Baisse de la natalité: Pourquoi il faut voter Fillon (After France, America faces unexpected baby bust)

1 avril, 2017
 
millennials living at home4Fertility Rate

For over a century, social scientists have predicted declines in religious beliefs and their replacement with more scientific/naturalistic outlooks, a prediction known as the secularization hypothesis. However, skepticism surrounding this hypothesis has been expressed by some researchers in recent decades. After reviewing the pertinent evidence and arguments, we examined some aspects of the secularization hypothesis from what is termed a biologically informed perspective. Based on large samples of college students in Malaysia and the USA, religiosity, religious affiliation, and parental fertility were measured using self-reports. Three religiosity indicators were factor analyzed, resulting in an index for religiosity. Results reveal that average parental fertility varied considerably according to religious groups, with Muslims being the most religious and the most fertile and Jews and Buddhists being the least. Within most religious groupings, religiosity was positively associated with parental fertility. While cross-sectional in nature, when our results are combined with evidence that both religiosity and fertility are substantially heritable traits, findings are consistent with view that earlier trends toward secularization (due to science education surrounding advancements in science) are currently being counter-balanced by genetic and reproductive forces. We also propose that the inverse association between intelligence and religiosity, and the inverse correlation between intelligence and fertility lead to predictions of a decline in secularism in the foreseeable future. A contra-secularization hypothesis is proposed and defended in the discussion. It states that secularism is likely to undergo a decline throughout the remainder of the twenty-first century, including Europe and other industrial societies.’ Lee Ellis, Anthony W. Hoskin, Edward Dutton and Helmuth Nyborg
Secularization is not likely to replace the popularity of religions. ‘Instead, over the long term, we predict that the most religious ‘shall inherit the earth,’ so to speak’. ‘This is especially so for the most fertile religious groups – Islam’. Lee Ellis, Anthony W. Hoskin, Edward Dutton and Helmuth Nyborg
En 100 ans à peine, les pays musulmans ont reproduit la multiplication par dix que l’Europe a réalisée entre 1500 et 1900. Au cours du dernier siècle, la population musulmane a grimpé en flèche de 140 millions à 1.4 milliard. Si l’Europe était parvenue à la multiplication par quatre observée aux États-unis (de 75 millions à 300 millions entre 1900 et 2006), les 1.6 milliards d’habitants de son continent auraient fait paraître bien chétives la Chine de 1.3 milliards et l’Inde de 1.1 milliards. Cependant, la part de l’Europe dans la population mondiale des hommes en âge de combattre, qui était de 27% en 1914, est aujourd’hui, avec 9%, inférieure aux 11% de 1500. Ainsi, les nouveaux habits du « pacifisme européen » et du « soft power » sont les cache-sexe de son impuissance. Gunnar Heinsohn
Depuis plusieurs années, l’Unaf met en avant les atteintes à la politique familiale. Et ce, dans une réflexion transpartisane. « La baisse du quotient familial et la réduction du congé parental depuis le 1er janvier 2015 » sont les principales mesures dénoncées. « Les familles s’interrogent. La confiance est perdue », poursuit Marie-Andrée Blanc en brandissant un chiffre clé : d’après une enquête de 2013, le désir d’enfant des Français est de 2,37 enfants par famille. Il est donc bien plus important que le nombre effectif d’enfants. Cet écart peut s’expliquer par la situation économique des ménages en temps de crise. Avoir plusieurs enfants demande généralement une stabilité concernant le logement, l’emploi, les revenus. Le pouvoir d’achat des familles n’étant pas extensible, le choix d’une deuxième naissance serait de moins en moins évident. « C’est inquiétant car un pays avec des enfants est un pays qui consomme et finance ses retraites. » L’argument économique est également validé par le démographe. Même s’il le nuance légèrement. « On sait qu’en période de croissance du chômage, il y a moins de naissances, note Laurent Toulemon. Mais je ne crois pas que l’affaiblissement de la politique familiale puisse avoir un impact. On n’a pas encore de données précises. » Le chercheur pense notamment à la récente restriction d’allocations pour les familles aisées (+ de 6.000 euros de revenus). Il valide en revanche une autre piste liée à la baisse du nombre de mariages depuis 1970. «Les couples mariés ont plus d’enfants que les autres. Et quand les couples mariés font peu d’enfants, la fécondité baisse.» Enfin à moyen terme, le déficit de naissances peut s’expliquer par la baisse du nombre de couples en âge d’avoir des enfants. La deuxième vague du baby-boom ayant déjà eu des enfants, il faudra peut-être attendre que la troisième génération se fasse appeler papa et maman. 20 minutes
I fail to see why any economist should be surprised by this. A record number of millennials are living at home. Unless the millennials… Shed student debt Move out on their own Get a job that supports raising a family No longer have to take care of their aging parents Have a significant change in attitudes about homes, families, debt, and mobility …. economists will still be wondering “what happened” years from now. Zero edge
Attention: une chute peut en cacher une autre !
Crise économique, explosion des déficits publics et de la dette privée, multiplication des Tanguy, banalisation du divorce, de l’avortement et du mariage homosexuel, dévalorisation des mâles et de la religion …
Et après, les mêmes causes produisant les mêmes effets, celle de la France il y a un an …
Chute record et inattendue de la natalité aux Etats-Unis six mois après !

Baisse de la natalité: Pourquoi les Français font moins d’enfants

POPULATION La France a enregistré 19.000 naissances de moins en 2015 qu’en 2014…

20 minutes

21.01.2016

Moins de biberons ou de tétées en pleine nuit, moins de couches, mais aussi moins de premiers sourires et de dents qui poussent. C’est d’une certaine manière le bilan comptable des familles françaises l’année dernière puisque celles-ci ont fait 19.000 enfants de moins qu’en 2014. Les derniers chiffres publiés par l’Insee révèlent une baisse de la natalité de 2,3 %, ce qui porte le nombre de naissances à son plus bas niveau depuis 10 ans.

La chute est conséquente, mais n’a rien d’alarmant selon Laurent Toulemon, démographe spécialiste de la fécondité. « On revient autour de 800.000 naissances par an. Ce sont des niveaux moyens sur 40 ans. En fait, il y a eu une fécondité très élevée entre 2006 et 2014. Ça relativise un peu la baisse. » Par ailleurs, avec un taux de 1,96 enfants par femme, la France fait toujours figure de bonne élève face à ses voisins européens qui tournent autour d’1,5.

Baisse du quotient familial et réduction du congé parental

Pas de quoi s’affoler, donc, mais il ne faudrait pas que la chute se poursuive dans les années à venir. « On doit garder ce taux de fécondité, c’est indicateur du bien-être des familles » prévient Marie-Andrée Blanc, la présidente de l’Union nationale des Associations Familiales (Unaf), associations apolitique et aconfessionnel représentant les 18 millions de familles sur le territoire français.

Pour elle, ce tassement de la natalité n’est pas surprenant. Depuis plusieurs années, l’Unaf met en avant les atteintes à la politique familiale. Et ce, dans une réflexion transpartisane. « La baisse du quotient familial et la réduction du congé parental depuis le 1er janvier 2015 » sont les principales mesures dénoncées. « Les familles s’interrogent. La confiance est perdue », poursuit Marie-Andrée Blanc en brandissant un chiffre clé : d’après une enquête de 2013, le désir d’enfant des Français est de 2,37 enfants par famille. Il est donc bien plus important que le nombre effectif d’enfants.

Le chômage responsable ?

Cet écart peut s’expliquer par la situation économique des ménages en temps de crise. Avoir plusieurs enfants demande généralement une stabilité concernant le logement, l’emploi, les revenus. Le pouvoir d’achat des familles n’étant pas extensible, le choix d’une deuxième naissance serait de moins en moins évident. « C’est inquiétant car un pays avec des enfants est un pays qui consomme et finance ses retraites. »

L’argument économique est également validé par le démographe. Même s’il le nuance légèrement. « On sait qu’en période de croissance du chômage, il y a moins de naissances, note Laurent Toulemon. Mais je ne crois pas que l’affaiblissement de la politique familiale puisse avoir un impact. On n’a pas encore de données précises. » Le chercheur pense notamment à la récente restriction d’allocations pour les familles aisées (+ de 6.000 euros de revenus).

En attente de la 3e vague du baby-boom

Il valide en revanche une autre piste liée à la baisse du nombre de mariages depuis 1970. «Les couples mariés ont plus d’enfants que les autres. Et quand les couples mariés font peu d’enfants, la fécondité baisse.» Enfin à moyen terme, le déficit de naissances peut s’expliquer par la baisse du nombre de couples en âge d’avoir des enfants. La deuxième vague du baby-boom ayant déjà eu des enfants, il faudra peut-être attendre que la troisième génération se fasse appeler papa et maman.

Natalité/fécondité: La natalité est l’étude du nombre de naissances au sein d’une population. Il ne faut pas la confondre avec la fécondité qui est l’étude du nombre des naissances par femme en âge de procréer.

Voir aussi:

Baby Bust: US Fertility Rate Unexpectedly Drops To Lowest On Record

Submitted by Michael Shedlock via MishTalk.com,

Economists figured the recovery would bring about increased confidence and a rise in the birth rate.

Instead, the rate dropped into a tie with the lowest birth rate on record.

This is yet another surprise for economists to ponder.

Please consider the Wall Street Journal report Behind the Ongoing U.S. Baby Bust.

The newest official tally  from the National Center for Health Statistics showed an unexpected drop in the number of babies born in the U.S. in 2015. The report was a surprise: Demographers had generally expected the number of births to rise in 2015, as it had in 2014. Instead, the U.S. appears to still be stuck in something of an ongoing “baby bust” that started with the recession and housing collapse and has yet to reverse.

The Wall Street Journal concludes “There’s still good reason to believe the birth rate will pick up in coming years. After slumping for nearly a decade into the 1970s, births picked up in the 1980s and 1990s (giving us the generation known as millennials.) The most common age in America is 24 or 25, meaning there’s a very large cohort of these millennials who are about to hit the years that people are most likely to become parents.”

No Mystery

I fail to see why any economist should be surprised by this. A record number of millennials are living at home.

This is simply too obvious. So I have two questions:

  1. Do economists read anything or do they just believe in their models?
  2. If they do read, how come they cannot grasp simple, easy to understand ideas?

Economists who could not figure any of this out now place their faith in the fact “a very large cohort of these millennials who are about to hit the years that people are most likely to become parents.

Mish’s Alternate View

Unless the millennials…

  1. Shed student debt
  2. Move out on their own
  3. Get a job that supports raising a family
  4. No longer have to take care of their aging parents
  5. Have a significant change in attitudes about homes, families, debt, and mobility ….

…economists will still be wondering “what happened” years from now.

Voir par ailleurs:

Mormons more likely to marry, have more children than other U.S. religious groups

The share of Americans who identify as Mormons has roughly held steady even as the percentage of Christians in the U.S. has declined dramatically in recent years, according to the Pew Research Center’s 2014 Religious Landscape Study. And the study found Mormons stand out in other ways: They have higher fertility rates and are far more likely than members of most other major religious traditions to be married – especially to other Mormons.

Mormons made up 1.6% of the American adult population in 2014, little changed from 2007 (1.7%), the last time a similar survey was conducted. By contrast, the percentage of Christians in the U.S. has dropped from 78.4% to 70.6% during the same time period.

Two-thirds (66%) of U.S. Mormon adults are currently married, down slightly from 71% in 2007 – but still high compared with current rates among Christians overall (52%) and U.S. adults overall (48%). (Marriage rates are lower across the board than they were several years ago.) 

Compared with many other religious groups, Mormons who are married are especially likely to have spouses who share their faith. Eight-in-ten Mormons who are married or living with a partner (82%) have a Mormon spouse or partner; among religious traditions, only Hindus have a higher rate of “in-marriage” (91%).

Mormons also tend to have more children than other groups. Mormons ages 40-59 have had an average of 3.4 children in their lifetime, well above the comparable figure for all Americans in that age range (2.1) and higher than any other religious group. Overall, Mormon adults have an average of 1.1 children currently living at home, nearly double the national average (0.6).

These findings line up with U.S. Mormons’ priorities as expressed in a 2011 Pew Research survey of the group. In that survey, 73% of U.S. Mormons said that having a successful marriage is “one of the most important things in life,” and 81% said the same about being a good parent. Among the general public, half or fewer call each of these life goals “one of the most important things in life.”

Some other findings about U.S. Mormons from the 2014 study include:

  • Most adults who were raised as Mormons still identify as Mormons today (64%), a retention rate roughly on par with that of evangelical Protestants (65%) and slightly above that of Catholics (59%). Among those who were raised as Mormons but have left the church, most are now religiously unaffiliated (21% of all those who were raised Mormon).
  • About as many people have joined the Mormon faith after being raised in another religious tradition (0.5% of U.S. adults) as have left the church after being raised Mormon (0.6%).
  • While the U.S. population has become more racially and ethnically diverse in recent years, the racial and ethnic composition of Mormons has not changed much; Mormons remain overwhelmingly white. Mormons were 14% non-white in 2007 and 15% non-white in 2014; Christians overall were 29% non-white in 2007 and 34% non-white in 2014.
  • Utah still has by far the biggest share of Mormon residents of any state (55%), a percentage that has changed little in recent years.

Présidentielle 2017: Et si les bobos se réjouissaient trop vite ? (Behind Valls’s sacrifice hit or hail Mary pass, the reality of the soon-coming Trumpian revenge of back row France ?)

30 mars, 2017

La vengeance est un plat qui se mange froid. Proverbe bien connu
Chassez le naturel: il revient au galop ! Autre proverbe bien connu
Aux États-Unis, les plus opulents citoyens ont bien soin de ne point s’isoler du peuple ; au contraire, ils s’en rapprochent sans cesse, ils l’écoutent volontiers et lui parlent tous les jours. Ils savent que les riches des démocraties ont toujours besoin des pauvres et que, dans les temps démocratiques, on s’attache le pauvre par les manières plus que par les bienfaits. La grandeur même des bienfaits, qui met en lumière la différence des conditions, cause une irritation secrète à ceux qui en profitent; mais la simplicité des manières a des charmes presque irrésistibles : leur familiarité entraîne et leur grossièreté même ne déplaît pas toujours. Ce n’est pas du premier coup que cette vérité pénètre dans l’esprit des riches. Ils y résistent d’ordinaire tant que dure la révolution démocratique, et ils ne l’abandonnent même point aussitôt après que cette révolution est accomplie. Ils consentent volontiers à faire du bien au peuple ; mais ils veulent continuer à le tenir à distance. Ils croient que cela suffit ; ils se trompent. Ils se ruineraient ainsi sans réchauffer le coeur de la population qui les environne. Ce n’est pas le sacrifice de leur argent qu’elle leur demande; c’est celui de leur orgueil. Tocqueville
Toutes les stratégies que les intellectuels et les artistes produisent contre les « bourgeois » tendent inévitablement, en dehors de toute intention expresse et en vertu même de la structure de l’espace dans lequel elles s’engendrent, à être à double effet et dirigées indistinctement contre toutes les formes de soumission aux intérêts matériels, populaires aussi bien que bourgeoises.  Bourdieu
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama
J’ai toujours assumé la dimension de verticalité, de transcendance, mais, en même temps, elle doit s’ancrer dans l’immanence complète, de la matérialité. Emmanuel Macron
Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas qui sont Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins. […] Nous ne savons pas ce que peut bien dire James Dobson dans son émission de radio écoutée par des millions d’auditeurs. Nous ne savons rien de Reba et Travis. […] Nous sommes très peu nombreux à savoir ce qu’il se passe à Branson dans le Missouri, même si cette ville reçoit quelque sept millions de touristes par an; pas plus que nous ne pouvons nommer ne serait-ce que cinq pilotes de stock-car. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ… David Brooks
Well, my joke is that I consider myself a bobo with bad grades. If I’d studied more, I would have gotten into Harvard and I could afford the big kitchen and all that. But I am a bobo in some sense. You know, the essence of bobo life is people who consider themselves sort of artistic or writers or intellectuals but find themselves in the world of making money, in the world of commerce. And so I certainly am in that. You know, I consider myself a writer, and I live for ideas and things like that. But I also want a big house, so I’m caught between money and spirituality. David Brooks
I’ve written of the great divide in America as between the protected and the unprotected—those who more or less govern versus the governed, the facts of whose lives the protected are almost wholly unaware. Mr. Arnade sees the divide as between the front-row kids at school waving their hands to be called on, and the back-row kids, quiet and less advantaged. The front row, he says, needs to learn two things. “One is how much the rest of the country is hurting. It’s not just economic pain, it’s a deep feeling of meaninglessness, of humiliation, of not being wanted.” Their fears and anxieties are justified. “They have been excluded from participating in the great wealth of this country economically, socially and culturally.” Second, “The front-row kids need humility. They need to look in the mirror, ‘We messed this up, we’ve been in charge 30 years and haven’t delivered much.’ ” “They need to take stock of what has happened.” Of those falling behind: “They’re not lazy and weak, they’re dealing with bad stuff. Both conservative and progressive intellectuals say Trump voters are racist, dumb. When a conservative looks at a minority community and says, ‘They’re lazy,’ the left answers, ‘Wait a minute, let’s look at the larger context, the availability of jobs, structural injustice.’ But the left looks at white working-class poverty and feels free to judge and dismiss.” Peggy Noonan
It’s not just visual: In interview after interview in all corners of the state, I’ve found that Trump’s support across the ideological spectrum remains strong. Democrats, Republicans, independents, people who have not voted in presidential elections for years — they have not wavered in their support. Two components of these voters’ answers and profiles remain consistent: They are middle-class, and they do not live in a big city. They are suburban to rural and are not poor — an element I found fascinating, until a Gallup survey last week confirmed that what I’ve gathered in interviews is more than just freakishly anecdotal. The Gallup analysis, based on 87,000 interviews over the past year, shows that while economic anxiety and Trump’s appeal are intertwined, his supporters for the most part do not make less than average Americans (not those in New York City or Washington, perhaps, but their Main Street peers) and are less likely to be unemployed. The study backs up what many of my interviews across the state found — that these people are more concerned about their children and grandchildren. While Trump supporters here are overwhelmingly white, their support has little to do with race (yes, you’ll always find one or two who make race the issue) but has a lot to do with a perceived loss of power. Not power in the way that Washington or Wall Street board rooms view power, but power in the sense that these people see a diminishing respect for them and their ways of life, their work ethic, their tendency to not be mobile (many live in the same eight square miles that their father’s father’s father lived in). Thirty years ago, such people determined the country’s standards in entertainment, music, food, clothing, politics, personal values. Today, they are the people who are accused of creating every social injustice imaginable; when anything in society fails, they get blamed. The places where they live lack economic opportunities for the next generation; they know their children and grandchildren will never experience the comfortable situations they had growing up — surrounded by family who lived next door, able to find a great job without going to college, both common traits among many successful small-business owners in the state. These Trump supporters are not the kind you find on Twitter saying dumb or racist things; many of them don’t have the time or the patience to engage in social media because they are too busy working and living life in real time. These are voters who are intellectually offended watching the Affordable Care Act crumble because they warned six years ago that it was an unworkable government overreach. They are the same people who wonder why President Obama has not taken a break from a week of golfing to address the devastating floods in Louisiana. (As one woman told me, “It appears as if he only makes statements during tragedies if there is political gain attached.”) Voice such a remark, and you risk being labeled a racist in many parts of America. The Joe-Six-Pack stereotype of a Trump supporter was not created in a vacuum; it’s real and it’s out there. Yet, if you dig down deep into the Gallup survey — or, better yet, take a drive 15 minutes outside of most cities in America — you will learn a different story. That is, if you look and listen. Salena Zito
America is coming apart. For most of our nation’s history, whatever the inequality in wealth between the richest and poorest citizens, we maintained a cultural equality known nowhere else in the world—for whites, anyway. (…) But t’s not true anymore, and it has been progressively less true since the 1960s. People are starting to notice the great divide. The tea party sees the aloofness in a political elite that thinks it knows best and orders the rest of America to fall in line. The Occupy movement sees it in an economic elite that lives in mansions and flies on private jets. Each is right about an aspect of the problem, but that problem is more pervasive than either political or economic inequality. What we now face is a problem of cultural inequality. When Americans used to brag about « the American way of life »—a phrase still in common use in 1960—they were talking about a civic culture that swept an extremely large proportion of Americans of all classes into its embrace. It was a culture encompassing shared experiences of daily life and shared assumptions about central American values involving marriage, honesty, hard work and religiosity. Over the past 50 years, that common civic culture has unraveled. We have developed a new upper class with advanced educations, often obtained at elite schools, sharing tastes and preferences that set them apart from mainstream America. At the same time, we have developed a new lower class, characterized not by poverty but by withdrawal from America’s core cultural institutions. (…) Why have these new lower and upper classes emerged? For explaining the formation of the new lower class, the easy explanations from the left don’t withstand scrutiny. It’s not that white working class males can no longer make a « family wage » that enables them to marry. The average male employed in a working-class occupation earned as much in 2010 as he did in 1960. It’s not that a bad job market led discouraged men to drop out of the labor force. Labor-force dropout increased just as fast during the boom years of the 1980s, 1990s and 2000s as it did during bad years. (…) As I’ve argued in much of my previous work, I think that the reforms of the 1960s jump-started the deterioration. Changes in social policy during the 1960s made it economically more feasible to have a child without having a husband if you were a woman or to get along without a job if you were a man; safer to commit crimes without suffering consequences; and easier to let the government deal with problems in your community that you and your neighbors formerly had to take care of. But, for practical purposes, understanding why the new lower class got started isn’t especially important. Once the deterioration was under way, a self-reinforcing loop took hold as traditionally powerful social norms broke down. Because the process has become self-reinforcing, repealing the reforms of the 1960s (something that’s not going to happen) would change the trends slowly at best. Meanwhile, the formation of the new upper class has been driven by forces that are nobody’s fault and resist manipulation. The economic value of brains in the marketplace will continue to increase no matter what, and the most successful of each generation will tend to marry each other no matter what. As a result, the most successful Americans will continue to trend toward consolidation and isolation as a class. Changes in marginal tax rates on the wealthy won’t make a difference. Increasing scholarships for working-class children won’t make a difference. The only thing that can make a difference is the recognition among Americans of all classes that a problem of cultural inequality exists and that something has to be done about it. That « something » has nothing to do with new government programs or regulations. Public policy has certainly affected the culture, unfortunately, but unintended consequences have been as grimly inevitable for conservative social engineering as for liberal social engineering. The « something » that I have in mind has to be defined in terms of individual American families acting in their own interests and the interests of their children. Doing that in Fishtown requires support from outside. There remains a core of civic virtue and involvement in working-class America that could make headway against its problems if the people who are trying to do the right things get the reinforcement they need—not in the form of government assistance, but in validation of the values and standards they continue to uphold. The best thing that the new upper class can do to provide that reinforcement is to drop its condescending « nonjudgmentalism. » Married, educated people who work hard and conscientiously raise their kids shouldn’t hesitate to voice their disapproval of those who defy these norms. When it comes to marriage and the work ethic, the new upper class must start preaching what it practices. Charles Murray
We’re in the midst of a rebellion. The bottom and middle are pushing against the top. It’s a throwing off of old claims and it’s been going on for a while, but we’re seeing it more sharply after New Hampshire. This is not politics as usual, which by its nature is full of surprise. There’s something deep, suggestive, even epochal about what’s happening now. I have thought for some time that there’s a kind of soft French Revolution going on in America, with the angry and blocked beginning to push hard against an oblivious elite. It is not only political. Yes, it is about the Democratic National Committee, that house of hacks, and about a Republican establishment owned by the donor class. But establishment journalism, which for eight months has been simultaneously at Donald Trump’s feet (“Of course you can call us on your cell from the bathtub for your Sunday show interview!”) and at his throat (“Trump supporters, many of whom are nativists and nationalists . . .”) is being rebelled against too. Their old standing as guides and gatekeepers? Gone, and not only because of multiplying platforms. (…) All this goes hand in hand with the general decline of America’s faith in its institutions. We feel less respect for almost all of them—the church, the professions, the presidency, the Supreme Court. The only formal national institution that continues to score high in terms of public respect (72% in the most recent Gallup poll) is the military (…) we are in a precarious position in the U.S. with so many of our institutions going down. Many of those pushing against the system have no idea how precarious it is or what they will be destroying. Those defending it don’t know how precarious its position is or even what they’re defending, or why. But people lose respect for a reason. (…) It’s said this is the year of anger but there’s a kind of grim practicality to Trump and Sanders supporters. They’re thinking: Let’s take a chance. Washington is incapable of reform or progress; it’s time to reach outside. Let’s take a chance on an old Brooklyn socialist. Let’s take a chance on the casino developer who talks on TV. In doing so, they accept a decline in traditional political standards. You don’t have to have a history of political effectiveness anymore; you don’t even have to have run for office! “You’re so weirdly outside the system, you may be what the system needs.” They are pouring their hope into uncertain vessels, and surely know it. Bernie Sanders is an actual radical: He would fundamentally change an economic system that imperfectly but for two centuries made America the wealthiest country in the history of the world. In the young his support is understandable: They have never been taught anything good about capitalism and in their lifetimes have seen it do nothing—nothing—to protect its own reputation. It is middle-aged Sanders supporters who are more interesting. They know what they’re turning their backs on. They know they’re throwing in the towel. My guess is they’re thinking something like: Don’t aim for great now, aim for safe. Terrorism, a world turning upside down, my kids won’t have it better—let’s just try to be safe, more communal. A shrewdness in Sanders and Trump backers: They share one faith in Washington, and that is in its ability to wear anything down. They think it will moderate Bernie, take the edges off Trump. For this reason they don’t see their choices as so radical. (…) The mainstream journalistic mantra is that the GOP is succumbing to nativism, nationalism and the culture of celebrity. That allows them to avoid taking seriously Mr. Trump’s issues: illegal immigration and Washington’s 15-year, bipartisan refusal to stop it; political correctness and how it is strangling a free people; and trade policies that have left the American working class displaced, adrift and denigrated. Mr. Trump’s popularity is propelled by those issues and enabled by his celebrity. (…) Mr. Trump is a clever man with his finger on the pulse, but his political future depends on two big questions. The first is: Is he at all a good man? Underneath the foul mouthed flamboyance is he in it for America? The second: Is he fully stable? He acts like a nut, calling people bimbos, flying off the handle with grievances. Is he mature, reliable? Is he at all a steady hand? Political professionals think these are side questions. “Let’s accuse him of not being conservative!” But they are the issue. Because America doesn’t deliberately elect people it thinks base, not to mention crazy. Peggy Noonan
The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes. But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business. The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity. On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania. Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform. In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract. The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention. Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights. No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays. (…) In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection. Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun. In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant. The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh. Victor Davis Hanson
La mixité sociale, comme le précise Michel Pinçon, c’est le mélange des catégories sociales définies selon le revenu, le niveau de scolarisation, etc. Toutefois, on s’intéresse souvent à la mixité sociale de l’habitat, c’est-à-dire à une vision nocturne de Paris (où est-ce que les différents groupes sociaux dorment la nuit ?). Il faudrait tenir compte du million de banlieusards qui viennent chaque jour travailler dans Paris ; cette image diurne de Paris se fait alors plus mixte. On peut aussi se demander quelle est l’échelle pertinente pour apprécier la mixité sociale : est-ce l’immeuble ? l’îlot urbain ? le quartier ? la ville ? l’agglomération ? Pour les Pinçon – Charlot, Paris est une capitale assez petite en Europe (seulement 87 km2 sans les bois), une ville qu’on peut traverser à pied (aucun point de la ville est à moins d’une heure de marche du centre-ville), et une ville bien identifiée par ses boulevards périphériques : aussi ont-ils choisi l’aire de la ville pour évaluer cette mixité sociale. Alors qu’à la Libération, Paris comptait 65% d’ouvriers et d’employés pour 35% de cadres et de patrons, les proportions se sont aujourd’hui inversées, la mixité a changé. On est passé d’une ville populaire à une ville bourgeoise. Quel changement par rapport à l’après-guerre, où Paris était plus populaire que la moyenne nationale !
Monique Pinçon-Charlot insiste alors sur le terme de gentrification, à préférer au terme d’embourgeoisement. Les bourgeois bohèmes, ou bobos, sont très différents des bourgeois traditionnels de l’Ouest de Paris. La gentrification est un processus culturel et géographique qui transforme les quartiers populaires du centre et de l’est de Paris au bénéfice de cette nouvelle petite bourgeoisie émergente. Son mode de vie est très différent de celui des petits bourgeois traditionnels. Les bobos vivent de leur travail, non pas de leur patrimoine, ils se disent volontiers écolo et anti-racistes, favorables au PACS et à la parité, ou adeptes de la nourriture bio. Les Pinçon – Charlot ont un passage savoureux dans leur livre sur l’épicerie « Aux produits d’Auvergne », rue de Lappe, échoppe si appréciée par les bobos du Faubourg Saint-Antoine. Puisque le saucisson ou les fromages gras ne convenaient pas à ceux et celles qui veulent garder la ligne, le commerçant a dû s’adapter à la nouvelle clientèle et proposer du saucisson maigre et de la tomme maigre ! Peu représentatif de l’ensemble national à cet égard, Paris concentre énormément de métiers artistiques, de la mode, du cinéma, de la presse. Or, les « bobos » sont justement nés du développement de secteurs économiques comme les nouvelles technologies, la grande distribution, l’enseignement ou les médias, qui ont produit une nouvelle élite, des actifs plus jeunes que la moyenne, des diplômés assez à l’aise dans des familles recomposées avec une idéologie libertaire, menant des modes de vie très différents de la bourgeoisie de l’Ouest. Les bobos Faubourg Saint-Antoine n’ont rien à voir avec les bourgeois de l’Avenue Henri Martin. Parlons donc de gentrification plutôt que d’embourgeoisement, pour éviter les confusions. Les bobos profitent des espaces libérés à la faveur de la désindustrialisation de la capitale. Le parc André-Citroën laisse difficilement imaginer aujourd’hui les 17000 salariés de la marque automobile éponyme qui travaillaient sur les lieux mêmes en 1968. Aujourd’hui la verdure et les grands immeubles modernes ont biffé l’occupation ouvrière des lieux. Ironiquement, Paris a basculé à gauche au moment où elle devenait moins populaire que jamais. (…) Eric Maurin montre justement dans Le ghetto français que le phénomène de ségrégation commence par le haut de l’échelle sociale : les très riches ne veulent pas vivre avec les riches, les riches ne veulent pas vivre avec les moyennement riches, et ainsi de suite jusqu’aux chômeurs qui ne veulent pas vivre à côté des immigrés les plus récents… Tout en bas, les très pauvres n’ont plus que la possibilité de se loger là où il leur reste de la place. Sa recherche révèle donc en chacun de nous un complice plus ou moins actif de la ségrégation urbaine. On peut expliquer la concentration des plus riches par la recherche du contexte social le plus propice pour la réussite scolaire. Le milieu dans lequel on vit est ce qui fait la différence dans la réussite scolaire. En somme, si les enfants de votre voisinage réussissent à l’école, vos enfants réussiront aussi, quelles que soient les ressources de votre famille. Avec la démocratisation de l’enseignement, la compétition scolaire se fait plus importante. Comme les familles ont moins de pouvoir prescriptif aujourd’hui, elles comptent à présent sur le contexte favorable à la réussite scolaire pour assurer l’avenir de leurs enfants. Le contexte dans lequel on vit devient alors absolument crucial. (…) Monique Pinçon-Charlot souligne que les bobos de l’Est parisien ont un rapport assez particulier à l’école. Dans les interviews, ils se déclarent heureux de la mixité sociale, de vivre dans un quartier qui a des apparences populaires, mais quand on demande où ils scolarisent leurs enfants, leurs visages se ferment immédiatement ! Ils ne scolarisent pas les enfants dans leurs quartiers, mais contournent la carte scolaire et cherchent à bénéficier de dérogations. A contrario, les bourgeois traditionnels revendiquent explicitement de ne surtout pas scolariser leurs enfants avec des jeunes de milieux populaires. (…) Michel Sivignon s’étonne que l’on n’ait jamais autant parlé de mixité sociale – tout le monde semble pour ! – au moment où elle est la moins mise en pratique. Monique Pinçon – Charlot souligne que les grands bourgeois ne veulent pas de la mixité sociale. Ils habitent les beaux quartiers de l’Ouest, envoient leurs enfants dans des rallyes, tandis que les parents fréquentent des cercles fondés sur la cooptation sociale. En revanche, quand on a des responsabilités politiques, on ne peut pas se permettre de se proclamer contre la mixité sociale. (…) En fait, comme le précise Michel Pinçon, ceux qui prônent la mixité sociale sont simplement ceux qui ont la parole, notamment les bobos des milieux artistiques ou médiatiques. A cet égard, l’ouvrage des Pinçon – Charlot, Sociologie de Paris, relate les showrooms, magasins de mode et ateliers de la Goutte d’Or qui ont bousculé l’ambiance urbaine. Lors d’une inauguration, « le contraste était violent entre les journalistes (…) minces et légèrement vêtues de tenues estivales, et les femmes maghrébines portant, malgré la chaleur, voiles et djellabas. Dans les vitrines des mannequins présentaient des vêtements tout aussi peu gourmands en tissu, rendant leurs prix encore plus étonnants pour la population locale. Les jeunes créateurs disent apprécier ’’l’environnement pluri-ethnique, très favorable pour l’inspiration’’ » … (…) Les milieux populaires ne veulent pas forcément de la mixité sociale. Beaucoup d’anciens résidents du quartier de l’Horloge ont préféré quitter leur quartier après sa rénovation : il ne correspondait plus du tout à leur milieu de vie, la rénovation a mené à une gentrification fatale à son ambiance populaire. La ségrégation sociale est donc bien plus complexe que ce que l’on imagine. (…) L’idée de mixité sociale est née dans les milieux politiques, mais il y a un danger à mêler dans une même école des enfants d’origine sociale trop différente : les enfants de milieu populaire risquent de prendre en pleine face leur infériorité sociale et d’intérioriser leur situation de dominés et se persuader qu’ils sont mauvais. Monique Pinçon-Charlot rappelle l’expérience d’échanges d’élèves un jour par mois entre le lycée Janson de Sailly et le lycée de Goussainville. Les élèves favorisés de Janson ont beaucoup apprécié l’expérience, tandis que les élèves de Goussainville ont trouvé l’expérience beaucoup trop difficile pour eux. Tout y était question de violence symbolique : ce déplacement dans l’espace social leur faisait prendre conscience de leur infériorité… Le thème de la mixité sociale doit donc être manié avec des pincettes !D’autant que notre langage est remarquablement ambigu : quand un quartier populaire accueille des plus riches, donc quand la mixité sociale augmente, on parle positivement de gentrification ; quand un quartier riche accueille des plus pauvres, donc quand la mixité sociale augmente tout autant, on parle négativement de paupérisation ! Olivier Milhaud
Un ancien conseiller d’Hillary Clinton était à Paris la semaine dernière, John Podesta. Il racontait que la plupart, une grande partie, des électeurs américains se sont décidés dans la dernière semaine de campagne. Ce qui peut aussi se produire en France parce que (…) il y a beaucoup de gens qui sont indécis. Et sur la majeure partie de ces gens qui se sont décidés la dernière semaine, une grande partie d’entre eux ont voté pour Donald Trump. Que vont faire aujourd’hui les Français dont on dit aujourd’hui qu’ils vont s’abstenir? L’enquête Ipsos qui avait été publiée dans Le Monde début mars disait qu’il y avait à peu près (…) 32% d’abstentions. Et sur ces 32%, vous en avez 45% de gens qui s’autopositionnent à droite. C’est énorme ! Si ces gens-là décident, la dernière semaine, après le dernier débat le 20 avril de se dire: ‘Finalement, Fillon, oui, c’est mon candidat.» Ca change tout. Ca peut faire basculer. Carl Meeus (Figaro magazine)
Ce qu’on voit en tout cas dans les reportages – Le Monde a plein de reporters qui suivent tous les candidats ou ne suivent pas les candidats mais qui vont voir les Français. On voit deux, trois choses qui sont nouvelles quand même. Effectivement, un électorat de droite qui normalement avait toutes les chances  de voir son candidat arriver au pouvoir, qui est en partie tétanisé. Vraiment, et ça, c’est très frappant ! J’étais il y a une dizaine de jours dans la Sarthe, si vous voulez,  personne ne parlait de l’élection présidentielle tellement c’était un sujet tabou (…) Et on voit ça dans beaucoup de régions qui normalement votent à droite où là vous avez une partie des électeurs fillonistes qui restent fillonistes mais qui sont très radicalisés. Et puis une partie d’électeurs qui sont complètement perdus  et qui ne savent pas du tout où aller et qui vous demandent même: « Qu’est-ce qui peut se passer ? Qu’est-ce que je dois voter ? » Ca, c’est tout à fait nouveau, vraiment ! (…) Là, aujourd’hui, on voit vraiment de vraies difficultés sur l’électorat de droite. Et pour l’électorat d’Emmanuel Macron, il y a une partie des gens qui ne sont pas encore tout à fait sûrs. Et un paradoxe qui joue. Des gens qui aiment le renouvellement qu’incarne Emmanuel Macron et qui  ont peur de ce renouvellement parce qu’ils ne savent pas très bien où ils vont. Donc, ça, c’est vraiment les deux, je trouve, phénomènes nouveaux de cette campagne. Raphaelle Bacqué
Emmanuel Macron est le nom d’une bulle médiatico-sondagière qui éclatera dans le feu de la campagne électorale. Le candidat «En marche», novice en politique, finira bien par trébucher. Ces anticipations d’un affaissement inéluctable du champion d’un parler «et droite et gauche», qui résiste généralement mal à l’épreuve de vérité d’une campagne présidentielle, ont pour elles les leçons de l’histoire. Le candidat occupant la position la plus centrale dans le spectre politique part habituellement auréolé d’excellents sondages d’intentions de vote qui fondent au fur et à mesure que la bataille politique s’intensifie. (…) La malédiction du centre pèsera peut-être moins aujourd’hui en raison d’une configuration électorale très particulière. Une candidature centriste comme celle de Macron ne peut prospérer qu’en présence de candidats de droite et de gauche structurellement affaiblis. (…) La faiblesse personnelle du candidat de la droite républicaine et la faiblesse politique du candidat de la gauche socialiste se conjuguent pour offrir une exceptionnelle fenêtre de tir à une candidature authentiquement centriste. Tel est bien le positionnement du libéral de gauche Macron, adoubé par Bayrou, et qui aimante désormais les personnalités modérées de divers horizons. Un duel de second tour entre Le Pen et Macron exprimerait sans doute une certaine vérité de la période. Le clivage droite-gauche céderait la place à l’opposition ouverture-fermeture (version Macron) ou mondialistes-patriotes (version Le Pen). Qu’il s’agisse du libéralisme économique, du libre-échange, de l’Europe, de la mondialisation ou de l’immigration, l’affrontement se ferait presque terme à terme. Encore cette nouvelle polarité centre-extrême présenterait-elle sans doute un risque non négligeable pour la démocratie. Bénéficiaire de nombreuses complicités médiatiques et d’appuis importants dans les milieux économiques, Macron pourrait facilement faire alors figure de candidat des «élites». Les sondages qui le créditent d’une large victoire contre Le Pen au second tour n’ont, au stade actuel, guère de signification. Atypique, cette présidentielle pourrait bien l’être jusqu’au bout. Eric Dupin
En se focalisant sur les «ultras-riches» on loupe toujours le coche dans les débats sur la répartition des revenus: on montre du doigt certaines catégories étroites pour éviter une redistribution bien plus globale. Certes, l’enrichissement des très riches est indécent, mais se concentrer sur ce point est une façon pour les catégories aisées de se défausser, de repasser le mistrigri de la solidarité. Aujourd’hui, en France avec 3.000 euros nets par mois pour une personne seule (après impôts et prestations sociales), vous faites partie du club des 10% des plus favorisés. Vous êtes quoi? «Moyen»? Tout une partie des catégories aisées, qui peuvent se réclamer de la gauche, se déguisent en «classes moyennes», parfois «supérieures». Si tout le monde est moyen alors tout va bien, et il n’y a plus de domination sociale! (…) Une situation où les inégalités se creusent parce que les plus riches ont des revenus fous mais où les plus pauvres continuent à s’élever est très différente d’une situation où les écarts se creusent des deux côtés. Plus encore qu’au sein des classes moyennes, une partie des couches populaires sont exclues du progrès et le vivent très concrètement avec la baisse de leur niveau de vie. (…) L’école est génératrice d’inégalités sociales très structurantes. Avec le statut stable d’emploi, qui assure qu’on aura encore du travail demain, le diplôme est devenu l’une des protections majeures. Il sépare très souvent le monde des «stables» et celui des «flexibles». Les serviteurs des autres classes sont massivement des jeunes (parfois pas tant que cela) peu diplômés qui travaillent en horaires décalés, le dimanche, le soir pour des faibles salaires, ceux qui ont les emplois les plus difficiles et les tâches les plus épuisantes, sont massivement des gens qui n’ont pas réussi à obtenir le bon diplôme dans le système scolaire. Les stables ont besoin de toujours plus de flexibilité des flexibles, pour mieux les servir. Un diplômé peut aussi connaître une période de chômage, et son niveau de vie va peut-être baisser. Mais sa probabilité de retrouver un emploi n’a rien à voir avec celle des non diplômés, qui eux resteront sur le bord de la route. Au-delà de l’emploi, le formalisme du titre scolaire et son poids dans les parcours professionnels structure très fortement notre société. Un peu comme l’étiquette sociale dans l’Angleterre du XIXe siècle, le diplôme français joue cette forme d’étiquette beaucoup plus puissante que dans d’autres pays. (…) Comme pour les revenus, il faut remettre certaines pendules à l’heure. En France, 16% de la population française de plus de 25 ans a un diplôme supérieur au niveau Bac +2. Les classes moyennes du diplôme, c’est le CAP our le BEP, les pauvres, le certificat d’études. N’oublions pas que plus de la moitié des 25-29 ans ne sont pas diplômés de l’enseignement supérieur. Arrêtons de faire comme si c’était la règle. Le décalage est total entre la façon dont on se représente la société chez les diplômés et la société réelle: d’où notamment une incompréhension d’une partie de la classe politique, dont le discours s’adresse à une poignée de bac+5. Les autres ne comprennent pas son langage abscons. (…) Le discours sur la soi-disant précarisation en masse, les «intellos précaires», est un discours de réassurance des diplômés. Refuser de voir que les non diplômés sont bien plus souvent concernés est une manière de s’approprier la crise, de se placer parmi ses victimes et d’occulter la valeur du diplôme. (…) On confond donc des parcours de vie qui n’ont rien à voir en terme de statut et de position sociale, entre des Bac +5 dont une partie va effectivement avoir des difficultés quelques années avant de se stabiliser, et des sans diplôme qui vont galérer une grande partie de leur vie professionnelle et la terminer au niveau du Smic. S’apitoyer sur le déclassement des diplômés de l’enseignement supérieur est aussi une façon de ne pas parler de la vie des jeunes de milieux populaires, de les rendre invisibles. (…) Tout est une question d’accès à la parole publique: les Bac +5 peuvent se faire entendre, les autres beaucoup moins. La bourgeoisie culturelle –horrifiée si on la qualifie de «bobo»– refuse absolument de se voir bourgeoise, et tente de nier le rôle essentiel du titre scolaire qui forme son capital. Elle manifeste bruyamment contre le Grand Capital économique, mais pour elle ses titres ne sont pas du capital. Il y a aujourd’hui un discours de classe des diplômés ­–elle a toute une presse pour cela– qui occulte totalement la situation des couches populaires pour se concentrer sur sa prétendue misère. Arrêtons de nous cacher derrière notre petit doigt, on reste dans un système de domination de groupes sociaux par d’autres. Curieusement, on ne se demande pas qui est propriétaire du capital culturel, comment ses membres le conservent, avec quelles stratégies scolaires notamment. On le voit dès qu’on soulève la question de la démocratisation de l’école: essayez d’assouplir un tout petit peu la compétition scolaire ou de toucher à un cheveu de leur emblème, les «grandes écoles», et la réaction est immédiate. Ces classes diplômées ressortent leurs pancartes sur la complainte du niveau scolaire, en se servant de pseudo-intérêts des classes populaires pour justifier leur conservatisme. Le tour est joué. Notons que les porteurs de pancartes sont autant de gauche que droite, qu’ils sont très organisés, et d’une violence à la hauteur des enjeux pour eux: imaginez si leurs enfants n’étaient plus certains de prendre leur place! C’est tout l’ordre social qui serait alors bouleversé. C’est pour cela qu’aucun candidat à l’élection présidentielle n’a de projet de refonte sérieuse de notre système scolaire mais ne propose que des replâtrages. Il existe une forme de consensus des conservateurs de tous bords pour ne rien toucher au fond, pour ne pas transformer le système, se contenter d’empiler quelques dispositifs comme le nombre d’élèves par classe, de donner un peu plus dans quelques quartiers, mais ne pas toucher à la façon dont l’enseignement français est construit, à son élitisme, à son côté extrêmement académique, où tout est dans l’implicite pour les élèves, au système de notation sanction, etc. (…) Un système éducatif ne vise pas uniquement à produire l’excellence, il forme tout le monde. Il faut renverser notre mode de fonctionnement. L’école ne doit pas chercher à produire une élite soi-disant issue de tous les milieux (l’élitisme républicain, un mythe depuis le début) mais à faire progresser tout le monde, à ne laisser personne en chemin. Ce qui n’a rien d’incompatible avec des filières plus poussées. Mais il faut accepter d’en donner un peu moins à ceux qui ont déjà beaucoup et un peu plus à ceux qui ont peu. Regardez comment se lamentent les parents ultras diplômés dès qu’un de leur enfants soi-disant «s’ennuie» à l’école, et vous avez tout compris. Ou les tonnes de littérature sur nos pauvres «surdoués». C’est vrai que ceux qui dorment au fond de la classe, tout est de leur faute. Comme en plus une partie est d’origine immigrée… (…) Il y a également une lutte politique entre les formes d’inégalités, on pourrait parler d’une inégalité entre les inégalités. Pour ne pas voir les écarts de classe, on met en avant les «nouvelles inégalités» de la France dite «post-moderne». Très souvent, on s’inquiète de la parité entre femmes et hommes en oubliant la précarité. Vive les femmes au conseil d’administration du CAC 40, peu importe le temps partiel contraint, massivement féminin. Les femmes touchent 10% de moins que les hommes à poste équivalent, tout le monde connaît ce chiffre. Mais les femmes ouvrières gagnent trois fois moins que les femmes cadres, cela ne pose aucun problème. De la même façon, la mise en avant de la «diversité» sert souvent à faire diversion par rapport aux inégalités sociales. Plus de femmes ou de personnes de couleur dans les entreprises, cela ne remet pas en cause leur mode de fonctionnement, ni la répartition des revenus dans la société. On s’inquiète de l’égalité des «chances» pour mieux oublier à quoi mènent ces «chances», comment sont construites nos sociétés, leurs hiérarchies, les rapports de force qui s’y jouent. Tant que le système n’est pas bousculé, il a tout intérêt à mettre en avant quelques leurres. (…) Mais une forme d’inégalité ne doit pas en cacher une autre. Les tensions importantes de notre société naissent dans le refus de voir la situation de domination des catégories aisées, tant sur le plan des revenus que du diplôme, sur le reste de la population. Louis Maurin

Attention, une inégalité peut en cacher une autre !

A l’heure où tout à leur machiavélique et jusqu’ici redoutablement efficace machination contre la seule véritable alternance …

Nos médias et nos juges-justiciers nous ont déjà vendu, via leurs supplétifs de sondeurs-ventriloques, le résultat d’une élection qui n’a jamais connu autant d’indécis …

Et où perdu pour perdu, l’ancien premier ministre Manuel valls semble prêt à jouer la banque pour achever de plomber sa némésis et ancien collègue …

Déjà bien chargé avec dans ses fourgons pas moins de onze anciens ministres de Chirac (dixit Mélenchon) et on ne sait pas encore combien de Hollandais ..

En misant sur une (encore improbable) victoire Fillon avec lequel il s’est dit par ailleurs en ce cas prêt à collaborer

Qui prend encore la peine de rappeler non seulement la traditionnelle malédiction des candidats du centre …

Mais tout simplement le précédent Trump où se décidant la dernière semaine la majeure partie des indécis ont voté pour celui que tout le monde avait depuis longtemps condamné …

Ou même le véritable danger pour la démocratie que pourrait constituer au 2e tour voire après …

La non-prise en compte à nouveau, par un discours politique qui n’a que les mot parité et diversité à la bouche, de la véritable inégalité qui touche toute une population de précaires et de sous-diplômés

Par un candidat ou un vainqueur qui, fort de ses complicités médiatiques et économiques, n’apparaitrait alors que comme le candidat des élites ?

Une situation si extraordinaire qu’elle peut propulser un centriste à l’Elysée

Eric Dupin

Slate.fr

28.02.2017

Les précédents historiques montrent qu’un candidat centriste échoue généralement à conquérir la présidence. Mais Emmanuel Macron profite d’un contexte exceptionnel: le discrédit personnel du candidat de la droite conjugué à la faiblesse politique du candidat socialiste.

Emmanuel Macron est le nom d’une bulle médiatico-sondagière qui éclatera dans le feu de la campagne électorale. Le candidat «En marche», novice en politique, finira bien par trébucher. Ces anticipations d’un affaissement inéluctable du champion d’un parler «et droite et gauche», qui résiste généralement mal à l’épreuve de vérité d’une campagne présidentielle, ont pour elles les leçons de l’histoire.

Le candidat occupant la position la plus centrale dans le spectre politique part habituellement auréolé d’excellents sondages d’intentions de vote qui fondent au fur et à mesure que la bataille politique s’intensifie. C’est la mésaventure qu’ont connue Raymond Barre en 1988 et Edouard Balladur en 1995.

Un contre-exemple est cependant fourni par la campagne victorieuse de Valéry Giscard d’Estaing en 1974. Le candidat du «changement sans le risque» l’avait l’emporté grâce à la trahison de Jacques Chaban-Delmas par Jacques Chirac et ses amis, qui avait profondément divisé le camp gaulliste. Le soutien accordé à Macron par des personnalités socialistes droitières comme Gérard Collomb ou Christophe Caresche, s’il manifeste un réel trouble au sein du PS, n’a pas aujourd’hui la même portée.

Plus récemment, les candidatures présidentielles qui prétendaient chevaucher le clivage droite-gauche ont enregistré des résultats décevants après avoir eu leur heure de gloire. Jean-Pierre Chevènement, qui avait espéré réunir «les Républicains des deux rives», n’a obtenu que 5,3% des voix en 2002 après avoir culminé à 11-14% des intentions de vote.

En 2007, le centriste François Bayrou avait franchi la barre des 20% d’intentions de vote, se hissant parfois à 22-24% des suffrages potentiels, mais il n’a réalisé que 18,6% des voix le jour du scrutin. Un score tout de même honorable qui s’explique assez largement par les préventions suscitées, dans leur propre camp, par les deux principaux candidats de la droite et de la gauche, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal (ce qui nous rapproche un peu du cas présent).

Un potentiel électoral affermi

La fragilité des intentions de vote en faveur de Macron s’est longtemps lue dans la forte proportion de sondés qui le choisissaient mais déclaraient pouvoir encore changer d’avis. Il semble néanmoins que cette caractéristique, annonciatrice de futurs reculs, s’estompe.

Dans la dernière enquête Kantar-Sofres-OnePoint, 54% des électeurs de Macron se disent «sûrs de leur choix» (plus douze points par rapport à janvier), soit nettement moins que Marine Le Pen (78%) mais autant que Benoît Hamon (54%) et un peu moins que François Fillon (58%).

Le candidat «en marche» a également réussi à traverser sans dévisser ses premières polémiques électorales. Vers la mi-février, il pouvait s’être mis à dos, coup sur coup, son électorat de droite en qualifiant la colonisation de «crime contre l’humanité» et son électorat de gauche en estimant que les opposants au mariage homosexuel avaient été «humiliés».

Les intentions de vote en sa faveur ont effectivement glissé de 22 à 20% dans l’enquête en continu OpinionWay et de 19,5% à 18,5% dans celle de l’Ifop. Mais l’électorat semble y avoir moins vu des messages codés à destinations de certaines clientèles que l’expression de la franchise d’un non-professionnel de la politique.

Le ralliement de François Bayrou, porteur de la vraie croix centriste s’il en est, l’a aidé à se tirer de cette mauvaise passe pour renouer avec une dynamique ascendante qui le place désormais à 23-25% des intentions de vote selon les instituts, soit nettement au-dessus de François Fillon (20-21%).

Deux candidats entravés

La malédiction du centre pèsera peut-être moins aujourd’hui en raison d’une configuration électorale très particulière. Une candidature centriste comme celle de Macron ne peut prospérer qu’en présence de candidats de droite et de gauche structurellement affaiblis.

Or, c’est bien ce qui se passe actuellement. Les deux hommes qui portent les couleurs des deux partis qui ont dirigé le pays depuis plusieurs décennies –le Parti socialiste et les Républicains– mènent une campagne lourdement entravée malgré leur succès à leurs primaires respectives.

L’image personnelle de François Fillon a été gravement abîmée par ses affaires d’emplois fictifs. Pas moins de 64% des sondés ne l’aiment pas du tout ou peu contre seulement 17% d’appréciations positives, selon la dernière enquête Ipsos. Même Marine Le Pen est mieux notée, avec 23% de notes positives et 61% de négatives.

Et ce ne sont pas les déclarations excessives de l’ancien Premier ministre, décrivant un pays «en quasi-guerre civile», qui vont redorer son image dans l’électorat de la droite modérée. Politiquement, Fillon est en outre aux prises avec un exercice délicat de recentrage de son programme, comme il a commencé à le faire sur les questions de santé, pour tenter d’en gommer ses propositions les plus impopulaires.

Enfin, le candidat LR est contraint par la puissante menace lepéniste à regarder sur sa droite. Les accents sarkozystes de ses derniers discours de campagne, centrés autour des thématiques de la sécurité et de l’immigration, trahissent son souci de contenir la concurrence du FN. Ce faisant, Fillon laisse filer une partie de l’électorat de centre-droit vers Macron.

Le candidat socialiste est confronté à une problématique symétrique. Dans son cas, c’est la poussée de Jean-Luc Mélenchon qui contraint Hamon à regarder vers sa gauche. Le candidat de la «France insoumise» n’est qu’à deux à quatre points derrière celui du PS. Ce vif jeu de concurrence interne à la gauche permet à Macron de séduire les électeurs de centre-gauche.

Cette déperdition est d’autant plus forte que le programme de Hamon est très décentré à gauche par rapport à l’orientation et aux choix effectués par le PS tout au long de ce quinquennat. Cette contradiction reste le talon d’Achille du candidat socialiste. Elle explique que les sympathisants socialistes qui ont l’intention de voter Macron sont aussi nombreux sont que ceux qui choisissent Hamon.

Le retrait de Yannick Jadot permet au candidat socialiste de s’enlever une petite concurrence. Mais l’accord passé entre le PS et EELV, qui fait la part belle aux revendications écologistes, risque aussi d’ancrer Hamon sur une orientation de nature à inquiéter l’électorat de la gauche modérée.

Polarité centre-extrême

La faiblesse personnelle du candidat de la droite républicaine et la faiblesse politique du candidat de la gauche socialiste se conjuguent pour offrir une exceptionnelle fenêtre de tir à une candidature authentiquement centriste. Tel est bien le positionnement du libéral de gauche Macron, adoubé par Bayrou, et qui aimante désormais les personnalités modérées de divers horizons.

Un duel de second tour entre Le Pen et Macron exprimerait sans doute une certaine vérité de la période. Le clivage droite-gauche céderait la place à l’opposition ouverture-fermeture (version Macron) ou mondialistes-patriotes (version Le Pen). Qu’il s’agisse du libéralisme économique, du libre-échange, de l’Europe, de la mondialisation ou de l’immigration, l’affrontement se ferait presque terme à terme.

Encore cette nouvelle polarité centre-extrême présenterait-elle sans doute un risque non négligeable pour la démocratie. Bénéficiaire de nombreuses complicités médiatiques et d’appuis importants dans les milieux économiques, Macron pourrait facilement faire alors figure de candidat des «élites». Les sondages qui le créditent d’une large victoire contre Le Pen au second tour n’ont, au stade actuel, guère de signification. Atypique, cette présidentielle pourrait bien l’être jusqu’au bout.

Voir aussi:

«Les tensions de notre société naissent dans le refus de voir la situation de domination des catégories aisées»Les diplômés ont-ils pris en otage le discours sur les inégalités au détriment des classes populaires? C’est ce qu’explique Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

Slate.fr

Jean-Laurent Cassely

29.03.2017

Fondé en 2003, l’Observatoire des inégalités est devenu une référence sur le sujet pour tous ceux qui recherchent une information précise et fiable sur les multiples dimensions du phénomène. L’Observatoire s’apprête à lancer un Rapport sur les inégalités en France, panorama complet de la question pour lequel il fait appel aux dons des citoyens jusqu’au 24 avril. L’occasion de revenir avec son directeur, Louis Maurin, sur quelques idées reçues et de tenter de répondre à d’épineuses questions.

Alors que l’éducation supérieure devient l’atout primordial dans une économie de la connaissance, ce poids culturel est comme nié ou à tout le moins minoré au profit d’autres thématiques plus consensuelles, en particulier le déclassement des classes supérieures. Sans nier ces préoccupations, Louis Maurin invite à prendre du recul avec un discours qui risque de rendre invisibles des pans bien plus larges de la société française.

La représentation de la société française semble prisonnière de stéréotypes: un pays surprotégé ou, à l’inverse, malheureux et en déclin. Qu’en est-il réellement?

Le débat sur les inégalités reste complètement pollué. D’un côté, par ceux qui nous disent que tout va pour le mieux, de l’autre par ceux qui exagèrent. Prenons l’exemple de la pauvreté. On estime que notre pays compte 9 millions de pauvres dont les revenus sont de 60% du niveau de vie médian (niveau qui partage la population en deux), alors que pendant très longtemps la référence était la moitié du niveau de vie médian.

En changeant de seuil, on passe de 4,5 à 8,8 millions de pauvres… Or, ce seuil correspond à 2.500 euros de revenu (après impôts et prestations sociales) pour une famille avec deux enfants. On est très loin du niveau de vie de certaines familles parmi les plus démunies, qui doivent faire appel à des secours d’urgence ou à des associations caritatives. À force de tout confondre, on arrive à ces discours selon lesquels en fait, les pauvres sont riches, ils ont des téléphones portables et des écrans plats et donc tout va bien dans la société française.

Tout en restant un des pays où le taux de pauvreté est parmi les plus faibles au monde avec les pays du nord de l’Europe, la France a vu le nombre de pauvres augmenter d’un million en dix ans –au seuil de 50% du niveau de vie médian donc. Sans avoir connu une explosion des inégalités comparable à celle des pays anglo-saxons, la France a connu un phénomène d’accroissement des inégalités qui ne s’observe pas seulement «par le haut», au sommet des revenus, mais aussi «par le bas».

Un des lieux communs des inégalités consiste à opposer les ultrariches au reste de la population. Or, vous écrivez que cette focalisation sur le 1% nous exonère de réfléchir en profondeur aux questions qui fâchent…

En France, les «riches» sont tous ceux qui gagnent plus que nous… Tout le monde pense qu’il y a trop d’inégalités, c’est normal. Mais en se focalisant sur les «ultras-riches» on loupe toujours le coche dans les débats sur la répartition des revenus: on montre du doigt certaines catégories étroites pour éviter une redistribution bien plus globale. Certes, l’enrichissement des très riches est indécent, mais se concentrer sur ce point est une façon pour les catégories aisées de se défausser, de repasser le mistrigri de la solidarité. Aujourd’hui, en France avec 3.000 euros nets par mois pour une personne seule (après impôts et prestations sociales), vous faites partie du club des 10% des plus favorisés. Vous êtes quoi? «Moyen»? Tout une partie des catégories aisées, qui peuvent se réclamer de la gauche, se déguisent en «classes moyennes», parfois «supérieures». Si tout le monde est moyen alors tout va bien, et il n’y a plus de domination sociale!

Les inégalités augmentent-elles?

On peut faire trois constats.

En haut de l’échelle des revenus, le «festival» des années 2000, qui ont conjugué marasme économique, montée du chômage, baisses d’impôts et hausse des hauts revenus s’est un peu atténué. Les rendements financiers ne sont plus les mêmes et entre 2011 et 2013 la fiscalité s’est accrue pour les plus riches. Ils continuent de s’enrichir, mais plus avec les mêmes perspectives.

Les catégories moyennes, qui ne sont ni «martyrisées» ni «étranglées» contrairement à ce qu’on entend parfois, ont, en revanche, depuis 2008 un niveau qui n’augmente plus. Or, en matière de revenus comme dans bien des domaines, c’est moins le niveau lui-même qui compte que l’écart entre votre situation et ce à quoi vous aspirez. Vous n’êtes pas «étranglé», votre situation est meilleure que celle des catégories inférieures, mais le freinage est brusque: il marque une rupture.

On est depuis dix ans une société de stagnation des revenus, et c’est un changement historique. Depuis la Seconde Guerre mondiale, une partie des catégories sociales modestes (ouvriers, employés, agriculteurs), ont été aspirées par le haut et, à force de mobilité sociale, ont accédé aux couches moyennes. Elles arrivaient jusque récemment à obtenir des niveaux de consommation toujours plus élevés, une amélioration du logement, etc. Désormais, elles font du surplace.  Rien ne dit que cela durera toujours, mais il faut y prêter attention, ce phénomène de freinage est une source de tensions. Alors que les politiques publiques ont, c’est normal, comme priorité d’alléger le fardeau des plus démunis, une partie des classes moyennes ont tendance à se sentir oubliées.

«Le diplôme est devenu une des protections majeures, qui sépare le monde des “stables” et celui des “flexibles”.»

Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des Inégalités

En bas de l’échelle sociale, enfin, on observe un phénomène vraiment nouveau depuis notre précédent rapport de 2015: la baisse de niveau de vie réel des plus pauvres. Là, il ne s’agit plus de stagnation, mais bien de marche arrière. Jusqu’à présent, le modèle social a amorti en partie le choc, ce qui explique qu’on ne vive pas une situation à l’américaine avec un effondrement du niveau de vie. Mais avec le chômage, les indemnisations qui arrivent à leur terme, les jeunes qui arrivent à l’âge adulte et deviennent autonomes avec des niveaux de vie de plus en plus faibles et les familles qui en se séparant peuvent devenir deux foyers pauvres, le phénomène est inquiétant.

Une situation où les inégalités se creusent parce que les plus riches ont des revenus fous mais où les plus pauvres continuent à s’élever est très différente d’une situation où les écarts se creusent des deux côtés. Plus encore qu’au sein des classes moyennes, une partie des couches populaires sont exclues du progrès et le vivent très concrètement avec la baisse de leur niveau de vie.

Parmi les dimensions des inégalités sociales, lesquelles sont les plus handicapantes?

L’école est génératrice d’inégalités sociales très structurantes. Avec le statut stable d’emploi, qui assure qu’on aura encore du travail demain, le diplôme est devenu l’une des protections majeures. Il sépare très souvent le monde des «stables» et celui des «flexibles». Les serviteurs des autres classes sont massivement des jeunes (parfois pas tant que cela) peu diplômés qui travaillent en horaires décalés, le dimanche, le soir pour des faibles salaires, ceux qui ont les emplois les plus difficiles et les tâches les plus épuisantes, sont massivement des gens qui n’ont pas réussi à obtenir le bon diplôme dans le système scolaire. Les stables ont besoin de toujours plus de flexibilité des flexibles, pour mieux les servir.

Un diplômé peut aussi connaître une période de chômage, et son niveau de vie va peut-être baisser. Mais sa probabilité de retrouver un emploi n’a rien à voir avec celle des non diplômés, qui eux resteront sur le bord de la route. Au-delà de l’emploi, le formalisme du titre scolaire et son poids dans les parcours professionnels structure très fortement notre société. Un peu comme l’étiquette sociale dans l’Angleterre du XIXe siècle, le diplôme français joue cette forme d’étiquette beaucoup plus puissante que dans d’autres pays.

«Le discours sur la soi-disant précarisation en masse et les “intellos précaires”, est un discours de réassurance des diplômés. C’est une manière de s’approprier la crise, de se placer parmi ses victimes et d’occulter la valeur du diplôme.»

Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des Inégalités

Même avec la massification scolaire, il y a encore deux France dans le rapport aux études supérieures?

Comme pour les revenus, il faut remettre certaines pendules à l’heure. En France, 16% de la population française de plus de 25 ans a un diplôme supérieur au niveau Bac +2. Les classes moyennes du diplôme, c’est le CAP our le BEP, les pauvres, le certificat d’études. N’oublions pas que plus de la moitié des 25-29 ans ne sont pas diplômés de l’enseignement supérieur. Arrêtons de faire comme si c’était la règle. Le décalage est total entre la façon dont on se représente la société chez les diplômés et la société réelle: d’où notamment une incompréhension d’une partie de la classe politique, dont le discours s’adresse à une poignée de bac+5. Les autres ne comprennent pas son langage abscons.

Vous êtes vous-mêmes assez critique sur le «déclassement» social que connaîtraient les «intellos précaires» et plus généralement les catégories diplômées…

Le discours sur la soi-disant précarisation en masse, les «intellos précaires», est un discours de réassurance des diplômés. Refuser de voir que les non diplômés sont bien plus souvent concernés est une manière de s’approprier la crise, de se placer parmi ses victimes et d’occulter la valeur du diplôme.

Je ne veux surtout pas nier qu’il y a de vrais phénomènes de déclassement pour certains diplômes universitaires: les niveaux scolaires ne conduisent plus aux mêmes positions qu’hier. Comme pour les revenus, ce qui compte est l’écart entre les aspirations et la réalité. Au passage, c’est pour cela qu’il est totalement absurde de traiter les Français de «pessimistes», comme le laissait croire un rapport de France stratégie opposant la perception des inégalités par les Français à la «réalité».

Le Bac +5 ne vaut plus ce qu’il valait il y a vingt ans ou trente ans: que la jeunesse diplômée déclassée ait du ressentiment, c’est compréhensible. Mais il n’y a rien de commun entre la situation de ces classes-là et celles d’en dessous qui n’ont pas de diplôme. Certes, quand on part de rien et qu’on aboutit à rien, on tombe de moins haut, mais on vit avec rien. On confond donc des parcours de vie qui n’ont rien à voir en terme de statut et de position sociale, entre des Bac +5 dont une partie va effectivement avoir des difficultés quelques années avant de se stabiliser, et des sans diplôme qui vont galérer une grande partie de leur vie professionnelle et la terminer au niveau du Smic. S’apitoyer sur le déclassement des diplômés de l’enseignement supérieur est aussi une façon de ne pas parler de la vie des jeunes de milieux populaires, de les rendre invisibles.

Comment expliquer cette focalisation sur le «malheur» des plus diplômés? Est-ce le signe qu’ils vivent dans un «ghetto culturel» comme le formule Emmanuel Todd?

Tout est une question d’accès à la parole publique: les Bac +5 peuvent se faire entendre, les autres beaucoup moins. La bourgeoisie culturelle –horrifiée si on la qualifie de «bobo»– refuse absolument de se voir bourgeoise, et tente de nier le rôle essentiel du titre scolaire qui forme son capital. Elle manifeste bruyamment contre le Grand Capital économique, mais pour elle ses titres ne sont pas du capital. Il y a aujourd’hui un discours de classe des diplômés ­–elle a toute une presse pour cela– qui occulte totalement la situation des couches populaires pour se concentrer sur sa prétendue misère.

Arrêtons de nous cacher derrière notre petit doigt, on reste dans un système de domination de groupes sociaux par d’autres. Curieusement, on ne se demande pas qui est propriétaire du capital culturel, comment ses membres le conservent, avec quelles stratégies scolaires notamment. On le voit dès qu’on soulève la question de la démocratisation de l’école: essayez d’assouplir un tout petit peu la compétition scolaire ou de toucher à un cheveu de leur emblème, les «grandes écoles», et la réaction est immédiate. Ces classes diplômées ressortent leurs pancartes sur la complainte du niveau scolaire, en se servant de pseudo-intérêts des classes populaires pour justifier leur conservatisme. Le tour est joué.

Notons que les porteurs de pancartes sont autant de gauche que droite, qu’ils sont très organisés, et d’une violence à la hauteur des enjeux pour eux: imaginez si leurs enfants n’étaient plus certains de prendre leur place! C’est tout l’ordre social qui serait alors bouleversé. C’est pour cela qu’aucun candidat à l’élection présidentielle n’a de projet de refonte sérieuse de notre système scolaire mais ne propose que des replâtrages.

Il existe une forme de consensus des conservateurs de tous bords pour ne rien toucher au fond, pour ne pas transformer le système, se contenter d’empiler quelques dispositifs comme le nombre d’élèves par classe, de donner un peu plus dans quelques quartiers, mais ne pas toucher à la façon dont l’enseignement français est construit, à son élitisme, à son côté extrêmement académique, où tout est dans l’implicite pour les élèves, au système de notation sanction, etc.

«Les femmes touchent 10% de moins que les hommes à poste équivalent, tout le monde connaît ce chiffre. Mais les femmes ouvrières gagnent trois fois moins que les femmes cadres, cela ne pose aucun problème»

Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des Inégalités

Mais on va vous rétorquer qu’on vise l’excellence…

C’est tout le problème. Un système éducatif ne vise pas uniquement à produire l’excellence, il forme tout le monde. Il faut renverser notre mode de fonctionnement. L’école ne doit pas chercher à produire une élite soi-disant issue de tous les milieux (l’élitisme républicain, un mythe depuis le début) mais à faire progresser tout le monde, à ne laisser personne en chemin. Ce qui n’a rien d’incompatible avec des filières plus poussées. Mais il faut accepter d’en donner un peu moins à ceux qui ont déjà beaucoup et un peu plus à ceux qui ont peu. Regardez comment se lamentent les parents ultras diplômés dès qu’un de leur enfants soi-disant «s’ennuie» à l’école, et vous avez tout compris. Ou les tonnes de littérature sur nos pauvres «surdoués». C’est vrai que ceux qui dorment au fond de la classe, tout est de leur faute. Comme en plus une partie est d’origine immigrée…

La France a mis du temps pour ajouter les discriminations (ethniques, de genre) au logiciel des inégalités. Quels contasts l’Observatoire fait-il sur le caractère pluriel des inégalités?

Les inégalités se cumulent, et notre rapport donne toute leur place aux inégalités entre catégories sociales, entre femmes et hommes, entre Français et étrangers ou entre générations. Une femme noire originaire d’un pays extérieur à l’Union européenne et de parents ouvriers n’est pas dans la même situation qu’un homme blanc de plus de 50 ans.

Il y a également une lutte politique entre les formes d’inégalités, on pourrait parler d’une inégalité entre les inégalités. Pour ne pas voir les écarts de classe, on met en avant les «nouvelles inégalités» de la France dite «post-moderne». Très souvent, on s’inquiète de la parité entre femmes et hommes en oubliant la précarité. Vive les femmes au conseil d’administration du CAC 40, peu importe le temps partiel contraint, massivement féminin. Les femmes touchent 10% de moins que les hommes à poste équivalent, tout le monde connaît ce chiffre. Mais les femmes ouvrières gagnent trois fois moins que les femmes cadres, cela ne pose aucun problème.

De la même façon, la mise en avant de la «diversité» sert souvent à faire diversion par rapport aux inégalités sociales. Plus de femmes ou de personnes de couleur dans les entreprises, cela ne remet pas en cause leur mode de fonctionnement, ni la répartition des revenus dans la société. On s’inquiète de l’égalité des «chances» pour mieux oublier à quoi mènent ces «chances», comment sont construites nos sociétés, leurs hiérarchies, les rapports de force qui s’y jouent. Tant que le système n’est pas bousculé, il a tout intérêt à mettre en avant quelques leurres. Ça ne mange pas de pain.

Il ne s’agit pas d’occulter la domination masculine, le racisme, les discriminations et leur violence dans notre société. La femme dont les parents sont ouvriers, elle est aussi noire et en subit les conséquences. Aujourd’hui, les immigrés sont une cible facile pour l’homme blanc. Mais une forme d’inégalité ne doit pas en cacher une autre. Les tensions importantes de notre société naissent dans le refus de voir la situation de domination des catégories aisées, tant sur le plan des revenus que du diplôme, sur le reste de la population. Ces gourmands ont besoin de toujours plus de flexibilité à leur service. Ils risquent une indigestion.

Voir enfin:

Macron, confidences sacrées

Celui que ses adversaires accusent d’être un gourou « ne renie pas la dimension christique » du chemin qu’il suit. « La politique, c’est mystique. Mais je ne crois pas à la transcendance éthérée. Je ne sépare pas Dieu du reste ».

Le JDD

12 février 2017

C’est un petit rectangle de papier blanc très fin plié en quatre. Emmanuel Macron le sort de sa poche dans le TGV qui, vendredi, le conduit de Saint-Pierre-des-Corps à Paris. Et de le tendre à une collaboratrice : « C’est ce que m’a donné la dame qui avait une vision d’en haut… » Sourire suspendu du candidat d’En marche! On demande à lire. On n’est pas déçu. « Ce sera vous… Vous avez été choisi par ce qui est au-dessus de nous. Mais attention, restez toujours en harmonie avec votre âme. Annie M… » S’ensuivent un numéro de portable « 06 03… », et cette précision : « Candidature déposée dès votre appel du 19 janvier 2017. Troisième circonscription d’Indre-et-Loire. » Le mot, écrit à l’encre bleue, est daté du jour. Cette « Annie » qui tient « Emmanuel » pour un prophète le lui a remis pendant la séance de dédicaces de son livre.

«Il y a beaucoup de gens qui ont ça en tête. La politique, c’est mystique»

On demande à l’ancien ­ministre si cela lui arrive souvent. Il acquiesce : « Il y a beaucoup de gens qui ont ça en tête. La politique, c’est mystique. » Il est convaincu, Macron, que ce n’est pas parce qu’ils haïssent les politiques que les Français ont renoncé au sacré… « C’est tout mon combat. C’est une erreur de penser que le programme est le cœur d’une campagne. Les médias passent du commentaire d’un point de détail mineur du programme aux pires polémiques, et ainsi de suite. » Macron prend ce va-et-vient de haut. Il entend « construire une sacralité, selon l’un de ses amis, en ne s’abaissant pas à dire du mal des autres et en ne faisant pas de off avec les journalistes ». Il faut dire qu’il était à bonne école avec ­François Hollande : il lui suffit de faire l’inverse.

Macron a interdit à son public de siffler

« La politique, c’est comme la littérature, c’est un style, affirme l’ancien chouchou du Président. C’est une magie. Il faut définir le cœur de ce qu’on veut porter. » Ça ne nous en dit pas beaucoup plus. Un membre de son tout premier cercle risque un diagnostic : « Ce qui se passe entre Emmanuel et les Français repose non pas sur une idée choc qu’il aurait mise sur la table, mais sur une capacité de fascination de sa personne qui est l’émanation de ce qui l’anime. »

«J’ai toujours assumé la dimension de verticalité, de transcendance, mais en même temps elle doit s’ancrer dans de l’immanence complète, de la matérialité»

L’intéressé, lui, se propose de répondre à une question que nous ne lui avions pas posée : « Comment se construit le pouvoir charismatique? C’est un mélange de choses sensibles et de choses intellectuelles. J’ai toujours assumé la dimension de verticalité, de transcendance, mais en même temps elle doit s’ancrer dans de l’immanence complète, de la matérialité. Je ne crois pas à la transcendance éthérée. Il faut tresser les deux, l’intelligence et la spiritualité. Sinon l’intelligence est toujours malheureuse. Sinon les gens n’éprouvent de sensations que vers les passions tristes, le ressentiment, la jalousie, etc. Il faut donner une intensité aux passions heureuses. » En prêchant? « Dans mes discours, j’essaie de convaincre en donnant à voir. Contrairement aux autres, je n’ai pas un parti de gens qui réagissent de manière pavlovienne. Je leur ai interdit de siffler. Je leur donne à voir quelque chose d’autre. » Quoi? Un homme qui leur a hurlé sa ferveur, en décembre, à Paris, jusqu’à se casser la voix ; qui achève ses réunions publiques les bras en croix ; qui prône la « bienveillance » ; que Mélenchon accuse d’être « un champignon hallucinogène » et Fillon, « un gourou ».

« Je ne suis pas sûr que Dieu ait jamais parlé »

Dieu lui parle-t-il? À cet instant, il baisse la voix. Ne sourit plus. « Non. » Il tourne la tête vers la vitre de la voiture – de seconde classe, s’il vous plaît – et lance sans nous regarder, alors même qu’il n’aime rien tant, d’ordinaire, que planter ses pupilles dans celles de ses « semblables », comme il a dit en citant René Char, et les écarquiller un peu, un tout petit peu, juste ce qu’il faut pour vous faire sentir qu’il y a là de la profondeur et de l’étrangeté. « Je ne suis pas sûr que Dieu ait jamais parlé. À la fin, ce sont les voix qu’on crée soi-même. » Il a dit cela tellement vite. À croire qu’il se parle à lui-même.

C’est seulement après qu’il se retourne vers nous. On pense à Dominique de Villepin qui sature l’espace de ses mots empanachés et discourt de tout, sauf de Dieu : « Parce que c’est fondamental, nous avoua ce dernier il y a une poignée d’années. Je n’en parle jamais. C’est si fortement ancré en moi que ça ne se formalise pas politiquement. » On le raconte à Macron. Vous êtes pareil? on lui demande. « Je sais en parler de manière latérale. » Qu’est-ce à dire? « Je sais en dire ce qu’on peut en dire sans rien dévoiler. » Bigre. « Je ne sépare pas Dieu du reste. Je fais le lien entre la transcendance et l’immanence. » Dit autrement : là où Villepin ne s’adressait qu’à l’Histoire et aux étoiles, Macron se veut aussi en adéquation avec le monde réel.

«J’aime les gens qui ont un monde à part»

Mais le parallèle avec l’ancien Premier ministre ne le gêne ni ne le surprend. « Villepin reste d’une intelligence sur l’âme française qui est stupéfiante. On a une idée très semblable de ce qu’est la France. Je le vois régulièrement. J’aime beaucoup échanger avec lui. J’aime les gens qui ont un monde à part. » Estime-t-il, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, qu' »il y a quelque chose de christique dans ce qui lie l’électeur à l’élu »? « La dimension christique, je ne la renie pas ; je ne la revendique pas. » Ainsi soit-il.

Il insiste néanmoins : « Je ne cherche pas à être un prédicateur christique. » Dans la bouche de l’un de ses lieutenants, cela donne : « Attention, Macron n’est pas un déglingué qui vaticine. »

« Il faut osciller entre humilité et arrogance »

Depuis le début de la conversation, il n’a pas touché aux deux iPhone qu’il a posés à l’envers sur la tablette devant lui. Une politesse qui ne se fait (presque) plus. À l’instar de son refus du casse-croûte proposé par son équipe – « Je ne vais pas parler en mangeant, ce n’est pas correct » – ou encore de l’expression d’enfant de chœur qu’il emploie au sujet de cette bague qu’il porte à l’annulaire de la main droite, en parfaite symétrie avec son alliance – « parce que j’ai vécu longtemps hors mariage ». « Hors mariage », il a dit.

On sent que c’est important, ce talisman contre le sentiment d’avoir péché. La sémantique de communiant a contaminé ses proches. « Pour lui, cette campagne est un chemin de vie, assure l’un d’eux. Il suit ce chemin. » Depuis qu’il s’est mis en marche, la voie semble se dégager et les planètes s’aligner dans le ciel au-dessus de sa tête. « C’est ce que j’appelle la ruse de l’Histoire », confirme celui qui a l’œil ostentatoirement humble et le nez affûté par l’arrogance. « Il faut osciller entre humilité et arrogance. Si vous tombez d’un côté, vous devenez soit inefficace soit dangereux. » Amen.

Anna Cabana – Le Journal du Dimanche


Présidence Trump: Attention, une faute peut en cacher une autre (Twitter president: That a New York billionaire almost alone grasped how red-state America truly thought, talked and acted will remain one of the astonishing ironies of American political history)

18 mars, 2017
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A working class hero is something to be. John Lennon
Aux États-Unis, les plus opulents citoyens ont bien soin de ne point s’isoler du peuple ; au contraire, ils s’en rapprochent sans cesse, ils l’écoutent volontiers et lui parlent tous les jours. Ils savent que les riches des démocraties ont toujours besoin des pauvres et que, dans les temps démocratiques, on s’attache le pauvre par les manières plus que par les bienfaits. La grandeur même des bienfaits, qui met en lumière la différence des conditions, cause une irritation secrète à ceux qui en profitent; mais la simplicité des manières a des charmes presque irrésistibles : leur familiarité entraîne et leur grossièreté même ne déplaît pas toujours. Ce n’est pas du premier coup que cette vérité pénètre dans l’esprit des riches. Ils y résistent d’ordinaire tant que dure la révolution démocratique, et ils ne l’abandonnent même point aussitôt après que cette révolution est accomplie. Ils consentent volontiers à faire du bien au peuple ; mais ils veulent continuer à le tenir à distance. Ils croient que cela suffit ; ils se trompent. Ils se ruineraient ainsi sans réchauffer le coeur de la population qui les environne. Ce n’est pas le sacrifice de leur argent qu’elle leur demande; c’est celui de leur orgueil. Tocqueville
J’appelle stratégies de condescendance ces transgressions symboliques de la limite qui permettent d’avoir à la fois les profits de la conformité à la définition et les profits de la transgression : c’est le cas de l’aristocrate qui tape sur la croupe du palefrenier et dont on dira «  Il est simple », sous-entendu, pour un aristocrate, c’est-à-dire un homme d’essence supérieure, dont l’essence ne comporte pas en principe une telle conduite. (…) Le consacré condescendant choisit délibérément de passer la ligne ; il a le privilège des privilèges, celui qui consiste à prendre des libertés avec son privilège. Pierre  Bourdieu
Il faut inscrire dans la théorie le principe réel des stratégies, c’est-à-dire le sens pratique ou, si l’on préfère, ce que les sportifs appellent le sens du jeu, comme maîtrise pratique de la logique ou de la nécessité immanente d’un jeu qui s’acquiert par l’expérience du jeu et qui fonctionne en deçà de la conscience et du discours (à la façon par exemple des techniques du corps). (…) Mais on peut refuser de voir dans la stratégie le produit d’un programme inconscient sans en faire le produit d’un calcul conscient et rationnel. Elle est le produit du sens pratique comme sens du jeu, d’un jeu social particulier, historiquement défini, qui s’acquiert dès l’enfance en participant aux activités sociales, notamment (…) aux jeux enfantins. Le bon joueur, qui est en quelque sorte le jeu fait homme, fait à chaque instant ce qui est à faire, ce que demande et exige le jeu. Cela suppose une invention permanente, indispensable pour s’adapter à des situations indéfiniment variées, jamais parfaitement identiques. Ce que n’assure pas l’obéissance mécanique à la règle explicite, codifiée (quand elle existe). (…) On voit qu’il n’y a pas à poser le problème en termes de spontanéité et de contrainte, de liberté et de nécessité, d’individu et de social. L’habitus comme sens du jeu est le jeu social incorporé, devenu nature. Rien n’est plus libre ni plus contraint à la fois que l’action du bon joueur. Il se trouve tout naturellement à l’endroit où la balle va tomber, comme si la balle le commandait, mais, par là, il commande à la balle. Pierre Bourdieu (1985)
Rien n’illustre mieux la liberté extraordinaire que donne à l’émetteur une conjonction de facteurs favorisants, que le phénomène de l’hypocorrection. Inverse de l’hypercorrection, phénomène caractéristique du parler petit-bourgeois, l’hypocorrection n’est possible que parce que celui qui transgresse la règle (Giscard par exemple lorsqu’il n’accorde pas le participe passé avec le verbe avoir) manifeste par ailleurs, par d’autres aspects de son langage, la prononciation par exemple, et aussi par tout ce qu’il est, par tout ce qu’il fait, qu’il pourrait parler correctement. Pierre Bourdieu 
C’est une chose que Weber dit en passant dans son livre sur le judaïsme antique : on oublie toujours que le prophète sort du rang des prêtres ; le Grand Hérésiarque est un prophète qui va dire dans la rue ce qui se dit normalement dans l’univers des docteurs. Bourdieu
Samedi 31 décembre, François Hollande prononçait depuis l’Élysée ses derniers vœux présidentiels. Comme il est d’usage lorsque le chef de l’État prend la parole, le compte Twitter de l’Élysée a relayé les phrases les plus importantes du discours en direct. Sauf que le community manager (la personne en charge des réseaux sociaux) du Président l’a fait avec une foultitude de fautes d’orthographes. Ainsi « je me rendrais » au lieu de « rendrai » pour exprimer le futur ; « vous avez tenu bons » avec un « s » en trop ; « le socle et là » au lieu de « est » ; « la France a un rang et des valeurs a défendre » (sans accent sur le « à ») ; « c’est vous qui auraient le dernier mot », pour « aurez ». Le Lab Europe 1
A toutes les équipes de l’École de Gendarmerie de Tulle, mille mercis pour votre engagement aux côtés de nos personnels de l’Éducation. Votre expertise, votre professionalisme impressionnant nous sont plus que précieux. Amitiés. Najat Vallaud-Belkacem
J’adresse mes plus chaleureuses félicitations au Paris Saint Germain qui a fait rêvé notre jeunesse. Najat Vallaud-Belkacem
La brutalité de la droite extrême vêtue d’une parka aussi rouge que le gros rouge qui tâche, voilà ce qui attend le pays. Najat Vallaud-Belkacem
Twitter users are the least literate of the internet users we looked at, with 0.56% of words on the network being either misspelled or otherwise unofficial, perhaps due to its stricter character limit. Americans tend to deviate slightly more than those based in the UK, with the Brits at 0.53% and the USA at the global average of 0.56%. Interestingly, tweeters have been getting increasingly literate over the past few years, getting 0.01% more literate each year since 2011 – is this a result of increased adoption of auto-correcting devices perchance? Females are more likely to deviate too, using unofficial language every 169 words, whereas males do it once every 192. The fairer gender are also responsible for elongating words like arghhh, awwww, soooo and ahhh much more than males, who instead prefer to shorten them to things like gonna, wanna and kinda. The most common form of ‘error’ is the exclusion of apostrophes, resulting in words like im, wont, cant, theres, hes, womens and parents. The second most frequent deviation was the usage of acronyms, the widest used of which was LOL, followed by WTF, LMAO, YOLO, OMG and FFS. In terms of the actual words that are misspelled, here are the favourites: definitely separate embarrass achieve surprise weird government argument. Brandwatch
Bosses regularly complain about the poor literacy standards among school leavers, whose written English in applications forms and CVs can be shocking. The research uses examples such as one applicant stating: ‘I wont to work wiv you’re company.’ Others regularly confuse the words ‘to’ and ‘too’, such as: ‘I’d like too work with you’, while asking whether job ‘oppurtunities’ are ‘avalible’ at the company. Others sign their letters with several kisses, showing an inappropriate level of friendliness with a potential boss who they have never met. Tracy Newby, head of English at Ringmer Community College in East Sussex, said helping her students to learn good spelling and grammar involves a ‘fight’ with social media. She said: ‘Social media has a massive impact on students every day. The Daily Telegraph
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
Nous avons gagné chez les évangélistes. Nous avons gagné avec les jeunes. Avec les vieux. Avec les diplômés de l’enseignement supérieur. Avec ceux qui sont peu diplômés. J’aime ceux qui sont peu diplômés. Donald Trump
Sorry losers and haters, but my I.Q. is one of the highest -and you all know it! Please don’t feel so stupid or insecure, it’s not your fault. Donald Trump (2013)
I’m much smarter than them. I think I have a much higher IQ. I think I went to a better college — better everything. Donald Trump
Maybe if these elites-pretending-not-to-be-elites deigned to talk to some knowledgeable elites in government once in a while, they might emerge from the distorted, belligerent, dystopian, Darwinian, cracked-mirror world that is alarming Americans and our allies. They might even stop ripping off the working-class people they claim to be helping. Maureen Dowd
I was in Doha last week, and a Sudanese woman approached me to explain how desperate she felt about the fact that her son, at school in the United States, now felt unable to travel to see her. He was afraid that if he left he might not be allowed back. In lots of small and not-so-small ways, the mean, militaristic mind of the American president has come to inhabit people’s lives. If a budget can be a portrait of a soul, then this president’s is arid and shriveled. It is filled with contempt for the needy. Here is a man dismissive of the arts, the environment, the humanities, diplomacy, peacekeeping, science, public education and civilian national service — in short, civilization itself. If he could defund goodness he would. Charity is also ripe for the ax. Creativity needs skewering. Giving is weakness. All that counts are acquisitive instinct, walls and bans (of the kind that keep mother and son apart), displays of power, and the frisson of selective cruelty that lay behind his successful TV show. Everyone is now Donald Trump’s apprentice, at least as he sees it. In Doha, at The New York Times “Art for Tomorrow” conference, I met the artist Christo. This was before rumors that Trump wants to cut all funding to the National Endowment for the Arts were confirmed. It’s been a particularly hard couple of months for Christo. He knows all about walls. He knows all about being a refugee. As a young man in the 1950s, he fled communist Bulgaria, then part of the totalitarian Soviet imperium. When the Berlin Wall went up in 1961, he made a wall of oil barrels on the Rue Visconti in Paris. From 1964 to 1967, he lived as an illegal immigrant in New York with his late wife Jeanne-Claude, before getting a green card and becoming a citizen in 1973. By the time America opened its arms to him, he had been stateless for 17 years. Freedom meant something. The United States was more than a country; it was an idea. (…) For more than two decades, Christo has labored to create a work called “Over the River” in Colorado — a canopy of silvery fabric that was to have been suspended for two weeks over 42 miles of the Arkansas River, a flowing, billowing liquid mirror. But now, after spending some $15 million, he has walked away in perhaps the biggest single act of protest by an artist against Donald Trump. Much of the land is federally owned. As Christo explained to my colleague Randy Kennedy earlier this year, “The federal government is our landlord. They own the land. I can’t do a project that benefits this landlord.” In Doha, Christo, who is 81, refused to sit down. Defiance is part of him. To live freely is an immense act of will. For an hour he spoke with irrepressible vitality. Eat little, he counseled, in order to channel energy (in his case yogurt with garlic for breakfast, then nothing until dinner). Decide what you want — that is the most difficult part — and then apply yourself without compromise to that end. (…) The only use I can imagine for Trump’s grotesque wall is for Christo to wrap it and set us free. Roger Cohen
It’s bizarre that Trump, who has bragged about his MBA from the University of Pennsylvania, is now lumping himself in with the « poorly educated. »But it’s true that the more educated Republicans are, the less likely they are to warm up to him. According to exit polls, Trump won Nevada voters without a high school degree with 57 percent of the vote. He won voters with some college with 49 percent of the vote. He won college graduates with 42 percent of the vote. And among those with a postgraduate degree, his share was only 37 percent. Vox
Trump did graduate from the Wharton School of business at the University of Pennsylvania, an Ivy League college. But Trump did not get an MBA from Wharton; he has a much less prestigious undergraduate degree. He was a transfer student who arrived at Wharton after two years at Fordham University, which U.S. News & World Report currently ranks 66th among national universities. (Besides, simply going to an Ivy League school doesn’t prove you’re a genius.) Gwenda Blair, in her 2001 book “The Trumps,” said that Trump’s grades at Fordham were just “respectable” and that he got into Wharton mainly because he had an interview with an admissions officer who had been a high school classmate of his older brother. And Wharton’s admissions team surely knew that Trump was from one of New York’s wealthiest families. For years, numerous media reports said Trump graduated first in his class from Wharton, but that’s wrong. The 1968 commencement program does not list him as graduating with any sort of honors. In fact, the Boston Globe reported that he barely made an impression at all: “His former classmates said he seemed a student who spoke up a lot but rarely shined in class, who barely participated in campus activities, shunned fraternity parties.” 
He’s done so well with these people with who are high school educated, and I don’t mean this in a demeaning way at all, but it’s the fact, and the more blue collar workers who really are the heart of America and they think finally somebody is speaking for them but the truth is he is not for them not in his real life and that needs to be highlighted. (…) It doesn’t seem like he can be beaten at this point because he not only has all these poll figures in his favor but he has the momentum. The momentum is not only moving with him but ahead of him because people are still excited to see Donald Trump, if for the show if nothing else. (…)  you can’t keep saying he’s not a conservative because no one really cares about that apparently. They’re not driven by ideological arguments; they’re driven by their emotional feel that he’s on their team which is another joke. What they can do is make a very clear case how Donald Trump has crushed the little man on his way to larger and taller monuments to himself. Kathleen Parker (Washington Post)
Les gens  attendaient  Trump  et  son  discours franc, qui dit les choses comme elles sont et qui promet de défendre les intérêts du peuple.  Il  ne  tourne  pas  autour  du  pot  et c’est ça qu’on aime. (…)  et même si Trump ne le sait pas,  je  suis  persuadé  qu’il  a  été  envoyé par Dieu pour réparer ce pays et lui rendre  sa  grandeur  !  Le  système  est  corrompu,  nous  devons  revenir  aux  fondamentaux  :  les  valeurs  américaines,  le travail, le respect. Obama  est  allé  s’excuser  autour  du  monde, et  résultat,  personne  ne  nous  respecte. Cela va changer. Kelly Lee (électeur)
Les choses vont changer avec Trump car ce  n’est  pas  un  politicien,  il  ne  doit rien à cette élite qui vit entre elle depuis si longtemps. Mike Costello (électeur)
Les médias sont en embuscade, mais nous ne sommes pas inquiets parce que le peuple a vraiment vu le vrai visage partisan  de  ces  médias.  Trump  ne  se  laissera pas  faire.  Au  début  j’ai  été  choquée  de voir   son   usage   de   Twitter   car   je   suis conservatrice. Mais maintenant, je comprends.  Il  déjouera  leurs  plans  et  dira aux gens ce qu’il pense vraiment s’ils déforment    ses    propos. Nous avons besoin de lois. Aujourd’hui, les  gardes-frontières  n’ont  pas  le  droit d’arrêter les illégaux et laissent des villes sanctuaires  les  protéger  sans  la  moindre sanction.  Est-ce  normal  ?  La  presse  dit que c’est raciste de penser ce que je vous dis,   mais   c’est   ridicule   !   Nous   serions donc devenus une nation de racistes par- ce   que   nous   ne   sommes   pas   d’accord avec  ce   laxisme ? Annette (électrice)
Ce  qui  nous  plaît   chez Trump, c’est qu’il ne doit rien à personne. Il est milliardaire mais il accepte de faire  ce  job  pour  sauver  le  pays.  Il  n’en   avait pas besoin. C’est son atout. Car il va  pouvoir  se  concentrer  sur  l’essentiel,  au   lieu de penser à être réélu.  Obama  s’est  trop  excusé, nous devons montrer notre force. Nous espérons  que  Trump  sera  le  Reagan  de   notre  génération. James Mack (ouvrier machiniste de Pennsylvanie)
It’s not just visual: In interview after interview in all corners of the state, I’ve found that Trump’s support across the ideological spectrum remains strong. Democrats, Republicans, independents, people who have not voted in presidential elections for years — they have not wavered in their support. Two components of these voters’ answers and profiles remain consistent: They are middle-class, and they do not live in a big city. They are suburban to rural and are not poor — an element I found fascinating, until a Gallup survey last week confirmed that what I’ve gathered in interviews is more than just freakishly anecdotal. The Gallup analysis, based on 87,000 interviews over the past year, shows that while economic anxiety and Trump’s appeal are intertwined, his supporters for the most part do not make less than average Americans (not those in New York City or Washington, perhaps, but their Main Street peers) and are less likely to be unemployed. The study backs up what many of my interviews across the state found — that these people are more concerned about their children and grandchildren. While Trump supporters here are overwhelmingly white, their support has little to do with race (yes, you’ll always find one or two who make race the issue) but has a lot to do with a perceived loss of power. Not power in the way that Washington or Wall Street board rooms view power, but power in the sense that these people see a diminishing respect for them and their ways of life, their work ethic, their tendency to not be mobile (many live in the same eight square miles that their father’s father’s father lived in). Thirty years ago, such people determined the country’s standards in entertainment, music, food, clothing, politics, personal values. Today, they are the people who are accused of creating every social injustice imaginable; when anything in society fails, they get blamed. The places where they live lack economic opportunities for the next generation; they know their children and grandchildren will never experience the comfortable situations they had growing up — surrounded by family who lived next door, able to find a great job without going to college, both common traits among many successful small-business owners in the state. These Trump supporters are not the kind you find on Twitter saying dumb or racist things; many of them don’t have the time or the patience to engage in social media because they are too busy working and living life in real time. These are voters who are intellectually offended watching the Affordable Care Act crumble because they warned six years ago that it was an unworkable government overreach. They are the same people who wonder why President Obama has not taken a break from a week of golfing to address the devastating floods in Louisiana. (As one woman told me, “It appears as if he only makes statements during tragedies if there is political gain attached.”) Voice such a remark, and you risk being labeled a racist in many parts of America. The Joe-Six-Pack stereotype of a Trump supporter was not created in a vacuum; it’s real and it’s out there. Yet, if you dig down deep into the Gallup survey — or, better yet, take a drive 15 minutes outside of most cities in America — you will learn a different story. That is, if you look and listen. Salena Zito
America is coming apart. For most of our nation’s history, whatever the inequality in wealth between the richest and poorest citizens, we maintained a cultural equality known nowhere else in the world—for whites, anyway. (…) But t’s not true anymore, and it has been progressively less true since the 1960s. People are starting to notice the great divide. The tea party sees the aloofness in a political elite that thinks it knows best and orders the rest of America to fall in line. The Occupy movement sees it in an economic elite that lives in mansions and flies on private jets. Each is right about an aspect of the problem, but that problem is more pervasive than either political or economic inequality. What we now face is a problem of cultural inequality. When Americans used to brag about « the American way of life »—a phrase still in common use in 1960—they were talking about a civic culture that swept an extremely large proportion of Americans of all classes into its embrace. It was a culture encompassing shared experiences of daily life and shared assumptions about central American values involving marriage, honesty, hard work and religiosity. Over the past 50 years, that common civic culture has unraveled. We have developed a new upper class with advanced educations, often obtained at elite schools, sharing tastes and preferences that set them apart from mainstream America. At the same time, we have developed a new lower class, characterized not by poverty but by withdrawal from America’s core cultural institutions. (…) Why have these new lower and upper classes emerged? For explaining the formation of the new lower class, the easy explanations from the left don’t withstand scrutiny. It’s not that white working class males can no longer make a « family wage » that enables them to marry. The average male employed in a working-class occupation earned as much in 2010 as he did in 1960. It’s not that a bad job market led discouraged men to drop out of the labor force. Labor-force dropout increased just as fast during the boom years of the 1980s, 1990s and 2000s as it did during bad years. (…) As I’ve argued in much of my previous work, I think that the reforms of the 1960s jump-started the deterioration. Changes in social policy during the 1960s made it economically more feasible to have a child without having a husband if you were a woman or to get along without a job if you were a man; safer to commit crimes without suffering consequences; and easier to let the government deal with problems in your community that you and your neighbors formerly had to take care of. But, for practical purposes, understanding why the new lower class got started isn’t especially important. Once the deterioration was under way, a self-reinforcing loop took hold as traditionally powerful social norms broke down. Because the process has become self-reinforcing, repealing the reforms of the 1960s (something that’s not going to happen) would change the trends slowly at best. Meanwhile, the formation of the new upper class has been driven by forces that are nobody’s fault and resist manipulation. The economic value of brains in the marketplace will continue to increase no matter what, and the most successful of each generation will tend to marry each other no matter what. As a result, the most successful Americans will continue to trend toward consolidation and isolation as a class. Changes in marginal tax rates on the wealthy won’t make a difference. Increasing scholarships for working-class children won’t make a difference. The only thing that can make a difference is the recognition among Americans of all classes that a problem of cultural inequality exists and that something has to be done about it. That « something » has nothing to do with new government programs or regulations. Public policy has certainly affected the culture, unfortunately, but unintended consequences have been as grimly inevitable for conservative social engineering as for liberal social engineering. The « something » that I have in mind has to be defined in terms of individual American families acting in their own interests and the interests of their children. Doing that in Fishtown requires support from outside. There remains a core of civic virtue and involvement in working-class America that could make headway against its problems if the people who are trying to do the right things get the reinforcement they need—not in the form of government assistance, but in validation of the values and standards they continue to uphold. The best thing that the new upper class can do to provide that reinforcement is to drop its condescending « nonjudgmentalism. » Married, educated people who work hard and conscientiously raise their kids shouldn’t hesitate to voice their disapproval of those who defy these norms. When it comes to marriage and the work ethic, the new upper class must start preaching what it practices. Charles Murray
We’re in the midst of a rebellion. The bottom and middle are pushing against the top. It’s a throwing off of old claims and it’s been going on for a while, but we’re seeing it more sharply after New Hampshire. This is not politics as usual, which by its nature is full of surprise. There’s something deep, suggestive, even epochal about what’s happening now. I have thought for some time that there’s a kind of soft French Revolution going on in America, with the angry and blocked beginning to push hard against an oblivious elite. It is not only political. Yes, it is about the Democratic National Committee, that house of hacks, and about a Republican establishment owned by the donor class. But establishment journalism, which for eight months has been simultaneously at Donald Trump’s feet (“Of course you can call us on your cell from the bathtub for your Sunday show interview!”) and at his throat (“Trump supporters, many of whom are nativists and nationalists . . .”) is being rebelled against too. Their old standing as guides and gatekeepers? Gone, and not only because of multiplying platforms. (…) All this goes hand in hand with the general decline of America’s faith in its institutions. We feel less respect for almost all of them—the church, the professions, the presidency, the Supreme Court. The only formal national institution that continues to score high in terms of public respect (72% in the most recent Gallup poll) is the military (…) we are in a precarious position in the U.S. with so many of our institutions going down. Many of those pushing against the system have no idea how precarious it is or what they will be destroying. Those defending it don’t know how precarious its position is or even what they’re defending, or why. But people lose respect for a reason. (…) It’s said this is the year of anger but there’s a kind of grim practicality to Trump and Sanders supporters. They’re thinking: Let’s take a chance. Washington is incapable of reform or progress; it’s time to reach outside. Let’s take a chance on an old Brooklyn socialist. Let’s take a chance on the casino developer who talks on TV. In doing so, they accept a decline in traditional political standards. You don’t have to have a history of political effectiveness anymore; you don’t even have to have run for office! “You’re so weirdly outside the system, you may be what the system needs.” They are pouring their hope into uncertain vessels, and surely know it. Bernie Sanders is an actual radical: He would fundamentally change an economic system that imperfectly but for two centuries made America the wealthiest country in the history of the world. In the young his support is understandable: They have never been taught anything good about capitalism and in their lifetimes have seen it do nothing—nothing—to protect its own reputation. It is middle-aged Sanders supporters who are more interesting. They know what they’re turning their backs on. They know they’re throwing in the towel. My guess is they’re thinking something like: Don’t aim for great now, aim for safe. Terrorism, a world turning upside down, my kids won’t have it better—let’s just try to be safe, more communal. A shrewdness in Sanders and Trump backers: They share one faith in Washington, and that is in its ability to wear anything down. They think it will moderate Bernie, take the edges off Trump. For this reason they don’t see their choices as so radical. (…) The mainstream journalistic mantra is that the GOP is succumbing to nativism, nationalism and the culture of celebrity. That allows them to avoid taking seriously Mr. Trump’s issues: illegal immigration and Washington’s 15-year, bipartisan refusal to stop it; political correctness and how it is strangling a free people; and trade policies that have left the American working class displaced, adrift and denigrated. Mr. Trump’s popularity is propelled by those issues and enabled by his celebrity. (…) Mr. Trump is a clever man with his finger on the pulse, but his political future depends on two big questions. The first is: Is he at all a good man? Underneath the foul mouthed flamboyance is he in it for America? The second: Is he fully stable? He acts like a nut, calling people bimbos, flying off the handle with grievances. Is he mature, reliable? Is he at all a steady hand? Political professionals think these are side questions. “Let’s accuse him of not being conservative!” But they are the issue. Because America doesn’t deliberately elect people it thinks base, not to mention crazy. Peggy Noonan
In 1978, the eminent sociologist William Julius Wilson argued confidently that class would soon displace race as the most important social variable in American life. As explicit legal barriers to minority advancement receded farther into the past, the fates of the working classes of different races would converge. By the mid 2000s, Wilson’s thesis looked pretty good: The black middle class was vibrant and growing as the average black wealth nearly doubled from 1995 to 2005. Race appeared to lose its salience as a political predictor: More and more blacks were voting Republican, reversing a decades-long trend, and in 2004 George W. Bush collected the highest share of the Latino (44 percent) vote of any Republican ever and a higher share of the Asian vote (43 percent) than he did in 2000. Our politics grew increasingly ideological and less racial: Progressives and the beneficiaries of a generous social-welfare state generally supported the Democratic party, while more prosperous voters were more likely to support Republicans. Stable majorities expressed satisfaction with the state of race relations. It wasn’t quite a post-racial politics, but it was certainly headed in that direction. But in the midst of the financial crisis of 2007, something happened. Both the white poor and the black poor began to struggle mightily, though for different reasons. And our politics changed dramatically in response. It’s ironic that the election of the first black president marked the end of our brief flirtation with a post-racial politics. By 2011, William Julius Wilson had published a slight revision of his earlier thesis, noting the continued importance of race. The black wealth of the 1990s, it turned out, was built on the mirage of house values. Inner-city murder rates, which had fallen for decades, began to tick upward in 2015. In one of the deadliest mass shootings in recent memory, a white supremacist murdered nine black people in a South Carolina church. And the ever-present antagonism between the police and black Americans — especially poor blacks whose neighborhoods are the most heavily policed — erupted into nationwide protests. Meanwhile, the white working class descended into an intense cultural malaise. Prescription-opioid abuse skyrocketed, and deaths from heroin overdoses clogged the obituaries of local papers. In the small, heavily white Ohio county where I grew up, overdoses overtook nature as the leading cause of death. A drug that for so long was associated with inner-city ghettos became the cultural inheritance of the southern and Appalachian white: White youths died from heroin significantly more often than their peers of other ethnicities. Incarceration and divorce rates increased steadily. Perhaps most strikingly, while the white working class continued to earn more than the working poor of other races, only 24 percent of white voters believed that the next generation would be “better off.” No other ethnic group expressed such alarming pessimism about its economic future. And even as each group struggled in its own way, common forces also influenced them. Rising automation in blue-collar industries deprived both groups of high-paying, low-skill jobs. Neighborhoods grew increasingly segregated — both by income and by race — ensuring that poor whites lived among poor whites while poor blacks lived among poor blacks. As a friend recently told me about San Francisco, Bull Connor himself couldn’t have designed a city with fewer black residents. Predictably, our politics began to match this new social reality. In 2012, Mitt Romney collected only 27 percent of the Latino vote. Asian Americans, a solid Republican constituency even in the days of Bob Dole, went for Obama by a three-to-one margin — a shocking demographic turn of events over two decades. Meanwhile, the black Republican became an endangered species. Republican failures to attract black voters fly in the face of Republican history. This was the party of Lincoln and Douglass. Eisenhower integrated the school in Little Rock at a time when the Dixiecrats were the defenders of the racial caste system.(…) For many progressives, the Sommers and Norton research confirms the worst stereotypes of American whites. Yet it also reflects, in some ways, the natural conclusions of an increasingly segregated white poor. (…) The reality is not that black Americans enjoy special privileges. In fact, the overwhelming weight of the evidence suggests that the opposite is true. Last month, for instance, the brilliant Harvard economist Roland Fryer published an exhaustive study of police uses of force. He found that even after controlling for crime rates and police presence in a given neighborhood, black youths were far likelier to be pushed, thrown to the ground, or harassed by police. (Notably, he also found no racial disparity in the use of lethal force.) (…) Getting whipped into a frenzy on conspiracy websites, or feeling that distant, faceless elites dislike you because of your white skin, doesn’t compare. But the great advantages of whiteness in America are invisible to the white poor, or are completely swallowed by the disadvantages of their class. The young man from West Virginia may be less likely to get questioned by Yale University police, but making it to Yale in the first place still requires a remarkable combination of luck and skill. In building a dialogue around “checking privilege,” the modern progressive elite is implicitly asking white America — especially the segregated white poor — for a level of social awareness unmatched in the history of the country. White failure to empathize with blacks is sometimes a failure of character, but it is increasingly a failure of geography and socialization. Poor whites in West Virginia don’t have the time or the inclination to read Harvard economics studies. And the privileges that matter — that is, the ones they see — are vanishing because of destitution: the privilege to pay for college without bankruptcy, the privilege to work a decent job, the privilege to put food on the table without the aid of food stamps, the privilege not to learn of yet another classmate’s premature death. (…) Because of this polarization, the racial conversation we’re having today is tribalistic. On one side are primarily white people, increasingly represented by the Republican party and the institutions of conservative media. On the other is a collection of different minority groups and a cosmopolitan — and usually wealthier — class of whites. These sides don’t even speak the same language: One side sees white privilege while the other sees anti-white racism. There is no room for agreement or even understanding. J. D. Vance
Est-ce le plus beau cadeau qu’Hillary Clinton ait fait à son adversaire ? En traitant “la moitié” des électeurs de Trump de “basket of deplorables”, Hillary a donné à l’équipe Trump un nouveau slogan de campagne : Les Deplorables (en français sur l’affiche avec le “e” sans accent, et aussi sur les t-shirts, sur les pots à café, dans la salle, etc.) ; avec depuis hier une affiche empruntée au formidable succès de scène de 2012 à Broadway Les Misérables (avec le “é” accentué, ou Les Mis’, tout cela en français sur l’affiche et sur la scène), et retouchée à la mesure-Trump (drapeau US à la place du drapeau français, bannière avec le nom de Trump). Grâce soit rendue à Hillary, le mot a une certaine noblesse et une signification à la fois, – étrangement, – précise et sophistiqué, dont le sens négatif peut aisément être retourné dans un contexte politique donné (le mot lui-même a, également en anglais, un sens négatif et un sens positif), surtout avec la référence au titre du livre de Hugo devenu si populaire aux USA depuis 2012…  L’équipe Trump reprend également la chanson-standard de la comédie musicale “Do You Hear the People Sing”, tout cela à partir d’une idée originale d’un partisan de Trump, un artiste-graphiste qui se désigne sous le nom de Keln : il a réalisé la composition graphique à partir de l’affiche des Misérables et l’a mise en ligne en espérant qu’elle serait utilisée par Trump. Depuis quelques jours déjà, les partisans de Trump se baptisent de plus en plus eux-mêmes Les Deplorables (comme l’on disait il y a 4-5 ans “les indignés”) et se reconnaissent entre eux grâce à ce mot devenu porte-drapeau et slogan et utilisé sur tous les produits habituels (“nous sommes tous des Deplorables”, comme d’autres disaient, dans le temps, “Nous sommes tous des juifs allemands”). De l’envolée de Clinton, – dont elle s’est excusée mais sans parvenir à contenir l’effet “déplorable” pour elle, ni l’effet-boomerang comme on commence à le mesurer, –nous écrivions ceci le 15 septembre : « L’expression (“panier” ou “paquet de déplorables”), qui qualifie à peu près une moitié des électeurs de Trump, est assez étrange, sinon arrogante et insultante, voire sophistiquée et devrait être très en vogue dans les salons progressistes et chez les milliardaires d’Hollywood ; elle s’accompagne bien entendu des autres qualificatifs classiques formant le minimum syndical de l’intellectuel-Système, dits explicitement par Hillary, de “racistes”, xénophobes”, et ajoutons comme sous-entendus “crétins absolus” ou bien “sous-hommes”, et ajoutons encore implicitement “irrécupérables” et de la sorte “à liquider” ou à envoyer en camp de rééducation ou plutôt à l’asile, comme l’éclairé Bacri conseille de faire avec Zemmour. » Récupéré par les électeurs de Trump eux-mêmes puis par l’équipe Trump, le slogan peu résonner comme un cri de révolte qui pourrait donner un formidable rythme et un atout considérable de communication à la campagne du candidat républicain. Philippe Grasset
Hillary Clinton’s comment that half of Donald Trump’s supporters are “racist, sexist, homophobic, xenophobic, Islamophobic”—a heck of a lot of phobia for anyone to lug around all day—puts back in play what will be seen as one of the 2016 campaign’s defining forces: the revolt of the politically incorrect. They may not live at the level of Victor Hugo’s “Les Misérables,” but it was only a matter of time before les déplorables—our own writhing mass of unheard Americans—rebelled against the intellectual elites’ ancien régime of political correctness. (…) Mrs. Clinton’s (…) dismissal, at Barbra Streisand’s LGBT fundraiser, of uncounted millions of Americans as deplorables had the ring of genuine belief. Perhaps sensing that public knowledge of what she really thinks could be a political liability, Mrs. Clinton went on to describe “people who feel that the government has let them down, the economy has let them down, nobody cares about them . . . and they’re just desperate for change.” She is of course describing the people in Charles Murray’s recent and compelling book on cultural disintegration among the working class, “Coming Apart: The State of White America, 1960-2010.” This is indeed the bedrock of the broader Trump base. Mrs. Clinton is right that they feel the system has let them down. There is a legitimate argument over exactly when the rising digital economy started transferring income away from blue-collar workers and toward the “creative class” of Google and Facebook employees, no few of whom are smug progressives who think the landmass seen from business class between San Francisco and New York is pocked with deplorable, phobic Americans. Naturally, they’ll vote for the status quo, which is Hillary. But in the eight years available to Barack Obama to do something about what rankles the lower-middle class—white, black or brown—the non-employed and underemployed grew. A lot of them will vote for Donald Trump because they want a radical mid-course correction. (…) The progressive Democrats, a wholly public-sector party, have disconnected from the realities of the private economy, which exists as a mysterious revenue-producing abstraction. Hillary’s comments suggest they now see much of the population has a cultural and social abstraction. (…) Donald Trump’s appeal, in part, is that he cracks back at progressive cultural condescension in utterly crude terms. Nativists exist, and the sky is still blue. But the overwhelming majority of these people aren’t phobic about a modernizing America. They’re fed up with the relentless, moral superciliousness of Hillary, the Obamas, progressive pundits and 19-year-old campus activists. Evangelicals at last week’s Values Voter Summit said they’d look past Mr. Trump’s personal résumé. This is the reason. It’s not about him. The moral clarity that drove the original civil-rights movement or the women’s movement has degenerated into a confused moral narcissism. (…) It is a mistake, though, to blame Hillary alone for that derisive remark. It’s not just her. Hillary Clinton is the logical result of the Democratic Party’s new, progressive algorithm—a set of strict social rules that drives politics and the culture to one point of view. (…) Her supporters say it’s Donald Trump’s rhetoric that is “divisive.” Just so. But it’s rich to hear them claim that their words and politics are “inclusive.” So is the town dump. They have chopped American society into so many offendable identities that only a Yale freshman can name them all. If the Democrats lose behind Hillary Clinton, it will be in part because America’s les déplorables decided enough of this is enough. Bret Stephens
Il n’y a évidemment que des coups à prendre – et ils sont nombreux – lorsque l’on dénonce les discours alarmistes qui visent l’Amérique de Donald J. Trump.  Mais, contrairement aux chiens de garde de BFMTV, la Rédaction de Marianne ne « dégage » pas ceux qui font entendre une voix dissonante (un cas de « délit d’opinion » s’y est produit ces jours derniers), ce qui est tout à l’honneur de Delphine Legouté et Renaud Dely, en particulier, mais également de TSF Jazz et Radio Nova qui ont régulièrement donné la parole à l’auteur de ce blog qui existe depuis mars 2012. La démocratie à l’épreuve du verbe est tout ce que ceux qui se revendiquent du camp des « progressistes » redoutent. L’histoire n’est pas nouvelle. Ceux qui se paient de mots et veulent censurer les mots des autres n’ont rien de différents de ces gens qui se rendent le dimanche à la messe et sont, pour quelques un, des salauds hors les murs de l’église ou trop souvent, des intolérants, et de ces autres dont Montaigne disait qu’ils «envoyent leur conscience au bordel, et tiennent leur contenance en règle». Le tout, c’est de conserver un langage agréable à l’oreille, d’afficher des convictions à vous faire croire que certains humains naissent naturellement purs de tout instinct grisâtre et de toute idée injuste et surtout, de défendre la belle idée plutôt que l’action qui elle, comporte toujours sa part de risque et d’échec. Les centaines de milliers de personnes qui viennent de défiler, aux Etats-Unis et à travers le monde, pour crier leur opposition voire leur haine contre le 45ème président des Etats-Unis sont tout à fait en droit de revendiquer, mais que revendiquent-ils au juste ? Ils disent s’opposer à la violence, et la chanteuse Madonna porte leur voix en disant qu’elle a pensé à « faire exploser la Maison-Blanche ». Ils veulent la paix dans le monde et ne se sont pas lancés dans les rues pour demander à « leur » président, Barack Obama, de traiter la montée de l’Etat Islamique et l’effondrement de la société syrienne avec le sérieux nécessaire. Ils demandent le respect vis-à-vis des immigrants mais on ne les a vu nulle part pour s’opposer à la plus grande vague d’expulsions jamais organisée et qui a marqué les deux mandats de Barack Obama, sans compter le travail des fameuses brigades « ICE », en charge de la traque des illégaux. On ne les a jamais vus, non plus, le long des 1300 kilomètres de mur déjà construit à la frontière avec le Mexique. Ils n’ont pas organisé de « sittings » géants pour demander la fin des exécutions capitales ou la grâce de Snowden, Manning ou Bregham. Pire : les « millennials », ainsi que l’on appelle les plus jeunes, ou les Afro-Américains, ont boudé les urnes et ont fait défaut à la candidate démocrate Hillary Clinton le 8 novembre. Ce sont les mêmes qui scandent « Trump n’est pas mon président ». Les femmes ? Offusquées, scandalisées par les propos et les attitudes de Trump, oui, mais leur colère date t-elle de son apparition dans le paysage politique américain ? Et cette colère, dont on ne sait plus ni les contours ni les messages tant ils sont portés par une rage totale, quelle est sa finalité, quelle mesure, quel changement, au juste, peuvent l’apaiser ? On ne sait plus. (…) Comment expliquer tant de frustrations, de colères, de fureurs, au terme de huit années de pouvoir d’un homme aussi célébré que Barack Obama ? On lui impute soudain mille législations et actions positives, alors que l’on dénonçait, hier encore, l’obstruction systématique des Républicains – élus, soit dit en passant, lors des élections intermédiaires – à toutes ses entreprises. On s’attaque à un système électoral que personne ne change depuis sa mise en place et que l’on ne dénonce pas quand il profite à son camp. On annonce une guerre totale contre l’administration Trump lorsqu’hier, on s’en prenait au manque d’esprit bipartite du camp républicain. Tout cela est incohérent. Toute cette séquence, en réalité, est de pure rhétorique. Certes, dans nos pays européens, à l’exception de l’Angleterre, où l’expression publique est bornée par des lois visant à contenir certains outrages, Donald J. Trump se serait exposé à de nombreuses plaintes sinon condamnations. Mais quelle ironie que de voir les Américains, qui vénèrent la liberté d’expression totale et méprisent nos entraves à cette liberté, s’émouvoir soudain des débordements de M. Trump. Le puritanisme américain a encore de beaux jours devant lui. C’est le même qui préside au sentiment de bien faire, d’exporter la démocratie dans le monde, tout en pilotant des drones meurtriers ou en fabriquant de futurs terroristes dans des geôles à Guantanamo ou ailleurs : l’important, c’est de faire les choses avec une bonne intention, de ne pas en parler et d’avoir bonne conscience, bref, de garder son exquise politesse. C’est au nom de cet état d’esprit que l’Amérique – et le monde – célèbre toujours un John Fitzgerald-Kennedy quand bien-même ce dernier fut le premier président autorisant fin août 1961, le premier usage du Napalm sur les paysans vietnamiens. Ce n’est pas une affaire strictement américaine : la France et son Indochine, avec son discours sur la patrie des droits de l’Homme et ses Sangatte, n’a pas de leçon à donner aux Yankees. Tout comme l’époque est au ricanement, comme le dit fort justement Alain Finkielkraut, tout comme l’époque est au souriant antisémitisme ou la célébration de tout ce qui est jeune, femme ou de couleur dans le camp des prétendu « progressistes », elle l’est au déni. Désormais, chaque action, chaque signature du nouveau président américain fera résonner le monde de colère et de condamnation, et la politique américaine va se résumer à un vaste complot visant à l’abattre et avec lui, son administration. C’est cela, désormais, la démocratie, la lutte des gens « bien » contre les méchants et les imbéciles. Le problème, c’est que les gens bien se plaignent de tout ce qu’ils on fait et n’ont pas fait lorsqu’ils en avaient le pouvoir, pour le reprocher à ceux auxquels il a été confié. Une histoire de fou. Stéphane Trano 
Le génie Trump a vu que la classe politique était un tigre de papier et que le pays était en colère. En prenant la main sur un parti politique américain majeur en tant qu’outsider, il a fait quelque chose de jamais vu, et c’est lui qui devrait gagner. Conrad Black
The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes. But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business. The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity. On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania. Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform. In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract. The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention. Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights. No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays. (…) In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection. Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun. In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant. The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh. Victor Davis Hanson
Barack Obama is the Dr. Frankenstein of the supposed Trump monster. If a charismatic, Ivy League-educated, landmark president who entered office with unprecedented goodwill and both houses of Congress on his side could manage to wreck the Democratic Party while turning off 52 percent of the country, then many voters feel that a billionaire New York dealmaker could hardly do worse. If Obama had ruled from the center, dealt with the debt, addressed radical Islamic terrorism, dropped the politically correct euphemisms and pushed tax and entitlement reform rather than Obamacare, Trump might have little traction. A boring Hillary Clinton and a staid Jeb Bush would most likely be replaying the 1992 election between Bill Clinton and George H.W. Bush — with Trump as a watered-down version of third-party outsider Ross Perot. But America is in much worse shape than in 1992. And Obama has proved a far more divisive and incompetent president than George H.W. Bush. Little is more loathed by a majority of Americans than sanctimonious PC gobbledygook and its disciples in the media. And Trump claims to be PC’s symbolic antithesis. Making Machiavellian Mexico pay for a border fence or ejecting rude and interrupting Univision anchor Jorge Ramos from a press conference is no more absurd than allowing more than 300 sanctuary cities to ignore federal law by sheltering undocumented immigrants. Putting a hold on the immigration of Middle Eastern refugees is no more illiberal than welcoming into American communities tens of thousands of unvetted foreign nationals from terrorist-ridden Syria. In terms of messaging, is Trump’s crude bombast any more radical than Obama’s teleprompted scripts? Trump’s ridiculous view of Russian President Vladimir Putin as a sort of « Art of the Deal » geostrategic partner is no more silly than Obama insulting Putin as Russia gobbles up former Soviet republics with impunity. Obama callously dubbed his own grandmother a « typical white person, » introduced the nation to the racist and anti-Semitic rantings of the Rev. Jeremiah Wright, and petulantly wrote off small-town Pennsylvanians as near-Neanderthal « clingers. » Did Obama lower the bar for Trump’s disparagements? Certainly, Obama peddled a slogan, « hope and change, » that was as empty as Trump’s « make America great again. » (…) How does the establishment derail an out-of-control train for whom there are no gaffes, who has no fear of The New York Times, who offers no apologies for speaking what much of the country thinks — and who apparently needs neither money from Republicans nor politically correct approval from Democrats? Victor Davis Hanson
In another eerie ditto of his infamous 2008 attack on the supposedly intolerant Pennsylvania “clingers,” Obama returned to his theme that ignorant Americans “typically” become xenophobic and racist: “Typically, when people feel stressed, they turn on others who don’t look like them.” (“Typically” is not a good Obama word to use in the context of racial relations, since he once dubbed his own grandmother a “typical white person.”) Too often Obama has gratuitously aroused racial animosities with inflammatory rhetoric such as “punish our enemies,” or injected himself into the middle of hot-button controversies like the Trayvon Martin case, the Henry Louis Gates melodrama, and the “hands up, don’t shoot” Ferguson mayhem. Most recently, Obama seemed to praise backup 49ers quarterback and multimillionaire Colin Kaepernick for his refusal to stand during the National Anthem, empathizing with Kaepernick’s claims of endemic American racism. (…) Even presidential nominee and former Secretary of State Hillary Clinton is not really defending the Obama administration’s past “red line” in Syria, the “reset” with Vladimir Putin’s Russia, the bombing of Libya, the Benghazi tragedy, the euphemistic rebranding of Islamic terrorism as mere “violent extremism,” the abrupt pullout from (and subsequent collapse of) Iraq, or the Iran nuclear deal that so far seems to have made the theocracy both rich and emboldened. (…) Racial relations in this country seem as bad as they have been in a half-century. (…) Following the Clinton model, a post-presidential Obama will no doubt garner huge fees as a “citizen of the world” — squaring the circle of becoming fabulously rich while offering sharp criticism of the cultural landscape of the capitalist West on everything from sports controversies to pending criminal trials. What, then, is the presidential legacy of Barack Obama? It will not be found in either foreign- or domestic-policy accomplishment. More likely, he will be viewed as an outspoken progressive who left office loudly in the same manner that he entered it — as a critic of the culture and country in which he has thrived. But there may be another, unspoken legacy of Obama, and it is his creation of the candidacy of Donald J. Trump. Trump is running as an angry populist, fueled by the promise that whatever supposed elites such as Obama have done to the country, he will largely undo. Obama’s only legacy seems to be that “hope and change” begat “make America great again.” Victor Davis Hanson
After the election, in liberal, urban America, one often heard Trump’s win described as the revenge of the yahoos in flyover country, fueled by their angry “isms” and “ias”: racism, anti-Semitism, nativism, homophobia, Islamophobia, and so on. Many liberals consoled themselves that Trump’s victory was the last hurrah of bigoted, Republican white America, soon to be swept away by vast forces beyond its control, such as global migration and the cultural transformation of America into something far from the Founders’ vision. As insurance, though, furious progressives also renewed calls to abolish the Electoral College, advocating for a constitutional amendment that would turn presidential elections into national plebiscites. Direct presidential voting would shift power to heavily urbanized areas—why waste time trying to reach more dispersed voters in less populated rural states?—and thus institutionalize the greater economic and cultural clout of the metropolitan blue-chip universities, the big banks, Wall Street, Silicon Valley, New York–Washington media, and Hollywood, Democrat-voting all. Barack Obama’s two electoral victories deluded the Democrats into thinking that it was politically wise to jettison their old blue-collar appeal to the working classes, mostly living outside the cities these days, in favor of an identity politics of a new multicultural, urban America. Yet Trump’s success represented more than simply a triumph of rural whites over multiracial urbanites. More ominously for liberals, it also suggested that a growing minority of blacks and Hispanics might be sympathetic with a “country” mind-set that rejects urban progressive elitism. For some minorities, sincerity and directness might be preferable to sloganeering by wealthy white urban progressives, who often seem more worried about assuaging their own guilt than about genuinely understanding people of different colors. Trump’s election underscored two other liberal miscalculations. First, Obama’s progressive agenda and cultural elitism prevailed not because of their ideological merits, as liberals believed, but because of his great appeal to urban minorities in 2008 and 2012, who voted in solidarity for the youthful first African-American president in numbers never seen before. That fealty wasn’t automatically transferable to liberal white candidates, including the multimillionaire 69-year-old Hillary Clinton. Obama had previously lost most of America’s red counties, but not by enough to keep him from winning two presidential elections, with sizable urban populations in Wisconsin, Michigan, Ohio, and Pennsylvania turning out to vote for the most left-wing presidential candidate since George McGovern. Second, rural America hadn’t fully raised its electoral head in anger in 2008 and 2012 because it didn’t see the Republican antidotes to Obama’s progressive internationalism as much better than the original malady. Socially moderate establishmentarians like the open-borders-supporting John McCain or wealthy businessman Mitt Romney didn’t resonate with the spirit of rural America—at least not enough to persuade millions to come to the polls instead of sitting the elections out. Trump connected with these rural voters with far greater success than liberals anticipated. Urban minorities failed in 2016 to vote en bloc, in their Obama-level numbers; and rural Americans, enthused by Trump, increased their turnout, so that even a shrinking American countryside still had enough clout to win. What is insufficiently understood is why a hurting rural America favored the urban, superrich Trump in 2016 and, more generally, tends to vote more conservative than liberal. Ostensibly, the answer is clear: an embittered red-state America has found itself left behind by elite-driven globalization, battered by unfettered trade and high-tech dislocations in the economy. In some of the most despairing counties, rural life has become a mirror image of the inner city, ravaged by drug use, criminality, and hopelessness. Yet if muscular work has seen a decline in its relative monetary worth, it has not necessarily lost its importance. After all, the elite in Washington and Menlo Park appreciate the fresh grapes and arugula that they purchase at Whole Foods. Someone mined the granite used in their expensive kitchen counters and cut the timber for their hardwood floors. The fuel in their hybrid cars continues to come from refined oil. The city remains as dependent on this elemental stuff—typically produced outside the suburbs and cities—as it always was. The two Palo Altoans at Starbucks might have forgotten that their overpriced homes included two-by-fours, circuit breakers, and four-inch sewer pipes, but somebody somewhere made those things and brought them into their world. In the twenty-first century, though, the exploitation of natural resources and the manufacturing of products are more easily outsourced than are the arts of finance, insurance, investments, higher education, entertainment, popular culture, and high technology, immaterial sectors typically pursued within metropolitan contexts and supercharged by the demands of increasingly affluent global consumers. A vast government sector, mostly urban, is likewise largely impervious to the leveling effects of a globalized economy, even as its exorbitant cost and extended regulatory reach make the outsourcing of material production more likely. Asian steel may have devastated Youngstown, but Chinese dumping had no immediate effect on the flourishing government enclaves in Washington, Maryland, and Virginia, filled with well-paid knowledge workers. Globalization, big government, and metastasizing regulations have enriched the American coasts, in other words, while damaging much of the nation’s interior. Few major political leaders before Trump seemed to care. He hammered home the point that elites rarely experienced the negative consequences of their own ideologies. New York Times columnists celebrating a “flat” world have yet to find themselves flattened by Chinese writers willing to write for a fraction of their per-word rate. Tenured Harvard professors hymning praise to global progressive culture don’t suddenly discover their positions drawn and quartered into four part-time lecturer positions. And senators and bureaucrats in Washington face no risk of having their roles usurped by low-wage Vietnamese politicians. Trump quickly discovered that millions of Americans were irate that the costs and benefits of our new economic reality were so unevenly distributed. As the nation became more urban and its wealth soared, the old Democratic commitment from the Roosevelt era to much of rural America—construction of water projects, rail, highways, land banks, and universities; deference to traditional values; and Grapes of Wrath–like empathy—has largely been forgotten. A confident, upbeat urban America promoted its ever more radical culture without worrying much about its effects on a mostly distant and silent small-town other. In 2008, gay marriage and women in combat were opposed, at least rhetorically, by both Barack Obama and Hillary Clinton in their respective presidential campaigns. By 2016, mere skepticism on these issues was viewed by urban elites as reactionary ignorance. In other words, it was bad enough that rural America was getting left behind economically; adding insult to injury, elite America (which is Democrat America) openly caricatured rural citizens’ traditional views and tried to force its own values on them. Lena Dunham’s loud sexual politics and Beyoncé’s uncritical evocation of the Black Panthers resonated in blue cities and on the coasts, not in the heartland. Only in today’s bifurcated America could billion-dollar sports conglomerates fail to sense that second-string San Francisco 49ers quarterback Colin Kaepernick’s protests of the national anthem would turn off a sizable percentage of the National Football League’s viewing audience, which is disproportionately conservative and middle American. These cultural themes, too, Trump addressed forcefully. In classical literature, patriotism and civic militarism were always closely linked with farming and country life. In the twenty-first century, this is still true. The incubator of the U.S. officer corps is red-state America. “Make America Great Again” reverberated in the pro-military countryside because it emphasized an exceptionalism at odds with the Left’s embrace of global values. Residents in Indiana and Wisconsin were unimpressed with the Democrats’ growing embrace of European-style “soft power,” socialism, and statism—all the more so in an age of European constitutional, financial, and immigration sclerosis. Trump’s slogan unabashedly expressed American individualism; Clinton’s “Stronger Together” gave off a whiff of European socialist solidarity. Trump, the billionaire Manhattanite wheeler-dealer, made an unlikely agrarian, true; but he came across during his presidential run as a clear advocate of old-style material jobs, praising vocational training and clearly enjoying his encounters with middle-American homemakers, welders, and carpenters. Trump talked more on the campaign about those who built his hotels than those who financed them. He could point to the fact that he made stuff, unlike Clinton, who got rich without any obvious profession other than leveraging her office. Give the thrice-married, orange-tanned, and dyed-haired Trump credit for his political savvy in promising to restore to the dispossessed of the Rust Belt their old jobs and to give back to farmers their diverted irrigation water, and for assuring small towns that arriving new Americans henceforth would be legal—and that, over time, they would become similar to their hosts in language, custom, and behavior. Ironically, part of Trump’s attraction for red-state America was his posture as a coastal-elite insider—but now enlisted on the side of the rustics. A guy who had built hotels all over the world, and understood how much money was made and lost through foreign investment, offered to put such expertise in the service of the heartland—against the supposed currency devaluers, trade cheats, and freeloaders of Europe, China, and Japan. Trump’s appeal to the interior had partly to do with his politically incorrect forthrightness. Each time Trump supposedly blundered in attacking a sacred cow—sloppily deprecating national hero John McCain’s wartime captivity or nastily attacking Fox superstar Megyn Kelly for her supposed unfairness—the coastal media wrote him off as a vulgar loser. Not Trump’s base. Seventy-five percent of his supporters polled that his crude pronouncements didn’t bother them. As one grape farmer told me after the Access Hollywood hot-mike recordings of Trump making sexually vulgar remarks had come to light, “Who cares? I’d take Trump on his worst day better than Hillary on her best.” Apparently red-state America was so sick of empty word-mongering that it appreciated Trump’s candor, even when it was sometimes inaccurate, crude, or cruel. Outside California and New York City and other elite blue areas, for example, foreigners who sneak into the country and reside here illegally are still “illegal aliens,” not “undocumented migrants,” a blue-state term that masks the truth of their actions. Trump’s Queens accent and frequent use of superlatives—“tremendous,” “fantastic,” “awesome”—weren’t viewed by red-state America as a sign of an impoverished vocabulary but proof that a few blunt words can capture reality. To the rural mind, verbal gymnastics reveal dishonest politicians, biased journalists, and conniving bureaucrats, who must hide what they really do and who they really are. Think of the arrogant condescension of Jonathan Gruber, one of the architects of the disastrous Obamacare law, who admitted that the bill was written deliberately in a “tortured way” to mislead the “stupid” American voter. To paraphrase Cicero on his preference for the direct Plato over the obscure Pythagoreans, rural Americans would have preferred to be wrong with the blunt-talking Trump than to be right with the mush-mouthed Hillary Clinton. One reason that Trump may have outperformed both McCain and Romney with minority voters was that they appreciated how much the way he spoke rankled condescending white urban liberals. Poorer, less cosmopolitan, rural people can also experience a sense of inferiority when they venture into the city, unlike smug urbanites visiting red-state America. The rural folk expect to be seen as deplorables, irredeemables, and clingers by city folk. My countryside neighbors do not wish to hear anything about Stanford University, where I work—except if by chance I note that Stanford people tend to be condescending and pompous, confirming my neighbors’ suspicions about city dwellers. And just as the urban poor have always had their tribunes, so, too, have rural residents flocked to an Andrew Jackson or a William Jennings Bryan, politicians who enjoyed getting back at the urban classes for perceived slights. The more Trump drew the hatred of PBS, NPR, ABC, NBC, CBS, the elite press, the universities, the foundations, and Hollywood, the more he triumphed in red-state America. Indeed, one irony of the 2016 election is that identity politics became a lethal boomerang for progressives. After years of seeing America reduced to a binary universe, with culpable white Christian males encircled by ascendant noble minorities, gays, feminists, and atheists—usually led by courageous white-male progressive crusaders—red-state America decided that two could play the identity-politics game. In 2016, rural folk did silently in the voting booth what urban America had done to them so publicly in countless sitcoms, movies, and political campaigns. In sum, Donald Trump captured the twenty-first-century malaise of a rural America left behind by globalized coastal elites and largely ignored by the establishments of both political parties. Central to Trump’s electoral success, too, were age-old rural habits and values that tend to make the interior broadly conservative. That a New York billionaire almost alone grasped how red-state America truly thought, talked, and acted, and adjusted his message and style accordingly, will remain one of the astonishing ironies of American political history. Victor Davis Hanson
After his Nevada win, Donald Trump preened and affectionately recounted the numbers that added up to his huge victory. “We won with young. We won with old. We won with highly educated. We won with poorly educated. I love the poorly educated, » he said. My Twitter timeline was splattered as suddenly and thoroughly as a windshield in a Florida downpour. That last sentence was repeated in laughing disbelief. What does Trump think about the poorly educated? A man who might be President just said “I love the poorly educated.” “I love the poorly educated” is the drop-the-mic ending to America’s superpower status. I grew up in New York, and have been unhappily acquainted with Trump’s brand of glitzy racist megalomania for decades. This campaign has distilled and revealed him: liar, misogynist, ableist, xenophobe, wannabe war-mongerer. As the man himself might say, Trump is a terrible candidate and person! Sad! But please, stop the titters and eyerolls about his “poorly educated” line. First, his fans – the Trumpkins – already believe Democrats and journalists are snotty elitists. In this case, the cut-ups are proving the Trumpkins right. What is funny about saying “I love the poorly educated”? Of course Trump loves poorly educated voters. Who else would be asinine enough to buy his tripe? But some of the same people who have been laughing because he said he loves the poorly educated also denounce voter ID laws. Why? They disenfranchise Americans who are disproportionately lower-income workers, minorities — and poorly educated. They denounce the laws because they believe — rightly — that an education is neither necessary nor sufficient for thoughtful democratic participation. Of course, “I love the poorly educated” is ostensibly funny because what politician actually says something like that? Any politician who thought for half a second before speaking would say, “I’m grateful for the support of working class Americans.” But Trump does not tiptoe. That is at least partly because, unlike many of the candidates and most of the media, he actually loves the poorly educated. He is not laughing at them or ignoring them or wishing them away or informing them that they are wrong about what is really best for them. Trumpkins say they love how Trump speaks his mind. Maybe some admire his outspoken bigotry. But maybe others also like the way he talks about them. Straightforwardly. Acceptingly. As a friend tweet-stormed, “If you self-identify as undereducated and feel bad about it…the guy ‘loves’ you (after a fashion) and wants to be greedy for you.” A February 24th poll shows Trump beating Hillary Clinton by 46 to 40 among voters without college degrees in the must-win state of Ohio. Meanwhile, the highly educated scratch their heads and cannot understand why he is not imploding like they keep predicting. Elizabeth Priciutto

Attention: une faute peut en cacher une autre!

Intelligence avec l’ennemi, parties fines avec prostituées, racisme, sexisme, homophobie, fascisme, populisme, folie …

Y a-t-il une accusation qui n’aura pas été formulée contre le président Trump ?

Détournement de fonds publics, recel et complicité d’abus de biens sociaux, manquement aux obligations de déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, trafic de décorations, prêts, costumes de luxe …

Ou de ce côté-ci de l’Atlantique une révélation qui n’aura pas été faite contre celui qui dans au moins 30 départements différents

Vient de remporter haut la main – qui en parle ? – le premier tour du nombre de parrainages  ?

Pendant que c’est désormais du côté des dollars de parangons de la liberté et accessoirement fourriers du terrorisme comme le Qatar …

Que nos nouveaux résistants et croisés de l’antifascisme nous envoient désormais leurs missives anti-Trump …

A l’heure où pour disqualifier le choix du peuple

Tous les moyens semblent désormais bons pour nos médias et nos juges …

Comment s’étonner que des médias qui nous avaient vendu comme intellectuel …

Un ancien rédacteur en chef de la Harvard Review of Law avec aucun article de fond à son nom …

Ou l’auteur supposé de deux livres écrits on ne sait à combien de mains et dédiés à sa seule propre gloire …

S’attaquent à présent à l’utilisation par son successeur, pour les court-circuiter, de l’équivalent actuel des causeries au coin du feu de Roosevelt ou de Reagan

Et notamment, énième preuve supplémentaire de son impéritie, à son rapport si particulier avec l’orthographe ?

Mais surtout au-delà d’un mode de communication qui avec ses contraintes de 140 signes, ses mots nécessairement tronqués, ses acronymes et ses néologismes

Fait le désespoir de tant d’enseignants et de parents …

Et qui se révèle être à 50% de plus que Facebook et 25% que Google …

Le média social le plus touché, Elysée ou Ministère de l’éducation français compris, par les coquilles ou fautes d’orthographe …

Comment ne pas comprendre du coup leur véritable hargne …

Face à un véritable animal politique qui non content de la proclamer à chacune de ses diatribes …

Incarne face à la rhétorique vide comme au politiquement correct sermonneur et méprisant de ses adversaires …

Et jusque dans ses mauvaises manières et la pauvreté dévastatrice de son langage …

La proximité avec les plus démunis culturelllement de ses électeurs …

Que ceux-ci avaient perdue depuis si longtemps ?

Voices

Donald Trump’s ‘I love the poorly educated’ isn’t actually a bad mantra – and attacking him for it is wrong
Trump actually does love the poorly educated. He is not laughing at them or ignoring them or wishing them away or informing them that they are wrong about what is really best for them
Elizabeth Picciuto
The Independent
25 February 2016

After his Nevada win, Donald Trump preened and affectionately recounted the numbers that added up to his huge victory. “We won with young. We won with old. We won with highly educated. We won with poorly educated. I love the poorly educated, » he said.

My Twitter timeline was splattered as suddenly and thoroughly as a windshield in a Florida downpour. That last sentence was repeated in laughing disbelief.

What does Trump think about the poorly educated?

A man who might be President just said “I love the poorly educated.”

“I love the poorly educated” is the drop-the-mic ending to America’s superpower status.

I grew up in New York, and have been unhappily acquainted with Trump’s brand of glitzy racist megalomania for decades. This campaign has distilled and revealed him: liar, misogynist, ableist, xenophobe, wannabe war-mongerer. As the man himself might say, Trump is a terrible candidate and person! Sad!

But please, stop the titters and eyerolls about his “poorly educated” line.

First, his fans – the Trumpkins – already believe Democrats and journalists are snotty elitists. In this case, the cut-ups are proving the Trumpkins right.

What is funny about saying “I love the poorly educated”? Of course Trump loves poorly educated voters. Who else would be asinine enough to buy his tripe?

But some of the same people who have been laughing because he said he loves the poorly educated also denounce voter ID laws. Why? They disenfranchise Americans who are disproportionately lower-income workers, minorities — and poorly educated.

They denounce the laws because they believe — rightly — that an education is neither necessary nor sufficient for thoughtful democratic participation.

Of course, “I love the poorly educated” is ostensibly funny because what politician actually says something like that? Any politician who thought for half a second before speaking would say, “I’m grateful for the support of working class Americans.”

But Trump does not tiptoe. That is at least partly because, unlike many of the candidates and most of the media, he actually loves the poorly educated.

He is not laughing at them or ignoring them or wishing them away or informing them that they are wrong about what is really best for them.

Trumpkins say they love how Trump speaks his mind. Maybe some admire his outspoken bigotry. But maybe others also like the way he talks about them. Straightforwardly. Acceptingly.

As a friend tweet-stormed, “If you self-identify as undereducated and feel bad about it…the guy ‘loves’ you (after a fashion) and wants to be greedy for you.”

A February 24th poll shows Trump beating Hillary Clinton by 46 to 40 among voters without college degrees in the must-win state of Ohio.

Meanwhile, the highly educated scratch their heads and cannot understand why he is not imploding like they keep predicting.

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The strangest line from Donald Trump’s victory speech: “I love the poorly educated”
Libby Nelson
Vox
Feb 24, 2016

Donald Trump loves « the poorly educated. » And they love him back.

In his victory speech after clinching the Nevada caucuses, Trump rattled off the groups he won in the Silver State. But his supporters without a college degree got a special note of praise:

« We won the evangelicals, » Trump said. « We won with young. We won with old. We won with highly educated. We won with poorly educated — I love the poorly educated. We’re the smartest people, we’re the most loyal people. »

It’s bizarre that Trump, who has bragged about his MBA from the University of Pennsylvania, is now lumping himself in with the « poorly educated. »

But it’s true that the more educated Republicans are, the less likely they are to warm up to him. According to exit polls, Trump won Nevada voters without a high school degree with 57 percent of the vote. He won voters with some college with 49 percent of the vote. He won college graduates with 42 percent of the vote. And among those with a postgraduate degree, his share was only 37 percent.

Voir également:

Everyone’s favorite apricot demagogue won big in another state last night. Donald Trump carried Nevada with the support of 45 percent of caucus-goers, 22 points clear of his nearest rival, Marco Rubio. But the specifics of the win—that is, who exactly came out to support him—were just as remarkable. Trump being Trump, he said as much in his victory speech:

« We won the Evangelicals. We won with young. We won with old. We won with highly educated. We won with poorly educated. I love the poorly educated. We’re the smartest people, we’re the most loyal people. »

Now, it’s obviously unusual to call attention to your supporters’ low level of education—it’s normally a seen-not-heard situation. But Trump, who graduated from an Ivy League school, also seems to be putting himself in this group. We’re smart and loyal, he says to his kindred spirits, We’re just proud Americans with common sense. Trump also has plenty of reason to love the less-educated: the half of voters without a college degree he took in Nevada (including 57 percent of those with no college at all) was right in line with what he’s been doing across the country.

He also had time to gloat about his (admittedly remarkable) support among Hispanics. He took 45 percent of the Hispanic vote in Nevada, about what Ted Cruz and Marco Rubio got combined.

All this is to say that, while identity politics plays a part—South Carolina showed that he has the white supremacist vote locked up—there’s clearly more than that to the Trump phenomenon. After all, he also won among the well-educated last night.

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Trump, Working-Class Zero
Maureen Dowd
The New York Times
MARCH 18, 2017

It’s not unknown, of course.

In ancient Egypt, there was the symbol of the ouroboros, the snake that eats its own tail. Nerve-addled octopuses sometimes consume their own arms.

But we’ve never watched a president so hungrily devour his own presidency.

Soon, there won’t be anything left except the sound of people snickering.

Consumed by his paranoia about the deep state, Donald Trump has disappeared into the fog of his own conspiracy theories. As he rages in the storm, Lear-like, howling about poisonous fake news, he is spewing poisonous fake news.

The Hirshhorn has a sold-out exhibit of Yayoi Kusama’s stunning infinity mirror rooms. But they are nothing compared to the infinity mirror room of Trump’s mind, now on display a mile and a half away at the White House.

Many voters who took a chance on the real estate mogul and reality TV star hoped he would grow more mature and centered when confronted with the august surroundings of the White House and immensity of the job. But instead of improving in office, Trump is regressing. The office has not changed Trump. Trump has changed the office.

He trusts his beliefs more than facts. So many secrets, so many plots, so many shards of gossip swirl in his head, there seems to be no room for reality.

His grandiosity, insularity and scamming have persuaded Trump to believe he can mold his own world. His distrust of the deep state, elites and eggheads — an insecurity inflamed by Steve Bannon — makes it hard for him to trust his own government, or his own government’s facts.

Angela Merkel did not get a surprise shoulder squeeze from this president. He ignored the chancellor’s request to shake hands. But Merkel still looked jittery.

Many who meet with Trump — from foreign leaders to our own lawmakers — look like cats on a hot stove. One Democratic senator told me he was determined not to smile in a session with the president in case Trump suddenly said something offensive or batty while the senator was politely grinning for the cameras.

Everyone is tiptoeing around the mad king in his gilded, sparse court. His lieges make fools of themselves trying to justify or interpret his transcendentally nutty tweets and willfully ignorant comments.

For two weeks, he has refused to back off his unhinged claim that his predecessor tapped his phones during the election.

According to CNN’s Jeff Zeleny, Trump got furious reading a Breitbart report that regurgitated a theory by conservative radio host Mark Levin that Barack Obama and his allies had staged a “silent coup.”

It is surpassingly strange that the president would not simply pick up the phone and call his intelligence chiefs before spitting out an inflammatory accusation with no proof, just as it was bizarre that Trump shrugged off the regular intelligence briefings after he was elected. He preferred living in his own warped world.

Sean Spicer offered a shaky Jenga tower of media citations to back up the president, including the contention of Fox’s Judge Andrew Napolitano that Obama had used GCHQ, a British intelligence agency, to spy on Trump.

In a rare public statement, the GCHQ called the claim “utterly ridiculous.”

Fox News also demurred, with Shepard Smith saying it “knows of no evidence of any kind that the now president of the United States was surveilled at any time, in any way. Full stop.”

Even Devin Nunes, chairman of the House Intelligence Committee, gave up the Sisyphean effort of defending Trump’s tripe. He said that if you took Trump’s remarks “literally” — as we expect to do with our commander in chief’s words — “clearly the president was wrong.”

Asked by a German reporter about GCHQ rubbishing the wiretapping claims, Trump was dismissive. “All we did was quote a certain very talented legal mind,” he said. “You should be talking to Fox.”

Trump’s aversion to veracity is exacerbated by his inner circle of sycophants and conspiracists. As far as Trump is concerned, his budget and health care plan are going great, when everyone else in Washington is averting their eyes.

In a Wall Street Journal piece, Bannon said his anti-elitist worldview was shaped by his father’s decision during the financial crisis in 2008 to sell his AT&T stock, at a loss of more than $100,000. Marty Bannon, who started at AT&T as a lineman, got spooked by Jim Cramer’s advice on the “Today” show to take “whatever money you may need for the next five years” out of the market.

Even though one son, Steve, was a banker at Goldman Sachs and another son had an investment background, Marty Bannon did not consult them or a financial adviser until the sale was completed.

He preferred, like Trump, to get crucial information from TV pundits and eschew the experts in his own circle who might have told him that selling during panics is not wise and that having one stock in an undiversified portfolio is not smart.

“Everything since then has come from there, all of it,” Steve Bannon, the multimillionaire architect of Trumpworld, said of the stock sale. So, essentially, because Bannon’s father made a bad, hurried financial decision based on watching TV, we now have to slash Meals on Wheels, Big Bird, the arts, after-school programs, health insurance, immigration from Muslim countries, climate change research, diplomats and taxes for the rich.

Maybe if these elites-pretending-not-to-be-elites deigned to talk to some knowledgeable elites in government once in a while, they might emerge from the distorted, belligerent, dystopian, Darwinian, cracked-mirror world that is alarming Americans and our allies. They might even stop ripping off the working-class people they claim to be helping.

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Christo Wraps Donald Trump

I was in Doha last week, and a Sudanese woman approached me to explain how desperate she felt about the fact that her son, at school in the United States, now felt unable to travel to see her. He was afraid that if he left he might not be allowed back. In lots of small and not-so-small ways, the mean, militaristic mind of the American president has come to inhabit people’s lives.

If a budget can be a portrait of a soul, then this president’s is arid and shriveled. It is filled with contempt for the needy. Here is a man dismissive of the arts, the environment, the humanities, diplomacy, peacekeeping, science, public education and civilian national service — in short, civilization itself. If he could defund goodness he would. Charity is also ripe for the ax. Creativity needs skewering. Giving is weakness. All that counts are acquisitive instinct, walls and bans (of the kind that keep mother and son apart), displays of power, and the frisson of selective cruelty that lay behind his successful TV show. Everyone is now Donald Trump’s apprentice, at least as he sees it.

In Doha, at The New York Times “Art for Tomorrow” conference, I met the artist Christo. This was before rumors that Trump wants to cut all funding to the National Endowment for the Arts were confirmed. It’s been a particularly hard couple of months for Christo. He knows all about walls. He knows all about being a refugee.

As a young man in the 1950s, he fled communist Bulgaria, then part of the totalitarian Soviet imperium. When the Berlin Wall went up in 1961, he made a wall of oil barrels on the Rue Visconti in Paris. From 1964 to 1967, he lived as an illegal immigrant in New York with his late wife Jeanne-Claude, before getting a green card and becoming a citizen in 1973. By the time America opened its arms to him, he had been stateless for 17 years. Freedom meant something. The United States was more than a country; it was an idea.

For more than two decades, Christo has labored to create a work called “Over the River” in Colorado — a canopy of silvery fabric that was to have been suspended for two weeks over 42 miles of the Arkansas River, a flowing, billowing liquid mirror. But now, after spending some $15 million, he has walked away in perhaps the biggest single act of protest by an artist against Donald Trump. Much of the land is federally owned. As Christo explained to my colleague Randy Kennedy earlier this year, “The federal government is our landlord. They own the land. I can’t do a project that benefits this landlord.”

In Doha, Christo, who is 81, refused to sit down. Defiance is part of him. To live freely is an immense act of will. For an hour he spoke with irrepressible vitality. Eat little, he counseled, in order to channel energy (in his case yogurt with garlic for breakfast, then nothing until dinner). Decide what you want — that is the most difficult part — and then apply yourself without compromise to that end.

Last year he made another work involving water, called “The Floating Piers,” at Lake Iseo in northern Italy. On top of 220,000 interlocking polyethylene cubes, Christo installed a glowing unfenced walkway connecting an island in the lake with the shore. Over a couple of weeks about 1.2 million visitors came. They wanted to walk on water. It’s possible to walk on water. In times of oppression freedom is also a fierce act of the imagination.

Christo, born Christo Vladimirov Javacheff in communist Bulgaria, wrapped the Reichstag in 1995, six years after the fall of the Berlin Wall. The Reichstag had burned in 1933, an act of arson three Bulgarian communists were accused of orchestrating. Hitler used the fire, whose cause is still disputed, to impose despotic terror. Christo’s wrapping preceded by a few years the return of the parliament of a free, united Germany to the building that had stood adjacent to the dividing line of Europe. A Bulgarian freed by America declared his liberty — the ultimate freedom of the imagination — at Europe’s pivot. That is worth recalling today.

The only use I can imagine for Trump’s grotesque wall is for Christo to wrap it and set us free.

Voir encore:

États-Unis : Trump tweet sur la Chine avec une faute, les internautes se moquent

En voulant écrire « sans précédent », Donald Trump a tweeté « sans président », avant de corriger son erreur.

Eléanor Douet et AFP

Le président élu Donald Trump a fait savoir son mécontentement après la saisie par Pékin d’une sonde de la marine américaine en mer de Chine méridionale, twittant un message avec une grosse faute qui a fait les délices des réseaux sociaux samedi 17 décembre. « La Chine vole un drone de recherche de la marine américaine dans les eaux internationales – le sort de l’eau et le ramène en Chine dans un acte sans président » (sic), a-t-il écrit de bon matin sur le réseau social, en voulant clairement évoquer un acte « sans précédent ». Dans la version anglaise le mot utilisé, « unpresidented » (au lieu de « unprecedented ») est très vite devenu le mot clé le plus en vogue sur Twitter aux États-Unis.

Le milliardaire populiste a corrigé son erreur en effaçant le tweet erroné et en le renvoyant, cette fois sans coquille, une heure après son message initial. L’auteure britannique J.K. Rowling, auteure de la série des Harry Potter s’amusait de ce message, pointant « l’efficacité non présidentielle » de Donald Trump. Le magnat de l’immobilier avait déjà fait une petite faute d’orthographe dans un précédent tweet jeudi, un message qu’il avait déjà corrigé peu après.

Ses supporteurs le défendaient, estimant qu’au lieu de se moquer de ces petites erreurs les gens feraient mieux de s’intéresser aux vrais problèmes soulevés par les messages du président élu. Au-delà de cette erreur, Donald Trump voulait en effet surtout souligner son mécontentement vis à vis de la Chine, dont un navire s’est emparé jeudi soir d’un drone sous-marin appartenant à la marine américaine, qui évoluait à quelque 50 milles marins au large des Philippines, selon le Pentagone. Toutefois, la Chine a assuré que le drone serait rendu aux États-Unis.

Voir de même:

Ce mot malencontreusement inventé par Donald Trump résume le sentiment de millions d’Américains

Particulièrement virulent sur Twitter, le Président élu des Etats-Unis a laissé passer une petite faute.

Jade Toussay
Huffington post
10/12/2016

INTERNATIONAL – Entre Donald Trump et Twitter, c’est une histoire sans fin. Le président élu des Etats-Unis communique en effet très souvent en 140 caractères, notamment pour répondre à ses détracteurs. Mais sur Twitter comme ailleurs, la relecture s’impose, et ce samedi 10 décembre Donald Trump a laissé passer une faute qui a rapidement été interprétée.

Dans ces nouveaux tweets, Donald Trump répondait à la dernière polémique sur son avenir au sein de son émission de télé-réalité « Celebrity Apprentice ». Le 8 décembre dernier, le site Variety affirmait en effet que le futur président des Etats-Unis continuerait à produire son émission, en tant que producteur exécutif. Des propos repris par CNN, qui précise que cet arrangement « signifie que le Président pourrait avoir un intérêt dans le show diffusé par un média qui rend également compte du déroulement de sa présidence » et souligne le « conflit d’intérêt majeur » provoqué par cette situation.

Alors une fois de plus, Donald Trump a pris le clavier. « Je n’ai rien à voir avec The Apprentice, à l’exception du fait que je l’ai créé avec Mark B (Burnett, ndlr) et que j’ai investi là-dedans. Je ne lui consacrerai pas de temps! », a-t-il posté, avant de s’adresser directement à CNN. « Les informations de CNN selon lesquelles je travaillerai sur The Apprentice pendant ma présidence, même à temps partiel, sont (ridicules) et fausses – FAUSSE INFORMATION! »

Sauf que comme vous pouvez le voir dans la publication ci-dessus, Donald Trump a commis une petite faute de frappe en écrivant « rediculous » au lieu de « ridiculous ». Et si le magnat de l’immobilier a fini par supprimer son tweet et poster une version corrigée quelques heures plus tard, il n’en fallait pas plus pour que les internautes s’emparent de cette méprise et de ce mot absurde, qui en dit long selon eux sur les aptitudes du 45e président des Etats-Unis.

Voir encore:

De Nicolas Sarkozy à Najat Vallaud-Belkacem : quand les politiques sont pris en faute (d’orthographe)

LCI

A PEU PRÈS – Depuis ce week-end, la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, se fait épingler sur les réseaux sociaux pour une faute d’orthographe dans un livre d’or. Elle n’est pas la première, et sûrement pas la dernière, à se faire ainsi taper sur les doigts.

Aïe. L’intention était bonne. Mais elle a mal tourné. Depuis quelques heures, Najat Vallaud-Belkacem se fait étriller sur les réseaux sociaux. En cause, un petit mot que la ministre de l’Education a laissé dans le livre d’or de l’école de gendarmerie de Tulle. Avec une grosse faute d’orthographe.

Alors, vous avez trouvé la faute ? Outre l’oubli de plusieurs accents, c’est surtout l’omission d’un « N » au mot « professionnalisme » qui saute aux yeux… ouvrant la voie aux sarcasmes sur les réseaux sociaux, où l’ortographe est pourtant loin de régner en maître…

Reste que ce petit dérapage orthographique d’un politique n’est pas vraiment une première.

La palme 2017 revenait pour l’heure à l’Elysée, qui s’est fait remarquer dès les vœux du 1er janvier sur Twitter. « Face aux attaques, vous avez tenu bons, vous avez montrez que vous étiez forts, soldaires (sic) » ; « le socle et là et les base sont solides » ; « C’et vous qui auraient le dernier mot », sont quelques-uns des tweets que les followers du palais ont pu voir défiler…

Les fautes sont évidemment dues au community manager, qui a voulu rendre compte en direct de l’intervention de François Hollande. Et semble avoir oublié au passage la première des règles : toujours bien se relire avant d’envoyer son message.

D’ailleurs en la matière, l’Elysée n’en est pas à sa première bourde. En 2015, l’écrivain et essayiste Christian Combaz s’insurgeait dans Le Figaro après avoir vu passer un communiqué de presse truffé de fautes d’orthographe et de grammaire.   « Sait-on parler Français à l’Elysée ? On peut s’interroger sur la qualité (ou l’intention) de ceux qui ont à relire ce genre de prose avant de l’envoyer », écrivait-il. « Ou ils sont carrément nuls, ce qui est une éventualité, ou ils font exprès de laisser passer des bourdes pareilles sans la moindre remise en forme pour accabler leur patron.  »

Nul n’aura sans doute jamais la réponse à cette question. Mais ce petit buzz n’avait cependant pas atteint celui de 2011, à l’occasion d’un hommage à Danielle Mitterrand. Le compte de l’Elysée avait été retweeté des centaines de fois et recommandé 20.000 fois sur Facebook. Trois paragraphes, et six fautes, relevées par l’Express. Pas mal :

Quoiqu’il en soit, les fautes d’orthographe chez les politiques ne sont pas l’apanage de la gauche. Les politiques de droite sont même assez concurrentiels en la matière, rappelait Rue 89 il y a quelques années.  En 2009, le maire de Nice Christian Estrosi, alors ministre de l’Industrie, s’était vu reprocher un message envoyé sur Twitter : « Je commence le bêtisier : Bourquin PS : efficacité du service publique mais cette efficacité pas au détriment du service publique. » Forcément, c’est un socialiste, le sénateur Martial Bourquin lui-même, qui s’était fait un petit plaisir de le corriger publiquement. « Monsieur Estrosi, je suis un autodidacte comme vous. « Service public », c’est un « c », c’est pas « que ». Quand on parle de l’identité nationale… l’orthographe fait partie de l’identité nationale. »

En même temps, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, le ton était donné, orthographe approximative et syntaxe douteuse ponctuant allègrement nombre de ses discours et de ses interventions. Sont ainsi restés dans les annales son « Si y en a que ça les démange d’augmenter les impôts..  » ou encore son « Chère Christine Lagarde, monsieur le Sénateur, et tous ceux qui sont importants, bonjour ». Autre jolie faute de Nicolas Sarkozy, griffonnée durant un discours avant d’être relevée par le Petit journal en 2008 : « fréquenter l’infrécentable ». Un président prolixe en la matière, au point qu’en mars 2009, Le Parisien avait publié un recueil de ses meilleurs trouvailles en pleine Semaine de la langue française. Un bel hommage.

Mais ces approximations orthographiques ont le don d’énerver les milieux intellectuels. Comme cette chercheuse au CNRS, Barbara Cassin, qui s’était indignée dans une tribune du Monde intitulée « Sarkozy m’à tuer » de la « présence massive de fautes d’orthographe sur le site de la présidence de la République française » : « Ces fautes, on ne les tolère pas en classe parce qu’elles sont le signe que l’élève ne comprend pas le mécanisme de la langue », écrivait-elle. « Tous les niveaux de discours sont confondus, nivelés au ras de la langue par le plus authentique, irrépressible et immédiat « Casse-toi pauv’ con ». »

Et en matière d’Education, ce ne sont pas les ministres en charge du portefeuille qui sont le plus exemplaires. Luc Chatel, en septembre 2009, avait fait distribuer un dossier truffé de fautes… pour la rentrée scolaire. Extrait : « La rèforme de l’enseignement primaire, qui est entré en application à la rentrée 2008, s’appuie sur des horaires et des Les programmes, redéfinis par arrêtés du 9 juin 2008 qui s’articulent avec les sept grandes compétences du socle commun. »

Une mise en application de la réforme de l’orthographe ?

Magie de l’Internet, les fautes peuvent être rapidement effacées, et nulle trace ne reste… sauf sur certains sites qui se font un plaisir de graver les bourdes dans le marbre de l’Internet. Comme Bescherelle ta mère, qui se fait une joie de nous rappeler que Marine Le Pen, prompte à crucifier sur les réseaux les fauteurs d’orthographe, s’y adonne elle-même… au point qu’il est parfois difficile de percevoir le sens de ses tweets.

Un autre compte, sijauraisu.fr, en a aussi repéré une flopée, qu’on vous rappelle, pour le plaisir…

Mais peut-être les politiques ne font-ils que mettre en œuvre les nouvelles « directives orthographiques » qui sont mises en place en cette rentrée, comme l’explique cette professeure dans un article de Télérama. Atterrée, elle raconte qu’elle a participé à une formation sur l’étude de la langue, où on lui a appris que dorénavant, « en langue, tout est négociable » : « Je vous jure. Si l’élève a fait une faute, mais qu’il est capable de justifier son choix, alors nous devons considérer qu’il a raison », écrit-elle. « Par exemple, s’il écrit ‘Les cadeaux que Lucie a reçue lui ont plue’, nous sommes en droit de lui demander des comptes sur ses accords défaillants des participes passés. Mais si l’élève répond ‘Ben on parle de Lucie, or Lucie est une fille, donc j’ai mis des E’, eh bien cet élève, qui a fait preuve d’une capacité à justifier ses erreurs… a finalement raison ! » Magique.

Voir aussi:

Mangled Trumpian Grammar as New American English?

Farooq A. Kperogi, Ph.D.

Notes from Atlanta

November 13, 2016

The just concluded American presidential election didn’t excite me at all. That was why I didn’t write about it. But now that the election is over, I want to take some time to reflect on the effect the campaigns have had on English grammar and usage. I will start with Donald Trump.

Trump contorted the English language in more ways than any presidential candidate did. First, he was notorious for terrible, sometimes hilarious, misspellings on Twitter. After the Republican primary debates on February 26, 2016, for instance, Trump tweeted: “Wow, every poll said I won the debate last night. Great honer!” He had earlier tweeted the following: “Lying Ted Cruz and leightweight chocker Marco Rubio teamed up last night in a last ditch effort to stop our great movement. They failed!”

Trump became the object of ridicule. Senator Marco Rubio viciously excoriated him for his poor spelling the following day at a campaign rally.  A headline in the website Mediaite.com captured it well. “Donald Trump Is Cluelessly and Hilariously Spelling Everything Wrong on Twitter Today,” it said. Even the Merriam-Webster Dictionary couldn’t help pillorying Trump. It sent out a tweet where it defined “honer” as “one that hones,” and adds: “leightweight: We have no. idea.” It also defined “chocker” in obvious dig at Trump’s clumsy attempt to spell “choker.” (By “honer,” Trump meant to write “honor.”)

But it’s Trump’s unusual turns of phrase and simplistic, repetitive vocabulary that have attracted the most attention from American grammarians. A famous study by Carnegie Mellon University concluded that he speaks at a Third Grade Level, that is, the level of an American Primary School kid.

English teachers have also torn apart his grammar. For instance, he mistook “temper” for “temperament” during one of his debates with Hillary Clinton. He also uttered the nonstandard “you was” during the debate. He said, « But you was totally out of control! » instead of the standard “But you were totally out of control!” Grammar pedants tore him to shreds.

And when he said, « They talk good around election » instead of “they speak well around election time,” many English teachers took to social media to say he had lost their votes. It is impossible to chronicle all the Trumpian solecisms in this article, but others that stood out include, « I pay tremendous numbers of taxes » and « Give economics to people. »

Bad Grammar as Strategy of Condescension 

But as a rhetorician, I know Trump’s mangled, dialectal English isn’t necessarily a product of insufficient mastery of the language. It was a deliberate rhetorical strategy designed to establish identification with the lower end of the American social stratum that constitutes the « base » of the Republican Party. Poor, rural, uneducated white Americans who form the bulk of Trump’s support base speak the kind of regional, nonstandard English Trump spoke on the campaign trail.

In his book Language and Symbolic Power, French theorist Pierre Bourdieu calls this « strategy of condescension. » Bourdieu didn’t mean « condescension » in the everyday sense of the word as disdain for one’s social inferiors; he meant the ability to negotiate and seamlessly traverse several « linguistic markets, » as he called it. He said this ability invests elites with immense social and cultural capital. As Peter Haney puts it, strategies of condescension occur « when someone at the top of a social hierarchy adopts the speech or style of those at the bottom. With such a move, the dominant actor seeks to profit from the inequality that he or she ostensibly negates. »

George Bush used it to maximum effect. People still remember him as the former US president who could barely string together grammatically correct sentences in English, who spoke with a Texan drawl. But Bush is the scion of « old money » who went to elite prep schools and grew up mostly in America’s northeast. If he wanted to sound « polished » and « cultivated, » he could, but he would risk calling attention to his privilege and thereby alienating people he wanted to appeal to. Scholars actually systematically compared his speeches before he became governor of Texas and after he became governor of Texas and found radical differences in his grammar, enunciation, and speech mannerisms. Before he became governor of Texas, he spoke like a typical American northeaster. His grammar and usage were polished and educated.

That doesn’t mean people at the upper end of the social scale don’t innocently mangle the language. For instance, when Hillary Clinton recently characterized some Trump supporters as belonging to a « basket of deplorables, » American English grammarians took her on; they said « deplorable » is an adjective, not a noun, and therefore can’t be pluralized as « deplorables » since only nouns are pluralized. But « deplorables » may well become mainstream in the coming years if enough people with social and cultural capital use it the same way Hillary used it. That’s how language evolves.

In any case, the English language is full of examples of adjectives that became nouns. They are called nominalized adjectives. The word “greats” (meaning great people) comes to mind. It started out as an adjective.

In a February 3, 2013 column titled « How Political Elite Influence English Grammar and Vocabulary, » I pointed out several examples of the changes in the lexis and grammar of the language that were instigated by political and cultural elites across the pond. When former US President Warren Harding first used the word « normalcy » instead of the then usual « normality, » he was ridiculed. But « normalcy » is now mainstream.

As I pointed out in the article, “Even the Queen of England, the unofficial guardian of the English tongue, is given to occasional violation of the rules of her own language. In their book Longman Guide to English Usage, Professors Sidney Greenbaum and Janet Whitcut shared how the Queen misused the expression ‘due to’ and inadvertently caused the rule to be changed in favor of her misuse.

“In traditional grammar ‘due’ is an adjective, and when it is followed by the preposition ‘to’ it should be attached to a noun (example: the cancellation of the event was due to the rain). The use of ‘due to’ at the beginning of a sentence in the sense of ‘because of’ or ‘owing to’ was considered uneducated.

“But when the Queen of England, in a Speech from the Throne, said, ‘Due to inability to market their grain, prairie farmers have been faced for some time with a serious shortage,’ this ‘uneducated’ usage gained respectability. It is no longer bad grammar.

“I once observed that this example shows the arbitrariness and unabashed elitism of (English) usage norms. But that’s only partly true. What is equally true is that research has shown that the Queen of England has lately been speaking like her subjects, leading the Daily Mail, UK’s second-biggest selling newspaper, to write in a recent story that ‘The Queen no longer speaks the Queen’s English.’”

Unfortunately, only native English speakers get to have that much influence on the language, which is both unsurprising and invidious, given the status of English as a world language with more non-native speakers than native speakers. Creative deviations from the norm that emerge from non-native speakers are often condemned to marginality.

There are exceptions, though. Chinese English speakers in the US have made enduring contributions to the lexis and structure of the language in very fascinating ways. For instance, the expression « long time no see » came to English by way of Chinese English speakers in California.

As I pointed out in my book, Glocal English: The Changing Face and Forms of Nigerian English in a Global World, this ungrammatical but nonetheless fixed English expression, which is used as a salutation by people who have not seen each other for a long time, is a loan translation from Mandarin hǎo jiǔ bú jiàn, which literally means « very long time no see. » It was initially derided as « broken » English in California, but because the expression filled a real lexical and idiomatic void in the language, it quickly spread to other parts of the US, then crossed the pond to the UK, and is now part of the repertoire of international English.

Expressions like « no-go area, » « have a look-see, » etc. were also Chinese broken English expressions that are now idiomatic in the language. (Check out my April 19, 2015 column titled « Popular Expressions English Borrowed from Other Languages » and my 4-part series titled « The African Origins of Common English Words »).

Given the impact that the cultural and political elite have on language, would Trumpian grammar change American English in significant ways? Business Insider thinks so: “Donald Trump may have forever changed the English language. Sad!”

Voir également:

America has never been entirely sure what to do with its white poor. For complicated historical and political reasons, we associate “poor” in our public consciousness with “black”. Terms such as “welfare queen” and “culture of poverty” became associated uniquely with the social maladies of African Americans in urban ghettos, despite the fact that poor whites outnumbered poor blacks.

It wasn’t always thus. When President Lyndon Baines Johnson launched his “War on Poverty” in the 1960s, he did so from eastern Kentucky coal country, then and now one of the poorest regions of the country. That region is my ancestral homeland, the place from which my grandparents emigrated to avoid the sort of material destitution President Johnson highlighted. Like millions of southern and Appalachian migrants, they moved north to the booming industrial economies of Ohio, Pennsylvania and similar states.

They moved in the hope of finding better jobs and higher wages and for a time they found those things. Yet in the wake of a long-term decline in manufacturing in the United States, the economic boomtown my grandparents migrated to began to struggle in many of the same ways as the eastern Kentucky town they left behind. By the time their grandchildren reached adulthood in the early 2000s, joblessness and despair had replaced the optimism that characterised my grandparents 50 years earlier. And though the local economies of each region differed – in Detroit, automobile manufacturing; in southern Ohio, steel and paper mills; in Pennsylvania and West Virginia, coal mining – the social problems looked eerily similar. All across Appalachia and the Rust Belt, opioid addiction, family breakdown and rising mortality set in. And the ills afflicting the white working class, so similar to those stereotypically assigned to the black poor, became impossible to ignore.

To many commentators, these problems are statistics to be analysed, but to me, they were the backdrop of my youth. As a kid, I sorted Middletown into three basic geographic regions. First, the area surrounding the high school, which opened in 1969. The “rich” kids lived here. Large homes mixed comfortably with well-kept parks and office complexes. If your dad was a doctor, he almost certainly owned a home or had an office here, if not both. I dreamed that I’d own a house in Manchester Manor, a relatively new development not a mile from the high school, where a nice home went for less than a fifth of the price of a decent house in San Francisco. Next, the poor kids (the really poor kids) lived near Armco, where even the nice homes had been converted into multi-family apartment units. I didn’t know until recently that this neighbourhood was actually two neighbourhoods – one inhabited by Middletown’s working-class black population, the other by its poorest white population. Middletown’s few housing projects stood there.

Then there was the area where we lived – mostly single-family homes, with abandoned warehouses and factories within walking distance. Looking back, I don’t know if the “really poor” areas and my block were any different or whether these divisions were the constructs of a mind that didn’t want to believe we were really poor.

Across the street from our house was Miami Park, a single city block with a swing set, a tennis court, a baseball field and a basketball court. As I grew up, I noticed that the tennis court lines faded with each passing month and that the city had stopped filling in the cracks or replacing the nets on the basketball courts. I was still young when the tennis court became little more than a cement block littered with grass patches. I learned that our neighbourhood had “gone downhill” after two bikes were stolen in the course of the week. For years, Mamaw said, her children had left their bikes unchained in the yard with no problems. Now we woke to find thick locks cracked in two by deadbolt cutters. From that point forward, I walked.

Downtown Middletown is little more than a relic

If Middletown had changed little by the time I was born, the writing was on the wall almost immediately thereafter. It’s easy even for residents to miss how much Middletown has changed because the change has been gradual – more erosion than mudslide. But it’s obvious if you know where to look and a common refrain for those of us who return intermittently is: “Geez, Middletown is not looking good.”

In the 1980s, Middletown had a proud, almost idyllic downtown: a bustling shopping centre, restaurants that had operated since before the Second World War and a few bars where men like Papaw would gather and have a beer (or sometimes many) after a hard day at the steel mill. My favourite store was the local Kmart, which was the main attraction in a strip mall, near a branch of Dillman’s, a local grocer with three or four locations. Now the strip mall is mostly bare: Kmart stands empty and the Dillman family closed that big store and all the rest, too. The last I checked, there was only an Arby’s, a discount grocery store, and a Chinese buffet in what was once a Middletown centre of commerce. The scene at that strip mall is hardly uncommon. Few Middletown businesses are doing well and many have ceased operating altogether. Twenty years ago, there were two malls. Now one of those malls is a parking lot and the other serves as a walking course for the elderly.

Today, downtown Middletown is little more than a relic of American industrial glory. Abandoned shops line the heart of downtown Middletown, where Central Avenue and Main Street meet. Richie’s pawnshop has long since closed, though the hideous yellow and green sign still marks the site, last time I checked. Richie’s isn’t far from an old pharmacy that, in its heyday, had a soda bar and served root beer floats. Across the street is a building that looks like a theatre, with one of those giant triangular signs that reads “ST–L” because the letters in the middle were shattered and not replaced. A little farther down the road is a cash-for-gold store and not far from that is a payday lending outfit.

Not far from the main drag of empty shops and boarded-up windows is the Sorg mansion. The Sorgs, a powerful and wealthy industrial family dating back to the 19th century, operated a large paper mill in Middletown. They donated enough money to put their names on the local opera house and helped build Middletown into a respectable enough city to attract Armco. Their mansion, a gigantic manor home, sits near a formerly proud Middletown country club. Despite its beauty, a Maryland couple recently purchased the mansion for $225,000 or about half of what a decent multi-room apartment sets you back in Washington DC.

Located quite literally on Main Street, the Sorg mansion is just up the road from a number of opulent homes that housed Middletown’s wealthy in their heyday. Most have fallen into disrepair. Those that haven’t have been subdivided into small apartments for Middletown’s poorest residents. A street that was once the pride of Middletown is now a notorious spot for druggies and dealers. Main Street is now the place you avoid after dark.

The white working class had grown angry. And it had no heroes

City leaders have tried in vain to revive Middle-town’s downtown, though in recent years they’ve met with some limited success, as a few businesses have opened near the newest branch of a local community college. Despite some progress, efforts to reinvent downtown Middletown are likely futile. People didn’t leave because our downtown lacked trendy cultural amenities. The trendy cultural amenities left because there weren’t enough consumers in Middletown to support them. And why weren’t there enough well-paying consumers? Because there weren’t enough jobs to employ those consumers. Downtown Middletown’s struggles were a symptom of everything else happening to Middletown’s people, especially the collapsing importance of the local steel mill.

Unfortunately, very few of America’s political or financial classes understood what was happening in towns such as Middletown. And this ignorance comes in part from their increasing segregation from working- and middle-class families. In booming Washington DC, cosmopolitan New York and hi-tech San Francisco, people rarely come face to face with the poor, with the possible exception of the random beggar. Their interactions with the poor of rural and suburban America are rarer still. Meanwhile, as a 2011 Brookings Institute study found, “compared to 2000, residents of extreme-poverty neighbourhoods in 2005–2009 were more likely to be white, native-born, high-school or college graduates, homeowners and not receiving public assistance”. The white poor always existed, but they were rapidly growing in numbers and America’s wealthiest and most powerful residents seemed unaware.

Indeed, if they deigned to care much about the white working class, they often expressed little more than condescension or outright disdain. As my grandma once told me, “hillbillies” – by which she meant poor whites with some connection to Appalachia – were the only group of people that elites felt comfortable stereotyping and looking down upon. From MTV’s chronicle of a “wild” white family in West Virginia to Justified, a popular show about eastern Kentucky, the media’s interest in the region seemed confined to entertaining caricature.

The political system’s response was even worse. While candidate Obama in 2007 secretly chastised poor whites for “clinging to their guns and religion,” the Republican party, where most white, working-class Americans made a political home, seemed completely unaware that its own base was struggling. In 2012, Mitt Romney ran on a platform that celebrated the noble business owner, even as polls showed that the white working class increasingly mistrusted the business owners perceived to push them from their work.

And in late 2015, the party appeared ready to crown Jeb Bush, the scion of a wealthy family whose policy programme differed little from Mitt Romney’s, even as his tone did. This was the brother of a man who started two unsuccessful wars, wars whose burden was disproportionately shouldered by the white middle and working class. And though a number of putative challengers offered stylistic contrasts with the younger Bush brother, no one challenged the core premise at the heart of his candidacy: tax cuts and deregulation at home combined with an active, military-focused foreign policy abroad. Just eight years after George W Bush left office to historically low approval numbers, the party appeared primed to double down on Bush, both in policy and in genetics. And no one seemed that interested in stopping it.

Except for Donald Trump.

In a now famous September debate among Republican presidential candidates, Jeb offered a robust defence of his brother’s foreign policy: “As it relates to my brother, there’s one thing I know for sure: he kept us safe.” In interviews after the debate and on social media, Trump filleted Bush repeatedly, noting the failures of the war and even blaming Bush for his failure to prevent the 9/11 terrorist attacks. It was the third rail of Republican politics and television commentators predicated that it was the end of Trump’s candidacy. How, many asked, could Trump survive such an aggressive criticism of the party’s most recent president? Instead, Trump thrived, building on his lead in the polls and cruising to the Republican nomination.

What so many commentators failed to understand was that the Republican party of George W Bush had changed. In the eight years since Obama’s election, the white working class had grown angry: at the economy that failed to deliver good jobs, at the failed prosecution of two wars, at a government bureaucracy that failed to deliver good healthcare for veterans, at policy-makers who bailed out megabanks in the 2008 financial crisis even as many Americans lost their homes. The party didn’t want another Mitt Romney and it sure as hell didn’t want another Bush. It wanted, most of all, a man whose very existence is the opposite of everything prior nominees stood for.

This was about more than finances and the macroeconomy problem. As a culture, working-class white Americans like myself had no heroes. We loved the military but had no George S Patton figure in the modern army. I doubt my neighbours could even name a high-ranking military officer. The space programme, long a source of pride, had gone the way of the dodo and with it the celebrity astronauts. We had lost any trust in the media as guardians of truth and consequently many were willing to believe all manner of conspiracies about our allegedly foreign-born president and his supposed grabs for power.

In style and tone Trump reminds blue-collar workers of themselves

To understand the significance of this cultural detachment, you must appreciate that much of my family’s, my neighbourhood’s and my community’s identity derives from our love of country. I once interviewed my grandma for a class project about the Second World War. After 70 years filled with marriage, children, grandchildren, death, poverty and triumph, the thing about which she was unquestionably the proudest and most excited was that she and her family did their part during the war.

We spoke for minutes about everything else; we spoke for hours about war rations, Rosie the Riveter, her dad’s wartime love letters to her mother from the Pacific and the day “we dropped the bomb”. My grandma always had two gods: Jesus Christ and the United States of America. I was no different and neither was anyone else I knew.

Many in the US and abroad marvel that a showy billionaire could inspire such allegiance among relatively poor voters. Yet in style and tone, Trump reminds blue-collar workers of themselves. Gone are the poll-tested and consultant-approved political lines, replaced with a backslapping swashbuckler unafraid of saying what’s on his mind. The elites of DC and NY see an offensive madman, blowing through decades of political convention with his every word. His voters, on the other hand, see a man who’s refreshingly relatable, who talks about politics and policy as if he were sitting around the dinner table.

More important is Trump’s message. Implicit in the slogan “Make America Great Again” is a belief that one’s country is not especially great right now and that’s certainly how many of Middletown’s residents felt. In the wake of the Great Recession, there was something almost spiritual about the cynicism of the community at large. If America was the lynchpin of a civic faith, then many in the white working class were losing something like a religion.

In America, commentators have devoted dozens of essays and think pieces to the question of whether Trump’s rise is primarily a function of economic insecurity or racial anxiety. The question is easy to answer – it’s both – and yet not especially helpful. Donald Trump isn’t just the candidate of economically dispossessed whites, though he is that. Nor is he just the candidate of racially anxious whites, though he is also that.

He’s the candidate of the man who opens his morning paper to find that another of his neighbours has died of a heroin overdose; of the woman who proudly sent her son to fight in Iraq only to watch it break his body and mind; of the father who spends hours on the phone with the Department of Veterans Affairs, begging for medical care that his former Marine nephew is owed both legally and morally; of the proud coal miner who voted for Bill Clinton and then watched as his wife promised to “put a lot of coal miners and coal companies out of business”. Donald Trump is the candidate of a patriotic people who feel an almost apocalyptic apprehension about the future. His great insight was to recognise and exploit that apprehension.

The tragedy of Trump’s candidacy is that, embedded in his furious exhortations against Muslims and Mexicans and trade deals gone awry is a message that America’s white poor don’t need: that everything wrong in your life is someone else’s fault. No one doubts that globalisation and automation have disproportionately had an impact on the white working class and no responsible politics should fail to appreciate and address that fact. Yet our neighbourhoods and our communities create certain pressures and instil certain values that make it harder for our children to lead happy lives.

Trump’s entire candidacy consists of pointing the finger at someone else

During my junior year of high school, our neighbour Pattie called her landlord to report a leaky roof. The landlord arrived and found Pattie topless, stoned and unconscious on her living-room couch. Upstairs, the bathtub was overflowing, thus the leaking roof. Pattie had apparently drawn herself a bath, taken a few prescription painkillers and passed out. The top floor of her home and many of her family’s possessions were ruined. This is the reality of our community. It’s not just about hard-working people dispossessed by globalisation, though that’s undoubtedly true for many people. It’s also about a naked druggie destroying what little of value exists in her life. It’s about children who lose their toys and clothes to a mother’s addiction. It’s about families torn apart by domestic violence and students afraid to go home when the school bell rings at the end of the day.

Psychologists call it “learned helplessness” when a person believes, as I did during my youth, that their choices have no effect on their life’s outcomes. We acquired that sense of helplessness from a number of sources: from families who felt that you had to pretend to be “black or liberal” to get into an Ivy League school; from the home life that showed us the world could be turned upside down in an instant; from seeing so few of our neighbours succeed in the modern economy that we wondered whether success was even possible for those like us.

To recognise that these neighbourhoods and attitudes affect us is not to place moral blame on the poor. Indeed, many of the obstacles folks like me perceive are quite real. But it is dangerous, even destructive, to give up completely on the role of agency. The white working class must build a set of values that recognises life’s unfairness while constructively engaging with it – in our community institutions, in our government and in our families. Yet Trump’s message for the white voter so desperately in need of introspection and self-reflection is: it’s all someone else’s fault. His rallies may be cathartic, as he screams and yells at conjured enemies, but he offers no solutions. His entire candidacy is an exercise in pointing the finger at someone else.

In pointing that finger so repeatedly and enthusiastically, Donald Trump has debased our entire political culture. On the right, the party of robust American global leadership now finds itself apologising for a man who apologises for Vladimir Putin even as he scares our staunchest European allies.

The Republican speaker of the house, a brilliant, respected leader, regularly repudiates some noxious statement of Trump’s even as he cannot politically repudiate the man himself. On the left, the cosmopolitan elites of the Democratic party have taken to Facebook and Twitter to denounce half of their fellow citizens, people they rarely see, much less know. In the eyes of American elites, Trump’s voters are racist rednecks, finally reaping what they’ve sown.

In this age of Trump, each tribe has lost the ability to show even a hint of compassion for the other side.

The great irony is that the people who may make Trump president are among those who most need a constructive politics and an engaged leader. They need a life raft and a mirror. Trump instead offers a political high, a promise to “Make America Great Again” without a single good idea regarding how.

Hillbilly Elegy by JD Vance is published by William Collins on 22 September, £16.99

Voir encore:

Five myths Donald Trump tells about Donald Trump
Glenn Kessler
The Wall Street Journal

January 28, 2016

All politicians like to brag about their abilities and achievements. But rarely has a presidential hopeful emerged like Donald Trump, who consistently touts his résumé and plans for the nation in sweeping and over-the-top terms. Trump is particularly unique in how he talks about himself. Plenty of would-be presidents make dubious claims about what they have accomplished in elected office (created millions of jobs! slashed spending!). Few make such claims about their personal attributes. Trump has no such hesitation. Just before the Iowa caucuses, here are five of the biggest myths Donald Trump tells about himself.

1. “I’m, like, a really smart person.

Trump is not shy about his intellectual prowess. As he tweeted in 2013: “Sorry losers and haters, but my I.Q. is one of the highest -and you all know it! Please don’t feel so stupid or insecure, it’s not your fault.”

Of course, “smart” is a bit subjective. There’s book smarts as well as street smarts. Many would say Trump has run a pretty smart campaign. But clearly he’s saying that his brain is very sharp — as he puts it, “super-genius stuff.’’ At one point, Trump rebutted criticism from columnist George Will and GOP consultant Karl Rove by saying: “I’m much smarter than them. I think I have a much higher IQ. I think I went to a better college — better everything.”

Trump’s college background, in fact, is often his key piece of evidence for his intellectual superiority. But there’s less here than meets the eye. Trump did graduate from the Wharton School of business at the University of Pennsylvania, an Ivy League college. But Trump did not get an MBA from Wharton; he has a much less prestigious undergraduate degree. He was a transfer student who arrived at Wharton after two years at Fordham University, which U.S. News & World Report currently ranks 66th among national universities. (Besides, simply going to an Ivy League school doesn’t prove you’re a genius.)

Gwenda Blair, in her 2001 book “The Trumps,” said that Trump’s grades at Fordham were just “respectable” and that he got into Wharton mainly because he had an interview with an admissions officer who had been a high school classmate of his older brother. And Wharton’s admissions team surely knew that Trump was from one of New York’s wealthiest families.

For years, numerous media reports said Trump graduated first in his class from Wharton, but that’s wrong. The 1968 commencement program does not list him as graduating with any sort of honors. In fact, the Boston Globe reported that he barely made an impression at all: “His former classmates said he seemed a student who spoke up a lot but rarely shined in class, who barely participated in campus activities, shunned fraternity parties.”

2. “I have the world’s greatest memory.

One of Trump’s most controversial claims is that he saw a television news report about thousands of Muslims in New Jersey cheering the collapse of the World Trade Center in 2001. That statement ended up on the Washington Post Fact Checker’s list of 2015’s biggest Pinocchios.

Trump insisted he was right because he has such a great memory.

But no television network could find such a clip — though extensive searches were made. No news reports were tracked down to validate Trump’s claim of “thousands.” The closest thing ever found was a local newscast at the time, from a CBS affiliate in New York, that reported on the arrest of eight men who neighbors said had celebrated the attack. That’s a far cry from thousands. There were also video clips of several Palestinians in the Israeli-occupied territories cheering. But that wasn’t New Jersey — and again, it wasn’t thousands.

Trump also tried to point to a line in a Washington Post article written days after the attacks that said law enforcement authorities detained and questioned some people who were allegedly seen celebrating . But when one of the reporters, Serge Kovaleski, said the article did not validate Trump’s claim, the real estate magnate mocked Kovaleski’s disability. (Kovaleski has a chronic condition that limits his mobility.)

What is Donald Trump’s net worth?

Here’s the answer to one of the most Googled questions about one of the most Googled candidates. (Osman Malik and Sarah Parnass/The Washington Post)

Trump later denied doing so, claiming that he didn’t know the reporter — even though Kovaleski had closely covered Trump in the 1980s and 1990s and had interviewed him several times.

Maybe Trump should rephrase his boast: “I have the world’s most selective memory.”

3. “I’m proud of my net worth. I’ve done an amazing job.

Trump frequently touts his financial acumen. He often says he is worth $10 billion, though most analysts say that is exaggerated. Bloomberg News closely studied his 92-page financial disclosure report and concluded that he is really worth $2.9 billion.

That may sound like a lot of money. But don’t forget that Trump inherited a lot of money, too — about $40 million in 1974. In 1978, his net worth was estimated by BusinessWeek at $100 million. The Post’s Wonkblog calculated that if Trump had gotten out of real estate, put his money in an index fund based on the Standard & Poor’s 500 index and reinvested the dividends, he’d be worth twice as much — $6 billion — today.

National Journal noted that Warren Buffett was also worth $40 million in 1974 — and he managed to turn that into $67 billion today. But then Buffett doesn’t have a long list of business flops, such as Trump Airlines, Trump Vodka, various Trump casinos, Trump Steaks and Trump University.

4. “I’m self-funding my campaign.

Trump keeps saying that unlike his rivals, he’s paying for his own presidential campaign, but that’s largely false.

At the start of his campaign, he loaned his political operation $1.8 million. As of Oct. 1, he had given his campaign an additional $104,829.27 — but he had also received $3.9 million from donors, which accounted for the vast majority of the $5.8 million his campaign had taken in by then. His campaign website features a prominent “donate” button on its homepage. Trump has spent $5.4 million, and interestingly, about one-quarter of his spending has gone to Trump-owned entities (mainly his private jet company).

In January, Trump launched an ad campaign in Iowa and New Hampshire, saying he planned to spend $2 million. He also claimed that his campaign was $35 million to $40 million below budget. Ultimately, all of his spending — and where the money came from — will have to be disclosed in campaign finance reports. The odds are his personal share of the spending will be less than 50 percent.

5. “I’m probably the least racist person on Earth.

When people have criticized Trump for promising to build a wall on the U.S.-Mexico border or proposing a ban on all Muslims from entering the country, he has defended himself by saying he’s not motivated by racism. Still, he has a pattern of racially tinged remarks and actions.

The very first article about Trump in the New York Times — it appeared 42 years ago — was headlined “Major Landlord Accused Of Antiblack Bias in City.” Trump was quoted saying the charges in a lawsuit brought by the Justice Department against the company he and his father ran were “absolutely ridiculous.” The sides settled — but three years later, the Justice Department charged Trump’s organization with continuing to discriminate against blacks.

When five black and Latino teenagers were implicated in a brutal attack on a white woman jogging in Central Park in 1989, Trump took out full-page newspaper ads calling for the death penalty for “criminals of every age.” The suspects were convicted but later exonerated by DNA evidence — and Trump then called their wrongful-conviction settlement a “disgrace.”

Trump Plaza Hotel and Casino President John R. O’Donnell, in the 1991 book “Trumped,” alleged that Trump once said that “laziness is a trait in blacks.” He also claimed Trump said, of his accountants: “Black guys counting my money! I hate it. The only kind of people I want counting my money are little short guys that wear yarmulkes every day.” (Trump has called O’Donnell a disgruntled employee, but he has not disputed the remarks. “The stuff O’Donnell wrote about me is probably true,” he told Playboy in an interview published in May 1997.)

Speaking to the Republican Jewish Coalition in December, Trump made a speech riddled with Jewish stereotypes, such as: “Look, I’m a negotiator like you folks; we’re negotiators.” And: “I know why you’re not going to support me. You’re not going to support me because I don’t want your money.”

Another Trump observation: “A well-educated black has a tremendous advantage over a well-educated white in terms of the job market. . . . If I were starting off today, I would love to be a well-educated black, because I believe they do have an actual advantage.’’

When Trump launched his campaign, he made a broad-brush accusation against Mexico: “They’re sending people that have lots of problems, and they’re bringing . . . drugs, they’re bringing crime, they’re rapists. And some, I assume, are good people.”

The Washington Post
February 15 2017
President Trump’s administration has a spelling problem, and it seems to be getting worse.The latest cringe-worthy gaffe, courtesy of the Education Department, was a double whammy: In a tweet Friday, the agency misspelled the name of the late scholar-activist and NAACP co-founder W.E.B. Du Bois. Then it followed up with a correction, with its own glaring error: “Our deepest apologizes for the earlier typo.”It wasn’t long ago that pretty much everyone across the political spectrum could agree that it was embarrassing when our elected officials failed to use the English language correctly. Just ask former vice president Dan Quayle how to spell “potato.”

Yet as critics pounced on the latest errors as a sign of carelessness or incompetence, Trump defenders howled back, blasting the criticism as liberal-elite snobbery. It’s come to this: The fault lines of our deeply divided country have crossed into the once-neutral territory of grammar and spelling.

So how problematic is the administration’s spelling — really? We decided to take a closer look at a few recent incidents.

1. The ‘to’/‘too’ mix-up on the official Trump inauguration poster

The poster had to be removed from the Library of Congress website after people noticed that something seemed to be missing from the quote emblazoned on it. Can you spot it? Look closer. Ah, yes — one of those pesky “to”/“too” confusions. Too often the eye just skips over it, and even spell check won’t always help you with that one. Who among us hasn’t committed this offense? (But, no, probably not on an official presidential portrait.)

2. Betsy DeVos’s ‘historical’ error

Plenty of public-school alumni jumped on this usage error by the school-vouchers advocate, who has since been confirmed as education secretary. It might not have been the most egregious error — “historical” is often confused as a synonym for “historic” but actually means “belonging to the past”; and she’s hardly the only person we know who randomly capitalizes nouns such as “inauguration” that don’t actually merit it. But still, not a great look for the nation’s top education policy guru.

3. Trumps great honer

The tweet was sent by Trump on his first full day in office. It was swiftly deleted and reposted with the correct spelling — but not before the original version was immortalized online. It might have been just one misplaced vowel, but he’d made this mistake on Twitter before, after a February 2016 presidential debate. (“Wow, every poll said I won the debate last night. Great honer!” — that tweet, too, was quickly corrected.) We’ll be blunt: “Honer” doesn’t even look close to correct, and we’re not sure how he made this blooper. But in fairness, Twitter is where we make all our finger-slip errors, too.

3. Marco Rubio the ‘leightweight chocker’

In an oft-mocked tweet in February 2016, Trump lashed out at primary opponents Ted Cruz and Marco Rubio: “Lying Ted Cruz and leightweight chocker Marco Rubio teamed up last night in a last ditch effort to stop our great movement. They failed!”

Look, we get that “choker,” though correct, looks nearly as strange as “chocker” the more you stare at it. And we can see how someone focused on getting the e-i order correct in “weight” might overcompensate and screw up the “light” part — but wouldn’t you see “leightweight” and know you’d done something wrong?

As per usual, the tweet was deleted — but not before the dictionary folks supplied a snarky response.

4. Lose vs. Loose

No way around it: There is so much wrong with this one, gnarled syntax as well as troubled spelling. Fortunately, Twitter was there to help.

“Insticts” is pretty odd, but you can see how someone who spends a lot of time tweeting about “losers” could get lost trying to spell “loose.” The standard U.S. spelling, of course, is “judgment,” not “judgement,” but again — Twitter.

5. Terrorist ‘attakers’

When the White House released a list of 78 “under-reported’ terrorist attacks earlier this month — aiming to prove that the media had played down the terrorism threat — reporters found themselves wading through a document riddled with typos and errors. Among other mistakes, the report misspelled “attacker” and “attackers” as “attaker” and “attakers” 27 times. Who does that? And this wasn’t a Twitter typo, but a document prepared for public release by the communications staff. This is — bad. A new level of bad. We’ve left Quayle far, far behind.

6. An unprecedented misspelling

This one was particularly regrettable because of the Freudian-slip undertones. It quickly spawned a trending hashtag, an onslaught of jokes and more than a few anti-Trump protest signs at subsequent rallies. Again, the dictionary couldn’t let this pass without taking a shot.

“Unpresidented” did earn an official entry in Urban Dictionary, however. (It isn’t very flattering.)

7. Theresa May vs. Teresa May

One is the name of the British prime minister. The other is the name of a British former soft-porn actress. Guess which one appeared three times on an official White House schedule?

This one would feel more relatable and excusable — we’ve all done something like this — except we’re not talking about bungling the name of your cousin’s new boyfriend on a party invitation. We’re talking about the name of a foreign head of government, misspelled three times on an official White House document.

Voir par ailleurs:

Research Shows Twitter is Driving English Language Evolution

Joel Windels
Brandwatch
May 29th 2013

It’s no surprise that technology has been a driving factor in how we communicate. 140 character limits, the need to be succinct and other prevailing memes have transformed the ways we talk to each other online.

It’s not rare to hear celebrated literary experts lament the demise of the second-most widely spoken language in the world, but seldom to we ever witness any evidence of such change beyond the anecdotal.

Accordingly, we have taken it upon ourselves to conduct our own research into how social media is helping drive evolution in the English language.

Deviating from official English

Twitter users are the least literate of the internet users we looked at, with 0.56% of words on the network being either misspelled or otherwise unofficial, perhaps due to its stricter character limit.

Twitter                 0.56% or 1 in 179

Google+              0.42% or 1 in 238

Facebook            0.31% or 1 in 323

Forums                0.18% or 1 in 556

Americans tend to deviate slightly more than those based in the UK, with the Brits at 0.53% and the USA at the global average of 0.56%.

Interestingly, tweeters have been getting increasingly literate over the past few years, getting 0.01% more literate each year since 2011 – is this a result of increased adoption of auto-correcting devices perchance?

Females are more likely to deviate too, using unofficial language every 169 words, whereas males do it once every 192. The fairer gender are also responsible for elongating words like arghhh, awwww, soooo and ahhh much more than males, who instead prefer to shorten them to things like gonna, wanna and kinda.

The most common form of ‘error’ is the exclusion of apostrophes, resulting in words like im, wont, cant, theres, hes, womens and parents.

The second most frequent deviation was the usage of acronyms, the widest used of which was LOL, followed by WTF, LMAO, YOLO, OMG and FFS.

In terms of the actual words that are misspelled, here are the favourites:

  • definitely
  • separate
  • embarrass
  • achieve
  • surprise
  • weird
  • government
  • argument
Voir aussi:
‘Twitter will increasingly shape our spelling and grammar – we just have to accept it’

As new research finds Twitter users make more spelling mistake than other social networks, Tech & Gadgets editor Hannah Bouckley confesses to some social networking grammatical shortcuts.

Hannah Bouckley

BT

11 June 2013

According to new research, Twitter users make twice as many spelling mistakes as Facebook users.
The study by Brandwatch analysed 10,000 tweets from 1,000 randomly selected Twitter accounts. 
  • It found one in every 150 words posted on Twitter is spelt incorrectly, in contrast to one in 323 words on Facebook.

    The figure doesn’t just refer to spelling mistakes. It includes the use of abbreviations (such as LOL), grammatical errors, word elongation and shortening.

    Women are more likely to make errors and use abbreviations than men, averaging one in every 169 words, as opposed to one in 192 words.

    I use Twitter quite a lot and I must admit to taking some grammatical shortcuts.

    With just 140 characters to play with per Tweet, it’s really frustrating to get to the end of a sentence and be just one character short.

    Rather than rewriting the tweet, I will go back and substitute the likes of “I’m” for “Im”.

    I think there’s a difference between the odd grammatical tweak and glaring spelling errors. Twitter is a public forum and consistently poor spelling and grammar look like you don’t care.

    In Twitter arguments, spelling mistakes are one of the first things people criticise. Making a spelling mistake on Twitter looks like you aren’t in control – especially as mobile phone spell checks are getting better.

    Out of all the social networks, I think we should be forgiving of mistakes on Twitter »

    Twitter is about spontaneous reactions to events and if you are in a hurry it’s easy to make mistakes, particularly if you’re typing using a small keyboard.

    For the majority of people, it doesn’t really matter if there’s a mistake – for professions like politics or teaching, it’s a different story.

    Interestingly Brandwatch’s study found that on Twitter women tend to elongate words, while men shorten them.

    Common words used by women include: soo, aww and ohh. Men use lota, lol, lonna and wanna.

    I’m guilty of the odd aww and soo. But I would use those terms on Facebook and emails to friends.

    Writing a letter or sending a Facebook message can be unwittingly formal. People can read sentences in different ways and misconstrue the original meaning.  By using such language I’m hoping my message sounds a little more conversational and a little how I’d say it in person.

    According to the survey the most common grammatical errors are related to misuse of the apostrophe: im, wont, cant, dont, id.

    There’s a movement online called Kill The Apostrophe “on the basis that it serves only to annoy those who know how it is supposed to be used and to confuse those who dont.”

    I’m not in favour of removing the apostrophe. Twitter and text speech is only a small facet of the way we use our language, enough people still write emails or letters using the apostrophe for it to be useful.

    In the future Twitter and other social networks are likely to increasingly shape our language and we have to get used to it. Language has evolved centuries and will continue to do so.

    It’s not all bad news: it has also been revealed that Twitter users have been getting more literate each year since 2011.

    Overall, I suggest tolerance towards language quirk on Twitter and yes to abbreviation and elongation – in moderation.

    I advise anyone who cares to take a few seconds to correct typos before hitting send.

    Voir également:

Twitter users ‘can’t spell’

Twitter users make more than twice as many spelling mistakes as those on Facebook, new research has revealed – with apostrophes the most common source of errors.
Jennifer O’Mahony
The Daily Telegraph
29 May 2013

Britons’ well-documented struggles with their own language appear to be particularly acute when they post on the microblogging service, a study by social media monitoring service Brandwatch has found.

One in every 150 English words posted on Twitter is spelt incorrectly, with missing apostrophes the most common grammar crime.

Apostrophes, or a lack thereof, were followed by the use of acronyms such as LOL (laugh out loud) and YOLO (you only live once) as the most frequent examples of misuse in English.

Twitter’s strict 140-character limit for posts is undoubtedly the cause of much mangled language, a constraint that forces users to innovate by cutting linguistic corners.

Brandwatch analysed almost one million randomly selected online interactions across Twitter, forums, Facebook and Google+ in the month of March over a three-year period.

Twitter recently announced it counts an average of 400 million tweets posted by users every day, but it fared worst among all social networks for the quality of spelling and grammar.

By contrast, Facebook’s users compose just one in every 323 words incorrectly, though this rose to one in every 238 on Google+.

The research comes in the wake of comments by Simon Horobin, an English professor at Magdalen College, Oxford, who suggested that “they’re”, “their” and “there” could be spelt in the same way. Prof Horobin, speaking at the Telegraph Hay Festival, said: « I am not saying we should just spell freely, but sometimes we have to accept spellings change ».

Minimal differences were found between the accuracy levels of American and British tweeters, but analysts discovered women tended to elongate words and use onomatopoeia such as « soooo » or « argh », while men favoured shortened slang, including « gonna » and « gotta ».

« Whether through deliberate misuse or ignorance, it is clear that the nature of Twitter and its strict character limit continues to encourage a higher rate of unofficial English. But rather than bemoaning the loss of the language, shouldn’t we instead be recognising this for what it is – a natural evolution? » said Joel Windels, Lead Community Manager at Brandwatch.

« Last year the Oxford English Dictionary added well over 1,000 new words and meanings, including web-speak words ‘lolz’ and ‘tweeps.’ Changes to language are nothing new, but this research highlights just how much of an influence social media is having on how we communicate. »

The government may not welcome the sentiments of Mr Windels and Prof Horobin.

Michael Gove, the Education Secretary, has published a list of 162 words which all 11-year-olds would be expected to spell correctly, and has said that « too little attention » has been paid to spelling and grammar in schools in recent years.

Voir encore:

How social media has shaped the English language

Castleford Staff

31/05/2013

The days of writing grammatically correct, perfectly punctuated sentences may seem like a thing of the past – but what role has social media played in this trend?

If new research from Brandwatch is anything to go by, it could be said that social networks have transformed modern day English, with Twitter presenting the greatest threat.

The site analysed the effect of various social media sites on the English language to find that Twitter users are the most likely to deviate from correct spelling and grammar.

A total of 0.56 per cent of words posted on the micro-blogging site are either misspelled or unofficial, although it has been suggested that this might be down to its strict 140-character limit.

Taking up second place is Google+ with 0.42 per cent of misspelled words, followed by Facebook with 0.31 per cent.

However, it’s not all bad news for Twitter users, as the website found that people have become increasingly literate since 2011 – although how much of this is down to autocorrect features?

Women were found to be more likely to deviate from the official language than their male counterparts, as well as being more inclined to elongate their words for effect.

Men, perhaps unsurprisingly, showed a preference for shortening words, instead using phrases such as ‘kinda’ and ‘wanna’.

Now it’s not uncommon for even the greatest of spelling aficionados to struggle with the odd word or two, but Brandwatch’s analysis found that some words are more commonly misspelled than others.

The worst offenders were definitely, separate, embarrass and achieve, with weird and surprise also featuring on the list.

It just goes to show that even in a field as broad as social media, people are still on the lookout for good spelling and grammar – something that people running Twitter campaigns should bear in mind.

 Voir de plus:

Facebook and Twitter ‘harm pupils literacy’: Headmasters claims children are so distracted by the sites they don’t bother to read books

Children’s literacy is being damaged by social media, headmasters claim.

They say pupils are too distracted by sites such as Facebook and Twitter to bother to read a book.

As a result, thousands are poor spellers and have little understanding of grammar.

Children’s literacy is being damaged by social media, headmasters claim. They say pupils are too distracted by sites such as Facebook and Twitter to bother to read a book

A survey of 214 secondary school heads found that 70 per cent believe Facebook and Twitter are ‘bad for literacy’.

Excessive use of such sites means youngsters’ spelling and grammar have deteriorated. For example, some write ‘l8’ rather than ‘late’, while others rely on computer spellcheckers to correct their mistakes.

To make matters worse, many parents do nothing to try to improve these crucial skills.

The research, conducted by Booked, a magazine for schools, found that half of Britain’s headmasters are concerned about their pupils’ approach to reading.

Tsol Keoshgerian, chairman of Booked, said: ‘This is a worrying snapshot of literacy standards.

It appears to confirm that the massive rise in social media use among the young is having a major impact on writing skills th little or no attempt by parents to stop it.’

Tsol Keoshgerian, chairman of Booked, which encourages children to read and write, said: ‘This is a worrying snapshot of literacy standards in the UK today.

‘From a social perspective, it appears to confirm the massive rise in social media use among the young is having a major impact on writing skills with little or no attempt by parents to stop it.’

Bosses regularly complain about the poor literacy standards among school leavers, whose written English in applications forms and CVs can be shocking.

Bosses regularly complain about the poor literacy standards among school leavers, whose written English in applications forms and CVs can be shocking

The research uses examples such as one applicant stating: ‘I wont to work wiv you’re company.’

Others regularly confuse the words ‘to’ and ‘too’, such as: ‘I’d like too work with you’, while asking whether job ‘oppurtunities’ are ‘avalible’ at the company.

Others sign their letters with several kisses, showing an inappropriate level of friendliness with a potential boss who they have never met.

Tracy Newby, head of English at Ringmer Community College in East Sussex, said helping her students to learn good spelling and grammar involves a ‘fight’ with social media.

She said: ‘Social media has a massive impact on students every day.

‘Ask a Year 10 class [aged 14 and 15] how many of them have read a book for pleasure recently and you might get two or three hands.

‘Ask them how many have checked Twitter or Facebook that day and every hand will shoot up.’

Miss Newby runs workshops and competitions at her school to encourage the children to read and to find reading exciting and interesting.

One head teacher, who did not want to be named, said: ‘I do feel that, to a certain extent, the use of electronic media, particularly a reliance on spell checks, has resulted in a decline in old-fashioned grammar and spelling.’

Another said: ‘Parents are less inclined to help children at home with reading.

‘Parents need to be aware of how important their role is. We hold regular evenings for parents and a very low percentage attend.’ It comes after a damning report from the Organisation for Economic Co-operation and Development revealed the scale of the problem.

England is the only developed country producing children who are worse at reading and maths than their grandparents, according to a recent report from the Organisation for Economic Co-operation and Development.

John Allan, national chairman of the Federation of Small Businesses, said: ‘Young people don’t have the literacy and numeracy skills to do the job properly.

‘What we need now is action to improve these crucial basic skills from an early age.

‘While the Government is doing good work to improve the rigour of the curriculum, it must also learn lessons from those countries that perform well, on how to improve and retain these vital skills, to ensure the UK doesn’t find itself with an unskilled workforce.’

Voir de même:

Trump’s tweets are little different from FDR’s chats

Trump’s tweets represent ‘empathy’ but don’t always reflect ‘judgment,’ says Andrew Card
MarketWatch

Jan 23, 2017

‘FDR started it.’ Andrew Card, chief of staff to President George W. Bush
Donald Trump, arguably, has already changed the office of the presidency forever, with his prolific tweets, some of which, at least in the lead-up to his Friday inauguration, endorsed specific companies, lashed out at impersonations and even laid the groundwork for complex policies. Cabinet appointees have found themselves walking back his remarks with some regularity.

Some observers embrace the transparency of the unfiltered Trump experienced on Twitter TWTR, -0.72% . The public wasn’t ruffled one bit when a newly elected Trump’s staff blew off the protocol for press pool reports and end-of-day signoffs.

Trump’s delivery mechanism may be relatively new, but the motivation isn’t. Circumventing the press, and even the carefully crafted press release, is a presidential tack that can be traced as far back as Franklin Delano Roosevelt’s “fireside chats,” which leveraged the radio medium to deliver Roosevelt directly into American living rooms, said Andrew Card, in an MSNBC interview. Card, White House chief of staff to the second President Bush, also served in the administrations of Ronald Reagan and George H.W. Bush.

And: Trump’s tweets ‘speak for themselves’ as he holds media off for now

FDR delivered his first radio address on March 12, 1933, in the middle of the crisis of confidence over the U.S. banking system. The intent? Reassure the public as if the president had stopped by personally. It was only after the broadcast’s relative success that they eventually earned the “fireside chat” familiarity. Trump’s tweets are the president-elect’s way to get closer to Americans, too, said Card.

And that’s not without risk. Trump’s words represent “empathy” but don’t always reflect “judgment,” said Card.

There have been, of course, other media firsts for the executive office. President Dwight Eisenhower created the White House TV studio, according to NPR. It was Reagan, the former actor, who first went prime time and live on network television to enter American homes.

Presidents have taken liberties with format in other ways, too. Barack Obama, whose White House was no stranger to social media, squeezed in “Between Two Ferns” alongside comedian Zach Galifianakis to promote the contentious Affordable Care Act.

Voir enfin:

“I love the poorly educated”—Read Donald Trump’s full Nevada victory speech

Quartz

February 24, 2016

Oh boy. We love Nevada. We love Nevada. Thank you. Thank you. Oh this is a great place. Thank you very much. Great evening. We will be celebrating for a long time tonight. Have a good time. Have a good time.

You know we weren’t expecting—a couple of months ago, we weren’t expecting to win this one, you know that, right? We weren’t. Of course if you listen to the pundits, we weren’t expected to win too much, and now we’re winning, winning, winning the country. And soon the country’s going to start winning, winning, winning. So I want to thank the volunteers. They’ve been unbelievable. These people, they work like endlessly, endlessly. We’re not going to forget it. And we’ve had some great numbers coming out of Texas, and amazing numbers coming out of Tennessee and Georgia and Arkansas and then in a couple of weeks later Florida. We love Florida so. We’re going to do very well in Ohio. We’re beating the governor. It’s always nice to be beating the governor. And Michigan—the whole thing. It’s going to be an amazing two months.

We might not even need the two months, folks, to be honest. So tonight we had 45 to 46%, and tomorrow you’d hear them say, you know, if they could just take the other candidates and add them up, and if you could add them up because you know the other candidates amount to 55%. So if they could—they keep forgetting that when people drop out, we’re going to get a lot of votes. You know they keep forgetting.

So I want to begin by thanking my boys, Eric has been all over the place making speeches. He’s getting better than me so I’m a little jealous. And Don went to _____, you were all over, right?

He loves the rifle stuff. This is serious rifle. This is serious NRA, both of them, both of them. We love the Second Amendment folks. Nobody loves it more than us, so just remember that.

And Corey and Hope, the staff, the whole group, and Charles and Dan and what a group we have. I want to just thank a couple of friends of mine that are here, the owner of this incredible hotel, Mr. and Mrs. Phil Ruffin, stand up. Great guy. Phil said, “Donald,”—like for the last three months he’s driving me crazy, he said—”Donald, I want to put $10 million into your campaign.” I said, “Phil I don’t want your money. I don’t want to do it. I’m self funding.” Every time I see him. It’s hard for me to turn down money because that’s what I’ve done in my whole life. I grab and grab and grab. You know I get greedy. I want money, money.

I’ll tell you what we’re going to do, right? We get greedy, right? Now we’re going to get greedy for the United States. We’re going to grab and grab and grab. We’re going to bring in so much money and so much everything. We’re going to make America great again, folks, I’m telling you folks, we’re going to make America great again.

And another great friend of mine, someone respected by everybody, a great friend of Phil too—Mr. and Mrs. Steve Wynn. Stand up, Steve. Stand up. Two great people. Steve is always calling. He’s always got advice, right Steve? “Donald I think you should do this and that.” His advice I like to listen to, I’ll be honest. So Phil and Steve and families, we appreciate it. You’ve been great friends. Thank you, thank you.

So this was very exciting tonight. But I’ll tell you it looks like we won by a lot evangelicals. I love evangelicals, and I have to tell you pastor [Robert] Jeffress has been so incredible on television and elsewhere. He has been great. And as you know Liberty University—do we love Liberty University? Huh? Jerry Falwell Jr., an unbelievable guy, and he has been with us and with us from the beginning, and I want to thank Jerry and his family. It’s been amazing, the relationship. So we won the evangelicals.

We won with young. We won with old. We won with highly educated. We won with poorly educated. I love the poorly educated. We’re the smartest people, we’re the most loyal people, and you know what I’m happy about? Because I’ve been saying it for a long time. 46% were the Hispanics—46%, No. 1 one with Hispanics. I’m really happy about that.

So I’m very proud of you, this is an amazing night. I love the country, I love the country. We’re going in the wrong direction. We’re going to keep—as you know Gitmo, we’re keeping that open, and we’re going to load it up with bad dudes. We’re going to load it up w a lot of bad dudes out there. We’re going to have our borders nice and strong. We’re going to build the wall, you know that. We’re going to build the wall. And I have a lot of respect from Mexico, and you just heard we won Hispanics. But let me tell you Mexico is going to pay for the wall, right? It’s going to happen. It’s going to happen. They know it. I know it. We all know it.

We have a tremendous deficit. We have a trade deficit with Mexico. They’ll pay for the wall. They’ll be very happy about it. Believe me. I’ll talk to them. They’re going to be very, very thrilled. They’re going to be thrilled to be paying for the wall.

We’re going to be the smart people. We’re not going to be the people that get pushed around all over the place. We’re going to be the smart people. You’re going to be proud of your president, and you’re going to be even prouder of your country, OK?


Liberté d’expression: Après l’histoire, c’est désormais la sociologie qui se dit dans les prétoires (French historian sued for spilling the beans on Arab antisemitism)

10 février, 2017
deracinement
https://www.thesun.co.uk/wp-content/uploads/2017/02/nintchdbpict000300125351.jpg?strip=all&w=960

‘All further migration from mainly Muslim countries should be stopped’

Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor (février 2007)
Il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse. Emmanuel Macron
Poland showed the strongest opposition to migrants arriving from Muslim countries, with 71 per cent supporting the ban. Opposition to further migration was also intense in Austria (65 per cent), Belgium (64 per cent), Hungary (64 perc cent) and France (61 per cent) and Greece (58 per cent). The idea of a Trump-style ban also received support in Germany, with 53 per cent calling for increased curbs and 51 per cent in Italy. But there was not majority support in Britain or Spain, which was most opposed to the idea of a ban with only 41 per cent voicing support. Overall, across all ten of the European countries an average of 55 per cent agreed that all further migration from mainly Muslim countries should be stopped. The Sun
Selon une étude menée par l’institut de recherche britannique Chatham House, les Européens seraient majoritairement favorables à la fermeture de leurs frontières aux individus originaires de pays musulmans. 55% des personnes interrogées ont ainsi déclaré être d’accord avec cette affirmation : “Toute immigration supplémentaire venant de pays à majorité musulmane doit cesser”. Un chiffre impressionnant. Dans le commentaire de l’étude, l’institut livre ses conclusions : “Nos résultats sont frappants et donnent à réfléchir. Ils suggèrent que l’opposition à l’immigration venant de pays à majorité musulmane n’est pas confinée à l’électorat de Donald Trump aux Etats-Unis mais est largement répandue”. Largement, mais plus spécialement dans les pays qui “ont été au centre de la crise migratoire ou ont vécu des attaques terroristes ces dernières années”. La Pologne (71%), l’Autriche (65%), la Hongrie et la Belgique (64%), ainsi que la France (61%), sont ainsi parmi les plus favorables à l’assertion de départ. Valeurs actuelles
Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit. (…) On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif… (…)  Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France. Karim
Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. « Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : « Non à Allah, non au prophète ». C’est pour cela que les arabes ont inventé le « Mecca-cola ». Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne. (…) Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés. Ali
En fait, tout est écrit dans le Coran. Le châtiment des juifs, c’est l’enfer. L’histoire de Moïse est belle. Dieu lui a fait faire des miracles. Il a coupé la mer en deux pour qu’il puisse la traverser. Mais après tous ces miracles, les juifs ont préféré adorer un veau d’or. C’est à cause de cela que ce peuple est maudit par Dieu. Je parle avec mon père de ces choses-là. Parce que parmi les autres musulmans, il y a des sectes, des barbus qui peuvent t’envoyer te faire exploser je ne sais où. Alors je mets des remparts avec eux. Je suis fragile d’esprit, je préfère parler de ça avec ma famille, elle m’apporte l’islam qui me fait du bien. Djamal
À en croire, par ordre d’entrée en scène, Enzo Traverso, Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, Edwy Plenel, Philippe Corcuff, Renaud Dély, Pascal Blanchard, Claude Askolovitch et Yvan Gastaut: les années 1930 sont de retour. La droite intégriste et factieuse occupe la rue, la crise économique pousse à la recherche d’un bouc émissaire et l’islamophobie prend le relais de l’antisémitisme. Tous les auteurs que j’ai cités observent, comme l’écrit Luc Boltanski: «la présence de thèmes traditionalistes et nationalistes issus de la rhétorique de l’Action française et la réorientation contre les musulmans d’une hostilité qui fut dans la première moitié du XXe siècle principalement dirigé contre les juifs». Cette analogie historique prétend nous éclairer: elle nous aveugle. Au lieu de lire le présent à la lumière du passé, elle en occulte la nouveauté inquiétante. Il n’y avait pas dans les années 1930 d’équivalent juif des brigades de la charia qui patrouillent aujourd’hui dans les rues de Wuppertal, la ville de Pina Bausch et du métro suspendu. Il n’y avait pas d’équivalent du noyautage islamiste de plusieurs écoles publiques à Birmingham. Il n’y avait pas d’équivalent de la contestation des cours d’histoire, de littérature ou de philosophie dans les lycées ou les collèges dits sensibles. Aucun élève alors n’aurait songé à opposer au professeur, qui faisait cours sur Flaubert, cette fin de non-recevoir: «Madame Bovary est contraire à ma religion.» Il n’y avait pas, d’autre part, de charte de la diversité. On ne pratiquait pas la discrimination positive. Ne régnait pas non plus à l’université, dans les médias, dans les prétoires, cet antiracisme vigilant qui traque les mauvaises pensées des grands auteurs du patrimoine et qui sanctionne sous le nom de «dérapage» le moindre manquement au dogme du jour: l’égalité de tout avec tout. Quant à parler de retour de l’ordre moral alors que les œuvres du marquis de Sade ont les honneurs de la Pléiade, que La Vie d’Adèle a obtenu la palme d’or à Cannes et que les Femen s’exhibent en toute impunité dans les églises et les cathédrales de leur choix, c’est non seulement se payer de mots, mais réclamer pour l’ordre idéologique de plus en plus étouffant sous lequel nous vivons les lauriers de la dissidence. (…) Pour dire avec Plenel et les autres que ce sont les musulmans désormais qui portent l’étoile jaune, il faut faire bon marché de la situation actuelle des juifs de France. S’il n’y a pratiquement plus d’élèves juifs dans les écoles publiques de Seine-Saint-Denis, c’est parce que, comme le répète dans l’indifférence générale Georges Bensoussan, le coordinateur du livre Les Territoires perdus de la République (Mille et Une Nuits), l’antisémitisme y est devenu un code culturel. Tous les musulmans ne sont pas antisémites, loin s’en faut, mais si l’imam de Bordeaux et le recteur de la grande mosquée de Lyon combattent ce phénomène avec une telle vigueur, c’est parce que la majorité des antisémites de nos jours sont musulmans. Cette réalité, les antiracistes officiels la nient ou la noient dans ses causes sociales pour mieux incriminer au bout du compte «la France aux relents coloniaux». Ce n’est pas aux dominés, expliquent-ils en substance, qu’il faut reprocher leurs raccourcis détestables ou leur passage à l’acte violent, c’est à la férocité quotidienne du système de domination. (…) Au début de l’affaire Dreyfus, Zola écrivait Pour les juifs. Après m’avoir écouté sur France Inter, Edwy Plenel indigné écrit Pour les musulmans. Fou amoureux de cette image si gratifiante de lui-même et imbu d’une empathie tout abstraite pour une population dont il ne veut rien savoir de peur de «l’essentialiser», il signifie aux juifs que ceux qui les traitent aujourd’hui de «sales feujs» sont les juifs de notre temps. Le racisme se meurt, tant mieux. Mais si c’est cela l’antiracisme, on n’a pas vraiment gagné au change. Et il y a pire peut-être: l’analogie entre les années 1930 et notre époque, tout entière dressée pour ne pas voir le choc culturel dont l’Europe est aujourd’hui le théâtre, efface sans vergogne le travail critique que mènent, avec un courage et une ténacité admirables, les meilleurs intellectuels musulmans. (…) Pendant ce temps, tout à la fierté jubilatoire de dénoncer notre recherche effrénée d’un bouc émissaire, les intellectuels progressistes fournissent avec le thème de «la France islamophobe» un bouc émissaire inespéré au salafisme en expansion. En même temps qu’il fait de nouveaux adeptes, l’Islam littéral gagne sans cesse de nouveaux Rantanplan. Ce ne sont pas les années 1930 qui reviennent, ce sont, dans un contexte totalement inédit, les idiots utiles. (…) Autrefois, on m’aurait peut-être traité de «sale race», me voici devenu «raciste» et «maurrassien» parce que je veux acquitter ma dette envers l’école républicaine et que j’appelle un chat, un chat. Entre ces deux injures, mon cœur balance. Mais pas longtemps. Mon père et mes grands-parents ayant été déportés par l’État dont Maurras se faisait l’apôtre, c’est la seconde qui me semble, excusez-moi du terme mais il n’y en a pas d’autres, la plus dégueulasse. (…) J’attends d’avoir fini le livre d’Eric Zemmour pour réagir. Mais d’ores et déjà, force m’est de constater que ceux qui dénoncent jour et nuit les amalgames et les stigmatisations se jettent sur l’analyse irrecevable que Zemmour fait du régime de Vichy pour pratiquer les amalgames stigmatisants avec tous ceux qu’ils appellent les néoréactionnaires et les néomaurrassiens. Ils ont besoin que le fascisme soit fort et même hégémonique pour valider leur thèse. Le succès de Zemmour pour eux vient à point nommé. Mais je le répète, ce n’est pas être fasciste que de déplorer l’incapacité grandissante de la France à assumer sa culture. Et ce n’est surement pas être antifasciste que de se féliciter de son effondrement. Alain Finkielkraut 
L’antisémitisme traditionnel en France est originellement marqué par l’Eglise, l’extrême droite et le nationalisme: c’est l’antisémitisme de l’affaire Dreyfus qui connaît son acmé sous Vichy. L’antisémitisme nouveau est un antisémitisme d’importation. Il est lié à la fois à la culture traditionnelle des pays magrébins, à l’islam et au contexte colonial. En Algérie, le décret Crémieux qui permit aux juifs de devenir français dès 1870 attise la jalousie des musulmans. En Tunisie et au Maroc, les juifs n’étaient pas français mais leur émancipation par le biais de l’école leur a donné une large avance sur le plan scolaire et social sur la majorité musulmane. Cela s’est terminé par le départ de la minorité juive. Cet antisémitisme-là s’est transposé sur notre territoire par le truchement de l’immigration familiale (c’est cela qui a été importé et pas le conflit israélo-palestinien comme le répètent les médias). Un antisémitisme qui préexistait toutefois auparavant (mais en mode mineur) comme le rappellent les affrontements survenus à Belleville en juin 1967 ou le Mouvement des Travailleurs arabes au début des années 1970. Paradoxalement, cet antisémitisme ne s’est pas dilué, mais enkysté. C’est dans les familles qu’il se transmet et s’apprend. Arrivé à l’école, l’affaire est déjà jouée. Nouveau par les formes et l’origine, il épouse parfois le vocabulaire de l’antisémitisme traditionnel. Par exemple, le mot «youpin», qui avait tendance à disparaître en France, est réutilisé dans des milieux de banlieues qui ne le connaissaient pas. Bref, les différentes branches de l’antisémitisme sont en train de se conjuguer. L’extrême droite traditionnelle qui connait un renouveau, une certaine ultra gauche qui par le biais de l’antisionisme a parfois du mal à maquiller son antisémitisme (l’enquête Fondapol d’octobre 2014 menée par Dominique Reynié était édifiante à cet égard). On a oublié que l’antisémitisme plongeait de longues racines à gauche, depuis Proudhon jusqu’aux propos de Benoît Frachon en juin 1967, secrétaire général de la CGT. Mais la branche la plus massive, et de loin, est la branche arabo-islamiste. Celle-là seule passe aux actes, elle insulte, frappe et tue. Elle n’est d’ailleurs pas seulement arabo-islamiste car elle déborde aujourd’hui dans les banlieues. Nombre de jeunes qui ne sont pas issus de l’immigration arabo-musulmane adoptent pourtant le code culturel de l’antisémitisme, lequel est devenu un code d’intégration dans les cités. Ainsi, ici, l’intégration à la France se fait-elle à rebours, en chassant la part juive de la société française. Adopter ces clichés et ce langage c’est se donner plus de chances d’être intégré dans l’économie sociale des banlieues. Et pour parler comme la banlieue, il faut parler «anti-feuj». (…) En tant qu’historien, je suis frappé par la stupidité d’une telle comparaison [sort des musulmans aujourd’hui à celui des juifs hier]. Je n’ai pas souvenir dans l’histoire des années 30 d’avoir entendu parler de l’équivalent juif de Mohammed Merah, de Mehdi Nemmouche ou des frères Kouachi se mettant à attaquer des écoles françaises, des boutiques ou des Eglises. Assistait-on dans les années 1930 à un repli communautaire des juifs? Tout au contraire, s’agissait-il d’une course éperdue vers l’intégration et l’assimilation. Les juifs cherchaient à se faire le plus petit possible. Ils étaient 330 000, dont 150 000 juifs étrangers qui vivaient dans la crainte d’être expulsés. Beaucoup étaient des réfugiés de la misère, d’autres fuyaient le nazisme et les violences antisémites d’Europe orientale. Aujourd’hui, place Beauvau, on estime la minorité musulmane entre six et dix millions de personnes. Ils n’ont pas été chassés par un régime qui veut les exterminer mais sont venus ici, dans l’immense majorité des cas, pour trouver des conditions de vie meilleures. Les situations sont incomparables, ne serait-ce qu’au regard des effectifs concernés: en Europe, aujourd’hui, un musulman sur quatre vit en France. Cette question est toutefois intéressante à un autre titre: pourquoi une partie de la population française d’origine maghrébine est-elle habitée par un mimétisme juif, une obsession juive, voire une jalousie sociale comme si l’histoire du Maghreb colonial se perpétuait ici? L’histoire de la Shoah est-elle en cause? Elle n’a pas été surestimée, il s’agit bien de la plus profonde coupure anthropologique du siècle passé, et elle dépasse de loin la seule question antisémite. En réalité, c’est la trivialisation de cette tragédie historique qui a produit des effets pervers. Car la Shoah, elle, au-delà de toutes les instrumentalisations, reste une question d’histoire cardinale qui interroge politiquement toutes les sociétés. Qu’est-ce qu’un génocide? Comment en est-on arrivé-là? Pourquoi l’Allemagne? Pourquoi l’Europe? Pourquoi les juifs? Comment une idéologie meurtrière se met-elle en place? Comment des hommes ordinaires, bons pères de famille, deviennent-ils parfois des assassins en groupe? Cette césure historique, matrice d’un questionnement sans fin, a été rabaissée à un catéchisme moralisateur («Plus jamais ça!») et à une avalanche assez niaiseuse de bons sentiments qui, pédagogiquement, ne sont d’aucune utilité. Et qui fait que nous passons parfois à côté des mécanismes politiques qui régulent des sociétés de masse d’autant plus dangereuses qu’anomiées. Le discours de la repentance a pu stériliser la pensée et frapper de silence des questions jugées iconoclastes. Comme les questions d’histoire culturelle évoquées tout à l’heure. Comme si invoquer le facteur culturel à propos de minorités dont l’intégration est en panne serait emprunter le «chemin d’Auschwitz». Cet affadissement a paralysé la réflexion politique, enté sur la conviction erronée que les situations se reproduisent à l’identique. Or, si les mécanismes sont les mêmes, les situations ne le sont jamais. Le travail de l’historien illustre sans fin le mot d’Héraclite: «On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve…» (…) Mais ces lois [mémorielles] ont des effets pervers. Dans des sociétés de masse animées par la passion de l’égalité, toute différence, est perçue comme une injustice. La Shoah étant perçue comme le summum de la souffrance, le peuple juif aux yeux de certains est devenu le «peuple élu de la souffrance». De là une concurrence des mémoires alimentée plus encore par un cadre de références où la victime prend le pas sur le citoyen. Comme s’il fallait avoir été victime d’une tragédie historique pour être reconnu. Second élément de la dérive, la transgression qui permet d’échapper à l’anonymat. Et dans une société qui a fait de la Shoah (contre les historiens) une «religion civile», la meilleure façon de transgresser est de s’en prendre à cette mémoire soit dans le franc négationnisme hier, soit dans la bêtise de masse (qui se veut dérision) type Dieudonné aujourd’hui. Sur ce plan, tous les éléments sont réunis pour favoriser la transgression qui canalise les frustrations innombrables d’un temps marqué au sceau du «désenchantement du monde». C’est d’ailleurs pourquoi on a tort de réagir à chacune des provocations relatives à la Shoah. C’est précisément ce qu’attend le provocateur, notre indignation est sa jouissance. (…) Pour une journée de jumelage avec Tel-Aviv, il a fallu déployer 500 CRS. L’ampleur de la polémique me parait disproportionnée. Israël n’est pas un Etat fasciste et le conflit avec les Palestiniens est de basse intensité. Il y a pratiquement tous les jours entre cinquante et cent morts par attentats dans le monde arabo-musulman dans l’indifférence générale. La guerre civile en Syrie a fait à ce jour, et en quatre ans, 240 000 morts. Le conflit israélo-palestinien en aurait fait 90 000 depuis 1948. La disproportion est frappante. Peu importe que des Arabes tuent d’autres Arabes. Tout le monde s’en moque. Les juifs seuls donnent du prix à ces morts. Dès qu’ils sont de la partie, on descend dans la rue. Cette passion débordante, disproportionnée, n’interroge pas le conflit. Elle interroge ce que devient la société française. Les menaces sur Tel Aviv sur scène sont venues des mêmes milieux qui ont laissé faire les violences de Barbès en juillet 2014, la tentative d’assaut contre la la synagogue de la rue de la Roquette à Paris et une semaine plus tard contre celle de Sarcelles. Bref, je le redis, ce n’est pas le conflit qui a été importé, c’est l’antisémitisme du Maghreb. Les cris de haine d’aujourd’hui sont l’habillage nouveau d’une animosité ancienne. (…) A la lecture de Christophe Guilluy, on comprend d’ailleurs qu’il n’y a pas deux France, mais trois. La France périphérique méprisée par les élites, qui souffre et est tenue de se taire. Elle constitue le gros du vivier FN. La France des biens nés, intégrée socialement, plus aisée et qui regarde avec condescendance la France populaire qui «pense mal». Enfin, une troisième France, tout aussi en souffrance que la première, en voie de désintégration sous l’effet de la relégation géographique, sociale, scolaire, et dont une frange se radicalise. Mais l’erreur, ici, serait de lier la poussée islamiste à la seule déshérence sociale: dès lors que des jeunes intégrés, et diplômés basculent vers la radicalité islamiste, on comprend que le facteur culturel a été longtemps sous-estimé. (…) A force de nier le réel, on a fait le lit du FN. Les millions de Français qui sont aujourd’hui sympathisants du Front national n’ont pas le profil de fascistes. Beaucoup d’entre eux votaient jadis à gauche, et le FN authentiquement parti d’extrême droite, est aussi aujourd’hui le premier parti ouvrier de France. Comment en est-on arrivé-là? Quelle responsabilité ont les classes dominantes dans ce naufrage et, notamment la classe intellectuelle? Voilà les questions qui importent vraiment. En revanche, la question rhétorique du «plus grand danger», FN ou islamisme, vise à nous faire taire. Avec à la clé ce chantage: «A dénoncer la poussée de l’islamisme, du communautarisme, la désintégration d’une partie de l’immigration de masse, vous faites le jeu du Front national!». Tenter de répondre à la question ainsi formulée, c’est tomber dans ce piège rhétorique. Il faudrait, au contraire, retourner cette question à ceux qui la posent: n’avez-vous pas fait le jeu du FN en invalidant la parole d’une partie du peuple français, en le qualifiant de «franchouillard», de raciste, de fasciste? Et en sous estimant le sentiment d’abandon et de mépris vécu par ces dominés de toujours? Georges Bensoussan
En 2002, nous étions encore habités par le mot «République», agité comme un talisman, comme un sésame salvateur. Or, la République est d’abord une forme de régime. Elle ne désigne pas un ancrage culturel ou historique. La nation, elle, est l’adhésion à un ensemble de valeurs et rien d’autre. Ce n’est pas le sang, pas le sol, pas la race. Peut être Français, quelle que soit sa couleur de peau ou sa religion, celui qui adhère au roman national selon la définition bien connue d’Ernest Renan: «Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis.» Nous avions un peu délaissé cette définition pour mettre en avant les valeurs de la République. Nous avons fait une erreur de diagnostic. Nous n’avions pas vu que la nation, et non seulement la République, était en train de se déliter. Une partie de la population française, née en France, souvent de parents eux-mêmes nés en France, a le sentiment de ne pas appartenir à celle-ci. Alors qu’ils sont français depuis deux générations pour beaucoup, certains adolescents dans les collèges et lycées, comme aussi certains adultes, n’hésitent plus à affirmer que la France n’est pas leur pays. Ajoutant: «Mon pays c’est l’Algérie…» (ou la Tunisie, etc…). Les incidents lors de la minute de silence pour les assassinés de Merah comme pour ceux de janvier 2015 furent extrêmement nombreux. On a cherché comme toujours à masquer, à minimiser, à ne pas nommer. Dans la longue histoire de l’immigration en France, cet échec à la 3° génération est un fait historique inédit. Certains historiens de l’immigration font remarquer, à juste titre, qu’il y eut toujours des problèmes d’intégration, même avec l’immigration européenne. Mais pour la première fois dans l’Histoire nous assistons à un phénomène de désintégration, voire de désassimilation. C’est pourquoi, ce n’est pas la République seule qui est en cause, mais bien la nation française: notre ancrage historique, nos valeurs, notre langue, notre littérature et notre Histoire. Toute une partie de la jeunesse de notre pays se reconnaît de moins en moins dans notre culture. Elle lui devient un code culturel étranger, une langue morte et pas seulement pour des raisons sociales. Nous sommes en train d’assister en France à l’émergence de deux peuples au point que certains évoquent des germes de guerre civile. (…)  la culture est tout sauf une essence. Ce qui est essence s’appelle «la race». Lorsqu’on est né dans un groupe ethnique, on n’en sort pas. On restera toujours ethniquement parlant Juif du Maroc ou Sénégalais peul. En revanche, la culture s’acquiert. Elle est dynamique. On peut être Juif du Maroc ou Sénégalais peul, lorsqu’on vit en France et qu’on finit par aimer ce pays, on devient français. La culture est le contraire absolu de l’essence. L’histoire culturelle, c’est l’histoire des mentalités, des croyances, de la mythologie, des valeurs d’une société qui permet de comprendre l’imaginaire des hommes d’un temps donné. Cette histoire n’est pas fixe. Il suffit pour s’en convaincre de réfléchir à la conception de l’enfant dans la culture occidentale, à l’image qu’on s’en faisait au Moyen-Age, au XVIIIe siècle, au XXe siècle. Il s’agit là d’un processus dynamique, rien d’un fixisme. Mais si la culture est le contraire de la race, pourquoi une telle frilosité à faire de l’histoire culturelle, une telle peur de nommer les problèmes culturels par leurs noms? Dans un domaine moins polémique, pourquoi certains ont-ils encore peur de dire que le nazisme est un enfant de l’Allemagne et pas seulement de l’Europe? Qu’il y a dans le nazisme des éléments qui n’appartiennent qu’à la culture allemande traditionnelle depuis Luther et même bien avant. Les grands germanistes français du XX° siècle le savaient, depuis Edmond Vermeil jusqu’à Rita Thalmann et plus près de nous Edouard Husson. Est-ce faire du racisme anti-allemand que le dire? Est-ce faire du racisme que constater dans la culture musulmane, le Coran et les hadiths sont présents des éléments qui rendent impossible la coexistence sur un pied d’égalité avec les non musulmans. Je ne parle pas de la tolérance du dhimmi. Je parle d’égalité et de culture du compromis et de la négociation. Travaillant plusieurs années sur l’histoire des juifs dans le monde arabe aux XIXe et au XXe siècle (pour juifs en pays arabes. Le grand déracinement, 1850-1975, Tallandier, 2012), j’avais constaté l’existence d’une culture arabo-musulmane, du Maroc à l’Irak, entachée d’un puissant antijudaïsme, et ce bien avant le sionisme et la question d’Israël et de la Palestine. Il existe en effet, et de longue date, une culture arabo-musulmane anti-juive, souvent exacerbée par la colonisation (mais qui n’en fut toutefois jamais à l’origine). Il fallait faire de l’histoire culturelle pour comprendre comment, pourquoi et quand la minorité juive qui s’était progressivement émancipée grâce à l’école, s’était heurtée à une majorité arabo-musulmane aux yeux de laquelle l’émancipation des juifs était inconcevable et irrecevable. Il n’était question alors ni de sionisme, ni d’Israël ni de Gaza. Et encore moins de «territoires occupés» qui, pour les ignorants et les naïfs, constituent le cœur du problème actuel. Ce conflit entre une majorité qui ne supporte pas que le dominé de toujours s’émancipe, et le dominé de toujours qui ne supporte plus la domination d’autrefois, se traduit par un divorce, et donc un départ. Il s’agit là d’histoire culturelle. Où est le racisme? Georges Bensoussan
Nous sommes dans le déni. Peut-être parce qu’étant donnée l’horreur des exactions subies par les juifs dans le monde chrétien, et particulièrement sous les nazis, on a voulu croire à un islam tolérant. Or la légende d’Al Andalus, cette Espagne musulmane où les trois monothéismes auraient cohabité harmonieusement sous des gouvernements musulmans, a été forgée de toute pièce par le judaïsme européen au XIXe siècle, en particulier par les Juifs allemands, afin de promouvoir leur propre émancipation. Elle a ensuite été reprise par le monde arabe dans le but de montrer que les responsables de l’antagonisme entre juifs et Arabes étaient le sionisme et la naissance de l’État d’Israël. Coupables du départ massif des communautés juives d’Irak, d’Égypte, de Syrie, de Libye, du Maroc, etc., soit près d’un million de personnes entre 1945 et 1970. Mais, s’ils étaient si heureux dans leur pays d’origine, pourquoi ces gens sont-ils partis de leur plein gré ? En Irak, par exemple, les juifs comptaient parmi les plus arabisés d’Orient, et n’étaient guère tentés par le sionisme. Or ils ont été plus de 90 % en 1951-1952 à quitter le pays, après avoir subi le pogrom de Bagdad en juin 1941 – plus de 180 morts –, après avoir été victimes de meurtres, d’enlèvements, d’arrestations, de séquestrations, de vols et de torture dans les commissariats. C’est cette réalité-là qui a poussé ces juifs à l’exil. Un véritable processus d’épuration ethnique, d’autant plus sournois qu’à l’exception de l’Égypte, il n’a pas pris la forme d’une expulsion. (…) à eux seuls, des agents sionistes peuvent difficilement déraciner une communauté qui ne veut pas partir. Si les Juifs du Maroc ont quitté en masse leur pays – un tiers déjà avant l’indépendance –, c’est parce qu’ils avaient peur. D’expérience, ils craignaient le retour de la souveraineté arabe sur leurs terres. Ils ne se voyaient pas d’avenir dans leur pays, où la législation leur rendait la vie de plus en plus difficile. (…) Le Sultan, dit-on, se serait opposé au port de l’étoile jaune par ses sujets juifs. À ceci près qu’il n’y eut jamais d’étoile jaune au Maroc (et pas même en zone sud en France). Le sultan a fait appliquer à la lettre les statuts des juifs d’octobre 1940 et de juin 1941. (…) L’administration de Vichy était si gangrenée par l’antisémitisme (à commencer par le Résident général Charles Noguès) que l’attitude du sultan, par contraste, en apparaissait presque bienveillante ! En second lieu, les Juifs marocains partis en masse s’installer en Israël constituaient la partie la plus pauvre de la judéité marocaine, celle qui, de faible niveau social et professionnel, essuiera de front le racisme des élites ashkénazes. Être « marocain » en Israël était (et demeure) un « marqueur » péjoratif. Cette immigration s’est mise à idéaliser son passé marocain, sa culture, le temps de sa jeunesse, parfois tissé, au niveau individuel, de relations d’amitié entre juifs et Arabes. Ajoutons que la mémoire collective est socialement stratifiée. Il faut donc compter avec celle, moins douloureuse, des classes plus aisées qui ont émigré, elles, davantage, en France ou au Canada. Il justifie l’infériorisation du juif par le musulman : il autorise en effet les membres des religions dites du Livre à pratiquer leur foi, à la condition de payer un impôt spécial et d’accepter de se comporter en « soumis ». Leurs maisons ne doivent pas être plus hautes que celles des musulmans, ils doivent pratiquer discrètement leur foi, et leur voix ne vaut rien devant un tribunal musulman. Tout cela a fait du juif un être de second ordre. Les témoignages abondent, de non-juifs en particulier – des militaires, des commerçants, des médecins –, sur la misère et la manière infamante dont les juifs pouvaient être traités. Mais ce statut avait été intégré par des communautés profondément religieuses, marquées par l’attente messianique et considérant que ce qu’elles vivaient était le prix de l’Exil. Les choses ont changé avec l’arrivée des Européens et la possibilité d’avoir accès à une éducation marquée par les valeurs issues des Lumières. Pour autant, le regard arabo-musulman sur « le Juif » ne changera pas de sitôt : un sujet toléré tant qu’il accepte son infériorité statutaire. Même les juifs qui rejoindront le combat des indépendances arabes comprendront peu à peu qu’ils ne seront jamais acceptés. De fait, tous ont été écartés ou sont partis d’eux-mêmes, et la création de l’État d’Israël ne fera qu’accroître le rejet. (…) il faut distinguer le monde turc, plus tolérant que le monde arabe, même si la situation est loin d’y avoir été idyllique. Le statut de dhimmi a été aboli dans l’Empire ottoman par deux fois, en 1839 et 1856, et l’on constate que les contrées où les juifs connurent la condition la plus dure – le Yémen, la Perse et le Maroc – ne furent que peu ou pas du tout colonisées par les Turcs. (…) Dans la France d’aujourd’hui, les problèmes d’intégration d’une fraction des jeunes Français d’origine arabo-musulmane font rejouer les préjugés ancestraux et donnent prise à la culture du complot qui cristallise sur « le Juif », cette cible déjà désignée dans l’imaginaire culturel maghrébin, et aggravée par la réussite de la communauté juive de France. Mais qu’y a-t-il de « raciste » à faire ce constat, à moins d’invalider toute tentative de décrire le réel ? Ce qui est inquiétant dans mon affaire, au-delà de ma personne, est que la justice donne suite à la dénonciation du CCIF, dont l’objectif est de nous imputer le raisonnement débile du racisme pour mieux, moi et d’autres avec moi, nous réduire au silence. (…) Quand les faits leur donnent tort, ils invoquent l’« objectivité » alors que le seul souci de l’historien face aux sources, a fortiori quand elles contreviennent à sa vision du monde, demeure l’honnêteté. Comme au temps où il était impossible de critiquer l’Union soviétique au risque, sinon, de « faire le jeu de l’impérialisme », la doxa progressiste s’enferme dans cette paresse de l’esprit. Il n’est donc pas possible aujourd’hui de dire que le monde arabe, quoique colonisé hier, fut tout autant raciste, antisémite et esclavagiste. Quand la sociologue franco-algérienne Fanny Colonna a montré dès les années cinquante le poids de l’islamisme dans le nationalisme algérien, elle s’est heurtée aux « pieds rouges », ces intellectuels qui soutenaient le FLN et qui ne voulaient pas faire le jeu des opposants à la décolonisation. Orwell le soulignait jadis, certains intellectuels ont du mal à accepter une réalité dérangeante. Georges Bensoussan
La pire insulte qu’un Marocain puisse faire à un autre, c’est de le traiter de juif, c’est avec ce lait haineux que nous avons grandi. Saïd Ghallab (Les Temps modernes, 1965)
Cet antisémitisme il est déjà déposé dans l’espace domestique. Il est dans l’espace domestique et il est quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue. Une des insultes des parents à leurs enfants quand ils veulent les réprimander, il suffit de les traiter de juif. Mais ça toutes les familles arabes le savent. C’est une hypocrisie monumentale que de ne pas voir que cet antisémitisme il est d’abord domestique et bien évidemment il est sans aucun doute renforcé, durci, légitimé, quasi naturalisé au travers d’un certain nombre de distinctions à l’extérieur. Mais il le trouvera chez lui, et puis il n’y aura pas de discontinuité radicale entre chez lui et l’environnement extérieur parce que l’environnement extérieur en réalité était le plus souvent dans ce qu’on appelle les ghettos, il est là, il est dans l’air que l’on respire. Il n’est pas du tout étranger et il est même difficile d’y échapper en particulier quand on se retrouve entre soi, ce sont les mêmes mots qui circulent. Ce sont souvent les mêmes visions du monde qui circulent. Ce sont souvent les mêmes visions du monde, fondées sur les mêmes oppositions et en particulier cette première opposition qui est l’opposition « eux et nous ». Smain Laacher
L’intégration est en panne aujourd’hui effectivement nous sommes en présence d’un autre peuple qui se constitue au sein de la nation française qui fait régresser un certain nombre de valeurs démocratiques qui nous ont portés » (…) Cet antisémitisme viscéral (…) on ne peut pas le laisser sous silence. Il se trouve qu’un sociologue algérien, Smaïn Laacher, d’un très grand courage, vient de dire dans un film qui passera sur France 3 « c’est une honte de maintenir ce tabou, à savoir que dans les familles arabes en France, et tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme on le tête avec le lait de la mère ». Georges Bensoussan
L’insulte en arabe « espèce de juif ! » n’est pas antisémite car « on ne pense pas ce qu’on dit ». Il s’agit « d’une expression figée, passée dans le langage courant. Nacira Guénif (Paris VIII)
Les juifs ne tuent pas d’Arabes ? Et en Palestine ? Avocat du CCIF
Si le tribunal cède à cette intimidation, ce sera à la fois une catastrophe intellectuelle et une catastrophe morale… Si on refuse de voir la réalité et si on incrimine ceux qui s’efforcent de la penser, on n’a plus aucune chance d’échapper à la division et à la montée de la haine ! Alain Finkielkraut
Bensoussan a rappelé qu’il y avait un antisémitisme de tradition culturelle dans les pays arabo-musulmans. Une tradition qui fait l’objet d’un déni massif, mais qu’avait eue le courage de proclamer par exemple un sociologue comme Smain Laacher, professeur à Strasbourg, dans un documentaire télévisé de France 3. (…) L’autre accusation concerne (…) l’affirmation répétée de son interlocuteur d’une unité sans problème de la population française. Il exprimait au contraire sa crainte que la population musulmane ne finisse par constituer une forme de contre-société, un peuple dans le peuple. Cette crainte, partagée par beaucoup d’observateurs et d’analystes ne relève que de la liberté de jugement qui est le propre d’un homme d’étude. M. Bensoussan ne soulignait d’ailleurs le phénomène que pour le déplorer et insistait sur la nécessité de le regarder en face pour mieux le dominer. Le déni de la réalité n’ayant jamais été le meilleur moyen de la transformer. Il paraît évident que l’accusation du CCIF n’est qu’une manière de tester la résistance de la justice républicaine aux pressions sur la liberté d’opinion et d’expression. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Pierre Nora
Les propos reprochés ne sont en rien un acte d’islamophobie… (…) J’ai moi-même dénoncé cette culture de la haine inculquée dans les familles arabes à leurs enfants, haine contre le juif, le chrétien, l’homosexuel. (…)  Dire que l’antisémitisme relève de la culture, c’est simplement répéter ce qui est écrit dans le Coran et enseigné à la mosquée. Boualem Sansal
Comment aurais-je pu imaginer un jour, en trente années de vie d’avocat à avoir à défendre un chercheur qui a fait de la dénonciation du racisme l’essentiel de sa vie professionnelle, à avoir à le défendre contre une accusation aussi infâme ! (…) Comment ces plaintes ont-elles pu être considérées comme recevables par le ministère public, alors que le CCIF a partie liée avec les idéologues islamistes ? » »Comment accepter ces dénonciations d’un racisme d’Etat alors même que le CCIF a refusé de condamner les attentats, les crimes contre Charlie ? M° Michel Laval
La justice française ne badine pas avec les figures de style. Pour avoir paraphrasé une citation utilisant une métaphore, l’historien Georges Bensoussan comparaissait le 25 janvier devant la 17ème chambre correctionnelle, pour « provocation à la haine raciale ». C’est à la suite du signalement fait auprès du Procureur de la République par le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France) que celui-ci a décidé de poursuivre Bensoussan. Plusieurs autres associations antiracistes (Licra, MRAP, LDH, SOS Racisme) se sont jointes au CCIF et se sont donc aussi portées partie civiles. (…) On étudie l’antisémitisme nazi, stalinien, communiste mais  l’antisémitisme issu du monde arabo-musulman reste un tabou majeur dans notre République des lettres. « Pas d’amalgame », « islamophobie », les injonctions ne manquent pas pour censurer tout regard critique, tout constat raisonné de ce qui ravage la culture commune d’une grande partie de la jeunesse « issue de la diversité » dans les « quartiers difficiles». Les euphémismes sont indispensables pour ne pas oser nommer ces territoires occupés dans la République, ceux qui ont été désertés par les familles juives pour mettre leurs enfants à l’abri des menaces et des insultes antisémites. Ces euphémismes sont la règle obligée du discours pour ne pas nommer les choses et il faudra attendre que Mohamed Merah tue des enfants juifs parce qu’ils sont Juifs pour que enfin on prenne la mesure de cet aboutissement. (…) Bensoussan était jugé pour avoir dit explicitement que la haine antijuive, en France, avait muté, qu’elle n’était plus le fait exclusif de l’extrême droite nazifiante et de ses épigones et qu’elle se manifestait aujourd’hui de manière particulièrement vivace dans les mentalités arabo-musulmanes. Pire, il aurait suggéré que cette haine antijuive était profondément inscrite dans la culture des populations arabo-musulmanes. Pour certains, cet état de choses ne peut être vrai, cette parole ne doit pas être dite. Elle serait une affabulation qui obéirait à une obsession idéologique de Bensoussan, celle d’un projet destructeur du récit enchanté du « vivre-ensemble » judéo-arabe ou judéo-musulman. (…) Les paroles de Bensoussan dans Répliques évoquaient avec lucidité l’antisémitisme de personnes de culture arabo-musulmane ou maghrébine. Il n’était pas le premier à le dire puisque de grands intellectuels, notamment maghrébins, l’avaient déjà souligné en faisant remarquer qu’il était plus facile de se voiler la face que de dire le réel dans sa crudité, sans pour cela tomber dans un racisme nauséabond. Boualem Sansal, Kamel Daoud, Fethi Benslama, Riad Sattouf,  pour ne citer que des auteurs reconnus en France, ont largement décrit et dénoncé ces éléments culturels, hélas fréquemment présents dans les mentalités d’une partie de ces populations. L’erreur de Georges Bensoussan, la seule, fut de ne pas reprendre exactement les mots prononcés par Laacher dans le documentaire diffusé par FR3. (…) Des plaidoiries des parties civiles au réquisitoire de la procureure, ce fut un défilé des poncifs idéologiques du politiquement correct, défenseur de l’humanité souffrante sous le joug du colon sioniste, du planteur raciste et esclavagiste en Caroline du sud. Ce Juif-SS-Dupont la joie de Bensoussan en prit pour son grade. (…) Plus grave fut le témoignage de Mohamed Sifaoui cité par la Licra. Comment cet adversaire farouche de l’islamisme pouvait-il se retrouver ainsi sur le même banc que le CCIF ? Comment ce journaliste, menacé de mort par les islamistes, ne se trouvait-il pas au contraire aux côtés de Bensoussan ? Comment la Licra elle-même, peut-elle être partie civile contre Bensoussan ? Comment Sifaoui qui écrivait, le 6 juillet 2015, que cette « prétendue association antiraciste (le CCIF) avait beaucoup de mal à condamner l’antisémitisme » pouvait-il à ce point changer de bord alors qu’en juin 2015, le CCIF traitait Sifaoui de « chantre de la haine » ? En revenant sur la fameuse métaphore de « l’antisémitisme tété au sein », il évoque même « un biberon empli d’un lait fabriqué en Israël ! ». (…) Un procès de même nature a été intenté par l’association des Indigènes de la République, contre Pascal Bruckner  qui avait déclaré, début 2015, qu’il fallait « faire le procès des collabos des assassins de Charlie ». Pascal Bruckner fut aussi trainé devant la 17e chambre pour des propos visant deux associations, selon lui, seraient des «complices idéologiques» des terroristes: «Les Indivisibles» de la militante « antiraciste » Rokhaya Diallo (qui n’en est plus membre) et «Les Indigènes de la République» dont Houria Bouteldja est la porte-parole. L’écrivain avait déclaré au cours de l’émission d’Arte 28 minutes qu’il fallait «faire le dossier des collabos, des assassins de Charlie» et accusé ces associations de «justifier idéologiquement la mort des journalistes de Charlie Hebdo». Ces deux associations qui avaient attaqué Pascal Bruckner pour diffamation suite à des propos sur l’islamisme ont été déboutées par la justice. Comment un Etat, la France, qui combat militairement le djihadisme après avoir été attaquée sur son propre sol par le terrorisme islamiste, peut-elle, dans le même temps, faire un procès à ceux qui dévoilent les stratégies de diffusion de son idéologie ? Comment la justice peut-elle accorder un crédit aux accusations de racisme énoncées par ceux-là même qui sont les promoteurs de la haine antijuive et antifrançaise ?  Comment peut-elle être à ce point aveugle devant la manipulation des mots, le dévoiement des institutions, celui des règles démocratiques visant justement à les retourner contre la première des libertés qui est celle de penser librement? Lentement mais sûrement, l’islamisme impose son agenda à l’Europe et à la France. Bien sûr, la police marque des points contre les projets terroristes, les déjoue et arrête préventivement des tueurs, mais l’arbre des terroristes ne saurait cacher la forêt de leurs complices, collabos et idiots utiles. Quand quelques jours après le massacre au camion tueur sur la promenade des Anglais à Nice, le 14 juillet dernier, l’affaire du burkini a occupé le devant de la scène estivale, il fallait bien se rendre compte que la République avait affaire à des ennemis particulièrement retors et intelligents : avoir réussi à faire qualifier la France de pays raciste alors que le sang à Nice n’était pas encore sec, révélait une grande efficacité de la propagande islamiste. Chaque jour qui passe nous révèle cette progression tous azimuts avec un partage des taches bien ordonné : présence dans le paysage, conquête de nouveaux territoires perdus pour la République, menaces contre les femmes, intimidation, action en justice contre des supposés islamophobes, chantage, séduction sur les vertus cachées de la religion de paix et d’amour. Alors que Houria Bouteldja, porte-parole des Indigènes de la République, est l’auteur du livre Les blancs, les juifs et nous explicitement raciste et antisémite, ce sont Bensoussan et Bruckner qui sont convoqués devant le tribunal pour répondre de leur « racisme » ou de leur « islamophobie ». Dans cette affaire, les idiots utiles ne sont pas ceux que l’on croit : ce ne sont pas les terroristes, mais bien plutôt ceux qui les inspirent, les promeuvent, les soutiennent. Ce sont eux qui occupent le terrain conquis, abandonnés par des démocrates soucieux de ne pas apparaître comme « islamophobes ». Ces islamo-fascistes ont lu Gramsci : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » Les monstres nouveaux ont bien compris que la victoire politique avait un préalable : la conquête des esprits. Au bal orchestré par Tariq Ramadan et le CCIF, les faux culs de l’antiracisme, la LICRA, le MRAP, la LDH, SOS Racisme, seront sur la piste. Jacques Tarnero

Après l’histoire, c’est désormais la sociologie qui se dit dans les prétoires !

A l’heure où sur l’immigration, l’Europe vote largement Trump

Et qu’après le lynchage médiatique du seul véritable espoir d’alternative pour la prochaine présidentielle …

La nouvelle coqueluche des médias pour mai prochain en est à nier l’existence même d’une culture française

Pendant que pris à son tour entre kippa, burkha et double nationalité dans les fausses équivalences morales dont raffolent nos médias, le parti des bonnes questions s’enferre à nouveau dans les mauvaises réponses

Et qu »à l’ONU sur fond d’épuration religieuse du Moyen-Orient, c’est la présence même des juifs sur leurs lieux les plus sacrés qu’on dénie …

Devinez qui désormais l’on traine, entre deux attentats ou menaces islamistes, devant nos tribunaux débordés …

Pour après les « territoires perdus » de nos écoles et les « territoires interdits » de nos services publics …

Avoir osé évoquer le secret de polichinelle de l’origine proprement familiale de l’antisémitisme de nombre de nos chères têtes blondes ?

Affaire Bensoussan: au bal des faux-culs antiracistes

SOS Racisme et la Licra au secours du CCIF

Jacques Tarnero est essayiste et auteur de documentaires.

Causeur

04 février 2017

Georges Bensoussan et Pascal Brucker sont traînés devant les tribunaux pour avoir dénoncé l’antisémitisme culturel d’une partie du monde arabo-musulman, banlieues françaises comprises. C’est affligeant. Mais que dire des authentiques antiracistes qui se joignent au choeur des pleureuses?

La justice française ne badine pas avec les figures de style. Pour avoir paraphrasé une citation utilisant une métaphore, l’historien Georges Bensoussan comparaissait le 25 janvier devant la 17ème chambre correctionnelle, pour « provocation à la haine raciale ». C’est à la suite du signalement fait auprès du Procureur de la République par le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France) que celui-ci a décidé de poursuivre Bensoussan. Plusieurs autres associations antiracistes (Licra, MRAP, LDH, SOS Racisme) se sont jointes au CCIF et se sont donc aussi portées partie civiles.

Le procès d’une métaphore 

Cette audience de douze heures devant la 17ème chambre correctionnelle est à marquer d’une pierre noire : la justice fit procès, au nom de l’antiracisme, à un historien ayant dénoncé par ses travaux, l’antisémitisme. On retiendra ce moment symbolique: ce Durban-sur-Seine, en tous points semblable à ce qui s’est déroulé l’été 2001, à Durban, en Afrique du sud, lors d’une conférence de l’ONU, censée dénoncer le racisme, ce sont des « mort aux juifs » qui furent scandés au nom de l’antiracisme. Cette agonie de la lucidité, drapée  dans les vertueux habits de la justice et de la vérité, signifie une effroyable défaite intellectuelle, morale et politique. Les derniers mots de Georges Bensoussan, à la fin de l’audience, ont donné toute l’intensité symbolique à ce moment : « Ce soir, Madame la présidente, pour la première fois de ma vie, j’ai eu la tentation de l’exil. » On ne saurait mieux dire l’accablement ressenti car il était déjà minuit passé dans ce siècle qui commence.

Du début de l’après-midi jusqu’à une heure du matin, ce fut un concentré des mauvaises passions de l’époque qui fut exposé, trituré, contesté, plaidé. « L’antisémitisme n’est pas une pensée, c’est une passion. », ces mots de Sartre conservaient toute leur pertinence au Palais de justice. De ces passions toujours vives, cette audience en fut le miroir. Toute l’œuvre de l’historien Georges Bensoussan a consisté à démasquer, à révéler, à mettre à jour, à raconter l’antisémitisme. Directeur éditorial de la Revue d’histoire de la Shoah, Bensoussan fouille depuis trente ans les labyrinthes multiples de cette passion. Mais ce que Bensoussan ne savait peut-être pas, c’est qu’il existait en France, en 2017, des interdits de penser.

Un antisémitisme tabou

On étudie l’antisémitisme nazi, stalinien, communiste mais  l’antisémitisme issu du monde arabo-musulman reste un tabou majeur dans notre République des lettres. « Pas d’amalgame », « islamophobie », les injonctions ne manquent pas pour censurer tout regard critique, tout constat raisonné de ce qui ravage la culture commune d’une grande partie de la jeunesse « issue de la diversité » dans les « quartiers difficiles». Les euphémismes sont indispensables pour ne pas oser nommer ces territoires occupés dans la République, ceux qui ont été désertés par les familles juives pour mettre leurs enfants à l’abri des menaces et des insultes antisémites. Ces euphémismes sont la règle obligée du discours pour ne pas nommer les choses et il faudra attendre que Mohamed Merah tue des enfants juifs parce qu’ils sont Juifs pour que enfin on prenne la mesure de cet aboutissement. On a cru un temps que l’immense manifestation du 11 janvier où tout le monde fut « Charlie », c’était sans compter avec la Nuit debout des cervelles éteintes.

Bensoussan était jugé pour avoir dit explicitement que la haine antijuive, en France, avait muté, qu’elle n’était plus le fait exclusif de l’extrême droite nazifiante et de ses épigones et qu’elle se manifestait aujourd’hui de manière particulièrement vivace dans les mentalités arabo-musulmanes. Pire, il aurait suggéré que cette haine antijuive était profondément inscrite dans la culture des populations arabo-musulmanes. Pour certains, cet état de choses ne peut être vrai, cette parole ne doit pas être dite. Elle serait une affabulation qui obéirait à une obsession idéologique de Bensoussan, celle d’un projet destructeur du récit enchanté du « vivre-ensemble » judéo-arabe ou judéo-musulman. C’est bien connu. Depuis Mohamed Merah, depuis le Bataclan et l’Hyper casher, ce vivre-ensemble s’épanouit de jour en jour. C’est donc pour réinjecter l’espoir et la fraternité dans la République, que le MRAP, la Licra, SOS Racisme et la LDH se sont associés au  CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France), pour poursuivre devant la XVIIe chambre correctionnelle ce raciste voilé nommé Georges Bensoussan.

De quoi Bensoussan était-il présumé coupable ?

Dans l’émission Répliques du 10 octobre 2015, produite et animée par Alain Finkielkraut sur France Culture, Georges Bensoussan débattait avec Patrick Weil de l’état de la France. Les propos mis en cause furent les suivants : « (…) l’intégration est en panne aujourd’hui effectivement nous sommes en présence d’un autre peuple qui se constitue au sein de la nation française qui fait régresser un certain nombre de valeurs démocratiques qui nous ont portés » (…) Cet antisémitisme viscéral (…) on ne peut pas le laisser sous silence. Il se trouve qu’un sociologue algérien, Smaïn Laacher, d’un très grand courage, vient de dire dans un film qui passera sur France 3 « c’est une honte de maintenir ce tabou, à savoir que dans les familles arabes en France, et tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme on le tête avec le lait de la mère ».

En octobre 2015, à la suite d’une pétition hébergée par Mediapart et signée par une quinzaine de personnes, le MRAP déclarait qu’il entendait  « faire citer Georges Bensoussan devant le tribunal correctionnel pour injures racistes et provocation à la haine et à la violence raciste ». De leur côté, les sites internet Palestine solidarité et Oumma.com s’étaient associés à ces dénonciations dans des termes d’une extrême violence. Oumma.com avait publié un texte signé Jacques-Marie Bourget dont on peut aujourd’hui saisir toute la menace: «  Je n’ai pas entendu dire que le CSA ou la direction de France Culture, s’ils existent encore, avaient rappelé Finkielkraut à ne pas propager haine et mensonge. Car si l’antisémitisme n’est pas une opinion mais un délit, il doit en aller de même de l’islamophobie la plus grotesque et primaire. À Smaïn Laacher, qui n’est pas Gandhi, on pourrait faire remarquer que ce que les musulmans français « tètent », ce n’est pas l’antisémitisme mais d’abord le lait d’amertume, celui de l’injustice historique faite au peuple palestinien. Si personne ne vient crier « halte à la haine », armons-nous et préparons dès maintenant la guerre civile ».

Les paroles de Bensoussan dans Répliques évoquaient avec lucidité l’antisémitisme de personnes de culture arabo-musulmane ou maghrébine. Il n’était pas le premier à le dire puisque de grands intellectuels, notamment maghrébins, l’avaient déjà souligné en faisant remarquer qu’il était plus facile de se voiler la face que de dire le réel dans sa crudité, sans pour cela tomber dans un racisme nauséabond. Boualem Sansal, Kamel Daoud, Fethi Benslama, Riad Sattouf,  pour ne citer que des auteurs reconnus en France, ont largement décrit et dénoncé ces éléments culturels, hélas fréquemment présents dans les mentalités d’une partie de ces populations.

Crime contre la pensée juste

L’erreur de Georges Bensoussan, la seule, fut de ne pas reprendre exactement les mots prononcés par Laacher dans le documentaire diffusé par FR3. Il ne faisait qu’exprimer à travers une métaphore ce que celui-ci déclarait: “donc cet antisémitisme il est déjà déposé dans l’espace domestique. Il est dans l’espace domestique et il est quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue. Une des insultes des parents à leurs enfants quand ils veulent les réprimander, il suffit de les traiter de juif. Mais ça toutes les familles arabes le savent. C’est une hypocrisie monumentale que de ne pas voir que cet antisémitisme il est d’abord domestique et bien évidemment il est sans aucun doute renforcé, durci, légitimé, quasi naturalisé au travers d’un certain nombre de distinctions à l’extérieur. Mais il le trouvera chez lui, et puis il n’y aura pas de discontinuité radicale entre chez lui et l’environnement extérieur parce que l’environnement extérieur en réalité était le plus souvent dans ce qu’on appelle les ghettos, il est là, il est dans l’air que l’on respire. Il n’est pas du tout étranger et il est même difficile d’y échapper en particulier quand on se retrouve entre soi, ce sont les mêmes mots qui circulent. Ce sont souvent les mêmes visions du monde qui circulent. Ce sont souvent les mêmes visions du monde, fondées sur les mêmes oppositions et en particulier cette première opposition qui est l’opposition « eux et nous ».

Nulle part on ne peut trouver trace d’arguments « biologiques» pour nourrir ces constats et leur prêter une valeur « raciste ». L’expression “téter avec le lait de la mère”, est d’un usage courant dans la langue française depuis plusieurs siècles. Georges Bensoussan, en s’y référant, avait usé métaphoriquement de l’expression « l’antisémitisme, on le tète avec le lait de sa mère ». Ce crime contre « la pensée juste », Bensoussan, douze heures durant, va en savourer les effets.

Ce procès fut un grand moment judiciaire

Georges Bensoussan fut donc d’abord interrogé par la Présidente du Tribunal, Fabienne Siredey-Garnier, sur ses propos mais aussi sur ses travaux. Rappelant qu’il travaille depuis vingt-cinq ans sur les sujets liés à la Shoah, au nazisme, à l’antisémitisme et plus généralement aux mécanismes conduisant à la haine de l’autre. Il a élargi son champ de recherches, notamment, sur le statut des juifs dans les pays musulmans. Bensoussan devait citer l’expression utilisée en 1965 dans la revue les Temps modernes par l’auteur marocain Saïd Ghallab. Sous le titre Les juifs vont en enfer, qui écrivait alors : « ... la pire insulte qu’un Marocain puisse faire à un autre, c’est de le traiter de juif, c’est avec ce lait haineux que nous avons grandi… ». Désormais, en France, toutes les enquêtes réalisées sur l’antisémitisme par la Fondation pour la recherche politique, comme les témoignages multiples recueillis dans son enquête collective Les territoires perdus de la République ou son dernier ouvrage Une France soumise, attestent d’une croissance des préjugés antijuifs chez les jeunes de culture musulmane. La récente enquête de l’Institut Montaigne révélant que 28% de ces mêmes publics estiment que la loi islamique (la charia) prime les lois françaises, confirme la radicalisation en cours.

Bensoussan rappelait le contexte du moment : l’enlèvement et l’assassinat de Ilan Halimi, en 2006, dont la justice avait nié dans un premier temps le caractère antisémite, les crimes de Mohamed Merah, les attentats de l’Hypercasher et du Bataclan. Les élèves juifs désertent les écoles et les lycées publics des quartiers dits « sensibles ». Bensoussan conclut cette première déposition par ces mots : « Est-ce moi qui dois me trouver devant ce tribunal aujourd’hui ? N’est-ce pas l’antisémitisme qui nous a conduits à la situation actuelle qui devrait être jugé ? »

Des parties civiles très politiquement correctes

Des plaidoiries des parties civiles au réquisitoire de la procureure, ce fut un défilé des poncifs idéologiques du politiquement correct, défenseur de l’humanité souffrante sous le joug du colon sioniste, du planteur raciste et esclavagiste en Caroline du sud. Ce Juif-SS-Dupont la joie de Bensoussan en prit pour son grade.

Quelques perles à charge contre Bensoussan méritent d’être rapportées : une éminente universitaire de Paris VIII, Nacira Guénif, déclara pour commenter les propos de Smain Laacher, que l’insulte en arabe « espèce de juif ! » n’est pas antisémite car « on ne pense pas ce qu’on dit », et qu’il s’agit « d’une expression figée, passée dans le langage courant »….

Plus grave fut le témoignage de Mohamed Sifaoui cité par la Licra. Comment cet adversaire farouche de l’islamisme pouvait-il se retrouver ainsi sur le même banc que le CCIF ? Comment ce journaliste, menacé de mort par les islamistes, ne se trouvait-il pas au contraire aux côtés de Bensoussan ? Comment la Licra elle-même, peut-elle être partie civile contre Bensoussan ? Comment Sifaoui qui écrivait, le 6 juillet 2015, que cette « prétendue association antiraciste (le CCIF) avait beaucoup de mal à condamner l’antisémitisme » pouvait-il à ce point changer de bord alors qu’en juin 2015, le CCIF traitait Sifaoui de « chantre de la haine » ? En revenant sur la fameuse métaphore de « l’antisémitisme tété au sein », il évoque même « un biberon empli d’un lait fabriqué en Israël ! ». Plus tard, dans sa plaidoirie, l’avocat du CCIF interpellera l’historien : « Les juifs ne tuent pas d’Arabes ? Et en Palestine ? »

Les choses sont dites. Sous Bensoussan, l’ennemi subliminal est nommé : Israël, dont Bensoussan a écrit l’histoire du mouvement national, le sionisme. En attribuant à Bensoussan une volonté de destruction de «  tous les moments positifs entre juifs et arabes. N’est-il pas en train d’écrire une histoire qui peut servir à des milieux douteux ? C’est un destructeur des ponts entre juifs et arabes. » En rejoignant à son tour le camp du déni du réel la Licra et Sifaoui effectuent un inquiétant retournement.

Ce fut surtout un grand moment politique

Cité en défense de Bensoussan, Alain Finkielkraut présentait tout l’enjeu de ce procès: « Si le tribunal cède à cette intimidation, ce sera à la fois une catastrophe intellectuelle et une catastrophe morale… Si on refuse de voir la réalité et si on incrimine ceux qui s’efforcent de la penser, on n’a plus aucune chance d’échapper à la division et à la montée de la haine ! » La jeune procureure de la République, dans son réquisitoire, était-elle du côté de ceux qui essaient de penser la complexité du moment présent ou bien s’est-elle conformée aux mécanismes du politiquement correct, à  l’idéologie dominante ? On peut craindre le pire tant son propos était empreint des mots et des clichés déjà énoncés par les parties civiles. Revendiquant fièrement qu’elle était l’auteur de la décision de poursuivre Bensoussan en justice, elle justifiait ce choix par « le passage à l’acte dans le champ lexical » opéré par Bensoussan. Ce très chic déplacement du propos juridique vers le jargon linguistique, est un indicateur de la finesse intellectuelle de l’accusation.

En rappelant que Georges Bensoussan avait dirigé deux publications de la Revue d’Histoire de la Shoah, consacrés au génocide des Arméniens et à celui commis au Rwanda contre les Tutsis, Elisabeth de Fontenay tint à mettre en valeur dans son témoignage, les qualités d’ouverture intellectuelle de l’historien : son travail n’obéit pas à une vision communautariste des choses, bien au contraire, il a su mettre en valeur la folie universelle du XXe siècle comme siècle des crimes contre l’humanité, des massacres de masse et des totalitarismes génocidaires. C’est aussi ce que Yves Ternon vint confirmer. Pour cet ancien chirurgien ayant soutenu le FLN pendant la guerre d’Algérie, le soutien aux victimes des fascismes, du colonialisme ne se partage pas. Le crime contre l’humanité et sa négation forment un ensemble problématique pour penser les parts maudites de histoire contemporaine. Georges Bensoussan fait ce travail de fouilles ? quitte à exhumer des vérités dérangeantes. Regarder au plus près les discours ayant conduit au crime ou pouvant y conduire, est-ce cela qui est reproché à Bensoussan ? Elisabeth de Fontenay et Yves Ternon disent leur stupéfaction devant l’accusation faite à Bensoussan. C’est ce que le témoignage écrit de Pierre Nora, lu par la présidente du tribunal, vint confirmer : « Bensoussan a rappelé qu’il y avait un antisémitisme de tradition culturelle dans les pays arabo-musulmans. Une tradition qui fait l’objet d’un déni massif, mais qu’avait eue le courage de proclamer par exemple un sociologue comme Smain Laacher, professeur à Strasbourg, dans un documentaire télévisé de France 3. (…) L’autre accusation concerne (…) l’affirmation répétée de son interlocuteur d’une unité sans problème de la population française. Il exprimait au contraire sa crainte que la population musulmane ne finisse par constituer une forme de contre-société, un peuple dans le peuple. Cette crainte, partagée par beaucoup d’observateurs et d’analystes ne relève que de la liberté de jugement qui est le propre d’un homme d’étude. M. Bensoussan ne soulignait d’ailleurs le phénomène que pour le déplorer et insistait sur la nécessité de le regarder en face pour mieux le dominer. Le déni de la réalité n’ayant jamais été le meilleur moyen de la transformer. Il paraît évident que l’accusation du CCIF n’est qu’une manière de tester la résistance de la justice républicaine aux pressions sur la liberté d’opinion et d’expression. Car c’est bien de cela qu’il s’agit ».

Faut-il désespérer de la justice de la République ?

Dans sa plaidoirie en défense de Bensoussan, M° Michel Laval fit d’abord part de sa stupéfaction devant le moment qu’il était en train de vivre : « Comment aurais-je pu imaginer un jour, en trente années de vie d’avocat à avoir à défendre un chercheur qui a fait de la dénonciation du racisme l’essentiel de sa vie professionnelle, à avoir à le défendre contre une accusation aussi infâme ! »

Il fit aussi remarquer plusieurs erreurs bien plus ordinaires dans la citation à comparaitre signifiée à Bensoussan : il y était question d’une émission de radio nommée « les Répliques » qui aurait eu lieu en novembre 2015 (et non pas en octobre)

En assimilant les propos de Bensoussan à ceux d’Eric Zemmour, Madame la procureure ne fit pas preuve de finesse. Sans doute les grandes causes ne s’embarrassent pas de détails, portées qu’elles sont par le souffle puissant de leur générosité. En voulant caricaturer Georges Bensoussan, en le présentant comme un réactionnaire raciste, le ministère public s’est aligné sur l’idéologie du célèbre « mur des cons » bien connu pour son impartialité.

De cette accumulation d’accusations diffamatoires, M° Laval, fit son miel. Le ton se fit ensuite plus ironique devant la sottise et la posture morale de l’accusation, devant la « traque des mots » alors que « dans ce palais de justice la valeur la plus importante c’était la liberté de penser ! » M° Laval dénonça le moment présent, celui de la « perversion du système judiciaire par l’idéologie » « Comment ces plaintes ont-elles pu être considérées comme recevables par le ministère public, alors que le CCIF a partie liée avec les idéologues islamistes ? » »Comment accepter ces dénonciations d’un racisme d’Etat alors même que le CCIF a refusé de condamner les attentats, les crimes contre Charlie ? »

Le témoignage du grand écrivain algérien Boualem Sansal, lue par la présidente, vint conclure la défense de Bensoussan : « Les propos reprochés ne sont en rien un acte d’islamophobie… (…) J’ai moi-même dénoncé cette culture de la haine inculquée dans les familles arabes à leurs enfants, haine contre le juif, le chrétien, l’homosexuel… » Boualem Sansal écrit ensuite : « Dire que l’antisémitisme relève de la culture, c’est simplement répéter ce qui est écrit dans le Coran et enseigné à la mosquée ». Sera-t-il poursuivi à la XVIIe chambre ?

Un procès de même nature a été intenté par l’association des Indigènes de la République, contre Pascal Bruckner  qui avait déclaré, début 2015, qu’il fallait « faire le procès des collabos des assassins de Charlie ». Pascal Bruckner fut aussi trainé devant la 17e chambre pour des propos visant deux associations, selon lui, seraient des «complices idéologiques» des terroristes: «Les Indivisibles» de la militante « antiraciste » Rokhaya Diallo (qui n’en est plus membre) et «Les Indigènes de la République» dont Houria Bouteldja est la porte-parole. L’écrivain avait déclaré au cours de l’émission d’Arte 28 minutes qu’il fallait «faire le dossier des collabos, des assassins de Charlie» et accusé ces associations de «justifier idéologiquement la mort des journalistes de Charlie Hebdo». Ces deux associations qui avaient attaqué Pascal Bruckner pour diffamation suite à des propos sur l’islamisme ont été déboutées par la justice.

L’étrange défaite

Comment un Etat, la France, qui combat militairement le djihadisme après avoir été attaquée sur son propre sol par le terrorisme islamiste, peut-elle, dans le même temps, faire un procès à ceux qui dévoilent les stratégies de diffusion de son idéologie ? Comment la justice peut-elle accorder un crédit aux accusations de racisme énoncées par ceux-là même qui sont les promoteurs de la haine antijuive et antifrançaise ?  Comment peut-elle être à ce point aveugle devant la manipulation des mots, le dévoiement des institutions, celui des règles démocratiques visant justement à les retourner contre la première des libertés qui est celle de penser librement?

Lentement mais sûrement, l’islamisme impose son agenda à l’Europe et à la France. Bien sûr, la police marque des points contre les projets terroristes, les déjoue et arrête préventivement des tueurs, mais l’arbre des terroristes ne saurait cacher la forêt de leurs complices, collabos et idiots utiles. Quand quelques jours après le massacre au camion tueur sur la promenade des Anglais à Nice, le 14 juillet dernier, l’affaire du burkini a occupé le devant de la scène estivale, il fallait bien se rendre compte que la République avait affaire à des ennemis particulièrement retors et intelligents : avoir réussi à faire qualifier la France de pays raciste alors que le sang à Nice n’était pas encore sec, révélait une grande efficacité de la propagande islamiste.

Chaque jour qui passe nous révèle cette progression tous azimuts avec un partage des taches bien ordonné : présence dans le paysage, conquête de nouveaux territoires perdus pour la République, menaces contre les femmes, intimidation, action en justice contre des supposés islamophobes, chantage, séduction sur les vertus cachées de la religion de paix et d’amour. Alors que Houria Bouteldja, porte-parole des Indigènes de la République, est l’auteur du livre Les blancs, les juifs et nous explicitement raciste et antisémite, ce sont Bensoussan et Bruckner qui sont convoqués devant le tribunal pour répondre de leur « racisme » ou de leur « islamophobie ».

Dans cette affaire, les idiots utiles ne sont pas ceux que l’on croit : ce ne sont pas les terroristes, mais bien plutôt ceux qui les inspirent, les promeuvent, les soutiennent. Ce sont eux qui occupent le terrain conquis, abandonnés par des démocrates soucieux de ne pas apparaître comme « islamophobes ». Ces islamo-fascistes ont lu Gramsci : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » Les monstres nouveaux ont bien compris que la victoire politique avait un préalable : la conquête des esprits.

Au bal orchestré par Tariq Ramadan et le CCIF, les faux culs de l’antiracisme, la LICRA, le MRAP, la LDH, SOS Racisme, seront sur la piste.

Voir aussi:

GEORGES BENSOUSSAN : »Si les juifs ont quitté en masse le Maroc, c’est parce qu’ils avaient peur »
Le Point

24/01/2017

INTERVIEW. Pour Georges Bensoussan, la tolérance de l’islam n’est qu’un mythe. La preuve, les souffrances subies par les juifs en terre musulmane.
PROPOS RECUEILLIS PAR CATHERINE GOLLIAU

Mercredi 25 janvier, Georges Bensoussan passe devant un tribunal pour avoir dit que l’antisémitisme des musulmans était une transmission familiale. À tort ou à raison ? Ce spécialiste de l’histoire des juifs d’Europe de l’Est et de la Shoah est un historien engagé. En 2002, il rédigeait la postface des Territoires perdus de la République (Fayard), où des professeurs de collège témoignaient de la violence des adolescents, de leur racisme, leur antisémitisme et leur sexisme. Lui-même sort chez Albin Michel Une France soumise, un ouvrage collectif préfacé par Élisabeth Badinter « herself », où enseignants, policiers, travailleurs sociaux disent pourquoi ils ne peuvent plus exercer leur métier dans les écoles et les banlieues. Toujours à cause de cette violence et de ce rejet de l’autre – et particulièrement du Juif – , qui ne font que s’accentuer. Mais cette haine, d’où vient-elle ? Pour l’historien, comme il l’explique dans Les Juifs du monde arabe. La question interdite, qui paraît également cette semaine chez Odile Jacob, elle est directement liée au statut du dhimmi, imposé par le Coran au juif et au chrétien, soumission imposée qui s’est perpétuée jusqu’à la période coloniale, et qui est resté dans les consciences, même s’il a officiellement disparu des États modernes.

Le Point.fr : Pour vous, contrairement à ce qu’affirment nombre d’historiens, les juifs n’ont pas été bien traités dans le monde musulman…
Georges Bensoussan : Oui, nous sommes dans le déni. Peut-être parce qu’étant donnée l’horreur des exactions subies par les juifs dans le monde chrétien, et particulièrement sous les nazis, on a voulu croire à un islam tolérant. Or la légende d’Al Andalus, cette Espagne musulmane où les trois monothéismes auraient cohabité harmonieusement sous des gouvernements musulmans, a été forgée de toute pièce par le judaïsme européen au XIXe siècle, en particulier par les Juifs allemands, afin de promouvoir leur propre émancipation. Elle a ensuite été reprise par le monde arabe dans le but de montrer que les responsables de l’antagonisme entre juifs et Arabes étaient le sionisme et la naissance de l’État d’Israël. Coupables du départ massif des communautés juives d’Irak, d’Égypte, de Syrie, de Libye, du Maroc, etc., soit près d’un million de personnes entre 1945 et 1970. Mais, s’ils étaient si heureux dans leur pays d’origine, pourquoi ces gens sont-ils partis de leur plein gré ? En Irak, par exemple, les juifs comptaient parmi les plus arabisés d’Orient, et n’étaient guère tentés par le sionisme. Or ils ont été plus de 90 % en 1951-1952 à quitter le pays, après avoir subi le pogrom de Bagdad en juin 1941 – plus de 180 morts –, après avoir été victimes de meurtres, d’enlèvements, d’arrestations, de séquestrations, de vols et de torture dans les commissariats. C’est cette réalité-là qui a poussé ces juifs à l’exil. Un véritable processus d’épuration ethnique, d’autant plus sournois qu’à l’exception de l’Égypte, il n’a pas pris la forme d’une expulsion.

Vous ne pouvez nier pourtant que les sionistes ont largement œuvré pour que les juifs viennent s’installer en Israël…
Bien évidemment, et comment le leur reprocher ? Ils voulaient renforcer leur jeune État. Mais à eux seuls, des agents sionistes peuvent difficilement déraciner une communauté qui ne veut pas partir. Si les Juifs du Maroc ont quitté en masse leur pays – un tiers déjà avant l’indépendance –, c’est parce qu’ils avaient peur. D’expérience, ils craignaient le retour de la souveraineté arabe sur leurs terres. Ils ne se voyaient pas d’avenir dans leur pays, où la législation leur rendait la vie de plus en plus difficile.
L’administration de Vichy était si gangrenée par l’antisémitisme que l’attitude du sultan du Maroc, par contraste, en apparaissait presque bienveillante !

Le sultan du Maroc a pourtant la réputation d’avoir protégé les juifs entre 1939 et 1945, quand le pays était contrôlé par le gouvernement de Vichy…
Le Sultan, dit-on, se serait opposé au port de l’étoile jaune par ses sujets juifs. À ceci près qu’il n’y eut jamais d’étoile jaune au Maroc (et pas même en zone sud en France). Le sultan a fait appliquer à la lettre les statuts des juifs d’octobre 1940 et de juin 1941.

Si c’est une légende, elle est pourtant entretenue dans les milieux juifs d’origine marocaine…
En partie, oui, et pour plusieurs raisons. L’administration de Vichy était si gangrenée par l’antisémitisme (à commencer par le Résident général Charles Noguès) que l’attitude du sultan, par contraste, en apparaissait presque bienveillante ! En second lieu, les Juifs marocains partis en masse s’installer en Israël constituaient la partie la plus pauvre de la judéité marocaine, celle qui, de faible niveau social et professionnel, essuiera de front le racisme des élites ashkénazes. Être « marocain » en Israël était (et demeure) un « marqueur » péjoratif. Cette immigration s’est mise à idéaliser son passé marocain, sa culture, le temps de sa jeunesse, parfois tissé, au niveau individuel, de relations d’amitié entre juifs et Arabes. Ajoutons que la mémoire collective est socialement stratifiée. Il faut donc compter avec celle, moins douloureuse, des classes plus aisées qui ont émigré, elles, davantage, en France ou au Canada.
Leurs maisons ne doivent pas être plus hautes que celles des musulmans, ils doivent pratiquer discrètement leur foi, et leur voix ne vaut rien devant un tribunal musulman
Le statut de « dhimmi » imposé aux chrétiens et aux juifs par le Coran explique-t-il l’antisémitisme que vous dénoncez ?
Il justifie l’infériorisation du juif par le musulman : il autorise en effet les membres des religions dites du Livre à pratiquer leur foi, à la condition de payer un impôt spécial et d’accepter de se comporter en « soumis ». Leurs maisons ne doivent pas être plus hautes que celles des musulmans, ils doivent pratiquer discrètement leur foi, et leur voix ne vaut rien devant un tribunal musulman. Tout cela a fait du juif un être de second ordre. Les témoignages abondent, de non-juifs en particulier – des militaires, des commerçants, des médecins –, sur la misère et la manière infamante dont les juifs pouvaient être traités. Mais ce statut avait été intégré par des communautés profondément religieuses, marquées par l’attente messianique et considérant que ce qu’elles vivaient était le prix de l’Exil. Les choses ont changé avec l’arrivée des Européens et la possibilité d’avoir accès à une éducation marquée par les valeurs issues des Lumières. Pour autant, le regard arabo-musulman sur « le Juif » ne changera pas de sitôt : un sujet toléré tant qu’il accepte son infériorité statutaire. Même les juifs qui rejoindront le combat des indépendances arabes comprendront peu à peu qu’ils ne seront jamais acceptés. De fait, tous ont été écartés ou sont partis d’eux-mêmes, et la création de l’État d’Israël ne fera qu’accroître le rejet.

Mais leur situation était-elle la même partout ? Les Juifs de Salonique ont prospéré sous les Turcs et ont vu leur statut se détériorer quand les Grecs orthodoxes ont pris le contrôle de la ville, en 1922…
En effet, il faut distinguer le monde turc, plus tolérant que le monde arabe, même si la situation est loin d’y avoir été idyllique. Le statut de dhimmi a été aboli dans l’Empire ottoman par deux fois, en 1839 et 1856, et l’on constate que les contrées où les juifs connurent la condition la plus dure – le Yémen, la Perse et le Maroc – ne furent que peu ou pas du tout colonisées par les Turcs.
Dans la France d’aujourd’hui, les problèmes d’intégration d’une fraction des jeunes Français d’origine arabo-musulmane font rejouer les préjugés ancestraux

Vous dénoncez l’antisémitisme des émigrés de la troisième génération en France, ce qui vous vaut d’ailleurs un procès pour racisme intenté par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF).
J’ai effectivement été assigné pour « propos racistes », parce que, lors d’une émission de France Culture, et à propos d’une partie de l’immigration maghrébine, j’ai usé de la métaphore d’un « antisémitisme tété avec le lait de sa mère ». Je ne faisais pourtant, par cette formule, que reprendre celle utilisée par le sociologue Smaïn Laacher qui, dans un documentaire diffusé sur France 3, parlait d’un antisémitisme « quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue […]. Bon, mais ça toutes les familles arabes le savent ! C’est une hypocrisie monumentale de ne pas voir que cet antisémitisme, il est d’abord domestique […] comme dans l’air qu’on respire ». Ces deux métaphores disaient la même chose, une transmission culturelle et non génétique : le lait n’est pas le sang. À ceci près que l’une est dite par un Arabe, l’autre par un juif. L’indignation est sélective… Dans la France d’aujourd’hui, les problèmes d’intégration d’une fraction des jeunes Français d’origine arabo-musulmane font rejouer les préjugés ancestraux et donnent prise à la culture du complot qui cristallise sur « le Juif », cette cible déjà désignée dans l’imaginaire culturel maghrébin, et aggravée par la réussite de la communauté juive de France. Mais qu’y a-t-il de « raciste » à faire ce constat, à moins d’invalider toute tentative de décrire le réel ? Ce qui est inquiétant dans mon affaire, au-delà de ma personne, est que la justice donne suite à la dénonciation du CCIF, dont l’objectif est de nous imputer le raisonnement débile du racisme pour mieux, moi et d’autres avec moi, nous réduire au silence.

Vos collègues vous reprochent de manquer de l’objectivité indispensable à l’historien…
Quand les faits leur donnent tort, ils invoquent l’« objectivité » alors que le seul souci de l’historien face aux sources, a fortiori quand elles contreviennent à sa vision du monde, demeure l’honnêteté. Comme au temps où il était impossible de critiquer l’Union soviétique au risque, sinon, de « faire le jeu de l’impérialisme », la doxa progressiste s’enferme dans cette paresse de l’esprit. Il n’est donc pas possible aujourd’hui de dire que le monde arabe, quoique colonisé hier, fut tout autant raciste, antisémite et esclavagiste. Quand la sociologue franco-algérienne Fanny Colonna a montré dès les années cinquante le poids de l’islamisme dans le nationalisme algérien, elle s’est heurtée aux « pieds rouges », ces intellectuels qui soutenaient le FLN et qui ne voulaient pas faire le jeu des opposants à la décolonisation. Orwell le soulignait jadis, certains intellectuels ont du mal à accepter une réalité dérangeante.

Les Juifs du monde arabe. La question interdite, Odile Jacob, 167 pages, 21,90 euros
Une France soumise – Les voix du refus, Albin Michel, 2017, 664 pages, 24,90 euros

Voir également:

Valeurs actuelles

8 février 2017

Islamisation. Selon une étude de l’institut britannique Chatham House repérée par RT, plus de la moitié des Européens sont d’accord avec l’idée de stopper l’immigration en provenance des pays à majorité musulmane.

 C’est ce que Donald Trump avait promis pendant la campagne présidentielle, et qui avait fait hurler tant de commentateurs : stopper l’immigration en provenance de certains pays à majorité musulmane, pour réduire la menace terroriste qui pèse sur les Etats-Unis. Depuis son élection, le décret pris par le président suscite l’indignation et l’opposition d’une large partie de la classe politique américaine, malgré le sceau apposé par le suffrage.

“Toute immigration supplémentaire venant de pays à majorité musulmane doit cesser”

Une telle mesure pourrait-elle être prise en Europe ? Le vieux continent a été touché depuis deux ans par une série d’attentats terroristes, commis le plus souvent par des individus visés par le controversé décret anti-immigration.

Selon une étude menée par l’institut de recherche britannique Chatham House, les Européens seraient majoritairement favorables à la fermeture de leurs frontières aux individus originaires de pays musulmans. 55% des personnes interrogées ont ainsi déclaré être d’accord avec cette affirmation : “Toute immigration supplémentaire venant de pays à majorité musulmane doit cesser”. Un chiffre impressionnant.

“Nos résultats sont frappants et donnent à réfléchir”

Dans le commentaire de l’étude, l’institut livre ses conclusions : “Nos résultats sont frappants et donnent à réfléchir. Ils suggèrent que l’opposition à l’immigration venant de pays à majorité musulmane n’est pas confinée à l’électorat de Donald Trump aux Etats-Unis mais est largement répandue”.

Largement, mais plus spécialement dans les pays qui “ont été au centre de la crise migratoire ou ont vécu des attaques terroristes ces dernières années”. La Pologne (71%), l’Autriche (65%), la Hongrie et la Belgique (64%), ainsi que la France (61%), sont ainsi parmi les plus favorables à l’assertion de départ.

Voir enfin:

The Jewish Chronicle

February 7, 2017

French Jewish scholar Georges Bensoussan is being sued by Muslim anti-racism groups for saying in a radio debate: “In French Arab families, babies suckle antisemitism with their mothers’ milk.”

Mr Bensoussan, who is the editor of the magazine The Shoah History Review, said he was roughly quoting Algerian sociologist Smain Laacher, but the groups suing him claim his statements amounted to incitement to hatred.

In a Paris court last week, Mr Bensoussan argued that many Muslim scholars “have said the same things that I have but they’re not being sued”.

Several scholars testified at the stand, some saying they were outraged to see Mr Bensoussan in court, others saying the historian had crossed red lines.

“I was shocked by his words. I am an Arab and I’m not an anti-Semite. My family has never taught me to hate Jews,” said journalist Mohamed Sifaoui. “I sent emissaries to Georges Bensoussan to ask him to apologize to those he has hurt but he refused. He’s a historian he should be more subtle. Of course many Muslims are anti-Semitic. Saying otherwise would be dishonest. But there are also Muslims who fight antisemitism. Denying that is also dishonest.”

But the judge noted that Mr Sifaoui himself had written in an article that “Arabs don’t visit Auschwitz” and that Arabs are either “swamped by a culture of indifference” or “they suckle on anti-Semitic hatred nipples”.

“My expression is completely different from the one Bensoussan used,” replied Mr Sifaoui.

“Many Muslim scholars have said the same things that I have but they’re not being sued. That’s racism!” argued Mr Bensoussan.

“I’m surprised I have to defend him in front of a court,” said philosopher Alain Finkielkraut who hosts the radio show on which Mr Bensoussan made the controversial statement. “Anti-racist groups want to ban all thought and debate. They say we’re accusing a whole community but Bensoussan says he’s fighting for integration. He’s quoting Arab scholars. If he’s convicted it would be an intellectual and moral catastrophe. Denying reality will only bring more division and hatred.”

“Georges Bensoussan is not a bigot. He signed petitions for peace in the Middle East. He dedicated several issued of the Shoah memorial magazine to the Armenian and Rwandan genocides. He’s denouncing a problem that exists. All those who cherish democracy should thank him,” said retired Professor Elisabeth de Fontenay.

Historian Yves Ternon, who has studied the Armenian genocide said he admired Mr Bensoussan. “We’ve worked together for decades, studying the scientific similarities between genocides,” said Ternon. “You know revisionists have tools: one of them is to accuse those who accuse them. Bensoussan is a whistleblower. When hatred against Jews spreads, everyone gets hurt.”

The judge read out a study showing that the far-right and Muslims tend to have antisemitic beliefs.

He said: “Nineteen per cent of the French population believes Jews have too much political power. The share is at 51 per cent among Muslims and 63 per cent among religious Muslims.”

“I don’t believe in that study but it’s true that among Muslims we use the expression ‘Jew – sorry!’ to disapprove of something. However that’s not really hatred. It’s an old expression which isn’t really considered as a hate insult today,” said Nacera Guenif, a sociologist testifying against the historian. “What’s important is that Mr Bensoussan is spreading a dangerous theory. When you say all Muslims behave in a bad way, you encourage suspicion that can lead to hate and violence. When you’re a historian, when you have a popular radio show you also have responsibilities.”

Mr Bensoussan told the court he had apologised several times to those who were hurt by his comments. He said he did not mean to generalise his remarks to all Muslims.

The court is due to rule on March 7.

Voir par ailleurs:

La victoire de l’Orientalisme
Richard Landes
(publié dans le Middle-East Quarterly du site Middle East Forum)
Hiver 2017
Traduction Magali Marc/Dreuz
The Augean Stables
29 janvier 2017

Que l’on considère l’impact d’Edward Saïd (1935-2003) sur le monde universitaire comme un grand triomphe ou comme une tragique catastrophe, peu de gens peuvent remettre en question l’étonnante portée et la pénétration de son magnum opus, L’Orientalisme.

En une génération, une transformation radicale a dominé les études du Moyen-Orient : une nouvelle catégorie d’universitaires «post-coloniaux», ayant une perspective libératrice et anti-impérialiste, a remplacé une génération d’érudits que Saïd a dénigrés en les traitant d’«Orientalistes».

Cette transformation ne se limitait pas aux études du Moyen-Orient : Saïd et son paradigme post-colonial réunissaient un large éventail d’acolytes dans de nombreux domaines des sciences sociales et humaines.

Pourtant, quand on examine les événements des deux dernières décennies, on peut dire que les héritiers académiques de Saïd se sont plantés de façon spectaculaire dans leurs analyses et prescriptions concernant la façon dont il fallait s’y prendre pour régler les problèmes du Moyen-Orient.

Nulle part cela n’a été aussi évident que dans la lecture erronée du désastreux «processus de paix» israélo-palestinien d’Oslo et des fameux «printemps arabes» qui se sont rapidement détériorés en vagues de guerres tribales et sectaires, créant des millions de réfugiés, dont beaucoup ont littéralement détruit les malheureux rivages de l’Europe.

Une grande partie de cet échec peut être attribuée aux restrictions imposées par la pensée postcoloniale sur la capacité de discuter de la dynamique sociale et politique du Moyen-Orient. Si les experts et les journalistes ont été hypnotisés par les perspectives de paix arabo-israélienne et le mirage d’une vague de démocratisation arabe, c’est en partie parce qu’ils avaient systématiquement sous-estimé le rôle de la culture d’honneur et de honte dans les sociétés arabes et musulmanes et son impact sur la religiosité islamique.

La dynamique «honneur-honte» dans les dimensions politique et religieuse
Les termes honneur-honte désignent des cultures où l’acquisition, l’entretien et la restauration de l’honneur public triomphent de toutes les autres préoccupations.

Alors que tout le monde se soucie de ce que les autres pensent et veut sauver la face même si cela signifie mentir, dans les cultures d’honneur et de honte, ces préoccupations dominent le discours public : il n’y a pas de prix trop élevé à payer– y compris la vie– pour préserver l’honneur.

Dans de telles cultures politiques, l’opinion publique accepte, attend, exige même que le sang soit versé pour l’honneur.

Dans de telles sociétés, quand les gens critiquent publiquement ceux qui sont au pouvoir– ceux qui ont l’honneur– ils attaquent leur être même. Si ces derniers ne répondaient pas– de préférence par la violence– ils perdraient la face.

Les sociétés autoritaires permettent donc à leurs mâles dominants de supprimer violemment ceux dont les paroles les offensent.

Conséquemment, les cultures d’honneur et de honte ont une immense difficulté à tolérer la liberté d’expression, de religion, de la presse tout autant que de traiter avec les sociétés qui pratique cette tolérance.

Dans les cultures où les gens se font eux-mêmes justice, cette insistance sur l’honneur peut signifier tuer quelqu’un qui a tué un parent, et dans la culture japonaise, l’honneur peut signifier se suicider.

Cependant, dans certaines cultures d’honneur, cette préoccupation signifie tuer un membre de la famille pour sauver l’honneur de la famille. Le «jugement public», dont le verdict détermine le sort de la communauté demeure le vecteur qui motive le besoin de sauver la face, et définit les façons de faire. Le terme arabe pour «commérage» est kalam an-nas, (la parole du peuple), qui est souvent sévère dans son jugement des autres.

À ce sujet, le psychologue Talib Kafaji a écrit :

«La culture arabe est une culture de jugement, et tout ce qu’une personne fait est sujet au jugement… induisant de nombreuses peurs… avec de graves conséquences sur la vie individuelle. Éviter ce jugement peut être la préoccupation constante des gens, presque comme si toute la culture était paralysée par le kalam [an] –nas.»

Autrement dit, dans la société arabe, tous les individus sont les otages les unes des autres.

En dépit de sa résonnance «orientaliste», cette attention à un jugementalisme paralysant et omniprésent fournit des aperçus importants sur les dysfonctionnements du monde arabe d’aujourd’hui.

Les cultures d’honneur et de honte ont tendance à être à somme nulle : les hommes d’honneur gardent jalousement leur honneur et considèrent l’ascension des autres comme une menace pour eux-mêmes. Dans les cultures à somme nulle de «bien limité», l’honneur pour une personne signifie la honte pour les autres. Si l’autre gagne, vous perdez. Afin que vous ayez le dessus, l’autre doit perdre.

Ceux qui sont juste en dessous continuent de défier ceux qui sont juste au-dessus, et l’ascension n’est possible que par l’agression. Tu n’es pas un homme tant que tu n’as pas tué un autre homme. La prise des biens d’autrui –par le vol ou le pillage– est supérieure à la production. Domine ou soit dominé. Le visage noirci (de la honte) est lavé dans le sang (de l’honneur).

Cette même mentalité dite «à somme nulle», «gouverne-ou-soit-gouverné», qui domine la plupart des interactions dans la politique des cultures d’honneur et de honte, a son analogie dans la religiosité du triomphalisme, la croyance que la domination de sa religion sur les autres constitue la preuve de la vérité de cette religion.

De la même manière que les chrétiens ont pris la conversion de l’Empire romain au Christianisme comme un signe que leurs revendications sur les Juifs avaient triomphé ; les musulmans triomphalistes, dans une expression suprême de la religiosité inspirée par l’honneur, croient que l’islam est une religion de domination destinée à gouverner le monde.

Cette dynamique d’honneur et de honte explique en grande partie l’hostilité arabe et musulmane envers Israël, ainsi qu’envers l’Occident.

Israël, un État de Juifs libres (c’est-à-dire, des infidèles non-dhimmis), vivant à l’intérieur du Dar al-Islam historique (royaume de la soumission), constitue un blasphème vivant. La capacité d’Israël à survivre aux efforts répétés des Arabes pour le détruire constitue un état permanent de honte arabe devant toute la communauté mondiale. Cela fait de l’hostilité musulmane triomphaliste envers Israël un cas particulièrement grave d’une hostilité généralisée envers les infidèles et les musulmans «modérés».

Tout effort pour comprendre ce qui se passe dans le monde arabe aujourd’hui doit tenir compte de cette dynamique religio-culturelle.

Pourtant, dans l’ensemble, cette dynamique n’est pas seulement ignorée, mais ceux qui en parlent sont réprimandés pour (prétendument) contribuer à aggraver le conflit plutôt que de le comprendre.

Une grande partie de cette ignorance (à la fois active et intransitive) remonte à Saïd, qui a fait de l’analyse «honneur-honte» un péché «orientaliste» particulièrement impardonnable.

Avant même que n’arrive la contribution de Saïd, l’anthropologie s’était éloignée de cette analyse. Lui en a fait un dogme. A tel point que, dans le dernier tiers du XXe siècle, il est devenu paradoxalement honteux– voire raciste– qu’un anthropologue discute de l’«honneur et de la honte» arabe ou musulmane.

La honte de Saïd et la désorientation de l’Occident
L’Orientalisme de Saïd a exploité une tendance occidentale à l’autocritique morale concernant l’analyse des autres cultures, dans le but de protéger son peuple de la honte. Pour lui, la critique des Arabes ou des musulmans reflète les préjugés ethnocentriques de l’Occident et de son projet culturel discriminatoire de domination impérialiste.

Ce n’était pas ce que les orientalistes croyaient faire, eux pensaient qu’ils offraient des observations précises concernant les caractéristiques et les conditions d’une autre culture et de son histoire.

Pour Saïd, au contraire, tout contraste entre les cultures de l’Occident démocratique et celles des Arabes et des musulmans– certainement ceux qui montraient ces derniers sous une lumière peu flatteuse– étaient des exemples lamentables de xénophobie hostile dirigée contre des «inférieurs», et ne pouvaient pas constituer une réflexion sur une réalité sociale.

À propos du dix-neuvième siècle, Saïd a écrit : «Tout Européen qui parlait de l’Orient était raciste, impérialiste et presque totalement ethnocentrique».

Saïd a lancé un plaidoyer en faveur d’une alternative : il fallait à tout prix éviter d’orientaliser l’Orient, encore et encore.

Sans l’«Orient» il y aurait des érudits, des critiques, des intellectuels, des êtres humains pour lesquels les distinctions raciales, ethniques et nationales seraient moins importantes que l’entreprise commune dans la promotion de la communauté humaine.

Bien compris, cet appel demande aux chercheurs de ne pas parler de différences ethniques, raciales ou religieuses, alors que la plupart des moyen-orientaux vous diront que ce sont des questions culturelles très importantes pour eux.

Ainsi, dans la nouvelle édition d’«Orientalisme» publiée en 1994, SaÏd se plaignait-il de la focalisation croissante de l’Occident sur le danger que représente l’islam : «les médias électroniques et imprimés ont été inondés par des stéréotypes dégradants qui amalgament l’islam et le terrorisme, les Arabes et la violence, l’Orient et la tyrannie.»
Ces phénomènes, insistait Saïd, ne faisaient pas partie de l’ensemble de l’image et se concentrer sur eux «était humiliant et déshumanisant pour les gens en situation d’infériorité… qui se trouvaient niés, supprimés, déformés.»

En substance, Saïd exhortait ses collègues non-musulmans à ignorer les questions mêmes qu’ils avaient le plus besoin de comprendre afin de suivre les développements du XXIe siècle.

De ce fait, les facteurs qui prédominent aujourd’hui dans la culture politique arabe et musulmane– le zèle religieux, la violence, le terrorisme, l’autoritarisme débridé et l’exploitation des faibles, y compris des femmes, des réfugiés et bien sûr de ces victimes permanentes de la culture politique arabe, les Palestiniens, ne doivent pas être mentionnés parce que cela déprécierait les Arabes et les musulmans et les heurterait dans leur sensibilité.

Ceux qui violent ces nouvelles directives anti-orientalistes déclenchent la colère de ceux qu’ils critiquent et les protestations véhémentes, quoique moins violentes, de leurs concitoyens, les accusant lorsqu’ils critiquent l’islam de faire preuve de racisme et de rejeter le blâme sur les victimes. Ceux qui critiquent le discours haineux musulman sont accusés d’aggraver le conflit.

Ainsi, les traits que les esprits racistes ont développés en Orient et qui font leur force, ne sont discutés qu’à contrecœur par les mandarins des études du Moyen-Orient et les universitaires post-coloniaux, et seulement quand ils sont poussés à le faire, principalement pour les minimiser. Avec pour conséquence, que les auditoires occidentaux demeurent à ce jour mal informés sur les Arabes et sur les musulmans.

Alors que Saïd a formulé sa critique de l’Occident en termes postmodernistes et humanistes, elle pourrait bien être reformulée en fonction de la dynamique culturelle de l’honneur et de la honte. Le «kalam an-nas»– l’opinion publique dont la désapprobation est si douloureuse– contribue à expliquer la direction qu’a prise la pensée de Saïd menant à l’orientalisme.

En tant qu’Arabe qui a connu un grand succès en se servant des règles occidentales, entouré de collègues admiratifs (son «monde d’honneur»), Saïd a vécu la défaite arabe catastrophique de la guerre des Six Jours de 1967 comme une «punition du destin».

Le tissu de racisme, de stéréotypes culturels, d’impérialisme politique, d’idéologie déshumanisante qui règne chez les Arabes ou les musulmans est très fort, et c’est ce tissu que chaque Palestinien en est venu à ressentir comme étant son destin exclusif et punitif.

Aucun universitaire américain ne s’était identifié sans réserve avec les Arabes culturellement et politiquement.

Il y a certainement eu des identifications à un certain niveau, mais elles n’ont jamais pris une forme «acceptable» comme l’a fait l’identification de la gauche américaine avec le sionisme.

En tant que «Palestinien», Saïd avait perdu la face dans cette catastrophe. Sa réponse d’honneur ne fut pas de porter un regard autocritique sur les attitudes et les acteurs arabes qui avaient contribué à la fois à cette guerre inutile et à cette défaite catastrophique, mais fut plutôt d’exprimer sa colère envers ceux qui pensaient du mal des Arabes et qui prétendaient occuper le haut du pavé en matière de morale.

En conséquence, il ne s’est pas préoccupé de savoir si la cause palestinienne qu’il soutenait «sans réserve» en souhaitant que les autres suivent reflétait (ou dédaignait) les valeurs de la gauche auxquelles il avait fait appel.

Pour celui qui défend son honneur, la défense d’un côté ou un autre dans un conflit n’est pas basée sur l’intégrité ou sur les valeurs de la gauche, mais sur l’idée de sauver l’honneur, sur la façon dont on sauve la face.

Il n’est donc pas surprenant que peu de sujets aient autant enflammé Saïd que la discussion sur le rôle de la culture arabe dans la recherche, le maintien et la reconquête de l’honneur et l’évitement et l’élimination de la honte.

Étant donné que des traits culturels tels que le patriarcat misogyne, les homicides d’honneur, les querelles sanglantes, l’esclavage, les massacres de civils, etc., ne semblaient pas très bons aux gauchistes occidentaux, Saïd devait sauver la face arabe en évitant ce regard occidental hostile.

Il a eu l’idée brillante de rendre honteux pour les universitaires occidentaux le fait même de se référer à ces questions dans la discussion du monde arabe, en qualifiant ce type de questionnement de raciste.

Ses règles du jeu de l’orientalisme, au contraire, exigeaient une action positive et morale. En conséquence, Saïd et ses acolytes réprimandaient quiconque osait expliquer l’obsession périlleuse musulmane arabe de détruire Israël en termes de questions culturelles. «Comment osez-vous les traiter comme un groupe de sauvages, d’irréductibles, de fous superstitieux qui se nourrissent de fantasmes de vengeance génocidaire pour rétablir l’honneur perdu et retrouver leur situation de domination ?!»

Au contraire, disait Saïd «la relation entre Arabes, musulmans et terrorisme» que tant d’orientalistes établissent est «entièrement factice».

Pour tout outsider, soupçonner les dirigeants palestiniens (ou Arabes ou musulmans) de comportements belliqueux constitue pour les post-coloniaux, une agression inacceptable, une forme de racisme. Selon eux, le conflit concerne l’impérialisme israélien et la résistance naturelle qu’il provoque.

Grâce à cette brillante sauvegarde de la «face» arabe, à cette façon d’utiliser le kalam an-nas, l’orientalisme de Saïd a su contourner les vecteurs du jugement négatif paralysant.

D’une part, cette défense protégeait les Arabes des critiques publiques, de l’autre, elle faisait de l’Occident «impérialiste» (et de son avant-garde supposée les «colons» israéliens), l’objet d’une critique implacable.

Son succès à cet égard a donné naissance à une génération de spécialistes du Moyen-Orient, y compris des universitaires, qui ont décrit les mondes arabe et musulman comme des «sociétés civiles florissantes», d’imminentes «démocraties» tout en décrivant l’Occident comme un monde raciste, impérialiste, qui a besoin d’être déconstruit, théoriquement et pratiquement.

Un tel mouvement a peut-être flatté l’image que les Arabes et les Occidentaux (gauchistes) avaient d’eux-mêmes, mais il a eu pour prix l’ignorance des réalités plus sombres sur le terrain.

Pourtant, pour beaucoup, cette ignorance semblait être un faible prix à payer. Après tout, le cadre de référence de Saïd offrait aux progressistes pacifistes un moyen d’éviter le choc des civilisations.

Donner aux Arabes et aux musulmans le bénéfice du doute, les traiter avec honneur plutôt que de les inciter gratuitement à la critique, voilà la façon de résoudre les conflits et d’apporter la paix.

Les éducateurs occidentaux qui adoptaient le discours de Saïd considéraient ses thèses comme une sorte de récit thérapeutique qui, en accentuant le positif et en dissimulant le négatif, encourageait l’autre plutôt que de l’aliéner.

Il s’agissait, entre autres, de traiter les Arabes et les musulmans comme si leur culture politique avait déjà atteint ce niveau de modernité, d’engagement sociétal envers les droits universels de l’homme, de paix par la tolérance, d’égalitarisme. Tout cela dans le but de favoriser les relations positives– alors qu’en réalité, une telle évaluation n’était pas objective.

Le monde postmoderne ne peut pas être (est même très éloigné) de toute évaluation objective (ce que, présumément, il prétend être).

De la «Paix» d’Oslo au Jihad
Peu de débâcles illustrent mieux la folie qui consiste à ignorer la dynamique de la honte et de l’honneur que le «processus de paix» d’Oslo qui a fondé sa logique sur le principe d’un échange de «terre pour la paix» : Israël céderait des terres aux Palestiniens (la plus grande partie de la Judée/Samarie et Gaza) afin de créer un État indépendant et les Palestiniens enterreraient la hache de guerre puisqu’ils obtiendraient ce qu’ils voulaient sans avoir à se battre.

Ainsi, les accords d’Oslo changeraient l’engagement palestinien défini par leur charte, de reconquérir l’honneur arabe et musulman en effaçant la honte qu’est Israël, et les amèneraient à accepter la légitimité de l’existence de l’État hébreu.

Un tel changement dépendait de la compréhension de ce que cette concession promise à Israël amènerait, étant donné que les Palestiniens «aspirent», à la liberté de se gouverner dans la paix et la dignité. Cela semblait être un contrat gagnant-gagnant si évident, que, comme Gavin Esler de la BBC l’avait déclaré, «le conflit allait être résolu avec un courriel.»

Ce que les architectes d’Oslo et leurs partisans occidentaux ont si complètement sous-estimé, c’est l’emprise que l’univers basé sur l’honneur aurait sur le président de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Yasser Arafat.

Ce manque de perspicacité a non seulement dominé la pensée dans les cercles occidentaux (eux qui n’étaient pas mis en danger par un tel pari), mais avait aussi cours dans les cercles politiques et du renseignement israélien, qui eux avaient beaucoup à perdre.

Il est clair que ce n’est pas seulement la direction politique d’Israël qui a été prise en otage par la conception chimérique de l’instauration d’une ère de paix avec l’Autorité palestinienne. Le système de sécurité militaire et le service de sécurité Shin Bet ont eu des difficultés à se libérer du même sentiment. Les fonctionnaires du renseignement n’étaient pas toujours disposés à laisser les faits perturber leur perception idéalisée de la réalité.

Le simple fait que les analystes occidentaux et israéliens aient négligé de leur prêter attention, cependant, ne signifie pas que les règles d’honneur et de honte aient cessé d’opérer.

Après la cérémonie de signature de l’entente sur la pelouse de la Maison-Blanche, le président de l’OLP, Arafat, s’est trouvé la cible d’une immense hostilité de la part de son groupe d’honneur arabe et musulman pour avoir porté la honte à tous les Arabes et à tous les musulmans.

Lorsqu’il est arrivé à Gaza en juillet 1994, le Hamas l’a dénoncé en ces termes : «Sa visite est honteuse et humiliante, car elle se produit dans l’ombre de l’occupation et à l’ombre de la soumission humiliante d’Arafat devant le gouvernement ennemi et sa volonté. Il veut présenter une défaite comme une victoire.»

Edward Saïd, fier membre du Conseil national palestinien, semi-parlement de l’OLP, a fait écho aux paroles du Hamas : les compromis impliquaient un acte humiliant et «dégradant… d’obéissance… Une capitulation… qui a produit un état d’abjection et d’obéissance… se soumettant honteusement à Israël.»

Ainsi l’intellectuel «post-colonial» a utilisé le langage tribal à somme nulle d’honneur et de honte arabe et musulmane, attaquant la négociation comme déshonorante. C’était la langue même dont les Occidentaux évitaient de discuter de peur qu’ils n’«orientassent l’Orient».

Et pourtant Arafat a utilisé le même langage d’honneur et de honte en arabe, dès que les accords ont été signés et que le Prix Nobel a été accordé.

Six mois après son retour de Tunisie en juillet 1994 à ce qui était devenu un territoire sous contrôle palestinien grâce aux accords d’Oslo, il a défendu sa politique devant des musulmans d’Afrique du Sud, non pas en parlant de la «paix des braves», mais plutôt en invoquant le traité de Mahaybiya de Muhammad, signé quand il était en position de faiblesse, rompu quand il fut en position de force.

Dans la mesure où les Arabes avaient accepté le processus d’Oslo, ils le considéraient comme un cheval de Troie, non pas comme une concession (nécessairement) humiliante. Un projet de guerre honorable et non pas de paix ignominieuse.

Dans les cultures où, pour l’honneur, «ce qui a été pris par la force doit être repris par la force», toute négociation est forcément honteuse et lâche.

De façon générale, les journalistes et les décideurs occidentaux, y compris le «camp de la paix» en Israël, et même les services de renseignement, ont ignoré les invocations répétées d’Arafat à Hudaybiya.

Les partisans de la paix les considéraient comme des railleries conçues pour apaiser l’opinion publique (en elle-même une chose qui méritait qu’on y réfléchisse) et étaient persuadés que, finalement, l’appel plus mature de la communauté internationale placerait Arafat du côté de la raison positive. Les praticiens du «journalisme de paix» en Israël, par exemple, ont délibérément évité des nouvelles décourageantes de ce genre et le sens de Hudaybiya en particulier.

Dans son mémoire de 800 pages sur l’échec d’Oslo, Dennis Ross, l’envoyé américain du Moyen-Orient le plus impliqué dans les négociations avec la direction palestinienne, n’a pas eu un mot à dire sur la controverse de Hudaybiya, en dépit du fait qu’il avait correctement jugé le comportement problématique d’Arafat et son «échec à préparer son peuple aux compromis nécessaires à la paix».

Le péché d’Arafat n’était pas d’omission, mais de commission : il préparait systématiquement son peuple à la guerre sous le nez des Israéliens et de l’Occident.

Plutôt que d’examiner les conséquences de cette contre-preuve, ceux qui appuyaient le processus attaquaient quiconque y attirait l’attention.

Le Conseil des relations américano-islamiques (CAIR), une soi-disant organisation de défense des droits civils musulmans ayant des liens avec les mêmes confréries musulmanes dont le Hamas est une branche, a mené l’attaque au nom de la protection de la réputation du prophète Muhammad.

Daniel Pipes a écrit plusieurs textes concernant le discours de la mosquée de Johannesburg et le sens du traité de Hudaybiya, ainsi que sur les problèmes rencontrés par les Occidentaux quand ils osaient soulever ce sujet.

En dépit de son insistance à se montrer juste envers le prophète musulman sur des bases historiques, les écrits de Pipes lui ont amené une volée de condamnations furieuses et une accusation précoce d’islamophobie.

Les protestataires interdisaient essentiellement aux critiques d’examiner les preuves pertinentes à leurs préoccupations pressantes. Au lieu de cela, les enthousiastes de la paix voyaient Arafat et les dirigeants palestiniens comme des acteurs modernes à part entière qui souhaitaient avoir leur propre pays et leur liberté, et auxquels on pouvait faire confiance pour le respect de leurs engagements.

La plupart pensaient qu’Arafat, quand l’occasion se présenterait, choisirait l’imparfait, la somme positive, le gagnant-gagnant, plutôt que la somme nulle, tout ou rien, gagnant-perdant.

Ils «avaient foi» en la direction palestinienne et faisaient honte à quiconque osait suggérer que les Palestiniens s’accrochaient encore fermement à leur désir atavique de vengeance.

Ainsi, alors que Jérusalem et Washington se préparaient à une grande finale du processus de paix à Camp David à l’été 2000, alors même que les médias israéliens préparaient leur peuple à la paix, les médias d’Arafat préparaient les Palestiniens à la guerre. Et aucun des principaux décideurs n’y a porté attention.

L’incapacité à comprendre la dynamique du maintien de l’honneur (en luttant contre Israël) et à éviter la honte (provoquée par le compromis avec Israël) a condamné Oslo à l’échec dès le départ.

Les gens impliqués, qui pensaient que les deux parties étaient «si proches» et que si seulement Israël avait donné plus, les accords auraient réussi, ont été dupés.

Pour les décideurs palestiniens, ils n’ont jamais été proches. Même une entente réussie aurait mené à plus de guerres.

En effet, selon cette logique, plus l’accord favorisait les Palestiniens– c’est-à-dire, plus les Israéliens étaient affaiblis– plus l’agression accompagnerait leur mise en œuvre.

Une fois qu’Oslo a explosé, les Occidentaux qui se sont accrochés à leurs fantasmes ont continué à mal comprendre les événements ultérieurs.

Au lendemain du «non» retentissant mais prévisible d’Arafat à Camp David en juillet 2000, et à plusieurs reprises après le déclenchement de sa guerre de terreur (minimisée en tant qu’«Intifada al-Aqsa») fin septembre, les apologistes ont fait des efforts héroïques afin d’interpréter son comportement comme étant rationnel et d’ignorer sa planification délibérée de la guerre de terreur, et ont blâmé Israël.

Dans le cadre de la contre-attaque, les critiques à l’encontre d’Arafat, en particulier pour son comportement caractéristique de la culture d’honneur et de honte, ont suscité des cris de racisme.

Par exemple, lors d’une interview avec l’universitaire israélien Benny Morris, l’ancien premier ministre israélien Ehud Barak se plaignait des mensonges systématiques d’Arafat, qui faisait de chaque discussion un calcul entre la dénonciation des mensonges ou l’idée de les ignorer et d’accepter de se mettre en position de faiblesse.

Ces remarques ont agacé les observateurs du Moyen-Orient, Hussein Agha et Robert Malley :

Les mots de [Barak] dans l’entretien initial étaient sans équivoque. «Ils sont le produit d’une culture dans laquelle dire un mensonge… ne crée pas de dissonance». «Ils ne souffrent pas du problème du mensonge tel qu’il existe dans la culture judéo-chrétienne. La vérité est perçue comme non pertinente.» etc. Mais, clairement, la précision factuelle et la cohérence logique n’étaient pas souhaitées par Morris et Barak. Ce qui importe, c’est l’autojustification de quelqu’un qui a choisi de faire carrière– et peut-être de revenir– en se livrant à la vilification d’un peuple tout entier».

C’est du classique Edward Saïd : attaquez les motifs de vos critiques (souvent par projection) ; clamez que vous subissez une blessure morale à cause de l’insulte, et dans le processus, détournez l’attention de la précision des remarques orientalistes.

Bien qu’appuyées sur des preuves tangibles de l’utilisation étendue et typiquement palestinienne de mensonges évidents lors des négociations, l’accusation de Barak devenait, dans les mains des apologistes d’Arafat, la «vilification d’un peuple entier».

Le succès de cette utilisation de ce que l’on pourrait appeler la «carte raciste» signifie que la littérature académique sur le mensonge dans la culture arabe, qui devrait couvrir les murs des bibliothèques (du moins dans les bibliothèques de nos services de renseignement) est sérieusement sous-développée. Si Oslo a échoué, c’est principalement parce que les Israéliens et les Américains ont refusé de croire que les Palestiniens leur mentaient –d’un bout à l’autre du processus.

Ignorance de la quête du califat
Pour cette raison, et bien des raisons analogues, lorsque les djihadistes sont sortis du ventre du cheval d’Oslo à la fin de septembre 2000, trop d’Occidentaux, désireux d’interpréter la violence comme le «désespoir» des combattants de la liberté dont les droits ont été niés, ont ignoré les preuves à l’effet qu’Arafat avait planifié la guerre, et ont jeté le blâme sur Israël.

En conséquence, de nombreux journalistes et spécialistes, qui ont dit à leurs auditoires occidentaux que l’Intifada al-Aqsa était un soulèvement national de libération contre l’occupation, semblaient n’avoir aucune idée (ou s’ils en avaient une, ont choisi de ne pas la révéler) que dans l’esprit de plusieurs de ces combattants l’intifada al-Aqsa était le lancement d’une nouvelle phase de djihad global apocalyptique dont l’objectif messianique était un califat mondial pour lequel la terreur des attaques suicides constituait l’arme la plus nouvelle et la plus puissante.

La réaction indifférente, voire négative, de la communauté d’experts aux premières études de la pensée apocalyptique du Hamas dans les années 1990, signifiait que la sphère publique occidentale allait devoir attendre la seconde décennie du XXIe siècle pour découvrir que le djihad global qui a créé un califat dans des parties substantielles de la Syrie et de l’Irak et qui ciblait les infidèles dans leur propre pays, était issu des mêmes visions apocalyptiques.

En fait, la plupart des observateurs ne savent toujours pas comment les djihadistes mondiaux ont exploité l’Intifada al-Aqsa pour alimenter leurs campagnes et leur recrutement.

Ainsi, au lieu de se méfier de ce nouvel impérialisme religieux violent et de condamner les opérations de martyre sauvage du djihad, les journalistes européens diffusent sa propagande de guerre antisioniste en tant que nouvelle tandis que les progressistes européens le saluent et l’encouragent.

Désinformés par les reportages des médias en avril 2002 du massacre supposé des forces de défense israéliennes à Jénine, les manifestants occidentaux marchaient dans les rues avec des simulations de ceintures explosives pour montrer leur solidarité avec les «martyrs» du Hamas.

Après la guerre du Liban en 2006, des savants comme la pacifiste Judith Butler, ont accueilli le Hamas et le Hezbollah dans la «gauche progressiste mondiale» en tant que «camarades dans la lutte anti-impérialiste».

Les progressistes malheureusement mal informés ont accueilli avec enthousiasme un djihad qui frappait alors Israël, mais qui maintenant hante le monde entier, et en particulier le monde musulman.

Les professionnels de l’information occidentaux– journalistes, experts, analystes politiques, même traducteurs– ont été tellement aveuglés par leur propre rhétorique post-coloniale, qu’ils ont été incapables d’identifier l’islam triomphaliste qui a constamment augmenté son élan vers un califat mondial dans cette génération et ce siècle.

S’ils se sont rendu compte de la présence de ces musulmans impérialistes, ils refusent d’en parler et attaquent quiconque le fait. Cette attitude prédominante a gravement endommagé la capacité de l’Occident à distinguer entre les faux modérés qui veulent réduire les infidèles du monde entier à la dhimmitude et les modérés qui veulent vraiment vivre en paix avec les non-musulmans.

Presque tout le monde conviendra que ces djihadistes qui recourent à l’épée, comme Al-Qaïda ou l’État islamique, ne sont pas des modérés.

Mais qu’en est-il de ceux qui s’en tiennent au da’wa (sommation à la conversion), et qui travaillent de manière non violente dans le même but ultime de rétablir le califat ?

Quand Yusuf Qaradawi des Frères Musulmans dit que «les États-Unis et l’Europe seront conquis non pas par le djihad, mais par le da’wa», cela fait-il de lui un modéré ? Et si le prédicateur du da’wa jouait juste au bon flic pendant que le djihadiste joue au méchant flic ? (NDT : good cop, bad cop)

Du point de vue de l’objectif millénaire d’un califat mondial, la différence entre les islamistes radicaux et les «modérés» est moins une question de vision que de calendrier, moins une question de buts différents que de tactiques différentes.

De telles connexions, cependant, ne s’inscrivent pas sur les écrans radars des professionnels de l’information qui demeurent fidèles aux réticences anti-orientalistes de Saïd. Ils nous poussent plutôt à les voir comme étant clairement distincts. Une telle approche tombe dans le piège djihadiste classique.

Lorsque les partisans du da’wa du califat dénonce les violences d’Al-Qaïda ou de l’ÉI, insistant sur le fait que ces djihadistes n’ont rien à voir avec l’islam, ils le font comme une tactique de guerre cognitive trompeuse.

Ils savent très bien que l’Islam qu’ils ont adopté est une religion de conquête. Ils ne veulent tout simplement pas que les «infidèles» occidentaux, leurs ennemis jurés et leurs cibles, reconnaissent cette hostilité implacable et impérialiste, du moins tant que le djihad mondial est militairement faible.

Ils préfèrent que les décideurs occidentaux renoncent au discours «islamophobe» de la domination mondiale et, apaisent plutôt les griefs des musulmans.

Beaucoup trop d’Occidentaux se sont conformés –en partant du discours de George W. Bush sur l’«Islam, religion de paix» juste après les attentats terroristes du 11 septembre, aux grands efforts de l’administration Obama pour ignorer, refuser et sublimer tout ce qui ressemble à de la violence islamique, jusqu’à une longue série d’universitaires qui auraient dû se hâter de corriger le dossier après la concession rhétorique de Bush et ont plutôt fait des efforts pour souligner la nature pacifique de l’Islam.

Les choses s’aggravent progressivement. L’insistance sur la similitude fondamentale de la culture arabe/musulmane et de la culture occidentale (la «grande majorité» des musulmans pacifiques, les «sociétés civiles dynamiques» en Syrie et en Irak) est passée d’une expérience thérapeutique à une formule dogmatique : la remettre en question est raciste et «islamophobe».

Ceux qui violent cette norme et qui discutent de ces choses désagréables sont punis, exclus, exilés. En effet, la crainte de l’accusation d’«islamophobie» est si forte qu’elle est venue jouer le rôle du serpent de mer qui a étranglé Laocoon quand il a essayé d’avertir les Troyens de la ruse du Cheval de bois offert par les Grecs.

Les politiciens, les policiers et les journalistes britanniques, par exemple, n’ont rien fait pour protéger des milliers de jeunes filles contre l’exploitation sexuelle pendant plus d’une décennie, afin d’éviter d’être qualifiés d’«islamophobes».

Peu d’incidents illustrent mieux cette cécité et cette incompétence auto-induites que la façon dont les professionnels de l’information occidentaux ont traité les soulèvements arabes de 2010-11. Dans une interprétation erronée des manifestations populaires, propulsées dans les médias sociaux, qui ont chassé certains dictateurs arabes de leurs perchoirs, les érudits ont interprété les soulèvements à la lumière des révolutions démocratiques européennes : le «Printemps des Nations» de 1848 et la libération de l’Europe de l’Est et de la Russie en 1989.

Rejetant systématiquement le danger que les Frères musulmans puissent prendre le pouvoir lors d’élections démocratiques, les commentateurs et les décideurs ont appelé à soutenir le mouvement islamiste, considéré par les professionnels de l’information post-coloniaux comme leur miroir, leur compagnon d’armes.

Si les «Orientalistes» pré-Saïd n’avaient (soi-disant) vu que le mauvais côté (des islamistes) par projection, après eux, les post-orientalistes ne pouvaient voir que le bien.

Cette approche politiquement correcte a même infecté les services de renseignements américains.

En février 2011, juste au moment où l’administration Obama prenait des décisions cruciales (et trompeuses) sur la façon de faire face à la crise égyptienne, James Clapper, directeur des renseignements au niveau national, a présenté une étonnante évaluation devant le Congrès (qu’il a reniée par la suite) :

«Le terme “Fraternité musulmane”… est un terme générique pour une variété de mouvements, dans le cas de l’Égypte, c’est un groupe très hétérogène, largement laïque, qui a évité la violence et a dénoncé Al Qaïda comme une perversion de l’islam ..»

Il est difficile de cataloguer les idées fausses impliquées dans cette déclaration étonnamment stupide. Elle traduit un manque de compréhension du comportement religieux triomphaliste et une application superficielle d’une terminologie inappropriée qui laisse l’observateur se demander s’il s’agissait d’un acte délibéré de désinformation ou d’un véritable produit de la collecte et de l’évaluation des renseignements des États-Unis.

Il est aussi difficile de séparer cette évaluation opérationnelle totalement désorientée de la discussion académique qui la sous-tend, largement influencée par le paradigme pénitentiel auquel Saïd exhortait l’Occident. Ici les dupes occidentaux doivent interpréter la non-violence comme un signe de modération musulmane et attribuer la violence musulmane à la provocation occidentale. Nous devons supposer que lorsque les musulmans dénoncent la violence, ils sont avec «nous» et non avec «eux», qu’ils ne partagent pas l’objectif djihadiste d’un califat mondial.

Plutôt que de combattre un ennemi aspirant à la domination mondiale, les islamistes exhortent l’Occident à s’attaquer au sentiment d’impuissance des musulmans en les habilitant.

Les résultats de cette méconnaissance aveugle de la réalité sur le terrain– le pouvoir des mouvements religieux inspirés par l’honneur ; le calcul variable de la violence selon que l’on se sent faible ou fort ; les réponses à la faiblesse perçue et à l’absence de détermination de la part des ennemis signifient que ce que les leaders de la pensée occidentale prenaient pour un printemps démocratique, qu’ils accueillaient avec enthousiasme, était en réalité le printemps de la guerre tribale et apocalyptique. Un djihad d’Oslo à grande échelle. Une guerre générationnelle, cataclysmique, «une Guerre des Trente ans» qui ne fait que commencer.

Où l’Occident est intervenu (Libye, Egypte), il a échoué, et où il n’est pas intervenu (la Syrie), la situation a explosé.

Alors que des millions de réfugiés sont jetés sur les rivages européens par ces bouleversements, les décideurs occidentaux restent captifs de leurs clichés suicidaires («nous ne pouvons simplement pas leur refuser l’entrée») qui témoignent d’une profonde ignorance de la culture arabe et musulmane, de ceux qui les font fuir, et de ceux qui ont le pouvoir, mais pas le désir de s’attaquer à cette destruction de leurs sociétés sous les coups du califat.

Conclusion
A travers la porte dérobée d’une préoccupation pour les «autres», sans réciprocité, les Occidentaux éduqués ont permis à un discours hostile, intimidant basé sur l’honneur et la honte d’occuper une grande partie de leur espace public : c’est l’«islamophobie», et non l’islamisme qui est le problème.

Les Palestiniens continuent de sauver la face et de retrouver leur honneur en salissant Israël qui, par son existence même et son succès, leur fait honte.

Pendant ce temps, de nombreux guerriers de la justice sociale, remplis de culpabilité post-coloniale et craignant le label «islamophobe», unissent leurs forces à la «brigade d’honneur» afin de pousser Israël au-delà des limites acceptables.

Dans le cadre plus large du développement civilisationnel, c’est lamentable. Il a fallu un millénaire d’efforts constants et douloureux pour que la culture occidentale apprenne à sublimer la libido dominandi de l’homme au point de créer une société tolérante à la diversité, qui résout les différends avec un discours d’équité plutôt que de violence et où l’échange est gagnant-gagnant. Les échanges à somme positive sont la norme souhaitée.

Insister, comme le font beaucoup de gauchistes, pour que cette réussite exceptionnelle soit considérée comme le mode par défaut de l’humanité, indépendamment de la mesure dans laquelle l’autre est éloigné de cet objectif précieux et de manière à exempter les ennemis de la démocratie de la responsabilité civique de l’autocritique au prix de redoubler son propre fardeau, fini par saper les libertés que la civilisation occidentale s’est données au cours des siècles.

À moins que les universitaires et les professionnels de l’information ne s’emparent et ne cultivent les champs de connaissance tels que la dynamique de la honte et de l’honneur et le triomphalisme islamiste, les Occidentaux ne pourront pas comprendre les sociétés arabes et islamiques et continueront d’accuser les critiques et non l’objectif légitime des critiques au risque de perdre leurs valeurs démocratiques et leurs intérêts nationaux.

L’incapacité de s’engager dans l’autocritique est la plus grande faiblesse des cultures basées sur l’honneur et la honte, et la capacité de le faire est la plus grande force de ceux qui croient fermement à l’intégrité.

Pourtant, maintenant, paradoxalement, l’incapacité des islamistes est devenue leur force, et notre surempressement à compenser est devenu notre faiblesse.


Antiracisme: Appropriation culturelle, espaces protégés, signalisation des contenus, bienvenue au meilleur des mondes que nous préparent nos universités! (Executing Socrates all over again: How trigger warnings end up silencing all students)

15 janvier, 2017
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Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
La noble idée de « la guerre contre le racisme » se transforme graduellement en une idéologie hideusement mensongère. Et cet antiracisme sera, pour le XXIe siècle, ce qu’a été le communisme pour le XXe. Alain Finkielkraut
L’ordre politico-économique actuel est paradoxal. Il faut commencer par reconnaître que les notions de mondialisation et de « gouvernance mondiale » vont, en fait, de pair avec celle de bureaucratie. Ce qui se prétend libéral a tendance à ne pas l’être du tout. L’invocation d’une forme d’autoritarisme constitue certes un symptôme du rejet du système actuel, mais ça n’est pas nécessairement le dernier mot du virage politique actuel. Nous vivons d’ores et déjà dans un système de bureaucratie absolue, qui, dans le même temps, aspire à ne plus rien gérer que de dérisoire et fait mine de « déréguler » en invoquant la mondialisation et ses avatars. Sur la base de l’économie administrée d’après guerre s’est construite une machine administrative qui, à partir des années 1970, a commencé, comme ivre de son propre pouvoir, à vaciller et à se prétendre libérale. Depuis 2008, « le roi est nu ». On assiste, en particulier dans le monde anglophone, à une prise de conscience des failles fondamentales du système de « gouvernance mondiale ». Trump et le Brexit sont des manifestations historiques de ce phénomène. Il suffit de s’amuser à lire le Financial Times ou le Wall Street Journal entre les lignes pour se convaincre que, malgré les dichotomies électorales, cette prise de conscience y touche autant l’élite financière que les classes populaires. On réalise enfin que les bureaucraties pseudo-libérales ne comprennent pas les marchés et ne font qu’aggraver des phénomènes de bulles à répétition. Dans le même temps, ce système bureaucratique repose en fait sur une destruction de l’élite traditionnelle et de l’élite scientifique qui, dans le cas français, se fait au profit de la « haute fonction publique ». On est très loin d’un système de démocratie libérale et même à l’opposé. Si l’on s’intéresse à la fulgurance de Fukuyama, on pourrait lui rétorquer que la démocratie libérale n’a simplement pas eu lieu… Exit la fin de l’histoire. Le populisme est, dans une certaine mesure, une réaction aux dérives et aux échecs de ce système de déresponsabilisation. La petite musique autoritaire des populistes occidentaux fait surtout écho au discrédit donc souffre l’antienne pseudo-libérale. Les partis traditionnels, s’ils sont sincères dans leur invocation du libéralisme, seraient bien inspirés de comprendre la nécessité d’un retour à un véritable système de gouvernement et de responsabilité, seul rempart contre l’extrémisme. (…) La question de l’islamisme en occident est double. On observe une sorte d’effet de résonance entre, d’un côté, la crise politico-religieuse qui ravage le monde arabe et y détruit des constructions étatiques aussi violentes que fragiles et, de l’autre, la crise propre aux démocraties occidentales. Ces deux crises simultanées sont pourtant d’une nature très différente. La plupart des pays développés font face à une dégénérescence spécifique de leur système étatique en une bureaucratie tentaculaire (publique et privée) qui, dans le même temps, s’est déresponsabilisée en invoquant la mondialisation. Mais cette « décadence » se manifeste à la suite d’un immense succès. Ce succès a notamment reposé sur l’alliance entre développement des institutions, facilité de financement et progrès technique. Les systèmes politiques occidentaux présentent pourtant désormais, malgré l’ultra-individualisme, des maux associés aux systèmes collectivistes. D’un côté, la standardisation de l’existence, l’isolement et l’extension continue du périmètre de la bureaucratie produisent un effet d’aliénation croissante, de sentiment d’inutilité et de crise psychique profonde dans la société et au cœur même de l’élite. De l’autre, la logique bureaucratique et la dissociation géographique entre conception, production et consommation sapent le fonctionnement du capitalisme (entraînant une stagnation de la productivité) et la notion de citoyenneté. Les classes populaires, les jeunes, les sous-diplômés puis les surdiplômés… en fait plus personne à terme n’est appelé à être véritablement inclus dans un tel système en dehors d’un microcosme bureaucratique qui évoque celui du communisme. Dans ce contexte, l’appel électoral récurrent aux minorités par la classe des pseudo-progressistes est une imposture vouée à l’échec, comme l’a montré la déconvenue de Mme Clinton. (…) La réponse la plus raisonnable c’est la démocratie libérale dans un cadre institutionnel et géographique raisonnable (un cadre national, vu de façon apaisée, serait un bon candidat), pas l’ersatz brandi par une bureaucratie aux abois. Il faut d’abord voir la réalité de nos systèmes politico-économiques et analyser leurs échecs. La pire des approches consisteraient à prolonger le statu quo économique globaliste des quatre dernières décennies tout en invoquant la modernité et le progressisme. C’est l’approche suivie par un certain nombre d’acteurs politiques ultra-conformistes, d’Hillary Clinton aux Etats-Unis au courant Macron-Hollande en France. La plupart des mouvements populistes européens apparaissent incapables de gouverner du fait de leur désorganisation et de leur ancrage dans une forme ou une autre d’extrémisme. Quoi que l’on pense du personnage de Donald Trump et des relents xénophobes de sa campagne, il faut reconnaitre que sa relative autonomie financière de milliardaire lui a permis de mettre les pieds dans le plat de la question de la localisation de la production industrielle. Il sera impossible de renouer avec la croissance, les gains de productivité et le plein emploi sans surmonter cette question. Le meilleur moyen de répondre à la tendance à l’autoritarisme, c’est d’y opposer un renouveau de l’idée de gouvernement. En Europe et en France en particulier, cela n’adviendra que lorsqu’un parti sérieux se résoudra à aborder simultanément la question du poids de la bureaucratie dans l’économie (sans s’égarer dans les manipulations du fonctionnaire Macron) et du rééquilibrage européen face à l’unilatéralisme allemand. Rémi Bourgeot
Les années 90 ont en effet été marquées par l’idée d’une « Fin de l’Histoire », une sorte de happy end qui aurait vu l’humanité entière s’acheminer vers un monde apaisé grâce à l’accroissement des richesses, la fin progressive de la misère et le développement de l’Etat de droit partout dans le monde. Cette idée d’un monde sans ennemi après la chute de l’Urss, où les valeurs libérales et démocratiques de l’Occident l’auraient définitivement emporté, s’est heurtée à l’irruption d’un nouvel antagonisme historique, celui qui oppose l’islam radicalisé à un Occident qui, loin d’être sûr de lui-même, est travaillé par une profonde fracture. Il y a donc deux fractures à prendre en compte: la fracture qui divise le monde islamique entre musulmans pacifiques et musulmans radicalisés et la fracture qui divise l’Occident entre ceux qui prétendent universaliser le modèle occidental et notamment le modèle américain- c’était le cas de la famille Bush et des néos conservateurs américains- et ceux qui pensent que l’Occident traverse une grave, très grave crise spirituelle et morale, une crise de légitimité liée notamment au recul des valeurs traditionnelles. Autrement dit la bataille a lieu sur tous les fronts et elle déchire chacun des camps. La victoire de Trump est aussi la victoire d’une forme de critique de l’Occident libéral et post moderne par ceux qui récusent ce nouveau monde qui prétend ringardiser tous ceux qui y rechignent. Les Américains qui l’ont élu voudraient que leur pays renoue avec un imaginaire puissant celui d’un rêve américain, mais un rêve américain qui ne soit pas celui des minorités et du politiquement correct, notion qui est réellement née aux Etats-Unis et que les élites libérales et progressistes américaines ont exporté en Europe depuis les années 60. Un rêve américain accessible d’abord à ceux qui ont créé les Etats-Unis, à savoir les blancs eux-mêmes, qui seront peut-être la minorité de demain. La victoire de Trump signifie peut-être la fin d’une période marquée par la culpabilisation de l’américain blanc, qu’il soit pauvre, riche ou des classes moyennes, par les lobbys féministes et afro-américains. En Europe, la question est sensiblement différente, car l’angoisse qui aujourd’hui prédomine est liée à l’immigration et surtout à l’islam. Le Brexit a signifié le refus des classes populaires anglaises de voir l’Angleterre se mondialiser à l’aune d’une immigration sans limite. Il n’y a pas, à mon sens, de menace autoritaire en Europe. Dès lors qu’un gouvernement est élu par la majorité d’une population, la démocratie exige que les vœux de cette majorité soient pris en compte. Arrêter ou limiter les flux migratoires n’a rien à voir avec un principe dictatorial. Cela fait partie intégrante des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes. (…) Les jeunes qui s’engagent dans le Djihad, si l’on en croit ceux qui ont étudié leurs motivations, notamment Olivier Roy ou Gilles Keppel, ont l’impression de vivre dans un monde factice et virtuel, celui d’Internet, un monde déréalisé. La motivation mystique, selon Olivier Roy qui a écrit un livre intéressant, Le Djihad et la mort, n’est en partie qu’un alibi. Ce que cherchent ces jeunes dans le Djihad c’est avant tout une forme d’excitation et de reconnaissance. La société où nous sommes -c’est une idée que je développe dans « Malaise de l’Occident, vers une révolution conservatrice » (Pierre Guillaume de Roux)- est une société de l’illusion et du simulacre. Nous pouvons tous croire que nous existons dans le regard des autres en envoyant un message sur Twitter ou sur Facebook. La société du spectacle mondialisée permet à des quidams de satisfaire leur narcissisme à peu de frais. Elle permet aussi d’exprimer une pulsion de mort qui va venger le quidam de son anonymat et du sentiment de nullité qui l’habite. L’islam radical est un moyen de reconnaissance pour ceux qui n’ont que la peur et la terreur pour enfin exister dans le regard des autres. Faire peur est toujours mieux que faire pitié. Voilà ce que se disent ceux qui nous haïssent notamment parce que nous ne cessons de les plaindre. Le discours sur l’exclusion que la gauche tient depuis longtemps enferme les gens dans leur sentiment victimaire. Pour autant le malaise de notre civilisation est aussi profond que réel. Nous avons perdu le gout d’être nous-même et l’Europe multiculturelle des élites a contribué à la diffusion de ce sentiment. Ce n’est pas un hasard si le livre de Michel Onfray, qui n’est pas un homme de droite, s’intitule « Décadence ». Abrutis par le consumérisme les peuples européens ont peut-être perdu le gout de se défendre et cette absence de pugnacité ne peut que renforcer le mépris des islamistes. (…) Je ne crois pas à l’avenir d’un régime autoritaire en France. Nous sommes des peuples individualistes et les Français n’ont jamais supporté une quelconque dictature. Le régime de Vichy, qui a duré 4 ans, était une plaisanterie à côté du national-socialisme et la dictature napoléonienne n’a été possible, quelques années durant, que parce que la gloire de Napoléon était telle que les Français ont accepté de limiter leurs libertés. Les libertés fondamentales d’opinion et de contestation sont inhérentes au tempérament gaulois et De Gaulle lui-même a dû en tenir compte, alors que son tempérament était autoritaire. Par contre je crois à la nécessité d’un Etat fort et respecté. Pour cela le prochain président devra jouir d’une majorité importante qui lui assure une légitimité durable. Paul-François Paoli
Il est certain que l’on a observé, sous l’ère Obama, un relatif repli de l’hégémonie américaine qui a laissé le champ libre à l’émergence ou la réémergence de puissances régionales, dont certaines ont des ambitions mondiales : la Russie, la Chine, l’Iran sont les plus antagoniques à la puissance américaine. Cependant, un tel repli n’est pas inédit et rien ne permet d’affirmer qu’il sera définitif, au contraire. En effet, les Etats-Unis ont souffert durant la dernière décennie de deux traumatismes majeurs : d’une part un traumatisme psychologico-militaire, avec l’impasse de la politique américaine de « guerre contre la terreur » et de remodelage démocratique du Moyen Orient, en commençant par l’Irak, qui s’est soldée par un piteux retrait – lequel a gâché une victoire militaire authentique après le succès du surge – auquel a bien vite succédé le chaos terroriste islamiste; d’autre part un traumatisme économique, la crise de 2008 et ses conséquences. Tout ceci a provoqué une crise de conscience aux Etats-Unis, avec un doute important sur la légitimité et l’intérêt du pays à se projeter ainsi à travers le monde ; et aujourd’hui, hors des Etats-Unis, l’on se demande si le règne de l’Amérique ne touche pas à sa fin et s’il n’est pas temps d’envisager un monde « multipolaire » dans lequel il faudrait se repositionner, éventuellement en revoyant l’alliance américaine. Mais à vrai dire, nous avons déjà connu la même chose il y a quarante ans : après la présidence de Nixon, dans les années 1970, le rêve américain semblait brisé par la guerre du Vietnam, qui avait coûté cher, économiquement et humainement, pour un résultat nul puisque le Sud-Vietnam fut envahi deux ans après le retrait américain et tout le pays bascula dans le communisme. La même année, en 1975, les accords d’Helsinki sont souvent considérés comme l’apogée de l’URSS et en 1979, l’Iran échappe à l’influence américaine. Nombreux à l’époque ont cru que c’en était fini de la puissance américaine et que les soviétiques, dont le stock d’armes nucléaires gonflait à grande vitesse, deviendraient le véritable hégémon mondial. En fait, la décennie s’achevait par l’élection de Ronald Reagan et America is back, et au cours des dix années suivantes, l’Union soviétique s’effondrait et l’Amérique triomphait. Donc, s’il est certain que nous sommes actuellement dans une phase de repli de la puissance américaine, rien ne permet de dire qu’elle doit se prolonger. Au contraire, l’élection « surprise  » de Donald Trump, dont le slogan de campagne « Make America Great Again » était l’un des slogans de Reagan, m’apparaît comme un premier signe du retour du leadership américain, et je ne pense pas qu’il faudra attendre cinq ans pour le voir. En revanche, il est certain que les puissances ennemies ou rivales des Etats-Unis, qui ont énormément profité du reflux américain, ont la volonté de l’exploiter plus avant, et que le retour d’une Amérique sûre d’elle-même ne sera pas pour leur plaire. Les réactions estomaquées qu’ont provoqué les premiers tweets de Donald Trump à propos de la Chine et de Taïwan ne sont qu’un aperçu de cette évolution. (…) l’Inde est le grand émergent d’aujourd’hui, d’un niveau comparable à ce qu’était la Chine au tournant du millénaire. Des usines commencent à quitter la Chine pour s’installer en Inde : la Chine perd des emplois au profit de l’Inde par délocalisation ! Des études démographiques, publiées il y a quelques mois, donnaient en outre une population indienne dépassant la population chinoise dès 2022. De plus, l’Inde peut espérer dans les années qui viennent une forme de soutien des Etats-Unis dans une sorte d’alliance de revers contre la Chine. Par ailleurs, l’Inde commence à se comporter elle aussi en puissance régionale en se constituant un réseau d’alliances : elle vient ainsi de livrer des missiles au Vietnam, vieil ennemi de la Chine, en forme de représailles au soutien chinois au Pakistan, et surtout à la constitution du « corridor économique » sino-pakistanais dont le tracé passe par le Cachemire, territoire revendiqué par l’Inde. La montée en puissance du rival indien, face à une Chine qui est encore elle-même une jeune puissance, est l’un des principaux défis à la stabilité de l’Asie dans les années qui viennent, car la Chine pourrait être tentée d’enrayer la menace indienne avant qu’elle ne soit trop imposante. A ce propos, il faut voir que la Chine pourrait vouloir profiter de l’avantage démographique tant qu’il est de son côté pour tenter militairement sa chance. Il faut savoir que la population chinoise souffre d’un gros déséquilibre au plan des sexes : sur la population des 18-34 ans, la population masculine est supérieure de vingt millions à la population féminine. Cela signifie que la Chine peut perdre vingt millions d’hommes dans un conflit sans virtuellement aucune conséquence démographique à long terme, puisque ce sont des individus qui ne pourront pas, statistiquement, disposer d’un partenaire pour se reproduire. Pour des esprits froids comme ceux des dirigeants du Parti Communiste Chinois, cela peut sembler une fenêtre de tir intéressante. (…) Si l’Etat islamique ne devrait pas survivre longtemps comme entité territoriale, il a probablement de beaux jours devant lui comme réseau terroriste : son reflux territorial en Syrie et en Irak a été concomittant à un essaimage, en Libye notamment, et le réseau devrait se renforcer en Europe avec le retour des djihadistes ayat combattu au Moyen Orient.  (…) on a déjà commencé à observer ce retour des nationalismes en Europe avec le PiS en Pologne, la progression d’Alternative fur Deutschland en Allemagne, le Brexit… et bien sûr la montée du Front national en France. Parier sur la poursuite du mouvement en Europe dans les années qui viennent relève de l’évidence. La crise migratoire et l’expansion du terrorisme islamiste ont évidemment favorisé ce mouvement, de même que le manque de vision à l’échelle européenne et l’appel d’air désastreux d’Angela Merkel. Il faut ajouter à cela le fait que le fer de lance du populisme nationaliste sur le continent européen, la Russie de Poutine, finance et soutient le développement des discours les plus sommaires sur l’islam et l’immigration, bénéficiant certes du politiquement correct qui a empêché de débattre de certaines questions jusqu’à présent, mais également renforçant ce refus du débat de peur qu’il doive se faire dans les termes des populistes. Il en résulte une forme d’impasse intellectuelle et politique qui peut déboucher sur des formes de violence. (…) Par ailleurs, à l’échelle du monde, on observe également une montée des nationalismes : les ambitions des pays comme la Russie, la Chine, l’Iran, mais aussi la Turquie ou l’Inde en relèvent, évidemment. On peut également parler, à propos de l’élection de Donald Trump, d’un retour d’une forme de nationalisme américain, et contrairement à ce qui a été beaucoup dit, la présidence de Trump ne sera certainement pas isolationniste : l’on assiste simplement à une mutation de l’impérialisme américain, qui risque de tourner le dos à l’idéalisme qui en était le fond depuis un siècle et la présidence de Woodrow Wilson, pour une forme plus pragmatique avec Trump et son souci de faire des « deals » avantageux. Deals qui peuvent impliquer, avant la négociation, d’imposer un rapport de force, comme il semble vouloir le faire avec la Chine – raison pour laquelle il cherche à ménager Poutine, afin de n’avoir pas à se soucier de l’Europe et d’avoir les mains libres en Asie. (…) Après huit décennies de paix nucléaire, nous nous sommes imprégnés de l’idée, en Occident, que de grandes guerres entre Etats sont impossibles en raison du risque d’anéantissement nucléaire. Or, l’escalade actuelle entre Russie et Etats-Unis en Europe de l’Est, où chacun installe du matériel et des troupes , montre que les forces conventionnelles revêtent encore un aspect important. Par ailleurs, il s’est produit un changement important lors de l’affaire de Crimée : Vladimir Poutine a dit qu’il était prêt, lors de l’annexion de ce territoire, à utiliser l’arme nucléaire si l’Occident se faisait trop menaçant. C’est un événement d’une importance historique qui n’a pratiquement pas été relevé par les commentateurs : Vladimir Poutine a énoncé une toute nouvelle doctrine nucléaire, très dangereuse : il s’agit non plus d’une arme de dissuasion défensive, mais de dissuasion offensive. L’arme nucléaire est désormais utilisée par la Russie pour couvrir des annexions, des opérations extérieures, un usage qui n’a jamais été fait auparavant. C’est tout simplement du chantage nucléaire. Après des décennies de terreur face à l’idée de « destruction mutuelle assurée », le président russe a compris que l’effet paralysant de l’arme nucléaire pouvait être utilisé non seulement pour se défendre, mais pour attaquer, avec l’idée que les pays de l’Otan préfèreront n’importe quel recul au risque d’extermination atomique. Et cela rend de nouveaux affrontements sur champs de bataille vraisemblables : après ne pas avoir osé, durant des décennies, s’affronter par crainte de l’anéantissement nucléaire, les grandes puissances pourraient être poussées à se battre uniquement de manière conventionnelle en raison des mêmes craintes. Cela peut paraître paradoxal mais est probable si Vladimir Poutine tente d’autres mouvements en agitant encore la menace nucléaire. En revanche, le rôle éminent des cyberattaques me paraît incontestable, et si elles ne remplaceront pas la guerre conventionnelle, elle s’y surajoureront certainement. Il faut voir, en effet, que généralement, les grandes guerres sont menées avec les armes qui ont terminé les guerres précédentes : les Prussiens ont gagné la guerre de 1870 grâce à leur forte supériorité d’artillerie, avec des canons chargés par la culasse alors que les canons français se chargeaient encore par la bouche ; la guerre de 1914-1918 fut d’abord une guerre d’artillerie, et donc de position et de tranchées, amenant un blocage qui ne fut surmonté que par le développement de l’aviation et des blindés. Aviations et blindés qui furent les armes principales de la Seconde Guerre mondiale débutée avec la Blitzkrieg allemande, et terminée par l’arme nucléaire. A son tour, l’arme nucléaire a été l’arme principale de la Guerre froide : on dit, à tort, qu’elle n’a pas été utilisée, mais elle l’a, au contraire, été continuellement : par nature arme de dissuasion, elle servait en permanence à dissuader. De fait, elle a eu, à l’échelle mondiale, un rôle comparable à celui de l’artillerie en 1914 : la Guerre froide a été une guerre mondiale de tranchées, où les lignes ont peu bougé jusqu’à ce que les Etats-Unis surmontent le blocage en lançant l’Initiative de Défense Stratégique de Reagan, qui fit plier l’Union soviétique, incapable de suivre dans ce défi technologique et économique – tout comme l’Allemagne de 1918 avait été incapable de fabriquer des chars d’assaut dignes de ce nom. Les armes principales du prochain conflit seront donc celles retombées de l’IDS : les missiles à très haute précision, notamment antisatellites, et celles reposant sur les technologies de guerre électronique en tous genres. L’on sait, depuis le virus Stuxnet, que les cyberarmes peuvent causer d’importants dégâts physiques, comparable à des frappes classiques. En 2014, une aciérie allemande a vu l’un de ses hauts fourneaux détruit par une cyberattaque. Des cyberattaques massives peuvent servir à déstabiliser un pays, notamment en attaquant les infrastructures essentielles : distribution d’eau et d’électricité, mais aussi à préparer, tout simplement, une invasion militaire classique. Elles peuvent aussi provoquer de telles invasions en représailles : un pays harcelé par des cyberattaques pourrait être tenté d’intervenir militairement contre le pays qu’il soupçonne de l’attaquer ainsi. Ainsi donc, si je ne pense pas que les guerres à venir pourraient vraiment se limiter à des cyberattaques, sans confrontation physique, il me paraît certain que ce sont bien avec des cyberattaques massives que s’ouvriront les hostilités. Philippe Fabry
Il y a plus de 200 différends territoriaux dans le monde et l’Union européenne a décidé de se concentrer sur Israël et la Cisjordanie. Le conflit que nous avons avec les Palestiniens est connu et la seule manière d’essayer de le résoudre, c’est de s’assoir autour d’une table pour négocier et discuter. Le fait que les Palestiniens refusent de venir négocier – et notre Premier ministre les a invités à le faire à plusieurs reprises ces derniers mois – montre qu’il n’y a pas de réelle volonté politique en ce sens. Et le fait est que Mahmoud Abbas a pris une décision stratégique il y a deux ou trois ans quand il a choisi d’exercer via la communauté internationale une pression sur Israël en espérant que le gouvernement israélien serait poussé à faire des concessions. Malheureusement pour lui, les Israéliens ne cèdent pas à la pression et nous l’avons montré dans le passé. Quand on a été prêt à faire des concessions territoriales avec l’Egypte et la Jordanie, c‘était parce que la population israélienne se rendait compte que l’autre partie était de bonne foi, mais quand l’autre partie n’est pas vue comme étant de bonne foi, alors les chances de concessions sont vraiment minces. Aliza Bin-Noun (ambassadrice d’Israël en France)
Cette résolution est une honte car on veut ainsi à nouveau expulser les Juifs des terres de leurs ancêtres, la Judée et la Samarie et Jérusalem. Est-il utile de rappeler qu’avant la guerre d’indépendance d’Israël, les Juifs y vivaient depuis des millénaires ? Sans la purification ethnique que la Jordanie a effectuée en 1948, les Juifs y auraient été encore présents à ce jour. Maintenant, on veut à nouveau effectuer une purification ethnique à l’encontre des Juifs. C’est un peu comme si on allait à Saint-Denis, là où se trouve la basilique où la plupart des Rois de France sont inhumés et que l’on demandait l’expulsion des chrétiens de Saint-Denis sous prétexte qu’une majorité musulmane s’y trouve. Philippe Karsenty
The safe space, Ms. Byron explained, was intended to give people who might find comments “troubling” or “triggering,” a place to recuperate. The room was equipped with cookies, coloring books, bubbles, Play-Doh, calming music, pillows, blankets and a video of frolicking puppies, as well as students and staff members trained to deal with trauma. Emma Hall, a junior, rape survivor and “sexual assault peer educator” who helped set up the room and worked in it during the debate, estimates that a couple of dozen people used it. At one point she went to the lecture hall — it was packed — but after a while, she had to return to the safe space. “I was feeling bombarded by a lot of viewpoints that really go against my dearly and closely held beliefs,” Ms. Hall said. Safe spaces are an expression of the conviction, increasingly prevalent among college students, that their schools should keep them from being “bombarded” by discomfiting or distressing viewpoints. Think of the safe space as the live-action version of the better-known trigger warning, a notice put on top of a syllabus or an assigned reading to alert students to the presence of potentially disturbing material. Some people trace safe spaces back to the feminist consciousness-raising groups of the 1960s and 1970s, others to the gay and lesbian movement of the early 1990s. In most cases, safe spaces are innocuous gatherings of like-minded people who agree to refrain from ridicule, criticism or what they term microaggressions — subtle displays of racial or sexual bias — so that everyone can relax enough to explore the nuances of, say, a fluid gender identity. As long as all parties consent to such restrictions, these little islands of self-restraint seem like a perfectly fine idea. But the notion that ticklish conversations must be scrubbed clean of controversy has a way of leaking out and spreading. Once you designate some spaces as safe, you imply that the rest are unsafe. It follows that they should be made safer. (…) I’m old enough to remember a time when college students objected to providing a platform to certain speakers because they were deemed politically unacceptable. Now students worry whether acts of speech or pieces of writing may put them in emotional peril. Two weeks ago, students at Northwestern University marched to protest an article by Laura Kipnis, a professor in the university’s School of Communication. Professor Kipnis had criticized — O.K., ridiculed — what she called the sexual paranoia pervading campus life. At Oxford University’s Christ Church college in November, the college censors (a “censor” being more or less the Oxford equivalent of an undergraduate dean) canceled a debate on abortion after campus feminists threatened to disrupt it because both would-be debaters were men. “I’m relieved the censors have made this decision,” said the treasurer of Christ Church’s student union, who had pressed for the cancellation. “It clearly makes the most sense for the safety — both physical and mental — of the students who live and work in Christ Church. » A year and a half ago, a Hampshire College student group disinvited an Afrofunk band that had been attacked on social media for having too many white musicians; the vitriolic discussion had made students feel “unsafe.” Last fall, the president of Smith College, Kathleen McCartney, apologized for causing students and faculty to be “hurt” when she failed to object to a racial epithet uttered by a fellow panel member at an alumnae event in New York. The offender was the free-speech advocate Wendy Kaminer, who had been arguing against the use of the euphemism “the n-word” when teaching American history or “The Adventures of Huckleberry Finn.” (…)  Still, it’s disconcerting to see students clamor for a kind of intrusive supervision that would have outraged students a few generations ago. But those were hardier souls. Now students’ needs are anticipated by a small army of service professionals — mental health counselors, student-life deans and the like. This new bureaucracy may be exacerbating students’ “self-infantilization,” as Judith Shapiro, the former president of Barnard College, suggested in an essay for Inside Higher Ed. Another reason students resort to the quasi-medicalized terminology of trauma is that it forces administrators to respond. Universities are in a double bind. They’re required by two civil-rights statutes, Title VII and Title IX, to ensure that their campuses don’t create a “hostile environment” for women and other groups subject to harassment. However, universities are not supposed to go too far in suppressing free speech, either. If a university cancels a talk or punishes a professor and a lawsuit ensues, history suggests that the university will lose. But if officials don’t censure or don’t prevent speech that may inflict psychological damage on a member of a protected class, they risk fostering a hostile environment and prompting an investigation. As a result, students who say they feel unsafe are more likely to be heard than students who demand censorship on other grounds. Judith Shulevitz
A determination to treat adults as children is becoming a feature of life on campus, and not just in America. Strangely, some of the most enthusiastic supporters of this development are the students themselves. (…) Last year a debate on abortion at Oxford University was cancelled after some students complained that hearing the views of anti-abortionists would make them feel unsafe. Many British universities now provide “safe spaces” for students to protect them from views which they might find objectionable. Sometimes demands for safe space enter the classroom. Jeannie Suk, a Harvard law professor, has written about how students there tried to dissuade her from discussing rape in class when teaching the law on domestic violence, lest it trigger traumatic memories. Like many bad ideas, the notion of safe spaces at universities has its roots in a good one. Gay people once used the term to refer to bars and clubs where they could gather without fear, at a time when many states still had laws against sodomy. In the worst cases, though, an idea that began by denoting a place where people could assemble without being prosecuted has been reinvented by students to serve as a justification for shutting out ideas. At Colorado College, safety has been invoked by a student group to prevent the screening of a film celebrating the Stonewall riots which downplays the role of minorities in the gay-rights movement. The same reasoning has led some students to request warnings before colleges expose them to literature that deals with racism and violence. People as different as Condoleezza Rice, a former secretary of state, and Bill Maher, a satirist, have been dissuaded from giving speeches on campuses, sometimes on grounds of safety. What makes this so objectionable is that there are plenty of things on American campuses that really do warrant censure from the university. Administrators at the University of Oklahoma managed not to notice that one of its fraternities, Sigma Alpha Epsilon, had cheerily sung a song about hanging black people from a tree for years, until a video of them doing so appeared on the internet. At the University of Missouri, whose president resigned on November 9th, administrators did a poor job of responding to complaints of unacceptable behaviour on campus—which included the scattering of balls of cotton about the place, as a put-down to black students, and the smearing of faeces in the shape of a swastika in a bathroom. Distinguishing between this sort of thing and obnoxious Halloween costumes ought not to be a difficult task. But by equating smaller ills with bigger ones, students and universities have made it harder, and diminished worthwhile protests in the process. The University of Missouri episode shows how damaging this confusion can be: some activists tried to prevent the college’s own newspaper from covering their demonstration, claiming that to do so would have endangered their safe space, thereby rendering a reasonable protest absurd. Fifty years ago student radicals agitated for academic freedom and the right to engage in political activities on campus. Now some of their successors are campaigning for censorship and increased policing by universities of student activities. The supporters of these ideas on campus are usually described as radicals. They are, in fact, the opposite. The Economist
Le scandale canadien du mois, révélé par le quotidien La Presse, nous vient de l’université Queen’s en Ontario. À la mi-novembre s’est tenu sur le campus un bal costumé, où certains étudiants se sont déguisés en moines bouddhistes, en combattants Viêt-cong ou en cheikhs arabes. Un banal bal costumé, donc. Mais non, ça ne se passe plus comme ça au Canada. En effet, dès que la nouvelle a circulé, l’antiracisme universitaire s’est instantanément mobilisé pour condamner ce scandale. Et l’accusation est grave : il s’agirait là d’un cas manifeste d’appropriation culturelle. Le badaud de bonne foi se demandera de quoi on parle. Ce concept est en vogue depuis quelques années dans les universités américaines. (…) il y a appropriation culturelle lorsqu’une personne associée à la majorité blanche dominante (lorsque c’est un homme hétérosexuel, c’est encore pire) s’approprie un symbole culturel – sacré ou non – lié à une minorité dominée pour l’instrumentaliser de manière esthétique ou ludique. C’est aussi pour cela qu’en novembre 2015, un cours de yoga avait été annulé à l’université d’Ottawa, parce qu’il légitimait, nous a-t-on expliqué, une sorte de néocolonialisme s’emparant sans gêne de pratiques culturelles de sociétés victimes de l’Occident. Étrange retournement. On croyait devoir chanter le métissage, mais l’antiracisme se retourne et célèbre l’essentialisme identitaire : chacun restera dans sa case et n’en sortira jamais. Paradoxalement, les mêmes célèbrent la théorie du genre qui permet à chacun de céder au fantasme de l’auto-engendrement tout en multipliant les bricolages identitaires. (…) Tout cela peut faire rire. Mais on devrait s’inquiéter de ce que deviennent les universités nord-américaines, où le multiculturalisme et le politiquement correct s’accouplent pour engendrer une forme de bêtise fanatisée qui voit partout s’exercer l’empire de l’homme blanc et pousse à une résistance généralisée contre lui. C’est aussi dans cet esprit que se multiplient les safe spaces où les différentes minorités victimes peuvent se replier dans un entre-soi réconfortant pour se dérober au regard inquisiteur de leurs bourreaux putatifs. Tant qu’à parler sans cesse de radicalisation, on devrait s’inquiéter de celle du multiculturalisme, qui devient de plus en plus ouvertement un racisme antiblanc et de celle du féminisme qui devient un sexisme antihomme. Le politiquement correct est rendu fou, l’esprit de sérieux domine tout, et la nouvelle police des mœurs diversitaires met son nez partout. Amis français, soyez attentifs, ça arrivera bientôt chez vous. Mathieu Bock-Côté
Although trigger warnings and safe spaces claim to create an environment where everyone is free to speak their minds, the spirit of tolerance and respect that inspires these policies can also stifle dialogue about controversial topics, particularly race, gender, and, in my experience, religious beliefs. Students should be free to argue their beliefs without fear of being labeled intolerant or disrespectful, whether they think certain sexual orientations are forbidden by God, life occurs at the moment of conception, or Islam is the exclusive path to salvation; and conversely, the same freedom should apply to those who believe God doesn’t care about who we have sex with, abortion is a fundamental right, or Islam is based on nothing more than superstitious nonsense. As it stands, that freedom does not exist in most academic settings, except when students’ opinions line up with what can be broadly understood as progressive political values.Trigger warnings and safe spaces are terms that reflect the values of the communities in which they’re used. The loudest, most prominent advocates of these practices are often the people most likely to condemn Western yoga as “cultural appropriation,” to view arguments about the inherent danger of Islam as hate speech, or to label arguments against affirmative action as impermissible microaggressions. These advocates routinely use the word “ally” to describe those who support their positions on race, gender, and religion, implying that anyone who disagrees is an “enemy.”Understood in this broader context, trigger warnings and safe spaces are not merely about allowing traumatized students access to education. Whatever their original purpose may have been, trigger warnings are now used to mark discussions of racism, sexism, and U.S. imperialism. The logic of this more expansive use is straightforward: Any threat to one’s core identity, especially if that identity is marginalized, is a potential trigger that creates an unsafe space. But what about situations in which students encounter this kind of discussion from fellow students? Would a University of Chicago freshman want to express an opinion that might make her someone’s enemy? Would she want to be responsible for intolerant, disrespectful hate speech that creates an unsafe space? Best, instead, to remain silent. (…) The unpleasant truth is that historically marginalized groups, including racial minorities and members of the LGBT community, are not the only people whose beliefs and identities are marginalized on many college campuses. Those who believe in the exclusive truth of a single revealed religion or those who believe that all religions are nonsensical are silenced by the culture of trigger warnings and safe spaces. (…) There is no doubt that in America, the perspective of white, heterosexual Christian males has enjoyed disproportionate emphasis, particularly in higher education. Trigger warnings, safe spaces, diversity initiatives, and attention to social justice: all of these are essential for pushing back against this lopsided power dynamic. But there is a very real danger that these efforts will become overzealous and render opposing opinions taboo. Instead of dialogues in which everyone is fairly represented, campus conversations about race, gender, and religion will devolve into monologues about the virtues of tolerance and diversity. I have seen it happen, not only at the University of Chicago, my alma mater, but also at the school where I currently teach, James Madison University, where the majority of students are white and Christian. The problem, I’d wager, is fairly widespread, at least at secular universities.Silencing these voices is not a good thing for anyone, especially the advocates of marginalized groups who hope to sway public opinion. Take for example the idea that God opposes homosexuality, a belief that some students still hold. On an ideal campus, these students would feel free to voice their belief. They would then be confronted by opposing arguments, spoken, perhaps, by the very people whose sexual orientation they have asserted is sinful. At least in this kind of environment, these students would have an opportunity to see the weaknesses in their position and potentially change their minds. But if students do not feel free to voice their opinions, they will remain silent, retreating from the classroom to discuss their position on homosexuality with family, friends, and other like-minded individuals. They will believe, correctly in some cases, that advocates of gay rights see them as hateful, intolerant bigots who deserve to be silenced, and which may persuade them to cling with even greater intensity to their convictions.A more charitable interpretation of the University of Chicago letter is that it is meant to inoculate students against allergy to argument. Modern, secular, liberal education is supposed to combine a Socratic ideal of the examined life with a Millian marketplace of ideas. It is boot camp, not a hotel. In theory, this will produce individuals who have cultivated their intellect and embraced new ideas via communal debate—the kind of individuals who make good neighbors and citizens.The communal aspect of the debate is important. It demands patience, open-mindedness, empathy, the courage to question others and be questioned, and above all, attempting to see things as others do. But even though academic debate takes place in a community, it is also combat. Combat can hurt. It is literally offensive. Without offense there is no antagonistic dialogue, no competitive marketplace, and no chance to change your mind. Impious, disrespectful Socrates was executed in Athens for having the temerity to challenge people’s most deeply held beliefs. It would be a shame to execute him again. Alan Levinovitz

Attention, un racisme peut en cacher un autre !

Condamnation d’un bal costumé et annulation d’un cours de yoga, accusations d’appropriation culturelle, espaces protégés (avec biscuits, livres à colorier, bulles, pâte à modeler, musique apaisante, oreillers, couvertures et vidéo de chiots batifolant), signalisation des contenus, essentialisme identitaire, racisme antiblanc, sexisme antihomme ou antichristianisme primaire …

A l’heure où  entre une Allemagne où brûler une synagogue est devenu une manière justifiée d’ « attirer l’attention sur le conflit entre Gaza et Israël » …

Et un Vatican où le simple appel à la purification ethnique des seuls juifs et chrétiens de leurs berceaux historiques vous vaut une ambassade

Et après la résolution de la honte du mois dernier …

La planète entière assemblée à Paris communie …

En l’absence des protagonistes et à respectivement cinq jours et cinq mois du départ des gouvernements de ses principaux organisateurs …

Pour une énième condamnation du seul Etat d’Israël

Pendant que contre le choix du peuple américain et entre menaces de boycott et menaces de mort, Hollywood et les réseaux sociaux veulent nous faire passer pour le plus avancé des progressismes leur loi de la foule et de la rue …

Devinez…

Au nom même du métissage et de la diversité …

A quoi peuvent bien se déchirer et nous préparer nos universités ?

Appropriation culturelle, un racisme déguisé ?

Se déguiser n’est pas jouer

Mathieu Bock-Côté est sociologue, auteur du « Multiculturalisme comme religion politique » (Cerf Ed., 2016).
Causeur
30 décembre 2016

Le scandale canadien du mois, révélé par le quotidien La Presse, nous vient de l’université Queen’s en Ontario. À la mi-novembre s’est tenu sur le campus un bal costumé, où certains étudiants se sont déguisés en moines bouddhistes, en combattants Viêt-cong ou en cheikhs arabes. Un banal bal costumé, donc. Mais non, ça ne se passe plus comme ça au Canada.

En effet, dès que la nouvelle a circulé, l’antiracisme universitaire s’est instantanément mobilisé pour condamner ce scandale. Et l’accusation est grave : il s’agirait là d’un cas manifeste d’appropriation culturelle. Le badaud de bonne foi se demandera de quoi on parle. Ce concept est en vogue depuis quelques années dans les universités américaines.

On définira la chose ainsi : il y a appropriation culturelle lorsqu’une personne associée à la majorité blanche dominante (lorsque c’est un homme hétérosexuel, c’est encore pire) s’approprie un symbole culturel – sacré ou non – lié à une minorité dominée pour l’instrumentaliser de manière esthétique ou ludique. C’est aussi pour cela qu’en novembre 2015, un cours de yoga avait été annulé à l’université d’Ottawa, parce qu’il légitimait, nous a-t-on expliqué, une sorte de néocolonialisme s’emparant sans gêne de pratiques culturelles de sociétés victimes de l’Occident.

L’antiracisme identitaire

Étrange retournement. On croyait devoir chanter le métissage, mais l’antiracisme se retourne et célèbre l’essentialisme identitaire : chacun restera dans sa case et n’en sortira jamais. Paradoxalement, les mêmes célèbrent la théorie du genre qui permet à chacun de céder au fantasme de l’auto-engendrement tout en multipliant les bricolages identitaires.

Dans le cas qui nous intéresse ici, celui de l’université Queen’s, s’ajoutait l’accusation de reproduire des stéréotypes racistes. Tout cela peut faire rire. Mais on devrait s’inquiéter de ce que deviennent les universités nord-américaines, où le multiculturalisme et le politiquement correct s’accouplent pour engendrer une forme de bêtise fanatisée qui voit partout s’exercer l’empire de l’homme blanc et pousse à une résistance généralisée contre lui.

C’est aussi dans cet esprit que se multiplient les safe spaces où les différentes minorités victimes peuvent se replier dans un entre-soi réconfortant pour se dérober au regard inquisiteur de leurs bourreaux putatifs.

Tant qu’à parler sans cesse de radicalisation, on devrait s’inquiéter de celle du multiculturalisme, qui devient de plus en plus ouvertement un racisme antiblanc et de celle du féminisme qui devient un sexisme antihomme. Le politiquement correct est rendu fou, l’esprit de sérieux domine tout, et la nouvelle police des mœurs diversitaires met son nez partout. Amis français, soyez attentifs, ça arrivera bientôt chez vous.

 Voir aussi:

How Trigger Warnings Silence Religious Students
Practices meant to protect marginalized communities can also ostracize those who disagree with them.
Alan Levinovitz
The Atlantic
Aug 30, 2016

Last week, the University of Chicago’s dean of students sent a welcome letter to freshmen decrying trigger warnings and safe spaces—ways for students to be warned about and opt out of exposure to potentially challenging material. While some supported the school’s actions, arguing that these practices threaten free speech and the purpose of higher education, the note also led to widespread outrage, and understandably so. Considered in isolation, trigger warnings may seem straightforwardly good. Basic human decency means professors like myself should be aware of students’ traumatic experiences, and give them a heads up about course content—photographs of dead bodies, extended accounts of abuse, disordered eating, self-harm—that might trigger an anxiety attack and foreclose intellectual engagement. Similarly, it may seem silly to object to the creation of safe spaces on campus, where members of marginalized groups can count on meeting supportive conversation partners who empathize with their life experiences, and where they feel free to be themselves without the threat of judgment or censure.In response to the letter, some have argued that the dean willfully ignored or misunderstood these intended purposes to play up a caricature of today’s college students as coddled and entitled. Safe spaces and trigger warnings pose no real threat to free speech, these critics say—that idea is just a specter conjured up by crotchety elites who fear empowered students.Perhaps. But as a professor of religious studies, I know firsthand how debates about trigger warnings and safe spaces can have a chilling effect on classroom discussions. It’s not my free speech I’m worried about; professors generally feel confident presenting difficult or controversial material, although some may fear for their jobs after seeing other faculty members subjected to intense and public criticism. Students, on the other hand, do not have that assurance. Their ability to speak freely in the classroom is currently endangered—but not in the way some of their peers might think. Although trigger warnings and safe spaces claim to create an environment where everyone is free to speak their minds, the spirit of tolerance and respect that inspires these policies can also stifle dialogue about controversial topics, particularly race, gender, and, in my experience, religious beliefs.
Students should be free to argue their beliefs without fear of being labeled intolerant or disrespectful, whether they think certain sexual orientations are forbidden by God, life occurs at the moment of conception, or Islam is the exclusive path to salvation; and conversely, the same freedom should apply to those who believe God doesn’t care about who we have sex with, abortion is a fundamental right, or Islam is based on nothing more than superstitious nonsense. As it stands, that freedom does not exist in most academic settings, except when students’ opinions line up with what can be broadly understood as progressive political values.Trigger warnings and safe spaces are terms that reflect the values of the communities in which they’re used. The loudest, most prominent advocates of these practices are often the people most likely to condemn Western yoga as “cultural appropriation,” to view arguments about the inherent danger of Islam as hate speech, or to label arguments against affirmative action as impermissible microaggressions. These advocates routinely use the word “ally” to describe those who support their positions on race, gender, and religion, implying that anyone who disagrees is an “enemy.”Understood in this broader context, trigger warnings and safe spaces are not merely about allowing traumatized students access to education. Whatever their original purpose may have been, trigger warnings are now used to mark discussions of racism, sexism, and U.S. imperialism. The logic of this more expansive use is straightforward: Any threat to one’s core identity, especially if that identity is marginalized, is a potential trigger that creates an unsafe space.

But what about situations in which students encounter this kind of discussion from fellow students? Would a University of Chicago freshman want to express an opinion that might make her someone’s enemy? Would she want to be responsible for intolerant, disrespectful hate speech that creates an unsafe space? Best, instead, to remain silent.

This attitude is a disaster in the religious-studies classroom. As the Boston University professor Stephen Prothero put it in his book God Is Not One, “Students are good with ‘respectful,’ but they are allergic to ‘argument.’” Religion can be an immensely important part of one’s identity—for many, more important than race or sexual orientation. To assert that a classmate’s most deeply held beliefs are false or evil is to attack his or her identity, arguably similar to the way in which asserting that a transgender person is mistaken about their gender is an attack on their identity.Objections to “anti-Muslim” campus speakers as promoting “hate speech” and creating a “hostile learning environment” vividly illustrate the connection between contentious assertions about religion, trigger warnings, and safe spaces. The claim that Islam—or, by implication, any religious faith—is false or dangerous is indistinguishable from hostile hate speech. To make such a claim in class is to be a potential enemy of fellow students, to marginalize them, disrespect them, and make them feel unsafe. If respect requires refraining from attacking people’s identity, then the only respectful discussion of religion is one in which everyone affirms everyone else’s beliefs, describes those beliefs without passing judgment, or simply remains silent.As Prothero notes, that’s usually what ends up happening. According to anonymous in-class surveys, about one-third of my students believe in the exclusive salvific truth of Christianity. But rarely do these students defend their beliefs in class. In private, they have told me that they believe doing so could be construed as hateful, hostile, intolerant, and disrespectful; after all, they’re saying that if others don’t believe what they do, they’ll go to hell. Then there are my students, about one-fourth of them, who think no religion is true. They probably agree with Thomas Jefferson that the final book of the New Testament is “merely the ravings of a maniac, no more worthy, nor capable of explanation, than the incoherences of our own nightly dreams.” But they’d never say so in class. This kind of comment would likely seem even worse when directed at religious minorities, including those who practice Judaism, Islam, or Buddhism.
One could make the case that students who refrain from religious debate are making a mistake by confusing religious identity, which is free game for criticism, with racial and gender identity, which are not. Racial and gender identity deserve special consideration because they are unchosen aspects of one’s biological and historical self, while religious identity is a set of propositions about reality that can be accepted or rejected on the basis of evidence and argument. But this argument is itself controversial. Religion is a part of one’s historical self, and to reject religious beliefs often means rejecting family and friends. (Nor, as Jews can attest, are the categories of religion and race separable.) Religion also has a great deal to say about sex and gender, and may shape people’s perceptions of their own sexuality or gender identity.

The unpleasant truth is that historically marginalized groups, including racial minorities and members of the LGBT community, are not the only people whose beliefs and identities are marginalized on many college campuses. Those who believe in the exclusive truth of a single revealed religion or those who believe that all religions are nonsensical are silenced by the culture of trigger warnings and safe spaces. I know this is true because I know these students are in my classroom, but I rarely hear their opinions expressed in class.

There is no doubt that in America, the perspective of white, heterosexual Christian males has enjoyed disproportionate emphasis, particularly in higher education. Trigger warnings, safe spaces, diversity initiatives, and attention to social justice: all of these are essential for pushing back against this lopsided power dynamic. But there is a very real danger that these efforts will become overzealous and render opposing opinions taboo. Instead of dialogues in which everyone is fairly represented, campus conversations about race, gender, and religion will devolve into monologues about the virtues of tolerance and diversity. I have seen it happen, not only at the University of Chicago, my alma mater, but also at the school where I currently teach, James Madison University, where the majority of students are white and Christian. The problem, I’d wager, is fairly widespread, at least at secular universities.Silencing these voices is not a good thing for anyone, especially the advocates of marginalized groups who hope to sway public opinion. Take for example the idea that God opposes homosexuality, a belief that some students still hold. On an ideal campus, these students would feel free to voice their belief. They would then be confronted by opposing arguments, spoken, perhaps, by the very people whose sexual orientation they have asserted is sinful. At least in this kind of environment, these students would have an opportunity to see the weaknesses in their position and potentially change their minds. But if students do not feel free to voice their opinions, they will remain silent, retreating from the classroom to discuss their position on homosexuality with family, friends, and other like-minded individuals. They will believe, correctly in some cases, that advocates of gay rights see them as hateful, intolerant bigots who deserve to be silenced, and which may persuade them to cling with even greater intensity to their convictions.A more charitable interpretation of the University of Chicago letter is that it is meant to inoculate students against allergy to argument. Modern, secular, liberal education is supposed to combine a Socratic ideal of the examined life with a Millian marketplace of ideas. It is boot camp, not a hotel. In theory, this will produce individuals who have cultivated their intellect and embraced new ideas via communal debate—the kind of individuals who make good neighbors and citizens.The communal aspect of the debate is important. It demands patience, open-mindedness, empathy, the courage to question others and be questioned, and above all, attempting to see things as others do. But even though academic debate takes place in a community, it is also combat. Combat can hurt. It is literally offensive. Without offense there is no antagonistic dialogue, no competitive marketplace, and no chance to change your mind. Impious, disrespectful Socrates was executed in Athens for having the temerity to challenge people’s most deeply held beliefs. It would be a shame to execute him again.
Voir également:

Students Are Literally ‘Hiding from Scary Ideas,’ Or Why My Mom’s Nursery School Is Edgier Than College

Safe spaces are infantilizing and insulting.

Robby Soave
Mar. 22, 2015

My mother is a nursery school teacher. Her classroom is a place for children between one and two years of age—adorable little tykes who are learning how to crawl, how to walk, and eventually, how to talk. Coloring materials, Play-Doh, playful tunes, bubbles, and nap time are a few of the components of her room: a veritable « safe space » for the kids entrusted to her expert care.

We’ll come back to that in a minute.

Judith Shulevitz—formerly of The New Republic, where her eminently reasonable and fact-based perspective has been replaced by mean-spirited blathering—writes that college students now fear perspectives that clash with their own so deeply that they are quite literally hiding from them.

In a must-read op-ed for The New York Times, Shulevitz provides examples of the most egregious instances. At Brown University last fall, for instance, the prospect of a debate between leftist-feminist Jessica Valenti and libertarian-feminist (and Reason contributor) Wendy McElroy was so horrifying to some students—including Sexual Assault Task Force member Katherine Byron—that the creation of a « safe space » was necessary. McElroy’s contrarian perspective on the existence of rape culture ran the risk of « invalidating people’s experiences » and « damaging » them, according to Byron.

The safe space she created, as described by Shulevitz, sounds familiar to me:

The safe space, Ms. Byron explained, was intended to give people who might find comments “troubling” or “triggering,” a place to recuperate. The room was equipped with cookies, coloring books, bubbles, Play-Doh, calming music, pillows, blankets and a video of frolicking puppies, as well as students and staff members trained to deal with trauma. Emma Hall, a junior, rape survivor and “sexual assault peer educator” who helped set up the room and worked in it during the debate, estimates that a couple of dozen people used it. At one point she went to the lecture hall — it was packed — but after a while, she had to return to the safe space. “I was feeling bombarded by a lot of viewpoints that really go against my dearly and closely held beliefs,” Ms. Hall said.

It’s my mother’s classroom!

To say that the 18-year-olds at Brown who sought refuge from ideas that offended them are behaving like toddlers is actually to insult the toddlers—who don’t attend daycare by choice, and who routinely demonstrate more intellectual courage than these students seem capable of. (Anyone who has ever observed a child tackling blocks for the first time, or taking a chance on the slide, knows what I mean.)

Lest anyone conclude that Brown must be a laughable outlier, read the rest of Shulevitz’s essay:

A few weeks ago, Zineb El Rhazoui, a journalist at Charlie Hebdo, spoke at the University of Chicago, protected by the security guards she has traveled with since supporters of the Islamic State issued death threats against her. During the question-and-answer period, a Muslim student stood up to object to the newspaper’s apparent disrespect for Muslims and to express her dislike of the phrase “I am Charlie.” …

A few days later, a guest editorialist in the student newspaper took Ms. El Rhazoui to task. She had failed to ensure “that others felt safe enough to express dissenting opinions.” Ms. El Rhazoui’s “relative position of power,” the writer continued, had granted her a “free pass to make condescending attacks on a member of the university.” In a letter to the editor, the president and the vice president of the University of Chicago French Club, which had sponsored the talk, shot back, saying, “El Rhazoui is an immigrant, a woman, Arab, a human-rights activist who has known exile, and a journalist living in very real fear of death. She was invited to speak precisely because her right to do so is, quite literally, under threat.”

You’d be hard-pressed to avoid the conclusion that the student and her defender had burrowed so deep inside their cocoons, were so overcome by their own fragility, that they couldn’t see that it was Ms. El Rhazoui who was in need of a safer space.

Caving to students’ demands for trigger warnings and safe spaces is doing them no favors: it robs them of the intellectually-challenging, worldview-altering kind of experience they should be having at college. It also emboldens them to seek increasingly absurd and infantilizing restrictions on themselves and each other.

As their students mature, my mother and her co-workers encourage the children to forego high chairs and upgrade from diapers to « big kid » toilets. If only American college administrators and professors did the same with their students.

Voir encore:

In College and Hiding From Scary Ideas
Judith Shulevitz
The New York Times
March 21, 2015

KATHERINE BYRON, a senior at Brown University and a member of its Sexual Assault Task Force, considers it her duty to make Brown a safe place for rape victims, free from anything that might prompt memories of trauma.

So when she heard last fall that a student group had organized a debate about campus sexual assault between Jessica Valenti, the founder of feministing.com, and Wendy McElroy, a libertarian, and that Ms. McElroy was likely to criticize the term “rape culture,” Ms. Byron was alarmed. “Bringing in a speaker like that could serve to invalidate people’s experiences,” she told me. It could be “damaging.”

Ms. Byron and some fellow task force members secured a meeting with administrators. Not long after, Brown’s president, Christina H. Paxson, announced that the university would hold a simultaneous, competing talk to provide “research and facts” about “the role of culture in sexual assault.” Meanwhile, student volunteers put up posters advertising that a “safe space” would be available for anyone who found the debate too upsetting.

The safe space, Ms. Byron explained, was intended to give people who might find comments “troubling” or “triggering,” a place to recuperate. The room was equipped with cookies, coloring books, bubbles, Play-Doh, calming music, pillows, blankets and a video of frolicking puppies, as well as students and staff members trained to deal with trauma. Emma Hall, a junior, rape survivor and “sexual assault peer educator” who helped set up the room and worked in it during the debate, estimates that a couple of dozen people used it. At one point she went to the lecture hall — it was packed — but after a while, she had to return to the safe space. “I was feeling bombarded by a lot of viewpoints that really go against my dearly and closely held beliefs,” Ms. Hall said.

Safe spaces are an expression of the conviction, increasingly prevalent among college students, that their schools should keep them from being “bombarded” by discomfiting or distressing viewpoints. Think of the safe space as the live-action version of the better-known trigger warning, a notice put on top of a syllabus or an assigned reading to alert students to the presence of potentially disturbing material.

Some people trace safe spaces back to the feminist consciousness-raising groups of the 1960s and 1970s, others to the gay and lesbian movement of the early 1990s. In most cases, safe spaces are innocuous gatherings of like-minded people who agree to refrain from ridicule, criticism or what they term microaggressions — subtle displays of racial or sexual bias — so that everyone can relax enough to explore the nuances of, say, a fluid gender identity. As long as all parties consent to such restrictions, these little islands of self-restraint seem like a perfectly fine idea.

But the notion that ticklish conversations must be scrubbed clean of controversy has a way of leaking out and spreading. Once you designate some spaces as safe, you imply that the rest are unsafe. It follows that they should be made safer.

This logic clearly informed a campaign undertaken this fall by a Columbia University student group called Everyone Allied Against Homophobia that consisted of slipping a flier under the door of every dorm room on campus. The headline of the flier stated, “I want this space to be a safer space.” The text below instructed students to tape the fliers to their windows. The group’s vice president then had the flier published in the Columbia Daily Spectator, the student newspaper, along with an editorial asserting that “making spaces safer is about learning how to be kind to each other.”

A junior named Adam Shapiro decided he didn’t want his room to be a safer space. He printed up his own flier calling it a dangerous space and had that, too, published in the Columbia Daily Spectator. “Kindness alone won’t allow us to gain more insight into truth,” he wrote. In an interview, Mr. Shapiro said, “If the point of a safe space is therapy for people who feel victimized by traumatization, that sounds like a great mission.” But a safe-space mentality has begun infiltrating classrooms, he said, making both professors and students loath to say anything that might hurt someone’s feelings. “I don’t see how you can have a therapeutic space that’s also an intellectual space,” he said.

I’m old enough to remember a time when college students objected to providing a platform to certain speakers because they were deemed politically unacceptable. Now students worry whether acts of speech or pieces of writing may put them in emotional peril. Two weeks ago, students at Northwestern University marched to protest an article by Laura Kipnis, a professor in the university’s School of Communication. Professor Kipnis had criticized — O.K., ridiculed — what she called the sexual paranoia pervading campus life.

The protesters carried mattresses and demanded that the administration condemn the essay. One student complained that Professor Kipnis was “erasing the very traumatic experience” of victims who spoke out. An organizer of the demonstration said, “we need to be setting aside spaces to talk” about “victim-blaming.” Last Wednesday, Northwestern’s president, Morton O. Schapiro, wrote an op-ed article in The Wall Street Journal affirming his commitment to academic freedom. But plenty of others at universities are willing to dignify students’ fears, citing threats to their stability as reasons to cancel debates, disinvite commencement speakers and apologize for so-called mistakes.

At Oxford University’s Christ Church college in November, the college censors (a “censor” being more or less the Oxford equivalent of an undergraduate dean) canceled a debate on abortion after campus feminists threatened to disrupt it because both would-be debaters were men. “I’m relieved the censors have made this decision,” said the treasurer of Christ Church’s student union, who had pressed for the cancellation. “It clearly makes the most sense for the safety — both physical and mental — of the students who live and work in Christ Church.”

A year and a half ago, a Hampshire College student group disinvited an Afrofunk band that had been attacked on social media for having too many white musicians; the vitriolic discussion had made students feel “unsafe.”

Last fall, the president of Smith College, Kathleen McCartney, apologized for causing students and faculty to be “hurt” when she failed to object to a racial epithet uttered by a fellow panel member at an alumnae event in New York. The offender was the free-speech advocate Wendy Kaminer, who had been arguing against the use of the euphemism “the n-word” when teaching American history or “The Adventures of Huckleberry Finn.” In the uproar that followed, the Student Government Association wrote a letter declaring that “if Smith is unsafe for one student, it is unsafe for all students.”

“It’s amazing to me that they can’t distinguish between racist speech and speech about racist speech, between racism and discussions of racism,” Ms. Kaminer said in an email.

The confusion is telling, though. It shows that while keeping college-level discussions “safe” may feel good to the hypersensitive, it’s bad for them and for everyone else. People ought to go to college to sharpen their wits and broaden their field of vision. Shield them from unfamiliar ideas, and they’ll never learn the discipline of seeing the world as other people see it. They’ll be unprepared for the social and intellectual headwinds that will hit them as soon as they step off the campuses whose climates they have so carefully controlled. What will they do when they hear opinions they’ve learned to shrink from? If they want to change the world, how will they learn to persuade people to join them?

Only a few of the students want stronger anti-hate-speech codes. Mostly they ask for things like mandatory training sessions and stricter enforcement of existing rules. Still, it’s disconcerting to see students clamor for a kind of intrusive supervision that would have outraged students a few generations ago. But those were hardier souls. Now students’ needs are anticipated by a small army of service professionals — mental health counselors, student-life deans and the like. This new bureaucracy may be exacerbating students’ “self-infantilization,” as Judith Shapiro, the former president of Barnard College, suggested in an essay for Inside Higher Ed.

But why are students so eager to self-infantilize? Their parents should probably share the blame. Eric Posner, a professor at the University of Chicago Law School, wrote on Slate last month that although universities cosset students more than they used to, that’s what they have to do, because today’s undergraduates are more puerile than their predecessors. “Perhaps overprogrammed children engineered to the specifications of college admissions offices no longer experience the risks and challenges that breed maturity,” he wrote. But “if college students are children, then they should be protected like children.”

Another reason students resort to the quasi-medicalized terminology of trauma is that it forces administrators to respond. Universities are in a double bind. They’re required by two civil-rights statutes, Title VII and Title IX, to ensure that their campuses don’t create a “hostile environment” for women and other groups subject to harassment. However, universities are not supposed to go too far in suppressing free speech, either. If a university cancels a talk or punishes a professor and a lawsuit ensues, history suggests that the university will lose. But if officials don’t censure or don’t prevent speech that may inflict psychological damage on a member of a protected class, they risk fostering a hostile environment and prompting an investigation. As a result, students who say they feel unsafe are more likely to be heard than students who demand censorship on other grounds.

The theory that vulnerable students should be guaranteed psychological security has roots in a body of legal thought elaborated in the 1980s and 1990s and still read today. Feminist and anti-racist legal scholars argued that the First Amendment should not safeguard language that inflicted emotional injury through racist or sexist stigmatization. One scholar, Mari J. Matsuda, was particularly insistent that college students not be subjected to “the violence of the word” because many of them “are away from home for the first time and at a vulnerable stage of psychological development.” If they’re targeted and the university does nothing to help them, they will be “left to their own resources in coping with the damage wrought.” That might have, she wrote, “lifelong repercussions.”

Perhaps. But Ms. Matsuda doesn’t seem to have considered the possibility that insulating students could also make them, well, insular. A few weeks ago, Zineb El Rhazoui, a journalist at Charlie Hebdo, spoke at the University of Chicago, protected by the security guards she has traveled with since supporters of the Islamic State issued death threats against her. During the question-and-answer period, a Muslim student stood up to object to the newspaper’s apparent disrespect for Muslims and to express her dislike of the phrase “I am Charlie.”

Ms. El Rhazoui replied, somewhat irritably, “Being Charlie Hebdo means to die because of a drawing,” and not everyone has the guts to do that (although she didn’t use the word guts). She lives under constant threat, Ms. El Rhazoui said. The student answered that she felt threatened, too.

A few days later, a guest editorialist in the student newspaper took Ms. El Rhazoui to task. She had failed to ensure “that others felt safe enough to express dissenting opinions.” Ms. El Rhazoui’s “relative position of power,” the writer continued, had granted her a “free pass to make condescending attacks on a member of the university.” In a letter to the editor, the president and the vice president of the University of Chicago French Club, which had sponsored the talk, shot back, saying, “El Rhazoui is an immigrant, a woman, Arab, a human-rights activist who has known exile, and a journalist living in very real fear of death. She was invited to speak precisely because her right to do so is, quite literally, under threat.”

You’d be hard-pressed to avoid the conclusion that the student and her defender had burrowed so deep inside their cocoons, were so overcome by their own fragility, that they couldn’t see that it was Ms. El Rhazoui who was in need of a safer space.

Judith Shulevitz is a contributing opinion writer and the author of “The Sabbath World: Glimpses of a Different Order of Time.”

Voir de plus:

Trigger happy
The « trigger warning » has spread from blogs to college classes. Can it be stopped?
Jenny Jarvie
New Republic
March 4, 2014

The headline above would, if some readers had their way, include a « trigger warning »—a disclaimer to alert you that this article contains potentially traumatic subject matter. Such warnings, which are most commonly applied to discussions about rape, sexual abuse, and mental illness, have appeared on message boards since the early days of the Web. Some consider them an irksome tic of the blogosphere’s most hypersensitive fringes, and yet they’ve spread from feminist forums and social media to sites as large as the The Huffington Post. Now, the trigger warning is gaining momentum beyond the Internet—at some of the nation’s most prestigious universities.

Last week, student leaders at the University of California, Santa Barbara, passed a resolution urging officials to institute mandatory trigger warnings on class syllabi. Professors who present « content that may trigger the onset of symptoms of Post-Traumatic Stress Disorder » would be required to issue advance alerts and allow students to skip those classes. According to UCSB newspaper The Daily Nexus, Bailey Loverin, the student who sponsored the proposal, decided to push the issue after attending a class in which she “felt forced” to sit through a film that featured an “insinuation” of sexual assault and a graphic depiction of rape. A victim of sexual abuse, she did not want to remain in the room, but she feared she would only draw attention to herself by walking out.

On college campuses across the country, a growing number of students are demanding trigger warnings on class content. Many instructors are obliging with alerts in handouts and before presentations, even emailing notes of caution ahead of class. At Scripps College, lecturers give warnings before presenting a core curriculum class, the “Histories of the Present: Violence, » although some have questioned the value of such alerts when students are still required to attend class. Oberlin College has published an official document on triggers, advising faculty members to « be aware of racism, classism, sexism, heterosexism, cissexism, ableism, and other issues of privilege and oppression, » to remove triggering material when it doesn’t « directly » contribute to learning goals and « strongly consider » developing a policy to make « triggering material » optional. Chinua Achebe’s Things Fall Apart, it states, is a novel that may « trigger readers who have experienced racism, colonialism, religious persecution, violence, suicide and more. » Warnings have been proposed even for books long considered suitable material for high-schoolers: Last month, a Rutgers University sophomore suggested that an alert for F. Scott Fitzgerald’s The Great Gatsby say, « TW: suicide, domestic abuse and graphic violence. »

What began as a way of moderating Internet forums for the vulnerable and mentally ill now threatens to define public discussion both online and off. The trigger warning signals not only the growing precautionary approach to words and ideas in the university, but a wider cultural hypersensitivity to harm and a paranoia about giving offense. And yet, for all the debate about the warnings on campuses and on the Internet, few are grappling with the ramifications for society as a whole.

Not everyone seems to agree on what the trigger warning is, let alone how it should be applied. Initially, trigger warnings were used in self-help and feminist forums to help readers who might have post traumatic stress disorder to avoid graphic content that might cause painful memories, flashbacks, or panic attacks. Some websites, like Bodies Under Siege, a self-injury support message board, developed systems of adding abbreviated topic tags—from SI (self injury) to ED (eating disorders)—to particularly explicit posts. As the Internet grew, warnings became more popular, and critics began to question their use. In 2010, Susannah Breslin wrote in True/Slant that feminists were applying the term « like a Southern cook applies Pam cooking spray to an overused nonstick frying pan »—prompting Feministing to call her a « certifiable asshole, » and Jezebel to lament that the debate has « been totally clouded by ridiculous inflammatory rhetoric. »

The term only spread with the advent of social media. In 2012, The Awl’s Choire Sicha argued that it had « lost all its meaning. » Since then, alerts have been applied to topics as diverse as sex, pregnancy, addiction, bullying, suicide, sizeism, ableism, homophobia, transphobia, slut shaming, victim-blaming, alcohol, blood, insects, small holes, and animals in wigs. Certain people, from rapper Chris Brown to sex columnist Dan Savage, have been dubbed “triggering.” Some have called for trigger warnings for television shows such as « Scandal » and « Downton Abbey. » Even The New Republic has suggested the satirical news site, The Onion, carry trigger warnings.

At the end of last year, Slate declared 2013 the « Year of the Trigger Warning,” noting that such alerts had become the target of humor. Jezebel, which does not issue trigger warnings, raised hackles in August by using the term as a headline joke: « It’s Time To Talk About Bug Infestations [TRIGGER WARNING]. » Such usage, one critic argued, amounted to « trivializing » such alerts and « trolling people who believe in them. » And in Britain, Suzanne Moore, a feminist columnist for The Guardian, was taken to task when she put a trigger warning on her Twitter bioline, mocking those who followed her feeds only to claim offense. Some critics have ridiculed her in turn: « Trigger warning, @Suzanne_moore is talking again. » (Moore’s Twitter bio now reads, « Media Whore. »)

The backlash has not stopped the growth of the trigger warning, and now that they’ve entered university classrooms, it’s only a matter of time before warnings are demanded for other grade levels. As students introduce them in college newspapers, promotional material for plays, even poetry slams, it’s not inconceivable that they’ll appear at the beginning of film screenings and at the entrance to art exhibits. Will newspapers start applying warnings to articles about rape, murder, and war? Could they even become a regular feature of speech? « I was walking down Main Street last night when—trigger warning—I saw an elderly woman get mugged. »

The « Geek Feminism Wiki » states that trigger warnings should be used for « graphic descriptions or extensive discussion » of abuse, torture, self-harm, suicide, eating disorders, body shaming, and even « psychologically realistic » depictions of the mental state of people suffering from those; it notes that some have gone further, arguing for warnings before the « depiction or discussion of any consensual sexual activity [and] of discriminatory attitudes or actions, such as sexism or racism. » The definition on the Queer Dictionary Tumblr is similar, but expands warnings even to discussion of statistics on hate crimes and self-harming.

As the list of trigger warning–worthy topics continues to grow, there’s scant research demonstrating how words « trigger » or how warnings might help. Most psychological research on P.T.S.D. suggests that, for those who have experienced trauma, « triggers » can be complex and unpredictable, appearing in many forms, from sounds to smells to weather conditions and times of the year. In this sense, anything can be a trigger—a musky cologne, a ditsy pop song, a footprint in the snow.

As a means of navigating the Internet, or setting the tone for academic discussion, the trigger warning is unhelpful. Once we start imposing alerts on the basis of potential trauma, where do we stop? One of the problems with the concept of triggering—understanding words as devices that activate a mechanism or cause a situation—is it promotes a rigid, overly deterministic approach to language. There is no rational basis for applying warnings because there is no objective measure of words’ potential harm. Of course, words can inspire intense reactions, but they have no intrinsic danger. Two people who have endured similarly painful experiences, from rape to war, can read the same material and respond in wholly different ways.

Issuing caution on the basis of potential harm or insult doesn’t help us negotiate our reactions; it makes our dealings with others more fraught. As Breslin pointed out, trigger warnings can have the opposite of their intended effect, luring in sensitive people (and perhaps connoisseurs of graphic content, too). More importantly, they reinforce the fear of words by depicting an ever-expanding number of articles and books as dangerous and requiring of regulation. By framing more public spaces, from the Internet to the college classroom, as full of infinite yet ill-defined hazards, trigger warnings encourage us to think of ourselves as more weak and fragile than we really are.

What’s more, the fear of triggers risks narrowing what we’re exposed to. Raechel Tiffe, an assistant professor in Communication Arts and Sciences at Merrimack College, Massachusetts, described a lesson in which she thought everything had gone well, until a student approached her about a clip from the television musical comedy, « Glee, » in which a student commits suicide. For Tiffe, who uses trigger warnings for sexual assault and rape, the incident was a « teaching moment »—not for the students, but for her to be more aware of the breadth of students’ sensitivities.

As academics become more preoccupied with students’ feelings of harm, they risk opening the door to a never-ending litany of requests. Last month, students at Wellesley College protested a sculpture of a man in his underwear because, according to the Change.org petition, it was a source of « triggering thoughts regarding sexual assault. » While the petition acknowledged the sculpture may not disturb everyone on campus, it insisted we share a “responsibility to pay attention to and attempt to answer the needs of all of our community members. » Even after the artist explained that the figure was supposed to be sleepwalking, students continued to insist it be moved indoors.

Trigger warnings are presented as a gesture of empathy, but the irony is they lead only to more solipsism, an over-preoccupation with one’s own feelings—much to the detriment of society as a whole. Structuring public life around the most fragile personal sensitivities will only restrict all of our horizons. Engaging with ideas involves risk, and slapping warnings on them only undermines the principle of intellectual exploration. We cannot anticipate every potential trigger—the world, like the Internet, is too large and unwieldy. But even if we could, why would we want to? Bending the world to accommodate our personal frailties does not help us overcome them.

Voir de même:

Student protests
The right to fright
An obsession with safe spaces is not just bad for education: it also diminishes worthwhile campus protests
The Economist
Nov 14th 2015

HALLOWEEN is supposed to last for one night only. At Yale University (motto: “Light and Truth”) it has dragged on considerably longer. As happens at many American universities, Yale administrators sent an advisory e-mail to students before the big night, requesting them to refrain from wearing costumes that other students might find offensive. Given that it is legal for 18-year-old Americans to drive, marry and, in most places, own firearms, it might seem reasonable to let students make their own decisions about dressing-up—and to face the consequences when photographs of them disguised as Osama bin Laden can forever be found on Facebook or Instagram. Yet a determination to treat adults as children is becoming a feature of life on campus, and not just in America. Strangely, some of the most enthusiastic supporters of this development are the students themselves.

In response to the Yale e-mail, a faculty member wrote a carefully worded reply. In it she suggested that students and faculty ought to ponder whether a university should seek to control the behaviour of students in this way. Yes it should, came the reply, in the form of a letter signed by hundreds of students, protests and calls for two academics to resign for suggesting otherwise. Tellingly, the complaint made by some students at Yale’s Silliman College, where the row took place, was that they now felt unsafe.

On the face of it this is odd. New Haven, which surrounds Yale, had 60 shootings in 2014, 12 of them fatal. Thankfully, there has never been a shooting at the university. The choice of words was deliberate, though. Last year a debate on abortion at Oxford University was cancelled after some students complained that hearing the views of anti-abortionists would make them feel unsafe. Many British universities now provide “safe spaces” for students to protect them from views which they might find objectionable. Sometimes demands for safe space enter the classroom. Jeannie Suk, a Harvard law professor, has written about how students there tried to dissuade her from discussing rape in class when teaching the law on domestic violence, lest it trigger traumatic memories.

Bodies upon the gears

Like many bad ideas, the notion of safe spaces at universities has its roots in a good one. Gay people once used the term to refer to bars and clubs where they could gather without fear, at a time when many states still had laws against sodomy.

In the worst cases, though, an idea that began by denoting a place where people could assemble without being prosecuted has been reinvented by students to serve as a justification for shutting out ideas. At Colorado College, safety has been invoked by a student group to prevent the screening of a film celebrating the Stonewall riots which downplays the role of minorities in the gay-rights movement. The same reasoning has led some students to request warnings before colleges expose them to literature that deals with racism and violence. People as different as Condoleezza Rice, a former secretary of state, and Bill Maher, a satirist, have been dissuaded from giving speeches on campuses, sometimes on grounds of safety.

What makes this so objectionable is that there are plenty of things on American campuses that really do warrant censure from the university. Administrators at the University of Oklahoma managed not to notice that one of its fraternities, Sigma Alpha Epsilon, had cheerily sung a song about hanging black people from a tree for years, until a video of them doing so appeared on the internet. At the University of Missouri, whose president resigned on November 9th, administrators did a poor job of responding to complaints of unacceptable behaviour on campus—which included the scattering of balls of cotton about the place, as a put-down to black students, and the smearing of faeces in the shape of a swastika in a bathroom.

Distinguishing between this sort of thing and obnoxious Halloween costumes ought not to be a difficult task. But by equating smaller ills with bigger ones, students and universities have made it harder, and diminished worthwhile protests in the process. The University of Missouri episode shows how damaging this confusion can be: some activists tried to prevent the college’s own newspaper from covering their demonstration, claiming that to do so would have endangered their safe space, thereby rendering a reasonable protest absurd.

Fifty years ago student radicals agitated for academic freedom and the right to engage in political activities on campus. Now some of their successors are campaigning for censorship and increased policing by universities of student activities. The supporters of these ideas on campus are usually described as radicals. They are, in fact, the opposite.

Voir également:

The Trapdoor of Trigger Words

What the science of trauma can tell us about an endless campus debate.

Katy Waldman

Photo illustration by Natalie Matthews-Ramo. Photos by Thinkstock.

As educators and students suited up for the fall semester last month, University of Chicago dean of students John Ellison sent a provocative letter to incoming freshmen about all the cushioning policies they should not expect at their new school. “We do not support so-called ‘trigger warnings,’ we do not cancel invited speakers because their topics might prove controversial, and we do not condone the creation of intellectual ‘safe spaces’ where individuals can retreat from ideas and perspectives at odds with their own,” Ellison wrote.

Ellison’s pre-emptive strike against trigger warnings, or alerts that professors might stamp on coursework that could provoke a strong emotional response, was the latest salvo in a yearslong and stormy conversation on college campuses—a kind of agon between “free speech” and “safe spaces.” The University of Chicago missive seemed to plant a flag in the former camp, declaring itself a Political Correctness Avenger, its cape of First Amendment verities fluttering in the wind.

Its side of the debate insists that students have embraced an ethos of personal fragility—that they are infantilizing themselves by overreacting to tiny slights. A splashy Atlantic cover story from September 2015 on the “coddling of the American mind” argued that universities were playacting at PTSD, co-opting the disorder’s hypersensitivity and hypervigilance. The other side protests administrators’ lack of awareness of marginalized groups; these students say they seek more inclusive, responsive, and enlightened spaces for learning. For them, the “tiny slights” have a name—microaggressions—and a high cost. They accumulate like a swarm of poisonous bee stings. As one outgoing college senior at American University told the Washington Post in May, “I don’t think it’s outrageous for me to want my campus to be better than the world around it. … I think that makes me a good person.”

The Atlantic piece cited Chinua Achebe’s Things Fall Apart and F. Scott Fitzgerald’s The Great Gatsby as two classic texts that have stirred calls for trigger warnings due to their racially motivated violence and domestic abuse, respectively. Students at Rutgers in 2014 beseeched a professor to append a trigger warning to descriptions of suicidal thinking in Mrs. Dalloway; students at Columbia did the same in 2015 for scenes of sexual assault in Ovid’s Metamorphoses. In some cases, the flags are meant to shepherd students away from high-voltage material; in others, they simply advise readers to be prepared. Often derided or ironized online by concerned citizens (and especially by free speech advocates), they are a response to something real: Scientists agree that triggers can awaken dormant memories and hijack the rational control board of the cortex, drowning awareness of the present moment in eddies of panic.

Enacted correctly, trigger warnings and related measures are not supposed to constrict academic horizons.

As Ali Vingiano recounts for BuzzFeed, trigger warnings were born not in the ivory tower but on the lady-blogosphere, where they prefaced message-board postings about topics like self-harm, eating disorders, and sexual assault. The advisory labels swam to LiveJournal in the early aughts, then spread across Tumblr, Twitter, and Facebook. By 2012, they speckled such feminist sites as Bitch, Shakesville, and xoJane, creating protective force fields around articles that touched on everything from depression to aggressive dogs. These internet “heads up” notes allowed vulnerable readers to tread lightly through and around subjects that reignited their pain. But they also acquired a sanctimonious, performative aura. “As practiced in the real world,” Amanda Marcotte wrote in Slate last year, “the trigger warning is less about preventive mental health care and more about social signaling of liberal credentials.”

Similarly, the vaudeville toughness of Ellison’s letter felt designed more to make a cultural point than to edify students. Enacted correctly, the measures Ellison invokes are not supposed to constrict academic horizons. They are meant to secure for minority students the same freedoms to speak and explore that white male students have enjoyed for decades.

A spokesman for the University of Chicago, Jeremy Manier, acknowledged on the phone that at issue were “intellectual safe spaces,” not safe spaces in general: The university has already thrown its support behind a “safe space program” for lesbian, gay, bisexual, and transgender students. Individual University of Chicago professors, Manier added, are also welcome to use trigger warnings if they so choose.

For all the furor they inspire, trigger warnings are relatively rare. According to a National Coalition Against Censorship survey last year of more than 800 educators, fewer than 1 percent of institutions have adopted a policy on trigger warnings; 15 percent of respondents reported students requesting them in their courses; and only 7.5 percent reported students initiating efforts to require trigger warnings.

What’s more, as the survey notes, while media narratives paint these cautions as forms of left-wing political correctness, a significant minority of trigger warnings arise on conservative campuses in response to explicit or queer content. NCAC executive director Joan Bertin told me that the survey yielded more than 94 reports of sex-related trigger warnings, including from art history teachers displaying homoerotic images and studio drawing teachers importuned to announce nudity and help “conservative students … feel more in control of the material.” A professor wrote in that he’d offered a trigger warning after “a Rastafarian student was very offended at my comparison of Akhenaten’s Great Hymn to Psalm 104.” Requests for advisory labels stemmed from representations of famine, gender stereotypes, childbirth, religious intolerance, spiders, and “sad people.”

Given the myths and emotions enveloping the issue of trigger warnings and safe spaces, it’s worth asking what science can tell us about the actual effects of verbal triggers on the body, brain, and psyche. Certain people experience certain words as dangerous. Should they have to listen to those words anyway?

* * *

During the winter of her freshman year in college, Lindsey met a guy, a junior, at a party. A week later, he asked her to another party and picked her up in his car. She didn’t realize something was wrong until he pulled into a parking lot and told her to get in the backseat. When she refused and asked to go home, he informed her that they weren’t going anywhere until she had sex with him. Then he climbed on top of her and raped her.

It took years for Lindsey to find her way to a therapist, where she discovered that the occasional flashbacks, phantom sensations of being touched, and breathlessness she experienced in the wake of this violation were symptoms of post-traumatic stress disorder. The episodes struck whenever she saw or read words associated with sexual violence: rape, molest, attack, even incest. She’d notice a tingling shock in her chest and “the feeling of fear, maybe a flash of a point of time during my assault, and sometimes it was like he was doing it again,” she says.

Several months ago, a friend of Lindsey’s was regaling her with stories about the movie Room, in which the young female protagonist is imprisoned for years in a shed and repeatedly raped. Lindsey hadn’t seen it, didn’t want to see it; yet when her friend said the word trapped, she detected the unwanted caress of her disorder across her body, felt her pulse begin to race.