuper aujourd’hui les frontons de nos mairies. Lien idéal et idyllique, il s’étend à d’autres formes de liens, toujours très positifs.

Solidarités, sentiments, affections

  • 63 Bannon 1997.
  • 64 Morin 2007.
  • 65 Réal 2001 ; Surget 2010.
  • 66 Blandeau 2007.
  • 67 Certin 2008 ; Bellavitis 2008 : 150-153.
  • 68 Hidalgo 2010 ; Bras & Neven 2007b ; Kesztenbaum 2008 ; Rosental 1995.
  • 69 Rares pour l’époque médiévale. Voir cependant Ledwige 1984.
  • 70 Broomhall & Van Gent 2009.
  • 71 Barbagli 2000 [1984] : 273-324, chapitre VI : Deferenza, distacco e intimità nelle relazioni famili (…)
  • 72 Voir article B. Borello, ce volume.
  • 73 Borello 2008, 2009 et 2010.

10La valorisation du lien fraternel et sa forte présence démographique dans les sociétés anciennes expliquent en partie la grande solidarité entre frères et sœurs et l’intérêt que les historiens ont porté à ce thème. De nombreux mythes fondateurs, le droit et la littérature antiques valorisent la pietas fraternelle63. Les tragédies grecques leur font toujours une grande place64. L’étude des textes hagiographiques médiévaux (récits de miracles ou vitae) permet de montrer les connivences fraternelles en enfance ou à l’âge adulte. Les chroniques médiévales sont également fréquemment le lieu de mises en scènes de fortes entraides et de solidarités, surtout entre frères65. Dans les textes anglais médiévaux, les mots brother et sister sont souvent utilisés pour exprimer l’amitié, la proximité et la connivence66. L’entraide fraternelle dans l’histoire se mesure encore à la fréquence des frérèches, communautés de biens et parfois de vie commune, entre des frères, souvent mariés, et, plus rarement, des sœurs, qui, après la mort de leur père, prolongent l’indivision du domaine et exploitent ensemble la terre. Dans le monde du commerce à la fin du Moyen Âge, les fratries (de frères) jouent également toujours un rôle essentiel, même si parfois les cadets acceptent mal d’être dirigés par leur aîné67. Les solidarités fraternelles ont également été beaucoup étudiées en contexte de migrations pour les époques moderne et contemporaine68. Au cours de ces périodes, la force des solidarités adelphiques se manifeste dans les correspondances69 ou les journaux intimes. Des études récentes ont été menées sur le langage des émotions au xvie siècle70. En étudiant les termes d’adresse au sein des correspondances familiales, en particulier des frères Leopardi au début du xixe siècle, Marzio Barbagli a le premier, dès 1984, mis à jour les degrés d’intimité entre frères et sœurs71. Benedetta Borello a insisté pour sa part, dans ce dossier de Clio72 et ailleurs73, sur la richesse des sources épistolaires de l’aristocratie romaine et siennoise des xviiie et xixe siècles pour l’étude des relations adelphiques, en particulier pour étudier les sentiments (mais aussi les rancœurs) qui peuvent naître des écarts entre les attentes liées à la force de la notion de fraternité et la réalité.

La relation entre un frère et une sœur

11S’il est un lien de solidarité et d’affection rarement démenti, c’est bien celui qui se noue entre un frère et une sœur. Comme le rappelle Raymond Jamous, ce lien possède

  • 74 Jamous 1991 : 225.

cette caractéristique majeure au niveau de la parenté d’être à la fois une relation de l’identité et une relation de la différence absolue, alors que la relation entre germains de même sexe n’a que la première caractéristique et celle entre mari et femme la seconde74.

  • 75 Barbichon 1994.
  • 76 Hamm 1992.

12Dans les systèmes de parenté, il s’agit d’une relation centrale, toujours très positive. Devant assumer une fonction sociale distincte, le frère et la sœur entrent rarement en concurrence. Ce lien, souvent passionnel, traverse l’histoire et se décline sous des formes différentes en fonction des époques et du type de documentation. Dans les tragédies antiques, Antigone se sacrifie pour donner une sépulture à son frère. Dans les contes et la littérature orale75 (Hänsel et Gretel par exemple) la sœur est très souvent une figure salvatrice, occupant le rôle le plus actif de l’histoire, subissant maintes épreuves pour sauver son ou ses frères. Durant l’époque médiévale et moderne, on retrouve souvent le thème de la sœur du moine : un moine cherche à préserver la relation entretenue avec sa sœur, en lui offrant une règle ou en lui donnant des conseils de vie, qu’elle soit elle aussi entrée en religion ou qu’elle soit restée dans la vie laïque. Mais c’est surtout dans la littérature et les correspondances du xixe siècle que ce lien est très visible (car les femmes aussi tiennent désormais souvent la plume)76. Dès 1987, dans l’Histoire de la vie privée, Michelle Perrot constate :

  • 77 Perrot 1987 : 168.

Entre frères et sœurs, la différence de sexe crée un rapport complexe, quelque peu initiatique : la première forme des rapports à l’autre sexe. Profondément refoulés par les interdits religieux ou sociaux, ces rapports sont rarement sexuels, mais possiblement amoureux77.

  • 78 Berchet 1992 ; Houbre 1993.

13Les échanges épistolaires à l’époque romantique permettent en effet d’exprimer l’amour, la tendresse, des confidences, des choses qu’on ne dit nulle part ailleurs. Ils débutent à l’adolescence, étape décisive souvent marquée dans les milieux bourgeois du xixe siècle par une douloureuse séparation entre le frère et la sœur qui vient rompre la fusion adelphique de l’enfance : le garçon va au collège et la fille est placée au pensionnat et chacun poursuivra désormais séparément dans un monde non mixte sa propre trajectoire sociale. Dans leur correspondance ou leurs journaux intimes, le frère et la sœur se composent chacun un monde imaginaire qui prolonge les paradis adelphiques de l’enfance et de l’adolescence en empruntant un langage amoureux. Les « couples » frère-sœur romantiques sont célèbres : François-René et Lucile de Chateaubriand, Henri et Pauline Beyle, Honoré et Laure de Balzac, Edgar et Blanche Quinet, Maurice et Marie de Flavigny, Maurice et Eugénie de Guérin, Ernest et Henriette Renan, Gustave et Caroline Flaubert78. Cette expression exceptionnelle des sentiments fraternels est à penser dans le contexte littéraire du romantisme qui valorise les amours transgressives.

  • 79 Lavocat 2003.
  • 80 Hamm 1992 ; Bannour & Berthier 1992 ; Bouchenafa 2004 ; Malinowski 2006 ; Houbre 1997 : 138-146.
  • 81 Gille 2006.

14Le thème de l’inceste adelphique, fantasmé ou réel, a été un sujet très souvent abordé. On le trouve ainsi mis en scène dans le théâtre des xvie et xviie siècles79 et surtout dans la littérature du xixe80 et du XXe siècle (qu’on pense aux Enfants terribles de Cocteau81, à L’Homme sans qualités, roman inachevé de Robert Musil (1932), ou à l’œuvre de Marguerite Duras).

Gémellité masculine et féminine

  • 82 Dasen 2003.

15Le beau livre de Véronique Dasen étudie la gémellité en Grèce et à Rome à partir d’un corpus de documents très vastes (écrits, iconographie, archéologie) en n’oubliant jamais de faire une place aux jumelles82. Dans la mythologie antique, la relation entre deux frères jumeaux est à l’origine de nombreuses fondations. Elle est parfois maléfique mais s’avère bien plus souvent bénéfique : les jumeaux guérissent, protègent les hommes ou fondent des villes (Rémus et Romulus). C’est d’ailleurs souvent la nature (bonne ou mauvaise) du lien qu’ils entretiennent qui détermine la protection ou la malédiction des hommes. Les jumelles, en revanche, sont beaucoup moins présentes et leurs relations proposent rarement des récits élaborés.

  • 83 Bohler 1995.

16Dans la littérature médiévale, là encore, ce sont surtout les couples de frères qui dominent. Leur mise en scène (Valentin et Orson, Lovel et Marin dans Guillaume d’Angleterre, Brac et Lyon dans La Belle Hélaine de Constantinople, Florent et Octavien dans Octavien ou encore Jehan et Gérard dans Gillion de Trazegnies), comme l’a montré Danielle Bohler, est l’occasion pour les auteurs de réfléchir sur les thèmes de l’altérité et de l’identité83.

  • 84 Gutierrez & Houdaille 1983 ; Brunet, Bideau & Foroni 2004 ; Bideau & Brunet 2007.
  • 85 Gélis 1984 : 371-377.
  • 86 On remarque une tendance à la baisse des naissances multiples entre la fin du xviie siècle et la pr (…)

17Les spécialistes de démographie historique se sont également penchés sur l’évolution de la fréquence des naissances multiples, sans hélas poser des problématiques de genre84. Dans les époques anciennes, avoir « plusieurs enfants d’une même ventrée » entre souvent dans la catégorie du merveilleux ou du monstrueux car ce type de naissance rapproche l’être humain de l’animal85. À partir du xvie siècle, les registres paroissiaux permettent de mieux connaître la part et l’évolution86 des accouchements multiples : 1 pour 50 à 60 naissances environ. Mais on a constaté un sous-enregistrement des naissances gémellaires car lorsqu’un des deux jumeaux mourait avant le baptême, on ne déclarait bien souvent qu’une naissance. Il serait intéressant de savoir si ces phénomènes de sous-enregistrement sont différents selon le sexe du jumeau décédé.

  • 87 Voir, entre autres, les articles de la partie IV, « Du Romantisme à la modernité » de Godeau & Trou (…)

18Les jumeaux (bien plus que les jumelles) ont été eux aussi mis en scène dans la littérature des xixe et xxe siècles, comme en témoigne le célèbre couple, Jean et Paul (que seule leur mère parvient vraiment à distinguer et qu’on appelle Jean-Paul), des Météores de Michel Tournier (1975)87.

Rivalités et conflits entre aînés et cadets, entre aînées et cadettes

  • 88 Voir par exemple les articles de la partie I, « Fratries mythologiques » de Godeau & Troubetzkoy 20 (…)
  • 89 Leleu 2008.
  • 90 Voir désormais la synthèse de Zwilling 2010.
  • 91 Barc 1994 : 51.
  • 92 Une riche iconographie étudiée par Voyer 2010.

19Les grands mythes, parfois les mêmes qui mettent en scène de fortes affections et solidarités entre frères peuvent aussi donner à voir des conflits très violents comme en témoigne l’histoire de Rémus et Romulus. Les historiens antiquisants attirent l’attention sur les fortes tensions à l’œuvre dans les tragédies grecques, entre raison d’État et liens de sang, et en particulier liens fraternels. Dans la mythologie, comme dans la littérature orale, les contes ou les sources de la pratique, les inimitiés les plus fréquentes sont celles qui éclatent entre deux membres de la fratrie du même sexe. Entre les frères, elles prennent parfois des proportions démesurées pouvant se terminer par un fratricide88. Les chroniques médiévales abondent en querelles fraternelles qui débouchent sur des faides souvent très violentes, conflits qui peuvent avoir des répercussions sur l’ensemble de la parenté et dans le champ politique89. Les études historiques portant sur la Bible90 ont montré que, dans l’Ancien Testament, l’aîné est largement avantagé par rapport aux autres enfants : il reçoit une part double sur l’héritage paternel (Deutéronome, xxi, 15-17). Cependant, dans les histoires vétérotestamentaires, cet avantage est sans cesse bafoué et on assiste à un « acharnement suspect de l’histoire à contredire la loi »91 car Abel est préféré à Caïn92, Isaac à Ismaël, Jacob à Esaü, Moïse à Aaron. Dans la Bible, les sœurs sont certes bien moins nombreuses mais le phénomène d’inversion est également présent. Des deux filles de Laban, Jacob préfère Rachel la cadette à Léa l’aînée.

  • 93 Lett 2011, à paraître.
  • 94 Lett 2006.
  • 95 Voir, à titre d’exemple, Macé 2007 ; Janneau 2007 ; Bastress-Dukehart 2008.

20Dans les exempla et l’iconographie de la fin du Moyen Âge, qui reposent souvent sur un fondement scripturaire, les rivalités à l’intérieur des fratries provoquent aussi souvent une inversion, soit entre les frères, soit entre les sœurs. La fratrie et la sororie (unisexuées) sont le lieu par excellence de cette inversion car elles permettent de comparer de l’identique. Mais l’inversion n’affecte pas les mêmes domaines et n’intervient pas au même moment dans le cycle de vie. Ce qui dévalorise le premier-né des garçons est sa perfidie et son ingratitude à l’égard de son père au moment de recevoir l’héritage, comme en témoigne par exemple le succès du thème du pseudo-jugement de Salomon93. Chez les filles, l’aînée se discrédite par son imprudence et son orgueil au moment de contracter une union matrimoniale. En position idéale pour se marier, elle se fait dérober son droit d’aînesse, perd l’avantage de contracter une union matrimoniale avant sa sœur cadette94. Dans l’un et l’autre cas, c’est bien au moment où se joue leur avenir qu’aîné(e) et cadet(te) entrent en concurrence et s’affrontent, mais il faut bien admettre une différence radicale : pour les sœurs tout se joue au moment de leur mariage ou de la fin de leur union (comment récupérer la dot ?) ; pour les frères, au moment de la mort du père. En d’autres termes c’est l’alliance qui est centre des préoccupations des sœurs et la filiation au centre de celle des frères. Agnès Fine a montré plus haut (inutile donc d’y revenir) que la place des frères et sœurs à l’égard de la transmission et du patrimoine matériel et symbolique des parents est un des thèmes les plus étudiés en sciences sociales (particulièrement en histoire) et que le temps de l’héritage ou de l’attribution de la dot étaient des moments cruciaux pour saisir le lien fraternel, étudier les conflits au sein des fratries, très variables en fonction des systèmes d’héritage95.

21Les études historiques sur les liens entre frères et sœurs sont donc bien en plein développement. La place qu’occupe le genre peut paraître encore insuffisante mais il me semble qu’il s’agit d’une dimension qui s’est invitée dans ces études très tôt (début des années 1990 pour les specialists, surtout anglo-saxons, de la littérature et début des années 2000 pour les historiens), presque dès l’origine donc de ces travaux. C’est sans doute une des chances de l’historiographie des frères et sœurs que de connaître un développement tardif, à un moment où historiens et littéraires, s’interrogeant sur les liens adelphiques, ont intégré, pour beaucoup, les bons réflexes qui consistent à ne pas oublier le féminin et à réfléchir sur les régimes de genre.

Bibliographie

Des DOI (Digital Object Identifier) sont automatiquement ajoutés aux références par Bilbo, l’outil d’annotation bibliographique d’OpenEdition.
Les utilisateurs des institutions abonnées à l’un des programmes freemium d’OpenEdition peuvent télécharger les références bibliographiques pour lesquelles Bilbo a trouvé un DOI.

Aries Philippe, 1973 (1re éd., 1960), L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Paris, Seuil.

Arru Angiolina & Sofia Boesch Gajano (dir.), 1993, “Fratello e sorella”, Quaderni Storici, 83/2.

Augustins Georges, 1989, Comment se perpétuer ? Devenir des lignées et destins des patrimoines dans les paysanneries européennes, Nanterre, Société d’ethnologie, Université de Paris X.

Bannon Cynthia, 1997, The Brothers of Romulus : fraternal pietas in Roman Law, Litterature and Society, Princeton, New Jersey, Princeton University Press.

Bannour Wanda & Philippe Berthier (dir.), 1992, Éros philadelphe, frère et soeur, passion secrète, Colloque de Cerisy, Paris, Centre Culturel International de Cerisy-la-Salle, Éditions du Félin.

Barbagli Marzio, 2000 (1re éd., 1984), Sotto lo stesso tetto. Mutamenti della famiglia in Italia dal XV al XX secolo, Bologna, Il Mulino.

Barbichon Guy, 1994, « L’aimante dyade de la sœur et du frère dans les contes de Bretagne », in Martine Segalen & Georges Ravis-Giordani (dir.), Les Cadets, Paris, CNRS-Ethnologie, p. 259-271.

Barc Bernard, 1994, « Aîné et cadet dans la Bible », in Martine Segalen & Georges Ravis-Giordani (dir.), Les Cadets, Paris, CNRS-Ethnologie, p. 49-57.

Barthélémy Tiphaine, 1988, « Les modes de transmission du patrimoine. Synthèse des travaux effectués depuis quinze ans par les ethnologues de la France », Études Rurales, 110-111-112, p. 195-212.

Bastress-Dukehart Erica, 2008, « Sibling Conflict within Early Modern German Noble Families », Journal of Family History, 33/1, p. 61-80.

DOI : 10.1177/0363199007308601

Bellavitis Anna, 2008, Famille, genre, transmission à Venise au xvie siècle, Rome, Éditions de l’EFR, coll. de l’EFR, n° 408.

Belmonte Laetitia, 2000, « Les relations fraternelles saisies par le droit », thèse pour le doctorat en droit privé, Université des Sciences sociales de Toulouse.

Berchet Jean-Jacques, 1992, « Le frère d’Amélie ou la part du diable », in Wanda Bannour & Philippe Berthier (dir.), Éros philadelphe, frère et sœur, passion secrète, Colloque de Cerisy, Paris, Centre Culturel International de Cerisy-la-Salle, Éditions du Félin, p. 105-134.

Bernard Claudie, Massol Chantal & Jean-Marie Roulin (dir.), 2010, Adelphiques. Sœurs et frères dans la littérature française du xixe siècle, Paris, Editions Kimé.

Bideau Alain & Gut Brunet, 2007, « Les Jumeaux : étude historique et démographique à partir d’un exemple régional (xviie-xixe siècles) », in Jean-Pierre Poussou & Isabelle Robin-Romero (dir.), Histoire des familles, de la démographie et des comportements en hommage à Jean-Pierre Bardet, Paris, PUPS, p. 55-65.

Blandeau Agnès, 2007, « Les liens adelphiques dans quelques textes du Moyen Âge : ‘ce surgissement des violences au sein des alliances’ », in Sophie Cassagnes-Brouquet & Martine Yvernault (dir.), Frères et sœurs. Les liens adelphiques dans l’Occident antique et médiéval. Actes du colloque de Limoges, 21 et 22 septembre 2006, Turnhout, Brepols, p. 229-236.

Bohler Danielle, 1995, « Fantasmes de l’indivision : la gémellité métaphorique dans la culture littéraire médiévale », in Françoise Héritier-Augé & Elisabeth Copet-Rougier (dir.), La Parenté spirituelle, Paris, Éditions des archives contemporaines, p. 205-263.

Borello Benedetta, 2008, « Prossimi e lontani : fratelli aristocratici a Roma e Siena (secoli xvii-xix), in Renata Ago & Benedetta Borello (dir.), Famiglie. Circolazione di béni, circuiti di affetti in età moderna, Rome, Viella, p. 117-140.

—, 2009, « Parlare e tacere di potere. La conversazione epistolare tra fratelli aristocratici (secc. xvii-xviii) », in Francesca Cantù (dir.), Linguaggi del potere nell’età barocca, vol. 2, Donne e sfera pubblica, Rome, Viella, p. 143-170.

—, 2010, « Fraternité, sororité et les espaces pour les cultiver à Rome et a Sienne (xviie-xixe siècles) », European Review of History, 17/5, p. 791-804.

Bouchenafa Houria, 2004, Mon amour, ma sœur. L’imaginaire de l’inceste frère-sœur dans la littérature européenne à la fin du xixe siècle, Paris, L’Harmattan.

Branche Raphaëlle, 2009, « Clémentines et bifteck ou le retour d’un appelé d’Algérie vu par ses frères et sœurs », in Bruno Cabanes & Guillaume Piketti (dir.), Le Retour à l’intime, Paris, Tallandier, p. 67-84.

Bras Hilde & Theo Van Tilburg, 2007, « Kinship and Social Networks : A Regional Analysis of Sibling Relations in Twentieth-Century Netherlands », Journal of Family History, 32/3, p. 296-322.

Bras Hilde & Muriel Neven, 2007a, « Mariage et décohabitation dans deux régions rurales (xixe-xxe siècles). Frères et sœurs : rivaux ou solidaires ? », in Michel Oris, Guy Brunet, Eric Widmer & Alain Bideau (dir.), Les fratries. Une démographie sociale de la germanité, Berne, Peter Lang, p. 181-218.

 Bras Hilde & Neven Muriel, 2007b, « The Effects of Siblings on the Migration of Women in Two Rural Areas of Belgium and The Netherlands, 1829-1940 », Population Studies, 61/1, p. 53-71.

DOI : 10.1080/00324720601048319

Broomhall Susan & Jacqueline Van Gent, 2009, « Corresponding Affections : Emotional Exchange Among Siblings in the Nassau Family », Journal of Family History, 34/2, p. 143-165.

Brunet Guy, Bideau Alain & Fabrice Foroni, 2004, « Les naissances gémellaires du xviie siècle à nos jours. Approche familiale dans les campagnes de la région lyonnaise », Annales de démographie historique, 2, p. 39-52.

Buisson Monique, 2003, La fratrie, creuset de paradoxes, Paris, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales ».

Cassagnes-Brouquet Sophie & Martine Yvernault (dir.), 2007, Frères et sœurs. Les liens adelphiques dans l’Occident antique et médiéval. Actes du colloque de Limoges, 21 et 22 septembre 2006, Turnhout, Brepols.

Cadolle Sylvie, 2000, Être parent, être beau parent. La recomposition des familles, Paris, Odile Jacob.

Certin Aude-Marie, 2008, « Relations professionnelles et relations fraternelles d’après le Journal de Lucas Rem, marchand d’Augsbourg (1481-1542) », in Didier Lett (dir.), « Frères et sœurs. Ethnographie d’un lien de parenté », Médiévales, 54, p. 83-98.

DOI : 10.4000/medievales.4952

Cicirelli Victor, 1994, « Sibling relationships in Cross-Cultural Perspective », Journal of Marriage and the Family, 56, p. 7-20.

Clément Serge, 1993, « Des enfants pour la vieillesse. Forme de la fratrie et soutien aux parents âgés dans le Sud-Ouest rural », Social Science and Medicine, 37/2, p. 139-151.

Coenen-Huther Josette, Kellerhalls Jean & Von Allmen Malik, 1994, Les réseaux de solidarité dans la famille, Lausanne, Réalités sociales.

Crenner Emmanuelle, Déchaux Jean-Hugues & Nicolas Herpin, 2000, « Le lien de germanité à l’âge adulte. Une approche par l’étude des fréquentations », Revue française de sociologie, 41/2, p. 211-239.

DOI : 10.2307/3322566

Dasen Véronique, 2003, Jumeaux, jumelles dans l’Antiquité grecque et romaine, Kilchberg/Zürich, Akanthus.

David Marcel, 1987, Fraternité et Révolution française, 1789-1799, Paris, Aubier.

Davidoff Léonore, 1995, « Where the Stranger Begins : The Question of Siblings in Historical Analysis » , in Id., Worlds Between. Historical Perspectives on Gender and Class, New York, chapitre VII, p. 206-226.

Déchaux Jean-Hugues, 2007, « Relations de germanité à l’âge adulte et matrilatéralité », in Michel Oris, Guy Brunet, Eric Widmer & Alain Bideau (dir.), Les fratries. Une démographie sociale de la germanité, Berne, Peter Lang, p. 311-335.

Derouet Bernard, 1993, « Le Partage des frères. Héritage masculin et reproduction sociale en Franche-Comté aux xviie et xviiie siècles », Annales ESC, 48/2, p. 453-474.

—, 1997, « Dot et héritage : les enjeux chronologiques de la transmission » in L’Histoire grande ouverte. Hommages à Emmanuel Le Roy Ladurie, Paris, Fayard, p. 284-292.

Desplanques Guy, 1981, « La chance d’être aîné », Economie et statistique, 137, p. 53-56.

DOI : 10.3406/estat.1981.4534

—, 1986, « Fratrie et démographie », Le groupe familial, 111, p 64-70.

« Dots et patrimoine », 1998, Clio, Histoire, Femmes et Sociétés, 7.

Fabre Daniel, 2000, « L’androgyne fécond ou les quatre conversions de l’écrivain », Clio, Histoire, Femmes et Sociétés, 11, p. 73-118.

« Familles et sociétés », 1972, Annales ESC.

Favart Evelyne, 2003, « Fratries et intimité », Sociologie et Sociétés, p. 163-182.

DOI : 10.7202/008529ar

Fine Agnès, 1994, Parrains, marraines. La parenté spirituelle en Europe, Paris, Fayard.

—, 1997, « Parrainage, marrainage et relations familiales dans la société française contemporaine », Lien social et politiques, 37, p. 157-170.

—, 2007, « Les fratries en Europe. Aperçu sur quelques orientations de recherche en anthropologie », in Michel Oris, Guy Brunet, Eric Widmer & Alain Bideau (dir.), Les fratries. Une démographie sociale de la germanité, Berne, Peter Lang, p. 47-78.

Fleutiaux Pierrette, 1990, Nous sommes éternels, Paris, Gallimard.

Gélis Jacques, 1984, L’arbre et le fruit. La naissance dans l’Occident moderne, xviexixe siècles, Paris, Fayard.

Gille Pierre, 2006, « D’une boule à l’autre : destin d’une passion fraternelle dans Les Enfants terribles de Cocteau », in Czesław Grzesiak (dir.), Frères et/ou sœurs dans les littératures en langues romanes, Actes du colloque international de Lublin, 26-28 octobre 2005, Lublin, Wydawnictwo UMCS, p. 139-148.

Godeau Florence & Wladimir Troubetzkoy (dir.), 2003, Fratries. Frères et sœurs dans la Littérature et les arts, de l’Antiquité à nos jours, Paris, Editions Kimé.

Gotman Anne, 1988, Hériter, Paris, PUF.

Gouesse Jean-Marie, 1982, « Épouser les deux sœurs », Annales de Normandie, Caen, p. 253-267.

Grzesiak Czesław (dir.), 2006, Frères et/ou sœurs dans les littératures en langues romanes, Actes du colloque international de Lublin, 26-28 octobre 2005, Lublin, Wydawnictwo UMCS, p. 139-148.

Gutierrez Hector & Jacques Houdaille, 1983, « Les accouchements multiples dans la France ancienne », Population, 3, p. 479-490.

DOI : 10.2307/1532084

Hamm Jean-Jacques, 1992, « Désirs et complicités : Ecriture et liaisons épistolaires entre frères et sœurs », in Wanda Bannour & Philippe Berthier (dir.), Éros philadelphe, frère et soeur, passion secrète, Colloque de Cerisy, Paris, Centre Culturel International de Cerisy-la-Salle, Éditions du Félin.

Héritier Françoise, 1994, Les deux sœurs et leur mère, Odile Jacob.

Hidalgo Amelia Almorza, 2010, « Sibling relations in Spanish emigration to Latin America, 1560-1620 », European Review of History : Revue européenne d’histoire, 17/5, p. 735-752.

Houbre Gabrielle, 1993, « Amours fraternelles, amours romantiques », Adolescence, 11/2, p. 295-314.

—, 1997, La Discipline de l’amour. L’éducation sentimentale des filles et des garçons à l’âge du romantisme, Paris, Plon.

Hunt Lynn, 1995 (éd. orig. anglaise, 1992), Le roman familial de la Révolution française, Paris, Albin Michel.

Jamous Raymond, 1991, La relation frère-sœur, Parenté et rites chez les Méo de l’Inde du Nord, Paris, Éditions de l’EHESS.

Jeanneau Cédric, 2007, « Liens adelphes et héritage. Une solution originale en Poitou aux xie et xiie siècles : le droit de viage ou retour » in Sophie Cassagnes-Brouquet Sophie & Martine Yvernault (dir.), Frères et sœurs. Les liens adelphiques dans l’Occident antique et médiéval. Actes du colloque de Limoges, 21 et 22 septembre 2006, Turnhout, Brepols, p. 95-125.

Johnson Christopher H. & David Warren Sabean (dir.), 2006, Sibling Relations and the Transformations of European Kinship, 1300-1900, New York.

Kesztenbaum Lionel, 2008, « Cooperation and coordination among siblings : Brother’s migration in France, 1870-1940 », The History of the Family, 13, 1, p. 85-104.

Langevin Annette, 1999, « Frères et sœurs. Approches par les sciences sociales », in Yannick Lemel & Bernard Roudet (dir.), Filles et garçons jusqu’à l’adolescence. Socialisations différentielles. Paris, L’Harmattan, p. 151-172.

Lavocat Françoise, 2003, « L’inceste adelphique au théâtre (xve-xviie siècles) : la tragédie introuvable », 2003 in Florence Godeau & Wladimir Troubetzkoy (dir.), Fratries. Frères et sœurs dans la littérature et les arts de l’Antiquité à nos jours, Paris, Éditions Kimé, p. 183-192.

Leduc Claudine, 1991, « Comment la donner en mariage ? La mariée en pays grec ixe-ive siècles av J.C. », in Pauline Schmitt-Pantel (dir.), L’Antiquité, tome 4 de Georges Duby & Michelle Perrot (dir.), Histoire des femmes en Occident, Paris, Plon, p. 259-316.

Ledwige Francis, 1984, « Relations de famille dans la correspondance de Gerson », Revue Historique, t. cclxxi, p. 3-23.

Leleu Laurence, 2008, « Frères et sœurs ennemis dans la Germanie du Xe siècle », in Didier Lett (dir.), « Frères et sœurs. Ethnographie d’un lien de parenté », Médiévales, 54, p. 35-52.

DOI : 10.4000/medievales.4592

Lett Didier, 2001, « Adult brothers and juvenile uncles : Generations and age differences in families at the end of the Middle Ages », The History of the Family, 6, p. 391-400.

DOI : 10.1016/S1081-602X(01)00077-X

—, 2003, « Genre et rang dans la fratrie dans les exempla de la fin du Moyen Âge (xiiie-xve siècles) », in Florence Godeau & Wladimir Troubetzkoy (dir.), Fratries. Frères et sœurs dans la littérature et les arts de l’Antiquité à nos jours, Paris, Éditions Kimé,
p. 151-157.

—, 2004, Histoire des frères et sœurs, Paris, Editions de Lamartinière.

—, 2005, « Brothers and Sisters. New perspectives on Medieval Family History », in Katarina Mustakallio, Jussi Hanska, Hanna-Leena Sainio & Ville Vuolanto (eds), Hoping for Continuity. Childhood, Education and Death in Antiquity and the Middle Ages, Rome, Institutum Romanum Finlandiae, coll. « Acta Instituti Romani Finlandiae », 33, p. 13-23.

—, 2006, « Le jeune homme et les deux sœurs. Séduction et mariage dans Le Livre du chevalier de la Tour Landry pour l’enseignement de ses filles », in Isabelle Chabot, Jérôme Hayez & Didier Lett (dir.), La famille, les femmes et le quotidien, xivexviiie siècles, Textes offerts à Christiane Klapisch-Zuber, Paris, Publications de la Sorbonne, p. 333-352.

—, 2008, « Liens adelphiques et endogamie géographique dans les Marches de la première moitié du xive siècle », in Id., « Frères et sœurs. Ethnographie d’un lien de parenté », Médiévales, 54, p. 53-68.

—, 2009a, Frères et sœurs. Histoire d’un lien, Paris, Payot.

—, 2009b, « Les mères demeurent des filles et des sœurs. Les statuts familiaux des femmes dans les Marches au début du xive siècle », in Agostino Paravicini Bagliani (dir.), La Madre, The Mother, Florence, Sismel, Edizioni del Galluzzo, coll. « Micrologus’s Library », 17, p. 327-345.

—, 2011, « Masculinités et féminités des enfants dans les fratries et les sorories à la fin du Moyen Âge », in Jean-François Chauvard & Angela Groppi (dir.), Il posto dei bambini. Infanzia e mondo degli adulti tra Medioevo ed Età contemporanea, Rome, Edition de l’EFR, coll. « Mélanges de l’École française de Rome », 2.

Lett Didier (dir.), 2008, « Frères et sœurs. Ethnographie d’un lien de parenté », Médiévales, 54.

Levi Carlo, 1982 (1re éd., 1945), Le Christ s’est arrêté à Eboli, Paris, Gallimard.

Macé Laurent, 2007, « Les frères au sein du lignage : la logique du lien adelphique chez les seigneurs de Montpellier (xiie siècle) », in Sophie Cassagnes-Brouquet & Martine Yvernault (dir.), Frères et sœurs. Les liens adelphiques dans l’Occident antique et médiéval. Actes du colloque de Limoges, 21 et 22 septembre 2006, Turnhout, Brepols, p. 127-136.

Maillet Chloé, 2008, « Bernard de Clairvaux et la fratrie recomposée », in Didier Lett (dir.), Frères et sœurs. Ethnographie d’un lien de parenté, Médiévales, 54, p. 13-34.

DOI : 10.4000/medievales.4483

Maître Jacques, 1995, L’Orpheline de la Bérésina. Thérèse de Lisieux (1873-1897), Essai de psychanalyse socio-historique, Paris, Cerf.

—, 1999, « Une sainte et ses sœurs au début de la IIIe République. Thérèse de Lisieux, petite dernière dans la ‘sororie’ des Martin », in Djamila Saadi-Mokrane (dir.), Sociétés et cultures enfantines, Lille, Université de Lille, p. 273-277.

Malinowski Wieslaw Mateusz, 2006, « Le thème de l’inceste frère-sœur dans le roman fin de siècle : le cas Elémir Bourges », in Czesław Grzesiak (dir.), Frères et/ou sœurs dans les littératures en langues romanes, Actes du colloque international de Lublin, 26-28 octobre 2005, Lublin, Wydawnictwo UMCS, p. 83-90.

Marry Catherine, 2004, Les femmes ingénieurs. Une révolution respectueuse, Paris, Belin.

Martial Agnès, 1998, « Partages et fraternités dans les familles recomposées », in Agnès Fine (dir.), Adoptions. Ethnologie des parentés choisies, Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’homme, p. 205-244.

—, 2003, S’apparenter, Ethnologie des liens de familles recomposées, Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’homme.

—, 2007, « De l’enfance au départ du foyer parental : le traitement différent des enfants de fratries recomposées » in Michel Oris, Guy Brunet, Éric Widmer & Alain Bideau (dir.), Les fratries. Une démographie sociale de la germanité, Berne, Peter Lang, p. 337-363.

McGuire Brian P., 1999, « Jean Gerson and Traumas of Masculine Affectivity and Sexuality », in Jacqueline Murray (ed.), Conflicted Identities and Multiple Masculinities : Men in the Medieval West, New York, Garland, p. 45-72.

Mauthner Mélanie L., 2002, Sistering. Power and Change in Female Relationships, Palgrave, Macmillan.

Mennesson Christine, 2005, Être une femme dans le monde des hommes. Socialisation sportive et construction du genre. Paris, L’Harmattan.

Miller Naomi J. & Naomi Yavneh (eds), 2006, « Sibling Relations and Gender in the Early Modern World : Sisters, Brothers and Others », Renaissance Quaterly, 60/4.

Morin Bernadette, 2007, « De l’homme au citoyen : égalité et fraternité dans Œdipe Roi et les Phéniciennes », in Sophie Cassagnes-Brouquet & Martine Yvernault (dir.), Frères et sœurs. Les liens adelphiques dans l’Occident antique et médiéval. Actes du colloque de Limoges, 21 et 22 septembre 2006, Turnhout, Brepols, p. 41-58.

Muxel Anne, 1996, Individu et mémoire familiale, Paris, Nathan.

—, 1998, « Etre frères et sœurs, le rester : un lien évident et ambivalent », Informations sociales, 67, p. 4-15.

Oris Michel, Brunet Guy, Widmer Eric & Alain Bideau (dir.), 2007, Les fratries. Une démographie sociale de la germanité, Berne, Peter Lang.

Ariès Philippe & Georges Duby (dir.), 1987, De la Révolution à la Grande guerre, tome 4 de Michelle Perrot (dir.), Histoire de la vie privée, Paris, Seuil.

Pingaud Marie-Claude, 1997, « Investigation généalogique et transmission égalitaire », in Tiphaine Barthélemy & Marie-Claude Pingaud, La généalogie entre science et passion, Éd. du CTHS, p. 231-246.

Poitevin Aude, 2006, Enfants de familles recomposées. Sociologie des nouveaux liens fraternels, Rennes, PUR.

Ravis-Giordani Georges, 1987, Femmes et patrimoines dans les sociétés rurales méditerranéennes, Paris, CNRS Éditions.

Ravis-Giordani Georges & Martine Segalen (dir.), 1994, Les cadets, Paris, CNRS Éditions.

Réal Isabelle, 2001, Vies de saints, vie de famille. Représentation et système de la parenté dans le royaume mérovingien (481-751) d’après les sources hagiographiques, Turnhout, Brepols.

Rosental Paul-André, 1995, « Une fratrie ou deux fratries ? La migration des frères et la migration des sœurs en France au xixe siècle », Cahiers d’économie et de sociologie rurale, 34-35, p. 124-143.

Sanders Valerie, 2002, The Brother-Sister Culture in Nineteenth-Century Literature from Austen to Woolf, New York, Palgrave.

Segalen Martine, 1985, Quinze générations de Bas-Bretons, Paris, PUF.

« Sibling Relations in Family History : Conflicts, Cooperation and Gender Roles (Sixteenth to Nineteenth Centuries) »,2010,European Review of History : Revue européenne d’histoire, 17/5.

Surget Marie-Laure, 2010, « La fratrie, un ménage de remplacement ? Les solidarités familiales privées chez les Enfants de Navarre dans la France du xive siècle », Revue historique de droit français et étranger, 4, p. 499-522.

Szerwiniack Olivier, 2008, « Frères et sœurs dans l’Histoire ecclésiastique du peuple anglais de Bède le Vénérable : de la fratrie biologique à la fratrie spirituelle », Revue bénédictine, 118/2, p. 239-261.

Théry Irène, 1996, « Normes et représentations de la famille au temps du démariage. Le cas des liens fraternels dans les fratries recomposées », in Didier Le Gall (dir.), Familles et politiques sociales. Dix questions sur le lien familial contemporain, Paris, L’Harmattan, p. 151-176.

Trévisi Marion, 2008, Au cœur de la parenté. Oncles et tantes dans la France des Lumières, Paris, Presses de l’université Paris-Sorbonne.

Vernier Bernard, 1980, « La circulation des biens, de la main d’œuvre et des prénoms à Karpathos. Du bon usage des parents et de la parenté », Actes de la recherche en sciences sociales, 31, p. 63-87.

DOI : 10.3406/arss.1980.2073

—, 1989, « Fétichisme du nom, échanges affectifs intra-familiaux et affinités électives », Actes de la recherche en Sciences Sociales, 78, p. 2-17.

—, 1991, La genèse sociale des sentiments. Aînés et cadets dans l’île grecque de Karpathos, Paris, Éditions de l’EHESS.

Vincent Catherine, 1994, Les Confréries médiévales dans le royaume de France, XIIIe-XVe siècle, Paris, Albin Michel.

Voyer Cécile, 2010, « Image de l’exclusion et de la transgression : Caïn, frère maudit », in Martin Aurell (dir.), La Parenté déchirée : les luttes intrafamiliales au Moyen Âge,Turnhout, Brepols, coll. « Histoires de famille. La parenté au Moyen Âge », 10, p. 379-400.

Widmer Eric, 1999, Les relations fraternelles des adolescents, Paris, PUF.

Xanthacou Margarita, 1993, Faute d’épouses on mange des sœurs. Réalités du célibat et fantasmatique de l’inceste dans le Magne (Grèce), Paris, Éditions de l’EHESS.

Zwilling Anne-Laure, 2010, Frères et sœurs dans la Bible. Les relations fraternelles dans l’Ancien et le Nouveau Testament, Paris, Éditions du Cerf.

Notes

39 « Frères et sœurs du Moyen Âge à nos jours », colloque organisé par le CERHIO et le FRAMESPA, http://calenda.revues.org/nouvelle18312.html. L’appel à communications, lancé en novembre 2010, a rencontré un grand succès : 75 propositions ont été reçues, ce qui témoigne de l’intérêt des historiens aujourd’hui pour la question.

40 Certaines langues (l’italien par exemple) ne possède pas le mot « fratrie », terme qui, en français, est très récent : il apparaît dans le Petit Robert vers 1970.

41 À ma connaissance, le premier à avoir utilisé et défendu ce terme est Jacques Maître dans ses études sur Thérèse de Lisieux, Maître 1995 et 1999.

42 Pour un bilan historiographique récent sur les travaux des médiévistes, je me permets de renvoyer à Lett 2005. À ma connaissance, il n’en existe pas encore pour les autres périodes.

43 Ariès 1973 [1960].

44 Cette situation s’observe au moins jusqu’à la « révolution démographique », c’est-à-dire avant que l’Europe ne connaisse à la fois une baisse de la mortalité puis de la fécondité, phénomène qui, en France, s’amorce dès la fin du XVIIIe siècle.

45 Gouesse 1982.

46 Pour la Hollande du début du xxe siècle, voir Bras & Van Tilburg 2007.

47 Bannour & Berthier 1992.

48 Arru & Boesch Gajano 1993.

49 Lett 1997 : chapitre IX ; Réal 2001 : 476-504.

50 Lett 2001, 2003, 2004, 2006, 2008, 2009a, 2009b et 2008 (dir.).

51 Godeau & Troubetzkoy 2003.

52 Trévisi 2008.

53 Cassagnes-Brouquet & Yvernault 2007.

54 Miller & Yavneh 2006.

55 Sibling relations… 2010.

56 Bernard, Massol & Roulin 2010.

57 Pour la confusion et la hiérarchie entre fraternité biologique et fraternité spirituelle, voir le cas de Bernard de Clairvaux étudié par Maillet 2008.

58 Fine 1994 : 126 ; voir, plus généralement, sur la « fraternité » entre compères le chapitre iv, « L’amitié entre compères : la fraternité pour modèle » : 127-163.

59 Vincent 1994.

60 Hunt 1995, chapitre 2 « La bande des frères » : 69-104.

61 David 1987.

62 Hunt 1995 : 96.

63 Bannon 1997.

64 Morin 2007.

65 Réal 2001 ; Surget 2010.

66 Blandeau 2007.

67 Certin 2008 ; Bellavitis 2008 : 150-153.

68 Hidalgo 2010 ; Bras & Neven 2007b ; Kesztenbaum 2008 ; Rosental 1995.

69 Rares pour l’époque médiévale. Voir cependant Ledwige 1984.

70 Broomhall & Van Gent 2009.

71 Barbagli 2000 [1984] : 273-324, chapitre VI : Deferenza, distacco e intimità nelle relazioni familiari.

72 Voir article B. Borello, ce volume.

73 Borello 2008, 2009 et 2010.

74 Jamous 1991 : 225.

75 Barbichon 1994.

76 Hamm 1992.

77 Perrot 1987 : 168.

78 Berchet 1992 ; Houbre 1993.

79 Lavocat 2003.

80 Hamm 1992 ; Bannour & Berthier 1992 ; Bouchenafa 2004 ; Malinowski 2006 ; Houbre 1997 : 138-146.

81 Gille 2006.

82 Dasen 2003.

83 Bohler 1995.

84 Gutierrez & Houdaille 1983 ; Brunet, Bideau & Foroni 2004 ; Bideau & Brunet 2007.

85 Gélis 1984 : 371-377.

86 On remarque une tendance à la baisse des naissances multiples entre la fin du xviie siècle et la première moitié du xixe en corrélation avec la diminution de la fécondité des femmes et des naissances après 37 ans. Puis il semble que les années 1860-1960 connaissent une certaine stabilité de la fréquence des naissances gémellaires (Bideau & Brunet 2007) avant, on le sait, sous l’effet de la multiplication des FIV, de se multiplier après 1980. En France, le nombre d’enfants nés de grossesses multiples étaient de 21 000 en 1995. En 2001, il était de 33 000, ce qui représente une augmentation de 57%.

87 Voir, entre autres, les articles de la partie IV, « Du Romantisme à la modernité » de Godeau & Troubetzkoy 2003 : 200-260.

88 Voir par exemple les articles de la partie I, « Fratries mythologiques » de Godeau & Troubetzkoy 2003 : 19-65.

89 Leleu 2008.

90 Voir désormais la synthèse de Zwilling 2010.

91 Barc 1994 : 51.

92 Une riche iconographie étudiée par Voyer 2010.

93 Lett 2011, à paraître.

94 Lett 2006.

95 Voir, à titre d’exemple, Macé 2007 ; Janneau 2007 ; Bastress-Dukehart 2008

Voir par ailleurs:

11 Septembre: François Hollande rend hommage aux victimes
Le Figaro.fr avec AFP
11/09/2016

Le président français François Hollande, dont le pays est confronté à des menaces djihadistes, a rendu hommage aux victimes du 11 Septembre, tout en estimant que la réponse américaine à l’époque, avec l’intervention en Irak, n’avait fait qu’élargir la menace terroriste.

https://www.facebook.com/plugins/post.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Ffrancoishollande.fr%2Fposts%2F10154565298572502&width=500
« Oui, ce jour-là, nous étions tous Américains », affirme M. Hollande dans un message paru dimanche sur Facebook. « Mais avions-nous suffisamment mesuré et compris que nous étions tous concernés et que nous étions désormais confrontés à un terrorisme d’une autre nature que ce que jusque-là le monde avait connu? », ajoute le président français. »Les réponses que l’administration américaine a apportées à ces attaques planifiées de l’intérieur et exécutées de façon méthodique, loin d’éradiquer la menace, l’ont élargie à un plus vaste espace. Et notamment en Irak. », poursuit M. Hollande, en faisant allusion à l’intervention dans ce pays menée par les Etats-Unis qui a conduit à la chute de Saddam Hussein. « Et, si la France, avec (le président français de l’époque) Jacques Chirac, a refusé légitimement de se joindre à l’intervention (en Irak), et l’a même condamnée, elle n’en a pas moins été victime des conséquences du chaos qu’elle a engendré », ajoute François Hollande. »Il est des dates et des actes dans l’histoire qui marquent un changement de monde autant qu’un changement de siècle », souligne le président français. Ainsi, « le 11 septembre 2001, ce jour funeste où près de 3000 personnes ont été tuées à New York, Washington et Shanksville, dans des attaques destinées par leur ampleur et par leurs cibles à jeter l’effroi sur l’Amérique ». « Le 11 Septembre, avec ses vies ensevelies, ses destins brisés et ses familles endeuillées, revient chaque fois qu’un attentat sanglant se produit dans le monde. Comme une répétition du malheur. Comme une reproduction de l’horreur. Comme une réplique de la terreur », souligne également M. Hollande.

 


Multiculturalisme: Le problème, c’est qu’on refuse de voir ce à quoi on ne veut pas croire (After the liberals, it’s the bobos’s turn to get mugged by reality)

4 septembre, 2016
wite flight.1187642110.jpg
Ban the burka, says majority of the British public
... meanwhile in the UK, Muslim women in traditional dress enjoy the weather on Brighton beachpiege-voilepiege-voile-2
 
https://i1.wp.com/www.pewresearch.org/files/2015/01/FT_15.01.14_MuslimPopulation420px.png

bobos_barbus
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il y a plus de larmes versées sur les prières exaucées que sur celles qui ne le sont pas. Thérèse d’Avila
Quand les dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières. Oscar Wilde
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie. G.K. Chesterton
Le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Charles Péguy
Toute vérité franchit trois étapes. Tout d’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis elle est considérée comme ayant toujours été évidente. Arthur Schopenhauer
Nous appelions l’Amérique de nos voeux et nous sommes exaucés: même nos « problèmes », désormais, sont américains. René Girard
Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde :on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! René Girard
Un néoconservateur est un homme de gauche qui s’est fait agresser par la réalité. Un néolibéral est un homme de gauche qui s’est fait lui aussi agresser par la réalité, mais n’a pas porté plainte. Irving Kristol
Toutes les stratégies que les intellectuels et les artistes produisent contre les « bourgeois » tendent inévitablement, en dehors de toute intention expresse et en vertu même de la structure de l’espace dans lequel elles s’engendrent, à être à double effet et dirigées indistinctement contre toutes les formes de soumission aux intérêts matériels, populaires aussi bien que bourgeoises. Bourdieu
Les groupes n’aiment guère ceux qui vendent la mèche, surtout peut-être lorsque la transgression ou la trahison peut se réclamer de leurs valeurs les plus hautes. (…) L’apprenti sorcier qui prend le risque de s’intéresser à la sorcellerie indigène et à ses fétiches, au lieu d’aller chercher sous de lointains tropiques les charmes rassurant d’une magie exotique, doit s’attendre à voir se retourner contre lui la violence qu’il a déchainée. Bourdieu
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Aujourd’hui, dans le contexte d’un affrontement de civilisations donnant lieu à un conflit armé ayant fait en un an des centaines de victimes sur le territoire national, il est logique que reviennent au premier plan les exigences de l’ordre public, et le juge des référés a d’ailleurs invoqué «le contexte de l’état d’urgence et des récents attentats» pour justifier sa décision en la fondant sur «un risque de troubles à l’ordre public».  (…) L’islam est, par nature, politique. On ne saurait trop le rappeler: l’islam est un système total qui mêle le religieux, le politique, le juridique, la civilisation. L’islam est un code de droit qui prétend remplacer le droit du pays d’accueil. Si bien que toute concession faite à l’islam comme religion est un abandon consenti à l’islam comme système politico-juridique ainsi qu’à la civilisation islamique. Face à l’islam, la laïcité conçue comme neutralité ne suffit pas. Le cas de figure n’est pas le même qu’avec le catholicisme. Notre laïcité s’est certes construite contre l’Église, mais en accord avec les paroles fondatrices du christianisme: rendre à César et à Dieu ce qui leur revient respectivement. L’islam est au contraire l’anti-laïcité par excellence, si bien que notre État laïque devrait le combattre beaucoup plus durement qu’il n’a combattu le catholicisme. [La Corse] C’est un exemple des troubles à l’ordre public que peut entraîner cet étalage sur les plages françaises des pratiques identitaires islamiques. Surtout dans le contexte des récents massacres commis par des islamistes au nom de leur dieu. Par ailleurs, il est clair qu’en Corse où la population est restée plus près de son sol, plus ancrée dans ses villages, elle se montre plus réactive face au processus de la conquête islamiste non dite mais bien réelle dont l’Europe occidentale est l’objet. Cependant, même dans l’Hexagone, de plus en plus de gens ont conscience du lien qui existe entre les carnages des terroristes islamistes et le folklore identitaire arabo-musulman qui est le terreau où se nourrit le djihadisme. (…) Notre pays est actuellement en guerre, et s’il ne veut pas être vaincu dans cette guerre, il doit savoir contre qui et contre quoi il se bat. Pour ne pas perdre une guerre, il faut impérativement nommer l’ennemi. Or, en l’espèce, celui-ci est double: d’une part les djihadistes violents qui massacrent dans notre pays; et d’autre part, les djihadistes «civilisationnels», qui œuvrent inlassablement à rendre toujours plus présents sur notre sol leur civilisation, leurs règles et leur mode de vie. À moyen et long terme, le plus grand danger pour les Français est la conquête feutrée de la France par le djihadisme civilisationnel, conquête qui s’opère au nom des droits de l’homme. Les femmes qui portent des vêtements de bain islamiques sont des militantes de la conquête de notre pays par un groupe humain porteur d’une civilisation antagoniste. Cet été, les plages sont la nouvelle partie de notre territoire que visent à s’approprier les islamistes. Jean-Louis Harouel
The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes. But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business. The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity. On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania. Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform. In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract. The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention. Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights. No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays. (…) In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection. Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun. In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant. The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh. Victor Davis Hanson
Le 1er août 2016, les ministres de l’Intérieur et du Logement ont publié un communiqué passé totalement inaperçu dans la torpeur de l’été mais d’une importance capitale sur le plan de l’évolution des mentalités et de l’idéologie politique française. Ce texte marque une inflexion de la conception française de l’immigration. Jusqu’alors, celle-ci était fondée sur la distinction entre l’immigration régulière et l’immigration illégale. La première, conforme à la loi, était destinée par exemple à accueillir des travailleurs dont la France peut avoir besoin, à former des étudiants dans l’intérêt de la France ou du pays d’origine, ou bien à assurer le principe d’unité familiale. Elle était évaluée à environ 200 000 personnes par an. En revanche, les migrants en situation irrégulière, entrés ou séjournant en infraction avec la loi, devaient impérativement repartir dans leur pays, volontairement ou par la contrainte. Tel était le principe. Cette différence, pour la première fois depuis que l’immigration est devenue un sujet politique au début des années 1980, semble désormais ni par l’Etat. Le migrant en situation irrégulière n’a plus vocation à être reconduit dans son pays, mais à être accueilli en France et pris en charge par la puissance publique, au même titre qu’un étranger en situation régulière ou qu’un citoyen français en difficulté. (…) Ce communiqué enterre donc de fait toute notion d’immigration irrégulière. Il abolit le clivage entre légalité et illégalité en matière d’immigration. Il va dans le sens de la loi du 7 mars 2016, dont les dispositions reviennent à rendre très difficiles l’application des mesures d’éloignement. Il proclame que la France a le devoir d’accueillir et de prendre en charge tout étranger sur son territoire, qu’il soit autorisé à entrer et à séjourner ou qu’il ne le soit pas. De facto, le principe ainsi proclamé abroge l’idée de frontière ou de respect du droit de l’entrée et de séjour. Les associations humanitaires, les idéologues, les partisans de la liberté totale d’immigrer en rêvaient depuis au moins quarante ans. M. Cazeneuve et Mme Cosse l’ont fait. La question est de savoir quel sera l’ampleur de l’appel d’air que cette transformation profonde de tous les fondements de la politique d’immigration française est susceptible provoquer à terme. Le communiqué annonce une France ouverte, qui n’éloigne plus ses migrants illégaux mais au contraire les accueille. Le potentiel d’émigration est élevé: des centaines de millions de personnes déshéritées et désœuvrées, dans ce monde en ébullition, ne songent qu’à trouver un point d’accueil. Reste à savoir si la France, qui compte cinq millions de chômeurs, de gigantesques problèmes de logement, des centaines de milliers de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, un millier de cités sensibles dévastées par la violence, l’exclusion, le communautarisme, l’islamisme radical, si cette France a les moyens d’accueillir une immigration supplémentaire. Mais pour M. Cazeneuve et Mme Cosse, c’est une autre affaire. Et ce n’est visiblement pas la leur. Alexis Théas
Les policiers incarnent l’Etat, l’ordre public, la loi. Ils sont un symbole de la France traditionnelle. Dans une société en voie de décomposition, gagnée par une pagaille généralisée, la police incarne ce qui reste de l’ordre et de la discipline. Dans les zones de non droit gangrenées par le trafic de drogue, la violence aveugle, le communautarisme islamiste, le policier est le dernier gardien de la civilisation contre la barbarie. Tuer des policiers, pour le terroriste islamiste a une signification suprême: en finir avec le dernier vestige de l’autorité sur le territoire français. Le fait que le massacre du couple ait lieu à son domicile a un sens encore plus lourd. La guerre contre le monde occidental et la France est totale, sans concession, sans limites: tuer des personnes jusque dans le plus intime du foyer. La bataille a pour objectif le massacre pour le massacre. Elle est tournée vers une logique d’extermination. Mais la condition du policier français comme cible de la haine ne se limite pas au terrorisme islamiste. D’autres lui ont montré la voie… «A l’unisson, la foule chante: tout le monde déteste la police» rapporte un quotidien national le 5 avril dernier en compte-rendu d’une manifestation lycéenne. Chaque année, près de 8000 policiers et gendarmes sont blessés et une vingtaine tués. Les policiers, les gendarmes, parfois les militaires, sont en première ligne de toutes les expressions du chaos social et de la désintégration de l’autorité: violence des migrants clandestins du Calaisis et dans les squats, émeutes dirigées contre la loi «travail», à Paris comme en province, occupation de la place de la République par Nuit debout, violences lycéennes, déchaînement de hooliganisme à l’occasion de l’euro de football… A ces désordres ponctuels s’ajoute le chaos permanent des zones de non-droit et des cités sensibles: chaque année, près de 10% des policiers exerçant dans les départements les plus difficiles de la région parisienne sont blessés. Comment 120 000 policiers et un peu moins de gendarmes peuvent-ils tenir face à une telle exposition, un tel traitement? Tel est l’un des mystère de la France contemporaine. A la suite des attentats de «Charlie», des manifestations de solidarité avec la police se sont exprimées. Elles apparaissent aujourd’hui éphémères et sans lendemain. Le problème fondamental de la police de France est qu’elle n’est pas soutenue dans sa mission de protection de la société contre la barbarie. Les policiers en service dans les cités sensibles vivent un calvaire quotidien que la société veut ignorer: insultes, crachats, menaces de viol contre les femme policières, violences physiques. Les médias ne parlent jamais de ce sujet. Le réflexe «de la France d’en haut», des élites médiatiques, conditionnées depuis mai 1968 à haïr l’Etat et l’autorité, est de présenter le policier en oppresseur et le trublion ou le délinquant en victime. Les images de manifestants blessés dans l’activité de maintien de l’ordre public abondent dans les unes de la presse et des médias. En revanche, celles de policiers à terre sont soigneusement occultées. On parle abondamment des bavures policières mais jamais du martyre que subissent les policiers. Dans les commissariats les plus exposés, les suicides de policiers ne sont pas rares. De même, la justice a fait le choix de banaliser la police en la traitant sur le même plan que les auteurs d’infraction. En cas de plainte d’un policier blessé, les juridictions le placent sur le même plan que leur agresseur dans le cadre d’un procès à égalité des parties, avec confrontation obligatoire. Le malaise de la police française vient de ce qu’elle ne se sent pas protégée par la justice. Quant au pouvoir socialiste, obnubilé par sa posture de «gauche», et l’obsession de conserver ou reconquérir la sympathie des groupuscules gauchisants, il ne s’empresse pas d’apporter un soutien ferme et résolu à la police devenue le bouc-émissaire de la France du chaos. Policiers blessés ou tués, commissariats pris d’assaut et saccagés, voitures de police incendiées: la police porte aujourd’hui seule le poids du chaos français, dans un climat d’aveuglement et de déni généralisé. Le retour de l’autorité sur le territoire national et le respect de la police sera sans nul doute l’enjeu fondamental des élections de 2017. Pour l’instant, les politiques dans leur ensemble ne l’ont pas encore compris. Alexis Théas
There was a fundamental problem with the decision that you can see rippling now throughout the West. Ms. Merkel had put the entire burden of a huge cultural change not on herself and those like her but on regular people who live closer to the edge, who do not have the resources to meet the burden, who have no particular protection or money or connections. Ms. Merkel, her cabinet and government, the media and cultural apparatus that lauded her decision were not in the least affected by it and likely never would be. Nothing in their lives will get worse. The challenge of integrating different cultures, negotiating daily tensions, dealing with crime and extremism and fearfulness on the street—that was put on those with comparatively little, whom I’ve called the unprotected. They were left to struggle, not gradually and over the years but suddenly and in an air of ongoing crisis that shows no signs of ending—because nobody cares about them enough to stop it. The powerful show no particular sign of worrying about any of this. When the working and middle class pushed back in shocked indignation, the people on top called them “xenophobic,” “narrow-minded,” “racist.” The detached, who made the decisions and bore none of the costs, got to be called “humanist,” “compassionate,” and “hero of human rights.” The larger point is that this is something we are seeing all over, the top detaching itself from the bottom, feeling little loyalty to it or affiliation with it. It is a theme I see working its way throughout the West’s power centers. At its heart it is not only a detachment from, but a lack of interest in, the lives of your countrymen, of those who are not at the table, and who understand that they’ve been abandoned by their leaders’ selfishness and mad virtue-signalling. On Wall Street, where they used to make statesmen, they now barely make citizens. CEOs are consumed with short-term thinking, stock prices, quarterly profits. They don’t really believe that they have to be involved with “America” now; they see their job as thinking globally and meeting shareholder expectations. In Silicon Valley the idea of “the national interest” is not much discussed. They adhere to higher, more abstract, more global values. They’re not about America, they’re about . . . well, I suppose they’d say the future. In Hollywood the wealthy protect their own children from cultural decay, from the sick images they create for all the screens, but they don’t mind if poor, unparented children from broken-up families get those messages and, in the way of things, act on them down the road. From what I’ve seen of those in power throughout business and politics now, the people of your country are not your countrymen, they’re aliens whose bizarre emotions you must attempt occasionally to anticipate and manage. In Manhattan, my little island off the continent, I see the children of the global business elite marry each other and settle in London or New York or Mumbai. They send their children to the same schools and are alert to all class markers. And those elites, of Mumbai and Manhattan, do not often identify with, or see a connection to or an obligation toward, the rough, struggling people who live at the bottom in their countries. In fact, they fear them, and often devise ways, when home, of not having their wealth and worldly success fully noticed. Affluence detaches, power adds distance to experience. I don’t have it fully right in my mind but something big is happening here with this division between the leaders and the led. It is very much a feature of our age. But it is odd that our elites have abandoned or are abandoning the idea that they belong to a country, that they have ties that bring responsibilities, that they should feel loyalty to their people or, at the very least, a grounded respect. I close with a story that I haven’t seen in the mainstream press. This week the Daily Caller’s Peter Hasson reported that recent Syrian refugees being resettled in Virginia, were sent to the state’s poorest communities. Data from the State Department showed that almost all Virginia’s refugees since October “have been placed in towns with lower incomes and higher poverty rates, hours away from the wealthy suburbs outside of Washington, D.C.” Of 121 refugees, 112 were placed in communities at least 100 miles from the nation’s capital. The suburban counties of Fairfax, Loudoun and Arlington—among the wealthiest in the nation, and home to high concentrations of those who create, and populate, government and the media—have received only nine refugees. Some of the detachment isn’t unconscious. Some of it is sheer and clever self-protection. At least on some level they can take care of their own. Peggy Noonan
I have a fund of similar stories from female friends in France. There’s the one who was insulted by two women in headscarves while out jogging because she had on a pair of shorts; the friend who no longer travels on the Paris metro after a certain hour because, as a Muslim, she’s fed up with being insulted by men of her religion because she dares to wear a skirt and blouse; and the one who sold her baby’s car seat through an ad in the local paper. The man met her asking price but refused to shake the hand of a woman. Then there are the cases outside my immediate milieu. On the first day of Ramadan this year a Muslim waitress in a Nice bar was assaulted by two men. ‘Shame on you for serving alcohol during Ramadan,’ one of them screamed, as he attacked her. ‘If I were God, I would have you hanged.’ Last year in Reims a young woman sunbathing in a public park was set upon by a gang of teenage girls. They objected to her bikini, reported the newspapers, although the town’s authorities insisted there was no ‘religious’ aspect to the attack. Few believed them. That’s because such incidents are becoming more common across France. There was a spate of similar confrontations last summer in Lyon This important point is blithely ignored by naive liberal writers, particularly those in Britain, who have little understanding of the extent of extremism in France, where 100 of the country’s 2,500 mosques are controlled by Salafists, the most puritanical Islamic ideology. The Salafists want all women covered, at all times, and the burkini is part of their strategy. It is a symbol of Islamic purity with a clear message: good Muslims wear the burkini, bad ones wear the bikini. Toleration of the burkini will only embolden France’s ‘police of mores’ in their campaign of coercion. The Spectator
You may have noticed that Cannes, Nice, and a dozen other beach towns in France have just now adopted regulations banning the Islamic “burkini,” or full-body female swimsuit, from their beaches. And, as a result, we are right now undergoing a new outbreak of the by-now traditional and even folkloric American consternation over France and its antipathy to certain kinds of Islamic attire—the American consternation that, for a dozen years now, has rested on a single unchanging and unexamined assumption, as if nothing has changed during all these years, and no new information has emerged. The assumption is that France wants to regulate Islamic attire because the French are fundamentally biased against their Muslim minority. The French are frightened of the “Other.” They are unrepentant in their imperialist and colonialist hatreds for the peoples of North Africa. They are, in short, hopelessly racist. (…) Now, the American commentaries are, to be sure, not wrong in every instance. But they are wrong fundamentally, and the ways in which they are wrong seem never to diminish or vary or to yield to new information—which ought to alert us to their folkloric quality—namely, their origin in a folk belief about America. This is the belief that America is the home of the free, and France is not, and any desire to arrange things differently from how we Americans do can only be an aggression against common sense. In reality, the Islamic veil has a history in France. The North African immigrants who began arriving in France after World War II and especially in the 1960s were not fundamentalists, and they were not Islamists, and they did not normally dress in ostentatiously Islamic clothes. In the 1980s, the Islamist movement began to prosper in North Africa, however, and, after a while, a few imams with Islamist affiliations made their way to the French immigrant suburbs and housing projects. The Islamists recruited disciples. And they set about constructing their dreamed-of Quranic community as best they could—their proposed return to an imaginary 7th-century Medina, their effort to keep women out of sight or under wraps, their theory of a supernaturally evil Jewish conspiracy, and everything else. And the first step in their program was, of course, to impose the Islamist dress code on women. This meant obliging women to dress in a style that is indigenous to the Arabian peninsula, though not to North Africa—in clothing that is designed to conceal the female form and face, which the Islamists describe as authentically Islamic. (…) The French controversy over the veil—which, in the French debate, has meant the Islamic headscarf or hijab, too—got underway not with the arrival of the Muslim immigrants, but with the arrival of the Islamists. (…) And the question of how to interpret this dispute became, very quickly, a national debate in France, with plausible arguments on both sides. To wit, pro-veil: Shouldn’t a woman and even a schoolgirl have the right to dress in accordance with her own religious conscience? Isn’t religious attire a matter of individual right and religious freedom? (…) To which the anti-veil argument replied: No, the veil has been brought into the schools as a maneuver by a radical movement to impose its dress code. The veil is a proselytizing device, intended to intimidate the Muslim schoolgirls and to claim a zone of Islamist power within the school. And the dress code is the beginning of something larger, which is the Islamist campaign to impose a dangerous new political program on the public school curriculum in France. This is the campaign that has led students in the suburban immigrant schools to make a series of new demands—the demand that Rousseau and certain other writers no longer be taught; the demand that France’s national curriculum on WWII, with its emphasis on lessons of the Holocaust, be abandoned; the demand that France’s curricular interpretation of Middle Eastern history no longer be taught; the demand that co-ed gym classes no longer be held, and so forth. The wearing of veils in the schools, then—this is the beginning of a larger campaign to impose an Islamist worldview on the Muslim immigrants, and to force the rest of society to step aside and allow the Islamists to have their way. From this standpoint, opposition to the veil is a defense of the schools, and it is a defense of freedom and civilization in France, and it is not an anti-immigrant policy. (…) Naturally, the hearings and the passage of a law (about school dress) and then another law a few years later (about full-face veils in public) and the issuing of various regulations did not bring the argument to an end. That is because these controversies are, by nature, without any obvious resolution. On one side, in France, there is good reason for immigrants and their allies to complain about imperialist holdovers and larger bigotries in the culture, and reason to worry that anti-Islamist laws and regulations may spill over into an anti-immigrant campaign. And there has been no shortage of pious Muslim women willing to say that, in their own instance, they are not victims of the Islamists, and they wish to wear Islamic attire strictly for reasons of individual religious conscience, regardless of what anyone might say. These arguments are unanswerable. Then again, the French public as a whole, ancestral Gauls and new arrivals alike, has had every reason to grow ever more frightened of the Islamist movement, which has grown over the years, until by now it has come to dominate the young generation in entire neighborhoods in the immigrant districts—which means the French as a whole have every reason to look for simple regulatory ways to discourage the movement, beginning with legislation against the Islamist dress code. This argument, too, is unanswerable. Here, then, is a debate that will not come to a close. And yet, to read some of the American reporters and commentators, you would suppose that France has been consumed with these continuing quarrels, and that France’s Muslim population as a whole has been shuddering in resentment over the laws and regulations. But France has not been consumed, and the Muslims as a whole have not been shuddering, even if some have been. The most controversial of the laws was the first one, banning ostentatious religious symbols in the schools—which led a good many people to predict that, once the law was put into effect, the French Muslims were going to react furiously. But only the Americans were furious. President Barack Obama himself denounced the law (in his Cairo speech of 2009). A great many French Muslims appear, on the other hand, to have accepted and approved the law. It was because Muslim parents do not want their children to be drawn into a reactionary medievalist religio-political cult. They want their daughters to grow up to be Muslim Frenchwomen with the rights and privileges of other Frenchwomen. If the Islamists and their dress code are suppressed in the schools, then, this can only be good. But then, some commentators have always found it difficult to remember that Islamists are not the voice of authenticity for the Muslim immigrants in France. The Islamists are a threat to the immigrants, as well as to everyone else. And if the laws and regulations succeed in making life harder for the Islamist movement, the great mass of the French Muslims will be the first to benefit. (…) It is true that, in France, people take their secularism a little further than Americans tend to do, and this is partly on historical grounds. In America, we worry about freedom of religion, but in France, where everyone remembers the Catholic past and the religious wars, people worry about freedom from religion. They do not want to be tyrannized by theological fanatics. The Islamist movement is, from this point of view, all too familiar to the French—one more clericalist current that wishes to imposes its theological doctrines on everyone else. And, in the face of the Islamist fanaticism, the French are grateful for their secularist traditions and laws. Then again, the French take their secularism a little further than we Americans do also because they are willing to grant government a larger administrative role than Americans tend to do. Americans are allergic to government regulation, or pretend to be, but the French do not even pretend to be. I realize that a great many Americans believe that, as a result of the French willingness to accept government regulation, France has become an impoverished Communist despotism. But have you been to France? Perhaps it is true that labor regulations have lately become an obstacle to high employment. Even so, France is, in many respects, a better-run country than the United States. And the French naturally look to the government to apply secularist principles even in areas of life that Americans might regard as outside the zone of government, local or national. The permissibility of religious attire, for instance. And the French see something attractive in their government regulations. (…) The entirely comprehensible and translatable laïcité, which is the secular republican ideal: This is what most French people want—even if some French people are bigots. The secular republican ideal is what most French Muslims want—even if some French Muslims have been seduced by the Islamist manias and hatreds. This is what the immigrants from North Africa came to France in hope of finding. The debate over how best to contain and suppress the Islamist movement has taken place within the framework of that idea. (…) In France, there is an ancient and curious habit of mindless and self-flattering anti-Americanism, and in America, there is an ancient and curious and equivalent habit of sneering mindlessly at the French. This is the American habit that, for a dozen years now, has led the American commentators to see in France’s republican secularism a racist attack on individual freedom, instead of an antiracist defense of individual freedom. Paul Berman
En Syrie, à la guerre contre Daech se superposent d’autres guerres où les alliés d’hier dont devenus les ennemis d’aujourd’hui. Et inversement. Il n’y a pas une guerre mais des guerres en Syrie. Celle contre Daech, celle contre Bachar al-Assad et celle entre groupes rebelles. Au bout de cinq longues années de guerre civile, le pays est devenu une véritable mosaïque de factions armées. Forces Kurdes, islamistes ou rebelles « modérés », les alliances se font et se défont au gré des agendas politiques et militaires des uns et des autres, du rapport de force en présence ou des enjeux locaux. Les ennemis d’hier peuvent se retrouver les amis du jour et inversement. A cela s’ajoute les stratégies des puissances régionales et occidentales qui s’activent sur le terrain pour atteindre leurs objectifs parfois contradictoires : asseoir son hégémonisme régional ou lutter contre l’expansionnisme de Daech. Les deux pouvant s’entrechoquer. (…) Dans le nord de la Syrie, les Forces de protection du peuple (YPG) du Parti de l’union démocratique (PYD), proche du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) turc, dominent le terrain. Depuis octobre 2015, les YPG font partie des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), à dominante kurde, qui rassemble Kurdes, combattants arabes, Yézidis ou milices chrétiennes. Les FDS sont soutenus par Washington et Paris qui leur apportent l’appui de leurs aviations, du matériel (missiles, munitions) et formateurs sur le terrain dans leur guerre contre Daech.(…) Les YPG se sont donnés pour objectif la création d’un Kurdistan Syrien (Rojava) réunissant les trois cantons de Djézireh, Kobané et Afrin actuellement séparés des territoires kurdes par une zone de 65 km toujours aux mains de l’EI. Une réalisation que Recep Erdogan, le président Turc, ne veut voir aboutir pour rien au monde. L’opération lancée le 24 août par l’armée turque sur le territoire syrien, sous couvert de frapper des positions de Daech, n’a pour objectif que de stopper l’avancée des YPG  vers le canton d’Afrin, au nord-ouest de la Syrie. Afin d’éviter tout possibilité de constitution de ce Rojava. Marianne
Ce mercredi 24 août, l’armée turque a lancé ses soldats à l’assaut de Jarablos, ville syrienne frontalière de la Turquie, aux mains de l’EI depuis 2013. Sous le nom de code « Bouclier de l’Euphrate », le Premier ministre turc, Binali Yildirim, a expliqué dans un communiqué que « les forces armées turques et les forces aériennes de la coalition internationale ont lancé une opération militaire visant à nettoyer le district de Jarablos de la province d’Alep de l’organisation terroriste Daech ». De son côté, le président Recep Erdogan, dans un discours à Ankara, a apporté une précision de taille : « Depuis quatre heures nos forces ont lancé une opération contre les groupes terroristes de Daech et du PYD ». Pour Erdogan, l’opération vise donc les combattants d’Abou Bakhr al Baghdadi mais aussi les Kurdes de Syrie de la branche armée du Parti de l’union démocratique (PYD), les Forces de protection du peuple (YPG). Des Kurdes qui se battent pour eux-mêmes sur place contre Daech, ennemi visé par Erdogan. (…) Le nom de l’opération « Bouclier de l’Euphrate » est d’ailleurs loin d’être anodin. Depuis les premières réussites militaires des YPG, Erdogan avait bien signifié que l’Euphrate constituait une « ligne rouge » à ne pas franchir pour les Kurdes. Mais forts de leurs victoires répétées sur le terrain, les YPG, après la formation des FDS en octobre 2015, avaient reçu le soutien des Etats-Unis. Appui de taille qui leur avait permis de franchir le Rubicon. Jusqu’à ce surprenant revirement de l’état-major américain qui se range du côté de cette entrée en guerre de la Turquie contre les YPG. Joe Biden, le vice-président américain, en visite ce 24 août à Ankara, a ainsi déclaré que les kurdes syriens perdraient le soutien des Etats-Unis s’ils ne se retiraient pas de la rive ouest de l’Euphrate. Un tournant d’autant plus surprenant qu’aux côtés des soldats d’Erdogan, à en croire les autorités turques, combattent des supplétifs issus de l’Armée Syrienne Libre (ASL). Marianne
The Muslim population in Britain has grown by more than 500,000 to 2.4 million in just four years, according to official research collated for The Times. The population multiplied 10 times faster than the rest of society, the research by the Office for National Statistics reveals. In the same period the number of Christians in the country fell by more than 2 million. Experts said that the increase was attributable to immigration, a higher birthrate and conversions to Islam during the period of 2004-2008, when the data was gathered. They said that it also suggested a growing willingness among believers to describe themselves as Muslims because the western reaction to war and terrorism had strengthened their sense of identity. Muslim leaders have welcomed the growing population of their communities as academics highlighted the implications for British society, integration and government resources. David Coleman, Professor of Demography at Oxford University, said: “The implications are very substantial. Some of the Muslim population, by no means all of them, are the least socially and economically integrated of any in the United Kingdom … and the one most associated with political dissatisfaction. You can’t assume that just because the numbers are increasing that all will increase, but it will be one of several reasonable suppositions that might arise.” Professor Coleman said that Muslims would naturally reap collective benefits from the increase in population. “In the growth of any population … [its] voice is regarded as being stronger in terms of formulating policy, not least because we live in a democracy where most people in most religious groups and most racial groups have votes. That necessarily means their opinions have to be taken and attention to be paid to them.” The Times (2009)
De l’attaque de « Charlie Hebdo » et de l’« Hyper casher » en janvier 2015 à la mort du père Jacques Hamel à Saint-Etienne-de-Rouvray, mardi 26 juillet, ce sont 236 personnes qui ont perdu la vie dans des attentats et attaques terroristes, qui ont également fait des centaines de blessés. Les décodeurs
Il y a à peine plus de 3 millions de musulmans aux Etats-Unis, soit 1 pour cent de la population. C’est donc un peu comme si l’on assistait à l’inversion de la situation qui prévalait dans les années 1920, quand la France comptait à peine 5.000 Noirs et la «négrophilie» tenait le haut du pavé à Paris. À l’époque, l’élite française ne trouvait pas de mots assez durs pour fustiger le «racisme américain». Géraldine Smith
Selon un sondage YouGov publié ce jeudi, la majorité des Britanniques défend une interdiction de la burka, et près de la moitié celle du burkini. Contrairement à la France, aucune loi ne défend en Grande-Bretagne le port du voile intégral. Le débat sur le burkini n’agite pas seulement la France. Tout l’été, entre rixes en Corse et avis du Conseil d’Etat, l’actualité a été accaparée par la polémique sur ces maillots de bain islamiques, qui couvrent l’intégralité du corps. De l’autre côté de la Manche, un sondage YouGov vient d’être dévoilé, qui montre que la majorité des citoyens britanniques sont opposés à la burqa et au burkini dans leur pays. 57% des personnes interrogées se disent ainsi favorables à une interdiction du voile intégral, qui cache également le visage de la femme, contre seulement 25% opposés à cette mesure. Concernant le burkini, 46% des sondés estiment qu’il devrait être interdit sur les plages, quand 30% pensent le contraire. L’institut de sondage précise que plus le sondé est jeune, plus il a tendance à être opposé à l’interdiction. En revanche, le sexe de la personne interrogé n’est pas déterminant dans sa réponse, puisque 56% des femmes soutiennent l’interdiction de la burqa pour 58% de l’ensemble des répondants. Au Royaume-Uni, aucune loi n’interdit pour l’instant le port de la burqa, contrairement à la France. Valeurs actuelles
Here in Britain, banning the burka is a topic of discussion in the UKIP leadership contest after candidate Lisa Duffy called for a ban on wearing them in public places. New research from YouGov suggests this would be a popular policy with a majority of the public (57%) supporting a ban on wearing the burka in the UK, whilst just 25% are against outlawing it. (…) Looking at attitudes to burkinis, again the UK is more in favour of banning them, although less strongly – 46% of people would support a burkini ban and 30% would oppose one. Looking elsewhere, YouGov has found a similar level of support for a burka ban in Germany (62% supporting a ban and 27% opposing), whilst in the US a ban is strongly opposed, with 59% of people opposing the ban and just 27% supporting it. YouGov (2016/08/31)
Vous parlez de Marianne ! Marianne, le symbole de la République ! Elle a le sein nu parce qu’elle nourrit le peuple ! Elle n’est pas voilée, parce qu’elle est libre ! C’est ça la République ! C’est ça Marianne ! C’est ça que nous devons toujours porter ! Manuel Vals
Y a tout un conflit sur la poitrine dénudée de Marianne…(…) En fait, progressivement, deux images de Marianne co-existent et sont concurrentes, car il y a deux conceptions de la république (…) Il y a la marianne « sage », cheveux attachés, seins couverts, pas d’arme, sagement assise (…) Et la Marianne révolutionnaire, cheveux détachés, bonnet phrygien, poitrine découverte, combattante et armée (…) La première est la Marianne des républicains libéraux conservateurs, la seconde des radicaux révolutionnaires. Mathilde Larrere
Manuel Valls, the Socialist prime minister, called the burkini an “enslavement” of women, and claimed it was part of a political project to impose Islamist rules on France. He noted that Marianne, a female figure symbolising the French nation, is classically depicted bare-breasted. The implication seemed to be that women in burkinis are un-French, while true French women go topless. The Economist
À l’étranger, l’interdiction du burkini sur certaines plages françaises a suscité une vague de critiques dans les pays anglo-saxons, qui perçoivent la mise à l’index de vêtements religieusement connotés comme un frein à l’intégration. «Absurdité française», a lancé l’éditorialiste David Aaronovitch dans le quotidien The Times en estimant que de telles interdictions ne pouvaient qu’être l’œuvre d’«esprits tordus» et créer plus de problèmes. Croiser au Royaume-Uni une femme intégralement voilée dans certaines villes ou quartiers à forte population musulmane n’est pas chose rare et ne déclenche pas les mêmes polémiques qu’en France. (…) Ce clivage entre Britanniques et Français s’explique par les différences culturelles entre les deux pays, entre politique d’assimilation à la française et multiculturalisme britannique, avance le Dr Sara Silvestri, de la City University de Londres. «Ces deux modèles d’intégration sont en crise: ils ne sont plus appliqués ou compris de manière claire et chaque pays regarde ce que fait l’autre pour en tirer des leçons», note-t-elle. La Croix
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama
Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas qui sont Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins. […] Nous ne savons pas ce que peut bien dire James Dobson dans son émission de radio écoutée par des millions d’auditeurs. Nous ne savons rien de Reba et Travis. […] Nous sommes très peu nombreux à savoir ce qu’il se passe à Branson dans le Missouri, même si cette ville reçoit quelque sept millions de touristes par an; pas plus que nous ne pouvons nommer ne serait-ce que cinq pilotes de stock-car. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ…David Brooks
Well, my joke is that I consider myself a bobo with bad grades. If I’d studied more, I would have gotten into Harvard and I could afford the big kitchen and all that. But I am a bobo in some sense. You know, the essence of bobo life is people who consider themselves sort of artistic or writers or intellectuals but find themselves in the world of making money, in the world of commerce. And so I certainly am in that. You know, I consider myself a writer, and I live for ideas and things like that. But I also want a big house, so I’m caught between money and spirituality. David Brooks
Robert Putnam a découvert que plus la diversité dans une communauté est grande, moins les gens votent et moins ils donnent à des associations caritatives et travaillent à des projets communautaires. (…) Dans une étude récente, Glaeser et son collègue Alberto Alesina ont démontré qu’à peu près la moitié de la différence dans les dépenses sociales entre les Etats-Unis et l’Europe — l’Europe dépense bien plus — peut être attribuée à la diversité ethnique plus grande de la population américaine. Michael Jonas
Pour le chercheur en sciences politiques de l’Université du Michigan, Scoot Page, dans les lieux de travail de haut niveau, les différentes manières de penser parmi des personnes de différentes cultures peuvent être un avantage. “puisqu’elles voient et appréhendent le monde différemment que vous, c’est provocant. Mais la fréquentation de personnes différentes peut stimuler la créativité de tous. Les équipes diverses tendent à être plus productives.” (…) Autrement dit, les membres de communautés plus diverses peuvent faire plus de bowling seuls, mais les tensions créatrices lâchées par ces différences dans le lieu de travail peuvent propulser ces mêmes endroits à la pointe de l’économie et de la culture créatrice. (…) Page appelle ça le “paradoxe de diversité.” Il pense que les effets à la fois positifs et négatifs de la diversité peuvent coexister dans les communautés, mais qu’il doit y avoir une limite.” Si l’investissement civique tombe trop bas, il est facile d’imaginer que les effets positifs de la diversité puissent tout aussi bien commencer à s’affaiblir. Michael Jonas
Si les bobos vantent la diversité, ce sont les ouvriers français qui ont été au contact des immigrés dans la capitale. Ce sont eux qui ont amorti l’intégration. Michèle Tribalat
Ce concept de “droitisation” est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la “droitisation” consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes. (…) Est-ce Nicolas Sarkozy qui se “droitise” en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ? L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue. L’idéologie du “transfrontiérisme” n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale. Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices. Patrick Buisson
On brode beaucoup sur la non intégration des jeunes de banlieue. En réalité, ils sont totalement intégrés culturellement. Leur culture, comme le rap, sert de référence à toute la jeunesse. Ils sont bien sûr confrontés à de nombreux problèmes mais sont dans une logique d’intégration culturelle à la société monde. Les jeunes ruraux, dont les loisirs se résument souvent à la bagnole, le foot et l’alcool, vivent dans une marginalité culturelle. En feignant de croire que l’immigration ne participe pas à la déstructuration des plus modestes (Français ou immigrés), la gauche accentue la fracture qui la sépare des catégories populaires. Fracture d’autant plus forte qu’une partie de la gauche continue d’associer cette France précarisée qui demande à être protégée de la mondialisation et de l’immigration à la « France raciste ». Dans le même temps, presque malgré elle, la gauche est de plus en plus plébiscitée par une « autre France », celle des grands centres urbains les plus actifs, les plus riches et les mieux intégrés à l’économie-monde ; sur ces territoires où se retrouvent les extrêmes de l’éventail social (du bobo à l’immigré), la mondialisation est une bénédiction. Christophe Guilluy
Ce qui définit cette classe qui se sent menacée de déclassement, c’est son incapacité à ériger des frontières symboliques avec un monde qu’elle juge menaçant. Le bobo de Belleville, qui habite en plein cœur d’un quartier très métissé, peut résider dans un immeuble de lofts, socialement homogène, et contourner la carte scolaire. Les prolétaires de la Picardie, eux, n’ont pas les moyens d’ériger ce type de frontière invisible. C’est pour ça que cette classe populaire exprime aujourd’hui une demande d’Etat fort et de protectionnisme. La question sociale est centrale pour elle, à la condition qu’elle se combine avec une question d’ordre culturel. (…) Sur ces questions culturelles et identitaires, la gauche tient un discours peu clair. Car elle a la trouille de dire les choses. Je pense qu’on vit désormais dans une société multiculturelle sans oser le dire. Pour la première fois dans notre histoire, dans certains espaces, se pose la question d’appartenir à une majorité ou à une minorité relative. C’est ce que révèle l’épisode sur la viande halal : au-delà la question de l’étiquetage, le sentiment diffus de pouvoir devenir, sans le savoir, minoritaire, est très présent. (…) C’est compliqué pour [François Hollande] car il ne faut pas désespérer «Boboland», c’est-à-dire ces classes intellectuelles et supérieures qui vivent en centre-ville, profitent des bienfaits de la mondialisation et votent en majorité pour la gauche. Je dis cela sans mépris. C’est une réalité sociologique importante pour la gauche. Il est difficile de tenir un discours pour cette France des centres-ville et celle rejetée à la périphérie. Christophe Guilluy
Dans Bobo au contraire, il y a bourgeois […] Reste que le principe de générosité connaît ses limites. On peut soutenir les enfants de sans-papiers et contourner discrètement la carte scolaire. Par ailleurs, le bobo a beau se rattacher à la tradition ouvriériste du Paris faubourien, rien ne le déstabilise plus qu’un prolo blanc (…) Le pauvre du bobo, c’est l’étranger fraichement immigré qui vit à ses côtés dans les cités HLM du nord-est parisien. Contrairement au prolo, l’immigré est une personne éminemment sympathique, avec qui vous voudrez entretenir une relation placée sous le signe du rapport interculturel. Christophe Guilluy
Belleville est un territoire à part dans la métropole parisienne. On y retrouve des populations situées aux deux extrêmes de la pyramide sociale. D’un côté donc, les fameux bourgeois-bohèmes, qui investissent les anciens immeubles ouvriers remis à neuf. De l’autre, des familles maghrébines ou noires-africaines, regroupées dans les grands ensembles HLM. D’un côté, la constellation des bars «tendance» et des lofts pour bienheureux. De l’autre, des isolats comme la cité Piat, où se concentrent tous les stigmates de la précarité sociale : 17% de chômage, 22% de familles bénéficiaires d’aides sociales et une petite délinquance suffisamment ancrée pour que le quotidien des habitants soit rythmé par les descentes musclées des flics. (…) De fait, si les bourgeois-bohèmes sont souvent les premiers à se réjouir de la mixité colorée du quartier, leur arrivée massive se solde paradoxalement par l’éviction des classes populaires. (…) Vivre à Belleville n’est pas une punition. Et tous les enfants de la cité, loin s’en faut, ne sont pas dans la conflictualité. Certains tirent même partie des évolutions en cours. De jeunes patrons de bars kabyles ont su ainsi métamorphoser les vieux tripots communautaires de leurs pères pour les adapter au goût des branchés. De l’autre côté, tous les bobos ne vivent pas nécessairement en parias. Raul Velasco s’est fait voler un Nikon et du numéraire il y a quelques mois par une bande extérieure au quartier. Le «caïd du coin» a été contacté, et le Nikon est revenu dans la journée. Le Nouvel Obs
Si on abandonne l’assimilation, il faut également consentir à faire son deuil de la mixité sociale à laquelle les autochtones se plient à condition qu’on ne les oblige pas à voisiner avec des personnes dont le mode de vie est trop différent des leurs. On ne peut pas à la fois désirer respecter les différents usages et empêcher les individus de choisir leur voisinage. Philippe d’Iribarne
Je loue un appartement en face de l’église Saint-Bernard. Je me suis installée dans le quartier en 2004 parce que je voulais un peu d’exotisme. (…) Il y a trop de vandalisme, trop de violences, trop de jeunes encapuchonnés. Sylvia Bourdon
Nous avons tous plusieurs identités à la fois, d’où la complexité de s’intégrer, pas seulement pour les immigrés. “Je est un autre”, disait Rimbaud. “Je est une foule”, ai-je découvert rue Jean-Pierre Timbaud. (…) Avec ou sans “je”, on peut être de mauvaise foi. Mon but était d’être radicalement honnête, aussi sincère que je puisse l’être. En plus, l’emploi du “je” m’a libérée de toute prétention à vouloir expliquer globalement ce qui se passe aujourd’hui en France. Chaque école – sociologue, politologue, démographe – a ses certitudes, ses schémas explicatifs. Moi, je suis partie d’une question qui me minait depuis que je m’étais installée en famille dans un coin de Paris qui semblait incarner l’avenir d’une France ouverte et mélangée. Pourquoi ai-je fini par m’y sentir si mal à l’aise que j’étais contente d’en partir ? En l’absence d’une réponse satisfaisante, j’ai cherché le diable dans les détails de la vie quotidienne. (…) L’universel, je ne connais pas ! Je raconte mon expérience de cet échec mais je crois que beaucoup de gens s’y retrouveront, par exemple dans le dilemme que l’on ressent au moment où l’on se débrouille pour déroger à la carte scolaire ou pour mettre ses enfants dans le privé ; ou dans le malaise pour une femme de se promener en short dans un ”coin musulman”, par exemple à Belleville, tout en s’interdisant d’avouer sa gêne d’être gênée… La tolérance masque souvent une forme d’indifférence, ou de démission. Le haut de la rue Jean-Pierre Timbaud n’est un coin sympa où l’on va boire un verre entre potes que pour ceux qui refusent de voir que l’islam radical y a pris le pouvoir, chassant y compris des musulmans modérés ; pour ceux qui ne veulent pas voir que la mixité sociale du quartier est une façade. Je raconte mon rendez-vous avec Kader, 20 ans, que j’attendais dans un bar branché devant lequel il passe tous les jours, quasiment depuis sa naissance. Il n’y était jamais entré et n’osait pas pousser la porte. (…) Si mes rêves n’étaient que des baudruches gonflées à l’air chaud, autant le savoir. Du regret, oui. J’aurais préféré que mes rêves ne soient pas des illusions. Mais ça n’empêche pas de repartir sur de nouvelles bases plus saines, plus réalistes aussi. Il y a 15 ans, quand le boulanger intégriste servait avant moi les hommes qui faisaient la queue derrière moi, je faisais mine de ne pas avoir remarqué. Quand le préposé aux saucisses de la kermesse envoyait paître un parent demandant une merguez Halal avec un : “Oh ! Mais on est en France ici !”, je faisais comme si de rien n’était. Pourquoi ? Ce livre répond aussi à cette interrogation. (…) j’ai mis du temps à me rendre compte, notamment à travers ma propre expérience aux Etats-Unis, qu’un migrant n’est pas un être abstrait, en quelque sorte la plus petite unité des droits humains, mais une personne avec sa langue, sa culture, ses croyances, ses préjugés aussi. Donc, il faut repenser le “creuset”. La diversité, dans toutes ces dimensions, est une source mutuelle d’enrichissement, j’en suis convaincue. Tout le monde ne partage pas mon sentiment, et je comprends cette peur que certains ont de se perdre en s’ouvrant aux autres. Mais voilà, ce n’est pas comme si il y avait un choix. La France est aujourd’hui peuplée de citoyens français de toutes confessions, de “souche ou d’origines”, qui se côtoient avec leurs différences, et qui n’ont pas forcément envie de se couler dans un moule identique. “A Rome fais comme les Romains !”, dit-on. Soit. Mais le petit Bilel est désormais aussi Romain que le petit Edgar ! Nous n’avons donc pas d’autre choix que d’apprendre à vivre ensemble. Or, ce n’est pas facile. (…)  je pensais que ce serait simple de faire abstraction des différences, qu’il suffisait de le vouloir et je me suis trompée. Ce n’est pas une raison pour renoncer. (…) Ce qui m’a le plus frappé, c’est la centralité de “la race” dans la société américaine. Je n’employais jamais ce mot et, comme on sait, il ne correspond à rien scientifiquement. Et soudain, sur chaque formulaire, il me fallait indiquer que j’étais “white” ou “caucasian” ! Mais, au moins, il m’a fait comprendre que notre alpha et oméga à nous Français, c’est à dire le statut socio-économique, “la classe”, est tout aussi réducteur de la “foule” identitaire qu’est chacun d’entre nous. Donc, je pense que le pluralisme vécu, le mélange plus heureux, attend encore la pensée et le langage dans lequel il peut s’exprimer. Géraldine Smith
La rue Jean-Pierre Timbaud a été d’abord le lieu de mes espoirs, puis de ma déception. Raconter son histoire sur vingt ans m’a permis de faire le point, de savoir où j’habite -non plus au propre mais au figuré. Nous avons vécu dans ce coin de Paris entre 1995 et 2007. Nos enfants sont allés à l’école catholique, mitoyenne d’une mosquée salafiste réputée pour son radicalisme et d’un centre pour enfants juifs handicapés. Quand nous nous sommes installés, j’étais enthousiasmée par la diversité sociale, religieuse et culturelle de ce quartier qui ressemblait à la «France plurielle» que j’appelais de mes vœux. Mais au fil des ans, je m’y suis sentie de plus en plus mal à l’aise, au point d’être contente d’en partir. Dans ce livre à la première personne, je décris mon quotidien de mère de famille, celui de nos enfants, les matchs de foot dans la cour de récré, les fêtes d’anniversaire… Les raisons de l’échec, qui m’est resté en travers de la gorge, émergent de ce récit d’une façon très concrète. C’est comme si je donnais à mon problème qui, bien sûr, n’est pas seulement le mien, une adresse à Paris. (…) Avant d’avoir des enfants, j’ai travaillé comme journaliste en Afrique. Mon mari, un Américain ayant appris le français à 25 ans, continue d’y passer le plus clair de son temps en reportage. Nous ne voulions pas élever nos enfants dans une bulle. Donc, nous étions ravis d’habiter des quartiers moins homogènes, à tous points de vue, que, par exemple, ceux de la Rive Gauche. La Seine est une ligne de démarcation bien réelle. Je raconte dans le livre avoir accompagné une sortie de CM1 au parc du Luxembourg: la majorité des enfants de Belleville n’avaient jamais traversé le fleuve. Un dimanche, venant de Pantin pour une promenade dans le Marais, mon propre fils me fait remarquer que, de l’autre côté, «les Blancs sont majoritaires». Il n’en avait pas l’habitude. (…) Les difficultés de l’école publique ou la petite délinquance n’avaient rien de nouveau. C’est ma perception de la rue qui change brusquement. Au moment où j’ouvre enfin les yeux, après un incident mineur – un homme en qamis m’insulte parce que je bois un Coca sur le trottoir -, je découvre tout à la fois des réalités anciennes et nouvelles. J’ai l’impression que la présence d’une mosquée salafiste est pour beaucoup dans la désintégration mais c’est en partie une illusion optique: l’slam radical est lui-même d’abord une conséquence avant de devenir une cause. Il révèle un malaise qu’il va ensuite exacerber. Prenez la cohabitation entre les sexes. Quand un boulanger sert systématiquement les hommes avant les femmes, quand les petits commerces sont remplacés par des librairies islamiques et les magasins de mode ne déclinent plus dans leurs vitrines que la gamme très réduite du voile intégral, l’atmosphère de la rue s’en ressent forcément. De même quand des petits groupes prosélytes abordent des jeunes du quartier pour leur intimer de se joindre à la prière, non pas une fois par semaine mais tous les jours. Les premières victimes de cette évolution ne sont pas les gens comme moi, qui peuvent partir en vacances, obtenir des dérogations à la carte scolaire ou, si rien n’y fait, déménager. Ce sont ceux sans recours ni moyens, comme ce pizzaiolo qui baisse les rideaux parce qu’on lui enjoint de ne plus vendre que du Coca arabe. Ou Malika, une Marocaine vivant là depuis 1987 et qui regrette avec amertume la liberté vestimentaire disparue de sa jeunesse. Mais ce n’est pas forcément dans la nature de l’Islam de devenir ainsi un rouleau compresseur civilisationnel. La religion agressive n’est pas un archaïsme, une survivance ancestrale qui renaîtrait de ses cendres au beau milieu de Paris. Au contraire, c’est une production moderne, made in France, qui sert d’exutoire à ce qui ne va pas chez nous pour trop de gens depuis trop longtemps. Pour certains, c’est la seule issue quand l’ascenseur social est cassé. (…) Parfois cela mène à l’islamisme de la deuxième génération, à force de frustration et de rage. (…) Les couleurs de peau et les religions m’importent peu. J’apprécie les gens pour ce qu’ils sont et, si leur fréquentation devait me changer, pourquoi pas! Personne n’a une identité dans sa poche, comme un passeport, une fois pour toutes. Mais j’ai mis du temps à m’avouer qu’il n’en allait pas ainsi pour tout le monde, que la tolérance n’était pas le bien le mieux partagé dans notre quartier et, de ce fait, que la convivialité n’y était pas au rendez-vous. Par exemple, mon fils et ses camarades ne sont jamais partis en voyage avec leur classe, en sept ans, parce qu’une majorité des parents musulmans ne voulaient pas que leurs filles voyagent avec les garçons. J’ai râlé intérieurement mais je n’ai rien fait, par peur de passer pour «réac» sinon islamophobe. (…) il est vrai que ma génération a biberonné le rejet du «franchouillard» et, par opposition, l’éloge du métissage. À tel point que, jusqu’à très récemment, la Marseillaise et le drapeau français avaient de facto été abandonnés au Front national. En même temps, moi sans doute plus que mes parents, j’ai fermé les yeux sur le fait que le dogme religieux, l’infériorité supposée des femmes, l’homophobie ou le chauvinisme national faisaient partie de la culture de bien des immigrés. Ma génération a transformé en une relique intouchable «la culture de l’Autre» alors que la nôtre devait être librement négociable! J’ai mis du temps à me demander pourquoi un Camerounais raciste ou macho devrait être moins critiquable qu’un Français «de souche» soutenant le FN. Dans ce monde courbe où nous prenons nos désirs pour des réalités, on passe avec un sourire gêné sur le racisme ou la misogynie d’un immigré alors qu’on n’a pas de mots assez durs pour le moindre beauf bien de chez nous. Le problème n’est pas que nous ne soyons pas tous d’accord sur les maux qui rongent notre société. Au contraire, ce serait étonnant voire malsain. Mais qu’on ne soit pas d’accord avec soi-même, qu’on refuse de voir ce à quoi on ne veut pas croire, c’est vraiment problématique. Mon livre dit à chaque page que la «petite» vie quotidienne nous livre une somme de vérités qui valent plus que «la» vérité détachée de notre vécu, celle qu’on porte en bandoulière comme une amulette politique, son fétiche de «bien- pensant». (…) Les réactions sont aussi diverses que la rue mais, très largement, positives. Ceux qui apparaissent dans le récit sont contents que leur témoignage se trouve maintenant sur la place publique. À tort ou à raison, ils avaient l’impression d’être invisibles. (…) Bien entendu, ceux qui ne se reconnaissent pas dans mon récit m’accusent d’avoir caricaturé leur quotidien. Sur les réseaux sociaux, quelques rares personnes disent que «je délire»: pour moi, ceux-là ne voient pas ce qui se passe dans leur rue parce qu’ils «coexistent» avec ceux qui ne leur ressemblent pas, mais ne partagent avec eux aucune forme de convivialité. Autant dire qu’on est dans les jeux de miroirs habituels des perceptions individuelles. Cependant, quand vous travaillez sur vingt ans, quand vous avez vécu sur place et interrogé beaucoup de gens pour croiser les regards, il n’est pas facile de vous reprocher, sérieusement, d’avoir inventé une réalité. Géraldine Smith
J’ai (…) décidé – ça m’a coûté ! – d’écrire comme « la mère de famille » que j’étais aussi, c’est-à-dire au raz du quotidien, dans mon corps-à-corps avec une réalité souvent frustrante, rarement glorieuse. Décrire ma colère après un goûter d’anniversaire qui tourne au fiasco, mon impuissance face à un père de famille algérien au chômage qui désespère de « sauver ses enfants de la racaille », c’est ma façon de dire – j’y vais tout droit – qu’il est plus facile de défendre l’ouverture totale des frontières lors d’un dîner dans le Ve arrondissement que de scolariser ses enfants dans un lycée public du XXe. (…) Grâce à l’Afrique, il n’y avait aucun risque que je confonde l’islam et l’islamisme, un hijab et une burqa, un croyant et un djihadiste. J’étais aussi moins intimidée à l’idée de me faire taxer de raciste ou d’islamophobe. Au début des années 90, j’avais vécu à Dakar dans un studio que me louait un chef traditionnel Lébou, qui était musulman comme la quasi-totalité des Sénégalais. Ma pièce donnait sur sa cour intérieure, qui se remplissait de fidèles au rythme des appels du muezzin. Il m’invitait à boire le thé, nous nous entendions bien. Il est le premier à m’avoir parlé d’une « menace fondamentaliste » dans un pays pourtant pourtant dominé, sur le plan religieux, par les confréries soufies. Sous l’influence de prédicateurs étrangers officiant dans des mosquées souvent bâties avec des fonds saoudiens, le salafisme se développait à cette époque au Sénégal. On voyait au marché les premières femmes portant le voile intégral, des prêcheurs commençaient à s’en prendre à un soufisme jugé trop mou. L’islamisme, l’instrumentalisation de la foi musulmane à des fins politiques, est un problème en Afrique comme à Paris. J’ajoute qu’il est plus facile de comprendre que l’intégration n’est pas un lit de roses quand on est soi-même immigrée – immigrée de luxe, certes, mais immigrée quand même – comme c’est mon cas aux États-Unis. Je m’accroche comme d’autres à ma langue, ma culture, mes habitudes, mes préjugés… Au quotidien, je négocie pied à pied ce qui est « à prendre ou à laisser » dans les deux mondes que je dois réconcilier : ça va de la nourriture au respect dû aux parents en passant par la longueur des jupes… Je n’ai jamais laissé ma fille porter ces shorts ultra-courts et moulants qui sont pourtant la règle aux États-Unis. Mais, venant d’un pays laïque (allez expliquer ce que ça veut dire en cinq minutes !), j’ai pourtant accepté que dieu se glisse dans le contrat social tous les matins quand nos enfants prêtaient allégeance avant de commencer leur journée à l’école publique. Bref, on apprend à faire la part du feu au jour le jour. [Mon fils] a vécu une variation sur le même thème : quand nous nous sommes installés en Caroline du Nord, en 2007, il a découvert qu’on pouvait même revendiquer des origines très lointaines dans le temps. Le premier jour d’école, à la cantine, il y avait des tablées séparées d’enfants noirs, asiatiques, latinos et blancs. Il n’avait jamais connu ça à Belleville. Ne parlant pas bien l’anglais, vulnérable, il s’est assis chez les Noirs, qui l’ont accueilli plutôt sympathiquement. Plus tard, un copain noir lui a expliqué : « On t’aime bien. T’es pas Blanc, t’es Français ». Autant dire qu’il reste du chemin à faire… Aux États-Unis, l’assignation raciale prime sur tout. Plus qu’évidente, elle passe pour « naturelle » alors qu’elle est tout sauf cela. Il n’y pas de « Latino » en dehors des Etats-Unis, aucun rapport entre un Camerounais francophone et un Noir américain, beaucoup de Noirs américains seraient ailleurs vu comme Blancs et, summum de tout, les « Caucasiens » doivent leur nom à un professeur allemand au 18ème siècle, Johann Friedrich Blumenbach, qui a défini une « race » à partir d’un seul crâne qu’il trouvait merveilleux ! Certains amis de Max ou de Lily sont dans des clubs ouvertement “racialisés”, comme Men of Color ou Mixed Race Coalition. J’ai du mal à comprendre de tels choix, qui enferment l’individu dans un seul groupe, une seule facette de son identité. En France, une communauté fondée sur la couleur de la peau est a priori suspecte. Le Conseil représentatif des associations noires, créé en 2005, peine à exister. Les musulmans français sont très peu « communautarisés ». L’idéal républicain français prétend gommer toutes les différences au nom de la fraternité. Y parvient-il dans les faits ? Non, pas plus que le « rêve américain » n’assure l’égalité des chances aux États-Unis. Mais maintenant qu’on n’y croit plus, en France, cet idéal républicain d’assimilation passe pour un leurre, une « arnaque » dont le but réel viserait à faire de tous un « Français moyen » qu’on devine blanc, catholique, amateur de vin et de bonnes chères, vaguement grivois. Bien sûr, ça ne passe plus. Pourquoi serait-on moins « français » parce que l’on est noir ou musulman ? Que signifie « être français » ? Pour moi, en attendant de trouver mieux comme contrat social, est Français qui a la nationalité française. À mes yeux, il n’y ni « Français de souche » ni « Français issu de l’immigration ». Puisque la citoyenneté fait la différence entre eux, on est soit immigré soit Français étant entendu que le passage d’un statut à l’autre est balisé de droits et d’obligations s’imposant à tous. La question de l’origine est différente de celle de la race, un concept qui n’a d’ailleurs aucun fondement scientifique. Aux Etats-Unis, on est fiers de ses origines italienne, irlandais, africaine… En France, dire d’un jeune né en France qu’il est Franco-Algérien ou Franco-Camerounais, c’est le stigmatiser, en faire un citoyen de seconde zone. Qui a raison ? Quand le jeune Kader, dans le livre, me dit qu’il est Franco-Marocain et fier de l’être parce que bien incapable de choisir entre les deux pays, je ne vois pas où est le problème. Il passe ses vacances au Maroc, il parle marocain, il appartient à deux nations et cultures, comme mes propres enfants qui sont franco-américains (et à qui personne n’intime l’ordre de choisir). En revanche, quand la maîtresse oblige Séverin à parler du Cameroun, où il n’a jamais mis les pieds, seulement parce qu’il est noir et son père un immigré camerounais, elle lui assigne une identité qui n’est pas la sienne. (…) En fait, ils ne se confrontent pas, ils s’évitent. Rue Jean-Pierre Timbaud, bobos, barbus, Loubavitch, Polonais, Nord-Africains, artistes et dealers, jeunes et vieux se côtoient sans se rencontrer… Il y a même quelques personnes fortunées, dans des lofts discrets dans les arrière-cours. Mais les uns et les autres ne se connaissent pas, ou mal, il n’y guère de convivialité. Dans mon livre, Malika se fâche lorsque je lui vante mixité sociale de la rue telle que je la perçois au début. Là où un bobo voit un bar sympa, elle voit du bruit et le vomi qu’il faut enjamber sur les trottoirs le matin. Et cette mosquée « qui ne gêne personne », elle la voit comme le lieu qui aspire son fils aîné dans un vortex de radicalisation. Les bobos ont leurs restaurants, leurs boutiques, leurs boulangeries, leurs dérogations à la carte scolaire. Dans le fond, ce qui me dérange, ce n’est pas leur mode de vie, qui est en partie le mien. Ce qui me gêne, c’est que la tolérance est devenue le masque de l’indifférence que portent les uns aux autres. On se prétend ouvert mais, en réalité, on se recroqueville dans son alvéole, quitte à abandonner la place publique aux islamistes, les seuls à avoir encore un projet collectif. (…) Je crains qu’il y ait dans beaucoup de capitales du monde de telles frontières invisibles. À Paris, historiquement, les quartiers  de la rive gauche et à l’Ouest ont été urbanisés le plus tardivement et certains villages, comme Monceau, n’ont été annexés que dans la seconde moitié du 19ème siècle. Plus récemment, la fréquentation de l’espace public a évolué avec l’apparition du RER, le métro de la grande banlieue : les Champs-Elysées, en haut desquels se trouve la station Charles de Gaulle, ou le Forum des Halles, ont ainsi été abandonnés par les « vrais » Parisiens aux « gens des cités », en plus des touristes. Tout cela pour dire qu’en effet, on ne croise pas beaucoup d’ouvriers boulevard Saint-Germain, ni de Noirs dans les jardins du Luxembourg. Que les enfants – nés à Paris – du boulanger de Ménilmontant ne soient jamais montés dans la tour Eiffel, ou que l’un de mes amis d’une grande famille bourgeoise n’ait jamais « passé le périph’» en dit effectivement long sur le cloisonnement social. C’est aussi une question de moyens : au café de Flore, le « petit noir » est à 4,60 euros, alors qu’on boit son expresso pour moins de 2 euros à Belleville. (…) Il ne s’agit pas de racisme. Ce jour là, j’ai honte, l’espace de quelques instants, d’être avec une femme qui hurle en arabe dans les jardins du Luxembourg. Puis, j’ai honte d’avoir honte d’elle et de son enfant. Cela ne fait pas de moi une raciste. Dans le fond, ce qui me gêne à ce moment là, ce n’est pas de me promener dans Paris avec une femme voilée (je viens de passer la journée avec elle), ce qui me gêne c’est qu’elle hurle dans un espace public dont je connais et partage les codes : au Luxembourg, on ne hurle pas… Si elle avait hurlé au Parc de Belleville, je n’y aurai même pas prêté attention. J’ai donc une réaction qui traduit notre différence sociale : ce n’est guère mieux, mais cela n’a rien à voir avec du racisme. Je lui en veux mais pas pour son origine. Je lui en veux parce qu’elle vient de faire éclater ma bulle de rêve. Je m’étais grisé de cette belle journée, des rires devant Guignol, j’avais regardé les gamins et je m’y étais cru, dans cette France cosmopolite de toutes les couleurs. Or, l’incident entre le gardien et la mère de Djed me ramène à la réalité. L’atterrissage est brutal. Je n’exclue pas avoir eu, en d’autres circonstances, un premier réflexe raciste. Par exemple, un Chinois crache dans le métro et je pense in petto: « Y’en a marre de tous ces Chinois qui crachent partout ! ». À mon avis, si l’on veut surmonter le racisme, il faut cesser de le présenter comme un sentiment extraterrestre, quelque chose qui n’arrive qu’aux autres. C’est pour cela que je rapporte dans le livre l’anecdote de Nelson Mandela qui, à peine sorti de 27 ans de prison, monte dans un avion, se rend compte que le pilote est noir et, par réflexe, se dit : « pas de chance ! ». Mandela en parle dans son autobiographie pour mettre en exergue la « banalité du mal », comme dirait Hannah Arendt. Si on avait tous ce courage, on pourrait accomplir un travail collectif pour aller à rebours de nos préjugés. On ne vaincra pas le racisme en mettant des procureurs généraux à tous les coins de rue, ou par auto-flagellation. (…) Des comptes rendus positifs et des interviews sont parues dans la presse de gauche comme de droite, du Figaro au Monde, de Marianne aux Inrockuptibles. On m’avait prédit le pire, que je devais me préparer à être violemment prise à partie mais rien de cela n’est arrivé. Cependant, une rencontre-débat dans une librairie près de la rue Jean-Pierre Timbaud a été annulée à a suite de menaces émanant d’abord de bobos, puis d’islamistes. Et les réactions des internautes sous les recensions ou les interviews sont souvent violentes. A droite, pour certains, je suis une « bobo repentie qui s’aveugle encore ». On devine que les gens qui « commentent » n’ont pas lu le livre, mais y trouvent quand même la preuve, s’il leur en fallait une, que l’islam est incompatible avec la France. A gauche, pour d’autres, je raconte n’importe quoi en « faisant passer le quartier pour une no-go zone alors que tout y est si cool ». Mais, dans l’ensemble, je suis agréablement surprise par l’espace qui est désormais ouvert en France pour débattre sans ambages de notre « vivre ensemble » en panne. (…) Je n’ai pas d’expertise pour juger du succès du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis mais, s’il visait l’émancipation plutôt que le « mélange », une notion assez confuse, un bon bout de chemin a été accompli. En l’absence de statistiques ethniques officielles, qui sont interdites en France, la comparaison entre les deux pays est difficile. À vue de nez,  il me semble effectivement que les villes françaises demeurent, malgré une communautarisation tardive mais croissante, plus mélangées, ethniquement et socialement, que les villes américaines. En revanche, les minorités sont bien plus visibles en Amérique qu’en France (un incontestable acquis de la lutte pour les droits civiques). Pour ne citer que cet exemple, on comptabilise 10 députés « issus de la diversité » sur 577 élus au parlement français. On est loin d’un « caucus » de poids ! Géraldine Smith
Géraldine Smith se lance (…) dans une aventure littéraire qui relève de l’exercice le plus difficile qui soit : l’approche critique de sa propre pensée. (…) Géraldine Smith dévoile honnêtement sa difficulté initiale à admettre l’échec du modèle d’intégration à la française, pensant qu’à force de bonne volonté, il doit être possible d’émousser la haine de certains, au profil de vie difficile. (…) Au départ (…) Géraldine croit au multiculturalisme et à une classe moyenne mélangée. Journaliste, comme son mari Stephen (Américain), elle fut reporter à Jeune Afrique puis rédactrice en chef de L’Autre Afrique. Stephen travaillait au Monde après avoir quitté Libération. Elle choisira de devenir pigiste après la naissance de ses enfants, afin de bénéficier de plus de souplesse. Le couple a tout d’une paire de bobos… Et puis le 11 septembre 2001 survint. Des avions s’encastrent dans les Tours jumelles à New York : les deux colosses, symboles des États-Unis, s’enflamment et s’effondrent. (…) Elle assiste ensuite, lentement mais inexorablement, à la progression de l’intégrisme : à la mosquée Omar, dans la rue Timbaud, dans les commerces. Elle note aussi l’antisémitisme grandissant de certains enfants musulmans. Dès lors, l’auteure constate qu’elle a commis plusieurs erreurs intellectuelles : penser d’abord qu’une tolérance sans bornes permet aux étrangers de mieux s’intégrer : hélas, tolérer de manière excessive vire souvent à la démission. (…) Deuxièmement, Géraldine Smith affirme que les difficultés socio-économiques ne suffisent pas à expliquer la « désintégration ». Troisièmement, le multiculturalisme fait des ravages parce qu’il conduit à penser qu’il existe un droit absolu à la différence autorisant à ne pas respecter la loi et les règles de vie d’une société au nom de sa singularité culturelle ou religieuse. Enfin, elle indique qu’elle a confondu la coexistence et le vivre-ensemble, la cohabitation et la convivialité. Faire nation constitue effectivement une chose bien plus complexe que juxtaposer des communautés. (…) En cette époque vindicative où rares sont ceux qui entendent la parole de l’Autre, c’est un exercice difficile et salutaire. A lire absolument pour jeter un regard humain et pourtant clinique sur un sujet capital. Eric Delbecque
Une journaliste a enquêté sur l’islamisation du quartier où elle a habité, celui de la rue Jean-Pierre-Timbaud, dans le XIe arrondissement de Paris. Une artère sous l’influence de la mosquée Omar. (…) Géraldine Smith (…) disait sa fierté d’habiter ce quartier populaire et mélangé. Ses enfants étaient scolarisés dans une petite école catholique qui accueillait beaucoup de musulmans, un établissement mitoyen de la mosquée Omar. Sous l’influence de ce haut lieu de l’islam radical, elle a vu le haut de la rue évoluer en une dizaine d’années, devenir un coin d’asphalte où les librairies intégristes évincent le petit commerce, où les femmes ne se risquent plus à se promener bras nus. Exilée depuis aux Etats-Unis, cette journaliste a continué à s’intéresser à cette enclave salafiste au cœur du pays des bourgeois bohèmes. En janvier 2015, elle tombe en arrêt devant la photo de la licence de foot des frères Kouachi, les assassins de Charlie Hebdo, des gamins de l’Est parisien. « Les bourreaux, comme les victimes, faisaient partie de mon monde, cela m’a foudroyée », écrit-elle. Pour comprendre et expliquer, elle a retraversé l’Atlantique. Mené une minutieuse enquête à l’ombre de la mosquée, retrouvé ceux qui il y a dix ans jouaient avec ses enfants, interrogé les commerçants. Elle découvre qu’une cohabitation hostile s’est installée entre deux groupes qui s’ignorent ou se défient, c’est selon : les bobos et les barbus. Un récit glaçant, avec pour décor la capitale. Marianne
Le climat se dégrade insidieusement rue Jean-Pierre-Timbaud. […] A cette époque, les voyages scolaires habituellement organisés pour les élèves du CE2 au CM2 sont tout bonnement supprimés. Une majorité de parents musulmans refusant désormais de laisser partir leurs filles, par peur de la promiscuité avec les garçons, l’école ne parvient plus à atteindre le minimum d’élèves requis pour monter une « classe verte », un séjour à la montagne. Et encore moins le voyage en Angleterre que les institutrices faisaient miroiter comme récompense aux enfants depuis le CE1. […] La recomposition des équipes de football, la suppression des voyages ne sont que le reflet, chez les gamins, de la désintégration qui est à l’œuvre dans la rue. Sur fond de crise économique perpétuelle, il y a eu le 11 septembre, l’invasion de l’Irak, les grèves contre la réforme du système des retraites, voire la « canicule » de 2003 et, sans doute, bien d’autres choses encore. La France va mal : elle voulait croire qu’elle avait une « certaine idée » d’elle-même mais, là, elle n’a plus d’idées ni de certitudes du tout ; elle balance entre le grand mélange du « métissage » et la Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules d’un passé plus imaginaire que réel ; Raffarin-le-rond puis Villepin-l’agité sont Premiers ministres ; Sarko-le-Kärcher à l’Intérieur. Bizarrement, dans cet entre-deux où tout vaut tout et son contraire, la crise des banlieues de la fin de l’année 2005 passe quasiment inaperçue à Couronnes. A la lisière du XIe et du XXe, on ne brûle pas de voitures. On y est déjà trop engagés dans un jeu de go, dans le silence. L’enjeu est territorial. De part et d’autre, on pousse ses pions, sans piper mot. A tel point que beaucoup d’entre nous ne s’aperçoivent de rien ou se disent et répètent aux autres, face aux indices s’accumulant : « Mais c’est calme ici. » Avec le recul, cette phrase est devenue pour moi le Kyrie eleison d’un « positivisme » compulsif, l’aveu qu’on ferme les yeux pour mieux ne rien entendre. » Géraldine Smith
Oui, les faits sont têtus. Ayant été de ces quelques journalistes (les doigts d’une main devraient suffire) qui, depuis des décennies, ont alerté isolément sur l’immigration de peuplement, l’islam politique, le multiculturalisme, le somnambulisme des dirigeants, la lâcheté des bons sentiments, l’instrumentalisation des droits de l’homme, je sais ce que ces mises en garde m’ont valu de haussements d’épaules, d’insultes et de kahnneries dans Marianne, de caricatures en franchouillard halluciné, d’exclusions des débats médiatiques bien peignés. Or, jamais la remarque d’Arthur Schopenhauer, que je rappelle dans La guerre civile qui vient, n’a été aussi vraie : « Toute vérité franchit trois étapes. Tout d’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis elle est considérée comme ayant toujours été évidente ». La troisième étape n’est pas loin d’être franchie. Quelques exemples, glanés ces derniers jours de vacances d’avril. Le Monde du 27 avril accorde une place de choix au livre de Géraldine Smith dans lequel, femme de gauche, elle déplore son propre aveuglement volontaire face à l’emprise islamiste de la rue Jean-Pierre Timbaud, à Paris. Certes, le quotidien s’effraie encore un peu  des « remarques contestables sur l’islam » que la journaliste émet parfois, mais il lui donne néanmoins l’absolution : « Sous-entendre qu’elle est islamophobe (…) serait abusif ».  Dans FigaroVox, Géraldine Smith reconnaît : « Ma génération a transformé en une religion intouchable la « culture de l’Autre » alors que la nôtre devait être librement négociable ». Laurent Joffrin, qui dressait il y a peu des listes de « néo-réacs » et de « néo-fachos » coupables de ne pas se plier devant l’islam et de parler comme Mme Smith, dénonce à son tour (Libération, 29 avril) la « naïveté » de ceux qui ne veulent pas voir dans le voile islamique la marque de la domination masculine sur le corps féminin. Le voilà en soutien de Soufiane Zitouni, ce professeur de philosophe qui reconnaît l’existence d’un « antisémitisme islamique, si présent dans de nombreuses familles musulmanes depuis des siècles, et à notre époque plus que jamais, hélas ». Les lecteurs fidèles de ce blog connaissent aussi cette évidence depuis longtemps… Cependant ces quelques cas anecdotiques, s’ils illustrent bien la déroute des idéologies face aux réalités, ne sont rien en comparaison de la vague de rejet massif par l’opinion de l’immigration de peuplement, de l’islam politique, du multiculturalisme, ces sujets dont il était de bon ton d’assurer naguère qu’ils n’intéressaient personne hormis quelques esprits étriqués et monomaniaques. « Les socialistes, grands déçus de la politique », titrait Le Monde, jeudi. Alors que les « déclinistes », ainsi nommés par le Système pour faire taire leur tocsin,  étaient la cible principale du « progressisme », l’étude 2016 sur les Fractures françaises  fait apparaître que  seulement 31% des sympathisants socialistes pensent que la France « n’est pas en déclin ». Selon cette même étude, 65% des Français estiment qu’il y a trop d’étrangers en France. Le rejet de l’Union européenne, construite justement sur l’immigration de peuplement, procède de ce même refus de cautionner une politique d’immigration sacralisée par des commissaires européens non élus. Le Figaro de vendredi a mis au jour pour sa part l’image dégradée de l’islam, en France et en Allemagne. En France, 63% des sondés estiment que « l’influence et la visibilité de l’islam » sont « trop importants » (48% en Allemagne). Même les sympathisants socialistes se disent, à 55%, opposés au port du voile « dans la rue ». 52% des Français se disent également opposés à la l’édification de mosquées (49% en Allemagne). Quand Barack Obama dit dernièrement d’Angela Merkel que la chancelière allemande « est du bon côté de l’histoire » dans l’accueil des migrants, le président des Etats-Unis affiche son profond mépris pour les peuples européens qui voient très bien les dangers que recèlent, pour l’avenir des cohésions nationales, l’immigration de masse, l’islam conquérant, la confusion entre l’autre et le même. Si l’angélisme des faux gentils perdure jusqu’à attiser les rejets entre communautés, le sens de l’histoire rejoindra l’Autriche dont les citoyens, contre toute attente, ont placé un candidat du FPÖ, Norbert  Hofer, nettement en tête du premier tour de l’élection présidentielle. Marine Le Pen s’est empressée de féliciter ses « amis du FPÖ » pour ce « résultat magnifique ». La droite officielle, elle, continue de dormir du sommeil du simplet. Ivan Rioufol
« Bobo  », « classe créative  », « branchés  »… Chacune de ces expressions recouvre une réalité un peu honteuse, celle de milieux mi-intellos, mi-artistes, conscients des enjeux politiques et sociaux de ce monde, mais qui, plutôt que de les affronter directement, préfèrent faire un pas de côté, en s’imaginant que des solutions esthétiques suffiront pour les apaiser. Ils investissent par exemple des quartiers populaires, croyant venir ajouter aux « United Colors of Benetton  ». Ils fréquentent des cafés à la mode, où l’on mange forcément bien parce que bio, et croient ainsi aider à réaliser les promesses d’une République fraternelle et solidaire, alors qu’ils viennent en fait profiter du repli communautaire pour s’inventer un monde à eux. Au fil du temps, la bonne conscience bobo ne tient toutefois pas le choc de la réalité. Dans son ouvrage sur la difficile coexistence communautaire rue Jean-Pierre-Timbaud, la journaliste Géraldine Smith ne se décrit pas elle-même comme bobo, même si elle reconnaît qu’elle trouvait « très cool  » d’habiter un quartier aussi bigarré. Après avoir élevé ses deux enfants à proximité, elle revient, plus de dix ans après, dans un quartier où l’islam intégriste et les petits vendeurs de drogue prospèrent, où la République n’arrive plus à intégrer ses enfants, et où les incivilités seraient devenues insupportables. Ces retrouvailles se font alors que c’est précisément ce Paris-là qui est devenu une scène d’attentats, en 2015. Avec son époux, Stephen Smith, ancien journaliste au Monde, Géraldine Smith a déjà fait paraître un ouvrage, Noir et français  ! (Ed. du Panama, 2006), sur la tentation identitaire qui traverse la communauté noire de France. Elle propose maintenant une enquête intime pour mieux comprendre comment elle s’est autopersuadée qu’« une tolérance sans borne était la meilleure manière d’aider les étrangers et leurs enfants français à s’intégrer  ». Ce n’est donc pas tant la transformation de ce quartier qui l’intéresse que sa propre réaction, ou son absence de réaction, aux changements qui se sont opérés quotidiennement autour d’elle. Car il y avait un pas à ne pas franchir  :« Pour nous, admettre qu’il y a un problème, c’est déjà faire un pas en ­direction du camp des “conservateurs”. » (…) Dans son roman La Vie devant soi, paru en 1975, Romain Gary inventait un Belleville, une France, régis par un ordre postcolonial où l’on sait se jouer des identités, où l’on peut tricher avec le regard des autres, se dire juif, puis musulman, ou bien français, puis africain, sans que cela porte à conséquence, parce que chacun veille à entretenir les réseaux de solidarité. Le livre de Géraldine Smith fait penser à ce ­roman, mais dans une version cauchemardesque. Son fils Max énonce avec ses mots d’enfant, sur un ton proche de celui du petit Momo imaginé par Romain Gary, des vérités que les adultes peinent à voir. « Je ne sais pas ce qui leur prend tout d’un coup  ; ils se prennent tous pour leur origine  », dit-il un jour en rentrant d’une partie de foot qui a opposé la « France  » au « reste du monde  », entre ceux qui se sont trouvés assimilés ce jour-là à l’ancien colonisateur et ceux qui revendiquent désormais leurs racines africaines et arabes. Le quartier aurait basculé au tournant des années 2000, dans cette nouvelle époque qui s’amorce avec les attaques contre le World Trade Center. Sous les traits de cette journaliste, il serait tentant de découvrir l’un de ces « catholiques zombies  » fustigés par Emmanuel Todd dans son essai Qui est Charlie  ? (Seuil, 2015). Le démographe visait ainsi cette frange de l’opinion de gauche qui a reçu une éducation catholique, mais qui, sans avoir la foi, en a gardé les réflexes xénophobes, notamment à l’égard des musulmans. Géraldine Smith, qui ne cache pas son éducation religieuse, pourrait entrer dans cette catégorie, mais ce serait sous-entendre qu’elle est islamophobe, ce qui serait abusif. Il est vrai qu’elle a parfois des remarques ­contestables sur l’islam, comme lorsqu’elle le compare à un « anticorps  » produit par les immigrés « dans un milieu français à haut risque de contagion  ». Mais Géraldine Smith porte un regard aussi sévère sur l’école. La mise en cause est générale, et surtout personnelle. Elle se réserve les plus durs reproches et, à travers elle, c’est bien la « classe créative  » qui est visée. Bobos, branchés et hipsters se retrouvent au Cannibale, un café bien connu de la rue Jean-Pierre-Timbaud. Les plus démonstratifs d’entre eux se font tatouer, portent la barbe et la chemise à carreaux. La toilette recherchée de ces coquets bûcherons est leur véritable habitat. Qu’ils résident rue Jean-Pierre-Timbaud ou dans le 5e arrondissement n’y change rien. Il y a encore autre chose qui définit « hipster  » et « bobo  ». C’est leur rôle dans les industries créatives, publicité, édition, télévision, etc. Parce qu’ils détiennent le capital intellectuel, si ce n’est le capital tout court, ils participent activement à définir le monde, à forger le discours dominant. Le temps du constat passé, on peut espérer qu’ils trouvent l’humour et la dérision nécessaires pour imaginer un quartier digne du Belleville de Romain Gary. Le Monde

Après les neocons, les bobos !

A l’heure où la polémique aussi piégée que savamment orchestrée qui avait tant agité nos plages …

Et valu au pays européen qui, possédant la plus grande minorité de musulmans et une frontière directe avec le Monde musulman, vient d’offrir en à peine 18 mois des centaines de ses ressortissants à la fureur sacrificielle de nos djihadistes …

La condamnation quasi-unanime de la bien-pensance de pays qui n’en ont respectivement que moins de 5 % pour les Britanniques et moins d’1% pour les Américains …

Semble repartir chez nos voisins britanniques (mais aussi allemands) avec un sondage révélant une majorité favorable à l’interdiction du port de la burka (contre 27% aux EU) et près de la moitié à celle de sa version plage …

Pendant qu’avec le triple jeu de nos amis turcs, pourrait bien repartir de plus belle l’invasion arabe de l’Europe tant célébrée par ceux là mêmes qui en sont les plus protégés

Comment ne pas repenser à l’accueil pour le moins mitigé juste avant l’été d’un livre dont l’auteure se voyait quasiment traiter de « catholique zombie » et d’islamophobe  …

Pour avoir reconnu suite à son émigration aux Etats-unis et à l’instar de ces gens de gauche que leur agression par la réalité avaient convertis en néoconservateurs  …

Sa foi exagérée au multiculturalisme et pris acte de l’échec du modèle d’intégration à la française

Et surtout, trahissant les secrets de la tribu, de n’avoir pas su trouver « l’humour et la dérision nécessaires pour imaginer un quartier digne du Belleville de Romain Gary » ?

Les ratés de la mixité sociale dans l’Est parisien
Marc-Olivier Bherer
Le Monde
26.04.2016

« Bobo   », « classe créative  », « branchés  »… Chacune de ces expressions recouvre une réalité un peu honteuse, celle de milieux mi-intellos, mi-artistes, conscients des enjeux politiques et sociaux de ce monde, mais qui, plutôt que de les affronter directement, préfèrent faire un pas de côté, en s’imaginant que des solutions esthétiques suffiront pour les apaiser. Ils investissent par exemple des quartiers populaires, croyant venir ajouter aux « United Colors of Benetton  ». Ils fréquentent des cafés à la mode, où l’on mange forcément bien parce que bio, et croient ainsi aider à réaliser les promesses d’une République fraternelle et solidaire, alors qu’ils viennent en fait profiter du repli communautaire pour s’inventer un monde à eux.

Au fil du temps, la bonne conscience bobo ne tient toutefois pas le choc de la réalité. Dans son ouvrage sur la difficile coexistence communautaire rue Jean-Pierre-Timbaud, la journaliste Géraldine Smith ne se décrit pas elle-même comme bobo, même si elle reconnaît qu’elle trouvait « très cool  » d’habiter un quartier aussi bigarré. Après avoir élevé ses deux enfants à proximité, elle revient, plus de dix ans après, dans un quartier où l’islam intégriste et les petits vendeurs de drogue prospèrent, où la République n’arrive plus à intégrer ses enfants, et où les incivilités seraient devenues insupportables. Ces retrouvailles se font alors que c’est précisément ce Paris-là qui est devenu une scène d’attentats, en 2015.

Avec son époux, Stephen Smith, ancien journaliste au Monde, Géraldine Smith a déjà fait paraître un ouvrage, Noir et français  ! (Ed. du Panama, 2006), sur la tentation identitaire qui traverse la communauté noire de France. Elle propose maintenant une enquête intime pour mieux comprendre comment elle s’est autopersuadée qu’« une tolérance sans borne était la meilleure manière d’aider les étrangers et leurs enfants français à s’intégrer  ». Ce n’est donc pas tant la transformation de ce quartier qui l’intéresse que sa propre réaction, ou son absence de réaction, aux changements qui se sont opérés quotidiennement autour d’elle. Car il y avait un pas à ne pas franchir  :« Pour nous, admettre qu’il y a un problème, c’est déjà faire un pas en ­direction du camp des “conservateurs”. »

Elle fait donc le récit de sa vie dans ces rues. On croise amis et connaissances, parents d’élèves, directeurs d’école publique ou privée, cafetiers, mais aussi les enfants laissés à eux-­mêmes, les dealers, les mamans voilées, les boulangers musulmans qui servent les femmes en dernier, le tout dans une ambiance qui s’alourdit sous le poids d’un islam de plus en plus intolérant, qui flique et quadrille le quartier grâce à la tristement célèbre mosquée Omar, au coin des rues Jean-Pierre-Timbaud et Morand, et aux librairies des alentours.

Un tournant après le 11-Septembre

Dans son roman La Vie devant soi, paru en 1975, Romain Gary inventait un Belleville, une France, régis par un ordre postcolonial où l’on sait se jouer des identités, où l’on peut tricher avec le regard des autres, se dire juif, puis musulman, ou bien français, puis africain, sans que cela porte à conséquence, parce que chacun veille à entretenir les réseaux de solidarité.

Le livre de Géraldine Smith fait penser à ce ­roman, mais dans une version cauchemardesque. Son fils Max énonce avec ses mots d’enfant, sur un ton proche de celui du petit Momo imaginé par Romain Gary, des vérités que les adultes peinent à voir. « Je ne sais pas ce qui leur prend tout d’un coup  ; ils se prennent tous pour leur origine  », dit-il un jour en rentrant d’une partie de foot qui a opposé la « France  » au « reste du monde  », entre ceux qui se sont trouvés assimilés ce jour-là à l’ancien colonisateur et ceux qui revendiquent désormais leurs racines africaines et arabes. Le quartier aurait basculé au tournant des années 2000, dans cette nouvelle époque qui s’amorce avec les attaques contre le World Trade Center.

Sous les traits de cette journaliste, il serait tentant de découvrir l’un de ces « catholiques zombies  » fustigés par Emmanuel Todd dans son essai Qui est Charlie  ? (Seuil, 2015). Le démographe visait ainsi cette frange de l’opinion de gauche qui a reçu une éducation catholique, mais qui, sans avoir la foi, en a gardé les réflexes xénophobes, notamment à l’égard des musulmans. Géraldine Smith, qui ne cache pas son éducation religieuse, pourrait entrer dans cette catégorie, mais ce serait sous-entendre qu’elle est islamophobe, ce qui serait abusif.

Des remarques contestables sur l’islam

Il est vrai qu’elle a parfois des remarques ­contestables sur l’islam, comme lorsqu’elle le compare à un « anticorps  » produit par les immigrés « dans un milieu français à haut risque de contagion  ». Mais Géraldine Smith porte un regard aussi sévère sur l’école. La mise en cause est générale, et surtout personnelle. Elle se réserve les plus durs reproches et, à travers elle, c’est bien la « classe créative  » qui est visée.

Bobos, branchés et hipsters se retrouvent au Cannibale, un café bien connu de la rue Jean-Pierre-Timbaud. Les plus démonstratifs d’entre eux se font tatouer, portent la barbe et la chemise à carreaux. La toilette recherchée de ces coquets bûcherons est leur véritable habitat. Qu’ils résident rue Jean-Pierre-Timbaud ou dans le 5e arrondissement n’y change rien.

Il y a encore autre chose qui définit « hipster  » et « bobo  ». C’est leur rôle dans les industries créatives, publicité, édition, télévision, etc. Parce qu’ils détiennent le capital intellectuel, si ce n’est le capital tout court, ils participent activement à définir le monde, à forger le discours dominant. Le temps du constat passé, on peut espérer qu’ils trouvent l’humour et la dérision nécessaires pour imaginer un quartier digne du Belleville de Romain Gary.

Voir aussi:
Le sens de l’histoire contrarie les idéologues
Ivan Rioufol
1 mai 2016

Oui, les faits sont têtus. Ayant été de ces quelques journalistes (les doigts d’une main devraient suffire) qui, depuis des décennies, ont alerté isolément sur l’immigration de peuplement, l’islam politique, le multiculturalisme, le somnambulisme des dirigeants, la lâcheté des bons sentiments, l’instrumentalisation des droits de l’homme, je sais ce que ces mises en garde m’ont valu de haussements d’épaules, d’insultes et de kahnneries dans Marianne, de caricatures en franchouillard halluciné, d’exclusions des débats médiatiques bien peignés. Or, jamais la remarque d’Arthur Schopenhauer, que je rappelle dans La guerre civile qui vient, n’a été aussi vraie : « Toute vérité franchit trois étapes. Tout d’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis elle est considérée comme ayant toujours été évidente ». La troisième étape n’est pas loin d’être franchie. Quelques exemples, glanés ces derniers jours de vacances d’avril. Le Monde du 27 avril accorde une place de choix au livre de Géraldine Smith dans lequel, femme de gauche, elle déplore son propre aveuglement volontaire face à l’emprise islamiste de la rue Jean-Pierre Timbaud, à Paris. Certes, le quotidien s’effraie encore un peu  des « remarques contestables sur l’islam » que la journaliste émet parfois, mais il lui donne néanmoins l’absolution : « Sous-entendre qu’elle est islamophobe (…) serait abusif ».  Dans FigaroVox, Géraldine Smith reconnaît : « Ma génération a transformé en une religion intouchable la « culture de l’Autre » alors que la nôtre devait être librement négociable ». Laurent Joffrin, qui dressait il y a peu des listes de « néo-réacs » et de « néo-fachos » coupables de ne pas se plier devant l’islam et de parler comme Mme Smith, dénonce à son tour (Libération, 29 avril) la « naïveté » de ceux qui ne veulent pas voir dans le voile islamique la marque de la domination masculine sur le corps féminin. Le voilà en soutien de Soufiane Zitouni, ce professeur de philosophe qui reconnaît l’existence d’un « antisémitisme islamique, si présent dans de nombreuses familles musulmanes depuis des siècles, et à notre époque plus que jamais, hélas ». Les lecteurs fidèles de ce blog connaissent aussi cette évidence depuis longtemps…

Cependant ces quelques cas anecdotiques, s’ils illustrent bien la déroute des idéologies face aux réalités, ne sont rien en comparaison de la vague de rejet massif par l’opinion de l’immigration de peuplement, de l’islam politique, du multiculturalisme, ces sujets dont il était de bon ton d’assurer naguère qu’ils n’intéressaient personne hormis quelques esprits étriqués et monomaniaques. « Les socialistes, grands déçus de la politique », titrait Le Monde, jeudi. Alors que les « déclinistes », ainsi nommés par le Système pour faire taire leur tocsin,  étaient la cible principale du « progressisme », l’étude 2016 sur les Fractures françaises  fait apparaître que  seulement 31% des sympathisants socialistes pensent que la France « n’est pas en déclin ». Selon cette même étude, 65% des Français estiment qu’il y a trop d’étrangers en France. Le rejet de l’Union européenne, construite justement sur l’immigration de peuplement, procède de ce même refus de cautionner une politique d’immigration sacralisée par des commissaires européens non élus. Le Figaro de vendredi a mis au jour pour sa part l’image dégradée de l’islam, en France et en Allemagne. En France, 63% des sondés estiment que « l’influence et la visibilité de l’islam » sont « trop importants » (48% en Allemagne). Même les sympathisants socialistes se disent, à 55%, opposés au port du voile « dans la rue ». 52% des Français se disent également opposés à la l’édification de mosquées (49% en Allemagne). Quand Barack Obama dit dernièrement d’Angela Merkel que la chancelière allemande « est du bon côté de l’histoire » dans l’accueil des migrants, le président des Etats-Unis affiche son profond mépris pour les peuples européens qui voient très bien les dangers que recèlent, pour l’avenir des cohésions nationales, l’immigration de masse, l’islam conquérant, la confusion entre l’autre et le même. Si l’angélisme des faux gentils perdure jusqu’à attiser les rejets entre communautés, le sens de l’histoire rejoindra l’Autriche dont les citoyens, contre toute attente, ont placé un candidat du FPÖ, Norbert  Hofer, nettement en tête du premier tour de l’élection présidentielle. Marine Le Pen s’est empressée de féliciter ses « amis du FPÖ » pour ce « résultat magnifique ». La droite officielle, elle, continue de dormir du sommeil du simplet.

Voir également:

Rue Jean-Pierre Timbaud ou la République effacée…
Eric Delbecque
Tribune littéraire d’Eric Delbecque
25 août 2016

Rue Jean-Pierre Timbaud. Une vie de famille entre barbus et bobos (Stock, 2016) est un beau livre. D’abord parce que l’intention qui fait vivre l’ouvrage s’abreuve à une source de générosité intellectuelle et morale. Géraldine Smith se lance en effet dans une aventure littéraire qui relève de l’exercice le plus difficile qui soit : l’approche critique de sa propre pensée. En faisant le récit de la progression de l’islamisation radicale de la rue Jean-Pierre Timbaud, à Paris, c’est-à-dire de sa prise en main au fil des années par des intégristes nullement désireux de faire progresser le « vivre-ensemble ». Elle raconte la radicalisation de la mosquée Omar (avec Mohamed Hammami), la progression du Tabligh (un courant religieux fondamentaliste), l’éviction des petits commerces non islamiques, l’implantation des librairies intégristes, etc. Elle pèse ses mots, tente d’évaluer les choses au plus juste en se montrant la plus bienveillante possible. Géraldine Smith dévoile honnêtement sa difficulté initiale à admettre l’échec du modèle d’intégration à la française, pensant qu’à force de bonne volonté, il doit être possible d’émousser la haine de certains, au profil de vie difficile. Elle a le souvenir d’une enfance où les origines ne comptaient pas autant.

Son intention initiale dans ces pages ? Savoir si une autre voie était possible. Si d’autres choix auraient pu favoriser la cohésion sociale plutôt qu’une cohabitation mêlant au fur et à mesure l’indifférence, l’hostilité et la rancœur ? Au départ, son quartier témoigne d’une diversité souriante. Quelques adolescents turbulents, mais rien de grave. Géraldine croit au multiculturalisme et à une classe moyenne mélangée. Journaliste, comme son mari Stephen (Américain), elle fut reporter à Jeune Afrique puis rédactrice en chef de L’Autre Afrique. Stephen travaillait au Monde après avoir quitté Libération. Elle choisira de devenir pigiste après la naissance de ses enfants, afin de bénéficier de plus de souplesse. Le couple a tout d’une paire de bobos… Mais Géraldine se met à observer avec de plus en plus d’attention, sans que sa probité intellectuelle ne soit altérée par sa bienveillance à l’égard de ses voisines et de son environnement quotidien. Elle s’affirme convaincue que la tolérance, l’ouverture d’esprit, finira par voir raison des malentendus, de l’incompréhension culturelle entre les différentes classes sociales et les communautés.

Et puis le 11 septembre 2001 survint. Des avions s’encastrent dans les Tours jumelles à New York : les deux colosses, symboles des États-Unis, s’enflamment et s’effondrent. Des mots s’imposent alors dans le vocabulaire, en particulier Al-Qaïda et Oussama Ben Laden. Géraldine Smith écrit avec tristesse que ce dernier, dans son quartier, fascine autant qu’il suscite le rejet. L’ambiance change dans la rue et la religion devient un sujet de conversation. Sa nouvelle fille au pair, une australienne de 17 ans, qui passe pour une américaine, sera agressée par un groupe de quatre jeunes beurettes s’enivrant de slogans anti-américains. Elle assiste ensuite, lentement mais inexorablement, à la progression de l’intégrisme : à la mosquée Omar, dans la rue Timbaud, dans les commerces. Elle note aussi l’antisémitisme grandissant de certains enfants musulmans.

Dès lors, l’auteure constate qu’elle a commis plusieurs erreurs intellectuelles : penser d’abord qu’une tolérance sans bornes permet aux étrangers de mieux s’intégrer : hélas, tolérer de manière excessive vire souvent à la démission. Comme elle l’explique parfaitement, on glisse vite de l’un à l’autre : lorsqu’on laissa les fidèles de la mosquée Omar prier dans la rue, un trouble à l’ordre public devint une habitude et encouragea les islamistes à menacer des commerçants, à mettre l’alcool à l’index ou à insulter les femmes qui refusaient de se plier à leurs exigences. Ce qu’il est important de saisir, c’est que l’intégrisme islamiste forme un programme totalitaire, un univers holistique (où le Tout s’impose aux individus) qui méprise le libre arbitre et vient combler une attente identitaire en valorisant la violence politique dans sa forme terminale.

Deuxièmement, Géraldine Smith affirme que les difficultés socio-économiques ne suffisent pas à expliquer la « désintégration ». Troisièmement, le multiculturalisme fait des ravages parce qu’il conduit à penser qu’il existe un droit absolu à la différence autorisant à ne pas respecter la loi et les règles de vie d’une société au nom de sa singularité culturelle ou religieuse. Enfin, elle indique qu’elle a confondu la coexistence et le vivre-ensemble, la cohabitation et la convivialité. Faire nation constitue effectivement une chose bien plus complexe que juxtaposer des communautés.

Il jaillit de tout cela un livre émouvant, calme et nuancé, s’interrogeant avec bienveillance et goût de l’exactitude sur l’avenir de la France, son identité et son modèle d’intégration. En cette époque vindicative où rares sont ceux qui entendent la parole de l’Autre, c’est un exercice difficile et salutaire. A lire absolument pour jeter un regard humain et pourtant clinique sur un sujet capital.

Eric Delbecque, Chef du département intelligence stratégique de SIFARIS et Président de l’ACSE– Auteur de : Idéologie sécuritaire et société de surveillance (Vuibert) Site : intelligences-croisees.com

Voir encore:

Entre bobos et barbus, la rue Jean-Pierre-Timbaud, enclave salafiste au coeur de Paris
Soazig Quéméner
Marianne
22 Avril 2016

Une journaliste a enquêté sur l’islamisation du quartier où elle a habité, celui de la rue Jean-Pierre-Timbaud, dans le XIe arrondissement de Paris. Une artère sous l’influence de la mosquée Omar. Entre bobos et barbus, un récit édifiant, émouvant et glaçant.

Géraldine Smith a longtemps arpenté la rue Jean-Pierre-Timbaud, cette longue artère parisienne qui court du sud du boulevard de Belleville jusqu’au boulevard du Temple, entre le XIe et le XXe arrondissement de Paris. Elle disait sa fierté d’habiter ce quartier populaire et mélangé. Ses enfants étaient scolarisés dans une petite école catholique qui accueillait beaucoup de musulmans, un établissement mitoyen de la mosquée Omar. Sous l’influence de ce haut lieu de l’islam radical, elle a vu le haut de la rue évoluer en une dizaine d’années, devenir un coin d’asphalte où les librairies intégristes évincent le petit commerce, où les femmes ne se risquent plus à se promener bras nus.

Exilée depuis aux Etats-Unis, cette journaliste a continué à s’intéresser à cette enclave salafiste au cœur du pays des bourgeois bohèmes. En janvier 2015, elle tombe en arrêt devant la photo de la licence de foot des frères Kouachi, les assassins de Charlie Hebdo, des gamins de l’Est parisien. « Les bourreaux, comme les victimes, faisaient partie de mon monde, cela m’a foudroyée », écrit-elle. Pour comprendre et expliquer, elle a retraversé l’Atlantique. Mené une minutieuse enquête à l’ombre de la mosquée, retrouvé ceux qui il y a dix ans jouaient avec ses enfants, interrogé les commerçants. Elle découvre qu’une cohabitation hostile s’est installée entre deux groupes qui s’ignorent ou se défient, c’est selon : les bobos et les barbus. Un récit glaçant, avec pour décor la capitale.

Le silence de 2005« Le climat se dégrade insidieusement rue Jean-Pierre-Timbaud. […] A cette époque, les voyages scolaires habituellement organisés pour les élèves du CE2 au CM2 sont tout bonnement supprimés. Une majorité de parents musulmans refusant désormais de laisser partir leurs filles, par peur de la promiscuité avec les garçons, l’école ne parvient plus à atteindre le minimum d’élèves requis pour monter une « classe verte », un séjour à la montagne. Et encore moins le voyage en Angleterre que les institutrices faisaient miroiter comme récompense aux enfants depuis le CE1. […] La recomposition des équipes de football, la suppression des voyages ne sont que le reflet, chez les gamins, de la désintégration qui est à l’œuvre dans la rue. Sur fond de crise économique perpétuelle, il y a eu le 11 septembre, l’invasion de l’Irak, les grèves contre la réforme du système des retraites, voire la « canicule » de 2003 et, sans doute, bien d’autres choses encore.

La France va mal : elle voulait croire qu’elle avait une « certaine idée » d’elle-même mais, là, elle n’a plus d’idées ni de certitudes du tout ; elle balance entre le grand mélange du « métissage » et la Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules d’un passé plus imaginaire que réel ; Raffarin-le-rond puis Villepin-l’agité sont Premiers ministres ; Sarko-le-Kärcher à l’Intérieur. Bizarrement, dans cet entre-deux où tout vaut tout et son contraire, la crise des banlieues de la fin de l’année 2005 passe quasiment inaperçue à Couronnes. A la lisière du XIe et du XXe, on ne brûle pas de voitures. On y est déjà trop engagés dans un jeu de go, dans le silence. L’enjeu est territorial. De part et d’autre, on pousse ses pions, sans piper mot. A tel point que beaucoup d’entre nous ne s’aperçoivent de rien ou se disent et répètent aux autres, face aux indices s’accumulant : « Mais c’est calme ici. » Avec le recul, cette phrase est devenue pour moi le Kyrie eleison d’un « positivisme » compulsif, l’aveu qu’on ferme les yeux pour mieux ne rien entendre. »

Voir de plus:

”Nous avons tous plusieurs identités à la fois, d’où la complexité de s’intégrer”
Journaliste française ayant émigré aux Etats-Unis, Géraldine Smith publie ”Rue Jean-Pierre Timbaud” pour raconter son expérience à Belleville, entre obsession du vivre-ensemble et désillusions du modèle d’intégration français
Les Inrocks
27/04/2016

Dans son livre, Rue Jean-Pierre Timbaud, Géraldine Smith revient sur ses vingt années passées dans le quartier de Belleville à Paris pour tenter d’expliquer ses désillusions et l’échec du ‘’modèle d’intégration français’’ auquel elle croyait. Journaliste émigrée aux Etats-Unis, elle raconte comment les attentats contre Charlie Hebdo l’ont convaincue d’écrire sur sa propre expérience. Cette chronique, racontée à la première personne, décrit avec honnêteté la métamorphose d’une rue emblématique d’un Paris mixte mais victime de ségrégation. L’influence de l’islamisme radical, les déceptions, les exils et les craintes d’habitants ponctuent le récit qui met en perspective un certain vivre-ensemble condamné à l’échec puisque mal appréhendé.

Vous avouez avoir été “très émue” en travaillant à ce récit. Ce livre est-il le travail d’une journaliste, d’une romancière ou d’un témoin ?

Géraldine Smith : C’est le fond de mon livre : nous avons tous plusieurs identités à la fois, d’où la complexité de s’intégrer, pas seulement pour les immigrés. “Je est un autre”, disait Rimbaud. “Je est une foule”, ai-je découvert rue Jean-Pierre Timbaud.

Concrètement, j’ai écrit un récit, le témoignage d’une mère de famille, d’une habitante du quartier qui se trouve être journaliste. Bien sûr, ma profession et ses réflexes m’ont aidée : j’ai l’habitude d’observer et de prendre des notes. Par exemple, les mères africaines qui s’en prennent aux Asiatiques dans un conseil d’école. Ou la bérézina de l’anniversaire de Max, dans tous ses détails. Rien n’est romancé. En complément d’enquête, j’ai revu des amis perdus de vue et des jeunes que je connaissais quand ils avaient quatre ans. J’ai aussi interviewé d’autres riverains. Beaucoup m’ont émue par leur histoire, leurs mots, leur façon de raconter. Parmi eux, Lucette, bimbelotière dans la rue depuis 1941. Ou Malika, une amie marocaine, nostalgique d’une France de son enfance qu’elle idéalisait.

C’est un récit à la première personne, pourtant il y a une vraie ambition d’objectivité. Pourquoi avoir décidé de mener ce travail sous cette forme et ne pas avoir fait une enquête journalistique plus classique en extirpant votre vécu ?

Avec ou sans “je”, on peut être de mauvaise foi. Mon but était d’être radicalement honnête, aussi sincère que je puisse l’être. En plus, l’emploi du “je” m’a libérée de toute prétention à vouloir expliquer globalement ce qui se passe aujourd’hui en France. Chaque école – sociologue, politologue, démographe – a ses certitudes, ses schémas explicatifs. Moi, je suis partie d’une question qui me minait depuis que je m’étais installée en famille dans un coin de Paris qui semblait incarner l’avenir d’une France ouverte et mélangée. Pourquoi ai-je fini par m’y sentir si mal à l’aise que j’étais contente d’en partir ? En l’absence d’une réponse satisfaisante, j’ai cherché le diable dans les détails de la vie quotidienne.

Avec du recul, pensez-vous être parvenue à raconter ‘’cet échec du modèle d’intégration français’’ ? Qu’est ce qui peut être universel dans votre vécu et dans votre expérience ?

L’universel, je ne connais pas ! Je raconte mon expérience de cet échec mais je crois que beaucoup de gens s’y retrouveront, par exemple dans le dilemme que l’on ressent au moment où l’on se débrouille pour déroger à la carte scolaire ou pour mettre ses enfants dans le privé ; ou dans le malaise pour une femme de se promener en short dans un ”coin musulman”, par exemple à Belleville, tout en s’interdisant d’avouer sa gêne d’être gênée… La tolérance masque souvent une forme d’indifférence, ou de démission. Le haut de la rue Jean-Pierre Timbaud n’est un coin sympa où l’on va boire un verre entre potes que pour ceux qui refusent de voir que l’islam radical y a pris le pouvoir, chassant y compris des musulmans modérés ; pour ceux qui ne veulent pas voir que la mixité sociale du quartier est une façade. Je raconte mon rendez-vous avec Kader, 20 ans, que j’attendais dans un bar branché devant lequel il passe tous les jours, quasiment depuis sa naissance. Il n’y était jamais entré et n’osait pas pousser la porte.

‘’Le souvenir d’un vivre-ensemble entre le métro Couronnes et la rue Saint-Maur (…) des souvenirs fragiles et ambigus qui risquent de s’abîmer dans l’”après-coup”. On décèle une sorte d’amertume. Ce livre est-il une manière d’enterrer ses rêves et ses anciennes valeurs ? Ou justement un moyen pour ne pas que ces souvenirs s’abîment dans l’après coup ?

Pas d’amertume. Si mes rêves n’étaient que des baudruches gonflées à l’air chaud, autant le savoir. Du regret, oui. J’aurais préféré que mes rêves ne soient pas des illusions. Mais ça n’empêche pas de repartir sur de nouvelles bases plus saines, plus réalistes aussi. Il y a 15 ans, quand le boulanger intégriste servait avant moi les hommes qui faisaient la queue derrière moi, je faisais mine de ne pas avoir remarqué. Quand le préposé aux saucisses de la kermesse envoyait paître un parent demandant une merguez Halal avec un : “Oh ! Mais on est en France ici !”, je faisais comme si de rien n’était. Pourquoi ? Ce livre répond aussi à cette interrogation.

Pourquoi était-il si important pour vous de croire à la réussite de ce creuset cosmopolite, à cette mixité sociale et culturelle ?

Pour la même raison pour laquelle, quand on est jeune, c’est-à-dire sans expérience, on croit que l’Onu est forcément meilleure qu’un gouvernement national. Puis, on se rend compte que l’Onu n’est qu’une grande bureaucratie élue par personne. Bref, j’ai mis du temps à me rendre compte, notamment à travers ma propre expérience aux Etats-Unis, qu’un migrant n’est pas un être abstrait, en quelque sorte la plus petite unité des droits humains, mais une personne avec sa langue, sa culture, ses croyances, ses préjugés aussi. Donc, il faut repenser le “creuset”.

La diversité, dans toutes ces dimensions, est une source mutuelle d’enrichissement, j’en suis convaincue. Tout le monde ne partage pas mon sentiment, et je comprend cette peur que certains ont de se perdre en s’ouvrant aux autres. Mais voilà, ce n’est pas comme si il y avait un choix. La France est aujourd’hui peuplée de citoyens français de toutes confessions, de “souche ou d’origines”, qui se côtoient avec leurs différences, et qui n’ont pas forcément envie de se couler dans un moule identique. “A Rome fais comme les Romains !”, dit-on. Soit. Mais le petit Bilel est désormais aussi Romain que le petit Edgar ! Nous n’avons donc pas d’autre choix que d’apprendre à vivre ensemble.

Or, ce n’est pas facile. Je vous donne un exemple tout simple : en 7 ans à l’école de la rue Jean-Pierre Timbaud, les enfants ne sont pas partis une seule fois en voyage avec leur classe. Au dernier moment, tous les ans, le voyage dont la classe avait rêvé toute l année était annulé, parce qu’une majorité de parents refusait de laisser leurs filles voyager avec les garçons. Résultat, une occasion idéale de mieux se connaître, de partager quelque chose, éliminée. C’est ça la vie ordinaire ! Alors oui, je pensais que ce serait simple de faire abstraction des différences, qu’il suffisait de le vouloir et je me suis trompée. Ce n’est pas une raison pour renoncer.

Si la mixité sociale est impossible, est-ce à cause de l’identité ?

La mixité sociale n’est pas impossible, à condition de ne pas l’imaginer comme un interrupteur qui allume ou éteint. C’est quand la mixité est figée, soit comme un absolu ou un interdit, qu’elle échoue. En ce sens elle est en effet liée aux identités – au pluriel – qui, elles aussi, sont forcément fluides. On n’a pas “son” identité dans la poche, une fois pour toutes. Elle change tout le temps, parfois presque imperceptiblement, parfois très vite. Les gens que j’ai croisés ne sont pas quelque chose une fois pour toutes. C’est comme moi en quittant la France et en arrivant aux Etats-Unis. Alors, si c’est effectivement ainsi, le “modèle républicain” ici, ou la foi en la Constitution en Amérique, ne doivent pas renvoyer à des identités prescrites, à prendre ou à laisser. Ce sont des modes d’emploi pour négocier, collectivement, les fluidités des identités individuelles.

Est-il possible de comparer brièvement votre expérience aux Etats-Unis et celle en France ? 

Ce qui m’a le plus frappé, c’est la centralité de “la race” dans la société américaine. Je n’employais jamais ce mot et, comme on sait, il ne correspond à rien scientifiquement. Et soudain, sur chaque formulaire, il me fallait indiquer que j’étais “white” ou “caucasian” ! Mais, au moins, il m’a fait comprendre que notre alpha et oméga à nous Français, c’est à dire le statut socio-économique, “la classe”, est tout aussi réducteur de la “foule” identitaire qu’est chacun d’entre nous. Donc, je pense que le pluralisme vécu, le mélange plus heureux, attend encore la pensée et le langage dans lequel il peut s’exprimer.

Propos recueillis par Hélène Gully

Edité par les éditions stock, Rue Jean-Pierre Timbaud, sera disponible dès le 27 avril.

Voir de même:

«Entre bobos et barbus, ma rue Jean-Pierre Timbaud»
Vincent Tremolet de Villers
29/04/2016

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN- Géraldine Smith vient de publier un passionnant essai sur une rue de Paris, sorte de précipité des fractures françaises. Où l’on mesure le déni d’une partie de la société.


Géraldine Smith est l’auteur de Rue Jean-Pierre Timbaud, une vie de famille entre bobos et barbus (Stock, 2016).


LE FIGARO. – Pourquoi avoir décidé de consacrer un livre à une rue de Paris?

Parce que la rue Jean-Pierre Timbaud a été d’abord le lieu de mes espoirs, puis de ma déception. Raconter son histoire sur vingt ans m’a permis de faire le point, de savoir où j’habite -non plus au propre mais au figuré. Nous avons vécu dans ce coin de Paris entre 1995 et 2007. Nos enfants sont allés à l’école catholique, mitoyenne d’une mosquée salafiste réputée pour son radicalisme et d’un centre pour enfants juifs handicapés. Quand nous nous sommes installés, j’étais enthousiasmée par la diversité sociale, religieuse et culturelle de ce quartier qui ressemblait à la «France plurielle» que j’appelais de mes vœux. Mais au fil des ans, je m’y suis sentie de plus en plus mal à l’aise, au point d’être contente d’en partir. Dans ce livre à la première personne, je décris mon quotidien de mère de famille, celui de nos enfants, les matchs de foot dans la cour de récré, les fêtes d’anniversaire… Les raisons de l’échec, qui m’est resté en travers de la gorge, émergent de ce récit d’une façon très concrète. C’est comme si je donnais à mon problème qui, bien sûr, n’est pas seulement le mien, une adresse à Paris.

À vous lire, le choix de vous installer rue Jean-Pierre Timbaud puis en Seine-Saint-Denis semble orienté par la volonté d’une mixité sociale et culturelle. Cette mixité, était-ce, pour vous, un désir théorique ou réalité vécue?

Avant d’avoir des enfants, j’ai travaillé comme journaliste en Afrique. Mon mari, un Américain ayant appris le français à 25 ans, continue d’y passer le plus clair de son temps en reportage. Nous ne voulions pas élever nos enfants dans une bulle. Donc, nous étions ravis d’habiter des quartiers moins homogènes, à tous points de vue, que, par exemple, ceux de la Rive Gauche. La Seine est une ligne de démarcation bien réelle. Je raconte dans le livre avoir accompagné une sortie de CM1 au parc du Luxembourg: la majorité des enfants de Belleville n’avaient jamais traversé le fleuve. Un dimanche, venant de Pantin pour une promenade dans le Marais, mon propre fils me fait remarquer que, de l’autre côté, «les Blancs sont majoritaires». Il n’en avait pas l’habitude.

La liquéfaction de la sociabilité dans votre quartier semble ne pas avoir de facteur unique. Tout paraît céder en même temps: l’école, la civilité, la sécurité, la sociabilité élémentaire qu’incarnent, dans notre imaginaire, les boulangeries et les cafés. Le développement de l’islam radical est-ce selon vous un symptôme ou la cause profonde de cette liquéfaction?

Tout ne cède pas en même temps. Les difficultés de l’école publique ou la petite délinquance n’avaient rien de nouveau. C’est ma perception de la rue qui change brusquement. Au moment où j’ouvre enfin les yeux, après un incident mineur – un homme en qamis m’insulte parce que je bois un Coca sur le trottoir -, je découvre tout à la fois des réalités anciennes et nouvelles. J’ai l’impression que la présence d’une mosquée salafiste est pour beaucoup dans la désintégration mais c’est en partie une illusion optique: l’slam radical est lui-même d’abord une conséquence avant de devenir une cause. Il révèle un malaise qu’il va ensuite exacerber.

Prenez la cohabitation entre les sexes. Quand un boulanger sert systématiquement les hommes avant les femmes, quand les petits commerces sont remplacés par des librairies islamiques et les magasins de mode ne déclinent plus dans leurs vitrines que la gamme très réduite du voile intégral, l’atmosphère de la rue s’en ressent forcément. De même quand des petits groupes prosélytes abordent des jeunes du quartier pour leur intimer de se joindre à la prière, non pas une fois par semaine mais tous les jours. Les premières victimes de cette évolution ne sont pas les gens comme moi, qui peuvent partir en vacances, obtenir des dérogations à la carte scolaire ou, si rien n’y fait, déménager. Ce sont ceux sans recours ni moyens, comme ce pizzaiolo qui baisse les rideaux parce qu’on lui enjoint de ne plus vendre que du Coca arabe. Ou Malika, une Marocaine vivant là depuis 1987 et qui regrette avec amertume la liberté vestimentaire disparue de sa jeunesse. Mais ce n’est pas forcément dans la nature de l’Islam de devenir ainsi un rouleau compresseur civilisationnel. La religion agressive n’est pas un archaïsme, une survivance ancestrale qui renaîtrait de ses cendres au beau milieu de Paris. Au contraire, c’est une production moderne, made in France, qui sert d’exutoire à ce qui ne va pas chez nous pour trop de gens depuis trop longtemps. Pour certains, c’est la seule issue quand l’ascenseur social est cassé. Je me souviens du père algérien de Massiwan, un camarade de classe de notre fils. Cet homme est l’archétype de l’immigré modèle: poli, travailleur, toujours en costume-cravate… Il inscrit son fils à toutes les activités gratuites de la mairie. Il surveille ses devoirs, l’empêche de trainer avec les racailles. Or, que me dit-il quand je le croise un jour: “Quand mon fils me regarde, il voit quoi? Un père qui a ‘bien travaillé’ toute sa vie et qui ne peut même pas lui offrir un ballon de foot! La vérité, il a honte de ses parents… Vous voyez, je ne sais pas où tout cela va nous emmener”. Parfois cela mène à l’islamisme de la deuxième génération, à force de frustration et de rage.

Alain Finkielkraut (dont le père avait son atelier rue Jean-Pierre Timbaud) aime à citer cette phrase de Charles Péguy, «le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit». Diriez-vous que vous vous êtes volontairement aveuglée?

Oui, tout à fait. J’avais tellement envie que ça marche! Je n’ai jamais eu peur de perdre mon identité en m’ouvrant aux autres. Les couleurs de peau et les religions m’importent peu. J’apprécie les gens pour ce qu’ils sont et, si leur fréquentation devait me changer, pourquoi pas! Personne n’a une identité dans sa poche, comme un passeport, une fois pour toutes. Mais j’ai mis du temps à m’avouer qu’il n’en allait pas ainsi pour tout le monde, que la tolérance n’était pas le bien le mieux partagé dans notre quartier et, de ce fait, que la convivialité n’y était pas au rendez-vous. Par exemple, mon fils et ses camarades ne sont jamais partis en voyage avec leur classe, en sept ans, parce qu’une majorité des parents musulmans ne voulaient pas que leurs filles voyagent avec les garçons. J’ai râlé intérieurement mais je n’ai rien fait, par peur de passer pour «réac» sinon islamophobe. Je racontais cette anecdote il y a quelques jours à une institutrice qui m’a dit: “Nous avons eu le même problème dans mon établissement, et nous l’avons résolu en négociant avec les parents des filles un compromis: deux mères musulmanes pratiquantes, voilées, ont chaperonné le voyage. Au moins, les enfants n’ont pas été pénalisés.” C’est un pis-aller, certainement pas une solution idéale mais au moins, cela a donné une chance aux enfants d’apprendre à «vivre ensemble» pendant une semaine.

Vos parents dans votre livre montrent une grande ouverture dans les gestes et un discours «réac» dans les mots. Diriez-vous qu’une partie de la génération qui a suivi a fait l’inverse: de grands discours mais peu de choses dans les actes? Quel rôle a joué, selon vous, l’antiracisme et la victimisation de «l’Autre» dans ce refus de voir la réalité?

Ce serait sans doute trop abusif de mettre dans le même sac toute une génération, celle de mes parents ou la mienne. Il y a toujours eu des «réacs» à la fois dans leurs mots et dans leurs gestes, et d’autres qui ne l’étaient pas. Mais il est vrai que ma génération a biberonné le rejet du «franchouillard» et, par opposition, l’éloge du métissage. À tel point que, jusqu’à très récemment, la Marseillaise et le drapeau français avaient de facto été abandonnés au Front national. En même temps, moi sans doute plus que mes parents, j’ai fermé les yeux sur le fait que le dogme religieux, l’infériorité supposée des femmes, l’homophobie ou le chauvinisme national faisaient partie de la culture de bien des immigrés. Ma génération a transformé en une relique intouchable «la culture de l’Autre» alors que la nôtre devait être librement négociable! J’ai mis du temps à me demander pourquoi un Camerounais raciste ou macho devrait être moins critiquable qu’un Français «de souche» soutenant le FN. Dans ce monde courbe où nous prenons nos désirs pour des réalités, on passe avec un sourire gêné sur le racisme ou la misogynie d’un immigré alors qu’on n’a pas de mots assez durs pour le moindre beauf bien de chez nous. Le problème n’est pas que nous ne soyons pas tous d’accord sur les maux qui rongent notre société. Au contraire, ce serait étonnant voire malsain. Mais qu’on ne soit pas d’accord avec soi-même, qu’on refuse de voir ce à quoi on ne veut pas croire, c’est vraiment problématique. Mon livre dit à chaque page que la «petite» vie quotidienne nous livre une somme de vérités qui valent plus que «la» vérité détachée de notre vécu, celle qu’on porte en bandoulière comme une amulette politique, son fétiche de «bien- pensant».

Votre fils se désole à un moment que ses camarades de classe «se prennent tous pour leur origine». Comment articuler les racines familiales et culturelles (l’homme n’est pas un voyageur sans bagage) et les ailes de l’universalisme?

On comprend immédiatement ce qu’il a voulu dire mais ce n’est pas si facile de mettre le doigt dessus. Il me semble qu’il pointait la fuite en retraite identitaire de ses camarades de classe. Vous avez évidemment raison, nous partons tous dans la vie avec un «bagage» familial, social, religieux, national, etc. D’ailleurs, précisément pour cette raison, les immigrés ne sont pas toujours un «cadeau» pour les pays où ils s’installent puisqu’ils fuient des lieux où ce «bagage» pose problème d’une façon ou d’une autre. En même temps, ils sont des pionniers prêts à recommencer à zéro, à se réinventer dans un contexte différent. Seulement, si les conditions se prêtent si peu à faire du neuf à partir du vieux que même la deuxième génération ne se sent pas chez elle dans le pays où elle est née, le parcours des parents «en direction de la France» est pour ainsi dire anéanti, il ne compte pour rien. Les copains de Max, en l’occurrence tous nés à Belleville, se réfugient dans un ailleurs imaginaire, leur «origine», un pays où ils n’ont souvent jamais mis les pieds, une langue et une culture qu’ils ne connaissent pas forcément. Ils se prennent pour leur origine à défaut de se sentir acceptés tels qu’ils sont là où ils sont.

Vos enfants vivent-ils à Paris?

Non, ils étudient tous les deux aux Etats-Unis. Leur identité a changé de la façon que je viens de décrire: ils sont maintenant à la fois français et américains, pas seulement du fait de leur double nationalité ou de leur bilinguisme mais de cœur et d’esprit. Leur parcours américain les a changés à bien des égards mais il y a toujours un petit Bellevillois qui sommeille en eux, comme chez leurs anciens copains à Paris qui s’identifient comme «BLV» sur les réseaux sociaux. Mais le vieux et le neuf posent moins de problèmes pour nos enfants aux États-Unis. Leur «francitude» ne vient pas nier leur «américanité» ou s’y opposer comme un paradis perdu. En plus de leurs études, ils se sont inscrits à la fac de français «pour rester dans le bain». Personne ne leur reproche leur origine, ne leur demande de choisir entre deux identités qui ne font qu’une chez eux. Ils seraient bien en peine de le faire. Depuis l’Ohio où il est maintenant, mon fils continue de soutenir le PSG!

Quelles sont les réactions de vos amis qui vivent dans cette rue depuis la sortie de votre livre?

Les réactions sont aussi diverses que la rue mais, très largement, positives. Ceux qui apparaissent dans le récit sont contents que leur témoignage se trouve maintenant sur la place publique. À tort ou à raison, ils avaient l’impression d’être invisibles. D’autres m’écrivent ou m’interpellent pour ajouter leur grain de sel, dans un sens ou dans l’autre. Bien entendu, ceux qui ne se reconnaissent pas dans mon récit m’accusent d’avoir caricaturé leur quotidien. Sur les réseaux sociaux, quelques rares personnes disent que «je délire»: pour moi, ceux-là ne voient pas ce qui se passe dans leur rue parce qu’ils «coexistent» avec ceux qui ne leur ressemblent pas, mais ne partagent avec eux aucune forme de convivialité. Autant dire qu’on est dans les jeux de miroirs habituels des perceptions individuelles. Cependant, quand vous travaillez sur vingt ans, quand vous avez vécu sur place et interrogé beaucoup de gens pour croiser les regards, il n’est pas facile de vous reprocher, sérieusement, d’avoir inventé une réalité.

Voir de plus:

Géraldine Smith : retour à Belleville
Contreligne
juillet 2016

Dans son livre Rue Jean-Pierre Timbaud paru au printemps 2016, Géraldine Smith raconte une vie de famille dans un quartier de Paris qui, par la confrontation de populations très différentes, « bobos et barbus » comme dit son sous-titre, nous semble révélateur d’une certaine France d’aujourd’hui.  La forme de son récit est par ailleurs très intéressante :  sans prétentions sociologiques ou politiques, elle part de ses souvenirs, parents et enfants dans les écoles, amitiés, antipathies, espaces publics et privés….toute la politique de la vie quotidienne. 

Il semble que les débats qui ont suivi la publication de Rue Jean-Pierre Timbaud  aient parfois eu du mal à rendre compte de tant de complexités, et c’est pour cela que nous avons voulu poser à Géraldine Smith, qui réside maintenant aux Etats-Unis, ces quelques questions provoquées par un livre perspicace, courageux, original.   Ndlr —————–

Propos recueillis pour Contreligne par Alice Kaplan

Alice Kaplan – Pourquoi cette envie d’écrire sur ce sujet, et sur le mode autobiographique ?

Géraldine Smith – A l’origine de ce projet, il y a mon incompréhension et ma déception face à un échec personnel. En 1995, quand commence le récit, je suis journaliste, spécialiste de l’Afrique où j’ai vécu plusieurs années. Stephen, mon mari américain, qui est également journaliste, a longtemps vécu au sud du Sahara et continue alors de couvrir l’Afrique depuis Paris. Il est à l’époque le responsable des pages Afrique de Libération, un quotidien de gauche. Quand nous nous installons en famille dans un petit coin de Belleville populaire et très mélangé, socialement et ethniquement, nous sommes convaincus d’avoir trouvé un lieu qui nous ressemble. Rue Jean-Pierre Timbaud, en face de l’ancien siège du syndicat de la métallurgie, l’école catholique est mitoyenne d’une mosquée et d’un centre juif pour enfants handicapés. Ce télescopage me fascine. Il me semble refléter l’image d’une France que j’appelle de mes vœux. Or, dix ans plus tard, je quitte le quartier sans regrets. Plusieurs de nos amis, comme nous désabusés, déménagent aussi. Que s’est-il passé ? Qu’est-ce qui n’a pas marché ? C’est le sujet de mon livre.

J’ai commencé à l’écrire comme un reportage. Mais je me suis rendue compte que l’exposé des faits, sans implication, ne traduisait ni mes émotions, ni mes erreurs. Plus grave, deux ex machina de mon histoire, j’avais tendance à réinterpréter les événement avec le bénéfice du recul. Le résultat était une narration « édifiante » là où je voulais traquer mon malaise. J’ai alors décidé – ça m’a coûté ! – d’écrire comme « la mère de famille » que j’étais aussi, c’est-à-dire au raz du quotidien, dans mon corps-à-corps avec une réalité souvent frustrante, rarement glorieuse. Décrire ma colère après un goûter d’anniversaire qui tourne au fiasco, mon impuissance face à un père de famille algérien au chômage qui désespère de « sauver ses enfants de la racaille », c’est ma façon de dire – j’y vais tout droit – qu’il est plus facile de défendre l’ouverture totale des frontières lors d’un dîner dans le Ve arrondissement que de scolariser ses enfants dans un lycée public du XXe.

 

Votre connaissance de l’Afrique vous a-t-elle donné une sensibilité particulière à la vie quotidienne de la rue Jean-Pierre-Timbaud ?

Grâce à l’Afrique, il n’y avait aucun risque que je confonde l’islam et l’islamisme, un hijab et une burqa, un croyant et un djihadiste. J’étais aussi moins intimidée à l’idée de me faire taxer de raciste ou d’islamophobe. Au début des années 90, j’avais vécu à Dakar dans un studio que me louait un chef traditionnel Lébou, qui était musulman comme la quasi-totalité des Sénégalais. Ma pièce donnait sur sa cour intérieure, qui se remplissait de fidèles au rythme des appels du muezzin. Il m’invitait à boire le thé, nous nous entendions bien. Il est le premier à m’avoir parlé d’une « menace fondamentaliste » dans un pays pourtant pourtant dominé, sur le plan religieux, par les confréries soufies. Sous l’influence de prédicateurs étrangers officiant dans des mosquées souvent bâties avec des fonds saoudiens, le salafisme se développait à cette époque au Sénégal. On voyait au marché les premières femmes portant le voile intégral, des prêcheurs commençaient à s’en prendre à un soufisme jugé trop mou. L’islamisme, l’instrumentalisation de la foi musulmane à des fins politiques, est un problème en Afrique comme à Paris.

J’ajoute qu’il est plus facile de comprendre que l’intégration n’est pas un lit de roses quand on est soi-même immigrée – immigrée de luxe, certes, mais immigrée quand même – comme c’est mon cas aux États-Unis. Je m’accroche comme d’autres à ma langue, ma culture, mes habitudes, mes préjugés… Au quotidien, je négocie pied à pied ce qui est « à prendre ou à laisser » dans les deux mondes que je dois réconcilier : ça va de la nourriture au respect dû aux parents en passant par la longueur des jupes… Je n’ai jamais laissé ma fille porter ces shorts ultra-courts et moulants qui sont pourtant la règle aux États-Unis. Mais, venant d’un pays laïque (allez expliquer ce que ça veut dire en cinq minutes !), j’ai pourtant accepté que dieu se glisse dans le contrat social tous les matins quand nos enfants prêtaient allégeance avant de commencer leur journée à l’école publique. Bref, on apprend à faire la part du feu au jour le jour.

J’aime beaucoup la formule de votre fils Max : « Papa, je ne sais pas ce qu’ils ont tout d’un coup : ils se prennent tous pour leur origine. » (p. 122) Là, il s’agit de disputes en classe autour du foot, du petit Kader qui se sent obligé de soutenir l’équipe marocaine et de se désolidariser du PSG. Voilà ce qu’on appelle, dans le contexte américain, « identity politics »… Je voudrais savoir si Max a connu la même situation depuis, aux Etats-Unis.  

Il a vécu une variation sur le même thème : quand nous nous sommes installés en Caroline du Nord, en 2007, il a découvert qu’on pouvait même revendiquer des origines très lointaines dans le temps. Le premier jour d’école, à la cantine, il y avait des tablées séparées d’enfants noirs, asiatiques, latinos et blancs. Il n’avait jamais connu ça à Belleville. Ne parlant pas bien l’anglais, vulnérable, il s’est assis chez les Noirs, qui l’ont accueilli plutôt sympathiquement. Plus tard, un copain noir lui a expliqué : « On t’aime bien. T’es pas Blanc, t’es Français ». Autant dire qu’il reste du chemin à faire… Aux États-Unis, l’assignation raciale prime sur tout. Plus qu’évidente, elle passe pour « naturelle » alors qu’elle est tout sauf cela. Il n’y pas de « Latino » en dehors des Etats-Unis, aucun rapport entre un Camerounais francophone et un Noir américain, beaucoup de Noirs américains seraient ailleurs vu comme Blancs et, summum de tout, les « Caucasiens » doivent leur nom à un professeur allemand au 18ème siècle, Johann Friedrich Blumenbach, qui a défini une « race » à partir d’un seul crâne qu’il trouvait merveilleux !

Certains amis de Max ou de Lily sont dans des clubs ouvertement “racialisés”, comme Men of Color ou Mixed Race Coalition. J’ai du mal à comprendre de tels choix, qui enferment l’individu dans un seul groupe, une seule facette de son identité. En France, une communauté fondée sur la couleur de la peau est a priori suspecte. Le Conseil représentatif des associations noires, créé en 2005, peine à exister. Les musulmans français sont très peu « communautarisés ». L’idéal républicain français prétend gommer toutes les différences au nom de la fraternité. Y parvient-il dans les faits ? Non, pas plus que le « rêve américain » n’assure l’égalité des chances aux États-Unis. Mais maintenant qu’on n’y croit plus, en France, cet idéal républicain d’assimilation passe pour un leurre, une « arnaque » dont le but réel viserait à faire de tous un « Français moyen » qu’on devine blanc, catholique, amateur de vin et de bonnes chères, vaguement grivois. Bien sûr, ça ne passe plus. Pourquoi serait-on moins « français » parce que l’on est noir ou musulman ? Que signifie « être français » ? Pour moi, en attendant de trouver mieux comme contrat social, est Français qui a la nationalité française. À mes yeux, il n’y ni « Français de souche » ni « Français issu de l’immigration ». Puisque la citoyenneté fait la différence entre eux, on est soit immigré soit Français étant entendu que le passage d’un statut à l’autre est balisé de droits et d’obligations s’imposant à tous.

La question de l’origine est différente de celle de la race, un concept qui n’a d’ailleurs aucun fondement scientifique. Aux Etats-Unis, on est fiers de ses origines italienne, irlandais, africaine… En France, dire d’un jeune né en France qu’il est Franco-Algérien ou Franco-Camerounais, c’est le stigmatiser, en faire un citoyen de seconde zone. Qui a raison ? Quand le jeune Kader, dans le livre, me dit qu’il est Franco-Marocain et fier de l’être parce que bien incapable de choisir entre les deux pays, je ne vois pas où est le problème. Il passe ses vacances au Maroc, il parle marocain, il appartient à deux nations et cultures, comme mes propres enfants qui sont franco-américains (et à qui personne n’intime l’ordre de choisir). En revanche, quand la maîtresse oblige Séverin à parler du Cameroun, où il n’a jamais mis les pieds, seulement parce qu’il est noir et son père un immigré camerounais, elle lui assigne une identité qui n’est pas la sienne.

Rue Jean-Pierre Timbaud, des populations différentes les unes des autres se confrontent dans la rue sans jamais vraiment se fréquenter. 

En fait, ils ne se confrontent pas, ils s’évitent. Rue Jean-Pierre Timbaud, bobos, barbus, Loubavitch, Polonais, Nord-Africains, artistes et dealers, jeunes et vieux se côtoient sans se rencontrer… Il y a même quelques personnes fortunées, dans des lofts discrets dans les arrière-cours. Mais les uns et les autres ne se connaissent pas, ou mal, il n’y guère de convivialité. Dans mon livre, Malika se fâche lorsque je lui vante mixité sociale de la rue telle que je la perçois au début. Là où un bobo voit un bar sympa, elle voit du bruit et le vomi qu’il faut enjamber sur les trottoirs le matin. Et cette mosquée « qui ne gêne personne », elle la voit comme le lieu qui aspire son fils aîné dans un vortex de radicalisation. Les bobos ont leurs restaurants, leurs boutiques, leurs boulangeries, leurs dérogations à la carte scolaire. Dans le fond, ce qui me dérange, ce n’est pas leur mode de vie, qui est en partie le mien. Ce qui me gêne, c’est que la tolérance est devenue le masque de l’indifférence que portent les uns aux autres. On se prétend ouvert mais, en réalité, on se recroqueville dans son alvéole, quitte à abandonner la place publique aux islamistes, les seuls à avoir encore un projet collectif.

On découvre, dans votre livre, une géographie parisienne fortement ségréguée.  Beaucoup de camarades de classe de vos enfants, et même leurs parents, n’ont jamais traversé la Seine : l’excursion au jardin du Luxembourg se déroule comme une visite dans un autre pays.  

Je crains qu’il y ait dans beaucoup de capitales du monde de telles frontières invisibles. À Paris, historiquement, les quartiers  de la rive gauche et à l’Ouest ont été urbanisés le plus tardivement et certains villages, comme Monceau, n’ont été annexés que dans la seconde moitié du 19ème siècle. Plus récemment, la fréquentation de l’espace public a évolué avec l’apparition du RER, le métro de la grande banlieue : les Champs-Elysées, en haut desquels se trouve la station Charles de Gaulle, ou le Forum des Halles, ont ainsi été abandonnés par les « vrais » Parisiens aux « gens des cités », en plus des touristes. Tout cela pour dire qu’en effet, on ne croise pas beaucoup d’ouvriers boulevard Saint-Germain, ni de Noirs dans les jardins du Luxembourg. Que les enfants – nés à Paris – du boulanger de Ménilmontant ne soient jamais montés dans la tour Eiffel, ou que l’un de mes amis d’une grande famille bourgeoise n’ait jamais « passé le périph’» en dit effectivement long sur le cloisonnement social. C’est aussi une question de moyens : au café de Flore, le « petit noir » est à 4,60 euros, alors qu’on boit son expresso pour moins de 2 euros à Belleville.

La scène du « convoi vers la rive gauche » est l’un des moments forts de votre livre.  Arrivant au Théâtre des Marionnettes, on sent le doux souffle de l’universalisme : tous les enfants sont impliqués comme spectateurs.  Puis Djed déconne, sa mère hurle. Et le gardien du parc lance, « On n’est pas au souk ici. »  Vous avez alors honte de lui dans « votre » jardin du Luxembourg. Nous, lecteurs, sommes gênés par votre honte, puis nous y identifions.   Vous dites que la reconnaissance de son propre racisme peut être une aubaine, pourrait nous avancer. Reconnaître son propre racisme, son propre sexisme, comment cela marcherait-il ? 

Il ne s’agit pas de racisme. Ce jour là, j’ai honte, l’espace de quelques instants, d’être avec une femme qui hurle en arabe dans les jardins du Luxembourg. Puis, j’ai honte d’avoir honte d’elle et de son enfant. Cela ne fait pas de moi une raciste. Dans le fond, ce qui me gêne à ce moment là, ce n’est pas de me promener dans Paris avec une femme voilée (je viens de passer la journée avec elle), ce qui me gêne c’est qu’elle hurle dans un espace public dont je connais et partage les codes : au Luxembourg, on ne hurle pas… Si elle avait hurlé au Parc de Belleville, je n’y aurai même pas prêté attention. J’ai donc une réaction qui traduit notre différence sociale : ce n’est guère mieux, mais cela n’a rien à voir avec du racisme. Je lui en veux mais pas pour son origine. Je lui en veux parce qu’elle vient de faire éclater ma bulle de rêve. Je m’étais grisé de cette belle journée, des rires devant Guignol, j’avais regardé les gamins et je m’y étais cru, dans cette France cosmopolite de toutes les couleurs. Or, l’incident entre le gardien et la mère de Djed me ramène à la réalité. L’atterrissage est brutal.

Je n’exclue pas avoir eu, en d’autres circonstances, un premier réflexe raciste. Par exemple, un Chinois crache dans le métro et je pense in petto: « Y’en a marre de tous ces Chinois qui crachent partout ! ». À mon avis, si l’on veut surmonter le racisme, il faut cesser de le présenter comme un sentiment extraterrestre, quelque chose qui n’arrive qu’aux autres. C’est pour cela que je rapporte dans le livre l’anecdote de Nelson Mandela qui, à peine sorti de 27 ans de prison, monte dans un avion, se rend compte que le pilote est noir et, par réflexe, se dit : « pas de chance ! ». Mandela en parle dans son autobiographie pour mettre en exergue la « banalité du mal », comme dirait Hannah Arendt. Si on avait tous ce courage, on pourrait accomplir un travail collectif pour aller à rebours de nos préjugés. On ne vaincra pas le racisme en mettant des procureurs généraux à tous les coins de rue, ou par auto-flagellation.

Qu’est-ce que l’aspect autobiographique par lequel vous avez abordé votre sujet vous a permis de voir ou de faire que les spécialistes de l’islam comme Gilles Kepel ou Olivier Roy ne voient pas ? 

J’apprécie et Gilles Kepel et Olivier Roy, je les lis depuis mes années d’étudiante en sciences politiques. Ils ont chacun leur grille de lecture et enrichissent notre compréhension de l’islam en France. Ils en ont fait leur métier. Moi, non. Je chronique mon expérience quotidienne de mère et de femme sur vingt ans dans une rue de Paris, quelques centaines de mètres. Bien sûr, je pense que mes observations peuvent recouper d’autres réalités ailleurs en France. Mais je ne sors pas de mon « terrain ». Je laisse aux lecteurs le soin d’établir des parallèles ou de relever des contradictions, en un mot : de faire le travail de la généralisation, là où cela a un sens.  Pour le meilleur et pour le pire, je les invite à partager mon vécu – et non pas une analyse. Je n’ai pas de magistère mais la liberté d’exprimer ma subjectivité. On s’y retrouve ou pas, dans les deux cas, mon récit ouvre un débat qui est différent du débat habituel autour du « malaise social » en France. Je donne à ce malaise une adresse postale, le visage de quelques dizaines de témoins, un cadre et des circonstances précis. Cela change la conversation.

Que dire de la réception de votre livre ? Comment la jugez-vous ?  Sentiez-vous de la réticence de la part des journalistes ou, au contraire, de l’intérêt ?

Des comptes rendus positifs et des interviews sont parues dans la presse de gauche comme de droite, du Figaro au Monde, de Marianne aux Inrockuptibles. On m’avait prédit le pire, que je devais me préparer à être violemment prise à partie mais rien de cela n’est arrivé. Cependant, une rencontre-débat dans une librairie près de la rue Jean-Pierre Timbaud a été annulée à a suite de menaces émanant d’abord de bobos, puis d’islamistes. Et les réactions des internautes sous les recensions ou les interviews sont souvent violentes. A droite, pour certains, je suis une « bobo repentie qui s’aveugle encore ». On devine que les gens qui « commentent » n’ont pas lu le livre, mais y trouvent quand même la preuve, s’il leur en fallait une, que l’islam est incompatible avec la France. A gauche, pour d’autres, je raconte n’importe quoi en « faisant passer le quartier pour une no-go zone alors que tout y est si cool ». Mais, dans l’ensemble, je suis agréablement surprise par l’espace qui est désormais ouvert en France pour débattre sans ambages de notre « vivre ensemble » en panne.

J’ai le sentiment que la France est plus mélangée que les États-Unis.  Notre mouvement américain des droits civiques déclenché dans les années 60 a-t-il échoué ?

Je n’ai pas d’expertise pour juger du succès du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis mais, s’il visait l’émancipation plutôt que le « mélange », une notion assez confuse, un bon bout de chemin a été accompli. En l’absence de statistiques ethniques officielles, qui sont interdites en France, la comparaison entre les deux pays est difficile.

À vue de nez,  il me semble effectivement que les villes françaises demeurent, malgré une communautarisation tardive mais croissante, plus mélangées, ethniquement et socialement, que les villes américaines. En revanche, les minorités sont bien plus visibles en Amérique qu’en France (un incontestable acquis de la lutte pour les droits civiques). Pour ne citer que cet exemple, on comptabilise 10 députés « issus de la diversité » sur 577 élus au parlement français. On est loin d’un « caucus » de poids !

A lire

Rue Jean-Pierre-Timbaud. Une vie de famille entre barbus et bobos, de Géraldine Smith. Stock, 194 pages, 18,50 euros.

Voir par ailleurs:

Europe

Why the French Ban the Veil
The secular republic debates how best to contain and suppress the Islamist movement
Paul Berman
Tablet
August 29, 2016

You may have noticed that Cannes, Nice, and a dozen other beach towns in France have just now adopted regulations banning the Islamic “burkini,” or full-body female swimsuit, from their beaches. And, as a result, we are right now undergoing a new outbreak of the by-now traditional and even folkloric American consternation over France and its antipathy to certain kinds of Islamic attire—the American consternation that, for a dozen years now, has rested on a single unchanging and unexamined assumption, as if nothing has changed during all these years, and no new information has emerged.

The assumption is that France wants to regulate Islamic attire because the French are fundamentally biased against their Muslim minority. The French are frightened of the “Other.” They are unrepentant in their imperialist and colonialist hatreds for the peoples of North Africa. They are, in short, hopelessly racist. Worse: The French left is just as bad as the French right in these regards, and the Socialist Party, as exemplified lately by the prime minister, Manuel Valls, is especially bad.

And yet, the American interpretation acknowledges a complicating point, which is this: The French, who are hopelessly racist, do not appear to believe they are hopelessly racist. On the contrary, they have talked themselves into the belief that, in setting out to regulate Islamic attire, they are acting in exceptionally high-minded ways—indeed, are acting in accordance with a principle so grand and lofty that French people alone are capable of understanding it.

This principle is a French absurdity that, in its loftiness, cannot even be stated in down-to-earth English, but can only be expressed with an incomprehensible, untranslatable and unpronounceable French locution, which is laïcité. Over the years, the word laïcité has figured repeatedly in the American commentaries. The French, we are told, invoke this word to defend their unjustifiable and racist persecutions. And yet, like all words that are untranslatable and incomprehensible, laïcité turns out merely to be a cover. It is a ten-dollar word employed to justify France’s fear of the “Other”; France’s zeal for maintaining the racial superiority of the non-Muslim French; France’s enduring imperialist and colonialist hatred for native peoples; France’s obsession with telling women what to do; and generally France’s urge to be parochial, petty, ultraconservative, and intolerant.

So argue the American commentators. I invite you to look up a dozen years’ worth of reports and judgments to see for yourself. Now, the American commentaries are, to be sure, not wrong in every instance. But they are wrong fundamentally, and the ways in which they are wrong seem never to diminish or vary or to yield to new information—which ought to alert us to their folkloric quality—namely, their origin in a folk belief about America. This is the belief that America is the home of the free, and France is not, and any desire to arrange things differently from how we Americans do can only be an aggression against common sense.

***

In reality, the Islamic veil has a history in France. The North African immigrants who began arriving in France after World War II and especially in the 1960s were not fundamentalists, and they were not Islamists, and they did not normally dress in ostentatiously Islamic clothes. In the 1980s, the Islamist movement began to prosper in North Africa, however, and, after a while, a few imams with Islamist affiliations made their way to the French immigrant suburbs and housing projects. The Islamists recruited disciples. And they set about constructing their dreamed-of Quranic community as best they could—their proposed return to an imaginary 7th-century Medina, their effort to keep women out of sight or under wraps, their theory of a supernaturally evil Jewish conspiracy, and everything else. And the first step in their program was, of course, to impose the Islamist dress code on women. This meant obliging women to dress in a style that is indigenous to the Arabian peninsula, though not to North Africa—in clothing that is designed to conceal the female form and face, which the Islamists describe as authentically Islamic.

The French controversy over the veil—which, in the French debate, has meant the Islamic headscarf or hijab, too—got underway not with the arrival of the Muslim immigrants, but with the arrival of the Islamists. This was in 1989. Schoolgirls in the town of Creil, outside Paris, began to insist on their right to wear the Islamic veil in school. This was unprecedented, and the school authorities forbade it. The schoolgirls insisted, even so. And the question of how to interpret this dispute became, very quickly, a national debate in France, with plausible arguments on both sides.

To wit, pro-veil: Shouldn’t a woman and even a schoolgirl have the right to dress in accordance with her own religious conscience? Isn’t religious attire a matter of individual right and religious freedom? More: If Muslim schoolgirls are displaying fidelity to their own religion and its traditions, shouldn’t this be deemed an enrichment of the broader French culture? Shouldn’t the French welcome the arrival of a new kind of piety? And if, instead, the French refuse to welcome, shouldn’t their refusal be seen as the actual problem—not the pious immigrant schoolgirls, but the anti-immigrant bigots?

To which the anti-veil argument replied: No, the veil has been brought into the schools as a maneuver by a radical movement to impose its dress code. The veil is a proselytizing device, intended to intimidate the Muslim schoolgirls and to claim a zone of Islamist power within the school. And the dress code is the beginning of something larger, which is the Islamist campaign to impose a dangerous new political program on the public school curriculum in France. This is the campaign that has led students in the suburban immigrant schools to make a series of new demands—the demand that Rousseau and certain other writers no longer be taught; the demand that France’s national curriculum on WWII, with its emphasis on lessons of the Holocaust, be abandoned; the demand that France’s curricular interpretation of Middle Eastern history no longer be taught; the demand that co-ed gym classes no longer be held, and so forth. The wearing of veils in the schools, then—this is the beginning of a larger campaign to impose an Islamist worldview on the Muslim immigrants, and to force the rest of society to step aside and allow the Islamists to have their way. From this standpoint, opposition to the veil is a defense of the schools, and it is a defense of freedom and civilization in France, and it is not an anti-immigrant policy.

The French have engaged in a very vigorous and nuanced public debate over these matters. And yet, for some reason, in the reporting by American journalists and commentators, the nuances tend to disappear, and the dispute is almost always presented in its pro-veil version, as if it were an argument between individual religious freedom and anti-immigrant bigots, and not anything else. To report both sides of the dispute ought not to be so hard, however. The French government held formal hearings on these questions, with both sides represented. It was just that, once the hearings were over, the anti-veil side was deemed to have been more persuasive. Crucially influential were Muslim schoolgirls who, given the chance to speak, testified that, in the schools, Islamist proselytizers had become a menace to girls like themselves. And the National Assembly passed a law banning the Islamic veil, along with all “ostentatious” religious symbols, from the schools. The purpose of this law was not to suppress Islam. Students could continue to wear discreet symbols in school, according to the new law, and anything they wanted, outside of school. But ostentatious symbols were banned from the schools, in the hope of putting a damper on the Islamist proselytizing.

Naturally, the hearings and the passage of a law (about school dress) and then another law a few years later (about full-face veils in public) and the issuing of various regulations did not bring the argument to an end. That is because these controversies are, by nature, without any obvious resolution. On one side, in France, there is good reason for immigrants and their allies to complain about imperialist holdovers and larger bigotries in the culture, and reason to worry that anti-Islamist laws and regulations may spill over into an anti-immigrant campaign. And there has been no shortage of pious Muslim women willing to say that, in their own instance, they are not victims of the Islamists, and they wish to wear Islamic attire strictly for reasons of individual religious conscience, regardless of what anyone might say. These arguments are unanswerable.

Then again, the French public as a whole, ancestral Gauls and new arrivals alike, has had every reason to grow ever more frightened of the Islamist movement, which has grown over the years, until by now it has come to dominate the young generation in entire neighborhoods in the immigrant districts—which means the French as a whole have every reason to look for simple regulatory ways to discourage the movement, beginning with legislation against the Islamist dress code. This argument, too, is unanswerable. Here, then, is a debate that will not come to a close.

And yet, to read some of the American reporters and commentators, you would suppose that France has been consumed with these continuing quarrels, and that France’s Muslim population as a whole has been shuddering in resentment over the laws and regulations. But France has not been consumed, and the Muslims as a whole have not been shuddering, even if some have been. The most controversial of the laws was the first one, banning ostentatious religious symbols in the schools—which led a good many people to predict that, once the law was put into effect, the French Muslims were going to react furiously. But only the Americans were furious. President Barack Obama himself denounced the law (in his Cairo speech of 2009). A great many French Muslims appear, on the other hand, to have accepted and approved the law. It was because Muslim parents do not want their children to be drawn into a reactionary medievalist religio-political cult. They want their daughters to grow up to be Muslim Frenchwomen with the rights and privileges of other Frenchwomen. If the Islamists and their dress code are suppressed in the schools, then, this can only be good.

But then, some commentators have always found it difficult to remember that Islamists are not the voice of authenticity for the Muslim immigrants in France. The Islamists are a threat to the immigrants, as well as to everyone else. And if the laws and regulations succeed in making life harder for the Islamist movement, the great mass of the French Muslims will be the first to benefit.

***

What about laïcité, then—this French concept that gets invoked in the debate, yet cannot even be expressed in English? In reality, laïcité is entirely translatable. It means secularism. There is no reason for English speakers to use the French word. And the concept is perfectly comprehensible. It is the Jeffersonian principle of a wall between church and state, in its French version. The Jeffersonian principle in America means that, regardless of what the churches may do or say, the American state will remain strictly nonreligious. The French version is the same. The public schools, for instance, must not become creatures of the churches—which, in our present situation, means the Islamist imams.

It is true that, in France, people take their secularism a little further than Americans tend to do, and this is partly on historical grounds. In America, we worry about freedom of religion, but in France, where everyone remembers the Catholic past and the religious wars, people worry about freedom from religion. They do not want to be tyrannized by theological fanatics. The Islamist movement is, from this point of view, all too familiar to the French—one more clericalist current that wishes to imposes its theological doctrines on everyone else. And, in the face of the Islamist fanaticism, the French are grateful for their secularist traditions and laws.

Then again, the French take their secularism a little further than we Americans do also because they are willing to grant government a larger administrative role than Americans tend to do. Americans are allergic to government regulation, or pretend to be, but the French do not even pretend to be. I realize that a great many Americans believe that, as a result of the French willingness to accept government regulation, France has become an impoverished Communist despotism. But have you been to France? Perhaps it is true that labor regulations have lately become an obstacle to high employment. Even so, France is, in many respects, a better-run country than the United States. And the French naturally look to the government to apply secularist principles even in areas of life that Americans might regard as outside the zone of government, local or national. The permissibility of religious attire, for instance. And the French see something attractive in their government regulations.

Republican secularism is not, after all, merely a negative concept, useful for fending off religious fanatics. Republican secularism is a positive principle. It offers something to the individual. This is citizenship. In its French version, republican secularism says to every individual: The “rights of man and the citizen” are your own rights, regardless of what some church might say. The aspirations of the French Republic are open to you, as well as to everyone. These are the aspirations of the French Revolution. You have access to political freedom and a modern education and a modern culture and an advanced welfare state. At least, you ought to have access, and, if you find that you do not, you have a right to march in the streets and to vote for the political party that speaks for you. You have a right to be a Muslim, or to adhere to any other religion, or to none, and this right is yours precisely because, as a citizen of France, you enjoy rights on the broadest of scales. The French republican idea, with its secularism—this idea is, in short, grander than anything the Islamists can offer. The Islamist ideal is an ugly and deceptive promise. It is a self-oppression. But the French republican ideal is a liberation—at least, in principle.

The entirely comprehensible and translatable laïcité, which is the secular republican ideal: This is what most French people want—even if some French people are bigots. The secular republican ideal is what most French Muslims want—even if some French Muslims have been seduced by the Islamist manias and hatreds. This is what the immigrants from North Africa came to France in hope of finding. The debate over how best to contain and suppress the Islamist movement has taken place within the framework of that idea. It has been a good debate.

Is it too much to expect the American commentary on France to show a little more respect for how seriously that debate has been conducted? Alas, it is too much to expect. In France, there is an ancient and curious habit of mindless and self-flattering anti-Americanism, and in America, there is an ancient and curious and equivalent habit of sneering mindlessly at the French. This is the American habit that, for a dozen years now, has led the American commentators to see in France’s republican secularism a racist attack on individual freedom, instead of an antiracist defense of individual freedom.

***

Voir aussi:

France’s identity politics
Ill-suited
As its presidential race kicks off, France argues over burkinis
The Economist
Sep 3rd 2016

THIS week France came back from the beach for la rentrée, the return to school and work after the August holiday. The summer had been far from restful. It began with two terrorist attacks in Nice and Normandy, followed by a weeks-long political fixation with the “burkini”, a cross between a burqa and a swimsuit, which dozens of mayors of seaside resorts tried to ban from their beaches. The resurgence of identity politics in France, at a time of heightened tension over Islam and security, now looks likely to frame next year’s presidential election.

The row over the burkini will probably abate as the beaches empty. On August 26th France’s highest administrative court suspended a ban imposed in the Mediterranean resort of Villeneuve-Loubet after it was challenged by human-rights groups. The court ruled that the mayor had not proved any risk to public order, and that the ban constituted a “manifestly illegal” infringement of “fundamental liberties”.

Had France not been under a state of emergency, the matter might not have flared up as it did. But the French are hyper-sensitive to signs of overt Muslim religiosity. Politicians, roused from their holiday hide-outs, seized on the burkini row—and not just on the right. Manuel Valls, the Socialist prime minister, called the burkini an “enslavement” of women, and claimed it was part of a political project to impose Islamist rules on France. He noted that Marianne, a female figure symbolising the French nation, is classically depicted bare-breasted. The implication seemed to be that women in burkinis are un-French, while true French women go topless.

France has a long history of trying to keep religion out of public life. A law of 1905 entrenched the principle of laïcité, or strict secularism, after a struggle against authoritarian Catholicism. The country banned the headscarf and other “conspicuous” religious symbols from state schools in 2004, and the face-covering burqa from public places in 2010. Indeed, such laws enjoy broad cross-party support. Yet secular zeal at times overrides common sense, or sensitivity to France’s Muslim minority, estimated to form about 10% of the population. Unlike the burqa, which is banned from the beach, the burkini does not even cover the face. As Olivier Roy, a French scholar of Islam, points out, it also offers a certain modern liberty to Muslim women who otherwise might not swim. Hardline Islamists, he says, would not allow women to bathe in the first place.

The burkini frenzy sets the tone for an election season of culture wars over French identity. Nicolas Sarkozy, a former president vying for the nomination of the conservative Republican party, says he wants to ban the burkini altogether. So does Marine Le Pen, leader of the far-right National Front, who claims that the “soul of France” is at stake. Yet amid this feverish identity politics, some voices are trying to appeal for calm. One is Alain Juppé, a centre-right former prime minister and presidential hopeful. He backed the local burkini bans, but says national legislation would be provocative. Another, on the left, is Emmanuel Macron, who resigned on August 30th as economy minister.

Mr Macron’s departure had been widely expected. In April he launched a new political movement, En Marche! (“On the Move!”). Although he stopped short of declaring this week that he would run for president, that may be a matter of time. A former adviser to President François Hollande, Mr Macron is now an unambiguous rival to his Socialist former mentor, whose own chances of running for re-election dwindle by the day. The ex-minister is trying to build a platform of economic reform to resist populist nationalism.

Post-socialist international

On leaving his ministry, Mr Macron said that his government experience had taught him the limits of the current political system. He now hopes to redraw the partisan map, pulling in support from both left and right for a pro-European, centrist movement that embraces globally-minded progressive politics. This is a daunting challenge, not least because Mr Macron has never stood for election for any office before, is short of money and has little parliamentary support.

It also seems to cut against the national mood. After 18 months of barbaric terrorist attacks, France is leaning towards tightening restrictions on liberty, not loosening them. Freed from the constraints of the economics portfolio, Mr Macron will now be able to speak out on matters such as terrorism and religion. With the country so on edge, France could do with a dose of measured reflection.

Voir aussi:

France is right to ban the burkini

Gavin Mortimer

The Spectator

25 August 2016

May I interrupt, for a moment, the howls of anguish from those liberals in uproar at the news that authorities in France are banning burkinis on their beaches? I’d like to relate an incident that occurred earlier this month in France.

It involved my girlfriend, who was on her way from Paris to visit her grandmother in eastern France. An hour into her journey she pulled into a service station to fill up with petrol. On returning to her car she made a small sign of the cross as she slid into her seat. Navigating one’s way on a French motorway during the height of summer can be a fraught experience, particularly for the nervous driver. Suddenly there was a violent thump on her window. She jumped with fright. A man stooped so his face was level with hers. ‘Why do you make that sign?’ he asked, menacingly. ‘You don’t make the sign of the cross in France.’ The man then ran his eyes over my girlfriend’s summer dress. ‘And next time you go out,’ he sneered, ‘cover yourself up.’ She was still in shock when she phoned moments later. Did you get his number plate? I asked. She hadn’t, she’d been too bewildered. But she’d spotted the headscarved woman in the front passenger seat.

I have a fund of similar stories from female friends in France. There’s the one who was insulted by two women in headscarves while out jogging because she had on a pair of shorts; the friend who no longer travels on the Paris metro after a certain hour because, as a Muslim, she’s fed up with being insulted by men of her religion because she dares to wear a skirt and blouse; and the one who sold her baby’s car seat through an ad in the local paper. The man met her asking price but refused to shake the hand of a woman.

Then there are the cases outside my immediate milieu. On the first day of Ramadan this year a Muslim waitress in a Nice bar was assaulted by two men. ‘Shame on you for serving alcohol during Ramadan,’ one of them screamed, as he attacked her. ‘If I were God, I would have you hanged.’ Last year in Reims a young woman sunbathing in a public park was set upon by a gang of teenage girls. They objected to her bikini, reported the newspapers, although the town’s authorities insisted there was no ‘religious’ aspect to the attack. Few believed them.

That’s because such incidents are becoming more common across France. There was a spate of similar confrontations last summer in Lyon, prompting Jacqueline Costa-Lascoux, a director for the French National Centre for Scientific Research, the largest governmental research organisation in the country, to explain: ‘We’re seeing the emergence of a police of mores who are principally targeting young women on the issue of modesty.’

This important point is blithely ignored by naive liberal writers, particularly those in Britain, who have little understanding of the extent of extremism in France, where 100 of the country’s 2,5000 mosques are controlled by Salafists, the most puritanical Islamic ideology. The Salafists want all women covered, at all times, and the burkini is part of their strategy. It is a symbol of Islamic purity with a clear message: good Muslims wear the burkini, bad ones wear the bikini. Toleration of the burkini will only embolden France’s ‘police of mores’ in their campaign of coercion, a point emphasised by Nicolas Sarkozy in an interview to be published in Friday’s Le Figaro magazine. ‘Wearing a burkini is a political act, it’s militant, a provocation,’ said Sarkozy, styling himself as the uncompromising centre-right candidate ahead of next year’s Presidential elections. ‘If we do not put an end to this, there is a risk that in 10 years, young Muslim girls who do not want to wear the veil or burkini will be stigmatised and peer-pressured.’

The Guardian and the Telegraph are among several British papers to have run articles in recent days shrilly denouncing the ban. The headline in the former was glibly entitled ‘Five reasons to wear a burkini – and not just to annoy the French.’ Thursday’s Evening Standard draws a fatuous comparison between a burkini and a nun’s habit with the writer wondering why Sister Marie isn’t being forced ‘to shed the wimple’.

Many British media organisations have reproduced the series of photographs of policemen on a Nice beach ordering a woman to remove what appears to be a burkini. The pictures – which some believe were staged – have now gone viral and the reaction on social media has been one of predictable childish hysteria. Of course the French authorities don’t consider the burkini a terrorist threat but, as Sarkozy says, allowing it would ‘suggest France appears weak’. Engaged as they are in a bloody struggle with homegrown Islamists , France must stay strong in the ideological war against the Salafists.

One wonders how the twitterati would have reacted had they been in Corsica a fortnight ago when a large Muslim family arrived on a beach. While the women bathed – not in burkinis, as originally reported, but in full Islamic dress – the men set about protecting their modesty by ‘privatising the beach’. When a group of local teenagers refused to leave, they were viciously assaulted by three brothers.

Those Corsican youngsters were courageous in standing up to the swaggering threats of the Islamists, and similar bravery was shown earlier this year by a Muslim organisation called ‘Women Without Veils. Based in Aubervilliers, a suburb of Paris with a reputation for Islamic extremism,  ‘Women Without Veils’ published a statement on 8 March, International Women’s Day, entitled ‘The Veil; denier of liberty and equality’. In the statement they declared: ‘We refuse to wear the veil because it represents a symbolic violence visible in a public space… the Islamists are formalising the inequality of the sexes in the family and social context at the expense of the fundamental values of the Republic.’

These women have a deeper understanding of the Republic than people like Herve Lavisse, a leader in The League of Human Rights, who in condemning the burkini ban on Côte d’Azur beaches, said: ‘It is time for politicians in this region to calm their discriminatory ardour and defend the spirit of the Republic.’ In banning the burkini France is defending the secular spirit of the Republic, and Lavisse and his ilk would see that if only they took their heads out of the sand.

Voir également:

Meurtre de Magnanville : de l’état d’urgence à l’état de chaos
Alexis Théas
Le Figaro
14/06/2016

FIGAROVOX/TRIBUNE – Un commandant de police et sa compagne ont été assassinés par un homme se revendiquant de l’Etat islamique. Le meurtre de policiers, pour le terroriste islamiste, revient à en finir avec le dernier vestige de l’autorité sur le territoire français, estime Alexis Théas.

Alexis Théas est juriste et universitaire.

Le meurtre d’un couple de policiers à son domicile à Magnanville le 13 juin par un terroriste islamiste, revendiqué par l’Etat islamique, Daech est un fait sans précédent historique dans la France contemporaine. Certes trois policiers ont été tués lors des attentats de janvier 2015, mais ils étaient en mission. Cette fois-ci, un palier supplémentaire dans l’atrocité a été franchi. Chez eux, en dehors du service, un homme et une femme ont été pris pour cible et massacrés en tant que policiers.

Cet assassinat est chargé de signification. Les policiers incarnent l’Etat, l’ordre public, la loi. Ils sont un symbole de la France traditionnelle. Dans une société en voie de décomposition, gagnée par une pagaille généralisée, la police incarne ce qui reste de l’ordre et de la discipline. Dans les zones de non droit gangrenées par le trafic de drogue, la violence aveugle, le communautarisme islamiste, le policier est le dernier gardien de la civilisation contre la barbarie. Tuer des policiers, pour le terroriste islamiste a une signification suprême: en finir avec le dernier vestige de l’autorité sur le territoire français. Le fait que le massacre du couple ait lieu à son domicile a un sens encore plus lourd. La guerre contre le monde occidental et la France est totale, sans concession, sans limites: tuer des personnes jusque dans le plus intime du foyer. La bataille a pour objectif le massacre pour le massacre. Elle est tournée vers une logique d’extermination.

Tuer des policiers, pour le terroriste islamiste a une signification suprême: en finir avec le dernier vestige de l’autorité sur le territoire français.
Mais la condition du policier français comme cible de la haine ne se limite pas au terrorisme islamiste. D’autres lui ont montré la voie… «A l’unisson, la foule chante: tout le monde déteste la police» rapporte un quotidien national le 5 avril dernier en compte-rendu d’une manifestation lycéenne. Chaque année, près de 8000 policiers et gendarmes sont blessés et une vingtaine tués. Les policiers, les gendarmes, parfois les militaires, sont en première ligne de toutes les expressions du chaos social et de la désintégration de l’autorité: violence des migrants clandestins du Calaisis et dans les squats, émeutes dirigées contre la loi «travail», à Paris comme en province, occupation de la place de la République par Nuit debout, violences lycéennes, déchaînement de hooliganisme à l’occasion de l’euro de football… A ces désordres ponctuels s’ajoute le chaos permanent des zones de non-droit et des cités sensibles: chaque année, près de 10% des policiers exerçant dans les départements les plus difficiles de la région parisienne sont blessés. Comment 120 000 policiers et un peu moins de gendarmes peuvent-ils tenir face à une telle exposition, un tel traitement? Tel est l’un des mystère de la France contemporaine.

A la suite des attentats de «Charlie», des manifestations de solidarité avec la police se sont exprimées. Elles apparaissent aujourd’hui éphémères et sans lendemain. Le problème fondamental de la police de France est qu’elle n’est pas soutenue dans sa mission de protection de la société contre la barbarie. Les policiers en service dans les cités sensibles vivent un calvaire quotidien que la société veut ignorer: insultes, crachats, menaces de viol contre les femme policières, violences physiques. Les médias ne parlent jamais de ce sujet. Le réflexe «de la France d’en haut», des élites médiatiques, conditionnées depuis mai 1968 à haïr l’Etat et l’autorité, est de présenter le policier en oppresseur et le trublion ou le délinquant en victime.

Les images de manifestants blessés dans l’activité de maintien de l’ordre public abondent dans les unes de la presse et des médias. En revanche, celles de policiers à terre sont soigneusement occultées.
Les images de manifestants blessés dans l’activité de maintien de l’ordre public abondent dans les unes de la presse et des médias. En revanche, celles de policiers à terre sont soigneusement occultées. On parle abondamment des bavures policières mais jamais du martyre que subissent les policiers. Dans les commissariats les plus exposés, les suicides de policiers ne sont pas rares. De même, la justice a fait le choix de banaliser la police en la traitant sur le même plan que les auteurs d’infraction. En cas de plainte d’un policier blessé, les juridictions le placent sur le même plan que leur agresseur dans le cdre d’un procès à égalité des parties, avec confrontation obligatoire. Le malaise de la police française vient de ce qu’elle ne se sent pas protégée par la justice.

Quant au pouvoir socialiste, obnubilé par sa posture de «gauche», et l’obsession de conserver ou reconquérir la sympathie des groupuscules gauchisants, il ne s’empresse pas d’apporter un soutien ferme et résolu à la police devenue le bouc-émissaire de la France du chaos. Policiers blessés ou tués, commissariats pris d’assaut et saccagés, voitures de police incendiées: la police porte aujourd’hui seule le poids du chaos français, dans un climat d’aveuglement et de déni généralisé. Le retour de l’autorité sur le territoire national et le respect de la police sera sans nul doute l’enjeu fondamental des élections de 2017. Pour l’instant, les politiques dans leur ensemble ne l’ont pas encore compris.

Voir aussi:

Le burkini, nouvel outil de l’offensive islamiste (1/2)

Analyse d’un projet de conquête

Jean-Claude Allard
est Général de division (2° S).
Causeur
02 septembre 2016

Sous les huées des associations de défense des droits de l’homme, les maires signataires des arrêtés anti-burkini ont montré que ce vêtement n’était pas seulement un attribut religieux ou une contrainte sociétale. Analyse d’un objet éminemment politique.

Dans la chaleur de l’été, quelques maires se sont lancés dans de multiples « batailles du burkini » qui se terminent par des défaites en rase campagne. Conclusion tactique inévitable lorsque l’on ne dispose pas de renforts pour manœuvrer. Ils attendaient Grouchy, ce fut le Conseil d’État1 Soudain, joyeux, il dit : « Grouchy ! » – C’était Blucher », Victor Hugo, Les Châtiments.]! Mais rien ne devrait être perdu car il y a plus de leçons à tirer d’une défaite que d’une victoire.

De quoi le burkini est-il le nom?

Le burkini, comme son nom le suggère, est une adaptation à la baignade des diverses tenues féminines portées par les musulmanes voulant donner une dimension visible à leur pratique religieuse. À cet effet, en 2004, sa créatrice, Aheda Zanetti, a demandé et obtenu la validation de ce concept vestimentaire par le grand mufti de Sydney, Taj-Eldin Hilali.  Le port du burkini parait donc lié à une pratique religieuse exigeant la dissimulation la plus complète possible du corps féminin qui semble remonter aux origines de l’Islam. Dans les Chroniques (Al-Sira)2, il est rapporté qu’après le mariage du Prophète avec Zaynab bint Jahsh, un verset fut révélé qui exigeait que les croyants ne parlent aux épouses du Prophète qu’à travers un voile (XXXIII-53), complété par un verset demandant aux femmes de « ramener sur elles leurs grands voiles » pour être « plus vite reconnues et éviter d’être offensées » (XXXIII-59). Il s’agit ici d’une mesure à portée sociétale.

Il y a donc une importante difficulté à concilier une république laïque qui voudrait confiner la religion à la sphère privée et une religion comme l’islam qui demande des manifestations physiques de piété quasi permanentes et donc nécessairement publiques : ici le costume, mais aussi les cinq prières quotidiennes (voir l’article 2 de la loi travail), le jeûne diurne pendant un mois ou les interdits alimentaires et qui se préoccupe de questions sociétales. Le projet de définition d’un « Islam de France » parait donc une gageure, et ce d’autant plus que la pratique des signes extérieurs se renforce. Il y eut en effet un « Islam de France », manifestement plus spirituel que gestuel, pratiqué par les premières générations de musulmans installés en France. Il disparait3, miné par les politiques conduites depuis le milieu des années 1970, qui ont abandonné toute idée d’assimilation qui pouvait aussi s’entendre de l’assimilation aux pratiques religieuses alors en vigueur.

Un objet politique

Isolés, les maires n’avaient aucune chance de réussite, mais ils ont le mérite d’avoir mis en évidence la lente mais profonde modification de notre société et d’avoir poussé les forces en présence à se manifester. Ils ont rencontré, contre toute attente (ou comme il fallait s’y attendre), l’opposition des associations de défense des droits de l’homme, de défense des droits des musulmans, des militantes féministes, des libres penseurs, d’une assez large partie de la classe politique, y compris au sein du gouvernement.

Les islamistes ont donc désormais une vision consolidée du théâtre d’opération français ouvert par l’esprit « Je suis Charlie » et un nouvel outil stratégique. Le vêtement n’est en effet pas seulement un attribut religieux ou une contrainte sociétale, il est aussi un objet politique et donc un outil stratégique.

Dans tous les pays musulmans au cours des siècles passés, les non croyants avaient un statut particulier (Dhimmi) qui comprenait de nombreuses obligations, notamment vestimentaires (y compris aux bains dans lesquels ils devaient porter un signe distinctif autour du cou) afin d’être bien identifiés comme non-musulman, individus sur lesquels les Musulmans avaient des passe-droits4 que chacun pouvait exercer à sa guise, y compris dans l’espace public. A contrario, dans l’impossibilité présente d’imposer un vêtement aux « mécréants » en France, burkini « religieux » et autres tenues peuvent avoir une utilisation stratégique pour marquer une appartenance politique et donc une force qui monte à laquelle les indécis pourront se rallier. N’oublions pas la promesse du Calife Ibrahim lorsqu’il a restauré la Califat en juin 2014 : « conquérir Cham, restaurer l’Oumma et s’emparer de Rome », afin de permettre aux musulmans de « marcher partout en maitres la tête haute ».

Logique de “caïdat”

Pour atteindre ces buts, les affichages vestimentaires ou comportementaux, tout comme, il faut bien l’avoir à l’esprit, les attentats ne sont pas les buts mais les moyens : exciter l’opinion et les politiques dans une direction pour consolider ailleurs des positions réellement stratégiques, c’est-à-dire indispensables au projet de conquête politique. Ainsi, il était surprenant de voir le soulagement des autorités lorsqu’elles ont pu déclarer que, à Sisco, « le burkini n’était pas en cause ». Ce qui est en cause à Sisco, est bien plus grave, c’est une occupation communautaire d’un espace public, une « logique de caïdat » selon le procureur qui résonne fortement avec la promesse du Calife.

Soulagement compréhensible mais coupable de la part d’un État qui a déjà abandonné des pans entiers de sa souveraineté sur son territoire même, acceptant les stratégies de « déni d’accès »5 opposées aux forces de l’ordre et aux services publics. Car ces territoires érigés en « caïdats » sont indispensables pour préparer les actions puis ensuite offrir un refuge aux terroristes. L’un de ces territoires n’a-t-il pas permis au terroriste le plus recherché d’Europe d’échapper aux policiers pendant quatre mois ? Mais ils sont surtout indispensables pour bâtir une « communauté », donc un groupe s’excluant volontairement du destin républicain commun. Une communauté soudée et tenue en main par des chefs politico-religieux distillant une idéologie conquérante et destinée à jouer un rôle politique. Le droit de vote des étrangers (non membres de l’UE pour qui il est acquis) aux élections municipales en projet fournira un excellent tremplin au projet politique qui, faut-il le rappeler, n’est pas le terrorisme mais la conquête.

à suivre…

  1. « Le soir tombait ; la lutte était ardente et noire. Il avait l’offensive et presque la victoire ; […
  2. Mahmoud Hussein, Al-Sira, tome 2, p.373-374, collection Pluriel.
  3. Gilles Kepel, Terreur dans l’hexagone, Gallimard.
  4. Bernard Lewis, Islam, Quarto Gallimard, p. 472.
  5. Terme militaire employé ici à dessein car il s’agit de prémices d’actions militaires.

Voir également:

Le burkini, nouvel outil de l’offensive islamiste? (2/2)

Comment contrer ce projet de conquête

Jean-Claude Allard
est Général de division (2° S).

02 septembre 2016

Le Conseil d’Etat nous a fait perdre la première bataille du burkini. Mais la guerre n’est pas encore pliée. Pour peu que nous renouions avec nos valeurs émancipatrices, notamment à l’école, nous avons les moyens de vaincre les formes conquérantes de l’islam.

Que faire pour contrer l’offensive islamiste dont le burkini n’est que l’outil vestimentaire ?Reconquérir les cœurs perdus de la République

Cesser de consommer nos armées, nos forces de sécurité et notre justice pour faire appliquer des lois inapplicables et défendre tout et rien. Pour elles, l’urgence absolue est dans la reconquête des « territoires perdues de la République », dans le strict respect de « la ligne rouge des droits de l’homme » (Manuel Valls). Reconquête qui conduira de facto à la reconquête des « cœurs et des esprits » des personnes qui les habitent, trop longtemps laissées sous la domination des bandes de trafiquants, des « grands frères » et désormais des « frères musulmans » et affidés. Plus que du recul de l’État islamique en Irak/Syrie, c’est de l’avancée des idées islamistes en France qu’il faut se préoccuper. La « ligne rouge des droits de l’homme » doit être tracée autour de ceux qui les bafouent par les tueries, par les contraintes religieuses intégristes (contraintes qui s’exercent en premier et fort logiquement sur les musulmans ainsi canalisés dans leur pratique) et offrir à tous, la protection de la République : « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne » (Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 3).

 Le respect, ça s’inculque

Cesser de remanier au gré des changements de ministre (trois en quatre ans) organisations et méthodes de l’Education nationale pour se concentrer sur la transmission de savoirs et de savoirs-être. Avant d’être une question de religion, nous faisons face à un problème de multiplication et de normalisation des comportements agressifs à l’égard d’une République qui ne sait plus se faire respecter, y compris par des enfants et adolescents, pourtant simplement en recherche de repères. Ce vieux pays a pourtant un patrimoine immense dans lequel des millions d’immigrés s’étaient jusqu’à fondus et qu’ils ont contribué à valoriser. Pourquoi prétendre que les nouveaux arrivants ne pourraient pas s’y retrouver aussi et vouloir les raccrocher à leur passé alors qu’ils sont venus trouver un nouvel avenir en France ? Notre pays mérite-t-il tant de haine et les immigrants méritent-ils tant de mépris que l’on ne veuille pas partager avec eux notre fierté d’être Français et l’histoire qui a fait la grandeur de notre pays ?

Redonner vie à la liberté d’expression et à la pensée critique telles que nous les ont enseignées les penseurs des Lumières. Un corset législatif et moralisateur sclérose toute réflexion sur les problématiques actuelles. Il empêchera tout travail constructif sur l’islam de France voulu par le gouvernement, comme il empêche déjà toute appréciation de situation stratégique et la désignation claire de l’ennemi. Alors que nos armées se battent au Mali, en Syrie/Irak, sont déployées en armes sur le territoire national, que des Français meurent au cœur de notre capitale, ou le jour de notre fête nationale, un haut fonctionnaire n’a-t-il pas récemment dit craindre une « guerre civile ». Ne serions donc pas déjà en guerre pour défendre notre liberté ?

Sauve qui peut l’Etat

Faire évoluer les règles du droit international et du droit national pour prendre en compte les nouveaux acteurs perturbateurs. Élaborées après 1945, ces règles ne tiennent compte que de deux acteurs : les États et leurs citoyens et présupposent que les premiers sont des oppresseurs potentiels des seconds. Elles tétanisent donc les gouvernements dans leurs combats contre les entités transnationales (grand banditisme comme islamisme). Or, aujourd’hui, les citoyens se retournent vers les États pour demander une protection que ceux-ci ne savent, ne peuvent, voire ne veulent plus leur donner. Là est le grand malaise de l’Union européenne et de chacun de ses États membres. Et ce ne sont pas les projets de relance de l’UE par de nouvelles structures de  Défense qui y changeront quelque chose. La maladie de l’UE, et de la plupart de ses États membres, est d’abord la vacuité politique dans les fonctions régaliennes.

En conclusion, la priorité et l’urgence pour les pouvoirs publics n’est pas de légiférer sur les tenues vestimentaires. Qu’ils laissent les associations de défense des droits et les libres penseurs assumer leurs responsabilités morales et se préoccuper de ce qui n’est, pour l’instant, que discriminations manifestement visibles qu’imposent normes religieuses ou sociétales.

La responsabilité des pouvoirs publics est dans l’exercice de la souveraineté de l’État, et donc du peuple en son entier : « La France est une République indivisible » et non d’une communauté qui se créerait à l’instigation d’idéologues extrémistes : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice. 1 La priorité et l’urgence est de faire respecter la Constitution sur tout le territoire national. Ne détournons pas les yeux : il est gravissime d’avoir les représentants de l’État voire les citoyens interdits d’accès ici ou là, il est anecdotique d’avoir des femmes en burkini sur la plage.

  1. Constitution de la République française, articles 1 et 3.

Voir encore:

Burkini : toujours des débats en France, pas à l’étranger
La Croix avec AFP

20/08/2016

Alors que plusieurs stations balnéaires du sud de la France ont pris de nouveaux arrêtés interdisant le burkini, suscitant une controverse dans le pays, le port de ce vêtement ne crée pas les mêmes polémiques dans les pays anglo-saxons.

Les communes balnéaires du sud-est de la France multiplient les arrêtés interdisant le burkini sur leurs plages, dont Nice et Fréjus, en attendant que la justice, saisie par la Ligue des droits de l’Homme (LDH), se prononce lundi 20 août à Nice.

Les arrêtés d’interdiction, pris jusqu’à fin août ou mi-septembre selon les cas, sont semblables à celui qu’avait adopté la municipalité de Mandelieu-la-Napoule, la première à avoir édicté l’interdiction en 2013, renouvelée depuis.

À l’instar des autres municipalités, Nice a interdit, dans son arrêté du 18 août, l’accès aux plages publiques «à toute personne n’ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes moeurs et de la laïcité et respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades».

Dans les Alpes-Maritimes, 13 communes ont interdit, après Cannes le 27 juillet, le port de telles tenues de plage couvrant le corps et la tête des baigneuses, parmi lesquelles Menton, Cannes, Villeneuve-Loubet, Saint-Laurent-du-Var, Beaulieu-sur-Mer, Saint-Jean-Cap-Ferrat.

Six femmes verbalisées

À Cannes, 6 femmes ont été verbalisées à ce jour – sur 12 contrôles effectués – pour s’être baignées vêtues d’un burkini ou de tenues intégrales.

Tandis que cinq communes du Var ( Le Lavandou, Cavalaire-sur-mer, Cogolin, Sainte-Maxime et Fréjus ) ont également pris un arrêté similaire, d’autres municipalités, ailleurs en France, comme Le Touquet et Oye-Plage (Pas-de-Calais), Sisco et Ghisonaccia (Haute-Corse), et Leucate (Aude) ont pris la même initiative.

Toutefois, les burkinis restent extrêmement rares sur les plages françaises. Sur la côte méditerranéenne, une minorité de femmes musulmanes demeurent voilées et couvertes sur la plage ou pendant la baignade.

Décision attendue lundi à Nice

Vendredi 20 août, le tribunal de Nice a examiné la demande de suspension de l’arrêté anti-burkini à Villeneuve-Loubet déposée par la Ligue des droits de l’homme (LDH) et le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) alors que le premier ministre Manuel Valls a apporté son soutien aux maires de droite ayant pris de tels arrêtés.

Pour l’avocat de la LDH, Me Patrice Spinosi, aucune des justifications avancées ne justifie une telle «atteinte» aux libertés fondamentales.

«Aujourd’hui, ce sont les plages, demain ce seront les rues», a lancé l’avocat, qui craint que cela n’aboutisse à «exacerber les tensions que ces arrêtés prétendent précisément atténuer».

Le tribunal rendra sa décision lundi. À deux reprises il a déjà rejeté, pour des vices de forme, les requêtes contre les arrêtés pris à Cannes et à Villeneuve Loubet.

« Absurdité française »

À l’étranger, l’interdiction du burkini sur certaines plages françaises a suscité une vague de critiques dans les pays anglo-saxons, qui perçoivent la mise à l’index de vêtements religieusement connotés comme un frein à l’intégration.

«Absurdité française», a lancé l’éditorialiste David Aaronovitch dans le quotidien The Times en estimant que de telles interdictions ne pouvaient qu’être l’œuvre d’«esprits tordus» et créer plus de problèmes.

Croiser au Royaume-Uni une femme intégralement voilée dans certaines villes ou quartiers à forte population musulmane n’est pas chose rare et ne déclenche pas les mêmes polémiques qu’en France.

Des musulmanes très critiques

Le sujet n’en intéresse pas moins les Britanniques et la plupart des médias ont consacré ces derniers jours reportages et éditoriaux à l’affaire du burkini français, la BBC en particulier livrant des témoignages très critiques de musulmanes.

Ce clivage entre Britanniques et Français s’explique par les différences culturelles entre les deux pays, entre politique d’assimilation à la française et multiculturalisme britannique, avance le Dr Sara Silvestri, de la City University de Londres.

«Ces deux modèles d’intégration sont en crise: ils ne sont plus appliqués ou compris de manière claire et chaque pays regarde ce que fait l’autre pour en tirer des leçons», note-t-elle.

Un durcissement à l’égard des migrants

Pour Patrick Simon, un expert de l’Institut national d’études démographiques français, «il y a une difficulté dans le modèle français d’intégration à concevoir la visibilité des pratiques culturelles et religieuses dans la vie sociale et en particulier dans l’espace public français».

Il note «un durcissement à l’égard des immigrants, particulièrement les musulmans, en France ces vingt dernières années».

«Tout ce qu’on dit sur le burkini et tout le reste conduit à penser que le problème vient de minorités et pas de l’organisation de la société française», estime-t-il, en soulignant également l’impact des récents attentats en France, qui «tend à favoriser l’idée que cette diversité peut être problématique et menace la cohésion nationale. Cette idée est devenue très forte dans l’opinion publique et est portée par beaucoup de forces politiques», relève-t-il.

Voir par ailleurs:

‘CITIZENS SUPPORT BEACH BAN’

Provocative French writer says ‘If you’re upset by burkini cop image, you’ve have been sucked in by Islamist propaganda

A different view on the pictures of a Muslim mum being forced to take her clothes off on a French beach

THEY are the pictures that whipped the world up into a righteous fury.

One shows a woman wrapped in a DIY burkini on a beach in Nice, France, surrounded and visibly interrogated by no fewer than four armed policemen.

The next shows the woman having to take off her tunic under the watchful eye of the cops, looming threateningly over her.

“Forced to strip”, went one headline, retweeted tens of thousands of times.

The chorus on social media was deafening. The poor woman only wanted a bit of sun and a swim, dressed as she pleased, and is subjected to this disgusting affront.

It has become a frequent collective howl, the outrage at secular France’s decision to ban burkinis on more than a dozen beaches to calm religious tension.

Yet the pictures also tell another story.

Most citizens support burkini ban

Look closer, especially at the photo taken BEFORE the police show up.

One shows the woman seemingly sleeping, alone, lying directly on the sand.

She has no book, no sun cream, no beach bag. Her clothes are not suited to swimming.

Another shows her sitting quietly, looking around, as if waiting for the police to come. Hoping for the police to come?

As one French Muslim journalist, Ahmed Meguini, tweeted under the picture: “It’s 35C! Off to the beach for a nap in the sun in my ski outfit, like, totally normally.”

The pictures — sold worldwide by an agency — are not credited. They are, however, professionally shot.

The photographer was there long before the incident.

A belief shared by many is that this “victim” and the snapper wanted the police to intervene — the photos are brilliant Islamist propaganda.

They will provoke and inflame, foster a resentful mindset among French Muslims and encourage the narrative of “victimisation” that cripples action on Islamic extremism

Among those furious at the pictures is the Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) — an activist outfit that has taken the French State to court in a series of high-profile cases.

Its attempts to have the burkini beach bans declared illegal have lost in local courts but yesterday, it won the right to make a case in front of the Council of State, France’s highest administrative court.

But the truth is that most French citizens at both ends of the political spectrum SUPPORT the bans.

This includes French Muslims, especially women.

They agree with Laurence Rossignol, France’s Socialist women’s minister, who suggested burkinis were designed to “hide women’s bodies in order better to control them”.

To liberal Muslims — still the majority in France, where the burka has been banned since 2010 — the burkini is the latest of encroaching advances made by the ultra-conservative Salafist Muslims.

Other demands include school meals to be halal and for municipal swimming pools to segregate boys and girls.

The French have been the victims of many acts of terrorism in recent years.

Burkinis serve as a painful reminder of an unwanted and extreme take on Islam.

Anne-Elisabeth Moutet is a writer and broadcaster.

Ban the burka, says majority of the British public

By a margin of more than two to one, the public wants to ban people from wearing the burka

Over the last few weeks France has been consumed by a heated debate on Islamic dress after the mayors of more than 30 seaside towns instituted a ban on burkinis at their beaches. The ban was later struck down by the country’s high court, but the debate has exposed significant cultural tensions in French society. Former president, and current presidential candidate, Nicholas Sarkozy promising to change the French constitution to ban burkinis should he be elected next year. Sarkozy instituted a ban on burkas and niqabs while he was in power.

Here in Britain, banning the burka is a topic of discussion in the UKIP leadership contest after candidate Lisa Duffy called for a ban on wearing them in public places. New research from YouGov suggests this would be a popular policy with a majority of the public (57%) supporting a ban on wearing the burka in the UK, whilst just 25% are against outlawing it.

Although proponents of a ban suggest it as a way of helping to promote women’s rights, the research shows that women are about as likely to support a ban as men (56% and 58% respectively). Support for a ban rises as people get older, with just 34% of 18-24 year older supporting the ban, rising to 78% of those aged 65 or older. Working class people are also more likely to support the ban than middle class people (61% vs 54%).

A burka ban is supported by 84% of all 2015 UKIP voters and 66% of Conservatives. Fewer than half of Labour (48%) and Lib Dem (42%) voters support the ban, but it is still a more popular choice than opposing the ban (37% and 30% respectively).

There are only two demographic groups that are more likely to oppose a ban than support it: 18-24 year olds and Remain voters. Even then the numbers are relatively closely – Remain voters are net opposed to the ban by just 3%, whilst 18-24 year olds are 6% net opposed to the ban.

Looking at attitudes to burkinis, again the UK is more in favour of banning them, although less strongly – 46% of people would support a burkini ban and 30% would oppose one.

Looking elsewhere, YouGov has found a similar level of support for a burka ban in Germany (62% supporting a ban and 27% opposing), whilst in the US a ban is strongly opposed, with 59% of people opposing the ban and just 27% supporting it. (Please note that the question asked in Germany and the US was different to the one asked in the UK survey).

Voir aussi:

5 facts about the Muslim population in Europe

Recent killings in Paris as well as the arrival of hundreds of thousands of mostly Muslim refugees in Europe have drawn renewed attention to the continent’s Muslim population. In many European countries, including France, Belgium, Germany, the United Kingdom and the Netherlands, concerns about growing Muslim communities have led to calls for restrictions on immigration. But just how large is Europe’s Muslim population, and how fast is it growing?

Using the Pew Research Center’s most recent population estimates, here are five facts about the size and makeup of the Muslim population in Europe:

1Germany and France have the largest Muslim populations among European Union member countries. As of 2010, there were 4.8 million Muslims in Germany (5.8% of the country’s population) and 4.7 million Muslims in France (7.5%). In Europe overall, however, Russia’s population of 14 million Muslims (10%) is the largest on the continent.

2The Muslim share of Europe’s total population has been increasing steadily. In recent decades, the Muslim share of the population throughout Europe grew about 1 percentage point a decade, from 4% in 1990 to 6% in 2010. This pattern is expected to continue through 2030, when Muslims are projected to make up 8% of Europe’s population.

3Muslims are younger than other Europeans. In 2010, the median age of Muslims throughout Europe was 32, eight years younger than the median for all Europeans (40). By contrast, the median age of religiously unaffiliated people in Europe, including atheists, agnostics and those with no religion in particular, was 37. The median age of European Christians was 42.

4Views of Muslims vary widely across European countries. A Pew Research Center survey conducted this spring in 10 nations found that in eastern and southern Europe, negative views prevailed. However, the majority of respondents in the UK, Germany, France, Sweden and the Netherlands gave Muslims a favorable rating. Views about Muslims are tied to ideology. While 47% of Germans on the political right give Muslims an unfavorable rating, just 17% on the left do so. The gap between left and right is also roughly 30 percentage points in Italy and Greece.

5As of 2010, the European Union was home to about 13 million Muslim immigrants. The foreign-born Muslim population in Germany is primarily made up of Turkish immigrants, but also includes many born in Kosovo, Iraq, Bosnia-Herzegovina and Morocco. The roughly 3 million foreign-born Muslims in France are largely from France’s former colonies of Algeria, Morocco and Tunisia.

Voir aussi:

UK: Muslim population rising 10 times faster than non-Muslim population

“The implications are very substantial. Some of the Muslim population, by no means all of them, are the least socially and economically integrated of any in the United Kingdom … and the one most associated with political dissatisfaction.”

The implications of this are more substantial than that. Among the Muslims in Britain are a substantial number who believe that Sharia ought ultimately to be imposed upon that nation. The growing number of Muslims in the U.K. will make that call increasingly harder to ignore or resist.

Demographic Jihad. “Muslim population ‘rising 10 times faster than rest of society,’” by Richard Kerbaj for The Times, January 30 (thanks to all who sent this in):

The Muslim population in Britain has grown by more than 500,000 to 2.4 million in just four years, according to official research collated for The Times.

The population multiplied 10 times faster than the rest of society, the research by the Office for National Statistics reveals. In the same period the number of Christians in the country fell by more than 2 million.

Experts said that the increase was attributable to immigration, a higher birthrate and conversions to Islam during the period of 2004-2008, when the data was gathered. They said that it also suggested a growing willingness among believers to describe themselves as Muslims because the western reaction to war and terrorism had strengthened their sense of identity.

Muslim leaders have welcomed the growing population of their communities as academics highlighted the implications for British society, integration and government resources.

David Coleman, Professor of Demography at Oxford University, said: “The implications are very substantial. Some of the Muslim population, by no means all of them, are the least socially and economically integrated of any in the United Kingdom … and the one most associated with political dissatisfaction. You can’t assume that just because the numbers are increasing that all will increase, but it will be one of several reasonable suppositions that might arise.”

Professor Coleman said that Muslims would naturally reap collective benefits from the increase in population. “In the growth of any population … [its] voice is regarded as being stronger in terms of formulating policy, not least because we live in a democracy where most people in most religious groups and most racial groups have votes. That necessarily means their opinions have to be taken and attention to be paid to them.” […]

Muhammad Abdul Bari, general secretary of the Muslim Council of Britain, predicted that the number of mosques in Britain would multiply from the present 1,600 in line with the rising Islamic population. He said the greater platform that Muslims would command in the future should not be perceived as a threat to the rest of society.

“We each have our own set of beliefs. This should really be a source of celebration rather than fear as long as we all clearly understand that we must abide by the laws of this country regardless of the faith we belong to,” he said.

The Cohesion Minister, Sadiq Khan, told The Times: “We in central Government and local authorities need to continue our work to ensure that our communities are as integrated and cohesive as possible.”…

Voir enfin:

Casse-tête syrien
Bruno Rieth
Marianne
En Syrie, à la guerre contre Daech se superposent d’autres guerres où les alliés d’hier dont devenus les ennemis d’aujourd’hui. Et inversement.

Il n’y a pas une guerre mais des guerres en Syrie. Celle contre Daech, celle contre Bachar al-Assad et celle entre groupes rebelles. Au bout de cinq longues années de guerre civile, le pays est devenu une véritable mosaïque de factions armées. Forces Kurdes, islamistes ou rebelles « modérés », les alliances se font et se défont au gré des agendas politiques et militaires des uns et des autres, du rapport de force en présence ou des enjeux locaux. Les ennemis d’hier peuvent se retrouver les amis du jour et inversement. A cela s’ajoute les stratégies des puissances régionales et occidentales qui s’activent sur le terrain pour atteindre leurs objectifs parfois contradictoires : asseoir son hégémonisme régional ou lutter contre l’expansionnisme de Daech. Les deux pouvant s’entrechoquer. Décryptage.

► Bachar al-Assad contre l’opposition (et Daech)

Influencée par la vague des printemps arabes, la Syrie, à partir de 2011, voit l’apparition d’un mouvement d’ampleur de contestation du régime en place. Mais face aux manifestations pacifistes, Bachar al-Assad fait le choix de la force, dans un premier temps, en réprimant par les armes cette opposition politique qui se constitue. Après avoir tenté de calmer le jeu en proposant un certain nombre de réformes, Assad se retrouve face à un mouvement qui se militarise peu à peu. C’est le début d’une guerre civile dont le nombre de morts est particulièrement dur à évaluer. Mais depuis cinq ans, on estime au bas mot que plus de 400 000 personnes ont péri sur le territoire syrien.

Bachar al-Assad porte une lourde responsabilité dans la situation actuelle. Notamment lorsqu’en mai 2011, il décide de libérer des centaines d’islamistes de ses geôles pour qu’ils viennent grossir les rangs de l’opposition. La formation de Katibas (bataillons) islamistes puis djihadistes, aux côtés des autres groupes rebelles, lui permet de désigner à l’Occident un autre ennemi que sa simple personne. La Russie saute sur l’occasion et lui apporte tout son soutien.

Et grâce à l’appui indéféctible de l’Iran, du Hezbollah libanais et de l’entrée en jeu récente de l’aviation Russe, Bachar al-Assad a repris du terrain. Contre l’opposition surtout, et contre les forces de l’EI un peu. Dernier exemple en date, la reprise de Palmyre aux mains de Daech depuis 2015. Mais pour l’universitaire Jean-Pierre Filiu, homme de terrain et ancien diplomate, Bachar al-Assad « est absolument incapable de reprendre des territoires stratégiques à Daech » car « 95% de la violence d’Assad, de la Russie et de l’Iran, est concentrée contre l’opposition Syrienne et une part marginale contre Daech. »

► L’Armée Syrienne Libre sur tous les fronts

A Alep, dans le nord-ouest du pays, ce n’est pas une guerre contre Daech qui se déroule. Mais celle qui voit s’affronter les forces armées de Bachar al-Assad aux différentes factions de l’opposition. Le groupe Etat islamique, lui, se tient pour le moment à l’écart et compte les points.

On retrouve l’Armée Syrienne libre (ASL), créée en 2011, qui, au fil des années, faute de moyens, a rapidement était détrônée par des groupes djihadistes et salafistes financés par l’Arabie Saoudite, le Qatar ou la Turquie. Encore bien présente dans le sud du pays, l’ASL se retrouve sur trois fronts. Contre les forces loyales à Assad, contre Daech et contre les groupes islamistes de l’opposition. Alors que dans le sud, l’ASL peut se retrouver aux côtés du Front Fatah al Cham – anciennement Front al Nosra -dans le nord, . Dans un , Jamal Maarouf, ancien commandant du Front des révolutionnaires syriens, réfugié en Turquie, affirme même qu’ » aujourd’hui, l’ASL est sous la coupe de Nosra (…) Les principaux chefs de l’ASL (…) sont obligés de se faire tout petits ».

► L’ex-Front al Nosra rival de Daech

Le Front Fatah al-Cham, qui a récemment rompu (sur le papier en tout cas) avec la maison mère Al Qaïda, est la force djihadiste, après Daech, la plus importante de Syrie. Eux aussi multiplient les fronts, principalement contre les troupes d’Assad, mais aussi contre celles de l’ASL et contre Daech.

Le groupe a bénéficié longtemps de la mansuétude des chancelleries occidentales. Laurent Fabius, en décembre 2012, alors ministre des Affaires étrangères, avait ainsi estimé que le groupe « faisait du bon boulot sur le terrain » contre Daech. Le Canard enchainé affirmait même en 2015 que « les pilotes américains et alliés ont, voilà plus d’un an, reçu l’ordre de ne jamais balancer le moindre missile sur ces héritiers de Ben Laden. Une interdiction encore valable aujourd’hui« . Mais depuis cet été, un accord de coopération militaire en Syrie entre les Etats-Unis et Vladimir Poutine contre les groupes djihadistes, Etat islamique et Front Fatah al-Cham compris, est sur la table. Un projet qui explique en grande partie le changement de nom du groupe.

Aux côtés des anciens du Front al Nosra, gravitent plusieurs groupes. Parmi eux, le groupe salafiste Ahar al-Cham ou les combattants de Jaich al-Islam.

Le 29 janvier dernier, , lors de très officiels pourparlers organisés par l’ONU sur la Syrie. Pourtant, ces factions ont été impliquées à plusieurs reprises dans des affrontements avec les Kurdes des YPG comme à Alep, pour le contrôle d’un quartier du nord de la ville. Autre groupe, le mouvement Nour al-Din al-Zenki s’est lui , à l’arrière d’un pick-up, un jeune palestinien de 13 ans soupçonné de renseigner les forces loyalistes au régime. Des groupes soutenus par l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie. Soit financièrement, soit militairement.

► Les Kurdes contre Daech et pour l’établissement d’un Kurdistan syrien

Dans le nord de la Syrie, les Forces de protection du peuple (YPG) du Parti de l’union démocratique (PYD), proche du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) turc, dominent le terrain. Depuis octobre 2015, les YPG font partie des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), à dominante kurde, qui rassemble Kurdes, combattants arabes, Yézidis ou milices chrétiennes. Les FDS sont soutenus par Washington et Paris qui leur apportent l’appui de leurs aviations, du matériel (missiles, munitions) et formateurs sur le terrain dans leur guerre contre Daech. Particulièrement aguerris au combat, les Kurdes des YPG et des YPJ (les sections féminines Kurdes) apparaissent dans le radar médiatique des pays occidentaux fin 2014 lorsqu’ils réussissent l’exploit de tenir tête aux tentatives de Daech de prendre la ville de Kobané, dans le nord du pays. Assiégés par les soldats d’Abou Bakr al-Baghdadi, le « calife » autoproclamé de l’Etat islamique, les Kurdes finissent par les déloger de la ville fin janvier 2015.

Les YPG se sont aussi distingués lors de la bataille de Sinjar, dans le nord-ouest de l’Irak, en réussissant à ouvrir un corridor humanitaire aux Yézidis qui s’étaient réfugiés sur le mont Sinjar après la débandade des peshmergas, les forces armées du président du Kurdistan irakien Massoud Barzani, face aux troupes de l’Etat islamique. Naîtront les unités de résistance de Sinjar (YBS), milice yézidie formée et alliée par les YPG. Dans un récent entretien à Marianne, le Général Dominique Trinquand les qualifiait Ils viennent ainsi de, ville du province d’Alep dans le nord-ouest de la Syrie, des griffes de l’EI. Les YPG se sont donnés pour objectif la création d’un Kurdistan Syrien (Rojava) réunissant les trois cantons de Djézireh, Kobané et Afrin actuellement séparés des territoires kurdes par une zone de 65 km toujours aux mains de l’EI. Une réalisation que Recep Erdogan, le président Turc, ne veut voir aboutir pour rien au monde.

, sous couvert de frapper des positions de Daech, n’a pour objectif que de stopper l’avancée des YPG  vers le canton d’Afrin, au nord-ouest de la Syrie. Afin d’éviter tout possibilité de constitution de ce Rojava.


Burkini: Aussi symbolique de l’islam que le col Mao de la culture chinoise (Look what they’ve done to our nuns’s coiffe, Ma !)

22 août, 2016
KabulIranFemale_hijab_in_Islamburkini-not-allowedcol-mao LangJack_Lang_MottakiFencingJe suis et demeure un combattant révolutionnaire. Et la Révolution aujourd’hui est, avant tout, islamique. Illich Ramirez Sanchez (dit Carlos)
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
Au printemps, le keffieh se portera en étendard : en version classique noir et blanc, en bleu indigo ou de toutes les couleurs… Magazine féminin  
Le tourisme halal est une sous-catégorie du tourisme religieux qui s’adresse aux familles musulmanes se conformant aux règles de l’islam. Les hôtels de ces destinations ne servent pas d’alcool et ont des piscines et spas séparés pour les hommes et les femmes. La Malaisie, la Turquie ainsi que beaucoup d’autres pays tentent d’attirer les touristes musulmans du monde entier en leur proposant des services conformes à leurs convictions religieuses. L’industrie du tourisme Halal offre aussi des vols où l’on ne sert ni alcool ni produits à base de porc, où les horaires de prière sont annoncés et où des émissions religieuses font partie des divertissements proposés à bord de l’avion. Wikipedia
En Turquie, les hôtels répondant aux règles islamiques voient leur fréquentation croître de façon exponentielle. Cet engouement va de pair avec l’enrichissement de classes sociales amatrices d’un tourisme de loisir mais aussi culturel. Saphir news
Austria‘s alpine towns of Zell am See and Kaprun have been criticised for producing an eight-page guide for Middle Eastern tourists, featuring « cultural advice » on how to behave. The booklet, in English and Arabic, features tips such as the idea that Austrian shopkeepers do not expect haggling over prices, and that eating on the floor in hotel rooms is a « no-no ». Drivers are informed that wearing seatbelts is compulsory, and they will be given guidance on understanding road signs, to reduce their risks while driving. Visitors are also advised not to wear burkas, and to « adopt the Austrian mentality ». (…) It explains that there are many restaurants where Halal meat is served, and with Arabic-speaking staff, but that Austrians also pride themselves on their food. (…) Alpine destinations are exceedingly popular in the summer with Middle Eastern travellers, who look to escape the extreme heat of their home countries. (…) Leo Bauernberger, executive director of the Salzburger Land Tourism company, told the Austria Press Agency that « Arabs are here in the summer for more than 470,000 nights, making them the second largest visitor group after Germans ». But Peter Padourek, mayor of Zell am See, said that tourists wearing the burka was a cause of friction in the area.(…) But other hotel operators have criticised the leaflets, saying that it unfairly stigmatised Arab visitors – who spend an average of £195 per person per day; more than double the daily amount dispensed with by European tourists. Telegraph
SURFERS Paradise and Broadbeach will convert to Islam and feature more prayer rooms, halal restaurants and extended trading hours, says Mayor Tom Tate. On his return from the Middle East, Cr Tate will meet with traders, restaurant owners, hotels and marketing bodies to look at how both tourism areas can better cater for high-yield Middle Eastern tourists. He also wants to extend trading hours during Ramadan to cater for the later rising and dining tourists as one of the major criticisms was the early closing hours of many Gold Coast restaurants. About 20,000 Gulf tourists visit the region each year, staying on average for about a month with combined spending of between $53 million and $75 million.  Gold coast.com
C’est en fait un bikini deux pièces islamique, ce qui peut sembler idiot. Aheda Zanetti 
Le climat politique actuel n’est pas facile, les musulmans sont scrutés à la loupe et j’espère que les gens comprennent à travers moi ce que veut dire être musulmane. Ibtihaj Muhammad
In 2009, a public swimming pool in Emerainville excluded a burkini-wearing woman, on the grounds that she violated pool rules by wearing street clothes. But burkinis only erupted into a national political issue on Aug. 12 when the mayor of Cannes, a resort town on the French Riviera, banned burkinis (without legally defining what exactly they are) on the Cannes beaches because it represents Islamism. (…) This development astonishes me, someone who has argued that the burqa (and the niqab, a similar article of clothing that leaves a slit for the eyes) needs to be banned from public places on security grounds. Those formless garments not only hide the face, permitting criminals and jihadis to hide themselves but they permit the wearer to hide, say, an assault rifle without anyone knowing. Men as well as women use burqas as accessories to criminal and jihadi purposes. Indeed, I have collected some 150 anecdotes of bank robberies, abductions, murders, and jihadi attacks since 2002; Philadelphia has become the Western capital of burqas and niqabs as criminal accessories, with at least 34 incidents in 9 years. In contrast, the burkini poses no danger to public security. Unlike the burqa or niqab, it leaves the face uncovered; relatively tight-fitting, it leaves no place to hide weapons. Men cannot wear it as a disguise. Further, while there are legitimate arguments about the hygiene of large garments in pools (prompting some hotels in Morocco to ban the garment), this is obviously not an issue on the coastal beaches of France.Accordingly, beach burkinis should be allowed without restriction. Cultural arguments, such as the one made by Valls, are specious and discriminatory. If a woman wishes to dress modestly on the beach, that is her business, and not the state’s. It’s also her prerogative to choose unflattering swimwear that waterlogs when she swims. The Islamist threat to the West is very real, from the Rushdie rules to sex gangs, taharrush, polygyny, honor killings, partial no-go zones, and beheadings. With the influx to Europe of millions of unvetted Muslim migrants, these problems will grow along with the number of Islamists. Nerves are on edge and the political scene is changing rapidly, as symbolized by half the vote for president of Austria recently going to a hardline anti-immigration politician.Issues concerning Islam are arguably Europe’s number-one concern, ahead even of the European Union and the financial crisis; they need to be dealt with by confronting real problems, not by focusing on symbolic irrelevancies such as burkinis, halal shops, and minarets. Burqas and niqabs must be banned (as the German government may soon do), freedom of speech about Islam and Muslims must be reconfirmed, Saudi and Iranian funding for religious purposes must be cut, and a single legal code must apply to all. So, my advice: focus on these real problems and let Muslims wear what they wish to the beach. Daniel Pipes
« What is it about Philadelphia, burqas, and robberies? » (…) The demographics of Philadelphia, whose Muslim population is among the largest in the U.S., make it particularly fertile ground. While only a very small percentage of Philadelphians wear niqabs, they are sufficiently numerous to be seen with regularity. Desensitizing the public to this radical attire opens many doors. (…) Simply put, the increasing prevalence of face-cloaking Islamic garb is rendering traditional masks obsolete. Both provide anonymity, but a niqab grants the wearer access that a mask does not. Whereas spotting a masked individual entering a bank or business strongly indicates a robbery, someone in a niqab doing so may represent just another patch in Philadelphia’s multicultural quilt. Indecision about the wearer’s motives — indeed, most women in niqabs do not have criminal intent — buys crucial time for a heist to unfold on the perpetrator’s terms. The relatively common sight of niqabs, as opposed to masks, also enables a robber to travel to the crime scene in the same face-blocking apparel, further lowering the chances of being identified. Moreover, they take advantage of political correctness, which cautions against scrutinizing people who don such clothes. (…) Islamists promote this cultural paralysis. Case in point: the victimhood narrative pushed in the wake of the latest Philadelphia robberies. One imam declared them « a hate crime against Muslims, » as they allegedly put Muslim women « in danger of being stereotyped, victimized, and ostracized. » City Councilman Curtis Jones Jr. doubled down on the persecution theme: « In many ways I’m reminded of the shooting of Trayvon Martin, stereotyped because of a garment called a hoodie. » Ibrahim Hooper of the Council on American-Islamic Relations (CAIR) chimed in as well. « Islamophobes love to see this sort of thing, because it gives them fuel to express their hatred, » he claimed. « Now they can say, ‘See, this is why Muslim women shouldn’t dress the way they do.' » Therefore, banks must run the gauntlet of « Islamophobia » charges if they pursue a seemingly obvious remedy: forbidding attire that hides customers’ faces from security cameras. Financial institutions nationwide have worked to deter more conventional robberies, reportedly with some success, by implementing dress codes that ban hats, hoods, and sunglasses, but Islamists have fought restrictions on headgear. When disputes arose several years ago over women being asked to remove headscarves or be served in alternate areas, CAIR characteristically demanded more sensitive policies and issued dubious calls for federal probes. Just as predictably, the banks and credit unions tended to cave and exempt hijabs. No doubt robbers note the deference toward Islam enforced by Islamists — a phenomenon exacerbated in cities like Philadelphia with copious Muslims and an aggressive CAIR chapter. (…) How to proceed? The ultimate solution would entail proscribing face-covering apparel everywhere in public, as France and Belgium have done. Yet American banks enjoy plenty of leeway to ban it on their premises right now, assuming that they ignore CAIR’s specious threats and frequently bogus tales of Muslim victimhood. The First Amendment may protect niqabs on the streets, but banks are private entities and thus not bound by it. They also are not listed in Title II of the 1964 U.S. Civil Rights Act among « places of public accommodation » where religiously discriminating against clients is illegal — not that faith-neutral dress codes are « discriminatory » anyway, regardless of Islamists’ pleas. In addition, though numerous states, including Pennsylvania, have civil rights laws that are more expansive than the federal version, the various requirements to accommodate religious practices of customers or employees are not absolute and typically must be balanced against the hardships imposed on others. One can debate whether banks should tolerate hijabs, which often obscure less of the face than hoodies or caps, but it is inconceivable that banks are somehow obligated to welcome niqabs that purposefully hide the face and burden others by undermining safety in a venue where security is paramount. If ski masks are not permitted, niqabs should not be either. Drawing the line with clear policies that prohibit all criminal-friendly garments on bank property would be a significant step in the appropriate direction — and almost certainly a legal one. Situated at the leading edge of this problem in the U.S., Philadelphians have a special responsibility to find effective solutions. Other American cities must stay alert as well, because the ingredients that make Philadelphia a prime target exist elsewhere; Detroit comes to mind. If Philadelphia manages to curtail the trend, its approach can be a template for comparable cities to follow. But if it fails, criminals in the country’s niqab-heavy metropolitan areas may soon thank the trailblazing burqa bandits of Philadelphia for having provided a successful model of their own. David J. Rusin
Aheda Zanetti, une entrepreneuse australienne d’origine libanaise, ne s’attendait certainement pas à ce que tous les regards se braquent un jour sur sa société, Ahiida, créée en 2004 à Sydney lorsqu’elle était à peine âgée de 40 ans. (…) À l’origine, Aheda Zanetti affirme avoir eu l’idée de créer ce concept de mode pour aider les jeunes femmes musulmanes à faire du sport. Arrivée du Liban en Australie lorsqu’elle avait deux ans, la créatrice explique sur son site de vente en ligne: «J’ai remarqué que les jeunes filles et femmes qui suivent les préceptes de l’Islam, en adoptant notamment des tenues vestimentaires modestes, doivent souvent se résigner à ne pas participer aux activités sportives que l’Australie a à offrir.» Il y a 12 ans, estimant que le marché avait du potentiel, elle a donc lancé son entreprise de mode spécialisée dans les maillots de bains et tenues de sports pour les musulmanes. Elle a, dans la foulée en 2006, déposé les marques Ahiida®, Burqini® et Burkini®. Le succès a été immédiat, selon l’entrepreneuse. «Nous avons vendu plus de 700.000 tenues de bain (depuis la création de la marque, NDLR) et nous écoulons également bien nos produits en Europe et en France», explique l’entrepreneuse au Figaro. Les ventes ont, selon elle, augmenté de 40% durant l’été 2016. (…) D’après Aheda Zanetti, 40% environ du marché est porté par des clientes non-musulmanes, pour certaines des femmes qui veulent se protéger du soleil avec ces tenues. Slim fit, grande taille, anti-coup de soleil, la gamme de vêtements proposée par Ahiida est vaste. Les prix oscillent de près de 80 euros (même si en ce moment certains produits sont en promotion à environ 60 euros) jusqu’à près de 130 euros, selon les coupes, par exemple. L’entreprise propose aussi des modèles pour enfants. Malgré les polémiques récurrentes à travers le monde, et sans doute aussi un peu pour en profiter, les grandes marques commencent à s’intéresser à ce marché. Marks & Spencer a lancé une collection de burkinis au printemps dernier, une initiative que la ministre des Droits des femmes Laurence Rossignol avait alors qualifiée d’«irresponsable». De leur côté, les enseignes de mode peuvent-elles réellement passer à côté de la manne de consommation que représente la clientèle musulmane? Selon une étude de Thomson Reuters et de l’institut d’études newyorkais DinarStandard, les dépenses en habillement de la communauté musulmane dans le monde devraient passer de 230 milliards de dollars (204 mds€) en 2014 à 327 milliards (290 mds€) en 2020. Le Figaro
Contraction de « bikini » et « burqa », le burkini est un costume de bain qui enveloppe l’ensemble du corps, des cheveux jusqu’aux chevilles. Son invention est attribuée à l’Australienne Aheda Zanetti, qui a lancé sa gamme de tenues pratiques pour le sport et « religieusement correctes » en 2003. En Australie, où la plage est une véritable « culture », que ce soit pour le surf ou la simple baignade, il y avait « un vide qu’il fallait combler », expliquait-elle à l’Agence France-Presse en 2007. (…) Dans le livre sacré des musulmans, explique Franck Fregosi, spécialiste de l’islam, « il y a des éléments relatifs aux règles de pudeur, mais pas de codification ». Si plusieurs versets du Coran mentionnent le voile, son port n’est pas explicitement exigé, et les avis divergent quant à l’interprétation des textes. (…) Le burkini ne cache pas le visage. Comme le voile, il est donc autorisé en France dans les lieux publics. Seul le voile dissimulant le visage (niqab) est proscrit dans l’espace public depuis 2011. Les municipalités côtières qui ont récemment pris des arrêtés prohibant le burkini sur les plages ont mis en avant le risque de « troubles à l’ordre public » dans le contexte de menaces d’attentats. Le Point
Malgré eux, les islamistes sont des Occidentaux. Même en rejetant l’Occident, ils l’acceptent. Aussi réactionnaires que soient ses intentions, l’islamisme intègre non seulement les idées de l’Occident mais aussi ses institutions. Le rêve islamiste d’effacer le mode de vie occidental de la vie musulmane est, dans ces conditions, incapable de réussir. Le système hybride qui en résulte est plus solide qu’il n’y paraît. Les adversaires de l’islam militant souvent le rejettent en le qualifiant d’effort de repli pour éviter la vie moderne et ils se consolent avec la prédiction selon laquelle il est dès lors condamné à se trouver à la traîne des avancées de la modernisation qui a eu lieu. Mais cette attente est erronée. Car l’islamisme attire précisément les musulmans qui, aux prises avec les défis de la modernité, sont confrontés à des difficultés, et sa puissance et le nombre de ses adeptes ne cessent de croître. Les tendances actuelles donnent à penser que l’islam radical restera une force pendant un certain temps encore. Daniel Pipes
Amid all this intellectual and moral confusion, Ian Buruma and Avishai Margalit have deftly proposed the notion of « Occidentalism. » This is a play on « Orientalism, » the formulation advanced by the late Edward Said, whereby a society or its academics and intellectuals can be judged by their attitude to the « other. » Avishai Margalit is a professor at the Hebrew University of Jerusalem and has been very much identified with the secular and internationalist wing of the Israeli peace camp. Ian Buruma is known to a large audience for his witty and profound studies of Asia, Germany and England. Both authors had in common a friendship with, and a strong admiration for, Isaiah Berlin. … The authors demonstrate that there is a long history of anti-Western paranoia in the intellectual tradition of the « East, » but that much of this is rooted in non-Muslim and non-Oriental thinking. Indeed, insofar as the comparison with fascism can be made, it can be derived from some of the very origins and authors that inspired fascism itself. In many areas of German, Russian and French culture, one finds the same hatred of « decadence, » the same cultish worship of the pitiless hero, the same fascination with the infallible « leader, » the same fear of a mechanical civilization as opposed to the « organic » society based on tradition and allegiance. Christopher Hitchens
We generally understand « radical Islam » as a purely Islamic phenomenon, but Buruma and Margalit show that while the Islamic part of radical Islam certainly is, the radical part owes a primary debt of inheritance to the West. Whatever else they are, al Qaeda and its ilk are revolutionary anti-Western political movements, and Buruma and Margalit show us that the bogeyman of the West who stalks their thinking is the same one who has haunted the thoughts of many other revolutionary groups, going back to the early nineteenth century. In this genealogy of the components of the anti-Western worldview, the same oppositions appear again and again: the heroic revolutionary versus the timid, soft bourgeois; the rootless, deracinated cosmopolitan living in the Western city, cut off from the roots of a spiritually healthy society; the sterile Western mind, all reason and no soul; the machine society, controlled from the center by a cabal of insiders, often jews, pulling the hidden levers of power versus an organically knit-together one, a society of « blood and soil. » The anti-Western virus has found a ready host in the Islamic world for a number of legitimate reasons, they argue, but in no way does that make it an exclusively Islamic matter. The Economist
They are not expressions of an outburst in the West of the [Israeli-Palestinian] conflict in the Middle East. It is truly modern, aimed against American imperialism, capitalism, etc. In other words, they occupy the same space that the proletarian left had thirty years ago, that Action Directe had twenty years ago. . . . It partakes henceforth of the internal history of the West. (…) It can feel like a time-warp, a return to the European left of the 1970s and early 1980s. Europe’s radical-mosque practitioners can appear, mutatis mutandis, like a Muslim version of the hard-core intellectuals and laborers behind the aggrieved but proud Scottish National party in its salad days. (…) In the last three centuries, Europe has given birth and nourishment to most of mankind’s most radical causes. It shouldn’t be that surprising to imagine that Europe could nurture Islamic militancy on its own soil. (…) In Europe as elsewhere, Westernization is the key to the growth and virulence of hard-core Islamic radicalism. The most frightening, certainly the most effective, adherents of bin Ladenism are those who are culturally and intellectually most like us. The process of Westernization liberates a Muslim from the customary sanctions and loyalties that normally corralled the dark side of the human soul. (…) It would be a delightful irony if the more progressive political and religious debates among the Middle East’s Muslims saved their brethren in the intellectually backward lands of the European Union. Reuel Marc Gerecht
Wherever it occurs, Occidentalism is fed by a sense of humiliation, of defeat. It is a war against a particular idea of the West – a bourgeois society addicted to money, creature comforts, sex, animal lusts, self-interest, and security – which is neither new nor unique to Islamist extremism. This idea has historical roots that long precede any form of ‘U.S. imperialism’ . (…) Blood, soil, and the spirit of the Volk were what German romantics in the late 18th and early 19th centuries invoked against the universalist claims of the French Enlightenment, the French Revolution, and Napoleon’s invading armies. This notion of national soul was taken over by the Slavophiles in 19th-century Russia, who used it to attack the « Westernizers, » that is, Russian advocates of liberal reforms. It came up again and again, in the 1930s, when European fascists and National Socialists sought to smash « Americanism, » Anglo-Saxon liberalism, and « rootless cosmopolitanism » (meaning Jews). Aurel Kolnai, the great Hungarian scholar, wrote a book in the 1930s about fascist ideology in Austria and Germany. He called it War Against the West. Communism, too, especially under Stalin, although a bastard child of the Enlightenment and the French Revolution, was the sworn enemy of Western liberalism and « rootless cosmopolitanism. » Many Islamic radicals borrowed their anti-Western concepts from Russia and Germany. The founders of the Ba’ath Party in Syria were keen readers of prewar German race theories. Jalal Al-e Ahmad, an influential Iranian intellectual in the 1960s, coined the phrase « Westoxification » to describe the poisonous influence of Western civilization on other cultures. He, too, was an admirer of German ideas on blood and soil. Clearly, the idea of the West as a malign force is not some Eastern or Middle Eastern idea, but has deep roots in European soil. Defining it in historical terms is not a simple matter. Occidentalism was part of the counter-Enlightenment, to be sure, but also of the reaction against industrialization. Some Marxists have been attracted to it, but so, of course, have their enemies on the far right. Occidentalism is a revolt against rationalism (the cold, mechanical West, the machine civilization) and secularism, but also against individualism. European colonialism provoked Occidentalism, and so does global capitalism today. But one can speak of Occidentalism only when the revolt against the West becomes a form of pure destruction, when the West is depicted as less than human, when rebellion means murder. Wherever it occurs, Occidentalism is fed by a sense of humiliation, of defeat. Isaiah Berlin once described the German revolt against Napoleon as « the original exemplar of the reaction of many a backward, exploited, or at any rate patronized society, which, resentful of the apparent inferiority of its status, reacted by turning to real or imaginary triumphs and glories in its past, or enviable attributes of its own national or cultural character. » The same thing might be said about Japan in the 1930s, after almost a century of feeling snubbed and patronized by the West, whose achievements it so fervently tried to emulate. It has been true of the Russians, who have often slipped into the role of inferior upstarts, stuck in the outer reaches of Asia and Europe. But nothing matches the sense of failure and humiliation that afflicts the Arab world, a once glorious civilization left behind in every respect by the post-Enlightenment West. Humiliation can easily turn into a cult of the pure and the authentic. Among the most resented attributes of the hated Occident are its claims to universalism. Christianity is a universalist faith, but so is the Enlightenment belief in reason. Napoleon was a universalist who believed in a common civil code for all his conquered subjects. The conviction that the United States represents universal values and has the God-given duty to spread democracy in the benighted world belongs to the same universalist tradition. Some of these values may indeed be universal. One would like to think that all people could benefit from democracy or the use of reason. The Code Napoleon brought many benefits. But when universal solutions are imposed by force, or when people feel threatened or humiliated or unable to compete with the powers that promote such solutions, that is when we see the dangerous retreat into dreams of purity. Not all dreams of local authenticity and cultural uniqueness are noxious, or even wrong. As Isaiah Berlin also pointed out, the crooked timber of humanity cannot be forcibly straightened along universal standards with impunity. The experiments on the human soul by Communism showed how bloody universalist dreams can be. And the poetic romanticism of 19th-century German idealists was often a welcome antidote to the dogmatic rationalism that came with the Enlightenment. It is when purity or authenticity, of faith or race, leads to purges of the supposedly inauthentic, of the allegedly impure, that mass murder begins. The fact that anti-Americanism, anti-Zionism, anti-Semitism, and a general hostility to the West often overlap is surely no coincidence. Even in Japan, where Jews play no part in national life, one of the participants at the 1942 Kyoto conference suggested that the war against the West was a war against the « poisonous materialist civilization » built on Jewish financial capitalist power. At the same time, European anti-Semites, not only in Nazi Germany, were blaming the Jews for Bolshevism. Both Bolshevism and capitalism are universalist systems in the sense that they do not recognize national, racial, or cultural borders. Since Jews are traditionally regarded by the defenders of purity as the congenital outsiders, the archetypal « rootless cosmopolitans, » it is no wonder that they are also seen as the main carriers of the universalist virus. To be sure, Jews had sound reasons to be attracted to such notions as equality before the law, secular politics, and internationalism, whether of a socialist or capitalist stamp. Exclusivity, whether racial, religious, or nationalist, is never good for minorities. Only in the Middle East have Jews brought their own form of exclusivity and nationalism. But Zionism came from the West. And so Israel, in the eyes of its enemies, is the colonial outpost of « Westoxification. » Its material success only added to the Arab sense of historic humiliation. The idea, however, that Jews are a people without a soul, mimics with no creative powers, is much older than the founding of the State of Israel. It was one of the most common anti-Semitic slurs employed by Richard Wagner. He was neither the first to do so, nor very original in this respect. Karl Marx, himself the grandson of a rabbi, called the Jews greedy parasites, whose souls were made of money. The same kind of thing was often said by 19th-century Europeans about the British. The great Prussian novelist Theodor Fontane, who rather admired England, nonetheless opined that « the cult of the Gold Calf is the disease of the English people. » He was convinced that English society would be destroyed by « this yellow fever of gold, this sellout of all souls to the devil of Mammon. » And much the same is said today about the Americans. Calculation — the accounting of money, interests, scientific evidence, and so on — is regarded as soulless. Authenticity lies in poetry, intuition, and blind faith. The Occidentalist view of the West is of a bourgeois society, addicted to creature comforts, animal lusts, self-interest, and security. It is by definition a society of cowards, who prize life above death. As a Taliban fighter once put it during the war in Afghanistan, the Americans would never win, because they love Pepsi-Cola, whereas the holy warriors love death. This was also the language of Spanish fascists during the civil war, and of Nazi ideologues, and Japanese kamikaze pilots. The hero is one who acts without calculating his interests. He jumps into action without regard for his own safety, ever ready to sacrifice himself for the cause. And the Occidentalist hero, whether he is a Nazi or an Islamist, is just as ready to destroy those who sully the purity of his race or creed. It is indeed his duty to do so. When the West is seen as the threat to authenticity, then it is the duty of all holy warriors to destroy anything to do with the « Zionist Crusaders, » whether it is a U.S. battleship, a British embassy, a Jewish cemetery, a chunk of lower Manhattan, or a disco in Bali. The symbolic value of these attacks is at least as important as the damage inflicted. What, then, is new about the Islamist holy war against the West? Perhaps it is the totality of its vision. Islamism, as an antidote to Westoxification, is an odd mixture of the universal and the pure: universal because all people can, and in the eyes of the believers should, become orthodox Muslims; pure because those who refuse the call are not simply lost souls but savages who must be removed from this earth. Hitler tried to exterminate the Jews, among others, but did not view the entire West with hostility. In fact, he wanted to forge an alliance with the British and other « Aryan » nations, and felt betrayed when they did not see things his way. Stalinists and Maoists murdered class enemies and were opposed to capitalism. But they never saw the Western world as less than human and thus to be physically eradicated. Japanese militarists went to war against Western empires but did not regard everything about Western civilization as barbarous. The Islamist contribution to the long history of Occidentalism is a religious vision of purity in which the idolatrous West simply has to be destroyed. The worship of false gods is the worst religious sin in Islam as well as in ancient Judaism. The West, as conceived by Islamists, worships the false gods of money, sex, and other animal lusts. In this barbarous world the thoughts and laws and desires of Man have replaced the kingdom of God. The word for this state of affairs is jahiliyya, which can mean idolatry, religious ignorance, or barbarism. Applied to the pre-Islamic Arabs, it means ignorance: People worshiped other gods because they did not know better. But the new jahiliyya, in the sense of barbarism, is everywhere, from Las Vegas and Wall Street to the palaces of Riyadh. To an Islamist, anything that is not pure, that does not belong to the kingdom of God, is by definition barbarous and must be destroyed. Just as the main enemies of Russian Slavophiles were Russian Westernizers, the most immediate targets of Islamists are the liberals, reformists, and secular rulers in their own societies. They are the savage stains that have to be cleansed with blood. But the source of the barbarism that has seduced Saudi princes and Algerian intellectuals as much as the whores and pimps of New York (and in a sense all infidels are whores and pimps) is the West. And that is why holy war has been declared against the West. Ian Buruma
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux …Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
Tell that to the creator of the burkini, the Australian designer Aheda Zanetti, who coined the name for a line of swimwear she introduced to offer women who did not want to expose their bodies — for whatever reason — the freedom to enjoy water sports and the beach. The British chef and television star Nigella Lawson wore a burkini on an Australian beach in 2011, presumably of her own free will. Meanwhile, the world has watched Muslims proudly compete at the Olympics in Rio in body-covering sportswear
Le multiculturalisme c’est justement accepter que l’autre soit culturellement différent, et l’on ne peut imposer une culture exclusive sans aliéner ceux qui s’en sentent exclus. Annika
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux …Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
Germany is facing its hijab problem, with a number of Islamist organizations suing federal and state authorities for “religious discrimination” because of bans imposed on the controversial headgear. In the United States, several Muslim women are suing airport-security firms for having violated their First Amendment rights by asking them to take off their hijab during routine searches of passengers. All these and other cases are based on the claim that the controversial headgear is an essential part of the Muslim faith and that attempts at banning it constitute an attack on Islam. That claim is totally false. The headgear in question has nothing to do with Islam as a religion. It is not sanctioned anywhere in the Koran, the fundamental text of Islam, or the hadith (traditions) attributed to the Prophet. This headgear was invented in the early 1970s by Mussa Sadr, an Iranian mullah who had won the leadership of the Lebanese Shi’ite community. In an interview in 1975 in Beirut, Sadr told this writer that the hijab he had invented was inspired by the headgear of Lebanese Catholic nuns, itself inspired by that of Christian women in classical Western paintings. (A casual visit to the Metropolitan Museum in New York, or the Louvres in Paris, would reveal the original of the neo-Islamist hijab in numerous paintings depicting Virgin Mary and other female figures from the Old and New Testament.) Sadr’s idea was that, by wearing the headgear, Shi’ite women would be clearly marked out, and thus spared sexual harassment, and rape, by Yasser Arafat’s Palestinian gunmen who at the time controlled southern Lebanon. Sadr’s neo-hijab made its first appearance in Iran in 1977 as a symbol of Islamist-Marxist opposition to the Shah’s regime. When the mullahs seized power in Tehran in 1979, the number of women wearing the hijab exploded into tens of thousands. In 1981, Abol-Hassan Bani-Sadr, the first president of the Islamic Republic, announced that “scientific research had shown that women’s hair emitted rays that drove men insane.” To protect the public, the new Islamist regime passed a law in 1982 making the hijab mandatory for females aged above six, regardless of religious faith. Violating the hijab code was made punishable by 100 lashes of the cane and six months imprisonment. By the mid 1980s, a form of hijab never seen in Islam before the 1970s had become standard gear for millions of women all over the world, including Europe and America. Some younger Muslim women, especially Western converts, were duped into believing that the neo-hijab was an essential part of the faith. (Katherine Bullock, a Canadian, so loved the idea of covering her hair that she converted to Islam while studying the hijab.) The garb is designed to promote gender apartheid. It covers the woman’s ears so that she does not hear things properly. Styled like a hood, it prevents the woman from having full vision of her surroundings. It also underlines the concept of woman as object, all wrapped up and marked out. Muslim women, like women in all societies, had covered their head with a variety of gears over the centuries. These had such names as lachak, chador, rusari, rubandeh, chaqchur, maqne’a and picheh, among others. All had tribal, ethnic and generally folkloric origins and were never associated with religion. (In Senegal, Muslim women wear a colorful Headgear against the sun, while working in the fields, but go topless.) Muslim women could easily check the fraudulent nature of the neo-Islamist hijab by leafing through their family albums. They will not find the picture of a single female ancestor of theirs who wore the cursed headgear now marketed as an absolute “must” of Islam. This fake Islamic hijab is nothing but a political prop, a weapon of visual terrorism. It is the symbol of a totalitarian ideology inspired more by Nazism and Communism than by Islam. It is as symbolic of Islam as the Mao uniform was of Chinese civilization. It is used as a means of exerting pressure on Muslim women who do not wear it because they do not share the sick ideology behind it. It is a sign of support for extremists who wish to impose their creed, first on Muslims, and then on the world through psychological pressure, violence, terror, and, ultimately, war. The tragedy is that many of those who wear it are not aware of its implications. They do so because they have been brainwashed into believing that a woman cannot be a “good Muslim” without covering her head with the Sadr-designed hijab. Even today, less than 1 percent of Muslim women wear the hijab that has bewitched some Western liberals as a symbol of multicultural diversity. The hijab debate in Europe and the United States comes at a time when the controversial headgear is seriously questioned in Iran, the only country to impose it by law. (…) The delicious irony of militant Islamists asking “Zionist-Crusader” courts in France, Germany and the United States to decide what is “Islamic” and what is not will not be missed. The judges and the juries who will be asked to decide the cases should know that they are dealing not with Islam, which is a religious faith, but with Islamism, which is a political doctrine. Amir Taheri

Attention: une coiffe peut en cacher une autre !

A l’heure où la température du débat sur le burkini va bientôt dépasser celle du soleil sur nos plages …

Et que de l’autre côté de l’Atlantique, l’on présente comme une grande avancée de l’émancipation féminine une musulmane qui pousse la pudeur jusqu’à porter le masque sous son masque d’escrimeuse …

Pendant que pour  fustiger une France qui a dix fois plus de musulmans, le NYT lui-même monte au créneau …

Pendant que de l’autre côté de la Méditerranée l’on interdit tranquillement dans les piscines des grands hôtels …

Ou qu’entre la Turquie et la Malaisie ou l’Autriche ou l’Australie se développe le « tourisme halal »

Peut-être faudrait-il aussi rappeler avec le politologue irano-américain Amir Taheri …

Qu’au-delà des radicaux qui récupèrent ou tirent plus ou moins les ficelles derrière …

Ou, contrairement au burkini légalement non-sanctionnable, des petits malins qui s’en servent pour commettre des délits

Et bien après les pratiques ancestrales qu’elles sont censées reprendre et sans compter les fantasmes de nos orientalistes …

Le hijab comme la version plage de la burkha (c’est l’étymologie proprement oxymorique – voire « idiote » du propre aveu de sa créatrice libano-australienne – du terme burkini) sont, comme l’islamisme, toutes des inventions récentes inspirées et imitées d’inventions occidentales (la tunique, le voile et la guimpe de nos religieuses, notamment au Liban pour le premier, les tenues de plongée moderne pour le second) …

Par des musulmans immigrés en Occident ou occidentalisés redécouvrant et faisant redécouvrir à leurs contemporains, en réaction avec l’Occident qui les fascine et donc comme nouveau marqueur identitaire à la manière de nos « born again » et avec le zèle du nouveau converti (voire, pour les plus intellos, comme l’équivalent féminin de la vareuse, de la casquette ou du col du Grand Timonier aux 30 millions de morts qu’appréciaient tant nos jeunes gens engagés des années 60 ou du keffieh des terroristes palestiniens si tendance d’aujourd’hui) …

Une pratique de l’islam largement et souvent volontairement oubliée comme rétrograde par la génération de leurs parents à leur âge, Iran comme Algérie ou Afghanistan compris …

Et donc que l’on est et que l’on reste effectivement en plein multiculturalisme, invention aussi occidentale que récente !

This is Not Islam

FRANCE’S Prime Minister Jean-Pierre Raffarin has just appointed a committee to draft a law to ban the Islamist hijab (headgear) in state-owned establishments, including schools and hospitals. The decision has drawn fire from the French “church” of Islam, an organization created by Raffarin’s government last spring.

Germany is facing its hijab problem, with a number of Islamist organizations suing federal and state authorities for “religious discrimination” because of bans imposed on the controversial headgear.

In the United States, several Muslim women are suing airport-security firms for having violated their First Amendment rights by asking them to take off their hijab during routine searches of passengers.

All these and other cases are based on the claim that the controversial headgear is an essential part of the Muslim faith and that attempts at banning it constitute an attack on Islam.

That claim is totally false. The headgear in question has nothing to do with Islam as a religion. It is not sanctioned anywhere in the Koran, the fundamental text of Islam, or the hadith (traditions) attributed to the Prophet.

This headgear was invented in the early 1970s by Mussa Sadr, an Iranian mullah who had won the leadership of the Lebanese Shi’ite community.

In an interview in 1975 in Beirut, Sadr told this writer that the hijab he had invented was inspired by the headgear of Lebanese Catholic nuns, itself inspired by that of Christian women in classical Western paintings. (A casual visit to the Metropolitan Museum in New York, or the Louvres in Paris, would reveal the original of the neo-Islamist hijab in numerous paintings depicting Virgin Mary and other female figures from the Old and New Testament.)

Sadr’s idea was that, by wearing the headgear, Shi’ite women would be clearly marked out, and thus spared sexual harassment, and rape, by Yasser Arafat’s Palestinian gunmen who at the time controlled southern Lebanon.

Sadr’s neo-hijab made its first appearance in Iran in 1977 as a symbol of Islamist-Marxist opposition to the Shah’s regime. When the mullahs seized power in Tehran in 1979, the number of women wearing the hijab exploded into tens of thousands.

In 1981, Abol-Hassan Bani-Sadr, the first president of the Islamic Republic, announced that “scientific research had shown that women’s hair emitted rays that drove men insane.” To protect the public, the new Islamist regime passed a law in 1982 making the hijab mandatory for females aged above six, regardless of religious faith. Violating the hijab code was made punishable by 100 lashes of the cane and six months imprisonment.

By the mid 1980s, a form of hijab never seen in Islam before the 1970s had become standard gear for millions of women all over the world, including Europe and America.

Some younger Muslim women, especially Western converts, were duped into believing that the neo-hijab was an essential part of the faith. (Katherine Bullock, a Canadian, so loved the idea of covering her hair that she converted to Islam while studying the hijab.)

The garb is designed to promote gender apartheid. It covers the woman’s ears so that she does not hear things properly. Styled like a hood, it prevents the woman from having full vision of her surroundings. It also underlines the concept of woman as object, all wrapped up and marked out.

Muslim women, like women in all societies, had covered their head with a variety of gears over the centuries.
These had such names as lachak, chador, rusari, rubandeh, chaqchur, maqne’a and picheh, among others.

All had tribal, ethnic and generally folkloric origins and were never associated with religion. (In Senegal, Muslim women wear a colorful Headgear against the sun, while working in the fields, but go Topless.)

Muslim women could easily check the fraudulent nature of the neo-Islamist hijab by leafing through their family albums. They will not find the picture of a single female ancestor of theirs who wore the cursed headgear now marketed as an absolute “must” of Islam.

This fake Islamic hijab is nothing but a political prop, a weapon of visual terrorism. It is the symbol of a totalitarian ideology inspired more by Nazism and Communism than by Islam. It is as symbolic of Islam as the Mao uniform was of Chinese civilization.

It is used as a means of exerting pressure on Muslim women who do not wear it because they do not share the sick ideology behind it.
It is a sign of support for extremists who wish to impose their creed, first on Muslims, and then on the world through psychological pressure, violence, terror, and, ultimately, war.

The tragedy is that many of those who wear it are not aware of its implications. They do so because they have been brainwashed into believing that a woman cannot be a “good Muslim” without covering her head with the Sadr-designed hijab.

Even today, less than 1 percent of Muslim women wear the hijab that has bewitched some Western liberals as a symbol of multicultural diversity. The hijab debate in Europe and the United States comes at a time when the controversial headgear is seriously questioned in Iran, the only country to impose it by law.

Last year, the Islamist regime authorized a number of girl colleges in Tehran to allow students to discard the hijab while inside school buildings. The experiment was launched after a government study identified the hijab as the cause of “widespread depression and falling academic standards” and even suicide among teenage girls.

The Ministry of Education in Tehran has just announced that the experiment will be extended to other girls schools next month when the new academic year begins. Schools where the hijab was discarded have shown “real improvements” in academic standards reflected in a 30 percent rise in the number of students obtaining the highest grades.

Meanwhile, several woman members of the Iranian Islamic Majlis (parliament) are preparing a draft to raise the legal age for wearing the hijab from six to 12, thus sparing millions of children the trauma of having their heads covered.

Another sign that the Islamic Republic may be softening its position on hijab is a recent decision to allow the employees of state-owned companies outside Iran to discard the hijab. (The new rule has enabled hundreds of women, working for Iran-owned companies in Paris, London, and other European capitals, for example, to go to work without the cursed hijab.)

The delicious irony of militant Islamists asking “Zionist-Crusader” courts in France, Germany and the United States to decide what is “Islamic” and what is not will not be missed. The judges and the juries who will be asked to decide the cases should know that they are dealing not with Islam, which is a religious faith, but with Islamism, which is a political doctrine.

The hijab-wearing militants have a right to promote their political ideology. But they have no right to speak in the name of Islam.

Voir aussi:

France’s Burkini Bigotry

By THE EDITORIAL BOARD
The NYT

After bans on full-face veils, head scarves in schools and rules about students’ skirt lengths, France’s perennial problem with Muslim women’s attire has taken its most farcical turn yet with a new controversy over the “burkini,” body-covering swimwear whose name is an amalgam of burqa and bikini. As of Thursday, five French mayors had banned the burkini, calling it, variously, a threat to public order, hygiene, water safety and morality, tantamount to a new weapon of war against the French republic. Thierry Migoule, an official with the city of Cannes, the first to ban the burkini, declared the swimwear “clothing that conveys an allegiance to the terrorist movements that are waging war against us.”

This hysteria threatens to further stigmatize and marginalize France’s Muslims at a time when the country is listing to the Islamophobic right in the wake of a series of horrific terrorist attacks. And with presidential elections scheduled for next spring and the right-wing National Front’s popularity on the rise, French officials and politicians have leapt to support the mayors.

Prime Minister Manuel Valls on Wednesday called the burkini a symptom of “the enslavement of women” that “is not compatible with the values of France” and said “the nation must defend itself.” France’s women’s rights minister, Laurence Rossignol, declared the burkini “the beach version of the burqa” and said “it has the same logic: Hide women’s bodies in order to better control them.”

Tell that to the creator of the burkini, the Australian designer Aheda Zanetti, who coined the name for a line of swimwear she introduced to offer women who did not want to expose their bodies — for whatever reason — the freedom to enjoy water sports and the beach. The British chef and television star Nigella Lawson wore a burkini on an Australian beach in 2011, presumably of her own free will. Meanwhile, the world has watched Muslims proudly compete at the Olympics in Rio in body-covering sportswear.

The fact that French parents are increasingly dressing their toddlers in remarkably similar suits to protect them from the sun, or that a wet suit also covers the head and body, adds to the hypocrisy of this debate. But at the heart of the dispute is something far darker: French politicians’ paternalistic pronouncements on the republic’s duty to save Muslim women from enslavement — by dictating to them what they can and can’t wear. The burkini rumpus is also a convenient distraction from the problems France’s leaders have not been able to solve: high unemployment, lackluster economic growth and a still very real terrorist threat.

Voir également:

Burkini®, une marque déposée en 2006 en Australie

La société Ahiida a été créé en Australie en 2004 par Aheda Zanetti. Elle est aujourd’hui implantée au Moyen Orient, au Canada, à Singapour, en Afrique du Sud et en Europe. D’autres marques se sont lancées sur ce créneau.

Aheda Zanetti, une entrepreneuse australienne d’origine libanaise, ne s’attendait certainement pas à ce que tous les regards se braquent un jour sur sa société, Ahiida, créée en 2004 à Sydney lorsqu’elle était à peine âgée de 40 ans. En pleine polémique sur le burkini en France -qui s’étend en Espagne-, des voix s’élèvent pour demander une loi afin d’interdire ce type de tenue de plage couvrant le corps et la tête des femmes. À l’origine, Aheda Zanetti affirme avoir eu l’idée de créer ce concept de mode pour aider les jeunes femmes musulmanes à faire du sport. Arrivée du Liban en Australie lorsqu’elle avait deux ans, la créatrice explique sur son site de vente en ligne: «J’ai remarqué que les jeunes filles et femmes qui suivent les préceptes de l’Islam, en adoptant notamment des tenues vestimentaires modestes, doivent souvent se résigner à ne pas participer aux activités sportives que l’Australie a à offrir.»

Il y a 12 ans, estimant que le marché avait du potentiel, elle a donc lancé son entreprise de mode spécialisée dans les maillots de bains et tenues de sports pour les musulmanes. Elle a, dans la foulée en 2006, déposé les marques Ahiida®, Burqini® et Burkini®. Le succès a été immédiat, selon l’entrepreneuse. «Nous avons vendu plus de 700.000 tenues de bain (depuis la création de la marque, NDLR) et nous écoulons également bien nos produits en Europe et en France», explique l’entrepreneuse au Figaro. Les ventes ont, selon elle, augmenté de 40% durant l’été 2016.

À l’international, Ahiida a désormais un pied sur chaque continent. L’entreprise est, d’après son site, implantée au Moyen Orient, au Canada, à Singapour, en Afrique du Sud et en Europe. «Nous sommes ravis du volume de commandes internationales, passées par des femmes en quête de tenues de bain et de sports pudiques», commente Aheda Zanetti. «Nos marchés les plus importants sont les États-Unis, le Canada et l’Europe.» Selon elle, les ventes de l’entreprise ne souffrent pas des interdictions prononcées dans certains pays, comme cela a été le cas au Maroc. «Nous pensons que les femmes européennes, notamment, ont adhéré à nos lignes Burkini Swimwear et Hijood Sportwear et à ce qu’elles représentent.» D’après Aheda Zanetti, 40% environ du marché est porté par des clientes non-musulmanes, pour certaines des femmes qui veulent se protéger du soleil avec ces tenues.

Boom de la consommation musulmane

Slim fit, grande taille, anti-coup de soleil, la gamme de vêtements proposée par Ahiida est vaste. Les prix oscillent de près de 80 euros (même si en ce moment certains produits sont en promotion à environ 60 euros) jusqu’à près de 130 euros, selon les coupes, par exemple. L’entreprise propose aussi des modèles pour enfants.

Malgré les polémiques récurrentes à travers le monde, et sans doute aussi un peu pour en profiter, les grandes marques commencent à s’intéresser à ce marché. Marks & Spencer a lancé une collection de burkinis au printemps dernier, une initiative que la ministre des Droits des femmes Laurence Rossignol avait alors qualifiée d’«irresponsable». De leur côté, les enseignes de mode peuvent-elles réellement passer à côté de la manne de consommation que représente la clientèle musulmane? Selon une étude de Thomson Reuters et de l’institut d’études newyorkais DinarStandard, les dépenses en habillement de la communauté musulmane dans le monde devraient passer de 230 milliards de dollars (204 mds€) en 2014 à 327 milliards (290 mds€) en 2020.

Voir encore:

Histoire du burkini, des origines aux polémiques

Après la polémique, retour sur l’histoire du burkini : son invention, son apparition en France, et le marché qu’il représente aujourd’hui.

Source AFP

 Le Point
17/08/2016|