Shabouot/Pentecôte: A quand un référendum sur les dix commandements ? (Robespierre’s one-day religion: Looking back at the ceremony that was to abolish 2, 000 years of “perverted” christianism)

24 mai, 2015
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https://i1.wp.com/www.je-suis-stupide-j-ai-vote-hollande.fr/blog/wp-content/uploads/gpa.pngHomme et femme, il les créa. Genèse 1: 27
Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. Jésus (Jean 14: 6)
Dans le calendrier juif, Chavouot se déroule « sept semaines entières » ou cinquante jours jusqu’au lendemain du septième sabbat » après la fête de Pessa’h. De là son nom de Fête des Semaines (Chavouot, en hébreu) et celui de Pentecôte (cinquantième [jour], en grec ancien) dans le judaïsme hellénistique. (…) Ce n’est qu’à partir du IIe siècle que le pharisianisme liera la fête de la moisson à la commémoration du don de la Loi au Sinaï. Les Actes des Apôtres situent explicitement lors de cette fête juive le récit où les premiers disciples de Jésus de Nazareth reçoivent l’Esprit Saint et une inspiration divine dans le Cénacle de Jérusalem : des langues de feu se posent sur chacun d’eux, formalisant la venue de l’Esprit (…) L’image du feu — conforme à la tradition juive de l’époque sur l’épisode de la révélation sinaïtique que l’épisode entend renouveler — matérialise la Voix divine. La tradition chrétienne perçoit et présente la Pentecôte comme la réception du don des langues qui permet de porter la promesse du salut universel aux confins de la terre ainsi que semble en attester l’origine des témoins de l’évènement, issus de toute la Diaspora juive. Wikipedia
Dans l’ancien Orient, lors d’une alliance entre deux puissances, on disposait, dans le temple des partenaires, un document écrit devant être lu périodiquement12, il n’est donc pas surprenant que les Tables de la Loi soit le témoignage concret de l’Alliance entre Dieu et son peuple. C’est la raison pour laquelle, les images des tables sont souvent présentes sur le fronton des synagogues. (…) Dans les temples protestants, une représentation des Tables de la Loi remplaçait, jusqu’au XVIIe siècle, la croix des églises catholiques. Wikipedia
Tous les préceptes du Décalogue se peuvent déduire de la justice et de la bienveillance universelle que la loi naturelle ordonne. (…) Le Décalogue ne contient donc que les principaux chefs ou les fondements politiques des Juifs ; mais néanmoins ces fondements (mettant à part ce qui regardait en particulier la nation judaïque) renferment des lois qui sont naturellement imposées à tous les hommes et à l’observance desquelles ils sont tenus dans l’indépendance de l’état de la nature comme dans toute société civile. Louis  de Jancourt (article Décalogue, Encyclopédie dirigée par D’Alembert et Diderot, 1 octobre 1754)
L’Assemblée Nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être suprême, les droits suivants de l’Homme et du Citoyen… Préambule de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen
Le texte s’inscrit sur deux registres, dont la forme évoque celles des Tables de la Loi rapportées par Moïse du mont Sinaï. Il est accompagné de figures allégoriques personnifiant la France et la Renommée, et de symboles comme le faisceau (unité), le bonnet « phrygien » (liberté), le serpent se mordant la queue (éternité), la guirlande de laurier (gloire), les chaînes brisées (victoire sur le despotisme) ; l’ensemble étant placé sous l’œil du Dieu créateur, rayonnant d’un triangle à la fois biblique et maçonnique. Philippe de Carbonnières
Le Judaïsme a abandonné la lecture quotidienne des proclamations des ‘sectaires’ (Chrétiens) (Berachot 12a). Les partisans de Paul croyaient que seuls les Dix Commandements et non le reste de la loi mosaïque étaient divins, éternels et obligatoires. Dans ce contexte, pour les Juifs, donner la priorité au Décalogue aurait pu signifier un accord avec les sectaires, aussi la lecture quotidienne a été abandonnée de façon à montrer que toutes les autres 613 mitzvot étaient des commandements divins. Raymond Apple
Les Tables ne sont pas un symbole laïc ou païen. A la différence du bonnet phrygien, du serpent qui se mord la queue, des faisceaux de licteurs, etc., leur référent n’est pas l’antiquité païenne, mais la Bible, au message religieux évident. Pourtant, dans la France chrétienne du 18e siècle, le message religieux normalement reçu est lié à une symbolique chrétienne, que justement la Révolution repousse. La mentalité révolutionnaire est donc à la recherche d’une symbolique qui ne soit pas chrétienne (puisque l’Eglise est désormais perçue comme synonyme de fanatisme et d’absolutisme despotique), mais qui soit cependant suffisamment religieuse pour satisfaire le sentiment religieux profond qui réside au coeur de chaque révolutionnaire (…) Mais par-delà la croyance sentimentale difficilement déracinable existe aussi un pragmatisme politique. Il peut être dangereux de déraciner tout symbole religieux dans l’imagerie populaire et donc dans les mentalités qu’on veut forger. Représenter des symboles chrétiens est exclu, puisque contraire aux principes jacobins. Les Tables de la Loi s’offrent donc d’une manière idéale pour répondre à un certain besoin religieux sans pour autant laisser croire à une affiliation cléricale. Les Tables de la Loi fournissent ainsi « les vêtements du sacré » à la religion de la Patrie. Nous les voyons figurer sur des allégories patriotiques, sur le soleil qui doit faire sortir le monde vers l’âge des lumières, sur des médailles en fer de grande diffusion, représentant l’Egalité et la Justice, sur des gravures évoquant des fêtes populaires, et jusque sur les uniformes militaires, au milieu des canons. On les trouve sur les médailles d’identification des membres des diverses assemblées révolutionnaires comme celle du Conseil des Cinq-Cents. (…) La laïcisation des Tables de la Loi peut aller jusqu’au cas limite où un contenu nouveau est donné au Décalogue. C’est ainsi qu’une gravure populaire présente « les Dix Commandements républicains » dans le cadre graphique des Tables de la Loi. Les Tables de la Loi remplissent donc un rôle important dans l’iconographie de la Révolution. Elles permettent à la Révolution de déconnecter ses emblèmes de tout ce qui est chrétien sans se prévaloir uniquement de symboles d’origine antique et païenne. Elles permettent de donner une coloration religieuse mais dans un ton pour ainsi dire « neutre » aux idéaux de justice, d’égalité, de soumission à une loi égale pour tous, que prône la Révolution. La défaite de l’arbitraire royal et l’apparition d’une Constitution garantissant les Droits de l’homme sont très clairement symbolisés par les Tables de la Loi, ce qui explique leur place récurrente dans l’iconographie de la Révolution. Renée Neher-Bernheim
On a supposé qu’en accueillant des offrandes civiques, la Convention avait proscrit le culte catholique. Non, la Convention n’a point fait cette démarche téméraire: la Convention ne la fera jamais. Son intention est de maintenir la liberté des cultes, qu’elle a proclamée, et de réprimer en même temps tous ceux qui en abuseraient pour troubler l’ordre public; elle ne permettra pas qu’on persécute les ministres paisibles du culte, et elle les punira avec sévérité toutes les fois qu’ils oseront se prévaloir de leurs fonctions pour tromper les citoyens et pour armer les préjugés ou le royalisme contre la république. (…) Il est des hommes qui veulent aller plus loin; qui, sous le prétexte de détruire la superstition, veulent faire une sorte de religion de l’athéisme lui-même. (…) La Convention n’est point un faiseur de livres, un auteur de systèmes métaphysiques, c’est un corps politique et populaire, chargé de faire respecter, non seulement les droits, mais le caractère du peuple français. Ce n’est point en vain qu’elle a proclamé la déclaration des droits de l’homme en présence de l’Etre suprême!” (…) L’athéisme est aristocratique; l’idée d’un grand être, qui veille sur l’innocence opprimée, et qui punit le crime triomphant, est toute populaire. Le peuple, les malheureux m’applaudissent; si je trouvais des censeurs, ce serait parmi les riches et parmi les coupables. J’ai été, dès le collège, un assez mauvais catholique; je n’ai jamais été ni un ami froid, ni un défenseur infidèle de l’humanité. Je n’en suis que plus attaché aux idées morales et politiques que je viens de vous exposer: “Si Dieu n’existait pas, il faudrait |’inventer.” (…) Ce sentiment est celui de l’Europe et de l’univers, c’est celui du peuple français. Ce peuple n’est attaché ni aux prêtres, ni à la superstition, ni aux cérémonies religieuses; il ne l’est qu’au culte en lui-même, c’est-à-dire à l’idée d’une puissance incompréhensible, l’effroi du crime et le soutien de la vertu, à qui il se plaît à rendre des hommages qui sont autant d’anathèmes contre l’injustice et contre le crime triomphant. Si le philosophe peut attacher sa moralité à d’autres bases, gardons-nous néanmoins de blesser cet instinct sacré et ce sentiment universel des peuples. Quel est le génie qui puisse en un instant remplacer, par ses inventions, cette grande idée protectrice de l’ordre social et de toutes les vertus privées? Maximilien Robespierre (club des Jacobins, 21 novembre 1793)
Si quelqu’un me prouvait que le Christ est en dehors de la vérité, et qu’il serait réel que la vérité fût en dehors du Christ, j’aimerais mieux alors rester avec le Christ qu’avec la vérité. Dostoeivski
Si vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité?  (…) Le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs. Tocqueville
Toute idée fausse finit dans le sang, mais il s’agit toujours du sang des autres. C’est ce qui explique que certains de nos philosophes se sentent à l’aise pour dire n’importe quoi. Camus
Dans ces temps de tromperie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire.  George Orwell (?)
Si les faits ne coïncident pas avec la théorie, il faut changer les faits ! Albert Einstein (?)
La vérité ne se décide pas au vote majoritaire. Doug Gwyn
Dans l’histoire de l’Europe moderne, c’est la Révolution française qui la première fit passer dans la réalité l’idée d’exterminer une classe ou un groupe. Ernst Nolte
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Si les forêts tropicales méritent notre protection, l’homme (…) ne la mérite pas moins (…) Parler de la nature de l’être humain comme homme et femme et demander que cet ordre de la création soit respecté ne relève pas d’une métaphysique dépassée. Benoit XVI
La lisibilité de la filiation, qui est dans l’intérêt de l’enfant, est sacrifiée au profit du bon vouloir des adultes et la loi finit par mentir sur l’origine de la vieConférence des évêques
Israël existe et continuera à exister jusqu’à ce que l’islam l’abroge comme il a abrogé ce qui l’a précédé. Hasan al-Bannâ (préambule de la charte du Hamas, 1988)
Le Mouvement de la Résistance Islamique est un mouvement palestinien spécifique qui fait allégeance à Allah et à sa voie, l’islam. Il lutte pour hisser la bannière de l’islam sur chaque pouce de la Palestine. Charte du Hamas (Article six)
Les enfants de la nation du Hezbollah au Liban sont en confrontation avec [leurs ennemis] afin d’atteindre les objectifs suivants : un retrait israélien définitif du Liban comme premier pas vers la destruction totale d’Israël et la libération de la Sainte Jérusalem de la souillure de l’occupation … Charte du Hezbollah (1985)
La libération de la Palestine a pour but de “purifier” le pays de toute présence sioniste. (…) Le partage de la Palestine en 1947 et la création de l’État d’Israël sont des événements nuls et non avenus. (…) La Charte ne peut être amendée que par une majorité des deux tiers de tous les membres du Conseil national de l’Organisation de libération de la Palestine réunis en session extraordinaire convoquée à cet effet. Charte de l’OLP (articles 15, 19 et 33)
Je mentirais si je vous disais que je vais l’abroger. Personne ne peut le faire. Yasser Arafat (Harvard, octobre 1995)
Abraham n’était pas juif, pas plus que c’était un Hébreu, mais il était tout simplement irakien. Les Juifs n’ont aucun droit de prétendre disposer d’une synagogue dans la tombe des patriarches à Hébron, lieu où est inhumé Abraham. Le bâtiment tout entier devrait être une mosquée. Yasser Arafat, cité dans le Jerusalem Report, 26 décembre 1996)
Mariage homosexuel : l’Irlande plus démocratique que les socialistes français, fait un référendum. Les votes sont clos, en République d’Irlande, où plus de 3.2 millions d’habitants étaient appelés à prendre part à un référendum sur la légalisation du mariage homosexuel. 3,2 millions d’Irlandais chanceux qu’on leur demande s’il veulent que la constitution du pays soit modifiée pour autorisé le mariage des couples de gays et lesbiennes. 3,2 millions d’Irlandais plus chanceux que les Français, méprisé par les élites et les dirigeants politiques socialistes, qui ont fait passer leur réforme malgré l’hostilité de millions de Français dans les rues. 3,2 millions d’Irlandais respectés par leur gouvernement, qui, pour un sujet de société aussi important, les a consultés. Jean-Patrick Grumberg
Le Luxembourg donne l’image d’un pays en avance sur les questions de société. C’est un message envoyé à un moment où l’homophobie est en train de monter en Europe. (…) J’aurais pu le cacher, ou le refouler et être malheureux toute ma vie. J’aurais pu avoir une relation avec quelqu’un de l’autre sexe et avoir des relations homosexuelles en cachette. Mais je me suis dit : si tu veux faire de la politique et être honnête en politique, tu dois être honnête avec toi-même et donc t’accepter toi-même. Charles Michel (Premier ministre belge)
Le Luxembourg a célébré une grande première. Le Premier ministre libéral du Luxembourg Xavier Bettel a épousé vendredi son compagnon belge Gauthier Destenay. Il est ainsi devenu le premier dirigeant uni par les liens d’un mariage homosexuel dans l’Union européenne. Europe 1
Pour fêter les deux ans du mariage homo­sexuel léga­lisé en avril 2013. Et puis, je suis très heureux, alors ça donne envie de faire bouger les menta­li­tés. Mon mari et moi sommes venus vivre à Las Vegas pour être libres d’avoir l’en­fant que nous n’au­rions pas pu avoir en France. À Paris, on a parfois l’im­pres­sion qu’il ne faut être ni juif ni noir, ni arabe ni homo­sexuel. Je ne supporte plus le refus de l’autre. J’en ai assez qu’on dise à Romain de féli­ci­ter sa femme pour la nais­sance. Moi-même je devrais me taire. Eh bien non. Je le reven­dique : nous sommes deux hommes, nous avons fait un enfant et ça se passe bien. Alex Goude (animateur M6)
L’Irlande devient ainsi le premier pays au monde à autoriser le mariage gay par voie référendaire. (…) Plus de 3,2 millions d’Irlandais ont été appelés à se prononcer sur une modification de la Constitution proposant d’autoriser « le mariage entre deux personnes, sans distinction de sexe ». L’Irlande devient ainsi le 19e pays, le 14e en Europe, à légaliser le mariage gay. Il est par contre le seul pays à l’avoir fait par référendum, les autres ayant opté pour la voie parlementaire. « C’est historique », a souligné le ministre de la Santé, Leo Varadkar. Ce référendum, a-t-il estimé, constitue « une révolution culturelle » dans un pays longtemps conservateur et où l’homosexualité n’a été dépénalisée qu’en 1993. « Je suis tellement fier d’être Irlandais aujourd’hui », avait tweeté en début de journée, Aodhan O Riordain, secrétaire d’Etat pour l’Egalité, tandis que, dans les rues de Dublin, des Irlandais, hommes et femmes de tous âges, exultaient et se prenaient dans les bras. Avant même la publication des résultats, un des principaux responsables de la campagne du non, David Quinn, avait concédé la défaite de son camp. « C’est une claire victoire pour le camp du oui », a-t-il déclaré, adressant ses « félicitations » aux partisans du mariage homosexuel. Francetvinfo
Une Allemande de 65 ans, mère de 13 enfants et grand-mère de 7 petits-enfants, a accouché de quadruplés « pas complètement développés » à Berlin, un cas controversé mêlant médecine et téléréalité qui relance le débat sur les grossesses tardives. Annegret Raunigk, qui a procédé à des fécondations in vitro en Ukraine, est désormais la mère de quadruplés la plus âgée au monde, selon la chaîne de télévision RTL, détentrice des droits exclusifs sur cette grossesse hors normes. Les bébés prématurés, trois garçons et une fille, sont nés mardi par césarienne, après seulement 26 semaines de grossesse. Ils ont été placés en couveuse mais ont « de bonnes chances de survivre », selon un communiqué de RTL. « Toutefois, les bébés, par comparaison avec une naissance normale dans la 40e semaine de grossesse, ne sont pas encore développés complètement. D’éventuelles complications ne peuvent donc pas être complètement exclues », poursuit la chaîne. (…) Cette femme élégante, les cheveux roux et une fine paire de lunettes sur les yeux, n’en est pas à sa première grossesse tardive. En 2005, alors âgée de « seulement » 55 ans, elle avait mis au monde une petite fille. C’est d’ailleurs pour répondre au souhait de sa dernière fille d’avoir un petit frère ou une petite sœur qu’elle a décidé de retenter une insémination artificielle, a-t-elle expliqué. Nés de 5 pères différents, les autres enfants d’Annegret Raunigk ont déjà tous quitté le domicile maternel. RTL
L’homme et la femme utilisent tous les deux ces poupées pour remplacer un compagnon humain, que ce soit par choix ou par nécessité. Je pense qu’il n’y a aucun inconvénient à cela, surtout si les journées en deviennent plus supportables » (…) Mes photos concernent la vie, les relations amoureuses et la sexualité. Les poupées repoussent certaines personnes, tandis que d’autres sont empathiques envers elle. Au fur et à mesure que le monde devient plus numérique et moins personnel, il sera de plus en plus banal que des poupées et des robots soient utilisés en tant que substituts pour les relations amoureuses. Je peux uniquement espérer que mes photos déclenchent une émotion ou une connexion chez le spectateur. Stacy Leigh
Une reconnaissance de l’Etat de Palestine par le Saint-Siège est un signe fort envoyé aux pays musulmans. C’est un appel à l’apaisement. (…) En règle générale, le Saint-Siège reconnaît des pays qui l’ont déjà été par la communauté internationale et les grandes puissances. C’est bien le style du pape François de bousculer ainsi les habitudes. François Mabille
Israël-Palestine : la France veut renverser la table Paris propose un projet de résolution poussant les deux parties à s’entendre en 18 mois. Sous peine de reconnaître l’État palestinien. Le Point
Banking on Netanyahu’s assertion while campaigning for re-election that there would be no Palestinian state during his term in office, Obama is reported exclusively by our sources to have given the hitherto withheld green light to European governments to file a UN Security Council motion proclaiming an independent Palestinian state. Although Netanyahu left the foreign affairs portfolio in his charge and available to be filled by a suitably moderate figure as per the White House’s expectations did not satisfy the US President. The White House is confident that, with the US voting in favor, the motion will be passed by an overwhelming majority and therefore be binding on the Israeli government. To show the administration was in earnest, senior US officials sat down with their French counterparts in Paris last week to sketch out the general outline of this motion. According to our sources, they began addressing such questions as the area of the Palestinian state, its borders, security arrangements between Israel and the Palestinians and whether or not to set a hard-and-fast timeline for implementation, or phrase the resolution as  a general declaration of intent. Incorporating a target date in the language would expose Israel to Security Council sanctions for non-compliance. (…) At the same time, both American and French diplomats are already using the club they propose to hang over the Netanyahu government’s head for gains in other spheres. French President Francois Hollande, for instance, the first foreign leader ever to attend a Gulf Council of Cooperation summit, which opened in Riyadh Tuesday to discuss Iran and the Yemen war, used the opportunity to brief Gulf Arab rulers on Washington’s turnaround on the Israeli-Palestinian issue. And US Secretary of State John Kerry plans to present the Obama administration’s new plans for Palestinian statehood to Saudi leaders during his visit to Riyadh Wednesday and Thursday, May 6-7. Kerry will use Washington’s willingness to meet Palestinian aspirations as currency for procuring Saudi and Gulf support for a Yemen ceasefire and their acceptance of the nuclear deal shaping up with Iran. Debka file
Once again, Barack Obama was riffing off the cosmic joke that he is somehow anti-Semitic, when in fact, as many people understand, he is the most Jewish president we’ve ever had (except for Rutherford B. Hayes). No president, not even Bill Clinton, has traveled so widely in Jewish circles, been taught by so many Jewish law professors, and had so many Jewish mentors, colleagues, and friends, and advisers as Barack Obama (though it is true that every so often he appoints a gentile to serve as White House chief of staff). (…) I’ll grapple with the meaning of Obama’s Jewishness later, but the dispute between the Jewish right and the Jewish left over Obama is actually not about whether he is anti-Jewish or pro-Jewish, but over what sort of Jew he actually is. Jeffrey Goldberg
I’ve been called the first Jewish president, you know. Barack Hussein Obama
Maximilien Robespierre, known as l’Incorruptible, is at the summit of his glory.  Rivers of blood, flowing from the guillotines of France, have washed away the Girondins and anyone who had pactised with them; the Jacobins, even though they were close to him;  certain Montagnards and, curiously, some of his friends who had too openly supported the theses of the atheists… (…) So great is his power now, that to have any opinion at all is a crime of lese-Revolution.  Since obtaining the head of Louis XVI, he seems to be invested with a sort of absolute power, a divine right. (…) When, after having voted for death, the Convention came to its senses, terrified at what it had just decided, he demanded an immediate execution.  (…)  Everyone is waiting to see how the High Priest is going to organize the next part of the sacrifice.  For a whole month, a great silence settles on Paris, troubled only by the cries of the executed.  The Convention, the clubs, the army, the Commune and even the revolutionary tribunal, remain quiet… At last, on 6 May, l’Incorruptible climbs up to the tribunal.  He is wearing his sacerdotal clothes, a sky blue riding-coat and white stockings.  (…)  By degrees, he asks the Deputies to recognize the existence of a “Supreme Being and immortality as the directing power of the Universe”. Then to the stupefaction of some, and the enthusiasm of others, he wants to give his vibrant profession of faith the form of a decree, with immediate effect. His speech, which at the end rises in a passionate plea for a regenerated Humanity, is welcomed by unending applause. Couthon spurs his gendarme mount and proclaims that this great piece of literature must be displayed throughout the whole country.  That it should be translated into all languages, too, and diffused throughout the whole universe. The fabulous decree which institutes in France a new religion and proposes a festival in the style of the celebrations of Antiquity, is voted with enthusiasm and without any discussion.  In the corridors, when the euphoria has died down, the least terrorised start to murmur that, when they had voted the King’s death, they thought that they had also voted that of God. The French people welcome back a divinity.  For months, the churches had been profaned.  Mountain decors peopled with mythological characters symbolising Reason had been built in them.  In a lot of places, prostitutes, “living marbles of public flesh” had draped themselves, completely naked, on the altars. God was now being re-installed under the name of Supreme Being. In Paris, it is not yet known that this Being will soon take on the profile of l’Incorruptible.  But perhaps this will eclipse in a brilliant manner the red reflects of the guillotine, of which everybody is secretly very tired. (…) To bring God back to Earth, Robespierre engages the most gifted director, the painter David, who will soon plant the scene of other festivities, this time imperial… (…) On the terrace of the Tuileries Palace, a colossal amphitheatre, whose floor completely covers the ornamental lake, begins to grow.  Cyclopean statues rise above the formal French gardens, which have become the Jardin national.  They symbolise Atheism, Ambition, Discord, Egoism, and will explode on the day of the ceremony…  It is on 20 prairial, year II (8 June, 1794) that it will take place.  Robespierre has chosen the Sunday which, according to the former Roman Catholic rites, was Pentecost. On the Champs-de-Mars, the Holy Mountain is nearly finished.  The People’s representatives will take place on it, along with the choirs, the orchestras and the banner-bearers.  On its summit, a column fifty feet high overlooks the entrance to a deep cave, lit by giant candelabra.  A river seeps from it, snaking between Etruscan tombs in the shade of an oak tree, and an antique altar, a pyramid, a sarcophage and a temple with twenty columns, complete this mythology.  It takes only a month for a swarm of ditch-diggers, masons, carpenters and artists of all kinds, to finish this unusual church. And here, at last, is the astonishing day of 8 June 1794.  Starting at five o’clock in the morning, the sound of pikes striking the pavement, the rattling of sabres, and the noise of a great troop marching, out-of-step and almost in silence, for a lot of these men do not have shoes, is to be heard.  Robespierre sees, parading under his windows, in columns of twelve, some of the forty-eight Sections of the People who are hurrying towards the meeting places, followed by the Parisians who, already the day before, had discovered the altars of the Supreme Being. (…) Occupied by the armies of Europe outside, chopped down by the butchers of the revolutionary tribunal on the inside, the capital escapes for the first time in months from the baseness of this time of proscriptions…  A lot of people cry and embrace each other in the fading light. (…) From 8 June, the day of the Festival of the Supreme Being, Robespierre will have fifty more days to live.  (…) For Robespierre, the sense and the aim of this festival were to replace the pagan, dry and materialistic cult of Reason by a religion which restored transcendance, a God, without Whom, no man worthy of the name, could live… Right from the beginning of the Revolution, Robespierre had tried to stop the dechristianisation of France.  As a faithful disciple of Rousseau, whom he qualified as a “divine man”, he was sure that Man is a “religious animal”, incapable of durably banishing his spiritual needs.  He shared the feeling of the curate of Boissis-la-Bertrand who was willing to renounce his “mummeries”, that is to say, all formal aspects of the cult, but not his religion. (…) The 8 June festival gives a fairly precise idea of the religion that Robespierre wanted, but did not have the time to develop. (…) What originally caused Robespierre’s downfall was the Deputies’ certainty that he wanted to install a new religion of which he would be the High Priest, and this enormous misunderstanding would be fatal to him.  It was not the god of the christian religion that he wanted to install, of course.  He most certainly wanted to radically end the christian institutions and abolish two thousand years of “perverted” christianism, to return to the spirit and the liturgy of the Roman Republic, the religion of Antiquity.  His ideal not only had the sense of political revolution, but also that of a fundamental cultural revolution. This was his great dream.  He succeeded in giving it body for a few hours by getting five hundred thousand French people to live a day in the fashion of Antiquity. Louis Pauwels

Attention: une solution finale peut en cacher une autre !

En ce jour où avec le don du Décalogue et de l’Esprit Saint pour l’universaliser, la Synagogue et l’Eglise ne fêtent rien de moins que leur fondation et acte de naissance

Et où après l’église protestante du pays le plus mécréant et avant la Cour suprême du pays jusqu’ici le plus croyant, c’est à présent au pays le plus christianisé d’Europe …

Que se décide au vote majoritaire (A quand un référendum sur la pédophilie ?) la vérité sur l’origine de la vie elle-même …

Alors qu’avec une science désormais capable de s’affranchir du temps, on peut à présent  changer  les faits qui ne coïncident plus avec la théorie …

Pendant qu’après l’Amérique d’Obama et la France de Hollande, c’est au tour du Vatican du petit père des peuples François d’imposer au seul Israël …

La prétendue nouvelle vérité d’un Etat qui n’existe même pas sur le papier

Mais qui à l’instar de la purification de toute trace du judéo-christianisme qui se poursuit dans le berceau de celui-ci et pendant que les mollahs eux préparent tranquillement leur Arme fatale, prétend à rien de moins que l’annihilation de son voisin …

Comment ne pas repenser …

A cette même journée de Pentecôte-Shabouot de 1794

Où redescendant de son Horeb en papier-maché du champ de Mars …

Après le sacrifice par régions et tombereaux entiers des réfractaires comme du roi et de son grand rival Danton …

Et avec son nouveau culte de la Raison et ses autels couverts de marbres vivants de chair publique …

L’Incorruptible et nouveau Moïse entendait apporter sous les vivats de la foule …

L’ultime solution finale à la question chrétienne en France  ?

8 juin 1794
La fête de l’Être suprême
À Paris, le 8 juin 1794 (20 prairial An II), le tout-puissant Maximilien de Robespierre conduit la première fête en l’honneur de l’Être suprême. Par cette cérémonie qui se veut grandiose, civique et religieuse à la fois, l’« Incorruptible » tente de concilier la déchristianisation menée par le Comité de Salut public avec les aspirations religieuses de la grande masse des Français.

Fabienne Manière

Hérodote

L’Être suprême plutôt que Dieu
Depuis l’exécution de son principal rival, Danton, le 5 avril 1794, Robespierre écrase de son autorité le Comité de Salut public (le gouvernement révolutionnaire) ainsi que l’assemblée de la Convention. Celle-ci est dominée par les députés de la Montagne (ainsi nommés parce qu’ils siègent sur les bancs les plus élevés). Alliés aux sans-culottes des sections et des clubs parisiens, ils sont disposés à suivre Robespierre sur le chemin sans fin de la Révolution.

Robespierre a recours à la Terreur contre les citoyens suspects de tiédeur révolutionnaire. Il est décidé d’autre part à mener la déchristianisation de la France à son terme.

Mais l’« Incorruptible » ne veut pas priver le peuple de références religieuses et morales car il caresse l’idéal rousseauiste d’une société vertueuse, démocratique et égalitaire. Lui-même se veut déiste, à l’encontre de nombre de ses anciens adversaires, athées déclarés tels Anacharsis Cloots, « pape des athées » ou encore Danton et Desmoulins. Au Club des Jacobins, il lance : « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer ! »

À son instigation, la Convention décrète le 18 floréal An II (7 mai 1794) : « le peuple français reconnaît l’existence de l’Être suprême et de l’Immortalité de l’âme ». Par la même occasion, elle annonce une grande fête destinée à inaugurer ce nouveau culte fondé sur la raison.

Vive la fête
Arrive le jour fixé pour la fête de la nouvelle divinité sans nom et sans visage. Il coïncide avec le dimanche de la Pentecôte (commémoration par les chrétiens de la révélation de l’Esprit-Saint aux apôtres du Christ). À l’initiative du peintre et conventionnel Louis David, grand ordonnateur des festivités, les maisons de Paris ont été fleuries et enguirlandées pour l’occasion.

Robespierre, en habit bleu à revers rouge, met d’abord le feu à une effigie de l’Athéisme, installée au milieu du bassin des Tuileries. En s’effondrant, elle révèle la statue de la Sagesse !

Puis le dictateur prend la tête d’un cortège magnifique, un bouquet de fleurs et d’épis à la main. Il se rend au Champ-de-Mars où a été dressée une montagne surmontée d’un obélisque et de la statue du Peuple français.

La foule des sans-culottes semble apprécier les effets de scène mais le ridicule de la cérémonie suscite des ricanements dans l’entourage de l’« Incorruptible ». Celui-ci, qui s’en aperçoit, dissimule mal son ressentiment.

Retour à la tradition

Quelques semaines plus tard, la victoire de Fleurus rassure les conventionnels sur le sort du pays. Elle les convainc de se défaire d’un chef devenu encombrant et décidément imprévisible. La chute de Robespierre, le 27 juillet 1794 (9 thermidor An II), entraîne la disparition de l’Être suprême.

Les conventionnels n’en ont pas fini pour autant avec les fêtes civiques. Le 11 octobre 1794, ils organisent l’entrée solennelle au Panthéon de la dépouille de leur maître à penser Jean-Jacques Rousseau. Ils créent aussi sept fêtes nationales : fête de la République (1er vendémiaire), fête de la Jeunesse (10 germinal), fête des Époux (10 floréal), fête de la Reconnaissance (10 prairial), fête de l’Agriculture (10 messidor), fête de la Liberté (9 et 10 thermidor – chute de Robespierre ! -), fête de la Vieillesse (10 fructidor).

Dans un ultime effort pour déchristianiser la société, la loi du 9 septembre 1798 instaure la fête du décadi en remplacement du dimanche ; ce jour-là, le président de chaque municipalité, en uniforme d’apparat, doit rassembler les habitants sur la place du village, les informer des lois et des nouvelles, prononcer un sermon civique et célébrer les mariages civils !

Avec le Concordat de 1802, enfin, la religion catholique va retrouver les faveurs des autorités publiques.

Voir aussi:

Mariage homosexuel : l’Irlande plus démocratique que les socialistes français, fait un référendum

Les votes sont clos, en République d’Irlande, où plus de 3.2 millions d’habitants étaient appelés à prendre part à un référendum sur la légalisation du mariage homosexuel.

3,2 millions d’Irlandais chanceux qu’on leur demande s’il veulent que la constitution du pays soit modifiée pour autorisé le mariage des couples de gays et lesbiennes.

3,2 millions d’Irlandais plus chanceux que les Français, méprisé par les élites et les dirigeants politiques socialistes, qui ont fait passer leur réforme malgré l’hostilité de millions de Français dans les rues.

3,2 millions d’Irlandais respectés par leur gouvernement, qui, pour un sujet de société aussi important, les a consultés.

Le résultat du référendum irlandais sur le mariage homosexuel semble se diriger vers deux fois plus de oui que de non.

Il semble même que dans les régions rurales les plus conservatives, le vote se situe aux alentours de 50/50.

A Dublin, le vote est massivement pour le Oui.

Voir également:

L’Irlande a voté en faveur du mariage homosexuel à 62,1% selon les résultats définitifs
L’Irlande devient ainsi le premier pays au monde à autoriser le mariage gay par voie référendaire.

Francetvinfo avec AFP et Reuters

23/05/2015

Les Irlandais se sont prononcés massivement en faveur de la légalisation du mariage homosexuel, selon des résultats définitifs de ce référendum historique, organisé vendredi, et publiés samedi 23 mai. Le oui l’emporte largement avec 62,1% des voix, selon des résultats publiés par la chaîne nationale RTE.

Plus de 3,2 millions d’Irlandais ont été appelés à se prononcer sur une modification de la Constitution proposant d’autoriser « le mariage entre deux personnes, sans distinction de sexe ».

Le 19e pays dans le monde à légaliser le mariage gay
L’Irlande devient ainsi le 19e pays, le 14e en Europe, à légaliser le mariage gay. Il est par contre le seul pays à l’avoir fait par référendum, les autres ayant opté pour la voie parlementaire.

« C’est historique », a souligné le ministre de la Santé, Leo Varadkar. Ce référendum, a-t-il estimé, constitue « une révolution culturelle » dans un pays longtemps conservateur et où l’homosexualité n’a été dépénalisée qu’en 1993. « Je suis tellement fier d’être Irlandais aujourd’hui », avait tweeté en début de journée, Aodhan O Riordain, secrétaire d’Etat pour l’Egalité, tandis que, dans les rues de Dublin, des Irlandais, hommes et femmes de tous âges, exultaient et se prenaient dans les bras.

Avant même la publication des résultats, un des principaux responsables de la campagne du non, David Quinn, avait concédé la défaite de son camp. « C’est une claire victoire pour le camp du oui », a-t-il déclaré, adressant ses « félicitations » aux partisans du mariage homosexuel.

Voir également:

Mariage gay : L’Eglise protestante unie de France autorise la bénédiction des couples de même sexe
Rédaction du HuffPost avec AFP
17/05/2015

MARIAGE POUR TOUS – L’Eglise protestante unie de France (EPUdF) a adopté dimanche la possibilité de bénir les couples homosexuels à l’issue d’un vote très largement positif, une quasi-première en France, a indiqué le porte-parole de la principale Église protestante du pays.

Sur la centaine de délégués de l’EPUdF réunis à Sète (Hérault) et ayant pris part au vote, 94 ont voté pour la possibilité d’offrir une bénédiction religieuse aux couples homosexuels, et trois contre, a-t-il précisé.

Ce vote donne la possibilité aux 500 pasteurs de l’EPUdF de bénir des couples homosexuels, sans pour autant y obliger ceux des pasteurs qui sont opposés à un tel geste.

Le protestantisme est actuellement la 3e religion en France. Selon des données de l’INED de 2008, 45% des Français se déclarent sans religion, 43% se disent catholiques, 8% musulmans, 2% protestants et 0,5% juifs. En 2012, le CSA estimait de son coté que les catholiques représentaient 56% de la population adulte, les musulmans 6%, les protestants 2% et les juifs 1%.

Même bénédiction que celle accordée aux couples hétérosexuels

Le mariage n’est pas un sacrement pour les protestants, mais les couples hétérosexuels unis en mairie peuvent être bénis au temple. En France, seule la Mission populaire évangélique (MPEF), une Eglise beaucoup plus petite que l’EPUdF, autorise un « geste liturgique d’accueil et de prière » pour les homosexuels.

Cette décision intervient deux ans après l’adoption de la loi Taubira sur le mariage gay. Les délégués de la principale Eglise protestante française sont réunis depuis jeudi autour du thème « Bénir, témoins de l’Evangile dans l’accompagnement des personnes et des couples ».

L’EPUdF, qui incarne le courant historique du protestantisme français, revendique 110.000 membres actifs parmi 400.000 personnes faisant appel à ses services.

Tout en se défendant d’être en concurrence avec une mouvance évangélique en forte croissance, elle parie désormais sur une démarche missionnaire pour « passer d’une Eglise de membres à une Eglise de témoins ».

Voir encore:

Etats-Unis : la Cour suprême s’apprête à légaliser le mariage gay
La Cour suprême des Etats-Unis examine mardi la constitutionnalité du mariage homosexuel pour dire si les couples de même sexe peuvent se marier partout dans le pays. Deux ans après le premier round, la plus haute juridiction des Etats-Unis arbitre le second lors d’une audience exceptionnelle de deux heures et demie.
Le Parisien

28 Avril 2015

La Cour suprême des Etats-Unis examine ce mardi, lors d’une audience exceptionnelle de deux heures et demie, la constitutionnalité du mariage homosexuel. Il s’agit de dire si les couples de même sexe peuvent se marier partout dans le pays. Des centaines de militants des deux camps étaient attendus dans la journée devant le temple de la justice.

Une première dans l’UE : le Premier ministre du Luxembourg épouse son compagnon
Plusieurs milliers d’Américains ont déjà manifesté ce week-end à Washington, dont certains ont campé au pied des marches de la haute Cour pour s’assurer une place dans la salle d’audience.

Quatre Etats réfractaires

Légal dans 37 Etats sur 50 (dont certains en appel) ainsi que dans la capitale fédérale Washington, le mariage homosexuel doit encore être reconnu dans tout le pays. C’est ce que réclament des gays et lesbiennes de quatre Etats interdisant le mariage homosexuel, le Tennessee, le Kentucky, le Michigan et l’Ohio. Soutenus par l’administration Obama, les 16 plaignants veulent pouvoir se marier légalement ou voir leur mariage reconnu dans l’Etat où ils vivent. Les quatre Etats incriminés, soutenus par nombre d’organisations religieuses et conservatrices, définissent le mariage comme l’union entre un homme et une femme, refusent de marier des hommes entre eux ou des femmes entre elles, et ne reconnaissent pas le mariage homosexuel lorsqu’il a été légalement célébré ailleurs.

Les quatre Etats visés arguent de leur droit à protéger la définition traditionnelle du mariage, pour «respecter la complémentarité biologique des deux sexes» dans l’éducation des enfants et dans la société. De leur côté, les plaignants ne voient rien d’autre qu’une discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. «Quelles que soient les limites imposées au droit à se marier, le genre des conjoints ne peut pas être l’une d’elles», arguent les couples du Michigan. Ils jugent aussi que les quatre Etats violent leur liberté de voyager en refusant de reconnaître leur mariage lorsqu’il a été légalement célébré.

Trois questions pour les neuf Sages

Pour savoir si elle légalise le mariage gay sur tout le territoire américain, la haute Cour se demandera d’abord si le 14e Amendement de la Constitution exige d’un Etat qu’il unisse par les liens du mariage les couples de même sexe. Dans un deuxième temps, elle déterminera si le même Amendement requiert qu’un Etat reconnaisse un mariage homosexuel légalement célébré dans un autre Etat. Dans les deux cas, elle s’appuiera sur le principe d’égalité de tous devant la loi et sur le droit fondamental au mariage. Sur la base du principe de «rationnalité», les neuf sages se demanderont également si un Etat a un intérêt légitime à interdire le mariage des couples de même sexe ou si c’est purement arbitraire.

Fin juin 2013, la Cour suprême a abrogé une partie d’une loi fédérale qui définissait le mariage comme l’union entre un homme et une femme, ouvrant de facto les droits fédéraux à la retraite, à la succession ou aux abattements fiscaux à tous les couples légalement mariés, qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels. Mais le mariage restait du ressort des Etats. Or la haute Cour protège traditionnellement les principes de fédéralisme.

Une marche arrière difficile

D’avis d’experts, la reconnaissance du mariage pour tous à l’échelle du pays semble désormais «inévitable». Traditionnel défenseur des droits homosexuels, le juge conservateur Anthony Kennedy devrait rejoindre les quatre juges progressistes de la haute Cour pour valider le mariage homosexuel au niveau national.

Ces dernières années, la haute Cour américaine, pourtant à majorité conservatrice, a confirmé toutes les décisions judiciaires en faveur des unions des couples de même sexe, «ce qui rend une marche arrière vraiment difficile», estime Steven Schwinn, professeur de la John Marshall Law School.

Cette controverse sur la mariage gay présente un caractère historique. Plus de 150 argumentaires ont été déposés – un record – dont une vingtaine par les deux parties. Sur ces argumentaires, 78 soutiennent les plaignants homosexuels, dont l’administration Obama ; 67 prennent position pour les Etats, dont la Conférence des évêques des Etats-Unis.

Voir de même:

Luxembourg : le Premier ministre épouse son compagnon
B.W avec AFP

Europe 1

15 mai 2015

INÉDIT – Le Premier ministre luxembourgeois s’est marié avec son compagnon, une première pour un chef de gouvernement de l’Union européenne.
Le Luxembourg a célébré une grande première. Le Premier ministre libéral du Luxembourg Xavier Bettel a épousé vendredi son compagnon belge Gauthier Destenay. Il est ainsi devenu le premier dirigeant uni par les liens d’un mariage homosexuel dans l’Union européenne. « Le Luxembourg donne l’image d’un pays en avance sur les questions de société. C’est un message envoyé à un moment où l’homophobie est en train de monter en Europe » », a insisté Charles Michel, le Premier ministre belge.

Le mariage homosexuel légalisé en 2014. Xavier Bettel et Gauthier Destenay, tous deux en costumes sombres, sont arrivés en marchant, la main dans la main. Deux cent personnes étaient présentes devant l’hôtel de ville de Luxembourg et ont applaudi le couple à son arrivée. Les mariés sont revenus sur le perron pour les saluer après la cérémonie et ont eu droit à un lancer de riz. Le jeune Premier ministre, 42 ans, avait fait savoir en août 2014 son intention de se marier avec Gauthier Destenay, un architecte belge. L’annonce était intervenue deux mois après l’adoption à une très large majorité de la législation autorisant le mariage et l’adoption pour les couples du même sexe au Luxembourg.

« Tu dois être honnête avec toi-même ». Xavier Bettel a été nommé chef du gouvernement fin 2013. Il n’a jamais caché son homosexualité à ses compatriotes. « J’aurais pu le cacher, ou le refouler et être malheureux toute ma vie. J’aurais pu avoir une relation avec quelqu’un de l’autre sexe et avoir des relations homosexuelles en cachette. Mais je me suis dit : si tu veux faire de la politique et être honnête en politique, tu dois être honnête avec toi-même et donc t’accepter toi-même », a-t-il expliqué sur la chaîne de télévision belge RTBF. Le Luxembourgeois n’est cependant pas le Premier chef de gouvernement homosexuel à se marier en Europe. La Première ministre islandaise Johanna Sigurdardottir, au pouvoir depuis 2009, a épousé sa compagne en 2010, mais l’Islande n’est pas membre de l’UE.

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Exclu Gala – Alex Goude: « Avec Romain, on aime­rait un second enfant »
L’anima­teur raconte son homo­pa­ren­ta­lité
Séverine Servat

Gala

22 mai 2015

Alex Goude, anima­teur de La France a un incroyable talent, dévoile sa vie privée. Comme un acte mili­tant. Avec Romain, son mari et amou­reux depuis cinq ans, ils ont eu un fils, Elliot, né par mère porteuse aux États-unis. Rencontre dans leur home sweet home, à Las Vegas.

Du centre-ville truffé de casi­nos, il faut quinze minutes pour arri­ver devant la maison du trublion de M6 située dans un coquet lotis­se­ment de Las Vegas. Deux voitures, dont une imma­tri­cu­lée au nom de son chien, une piscine entou­rée de palmiers fichés sous le soleil de plomb de la ville, deux chambres d’amis et un écran de télé­vi­sion géant exté­rieur signent l’abou­tis­se­ment du rêve améri­cain d’Alex Goude. Voici deux ans qu’il s’est installé à Las Vegas et prend l’avion pour tour­ner ses émis­sions en France. Dans un tran­sat, son fils Elliot, trois mois. Un tableau ordi­naire, sauf qu’El­liot a la parti­cu­la­rité d’avoir deux papas. Alex est marié à Romain, trente ans, et l’en­fant du couple est né par gesta­tion pour autrui. Cette démarche, inter­dite en France, pousse plus loin le débat autour des droits des homo­sexuels. Que penser de ce tableau de famille 2.0, homo­pa­ren­tal, qui oscille entre conte de fées contem­po­rain et étran­geté assu­mée ? Lorsque la nais­sance s’af­fran­chit des lois de la nature, que reste-t-il de nos repères ? L’ani­ma­teur livre ses convic­tions.

Gala : Pourquoi choi­sir, aujourd’­hui, de parler de votre vie privée ?

Alex Goude : Pour fêter les deux ans du mariage homo­sexuel léga­lisé en avril 2013. Et puis, je suis très heureux, alors ça donne envie de faire bouger les menta­li­tés. Mon mari et moi sommes venus vivre à Las Vegas pour être libres d’avoir l’en­fant que nous n’au­rions pas pu avoir en France. À Paris, on a parfois l’im­pres­sion qu’il ne faut être ni juif ni noir, ni arabe ni homo­sexuel. Je ne supporte plus le refus de l’autre. J’en ai assez qu’on dise à Romain de féli­ci­ter sa femme pour la nais­sance. Moi-même je devrais me taire. Eh bien non. Je le reven­dique : nous sommes deux hommes, nous avons fait un enfant et ça se passe bien.

Gala : S’as­su­mer et s’y tenir, c’est un long chemi­ne­ment ?

A. G. : On n’ima­gine pas à quel point. Jusqu’à vingt-cinq ans, je pensais que j’étais hété­ro­sexuel,  j’avais du succès avec les filles, je devais me fian­cer, avoir des enfants comme tout le monde. Puis tout a basculé.

Gala : Vous avez réalisé que ce ne serait pas votre destin ?

A. G. : Oui, j’ai pris des cours de théâtre et à force d’en­dos­ser des person­na­li­tés diffé­rentes, je me suis libéré. Un jour, j’ai embrassé un homme. Le lende­main, j’ai pleuré toute la jour­née, sous le choc. L’his­toire d’amour a duré six mois. J’ai à nouveau aimé des femmes et puis fina­le­ment mon choix s’est à nouveau porté sur un homme.

Gala : Vous l’avez annoncé à vos parents ?

A. G. : Mon père était tombé dans l’al­cool. On ne se parlait plus (le père d’Alex est décédé des suites de son alcoo­lisme). Pour ma mère, qui m’avait connu hétéro, c’était dur à imagi­ner. J’étais son fils unique, elle a pensé qu’elle ne serait jamais grand-mère. Aujourd’­hui elle est heureuse, la vraie ‘Lady Gaga’, c’est elle.

Gala : Le grand public, lui, n’en a jamais rien su…

A. G. : Ma chaine, M6, en tout cas, est au courant et assume. Je n’au­rais jamais parlé de ma vie privée si je ne rece­vais pas sans arrêt, via les réseaux sociaux, des témoi­gnages de jeunes gays déses­pé­rés.

Gala : Vous les écou­tez?

A. G. : Mieux: je leur réponds. L’ho­mo­sexua­lité est encore lour­de­ment stig­ma­ti­sée. En Espagne en 2005 ou au Portu­gal en 2010, la léga­li­sa­tion du mariage est passée en douceur. En France, le débat a été instru­men­ta­lisé. Les gens sont sortis défi­ler en assu­mant leur homo­pho­bie. A ce moment, des adoles­cents me disaient « mes parents me forcent à mili­ter avec eux, ils ne savent pas que je suis homo ». C’était choquant. Qu’est-ce que les parents d’un enfant de six ans qu’on emmène défi­ler savent de la voie qu’il emprun­tera plus tard? Si je peux montrer qu’on réus­sit à fonder une famille malgré tout, alors je le fais.

Gala : Votre enfant est né d’une mère porteuse. Vous auriez pour­tant pu recou­rir à l’adop­tion…

A.G. : En tant que céli­ba­taire oui, mais pas en tant que couple. Pour être en mesure d’adop­ter, en France, aujourd’­hui, on doit taire son homo­sexua­lité. Je n’avais pas envie de mentir. Et puis c’est vrai que Romain et moi, rêvions d’un lien du sang.

Gala : Vous aviez des exemples autour de vous ?

A.G. : Bien sûr. Au sein du show­biz français, nous ne sommes pas les seuls à avoir eu recours à la gesta­tion pour autrui, mais le sujet est tabou. D’au­tant qu’on doit partir à l’étran­ger pour le faire. Aux États-Unis, où la gesta­tion pour autrui (GPA) est légale, les profes­sion­nels ont plus de vingt-cinq ans de recul sur le sujet. Et les enfants, une fois adultes, vont bien. Nous avons fait appel à une agence sérieuse.

Gala : Pour bien comprendre, quel est le proto­cole à suivre ?

A.G. : On l’a débuté avant même de se marier, en mars 2013. D’abord, il faut répondre à des ques­tions sur son couple avec un psy, une démarche que jamais aucun parent biolo­gique n’a évidem­ment à subir pour mettre au monde un enfant. Puis s’in­for­mer des impli­ca­tions psycho­lo­giques qui sont assez complexes, c’est vrai. Il faut être très clair : deux hommes ne peuvent pas faire un enfant. Le tiers, c’est la mère, et on doit respec­ter son rôle. On choi­sit alors une donneuse d’ovule, et une mère porteuse, qui est une personne diffé­rente de la donneuse d’ovule.

Gala : A ce moment, quels ont été vos critères de choix?

A. G. : Romain et moi avons choisi la donneuse qui parais­sait le mieux dans sa peau. Ensuite, nous avons aussi choisi, par goût, une personne aux yeux bleus (ndlr : Elliot a les yeux clairs) comme plusieurs personnes de nos familles respec­tives. C’est une jeune femme qui travaille dans la mode, une yuppie, qui a déjà donné ses ovules à deux autres couples. Elle est dans une démarche altruiste.

Gala : Mais la mère porteuse, elle fait ça pour l’argent, non?

A. G. : Le recours à la GPA pour un couple coûte très cher, mais dans tout le proces­sus, celle qui touche le moins d’argent, c’est la mère porteuse. Elle gagne moins que l’avo­cat, le méde­cin ou l’agence. La nôtre est noire – déjà maman parce que c’est la condi­tion pour porter le bébé d’un autre – et suit des études de psy. Elle avait déjà porté un enfant pour un autre couple. Nous sommes deve­nus amis après avoir commu­niqué avec elle par Skype tout le temps de la gros­sesse. D’après les psys, l’enfant, plus tard, est moins atta­ché à la donneuse d’ovule qu’à la mère porteuse. Cette dernière nous a déjà dit qu’elle voudrait porter notre deuxième enfant. Je comprends le débat autour de la marchan­di­sa­tion des corps, mais dans les faits, ça ne se passe pas comme ça.

Gala : Comment vos voisins prennent-ils votre famille atypique?

A. G. : Sans préju­gés. On se reçoit les uns les autres pour des barbe­cues. Et nous veillons à garder des réfé­rents fémi­nins avec ma mère, celle de Romain, ma tante et sa fille, qui habitent près de chez nous à Las Vegas.

Gala : Comment envi­sa­gez-vous la suite ?

A.G. : On n’a pas voulu savoir si Elliot est mon fils ou celui de Romain. Mais on aime­rait avoir un second enfant et qu’il soit de l’autre papa, c’est ce qu’on a demandé au méde­cin.

Gala : Vous n’avez pas l’im­pres­sion de propo­ser une sorte de monde virtuel, de labo­ra­toire expé­ri­men­tal ?

A.G. : Ecou­tez, pour être clair, quand on est là en train de se tripo­ter devant une éprou­vette pour avoir un bébé alors que c’est tout simple pour les hété­ros, bien sûr, on voit bien que ce n’est pas natu­rel. Mais dans 99% des cas, les psys disent que ce que l’en­fant retient, in fine, c’est la volonté farouche qu’ont eue ses parents de l’avoir.

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En Allemagne, une femme de 65 ans, mère de 13 enfants, donne naissance à des quadruplés
AFP/ RTL

23 mai 2015

Une Allemande de 65 ans, mère de 13 enfants et grand-mère de 7 petits-enfants, a accouché de quadruplés « pas complètement développés » à Berlin, un cas controversé mêlant médecine et téléréalité qui relance le débat sur les grossesses tardives.

Annegret Raunigk, qui a procédé à des fécondations in vitro en Ukraine, est désormais la mère de quadruplés la plus âgée au monde, selon la chaîne de télévision RTL, détentrice des droits exclusifs sur cette grossesse hors normes.

Les bébés prématurés, trois garçons et une fille, sont nés mardi par césarienne, après seulement 26 semaines de grossesse. Ils ont été placés en couveuse mais ont « de bonnes chances de survivre », selon un communiqué de RTL.

« Toutefois, les bébés, par comparaison avec une naissance normale dans la 40e semaine de grossesse, ne sont pas encore développés complètement. D’éventuelles complications ne peuvent donc pas être complètement exclues », poursuit la chaîne.

Annegret Raunigk, enseignante d’anglais et de russe qui doit prendre sa retraite à l’automne, avait effectué de multiples tentatives en Ukraine avec un donneur et une donneuse anonymes. La dernière tentative s’est avéré un succès puisque les quatre ovules implantés avaient été fécondés.

Malgré des conditions exceptionnelles, « la grossesse s’est déroulée étonnement sans problèmes », assure RTL, sur la foi des témoignages de médecins qui l’ont prise en charge.

Cette femme élégante, les cheveux roux et une fine paire de lunettes sur les yeux, n’en est pas à sa première grossesse tardive. En 2005, alors âgée de « seulement » 55 ans, elle avait mis au monde une petite fille.

C’est d’ailleurs pour répondre au souhait de sa dernière fille d’avoir un petit frère ou une petite sœur qu’elle a décidé de retenter une insémination artificielle, a-t-elle expliqué. Nés de 5 pères différents, les autres enfants d’Annegret Raunigk ont déjà tous quitté le domicile maternel.

Avant même de naître, Neeta (655 g, 30 cm), Dries (960 g, 35 cm), Bence (680 g, 32 cm) et Fjonn (745 g, 32,5 cm) ont suscité un vif intérêt médiatique en Allemagne. Il faut dire que la chaîne de télévision privée, qui diffuse nombre d’émissions de téléréalité et de télécrochet, s’est assuré les droits exclusifs sur cette histoire rocambolesque.

C’est la chaîne qui avait d’ailleurs révélé cette grossesse en avril.

Après avoir suivi Annegret Raunigk ces derniers mois sous la forme d’un « journal de grossesse », RTL a promis de poursuivre l’histoire, même si elle assure qu’aucun tournage n’a eu lieu dans l’hôpital où sont nés les bébés.

La chaîne a également précisé que la mère ne répondrait à aucune demande d’interview d’autres médias.

Lors de la révélation de cette grossesse extraordinaire, la Berlinoise n’avait accordé d’entretien qu’à la chaîne RTL et au quotidien à grand tirage Bild qui l’avait fait poser en Une sous le titre: « J’ai 65 ans et j’attends des quadruplés ».

Annegret Raunigk n’en est pas à sa première coopération avec le groupe RTL. Il y a dix ans, elle avait déjà négocié un contrat d’exclusivité avec la chaîne et le journal Bild pour la naissance de sa fille.

Interviewée en avril, la Berlinoise avait balayé les critiques sur son manque de responsabilité, notamment sur le fait qu’elle aura plus de 70 ans quand les enfants entreront à l’école. « On ne peut jamais savoir ce qui va se passer. Il peut aussi se passer des choses à 20 ans », avait-elle argumenté, affirmant que c’était à chacun de décider pour soi-même de devenir parent.

« Les enfants me permettent de rester jeune », avait-elle lancé.

Ces dernières années, plusieurs cas de grossesse tardive ont attiré l’attention, notamment en Italie. En Allemagne, la chanteuse italienne très populaire Gianna Nannini avait aussi retenu l’attention en 2010 en mettant au monde une petite fille à l’âge de 56 ans.

Voir également:

Mère de quadruplés à 65 ans  : l’indignation du professeur Nisand
Une femme de 65 ans, ayant recours à une fécondation in-vitro en Ukraine, a donné naissance à quatre enfants prématurés en Allemagne. «  Il ne faut surtout pas y voir un exploit. On est juste dans la médecine du fric et de l’irresponsabilité » , dénonce  le professeur Israël Nisand , chef du pôle de gynécologie-obstétrique du CHRU de Strasbourg,

La Croix

23/5/15

Le professeur Israël Nisand dénonce avec force le recours à une fécondation in vitro chez cette femme de 65 ans, mère de quadruplés.

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Chef du pôle de gynécologie-obstétrique du CHRU de Strasbourg, le professeur Israël Nisand cite spontanément Rabelais pour exprimer sa consternation après l’annonce, samedi 23 mai, de l’accouchement d’une Allemande de 65 ans, qui a mis au monde quatre enfants très prématurés. Le cas de cette sexagénaire, Annegret Raunigk, déjà mère de 13 enfants et grand-mère de 7 petits-enfants, avait défrayé la chronique en avril lors de l’annonce de sa grossesse. Après cet accouchement, elle est désormais la mère de quadruplés la plus âgée au monde. «  Il ne faut surtout pas y voir un exploit, ni un record à célébrer. Et les médecins, qui l’ont aidé dans cette démarche, n’ont pas de quoi être fiers. On est juste dans le champ de la médecine du fric et de l’irresponsabilité  », s’agace le professeur Nisand.

«  Ils iront à l’école avec une mère qui aura plus de 70 ans »
Les bébés prématurés, trois garçons et une fille, sont nés mardi par césarienne, après seulement 26 semaines de grossesse. Ils sont dans en situation de grande prématurité et ont été placés en couveuse. « Une naissance à 26 semaines de grossesse expose les enfants à des handicaps qui peuvent être lourds. Et même si tout se passe bien pour eux, il faut songer à leur vie plus tard », explique le professeur Nisand. «  Ils iront à l’école avec une mère qui aura plus de 70 ans », ajoute-il. Interviewée en avril sur ce thème, Annegret Raunigk, avait rejeté les critiques sur son manque de responsabilité « On ne peut jamais savoir ce qui va se passer. Il peut aussi se passer des choses à 20 ans », avait-elle estimé affirmant que c’était à chacun de décider pour soi-même de devenir parent. « Les enfants me permettent de rester jeune », avait-elle ajouté.

Un enfant après 40 ans
Une fécondation in-vitro en Ukraine
Cette enseignante d’anglais et de russe, qui doit prendre sa retraite à l’automne, s’est rendue en Ukraine pour de multiples tentatives de fécondation in-vitro avec un donneur et une donneuse anonymes. La dernière tentative s’est avérée être un succès puisque les quatre ovules implantés ont été fécondés. « Il n’existe malheureusement aucune réglementation internationale permettant d’éviter ce type de bavures médicales, indique le professeur Nisand. On arrive forcément à des dérives quand la médecine emprunte des chemins dévoyés et que des praticiens se comportent comme des prestataires de service avec pour seul principe que celui ou celle qui paie peut tout avoir  ».

Des pays connus pour accepter ces pratiques
Selon le professeur Nisand, plusieurs pays sont connus pour abriter certains médecins qui acceptent de favoriser ces grossesses tardives via les techniques d’assistance médicale à la procréation. «  C’est le cas de l’Ukraine, de la Grèce et surtout de la Turquie. Sinon, il y a aussi l’Inde où quelques médecins peuvent accepter de faire des choses très déraisonnables », indique le médecin, en se félicitant de l’existence en France des lois de bioéthiques qui s’opposent à ces pratiques.

En France, des techniques réservées aux couples « en âge de procréer »
En France, les techniques d’assistances médicales à la procréation (AMP) sont réservées aux couples confrontées à une infertilité médicalement constatée ou pour éviter la transmission d’une maladie grave. La loi ne fixe pas un âge limite précis au delà duquel il n’est plus possible de bénéficier de ces techniques. Elle stipule simplement que le couple (un homme et une femme) doit être en « âge de procréer ». Ce sont donc les médecins qui décident à partir de ce critère. Une autre limite est le fait que l’assurance-maladie ne prend pas en charge une fécondation in-vitro pour une femme au delà de l’âge de 43 ans. Les médecins, en pratique, ne prennent pas non plus en charge les couples dans lesquels l’homme à dépassé 60 ans.

En 2009, une mère de triplés à 59 ans à Paris
En France, ce débat sur les grossesses tardives, favorisées par la médecine, s’était posé en septembre 2008. Une femme de 59 ans avait alors donné naissance à Paris à trois enfants, conçus via une FIV au Vietnam. L’implantation de ces trois embryons avait été, à l’époque, qualifiée de « faute médicale », par le professeur René Frydman, interrogé par la Croix, « Néanmoins, nos services accueillent de plus en plus souvent des femmes enceintes de 45 ans ou plus Elles se rendent principalement en Espagne ou en Belgique, là où le don d’ovocyte est plus répandu puisqu’il est rémunéré 900 €, ou encore en Grèce, à Chypre ou en Ukraine », expliquait alors le célèbre gynécologue-obstétricien, alors chef de service à la maternité de l’hôpital Antoine-Béclère à Clamart.

Voir encore:

L’autoconservation des ovocytes ou la tentation de s’affranchir du temps
Aux États-Unis, les entreprises Apple et Facebook ont annoncé qu’elles couvriraient les frais engagés par leurs salariées qui souhaitent reporter leur projet de grossesse au-delà de 40 ans en ayant recours à la congélation de leurs ovocytes. Une possibilité interdite en France, mais réclamée par certains.

Flore Thomasset

La Croix

27/10/14

Aux États-Unis, certains n’hésitent pas à parler d’une «révolution» comparable à celle que fut, dans les années 1970, l’arrivée de la pilule. L’autoconservation des ovocytes permet à une jeune femme de faire prélever ses ovocytes, notamment quand sa fertilité est maximum, vers 20 ou 30ans, puis de les congeler. Plus tard, vers 40 ou 50ans, elle pourra les faire décongeler, féconder in vitro puis se les voir réimplanter pour commencer sa grossesse.

La technique est pratiquée depuis plusieurs années outre-Atlantique, où elle est en vogue. Mais deux grandes entreprises, Facebook et Apple, viennent d’y apporter un nouvel élan, en annonçant, comme d’autres avant elles, qu’elles prendraient en charge à hauteur de 20000 dollars (16 000€) les traitements contre l’infertilité de leurs salarié(e)s, y compris l’autoconservation des ovocytes  (lire La Croix du 20 octobre)  .

À l’heure où l’âge du premier enfant ne cesse de reculer, où les relations amoureuses sont de plus en plus chaotiques et les ruptures tardives, les femmes y ayant recours se disent libérées de la pression de «l’horloge biologique» et de l’obligation, à 30 ou 35ans, de trouver «absolument» un père pour leur enfant. Surtout, les trentenaires entendent ainsi s’investir pleinement dans leur vie professionnelle, sans être freinées dans leur ascension par la maternité : plutôt que de choisir entre l’une et l’autre, elle diffère la seconde. Les entreprises, évidemment, y trouvent aussi leur compte.

Combien de femmes ont déjà eu recours à cette technique, autorisée aux États-Unis, mais aussi en Espagne, en Belgique, en Italie ? Dans la presse américaine, médecins et laboratoires parlent de 2 000 à 5 000 bébés nés. Dans un article publié dans BusinessWeek en avril, le New York University Fertility Center assurait procéder à 5 à 10ponctions par semaine.

En 2013, l’autoconservation représentait le tiers de leur «business». Car c’est bien de cela qu’il s’agit : aux États-Unis, l’ensemble de la procédure (stimulation hormonale, suivi médical, ponction des ovocytes, vitrification) coûte entre 10 000 et 15 000 dollars (entre 7 900 € et 11 800€), auxquels il faut ajouter 500 à 1000 dollars (393€ à 786€) par an pour la conservation. Sur une dizaine d’années (prélèvement avant 35ans, grossesse avant 45ans), le procédé revient donc très cher.

Et en France, qu’en est-il ? L’autoconservation «sociétale» ou «pour convenance» est interdite. En revanche, elle est autorisée pour raisons médicales, depuis la loi de bioéthique de 2011. Ainsi, elle est régulièrement pratiquée quand une femme est soumise à des traitements qui peuvent rendre infertiles, comme une chimiothérapie. La loi autorise aussi l’autoconservation pour les femmes donnant leurs ovocytes : une partie du prélèvement est donnée, l’autre est conservée pour son propre et éventuel futur usage. Cette mesure, qui n’est cependant pas appliquée faute de décret, a été décidée pour favoriser le don d’ovocytes, qui connaît une pénurie en France.

Pour le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), l’autoconservation ne peut être un élément de marchandage en échange du don, elle doit être ouverte à toutes les femmes.

En décembre 2012, le CNGOF a officiellement pris position en ce sens, estimant que cette technique est, «avec le don d’ovocytes, la seule méthode de traitement de l’infertilité réellement efficace à 40 ans et plus». «Il y a un fait de société majeur et largement sous-estimé qui est le retard de la procréation, explique son président, Bernard Hédon. Nous ne cessons de recevoir dans nos cabinets des femmes de 40 ans passés qui, bien qu’elles aient su qu’il ne fallait pas trop attendre pour concevoir, n’ont pas pu le faire avant. On les engage alors dans des processus de FIV (fécondation in vitro) complexes, coûteux et qui sont loin de donner toujours des résultats.»

Plus qu’une affaire de relations ou de carrière, c’est selon lui, plus globalement, une question de mentalité : «Aujourd’hui, quand une femme de 25 ans devient enceinte, on lui dit qu’elle est bien jeune pour cela, remarque-t-il. Or, c’est pourtant le bon âge, d’un point de vue biologique. Le message essentiel doit d’ailleurs rester : “Faites des enfants jeunes.” Car la congélation n’offre aucune garantie de grossesse : ce n’est qu’une aide, limitée, quand on n’a pas pu faire autrement.»

Sauf que pour beaucoup de médecins, l’ouverture de cette technique pour convenance envoie justement un message contradictoire. Elle risque de favoriser les grossesses tardives, au-delà de 43ans, à haut risque pour la mère et l’enfant : fausse couche, diabète gestationnel, hypertension… Une des questions posées par cette technique est d’ailleurs : jusqu’à quel âge réimplanterait-on l’ovocyte fécondé ? Des exemples extrêmes de mères accouchant à 60 ans font régulièrement la une des journaux. Le CNGOF, lui, fixe une limite à 45ans, voire 50ans pour une femme qui ne cumule aucun autre facteur de risque.

«On crée l’illusion que la science peut tout, que l’on peut avoir un enfant à n’importe quel âge, alors que la procréation est quand même un processus naturel, déplore Louis Bujan, président de la fédération des Centres d’études et de conservation des œufs et du sperme (Cecos). On crée des besoins qui n’existent pas : certes, l’âge de la maternité recule, mais il y a encore de la marge avant d’en arriver à ces âges-là. Plutôt que d’abonder dans ce sens, il faudrait se poser la question de savoir pourquoi les femmes reculent leurs projets de maternité.»

En janvier 2013, la fédération a pris position contre l’autoconservation pour convenance, insistant notamment sur la question du coût et de la prise en charge : «Cela pose un vrai problème éthique, poursuit Louis Bujan. Étant donné le coût, que l’on pourrait estimer à 3000€ en France, hors fécondation in vitro et réimplantation, toutes les femmes n’y auront pas accès. Faut-il que la Sécurité sociale le prenne en charge ? Et si oui, au détriment de quel autre remboursement ?»

C’est ainsi un véritable choix de société qui est en jeu. L’Observatoire de la parentalité en entreprise ne s’y est pas trompé, son président, Jérôme Ballarin, se disant «choqué» par l’annonce de Facebook et Apple : «C’est en réorganisant la vie professionnelle autour de la vie privée et non en faisant l’inverse que nous construirons une société équitable et épanouie», a-t-il jugé dans un communiqué. Quant à la ministre de la santé, Marisol Touraine, elle a estimé que «le débat est un débat médical, éthique, ça n’est certainement pas un débat pour directeurs de ressources humaines».

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CE QUE DIT LA LOI BIOÉTHIQUE
En juillet 2011, la révision de loi de bioéthique autorise, en France, «la technique de congélation ultra-rapide des ovocytes». En France, le premier bébé conçu après cette technique naît le 4 mars 2012.
Quand une femme donne ses ovocytes, une partie de la ponction peut être conservée pour usage propre : «Lorsqu’il est majeur, le donneur peut ne pas avoir procréé. Il se voit alors proposer le recueil et la conservation d’une partie de ses gamètes (…) en vue d’une éventuelle réalisation ultérieure, à son bénéfice, d’une assistance médicale à la procréation».
En France, le don d’ovocytes souffre d’une pénurie: en 2012, 422 femmes ont fait un don pour près de 800 fécondations in vitro réalisées ; 2 110 couples étaient en attente d’un don d’ovocytes; 164 enfants sont nés suite à une PMA avec un don.

Voir de même:

Sci/Tech/Health Journalism Ethics News :
Daily Media Pick
Same Sex Marriage Study: At least 12 News Outlets retract or add Editor’s Note
Sydney Smith
iMediaethics

May 20, 2015

Since the news broke that a study on same-sex marriage published last year in Science may be based on fabricated information, most of the news outlets that reported on the study have warned readers about the problems with the study they covered.

As iMediaEthics previously reported, one of the study’s co-authors Donald Green issued a retraction request after saying he learned there were problems with his co-author Michael LaCour’s work. While LaCour hasn’t spoken out yet and said he is still working on a response, Green said at first LaCour « confessed to falsely describing at least some of the details of data collection, » Retraction Watch reported. LaCour later said he didn’t fabricate and that instead he can’t find research evidence to support his study.

The discovery was made when two graduate students tried to further the research and encountered problems. For example, when they went to Qualtrics, the company who LaCour said he got the survey data from, Qualtrics said it couldn’t find that data.

A spokesperson for UCLA, where LaCour is a Ph.D. candidate, told iMediaEthics: « UCLA expects its students to demonstrate integrity in all academic endeavors.  UCLA is reviewing allegations regarding data published by UCLA graduate student Michael LaCour.  UCLA will assess these allegations pursuant to UCLA policy and in a manner that provides due process to Mr. LaCour. »

Below, see a collection of editor’s notes added to news reports because of the questions raised by the study.

1. The Washington Post has added an editor’s note to its story: « Editor’s Note: Since the publication of this post on a study examining how easily people’s minds can be changed concerning same-sex marriage, a co-author has disavowed its findings. Donald P. Green is seeking a retraction of the study from the journal Science, which originally published the research. » Science told iMediaEthics it is reviewing the case.

2. US News added this editor’s note to its Dec. 22, 2014 story that reads: « Editor’s Note: The data used in the study recently were found to have been falsified, » linking to its report on the debunking

3. This American Life retracted its report on the Science study. « Our original story was based on what was known at the time, » This American Life‘s Ira Glass wrote in part. « Obviously the facts have changed. We’ll update today as we learn more. The apparent fakery was discovered by researchers at UC Berkeley and Stanford who tried to replicate the findings in the original study. How they figured it out is a great story in itself. »

4. New York Magazine‘s Dec. 11, 2014 story, « A 20-Minute Chat with a Gay Person Made People Much More Supportive of Gay Marriage » now has this note: « (UPDATE: This study has been retracted by Science. Science of Us has posted an explanation here.) »

5. Bloomberg tacked on an editor’s note to its Oct. 6 story, « How do you Change Someone’s Mind About Abortion? Tell Them You Had One. » That reads:

« EDITOR’S NOTE, May 20, 2015: The findings from the field experiment on attitudes toward gay marriage conducted by UCLA graduate student Michael LaCour described below—which were published in the journal Science two months after Bloomberg Politics reported on the research—have been called into question by co-author Don Green, who yesterday requested that the journal retract the article. ‘Michael LaCour’s failure to produce the raw data,’ Green wrote to the journal’s editors, ‘undermines the credibility of the findings.' »

6. BuzzFeed added an editor’s note to its Dec. 11, 2014 story, « Scientists Report Gay People are the Best at Changing Minds on Marriage Equality. » It states: [Update: The study described in the article below was retracted in May 2015 after the lead author said his co-author faked data. BuzzFeed News reports here.]

7. Business Insider‘s May 12, 2015 story, « How to convince anyone to change their mind on a divisive issue in just 22 minutes — with science, » has this update.  « *Update 5/20: While trying to follow up on the study cited in the story below, researchers have found that some of the data in the original study was falsified. The authors say they’ve requested that the paper be retracted from the journal Science. »

8. Vox retracted its story on the study earlier today, warning readers « don’t believe » it.

9. The New York Times added an editor’s note to its two stories on the study, a spokesperson for the newspaper told iMediaEthics. The editor’s note on The New York Times‘ Dec. 12, 2014 story, « Gay Advocates Can Shift Same-Sex Marriage Views, »  and the New York Times’ Dec. 18 story, « How Same Sex Marriage Effort Found a Way Around Polarization » reads:

« An article on Dec. 12, 2014, reported on a study published by the journal Science that said gay political canvassers could change conservative voters’ views on gay marriage by having a brief face-to-face discussion about the issue. The editor in chief of the journal said on Wednesday that the senior author of the study had now asked that the report be retracted because of the failure of his fellow author to produce data supporting the findings. »

New York Times public editor Margaret Sullivan told iMediaEthics she doesn’t plan to address this issue in her blogs or columns and pointed us to the Times‘ PR.

10. The Los Angeles Times added a note to its Dec. 12, 2014 article « Doorstep visits change attitudes on gay marriage. » That update, at the bottom of the article, states: « May 20, 2015: Science published an ‘Expression of Concern’ about the study reported on here. ‘Serious questions have been raised about the validity’ of the report, which claimed that skeptics of same-sex marriage could be persuaded to accept it after talking with a gay lobbyist for 20 minutes. One of the study’s co-authors, Donald Green, said he no longer has confidence in the data and has requested that the study be retracted. Read our full story here. »

The Los Angeles Times also posted a follow-up story on the news, a spokesperson for the newspaper told iMediaEthics.

11. Mother Jones added an update to its Dec. 18, 2014 story, « How a 20-Minute Conversation Can Convince People with Anti-Gay Views to Change Their Mind, a spokesperson for the magazine told iMediaEthics. The update reads: « The following study was retracted following allegations the data had been faked by a co-author. « I am deeply embarrassed by this turn of events and apologize to the editors, reviewers, and readers of Science, » author Columbia University political science professor Donald Green said. The original article follows but be forewarned that its contents are no longer credible given this revelation. »

12. The Wall Street Journal posted this « note to readers » on its Feb. 25, 2015 story, « Gay Marriage: How to Change Minds. »

« NOTE TO READERS: According to an Associated Press report, data in the Science magazine study to which the article below alludes have come under question, as one of the authors of the study has asked the magazine to retract it. Read the article. »

UCLA and Columbia issued a press release last year touting the study.  iMediaEthics has written to Columbia for comment.

Other outlets that reported on the study without adding a flag to readers about the study’s retraction request as of 3 PM EST are:

UPDATED: 5/20/2015 5:57 PM EST Added responses from UCLA, additional info from the New York Times

UPDATED: 5/20/2015 8:32 PM EST Added response from the Los Angeles Times

UPDATED: 5/21/2015 12:42 PM EST Updated with notes from Mother Jones and Wall Street Journal

Voir de plus:

Des poupées sexuelles touchantes

  21/05/2015

ART – Voilà une artiste dont les muses sont assez surprenantes. À travers une série de clichés, la photographe new-yorkaise Stacy Leigh a souhaité montrer que des poupées sexuelles en caoutchouc pouvaient être touchantes.

Si à première vue, les images peuvent paraître glamour et sexy, il suffit de les observer de plus près pour que cette dimension charmante s’amenuise. Le maquillage, les vêtements et la position des poupées… Tout est mis en scène pour qu’elles ressemblent le plus possible à de véritables femmes.

À l’origine, ces poupées pour adulte grandeur nature sont conçues pour donner du plaisir, mais elles servent aussi à apporter de la compagnie. Stacy Leigh l’explique elle-même au site du Mirror: « L’homme et la femme utilisent tous les deux ces poupées pour remplacer un compagnon humain, que ce soit par choix ou par nécessité. Je pense qu’il n’y a aucun inconvénient à cela, surtout si les journées en deviennent plus supportables ». Au total, Stacy Leigh en possède 12, qui valent chacune 4000 livres sterling (5630.80 euros).

Si la série de photos s’intitule « Américains moyens« , c’est parce que l’artiste de 43 ans tient à interpréter une certaine réalité selon laquelle les humains artificiels finiront par faire partie de notre quotidien.

« Mes photos concernent la vie, les relations amoureuses et la sexualité. Les poupées repoussent certaines personnes, tandis que d’autres sont empathiques envers elle. Au fur et à mesure que le monde devient plus numérique et moins personnel, il sera de plus en plus banal que des poupées et des robots soient utilisés en tant que substituts pour les relations amoureuses. Je peux uniquement espérer que mes photos déclenchent une émotion ou une connexion chez le spectateur« .

Celle qui s’auto-décrit comme une « peintre frustrée » raconte comment elle en est arrivée à utiliser des poupées gonflables comme modèles il y a 10 ans, après avoir regardé une série documentaire télévisée sur HBO, « Real Sex« . Au départ, elle reconnaît que c’était plutôt effrayant.

« Elles avaient un effet étrange sur moi. J’étais empathique à leur égard parce qu’elles avaient l’air si réelles, mais je me suis aussi sentie très mal à l’aide, je sentais qu’elles étaient en train de m’observer », confie-t-elle à nos confrères du Huffington Post américain. Avant d’ajouter: « J’ai ressenti le besoin de montrer à quoi elles ressembleraient si elles étaient intégrées dans notre société ».

Jusqu’ici, les poupées gonflables sexuelles n’avaient rien d’humain. Mais plus elles deviennent réalistes, plus leur popularité augmente. « Les clients peuvent choisir de personnaliser absolument tout, qu’il s’agisse de la couleur des cheveux, des yeux et de la peau, de la taille des seins, et même de la forme et du style du vagin », peut-on ainsi lire sur le DailyMail. Inquiétant, vous avez dit?

Voir par ailleurs:

Dans un accord bilatéral, le Saint-Siège reconnaît « l’Etat de Palestine »
Sixtine Dechancé
La Vie

13/05/2015

Dans un accord bilatéral conclu ce 13 mai avec la Palestine, le Saint-Siège reconnaît clairement « l’État de Palestine ». La signature définitive du texte, qui établit une reconnaissance juridique de l’Eglise catholique dans les territoires palestiniens, devrait avoir lieu dans les jours à venir.

Le président palestinien Mahmoud Abbas sera en effet présent au Vatican les 16 et 17 mai, où il assistera à la canonisation de deux palestiniennes, la carmélite Mariam Bawardi et Soeur Marie-Alphonsine Ghattas, co-fondatrice de la congrégation des Soeurs du Rosaire. Toutes deux nées au XIXe siècle, elles deviendront les premières saintes palestiniennes de l’époque contemporaine. Le patriarche latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal, a souligné l’importance de cet événement, « signe d’espoir » pour la Terre Sainte et le Moyen-Orient « déchirés par la guerre ».

Le texte, qui attend encore d’être signé, est le fruit d’un long travail entre le Saint-Siège et l’autorité palestinienne, depuis l’accord initial qui les a liés en février 2000. Il s’agissait alors de garantir sur le territoire palestinien la liberté de religion et l’égalité devant la loi des institutions et des fidèles de toutes confessions, ainsi que le libre accès aux lieux saints. Ces dispositions sont renforcées dans le nouvel accord, qui permettra à l’Église, selon Mgr Antoine Camilleri, sous-secrétaire pour les relations avec les États, « d’assurer un service plus efficace à la société ».

La référence explicite à « l’État de Palestine » n’est pas une nouveauté pour le Saint-Siège, qui employait déjà cette expression dans ses communiqués diplomatiques depuis 2012 et plaide depuis longtemps pour la « solution des deux Etats ». Néanmoins, le texte de cet accord bilatéral est appelé à faire jurisprudence.

« Il peut être suivi par d’autres pays, même ceux à majorité musulmane, et il montre qu’une telle reconnaissance [de l’Église] n’est pas incompatible avec le fait que la majorité de la population du pays appartient à une autre religion », a assuré Mgr Camilleri dans une interview à L’Osservatore Romano, le quotidien du Vatican.

Pour François Mabille, spécialiste de la géopolitique vaticane, l’accord est à replacer dans le contexte de crise que subissent les chrétiens au Moyen-Orient : « Une reconnaissance de l’Etat de Palestine par le Saint-Siège est un signe fort envoyé aux pays musulmans. C’est un appel à l’apaisement », interprète-t-il. Bien que la démarche s’inscrive dans la continuité de la politique internationale vaticane, le chercheur y voit une nouveauté : « En règle générale, le Saint-Siège reconnaît des pays qui l’ont déjà été par la communauté internationale et les grandes puissances. C’est bien le style du pape François de bousculer ainsi les habitudes. »

Soulignant dans L’Osservatore Romano « le souhait d’une résolution de la question palestinienne et du conflit israélo-palestinien dans le cadre de la solution des deux Etats », Mgr Antoine Camilleri rappelle également qu’un seul de ces deux Etats existe pour le moment  (Israël). Il réaffirme le souhait du Saint-Siège de voir « l’établissement et la reconnaissance d’un Etat palestinien indépendant, souverain et démocratique ».

Dans le quotidien israélien Haaretz, un membre du ministère des Affaires étrangères critique ce geste du Vatican : « Israël est déçu d’apprendre la décision du Saint-Siège de valider un texte d’accord qui mentionne le terme d' »Etat de Palestine » ». « Ce geste ne fait pas avancer le processus de paix, et éloigne même les autorités palestiniennes d’un retour à des négociations directes et bilatérales. Israël va examiner cet accord et étudier une réaction proportionnée », ajoute-t-il.

Voir aussi:

Exclusive: Obama to back Palestinian state at Security Council – payback for Israel’s right-wing cabinet
DEBKA file

May 6, 2015

US President Barack Obama did not wait for Binyamin Netanyahu to finish building his new government coalition by its deadline at midnight Wednesday, May 6, before going into action to pay him back for forming a right-wing cabinet minus any moderate figure for resuming negotiations with the Palestinians.

Banking on Netanyahu’s assertion while campaigning for re-election that there would be no Palestinian state during his term in office, Obama is reported exclusively by our sources to have given the hitherto withheld green light to European governments to file a UN Security Council motion proclaiming an independent Palestinian state. Although Netanyahu left the foreign affairs portfolio in his charge and available to be filled by a suitably moderate figure as per the White House’s expectations did not satisfy the US President.

The White House is confident that, with the US voting in favor, the motion will be passed by an overwhelming majority and therefore be binding on the Israeli government.

To show the administration was in earnest, senior US officials sat down with their French counterparts in Paris last week to sketch out the general outline of this motion. According to our sources, they began addressing such questions as the area of the Palestinian state, its borders, security arrangements between Israel and the Palestinians and whether or not to set a hard-and-fast timeline for implementation, or phrase the resolution as  a general declaration of intent.

Incorporating a target date in the language would expose Israel to Security Council sanctions for non-compliance.
It was indicated by the American side in Paris that the Obama administration would prefer to give Netanyahu a lengthy though predetermined time scale to reconsider his Palestinian policy or even possibly to broaden and diversify his coalition by introducing non-aligned factions or figures into such key posts as foreign affairs.
At the same time, both American and French diplomats are already using the club they propose to hang over the Netanyahu government’s head for gains in other spheres.

French President Francois Hollande, for instance, the first foreign leader ever to attend a Gulf Council of Cooperation summit, which opened in Riyadh Tuesday to discuss Iran and the Yemen war, used the opportunity to brief Gulf Arab rulers on Washington’s turnaround on the Israeli-Palestinian issue.

And US Secretary of State John Kerry plans to present the Obama administration’s new plans for Palestinian statehood to Saudi leaders during his visit to Riyadh Wednesday and Thursday, May 6-7. Kerry will use Washington’s willingness to meet Palestinian aspirations as currency for procuring Saudi and Gulf support for a Yemen ceasefire and their acceptance of the nuclear deal shaping up with Iran.

Voir également:

Le règne de la vertu – La dictature de Robespierre
Louis Madelin
Revue des Deux Mondes tome 1, 1911

Le 16 germinal an II, Jacques Danton montait à l’échafaud avec ses « complices ; » le 4 du même mois, Jacques Hébert et sa « bande » avaient péri. Seuls, depuis le lamentable effondrement des Girondins, Hébert et Danton gênaient, à des degrés divers, l’omnipotence de Robespierre. Leur sang semblait donc pour longtemps cimenter le pouvoir de Maximilien et je peux dire son sacerdoce ; ce sang impur n’était-il pas offert en holocauste à l’Etre Suprême, trop longtemps offensé par l’athéisme et l’immoralité de ces scélérats ? Les « victoires » du 4 au 16 germinal, ne nous y trompons point, ne sont pas seulement celles d’un homme, ni même d’une politique : voyons-y le passager triomphe d’une secte religieuse. Désormais la « Vertu » l’emporte et, avec elle, Dieu ressuscita. Jusqu’au 9 thermidor, quatre mois durant, la France va connaître le gouvernement le plus singulier et d’ailleurs le plus effroyable, celui qui fera rouler des têtes au nom d’une mission divine.

I
Certes, depuis plus de huit mois, Robespierre semblait l’homme le plus puissant du pays. Après avoir, avec l’appui de Danton, précipité les Girondins du pouvoir, il avait, le 10 juillet 1793, fait éliminer Danton du Comité de Salut public où un instant celui-ci avait paru régner ; Maximilien y avait prudemment, — c’était sa façon, — fait entrer ses amis, puis le 27 juillet, la majorité lui étant assurée, s’y était fait élire. Et depuis lors, il semblait, de cette célèbre salle verte du Pavillon de Flore, où besognait le terrible Comité, dominer la Convention et le pays.

Il s’en fallait cependant qu’avant le printemps de 1794, il pût tout diriger. Il avait dû assister presque impuissant aux « intrigues des factions » et presque à leur triomphe. Plusieurs fois, la Convention avait failli faire rentrer Danton au Comité et sa faction d’indulgens ; par ailleurs, Maximilien avait dû, la rage au cœur, accepter cet opprobre : le triomphe momentané de la faction des exagérés, ces Hébertistes transgressant les dogmes qui lui étaient chers et froissant ses sentimens les plus intimes. Enfin, des provinces où ils desservaient sa politique, les proconsuls l’avaient presque bravé, des « pourris » par surcroît, que son incorruptibilité vomissait et que soutenaient les « factions » de Paris.

Le « règne de la Vertu » ne s’établit donc pas en un jour et il importe de voir de quelle réaction la redoutable dictature parut le fruit : l’Eglise robespierriste avait été militante et même souffrante, avant d’être, pour une heure, triomphante.

Eglise ! Le mot s’impose à nous, mais il avait déjà cours. Son chef et ses apôtres suffisent à marquer d’un caractère vraiment sacerdotal cette singulière confrérie.

Interrogeait-on sur Robespierre un des séides qui l’entouraient, il répondait : Maximilien est l’homme de la vertu.

Il était l’homme de la vertu : probe, chaste, moral, il avait, de l’aveu de Danton, étonné, « peur de l’argent ; » il avait plus peur encore de la femme, et, en ayant la peur, il en avait la haine. Cette phobie était avérée : si, en décembre 1793, une « patriote » pourtant pure, Emilie Laroche, plaide près de lui la cause de Hérault de Séchelles, on écrit : « Il n’y fera pas attention : c’est d’une femme. » Bien au contraire, telle intervention suffirait à perdre le bel Hérault, spécialement haï parce que lui, au contraire, pratique la femme. On dira de Maximilien qu’il est « un prêtre : » par certains côtés il semble plus : quelque moine fanatique persuadé que la femme est « la bête de perdition » destinée à dégrader l’homme et à le faire tomber : il n’a ni épouse ni maîtresse ; il méprise qui se laisse conduire par la maîtresse ou l’épouse : Danton, Hébert, Desmoulins, Tallien, Barras, Fréron encourent à bien des titres sa rancune, mais il déteste spécialement en eux des hommes « avilis » que conduisent des femmes. Mme Roland l’a littéralement exaspéré : nul n’a plus contribué que lui à mener à l’échafaud l’héroïque Manon. C’est lui qui, d’ailleurs, y jettera Lucile Desmoulins qui l’a longtemps cru son ami, et la « veuve Hébert, » après la « veuve Capet. » Et c’est lui encore qui, à la veille de Thermidor, y acheminera, avec une sorte de joie cruelle, cette belle fille de Thérézia Cabarrus, la maîtresse de Tallien. Si, de sa prison, elle réclame moins de gêne : « Qu’on lui donne un miroir, » ricanera-t-il. Et on sent passer, dans cette raillerie, la haine de cette beauté féminine qui a stupidement ensorcelé Tallien, hier « pur. » Il n’est pas jusqu’à sa sœur Charlotte qu’il n’ait, d’une main froide, écartée de sa vie. Pour la première fois, ce pays de France, sentimental et rieur, est gouverné par un ennemi de la femme et du rire.

Il n’est pas laid cependant, ce Maximilien : les demoiselles Duplay, dont il est l’hôte, le trouvent charmant et le lui font bien voir ; la citoyenne Jullien dont, à la vérité, les lettres sont celles d’une fanatique du prophète, lui trouve « les traits doux ; » et, de fait, aucun portrait ne révèle « la figure de chat » dont parle aigrement Buzot. Son portrait par Danloux nous présente un jouvenceau élégant, à la taille mince, aux traits à la vérité un peu forts, le nez et les lèvres trop larges, mais, en dernière analyse, de physionomie fort peu antipathique. Les yeux, sans doute, clignotaient derrière des besicles bleues ; c’était, disait-on, pour ne se point laisser pénétrer : au demeurant, d’une correction parfaite, les cheveux frisés, poudrés, les joues toujours soigneusement rasées, le petit corps maigre bien pris dans une redingote bleue ou marron qu’il porte sur la veste de casimir, chemise brodée à jabots, manchettes toujours blanches, ce sans-culotte se culotte de soie, trop fier pour sacrifier au débraillement républicain. Jusqu’au bout, les effets resteront sans taches, jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à cette horrible matinée du 10 thermidor où il viendra s’échouer, éclaboussé de sang et d’ordure, en lambeaux, sur la table du Comité de Salut public, en attendant l’échafaud : « habit de drap de Silésie taché de sang, » lit-on dans l’inventaire du greffe. Sa chambre aux rideaux bleus, son cabinet, où il peine cependant (car sa littérature sent l’huile), sont toujours bien rangés, — remplis d’ailleurs (plusieurs témoins signalent ce trait) de ses portraits et de ses bustes : on y voit Maximilien « sous toutes les formes. »

Le trait est à retenir. Maximilien est avant tout personnel. Nul n’a porté plus haut l’orgueil d’être soi. « Vertueux, » il a reçu du Très-Haut mission de faire régner la vertu. Infortune affreuse, voici la France aux mains d’un de ces terribles missionnaires qui sévissent de temps à autre pour écraser « les impies » et les « corrompus, » les « Amalécites, » disait Cromwell, bref les « non-conformistes. » Ce sont les pires tyrans. A une mission surnaturelle la nature même doit être sacrifiée : Robespierre lui sacrifiera tout, et d’abord l’amitié, la reconnaissance, la tendresse. De Camille Desmoulins, son vieux camarade de Louis-le-Grand, à la petite Lucile au mariage de laquelle il a servi de témoin ; de Brissot, avec lequel il a probablement grossoyé chez le procureur, à Danton dont il sait fort bien qu’il fut un loyal compagnon de luttes, il n’hésitera jamais à jeter un ami sous le couperet. Sa sœur put penser qu’il l’y voulait envoyer. Au fond, il n’aimait personne, parce qu’il se vénérait.

« Etre atroce qui ment à sa conscience, » a écrit de lui la vindicative Manon Roland. Non ! Il obéit, au contraire, à sa conscience ; pénétrée de sa mission, cette conscience lui commandera la calomnie (contre les Girondins notamment) et jusqu’au faux (s’il s’agit de perdre un Hérault de Séchelles contre lequel il forge une pièce) : c’est qu’il ne s’agit point aux yeux de Maximilien de frapper un ennemi personnel : son ennemi est « l’ennemi de la vertu. »

D’ailleurs, aucun doute : s’il incarne la vertu, il tient la vérité. D’où une sorte de sérénité : celle d’un prêtre infaillible : le caractère frappe, dès 1792, qui l’approche. « Robespierre est un prêtre, » a-t-on écrit alors (probablement le mot est-il de Condorcet) : un prêtre et presque un prophète du nouveau Millénaire. « Il y avait en cet homme-là du Mahomet et du Cromwell, » dit un conventionnel. Du pontife il a l’impassibilité. Certes, il n’est pas immuable, étant, ainsi que l’écrivait récemment un excellent historien, M. Sagnac, « grand opportuniste ; » il n’est pas immuable dans ses attitudes, mais il l’est, au fond, dans l’idée maîtresse de sa vie. Il y croit sincèrement, et sa force est dans sa sincérité. Il n’est pas l’ « hypocrite raffiné » que Bossuet a flétri en Olivier Cromwell. Se tenant pour l’homme de la Liberté, de la République, de la Révolution, il estime en toute candeur que quiconque lui fait obstacle est l’ennemi de la Révolution, de la République et de la Liberté. Or lui fait obstacle quiconque excite sa « bilieuse jalousie : » qui a plus de talent et de succès, plus d’audace et plus d’entregent, lui porte nécessairement ombrage. Sa jalousie inquiète multiplie ses ennemis : ce sont ceux de la Patrie. Celui qui n’est pas avec lui est contre elle.

Le prophète proclame des dogmes. Tout d’abord, la Terreur soutenant la Vertu et la Vertu justifiant la Terreur. Le 25 décembre, le dogme fondamental a été proclamé par le pontife infaillible. « Le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la Vertu ; en révolution, il est à la fois la Vertu et la Terreur. » Certes, il n’a inventé ni le système ni le mot. Dès le 5 septembre, « les sections de Paris » sont venues demander qu’on « plaçât la Terreur à l’ordre du jour » et, depuis l’été de 1793, Fouquier-Tinville expédie à Sanson « gros et petit gibier. » Ce n’est cependant que du jour où la doctrine a été proclamée par l’Incorruptible sainte, pure et indiscutable, que « l’activité du tribunal » a redoublé. Alors commencent les belles fournées de l’hiver de l’an II qui deviendront « magnifiques » une fois les Indulgens supprimés en germinal (155 victimes en germinal, 354 en floréal), et formidables, quand la loi de Prairial, qu’on peut appeler la loi Couthon-Robespierre, permettra à l’accusateur public d’envoyer, en quarante-sept jours, 1 366 « cliens » au « rasoir national. »

Il serait injuste de faire de cet homme le bouc émissaire de la Terreur. Des proconsuls qu’il n’aimait pas, Carrier, Lequinio, Tallien, Barras, Fréron, Fouché, Collot d’Herbois, Javogue, Le Bon, Schneider, faisaient à Nantes, Lorient, Bordeaux, Toulon, Marseille, Lyon, Amis, Strasbourg, tomber des têtes avant que Paris connût « les belles fournées d’aristocrates. » Mais s’il parut un jour les blâmer, c’est moins d’avoir terrorisé, que d’avoir terrorisé « sans vertu. » De toutes parts, le monde infâme que la Terreur exaltait jusqu’à la démence avait les yeux fixés sur lui avec une sorte de gratitude. Tyranneaux subalternes et délateurs immondes l’adoraient parce qu’il leur avait appris que, forgeant des fers et répandant le sang, ils servaient « la Loi, » « la Patrie, » la Vertu » surtout. « Quelles délices tu aurais goûtées, a écrit un de ces misérables, Achard (de Lyon où l’on mitraille) : quelles délices tu aurais goûtées, si tu eusses vu, avant-hier, cette justice nationale de 209 scélérats ! » et la lettre adressée à un ami du « grand patriote » se termine par : « Le bonjour à Robespierre. » Ils l’adorent tous.

C’est que Robespierre a proclamé ces mouchards, ces geôliers et ces bourreaux, les « hommes de la Vertu. »

Deux autres dogmes cependant seront proclamés ex cathedra : la croyance à l’Etre Suprême, sanction de la vertu, satisfaction donnée aux « âmes pures » et aux élans vers le ciel du Vicaire savoyard, et, par ailleurs, le respect de la propriété sacro-sainte, fondement de l’Etat et de la République ; car, s’il a pu, à certaines heures, paraître mériter, par des concessions purement verbales, les félicitations de la Société des indigens, Maximilien restera, de 1789 à 1794, socialement parlant, un conservateur.

Déiste et conservateur, il l’est avec le même dogmatisme que moraliste et terroriste, c’est-à-dire qu’il se sent une sorte de haine contre les non-conformistes en matière sociale et religieuse comme en matière politique. « Mauvais citoyen, » certes, celui qui prêche « l’indulgence » ou qui, sans vertu, pratique la terreur, mais « mauvais citoyen » aussi qui nie l’existence de l’Etre Suprême et « mauvais citoyen » qui ose prêcher le partage des terres. Telles dispositions lui font apercevoir un monde de « scélérats. » Dans ce pays où, s’est-il écrié en janvier 1793, « la vertu est en minorité ; » mais plus précisément dans cette Convention où Danton et Hébert ont tant d’amis, que peu d’élus au regard de tant de réprouvés ! Sa sombreur s’en augmente. Son maître Rousseau dont il commente le soir, aux enfans du menuisier Duplay, l’œuvre immortelle, « comme un curé de village, dit Barras, explique l’Evangile à ses paroissiens, » entend que les non-conformistes soient chassés de la Cité. Le prophète appliquera la doctrine du Dieu, mais de terrible manière ; ce n’est point seulement hors de la Cité que seront jetés ces scélérats, mais sous le couteau. Au fond ces « scélérats ». soiit des hérétiques, car Robespierre, comme Torquemada, est, suivant le mot ironique de M. Aulard, « le maître de la vérité. »

« La vertu a toujours été en minorité ! » Robespierre ne compte que sur quelques amis, surtout à la Convention : Couthon, Saint-Just, Le Bas. Ce sont les séides de ce Mahomet, les émirs du Prophète.

Couthon plaît à Maximilien par son spiritualisme : lui a non seulement lu le Vicaire savoyard, mais il l’a paraphrasé. Ce n’est pas sans quelque regret que le représentant du Puy-de-Dôme a vu disparaître « messieurs les curés » dont, à la fin de 1791, il louait encore « le zèle et la délicatesse ; » il a toujours protesté que, loin de travailler contre « la religion de nos pères, » les députés travaillaient pour elle « par le rétablissement des mœurs. » Car s’il est religieux, il l’est avec ce puritanisme qui est vraiment la marque du groupe : ce malheureux Couthon, à dire vrai, a peut-être moins de mérite qu’un autre à être de mœurs pures, infortuné qui s’avoue cousu de maux, geint en toutes ses lettres sur son sang avarié et ses jambes recroquevillées, et ne quitte sa voiturette de cul-de-jatte que pour se faire porter à la tribune. A la veille de Thermidor, c’est lui qui, fort de ses bonnes mœurs, dénoncera avec âpreté « les hommes impurs qui cherchent à corrompre la morale publique sur le tombeau des mœurs et de la vertu. » Mais dès 1793, il a admis que « la religion était l’appui des bonnes mœurs, » et si, à l’automne de cette année-là, il a supprimé le culte catholique, c’est avec les considérans d’un puritain d’Ecosse abolissant le presbytérianisme après le papisme : car louant « l’architecte » qui « maintient l’harmonie dans la nature » et dont nous sommes « les enfans, » il affirme n’avoir « détruit la religion des prêtres » que pour instaurer « la religion de Dieu. » Ce « Dieu de vérité » qu’il salue du haut de la tribune, il trouve sa main partout. Nul orateur « clérical » n’a aussi souvent fait appel au Très-Haut et discerné sa dextre : c’est le Très-Haut qui « servant mieux la Révolution que les hommes » a « rappelé » Léopold d’Autriche, ennemi de la France ; et c’est Lui qui, inondant de soleil la fête de la Victoire en 1794, a marqué sa prédilection aux républicains, en « ouvrant pour la première fois depuis longtemps son œil bienfaisant. »

Personne n’a, plus que ce singulier Jacobin, entretenu Robespierre dans cette sorte de mysticisme déiste que le groupe imposera, nous le verrons, aux agens subalternes à l’heure des passagers triomphes. Personne aussi ne contribue plus à donner à cette religion un caractère sombre et terrifiant. L’infirme qu’aigrit son malheur et auquel ses maux font pousser parfois en pleine assemblée des cris de douleur, ne saurait être un souriant apôtre. Dans ses lettres nous le trouvons hanté jusqu’au délire par la crainte des éternels conspirateurs : « Le nombre des complices est immense… Patience, ajoute-t-il, nous saurons délivrer la République de tous ses ennemis. »

Le vrai séide n’est cependant point Couthon, c’est Saint-Just, qu’on appellerait l’enfant de chœur de cette église (il a vingt-cinq ans en 1794), s’il n’était fort supérieur à Robespierre en intelligence et en talent. « Esprit de feu, cœur de glace, » le mot est de Barère et paraît exact. Ce joli garçon, dont Greuze a laissé un charmant portrait, est « un terrible adolescent. » Les Robespierristes eux-mêmes en gardaient un souvenir terrifiant. « Son enthousiasme résultait d’une certitude mathématique, écrit l’un d’eux, Levasseur de la Sarthe… Pour fonder la République qu’il avait rêvée, il aurait donné sa tête, mais aussi cent mille têtes d’hommes avec la sienne. » L’ex-conventionnel Baudot nous le peint, vibrant et coupant, « ne parlant que par sentences. » Orgueilleux jusqu’au miracle, il « portait sa tête comme un Saint-Sacrement : » ne riant qu’ironiquement, il rebutait et alarmait. Audacieux et inflexible, il dépassait Robespierre, — s’il était possible, — en dogmatisme. Nouveau venu à la « vertu » (il avait, dans sa prime jeunesse, composé un poème érotique et commis plus d’une peccadille), il savait parler de la morale mieux qu’homme du monde. « Voyant des criminels dans tous les dissidens, » dit un conventionnel, il flattait l’idée favorite de Robespierre. Il avait épaulé celui-ci, mais le poussait : moins « légaliste » que Maximilien, il était l’agent des exécutions, « le chevalier porte-glaive, » dit M. Claretie. Il eût renié le Maître, si celui-ci avait faibli.

Quant à Le Bas, son fanatisme a quelque chose d’émouvant. Aveugle lorsqu’il s’agissait de Robespierre, ce jeune Le Bas livre, dans ses lettres à Elisabeth Duplay, sa fiancée, puis sa femme, une âme ingénue : pour servir le Maître, il sacrifie tout, s’arrache en soupirant de son idylle, mais sans hésiter, et, après lui avoir voué sa vie, se vouera pour lui à la mort, sachant que tous, là-bas chez les Duplay, l’approuveront, la jeune femme, la belle-sœur, le papa et la maman Duplay. Vraiment les seuls prophètes trouvent de tels serviteurs et les grands égoïstes de tels amis.

II
Le reste du monde politique, Robespierre l’avait en méfiance, surtout en cet hiver de 1793-1794 où la Convention semblait encore subir l’influence de Danton tantôt, et tantôt de l’Hôtel de Ville hébertiste. En somme, tout ce monde lui paraissait tenir en échec la Vertu.

Grand réaliste en face de cet idéaliste presque mystique, brutal, violent, mais parfois généreux, impulsif, autant que l’autre était calculateur, Danton est l’antithèse de Robespierre. Capable de folles colères suivies de prompts retours, d’actes de prodigieuse énergie et d’inexplicables nonchalances, c’était pour Maximilien un adversaire redoutable, mais dont la cuirasse de bronze présentait vingt défauts. Robespierre le tenait pour improbe. Avait-il tort ou raison ? Danton peut-être ne tripota pas, mais couvrit plus d’un tripotage. En cette âme tumultueuse et trouble on découvre, pêle-mêle, dans une lave incandescente des métaux précieux et d’horribles scories. Assurément, on volait autour de lui et l’on jouissait. Lui, truculent, ardent, aimant la femme, — plus particulièrement la sienne, les siennes, car il en eut deux qu’il adora follement, — se plaisant à la ripaille, vrai personnage de Shakspeare, fanfaron de vices et parfois de crimes, paraissait assurément s’éloigner fort de « l’homme de la Vertu. » Il plaisantait d’ailleurs ceux que son ami Chabot (celui-là un vrai voleur) appelait « les catonistes, » et toute cette famille Duplay où prêchait Robespierre, un sot qui fanatisait ces belles filles au lieu de les aimer et transformait en Spartiates et en Romaines ces petites Parisiennes : « Cornélie Copeau, » disait-il en riant de la fille du menuisier, platonique et grave amoureuse.

Au fond, c’étaient ces railleries que Robespierre ne pardonnait pas, et moins encore le génie de ce Danton qui vraiment, à nos yeux, domine de cent coudées l’étroit politicien. Mais il affectait d’être avant tout scandalisé des « mœurs » de son adversaire : un « scélérat, » dira Couthon, qui pratiquait un « système d’immoralité, d’athéisme et de corruption, » et particulièrement avait affirmé — abominable chose, — qu’après la mort, l’homme rentrait dans « le néant. »

En fait Danton paraît bien avoir été athée, sans d’ailleurs avoir jamais voulu ériger en doctrine un sentiment tout personnel. Libre penseur, il n’était pas fanatique. Les prêtres ne l’occupaient pas : il en avait laissé massacrer une centaine aux Carmes sans remords, mais quand, en pleine Terreur, sa fiancée (bonne catholique), avait entendu faire bénir leur union par un « réfractaire, » il y avait consenti. Il n’était point pour une Eglise d’Etat, pas plus la constitutionnelle que la catholique, et pas plus le culte de la Raison que celui de l’Être Suprême. Il pensait que chacun devait vivre à sa guise et, Robespierre étant partisan de l’école obligatoire (pour ne citer qu’un trait), Danton la voulait libre. Mais cette facilité de doctrine même, Robespierre la tenait pour immorale. En toute sincérité, il tenait pour un médiocre républicain ce Danton, dix fois plus « libre penseur » que lui.

D’autre part, depuis quelques mois, en cet hiver de l’an II, — ce terrible Danton encourait à d’autres titres l’excommunication majeure. Ne voulait-il point qu’on mît fin à la Terreur, lui l’homme qui avait presque assumé la responsabilité des massacres de Septembre ? Ce dessein était connu. Au scandale des purs, Danton prônait « l’indulgence. » Lorsque, après la condamnation des Girondins, Camille Desmoulins était venu, en pleurs, se jeter dans ses bras, criant : « C’est moi qui les tue ! » Danton avait pleuré avec lui, et, un soir, passant sur le Pont-Neuf, il avait, dans une sorte d’hallucination, montré à Camille la Seine qu’éclairait le soleil couchant : « Regarde : la Seine coule du sang. Ah ! c’est trop de sang versé. Allons, reprends ta plume et demande qu’on soit clément. » Desmoulins l’avait entendu. Lui aussi avait autrefois allumé les incendies ; mais, depuis des mois, il restait consterné du désastre : « Ce pauvre Camille, » avait écrit de lui le puissant Mirabeau. Il restait « ce pauvre Camille, » enfant terrible, journaliste d’élan, ne calculant rien, âpre folliculaire en 1789, dont un charmant mariage avait adouci l’âme ulcérée, en le dotant d’ailleurs de quelques rentes. Danton ayant parlé, Camille avait lancé son terrible Vieux Cordelier qui prenait à la gorge le Père Duchesne, organe ignoble de l’Extrême Terreur, en attendant qu’il flétrît, avec la basse délation et la terreur sanglante, toute la clientèle de Robespierre.

Robespierre avait cependant, lors de l’apparition du Vieux Cordelier, détourné pour un instant de la tête de Desmoulins les foudres des Jacobins. C’est qu’il lui plaisait que les amis de Danton éventrassent ceux d’Hébert. Il les voulait tous détruire : le Père Duchesne jeté par terre, on tordrait le cou au Vieux Cordelier. Le Père Duchesne, en effet, c’était Hébert, c’était Chaumette, c’était leur Commune « exagérée, » c’était le communisme et l’athéisme affichés et un instant triomphans.

La Commune de Paris, sous l’inspiration d’Hébert et de Chaumette, semblait en effet, — sur le terrain social et religieux, — résolue à consommer ce que leur ami, le citoyen Fouché de Nantes appelait dans ses proclamations de proconsul, à Moulins et Nevers, puis à Lyon, « la Révolution intégrale. »

C’est en effet Fouché, futur millionnaire, qui, en Nivernais et en Bourbonnais, avait, dès l’été de 1793, pris une attitude si démagogique qu’elle avait déconcerté l’Eglise orthodoxe que présidait Maximilien, mais fort exalté l’Hôtel de Ville de Paris. Le futur duc d’Otrante avait, en ces riches provinces du Centre, prêché « la révision des fortunes, » « la guerre au négotiantisme, » « le partage des fruits de la terre, » « l’obligation pour la République d’occuper le travailleur, » tout cela pour faire triompher la formule maratiste : « La richesse et la pauvreté doivent également disparaître du régime de l’égalité. »

Chaumette, fort lié avec Fouché, l’avait poussé, puis suivi. La Commune avait félicité le proconsul et était entrée dans- ses voies : il fallait « inviter la nation à s’emparer de tout le commerce, de toutes les manufactures et à l’aire travailler pour son compte. » Hébert soutenait fort cette doctrine : si Chaumette était le théoricien de l’Hôtel de Ville, lui était le maître, puissant surtout par son terrible Père Duchesne, la feuille la plus répandue de Paris. On entendait convertir Robespierre à l’idée de « faire disparaître, lui écrivait-on, l’aristocratie mercantile. » Mais derrière le mot de révolution intégrale, Maximilien lisait le mot de révolution sociale. Rien ne pouvait plus froisser ses persistans principes de bourgeois conservateur que ces théories extrêmes : elles ne venaient pas de lui et cela eût suffi à les lui faire détester. Il regardait avec une irritation croissante les Hébert, les Chaumette, les Fouché favoriser la révolution communiste et y conquérir, chose grave, une partie de sa clientèle à lui.

Par surcroît, un autre mouvement, parti des mêmes milieux, l’offusquait jusqu’au scandale. On entreprenait la déchristianisation par le triomphe de la Raison. Et tel fait doit nous retenir un instant, car ce mouvement suivi d’une réaction violente permet de saisir le caractère exact de la lutte qui va s’engager, presque exclusivement religieuse.

Dès l’abord, — et c’est ce qui explique ces essais de culte, — la Révolution avait été marquée d’une indéniable tendance à s’ériger en religion ; 1789 est, somme toute, le point de départ d’une crise de mysticisme civique. MM. Tiersot et Mathiez, l’un étudiant plus spécialement les rites et l’autre la doctrine, ont parfaitement démontré à quel point, dès les premières heures, le Verbe s’était fait religieux, et rien ne serait plus intéressant que de résumer ici leurs édifiantes études : évolution des cultes et des dogmes, extension et transformation des fêtes où les Mehul et les Gossec mêlent une sorte de musique sacrée au son du canon et aux hymnes patriotiques.

L’organisation de l’Église constitutionnelle, « l’Eglise tricolore, » avait été un autre essai pour créer un culte révolutionnaire sans se détacher de ce que Couthon appelait encore en 1791 « la religion de nos pères. » Cet essai, on le sait, échouait lamentablement en 1791. L’Eglise artificielle, imposée par la Constitution civile, se dissolvait ; des prêtres jureurs avaient rallié le « papisme, » et d’autres avaient achevé leur évolution en se défroquant ; Grégoire soutenait avec peine les ruines branlantes du sanctuaire « tricolore. »

L’entreprenante Commune de Paris hâtait cette dissolution. De l’Hôtel de Ville, on méditait d’organiser, sur les débris de toutes les religions déistes, le culte païen de la Raison ou de la Liberté.

A cette entreprise Hébert prêtait son nom : le vrai instigateur fut pourtant bien Chaumette. C’était un aventurier que ses mœurs, — si j’en crois les gens bien informés, — eussent de nos jours conduit en cour d’assises (à huis clos). Lui aussi parlait de « la vertu, » mais il pratiquait le vice rare. Anaxagoras Chaumette se fût ici sans doute recommandé des philosophes grecs : comme eux, par ailleurs, il entendait déloger les dieux. Il fallait entre autres évincer le Christ. On commença à Paris par décrocher des clochers « les breloques du Père Éternel » dont on entendit faire des canons et des sous ; puis on parla d’abattre les clochers eux-mêmes, qui, « par leur domination sur les autres édifices, semblaient, écrivait-on à l’Hôtel de Ville, contrarier les principes de l’Egalité. » Le théâtre se mit à ridiculiser l’ancienne religion dans le Tombeau des Imposteurs et l’Inauguration du temple de la Vérité où une grand’messe était, sur la scène, chantée en parodie.

La Convention ne sembla pas tout d’abord portée à favoriser cette campagne. C’étaient cependant certains de ses membres qui avaient, les premiers, en province, tenté de substituer, dès l’automne de 1793, au culte chrétien le culte civique : Dumont à Abbeville, Fouché à Nevers, Laignelot à Rochefort, et bien d’autres. Sous l’inspiration de Chaumette, venu à Nevers, Fouché avait, par un célèbre arrêté, aboli le ciel, le purgatoire et l’enfer, en proclamant la mort « sommeil éternel. »

Le mouvement se généralisa : on se mit à brûler un peu partout « les vierges à miracles » et à rafler « l’argenterie des églises. » Entre les mains de Fouché l’évêque de l’Allier abjura- ; Gobel, évêque de Paris, allait l’imiter. Il y eut des détails grotesques : tel converti se lava la tête en plein club pour « se débaptiser » et, solennellement, Bechonnet, ci-devant prêtre, divorça publiquement d’avec son bréviaire.

Encouragée, la Commune pesait sur la Convention où, appuyé par Robespierre et même par Danton, l’évêque Grégoire résistait très courageusement à la poussée. Mais les « héberistes » de l’Assemblée faisait rage, gens dont Grégoire affirme qu’ils lui amenaient leurs femmes à confesse et leurs enfans à baptiser, mais publiquement « blasphémaient contre la révélation. »

Fouché envoyait des caisses de calices et de crucifix qu’on déballait devant la tribune. Cette opération grisait d’iconoclastie l’Assemblée. Lorsque, après un de ces « inventaires, » Gobel, traîné par Chaumette à la barre de l’Assemblée, s’y fût venu défroquer, la Convention, un instant conquise, céda. Le président, félicitant l’ex-évêque de Paris, déclara que l’Être suprême « né voulait pas de culte que celui de la Raison… et que ce serait désormais la religion nationale. »

Chaumette incontinent fit décider par la Commune que, « pour célébrer le triomphe que la Raison avait, dans cette séance, remporté sur les préjugés de dix-huit siècles, » on célébrerait, le 20 brumaire, une cérémonie civique « devant l’image de cette divinité, dans l’édifice ci-devant église métropolitaine. »

On a maintes fois décrit cette célèbre fête et comment une Liberté, empruntée à l’Opéra, siégea sur l’autel de la Raison. La Convention s’étant, sous prétexte de travail, refusée à assister à la fête, un cortège (extrêmement mêlé) amena la déesse aux Tuileries, et, en sa gracieuse présence, força l’Assemblée à décréter que Notre-Dame deviendrait à jamais Temple de la Raison. Bientôt Libertés et Raisons pullulèrent à Paris et dans les départemens, vierges folles trop souvent (à côté de quelques « déesses » dont le nom étonne) : si l’une de ces Libertés portait sur son front une banderole ornée de ces mots : « Ne me tournez pas en licence, » le conseil n’eût été presque nulle part superflu, car partout s’organisaient de répugnantes saturnales.

Tout cela froissait Robespierre. Lorsque, dès frimaire an II, un de ses hommes, Payan, dénonçait « ces déesses plus avilies que celles de la Fable, » il applaudissait au propos. Collot d’Herbois lui-même, sermonné au Comité, flétrissait « cette Raison postiche qui courait les rues avec les conspirateurs (les Hébertistes déjà menacés) et terminait avec eux leurs prétendues fêtes dans de licencieuses orgies. » Couthon, à la fête de la Victoire, tint des propos fort déistes. Enfin Maximilien lui-même prononçait le 1er frimaire au club ce discours célèbre où il proclamait « toute populaire… l’idée d’un grand Être qui veille sur l’innocence opprimée et qui punit le crime triomphant ; » le 16, il faisait condamner par la Convention « les extravagances du philosophisme. » « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer, » avait-il, entre autres propos, affirmé péremptoirement.

Brusquement, le culte de la Raison oscilla sur ses autels. A Paris, Chaumette et Hébert étaient menacés et dans les départemens où quelques Raisons, fort prudemment, regagnaient, qui les coulisses du théâtre, qui te foyer familial, les proconsuls « athéistes » se sentirent en détresse. Robespierre avait résolu de les faire rappeler, ces misérables et indignes satrapes qui, non contens de pratiquer des « mœurs » contraires à la vertu, expulsaient de son presbytère jusqu’au vicaire savoyard.

Pour les abattre plus sûrement, il fallait abattre leurs protecteurs de Paris, ces « conspirateurs, » ces « scélérats » qui, écrira Couthon, « adoptaient le système absurde et désespérant du néant : » Danton et ses hommes, Hébert et ses complices.

Comment Robespierre les abattit dans les journées de Germinal, nous n’avons pas à le raconter ici. Remarquons seulement que le double procès eut un caractère nettement « moral. » Contre les Hébertistes, il fut vraiment impossible d’articuler un grief sérieux, sauf celui d’avoir eu de mauvaises mœurs ou d’avoir ébranlé celles d’autrui « par la religion de l’athéisme ; » Gobel, qui les suivra à l’échafaud, n’y sera conduit, somme toute, que pour avoir foulé aux pieds sa crosse ; et quant à Chaumette, il est assez caractéristique qu’il se vit reprocher en plein tribunal par le président, Robespierriste fervent, d’avoir démoralisé l’esprit public en supprimant les messes de minuit, le 25 décembre 1793.

Contre les Dantonistes, tels reproches n’étaient pas de mise : Danton lui-même avait, à la Convention, montré quelque dégoût pour « les mascarades » de la Raison. Contre eux, on ne vengea pas l’Être Suprême, mais « la Vertu. » N’ayant à formuler aucun reproche précis contre Danton, on l’accusa de conspiration réactrice, ce qui lui arracha ces magnifiques réponses où l’ironie se mêlait à l’indignation et qui font de son procès une des scènes les plus prodigieusement intéressantes de ce drame révolutionnaire ; mais on avait eu soin de l’entourer d’amis compromettans : Fabre, Chabot, Hérault et autres, dont « l’improbité » ou « l’immoralité » paraissaient établies. Ces « scélérats » salissaient le puissant tribun de leurs « vols » et de leurs « débauches. »

Et c’est pourquoi, lorsque, le 16 germinal, la tête de Danton roulait, douze jours après celle d’Hébert, dans le panier de Sanson, la Vertu était tenue pour triomphante et le Vice pour terrassé.

La veille de cette bataille décisive, Couthon avait écrit (il était certainement l’écho de son milieu) : « Si l’Enfer est contre nous, le Ciel est pour nous et le Ciel est maître de l’Enfer. » La maison des Duplay devenait un Vatican contre lequel les portes de l’enfer ne pouvaient prévaloir.

III
« Le ciel » étant resté « maître, » Robespierre paraissait désormais le chef incontesté. Les dogmes triomphaient avec le pontife. L’Europe (Sorel l’a admirablement montré), l’Europe, mal instruite de sa personnalité, crut qu’un Cromwell était né : de Vienne à Londres, de Pétersbourg à Naples, on affirmait qu’il allait mettre fin à la Révolution.

Il n’y songeait point. De cerveau médiocre et d’âme rétrécie, il n’était pas fait pour concevoir une grande tâche. Il ne pensait toujours qu’à s’assurer contre « ses ennemis, » — ceux de la République s’entend. Qui étaient-ils ? Son vicaire l’a proclamé à la Convention. Il faudrait reproduire ici le discours de Saint-Just où tient tout un programme, non de restauration, mais d’extermination : « Ce qui constitue la République, c’est la destruction de tout ce qui lui est opposé. On est coupable contre la République parce qu’on s’apitoie sur les détenus ; on est coupable parce qu’on ne veut pas de la vertu ; on est coupable parce qu’on ne veut pas de la terreur… » Chaque phrase livrait des centaines de têtes à Fouquier-Tinville. Ce jeune sectaire semblait, devant l’Assemblée terrifiée, faire manœuvrer le déclic d’une gigantesque guillotine.

La Terreur allait donc continuer, frappant pêle-mêle royalistes et républicains, anciens amis de la Reine et d’Hébert, de Mme Roland et de Danton. C’est que Robespierre entendait étouffer dans le sang toute opposition.

Tout — une heure — lui sembla soumis. La Convention, en livrant Danton, s’était faite esclave. On y votait sans discussion et « avec un air de contentement, » sinon, dit Baudot, on était « l’objet de l’attention de Saint-Just comme du temps de Néron. » Il ne fallait point paraître triste ; on devait même se garder de sembler songeur. Barras cite ce député qui, s’étant vu regardé par Robespierre au moment où il paraissait rêver, s’écriait, terrifié : « Il va supposer que je pense quelque chose ! » Billaud qui, au printemps de 1794, ne s’est pas encore séparé de Robespierre au Comité, participe à sa mentalité absolutiste ; prononçant un discours à la Convention, il s’interrompt brusquement et, impérieusement : « Je crois, s’écrie-t-il, qu’on murmure ; » un grand silence plana. Ce Comité, c’est un César à dix têtes qui, pour trois mois, est soumis à Maximilien.

Celui-ci en profitait pour faire rappeler les proconsuls détestés. Déjà Robespierre leur a substitué en province des missi dominici à lui, des agens nationaux qui, partout, entravent, puis démolissent l’œuvre des représentans en mission, envoient à Robespierre des rapports sur les « crimes » commis par ces « despotes » et grossissent les dossiers sous lesquels, avant peu, le maître compte bien écraser cette queue d’Hébert et de Danton. Le type de ces envoyés spéciaux est le petit Jullien ; cet adolescent fait, de Nantes à Toulouse par Bordeaux, une tournée qui pourrait bien coûter cher à ceux qui ont terrorisé « sans vertu. » A Lyon, à Marseille, à Toulon, Robespierre ne se fiera qu’à son frère Augustin, qui, déjà, dénonce l’improbité de Fouché, de Barras et de Fréron. Quand ceux-ci ont regagné Paris, fort inquiets, ils tentent de désarmer le César. Ils courent tous chez Duplay, prêts à toutes les soumissions, à toutes les capitulations : ils trouvent figure de marbre, suivant l’expression de l’un d’eux. Fixés sur leur sort, ils vont saper l’idole et feront Thermidor, mais pas un n’osera, avant le 8 thermidor, élever la voix à la Convention contre ce « tyran » qu’ils démolissent dans l’ombre.

La force du « tyran » est que, maintenant, il tient l’Hôtel de Ville : au « papa Pache, » maire de Paris, suspect d’Hébertisme, on a substitué une des créatures de Robespierre, Fleuriot-Lescot, et, à Chaumette, un homme de la maison Duplay, Payan ; la nouvelle Commune est toute « robespierriste. »

Tenant l’Hôtel de Ville, il tient également le tribunal révolutionnaire ; le président Dumas est à lui, à lui l’accusateur public Fouquier-Tinville. Et le jury ne paraissant pas assez pur, on l’épure : le menuisier Duplay y va exercer une grande influence ; les jurés sont la garde prétorienne du maître et le vont chercher chez Duplay pour l’escorter à la Convention. Il croit tenir l’armée, faisant trembler les généraux : tout à l’heure Hoche et Kellermann seront jetés en prison ; on ne choisit les commissaires aux armées que parmi les amis de Robespierre (mauvaise manœuvre au surplus qui laissera dégarnie, en Thermidor, la gauche robespierriste). Maximilien, par ailleurs, a sous la main la pépinière du futur état-major, cette École de Mars, fondée depuis peu et où vingt-cinq jeunes gens, vêtus à la romaine, reçoivent la visite du Maître avec un enthousiasme que nous a dit l’un d’eux : Le Bas dirige de haut ces jeunes prétoriens. Au surplus, le « général » Henriot livre l’armée de Paris, ce misérable Henriot qu’on appelle couramment dans le peuple « la bourrique à Robespierre. » La propriété rassurée et la religion vengée ont foi en celui-ci : les députés de la Plaine, un Boissy d’Anglas, un Durand de Maillane ont peine à ne lui être pas reconnaissans d’avoir abattu les énergumènes de la Révolution intégrale, et l’évêque Grégoire d’avoir ressuscité Dieu.

Et puis, — et cela maintenant se dit et se redit, — il est « l’homme de la vertu. »

Jamais la vertu ne fut plus magnifiée. Certes, Robespierre n’a fait qu’emprunter le vocable à la phraséologie sentimentale de Rousseau et de vingt autres ; tous les tribuns des assemblées, tous les orateurs des clubs, tous les commissaires dans les départemens l’ont employé à satiété ; Mirabeau, l’homme le plus immoral de son époque, a tonné au nom de la vertu, et c’est pour « le triomphe de la vertu » que Carrier a noyé, Barras et Fréron fusillé, Fouché et Collot mitraillé, Le Bon guillotiné. Tallien, oui Tallien, a parlé au nom de la vertu, et n’est-ce point la citoyenne Therezia Cabarrus, future citoyenne Tallien (on ne s’attendait guère à la trouver en cette affaire), qui, dans une adresse à la Convention du 5 floréal, dit par quels exercices « on exercera les jeunes filles à la vertu ? »

Mais voici l’apothéose de la vraie vertu après l’écrasement du vice hypocrite. Et soudain le pays devenu « Spartiate » est tenu à la vertu. Dès le 16 germinal, la Convention vote un décret exigeant que chacun de ses membres rende un compte moral de sa conduite pour s’assurer « qu’il n’est devenu plus riche qu’en vertus. » Grand exemple. Cou thon a écrit : « Qui dit démocratie dit gouvernement vertueux par essence. » L’heure est venue, dira-t-il encore (cette fois à la tribune), de vouer « au mépris public… tous les êtres improbes et immoraux ; » et voici des précisions : il va falloir particulièrement proscrire « le concubinage honteux qui relâche les liens sacrés du mariage. » Qu’on ne croie pas à de simples formules. Voici telle Société populaire, celle de Provins, qui entend être chaudement félicitée, ayant fait conduire en prison « l’instituteur coupable d’avoir trop tardivement régularisé sa liaison. » Rien ne vaut un petit fait de cette espèce.

Maximilien qui nettoie le Palais-Royal, faisant rentrer les filles et sortir les joueurs, Maximilien lui-même continue à pratiquer la vertu au sein d’une vertueuse famille. Sa chambre bleue — vraie Mecque de la nouvelle religion, — est l’asile des vertus austères. Un jour, il dit à Robert Lindet : « Nous voulons fonder Salente. »

Salente sanglante ! Depuis que Robespierre a écrasé les indulgens, Fouquier-Tinville ne se possède plus : il crie, peste, plaisante, s’affaire, presse tout son monde. Il a exhorté le prudent Dumas « à serrer la botte aux bavards, » grâce à quoi les audiences vont vite. On condamne, tel jour, vingt-trois prévenus sur l’audition d’un seul témoin. » L’accusateur qui a toujours barboté dans le sang avec agrément, s’exalte, tout joyeux : « Les têtes tombent comme des ardoises. » Mais il espère mieux : « La semaine prochaine, j’en déculotterai trois ou quatre cents. » « Il faut, a déclaré Robespierre, que le tribunal soit actif comme le crime et finisse tout procès en vingt-quatre heures. » On les finit en vingt-quatre minutes.

Contre les prévenus les plus disparates, ci-devant grands seigneurs et domestiques, petits boutiquiers et religieuses, anciens membres de la Commune et marquises de Versailles, prêtres et magistrats, artisans et courtisanes et dans ce pêle-mêle Gobel, Chaumette, Lucile Desmoulins, Malesherbes, Lavoisier, le général Dillon, la duchesse du Châtelet, la veuve Hébert, Madame Elisabeth, griefs sommaires : complot liberticide, mais plus souvent l’accusation vague et commode : « a dépravé les mœurs, » — ce qui cadre bien avec le règne de la vertu ; et l’on voit bien, comment la Sainte-Amaranthe, raflée, dit Beugnot, avec tout son cercle, a dépravé les mœurs, mais Madame Elisabeth et Malesherbes ?

En tout cas, des « scélérats, » « déprava leurs des mœurs » emplissent sans cesse les prisons, que sans cesse on vide. A la veille de Thermidor, André Chénier et Antoine Roucher, Garat et Beauharnais, Hoche et Kellermann, les peintres Suvée et Robert, les comédiens du Théâtre-Français sont en prison pêle-mêle avec Therezia Cabarrus, Aimée de Coigny, Joséphine de Beauharnais, des représentans des trois Assemblées révolutionnaires et tout le d’Hozier français. Et tout ce monde a plus ou moins contribué à « dépraver les mœurs, » tout en menaçant la liberté.

En province, sous les commissaires robespierristes comme naguère sous les représentans hébertistes, les massacres continuent et les arrestations. Au 9 thermidor, il y aura 1 000 personnes dans les prisons d’Arras, 3 000 dans celles de Strasbourg, 1 500 dans celles de Toulouse, — à Paris environ 7 000, — victimes vouées à la mort pour que triomphe la vertu.

Il faut cependant « une sanction » à cette vertu, — c’est la théorie de Couthon. Il faut un ciel : il faut un Dieu. Tallien ricanera, le 11 thermidor, que « ce petit Robespierre » eût « déplacé l’Eternel pour se mettre à sa place. » En attendant, il achève de le restaurer.

Le 17 germinal, Couthon vient annoncer à la Convention que le Comité prépare une fête de l’Être Suprême. Commentant son propre discours, il écrit, le 21 : « C’est un besoin pour les âmes pures de reconnaître et d’adorer une intelligence supérieure. » Evidemment, qui n’éprouve pas ce besoin est « impur. » Du reste, on doit à Dieu ces hommages : n’est-ce pas « grâce à la Providence qui veille sans cesse sur nos destinées » que « ces monstres, » Hébert, Danton, ont été abattus ? Oui, le Très-Haut veille sur Robespierre : Dieu est robespierriste, — tout comme Fleuriot-Lescot, Fouquier-Tinville et le général Henriot. « Dieu nous bénit, » écrit Couthon le 12 floréal.

Le 18 floréal, le grand prêtre lui-même lance une encyclique : il vient lire son fameux discours sur les rapports des idées religieuses et morales avec les principes républicains où tient toute la pensée du règne : il faut replonger « le vice dans le néant » et comme il est impossible à Maximilien d’oublier ses ennemis, même lorsqu’il les a fait guillotiner, il entend vouer à l’exécration ces athées : Vergniaud, Hébert, Danton, étrange triumvirat auquel il oppose (facilement, puisqu’ils ne sont plus là pour répondre) ce déisme qui fut la religion de Socrate et celle de Léonidas, — imprévu rapprochement. Quoi qu’il en soit, Robespierre obtint sans peine le vote du décret qui, sanction de son discours, établissait en France comme culte officiel celui de l’Être Suprême et de toutes tes vertus.

Discours et décret mirent le comble à l’exaltation mystique du monde robespierriste. De sa voix « cristalline » qui toujours semblait mouillée de larmes, Couthon en fit, aux Jacobins, telle apologie que le club acclama « avec transports » Dieu et son prophète : la société avait compris que l’athéisme « desséchant le cœur » eût fait de la France « un peuple d’esclaves. » Il est vrai que l’adresse de félicitations adressée par la Société à la Convention parut évidemment d’un style trop religieux au président, Lazare Carnot, l’homme le moins mystique du monde, qui l’accueillit assez sèchement le 27 floréal, — ce qui le rendit incontinent suspect de libertinage.

Mais les subalternes, au contraire, exagéraient les formules. A lire les proclamations et lettres des amis de Robespierre, on reste stupéfait. Vit-on sous une théocratie mystique où sous une république philosophique ? Les soldats qui sont en train de défendre la République et se font tuer pour elle n’ont été, — qui le croirait ? — inspirés que par le désir de « s’élancer dans le sein de la divinité : » C’est le jeune Jullien qui vient l’affirmer au club. Le Dieu des armées ressuscite donc, et voici que le Dieu de la Nature à son tour vient à la rescousse : le maire robespierriste prévoit de riches moissons. Fleuriot-Lescot n’a consulté ni les savans, ni les agronomes ; mais « l’Être Suprême, assure-t-il aux Parisiens… a commandé à la nature de vous préparer d’abondantes récoltes. Il vous observe, crie-t-il encore à ses administrés, soyez dignes de lui ! »

Les Parisiens se rendaient dignes de lui en préparant la Fête de l’Être Suprême.

Elle devait être l’apothéose du nouveau vicaire des Croyans.

Il ne lui manquait qu’un attentat pour corser l’apothéose : l’attentat vint à point. Une enfant fut saisie dans la cour des Duplay, porteuse de deux petits couteaux. On voulut que ce fût une Charlotte Corday : l’Incorruptible allait être égorgé. La petite Cécile Renault fut conduite à l’échafaud avec 53 « complices » qui jamais ne l’avaient vue, revêtus du voile noir du parricide. Maximilien n’était-il pas le père de la Patrie ?

Le 16 prairial, pour qu’il pût présider officiellement la fête du 20, il fut porté à la présidence de la Convention. Quelques ennemis, perfidement, l’y poussèrent, espérant rendre tangible cette dictature pour l’en mieux incriminer le lendemain. Car, cauteleux à son ordinaire, il régnait jusque-là sans se mettre tout à fait en avant, lançant Couthon, Saint-Just et les autres, faisant agir ses ressorts à l’Etat-major, à l’Hôtel de Ville, à la Convention, au Comité, sans prendre visiblement la tête. On voulait le faire monter au Capitole une bonne fois, pour qu’il y trouvât la Roche Tarpéienne.

David préparait la fête : il était le décorateur officiel, le ministre des Beaux-Arts de Maximilien. Marie-Joseph Chénier avait reçu commande de l’hymne que Gossec devait orchestrer. Mais Marie-Joseph avait blessé le maître en fournissant des hymnes à Chaumette. Il fut jugé indigne : le Pontife en était déjà aux excommunications majeures. Méhul et Gossec, pourvus d’une cantate orthodoxe, s’en allèrent, chaque soir, faire exécuter dans les sections le chant sacré, si bien que Paris, — le Paris sceptique et narquois que nous savons, — fut, une semaine durant, occupé à répéter, sur un mandement suivi d’un dispositif, un cantique au bon Dieu. On croit rêver.

M. Tiersot, après M. Aulard, a tracé un tableau fort pittoresque et des plus détaillés de la fête. Je n’en retiendrai que quelques traits.

Sous le ciel de juin, éclatant et propice (toujours « l’œil bienfaisant » que Couthon voit fixé sur lui et ses amis), le sol jonché de roses et les maisons tapissées de feuillage, les cloches échappées aux exécutions de Chaumette sonnent l’Alléluia, tandis que, les tambours battant, le canon tonne ; le peuple « enrégimenté » en un chœur gigantesque s’achemine vers les Tuileries, parterre immense et fleuri, car les hommes portant des branches vertes, les femmes élèvent des corbeilles aux mille nuances, « coup d’œil ravissant, de femmes en blanc couronnées de roses, » dit une spectatrice, Mlle Fusil. (Notons qu’à deux pas de là, place de la Révolution, de l’autre côté de la grille, le pavé restait rouge du sang de la veille et prêt à recevoir celui du lendemain.)

Devant le Château, la Convention est massée, elle aussi fleurie, car chaque représentant porte à la main un bouquet d’épis, de fleurs et de fruits. Au centre du bassin des Tuileries, le monument allégorique, la Sagesse terrassant l’Athéisme.

Chacun prenant place, Robespierre déjeunait au Château où, deux ans après l’éviction des Bourbons et cinq ans avant l’installation de Bonaparte, il représente seul, pour une heure, une manière de souverain. Il en avait conscience. Etait-ce joie ou inquiétude, sa voix tremblait, ses propos étaient entrecoupés. Vêtu de son habit bleu barbeau, — déjà célèbre, — la culotte de nankin bien tirée sur le bas de soie blanc, il portait avec une sorte de solennité l’écharpe et le panache aux trois couleurs. L’orgueil, vraiment, pour la première fois, lui fit perdre la tête et s’évanouir un instant son heureuse cautèle. Lorsqu’il saisit l’énorme bouquet qu’Eléonore Duplay lui avait préparé, il ressentit évidemment l’exaltation d’un pontife, maître des âmes.

Il était midi. Il parut au balcon, gagna l’estrade, se mit à la tête de la Convention qui, elle, avait attendu (c’était cependant le Souverain). De cette estrade, chaire ou trône, il prononça un long discours, rapsodie dont, pour être tout à fait dans la note (le fait a été récemment révélé), il avait prié un brave prêtre, vieux courtisan au demeurant, l’abbé Porquet, de lui composer le texte. Le sermon fini, cent mille voix entonnèrent l’Hymne au Très-Haut, « Père de l’Univers. »

Une heure après, l’énorme procession s’épanchait au Champ-de-Mars, au son des fanfares. Là encore, au milieu de groupes sentimentaux, mères tendres, pures jeunes filles, vieillards vénérables, soldats héroïques, tous pourvus d’attributs et décorés de fleurs, Maximilien pontifia. A la tête de l’Assemblée, il escalada la Montagne artificielle où, grottes, arbres, galeries, temple s’étageaient. L’immense chœur, derechef, s’était reformé que dirigeait le vieux Gossec. Maximilien était maintenant au sommet comme Moïse au Sinaï : l’Hymne montait vers lui et des nuages d’encens l’entouraient. Alors lui qui, à travers les déceptions, les querelles, les injures, les tendresses, les émeutes, les succès, les révolutions, était toujours resté impassible où sombre, lui qui ne semblait pas savoir sourire, s’épanouit à cette heure brève. Un rêve se réalisait : le pontife, — une minute, — dut se croire Dieu. IV
Une minute, il avait perdu de vue son plan de conquête sans tapage ; il était perdu. Il n’entendit pas que, derrière lui, des imprécations grondaient, partant des rangs de la Convention oubliée. Les ennemis soulignaient de murmures l’imprudence de l’homme.

Le soir même, la Décade osa plaisanter en termes acerbes la nouvelle religion d’Etat, et lorsque Maximilien, encore grisé, se rendit aux Jacobins pour y triompher, il s’y heurta à la morne figure de Joseph Fouché.

Par un hasard, ce « déchristianisateur » était président du club, où, déjà avisé, il avait cru trouver une place de sûreté. Il affecta, à la vérité, de s’associer à la joie générale, mais, après quelques phrases banales, il ajouta : « Brutus rendit un hommage digne de l’Etre Suprême en enfonçant un poignard dans le cœur d’un tyran. Sachez l’imiter. » Robespierre comprit : il le montrera bien lorsque, quelques jours après, il désignera Fouché comme le chef d’une conspiration tramée contre lui. Mais on avait applaudi la phrase audacieuse du président. Robespierre avait commis sa première faute.

Il ne lui en fallait plus commettre. On le guettait. Tout un groupe se tenait pour condamné par le règne de la vertu C’étaient ceux qu’autour de Robespierre, on appelait « les pourris, » proconsuls qui avaient fait de l’or dans le sang. C’étaient aussi les athées, la queue d’Hébert, particulièrement ce « misérable Fouché. » Il en fallait (le mot revient dans les discours di groupe) « purger » la Convention.

C’est le surlendemain de l’algarade de Fouché, le 22 prairial que surgit inopinément la proposition Couthon, destinée à livre : à Robespierre ses derniers ennemis. « Toute lenteur est un crime toute formalité un danger public ; le délai pour punir les ennemis de la patrie ne doit être que le temps de les reconnaître. » Le prévenus n’auront plus d’avocats et le jury par ailleurs juger en masse les accusés. Plus d’ « espèces ; » une seule inculpation seront déclarés ennemis du peuple « tous ceux qui cherchent anéantir la liberté soit par la force, soit par la ruse. »

C’est la dictature de l’accusateur public et du juge ; mais on sait bien qui tient juge et accusateur. Ce n’est pas tout, et voici où se trahit le vrai dessein : jusqu’à cette heure, les représentans, — de Vergniaud à Danton, — n’ont pu être traduits devant le tribunal que sur l’autorisation de l’Assemblée ; désormais ils le pourront être sur l’ordre seul des comités. L’article est pour Legendre, Fréron, Tallien, Barras, Fouché et cinquante autres. Les « ennemis » comprirent. « Si cette loi passe, s’écrie Ruamps, il ne me reste plus qu’à me brûler la cervelle. Je demande l’ajournement. » Des voix nombreuses le soutinrent.

Alors Robespierre, blême de colère, se leva. Il voulait sa loi, ses têtes : « Depuis longtemps, la Convention discute et décrète, parce que, depuis longtemps, elle n’est plus asservie qu’à l’empire des factions. » Il demande que, sans s’arrêter à la proposition d’ajournement, la Convention discute jusqu’à huit heures du soir, s’il le faut, le projet de loi qui lui est soumis.

Quel pouvoir d’hypnose exerçait cet homme ? Les opposans tremblans se turent. Une demi-heure après, la loi de mort était votée.

Maximilien partit, croyant tenir ses vengeances. Mais, dès le lendemain, l’Assemblée, soulevée, derechef s’insurgeait. Bourdon de l’Oise et Merlin obtenaient que, d’un trait de plume, on rayât l’article relatif aux représentans. Ces malheureux voulaient bien livrer la France, mais ils ne voulaient pas se livrer.

Robespierre tenait à l’article plus qu’à toute la loi. Il osa venir réclamer ces têtes qui se disputaient à lui. « Des intrigans, dit-il, s’efforçaient d’entraîner la Montagne, de s’y faire les chefs d’un parti. » — « Nommez-les ! » criaient les malheureux au comble de l’angoisse.

Il eût dû les nommer : dans l’état de terreur folle où se débattait la Convention, elle eût encore livré les têtes nommément désignées. Maximilien commit la faute de laisser planer les craintes sans rassurer la masse. « Je les nommerai quand il le faudra. » Mais il avait parlé, son œil vert fixé sur la Montagne. On s’inclina : l’article mortel fut rétabli.

Le soir même, Robespierre, qui tenait sa loi, entrait en campagne. La présence de Fouché au fauteuil des Jacobins était un scandale qui avait trop duré. Robespierre l’en fit chasser, ce soir du 23 prairial. L’autre s’éclipsa, restant désormais dans l’ombre où il tendit ses rets. Ces six semaines, — du 23 prairial au 8 thermidor, — sont affreuses. Le pays connut l’extrême Terreur : à Paris 40, 50, 60 têtes parfois par jour. « Boucherie, » dit M. Aulard. Le mot est juste.

Paris, rempli des « officieux » de Robespierre, était sous la surveillance d’une effroyable police. On craignait tout, le bruit d’une porte qui s’ouvrait, un cri, un souffle. Les salons étaient déserts, les cabarets vides : les filles ne descendaient plus au Palais-Royal où, — chose inouïe, — la vertu régna. Sous le soleil de Messidor, la ville morne attendait : Quoi ? Tous redoutaient tout, des sacristies aux lupanars.

Les députés ne venaient plus aux Tuileries, craignant d’y trouver une souricière : Prieur fut élu président par 94 voix. Les députés ne couchaient plus chez eux. Parmi ceux qui venaient, dit Thibaudeau, « des timides erraient déplace en place, d’autres n’osaient en occuper aucune, s’esquivant au moment du vote. » C’était la Convention-géante, l’Assemblée qui avait vaincu l’Europe, la Représentation nationale. Déjà Cromwell pouvait, du pavillon de Flore, apercevoir son Parlement croupion.

Il semblait vraiment régner sur un monde aplati : Barras, lors d’une suprême démarche, avait trouvé chez Duplay le général Brune, — le futur maréchal, — épluchant les légumes avec la femme du menuisier. On voit aussi chez le menuisier favori le conventionnel Curée, le futur tribun sur la proposition duquel l’Empire sera un jour proclamé et qui, à plat chez Robespierre, s’exerce à la servitude.

Mais, dans l’ombre, les « pourris » agissaient. Puisqu’ils ne pouvaient entraîner la Convention contre les comités, ils avaient entrepris de disloquer les comités. Au Comité de Salut public, Collot d’Herbois, Barère, Billaud-Varenne, Carnot, Prieur, Lindet, — à des titres divers, — se croyaient menacés, à voir l’exclusive faveur de Couthon et Saint-Just ; et le Comité de Sûreté générale presque tout entier se laissait entraîner contre Robespierre. Beaucoup, après tout, parmi les membres des comités n’avaient serré les coudes que devant l’absolue nécessité de préparer d’accord la résistance aux ennemis de la Patrie. A certains d’entre eux le salut public avait paru justifier leur dicta ture collective et leur imposer l’union. Mais les frontières étaient définitivement reconquises : la victoire de Fleurus, dont la nouvelle éclate à Paris en messidor, est le couronnement d’éclatans succès, et chaque succès, en diminuant le péril extérieur, dispose à trouver plus abusive la dictature intérieure et moins nécessaire l’union du comité. Ce « salut public » n’apparaît plus que comme un audacieux prétexte à la dictature, non plus d’un comité, mais d’une coterie et bientôt d’un homme. « Les victoires s’acharnaient contre Robespierre, » écrira Barère. Aussi Saint-Just recommandait-il à celui-ci de « les faire moins mousser à la tribune. »

Parmi les membres des comités d’autre part, certains se sentaient froissés ou menacés, les uns par l’éclatante réaction spiritualiste, les autres par l’insupportable puritanisme de la vertu. Si Carnot et Lindet goûtaient peu la nouvelle religion d’Etat, un Collot d’Herbois n’était point une rosière, et le vieux Vadier, qui parlait de ses « soixante ans de vertu, » les couronnait par d’étranges débauches. Si on faisait décidément passer la vertu des phrases de tribune aux réquisitoires de l’accusateur, la vie devenait instable.

La morgue pédante de tout l’état-major robespierriste exaspérait : le larmoyant Couthon était insupportable, moins cependant que l’arrogant Saint-Just. Le caractère pontifical de Robespierre faisait sourire ce vieux pitre de Vadier : à la Sûreté générale, il avait saisi les fils d’une affaire dont il entendait faire une machine de guerre. Une folle, Catherine Théot, se disait mère de Dieu : elle prédisait la venue d’un nouveau messie ; ce nouveau messie, ne serait-ce pas Robespierre ? Vadier croyait le démêler dans les propos extravagans de la prophétesse. Il compromit Robespierre en en faisant partout des gorges chaudes. On ricana. La force de Robespierre était d’avoir imposé à tous la gravité tragique. Mais, vraiment, on en avait assez en France. Du jour où le ridicule retrouvait ses droits, Robespierre était perdu.

Les ennemis à l’affût, Tallien, Fouché, comprirent qu’ils n’avaient qu’un parti à prendre pour se sauver : agrandir les fissures qui couraient le long du bloc jusque-là si ferme des comités. Ils s’y appliquèrent. Ils y devaient réussir. Les 8 et 9 thermidor, le bloc tombera en pièces et écrasera sous ses morceaux les missionnaires de la Vertu, les apôtres de l’Être Suprême, Maximilien en tête. En réalité, la dictature de la Vertu avait lassé. Notre joyeux pays se laisse impressionner, une beure, par les professeurs de moralité. Encore faut-il que ces professeurs ne coiffent point trop ostensiblement la tiare et ne transforment pas la tribune en chaire pontificale.

La chute de Robespierre sera très nettement marquée par une réaction de débauches. Lui le prévit et le prédit. « Les brigands triomphent ! » s’écriera-t-il le 9 thermidor. Quelques momens après, hagard, accablé, près d’être arrêté, il essaiera de faire front, il se tournera vers le Centre et tendant les bras aux gens du Marais, il criera : « Hommes purs ! hommes vertueux ! c’est à vous que j’ai recours ! » L’un de ces hommes, Durand de Maillane, lui répondra : « Scélérat, la vertu dont tu profanes le nom doit te traîner à l’échafaud. »

Que la réponse ait été le lendemain imaginée par le bon Durand ou qu’il l’ait prononcée, elle s’imposait. L’avant-veille même, 36 personnes avaient péri, dont André Chénier, le pur poète et, la veille, 55, parmi lesquelles 19 femmes ; et demain Hoche allait périr à son tour, — toujours au nom de « la vertu. » Vraiment cette « vertu » coûtait trop cher.

N’importe : soyons persuadés que Robespierre se croira sincèrement, le 9, victime de « brigands, » ainsi qu’il le dit. Jusqu’au bout, l’homme gardera une sincérité qui fait frémir. Au service d’un cœur de marbre et d’un esprit étroit, telle sincérité équivaut à la pire férocité. En tous cas, elle avait abouti au plus effroyable des régimes. Au plus étonnant aussi : des mois durant, la France aura connu et subi le système qu’elle détestera toujours comme le pire des despotismes : une théocratie fondée sur la morale. Le verbe de Rousseau aura donné naissance à la dictature de Calvin doublée de celle de Torquemada. « C’est ainsi, écrivait Saint-Just à Robespierre, que se gouverne un État libre. »

Voir de plus:

Fête de l’Être suprême au Champ de Mars le 20 prairial an II (8 juin 1794)
Thomas Charles Naudet
(1778 – 1810)
Musée Carnavalet – Histoire de Paris
1793
Aquarelle, gouache et pastel sur traits de plume et mine de plomb
Hauteur: 46,8 cm Longueur: 73 cm

En avril 1794, après l’élimination des Hébertistes, après les mesures prises à l’encontre des sans-culottes (épuration de la Commune de Paris, démantèlement des sections, etc.), le comité de Salut Public se trouvait privé d’un soutien populaire dont il avait craint les excès. La Révolution était « glacée », selon l’expression de Saint-Just. Quelques gages donnés à la bourgeoisie dans le domaine économique ne pouvaient suffire à élargir les bases sociales du régime. C’est pour dépasser les divergences idéologiques et les oppositions de classes par le recours à un consensus d’ordre moral et même métaphysique, que, dans le discours du 18 floréal an II, au cours d’une véritable profession de foi déiste, très imprégnée des idées de Rousseau, Robespierre réclama l’instauration d’une religion de l’Être Suprême. La célébration du nouveau culte fut admise par la Convention au nombre des fêtes nationales et décadaires. Cette religion de substitution devait théoriquement pallier les effets de la déchristianisation croissante, ceux qu’entraînait la disparition du principe d’ordre sous-tendu par le catholicisme. Fondée en nouvelle théologie, la Vertu devient alors garante de la pratique politique puisque, selon Robespierre, « le fondement unique de la société civile, c’est la morale » et que « l’idée de l’Être suprême et de l’immortalité de l’âme est un rappel continu à la justice : elle est donc sociale et républicaine » (Rapport du 18 floréal).

C’est David, grand ordonnateur des fêtes révolutionnaires depuis 1791, qui fut chargé de l’organisation de la cérémonie. Commencée aux Tuileries, où Robespierre mit le feu à un groupe de l’Athéisme, père de tous les vices, pour mettre au jour l’effigie de la Sagesse, la fête atteignit son terme au Champ de la Réunion (Champ de Mars). Elle devait sanctionner la fin de la Révolution dans l’espace même où avaient eu lieu les fêtes de la Fédération (14 juillet 1790) et de l’Unité (10 août 1793) ainsi que la destruction solennelle des emblèmes féodaux, le 14 juillet 1792.

Le but de la procession était un rocher artificiel au sommet duquel était planté un arbre de la Liberté. Cette montagne, métaphore politique, était amplement symbolique puisqu’elle relevait d’une conception moralisée de la nature, connotant l’idée de puissance et celle d’une religion naturelle fondée sur la théologie « panthéiste » de l’Émile. Le thème de la montagne avait déjà été exploité au cours des fêtes révolutionnaires : au camp fédératif de Lyon (30 mai 1790), aux Invalides, lors de la fête de l’Unité (10 août 1793) et durant les cérémonies accompagnant la fête de la Liberté et de la Raison à Notre-Dame de Paris (20 brumaire an II) et à Saint-André de Bordeaux (20 frimaire an II). Au Champ de Mars, la montagne était accompagnée d’une colonne dont seul le sommet apparaît dans l’aquarelle de Naudet ; elle supportait une statue du peuple français sous les traits d’Hercule. La montagne était suffisamment élevée pour accueillir les membres de la Convention, les musiciens et une foule de participants qui interprétèrent un hymne à l’Etre suprême sur une musique de Gossec et des paroles de Marie-Joseph Chénier, et jurèrent de ne déposer les armes qu’après avoir triomphé des ennemis de la République. À droite, le char de Cérès, tiré par des bœufs, est, avec l’Hercule et le trépied fumant, la référence obligée à une Antiquité mythique dont les vertus supposées étaient érigées en modèles. À la fin de la cérémonie, cependant, apparurent les premières marques déclarées d’hostilité envers Robespierre, dont le 9 thermidor allait voir la chute, moins de deux mois plus tard.

Sous un ciel dont le bleu est nuancé de nuages légers, dans un registre réduit de couleurs pâles, Naudet a rendu, plus que la gravité d’une liturgie solennelle, l’enthousiasme d’une foule, rivalisant de verve avec Swebach (vr no 147). Il a isolé le motif de la montagne, en l’utilisant comme une sorte de dispositif scénographique et en a fait le centre de sa composition, à l’encontre, par exemple, d’un De Machy qui, dans son tableau du musée Carnavalet, déploie une vision panoramique du Champ de Mars, avec la colonnade circulaire du temple de l’Immortalité (vestige, il est vrai, d’une fête antérieure, celle de l’Unité).

La Fête de l’Etre suprême, 20 prairial an II (8 juin 1794)
Mémoire de l’artificier Ruggieri relatif à la Fête de l’Etre suprême, 20 prairial an II.

Voir encore:

Vue du jardin national et des décorations, le jour de la fête célébrée en l’honneur de l’être suprême
Fête de l’Etre suprême au Champ de Mars (20 prairial an II – 8 juin 1794)

Auteur : Pierre-Antoine DEMACHY (1723-1807)
Date de création : 1794
Date représentée : 8 juin 1794
Dimensions : Hauteur 53.5 cm – Largeur 88.5 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée Carnavalet (Paris) ; site web

Contexte historique
L’alliance de la Vertu et de la Terreur

A l’été 1793, la Révolution française traverse une période sombre : le pays est durement touché par une crise économique et des troubles sociaux auxquels s’ajoutent une guerre civile (insurrection vendéenne et révolte fédéraliste) et une série de défaites militaires aux frontières. Or l’entrée de Robespierre, fervent jacobin, au Comité de salut public le 27 juillet 1793 marque un tournant : elle permet au gouvernement révolutionnaire d’opérer un redressement de la situation sur tous les fronts, tandis qu’elle entraîne simultanément une radicalisation de la Révolution. Robespierre, qui aspire à l’unité et à la régénération du peuple, s’efforce d’éliminer physiquement tous les ennemis de la Révolution. A ce renforcement de la Terreur, il ajoute l’instauration d’une religion d’Etat en mai 1794 : le culte de l’Etre suprême, en l’honneur duquel il organise des cérémonies fastueuses le 8 juin suivant.

Analyse de l’image
La fête de l’Etre suprême

Cette huile sur toile de Pierre-Antoine Demachy (1723-1807), peintre d’histoire et excellent dessinateur, livre un témoignage particulièrement intéressant sur le déroulement de la fête de l’Etre suprême au Champ-de-Mars, à Paris. Une vue panoramique du Champ-de-Mars lui a permis de restituer l’ampleur et la somptuosité de la célébration : au premier plan figure le peuple, dont les gestes, minutieusement dépeints, laissent transparaître l’allégresse que suscite la vue, au deuxième plan, d’une gigantesque procession formée par les représentants du peuple suivis des soldats révolutionnaires et de la garde républicaine. Au centre, sur un char que tirent quatre taureaux, trône l’allégorie des instruments des arts et des métiers et des productions du territoire français. Ce cortège s’achemine vers une sorte de rocher artificiel – la « montagne sacrée » par excellence – au sommet duquel s’élèvent l’arbre de la Liberté, symbole de l’unité et de l’adhésion collective à la Révolution, et une colonne antique surmontée d’une statue qui brandit un flambeau. En arrière-plan, à gauche, l’architecture massive de l’Ecole militaire évoque le cadre urbain dans lequel s’insère cette fête aux allures champêtres et mythologiques. Ainsi, de cette composition minutieuse et savamment élaborée se dégage une impression de grandeur, mais aussi de froideur qui correspond bien à l’esprit de la cérémonie, dont le faste hautain et le rituel à l’antique, strictement pensé dans ses moindres détails, étaient surtout destinés à inspirer la stupeur et à frapper l’imagination du peuple, plus spectateur qu’acteur.
Interprétation
Les cultes révolutionnaires de l’an II

Fervent catholique, Robespierre s’opposait fermement à l’accélération du processus de déchristianisation entamé en septembre 1792. Pour lui, le vide laissé par la disparition du catholicisme risquait de plus de désorienter le peuple, accoutumé à ses dogmes et à ses rites. C’est pourquoi il s’efforça de créer une religion officielle, conforme aux idéaux des Lumières et, en particulier, aux théories rousseauistes, qui postulaient l’existence d’une morale naturelle et universelle et d’une divinité impersonnelle, l’Etre suprême, créateur de l’Univers. Dépourvue de prêtres et de sanctuaires, cette nouvelle religion déiste et patriotique n’en revêtait pas moins toutes les apparences d’un culte. La fête du 8 juin 1794 rencontra ainsi un certain succès en France. Elle ne fut que le couronnement d’une série de tentatives menées par les dirigeants de l’an II pour instaurer un culte révolutionnaire. Pour la plupart avortées, ces tentatives témoignent de la complexité des liens qui unissaient la sphère politique et la sphère religieuse, ainsi que de l’impossibilité d’éradiquer tout sentiment religieux. Elles constituèrent également le point de départ d’une religion civique dont les développements ont marqué l’histoire de la République.
Auteur : Charlotte DENOËL
– See more at: http://www.histoire-image.org/site/oeuvre/analyse.php?i=379#sthash.oDNzVfcC.dpuf
Titre : Mémoire de l’artificier Ruggieri relatif à la Fête de l’Etre suprême, 20 prairial an II.

Date de création : 1794
Date représentée : 8 juin 1794
Dimensions : Hauteur 32.5 cm – Largeur 21.5 cm
Technique et autres indications : manuscrit ; encre brune ; encre de couleur
Lieu de Conservation : Centre historique des Archives nationales (Paris) ; site web
Contact copyright : CARAN – service de reprographie, 60 rue des Francs-Bourgeois, 75141 Paris cedex 03 ; site web
Référence de l’image : F/4/2090

Contexte historique
Pourfendre l’athéisme à l’aide d’un simulacre pyrotechnique

La fête de l’Etre suprême du 20 prairial an II (8 juin 1794), voulue par Robespierre et orchestrée par J.-L. David, est composée de deux parties. Aux Tuileries, le peuple doit d’abord rejeter l’athéisme puis, au Champ-de-Mars, reconnaître l’Etre suprême et célébrer son adhésion à la Révolution (Voir « La Fête de l’Etre suprême au Champ-de-Mars » de P. A. Demachy ).

Dans l’esprit de Robespierre, la « déchristianisation » entreprise à partir de brumaire an II (novembre 1793) ne doit conduire ni à l’athéisme ni à la laïcité. La reconnaissance du « Grand Etre », auteur de l’Univers, est commune à Voltaire et à Rousseau, elle cimentera la société nouvelle. Le 18 floréal (7 mai), Robespierre fait prendre par la Convention le décret par lequel « le peuple français reconnaît l’Etre suprême et l’immortalité de l’âme » et lui fait approuver le projet de déroulement de la fête de l’Etre suprême mis au point par David pour le 20 prairial. Aux Tuileries, l’Incorruptible prononce deux discours pour stigmatiser l’athéisme, rendre grâce à l’Etre suprême et élever la conscience publique.

On fait appel à l’artificier Ruggieri[1], dont l’activité s’est prolongée jusqu’à notre époque, pour mettre en scène la défaite de l’athéisme. Lorsque débute la Révolution, Petrone Ruggieri exploite un Jardin Ruggieri au faubourg Montmartre, où sont mises en scène des pantomimes pyrotechniques, tous les dimanches et jours de fête à partir du mois de mai. La République, pauvre et guerrière, n’est guère portée sur cet art de substitution dont la monarchie a usé de façon dispendieuse. Elle compose de façon exceptionnelle avec les goûts du temps pour dénoncer le risque de l’athéisme, et non pour organiser un spectacle d’art pyrotechnique.

Analyse des images
Frapper les esprits

David a prévu un effet bref mais spectaculaire : « Le président s’approche tenant entre ses mains un flambeau, le groupe s’embrase, il rentre dans le néant avec la même rapidité que les conspirateurs qu’a frappés le glaive de la loi. »

Daté du 20 fructidor an II (6 septembre 1794), le mémoire de l’artificier Ruggieri, qui s’intitule, à cette occasion, « artificier de la République française une et indivisible », révèle que la statue de l’Athéisme à laquelle Robespierre, habillé en bleu céleste, met le feu a reçu un traitement spécial afin de brûler de façon fulgurante. Il détaille la composition de la pâte inflammable et mentionne aussi la main-d’œuvre « pour avoir aidé au sculpteur à poser la draperie ». L’Athéisme doit aussi consumer les figures qui lui servent de socle : l’Ambition, l’Egoïsme, la Discorde et la Fausse Simplicité. David a prévu qu’elles portent toutes sur le front la mention « seul espoir de l’étranger ». Ces maux fragilisent la patrie en guerre contre les souverains d’Europe coalisés, et le peuple doit en prendre conscience.

L’estampe, éditée par Jacques-Simon Chéreau[2], montre la Sagesse surgissant alors du brasier. Selon David, elle présentera « un front calme et serein », – mais peut-être un peu noirci par la fumée ! – aux députés de la Convention massés sur la tribune. Derrière la Sagesse, on aperçoit les restes de la statue de l’Athéisme et le char de l’allégorie des instruments des arts et des métiers et des productions du territoire français qui sera tiré par quatre taureaux jusqu’au Champ-de-Mars, « emblèmes des jouissances simples de la nature » que « le peuple laborieux et sensible » doit préférer aux « vils trésors de ses lâches ennemis ». Les drapeaux déploient les trois couleurs dans leur disposition originelle[3], qui était encore horizontale et non verticale comme de nos jours.

Interprétation
Promouvoir la vertu civique

Il est surprenant de voir ici l’Incorruptible se prêter à une substitution pyrotechnique organisée avec le concours d’un artificier professionnel pour frapper les esprits ! Le but de Robespierre est d’opérer une pédagogie de masse, fondée sur les conceptions de Rousseau selon lesquelles une émotion bouleversante peut élever les consciences.

L’image, le projet et les documents de cette fête montrent que Robespierre a tenté de propager la morale « naturelle », tout aussi chère à Rousseau que la Raison. Mais cette morale qui serait fondée sur la bonté de l’homme dans l’état de nature nécessite de susciter des élans vers les valeurs simples et naturelles. Robespierre espère voir se répandre la vertu civique grâce à des cérémonies de ce type, qui cherchent à toucher collectivement la sensibilité des participants. David prévoit que le programme suscitera de nombreux moments d’émotion et des larmes populaires, mais aux participants qui viennent de traverser la Terreur, cette fête paraît sans doute grandiose mais étrangement abstraite.

Quelques jours plus tard, la victoire de Fleurus le 8 messidor (26 juin 1794) contre les Autrichiens desserrera l’étau de la coalition et provoquera, sur le plan intérieur, le rejet de la Terreur le mois suivant. Mais, bien après le 9 Thermidor, le Directoire maintiendra longtemps ces cultes civiques à l’Etre suprême.

Auteur : Luce-Marie ALBIGÈS
Notes
1. retour
L’ancêtre de la maison Ruggieri,  » artificier de Bologne « , s’installe à Paris en 1743 pour contribuer par ses  » ingénieuses inventions  » aux spectacles de la Comédie-Italienne. Ses descendants, artificiers du roi, organisent de nombreux spectacles sous l’Ancien Régime.

2. retour
Jacques-Simon Chéreau édite des estampes Aux Deux Colonnes, au 257 de la rue Saint-Jacques – devenue sur cette gravure Rue Jacques, du fait de la déchristianisation –, jusque sous l’Empire. Il est le petit-fils de Jacques Chéreau et le fils de Jacques-Simon Chéreau.

3. retour
Les trois couleurs seront disposées verticalement pour éviter la confusion avec les Pays-Bas.
Bibliographie
Patrick BRACCO,, Ruggieri, 250 ans de feux d’artifice, Paris, Denoël, 1988.
Jules DAVID, Le Peintre Louis David,1748-1825, tome I « Souvenirs et documents inédits », Paris, 1880.
Maxime Préaud, Pierre Casselle, Marianne Grivel et Corinne Le Bitouzé, Dictionnaire des éditeurs d’estampes à Paris sous l’Ancien Régime, Paris, Promodis, 1987.

Voir encore:

Robespierre’s one-day religion
Louis Pauwels

Marilyn Kay Dennis

September 15, 2010

Maximilien Robespierre, known as l’Incorruptible, is at the summit of his glory.  Rivers of blood, flowing from the guillotines of France, have washed away the Girondins and anyone who had pactised with them; the Jacobins, even though they were close to him;  certain Montagnards and, curiously, some of his friends who had too openly supported the theses of the atheists…

In this 1794 Spring, all the great names which had embodied, one after the other, the revolutionary ideals have disappeared in the torment:  Verniaud, Brissot and twenty-one of their friends;  Petion whom he called his brother and Roland, known as le Vertueux;  his wife, the fascinating Madame Roland, Condorcet, the great scholar, President of the Convention, whom he had obliged to commit suicide.

The Corrompus, the Indulgents and, for good measure, the Exageres;  Hebert and his band of lynchers;  the superb Danton and all his companions;  Camille Desmoulins, his former fellow-disciple at Louis-le-Grand, whose best man he had been at his wedding, had all been cut in two.

So great is his power now, that to have any opinion at all is a crime of lese-Revolution.  Since obtaining the head of Louis XVI, he seems to be invested with a sort of absolute power, a divine right.

Without a debate, with no interrogation, no discussion and without anyone to defend him, he had wanted to throw the King into the common grave.  When, after having voted for death, the Convention came to its senses, terrified at what it had just decided, he demanded an immediate execution.  To succeed in this, he had the public tribunals of the Assembly invaded by his friends the sans-culottes.  The redoubtable Commune de Paris lays seige to the King’s prison, the armed sections, the clubs who are devoted to him, get ready for a fight…

Of course, no-one likes him.  There are those who hate him because he has made them vile through the fear that he inspires.  There are those who admire him fearfully, like the Ancients who bowed down before the omnipotent demiurge.  There is the People whom he loves more than he understands, and who idolises him for the absolute rigour of his life.  But without really liking him.  When he, himself, will follow the tragic path of the King, in a cart, an immense cry of joy will rise from the little people of Paris.

He has always been alone, since childhood, and the sceptre of death that he brandishes always higher, isolates him more every day.  Two men only can still enter as they like the door of the living god.  Two exterminating angels.  The handsome Saint-Just, whose principles sharpen every day the blade of the guillotine, and the frightful Couthon, the paraplegic, the blue shadow of the machine, when a gendarme carries him to the tribunal to designate the next victims…

It is April 1794 and, in Paris, it is more oppressing than in the heart of Summer.  Everyone is waiting to see how the High Priest is going to organize the next part of the sacrifice.  For a whole month, a great silence settles on Paris, troubled only by the cries of the executed.  The Convention, the clubs, the army, the Commune and even the revolutionary tribunal, remain quiet…

At last, on 6 May, l’Incorruptible climbs up to the tribunal.  He is wearing his sacerdotal clothes, a sky blue riding-coat and white stockings.  In the deathly silence which greets all of his appearances now, he straightens up and stares for a long time without speaking at the faces of several Deputies.  In particular, that of Fouche, who feels his stony heart starting to liquefy…

Then, he begins in a strange voice, both exalted and monochord…  He starts by establishing that the people of France are at the height of happiness.

“It is in prosperity that the people must meditate to listen to the voice of wisdom…”
Prosperity:  that must be the explosive inflation, with its cortege of misery.  As for wisdom:  that must be the definitive one via the guillotine, with twenty-four heads the day before, and twenty-six today.

Robespierre is more nervous than usual.  His pale, graceless face is agitated with tics.  His eyes with their moist gaze blink frequently while his fingers drum on the edge of the tribunal.

Now, his voice swells, and he climbs over the cadavers, toward the high metaphysical regions, where the Assembly has trouble following him, at first.  By degrees, he asks the Deputies to recognize the existence of a

“Supreme Being and immortality as the directing power of the Universe”.
Then to the stupefaction of some, and the enthusiasm of others, he wants to give his vibrant profession of faith the form of a decree, with immediate effect.

His speech, which at the end rises in a passionate plea for a regenerated Humanity, is welcomed by unending applause.  Couthon spurs his gendarme mount and proclaims that this great piece of literature must be displayed throughout the whole country.  That it should be translated into all languages, too, and diffused throughout the whole universe.

The fabulous decree which institutes in France a new religion and proposes a festival in the style of the celebrations of Antiquity, is voted with enthusiasm and without any discussion.  In the corridors, when the euphoria has died down, the least terrorised start to murmur that, when they had voted the King’s death, they thought that they had also voted that of God.

The French people welcome back a divinity.  For months, the churches had been profaned.  Mountain decors peopled with mythological characters symbolising Reason had been built in them.  In a lot of places, prostitutes, “living marbles of public flesh” had draped themselves, completely naked, on the altars.  God was now being re-installed under the name of Supreme Being.

In Paris, it is not yet known that this Being will soon take on the profile of l’Incorruptible.  But perhaps this will eclipse in a brilliant manner the red reflects of the guillotine, of which everybody is secretly very tired.

Robespierre’s one-day religion – part 2
Louis Pauwels

Marilyn Kay Dennis
September 16, 2010

To bring God back to Earth, Robespierre engages the most gifted director, the painter David, who will soon plant the scene of other festivities, this time imperial…

Robespierre, himself, organizes the music for the ceremonies, and closely oversees the elaboration of the texts, given into the care of Marie-Joseph de Chenier, brother of the great poet, who had only two more months to live.

The gigantic works are hastily started.  On the terrace of the Tuileries Palace, a colossal amphitheatre, whose floor completely covers the ornamental lake, begins to grow.  Cyclopean statues rise above the formal French gardens, which have become the Jardin national.  They symbolise Atheism, Ambition, Discord, Egoism, and will explode on the day of the ceremony…  It is on 20 prairial, year II (8 June, 1794) that it will take place.  Robespierre has chosen the Sunday which, according to the former Roman Catholic rites, was Pentecost.

On the Champs-de-Mars, the Holy Mountain is nearly finished.  The People’s representatives will take place on it, along with the choirs, the orchestras and the banner-bearers.  On its summit, a column fifty feet high overlooks the entrance to a deep cave, lit by giant candelabra.  A river seeps from it, snaking between Etruscan tombs in the shade of an oak tree, and an antique altar, a pyramid, a sarcophage and a temple with twenty columns, complete this mythology.  It takes only a month for a swarm of ditch-diggers, masons, carpenters and artists of all kinds, to finish this unusual church.

A map with all the details of the organization, which had to be strictly respected, was printed and distributed to the people of Paris.  At the crossroads, the musicians who had composed the hymns, Gossec, Mehul and Cherubini, rehearsed and taught their chants to the assembled crowds.

Experts in solemn occasions, the Italians have come to help, and the great firework master of ceremonies, Ruggieri, has installed the mines which are to reduce to ashes the statues which symbolise the major vices of the old times, atheism in particular.  Hardly any notice is taken, amongst all the hammering and sawing, of the rumbling of the carts which, on the other side of the Seine, are carrying hundreds of people to the guillotine.

And here, at last, is the astonishing day of 8 June 1794.  Starting at five o’clock in the morning, the sound of pikes striking the pavement, the rattling of sabres, and the noise of a great troop marching, out-of-step and almost in silence, for a lot of these men do not have shoes, is to be heard.  Robespierre sees, parading under his windows, in columns of twelve, some of the forty-eight Sections of the People who are hurrying towards the meeting places, followed by the Parisians who, already the day before, had discovered the altars of the Supreme Being.

For once, l’Incorruptible allows himself a bit of coquetry.  In this early morning, he adjusts with care the uniform, whose view turns suspects icy cold:  the sky blue jacket, the immaculate stockings, in the pre-Revolution fashion.

At nine o’clock, Paris is in place right down to the last man.  It is not a good idea to be absent from the Grand-Mass in the parish of the terrifying curate who walks in front of his parishioners, carrying a sheaf of wheat ears.

On the Tuileries terrace, the Conventionnels, dressed in dark blue, are already assembled in the amphitheatre.  On their hats, they wear tricoloured feathers, and they, too, brandish wheat ears, mixed with artificial cornflowers and poppies.  The young men arrange themselves in a square around their Section flag, and mothers, who carry bouquets of roses, hold the hand of their daughters dressed in white tunics.

When l’Incorruptible appears, the orchestras start playing their symphonies accompanied by the rolling of drums.  When he arrives at the highest part of the theatre, a salvo of artillery explodes.  Pale, extatic, his body stiff, Robespierre takes a deep breath.

“At last it has arrived, the day forever fortunate that the People consecrate to the Supreme Being…”
His speech, which goes unheard by many, for his voice doesn’t carry well, is magnificent with lyricism and poetic elevation.  The whole time that he takes to descend to the wooden floor over the lake, five hundred thousand Parisians give him an ovation.  Then they see the statue of Atheism go up in flames, replaced by that of Wisdom.  Unfortunately, this papier-mache allegory also has a singed forehead, and its head is crooked.  When Robespierre regains his place, the Conventionnels, sure of making people laugh, cry out:

“Citizen, your wisdom has been obscured!”
Around him, people roar with laughter.  And suddenly, for the High Priest of the new cult, the day darkens, heavy with fateful signs.  Now, an immense procession forms which moves towards the Champ-de-Mars, preceded by cavalry and music squadrons

The Convention surrounds the Liberty float which disappears under an enormous tricoloured banner carried by Childhood decorated with violets.  Virility follows, decorated with oak leaves, beside Adolescence, distinguished by myrtle.  Old Age, decorated with grape-bearing vines, closes the procession.  Behind them, comes the float of the blind, singing hymns to the divinity.

Within the procession, the Deputies look at their little bouquet and find themselves ridiculous.  Luckily, Robespierre walks far up front, which allows the Conventionnels to relax.  In spite of the music, the salvos, the cheering and the singing, he hears behind him cries of “dictator” and “charlatan”.  A woman screams:

“You are a god, Robespierre!”
A Deputy yells to her:

“Cry “Vive la Republique” rather, madwoman!”
In spite of the heat, the face of the Incorruptible is deadly pale.  He thought that today he would feel the spirit of the Supreme Being, but he feels hate around him instead.  He can hear the Deputies openly insulting himself and his God…

Robespierre’s one-day religion – part 3
Louis Pauwels

Marilyn Kay Dennis
September 17, 2010

Very, very slowly, the procession arrives at the foot of the Holy Mountain.  The Conventionnels climb it, and each finds his place on its flanks.  They all have to play their part in front of this long, immense, double column, with men on one side and women on the other.  The crucial moment has arrived.  When the Symphonie au pere de l’Univers erupts, the young girls throw their flowers, the mothers hold their babies up toward Robespierre, the sons unsheath their swords, which they put into their fathers’ hands, swearing only to use them for victory.

Occupied by the armies of Europe outside, chopped down by the butchers of the revolutionary tribunal on the inside, the capital escapes for the first time in months from the baseness of this time of proscriptions…  A lot of people cry and embrace each other in the fading light.

Spread out over the square, whose black soil has not yet finished absorbing the blood of its victims, the crowd feasts and sings.  It will take the whole night to break up…  In the pompous decor delivered up to relic and souvenir hunters, the Deputies can be heard to grumble:

“It’s not enough for him to be the master…  This fellow wants to be a god, as well!”
At nightfall, l’Incorruptible returns alone to the home of the Duplays who shelter him, from where he had left that morning, so full of happy exaltation.  His hosts are very simple people.  When he arrives in the little lodgement, they welcome him with cries of joy and congratulate him on this immense, this indescribable triumph.  Calm, impenetrable, Robespierre tells them in a low voice:

“You will not be seeing me for much longer, my friends…”
***

From 8 June, the day of the Festival of the Supreme Being, Robespierre will have fifty more days to live.  As well as a premonition, it was an act of lucidity that he made with this prediction.  He knew, that day, that he was totally misunderstood by the Conventionnels.

For Robespierre, the sense and the aim of this festival were to replace the pagan, dry and materialistic cult of Reason by a religion which restored transcendance, a God, without Whom, no man worthy of the name, could live…

***

Right from the beginning of the Revolution, Robespierre had tried to stop the dechristianisation of France.  As a faithful disciple of Rousseau, whom he qualified as a “divine man”, he was sure that Man is a “religious animal”, incapable of durably banishing his spiritual needs.  He shared the feeling of the curate of Boissis-la-Bertrand who was willing to renounce his “mummeries”, that is to say, all formal aspects of the cult, but not his religion.  It is in this sense that Michelet was able to say of Robespierre:

“He had a priest’s temperament”.
***

The 8 June festival gives a fairly precise idea of the religion that Robespierre wanted, but did not have the time to develop.  Four days after the festival, perhaps disappointed by the attitude of the Conventionnels, he disappeared, only reappearing at the Convention one month later.  This was enough time for Fouche, Barras and his friends, to dig the hole into which he would fall on 9 Thermidor.  Stefan Zweig writes of Robespierre:

“You can’t pardon a man who has caused you so much fear.”
The 10 Thermidor, he is guillotined with his brother, Saint-Just, Couthon and seventeen of his friends…

***

What originally caused Robespierre’s downfall was the Deputies’ certainty that he wanted to install a new religion of which he would be the High Priest, and this enormous misunderstanding would be fatal to him.  It was not the god of the christian religion that he wanted to install, of course.  He most certainly wanted to radically end the christian institutions and abolish two thousand years of “perverted” christianism, to return to the spirit and the liturgy of the Roman Republic, the religion of Antiquity.  His ideal not only had the sense of political revolution, but also that of a fundamental cultural revolution.

This was his great dream.  He succeeded in giving it body for a few hours by getting five hundred thousand French people to live a day in the fashion of Antiquity.

It is for this reason that he was accused on 9 Thermidor of taking himself for a divinity, and was made to look ridiculous.  He would not have the time to correct this.  And everyone knows that, in France, you can die from being ridiculous…

***

Voir enfin:

La messe rouge

… David, cependant, ne revint pas le lendemain ni les jours suivants, absorbé qu’il était par les préparatifs de la fête gigantesque ordonnée par Robespierre désormais au faîte de la puissance. Celui-ci, considérant que ses ennemis étaient abattus, hormis un seul [xl], a décidé d’en remercier quelqu’un de plus crédible que la déesse Raison : un Etre suprême qui ne peut pas ne pas exister mais auquel cependant il refuse le nom de Dieu. Et depuis que le 7 mai, à la Convention stupéfaite, il a déclaré vouloir rendre hommage à cette entité suprême qui a fait de lui son élu, Louis David dessine, prépare, trace des plans pour l’immense manifestation qui aura lieu, comme par hasard, le 20 prairial, autrement dit le dimanche de la Pentecôte. Dans l’espoir peut-être que le Saint-Esprit s’en mêlerait…

 Ces deux affaires simultanées firent un bruit énorme : on conclut à ce que, par deux fois le même jour, on avait voulu assassiner l’Incorruptible! La fameuse conspiration prenait corps, visages, et Robespierre n’en attacha que plus de soin à la préparation de la cérémonie dont il serait l’unique héros, lui, le grand prêtre de l’Être suprême. Ensuite, on offrirait au peuple le spectacle de la punition exemplaire des membres de cette infâme conspiration : les amis de Batz. D’ici là, on réussirait peut-être à mettre la main sur le baron fantôme.

      Quatre jours avant la fête, le 16 prairial (4 juin) Robespierre fut élu président de la Convention à l’unanimité mais – et ce mais pèserait d’un certain poids dans la suite des événements – quarante-huit heures plus tard, le citoyen Fouché devenait président des Jacobins. Et Fouché haïssait Robespierre…

      En dépit des objurgations de Julie, de Talma et de David qui voudrait qu’elle vienne contempler son ouvre, Laura a refusé farouchement de se rendre à la fête. Ses amis américains n’y vont pas et, de toute façon, elle a horreur de la foule en général et celle qui va se rassembler lui ferait plutôt peur : elle sait trop de quoi elle est capable.

      – Allez-y sans moi, leur dit-elle. Vous me raconterez.

      En revanche, elle a volontiers accordé à Jaouen la permission de s’y rendre : avec lui, elle est sûre d’avoir une relation fidèle, dépourvue de toute autosatisfaction comme de louange obligatoire. Mais, en vérité, Robespierre, David, et les milliers d’ouvriers qui, durant un mois, ont travaillé comme des esclaves construisant des pyramides ont bien fait les choses : un immense cortège doit conduire le char de la Liberté des Tuileries, où se fait le rassemblement, au Champ-de-Mars choisi pour le plus important de la cérémonie. David a donné libre cours à son goût du gigantesque. Sur la terrasse des Tuileries, il a bâti un amphithéâtre dont le plancher recouvre jusqu’au grand bassin. Autour sont plantées d’immenses statues de l’Athéisme (?), de l’Ambition, de la Discorde et de l’Égoïsme que la magie des frères Ruggieri, les maîtres artificiers, fera sauter plus tard.

      A neuf heures du matin, l’amphithéâtre est plein et la foule s’écrase autour. Il est garni de tous les députés de la Convention vêtus de bleu sombre avec chapeaux empanachés de tricolore et portant un petit bouquet d’épis de blé mêlés de bleuets et de coquelicots artificiels. Les jeunes gens forment des carrés autour du drapeau de leur section, cependant que les mères nanties de bouquets de rosés, tiennent par la main leurs filles en tuniques blanches. Et puis voici Robespierre !

      Précédé de roulements de tambour et salué par les éclats des orchestres, il apparaît soudain tout en haut de l’amphithéâtre, silhouette grêle sanglée dans un frac de soie bleu azur avec culotte et bas blancs, coiffé de son habituelle perruque à catogan : presque un élégant de l’Ancien Régime. Il tient dans les bras une gerbe de blé, et c’est dans cet appareil qu’il entame un discours :  » II est enfin arrivé le jour fortuné que le peuple consacre à l’Être suprême…  » Un discours que tous n’entendront pas, car il a toujours eu la voix un peu faible. Puis il se met en marche vers le Champ-de-Mars tandis que flambent les statues que remplace aussitôt celle de la Sagesse. Un peu trop tôt, d’ailleurs, car elle sent le brûlé et manque de perdre la tête. Ce qui fait rire franchement les conventionnels visiblement agacés par une cérémonie qu’ils jugent ridicule.

      Sur le chemin de celui qui se veut le grand prêtre d’un culte nouveau, éclatent les acclamations, les vivats, les chants mais, de temps en temps tout de même son oreille – qu’il a fine s’il ne voit pas très clair -perçoit des cris moins aimables :  » Dictateur!  » ou  » Charlatan! « . Et, sous l’impact de la colère, il devient encore plus pâle que d’habitude. Enfin, voici le Champ-de-Mars, et là, David s’est surpassé. S’il n’a pas encore réussi à construire une montagne sur le Pont-Neuf avec les pierres de Notre-Dame, il en a élevé une ici : la  » Sainte-Montagne  » où prendront place les représentants du peuple, les choeurs, les orchestres et les porte-drapeaux

      Lorsque la Convention eut pris place au sommet de la montagne, un choeur de deux mille cinq cents voix entonna un hymne au Père de l’Univers composé par Marie-Joseph Chénier tandis que les jeunes filles jetaient des fleurs sur la foule répandue tout autour, que les mères élevaient leurs enfants au-dessus de leurs têtes et que les jeunes hommes brandissaient des sabres en jurant de s’en servir jusqu’à la victoire. Après quoi, bien sûr, les assistants se livrèrent à une sorte d’énorme pique-nique copieusement arrosé : il faisait si chaud !

      Parmi les députés, deux hommes avaient suivi le délirant événement avec des yeux froids, un sourire glacé. L’un d’eux dit :

      – Ce n’est pas assez d’être le maître, ce bougre-là voudrait aussi être un dieu?

      – Il faudrait peut-être songer à y mettre un frein?

      L’un s’appelait Barras et l’autre Fouché…

      Robespierre lui-même était-il satisfait? Plein d’exaltation le matin en quittant la maison Duplay, il y revint le soir, toujours calme, toujours impénétrable mais à cette seconde famille qu’il s’était donnée et qui le félicitait en pleurant de joie, il déclara :

      – Vous ne me verrez plus longtemps…

      Ils pensèrent qu’il était fatigué, mais lui songeait déjà à compléter la cérémonie de ce jour en offrant à sa nouvelle divinité un sacrifice propitiatoire susceptible de frapper de terreur ceux qui devaient comploter sa ruine. D’abord, il fallait accorder une grâce aux habitants de sa rue dont certains ne cachaient pas leur écoeurement de voir passer jour après jour, sous leurs fenêtres, les sinistres charrettes de la mort dans lesquelles, parfois, ils reconnaissaient des amis. Une semaine plus tard, le bourreau Sanson démontait la guillotine pour la transporter au bout du faubourg Saint-Antoine, sur la vaste place du Trône-renversé [xlii]. On avait d’abord pensé à la Bastille, mais les habitants s’y opposèrent fermement.

 …

xl

C’est à cette époque qu’il note :  » Les jours qui viennent de luire sont gros des destinées de l’Univers : les deux génies qui s’en disputaient l’empire sont en présence… A la tête de la faction criminelle qui croit toucher au moment de se baigner dans le sang des fidèles représentants du peuple est le baron de Batz… « 

[xli]. Sur son faîte, une colonne de cinquante pieds surveille l’entrée d’une grotte profonde éclairée par des candélabres géants. Une rivière en sourd qui serpente entre des tombeaux étrusques ombragés d’un chêne. Un autel antique, une pyramide, un sarcophage et un temple soutenu de vingt colonnes, complètent cette mythologie.

xli

Louis Pauwels,  » Robespierre ou la religion qui dura un jour  » dans Histoires magiques de l’histoire de France, t. II.
xlii


Erotisme: Ce qui reste quand la religion a disparu (Sex sells: From barihunks to Salomes, opera fights declining sales and rising costs with cheesecake, beefcake and a pinch of course of sacrilege)

17 mai, 2015
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J'enlève le bas (Myriam, 1981)
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https://i1.wp.com/statics.lecourrierderussie.com/wp-content/uploads/2015/04/10403256_932620870095024_7856132859200211053_n_opt.jpgDieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
La société du spectacle, [selon] Roger Caillois qui analyse la dimension ludique dans la culture (…), c’est la dimension inoffensive de la cérémonie primitive. Autrement dit lorsqu’on est privé du mythe, les paroles sacrées qui donnent aux œuvres pouvoir sur la réalité, le rite se réduit à un ensemble réglés d’actes désormais inefficaces qui aboutissent finalement à un pur jeu, loedos. Il donne un exemple qui est extraordinaire, il dit qu’au fond les gens qui jouent au football aujourd’hui, qui lancent un ballon en l’air ne font que répéter sur un mode ludique, jocus, ou loedos, société du spectacle, les grands mythes anciens de la naissance du soleil dans les sociétés où le sacré avait encore une valeur. (…) Nous vivons sur l’idée de Malraux – l’art, c’est ce qui reste quand la religion a disparu. Jean Clair
Pourquoi l’avant-garde a-t-elle été fascinée par le meurtre et a fait des criminels ses héros , de Sade aux sœurs Papin, et de l’horreur ses délices, du supplice des Cent morceaux en Chine à l’apologie du crime rituel chez Bataille, alors que dans l’Ancien Monde, ces choses là étaient tenues en horreur? (…) Il en résulte que la fascination des surréalistes ne s’est jamais éteinte dans le petit milieu de l’ intelligentsia parisienne de mai 1968 au maoïsme des années 1970. De l’admiration de Michel Foucault pour ‘l’ermite de Neauphle-le-Château’ et pour la ‘révolution’ iranienne à… Jean Baudrillard et à son trouble devant les talibans, trois générations d’intellectuels ont été élevées au lait surréaliste. De là notre silence et notre embarras. Jean Clair
Christs, Vierges, Pietàs, Crucifixions, enfers, paradis, offrandes, chutes, dons, échanges: la vision chrétienne du monde semble revenir en force. Où? Dans le domaine de l’art le plus contemporain. (…) L’homme y est réinterprété comme corps incarné, faible, en échec. Cette religion insiste sur l’ordinaire et l’accessible, elle est hantée par la dérision, la mort et le deuil. Après une modernité désincarnée proposant ses icônes majestueuses, on en revient à une image incarnée, une image d’après la chute. En profondeur, il se dit là un renversement des modèles de l’art lui-même: A Prométhée succède Sisyphe ou mieux le Christ souffrant, un homme sans modèle, sans lien, inscrit dans une condition humaine à laquelle il ne peut échapper. Yves Michaud (4e de couverture, L’art contemporain est-il chrétien, Catherine Grenier)
Ce spectacle est une réflexion sur la déchéance de la beauté, sur le mystère de la fin. Les excréments dont le vieux père incontinent se souille ne sont que la métaphore du martyre humain comme condition ultime et réelle. Le visage du Christ illumine tout ceci par la puissance de son regard et interroge chaque spectateur en profondeur. C’est ce regard qui dérange et met à nu ; certainement pas la couleur marron dont l’artifice évident représente les matières fécales. En même temps – et je dois le dire avec clarté – il est complètement faux qu’on salisse le visage du Christ avec les excréments dans le spectacle. Ceux qui ont assisté à la représentation ont pu voir la coulée finale d’un voile d’encre noir, descendant sur le tableau tel un suaire nocturne. Cette image du Christ de la douleur n’appartient pas à l’illustration anesthésiée de la doctrine dogmatique de la foi. Ce Christ interroge en tant qu’image vivante, et certainement il divise et continuera à diviser. Romeo Castellucci
Notre époque, surtout depuis quelques décennies, est passée championne dans l’art de défigurer les icônes majeures du christianisme. (…) L’art contemporain est l’une des manifestations de la christianophobie. Pas la seule… Encore faut-il préciser que ce n’est évidemment pas systématique. L’art sacré d’inspiration et de destination chrétienne poursuit sa route et continue de susciter des œuvres. Le septième art, à ma connaissance, est beaucoup moins souvent christianophobe que ne le sont les arts plastiques. Voyez au cinéma le film Des hommes et des dieux, ou Habemus papam, au théâtre les pièces d’Olivier Py, en littérature, en BD… (…)  Il a droit, pour ainsi dire, à un traitement de faveur. Imaginez qu’à la place du visage du Christ, comme décor d’une pièce de théâtre, figure celui de Moïse, de Mohammed ou de Bouddha. Ce serait un tollé immédiat. De toutes les religions, le christianisme est, sans conteste, la plus agressée. Et selon moi c’est normal. Cela tient au fait que le christianisme aime autant l’image, qui s’expose, que la personne, qui oblige. François Bœspflug
Je crois que la culture dans nos sociétés est un des lieux du sacré : la religion culturelle est devenue pour certaines catégories sociales – dont les intellectuels – le lieu des convictions les plus profondes, des engagements les plus profonds. Par exemple, la honte de la gaffe culturelle est devenue l’équivalent du péché. Je pense que l’analogie avec la religion peut-être poussée très loin. Alors qu’aujourd’hui, une analyse de sociologie religieuse peut être poussée très loin, comme celle sur les évêques ; elle ne touche personne même pas les évêques. … La sociologie de la culture se heurte à des résistances fantastiques. Et le travail d’objectivation qui a été fait sur la religion : personne ne peut contester qu’il y a une certaine corrélation entre la religion que l’on a acquise dans sa famille et la religion que l’on professe ; on ne peut pas nier qu’il y ait une transmission de père en fils des convictions religieuses, que quand cette transmission disparaît, la religion disparaît. Bon, quand on le dit sur la culture, on enlève à l’homme cultivé un des fondements du charme de la culture, à savoir l’illusion de l’innéité, l’illusion charismatique : c’est à dire j’ai acquis ça par moi-même, à la naissance comme une espèce de miracle. Pierre Bourdieu
Le goût « pur » et l’esthétique qui en fait la théorie trouvent leur principe dans le refus du goût « impur » et de l’aïs­thèsis [« sensation » en grec, ce qui a donné « esthétique »] forme simple et primitive du plaisir sensible réduit à un plaisir des sens, comme dans ce que Kant appelle « le goût de la langue, du palais et du gosier », abandon à la sensation immédiate […]. On pourrait montrer que tout le langage de l’esthé­tique est enfermé dans un refus principiel du facile, entendu dans tous les sens que l’éthique et l’esthé­tique bourgeoises donnent à ce mot. (… Comme le disent les mots employés pour les dénoncer, « facile » ou « léger » bien sûr, mais aussi « frivole », « futile », « tape-à-l’oeil », « superficiel », « racoleur » … ou dans, dans le registre des satisfactions orales, « sirupeux », « douceâtre », « à l’eau de rose », « écoeurant », les oeuvres vulgaires ne sont pas seulement une une sorte d’insulte au raffinement des raffinés, une manière d’offense au public « difficile » qui n’entend pas qu’on lui offre des choses « faciles » (on aime à dire des artistes, et en particulier des chefs d’orchestre, qu’ils se respectent et qu’ils respectent leur public); elles suscitent le malaise et le dégoût par les méthodes de séduction, ordinairement dénoncées comme « basses », « dégradantes », « avilissantes » qu’elles mettent en oeuvre, donnant au spectateur le sentiment d’être traité comme le premier venu, qu’on peut séduire avec des charmes de pacotille, l’invitant à régressser vers les formes les plus primitives et les plus élémentaires du plaisir. Pierre Bourdieu
Personne n’aspirerait à la culture si l’on savait à quel point le nombre des hommes cultivés est finalement et ne peut être qu’incroyablement petit; et cependant ce petit nombre vraiment cultivé n’est possible que si une grande masse, déterminée au fond contre sa nature et uniquement par des illusions séduisantes, s’adonne à la culture; on ne devrait rien trahir publiquement de cette ridicule disproportion entre le nombre d’hommes vraiment cultivés et l’énorme appareil de la culture; le vrai secret de la culture est là: des hommes innombrables luttent pour acquérir la culture, travaillent pour la culture, apparemment dans leur propre intérêt, mais au fond seulement pour permettre l’existence du petit nombre. Nietzsche
La musique la plus légitime fait l’objet, avec le disque et la radio, d’usages non moins passifs et intermittents que les musiques « populaires » sans être pour autant discréditée et sans qu’on lui impute les effets aliénants qu’on attribue à la musique populaire. Quant au caractère répétitif de la forme, il atteint un maximum dans le chant grégorien (pourtant hautement valorisé) ou dans nombre de musiques médiévales aujourd’hui cultivées et dans tant de musiques de divertissement du 17e et du 18e siècles, d’ailleurs conçues à l’origine pour être ainsi consommées « en fond sonore ». Pierre Bourdieu
Côté féminin, l’imaginaire est centré sur la pudeur : une jeune fille de bonne famille ne se regarde pas dans le miroir, ni même dans l’eau de sa baignoire ; on prescrit des poudres qui troublent l’eau pour éviter les reflets (en revanche, les miroirs tapissent les murs des bordels). Les femmes connaissent mal leur propre corps, on leur interdit même d’entrer dans les musées d’anatomie. Le corps est caché, corseté, protégé par des nœuds, agrafes, boutons (d’où un érotisme diffus, qui se fixe sur la taille, la poitrine, le cuir des bottines). Côté masculin, ce sont des rituels vénaux et une double morale permanente : le même jeune homme qui identifie la jeune fille à la pureté et fait sa cour selon le rituel classique connaît des expériences sexuelles multiples avec des prostituées, des cousettes (les ouvrières à l’aiguille dans les grandes villes) ou une grisette, jeune fille facile et fraîche qu’on abandonnera pour épouser l’héritière de bonne famille. Alain Corbin
En pleine semaine sainte, la polémique ne pouvait passer inaperçue. Mgr Di Falco a révélé que la RATP avait exigé que soient retirées des affiches annonçant le prochain concert du groupe «Les Prêtres» la mention «au profit des Chrétiens d’Orient» (…) Si la RATP a exigé que soit supprimée la mention des Chrétiens d’Orient, c’est parce que «la RATP et sa régie publicitaire ne peuvent prendre parti dans un conflit de quelque nature qu’il soit» selon leur communiqué commun. «Toute atteinte à ce principe ouvrirait la brèche à des prises de positions antagonistes sur notre territoire». Annoncer que ce concert était offert au profit de ces chrétiens d’Orient est «une information se situant dans le contexte d’un conflit armé à l’étranger et (…) le principe de neutralité du service public qui régit les règles de fonctionnement de l’affichage par Métrobus, trouve en effet dans ce cas à s’appliquer.» Vous avez bien lu. Pour la RATP, les Chrétiens d’Orient sont juste un camp face à l’autre, un camp pour lequel on ne peut pas prendre parti. Alors que la France, par la voix de Laurent Fabius, se démène à l’ONU pour que cesse le génocide dont sont victimes ces minorités d’Irak et d’ailleurs, alors que le Président de la République a reçu des Chrétiens obligés de fuir leur pays pour ne pas être massacrés par Daesh, la RATP -elle- refuse de choisir. Entre Daesh et ses victimes, elle veut rester «neutre».. Cette neutralité-là est impossible. Cette neutralité est une complicité avec celui qui massacre, contre l’innocent qui est massacré. Cette neutralité rappelle celle de Pilate et de tous ceux qui l’ont suivi depuis 2000 ans, se lavant les mains des massacres commis, et fermant les yeux sur le sort des victimes, pour ne pas faire de vagues ni perdre leur poste. Abbé Pierre-Hervé Grosjean (curé de Saint Cyr l’Ecole)
J’ai pensé à vous car vous êtes un ange de paix. Pape François (à Mahmoud Abbas)
Quand une personne va se présenter dans une paroisse pour devenir son pasteur, le seul critère de recrutement risque d’être : “êtes-vous pour ou contre la bénédiction des couples homosexuels ?” Réduire toute la foi chrétienne à cette question est effroyable. Gilles Boucomont (temple du Marais, Paris)
Mommy took a bus trip and now she got her bust out, everybody ride her just like a bus route. (Maman fait un voyage en bus et maintenant elle a son buste à l’air, tout le monde la monte, une vraie ligne de bus) Jay-Z
Montez-moi toute la journée pour 3£. New Adventure travel
I got stuck behind one of these buses in Canton at 8.45 this morning. With our following of 30,000 people, we try not to use We Are Cardiff to express opinions, but I felt like we had an obligation to the women and men of Cardiff to call this company out on the commodification of a woman’s body, and the trivialisation of prostitution. “I guess you could use the ‘it’s just a laugh’ argument, but in 2015 does a bus journey really need to be sexualised to market itself ? Hana Johnson (We Are Cardiff blog)
Firstly we have stated that our objectives have been to make catching the bus attractive to the younger generation. We therefore developed an internal advertising campaign featuring males and females to hold boards to promote the cost of our daily tickets. The slogan of ‘ride me all day for £3’ whilst being a little tongue in cheek was in no way intended to cause offence to either men or women and, if the advert has done so then we apologise unreservedly. There has certainly been no intention to objectify either men or women. Given the volume of negativity received we have decided to remove the pictures from the back of the buses within the next 24 hours. New Adventure travel (Cardiff bus company)
Le procès de deux responsables d’un théâtre de Novossibirsk accusés d’avoir « offensé les sentiments religieux des croyants » en proposant une version très moderne de l’opéra Tannhäuser de Wagner s’est soldé mardi 10 mars par un non-lieu dans cette ville de Sibérie. (…) Le procès a été ouvert la semaine dernière après la plainte d’un évêque orthodoxe, appuyée par le parquet local selon lequel cette adaptation, jouée pour la première fois en décembre à l’opéra de Novossibirsk, « désacralise » l’image de Jésus Christ. La version originale de l’oeuvre, une des plus controversées du compositeur Richard Wagner, a été jouée pour la première fois en 1845. Le héros, Tannhäuser, est le captif volontaire de la déesse de l’amour Vénus avant de chercher la rédemption auprès du pape pour ses excès sexuels. Timofeï Kouliabine a déplacé l’action au XXIe siècle, Tannhäuser devenant un réalisateur qui tourne un film sur la visite de Jésus Christ dans le repaire de la déesse Vénus. Fait religieux.com
Best stalls seats for the Royal Opera House’s latest Salome revival are chopped down to £65 (previously up to £120) with this Evening Standard offer, valid for performances on 8, 14 and 16 June only. Intermezzo
Ah, but Bacchus refuses to rock (did I mention the score was by Philip Glass?), preferring instead to cackle at his own jokes, supervillain-style. His devotees, the mad, enchanted Bacchants, are similarly unfun, anti-sensual, and non-ecstatic. They sport weird Kahlo unibrows and, in their lumpen orange jumpers, evoke the Balinese cast of Mamma Mia! These huffing, puffing, occasionally power-walking Maenads work tirelessly to infuse the show with a dread it assiduously resists, and they occasionally succeed, against all odds. But boy, can you feel them working. They’re reputed to tear animals limb from limb, but their « Bacchic dances » feel no more ominous than a lengthy jazzercise class—everyone seems to be counting beats or calories. Mackie sweats almost as hard, but he’s on a treadmill: Manly Pentheus sees the power of Dionysus demonstrated time and again, but can’t bring himself to acknowledge this androgynous god. Yet Mackie and Akalaitis never quite connect that stubbornness with a gripping interior psychology—the king’s all-too-obvious repression is played for easy laughs—and we hurtle toward tragedy without much at stake. Horror arrives on schedule, Dionysus collects his blood debt, and a mother, after murdering her son, holds his severed head aloft and wails, « I was mad, and now he is dead. » This should crush the audience, but it comes off as a summing-up. I received the information matter-of-factly, like a Google alert. After an hour and a half of strenuously literal choreography and two-dimensional line readings, can you blame me? This Bacchae has a way of staring the incomprehensible in the face … and falling gently asleep, as if nodding off watching the news or in the middle of halfhearted midweek sex. It’s proof that sometimes, when you look long into the abyss, the abyss yawns. Scott Brown
Practically the only thing people get anymore that’s live is sports and opera. (…) In movies, most of the women who get naked are pretty young, and it’s hard to be an opera singer and be that young. It takes a lot of training, and you get better, I think — or louder — as you get older. (…) When [nudity] becomes vulgar, it gets boring. But in opera, what’s interesting is that if it’s done well, if it’s within the context of the story, there’s a subtlety to it that becomes very erotic, especially when it’s coupled with singing. (…) There’s a shift in opera where physicality is very important — not only how you act but how you look, and you can’t shoot yourself in the foot, » he says. « You have to move well, you have to act well, you have to look good, you have to sing well. The competition is much stiffer. Nathan Gunn
Vous voulez savoir ce qu’il y a entre moi et mes Calvin? Rien. Brooke Shields
L’érotisme est aussi utilisé pour promouvoir des produits courants qui ne lui sont traditionnellement pas associés. Par exemple, des spécialistes avancent que le déclin du nombre de billets vendus par l’opéra de Dallas a été renversé à la suite d’une campagne publicitaire montrant des instruments de musique sous un angle plus « osé ». Wikipedia
The creative team came up with an effective formula – fill the Venusberg with beautiful people of both sexes, all nude except for the briefest of thongs, engaged in constant, unrelenting, explicit (or at least convincingly simulated) sex – twosomes of men and women, men and men, etc., threesomes, foursomes, fivesomes splitting off to form new threesomes and twosomes. Most of these performances were taking place on revolving stages, so that the audience would not miss too much. The opera program lists 18 “dancers”, although “dancing” is a curious euphemism for the particular onstage performances of these 18 persons during the extended ballet of the Paris version. The simulations were so vivid, that one would not be astonished if, after all of the rehearsals and actual performances, that some longer term relationships might be developing among these dancers. Los Angeles opera audiences might indeed be hip (or, at least, include many of the hip). But the community is an entertainment capital, where nightmares occur about film ratings so restrictive they eliminate the teenage market, or about the FCC fining big corporations for transgressions occurring on network television. So there is irony in the fact that things not permitted in films and television shows being created a few miles away, were occurring — not in some tiny, out of the way West Hollywood theatre — but, during, of all things, the performance of a Wagnerian opera in the Dorothy Chandler Pavilion. The “Tannhauser” reviews probably knocked some of the reports of post-Oscar parties to the later pages. “Wagner pornucopia” was the inch high headline for the Los Angeles Times’ Calendar section. “‘Tannhauser': the Adult Version” was the three-fourths of an inch headline for the Arts Entertainment section of the Orange County Register. The bottom line is that, just like the citizens of the Wartburg, it is possible to astonish people, even in the hip and sophisticated opera and theatre-going crowd of Los Angeles. But opera performed for purposes of shock and sacrilege is what many opera-goers use to define that ultimate pejorative, “Eurotrash”. To save the new L. A. production of “Tannhauser” from that pigeon hole, can one find in the Ian Judge conceptualization of the stage action elements that redeem his approach, and bring new appreciation and understanding of the opera? Opera horses
They’re known for their great bods and for breathless blogs written by devoted admirers. Bearers of great pecs and pipes, barihunks like Matthew Worth and Tom Forde are bringing high art to the masses in a universally appealing form. And the dark-haired Gunn, all 6 broadly muscled feet of him, is king of that particular hill — as well as the « Barber of Seville. » In his third appearance with LA Opera, he sings the role of Figaro in the Rossini classic opening today. In this production, which originated at Teatro Real Madrid, Gunn, 39, is fully dressed, sporting a white suit with a black polka-dot vest in the visually stark first act, which later bleeds into color. But in Lyric Opera of Chicago’s production last year, the first act opened with a bit of gratuitous beefcake — Gunn awoke wearing only boxer shorts in the sleeping loft above his barbershop before he rose, dressed and flew down a pole to begin another hard day of singing. The lure of flaunting such unabashed virility is catnip to opera companies trying to overcome the graying of their audiences. Inspired in part by Hollywood’s beauty bar, the casting of opera singers for their looks as well as their world-class voices has been viewed as imperative as ever, now that opera has taken to the big screen —  » The Met: Live in HD » is in its fourth season transmitting opera to movie theaters around the world. « I have some colleagues who really feel like opera was never meant to be able to have a camera looking down your throat while you’re screaming your head off and spit’s flying out, » says « the irresistible » Gunn, as the Metropolitan Opera described him in touting his high-def performance as Mercutio in Gounod’s « Romeo et Juliette » two years ago. « And I thought, yeah, that’s true, but at the same time it’s kind of cool. Practically the only thing people get anymore that’s live is sports and opera. » Irene Lacher

Ce qui reste quand la religion a disparu ?

A l’heure où, pour avoir voulu jouer avec les paroles d’une chanson de rap, une compagnie d’autocars de Cardiff se voit contrainte de retirer du dos de ses bus des affiches de jeunes modèles torse nus …

Et où la toile la plus chère jamais vendue aux enchères se voit floutée à la télévision américaine pour cause de seins dénudés …

Alors qu’en Russie un metteur en scène d’un opéra se voit assigné en justice pour cause de désacralisation de la religion …

Et qu’en France une affiche de concert pour les victimes chrétiennes des djihadistes semblent plus choquante que sur Youtube leurs découpages à présent presque quotidiens au couteau de boucher …

Pendant qu’avec l’omniprésence de l’image et du numérique et du travail de sape bimillénaire du judéo-christianisme, nos archaïques et antiques besoins de sang n’ont guère plus pour s’exprimer que les derniers spectacles vivants du sport, du cirque ou des scènes d’opéra …

Et qu’emporté par la démagogie et le politiquement correct ambiants, ce qui reste de l’Eglise se voit sommer de voir des anges partout ou de faire des « mariages pour tous » …

Comment ne pas voir …

Dans la place toujours plus grande de l’érotisme dans nos publicités

Comme, désaffection du public et explosion des coûts aidant, les expositions de nos musées …

Ou entre salomés et baritons dépoitraillés sur fond si possible de sang et de sacrilège …

Les scènes de nos opéras …

Ce que disait naguère Malraux de l’art

A savoir ce qui reste quand la religion a disparu ?

Opera barihunks hit a muscular note
Toned physiques like Nathan Gunn’s are getting a standing ovation in the genre’s usually buttoned-up world.
Irene Lacher

LA Times

November 29, 2009

« I’d like to take a little bit of responsibility for this nightmare. »

The source of that generous offer is far from evil. If anything, Nathan Gunn is the dimpled picture of Midwestern nice guy-ness — think a younger, darker Russell Crowe without the edge. That’s why he’s volunteering to take the fall for men like himself — opera’s tantalizing new breed of baritone known as « barihunks. »

They’re known for their great bods and for breathless blogs written by devoted admirers. Bearers of great pecs and pipes, barihunks like Matthew Worth and Tom Forde are bringing high art to the masses in a universally appealing form. And the dark-haired Gunn, all 6 broadly muscled feet of him, is king of that particular hill — as well as the « Barber of Seville. » In his third appearance with LA Opera, he sings the role of Figaro in the Rossini classic opening today.

In this production, which originated at Teatro Real Madrid, Gunn, 39, is fully dressed, sporting a white suit with a black polka-dot vest in the visually stark first act, which later bleeds into color. But in Lyric Opera of Chicago’s production last year, the first act opened with a bit of gratuitous beefcake — Gunn awoke wearing only boxer shorts in the sleeping loft above his barbershop before he rose, dressed and flew down a pole to begin another hard day of singing.

The lure of flaunting such unabashed virility is catnip to opera companies trying to overcome the graying of their audiences. Inspired in part by Hollywood’s beauty bar, the casting of opera singers for their looks as well as their world-class voices has been viewed as imperative as ever, now that opera has taken to the big screen —  » The Met: Live in HD » is in its fourth season transmitting opera to movie theaters around the world.

« I have some colleagues who really feel like opera was never meant to be able to have a camera looking down your throat while you’re screaming your head off and spit’s flying out, » says « the irresistible » Gunn, as the Metropolitan Opera described him in touting his high-def performance as Mercutio in Gounod’s « Romeo et Juliette » two years ago. « And I thought, yeah, that’s true, but at the same time it’s kind of cool. Practically the only thing people get anymore that’s live is sports and opera. »

Gunn wasn’t always this cool about this millennium’s focus on baring it all, or at least, a noticeable chunk of the hunk, for opera audiences. He was initially taken aback when Francesca Zambello first opened the floodgates when she directed him and tenor William Burden in a 1997 production of Gluck’s « Iphigénie en Tauride » at Glimmerglass Opera near Cooperstown, N.Y.

« She’s like, ‘Guys, in the beginning of the show, what’s going to happen is you’re going to be dragged in soaking wet and they’re going to rip your clothes off and you’re going to be bound together on this log. So if you’re nervous, go to the gym,' » recalls the (fortunately) former college athlete during a recent interview in LA Opera’s offices. « I went to the gym. Heck, yeah! »

The response from the usually buttoned-up opera world was enthusiastic. Even the University of Kansas’ erudite Journal of Dramatic Theory and Criticism weighed in, with Robert F. Gross declaring: « Nathan Gunn’s fine physique is the most eroticized presence on stage. »

(In September, barihunks.blogspot.com reported that another bare-chested duet by Gunn and Burden in the Opera Company of Philadelphia’s production of « Pearl Fishers » was the most popular video on its YouTube site. « It looks like the Philadelphia Phillies aren’t the only thing that’s hot in the City of Brotherly Love, » the site observed.)

Indeed, while sex sells just about everything everywhere, in the rarefied world of opera, male singers like Gunn are generally better salesmen. Women only rarely appear bare-breasted on stage, and when they do, it is likely to serve an avant-garde production, such as in LA Opera’s 1997 production of Wagner’s « Tannhauser, » directed by the Royal Shakespeare Company’s Ian Judge.

In part, says Gunn, men in opera do what women can’t. « In movies, most of the women who get naked are pretty young, and it’s hard to be an opera singer and be that young. It takes a lot of training, and you get better, I think — or louder — as you get older. »

Voir aussi:

Powerful, Edgy “Tannhauser” at Los Angeles Opera – February 28, 2007
Opera horses

March 9th, 2007

Richard Wagner’s “Tannhauser”, although firmly in the standard repertoire, has tended to be performed a little less often in recent years than the work that preceded it (“The Flying Dutchman”) and the eight operas he wrote afterwards. That appears, at least for the near future, to be changing.

California’s three most important opera companies – those of Los Angeles, San Francisco and San Diego – each have scheduled “Tannhauser” within a twelve month period. Although there is a duplication in two lead performers between two of the companies, each is mounting a completely different production.

Nor is it only California that is being immersed in Wagner’s melodic tale of a young man’s explorations of and angst regarding the charms of women, but opera companies throughout the United States and the World have signed onto revivals or new productions of the work.

Los Angeles Opera brought together a creative team, led by Conductor James Conlon, its new musical director. The team, launching “Tannhauser” as the first production of a multi-year Wagner project, has taken a new look at this work. Wagner’s “Paris version” of the opera, with its extended Venusberg Ballet, was chosen. The Set and Costume Designer was Gottfried Pilz and Lighting Designer was Mark Doubleday (his company debut), both of whose contributions in this extraordinary production were invaluable.

The Director was Royal Shakespeare Company veteran Ian Judge, who has now has a half-dozen memorable Los Angeles Opera productions to his credit. These include a conceptualization of Gounod’s “Romeo et Juliette” in 2005 for Rolando Villazon and Anna Netrebko that I found brilliant.

Before one creates a new production of “Tannhauser” one must decide what, ultimately, the opera is about. The literal story – with its arc of transgression, confrontation, penance and redemption – is interesting enough, and the opera’s rousing music and lush melody, in the hands of an orchestra and of singers of the first rank – makes for a pleasant evening at the opera, especially if you find the other Wagnerian operas to your taste.

Wagner, in his preceding opera, “Die Fliegende Hollaender”, set up a premise for the damnation of its title character that makes little sense to those of us that are part of 21st Century Western civilization. With a violent storm hitting his ship, the Dutchman lost control of himself and started cursing. For this he was damned forever, unless an improbable series of things happened to redeem him. So much for the punishment fitting the crime.

There are many elements of that opera that make it interesting to 21st century audiences, but the story line – the incidents (the cursing) that led to the spell on the Dutchman and the rules that had to be followed to break the spell, is not in itself something that would interest most of us these days.

Were it not that its stirring overture, its treasure chest of melody, and its abundant opportunities for spectacular theatre, “Hollaender” would be an only occasionally performed relic of Romantic era operatic history, like Weber’s “Die Freischuetz”. Is “Tannhauser” another quaint fairy tale like “Hollaender” in which we should immerse ourselves in the music, applaud the use of spectacle to display its exotic settings, but not think too deeply about the plot? I think otherwise.

“Tannhauser” is an opera (and this will be a surprise to some people) in which one can find deeper meaning. My own take on the opera’s story is as follows:

(1) Tannhauser, a creative but difficult artist, who has had problems fitting into a very structured society, decides to shuck it all and pursue a lifestyle that offends the established order, (2) having surfeited his senses, he wishes he could return to his old life to be forgiven, just as was the Prodigal Son, (3) although most everyone is suspicious of his reappearance, Elisabeth, the woman who had always seen something redeeming in his character, is ready to welcome him back, (4) he has renewed difficulty relating to the social order, and flaunts his past behaviors he knows will destroy his chances of reconciliation with his former colleagues, (5) the resulting turmoil results in Elisabeth’s emotional breakdown and ultimate death, (6) Tannhauser, shocked by the impact of his behavior on Elisabeth, squares himself away.

You will note my interpretation of the meaning of the opera is stated in secular language. One can integrate into this explanation meanings for the opera’s religious symbols, or, if preferred, even regard the religious elements literally. However, the basic story remains the same.

The creative team obviously spent time thinking about what they considered the essence of “Tannhauser”, to see if it indeed could be made relevant to our times. Their resulting product appears to concentrate on the question: what is it that happens in the Venusberg that so disrupts the social structure in the Wartburg? Is there a way for the audience to share the shock that the denizens of the Wartburg experienced?

They knew that most of this 21st century audience would be from the Los Angeles area. The Dorothy Chandler Pavilion is itself just seven miles from the Kodak Theatre in Hollywood, where, the night after the “Tannhauser” premiere, and three nights before its second performance – the one I attended – the Academy Awards would be distributed.

What could happen in the Venusberg that could cause this audience, that certainly regards itself among the hip and sophisticated, to understand vicariously the social horror that the men and women of the Wartburg experienced?

The creative team came up with an effective formula – fill the Venusberg with beautiful people of both sexes, all nude except for the briefest of thongs, engaged in constant, unrelenting, explicit (or at least convincingly simulated) sex – twosomes of men and women, men and men, etc., threesomes, foursomes, fivesomes splitting off to form new threesomes and twosomes. Most of these performances were taking place on revolving stages, so that the audience would not miss too much.

The opera program lists 18 “dancers”, although “dancing” is a curious euphemism for the particular onstage performances of these 18 persons during the extended ballet of the Paris version. The simulations were so vivid, that one would not be astonished if, after all of the rehearsals and actual performances, that some longer term relationships might be developing among these dancers.

Los Angeles opera audiences might indeed be hip (or, at least, include many of the hip). But the community is an entertainment capital, where nightmares occur about film ratings so restrictive they eliminate the teenage market, or about the FCC fining big corporations for transgressions occurring on network television. So there is irony in the fact that things not permitted in films and television shows being created a few miles away, were occurring — not in some tiny, out of the way West Hollywood theatre — but, during, of all things, the performance of a Wagnerian opera in the Dorothy Chandler Pavilion.

The “Tannhauser” reviews probably knocked some of the reports of post-Oscar parties to the later pages. “Wagner pornucopia” was the inch high headline for the Los Angeles Times’ Calendar section. “‘Tannhauser': the Adult Version” was the three-fourths of an inch headline for the Arts Entertainment section of the Orange County Register. The bottom line is that, just like the citizens of the Wartburg, it is possible to astonish people, even in the hip and sophisticated opera and theatre-going crowd of Los Angeles.

But opera performed for purposes of shock and sacrilege is what many opera-goers use to define that ultimate pejorative, “Eurotrash”. To save the new L. A. production of “Tannhauser” from that pigeon hole, can one find in the Ian Judge conceptualization of the stage action elements that redeem his approach, and bring new appreciation and understanding of the opera?

First, I will set down my impressions of the performance. There is no curtain for the opera. Each act begins with a facade in place which stretches across the entire front of the Dorothy Chandler Pavilion stage. The facade consists of nine dark plue pillars. Connecting each pillar are eight sets of very tall double doors, that often open as windows.

Conductor Conlon leads the Los Angeles Opera Orchestra in the famous prologue. At the point where the Prologue changes tempo to the exotic Venusberg music, we begin to see young men and women, partially clothed in evening dress through the windows of the tall doors. Then, as the opera begins, the pillars and doors are seen to be on curved tracks that snake around the sides and back of center stage.

A grand piano sits at stage right, to do duty as Tannhauser’s lyre in the Venusberg and to return to the Hall in which the singing contest will be held in a later scene. Tannhauser, German tenor Peter Seiffert, dressed in black pajamas and a red dressing gown crosses the stage to sit at the piano. The Venus, Lioba Braun, looking rather like a young Sally Field with an Annette Bening hairstyle, is in her bower in center stage in a red dress. Everyone is barefoot. There are vertical neon lights nearby, now glowing red. (The vertical neon pole will change color for different scenes throughout the performance.)

The youth in evening dress begin to shed their clothes, and each finds a nearby person to engage in first kissing and then (simulated) sex acts of demonstrable versatility. Seiffert, the Tannhauser, is burly and looks 50ish. According to some of the press, he was made to look up like an aging rock star visiting the Venusberg. (My suspicion is that if the production had a younger looking Tannhauser, not bound by on-stage inhibitions and with the physique of, say, a Nathan Gunn or Charles Castronovo – neither of whom would ever be expected to sing this role – Director Judge would have staged the scene quite differently.)

Braun’s Venus was a smaller voice than I am used to in this part, and Seiffert, who is unquestionably on the short list of world’s most prominent Tannhausers, exhibited, at several times during the first two acts, the vibrato spread and beat that often signals vocal difficulties. (He had his voice securely in control in time for an effective third act that should convince a person who has not seen him before that his reputation is warranted.)

Now a blue-violet vertical neon pole is seen. Tannhauser reveals to Venus that his appetites are surfeited and that he wishes to return to his German homeland. The orgy participants, ready to do something else, help take down the Venusberg set to move it into the next scene with the Wartburg hunting party. Tannhauser finds himself out in the cold – literally, it is snowing lightly. A large white leafless tree hangs askew from the top of the stage.

We hear the song of the shepherd boy (sung by Karen Vuong) from offstage, but there is a boy dressed as a cherub with small wings on-stage, who among other stage business (throwing snowballs and standing on the grand piano in his ski boots) arranges for the piano to be pulled out of the snow offstage. (I thought to myself, I wonder whether he is going to do a “snow angel” and he did. I also wondered if the boy, who obviously had to be in the wings waiting for the orgy to end so he could be onstage for the next scene, had parental guidance shielding him from too close an observation of the “dancing”.)

The vertical neon pole was glowing white when the pilgrims appear, costumed in white robes, each holding white staffs. Tannhauser, however, is dressed in black with a black scarf. Still barefoot, he kneels at a cross at mid-stage. The hunters arrive, also dressed in white. Although some have white hunting caps, some of the principals are wearing white Fedoras. Wolfram (German baritone Martin Gantner) is dressed in a white suit, looking rather like Truman Capote, or even more closely, Philip Seymour Hoffman playing Truman Capote, with spectacles resembling a stylish contemporary offering from Lenscrafters. The Landgrave (German bass Franz-Josef Selig) wore a white Fedora with a black band.

As Act II begins, we are introduced to Elisabeth. Since she is to be the princess of the singing contest, she has the hairstyle and general appearance of Princess Diana, and wears a white gown similarly styled to the red gown worn by Venus in Act I. The male dancers from the Venusberg reappear as waiters for the Landgrave’s festivities, each carrying trays filled with glasses of champagne, most of which are taken by the choristers, who prance in with great formality in elegant black and white evening dress, for the melodic toasts.

In the first examples of truly memorable singing in this performance, Petra Maria Schnitzer, the Elisabeth, engages in an affecting duet with Selig’s Landgrave. The Paris version of “Tannhauser”, besides a longer Venusberg scene, has a more extensive song tournament, with more music for Gantner’s Wolfram and for Walther von der Vogelweide (Rodrick Dixon). The other Minnesingers are Jason Stearns (Biterolf), Robert MacNeil (Heinrich der Schreiber) and Christopher Feigum (Reinmar von Zweter).

The act ends with a beautifully sung octet, although Seiffert’s Tannhauser was again showing some vocal stress. As Seiffert sang his “Nach Rom!” he ran out of the back door to join the pilgrims seeking the Pope’s blessing, as the chandeliers of the Wartburg minstrels’ hall are raised.

For the final scene, the cross is back at center stage, and there is a green glow, not just on the vertical neon pole, but throughout the stage, as green light shines through the windows. Elisabeth is dressed in a white gown with green overcoat, and looks for Tannhauser in the ranks of the returning pilgrims. Disheartened and disheveled, she goes to the cross.

After Schnitzer’s extraordinarily effective and expressive prayer, she leaves her overcoat on the ground and disappears through the same portal that Seiffert’s Tannhauser left for Rome.

Gantner’s Wolfram, dressed in modern topcoat, sweater and cravat, and carrying an umbrella, sings to the evening star the most famous aria from “Tannhauser”, his realization that Elisabeth has left this life forever. Wolfram picks up the overcoat and puts it at the base of the cross.

Then Seiffert reappears, summoning the vocal control needed for the great monologue in which Tannhauser describes his depressing interaction with the Pope. With Tannhauser in despair, Venus reappears with two of her dancer boys who approach the cross to try to coax Tannhauser back to the Venusberg.

When Wolfram makes Tannhauser aware that Elisabeth has won him his salvation, Tannhauser clutches Elisabeth’s discarded cloak. Venus having been repulsed, the two boys go back to caressing each other. The body of Elisabeth is brought onstage, as is the Pope’s staff, signalling Tannhauser’s redemption. The appearance of a boy angel, with more fully developed wings, is one of our final impressions of this remarkable production.

The Los Angeles production was unrelentingly theatrical, but did it pass muster as an appropriate presentation of “Tannhauser”? I think it did. Nowhere did it create a different storyline that Wagner did not intend (a criticism I made of Los Angeles Opera’s presentation of “Robert Wilson’s ‘Parsifal’” last December). Everything that is supposed to happen in a traditional performance of “Tannhauser” happened here.

Upon reflection, the wildness of Ian Judge’s Venusberg brought new insights into the relationships between these mythic characters. As the countervailing force to that wildness, the production was fortunate in having Schnitzer, a revelatory Elisabeth, who combined a beautiful voice, good acting abilities, and an attractive appearance. One could imagine a soul torn between Venus and Elisabeth, who comes to realize too late that it is the latter with whom he really wants to be.

I suspect that one way to determine whether the incorporation of non-traditional features into a standard repertoire work is whether you can exchange the traditional and non-traditional elements without doing violence to either the standard or non-traditional presentation. Here, clearly one could do so, without any harm whatsoever.

It would not matter whether Wolfram was wearing a white suit or the classic medieval tunic we associate with this opera, nor whether there was a shepherd boy or an angel, nor a grand piano or a lyre. (In my review of the Los Angeles Opera “Manon” in October, 2006 with Netrebko and Villazon, I made a similar argument in support of Vince Paterson’s updating of that opera.)

But this production, I believe, illuminated some aspects of what Wagner intended when he wrote his own libretto for this work. His Wartburg characters’ degree of shock in learning of Tannhauser’s time in the Venusberg seemed out of proportion to the situation, unless Wagner intended that Tannhauser’s activities in the Venusberg were something the Wartburgers would truly find unsettling.

I think the Los Angeles Opera production helps us sort through the sometimes recondite meanings in this work. It will be interesting to see the other two productions promised for California within the next year.

Voir également:

Opera director charged by Russian authorities with offending Christians

Timofei Kulyabin attacks ‘absurd’ charge over his production of Richard Wagner’s Tannhauser which is alleged to have ‘desecrated’ the image of Jesus Christ

The Guardian

25 February 2015

Russia on Tuesday accused the director of a production of a Richard Wagner opera of publicly offending the feelings of religious believers following a complaint from a senior Russian Orthodox cleric.

Thirty-year-old director Timofei Kulyabin told AFP he has been charged over his production of Wagner’s Tannhauser at Novosibirsk’s State Opera and Ballet Theatre in Siberia, which premiered in December.

“It’s absurd and I don’t want to take part in something absurd, to be honest,” he said.

“I just have a sense of deep incomprehension.”

Prosecutors said the director, who last year won Russia’s prestigious Golden Mask award, “publicly desecrated the object of religious worship in Christianity – the image of Jesus Christ in the Gospels”.

The administrative offence carries a maximum fine of 200,000 rubles ($3,165) for an official.

The case comes three years after a probe against the Pussy Riot punks who were sentenced to two years for “hooliganism”, specifically offending believers, after a performance in a Moscow church.

The case against the opera was opened after a senior Orthodox cleric, the Metropolitan of Novosibirsk, Tikhon, told the prosecutors that he had received complaints from offended believers.

“I wrote (to prosecutors) that Tannhauser breaches the rights of believers … Believers are offended, so to say,” Tikhon said at a news conference this month.

“I don’t want to and I cannot understand the system of values of Orthodox activists,” Kulyabin said. “They have nothing to do with theatre.”

He said that he and the theatre’s director, Boris Mezdrich, had been summoned by prosecutors several days ago to give statements.

Kulyabin said he feared a court could order that the offending scenes be cut or the production could be removed from the theatre’s repertoire.

“It just depends on the level of their imagination,” he said.

After the Pussy Riot case, Russia in 2013 introduced a new criminal offence – carrying out public acts that offend believers – which carries a jail sentence of up to three years. It is unclear how this differs from the “administrative” misdemeanour.

Wagner’s opera, first performed in 1845, is about a hero who falls for the charms of Venus but eventually returns to the Catholic church.

Kulyabin’s production shifts the action to the present day, making Tannhauser a film director, which the director said is “fairly radical”.

Voir encore:

Brèves
Non-lieu en Russie dans le procès d’un opéra de Wagner « offensant » les croyants
Fait religieux

11.03.2015

Le procès de deux responsables d’un théâtre de Novossibirsk accusés d’avoir « offensé les sentiments religieux des croyants » en proposant une version très moderne de l’opéra Tannhäuser de Wagner s’est soldé mardi 10 mars par un non-lieu dans cette ville de Sibérie. Un tribunal local a « prononcé un non-lieu », mettant fin aux poursuites contre le directeur du Théâtre d’opéra et de ballet de Novossibirsk, Boris Mezdritch, et le metteur en scène Timofeï Kouliabine, qui risquaient tous les deux une amende de 200.000 roubles (environ 2.900 euros), ont rapporté les agences de presse russes. Cette décision a été accueillie dans la salle d’audience par des applaudissements, selon la même source.

Le procès a été ouvert la semaine dernière après la plainte d’un évêque orthodoxe, appuyée par le parquet local selon lequel cette adaptation, jouée pour la première fois en décembre à l’opéra de Novossibirsk, « désacralise » l’image de Jésus Christ.

La version originale de l’oeuvre, une des plus controversées du compositeur Richard Wagner, a été jouée pour la première fois en 1845. Le héros, Tannhäuser, est le captif volontaire de la déesse de l’amour Vénus avant de chercher la rédemption auprès du pape pour ses excès sexuels. Timofeï Kouliabine a déplacé l’action au XXIe siècle, Tannhäuser devenant un réalisateur qui tourne un film sur la visite de Jésus Christ dans le repaire de la déesse Vénus.

Avec AFP

Voir aussi:

Romeo Castellucci : la pièce qui fait scandale

Armelle Heliot
Le Figaro

30/10/2011 à 07:45

Considéré comme «blasphématoire» par des mouvements intégristes, le spectacle de l’Italien suscite de violentes manifestations. Mais de quoi parle la pièce ?Il contemple le public. Il nous regarde. Monumental, le portrait du Christ est l’élément central que l’on découvre en pénétrant dans la salle du Théâtre de la Ville, comme on l’a fait en juillet dernier, à l’Opéra-Théâtre d’Avignon, pour les représentations de Sul concetto di volto nel figlio di Dio («Sur le concept du visage du fils de Dieu») de Romeo Castellucci. Le tableau original s’intitule Salvator Mundi («Le sauveur du monde»). Antonello di Messina (1430-1479) découvre les mains du Christ, en un geste de bénédiction paisible. Romeo Castellucci, lui, cadre plus serré ce visage et l’on ne voit ni le cou, ni les mains, ni les épaules. Haut front bombé, paupières délicates, prunelle foncée, visage ovale ombré d’une barbe et d’une fine moustache, ce Christ est rassurant. Très humain.

Sur le plateau, des éléments de décor blancs. Côté jardin, à gauche, un coin salon avec un divan, une télévision. Un coin chambre à cour avec un lit à allure d’hôpital. Au milieu, une table couverte de médicaments. Un père, très vieil homme, en peignoir. Son fils s’apprête à partir au travail. Le vieil homme est incontinent. Trois fois, le fils, avec une patience infinie, va le changer tandis que ce père, à la fin, sanglote, déchirant et, dans un mouvement de désespoir et d’abandon, souille complètement le lit. Le fils se réfugie au pied de l’image… Moment très éprouvant, très dur, nous rappelant que comme «inter faeces et urinam nacimur» (nous naissons entre fèces et urine), on meurt aussi ainsi…

Jets d’huile de vidange, œufs, injures
Des intégristes de l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet protestaient, dimanche à Paris, devant le Théâtre de la Ville, place du Châtelet.
À Avignon, un deuxième mouvement suivait cette scène : des enfants surgissaient, sortant de leurs cartables des grenades de plastique qu’ils envoyaient sur le tableau sans que cela fasse le moindre bruit, sans que l’image soit le moins du monde abîmée. Castellucci disait avoir été inspiré par une photographie de Diane Arbus que l’on peut justement voir actuellement à Paris, au Jeu de paume, l’enfant à la grenade de Central Park en 1962… Ce moment a disparu : père et fils passent derrière la haute toile et l’on entend des grondements, et l’on voit des pressions à l’arrière. De longues traînées sombres – de l’encre de Chine selon Castellucci – coulent sur le visage impassible tandis que se déchire la toile et qu’apparaissent les mots «You are my sheperd», tu es mon berger, et qu’une négation «you ar not my sheperd» surgit.

C’est tout. Dans le document remis à Avignon, on parlait non pas de spectacle, mais de «performance», mais il faut l’entendre au sens de «représentation». Le premier soir, un homme s’écria «C’est nul !» et les jours qui suivirent on vit quelques personnes s’agenouiller devant le théâtre. Dans la ville où quelques mois plutôt certains chrétiens radicaux s’en étaient pris à l’œuvre de l’artiste américain Andres Serrano exposée à la Fondation Lambert, Immersion Pisschrist (nos éditions des 18, 19, 20 avril 2011), on pouvait craindre de vives réactions. Elles ne vinrent pas et, au contraire, de grandes personnalités catholiques organisèrent des rencontres publiques avec Romeo Castellucci. Ainsi Monseigneur Robert Chave et «Foi et Culture», ainsi des communautés religieuses.

Mais déjà certains sites de chrétiens radicaux appelaient à la mobilisation, certaines voix s’élevaient. Notamment celle des représentants de l’Institut Civitas, prenant dès fin juillet pour cible aussi Golgota Picnic de l’Argentin travaillant en Espagne Rodrigo Garcia, spectacle à l’affiche du Théâtre du Rond-Point du 8 au 17 décembre prochain, dans le cadre du Festival d’automne.

Depuis le 20 octobre dernier, date de la première représentation à Paris, des manifestants qui avaient, pour certains, depuis longtemps acheté des places, expriment avec violence leur refus : interrompant les représentations, s’en prenant aux spectateurs – jets d’huile de vidange, œufs, injures – ou priant et chantant des cantiques. Pour eux, on souille l’image du Christ. Or, les coulées et le délitement de l’image renvoient plus au chagrin du fils de Dieu fait homme, à son sentiment d’abandon sur la croix, qu’elles ne sont blasphématoires. Bien sûr, c’est difficile à comprendre. Ce spectacle a été présenté dans toute l’Europe sans incident. À Rome, la saison dernière, il s’est donné dans le calme.

À Paris, on devine qu’il y a, par-delà les déraisons des réactions, les froides raisons de la politique. Dans la manifestation qui a eu lieu samedi avec rendez-vous à la statue de Jeanne d’Arc, à Pyramide, lieu prisé de l’extrême droite, les banderoles disaient : «La France est chrétienne et doit le rester.» Par la voix de son porte-parole, Bernard Podvin, la Conférence des évêques de France a condamné les manifestations. Ce qui n’a pas empêché la dernière représentation du Théâtre de la Ville, cimanche après-midi, d’être donnée sous haute protection policière…

Au Centquatre, du 2 au 6 novembre, Paris IXe. Tél. : 01 53 35 50 00.

Parmi les manifestants, des radicaux de toutes confessions
Christophe Cornevin

Lancés dans une virulente croisade contre les «provocations blasphématoires» écornant l’image du Christ, les catholiques qui protestent depuis une dizaine de jours contre le spectacle de Romeo Castellucci font l’objet d’une attention policière toute particulière. Loin d’être considérés comme de «dangereux révolutionnaires», comme l’observait hier un haut fonctionnaire, ces traditionalistes se regroupent sous les bannières de l’Institut Civitas et de l’église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, où s’exprime la ­pensée intégriste de la fraternité ­Saint-Pie X.

«Cent contrôles par jour»

Dans leur sillage, les services de renseignements ont récemment vu apparaître des royalistes de l’Action française, de nationalistes du Renouveau français ainsi qu’un noyau de militants du Groupe Union Défense (GUD). «Au plus fort des manifestations, qui ont regroupé jusqu’à 1500 personnes, nous avons procédé à cent contrôles par jour, confie un responsable policier. En fin de semaine, nous avons interpellé plusieurs individus porteurs de bombes lacrymogènes ou de boules puantes qu’ils comptaient jeter sur les spectateurs à l’intérieur ou à la sortie du Théâtre de la Ville. » À plusieurs reprises, la représentation de Sur le concept du visage du fils de Dieu a déjà été interrompue en raison d’incidents.

«Deux manifestants ont même été interceptés sur un balcon du théâtre alors qu’ils s’apprêtaient à asperger le site à l’aide de deux bidons d’huile de vidange», grimace un fonctionnaire. Plus inquiétant, une poignée d’islamistes radicaux ont rejoint le mouvement qui se retrouvait jusqu’à hier place du Châtelet à Paris, brocardant notamment sur Internet une «pièce ordurière» pour «défendre l’honneur du prophète Issa (Jésus)».

La reprise du spectacle, le 2 novembre au Centquatre, dans le XIXe arrondissement, risque d’être émaillée de nouveaux incidents. Mais les forces de l’ordre redoutent déjà que les esprits s’enflamment plus encore avec la programmation de Golgota Picnic à partir du 8 décembre prochain au Théâtre du Rond-Point. On y verra Jésus, rebaptisé ici «El Puta Diablo», sa plaie de crucifié emplie de billets de banque. Selon nos informations, la préfecture de police de Paris est saisie depuis vendredi dernier d’une demande d’interdiction du spectacle.

Voir également:

Romeo Castellucci : adresse aux agresseurs
Armelle Héliot

Le Figaro

le 24 octobre 2011

« Je veux pardonner à ceux qui ont essayé par la violence d’empêcher le public d’avoir accès au Théâtre de la Ville à Paris.

Je leur pardonne car ils ne savent pas ce qu’ils font.

Ils n’ont jamais vu le spectacle ; ils ne savent pas qu’il est spirituel et christique ; c’est-à-dire porteur de l’image du Christ. Je ne cherche pas de raccourcis et je déteste la provocation. Pour cette raison, je ne peux accepter la caricature et l’effrayante simplification effectuées par ces personnes. Mais je leur pardonne car ils sont ignorants, et leur ignorance est d’autant plus arrogante et néfaste qu’elle fait appel à la foi. Ces personnes sont  dépourvues de la foi catholique même sur le plan doctrinal et dogmatique ; ils croient à tort défendre les symboles d’une identité perdue, en brandissant menace et violence. Elle est très forte la mobilisation irrationnelle qui s’organise et s’impose par la violence.

Désolé, mais l’art n’est champion que de la liberté d’expression.

Ce spectacle est une réflexion sur la déchéance de la beauté, sur le mystère de la fin. Les excréments dont le vieux père incontinent se souille ne sont que la métaphore du martyre humain comme condition ultime et réelle. Le visage du Christ illumine tout ceci par la puissance de son regard et interroge chaque spectateur en profondeur. C’est ce regard qui dérange et met à nu ; certainement pas la couleur marron dont l’artifice évident représente les matières fécales. En même temps – et je dois le dire avec clarté – il est complètement faux qu’on salisse le visage du Christ avec les excréments dans le spectacle.

Ceux qui ont assisté à la représentation ont pu voir la coulée finale d’un voile d’encre noir, descendant sur le tableau tel un suaire nocturne.

Cette image du Christ de la douleur n’appartient pas à l’illustration anesthésiée de la doctrine dogmatique de la foi. Ce Christ interroge en tant qu’image vivante, et certainement il divise et continuera à diviser. De plus, je tiens à remercier le Théâtre de la Ville en la personne d’Emmanuel Demarcy-Mota, pour tous les efforts qui sont faits afin de garantir l’intégrité des spectateurs et des acteurs. »

Romeo Castellucci

Sociètas Raffaello Sanzio

Paris, le 22 octobre 2011

«Le christianisme, religion la plus agressée» dans l’art

Olivier Delcroix
Le Figaro

30/10/2011 à 07:21

INTERVIEW – «Notre époque est passée championne dans l’art de défigurer les icônes du christianisme. Mais c’est dans sa vocation d’endurer cela intelligemment», estime le dominicain François Bœspflug.

Professeur d’histoire des religions à la faculté de théologie catholique de l’université de Strasbourg, le dominicain François Bœspflug est l’auteur d’une monumentale histoire de l’Éternel dans l’art, Dieu et ses images. Il analyse les scandales et les controverses qui entourent l’art d’aujourd’hui, de plus en plus souvent qualifié de «christianophobe».

LE FIGARO. – Selon vous, la pièce de Romeo Castellucci est-elle «christianophobe» ?

François BŒSPFLUG. – Apparemment, oui. Dans la mesure où elle s’en prend, explicitement, lourdement, péniblement, à l’une des figures majeures en lesquelles se synthétise le message chrétien, le visage du Christ. Selon tous ceux qui ont vu la pièce, c’est à ce point pénible que l’on peut comprendre les réactions de croyants. Néanmoins, je crois qu’il convient de dépasser le grief de «blasphème» adressé à la pièce. Selon moi, elle illustre à merveille un des caractères structurels de l’art contemporain, qui est beaucoup plus ambivalent que platement christianophobe. L’idée que la pièce se déroule devant le Salvator mundi d’Antonello da Messina dit plus qu’une banale agression. Elle dit une obsession, une fascination, une prise à témoin du Christ, du Sauveur. Notre époque, surtout depuis quelques décennies, est passée championne dans l’art de défigurer les icônes majeures du christianisme. Mais c’est dans la vocation du christianisme d’endurer cela intelligemment. Le malheur, actuellement, est que les chrétiens sont profondément désarmés, moralement et intellectuellement. Il faut dire que l’on a congédié ceux qui pourraient les aider à réagir en connaissance de cause, je veux dire les spécialistes de la longue histoire de la défiguration des symboles chrétiens.

Le christianisme est-il devenu la cible privilégiée des artistes ?

Oui, sans doute. L’art contemporain est l’une des manifestations de la christianophobie. Pas la seule… Encore faut-il préciser que ce n’est évidemment pas systématique. L’art sacré d’inspiration et de destination chrétienne poursuit sa route et continue de susciter des œuvres. Le septième art, à ma connaissance, est beaucoup moins souvent christianophobe que ne le sont les arts plastiques. Voyez au cinéma le film Des hommes et des dieux, ou Habemus papam, au théâtre les pièces d’Olivier Py, en littérature, en BD…

Est-ce qu’il est mieux ou moins bien traité que les autres monothéismes ?

Moins bien, c’est incontestable. Il a droit, pour ainsi dire, à un traitement de faveur. Imaginez qu’à la place du visage du Christ, comme décor d’une pièce de théâtre, figure celui de Moïse, de Mohammed ou de Bouddha. Ce serait un tollé immédiat. De toutes les religions, le christianisme est, sans conteste, la plus agressée. Et selon moi c’est normal. Cela tient au fait que le christianisme aime autant l’image, qui s’expose, que la personne, qui oblige.

«Dieu et ses images. Une histoire de l’Éternel dans l’art», de François Bœspflug. 526 pages, Bayard, 39 €.

Voir de même:

Religion L’Eglise protestante unie ouvre la bénédiction aux couples homosexuels mariés
Agnès Chareton
17/05/2015

Réunis en synode national à Sète du 14 au 17 mai, 105 délégués de l’Eglise protestante unie de France se sont prononcés en faveur de l’ouverture de la bénédiction aux couples de même sexe mariés, par 94 voix pour, et 3 contre.

C’est un grand oui. Dimanche 17 mai, une très large majorité de délégués de l’Eglise protestante unie de France (EPUdF), réunis en synode national à Sète (Hérault), ont voté l’ouverture de la bénédiction aux couples mariés de même sexe. A l’issue de trois jours de débats intense et de réflexion, les 105 délégués du synode, rassemblés dans le temple de Sète, ont adopté par 94 voix pour, et 3 voix contre, « la possibilité, pour celles et ceux qui y voient une juste façon de témoigner de l’Evangile, de pratiquer une bénédiction liturgique des couples mariés de même sexe qui veulent placer leur alliance devant Dieu. »

La bénédiction des couples homosexuels n’est « ni un droit, ni une obligation », mais une « possibilité », et « ne s’impose à aucune paroisse, à aucun pasteur », précise l’EPUdF dans un communiqué. Les pasteurs qui souhaitent célébrer de telles bénédictions pourront donc le faire, en accord avec leur conseil presbytéral, et les pasteurs réfractaires n’y seront pas obligés. Cette décision est l’aboutissement d’un processus de consultation de 18 mois, mené à partir de janvier 2014 dans les paroisses et les Eglises locales, et dans les neuf synodes régionaux en novembre 2014. L’EPUDdf a choisi d’aborder la question des couples homosexuels sous l’angle plus large de la bénédiction.

L’EPUdF, forte de 250 000 fidèles, est la troisième Eglise de la Fédération protestante de France (FPF) à s’être prononcée sur ce sujet sensible, qui divise l’Eglise luthéro-réformée depuis plusieurs années. Il y a un an, l’Union des Eglises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL) a décidé de se donner plus de temps avant de trancher, et depuis 2011, la petite Mission populaire évangélique de France autorise la bénédiction des couples homosexuels. A la différence des catholiques, pour les protestants, le mariage n’est pas un sacrement, mais le mariage civil peut être béni lors d’une célébration religieuse au temple.

Malgré le très fort consensus qui se dégage de la décision synodale, en faveur de la bénédiction des couples de même sexe, la question est loin de faire l’unanimité au sein de l’Eglise luthéro-réformée. Au cours du synode, quelques voix ont rappelé que le débat avait été « difficile », même « douloureux » dans certaines paroisses, tandis que d’autres ont pointé le risque de fragiliser, par cette décision, la communion avec les Eglises sœurs protestantes –notamment évangéliques- et le dialogue œcuménique avec l’Eglise catholique. Plusieurs délégués du synode ont insisté sur la nécessité de faire preuve de « pédagogie » concernant la réception de la décision par les paroisses et les Eglises locales.

Voir par ailleurs:

«Ride me all day for 3£» : la campagne d’une compagnie de bus galloise déplaît
Libération

12 mai 2015

Histoire.Les entreprises devraient pourtant le savoir, depuis le temps qu’on le dit : il n’est pas utile de mettre une femme seins à l’air sur une affiche pour vendre un produit qui n’a aucun rapport avec des seins, à l’air ou non. Ni de mettre un homme torse nu pour les mêmes raisons. Vous pouvez trouver ça drôle, glamour ou attirant, mais vous obtiendrez surtout de la mauvaise publicité. Une compagnie de bus de Cardiff (Pays de Galles) a pourtant décidé d’afficher au dos de ses bus la photo en noir et blanc d’une femme topless, dont les seins sont recouverts par un panneau : «Ride me all day for 3£», soit, en gros, «Montez-moi toute la journée pour 3£», «ride» évoquant à la fois une course (en taxi, en bus, de chevaux, etc.) et une relation sexuelle. D’autres bus montrent un homme torse nu avec le même panneau. Du coup, l’entreprise s’est pris un tollé et a décidé de retirer les affiches.

Voir de plus:

Les seins d’un Picasso floutés à la télévision américaine
La chaîne Fox 5 a censuré la poitrine des « Femmes d’Alger », un tableau peint par Picasso devenu la toile la plus chère du monde.
Francetv info

14/05/2015

« Couvrez ce sein que je ne saurais voir. » Le Tartuffe de Molière a semble-t-il fait des émules outre-Atlantique. La chaîne américaine Fox 5 a flouté les seins peints par Picasso sur l’un des tableaux de sa série Les Femmes d’Alger peinte en 1955. Le blog du Monde Big Browser se fait l’écho, jeudi 14 mai, de la censure de cette œuvre d’art.

Fox 5, la chaîne locale new-yorkaise de la très conservatrice Fox, évoquait le prix record de ce tableau, la version O des Femmes d’Alger, la quinzième de la série. L’œuvre a été adjugée 179,36 millions de dollars, soit 157,57 millions d’euros, lors de sa vente aux enchères par la maison Christie’s à New York, lundi 11 mai. Elle est ainsi devenue en onze minutes seulement la toile la plus chère du monde.

Des « esprits sexuellement malades »

Sur Twitter, le critique d’art du célèbre New York Magazine, Jerry Saltz, a dénoncé  le zèle d' »esprits malades », « sexuellement malades ».

« Libérez les tétons »
Le mot-dièse « #freethenipple » – « libérez les tétons » en français – qui avait été utilisé lors de la campagne contre la censure de la nudité féminine sur Facebook a refait surface pour dénoncer « les dangeureux pervers » de « l’Amérique puritaine ».

Les censeurs de Fox 5 ont toutefois fait un oubli : si les seins ont été floutés, la paire de fesses au centre de la toile a, elle, été épargnée.

Voir par ailleurs:

Empire State Of Mind Lyrics
Jay-Z, Alicia Keys

[Jay-Z:]
Yeah,
Yeah, I’m ma up at Brooklyn,
Now I’m down in Tribe ca,
Right next to DeNiro,
But I’ll be hood forever,
I’m the new Sinatra,
And since I made it here,
I can make it anywhere,
Yeah they love me everywhere,
I used to cop in Harlem,
All of my Dominicans
Right there up on Broadway,
Brought me back to that McDonald’s,

Took it to my stash spot,
5-60 State street,
Catch me in the kitchen like a Simmons whipping Pastry,
Cruising down 8th street,
Off white Lexus,
Driving so slow but BK is from Texas,
Me I’m up at Bed Study,
Home of that boy Biggie,
Now I live on billboard,
And I brought my boys with me,
Say what up to Ty Ty, still sipping Mai-tai
Sitting court side Knicks and Nets give me high fives,
N-gga I be Spiked out, I can trip a referee,
Tell by my attitude that I most definitely from

[Alicia Keys:]
In New York,
Concrete jungle where dreams are made of,
There’s nothing you can’t do,
Now you’re in New York,
These streets will make you feel brand new,
The lights will inspire you,
Let’s hear it for New York, New York, New York

[Jay-Z:]
I made you hot nigga,
Catch me at the X with OG at a Yankee game,
Shit I made the Yankee hat more famous than a yankee can,
You should know I bleed Blue, but I ain’t a crip tho,
But I got a gang of niggas walking with my clique though,
Welcome to the melting pot,
Corners where we selling rocks,
Afrika bambaataa shit,
Home of the hip hop,
Yellow cap, gypsy cap, dollar cab, holla back,
For foreigners it aint fitted they forgot how to act,
8 million stories out there and their naked,

Cities is a pity half of y’all won’t make it,
Me I gotta plug Special Ed and I got it made,
If Jeezy’s paying LeBron, I’m paying Dwayne Wade,
3 dice cee-lo
3 card Monte,
Labor day parade, rest in peace Bob Marley,
Statue of Liberty, long live the World trade,
Long live the king yo,
I’m from the empire state that’s

[Repeat Chorus:]

[Jay-Z:]
Lights is blinding,
Girls need blinders
So they can step out of bounds quick,
The side lines is blind with casualties,
Who sipping life casually, then gradually become worse,
Don’t bite the apple Eve,
Caught up in the in crowd,
Now your in-style,
And in the winter gets cold en vogue with your skin out,
The city of sin is a pity on a whim,
Good girls gone bad, the cities filled with them,
Mami took a bus trip and now she got her bust out,
Everybody ride her, just like a bus route,
Hail Mary to the city your a Virgin,
And Jesus CAN save you! life starts when church starts,

Came here for school, graduated to the high life,
Ball players, rap stars, addicted to the limelight,
MDMA got you feeling like a champion,
The city never sleeps better slip you a Ambient

[Repeat Chorus:]

[Alicia Keys:]
One hand in the air for the big city,
Street lights, big dreams all looking pretty,
No place in the World that can compare,
Put your lighters in the air, everybody say yeah
Come on, come,
Yeah,

https://jcdurbant.wordpress.com/…/transport-aerien-quand-l…/

https://jcdurbant.wordpress.com/…/expositions-apres-le-sex…/

Voir encore:

The Erotic History of Advertising
Aromatic Aphrodisiacs: Fragrance
« Hello? »
« You snore. »
« And you steal all the covers. What time did you leave? »
« Six-thirty. You looked like a toppled Greek statue lying there. Only some tourist had swiped your fig leaf. I was tempted to wake you up. »
« I miss you already. »
« You’re going to miss something else. Have you looked in the bathroom yet? »
« Why? »
« I took your bottle of Paco Rabanne cologne. »
« What on earth are you going to do with it…give it to a secret lover you’ve got stashed away in San Francisco? »
« I’m going to take some and rub it on my body when I go to bed tonight. And then I’m going to remember every little thing about you…and last night. »
« Do you know what your voice is doing to me?
« You aren’t the only one with imagination. I’ve got to go; they’re calling my flight. I’ll be back Tuesday. Can I bring you anything? »
« My Paco Rabanne. And a fig leaf. »

Paco Rabanne – A cologne for men. What is remembered is up to you.

Not convinced about the power of product placement? Paco Rabanne had no hesitations. The company discovered a way to inventively insert its own product-Paco Rabanne cologne-into a series of sexually laden tête-à-têtes. The dialogue belonged to a two-page spread revealing the inside of an artist’s flat (see fig. 9.1). Against the far wall a man sits up in bed, sheets to his hips, talking on the phone; an empty bottle of wine sits near the foot of his bed. The dialogue flows down the page on the other side of the ad.
Additional vignettes include a lonely writer in Pawgansett, a musician with a towel wrapped around his waist promising the caller another bedtime story, and a man on his boat making arrangements for a rendezvous. All flirted with their lovers over the telephone, and all plots revolved around a missing (or empty) bottle of Paco Rabanne.
The ads created a mini-sensation when they first appeared in the early-1980s. Readers had fun guessing what the other person looked like. Some even speculated about the caller’s gender-notice that the text is ambiguous, and there is that reference about « a secret lover…stashed away in San Francisco. » An academic study even investigated another Paco Rabanne ad to see how readers interpreted the motive of a female caller-was she a slut, in control, out of control, rich?
Sexual content in fragrance advertising is manifest in the usual ways: as models showing skin-chests and breasts, open shirts, tight-fitting clothing-and as dalliances involving touching, kissing, embracing, and voyeurism. These outward forms of sexual content are often woven into the explicit and implicit sexual promises discussed in Chapter 1: promises to make the wearer more sexually attractive, more likely to engage in sexual behavior, or simply « feel » more sexy for one’s own enjoyment.
The Paco Rabanne campaign didn’t contain nudity (much anyway), and it didn’t come right out and say, « This is what attracts her to you…or you to him. » But, like most fragrance advertising, the campaign did create a sensual mood, and moods are essential in fragrance advertising. « A fragrance doesn’t do anything. It doesn’t stop wetness. It doesn’t unclog your drain. To create a fantasy for the consumer is what fragrance is all about. And sex and romance are a big part of where people’s fantasies tend to run, » confessed Robert Green, vice president of advertising for Calvin Klein Cosmetics, to the New York Times.
One thing is certain: fragrance marketers play to people’s fantasies. A study in 1970 conducted by marketing analyst Suzanne Grayson revealed that sex was the central positioning strategy for 49 percent of the fragrances on the market. The second highest positioning strategy was outdoor/sports at 14 percent. In Grayson’s analysis, sexual themes ranged from raw sex to romance with the fragrance positioned as an aphrodisiac-an aromatic potion that evoked intimate feelings or provoked behavioral expression of those feelings. According to Richard Roth, an account executive for Prince Matchabelli, « Fragrance will always be sold with a desirability motif. » Roth’s prediction, made in 1980, proved accurate as desirability, attraction, and passion remained central themes in fragrance positioning through today. What did change, however, was the content and expression of the desire motif over time. For one, as the Paco Rabanne repartee demonstrates, women became equal partners in « the chase. »
Fragrance Advertising in the 1970s
The 1970s were viewed by some in the industry as a cooling off period, when blatant sexual come-ons-at least those targeted to women-came to be considered passé and in bad taste. Some industry experts predicted that as sex roles evolved, with women entering the workforce and pushing for equality, sexual appeals casting the woman as a sex object would decrease. Grayson’s study seemed to confirm these observations. While sex was the largest positioning strategy in 1970, by 1979 only 28 percent of fragrances used a sex-only strategy. Sex was still present in many ads, but it was combined with other strategies such as youth, status, sports, and fantasy, which of course could have a sexual underlying theme. The tenor of women’s fragrances changed from the theme of turning on men to turning on the self-of being in control and self-sufficient.
Two women’s fragrances, described in more detail in the following sections, exemplify this transition. Introduced in 1975, Aviance used the « desirable quarry » approach. The perfume’s message was: use this to turn on your men. Effective then, this type of approach was soon deemed as « not what women respond to. » By the end of the 1970s, appeals could still contain sex but those with women in control would prove most effective. Fantasy was deemed a exemplary approach: « In fantasy, a lover may be part of the picture, but he is not needed, isn’t integral. Most importantly, sexual fantasy represents the woman in control. » Chanel’s 1979 ad featured fantasy as well as a subtle sexual reference.
Targeting men? That’s a different story. Use whatever strategy works, and Jovan chose one that was brazenly sexual. Its ads made outright promises, or pledges, rather, about the sexual outcomes of using its colognes. The campaign proved very successful, leaving one to wonder if men will ever learn.
Aviance’s « Night » Campaign
Despite having a scent described by its own marketing director as « not that appealing, » Aviance perfume proved to be a smash for Prince Matchabelli. Mark Larcy, now the president of Parfums de Coeur, was the marketing director who put together a successful campaign designed to play to the insecurities and desires of stay-at-home wives in the mid-1970s. The « I’m going to have an Aviance night » campaign sought to « …reassure the traditional housewife that she was still alluring, still exciting, and still able to be wild and carefree with the man she loved, » wrote brand historian Anita Louise Coryell.
Debuting in September 1975, the campaign’s original commercial was built around the proverbial « lingerie-clad wife meets husband at the door » motif. The spot features a woman transforming herself from housewife to lover-with Aviance as the latchkey. The housewife « throws off her unsightly cleaning clothes, including her bandana wrapped around her hair, dons an alluring negligee, coifs her hair, puts on makeup, and sprays herself with Aviance. She greets her husband at the door with a fetching look, and he gives her the once-over. His eyes light up with approval, » wrote Coryell. Anticipation may have been on his mind. The spot’s jingle was especially catchy: « I’ve been sweet and I’ve been good, I’ve had a whole full day of motherhood, but I’m gonna have an Aviance night. »
Short-lived, the spots ran intermittently for four months in 1975. The print campaign consisted of a four-color, full-page shot of the husband leaning against the doorway, as seen through the bare legs of what is assumed to be his horizontally positioned wife (see fig. 9.2). She raises the knee of one of her legs to create a triangle that frames the scene.
The ads were designed to appeal to an emergent segment of the population-women who were staying home in an era when more feminist-minded women were entering the workforce. In-depth research commissioned by Larcy found what he described as, « The stay-at-homes visualized their husbands at work with voluptuous, liberated women. » In addition, research revealed that women used fragrance to assist with role transformation-it helped them move from mother and wife to a sexual partner, or what Larcy described as « their better sexy shelf. » Aviance was positioned as the fragrance that would assist in that transformation.
Despite subsequent criticism about the way the woman in the ad is objectified-whose only worth to her man is as a sexual plaything-women played an integral role in the campaign’s development. The research effort was led by a female sociologist who was able to tap not only the insecurities, but the predilections and aspirations of women in the focus groups. In addition, the ad was produced by the female-agency Advertising to Women, the only agency to understand the product’s positioning, said Larcy. Even the jingle was created by the agency’s president, Lois Geraci Ernst.
In spite of its unappealing « strong, slightly musky scent, » the spot resonated with women. Aviance sold over $7 million its first year and the ad was selected by Advertising Age as one of the best commercials in 1975. In the 1980s, sexualized women would continue to be a mainstay in fragrance advertising, but women were just as apt to objectify as to be objectified.
Chanel « Share[s] the Fantasy »
Chanel first aired its « Share the Fantasy » or « Pool » commercial in 1979. The sensual spot was conspicuous for its lack of sexual explicitness and bold propositions. Showcasing a woman’s fantasy, the commercial was praised for requiring viewers to fill in the « missing images. »
Selling for over $250 an ounce, Chanel No. 5 has been one of the world’s top-selling perfumes since its introduction on May 5, 1921. An enduring symbol of French designer Coco Chanel’s influence, the package has remained virtually unchanged since she first tested the fragrance in the vial labeled « Chanel No. 5. » According to brand researcher William Baue, the 1979 commercial for Chanel No. 5 « became a defining moment for the French fragrance and company’s fashion advertising. » The campaign was part of an overall effort to boost the House of Chanel image, which had diminished after Coco Chanel’s death in 1971. The campaign was an important step for the company to help it reposition itself for the future.
The commercial began with dramatic yet sensuous retro music, and a shot of the enticing blue water in a swimming pool. A woman, facing away from the camera, lies on her back at the edge of the pool. The shadow of an airplane passes over her, followed by a woman’s European-accented voice-over, « I am made of blue sky and golden light, and I will feel this way forever. » A tall, dark man in a black Euro-style swimsuit dives in the water from the other side of the pool. Swimming underwater, he rises up in front of her-then disappears. « Share the Fantasy » was the tagline for the commercial, but only in the American version. It wasn’t needed in France where Chanel’s brand identity is at icon status.
Directed by Ridley Scott, a British film director whose later credits include Alien, Blade Runner, and Thelma & Louise, the spot was produced in-house under the guidance of Chanel’s longtime artistic director Jacques Helleu. A beautiful spot with rich colors, it was truly an indulgent yet tranquil fantasy-sure to lower heart rates in its brief 30 seconds.
The spot’s lack of carnality and blatant sexual referents diverged from other fragrance advertising at the time. « Focusing on fantasy allowed Chanel to harness the power of sexuality without crossing the border into distaste, » observed brand researcher William Baue. The subtle approach was a wise strategy considering that the target audience was older women: « Our advertising is sexy, but never sleazy. If anything, we tend to pull back, rather than go too far, which is opposite of the rest of the business, » remarked Lyle Saunders, a Chanel executive, to Adweek. « Pool » was one of five spots produced for the long-running campaign; the spot ran from 1979 until at least 1985, perhaps longer. Although the company doesn’t release its sales figures, Chanel ratcheted up its prestigious image, and Chanel No. 5 never lost its position as one of the top best-selling perfumes in the world.
Jovan’s Advice: « Get Your Share »…of?
Jovan, Inc., a small fragrance marketer, spiced up consumer advertising and the fragrance industry in the mid-1970s. Executives at the company used blatant sex appeals to boldly introduce a line of musk-oil-based colognes and perfumes. Headlines proclaimed, « Sex Appeal. Now you don’t have to be born with it, » and « Drop for drop, Jovan Musk Oil has brought more men and women together than any other fragrance in history. » The approach earned the company and its three executives accolades, and sales soared from $1.5 million in 1971 to $77 million by 1978. Eleven years after it was founded, a British conglomerate bought Jovan for $85 million. With no previous experience in the fragrance industry, Jovan’s founding executives implemented a sexual marketing strategy that proved to be a very smart venture.
Bernard Mitchell and Berry Shipp were looking to get into a new line of business in 1968 when they founded Jovan with a mink bath oil product. The company’s name was chosen for two reasons: Jovan sounded French, and the name was similar to the company’s two primary competitors, Revlon and Avon. Richard Meyer, a Chicago ad executive, soon joined Jovan to write the ads and creatively manage the fragrance campaigns. Meyer eventually became president of the company.
The company’s success was linked to its Jovan Musk Oil, introduced in 1972. Musk, a synthetic version of an animal pheromone, was marketed for its ability to enhance sexual attraction-though musk’s magnetism is debatable. The product’s genesis was happenstance. Shipp was passing through Greenwich Village when he saw lines of young people buying small bottles of full-strength musk from street venders. Shipp carried the idea back to Jovan, and soon the company was producing a fragrance based largely on musk. Until then, musk had been used only in small amounts as a fragrance additive.
The company’s success was tied to several factors, one of which was its sexual marketing strategy. All promotional activities appeared to position the fragrance as a sexual entrée. For example, consumers were told that Jovan products would help them attract members of the opposite sex, and increase their odds for steamy liaisons. Many Jovan ads contained the subtle argument that people were having sex, and if the reader wasn’t satisfied with his or her « share, » Jovan could be of service. Sex and intimacy were the prizes, and Jovan was positioned as the purchase that helped consumers achieve those ends. Consider a Jovan Musk Oil headline in 1977: « In a world filled with blatant propositions, brash overtures, bold invitations, and brazen proposals…Get your share. »
A 1975 retail ad for Jovan Sex Appeal aftershave/cologne for men, contained the headline, « Sex Appeal for Sale. Come in and get yours. » The tagline read, « Jovan Sex Appeal. Now you don’t have to be born with it. » The only image in the ad, besides the headline, was an illustration of boxed Jovan bottles. The packaging was unique because it was the ad’s copy. The anti-packaging, this brown bag approach, fit the spirit of the ’70s. What did Sex Appeal smell like? Just read the box: « [a] provocative blend of exotic spices and smoldering woods interwoven with animal musk tones. » The description begs the question, what exactly is an animal musk tone? And what species were they referring to-dog or wild jungle beast? It didn’t matter, consumers were buying Jovan by the truckload.
The Fragrance Foundation also liked the ads. In 1975 it voted Jovan’s Musk Oil promotion the « most exciting and creative national advertisement campaign. » Jovan’s CEO, Bernie Mitchell, also earned an industry award. He was voted « the year’s most outstanding person. »
Often, the packaged fragrance was the only illustration. These ads contained attention getting headlines relying on double entendre, references to sex, and explicit promises. Copy in the ads served to elaborate on the suggestive reference in the headline. Consider a 1977 ad appearing in Jet magazine. It contained the headline, « And, it’s legal. » The copy went on to read: The provocative scent that instinctively calms and yet arouses your basic animal desires. And hers. …A no nonsense scent all your own. With lingering powers that will last as long as you do. And then some. …It may not put more women into your life. But it will probably put more life into your women. Because it’s the message lotion. Get it on!
Other ads contained images of nudity and sexually suggestive behavior. For example, another full-page ad appearing in Jet contained a small image of an apparently naked Black couple in a passionate embrace. He’s kissing her neck. Her head is tilted back and her eyes are closed, seemingly in rapture. The headline read, « Drop for drop, Jovan Musk Oil has brought more men and women together than any other fragrance in history. »
A seductive ad targeted to women ran in issues of magazines in 1976 (see fig. 9.3). The headline read, « Jovan Musk Oil Perfume. The only Musk oil dedicated to the proposition. » The image was an extreme close-up shot of a man’s hand lightly resting on a woman’s knee. The man is wearing a wedding ring, but who knows for sure if it’s his wife’s leg he’s touching-it was the ’70s after all. The packaging on the box reads: « It releases the animal instinct. Musk oil is the exciting scent that has stimulated passion since time began. Cleopatra, Helen of Troy, Pompadour knew the spell it could create. So can you. » Similarly styled ads promoted men’s cologne. For example, an ad scheduled to run in Jet contained Black models in a similarly posed shot.
The headline in a 1976 ad, targeted toward women, contained a blatant double entendre typical of Jovan ads, « Someone you know wants it » (see fig. 9.4). Another ad for a different fragrance targeted toward women, Belle de Jovan perfume, contained an image reminiscent of a 1930s romantic appeal. In the hazy image, a man is kissing a woman’s neck. The headline reads, « Introducing Belle de Jovan Perfume. Open. Apply. Experience. Savor. Whisper. Touch. Caress. Stroke. Kiss. . . » There is little doubt about the lustful allusion in this ad. As a call to action, the ad’s tagline reads, « Wear it for him. Before someone else does. »

A 1977 Jovan ad designed to appeal to men read: « 11 great Jovan aftershave/colognes. If one doesn’t get her, another will. » The scene evokes thoughts of a singles’ bar. The man is sitting at a bar with a drink, looking at the viewer. A smiling woman closes her eyes as she whiffs his cologne. The obvious meaning is that men will attract women if they wear one (the correct one, mind you) of Jovan’s colognes.

Jovan carried its sexual expression one step further when it sponsored a limerick contest in 1979. The company invested $500,000 in television and magazine advertising to promote the contest. Readers submitted new last lines for limericks published in the ads. Winners were eligible for cash prizes and trips to Club Med. In the ad, the limerick was scrawled on a wall in the men’s room. Other scrawl in the ad attempted to make the scene believable. For instance, there were hearts with initials in them, a Kilroy-esque symbol, and a phone number for « Arlene. » The limerick read as follows:
There was a young man named McNair, Whose cologne did defile the air. Women with him were brusk, Until he tried Jovan Musk, And now he gets more than his share.
« More » was bold and underlined. A limerick aimed at women told of a boring young maiden who « pleasantly found of the action around, She now gets her share and much more. » These limericks helped to reinforce Jovan’s « get some » strategy.
Until Jovan’s brazen advertising approach, fragrance ads had been mysterious and subtle about the seductive powers of their perfumes. According to an Advertising Age writer, « Perhaps it is because the company’s blatant claims about enhancing the sensual characteristics of a woman’s basic animal instincts exploit what the more decorous fragrance marketers have only been hinting at for years. » Another writer observed that Jovan had ignored the « mystic marketing approach beloved by established fragrance houses »-much to its own success.
Jovan’s success was also tied to is distribution strategy. Unlike most advertised fragrances, Jovan mass marketed its products like packaged goods instead of upscale, image-conscious products. Compared to most colognes and perfumes, Jovan was very competitively priced. For example, smaller bottles were priced at $1.50 and displayed near the checkout at mass merchandisers, drugstores, and department stores. In 1976 for example, Jovan was available in over 22,000 outlets. Using a convenience goods marketing technique (extensive distribution and low price point), Jovan ramped up sales. One ad headline unabashedly proclaimed, « Sex Appeal by Jovan. Now at Walgreens. »
Jovan also created demand for a « wardrobe » of fragrances. Instead of purchasing one Jovan fragrance, consumers were encouraged to use different fragrances throughout the day. Depending on your activities (or goals), there were lighter scents for work and play. In 1977, for example, there were eleven product lines-scents, as Jovan preferred to refer to them-for men. A line of « light colognes » for women was promoted in an interesting ad. A woman is shown sitting between two men who are obviously interested in her. All of them are wearing sports attire (e.g. tennis shorts, tank tops) and she’s signaling « time out » with her hands. « Sometimes you’d rather keep it light, » read the headline. What was the message? If you want to smell nice but keep the boys at bay, wear a lighter musk. In 1981 Jovan introduced Andron (for men and women), a pheromone-based, fragrance. True to form, Andron’s pheromone mixture was touted as a signal for sex.
As previously mentioned, an innovative technique used by Jovan was to print sales copy directly on the box. This approach was referred to as the « talking package » because copy on the box described the contents. For example, a magazine ad for Jovan’s Sex Appeal in 1975 featured images of a teal box with silver and white lettering. Aside from the headline, « Now you don’t have to be born with it, » the ad’s copy was what was printed on the packaging. « This provocative, stimulating blend of rare spices and herbs was created by man for the sole purpose of attracting woman. At will. » The copy also proclaims that men can never have enough « sex appeal. » This particular ad ran in Viva, Cosmopolitan, and Oui. Ads for Sex Appeal for Women fragrance appeared in Harper’s Bazaar, Mademoiselle, Glamour, Essence, and People.
Jovan is the story of a sexual positioning strategy that paid off handsomely. In Jovan’s advertising, packaging, and promotions, sex was always at the core. True, perceptions did exist at the time that musk, Jovan’s primary ingredient, was a sexual attractant, but Meyer and Jovan’s agencies exploited the belief for all it was worth. Unlike other fragrance ads up to that time, Jovan’s advertising contained unabashed sexual claims that Jovan users would become sexual magnets.
More important, Jovan’s appeals resonated with consumers. In 1976, Jovan was third in market share for men’s fragrances and tenth for women’s lines. Although market share for men’s fragrances was a fifth of the market for women’s fragrances, Jovan exploited a male market that was just beginning to take interest in personal care. As a result of its success, Jovan was bought for $85 million by British conglomerate Beecham. With over 97 percent of the purchase price going to Jovan’s three top executives, it’s fair to say that they « got their share. »
Fragrance Advertising in the 1980s
If there was a theme in 1980s fragrance advertising, it was that women and men were equals in the sexual pursuit. Forbes writer Joshua Levine commented in 1990, « Advertisements today frequently picture women as sexual aggressors or at least equal sparring partners, rather than available sex objects. » He could have been describing any number of fragrance ads targeted to both women and men. Perhaps it was the Paco Rabanne ads described earlier, in which the women are just as deft as the men at trading playful one-liners.
Revlon’s Charlie created a stir with a subtle gender-bending pat on the backside in 1987. Successful since its introduction in 1973, writer Robert Crooke described the Charlie campaign as « geared to a theme of energy and female self-sufficiency that borders on brazenness. » Shelley Hack, soon to join Charlie’s Angels, was the original model. The brazenness was put into action when a Charlie model reached down and gave her male colleague a pat that lives in infamy. Was the gesture sexual or merely playful? According to Mal MacDougall, the man who wrote the ad, « It was meant as an asexual gesture, the same kind of thing a quarterback does to a lineman. » Not everyone was convinced; the New York Times refused to run the ads, saying they were sexist and in poor taste.
Women’s newfound sexual assertiveness was evident in many ads at the time. A 1985 ad for Anne Klein perfume shows a couple disrobing in a sequence of 12 snapshots. The woman begins the action by pulling off the man’s tie-no headline for the ad was necessary. A woman pins a man against the side of a giant fragrance bottle in a Coty Musk cologne ad. Pulling his shirt off, she presses up against him, a leg thrust between his: « It must be the Musk. » In « The Joy of Sax » ad for Saxon aftershave, a woman is shown stroking a man’s face: « Your partner will respond to the difference. »
Another trend influenced the look of fragrance advertising in the 1980s. Referring to the influence of AIDS, Adweek’s Dottie Enrico made the following observation in 1987: « Today we’re seeing plenty of sex in ads, but much of it is being couched in the more cautious context of obviously monogamous relationships. » Enrico was referring to a dampening of unabashed sexual interaction in advertising. Reflecting the country’s mood, the headline for a Coty Emeraude perfume ad read: « I love only one man. I wear only one fragrance. »
Revlon struck the right balance with Charlie, but hit resistance with its Intimate perfume television spot in 1987. Hot (and cold) and steamy, the spot contained what some referred to as a 9 1/2 Weeks-inspired ice cube scene. In the ad, a man sensually runs an ice cube down a woman’s cheek and neck. The ad had to be reworked before it was allowed to run on network television. « It’s chilling-both literally and figuratively, » remarked market researcher Judith Langer, of Langer and Associates. « I think it went too far for a lot of people. » Although the couple was « partnered, » the ad was deemed too risqué at a time when, as Levine noted, « fear of AIDS has given overt sexual imagery menacing overtones. » The print version of the campaign contained the headline, « An Intimate Party, » and tagline, « The Uninhibited Fragrance. » Revlon’s Intimate wasn’t the only fragrance spot that had to be reworked. Networks refused to clear a broadcast version of the Paco Rabanne dialogue ad until the male model donned a wedding ring. « I think we’re seeing less of the swinging single in advertising because of the current health situation, » advertising executive Lynne Seid told Adweek.
Despite the dampening of erotic imagery, nudity-especially in Calvin Klein fragrance ads-set new boundaries. Although Obsession was not introduced until 1985, Calvin Klein campaigns dominated fragrance advertising in the 1980s; not in sheer number, but in tone.
We are grateful to Tom Reichert and Prometheus Books for granting aef.com permission to post this excerpt.

Voir enfin:

Alain Corbin: «C’est le temps des oies blanches et des bordels»

Simonnet Dominique

L’Express

01/08/2002

Tant de désirs retenus, tant de frustrations cachées, tant de médiocres conduites… Voilà un siècle bien mal dans sa peau! Le XIXe s’ouvre dans un soupir romantique («Hâtons-nous, jouissons!» déclame Lamartine) et se dévoie dans l’hygiénisme froid des confesseurs et des médecins. Siècle hypocrite qui réprime le sexe mais en est obsédé. Traque la nudité mais regarde par les trous de serrure. Corsète le couple conjugal mais promeut les bordels. Comme si, à ce moment-là, toutes les contradictions du jeu amoureux se bousculaient. Bien sûr, ce sont encore les femmes qui en font les frais. Mais ne jugeons pas trop vite! s’écrie l’historien Alain Corbin. Vers sa fin, ce curieux XIXe tire sur le devant de la scène une composante de l’amour jusqu’alors inavouée: le plaisir. Il est là pour rester.
Il est devenu ce qu’il est convenu d’appeler un «historien des mentalités». Plus que les grands événements, c’est l’intérieur des êtres qui le passionne, leur intimité, leurs émotions. Comment pensaient-ils? Comment se représentaient-ils le monde? Comment vivaient-ils leur propre histoire? Au fil des années, Alain Corbin, qui s’est fixé sur le XIXe un peu par hasard (cela lui épargnait de faire du latin), est devenu le spécialiste des sentiments et des sensations: il a étudié l’odorat (Le Miasme et la jonquille, Flammarion), le désir de rivage (Le Territoire du vide, Flammarion) et, bien sûr, le sentiment amoureux (Les Filles de noce, Champs Flammarion). Toujours se rapprocher des êtres, essayer de se mettre dans leur tête, voilà son défi. Cette fois, il s’est glissé dans les lits.

Voici venu le temps des langueurs, des états d’âme, des rêveries inspirées. Après la froide parenthèse révolutionnaire racontée par Mona Ozouf la semaine dernière, le début du XIXe siècle se love dans le romantisme. Comme si, soudain, le sentiment amoureux,
si longtemps réprimé, devenait une priorité. Du moins, dans la littérature.
Un nouveau code amoureux, en effet, s’élabore après la Révolution, et renoue avec la nostalgie d’un monde idéal, de la complétude rousseauiste. Le thème de l’amour romantique est omniprésent dans les romans, il se glisse dans les manuels de savoir-vivre, et même dans la littérature pieuse. C’est le grand siècle de la confession, de l’introspection, du journal intime que l’on fait tenir aux jeunes filles de bonne famille et qu’elles arrêtent en général avec le mariage. Soudain s’exprime un intense besoin d’épanchement. On évoque la météorologie de soi, on identifie les variations de son être à celles du ciel: «J’établirai un baromètre à mon âme» (Rousseau). On en appelle aux élans du coeur, on fuit loin du corps vers un angélisme diaphane, et on s’abandonne à des rêves d’amours éthérées.

Des rêves de pureté, où l’influence des idées religieuses est forte.
Le discours romantique, qui s’enracine dans le XVIIIe siècle – songez à la Charlotte de Werther – et ne concerne qu’une petite élite culturelle, est en effet truffé de métaphores religieuses: l’amant est une créature céleste; la jeune fille, un ange de pureté et de virginité; l’amour, une expérience mystique. On parle d’aveu, de souffrance rédemptrice, on est «éperdu d’amour», les coeurs «saignent» … A la parole, qui serait trop scandaleuse, on substitue un frôlement, une rougeur, un silence, un regard… Tout se joue sur le choc de la rencontre, la silhouette fugitive aperçue au détour du bosquet, la douceur du parfum, ou un serrement de main comme entre Adèle et Victor Hugo. Dans l’évocation et la distance.

Et donc la frustration…
Mme de Rênal (Le Rouge et le Noir) ou Mme de Mortsauf (Le Lys dans la vallée), substituts de l’amour maternel, portent en elles la question de l’éducation sentimentale et la frustration de la sexualité romantique. Mais attention: l’amour ne se dit que lorsqu’il y a manque, obstacle, éloignement, souffrance; l’historien trouve peu de traces du bonheur. Par ailleurs, le sentiment amoureux a été contenu pendant des siècles et on ne sort pas facilement d’une telle prison: l’idéologie courtoise, la virginité de la Renaissance, la condamnation du «fol amour» par la Réforme, le péché de la chair, tout cela continue à influencer les conduites amoureuses. On peut donc se demander si ce romantisme angélique exprime le reflet de la réalité ou, au contraire, une forme d’exorcisme, la compensation par l’imaginaire d’un manque éprouvé dans la vie quotidienne…

Question qui court tout au long de notre histoire de l’amour. On a toujours conclu à un grand décalage entre l’imaginaire et la réalité des conduites privées, souvent même à une franche opposition. Il y a loin du discours à l’alcôve.
C’est encore le cas au XIXe. Ainsi du mariage. En dépit du discours romantique, il reste organisé par la contrainte sociale: il existe un véritable marché matrimonial. Quant à la sexualité, la correspondance de Flaubert le montre: il y a une coexistence étonnante entre les postures angéliques du romantisme et les pratiques masculines qui se caractérisent par les exploits de bordel. C’est le temps des oies blanches et des maisons closes! On ne vit pas, et on ne dit pas, la sexualité de la même manière selon que l’on est homme ou femme.

Qu’est-ce qui fait la différence?
Côté féminin, l’imaginaire est centré sur la pudeur: une jeune fille de bonne famille ne se regarde pas dans le miroir, ni même dans l’eau de sa baignoire; on prescrit des poudres qui troublent l’eau pour éviter les reflets (en revanche, les miroirs tapissent les murs des bordels). Les femmes connaissent mal leur propre corps, on leur interdit même d’entrer dans les musées d’anatomie. Le corps est caché, corseté, protégé par des noeuds, agrafes, boutons (d’où un érotisme diffus, qui se fixe sur la taille, la poitrine, le cuir des bottines). Côté masculin, ce sont des rituels vénaux et une double morale permanente: le même jeune homme qui identifie la jeune fille à la pureté et fait sa cour selon le rituel classique connaît des expériences sexuelles multiples avec des prostituées, des cousettes (les ouvrières à l’aiguille dans les grandes villes) ou une grisette, jeune fille facile et fraîche qu’on abandonnera pour épouser l’héritière de bonne famille. Comme le raconte Balzac dans Une double famille, il n’est pas rare de conserver, après le mariage, une «fille» entretenue.

Mona Ozouf le remarquait déjà: il y a donc, pour les hommes, deux types de femmes: l’ange et la garce.
Une vraie dualité, aussi, dans la représentation du corps féminin: il est à la fois idéalisé et dégradé. «Hier vous étiez une divinité, aujourd’hui vous êtes une femme», écrit en substance Baudelaire après sa première nuit avec Mme Sabatier. La femme est supposée simuler la proie et taire un éventuel plaisir. Louise Colet, qui assaille Flaubert dans un fiacre et fait l’amour avec lui dans un hôtel de fortune, lève ensuite les yeux au ciel et joint les mains comme à la prière. Jean-Paul Sartre aura ce commentaire: «En 1846, une femme de la société bourgeoise, quand elle vient de faire la bête, doit faire l’ange.» Les hommes de ce temps-là sont obsédés par le sexe, qui les angoisse. Ils se rassurent en tenant les comptes de leurs prouesses, tels Hugo, Flaubert, Vigny.

On est loin du romantisme, en effet.
Chez les bourgeois, la nuit de noces est une épreuve. C’est le rude moment de l’initiation féminine par un mari qui a connu une sexualité vénale. D’où la pratique du voyage de noces, pour épargner à l’entourage familial un moment si gênant… La chambre des époux est un sanctuaire; le lit, un autel où on célèbre l’acte sacré de la reproduction. Il est d’ailleurs souvent surmonté d’un crucifix. Le corps est toujours couvert de linge. La nudité complète entre époux sera proscrite jusque vers 1900 (la nudité, c’est pour le bordel!). On fait l’amour dans l’ombre, rapidement, dans la position du missionnaire, comme le recommandent les médecins, sans trop se soucier du plaisir de sa partenaire. Les femmes avouent-elles leur plaisir, surmontent-elles le mépris ou le dégoût que peut leur inspirer leur partenaire? Elles n’en parlent jamais dans leurs journaux intimes ou leurs correspondances avant les années 1860.

Chez les hommes, en revanche, le discours sur la sexualité n’est plus tabou.
Il est intarissable! Dans les romans, les obscénités sont codées, et la littérature chansonnière est obsédée par l’organe viril. L’imaginaire masculin se nourrit des stéréotypes de l’amour vénal de l’Antiquité. Post coitum animal triste: déception, dégradation de l’image de soi et de l’autre… Le vieux fond libertin travaille les hommes du XIXe: ils ont lu Sade. Une fois mariés, ils ont la nostalgie de leurs aventures avec les cousettes. Les maisons closes de quartier sont là pour soulager tous ces maris frustrés, qui rentrent ensuite sagement à la maison. C’est la sexualité utilitaire. Les maisons contrôlées n’empêchent pas la prostitution clandestine: de pauvres filles se donnent dans les fossés des faubourgs.

Dans les campagnes, on vit ses amours avec un peu plus de liberté.
La campagne, c’est un autre monde. Comme Jacques Solé l’a montré pour le XVIIIe siècle, on pratique une sexualité d’attente, on se déniaise dans les foins, on ferme parfois les yeux quand un cadet viole les petites bergères. On se touche, on «fait l’amour», c’est-à-dire on se courtise. La fille abandonne au garçon le «haut du sac» ou elle se laisse «bouchonner». Dans certaines régions, on pratique le «mignotage» ou, en Vendée, le «maraîchinage», forme de masturbation réciproque. Dans les bals, les filles se laissent caresser sans que cela porte à conséquence. Curieusement, le baiser profond reste un tabou. De leur côté, les bourgeois rêvent de ces amours simples et libres. Mais ils en ont peur.

D’autant que les médecins ne sont pas plus tolérants que les confesseurs. C’est la grande nouveauté: la science se mêle de sexualité.
Oui. Pour les médecins, la sexualité est un «instinct génésique», une force violente nécessaire à la reproduction, théorie qui justifie la double morale des hommes: il faut bien qu’ils satisfassent leur instinct dévorant. Les médecins dénoncent les conduites déviantes, la femme hystérique, l’homosexualité, la sexualité juvénile, toutes ces aberrations de l’ «instinct génésique». La masturbation suscite leur effroi. Elle conduit, disent-ils, à un lent dépérissement. Le plaisir solitaire de la femme, c’est du vice à l’état pur. Jusqu’alors, on pensait que le plaisir féminin était lié aux nécessités de la reproduction. Soudain, en découvrant les mécanismes de l’ovulation, on réalise que ce n’est pas le cas. Il semble donc superflu, inutile, comme le clitoris. Là encore, les médecins justifient l’égoïsme masculin. Le mot «sexualité» (qui marque la naissance de la scientia sexualis) apparaît en 1838 pour désigner les caractères de ce qui est sexué, puis est utilisé vers 1880 au sens de «vie sexuelle».

A partir de ce moment-là, les choses vont changer.
Oui. Dans le domaine de la vie privée, un autre XIXe siècle commence vers 1860. Tout bascule. L’époque est à l’enrichissement, à l’urbanisation. Les bourgeois souffrent de cette morale qui les enferme. Le code romantique commence à se dégrader. On n’y croit plus. Il suffit de lire la correspondance de Flaubert. Finis l’angélisme et les femmes diaphanes! Le sentiment amoureux se dévalorise.

Avec Madame Bovary meurt le romantisme. L’illusion tombe.
Exactement. Madame Bovary, c’est une dérision de l’adultère, une remise en question de l’imaginaire romantique. La femme n’est plus un ange. Elle fait peur. Après la Commune, on craint que l’animalité du peuple ne prenne le dessus. C’est le vice que décrit Zola dans Nana. Pensez aux Rougon-Macquart, mais aussi à l’oeuvre des frères Goncourt, ouvrages dans lesquels la femme est un être désaxé dont le portrait traduit l’anxiété biologique. On a peur aussi des grands fléaux vénériens. L’amour comporte des risques. Il devient tragique. Comme l’a montré Michel Foucault, ces nouveaux sexologues voient des perversions partout. Le bon Dr Bergeret, à Arbois, dont j’ai étudié le cas, estime que ses clientes sont malades parce que leur mari se livre trop à la masturbation réciproque. Pour lui, il n’y a qu’une prescription: une bonne grossesse, ça les apaisera! Le clergé fond, lui aussi, sur la sexualité conjugale et s’en prend à l’ «onanisme des époux». Mais on se met de plus en plus à critiquer ces confesseurs trop curieux, souvent ambigus, qui s’interposent entre les époux.

Le divorce, adopté en 1792 par les révolutionnaires puis supprimé en 1816, est rétabli en 1884. Les femmes le réclament par milliers. Mais l’adultère est le grand thème du moment.
L’adultère du mari ne peut guère être poursuivi; celui de l’épouse est toujours un délit, punissable en théorie jusqu’à deux ans de prison. Mais est-il aussi répandu? Sa mise en scène dans les romans et le théâtre n’est-elle pas encore une forme d’exorcisme? En même temps, les femmes ont une mobilité plus grande. La concentration urbaine, l’éclairage au gaz modifient les comportements; la vie nocturne s’intensifie, dans les bals, les spectacles, l’opérette. Se développe alors une pratique inédite entre jeunes gens: le flirt, qui emprunte à l’ancien code romantique et concilie la virginité, la pudeur et le désir… Une nouvelle ère commence.

C’est l’éclosion d’un nouvel érotisme…
On s’autorise désormais des attouchements, des baisers, des caresses… Celles qui flirtent se situent à mi-chemin entre l’oie blanche et la jeune fille libérée. La sexualité conjugale en est changée, et le plaisir féminin commence à se dire. Quelques médecins audacieux conseillent aux maris d’user de plus de tendresse. Le couple conjugal s’érotise. L’influence des prostituées est indirecte: le jeune homme introduit dans le lit conjugal des raffinements appris auprès d’elles. C’est l’une des grandes craintes des moralistes: que l’alcôve ne se transforme en lupanar. A la fin du XIXe siècle se dessine un nouveau type de couple, plus uni: une femme plus avertie, un homme plus soucieux de sa partenaire. La contraception se développe (avec le coït interrompu, notamment). L’égoïsme masculin perd de sa superbe. Une sexualité plus sensuelle se dessine à la place de l’ancienne sexualité génitale et rapide vouée à la procréation. Entre époux, on s’appelle «chéri(e)». Certains romans pour jeunes femmes n’hésitent plus à esquisser un érotisme voilé. C’est en somme la première révolution sexuelle des années 60, un siècle avant la nôtre. La question de la sexualité est maintenant posée.


Polémique Ménard: Il faut relancer le débat sur les statistiques ethniques (No demographics, please, we’re French)

6 mai, 2015
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Il y a plus d’un siècle, Jean Jaurès définissait par ces mots sa vision du vivre-ensemble entre citoyens issus des deux rives de la Méditerranée : « l’action socialiste se produira, en chaque pays, avec d’autant plus de force et d’autorité qu’elle sera universelle et universellement probe, et que nul ne pourra y soupçonner un piège ». A l’heure où les crises économique, écologique et sociale s’abattent de concert sur notre pays et où de trop longues années de mauvaise gouvernance favorisent la montée des haines et du rejet de l’autre, il nous incombe de revenir aux valeurs fondatrices de notre pacte républicain et du projet socialiste pour bâtir cette société enfin véritablement universelle. Ces jours-ci, nous célébrerons la grande fête de solidarité et de partage qu’est l’Aïd-al-Fitr. A l’issue du mois de jeûne du Ramadan, temps fort de joie, d’échange de vœux et de présents, elle illumine la vie et les demeures de millions de nos compatriotes de culture musulmane. Issue d’une longue tradition et porteuse de riches héritages culturels, par les valeurs qu’elle porte et l’idéal social qu’elle vise, elle s’inscrit pleinement dans cette démarche d’universalité. François Hollande (31 août 2011)
En ce début du XXI° siècle, un nouveau péril terrifiant vient assombrir encore davantage l’avenir de ce malheureux continent que l’on pourrait croire décidément voué au malheur. C’est une explosion démographique à venir, inouïe, sans précédent dans l’histoire du monde. Ce phénomène, selon les prévisions des Nations Unies, pourrait porter la population africaine au chiffre véritablement hallucinant de 4,2 milliards de personnes, soit autour de 47 % de la population mondiale prévue pour la fin de ce siècle. En 2100, un homme sur deux sur la planète vivrait en Afrique ! Cela alors que l’Afrique n’est, de toute évidence, nullement préparée à affronter ce prodigieux défi démographique. En conséquence, l’Afrique, naguère sous-peuplée, va-t-elle devenir un continent maudit, surpeuplé et affamé, livré à tous les déchirements que la misère extrême peut engendrer ? Sans compter que son déversoir naturel serait inévitablement une Europe d’abord réticente, puis un jour peut-être, hostile. Yves-Marie Laulan (Institut de Géopolitique des Populations)
Dans sa lettre aux musulmans à l’occasion de l’Aïd-al-Fitr, François Hollande évoque le « projet socialiste pour bâtir cette société enfin véritablement universelle. ». Quel est exactement ce projet ? (…) Il ne s’agit pas d’un projet secret, mais d’une utopie à moyen-long terme, qui est plus ou moins distillée dans les réflexions de Terra Nova, la Nouvelle Civilisation de Martine Aubry, le projet du Parti Socialiste pour 2012, ou bien encore dans cette petite phrase de François Hollande. (…) Mais (…) comment faire pour « bâtir cette société véritablement universelle » ? Eh bien puisque l’exportation n’a pas fonctionné, tentons le pari de l’importation ! (…) Cela fait quelque temps déjà que l’extrême-gauche prône en quelque sorte la création d’une « nouvelle civilisation » sur nos terres. Ceci en faisant venir en masse des immigrés, en important de nouveaux « prolétaires » pour remplacer ceux qui font défaut en France, afin de faire exploser le système capitaliste (si c’est sous le poids des prestations sociales, c’est bien vu !). Mais aussi pour mettre à mal l’ordre établi dans notre société judéo-chrétienne et blanche, donc  « fondamentalement raciste ». Stéphane Buret
La basilique de Saint-Denis, où reposent les rois de France, n’est qu’à quelques stations de RER ou de métro du coeur de Paris. Mais en vingt minutes de trajet, on change radicalement de monde. Je me souviens m’y être rendue il y a dix ans, trois mois après la réélection de Jacques Chirac. À la sortie du métro, les jeunes filles voilées étaient déjà nombreuses devant l’université. À l’entrée de la basilique, alors occupée par des sans-papiers, trois femmes voilées de noir, assises derrière une longue table qui barrait l’accès de la nef, contrôlaient les visiteurs. Ce jour-là, j’ai pensé que si j’avais dû habiter là-bas, j’aurais probablement voté FN. Christine Clerc
Les plus dangereux éléments de l’extrême droite ne sont donc pas ses noyaux durs, mais les pseudopodes qu’elle émet dans des directions éloignées et variées qui permettent aux venins idéologiques du Front national de se répandre dans une large partie de la société (…)  sous l’emprise d’une sorte de fanatisme démographique, telle M. Tribalat, la prophète de l’assimilation et de la population “de souche”. Ce dernier groupe est de loin le plus dangereux car il agit masqué, peut-être à l’insu de ses membres qui sont persuadés, soit de leur mission, soit que la poursuite de leur intérêt personnel par tous les moyens n’a pas de conséquence politique. Hervé Le Bras
Un chiffre étonnamment stable: contrairement à ce que l’on croit souvent, la proportion d’immigrés ne varie guère depuis le début des années 1980. Le Monde (03.12.09)
Cet article du 4 décembre montre que les bons sentiments et la volonté pédagogique de redresser l’opinion publique qui pense mal conduisent à des catastrophes. Ils conduisent à piétiner la déontologie minimale de tout journaliste qui se respecte dont le devoir est d’informer et non de consoler ou de rassurer. Le Monde vient de faire la démonstration que les chiffres peuvent être manipulés et, à l’opposé de ses intentions sans doute, conforte ainsi ceux qui pensent que les médias ne disent pas la vérité sur la question de l’immigration. Michèle Tribalat
On a voulu rester sobre pour ne pas choquer les sensibilités de l’Insee, pour que ce soit publiable par eux mais ils ont pas envie de le traiter. Toute nouvelle avec des infos de type forte concentration au delà de ce qu’on aurait pu imaginer, l’Insee préfère ne pas informer plutôt que de risquer de publier une nouvelle sensible. Par peur de réveiller le racisme en France. Michèle Tribalat
En France, on ne devrait pas pouvoir à la fois se vanter d’avoir réussi à faire barrage aux statistiques ethnoraciales et espérer connaître la situation des Noirs. Pourtant, manifestement, dans ce pays, on sait sans avoir besoin de compter. Michèle Tribalat
Si les bobos vantent la diversité, ce sont les ouvriers français qui ont été au contact des immigrés dans la capitale. Ce sont eux qui ont amorti l’intégration. Michèle Tribalat
Jean-François Revel explique très justement, dans La connaissance inutile, que les scientifiques ne sont pas plus raisonnables que le commun des mortels dès qu’ils s’éloignent de leur domaine d’études : « le travail scientifique , par sa nature particulière, comporte et impose de façon prédominante des critères impossibles à éluder durablement (…) Un grand savant peut se forger ses opinions politiques ou morales de façon aussi arbitraire et sous l’empire de considérations aussi insensées que les hommes dépourvus de toute expérience du raisonnement scientifique. (…) Vivre à une époque modelée par la science ne rend aucun de nous plus apte à se comporter de façon scientifique en dehors des domaines et des conditions où règnent sans équivoque la contrainte des procédures scientifiques. »(..) « le chercheur scientifique n’est pas un homme par nature plus honnête que l’ignorant. C’est quelqu’un qui s’est volontairement enfermé dans des règles telles qu’elles le condamnent, pour ainsi dire, à l’honnêteté. »(…) Yan van Beek, un chercheur néerlandais parle de la lecture morale selon laquelle un savoir n’est pas jugé en fonction de son mérite factuel mais en raison de ses conséquences sociales, politiques ou morales. Des normes existent et sont d’autant plus difficiles à transgresser qu’elles touchent certains sujets. Il ne faut sous-estimer l’ignorance. La méconnaissance des faits et la préférence pour le politiquement correct se conjuguent pour expliquer pourquoi il n’est nul besoin d’être sous le joug d’un pouvoir autoritaire pour voir fleurir des versions officielles sur de nombreux sujets. Les médias ont une arme plus terrible encore que le dénigrement : le silence. Une thèse qui n’est pas connue ne risque pas d’être populaire. Cependant, le pluralisme ne garantit pas la vérité. Vous pouvez mettre la plus grande diversité des incompétences devant une caméra, il est peut probable qu’il en sorte quelque chose d’instructif. Il manque un véritable attachement à la liberté d’expression, un goût de la vérité, une plus grande confiance dans l’aptitude de la société à réagir sainement aux informations. Il faudrait également que les médias cessent de vouloir réformer l’opinion publique pour l’informer. Michèle Tribalat
L’avantage fécond, sans être colossal, appliqué à une structure par âge beaucoup plus jeune, est loin d’être négligeable et favorise les croyants les plus impliqués. Combiné à une immigration dont on ne voit pas bien qu’elle puisse se réduire dans les années qui viennent, à une rétention élevée due à une endogamie religieuse très importante et à une « réislamisation » des jeunes générations, il donne à la confession musulmane un dynamisme tout à fait incongru dans un pays très fortement laïcisé, en voie de déchristianisation avancée et qui a pris l’habitude de penser cette sécularisation galopante comme à la fois progressiste et inexorable. On a, j’ai moi-même, longtemps pensé que l’islam ne ferait pas exception à ce puissant courant. Rien n’est moins sûr. Un contexte très sécularisé peut, au contraire, être le ferment d’un durcissement identitaire et religieux, l’islam n’étant pas perçu comme ringard, à la différence de l’intégrisme catholique, et bénéficiant d’un « climat relativiste », propice à son expansion. Michèle Tribalat
En 1992, on (…) observait une sécularisation importante des jeunes d’origine algérienne, des unions mixtes en nombre non négligeable pour les débuts de vie en couple de ces jeunes, une certaine mobilité sociale, ainsi qu’un recul des pratiques matrimoniales traditionnelles. La sécularisation des jeunes d’origine algérienne paraissait prometteuse. Je n’ai pas, alors, anticipé le mouvement de désécularisation que je décris dans mon dernier livre (Assimilation. La fin du modèle français, Éditions du Toucan, 2013), qui a coïncidé avec la réislamisation des jeunes. Combiné à une forte endogamie religieuse, il ne favorise pas la mixité ethnique des mariages. (…) L’enquête MGIS était rétrospective et recueillait l’histoire des individus sur le temps long, autrement dit, le passé. Elle ne pouvait donc, en aucun cas, répondre aux interrogations sur l’évolution récente et les phénomènes émergents. Il aurait fallu mener des enquêtes de ce type régulièrement. (…) L’observation nationale fait la moyenne de situations locales extrêmement contrastées et ne constitue donc pas un outil suffisant à la description du réel. Différents niveaux de réalité peuvent coexister de manière contradictoire. Il est possible que des situations locales évoluent mal sans que les données nationales n’en rendent compte, au moins pendant un certain temps. (…) Aujourd’hui, la catégorie des immigrés est entrée dans les mœurs statistiques françaises et l’Insee a introduit le pays de naissance et la nationalité de naissance des parents dans la plupart de ses grandes enquêtes. Le dernier pas à franchir est l’introduction de ces données dans les enquêtes annuelles de recensement. (…) j’ai pu montrer que l’importance accordée à la religion était plus grande chez les jeunes adultes musulmans que chez les plus vieux, alors qu’on observait le phénomène inverse chez les catholiques. Classer n’implique aucune fixité de comportement dans le temps. Classer, c’est ce que fait la statistique tout le temps. Je ne vois pas pourquoi les variables culturelles et religieuses seraient écartées d’emblée avant d’avoir été étudiées. L’introduction de la religion dans l’enquête « Trajectoires et origines » de 2008, ce qui n’avait pas été possible en 1992, nous a appris beaucoup de choses. Il a ainsi été possible d’estimer le nombre de musulmans, et pour un démographe, les nombres comptent, d’estimer leur potentiel démographique et d’analyser l’évolution de leur rapport à la religion selon l’âge, notamment à travers une transmission croissante de l’islam. (…) après le cycle migratoire des Trente Glorieuses, la France a connu vingt-cinq ans de « plat » migratoire, avec une proportion d’immigrés n’évoluant pas et une population immigrée qui augmentait au rythme de la population native. (…) Ensuite nous sommes passés à un nouveau cycle. Le cycle migratoire des années 2000, équivalent en intensité de celui des Trente Glorieuses, a offert des opportunités nouvelles au FN. Loin de les contester, Marine Le Pen utilise d’ailleurs volontiers les chiffres donnés par le ministère de l’Intérieur sur l’immigration étrangère. Mais je crois que le diagnostic du FN sur l’impuissance politique est juste. La France n’a pas vraiment la maîtrise de la politique migratoire, qui est une compétence partagée avec l’UE et la Commission européenne est favorable à une politique migratoire très généreuse compte tenu de ses anticipations démographiques. Michèle Tribalat
My name is Jamaal; I’m white. Growing up I never thought twice about my name (of course I was next door to a commune, hanging out with Orly, Oshia, Lark Song, River Rocks, Sky Blue, and more than one Rainbow). (…) Halfway through my first year teaching, the principal who had hired me confided that I was lucky to have gotten the job. (…)  They had not been planning to take another student-teacher when my application showed up.  But, in his words, as they scanned through it and saw a Jamaal who plays basketball and counts Muhammad Ali among his heroes he thought, we could use a little diversity. Jaamal Allan
Nous sommes à un tournant identitaire car nous sommes devenus minoritaires, nous, les Guyanais. En fait, nous payons aujourd’hui les plans de peuplement lancés dans les années 1970 pour noyer les mouvements indépendantistes d’alors et sécuriser le centre spatial. Jacques Chirac, le ministre de l’Agriculture de l’époque, a joué les apprentis sorciers.explique Christiane Taubira (députée PRG de Guyane, 2005)
Nous sommes à un tournant identitaire. Les Guyanais de souche sont devenus minoritaires sur leur propre terre. Christiane Taubira (2007)
Ce qu’il a fait est un crime contre la République ! Il y a une procédure judiciaire qui suivra son cheminement. Le destituer est possible dans la loi, c’est une décision qui peut être prise mais ce n’est pas à moi qu’il appartient de la prendre. Christiane Taubira (sur Robert Ménard, 2015)
Lorsque l’on passe son temps à créer de la haine dans une société, on ne peut pas être républicain ! (…) Ce qu’il faut retenir, c’est que ce sont des gens qui ne sont pas républicains et ne conçoivent pas que l’on fasse société en étant différent ce sont des gens qui passent leur temps à regarder la société en la fragmentant et en cherchant un bouc-émissaire, un ennemi intérieur, quelqu’un sur qui concentrer la haine. (…) Lorsque l’on passe son temps à créer de la haine dans une société, on ne peut pas être républicain ! Christiane Taubira (sur la famille Le  Pen, 2015)
« Il faut relancer le débat sur les statistiques ethniques et je présenterai un projet de loi en ce sens à l’Assemblée nationale en début d’année prochaine  (…) pour certains, les statistiques ethniques mettraient en cause les valeurs de la République, alors qu’au contraire, c’est l’absence de mesures concrètes qui est à craindre… Manuel Valls (2009)
Belle image de la ville d’Evry… Tu me mets quelques Blancs, quelques Whites, quelques Blancos… Manuel Valls (Evry, 06.06.09)
Evidemment avec les stands qu’il y avait là, le sentiment que la ville, tout à coup, ça n’est que cela, (…) ça n’est que cette brocante, alors que j’ai l’idée au fond d’une diversité, d’un mélange, qui ne peut pas être uniquement le ghetto. On peut le dire, ça ? (…) On a besoin d’un mélange. Ce qui a tué une partie de la République, c’est évidemment la ghettoïsation, la ségrégation territoriale, sociale, ethnique, qui sont une réalité. Un véritable apartheid s’est construit, que les gens bien-pensants voient de temps en temps leur éclater à la figure, comme ça a été le cas en 2005, à l’occasion des émeutes de banlieues. Manuel Valls (Direct 8)
Je l’assume totalement. Je veux lutter contre le ghetto. C’est quoi le ghetto? On met les gens les plus pauvres, souvent issus de l’immigration – et pas seulement – dans les mêmes villes, dans les mêmes quartiers, dans les mêmes cages d’escalier, dans les mêmes écoles. (…) Je l’assume parce que je suis républicain et que je lutte contre tous les communautarismes. (…) Ca arrange beaucoup de gens qu’il y ait des ghettos (…) moi, je veux les casser, c’est ça l’émancipation de ces quartiers qui méritent de représenter demain l’avenir de ce pays. Manuel Valls
Honte au Maire de Béziers. La République ne fait AUCUNE distinction parmi ses enfants. Manuel Valls (05.05.15)
Le fichage d’élèves dans les écoles est contraire à toutes les valeurs de la République. Il y a des principes dans la République et quand ils sont gravement atteints, les tribunaux en sont saisis et des sanctions seront prononcées par les juges compétents. François Hollande (Ryad, 05.05.15)
On a besoin de savoir quelle est la réalité pour que les choses puissent changer. Patrick Lozès (Cran)
 Il y a 64,6 % d’enfants de confession musulmane à Béziers. (…) Ce sont les chiffres de ma mairie. Pardon de vous dire que le maire a les noms, classe par classe, des enfants. Je sais que je n’ai pas le droit mais on le fait. » Il précise même : « Les prénoms disent les confessions. Dire l’inverse, c’est nier une évidence. Robert Ménard
Il y a tout un tas de pays où il y a de statistiques ethniques et ils ne sont pas moins démocratiques, pas moins républicains que les autres ! Robert Ménard
Ils sont où les enfants de nos ministres ? Dans quelle écoles ? Robert Ménard
En un mot, la gauche, elle n’a pas de leçons à nous donner et à me donner. Je voudrais juste rappeler. Quand Manuel Valls en 2008 [2009 en fait, ndlr] se plaint qu’il y a trop de noirs et d’arabes sur les marchés de sa ville et qu’il demande à un membre de son cabinet, je le cite : ‘tu me mets quelques blancs, quelques white, quelques blancos’. Qui tient ces propos ? C’est Manuel Valls. Quand Martine Aubry affirme, c’était en 2012, qu’il y a 35% de Maghrébins à Lille et que c’est génial, elle le sait  comment ? Au faciès ? Quand Jack Lang écrit en 2014 l’an dernier au premier ministre  pour liui dire que les deux tiers des prisonniers en France sont des musulmans. Il le sait comment ? Par l’opération du Siant-Esprit ?  Robert Ménard
La mairie de Béziers ne constitue pas et n’a jamais constitué de fichiers des enfants scolarisés dans les écoles publiques de la ville. Le voudrait-elle qu’elle n’en a d’ailleurs pas les moyens. Il ne peut donc exister aucun « fichage » des enfants, musulmans ou non. Le seul fichier existant à notre connaissance recensant les élèves des écoles publiques de la ville est celui de l’Éducation nationale. C’est donc à elle, et elle seule, de rendre publique cette liste. Elle ne le fera certainement pas au prétexte de motifs juridiques. Mairie de Béziers
Une telle initiative n’est pas anodine de la part de Robert Ménard. Elle se rajoute à la longue liste des polémiques qui marquent son mandat à la mairie de Béziers, depuis son élection en 2014. D’abord, c’est l’interdiction d’étendre du linge aux fenêtres donnant sur les rues du centre-ville en journée, puis l’établissement d’un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans dans certains quartiers, la suppression de l’accueil matinal des enfants de chômeurs, l’inauguration d’une crèche dans sa mairie, la publicité sur l’armement de ses policiers, la commande d’un livre sur Béziers à l’écrivain Renaud Camus, chantre de la théorie du « grand remplacement » et héraut des identitaires ou le changement d’un nom de rue pour effacer le souvenir de la guerre d’Algérie. Le Monde
La classe politique s’indigne contre Robert Ménard à cause du fichage ethnique des écoliers auquel il aurait procédé – il dément l’avoir fait – à Béziers dont le parquet a naturellement ouvert une enquête. Mais cette classe politique, gauche et droite confondues, si prompte à s’émouvoir, peut-elle se dire si remarquable? Que va-t-elle devenir quand elle n’aura plus sous l’opprobre le FN tel qu’elle l’a toujours obscurément désiré, formellement républicain mais avec des relents racistes et antisémites et des nostalgies historiques nauséabondes comme dirait le Premier ministre qui place cet adjectif partout, croyant qu’il est une argumentation à lui seul? Comme on le sent, son malaise, devant les péripéties mélodramatiques qui se déroulent au FN depuis plusieurs jours et dont elle ne sait si elle doit s’en réjouir ou les déplorer! S’en réjouir, parce que la victoire de la fille sur le père pourrait affaiblir ce parti? Les déplorer, parce que débarrassé des provocations lassantes du père, la fille pourrait enfin changer le nom du parti et conduire celui-ci sur une voie qui contraindrait ses adversaires à faire preuve d’intelligence politique et non plus seulement d’une réprobation morale souvent hypocrite? (…) Il n’y a que des imbéciles – et malheureusement Rama Yade a démontré qu’elle en était une en tournant en dérision les affrontements aussi bien familiaux que stratégiques entre Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen – pour ne pas percevoir l’importance de la «déchirure» qui, risquant de modifier le FN, va sans doute faire bouger les lignes autour de lui. (…) Aujourd’hui, à cause de la pauvreté de la réplique antagoniste – UMP et PS -, un grand nombre de Français, lassés par l’offre politique classique, se sentent l’envie d’essayer le FN sur la palette large qui est mise à leur disposition et qui pour l’essentiel les a déçus. (…) Il faudra considérer cependant, une fois pour toutes, que le père et la fille ont des personnalités différentes, que lui voulait provoquer et qu’elle souhaite conquérir. Que le FN sans lui ne sera pas le même que le FN sous l’emprise enfin totalement libre de sa fille. Que ce ne sera pas seulement la façade qui sera changée mais la substance et qu’avec elle on passera d’un populisme vulgaire à un projet politique, aussi discutable qu’il soit. Contre elle, la bouche en cœur et le cœur à la bouche ne suffiront plus. On ne peut pas, par ailleurs, avoir à juste titre dénoncé les saillies historiquement partiales et extrémistes du père et continuer à tenir pour rien l’adhésion de la fille au corpus honorable de la vérité sur les monstruosités historiques. Si elle a attendu longtemps pour tirer les conséquences qui convenaient, il n’est pas absurde de concevoir que longtemps dans sa tête et sa sensibilité, la fille a plus pesé que la responsable du FN, l’affection que le réalisme. Il me semble toutefois que deux écueils de taille vont devoir être surmontés et des choix clairs opérés. Le fourre-tout idéologique qui mêle, dans un vaste vivier, une vision et un programme de fermeté et d’autorité en matière de sécurité et de justice – c’est sa droite – à une conception économique, financière et européenne atypique, par certains côtés plus «mélenchonienne» que le modèle -c’est sa gauche, voire son extrême gauche – contraindra un jour ou l’autre le FN à déchirer le voile et à sortir de l’ambiguïté. Ce qui est bon pour une conquête, pour une candidate ne le sera évidemment pas si les portes du pouvoir semblent accessibles. Il y aura à arbitrer et à choisir l’ordre prioritaire dans ce désordre et la tonalité dominante dans cet entrelacs qui aujourd’hui attrape tout mais demain fera peur par son incohérence. (…) Il est manifeste qu’une fois les soubresauts, polémiques, aigreurs et désaveux dépassés, le FN se renforcera grâce à Marine Le Pen et si en face on n’a pas compris que l’adversaire ayant changé, il convenait aussi de substituer à l’éthique indignée et vaine un affrontement politique et de permettre au pays de respirer autrement que par le seul recours, pour l’avenir, à l’espoir que le FN représenterait. Toutes les autres espérances ayant été saccagées par le réel, la violation des engagements et l’amateurisme. Philippe Bilger
Le fait, hors les cas prévus par la loi, de mettre ou de conserver en mémoire informatisée, sans le consentement exprès de l’intéressé, des données à caractère personnel qui, directement ou indirectement, font apparaître les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses, ou les appartenances syndicales des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à l’orientation ou identité sexuelle de celles-ci, est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende. Est puni des mêmes peines le fait, hors les cas prévus par la loi, de mettre ou de conserver en mémoire informatisée des données à caractère personnel concernant des infractions, des condamnations ou des mesures de sûreté. Code pénal (Article 226-19, modifié par LOI n°2012-954 du 6 août 2012 – art. 4)
Les discriminations sont encore plus dommageables quand elles sont implicites. Esther Dufilo
Il serait ironique que des associations qui ont pour objectif de défendre les droits et les libertés cherchent à imposer une censure préalable de la recherche. Il est toujours dangereux que des acteurs politiques prétendent dire quelle est la «bonne» science ! Remplacer l’enquête, comme le suggère la pétition, par du «testing» à grande échelle n’a pas de sens. Le testing a toute son utilité pour révéler des pratiques discriminatoires ouvertes. Il ne permet pas de reconstruire et comparer des trajectoires socioprofessionnelles, d’aller à la racine des inégalités et de repérer leur imposition, fût-elle involontaire. Du reste, en choisissant de présenter des candidats «noirs», «arabes» ou «maghrébins» et «français blancs», le testing manipule les catégories par lesquelles se construisent les discriminations. Collectif de chercheurs français et étrangers
En France, on ne devrait pas pouvoir à la fois se vanter d’avoir réussi à faire barrage aux statistiques ethnoraciales et espérer connaître la situation des Noirs. Pourtant, manifestement, dans ce pays, on sait sans avoir besoin de compter. Michèle Tribalat
Chaque fois que l’on construit des catégories statistiques, il y a un débat. L’histoire des catégories socioprofessionnelles en France le montre. Quand on a créé la catégorie «cadre», la catégorie «ouvriers», les marxistes ont dit «cela ne reflète pas les vrais rapports d’exploitation entre la bourgeoisie et le prolétariat».Aujourd’hui, on connaît les Français par acquisition, par le lieu de naissance des parents et des grands-parents, mais il y a des catégories de personnes qui sont de longue date en France et qui échappent à cette statistique. Utiliser des catégories plus fines permettrait d’avoir un reflet assez fidèle de la population française.(…) Le prénom ou le patronyme d’un individu …C’est un moyen détourné qui tient plutôt du bricolage et qui ne vaut que dans la mesure où d’autres indicateurs plus directs ne sont pas disponibles.Si vous cherchez à mesurer les discriminations dans une entreprise, vous allez constituer un échantillon sur la base des prénoms. Vous retiendrez des personnes certainement susceptibles d’être discriminées parce qu’elles s’appellent Mohamed ou Fatoumata. Mais vous passerez à côté d’un Patrick pourtant noir car antillais ou d’origine africaine. (…)  L’une des solutions est de passer par l’autodéfinition. Votre père est asiatique, votre mère noire, mais comment vous définissez-vous ? Georges Felouzis (Bordeaux-II)
Selon le rapport confidentiel que s’est procuré le Figaro, quelque 300 000 Africains pénètreraient chaque année clandestinement dans l’Union européenne. 80% d’entre eux utiliseraient les services d’organisations de trafiquants, dont les revenus pour ce type d’activité sont estimés à 300 millions de dollars, soit 237 millions d’euros, par an. (…) «Les groupes criminels d’Afrique de l’Ouest, en majorité nigérians, sont souvent décrits comme des réseaux, précise le rapport, les experts de chaque zone pouvant être associés rapidement à d’autres de manière transversale. [Une telle] flexibilité rend ces groupes extrêmement résistants à l’action des forces de l’ordre : il est virtuellement impossible de décapiter une organisation criminelle en Afrique, parce que sa structure est essentiellement horizontale. Le système du «havalah» est très fréquemment employé : ce mode traditionnel de transfert de fonds dans le monde arabe, qui se pratique par le biais d’intermédiaires et sans aucune trace écrite, permet notamment aux groupes criminels de racketter facilement les familles d’immigrants, en exigeant d’elles des sommes supplémentaires ou des recouvrements d’avances de paiement. Rapport ONUDC (2006)
Un chiffre étonnamment stable: contrairement à ce que l’on croit souvent, la proportion d’immigrés ne varie guère depuis le début des années 1980. Le Monde
Cet article du 4 décembre montre que les bons sentiments et la volonté pédagogique de redresser l’opinion publique qui pense mal conduisent à des catastrophes. Ils conduisent à piétiner la déontologie minimale de tout journaliste qui se respecte dont le devoir est d’informer et non de consoler ou de rassurer. Le Monde vient de faire la démonstration que les chiffres peuvent être manipulés et, à l’opposé de ses intentions sans doute, conforte ainsi ceux qui pensent que les médias ne disent pas la vérité sur la question de l’immigration. Michèle Tribalat
On a voulu rester sobre pour ne pas choquer les sensibilités de l’Insee, pour que ce soit publiable par eux mais ils ont pas envie de le traiter. Toute nouvelle avec des infos de type forte concentration au delà de ce qu’on aurait pu imaginer, l’Insee préfère ne pas informer plutôt que de risquer de publier une nouvelle sensible. Par peur de réveiller le racisme en France. Michèle Tribalat
Just under a year ago, France’s Marine Le Pen told TIME her far-right National Front Party would be in power within a decade. That’s a nightmarish prospect for millions who regard her France-for-the-French message as mere jingoism—and it seemed like a stretch. Her prediction, however, no longer seems preposterous. Le Pen has spun gold from voter exasperation, mixing charm and ambition to rack up wins in European Parliament and local elections with an anti-Europe, anti-immigration campaign. That’s made her Europe’s leading right-winger, giving like-minded politicians across the continent a dose of electability. And this month she finally split from her father, National Front founder Jean-Marie Le Pen, over his noxious anti-Semitism. Le Pen has strong allure for many French, who have hit the wall with asphyxiating political elitism and near zero growth. To stop her race for the Élysée Palace in its tracks, France’s lackluster leaders will need to overhaul their ineffectual, gutless style and mount a more appealing revolution of their own. Vivienne Walt (Marine Le Pen, France’s nationalist force, The 100 most influential people, Time, April 16, 2015)
Lorsqu’il s’agit de fichiers nominatifs, la crainte est de voir se constituer un « fichage ethnique » potentiellement dangereux si, par exemple, arrivait au pouvoir un gouvernement raciste qui voudrait mener des politiques défavorables à certaines catégories de la population. Mais si un tel gouvernement venait au pouvoir, il n’aurait pas forcément besoin de tels fichiers pour mener à bien ce type de politiques (…) L’autre inconvénient, c’est que l’officialisation des catégories ethniques risque d’alimenter le communautarisme. Le modèle français s’efforce de ne prendre en compte que les individus, dans ce qu’ils ont à la fois d’universel et de particulier (nous sommes tous des individus, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs, et nous sommes tous différents), et non les groupes, qu’ils soient ethniques, raciaux ou religieux. L’officialisation des catégories ethniques risque d’alimenter le séparatisme et les affrontements (idéologiques, politiques…) entre groupes, ce qui n’est pas l’effet recherché. Pierre-Yves CussetLe refus de principe de l’Etat de prendre en compte ces différences part de bonnes intentions puisqu’il vise précisément à ne pas appliquer de traitement discriminatoire à telle ou telle catégorie de la population. Mais cette cécité volontaire devient dangereuse. Car, dans la société, les discriminations fonctionnent et elles sont aujourd’hui fondées sur des critères ethniques ou, pour parler plus clairement, raciaux. Ces discriminations, qui ont pris une importance croissante – ou du moins dont on devient de plus en plus conscient – depuis une dizaine d’années, mettent en péril le pacte qui fonde la République. Lorsqu’au XIXe siècle, la République interdisait aux petits Bretons, par exemple, de parler leur langue à l’école, elle voulait leur offrir une véritable possibilité de promotion sociale, en échange de cette impossibilité d’exprimer leur identité culturelle en public. Le français était un sésame exigé d’eux. Dès lors qu’ils l’avaient appris, ils n’étaient pas l’objet de discriminations parce qu’ils étaient nés en Bretagne. Aujourd’hui, pour les jeunes gens issus de l’immigration ou des DOM-TOM, la situation est tout à fait différente et même opposée. Non seulement ils ne sont pas reconnus a minima dans leur différence, mais ils se voient stigmatisés en raison de celle-ci. Ils voient s’opposer des barrières, par exemple à l’emploi, en raison de leur patronyme. Ils peuvent être l’objet de contrôles de police plusieurs fois par jour simplement à cause de la couleur de leur peau… Si de telles discriminations ne sont pas énergiquement combattues, ces jeunes risquent de s’approprier le stigmate dont ils sont frappés, de se replier sur une identité ethnique ou raciale mythifiée, et de se réfugier dans le communautarisme. Quelle que soit par ailleurs l’ampleur non négligeable de la politique menée par l’Etat en faveur des quartiers en difficulté. Ce combat contre la discrimination exige de prendre en compte ce critère racial. Non pas pour instaurer une discrimination positive au sens d’établir des quotas de recrutement dans l’administration, l’université, les entreprises, etc. Mais par exemple pour établir des statistiques ethniques qui permettent de mesurer l’ampleur de la discrimination négative. Et donc de la combattre résolument. (…) Je ne suis pas le moins du monde favorable à une exaltation de la diversité, car elle favorise le communautarisme. Mais il faut bien constater qu’une partie de la population, et notamment les jeunes issus de l’immigration, sont aujourd’hui traités de façon discriminatoire en raison de leur race présumée, ce qui est contradictoire avec le respect des droits auxquels nous sommes également attachés. (…) Il faut employer un terme aussi chargé avec beaucoup de précautions, mais aussi voir la réalité en face : c’est souvent sur l’appartenance présumée d’un individu à une race que se fondent ceux qui se rendent coupables de discrimination négative. Il faut cependant préciser que le concept de race a largement perdu, dans la tête même de nombreux racistes, la connotation biologique qu’il avait au XIXe siècle. Aujourd’hui, c’est moins le caractère génétique ou l’apparence physique que la différence culturelle qui, souvent, fonde le racisme : des traits culturels sont supposés se transmettre de génération en génération et constituer une spécificité quasiment immuable d’un groupe humain. C’est d’ailleurs parce que la « race » est aujourd’hui perçue comme culturelle, plutôt que comme biogénétique, que l’on emploie l’euphémisme d’« ethnie » pour en parler. Pour combattre la discrimination, je crois qu’il peut être utile d’employer le concept de race, en le faisant avec beaucoup de prudence. (…) Cela consiste simplement pour un antiraciste à prendre au sérieux la question de la race, qui occupe une place inquiétante dans notre société. Nous avons en France de nombreuses données sociales. Pourquoi pas sur un sujet si central pour l’avenir de la cohésion nationale ? Bien sûr, les statisticiens doivent être extrêmement prudents dans la conception de telles catégories et leur maniement. Mais dans la mesure où ceux qui discriminent ne le font généralement pas de façon explicite, mais de manière inavouée (ce que l’on appelle la discrimination indirecte), il me semble que seules des statistiques portant sur les grands nombres, sur l’ensemble du personnel d’une usine ou d’un corps de métier, sur une région ou l’ensemble du territoire, peuvent permettre d’évaluer l’ampleur du phénomène, afin que les responsables politiques soient mis dans l’obligation d’agir. (…) Mesurer l’ampleur globale des discriminations est une forme de reconnaissance pour les groupes qu’elles frappent. Si vous êtes discriminé, on redouble l’injustice en prétendant de surcroît que vous ne l’êtes pas. (…) la lutte contre les discriminations ne se réduit pas à réparer au coup par coup les torts faits aux victimes. Elle passe aussi par des mesures de politique générale qui doivent imposer le respect des règles de la citoyenneté (le traitement à égalité des citoyens) à toute la population, minorités ethniques comprises. Robert Castel

Pas de statistiques ethniques, s’il vous plait, nous sommes français !

En ces temps étranges …

Où une ministre prénomme sa fille Térébenthine

Mais où certains prénoms doivent encore être manipulés avec soin …

Pendant que d’autres peuvent contribuer à régler le problème du chômage …

Et où, pour avoir osé évoquer le taux d’élèves d’origine musulmane dans sa commune à partir  de la consultation des registres d’élèves de l’Education nationale, un maire se voit immédiatement fustigé et menacé de poursuites judiciaires pour « fichage » …

Tant par un président qui, pour cause de gros contrats et faillite économique, flatte la croupe des pires régimes politiques de la planète …

Qu’un premier ministre qui il n’y a pas si longtemps se plaignait de la ghettoïsation de sa ville et appelait de ses voeux la relance du débat sur les statistiques ethniques …

Alors qu’à l’instar de la Grande-Bretagne ou des Etats-Unis et certes non sans leurs propres dérives, nombre d’autres états publient régulièrement tant les statistiques ethniques que religieuses de leur population …

Comment ne pas voir avec un entretien du feu sociologue Robert Castel …

Les évidentes limites d’une telle « cécité volontaire » …

Qui non seulement empêche d’agir sérieusement sur un problème dont on ne peut mesurer l’ampleur …

Mais surtout ne peut que « redoubler l’injustice » de la discrimination pour ceux qui en sont victimes  ?

France : peut-on retourner la race contre les racistes ?
Entretien avec Robert Castel, Sociologue. Robert Castel est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Il vient de publier La Discrimination négative. Citoyens ou indigènes? (La République des idées et Le Seuil, 2007).
et Gwénaële Calvès, Juriste. Gwénaële Calvès est professeure de droit public à l’université de Cergy-Pontoise. Elle est notamment l’auteur de La Discrimination positive (PUF-QSJ, nouvelle édition à paraître en avril 2008).
Propos recueillis par Yann Mens

Alternatives Internationales

mars 2008

Alternatives Internationales : La République française se veut aveugle à toute distinction fondée sur l’origine, la race ou la religion, selon les termes de la Constitution. Cette position de principe est-elle encore tenable aujourd’hui, notamment pour lutter contre les discriminations ?

Robert Castel : Je suis très attaché au modèle républicain. Et le refus de principe de l’Etat de prendre en compte ces différences part de bonnes intentions puisqu’il vise précisément à ne pas appliquer de traitement discriminatoire à telle ou telle catégorie de la population. Mais cette cécité volontaire devient dangereuse. Car, dans la société, les discriminations fonctionnent et elles sont aujourd’hui fondées sur des critères ethniques ou, pour parler plus clairement, raciaux.

Ces discriminations, qui ont pris une importance croissante – ou du moins dont on devient de plus en plus conscient – depuis une dizaine d’années, mettent en péril le pacte qui fonde la République. Lorsqu’au XIXe siècle, la République interdisait aux petits Bretons, par exemple, de parler leur langue à l’école, elle voulait leur offrir une véritable possibilité de promotion sociale, en échange de cette impossibilité d’exprimer leur identité culturelle en public. Le français était un sésame exigé d’eux. Dès lors qu’ils l’avaient appris, ils n’étaient pas l’objet de discriminations parce qu’ils étaient nés en Bretagne.

Aujourd’hui, pour les jeunes gens issus de l’immigration ou des DOM-TOM, la situation est tout à fait différente et même opposée. Non seulement ils ne sont pas reconnus a minima dans leur différence, mais ils se voient stigmatisés en raison de celle-ci. Ils voient s’opposer des barrières, par exemple à l’emploi, en raison de leur patronyme. Ils peuvent être l’objet de contrôles de police plusieurs fois par jour simplement à cause de la couleur de leur peau… Si de telles discriminations ne sont pas énergiquement combattues, ces jeunes risquent de s’approprier le stigmate dont ils sont frappés, de se replier sur une identité ethnique ou raciale mythifiée, et de se réfugier dans le communautarisme. Quelle que soit par ailleurs l’ampleur non négligeable de la politique menée par l’Etat en faveur des quartiers en difficulté.

Ce combat contre la discrimination exige de prendre en compte ce critère racial. Non pas pour instaurer une discrimination positive au sens d’établir des quotas de recrutement dans l’administration, l’université, les entreprises, etc. Mais par exemple pour établir des statistiques ethniques qui permettent de mesurer l’ampleur de la discrimination négative. Et donc de la combattre résolument.

Gwénaële Calvès : La lutte contre les discriminations, selon moi, n’implique aucunement de renoncer au principe de cécité à l’origine, la race ou la religion. La discrimination n’est pas une offense faite à « l’Autre », c’est une offense faite au « Même ». Elle prend pour cible des Français dont la République doit, plus que jamais, affirmer qu’à ses yeux ils sont des Français comme les autres, égaux en droits et également protégés contre la violence et l’arbitraire – notamment l’arbitraire policier que vous avez évoqué. Sur un plan plus pragmatique, je ne vois pas à quoi servirait la consécration officielle de ce que vous appelez le « critère racial ». Ce n’est pas sur la victime qu’il faut mettre le projecteur, c’est sur celui qui discrimine ! Exalter la diversité pour lutter contre les discriminations, c’est prendre le risque de cautionner les fantasmes racistes qui voudraient enfermer certains d’entre nous dans une culture ou identité « autre », « différente », « étrangère »…

R. C. : Je ne suis pas le moins du monde favorable à une exaltation de la diversité, car elle favorise le communautarisme. Mais il faut bien constater qu’une partie de la population, et notamment les jeunes issus de l’immigration, sont aujourd’hui traités de façon discriminatoire en raison de leur race présumée, ce qui est contradictoire avec le respect des droits auxquels nous sommes également attachés.

N’est-il pas dangereux d’utiliser un concept comme la race, fût-ce pour combattre le racisme ?

R. C. : Il faut employer un terme aussi chargé avec beaucoup de précautions, mais aussi voir la réalité en face : c’est souvent sur l’appartenance présumée d’un individu à une race que se fondent ceux qui se rendent coupables de discrimination négative. Il faut cependant préciser que le concept de race a largement perdu, dans la tête même de nombreux racistes, la connotation biologique qu’il avait au XIXe siècle. Aujourd’hui, c’est moins le caractère génétique ou l’apparence physique que la différence culturelle qui, souvent, fonde le racisme : des traits culturels sont supposés se transmettre de génération en génération et constituer une spécificité quasiment immuable d’un groupe humain.

C’est d’ailleurs parce que la « race » est aujourd’hui perçue comme culturelle, plutôt que comme biogénétique, que l’on emploie l’euphémisme d’« ethnie » pour en parler. Pour combattre la discrimination, je crois qu’il peut être utile d’employer le concept de race, en le faisant avec beaucoup de prudence.

G. C. : C’est ce que fait déjà le droit français ! L’expression en vigueur est celle d’appartenance « vraie ou supposée » à « une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminées ». La formule, par son ambiguïté, peut satisfaire ceux qui accordent une forme de réalité à ces constructions sociales. Et elle est assez ouverte pour saisir la variété des racismes, qu’ils soient biologisants, culturalistes, xénophobes… L’analyse des fondements du racisme, d’un point de vue juridique, est d’ailleurs sans intérêt. Ce qui compte, c’est de réprimer des comportements, pas de sonder les reins et les cœurs.

Ne faut-il pas établir des statistiques ethniques pour mesurer l’ampleur de la discrimination, et ainsi mieux la combattre, comme on peut le faire dans le cadre du respect de la parité ?

G. C. :La distinction entre les hommes et les femmes ne peut pas servir de modèle à l’établissement de statistiques ethniques. Elle repose sur un critère que personne ou presque ne conteste, car il renvoie à une réalité sociale très largement admise, et il n’a rien de stigmatisant. D’autre part, et c’est le plus important d’un point de vue juridique, ce critère ne pose pas de problème d’application : c’est un critère stable dans le temps, et compréhensible par tous – rares sont ceux qui hésitent à se classer dans une catégorie ou une autre.

La question des statistiques ethniques se pose de manière tout à fait différente. Ici, les critères de classement sont éminemment problématiques. Il faudrait, d’abord, les choisir, ce qui supposerait de privilégier soit la couleur de la peau, soit l’apparence physique, soit l’origine géographique, soit encore un mélange de tout ça… Il faudrait, ensuite, créer un consensus autour de ces critères. Si celui qui est perçu comme métis ou comme indien se classe dans la catégorie « Noir », ou inversement, la nomenclature n’a guère d’utilité.

De la même manière, si ceux qui estiment avoir des origines multiples (ils sont nombreux…) choisissent de cocher plusieurs cases, on se sera donné beaucoup de mal pour rien. Par ailleurs, il faut bien comprendre qu’il est assez vain d’ethniciser l’appareil statistique national. On obtiendrait des données trop globales pour être utiles à l’évaluation des phénomènes discriminatoires. Si on veut caractériser une situation de discrimination à l’échelle, par exemple, d’un secteur professionnel ou d’un bassin d’emploi (et a fortiori d’une entreprise), il faut disposer de données beaucoup plus fines. En effet, la discrimination n’existe que toutes choses égales par ailleurs. Les membres du groupe discriminé ont-ils, en moyenne, le même âge que les autres ? Ont-ils les mêmes qualifications ? Disposent-ils, aussi souvent que les autres, du permis de conduire ? Etc. Si on veut faire des statistiques ethniques, il faut en faire sérieusement. Cela suppose d’être littéralement obsédé par la race, en introduisant cette donnée dans tous les systèmes de gestion, d’enquête et de comptage. Je crois qu’il faut avoir conscience de la violence qui serait faite aux individus.

R. C. :Pourquoi parler d’obsession ? Cela consiste simplement pour un antiraciste à prendre au sérieux la question de la race, qui occupe une place inquiétante dans notre société. Nous avons en France de nombreuses données sociales. Pourquoi pas sur un sujet si central pour l’avenir de la cohésion nationale ? Bien sûr, les statisticiens doivent être extrêmement prudents dans la conception de telles catégories et leur maniement. Mais dans la mesure où ceux qui discriminent ne le font généralement pas de façon explicite, mais de manière inavouée (ce que l’on appelle la discrimination indirecte), il me semble que seules des statistiques portant sur les grands nombres, sur l’ensemble du personnel d’une usine ou d’un corps de métier, sur une région ou l’ensemble du territoire, peuvent permettre d’évaluer l’ampleur du phénomène, afin que les responsables politiques soient mis dans l’obligation d’agir.

G. C. : Les enquêtes dont nous disposons démontrent assez clairement que la discrimination existe…

R. C. : Mesurer l’ampleur globale des discriminations est une forme de reconnaissance pour les groupes qu’elles frappent. Si vous êtes discriminé, on redouble l’injustice en prétendant de surcroît que vous ne l’êtes pas.

G. C. : Je ne crois pas. Ce qu’il faut reconnaître, pour le sanctionner et le réparer, c’est le préjudice subi par les individus qui demandent justice. La lutte contre les discriminations doit être centrée sur les auteurs de discrimination, afin de les sanctionner. Il faut donc inciter les victimes à porter plainte, pour que la police mène une enquête et que la justice instruise le dossier comme pour n’importe quel type de délit. Il reste beaucoup de progrès à faire pour que le droit de la non-discrimination soit enfin perçu comme une arme offerte à chacun d’entre nous pour se défendre contre l’arbitraire.

Aux Etats-Unis, de puissantes associations, comme la NAACP (Association nationale pour l’avancement des gens de couleur), disposent de juristes et d’avocats chevronnés pour aider les victimes à se pourvoir devant les tribunaux et à monter leur dossier, ce qui n’est hélas pas le cas en France, où les associations équivalentes sont bien moins outillées. Le droit devrait aussi être utilisé comme un levier pour l’action collective. Le travail remarquable qu’une association comme le Gisti (Groupement d’information et de soutien des immigrés) a réalisé, depuis trente-cinq ans, pour faire progresser le droit des étrangers, n’a guère d’équivalent en matière de lutte contre les discriminations.

R. C. : On peut effectivement regretter que de telles modalités existent beaucoup moins en France. Cependant, la lutte contre les discriminations ne se réduit pas à réparer au coup par coup les torts faits aux victimes. Elle passe aussi par des mesures de politique générale qui doivent imposer le respect des règles de la citoyenneté (le traitement à égalité des citoyens) à toute la population, minorités ethniques comprises.

Robert Castel est sociologue, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, auteur de La discrimination négative. Citoyens ou indigènes ? (éd. La République des idées-Le Seuil, 2007).

Gwénaële Calvès est professeure de droit public à l’université de Cergy-Pontoise. Elle est notamment l’auteur de La discrimination positive (PUF-QSJ, 2008).

Propos recueillis par Yann Mens

Voir aussi:

Polémique Robert Ménard : que dit la loi sur les statistiques ethniques ?
Métro news

05-05-2015

SUJET SENSIBLE – Provoquant un nouveau tollé, le maire de Béziers, Robert Ménard, a annoncé lundi soir sur France 2 avoir recensé le nombre d’enfants de confession musulmane dans sa commune, en fonction de leurs prénoms. Une pratique illégale de fichage ethnique qui lui vaut d’être sous le coup d’une enquête préliminaire. Pour autant, les statistiques ethniques, souvent controversées, ne sont pas toujours interdites en France. Explications.

« Le maire a les noms classe par classe, des enfants. Je sais que je n’ai pas le droit mais on le fait. » Robert Ménard sait bien que la pratique n’a rien de légal. Mais cela n’a pas empêché le maire de Béziers, élu avec le soutien du Front national, de révéler, lundi soir sur France 2, qu’il a classé les enfants de sa commune en fonction de leurs prénoms. Le but ? Savoir qui est de confession musulmane et qui ne l’est pas. Résultat, selon ses calculs : 64,6% des élèves seraient issus de familles musulmanes dans les écoles de sa ville. Des chiffres qui permettent à l’élu d’affirmer dès le lendemain, lors d’une conférence de presse que, « oui, il y a trop d’immigration en France ».

Ces révélations placent le fondateur de Reporters sans frontières sous le feu des critiques. Et le procureur de la République de Béziers d’annoncer l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « fichage illégal ». Car en France, à la différence du Royaume-Uni ou du Brésil, les statistiques ethniques sont interdites. Elles sont contraires à la loi « Informatique et libertés », votée le 6 janvier 1978. D’après ce texte, « il est interdit de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses, ou l’appartenance syndicale des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci. » C’est la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) qui veille d’ailleurs au respect de ces dispositions.

Des conclusions « douteuses »

Toutefois, des exceptions existent. La Cnil autorise ainsi la détention de ces informations à partir du moment où la personne concernée a donné son accord écrit. Les associations à caractère religieux sont autorisées à tenir des fichiers regroupant leurs membres. À ce titre, le CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) publiait en 2007 un sondage – qui a fait beaucoup de bruit – sur les populations noires en France et les discriminations dont elles se disaient victimes.

Les statisticiens, eux aussi, échappent à la règle. Ils peuvent mener des études sur la diversité, tout en garantissant l’anonymat des personnes. L’Ined (Institut national des études démographiques) par exemple, ne s’en prive pas, au risque là aussi, de susciter la polémique. Michèle Tribalat, démographe, tente dès les années 1990 de catégoriser les ethnies, selon des données qu’elle qualifie « d’objectives » comme le lieu de naissance des parents ou encore la langue parlée. Mais pour beaucoup de ses confrères, les conclusions qu’elle en tire sont plus que « douteuses ».

En attendant, le procédé extrêmement raccourci de Robert Ménard selon lequel « les prénoms disent les confessions » ne bénéficie d’aucune dérogation au regard de la loi française. Au cas où la justice reconnaît l’existence d’un fichier ethnique à la mairie de Béziers, l’élu risque une peine de cinq ans d’emprisonnement et 300.000 euros d’amende.

Voir également:

Valls pour des statistiques ethniques
Le Figaro/AFP
12/12/2009

Le député PS Manuel Valls a annoncé aujourd’hui qu’il déposerait début 2010 une proposition de loi préconisant le recours aux statistiques ethniques, à l’issue d’un colloque sur la diversité organisé à Evry avec le Cran (Conseil représentatif des associations noires de France).

« Il faut relancer le débat sur les statistiques ethniques et je présenterai un projet de loi en ce sens à l’Assemblée nationale en début d’année prochaine », a indiqué le député-maire d’Evry. « Pour certains, les statistiques ethniques mettraient en cause les valeurs de la République, alors qu’au contraire, c’est l’absence de mesures concrètes qui est à craindre », a-t-il expliqué assurant qu’il y a « des députés prêts à suivre ».

L’annonce a été soutenue par le président du Cran, Patrick Lozès, invité du colloque, pour qui « on a besoin de savoir quelle est la réalité pour que les choses puissent changer ». C’est à la suite de propos controversés sur l’absence d’habitants « blancs » sur un marché d’Evry le 7 juin dernier que Manuel Valls avait rencontré les responsables du Cran et décidé d’organiser à Evry ce colloque intitulé « Faire des égaux – Pour un nouveau dialogue sur la diversité en France ».

Voir encore:

Polémique Ménard, guerre des Le Pen : le réquisitoire de Philippe Bilger
Philippe Bilger
Le Figaro

05/05/2015

La classe politique s’indigne contre Robert Ménard à cause du fichage ethnique des écoliers auquel il aurait procédé – il dément l’avoir fait – à Béziers dont le parquet a naturellement ouvert une enquête.

Mais cette classe politique, gauche et droite confondues, si prompte à s’émouvoir, peut-elle se dire si remarquable? Que va-t-elle devenir quand elle n’aura plus sous l’opprobre le FN tel qu’elle l’a toujours obscurément désiré, formellement républicain mais avec des relents racistes et antisémites et des nostalgies historiques nauséabondes comme dirait le Premier ministre qui place cet adjectif partout, croyant qu’il est une argumentation à lui seul?

Comme on le sent, son malaise, devant les péripéties mélodramatiques qui se déroulent au FN depuis plusieurs jours et dont elle ne sait si elle doit s’en réjouir ou les déplorer!

S’en réjouir, parce que la victoire de la fille sur le père pourrait affaiblir ce parti?

Les déplorer, parce que débarrassé des provocations lassantes du père, la fille pourrait enfin changer le nom du parti et conduire celui-ci sur une voie qui contraindrait ses adversaires à faire preuve d’intelligence politique et non plus seulement d’une réprobation morale souvent hypocrite?

Sur le plan psychologique, les ressorts sont aisément analysables avec une personnalité limpide pour le pire et le meilleur comme l’est celle du père. Une inaptitude à céder la place, à se contenter d’exister comme président d’honneur et à demeurer dans une ombre d’autant plus insupportable que la présidente du parti, dans la lumière, a choisi de mettre en œuvre, sous l’influence, pour lui, de Iago-Philippot, une dédiabolisation réussie sur les plans intellectuel et électoral.
Il n’y a que des imbéciles – et malheureusement Rama Yade a démontré qu’elle en était une en tournant en dérision les affrontements aussi bien familiaux que stratégiques entre Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen – pour ne pas percevoir l’importance de la «déchirure» qui, risquant de modifier le FN, va sans doute faire bouger les lignes autour de lui.

Sur le plan psychologique, les ressorts sont aisément analysables avec une personnalité limpide pour le pire et le meilleur comme l’est celle du père. Une inaptitude à céder la place, à se contenter d’exister comme président d’honneur et à demeurer dans une ombre d’autant plus insupportable que la présidente du parti, dans la lumière, a choisi de mettre en œuvre, sous l’influence, pour lui, de Iago-Philippot, une dédiabolisation réussie sur les plans intellectuel et électoral.

Aujourd’hui, à cause de la pauvreté de la réplique antagoniste – UMP et PS -, un grand nombre de Français, lassés par l’offre politique classique, se sentent l’envie d’essayer le FN sur la palette large qui est mise à leur disposition et qui pour l’essentiel les a déçus.

Sous l’égide sans partage de Marine Le Pen, malgré les foucades périphériques du père qui vont continuer et l’aura de la nièce, conservatrice revendiquée, le FN aura à arbitrer entre des alternatives qui, en tenant pour acquise l’injuste représentation parlementaire, imposeront des choix délicats
Ce n’est pas prétendre que demain le FN, même autrement baptisé, volera de succès en succès jusqu’à la victoire pour sa candidate en 2017. Je ne crois absolument pas à cette élection et j’irais même jusqu’à soutenir que pour le second tour, tout n’est pas perdu malgré l’inéluctabilité toute d’impuissance avec laquelle on annonce la présence de Marine Le Pen dans la joute finale.

Sous l’égide sans partage de Marine Le Pen, malgré les foucades périphériques du père qui vont continuer et l’aura de la nièce, conservatrice revendiquée, le FN aura à arbitrer entre des alternatives qui, en tenant pour acquise l’injuste représentation parlementaire, imposeront des choix délicats.

Il faudra considérer cependant, une fois pour toutes, que le père et la fille ont des personnalités différentes, que lui voulait provoquer et qu’elle souhaite conquérir. Que le FN sans lui ne sera pas le même que le FN sous l’emprise enfin totalement libre de sa fille. Que ce ne sera pas seulement la façade qui sera changée mais la substance et qu’avec elle on passera d’un populisme vulgaire à un projet politique, aussi discutable qu’il soit. Contre elle, la bouche en cœur et le cœur à la bouche ne suffiront plus.

On ne peut pas, par ailleurs, avoir à juste titre dénoncé les saillies historiquement partiales et extrémistes du père et continuer à tenir pour rien l’adhésion de la fille au corpus honorable de la vérité sur les monstruosités historiques. Si elle a attendu longtemps pour tirer les conséquences qui convenaient, il n’est pas absurde de concevoir que longtemps dans sa tête et sa sensibilité, la fille a plus pesé que la responsable du FN, l’affection que le réalisme.

Il me semble toutefois que deux écueils de taille vont devoir être surmontés et des choix clairs opérés.

Le fourre -tout idéologique qui mêle, dans un vaste vivier, une vision et un programme de fermeté et d’autorité en matière de sécurité et de justice – c’est sa droite – à une conception économique, financière et européenne atypique, par certains côtés plus «mélenchonienne» que le modèle -c’est sa gauche, voire son extrême gauche – contraindra un jour ou l’autre le FN à déchirer le voile et à sortir de l’ambiguïté. Ce qui est bon pour une conquête, pour une candidate ne le sera évidemment pas si les portes du pouvoir semblent accessibles. Il y aura à arbitrer et à choisir l’ordre prioritaire dans ce désordre et la tonalité dominante dans cet entrelacs qui aujourd’hui attrape tout mais demain fera peur par son incohérence.

De la même manière, même s’il progresse de plus en plus par ce mélange qui fait de lui un parti à la fois inscrit dans l’espace officiel – malgré ses deux députés seulement et à cause de sa forte présence médiatique – et un mouvement encore imprégné d’une forme de dissidence, il se devra de forcer sur les rêves d’officiel ou de se camper sur les aspirations à l’atypique.

Pour l’instant, il gagne sur les deux tableaux. Officiel, il mériterait davantage. Populiste, il attire les réfractaires, les laissés pour compte, les désespoirs civiques. Le bord de la route est empli d’adhérents du FN et les cités exsangues et mortes aussi. Et les victimes des crimes et des délits ne sont pas consolées par François Hollande et Christiane Taubira.

Il est manifeste qu’une fois les soubresauts, polémiques, aigreurs et désaveux dépassés, le FN se renforcera grâce à Marine Le Pen et si en face on n’a pas compris que l’adversaire ayant changé, il convenait aussi de substituer à l’éthique indignée et vaine un affrontement politique et de permettre au pays de respirer autrement que par le seul recours, pour l’avenir, à l’espoir que le FN représenterait. Toutes les autres espérances ayant été saccagées par le réel, la violation des engagements et l’amateurisme. Je rejoins Jérôme Fourquet qui, sur ce plan, a eu l’analyse la plus fine et la plus objective.

J’ai commencé par Robert Ménard et je vais finir par les Femen. Aurait-il été honteux pour le Premier ministre, adversaire du FN, de déclarer le 1er mai, qu’un parti avait le droit de manifester, que des folles n’avaient pas à créer du désordre et qu’on n’avait pas à les chasser de cette manière ?
La plus objective?

Pourquoi l’hostilité politique se traduirait-elle par de l’indifférence démocratique? Pourquoi, pour la cause commune, n’aurait-on pas le droit de se féliciter, pour une certaine conception de la République, de l’éviction du père et de l’autorité de la fille? Faut-il absolument tout haïr tout le temps au point de ne plus rien voir?

J’ai commencé par Robert Ménard et je vais finir par les Femen. Aurait-il été honteux pour le Premier ministre, adversaire du FN, de déclarer le 1er mai, qu’un parti avait le droit de manifester, que des folles n’avaient pas à créer du désordre et qu’on n’avait pas à les chasser de cette manière?

Serait-ce trop demander des politiques que de savoir, parfois, pour être respectés, penser contre eux-mêmes pour la cause républicaine? On ne s’en porterait que mieux.

Voir de même:

Robert Ménard, un habitué des mesures polémiques
Le Monde

05.05.2015

Il est un feuilleton à lui tout seul. Depuis son arrivée à la tête de la mairie de Béziers, en mars 2014, Robert Ménard n’a cessé de provoquer son opposition en prenant des mesures polémiques.

Dernière en date : des statistiques ethniques déterminant le taux d’écoliers de confession musulmane dans la sous-préfecture de l’Hérault, statistiques dont il a révélé l’existence sur le plateau de « Mots croisés », sur France 2, lundi 4 mai. Des chiffres dont il a assuré qu’ils n’étaient pas issus d’une forme de fichage ethnique, interdit par la loi, mais de la consultation des registres d’élèves fournis par l’éducation nationale, l’identification de la confession reposant sur « les prénoms » des enfants, avait-il précisé sur France 2.

Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Béziers pour établir s’il y a eu violation de la loi. Des perquisitions ont suivi dans l’après-midi à la mairie héraultaise.

C’est la première fois que la justice se penche sur la gestion de l’élu, proche du Front national. Avant, ses mesures étaient restées dans le cadre de ses attributs de maire, tout en faisant grand bruit.

Couvre-feu pour les mineurs
Premier coup d’éclat du maire : l’instauration d’un couvre-feu pour les mineurs, « du 15 juin au 15 septembre, durant les week-ends et les périodes de vacances scolaires », dans certains quartiers de Béziers pour les moins de 13 ans non accompagnés. Après avoir envisagé des amendes contre les mineurs, la mairie avait été obligée de choisir de poursuivre les parents en cas de manquements.

Ni crachats, ni linge aux fenêtres, ni paraboles, ni crottes de chien
En tout début de mandat, il avait multiplié les arrêtés prévoyant des sanctions contre les incivilités sur la voie publique : interdiction de l’accrochage de linge aux fenêtres, balcons et façades dans le centre sauvegardé de la ville au nom de son « attractivité économique et touristique ». Il avait également prévu de sanctionner par des amendes les crachats, au motif que « c’est dégoûtant », les crottes de chien, car elles donnent « une image déplorable de [la] ville », ou encore l’installation de paraboles.

« Les gens, quand vous leur dites, ils comprennent, mais tant qu’il n’y a pas de menace de sanction, ils ne le font pas », avait justifié le maire, qui ajouta : « Quand vous leur expliquez, les gens vous écoutent : c’est juste du laisser-aller auquel il faut mettre un point final. »

Des blouses à l’école

La mesure avait fait un flop, après avoir fait grand bruit : Robert Ménard avait proposé d’offrir une blouse à tous les écoliers de la ville. Mais cela devait se faire sur la base du volontariat des élèves et de leurs parents. Finalement, selon Midi libre, à l’automne, 1 250 blouses avaient été livrées, mais les élèves d’une seule école privée en portaient.

Une crèche à la mairie
A Noël, l’installation d’une crèche à la mairie provoqua la colère de la Ligue des droits de l’homme, qui a saisi la justice pour que cette « atteinte à la laïcité » soit réparée. Le tribunal administratif de Montpellier avait refusé de statuer dans l’urgence, repoussant sa décision à l’année suivante.

Un historien polémique pour écrire la ville
Selon les informations du Monde, le maire de Béziers envisageait de confier à l’écrivain Renaud Camus, condamné pour « provocation à la haine religieuse et à la violence » et inventeur de la théorie du « grand remplacement », la rédaction d’un livre sur la ville.

Le revolver, « un nouvel ami » de la police
Enfin, en février, c’est la campagne vantant le nouvel armement de la police municipale qui provoqua l’agacement des opposants à la mairie. Flanquée d’un revolver, l’affiche placardée dans les rues affirmait que « désormais la police municipale a un nouvel ami ». Une campagne de « shérif de pacotille », selon Sébastien Denaja, député socialiste de l’Hérault.

La mairie avait alors signé une convention avec l’Etat lui permettant d’armer ses policiers municipaux de pistolets 7.65 automatiques, en plus de « gilets pare-balles, bâtons de défense, bombes lacrymogènes et casques », selon Midi libre.

Voir de même:

Pourquoi Robert Ménard n’a pas le droit de ficher les écoliers musulmans de Béziers
Delphine Roucaute et Samuel Laurent

Le Monde

05.05.2015

Robert Ménard, maire d’extrême droite de Béziers, proche du Front national, aime les polémiques et n’a pas peur d’afficher ses actions. Lorsqu’il arme la police municipale, il le fait savoir par des affiches montrant un revolver avec le slogan : « Désormais, la police municipale a un nouvel ami ».

Et lorsqu’il est invité de France 2 et qu’on lui demande comment il peut évaluer la proportion de musulmans parmi les écoliers de sa ville, l’édile de Béziers ne cache pas sa méthode : « Ce sont les chiffres de ma mairie. Pardon de vous dire que le maire a les noms, classe par classe, des enfants. Je sais que je n’ai pas le droit mais on le fait. » Il précise même : « Les prénoms disent les confessions. Dire l’inverse, c’est nier une évidence. »

Si l’on en croit le maire, les services municipaux de Béziers recensent donc les prénoms en fonction de leur consonance et de leur origine supposée. Ils établissent ainsi un ratio par « confession » présumée (en clair, le petit Ahmed est présumé musulman et la petite Léa, non). Une enquête préliminaire a été ouverte.

Pourquoi n’est-il pas légal de faire des statistiques ethniques ?
Robert Ménard l’a lui-même reconnu : il n’a pas droit de faire ce genre de statistiques. En effet, selon la loi du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, dite « loi informatique et libertés », le traitement de données « relatives aux origines des personnes » est interdit. L’article 8 spécifie bien que :

« Il est interdit de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou l’appartenance syndicale des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci. »
La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) précise que « [ces] critères ne peuvent pas être utilisés pour opérer des tris et s’adresser à des populations ciblées ». Le non-respect de cette interdiction peut entraîner, en application du code pénal, une peine de cinq ans de prison et jusqu’à 300 000 euros d’amende. La CNIL peut également sanctionner les responsables de ce genre de fichiers délictueux par des amendes.

La loi prévoit toutefois une dizaine de cas dans lesquels cette collecte serait autorisée, notamment en cas de consentement de la ou les personnes visées, de traitements nécessaires à la sauvegarde de la vie humaine, de données déjà publiées par la personne concernée ou de recherches nécessaires dans des cadres juridique ou médical.

La démarche de M. Ménard ne semble, à l’évidence, correspondre à aucune de ces dérogations. Pire, elle repose sur le détournement de données récoltées par la mairie dans le cadre de la scolarisation des enfants. Des données qui ont tout sauf une visée de statistiques ethniques.

Pourquoi la méthode employée est-elle discutable ?
Les services municipaux de Béziers n’ont donc pas le droit de procéder à un tel fichage, pour des raisons de protection des enfants et de respect de la vie privée de leurs familles. Mais outre le fait qu’il est illégal, il présente de grands risques d’erreur.

Un enfant prénommé Ahmed sera ainsi présumé « musulman », même si ses parents ne sont pas croyants ou pratiquants. De même, si une petite Fatima d’origine portugaise dont les parents sont catholiques fréquente les cantines biterroise, elle sera logiquement classée parmi les « musulmans » sur le fichier.

On peut évidemment aussi s’interroger sur l’emploi que comptent faire M. Ménard et ses services de telles statistiques.

Quels sont les antécédents de Robert Ménard ?
Une telle initiative n’est pas anodine de la part de Robert Ménard. Elle se rajoute à la longue liste des polémiques qui marquent son mandat à la mairie de Béziers, depuis son élection en 2014.

Lire aussi : Les méthodes d’extrême droite de l’ancien président de Reporters sans frontières

D’abord, c’est l’interdiction d’étendre du linge aux fenêtres donnant sur les rues du centre-ville en journée, puis l’établissement d’un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans dans certains quartiers, la suppression de l’accueil matinal des enfants de chômeurs, l’inauguration d’une crèche dans sa mairie, la publicité sur l’armement de ses policiers, la commande d’un livre sur Béziers à l’écrivain Renaud Camus, chantre de la théorie du « grand remplacement » et héraut des identitaires ou le changement d’un nom de rue pour effacer le souvenir de la guerre d’Algérie.

Mardi 5 mai, le parquet de Béziers a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « fichage illégal ». La mairie de Béziers a démenti tout fichage, renvoyant à l’Education nationale et contredisant de fait le maire lui-même.

Voir de même:

Michèle Tribalat, démographe et Cassandre
Intégration et islam : peut-on tout dire?
Propos recueillis par Gil Mihaely
Causeur
17 mars 2015

Causeur. En 1995, vous publiez Faire France, qui offre une vision franchement optimiste de l’intégration des immigrés et de leurs enfants. Puis, à la fin des années 1990, vous semblez changer d’avis ou au moins d’état d’esprit. En 1999, sur la base d’une enquête menée l’année précédente à Dreux, vous publiezVoyage au cœur du malaise français. Que vous est-il, ou que nous est-il arrivé ?

Michèle Tribalat. Je travaille sur l’immigration depuis quarante ans. Les questions de mesure et de méthode m’ont toujours plus intéressée que la nature des résultats. Mon évolution est directement liée aux études successives que j’ai menées.

En 1992, les résultats de l’enquête statistique « Mobilité géographique et insertion sociale (MGIS) » (qui était la base statistique de Faire France) incitaient à un certain optimisme.

Cette enquête reposait sur trois échantillons tirés du recensement de 1990 : un premier composé d’immigrés appartenant aux grands courants migratoires, un échantillon dit témoin de la population de France métropolitaine et un troisième échantillon portant sur des enfants nés en France de parent(s) immigré(s).

On y observait une sécularisation importante des jeunes d’origine algérienne, des unions mixtes en nombre non négligeable pour les débuts de vie en couple de ces jeunes, une certaine mobilité sociale, ainsi qu’un recul des pratiques matrimoniales traditionnelles. La sécularisation des jeunes d’origine algérienne paraissait prometteuse.

Je n’ai pas, alors, anticipé le mouvement de désécularisation que je décris dans mon dernier livre (Assimilation. La fin du modèle français, Éditions du Toucan, 2013), qui a coïncidé avec la réislamisation des jeunes. Combiné à une forte endogamie religieuse, il ne favorise pas la mixité ethnique des mariages.

Pourquoi n’avez-vous rien vu venir ? Est-ce parce que vous manquiez de données ?

L’enquête MGIS était rétrospective et recueillait l’histoire des individus sur le temps long, autrement dit, le passé. Elle ne pouvait donc, en aucun cas, répondre aux interrogations sur l’évolution récente et les phénomènes émergents. Il aurait fallu mener des enquêtes de ce type régulièrement.

Je ne l’ai pas obtenu pour le recensement de 1999 et il a fallu attendre 2008 pour qu’une nouvelle enquête statistique soit entreprise. Pendant ce temps, les médias continuaient à commenter les résultats de 1992, laissant croire que ces résultats seraient éternellement pertinents. Et ils en faisaient souvent un usage inapproprié.

Exemple, j’avais mis en garde contre l’extrapolation du taux de mixité lors des débuts de vie en couple des jeunes d’origine algérienne pour évaluer le taux de mariages mixtes : une copine c’est une chose, une épouse une autre. Je n’ai guère été entendue. Par ailleurs, ces résultats nationaux étaient trop souvent opposés aux perceptions communes, qui se forgent souvent dans l’environnement local.

L’observation nationale fait la moyenne de situations locales extrêmement contrastées et ne constitue donc pas un outil suffisant à la description du réel. Différents niveaux de réalité peuvent coexister de manière contradictoire. Il est possible que des situations locales évoluent mal sans que les données nationales n’en rendent compte, au moins pendant un certain temps.

Donc, c’est l’enquête sur Dreux qui vous a « ouvert les yeux » ? Avez-vous forgé de nouveaux outils d’observation ou, à tout le moins, revu vos méthodes de travail ?

Non, en un sens, c’est parce que j’avais compris l’importance de l’observation locale pour détecter à temps d’éventuelles dérives que je me suis retrouvée à Dreux.

Mon idée était que, pour y parvenir, il fallait se porter sur des lieux où la concentration ethnique est très élevée et construire des outils d’observation rigoureux dans quelques communes soigneusement sélectionnées.

J’avais donc élaboré, en 1996, un projet d’observatoire de la vie locale que je comptais proposer à des élus locaux. J’ai eu un premier contact positif avec André Gerin pour étudier la faisabilité d’un tel projet à Vénissieux.

Puis, en 1997, l’institut de sondage IPSOS m’a proposé de prendre en charge une étude commandée par le député-maire de Dreux, Gérard Hamel, dont l’aboutissement pouvait être la mise en place d’un tel observatoire. L’observation était locale mais l’enjeu national : ce qui se passait à Dreux était peut-être annonciateur de difficultés à grande échelle.

Suite à ce travail, un rapport a été remis au maire en 1998 et a abouti à la publication du Voyage au cœur du malaise français. En revanche le projet d’observatoire local a capoté. Comme l’indique la postface de Gérard Hamel, celui-ci n’était pas très content des conclusions de l’enquête et n’avait aucune envie de prolonger l’observation.

Il ne voulait pas voir ce qu’il voyait, en somme. Comment en êtes-vous venue à intégrer la dimension culturelle, ethno-religieuse, dans vos travaux de démographe ?

Ma formation démographique m’a conduit très tôt à me poser des questions de méthode et, avec le temps, j’ai essayé de faire en sorte que l’appareil statistique français soit adapté.

Avec Bernard Aubry, j’ai également utilisé les recensements et les enquêtes annuelles de recensement qui les ont remplacés, pour construire des indicateurs de concentration ethnique et de voisinage, qui ont révélé de grandes disparités géographiques.

Aujourd’hui, la catégorie des immigrés est entrée dans les mœurs statistiques françaises et l’Insee a introduit le pays de naissance et la nationalité de naissance des parents dans la plupart de ses grandes enquêtes. Le dernier pas à franchir est l’introduction de ces données dans les enquêtes annuelles de recensement.

N’étant ni anthropologue ni sociologue, je traite des origines ethniques ou de l’affiliation religieuse sous l’aspect démographique, par exemple pour observer comment certaines pratiques évoluent avec l’âge.

C’est ainsi que j’ai pu montrer que l’importance accordée à la religion était plus grande chez les jeunes adultes musulmans que chez les plus vieux, alors qu’on observait le phénomène inverse chez les catholiques.

Classer n’implique aucune fixité de comportement dans le temps. Classer, c’est ce que fait la statistique tout le temps. Je ne vois pas pourquoi les variables culturelles et religieuses seraient écartées d’emblée avant d’avoir été étudiées.

L’introduction de la religion dans l’enquête « Trajectoires et origines » de 2008, ce qui n’avait pas été possible en 1992, nous a appris beaucoup de choses. Il a ainsi été possible d’estimer le nombre de musulmans, et pour un démographe, les nombres comptent, d’estimer leur potentiel démographique et d’analyser l’évolution de leur rapport à la religion selon l’âge, notamment à travers une transmission croissante de l’islam.

Votre travail sur Dreux marque un double virage dans votre œuvre : vous découvrez que l’intégration des enfants d’immigrés marque sérieusement le pas et subissez vos premiers procès en sorcellerie…

Il faut dire que j’avais connu un certain état de grâce médiatique. À la parution de l’étude « Mobilité géographique et insertion sociale », l’accueil de la presse avait été dithyrambique.

Dans Le Monde du 24 mars 1995, Philippe Bernard écrivait :

« C’est une révolution salutaire dans l’approche de la question des immigrés en France qu’inaugure l’enquête de l’Institut national d’études démographiques (INED) sur l’insertion des populations d’origine étrangère… Cette démarche inédite a permis d’embrasser, bien au-delà des seuls étrangers, la population des jeunes Français de première et parfois de deuxième génération suivant l’immigration. Plutôt que de continuer à manier un vocabulaire hypocrite propice aux manipulations, l’étude saisit la question ethnique à bras-le-corps, transgressant un tabou sans pour autant encourir la moindre suspicion de xénophobie ou de ségrégation. »

Et, en prime, Philippe Bernard reprenait l’expression Français de souche sans guillemets !

À la fin des années 1990, le ton de la presse a changé. Moi, j’ai le sentiment d’avoir évolué avec les résultats de mes recherches. Certains ont préféré voir dans cette évolution personnelle somme toute normale au cours d’une existence un revirement idéologique.

Par exemple, dans un article publié dans Le Monde du 17 juin 2003, Xavier Ternisien préconisait de me psychanalyser pour trouver la raison cachée de ces changements. D’autres y ont vu la persistance d’un racisme jusque-là passé inaperçu.

Pourtant, en 1998, l’année de la remise du rapport sur Dreux, sortait un livre que j’avais coécrit avec Pierre-André Taguieff – Face au Front national. Arguments pour une contre-offensive – dans lequel je démontais les supercheries statistiques du rapport Milloz de 1997 – « L’immigration sans haine ni mépris. Les chiffres qu’on vous cache ».

Ma réponse à cet auteur proche du FN me vaudra même, en 1999, le prix Lyssenko, décerné par le Club de l’Horloge, c’est dire si j’étais d’extrême droite ! Mais les procès en sorcellerie que vous évoquez n’avaient rien de spontané. Un collègue de l’INED avait allumé la mèche.

Au-delà de conflits de bureau, que vous reprochait-on ?

En 1998, Hervé Le Bras sortait l’artillerie lourde dans un livre intitulé Le Démon des origines. Il y réglait ses comptes avec l’INED en général et avec moi en particulier, après une histoire interne qui n’avait pas tourné à son avantage.

Dans ce livre, il revenait sur un ouvrage collectif, publié sous ma direction, en 1991, dans lequel il croyait déjà déceler les racines du mal qui me rongeait.

« Les plus dangereux éléments de l’extrême droite ne sont donc pas ses noyaux durs, mais les pseudopodes qu’elle émet dans des directions éloignées et variées qui permettent aux venins idéologiques du Front national de se répandre dans une large partie de la société », écrivait-il en désignant l’INED comme l’un de ces pseudopodes.

Le Bras distinguait les opportunistes des autres, qui « se trouvent sous l’emprise d’une sorte de fanatisme démographique, telle M. Tribalat, la prophète de l’assimilation et de la population “de souche”. Ce dernier groupe est de loin le plus dangereux car il agit masqué, peut-être à l’insu de ses membres qui sont persuadés, soit de leur mission, soit que la poursuite de leur intérêt personnel par tous les moyens n’a pas de conséquence politique ».

En gros, j’étais un relais de la pensée frontiste, probablement à mon insu mais aussi par… ambition personnelle !

Plusieurs mois durant, le livre de Le Bras a été le prétexte de salves savamment orchestrées dans la presse, dont les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire n’étaient évidemment pas absentes.

On a même vu circuler à l’INED un document anonyme qui fournissait de prétendues informations sur moi et sur des personnalités liées au Front national – j’y étais traitée de nataliste conservateur et l’on mettait en cause, pour insuffisance professionnelle, ma nomination comme directeur de recherche.

De cette époque date l’étiquette de démographe « douteuse » ou « contestée » que la presse aime m’accoler encore aujourd’hui. Ajoutez à cela que Marine Le Pen a déclaré en 2010 avoir aimé mon livre Les Yeux grands fermés, et vous comprendrez que mon compte était bon !

Si Marine Le Pen vous fait les yeux de Chimène, c’est qu’elle cherche une caution scientifique à sa critique de l’immigration. Que pensez-vous du diagnostic frontiste sur la question ?

Si le FN a, depuis longtemps, fait de l’immigration étrangère son cheval de bataille, jusqu’au début des années 2000, son discours constant sur la question n’avait pas grand-chose à voir avec l’évolution réelle des flux migratoires.

En effet, après le cycle migratoire des Trente Glorieuses, la France a connu vingt-cinq ans de « plat » migratoire, avec une proportion d’immigrés n’évoluant pas et une population immigrée qui augmentait au rythme de la population native.

Le FN contestait alors farouchement les « chiffres officiels ». Ensuite nous sommes passés à un nouveau cycle. Le cycle migratoire des années 2000, équivalent en intensité de celui des Trente Glorieuses, a offert des opportunités nouvelles au FN.

Loin de les contester, Marine Le Pen utilise d’ailleurs volontiers les chiffres donnés par le ministère de l’Intérieur sur l’immigration étrangère. Mais je crois que le diagnostic du FN sur l’impuissance politique est juste.

La France n’a pas vraiment la maîtrise de la politique migratoire, qui est une compétence partagée avec l’UE et la Commission européenne est favorable à une politique migratoire très généreuse compte tenu de ses anticipations démographiques.

Partager certains de ses constats ne signifie pas donner quitus au Front national. Approuvez-vous le programme de Marine Le Pen en matière d’immigration et de contrôle des frontières ?

Marine Le Pen propose de diviser par 20 le nombre d’entrées légales en cinq ans pour ne laisser entrer que 10 000 étrangers par an, tout en réduisant à zéro toute immigration clandestine. Quel genre d’État faut-il pour y arriver vraiment ? Telle est la question.

En fait, elle déclare vouloir en finir avec tous les droits accordés a priori aux immigrants, même sous certaines conditions. Elle compte interdire le regroupement familial, dont il faut souligner qu’il n’est pas la part la plus importante des flux familiaux, contrairement aux conjoints de Français.

Comment limiter les flux de ces derniers ? Il ne suffit pas de sortir de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme. Restent de sérieux obstacles : la Cour de justice de l’UE, qui garantit le respect des traités et dont les décisions font jurisprudence pour les juridictions nationales, mais aussi la jurisprudence du Conseil d’État.

Bref, si l’objectif visant à limiter le nombre d’entrées d’étrangers est légitime, cela implique de prendre toute une série de décisions qui ne seront pas sans effet sur les droits des citoyens.

Que faut-il en conclure ? La politique migratoire restrictive que nombre de Français demandent explicitement est-elle irréalisable ?

En l’état du droit français et plus largement européen, oui.

Voir par ailleurs:

6 Words: ‘My Name Is Jamaal … I’m White’
NPR
May 06, 2015

Jamaal Allan is a teacher in Des Moines, Iowa. His name has taken him on a lifelong odyssey of racial encounters.
Courtesy of Jamaal Allan
NPR continues a series of conversations from The Race Card Project, in which thousands of people have submitted their thoughts on race and cultural identity in six words.

People make a lot of assumptions based on a name alone.

Jamaal Allan, a high school teacher in Des Moines, Iowa, should know. To the surprise of many who have only seen his name, Allan is white. And that’s taken him on a lifelong odyssey of racial encounters.

Those experiences prompted him to share his six words with The Race Card Project: « My name is Jamaal … I’m white. »

Allan grew up in southern Oregon, in a house on 18 acres with a commune on one side and a llama ranch on the other.

The origins of his name weren’t that remarkable, Allan tells NPR Special Correspondent Michele Norris.

« My parents decided they wanted less traditional names for their children. … My dad was a Los Angeles Lakers fan and they had had a player named Jamaal Wilkes, and that name kind of came up, » he says.

His mother — who was pregnant with Allan’s sister at the time — fell in love with the sound of the name. Their parents named his sister Madera, and they named their son Jamaal — « just to spice things up a bit, I guess, » he says.

As Allan wrote for a blog called The Poetry Question:

« Growing up I never thought twice about my name (of course I was next door to a commune, hanging out with Orly, Oshia, Lark Song, River Rocks, Sky Blue, and more than one Rainbow).

« In a high school soccer game I was called ‘a white man with a [horrific racial expletive deleted] name.’

« In January of 2002 I flew to London. I was randomly selected for additional passenger screening. It was me, Muhammad, Abdul, Tariq, and an old white haired lady named Jenny Smith. Seriously. I’m not sure what was faster, Jenny Smith’s pat down or the dropping of the TSA agent’s face when I responded to the name Jamaal. »
Jamaal means « beauty » in Arabic.

« Learning the meaning behind it and, well, the beauty that comes in the sound of the name, I like that quite a bit, » Allan says.

It’s also a name that give him an unusual perspective on questions of identity, race and cultural stereotypes.

When he goes out in Des Moines for drinks with friends who are black, the waitress or bartender often hands his debit card to someone else — someone black.

« They’re making an assumption based on the name on the card and not paying attention to who handed it to them, » Allan says. « They say, ‘Jamaal, oh that must be the black guy sitting here.’ « 

‘We Could Use Some Diversity Here’

These kinds of assumptions also spill over into his professional life as a teacher.

« People usually don’t bring it up on a first day, but after I’ve developed a rapport with the students and they feel comfortable having open conversations, they’ll say, ‘You know, when class started I thought you were going to be black,’  » Allan says.

And he uses that as a jumping-off point for more questions: Why you would assume that and what did that mean? And were you disappointed? What were your thoughts when you actually saw me?

Many people have written to The Race Card Project about how people make assumptions about their identity, based on their name.

Race-neutral name, foot in the door — Meredith, Texas

Your name doesn’t match your face — Kimberly Jackson, New York, N.Y.

My name sounds black, I’m not — Lynea Ramse, Nashville, Tenn.

You judge me by my name? — Chaka Babarovich, Anacortes, Wash.
The question of someone’s name, particularly if it has ethnic overtones, can have real consequence. One study found that after responding to 1,300 classified ads, applicants with black-sounding names were 50 percent less likely to get a callback than white-sounding names with comparable resumes.

But the opposite was at work in Allan’s case. The principal who hired him told him he was lucky to get the job because they hadn’t been planning to take another student teacher. Then Allan’s application showed up.

« They scanned through it … and they saw someone named Jamaal who played basketball, listed Muhammad Ali among his heroes and inspirations, and thought, ‘We could use some diversity here, so let’s bring this guy on, I think he’d be good for some of our younger minority male students,' » he says. « And, well, then I showed up. »

If someone argued that the only reason Jamaal Allan got the job was affirmative action — well, the joke would be on them.

The school got diversity with Allan, but not necessarily the kind they thought. Not many people can say they grew up between a commune and a llama ranch.

« They said we need more diversity, we need someone who resonates well and connects with some of the young male students here, » Allan says. « It may not have been because of how I look, but through actions, that was exactly what they got. »

On Allan’s first day of work, he showed up at school and introduced himself to one of the secretaries.

« And she said, ‘Oh, you’re Jamaal, I expected you were going to be’ — and there was a very long, very pregnant pause, » Allan recalls. « And the word she came up with was ‘taller.’ « 

« I just sort of chuckled and said, ‘Yeah, I get reactions like that a lot.’ « 

Voir aussi:

Ethnic minorities ‘will make up one third of the population by 2050′ as Britain’s melting pot continues to grow

One in four children under ten is already from a minority group
Over next few decades the proportion will soar, Policy Exchange says
Currently 14 per cent of the UK population are from ethnic minorities
James Chapman

The Daily Mail

5 May 2014

Britain’s black and ethnic minority communities could account for almost a third of the population by 2050, according to a report published today.

The number of people from minority groups could as much as double by then, it says.

One in four children under the age of ten in the UK is already from a minority group and over the next few decades the proportion will soar, according to think-tank Policy Exchange.

Currently, eight million people, or 14 per cent of the UK population, are from ethnic minorities. But they now account for 80 per cent of population growth, while the white population remains constant.

Experts predict that as a result, by the middle of the century between 20 per cent and 30 per cent of the population – up to 16million people – will be from a minority community, the report says.

Ethnic minority communities predominantly live in three main cities, with 50 per cent living in London, Manchester and Birmingham alone. They are seven times more likely to live in an urban area than someone who is white.

But over time, ethnic minorities will move out of deprived inner city areas and into suburbs and surrounding towns, echoing the way that white groups migrated in the past with the growth of the middle classes, the report predicts.

Ethnicities are increasingly mixing: one in eight multi-person households contains people from more than one ethnic group.

The report draws on survey, census, academic and polling data to build up a comprehensive picture of the five largest black and minority ethnic (BME) groups in the UK – Indian, Pakistani, Bangladeshi, Black African and Black Caribbean.

Indians are he largest minority group in the UK, with 1,412,958 people accounting for 2.5 per cent of the population. Britain is home to the second largest Indian population in the western world outside India, after only the US.

There are 989,628 Black Africans in the UK. They are the fastest growing of the main ethnic groups, and also the most diverse, coming from countries both inside and outside the Commonwealth.

There are 1,124,511 Pakistanis in the UK, 447,201 Bangladeshis and 594,825 Black Caribbeans.

Minorities account for only 5 per cent of the total over-60 population, but 25 per cent of those under ten. Almost 30 per cent of pupils in state primary schools and around 25 per cent of pupils at secondary schools are classified as being from a minority ethnic group.

‘With such a youthful age structure, it is likely the UK’s BME population will represent a larger proportion of the UK’s population over time,’ the report says. All groups except Indians have unemployment rates that are more than double the rate of the white population.

People from ethnic minority backgrounds also have a far stronger association with being British than the white population, the report says.

It argues that politicians should stop treating ethnic minorities as one homogeneous group and start appealing to the varied political views and concerns of non-white Britons.

Rishi Sunak, co-author of the report, said: The UK is now home to a melting pot of different cultures and traditions. These communities will continue to become an ever more significant part of Britain, especially in future elections.

‘However, ethnic minorities are not one homogeneous political group. From education to employment, housing to trust in the police, politicians from all parties must understand the different issues affecting individual communities.’

Voir aussi:

Que sont les statistiques ethniques ?
Musée de l’histoire de l’immigration

Un repérage ethnique des citoyens
Historiquement, le terme d’« ethnie » fait partie du vocabulaire de l’administration coloniale et des pays de ségrégation (l’Inde, par exemple) pour identifier et recenser les populations. L’Afrique du Sud de l’apartheid et les États-Unis de la ségrégation raciale l’ont également adopté. En France, les principes républicains se sont opposés au repérage ethnique ou racial des citoyens, à l’exception des lois de Vichy de 1940 sur le statut des Juifs.

Aujourd’hui, la réalité des « quartiers sensibles » et les phénomènes de discrimination raciste ont conduit à engager un débat public pour ou contre la constitution de statistiques ethniques.

Les arguments pour…
Les arguments favorables aux statistiques ethniques sont principalement :

L’exemple des pays anglo-saxons ;
La lutte contre les inégalités visant des catégories discriminées comme les Blacks ou les Beurs ;
La nécessité de prendre des mesures de « discrimination positive » pour réparer des inégalités persistantes.
… et les arguments contre
Les arguments contre la constitution de statistiques ethniques reposent sur :

Le lien historique entre ségrégation raciale et statistique ethnique ;
L’abandon du système par certains pays (les Pays-Bas, par exemple, ont mis fin à leur « politique d’émancipation des minorités ethniques ») ;
Le caractère arbitraire et réducteur de la définition « ethnique » ou « raciale » de catégories à part de population ;
Le « labelling » ethnique vise uniquement les situations de domination sociale, culturelle et politique ;
La catégorie ethnique renforce les phénomènes de discrimination et de victimisation par l’assignation identitaire à une origine ou une appartenance réelle ou supposée ;
L’ethnicisation se fait au détriment du bien commun, de l’intérêt général, de la communauté des citoyens et elle nie le métissage croissant des sociétés modernes.
Vers un « oui, mais » ?
Deux rapports récents (2007), du Haut Conseil à l’intégration (HCI) et de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), soulignent les dangers des statistiques ethniques mais posent les conditions de la mesure de la diversité en prenant en compte la question des discriminations.

En savoir plus : Avis au Premier Ministre du Haut Conseil à l’intégration (HCI) sur « Les indicateurs de l’intégration. Statistiques ethniques, enquêtes sur les patronymes, mesure de la diversité, baromètre de l’intégration », publié dans le Rapport 2007 du HCI ; et le rapport de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) du 15 mai 2007 sur la Mesure de la diversité et protection des données personnelles.

URL source: http://www.histoire-immigration.fr/histoire-de-l-immigration/questions-contemporaines/politique-et-immigration/que-sont-les-statistiques-ethniques
Liens:
[1] http://www.histoire-immigration.fr/histoire-de-l-immigration/questions-contemporaines/les-mots/qu-est-ce-qu-un-immigre
[2] http://www.histoire-immigration.fr/histoire-de-l-immigration/questions-contemporaines/politique-et-immigration/comment-evaluer-l-immigration-legale-en-france
[3] http://www.histoire-immigration.fr/histoire-de-l-immigration/questions-contemporaines/politique-et-immigration/comment-compte-t-on-les-immigres-en-france
[4] http://www.histoire-immigration.fr/2010/9/la-statistique-des-autres-compter-les-immigres-et-les-coloniaux
[5] http://www.strategie.gouv.fr/content/statistiques-ethniques
[6] http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/104000077/index.shtml

Le retour du débat sur les statistiques ethniques
Pour aller plus loin
Comment lutter contre les discriminations ?
Chômage : discriminations sans frontières , Alternatives Economiques n∞ 251.
De la discrimination positive par Eric Keslassy
Démographie : Faut-il analyser les discriminations ?
Des CV anonymes pour lutter contre les discriminations
Des discriminations de mieux en mieux évaluées , Alternatives Economiques Hors-série n∞ 078.
Discrimination : des emplois bien français
Discrimination : la RATP ouvre ses portes
Discrimination : un phénomène très répandu
Discrimination positive et justice sociale par Simon Wuhl , Alternatives Economiques n∞ 265.
Discriminations : 4 % de Noirs en France , Alternatives Economiques n∞ 256.
Discriminations : contrôles au faciès ? , Alternatives Economiques n∞ 272.
Discriminations : la galère des jeunes issus de l’immigration , Alternatives Economiques n∞ 246.
Statistiques ethniques : la Cnil se prononce , Alternatives Economiques n∞ 259.
Statistiques ethniques : pro et anti s’affrontent , Alternatives Economiques n∞ 257.
À lire également
L’état de la mondialisation 2010
Sommaire du numéro

Climat : comment enrayer le réchauffement?
Sommaire du numéro

Menaces sur la reprise
Sommaire du numéro
Le député d’Evry Manuel Valls s’apprête à déposer une proposition de loi visant à autoriser les « statistiques ethniques ». Il relance ainsi un débat complexe, illustré par ces échanges entre la juriste Gwenaele Calvès, attachée au « principe de la cécité à l’origine », et le sociologue Robert Castel, qui plaide pour de telles statistiques pour combattre les discriminations…

Voir encore:

Ethnic minorities
Into the melting pot
The rapid rise of mixed-race Britain is changing neighbourhoods—and perplexing the authorities
The Economist

Feb 8th 2014

ZADIE SMITH, a novelist born to a black Jamaican mother and a white British father, recently recalled that when she was growing up in Willesden Green, a London district with a large immigrant population, “nothing could be more normal than a mixed-race girl”. The surprise, she said, was entering publishing and finding that people thought it unusual. Nobody could get that impression now: Britons are mixing at extraordinary speed.

The 2011 census revealed a country that is decreasingly white and British: England’s ethnic-minority population grew from 9% of the total in 2001 to 14%. But the biggest single increase was in the number of people claiming a mixed-ethnic background. This almost doubled, to around 1.2m. Among children under the age of five, 6% had a mixed background—more than belonged to any other minority group (see chart). Mixed-race children are now about as common in Britain as in America—a country with many more non-whites and a longer history of mass immigration.

As Britain’s mixed-race population swells, another group appears destined to shrink. The Labour Force Survey reveals that 48% of black Caribbean men and 34% of black Caribbean women in couples are with partners of a different ethnic group—with higher proportions still among younger cohorts. Black Caribbean children under ten years old are outnumbered two-to-one by children who are a mixture of white and black Caribbean.

Rob Ford of Manchester University points out that Caribbean folk are following an Irish pattern of integration, in that their partners are often working-class. The Irish parallel also suggests they will eventually be fully absorbed into the British population. Polls show that adults who are a mixture of white and black Caribbean tend to see themselves not so much as black, Caribbean or even as British, but rather as English—the identity of the comfortably assimilated.

Indians, who began arriving in large numbers in the 1960s, were slower to mix. They are now doing so—but along Jewish, rather than Irish, lines. For them, assimilation follows education: according to research by Raya Muttarak and Anthony Heath, Indians with degrees are far more likely to marry whites. Indians are not so much marrying into the white majority as into its suburban middle class, says Shamit Saggar at the University of Essex.

Their children are quietly transforming Britain’s suburbs and commuter towns. Whereas Asians are still concentrated in cities such as Leicester and in London boroughs like Tower Hamlets and Harrow, mixed Asian and white children are widespread (see maps). In Chiltern, an affluent commuter district in Buckinghamshire, 5% of children under five years old were mixed Asian and white in 2011—more than in most of London. Their parents may have met at university or while working in the capital. Within Birmingham, too, mixed Asian and white children are especially common in the largely middle-class white suburbs of Edgbaston, Moseley and Harborne.

Still warming up

Pakistanis and Bangladeshis mostly remain in cities, and are mixing more slowly. Just 8% of Pakistani men and 7% of Bangladeshi men in couples are with people of a different ethnic group, and the proportions for women are smaller. Oddly, older Pakistani men are more likely to have partners of another ethnicity, perhaps because many early migrants were single men. But even these groups are assimilating: another study finds that Pakistanis and Bangladeshis born in Britain are far likelier to socialise with whites than their parents were.

Britain’s newer minorities are blending into the larger population, too, but in ways that defy easy categorisation. Mixed black- African and white children are particularly common in working-class suburbs and commuter towns such as Croydon and Southend-on-Sea, possibly because black Africans are rarely tied to city centres through social-housing tenancies. They are also mixing with new immigrants from continental Europe. Most of the 21,000 children born to Polish mothers in 2012 had Polish fathers; but of the rest, 23% had African or Asian fathers.

Such esoteric partnerships can confuse the authorities. Last November the Home Office invited journalists to accompany officers on a raid of an apparent sham wedding between an Italian man and a Chinese woman in north London. After interrogating the bride, groom and guests, the officers emerged sheepishly to admit that the union was probably real.

As race becomes less clear-cut, schools, hospitals and police forces, which record people’s ethnic identity at almost every opportunity, will have to deal with more fragmented definitions. So too will researchers trying to measure racial injustices. Confusingly, police officers now record the ethnicity of the people they stop and search according to two separate systems: observed ethnic appearance (which does not include a mixed-race category) and self-identified ethnicity (which does).

Politicians in the habit of treating Britain’s ethnic groups as distinct “communities” will also have to adapt. The shrewder black and Asian politicians have already built power bases that do not depend on ethnic block votes (see Bagehot). Speeches such as the one made by Tony Blair in 2007 about the culture of black youth violence will look silly when so many black teenagers have white parents too. Crude racist politics, thankfully now rare in Britain, ought to become almost impossible as more white families acquire non-white members. Englishness, which has remained distinctly a white identity for many, may become less exclusive.

Most of all, the rise of mixed-race Britain shows that Britain is capable of absorbing even large numbers of newcomers. For the young, who are used to having people of all backgrounds in their midst, race already matters far less than it did for their parents. In a generation or two more of the melting pot, it may not matter at all.

Voir de plus:

The Numbers Guy
Estimates of Religious Populations Require a Bit of Faith
Carl Bialik
WSJ

Aug. 14, 2010

In the debate over a plan to build an Islamic center near Ground Zero in New York, one number has been elusive: the population of Muslims in the city. Commentators have cited figures that have been all over the map—from 600,000 in the city’s five boroughs to between 600,000 and 800,000 in Manhattan alone.

That is because no one knows for sure how many Muslims, or Jews, or Christians, live in New York or anywhere else in the U.S. The Census Bureau doesn’t ask Americans to disclose their faith, and the surveys and studies that attempt to fill in the gap come up with different numbers—particularly when it comes to relatively small religious groups. That leaves the U.S. behind much of the world when it comes to understanding the religious beliefs of its inhabitants, and has sparked controversy about the number of Muslims in the country.

These are important numbers because « religion is very consequential in how people see the world, view politicians, and view social, economic and even environmental issues, » says Barry Kosmin, a sociologist at Trinity College and a principal investigator with the American Religious Identification Survey, which has surveyed Americans about their faith three times in the past decade.

The Numbers Guy Blog
Elusive Numbers: U.S. Population by Religion
National censuses in at least 70 countries, including the U.K. and Canada, ask about religion, according to United Nations data. « The census question on religious affiliation is used to measure cultural and religious diversity in Canada, » Peter Frayne, spokesman for Statistics Canada, wrote in an email. It is used, among other things, to monitor discrimination, diversity and the need for faith-based schools, Mr. Frayne says.

The U.S. Census Bureau debated including a question on religion in the late 1950s and again in 1976. But each time it decided not to. The census director in 1976, Vincent P. Barabba, decided to exclude such a question, concerned that including it would lead to a controversy over the separation of church and state that could impede the bureau’s work. Later that year, Congress passed a law prohibiting mandatory questions about religion.

« It’s a tough trade-off, » says Mr. Barabba, who is now retired. « You want to collect everything that’s of interest in society. [However,] you want to be careful about which ones you ask. »

That opens the door for controversy about true population counts. There is particularly sharp disagreement about the U.S. Muslim population. Several surveys have arrived at figures of 2.4 million or lower. But Ibrahim Hooper, spokesman for the Council on American-Islamic Relations, says those surveys have « real weaknesses, » and cites an estimate of seven million. He referred further questions to Ihsan Bagby, associate professor of Islamic studies at the University of Kentucky.

Prof. Bagby surveyed mosques in 2000 to arrive at a figure of two million active Muslims, including those who attend religious services on high holy days. That suggests to Prof. Bagby a true count of about four million or five million in 2000, including those who identify as Muslim but don’t attend mosques. He has found the number of mosques has increased by more than 50% to 1,900 since 2000, though it is unclear if that reflects population growth or construction to address existing demand.

Columbia University researchers estimating New York City’s Muslim population a decade ago used a figure of five million to seven million for the national population in arriving at their count of 600,000—later revised to 700,000—because they figured, based on studies of mosque affiliation, that one in 10 American Muslims live in New York.

But general population surveys suggest a much lower number of Muslims. The American Religious Identification Survey asks simply, « What is your religion, if any? » In 2008, the survey found 1.3 million adult Muslims in the U.S.

That survey, though, may undercount non-Christian groups, because members of some such minority groups may be reluctant to respond. Also, the survey is conducted only in English and Spanish. Surveys that focus on non-Christian groups can help produce more statistically reliable results. For instance, a Pew survey in 2007 of American Muslims also conducted interviews in Arabic, Farsi and Urdu. The survey also drew respondents more heavily from places expected to have more Muslims to produce a greater sample size and learn more demographic details about the population. Then researchers weighted the results to correct for the oversampling.

This may have helped the survey arrive at a larger number of Muslims than many other polls: 1.4 million adults and 2.35 million total Muslims. Yet even this survey had shortcomings, for instance, not dialing cellphones, though many Muslims are young immigrants who may be more likely to eschew landlines, according to the Pew report.

Similar issues have afflicted efforts to count the number of American Jews. Jewish groups funded a survey a decade ago that found the total population was 5.2 million. Brandeis University researchers reanalyzed the data and found because of groups that were underrepresented in the survey, the true population likely was between six million and 6.4 million.

Not all religion researchers are interested in more reliable population counts. « I don’t think it matters that much, » says Daniel A. Madigan, associate professor of theology at Georgetown University. How people self-identify doesn’t indicate much about their involvement in the religion, nor attitude toward it. « The actual numbers don’t translate necessarily into anything else. »

Voir enfin:

Marine Le Pen dans le top 100 des personnalités les plus influentes
Le Point

22/04/2015

VIDÉO. La présidente du Front national et députée européenne a été distinguée par l’hebdomadaire américain « Time » dans la catégorie des « leaders » du monde.

La présidente du parti français d’extrême droite Front national Marine Le Pen, désignée par l’hebdomadaire américain Time comme l’une des 100 personnalités influentes du monde, a salué mardi la reconnaissance d' »un mouvement politique important qui monte ».

Cette distinction, « c’est un symbole qu’outre-Atlantique on considère que le Front national est un mouvement sérieux, un mouvement de gouvernement, et que peut-être dans quelques mois il y aura en France des changements importants », a expliqué Mme Le Pen en arrivant à la soirée de gala organisée à New York par le magazine Time en l’honneur de ces personnalités. « Comme je suis la seule représentante politique de la France, il était de bon ton que je sois présente », a ajouté Mme Le Pen, hélée par des journalistes à l’entrée du Time Warner Center, à quelques pas de Central Park.
« Leaders » du monde
Marine Le Pen a été placée par Time parmi les « leaders » du monde, une catégorie où figurent aussi les présidents américain, russe et cubain Barack Obama, Vladimir Poutine et Raul Castro, ainsi que le Premier ministre grec Alexis Tsipras, la chancelière allemande Angela Merkel ou encore le dirigeant de la Corée du Nord Kim Jong-un. L’économiste français Thomas Piketty fait également partie des personnalités retenues, tout comme le pape François, la starlette Kim Kardashian ou encore le patron d’Apple Tim Cook.

Cette nomination a été l’occasion pour Mme Le Pen de passer quelques jours à New York, avant de se rendre à la soirée de gala accompagnée de son compagnon Louis Aliot. Vêtue d’une robe longue bleu nuit et d’une cape de velours noir, elle y a fait une arrivée remarquée sur tapis rouge, un peu après la styliste Diane von Fürstenberg, l’actrice Mia Farrow et le chanteur de country Tim McGraw, et avant la skieuse Lindsey Vonn ou encore l’actrice Julianne Moore.
Il ne s’agissait « pas d’une occasion frivole »
« Je suis fière pour mon pays, je suis fière que les millions de Français qui font un choix différent de l’UMP et du PS soient présents un peu ce soir », a également déclaré Mme Le Pen. « Vous voyez la France des oubliés, ce soir, elle n’est pas oubliée. » Elle a assuré au micro de la radio Europe 1 qu’il ne s’agissait « pas d’une occasion frivole » : « Il y a évidemment une partie des gens qui sont des artistes, mais il y a aussi une partie des gens dont la pensée influence le monde, dont les actes, dont les décisions influencent le monde, c’est ça qui m’intéresse au plus haut point », a-t-elle assuré.

Voir enfin:

Les statistiques « ethniques » : état des lieux, état des problèmes
Pierre-Yves Cusset
2006
Ce document de travail vise à faire le point sur l’état du droit et des pratiques en matière de statistiques « ethniques » ou « relatives aux origines ». On présente ainsi l’état du droit et des pratiques statistiques en France, afin de mettre en évidence les possibilités et les limites de notre système statistique, notamment en termes de mise au jour des différentes formes de discrimination et de ségrégation sur critères ethniques. La troisième partie du document est consacrée à la mesure de la discrimination indirecte et de la diversité ; quelques dispositifs de suivi statistique de la diversité ethnique, adoptés à l’étranger, y sont présentés.La collecte, le traitement et la diffusion de données sont ici comme ailleurs encadrés par la loi et régulés, au moins pour ce qui est de la statistique publique, par des instances garantes des principes déontologiques propres au métier de statisticien. On présente dans cette partie l’état du droit en matière de « données à caractère personnel » et de « données sensibles » (1.1.), tel qu’il ressort de la nouvelle loi Informatique et liberté du 6 août 2004 et de l’avis de la CNIL formulé en juillet 2005 sur la mesure de la diversité des origines par les employeurs. Puis, après un bref rappel historique relatif à la prise en compte des variables liées aux origines par l’appareil statistique français (1.2.), on dresse un tableau récapitulatif de la façon dont est prise en compte aujourd’hui la variable « origine » dans les grandes enquêtes de la statistique publique.L’état du droit• La rénovation de la loi Informatique et libertéLa loi du 6 août 2004, dont l’un des objectifs était de transposer la directive européenne 95/46 du 24 octobre 1995 sur la « protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation des données », a profondément remanié la loi Informatique et liberté de 1978.Le champ matériel de cette loi s’étend désormais à toute opération automatisée ou non (collecte, enregistrement, organisation, conservation, adaptation ou modification, extraction, consultation, utilisation, communication par transmission, diffusion ou toute autre forme de mise à disposition, rapprochement ou interconnexion, verrouillage, effacement ou destruction) portant sur des « données à caractère personnel », entendues comme « toute information relative à une personne physique identifiée ou qui peut être identifiée directement ou indirectement ou par référence à un numéro d’identification ou à plusieurs éléments qui lui sont propres ».La loi retient une acception large de la notion de donnée à caractère personnel puisqu’elle précise que « pour déterminer si une personne est identifiable, il convient de considérer l’ensemble des moyens en vue de permettre son identification dont dispose ou auxquels peuvent avoir accès le responsable du traitement ou tout autre personne ». Autrement dit, sont visées toutes les données se rapportant à une personne identifiable, même par des moyens indirects.La loi subordonne, à son article 6, la collecte et le traitement de ces données à un certain nombre de conditions : − la loyauté et la licéité des traitements ; − le strict respect des finalités pour lesquelles les données ont été recueillies ; toutefois, des retraitements peuvent être réalisés ultérieurement à des fins statistiques ou à des fins de recherche scientifique ou historique sous réserve qu’ils respectent les conditions de licéité, les formalités préalables à la mise en œuvre des traitements et les obligations imposées aux responsables des traitements et, enfin, s’ils ne sont pas utilisés pour prendre des décisions à l’égard des personnes concernées ; − le caractère adéquat, pertinent et non-excessif du traitement au regard des finalités poursuivies ; − l’exactitude et la complétude des données ; − la durée limitée de leur conservation, proportionnée à la finalité du traitement.• Le cas des « données sensibles »La loi réserve un sort particulier aux données dites sensibles. L’article 8-I prohibe en principe toute collecte de « données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou l’appar10 > Les statistiques « ethniques » : état des lieuxtenance syndicale des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci».Toutefois, cette règle souffre dix catégories d’exception qui tiennent soit à la finalité du traitement, soit aux conditions de collecte des données, soit encore à la nature de l’organisme qui réalise le traitement.Il s’agit : − des traitements de données sensibles pour lesquels la personne concernée a donné son consentement exprès (sauf dans les cas où un texte de niveau législatif prévoit que l’interdiction ne peut être levée) ; − des traitements portant sur des données ayant été rendues publiques par la personne concernée ; − les fichiers des associations et organismes à caractère religieux, philosophique, politique ou syndical (seules les données sensibles correspondant à l’objet de l’association peuvent être collectées, et ce uniquement pour les membres entretenant avec l’organisme des contacts réguliers) ; − des traitements nécessaires à la constatation, à l’exercice ou à la défense d’un droit en justice ; − des traitements nécessaires aux fins de médecine préventive, des diagnostics médicaux, de l’administration des soins ou de traitements ou de la gestion des services de santé, et mis en œuvre par un professionnel de santé ou par une autre personne tenue au secret professionnel ; − des traitements nécessaires à la sauvegarde de la vie humaine ; − des traitements de données de santé à des fins de recherche médicale ; − des traitements de données de santé pouvant faire l’objet « à bref délai », d’un procédé d’anonymisation reconnu conforme à la loi par la CNIL ; − des traitements statistiques réalisés par l’INSEE ou par un service statistique ministériel, après avis du Conseil national de l’information statistique (CNIS) ; − des autres traitements de données sensibles justifiés par l’intérêt public et autorisés par la CNIL ou par décret en Conseil d’État pris après avis de la CNIL.La CNIL veille avec une particulière attention au respect de ces dispositions, comme le montrent par exemple ses prises de position sur les traitements portant sur les patronymes (cf. encadré).• La position de la CNIL sur la mesure de la diversité des origines par les employeursLa CNIL a adopté lors de sa séance du 5 juillet 2005 une série de recommandations 2. Elle recommande aux employeurs de ne pas recueillir de données relatives à l’origine raciale ou ethnique, réelle ou supposée de leurs employés ou de candidats à l’embauche, même avec l’accord de ces derniers. La CNIL constate en effet qu’il n’existe ni référentiel national de typologies « ethnoraciales », ni indicateurs « ethno-raciaux » diffusés par la statistique publique qui pourraient servir aux employeurs de base de comparaison fiable (indicateurs nationaux ou par bassin d’emploi). La CNIL ajoute que l’adoption d’un tel référentiel est du ressort du législateur.La CNIL estime également que l’analyse de la consonance du nom ou du prénom, de la nationalité ou de l’adresse des personnes aux fins de classement dans des catégories « ethno-raciales » n’est pas pertinente, encore une fois en raison de l’absence d’un référentiel national de typologies « ethnoraciales » et en l’absence d’un lien fiable entre ces données et l’appartenance à une catégorie raciale ou ethnique déterminée.Elle autorise en revanche l’utilisation de données relatives à la nationalité et au lieu de naissance du salarié, données qui figurent dans les fichiers de gestion du personnel. L’employeur doit faire la déclaration d’un tel traitement des fichiers de gestion du personnel à la CNIL et en informer les employés. Toutefois, les statistiques produites ne doivent pas porter sur des groupes de moins de dix personnes afin de garantir l’anonymat et les fichiers de données individuelles constitués pour la réalisation de l’étude doivent être détruits à l’issue de la production des résultats statistiques.En revanche, les fichiers de gestion du personnel ne peuvent en aucun cas contenir, même au motif de mesure de la diversité, de données telles que la nationalité d’origine d’un employé ou d’un candidat à un emploi, de même que la nationalité ou le lieu de naissance de ses parents.

Enfin la CNIL admet la réalisation d’enquêtes ad hoc par questionnaires anonymes. Par anonyme, il faut comprendre que le questionnaire ne doit pas permettre d’identifier directement (par le nom) ou indirectement (via un numéro, la désignation d’un poste particulier ou par recoupement d’informations) la personne qui y répond. Là encore, aucun résultat statistique ne doit concerner des groupes de moins de dix personnes. Les questionnaires individuels doivent être détruits à l’issue de la phase d’exploitation des réponses. Le recours à des questionnaires permet en revanche de recueillir et de traiter des données indisponibles (car interdites) dans les fichiers de gestion du personnel, et en particulier la nationalité d’origine de l’individu et la nationalité ou le lieu de naissance de ses parents.

La prise en compte progressive des origines dans la statistique française : de la nationalité à l’« ethnicité »

L’émergence d’une forme de reconnaissance par la statistique des origines des individus s’est faite par étapes3. L’introduction dans le recensement d’une question relative à la nationalité des habitants remonte à 1851 (elle ne fut abandonnée qu’une fois, en 1856). La formulation de la question n’a pas varié entre 1871 et 1946. La nationalité est alors enregistrée en trois catégories : Français de naissance, Français par naturalisation (ou par « assimilation »), et étrangers. Si les étrangers doivent indiquer leur nationalité précise, les « naturalisés » ne doivent signaler que le caractère acquis de leur nationalité française. Ce n’est qu’en 1962 que leur nationalité antérieure leur sera demandée.

Pendant l’entre-deux guerres et jusqu’en 1946, à la lecture des tableaux publiés à partir des informations tirées du recensement, on note un vif intérêt pour la catégorie des « naturalisés », même si l’État français ne reconnaît pas de différences de statut entre citoyens français selon le mode d’acquisition de la nationalité. Il est vrai que l’importance numérique de cette catégorie a nettement augmenté depuis la fin du XIXe siècle : les naturalisés sont 202 000 en 1896, 517 000 en 1936 et 833 000 en 1946. L’information relative à la nationalité antérieure des naturalisés n’étant alors pas disponible, les services statistiques attribuent une « origine » aux naturalisés en fonction du lieu de naissance des individus, tout au moins pour ceux qui sont nés hors de France (c’est le cas de 85 % des naturalisés en 1931, mais de seulement 65 % en 1946). L’enregistrement des « Français par acquisition » et l’exploitation qui est faite de cette catégorie dans les tableaux de présentation du recensement répond déjà au besoin d’étudier l’assimilation des étrangers dans la population française.

Après la Deuxième Guerre mondiale, les flux de population en provenance d’Algérie sont assez importants (le « stock » s’élève à 200 000 en 1954) pour qu’on lui réserve un traitement particulier. Le bulletin du recensement de 1954 ne permet pas de séparer les « Français d’Algérie » des « Français musulmans ». Cette dernière catégorie naît avec la loi organique du 20 septembre 1947 qui étend la citoyenneté française à l’ensemble des habitants d’Algérie mais qui continue à les distinguer selon leur statut (civil ou personnel). Pour reconstruire cette distinction, les services du recensement suivent une règle de chiffrement inédite : ils classent en « musulmans originaires d’Algérie » les personnes nées en Algérie ayant à la fois un nom et un prénom à consonance arabe ou berbère et en « Français de naissance originaire d’Algérie » ceux qui ont un « prénom chrétien ou israélite ». Le même principe de recours au nom et prénom est appliqué en 1962, alors même que l’Algérie vient d’accéder à l’indépendance. Les catégories décrivant les migrants d’Algérie distinguent cette fois « rapatrié français de naissance », « Français musulman ayant choisi de conserver la nationalité française », « Français musulman devenu Algérien ». Alors qu’en 1954, on cherchait à retrouver les catégories juridiques existantes, avec le recensement de 1962, le critère juridique semble donc s’effacer derrière le critère « ethnique ». Il faut attendre le recensement de 1968 pour retrouver une distinction par nationalité clarifiée.

La catégorie « immigrée », elle, ne se stabilise vraiment qu’au début des années 1990. La démographe Michèle Tribalat 4 a joué un rôle pionnier en recommandant l’usage d’un concept précis pour catégoriser la population immigrée, après que de nombreux travaux eurent montré les limites et les erreurs liées à l’usage exclusif de la nationalité pour traiter de questions relatives à l’immigration. La nouvelle catégorie, adoptée par le Haut Conseil à l’intégration en 1991, combine le lieu de naissance et la nationalité de naissance, les immigrés étant définis comme les personnes résidant en France, nées étrangères à l’étranger. La reconstitution de la catégorie « immigré » ne pose pas de véritable problème. Le plus souvent, on dispose directement du lieu de naissance et de la nationalité de l’individu. Si ce n’est pas le cas, on établit une catégorie plus ou moins proche en rassemblant les étrangers et les Français par acquisition.

Cela dit, la catégorie « immigré » reste insuffisante pour qui ne s’en tient pas à l’analyse de l’immigration mais s’intéresse aussi à la question plus vaste et de plus en plus prégnante des « relations interethniques ». L’étude de cette réalité suppose pour le moins de construire une catégorie « population issue de l’immigration ». Pour ce faire, et à condition de ne pas aller au-delà de la fameuse « seconde génération », ou « première génération née en France » pour reprendre la typologie de M. Tribalat, il faut disposer du lieu de naissance des parents. Or, avant l’enquête Etude de l’histoire familiale (EHF) de 1999, complémentaire au recensement, cette variable ne figurait dans aucune enquête à large échantillon 5.

Conscient de cette lacune, le Haut Conseil à l’intégration, dans son rapport de 1993, recommande le développement d’études sur des populations définies par leurs origines, à condition que l’utilisation des catégories d’origine soit réservée à des enquêtes spécifiques telles l’enquête Mobilité géographique et insertion sociale réalisée par l’INED en 1992 en collaboration avec l’INSEE.

Hors ces enquêtes spécifiques, et avant l’enquête EHF de 1999, les démographes et autres statisticiens s’en sortent donc en « bricolant », tentant par divers moyens de surmonter le handicap lié à l’absence de catégorie statistique stable s’ajustant précisément à l’objet « seconde génération » (et a fortiori à « l’ethnicité »). Par exemple, dans l’étude de L.-A. Vallet et J.-P. Caille sur les « élèves étrangers ou issus de l’immigration », réalisée à partir du panel de la DEP, l’une des stratégies utilisées a consisté à construire une catégorie « groupe d’appartenance de l’élève » qui combinait la nationalité et le lieu de naissance de l’élève et la langue parlée à la maison 6.

Aujourd’hui, comme on va le voir maintenant, la question sur le lieu de naissance des parents tend à être plus fréquente dans les grandes enquêtes publiques.

Un exemple de refus par la CNIL d’un traitement reposant sur la constitution d’un échantillon à partir des patronymes

La CNIL a refusé d’autoriser la réalisation par la SOFRES, mandatée par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), d’un sondage d’opinion par téléphone, à partir d’un échantillon résultant d’un tri sur les patronymes. Le refus tient à la méthode de collecte employée et non à l’objet du sondage qui consistait à « objectiver, mesurer et analyser l’état de l’opinion de la communauté juive de France ».

Pour effectuer cette enquête par téléphone, la SOFRES entendait constituer l’échantillon des personnes à interroger selon la méthode patronymique suivante : − identifier d’abord une liste d’environ 160 noms à consonance juive sur la base d’un Guide des patronymes juifs; − procéder ensuite à une sélection aléatoire, au sein du fichier des abonnés au téléphone, d’environ 15 000 personnes portant un des patronymes identifiés ; − tirer enfin, sur la base de cette liste, un échantillon de cinq cents personnes qui seraient interrogées par téléphone.

Lors de sa séance du 2 février 2006, la CNIL a estimé que, la constitution de l’échantillon des personnes à interroger reposant uniquement sur un tri par leur nom, le traitement ainsi mis en œuvre se heurtait au principe posé par l’article 8 de la loi Informatique et libertés d’interdiction de collecte ou de traitement de données faisant apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques ou les appartenances religieuses des intéressés.

En l’espèce aucune des dérogations prévues par la loi ne pouvait être invoquée,

le consentement préalable des personnes concernées ne pouvant être recueilli. La CNIL a refusé par ailleurs d’autoriser le recours à un procédé d’anonymisation de la base d’exploitation des réponses par la SOFRES, jugeant que le traitement envisagé ne répondait pas aux conditions posées par l’article 6 de la loi aux termes duquel les données doivent être « adéquates, pertinentes et non-excessives au regard des finalités pour lesquelles elles sont collectées ».

En effet, la CNIL conteste le postulat selon lequel les personnes ayant un nom figurant dans le Guide des patronymes juifs seraient présumées appartenir à la « communauté juive » et souligne les risques liés à une sélection de ce type.

Le CRIF et la SOFRES ont déposé une nouvelle demande d’autorisation le 21 mars 2006. Dans cette demande, les modalités de constitution de l’échantillon reposent sur l’établissement d’une liste des 50 noms juifs les plus fréquents parmi le fichier des 50 000 donateurs de l’Appel Unifié Juif de France qui devait servir ensuite de base à la sélection aléatoire au sein du fichier des abonnés au téléphone portant l’un des 50 patronymes juifs sélectionnés.

La CNIL a également refusé d’autoriser cette étude en considérant que, même dans ces conditions, la méthode de sélection par le nom n’était pas admissible, l’établissement d’un lien entre un nom et l’appartenance à la communauté juive restant contestable dans son principe.

Source : http://www.cnil.fr

2. Ces recommandations sont consultables sur le site de la CNIL : http://www.cnil.fr.

3. Ce paragraphe s’appuie essentiellement sur SIMON P. (1998), « Nationalité et origine dans la statistique française », Population, n° 3, p. 541-568. On ne traite pas ici du cas particulier de la statistique coloniale. Pour approfondir la question, on pourra se reporter à RALLU J.-L. (1998), « Les catégories statistiques utilisées dans les DOM-TOM depuis le début de la présence française », Population, n° 3, p. 589-608, ou bien à KATEB

K. (1998), « Gestion statistique des populations dans l’empire colonial français : quelques éléments relatifs à l’histoire des populations d’Algérie (1830-1960) », Histoire & Mesure, vol. 13, n° 1-2.

4. TRIBALAT M. (1989), « Immigrés, étrangers, Français : l’imbroglio statistique », Population et Sociétés, n° 242, p. 17-29.

Voir par ailleurs:

La bombe migratoire
Régions
Marianne Payot

L’Express

01/12/2005

François Baroin n’a pas été pris au dépourvu. En évoquant, dès le mois de juillet, lors d’une visite à Mayotte, puis deux mois plus tard dans Le Figaro Magazine, l’éventualité d’une remise en question du droit du sol «pour certaines collectivités d’outre-mer», le ministre (UMP) de l’Outre-Mer savait qu’il allait déclencher une polémique. Ou tout du moins l’espérait-il? «Ce débat, je l’ai voulu, explique-t-il aujourd’hui, il était indispensable et volontairement provocateur. Comme toutes ces collectivités sont loin, il faut parler fort.»

L’enjeu d’une telle fronde? Les flux d’immigration considérables qui touchent en premier lieu Mayotte et la Guyane, où 1 habitant sur 3 serait un étranger. Mais aussi la Guadeloupe, en proie, depuis deux ans, à un afflux massif d’Haïtiens. «Si l’on avait dans l’Hexagone un même taux d’immigration, cela équivaudrait à 15 millions de clandestins, souligne le ministre, chiraquien dans l’âme. L’outre-mer avait besoin d’un message clair et rassurant de la France.» D’où, en guise de ballon d’essai, ses propos iconoclastes. Cela dit, Baroin sait parfaitement que la – difficile – acquisition de la nationalité française n’est pas, de loin, l’unique moteur de l’immigration ultramarine. Un enfant né en France de parents étrangers ne peut en effet obtenir la nationalité française qu’à sa majorité (ou, par anticipation, à partir de 13 ans) et à condition qu’il vive encore en France et que ses parents et lui-même le réclament.

Autant de démarches longues et compliquées, impraticables par la plupart des Comoriens qui déferlent sur l’ «île aux parfums» (Mayotte) et par les Haïtiens, Dominicains, Brésiliens, Surinamiens? qui «investissent» les départements français d’Amérique (DFA). «Seul un millier de « nos » étrangers ont acquis la nationalité française», rappelle le président (PSG [Parti socialiste guyanais]) du conseil régional, Antoine Karam. «En fait, affirme Victorin Lurel, son homologue PS de Guadeloupe, plutôt que le droit du sol, qui a eu la vertu d’émanciper les esclaves, c’est le droit du sang qui devrait être remis en cause. Ou, en tout cas, mieux encadré: il faut sanctionner les paternités fictives.»

La «faute originelle» de ces collectivités? Constituer de – relatifs – îlots de prospérité dans des environnements plus que sinistrés. Ainsi de l’île de Mayotte, confetti de 374 kilomètres carrés perdu dans l’océan Indien – la Réunion est à 1 500 kilomètres! – mais toute proche de ses «s?urs» de l’Union des Comores, l’un des Etats les plus pauvres de la planète. De même la Guyane peut-elle «s’enorgueillir» de détenir un PIB par habitant de cinq à dix fois supérieur à celui de ses voisins, le Brésil et le Suriname. Quant à Haïti, à l’économie exsangue et à l’instabilité politique chronique, il voit essaimer ses misérables ressortissants tout à la fois en Guyane et aux Antilles.

Pour enrayer cette volumineuse immigration économique et sociale, le premier réflexe voudrait qu’on empêche ces visiteurs d’entrer dans l’ «eldorado» français. Une tâche guère aisée: des centaines d’embarcations – les kwassa-kwassa à Mayotte (lire l’article Mayotte : marée humaine ) et les saintoises en Guadeloupe – déversent nuitamment leur lot de boat people sur les côtes des îles, tandis qu’en Guyane les? 3 000 kilomètres de frontière – de fleuves et de forêt – sont franchis allègrement par les clandestins hors des points de contrôle. Une porosité qui fait la joie des passeurs: l’Haïtien en proie au rêve guadeloupéen devra ainsi débourser environ 2 500 dollars, comprenant l’acheminement en voiture jusqu’à Saint-Domingue, puis l’avion pour la Dominique et, enfin, le bateau vers Grande-Terre. L’Anjouanais, lui, s’acquittera de 150 à 200 dollars pour franchir les 70 kilomètres du lagon et gagner Mayotte. A ses risques et périls: 200 personnes meurent chaque année dans «le plus grand cimetière de l’océan Indien», selon l’expression de Mansour Kamardine, le député (UMP) de l’île.

C’est à ces réseaux que tente donc de s’attaquer la police aux frontières (PAF) des différentes collectivités. «Nous en avons démantelé 33 en un an», annonce fièrement le commissaire Garcia, de Guyane. Mais le pain quotidien de ses 224 hommes, ce sont les interpellations dans la rue (baptisées prosaïquement «ramassage»), auxquelles s’adonnent également les gendarmes – spécialisés notamment dans la lutte contre l’orpaillage clandestin – puis les reconduites à la frontière. Une mission facilitée par le régime «d’exception» qui prévaut ici, tout comme à Saint-Martin (et dont tous les élus de Guadeloupe réclament à cor et à cri l’extension à l’archipel entier): depuis 1993, en effet, les arrêtés de reconduite ne peuvent plus faire l’objet de recours suspensifs et les contrôles d’identité peuvent s’effectuer dans un périmètre de 20 kilomètres au-delà des frontières.

Aussi suffit-il, pour faire du «chiffre», d’aller, par exemple, faire un tour du côté du marché de Saint-Laurent-du-Maroni, la ville frontière de l’Ouest guyanais. On y trouve nombre de Surinamiens qui seront embarqués le soir, avec le sourire, de l’autre côté du fleuve? D’où ils reviendront très vite, afin de vendre, côté français, quelques épices, de visiter un proche ou encore de se faire soigner (lire l’article Guyane : bousculade à la maternité ) – une réalité tellement ubuesque que les autorités recherchent actuellement une solution originale. Les autres (Brésiliens, Haïtiens, Péruviens, Chinois…) séjourneront, eux, au centre de rétention administrative (CRA) de Cayenne. Vétuste, surchargé, il devrait, Nicolas Sarkozy vient de l’annoncer, être agrandi l’année prochaine. Tout comme celui des Abymes, en Guadeloupe, beaucoup plus décent, mais dont les 20 places se révèlent souvent insuffisantes.

Parallèlement, la France s’agite sur le front diplomatique, afin de multiplier les accords de réadmission. Car les Etats ne sont pas toujours prompts à accepter le retour de leurs ouailles ni à favoriser le transit sur leur territoire de ressortissants étrangers. Après le Brésil en 2001 et le Suriname fin 2004, c’est avec la Guyana que le Quai d’Orsay, épaulé par le ministre délégué au Tourisme, Léon Bertrand, par ailleurs maire (UMP) de Saint-Laurent-du-Maroni, s’efforce de poser des jalons. Un accord d’autant plus nécessaire que les Guyaniens jouissent ici d’une mauvaise réputation, souvent justifiée (ils représentent près de 28% de la population carcérale de Cayenne).

«Nous avons créé lors de ma visite, fin octobre, un climat de confiance, qui devrait, à terme, déboucher sur l’installation d’un consulat, souligne, satisfait, Bertrand. Avec des contreparties, bien sûr, comme l’aide à la formation de leur police, confrontée à une forte criminalité et au trafic de drogue.» C’est ce même principe de donnant-donnant qui régit les négociations conduites ces jours-ci avec la Dominique, plaque tournante de l’émigration vers l’archipel guadeloupéen. Pour Haïti, gros «exportateur» de clandestins, c’est Brigitte Girardin, ministre déléguée à la Coopération et prédécesseur de François Baroin, qui est montée en première ligne en septembre. Dans le dessein d’aider financièrement le pays afin de fixer, à terme, les Haïtiens sur leur terre.

Tournant identitaire
Pourquoi un tel branle-bas de combat? Par peur de désordres sociaux. Rien à voir avec nos banlieues – durant les trois semaines d’émeutes en métropole, l’outre-mer est restée remarquablement calme. On craint, en revanche, les mouvements d’humeur de citoyens, qui se multiplient çà et là. A Mayotte, ce sont plusieurs milliers de Mahorais qui descendent dans la rue pour manifester contre l’immigration; en Guadeloupe, une pétition, diligentée par une petite radio surfant sur la xénophobie, a recueilli 40 000 signatures enjoignant notamment aux autorités d’endiguer l’ «invasion étrangère». En Guyane, enfin, un collectif dit «des mille lettres» déverse son courroux sur les ondes et dans les squats – qu’il n’hésite pas évacuer manu militari.

L’immigré, responsable de tous les maux: chômage, délinquance, carence de logements… L’antienne n’est pas nouvelle. «Nous sommes à un tournant identitaire, explique Christiane Taubira, députée (PRG) de Guyane, car nous sommes devenus minoritaires, nous, les Guyanais. En fait, nous payons aujourd’hui les plans de peuplement lancés dans les années 1970 pour noyer les mouvements indépendantistes d’alors et sécuriser le centre spatial. Jacques Chirac, le ministre de l’Agriculture de l’époque, a joué les apprentis sorciers.» Même son de cloche du côté d’Antoine Karam, qui pointe, par ailleurs, les défaillances de l’Etat en termes d’aménagement du territoire et de lutte contre les occupations illégales, tout en s’inquiétant d’une Guyane «en voie de palestinalisation» – en clair, des communautés vivant séparées sur un même territoire.

A 1 500 kilomètres de là, le Guadeloupéen Victorin Lurel en appelle à une véritable coopération avec Haïti, la Dominique et Antigua-et-Barbuda. L’autre député de gauche de l’archipel, Eric Jalton, craint pour sa part les débordements: «Le jour où un Haïtien violentera une Guadeloupéenne, cela mettra le feu aux poudres!» «Le Haïtien est tout sauf une racaille, proteste André Théodore, délégué général de l’association de Haïtiens Tèt Kole, affolé par l’anathème jeté sur ses 13 000 compatriotes légaux de Guadeloupe. Il est dans le besoin, mais pas dans la violence. Son problème, c’est de trouver du travail.»Et du travail, il en trouve. Déclaré ou pas. Sur les champs de canne à sucre, dans les bananeraies, sur les chantiers? Car ici, comme partout, règne une bonne dose d’hypocrisie. On crie à l’invasion et on emploie, au noir et pour 30 euros par jour, une main-d’?uvre malléable à souhait. «Vous avez aussi des marchands de sommeil qui louent des taudis 800 euros la semaine», s’indigne Gérald Coralie, président de la Ligue des droits de l’homme. Dieunie Fanfan, consul d’Haïti aux Antilles, ne sait plus où donner de la tête. Avec ses maigres moyens, elle doit s’occuper de sa communauté, épauler les plus démunis, s’escrimer pour donner une image moins dramatique de son pays? Choquée par les rabatteurs de Port-au-Prince qui rackettent les candidats à l’exil à coups de 3 000 dollars le faux passeport, elle exhorte ses concitoyens à ne plus tenter l’aventure.

L’accalmie, c’est ce que souhaitent aujourd’hui tous les protagonistes, afin d’éviter les drames. Ici, en outre-mer, une nouvelle politique d’immigration est à inventer. La paix sociale est à ce prix.

Voir enfin:

Questions internationales (1)
Les territoires français d’outre-mer s’alarment de l’afflux d’immigrés clandestins

Jean Piel

RFI

20/04/2007

(MFI) Alors que l’immigration est l’un des thèmes majeurs de la campagne électorale en France, deux collectivités d’outre-mer – la Guyanne et Mayotte – comptent plus de 20 % de clandestins. Le renforcement des contrôles de police depuis 2005 n’a pas inversé la tendance. Dirigeants politiques locaux et population dénoncent ce qu’ils considèrent être un facteur de chômage et d’insécurité, mais profitent aussi de ces clandestins.

Quelle est l’importance de l’immigration clandestine en Guyane et à Mayotte ?

La scène se répète plusieurs fois par jour. Dissimulés sous les branchages de l’épaisse végétation, des gendarmes surveillent le fleuve Maroni qui sépare la Guyane du Surinam. Dès qu’une embarcation accoste sur la rive française du fleuve, ils interviennent. La plupart du temps, il s’agit d’un clandestin qui sera immédiatement refoulé… Avant de retenter sa chance quelques heures plus tard.
A 15 000 kilomètres de là, sur l’île de Mayotte dans l’océan Indien, le scénario est le même. Quotidiennement, les forces de l’ordre envahissent le bidonville de Cavani et arrêtent les immigrés comoriens qui n’ont pas eu le temps de s’enfuir dans la forêt voisine. Ils seront expulsés le soir même sans autre forme de procès vers Anjouan, la plus proche île de l’archipel des Comores indépendantes.
Depuis plusieurs années, les collectivités françaises d’outre-mer – Guyane et Mayotte en tête – sont confrontées à un afflux d’immigrés clandestins. En Guyane, on estime leur nombre à 35 000, soit 20 % de la population ; 59 % de ceux arrêtés sont des récidivistes. Ces immigrés viennent en majorité du Surinam, du Guyana et du Brésil.
Le constat est le même à Mayotte où les clandestins sont estimés à 50 000, soit le tiers de la population. Tous viennent des Comores, distantes de 80 kilomètres par la mer. « Mayotte est devenu le premier port d’entrée de clandestins en France », s’alarme Ali Souf, le président de l’association des maires de l’île. Comme le déclarait en 2005 François Baroin, alors ministre de l’Outre-mer et aujourd’hui ministre de l’Intérieur : « Si l’on avait en métropole le même taux d’immigration, cela équivaudrait à 15 millions de clandestins. »

Comment expliquer cette immigration clandestine ?

Par la ruée vers l’or, au sens propre comme au figuré. Au sens propre puisque environ 7 000 clandestins en Guyane sont des orpailleurs qui travaillent dans les mines d’or ou cherchent un filon en solo. Au figuré, dans la mesure où ces collectivités françaises d’outre-mer représentent des îlots de prospérité au milieu de régions sinistrées et instables politiquement. Ainsi le PIB par tête de la Guyane est 5 à 10 fois supérieur à celui de ses voisins brésilien, surinamais ou haïtien. Les possibilités d’y trouver un petit boulot sont nombreuses, comme vendeur à la sauvette ou domestique. « Je suis exploité, mais au moins je suis payé. J’ai été expulsé 7 fois ; je suis prêt à l’être encore 20 fois car je n’ai pas d’autres choix que de travailler en Guyane pour nourrir ma famille », témoignait dans Le Monde un Brésilien employé dans une exploitation agricole.
Si la Guyane abrite la base spatiale de Kourou et 200 entreprises associées, ce n’est pas le cas de Mayotte, région peu industrialisée, qui vit de la pêche et de l’agriculture. Néanmoins, Mayotte est nettement plus riche que les Comores dont l’économie est en ruine, qui ne sont pas autosuffisantes au plan alimentaire et dépendent de l’argent envoyé par la diaspora. Le PIB par tête est de 500 dollars par an aux Comores et de 4 000 dollars à Mayotte.
Certains observateurs expliquent aussi cette immigration par un facteur culturel. Ainsi la Guyane accueille des habitants de nombreuses origines pour lesquels la notion de frontière serait relative. On peut citer les Créoles, les Amérindiens, les H’mongs (d’origine laotienne), les Békés… Pour sa part, Mayotte est la seule île de l’archipel à avoir choisi de rester française lors du référendum d’autodétermination de décembre 1974 ; les trois autres îles ont opté pour l’indépendance. Mais jusqu’en 1993, les Comoriens pouvaient facilement s’installer à Mayotte. Cette année-là, le gouvernement d’Edouard Balladur a instauré un sauf-conduit spécial pour entrer sur l’île aux parfums, comme on surnomme Mayotte. « Les Comoriens ont toujours voyagé librement d’une île à l’autre. Ce visa fait de nous des étrangers dans notre archipel. Pour nombre d’habitants d’Anjouan ou de Mohéli, la notion de visa est difficile à comprendre, tout comme ils font mal la différence entre un Mayotte français et des îles indépendantes. Pour eux, c’est leur territoire », s’insurgeait un clandestin interviewé par Le Journal de la Réunion.
Mais l’argument culturel laisse dubitatif ceux qui vivent dans les DOM-TOM. Selon eux, les clandestins savent ce qu’est un visa et ont conscience du potentiel économique de Mayotte et de la Guyane. Ils sont séduits par le meilleur niveau de protection sociale qu’offrent les collectivités françaises. Même si le revenu minimum d’insertion (RMI) n’a pas cours à Mayotte. Avec 7 600 naissances par an, la maternité de Mamoudzou – capitale de Mayotte – est la première de France ; 80 % des mères sont en situation irrégulière. Même cas de figure à Maripasoula, un gros bourg sur les rives du fleuve Maroni, en Guyane, où l’on compte 4 457 habitants, mais 18 000 dossiers médicaux au dispensaire. Quant aux écoles, elles sont surchargées et comptent en moyenne 40 % d’élèves étrangers. « En ayant un enfant né en France ou qui y est scolarisé, le but des parents est d’obtenir un titre de séjour, puis la nationalité grâce au droit du sol », accusent les partisans d’un contrôle strict de l’immigration. « N’exagérons rien. Moins de mille étrangers enregistrés à Cayenne ont obtenu la citoyenneté française depuis dix ans. Et on ne peut pas reprocher à une mère de vouloir accoucher dans les meilleures conditions ou de faire soigner au mieux sa famille », réplique Antoine Karam, le président du conseil régional de Guyane.
Ce flux migratoire est évidemment facilité par la géographie. La Guyane compte 3 000 kilomètres de frontière, souvent noyés au milieu de la forêt amazonienne. Un simple fleuve la sépare du Brésil et du Surinam. Il serait illusoire de vouloir tout contrôler, même si les moyens de la gendarmerie ont été renforcés depuis 2005. Quant aux 80 km d’océan entre Mayotte et les Comores, les patrouilles maritimes ne peuvent pas en assurer une surveillance totale. Les candidats à l’exode embarquent de nuit sur de frêles embarcations, des kwassa kwassa, malgré les risques encourus. Depuis 1995, plus de 1 000 Comoriens se sont noyés, faisant de ce bras de l’Océan Indien l’un des plus grands cimetières maritimes au monde.

Comment ces immigrés clandestins sont-ils accueillis par la population locale ?

« La xénophobie est croissante en Guyane. Jusqu’à présent, cela n’a pas dégénéré. Mais je redoute le jour où les Guyanais décideront de faire justice eux-mêmes. L’Etat doit rétablir son autorité sur le territoire ». Cette déclaration de Jean Cesto, conseiller municipal de Matoury, résume l’opinion d’une grande partie de la population. Les immigrés clandestins ne sont pas les bienvenus. Le sentiment est le même à Mayotte où plusieurs manifestations rassemblant des milliers de Mahorais ont réclamé l’arrêt de « l’invasion étrangère ». Dans les deux régions, des milices musclées ont incendié des squatts occupés par des clandestins.
Les immigrés sont accusés de tous les maux : insécurité, chômage, carence des logements… Le refrain est connu. Mais dans des régions où les clandestins sont effectivement nombreux, il prend un relief particulier. D’autant qu’à Cayenne comme à Mamoudzou, le taux de chômage dépasse les 26 %. En matière de délinquance, les DOM-TOM connaissent des chiffres plutôt faibles. Sauf la Guyane, où les statistiques sont dignes de celles de la région parisienne. Et 28 % des détenus pour vols ou agressions sont originaires du Guyana. Pire : on a enregistré, en 2006, 84 meurtres (souvent des règlements de compte entre orpailleurs) pour 200 000 habitants alors que Paris – 2,1 millions d’habitants – n’a connu la même année que 52 assassinats. « Les classes sont surchargées et le niveau baisse. Les hôpitaux n’arrivent plus à faire face à l’afflux de patients. Les rues sont peu sûres et l’emploi manque. Tout ça à cause des clandestins », entend-t-on, de façon quelque peu simpliste, à Cayenne et Mamoudzou.
Les élus ne sont pas en reste, quelle que soit leur affiliation politique. Réunis en congrès en novembre dernier, les maires de Guyane, de Guadeloupe et de Mayotte ont réclamé un renforcement de la lutte contre l’immigration clandestine. « Pour éviter qu’un jour la situation ne devienne incontrôlable et que des violences contre les étrangers ne dégénèrent », se sont-ils justifiés. « Ici, l’immigration est un thème électoral majeur. C’est à celui qui montrera le plus de fermeté. Personne n’exprime de problèmes de conscience face à des situations de détresse comme en métropole. Les électeurs approuvent le durcissement des lois contre les immigrés, et ils sont peu nombreux à se dire choqués quand des milices organisent des battues contre les clandestins », reconnaît Ali Souf, le président de l’association des maires de Mayotte. Le discours est le même en Guyane où nombre d’élus ont approuvé, en juillet 2005, la proposition de François Baroin de remplacer, dans les DOM-TOM, le droit du sol par le droit du sang (voir article ci-joint). « Si cette proposition contribue à soulever le dossier de l’immigration en Guyane, tant mieux. Peu importe le tollé qu’elle a provoqué. Je suis prêt à inviter mes amis du Parti socialiste et de SOS-Racisme à venir deux mois en Guyane au lieu d’y passer 48 heures », avait alors déclaré Antoine Karam, le président du conseil régional de Guyane, pourtant membre du PS.
Ce même Antoine Karam a récemment dénoncé une « palestinisation de la région », évoquant le repli des communautés sur elles-mêmes. La crainte de perdre son identité s’exprime de vive voix. « Les enfants comoriens susceptibles d’acquérir la nationalité française par le droit du sol seront bientôt plus nombreux que les Mahorais », s’alarme Ali Souf. « Nous sommes à un tournant identitaire. Les Guyanais de souche sont devenus minoritaires sur leur propre terre », lui répond en écho Christiane Taubira, député et membre du Parti radical de gauche.
Evidemment les immigrés clandestins trouvent des défenseurs. A l’instar de l’avocat guyanais Gérald Coralie : « Les gens crient à l’invasion, mais emploient des clandestins comme jardinier ou domestique pour 20 euros par jour. Des marchands de sommeil louent des taudis 800 euros par mois. C’est le règne de l’hypocrisie. » Quant à Ali Souf, il n’a pas de mots assez durs contre « ceux qui se plaignent mais font construire leur maison dix fois moins cher par des Comoriens, puis les dénoncent à la police une fois les travaux effectués ». Un ancien commandant de gendarmerie se rappelle de « ces Guyanais qui vont acheter illégalement du poisson au Brésil pour le revendre sur le marché de Cayenne, puis se plaignent de la concurrence déloyale des clandestins ».
Du côté des politiques, on souligne que les écoles surchargées et les hôpitaux débordés tiennent aussi au manque d’investissement de l’Etat français dans les infrastructures. La conclusion revient à Daniel Bergeron, conseiller général UMP de Guyane : « Il est certain que les immigrés clandestins posent un problème et sont trop nombreux. Il est tout aussi certain qu’on a fermé les yeux pendant des années et que beaucoup en profitent. Mais bien malin celui qui arrêtera l’immigration en Guyane. Même en durcissant les lois, les clandestins ont trop intérêt à être là tant que la région d’où ils viennent sombrent dans la misère.

COMPLEMENT:

‘I’m a white guy with a black name': Caucasian Oregon man given Arabic name by parents says he has suffered a lifetime of prejudice 
Jamaal Allan revealed most people are surprised that he’s white
He said his name seemed to get him selected for an airport security check
Most waiting staff, he said, hand his debit card to one of his black friends
Ted Thornhill

The Daily Mail

7 May 2015

Jamaal, a high school teacher who grew up in southern Oregon, revealed that most people he meets are always surprised when they discover he’s Caucasian
A white man called Jamaal Allan has revealed how his name has led to him being racially stereotyped throughout his life.

Jamaal, a high school teacher who grew up in southern Oregon, revealed that most people he meets are always surprised when they discover he’s Caucasian.

He said that one of the most common responses to his name is ‘I never would’ve guessed your name was Jamaal’.

In a blog post he aired his thoughts on this, writing: ‘Really, are you frequently good at guessing people’s names?’

Another reaction to his name, he said, is ‘you don’t look like a Jamaal’. He asked in response: ‘And how exactly does one look like a name?’

He wrote that some people, after meeting him, say ‘I thought you’d be…’ and then pause with ‘a sudden realization they are on the verge of sounding racist’, before finding a word such as ‘taller’ or ‘older’ to end the sentence with.

Others are outright racist.

He explained that at a high school soccer game he was called ‘a white man with a horrific racial expletive deleted name’.

And his name once appeared to get him selected for a random security check while on a trip to London in 2002, as the others picked out by officials were called Muhammad, Abdul and Tariq.

He also explained that waitresses and waiters usually hand his credit card back to a black person at his table when he’s dining out.

His name, which means ‘beauty’ in Arabic, did have one very positive effect on his life, though – because it landed him his teaching job at Des Moines, Iowa.

Jamaal said: ‘The principal who had hired me confided that I was lucky to have gotten the job…

‘They had not been planning to take another student-teacher when my application showed up. But, in his words, as they scanned through it and saw a Jamaal who plays basketball and counts Muhammad Ali among his heroes he thought, we could use a little diversity.’

He told NPR recently that his dad was a fan of the Los Angeles Lakers basketball team and that he was named after one of their players, Jamaal Wilkes.


Emeutes de Baltimore: Attention, un casseur peut en cacher un autre ! (As crime falls and policing shifts more towards social work, America’s police culture at pains to catch up)

2 mai, 2015
https://pbs.twimg.com/media/CD3V4WFWMAEdRHY.jpg:largehttps://i1.wp.com/36.media.tumblr.com/5487a52eb3c4305ec0a2603cdb581552/tumblr_nnh3260nyH1qi4t89o1_1280.jpg A rioter stands atop a burning car as another man pours fuel onto the fire while Baltimore firefighters behind them fight fires in multiple burning buildings set ablaze by rioters during clashes in Baltimore on April 27, 2015. Fan riot after San Francisco Giants 2014 World Series win
Michael Chikliss (The Shield, US TV series, 2002-2008)

Do I look like a social worker ?

https://scontent-cdg.xx.fbcdn.net/hphotos-xtp1/v/t1.0-9/s480x480/11068304_1083447255015533_7201690011362494321_n.jpg?oh=1d4c8ca789db853b58b402182f8674d3&oe=55D193F1

We gonna be burning an a-looting tonight (…) burning all illusion tonight … Bob Marley
Do you know that Negroes are 10 percent of the population of St. Louis and are responsible for 58% of its crimes? We’ve got to face that. And we’ve got to do something about our moral standards. We know that there are many things wrong in the white world, but there are many things wrong in the black world, too. We can’t keep on blaming the white man. There are things we must do for ourselves. Dr. Martin Luther King Jr. (St Louis, 1961)
La notion des années 1960 selon laquelle les mouvements sociaux seraient une réponse légitime à une injustice sociale a créé l’impression d’une certaine rationalité des émeutes. Les foules ne sont toutefois pas des entités rationnelles. Les émeutes de Londres ont démontré l’existence d’un manque de pensée rationnelle des événements du fait de leur caractère tout à fait spontané et irrationnel. Les pillards ont pillé pour piller et pour beaucoup ce n’était pas nécessairement l’effet d’un sentiment d’injustice. Au cours des émeutes danoises il y avait d’un côté un sens de la rationalité dans les manifestations de jeunes dans la mesure où ils étaient mus par une motivation politique. Cependant, les autres jeunes qui n’étaient pas normalement affiliés à  l’organisation « Ungdomshuset » se sont impliqués dans le  conflit et ont participé aux émeutes sans en partager les objectifs. Ils étaient là pour s’amuser et l’adrénaline a fait le reste. Les émeutes peuvent assumer une dynamique auto-entretenue qui n’est pas mue par des motifs rationnels. Lorsque les individus forment une foule, ils peuvent devenir irrationnels et être motivés par des émotions que génèrent  les émeutes elles-mêmes. L’aspect intéressant des émeutes  de Londres était de confirmer l’inutilité du traitement du phénomène de foule par  une stratégie de communication. La méthode rationnelle n’aboutit à rien contrairement à la forme traditionnelle de confinement. Cela montre bien qu’à certains moments, la solution efficace est de ne pas gérer les foules par le dialogue. Christian Borch
Le discours de l’excuse s’est alors trouvé survalorisé, les prises de position normatives ont été rejetées comme politiquement incorrectes et les policiers ont fait office de boucs émissaires. Lucienne Bui Trong
J’ai participé aux émeutes, j’ai renversé une voiture, fracassé la Banque de Montréal, les arrêts d’autobus… Une grosse soirée! Sienna St-Laurent (14 ans)
Je ne sais pas, je voulais me sentir cool. Sienna St-Laurent (émeutière de Vancouver, juin 2011)
Tous sur les Champs, on va tout casser. Cris de casseurs du Trocadéro (mai 2013)
Je ne peux qu’imaginer ce qu’endurent ses parents. Et quand je pense à ce garçon, je pense à mes propres enfants. Si j’avais un fils, il ressemblerait à Trayvon. Obama
How do we turn pain into power? How do we go from a moment to a movement that curries favor? (…) The blood of the innocent has power.  Jesse Jackson
Les gens pensaient que parce que nous avions élu Obama, la société américaine était devenue post-raciale, que la couleur de la peau n’avait plus aucune importance. Avec l’affaire Trayvon Martin, nous assistons à un réveil et à une mobilisation. Geraldine Thompson (historienne et représentante démocrate de l’Etat de Floride)
C’est une honte que l’homme n’ai pas été ligoté à une voiture avant d’être traîné le long de la rue. C’est la seule rétribution à offrir à ce genre d’individu (…) Nous devons continuer à twitter, à marcher et à lutter pour Trayvon Martin afin que demain cela n’arrive pas à nos enfants. Ce crime ne doit pas rester impuni (…) Oubliez son arrestation. Le fait qu’il n’ait pas encore été abattu est une vraie honte. Voilà ce que je ressens personnellement à propos de ce sujet. Mike Tyson
Nous avons également donné de l’espace à ceux qui voulaient détruire.  Stephanie Rawlings-Blake (maire de Baltimore)
But what about all the other young black murder victims? Nationally, nearly half of all murder victims are black. And the overwhelming majority of those black people are killed by other black people. Where is the march for them? Where is the march against the drug dealers who prey on young black people? Where is the march against bad schools, with their 50% dropout rate for black teenaged boys? Those failed schools are certainly guilty of creating the shameful 40% unemployment rate for black teens? How about marching against the cable television shows constantly offering minstrel-show images of black youth as rappers and comedians who don’t value education, dismiss the importance of marriage, and celebrate killing people, drug money and jailhouse fashion—the pants falling down because the jail guard has taken away the belt, the shoes untied because the warden removed the shoe laces, and accessories such as the drug dealer’s pit bull. (…) There is no fashion, no thug attitude that should be an invitation to murder. But these are the real murderous forces surrounding the Martin death—and yet they never stir protests. The race-baiters argue this case deserves special attention because it fits the mold of white-on-black violence that fills the history books. Some have drawn a comparison to the murder of Emmett Till, a black boy who was killed in 1955 by white racists for whistling at a white woman. (…) While civil rights leaders have raised their voices to speak out against this one tragedy, few if any will do the same about the larger tragedy of daily carnage that is black-on-black crime in America. (…) Almost one half of the nation’s murder victims that year were black and a majority of them were between the ages of 17 and 29. Black people accounted for 13% of the total U.S. population in 2005. Yet they were the victims of 49% of all the nation’s murders. And 93% of black murder victims were killed by other black people, according to the same report. (…) The killing of any child is a tragedy. But where are the protests regarding the larger problems facing black America? Juan Williams
 … virtual hailstorms of racist graffiti and nooses materializ[ed] on college campuses, all of which invariably end up having been put there by the alleged victims, the [mainstream media] didn’t even pause before conjuring a racist plot in the shooting death of Trayvon Martin in Florida last month. Like Captain Ahab searching for the Great White Whale, the [MSM] is constantly on the hunt for proof of America as « Mississippi Burning. »Over St. Patrick’s Day weekend, the month after Martin was killed, gangs in Chicago shot 10 people dead, including a 6-year-old girl, Aliyah Shell, who was sitting with her mother on their front porch. One imagines MSNBC hosts heaving a sign of relief that little Aliyah was not shot by a white man, and was thus spared the horror of being a victim of racism. As it happens, Trayvon Martin wasn’t shot by a white man either, but by George Zimmerman, a mixed-race Hispanic who lives in a diverse (47 percent white) gated community and tutors black kids. But Hispanic is close enough for the NFM. They’re chasing the Great White Whale of racist America and don’t have time to check to see if the whale is actually a guppy.… On the basis of little else, the media conjured a Hollywood script: A « white » man was « stalking » a little black kid — who could be Obama’s son! — confronted him, beat him senseless as the small black child screamed for help, and finally shot the kid dead, « just because he was black. »Two weeks of nonstop hysteria later, it turns out that every part of that gripping plot is based on nothing that could be called a reasonable assumption, much less a fact. Ann Coulter
The absurdity of Jesse Jackson and Al Sharpton is that they want to make a movement out of an anomaly. Black teenagers today are afraid of other black teenagers, not whites. … Trayvon’s sad fate clearly sent a quiver of perverse happiness all across America’s civil rights establishment, and throughout the mainstream media as well. His death was vindication of the ‘poetic truth’ that these establishments live by. Shelby Steele
Would Trayvon be alive today had he been walking home—Skittles and ice tea in hand—wearing a polo shirt with an alligator logo? Possibly. And does this make the ugly point that dark skin late at night needs to have its menace softened by some show of Waspy Americana? Possibly. (…) Before the 1960s the black American identity (though no one ever used the word) was based on our common humanity, on the idea that race was always an artificial and exploitive division between people. After the ’60s—in a society guilty for its long abuse of us—we took our historical victimization as the central theme of our group identity. We could not have made a worse mistake. It has given us a generation of ambulance-chasing leaders, and the illusion that our greatest power lies in the manipulation of white guilt. Shelby Steele
We can’t ignore the fact that the city is burning, but we need to be talking about why it’s burning and not romanticize peace and not romanticize marching as the only way to function. I’m not saying we should be hurting, I’m not saying we should be killing people, but we do have to understand that resistance looks different ways to different people and part of what it means to say black lives matter, is to assert our right to have rage – righteous rage, righteous indignation in the face of state violence and extrajudicial killing. Freddie Gray is dead. That’s why the city is burning and let’s make that clear. It’s not burning because of these protesters. The city is burning because the police killed Freddie Gray and that’s a distinction we have to make.(…) I’m not saying we should see the destruction of black communities as positive. I’m saying that we can’t have too narrow a perception of what the destruction of black communities mean and it seems we exhausted more of our moral outrage tonight and not the 364 days before tonight. I think we should be strategic in how we riot. Marc Lamont Hill
The public want us to come up and deal with a neighbour who is mowing their lawn at 3am. They want us to deal with their disruptive child. They want us to deal with the crazy person who is walking down the street shouting. American police officer
We’ve never had a population who are so well-armed. Ron Teachman (chief of police in South Bend, Indiana)
When you go to a police academy, the first thing they say to you is that it’s dangerous and you could get killed out there. Jim Bueermann (retired police chief and head of the Police Foundation)
The public needs to be educated better. We can’t let our guard down because we’re making ourselves less safe. Lieutenant
At some point, Americans decided that the best answer to every social ill lay in the power of the criminal-justice system. (…) Peel back the layers of most of the recent police shootings that have captured attention and you will find a broad societal problem that we have looked at, thrown our hands up, and said to the criminal-justice system, ‘You deal with this’.  Ta Nehisi Coates (The Atlantic)
The ten seconds you see of a man being hit with a baton, it looks horrible, but you don’t always know what that man was doing. Any use of force looks horrible even if it’s completely necessary. American police officer
The media take one incident and they magnify it to the point where people think that must be all law enforcement and it really hurts officers. American police officer
If I take a punch and I’m knocked out, they could take my gun. We need to stay a step ahead of them, so we sometimes use a higher-level of force. American police officer
Another worries that the fear of being criticised or indicted for using force may make cops put themselves in danger. “I think what’s happening now is that some younger officers are more reluctant to use force and they might lose a tactical advantage and be killed. American police officer
If the person is not receptive and is not willing to be coherent, all of the training in the world will fail. American police officer
Sometimes an officer feels they are left with no other choice to use force and they find out after the fact that the person was bipolar or whatever and they didn’t recognise it. American police officer
If somebody is fighting with the police and they end up getting shot, I guarantee you, there is a point where the officer gave lawful orders and you have to stop resisting. American police officer
It’s all about numbers now. Does an officer spend two shifts working on a burglary or does he go out and write 20 speeding tickets? American police officer
The people who get promotions, the people who get specialised jobs, are the people who get arrests. American police officer
It seems to me that the biggest challenge will involve changing America’s police culture. In Britain, and across Europe, police officers also spend a lot of time dealing with mental illness, drug use and the rest of it. But the number of deaths in custody per year across Britain is rarely more than handful. The annual number of people shot and killed by police has, in recent years, typically been zero. Some of this cannot be replicated: Britain is a small country with extremely tight gun-control laws and, as a result, extremely little gun crime. But some of it I think is the result of a better police culture. Since the early 1990s, when the Metropolitan Police in London was accused of being institutionally racist in an official inquiry, police services in Britain have become much more community-oriented. Problems remain, but cops increasingly do think of themselves as performing a social service. Not all of America’s 18,000 police forces suffer from the same problems, and there are certainly good examples of reform. Still, America’s police forces are largely made up of people who think of themselves as “a thin blue line (wand) ” against the bad guys. Only when that mentality changes will policing really be able to move past these scandals. The Economist
The bigger problem for Baltimore is that lawnessness is not limited to nights like tonight. As one young woman standing taking photos said to me, West Baltimore is “always like this. Well not like this, but you know, shootings”. This is a city where a young black man is killed almost every day—not by police officers, but by other young black men. The failure of the police in this city is that they cannot enforce the law even at the best of times. At their worst, as the death of Mr Gray seems to suggest, Baltimore’s police are simply another source of the lawlessness. The Economist
The reality of the job (…) is far less glamorous. (…) As crime has fallen across America since the 1990s, policing has shifted more towards social work than the drama seen on TV. Police culture, however, has not caught up. The gap may help to explain why American police are so embattled. (…) No one knows how many people die in contact with America’s roughly 18,000 law-enforcement agencies. The FBI publishes reports, but police forces are not required to submit data. The incomplete FBI figures show that at least 461 people died in “justifiable homicides” in 2013, an increase of 33% since 2005. Other sources suggest the true number could be as high as twice that. In Britain, by contrast, police shot and killed precisely no one in 2013. American police resort to violence more partly because they meet it more. (…) Twenty-six police officers were killed with guns in the line of duty in 2013, far more than in any other rich country. Yet fewer police officers are killed now than in the past, and the number who are shot is less than the number who die in traffic accidents. Over time, suggests Mr Bueermann, a justified alertness to danger may have warped into a belief that the swift use of force is the only thing keeping cops safe. (…) force is often used to subdue low-level offenders (…), not just dangerous people. And it is unclear that armed policing is the best way to deal with all problems. At least half of all Americans shot and killed by police each year are mentally ill, says a report from the Treatment Advocacy Centre and the National Sheriffs’ Association. Police officers also spend time dealing with drug addicts, domestic disputes and, increasingly, the enforcement of civil penalties against people who have not paid motoring fines or child support. Such people are not muggers or rapists, yet cops often treat everyone as a threat. What is the solution? Many cops are pessimistic: they feel they are scapegoated for social problems (…) But improvements are being made. Sue Rahr, the director of Washington state’s police academy, says that cops need to be taught how to talk to people again. “When you approach a situation like RoboCop, you’re going to create hostility that wasn’t there before”. Since 2012, the state’s training has emphasised that people can be persuaded to obey commands, not just forced to. Military-style drills have been ditched. (…) Sadly, as the Gainesville video shows, not every police force is catching on. And as Ms Rahr admits, if you try to recruit cops by telling them they are social workers, fewer may apply. At least part of the glamour of the job is the promise that you get the chance to use violence against bad people in a way that ordinary civilians never can, except in video games. The Economist

 Attention: un casseur peut en cacher un autre !

En ces temps étranges …

Où le plus rapide prix Nobel de l’histoire peut, dans la plus grande indifférence, commander tranquillement de son bureau l’élimination de milliers de terroristes à des dizaines de milliers de kilomètres de distance …

Tout en prétendant négocier de l’autre côté avec les véritables casseurs du Moyen-Orient …

Et où l’on ne peut plus avoir un suicide réussi sans entrainer 149 autres victimes avec  soi …

Ou, comme l’a bien compris la maire même de Baltimore, regretter ou fêter la défaite ou victoire de son équipe favorite, sans détruire, de Vancouver à San Francisco ou Paris, une partie du quartier de ses voisins …

Comment ne pas voir …

A l’heure où, à l’instar du Pompier-pyromane de la Maison Blanche et de la dernière couverture de Time magazine comparant les émeutes post-mort de Martin Luther King à celles d’aujourd’hui, nos médias et nos habituels chasseurs d’ambulances nous refont le coup  du rien n’a changé en 50 ans …

Et faisant mine d’oublier le simple attrait, pour la plupart des casseurs de nos émeutes, de l’adrénaline ou de l’occasion de pillage impuni …

Tentent de faire passer pour une question de racisme dans une ville à 80% noire, maire, chef de la police, procureur et conseil municipal compris …

Un réel problème, comme le rappelle The Economist, de formation et de changement de conditions de travail d’une bonne partie apparemment de la police américaine …

Où, victime en quelque sorte de son propre succès, une force de police formée et entrainée principalement à combattre la criminalité  avec les techniques et les armes qui vont avec…

Se voit de plus en plus confrontée …

Face à la baisse de ladite criminalité et à des délits se réduisant de plus en plus, malgré certes une population de plus bien armée, à des infractions du code de la route ou des affaires familiales par une part toujours plus grande de déficients mentaux …

A des tâches qui ressemblent de mois en moins à celles que glorifient à longueur de soirée nos séries télévisées …

Et de plus en plus à celles, nettement plus prosaïques mais autrement plus complexes, d’une assistante sociale  ?

Wanted: cops with people skills
When law enforcement is just about force, people are killed
The Economist

Apr 25th 2015

WASHINGTON, DC

To the sound of electric guitars, heavily armed police officers fire assault rifles, drive squad cars fast and pull their guns on fleeing crooks. “Are you qualified to join the thin blue line?” asks a narrator, in the sort of breathless voice you might expect in a trailer for “Fast & Furious 7”. The advert’s aim is not to sell movie tickets, however, but to recruit police officers in Gainesville, a city of 127,000 in Florida.

Would-be cops who take this video seriously are likely to be disappointed. The reality of the job, as one officer from a large west-coast agency explains, is far less glamorous. “The public want us to come up and deal with a neighbour who is mowing their lawn at 3am. They want us to deal with their disruptive child. They want us to deal with the crazy person who is walking down the street shouting.” As crime has fallen across America since the 1990s, policing has shifted more towards social work than the drama seen on TV. Police culture, however, has not caught up.

The gap may help to explain why American police are so embattled. The latest controversy is the death of Freddie Gray, a 25-year-old man from Baltimore who died on April 19th after being arrested (six officers have since been suspended). That followed the killing on April 4th in South Carolina of a 50-year-old man, Walter Scott, who was shot in the back by a police officer after running away from his car (the officer was charged with murder after a video of the killing emerged). In another case in Tulsa on April 2nd, a 73-year-old reserve police officer killed a man when he accidentally fired his gun instead of his taser. All three victims were black.

No one knows how many people die in contact with America’s roughly 18,000 law-enforcement agencies. The FBI publishes reports, but police forces are not required to submit data. The incomplete FBI figures show that at least 461 people died in “justifiable homicides” in 2013, an increase of 33% since 2005. Other sources suggest the true number could be as high as twice that. In Britain, by contrast, police shot and killed precisely no one in 2013.

American police resort to violence more partly because they meet it more. “We’ve never had a population who are so well-armed,” points out Ron Teachman, the chief of police in South Bend, Indiana. Twenty-six police officers were killed with guns in the line of duty in 2013, far more than in any other rich country. “When you go to a police academy, the first thing they say to you is that it’s dangerous and you could get killed out there,” says Jim Bueermann, a retired police chief and the head of the Police Foundation, a think-tank.

Yet fewer police officers are killed now than in the past, and the number who are shot is less than the number who die in traffic accidents. Over time, suggests Mr Bueermann, a justified alertness to danger may have warped into a belief that the swift use of force is the only thing keeping cops safe. At its worst, this manifests itself in a fiercely defensive culture. For example, in Seattle last year more than 100 cops sued the Department of Justice to protest against a revised use-of-force policy, arguing that it would cripple morale and endanger cops (the case, which was not supported by the city’s police union, was thrown out).

Talking about Eric Garner, a bootleg-cigarette-seller who died in New York last year when a policeman put him into a chokehold, one street cop argues that the police should not be blamed: “He was continuously fighting with the officer. What really killed him?” This cop says that officers have to subdue people forcefully, because the alternative is to let criminals do as they please. If there is a problem, he says, it is that too many cops are not well trained in how to use force safely and so rely on brute violence or, worse, their guns. Another, a lieutenant, adds that he thinks that “the public needs to be educated better. We can’t let our guard down because we’re making ourselves less safe.”

Yet force is often used to subdue low-level offenders like Garner, not just dangerous people. And it is unclear that armed policing is the best way to deal with all problems. At least half of all Americans shot and killed by police each year are mentally ill, says a report from the Treatment Advocacy Centre and the National Sheriffs’ Association. Police officers also spend time dealing with drug addicts, domestic disputes and, increasingly, the enforcement of civil penalties against people who have not paid motoring fines or child support. Such people are not muggers or rapists, yet cops often treat everyone as a threat.

What is the solution? Many cops are pessimistic: they feel they are scapegoated for social problems (“You’re all fucking unreasonable!” exclaims one.) But improvements are being made. Sue Rahr, the director of Washington state’s police academy, says that cops need to be taught how to talk to people again. “When you approach a situation like RoboCop, you’re going to create hostility that wasn’t there before”. Since 2012, the state’s training has emphasised that people can be persuaded to obey commands, not just forced to. Military-style drills have been ditched. Ms Rahr now serves on a task force created by Barack Obama to spread such ideas.

Sadly, as the Gainesville video shows, not every police force is catching on. And as Ms Rahr admits, if you try to recruit cops by telling them they are social workers, fewer may apply. At least part of the glamour of the job is the promise that you get the chance to use violence against bad people in a way that ordinary civilians never can, except in video games.

Voir aussi:

Protests in Baltimore
It’s chaos
D.K.

The Economist

Apr 28th 2015

BALTIMORE

WHAT is happening tonight in Baltimore is perhaps best described not as a riot but as anarchy. Though there are police lines, there are few protesters or people fighting the police or hurling stones. Indeed, where the police are lined up, the people standing around are mostly taking photos on their phones. Drive a few blocks in any direction, though, and suddenly it feels lawless. Groups of young men, boys really, wearing bandanas and hoodies, stand on street corners next to derelict buildings, staring at anyone passing, and occasionally throwing projectiles at cars. Young women hurry home carrying bags of stolen loot: food, clothes, and bottles of beer and liquor. On the occasional street here and there cars burn freely. Shops, of which there are not many in this abandoned corner of the inner city, are ravaged, their windows smashed, their shelves picked over. Cars hurtle through red lights at high speed, music blaring, boys leaning out of the windows. And everywhere the intense smell of smoke and the buzz of helicopters overhead.

Tonight’s events began, as riots so often have in American history, as a protest. A week ago Freddie Gray, a 25-year-old black man, died in hospital, a week after he collapsed into a coma after being arrested and aggressively bundled into a police van in West Baltimore. Six police officers have been suspended. Today, at Mr Gray’s funeral, 2,000 people gathered in West Baltimore to hear eulogies to the young man. Hundreds of teenagers marched out of high school in protest at police brutality; within hours, a police cruiser had been set on fire. By late afternoon a branch of CVS, a drug store, had been looted and was alight and hundreds of riot cops were massing in West Baltimore. By 8pm, when darkness set, the fires and looting were spreading. Larry Hogan, Maryland’s new Republican governor, soon signed a state-of-emergency declaration. By 11pm the National Guard was being deployed and the city announced a curfew for all residents.

So far, however, the riots seem both enormous and minor. The scale of the destruction is tremendous. But while scores of people have been injured, and shots have been fired, so far, miraculously, nobody seems to have been killed. Baltimore will be damaged, and many of the businesses that have been burned will never reopen. The flow of people who have been moving back to this long-suffering city, gentrifying its more difficult corners, will surely grow thin. But as bleak as it all looks now, in a few years Baltimore, and this night of sudden lawlessness, will once again disappear from the national consciousness.
America’s police kill too many people. How some police forces are trying to change

The bigger problem for Baltimore is that lawnessness is not limited to nights like tonight. As one young woman standing taking photos said to me, West Baltimore is “always like this. Well not like this, but you know, shootings”. This is a city where a young black man is killed almost every day—not by police officers, but by other young black men. The failure of the police in this city is that they cannot enforce the law even at the best of times. At their worst, as the death of Mr Gray seems to suggest, Baltimore’s police are simply another source of the lawlessness.

Voir également:

American politics : Policing in America
What the cops say
D.K.

The Economist

Apr 27th 2015

WASHINGTON, DC

FEW doubt that there is something seriously wrong with policing in America. Far too many people, chiefly young black men, are dying at the hands of police. Every new police scandal invites more hand-wringing over a law-enforcement system that often seems racist and unjust. In Baltimore over the weekend protests over the mysterious death of Freddie Gray, a 25-year old man who died while in police custody in Baltimore on April 19th, turned violent.

Yet few also doubt that most police officers are decent people who “risk their own safety for ours every single day,” as President Barack Obama put it recently. According to one poll, three quarters of people, including a majority of African Americans, say that they approve of the job being done by their local police department. Police officers in general seem to be thought of as decent people doing good work—and yet policing, as a practice, is widely distrusted.
What explains this contradiction?

In the Atlantic, Ta Nehisi Coates argues that part of the reason is simply that police officers are expected to do too much. “At some point, Americans decided that the best answer to every social ill lay in the power of the criminal-justice system,” he writes. “Vexing social problems” such as homelessness, drug use and mental illness are now handled by armed men and women, who are trained to enforce compliance, not offer therapy. “Peel back the layers of most of the recent police shootings that have captured attention and you will find a broad societal problem that we have looked at, thrown our hands up, and said to the criminal-justice system, ‘You deal with this’,” Mr Coates observes. Naturally this creates problems. In New York over the weekend, police officers killed a robbery suspect with a history of mental illness.

I have a lot of sympathy with Mr Coates’s view. Certainly police officers cannot solve social problems. And better regulation of cops and a proliferation of body cameras will not make America’s dark history of racialised oppression go away. But I think Mr Coates’s take—that the problems of American policing are structural and inevitable—is ultimately too pessimistic. It discounts the importance of police training, which can have a big impact on when and how often officers pull the trigger. So it is worth asking whether there is something in particular about America’s policing culture that leads an over-reliance on violence.

In search of an answer, I set out to interview a rough cross-section of American cops. I wanted to know what they think of the debate about policing that has gripped the country since the protests in Ferguson last year. My research led to this piece in the paper. But having transcribed six or seven hours’ worth of interviews with half a dozen cops from police forces across America, I felt I could add a little more. I particularly wanted to get across what ordinary street-level cops think, because their voice seems so absent from much of this debate. (As an aside, line-level cops are generally barred from speaking to the media; the ones I spoke to insisted on their anonymity, including the force they work for.)

My first, inescapable finding is that almost all cops think they get a hard time from the media. As one lieutenant from an urban Midwestern force put it, “it sometimes feels like the only voice you ever hear is criticising you… If you watch the TV news, our good work only gets two seconds. When we do something bad, it gets two minutes.” Another officer, this one a veteran from a north-eastern suburban force, says that he thinks that the media—and the rise of smart-phones—makes policing look worse than it is. “The ten seconds you see of a man being hit with a baton, it looks horrible,” he says, “but you don’t always know what that man was doing. Any use of force looks horrible even if it’s completely necessary.” A third cop says that media coverage of abuses in some places undermines cops everywhere: “The media take one incident and they magnify it to the point where people think that must be all law enforcement and it really hurts officers”.

Second, cops think that the public underestimates the threats to their life—and why the use of force is sometimes necessary. Most of the officers I interviewed say that guns poison policing in America. “They’re literally everywhere,” says one. “And the problem with dealing with guns is that if I’m talking to you and you’ve got a gun, action always beats reaction.” One female street cop points that having to carry a firearm automatically escalates violent situations. “If I take a punch and I’m knocked out, they could take my gun,” she says. “We need to stay a step ahead of them, so we sometimes use a higher-level of force.” Another worries that the fear of being criticised or indicted for using force may make cops put themselves in danger. “I think what’s happening now is that some younger officers are more reluctant to use force and they might lose a tactical advantage and be killed.”

Third, many cops seem to largely agree with Mr Coates’s view that the public have unrealistic expectations of what they can do. One from a Californian force argues that police officers cannot be expected to deal with social problems, like mental illness or drug addiction, without resorting to force. “If the person is not receptive and is not willing to be coherent, all of the training in the world will fail.” Another says that mental illness is a particular problem because cops do not know how to identify it. “Sometimes an officer feels they are left with no other choice to use force and they find out after the fact that the person was bipolar or whatever and they didn’t recognise it.” Cops who are expected to be tough enforcers of the law are not the right people to deal with people who are mentally ill, most concluded—but they have been made so by cuts to other services.

Several of the half a dozen cops I interviewed argued, in one way or another, that if people did not resist arrest, they would not be hurt by police officers. “If somebody is fighting with the police and they end up getting shot, I guarantee you, there is a point where the officer gave lawful orders and you have to stop resisting,” says one. Another argues that people need to get used to cops acting forcefully: “I would say that we need to train the public.” These cops—a significant minority—seemed to suggest that the use of force is always justified when people resist arrest or disobey orders.

Can things be improved? Part of the problem, admitted one officer, is that a narrow focus on criminal behaviour sometimes misses the big picture. “We arrest drug users and dealers and people who do all of these awful things. The problem is that those people don’t always do those things all of the time. They’re also people who are loved by people,” she says. This would seem to strengthen the argument for community policing, whereby officers get to know not just the criminals on their beat but also the business owners, teachers and local families. This approach to law-enforcement, which often involves getting officers out of their cars and on the streets to mingle with the community they are working to protect, can build trust and reduce crime. But many cops in America are deeply sceptical of community policing (“boutique policing”, one called it to me).

Another problem is that officers are often judged according to how many people they arrest, not how many crimes they prevent. “It’s all about numbers now”, laments one suburban cop. “Does an officer spend two shifts working on a burglary or does he go out and write 20 speeding tickets?” There are few incentives for trying to solve problems, explains another:  “The people who get promotions, the people who get specialised jobs, are the people who get arrests.” New ways for assessing performance, with data that measures crime prevention, could encourage new and less violent forms of law enforcement.

It seems to me that the biggest challenge will involve changing America’s police culture. In Britain, and across Europe, police officers also spend a lot of time dealing with mental illness, drug use and the rest of it. But the number of deaths in custody per year across Britain is rarely more than handful. The annual number of people shot and killed by police has, in recent years, typically been zero. Some of this cannot be replicated: Britain is a small country with extremely tight gun-control laws and, as a result, extremely little gun crime. But some of it I think is the result of a better police culture. Since the early 1990s, when the Metropolitan Police in London was accused of being institutionally racist in an official inquiry, police services in Britain have become much more community-oriented. Problems remain, but cops increasingly do think of themselves as performing a social service.

Not all of America’s 18,000 police forces suffer from the same problems, and there are certainly good examples of reform. Still, America’s police forces are largely made up of people who think of themselves as “a thin blue line (wand) ” against the bad guys. Only when that mentality changes will policing really be able to move past these scandals.

Voir encore:

Baltimore Riots Explode Leftist Race Myths

Ben Shapiro

28 Apr 2015

As rioters rushed through the streets of Baltimore, torching police vehicles, looting local stores, and attacking police officers and reporters alike, some intrepid leftists justified the activity.
Marc Lamont Hill stated on MSNBC, “There shouldn’t be calm tonight. I think there can be resistance to oppression, and when resistance occurs, you can’t circumscribe resistance.” He added that the riots should be called “uprisings. The city is not burning because of those protesters. The city is burning because the police killed Freddie Gray.” Sally Kohn of CNN tweeted, “Looting is a real shame. But FAR MORE shameful is pattern of police violence against black community! Perspective, people. #BaltimoreRising.”

Baltimore’s riots have prompted a state of emergency in the city, as well as the calling of the National Guard. But the riots should also demonstrate conclusively that leftist myths about what drives race riots are just that: myths. It turns out that all the excuses given for the riots in Ferguson simply do not apply to the situation in Baltimore.

The “White Police” Myth. As rioters tore up Ferguson last year in the aftermath of the justifiable shooting of Michael Brown by Officer Darren Wilson, media members rushed to explain that the disproportionate whiteness of the police force was to blame. Media outlet after media outlet after media outlet after media outlet blamed the unrest on the failure of the police department to reflect the community. But as of 2010, “Half of the sworn command staff are minorities,” according to the Baltimore Sun. And in Baltimore County, 55 percent of new applicants to the police department are minority, a number the police department has been attempting to boost. Racially reflecting the community, in other words, doesn’t seem to be helping.

The “Evil Police Chief” Myth. In Ferguson, the media targeted as its chosen villain Chief Thomas Jackson, who is white. After the Department of Justice found that the Ferguson Police Department had serious racial problems thanks in part to its disproportionate whiteness, Jackson stepped down. Media found Jackson particularly galling because Jackson released footage of Michael Brown strong-arm robbing a convenience store minutes before his confrontation with Wilson. It is difficult to blame the riots in Baltimore on similar circumstances. The police chief, Anthony Batts, who is black, said in February that crime should be addressed “through social justice as a whole,” and added that “Leadership should be focused not just on crime-fighting, but tackling racism.” He then stated, “When I go to Baltimore, on the East Coast, I’m dealing with 1950s-level black-and-white racism.”

The “Evil Mayor” Myth. As Ferguson burned, media focused in on Ferguson Mayor James Knowles, a white man. They suggested that Knowles didn’t understand his own community thanks to his race, exacerbating racial tensions. He’s currently at risk of recall. The same is not true in Baltimore, where Mayor Stephanie Rawlings-Blake runs the show. Rawlings-Blake, who is black, said a month ago, “To this day, if I go out with a mixed crowd, people are automatically suspicious, questioning: ‘How do you know this person?’ We have a long way to go…Baltimore, like many other cities, still faces the challenges of racism.” As the riots spun out of control, she infamously commented, “It’s a very delicate balancing act, because, while we tried to make sure that they were protected from the cars and the other things that were going on, we also gave those who wished to destroy space to do that as well.” That didn’t stop the riots.

The “Disproportionate White Power Structure Myth.” The nation watched the recent local elections in Ferguson, Missouri, of the City Council with baited breath. That’s because the media suggested that the power structure in Ferguson, being disproportionately white, had somehow contributed to shadowy racism within the city. The Washington Post complained, “while Ferguson is 67 percent black, five of the six council members and the mayor are all white.” Not so in Baltimore, where the nine of the 15 council members are black. The mayor is black. The police chief is black. Baltimore burns anyway.

The “Not Enough Government” Myth. In Ferguson, the media and governmental actors suggested that lack of governmental intervention led to the riots. Education Secretary Arne Duncan wrote an open letter in December 2014 suggesting just that:

We should take away from Ferguson that we need a conversation to rebuild those relationships, throughout the country, and that need is urgent.  It needs to involve everyone – our young people, our parents, our schools, our faith communities, our government officials, and the police.  It needs to happen now.
Lack of government is not the problem in Baltimore. Every single member of the Baltimore City Council is a Democrat. All 15 of them. The mayor is a Democrat. Baltimore has not had a Republican mayor since 1967. The tax rates in Baltimore are astronomical; the city carries the fourth highest tax rate of any city in the nation. The poverty rate within the city is nearly 25 percent. Households in Baltimore earn approximately 56 percent of the overall state average. Crime rates, of course, are out of control.

Modern race riots do not occur because of the supposed white superstructure or a legacy of governmental underservice. They occur because valueless rioters act in valueless ways. Baltimore is evidence that glossing over lack of values with leftist pabulum about social justice doesn’t stop cities from burning.

Ben Shapiro is Senior Editor-At-Large of Breitbart News and author of the new book, The People vs. Barack Obama: The Criminal Case Against The Obama Administration (Threshold Editions, June 10, 2014). He is also Editor-in-Chief of TruthRevolt.org. Follow Ben Shapiro on Twitter @benshapiro.

Voir de plus:

Black and White No Longer

Richard Thompson Ford

The American interest

August 10, 2012

American society is neither post-racial nor stuck fast in a racist past, but fantasies of monolithic racial communities are distorting our national conversation on race and public policy.

African Americans were once united and to some extent even defined by the experiences of slavery, Jim Crow and the quotidian humiliations dealt out by an overtly and habitually racist society. But today overt racism is almost universally condemned, and Americans grow more racially tolerant with each generation. African Americans now occupy some of the nation’s most coveted and prestigious positions. Black culture, once treated with contempt, now produces much of the nation’s most celebrated popular music and many of its most emulated celebrities. Although racism is an enduring feature of American society, for a growing cadre of successful and well-positioned blacks it is more an annoyance than a serious threat to personal well-being. By contrast, today’s poor blacks endure social conditions that are arguably worse than those of the era of Jim Crow-style racism. For members of the black underclass, broken families, malnutrition, joblessness, crime and entanglement with the criminal justice system are endemic and devastating problems; opportunities for upward social mobility are arguably more limited today than at any time since Reconstruction. But is this because of racism, or other institutional deficiencies?

This divergence in experiences and life chances now divides the black community as sharply as the color line once divided Americans. The fracturing of the black community is a challenge to conventional ways of thinking about race, identity and social justice, even as it opens some new possibilities for human flourishing and for a more just society. Although we still typically think in terms of a single black experience, a unified black community and a common black identity, these assumptions ever more starkly spite the facts of daily life. Our failure to come to grips with the new realities of race in America has distorted our analysis of social problems and undermined our efforts to find viable solutions. Increasingly desperate attempts to cling to outdated ideas of racial identity and solidarity have bred a fundamentally dishonest racial conversation that warps individual psychological development and confounds cross-racial understanding.

Police in New York City stopped more than 680,000 people last year; 84 percent were black or Latino. The overwhelming majority (88 percent) of the stops did not result in an arrest.1 For young men in New York’s tougher neighborhoods, police stops are a regular occurrence. One young man told a New York Timesreporter he was stopped more than sixty times before he turned 18 years old.2 And although some officers are courteous in their questioning and respectful in searches, all too often the stops include insults, threats and physically rough treatment. For instance, when two Latino teenagers stopped by police in Queens complained and asked why, the officers shouted expletives and told them to “shut up”: “Say one word and I’m going to make your parents pick you up in jail. You guys are a bunch of immigrants”, one officer barked.

New York’s controversial stop-and-frisk policy is the new face of racial profiling. Of course, police deny that they target people based on race. Instead the stops focus on high-crime neighborhoods (where a disproportionate number of minorities live) or on specific suspect descriptions (a disproportionate number of which specify a minority race). Police also have probable cause to stop and question anyone they reasonably suspect of committing a crime, such as carrying a concealed weapon or narcotics. Many of the reasons police cite for such suspicions are vague, to say the least: “furtive” movements is the most common. Dress and demeanor also certainly play a role. Young men in baggy pants, basketball shoes and hoodie sweatshirts fit the profile, so to speak, although more conventional attire is no guarantee of immunity. There are good reasons to believe that stop-and-frisk policies reduce crime, to the benefit of the disproportionately minority residents of high crime neighborhoods. But there is also no doubt that the costs of the practice fall disproportionately on innocent minorities living in those neighborhoods, a fact of which the courts are increasingly taking notice.3

The face of racial profiling looked very different three years ago, in the summer of 2009, when Harvard Professor Henry Louis Gates Jr. returned home after an overseas trip and found his front door was jammed. He forced it open with the help of his driver. One of Gates’s neighbors saw the men forcing the door and called the police to report a burglary. Cambridge police officer James Crowley responded to the call and demanded (or “asked”, depending on which account of events you believe) that Gates come outside to answer some questions. Gates refused and a confrontation ensued, which ended in Gates being placed under arrest for disorderly conduct. Predictably, many commentators described the incident as a case of “racial profiling”, connecting it to the controversial traffic and pedestrian stop-and-frisk policies that disproportionately affect racial minorities. But the clash between Gates and Crowley was very different in both its causes and its effects than the stops conducted in poor minority neighborhoods by New York police and countless other police departments. Describing them both as instances of “racial profiling”—with the clear implication that the main cause of both encounters is simply police racism—encourages misleading diagnoses of both kinds of incidents.

Race still matters in casual encounters, long-term relationships, job opportunities and run-ins with the law. But increasingly the way race matters differs depending on one’s wealth, social standing, education and acculturation. The once iron law of racism is now a mesh of flexible guidelines, full of loopholes and exceptions. Yet almost everyone—from politicians to civil rights advocates to academic commentators—continues to think of race as a simple trait and racism as a unified phenomenon. Instead of looking with fresh eyes on the new and more complex racial problems of today, we analyze today’s problems using the ideas, diagnoses and prescriptions of the past. So racial disparities in criminal sentencing and incarceration are a “New Jim Crow” and voter ID laws are like “poll taxes.” Not only do we reflexively think of new racial problems as nothing other than subtler versions of old ones, we also think that all racial problems flow from a singular cause: racism. That’s how a police officer responding to a report of a break-in becomes a case of racial profiling.

The Gates case, of course, did not involve “profiling” at all: The police were responding to a call reporting a possible burglary at Gates’s address. Perhaps Officer Crowley assumed the worst because Gates is black, and maybe he would not have sought to arrest a white man under similar circumstances. But that account doesn’t square easily with the fact that Crowley had been hand-picked by a black police commissioner to teach recruits how to avoid racial profiling.

Moreover, it’s well known that many police demand deference and submission from anyone they encounter while on duty and find reasons to arrest those who challenge them, regardless of race. Those who dare to question or disagree with an officer are held “in contempt of cop” according to the common argot among police and civil libertarians. This is a serious civil rights violation: Police are not entitled to arrest anyone who disagrees with them. All too often they do it anyway, but it is very different from racial profiling, and very different from the type of police racism residents of inner-city neighborhoods confront on a regular basis.

The resentment engendered by traffic stop and stop-and-frisk practices stems from the dysfunctional relationship between police and minority communities. Decades of blatant and pervasive racial discrimination, poor urban planning and failed economic and labor policies have left blacks disproportionately jobless and trapped in poor ghettos across the United States. Faced with few opportunities and sustained by few positive role models, disturbing numbers of people in those neighborhoods turn to gangs and crime for money, protection and esteem. Rather than improving those neighborhoods and helping the people who live in them join the prosperous mainstream, we as a society have given the police the dirty job of quarantining them from the rest of us. Frankly, we shouldn’t be surprised if bigots and power-hungry sadists are drawn to a job with such a mandate. Moreover, even otherwise decent, fair-minded officers, faced with the day-to-day task of controlling some of society’s most isolated, desperate and angry populations, might develop some ugly racial generalizations. In a sense, police racism is as much a symptom as a cause of the larger injustices faced by disadvantaged blacks.

As a result, poor blacks living in inner cities suffer numerous tense and humiliating encounters with police, each run-in made worse in turn by the cumulative effect of past run-ins and by the knowledge that any encounter might end in arrest, violence or death. Contrast this with Professor Gates’s world: It would be surprising if he ever had another negative encounter with the police. And that’s not just because the scandal over the Crowley incident will deter racist officers; it’s because Gates doesn’t live in the kind of neighborhood where most police abuses occur, and because he doesn’t demonstrate the demeanor that provokes police suspicion.

In the retelling, the Gates-Crowley confrontation somehow became a social justice parable crossed with 1970s cinéma vérité, with Gates, played by Sidney Poitier, the dignified African American high achiever, who despite his accomplishments and status faces harassment at the hands of a bigoted cop; or, alternatively, Crowley, played by a young Michael Douglas or Clint Eastwood as an honest, plain-spoken and hard-working public servant besieged by mau-mauing opportunists and cowardly, politically correct politicians. But these morally loaded archetypes don’t describe the most serious racial problems.

Most of the people who used the Gates incident as an example of racial profiling did so with the best of intentions. Their hope was that the arrest of an exemplary black man—well-educated, dignified, refined—would dramatize the long-troubled relationship between police and minority communities and the much more severe problem of police abuse suffered by less fortunate blacks. If even a distinguished Harvard Professor suffers from racial profiling, just imagine how bad it must be for the typical black person! But the Gates encounter, while troubling for its own reasons, lacked almost every feature that is distinctively bad about most encounters between poor blacks and police.

In order to confront today’s racial injustices, we need to move beyond the much-too-neat and false equivalences we have inherited from earlier times. We have to confront the fracturing of the black community and question the idea that race in and of itself explains much of what ails our inner cities and the black and brown people who live in them.

When Barack Obama was inaugurated as the nation’s first black President, a surprising number of people believed the day marked the beginnings of a post-racial society. Several racial scandals and a beer summit later, it’s clear that America is post-racial in the same way the milieu of the television show Mad Menis post-modern: We haven’t moved past race, but our relationship to it has become exaggerated and stylized. We experience racial identity—both our own and that of others—at one remove: hypercritical, affected and self-conscious. We are so afraid of complications we sense but don’t fully understand that we yearn for a script of some kind to play our part. From the predictable racial scandals that are a staple of talk radio and television news to the caricatures of black masculinity offered by professional musicians and athletes, today’s race relations are insincere in a profound but mostly accidental way. We are reciting lines written for characters we were supposed to be, wish we were or are afraid of becoming.

Consider rap music, which sells an “authentic” black experience to a largely white audience. The hip hop subculture’s obsession with racial authenticity—the relentless focus on “street cred” and “keepin’ it real”—amounts to overcompensation for what are basically contrived racial performances. Perhaps it’s enough to point out that the supposedly street-hardened hip hop gangsters telling ever grittier tales of black urban life are, in the final analysis, professional entertainers who are well compensated for selling a mystique. It would all be harmless fun, except that too many impressionable young people, particularly young black men, take the show seriously and seek to act out the romance of the urban primitive. As life imitates art, the persona of the black urban hustler effectively produces its own authenticity. If there weren’t legions of young black men living the dangerous and destructive life depicted in gangster rap music before it became the soundtrack of American youth culture, there are now.

So if the characters in the hip hop narrative are not authentic, which characters are? It’s hard to say what counts as “authentically” black on the other side of this funhouse looking glass. It’s hard even to know what the question could mean. Perhaps this disorientation began after the simple idea of biological race was discredited. Thankfully we’ve rejected the one-drop rule, opening up the possibility of mixed racial identities and some degree of individual choice in racial identification. Most sensible people now agree that race is not a simple matter of biological or genetic inheritance. Anyone who attended a decent liberal arts college or four-year university since the early 1980s has been told repeatedly that race is not a simple biological fact but instead a “social construction.”

This new complexity not only has made race relations more fluid; it has also made racial identity much less certain and thereby weakened the boundaries that defined the black community and the bonds that kept it together. It has given rise to the persistent, nagging suspicion that, stripped of its biological foundation, race is simply a pernicious fiction that we should reject outright; but would that make racial solidarity a holdover from an unfortunate chapter of the past that has outlived its usefulness? It is easy to see the benefits of debunking race as a biological fact—much easier, in fact, than to jettison the psychological stability of racial affinities.

In response to these threats to identity and solidarity, many people settled on the idea that racial identity is a question of culture. The black community is defined not by its common blood but by its common norms, practices and beliefs. But increasingly the idea of a “black culture” looks questionable, too: Given the difference between rich and poor, well-educated and culturally deprived, long-suffering descendants of American slaves and recent immigrants from the West Indies and the African continent, there are, as Professor Gates himself once put it, at least “1,000 ways to be black.”

The new consensus seems to be that what joins these discrete and increasingly divergent black communities is the struggle against racism. For instance, the cultural critic Touré insists that, “There is no consensus on what it means to be black and never has been.” But a few sentences later he assumes just such a consensus, writing that “just because someone gets expelled from the race the way, say, Clarence Thomas has doesn’t mean they don’t continue to battle racism on a daily basis, so what does expulsion really mean?”4 Battling racism, then, is the defining and unifying black experience (even if there is no such factual thing as race).

But is it? As late as the 1980s it would have been reasonable to insist that all black people—even the wealthiest and most powerful, suffered from racism “on a daily basis.” But frankly, it’s hard to imagine that in 2012 most wealthy and socially privileged black people—much less an Associate Justice of the Supreme Court—find much in the way of overt racism to battle. When they do encounter racism, it is typically of the subtle, ambiguous and relatively inconsequential variety—mild slights, snubs or concealed contempt. We can be certain that no bigoted potential employer will deny Clarence Thomas a job, no bigot will call him a nigger, no power-hungry police officer will rough him up for sport, no paranoid vigilante will shoot him as he walks home from the convenience store. These kinds of injustices and indignities, once the defining features of the black experience, are now familiar only to a portion of African Americans.

Today’s race relations are a good news, bad news story. The good news is really pretty good: Since the civil rights legislation of the 1960s, life has gotten much better for blacks with the resources, skills and socialization necessary to enter the American mainstream. Racism has consistently and steadily declined, and opportunities for well-educated blacks have expanded even more quickly than a rapidly expanding economy. American racism is in steady decline as the aging white supremacists influenced by Birth of a Nation or Father Coughlin are replaced by a generation raised on The Cosby Show and Oprah Winfrey. Legally enforced segregation is a thing of the past: Today the law prohibits race discrimination by government, employers and landlords. Wall Street banks, white-shoe law firms and ivy-league universities aggressively seek out minority race applicants. For well-educated blacks, acculturated to the norms of the prosperous American mainstream, racism is rarely a serious impediment to success, esteem and well-being. Yes, there are still the vexations caused by petty insults and slights, but for many blacks the once ubiquitous iron law of white supremacy is now an occasional and petty hindrance; the once arrogant and terrifying bigot is little more than a pathetic annoyance; the menacing Jim Crow has been reduced to an irritating mosquito.

The bad news, as already suggested, is that things have actually gotten worse for those blacks without such advantages—just as, by the way, they have gotten worse for whites without the resources, skills, socialization and education to stick to the mainstream. But it has been worse for poor blacks in large part because the exodus of the more successful blacks left poor blacks without economic capital and positive role models. A changing economy shed many of the once plentiful, well-paid, blue-collar jobs. The War on Poverty morphed into a war on the poor: social welfare programs yielded to a “tough love” that slashed benefits and pushed millions into homelessness and abjection, and a zero-tolerance approach to law enforcement led to the incarceration of unprecedented numbers of black men. Many of America’s cities are as racially divided as they were during the era of southern Jim Crow segregation, racial discrimination in employment and housing stubbornly persists, racial stereotypes are a staple of popular culture, and hardly a month goes by without a new race scandal to occupy the intense if fleeting attention of the mass media. Racist cops, prejudiced employers and bigoted landlords seem to have little trouble knowing whom to discriminate against. In these and many other respects racism and race seem as blatant and implacable as ever.

Yet today “racism” does not describe a single attitude or phenomenon but a number of distinct and often unrelated social problems. The joblessness, isolation and despair that afflicts poor blacks in inner-city ghettos is different in kind, not simply degree, from the subtle bigotry, ambiguous slights and “soft” exclusion encountered by black people lucky enough to write books, teach at elite universities or serve as an Associate Justice of the Supreme Court. The success of the blacks who can tell the good news story does not suggest any improvement in the dire circumstances of the blacks who must live out the bad news story. Nor are the benefits of policy reforms designed to help the former group likely to trickle down to the latter group. The idea of a single American black community is an anachronism. Today there are at least two black communities that are joined by a shared history—no small thing—but increasingly divided by lifestyle, values, norms of behavior and life prospects.

Most middle-class blacks of my generation were taught that all blacks are joined in unavoidable struggle against a common enemy and that we had both a personal interest and a moral obligation to keep faith and solidarity with other blacks, especially the less fortunate. “There but for the grace of God go I”, we said whenever a black person suffered an injustice that we had been spared. This ethos had the considerable virtue of encouraging emotional empathy and political solidarity with the less fortunate. But it also encouraged a distorted image of the contemporary racial landscape. It suggested that it is wise and virtuous to emphasize potential racial threats and, conversely, naive and blameworthy to downplay them. And the imperative of solidarity requires us not only to sympathize with other blacks but also to see our social situation as continuous with theirs, to see their plight as our plight and their injuries and deprivations as our own. This keeps our attention relentlessly focused on the perils of life in a racist society and on the victims of that racism. So we effectively define the black experience as one of constant peril and in terms of the suffering of the most disadvantaged, victimized and unfortunate blacks: poor blacks living in violent inner-city neighborhoods, victims of police harassment and brutality, gang members, criminal recidivists.

At best, this is a useful fiction that encourages us to work to improve the plight of the disadvantaged. But at worst it’s a way of staking a claim to sympathy for injuries suffered by other people. Consequently, public policy too often addresses only the problems faced by the most vocal and influential members of minority groups. For instance, preferences for minority-owned businesses and affirmative action in higher education are thought to help “disadvantaged minorities”, but few of the benefits of these policies trickle down to poorly educated and low-skilled minorities. If such policies are to be defended (and I believe many should be), they must be justified in terms of their true effects and their true beneficiaries—not in terms of “the disadvantaged” or “racial justice” generally. Meanwhile, the truly disadvantaged are in desperate need of policies closely tailored to the unique problems they face.

In the 1970s sociologist Nathan Glazer argued that the black experience was best understood in comparison to the experiences of other distinctive ethnic groups in American society, such as the Irish, Italians or Jews.5 Like blacks, these groups were the targets of pervasive discrimination and prejudice, and yet they eventually assimilated into the prosperous mainstream of American society and have largely shed the stigma they bore in the past. With the benefit of civil rights legislation, the hypothesis went, blacks too would take their place in this nation of minorities, and the distinctive stigma of black race—W.E.B. DuBois’s badge of insult—would fade to insignificance. Time has not been kind to this hypothesis. Indeed, some three decades later, Glazer himself repudiated it: “[E]ven after taking account of substantial progress and change, it is borne upon us how continuous, rooted and substantial the difference between African Americans and other Americans remains.”6

But maybe Glazer’s thesis wasn’t mistaken, just incomplete and premature. Today Americans are learning to distinguish between elite blacks, whom they increasingly treat like members of any other ethnic group, and the underclass, whom they continue to treat as a despised and inferior race. By and large, today’s successful blacks are those who assimilate (or, increasingly, those, like the President, who never picked up distinctively black affectations in the first place.) The patterns of speech, posture and dress of the black underclass, according to Glazer, “suggest the possibility of trouble to the dominant caste” and hence can inspire negative reactions in employers and police officers who might react favorably to blacks with more bourgeois cultural styles.

Ironically, the affectations of poor urban blacks are also the coveted indicia of cool young men of all races, thanks to the popularity of black popular music. The style of society’s most stigmatized and underprivileged group sells luxury goods. It’s the soundtrack of choice on haute couture runways, in exclusive clubs and at fashionable parties. The top rap musicians are among the highest paid celebrities in the world and enjoy the lifestyle once reserved for A-list Hollywood stars, captains of industry and European aristocrats.

All this is despite the fact that much of the point of gangsta rap is to suggest trouble to the dominant caste. Rap lyrics chronicle and often glamorize crime, violence and rough treatment of women; the most popular rap artists emphasize their criminal backgrounds in a competition for all-important “street cred”; rap fashion sense is deliberately rough, slouchy and unrefined; and rap artists are responsible for popularizing the playful use of the racial epithet “nigger”, reminding us of an ugly and overt racism that many people would prefer to forget. Rap’s crowning post-racial victory has been to sell this angry countercultural fantasy image to the mainstream. The black elite and even more so the striving middle classes typically avoid any underclass affectations like a disease, but the clothing and speech patterns of gangster rap are studied and emulated in the leafy suburbs of the privileged classes.

To some extent this is the old story of the glamour of the outlaw and the charisma of the troubadour. Just as Al Capone charmed law-abiding citizens nationwide from a Chicago courtroom, so rapper “thugs” seduce the impressionable with ostentatious wealth, swagger and bravado. And just as young men once copied the style and panache of Rat Pack crooners and rock and roll stars, today’s kids want to be like rappers and ballers. Kids look up to Jay-Z and 50 Cent because they’re first-rate entertainers—like Frank Sinatra, Elvis Presley and John Lennon before them.

That’s show business. But for the young person in search of identity and belonging, it creates an environment filled with mixed signals. On the one hand, mainstream authority figures—teachers, parents, police—discourage such affectations. On the other hand, the media sends the opposite message: The affectations of the ghetto are cool, high status and symbols of wealth, prestige and privilege. For blacks, ghetto cool comes with distinctive risks. The focus on “street cred” and authenticity leads the credulous and the impressionable to try to live out the gangsta lifestyle. Indeed, as economist Roland Fryer has shown, young black men self-consciously cultivate the gangsta image because it offers social status and popularity—ironically, “keeping it real” often begins as a contrived affectation, a deliberate put-on.

Here, perhaps, we have an illuminating gloss on the now well-known phenomenon that black students ostracize and ridicule their high-achieving peers for “acting white.” One explanation for this disturbing trend holds that blacks, convinced that discrimination would render their educational accomplishments largely irrelevant, develop an “oppositional culture” in reaction to white racism. A competing explanation, however, is that blacks, aware of the humiliating under-performance of their race, engage in a self-destructive form of “therapeutic alienation” from mainstream white society and its norms. Harvard economist Roland Fryer has offered a new and more convincing explanation, one that focuses on the fracturing of the black community: The “acting white” insult is an embattled group’s implicit strategy for disciplining members most likely to abandon the group.7 As anti-discrimination laws and the decline of racial prejudice opened new opportunities, blacks with educational credentials and acculturation to mainstream norms could find jobs, housing and companionship outside the group. Assimilation and educational achievement effectively send two signals to two different audiences. For employers, landlords and potential neighbors, the message is, “I am a person who is capable and willing to work hard and conform to mainstream expectations—a good employee, tenant or neighbor.” But to the racial group, many of whom are likely to remain stuck in poverty, the message is, “ I am preparing to leave you behind in favor of better opportunities.” The “acting white” insult discourages blacks from investing in the skills and acculturation that will lead to success and esteem in mainstream society by making those skills a mark of shame within the racial group.

Fryer’s account explains some otherwise puzzling features of the “acting white” idea. For instance, the “acting white” problem is most pronounced in raciallyintegrated public schools. This is hard to understand if the problem stems from an oppositional culture or from therapeutic alienation, both of which should be most pronounced among the most desperate and isolated blacks. But it makes perfect sense if the problem stems from the possible defection of talented members of the group, for it’s precisely in integrated settings that the risk of defection is greatest and most apparent.

These phenomena are not subtler versions of some familiar racial injury that finds in roots in slavery or Jim Crow; they are as much the result of the decline of racism as of its persistence. Black gangsta culture is cool in large part because it has been accepted and embraced by the mainstream. Jay-Z and Kanye West can drink champagne in Paris and wear designer clothing in the company of beautiful women because they are popular with a multiracial audience—an audience that barely existed for black artists in mid-century America and that existed only for a highly assimilated and unthreatening few until very recently.

The defining feature of cool is the ability to transgress but remain just inside the mainstream, to threaten but not truly destabilize, to be intriguing and titillating rather than actually menacing. Gangster rap can strike this balance because racism is still prevalent, but also in decline, because the racial stereotype of the black thug is still in circulation, but is less universally believed in and less thoroughly reviled. Also, of course, at some level everyone understands that it’s all for show: The gangsta rapper offers a controlled and domesticated thrill without real danger, like an amusement park roller coaster or a roaring lion in a circus. But for the unfortunate kids who emulate gangster rappers, the delicate balance is thrown off: They are simply threatening and off-putting living embodiments of a still powerful stereotype that gangsta rap helps to perpetuate.

Similarly, the “acting white” slur emerges as a reaction to expanded opportunities for blacks. It’s only when the more successful blacks might be able to leave the less successful behind that there is the need to reinforce distinctive in-group behavior. Even in today’s unfavorable economic climate, blacks with a good education and socialization to mainstream norms have more and better opportunities than ever before. But those who, through bad luck and bad decisions, don’t have these crucial assets don’t want their more impressive peers to abandon them.

This suggests a remarkable opportunity and a serious challenge for American race relations and racial policies.

The opportunity: For the first time in American history, it’s plausible that a solid majority of Americans actually wants a racially just society. Of course there are many serious disagreements about what that would mean and how to achieve it. But the hard-core racists—those who will fight to defend a social hierarchy based on race—are a rapidly dwindling minority. Many have overestimated the significance of Barack Obama’s election as a barometer of race relations, but just as many have underestimated it. Obama’s election does not suggest that racism is a relic of the past, but it does prove that racists no longer have a stranglehold on American politics as they did during the long ascendency of the Republican Party’s “Southern strategy”, which successfully undermined Democrats by associating them with civil rights and racially tinged social welfare policies.

The challenge: The fracturing of the black community means that simple analyses, policies and prescriptions focused on a monolithic evil called “racism” will not do. A black kid stopped and frisked by aggressive police in Queens is facing a largely different problem than a black professor confronting an overzealous cop near Harvard Square. The success and esteem enjoyed by black rappers tells us very little about the reception that the black high school student who mimics them is likely to receive. The typically subtle and ambiguous racism that well educated and acculturated blacks confront is not of a piece with the racial injustices that keep poor blacks caught in a cycle of poverty, isolation and crime.

We need new ideas based on the more complex and varied nature of racial injustice today. These ideas need to confront the specifics of varied forms of racial inequality rather than painting them all with the same broad brush as simple racism and proposing the familiar but often unworkable civil rights solution of prohibiting “discrimination.” For example, if employers shun and police target young black and Latino men who adopt gang-banger fashions and affectations, there are at least two potential solutions. One is to prohibit the predictable reactions of employers and police as forms of racial discrimination. The other is to try to change the social pressures that lead young men to make self-defeating decisions. So far we have only tried the first approach, with limited enthusiasm and even more limited success. Fryer’s analysis suggests that the latter approach, while more arduous, is much more likely to succeed. But of course looking at the problem in terms of the complex social dynamics of an underprivileged group would undercut the simple solidarity narrative that insists all blacks are united by a struggle against a common enemy, and it would pull the rug out from under the comfortable moral story that blames mean-spirited racists for all racial inequality.

It’s harder than ever before to say what it means to be black in America today. Or more precisely, there are many different answers, which have less and less in common with each passing day. For a black community that has long defined itself in terms of the injustices it has suffered collectively, this threatens an identity crisis, even as it promises new freedoms and broadened horizons.

1Julie Dressner and Edwin Martinez, “The Scars of Stop and Frisk”, New York Times, June 12, 2012.

2Dressner and Martinez, “The Scars of Stop and Frisk.”

3Russ Buettner and William Glaberson, “Courts Putting Stop-and-Frisk Policy on Trial”, New York Times, July 10, 2012.

4Touré, Who’s Afraid of Post-Blackness? (Free Press, 2011), p. 24.

5Glazer, Affirmative Discrimination: Ethnic Inequality and Public Policy (Basic Books, 1975).

6Glazer, “In Defense of Preference”, The New Republic, April 6, 1998.

7Fryer, “‘Acting White’: The social price paid by the best and brightest minority students”,Education Next (Winter 2006); Fryer and Paul Torelli, “An Empirical Analysis of ‘Acting White’”,Journal of Public Economics (June 2010).

Richard Thompson Ford is George E. Osborne Professor at Stanford Law School and author of several books, including Rights Gone Wrong: How Law Corrupts the Struggle for Equality and The Race Card: How Bluffing about Bias Makes Race Relations Worse.

 Voir de plus:

Politics
The Myth of Police Reform

The real problem is the belief that all our social problems can be solved with force.

Ta-Nehisi Coates

The Atlantic

Apr 15, 2015

There is a tendency, when examining police shootings, to focus on tactics at the expense of strategy. One interrogates the actions of the officer in the moment trying to discern their mind-state. We ask ourselves, « Were they justified in shooting? » But, in this time of heightened concern around the policing, a more essential question might be, « Were we justified in sending them? » At some point, Americans decided that the best answer to every social ill lay in the power of the criminal-justice system. Vexing social problems—homelessness, drug use, the inability to support one’s children, mental illness—are presently solved by sending in men and women who specialize in inspiring fear and ensuring compliance. Fear and compliance have their place, but it can’t be every place.

When Walter Scott fled from the North Charleston police, he was not merely fleeing Michael Thomas Slager, he was attempting to flee incarceration. He was doing this because we have decided that the criminal-justice system is the best tool for dealing with men who can’t, or won’t, support their children at a level that we deem satisfactory. Peel back the layers of most of the recent police shootings that have captured attention and you will find a broad societal problem that we have looked at, thrown our hands up, and said to the criminal-justice system, « You deal with this. »

Last week I was in Madison, Wisconsin, where I was informed of the killing of Tony Robinson by a police officer. Robinson was high on mushrooms. The police were summoned after he chased a car. The police killed him. A month earlier, I’d been thinking a lot about Anthony Hill, who was mentally ill. One day last month, Hill stripped off his clothes and started jumping off of his balcony. The police were called. They killed him. I can’t see the image of Tamir Rice aimlessly kicking snow outside the Cleveland projects and think of how little we invest in occupying the minds of children. A bored Tamir Rice decided to occupy his time with a airsoft gun. He was killed.

There is of course another way. Was Walter Scott’s malfunctioning third-brake light really worth a police encounter? Should the state repeatedly incarcerate him for not paying child support? Do we really want people trained to fight crime dealing with someone who’s ceased taking medication? Does the presence of a gun really improve the chance of peacefully resolving a drug episode? In this sense, the police—and the idea of police reform—are a symptom of something larger. The idea that all social problems can, and should, be resolved by sheer power is not limited to the police. In Atlanta, a problem that began with the poor state of public schools has now ending by feeding more people into the maw of the carceral state.
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Blue Lives Matter

There are many problems with expecting people trained in crime-fighting to be social workers. In the black community, there is a problem of legitimacy. In his 1953 book The Quest For Community, conservative Robert Nisbet distinguishes between « power » and « authority. » Authority, claims Nisbet, is a matter of relationships, allegiances, and association and is « based ultimately upon the consent of those under it. » Power, on the other hand, is « external » and « based upon force. » Power exists where allegiances have decayed or never existed at all. « Power arises, » writes Nesbit, « only when authority breaks down. »

African Americans, for most of our history, have lived under the power of the criminal-justice system, not its authority. The dominant feature in the relationship between African Americans and their country is plunder, and plunder has made police authority an impossibility, and police power a necessity. The skepticism of Officer Darren Wilson’s account in the shooting of Michael Brown, for instance, emerges out of lack of police authority—which is to say it comes from a belief that the police are as likely to lie as any other citizen. When African American parents give their children « The Talk, » they do not urge them to make no sudden movements in the presence of police out of a profound respect for the democratic ideal, but out of the knowledge that police can, and will, kill them.

But for most Americans, the police—and the criminal-justice system—are figures of authority. The badge does not merely represent rule via lethal force, but rule through consent and legitimacy rooted in nobility. This is why whenever a liberal politician offers even the mildest criticism of the police, they must add that « the majority of officers are good, noble people. » Taken at face value this is not much of a defense—like a restaurant claiming that on most nights, there really are no rats in the dining room. But interpreted less literally the line is not meant to defend police officers, but to communicate the message that the speaker is not questioning police authority, which is to say the authority of our justice system, which is to say—in a democracy—the authority of the people themselves.

Thus it was not surprising, last week, to see that the mayor of North Charleston ordered the use of body cameras for all officers. Body cameras are the least divisive and least invasive step toward reforming the practices of the men and women we permit to kill in our names. Body cameras are helpful in police work, but they are also helpful in avoiding a deeper conversation over what it means to keep whole swaths of America under the power of the justice system, as opposed to the authority of other branches of civil society.

Police officers fight crime. Police officers are neither case-workers, nor teachers, nor mental-health professionals, nor drug counselors. One of the great hallmarks of the past forty years of American domestic policy is a broad disinterest in that difference. The problem of restoring police authority is not really a problem of police authority, but a problem of democratic authority. It is what happens when you decide to solve all your problems with a hammer. To ask, at this late date, why the police seem to have lost their minds is to ask why our hammers are so bad at installing air-conditioners. More it is to ignore the state of the house all around us. A reform that begins with the officer on the beat is not reform at all. It’s avoidance. It’s a continuance of the American preference for considering the actions of bad individuals, as opposed to the function and intention of systems.

Voir de même:

CNN Tonight
April 27, 2015
10:51 p.m. Eastern

MARC LAMONT HILL: No, there shouldn’t be calm tonight. Black people are dying in the streets. They’ve been dying in the streets for months, years, decades, centuries. I think there can be resistance to oppression and when resistance occurs, you can’t circumscribe resistance. You can’t schedule a planned resistance. You can’t tell people where to die in, where to resist, how to resist and how to protest. Now, I think there should be an ethics attached to this, but we have to watch our own ethics and be careful not to get more upset about the destruction of property than the destruction of black bodies and that seems to be to me – to me what’s happening over the last few hours and that’s very troublesome to me. We also have to be very careful about the language we use to talk about this. I’m not calling these people rioters. I’m calling these uprisings and I think it’s an important distinction to make. This is not a riot. There have been uprisings in major cities and smaller cities around this country for the last year because of the violence against black female and male bodies forever and I think that’s what important here. I agree with you, Don. We can’t ignore the fact that the city is burning, but we need to be talking about why it’s burning and not romanticize peace and not romanticize marching as the only way to function. I’m not saying we should be hurting, I’m not saying we should be killing people, but we do have to understand that resistance looks different ways to different people and part of what it means to say black lives matter, is to assert our right to have rage – righteous rage, righteous indignation in the face of state violence and extrajudicial killing. Freddie Gray is dead. That’s why the city is burning and let’s make that clear. It’s not burning because of these protesters. The city is burning because the police killed Freddie Gray and that’s a distinction we have to make.

(….)

JONES: Well, I think he was taking more of an agnostic view that we need to give some space for a range of tactics. I would say – I would disagree. I think we should be showing moral leadership and saying, you know – I keep hearing riots are the language of the unheard. The reality is, in this situation, the voices, at least about police brutality, have been heard. Certainly CNN and other news agencies have been giving space to those voices. So –

LEMON: For hours and hours and hours of coverage daily.

JONES: And so, it’s going to be a tough conversation to have, but I want to say: Yes it is true. Dr. King said riots are the language of the unheard. It is, in fact true, and important that people recognize that the conditions in Baltimore for black teens are worse than conditions for teens in Nigeria. So, the outrage should be of course about the incredible injustice both from the police, but also the economic deprivation and I want to have a conversation. But I do want to be able to draw a line to say that the righteous outrage – we can take a moral position, as a part of this movement. Black lives matter, but you know what? Black jobs matter, and black businesses matter, and black neighborhoods matter and I don’t think it’s appropriate for us to give any kind of suggestion that the destruction of black communities is a positive or can be positive in this context.

(….)

HILL: I’m not saying we should see the destruction of black communities as positive. I’m saying that we can’t have too narrow a perception of what the destruction of black communities mean and it seems we exhausted more of our moral outrage tonight and not the 364 days before tonight. I think we should be strategic in how we riot.

LEMON: Marc, I got to tell you this. I understand – yes, we should be outraged and we get that, we understand that and we devote so much coverage, not only this network, but other networks that I’ve seen, to talk about all of those issues that we’ve seen. We’ve exhausted many times the viewer with that, and we should continue to, but we’re trying to figure out exactly what is leading to what we’re seeing tonight and I agree with Van Jones, we cannot give credence to people who want to go out and burn down buildings and to hurt people.

(….)

HILL: What I’m saying is we can’t pathologize people who, after decades and centuries of police terrorism, have decided to respond in this way and when we use the language of thugs, when we use the language of riots, we make it seem as if it’s this pathological, dysfunctional, counter-productive –

LEMON: I haven’t heard anybody say thugs.

HILL: Are you serious? That’s all I’ve heard stuff.

LEMON: If anyone said thugs on this air, I haven’t heard that. I’ve haven’t heard thugs and that’s not come out of my mouth.

Voir enfin:

San Francisco Giants fans take to streets after World Series win
Reuters

October 30, 2014

SAN FRANCISCO, Oct 30 (Reuters) – Fans of the San Francisco Giants took to the streets to celebrate on Wednesday night after their team won the baseball World Series, topping the Kansas City Royals, but the festivities were marred by raucous fans and fires.

Hundreds, many clad in the team’s orange and black, flooded Valencia Street in San Francisco’s Mission District after the final out in the seventh game of the baseball championship. Some perched themselves on bus stops, while others set off fireworks, hugged, high-fived and cheered with beer and champagne in the middle of the street.

« (Pitcher Madison) Bumgarner blew my mind tonight! » said Beau Adams, a San Francisco native sporting a Giants tattoo.

« The balance of superstition and belief and pride and confidence makes it all come together, » he added.

As the celebrations dragged on late into the night, fans set fires in the streets while others gawked as people took turns jumping over each other. Police, many in riot gear, were out in force and broke up the more unruly demonstrations.

Fans embrace in the Mission district after the San Francisco Giants beat the Kansas City Royals to w …
KTVU, a local television station, reported police made numerous arrests during the night after some threw bottles at officers, but did not provide an exact tally.

The TV station also said two people were shot in the city during the late-night festivities, though it was unclear whether the shooters or the victims were revelers themselves.

Police department officials could not be immediately reached for comment.

The San Francisco Municipal Transportation Agency late Wednesday suspended all bus service in the city due to safety concerns.

It was the eighth World Series title for the Giants, and the third in five seasons after victories in 2010 and 2012.

Bumgarner was named the Most Valuable Player of the World Series after sealing the Giants’ 3-2 game seven victory over the Royals, with five shutout innings of relief.

« I think (Bumgarner) should be president, » said lifelong Giants fan, Nacho Ramone, after the win. (Writing and additional reporting by Curtis Skinner)


Pont des arts: Trop d’amour tue l’amour (Love it to death: Are Paris bridges doomed ?)

14 avril, 2015

Sexual act study (Egon Schiele, 1915)

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https://i0.wp.com/www.pariscine.com/sites/default/files/affiches_us/le-pont-des-arts.jpg
Actor Leonardo DiCaprio visits the iconic Pont des Arts with friendsKim Kardashian and mother at Pont des Arts attaching love lock to the bridge
cadenas Pont des Arts contre-plaqué plexiglas 7
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Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume; il y aura de grands tremblements de terre, et, en divers lieux, des pestes et des famines; il y aura des phénomènes terribles, et de grands signes dans le ciel. (…) Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. Et sur la terre, il y aura de l’angoisse chez les nations qui ne sauront que faire, au bruit de la mer et des flots. Jésus (Luc 21: 10-25)
Comment avons-nous pu vider la mer? (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
Ce sont les enjeux ! Pour faire un monde où chaque enfant de Dieu puisse vivre, ou entrer dans l’obscurité, nous devons soit nous aimer l’un l’autre, soit mourir. Lyndon Johnson (1964)
L’avenir de la biodiversité pour les dix prochains millions d’années sera certainement déterminé dans les cinquante à cent ans à venir par l’activité d’une seule espèce, Homo sapiens, vieille de seulement 200 000 ans. Paul Ehrlich et Robert Pringle
We have on the one side Ukraine, whose situation is not improving; in Israel and Palestine things are getting worse; the disaster the Americans left in Iraq, the atrocities of Islamic state and the problem of Syria. There is war everywhere; we run the risk of committing the same mistakes as before; so without realising it we can get into a world war as if we were sleepwalking. (…) As the years went by I realised that we have the possibility to autodestruct, something that did not exist before: it was said that Nature caused famine, droughts, the responsibility lay elsewhere. For the first time we are responsible, we have the possibility and the capacity to auto-destroy ourselves and we don’t do anything to eliminate this danger. All of this together makes me realise that things are finite, that we don’t have an indefinite amount of time. If we take into account the existence of our planet, we have to recognise that we are guests that spend a short and very determined period in this world and all we leave behind is nuclear waste. Gunter Grass
Les événements qui se déroulent sous nos yeux sont à la fois naturels et culturels, c’est-à-dire qu’ils sont apocalyptiques. Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse. René Girard
Oui, pour moi l’Apocalypse c’est la fin de l’histoire. (…) L’Apocalypse, c’est l’arrivée du royaume de Dieu. Mais on peut penser qu’il y a des « petites ou des demi-apocalypses » ou des crises c’est-à-dire des périodes intermédiaires… (…) Il faut prendre très au sérieux les textes apocalyptiques. Nous ne savons pas si nous sommes à la fin du monde, mais nous sommes dans une période-charnière. Je pense que toutes les grandes expériences chrétiennes des époques-charnières sont inévitablement apocalyptiques dans la mesure où elles rencontrent l’incompréhension des hommes et le fait que cette incompréhension d’une certaine manière est toujours fatale. Je dis qu’elle est toujours fatale, mais en même temps elle ne l’est jamais parce que Dieu reprend toujours les choses et toujours pardonne. (…) Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde : on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! René Girard
Le phénomène est déjà fabuleux en soi. Imaginez un peu : il suffit que vous me regardiez faire une série de gestes simples – remplir un verre d’eau, le porter à mes lèvres, boire -, pour que dans votre cerveau les mêmes zones s’allument, de la même façon que dans mon cerveau à moi, qui accomplis réellement l’action. C’est d’une importance fondamentale pour la psychologie. D’abord, cela rend compte du fait que vous m’avez identifié comme un être humain : si un bras de levier mécanique avait soulevé le verre, votre cerveau n’aurait pas bougé. Il a reflété ce que j’étais en train de faire uniquement parce que je suis humain. Ensuite, cela explique l’empathie. Comme vous comprenez ce que je fais, vous pouvez entrer en empathie avec moi. Vous vous dites : « S’il se sert de l’eau et qu’il boit, c’est qu’il a soif. » Vous comprenez mon intention, donc mon désir. Plus encore : que vous le vouliez ou pas, votre cerveau se met en état de vous faire faire la même chose, de vous donner la même envie. Si je baille, il est très probable que vos neurones miroir vont vous faire bailler – parce que ça n’entraîne aucune conséquence – et que vous allez rire avec moi si je ris, parce que l’empathie va vous y pousser. Cette disposition du cerveau à imiter ce qu’il voit faire explique ainsi l’apprentissage. Mais aussi… la rivalité. Car si ce qu’il voit faire consiste à s’approprier un objet, il souhaite immédiatement faire la même chose, et donc, il devient rival de celui qui s’est approprié l’objet avant lui ! (…) C’est la vérification expérimentale de la théorie du « désir mimétique » de René Girard ! Voilà une théorie basée au départ sur l’analyse de grands textes romanesques, émise par un chercheur en littérature comparée, qui trouve une confirmation neuroscientifique parfaitement objective, du vivant même de celui qui l’a conçue. Un cas unique dans l’histoire des sciences ! (…) Notre désir est toujours mimétique, c’est-à-dire inspiré par, ou copié sur, le désir de l’autre. L’autre me désigne l’objet de mon désir, il devient donc à la fois mon modèle et mon rival. De cette rivalité naît la violence, évacuée collectivement dans le sacré, par le biais de la victime émissaire. (…) On comprend que la théorie du désir mimétique ait suscité de nombreux détracteurs : difficile d’accepter que notre désir ne soit pas original, mais copié sur celui d’un autre. Pr Jean-Michel Oughourlian
Les neurones miroirs sont des neurones qui s’activent, non seulement lorsqu’un individu exécute lui-même une action, mais aussi lorsqu’il regarde un congénère exécuter la même action. On peut dire en quelque sorte que les neurones dans le cerveau de celui/celle qui observe imitent les neurones de la personne observée; de là le qualitatif ‘miroir’ (mirror neurons). C’est un groupe de neurologues italiens, sous la direction de Giacomo Rizzolati (1996), qui a fait cette découverte sur des macaques. Les chercheurs ont remarqué – par hasard – que des neurones (dans la zone F5 du cortex prémoteur) qui étaient activés quand un singe effectuait un mouvement avec but précis (par exemple: saisir un objet) étaient aussi activés quand le même singe observait simplement ce mouvement chez un autre singe ou chez le chercheur, qui donnait l’exemple. Il existe donc dans le cerveau des primates un lien direct entre action et observation. Cette découverte s’est faite d’abord chez des singes, mais l’existence et l’importance des neurones miroirs pour les humains a été confirmée. Dans une recherche toute récente supervisé par Hugo Théoret (Université de Montréal), Shirley Fecteau a montré que le mécanisme des neurones miroirs est actif dans le cerveau immature des petits enfants et que les réseaux de neurones miroirs continuent de se développer dans les stades ultérieurs de l’enfance. Il faut ajouter ici que les savants s’accordent pour dire que ces réseaux sont non seulement plus développés chez les adultes (comparé aux enfants), mais qu’ils sont considérablement plus évolués chez les hommes en général comparé aux autres primates. Simon De Keukelaere
Revenons pour ce faire à notre précédent exemple du cri chez le bébé et observons tout d’abord que sa persistance dans le temps aura d’autant plus de chance de se produire que d’autres bébés se trouveront à proximité. C’est le phénomène bien connu de contagion du cri qui s’observe régulièrement lorsque plusieurs bébés sont rassemblés dans un même espace : pouponnière, crèche, etc. Dans un tel cadre, la hantise des soignants ou des éducateurs est que par ses cris, un bébé mette en émoi tout le groupe car le concert de cris peut alors durer de longues heures avant que la fatigue ne reprenne le dessus et permette un retour au calme toujours précaire. Remarquons que la hantise des responsables de ces tout petits hommes est exactement la même que celle de nos responsables politiques. Depuis la Révolution, ceux-ci ont bien compris que leur pire ennemi étaient les foules humaines solidarisées (prises en masse) dans un même élan acquis par imitation réciproque. Au XIXe siècle, les premières psychologies sociales (cf. Tarde, Le Bon, Sighele, Baldwin, etc.) répondent avant tout au besoin de comprendre (et de contrôler) ces « foules délinquantes » qui renversent l’ordre établi et font les révolutions. Toutes vont converger vers cet aspect fondamental de la psyché humaine qu’est l’imitation. Au XXe siècle, les mouvements fascistes en tireront d’ailleurs de très puissantes stratégies de manipulation des masses. (…) Tels des bébés qui, portés par l’imitation réciproque, se solidarisent dans un cri unanime et se canalisent donc les uns les autres vers une même activité à laquelle ils s’adonnent avec frénésie, de tout leur être, nous sommes dans quasiment tous les aspects de nos vies des êtres soumis aux normes des groupes et des communautés auxquels nous pensons appartenir, en particulier, celles de la société occidentale individualiste qui nous formate à l’idée que nous sommes des êtres rationnels, indépendants, autonomes, doués de libre-arbitre et donc rebelles à toutes les formes d’influence sociale. (…) Les meilleurs amis du monde sont souvent ceux qui, au travers d’un progressif « accordage » de leurs représentations, de leurs goûts et de leurs affects en viennent à être des « alter ego » l’un pour l’autre. Bien sûr, aucun ne cessera de voir ce qui le différencie de l’autre, mais leur proximité, et plus exactement leur similitude sur un grand nombre de points n’échappera pas à l’observateur extérieur. Cette logique d’accrochage automatique des cycles de l’habitude permet de comprendre l’omniprésence des phénomènes du genre il bâille, je bâille, il tousse, je tousse, il boit, j’ai soif, il mange, ça me donne faim, il regarde ici ou là, je regarde ici et là, il a peur, j’angoisse, il est serein, je suis rassuré, etc. (…) Que les choses soient claires : la soumission aux normes n’est jamais qu’un panurgisme, une imitation de la dynamique du troupeau auquel nous pensons appartenir. Manipulations et propagandes n’existent que parce que nous sommes toujours-déjà portés à l’imitation et au suivisme. Luc-Laurent Salvador
Dans « Je t’aime moi non plus » , la phrase importante est « L’amour physique est sans issue » C’est une phrase que je trouve très morale . « Je t »aime » , dit la fille dans un élan de passion et le garçon qui est beaucoup plus rigoureux dit , ne le croyant pas :  » moi non plus » . Parce que l’amour physique ne suffisant point aux passions, il faut s’en référer a d’autres arguments. C’est la chanson la plus morale que j’ai jamais écrite.  Serge Gainsbourg
Rive Gauche à Paris  … Elle va mourir quoi qu’on en dise  … On dirait Jane et Serge sur le pont des Arts … Alain Souchon (2003)
Il y a le Paris de Paramount et le Paris de la MGM, et bien sûr le vrai Paris. Celui de Paramount est le plus parisien de tous. Ernst Lubitsch
The population problem has no technical solution; it requires a fundamental extension in morality. (…)  Rational behavior at the individual level leads to tragic consequences for the community as a whole. Garrett Hardin
Ce point du monde où l’on embrasse à la fois (…) l’Institut, le Louvre, la Cité- et les quais aux bouquins, les Tuileries, la butte latine jusqu’au Panthéon, la Seine jusqu’à la Concorde. Vercors
Je suis sur le pont des Arts à Paris. D’un côté de la Seine on voit la façade harmonieuse et sobre de l’Institut, bâti vers 1670 pour être un collège. Sur l’autre rive, le Louvre, construit depuis le Moyen Âge jusqu’au dix-neuvième siècle : un sommet de l’architecture classique, splendide et équilibré. En amont on voit le haut de Notre-Dame qui n’est peut-être pas la cathédrale la plus attirante, mais sûrement la façade la plus rigoureusement intellectuelle de tout l’art gothique. Les maisons qui longent les quais du fleuve montrent aussi de façon rationnelle et humaine ce que devrait être l’architecture des villes. En face de ces maisons, sous les arbres, s’alignent les boîtes des bouquinistes où des générations d’amateurs ont donné libre cours à ce passe-temps d’homme cultivé : collectionner les livres. Depuis cent cinquante ans, les élèves des Beaux-Arts passent sur ce pont pour aller étudier les chefs-d’œuvres du Louvre ; de retour dans leurs ateliers, ils discutent et rêvent de faire quelque chose qui soit digne de la grande tradition. Et sur ce pont, depuis Henry James, combien de pèlerins venus d’Amérique se sont-ils arrêtés pour respirer le parfum d’une culture aux racines lointaines, conscients de se sentir au centre même de la civilisation. Kenneth Clark (1969)
Behind this, one can glimpse a concept of Kyoto as not a public space, but simply a vast collection of private places. Given this attitude, the Pont des Arts cas was an ideal target since the bridge stood on everyone’s land or – spanning a river – on no land at all. Christoph Brumann (University of Cologne)
De nombreuses explications pour l’origine de cette coutume existent. En Europe de l’ouest, les cadenas apparaissent dans les années 20001. À Rome, la mode des cadenas sur le Pont Milvius a été décrite en 1992 par l’écrivain Federico Moccia dans son roman Trois mètres au-dessus du ciel, devenu très populaire en 2004 et adapté au cinéma la même année2. La mode apparaît clairement à partir de la sortie de la suite du roman, Ho voglia di te (it), et de son adaptation au cinéma, tous deux en 20063. Pour certains, les cadenas d’amour remontent aux années 1980 : à Pécs en Hongrie, sur une grille en fer forgé reliant la mosquée et la cathédrale. Une autre hypothèse en ferait une tradition plus ancienne provenant de Cologne, en Allemagne, où des cadenas sont accrochés à la grille du pont Hohenzollern près de la gare, les amoureux jetant la clef du cadenas dans le Rhin enjambé par le pont. En Serbie, cette tradition existe sur le pont Most Ljubavi depuis la Première Guerre mondiale. Elle est restée peu connue jusqu’à sa description dans le poème Molitva za ljubav (prière pour l’amour) de la célèbre poétesse serbe Desanka Maksimovic pendant la deuxième moitié du XXe siècle. Wikipedia

Mimétisme, quand tu nous tiens …

Prolifération de cadenas, grillages déchirés, plaques de contre-plaqué, plaques de plexiglass, taguages, risques de  chute sur les bateaux-mouches en dessous …

A l’heure où, à force de bonnes intentions à la tête du Monde libre, notre Apprenti sorcier ou Pompier pyromane en chef …

Semble prêt, pour couronner la dernière année de son mandat, à mettre le feu nucléaire partout …

Et un an après la rumeur suite au remplacement d’une de ses grilles …

Du risque d’effondrement d’un des fleurons du Paris romantique …

Sous le poids des cadenas censés sceller l’union de toujours plus d’amoureux du monde (700 000 pour l’ensemble des ponts parisiens et quelque 93 tonnes pour le seul Pont des arts en à peine six ans !) …

Inspirés, comme il se doit,  du Pont Milvio de Rome des héros d’un roman et film italiens …

Comment ne pas voir …

La dimension proprement épidémique de pont en pont à travers l’Europe et bientôt la planète entière …

Qu’est en train de prendre, amour compris, la moindre de nos conduites ?

Mais aussi derrière cette illustration de ce que pionnier de l’écologie moderne …

Le biologiste américain et néo-malthusien Garrett Hardin avait décrit en 1968 comme « tragédie des biens communs » …

Le potentiel proprement apocalyptique, mimétisme oblige, de la plus innocente de nos pratiques …

Où, faute d’une « extension fondamentale de la moralité » (mot codé pour l’Evangile ?) …

L’intérêt individuel de chacun peut à chaque instant et fatalement …

Mettre en danger, jusqu’à la planète elle-même, le bien de tous et de chacun ?

Le pont des Arts en triste état: cadenas cachés, contre-plaqué et plexiglas tagués
Archéologie du futur/archéologie du présent

26 décembre 2014

Une tragédie des biens communs?

Quelques cadenas d’amour sur le Pont des Arts, c’est charmant, beaucoup de cadenas, c’est pas mal mais une colonisation totale du pont, c’est trop. Le poids des cadenas décolle les grilles qui risquent de tomber sur les bateaux. La mairie de Paris a réagi en enlevant des grilles surchargées et en les remplaçant. Tel le tonneau des Danaïdes, le pont se couvre de nouveau lovelocks. Des plaques de contreplaqué posées sur les cadenas empêchent d’en accrocher de nouveau. Peine perdue, il y a toujours un bout de grillage qui dépasse.

La mairie a alors remplacé les grilles par du plexiglas: le plexiglas se couvre de tags et de gribouillis. Actuellement le pont a perdu tout son charme. D’affreuses plaques barbouillés de tags recouvrent les rambardes. On se croirait sur un site abandonné, voué à la destruction où les tagueurs viennent s’exercer loin des regards. Loin des regards? Non. Le pont des Arts est un site touristique très fréquenté, considéré comme romantique par les amoureux poseurs de cadenas qui, par leur nombre, détruisent ce qu’ils aiment.

La destruction esthétique du Pont des Arts pourrait être une illustration de la Tragédie des biens communs: Quand une ressource est accessible à tous, ici l’espace et la vue, elle est vite surexploitée. L’intérêt individuel (moi je veux accrocher mon cadenas) multiplié par des centaines d’amoureux met en danger le bien de tous.

La tragédie des biens communs s’applique plus aux ressources naturelles (pâture, océan) dans un éco-système limité mais ici nous avons un espace limité en libre-accès et un nombre toujours croissant d’utilisateurs.

En ce mois de décembre 2014, le Pont des Arts, en plein centre de Paris, a le charme d’un terrain vague bordé de palissades couvertes de tags peu inspirés. Quelle solution va trouver la Mairie de Paris pour arrêter ce désastre visuel?

Comment dissuader des amoureux venus spécialement pour accrocher leur cadenas et jeter la clé dans la Seine de ne pas le faire. Depuis 2008, ce rite magique s’est répandu sur tous les ponts de Paris et dans beaucoup de capitales à travers le monde. Un tag aujourd’hui disparu disait: « Make love, not lovelocks ». Une bonne idée mais faire l’amour sur le pont au mois de décembre, c’est un peu frisquet. Et la police interviendrait.

La Mairie conseille aux amoureux de faire des selfies devant le pont mais ça ne leur suffit pas. De toute façon le pont est devenu très laid alors des selfies devant du contre-plaqué! Il n’y a de la place que sur les grilles des rampes d’accès au pont. Déjà envahie de cadenas d’amour, elles ne tiendront pas longtemps.

Quant aux vendeurs de cadenas installés sur le pont depuis deux trois ans, ils font grise mine. Encore un petit métier qui se perd. Certains se reconvertissent en vendeurs de marker pour griffonner le bois.

Voir aussi:

Le pont des Arts va-t-il s’écrouler sous le poids des cadenas d’amour?
Aude Deraedt

Libération

14 avril 2014

RÉCIT Le remplacement d’une des grilles de l’édifice a fait naître la rumeur. Les «love locks» qui ont envahi le pont ne sont pas sans poser de problèmes.

La rumeur voudrait que le pont des Arts, trait d’union de bois et de métal entre les Ier et VIe arrondissements de Paris, risque de s’écrouler sous le poids de l’amour. Ou, en d’autres termes, moins poétiques, sous celui des cadenas qui le symbolisent et que les couples accrochent aux rambardes. D’où l’émotion sur les réseaux sociaux suscitée par le retrait d’une des grilles du célèbre pont, jeudi 10 avril.

Une photo du remplacement d’une balustrade aura suffi pour que l’hypothèse d’un retrait de tous les «love locks» du pont des Arts circule sur Twitter.

Rumeur aussitôt démentie par la pose d’un nouveau grillage − déjà assailli par de nouveaux cadenas − ainsi que par la mairie : «A l’heure actuelle, le pont des Arts ne risque pas de s’écrouler. Ce risque ne concerne que les balustrades qui l’entourent.» Chaque grillage mesure environ deux mètres de long. Celui que la mairie a fait retirer la semaine dernière pesait 520 kg.

Mais la balustrade a bel et bien disparu. Et les cadenas avec. Selon la mairie, il s’agit simplement d’un entretien régulier et obligatoire du pont, dont les grilles se déchirent sous le poids des cadenas. «C’est quelque chose qu’on fait tous les ans, explique un employé de la mairie. On vérifie régulièrement que le grillage ne s’arrache pas, ce qui est dangereux pour les yeux des enfants. Cette année, on a déjà remplacé trois ou quatre balustrades.» Au total, 700 000 cadenas auraient envahi les ponts de Paris en seulement six ans. Sur le pont des Arts, leur poids serait de quarante tonnes. Mais que les touristes adeptes des balades en bateau se rassurent, les grilles ne risquent pas de leur dégringoler sur la tête ! «La structure, une croix de Saint-André, empêche le grillage de tomber côté Seine».

Que deviennent les cadenas d’amour ?
Plusieurs centaines de cadenas retirés d’un coup, ça interroge. Surtout lorsqu’il est question de savoir où ils vont atterrir. Et pour découvrir leur nouvel emplacement, c’est un véritable parcours du combattant. Baladés de services en services à la mairie de Paris sans obtenir de réponse précise, nous finirons par comprendre que le sujet est tabou. Ou presque. «On les garde entiers, avant de les stocker dans des entrepôts de la voirie, finit par lâcher un employé. Mais il commence à y en avoir beaucoup. On attend donc qu’une décision soit prise.»

Si la mairie ne semble pas encline à dénuder le pont des Arts, l’attraction touristique ne plaît pas à tous. Un mois avant la Saint-Valentin, deux jeunes New-Yorkaises qui résident à Paris ont mené campagne pour rappeler que cette mode des cadenas, apparue à Paris en 2008, était en train de détruire le caractère historique du pont des Arts. Dans une lettre publiée sur leur blog «No Love Locks», elles ont appelé les candidats à la mairie de Paris à prendre des mesures pour stopper la pose de cadenas. On peut également y trouver une pétition, déjà signée par près de 5 000 personnes.

Les demoiselles new-yorkaises ne sont d’ailleurs pas les seules à avoir tenté de délivrer le pont des Arts de ses cadenas. En 2010 déjà, un étudiant des Beaux-Arts avait pris d’assaut le pont durant la nuit du 11 au 12 mai pour le dénuder. Seule une quarantaine de cadenas était alors parvenue à résister aux lames acérées de ses tenailles. A l’époque, les médias s’interrogeaient. Qu’était-il arrivé aux cadenas ? Ce n’est que quelques mois plus tard, lors d’une exposition aux Beaux-Arts, qu’ils ont découvert la solution de l’énigme : parmi les œuvres exposées, une étrange sculpture rassemblait des centaines de cadenas. Deux ans après les faits, un autre artiste, le plasticien français Loris Gréaud, décide de prendre en otage 130 kg de cadenas. Une fois dérobés, il les fait fondre pour en créer une série de sculptures, Tainted Love. Mais les artistes ne sont pas les seuls à avoir tenté de vider le pont des Arts de ses cadenas. En 2013, de fausses affichettes reproduisant le logo de la mairie de Paris avaient été collées autour du pont. Elles interdisaient la pose de «love lock», sous peine d’une amende de vingt euros.

Des arbres métalliques, la solution de Moscou
Paris n’est pas la seule ville victime du succès de ces cadenas. Florence, Rome, Liverpool ou encore Moscou ont aussi leur lot de «love locks» à gérer. Face au poids de ces messages d’amour, certaines ont même trouvé des solutions ingénieuses pour éviter à leurs ponts ou lampadaires de s’écrouler. C’est le cas de la capitale russe, qui a installé des arbres en métal sur le pont Luzhkov afin d’éviter aux balustrades de s’abîmer.

De leur côté, Rome et Florence ont préféré interdire leur pose, sous peine d’amende. Un exemple vers lequel Paris ne semble pas s’orienter pour le moment. Reste à savoir ce qu’il adviendra des clés de cadenas. Jetées par-dessus le pont des Arts, elles sont de plus en plus nombreuses à tapisser les profondeurs de la Seine.

Voir aussi:

Paris sous les verrous
Marion Mourgue

M le magazine du Monde

14.02.2014

Le jour de la Saint-Valentin, ils sont des centaines à sceller leur amour d’un cadenas sur un pont de la capitale. Un acte « romantique » qui commence à poser des problèmes de sécurité.

A la Saint-Valentin, des couples se sont acheté des fleurs. D’autres se sont offert un « cadenas de l’amour » et l’ont accroché à un pont de Paris – de préférence le pont des Arts, celui de l’Archevêché ou encore la passerelle Léopold-Sédar-Senghor – avant de jeter la clé dans la Seine. Nombre de bouquinistes et de vendeurs à la sauvette profitent de ce nouveau marché où les cadenas se monnaient de 3 à 7 euros.

Mais cette démonstration urbaine de l’amour, qui a investi la capitale à partir de 2008, a pris des proportions telles que les pouvoirs publics s’inquiètent. Accrochés par grappes entières, les cadenas – il y en aurait près de 700 000 sur les ponts, mais aussi sur les lampadaires de la capitale – sont impossibles à déverrouiller. « Le phénomène des cadenas de l’amour a pris de l’ampleur, constate-t-on à l’Hôtel de Ville. Aujourd’hui, quand on considère que le risque est trop important pour la sécurité comme pour la préservation du patrimoine, on fait intervenir les services de la voirie. »

Au pont des Arts, il a ainsi fallu installer des planches en attendant le remplacement d’une grille métallique endommagée par des grappes de cadenas. Ce qui n’est pas surprenant. Ces petits symboles à clé pèseraient plus de 300 kilos par mètre. Ce qui, quand on sait que le pont de l’Archevêché, pris d’assaut par les touristes, mesure 68 mètres, n’est pas anodin. Les services municipaux organisent donc des rondes pour vérifier la sécurité des garde-corps, quand ce ne sont pas des riverains inquiets qui les sollicitent directement.

SECRET-DÉFENSE

Lorsqu’il faut intervenir, les « love locks » sont enlevés d’un bloc, tient à préciser la Mairie, « sans jamais être descellés du grillage » afin – délicate attention – de ne pas rompre le serment des amoureux. La ferraille est ensuite transportée dans un entrepôt de la direction de la voirie et des déplacements, sans que personne sache très bien quoi en faire.

L’opposition dit s’inquiéter des risques accrus que le phénomène fait peser sur la sécurité des Parisiens, et estime que cette accumulation est de plus en plus inesthétique. Il faudrait donc faire place nette. Pour l’instant, cette requête est restée lettre morte. « Il y a une sorte de secret-défense sur ce sujet », déplore Jean-François Legaret, président du groupe UMP au Conseil de Paris. Florence Berthout, candidate UMP dans le 5e arrondissement, propose qu’un lieu aménagé par un artiste soit réservé à ces cadenas. A l’Hôtel de Ville, on préfère laisser le dossier à la prochaine maire.

Grand Paris et petits détours
Des cadenas d’amour et d’autres choses déprimantes…
Sibylle Vincendon

Libération

10 juin 2014

La chute d’un morceau de garde-corps de la passerelle des Arts sous le poids des «cadenas d’amour» a déclenché, chez les autorités municipales, l’envoi d’une équipe pour poser un contreplaqué. Après quoi, Anne Hidalgo, maire de Paris, a dit en substance qu’elle allait étudier avec son premier adjoint Bruno Julliard, la façon d’amener les amoureux de la planète à aller s’accrocher ailleurs.

L’idée de décrocher les cadenas à coup de pince, de le faire régulièrement, et de protéger l’esthétique et la sécurité de la passerelle, voire celle des visiteurs qui passent dessous en bateau, ne semble effleurer personne. Il faut dire que les cadenas sont posés par des touristes. Et que le touriste est devenu l’enfant chéri de Paris. Tels des parents gâteux trouvant délicieuses les sottises de leurs bambins, les élus parisiens regardent les touristes transformer l’élégante passerelle en amas de ferraille. Et constatent avec embarras que les lois de la physique sont plus fortes que le romantisme.

Cet épisode est assez révélateur d’une tournure que prend Paris. Longtemps assez imprévisibles dans leurs qualités d’accueil, les acteurs de l’économie parisienne (commerçants, hôteliers, musées, RATP…) se sont aperçus que le tourisme était un pan majeur de leur économie. Beaucoup de revêches sont devenus aimables. Parfait.

Mais sournoisement, le tourisme n’est plus un aspect de Paris parmi d’autres, c’est son aspect central. On remarquera au passage qu’un vaste espace de l’Hôtel de ville vient d’être transformé en boutique de souvenirs. Il faut croire qu’on en manquait. Mais il faut décrypter d’autres signes.

Prenons l’exemple du Vélib’. Dans son excellent livre, intitulé Le pouvoir de la pédale, mon confrère Olivier Razemon s’interroge sur le coût du Vélib’ pour la puissance publique. Il est considérable. Peut-être sommes-nous, nous Parisiens, trop mal élevés, trop vandales, trop voleurs… Toujours est-il que le remplacement des Vélib’ est un puits sans fond. Rassurons-nous sur notre psychologie: l’échec a été constaté ailleurs, comme à Londres où Barclays ne veut plus payer pour ces pertes.

Face à cet état de fait, la municipalité pourrait engager un débat public sur une réorientation de la politique cyclable, comme un élément d’une politique de déplacements, avec peut-être d’autres systèmes de mise à disposition de vélos. Un truc pour habitants et usagers de Paris. Or, c’est impossible. Le Vélib’, son image, ses produits dérivés, sont présentés comme un élément de l’attractivité de Paris. Indéboulonnable.

Plus généralement, c’est toute la ville qui glisse doucement vers un destin de station balnéaire. Le patron des Galeries Lafayette a beau avoir déclaré qu’il était important que les touristes puissent voir des Parisiennes dans son magasin, l’orientation plein luxe de ses concurrents Le Printemps et le Bon Marché risque d’en attirer de moins en moins. Un grand magasin était un endroit où l’on allait acheter un imperméable parce qu’il y avait un rayon imperméables. Terminé. Il y a un corner Burberry’s. Les grands-mères du VIIe arrondissement allaient au rayon mercerie du Bon Marché. Fini, mamie, débrouille-toi autrement…

Le plus déprimant dans tout ça, c’est que Paris est devenu si attirant que les propriétaires d’appartements préfèrent louer leurs biens à prix d’or aux visiteurs qui ne restent qu’une semaine plutôt que moins cher aux habitants qui resteront toute leur vie. Les élus se sont aperçus avec effroi de cette situation qui leur avait totalement échappé. Depuis, deux ou trois ans, ils agitent la réglementation comme une pauvre menace. Mais la messe est dite. Derrière les cadenas d’amour, la crise du logement. De quoi rester songeur…

Voir encore:

Love locks to be removed from National Carillon footbridge in Canberra
ABC Canberra
2 Feb 2015

Citing public safety concerns, the NCA on Monday announced plans to clear the so-called love locks, from the footbridge connecting Aspen Island, home to Canberra’s National Carillon, to the northern shore of Lake Burley Griffin.

The authority will begin removing locks on Friday and will conduct inspections to make sure no other locks are placed in the future.

Said to have originated in Serbia, love locks are a world-wide phenomenon that can be found on bridges throughout Australia, Europe and the world.

One of the most famous sites is on the Pont Des Arts, outside the Louvre in Paris.

According to tradition, couples engrave their names on a padlock and then attach it to a bridge, before throwing the keys into the water below.

NCA executive director Helen Badger conceded the locks did not pose a public safety risk at the moment, but said the authority had decided to remove them before they became a threat to the structural integrity of the bridge.

« The love locks at the moment don’t cause a problem because of their weight. (But) there is the example in Paris where a bridge has been overweighted by the locks. So for the future, the more locks that are added will add weight to the bridge, » she told 666 ABC Canberra.

« The other problem that we have, is that all the locks are made of different types of metals. The metals cause corrosion on the railings and that then can interfere with the structure of the bridge. »

Authority acknowledges love locks ‘a sensitive issue’

Ms Badger said there were more than 200 love locks at sites across the ACT and that padlocks at other sites under the National Capital Authority’s jurisdiction would also be removed.

Adding a sense of irony to the announcement, the NCA are currently running an unrelated social media campaign titled Love Lake Burley Griffin, encouraging Canberrans to share tips on protecting ACT’s waterways online.

« It’s been a very tough decision but the NCA has had to consider the impact that the locks have on the bridges now and into the future. We haven’t made the decision lightly, » Ms Badger said.

The reaction from Canberrans on social media today was mixed – some were angry and some were ambivalent, while others made light of the news.

Ms Badger said the authority had turned over the idea of offering alternative site for love locks, but no suitable structures had been found.

« If that’s something that is very important to everybody in the future, then maybe that’s something we can look at. But in the short term, that’s not something we’ve considered, » she said.

« We do understand that its a very emotive issue, but we do need to look at the bigger picture. »

Ms Badger said in the future, she hoped love struck Canberrans would their celebrate their relationships by enjoying National Carillon recitals on Aspen Island, instead placing a love lock.

Voir de plus:

10 Awesome Love Locks Locations From Around The World

10 most today
love lock, sometimes known as a love padlock, is a padlock which couples lock to a public object, most often a bridge, to symbolize their love. After the padlock is locked, the key is thrown away, most often to a river or a lake, to symbolize their unbreakable love. Love locks have become more and more popular over the last 20 years and are often treated by the authorities as litter or even vandalism due to the damage they can cause and the cost of removing them
1. Pont des Arts Bridge, Paris, France – The most famous love locks location in the world is located on this pedestrian bridge in Paris, over the river Seine. It is estimated that the weight of the locks on this bridge may reach 93 metric tons! In June 2014, part of the parapet that carries the padlocks collapsed under the weight

Awesome Love Locks Locations: Pont des Arts Bridge, Paris

Awesome Love Locks Locations: Pont des Arts Bridge, Paris

Awesome Love Locks Locations: Pont des Arts Bridge, Paris

Awesome Love Locks Locations: Pont des Arts Bridge, Paris

2. Hohenzollern Bridge, Cologne, Germany – Love locks started appearing on this bridge over the river Rhine in Cologne, in the year 2009

Awesome Love Locks Locations: Hohenzollern Bridge, Cologne

3. N Seoul Tower, Seoul, South Korea – Seven artificial “love trees” were put on the terraces of this tower in Seoul by the tower’s operators. Those artificial trees are capable of holding great weight, especially designed with the padlocks weight on mind. The tower’s operators also provided a “key bin” for the keys, so those won’t be thrown from the tower. The regular fences were also replaced by glass fences so that padlocks couldn’t be locked on the fence itselfAwesome Love Locks Locations: N Seoul Tower, Seoul

4. Vodootvodny Canal, Moscow, Russia – Another artificial “love tree”, this time on a bridge across the Vodootvodny Canal in Moscow. This is just one of many such iron trees

Awesome Love Locks Locations: Vodootvodny Canal, Moscow

5. Mount Huang, China – The fences on Mount Huang in China are packed with love locks. Sweethearts lock their soul together on one of the fences and throw away the key to the valleys below

Awesome Love Locks Locations: Mount Huang, China

6. Most Ljubavi, Vrnjačka Banja, Serbia – Most Ljubavi, meaning “Bridge of Love”, is one of 15 bridges in the town of Vrnjačka Banja, in Serbia. The bridge is a major destination for love padlocks

Awesome Love Locks Locations: Most Ljubavi, Vrnjačka Banja, Serbia

7. Malá Strana district, Prague, Czech RepublicLove padlocks can be found on a pedestrian bridge in the Malá Strana district

Awesome Love Locks Locations: Prague, Czech Republic

8. Ponte Milvio Bridge, Rome, Italy – Love locks are gaining more and more momentum in Italy, and it all started in the Ponte Milvio bridge in Rome. The ritual in Italy is inspired greatly by a fictional event in the popular book “I Want You” by the Italian author Federico Moccia

Awesome Love Locks Locations: Ponte Milvio Bridge, Rome

Awesome Love Locks Locations: Ponte Milvio Bridge, Rome
9. Butchers’ Bridge, Ljubljana, Slovenia – This new pedestrians bridge has started collecting its share of love locks in 2010. The bridge crosses the Ljubljanica river

Awesome Love Locks Locations: Butchers' Bridge, Ljubljana, Slovenia

10. Brooklyn Bridge, NYC, New York, United States –  Many love locks were locked to the Brooklyn Bridge, but they are now being removed due to safety concerns

Awesome Love Locks Locations: Brooklyn Bridge, NYC, New York

Voir par ailleurs:

The Tragedy of the Commons
Garrett Hardin
Science 13

December 1968

The author is professor of biology, University of California, Santa Barbara. This article is based on a presidential address presented before the meeting of the Pacific Division of the American Association for the Advancement of Science at Utah State University, Logan, 25 June 1968.
Abstract
The population problem has no technical solution; it requires a fundamental extension in morality.
At the end of a thoughtful article on the future of nuclear war, Wiesner and York (1) concluded that: « Both sides in the arms race are …confronted by the dilemma of steadily increasing military power and steadily decreasing national security. It is our considered professional judgment that this dilemma has no technical solution. If the great powers continue to look for solutions in the area of science and technology only, the result will be to worsen the situation. »

I would like to focus your attention not on the subject of the article (national security in a nuclear world) but on the kind of conclusion they reached, namely that there is no technical solution to the problem. An implicit and almost universal assumption of discussions published in professional and semipopular scientific journals is that the problem under discussion has a technical solution. A technical solution may be defined as one that requires a change only in the techniques of the natural sciences, demanding little or nothing in the way of change in human values or ideas of morality.

In our day (though not in earlier times) technical solutions are always welcome. Because of previous failures in prophecy, it takes courage to assert that a desired technical solution is not possible. Wiesner and York exhibited this courage; publishing in a science journal, they insisted that the solution to the problem was not to be found in the natural sciences. They cautiously qualified their statement with the phrase, « It is our considered professional judgment… . » Whether they were right or not is not the concern of the present article. Rather, the concern here is with the important concept of a class of human problems which can be called « no technical solution problems, » and, more specifically, with the identification and discussion of one of these.

It is easy to show that the class is not a null class. Recall the game of tick-tack-toe. Consider the problem, « How can I win the game of tick-tack-toe? » It is well known that I cannot, if I assume (in keeping with the conventions of game theory) that my opponent understands the game perfectly. Put another way, there is no « technical solution » to the problem. I can win only by giving a radical meaning to the word « win. » I can hit my opponent over the head; or I can drug him; or I can falsify the records. Every way in which I « win » involves, in some sense, an abandonment of the game, as we intuitively understand it. (I can also, of course, openly abandon the game–refuse to play it. This is what most adults do.)

The class of « No technical solution problems » has members. My thesis is that the « population problem, » as conventionally conceived, is a member of this class. How it is conventionally conceived needs some comment. It is fair to say that most people who anguish over the population problem are trying to find a way to avoid the evils of overpopulation without relinquishing any of the privileges they now enjoy. They think that farming the seas or developing new strains of wheat will solve the problem–technologically. I try to show here that the solution they seek cannot be found. The population problem cannot be solved in a technical way, any more than can the problem of winning the game of tick-tack-toe.

What Shall We Maximize?
Population, as Malthus said, naturally tends to grow « geometrically, » or, as we would now say, exponentially. In a finite world this means that the per capita share of the world’s goods must steadily decrease. Is ours a finite world?

A fair defense can be put forward for the view that the world is infinite; or that we do not know that it is not. But, in terms of the practical problems that we must face in the next few generations with the foreseeable technology, it is clear that we will greatly increase human misery if we do not, during the immediate future, assume that the world available to the terrestrial human population is finite. « Space » is no escape (2).

A finite world can support only a finite population; therefore, population growth must eventually equal zero. (The case of perpetual wide fluctuations above and below zero is a trivial variant that need not be discussed.) When this condition is met, what will be the situation of mankind? Specifically, can Bentham’s goal of « the greatest good for the greatest number » be realized?

No–for two reasons, each sufficient by itself. The first is a theoretical one. It is not mathematically possible to maximize for two (or more) variables at the same time. This was clearly stated by von Neumann and Morgenstern (3), but the principle is implicit in the theory of partial differential equations, dating back at least to D’Alembert (1717-1783).

The second reason springs directly from biological facts. To live, any organism must have a source of energy (for example, food). This energy is utilized for two purposes: mere maintenance and work. For man, maintenance of life requires about 1600 kilocalories a day (« maintenance calories »). Anything that he does over and above merely staying alive will be defined as work, and is supported by « work calories » which he takes in. Work calories are used not only for what we call work in common speech; they are also required for all forms of enjoyment, from swimming and automobile racing to playing music and writing poetry. If our goal is to maximize population it is obvious what we must do: We must make the work calories per person approach as close to zero as possible. No gourmet meals, no vacations, no sports, no music, no literature, no art. … I think that everyone will grant, without argument or proof, that maximizing population does not maximize goods. Bentham’s goal is impossible.

In reaching this conclusion I have made the usual assumption that it is the acquisition of energy that is the problem. The appearance of atomic energy has led some to question this assumption. However, given an infinite source of energy, population growth still produces an inescapable problem. The problem of the acquisition of energy is replaced by the problem of its dissipation, as J. H. Fremlin has so wittily shown (4). The arithmetic signs in the analysis are, as it were, reversed; but Bentham’s goal is still unobtainable.

The optimum population is, then, less than the maximum. The difficulty of defining the optimum is enormous; so far as I know, no one has seriously tackled this problem. Reaching an acceptable and stable solution will surely require more than one generation of hard analytical work–and much persuasion.

We want the maximum good per person; but what is good? To one person it is wilderness, to another it is ski lodges for thousands. To one it is estuaries to nourish ducks for hunters to shoot; to another it is factory land. Comparing one good with another is, we usually say, impossible because goods are incommensurable. Incommensurables cannot be compared.

Theoretically this may be true; but in real life incommensurables are commensurable. Only a criterion of judgment and a system of weighting are needed. In nature the criterion is survival. Is it better for a species to be small and hideable, or large and powerful? Natural selection commensurates the incommensurables. The compromise achieved depends on a natural weighting of the values of the variables.

Man must imitate this process. There is no doubt that in fact he already does, but unconsciously. It is when the hidden decisions are made explicit that the arguments begin. The problem for the years ahead is to work out an acceptable theory of weighting. Synergistic effects, nonlinear variation, and difficulties in discounting the future make the intellectual problem difficult, but not (in principle) insoluble.

Has any cultural group solved this practical problem at the present time, even on an intuitive level? One simple fact proves that none has: there is no prosperous population in the world today that has, and has had for some time, a growth rate of zero. Any people that has intuitively identified its optimum point will soon reach it, after which its growth rate becomes and remains zero.

Of course, a positive growth rate might be taken as evidence that a population is below its optimum. However, by any reasonable standards, the most rapidly growing populations on earth today are (in general) the most miserable. This association (which need not be invariable) casts doubt on the optimistic assumption that the positive growth rate of a population is evidence that it has yet to reach its optimum.

We can make little progress in working toward optimum population size until we explicitly exorcize the spirit of Adam Smith in the field of practical demography. In economic affairs, The Wealth of Nations (1776) popularized the « invisible hand, » the idea that an individual who « intends only his own gain, » is, as it were, « led by an invisible hand to promote . . . the public interest » (5). Adam Smith did not assert that this was invariably true, and perhaps neither did any of his followers. But he contributed to a dominant tendency of thought that has ever since interfered with positive action based on rational analysis, namely, the tendency to assume that decisions reached individually will, in fact, be the best decisions for an entire society. If this assumption is correct it justifies the continuance of our present policy of laissez-faire in reproduction. If it is correct we can assume that men will control their individual fecundity so as to produce the optimum population. If the assumption is not correct, we need to reexamine our individual freedoms to see which ones are defensible.
Tragedy of Freedom in a Commons
The rebuttal to the invisible hand in population control is to be found in a scenario first sketched in a little-known pamphlet (6) in 1833 by a mathematical amateur named William Forster Lloyd (1794-1852). We may well call it « the tragedy of the commons, » using the word « tragedy » as the philosopher Whitehead used it (7): « The essence of dramatic tragedy is not unhappiness. It resides in the solemnity of the remorseless working of things. » He then goes on to say, « This inevitableness of destiny can only be illustrated in terms of human life by incidents which in fact involve unhappiness. For it is only by them that the futility of escape can be made evident in the drama. »

The tragedy of the commons develops in this way. Picture a pasture open to all. It is to be expected that each herdsman will try to keep as many cattle as possible on the commons. Such an arrangement may work reasonably satisfactorily for centuries because tribal wars, poaching, and disease keep the numbers of both man and beast well below the carrying capacity of the land. Finally, however, comes the day of reckoning, that is, the day when the long-desired goal of social stability becomes a reality. At this point, the inherent logic of the commons remorselessly generates tragedy.

As a rational being, each herdsman seeks to maximize his gain. Explicitly or implicitly, more or less consciously, he asks, « What is the utility to me of adding one more animal to my herd? » This utility has one negative and one positive component.

1) The positive component is a function of the increment of one animal. Since the herdsman receives all the proceeds from the sale of the additional animal, the positive utility is nearly +1.

2) The negative component is a function of the additional overgrazing created by one more animal. Since, however, the effects of overgrazing are shared by all the herdsmen, the negative utility for any particular decision-making herdsman is only a fraction of −1.

Adding together the component partial utilities, the rational herdsman concludes that the only sensible course for him to pursue is to add another animal to his herd. And another; and another… But this is the conclusion reached by each and every rational herdsman sharing a commons. Therein is the tragedy. Each man is locked into a system that compels him to increase his herd without limit–in a world that is limited. Ruin is the destination toward which all men rush, each pursuing his own best interest in a society that believes in the freedom of the commons. Freedom in a commons brings ruin to all.

Some would say that this is a platitude. Would that it were! In a sense, it was learned thousands of years ago, but natural selection favors the forces of psychological denial (8). The individual benefits as an individual from his ability to deny the truth even though society as a whole, of which he is a part, suffers.

Education can counteract the natural tendency to do the wrong thing, but the inexorable succession of generations requires that the basis for this knowledge be constantly refreshed.

A simple incident that occurred a few years ago in Leominster, Massachusetts, shows how perishable the knowledge is. During the Christmas shopping season the parking meters downtown were covered with plastic bags that bore tags reading: « Do not open until after Christmas. Free parking courtesy of the mayor and city council. » In other words, facing the prospect of an increased demand for already scarce space. the city fathers reinstituted the system of the commons. (Cynically, we suspect that they gained more votes than they lost by this retrogressive act.)

In an approximate way, the logic of the commons has been understood for a long time, perhaps since the discovery of agriculture or the invention of private property in real estate. But it is understood mostly only in special cases which are not sufficiently generalized. Even at this late date, cattlemen leasing national land on the western ranges demonstrate no more than an ambivalent understanding, in constantly pressuring federal authorities to increase the head count to the point where overgrazing produces erosion and weed-dominance. Likewise, the oceans of the world continue to suffer from the survival of the philosophy of the commons. Maritime nations still respond automatically to the shibboleth of the « freedom of the seas. » Professing to believe in the « inexhaustible resources of the oceans, » they bring species after species of fish and whales closer to extinction (9).

The National Parks present another instance of the working out of the tragedy of the commons. At present, they are open to all, without limit. The parks themselves are limited in extent–there is only one Yosemite Valley–whereas population seems to grow without limit. The values that visitors seek in the parks are steadily eroded. Plainly, we must soon cease to treat the parks as commons or they will be of no value to anyone.

What shall we do? We have several options. We might sell them off as private property. We might keep them as public property, but allocate the right to enter them. The allocation might be on the basis of wealth, by the use of an auction system. It might be on the basis of merit, as defined by some agreed-upon standards. It might be by lottery. Or it might be on a first-come, first-served basis, administered to long queues. These, I think, are all the reasonable possibilities. They are all objectionable. But we must choose–or acquiesce in the destruction of the commons that we call our National Parks.
Pollution
In a reverse way, the tragedy of the commons reappears in problems of pollution. Here it is not a question of taking something out of the commons, but of putting something in–sewage, or chemical, radioactive, and heat wastes into water; noxious and dangerous fumes into the air, and distracting and unpleasant advertising signs into the line of sight. The calculations of utility are much the same as before. The rational man finds that his share of the cost of the wastes he discharges into the commons is less than the cost of purifying his wastes before releasing them. Since this is true for everyone, we are locked into a system of « fouling our own nest, » so long as we behave only as independent, rational, free-enterprisers.

The tragedy of the commons as a food basket is averted by private property, or something formally like it. But the air and waters surrounding us cannot readily be fenced, and so the tragedy of the commons as a cesspool must be prevented by different means, by coercive laws or taxing devices that make it cheaper for the polluter to treat his pollutants than to discharge them untreated. We have not progressed as far with the solution of this problem as we have with the first. Indeed, our particular concept of private property, which deters us from exhausting the positive resources of the earth, favors pollution. The owner of a factory on the bank of a stream–whose property extends to the middle of the stream, often has difficulty seeing why it is not his natural right to muddy the waters flowing past his door. The law, always behind the times, requires elaborate stitching and fitting to adapt it to this newly perceived aspect of the commons.

The pollution problem is a consequence of population. It did not much matter how a lonely American frontiersman disposed of his waste. « Flowing water purifies itself every 10 miles, » my grandfather used to say, and the myth was near enough to the truth when he was a boy, for there were not too many people. But as population became denser, the natural chemical and biological recycling processes became overloaded, calling for a redefinition of property rights.
How To Legislate Temperance?
Analysis of the pollution problem as a function of population density uncovers a not generally recognized principle of morality, namely: the morality of an act is a function of the state of the system at the time it is performed (10). Using the commons as a cesspool does not harm the general public under frontier conditions, because there is no public, the same behavior in a metropolis is unbearable. A hundred and fifty years ago a plainsman could kill an American bison, cut out only the tongue for his dinner, and discard the rest of the animal. He was not in any important sense being wasteful. Today, with only a few thousand bison left, we would be appalled at such behavior.

In passing, it is worth noting that the morality of an act cannot be determined from a photograph. One does not know whether a man killing an elephant or setting fire to the grassland is harming others until one knows the total system in which his act appears. « One picture is worth a thousand words, » said an ancient Chinese; but it may take 10,000 words to validate it. It is as tempting to ecologists as it is to reformers in general to try to persuade others by way of the photographic shortcut. But the essense of an argument cannot be photographed: it must be presented rationally–in words.

That morality is system-sensitive escaped the attention of most codifiers of ethics in the past. « Thou shalt not . . . » is the form of traditional ethical directives which make no allowance for particular circumstances. The laws of our society follow the pattern of ancient ethics, and therefore are poorly suited to governing a complex, crowded, changeable world. Our epicyclic solution is to augment statutory law with administrative law. Since it is practically impossible to spell out all the conditions under which it is safe to burn trash in the back yard or to run an automobile without smog-control, by law we delegate the details to bureaus. The result is administrative law, which is rightly feared for an ancient reason–Quis custodiet ipsos custodes?–« Who shall watch the watchers themselves? » John Adams said that we must have « a government of laws and not men. » Bureau administrators, trying to evaluate the morality of acts in the total system, are singularly liable to corruption, producing a government by men, not laws.

Prohibition is easy to legislate (though not necessarily to enforce); but how do we legislate temperance? Experience indicates that it can be accomplished best through the mediation of administrative law. We limit possibilities unnecessarily if we suppose that the sentiment of Quis custodiet denies us the use of administrative law. We should rather retain the phrase as a perpetual reminder of fearful dangers we cannot avoid. The great challenge facing us now is to invent the corrective feedbacks that are needed to keep custodians honest. We must find ways to legitimate the needed authority of both the custodians and the corrective feedbacks.
Freedom To Breed Is Intolerable
The tragedy of the commons is involved in population problems in another way. In a world governed solely by the principle of « dog eat dog »–if indeed there ever was such a world–how many children a family had would not be a matter of public concern. Parents who bred too exuberantly would leave fewer descendants, not more, because they would be unable to care adequately for their children. David Lack and others have found that such a negative feedback demonstrably controls the fecundity of birds (11). But men are not birds, and have not acted like them for millenniums, at least.

If each human family were dependent only on its own resources; if the children of improvident parents starved to death; if, thus, overbreeding brought its own « punishment » to the germ line–then there would be no public interest in controlling the breeding of families. But our society is deeply committed to the welfare state (12), and hence is confronted with another aspect of the tragedy of the commons.

In a welfare state, how shall we deal with the family, the religion, the race, or the class (or indeed any distinguishable and cohesive group) that adopts overbreeding as a policy to secure its own aggrandizement (13)? To couple the concept of freedom to breed with the belief that everyone born has an equal right to the commons is to lock the world into a tragic course of action.

Unfortunately this is just the course of action that is being pursued by the United Nations. In late 1967, some 30 nations agreed to the following (14): The Universal Declaration of Human Rights describes the family as the natural and fundamental unit of society. It follows that any choice and decision with regard to the size of the family must irrevocably rest with the family itself, and cannot be made by anyone else.

It is painful to have to deny categorically the validity of this right; denying it, one feels as uncomfortable as a resident of Salem, Massachusetts, who denied the reality of witches in the 17th century. At the present time, in liberal quarters, something like a taboo acts to inhibit criticism of the United Nations. There is a feeling that the United Nations is « our last and best hope, » that we shouldn’t find fault with it; we shouldn’t play into the hands of the archconservatives. However, let us not forget what Robert Louis Stevenson said: « The truth that is suppressed by friends is the readiest weapon of the enemy. » If we love the truth we must openly deny the validity of the Universal Declaration of Human Rights, even though it is promoted by the United Nations. We should also join with Kingsley Davis (15) in attempting to get Planned Parenthood-World Population to see the error of its ways in embracing the same tragic ideal.
Conscience Is Self-Eliminating
It is a mistake to think that we can control the breeding of mankind in the long run by an appeal to conscience. Charles Galton Darwin made this point when he spoke on the centennial of the publication of his grandfather’s great book. The argument is straightforward and Darwinian.

People vary. Confronted with appeals to limit breeding, some people will undoubtedly respond to the plea more than others. Those who have more children will produce a larger fraction of the next generation than those with more susceptible consciences. The difference will be accentuated, generation by generation.

In C. G. Darwin’s words: « It may well be that it would take hundreds of generations for the progenitive instinct to develop in this way, but if it should do so, nature would have taken her revenge, and the variety Homo contracipiens would become extinct and would be replaced by the variety Homo progenitivus » (16).

The argument assumes that conscience or the desire for children (no matter which) is hereditary–but hereditary only in the most general formal sense. The result will be the same whether the attitude is transmitted through germ cells, or exosomatically, to use A. J. Lotka’s term. (If one denies the latter possibility as well as the former, then what’s the point of education?) The argument has here been stated in the context of the population problem, but it applies equally well to any instance in which society appeals to an individual exploiting a commons to restrain himself for the general good–by means of his conscience. To make such an appeal is to set up a selective system that works toward the elimination of conscience from the race.
Pathogenic Effects of Conscience
The long-term disadvantage of an appeal to conscience should be enough to condemn it; but has serious short-term disadvantages as well. If we ask a man who is exploiting a commons to desist « in the name of conscience, » what are we saying to him? What does he hear? –not only at the moment but also in the wee small hours of the night when, half asleep, he remembers not merely the words we used but also the nonverbal communication cues we gave him unawares? Sooner or later, consciously or subconsciously, he senses that he has received two communications, and that they are contradictory: (i) (intended communication) « If you don’t do as we ask, we will openly condemn you for not acting like a responsible citizen »; (ii) (the unintended communication) « If you do behave as we ask, we will secretly condemn you for a simpleton who can be shamed into standing aside while the rest of us exploit the commons. »

Everyman then is caught in what Bateson has called a « double bind. » Bateson and his co-workers have made a plausible case for viewing the double bind as an important causative factor in the genesis of schizophrenia (17). The double bind may not always be so damaging, but it always endangers the mental health of anyone to whom it is applied. « A bad conscience, » said Nietzsche, « is a kind of illness. »

To conjure up a conscience in others is tempting to anyone who wishes to extend his control beyond the legal limits. Leaders at the highest level succumb to this temptation. Has any President during the past generation failed to call on labor unions to moderate voluntarily their demands for higher wages, or to steel companies to honor voluntary guidelines on prices? I can recall none. The rhetoric used on such occasions is designed to produce feelings of guilt in noncooperators.

For centuries it was assumed without proof that guilt was a valuable, perhaps even an indispensable, ingredient of the civilized life. Now, in this post-Freudian world, we doubt it.

Paul Goodman speaks from the modern point of view when he says: « No good has ever come from feeling guilty, neither intelligence, policy, nor compassion. The guilty do not pay attention to the object but only to themselves, and not even to their own interests, which might make sense, but to their anxieties » (18).

One does not have to be a professional psychiatrist to see the consequences of anxiety. We in the Western world are just emerging from a dreadful two-centuries-long Dark Ages of Eros that was sustained partly by prohibition laws, but perhaps more effectively by the anxiety-generating mechanism of education. Alex Comfort has told the story well in The Anxiety Makers (19); it is not a pretty one.

Since proof is difficult, we may even concede that the results of anxiety may sometimes, from certain points of view, be desirable. The larger question we should ask is whether, as a matter of policy, we should ever encourage the use of a technique the tendency (if not the intention) of which is psychologically pathogenic. We hear much talk these days of responsible parenthood; the coupled words are incorporated into the titles of some organizations devoted to birth control. Some people have proposed massive propaganda campaigns to instill responsibility into the nation’s (or the world’s) breeders. But what is the meaning of the word responsibility in this context? Is it not merely a synonym for the word conscience? When we use the word responsibility in the absence of substantial sanctions are we not trying to browbeat a free man in a commons into acting against his own interest? Responsibility is a verbal counterfeit for a substantial quid pro quo. It is an attempt to get something for nothing.

If the word responsibility is to be used at all, I suggest that it be in the sense Charles Frankel uses it (20). « Responsibility, » says this philosopher, « is the product of definite social arrangements. » Notice that Frankel calls for social arrangements–not propaganda.
Mutual Coercion Mutually Agreed upon
The social arrangements that produce responsibility are arrangements that create coercion, of some sort. Consider bank-robbing. The man who takes money from a bank acts as if the bank were a commons. How do we prevent such action? Certainly not by trying to control his behavior solely by a verbal appeal to his sense of responsibility. Rather than rely on propaganda we follow Frankel’s lead and insist that a bank is not a commons; we seek the definite social arrangements that will keep it from becoming a commons. That we thereby infringe on the freedom of would-be robbers we neither deny nor regret.

The morality of bank-robbing is particularly easy to understand because we accept complete prohibition of this activity. We are willing to say « Thou shalt not rob banks, » without providing for exceptions. But temperance also can be created by coercion. Taxing is a good coercive device. To keep downtown shoppers temperate in their use of parking space we introduce parking meters for short periods, and traffic fines for longer ones. We need not actually forbid a citizen to park as long as he wants to; we need merely make it increasingly expensive for him to do so. Not prohibition, but carefully biased options are what we offer him. A Madison Avenue man might call this persuasion; I prefer the greater candor of the word coercion.

Coercion is a dirty word to most liberals now, but it need not forever be so. As with the four-letter words, its dirtiness can be cleansed away by exposure to the light, by saying it over and over without apology or embarrassment. To many, the word coercion implies arbitrary decisions of distant and irresponsible bureaucrats; but this is not a necessary part of its meaning. The only kind of coercion I recommend is mutual coercion, mutually agreed upon by the majority of the people affected.

To say that we mutually agree to coercion is not to say that we are required to enjoy it, or even to pretend we enjoy it. Who enjoys taxes? We all grumble about them. But we accept compulsory taxes because we recognize that voluntary taxes would favor the conscienceless. We institute and (grumblingly) support taxes and other coercive devices to escape the horror of the commons.

An alternative to the commons need not be perfectly just to be preferable. With real estate and other material goods, the alternative we have chosen is the institution of private property coupled with legal inheritance. Is this system perfectly just? As a genetically trained biologist I deny that it is. It seems to me that, if there are to be differences in individual inheritance, legal possession should be perfectly correlated with biological inheritance–that those who are biologically more fit to be the custodians of property and power should legally inherit more. But genetic recombination continually makes a mockery of the doctrine of « like father, like son » implicit in our laws of legal inheritance. An idiot can inherit millions, and a trust fund can keep his estate intact. We must admit that our legal system of private property plus inheritance is unjust–but we put up with it because we are not convinced, at the moment, that anyone has invented a better system. The alternative of the commons is too horrifying to contemplate. Injustice is preferable to total ruin.

It is one of the peculiarities of the warfare between reform and the status quo that it is thoughtlessly governed by a double standard. Whenever a reform measure is proposed it is often defeated when its opponents triumphantly discover a flaw in it. As Kingsley Davis has pointed out (21), worshippers of the status quo sometimes imply that no reform is possible without unanimous agreement, an implication contrary to historical fact. As nearly as I can make out, automatic rejection of proposed reforms is based on one of two unconscious assumptions: (i) that the status quo is perfect; or (ii) that the choice we face is between reform and no action; if the proposed reform is imperfect, we presumably should take no action at all, while we wait for a perfect proposal.

But we can never do nothing. That which we have done for thousands of years is also action. It also produces evils. Once we are aware that the status quo is action, we can then compare its discoverable advantages and disadvantages with the predicted advantages and disadvantages of the proposed reform, discounting as best we can for our lack of experience. On the basis of such a comparison, we can make a rational decision which will not involve the unworkable assumption that only perfect systems are tolerable.
Recognition of Necessity
Perhaps the simplest summary of this analysis of man’s population problems is this: the commons, if justifiable at all, is justifiable only under conditions of low-population density. As the human population has increased, the commons has had to be abandoned in one aspect after another.

First we abandoned the commons in food gathering, enclosing farm land and restricting pastures and hunting and fishing areas. These restrictions are still not complete throughout the world.

Somewhat later we saw that the commons as a place for waste disposal would also have to be abandoned. Restrictions on the disposal of domestic sewage are widely accepted in the Western world; we are still struggling to close the commons to pollution by automobiles, factories, insecticide sprayers, fertilizing operations, and atomic energy installations.

In a still more embryonic state is our recognition of the evils of the commons in matters of pleasure. There is almost no restriction on the propagation of sound waves in the public medium. The shopping public is assaulted with mindless music, without its consent. Our government is paying out billions of dollars to create supersonic transport which will disturb 50,000 people for every one person who is whisked from coast to coast 3 hours faster. Advertisers muddy the airwaves of radio and television and pollute the view of travelers. We are a long way from outlawing the commons in matters of pleasure. Is this because our Puritan inheritance makes us view pleasure as something of a sin, and pain (that is, the pollution of advertising) as the sign of virtue?

Every new enclosure of the commons involves the infringement of somebody’s personal liberty. Infringements made in the distant past are accepted because no contemporary complains of a loss. It is the newly proposed infringements that we vigorously oppose; cries of « rights » and « freedom » fill the air. But what does « freedom » mean? When men mutually agreed to pass laws against robbing, mankind became more free, not less so. Individuals locked into the logic of the commons are free only to bring on universal ruin once they see the necessity of mutual coercion, they become free to pursue other goals. I believe it was Hegel who said, « Freedom is the recognition of necessity. »

The most important aspect of necessity that we must now recognize, is the necessity of abandoning the commons in breeding. No technical solution can rescue us from the misery of overpopulation. Freedom to breed will bring ruin to all. At the moment, to avoid hard decisions many of us are tempted to propagandize for conscience and responsible parenthood. The temptation must be resisted, because an appeal to independently acting consciences selects for the disappearance of all conscience in the long run, and an increase in anxiety in the short.

The only way we can preserve and nurture other and more precious freedoms is by relinquishing the freedom to breed, and that very soon. « Freedom is the recognition of necessity »–and it is the role of education to reveal to all the necessity of abandoning the freedom to breed. Only so, can we put an end to this aspect of the tragedy of the commons.
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Garrett James Hardin: Ecologist, Educator, Ethicist and Environmentalist
Tribute to Garrett Hardin
Carl Jay Bajerna, Grand Valley State University
Originally published in Festschrift in Honor of Dr. Garrett Hardin
Population and Environment: A Journal of Interdisciplinary Studies Volume 12, Number 3, Spring 1991
Copyright 1991 Human Sciences Press, Inc.

« The population problem has no technical solution: It requires a fundamental extension in morality”-Garrett Hardin

This is the conclusion that Professor Hardin reached in his now classic 1968 « Tragedy of the Commons » presidential address at the meeting of the Pacific Division of the American Association for the Advancement of Science. What led Dr. Hardin to reject the traditional scientific belief that the population problem, like all problems, has a strictly technical solution?

What is it about political systems for distributing the benefits and costs of using resources that can and frequently has led to ecological and thus human tragedy? What extension in morality does Garrett Hardin consider to be necessary if we are to minimize such tragic outcomes in the future?

It is appropriate that we honor Garrett James Hardin on his 75th birthday by reviewing the ecological problems with which he has grappled over so much of his lifetime. We will spend some time analyzing the important intellectual journey that led him to develop and advocate the logic he used in his 1968 paper, « Tragedy of the Commons, » continuing unto his subsequent efforts to more completely develop the logic for the ecological ethics that we human beings need if we are to « survive with dignity. »
GROWING UP IN THE MIDWEST
Garrett James Hardin was born April 21, 1915 in Dallas, TX. Looking back, Garrett viewed frequent family moves within the midwest and summers on his grandfather’s Missouri farm as an advantage, as he « grew up an unconscious and natural anthropologist in my own culture » (Hardin, 1989).

Garrett contracted polio at age four, which left him a shortened and weakened right leg and ruled out three occupations he seriously considered entering while growing up–those of salesman, actor, and field geologist. Through reading Popular Science he developed an interest in science which withstood a close-to-disastrous experience with classroom science (Hardin, 1982b). During high school he enjoyed public speaking, drama and math.
STUDYING AT THE UNIVERSITY OF CHICAGO
Garrett Hardin was a bright student, earning three college scholarships. In the fall of 1932 he began attending two colleges-the University of Chicago in the daytime and the drama program at Chicago Musical College during the evening. The demands of being a good student at the University of Chicago soon led him to give up the night classes and his ambition of becoming a drama director.

Following his older brother’s advice, « If you hear a good teacher, take his course or sit in on it, no matter what the subject, » Garrett took a course from J. Harland Bretz, a geology professor who taught by the Socratic method. Garrett Hardin would have become a geologist if it had not required so much hiking. Fortunately, his freshman biology also was well taught and by the end of his sophomore year he decided to major in biology (Hardin, 1982a, p. 2-9).

The ecologist W. C. Allee became Hardin’s faculty advisor and introduced him to concepts of population growth and its ecological limits. A course in evolution taught by Sewall Wright emphasized the interaction of chance effects and selection. Population growth experiments involving protozoa and especially Raymond Pearl’s studies of the effect of culture medium on population growth led, after graduation in 1936, to a research assistantship at Stanford University for graduate work on the microbial ecology of single-celled protozoans.

LIFE AT STANFORD AND THE CARNEGIE INSTITUTION
Two individuals played an important role in Garrett Hardin’s graduate education at Stanford University. Garrett took George Beadle’s course in genetics, becoming his teaching assistant, and C. V. Van Niels’ course at the marine biology station. Van Niel used the Socratic method, which influenced Garrett’s own later teaching style.

Garrett Hardin received his Ph.D. from Stanford University in 1942. He then accepted a position at the Carnegie Institution where his knowledge of microbial ecology was applied to culturing algae for food. Garrett worked at the Carnegie Institution for four years but his heart was not in the business of trying to just temporarily solve population problems by increasing supplies. Garrett had learned Malthusian population theory from W. C. Allee: the ultimate solution has to involve decreasing the demand on supplies (Hardin, 19821)).

LIFE AS AN EDUCATOR
Dr. Hardin joined the biology department at the new University of California at Santa Barbara in 1946. There, he abandoned his research with protozoan cultures in the face of the heavy teaching load and lack of any research space, writing instead an introductory college biology textbook for W. H. Freeman & Co.

The first edition of Hardin’s classic text, Biology: Its Principles and Implication (1952; 1961; 1966) was published in 1949 under the original title, Biology: It’s Human Implication. The text broke new ground by presenting biology through the teaching of the scientific method, i.e. the process by which theories are constructed, scientifically tested and evaluated. In Philosophy of Teaching, John Passmore (1980, p. 99, 106) referred to this textbook as exemplifying the ideal of teaching science as a process rather than an encyclopedic collection of facts.

The Biological Sciences Curriculum Study (BSCS) was organized in 1960 to improve science education in biology at the secondary level, and Dr. Hardin became a member of its Board of Directors. In 1989 Joseph McInerney, then President of the National Association of Biology Teachers and current Executive Director of the BSCS, in accepting the Association’s award for distinguished service, acknowledged Garrett Hardin as one of those scientists who greatly influenced him.
Soon after coming to Santa Barbara, Hardin happened on the works of linguist Benjamin Lee Whorf. Whorf’s work on the ambiguity of language played a decisive role in Garrett’s intellectual journey to becoming a critical thinker and a writer whose goal was « to make the ideas of others clear, both to students and to the general public » (Hardin, 1973, p. x).

Dr. Hardin has become one of the leading popularizers of the modern scientific understanding of biology and its scientific and moral implications for human beings. Through his lectures and writings, Garrett has forced more people to think about taboo subjects in biology than any other living biologist. Professor Garrett Hardin deserves to be honored if for no other reason than accomplishing this difficult task.

Filters Against Folly, Dr. Hardin’s most recent book, contains his proposals for developing critical thinking skills that will enable us to survive « despite economists, ecologists and the merely eloquent. » Professor Hardin identifies three major filters against folly that can be used to guard against the blindness, short-sightedness, or sheer idiocy that so often comes disguised as eloquence or expertise.

The literacy filter, « the ability to understand what words really mean, » can be used to understand how language is used not only to promote thought but to prevent it. While his discussion of the « verbal diarrhea » or the merely eloquent and the misuse of poetic license is fascinating, it is Hardin’s discussion of the use of such discussion-stoppers as « infinite, » « inexhaustible, » « non-negotiable, » « self-evident, » « must » and « imperative » to preempt analysis that is most revealing. Hardin also asks why talk is always about shortages of supply rather than longages of demand or of people. He concludes that it is in large part due to the fact that virtually no one individually profits from supplying less.

In a moment of frustration Mark Twain is reported to have shouted, « There are lies, damned lies and statistics! » In a world where people are very numerous and where many people use numbers to convince others to behave in certain ways, a responsible citizen has no choice but to become numerate as well as literate. The numeracy filter involves the ability to measure and interpret quantities, proportions and rates. Hardin points out that human beings have all too often learned how to use the resources of literacy to hide numbers and the need for numerate analyses. He draws attention to the problems created by always thinking solely in terms of dichotomies (safe vs. unsafe, pure vs. unpure) rather than in terms of relative risks and benefits. Quantities, ratios, rates and duration of time all matter. Professor Hardin also discusses the limitations of numeracy: an accurate mathematical analysis does not compensate for flawed premises.

Professor Hardin is at his best discussing the ecolacy filter because he has spent the last forty years studying ecology and evolution and their bioethical dimensions. A more comprehensive development of « ecolacy » – the ability to pursue the question AND THEN WHAT? so that the effects of interactions of systems over time can be taken into account-is necessary if we are not to fall victim to the forces we unleash and are unwilling or unable to control. Engineering mentality which too often thinks in terms of a single cause and a single effect needs to be replaced by the ecolacy filter, which takes into account real interactions including effects that affect their causes (feedback loops).

In this age of increasing concern over how to better develop critical thinking skills, one must go beyond the three R’s. We need the skills to use effectively the three intellectual filters of literacy, numeracy and ecolacy. There is no better place to start than the paperback edition of Professor Hardin’s book Filters Against Folly.

POPULARIZING ADAPTIVE EVOLUTION BY SELECTION THEORY
Professor Hardin’s major contribution to human ecology has been application of the Darwinian theory of selection to ongoing human genetic and cultural evolution. Hardin has worked hard at persuading fellow humans that evolution by selection is unavoidable, and that the implications for human interactions with each other and with the rest of the environment should be explored.

Nature and Man’s Fate. Dr. Hardin’s first major attempt to bring the reading public abreast of current thought in evolutionary theory and to show them its implications for the future was published as Nature and Man’s Fate (Hardin, 1959). Here he wrestled with Malthusian population theory and Darwinian selection theory, expanding on ideas initially learned from the ecologist W. C. Allee and the evolutionary biologist Sewall Wright.

Professor Hardin wrote in the Prologue to Nature and Man’s Fate that:

It doesn’t much matter whether you think man was created out of the dust six thousand years ago or came from the apes a million years earlier; whether the story of Noah’s Ark is true, or dinosaurs once lived. Believe what you will of evolution in the past; but you had jolly well better believe it will take place in the future if you hope to make political decisions that will give your descendants a reasonable chance to exist. The principles of evolution are inescapably relevant to the analysis of man’s predicament (pp, vii-viii).
He continued:
To understand the present we must know the past. With John Maynard Keynes I believe that a « study of the history of opinion is a necessary preliminary to the emancipation of the mind » (p. ix).
Nature and Man’s Fate draws attention to the important fact that progress in science is in large part a process of error and detection of error. The book focuses on the inescapability of competition-driven selection – the foundation of the modern evolutionary synthesis and of Hardin’s analysis of evolution and its implications for human beings.

Essays such as « In Praise of Waste, » « Liberalism and the Spectre of Competition, » and « Eugenics: Is Man Part of Nature? » carefully address numerous taboo subjects within the framework of the impotence principles of evolutionary science; that is, the psychological need, or wish, for the world to be unbounded is challenged by:

-the impotence of Lamarckian beliefs in the face of Mendelian genetics;
-the impotence of Liberal beliefs in egalitarian results in the face of the inescapableness of biological competition in a world with limited resources and mates;
-the impotence of those who seek to eliminate all waste in the face of the success of Darwinian selection operating on genetic/cultural wastewhat is usually called variation (pp. 306-310).

The discussion of competition is classic in that it is uncompromisingly grounded in science yet Hardin points out how one can make competition more humane: competition « cannot be escaped; it can only be altered in the form it takes » (p. 252). He does not commit the « naturalistic fallacy » of arguing from « is » to « ought. » While « we can never eliminate competition, » Garrett states that we can change the rules somewhat and the pay-off:

Competition is to be found in the subdued and pious Quaker meeting just as surely as it is on the bloodiest of battlefields. The device of love may be found in its arsenal side by side with weapons of steel. Our problem is not to avoid the unavoidable-competition-but to choose our weapons. In seeking the means that are most commensurate with human comfort, pleasure and dignity we cannot necessarily trust first impressions or traditional moral standards. We will need the deepest insights of psychology and anthropology to enable us to choose well (p. 255).

Competition for resources can take many forms. Consequently Professor Hardin pointed out:
The elimination of warfare by military means is tolerable only in a world that has outlawed reproductive warfare. The competitive use of human gonads in a pacificistic world is every bit as vicious and productive of suffering as is the militaristic use of atomic bombs (p. 322).

The generation and testing of new variations is important with respect to both genes and ideas. Hardin stresses the importance of free speech within a community and the freedom to err (p. 323) as they are the ultimate source of new ideas and combinations of ideas upon which selection can operate to produce progress. Progress in science and technology can be used to improve the human condition.

Hardin concludes with asking, « How is man to control his own evolution? » The difficulty is the greater because too many individuals deny the reality of human evolution occurring through natural, or Darwinian, selection. Hardin points out that the reality and importance of selection « is temporarily obscured by the increasing of the size of the feast world fisheries and agricultural yield through technological advances, but the increase is only a passing phase which must soon come to an end » (pp. 337-338).

While many of us appreciated the critical scientific thinking that is the hallmark of Nature and Man’s Fate, the book was not that well received by the academic community. Garrett Hardin has always been guilty of the crime of being a critical thinker who can express ideas far more clearly than most. But he was also guilty of another, emotionally more important, error: discussion of too many socially taboo subjects at one time-all in one book!! Fortunately Nature and Man’s Fate was liked well enough that it was republished in a paperback edition.

Garrett now became an active stalker of those taboos he had discussed in Nature and Man’s Fate. One strategy that he employed was to locate and reprint numerous important writings in Population, Evolution and Birth Control: A Collage of Controversial Readings, which first appeared in 1964. Many of the writings that were to play so important a role in the intellectual development of Hardin’s 1968 essay « The Tragedy of the Commons » were collected here.

For example, Garrett gave new life to Kenneth Boulding’s summary of the dismal and utterly dismal theorems of economics, which point out that technology cannot provide more than just a temporary solution for population/resources/environment problems:

. . . the famous dismal theorem of economics . . . if the only check on the growth of population is starvation and misery, then no matter how favorable the environment or how advanced the technology the population will grow until it is miserable and starves. The theorem, indeed, has a worse corollary which has been described as the utterly dismal theorem. This is the proposition that if the only check on the growth of population is starvation and misery, then any technological improvement will have the ultimate effect of increasing the sum of human misery, as it permits a larger population to live in precisely the same state of misery and starvation as before the change . . . (Boulding, 1956 in Hardin, 1969, p. t31).

The passages from William Lloyd’s discussion of the problems of resource management on the English commons and from Charles Galton Darwin’s summary of how the use of contraceptives by some of the population generates selection for homo progenetivictus replacing homo contraceptiens are also reprinted in Population, Evolution and Birth Control (Hardin, 1964, 1969).

C. G. Darwin’s analysis provided inspiration for Garrett’s (1963a) thoughts concerning « A Second Sermon of the Mount, » in which he enunciated the principle « Blessed are the women that are irregular, for their daughters shall inherit the earth. » Professor Hardin pointed out that the rhythm method of birth control is self-defeating: « If there is even a tiny hereditary element in their irregularity (as there surely must be), natural selection would then ultimately produce a world populated only by irregular women. Tidings of Darwin should be carried to Rome » (Hardin, 1963a, p. 371). Garrett, armed with selection theory, has been more than just a taboo stalker. He is one of the best scientific slayers of poorly thought-out political/theological ideas our generation has produced.
GARRETT HARDIN BECOMES AN ACTIVIST
Abortion Reform
James Newman’s book review of Abortion in the United States published in the January 1959 issue of Scientific American greatly affected Dr. Hardin’s professional and personal life (Hardin, 1973). His interest in birth control made the abortion taboo a natural subject.

The autumn 1963 day after Garrett delivered his first public lecture on abortion-an analysis and recommendations for abortion reform-in a

University of California (Santa Barbara-UCSB) lecture attended by more than 900 persons, Garrett began receiving telephone calls from women seeking help in obtaining a safe abortion. Garrett became an agent in the underground railroad for women seeking safe abortions. He also became a member of the board of National Association for the Repeal of Abortion Laws, which was instrumental in bringing Roe v. Wade, the 1973 case which made anti-abortion laws unconstitutional, to the U.S. Supreme Court. Looking back in 1983, Garrett noted that, « Abortion sure altered my life, because I’d never intended to be an activist » (Hardin, 1982, pp. 5-11).

Garrett became the intellectual spokesman for the abortion reform movement as the result of his UCSB « Abortion and Human Dignity » lecture. It was reprinted by the Society for Humane Abortion after he gave essentially the same lecture at the University of California (Berkeley UCB) in 1964. Garrett wrote other papers advocating abortion reform (Hardin, 1967, 1968a) as well as the book Mandatory Motherhood: The True Meaning of « Right to Life » (I 974b).

One question asked over and over again was, « When does life begin? » Garrett would reply that biologists think that life began more than two billion years ago; but now life is merely passed on from one cell to another. The question we should ask and answer is, « When do we want to call it a human life? » Human personhood is more than just life. Garrett drew an analogy between an architect’s blueprints and the information contained in DNA.

Dr. Hardin published his most recent views on the subject of abortion in 1982. He also was a supporter of the amicus curiae brief filed in Webster v. Reproductive Health Services by Population-Environment balance and seven other environmental groups (Lassow, 1989). In this 1989 case, the U.S. Supreme Court considered the constitutionality of a Missouri law restricting access to abortion.

Tragedy of the Commons
The Centennial celebration of the publication of Charles Darwin’s Origin of Species in 1959 led Charles’ grandson, Charles Galton Darwin (1960), to apply his grandfather’s theory of adaptive evolution by selection to predict that voluntary population control policies select for their own failure. Garrett Hardin, impressed with both the scientific logic and the political implications of C. G. Darwin’s insight, developed a more general ecological version of these principles in a paper entitled « The Tragedy of the Commons » (Hardin, 1968b).

It has been said that the road to confusion is paved with metaphors.

Nonetheless, short pithy phrases can dramatize problems and focus attention on the costs and benefits of proposed solutions. Professor Hardin invented the metaphoric tragedy of the commons in an attempt to communicate the need to modify the ethical basis of our decision-making if we are to adequately cope with our population/resources/pollution problems.

Dr. Hardin used the tragedy of the commons metaphor to describe the human misery that is predicted to ultimately occur whenever the right of a person or group to use a resource held in common is not matched by an operational responsibility to care for the resource (or the consequences of using the resources). The commons owned by English villages and available for all citizens to graze their cattle was proposed as the classic example of a commons. For the purposes of metaphor, rules governing the use of this commons were stated as: first, each herdsman may pasture as many cattle as he wishes on the commons; and second, the benefit from the growth of the cattle goes to the individual owners of the cattle.

In such an unmanaged commons, one or more herdsmen seek to maximize their private gain by adding cows to the herd. Ultimately this causes the herd to reach the population size at which the carrying capacity of the pasture is damaged by overgrazing and the resulting environmental deterioration brings ruin to all. Thus rational behavior at the individual level leads to tragic consequences for the community as a whole.

Professor Hardin (1977) points out that the unmanaged commons is but one of four political systems for distributing the costs and benefits of using environmental resources. He compares consequences of the unmanaged or poorly managed commons with the outcomes of privatism (where individually/corporately produced costs such as ecologically damaging wastes cannot be socialized), socialism (defined by Hardin as an adequately managed commons) and altruism (which is interesting but unworkable as long as there are individuals in the population working in their own self interest). The unmanaged or poorly managed commons enables individuals or groups to privatize the benefits while socializing the costs of using finite resources. It is a selective system that rewards the very persons or groups that increase the rate at which they (and/or their descendants) use commonly held resources.

Consequently the rate at which a finite resource is used increases and ultimately becomes so great that it approaches and soon exceeds the carrying capacity of the environment, i.e., the maximum population size that the environment can sustain over extended time. The carrying capacity can be decreased by human behaviors that result in soil erosion or pollution (acid rain for example). An illusion that the carrying capacity of our environments have permanently increased is created when fixed supplies of fossil fuels are depleted and renewable biological resources are harvested at a rate faster than they are being regenerated-as is presently occurring.

Crowding sets the stage for the tragedy of the commons to occur. Growth in our numbers or growth in our affluent lifestyles or some combination of both generate environmental stress which exceeds the carrying capacity of the environment, causing a deterioration in the future carrying capacity.
One need only assume that at least some human beings are egotists operating in their own self-interest for cultural selection to produce tragedy in an unmanaged commons. Selfish behavior in such a system is rewarded with benefits. The unmanaged commons establishes a social system that selects for its own failure, that is, for the adoption by other individuals of very selfish behavior that ultimately brings about tragedy.
Societies that try to regulate the use of resources in a commons by appealing to conscience (« voluntarism » or « jawbone responsibility ») merely generate selection favoring people who either do not have a social conscience or have consciences that tell them to do otherwise-individuals who, to use the words of Henry David Thoreau, march to a different drummer. In other words, appeals to conscience in a commons sets up a selective system that favors the reproduction of the ideas and genes of those individuals who reject society’s pleas to voluntarily control the rate at which they (and their descendants) use resources held in common. The tragic effects of cultural selection for individual behaviors that abuse the environment become so great that the question is not whether society should abandon the commons political system but rather when and how. Professor Hardin concludes that the poorly managed/unmanaged commons must be abandoned in favor either of privatism or socialism where the commons is managed in ecologically sustainable ways.

One of the most controversial of Dr. Hardin’s conclusions deals with human reproduction. Since the effect of coupling « the concept of freedom to breed with the belief that everyone born has an equal right to the commons » locks « the world into a tragic course of action, » Hardin contends that the commons system with respect to childbearing has to be abandoned also (Hardin, 1972, pp. 188-189).

The private enterprise system of childbearing and childbearing generates so much misery among innocent children that Professor Hardin does not consider it to be an ethically acceptable option for modern societies. Consequently, he contends that a society which has been guaranteeing the survival, health and education of children must also have the power to decide how many children shall be born. In others words, societies will ultimately have to adopt coercive policies if they are to succeed in producing individual reproductive responsibility. The kind of coercion Hardin envisions is mutual coercion, mutually agreed upon by the majority of the people affected (Hardin, 1968b, 1972, 1977, 1985).

Just how successful has Professor Hardin been in breaking the social taboo on publicly applying selection theory to human problems? If one measures success by the number of times the « Tragedy of the Commons » has been cited (Anonymous, 1979), the number of times it has been reprinted in anthologies, or that in 1971 the Biological Sciences Curriculum Study made it into an educational movie starring Garrett, or that it has made Garrett famous, the answer is very successful.

When one measures Dr. Hardin’s success by the extent to which other scholars have been motivated to apply Darwinian selectionist logic to human problems of resource use, the answer is that few have been willing to publicly apply it. Study of the cultural evolution of ideas and/or genetic evolution of DNA is not taboo, but application to carrying capacity problems is. Sociobiologists who specialize in applying selection theory to the evolution of behavior rarely, if ever, mention Charles Calton Darwin’s application of selection theory nor Garrett Hardin’s more popular and more general « Tragedy of the Commons » version. Only one author (Bajema, 1978), in the three volume Encyclopedia of Bioethics, discusses the tragedy of the commons selectionist logic and its implications for policies that rely on voluntarism.

The tragedy of the commons selectionist logic has been most frequently applied to the management of such natural resources as fisheries, forests and pollutable reservoirs such as air and water (Baden and Stroup, 1977; Clark, 1973; McCay & Acheson, 1987; Repetto & Gillis, 1989). Professors John Baden and Garrett Hardin teamed up to edit Managing the Commons (1977), a book which draws attention to ecological and political consequences of cultural selection for the particular resource-using behaviors which are generated by particular political systems.

Professor Hardin, through his numerous lectures, essays and books (Hardin, 1972, 1973, 1977,1978, 1985; Hardin and Baden, 1977), has had and will continue to have a major impact on analysis of political problems. For example, Professor Hardin (1963, p. 80) replaced the rather naive ecological statement that « everything is connected to everything else » with one sentence that virtually demands that one search any action or inaction for its unintended effects. This sentence, « WE CAN NEVER DO MERELY ONE THING, » is so powerful a stimulus to ecologically important thinking that the editors of Fortune Magazine wrote:

If a prize were to be awarded for the most illuminating single sentence authored in the past ten years, one of the candidates would surely be Hardin’s Law … It says, with deceptive simplicity, « You can never do merely one thing. » This is something like a very clean glass door-you’re not sure at first glance whether anything is there. But those seven seemingly casual words express a profound truth about human affairs (Editors, 1974, p. 56).

Since « we can never do merely one thing, » Dr. Hardin contends that we need to be asking the question « AND THEN WHAT? » over and over again to more accurately estimate the consequences-intended and other-of what we do. The question « AND THEN WHAT » highlights the value of selectionist theory for evaluating the results of managing renewable and nonrenewable resources under alternate political systems.

Scholars have an obligation to summarize and evaluate the current version of a theory that a scientist is advocating. Garrett Hardin incorporated the fact that there are two kinds of commons-a « managed commons », a form of socialism where resources either can be managed in an ecologically sustainable way or ecologically mismanaged, and an « unmanaged commons », a form of socialism which selects the very behavior that leads to tragic outcomes-into his theory more than ten years ago (Hardin, 1977, Hardin and Baden, 1977). Yet scholars persist in criticizing outdated, or their own misinterpretations of Hardin’s application of selectionist logic (Cox, 1985; McCay & Acheson, 1987; Reader, 1988). One misconception is that selection will operate to bring tragedy only if every individual is an egotist operating in his own self-interest. Not so; but such behavior does quickly spread because selection in voluntarist systems favors « cheaters. » (:heaters are rewarded with resources. Consequently, more and more individuals in a society adopt the ecologically unsustainable cheater behavior and the tragedy results.

Those wishing to evaluate Professor Hardin’s use of selectionist logic to predict how a particular political system will affect human behavior and use of resources should consult his 1985 book Filters Against Folly. There, for example, they will read about the DOUBLE C-DOUBLE P game, the tragic distribution system that couples commonized costs with privatized profits and thus generates selection for its own failure.
DEVELOPING AN ENVIRONMENTALLY BASED HUMANIST ETHIC

Garrett Hardin has gone far beyond linking major political systems to the selective multiplication of resource-using behaviors which undermine the carrying capacity of the environment and thus the subsistence base of future generations. He proposes that we adopt a humanist environmental ethic based on comparing the consequences of a proposed action or inaction with the results from what currently is being done.

« In Praise of Waste, » the concluding chapter of Nature and Man’s Fate (1959), contains Professor Hardin’s first major discussion of an ideal humanist ethic. It is founded upon freedom of speech because this, among its other benefits, generates new ideas and combinations of ideas on which cultural selection can operate to bring about scientific and technological progress. The following passage, an echo of the conclusion of Darwin’s Origin of Species, concludes Nature and Man’s Fate:

We know now that a completely planned heaven is either impossible or unbearable. We know that it is not true that design can come only out of planning. Out of luxuriant waste, winnowed by selection, come designs more beautiful and in greater variety than ever man could plan. This is the lesson of Nature that Darwin has spelled out for us. Man, now that he makes himself, cannot do better than to emulate Nature’s example in allowing for waste and encouraging novelty. There is grandeur in this view of life as a complex of cybernetic systems that produce adaptedness without foresight, design without planning, and progress without dictation. From the simplest means, man, now master of his own fate, may evolve societies of a variety and novelty-yes, and even of a beauty-that no man living can now forsee (p. 346).

The failure of both laissez faire capitalism and classic Marxism in avoiding ecological degradation and resulting tragic consequences for future generations of humans beings led Professor Hardin to propose a fundamental extension in morality. In « The Tragedy of the Commons, » he developed a secular ethics that takes into account that at least some individuals operate in their own self-interest (exactly what one would expect on the basis of Darwinian adaptive evolution by selection theory) and that places the actions of individuals in an ecological context. The ecological ethic Hardin champions is system-sensitive to the state of the environment at the time the moral value of any particular action/inaction is determined. Professor Hardin expanded the situation-based humanist ethics developed by the theologian Joseph Fletcher to include ecological effects on individuals in the future-other individuals in present and future generations. Hardin’s ecologically based consequentialist ethic uses the following rule: action/inaction is determined to be moral or immoral on the basis of its consequences not merely for the current participants but for individuals in the future.

Garrett Hardin expanded, revised and updated his ideas concerning ethics in Exploring New Ethics for Survival: The Voyage of the Spaceship Beagle (1972x), where he inserted scientific logic within the framework of a science-fiction parable to help his fellow citizens understand the momentous questions that are involved in population control, a problem that he contends can be solved only by restricting some human freedoms in order to preserve others.

The short time span and selfish dimensions of much of traditional ethics led Professor Hardin (1974c) to add a phrase to the theologian Martin Buber’s classic « I-Thou » frame of reference. The ethical frame of reference that Dr. Hardin champions is « I-Thou AND THIN WHAT? » Garrett Hardin applied the « tough love » logic of triage to foreign aid in his 1974 essay on « Lifeboat Ethics, » to which the editor of Psychology Today added the subtitle « The Case Against Helping the Poor » without consulting Dr. Hardin (1978,* p. 242). Professor Hardin is not opposed to providing the poor or anyone else with information that they can use to improve their situation. What Dr. Hardin realizes and his critics do not is that one cannot cure a cancer (overpopulation) by feeding it (foreign aid) or transporting some of its cells elsewhere (emigration).

Dr. Hardin had summarized the logic of his position fifteen years earlier, writing:

In the realm of inter-community affairs an analogous moral principle must be espoused-freedom to err. Within a single community there cannot be freedom of action for individual members. It will not do, for example, for a community that disapproves of murder, to wink at murder by individuals who want to be free. But, as between communities, there must be freedom for each community to determine its own moral principles. Other communities must be free not only to live morally (by our standards) but also to live immorally (again by our standards). Put bluntly, every community must be free to go to hell in its own way, so long as its action does not endanger the continued existence of other communities. A community must, for instance, enjoy the freedom to breed itself into a state of starvation, if it so wishes, without a finger being lifted elsewhere to interfere with its stupidity. To interfere, to save it from the consequences of its own immorality is but to postpone and aggravate the problem, and to spread the moral infection. By not interfering, however, we make it more probable that a community will see its error in time, will see that a moral principle of unlimited reproduction is incompatible with the principle of unlimited use of medicine in the prevention of crowd diseases. If we have any responsibility at all with respect to other communities, it is only because we ourselves failed in the past to see the cultural incompatibility of the above-mentioned principles and freely gave of our medicine without at the same time seeing to it that gift was coupled with the principle of birth limitation (1959, pp. 323-324).

*Second edition of Stalking the Wild Taboo

On numerous occasions Professor Hardin (1979, p. 1; 1981, p. 45,) has contended that what we need are « thinking rather than bleeding hearts, » and that each nation has the moral obligation to become selfreliant. (Note, Dr. Hardin did not say « self-sufficient »). Hardin encourages ecologically comprehensive thought by championing the « sanctity of the carrying capacity of the environment » as an ethical concept which is more humane in its consequences for human life than « sanctity of the individual » (Hardin, 1977; 1985).

In his 1982 essay « Ending the Squanderarchy, » Professor Hardin outlines some of the important ethical changes that a squanderarchy like the United States will have to make in order to become an ecologically sustainable conservationist society. Rather than expect the transition to come directly, Hardin is a « trend » pessimist: for the U.S. and other squanderarchies, the probable pathway to a conservationist society is through a dark age-a period of poverty and chaos before the more humane, ecologically sustainable state is reached.

Garrett Hardin’s efforts to find the most humane solution to the human ecological predicament led the American Humanist Association to choose him as recipient of the 1989 Humanist Distinguished Service Award.

CONCLUSION
We temporary fellow travelers on the Planet Earth are fortunate to have in our midst Garrett Hardin, a scholar who has spent most of his life helping citizens gain a better understanding of the implications that evolutionary processes have for their fate.

There are those shallow thinking optimists who merely extrapolate desirable trends (making some trends desirable by choosing the « appropriate » time frame) or contend that since humans have time and again proven their resourcefulness, they have the capacity to produce a technical fix that will solve every human problem.* In contrast, Dr. Hardin has developed a well-tested theory-driven humanist ethic that takes real world constraints into account. There are ecological limits to growth in the use of resources and pollution of the environment. The real world is inhabited by people who evolve under conditions which favor ideas and individuals that privatize profits and commonize costs. Consequently, political systems that attempt to regulate the use of resources by appeals to simple conscience produce tragic ecological consequences for human beings. Professor Hardin has not only drawn our attention to these problems but also has evaluated alternate ways for solving the ecological problems we face.

*See also critiques by Ehrlich & Ehrlich, 1982; and Daly, 1982 and in this volume.

If we human beings succeed in resolving our population/resources/ environment problems, it will be in large part because of having finally learned to use the ecological logic that Garrett Hardin has so ably championed. Only by asking and scientifically answering the question « And Then What? » can we meaningfully evaluate the consequences of choices that will determine if we are to survive with dignity on this planet_ In « The Tragedy of the Commons, » « Lifeboat Ethics, » « Do Trees Have Legal Standing?, » « Limits to Altruism, » « Carrying Capacity as an Ethical Concept, » « Squanderarchy » and other numerous essays Dr. Hardin has drawn our attention to the consequentialist, humanist dimensions of our population/ resources/environment crunch. His analysis of alternate ethical systems gives due weight to the rights of future generations.

It is appropriate that we honor Garrett Hardin for his contribution to the quality of human life on this planet in addition to celebrating with him his 75th birthday. His professional life has been a full one, enriched by his wife Jane, who also has served as an involved participant with whom Garrett « field tested » many of his thoughts. We honor Dr. Garrett Hardin, Professor Emeritus of Human Ecology, University of California at Santa Barbara, for helping us to become more-critical thinkers and more considerate of future generations, whose claims we lay alongside those who are alive today. The Earth and all the creatures on it now and in the future are truly fortunate to have such a literate, numerate and ecolate humanist champion as Garrett James Hardin.

HONORS AND AWARDS RECEIVED BY GARRETT JAMES HARDIN
[Through 1991]
1930 Chicago Daily News essay winner
1932 Scholarship, University of Chicago
1932 Scholarship, Chicago College of Music
1952-53 Ford Fellow, California Institute of Technology
1963 Professor of Human Ecology, University of California, Santa Barbara
1964 Visiting Professor, University of California, Berkeley
1964 Remson Bird Lecturer, Occidental College
1966 Faculty Research Lecturer, University of California, Santa Barbara
1970 Visiting professor, University of Chicago
1970 Nieuwland Lecturer, University of Notre Dame
1970-71 National Visiting Lecturer, Phi Beta Kappa
1972 Messenger Lecturer, Cornell University
1972-73 National Lecturer, Sigma Xi
1973 Hall of Fame Award, Friends of the Earth
1973 Elected Member of American Academy of Arts and Sciences
1974 Elected Member of American Philosophical Society
1974 Aquinas Foundation Lecture, Drew University
1974 Tracey I. Storer Lecturer, University of California, Davis
1975 Elected Honorary Member, National Association of Biology Teachers
1975 Honorary Doctor of Humanities Degree, University of Puget Sound
1975-76 Member, Advisory Committee of Ethical and Human Value Implications of Science and Technology, National Endowment for the Humanities/National Science Foundation
1976 Patten Foundation Lecturer, Indiana University
1977 Honorary Doctor of Humane Letters, Northland College
1978 Lecturer, Dartmouth College (chosen by students)
1979 Jesse and John Danz Lecturer, University of Washington 1980 Margaret Sanger Award, Planned Parenthood Federation of America
1986 Distinguished Service Award, American Institute of Biological Sciences
1987 Mack Lipkin Lecturer, American Museum of Natural History 1989 Humanist Distinguished Service Award, American Humanist Association
1990 Federation of Americans for Immigration Reform Award
1990 Population-Environment BALANCE Carrying Capacity Award
REFERENCES
Anonymous. (1979). This week’s citation classic: The tragedy of the commons. Current (ontents, Social & Behavioral Sciences, 1 1 (20), 22.
Bajema, C. 1. (1978). Population policies: Genetic implications. In W. Reich (Ed.). Encyclopedia of Bioethics: Vol. 3, 1,307-4311. NY: Free Press.
Boulding, K. E. (1956). The image. Ann Arbor: U. of Michigan Press. In G. H. Hardin (Ed.). Population, evolution and birth control. San Francis(o: W. H. Freeman, Co. (1969). Caldwell, I. C. & Caldwell, P. (1990, May). High fertility in Sub-Saharan Africa. Scientific American, 262 (5), 118-125.
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Crash de l’A320: Attention, un pilote amok peut en cacher un autre (Warning: an amok runner can hide another)

28 mars, 2015
Amok headhunter

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Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos, et il n’en trouve point. Alors il dit: Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti; et, quand il arrive, il la trouve vide, balayée et ornée. Il s’en va, et il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui; ils entrent dans la maison, s’y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première. Il en sera de même pour cette génération méchante. Matthieu 12 : 43-45
Laissez croître ensemble l’un et l’autre jusqu’à la moisson. Jésus (Matthieu 13: 30)
L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poing, à descendre dans la rue et à tirer, au hasard, tant qu’on peut dans la foule. André Breton
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. (…) Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
Des millions de Faisal Shahzad sont déstabilisés par un monde moderne qu’ils ne peuvent ni maîtriser ni rejeter. (…) Le jeune homme qui avait fait tous ses efforts pour acquérir la meilleure éducation que pouvait lui offrir l’Amérique avant de succomber à l’appel du jihad a fait place au plus atteint des schizophrènes. Les villes surpeuplées de l’Islam – de Karachi et Casablanca au Caire – et ces villes d’Europe et d’Amérique du Nord où la diaspora islamique est maintenant présente en force ont des multitudes incalculables d’hommes comme Faisal Shahzad. C’est une longue guerre crépusculaire, la lutte contre l’Islamisme radical. Nul vœu pieu, nulle stratégie de « gain des coeurs et des esprits », nulle grande campagne d’information n’en viendront facilement à bout. L’Amérique ne peut apaiser cette fureur accumulée. Ces hommes de nulle part – Shahzad Faisal, Malik Nidal Hasan, l’émir renégat né en Amérique Anwar Awlaki qui se terre actuellement au Yémen et ceux qui leur ressemblent – sont une race de combattants particulièrement dangereux dans ce nouveau genre de guerre. La modernité les attire et les ébranle à la fois. L’Amérique est tout en même temps l’objet de leurs rêves et le bouc émissaire sur lequel ils projettent leurs malignités les plus profondes. Fouad Ajami
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
Kidnapper des personnages célèbres pour leurs activités artistiques, sportives ou autres et qui n’ont pas exprimé d’opinions politiques peut vraisemblablement constituer une forme de propagande favorable aux révolutionnaires. ( …) Les médias modernes, par le simple fait qu’ils publient ce que font les révolutionnaires, sont d’importants instruments de propagande. La guerre des nerfs, ou guerre psychologique, est une technique de combat reposant sur l’emploi direct ou indirect des médias de masse.( …) Les attaques de banques, les embuscades, les désertions et les détournements d’armes, l’aide à l’évasion de prisonniers, les exécutions, les enlèvements, les sabotages, les actes terroristes et la guerre des nerfs sont des exemples. Les détournements d’avions en vol, les attaques et les prises de navires et de trains par les guérilleros peuvent également ne viser qu’à des effets de propagande. Carlos Marighela (« Minimanuel de guerilla urbaine », 1969)
More ink equals more blood,  newspaper coverage of terrorist incidents leads directly to more attacks. It’s a macabre example of win-win in what economists call a « common-interest game. Both the media and terrorists benefit from terrorist incidents, » their study contends. Terrorists get free publicity for themselves and their cause. The media, meanwhile, make money « as reports of terror attacks increase newspaper sales and the number of television viewers ». Bruno S. Frey (University of Zurich) et Dominic Rohner (Cambridge)
Un des jeunes tueurs de Littleton, Eric Harris, avait passé une centaine d’heures à reprogrammer le jeu vidéo Doom pour que tout corresponde plus ou moins à son école (…) [jusqu’à] « incorporer le plan du rez-de-chaussée du lycée Columbine dans son jeu. En outre, il l’avait reprogrammé pour fonctionner « en mode Dieu », où le joueur est invincible. (…) Le 1er décembre 1997, à Paducah (Kentucky), Michael Carneal, alors âgé de 14 ans et armé de six pistolets, avait attendu la fin de la session quotidienne de prière à l’école pour tuer trois fillettes (…) et d’en blesser cinq autres. Lorsque la police a saisi son ordinateur, on a découvert qu’il en était un usager assidu, recherchant souvent sur Internet les films obscènes et violents. Parmi ses favoris, Basketball Diaries et Tueurs nés, film qui a influencé aussi les tueurs de Littleton. (…) En examinant l’ordinateur de Michael Carneal, la police a également découvert qu’il était un passionné de Doom, le fameux jeu qui consiste pour l’essentiel à passer rapidement d’une cible à l’autre et à tirer sur ses « ennemis » en visant surtout la tête. Le jeune Carneal, qui n’avait jamais utilisé d’arme auparavant, a réussi à toucher huit personnes, cinq à la tête, trois à la poitrine, avec seulement huit balles – un exploit considérable même pour un tireur bien entraîné. (…) Le colonel David Grossman, psychologue militaire, qui donne des cours sur la psychologie du meurtre à des Bérets verts et des agents fédéraux, est un témoin-expert dans ce procès. Il fait remarquer que les jeux vidéos consistant à viser et à tirer ont le même effet que les techniques d’entraînement militaire utilisées pour amener le soldat à surmonter son aversion à tuer. Selon lui, ces jeux sont encore plus efficaces que les exercices d’entraînement militaire, si bien que les Marines se sont procurés une version de « Doom » pour entraîner leurs soldats.  Helga Zepp-LaRouche
La tuerie de la Columbine High School a mis en lumière une double forme de criminalité qui ne retient pas habituellement l’attention du public. Il s’agit pourtant d’un acte sur lequel la police intervient à intervalles réguliers.  Le Violence Policy Center estime que près de 1 500 « meurtres-suicides » (murder suicides) ont lieu chaque année. L’acte en question consiste à tuer un parent, un proche ou un étranger avant de se faire justice. Dans les vingt dernières années, quelques cas ont frappé par leur aspect aussi horrible que gratuit. Ils ont tous été ponctués par le suicide du meurtrier. En 1986, le postier Patrick Sherrill qui est menacé de licenciement abat dans l’Oklahoma 14 collègues et en blesse six autres.  En 1991, George Hennard, un routier texan, lance son camion dans un restaurant. 23 clients sont tués et 20 autres blessés. En 1999, à Atlanta, Géorgie, Mark Barton tue sa femme et ses enfants avec un marteau et se rend ensuite chez un courtier où il abat neuf personnes et en blesse 13 autres. Au Texas en 1999, Larry Ashbrook pénètre dans une église baptiste avant un concert, tue sept spectateurs et lance des explosifs sans faire de victimes. En 2001, un employé de la firme Navistar en Illinois est armé jusqu’aux dents quand il tue quatre collègues et en blesse quatre autres. (…) La majorité des meurtres-suicides révèle que l’acte prétendument vengeur précède immédiatement l’autodestruction. Daniel Royot
Les images violentes accroissent (…) la vulnérabilité des enfants à la violence des groupes (…) rendent la violence ‘ordinaire’ en désensibilisant les spectateurs à ses effets, et elles augmentent la peur d’être soi-même victime de violences, même s’il n’y a pas de risque objectif à cela. Serge Tisseron
L’effet cliquet, ou effet de cliquet, est un phénomène ou procédé énoncé par Thomas M. Brown, qui empêche le retour en arrière d’un processus une fois un certain stade dépassé.Il est parfois lié à un « effet mémoire » : « une consommation atteinte est difficilement réduite du fait des habitudes et des engagements qui ont été pris ». L’« effet cliquet » fait analogiquement et métaphoriquement référence au cliquet d’horlogerie (mécanisme d’échappement à ancre interdisant tout retour en arrière d’une roue dentée). Cette métaphore est utilisée dans de nombreux domaines, de la politique au management et à la théorie de l’évolution. (…) Il est parfois lié à la théorie de l’effet de démonstration ou d’imitation développée par James Stemble Duesenberry en 1949. La consommation peut dépendre de la consommation de la classe sociale ou du groupe social de référence. Selon lui, c’est un effet de « démonstration » : il y a une démonstration des classes aisées sur les classes inférieures qui les imitent. De par ce fait, la classe immédiatement inférieure consomme alors de la même manière. Pour Duesenberry, la consommation, à une période donnée dépend non seulement du revenu de cette période, mais aussi des habitudes de consommation acquises antérieurement. Si la consommation dépend du revenu courant mais aussi de la consommation passée (…) Duesenberry évoque également l’effet d’imitation — « tout citoyen d’une classe sociale donnée tend à acquérir le comportement de la classe immédiatement au-dessus. ». De ce point de vue, le club des « privilégiés » servirait de modèle de référence aux autres catégories sociales qui tentent de suivre ses dépenses lorsque leurs revenus augmentent ou lorsque la production de masse banalise les objets. Pour Duesenberry, il s’agit donc d’une course poursuite au modèle supérieur. (…) L’hypothèse faite par Duesenberry est que la consommation dépend du plus haut niveau de consommation durant la période précédente. (…) Dans ce domaine, ce terme permet de décrire l’incapacité d’un gouvernement à réduire les énormes bureaucraties, une fois que celles-ci ont été mises en place, comme par exemple en temps de guerre pour couvrir l’ensemble des besoins des troupes. On peut retrouver ce phénomène dans la réforme des organisations internationales due aux nombreuses couches de bureaucratie créées précédemment. L’économiste Robert Higgs de l’école autrichienne a lui aussi utilisé le terme pour décrire l’apparente expansion irréversible du gouvernement en temps de crise dans son livre Crise et Leviathan. Le phénomène de cliquet a également été théorisé par Yves-Marie Adeline dans son ouvrage La Droite impossible paru en 2012 (édition modifiée de La Droite piégée datant de 1996) : il y démontre comment, dans un système démocratique dont les fondements sont de gauche, les lois sociétales de la gauche sont irréversibles, car la droite, quand elle revient au pouvoir, ne se sent pas libre de les abroger. Cela ne vaut pas pour l’économie (comme le montre le Thatcherisme qui a pu défaire l’Etat-providence issu de la guerre ), mais cela vaut pour les évolutions sociétales. (…) L’effet cliquet désigne « l’irréversibilité du progrès technique ». Wikipedia
L’offensive de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) dans le nord de l’Irak a été accompagnée d’une campagne de propagande inédite. Destiné à frapper d’effroi ses adversaires autant qu’à recruter des volontaires, ce djihad médiatique a déferlé via Twitter et les réseaux sociaux simultanément à l’avancée des combattants de l’EIIL sur le terrain. Au lieu des rares apparitions d’un Ben Laden, et de ses déclarations sentencieuses et statiques, ses héritiers ont adopté un langage et des codes de communication modernes. Les images et les films diffusés par l’EIIL sont une extraordinaire et terrible plongée dans le cœur de cette nouvelle entité installée aujourd’hui au cœur du Moyen-Orient.Un film en particulier mérite à lui seul un visionnage. Intitulé Le Son des épées , il a été réalisé pendant la prise de Mossoul et de Tikrit. Esthétiquement, l’ensemble évoque un mélange de superproductions hollywoodiennes comme Zero Dark Thirty ou Jason Bourne, de jeux vidéo comme Grand Theft Auto, et de propagande hypnotique à la Leni Riefensthal, la cinéaste du régime nazi. L’horreur n’est jamais loin, filmée comme par un Tarantino islamiste, avec gros plans et ralentis. Comme au cinéma, le film commence par une plongée depuis une carte satellite du Moyen-Orient vers Faloudja, première ville à être tombée entre les mains des combattants de l’EIIL en janvier dernier. Une caméra montée sur un drone filme d’en haut des combattants en armes. Tout bascule vite dans le «snuff movie». Des djihadistes en voiture lancés à toute vitesse massacrent à la mitrailleuse comme des gangsters des automobilistes dont le véhicule va verser sur le bas-côté. La caméra s’attarde avec complaisance sur les corps ensanglantés des passagers. Un survivant qui s’enfuit à pied est poursuivi par les djihadistes qui l’assassinent malgré ses supplications contre une clôture. En surimpression apparaît la carte d’identité du malheureux, membre de la police irakienne recrutée par le régime chiite de Maliki. Les plans de coupe sont sonorisés par le bruit sinistre d’une épée que l’on sort de son fourreau. Les djihadistes filment à travers la lunette d’un tireur d’élite les soldats irakiens qu’ils abattent à distance. Ils déclenchent les explosifs placés sous la route au passage des véhicules blindés irakiens qui sont projetés en l’air. Les scènes sont rejouées au ralenti jusqu’à l’écœurement. (…) Mais le plus frappant est le mimétisme évident des djihadistes inspirés par l’armée américaine. Une armée contre laquelle les insurgés sunnites ont combattu pendant l’occupation de l’Irak. Masqués et équipés comme des forces spéciales américaines, ils montent des barrages routiers volants. Les automobilistes sont sortis des véhicules. Leurs identités sont contrôlées par un djihadiste muni d’un ordinateur portable où sont enregistrées les listes des membres des forces de sécurités irakiennes. Ceux qui sont identifiés sont aussitôt tués d’une balle dans la tête. L’EIIL adopte aussi certaines méthodes de l’ennemi américain à l’instar du Hezbollah libanais, qui avait formé ses combattants au contact de l’armée israélienne pendant l’occupation du Sud-Liban dans les années 1990. Comme la guerre contre la drogue a contribué à la création d’empires mafieux, la guerre contre le terrorisme a créé à son tour un monstre d’une nouvelle dimension. L’idéologie djihadiste d’al-Qaida s’est nourrie en Irak de la vieille rivalité entre chiites et sunnites. L’occupation américaine a servi à recruter les combattants, et à leur donner une école de guérilla ; comme dans un processus darwinien, ceux qui ont survécu sont les plus adaptés. La guerre civile syrienne a fourni une expérience supplémentaire à des milliers de djihadistes. La perte de contrôle de Damas sur l’est de son territoire a enfin fourni au mouvement la base territoriale qui lui a permis de se lancer à l’attaque du nord de l’Irak. Le Figaro
D’après les premiers éléments de l’enquête disponible, Andreas Lubitz, le co-pilote qui a réalisé la catastrophe, a toutes les caractéristiques du profil d’un tueur de masse. Par tueur de masse, faut-il entendre en criminologie tout individu qui tue au moins trois personnes, sans en viser spécifiquement une en particulier, en un même lieu et lors d’un événement unique, comme par exemple les auteurs de la tuerie sur le campus de Columbine Eric Harris et Dylan Klebold en 1999. Dernièrement, un article scientifique est paru dans le Justice Quaterly sur le sujet. L’auteur de l’article, le professeur Adam Lankford, fait une différence claire entre les tueurs de masse qui se donnent la mort au moment de l’acte et ceux qui cherchent à survivre afin de bénéficier « des profits » de leur acte, à savoir notamment bénéficier d’une « reconnaissance » médiatique. Dans la première catégorie, catégorie à laquelle appartient selon nous, Andreas Lubitz, et qui est une catégorie moins importante que la seconde, le criminologue tente de cerner le profil de ces tueurs sur la base d’un échantillon de 88 cas. En moyenne, ils sont relativement jeunes puisqu’ils ont au alentour de 37 ans. Le copilote était un peu plus jeune. Il avait 28 ans. Ce sont dans 96% des cas, des hommes ayant des symptômes de dépression (ce qui semble être le cas de celui-ci) et qui se serait senti victime d’injustice, souvent au travail (à l’heure actuelle nous n’avons aucun élément qui démontrerait que le copilote était en conflit avec des personnes de l’entreprise). Ce phénomène, contrairement à ce que l’on pourrait penser, n’est pas nouveau. Par le passé, plusieurs pilotes se sont écrasés (ou ont tenté de s’écraser) de la sorte. 6 exemples au moins peuvent être recensés depuis 1982 et qui n’ont rien avoir avec des actes terroristes. Ainsi, pouvons nous citer par exemple trois événements marquants. Le premier qui s’est produit en 1994 sur un vol de Royal Air Maroc et qui entraina la mort de 44 personnes à bord. Le pilote aurait agi de manière intentionnelle suite à des problèmes sentimentaux. Le deuxième a eu lieu également en 1994. Un employé de la FedEx, qui allait se faire licencier, avait tenté de détourner un avion cargo de la compagnie pour le faire s’écraser. Il fut maîtrisé à temps par l’équipage. Enfin, le cas peut être le plus marquant fut certainement celui du crash provoqué par le pilote du vol Silk Air 185, le 19 décembre 1997. L’avion s’était écrasé dans une rivière, faisant 104 morts. Le pilote était un ancien aviateur militaire, traumatisé par un accident qui avait tué plusieurs de ses collègues lors d’un entrainement. Il connaissait des soucis financiers. Le crash n’a pas été reconnu comme intentionnel, mais des forts doutes subsistent. Ces actes n’ont donc rien avoir avec des actes terroristes, même si dans certains cas on peut se demander si les terroristes ne s’en inspirent pas (on pense naturellement au 11 septembre 2001). Mais ils se produisent, certes rarement, mais leur probabilité est non nulle. Tout porte à croire que le crash de l’A320 s’inscrive dans cette lignée de tuerie de masse que l’on appelle également « amok ». Olivier Hassid
On peut pas trouver des parades à tout (…) On pourrit la vie des passagers, on pourrit la vie des aviateurs à cause des terroristes, à cause de la folie. Souvenez vous de l’époque où on allait sur les terrasses d’Orly le dimanche matin comme le chantait Gilbert Bécaud. Souvenez vous de l’époque où on voyait les stars arriver, descendre des passerelles des avions. Aujourd’hui, les aéroports sont des bunkers, les avions deviennent des bunkers, les cockpits vont devenir des bunkers. On peut rien y faire. Le monde nous y condamne sans doute  … Michel Bilacco
Le manque de soutien des Américains aux Français est, en vérité, la marque de fabrique de Barack Obama (…) Le Président américain avait trouvé une stratégie d’évitement pour ne pas intervenir, à condition que le gouvernement syrien renonce à son arsenal chimique : toutes les autres formes d’assassinat de masse restaient donc tolérées par le Président américain. Un million de morts et deux millions de réfugiés plus tard n’empêchent apparemment pas Barack Obama de dormir la nuit : il a d’autres priorités, tel lutter contre un hypothétique déréglement du climat ou faire fonctionner une assurance maladie, moralement juste et pratiquement dysfonctionnelle. On connaît les arguments pour ne pas intervenir en Syrie : il serait difficile de distinguer les bons et les mauvais Syriens, les démocrates authentiques et les islamistes cachés. Mais ce n’est pas l’analyse du sénateur John Mc Cain, plus compétent qu’Obama sur le sujet : lui réclame, en vain, que les États-Unis arment décemment les milices qui se battent sur les deux fronts, hostiles au régime de Assad et aux Islamistes soutenus par l’Iran. Par ailleurs, se laver les mains face au massacre des civils, comme les Occidentaux le firent naguère au Rwanda – et longtemps en Bosnie et au Kosovo – n’est jamais défendable. Il est parfaitement possible, aujourd’hui encore en Syrie, d’interdire le ciel aux avions de Assad qui bombardent les civils, de créer des couloirs humanitaires pour évacuer les civils, d’instaurer des zones de sécurité humanitaire. C’est ce que Obama refuse obstinément à Hollande. Comment expliquer cette obstination et cette indifférence d’Obama : ne regarde-t-il pas la télévision ? Il faut en conclure qu’il s’est installé dans un personnage, celui du Président pacifiste, celui qui aura retiré l’armée américaine d’Irak, bientôt d’Afghanistan et ne l’engagera sur aucun autre terrain d’opérations. Obama ignorerait-il qu’il existe des « guerres justes » ? Des guerres que l’on ne choisit pas et qu’il faut tout de même livrer, parce que le pacifisme, passé un certain seuil, devient meurtrier. « À quoi sert-il d’entretenir une si grande armée, si ce n’est pas pour s’en servir ? », avait demandé Madeleine Albright, Secrétaire d’État de Bill Clinton, au Général Colin Powell, un militaire notoirement frileux. Les États-Unis sont le gendarme du monde, la seule puissance qui compte : les armées russes et chinoises, par comparaison, sont des nains. On posera donc à Obama – si on le pouvait – la même question que celle de Madeleine Albright : « À quoi sert l’armée américaine et à quoi sert le Président Obama ? ». Il est tout de même paradoxal que Hollande, un désastre en politique intérieure, pourrait passer dans l’Histoire comme celui qui aura dit Non à la barbarie et Barack Obama, Prix Nobel de la Paix, pour celui qui se sera couché devant les Barbares. Guy Sorman
There are some of them (Javanese) who if they fall ill of any severe illness vow to God that if they remain in health they will of their … and as soon as they get well they take a dagger in their hands, and go out into the streets and kill as many persons as they meet, … These are called amuco.  Duarte Barbosa (1516)
To run amock is to get drunk with opium… to sally forth from the house, kill the person or persons supposed to have injured the Amock, and any other person that attempts to impede his passage. Captain James Cook (1772)
C’est de la folie, une sorte de rage humaine… une crise de monomanie meurtrière et insensée. C’est lié sans doute, d’une certaine façon, au climat, à cette atmosphère dense et étouffante qui oppresse les nerfs comme un orage, jusqu’à ce qu’ils craquent… Un Malais, n’importe quel brave homme plein de douceur, est en train de boire paisiblement son breuvage… il est là, apathiquement assis, indifférent et sans énergie… et soudain il bondit, saisit son poignard et se précipite dans la rue… il court tout droit devant lui, toujours devant lui, sans savoir où… Ce qui passe sur son chemin, homme ou animal, il l’abat avec son kris, et l’odeur du sang le rend encore plus violent… Tandis qu’il court, la bave lui vient aux lèvres, il hurle comme un possédé… mais il court, court, court, ne regarde plus à gauche, ne regarde plus à droite, ne fait plus que courir avec un hurlement strident, en tenant dans cette course épouvantable, droit devant lui, son kris ensanglanté… Les gens des villages savent qu’aucune puissance au monde ne peut arrêter un amok… et quand ils le voient venir, ils vocifèrent, du plus loin qu’ils peuvent, en guise d’avertissement: « Amok! Amok! » et tout s’enfuit… Mais lui, sans entendre, poursuit sa course; il court sans entendre, il court sans voir, il assomme tout ce qu’il rencontre… jusqu’à ce qu’on l’abatte comme un chien enragé ou qu’il s’effondre, anéanti et tout écumant. Stefan Zweig (1922)
Alors que la pression de la communauté internationale se faisait de plus en plus forte en Indonésie afin de mettre fin à la montée des violences au Timor oriental, les analystes demeuraient perplexes face à deux questions fondamentales: qui est en train d’orchestrer ce carnage et pourquoi. Seth Mydals (NYT, le 8 septembre 1999)
Si nous nous sommes penchés par le passé sur les conditions de travail et la sécurité de nos bureaux de poste quand les employés (entre 1986 et 1997) ont craqué sous le prétexte du stress au travail et si nous avons étudié la connexion jeux vidéo, drogues, cultes et aliénation de la contre-culture quand les jeunes de nos banlieues pavillonnaires ont été pris de crises de folie meurtrière, alors il semble légitime de rechercher des correlations quand quelqu’un se qualifie lui-même de musulman plutôt radical et ouvre le feu au cri d’ »Allah Akbar!  » – de la même manière que le conducteur fou de Caroline du Nord ou le tueur de Seattle ou le conducteur meurtrier de San Francisco ont dit après coup qu’ils avaient agi au nom de leur ferveur religieuse islamique contre les juifs ou les occidentaux. Victor Davis Hanson
We’re gonna rock this house until we knock it down So turn the volume loud, cause it’s mayhem ’til the a.m. So crank the bass up like crazy and let yourself go, let yourself go Say fuck it before we kick the bucket Life’s too short to not go for broke So everybody, everybody (go berserk) shake your body … Eminem
Rabiosa, if you don’t get enough of my… Shakira
L’Irak (…) pourrait être l’un des grands succès de cette administration. Joe Biden (10.02.10)
We think a successful, democratic Iraq can be a model for the entire region. Obama
Last month, the US released documentation from 1987 of its assessment of Israel’s nuclear weapons capabilities, required to do so by law after receiving a request filed under the Freedom of Information Act. (…) The document appears to have been categorized as “declassified” upon its submission, suggesting an assessment within the US government that its findings would be low-impact if made public. That, too, must have been the assessment of the Israeli government in 2014, as it had the opportunity to keep the document secret but declined. (…) Israeli officials declined to comment for this report, neither confirming nor denying concerns over the document, the contents of its assessment or the politics surrounding its release. While the Freedom of Information Act request was made years ago, the release of the document was first discussed in recent months – in the shadow of debate over Iran’s nuclear weapons work. Iranian President Hassan Rouhani has called at the United Nations for a nuclear-free zone in the Middle East, suggesting that his country’s nuclear program may be in response to Israel’s own. (…) Privately, those who acknowledge Israel’s nuclear weapons program tout its effect as a deterrent. Israel’s program is understood to have been developed in the late 1960s, after the young country had already been at war with the forces of eight Arab nations. The Israeli government fears that Iran’s program serves a different purpose: Not deterrence, but embodiment of aggressive behavior and the protection of a regime that calls for the destruction of the Jewish state. The Iranian government says its right to develop homegrown nuclear technology – guaranteed by the United Nations – is a point of national pride. Conservative Israeli and American media, including Fox News, the Drudge Report and The Washington Examiner, have suggested that the timing of the document’s release was an intentional move by the Obama administration to undermine Netanyahu. The document was indeed released when Israel’s concerns over an Iran deal were first raised at high pitch. The White House considers Netanyahu’s behavior, including his March 3 speech to a joint meeting of Congress attacking Obama’s Iran policy, as disrespectful of the presidency and a politicization of the US-Israel relationship. US President Barack Obama does not review Freedom of Information Act requests, nor does any president, for unclassified documents. While Israel has not discussed the document or its release, one official did acknowledge that discussion over the matter began in 2014. Jerusalem Post
L’accès de colère de la Maison-Blanche après la réélection de Benyamin Nétanyahou, le 17 mars, s’est manifesté à travers le discours prononcé le 23 par son secrétaire général Denis McDonough, qui a déclaré qu’il fallait “mettre fin à une occupation qui dure depuis près de cinquante ans”.(…)  Le discours était d’autant plus difficile à entendre que M. McDonough tenait sur Israël des propos généralement associés aux groupes terroristes palestiniens. Ces déclarations n’étaient que l’une des manifestations de l’irritation présidentielle ; quelques jours plus tôt, il y avait eu la menace sans précédent de ne plus soutenir Israël aux Nations unies et la révélation dans nos pages [mardi 24 mars] qu’Israël avait espionné les négociations nucléaires des Etats-Unis avec l’Iran. (Israël a démenti cette information, mais, si l’on ne peut excuser de tels actes, il ne faut pas non plus que les Etats-Unis maintiennent leurs alliés et le Congrès dans l’ignorance.) M. Obama comptait sur une défaite de M. Nétanyahou et il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour qu’elle se concrétise. Mais cette hostilité déclarée s’est retournée contre lui. Aussi, bien que le Premier ministre israélien ait nuancé sa déclaration sur son opposition à la création d’un Etat palestinien (il se dit favorable à la solution des deux Etats mais pas dans l’immédiat) et qu’il ait présenté ses excuses aux Israéliens arabes pour ses propos sur leur vote quelques heures avant la clôture du scrutin, le président et son équipe sont allés encore plus loin. Mais la crise de colère de la Maison-Blanche contre Israël pourrait aussi signifier autre chose. A savoir que le président Obama pense ce que lui et son équipe disent : que l’occupation israélienne est injuste et que les Israéliens sont un obstacle à la paix régionale et ne méritent plus le soutien total qu’ils ont toujours attendu de l’Oncle Sam. Pourtant (…) comment pourraient-ils ne pas se sentir menacés alors que la guerre civile fait rage en Syrie, que l’Etat islamique et un groupe issu d’Al-Qaida sont tout près du plateau du Golan, que le général iranien Qasem Soleimani est à la tête de milices chiites en Irak et que le gouvernement américain agit comme si l’Iran pouvait être un partenaire plus constructif pour la paix qu’Israël ? The WSJ
L’amok est le fait d’une personne agissant seule. C’est un accès subit de violence meurtrière qui prend fin par la mise à mort de l’individu après que ce dernier a lui-même atteint un nombre plus ou moins considérable de personnes. Cette forme de l’amok observée par des voyageurs et des ethnologues notamment en Malaisie, Inde, Philippines, Polynésie, Terre de feu, Caraïbes, Région arctique ou Sibérie est un comportement exclusivement masculin. Si les causes du déclenchement sont socialement déterminées et de l’ordre des frustrations importantes (humiliations, échecs en public) induisant un désir de vengeance, le mécanisme est celui de la décompensation brutale. Parfois simplement qualifiée de « folie meurtrière », la course d’amok est assimilée à une forme de suicide. Bien qu’elle soit ordinairement perpétrée à l’arme blanche dans les sociétés traditionnelles, on peut en trouver un équivalent dans le monde contemporain avec certaines des tueries massives par arme à feu perpétrées par un individu seul, s’achevant par sa capture ou sa mort concrète parfois même auto-administrée, ou bien par sa mort sociale volontaire quand l’auteur de la tuerie se rend à la justice pour y être condamné ce qui dans certains cas le conduit à l’exécution. Le schéma central est alors similaire : forme de suicide accompagnée d’une libération des pulsions homicides. On trouve également le récit de décompensations correspondant à cette définition, dans des journaux personnels rédigés par des soldats dans les tranchées lors de la Grande Guerre. Dans de telles scènes l’auteur raconte comment un de ses camarades, de façon imprévisible, se dirige seul spontanément jusqu’à la tranchée ennemie dans l’intention d’en finir lui-même tout en supprimant autant d’ennemis qu’il lui sera possible. En correspondance avec la typologie des suicides établie par Durkheim, cette forme de la décompensation sous contrainte d’engagement patriotique est au comportement criminel ce que le suicide altruiste ou fataliste est au suicide égoïste. Andreas Lubitz, le copilote qui semble avoir volontairement crashé l’Airbus A320 du Vol 9525 Germanwings dans les Alpes en mars 2015, a été qualifié de « pilote amok » par la presse allemande. Introduit dans la langue française vers 1830, le terme « amok » provient du mot malais amuk qui signifie « rage incontrôlable » pouvant désigner aussi bien la personne atteinte que l’accès lui-même. Le mot a été utilisé par les Britanniques pour décrire un comportement meurtrier sans discernement. Il a ensuite été utilisé en Inde pendant l’Empire britannique, pour décrire un éléphant devenu incontrôlable et causant des dégâts importants dans sa fureur. Le mot a été rendu populaire par les récits coloniaux de Rudyard Kipling. Mais il est aussi usuellement utilisé en anglais pour désigner les comportements animaux insensés et destructeurs, même ceux des animaux domestiques. Le mot est toujours usité aujourd’hui, dans l’expression « to run amok », décrivant de manière plus large un comportement ou une situation devenant hors de contrôle. Wikipedia
Le berserk (ou berzerk) (en vieux norrois berserkr, pluriel berserkir) désigne, selon Régis Boyer, un guerrier-fauve qui entre dans une fureur sacrée (en vieux norrois berserksgangr, « marche, allure du guerrier-fauve ») le rendant surpuissant (« Et la Terre elle-même ressentit la peur devant sa rage… ») et capable des plus invraisemblables exploits, dignes des dieux. Quoique le personnage apparaisse surtout dans les sagas, et les mythologies nordiques et germaniques (exemples : Arnwulf, Bernhari, Berthramm, Gundhramm, Haimric, Hlodwig, Richari, Theudberga, Warinhari, Wilhem, etc.), il est néanmoins attesté dans des sources plus historiques, comme le Haraldskvæði2 (voir le récit de la bataille du Hafrsfjördr) où les berserkers sont également appelés úlfheðnar4, ou encore l’Histoire de Saint Olaf, dans la Heimskringla.Le terme a été adjectivé en anglais, où « to go berserk » signifie en langage familier « devenir fou furieux », « perdre le contrôle de soi », un peu l’équivalent du québécois « péter sa coche » ou du français « péter les plombs ». Wikipedia
Une forme distincte de trouble dissociatif inexistant dans les cultures occidentales est l’amok […] et la plupart des victimes sont de sexe masculin. Ce trouble a attiré l’attention parce que les personnes se trouvant en état d’amok, qui s’apparente à une transe, sont souvent prises de fureurs durant lesquelles elles agressent brutalement, voire parfois tuent des animaux ou des personnes et ne s’en souviennent généralement pas. Courir en amok n’est qu’un des nombreux syndromes consistant pour un individu à se trouver en état de transe et, soudainement empli d’une mystérieuse énergie, se mettre à courir ou à fuir pendant un long moment. David H. Barlow et V. Mark Durand
Depuis le XIXe siècle, il y a un consensus autour du fait que l’amok est un phénomène lié à la culture et qu’en Asie du Sud-Est, sur la péninsule malaisienne ou à Java, il suit un protocole particulier: de sourdes ruminations, un coup de sang, suivi par les attaques meurtrières, puis un suicide ou une perte de mémoire. Ce que l’on peut observer pour l’heure, en particulier en ce qui concerne les fusillades dans les établissements scolaires, me semble être, dans ce format nouveau et particulier, de la même façon limité à des environnements culturels, à l’Europe centrale et du Nord et à l’Amérique du Nord. Joseph Vogl (philosophe allemand)
Un jour, je vais faire quelque chose qui va changer tout le système, et tout le monde connaîtra mon nom et s’en souviendra. Andreas Lubitz (cité par son ex-petite amie)
Si Andreas Lubitz «a fait ça», «c’est parce qu’il a compris qu’à cause de ses problèmes de santé, son grand rêve d’un emploi à la Lufthansa, comme capitaine et comme pilote de long courrier était pratiquement impossible. Maria (ancienne petite amie d’Andreas Lubitz)
Amok est un mot d’origine malaise pour désigner un «coup de folie meurtrière». La presse allemande l’utilise d’habitude pour qualifier les gens qui commettent des massacres dans les écoles. Ce matin, Bild titre «Der Amok-Pilot». C’est le tabloïd qui révèle les preuves de ce qu’on pressentait, après avoir eu accès à son dossier médical: Andreas Lubitz souffrait de graves troubles psychiatriques. Le Figaro
Bild revient longuement sur la personnalité du jeune homme, décrit comme dépressif, obsédé par les Alpes, et qui pourrait avoir été pris d’amok, cette «rage incontrôlable» qui pousse parfois certains hommes à commettre des tueries. Le mot, qui tire son origine du malais amuk, désigne un état soudain et explosif de folie meurtrière, souvent causé par une forte émotion. Cette transe furieuse, observée pour la première fois par les ethnologues en Indonésie, est toujours individuelle. Elle prend fin généralement par la mise à mort de l’individu. En cela, elle s’assimile à une forme de suicide. Selon la culture indonésienne, l’amok est causé par un esprit maléfique, qui s’empare de l’âme des hommes pour libérer leurs pulsions morbides, alors même qu’ils n’ont jamais montré de signe de colère particulier. Libération
« Andreas Lubitz. LE PILOTE AMOK» Voilà le titre qui s’étale, ce vendredi 27 mars, sur la une du tabloïd allemand Bild, qui publie sur la totalité de la page une photo du copilote de Germanwings fortement soupçonné d’être à l’origine du crash aérien. Un cliché pris en 2013 lors d’un semi-marathon organisé par la Lufthansa à Francfort. En le montrant en train de courir, le journal appuie son propos, le terme d’«amok» étant habituellement utilisé par la presse allemande et anglophone dans l’expression «Amok laufen» ou «to run amok», que l’on pourrait traduire par «courir en amok», en référence à des actes commis par des personnes sous l’emprise d’une folie meurtrière, tels les tueries d’Oslo et de l’île d’Utoeya ou les massacres commis par des adolescents dans les établissements scolaires. En allemand, les auteurs de ces bains de sang sont donc communément désignés sous le terme d’«Amokläufer», qui signifie «coureur d’amok». Ce terme est une retranscription approximative du mot indonésien et malais «amuk», qui désigne selon l’Urban Dictionary «une activité agressive qui tend à tout détruire», mais que l’on pourrait tout aussi bien traduire par les termes plus génériques de «folie furieuse» ou « rage incontrôlée ». Slate

Après la poste, l’école, le bureau, la route, l’air, le vélo, le caddy, l’ordinateur, les anabolisants, les emballages, l’islam

Fureur sacrée, fureur criminelle, frénésie meurtrière, crise de folie meurtrière, rage incontrôlable, accès subit de violence meurtrière, décompensation brutale, pétage de plombs,  fuite en avant, perte de contrôle …

En ces temps étranges …

Où entre les massacres toujours plus réalistes de nos films ou des jeux vidéos de nos enfants et les snuff movies quasi-quotidiens de nos djihadistes

La brutalisation guerrière comme la victimisation la plus échevelée sont désormais à la portée du premier venu …

Et, mimétisme et effet cliquet et naturellement médias aidant et après tant les postiers et écoliers américains que nos djihadistes d’hier comme d’aujourd’hui sans oublier bien sûr nos pirates de l’air-suicide du 11/9, il faut à présent pour réussir son suicide entrainer pas moins de 150 personnes dans sa mort …

Pendant qu’après s’être longtemps demandé à la tête du monde libre s’il y avait un pilote dans l’avion

On découvre armé des meilleures intentions et du plus rapide prix Nobel de la paix de l’histoire …

Un pompier pyromane qui aura éliminé, ni vu ni connu avec ses drones et ses kill lists, plus de terroristes que Guantanamo n’en aura jamais incarcéré …

Et qui, dans son obsession de laisser sa marque dans l’Histoire avec les pourparlers avec l’Iran, est prêt en un coup de colère à sacrifier les intérêts de ses alliés ou au contraire par excès de passivité à mettre la totalité du Moyen-Orient à feu et sang …

Comment ne pas repenser, avec cette espèce de retour du refoulé d’une violence archaïque dans un monde que l’on croyait débarrassé enfin de ses superstitions anciennes, à ce vieux mot malais de amok (ou son cousin nordique de berserk) couramment utilisé en anglais ou en allemand et ressorti avec les tout récents « exploits » du pilote fou de l’Airbus A320 de Germanwings par la presse allemande ?

Mais aussi au fameux ô combien mot prophétique de l’écrivain britannique C.K. Chesterton …

Décrivant dès le début du siècle dernier ce « monde moderne plein d’idées chrétiennes devenues folles » ?

En Allemagne, la presse s’interroge sur Andreas Lubitz, le «pilote amok»
David Philippot
Le Figaro
27/03/2015

Les journaux allemands livrent ce matin de nombreuses informations sur le lourd passé psychiatrique du copilote de Germanwings.

Amok est un mot d’origine malaise pour désigner un «coup de folie meurtrière». La presse allemande l’utilise d’habitude pour qualifier les gens qui commettent des massacres dans les écoles. Ce matin, Bild titre «Der Amok-Pilot». C’est le tabloïd qui révèle les preuves de ce qu’on pressentait, après avoir eu accès à son dossier médical: Andreas Lubitz souffrait de graves troubles psychiatriques.

En 2009, il s’agissait bien «d’ attaques de peur-panique» qui l’avaient poussé à interrompre sa formation de pilote. Le centre aéromédical de la Lufthansa contacté par Bild, confirme cette information et affirme avoir signalé aux autorités fédérales du transport aérien ( Luftfahrt Bundesamt) que l’élève-pilote avait subi un «épisode dépressif profond mais décroissant». Lors du stage de Phoenix (Arizona), passage obligé des futurs pilotes de la Lufthansa, les Américains l’avaient listé dans la catégorie inapte au vol. Dans son dossier figure la mention «SIC», un acronyme signifiant la nécessité d’un «suivi médical régulier spécial».

«Épisode dépressif profond mais décroissant»
Plusieurs journaux reprennent des informations provenant de sources proches de l’enquête selon lesquelles le pilote de la Germanwings traversait en ce moment «une grave crise personnelle liée à la situation du couple» qu’il formait avec sa petite amie. Les journaux allemands font tous leur une sur ce «copilote qui a provoqué la chute de l’avion» (Frankfurter Allgemeine Zeitung), cet «homme à risques» (Tageszeitung). Le Tagesspiegel titre «Enquêteurs, c’était le copilote». Sidérée, la société allemande a du mal à réaliser que ce ce garçon «sain, poli, sympathique, drôle» puisse être l’auteur de ce drame invraisemblable.

Dans la presse allemande, il est également fait écho du talk-show de la première chaine mercredi soir. L’ancien ministre des Transports Peter Ramsauer a remis en cause les révélations de la journée car «l’interprétation d’un procureur peut-être démentie par l’enquête» et un expert en aviation disait que «les enquêteurs avaient déjà accusé des pilotes pour protéger les intérêts d’Airbus». Des propos tenus avant les informations sur le lourd passé psychiatrique d’Andreas Lubitz.

Voir aussi:

Andreas Lubitz, pilote « amok »?
Tristan Berteloot
Libération
27 mars 2015

FOCUS Selon les médias allemands, le copilote de l’A320 de Germanwings pourrait avoir été victime de folie meurtière.

«Andreas Lubitz, Der Amok-Pilot» («le pilote amok»), titre vendredi le quotidien allemand Bild, au sujet du copilote de l’A320 de Germanwings, qui s’est écrasé mardi avec 150 personnes à son bord. Selon l’analyse d’une partie des données d’une des boîtes noires de l’appareil, Andreas Lubitz a volontairement «actionné la descente de l’appareil», alors qu’il était enfermé seul dans le cockpit. Bild revient longuement sur la personnalité du jeune homme, décrit comme dépressif, obsédé par les Alpes, et qui pourrait avoir été pris d’amok, cette «rage incontrôlable» qui pousse parfois certains hommes à commettre des tueries.
Le mot, qui tire son origine du malais amuk, désigne un état soudain et explosif de folie meurtrière, souvent causé par une forte émotion. Cette transe furieuse, observée pour la première fois par les ethnologues en Indonésie, est toujours individuelle. Elle prend fin généralement par la mise à mort de l’individu. En cela, elle s’assimile à une forme de suicide. Selon la culture indonésienne, l’amok est causé par un esprit maléfique, qui s’empare de l’âme des hommes pour libérer leurs pulsions morbides, alors même qu’ils n’ont jamais montré de signe de colère particulier.

«L’Amok court, le regard vide; il ne voit pas où il se précipite», écrit au sujet de ce comportement l’écrivain autrichien Stefan Zweig, dans Der Amokläufer (littéralement «le coureur en amok», mais traduit en France Amok ou le fou de Malaisie). Publiée en 1922, la nouvelle conte la chute délirante d’un médecin allemand en fuite, qui a quitté la Malaisie après un épisode tragique dû à son obsession soudaine et déraisonnée pour une jeune femme l’ayant humilié. Pris d’une démence paranoïaque, obsédé par la frustration d’un rejet, l’homme se laisse peu à peu happer par un espoir fanatique de domination. Dans sa course aliénée pour arracher à la jeune femme empathie et estime, il s’enfonce peu à peu dans une fureur égocentrique qu’il nomme Amok. Cet état psychotique le poussera finalement à se donner la mort. «L’Amok ne se lance pas impunément dans sa course; à la fin, quelqu’un l’abat», fait dire Zweig à son personnage.

Voici comme il définit cet état: «C’est de la folie, une sorte de rage humaine… une crise de monomanie meurtrière et insensée. C’est lié sans doute, d’une certaine façon, au climat, à cette atmosphère dense et étouffante qui oppresse les nerfs comme un orage, jusqu’à ce qu’ils craquent… Un Malais, n’importe quel brave homme plein de douceur, est en train de boire paisiblement son breuvage… il est là, apathiquement assis, indifférent et sans énergie… et soudain il bondit, saisit son poignard et se précipite dans la rue… il court tout droit devant lui, toujours devant lui, sans savoir où… Ce qui passe sur son chemin, homme ou animal, il l’abat avec son kris [poignard malais ndlr], et l’odeur du sang le rend encore plus violent… Tandis qu’il court, la bave lui vient aux lèvres, il hurle comme un possédé… mais il court, court, court, ne regarde plus à gauche, ne regarde plus à droite, ne fait plus que courir avec un hurlement strident, en tenant dans cette course épouvantable, droit devant lui, son kris ensanglanté… Les gens des villages savent qu’aucune puissance au monde ne peut arrêter un amok… et quand ils le voient venir, ils vocifèrent, du plus loin qu’ils peuvent, en guise d’avertissement: « Amok! Amok! » et tout s’enfuit… Mais lui, sans entendre, poursuit sa course; il court sans entendre, il court sans voir, il assomme tout ce qu’il rencontre… jusqu’à ce qu’on l’abatte comme un chien enragé ou qu’il s’effondre, anéanti et tout écumant.»

Voir également:

Crash du vol Germanwings: qu’est-ce qu’un «pilote amok»?
Annabelle Georgen
Slate
27.03.2015

«Andreas Lubitz (27). LE PILOTE AMOK» Voilà le titre qui s’étale, ce vendredi 27 mars, sur la une du tabloïd allemand Bild, qui publie sur la totalité de la page une photo du copilote de Germanwings fortement soupçonné d’être à l’origine du crash aérien. Un cliché pris en 2013 lors d’un semi-marathon organisé par la Lufthansa à Francfort.

En le montrant en train de courir, le journal appuie son propos, le terme d’«amok» étant habituellement utilisé par la presse allemande et anglophone dans l’expression «Amok laufen» ou «to run amok», que l’on pourrait traduire par «courir en amok», en référence à des actes commis par des personnes sous l’emprise d’une folie meurtrière, tels les tueries d’Oslo et de l’île d’Utoeya ou les massacres commis par des adolescents dans les établissements scolaires. En allemand, les auteurs de ces bains de sang sont donc communément désignés sous le terme d’«Amokläufer», qui signifie «coureur d’amok».

Ce terme est une retranscription approximative du mot indonésien et malais «amuk», qui désigne selon l’Urban Dictionary «une activité agressive qui tend à tout détruire», mais que l’on pourrait tout aussi bien traduire par les termes plus génériques de «folie furieuse» ou «rage incontrôlée».

Dans leur ouvrage Psychopathologie. Une perspective multidimensionnelle, les psychologues américains David H. Barlow et V. Mark Durand livrent une description détaillée de l’«amok», qu’ils classent dans la pathologie de la «fugue dissociative», sans pour autant lui reconnaître un caractère universel:

«Une forme distincte de trouble dissociatif inexistant dans les cultures occidentales est l’amok […] et la plupart des victimes sont de sexe masculin. Ce trouble a attiré l’attention parce que les personnes se trouvant en état d’amok, qui s’apparente à une transe, sont souvent prises de fureurs durant lesquelles elles agressent brutalement, voire parfois tuent des animaux ou des personnes et ne s’en souviennent généralement pas. Courir en amok n’est qu’un des nombreux syndromes consistant pour un individu à se trouver en état de transe et, soudainement empli d’une mystérieuse énergie, se mettre à courir ou à fuir pendant un long moment.»
L’écrivain autrichien Stefan Zweig s’est également intéressé à ces accès de folie mystérieux, qu’il rapproche de l’obsession amoureuse, dans sa nouvelle Amok ou le Fou de Malaisie, où il raconte l’histoire d’un médecin allemand en poste en Indonésie pris d’un vif tourment pour une femme qui vient lui demander son aide.

Interviewé en 2009 par l’hebdomadaire Die Zeit au sujet des auteurs de tueries dans des espaces publics tels que les écoles, les universités, les centres commerciaux –auxquels il faut désormais ajouter les transports–, le philosophe allemand Joseph Vogl estimait cependant qu’il faut distinguer ces actes de l’amok:

«Depuis le XIXe siècle, il y a un consensus autour du fait que l’amok est un phénomène lié à la culture et qu’en Asie du Sud-Est, sur la péninsule malaisienne ou à Java, il suit un protocole particulier: de sourdes ruminations, un coup de sang, suivi par les attaques meurtrières, puis un suicide ou une perte de mémoire. Ce que l’on peut observer pour l’heure, en particulier en ce qui concerne les fusillades dans les établissements scolaires, me semble être, dans ce format nouveau et particulier, de la même façon limité à des environnements culturels, à l’Europe centrale et du Nord et à l’Amérique du Nord.»

Voir encore:

Le copilote du Crash Germanwings avait le profil type d’un tueur de masse

Olivier Hassid

Directeur de la revue Sécurité & Stratégie, chargé de cours à l’Université Paris Ouest Nanterre

Huffington Post

27/03/2015

CRASH DE L’A320 – Brice Robin, le procureur de la République de Marseille en charge du dossier du Crash Germanwings, expliquait en conférence de presse le 26 mars que « quand on a la responsabilité de 150 personnes, on n’appelle pas ça un suicide ». On pourrait ajouter que l’on pourrait appeler cela une « tuerie de masse ». En effet, d’après les premiers éléments de l’enquête disponible, Andreas Lubitz, le co-pilote qui a réalisé la catastrophe, a toutes les caractéristiques du profil d’un tueur de masse.

Par tueur de masse, faut-il entendre en criminologie tout individu qui tue au moins trois personnes, sans en viser spécifiquement une en particulier, en un même lieu et lors d’un événement unique, comme par exemple les auteurs de la tuerie sur le campus de Columbine Eric Harris et Dylan Klebold en 1999. Dernièrement, un article scientifique est paru dans le Justice Quaterly sur le sujet. L’auteur de l’article, le professeur Adam Lankford, fait une différence claire entre les tueurs de masse qui se donnent la mort au moment de l’acte et ceux qui cherchent à survivre afin de bénéficier « des profits » de leur acte, à savoir notamment bénéficier d’une « reconnaissance » médiatique. Dans la première catégorie, catégorie à laquelle appartient selon nous, Andreas Lubitz, et qui est une catégorie moins importante que la seconde, le criminologue tente de cerner le profil de ces tueurs sur la base d’un échantillon de 88 cas. En moyenne, ils sont relativement jeunes puisqu’ils ont au alentour de 37 ans. Le copilote était un peu plus jeune. Il avait 28 ans. Ce sont dans 96% des cas, des hommes ayant des symptômes de dépression (ce qui semble être le cas de celui-ci) et qui se serait senti victime d’injustice, souvent au travail (à l’heure actuelle nous n’avons aucun élément qui démontrerait que le copilote était en conflit avec des personnes de l’entreprise).

Ce phénomène, contrairement à ce que l’on pourrait penser, n’est pas nouveau. Par le passé, plusieurs pilotes se sont écrasés (ou ont tenté de s’écraser) de la sorte. 6 exemples au moins peuvent être recensés depuis 1982 et qui n’ont rien avoir avec des actes terroristes. Ainsi, pouvons nous citer par exemple trois événements marquants. Le premier qui s’est produit en 1994 sur un vol de Royal Air Maroc et qui entraina la mort de 44 personnes à bord. Le pilote aurait agi de manière intentionnelle suite à des problèmes sentimentaux. Le deuxième a eu lieu également en 1994. Un employé de la FedEx, qui allait se faire licencier, avait tenté de détourner un avion cargo de la compagnie pour le faire s’écraser. Il fut maîtrisé à temps par l’équipage. Enfin, le cas peut être le plus marquant fut certainement celui du crash provoqué par le pilote du vol Silk Air 185, le 19 décembre 1997. L’avion s’était écrasé dans une rivière, faisant 104 morts. Le pilote était un ancien aviateur militaire, traumatisé par un accident qui avait tué plusieurs de ses collègues lors d’un entrainement. Il connaissait des soucis financiers. Le crash n’a pas été reconnu comme intentionnel, mais des forts doutes subsistent.

Ces actes n’ont donc rien avoir avec des actes terroristes, même si dans certains cas on peut se demander si les terroristes ne s’en inspirent pas (on pense naturellement au 11 septembre 2001). Mais ils se produisent, certes rarement, mais leur probabilité est non nulle. Tout porte à croire que le crash de l’A320 s’inscrive dans cette lignée de tuerie de masse que l’on appelle également « amok ».

Crash de l’A320 : les précédents cas de suicides en vol
William Plummer
Le Figaro
26/03/2015

La thèse d’un suicide du copilote semble envisagée par les enquêteurs après le crash mardi d’un Airbus A320 dans les Alpes-de-Haute-Provence. Un acte qui n’est pas inédit dans l’aviation.

La boîte noire de l’Airbus A320 qui s’est crashé mardi dans les Alpes-de-Haute-Provence a parlé. Brice Robin, procureur de la république de Marseille a expliqué, jeudi matin, que le copilote de la compagnie allemande Germanwings, seul aux commandes, avait «volontairement permis la chute de l’avion» et avait vraisemblablement «la volonté de détruire» l’appareil. Le procureur français en charge de l’enquête judiciaire a ainsi confirmé que l’un des deux pilotes de l’Airbus A320 avait quitté le cockpit et n’avait pas pu y retourner. Sans utiliser le terme suicide, Brice Robin a indiqué avoir demandé des renseignements à la justice allemande sur le copilote. Si la thèse du suicide se confirmait, ce ne serait pas la première fois qu’un tel acte serait commis à bord d’un vol commercial.

• Vol 470 LAM Mozambique Airlines

Le 29 novembre 2013, le vol 470 LAM quitte Maputo – la capitale du Mozambique- avec trente-trois personnes à son bord. Après avoir atteint son altitude de croisière, l’appareil perd de l’altitude à une vitesse très élevée puis disparait des écrans radars au-dessus de la Namibie. L’analyse des boîtes noires révèle que le pilote a sciemment effectué une série de manœuvres causant le crash. Le commandant de bord, qui avait à son actif plus de 9000 heures de vol, s’est enfermé seul dans la cabine de pilotage. «On peut entendre des signaux d’alarme de diverses intensités, des coups contre la porte du cockpit, et des demandes pour y entrer», déclare le chef de l’Institut mozambicain de l’aviation civile, Joao Abreu. Des circonstances similaires à celles révélées jeudi matin.

• Vol 990 Egypt Air

Le 31 octobre 1999, le vol 990 d’EgyptAir s’abime au beau milieu de l’océan Atlantique lors d’un vol reliant Los Angeles (Etats-Unis) à l’aéroport du Caire, en Egypte. Quelques minutes après une escale à l’aéroport J-F Kennedy de New York, l’appareil transportant deux cent dix-sept personnes pique du nez subitement. Les enquêteurs chargés de l’affaire révèlent, après analyse des données de vol, que suite à la sortie du cockpit du commandant de bord, le copilote a entamé une plongée abrupte vers l’océan tout en récitant à plusieurs reprises «Je m’en remets à Dieu». Après quelques minutes de chute libre – l’avion perd plus de 10.000 pieds en cinquante seconde -, l’autre pilote revient dans la cabine de commandement et tente ensuite de redresser le Boeing. En vain. A la suite de cet accident, une vive polémique éclate entre les autorités américaines et égyptiennes – ces dernières réfutant l’hypothèse d’un acte suicidaire.

• Vol 630 Royal Air Maroc

Le 21 août 1994, le vol 630 de Royal Air Maroc s’écrase une dizaine de minute après son décollage de l’aéroport d’Agadir, au Maroc, avec à son bord quarante-quatre personnes. L’examen des enregistreurs de vol montre que le pilote a intentionnellement débranché le pilotage automatique et dirigé l’appareil vers le sol. La commission en charge de l’investigation a conclu à un suicide. Une version des faits contestée par un syndicat de vol, qui penche plutôt pour un incident mécanique.

•Vol 185 Silkair

Le 19 décembre 1997, le vol 185 SilkAir reliant Jakarta à Singapour s’écrase dans le sud de l’île de Sumatra, en Indonésie. Les boîtes noires sont rapidement retrouvées mais inutilisables. Celles-ci ont été déconnectées peu avant l’accident qui a causé la mort de cent quatre personnes. Aucun enregistrement de vol n’était donc exploitable. Les enquêteurs privilégient la piste du suicide, sans toutefois la confirmer.

Voir de même:

Crash de l’A320 : le suicide d’un pilote, un cas pas si isolé…
Les Echos

27/03

Depuis 1979, il y a eu une dizaine de crashs aériens causés par le suicide de l’un des pilotes. Revue de détail
Le 24 mars 2015, le vol 4U9525 s’est écrasé dans les Alpes-de-Haute-Provence avec 150 personnes à son bord. Il paraît désormais acquis que le co-pilote, Andreas Lubitz, très perturbé psychologiquement , aurait volontairement actionné la descente de l’avion, alors que le commandant de bord était en dehors du cockpit.

Ce crash n’est malheureusement pas un cas isolé. Aviation Safety Network a recensé une dizaine de drames aériens attribués à une volonté de l’un des pilotes de faire s’écraser l’avion.

26 septembre 1976 : 12 morts
Après avoir divorcé, un pilote russe aux commandes d’un Antonov2 s’est volontairement écrasé sur des immeubles de Novosibirsk où son ex-femme vivait. Le pilote a été tué ainsi que 11 personnes habitant dans ces immeubles. Son ex-femme n’a pas fait partie des victimes.

22 août 1979: 4 morts
Un HS-748 s’écrase le 22 août 1979 dans la banlieue de Bogota peu après le décollage. Le pilote est tué ainsi que trois personnes sur le terrain. L’avion avait été volé par un homme de 23 ans, un ancien mécanicien qui avait travaillé à l’aéroport pendant deux ans et qui avait été congédié.

9 février 1982 : 24 morts
Un pilote d’un DC-8 de la Japan Airlines, transportant 174 personnes, s’écrase peu avant l’atterrissage près de Tokyo. L’accident a fait relativement peu de victimes, tuant 24 personnes, le pilote ayant été arrêté à temps par des membres de l’équipage. Le pilote a survécu. L’enquête a conclu à une crise de folie suicidaire.

7 avril 1994 : pas de victime
Le vol 705 FedEx est un McDonnell Douglas DC-10 cargo qui effectuait la liaison entre Memphis et San José aux États-Unis. Le vol a subi une tentative de détournement pour un attentat-suicide près de Memphis, Tennessee. Auburn Calloway, le pirate de l’air, était un employé de FedEx sur le point d’être licencié qui a pu monter à bord d’un vol régulier avec plusieurs armes dissimulées. Une fois en vol, il essaya de neutraliser les membres de l’équipage pour écraser le DC-10 sur le siège social de FedEx.

Le détournement a échoué, l’équipage de trois personnes réussissant à maîtriser le pirate malgré de graves blessures, et l’avion a pu se poser en sécurité malgré une surcharge en carburant. Auburn Calloway, après avoir subi des soins appropriés, a été condamné à la prison à vie. Il a expliqué avoir voulu se venger de sa compagnie et permettre à son ex-femme et à ses deux enfants de bénéficier de son assurance-vie d’un montant de 2,5 millions de dollars en cas d’accident mortel durant son travail.

13 juillet 1994 : 1 mort
Un ingénieur russe a volé un Antonov 26 de la Russian Air Force à l’aéroport de Kubinka, en Russie, pour se suicider. L’homme a fait plusieurs cercles autour de la ville avant de s’écraser lorsqu’il n’avait plus de fuel.

21 août 1994 : 44 morts
Un ATR-42 de la Royal air Maroc s’est écrasé dans les montagnes de l’Atlas peu après son décollage d’Agadir. D’après l’enquête, l’accident a été causé par le commandant de bord qui aurait débranché le pilotage automatique et laisser filer délibérément l’avion vers le sol. Ces conclusions ont été contestées par l’Union des pilotes marocains selon laquelle le pilote était en pleine possession de ses moyens avant le départ et ne présentait aucun signe de frustration ou de déséquilibre tant au niveau personnel que professionnel.

19 décembre 1997 : 104 morts
Un Boeing 737 de la compagnie Silkair parti de l’aéroport de Jakarta, en Indonésie, pour Singapour s’est écrasé en Indonésie après une descente rapide. Les autorités indonésiennes n’ont pas été capables de déterminer les causes de l’accident. Il a été suggérée, notamment par les Etats-Unis, qui le pilote s’était suicidé en éteignant les deux enregistreurs de vol et en faisant plonger intentionnellement l’avion, peut-être lorsque le copilote était absent du poste de pilotage. Le commandant venait de connaître des difficultés professionnelles. Il semblerait aussi qu’il était confronté à d’importantes difficultés financières, ce qui a été contesté par les enquêteurs indonésiens.

11 octobre 1999: 1 mort
Un commandant d’Air Botswana est monté à bord d’un ATR-42 stationné dans l’aéroport de Gaborone et a décollé. L’homme est entré en contact avec les contrôleurs aériens et déclaré qu’il voulait parler au président de Botswana, au directeur général d’Air Botswana, à la police et à sa petite amie, notamment. Le président étant en voyage, c’est le vice-président qui a été dépêché pour tenter de négocier. Malgré les efforts déployés pour qu’il accepte de se poser, le commandant a finalement choisi de s’écraser, au bout de deux heures de vol, sur deux avions présents sur le tarmac. Peu auparavant, Air Botswana, évoquant des raisons médicales, aurait refusé de réintégrer le pilote jusqu’en février 2000.

31 octobre 1999 : 217 morts
Le vol 990 de la compagnie aérienne égyptienne Egyptair volait de l’aéroport international de Los Angeles vers l’aéroport international du Caire avec une escale prévue à l’aéroport John F. Kennedy, à New York. Sur la deuxième étape de son itinéraire, il s’est écrasé dans l’océan Atlantique au sud de Nantucket. Parmi les 203 passagers figuraient notamment 100 Américains, 89 Egyptiens, et 22 Canadiens. 14 personnes composaient l’équipage. Les enquêteurs américains et égyptiens n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur les causes du crash. Les premiers ont conclu que l’accident avait été sciemment provoqué par le copilote, les deuxièmes que l’avion s’était écrasé suite à une défaillance mécanique.

29 novembre 2013 : 33 morts
Le vol 470 LAM Mozambique Airlines était un vol opéré par un Embraer 190 de la compagnie publique mozambicaine LAM partant de l’aéroport international de Maputo en Mozambique à destination de l’aéroport de Luanda-Quatro de Fevereiro en Angola. Le 29 novembre 2013, l’appareil s’est écrasé dans le nord de la Namibie, coûtant la vie aux 33 personnes à bord. L’enquête a conclu que le commandant de bord avait volontairement crashé l’avion. Selon des rumeurs, le commandant aurait perdu son fils un an avant l’accident.

Voir encore:

Etats-Unis. La rage d’Obama contre Nétanyahou
The Wall Street Journal
traduit par Courrier international

25/03/2015

Il faut pardonner au président Obama. Le leader du monde libre a encore du mal à accepter l’idée que le peuple israélien puisse choisir son propre Premier ministre, sans se préoccuper de ses préférences.

L’accès de colère de la Maison-Blanche après la réélection de Benyamin Nétanyahou, le 17 mars, s’est manifesté à travers le discours prononcé le 23 par son secrétaire général Denis McDonough, qui a déclaré qu’il fallait “mettre fin à une occupation qui dure depuis près de cinquante ans”.

Quand un secrétaire général s’exprime en public, en particulier lors d’un rassemblement programmé à l’avance, il a le blanc-seing du président. En l’espèce, l’auditoire était lui aussi soigneusement choisi : il s’agissait de J Street, un lobby juif de gauche qui a toujours été favorable à toute concession d’Israël [aux Palestiniens]. Le discours était d’autant plus difficile à entendre que M. McDonough tenait sur Israël des propos généralement associés aux groupes terroristes palestiniens.

Espionnage
Ces déclarations n’étaient que l’une des manifestations de l’irritation présidentielle ; quelques jours plus tôt, il y avait eu la menace sans précédent de ne plus soutenir Israël aux Nations unies et la révélation dans nos pages [mardi 24 mars] qu’Israël avait espionné les négociations nucléaires des Etats-Unis avec l’Iran. (Israël a démenti cette information, mais, si l’on ne peut excuser de tels actes, il ne faut pas non plus que les Etats-Unis maintiennent leurs alliés et le Congrès dans l’ignorance.)

M. Obama comptait sur une défaite de M. Nétanyahou et il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour qu’elle se concrétise. Mais cette hostilité déclarée s’est retournée contre lui. Aussi, bien que le Premier ministre israélien ait nuancé sa déclaration sur son opposition à la création d’un Etat palestinien (il se dit favorable à la solution des deux Etats mais pas dans l’immédiat) et qu’il ait présenté ses excuses aux Israéliens arabes pour ses propos sur leur vote quelques heures avant la clôture du scrutin, le président et son équipe sont allés encore plus loin.

Peut-être est-ce le signe que les négociations nucléaires n’avancent pas aussi bien que M. Obama l’escomptait, même s’il est prêt à laisser l’Iran conserver une bonne partie de son infrastructure nucléaire. Les Etats-Unis tiennent tellement à conclure un accord avec Téhéran qu’en comparaison la France paraît intransigeante.

Un soutien moins inconditionnel à Israël ?
Mais la crise de colère de la Maison-Blanche contre Israël pourrait aussi signifier autre chose. A savoir que le président Obama pense ce que lui et son équipe disent : que l’occupation israélienne est injuste et que les Israéliens sont un obstacle à la paix régionale et ne méritent plus le soutien total qu’ils ont toujours attendu de l’Oncle Sam.

Pourtant, même si le principal défi dans la région était d’obtenir d’Israël qu’il cède davantage de territoires aux Palestiniens, ce jour n’arrivera pas tant que les Israéliens ne se sentiront pas en sécurité. Et comment pourraient-ils ne pas se sentir menacés alors que la guerre civile fait rage en Syrie, que l’Etat islamique et un groupe issu d’Al-Qaida sont tout près du plateau du Golan, que le général iranien Qasem Soleimani est à la tête de milices chiites en Irak et que le gouvernement américain agit comme si l’Iran pouvait être un partenaire plus constructif pour la paix qu’Israël ?

Voir de plus:

Israel allowed for the release of a document detailing past nuclear weapons work

The Jerusalem Post

28.03.15

Document summarizes in detail Washington’s understanding of the nature and purpose of Israel’s nuclear program as it stood in the 1980s.
israel nuclear

The 1987 Pentagon document, a « Critical Technological Assessment in Israel and NATO Nations, » details several technical components of Israel’s nuclear work. (photo credit:screenshot)

LAUSANNE, Switzerland – Last month, the US released documentation from 1987 of its assessment of Israel’s nuclear weapons capabilities, required to do so by law after receiving a request filed under the Freedom of Information Act.

The document, “Critical Technological Assessment in Israel and NATO Nations,” was written by Leading Technologies Inc. for the Institute for Defense Analyses, and commissioned by the US Department of Defense. Its contents are based on visits by US experts, in coordination with the embassy in Tel Aviv and with the guidance of the Pentagon, to facilities and laboratories across Israel.

While Israel has never publicly acknowledged having nuclear weapons, foreign sources say it does. Israel is not a signatory of the Nuclear Non-Proliferation Treaty.

This document summarizes in detail Washington’s understanding of the nature and purpose of that program as it stood in the 1980s.

Two of Israel’s nuclear facilities at the time, the Soreq Nuclear Research Center near Yavne and the Negev Nuclear Research Center in Dimona, “are the equivalent of our Los Alamos, Lawrence Livermore and Oak Ridge National Laboratories,” the US document reads.

“The Soreq center runs the full nuclear gamut of activities from engineering, administration, and nondestructive testing to electro-optics, pulsed power, process engineering and chemistry and nuclear research and safety,” the paper continues.

“This is the technology base required for nuclear weapons design and fabrication.”

The report goes on to detail Israel’s experimentation with various nuclear fuels, laserbased nuclear weapons detonation devices and the effects of radiation propagation.

While the assessment concluded that, at the time, Israel’s weapons design was “extremely conservative,” it said the Jewish state was experimenting with coding “which will enable them to make hydrogen bombs.”

The document appears to have been categorized as “declassified” upon its submission, suggesting an assessment within the US government that its findings would be low-impact if made public.

That, too, must have been the assessment of the Israeli government in 2014, as it had the opportunity to keep the document secret but declined.

“We did inform the Israeli government of our planned release of the documents and they did not object,” US Army Col. Steven Warren, director of Pentagon press operations, confirmed to The Jerusalem Post.

Upon receiving a Freedom of Information Act request concerning information sensitive to foreign governments, the US informs the relevant partner, giving it the opportunity to formally object.

“The US government was by law required to release the report upon such a FOIA request unless we had a written request from the relevant foreign government – Israel – that the information continue to be withheld,” one senior administration official told the Post on Friday. “Israel did not object to the release of this information.”

Israeli officials declined to comment for this report, neither confirming nor denying concerns over the document, the contents of its assessment or the politics surrounding its release.

While the Freedom of Information Act request was made years ago, the release of the document was first discussed in recent months – in the shadow of debate over Iran’s nuclear weapons work.

Iranian President Hassan Rouhani has called at the United Nations for a nuclear-free zone in the Middle East, suggesting that his country’s nuclear program may be in response to Israel’s own.

Prime Minister Benjamin Netanyahu adamantly opposes a working proposal under discussion here in Switzerland that would aim to cap, restrict, monitor and roll back much of Tehran’s nuclear program for a limited period. The deadline for a framework agreement in those negotiations falls on Tuesday.

Privately, those who acknowledge Israel’s nuclear weapons program tout its effect as a deterrent. Israel’s program is understood to have been developed in the late 1960s, after the young country had already been at war with the forces of eight Arab nations.

The Israeli government fears that Iran’s program serves a different purpose: Not deterrence, but embodiment of aggressive behavior and the protection of a regime that calls for the destruction of the Jewish state.

The Iranian government says its right to develop homegrown nuclear technology – guaranteed by the United Nations – is a point of national pride.

Conservative Israeli and American media, including Fox News, the Drudge Report and The Washington Examiner, have suggested that the timing of the document’s release was an intentional move by the Obama administration to undermine Netanyahu.

The document was indeed released when Israel’s concerns over an Iran deal were first raised at high pitch. The White House considers Netanyahu’s behavior, including his March 3 speech to a joint meeting of Congress attacking Obama’s Iran policy, as disrespectful of the presidency and a politicization of the US-Israel relationship.

US President Barack Obama does not review Freedom of Information Act requests, nor does any president, for unclassified documents.

While Israel has not discussed the document or its release, one official did acknowledge that discussion over the matter began in 2014.

Voir par ailleurs:

Le Son des épées, macabre apologie du djihad en ligne
Adrien Jaulmes
Le Figaro
26/06/2014

L’offensive de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) dans le nord de l’Irak a été accompagnée d’une campagne de propagande inédite.

Destiné à frapper d’effroi ses adversaires autant qu’à recruter des volontaires, ce djihad médiatique a déferlé via Twitter et les réseaux sociaux simultanément à l’avancée des combattants de l’EIIL sur le terrain.

Au lieu des rares apparitions d’un Ben Laden, et de ses déclarations sentencieuses et statiques, ses héritiers ont adopté un langage et des codes de communication modernes. Les images et les films diffusés par l’EIIL sont une extraordinaire et terrible plongée dans le cœur de cette nouvelle entité installée aujourd’hui au cœur du Moyen-Orient.Un film en particulier mérite à lui seul un visionnage. Intitulé Le Son des épées , il a été réalisé pendant la prise de Mossoul et de Tikrit.

Esthétiquement, l’ensemble évoque un mélange de superproductions hollywoodiennes comme Zero Dark Thirty ou Jason Bourne, de jeux vidéo comme Grand Theft Auto, et de propagande hypnotique à la Leni Riefensthal, la cinéaste du régime nazi. L’horreur n’est jamais loin, filmée comme par un Tarantino islamiste, avec gros plans et ralentis. Comme au cinéma, le film commence par une plongée depuis une carte satellite du Moyen-Orient vers Faloudja, première ville à être tombée entre les mains des combattants de l’EIIL en janvier dernier. Une caméra montée sur un drone filme d’en haut des combattants en armes.

Des scènes rejouées au ralenti jusqu’à l’écœurement.
Tout bascule vite dans le «snuff movie». Des djihadistes en voiture lancés à toute vitesse massacrent à la mitrailleuse comme des gangsters des automobilistes dont le véhicule va verser sur le bas-côté. La caméra s’attarde avec complaisance sur les corps ensanglantés des passagers. Un survivant qui s’enfuit à pied est poursuivi par les djihadistes qui l’assassinent malgré ses supplications contre une clôture. En surimpression apparaît la carte d’identité du malheureux, membre de la police irakienne recrutée par le régime chiite de Maliki. Les plans de coupe sont sonorisés par le bruit sinistre d’une épée que l’on sort de son fourreau. Les djihadistes filment à travers la lunette d’un tireur d’élite les soldats irakiens qu’ils abattent à distance. Ils déclenchent les explosifs placés sous la route au passage des véhicules blindés irakiens qui sont projetés en l’air. Les scènes sont rejouées au ralenti jusqu’à l’écœurement.

Le film est autant destiné à effrayer ses adversaires qu’à attirer des partisans. Les djihadistes qui attaquent des postes de l’armée irakienne tuent froidement les soldats chiites qui se rendent. Le film les désigne sous l’appellation de «Safavides», du nom de la dynastie perse qui se convertit au chiisme, et est considérée comme l’ennemi héréditaire par les salafistes sunnites. Mais ils se montrent pleins de mansuétude avec ceux qui se rallient à eux. Dans des mosquées, des combattants sunnites du Mouvement du réveil, ces milices tribales retournées par les Américains pour combattre al-Qaida, l’un des rares succès de la contre-guérilla du général Petraeus, rejoignent ainsi ostensiblement les djihadistes en jurant allégeance à l’État islamique.

Des djihadistes inspirés par l’armée américaine
Mais le plus frappant est le mimétisme évident des djihadistes inspirés par l’armée américaine. Une armée contre laquelle les insurgés sunnites ont combattu pendant l’occupation de l’Irak. Masqués et équipés comme des forces spéciales américaines, ils montent des barrages routiers volants. Les automobilistes sont sortis des véhicules. Leurs identités sont contrôlées par un djihadiste muni d’un ordinateur portable où sont enregistrées les listes des membres des forces de sécurités irakiennes. Ceux qui sont identifiés sont aussitôt tués d’une balle dans la tête.

L’EIIL adopte aussi certaines méthodes de l’ennemi américain à l’instar du Hezbollah libanais, qui avait formé ses combattants au contact de l’armée israélienne pendant l’occupation du Sud-Liban dans les années 1990. Comme la guerre contre la drogue a contribué à la création d’empires mafieux, la guerre contre le terrorisme a créé à son tour un monstre d’une nouvelle dimension. L’idéologie djihadiste d’al-Qaida s’est nourrie en Irak de la vieille rivalité entre chiites et sunnites. L’occupation américaine a servi à recruter les combattants, et à leur donner une école de guérilla ; comme dans un processus darwinien, ceux qui ont survécu sont les plus adaptés. La guerre civile syrienne a fourni une expérience supplémentaire à des milliers de djihadistes. La perte de contrôle de Damas sur l’est de son territoire a enfin fourni au mouvement la base territoriale qui lui a permis de se lancer à l’attaque du nord de l’Irak.

Pour contrer l’effet de cette vidéo, le gouvernement irakien a diffusé un clip montrant un djihadiste jouant avec un serpent apprivoisé qui disparaît dans des flammes à l’arrivée d’un soldat irakien.

Voir par ailleurs:

Iran’s Shiite Militias Are Running Amok in Iraq…Obama is still pretending he hasn’t unleashed demons on the country it once could have saved
Curt 1
Mar, 2nd, 2015

Countless memories haunt me after a decade of service in Iraq. Gripping the hands of an assassin-felled member of the provisional government as the life slipped out of her body in 2003; watching al Qaeda’sbeheadings of American hostages in 2004; seeing photos of young Sunni prisoners raped and tortured by Iran-backed Shiite militias serving within the Iraqi police in 2005; and sitting helplessly at the U.S. Embassy in Baghdad as news came in of al Qaeda’s 2006 bombing of al-Askari Mosque, one of the holiest sites for Shiite Islam, ushering in the civil war.

But after countless visits to Arlington National Cemetery and Walter Reed Medical Center, nothing upsets me more than the fact that thousands of American soldiers, diplomats, intelligence officers, and contractors are now enabling and emboldening a government in Baghdad that is simply beyond redemption.

It took the fall of Iraq’s second-largest city, Mosul, for Western elites to finally begin to understand what many of us saw firsthand in the years since 2003:

The Iraqi government is hopelessly sectarian, corrupt, and generally unfit to govern what could be one of the world’s most prosperous nations. Washington’s response to the Islamic State’s (IS) advance, however, has been disgraceful: The United States is now acting as the air force, the armory, and the diplomatic cover for Iraqi militias that are committing some of the worst human rights abuses on the planet. These are “allies” that are actually beholden to our strategic foe, the Islamic Republic of Iran, and which often resort to the same vile tactics as the Islamic State itself.

The dictatorship of Saddam Hussein was branded the “Republic of Fear” due to its wanton disregard for the sanctity of human life. Saddam’s abuses were legendary: The invasion of Iran in 1980, where his forces employed chemical and biological weapons; the genocide of more than 100,000 Kurds during theAnfal campaign; the invasion of Kuwait in 1990; and 1991’s massacre of Shiites in Karbala are only a few examples of his gruesome handiwork.

Post-2003 Iraq was supposed to be different. Throughout the past decade, however, countless NGOs and international news organizations have borne witness to the accelerating pace of abuses. The Republic of Fear is being reborn.

Perhaps the most vivid and disturbing evidence that the Iraqi government simply does not share America’s core values emerged on Feb. 6. In a grainy video posted on YouTube, a three-minute horror show plays out on the front lines somewhere in Iraq. Iraqi military officers and presumably Shiite militiamen — dressed in black, skull-adorned “Sons of Anarchy” shirts — crowd an ambulance emblazoned with the Iraqi state seal. Inside, a blindfolded and hog-tied man in military fatigues pleads for mercy as the Iraqi vigilantes beat him over the head, taunting him with expletives.

“We will f— your sisters,” they shout.

“No, God,” the prisoner weeps.

One of the vigilantes picks up a metal toolbox and slams it down on the crying man, as others enter the ambulance to beat and kick the helpless prisoner. A minute into the video, the man is dragged out of the ambulance and onto the ground, still blindfolded, arms bound behind his back. A dozen fighters surround him and begin kicking him until he lies motionless, blood dripping from his head. With some yelling “enough,” a man in camouflaged trousers walks up to the prisoner and beats him over the head repeatedly with a sandal, a gesture of monumental insult. Another man, also in camouflaged trousers, leaps up twice and lands with his full weight on the detainee’s skull. A third man, in full military uniform, kicks and punches the hemorrhaging man, whose blood spills across the sand below.

In the final horrific minute, the vigilantes carry the man a few feet away and drop him to the ground. Several men armed with U.S.-supplied M4 rifles then empty several magazines — perhaps more than 100 rounds — into the man.

The video concludes with one man chillingly yelling, “Enough! What’s wrong with you?”

Any viewer capable of understanding the dialogue overlaying the savage imagery is left in utter shock. But that emotion should soon be replaced by rage, as the realization sets in that countless American lives, families, and taxpayer dollars were sacrificed — and are being risked today — to facilitate such brazen cruelty.

Twitter is abuzz with speculation about the victim’s identity. A Kurdish Peshmerga fighter? An Islamic State spy? Regardless, one thing is clear: These were 196 vivid seconds of a lynching, a field execution, an Iraqi government and Shiite militia-orchestrated war crime broadcast around the world. And the sad reality is that this killing was facilitated by the White House.

Since assuming office in 2009, President Barack Obama and his national security team have turned a blind eye toward the growing crisis in Iraq. They seem to have simply hoped that Bush’s “dumb war,” as Obama oncedescribed it, would not distract them from a domestic-driven agenda. Even as the cancer at the heart of the Iraqi government metastasized, senior American officials ignored the countless classified and open sources implicating the Iraqi government in theft, torture, rape, and ethnic cleansing — insisting that the country remained on the right track.

In 2010, Vice President Joe Biden confidently insisted that Iraq “is going to be one of the great achievements of this administration,” lauding Iraqis for “us[ing] the political process, rather than guns, to settle their differences.”

 Voir enfin:

Running Amok: A Modern Perspective on a Culture-Bound Syndrome
Manuel L. Saint Martin, M.D., J.D.
Prim Care Companion J Clin Psychiatry.
999 Jun; 1(3): 66–70.
Abstract
Running amok is considered a rare culture-bound syndrome by current psychiatric classification systems, but there is evidence that it occurs frequently in modern industrialized societies. The historical origins of running amok as a psychiatric condition are reviewed in this article, and its relevance to modern day episodes of violent behavior is discussed. Psychotic illnesses, personality disorders, and mood disorders are all possible causes of amok, and the identification and treatment of patients who are at risk for manifesting violent behavior are discussed.
The general public and the medical profession are familiar with the term running amok, the common usage of which refers to an irrational-acting individual who causes havoc. The term also describes the homicidal and subsequent suicidal behavior of mentally unstable individuals that results in multiple fatalities and injuries to others. Except for psychiatrists, few in the medical community realize that running amok is a bona fide, albeit antiquated, psychiatric condition. Although episodes of multiple homicides and suicide by individuals with presumed or known mental disorders occur with alarming regularity today, there are virtually no recent discussions in the medical literature about the recognition and treatment of these individuals before their suicidal and homicidal behavior occurs.

The psychiatric literature classifies amok as a culture-bound syndrome based on its discovery 2 centuries ago in remote primitive island tribes where culture was considered the predominant factor in its pathogenesis. The primitive groups’ geographic isolation and spiritual beliefs were thought to produce a mental illness not observed elsewhere in the world. DSM-IV,1 which is the current consensus opinion on psychiatric diagnosis, depicts amok as a cultural phenomenon that rarely occurs today. However, characterizing amok as a culture-bound syndrome ignores the fact that similar behavior has been observed in virtually all Western and Eastern cultures, having no geographical isolation. Furthermore, the belief that amok rarely occurs today is contrary to evidence that similar episodes of violent behavior are more common in modern societies than they were in the primitive cultures where amok was first observed.

HISTORICAL BACKGROUND
Amok, or running amok, is derived from the Malay word mengamok, which means to make a furious and desperate charge. Captain Cook is credited with making the first outside observations and recordings of amok in the Malay tribesmen in 1770 during his around-the-world voyage. He described the affected individuals as behaving violently without apparent cause and indiscriminately killing or maiming villagers and animals in a frenzied attack. Amok attacks involved an average of 10 victims and ended when the individual was subdued or “put down” by his fellow tribesmen, and frequently killed in the process. According to Malay mythology, running amok was an involuntary behavior caused by the “hantu belian,” or evil tiger spirit entering a person’s body and compelling him or her to behave violently without conscious awareness. Because of their spiritual beliefs, those in the Malay culture tolerated running amok despite its devastating effects on the tribe.

Shortly after Captain Cook’s report, anthropologic and psychiatric researchers observed amok in primitive tribes located in the Philippines, Laos, Papua New Guinea, and Puerto Rico. These observers reinforced the belief that cultural factors unique to the primitive tribes caused amok, making culture the accepted explanation for its pathogenesis in these geographically isolated and culturally diverse people. Over the next 2 centuries, occurrences of amok and interest in it as a psychiatric condition waned. The decreasing incidence of amok was attributed to Western civilization’s influence on the primitive tribes, thereby eliminating the cultural factors thought to cause the violent behavior. Modern occurrences of amok in the remaining tribes are almost unheard of, and reports in the psychiatric literature ceased around the mid-20th century. Inexplicably, while the frequency of and interest in amok among primitive tribes were decreasing, similar occurrences of violence in industrial societies were increasing. However, since the belief that amok is culturally induced had become deeply entrenched, its connection with modern day episodes of mass violence went unnoticed.

The following case reports illustrate the typical violent behavior reported in amok episodes in Malay tribes:

In 1846, in the province of Penang, Malaysia, a respectable elderly Malay man suddenly shot and killed 3 villagers and wounded 10 others. He was captured and brought to trial where evidence revealed that he had suddenly lost his wife and only child, and after his bereavement, he became mentally disturbed.2

In 1901, in the province of Phang, Malaysia, a 23-year-old Muslim man who was formerly a member of the police force stole a Malay sword and attacked 5 individuals while they were sleeping or smoking opium. He killed 3, almost decapitating 1 victim, and he seriously wounded the others.2
Contemporary descriptions of multiple homicides by individuals are comparable to the case reports of amok. In the majority of contemporary cases, the slayings are sudden and unprovoked and committed by individuals with a history of mental illness. News media, witnesses, and police reports describe the attackers as being odd or angry persons, suggesting personality pathology or a paranoid disorder; or brooding and suffering from an acute loss, indicating a possible depressive disorder. The number of victims in modern episodes is similar to the number in amok despite the fact that handguns and rifles are used in contrast to the Malay swords of 2 centuries ago. The outcome for the attacker is also analogous to amok, being death, suicide, and less commonly, apprehension. The following report demonstrates the resemblance between amok and contemporary violent behavior:

In 1998 in Los Angeles, Ronald Taylor, aged 46, killed 4 of his family members and a friend, and then jumped to his death from a freeway overpass. The police discovered Taylor’s victims when they went to his home to inform them of his death. Court records revealed that Taylor was experiencing financial problems, was filing for bankruptcy, and had debts of more than $64,000, including a $21,302 personal loan from his employer and a $5,547 Sears credit card debt.3
Amok was first classified as a psychiatric condition around 1849 on the basis of anecdotal reports and case studies revealing that most individuals who ran amok were mentally ill. Prior to that time, amok was studied and reported as an anthropological curiosity. Historically, observers described 2 forms of amok, but DSM-IV does not differentiate between them. The more common form, beramok, was associated with a personal loss and preceded by a period of depressed mood and brooding; while the infrequent form, amok, was associated with rage, a perceived insult, or vendetta preceding the attack. Based on these early case reports, beramok is plausibly linked to a depressive or mood disorder, while amok appears to be related to psychosis, personality disorders, or a delusional disorder.

The early case reports suggest that amok in all likelihood is not a psychiatric condition, but simply a description of violent behavior resulting from another mental illness. The multiple homicides and injuries that occur in amok may represent an unusual manifestation of a depressive condition, a psychotic illness, or a severe personality disorder. It is also probable that certain individuals are predisposed to exhibiting extremely violent behavior when they are suffering from mood disorders or personality disorders.

CONTEMPORARY EXPLANATIONS OF AMOK
From a modern perspective, amok should not be considered a culture-bound syndrome, because the only role that culture plays is in how the violent behavior is manifested. An individual’s behavior is influenced by environment and culture even in situations where those actions are the product of a mental illness. Thus, the behavior observed in amok 200 years ago in the primitive tribes will necessarily differ from that seen in contemporary cases of violent behavior. Characterizing the violent behavior in amok as the product of another mental illness dispenses with its culture-bound origins and reconciles it with the violent behavior observed in contemporary cases.

Previous psychiatric investigators also questioned the culture-bound classification of amok, indicating disagreement with the consensus opinion that was developing circa the first edition of the Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM). Pow Meng Yap,4 a psychiatrist for the Hong Kong Government, wrote in 1951 that amok behavior was preceded by a period of brooding, and if the attacker was not killed in the process, it ended when the individual became exhausted and collapsed (and frequently had amnesia for the event). Yap’s description of amok suggests a psychotic type of depressive disorder or a dissociative disorder. By the time of Yap’s comments, violent behavior similar to amok had been observed in most countries. For a condition to truly be culture bound, it could not be found in other distinct cultures, and culture must be indispensable to its pathogenesis. This has never been the case with amok, or for that matter, with most other psychiatric conditions.

Jin-Inn Teoh, a professor of psychiatry at the University of Aberdeen in London, reported in 1972 that amok behavior existed in all countries, differing only in the methods and weapons used in the attacks.5 According to Teoh, culture was a modulating factor that determined how amok was manifested, but not whether or not it occurred. The individual’s culture and the weapons available naturally influenced the method of the attack. Teoh’s report of amok was one of the last in the psychiatric literature. In the subsequent quarter century, the incidence of violent behavior similar to amok has increased dramatically in industrialized countries, surpassing its incidence in primitive cultures. This increase may be the result of better case reporting and heightened public awareness and interest in violence, combined with an increase in the psychopathology responsible for amok. Teoh’s findings and the increase in violent behavior in industrialized societies are further evidence against characterizing amok as a culture-bound syndrome.

Amok was thought to be related to suicide, a violent behavior that has never been considered a culturally bound psychiatric condition. In fact, suicide and suicidal behavior are not considered psychiatric conditions at all under present psychiatric classification systems. Suicide is a self-destructive behavior that can occur in a variety of psychopathologic states such as psychotic depression, personality disorders, and schizophrenia. In 1934, John Cooper, a professor of anthropology at Catholic University in Washington, D.C., analogized amok to suicide in an attempt to disprove its classification as a culture-bound syndrome.6 Cooper stated that neither racial, ethnic, nor environmental factors played a role in the pathogenesis of mental diseases and that amok had the same etiology in primitive and industrialized people. Cooper postulated that running amok in primitive tribes was an indirect means of committing suicide.6 Suicide was a rare occurrence in primitive cultures as opposed to industrialized societies. He thought that the same psychosocial stressors leading an industrialized European to commit suicide caused amok in the Malay tribesman.

However, Cooper’s conceptualization of amok as an expression of suicidal urges does not explain why violent behavior similar to amok is so common in Western cultures like the United States, where societal prohibitions against suicide are not strong. Cooper’s theory also implies that suicide and amok are alternate phenomena where culture determines which behavior the individual will manifest. Thus, Cooper’s characterization of amok makes culture a necessary factor in its pathogenesis, which is the premise he was attempting to disprove. Suicide and amok share common features and risk factors, but they are nevertheless distinct behaviors.

PREVENTING AMOK
Today, amok should be viewed as one possible outcome of an individual’s undiagnosed and/or untreated psychiatric condition with psychosis or severe personality pathology. Considering the large number of individuals who have psychotic psychiatric conditions, mood disorders, and personality disorders, amok is still a statistically uncommon occurrence. Nevertheless, the emotional damage that it causes to the victims, their families, and communities goes beyond its small numbers and has an enduring effect. Since it is virtually impossible to stop an amok attack without risking one’s life or limb, prevention is the only method of avoiding the damage that it causes. Table 1 shows the characteristics found in contemporary individuals who run amok.

Table 1.
Common Characteristics of Individuals Who Run Amok
Viewing amok from this new perspective dispels the commonly held perception that episodes of mass violence are random and unpredictable, and thus not preventable. Characterizing amok as the end result of a psychiatric condition reveals that, like suicidal behavior, there are risk factors that can be used to assess a patient’s potential for amok and for planning treatment.

Identification
Preventing episodes of amok requires early recognition of susceptible individuals and prompt treatment of the underlying psychopathologic condition. Medical intervention is virtually impossible once an individual is running amok, and the outcome of his or her violent behavior is no different today than it was 200 years ago before the advent of modern psychiatric diagnosis and treatment. The first step in intervention is identifying those individuals whose psychiatric conditions or psychosocial stressors predispose them to running amok. Identification entails assessing patients for risk factors that are known to be related to violent behavior.

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