Affaire Weinstein: C’est l’Esprit de vérité, imbécile ! (Blowing in the wind: The rules are changing invisibly underneath our feet and we’re just trying to catch up, Hollywood actor says)

11 novembre, 2017
Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit. Jésus (Jean 3: 8)
Si vous m’aimez, gardez mes commandements. Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, afin qu’il demeure éternellement avec vous, l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit point et ne le connaît point; mais vous, vous le connaissez, car il demeure avec vous, et il sera en vous. Jésus (Jean 14: 15-17)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
The answer, my friend, is blowin’ in the wind. Robert Zimmerman
Bientôt, se retirant dans un hideux royaume, La Femme aura Gomorrhe et l’Homme aura Sodome, Et se jetant, de loin, un regard irrité, Les deux sexes mourront chacun de son côté. Vigny
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation. (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Je condamne le christia­nisme, j’élève contre l’Église chrétienne la plus terrible de toutes les accusa­tions, que jamais accusateur ait prononcée. Elle est la plus grande corruption que l’on puisse imaginer, elle a eu la volonté de la dernière corruption possible. L’Église chrétienne n’épargna sur rien sa corruption, elle a fait de toute valeur une non-valeur, de chaque vérité un mensonge, de chaque intégrité une bassesse d’âme (…) L’ « égalité des âmes devant Dieu », cette fausseté, ce prétexte aux rancunes les plus basses, cet explosif de l’idée, qui finit par devenir Révo­lution, idée moderne, principe de dégénérescence de tout l’ordre social — c’est la dynamite chrétienne… (…) Le christianisme a pris parti pour tout ce qui est faible, bas, manqué (…) La pitié entrave en somme la loi de l’évolution qui est celle de la sélection. Elle comprend ce qui est mûr pour la disparition, elle se défend en faveur des déshérités et des condamnés de la vie. Par le nombre et la variété des choses manquées qu’elle retient dans la vie, elle donne à la vie elle-même un aspect sombre et douteux. On a eu le courage d’appeler la pitié une vertu (— dans toute morale noble elle passe pour une faiblesse —) ; on est allé plus loin, on a fait d’elle la vertu, le terrain et l’origine de toutes les vertus. Nietzsche
A l’origine, la guerre n’était qu’une lutte pour les pâturages. Aujourd’hui la guerre n’est qu’une lutte pour les richesses de la nature. En vertu d’une loi inhérente, ces richesses appartiennent à celui qui les conquiert. Les grandes migrations sont parties de l’Est. Avec nous commence le reflux, d’Ouest en Est. C’est en conformité avec les lois de la nature. Par le biais de la lutte, les élites sont constamment renouvelées. La loi de la sélection naturelle justifie cette lutte incessante en permettant la survie des plus aptes. Le christianisme est une rébellion contre la loi naturelle, une protestation contre la nature. Poussé à sa logique extrême, le christianisme signifierait la culture systématique de l’échec humain. Hitler
Jésus a tout fichu par terre. Le Désaxé (Les braves gens ne courent pas les rues, Flannery O’Connor)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
Il y avait vraiment des gens qui s’agitaient devant des courts-bouillons de grenouilles et de scorpions, mais nous savons que leurs manigances n’empêcheraient pas les avions de voler (…) C’est bien pourquoi, même lorsqu’elles étaient condamnées, même lorsqu’elles étaient techniquement coupables, les sorcières étaient des boucs émissaires. René Girard
C’est parce que nos ancêtres se sont longtemps nourris de la Bible et des Evangiles que nous comprenons ces phénomènes et que nous les condamnons. (…) L’idéal d’une société étrangère à la violence remonte visiblement à la prédication de Jésus, à l’annonce du royaume de Dieu. Loin de diminuer à mesure que le christianisme s’éloigne, son intensité augmente. Ce paradoxe est facile à expliquer. Le souci des victimes est devenu un enjeu paradoxal des rivalités mimétiques, des surenchères concurrentielles. Il y a les victimes en général mais les plus intéressantes sont celles qui nous permettent de condamner nos voisins. (…) Dans notre univers, en somme, tout le monde se jette des victimes à la tête (…) Nous avons désormais nos rites victimaires, antisacrificiels, et ils se déroulent dans un ordre aussi immuable que les rites proprement religieux. On se lamente d’abord sur les victimes qu’on s’accuse mutuellement de faire ou de laisser faire. On se lamente ensuite sur l’hypocrisie de toute lamentation; on se lamente enfin  sur le christianisme, indispensable bouc émissaire  car il n’est pas de rite sans victime (…) depuis le haut Moyen Age, toutes les grandes institutions humaines évoluent dans le même sens, le droit public et privé, la législation pénale, la pratique judiciaire, le statut des personnes. Tout se modifie très lentement d’abord mais le rythme s’accélère de plus en plus, et, vue de très haut, l’évolution va toujours dans le même sens, vers l’adoucissement des peines, vers la plus grande protection des victimes. (…) Notre société a aboli l’esclavage puis le servage. Plus tard sont venues la protection de l’enfance, des fermmes, des vieillards, des étrangers du dehors et des étrangers du dedans, la lutte contre la misère et le « sous-développement ». Plus récemment encore on a universalisé les soins médicaux, la protection des handicapés, etc.Tous les jours, de nouveaux seuils sont franchis. (…) De nos jours, il s’exaspère parfois de façon caricaturale qu’il suscite le rire mais il faut se garder d’y voir une simple mode, un bavardage toujours plus inefficace. Il n’est pas d’abord une hypocrite comédie. Au cours des âges, il a créé une société incomparable à toutes les autres. Il a unifié le monde. (…) A chaque génération, les législateurs descendaient plus profondément dans un héritage ancestral qu’ils se faisaient un devoir de transformer. Là où leurs ancêtres ne voyaient rien à réformer, ils découvraient l’oppression et l’injustice. Le statu quo avait longtemps paru intouchable, déterminé par la nature ou voulu par les dieux, souvent même par le Dieu chrétien. Depuis des siècles, les vagues successives  du souci  des victimes ont révélé et réhabilité de nouvelles catégories de boucs émissaires dans les soubassements de la société, des êtres dont seuls quelques génies spirituels, dans le passé, soupçonnaient que les injustices dont ils souffraient pouvaient être éliminées. (…) Il y a une avance historique inexorable de la vérité chrétienne dans notre monde. Elle ne fait qu’un paradoxalement avec l’affaiblissement apparent du christianisme. (… ) Les mondes anciens étaient comparables entre eux, le nôtre est unique. Sa supériorité dans tous les domaines est tellement écrasante, tellement évidente  que, paradoxalement, il est interdit d’en faire état. (…) La montée en puissance de la victime ne coïncide pas par hasard avec l’avènement de la première culture vraiment planétaire. (..) Au-delà des absolus récemment écroulés, l’humanisme, le rationalisme, la révolution, la science même, il n’y a pas aujourd’hui le vide absolu qu’on nous annonçait naguère. Il y a le souci des victimes et c’est lui qui, pour le meilleur et pour le pire, domine la monoculture planétaire dans laquelle nous vivons. La mondialisation est le fruit de ce souci et non pas l’inverse. Dans toutes les activités économiques, scientifiques, artistiques et même religieuses, c’est le souci des victimes qui détermine l’essentiel, ce n’est ni le progrès des sciences, ni l’économie de marché, ni « l’histoire de la métaphysique ».  (…) De nos jours, tout se décante et le souci des victimes apparait au grand jour, dans toute sa pureté et son impureté. Rétrospectivement c’est lui, on le voit bien , qui depuis des siècles, gouverne en sous-main  l’évolution de notre monde. (…) Ce qui exigeait encore pour être repéré, il y a un siècle, la perspicacité d’un Nietzsche, aujourd’hui le premier venu le perçoit. La surenchère perpétuelle transforme le souci des victimes en une injonction totalitaire, une inquisition permanente. Les médias même s’en aperçoivent et se moquent de la « victimologie », ce qui ne les empêche pas de l’exploiter. Le fait que notre monde devienne massivement antichrétien, au moins dans ses élites, n’empêche donc pas le souci des victimes de se perpétuer et de se renforcer, tout en prenant souvent des formes aberrantes. L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
Cela ressemble bien aux Américains d’inventer un big bang à l’origine de nos univers. Julien Green (écrivain franco-américain)
L’univers a été réglé très précisément pour l’émergence de la vie et de la conscience. Le réglage initial est d’une virtuosité époustouflante: on pourrait le comparer à l’habileté d’un archer qui réussirait à planter sa flèche au milieu d’une cible carrée de 1 centimètre de coté, éloignée de 15 milliards d’années-lumière… Trinh Xuan Thuan
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
Loin que les nécessités de la reproduction biologique déterminent l’organisation symbolique de la division sexuelle du travail, et de proche en proche, de tout l’ordre naturel et social, c’est une construction arbitraire du biologique, et en particulier du corps, masculin et féminin, de ses usages et de ses fonctions, notamment dans la reproduction biologique, qui donne un fondement en apparence naturel à la vision androcentrique de la division du travail sexuel et de la division sexuelle du travail et, par-là, de tout le cosmos. Pierre Bourdieu
Je ne veux pas éliminer les hommes, bien entendu. Ségolène Royal
In the context of sexual relationships, masculinity is expressed through ‘erection, penetration, and climax,’ so it is possible that threats to gender identity . . . manifest as sexual problems. Cornwell and Laumann
Our findings suggest the importance of socialized gender roles for sexual frequency in heterosexual marriage. (…) Couples in which men participate more in housework typically done by women report having sex less frequently. Similarly, couples in which men participate more in traditionally masculine tasks — such as yard work, paying bills, and auto maintenance — report higher sexual frequency. (…) The first mechanism—that sexual scripts activate desire and sexual behavior in the presence of gendered activity—would operate in the following fashion. Traditional gender per- formances serve as cues of masculine and feminine behavior; these cues activate individuals’ internalized cultural sexscripts, creating sexual desire and activity. In essence, traditionally masculine and feminine behaviors consciously or unconsciously serve as turn-ons for individuals. We do not argue that this takes place instantly, but rather over time, individuals perceive their spouse as more masculine or feminine as they engage in gender-traditional behaviors, and this increases sexual attraction. To the extent that masculinity and femininity are central parts of both the household division of labor and sexual attraction and activity, we expect that households with more traditionally gendered divisions of labor will experience greater sexual frequency. (…) A second possibility is that couples with more gender-traditional divisions of house- work hold more traditional beliefs and act in more gender-typical ways, which leads to more frequent sex. More masculine-identified men may value more frequent sex, and more highly feminine-identified wives may refuse sex less often because they view providing sex as part of being a good wife. Thus, men may initiate sex more frequently, and wives refuse less, with no link to desire. In essence, this mechanism suggests that both housework and sexual behavior are ways that couples do gender, and any observed relationship between the two would reflect couples’ under- lying orientations toward gender rather than causal influence. (…) A third possibility is simply that gender- traditional arrangements are linked to sexual activity because couples perceive greater affection and love when partners do more (albeit in traditionally gendered ways) in the household. Rather than couples engaging in more sexual activity because traditional divisions of housework act as signals of masculinity and femininity, couples may instead feel more affection and satisfaction within their relationships under traditional gender divisions of labor, and this leads to more frequent sex. Doing housework can convey affection, although often in traditionally gendered ways. As DeVault notes, “the gender relations of feeding and eating seem to convey the message that giving service is part of being a woman, and receiving it fundamentally part of being a man.” Gender-traditional beliefs and practices are often associated with greater marital happiness and men’s emotion work in the family. Sexual frequency appears to lie in the realm of sexual scripts, but couples are not purely interested in the amount of sex they have—they undoubtedly also care about the quality of sex. Although sexual frequency is correlated with sexual satisfaction, the correlation is far from perfect. Sabino Kornrich
« Ville sanctuaire » désigne une ville qui met en place certaines pratiques pour protéger les immigrants illégaux/sans-papiers. Elles sont une trentaine aux Etats-Unis à avoir ce « label ». Ces pratiques peuvent être définies par la loi (de jure) ou simplement dans les fait (de facto). Concrètement, une ville n’accordera aucun budget pour lutter contre l’immigration illégale ou ne permettra pas aux autorités locales de contrôler le statut d’immigrant d’un civil. Depuis 1996 et surtout depuis 2006, des séries de lois portées en majorité par le parti Républicain, lutte contre ces « libertés » accordées aux immigrants illégaux et tente de donner davantage de pouvoir au gouvernement fédéral (dont dépend la gestion de l’immigration) localement au sein des Etats. A l’heure actuelle, ce sont surtout les Etats du Sud du pays qui sont touchés : Alabama, Texas, Arizona, Mississippi et Géorgie… Mais la tendance, surtout depuis la crise financière de 2008, s’oriente vers davantage de contrôle ainsi qu’un renforcement des lois. A New York, il est possible mais peu probable que des agents de l’immigration débarquent dans un restaurant ou un bar pour faire un contrôle car vous l’aurez compris, les lois locales sont en « faveur » des immigrants. Et dans la réalité, la plupart des bars et restaurants de la ville fermeraient car la main d’œuvre utilisée par cette industrie est en majorité ici illégalement ! Dans la pratique donc, les travailleurs illégaux sont « tolérés » par les autorités locales. Dans les faits, la police peut vérifier votre identité mais n’a pas le droit (contrairement à la France) de vérifier la situation relative à votre visa. Par exemple, il est tout à fait possible en étant sans-papiers, de passer devant un juge et être condamné pour des faits mineurs, sans se faire par la suite expulser. C’est arrivé à un de nos cuisiniers mexicains… Comment est-ce possible ? Tout simplement parce que ce n’est pas le rôle de la justice locale de s’occuper de l’immigration ! Cela tient aussi au fait que le travail des différentes agences locales ou fédérales ne collaborent pas vraiment ensemble et ne travaillent pas à partir des mêmes bases de données. Lyon69rue89
Dès la Rome antique s’opère un clivage radical entre les pénétrants (les citoyens, les maîtres) et les pénétrés (souvent de jeunes esclaves). L’homme libre se devait d’être marié, d’honorer sa femme et ses maîtresses et pouvait aussi soumettre de jeunes corps masculins pour son plaisir. Pour reprendre le langage cru qu’appréciaient les Romains, un vir [un mâle romain] « encule » mais n’est pas « enculé », alors que les « culs larges » et les « suceurs de bites » étaient méprisés et insultés. Autrement dit, la virilité, c’est la pénétration active ; la dévirilisation, c’est la pénétration passive. Prenez le viol carcéral, un phénomène très répandu et largement tabou. Selon une enquête menée aux Etats-Unis par Human Rights Watch, ces viols sont majoritairement perpétrés par des prisonniers qui, hors les murs, sont hétérosexuels. Ce sont des caïds, qui n’hésitent pas à se glorifier de leurs prouesses sexuelles avec les femmes, et qui « baisent » des détenus pour les humilier et affirmer leur virilité triomphale. Les hommes victimes de ces agressions sont perçus comme féminins, car ils n’affichent pas les marqueurs de la virilité : une voix fluette, un petit gabarit, ou trop peu d’appétit pour la bagarre suffisent pour être rangés du côté des « tafioles », qu’on soit ou non homosexuel. Et, pour le violeur, il s’agit, là encore, d’imposer sa loi par l’asservissement sexuel de l’autre. (…) Ce genre de compliments [« Je t’encule » ou « Je te nique ], très prisés au volant, signifie « Je te soumets à mon phallus » et cela ne va pas te laisser un très bon souvenir. De nombreuses métaphores assimilent le pénis à une arme : pistolet, fusil, gourdin, braquemart… C’est dire que celui qui profère ce type de phrases parle de la puissance de son membre et de sa capacité à anéantir l’autre. Quant à « sale pédé », c’est une amabilité qui est aussi souvent adressée à des hétérosexuels qu’à des homosexuels. Elle vise juste à déprécier l’autre. (…) C’est parce que le féminin est dévalorisé que l’effémination est perçue comme un avilissement (…) C’est, d’après moi, l’une des leçons à tirer de l’affaire Weinstein et de ses suites : pour que les hommes changent leur regard sur les femmes et le féminin, ils doivent d’abord changer le regard qu’ils portent sur eux-mêmes, comme dominants et pénétrants. Le vrai sujet tabou, il est là. On parle énormément, et à juste titre, de la discrimination envers les femmes ; en revanche, l’oppression de l’homme par l’homme, l’homophobie, la confusion entre effémination et homosexualité sont des sujets dont on s’empare trop peu. Il y a un vrai travail de pédagogie à faire pour dissocier l’« effemination », c’est-à-dire le fait de posséder des caractères essentialisés comme féminins (la douceur, la sensibilité, la bienveillance, l’empathie…) et l’orientation sexuelle, qui est un tout autre sujet. Il existe des homos très virils et des hétéros efféminés (…) Cette discrimination archaïque entre le pénétrant-dominant et le pénétré-dominé mérite d’être définitivement abandonnée. Olivia Gazalé
I have been silenced for 20 years. I have been slut-shamed. I have been harassed. I have been maligned, and you know what? I’m just like you because what happened to me behind the scenes happens to all of us in this society. And that cannot stand, and it will not stand. No more. Name it. Shame it. Call it out. It’s time to be whole, it’s time to rise, it’s time to be brave. Rose McGowan
Well, I know what you mean. Sometimes I think that coming into the studio with you, John, is a bit like going into Harvey Weinstein’s bedroom. John goes way past groping – way past groping. You just pray that you emerge with your dignity intact, but the broader point is that, yes, you can make a fool of yourself. Michael Gove
 Le Coran comporte un grand nombre de versets concernant les juifs, dont certains leur sont très hostiles. Enfants, nous les apprenions par cœur à l’école. Les juifs étaient, pour nous, perfides, falsificateurs, immoraux, diaboliques, etc., et, chose primordiale, ces versets étaient les paroles de Dieu. Chaque enfant arabe grandit avec ces images. Dans une monarchie arabe du Golfe par exemple, on lit aujourd’hui dans les manuels scolaires que les juifs descendent des singes parce qu’un verset du Coran (II-65) menace les transgresseurs du Sabbat d’être transformés en singes. (…) les juifs du Coran étaient, en réalité, les juifs de Médine, qui avaient été d’abord perçus par Mahomet comme des alliés potentiels avant de devenir ses ennemis mortels puisqu’ils ne le reconnurent pas comme prophète. L’âge d’or de la condition juive dans le monde arabe est un mythe. Les juifs y vivaient dans une situation meilleure que celle des juifs d’Europe avec des périodes de relative tolérance mais, globalement, du Maroc à l’Irak, ils étaient méprisés, brimés et humiliés quand ils n’étaient pas massacrés de sorte qu’ils n’avaient pas d’autre choix que celui de quitter les terres de leurs ancêtres pour aller s’établir en Europe ou en Israël. C’est dans le monde arabe que les protocoles des sages de Sion ont connu et continuent de connaître leur plus grand succès de vente. L’antisémitisme des Arabes, aujourd’hui, est le même que le vieil antisémitisme européen. Il fonctionne sur le même registre, comme une paranoïa dépourvue d’argumentation. Les juifs ont beaucoup d’argent et sont solidaires entre eux. C’est ce que disait Merah, l’assassin des enfants juifs de l’école Ozar-Hatorah de Toulouse, mais aussi toute une littérature européenne d’avant 1945 (que Merah n’a certainement pas lue). Que de fois ai-je entendu des gens dire en Tunisie que les récoltes sont mauvaises parce que le Mossad empoisonne les sols ou que ce dernier est à l’origine de l’attentat du 11-Septembre, afin d’aider les Américains à mettre la main sur le pétrole irakien. Le mal est là, tapi au fond de nous. Ses racines sont profondes. Des centaines de milliers d’Arabes meurent assassinés par d’autres Arabes en Syrie, en Irak, en Libye, au Soudan, mais cela nous importe apparemment moins que les crimes commis par l’armée israélienne qui sont, eux, toujours dénoncés par une partie, fut-elle minoritaire, de la presse et de la société civile de ce pays. Said Ben Said
À la une du Parisien, le 25 octobre, seize portraits d’hommes « soutenus » par ce titre en gras : « Les hommes s’engagent. » Ces messieurs font connaître urbi et orbi qu’ils sont opposés… au harcèlement sexuel (et, sans doute, à la faim dans le monde, au dépassement d’honoraires des notaires sans cravate, aux intempéries, aux hémorroïdes) : « Après l’onde de choc créée par l’affaire Weinstein, seize personnalités masculines sollicitées par notre journal expriment leur solidarité avec les femmes. » On reconnaît l’intellectuel azuréen Christian Estrosi, et Michel Cymes, conseiller omnimédiatique à caducée. Ce dernier profite de l’occasion pour parler… de lui ! « Moi aussi, lorsque j’avais 15 ans, j’ai subi des attouchements par un homme dans le métro. C’est très perturbant. Sur le moment je n’ai rien osé dire. » Contrairement à ce que ces déclarations pourraient faire croire, le sujet de l’article n’est nullement Michel Cymes et sa psychose suburbaine, mais bel et bien la condition faite aux femmes par de grossiers personnages, qui profitent de leur pouvoir pour exiger d’elles des faveurs sexuelles. Mais, ô surprise ! Perdu au milieu des seize messagers féministes, qui voit-on ? François Hollande ! Alors, un souvenir nous revient… M. Hollande sur une estrade, à Tulle, au soir de sa victoire, le 6 mai 2012 : à ses côtés Valérie Trie – rweiler, heureuse, compagne épanouie du vainqueur et présentée comme telle à la foule. Bref, une femme amoureuse, compagne d’un homme comblé, entrait officiellement à l’Élysée. Las ! La ronde 1 des corps et des visages ne saurait suivre une voie rectiligne. M. Hollande, non pas saisi par la débauche, mais fidèle à sa devise « le changement, c’est maintenant ! » s’éprend d’une jolie comédienne. Le 10 janvier 2014, le magazine Closer le montre casqué, furtif, quittant le domicile de l’élue au petit matin. Mme Trierweiler découvre son infortune en même temps que les Français : rage, désespoir, dépression ! Le 25, s’adressant au téléphone à l’AFP, il déclare ceci : « Je fais savoir que j’ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler. » Par cette formule de dix-huit mots M. Hollande, ineffable « partageur » de vie commune (!) paraissait plutôt congédier une courtisane que rompre avec une compagne, et moins encore répudier une reine. Nombre d’observateurs virent d’ailleurs dans ce communiqué lapidaire et glaçant tout le caractère de la goujaterie. Patrick Mandon
Les temps d’émotion obligatoire peuvent susciter, chez les esprits contrariants, de coupables tendances goguenardes, qu’il vaudrait mieux savoir réprimer. Quand tous les marteaux du moment se mettent à taper en chœur sur le même clou, tenter de glisser un doigt de contradiction, ou plus grave encore, d’ironie, est plutôt périlleux. Ainsi, apprend-on, entre mille nouvelles de la même veine, que le ministre britannique de l’Environnement s’est fait poisser pour une « blague douteuse » – que je trouve pour ma part très drôle – et de surcroît très facile à adapter chez nous. Entrant dans le studio de BBC Radio 4, Michael Gove a déclaré : « C’est comme entrer dans la chambre à coucher de Harvey Weinstein – on espère en sortir avec sa dignité intacte. » La plaisanterie a, paraît-il, beaucoup amusé l’auditoire présent, mais précise l’article, « elle a été largement condamnée sur les réseaux sociaux », ce qui laisse penser que la merveilleuse génération ne rigole pas beaucoup. (…)  Quand Carol Galand, l’une des activistes du mouvement antiporc, se réjouit parce que « les #metoo qui se sont répandus comme un feu de forêt ont mis sur le grill des milliers de porcs, vaste méchoui d’une omerta honteuse », le mâle blanc ne s’insurge pas contre cette animalisation, il implore son pardon. On saluera BHL qui pour le coup, s’est énervé – « Je n’aime pas qu’on traite un homme de porc ! » –, Alain Finkielkraut, qui ne cède rien à la pression ambiante (…), sans oublier Jaccard, Mandon, Rosenzweig et tous ceux qui prennent le risque de se voir dénoncés comme complices de l’infâme. Mais pour l’essentiel, la gent masculine se tient à carreau. L’homme occidentalisé n’est pas un porc, mais un repentant. Face à la forêt planétaire de doigts accusateurs, il finit par croire à sa propre culpabilité. « Je me suis mal exprimé », confesse Bruno Lemaire, coupable, non pas de gestes indécents (on a vraiment du mal à l’imaginer), mais de refus de dénoncer. « J’ai honte pour les hommes », roucoule le chef Yves Camdeborde dans un numéro du Parisien qui figurera un jour dans les annales de la domination féminine, où seize people mâles (dont François Hollande, voir encadré) s’engagent pour la sauvegarde de nos amies les femmes. Ces seize- là, suppose-t-on, n’ont jamais contraint aucune femme, mais ils ne le feront plus. Plus de blagues lourdes, plus de regards insistants, plus d’avances « non désirées ». Plus rien qui puisse mettre une femme mal à l’aise, comme l’expliquera bientôt aux contrevenants le « zéro-six anti – relous » (comprenez le numéro de mobile qu’on utilisera comme un leurre antidragueur et au bout duquel le relou se fera sermonner – espérons qu’ils ne choisiront pas une voix trop sexy). À mon humble avis, beaucoup d’histoires d’amour commencent par quelque chose qui peut mettre mal à l’aise, mais passons. (…) Il faut cependant répondre, non pas à cet argument lourdingue, mais à tous ceux qui s’indignent sincèrement que l’on plaisante alors que nous voyons défiler sur nos écrans des femmes, brisées ou combatives, qui relatent pour certaines un véritable calvaire où la contrainte sexuelle se double de sévices, pour d’autres une situation pesante, pour d’autres encore un incident pénible. Certains de ces témoignages sont difficilement supportables et appellent la compassion, l’effroi, voire la furieuse envie de planter quelques coups de genou dans quelques génitoires dûment sélectionnées. Mais l’esprit de sérieux qui s’est abattu sur le féminisme ne rend pas cette souffrance plus tolérable, au contraire. Du reste, ce n’est pas seulement l’humour qui est placé sous surveillance, mais tout propos sur le sujet, surtout s’il est tenu par un homme. Le fossé abyssal entre ce qui se raconte en privé (où on blague à tout-va y compris sur les moments difficiles) et ce qu’on ose dire publiquement révèle une forme de terreur. Bien sûr, nul n’a été arrêté pour avoir contesté le déballage en cours, mais tout homme public, qu’il officie dans le show-biz, la politique ou les médias, sait qu’il pourrait perdre son job, des contrats et l’estime de ses contemporains pour un mot de trop. (…) En attendant, un pays où des adultes craignent de soutenir publiquement une opinion minoritaire n’est pas libre. Que la censure ne soit pas imposée par le pouvoir mais par les réseaux sociaux et qu’on ne risque pas sa vie mais sa vie sociale ne rend pas ce climat étouffant plus supportable. « La peur change de camp » , s’enchantent des féministes, bruyamment applaudies par des hommes qui consentent ainsi à leur destitution. Quel aveu que cette peur des hommes célébrée comme une victoire ! Ce n’est donc pas de la souffrance qu’on s’amuse, mais du flot de sottises que l’on entend à son sujet. Les indignés d’aujourd’hui ne cessent de s’émerveiller de la libération de la parole, oubliant à quel point ils la trouvaient malodorante, cette parole libérée, quand elle pointait la sécession en cours dans l’islam européen, et combien il était alors urgent de l’interdire. Tenir en suspicion les témoignages de ceux qui vivent au quoti dien le choc des civilisations (des ploucs) n’était pas un crime, mais un devoir moral. Les mêmes, aujourd’hui, ne se soucient guère de la liberté de parole de tous ceux qui trouvent la délation aussi abjecte que les agissements qu’elle vise, et encore moins de celle des porcs présumés. Il y a deux raisons fondamentales (et pas mal d’accessoires) d’être terrifié par la mécanique irrépressible qui s’est mise en place à partir d’un scandale hollywoodien certes déplorable, mais assez classique : tout d’abord, on ne saurait obtenir justice en suspendant les formes et les garanties essentielles de la justice ; ensuite, ce déferlement de vérités individuelles brosse un tableau global mensonger de la vie des femmes et des hommes en France. (…) Cette nouvelle forme du pilori envoie aussi aux oubliettes la présomption d’innocence à laquelle même le dernier des salauds a droit. (…) Il faut donc se défier du réflexe qui nous fait penser « bien fait pour sa gueule ! » quand les turpitudes de tel ou tel sont étalées – et plus encore quand l’étalage confirme la piètre opinion que l’on avait du personnage. Après avoir entendu l’effroyable récit de Henda Ayari sur Tariq Ramadan, on s’en veut de mégoter sa solidarité à une femme qui a eu le courage de parler. Car, bien sûr, on la croit, et c’est tout le problème : pour moi, comme pour les millions de Français qui l’ont entendue, Ramadan est déjà coupable. Et il a été condamné sans jugement. Il est vrai que, contrairement à tous ceux à qui on reprochera des faits prescrits, lui aura droit, malgré tout, à un procès. Mais quelle qu’en soit l’issue, il restera aux yeux de tous comme un gros dégueulasse. Au lieu de faire croire aux femmes agressées qu’elles obtiendront toutes réparation et d’agiter le fantasme de l’imprescriptibilité des crimes sexuels (également contraire à tout notre droit), on devrait avoir le courage de dire aux femmes que la justice des hommes ne peut pas réparer toutes les injustices de l’existence et que, sauf s’ils ont laissé des traces physiques, des méfaits commis entre quatre yeux ont toutes les chances de rester impunis, comme le sont du reste des milliers de crimes et délits qui passent à travers les mailles de notre système libéral. En leur racontant le contraire, en les invitant à « se lâcher », on ne les aide pas, on les traite comme des enfants qui demandent à être consolés, serait-ce par des mensonges. Moi aussi ! Moi aussi ! Mon chef ! Mon collègue ! Mon plombier ! Mon prof de macramé ! Mon dentiste ! À en juger par le succès viral de ce hashtag en forme de cri du cœur, on vivait au milieu des porcs et on ne le savait pas. Du cinéma à l’hôpital, de la fonction publique au journalisme, du monde du sport à l’armée, tous les milieux, toutes les corporations ont été invitées à faire leur examen de conscience. (…) Alors que le Code pénal sanctionne (et heureusement) tout l’éventail des mauvais traitements infligés aux femmes et que ces comportements suscitent un haut-le-cœur général, ce pathos délirant m’a donné un fou rire. (…) L’échec patent de ce happening victimaire laisse supposer que, comme pour l’écriture inclusive, c’est une avant-garde groupusculaire et radicale qui veut faire passer les déviances pour la norme et la transgression pour la règle. Notons que cette même avant-garde préfère regarder ailleurs quand l’infériorité des femmes est effectivement la norme, c’est-à-dire dans les quartiers islamisés. Caroline De Haas, qui n’a pas de la « merde raciste dans les yeux » , voit des porcs partout, sauf à Cologne ou à La Chapelle-Pajol où il n’y a, pour elle, que des victimes de l’islamophobie. Seulement, pour accomplir ce tour de passe-passe et faire admettre comme une vérité que toute femme ou presque avait déjà été harcelée, il a fallu, comme l’analyse Finkielkraut, étendre considérablement le domaine du harcèlement. (…) Si on désigne comme prédateurs tous les hommes qui ont un jour manqué de respect verbalement à une femme, on n’a pas fini de rire. Alors que se préparent les festivités du cinquantième anniversaire de Mai 68, la rage punitive et policière des héritières de la joyeuse libération sexuelle a de quoi terrifier. Toutes les femmes n’ont pas subi de violences ou d’outrages. En revanche, toutes ont eu à faire avec le désir des hommes et toutes savent que, s’il est souvent un délicieux hommage, il peut aussi être importun, pesant, embarrassant. Tant qu’il ne s’impose pas par la force physique, le chantage ou la pression morale – pratiques sanctionnées par la loi –, il relève des relations entre adultes et non de la surveillance citoyenne. (…) Quand la demande égalitaire s’offusque de toute différence, en particulier de l’entêtante différence des sexes, la sexualité demeure le refuge de la dissymétrie acceptée, de la domination fluctuante et, surtout, du secret qui protège la chambre à coucher (ou la table de la cuisine) de l’aveuglante et déprimante lumière de la transparence. Reste à savoir pour combien de temps. Elisabeth Lévy
I became an a–hole — the kind of performative masculine man my father had modeled for me to be. I lived by the motto, ‘If you don’t flirt, you die.’ And flirt I did. I flirted with all women, be they actresses, producers, or 80-year-old grandmothers. I even flirted with those who were out of bounds, like the wives of some of my best friends, which especially revolts me. I disrespected myself, and I disrespected them, and ignored my own ethics, which I regret more deeply than I can express. During those years I was swept up in a world of celebrity and drugs — which are not excuses, just truths. Since then I have had to redefine what it means to be a man, and an ethical man. I think every man on Earth has or will have to grapple with this question. But I am not an assaulter. I emphatically deny ever “exposing” myself to Jessica Teich, whom I have considered a friend for 30 years. I did flirt with her, and I remember trying to kiss Jessica as part of what I thought was a consensual seduction ritual that went on and on for many years. I am horrified and bewildered to discover that it wasn’t consensual. I didn’t get it. It makes me reassess every relationship I have ever thought was playful and mutual. There is a sea-change happening right now, which we can look upon as a problem or an opportunity. We all of us are awakening to the reality that how men have behaved toward women for eons is not OK. The rules are changing invisibly underneath our feet. I am playing catch up. Maybe we all are. I hope people can join me in honestly looking at our behavior and trying to make it right. We have to relearn every rule we thought we knew about how men and women interact, because after all getting together is the most fundamental human compulsion. And if we don’t succeed in that, what do we have? I hope this is the beginning of a larger conversation we can have as a culture. Richard Dreyfuss
Wow, I don’t quite know what to make of that. I respect that he’s trying to grapple with it, and I regret that he’s not being totally honest. Sadly, what I regret even more is I’ll never forget the sight of his penis because I was so surprised to see it there. The fact that he can’t quite acknowledge all of it is understandable. But he certainly acknowledges that something happened, and he certainly acknowledges that it might have been inappropriate now that he looks back on. Jessica Teich
It’s blowing in the wind, stupid !

Au-delà, entre tribunaux du viol universitaires ou  villes-sanctuaires et listes progressives, des habituelles et inévitables dérives et hypocrisies (les fameuses « vertus chrétiennes devenues folles » de Chesterton) …

Comme des risques de lynchage et de chasse aux sorcières que nos esprits contrariants ont raison de dénoncer …
« Quand tous les marteaux du moment se mettent à taper en chœur sur le même clou » …
Alors que du côté même de ses pratiquants la vérité sort enfin sur l’islam
Pendant qu’en Occident certains voudraient étendre à la division du travail sexuel la remise en question de la division sexuelle du travail
Comment ne pas trouver complètement fou ce que l’on est en train de vivre …
Qui aurait imaginé en effet jusqu’il y a deux ou trois semaines un tel degré d’introspection publique de la part d’un acteur d’Hollywood …
Comme cette confession que l’actualité vient d’arracher à un poids lourd d’Hollywood tel que Richard Dreyfus
Reconnaissant que « les règles sont en train de changer de manière invisible sous nos pieds et qu’on essaie juste de suivre » ?
Comment ne pas voir …
Même si on n’est pas judéo-chrétien ou girardien …
Qu’il devient ou va devenir de plus en plus difficile de ne pas être affecté …
Par le souffle désormais planétaire et instantané via les communications actuelles …
De l’autre big bang pourtant vieux de 2 000 ans …
De l’irruption du judéo-christianisme sur la scène humaine ?

L.A. Writer Says Richard Dreyfuss Sexually Harassed and Exposed Himself to Her in the 1980s

Jada Yuan

Vulture

Six days ago, the actor and writer Harry Dreyfuss gave a detailed account to BuzzFeed News, alleging that Kevin Spacey groped his crotch when he was 18, while his father, Richard Dreyfuss, was in the room. Richard confirmed to BuzzFeed that he didn’t see the groping and didn’t know about it until his son told him years later, but was present the night Harry says it occurred. “[Spacey] knew he could fondle me in a room with my father and that I wouldn’t say a word,” wrote Harry. “He knew I wouldn’t have had the guts. And I didn’t.” A few hours after the story was published, Richard tweeted a statement in support of his son:

It was a response that many applauded. But as Los Angeles–based writer Jessica Teich read the elder Dreyfuss’s tweet, she grew “bothered,” she says. “When I read about his support for his son, which I would never question, I remember thinking, But wait a minute, this guy harassed me for months,” Teich told me in an interview. “He was in a position of so much power over me, and I didn’t feel I could tell anyone about it. It just seemed so hypocritical.” She began drafting a Facebook post that she shared with her friends, one of whom is a New York staff member, who gave Teich my number. The harassment, Teich says, was constant over a two- to three-year period in the mid-1980s when she worked as a researcher and junior writer on a TV passion-project of Dreyfuss’s — and included an incident where she says that he exposed himself to her.

The project was an ABC comedy special called Funny, You Don’t Look 200: A Constitutional Vaudeville, which Dreyfuss dreamed up, hosted, co-wrote, and produced to mark the bicentennial of the American Constitution. When Teich and Dreyfuss began working together in 1984 — first at the Mark Taper Forum theater in Los Angeles, where they met, and then on 200 — Teich was in her mid-20s and in an entry-level job, fresh out of grad school. Dreyfuss was 12 years older, married with a child, and starring in a play at the Taper, where Teich was a dramaturg. At the time, he held the record for becoming the youngest Best Actor Academy Award winner ever. “He wasn’t that much older than I was, but in every possible way his position in life couldn’t have been less comparable to mine,” says Teich. “That’s how vast the power differential was. He was famous, he was rich, he had an Oscar.” And, as she pointed out to me emphatically, “He was my boss. There was no question about it.”

While they were both at the Taper, Dreyfuss had asked Teich to work on developing 200 with him, first on an informal basis over lunches, and then with the formal backing of the Disney Channel, where they had a tiny production office. Over the next several years, they spent countless hours together developing the script. One day, deep into the development process, with the TV special set to air in October 1987, Teich says Dreyfuss asked her to meet him in his trailer on the Los Angeles studio lot of a movie he was starring in at the time. As with all her script meetings with Dreyfuss, this one was set up by his female secretary. (The secretary could not be reached for comment.)

“I remember walking up the steps into the trailer and turning towards my left,” says Teich, “and he was at the back of the trailer, and just — his penis was out, and he sort of tried to draw me close to it.” Dreyfuss never asked for her to fellate him or jerk him off, Teich says, but she remembers the situation being unambiguous. “He was hard. I remember my face being brought close to his penis,” she continues. “I can’t remember how my face got close to his penis, but I do remember that the idea was that I was going to give him a blow job. I didn’t, and I left.”

How she extricated herself, she can’t recall. “It was like an out-of-body experience. I just tried to swiftly get out of the room. I pretended it hadn’t really happened,” she says. “I kept moving because it was part of my job, and I knew he was, at the time, a very important guy, and certainly important to me. I trusted him. That’s what’s always so weird. I liked him. That’s part of why it’s so painful, because of the level of innocence one brings to these things. I felt responsible, that I must have indicated in some way that I was available for this.”

Teich says that, at the time, she told no one about the exposure incident, or what she claims were years of continual, overt, lewd comments and invitations from Dreyfuss. “He created a very hostile work environment, where I felt sexualized, objectified, and unsafe,” says Teich. The exposure in the trailer, she says, was the most shocking Dreyfuss’s behavior got, but perhaps more pernicious, she contends, was that she couldn’t do her job without him coming on to her. She’s referring to moments when Dreyfuss tried to kiss her in professional settings, slip her “I love you” notes during meetings, and his unsubtle verbal sneak attacks. “He has that way of sidling up to you and saying things like, ‘I want to fuck you,’” Teich says. “That was said all the time. He would constantly steer conversations to this yucky, insinuating thing, and I would sort of try to pull us back to a place where we could actually get some work done.” Throughout the research process, Teich says, Dreyfuss set up multiple trips where it was just the two of them, to Yale, Stanford, and Washington, D.C. One morning, when they were going to meet with Ronald Reagan, Teich recalls, Dreyfuss “told me he’d spent the night with his ear next to the wall, listening to my movements in my hotel room.”

Despite how unequivocal Teich is about her experience, she believes “Richard would be very surprised if 30-odd years later he heard that I felt completely coerced and disenfranchised. I think he’d be like, ‘Oh no, I thought you really liked me.’ I don’t think he had any idea.”

Dreyfuss, who’s now 70, responded swiftly to my request for comment, through representation, and asked for a limited deadline extension so he could write something thoughtful. Here are the first, most pertinent, paragraphs of his statement:

I value and respect women, and I value and respect honesty. So I want to try to tell you the complicated truth. At the height of my fame in the late 1970s I became an asshole–the kind of performative masculine man my father had modeled for me to be. I lived by the motto, “If you don’t flirt, you die.” And flirt I did. I flirted with all women, be they actresses, producers, or 80-year-old grandmothers. I even flirted with those who were out of bounds, like the wives of some of my best friends, which especially revolts me. I disrespected myself, and I disrespected them, and ignored my own ethics, which I regret more deeply than I can express. During those years I was swept up in a world of celebrity and drugs – which are not excuses, just truths. Since then I have had to redefine what it means to be a man, and an ethical man. I think every man on Earth has or will have to grapple with this question. But I am not an assaulter.

I emphatically deny ever “exposing” myself to Jessica Teich, whom I have considered a friend for 30 years. I did flirt with her, and I remember trying to kiss Jessica as part of what I thought was a consensual seduction ritual that went on and on for many years. I am horrified and bewildered to discover that it wasn’t consensual. I didn’t get it. It makes me reassess every relationship I have ever thought was playful and mutual.

“Wow, I don’t quite know what to make of that,” Teich said, when I read the statement to her aloud. She paused for a long time before speaking again. “I respect that he’s trying to grapple with it, and I regret that he’s not being totally honest. Sadly, what I regret even more is I’ll never forget the sight of his penis because I was so surprised to see it there. The fact that he can’t quite acknowledge all of it is understandable. But he certainly acknowledges that something happened, and he certainly acknowledges that it might have been inappropriate now that he looks back on it.”

In the last 30 years, Teich, who is 58, says she confided in three people about Dreyfuss: a family member and a close confidante, who both asked to remain anonymous, and her therapist. The family member confirmed that Teich had discussed Dreyfuss’s alleged misconduct decades ago, including the exposure incident. The confidante provided a statement recalling that Teich long ago talked about her discomfort with Dreyfuss hitting on her. Her therapist declined to comment due to doctor-patient confidentiality.

Teich’s memoir, The Future Tense of Joy, released in 2016, details a year of sexual molestation and horrific beatings she endured when she was 16, at the hands of a man who was 12 years her senior, and whom she’d also met in a professional setting at an Orlando ballet company they were both in. “When I wouldn’t do some of the things that he wanted me to do, sexually, he would beat the shit out of me,” she tells me. She believes this prior experience with abuse, plus the power imbalance between her and Dreyfuss and the culture surrounding allegations of sexual assault 30 years ago, contributed to why she kept silent. “I knew it was incredibly unpleasant,” she says. “I knew I felt awful about it and during it, but it wasn’t of such greater horribleness than a lot of other things that happened. And because I had been abused as a 16-year-old, and that was my introduction to any kind of intimacy, I thought, Oh, is this okay? I just didn’t have any perspective on it because no one was talking about it.” She’d worried about going public because Dreyfuss has grown children, and his son’s story of abuse is what prompted her post. “But then I thought, ‘I have children, too’” — daughters, 16 and 21 — “and I don’t want them to live in a world where people can’t tell the truth about these things.”

In his statement, Dreyfuss concluded with a broader acknowledgment of the conversations currently happening around sexual harassment and assault:

There is a sea-change happening right now, which we can look upon as a problem or an opportunity. We all of us are awakening to the reality that how men have behaved toward women for eons is not OK. The rules are changing invisibly underneath our feet. I am playing catch up. Maybe we all are.

I hope people can join me in honestly looking at our behavior and trying to make it right. We have to relearn every rule we thought we knew about how men and women interact, because after all getting together is the most fundamental human compulsion. And if we don’t succeed in that, what do we have? I hope this is the beginning of a larger conversation we can have as a culture.

After I read Teich the statement, I asked if she felt like this was a dialogue she would ever have with Dreyfuss. “Yeah, I think if I did it in a context where there were other people involved,” she says. “Because I’m not confronting him, I’m not suing him for damages of any kind. And his statement to you is more than I thought anyone would get from him.” Still, she did take issue with certain words he’d used that she found to be “loaded.” “‘Flirt’ is absolutely not the right word,” Teich says. “It suggests something mutual, and that was not the case.” She also thought he was stretching when he called her someone “whom I have considered a friend for 30 years.” The word “friend” was problematic in this context. “The suggestion is that if I were a true colleague I never would’ve been public about this, that it should’ve all been kept among friends,” she says. “I’m not that guy’s friend. I haven’t seen that guy or spoken to him in 25 years. But as a person, I respond to the sense of hurt that underlies his words, and something in me feels compassion for him, even though he made my life hell. And that’s part of the complexity of the whole thing, I think.

Voir aussi:

Harcèlement féministe: Habeas Porcus
Les magistrates de #balancetonporc ont condamné la gent masculine
Elisabeth Lévy
Causeur
10 novembre 2017

Avant même que la justice s’en mêle, les magistrates de #balancetonporc ont déjà condamné l’ensemble de la gent masculine. Quand il s’agit de stigmatiser tous les hommes, les féministes n’ont pas peur de l’amalgame.

Les temps d’émotion obligatoire peuvent susciter, chez les esprits contrariants, de coupables tendances goguenardes, qu’il vaudrait mieux savoir réprimer. Quand tous les marteaux du moment se mettent à taper en chœur sur le même clou, tenter de glisser un doigt de contradiction, ou plus grave encore, d’ironie, est plutôt périlleux. Ainsi, apprend-on, entre mille nouvelles de la même veine, que le ministre britannique de l’Environnement s’est fait poisser pour une « blague douteuse » – que je trouve pour ma part très drôle – et de surcroît très facile à adapter chez nous. Entrant dans le studio de BBC Radio 4, Michael Gove a déclaré : « C’est comme entrer dans la chambre à coucher de Harvey Weinstein – on espère en sortir avec sa dignité intacte. » La plaisanterie a, paraît-il, beaucoup amusé l’auditoire présent, mais précise l’article, « elle a été largement condamnée sur les réseaux sociaux », ce qui laisse penser que la merveilleuse génération ne rigole pas beaucoup. Ou alors des blagues d’Alex Wizorek.

Et comme la justice se rend désormais sur Twitter, le ministre a dû s’excuser.
Le problème, c’est la blague

Cet épisode a valeur d’apologue. Pour le parti de « la parole libérée », le problème, c’est la blague. Pour les défenseurs de l’humour libre, ce sont les excuses. Quand Carol Galand, l’une des activistes du mouvement antiporc, se réjouit parce que « les #metoo qui se sont répandus comme un feu de forêt ont mis sur le grill des milliers de porcs, vaste méchoui d’une omerta honteuse », le mâle blanc ne s’insurge pas contre cette animalisation, il implore son pardon. On saluera BHL qui pour le coup, s’est énervé – « Je n’aime pas qu’on traite un homme de porc ! » –, Alain Finkielkraut, qui ne cède rien à la pression ambiante (pages 50-51), sans oublier Jaccard, Mandon, Rosenzweig et tous ceux qui prennent le risque de se voir dénoncés comme complices de l’infâme. Mais pour l’essentiel, la gent masculine se tient à carreau. L’homme occidentalisé n’est pas un porc, mais un repentant. Face à la forêt planétaire de doigts accusateurs, il finit par croire à sa propre culpabilité. « Je me suis mal exprimé », confesse Bruno Lemaire, coupable, non pas de gestes indécents (on a vraiment du mal à l’imaginer), mais de refus de dénoncer.

« J’ai honte pour les hommes », roucoule le chef Yves Camdeborde dans un numéro du Parisien qui figurera un jour dans les annales de la domination féminine, où seize people mâles (dont François Hollande, voir encadré) s’engagent pour la sauvegarde de nos amies les femmes. Ces seize- là, suppose-t-on, n’ont jamais contraint aucune femme, mais ils ne le feront plus. Plus de blagues lourdes, plus de regards insistants, plus d’avances « non désirées ». Plus rien qui puisse mettre une femme mal à l’aise, comme l’expliquera bientôt aux contrevenants le « zéro-six anti – relous » (comprenez le numéro de mobile qu’on utilisera comme un leurre antidragueur et au bout duquel le relou se fera sermonner – espérons qu’ils ne choisiront pas une voix trop sexy). À mon humble avis, beaucoup d’histoires d’amour commencent par quelque chose qui peut mettre mal à l’aise, mais passons.

L’inévitable Caroline De Haas ayant semble-t-il échoué à faire reculer le président sur sa réforme du droit du travail, elle a dégainé là où on l’atten – dait, c’est-à-dire en balançant Eugénie Bastié comme « l’alliée indéfectible des agresseurs » . Si tu n’es pas avec moi, tu es avec les cogneurs. Dialectique, quand tu nous tiens. Il faut cependant répondre, non pas à cet argument lourdingue, mais à tous ceux qui s’indignent sincère – ment que l’on plaisante alors que nous voyons défiler sur nos écrans des femmes, brisées ou combatives, qui relatent pour certaines un véritable calvaire où la contrainte sexuelle se double de sévices, pour d’autres une situation pesante, pour d’autres encore un incident pénible. Certains de ces témoignages sont difficilement supportables et appellent la compassion, l’effroi, voire la furieuse envie de planter quelques coups de genou dans quelques génitoires dûment sélectionnées. Mais l’esprit de sérieux qui s’est abattu sur le féminisme ne rend pas cette souffrance plus tolérable, au contraire. Du reste, ce n’est pas seulement l’humour qui est placé sous surveillance, mais tout propos sur le sujet, surtout s’il est tenu par un homme. Le fossé abyssal entre ce qui se raconte en privé (où on blague à tout-va y compris sur les moments difficiles) et ce qu’on ose dire publique – ment révèle une forme de terreur.

Bien sûr, nul n’a été arrêté pour avoir contesté le débal – lage en cours, mais tout homme public, qu’il officie dans le show-biz, la politique ou les médias, sait qu’il pourrait perdre son job, des contrats et l’estime de ses contempo – rains pour un mot de trop. Quelques-uns ont renoncé à intervenir dans ce numéro, persuadés de ne récolter que des ennuis – incluant parfois une bonne engueulade de madame. On ne saurait leur donner tort. En attendant, un pays où des adultes craignent de soutenir publique – ment une opinion minoritaire n’est pas libre. Que la censure ne soit pas imposée par le pouvoir mais par les réseaux sociaux et qu’on ne risque pas sa vie mais sa vie sociale ne rend pas ce climat étouffant plus supportable. « La peur change de camp » , s’enchantent des féministes, bruyamment applaudies par des hommes qui consentent ainsi à leur destitution. Quel aveu que cette peur des hommes célébrée comme une victoire ! Ce n’est donc pas de la souffrance qu’on s’amuse, mais du flot de sottises que l’on entend à son sujet. Les indignés d’aujourd’hui ne cessent de s’émerveiller de la libération de la parole, oubliant à quel point ils la trouvaient malodorante, cette parole libérée, quand elle pointait la sécession en cours dans l’islam européen, et combien il était alors urgent de l’interdire. Tenir en suspicion les témoignages de ceux qui vivent au quoti – dien le choc des civilisations (des ploucs) n’était pas un crime, mais un devoir moral. Les mêmes, aujourd’hui, ne se soucient guère de la liberté de parole de tous ceux qui trouvent la délation aussi abjecte que les agisse – ments qu’elle vise, et encore moins de celle des porcs présumés. Il y a deux raisons fondamentales (et pas mal d’acces – soires) d’être terrifié par la mécanique irrépressible qui s’est mise en place à partir d’un scandale hollywoodien certes déplorable, mais assez classique : tout d’abord, on ne saurait obtenir justice en suspendant les formes et les garanties essentielles de la justice ; ensuite, ce déferlement de vérités individuelles brosse un tableau global mensonger de la vie des femmes et des hommes en France.

« Toi aussi, raconte, en donnant le nom et les détails, un harcèlement dont tu as été victime. » C’est avec ce message, dont nous avons charitablement corrigé l’orthographe, que Sandra Muller, journaliste basée aux États-Unis, a lancé le 13 octobre le hashtag « balance ton porc », la grammaire suggérant que toute femme a un porc à balancer. Comme l’observe alors Le Monde , extatique, « le verrou a sauté. La vanne s’est ouverte ». En quelques jours, des centaines de microrécits sont publiés, l’écœurant côtoyant le futile et le sordide l’ano – din. L’une parle d’attouchements subis à 11 ans, l’autre d’une blague sur ses bottes. Très vite, des noms sont divulgués : dans la liste noire qui s’enrichit d’heure en heure, on trouve un ancien ministre balancé par la fille d’un autre, quelques journalistes et animateurs, un député promptement débarqué de son groupe. Qu’une femme ayant subi une agression sans pouvoir se défendre ait le sentiment de rétablir la balance en jetant le nom de son agresseur en pâture au public, on peut le comprendre. Il n’en est pas moins choquant que la quasi-totalité de la classe médiatique et poli – tique, garde des Sceaux compris, l’encourage dans cette fâcheuse illusion. Votée en 1679 par le Parlement anglais, la loi sur l’Habeas corpus (qui intègre des dispositions antérieures) prévoit que « toute personne arrêtée a le droit de savoir pourquoi elle est arrêtée et de quoi elle est accusée » . Ce principe, inscrit dans notre droit bien avant 1789, est encore l’un des fondements de toute justice démocratique, puisque c’est de lui que découle le caractère contradictoire d’un procès équi – table. C’est sans doute difficile à admettre quand on a eu affaire à un gros dégueulasse, mais c’est ainsi : la seule façon d’obtenir justice, c’est de porter plainte et de se plier aux règles formelles exigées par la procé – dure. La justice ne fait pas son boulot, répondra-t- on. Admettons qu’il reste dans nos commissariats et dans nos prétoires des dinosaures qui détournent la tête quand une femme vient demander leur protec – tion. On a du mal à croire que ce soit la règle. De plus, faut-il, au prétexte que la justice fonctionne mal, laisser les femmes se faire justice elles-mêmes ? Cette nouvelle forme du pilori envoie aussi aux oubliettes la présomption d’innocence à laquelle même le dernier des salauds a droit. Tandis que Murielle Salmona réclame à leur profit une « présomption de vérité » (!), des femmes se déclarent « humiliées » qu’on mette leur parole en doute. Mais le premier devoir de tout juge est de mettre en doute la parole de la victime présu – mée. Même quand elle est criante de vérité. Il faut donc se défier du réflexe qui nous fait penser « bien fait pour sa gueule ! » quand les turpitudes de tel ou tel sont étalées – et plus encore quand l’étalage confirme la piètre opinion que l’on avait du personnage. Après avoir entendu l’effroyable récit de Henda Ayari sur Tariq Ramadan, on s’en veut de mégoter sa soli – darité à une femme qui a eu le courage de parler. Car, bien sûr, on la croit, et c’est tout le problème : pour moi, comme pour les millions de Français qui l’ont enten – due, Ramadan est déjà coupable. Et il a été condamné sans jugement. Il est vrai que, contrairement à tous ceux à qui on reprochera des faits prescrits, lui aura droit, malgré tout, à un procès. Mais quelle qu’en soit l’issue, il restera aux yeux de tous comme un gros dégueulasse. Au lieu de faire croire aux femmes agressées qu’elles obtiendront toutes réparation et d’agiter le fantasme de l’imprescriptibilité des crimes sexuels (également contraire à tout notre droit), on devrait avoir le courage de dire aux femmes que la justice des hommes ne peut pas réparer toutes les injustices de l’existence et que, sauf s’ils ont laissé des traces physiques, des méfaits commis entre quatre yeux ont toutes les chances de rester impu – nis, comme le sont du reste des milliers de crimes et délits qui passent à travers les mailles de notre système libéral. En leur racontant le contraire, en les invitant à « se lâcher », on ne les aide pas, on les traite comme des enfants qui demandent à être consolés, serait-ce par des mensonges.

Moi aussi ! Moi aussi ! Mon chef ! Mon collègue ! Mon plombier ! Mon prof de macramé ! Mon dentiste ! À en juger par le succès viral de ce hashtag en forme de cri du cœur, on vivait au milieu des porcs et on ne le savait pas. Du cinéma à l’hôpital, de la fonction publique au journalisme, du monde du sport à l’armée, tous les milieux, toutes les corporations ont été invitées à faire leur examen de conscience. « Je ne savais pas que c’ était aussi répandu » , déclarent les hommes inter – rogés par Le Parisien . Sauf qu’on ne le sait toujours pas. À entendre les récits qui se succèdent, emplissant tout l’espace médiatique, confortés par une litanie de chiffres terrifiants, la révolution féministe n’a jamais eu lieu et la vie des femmes est un chemin de croix – maltraitance sur fond d’omerta. Il n’y a plus des femmes singulières, mais « nous les femmes » , comme l’écrit Laure Adler dans un texte sobrement intitulé « La nuit des femmes » et publié par Madame Figaro le 20 octobre. « Nous les femmes. Nous les femmes qui sommes déshonorées, déconsidérées, violentées dans notre intégrité physique et psychique, dans notre dignité d’ être humain. Nous les femmes qui n’osons pas énoncer la violence dont nous sommes l’objet, juste – ment parce que nous ne sommes plus sujets. Nous les femmes, quand sortirons-nous de notre nuit immémo – riale, douloureuse, silencieuse ? » Alors que le Code pénal sanctionne (et heureusement) tout l’éventail des mauvais traitements infligés aux femmes et que ces comportements suscitent un haut-le-cœur général, ce pathos délirant m’a donné un fou rire. Tout comme celui de Carol Galland qui a appelé les femmes harce – lées à manifester le dimanche 29 octobre. « Non, il n’est pas normal que la quasi-totalité des femmes cache au creux de son cœur une salissure qui la dégoûte et lui fait honte » , écrit cette amatrice de méchoui qui ne cache pas grand-chose au creux du sien car elle exhibe tous les sentiments qui s’y trouvent, assaisonnés de force formules prétendument drôles. Avant d’ajouter : « Les femmes sont tellement brisées qu’aujourd’ hui, elles vont jusqu’ à penser qu’un rassemblement #metoo ouvert aux hommes serait dangereux pour elles. » On appréciera la réduction de toutes les femmes à de petites choses perdant leurs moyens en présence d’un butor. Un siècle de féminisme pour en arriver là. Seulement, ce ne sont pas « les femmes », mais moins de 2 000 personnes qui ont répondu à son appel dans toute la France, le dimanche 29 octobre, ce qui n’a pas empêché les perroquets de la radio publique de se féliciter que le combat quitte internet pour descendre dans la rue. L’échec patent de ce happening victimaire laisse supposer que, comme pour l’écriture inclu – sive, c’est une avant-garde groupusculaire et radicale qui veut faire passer les déviances pour la norme et la transgression pour la règle. Notons que cette même avant-garde préfère regarder ailleurs quand l’infériorité des femmes est effectivement la norme, c’est-à-dire dans les quartiers islamisés. Caroline De Haas, qui n’a pas de la « merde raciste dans les yeux » , voit des porcs partout, sauf à Cologne ou à La Chapelle-Pajol où il n’y a, pour elle, que des victimes de l’islamophobie. Seulement, pour accomplir ce tour de passe-passe et faire admettre comme une vérité que toute femme ou presque avait déjà été harcelée, il a fallu, comme l’analyse Finkielkraut, étendre considérablement le domaine du harcèlement. « Si nous aussi on donnait les noms des prédateurs sexuels qui nous ont 1/ manqué de respect verbalement 2/ tenté des tripotages » , suggère Sandra Muller dans un deuxième tweet. Si on désigne comme prédateurs tous les hommes qui ont un jour manqué de respect verbalement à une femme, on n’a pas fini de rire. Alors que se préparent les festivités du cinquantième anniversaire de Mai 68, la rage puni – tive et policière des héritières de la joyeuse libération sexuelle a de quoi terrifier. Toutes les femmes n’ont pas subi de violences ou d’outrages. En revanche, toutes ont eu à faire avec le désir des hommes et toutes savent que, s’il est souvent un délicieux hommage, il peut aussi être importun, pesant, embarrassant. Tant qu’il ne s’impose pas par la force physique, le chantage ou la pression morale – pratiques sanctionnées par la loi –, il relève des relations entre adultes et non de la surveillance citoyenne.

Or, à entendre les « agitées du porte-plainte » , pour reprendre la tranchante expression de Muray, on devrait verbaliser tous les amoureux suffisamment transis pour ne pas se laisser décourager à la première rebuffade – dont notre littérature regorge. Et comme il l’a écrit en 1991 dans le texte inédit que nous publions (pages 42-43), derrière la lutte contre le harcèle – ment, « c’est bel et bien le sexuel qui est aujourd’ hui l’objet d’une entreprise de criminalisation, ou plutôt de re-criminalisation, acharnée » . Quand la demande égalitaire s’offusque de toute différence, en particulier de l’entêtante différence des sexes, la sexualité demeure le refuge de la dissymétrie acceptée, de la domination fluctuante et, surtout, du secret qui protège la chambre à coucher (ou la table de la cuisine) de l’aveuglante et déprimante lumière de la transparence. Reste à savoir pour combien de temps. Muray aimait à ce sujet citer « La Colère de Samson », poème de Vigny : « Bientôt, se retirant dans un hideux royaume, La Femme aura Gomorrhe et l’Homme aura Sodome, Et se jetant, de loin, un regard irrité, Les deux sexes mourront chacun de son côté. » Alors que l’on prétend nous faire croire que l’humanité se partage entre victimes et porcs, l’âge de la séparation a peut-être commencé.

Un goujat nommé Hollande Par Patrick Mandon À la une du Parisien , le 25 octobre, seize portraits d’hommes « soutenus » par ce titre en gras : « Les hommes s’engagent. » Ces messieurs font connaître urbi et orbi qu’ils sont opposés… au harcèlement sexuel (et, sans doute, à la faim dans le monde, au dépassement d’honoraires des notaires sans cravate, aux intempéries, aux hémorroïdes) : « Après l’onde de choc créée par l’affaire Weinstein, seize personnalités masculines sollicitées par notre journal expriment leur solidarité avec les femmes. » On reconnaît l’intellectuel azuréen Christian Estrosi, et Michel Cymes, conseiller omnimé – diatique à caducée. Ce dernier profite de l’occa – sion pour parler… de lui ! « Moi aussi, lorsque j’avais 15 ans, j’ai subi des attouchements par un homme dans le métro. C’est très perturbant. Sur le moment je n’ai rien osé dire. » Contrairement à ce que ces déclarations pour – raient faire croire, le sujet de l’article n’est nulle – ment Michel Cymes et sa psychose suburbaine, mais bel et bien la condition faite aux femmes par de grossiers personnages, qui profitent de leur pouvoir pour exiger d’elles des faveurs sexuelles. Mais, ô surprise ! Perdu au milieu des seize messagers féministes, qui voit-on ? François Hollande ! Alors, un souvenir nous revient… M. Hollande sur une estrade, à Tulle, au soir de sa victoire, le 6 mai 2012 : à ses côtés Valérie Trie – rweiler, heureuse, compagne épanouie du vain – queur et présentée comme telle à la foule. Bref, une femme amoureuse, compagne d’un homme comblé, entrait officiellement à l’Élysée. Las ! La ronde 1 des corps et des visages ne saurait suivre une voie rectiligne. M. Hollande, non pas saisi par la débauche, mais fidèle à sa devise « le chan – gement, c’est maintenant ! » s’éprend d’une jolie comédienne. Le 10 janvier 2014, le magazine Closer le montre casqué, furtif, quittant le domi – cile de l’élue au petit matin. Mme Trierweiler découvre son infortune en même temps que les Français : rage, désespoir, dépression ! Le 25, s’adressant au téléphone à l’AFP, il déclare ceci : « Je fais savoir que j’ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler. » Par cette formule de dix-huit mots M. Hollande, ineffable « partageur » de vie commune (!) paraissait plutôt congédier une courtisane que rompre avec une compagne, et moins encore répudier une reine. Nombre d’observateurs virent d’ailleurs dans ce communiqué lapidaire et glaçant tout le caractère de la goujaterie… 1. La Ronde , film de Max Ophüls. Nul n’a mieux montré le manège enchanté du désir qui fait tourner les femmes et les hommes, puis les rend à leur solitude fondamentale.

Voir également:

Saïd Ben Saïd : « L’antisémitisme des Arabes aujourd’hui est le même que le vieil antisémitisme européen »

Le producteur de cinéma s’exprime dans une tribune au « Monde » après avoir appris qu’il ne pouvait plus présider le jury des journées cinématographiques de Carthage (du 4 au 11 novembre) en Tunisie. On lui reproche d’avoir produit des films en Israël.

Saïd Ben Saïd (Producteur de cinéma franco-tunisien)

Tribune. J’ai reçu au début du mois d’août une invitation pour présider le jury des journées cinématographiques de Carthage (JCC) qui se déroulent du 4 au 11 novembre à Tunis.

J’ai accepté très chaleureusement la proposition mais, lorsque le délégué général, M. Nejib Ayed, a appris que je produisais le prochain film du cinéaste israélien Nadav Lapid et que j’avais fait partie du jury du dernier festival de Jérusalem, il m’a demandé un délai de réflexion de vingt-quatre heures et ne m’a plus donné signe de vie.

Une grande partie de la presse tunisienne et du public, en prenant connaissance de mes entreprises israéliennes, aurait certainement réagi avec beaucoup de virulence à cette invitation et le festival a probablement eu raison de m’épargner (et de s’épargner) un lynchage médiatique. Cet incident tout à fait fâcheux, et qui l’est d’autant plus qu’il m’a opposé bien involontairement à des personnes que je n’ai aucune envie de désobliger, est révélateur de l’état actuel du débat sur ce pays dont le nom est devenu en Tunisie imprononçable.

Je suis né en Tunisie. J’y ai grandi dans une famille musulmane pratiquante et je m’affirme aujourd’hui avec le même enthousiasme musulman, français et tunisien. Il y a dans mon pays d’origine, et dans le monde arabe de façon générale, une hostilité (quand ce n’est pas une haine) à l’égard d’Israël, qui est liée au sort dramatique des Palestiniens dont les Tunisiens et les Arabes se sentent solidaires.

Vocable antisémite

En vérité, les choses sont un peu plus compliquées que cela. Nul ne peut nier le malheur du peuple palestinien, mais il faut bien admettre que le monde arabe est, dans sa majorité, antisémite et cette haine des juifs a redoublé d’intensité et de profondeur non pas avec le conflit israélo-arabe, mais avec la montée en puissance d’une certaine vision de l’islam.

La lecture littérale du Coran, dépourvue de tout contexte historique, donne lieu depuis un siècle et demi environ à des propos délirants sur les juifs

Bien entendu, un tas de gens sont persuadés, mais alors mordicus, qu’étant des sémites, les Arabes ne peuvent être antisémites. Or, rien n’est plus faux. Le vocable antisémite, inventé en Europe au XIXe siècle, n’a jamais concerné les Arabes. Il désignait exclusivement les juifs. A la vérité, il existe dans le Coran un discours antirabbinique qui a été à travers l’histoire progressivement décontextualisé et déshistoricisé pour devenir d’abord un discours antijudaïque, puis un discours antisémite.

La lecture littérale du Coran, dépourvue de tout contexte historique, donne lieu depuis un siècle et demi environ à des propos délirants sur les juifs. Le Coran comporte un grand nombre de versets concernant les juifs, dont certains leur sont très hostiles. Enfants, nous les apprenions par cœur à l’école. Les juifs étaient, pour nous, perfides, falsificateurs, immoraux, diaboliques, etc., et, chose primordiale, ces versets étaient les paroles de Dieu. Chaque enfant arabe grandit avec ces images. Dans une monarchie arabe du Golfe par exemple, on lit aujourd’hui dans les manuels scolaires que les juifs descendent des singes parce qu’un verset du Coran (II-65) menace les transgresseurs du Sabbat d’être transformés en singes.

Paranoïa dépourvue d’argumentation

Lorsque je suis arrivé en France à l’âge de 18 ans, je fis la connaissance de Mohamed Arkoun et Jacques Berque et je considère aujourd’hui encore ces rencontres comme un bienfait du destin. Je relus grâce à eux le Coran en m’appuyant sur un savoir construit et historique, ébranlant ainsi toutes mes certitudes passées. J’appris alors que les juifs du Coran étaient, en réalité, les juifs de Médine, qui avaient été d’abord perçus par Mahomet comme des alliés potentiels avant de devenir ses ennemis mortels puisqu’ils ne le reconnurent pas comme prophète.

L’âge d’or de la condition juive dans le monde arabe est un mythe. Les juifs y vivaient dans une situation meilleure que celle des juifs d’Europe avec des périodes de relative tolérance mais, globalement, du Maroc à l’Irak, ils étaient méprisés, brimés et humiliés quand ils n’étaient pas massacrés de sorte qu’ils n’avaient pas d’autre choix que celui de quitter les terres de leurs ancêtres pour aller s’établir en Europe ou en Israël.

Le mal est là, tapi au fond de nous. Ses racines sont profondes

C’est dans le monde arabe que les protocoles des sages de Sion ont connu et continuent de connaître leur plus grand succès de vente. L’antisémitisme des Arabes, aujourd’hui, est le même que le vieil antisémitisme européen. Il fonctionne sur le même registre, comme une paranoïa dépourvue d’argumentation. Les juifs ont beaucoup d’argent et sont solidaires entre eux. C’est ce que disait Merah, l’assassin des enfants juifs de l’école Ozar-Hatorah de Toulouse, mais aussi toute une littérature européenne d’avant 1945 (que Merah n’a certainement pas lue).

Que de fois ai-je entendu des gens dire en Tunisie que les récoltes sont mauvaises parce que le Mossad empoisonne les sols ou que ce dernier est à l’origine de l’attentat du 11-Septembre, afin d’aider les Américains à mettre la main sur le pétrole irakien.

Le mal est là, tapi au fond de nous. Ses racines sont profondes. Des centaines de milliers d’Arabes meurent assassinés par d’autres Arabes en Syrie, en Irak, en Libye, au Soudan, mais cela nous importe apparemment moins que les crimes commis par l’armée israélienne qui sont, eux, toujours dénoncés par une partie, fut-elle minoritaire, de la presse et de la société civile de ce pays.

La vérité historique me semble être une exigence morale de premier rang. Un musulman qui en fait son deuil et qui se définit uniquement par le Coran qu’il n’a pas (ou mal) lu ou par la cause palestinienne qu’il ne connaît pas me paraît manquer à sa propre islamité.

Saïd Ben Saïd a, entre autres, produit le film Elle, de Paul Verhoeven, César du meilleur film de l’année 2016.

Voir enfin:

«La norme virile valorise le pénétrant et stigmatise le pénétré», déplore la philosophe Olivia Gazalé

INTERVIEW A l’occasion de «Movember», «20 Minutes» s’intéresse au plaisir prostatique. Une pratique taboue car elle implique que l’homme soit pénétré, ce qui, symboliquement, serait associé à une perte de virilité. Entretien avec Olivia Gazalé, auteure du « Mythe de la virilité »…

  • A l’occasion de « Movember », mouvement dédié à la sensibilisation des cancers masculins, « 20 Minutes » se penche sur le plaisir prostatique. Une pratique encore taboue et source de clichés
  • « Si on veut que les hommes changent leur regard sur les femmes et le féminin, ils doivent d’abord changer le regard qu’ils portent sur eux-mêmes », analyse dans cette interview, Olivia Gazalé, enseignante en philosophie, maître de conférences à Science-Po Paris

Vous aurez peut-être remarqué qu’une des insultes les plus courantes en français est « enculé ». Plus rarement « enculée » et jamais « enculeur ». Autrement dit, l’opprobre est jeté sur celui qui est pénétré ou soupçonné de l’être. C’est peut-être ce qui explique en partie que le sujet du plaisir prostatique soit aussi tabou, cette idée que la pénétration anale passive ferait perdre à un homme sa virilité. Olivia Gazalé (photo ci-contre), enseignante en philosophie, maître de conférences à Science-Po Paris et cofondatrice des Mardis de la philo aborde ce sujet dans l’un des chapitres de son livre Le Mythe de la virilité, paru chez Robert Laffont. Entretien.

Un des chapitres de votre livre s’intitule « Entrer : l’exigence de pénétration ». Autrement dit, est viril celui qui pénètre et non celui qui est pénétré ?

Entendons-nous bien : il ne s’agit évidemment pas ici de porter un jugement de valeur sur ces pratiques, mais seulement d’observer comment elles ont été considérées l’une et l’autre au cours de l’histoire. Dès la Rome antique s’opère un clivage radical entre les pénétrants (les citoyens, les maîtres) et les pénétrés (souvent de jeunes esclaves). Les catégories d’homosexualité et d’hétérosexualité telles que nous les entendons aujourd’hui, comme deux groupes clairement séparés, n’existaient pas. L’homme libre se devait d’être marié, d’honorer sa femme et ses maîtresses et pouvait aussi soumettre de jeunes corps masculins pour son plaisir. Pour reprendre le langage cru
qu’appréciaient les Romains, un vir [un mâle romain] « encule » mais n’est pas « enculé », alors que les « culs larges » et les « suceurs de bites » étaient méprisés et insultés. Autrement dit, la virilité, c’est la pénétration active ; la dévirilisation, c’est la pénétration passive. Pour certains hommes, cela n’a pas changé depuis l’Antiquité, hélas : ils considèrent toujours leur phallus comme un outil de domination.

Qui sont ces hommes ?

Prenez le viol carcéral, un phénomène très répandu et largement tabou. Selon une enquête menée aux Etats-Unis par Human Rights Watch, ces viols sont majoritairement perpétrés par des prisonniers qui, hors les murs, sont hétérosexuels. Ce sont des caïds, qui n’hésitent pas à se glorifier de leurs prouesses sexuelles avec les femmes, et qui « baisent » des détenus pour les humilier et affirmer leur virilité triomphale. Les hommes victimes de ces agressions sont perçus comme féminins, car ils n’affichent pas les marqueurs de la virilité : une voix fluette, un petit gabarit, ou trop peu d’appétit pour la bagarre suffisent pour être rangés du côté des « tafioles », qu’on soit ou non
homosexuel. Et, pour le violeur, il s’agit, là encore, d’imposer sa loi par l’asservissement sexuel de l’autre.

Vous citez dans votre livre les insultes comme « Je t’encule » ou « Je te nique » qui, paradoxalement, peuvent être prononcées sans que celui qui les profère soit perçu comme homosexuel…

Au contraire, même ! Ce genre de compliments, très prisés au volant, signifie « Je te soumets à mon phallus » et cela ne va pas te laisser un très bon souvenir. De nombreuses métaphores assimilent le pénis à une arme : pistolet, fusil, gourdin, braquemart… C’est dire que celui qui profère ce type de phrases parle de la puissance de son membre et de sa capacité à anéantir l’autre. Quant à « sale pédé », c’est une amabilité qui est aussi souvent adressée à des hétérosexuels qu’à des homosexuels. Elle vise juste à déprécier l’autre.

Derrière cela, il y a une dimension homophobe, mais aussi misogyne ?

Oui, car l’homophobie découle de la gynéphobie. C’est parce que le féminin est dévalorisé que l’effémination est perçue comme un avilissement. C’est en ce sens que la défense de la cause des femmes et celle des LGBTQ relèvent d’un seul et même combat : celui qu’il faut continuer à mener contre le caractère aliénant des normes sexuées, qui interdisent aux individus des deux sexes de se construire librement. Cela fait déjà plus d’un siècle que les femmes ont remis en question la notion d’« éternel féminin », mais les hommes, eux, sont encore trop souvent conditionnés par les stéréotypes sexués qui leur imposent de faire sans cesse la démonstration de leur puissance, de leur performance, de leur combativité, de leur courage… et de leur hétérosexualité.

Il faudrait donc que les hommes se remettent en question ?

C’est, d’après moi, l’une des leçons à tirer de l’affaire Weinstein et de ses suites : pour que les hommes changent leur regard sur les femmes et le féminin, ils doivent d’abord changer le regard qu’ils portent sur eux-mêmes, comme dominants et pénétrants. Le vrai sujet tabou, il est là. On parle énormément, et à juste titre, de la discrimination envers les femmes ; en revanche, l’oppression de l’homme par l’homme, l’homophobie, la confusion entre effémination et homosexualité sont des sujets dont on s’empare trop peu. Il y a un vrai travail de pédagogie à faire pour dissocier l’« effémination », c’est-à-dire le fait de posséder des caractères essentialisés comme féminins (la douceur, la sensibilité, la bienveillance, l’empathie…) et l’orientation sexuelle, qui est un tout autre sujet. Il existe des homos très virils et des hétéros efféminés. Sortons des caricatures. Cette discrimination archaïque entre le pénétrant-dominant et le pénétré-dominé mérite d’être définitivement abandonnée. De même que le fait de considérer le terme de « pédé » comme une insulte. C’est à nous qu’il revient d’éduquer la prochaine génération en ce sens.

Voir encore:

Why Campus Rape Tribunals Hand Down So Many ‘Guilty’ Verdicts

Title IX training is a travesty.

In November 2014, a female member of Brown University’s debate team had oral sex with a male colleague while they watched a movie. Eleven months later, she filed a complaint with Brown, accusing him of sexual assault.

Both parties in the case had credibility issues; he had violated a no-contact order, she had withheld from the university the bulk of their text messages. But the accused student possessed strong exculpatory evidence. He produced the full record of their communications, which included texts from the accuser to him discussing the encounter in a highly positive fashion and referencing a “plan” to have sex again. Further, a friend of the accuser, who saw her shortly after the incident, recalled her raving about her “really hot” experience.

Nonetheless, Brown’s disciplinary panel returned a guilty finding by 2-to-1. The decisive vote came from Besenia Rodriguez, the university’s associate dean for curriculum.

In subsequent court testimony after the accused sued Brown, Rodriguez admitted that she had not considered the accuser’s text messages or other post-incident behavior as having any bearing on the case. The reason, she said, was the hours of training that Brown had provided to prepare her to adjudicate the complaint—training required by the federal government. Rodriguez was specifically told that the impact of trauma on sexual-assault victims often causes them to behave in counterintuitive ways, such as not being able to recount a consistent set of facts or choosing to communicate with (rather than to avoid) the alleged assailant. “I felt like it couldn’t—I couldn’t really put myself in her shoes to understand why she was representing it that way,” explained Rodriguez, “so best not to attempt to judge her behavior.”

But judging the accuser’s behavior, noted U.S. District Judge William Smith, “was precisely her job as a panel member: to interpret the evidence and make factual determinations about it.” He added, “It appears what happened here was that a training presentation was given that resulted in at least one panelist completely disregarding an entire category of evidence”—evidence severely damaging to the accuser’s credibility.

Smith invalidated the university’s decision, noting, even apart from Rodriguez’s dereliction of duty, the overall process was far from equitable. The Brown official who designed the training Rodriguez received, Alana Sacks, did not respond to a request for comment.

Since 2011, the federal government has required all universities that receive federal money to provide “training or experience in handling complaints of sexual harassment and sexual violence” to adjudicators and investigators. Since nothing in the experience of most academics prepares them to competently investigate an offense that’s a felony in all 50 states, it makes sense to train those who are assigned to investigate campus sexual-assault allegations. But the ideological regimes used on many campuses are designed more to stack the deck against accused students than to ensure a fair inquiry. The risk of injustice is enhanced by the fact that, to the best of our knowledge, no school discloses the contents of its training materials to accused students before commencing the disciplinary process. The contrast between this training regime and the instructions given by judges to jurors in criminal trials—most obviously, that they should presume defendants innocent until proven guilty—is stark.

“In a criminal trial,” says former Baltimore state’s attorney Gregg L. Bernstein, “we ask jurors to use their common sense and apply their own life experiences to determining questions of credibility and guilt or innocence. We do not ‘train’ jurors at the expense of considering equally plausible factors as to why [an alleged] victim’s testimony might not be credible.” Bernstein, who during his term in office created a special unit to handle sexual-assault cases, believes a balance “can be struck in which the victim’s account is given credence and she is respected, while at the same time, the alleged assailant has the right to test the story. We should ask for no less when a person’s reputation can be altered for life by these types of [campus] allegations.”

The training mandate originated with the Obama administration’s 2011 “Dear Colleague” letter, which dictated campus procedures for sexual-assault allegations that dramatically increased the chances of guilty findings. Expanded guidance in 2014 from the Department of Education’s Office for Civil Rights ordered that the training include “the effects of trauma, including neurobiological change”—a phrase pregnant with hidden meaning. The Obama training requirements (without the “neurobiological change” part) were then formalized in a binding federal regulation in 2015.

While Secretary of Education Betsy DeVos has rescinded the 2011 and 2014 Obama commands, the 2015 regulation keeps most of the Obama training mandate in place. All the while, the secrecy of almost all the training materials has enabled them largely to escape public scrutiny.

“The biggest problem with these training materials,” says Justin Dillon, a Washington, D.C., lawyer who has defended dozens of students accused of sexual assault, “is that if the accuser comes in, contradicts herself and the evidence, all that gets explained away because of ‘trauma.’ Junk science like that makes it extraordinarily hard for students to defend themselves effectively. Schools cherry-pick studies without actually understanding anything about them; they just take this chicanery at face value. Students would need to first pay a lawyer, and then pay that lawyer to find a neuroscience expert who is both willing and qualified to take on this issue. And if you think lawyers are expensive, wait until you see how much experts charge.”

Middlebury College’s training, for instance, urges adjudicators to “start by believing” the accuser, while asking themselves whether the accused student is “who he said he is.” The training materials twice feature a hypothetical campus rapist announcing: “I am going to have sex tonight. If it is consensual, fine. But, I am going to have sex tonight.”

The college further orders that in order to be “objective,” investigation reports must not use the word “alleged” before “victim” or “sexual assault” and must avoid passages such as “the victim’s account of the incident is not believable or credible to officers given her actions during and after the encounter with the suspect” or the “victim has inconsistencies with her story.”

The role of the investigative report is especially important at Middlebury because, like more and more schools, it has abandoned disciplinary hearings on sexual-assault claims in favor of a single-investigator system. This was designed to shield the accuser from cross-examination, but also empowers a school-appointed official to serve as “detective, judge and jury,” in the words of Greg Lukianoff, president of the Foundation for Individual Rights in Education. In the specific system used at Middlebury, a college administrator renders the final decision based primarily on a report prepared by the investigator. The accused student and his representatives have no opportunity to cross-examine the accuser or the investigator. The training’s restrictions on the content of the investigator’s report thus have a direct effect on the final outcome.

After we wrote about the Middlebury training, the firm that conducted it, Margolis Healy, removed the associated material from its website. The company did not respond to a request for comment.

Eric Rosenberg, an Ohio lawyer who has represented accused students in both state and federal lawsuits, says that the “systemic bias” in training materials extends to essentially “mandating adjudicators shield accusers from exculpatory evidence” as it might “re-victimize the victim.” A state or federal judge, Rosenberg explains, “would undoubtedly find [that any] jury pool members who promise not to re-victimize a party who alleges an injury should be stricken for cause.”

Beyond putting a thumb on the scale towards guilt, campus-training materials are permeated by highly debatable psychological theories, spawned in part by the Obama administration’s requirement of training about “neurobiological change.”

Emily Yoffe’s blockbuster September article in the Atlantic on “The Bad Science Behind Campus Response to Sexual Assault” uncovered widespread use of a concept called “tonic immobility.” Yoffe explored the pervasive influence of Rebecca Campbell, a Michigan State psychology professor, who claims that as many as half of all sexual-assault victims experience tonic immobility and that this condition, along with other neurological effects that occur during an assault, renders them unable either to resist or to recall the alleged attack accurately later. Campbell has done no empirical research on tonic immobility, and there is no clear evidence that the phenomenon—in which some prey animals go into a type of temporary paralysis when threatened—occurs in humans.

Training at Harvard Law School in 2014 borrowed heavily from Campbell’s ideas about tonic immobility, according to an article by Harvard Law professor Janet Halley. She said the school provides its tribunals with “a sixth-grade level summary of selected neurobiological research,” which claims that rape victims’ trauma causes neurological changes, which can result in tonic immobility. This “can cause the victim to appear incoherent and to have emotional swings, memory fragmentation, and ‘flat affect’ [so that her statements] can be ‘[m]isinterpreted as being cavalier about [the event] or lying.’ ” The Harvard training, Halley wrote, is “100% aimed to convince [disciplinary panelists] to believe complainants, precisely when they seem unreliable and incoherent.”

A still-pending case led U.S. District Judge John Padova to suggest that the University of Pennsylvania’s training of campus adjudicators is so biased that it may violate Title IX by discriminating against males. In a September 13, preliminary ruling, Padova cited the university’s training materials as a basis for rejecting Penn’s motion to dismiss a Title IX claim in a lawsuit filed by a student the school had found guilty of sexual assault.

Penn used a training document, “Sexual Misconduct Complaint: 17 Tips for Student Discipline Adjudicators,” disseminated by Legal Momentum, a women’s advocacy group that has harshly assailed Betsy DeVos’s efforts to make the handling of campus sexual-assault complaints more fair. The 17 “tips” about accusers include:

“The fact that a complainant recounts a sexual assault somewhat differently from one retelling to the next may reflect memory processes rather than inattentiveness or deceit.” Legal Momentum provides no guidance on how adjudicators should identify “memory processes,” “inattentiveness,” or “deceit.” The implication that inconsistencies are irrelevant to assessing credibility is contrary both to our legal traditions and human experience.

“Victim behaviors during and after a sexual assault may appear counterintuitive to those unfamiliar with sexual assault.” The Legal Momentum document goes on to offer examples suggesting that virtually any conduct or statement by an accuser—resisting or not resisting the alleged assaulter; subsequently contacting or subsequently avoiding the alleged assaulter; testifying emotionally or listlessly; recalling or not recalling events—is consistent with the guilt of the accused.

“False allegations of rape are not common” and “research places the [false rape report] rate in the general population between 2% and 10%.” But this research defines “false” extremely restrictively and excludes a great many cases in which the accused is clearly not guilty of sexual assault and many more in which the available evidence leaves unclear the veracity of the accuser’s account.

As for accused students, Penn’s training material seems designed to sow skepticism about their claims of innocence. The “typical” campus rapist, according to the document, might possess many “apparent positive attributes such as talent, charm, and maturity [and] a deep commitment to community service.” But such traits are “generally irrelevant.” Campus rapists “[p]lan and premeditate their attacks, using sophisticated strategies to groom their victims for attack and isolate them physically.”

Bernstein, the former top Baltimore prosecutor, expressed concern that the Penn training did not meet the “standards” necessary for an “objective process” that could determine the truth of allegations. Most of the tips, he notes, “leave a clear presumption of guilt in the investigator or adjudicator’s mind and provide a victim-centric explanation for otherwise inconclusive, inconsistent, and exculpatory testimony to the exclusion of other factors.” Legal Momentum did not respond to a request for comment.

The training materials and practices that have surfaced from other institutions are equally one-sided.

George Mason’s training plan contains a lengthy section instructing investigators and adjudicators to “avoid an implication of blaming a complainant,” such as by holding “the belief or expressing an opinion that a person who is alleging sexual assault was in some way responsible, whether wholly or in part, for what happened.” Testing an accuser’s truthfulness by asking about her pre-incident behavior with the accused student or why she waited for months to file a report or why she did not go to the police would all constitute blaming the victim. If even considering asking any such questions, the adjudicator is ordered by the training to adjourn the meeting and consult with fellow panelists before proceeding. There is no comparable caution regarding questions asked of accused students.

A University of Texas blueprint for sexual-assault investigations recommends reducing “the number of reports prepared by investigators,” so as to frustrate defense lawyers’ efforts to point out contradictions among an accuser’s statements. This recommendation belies any pretense that the university’s investigators are neutral fact-finders.

The training at Ohio State tells disciplinary panelists that as many as “57 percent” of college males “report perpetrating a form of sexual[ly] aggressive behavior,” among other points seemingly designed to prompt guilty findings. We are aware of no reliable study that makes such a statistical claim. The judge who cited the 57 percent did not say where Ohio State got it, and the school’s full training materials remain sealed.

Cooper Union’s training program describes a “typical” sexual-assault case as the work of a scheming predator: An upper class male who meets a freshman female at a party, accompanies her alone back to her room, and “pours ten shots out of a bottle he pulls out of his backpack” for her to drink. The accuser can later recall nothing, but believes that they had sex.

At SUNY-Plattsburgh, the school’s Title IX coordinator trains the members of sexual-assault hearing panels. In a recent appellate hearing in New York state court, it was revealed that she had misstated the university’s own definition of consent to make a guilty finding more likely, by ruling out “consent by conduct” to sex. SUNY’s lawyer conceded to the appellate judges that the coordinator’s explanations of Plattsburgh policy to the tribunal members were “admittedly confusing.”

The head of a Title IX disciplinary panel at the University of North Carolina, Charlotte, testified in federal court that his institution’s training prompted him to deny the accused student a chance to present friendly, post-incident text messages the accuser sent to him, even though they contradicted her claim that she had come to fear him after they had sex. The panel chair said that the training allowed the tribunal to consider only any messages that “directly answer[ed] the question of consent, to consent to sexual acts.” A federal judge called this exclusion of exculpatory evidence “troubling” and denied the university’s motion for summary judgment.

Such training regimes are the norm across the country, according to four lawyers we talked to and to public statements by two others who have through lawsuits obtained the training materials adopted by many schools. The training materials used by the vast majority of colleges still remain secret.

The new regulations that Betsy DeVos has promised to issue regarding campus proceedings—probably next fall, after publishing proposed rules and considering public comments—will likely continue to require training of some kind, which, at least for investigators, is sensible if it is done well.

Meanwhile, the training materials we have seen are flatly contrary to the Trump administration’s interim guidance for colleges on campus sexual-assault allegations, which provides that “training materials or investigative techniques and approaches that apply sex stereotypes or generalizations may violate Title IX.” DeVos has repeatedly called for colleges to make their processes fair to accused students as well as their accusers.

The time is ripe for some of the accused to file complaints with the Department of Education’s Office for Civil Rights challenging these training programs as violating Title IX’s prohibition on sex discrimination. Such complaints would encourage the Education Department to require that schools make public the contents of their training for sexual assault investigations and tribunals. The accused—many of whom have wrongly assumed that they would be treated fairly and the truth would set them free—would then know what they are up against.
K.C. Johnson and Stuart Taylor Jr. are the authors of The Campus Rape Frenzy: The Attack on Due Process at America’s Universities (2017).

Voir de plus:

Pedagogy questioned

Penn grad student says she’s under fire on campus and off for using a teaching technique that involves specifically calling on students from underrepresented groups.

Colleen Flaherty
Inside higher ed
October 20, 2017

Anyone who’s ever taught a class knows some students say more than others. And most professors eventually develop some way of encouraging quieter students to contribute. In one more formal discussion-management technique, called progressive stacking, professors call on students who may be — for a variety of reasons — less likely to have their say. While every student is different, the reasons typically reflect the implicit biases observed outside the classroom, such as those related to race, gender, religion, sexual orientation or disability status. So, according to progressive stacking, a professor would call on a black or Latina woman before a white man, for example.

There’s the rub, at least in one class at the University of Pennsylvania. Stephanie McKellop, a graduate teaching assistant in history there, says she is under attack by fringe-right groups for using progressive stacking in her classes and then tweeting about it. Worse, she says, the university is cowing to such groups instead of supporting her. She’s claimed on social media that her classes were canceled this week and she may be asked to leave her program.

Here’s some of what McKellop tweeted earlier this week. Her social media accounts are private, but the posts have since been shared by her supporters, some of whom have contacted Penn on her behalf. The trouble apparently began with a post in which she wrote, « I will always call on my black women students first. Other [people of color] get second-tier priority. [White women] come next. And, if I have to, white men. » In a later post, she wrote, « Penn thinks I’m racist and discriminatory towards my students for using a very well worn pedagogical tactic which includes calling on [people of color]. »

Steven J. Fluharty, dean of the School of Arts and Sciences, refuted some of those claims in a statement Thursday, saying that McKellop has not been removed from her program and that Penn has “and will continue to respect and protect the graduate student’s right to due process.”

Penn knows and values the “importance of ensuring that students in groups that were historically marginalized have full opportunity to participate in classroom discussions,” Fluharty added. “Penn is strongly committed to providing respectful work and learning environments for all members of our community.”

Yet Fluharty seemed to validate McKellop’s claim that Penn has taken issue with her teaching style, saying that Penn is “looking into the current matter involving a graduate student teaching assistant to ensure that our students were not subjected to discriminatory practices in the classroom and to ensure that all of our students feel heard and equally engaged.”

McKellop did not immediately respond to an interview request Thursday. A spokeswoman for Penn said that McKellop has not been barred from teaching, but she provided no further details. McKellop’s adviser did not respond to a request for comment.

A number of academics expressed support for McKellop on social media and for progressive stacking. In general, it doesn’t mean excluding men or white students from conversations, or forcing underrepresented students to talk. Instead, it means calling on students who want to talk in the reverse order that one might predictably do so, based on social biases.

Jessie Daniels, a professor of sociology at Hunter College and the Graduate Center of the City University of New York, said progressive stacking has been around at least since she was in graduate school in the 1990s. She still uses it informally, to right her own tendency to call on men more frequently than women.

“If I have a class of 40 students, since Hunter is predominantly young women, I may have four or five young men in class,” Daniels said. “There’s still implicit bias, where we value men’s voices more than women’s voices, or men’s voices are deeper and carry more in a class. So I’m always trying to overcome my own bias to pick on men in class more than the women.”

As to whether purposely asking a woman to answer a question over a man was a kind of discrimination, Daniels said, “That gets it the wrong way around. This is a way of dealing with discrimination that we as professors can introduce into the classroom. It’s a good strategy, if you can do it.”

Daniels said she thought that the online backlash against McKellop seemed ripped from the “playbook” of the far right, which has attacked numerous professors involved in issues of race in recent months. Worse still, she said, McKellop, as a graduate student, is a particularly vulnerable target.

Cathy Davidson, director of the Futures Initiative at CUNY’s Graduate Center, has long advocated for inclusive teaching methods, including via the Humanities, Arts, Science and Technology Alliance and Collaboratory, which she co-founded. Davidson said Thursday that she didn’t particularly like progressive stacking, and that other methods seem “far better to me than making judgments on others’ privilege.”

Davidson instead recommended « inventory » methods that require participation by all students in the classroom, such as thoughtful « exit tickets » from a session, think-pair-share exercises or asking everyone to write down and then share a memorable sentence from a given reading.

Daniels said she didn’t know how pervasive progressive stacking is, but underscored that it’s nothing new. As for the situation at Penn specifically, Daniels said it would be unfortunate for the university to punish someone trying to “uphold its values. It would be a very misguided step on the part of Penn.”

Voir également:

Cannibalism Among the Oppressed

June 10, 2013

When big-bootied FLOTUS Michelle Obama was heckled last week by a grizzled lesbian activist who sort of resembles Glenn Beck with AIDS, the entire progressive coalition nearly came crashing to the ground.

Mrs. Obama was speaking about somethin’-somethin’ black when the activist interrupted her to start screaming about somethin’-somethin’ gay, at which point Obama left the podium to confront the woman. Video documentation of the event is scant, so it’s unclear whether Obama did that black-lady thing where they wag their finger and swivel their head.

“She came right down in my face,” said gay heckler Ellen Sturtz. “I was taken aback.”

Then, but of course, Sturtz was accused of using “white privilege” and “coded racial words” to play into ancient, hateful, and obviously disproved-by-science stereotypes of an “angry black woman.”

One can only imagine the furor if the lez had accused Michelle of chimping out.

“I take tremendous pleasure when my supposed enemies start shooting each other with friendly fire.”

A fat black lesbian who says she embraces the term “BlaQueer” to describe her multiple Identities of Oppression wrote a Huffington Post puff piece about how she couldn’t decide whose side to take:

I, like many other queer people of color, can’t separate my race and its history from my sexuality (or my gender performance/identity) and its history.

Like my mom always said, “‘Can’t’ means ‘won’t.’”

In the event’s wake, pro-homo serial event-interrupters Code Pink apparently made remarks critical of Michelle Obama on Twitter, then offered a groveling apology when told to check their privilege.

This shit never ends, and I love it. Since a white penis dangles atween my legs, progressive identity groups have designated me as their natural-born enemy. Therefore, I take tremendous pleasure when my supposed enemies start shooting each other with friendly fire.

One of the most fascinating aspects of the O. J. Simpson murder trial is that it forced the progressive-minded to take sides: Do they go against the woman-killer or the racist cop?

There are numerous examples of such seemingly insoluble liberal dilemmas, all of them hilarious to me.

Do you protect the environment, or do you allow the Third World to continue breeding like dusky hamsters?

Do you support Islam or the women who are getting their clits sliced off?

Do you come down on the side of unions or illegal-alien scab laborers?

Do you support Greenpeace or Injun whalers?

Do you oppose censorship or rape jokes?

Such constant squabbling usually devolves into pissing contests about who is more oppressed and who exactly is bullying whom.

The term for when one person’s oppression collides with another’s is intersectionality. It was allegedly coined by a black female lawyer named Kimberlé Crenshaw, and the way she spells “Kimberly” is really all you need to know about her. The general concept supposedly arose in the 1970s when black feminists started bitching about white feminists over who was more oppressed. In other words, it was the fruit of infighting among leftist identity groups, the result of cannibalism among the oppressed.

People who buy into this notion that they suffer from multiple forms of oppression—rather than the more likely explanation, which is that they suffer from multiple personalities—tend to explain intersectionality in ways either histrionically angry or academically tortured.

A shining example of the histrionically angry school is a screed called “MY FEMINISM WILL BE INTERSECTIONAL OR IT WILL BE BULLSHIT!” written by a “Latina” who claims she screams so much, it sometimes scares her cat.

Intersectionality, because it is by definition an insane if unfalsifiable notion, has gained traction in the so-called social sciences. In Sweden (of course), you can get a master’s degree in it. Never have so few used so many words to say so little. Intersectionality’s proponents prattle on about standpoint epistemology and interlocking matrices of oppression, about how intercategorical approaches are needed to determine how essentialist identities foster stereotyping, about how power carries gendered connotations and has androcentric biases that promote racialized belonging, and about how straight white males suck.

This is one of the reasons I sort of hope for a wholesale economic collapse—because people who talk like this will not have jobs.

The concept of intersectionality is also related to the “progressive stack,” which assumes that white males at all times bear noxious degrees of unearned power, which is why they have to get to the back of the line and let all the legless black lesbians speak first.

So much for transcending labels and viewing one another as individuals. These people want to institutionalize such labels. They balk at the concept of “assigned identity,” yet they also seem unable to live without it. So many of these multitudinous oppressed “identities” seem like nothing more than cheap cloaks to mask nakedly annoying personalities. People with bad personalities seem to have a built-in defense mechanism that makes them believe you actually hate them for any other possible reason besides their bad personalities. With all the banter about oppression, it’s hard to think of anything that stifles free speech and free expression more than such strident humorlessness.

As an unapologetic white male and therefore a designated cultural pariah, I take a sort of emperor’s glee in the gladiatorial spectacle of these special-interest ninnies eating each other. But it’s different from lions eating Christians. It’s more like Christians eating Christians.

Personally, I found these people far more likable when they were disenfranchised.

Voir encore:

San Francisco is once again the epicenter of the sanctuary city debate with the beginning of the sad and explosive trial of one of the most well-known and infamous illegal aliens in U.S. history. Juan Garcia Zarate (also known as Juan Francisco Lopez-Sanchez), an illegal alien from Mexico with seven felony convictions and five deportations, is on trial for the murder of 32 year-old Kate Steinle. Steinle was allegedly gunned down in broad daylight as she walked arm in arm with her father near the city’s Embarcadero district.

Just months before the shooting, instead of being deported, Garcia Zarate was released from jail and allowed back onto the streets due to San Francisco’s controversial and illegal sanctuary policies. Not surprisingly, when asked why he repeatedly returned to San Francisco, Zarate told local authorities that the city attracted him because of its sanctuary policies.

For many Americans, this senseless murder was regarded as something that could have easily been prevented through adequate border enforcement and a firm federal crackdown on sanctuary cities. On the one hand, Steinle’s death served as a wake-up call for the nation, made immigration reform a rallying cry and helped to propel Donald Trump to the Oval Office.

But sadly, many California pols were more than happy to turn a deaf ear to the suffering of the Steinle family, as well as the cries from other parents across the country who had lost loved ones to illegal aliens shielded by sanctuary policies. To them, Steinle was simply an acceptable loss on the altar of open borders.Just three months after Steinle’s murder, San Francisco, her hometown, revisited the sanctuary issue and instead of scrapping the dangerous policy, doubled down on its commitment to remain a sanctuary city. By a unanimous vote, the board of supervisors embraced the longstanding policy of releasing criminal illegal aliens back onto the streets instead of notifying Immigration and Customs Enforcement so that they can be removed from the country.

The California General Assembly demonstrated equal empathy for the Steinle family, with the passage of a bill that designated California as a sanctuary state. California Assemblyman Joaquin Arambula exclaimed that the bill would ensure that “California is a safe place for immigrants,” begging the question of what, if any, value is being placed on the lives of native-born Americans and legal residents.

It’s not just in the Golden State that sanctuary fever has caught on. At the beginning of this year, FAIR estimated that there were roughly 300 sanctuary cities and jurisdictions across the nation. Unbelievably, that number has now grown to an estimated 500, according to a list compiled by the Ohio Jobs and Justice Political Action Committee, a group that has tracked the issue for a decade. Not surprisingly, 101 of them are in California.

Thankfully, there’s some good news too. President Trump campaigned on ridding the nation of dangerous sanctuary cities and his attorney general, Jeff Sessions, has promised to “claw back” key federal funds from sanctuary jurisdictions. Several cities including Miami, Florida and Dayton, Ohio, dropped their sanctuary policies to avoid losing precious federal funding. The state of Texas recently passed anti-sanctuary legislation forbidding sanctuary policies across the state, and other states, are following suit.

There is also renewed action and commitment to fight dangerous sanctuary jurisdictions on the federal level. Two bills with strong bipartisan support recently passed the House of Representatives. They are now awaiting action in the Senate and there is hope that they will soon be scheduled for a vote, despite an already crowded agenda.

Kate’s Law,” named in memory of Kate Steinle, would increase current maximum sentences for illegal reentry into the United States. The No Sanctuary for Criminals Act clarifies ICE detainer authority to hold criminal aliens for up to 48 hours so they can be handed over to ICE. At the same time, it holds state and local governments responsible for so-called sanctuary policies that protect deportable criminal aliens from being removed from the country. Additionally, the bill also protects jurisdictions that comply with detainers from being sued, while allowing victims of crime to sue jurisdictions that refuse to comply and subsequently release criminal aliens onto the streets.

The sanctuary issue might be popular with the open border pols in California, but public sentiment is clearly on the side of immigration enforcement. According to a recent Zogby poll of 11 key swing states, three out of four registered voters believe that police and sheriffs must comply with detainer requests by ICE, with Hispanic voters showing considerably stronger support. By equal margins, voters believe sanctuary jurisdictions must be held accountable for crimes committed by people who were released into the community because of those policies.

While these laws won’t be able to bring back the loved ones lost by misguided sanctuary policies, they will go a long way in preventing future heartbreak for families who needlessly lose a loved one to someone here illegally.

Dave Ray is director of communication at the Federation for American Immigration Reform (FAIR), a nonprofit aimed at promoting legal immigration.

Voir enfin:

J’ai vécu (sans encombre) à New York, dans la clandestinité

Tout a commencé au printemps 2009 lorsqu’un ami m’a proposé d’aller passer trois mois à New York pour l’été. Ses deux frères habitant à Brooklyn, il m’explique que l’on pourra loger gratuitement chez eux et travailler…

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New York – Lyon69

Tout a commencé au printemps 2009 lorsqu’un ami m’a proposé d’aller passer trois mois à New York pour l’été. Ses deux frères habitant à Brooklyn, il m’explique que l’on pourra loger gratuitement chez eux et travailler (illégalement) dans des bars et restaurants où l’on sera payé grassement en pourboires.

Je suis un brin sceptique quant à notre capacité à nous faire embaucher « sans papiers » mais ses deux frères travaillant dans l’hôtellerie me confirment que ce ne sera effectivement qu’une simple formalité.

De nature aventureuse, je me débrouille pour récupérer un congé de six mois. J’achète mon billet d’avion quelques jours plus tard et me prépare mentalement à l’idée de passer un été à New York et me remplir les poches de dollars.

L’objectif, c’était d’y rester trois mois, économiser un maximum d’argent puis d’aller le dépenser en Amérique du Sud les trois mois suivants, avant de rentrer en Europe pour reprendre le boulot.

La concurrence est rude

Première constatation : ce n’est pas si évident de trouver un job. La très grande majorité des restaurants et bars ne me demande pas si je suis en règle. En parlant avec certains employés, la plupart d’entre eux travaillent illégalement en étant payé cash, du sous-chef mexicain à la serveuse d’Europe de l’Est.

A force d’acharnement, je finis par trouver un boulot de serveur à Brooklyn. Tout va bien dans le meilleur des mondes, sauf que je ne gagne pas tant de dollars que ça et que la fin de l’été approche, tout comme la validité de mon visa touristique de 90 jours.

On décide donc avec mon ami de faire un aller-retour à Montréal pour récupérer un nouveau visa de 90 jours et poursuivre l’aventure jusqu’aux fêtes de Noël, réputées très juteuses dans la restauration.

De retour à New York (sans encombre), je dois trouver au plus vite une chambre pour me loger – après trois mois à squatter les canapés. Je ne roule malheureusement pas sur l’or après un été calamiteux sur le plan des revenus. Grâce à un collègue, je dégote cependant une chambre pas chère, mais dans un appartement de Brooklyn miteux à souhait. Après avoir changé de travail et déménagé deux fois (de plus), je finis par être bien installé ainsi qu’a gagner ma vie correctement.

La saison des fêtes s’avère très rentable et en moins de deux mois j’ai réussi à économiser un joli petit pactole. Mais mon visa arrive à échéance bientôt et je dois prendre une décision :

  • dois-je rentrer en Europe pour reprendre un boulot intéressant mais très mal payé ?
  • dois-je rester à New York à faire un travail pas intéressant mais payé cinq fois plus ?

Entre temps, je suis tombé amoureux de New York : je décide finalement de rester plus longtemps. J’achète un billet d’avion pour l’Equateur et tente de récupérer un troisième visa touristique d’affilé, avec tous les risques que cela comporte. En effet, en tant que citoyens européens, nous sommes limités par la loi à deux visas touristiques de 90 jours pour une période de douze mois.

Pour l’immigration américaine, il est indispensable de posséder un billet prouvant votre intention de quitter le territoire sous 90 jours. J’ai donc également acheté un billet d’avion New York-Montréal (remboursable) qui décolle quelques jours à peine après mon retour l’Equateur.

Le passage à la douane s’est de nouveau passé sans encombre, mais cela, je le dois aux deux pauvres passagers me précédant dans la queue, qui se sont fait embarquer pour un interrogatoire. Grâce à eux, notre agent a expédié la queue dans laquelle je me trouvais, car plusieurs passagers derrière moi se plaignaient de l’attente. Comme quoi, parfois, ça ne tient pas à grand chose…

Impossible n’est pas Américain !

Maintenant que j’ai décidé de rester aux Etats-Unis un peu plus longtemps, je dois me débrouiller pour me simplifier la vie. Je commence par ouvrir un compte en banque. Techniquement, il est « impossible » aux USA de travailler, ouvrir un compte en banque, emprunter, accéder à la sécurité sociale… sans numéro de sécurité sociale.

Dans la pratique, c’est un peu différent… J’ai ouvert un compte en banque grâce à une banquière peu regardante, signé un bail à un propriétaire qui ne posait pas de questions, ouvert un contrat de téléphonie mobile. Je vais dans un centre destiné aux immigrants pour voir un dentiste et, en cas d’urgence, je peux toujours aller dans un des nombreux hôpitaux publics de la ville pour me faire soigner.

L’un des propriétaires du restaurant où je travaille, depuis mon retour d’Equateur, vient tout juste de se faire régulariser après avoir vécu ici illégalement pendant douze ans ! Il possédait une entreprise de construction
et un bar, il avait un emprunt immobilier pour sa maison et possédait deux voitures… Ici, rien n’est impossible !

Donc, même âpres avoir vécu illégalement aux Etats-Unis pendant des années, il est tout à fait possible de se faire régulariser très facilement. Il suffit pour cela, de se marier avec un(e) citoyen(ne) américain(e).

Ce n’est plus possible dans tous les Etats mais cela reste permis dans un certain nombre, notamment l’Etat de New York et ceux du Connecticut ou de Californie. Une fois marié, il suffit de faire les démarches nécessaires et sous moins de deux mois on reçoit une « green card » temporaire ainsi qu’un numéro de sécurité sociale. Sous deux ans, votre « green card » définitive vous sera délivrée suite éventuellement à un rendez-vous avec les services de l’immigration où vous aurez à prouver que votre mariage est légitime.

Il est même possible de faire la demande d’un « numéro de taxe » (ID Tax Number) pour payer des impôts en travaillant illégalement. Aussi surprenant que cela puisse paraître, payer des impôts en travaillant illégalement, c’est tout à fait possible et même conseillé ! Car si par la suite vous parvenez à vous faire régulariser (par le mariage), toutes les années ou vous aurez payé des impôts seront alors prises en compte dans les délais d’octroi de la citoyenneté américaine.

Alors, comment se fait-il qu’il soit donc plutôt aisé de vivre et travailler illégalement aux USA ?

New York, ville « sanctuaire » pour les immigrants illégaux

« Ville sanctuaire » désigne une ville qui met en place certaines pratiques pour protéger les immigrants illégaux/sans-papiers. Elles sont une trentaine aux Etats-Unis à avoir ce « label ».

Ces pratiques peuvent être définie par la loi (de jure) ou simplement dans les fait (de facto). Concrètement, une ville n’accordera aucun budget pour lutter contre l’immigration illégale ou ne permettra pas aux autorités locales de contrôler le statut d’immigrant d’un civil. Depuis 1996 et surtout depuis 2006, des séries de lois portées en majorité par le parti Républicain, lutte contre ces « libertés » accordées aux immigrants illégaux et tente de donner davantage de pouvoir au gouvernement fédéral (dont dépend la gestion de l’immigration) localement au sein des Etats.

A l’heure actuelle, ce sont surtout les Etats du Sud du pays qui sont touchés : Alabama, Texas, Arizona, Mississippi et Géorgie… Mais la tendance, surtout depuis la crise financière de 2008, s’oriente vers davantage de contrôle ainsi qu’un renforcement des lois.

A New York, il est possible mais peu probable que des agents de l’immigration débarquent dans un restaurant ou un bar pour faire un contrôle car vous l’aurez compris, les lois locales sont en « faveur » des immigrants. Et dans la réalité, la plupart des bars et restaurants de la ville fermeraient car la main d’œuvre utilisée par cette industrie est en majorité ici illégalement ! Dans la pratique donc, les travailleurs illégaux sont « tolérés » par les autorités locales.

Dans les faits, la police peut vérifier votre identité mais n’a pas le droit (contrairement à la France) de vérifier la situation relative à votre visa.

Par exemple, il est tout à fait possible en étant sans-papiers, de passer devant un juge et être condamné pour des faits mineurs, sans se faire par la suite expulser. C’est arrivé à un de nos cuisiniers mexicains… Comment est-ce possible ? Tout simplement parce que ce n’est pas le rôle de la justice locale de s’occuper de l’immigration !

Cela tient aussi au fait que le travail des différentes agences locales ou fédérales ne collaborent pas vraiment ensemble et ne travaille pas à partir des mêmes bases de données.

Il ne faut pas être claustrophobe

Après avoir obtenu mon troisième visa touristique d’affilé, j’ai décidé, après mûre réflexion, de poursuivre l’aventure à New York, au-delà de mon visa et donc de rentrer dans la clandestinité.

Le risque je le connaissais bien : si je quittais ensuite le territoire moins de 365 jours après l’expiration de mon visa, je m’exposais à une exclusion du territoire de trois ans – plus de 365 jours, une exclusion de dix ans.

Dans le pire des cas, j’allais être banni des USA pour les dix prochaines années, mais à n’importe quel moment, il me suffisait de me marier avec une américaine pour faire sauter les sanctions.

Pour moi, l’un des principaux inconvénients de vivre illégalement aux Etats-Unis, c’est qu’on finit par se sentir légèrement enfermé… Il ne faut pas être claustrophobe.

Le voyage est l’une de mes grandes passions et il ne m’est pas vraiment possible de prendre l’avion. Techniquement, on peut prendre des lignes intérieures sans passer pas l’immigration mais il y a un risque, car il y a toujours un agent de l’immigration présent dans tous les terminaux des aéroports. Donc cela va faire bientôt deux ans et demi que je n’ai pas mis les pieds dans un avion et ça, c’est le coté un peu difficile à vivre.

Je me suis marié l’année dernière à l’Hôtel de ville de New York sans que l’on ne me pose la moindre question (une fois de plus !). Ma femme n’étant pas américaine (on ne force pas l’amour), nous avons donc décidé d’aller poursuivre notre aventure ailleurs. Mais j’ai passé trois années fantastiques à New York.

 COMPLEMENT:

Abus sexuels : le cauchemar sans fin de Hollywood
Harvey Weinstein, Kevin Spacey, Louis C. K., Brett Ratner… Les révélations en cascade d’abus sexuels bouleversent le monde du divertissement américain, au point d’écorner l’image d’une usine à rêves mythique.
Constance et Jamet Etienne Sorin
Le Figaro
14/11/2017

Il règne à Hollywood une atmosphère de guerre. On ignore qui, demain, sera le prochain à être reconnu comme prédateur sexuel. Des noms circulent. Des projets de films, de séries en cours suscitent l’inquiétude à la seule idée que l’une de leurs pièces maîtresses puisse être concernée», résume Jordan Mintzer, correspondant du Hollywood Reporter à Paris. Cela fait un mois que le New York Times et le New Yorker ont ouvert la boîte de Pandore en révélant les abus auxquels se livrait Harvey Weinstein envers ses collaboratrices, des actrices et même des journalistes. La chute du nabab a libéré la parole. D’autres harceleurs ont été dénoncés: le producteur Brett Ratner, le cinéaste et scénariste James Toback, les acteurs Steven Seagal, Louis C. K. et Kevin Spacey ou encore Roy Price, patron d’Amazon Studio, la branche de production de films du géant du commerce en ligne. Un séisme dont l’onde de choc ne montre aucun signe d’affaiblissement.

Contrairement aux scandales sexuels de l’âge d’or de Hollywood, les studios ne ferment plus les yeux. Craignant pour leurs recettes et leur image, ils affichent une tolérance zéro et prennent leur distance avec les mis en cause, enterrant ou suspendant des franchises emblématiques. « La rapidité et la sévérité de leur réponse sont d’une ampleur inédite » , confirme Jordan Mintzer. Vingt-quatre heures après les déclarations d’Anthony Rapp, l’acteur de Star Trek Discovery , qui accusait Kevin Spacey d’avoir tenté de le violer alors qu’il n’avait que 14 ans, Netflix, le diffuseur, et la société de production MRC interrompent le tournage de la saison 6 de House of Cards. Les témoignages des techniciens et assistants s’accumulant, la plateforme SVOD annonce, trois jours plus tard, limoger sa star et geler la production afin de permettre aux scé- naristes de réécrire leurs intrigues et trouver un moyen de tuer le personnage incarné par Spacey, le président américain sans scrupules Frank Underwood. Une solution d’autant plus complexe que deux épisodes étaient déjà en boîte. Netflix abandonne aussi le film co-produit par et avec Spacey, Gore, sur la relation entre un jeune homme et célèbre écrivain américain Gore Vidal, qui devait sortir l’an prochain. La postproduction était presque terminée. De son côté, Sony maintient la sortie en salle fin décembre de Tout l’argent du monde , projet phare de Ridley Scott avec Spacey dans un second rôle, par égard pour « les 800 comédiens et techniciens ayant contribué au long-métrage » . Mais, sans attendre l’aval de Sony, le réalisateur remplace, à moins de cinq semaines de la sortie, Kevin Spacey par Christopher Plummer. Un geste jamais vu qui a sidéré les observateurs. Le film était terminé ; les bandes-annonces en ligne sur YouTube. Les huit à dix jours de tournage additionnels, l’insertion dans le montage terminé de Plummer – qui nécessitera de nombreux effets spéciaux – se chiffreront en millions de dollars ! Mais cette audace pourrait valoir à Ridley Scott, qui s’était vu imposer Spacey par le studio, la nomination aux Oscars qui lui manque tant. Même bannissement pour l’humoriste Louis C. K.. Ayant bâti sa carrière sur son personnage quasi autobiographique d’artiste déprimé ayant le sexe triste, la vedette de stand-up a reconnu des comportements exhibitionnistes. Aussitôt, Netflix, la chaîne FX Networks, filiale de la Fox, et ses agents ont cessé toute collaboration. Sa comédie noire qui devait sortir le lendemain a été reportée sine die. ARP, le distributeur français qui a acheté I Love You Daddy ! au Festival de Toronto en septembre dernier, prévoyait une sortie le 27 décembre. Louis C. K. a annulé sa venue en France et ARP est tributaire de la décision des Américains. « C’est un film formidable, regrette Michèle Halberstadt, chez ARP. Malheureusement, il n’est plus montrable dans le contexte actuel. Le film ne peut plus être vu pour ce qu’il est. » Matthew Weiner, le showrunner de la série Mad Men , est quant à lui accusé de harcèlement sexuel par l’une des anciennes scénaristes du show, Kater Gordon. En pleine promotion de son premier roman, Heather, par dessus tout , il conteste les faits. Son éditeur français, Gallimard, confirme sa venue à Paris les 29 et 30 novembre prochain. Mais gare aux studios qui seraient trop lents à prendre la mesure du problème ! Partenaire majeur de Warner Bros via sa société RatPac, le producteur Brett Ratner a maltraité plusieurs femmes, dont les actrices Olivia Munn et Ellen Page. Warner Bros a annoncé rompre avec le réalisateur de block busters (Rush Hour , X-Men : L’Affrontement final ), chassé de ses bureaux. Le contrat de 450 millions de dollars liant RatPac et Warner court néanmoins jusqu’en 2018. Une ambiguïté insupportable pour Gal Gadot. La star de Wonder Woman, produit par Ra- tner, aurait exigé pour reprendre son rôle que la Warner rachète les parts du cinéaste, le privant ainsi de tout bénéfice. Même les rescapés de précédents scandales ne sont plus intouchables. Woody Allen, qui a survécu dans l’industrie en dépit d’accusations d’attouchements sur ses enfants adoptifs vieilles de vingt ans, vacille. Produit par Amazon, son prochain long-métrage, Wonder Wheel, a vu sa première supprimée in extremis mi-octobre. Le cinéaste, dont le fils Ronan Farrow est l’auteur de l’enquête dévastatrice du New Yorker, s’inquiétait du moral de Harvey Weinstein et d’une éventuelle chasse aux sorcières (avant de faire machine arrière). De quoi plomber son film et son interprète Kate Wins- let, qui pouvait espérer briller dans cette saison des prix mise complètement sens dessus dessous. Jadis silencieuse, car dépendante de la manne publicitaire des studios, la presse spécialisée a joint ses forces d’investigation au grand déballage. Variety et The Hollywood Reporter ont, ce week-end, révélé des témoignages à charge contre George Takei, l’icône de Star Trek , et Andrew Kreisberg, producteur exécutif de Supergirl , Flash et Arrow , les séries de super-héros de la CW, propriété de la Warner. « La mentalité machiste de Hollywood qu’incarnait à merveille Weinstein où une actrice, scénariste ou réalisatrice devait supporter gestes et paroles salaces pour être acceptée est désormais contestée » , veut croire Jordan Mintzer. Cependant, le journaliste du Hollywood Reporter reconnaît que l’affaire Weinstein est à double tranchant : « Les femmes devant et derrière la caméra seront sans doute mieux traitées. Mais, côté business, pour s’éviter des risques de procès, les agences et les studios pourraient freiner les embauches. »

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Mai 68/50e: Dis-moi ce que tu commémores, je te dirai qui tu es (1968 all over again or peaking leftism ? – After the silly and shallow “inequality” talk of the Obama years, the signs of progressivism in decadence are everywhere)

29 octobre, 2017
CRSS = SS
 
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. René Girard
Somebody who speaks to common-sense American values — that is what the Democrats need. A Democratic Party that can’t tell me how many genders there are, that ain’t flying in this country. Chuck Coughlin (Republican political consultant)
Trump had that “kind of bluntness and occasionally even crass language which, if nothing else, at least meant authenticity. The president just hit a lot of nerves that a lot of conventional politicians didn’t even know were there. (…) Many African-Americans are focused on a particular set of facts and circumstances” that “drive that conduct, that protest. But when many other Americans see it, and Americans of all races, they think “gosh, these guys all have it pretty good. You know they make a really good living, playing football. This country’s been really good to them. And so, even if they have an ax to grind, they shouldn’t grind it against the country or its symbol or its anthem. there’s simply no getting around that when you make that choice you’re going to alienate a lot of Americans. Jay Heiler (lawyer)
The Democratic Party has not yet begun a serious reckoning with its defeat last year. It hasn’t grasped the degree to which it lives, still, in a coastal echo chamber of identity politics and Trump-bashing. Just being anti-Trump won’t cut it … Trump winks at white supremacists, thrives on confrontation and debases the Oval Office. But it would be a huge mistake to conclude from this that his defeat is inevitable; or that his supporters do not include millions of decent, smart Americans who just view the world differently. Americans who feel culturally alienated from the globalized metropolis (and sense that their worldview elicits contempt in a Democratic Party that often seems to have lost touch with ordinary Americans). An overriding lesson of 2016 for liberals is that without hard-nosed realism about the state of the country and Trump’s talents, you lose. And that’s the truth. Roger Cohen
 Il faut se rappeler que les chefs militaires allemands jouaient un jeu désespéré. (…) Néanmoins, ce fut avec un sentiment d’effroi qu’ils tournèrent contre la Russie la plus affreuse de toutes les armes. Ils firent transporter Lénine, de Suisse en Russie, comme un bacille de la peste, dans un wagon plombé. Winston Churchill
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech (« L’Ensauvagement: le retour de la barbarie au XXIe siècle », 2005)
L’URSS a connu en 1932-1933 une sérieuse disette conduisant à un strict renforcement du rationnement, pas une famine et en tout cas pas une famine à « six millions de morts… Annie Lacroix-Riz
“In the spring of 1932 desperate officials, anxious for their jobs and even their lives, aware that a new famine might be on its way, began to collect grain wherever and however they could. Mass confiscations occurred all across the U.S.S.R. In Ukraine they took on an almost fanatical intensity. » I am quoting a few lines from “Red Famine,” Anne Applebaum’s brilliant new history of the deliberate policy of mass starvation inflicted on Ukraine by Joseph Stalin in the early 1930s. An estimated five million or more people perished in just a few years. Walter Duranty, The Times’s correspondent in the Soviet Union, insisted the stories of famine were false. He won a Pulitzer Prize in 1932 for reportage the paper later called “completely misleading.” How many readers, I wonder, are familiar with this history of atrocity and denial, except in a vague way? How many know the name of Lazar Kaganovich, one of Stalin’s principal henchmen in the famine? What about other chapters large and small in the history of Communist horror, from the deportation of the Crimean Tatars to the depredations of Peru’s Shining Path to the Brezhnev-era psychiatric wards that were used to torture and imprison political dissidents? Why is it that people who know all about the infamous prison on Robben Island in South Africa have never heard of the prison on Cuba’s Isle of Pines? Why is Marxism still taken seriously on college campuses and in the progressive press? Do the same people who rightly demand the removal of Confederate statues ever feel even a shiver of inner revulsion at hipsters in Lenin or Mao T-shirts? These aren’t original questions. But they’re worth asking because so many of today’s progressives remain in a permanent and dangerous state of semi-denial about the legacy of Communism a century after its birth in Russia. (…) they will insist that there is an essential difference between Nazism and Communism — between race-hatred and class-hatred; Buchenwald and the gulag — that morally favors the latter. They will attempt to dissociate Communist theory from practice in an effort to acquit the former. They will balance acknowledgment of the repression and mass murder of Communism with references to its “real advances and achievements.” They will say that true communism has never been tried. They will write about Stalinist playwright Lillian Hellman in tones of sympathy and understanding they never extend to film director Elia Kazan. (…) intellectuals have a long history of making fools of themselves with their political commitments, and that the phenomenon is fully bipartisan. But the consequences of the left’s fellow-traveling and excuse-making are more dangerous. Venezuela is today in the throes of socialist dictatorship and humanitarian ruin, having been cheered along its predictable and unmerry course by the usual progressive suspects. One of those suspects, Jeremy Corbyn, may be Britain’s next prime minister, in part because a generation of Britons has come of age not knowing that the line running from “progressive social commitments” to catastrophic economic results is short and straight. (…) It’s a bitter fact that the most astonishing strategic victory by the West in the last century turns out to be the one whose lessons we’ve never seriously bothered to teach, much less to learn. An ideology that at one point enslaved and immiserated roughly a third of the world collapsed without a fight and was exposed for all to see. Yet we still have trouble condemning it as we do equivalent evils. And we treat its sympathizers as romantics and idealists, rather than as the fools, fanatics or cynics they really were and are. Winston Churchill wrote that when the Germans allowed the leader of the Bolsheviks to travel from Switzerland to St. Petersburg in 1917, “they turned upon Russia the most grisly of all weapons. They transported Lenin in a sealed truck like a plague bacillus.” A century on, the bacillus isn’t eradicated, and our immunity to it is still in doubt. Bret Stephens
A progressive panic attack begins as the Obama era wanes. If it seems to you that the Left has, collectively, lost its damned mind as the curtain rises on the last act of the Obama administration, you are not imagining things. Barack Obama has been extraordinarily successful in his desire to — what was that phrase? — fundamentally transform the country, but the metamorphosis is nonetheless a good deal less than his congregation wanted and expected. (…) We have seen an extraordinary outburst of genuine extremism — and genuine authoritarianism — in the past several months, and it will no doubt grow more intense as we approach the constitutional dethroning of the mock messiah to whom our progressive friends literally sang hymns of praise and swore oaths of allegiance. (“I pledge to be a servant to our president” — recall all that sieg heil creepiness.) There is an unmistakable stink of desperation about this, as though the Left intuits what the Right dares not hope: that the coming few months may in fact see progressivism’s cultural high-water mark for this generation. If there is desperation, it probably is because the Left is starting to suspect that the permanent Democratic majority it keeps promising itself may yet fail to materialize. (…) With young people trending pro-life, that old black magic ain’t what it used to be. It feels like time is running out. So it isn’t sufficient that same-sex marriages be legalized; bakers and florists must be locked in prison if they decline to participate in a gay couple’s ceremony. It isn’t sufficient that those wishing to undergo sex-change surgery be permitted to go their own way; the public must pay for it, and if Bruce Jenner is still “Bruce” to you, you must be driven from polite society. It isn’t enough that the Left dominate the media and pop culture; any attempt to compete with it must be criminalized in the name of “getting big money out of politics.” Not the New York Times’s money, or Hollywood’s money, or the CEO of Goldman Sachs’s money — just the wrong sort of people’s money. Every major Democratic presidential candidate and every Democratic senator is on record supporting the repeal of the First Amendment’s free-speech protections — i.e., carving the heart out of the Bill of Rights — to clear the way for putting all public debate under political discipline. Like it or not, you will be shackled to hope and change. The hysterical shrieking about the fictitious rape epidemic on college campuses, the attempts to fan the unhappy events in Ferguson and Baltimore into a national racial conflagration, the silly and shallow “inequality” talk — these are signs of progressivism in decadence. So is the brouhaha over the Confederate flag in South Carolina in the wake of the horrific massacre at Emanuel AME Church.  (…) Yet Lost Cause romanticism was very much in fashion for a moment, and not only among Confederate revanchists; Joan Baez, no redneck she, made a great deal of money with her recording of “The Night They Drove Old Dixie Down” in 1971. (…) It is strange and ironic that adherents of the Democratic party — which was, for about 140 years, not only the South’s but the world’s leading white-supremacist organization — should work themselves up over one flag, raised by their fellow partisans, at this late a date; but, well, welcome to the party. Yet Democratic concern about racist totems is selective: The Democrats are not going to change the name of their party, cancel the annual Jefferson-Jackson dinner, or stop naming things after Robert Byrd, senator and Exalted Cyclops of the Ku Klux Klan. Hillary Clinton is not going to be made to answer for her participation in a political campaign that featured Confederate-flag imagery. The Confederate flag, and other rebel iconography, is a marker of Southern distinctiveness, which, like American distinctiveness, is inextricably bound up with the enslavement and oppression of black people. But only the South is irredeemable in the Left’s view, and it has been so only since about 1994, when it went Republican. Which is to say, the Confederate flag is an emblem of regional distinctiveness disapproved of by 21st-century Democrats. Their reinvigorated concern is awfully nice: When the South actually was a segregationist backwater that African-Americans were fleeing by the million — when Democrats were running the show — they were ho-hum. Today the South is an economic powerhouse, dominated by Republicans, and attracting new African-American residents by the thousands. And so the Left and its creature, the Democratic party, insist that Southern identity as such must be anathematized. The horrific crime that shocked the nation notwithstanding, black life in Charleston remains very different, in attractive ways, from black life in such Left-dominated horror shows as Cleveland and Detroit, and the state’s governor is, in the parlance of identity politics, a woman of color — but she is a Republican, too, and therefore there must be shrieking, rending of garments, and gnashing of teeth. (…) What’s going to happen between now and November 8 of next year will be a political campaign on one side of the aisle only. On the other side, it’s going to be something between a temper tantrum and a panic attack. Kevin D. Williamson (24.06. 2015)
The United States and the world appear to be reliving the language, politics, and global instability of 1968 Almost a half-century ago, in 1968, the United States seemed to be falling apart. The Vietnam War, a bitter and close presidential election, antiwar protests, racial riots, political assassinations, terrorism, and a recession looming on the horizon left the country divided between a loud radical minority and a silent conservative majority. The United States avoided a civil war. But America suffered a collective psychological depression, civil unrest, defeat in Vietnam, and assorted disasters for the next decade — until the election of a once-polarizing Ronald Reagan ushered in five consecutive presidential terms of relative bipartisan calm and prosperity from 1981 to 2001. It appears as if 2017 might be another 1968. Recent traumatic hurricanes seem to reflect the country’s human turmoil. After the polarizing Obama presidency and the contested election of Donald Trump, the country is once again split in two. But this time the divide is far deeper, both ideologically and geographically — and more 50/50, with the two liberal coasts pitted against red-state America in between. Century-old mute stone statues are torn down in the dead of night, apparently on the theory that by attacking the Confederate dead, the lives of the living might improve. All the old standbys of American life seem to be eroding. The National Football League is imploding as it devolves into a political circus. Multimillionaire players refuse to stand for the national anthem, turning off millions of fans whose former loyalties paid their salaries. Politics — or rather a progressive hatred of the provocative Donald Trump — permeates almost every nook and cranny of popular culture. The new allegiance of the media, late-night television, stand-up comedy, Hollywood, professional sports, and universities is committed to liberal sermonizing. Politically correct obscenity and vulgarity among celebrities and entertainers are a substitute for talent, even as Hollywood is wracked by sexual-harassment scandals and other perversities. The smears “racist,” “fascist,” “white privilege,” and “Nazi” — like “Commie” of the 1950s — are so overused as to become meaningless. There is now less free speech on campus than during the McCarthy era of the early 1950s. As was the case in 1968, the world abroad is also falling apart. The European Union, model of the future, is unraveling. The EU has been paralyzed by the exit of Great Britain, the divide between Spain and Catalonia, the bankruptcy of Mediterranean nation members, insidious terrorist attacks in major European cities, and the onslaught of millions of immigrants — mostly young, male, and Muslim — from the war-torn Middle East. Germany is once again becoming imperious, but this time insidiously by means other than arms. The failed state of North Korea claims that it has nuclear-tipped missiles capable of reaching America’s West Coast — and apparently wants some sort of bribe not to launch them. Iran is likely to follow the North Korea nuclear trajectory. In the meantime, its new Shiite hegemony in the Middle East is feeding on the carcasses of Syria and Iraq. Is the chaos of 2017 a catharsis — a necessary and long overdue purge of dangerous and neglected pathologies? (…) Is the instability less a symptom that America is falling apart and more a sign that the loud conventional wisdom of the past — about the benefits of a globalized economy, the insignificance of national borders, and the importance of identity politics — is drawing to a close, along with the careers of those who profited from it? Victor Davis Hanson
I had to vote for Obama. I couldn’t tell my grandson that I didn’t vote for the first black president. Republican
The recent flurry of marches, demonstrations and even riots, along with the Democratic Party’s spiteful reaction to the Trump presidency, exposes what modern liberalism has become: a politics shrouded in pathos. Unlike the civil-rights movement of the 1950s and ’60s, when protesters wore their Sunday best and carried themselves with heroic dignity, today’s liberal marches are marked by incoherence and downright lunacy—hats designed to evoke sexual organs, poems that scream in anger yet have no point to make, and an hysterical anti-Americanism. All this suggests lostness, the end of something rather than the beginning. (…) America, since the ’60s, has lived through what might be called an age of white guilt. We may still be in this age, but the Trump election suggests an exhaustion with the idea of white guilt, and with the drama of culpability, innocence and correctness in which it mires us. White guilt (…) is the terror of being stigmatized with America’s old bigotries—racism, sexism, homophobia and xenophobia. To be stigmatized as a fellow traveler with any of these bigotries is to be utterly stripped of moral authority and made into a pariah. The terror of this, of having “no name in the street” as the Bible puts it, pressures whites to act guiltily even when they feel no actual guilt. (…) It is also the heart and soul of contemporary liberalism. This liberalism is the politics given to us by white guilt, and it shares white guilt’s central corruption. It is not real liberalism, in the classic sense. It is a mock liberalism. Freedom is not its raison d’être; moral authority is. (…) Barack Obama and Hillary Clinton, good liberals both, pursued power by offering their candidacies as opportunities for Americans to document their innocence of the nation’s past. “I had to vote for Obama,” a rock-ribbed Republican said to me. “I couldn’t tell my grandson that I didn’t vote for the first black president.” For this man liberalism was a moral vaccine that immunized him against stigmatization. For Mr. Obama it was raw political power in the real world, enough to lift him—unknown and untested—into the presidency. But for Mrs. Clinton, liberalism was not enough. The white guilt that lifted Mr. Obama did not carry her into office—even though her opponent was soundly stigmatized as an iconic racist and sexist. Perhaps the Obama presidency was the culmination of the age of white guilt, so that this guiltiness has entered its denouement. (…) Our new conservative president rolls his eyes when he is called a racist, and we all—liberal and conservative alike—know that he isn’t one. The jig is up. Bigotry exists, but it is far down on the list of problems that minorities now face. (…) Today’s liberalism is an anachronism. It has no understanding, really, of what poverty is and how it has to be overcome. (…) Four thousand shootings in Chicago last year, and the mayor announces that his will be a sanctuary city. This is moral esteem over reality; the self-congratulation of idealism. Liberalism is exhausted because it has become a corruption. Shelby Steele
For over forty years the left has been successfully reshaping American culture. Social mores and government policies about sexuality, marriage, the sexes, race relations, morality, and ethics have changed radically. The collective wisdom of the human race that we call tradition has been marginalized or discarded completely. The role of religion in public life has been reduced to a private preference. And politics has been increasingly driven by the assumptions of progressivism: internationalism privileged over nationalism, centralization of power over its dispersal in federalism, elitist technocracy over democratic republicanism, “human sciences” over common sense, and dependent clients over autonomous citizens. But the election of Donald Trump, and the overreach of the left’s response to that victory, suggest that we may be seeing the beginning of the end of the left’s cultural, social, and political dominance. The two terms of Barack Obama seemed to be the crowning validation of the left’s victory. Despite Obama’s “no blue state, no red state” campaign rhetoric, he governed as the most leftist––and ineffectual–– president in history. Deficits exploded, taxes were raised, new entitlements created, and government expanded far beyond the dreams of center-left Democrats. Marriage and sex identities were redefined. The narrative of permanent white racism was endorsed and promoted. Tradition-minded Americans were scorned as “bitter clingers to guns and religion.” Hollywood and Silicon Valley became even more powerful cultural arbiters and left-wing publicists. And cosmopolitan internationalism was privileged over patriotic nationalism, while American exceptionalism was reduced to an irrational parochial prejudice. The shocking repudiation of the establishment left’s anointed successor, Hillary Clinton, was the first sign that perhaps the hubristic left had overreached, and summoned nemesis in the form of a vulgar, braggadocios reality television star and casino developer who scorned the hypocritical rules of decorum and political correctness that even many Republicans adopted to avoid censure and calumny. Yet rather than learning the tragic self-knowledge that Aristotle says compensates the victim of nemesis, the left overreached yet again with its outlandish, hysterical tantrums over Trump’s victory. The result has been a stark exposure of the left’s incoherence and hypocrisy so graphic and preposterous that they can no longer be ignored. First, the now decidedly leftist Democrats refused to acknowledge their political miscalculations. Rather than admit that their party has drifted too far left beyond the beliefs of the bulk of the states’ citizens, they shifted blame onto a whole catalogue of miscreants: Russian meddling, a careerist FBI director, their own lap-dog media, endemic sexism, an out-of-date Electoral College, FOX News, and irredeemable “deplorables” were just a few. Still high on the “permanent majority” Kool-Aid they drank during the Obama years, they pitched a fit and called it “resistance,” as though comfortably preaching to the media, university, and entertainment choirs was like fighting Nazis in occupied France. (…) in colleges and universities. Normal people watched as some of the most privileged young people in history turned their subjective slights and bathetic discontents into weapons of tyranny, shouting down or driving away speakers they didn’t like, and calling for “muscle” to enforce their assault on the First Amendment. Relentlessly repeated on FOX News and on the Drudge Report, these antics galvanized large swaths of American voters who used to be amused, but now were disgusted by such displays of rank ingratitude and arrogant dismissal of Constitutional rights. And voters could see that the Democrats encouraged and enabled this nonsense. The prestige of America’s best universities, where most of these rites of passage for the scions of the well-heeled occurred, was even more damaged than it had been in the previous decades. So too with the world of entertainment. Badly educated actors, musicians, and entertainers, those glorified jugglers, jesters, and sword-swallowers who fancy themselves “artists,” have let loose an endless stream of dull leftwing clichés and bromides that were in their dotage fifty years ago. The spectacle of moral preening coming from the entertainment industry––one that trades in vulgarity, misogyny, sexual exploitation, the glorification of violence, and, worst of all, the production of banal, mindless movies and television shows recycling predictable plots, villains, and heroes––has disgusted millions of voters, who are sick of being lectured to by overpaid carnies. So they vote with their feet for the alternatives, while movie grosses and television ratings decline. As for the media, their long-time habit of substituting political activism for journalism, unleashed during the Obama years, has been freed from its last restraints while covering Trump. The contrast between the “slobbering love affair,” as Bernie Goldberg described the media’s coverage of Obama, and the obsessive Javert-like hounding of Trump has stripped the last veil of objectivity from the media. They’ve been exposed as flacks no longer seeking the truth, but manufacturing partisan narratives. The long cover-up of the Weinstein scandal is further confirmation of the media’s amoral principles and selective outrage. With numerous alternatives to the activism of the mainstream media now available, the legacy media that once dominated the reporting of news and political commentary are now shrinking in influence and lashing out in fury at their diminished prestige and profits. Two recent events have focused this turn against the sixties’ hijacking of the culture. The preposterous “protests” by NFL players disrespecting the flag during pregame ceremonies has angered large numbers of Americans and hit the League in the wallet. The race card that always has trumped every political or social conflict has perhaps lost its power. The spectacle of rich one-percenters recycling lies about police encounters with blacks and the endemic racism of American society has discredited the decades-long racial narrative constantly peddled by Democrats, movies, television shows, and school curricula from grade-school to university. The endless scolding of white people by blacks more privileged than the majority of human beings who ever existed has lost its credibility. The racial good will that got a polished mediocrity like Barack Obama twice elected president perhaps has been squandered in this attempt of rich people who play games to pose as perpetual victims. These supposed victims appear more interested in camouflaging their privilege than improving the lives of their so-called “brothers” and “sisters.” The second is the Harvey Weinstein scandal. A lavish donor to Democrats––praised by Hillary Clinton and the Obamas, given standing ovations at awards shows by the politically correct, slavishly courted and feted by progressive actors and entertainers, and long known to be a vicious sexual predator by these same progressive “feminists” supposedly anguished by the plight of women––perhaps will become the straw that breaks the back of progressive ideology. (…) The spectacle of a rich feminist and progressive icon like Jane Fonda whimpering about her own moral cowardice has destroyed the credibility we foolishly gave to Hollywood’s dunces and poltroons. Bruce Thornton
I think one of the healthy things about the United States is precisely this: there’s very little respect for intellectuals as such. And there shouldn’t be. What’s there to respect? I mean, in France if you’re part of the intellectual elite and you cough, there’s a front-page story in Le Monde. That’s one of the reasons why French intellectual culture is so farcical — it’s like Hollywood. You’re in front of the television cameras all the time, and you’ve got to keep doing something new so they’ll keep focusing on you and not on the guy at the next table, and people don’t have ideas that are that good, so they have to come up with crazy stuff, and the intellectuals get all pompous and self-important. Noam Chomsky
L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poing, à descendre dans la rue et à tirer, au hasard, tant qu’on peut dans la foule. André Breton
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
Éveillées à des ambitions neuves, les générations qui étudient et qui naguère étaient étudiées, n’écoutent pas sans sarcasme ces discours flatteurs où ils croient reconnaître l’accent attendri des riches, quand ils expliquent aux pauvres que l’argent ne fait pas le bonheur. Roger Caillois
Il ne manque pas, parmi nous, de gens à qui ce Bourdieu-là ne manque pas (…) Des gens qui n’ont pas la mémoire courte – ou l’inculture profonde – au point d’avoir oublié que « la pensée au service de l’espace public », ça a donné, entre autres, l’aveuglement stupide de Sartre et de Beauvoir – parangons de l’« intellectuel engagé » – envers l’horreur des camps, nazis ou soviétiques. (…) De cet esprit-là, auquel le grand sociologue que fut, un temps, Pierre Bourdieu, a malheureusement ouvert un boulevard, nous sommes aujourd’hui saturés. Nathalie Heinich
Obama demande pardon pour les faits et gestes de l’Amérique, son passé, son présent et le reste, il s’excuse de tout. Les relations dégradées avec la Russie, le manque de respect pour l’Islam, les mauvais rapports avec l’Iran, les bisbilles avec l’Europe, le manque d’adulation pour Fidel Castro, tout lui est bon pour battre la coulpe de l’Amérique. (…) Mais où Obama a-t-il donc appris ces inepties ? D’où vient cet amoncellement de mécomptes du monde, d’idées fausses et difformes? D’où provient ce prurit du je-vous-demande pardon ? On est habitué au Jimmycartérisme, qui se mettait à quatre pattes devant Khomeiny (« un saint »), l’URSS, Cuba, le tiers monde, le terrorisme musulman. D’où vient qu’Obama ait – dirigeant d’une république – courbé la tête devant le roi d’Arabie ? C’est là qu’il convient de se souvenir de l’homme qui fut son pasteur pendant vingt ans, ce qui est très long quand on n’en a pas encore cinquante : le pasteur Jeremy Wright, de l’Eglise de la Trinité à Chicago, dont Obama ne se sépara que contraint et forcé, pour cause de déclarations insupportablement anti-américaines et antioccidentales, délirantes et conspirationnistes, et qui « passaient mal» dans la campagne.(…) C’est Wright qui fait du diplômé de Harvard qui est maintenant un agitateur local (community organizer), un politicien en vue à Chicago. N’oublions pas que la carrière politique locale d’Obama est lancée par les fanatiques de la haine de l’Amérique, les ultragauchistes terroristes des Weathermen, à Chicago, qui répètent et confirment la même antienne idéologique. Tous les aquariums où a nagé le têtard avaient la même eau. Obama est la version manucurée de Wright : il est allé à Harvard. Il n’éructe pas, il ne bave pas, il ne montre pas le poing. Il n’émet pas de gros mots à jet continu comme le fait son gourou. Elégant, Il est tout miel – mais les dragées, même recouvertes de sucre, n’en sont pas moins au poivre. Le fond est identique. Wright insulte l’Amérique, Obama demande pardon : dans les deux cas, elle est coupable. Wright est pasteur, Obama est président. Plus encore, cette déplorable Amérique a semé le désordre et le mal partout dans le monde. Au lieu de collaborer multilatéralement avec tous, d’œuvrer au bien commun avec Poutine, Chavez, Ahmadinejad, Saddam Hussein, Bachir al-Assad, et Cie, l’insupportable Bush en a fait des ennemis. Quelle honte ! Il faut réparer les torts commis. L’Amérique ne trouvera sa rédemption que dans le retrait, la pénitence, la contrition, et une forme de disparition. (…) Il faut, à tout prix, trouver des terrains d’entente avec tous. Il faut aller loin, très loin, dans les concessions : l’autre côté finira bien par comprendre. Kim Jong-Il, Hugo Chavez, l’ayatollah Khamenei, Assad, le Hamas, on trouvera les compromis nécessaires à un deal avec les avocats des partie adverses. Sans entente, on retombe dans les errements de l’Amérique honnie. L’Amérique, quelle horreur, se laisse aller à défendre ses alliés contre ses ennemis. On se bat au Vietnam et en Corée contre le communisme agresseur. On se bat contre le Communisme soviétique. Que croyez-vous que l’Obama de la campagne électorale ait signifié à Berlin, en disant, non sans délire, que le monde avait gagné la Guerre froide « en s’unissant » comme s’il n’y avait un qu’un seul camp dans cette guerre ! L’Amérique doit être réduite dans ses prétentions et dans sa puissance. Le monde doit être réduit à un seul camp, celui des faiseurs de paix, avec lesquels l’entente est toujours trouvable. Il n’y a pas d’ennemis, il n’y a que des malentendus. Il ne peut y avoir d’affrontements, seulement des clarifications. (…) Notons à propos que la mêlée des «réalistes»de la politique étrangère, qui préconise justement de se débarrasser des alliés afin de s´arranger avec les méchants, est aux anges, et participe à la mise en oeuvre de l´obamisterie. Ah! finalement, on ne s´embarrasse plus d´autre chose que la «stabilité» à court terme. (…) Obama ne sépare ni le blanc du noir, ni l´ami de l´ennemi. Il a gratuitement offensé les Anglais en méprisant la «relation spéciale». Il a offensé le Japon, en ne se souciant pas de lui ni du survol de son territoire par le missile nord-coréen. Il n´a pas eu un mot pour l´allié taïwanais. Il prépare avec acharnement une crise avec Israel. Il a montré à la Tchéquie et à la Pologne, sur l´affaire de la défense anti- missiles, qu´il ne faut pas compter sur Washington et qu´ils seront sacrifiés sur l´autel du «nouveau départ» avec Moscou. Pour tous, la leçon est brutale: à l´ère d´Obama, mieux vaut être un ennemi qu´un ami: ami, on vous jettera aux orties. Ennemi, on fera tout pour vous plaire. Laurent Murawiec
L’établissement entre les deux guerres mondiales, car il faut remonter jusque-là, l’établissement d’un foyer sioniste en Palestine, et puis après la deuxième guerre mondiale, l’établissement d’un Etat d’Israël soulevait à l’époque un certain nombre d’appréhensions. On pouvait se demander, en effet, et on se demandait, même chez beaucoup de juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui sont foncièrement hostiles, n’allaient pas entraîner d’incessants, d’interminables frictions et conflits. Et certains même redoutaient que les juifs, jusqu’alors dispersés, et qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent une fois qu’ils seraient rassemblés dans les sites de son ancienne grandeur, n’en viennent à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis 19 siècles : « l’an prochain à Jérusalem ». En dépit du flot, tantôt montant, tantôt descendant, des malveillances qu’ils provoquaient, qu’ils suscitaient plus exactement, dans certains pays à certaines époques, un capital considérable d’intérêt et même de sympathie s’était formé en leur faveur et surtout il faut bien le dire dans la chrétienté. Un capital qui était issu de l’immense souvenir du testament, nourri à toutes les sources d’une magnifique liturgie, entretenu par la commisération qu’inspirait leur antique valeur et que poétisait chez nous la légende du juif errant, accru par les abominables persécutions qu’ils avaient subi pendant la deuxième guerre mondiale et grossi depuis qu’il avait retrouvé une patrie, par les travaux, leurs travaux constructifs et le courage de leurs soldats. C’est pourquoi indépendamment des vastes concours en argent, en influence, en propagande que les Israéliens recevaient des milieux juifs, d’Amérique et d’Europe, beaucoup de pays, dont la France, voyaient avec satisfaction l’établissement de leur Etat sur le territoire que leur avaient reconnu les puissances, que lui avaient reconnu les puissances, tout en désirant qu’ils parviennent en usant d’un peu de modestie à trouver avec ses voisins un modus vivendi pacifique. Il faut dire que ces données psychologiques avaient quelque peu changé depuis 1956. À la faveur de l’expédition franco-britannique de Suez, on avait vu apparaître en effet, un état d’Israël guerrier et résolu à s’agrandir, et ensuite l’action qu’il menait pour doubler sa population par l’immigration de nouveaux éléments donnait à penser que le territoire qu’il avait acquis ne lui suffirait pas longtemps et qu’il serait porté pour l’agrandir à utiliser toute occasion qui se présenterait. C’est pourquoi d’ailleurs, la cinquième république s’était dégagée, vis-à-vis d’Israël, des liens spéciaux et très étroits que le régime précédent avait noué avec cet Etat et la cinquième république s’était appliquée, au contraire, à favoriser la détente dans le Moyen-Orient. Bien sûr, nous conservions avec le gouvernement israélien des rapports cordiaux et même lui fournissions pour sa défense éventuelle les armements qu’il demandait d’acheter mais en même temps nous lui prodiguions des avis de modération. Notamment à propos des litiges qui concernait les eaux du Jourdain, des escarmouches qui opposaient périodiquement les forces des deux côtés. Enfin nous ne donnions pas notre aval, à son installation dans un quartier de Jérusalem dont il s’était emparé, et nous maintenions notre ambassade à Tel-Aviv. D’autre part, une fois mis un terme à l’affaire algérienne, nous avions repris avec les peuples arabes d’Orient, la même politique d’amitié et de coopération qui avait été pendant des siècles celle de la France dans cette partie du monde et dont la raison et le sentiment font qu’elle doit être aujourd’hui une des bases fondamentales de notre action extérieure. Bien entendu, nous ne laissions pas ignorer aux arabes que pour nous l’Etat d’Israël était un fait accompli et que nous n’admettrions pas qu’il fut détruit. De sorte que tout compris, on pourrait imaginer qu’un jour viendrait où notre pays pourrait aider directement, à ce qu’une paix réelle fut conclue et garantie en Orient pourvu qu’aucun drame nouveau ne vint à la déchirer. Hélas ! le drame est venu, il avait été préparé par une tension très grave et constante qui résultait du sort scandaleux des réfugiés en Jordanie, et aussi d’une menace de destruction prodiguée contre Israël. Le 22 mai, l’affaire d’Aqaba, fâcheusement créée par l’Egypte, allait offrir un prétexte à ce qui rêvait d’en découdre. Pour éviter les hostilités, la France avait dès le 24 mai, proposé aux trois autres grandes puissances, d’interdire conjointement avec elle, à chacune des deux parties, d’entamer le combat. Le 2 juin, le gouvernement français avait officiellement déclaré, qu’éventuellement il donnerait tort à quiconque entamerait le premier, l’action des armes. Et c’est ce qu’il répétait en toute clarté à tous les Etats en cause. C’est ce que j’avais moi-même, le 24 mai déclaré à Monsieur Ebban, Ministre des affaires étrangères d’Israël que je voyais à Paris. Si Israël est attaqué, lui dis-je alors en substance, nous ne le laisserons pas détruire, mais si vous attaquez, nous condamnerons votre initiative. Certes, malgré l’infériorité numérique de votre population, étant donné que vous êtes beaucoup mieux organisés, beaucoup plus rassemblés, beaucoup mieux armés que les arabes, je ne doute pas que le cas échéant, vous remporteriez des succès militaires. Mais ensuite, vous vous trouveriez engagés sur le terrain, et au point de vue international dans des difficultés grandissantes d’autant plus que la guerre en Orient ne peut pas manquer d’augmenter dans le monde une tension déplorable et d’avoir des conséquences très malencontreuses pour beaucoup de pays. Si bien que c’est à vous, devenu des conquérants, qu’on en attribuerait peu à peu les inconvénients. On sait que la voix de la France n’a pas été entendue, Israël ayant attaqué, s’est emparé en six jours de combat des objectifs qu’il voulait atteindre. Maintenant il organise, sur les territoires qu’il a pris l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsion et s’il manifeste contre lui la résistance qu’à son tour il qualifie de terrorisme (…) Pour qu’un règlement quelconque, et notamment celui là, puisse voir le jour, règlement auquel du reste, suivant la France, devrait s’ajouter un statut international pour Jérusalem. Pour qu’un tel règlement puisse être mis en œuvre, il faut naturellement, il faudrait qu’il eut l’accord des grandes puissances qui entraînerait ipso facto, celui des Nations Unies. Et si un tel accord voyait le jour, la France est d’avance disposée à prêter son concours politique, économique et militaire, pour que cet accord soit effectivement appliqué. Mais on ne voit pas comment un accord quelconque pourrait naître tant que l’un des plus grand des quatre ne se sera pas dégagé de la guerre odieuse qu’il mène ailleurs. Car tout se tient dans le monde d’aujourd’hui. Sans le drame du Vietnam, le conflit entre Israël et les arabes ne serait pas devenu ce qu’il est. Charles De Gaulle (nov. 67)
La société est devenue d’abord plus tolérante vis-à-vis des déviances mineures. Nous sommes de plus en plus individualistes; le contrôle social s’est affaibli, on ne vit plus sous le regard d’une seule communauté comme autrefois. Et puis, l’opinion des parents sur la conduite de leurs enfants est devenue plus indulgente. Ils sont plus laxistes sur la morale quotidienne, et ce dans tous les milieux. (…) Pour être efficace, la réparation doit être immédiate. Or, dans les lycées, la norme veut que l’on ne répare les casiers abîmés qu’au troisième. Au prétexte que le coût unitaire est trop élevé. De même, tous les offices d’HLM ne sont pas convaincus de l’utilité des poubelles ignifugées ou des produits antitags. Sébastian Roché
N’est-on pas allé jusqu’à interpréter les tags qui maculaient les trains de banlieue comme « une revendication de vie », voire comme « une agression carnavalesque contre l’ordre établi »? Le Point
Avec l’appui de la télévision, les événements ont été instrumentalisés par les ennemis politiques du ministre de l’Intérieur, qui ont ressassé les termes de « racaille » et de « karcher », sans jamais les replacer dans leur contexte (le décès d’un enfant victime d’un règlement de comptes entre bandes à La Courneuve), ni préciser qu’ils ne désignaient qu’une infime minorité de délinquants et non toute une population respectable. Ainsi caricaturés, ces mots sont devenus un cri de ralliement pour des casseurs potentiels déjà fascinés par des images de violences. Le discours de l’excuse s’est alors trouvé survalorisé, les prises de position normatives ont été rejetées comme politiquement incorrectes et les policiers ont fait office de boucs émissaires. Lucienne Bui Trong (mars 2006)
La situation a évolué dans le mauvais sens. Je pense qu’il y a un toboggan dans lequel on est installés depuis plusieurs années et qui nous amène à l’irréparable, puisque maintenant, ces quartiers produisent des terroristes. Dix ans après, ce ne sont plus des émeutiers, non, ce sont des terroristes. Il n’y a pas d’efficacité car il y a une mécompréhension du problème. Au-delà des clivages, la question des banlieues a toujours été vécue comme: ‘Ce sont des quartiers pauvres et modestes, quand l’économie ira mieux, ça ira mieux dans les quartiers’. Or, l’aspect économique n’est pas le coeur du problème, qui est beaucoup plus vaste. Malek Boutih (député socialiste des Essones, ancien président de SOS-Racisme)
Toute notre action est un cri de guerre contre l’impérialisme et un appel vibrant à l’unité des peuples contre le grand ennemi du genre humain : les États-Unis d’Amérique du Nord. Che Guevara
La Corée du Nord est un modèle dont Cuba devrait s’inspirer. Che Guevara (Pyongyang, 1965)
Nous avons fusillé, nous fusillons et nous continuerons à fusiller tant que cela sera nécessaire. Notre lutte est une lutte à mort. Che Guevara (ONU, 1964)
Il faut mener la guerre jusqu’où l’ennemi la mène : chez lui, dans ses lieux d’amusement; il faut la faire totalement. (avril 1967) Ernesto Guevara
Phnom Penh libéré par les Khmers Rouges Titre du Monde
Le drapeau de la Résistance flotte sur Phnom Penh Titre de Libération
Enfin le communisme peut être un matériau pour l’art. Antoine Vitez (sur l’opera maoiste de Badiou, Le foulard rouge, ecrit en 1972 et joue en 1984)
Les Khmers rouges s’emparent de Phnom Penh : une séquence historique s’achève parce qu’une contradiction est résolue (…). La résolution d’une contradiction exige que quelque chose disparaisse (…). Il n’est de pensée révolutionnaire véritable que celle qui mène la reconnaissance du nouveau jusqu’à son incontournable envers : de l’ancien doit mourir (…). La dialectique matérialiste affronte la perte et la disparition sans retour. Il y a des nouveautés radicales parce qu’il y a des cadavres qu’aucune trompette du Jugement ne viendra jamais réveiller. Au plus fort de la Révolution culturelle, on disait en Chine : l’essence du révisionnisme, c’est la peur de la mort. Alain Badiou
Kampuchea vaincra! Alain Badiou (Le Monde, 17/1/79)
Du temps de Staline, il faut bien dire que les organisations politiques ouvrières et populaires se portaient infiniment mieux, et que le capitalisme était moins arrogant. Il n’y a même pas de comparaison. Alain Badiou
La réalité (souvent déplorable) de la Terreur révolutionnaire doit-elle nous conduire à rejeter l’idée même de la Terreur? Ou existe-t-il un moyen de la répéter (…), de sauver son contenu virtuel de sa réalisation? Slavoj Zizek
Le communisme est une idée, au sens platonicien, indestructible. Le fait même de renoncer à l’utopie d’une société égalitaire, collective, débarrassée de l’Etat, est impensable, sauf à se faire complice des violences inégalitaires du système capitaliste. Alain Badiou
Faire vivre l’Idée communiste est une tâche de caractère idéologique (donc aussi philosophique), et non pas immédiatement une tâche politique. Il s’agit en effet que les individus puissent être préparés à accepter, si possible dans l’enthousiasme, qu’une autre vision du monde, radicalement opposée au capitalo-parlementarisme actuellement hégémonique (notamment sous le nom falsifié de « démocratie ») est non seulement souhaitable, mais possible. (…) Même des mouvements aussi confus que les immenses manifestations de décembre 1995 contre le plan Juppé, avec comme unique mot d’ordre « ensemble ! », portaient cette compatibilité. Il en va de même pour les actions organisées pour le droit des ouvriers sans-papiers, ou pour les manifestations, dans toute l’Europe, soit contre la guerre en Irak, soit contre la guerre à Gaza. Et bien d’autres choses. Je ne dis pas qu’il s’agit de politiques cohérentes inscrites dans l’horizon de l’Idée. Je dis seulement que l’existence de ces processus, prolongés ou sporadiques, atteste que l’Idée communiste n’est pas coupée de tout réel. Le retour actuel de la violence de classe (séquestrations de patrons, bagarres de rue, émeutes de la jeunesse populaire…) est lui aussi tout à fait confus, et parfois même a-politique. Il n’en est pas moins inscrit sous le signe potentiel de l’Idée, parce qu’il rompt avec le consensus parlementaire, et rend de nouveau acceptable qu’on puisse courir des risques au nom de ses convictions, au lieu de toujours s’en remettre à la médiation de l’Etat, lequel, aujourd’hui, est clairement anti-populaire, voire guerrier, tous partis politiques confondus. Alain Badiou
Le mot « communisme » a été durant environ deux siècles (depuis la « Communauté des Égaux » de Babeuf jusqu’aux années quatrevingt du dernier siècle) le nom le plus important d’une Idée située dans le champ des politiques d’émancipation, ou politiques révolutionnaires.
Il faut d’abord dire que ces leçons sur le siècle sont une réaction contre toute une série d’opinions dominantes et de campagnes menées sur la signification du XXe siècle. En France, cette question a été, dans son bilan officiel, dominée par l’idée du totalitarisme, des grands massacres, du communisme comme crime, du communisme identifié au fascisme. Le siècle a été désigné comme celui de l’horreur et du crime de masse. Ces leçons sur le XXe siècle veulent proposer un autre bilan. Différent, mais pas forcément contraire en ce qui concerne les faits. Il ne s’agit pas d’opposer des faits à d’autres faits. Il s’agit de trouver un chemin de pensée pour aborder le siècle. (…) A mon sens, une grande partie de la violence du siècle – l’extrême cruauté politique qui a dominé ses deux premiers tiers – s’enracine dans la conviction que, somme toute, un commencement absolu n’a pas de prix. Si réellement il s’agit de fonder un nouveau monde, alors le prix payé par l’ancien monde, fût-ce en nombre de morts ou en quantité de souffrance, est une question relativement secondaire. Alain Badiou
Le Nouvel Observateur’ et ‘Le Monde’ exercent une influence considérable sur les intellectuels du tiers monde. En prenant position comme collaborateur du Monde, je ne pense pas avoir poussé beaucoup de paysans cambodgiens à la révolte, mais j’ai pu lancer des intellectuels khmers sur une piste sanglante. Si j’ai écrit ce livre, ce n’est pas pour me faire pardonner mais pour appliquer un contre-poison à ce peuple empoisonné et lui faire prendre une tasse de lait après l’arsenic que j’ai contribué à lui administrer (…). Pour le Vietnam, je plaide coupable. Je m’accuse d’avoir pratiqué une information sélective en dissimulant le caractère stalinien du régime nord-vietnamien (…) Je subissais l’influence écrasante de Sartre qui voyait dans toute critique de fond de la Russie soviétique une arme offerte aux réactionnaires et aux Américains. “Il ne fallait pas désespérer Billancourt”. Pendant vingt ans, j’ai participé à cette scandaleuse timidité à l’égard de la Russie communiste, que je considérais comme la capitale de la gauche et de la révolution mondiale. Jean Lacouture (novembre 1978)
Nous avons en Europe de l’Ouest, et particulièrement en France, une mémoire du communisme qui est souvent glorieuse, incontestable, indiscutable. C’est une légende, un véritable mythe, qui confine parfois à l’invraisemblable… (…) Il existe, en effet, chez nous une espèce de gauchisme culturel, très répandu, très bon chic bon genre. Il n’est pas tant le fait des bobos que des «bobobos» – bourgeois, bohèmes, bolchos – qu’on rencontre un petit peu tous les jours, dans l’Université, dans les médias, dans la politique, etc. On est confronté en permanence à ce politiquement correct. Alors le nazisme, c’est abominable, on est d’accord; Le Pen, c’est horrible, on est d’accord. Mais, dès qu’on parle d’autres problèmes, qui sont tout aussi importants, c’est un tollé! Cela tient au fait que la France a eu des expériences très différentes du communisme et du nazisme. Du nazisme, les Français ont conservé, et à juste titre, la mémoire tragique de la défaite de 40 et de l´occupation (fusillades, pillages, déportations etc.). Par contre, depuis 1936, et surtout depuis 1944-1945, les Français ont assez largement conservé une mémoire glorieuse qui repose sur la participation du PCF au front populaire, sur la participation des communistes à la Résistance et à la Libération du pays, et aussi au rôle de l´URSS dans l´écrasement du nazisme. Cette opposition entre mémoire tragique de l´un et mémoire glorieuse de l´autre explique cette « différence de méfiance ». (…) C´est d´ailleurs un des gros problèmes de la réunification européenne : la France, l´Italie, l´Espagne en particulier où l´on entretient une mémoire glorieuse du communisme, et les ex-démocraties populaires qui entretiennent une mémoire tragique (dont témoignent les remarquables films récents en Allemagne avec La vie des autres, ou en Roumanie avec la dernière palme d´or du festival de Cannes). Cela a mené devant le conseil de l´Europe en janvier 2006 à une véritable scission entre socialistes et communistes d´Europe de l´Ouest alliés aux nostalgiques communistes de l´Est pour s´opposer à l´adoption d´une résolution condamnant les crimes des régimes communistes. Stephane Courtois
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux. Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
Nous crions d’un bout à l’autre de l’Afrique : Attention, l’Amérique a la rage. Tranchons tous les liens qui nous rattachent à elle, sinons nous serons à notre tour mordus et enragés. Sartre (1953)
La liberté de critique est totale en URSS et le citoyen soviétique améliore sans cesse sa condition au sein d’une société en progression continuelle. Sartre (1954)
Un anticommuniste est un chien, je ne sors pas de là, je n’en sortirai plus jamais. Sartre (1961)
Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ; restent un homme mort et un homme libre. Sartre (1961)
Les Vietnamiens se battent pour tous les hommes, et les forces américaines contre tous. Sartre (1971)
On dit souvent que les définitions du gouvernement islamique sont imprécises. Elles m’ont paru au contraire d’une limpidité très familière, mais, je dois dire, assez peu rassurante. « Ce sont les formules de base de la démocratie, bourgeoise ou révolutionnaire, ai-je dit ; nous n’avons pas cessé de les répéter depuis le XVIIIe siècle, et vous savez à quoi elles ont mené. » Mais on m’a répondu aussitôt : « Le Coran les avait énoncées bien avant vos philosophes et si l’Occident chrétien et industriel en a perdu le sens, l’islam, lui, saura en préserver la valeur et l’efficacité ». Michel Foucault (1978)
A l’aurore de l’histoire, la Perse a inventé l’Etat et elle en a confié les recettes à l’Islam : ses administrateurs ont servi de cadres au Calife. Mais de ce même Islam, elle a fait dériver une religion qui a donné à son peuple des ressources indéfinies pour résister au pouvoir de l’Etat. Dans cette volonté d’un gouvernement islamique, faut-il voir une réconciliation, une contradiction, ou le seuil d’une nouveauté ? (…) J’entends déjà les Français qui rient. Mais je sais qu’ils ont tort. Michel Foucault (1978)
Impossible, disent aujourd’hui certains qui estiment en savoir long sur les sociétés islamiques ou sur la nature de toute religion. Je serai beaucoup plus modeste qu’eux, ne voyant pas au nom de quelle universalité on empêcherait les musulmans de chercher leur avenir dans un Islam dont ils auront à former, de leurs mains, le visage nouveau. Dans l’expression ‘gouvernement islamique’, pourquoi jeter d’emblée la suspicion sur l’adjectif ‘islamique’ ? Le mot ‘gouvernement’ suffit, à lui seul, à éveiller la vigilance. Michel Foucault (1978)
Aucun nombre de bombes atomiques ne pourra endiguer le raz de marée constitué par les millions d’êtres humains qui partiront un jour de la partie méridionale et pauvre du monde, pour faire irruption dans les espaces relativement ouverts du riche hémisphère septentrional, en quête de survie. Boumediene (mars 1974)
Un jour, des millions d’hommes quitteront le sud pour aller dans le nord. Et ils n’iront pas là-bas en tant qu’amis. Parce qu’ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire. Houari Boumediene (ONU, 10.04.74)
Nous avons 50 millions de musulmans en Europe. Il y a des signes qui attestent qu’Allah nous accordera une grande victoire en Europe, sans épée, sans conquête. Les 50 millions de musulmans d’Europe feront de cette dernière un continent musulman. Allah mobilise la Turquie, nation musulmane, et va permettre son entrée dans l’Union Européenne. Il y aura alors 100 millions de musulmans en Europe. L’Albanie est dans l’Union européenne, c’est un pays musulman. La Bosnie est dans l’Union européenne, c’est un pays musulman. 50% de ses citoyens sont musulmans. L’Europe est dans une fâcheuse posture. Et il en est de même de l’Amérique. Elles [les nations occidentales] devraient accepter de devenir musulmanes avec le temps ou bien de déclarer la guerre aux musulmans. Kadhafi (10.04.06) 
Et si Raspail, avec « Le Camp des Saints », n’était ni un prophète ni un romancier visionnaire, mais simplement un implacable historien de notre futur? Jean Cau
[Et tu penses qu’en France le Mossad pourrait attaquer les synagogues …?] Je ne sais pas si c’est le cas. Simplement, ce que je dis, c’est qu’il faut savoir à qui peut profiter le crime. José Bové à Karl Zéro, Canal plus, avril 2002
Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières.Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
A la limite, c’est eux qui l’ont fait, mais c’est nous qui l’avons voulu. Jean Baudrillard
La plus grande oeuvre d’art jamais réalisée … Karlheinz Stockhausen
 J’aurais été bien plus content si, le 11 septembre, le Pentagone avait été mis à terre et s’ils n’avaient pas manqué la Maison Blanche – au lieu de voir s’effondrer les Twin Towers remplies de milliers de travailleurs américains, parmi lesquels, paraît-il, se trouvaient presqu’un millier de clandestins. Toni Negri
Aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone. Thierry Meyssan
[Est-ce que tu penses que Bush peut être à l’origine de ces attentats (les attentats du 11-Septembre) ?] Je pense que c’est possible. Je sais que les sites qui parlent de ce problème sont des sites qui ont les plus gros taux de visites. (…) Et donc je me dis, moi qui suis très sensibilisée au problème des nouvelles techniques de l’information et de la communication, que cette expression de la masse et du peuple ne peut pas être sans aucune vérité. (…) Je ne te dis pas que j’adhère à cette posture, mais disons que je m’interroge quand même un petit peu sur cette question.(…) C’est la responsabilité de chaque blogueur de se faire son idée. Christine Boutin (Entretien avec Karl Zéro, Canal plus, nov. 2006)
« Je suis allée voir l’ambassadeur iranien à l’époque et il a dit que bien sûr c’était vrai. » (…) Elle affirme donc que la CIA et d’autres agences étaient au courant qu’il y aurait quelque chose le 11 septembre? « Absolument ». Doit-on comprendre qu’il s’agit d’un complot interne US ou que al-Qaïda est le responsable? « Tout le monde est responsable. Si seulement vous en saviez plus, c’est encore plus déprimant. » Juliette Binoche (Entretien pour the Telegraph, sept. 2007, après sa fameuse manifestation pro-palestinienne du 23/03/02 contre la « Juiverie internationale »)
Moi j’ai tendance à être plutôt souvent de l’avis de la théorie du complot.(…) Parce que  je pense qu’on nous ment sur énormément de choses: Coluche, le 11-Septembre. (…) c’était bourré d’or les tours du 11-Septembre, et puis c’était un gouffre à thunes parce ce que ça a été terminé, il me semble, en 73 et pour recâbler tout ça, pour mettre à l’heure de toute la technologie et tout, c’était beaucoup plus cher de faire les travaux que de les détruire. Marion Cotillard
We are stardust We are golden And we’ve got to get ourselves Back to the garden Joni Mitchell (Woodstock, 1970)
Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : « Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas d’autres gosses? » Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même ». Daniel Cohn-Bendit (Grand Bazar, 1975)
La profusion de jeunes garçons très attrayants et immédiatement disponibles me met dans un état de désir que je n’ai plus besoin de réfréner ou d’occulter. (…) Je n’ai pas d’autre compte à régler que d’aligner mes bahts, et je suis libre, absolument libre de jouer avec mon désir et de choisir. La morale occidentale, la culpabilité de toujours, la honte que je traîne volent en éclats ; et que le monde aille à sa perte, comme dirait l’autre.Frédéric Mitterrand (”La mauvaise vie”, 2005)
It was actually the first time in the history of movies that it wasn’t safe to be in the movie theatre, and when I walked out into Times Square at noon I felt I had been raped. Peter Bogdanovich
Les femmes occupaient le haut de l’affiche au cours des années 1920 et 1930. Cela s’est évaporé au cours des années 1940, ce qui nous a menés aux années 1950 où les femmes étaient reléguées au second plan. Et c’est ce que le cinéma fait, au fond : il tue les femmes. Peter Bogdanovich
Hitchcock s’est battu pour tourner ce meurtre séparément du reste du film, ce qui veut dire d’une certaine manière que dorénavant, le meurtre allait devenir un élément acceptable au sein d’un divertissement. Il y avait déjà de la violence dans le cinéma américain, mais rien ressemblant à Psycho ; rien d’aussi intime, rien d’aussi soigneusement conçu, rien d’aussi sans remords. Bret Easton Ellis
C’est, je crois, la première expression moderne du corps féminin agressé. Et à certains égards c’en est l’expression la plus pure, parce que c’est dévastateur. Karyn Kusama
DSK, dont tous les médias connaissent le goût pour une sexualité débridée, risquait des ennuis dans un pays qui ne plaisante pas avec la morale, en général, et le harcèlement sexuel en particulier. (…) Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). (…) Or, à la différence de ce qui se passe en France, aux Etats-Unis -où se trouve le siège du FMI – le moindre « comportement inapproprié » peut coûter son poste au titulaire d’un mandat public. Les Américains ne plaisantent pas avec ce genre de chose même si cela nous fait ricaner. Si dans six mois, il y a un scandale (selon les normes US), les médias français vont-ils encore écrire: on le redoutait, mais on ne vous a rien dit ? Notre crédibilité n’en sortirait pas renforcée. (…) Pour bien connaître DSK, je sais qu’il est en séduction permanente, même s’il n’a jamais eu de gestes déplacés. Et que cela choque et a choqué, surtout hors des frontières hexagonales. Tous les journalistes qui ont couvert ses activités publiques –y compris à Marianne- le savent et les anecdotes sont nombreuses. Mais être «pressant» n’est pas un délit pénal, que cela soit clair. En revanche, aux Etats-Unis, c’est tout comme. C’est tout ce que je voulais dire : une fois à la tête du FMI, il faudra que DSK ravale son côté « French Lover » lourdingue. Jean Quatremer (correspondant de Libération à Bruxelles, juillet 2007)
On le baptise « cinq minutes douche comprise », parfois trois, parfois dix, l’expression est presque entrée dans le langage courant. « Lorsqu’il avait un rendez-vous avec une femme, c’était à la minute près. Nous le déposions, il nous donnait un horaire en sortant de la voiture et il revenait à l’horaire exact, il ne fallait surtout pas être en retard », raconte son ancien chauffeur. Des femmes qu’il chevauche, sans plus de préliminaires, parce que le temps presse, parce que la quantité a pris l’ascendant sur la qualité. « Je me souviens d’un voyage à La Réunion, au début de son septennat. Une femme l’aborde et lui demande une dédicace sur l’un de ses livres qu’elle tient à la main. Le président s’approche et lui dit, avec un culot incroyable : “Montez dans ma chambre si vous voulez ?” Et la femme de suivre Jacques Chirac, tout sourire », se souvient l’un de ses gardes du corps à la mairie de Paris. Les anecdotes se succèdent, les témoignages plus ou moins vrais le voient courir, à l’heure du laitier, dans un couloir sombre d’un immeuble du quartier Montparnasse pour rejoindre une femme qui le guette derrière la porte. Un autre jour, on l’aperçoit rue de la Convention dans les bras d’une autre, à qui il rend visite chaque semaine. Il utilise aussi régulièrement une garçonnière dans l’immeuble du 241, boulevard Saint-Germain (dont le premier étage abrite le siège départemental du RPR) pour satisfaire ses plaisirs avec une collaboratrice du RPR ou une jeune ambitieuse qui cherche la chaleur fugace du pouvoir. Il y a les régulières, les coups de cœur, les « amuse-bouches » qui réussissent à franchir les cordons de sécurité pour approcher le président, d’autres qui partagent le même avion que le président et qui attendent, nues, dans son espace privé, brûlantes de désir. Elles sont députées, ministres, conseillères, bourgeoises provinciales, des inconnues qu’on lui apporte sur un plateau, et puis il y a celles avec qui il aura une histoire parallèle, tout cela vécu simultanément, réclamant de grandes qualités d’organisation. […] La nuit où la princesse Diana trouve la mort dans un terrible accident de la circulation sous le pont de l’Alma, le président de la République est introuvable. Nous sommes le 31 août 1997. Toute la République est debout. En désespoir de cause, Jean-Pierre Chevènement, le ministre de l’Intérieur, tente un appel à Bernadette Chirac qui, désappointée, lui répond qu’elle ne sait pas où est son mari. Ce soir-là, on le dit dans les bras d’une autre femme. Jean-Claude Laumond, son inséparable chauffeur, est réveillé alors qu’il dort dans sa voiture au pied de l’immeuble où se trouve le président. Arnaud Ardoin
Il est encore de mode, écrit-il un an après la prise du palais d’Hiver, de parler de la révolution bolchevique comme d’une “aventure”. Eh bien, s’il faut parler d’aventure, ce fut l’une des plus merveilleuses où se soit engagée l’humanité, celle qui ouvrit aux masses laborieuses le terrain de l’histoire et fit désormais tout dépendre de leurs vastes et naturelles aspirations. (…) Quoi qu’on pense du bolchevisme, il est indéniable que la révolution russe est un des grands moments de l’histoire de l’humanité et que la venue au pouvoir des bolcheviks est un fait d’importance mondiale. John Reed
2017 est l’année du centenaire des dix jours qui ébranlèrent le XXe siècle. L’Humanité lui consacre un numéro hors-série auquel ont contribué de nombreux historiens. (…) Il y a cent ans, la guerre n’en finissait pas de décimer les populations européennes, la vie de centaines de milliers de jeunes gens s’abîmait à Craonne, à Verdun ou sur la Somme. Dans ce contexte désespérant, le mouvement ouvrier, trahi par l’Internationale socialiste, qui n’avait pas empêché la tuerie européenne, tournait son regard et ses espoirs vers la Russie. Le vaste et archaïque empire de la dynastie tricentenaire des Romanov était entré en révolution depuis février, quand les ouvriers et les femmes de Petrograd avaient chassé Nicolas II. En cette fin d’octobre, une insurrection populaire renversait le gouvernement provisoire. Parvenu au pouvoir, le parti bolchevik de Lénine se fixait pour tâche la réalisation de la révolution socialiste. Le vieux rêve du monde du travail d’en finir avec l’exploitation capitaliste allait-il se réaliser ? John Reed, dont le livre Dix Jours qui ébranlèrent le monde, tiré à des millions d’exemplaires, a fait connaître l’épopée de 1917, traduit l’enthousiasme qui s’empara des progressistes (…) C’est là le point de départ du numéro hors-série de l’Humanité auquel ont participé de nombreux historiens figurant parmi les meilleurs connaisseurs de cet événement fondateur du XXe siècle. Marc Ferro explique comment « les femmes, les ouvriers et les soldats du front ont réveillé les révolutionnaires ». Nicolas Werth relate cette année décisive de 1917 où « tout a basculé ». Jean-Jacques Marie montre combien la guerre civile déclenchée par les blancs et l’intervention militaire occidentale ont pesé sur le cours ultérieur de la politique bolchevique.« La révolution d’Octobre comprend deux histoires entrelacées : son impact sur la Russie et son impact sur le monde », observait Eric Hobsbawm et d’ajouter : « Sans le second, peu de monde en dehors d’une poignée d’historiens spécialistes s’en serait jamais préoccupé. » Aucun autre événement de l’histoire n’a davantage polarisé les sociétés sur des critères de classe : haine et terreur chez les possédants, sympathie et solidarité dans le prolétariat. Jean Vigreux détaille « l’onde de choc en Europe ». Tous les pays européens et au-delà connurent une recomposition politique. Les partis socialistes se divisèrent durablement entre « révolutionnaires », qui adhérèrent à la nouvelle internationale communiste, et « réformistes », qui, selon l’expression de Léon Blum au congrès de Tours, en décembre 1920, « gardaient la vieille maison ». Les rapports singuliers entre les héritiers de la Commune de Paris et les assaillants du palais d’Hiver sont soulignés dans plusieurs contributions. Sophie Cœuré exhume la mémoire de cette petite communauté de Français installée en Russie avant la révolution, qui choisit de s’engager aux côtés des bolcheviks et constitua le premier groupe communiste français à Moscou. Le modèle soviétique devait s’imposer pour longtemps au sein des partis communistes, d’abord par le biais de l’Internationale communiste, ce parti international pour une révolution mondiale dont traitent Serge Wolikow et Bernard Pudal. Après un siècle écoulé, que reste-t-il du message d’octobre ? Les valeurs émancipatrices portées par les révolutionnaires ont-elles résisté au stalinisme, aux interventions militaires en Hongrie et en Tchécoslovaquie, à la conversion des élites au capitalisme ? « La mort de l’URSS était-elle fatale ? » questionne Andreï Gratchev, l’ancien conseiller de Mikhaïl Gorbarchev. Le XXe siècle fut un siècle de violents affrontements, de génocides, ensanglanté par le fascisme et le nazisme, lesquels furent heureusement écrasés grâce au sacrifice des peuples soviétiques. Ce siècle fut aussi celui de l’émancipation des peuples colonisés, qui trouvèrent leur inspiration dans la révolution de 1917, souligne Françoise Vergès. Mais c’est en invoquant ces mêmes principales valeurs que les dirigeants soviétiques ont prétendu justifier les interventions militaires à Budapest en 1956 et à Prague en 1968. Au-delà des appréciations contradictoires sur la place qu’occupe octobre 1917 dans l’histoire contemporaine, l’occasion est donnée de questionner le sens des révolutions d’aujourd’hui et de demain. Le monde a-t-il toujours besoin de révolutions ? Sujet qui a nourri les réflexions de plusieurs personnalités du monde intellectuel et politique. Le débat n’est pas clos. L’Humanité (19.06.2017)
A cette époque-là, il y avait une conjonction très propice à l’amour libre: une situation économique florissante (en plein milieu des Trente Glorieuses, la France redécouvrait la prospérité), un optimisme délirant (on allait écraser le cancer, liquider l’infarctus du myocarde), une absence de maladies vénériennes… Tout d’un coup, le sujet amoureux pouvait se penser vagabondant à travers ses désirs, sans freins, sans pénalités. La science avait vaincu la vieille idée du péché sexuel. La liberté semblait sans limites. Tel était le climat de l’époque. (…) La contestation était en effet portée depuis un siècle par différentes avant-gardes artistiques et esthétiques, et une envie de plaisir s’était exprimée avec force chez les jeunes de l’après-guerre. A la fin des années 1950, nous sortions d’une société hypocrite où les hommes faisaient la loi dans les familles et les patrons, dans l’entreprise. Nous voulions en finir avec cette France corsetée, rigidifiée, fermée. Tout ce que nous pouvions happer de l’étranger -le rock, le blues, la soul, les hippies, les cheveux longs- était convoqué chez nous avec une avidité sans limite. Les garçons et les filles se regardaient comme deux tribus qui allaient bientôt sauter l’une sur l’autre. Ils restaient encore séparés par quelques vieux tabous: la virginité des femmes avant le mariage (c’était presque une plaisanterie), la non-mixité dans les écoles, un certain ascendant des hommes sur les femmes, une forme de pudeur… (…) C’est parce qu’ils étaient déjà morts, rongés de l’intérieur par toute une mentalité démocratique et égalitaire. On s’était inventé un ennemi formidable et mythique, le judéo-christianisme, pour mieux souligner la singularité de notre temps. Mai 68, c’est l’acte d’émancipation de l’individu, qui sape la morale collective. Désormais, on n’a plus d’ordre à recevoir de personne. Ni de l’Eglise, ni de l’armée, ni de la bourgeoisie, ni du parti… Et puisque l’individu est libre, il n’a plus d’autre obstacle face à son désir que lui-même. « Vivre sans temps morts, jouir sans entraves »: c’est la merveilleuse promesse d’un nouveau monde. S’est alors manifestée une véritable jubilation à l’idée de terrasser l’ordre qui avait marqué notre enfance. Nous allions passer de la répression à la conquête! Mai 68, c’est une révolution antiautoritaire, antitraditionaliste, dans laquelle la sexualité agit comme un phare. Tout d’un coup, l’irruption de la volupté! Au XVIIIe siècle, on disait « je vous aime » pour dire « je vous désire ». Cette fois, on dit « je te désire » au lieu de dire « je t’aime ». (…) C’était le droit au désir pour tous. Auparavant, on vivait des amours interrompues qui s’arrêtaient au dernier stade (« mes parents ne veulent pas », « je veux rester vierge pour le mariage »). Désormais, une jeune fille pouvait choisir qui elle voulait, désobéir à la norme sociale, parentale, familiale… Tout basculait. Le désir ne se résumait pas simplement à la pulsion immonde de l’espèce masculine. On reconnaissait le désir des femmes. Disons-le: ce fut une époque où tout le monde couchait avec tout le monde, par désir autant que par curiosité. On aurait dit des enfants lâchés dans une pâtisserie! Enfin, on pouvait tout avoir, tout goûter! On se disait qu’il ne fallait rien refuser, même pas les expériences homosexuelles. (…) On lisait Freud, bien sûr, mais surtout Wilhelm Reich, dont les idées épousaient à merveille les lubies de l’époque. Selon lui, l’orgasme permettait d’expliquer le double phénomène du fascisme et du stalinisme: c’est parce que les gens ne jouissaient pas qu’ils se choisissaient un Hitler ou un Staline. L’orgasme avait donc des vertus non seulement hédoniques mais aussi politiques. (…) Dans le mouvement Sexpol, dont on ne relit pas aujourd’hui les publications sans éclater de rire, des trotskistes nous expliquaient comment l’émancipation de l’être humain passait par la grève mais aussi par le lit: la nuit, en copulant, l’ouvrier et l’ouvrière devaient atteindre ensemble l’extase pour hâter le grand soir. « Plus je fais l’amour, disait-on, plus je fais la révolution! » Raoul Vaneigem eut même ce jeu de mots, qui paraît consternant aujourd’hui: « Erection, insurrection! » (…) La révolution prolétarienne battait de l’aile, le tiers-monde était loin. La sexualité, elle, était pleine de promesses. Elle était la prolongation de la religion, la forme la plus immédiate et la plus accessible de la rédemption. Elle portait, croyait-on, un amour universel, une forme de franciscanisme. « Aimez-vous les uns sur les autres »: il y avait de la naïveté et de la bêtise dans tout cela, mais aussi une certaine générosité évangélique. On allait fabriquer un nouvel Adam. Le sexe, c’était le jardin d’Eden! Chesterton a eu cette phrase géniale: « Le monde moderne est plein d’idées chrétiennes devenues folles. » La révolution sexuelle en était une. (…) Le vent soufflait des Etats-Unis, mais aussi de l’Angleterre, de la Hollande. Le plus riche de 68, ce fut cette révolution désirante, qui sera ensuite théorisée par Foucault, Deleuze, Guattari… On baignait dans une bienveillance généralisée, naïve, mais féconde. (…) Sans s’en apercevoir, on passe d’un dogme à l’autre. Le plaisir était prohibé, il devient obligatoire. L’ambiance est à l’intimidation. Un nouveau tribunal s’installe: non seulement il faut faire l’amour de toutes les façons, avec tout le monde, mais encore faut-il que le plaisir soit conforme. Quiconque s’y soustrait est vu comme une sorte d’épave réactionnaire, un résidu du vieux monde. Quand les filles refusaient de coucher, on avait le moyen de les culpabiliser: « Ben dis donc, tu n’es pas libérée! » Peu à peu s’établit donc ce que nous avions appelé, avec Alain Finkielkraut, la dictature de l’orgasme obligatoire. L’érotisme entre dans le domaine de la prouesse. On gonfle le nombre de ses partenaires et de ses orgasmes comme on gonfle ses pectoraux. Le sexe devient contrainte. (…) Ils ont dit beaucoup de bêtises… Le corps apparaissant comme la métaphore de la subversion, le sentiment est mis sous le boisseau. On se dit que, pendant des siècles, les hommes avaient masqué leur désir derrière le rideau des beaux sentiments. Alors, il faut le déchirer! Le rock’n’roll et la pop poussent des cris d’appétit sexuel sauvage (« I can’t get no satisfaction », « I want you! »). L’inhibition et la frustration sont montrées du doigt; l’amour, avec ses fantômes séculaires (possession, jalousie, secret), devient obscène. D’où le refus de la séduction, considérée comme une survivance du vieux monde: on est supposé aller vers son partenaire en toute franchise, sans recourir aux anciens et misérables stratagèmes. (…) Les gens qui se mariaient nous semblaient pathétiques, on leur faisait honte. La jalousie ne pouvait plus se dire. Si quelqu’un y succombait, le cercle des amis lui exprimait une sorte de compassion: « Pourquoi es-tu jaloux? Analyse bien. » Déjà, la parole thérapeutique se frayait un chemin. Alors, au lieu de creuser sa plaie comme on le fait de nos jours, on se raisonnait: « Après tout, j’ai peut-être tort. Pourquoi m’inquiéter si ma compagne s’envoie en l’air avec le voisin du dessous? Je n’ai qu’à faire les courses pendant ce temps-là. » Le couple était une forme transitoire qu’on empruntait pour aller vers la polygamie ou la polyandrie. A l’époque, il y avait un véritable terrorisme anticonjugal. (…) Les enfants, eux aussi, devaient être élevés dans l’éloge de leur désir. La pédophilie n’était pas admise, mais elle comptait un certain nombre de défenseurs. On se disait que le miracle sexuel était un don qui devait être équitablement distribué entre tous les âges, et toutes les générations. C’était une époque innocente, et naïve… Car le vieux monde restait présent sous les oripeaux du nouveau, comme dans le film Les Bronzés (où ce sont toujours les mêmes qui se tapent les jolies filles). Derrière la parole libératrice et généreuse, il y avait une vraie brutalité, les lois de la sélection amoureuse subsistaient avec force. Petit à petit, on s’est aperçu qu’il y avait des perdants, des victimes, des laissés-pour-compte; on était en train de recréer un univers de mensonge que l’on avait pourtant tant dénoncé chez nos parents. (…) Les femmes se sont senties niées. Tout était calqué sur la mécanique de l’orgasme masculin, sur la satisfaction unique qui balaie la pulsion. Elles ne souhaitaient pas devenir des objets sexuels manipulables à volonté par des hommes en chaleur, mais voulaient la reconnaissance de nouveaux droits: l’avortement, la contraception, le respect de leur propre désir… Et puis, il y avait toujours cette renaissance incessante, à chaque relation, du sentiment, sorte de nostalgie dont on n’osait pas parler. (…) Nous avons voulu faire comprendre que la notion de révolution sexuelle n’avait aucun sens. Que l’amour n’était pas réformable. « Non, l’amour n’est pas honteux! » avance Barthes. Tout à coup, nous revendiquions le sentiment comme plus révolutionnaire que le désir sexuel. Ce qui n’empêchait pas une consommation sexuelle frénétique, notamment dans le monde homosexuel, mais elle n’était plus obligatoire. On s’est mis à redécouvrir Belle du Seigneur, d’Albert Cohen. Le sentiment est revenu par la petite porte. Comme si une deuxième libération avait lieu. (…) Malgré tout, le bilan est positif. La révolution sexuelle que nous avons accomplie reste, pour de nombreux pays au monde, un extraordinaire idéal. Les femmes y ont gagné des droits indéniables… Mais si, depuis le Moyen Age, l’individu s’est lentement affranchi des tutelles féodales, administratives, religieuses, sociales, morales, sexuelles, nous découvrons maintenant en Occident que cette liberté a pour contrepartie la responsabilité et la solitude. Résultat, la sexualité est peut-être libre, mais elle est devenue anxieuse. Sommes-nous de bons amants? De bons époux? De bons parents? La parole est passée du registre du diktat à celui de la plainte. « Nous avons fait Mai 68 pour ne pas devenir ce que nous sommes devenus », a dit justement Wolinski. (…) L’erreur que nous avons commise en 68, c’est de penser que l’Histoire est un héritage cumulatif et que, en supprimant les peurs d’antan, la nouvelle génération bénéficierait d’emblée d’une sexualité clefs en main. En réalité, le sexe reste un mystère obsédant et angoissant. Ce qui est mort depuis 68, c’est l’angélisme du désir, l’idée que tout ce qui touche au sexe est merveilleux. On sait aujourd’hui que l’amour n’est pas démocratique, qu’il ne répond pas à la justice ni au mérite, qu’il charrie la dépendance, l’abjection, la servitude aussi bien que le sacrifice et la transfiguration. C’est cette complexité de l’amour que nous devons redécouvrir. Pascal Bruckner
Avec le centenaire de la fin de la Première guerre mondiale, l’anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et celui de notre constitution, 2018 s’annonce riche en célébrations. Ce n’est manifestement pas encore assez pour le Président de la République, qui souhaiterait engager une intense réflexion historico-politique, en vue de commémorer le 50ème anniversaire de mai 1968. Dis-moi ce que tu commémores, je te dirai qui tu es. (…) Qui sont donc les héros de cette période que nous serons amenés à célébrer? Les étudiants gauchistes et leurs théories insensées, qui font aujourd’hui sourire mais qui résonnaient autrement dans le contexte géopolitique et idéologique des années 1960? Ou la foule qui défila le 30 mai derrière Malraux, Debré et Schumann pour défendre avec le général de Gaulle, l’État de droit, l’ordre et la liberté? Au-delà des faits, les événements de 1968 sont bien sûr restés comme le symbole d’une émancipation culturelle, et de l’avènement de l’individu roi. Un mouvement entamé bien avant les barricades et dépassant largement nos frontières, mais qu’importe. Sur le plan économique, l’esprit de 68 a favorisé l’essor de la consommation de masse. Il fallait «jouir sans entrave»: une société de consommation et de loisir allait ainsi définitivement supplanter une société de privation et de travail. On pourrait désormais dépenser de plus en plus tout en travaillant de moins en moins, et tout était permis sur le plan politique pour financer la sacro-sainte «consommation des ménages». Le bilan de cette politique est aujourd’hui navrant: une dette gigantesque, qui fait peser sur les générations futures le train de vie de la génération 68. Un modèle économique à bout de souffle, privilégiant la consommation sur l’investissement. Des écosystèmes dévastés, qui nous forcent à imaginer une nouvelle croissance sobre en ressources et circulaire, plus respectueuse de notre santé comme de notre environnement. Sur le plan politique et social, 1968 a bousculé l’ordre ancien d’une société patriarcale et puritaine, et aboutit à de grandes lois mettant l’individu au centre du jeu. La loi Veil, l’abaissement de l’âge de la majorité à 18 ans, l’abolition de la peine de mort sont sans conteste des lois nées en 1968. Mais cette logique individualiste a déraillé. Puisqu’il était «interdit d’interdire», on a étendu sans cesse le périmètre des droits au détriment des devoirs, le périmètre de la liberté sur celui de la responsabilité, minant progressivement toute idée d’intérêt général ou de bien commun. Mai 68 c’est la victoire de l’individu contre la famille, contre le collectif, contre l’autorité, contre les règles. On se rend compte aujourd’hui combien notre société souffre de la fragilisation des rapports sociaux, de l’isolement social, de l’absence d’autorité et de règles. Sur le plan culturel, enfin, mai 68 qui voulait abattre le «vieux monde» a enfin sapé au nom de l’émancipation individuelle toute notion de transmission historique et culturelle, d’héritage, de valeurs communes. On en mesure quotidiennement les dégâts dans les nouvelles générations, et le déclin de l’éducation nationale, mesuré chaque année par les enquêtes Pisa, témoigne parmi d’autres des méfaits d’une pensée relativiste, qui nie des valeurs aussi fondamentales que l’autorité ou l’excellence. (…) Marx, dont on célébrera également en 2018 le bicentenaire de la naissance, disait que «tous les grands événements se répètent pour ainsi dire deux fois. La première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce». Nous avons déjà eu Mai 68, avec ses fractures et ses échecs. Épargnons-nous la comédie d’une réunion de septuagénaires autocélébrant leur place dans l’histoire.

Attention: un cinquantenaire peut en cacher un autre !

A l’heure où entre le Brexit, l’élection de Donald Trump et de ses émules à travers l’Europe …

Mais aussi – énième épisode d’hystérie collective ou grande purge cinquantenaire ? – le dévoilement en cours de l’hypocrisie de nos donneurs de leçons professionnels de l’Obamamanie et d’Hollywood ou de Silicon Valley

Le lourd héritage des années 60 commence, entre perte des repères, déficits abyssaux et menaces terroristes et migratoires, à apparaitre pour ce qu’il est vraiment …

Devinez quelle énième commémoration qui était déjà elle-même cinquantenaire à un an près d’une des pires catastrophes de l’humanité …

Et dont s’apprêtent à fêter le centenaire nos habituels thuriféraires de la Révolution

L’auteur du hold up électoral du siècle veut ajouter …

A une année pourtant déjà bien chargée entre fin de la Première guerre mondiale, Déclaration universelle des droits de l’Homme et constitution de la Ve république …

Mais aussi lâche abandon de tant de peuples, de la Tchécoslovaquie au Vietnam et au Cambodge et avant la Chine, Cuba ou la Pologne  aux griffes de l’idéologie aux 100 millions de victimes

Sans compter, par leurs successeurs islamistes et chocs pétroliers obligent, le début du long processus de nettoyage ethnico-religieux des juifs et des chrétiens dans le Monde dit musulman, Iran compris ?

Commémorer mai 68 ? Épargnons-nous cette comédie

Le Figaro

FIGAROVOX/TRIBUNE – Emmanuel Macron envisage de commémorer les 50 ans de mai 68. Pour le candidat à la présidence des Républicains Maël de Calan la célébration officielle d’un événement aussi controversé serait ridicule et inappropriée.


Maël de Calan est conseiller départemental du Finistère et candidat à la présidence des Républicains.


Avec le centenaire de la fin de la Première guerre mondiale, l’anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et celui de notre constitution, 2018 s’annonce riche en célébrations. Ce n’est manifestement pas encore assez pour le Président de la République, qui souhaiterait engager une intense réflexion historico-politique, en vue de commémorer le 50ème anniversaire de mai 1968.

Dis-moi ce que tu commémores, je te dirai qui tu es. De quoi parlons-nous en l’espèce?

Si l’on s’en tient aux stricts événements, mai 1968 est une contestation étudiante et sociale ayant conduit, comme souvent dans notre histoire, à une paralysie généralisée.

Ce mois fut émaillé de grèves, de manifestations, de barricades et de violences, avant de se conclure par la paix sociale des accords de Grenelle, et le triomphe électoral de la droite aux législatives.

Qui sont donc les héros de cette période que nous serons amenés à célébrer?

Les étudiants gauchistes et leurs théories insensées, qui font aujourd’hui sourire mais qui résonnaient autrement dans le contexte géopolitique et idéologique des années 1960? Ou la foule qui défila le 30 mai derrière Malraux, Debré et Schumann pour défendre avec le général de Gaulle, l’État de droit, l’ordre et la liberté?

Au-delà des faits, les événements de 1968 sont bien sûr restés comme le symbole d’une émancipation culturelle, et de l’avènement de l’individu roi. Un mouvement entamé bien avant les barricades et dépassant largement nos frontières, mais qu’importe.

Sur le plan économique, l’esprit de 68 a favorisé l’essor de la consommation de masse. Il fallait «jouir sans entrave»: une société de consommation et de loisir allait ainsi définitivement supplanter une société de privation et de travail.

On pourrait désormais dépenser de plus en plus tout en travaillant de moins en moins, et tout était permis sur le plan politique pour financer la sacro-sainte «consommation des ménages».

Le bilan de cette politique est aujourd’hui navrant: une dette gigantesque, qui fait peser sur les générations futures le train de vie de la génération 68. Un modèle économique à bout de souffle, privilégiant la consommation sur l’investissement. Des écosystèmes dévastés, qui nous forcent à imaginer une nouvelle croissance sobre en ressources et circulaire, plus respectueuse de notre santé comme de notre environnement.

Sur le plan politique et social, 1968 a bousculé l’ordre ancien d’une société patriarcale et puritaine, et aboutit à de grandes lois mettant l’individu au centre du jeu.

La loi Veil, l’abaissement de l’âge de la majorité à 18 ans, l’abolition de la peine de mort sont sans conteste des lois nées en 1968.

Mais cette logique individualiste a déraillé. Puisqu’il était «interdit d’interdire», on a étendu sans cesse le périmètre des droits au détriment des devoirs, le périmètre de la liberté sur celui de la responsabilité, minant progressivement toute idée d’intérêt général ou de bien commun.

Mai 68 c’est la victoire de l’individu contre la famille, contre le collectif, contre l’autorité, contre les règles. On se rend compte aujourd’hui combien notre société souffre de la fragilisation des rapports sociaux, de l’isolement social, de l’absence d’autorité et de règles.

Sur le plan culturel, enfin, mai 68 qui voulait abattre le «vieux monde» a enfin sapé au nom de l’émancipation individuelle toute notion de transmission historique et culturelle, d’héritage, de valeurs communes.

On en mesure quotidiennement les dégâts dans les nouvelles générations, et le déclin de l’éducation nationale, mesuré chaque année par les enquêtes Pisa, témoigne parmi d’autres des méfaits d’une pensée relativiste, qui nie des valeurs aussi fondamentales que l’autorité ou l’excellence.

Le moins que l’on puisse dire, donc, c’est que le bilan de Mai 68 est tout sauf consensuel.

Que le Président qui a construit son identité politique sur le renouvellement et le dépassement du clivage gauche / droite, le réactive à travers mai 1968 est une contradiction majeure.

Marx, dont on célébrera également en 2018 le bicentenaire de la naissance, disait que «tous les grands événements se répètent pour ainsi dire deux fois. La première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce». Nous avons déjà eu Mai 68, avec ses fractures et ses échecs. Épargnons-nous la comédie d’une réunion de septuagénaires autocélébrant leur place dans l’histoire.

Voir aussi:

It’s 1968 All Over Again

Victor Davis Hanson

National Review

October 16, 2017

The United States and the world appear to be reliving the language, politics, and global instability of 1968.

Almost a half-century ago, in 1968, the United States seemed to be falling apart.

The Vietnam War, a bitter and close presidential election, antiwar protests, racial riots, political assassinations, terrorism, and a recession looming on the horizon left the country divided between a loud radical minority and a silent conservative majority.

The United States avoided a civil war. But America suffered a collective psychological depression, civil unrest, defeat in Vietnam, and assorted disasters for the next decade — until the election of a once-polarizing Ronald Reagan ushered in five consecutive presidential terms of relative bipartisan calm and prosperity from 1981 to 2001.

It appears as if 2017 might be another 1968. Recent traumatic hurricanes seem to reflect the country’s human turmoil.

After the polarizing Obama presidency and the contested election of Donald Trump, the country is once again split in two. But this time the divide is far deeper, both ideologically and geographically — and more 50/50, with the two liberal coasts pitted against red-state America in between.

Century-old mute stone statues are torn down in the dead of night, apparently on the theory that by attacking the Confederate dead, the lives of the living might improve.

All the old standbys of American life seem to be eroding. The National Football League is imploding as it devolves into a political circus. Multimillionaire players refuse to stand for the national anthem, turning off millions of fans whose former loyalties paid their salaries.

Politics — or rather a progressive hatred of the provocative Donald Trump — permeates almost every nook and cranny of popular culture.

The new allegiance of the media, late-night television, stand-up comedy, Hollywood, professional sports, and universities is committed to liberal sermonizing. Politically correct obscenity and vulgarity among celebrities and entertainers are a substitute for talent, even as Hollywood is wracked by sexual-harassment scandals and other perversities.

The smears “racist,” “fascist,” “white privilege,” and “Nazi” — like “Commie” of the 1950s — are so overused as to become meaningless. There is now less free speech on campus than during the McCarthy era of the early 1950s.

As was the case in 1968, the world abroad is also falling apart.

The European Union, model of the future, is unraveling. The EU has been paralyzed by the exit of Great Britain, the divide between Spain and Catalonia, the bankruptcy of Mediterranean nation members, insidious terrorist attacks in major European cities, and the onslaught of millions of immigrants — mostly young, male, and Muslim — from the war-torn Middle East. Germany is once again becoming imperious, but this time insidiously by means other than arms.

The failed state of North Korea claims that it has nuclear-tipped missiles capable of reaching America’s West Coast — and apparently wants some sort of bribe not to launch them.

Iran is likely to follow the North Korea nuclear trajectory. In the meantime, its new Shiite hegemony in the Middle East is feeding on the carcasses of Syria and Iraq.

Is the chaos of 2017 a catharsis — a necessary and long overdue purge of dangerous and neglected pathologies? Will the bedlam within the United States descend into more nihilism or offer a remedy to the status quo that had divided and nearly bankrupted the country?

Is the problem too much democracy, as the volatile and fickle mob runs roughshod over establishment experts and experienced bureaucrats? Or is the crisis too little democracy, as populists strive to dethrone a scandal-plagued, anti-democratic, incompetent, and overrated entrenched elite?

Neither traditional political party has any answers. Democrats are being overwhelmed by the identity politics and socialism of progressives. Republicans are torn asunder between upstart populist nationalists and the calcified establishment status quo.

Yet for all the social instability and media hysteria, life in the United States quietly seems to be getting better. The economy is growing. Unemployment and inflation remain low. The stock market and middle-class incomes are up. Business and consumer confidence are high. Corporate profits are up. Energy production has expanded. The border with Mexico is being enforced.

Is the instability less a symptom that America is falling apart and more a sign that the loud conventional wisdom of the past — about the benefits of a globalized economy, the insignificance of national borders, and the importance of identity politics — is drawing to a close, along with the careers of those who profited from it?

In the past, any crisis that did not destroy the United States ended up making it stronger. But for now, the fight grows over which is more toxic — the chronic statist malady that was eating away the country, or the new populist medicine deemed necessary to cure it.

Voir également:

The Exhaustion of American Liberalism
Shelby Steele

The Wall Street Journal

March 5, 2017

The recent flurry of marches, demonstrations and even riots, along with the Democratic Party’s spiteful reaction to the Trump presidency, exposes what modern liberalism has become: a politics shrouded in pathos. Unlike the civil-rights movement of the 1950s and ’60s, when protesters wore their Sunday best and carried themselves with heroic dignity, today’s liberal marches are marked by incoherence and downright lunacy—hats designed to evoke sexual organs, poems that scream in anger yet have no point to make, and an hysterical anti-Americanism.

All this suggests lostness, the end of something rather than the beginning. What is ending?

America, since the ’60s, has lived through what might be called an age of white guilt. We may still be in this age, but the Trump election suggests an exhaustion with the idea of white guilt, and with the drama of culpability, innocence and correctness in which it mires us.

White guilt is not actual guilt. Surely most whites are not assailed in the night by feelings of responsibility for America’s historical mistreatment of minorities. Moreover, all the actual guilt in the world would never be enough to support the hegemonic power that the mere pretense of guilt has exercised in American life for the last half-century.

White guilt is not angst over injustices suffered by others; it is the terror of being stigmatized with America’s old bigotries—racism, sexism, homophobia and xenophobia. To be stigmatized as a fellow traveler with any of these bigotries is to be utterly stripped of moral authority and made into a pariah. The terror of this, of having “no name in the street” as the Bible puts it, pressures whites to act guiltily even when they feel no actual guilt. White guilt is a mock guilt, a pretense of real guilt, a shallow etiquette of empathy, pity and regret.

It is also the heart and soul of contemporary liberalism. This liberalism is the politics given to us by white guilt, and it shares white guilt’s central corruption. It is not real liberalism, in the classic sense. It is a mock liberalism. Freedom is not its raison d’être; moral authority is.

When America became stigmatized in the ’60s as racist, sexist and militaristic, it wanted moral authority above all else. Subsequently the American left reconstituted itself as the keeper of America’s moral legitimacy. (Conservatism, focused on freedom and wealth, had little moral clout.) From that followed today’s markers of white guilt—political correctness, identity politics, environmental orthodoxy, the diversity cult and so on.

This was the circumstance in which innocence of America’s bigotries and dissociation from the American past became a currency of hardcore political power. Barack Obama and Hillary Clinton, good liberals both, pursued power by offering their candidacies as opportunities for Americans to document their innocence of the nation’s past. “I had to vote for Obama,” a rock-ribbed Republican said to me. “I couldn’t tell my grandson that I didn’t vote for the first black president.”
For this man liberalism was a moral vaccine that immunized him against stigmatization. For Mr. Obama it was raw political power in the real world, enough to lift him—unknown and untested—into the presidency. But for Mrs. Clinton, liberalism was not enough. The white guilt that lifted Mr. Obama did not carry her into office—even though her opponent was soundly stigmatized as an iconic racist and sexist.

Perhaps the Obama presidency was the culmination of the age of white guilt, so that this guiltiness has entered its denouement. There are so many public moments now in which liberalism’s old weapon of stigmatization shoots blanks—Elizabeth Warren in the Senate reading a 30-year-old letter by Coretta Scott King, hoping to stop Jeff Sessions’s appointment as attorney general. There it was with deadly predictability: a white liberal stealing moral authority from a black heroine in order to stigmatize a white male as racist. When Ms. Warren was finally told to sit, there was real mortification behind her glaring eyes.

This liberalism evolved within a society shamed by its past. But that shame has weakened now. Our new conservative president rolls his eyes when he is called a racist, and we all—liberal and conservative alike—know that he isn’t one. The jig is up. Bigotry exists, but it is far down on the list of problems that minorities now face. I grew up black in segregated America, where it was hard to find an open door. It’s harder now for young blacks to find a closed one.

This is the reality that made Ms. Warren’s attack on Mr. Sessions so tiresome. And it is what caused so many Democrats at President Trump’s address to Congress to look a little mortified, defiantly proud but dark with doubt. The sight of them was a profound moment in American political history.

Today’s liberalism is an anachronism. It has no understanding, really, of what poverty is and how it has to be overcome. It has no grip whatever on what American exceptionalism is and what it means at home and especially abroad. Instead it remains defined by an America of 1965—an America newly opening itself to its sins, an America of genuine goodwill, yet lacking in self-knowledge.

This liberalism came into being not as an ideology but as an identity. It offered Americans moral esteem against the specter of American shame. This made for a liberalism devoted to the idea of American shamefulness. Without an ugly America to loathe, there is no automatic esteem to receive. Thus liberalism’s unrelenting current of anti-Americanism.

Let’s stipulate that, given our history, this liberalism is understandable. But American liberalism never acknowledged that it was about white esteem rather than minority accomplishment. Four thousand shootings in Chicago last year, and the mayor announces that his will be a sanctuary city. This is moral esteem over reality; the self-congratulation of idealism. Liberalism is exhausted because it has become a corruption.

Mr. Steele, a senior fellow at Stanford University’s Hoover Institution, is author of “Shame: How America’s Past Sins Have Polarized Our Country” (Basic Books, 2015).

Voir encore:

The Beginning of the End of Progressive Domination?
The overreach of the Left’s response to Trump’s victory — and its consequences.
Bruce Thornton
October 16, 2017
Bruce Thornton is a Shillman Journalism Fellow at the David Horowitz Freedom Center.

For over forty years the left has been successfully reshaping American culture. Social mores and government policies about sexuality, marriage, the sexes, race relations, morality, and ethics have changed radically. The collective wisdom of the human race that we call tradition has been marginalized or discarded completely. The role of religion in public life has been reduced to a private preference. And politics has been increasingly driven by the assumptions of progressivism: internationalism privileged over nationalism, centralization of power over its dispersal in federalism, elitist technocracy over democratic republicanism, “human sciences” over common sense, and dependent clients over autonomous citizens.

But the election of Donald Trump, and the overreach of the left’s response to that victory, suggest that we may be seeing the beginning of the end of the left’s cultural, social, and political dominance.

The two terms of Barack Obama seemed to be the crowning validation of the left’s victory. Despite Obama’s “no blue state, no red state” campaign rhetoric, he governed as the most leftist––and ineffectual–– president in history. Deficits exploded, taxes were raised, new entitlements created, and government expanded far beyond the dreams of center-left Democrats. Marriage and sex identities were redefined. The narrative of permanent white racism was endorsed and promoted. Tradition-minded Americans were scorned as “bitter clingers to guns and religion.” Hollywood and Silicon Valley became even more powerful cultural arbiters and left-wing publicists. And cosmopolitan internationalism was privileged over patriotic nationalism, while American exceptionalism was reduced to an irrational parochial prejudice.

The shocking repudiation of the establishment left’s anointed successor, Hillary Clinton, was the first sign that perhaps the hubristic left had overreached, and summoned nemesis in the form of a vulgar, braggadocios reality television star and casino developer who scorned the hypocritical rules of decorum and political correctness that even many Republicans adopted to avoid censure and calumny. Yet rather than learning the tragic self-knowledge that Aristotle says compensates the victim of nemesis, the left overreached yet again with its outlandish, hysterical tantrums over Trump’s victory. The result has been a stark exposure of the left’s incoherence and hypocrisy so graphic and preposterous that they can no longer be ignored.

First, the now decidedly leftist Democrats refused to acknowledge their political miscalculations. Rather than admit that their party has drifted too far left beyond the beliefs of the bulk of the states’ citizens, they shifted blame onto a whole catalogue of miscreants: Russian meddling, a careerist FBI director, their own lap-dog media, endemic sexism, an out-of-date

Electoral College, FOX News, and irredeemable “deplorables” were just a few. Still high on the “permanent majority” Kool-Aid they drank during the Obama years, they pitched a fit and called it “resistance,” as though comfortably preaching to the media, university, and entertainment choirs was like fighting Nazis in occupied France. The bathos and ridiculous hyperbole of their whining exposed for all to see their rank egotism and lack of discernment and judgment.

This childish behavior came hard on the whole “snowflake” and “microagression” phenomenon in colleges and universities. Normal people watched as some of the most privileged young people in history turned their subjective slights and bathetic discontents into weapons of tyranny, shouting down or driving away speakers they didn’t like, and calling for “muscle” to enforce their assault on the First Amendment. Relentlessly repeated on FOX News and on the Drudge Report, these antics galvanized large swaths of American voters who used to be amused, but now were disgusted by such displays of rank ingratitude and arrogant dismissal of Constitutional rights. And voters could see that the Democrats encouraged and enabled this nonsense. The prestige of America’s best universities, where most of these rites of passage for the scions of the well-heeled occurred, was even more damaged than it had been in the previous decades.

So too with the world of entertainment. Badly educated actors, musicians, and entertainers, those glorified jugglers, jesters, and sword-swallowers who fancy themselves “artists,” have let loose an endless stream of dull leftwing clichés and bromides that were in their dotage fifty years ago. The spectacle of moral preening coming from the entertainment industry––one that trades in vulgarity, misogyny, sexual exploitation, the glorification of violence, and, worst of all, the production of banal, mindless movies and television shows recycling predictable plots, villains, and heroes––has disgusted millions of voters, who are sick of being lectured to by overpaid carnies. So they vote with their feet for the alternatives, while movie grosses and television ratings decline.

As for the media, their long-time habit of substituting political activism for journalism, unleashed during the Obama years, has been freed from its last restraints while covering Trump. The contrast between the “slobbering love affair,” as Bernie Goldberg described the media’s coverage of Obama, and the obsessive Javert-like hounding of Trump has stripped the last veil of objectivity from the media. They’ve been exposed as flacks no longer seeking the truth, but manufacturing partisan narratives. The long cover-up of the Weinstein scandal is further confirmation of the media’s amoral principles and selective outrage. With numerous alternatives to the activism of the mainstream media now available, the legacy media that once dominated the reporting of news and political commentary are now shrinking in influence and lashing out in fury at their diminished prestige and profits.

Two recent events have focused this turn against the sixties’ hijacking of the culture. The preposterous “protests” by NFL players disrespecting the flag during pregame ceremonies has angered large numbers of Americans and hit the League in the wallet. The race card that always has trumped every political or social conflict has perhaps lost its power. The spectacle of rich one-percenters recycling lies about police encounters with blacks and the endemic racism of American society has discredited the decades-long racial narrative constantly peddled by Democrats, movies, television shows, and school curricula from grade-school to university. The endless scolding of white people by blacks more privileged than the majority of human beings who ever existed has lost its credibility. The racial good will that got a polished mediocrity like Barack Obama twice elected president perhaps has been squandered in this attempt of rich people who play games to pose as perpetual victims. These supposed victims appear more interested in camouflaging their privilege than improving the lives of their so-called “brothers” and “sisters.”

The second is the Harvey Weinstein scandal. A lavish donor to Democrats––praised by Hillary Clinton and the Obamas, given standing ovations at awards shows by the politically correct, slavishly courted and feted by progressive actors and entertainers, and long known to be a vicious sexual predator by these same progressive “feminists” supposedly anguished by the plight of women––perhaps will become the straw that breaks the back of progressive ideology. Just as ultrasounds, Planned Parenthood’s dismemberment of babies to harvest and sell their organs, and murderous ghouls like Kermit Gosnell have turned people against abortion, perhaps the lies, cover-ups, and rationalizations of Weinstein’s creepy assaults on more than 30 women will discredit Hollywood’s pompous posing and smug virtue-signaling on the part of self-proclaimed champions of women’s rights. The spectacle of a rich feminist and progressive icon like Jane Fonda whimpering about her own moral cowardice has destroyed the credibility we foolishly gave to Hollywood’s dunces and poltroons.

So do these signs portend at last the end of the leftist “fundamental transformation” of America? Will we begin to see even more pushback, and more reforms of our cultural and social institutions?

Other signs suggest we shouldn’t start celebrating. The lefts’ demolition of the American social and political order has reached deep into our schools, popular culture, and political policies. There are 66 million Millennials, the worst-educated cohort in American history, steeped in the progressive world-view since kindergarten. The shibboleths, clichés, mythemes, and transparent lies of that world view are second nature to them, signs of intellectual sophistication and class superiority. Their favorite oracles, Facebook, Google, Twitter, and YouTube, are morphing into Big Brother censors and manipulators of information on behalf of progressives. And these Millennials are going to be around for a long time, unlike the aging Boomers, among whom are most of the last remnants of the old America.

More ominous, the progressive redistributionist entitlement state and the habits of dependence it fosters are unlikely to be reformed, even as the increasing debt to finance this “kinder, gentler” Leviathan continues to drive us toward bankruptcy. The vast wealth and physical comfort we Americans enjoy fool us into thinking that all these cultural and political pathologies are affordable, nothing to worry about as long as the shelves of Costco are full, the cat videos keep coming on Facebook and YouTube, the new CGI superhero cartoons are showing at the Cineplex, and new Silicon Valley toys continue to be available. We can keep on enjoying our bread and circuses and not think about the Goths and Vandals gathering on the horizon.

So, beginning of the end of the leftist cultural regime, or a transient, doomed resistance? One thing for sure, we have a couple of national elections coming in 2018 and 2020 that will answer that question.

Voir de même:

We Have Officially Reached Peak Leftism

Kevin D. Williamson

The National Review

June 24, 2015

A progressive panic attack begins as the Obama era wanes. If it seems to you that the Left has, collectively, lost its damned mind as the curtain rises on the last act of the Obama administration, you are not imagining things. Barack Obama has been extraordinarily successful in his desire to — what was that phrase? — fundamentally transform the country, but the metamorphosis is nonetheless a good deal less than his congregation wanted and expected. We may have gone from being up to our knees in welfare-statism to being up to our hips in it, and from having a bushel of banana-republic corruption and incompetence to having a bushel and a peck of it, but the United States of America remains, to the Left’s dismay, plainly recognizable as herself beneath the muck.

Ergo, madness and rage.

We have seen an extraordinary outburst of genuine extremism — and genuine authoritarianism — in the past several months, and it will no doubt grow more intense as we approach the constitutional dethroning of the mock messiah to whom our progressive friends literally sang hymns of praise and swore oaths of allegiance. (“I pledge to be a servant to our president” — recall all that sieg heil creepiness.) There is an unmistakable stink of desperation about this, as though the Left intuits what the Right dares not hope: that the coming few months may in fact see progressivism’s cultural high-water mark for this generation.

If there is desperation, it probably is because the Left is starting to suspect that the permanent Democratic majority it keeps promising itself may yet fail to materialize. The Democrats won two resounding White House victories but can hardly win a majority in a state legislature (seven out of ten today are Republican-controlled) or a governorship (the Democrats are down to 18) to save their lives, while Republicans are holding their strongest position in Congress since the days of Herbert Hoover. The Democrats have calculated that their best bet in 2016 is Hillary Rodham Clinton, that tragic bag of appetites who couldn’t close the deal in the primary last time around. “Vote for me, I’m a lady” isn’t what they thought it was: Wendy Davis, running for governor of Texas, made all the proper ceremonial incantations and appeared in heroic postures on all the right magazine covers, but finished in the 30s on Election Day. With young people trending pro-life, that old black magic ain’t what it used to be.

For the Left, it feels like time is running out.

So it isn’t sufficient that same-sex marriages be legalized; bakers and florists must be locked in prison if they decline to participate in a gay couple’s ceremony. It isn’t sufficient that those wishing to undergo sex-change surgery be permitted to go their own way; the public must pay for it, and if Bruce Jenner is still “Bruce” to you, you must be driven from polite society. It isn’t enough that the Left dominate the media and pop culture; any attempt to compete with it must be criminalized in the name of “getting big money out of politics.” Not the New York Times’s money, or Hollywood’s money, or the CEO of Goldman Sachs’s money — just the wrong sort of people’s money. Every major Democratic presidential candidate and every Democratic senator is on record supporting the repeal of the First Amendment’s free-speech protections — i.e., carving the heart out of the Bill of Rights — to clear the way for putting all public debate under political discipline.

Like it or not, you will be shackled to hope and change. The hysterical shrieking about the fictitious rape epidemic on college campuses, the attempts to fan the unhappy events in Ferguson and Baltimore into a national racial conflagration, the silly and shallow “inequality” talk — these are signs of progressivism in decadence.

So is the brouhaha over the Confederate flag in South Carolina in the wake of the horrific massacre at Emanuel AME Church. For about 30 seconds, the political ghouls of the Left were looking to pick another gun-control fight, swooping in, in their habitually indecent fashion, before the bodies had even grown cold. But that turned out to be a dead end, since the killer acquired his gun after passing precisely the sort of background check that the Left generally hawks after a high-profile crime, regardless of whether it is relevant to the crime. We might have spent some time thinking about whether law enforcement was too lax in the matter of the murderer’s earlier encounters with them — the South Carolina killer had a drug arrest on his record but was able to buy a gun because he had been charged only with a misdemeanor. But the Left isn’t in any mood to talk about whether the cops aren’t being hard-assed enough. So, instead, we had a fight over a completely unrelated issue: the Confederate flag flying at the state capitol in Columbia.

You have to credit the Left: Its strategy is deft. If you can make enough noise that sounds approximately like a moral crisis, then you can in effect create a moral crisis. Never mind that the underlying argument — “Something bad has happened to somebody else, and so you must give us something we want!” — is entirely specious; it is effective. In the wake of the financial crisis, we got all manner of “reform,” from student-lending practices to the mandates of Elizabeth Warren’s new pet bureaucracy, involving things that had nothing at all to do with the financial crisis. Democrats argued that decency compelled us to pass a tax increase in the wake of the crisis, though tax rates had nothing to do with it. A crisis is a crisis is a crisis, and if a meteor hits Ypsilanti tomorrow you can be sure that Debbie Stabenow will be calling for a $15 national minimum wage because of the plight of meteor victims. If you can make enough noise that sounds approximately like a moral crisis, then you can in effect create a moral crisis.

I bear no brief for the peckerwood-trash cultural tendencies that led Fritz Hollings, then governor, and the rest of the loyal Democrats who ran segregation-era South Carolina to hoist the Confederate flag in 1962. My sympathies are more with John Brown than with John Calhoun. Yet Lost Cause romanticism was very much in fashion for a moment, and not only among Confederate revanchists; Joan Baez, no redneck she, made a great deal of money with her recording of “The Night They Drove Old Dixie Down” in 1971. About every third Western of the era had as its hero a conflicted Confederate veteran, his wounded honor and stoicism in defeat compelling him to roam westward in search of a new beginning. That story lives on into our own time: Who are Mal Reynolds and the Browncoats if not another remnant of the Lost Cause relocated from Virginia to the frontier in space?

Of course the Confederate flag is a symbol of Southern racism. It is a good many other things, too, none of which was the cause of the massacre at Emanuel AME. It is strange and ironic that adherents of the Democratic party — which was, for about 140 years, not only the South’s but the world’s leading white-supremacist organization — should work themselves up over one flag, raised by their fellow partisans, at this late a date; but, well, welcome to the party. Yet Democratic concern about racist totems is selective: The Democrats are not going to change the name of their party, cancel the annual Jefferson-Jackson dinner, or stop naming things after Robert Byrd, senator and Exalted Cyclops of the Ku Klux Klan. Hillary Clinton is not going to be made to answer for her participation in a political campaign that featured Confederate-flag imagery.

The Confederate flag, and other rebel iconography, is a marker of Southern distinctiveness, which, like American distinctiveness, is inextricably bound up with the enslavement and oppression of black people. But only the South is irredeemable in the Left’s view, and it has been so only since about 1994, when it went Republican. Which is to say, the Confederate flag is an emblem of regional distinctiveness disapproved of by 21st-century Democrats. Their reinvigorated concern is awfully nice: When the South actually was a segregationist backwater that African-Americans were fleeing by the million — when Democrats were running the show — they were ho-hum. Today the South is an economic powerhouse, dominated by Republicans, and attracting new African-American residents by the thousands. And so the Left and its creature, the Democratic party, insist that Southern identity as such must be anathematized. The horrific crime that shocked the nation notwithstanding, black life in Charleston remains very different, in attractive ways, from black life in such Left-dominated horror shows as Cleveland and Detroit, and the state’s governor is, in the parlance of identity politics, a woman of color — but she is a Republican, too, and therefore there must be shrieking, rending of garments, and gnashing of teeth.

This is a fraud, and some scales are starting to fall from some eyes. Americans believe broadly in sexual equality, but only a vanishing minority of us describe ourselves as “feminists.” “Social-justice warrior” is a term of derision. The Bernie Sanders movement, like the draft-Warren movement of which it is an offshoot, is rooted in disgust at the opportunistic politics of the Clinton claque. Young people who have heard all their lives that the Republican party and the conservative movement are for old white men — young people who may be not be quite old enough to remember Democrats’ boasting of their “double-Bubba” ticket in 1992, pairing the protégé of one Southern segregationist with the son of another — see before them Nikki Haley, Bobby Jindal, Susana Martinez, Carly Fiorina, Tim Scott, Mia Love, Marco Rubio, Ben Carson, Elise Stefanik. None of those men and women is bawling about “microaggressions” or dreaming up new sexless pronouns. None belongs to the party that hoisted Dixie over the capitol in South Carolina either. Governor Haley may be sensitive to the history of her state, but she is a member of the party of Lincoln with family roots in Punjab — it isn’t her flag.

What’s going to happen between now and November 8 of next year will be a political campaign on one side of the aisle only. On the other side, it’s going to be something between a temper tantrum and a panic attack. That’s excellent news if you’re Ted Cruz, Scott Walker, Marco Rubio, or Carly Fiorina. It’s less good news if you live in Baltimore or Philadelphia. —

Kevin D. Williamson is roving correspondent at National Review.

Voir encore:

PHOENIX — There are now two definitions of truth in the United States. The first is that a truthful statement is one that conforms to facts or reality. By this standard, President Trump is a serial liar.

The second is that truth is “telling it like it is,” or speaking in a direct, unvarnished way without regard to political correctness or the offense it may give. By this measure, for millions of supporters, Trump is the most honest president ever.

The United States has already become a post-truth society. Telling it like it isn’t has become a form of truth. That’s a nation in which chaos is more plausible because the ability to make rational decisions is diminished. Signal and noise can no longer be distinguished.

The center, where it was long held that elections are won, evaporates. Violence becomes more likely because incomprehension grows across hardening lines of fracture. It may well be that elections, as with the last presidential race, are now won at the extremes.

In Arizona, where Trump’s presidential campaign went from joke to winning proposition in July 2015 with a speech in which Trump said Mexicans were “taking our money” and “killing us,” the honest-man Trump view resonates. Trump was always about language. It didn’t matter that he was a loose cannon. He connected with the widespread disgust at the political class and the media. This was his winning intuition: that he could triumph as the subversive plain-speaking outsider.

Trump had that “kind of bluntness and occasionally even crass language which, if nothing else, at least meant authenticity,” said Jay Heiler, a lawyer considering a run against Senator Jeff Flake of Arizona, a rare Republican critic of Trump. “The president just hit a lot of nerves that a lot of conventional politicians didn’t even know were there.”

Those nerves still tingle. Nine months into the presidency, the support of Trump’s base remains fervid. I am often asked whether I believe that Trump will be impeached. I’ve taken to responding that it’s more likely he’ll be a two-term president. I’d put the chances of impeachment at under 10 percent and of his re-election at about 25 percent.

That’s partly because the Democratic Party has not yet begun a serious reckoning with its defeat last year. It hasn’t grasped the degree to which it lives, still, in a coastal echo chamber of identity politics and Trump-bashing. Just being anti-Trump won’t cut it. As Chuck Coughlin, a Republican political consultant who once worked for Senator John McCain, put it to me, “Somebody who speaks to common-sense American values — that is what the Democrats need.” I’m not sure who that person is, but I am pretty sure she or he does not reside in New York, Massachusetts or California.

Coughlin went on: “A Democratic Party that can’t tell me how many genders there are, that ain’t flying in this country.”

American fracture is the nation’s overriding condition. It keeps widening. Jeff DeWit, the Republican state treasurer of Arizona, picked up Trump at the airport for that 2015 Phoenix rally; he remains an ardent fan of Trump’s “movement of people dying for something different.”

His deputy, Mark Swenson, told me: “America was formed by a bunch of people who just wanted to be left alone.”

For that, guns help. “Bad guys have guns, so good guys should have guns, too,” DeWit said, rejecting my suggestion that the recent American carnage in Las Vegas showed the need for stricter gun laws.

Trump winks at white supremacists, thrives on confrontation and debases the Oval Office. But it would be a huge mistake to conclude from this that his defeat is inevitable; or that his supporters do not include millions of decent, smart Americans who just view the world differently. Americans who feel culturally alienated from the globalized metropolis (and sense that their worldview elicits contempt in a Democratic Party that often seems to have lost touch with ordinary Americans).

Heiler, the pro-Trump lawyer considering a Senate run, turned to the president’s campaign against football players, most of them black, who refuse to stand for the national anthem. “Many African-Americans are focused on a particular set of facts and circumstances” that “drive that conduct, that protest,” Heiler said. “But when many other Americans see it, and Americans of all races,” they think “gosh, these guys all have it pretty good. You know they make a really good living, playing football. This country’s been really good to them. And so, even if they have an ax to grind, they shouldn’t grind it against the country or its symbol or its anthem.”

Heiler said he wouldn’t condemn the protesting players’ choice, even if he disagreed, but “there’s simply no getting around that when you make that choice you’re going to alienate a lot of Americans.”

Now the vague particular “circumstances” alluded to by Heiler includes gross police brutality against black kids and the history of oppression of African-Americans. Players who protest are exercising a fundamental American right. But yes, they are “going to alienate a lot of Americans.” Trump, at some level, is going to win this argument.

An overriding lesson of 2016 for liberals is that without hard-nosed realism about the state of the country and Trump’s talents, you lose. And that’s the truth.

 Voir encore:

Le sexe pendant Mai 68: « On aurait dit des enfants lâchés dans une pâtisserie! »
propos recueillis par Dominique Simonnet
L’Express
28/08/2016 à 11:02

Avec la Révolution sexuelle, la sexualité est portée aux nues. Mais, au-delà de la libération, le sexe est alors, pour le romancier et essayiste Pascal Bruckner, une obligation. « On gonfle le nombre de ses partenaires et de ses orgasmes comme on gonfle ses pectoraux. Le sexe devient contrainte », analyse-t-il. Entretien.

Et soudain, l’explosion! Le lourd couvercle que des siècles de répression avaient posé sur la sexualité éclate sous la pression de Mai 68. Il est interdit d’interdire! Jouissons sans entraves! Du passé puritain faisons table rase! C’est le paradis sur Terre. Voire… La mystique du sexe a son revers. Priorité absolue au plaisir. Orgasme obligatoire. « T’es pas libérée! » oppose- t-on à celles qui se rebellent.

Le sentiment amoureux est nié, le mariage ridiculisé. Osons le dire: certains gentils révolutionnaires étaient de vrais Robespierre. L’écrivain Pascal Bruckner le reconnaît avec une nostalgie émue: de cet épisode angélique et pervers on n’a pas fini de ressentir les effets.
On parle des années 1960 et 1970 comme d’une « parenthèse enchantée » entre la pilule et le sida, un moment de grâce et de liberté sexuelle où tout était possible, tout était permis, comme si l’amour était enfin débarrassé de ses chaînes. La vision est un peu idyllique, non?

Elle est malgré tout assez exacte. A cette époque-là, il y avait une conjonction très propice à l’amour libre: une situation économique florissante (en plein milieu des Trente Glorieuses, la France redécouvrait la prospérité), un optimisme délirant (on allait écraser le cancer, liquider l’infarctus du myocarde), une absence de maladies vénériennes… Tout d’un coup, le sujet amoureux pouvait se penser vagabondant à travers ses désirs, sans freins, sans pénalités. La science avait vaincu la vieille idée du péché sexuel. La liberté semblait sans limites. Tel était le climat de l’époque.

C’était, comme nous le disait Anne-Marie Sohn concernant le sexe à la Belle époque, l’aboutissement d’un mouvement d’émancipation qui avait couvé pendant plusieurs décennies.

La contestation était en effet portée depuis un siècle par différentes avant-gardes artistiques et esthétiques, et une envie de plaisir s’était exprimée avec force chez les jeunes de l’après-guerre. A la fin des années 1950, nous sortions d’une société hypocrite où les hommes faisaient la loi dans les familles et les patrons, dans l’entreprise. Nous voulions en finir avec cette France corsetée, rigidifiée, fermée. Tout ce que nous pouvions happer de l’étranger -le rock, le blues, la soul, les hippies, les cheveux longs- était convoqué chez nous avec une avidité sans limite.

Les garçons et les filles se regardaient comme deux tribus qui allaient bientôt sauter l’une sur l’autre. Ils restaient encore séparés par quelques vieux tabous: la virginité des femmes avant le mariage (c’était presque une plaisanterie), la non-mixité dans les écoles, un certain ascendant des hommes sur les femmes, une forme de pudeur…

Des tabous qui sont tombés en Mai 68.

C’est parce qu’ils étaient déjà morts, rongés de l’intérieur par toute une mentalité démocratique et égalitaire. On s’était inventé un ennemi formidable et mythique, le judéo-christianisme, pour mieux souligner la singularité de notre temps. Mai 68, c’est l’acte d’émancipation de l’individu, qui sape la morale collective. Désormais, on n’a plus d’ordre à recevoir de personne. Ni de l’Eglise, ni de l’armée, ni de la bourgeoisie, ni du parti…

Et puisque l’individu est libre, il n’a plus d’autre obstacle face à son désir que lui-même. « Vivre sans temps morts, jouir sans entraves »: c’est la merveilleuse promesse d’un nouveau monde. S’est alors manifestée une véritable jubilation à l’idée de terrasser l’ordre qui avait marqué notre enfance. Nous allions passer de la répression à la conquête! Mai 68, c’est une révolution antiautoritaire, antitraditionaliste, dans laquelle la sexualité agit comme un phare. Tout d’un coup, l’irruption de la volupté! Au XVIIIe siècle, on disait « je vous aime » pour dire « je vous désire ». Cette fois, on dit « je te désire » au lieu de dire « je t’aime ».

Que recouvrait vraiment ce terme de « révolution sexuelle »?

C’était le droit au désir pour tous. Auparavant, on vivait des amours interrompues qui s’arrêtaient au dernier stade (« mes parents ne veulent pas », « je veux rester vierge pour le mariage »). Désormais, une jeune fille pouvait choisir qui elle voulait, désobéir à la norme sociale, parentale, familiale… Tout basculait.
« On reconnaissait le désir des femmes »

Le désir ne se résumait pas simplement à la pulsion immonde de l’espèce masculine. On reconnaissait le désir des femmes. Disons-le: ce fut une époque où tout le monde couchait avec tout le monde, par désir autant que par curiosité. On aurait dit des enfants lâchés dans une pâtisserie! Enfin, on pouvait tout avoir, tout goûter! On se disait qu’il ne fallait rien refuser, même pas les expériences homosexuelles.

Tout cela était enveloppé dans un discours intellectuel assez fumeux. On théorisait beaucoup la sexualité.

On lisait Freud, bien sûr, mais surtout Wilhelm Reich, dont les idées épousaient à merveille les lubies de l’époque. Selon lui, l’orgasme permettait d’expliquer le double phénomène du fascisme et du stalinisme: c’est parce que les gens ne jouissaient pas qu’ils se choisissaient un Hitler ou un Staline. L’orgasme avait donc des vertus non seulement hédoniques mais aussi politiques.

Dans le mouvement Sexpol, dont on ne relit pas aujourd’hui les publications sans éclater de rire, des trotskistes nous expliquaient comment l’émancipation de l’être humain passait par la grève mais aussi par le lit: la nuit, en copulant, l’ouvrier et l’ouvrière devaient atteindre ensemble l’extase pour hâter le grand soir. « Plus je fais l’amour, disait-on, plus je fais la révolution! » Raoul Vaneigem eut même ce jeu de mots, qui paraît consternant aujourd’hui: « Erection, insurrection! »

L’amour libre s’est alors constitué en véritable idéologie, et même en mystique. Le Graal du sexe allait apporter le bonheur…

… et la paix sur Terre. La révolution prolétarienne battait de l’aile, le tiers-monde était loin. La sexualité, elle, était pleine de promesses. Elle était la prolongation de la religion, la forme la plus immédiate et la plus accessible de la rédemption. Elle portait, croyait-on, un amour universel, une forme de franciscanisme. « Aimez-vous les uns sur les autres »: il y avait de la naïveté et de la bêtise dans tout cela, mais aussi une certaine générosité évangélique. On allait fabriquer un nouvel Adam. Le sexe, c’était le jardin d’Eden!

Chesterton a eu cette phrase géniale: « Le monde moderne est plein d’idées chrétiennes devenues folles. » La révolution sexuelle en était une.

Cette folie n’était-elle pas le fait d’une minorité d’intellectuels et de babas cool passablement enfumés?

Il est difficile de le dire aujourd’hui. Le vent soufflait des Etats-Unis, mais aussi de l’Angleterre, de la Hollande. Le plus riche de 68, ce fut cette révolution désirante, qui sera ensuite théorisée par Foucault, Deleuze, Guattari… On baignait dans une bienveillance généralisée, naïve, mais féconde.

Mais cette drôle de révolution avait une face cachée: le discours normatif, la pression du groupe, les culpabilisations perverses… Il fallait adhérer au dogme, donner son corps sans rechigner, ou alors s’analyser, faire son autocritique, s’amender. En fait de libération, c’était aussi un terrorisme.

Absolument. Sans s’en apercevoir, on passe d’un dogme à l’autre. Le plaisir était prohibé, il devient obligatoire. L’ambiance est à l’intimidation. Un nouveau tribunal s’installe: non seulement il faut faire l’amour de toutes les façons, avec tout le monde, mais encore faut-il que le plaisir soit conforme. Quiconque s’y soustrait est vu comme une sorte d’épave réactionnaire, un résidu du vieux monde.

Quand les filles refusaient de coucher, on avait le moyen de les culpabiliser: « Ben dis donc, tu n’es pas libérée! » Peu à peu s’établit donc ce que nous avions appelé, avec Alain Finkielkraut, la dictature de l’orgasme obligatoire. L’érotisme entre dans le domaine de la prouesse. On gonfle le nombre de ses partenaires et de ses orgasmes comme on gonfle ses pectoraux. Le sexe devient contrainte.

Oublié le mariage, méprisé le sentiment! Deleuze et Guattari parlent même de « l’ignoble désir d’être aimé ».

Ils ont dit beaucoup de bêtises… Le corps apparaissant comme la métaphore de la subversion, le sentiment est mis sous le boisseau. On se dit que, pendant des siècles, les hommes avaient masqué leur désir derrière le rideau des beaux sentiments. Alors, il faut le déchirer! Le rock’n’roll et la pop poussent des cris d’appétit sexuel sauvage (« I can’t get no satisfaction », « I want you! »).

« L’amour devient obscène »

L’inhibition et la frustration sont montrées du doigt; l’amour, avec ses fantômes séculaires (possession, jalousie, secret), devient obscène. D’où le refus de la séduction, considérée comme une survivance du vieux monde: on est supposé aller vers son partenaire en toute franchise, sans recourir aux anciens et misérables stratagèmes.

Quant au couple, c’est l’abomination de la désolation.

Les gens qui se mariaient nous semblaient pathétiques, on leur faisait honte. La jalousie ne pouvait plus se dire. Si quelqu’un y succombait, le cercle des amis lui exprimait une sorte de compassion: « Pourquoi es-tu jaloux? Analyse bien. » Déjà, la parole thérapeutique se frayait un chemin. Alors, au lieu de creuser sa plaie comme on le fait de nos jours, on se raisonnait: « Après tout, j’ai peut-être tort. Pourquoi m’inquiéter si ma compagne s’envoie en l’air avec le voisin du dessous? Je n’ai qu’à faire les courses pendant ce temps-là. » Le couple était une forme transitoire qu’on empruntait pour aller vers la polygamie ou la polyandrie. A l’époque, il y avait un véritable terrorisme anticonjugal.

Même la sexualité des enfants est exaltée, jusqu’à, parfois, tolérer la pédophilie.

Les enfants, eux aussi, devaient être élevés dans l’éloge de leur désir. La pédophilie n’était pas admise, mais elle comptait un certain nombre de défenseurs. On se disait que le miracle sexuel était un don qui devait être équitablement distribué entre tous les âges, et toutes les générations. C’était une époque innocente, et naïve… Car le vieux monde restait présent sous les oripeaux du nouveau, comme dans le film Les Bronzés (où ce sont toujours les mêmes qui se tapent les jolies filles).

Derrière la parole libératrice et généreuse, il y avait une vraie brutalité, les lois de la sélection amoureuse subsistaient avec force. Petit à petit, on s’est aperçu qu’il y avait des perdants, des victimes, des laissés-pour-compte; on était en train de recréer un univers de mensonge que l’on avait pourtant tant dénoncé chez nos parents.

Les premières victimes, c’étaient les femmes.

Les femmes se sont senties niées. Tout était calqué sur la mécanique de l’orgasme masculin, sur la satisfaction unique qui balaie la pulsion. Elles ne souhaitaient pas devenir des objets sexuels manipulables à volonté par des hommes en chaleur, mais voulaient la reconnaissance de nouveaux droits: l’avortement, la contraception, le respect de leur propre désir… Et puis, il y avait toujours cette renaissance incessante, à chaque relation, du sentiment, sorte de nostalgie dont on n’osait pas parler.

Et puis, on a osé… Certains, tels Roland Barthes (Fragments d’un discours amoureux), Michel Foucault (Histoire de la sexualité), Alain Finkielkraut et vous-même (Le Nouveau Désordre amoureux), ont commencé à dénoncer cette grande illusion.

Nous avons voulu faire comprendre que la notion de révolution sexuelle n’avait aucun sens. Que l’amour n’était pas réformable. « Non, l’amour n’est pas honteux! » avance Barthes. Tout à coup, nous revendiquions le sentiment comme plus révolutionnaire que le désir sexuel. Ce qui n’empêchait pas une consommation sexuelle frénétique, notamment dans le monde homosexuel, mais elle n’était plus obligatoire. On s’est mis à redécouvrir Belle du Seigneur, d’Albert Cohen. Le sentiment est revenu par la petite porte. Comme si une deuxième libération avait lieu.

Quel bilan tirez-vous de cet épisode pour le moins mouvementé?

Malgré tout, le bilan est positif. La révolution sexuelle que nous avons accomplie reste, pour de nombreux pays au monde, un extraordinaire idéal. Les femmes y ont gagné des droits indéniables… Mais si, depuis le Moyen Age, l’individu s’est lentement affranchi des tutelles féodales, administratives, religieuses, sociales, morales, sexuelles, nous découvrons maintenant en Occident que cette liberté a pour contrepartie la responsabilité et la solitude.

Résultat, la sexualité est peut-être libre, mais elle est devenue anxieuse. Sommes-nous de bons amants? De bons époux? De bons parents? La parole est passée du registre du diktat à celui de la plainte. « Nous avons fait Mai 68 pour ne pas devenir ce que nous sommes devenus », a dit justement Wolinski.

L’innocence des années 1970 est perdue?

Elle l’est. L’erreur que nous avons commise en 68, c’est de penser que l’Histoire est un héritage cumulatif et que, en supprimant les peurs d’antan, la nouvelle génération bénéficierait d’emblée d’une sexualité clefs en main. En réalité, le sexe reste un mystère obsédant et angoissant. Ce qui est mort depuis 68, c’est l’angélisme du désir, l’idée que tout ce qui touche au sexe est merveilleux. On sait aujourd’hui que l’amour n’est pas démocratique, qu’il ne répond pas à la justice ni au mérite, qu’il charrie la dépendance, l’abjection, la servitude aussi bien que le sacrifice et la transfiguration. C’est cette complexité de l’amour que nous devons redécouvrir.

Voir de même:

Communism Through Rose-Colored Glasses
Bret Stephens
NYT
Oct. 27, 2017

“In the spring of 1932 desperate officials, anxious for their jobs and even their lives, aware that a new famine might be on its way, began to collect grain wherever and however they could. Mass confiscations occurred all across the U.S.S.R. In Ukraine they took on an almost fanatical intensity.”

I am quoting a few lines from “Red Famine,” Anne Applebaum’s brilliant new history of the deliberate policy of mass starvation inflicted on Ukraine by Joseph Stalin in the early 1930s. An estimated five million or more people perished in just a few years. Walter Duranty, The Times’s correspondent in the Soviet Union, insisted the stories of famine were false. He won a Pulitzer Prize in 1932 for reportage the paper later called “completely misleading.”

How many readers, I wonder, are familiar with this history of atrocity and denial, except in a vague way? How many know the name of Lazar Kaganovich, one of Stalin’s principal henchmen in the famine? What about other chapters large and small in the history of Communist horror, from the deportation of the Crimean Tatars to the depredations of Peru’s Shining Path to the Brezhnev-era psychiatric wards that were used to torture and imprison political dissidents?

Why is it that people who know all about the infamous prison on Robben Island in South Africa have never heard of the prison on Cuba’s Isle of Pines? Why is Marxism still taken seriously on college campuses and in the progressive press? Do the same people who rightly demand the removal of Confederate statues ever feel even a shiver of inner revulsion at hipsters in Lenin or Mao T-shirts?

These aren’t original questions. But they’re worth asking because so many of today’s progressives remain in a permanent and dangerous state of semi-denial about the legacy of Communism a century after its birth in Russia.

No, they are not true-believing Communists. No, they are not unaware of the toll of the Great Leap Forward or the Killing Fields. No, they are not plotting to undermine democracy.

But they will insist that there is an essential difference between Nazism and Communism — between race-hatred and class-hatred; Buchenwald and the gulag — that morally favors the latter. They will attempt to dissociate Communist theory from practice in an effort to acquit the former. They will balance acknowledgment of the repression and mass murder of Communism with references to its “real advances and achievements.” They will say that true communism has never been tried. They will write about Stalinist playwright Lillian Hellman in tones of sympathy and understanding they never extend to film director Elia Kazan.

Progressive intelligentsia “is moralist against one half of the world, but accords to the revolutionary movement an indulgence that is realist in the extreme,” the French scholar Raymond Aron wrote in “The Opium of the Intellectuals” in 1955. “How many intellectuals have come to the revolutionary party via the path of moral indignation, only to connive ultimately at terror and autocracy?”

On Thursday, I noted that intellectuals have a long history of making fools of themselves with their political commitments, and that the phenomenon is fully bipartisan.

But the consequences of the left’s fellow-traveling and excuse-making are more dangerous. Venezuela is today in the throes of socialist dictatorship and humanitarian ruin, having been cheered along its predictable and unmerry course by the usual progressive suspects.

One of those suspects, Jeremy Corbyn, may be Britain’s next prime minister, in part because a generation of Britons has come of age not knowing that the line running from “progressive social commitments” to catastrophic economic results is short and straight.

Bernie Sanders captured the heart, if not yet the brain, of the Democratic Party last year by portraying “democratic socialism” as nothing more than an extension of New Deal liberalism. But the Vermont senator also insists that “the business model of Wall Street is fraud.” Efforts to criminalize capitalism and financial services also have predictable results.

It’s a bitter fact that the most astonishing strategic victory by the West in the last century turns out to be the one whose lessons we’ve never seriously bothered to teach, much less to learn. An ideology that at one point enslaved and immiserated roughly a third of the world collapsed without a fight and was exposed for all to see. Yet we still have trouble condemning it as we do equivalent evils. And we treat its sympathizers as romantics and idealists, rather than as the fools, fanatics or cynics they really were and are.

Winston Churchill wrote that when the Germans allowed the leader of the Bolsheviks to travel from Switzerland to St. Petersburg in 1917, “they turned upon Russia the most grisly of all weapons. They transported Lenin in a sealed truck like a plague bacillus.”

A century on, the bacillus isn’t eradicated, and our immunity to it is still in doubt.

Voir enfin:

Jean-Paul Piérot
19 Juin, 2017
L’Humanité

2017 est l’année du centenaire des dix jours qui ébranlèrent le XXe siècle. L’Humanité lui consacre un numéro hors-série auquel ont contribué de nombreux historiens. Cette publication de 108 pages est disponible chez votre marchand de journaux ou sur commande directement à l’Humanité, au prix de 9 euros.

Il y a cent ans, la guerre n’en finissait pas de décimer les populations européennes, la vie de centaines de milliers de jeunes gens s’abîmait à Craonne, à Verdun ou sur la Somme. Dans ce contexte désespérant, le mouvement ouvrier, trahi par l’Internationale socialiste, qui n’avait pas empêché la tuerie européenne, tournait son regard et ses espoirs vers la Russie. Le vaste et archaïque empire de la dynastie tricentenaire des Romanov était entré en révolution depuis février, quand les ouvriers et les femmes de Petrograd avaient chassé Nicolas II. En cette fin d’octobre, une insurrection populaire renversait le gouvernement provisoire. Parvenu au pouvoir, le parti bolchevik de Lénine se fixait pour tâche la réalisation de la révolution socialiste.

Interroger le sens des révolutions d’aujourd’hui

Le vieux rêve du monde du travail d’en finir avec l’exploitation capitaliste allait-il se réaliser ? John Reed, dont le livre Dix Jours qui ébranlèrent le monde, tiré à des millions d’exemplaires, a fait connaître l’épopée de 1917, traduit l’enthousiasme qui s’empara des progressistes : « Il est encore de mode, écrit-il un an après la prise du palais d’Hiver, de parler de la révolution bolchevique comme d’une “aventure”. Eh bien, s’il faut parler d’aventure, ce fut l’une des plus merveilleuses où se soit engagée l’humanité, celle qui ouvrit aux masses laborieuses le terrain de l’histoire et fit désormais tout dépendre de leurs vastes et naturelles aspirations. (…) Quoi qu’on pense du bolchevisme, il est indéniable que la révolution russe est un des grands moments de l’histoire de l’humanité et que la venue au pouvoir des bolcheviks est un fait d’importance mondiale. »

C’est là le point de départ du numéro hors-série de l’Humanité auquel ont participé de nombreux historiens figurant parmi les meilleurs connaisseurs de cet événement fondateur du XXe siècle. Marc Ferro explique comment « les femmes, les ouvriers et les soldats du front ont réveillé les révolutionnaires ». Nicolas Werth relate cette année décisive de 1917 où « tout a basculé ». Jean-Jacques Marie montre combien la guerre civile déclenchée par les blancs et l’intervention militaire occidentale ont pesé sur le cours ultérieur de la politique bolchevique.

« La révolution d’Octobre comprend deux histoires entrelacées : son impact sur la Russie et son impact sur le monde », observait Eric Hobsbawm et d’ajouter : « Sans le second, peu de monde en dehors d’une poignée d’historiens spécialistes s’en serait jamais préoccupé. » Aucun autre événement de l’histoire n’a davantage polarisé les sociétés sur des critères de classe : haine et terreur chez les possédants, sympathie et solidarité dans le prolétariat. Jean Vigreux détaille « l’onde de choc en Europe ». Tous les pays européens et au-delà connurent une recomposition politique. Les partis socialistes se divisèrent durablement entre « révolutionnaires », qui adhérèrent à la nouvelle internationale communiste, et « réformistes », qui, selon l’expression de Léon Blum au congrès de Tours, en décembre 1920, « gardaient la vieille maison ».

Les rapports singuliers entre les héritiers de la Commune de Paris et les assaillants du palais d’Hiver sont soulignés dans plusieurs contributions. Sophie Cœuré exhume la mémoire de cette petite communauté de Français installée en Russie avant la révolution, qui choisit de s’engager aux côtés des bolcheviks et constitua le premier groupe communiste français à Moscou. Le modèle soviétique devait s’imposer pour longtemps au sein des partis communistes, d’abord par le biais de l’Internationale communiste, ce parti international pour une révolution mondiale dont traitent Serge Wolikow et Bernard Pudal.

Après un siècle écoulé, que reste-t-il du message d’octobre ? Les valeurs émancipatrices portées par les révolutionnaires ont-elles résisté au stalinisme, aux interventions militaires en Hongrie et en Tchécoslovaquie, à la conversion des élites au capitalisme ? « La mort de l’URSS était-elle fatale ? » questionne Andreï Gratchev, l’ancien conseiller de Mikhaïl Gorbarchev. Le XXe siècle fut un siècle de violents affrontements, de génocides, ensanglanté par le fascisme et le nazisme, lesquels furent heureusement écrasés grâce au sacrifice des peuples soviétiques. Ce siècle fut aussi celui de l’émancipation des peuples colonisés, qui trouvèrent leur inspiration dans la révolution de 1917, souligne Françoise Vergès. Mais c’est en invoquant ces mêmes principales valeurs que les dirigeants soviétiques ont prétendu justifier les interventions militaires à Budapest en 1956 et à Prague en 1968.

Au-delà des appréciations contradictoires sur la place qu’occupe octobre 1917 dans l’histoire contemporaine, l’occasion est donnée de questionner le sens des révolutions d’aujourd’hui et de demain. Le monde a-t-il toujours besoin de révolutions ? Sujet qui a nourri les réflexions de plusieurs personnalités du monde intellectuel et politique. Le débat n’est pas clos.

ils Ont contribué à ce numéro exceptionnel

Bertrand Badie, professeur des universités à Sciences-Po Paris, Alain Badiou, philosophe, Bernard Chambaz, écrivain, Maud Chirio, maîtresse de conférences en histoire contemporaine, Sophie Cœuré, historienne, professeur à l’université Paris-VII Denis-Diderot, Alexandre Courban, historien, Pierre Dardot, philosophe, Jean-Numa Ducange, maître de conférences à l’université de Rouen, Jean-François Fayet, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Fribourg (Suisse), Marc Ferro, historien, spécialiste de la Russie, Frédérick Genevée, historien, responsable des archives du PCF, Andreï Gratchev, écrivain, ancien conseiller de Mikhaïl Gorbatchev, Florian Gulli, professeur de philosophie, Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, Christian Laval, professeur de sociologie, Olga Lipovskaïa, militante féministe russe, Patrick Kamenka, journaliste, spécialiste de la Russie, Naum Kleiman, historien, ancien directeur du musée du Cinéma de Moscou, Marco Di Maggio, historien, professeur à l’université La Sapienza de Rome, Jean-Jacques Marie, historien spécialiste de l’URSS, Roger Martelli, historien, codirecteur du mensuel Regards, Edgar Morin, sociologue et philosophe, Bernard Pudal, professeur de sciences politiques à l’université Paris-VI Nanterre, Michèle Riot-Sarcey, professeure émérite d’histoire contemporaine et d’histoire du genre à l’université Paris-VIII Saint-Denis, Pierre Serna, historien, Institut d’histoire de la Révolution française, Bernard Stiegler, directeur de l’Institut de recherche et d’innovation, Alexandre Sumpf, maître de conférences à l’université de Strasbourg, Françoise Vergès, politologue et éditrice, Jean Vigreux, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne, Nicolas Werth, historien, directeur de recherche à l’Institut du temps présent, affilié au CNRS, Serge Wolikow, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne.

U FIL DES PAGES…

Nicolas Werth : « Ce coup d’État a pour toile de fond une vaste révolution sociale, multiforme, autonome ; celle-ci s’exprime sous des formes très diverses : une grande jacquerie, une décomposition de l’armée, un mouvement revendicatif ouvrier, une émancipation des nationalités et des peuples allogènes de l’ex-Empire russe. »

Olga Lipovskaïa : « Sous l’influence d’Alexandra Kollontaï et d’Inès Armand, la Russie se dote d’un ensemble de lois qui est le plus avancé en matière de droits de la femme : garantie de conserver son emploi pendant sa grossesse, égalité absolue des conjoints, congés de maternité. En 1920, le droit à l’avortement gratuit est voté. »

Marc Ferro : « Le drame, c’est que les paysans qui avaient des terres se sont vu confisquer leurs récoltes pour nourrir les villes, la classe ouvrière qui était privilégiée car elle devait construire le socialisme. Ce qui a satisfait la classe ouvrière et l’a ralliée au régime, c’est qu’il n’y avait plus de dominants, plus de patrons. »

Alexandre Sumpf : « Opposants politiques, militants révolutionnaires et soldats ont uni leurs forces lors des quelques jours qui ont suffi à faire chuter les Romanov en février. (…) Les grandes crises de 1917 sont toutes liées au conflit mondial. »

Edgar Morin : « La notion de métamorphose est plus riche que celle de révolution. Elle en garde la radicalité novatrice, mais la lie à la conservation (de la vie, des cultures, des legs de pensées et de sagesse de l’humanité). »

Jean-Numa Ducange : « Les dirigeants bolcheviks sont persuadés que la première révolution socialiste du XXe siècle aura la même portée que la Révolution française au XVIIIe siècle. »

Alain Badiou : « Je voudrais insister sur un point qui aujourd’hui, depuis l’apparent triomphe du capitalisme à l’échelle mondiale, semble oublié : la révolution russe de 1917 est un événement sans précédent dans l’histoire de l’espèce humaine. »

Pierre Laurent : « La nouvelle révolution qui s’avance, ce n’est pas la renaissance d’un héritage glorieux, c’est surtout la conscience que notre monde change ­radicalement sous nos yeux. »

Bernard Pudal : « Ces militants (communistes français) sont profondément internationalistes. Ils le sont en pratique comme en témoignent les mariages blancs contractés avec des militantes immigrées souvent juives afin de les protéger d’une extradition pour cause de militantisme. »

Michèle Riot-Sarcey : « Les échecs révolutionnaires accumulés depuis 1917 ont rendu les militants sceptiques. Le mot même de communisme a perdu sa force émancipatrice telle qu’elle avait été forgée dès 1840. »

Françoise Vergès : « La révolution éclate dans un monde où les puissances européennes se sont enrichies après avoir mené des guerres meurtrières et dévastatrices, mis en place des politiques de dépossession massives, des codes juridiques qui légalisent les discriminations raciales, le travail forcé et la suprématie blanche. »

Roger Martelli : « Ce siècle est clos et, s’il est un modèle dont il faut s’abstraire, peut-être est-ce du bolchevisme, quelle qu’ait été sa grandeur. Non pas se débarrasser du communisme, mais de la forme que le XXe siècle lui donna. »

Andreï Gratchev : « La tentative de Lénine, à la fin de la guerre civile, de réformer le projet initial, à l’aide de la NEP, esquisse de la future perestroïka, a échoué après avoir été sabotée et rejetée par Staline et son entourage. »

 

Affaire Weinstein: Attention, une histoire peut en cacher une autre (A new manifestation of a much older story)

23 octobre, 2017

Alfred Hitchcock and Tippi Hedren, arrive at the festival theatre in Cannes, France, for the screening of The Birds in 1963

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Thémistocle offrait un sacrifice devant la trière amirale, quand on amena trois prisonniers de guerre d’une grande beauté, magnifiquement vêtus et couverts de bijoux. C’étaient, disait-on, les fils de Sandacè, la sœur du Grand Roi, et d’Artayctès. Le devin Euphrantidès les aperçut […], il saisit la main de Thémistocle et lui ordonna de consacrer les jeunes gens et de les immoler tous à Dionysos Mangeur de chair crue, en donnant à entendre le vœu de cette divinité. Un tel sacrifice, disait-il, assurerait aux Grecs le salut et la victoire. Thémistocle en fut stupéfait, comme par une prophétie grande et terrible ; mais la multitude, comme souvent dans les graves dangers et les situations difficiles, espérait son salut de l’irrationnel plus que des voies raisonnables : invoquant le dieu d’une seule voix, elle poussa les prisonniers devant l’autel, et força Thémistocle à accomplir le sacrifice, comme le devin l’avait ordonné. Plutarque
Tu ne convoiteras point la femme de ton prochain; tu ne désireras point la maison de ton prochain, ni son champ, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain. Deutéronome 5: 21
Si le Décalogue consacre son commandement ultime à interdire le désir des biens du prochain, c’est parce qu’il reconnait lucidement dans ce désir le responsable des violences interdites dans les quatre commandements qui le précèdent. Si on cessait de désirer les biens du prochain, on ne se rendrait jamais coupable ni de meurtre, ni d’adultère, ni de vol, ni de faux témoignage. Si le dixième commandement était respecté, il rendrait superflus les quatre commandements qui le précèdent. Au lieu de commencer par la cause et de poursuivre par les conséquences, comme ferait un exposé philosophique, le Décalogue suit l’ordre inverse. Il pare d’abord au plus pressé: pour écarter la violence, il interdit les actions violentes. Il se retourne ensuite vers la cause et découvre le désir inspiré par le prochain. René Girard
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
Il y avait vraiment des gens qui s’agitaient devant des courts-bouillons de grenouilles et de scorpions, mais nous savons que leurs manigances n’empêcheraient pas les avions de voler (…) C’est bien pourquoi, même lorsqu’elles étaient condamnées, même lorsqu’elles étaient techniquement coupables, les sorcières étaient des boucs émissaires. René Girard
Il arriverait, si nous savions mieux analyser nos amours, de voir que souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer, bien que nous souffrions jusqu’à mourir d’avoir à les leur disputer ; le contrepoids supprimé, le charme de la femme tombe. On en a un exemple douloureux et préventif dans cette prédilection des hommes pour les femmes qui, avant de les connaître, ont commis des fautes, pour ces femmes qu’ils sentent enlisées dans le danger et qu’il leur faut, pendant toute la durée de leur amour, reconquérir ; un exemple postérieur au contraire, et nullement dramatique celui-là, dans l’homme qui, sentant s’affaiblir son goût pour la femme qu’il aime, applique spontanément les règles qu’il a dégagées, et pour être sûr qu’il ne cesse pas d’aimer la femme, la met dans un milieu dangereux où il lui faut la protéger chaque jour. Le contraire des hommes qui exigent qu’une femme renonce au théâtre, bien que, d’ailleurs, ce soit parce qu’elle avait été au théâtre qu’ils l’ont aimée. Proust
Vous nous avez fait faire tout ce chemin pour nous montrer quoi: un triangle à la française ? Eglinton (Ulysse, James Joyce)
Elle était belle comme la femme d’un autre. Paul Morand
En 1974, un accident de la circulation impliquant le président Giscard d’Estaing, qui conduisait lui-même une voiture aux côtés d’une conquête, au petit matin dans une rue de Paris avait fait les titres de la presse satirique. (…) Mitterrand, entre deux dossiers, consacrait beaucoup de temps à son harem. Chirac nommait ses favorites au gouvernement. Ses disparitions nocturnes entraînaient l’inévitable question de Bernadette : « Savez-vous où est mon mari ce soir? » C’est ainsi: en France, sexe, amour et politique sont indissociables. Sexus Politicus
From the day the McMartin Pre-School molestation story broke on KABC-TV, on Feb. 2, 1984, the media have been major players in the story, influencing events as well as chronicling them, both by the stories they have published and broadcast and by the stories they haven’t. That is the conclusion of a three-month Times investigation completed and, except for a few relatively minor changes, written before the jury verdicts were announced Thursday. (…) Media feeding frenzies have become almost commonplace in recent years, as Gary Hart, Oliver North, Vice President Dan Quayle and Speaker of the House Jim Wright, among many others, could readily attest. But in McMartin, the media seemed especially zealous–in large part because of the monstrous, bizarre and seemingly incredible nature of the original accusations. More than most big stories, McMartin at times exposed basic flaws in the way the contemporary news organizations function. Pack journalism. Laziness. Superficiality. Cozy relationships with prosecutors. A competitive zeal that sends reporters off in a frantic search to be first with the latest shocking allegation, responsible journalism be damned. A tradition that often discourages reporters from raising key questions if they aren’t first brought up by the principals in a story. In the early months of the case in particular, reporters and editors often abandoned two of their most cherished and widely trumpeted traditions–fairness and skepticism. As most reporters now sheepishly admit–and as the record clearly shows–the media frequently plunged into hysteria, sensationalism and what one editor calls « a lynch mob syndrome. » On so volatile an issue in an election year, defense attorneys maintain, that helped make it all but inevitable that the case would be prosecuted on a scale greater than the actual evidence warranted. There were stories about child prostitution and massive child pornography rings, stories about children being exchanged between preschools for sexual purposes, stories about a connection between alleged molestation at McMartin and a murder eight years earlier. None of these charges was ultimately proved, but the media largely acted in a pack, as it so often does on big events, and reporters’ stories, in print and on the air, fed on one another, creating an echo chamber of horrors. The LA Times
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
Ca fait partie de ce puritanisme général qui nous envahit. Frédéric Mitterrand
Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : « Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas d’autres gosses? » Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même ». Daniel Cohn-Bendit (Grand Bazar, 1975)
La profusion de jeunes garçons très attrayants et immédiatement disponibles me met dans un état de désir que je n’ai plus besoin de réfréner ou d’occulter. (…) Je n’ai pas d’autre compte à régler que d’aligner mes bahts, et je suis libre, absolument libre de jouer avec mon désir et de choisir. La morale occidentale, la culpabilité de toujours, la honte que je traîne volent en éclats ; et que le monde aille à sa perte, comme dirait l’autre. Frédéric Mitterrand (”La mauvaise vie”, 2005)

J’étais chaque fois avec des gens de mon âge ou de cinq ans de moins. (…) Que vienne me jeter la première pierre celui qui n’a pas commis ce genre d’erreur. Parmi tous les gens qui nous regardent ce soir, quel est celui qui n’aurait pas commis ce genre d’erreur au moins une seule fois ? (…) « Ce n’est ni un roman, ni des Mémoires. J’ai préféré laissé les choses dans le vague. C’est un récit, mais au fond, pour moi, c’est un tract : une manière de raconter une vie qui ressemble à la mienne, mais aussi à celles de beaucoup d’autres gens.
 Frédéric Mitterrand
La rumeur, Frédéric Mitterrand, c’est qu’on dit ‘Frédéric Mitterrand, il aime les petits garçons. On dit, il est pédophile’. Franz-Olivier Giesbert
C’est pas vrai. Quand les gens disent les garçons, on imagine alors les petits garçons. Ça fait partie de ce puritanisme général qui nous envahit qui fait que l’on veut toujours noircir le tableau, ça n’a aucun rapport. (…) Evidemment, je cours le risque de ce genre d’amalgame. Je le cours d’autant plus facilement ce risque-là puisqu’il ne me concerne pas. (…) Il faudrait que les gens lisent le livre et ils se rendraient compte qu’en vérité c’est très clair. Frédéric Mitterrand (émission « Culture et dépendances », le 6 avril 2005)
DSK, dont tous les médias connaissent le goût pour une sexualité débridée, risquait des ennuis dans un pays qui ne plaisante pas avec la morale, en général, et le harcèlement sexuel en particulier. (…) Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). (…) Or, à la différence de ce qui se passe en France, aux Etats-Unis -où se trouve le siège du FMI – le moindre « comportement inapproprié » peut coûter son poste au titulaire d’un mandat public. Les Américains ne plaisantent pas avec ce genre de chose même si cela nous fait ricaner. Si dans six mois, il y a un scandale (selon les normes US), les médias français vont-ils encore écrire: on le redoutait, mais on ne vous a rien dit ? Notre crédibilité n’en sortirait pas renforcée. (…) Pour bien connaître DSK, je sais qu’il est en séduction permanente, même s’il n’a jamais eu de gestes déplacés. Et que cela choque et a choqué, surtout hors des frontières hexagonales. Tous les journalistes qui ont couvert ses activités publiques –y compris à Marianne- le savent et les anecdotes sont nombreuses. Mais être «pressant» n’est pas un délit pénal, que cela soit clair. En revanche, aux Etats-Unis, c’est tout comme. C’est tout ce que je voulais dire : une fois à la tête du FMI, il faudra que DSK ravale son côté « French Lover » lourdingue. Jean Quatremer (correspondant de Libération à Bruxelles, juillet 2007)
On le baptise « cinq minutes douche comprise », parfois trois, parfois dix, l’expression est presque entrée dans le langage courant. « Lorsqu’il avait un rendez-vous avec une femme, c’était à la minute près. Nous le déposions, il nous donnait un horaire en sortant de la voiture et il revenait à l’horaire exact, il ne fallait surtout pas être en retard », raconte son ancien chauffeur. Des femmes qu’il chevauche, sans plus de préliminaires, parce que le temps presse, parce que la quantité a pris l’ascendant sur la qualité. « Je me souviens d’un voyage à La Réunion, au début de son septennat. Une femme l’aborde et lui demande une dédicace sur l’un de ses livres qu’elle tient à la main. Le président s’approche et lui dit, avec un culot incroyable : “Montez dans ma chambre si vous voulez ?” Et la femme de suivre Jacques Chirac, tout sourire », se souvient l’un de ses gardes du corps à la mairie de Paris. Les anecdotes se succèdent, les témoignages plus ou moins vrais le voient courir, à l’heure du laitier, dans un couloir sombre d’un immeuble du quartier Montparnasse pour rejoindre une femme qui le guette derrière la porte. Un autre jour, on l’aperçoit rue de la Convention dans les bras d’une autre, à qui il rend visite chaque semaine. Il utilise aussi régulièrement une garçonnière dans l’immeuble du 241, boulevard Saint-Germain (dont le premier étage abrite le siège départemental du RPR) pour satisfaire ses plaisirs avec une collaboratrice du RPR ou une jeune ambitieuse qui cherche la chaleur fugace du pouvoir. Il y a les régulières, les coups de cœur, les « amuse-bouches » qui réussissent à franchir les cordons de sécurité pour approcher le président, d’autres qui partagent le même avion que le président et qui attendent, nues, dans son espace privé, brûlantes de désir. Elles sont députées, ministres, conseillères, bourgeoises provinciales, des inconnues qu’on lui apporte sur un plateau, et puis il y a celles avec qui il aura une histoire parallèle, tout cela vécu simultanément, réclamant de grandes qualités d’organisation. […] La nuit où la princesse Diana trouve la mort dans un terrible accident de la circulation sous le pont de l’Alma, le président de la République est introuvable. Nous sommes le 31 août 1997. Toute la République est debout. En désespoir de cause, Jean-Pierre Chevènement, le ministre de l’Intérieur, tente un appel à Bernadette Chirac qui, désappointée, lui répond qu’elle ne sait pas où est son mari. Ce soir-là, on le dit dans les bras d’une autre femme. Jean-Claude Laumond, son inséparable chauffeur, est réveillé alors qu’il dort dans sa voiture au pied de l’immeuble où se trouve le président. Arnaud Ardoin
He told me this is how things work in Hollywood and all of the actresses that have made it have made it this way. He told me first I would have sex with him, then he would take me to parties and show me who I would sleep with after that. I didn’t think anyone would believe me. I was nobody. Why would they? Heather Kerr
J’ai honte de n’avoir rien dit à ce moment-là […] J’imagine que c’était parce que ça ne m’étais pas arrêtée à moi et donc je pensais que ce n’était pas à moi de le dire. (…) J’ai rencontré Weinstein quand j’étais déjà âgée, mais il s’intéressait plutôt aux jeunes femmes parce qu’elles sont plus vulnérables. Jane Fonda
C’était plus que les rumeurs habituelles, les ragots. (…) Je savais qu’il avait fait plusieurs de ces choses. (…) J’en savais suffisamment pour réagir plus que ce que j’ai fait. (…) ‘aimerais avoir agi de façon responsable après ce que j’ai entendu. Pour faire ce que j’aurais dû faire, il aurait fallu que je ne travaille pas avec lui. Quentin Tarantino
Let us now consider the peculiar politics of Harvey Weinstein, the disgraced movie producer. Today Weinstein is in the headlines for an astonishing array of alleged sexual harassment and assaults, but once upon a time he was renowned for something quite different: his generous patronage of liberal politicians and progressive causes. This leading impresario of awful was an enthusiastic supporter of Barack Obama and Hillary Clinton. He was a strong critic of racism, sexism and censorship. He hosted sumptuous parties to raise money for the fight against Aids. In 2004 he was a prominent supporter of a women’s group called “Mothers Opposing Bush”. And in the aftermath of the terrorist attack against the French magazine Charlie Hebdo, he stood up boldly for freedom of the press. Taking to the pages of Variety, Weinstein announced that “No one can ever defeat the ability of great artists to show us our world.” To call this man a hypocrite is to state the obvious. This champion of women is now accused of sexual harassment on an epic scale. This defender of the press was excellent at manipulating it and on one memorable occasion is said to have physically roughed up a reporter asking tough questions. (…) What explains Weinstein’s identification with progressive causes? Perhaps it was all about cozying up to power, the thrill of being a friend of Bill Clinton. Perhaps it was all about moral absolution, in the same way that lists of corporations-that-care always turn out to be led by outfits like Walmart, Goldman Sachs and Exxon-Mobil. In the world of the wealthy, liberalism is something you do to offset your rapacious behavior in other spheres. It’s no coincidence that, in Weinstein’s desperate first response to the accusations against him, he thought to promise war against the National Rifle Association and to support scholarships for women. But it’s also something deeper than that. Most people on the left think of themselves as resisters of authority, but for certain of their leaders, modern-day liberalism is a way of rationalizing and exercising class power. Specifically, the power of what some like to call the “creative class”, by which they mean well-heeled executives in industries like Wall Street, Silicon Valley and Hollywood. Worshiping these very special people is the doctrine that has allowed Democrats to pull even with Republicans in fundraising and that has buoyed the party’s fortunes in every wealthy suburb in America. That this strain of liberalism also attracts hypocrites like Harvey Weinstein, with his superlative fundraising powers and his reverence for “great artists”, should probably not surprise us. Remember, too, that Weinstein is the man who once wrote an essay demanding leniency for Roman Polanski, partially on the grounds that he too was a “great artist”.  Harvey Weinstein seemed to fit right in. This is a form of liberalism that routinely blends self-righteousness with upper-class entitlement. That makes its great pronouncements from Martha’s Vineyard and the Hamptons. (…) Countless people who should have known better are proclaiming their surprise at Harvey Weinstein’s alleged abuses. But in truth, their blindness is even more sweeping than that. They are lost these days in a hall of moral mirrors, weeping tears of admiration for their own virtue and good taste. Thomas Frank
Hollywood a du mal à expliquer comment l’une de ses personnalités les plus célèbres a pu s’en sortir en toute impunité en agissant de la sorte depuis si longtemps. (…) Est-ce l’équivalent à Hollywood du « mur du silence » en matière policière, ou bien y a-t-il quelque chose de plus clinique à l’œuvre ? Une réponse possible se trouve dans les résultats de récentes études en psychologie. Selon des scientifiques aux États-Unis et en Israël, il existe certains traits de personnalité, les « trois composantes obscures » du narcissisme, de la psychopathie et du machiavélisme, qui sont le plus souvent associées à un comportement sexuellement violent. Une découverte intéressante dans les résultats de cette recherche, publiée en 2016 dans le journal Personality and Individual Differences (La personnalité et les différences individuelles), c’est que les traits de personnalité associés à un penchant au harcèlement peuvent être des « adaptations psychologiques spécialisées » qui permettent aux individus d’exploiter des « niches » dans la société. En d’autres termes, certains prédateurs sexuels pourraient faire carrière dans certains secteurs d’activité spécifiques qui leur permettent d’exploiter les autres. Les chercheurs ont également constaté que la disposition qui motive la réussite d’une personne peut également comprendre certains traits de personnalité qui expliquent sa tendance à exploiter les autres. Les traits nécessaires pour remporter les Academy Awards, par exemple, peuvent être semblables aux traits d’une personne qui recherche un grand nombre de partenaires sexuels et des relations qui nécessitent peu d’engagement.En ce sens, cette étude suggère que nous ne devrions pas être surpris de retrouver un parallèle semblable dans bien d’autres aspects de la société. Ce n’est pas seulement à Hollywood que les caractéristiques qui font d’une personne une star peuvent faire de la même personne un agresseur. (…) Lorsque les agresseurs sont démasqués, ils cherchent souvent à rejeter leur responsabilité. Prétendre souffrir d’un trouble tel que « l’addiction sexuelle » ou suivre un programme de réadaptation dans une clinique de réadaptation pour un « traitement », comme Weinstein vient apparemment de le faire, correspond à une réponse machiavélique classique. Si les allégations se confirment, Weinstein serait un exemple extrême d’agresseur aux « trois composantes obscures ». Mais cette combinaison de traits de caractère n’est pas si rare. En fait, de puissants prédateurs pourraient bien rôder en ce moment même autour de la machine à café. Selon une enquête de 1994 menée sur les employés du gouvernement fédéral des États-Unis, citée dans l’étude sur les « trois composantes obscures », 44 % des femmes et 19 % des hommes parmi les employés ont déclaré avoir été victimes de harcèlement sexuel au travail au cours deux années précédentes. Comme nous le rappellent les auteurs de l’étude de 2016, le harcèlement sexuel ne consiste pas toujours à essayer d’obtenir des faveurs sexuelles. Mais ce sont plutôt des motivations psychologiques, notamment le besoin d’accroître le sentiment d’estime de soi, l’attrait, ou la masculinité, qui peuvent conduire à des conduites d’abus de pouvoir de la part des prédateurs, lors de rapports visant à dominer ou à rabaisser les autres. Ce qui peut être particulièrement utile pour comprendre l’affaire Weinstein, quelle qu’en soit l’issue, c’est que Hollywood est bel et bien une bulle d’énergie narcissique. Les psychologues pourraient soutenir que cette caractéristique explique l’aveuglement dont certains ont fait preuve envers les soupçons de comportement pervers de l’un de leurs collègues. Le harcèlement sexuel est la priorité immédiate dans l’affaire Weinstein, comme il se doit, étant donné la gravité des soupçons de crimes et la détresse infligée aux victimes. Mais pour les psychologues qui cherchent à comprendre l’apparente connexion entre le succès et les maltraitances, l’apparente chute Weinstein n’est que la partie émergée d’un iceberg d’analyse.
L’exploitation est omniprésente dans le cinéma, c’est pourquoi nous devons lui refuser notre soutienCes projets au budget faramineux donnent à certains un pouvoir immense, utilisé pour briser des jeunes femmes. On devrait refuser d’exposer nos esprits à ce genre de choses. Si vous voulez des histoires à visage humain, lisez un livre. Ann Althouse
Combien de secteurs disposent d’un terme précis pour désigner l’échange de faveurs sexuelles contre un emploi ? interroge John Podhoretz. Est-ce un hasard si la pratique est tellement répandue dans le milieu du cinéma qu’elle a donné lieu à la locution ‘casting couch’, [un équivalent de notre ‘promotion canapé’] ? Dans combien de secteurs organise-t-on des réunions dans des chambres d’hôtel en dehors des heures de bureau ? Et lors de ces rendez-vous, dans combien de secteurs un patron dit-il à une jeune femme qu’elle ne doit pas hésiter à se dénuder devant lui, car l’emploi qu’elle brigue exigera d’elle qu’elle soit nue face à des millions de personnes ? John Podhoretz
The commentariat’s reaction to the Weinstein revelations has been desperately confused, and for once, the confusion is constructive, because there are strange ideological and moral convergences. The most extreme argument has it that he’s really not a unique monster, that every working woman in America has encountered a Weinstein, and that the problem derives from a culture of “toxic masculinity.” This attitude is an outgrowth of the now-fashionable view that there have been no real gains for women and minorities over the past half-century, that the gains are illusory or tokenish, and that something more revolutionary is required to level the playing field. As a matter of fact in the Weinstein case, this view is false. Women have indeed encountered boors and creeps in their workplaces. But a wolf-whistler is not a rapist. Someone who leers at a woman isn’t the same as someone who masturbates in front of her. Coping with grotesque and inappropriate co-workers and bosses is something every human being, regardless of gender, has had to deal with, and will have to deal with until we are all replaced by robots. It’s worse for women, to be sure. Still, no one should have to go through such experiences. But we all have and we all do. It’s one of the many unpleasant aspects of being human. Still, the extreme view of “toxic masculinity” contains a deeper truth that is anything but revolutionary. It takes us right back to Hobbes. His central insight—indeed, the insight of civilization itself—is that every man is a potential Weinstein. This clear-eyed, even cold-eyed view of man’s nature is the central conviction of philosophical conservatism. Without limits, without having impressed upon us a fear of the legal sanction of punishment or the social sanction of shame and ostracism, we are in danger of seeking our earthly rewards in the state of nature. The revolutionary and the conservative also seem to agree there’s something viscerally disturbing about sex crimes that sets them apart. But here is where the consensus between us breaks down. Logically, if the problem is that we live in a toxic culture that facilitates these crimes, then the men who commit them are, at root, cogs in an inherently unjust system. The fault ultimately is the system’s, not theirs. Harvey Weinstein is an exceptionally clever man who spent decades standing above and outside the system, manipulating it and gaming it for his own ends. He’s no cog. Tina Brown once ran Weinstein’s magazine and book-publishing line. She wrote that “strange contracts pre-dating us would suddenly surface, book deals with no deadline attached authored by attractive or nearly famous women, one I recall was by the stewardess on a private plane.” Which means he didn’t get into book publishing, or magazine publishing, to oversee the production of books and articles. He did it because he needed entities through which he would pass through payoffs both to women he had harassed and molested and to journalists whose silence he bought through options and advances. His primary interest wasn’t in the creation of culture. It was the creation of conditions under which he could hunt. Which may explain his choice of the entertainment industry in the first place. In how many industries is there a specific term for demanding sexual favors in exchange for employment? There’s a “casting couch”; there’s no “insurance-adjustor couch.” In how many industries do people conduct meetings in hotel rooms at off hours anyway? And in how many industries could that meeting in a hotel room end up with the dominant player telling a young woman she should feel comfortable getting naked in front of him because the job for which she is applying will require her to get naked in front of millions? Weinstein is entirely responsible for his own actions, but his predatory existence was certainly made easier by the general collapse of most formal boundaries between the genders. Young women were told to meet him in private at night in fancy suites. Half a century earlier, no young woman would have been permitted to travel alone in a hotel elevator to a man’s room. The world in which that was the norm imposed unacceptable limitations on the freedoms of women. But it did place serious impediments in the paths of predators whose despicable joy in life is living entirely without religious, spiritual, cultural, or moral impediment. Hobbes was the great philosopher of limits. We Americans don’t accept his view of things; we tend to think better of people than he did. We tend to believe in the greater good, which he resolutely did not. We believe in self-government, which he certainly did not. But what our more optimistic outlook finds extraordinarily difficult to reckon with is behavior that challenges this complacency about human nature. We try to find larger explanations for it that place it in a more comprehensible context: It’s toxic masculinity! It’s the residue of the 1960s! It’s the people who enabled it! The truth is that, on occasion—and this is one such occasion—we are forced to come face to face with the worst of what any of us could be. And no one explanation suffices save Hamlet’s: “Use every man after his desert, and who should ’scape whipping?” John Podhoretz
Exiling one mogul won’t bury this question: If people realize the system is exploitative and inhuman, will they still watch movies? For his misbehavior, film mogul Harvey Weinstein has been expelled from the Academy of Motion Picture Arts and Sciences. This is a pretty big deal, considering that director Roman Polanski, who pleaded guilty to rape charges involving a 13-year-old girl, is still a member. Hollywood has stood by Polanski for decades, even as other rape accusations surfaced. Whoopi Goldberg famously remarked eight years ago that his crime, in which he drugged and anally raped the girl, wasn’t “rape-rape.” Yet Hollywood has turned, with blinding speed, on Weinstein. He has been cast out in a way that previous Hollywood figures have not.  Why is this? I think it’s because Weinstein wasn’t as unusual as they’d like us to believe. I think it’s because Hollywood has figured out that the world is different now, and that the tame entertainment press and Hollywood publicists can’t control stories anymore. I think it’s because they hope that if they’re hard enough on Weinstein, the story will go away and the public won’t realize that he was part of an ecosystem of exploitation, part of business as usual, not a departure from it. They aren’t turning on Weinstein because they suddenly found out what he was like. They always knew. They’re turning on Weinstein because America found out what he was like, and they’re hoping to distract people before they draw the correct conclusion about what Hollywood in general is like. I don’t think it will work. Harvey Weinstein is a very large man, but he is not large enough to carry away all of Hollywood’s sins. (…) Hollywood is the way it is because the nature of the work — a lot of judgment calls, without much in the way of transparency or objective standards — means that people who want to abuse their power can do so. Having a mogul on your side, or sometimes even a talent agent or assistant producer, can make a career; having one of them mad at you can sink it. Weinstein seems to be an exceptionally unpleasant man, prone to bullying and abusing both men and women, in sexual and non-sexual ways. Even his sexual assaults seem more about humiliating his victims than about achieving straightforward sexual gratification. Weinstein’s actions seem more de Sade than Don Juan. But they were facilitated by scores or hundreds of accomplices: assistants, producers, actors and actresses, talent agents — kept under his influence with development deals and options and the like. And they did this because while Weinstein might have been an exceptional jerk, his behavior wasn’t so unusual for the industry. Hollywood folks hope you won’t draw that conclusion, but as further accusations involving other Hollywood figures come out, the conclusion will be hard to avoid. And that raises Hollywood’s biggest worry: Once people realize that the system that produces movies is exploitative and inhuman, will they still watch movies? Or are motion pictures the ”blood diamonds” of the entertainment world? As Ann Althouse wrote on her blog, “Because movies are shot through with human exploitation, we should withhold our patronage. These big expensive projects create immense power that is used to grind up young women, and we should not want to expose our mind to this material. If you need stories about human beings, read.”People reading instead of going to movies? That’s scarier to Hollywood than the worst of Harvey Weinstein’s deeds. No wonder they moved fast. Glenn Harlan Reynolds
Il n’a fallu que quelques jours aux puissants du cinéma américain pour mettre au ban le célèbre producteur, accusé de harcèlement sexuel et de viol. Est-ce pour mieux détourner l’attention de la vraie nature d’Hollywood ? Les transgressions du producteur Harvey Weinstein lui ont coûté sa place à l’Académie des Oscars. Ce n’est pas rien, quand on pense qu’elle compte encore parmi ses membres le réalisateur Roman Polanski, qui a plaidé coupable [de détournement de mineur] dans l’affaire du viol d’une adolescente de 13 ans. Alors même que d’autres accusations de viol ont fait surface, Hollywood soutient Polanski depuis des dizaines d’années. En 2009, Whoopi Goldberg a même déclaré à propos du crime – Polanski avait drogué et sodomisé la jeune fille – que ce n’était pas “vraiment” un viol. Pourtant, Hollywood s’est retourné contre Weinstein à une vitesse ahurissante. Il subit un ostracisme auquel ont échappé d’autres personnalités de son milieu. Pourquoi ? À mon avis, c’est parce que le cas de Weinstein n’est pas aussi inhabituel qu’on veut nous le laisser croire. Hollywood a dû comprendre que le monde avait changé et que les médias people et les attachés de presse dociles ne pouvaient plus étouffer ces histoires. De mon point de vue, ils espèrent qu’en se montrant intransigeants avec Weinstein l’affaire se dissipera. Ils veulent éviter que le grand public se rende compte que cet homme fait partie d’un système d’exploitation bien ancré et qu’il ne relève pas de l’exception. Ces individus n’ostracisent pas Weinstein parce qu’ils ont soudain découvert sa vraie nature. Ils l’ont toujours connue. Ils se retournent contre lui parce que le grand public a découvert sa vraie nature. Ils espèrent détourner l’attention de l’opinion avant qu’elle ne découvre le véritable visage d’Hollywood. À mon avis, cela ne fonctionnera pas. Harvey Weinstein est très fort, mais il ne l’est pas assez pour endosser tous les péchés d’Hollywood.“Combien de secteurs disposent d’un terme précis pour désigner l’échange de faveurs sexuelles contre un emploi ? interroge John Podhoretz. Est-ce un hasard si la pratique est tellement répandue dans le milieu du cinéma qu’elle a donné lieu à la locution ‘casting couch’, [un équivalent de notre ‘promotion canapé’] ? Dans combien de secteurs organise-t-on des réunions dans des chambres d’hôtel en dehors des heures de bureau ? Et lors de ces rendez-vous, dans combien de secteurs un patron dit-il à une jeune femme qu’elle ne doit pas hésiter à se dénuder devant lui, car l’emploi qu’elle brigue exigera d’elle qu’elle soit nue face à des millions de personnes ?” Le milieu hollywoodien est ce qu’il est car la nature du travail – les jugements personnels, peu de transparence, peu de normes objectives – permet à ceux qui le veulent d’abuser de leur position dominante. Avoir un magnat dans son camp, voire un agent ou un producteur adjoint, peut propulser une carrière – mais l’inverse est aussi vrai. Weinstein semble être un homme extrêmement désagréable, un habitué du harcèlement et des agressions à l’encontre des femmes comme des hommes, que ces actes soient sexuels ou non. (…) Mais ses comportements ont été facilités par des dizaines voire des centaines de complices : des assistants, des producteurs, des acteurs, des actrices et des agents qui sont restés sous son influence car ils en tiraient divers contrats et projets. Et tous l’ont fait car, bien que Weinstein soit peut-être un connard fini, ses agissements n’étaient pas exceptionnels dans le secteur. Les puissants d’Hollywood espèrent que vous ne tirerez pas cette conclusion, mais elle sera difficilement évitable face aux multiples accusations contre d’autres figures du cinéma américain. En découle la plus grande inquiétude du milieu : si les gens comprennent que le système qui produit des films est abusif, continueront-ils à en regarder ? Les films sont-ils les “diamants du sang” du monde du divertissement ? Glenn Harlan Reynolds
Aurais-je cédé à l’air du temps, et passé du côté de la délation et du déballage, moi qui, comme tant d’autres, ai pris mon clavier et tracé ces mots sur ma page Facebook, #MoiAussi, en donnant les âges auxquels ça m’est arrivé : 8, 24 et 35 ans. Faudrait-il trier le bon grain de l’ivraie, et séparer celles qui comme moi, ont utilisé le hashtag #MeToo, n’ont dénoncé personne et n’ont pas même exposé les faits, et celles qui ont choisi, au contraire, d’utiliser à plein la force humoristique de #balancetonporc, raconté sans détour ce qui leur était arrivé, et parfois même (très rarement, il faut le souligner) nommé celui qui les avait agressées ? Pour moi, la réponse est claire : entre la sobriété et la provocation, la retenue et le récit, c’est une simple question de style, peut-être d’âge ou de sensibilité – peu importe, au fond. Le fait important, c’est justement la rencontre évidente, amicale, solidaire de ces façons d’agir différentes. Ce que nous disons, ce que nous faisons en ce moment, est pour l’essentiel identique. Nous témoignons. Il n’y a pas moins de pudeur chez les unes que chez les autres, pas plus de vulgarité chez les autres que chez les unes. J’ai choisi #MoiAussi, mais plus j’y pense, plus j’apprécie le chic de #balancetonporc : pour toutes celles qui, parmi nous, ont reçu la vulgarité extrême au plus intime de leur corps, et qui en ont intériorisé la honte, y compris à leur esprit défendant, la respiration est plus libre depuis que ce remarquable retour à l’envoyeur a été balancé comme un direct du droit. Par le simple fait de dire que nous avons subi, nous faisons advenir quelque chose de neuf. La honte, peu à peu, change de camp. Nous sommes si nombreuses que c’en est impressionnant. Nous le savions déjà par nos discussions entre amies, mais quelque chose est absolument différent quand se dit au grand jour toute la gamme des choses subies, qui va des mots obscènes et des mains aux fesses aux agressions sexuelles, aux viols et aux menaces de mort. Ce qui change, depuis quelques jours, c’est justement que cette parole, longtemps privée, change de statut. Qu’elle devienne publique. Qu’elle soit posée là, dans l’espace commun, et qu’elle place chacune et chacun devant ses responsabilités. Prendre la mesure d’un héritage. Affronter la complexité du présent. Dessiner l’espoir du futur. Prendre la mesure d’un héritage. Aucune nostalgie du passé n’est décente. Car il y a toujours eu un envers sombre à la galanterie aristocratique célébrée depuis tant d’années par M. Finkielkraut. Cet envers se nommait la division des femmes en deux, celles qu’on respecte et celles qu’on méprise. Celles qu’on épouse et celles qu’on baise. Celles qui sont l’honneur de la famille et celles qui sont perdues de réputation. Ce grand partage n’était pas un accident, mais un véritable principe organisateur de la société, dans un monde fondé sur la complémentarité hiérarchique des sexes et qui désignait les femmes comme les responsables et les coupables de la sexualité des hommes. Séparation des femmes par classes. Quand le viol des « femmes de qualité » était férocement réprimé, le gibier à portée de main se nommait domestiques, lavandières, filles de ferme, employées, ouvrières, secrétaires. Séparation plus secrète des forts et des faibles dans le secret des familles, des institutions religieuses et des pensionnats, où l’on comprend que l’envers du décor, c’était le continent noir de la violence sexuelle sur certains des plus jeunes, des plus fragiles, petites filles mais aussi petits garçons. Division enfin des femmes par état matrimonial, dignes épouses et mères de familles d’un côté, filles perdues et filles-mères, catins et prostituées de l’autre. Ce principe de division a été dénoncé, et avec quel courage, par celles qui savent mieux que quiconque que naguère encore, leur métier les plaçait du côté de celles qu’on n’épouse pas. Nous ne devrons jamais oublier ce que nous devons aux actrices. Affronter la complexité du présent. Le point central, qui échappe manifestement à ceux qui s’indignent, est que dans ces témoignages, la volonté de faire tomber des têtes est très peu présente. Il ne s’agit pas principalement de traîner en justice, pas même de désigner des individus à la vindicte. Et, même si tout a démarré par l’affaire Weinstein, il faut savoir écouter au-delà. Réécouter, par exemple, le témoignage de Florence Darel à l’émission « Quotidien », exemplaire de dignité et de pudeur. Elle ne venait pas lyncher un homme déjà à terre, elle venait parce qu’une chaîne de solidarité se tisse anneau par anneau, et que seul le fait d’ajouter un témoignage personnel à un autre peut renverser le principe de l’omerta. Je redoute, bien sûr, que des injustices soient commises. Mais affronter ce risque ne peut pas être une raison de renoncer. Dessiner l’espoir du futur. J’ai entendu Laure Adler le dire magnifiquement un matin à la radio, mais aussi Anne Nivat à la télévision. Ce qui se passe aujourd’hui est une question de société, de culture, de civilisation. Pour celles qui parlent, c’est la fin d’une longue épreuve, dont on sent rétrospectivement à quel point elle était lourde. Mais en aucun cas ce qui domine n’est une plainte victimaire : c’est un geste de fierté, de foi en l’avenir et un pari sur l’intelligence collective. (…) Et c’est notre chance que cela ait été dit en premier par les actrices, ces incarnations de la séduction, dont nous admirons les silhouettes, dont nous aimons qu’elles montrent leurs jambes et leurs décolletés. Les comédiennes n’acceptent plus comme une fatalité de risquer les pelotages et les violences. Elles ne sont pas du gibier pour libidineux de petite ou de grande catégorie. Leurs témoignages sont comme ceux de milliers d’anonymes, et comme le mien aussi : l’appel à une nouvelle civilité sexuelle. Irène Théry
Où étaient ceux qui s’extasient lorsque des centaines de femmes étaient agressées sexuellement à Cologne ? Silence gêné. Où étaient-ils lorsque Libération publiait récemment une tribune appelant à ne pas dénoncer le harcèlement de rue au risque de faire des constats racistes ? Silence gêné. Où étaient-ils lorsque Marlène Schiappa niait tout simplement l’existence d’un harcèlement de rue à La Chapelle après la publication de témoignages très précis ? Où étaient-ils ensuite lorsque Caroline de Haas accusait finalement les trottoirs trop étroits plutôt que les hommes qui les occupent ? Silence gêné, encore et toujours. Qui peut honnêtement découvrir aujourd’hui qu’Hollywood est l’empire du vice et que le refus systématique de toute limite finit par produire des monstres ? Hollywood savait et le monde entier s’en doutait : comment s’étonner de l’absence de vertu dans un monde qui met un point d’honneur à la moquer, à repousser sans cesse les limites de la décence, à tourner tout sacré en ridicule, toute normalité en modèle dépassé, toute célébration de la fidélité en retour de l’ordre moral et qui qualifie de progressiste tout abandon des règles qui organisent l’humanité depuis la nuit des temps ? L’opulence, le refus de la contrainte et l’obsession d’une libération sexuelle toujours plus totale finissent par créer des “porcs”, quelle surprise…  Mais l’hypocrisie ne s’arrête pas là. Récemment, des dizaines de spécialistes étaient réunis à Rome pour un congrès international interdisciplinaire sur les dangers sexuels guettant des enfants hyperconnectés. Certains ont alors évoqué les conséquences désastreuses d’une exposition toujours plus précoce et fréquente à des films pornographiques et violents : modification du cerveau, délitement des liens affectifs ou tout simplement sociaux, corrélation entre violence et sexualité… Rares sont ceux qui ont relevé : quel crédit apporter à l’indignation des mondes médiatique et politique qui détournent ainsi le regard dans des domaines où ils pourraient agir concrètement ? Charlotte d’Ornellas
Ils n’ont rien dit pendant des années, se sont tus pendant des décennies par peur de perdre leur job. Ils, ce sont les hommes d’Hollywood qui retrouvent la mémoire depuis que le producteur le plus puissant de Hollywood, Harvey Weinstein, est accusé de viols et d’agressions sexuelles par de nombreuses actrices. Le réalisateur britannique Michael Caton-Jones a témoigné à son tour dans BuzzFeed. Le cinéaste devait diriger le film «B. Monkey» pour les studios Miramax. Il avait choisi Sophie Okonedo pour tenir le rôle principal féminin. Une actrice métisse britannique qui avait joué dans le film précédent du metteur en scène, «Le Chacal». Mais Harvey Weinstein ne voulait pas en entendre parler. «Harvey me dit : « penses-tu qu’elle est baisable ? »», décrit Michael Caton-Jones, qui lui répond qu’elle est «la meilleure actrice pour le rôle». Le désaccord pousse Harvey Weinstein à débarquer le récalcitrant du poste de réalisateur en l’annonçant dans le journal professionnel «Variety». Michael Caton-Jones va tenter de donner sa propre version des faits aux journalistes, mais ceux-ci ont préféré en rire. «B. Monkey» sera bien produit et mis en scène, par Michael Radford, avec l’actrice Asia Argento dans le rôle titre. Dans les colonnes du «New Yorker», la comédienne italienne accuse Harvey Weinstein de l’avoir violée en 1997… lors de la production de «B Monkey». «Comme j’avais ce film qui arrivait, je ne voulais pas me fâcher avec lui», expliquait-elle. Asia Argento était persuadée que le prédateur pouvait ruiner sa carrière si elle ne cédait pas à ses avances sexuelles. Ce que raconte Michael Caton-Jones prouve que tout un système était admis et su à Hollywood. Paris Match
 #Moiaussi, ou #metoo : c’est le hashtag qui fédère en ce moment les femmes dont la parole se libère enfin. Des femmes de tous âges, de toutes origines et de tous milieux sociaux témoignent avoir été victimes d’agressions sexuelles ou de harcèlement, de la part d’hommes de leur entourage ou d’inconnus. Chaque témoignage est glaçant, mais ce qui est pire que tout, c’est leur nombre, leur déferlement ininterrompu. Toutes les femmes, ou presque, ont connu cela. Le bâillon est tombé, et les récits pleuvent. Et j’ai l’espoir que ce soit le grand soir de la cause féministe, le séisme qui ébranlera enfin le vieux monde misogyne. La première agression, ou le « malentendu »J’ai treize ans. (…) le soir, nous nous retrouvons dans sa chambre. Sa mère est sortie. Nous sommes seuls. Que dire, si ce n’est que je ne contrôle plus rien ? Que les choses vont plus loin que ce que je voulais ? Je dis non, je lui dis « je préfèrerais garder mes vêtements », il réinsiste. (…) Il n’y a aucune violence, juste ma passivité, ma froideur pétrifiée qu’il ne comprend pas. Je n’ai pas hurlé « lâche-moi », j’ai juste attendu. Je crois qu’il ne sait même pas que je n’étais pas d’accord.  (…) La troisième agression (…) j’ai été agressée par un ancien ministre Ce n’est pas la « pire », mais celle qui m’a intellectuellement le plus ébranlée. Parce que les deux premières fois, je me disais que c’était peut-être ma faute. Je n’avais pas su dire non. Je n’avais qu’à prendre une veste. Mais cette fois-là, j’ai compris que ça pouvait arriver à n’importe quelle femme, dans n’importe quelle circonstance, que personne n’était à l’abri. Il faut que je vous détaille le contexte, pour que vous compreniez à quel point c’était inouï, à quel point cela révèle le sentiment d’impunité des prédateurs, et tout particulièrement, des prédateurs puissants. (…) Je repasse en boucle ce qui vient de se passer. Je suis fille d’un ministre en exercice, dans la rangée VIP d’un des lieux les plus huppés de la capitale, en pleine lumière. L’homme assis à côté de moi a occupé les plus hautes fonctions de l’Etat, est unanimement respecté, et accompagné de son épouse. Et il m’a agressée pendant tout un premier acte, malgré ma résistance vigoureuse. Je mesure soudain ce que cela signifie, et j’ai le vertige. Si cela m’arrive ici, maintenant, à moi, par lui, c’est que cela peut arriver à n’importe quelle femme, partout. Que personne n’est à l’abri. Ariane Fornia
Peu de voyageurs visitent Salvation mountain, si loin de tout, mais il y a un groupe de trois baroudeurs en survêtement douteux, deux jeunes et un vieux, qui me racontent être sur les routes depuis un an, et vouloir se poser quelques jours à Slab City. Ils me proposent un joint, une pipe de crack, ou de coucher avec l’un des trois (ou avec tous, c’est selon). Je décline avec ma politesse désormais habituelle et songe que si ça dégénère, j’irai me réfugier auprès du soldat de Jésus avec ses trois molosses. Mais ils acceptent mon refus avec une résignation gracieuse. Depuis que je suis seule en Californie, on m’a proposé toutes les drogues et tout le kamasutra. Je réponds non merci comme s’il s’agissait d’une tasse de thé. (…)  A mon retour au Joshua Tree Inn, je trouve près du feu de jardin deux couples qui étaient à la soirée karaoké, et qui me hèlent « eh Ziggy Stardust, viens t’asseoir avec nous » ! I Ils ont mon âge, l’âge où on a merdé sa vingtaine, ne sait pas trop où on en est de sa vie et part pour des virées dans le désert avant d’atteindre une trentaine sans gloire. On se dit qu’à nos âges, nos parents avaient des carrières, des plans de vie ambitieux, qu’ils étaient lancés. Nous avons fait des études passionnantes et sans issue et nous sommes des jeunes gens intelligents, cultivés et complètement inutiles à une société qui a de moins en moins besoin de main d’œuvre humaine. Nous ne croyons en rien, si ce n’est peut-être à l’amour. Ariane Fornia
Elles, ce qu’elles voulaient, c’était réussir (…) ou certainement faire un casting plus facilement parce qu’elles n’avaient pas fait d’études de cinéma. Mickaël Chemloul (ancien chauffeur français de Harvey Weinstein)
Je dois dire que j’ai été choquée par les faits les plus graves qui sont rapportés – à savoir que certaines d’entre elles accusent Harvey Weinstein de les avoir violées. Des facettes d’Harvey, j’en connais beaucoup, vu que j’ai travaillé avec lui à plusieurs reprises. Au tout début, quand je l’ai connu, il avait créé Miramax avec son frère et distribuait des films européens et étrangers importants aux Etats-Unis. C’est lui qui, par exemple, a fait connaître là-bas Krzysztof Kieslowski, Jane Campion, lui qui a distribué Les Amants du Pont-Neuf, de Leos Carax, sans toucher à son montage, contrairement à la réputation qui lui était faite. Il était, à cette époque, le seul distributeur américain que je connaissais qui avait un tel enthousiasme pour le cinéma d’auteur, le seul qui s’en donnait les moyens, car il y croyait. A l’époque, je ne me suis jamais sentie en danger avec lui, car je pense que j’étais déjà armée. La seule fois où j’ai entendu une insinuation sexuelle verbale de sa part, je ne l’ai pas prise au sérieux, j’ai répondu immédiatement par un revers de balle hors jeu. (…) Je me souviens qu’une actrice m’en a fait part un jour. (…) Comme toutes les filles, j’ai fait mes classes, j’ai appris à me détourner, à me rebeller, à m’insurger face à l’impunité masculine. Finalement, ces batailles-là m’ont permis de me positionner et souvent, la rage n’était pas loin. Ce sont des blessures, certes, mais c’est aussi une chance d’avoir pu me structurer rapidement par l’expérience de ces épreuves, qui ne sont évidemment pas souhaitables. Mais parfois, malheureusement, tout le monde n’a pas cette repartie, et certaines situations peuvent devenir beaucoup plus destructrices. Au cinéma, l’exercice du pouvoir est très particulier. Le producteur a un pouvoir, le metteur en scène a un pouvoir, l’acteur a un pouvoir. S’approcher de ces pouvoirs-là, c’est un peu comme des trous noirs dans l’espace, ils dégagent une énergie qu’il faut savoir décrypter, sentir, on peut tourner en orbite, mais gare à ne pas se laisser happer  Tout cela pour dire que quand j’ai travaillé avec Harvey Weinstein, je sentais qui j’avais en face. Le genre de type avec lequel je n’irai jamais m’amuser. J’ai déjeuné avec lui une fois en tête-à-tête dans sa suite, je n’ai pas senti de danger, mais je n’ai pas compris pourquoi il tenait à me voir. (…) Chaque situation est différente, ce serait dangereux de généraliser. Mais face à la corpulence d’Harvey, face à son énergie, sa voix, son débit, face aux mots qu’il utilise, à ses croyances, en s’approchant d’un tel pouvoir, il faut savoir où on met les pieds et éveiller son intelligence à ne pas se faire piéger. (…) C’est un homme que j’ai connu dans différentes situations. Une fois, je l’ai vu pleurer parce qu’il se sentait honteux, mais je l’ai vu aussi généreux, et également menteur. C’est un être complexe et tout aussi bizarrement attachant. Mais je savais aussi très bien quelle bête il y avait en lui. (…) Il y a peut-être des actrices qui sont plus influençables et moins préparées aux situations avec les gens de pouvoir, surtout quand on débute. Mais ce genre d’argument ne m’a jamais convaincu, peut-être parce que j’ai appris tôt à être responsable. Je n’ai jamais mis la parole de mon agent avant la mienne. J’écoute, mais je n’obéis pas. Sinon, c’est comme s’approcher d’un volcan. Si tu veux t’approcher du volcan, tu peux le faire, mais tu te brûleras, immanquablement. (…) Je précise que ça m’est arrivé de ne pas être prise dans des films parce que je n’avais pas répondu aux coups de genou sous la table, parce que je n’ai pas appelé le numéro de portable qu’on m’avait donné après avoir répété. J’ai raté quelques films comme ça. (…) C’est un métier dangereux. C’est pourquoi l’intuition est primordiale, ce n’est pas la tête qui doit opérer, c’est l’intuition. Et se poser les vraies questions qui authentifient votre parcours. (…) Le cinéma américain d’aujourd’hui est un cinéma du désir de puissance et de pouvoir, et, malheureusement, qui fait des petits un peu partout dans le monde. Le cinéma américain et son esprit dominent le monde. Juliette Binoche
I think working with actors is a little bit how a chef would work with a potato or a piece of meat. You have to kind of have a look at the potato or the piece of meat and see what kind of possibilities are in the ingredient. I know I’m using the wrong metaphor. I think my job is to see what potato is there and from there, just work under their conditions. I don’t think I have forced anybody. Bjork I may have forced here and there. For the good of the film, I just need to give them what they need. Lars von Trier
It was embarrassing and insulting—there were a lot of reasons why I didn’t want to tell the story. I didn’t want it to be taken advantage of, twisted, turned and made into an even uglier situation than it was. It wasn’t until years later that I told Donald the story. (…) He is absolutely true and honest in this book. Tippi Hedren
People have said, ‘Was he in love with you?’ No, he wasn’t. When you love someone, you treat them well. I think he was an extremely sad character. We are dealing with a brain here that was an unusual genius, and evil, and deviant, almost to the point of dangerous, because of the effect that he could have on people that were totally unsuspecting. It was horrifying. A horrible situation in which to be. There were women who would have gone along with it, but I wasn’t one of those. Actually viewing the film, I have to say that when I first heard [actor Toby Jones’s] voice as Alfred Hitchcock, my body just froze. I had not talked about this issue with Alfred Hitchcock to anyone. Because all those years ago, it was still the studio kind of situation. Studios were the power. And I was at the end of that, and there was absolutely nothing I could do legally whatsoever. There were no laws about this kind of a situation. If this had happened today, I would be a very rich woman.”He ruined my career but he didn’t ruin my life. If this had happened today I would be a very rich woman. Tippi Hedren
He was a misogynist. That man was physically so unattractive. I think to have a mind that thought of himself as an attractive, romantic man and then to wake up in the morning and look at that face and that body was tough. I think he had a whole lot of problems. (…) Well, I don’t know that I’ve gotten any revenge on him. Maybe this movie is a bit. But I’m not the first one this happened to. Other actresses never made any overt statements about it. What he did with his life is astounding. There is no one in this world that did films like he did. Nobody. (…) I have a strong Lutheran background, and my parents instilled in me strong morals. This was something I could never have done. I was not interested in him that way at all. I was fortunate enough to work with him, and as far as I was concerned, he ruined everything. (…) I said, I’ve got to get out of the contract. He said, I’ll ruin your career. And he did. He wouldn’t let me out of the contract. I’d be a really big star if he hadn’t stopped my career. There were so many people who wanted me for their films. All he said was, “She isn’t available.” That’s a mean, mean man. (…) That couple was an enigma to all of Hollywood. At one point, she came to me during “Marnie” and said, “I’m so sorry you have to go through all of this,” and I looked at her and said, “Alma, you could stop it.” Her eyes just glazed over, and she turned and left. (…) He ruined my career, but he didn’t ruin my life. That time of my life was over. I still admire the man for who he was. Teppi Hedren
In an hour and a half, there wasn’t enough time. There were times when it was absolutely delightful and wonderful. Hitchcock had a charm about him. He was very funny at times. He was incredibly brilliant in his field. I learned so much from that man about motion pictures, and how you make a motion picture. So there are things that weren’t able to be in the film to say, ‘Why would she stick around for all of this?’ It wasn’t a constant barrage of harassment. If it had been constantly the way we have had to do it in this film, I would have been long gone. (…) I hadn’t had any acting experience, except in commercials. To break down a script, to delve into how you become another character, the relationship of different characters in the film, was something that I didn’t know how to do. And to have as brilliant a genius as Alfred Hitchcock as my drama coach . . . It was something that I had never experienced before. I don’t know what to call it. I certainly gave no indication that I would ever be interested in any kind of a relationship with him. People have said, ‘Was he in love with you?’ No, he wasn’t. When you love someone, you treat them well. I think we’re dealing with a mind here that is incomprehensible, and I certainly am not capable of discerning what was going through his mind or why. I think he was an extremely sad character. As I said, we are dealing with a brain here that is unusual, genius, and evil, deviant almost to the point of dangerous because of the effect that he can have on people that are totally unsuspecting. (…) As far as seeing (The Girl), I was apprehensive. I have to say that when I first heard Toby’s voice as Alfred Hitchcock, my body just froze. It was hard to go through all of those years that had been eclipsed into an hour and a half. (…) I hope that young women who do see this film know that they do not have to acquiesce to anything that they do not feel is morally right, or that they are dissatisfied with, or simply wanting to get out of that situation, that you can have a strength, and you deserve it. (…) There was absolutely nothing I could do legally, whatsoever. There were no laws about this kind of a situation. If this had happened today, I would be a very rich woman. But I can look at myself in the mirror, and I can be proud. I feel strong. I lived through it beautifully. He ruined my career, but he didn’t ruin my life. Tippi Hedren
Cohn said to me, ‘I don’t think this is going to be a good movie, but Alfred Hitchcock’s a good director, so I’ll let you do it.’ I was happy to get away from Columbia for a while, because he was such a tyrant. (…) I didn’t find him controlling whatsoever. I found him a joy. (…) on how to interpret the character, he gave us complete freedom and trust. (…) I feel bad about all the stuff people are saying about him now, that he was a weird character. I did not find him to be weird at all. I never saw him make a pass at anybody or act strange to anybody. And wouldn’t you think if he was that way, I would’ve seen it or at least seen him with somebody? I think it’s unfortunate when someone’s no longer around and can’t defend themselves. Kim Novak
Alfred Hitchcock was a brilliant and wildly successful filmmaker but he also used his power for terrible things, according to actress Tippi Hedren and the new HBO film, The Girl. Hitchcock sexually harassed Tippi, one of his supposedly favorite actresses (she starred in two of his films) for years. The new film, starring Sienna Miller, shows this disturbing relationship between the famous actress and director. The film will hopefully show women how lucky they are today in terms of laws prohibiting sexual harassment and may act as a wake up call to others. The acknowledgement of sexual harassment is barely 40 years old. The first historical use of the term wasn’t until 1973 when MIT reports first addressed the gender issue and specific procedures were instated as ways to both protecting the victims and handling it. Tippi began working with Alfred in the early 1960s. (…) The Girl is based on the book Spellbound by Beauty,” by Donald Spoto. Screenwriter Gwyneth Hughes interviewed several people familiar with the Hitchcock-Hedren dynamic, including costume supervisor Rita Riggs, actress Diane Baker, and Hitchcock’s first assistant director Jim Brown. The film shows Hitchcock aggressively forcing a kiss on Hedren in the back seat of a car during the filming of The Birds, and later demanding that she “make yourself available to me sexually.” The film also suggests that Hitchcock punished her for rejecting his advances. (…) In one scene, he sends a prop bird crashing through phone booth glass without warning her. Another sequence shows him forcing her to work with live birds for five days for the film’s attic scene. Hedren suffered multiple cuts, including to her face, in both cases, according to the film. (…) But The Birds launched Tippi’s career as an actress and the “It Girl” of the moment. However, it didn’t last long. After she finished shooting Marnie with Hitchcock in 1963, she wanted to get out of her contract with Hitchcock but he wouldn’t let her. Back then there were no laws to protect her. He threatened her and said he would ruin her career, and according to Hedren he did. He told directors like Francis Truffaut that she wasn’t available for work. Her career did stall after those two very successful films. Hedren believes she is one of many actresses harassed by the cinematic legend. After Psycho, she said, actress Vera Miles refused to ever work with the director again. Hedren also said Suzanne Pleshette told her during The Birds filming, “It isn’t always like this.” But on the bright side, Sienna Miller thinks a lot has changed for women in film today. (…) But have things really improved for women? New research shows that women are starting to let sexual harassment roll off their back, or at the very least don’t let it affect them as much as men do. Men who are exposed to sexual harassment are more likely to find jokes and inappropriate touching “distressing,” while women just find it “bothersome.” Researcher Isis Settles, an associate professor of psychology at Michigan state says that the finding “suggests that sexual harassment is such a widespread problem that women have figured out ways to deal with it so it doesn’t interfere with their psychological well-being. The Grindstone
It’s no secret to those who take an interest in Hitchcock film lore that his leading ladies didn’t always think very highly of him; rumors have churned for years that he was mentally abusive to those who refused his advances and took his frustrations out the only way he could: by punishing the beautiful stars of his movies with extra-long hours on set and cruel stunts. And while some directors show tough love to their actors in order to get the very best performance out of them–I’m talking to you, Stanley Kubrick–actress Tippi Hedren insists that Hitchcock was deliberately evil to her and anyone else who went against him. Now, Hedren–who starred in « The Birds » and is also Melanie Griffith’s mother–is speaking out about the odd practices of the iconic director against the backdrop of a newly-finished HBO movie, « The Girl », which tells the behind-the-scenes stories of some of his most famous films. (…) Although she says there were good times in those days–such as being under his tutelage–sometimes the bad outweighed the good, especially when he used his long arm of influence to keep her from getting another job once she refused to work with him after their second film together. Back then, women had about as many rights in Hollywood as they did anywhere else; which is to say, not many. Webpronews
She was once his muse but when young Tippi Hedren refused legendary director Alfred Hitchcock’s sexual advances he ruined her career. Veteran actress Hedren, 82, says she would have been a rich woman if sexual harassment laws existed in 1963 when ‘The Birds’ was filmed. Her comments came as production of a television drama about her relationship with the ‘Psycho’ director is wrapping up. She claims he ruined her career when she refused to bow to his advances, but said he failed ruin her life. (…) Tippi Hedren spoke about the rampant sexual harassment as she joined the cast of ‘The Girl’, a collaboration between BBC and American network HBO which looks into the relationship she had with Hitchcock while making ‘The Birds’. At the time of filming Tippi, born Natalie Kay Hedren, was 34 years old, more than 30 years younger than Hitchcock, and engaged to be married to her second husband. The knowledge of this this did not stop his advances, something which becomes clear in ‘The Girl’. The film, based on the book ‘Spellbound by Beauty’ by Donald Spoto, portrays the director as a predator who demands sexual favours of his leading lady. (…) In one scene Hitchcock aggressively forces a kiss on Hedren in the back seat of a car during the filming and later orders her to make herself ‘available sexually’. The film also suggests that Hitchcock punished her for rejecting his advances. In one scene, the director sends a prop bird crashing through phone booth glass without warning Tippi. Another sequence shows her forcing her to work with live birds for five days for the film’s attic scene. Hedren had been told mechanical birds would be used, only to find live birds were let loose – again with no prior warning. Hedren, now aged 82, said there were times of delight working for Hitchcock while filming ‘The Birds’ and her only other film for him, ‘Marnie’. But once she rejected his advances, and refused to make another film with him, he effectively ended her career by stopping her working for two years. (…) He signed her to a personal contract which he upheld when she refused to work for him. For two years she sat a home unable to work despite offers from other Hollywood studios. While she was able to resume her career she never became a major star although she went on to make 50 films and has had guest appearances on TV shows including CSI: Crime Scene Investigators. The Daily Mail
Il était nécessaire que tout le début soit volontairement un peu long, tout ce qui concerne le vol de l’argent et la fuite de Janet Leigh, afin d’aiguiller le public sur la question : est-ce que la fille se fera prendre ou non ? […] On tourne et on retourne le public, on le maintient aussi loin que possible de ce qui va réellement se dérouler. Je vous parie tout ce que vous voudrez que dans une production ordinaire, on aurait donné à Janet Leigh l’autre rôle, celui de la soeur qui enquête, car il n’est pas d’usage de tuer la vedette au premier tiers du film. Moi, j’ai fait exprès de tuer la star, car ainsi le meurtre était encore plus inattendu. Alfred Hitchcock
La construction de ce film est très intéressante, et c’est mon expérience la plus passionnante de jeu avec le public. Avec Psycho, je faisais de la direction de spectateurs…  Alfred Hitchcock
Le film est sorti dans l’atmosphère de conformité sombre et étouffante des années 1950. […] Le couteau de Norman Bates était la force primale venue déchirer la tiédeur répressive des années 1950, aussi sûrement qu’Elvis. Owen Gleiberman (Entertainment Weekly)
It was actually the first time in the history of movies that it wasn’t safe to be in the movie theatre, and when I walked out into Times Square at noon I felt I had been raped. Peter Bogdanovich
Les femmes occupaient le haut de l’affiche au cours des années 1920 et 1930. Cela s’est évaporé au cours des années 1940, ce qui nous a menés aux années 1950 où les femmes étaient reléguées au second plan. Et c’est ce que le cinéma fait, au fond : il tue les femmes. Peter Bogdanovich
Hitchcock s’est battu pour tourner ce meurtre séparément du reste du film, ce qui veut dire d’une certaine manière que dorénavant, le meurtre allait devenir un élément acceptable au sein d’un divertissement. Il y avait déjà de la violence dans le cinéma américain, mais rien ressemblant à Psycho ; rien d’aussi intime, rien d’aussi soigneusement conçu, rien d’aussi sans remords. Bret Easton Ellis
C’est, je crois, la première expression moderne du corps féminin agressé. Et à certains égards c’en est l’expression la plus pure, parce que c’est dévastateur. Karyn Kusama
Hitchcock considérait le monde comme une machine morale très imparfaite. Il avait ce sens presque biblique de la fatalité et du châtiment qui s’abat sur ceux qui s’adonnent au péché avec désinvolture. Guillermo del Toro
Director Karyn Kusama describes the shower scene as “the first expression of the female body under assault.” (…) and the rest of “78/52”  offers piercing insight into “Psycho’s” extraordinary firstness. Before “Psycho,” horror was something out there (a monster, a haunted house, a force of otherworldly power coming at you). The film’s spectacular joke is that it played with all that 19th-century horror imagery (the Victorian house on the hill, the demon at large), only the monster was now us. It was in our heads. Death could arrive instantly, anywhere, even in the bathroom, with blood spilling into the water like inky raindrops and your soul spiraling down the drain. Hitchcock (…) took a leap into the pitch-black void, doing his own variation on Clouzot’s “Diabolique” (1955), another slimy nightmare about a corpse that won’t stay dead. (…) Then, of course, there’s the hole he peers through in the wall: The analysis presented of the painting he removes is a testament to how Hitchcock draped each scene with hidden symbolic layers — more than anyone could take in. (No one even mentions that almost every line in the first 40 minutes of “Psycho” can be read as a double entendre; that’s what gives the film its subliminal “dirty” dread.) (…) The scene lasts less than one minute but took seven days to film. These were clearly 45 seconds that shook the world. Philippe’s many interviewees (including film directors Peter Bogdanovich and Guillermo Del Toro, and Leigh’s daughter Jamie Lee Curtis) make a very good case that if you want to understand attitudes to sex, mothers and politics in early 1960s America, this is the only place to begin. Hitchcock’s decision to kill off a major Hollywood star a third of the way through a film in which she is seemingly the lead character was startling enough. It’s the manner of the death – the queasy, voyeuristic intensity of the scene – that still takes you by surprise, however many times you watch it. (…) There’s an interview with Leigh’s body double, Marli Renfro, who talks in very matter-of-fact way about how she was looked over by Hitchcock and Leigh and then given the job. However, close to 60 years after the film was made, many are still clearly startled by its raw power. The Independent
Il ferma la chambre à clef et après l’avoir fermée il me jeta sur le bord du lit en me frappant sur la poitrine avec une main, me mit un genou entre les cuisses pour que je ne puisse pas les serrer et me releva les vêtements, qu’il eut beaucoup de mal à m’enlever, me mit une main à la gorge et un mouchoir dans la bouche pour que je ne crie pas et il me lâcha les mains qu’il me tenait avant avec l’autre main, ayant d’abord mis les deux genoux entre mes jambes et appuyant son membre sur mon sexe il commença à pousser et le mit dedans, je lui griffai le visage et lui tirai les cheveux et avant qu’il le mette encore dedans je lui écrasai le membre en lui arrachant un morceau de chair. Artemisia Gentileschi
Loin de l’élégante douceur serpentine de Raphaël, la figure de Suzanne expose son malheureux corps à l’avidité des  regards. De fait,  notre héroïne est une femme désirable avec cette chevelure ondulée et dénouée, ces courbes toutes de rondeurs épanouies  jusqu’à ces plis encadrant l’abdomen qui soulignent la suavité des chairs. Alors que Lorenzo Lotto (1) avait choisi la représentation d’un modèle archaïque (femme au fond peu voluptueuse parce que réduite à la thématique symbolique), et qu’Alessandro Allori nous montrait sans guère de retenue la concrétisation d’évidents fantasme nés du récit (2, fig.3), Gentileschi   associe les données : tout en peignant le traumatisme d’une femme harcelée dans sa féminité, elle assume pleinement  l’érotisme inhérent au personnage. Le mouvement de ses bras indique non seulement  qu’elle a renoncé à préserver ce qui lui reste de pudeur mais aussi qu’elle cherche  à ne pas entendre les chuchotements sinistres de ses agresseurs. Ainsi, toute la partie centrale qui décrit le  corps comme objet de convoitise  nous renvoie à la séquence supérieure qui énonce l’esprit, tourmenté par cette parole annonciatrice de l’acte. (…) Harcèlement, violence, lâcheté, loi du silence : ce sont bien les termes du viol que l’on retrouve ici et ils résonnent avec des accents prémonitoires car, lorsqu’elle peint Suzanne et les vieillards  dans l’atelier romain de son père Orazio,  Artemisia Gentileschi  alors âgée de dix-sept ans, n’a pas encore été la proie des  outrages  d’Agostino Tassi et du lamentable procès qui suivit. Les actes qui nous sont parvenus témoignent de l’humiliante et sordide procédure qui devait prouver son statut de victime. Eternelle histoire  du sexe faible, coupable de l’innocence. Depuis, et c’est justice, cette figure est progressivement devenue une icône de la sensibilité féministe, et certains observateurs n’ont d’ailleurs pas toujours su éviter une lecture trop littérale de son œuvre en mettant en exergue la fréquence du thème vengeur de Judith tranchant la tête d’Holopherne. Delapeinture
Few artistic themes have offered so satisfying an opportunity for legitimized voyeurism as Susanna and the Elders. The subject was taken up with relish by artists from the sixteenth through the eighteenth centuries as an opportunity to display the female nude…with the added advantage that the nude’s erotic appeal could be heightened by the presence of two lecherous old men, whose inclusion was both iconographically justified and pornographically effective. Mary Garrard
The story is overdetermined as a Hitchcock motif, containing, as it does, so many of his signature themes. There is a long tradition in Western visual art of reading this biblical narrative as a rape scene, and this painting joins the number of classical rape paintings that adorn the back wall of Norman’s office, all of which signal the history of anti-woman violence, and that this hideous history is being made in the present. David Greven
We know from the subsequent actions that his vision has excited not only his lust but also his guilt and impulse toward punishment, triggering the murder of Marion, punishing her for a sexual titillation entirely due to Norman’s own voyeurism (like the plot of the Elders against Susanna). Thus guilt and violence of the sort depicted in the painting serve as a screen to block and transform the image of desire, a visual filter that darkens and perverts the sexual impulse. Gunning
In the original 1960 trailer for Psycho, Alfred Hitchcock notifies us that the parlor of the Bates Motel was Norman Bates’ (Anthony Perkins) « favorite spot, » then suggests that we visit the parlor with him. Once there, he points to a painting on the wall and says « This picture has great significance, because… » before lowering his eyes and changing the subject, leaving his audience to wonder what, if any, the great significance may be. The image is a copy of the 1731 painting Susanna and the Elders by Willem van Mieris (…), and the placement of the object itself is significant to the narrative of Psycho since it covers the hole through which Norman spies on Marion Crane (Janet Leigh). At the same time, the story of Susanna and its depictions in art have intertextual ramifications that extend in many directions, connecting this painting, and the other paintings in the parlor, with the characters and events in the film. For centuries, paintings of Susanna and the Elders have subtly played on the sympathies of viewers, inducing them to identify both with Susanna and with the Elders. By placing this painting so prominently in this scene, Psycho picks up this complicated identification of the spectator as it manipulates its own audience into identifying with both Norman and Marion. In the paintings and in the film, viewers find themselves identifying with both victim and perpetrator in acts of gendered violence.  (…) Thwarted rape is, in fact, the central event of the Susanna story, though it has often been euphemized as an « attempted seduction, » and many painters preferred to depict a moment of voyeurism rather than a physical attack. (…) The numerous versions of Susanna painted in Europe in the sixteenth and seventeenth centuries can be divided into two basic categories: those in which the elders spy on Susanna as she is unaware of their presence, and those that depict some moment after the elders have approached her. Those in the latter category can then be arranged along a scale of degrees of violence: there are many in which the elders are merely talking to Susanna as she listens, others in which they are rushing toward her and reaching out for her, and still others in which they are grabbing at her, pulling away her clothing and assaulting her quite forcefully. The Susanna painting on Norman’s wall would occupy a position toward the more violent end of this spectrum, serving as a subtle warning to the audience that Norman’s voyeurism will have a violent end (…) The violence in Norman’s Susanna prefigures his impending violence against Marion, while Susanna’s nudity prefigures Marion’s own. (…) The paintings in the parlor scene in Psycho reconnect Venus and Susanna, positioning Marion Crane as the third vertex in a triangle. Like Venus, Marion holds her arm diagonally across her chest; like Susanna, Marion is spied on and then attacked as she washes herself. Like both, she is desirable, which the psychiatrist at the end gives as the explanation for the crime perpetrated against her. In European paintings of the early modern period, both Venus and Susanna are almost always depicted as blondes, which underlines their visual symmetry to Marion and many other Hitchcock heroines/victims. (…) The Bible is ambiguous as to whether or not there was any physical contact between the elders and Susanna before she cried for help, thwarting any attempt they may have made to rape her by force rather than by coercion. There is no ambiguity, however, about the fact that they carry out the threat they made to her, accusing her of adultery and testifying to it at her trial, willing to see her executed for this imaginary crime once she had spurned their advances. Marion has refused Norman’s request that she remain in the parlor « just a little while longer, just for talk, » and a moment later he spies on her and then, like the elders, unleashes violence against her. Psycho echoes both the voyeurism and the misogynistic violence referred to in the Susanna story, but Norman’s use of it as the screen that hides his peephole makes the voyeurism connection especially sly, as Tom Gunning points out: « The congruence between the painting’s subject and the use Norman Bates puts it is so exact that it strikes one as a Hitchcockian joke » (…) The Bible plainly states that Susanna’s beauty is the cause of the elders’ crime: « Every day the two elders used to see her, going in and walking about, and they began to lust for her. They suppressed their consciences and turned away their eyes from looking to Heaven or remembering their duty to administer justice » (…). This scene in Psycho tells a similar story, using the Susanna painting as a metonymy: Marion is beautiful, Norman wishes to see more of her, so he peers illicitly through the wall; as a result, he is so inflamed with desire that he acts recklessly and violently against the woman he desires. As Gunning observes, the art serves both to hide the act of voyeurism and to twist it into something more sinister. That a work of art could inspire and motivate a man’s desire is an idea with a long history. Lynda Nead summarizes several accounts of men lusting after art: There are a number of myths, which are frequently recirculated, concerning the stimulating effects on male viewers of nude female statues and paintings. In his Natural History Pliny describes an assault on Praxiteles’ statue of Aphrodite of Cnidos. It seems that a young man had become so infatuated with the statue that he hid himself one night in the shrine and masturbated on the statue…In another permutation of this fantasy of male arousal there is the case from sixteenth-century Italy, of Aretino, who so admired the exceptional realism of a painted nude Venus by Sansorino that he claimed « it will fill the thoughts of all who look at it with lust. » Over two centuries later, there is the example of the bibliophile Henry George Quin, who crept into the Uffizi in Florence when no one was there, in order to admire the Medici Venus and who confessed to having « fervently kissed several parts of her divine body. » (…) as the Susanna paintings in the parlor have warned us, the prying eyes of men will seek out beautiful women wherever they go — they do not really have any safe and private spaces. Hitchcock pulls the entire audience into this sense of insecurity, thrusting them into a vulnerability parallel to Marion’s at the same moment that he leaves them no choice but to now identify with Norman. (…) In the novel by Robert Bloch on which Psycho is based, the character of Marion is named Mary, and her death happens in one sentence. Toles examines how Hitchcock’s film adaptation gives this event center stage: « Is Marion’s shabby, useless death a proper occasion for a virtuoso set piece? Surely an abbreviated, less conspicuously artful presentation would honor the victim more, if the meaning(in human terms) of what transpired figured at all in the artist’s calculations » (128). Even if Psycho has no moral as such, a young woman’s sudden death still means something, and the film distracts us from this by showing us a dazzling work of art. (…) In a similar way, Tintoretto’s breathtaking Susanna draws us in with its luminosity and makes us forget what the story was about. As Garrard observes: « Even when a painter attempted to convey some rhetorical distress on Susanna’s part… he was apt to offset it with a graceful pose whose chief effect was the display of a beautiful nude » (…). Garrard argues that the pleasure agenda of the male artists and their male patrons overwhelmed the meaning of the Susanna story, and the female painter Artemisia Gentileschi was the only one to identify with Susanna rather than the elders. (…) Much as Hitchcock elected to cast the charming, handsome young Perkins as Norman, Renaissance painters tended to paint the elders as venerable old men, who seem fairly respectable even as they perpetrate their crime against Susanna. Tintoretto’s elders bear a strong resemblance to St. Peter and other esteemed older religious figures who appear in his other canvases. Just as the viewer’s shared voyeurism with them made the painting more alluring and the elders more relatable, the elders’ appearance as nice, grandfatherly figures makes it difficult to judge them too harshly. In van Mieris’ painting, the elders are temporarily disfigured by wanton expressions, and their postures are more openly transgressive than they are in many other Susanna canvases. But the painting’s presence in the film carries with it all of the cultural freight of its history, and these ramifications remain on the screen as a result. The audience’s identification with Norman parallels the earlier identification viewers had with the Elders. Even if the viewer’s sympathies are split between the male violator and the female victim, these two stories form a part of the larger tradition of the perpetrators of violence against women being seen as somewhat sympathetic. (…)  Whether or not the full cultural impact of the Susanna story was familiar to the audience or the filmmakers of Psycho, it makes the film that much richer and more complex. As Wood writes: « [Hitchcock] himself — if his interviews are to be trusted — has not really faced up to what he was doing when he made the film. This, needless to say, must not affect one’s estimate of the film itself…Hitchcock (again, if his interviews are to be trusted) is a much greater artist than he knows » (…). Again, Hitchcock cast Anthony Perkins to make it that much easier — and more perilous — for the viewer to sympathize with Norman, as well as with Marion. This dual identification with both the victim and the perpetrator is emphasized by the Susanna paintings, linking Norman to the elders, which in turn links him to an expansive artistic and literary tradition that extends across many centuries and cultures. Hitchcock may not have known the full extent of the multilayered connections he was making by including these images, yet they hang on the walls of the Bates Motel, indicating that Norman’s crime is a new manifestation of a much older story. Katrina Powers

Attention: une histoire peut en cacher une autre !

A l’heure où entre libération salutaire de la parole et risque de basculement dans la vengeance purificatrice et souvent sélective

L’actualité des dernières semaines nous fait (re)découvrir révélation après révélation …

Le secret de polichinelle du sexisme de cette industrie incroyable où les entretiens d’embauche peuvent se faire après les heures de bureau et dans les chambres d’hôtel …

Mais en fait loupe grossissante de tous ces lieux où s’accumulent des pouvoirs désormais mondialisés …

Pendant que nos gouvernants et leurs amis prônant alors la pédophilie n’ont rien d’autre à faire que de nous préparer une énième commémoration d’un mai 68 dont c’est en bonne partie l’héritage …

Comment – hasard du calendrier ? – ne pas être surpris …

Par cet incroyable panagérique – un documentaire de 90 mn sur Arte hier soir – à la gloire de la fameuse scène de la douche de l’oeuvre maitressse d’Alfred Hitchcock …

Qui à l’aide de fascinantes interviews de réalisateurs et techniciens dissèque une scène qui prit 78 plans et 52 plans de coupe d’où le titre du film – et une semaine à réaliser …

Mais fait quasiment l’impasse sur la réputation sulfureuse du maitre du suspense …

Et notamment sa tumultueuse relation pourtant explicitement rappelée par un téléfilm de HBO il y a cinq ans …

Evec une Tippi Hedren dont il était obsédé et dont suite au refus de ses avances il ruinera la carrière ?

Et comment ne pas y voir …

Entre l’ancienne playmate et doublure de la scène en question qui raconte tranquillement comment pour obtenir le poste elle a dû se déshabiller devant Hitchcock et ses collaborateurs …

Le célèbre réalisateur et historien du cinéma Peter Boganovitch qui dit s’être senti violer à la première projection mais se félicite d’un « cinéma tueur de femmes » …

Ou le romancier Bret Easton Ellis qui y salue l’accession du meurtre au statut de spectacle respectable …

Et la cinéaste qui y voit « la première et la plus pure expression moderne du corps féminin agressé » …

Et avant la scène dite « culte » où la promesse affriolante d’une douche purificatrice suite à sa décision de rendre l’argent volé …

Se transforme sous nos yeux à la fois terrifiés et titillés face à la vulnérabilité totale de sa nudité …

En la plus terrifiante des punitions pour une femme doublement voleuse (d’argent et de mari) …

La « manifestation nouvelle », comme le rappelle l’universitaire américaine Katrina Power, « d’une histoire bien plus ancienne » …

A savoir derrière la référence qui y est faite (y compris explicitement par Hitchcock lui-même dans l’une des bandes-annonces) à l’un des tableaux qui décore le salon du héros criminel …

Celle de l’épisode biblique (mais non retenu par la tradition hébraïque ou protestante) de Suzanne et de ses vieillards concupiscents prêts pour avoir refusé leurs avances à la faire condamner à mort …

Qui, après des générations entières de peintres et à l’instar d’Hitchcock et de son héros criminel comme de leurs innombrables émules, a servi à dissimuler et justifier tant de voyeurisme et de mysogynie …

Mais cette fois à la dimension proprement exponentielle et planétaire de l’accumulation de pouvoir et de capital que permettent désormais la mondialisation et le dispositif tant filmique que médiatique …

(ce n’est plus avec le juge du coin mais avec potentiellement la planète entière des spectateurs que nos hypermimétiques Bill Gates du sexe peuvent désormais ravir leurs femmes-trophées)

Exception faite toutefois de l’oeuvre de la seule femme à avoir peint la scène …

A savoir la célèbre peintre caravagiste et première peintre femme à part entière Artemisia Gentileschi

Qui, dès 1610 et à dix-sept ans à peine mais apparemment déjà consciente de l’expérience qui allait plus tard être la sienne d’un viol (par un ami de son père) et d’un procès humiliant, en tira sa première et magistrale oeuvre…

Et  contre les facilités lascives des autres peintres fut la seule à avoir saisi et représenté …

Harcèlement, violence, lâcheté et loi du silence compris, toute la vérité proprement criminelle de cette tentative de viol ?

Marion, Venus, and Susanna in the Mirror:
The Paintings in the Parlor of The Bates Motel

Americana: The Journal of American Popular Culture (1900-present), Fall 2016, Volume 15, Issue 2
Katrina Powers
University of Chicago

In the original 1960 trailer for Psycho, Alfred Hitchcock notifies us that the parlor of the Bates Motel was Norman Bates’ (Anthony Perkins) « favorite spot, » then suggests that we visit the parlor with him. Once there, he points to a painting on the wall and says « This picture has great significance, because… » before lowering his eyes and changing the subject, leaving his audience to wonder what, if any, the great significance may be. The image is a copy of the 1731 painting Susanna and the Elders by Willem van Mieris (see Figure 1), and the placement of the object itself is significant to the narrative of Psycho since it covers the hole through which Norman spies on Marion Crane (Janet Leigh). At the same time, the story of Susanna and its depictions in art have intertextual ramifications that extend in many directions, connecting this painting, and the other paintings in the parlor, with the characters and events in the film. For centuries, paintings of Susanna and the Elders have subtly played on the sympathies of viewers, inducing them to identify both with Susanna and with the Elders. By placing this painting so prominently in this scene, Psychopicks up this complicated identification of the spectator as it manipulates its own audience into identifying with both Norman and Marion. In the paintings and in the film, viewers find themselves identifying with both victim and perpetrator in acts of gendered violence.

After Marion arrives at the Bates Motel, Norman brings her some sandwiches and milk then invites her into the parlor behind the motel’s office. Norman steps into the dimly lit parlor carrying the tray, which he sets down before switching on a lamp. In the doorway, Marion casts mildly surprised glances at the stuffed birds mounted high on the walls. The paintings in the parlor do not capture her or the camera’s prolonged attention, but they remain in the background in this scene and others. While Norman and Marion are talking, the camera cuts from him to her and back, never showing both of them in the same frame. Behind Norman, we see an owl perched menacingly in the corner. Beneath the owl and somewhat overshadowed by it hangs a small framed painting, which we never see close up and which has received much less critical attention than the Susanna painting has (see Figure 1). William Rothman does not attempt to identify this painting, but observes that « the nude in the painting on the wall is Marion’s stand-in in this frame [which] will be confirmed when Marion strikes that figure’s exact pose » (283). After she has finished eating, Marion holds her left arm diagonally across her chest, as we can see the woman in the painting is doing. While Rothman notes this figure’s pose but does not offer any interpretation of it, Neil Hurley sees the woman’s crossed arm as a pudicagesture: « On the wall is a picture of a nude woman modestly wrapping her arms around her body in a protective gesture; Marion is seen with one arm similarly gripping her other arm in a subconscious posture of self-defense » (240). Marion may be feeling defensive, but the woman in the picture is making this gesture for other reasons.

The picture behind Norman, next to the Susanna, is a copy of Titian’s Venus with aMirror, now in the National Gallery in Washington, D.C. (see Figure 2). In Titian’s painting, Cupid holds up a mirror as Venus poses, smiling with satisfaction at her reflection. Another Cupid figure reaches out to Venus from behind the mirror to lay a crown of flowers on her head. Venus is wrapped in a sumptuous red velvet cape bordered with fur and extravagant gold and silver embroidery, which covers the lower half of her body but appears to have fallen off of her right shoulder, leaving her torso bare. She holds her left hand up to her chest, perhaps to admire the gold bracelet and ring that adorn it, and check to see how well they go with her pearl earrings and the gold and pearl decorations she wears in her blonde hair. Venus’s crossed arm is neither shielding her nudity nor defending her, but is striking perhaps one of many poses as she contemplates her own loveliness. Her posture is reminiscent of the Medici Venus and the Capitoline Venus, both copies of Praxiteles’ ancient Venus Pudica statue, in which Venus uses her hands to cover her nudity from the eyes of an unknown observer. Thus the painting not only connects Marion to an idealized vision of feminine beauty, but also alludes to the relationship between Venus and Cupid, an ambiguously sexual mother-son relationship parallel to the one Norman is describing to a disquieted Marion. Later, we will see a small statue of cupid in the foyer of the Bates house.

When the parlor conversation begins, we see Norman from the front, more or less from Marion’s point of view. After Norman has finished his speech about private traps, Marion glances toward the house — in the direction of the Venus, but without seeming to see it — and says: « If anyone ever talked to me the way I heard… » For the first time, we see Norman in profile as he listens. He is leaning forward, blocking the Susanna with his torso, so that we can only see the Venus in front of him as he expresses his frustration with his mother. He says he would like to leave her forever, or at least defy her, then pauses and leans back, revealing the Susanna behind him. « But I know I can’t, » he concludes. Marion asks him why he doesn’t go away, and he inquires whether he should seek a private island, like her. « No, » Marion replies, setting down her sandwich and folding her left arm across her chest, « Not like me. »

Even as the audience reflects on Marion’s secret, her journey, and her possible repentance, Norman sees her as a reflection of the ideal of feminine beauty that hangs on his wall. George Toles has commented on  « the omnipresence of mirrors and reflections in Psycho. Beginning with Marion’s decision to steal forty thousand dollars, which she arrives at while looking at herself in the mirror, almost every interior scene prominently features a mirror that doubles as a character’s image, but that no one turns to face » (134). In the painting, Venus is looking at herself in a mirror. As Norman looks at Marion, he sees his images of Venus and Susanna reflected in her, or projected onto her.  Norman has been looking at these paintings for years, during the solitary hours he has presumably spent in the parlor, arranging his stuffed birds and peeping on previous guests. As Hitchcock told us in the trailer, it is his favorite spot. He’s not looking at the painting of Venus in this shot, but he is looking at Marion, casting his gaze — freighted with the remembered image of this painting — in her direction. Perhaps unconsciously reacting to his gaze, heavy with the reflections of these symbolic images, Marion crosses her arms, hugging herself protectively. Later, in the shower, she will strike a pudica pose reminiscent of many Venuses and Susannas as she folds her left arm across her chest, trying to shield herself from her attacker and also, conveniently, shielding her breasts from the viewer.

Titian’s image of Venus is reflected again in the painting hanging on the wall next to it, which the viewer of the film sees only when Norman leans back with his resigned, « But I can’t. » This painting depicts the story of Susanna and the Elders, as many critics have concurred. The story of Susanna, found in Chapter 13 of the Book of Daniel in the Catholic Bible and as Susanna in the Apocrypha, tells of a beautiful, married woman who was in the habit of walking in her garden, as two elders of the community would watch her in secret. One hot day, she decided to take a bath, and sent her maids inside to get oil and ointment. Seeing that she was alone, the two elders came out of their hiding places and threatened to blackmail her if she did not give in to their sexual demands. Susanna cried out for help, and her servants came running, only to hear the elders claim that they had caught her committing adultery with a young man, who had escaped. Susanna was convicted of this crime and sentenced to death by stoning, but young Daniel stood up at her trial and proved that the elders were lying. Her death sentence was then transferred to them.

Many scholars of Psycho have pointed out some of the important allusions that the painting makes. Donald Spoto, for example, underlines the connection between voyeurism, desire, and violence in both the painting and the film: « And so that we have no doubt about his intention, Hitchcock makes everything clear: Norman removes from the wall a replica of ‘Susanna and the Elders’…Norman, in other words, removes the artifact of deadly voyeurism and replaces it with the act itself. So much for ‘mere’ spying » (322). That this « artifact of deadly voyeurism » has been hanging in the parlor of the Bates Motel for some time suggests that it indicates some predisposition in Norman, as the uninitiated viewer will not fully understand until the end of the film. But there are further connections, as Erik Lunde and Douglas Noverr observe: « Indeed, a close reading of the Biblical story from the thirteenth chapter of the Book of Daniel reveals several themes elucidated in Psycho: voyeurism, wrongful accusation, corrupted innocence, power misused, secrets, lust and death » (101). Citing this passage from Lunde and Noverr, Michael Walker argues: « I would focus, rather, on the significance of the painting for Norman. The voyeurism theme is certainly relevant, but in the original story Susanna resists their sexual assault…it would be more accurate to describe the painting as depicting a rape fantasy, a fantasy which is unfulfilled; hence its particular relevance for Norman » (327). Thwarted rape is, in fact, the central event of the Susanna story, though it has often been euphemized as an « attempted seduction, » and many painters preferred to depict a moment of voyeurism rather than a physical attack.

In the Bible, the elders try to extort sex from Susanna by threatening a false accusation that will lead to death for her and dishonor for her family. Therefore, as Jennifer Glancy has shown, « their very real threat of force defines their action as attempted rape, not attempted seduction » (289). The Bible does not mention any physical contact taking place between the elders and Susanna. This part of the story states the following: « When the maids had gone out, the two elders got up and ran to her. They said, ‘Look, the garden doors are shut, and no one can see us. We are burning with desire for you; so give us your consent, and lie with us' » (Susanna 19-21). The passage only gives the words spoken between the elders and Susanna, so it is left to the reader to imagine whether or not some degree of contact occurred at the same time.

The numerous versions of Susanna painted in Europe in the sixteenth and seventeenth centuries can be divided into two basic categories: those in which the elders spy on Susanna as she is unaware of their presence, and those that depict some moment after the elders have approached her. Those in the latter category can then be arranged along a scale of degrees of violence: there are many in which the elders are merely talking to Susanna as she listens, others in which they are rushing toward her and reaching out for her, and still others in which they are grabbing at her, pulling away her clothing and assaulting her quite forcefully. The Susanna painting on Norman’s wall would occupy a position toward the more violent end of this spectrum, serving as a subtle warning to the audience that Norman’s voyeurism will have a violent end (see Figure 3).

Italian Renaissance paintings of the story tend to be tranquil and pastoral, often showing the elders spying on an oblivious Susanna. As the Baroque style became widespread in the seventeenth century, the theme of Susanna and the Elders remained popular but took a turn toward the dramatic and tenebrist, with wild elders emerging from deep shadows to grapple with a Susanna who struggles against them, her body and garments twisting attractively as they do in the version on Norman Bates’s wall. Roland-François Lack identified this Susanna as a 1731 canvas by Willem van Mieris, formerly housed in a museum in Perpignan but stolen in 1972 (n.p.).

The violence in Norman’s Susanna prefigures his impending violence against Marion, while Susanna’s nudity prefigures Marion’s own. However, the Bible indicates that the elders approached Susanna as soon as she had announced her intentions to take a bath to her two maids, and thus would not have had time to disrobe or actually begin bathing. Of course, the mere mention of a bath opened a window of opportunity that Renaissance artists would exploit as fully as possible, or as Tom Gunning puts it, « the theme also provided a religious alibi for painting the nude in the sixteenth through eighteenth centuries » (28). Ellen Spolsky concludes that the bath never happens in the Bible, but that it is « the painterly parallel of Susanna’s own desire to bathe in the heat of the day, and the Elders’ wish-fulfillment slander. The story spoke clearly to them [i.e. the painters] of the enjoyment of a woman’s body, of the lust of the eyes, and they represented it as they saw it in the mind’s eye » (115). The idea that Susanna actually took a bath and that the elders spied on her as she was bathing has become the version of the story most people know, or what Alice Bach terms the doxa. As Bach explains: « By doxa I mean one’s idea of a narrative plot point or character or place from some remembered version of it, such as thinking that Delilah cut off Samson’s hair…Often the doxic version becomes cultural baggage for the reader, setting up assumptions that blind one to what appears in the actual text » (4). The doxic version of the Susanna story is the one depicted in many paintings, that she was nude and in the bath as the elders spied on her or approached her.

While the Biblical text does not clearly justify painting a nude Susanna, the early modern art market did. Mary Garrard explains a further dimension of appeal that the story offered:

Few artistic themes have offered so satisfying an opportunity for legitimized voyeurism as Susanna and the Elders. The subject was taken up with relish by artists from the sixteenth through the eighteenth centuries as an opportunity to display the female nude…with the added advantage that the nude’s erotic appeal could be heightened by the presence of two lecherous old men, whose inclusion was both iconographically justified and pornographically effective. (149-150)
Many popular paintings depict Susanna as bathing in a lush garden while the elders are hidden among the foliage, creating a tranquil, pastoral scene in which the viewer of the painting may identify with the elders and their desire to sneak a peek at the lovely Susanna. An especially famous version of the scene by Tintoretto, now in Vienna, is emblematic of these erotically charged Renaissance Susannas (see Figure 4). Garrard notes that « Tintoretto…offers a representative depiction of the theme in his emphasis upon Susanna’s voluptuous body and upon the Elders’ ingenuity in getting a closer look at it » (150). The notion that the (presumed heterosexual male) viewer of the paintings is expected to see himself in the elders and thus feel some kind of empathy for them, although they are the villains of the story, is one that will resonate especially deeply in Psycho.

In Tintoretto’s image, Susanna sits poolside, one leg languorously dangling in the water as she smiles into a mirror. She is surrounded by jewelry, combs, perfume, and luxurious fabrics, and her blonde hair is pulled into an ornate, pearl-festooned arrangement. Spolsky points out the significance of these items: « In the paintings by Tintoretto…for example, the presence of conventional references to Venus (mirrors, jewels, peacocks, cupids), suggests that the beauty of the woman be read as mitigation of the Elders’ crime » (102). Tintoretto’s Vienna Susanna bears an especially strong resemblance to Venus in the Venus with a Mirror painted by Tintoretto’s fellow Venetian, Titian, a copy of which hangs adjacent to Norman’s Susanna. Indeed, in Tintoretto’s painting, Susanna’s mirror is propped against the hedge that one of the elders is hiding behind. As he pokes his head surreptitiously around the corner, he echoes the figure of Cupid in Titian’s painting, holding the mirror up so Venus can admire herself.

As mentioned, many painted Susannas of the sixteenth and seventeenth centuries seek to delight the heterosexual male viewer by inviting him to see himself in the elders’ position as voyeur, simultaneously making this intrusion seem less heinous by presenting Susanna as passive, or even willing. Giving attributes and postures of Venus to Susanna enhances this effect. Garrard observes that Rembrandt’s 1647 version of the story, in Berlin, is more sympathetic to Susanna’s plight, « Yet even Rembrandt implants in the pose of Susanna, whose arms reach to cover her breasts and genitals, the memory of the Medici Venus, a classical model that was virtually synonymous with female sexuality » (153). If Susanna is « virtually synonymous with female sexuality, » then how can anyone expect the elders not to spy on her? The paintings in the parlor scene in Psycho reconnect Venus and Susanna, positioning Marion Crane as the third vertex in a triangle. Like Venus, Marion holds her arm diagonally across her chest; like Susanna, Marion is spied on and then attacked as she washes herself. Like both, she is desirable, which the psychiatrist at the end gives as the explanation for the crime perpetrated against her. In European paintings of the early modern period, both Venus and Susanna are almost always depicted as blondes, which underlines their visual symmetry to Marion and many other Hitchcock heroines/victims.

The connection between Venus and Susanna is reinforced by the doubling of these two figures in two other paintings in the parlor. There appears to be a second Susanna hanging on the parlor wall opposite the Venus with a Mirror and the van Mieris Susanna. I have not been able to identify this extremely tenebrist version, though it bears a resemblance to Susannas by Anthony van Dyck and Mattia Preti. We first see this painting after Marion leaves, when Norman goes to the office to check the alias with which she signed the register, then steps back into the parlor (see Figure 5). We see the second Venus only when Arbogast (Martin Balsam) briefly inspects the parlor alone: it hangs next to the door that leads to the office (see Figure 6). This painting is only seen fleetingly, but the composition evokes the central part of Botticelli’s Primavera, depicting Venus and the Three Graces. Interestingly, this painting remains the only one we ever see in the frame with Arbogast; the private detective is not subjected to a visual association with the elders, as Norman repeatedly is.

While Norman and Marion are talking, we first see Norman in profile as he leans forward in his chair, and we see only Venus. When he leans back, revealing the Susanna image, this action suggests a progression from the Venus (serene, static, admiring herself in the mirror) and the Susanna (turbulently assaulted, still able to assume an attractive contrapposto in her distress). Female beauty can exist at peace so long as it remains unseen by unpredictable masculine energies, but once that happens, violence seems to be a natural part of the sequence. Raymond Durgnat cites Hitchcock as having a similar attitude toward the disruptive powers of feminine beauty: « As Hitchcock once said, ‘A beautiful woman is a force for evil.’ She may not be evil in herself, but male sexual desire is, and she can’t help provoking it. She’s the innocent cause of evil in others » (80). At the end of the film, the psychiatrist says, « He killed her because he desired her. » This connection between feminine beauty and male violence against it underlies the entire tradition of Susanna paintings.

When Norman first enters the parlor, however, the camera follows him as he crosses in front of the Susanna first, then bends down to set down his tray and turn on the lamp. As he bends, the Venus becomes visible behind him. He first goes quickly from Susanna to Venus, but then we see the paintings in the reverse order, more slowly, as he is sitting and conversing with Marion. After she retires for the night, the camera focuses on the Susanna for one moment, before Norman removes it to watch Marion undressing. As David Greven observes:

The story is overdetermined as a Hitchcock motif, containing, as it does, so many of his signature themes. There is a long tradition in Western visual art of reading this biblical narrative as a rape scene, and this painting joins the number of classical rape paintings that adorn the back wall of Norman’s office, all of which signal the history of anti-woman violence, and that this hideous history is being made in the present. (97)
The Bible is ambiguous as to whether or not there was any physical contact between the elders and Susanna before she cried for help, thwarting any attempt they may have made to rape her by force rather than by coercion. There is no ambiguity, however, about the fact that they carry out the threat they made to her, accusing her of adultery and testifying to it at her trial, willing to see her executed for this imaginary crime once she had spurned their advances. Marion has refused Norman’s request that she remain in the parlor « just a little while longer, just for talk, » and a moment later he spies on her and then, like the elders, unleashes violence against her.

Psycho echoes both the voyeurism and the misogynistic violence referred to in the Susanna story, but Norman’s use of it as the screen that hides his peephole makes the voyeurism connection especially sly, as Tom Gunning points out: « The congruence between the painting’s subject and the use Norman Bates puts it is so exact that it strikes one as a Hitchcockian joke » (28). Joseph Stefano’s screenplay calls for the parlor to be decorated with « paintings…nudes, primarily, and many with a vaguely religious overtone » (n.p.), but does not specify Susanna. When Norman removes a picture from the wall, the screenplay only says « a picture » (n.p.). Art director Robert Clatworthy recalled that Hitchcock was « far more finicky about odd unsettling details of decor — such as the kitschy sculpture of hands folded in prayer in Mother’s room — than with the structures themselves. Crucial for Hitchcock, too, were the sets for Norman’s parlor behind the motel office, the bathroom, and Mother’s room » (Rebello 95). It seems likely, then, that the inclusion of only images of Susanna and Venus — doubled ones at that, echoing the many other doubles in the film — rather than any other vaguely religious nudes that might have been chosen was indeed Hitchcock’s joke, and not anyone else’s.

Gunning analyzes the relationship between Norman’s voyeurism and his violence against Marion:

We know from the subsequent actions that his vision has excited not only his lust but also his guilt and impulse toward punishment, triggering the murder of Marion, punishing her for a sexual titillation entirely due to Norman’s own voyeurism (like the plot of the Elders against Susanna). Thus guilt and violence of the sort depicted in the painting serve as a screen to block and transform the image of desire, a visual filter that darkens and perverts the sexual impulse. (29-30)
The Bible plainly states that Susanna’s beauty is the cause of the elders’ crime: « Every day the two elders used to see her, going in and walking about, and they began to lust for her. They suppressed their consciences and turned away their eyes from looking to Heaven or remembering their duty to administer justice » (Susanna 8-9). This scene in Psycho tells a similar story, using the Susanna painting as a metonymy: Marion is beautiful, Norman wishes to see more of her, so he peers illicitly through the wall; as a result, he is so inflamed with desire that he acts recklessly and violently against the woman he desires. As Gunning observes, the art serves both to hide the act of voyeurism and to twist it into something more sinister.

That a work of art could inspire and motivate a man’s desire is an idea with a long history. Lynda Nead summarizes several accounts of men lusting after art:

There are a number of myths, which are frequently recirculated, concerning the stimulating effects on male viewers of nude female statues and paintings. In his Natural History Pliny describes an assault on Praxiteles’ statue of Aphrodite of Cnidos. It seems that a young man had become so infatuated with the statue that he hid himself one night in the shrine and masturbated on the statue…In another permutation of this fantasy of male arousal there is the case from sixteenth-century Italy, of Aretino, who so admired the exceptional realism of a painted nude Venus by Sansorino that he claimed « it will fill the thoughts of all who look at it with lust. » Over two centuries later, there is the example of the bibliophile Henry George Quin, who crept into the Uffizi in Florence when no one was there, in order to admire the Medici Venus and who confessed to having « fervently kissed several parts of her divine body. » (87)
As Nead observes, in the Pliny and Quin examples, the covert aspect of the man’s access to the art enhances his excitement: « The excitement is produced, partly at least, by the transgression of and deviation from norms of public viewing and by the relocation of the work of art within the realm of the forbidden » (88). Norman uses his van Mieris Susanna to shield his realm of the forbidden, but also draws strength from it to perform forbidden actions: after he spies on Marion, we see him in profile and can only see the edge of the painting’s frame as he rehangs it on the wall. Then he looks at the image for a moment before glancing ominously toward the house. Norman has transferred his illicit desire for the Venuses and the Susannas onto the real person Marion Crane; the painting has given him courage to peep in the first place, and now the combination of the painting and his real life voyeurism have inspired him to do violence against her.

The trope of a work of art depicting violence against women being seen as an inspirational precedent is quite ancient. In Terence’s comedy The Eunuch, Chaerea disguises himself as a eunuch in order to gain access to prohibited spaces and be close to Pamphila, the girl he desires. Later, he recounts to his friend Antipho how seeing a painting strengthened his resolve to assault the girl:

Presently they made preparations for her bath. I urged them to hurry. While things were being got ready, the girl sat in the room, looking up at a painting; it depicted the story of how Jupiter sent a shower of gold into Danae’s bosom. I began to look at it myself, and the fact that he had played a similar game long ago made me all the more excited: a god had turned himself into human shape, made his way by stealth to another man’s roof, and come through the skylight to play a trick on a woman…Was I, a mere mortal,  not to do the same? I did just that — and gladly. (379-381)
The story Terence evokes is that of Zeus and Danaë, in which the latter’s father locks her in a tower to protect her virginity, but Zeus visits her in the form of a rain of gold. Whether or not Danaë is a willing participant in this union is unclear, though Renaissance paintings tend to depict her as quite receptive to the arrival of the rain. Danaë, Susanna, Bathsheba, Venus, Lucretia, Diana, and Actaeon, along with a few other stories from antiquity, were considered in the Renaissance to offer legitimate pretexts for painting female nudes. In Chaerea’s account, delivered to his friend after the fact, he does not describe the painting, so the audience can only wonder if Danaë showed any resistance in the image. It is clear, however, that Pamphila did resist: a woman in the household later complains that « the villain ripped her whole dress and tore her hair » (387) and « the girl is crying and doesn’t dare say what happened when you ask her » (387). This description reveals that Chaerea has perpetrated a violent rape, although by his own account he merely « play[ed] a trick on a woman » (379). The play in general characterizes him as an immature rascal who learns responsibility by marrying his victim, rather than as a vicious criminal who merits punishment.

Like Chaerea, Norman’s lust is excited by a painting, and it encourages him in his transgressions. Like Susanna, Danaë, and Pamphila, Marion thinks that she is shielded by the walls of her private space, but a woman’s private space is subject to intrusion by men who see their desire for her as a justification for their invasion of her privacy. Terence’s audience has little chance to identify with Pamphila, who has no lines in the play. In Psycho, at the time that Norman spies on Marion through his Susanna-defended peephole, we have just met him as a character while Marion has been, for forty-five minutes, the heroine of the film.

At the moment of her death, Marion extends a hand in search of support before collapsing in the shower. Toles analyzes the shocking effect on the audience of the loss of her as a main character: « Marion’s gesture to save herself answers our felt need [that she survive], then instantly turns that need against us. Part of Hitchcock’s complex achievement in the film is gradually to deprive us of our sense of what ‘secure space’ looks like or feels like » (120-121). The audience thought that they were safe in identifying with Marion, just as Marion thought she was safe in Cabin One. But as the Susanna paintings in the parlor have warned us, the prying eyes of men will seek out beautiful women wherever they go — they do not really have any safe and private spaces. Hitchcock pulls the entire audience into this sense of insecurity, thrusting them into a vulnerability parallel to Marion’s at the same moment that he leaves them no choice but to now identify with Norman.

This switch of audience identification from Marion to Norman has been much discussed. Robin Wood describes the spectator’s sense of disorientation at the moment of her death: « so engrossed are we in Marion, so secure in her potential salvation, that we can scarcely believe it is happening; when it is over, and she is dead, we are left shocked, with nothing to cling to, the apparent center of the film entirely dissolved » (146). As Philip Skerry points out, throughout the Bates Motel scene, between Marion’s arrival and her murder, the camera gradually switches to Norman’s point of view (173), preparing the audience to identify with him after her abrupt departure from the story.  As Norman spies on Marion getting undressed, Skerry continues, « Hitchcock kindly allows the audience to spy with him » (175). Hitchcock, like the Renaissance painters of Susanna, depicts a scene of voyeurism and invites the viewer to join in, assuming the voyeur’s point of view — and expects viewers to react to this « kindness » with gratitude.

Joseph Smith notes that the peeping scene « serves as an effective link between the two halves of the film…it’s our first opportunity to observe Norman alone, and thus to begin identifying with him. Yet like our identification with Marion, the connection we feel with Norman is troubling. As Norman watches Marion undress, we watch too, and thus we share his guilt » (67). Smith continues, « Hitchcock accentuates the culpability of viewers — or at least of those viewers who are male — by cutting away just as Marion is about to remove her brassiere » (68). The assumption that the heterosexual male viewer sees himself in the voyeur is a central feature of the majority of paintings of Susanna and the Elders, particularly those that depict a voyeuristic scene before the elders approach Susanna. By placing the two Susannas in the parlor, Hitchcock has added a layer of assistance to help his viewer see himself in Norman.

Even in the original Biblical tale of Susanna, as Amy-Jill Levine argues, the text forces readers to identify with the elders. The character of Susanna, she writes, is « compromised by the elders’ desires. For the story to function, their desire must be comprehensible to the reader, and thus Susanna must be a figure of desire to us as well. And once we see her as desirable, we are trapped: either we are guilty of lust, or she is guilty of seduction » (313). This victim-blaming aspect of the original story — that Susanna’s beauty was the cause of her misfortune — was exploited to its fullest potential by painters in the early modern period, luring the viewer of the painter in to the perspective of the elders. Spolsky observes that one of the elders often holds up a shushing finger, « extended toward the viewer, as if to say ‘Don’t disturb her’ — and at the same time, ‘Don’t be so quick to judge us — wouldn’t you also be enchanted by her?' » (102). This same shared culpability is exploited in Norman’s peeping scene in Psycho and implemented to steer the viewer toward identifying with him. Much as Norman sees the elders in his painting as a mirror of himself, the viewers of Psycho now see themselves reflected in Norman.

Hitchcock takes this point to an extreme close-up during the scene in which Norman spies on Marion, just after removing the van Mieris Susanna from the wall. As he peers into Marion’s brightly lit room, a beam of light from the peephole illuminates his face. We see a close-up of his eye from the side, the light shining into it as he watches her. First, we see Marion tossing aside her blouse, standing in the black bra and half-slip we saw her wearing in her room in Phoenix, just after deciding to steal the money. We see her as if through the peephole, but the camera cuts away just as she reaches to remove her bra: now we see only Norman’s eye for a moment, before cutting back to his view as she wraps a robe around herself. Here the film pushes the limits of what can be tolerated by a mainstream audience. Psycho cannot show Marion naked, but it makes clear that Norman has seen her so, and it invites its audience to envy him. Skerry analyzes this important moment:

Norman has seen Marion naked; he has seen what no audience for a commercial film had seen up through 1960. This extraordinary situation of having a character not only see what an audience cannot in the diegesis of the film, but also see what an audience could not in the extra-diegetic world of cinema in general, is unique in Hitchcock’s oeuvre. In this subscene, Norman is the principal viewer, but what he sees cannot be shown to us. (119)
During this scene, the camera cuts back and forth between a Norman’s-eye view of Marion, and views of Norman’s eye itself. This intercutting allows the audience not only to identify with Norman but also to fill in the gap of what he is seeing that cannot be shown. In the Susanna paintings where she is unaware of the elders’ presence, the painters included the elders so that the audience could identify with them and take pleasure in knowing that they were seeing something they were not allowed to see. In Psycho, Norman actually sees what the audience cannot be allowed to see. Instead, we gaze upon his single, fascinated eye for this one moment.

In the scene in which Norman spies on Marion as she undresses, Psycho uses the montage technique to splice out her contextually inevitable nudity, substituting a brief shot of Norman’s eye in such a way that the audience imagines what he sees. In the murder scene, Hitchcock further assaults Hollywood’s Production Code, using montage to suggest images of both violence and nudity without actually showing either. Hitchcock’s masterful use of editing makes this possible, as Skerry observes:

This kind of scene construction and editing [i.e. in which violence is suggested but not shown] had evolved over the years, and directors had utilized these techniques to circumvent the Code by suggesting violence and by transferring the action to the mind of the spectator. Eisenstein had perfected this technique in his theory and practice of montage: shot A + shot B (both on the screen) = shot C (in the mind of the audience). (7)
Sergei Eisenstei’s theorization of montage technique was not concerned with avoiding showing violence. Eisenstein and other early Soviet filmmakers had set out to understand how the art of the cinema worked, and they had reached the conclusion that film editing was the one quality that was unique to cinema. Eisenstein observed that the proponents of montage had « discovered a certain property in the toy [i.e. film editing] which kept them astonished for a number of years. This property consisted in the fact that two pieces of film of any kind, placed together, inevitably combine into a new concept, a new quality, arising out of that juxtaposition » (4, emphasis in original). He gives examples of combinations of words, images, or ideas that create associations or new concepts when they are combined, arguing that this idea is not new in the cinema nor unique to it. For instance, if we see a grave and a woman weeping, we assume that she is the widow of the man buried there (4-5). In montage, Eisenstein continues, « Piece A (derived from the elements of the theme being developed) and piece B (derived from the same source) in juxtaposition give birth to the image in which the thematic matter is most clearly embodied. » Expressed in the imperative, for the sake of stating a more exact working formula, this proposition would read: « Representation A and representation B must be so selected from all the possible features within the theme that is being developed, must be so sought for, that their juxtaposition — that is, the juxtaposition of those very elements and not of alternative ones — shall evoke in the perception and feelings of the spectator the most complete image of the theme itself » (11, emphasis in original).

In Eisenstein’s breakdown of the idea, the « image of the theme itself » or image C, the abstract concept that the filmmaker wishes to get across to his audience, is best created in the mind of the spectator. This way, spectators can tailor their own « image of the theme itself » according to their own perceptions and experiences. In Eisenstein’s famous Odessa steps montage in Battleship Potemkin, the juxtaposition of (A) mercilessly firing troops and (B) suffering people are meant to create an image (C) of the injustices of capitalist imperialism. Shot (C) is the goal of the film, but it does not exist in it anywhere. Rather, viewers construct it in their minds.

In the shower scene in Psycho, Skerry explains that the carefully crafted juxtaposition of very short pieces of film create a terrifying montage: « Hitchcock prided himself on not actually showing the knife stabbing Marion. He claims that the violence occurs inside the viewer’s mind (shot C, in the Eisensteinian sense). He also claims that the nudity is equally suggestive, never explicitly shown » (11). Unlike the class struggle in Battleship Potemkin, the knife entering Marion’s torso is not too abstract to film, as the hundreds of slasher films released since Psycho have demonstrated. The Production Code prohibited it, however, and Hitchcock’s pride in not showing it might stem in part from his use of montage to cleverly sidestep the Code’s restrictions. In his interview with Skerry, screenwriter Joseph Stefano says: « I asked [Hitchcock], ‘How will you get that across? The knife goes like this, and then we cut to a fake wound?’ And he said, ‘Oh no, no. We don’t need any of that. This is a murder that is taking place in the audience’s mind, and it should be just a flash' » (56). In addition to any concerns he may have had about the Code, Hitchcock appears to have also felt pride that, by leaving the stabbing unseen, he was forcing the viewers to create a more terrifying vision in their minds.

Hitchcock’s shower scene went against the precepts of the « Hollywood montage » (Dmytryk 135) that was prevalent in classical studio films. The Hollywood style evolved to favor editing that reduced the story to its essence in a way that flowed smoothly for the viewer. Ken Dancyger explains that early directors « discovered that it isn’t necessary to show everything. Real time can be violated and replaced with dramatic time » (350). Dancyger gives an example of how dramatic time can be employed in a film to avoid wearying the audience with a scene of a character traveling. Instead, she will be shown departing, then « the editor then cuts to a street sign or some other indication of the new location » (359). This type of montage sought to present seamlessly a narrative that allowed the viewer to suppose what happened during unseen intervals. Instead of shot (C) being an abstract or unshowable concept as in the artistic Soviet montage, in the Hollywood montage shot (C) consists of narrative details with which the viewers need not concern themselves. As Skerry tells us: « Hitchcock once said that cinema was life with the boring parts left out » (143). The process of splicing together shots filmed at different times and in different places is unique to film, but the idea of streamlining a narrative to boil it down to its most compelling elements is far older than cinema.

As I discussed earlier, the Bible’s description of the story of Susanna does not directly refer to Susanna disrobing or getting into the bath. It merely states that (A) the elders were watching her and that (B) Susanna decided to take a bath. To borrow Eisenstein’s terminology, the juxtaposition of these two details « evoke[d] in the perception and feelings » (11) of many Renaissance painters the alluring image (C) of a seductive, Venuslike Susanna bathing as the elders watched her. While the Biblical story leaves out the details to keep the story moving, in the Hollywood sense of narrative economy, the image of a bathing Susanna is shot (C) in the Eisensteinian sense. Similarly, the violent paintings in which the elders assault her show a scene that is neither described nor contradicted in the Bible; they were assembled in the painters’ minds based on detail (A) the elders went up to her and (B) they demanded that she satisfy their desires. Given these facts, the extrapolation that (C) they ripped off her clothes and physically assaulted her will naturally emerge as the « image of the theme itself » (Eisenstein 11) in the minds of many readers.

These details, so lavishly embellished by so many generations of painters, are missing from the Biblical account in such a way that they are neither explicitly there nor impossible to imagine. They do not appear to be narrative lacunae to the reader of the Book of Daniel or the Apocrypha’s Susanna; the narrative flows smoothly and briskly, squeezing a great deal of drama and tension into a compact tale. A precise description of the movements of Susanna and the elders at every moment would transform this gripping whirlwind into a tedious slog. The story’s original creators eliminated details in the interest of dramatic time — creating a smooth, Hollywood montage of the essentials of the story. But painters reinterpreted the elision of detail — creating a vast lacuna of detail in their minds, inserting a shot (C) that stretched the likelihood of what (A) and (B) appeared to suggest. The universal association born of juxtaposition that Eisenstein described became either a pastoral voyeurism fantasy or a rape fantasy.

In the novel by Robert Bloch on which Psycho is based, the character of Marion is named Mary, and her death happens in one sentence. Toles examines how Hitchcock’s film adaptation gives this event center stage: « Is Marion’s shabby, useless death a proper occasion for a virtuoso set piece? Surely an abbreviated, less conspicuously artful presentation would honor the victim more, if the meaning(in human terms) of what transpired figured at all in the artist’s calculations » (128). Even if Psycho has no moral as such, a young woman’s sudden death still means something, and the film distracts us from this by showing us a dazzling work of art.

In a similar way, Tintoretto’s breathtaking Susanna draws us in with its luminosity and makes us forget what the story was about. As Garrard observes: « Even when a painter attempted to convey some rhetorical distress on Susanna’s part… he was apt to offset it with a graceful pose whose chief effect was the display of a beautiful nude » (150). Garrard argues that the pleasure agenda of the male artists and their male patrons overwhelmed the meaning of the Susanna story, and the female painter Artemisia Gentileschi was the only one to identify with Susanna rather than the elders. In Psycho, the audience has identified with Marion up until she is murdered, but her murder in the center of the film forces them to begin to identify with Norman.

As I discussed above, Psycho’s audience already began to identify with Norman during the voyeurism scene. The success of this is demonstrated by how many male film scholars express envy of Norman’s ability to watch as Marion removes her underwear. After Marion dies, the viewers of the film do not know to whom they should cling. In his interview with Skerry, screenwriter Stefano says: « After the shower scene we’ve lost the person that we were with, that we identified with, that we cared about. Remember, we didn’t want that cop to arrest her. We wanted her to get away with the money. W’’re all such felons at heart » (55). Stefano believes that the audience’s desire to identify with the protagonist is stronger than any desire they are likely to have to identify with justice and the law. Stefano says he told Hitchcock, « At that time [i.e. after Marion’s death], the movie is over unless we get the audience to care about Norman » (55). Several new characters, notably Marion’s sister Lila Crane (Vera Miles), are introduced in the second half of the film, and Marion’s boyfriend Sam Loomis (John Gavin) reappears. Though Sam and Lila could have the potential to become our new protagonists as they investigate Marion’s disappearance, the audience has already latched on to Norman.

Seeking to make the audience care about Norman, Stefano reports that it was his idea to include Norman’s lengthy cleaning up sequence after the murder, recalling times in his childhood when he was forced to clean up after his alcoholic father (55). In Spoto’s account of viewing the film, Stefano’s technique is effective: « Just as we have conflicting feelings about Marion…so we have divided feelings about Norman. He does such a first-rate cleanup of Mother’s messy murder, doesn’t he, and with him we’re ever so relieved when Marion’s car, which was momentarily stuck in the swamp, finally sinks with a septic gurgle » (320). Watching the premiere of the film with his wife, Stefano says that he heard the audience gasp when Marion’s car stopped sinking. He turned to his wife and whispered: « You know, I got them! They love Norman now. They don’t care if he buries her in a swamp » (63).

At this point, as far as the viewer knows, poor Norman is concealing the crime perpetrated by his « ill » but « harmless » mother. Norman’s efforts to protect his mother, Wood writes, make it easier for the viewers to shift their identification to him: « Norman is an intensely sympathetic character, sensitive, vulnerable, trapped by his devotion to his mother — a devotion, a self-sacrifice, which our society tends to regard as highly laudable…He is a likable human being in an intolerable situation » (146). While the viewer may have disapproved of Norman’s peeping and wished he had respected Marion’s privacy, this infraction is not enough to erase all of the sympathy we feel for his helpless sweetness and his efforts to do the best he can with his awful lot in life. He is himself very attractive, to the extent that a viewer who is attracted to men may find their judgment clouded as the narrative continues to unfold. If the heterosexual man can’t blame Norman for being a voyeur, the heterosexual woman really wants him to be as kind and gentle as he seems to be. In any case, we have no choice but to hold on to him, as Skerry explains:

We know from many of Hitchcock’s comments about the film that he enjoyed « tricking » the audience into identifying with Marion so that when she dies, we are left hanging, in a sense… Thus, if we accept the notion of identification, which was first discussed in Aristotle’s Poetics in the analysis of catharsis, then we can conclude that the killing of Marion creates for the viewer what Ortega y Gasset calls « existential shipwreck. » (176)
After a shipwreck, Ortega y Gasset writes, survivors look for something to cling to and will grab at any piece of driftwood they can find (Skerry 176). In Psycho, Skerry continues, this driftwood to which the viewer must cling is « the seemingly innocent, naïve, charming, boyish, and attractive character of Norman. In the cinematic world of the late 1950s, Norman would be the perfect romantic protagonist…It is probably Hitchcock’s greatest casting decision to propose Anthony Perkins for Norman » (176). In Bloch’s novel, Norman is middle-aged, overweight, and an alcoholic. Hitchcock proposed Perkins for the role, baiting the trap into which the viewer falls by making them like this attractive young man who appears to be awkward but perhaps noble. As Hitchcock himself says in the trailer, « This young man — you had to feel sorry for him. » Perkins’s sweet face is hard to resist, especially for first-time viewers who are concerned for him and what his mother appears to be putting him through.

The actor invested careful thought in the role. Stephen Rebello describes how Perkins « developed a powerful affinity not only for the surface behavior of Norman Bates but also for the inner workings. ‘It was my idea to have Norman nervously chewing candy in the film,’ Perkins enthused about the character who was to become a national folk antihero. ‘He would not plot malice against anyone. He has no evil or negative intentions. He has no malice of any kind' » (118-119).

Rebello’s description of Bates as « a national folk antihero » is intriguing. Even among experienced viewers who know who he is, know what he has done, Bates remains a compelling figure. Hitchcock and Perkins so carefully crafted him to be likable that we still like him after we learn the truth, as Smith suggests in his personal anecdote of seeing Psycho III in a theater in 1986: « During the scene in which Norman finally climbs into bed with an attractive woman, one young male viewer called out cheerily, ‘Go for it, Norman!’ That viewers could still feel this way years after knowing the truth about Bates is ample testament to Perkins’s nuanced, sympathetic portrait » (55). Without a doubt, this is true. But it also testament to the dual consciousness produced in the viewer by the original film, evoked by the image of Susanna and the Elders: one feels for poor, innocent Susanna. But one also feels for the elders, whose actions are not quite pardonable, but may be understandable.

Much as Hitchcock elected to cast the charming, handsome young Perkins as Norman, Renaissance painters tended to paint the elders as venerable old men, who seem fairly respectable even as they perpetrate their crime against Susanna. Tintoretto’s elders bear a strong resemblance to St. Peter and other esteemed older religious figures who appear in his other canvases. Just as the viewer’s shared voyeurism with them made the painting more alluring and the elders more relatable, the elders’ appearance as nice, grandfatherly figures makes it difficult to judge them too harshly. In van Mieris’ painting, the elders are temporarily disfigured by wanton expressions, and their postures are more openly transgressive than they are in many other Susanna canvases. But the painting’s presence in the film carries with it all of the cultural freight of its history, and these ramifications remain on the screen as a result. The audience’s identification with Norman parallels the earlier identification viewers had with the Elders. Even if the viewer’s sympathies are split between the male violator and the female victim, these two stories form a part of the larger tradition of the perpetrators of violence against women being seen as somewhat sympathetic.

After Norman peeps on Marion and replaces the van Mieris Susanna on the wall, the audience does not see this painting again. The second Susanna, however, continues to haunt Norman from a distance in later scenes: it is seen through the door when Norman is talking to Arbogast in the office (see Figure 7), and again when he hangs up the phone after talking to Sheriff Chambers (John McIntire) while sitting in the parlor (see Figure 8). In these scenes, it is on the wall opposite the other Susanna, perpendicular to the wall separating the parlor from the office. Near the end of the film, it moves and now hangs next to the door when Sam Loomis confronts Norman in the office (see Figure 9).

Previously, when Arbogast was snooping in the vacant parlor, this same space was occupied by the second Venus; thus, the progression from the ideal of female beauty to the act of violence against it is repeated as the second Susanna takes the place of the second Venus. The second Venus is only seen when Arbogast is in the parlor. Arbogast is never shown in the frame with either of the Susannas; as far as we know, he is not a pervert, and thus he is free from association with the elders. The second Susanna changes position, as though it were insistently inserting itself into the frame with Norman, hounding him, hanging over his shoulder like a guilty conscience.

Like Chaerea in The Eunuch, Norman Bates sees a painting of a woman’s privacy being violated and is inspired to violate a real woman’s privacy. Like the elders, his desire for a woman converts into an act of violence against her. Whether or not the full cultural impact of the Susanna story was familiar to the audience or the filmmakers of Psycho, it makes the film that much richer and more complex. As Wood writes: « [Hitchcock] himself — if his interviews are to be trusted — has not really faced up to what he was doing when he made the film. This, needless to say, must not affect one’s estimate of the film itself…Hitchcock (again, if his interviews are to be trusted) is a much greater artist than he knows » (151). Again, Hitchcock cast Anthony Perkins to make it that much easier — and more perilous — for the viewer to sympathize with Norman, as well as with Marion. This dual identification with both the victim and the perpetrator is emphasized by the Susanna paintings, linking Norman to the elders, which in turn links him to an expansive artistic and literary tradition that extends across many centuries and cultures. Hitchcock may not have known the full extent of the multilayered connections he was making by including these images, yet they hang on the walls of the Bates Motel, indicating that Norman’s crime is a new manifestation of a much older story.

Works Cited

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Walker, Michael. Hitchcock’s Motifs. Amsterdam UP, 2005.

Wood, Robin. Hitchcock’s Films Revisited. Columbia UP, 1989.

Voir aussi:

SUZANNE ET LES VIEILLARDS D’ARTEMISIA GENTILESCHI
delapeinture

avril 23, 2009

1610, coll. Schonborn, Pommersfelden.

Voici une œuvre qui conduit le drame à l’essentiel. Artemisia Gentileschi, au demeurant bien jeune, assimile avec retenue le double héritage des leçons véristes du Caravage et de la peinture claire des Carrache. Rigueur et sobriété, construction et vérité.

Dans ce tableau marqué par une puissante diagonale,  Suzanne occupe les deux-tiers de l’ensemble, laissant aux vieillards le dernier tiers supérieur. Cette division horizontale se double d’une illusion de champ avec le rebord de pierre sur lequel la baigneuse est assise. Celui-ci déborde du simple rôle de repoussoir visant à  accuser la profondeur et structure les principaux plans du récit .La lecture, sans faire l’objet d’anacoluthe,  pourrait ainsi se lire de bas en haut, chacune des séquences correspondant à un tiers de la composition, avec la figure de  Suzanne comme élément central, laquelle opère un raccourci espace-temps.

Première séquence : Suzanne sortant du bain avec  ce mouvement   ascensionnel créé par le chevauchement des jambes et la torsion de l’ensemble du bassin qui valide la lecture d’un épisode autonome. Mais les muscles, tendus par un effort désordonné, trahissent  une vive émotion et le linge blanc qui s’enroule encore mollement  semble  prêt à glisser le long de la cuisse (fig.1).

Seconde séquence : la violente intrusion des vieillards a jeté l’effroi chez Suzanne, effroi qui s’inscrit dans la gestuelle par le biais d’un contrapposto  si brutal  qu’il désarticule le modèle (fig.2).

Cette séquence centrale  constitue bien la quintessence visuelle de l’épisode : loin de l’élégante douceur serpentine de Raphaël, la figure de Suzanne expose son malheureux corps à l’avidité des  regards. De fait,  notre héroïne est une femme désirable avec cette chevelure ondulée et dénouée, ces courbes toutes de rondeurs épanouies  jusqu’à ces plis encadrant l’abdomen qui soulignent la suavité des chairs. Alors que Lorenzo Lotto (1) avait choisi la représentation d’un modèle archaïque (femme au fond peu voluptueuse parce que réduite à la thématique symbolique), et qu’Alessandro Allori nous montrait sans guère de retenue la concrétisation d’évidents fantasme nés du récit (2, fig.3), Gentileschi   associe les données : tout en peignant le traumatisme d’une femme harcelée dans sa féminité, elle assume pleinement  l’érotisme inhérent au personnage. Le mouvement de ses bras indique non seulement  qu’elle a renoncé à préserver ce qui lui reste de pudeur mais aussi qu’elle cherche  à ne pas entendre les chuchotements sinistres de ses agresseurs. Ainsi, toute la partie centrale qui décrit le  corps comme objet de convoitise  nous renvoie à la séquence supérieure qui énonce l’esprit, tourmenté par cette parole annonciatrice de l’acte.

Troisième séquence: le chantage des vieillards  menaçant de faire comparaitre de faux témoins en cas de résistance (fig.4). Sordide complot à l’encontre des plus démunis. C’est ici le temps où la parole  devient ce glaive invisible  qui lui meurtrit le cou au point de faire ployer la tête, et Suzanne, dans sa déchéance, rejoint symétriquement  la figure d’Adam  de la Sixtine. Les mains dessinent un parallélogramme dont le côté supérieur manifeste l’agression et le coté  inférieur  exprime ce mélange de  refus et de défense. Mais il existe une autre figure géométrique et si l’on prête attention à ce quadrilatère élargi par la main gauche du protagoniste qui se penche sur son acolyte, on peut trouver les clefs du drame : en premier lieu, l’expression  de l’acte sexuel avec cette main qui s’emboite à distance avec celle de Suzanne (fig.5 et 6), ensuite le point central constitué par l’index qui de façon péremptoire appelle au silence. Pour accentuer l’idée d’intrusion, Gentileschi prend d’ailleurs soin de placer la tête du comploteur dans la partie supérieure de ce quadrilatère.

Tout entière soumise à la trame du récit, l’économie formelle des moyens se retrouve dans la sobre utilisation des couleurs, porteuses de significations symboliques. Surface dominée par des tonalités froides où   les chairs blêmes, comme surexposées à une lumière trop crue, se détachent sur le fond grisâtre de la pierre, analogie muette de la solitude et de l’épreuve (3). Opposition classique du rouge et du blanc. Et le ciel, d’un bleu délavé, suggère timidement  une  promesse de salut.

Harcèlement, violence, lâcheté, loi du silence : ce sont bien les termes du viol que l’on retrouve ici et ils résonnent avec des accents prémonitoires car, lorsqu’elle peint Suzanne et les vieillards  dans l’atelier romain de son père Orazio,  Artemisia Gentileschi  alors âgée de dix-sept ans, n’a pas encore été la proie des  outrages  d’Agostino Tassi et du lamentable procès qui suivit. Les actes qui nous sont parvenus témoignent de l’humiliante et sordide procédure qui devait prouver son statut de victime. Eternelle histoire  du sexe faible, coupable de l’innocence. Depuis, et c’est justice, cette figure est progressivement devenue une icône de la sensibilité féministe, et certains observateurs n’ont d’ailleurs pas toujours su éviter une lecture trop littérale de son œuvre en mettant en exergue la fréquence du thème vengeur de Judith tranchant la tête d’Holopherne.

Mais je voudrais simplement finir  par un silence, ce vrai silence qui demeure celui de la compassion pour Artemisia et de l’admiration pour cette peinture de  vérité.

Notes

1. 1517, Florence, Offices.
2. 1561, Dijon, Musée Magnin,
3. Les rinceaux qui apparaissent  derrière Suzanne peuvent aussi évoquer la palme des martyrs.

Voir également:

30 octobre 2016

Suzanne et les vieillards, 1610, collection SchönbornPommersfelden

La première œuvre attribuée à Artemisia, qu’elle signe dès l’âge de dix-sept ans (sûrement aidée par son père, déterminé à faire connaître ses dons artistiques précoces), est sa Suzanne et les vieillards, réalisée en 1610, et aujourd’hui conservée dans la collection Schönborn à Pommersfelden. La toile laisse entrevoir comment, sous la conduite paternelle, Artemisia, en plus d’assimiler le réalisme du Caravage, n’est pas indifférente au langage de l’école bolonaise, qui s’inscrit dans le mouvement d’Annibale Carracci.

Elle reprend et modifie plusieurs fois les œuvres de son père, auxquelles elle donne une touche d’une âpreté réaliste que celui-ci n’avait pas. Elle leur confère une atmosphère dramatique, si prisée par les Napolitains, en accentuant le clair-obscur à la manière du Caravage, contribuant ainsi à l’évolution de ce style d’une façon déterminante.

À dix-neuf ans, alors que l’accès à l’enseignement des Beaux-Arts, exclusivement masculin, lui est interdit, son père lui donne un précepteur privé, le peintre Agostino Tassi. Un scandale marque alors sa vie. Artemisia est violée par Tassi employé à cette époque avec Orazio Gentileschi à la réalisation des fresques des voûtes du « pavillon des Roses » dans le palais Pallavicini Rospigliosi de Rome.

Celui-ci promet d’abord de l’épouser pour sauver sa réputation, mais il ne tient pas sa promesse et le père d’Artemisia porte l’affaire devant le tribunal papal. L’instruction, qui dure sept mois, permet de découvrir que Tassi avait formé le projet d’assassiner son épouse, avait commis un inceste avec sa belle-sœur, et voulu voler certaines peintures d’Orazio Gentileschi. Pendant le procès, Artemisia est soumise à un humiliant examen gynécologique et « soumise à la question » pour vérifier la véracité de ses accusations. Elle résiste à la torture et maintient ses accusations. Tassi est condamné à un an de prison et à l’exil des États pontificaux.

Judith décapitant Holopherne, musée Capodimonte, Naples, 1612-14.

Les actes du procès, dont a été conservée l’exhaustivité des documents et témoignages, frappent par la crudité de la relation des faits énoncés par Artemisia et par le caractère inquisitorial des méthodes du tribunal. Leur lecture à la lumière des thèses féministes de la seconde moitié du xxe siècle a eu une grande influence sur l’analyse de la personnalité d’Artemisia Gentileschi.

  • Témoignage d’Artemisia lors du procès, quand bien même cet événement donna lieu à de nombreuses rumeurs1 :

La toile, conservée au musée Galerie des Offices (Galleria degli Uffizi), qui représente Judith décapitant Holopherne (ca.1612-16142), impressionnante par la violence de la scène, a été interprétée comme un désir de revanche par rapport à la violence subie.

Un mois après la conclusion du procès, Orazio arrange pour Artemisia un mariage avec Pietro Antonio Stiattesi, modeste peintre florentin, qui permet à Artemisia, violentée, abusée et dénigrée, de retrouver un statut honorable.

La Vierge à l’Enfant de la Galerie Spada date des débuts romains.

Peu après, le couple s’installe à Florence, où ils ont quatre enfants, dont seule la fille, Prudenzia, vécut suffisamment longtemps pour suivre sa mère lors de son retour à Rome puis à Naples.

Voir de même:

Une peinture au rayon X par Kathleen Gilje

Liminaire

Artemisia Gentileschi est née en 1593. Artemisia Gentileschi est la fille aînée d’Orazio Gentileschi, un des plus grands peintres de la Rome baroque, proche du Caravage. Artemisia Gentileschi a sans doute appris la peinture dès son plus jeune âge dans l’atelier de son père. En 1610, elle a 17 ans, elle signe sa première œuvre autonome, une Suzanne et les vieillards. « Son père l’a sans doute peinte avec elle mais a laissé sa fille signer pour lancer sa carrière », estime Francesco Salinas, co-commissaire de l’exposition Artemisia, 1593-1654, Pouvoir, gloire et passions d’une femme peintre, au Musée Maillol, à Paris en 2012.

Suzanne et les vieillards, peinture d’Artemisia Gentileschi
Artemisia Gentileschi a perdu sa mère jeune. Pour parfaire ses connaissances en perspective, son père engage un ami qui devient son associé, Agostino Tassi. Cet homme séduit la jeune fille puis la viole. Pour continuer à la voir, Agostino Tassi lui promet le mariage. Mais il est déjà marié. Il tente de faire assassiner sa femme mais n’y parvient pas. Le père d’Artemisia porte plainte contre Agostino Tassi plusieurs mois après. À cette époque les filles sont considérées comme « possessions » des pères, c’était donc à lui de porter plainte, puisque c’était lui qui subissait un préjudice. Le procès qui suit a longtemps été plus connu que les œuvres d’Artemisia. Pour prouver l’innocence de la victime la jeune fille est mise au supplice, procédure courante à l’époque. Doigts enserrés dans des entrelacs, torture qui aurait pu être dramatiques et la priver de la pratique de son art. Agostino Tassi est condamné à l’exil des états pontificaux au terme d’un long procès. [1] Ses protecteurs parviennent cependant à révoquer sa sentence et le peintre continuera à commettre vols, fraudes et à séduire d’autres jeunes femmes.

On associe souvent la thématique de l’œuvre d’Artemisia ainsi que son intérêt quasi exclusif pour les figures féminines à son parcours et à sa vie privée. Ce qui explique les nombreuses héroïnes qui peuplent les toiles de la peintre, parmi lesquelles Judith, Cléopâtre, Bethsabée, Suzanne ou bien encore Yaël. Son père lui avait appris les fondements de l’art de Caravage dans lequel elle avait puisé de manière très personnelle, la violence et la cruauté de sa peinture.

Suzanne et les vieillards, peinture d’Artemisia Gentileschi au rayon X
« Le sujet de son premier tableau est tiré de la Bible, Suzanne et les vieillards (1610, Pommersfelden, Schloss Weissenstein). Sa composition triangulaire traduit l’horreur de Suzanne face à la proposition des vieillards lubriques. Malgré la signature bien visible d’Artemisia, certains se sont demandé si une si jeune peintre pouvait réussir à ce point un tableau et l’ont attribué à son père. Peut-être a-t-il conseillé sa fille et ajouté un coup de pinceau ça et là, mais la figure féminine ne ressemble définitivement pas aux siennes. Le thème a souvent servi, paradoxalement, à peindre des nus féminins lascifs ; peu de peintres ont voulu représenter la surprise et l’indignation de Suzanne devant des propositions aussi inattendues que dégradantes. On a aussi rapproché le tableau de l’histoire personnelle d’Artemisia, ce qui est un procédé réducteur qui fait oublier l’apport réel de l’artiste. » [2]

C’est à cette époque qu’Artemisia peint ses œuvres les plus reconnues, notamment Judith décapitant Holofernes. L’histoire d’Holofernes, général Assyrien menant les troupes qui envahissent et détruisent Béthulie, la patrie de Judith. Cette dernière décide de gérer la situation en venant à lui, flirtant avec lui afin qu’il baisse sa garde et ensuite le gaver de nourriture et de vins. Après qu’il se soit endormi, Judith et sa servante prennent son épée et le décapite. Problème réglé. Le sujet était très populaire à l’époque.

« La Judith d’Artemisia ne correspond pas à ce type, écrit Pascale Beaudet, historienne et critique d’art. Elle est jeune, digne, concentrée et se fait assister par sa servante, qui elle aussi est jeune, ce qui est un changement par rapport à la tradition picturale. L’autre apport majeur d’Artemisia est la collaboration active qui unit la servante et la maîtresse, sans parler du côté spectaculaire de l’égorgement, qu’elle rend réaliste en s’inspirant du travail du Caravage. »

Artemisia Gentileschi est considéré comme une icône de l’art féministe, à la fois à cause de ses déboires personnels et des thèmes de ses œuvres. En 1998, l’artiste contemporaine et restauratrice d’art Kathleen Gilje lui rend hommage au Musée national des femmes artistes de Washington en exposant une copie méticuleuse de la peinture Suzanne et les vieillards d’Artemisia Gentileschi exposée à côté d’une radiographie de la peinture, montrant une toute autre version de la peinture.

Suzanne et les vieillards au rayon X, par Kathleen Gilje
Cette version au rayon X est bien évidemment une invention, une interprétation artistique de Kathleen Gilje qui souligne ainsi à quel point l’histoire personnelle d’Artemisia Gentileschi reflète celle du sujet de sa peinture tant le personnage qu’elle représente et l’artiste elle-même ont été soumis à la concupiscence des hommes plus âgés.

[1] Actes d’un procès pour viol en 1612, suivis des lettres de Artemisia Gentileschi, éditions des femmes, 1983

[2] Artemisia Gentileschi, artiste peintre et femme libre, Pascale Beaudet

Voir de plus:

The Girl Shows Alfred Hitchcock’s Blatant Sexual Harassment Of His Muse Tippi Hedren

  • Meredith Lepore
  • The Grindstone
  • Sep 10 2012

Alfred Hitchcock was a brilliant and wildly successful filmmaker but he also used his power for terrible things, according to actress Tippi Hedren and the new HBO film, The Girl. Hitchcock sexually harassed Tippi, one of his supposedly favorite actresses (she starred in two of his films) for years. The new film, starring Sienna Miller, shows this disturbing relationship between the famous actress and director. The film will hopefully show women how lucky they are today in terms of laws prohibiting sexual harassment and may act as a wake up call to others.

The acknowledgement of sexual harassment is barely 40 years old. The first historical use of the term wasn’t until 1973 when MIT reports first addressed the gender issue and specific procedures were instated as ways to both protecting the victims and handling it. Tippi began working with Alfred in the early 1960s.

“People have said, ‘Was he in love with you?’ No, he wasn’t. When you love someone, you treat them well,” Hedren said of Hitchcock. “I think he was an extremely sad character. We are dealing with a brain here that was an unusual genius, and evil, and deviant, almost to the point of dangerous, because of the effect that he could have on people that were totally unsuspecting.”

The Girl is based on the book Spellbound by Beauty,” by Donald Spoto. Screenwriter Gwyneth Hughes interviewed several people familiar with the Hitchcock-Hedren dynamic, including costume supervisor Rita Riggs, actress Diane Baker, and Hitchcock’s first assistant director Jim Brown. The film shows Hitchcock aggressively forcing a kiss on Hedren in the back seat of a car during the filming of The Birds, and later demanding that she “make yourself available to me sexually.” The film also suggests that Hitchcock punished her for rejecting his advances. “It was horrifying. A horrible situation in which to be,” she says and shudders. “There were women who would have gone along with it, but I wasn’t one of those.”

In one scene, he sends a prop bird crashing through phone booth glass without warning her. Another sequence shows him forcing her to work with live birds for five days for the film’s attic scene. Hedren suffered multiple cuts, including to her face, in both cases, according to the film. Hedren said: “Actually viewing the film, I have to say that when I first heard [actor Toby Jones’s] voice as Alfred Hitchcock, my body just froze. I had not talked about this issue with Alfred Hitchcock to anyone. Because all those years ago, it was still the studio kind of situation. Studios were the power. And I was at the end of that, and there was absolutely nothing I could do legally whatsoever. There were no laws about this kind of a situation. If this had happened today, I would be a very rich women.”

But The Birds launched Tippi’s career as an actress and the “It Girl” of the moment. However, it didn’t last long. After she finished shooting Marnie with Hitchcock in 1963, she wanted to get out of her contract with Hitchcock but he wouldn’t let her. Back then there were no laws to protect her. He threatened her and said he would ruin her career, and according to Hedren he did. He told directors like Francis Truffaut that she wasn’t available for work. Her career did stall after those two very successful films.

Hedren believes she is one of many actresses harassed by the cinematic legend. After Psycho, she said, actress Vera Miles refused to ever work with the director again. Hedren also said Suzanne Pleshette told her during The Birds filming, “It isn’t always like this.”

“He ruined my career but he didn’t ruin my life,” she said. “If this had happened today I would be a very rich woman.” But on the bright side, Sienna Miller thinks a lot has changed for women in film today. “I hope that young women who do see this film know that they do not have to acquiesce to anything that they do not feel is morally right or that they are dissatisfied with or simply wanting to get out of that situation, that you can have a strength, and you deserve it. I can look at myself in the mirror, and I can be proud. I feel strong. And I lived through it beautifully. He ruined my career, but he didn’t ruin my life,” said Hedren.

But have things really improved for women? New research shows that women are starting to let sexual harassment roll off their back, or at the very least don’t let it affect them as much as men do. Men who are exposed to sexual harassment are more likely to find jokes and inappropriate touching “distressing,” while women just find it “bothersome.” Researcher Isis Settles, an associate professor of psychology at Michigan state says that the finding “suggests that sexual harassment is such a widespread problem that women have figured out ways to deal with it so it doesn’t interfere with their psychological well-being.

Voir encore:

Hitchcock star Tippi Hedren says director was ‘evil’, and she’d be rich if sexual harassment laws applied in the 1960s

She was once his muse but when young Tippi Hedren refused legendary director Alfred Hitchcock’s sexual advances he ruined her career.

Veteran actress Hedren, 82, says she would have been a rich woman if sexual harassment laws existed in 1963 when ‘The Birds’ was filmed.

Her comments came as production of a television drama about her relationship with the ‘Psycho’ director is wrapping up.

She claims he ruined her career when she refused to bow to his advances, but said he failed ruin her life.

‘I think he was an extremely sad character.

‘We are dealing with a brain here that was an unusual genius, and evil, and deviant, almost to the point of dangerous, because of the effect that he could have on people that were totally unsuspecting.’

Tippi Hedren spoke about the rampant sexual harassment as she joined the cast of ‘The Girl’, a collaboration between BBC and American network HBO which looks into the relationship she had with Hitchcock while making ‘The Birds’.

At the time of filming Tippi, born Natalie Kay Hedren, was 34 years old, more than 30 years younger than Hitchcock, and engaged to be married to her second husband.

The knowledge of this this did not stop his advances, something which becomes clear in ‘The Girl’.

The film, based on the book ‘Spellbound by Beauty’ by Donald Spoto, portrays the director as a predator who demands sexual favours of his leading lady.

The 90 minute television drama has an impressive cast with Sienna Miller as Tippy Hedren, Toby Jones as Alfred Hitchcock, Imelda Staunton as Hitchcock’s wife, Alma, and Penelope Wilton as his loyal assistant, Peggy Robertson.

In one scene Hitchcock aggressively forces a kiss on Hedren in the back seat of a car during the filming and later orders her to make herself ‘available sexually’.

Filming with his birds: Hitchcock and Tippi Hedren on set where, the actress claims, he sexually harassed her

The film also suggests that Hitchcock punished her for rejecting his advances.

In one scene, the director sends a prop bird crashing through phone booth glass without warning Tippi.

Actress Tippi Hedren, pictured in 2007, says she would have sued Hitchcock if sexual harassment laws existed in the sixties

Another sequence shows her forcing her to work with live birds for five days for the film’s attic scene. Hedren had been told mechanical birds would be used, only to find live birds were let loose – again with no prior warning.

Hedren, now aged 82, said there were times of delight working for Hitchcock while filming ‘The Birds’ and her only other film for him, ‘Marnie’.

But once she rejected his advances, and refused to make another film with him, he effectively ended her career by stopping her working for two years.

‘He ruined my career but he didn’t ruin my life,’ she said.

‘If this had happened today I would be a very rich woman,’ she added, alluding to the protection afforded by sexual harassment laws today.

Given the unwanted advances she could have possibly sued Hitchcock who died aged 80 in 1980.

Hedren, mother of actress Melanie Griffith, was working as a successful model when she was chosen by Hitchcock to star in ‘The Birds’.

The director had been looking for another blonde actress to replace Grace Kelly who had starred in three of his previous films.

He signed her to a personal contract which he upheld when she refused to work for him.

For two years she sat a home unable to work despite offers from other Hollywood studios.

While she was able to resume her career she never became a major star although she went on to make 50 films and has had guest appearances on TV shows including CSI: Crime Scene Investigators.

Voir aussi:

Hitchcock and Hedren now an HBO movie
He started her career. And he ended it.
Rob Salem
The Star.com

Oct. 19, 2012

He started her career. And he ended it.

Director Alfred Hitchcock’s relationship with actress Tippi Hedren was, to say the least, complicated. He discovered her. He put her in pictures. And then he put her through sheer living hell.

It is fairly well known that Hitchcock had a particular obsession with icy blondes, and none more so than former model Hedren, whom he nurtured and transformed from mannequin into actress, and starred in two of his films, The Birds and Marnie.

But when Hedren rejected his clumsy sexual advances, he cut her off completely, tying her up in an exclusive contract that prohibited her from working for anyone else.

The story is told in some detail in The Girl, a fascinating new HBO movie that debuts on HBO Canada Saturday night.

Hedren is the first to tell you that it isn’t the whole story.

“In an hour and a half, there wasn’t enough time,” says the now 82-year-old actress.

“There were times when it was absolutely delightful and wonderful,” she insists. “Hitchcock had a charm about him. He was very funny at times. He was incredibly brilliant in his field. I learned so much from that man about motion pictures, and how you make a motion picture.

“So there are things that weren’t able to be in the film to say, ‘Why would she stick around for all of this?’ It wasn’t a constant barrage of harassment. If it had been constantly the way we have had to do it in this film, I would have been long gone.”

At first, she says, Hitchcock was a benevolent mentor. “I hadn’t had any acting experience, except in commercials. To break down a script, to delve into how you become another character, the relationship of different characters in the film, was something that I didn’t know how to do. And to have as brilliant a genius as Alfred Hitchcock as my drama coach . . .”

Then things got ugly.

“It was something that I had never experienced before,” Hedren says. “I don’t know what to call it. I certainly gave no indication that I would ever be interested in any kind of a relationship with him.

“People have said, ‘Was he in love with you?’ No, he wasn’t. When you love someone, you treat them well. I think we’re dealing with a mind here that is incomprehensible, and I certainly am not capable of discerning what was going through his mind or why.

“I think he was an extremely sad character. As I said, we are dealing with a brain here that is unusual, genius, and evil, deviant almost to the point of dangerous because of the effect that he can have on people that are totally unsuspecting.”

That part of the story the movie gets right, Hedren confirms. “I do want to say how pleased I am with this film, with Sienna (Miller)’s portrayal, with Julian (Jarrold)’s direction and, of course, Toby (Jones), with his brilliant character depiction of Alfred Hitchcock. They were all brilliant; just wonderful.

For The Girl’s lead actress Sienna Miller, playing a real-life role is never easy – she previously portrayed Warhol muse Edie Sedgwick in the 2006 biopic Factory Girl. Hedren presented a much greater challenge.

“I think it’s always difficult when you’re trying to imitate somebody else as dramatic and brilliant as Tippi,” Miller allows. “I definitely tried to capture an essence in the film. It wasn’t supposed to be an exact replica.

“It was difficult during certain scenes, but not nearly as difficult as it was for Tippi. The bird attack scenes took five long days for her. It was about five hours for me. So while I definitely suffered a little bit, it was nowhere near the real thing.”

The filming of the attack sequence in The Birds is perhaps the most notorious part of the Hitchcock/Hedren saga. The scene was only supposed to involve stuffed and mechanical birds, or so Hitchcock had assured her. Instead, she did her best to protect herself as the crew hurled real, living and probably very angry birds at her head.

Though their beaks had been bound, one of the birds gashed her cheek, narrowly missing her eye. She broke down on set and they shot around her for a week to give her time to recover.

But the emotional scars remain.

“As far as seeing (The Girl), I was apprehensive,” Hedren confesses. “I have to say that when I first heard Toby’s voice as Alfred Hitchcock, my body just froze. It was hard to go through all of those years that had been eclipsed into an hour and a half.”

But go through it she did, when HBO held a private screening for Hedren and her invited guests. “At the end of it, nobody moved,” she says. “Nobody said anything until my daughter, Melanie Griffith, jumped up and said, ‘Now I have to go back into therapy.’”

Hedren is hoping that The Girl will resonate with other victims of sexual harassment.

“I hope that young women who do see this film know that they do not have to acquiesce to anything that they do not feel is morally right, or that they are dissatisfied with, or simply wanting to get out of that situation, that you can have a strength, and you deserve it.”

For Hedren, it wasn’t that simple. It was the waning days of the old studio system, and actors were treated, as Hitchcock himself is often quoted, like cattle.

“There was absolutely nothing I could do legally, whatsoever,” adds Hedren. “There were no laws about this kind of a situation. If this had happened today, I would be a very rich woman.

“But I can look at myself in the mirror, and I can be proud. I feel strong. I lived through it beautifully.

“He ruined my career, but he didn’t ruin my life.”

Voir de plus:

The new HBO movie “The Girl” depicts your relationship with Alfred Hitchcock, who, after giving you your first movie role in “The Birds,” plants an unwanted kiss on you, tries to blackmail you for sex and stalks you. Why would he do these things? 

He was a misogynist. That man was physically so unattractive. I think to have a mind that thought of himself as an attractive, romantic man and then to wake up in the morning and look at that face and that body was tough. I think he had a whole lot of problems.

The film made me ponder the expression “Revenge is a dish best served cold.” Is there any satisfaction in exacting revenge on a man who has been dead 32 years? 

Well, I don’t know that I’ve gotten any revenge on him. Maybe this movie is a bit. But I’m not the first one this happened to. Other actresses never made any overt statements about it. What he did with his life is astounding. There is no one in this world that did films like he did. Nobody.

The worst abuse happened after you rebuffed his advances. Actors have been known to sleep with less powerful directors for advancement in show business. Did you ever consider it? 

I have a strong Lutheran background, and my parents instilled in me strong morals. This was something I could never have done. I was not interested in him that way at all. I was fortunate enough to work with him, and as far as I was concerned, he ruined everything.

There is a scene in “The Girl” — as well as in the Donald Spoto book it’s based on — in which Hitchcock informs you that you are to be sexually available to him any time, any place. How do you even respond to that? 

I said, I’ve got to get out of the contract. He said, I’ll ruin your career. And he did. He wouldn’t let me out of the contract. I’d be a really big star if he hadn’t stopped my career. There were so many people who wanted me for their films. All he said was, “She isn’t available.” That’s a mean, mean man.

You’ve said that his wife, Alma, knew of his obsession with you. 

That couple was an enigma to all of Hollywood. At one point, she came to me during “Marnie” and said, “I’m so sorry you have to go through all of this,” and I looked at her and said, “Alma, you could stop it.” Her eyes just glazed over, and she turned and left.

How did you react to the news of his death? 
Relief.

Of course, you must not have gone to his funeral. 
I did.

Why? I would assume the only reason you’d want to see his grave is to spit on it. 
You don’t get it. He ruined my career, but he didn’t ruin my life. That time of my life was over. I still admire the man for who he was.

Years later, you bought a huge piece of land in California, where you still live, acquired a number of big cats and spent a decade making a movie with them called “Roar.” During the filming, a lion scratched your daughter, Melanie Griffith, and she needed plastic surgery. The cinematographer was scalped, and your former husband was mauled. Were you naïve about the dangers? 

We had not a clue what we were doing. We really didn’t. We had wanted to use Hollywood acting animals, but because instinct dictates a cat will fight a cat they didn’t know, all of the cat trainers said: “I don’t want my cat hurt, and I don’t want to get hurt. Get your own animals to do the movie.” We were in a learning process.

There’s a photo of you and a teenage Melanie, whose head is six inches away from Neil, your first live-in lion. 
He was not a live-in lion. Sometimes I get so annoyed with you writers.

The caption from your book reads, “Melanie and I with Neil, our first live-in lion.” 
O.K., I missed that one. O.K.

Does Melanie ever say at Christmas, “Mom, thank God I wasn’t eaten by the lions”? 
Oh, we all say that. Thank God we made it. Thank God nobody was killed. We all say that.

Harvey Weinstein ne peut laver tous les péchés d’Hollywood

Glenn Harlan Reynolds

USA Today

Il n’a fallu que quelques jours aux puissants du cinéma américain pour mettre au ban le célèbre producteur, accusé de harcèlement sexuel et de viol. Est-ce pour mieux détourner l’attention de la vraie nature d’Hollywood ?

Les transgressions du producteur Harvey Weinstein lui ont coûté sa place à l’Académie des Oscars. Ce n’est pas rien, quand on pense qu’elle compte encore parmi ses membres le réalisateur Roman Polanski, qui a plaidé coupable [de détournement de mineur] dans l’affaire du viol d’une adolescente de 13 ans.

Alors même que d’autres accusations de viol ont fait surface, Hollywood soutient Polanski depuis des dizaines d’années. En 2009, Whoopi Goldberg a même déclaré à propos du crime – Polanski avait drogué et sodomisé la…

Les transgressions du producteur Harvey Weinstein lui ont coûté sa place à l’Académie des Oscars. Ce n’est pas rien, quand on pense qu’elle compte encore parmi ses membres le réalisateur Roman Polanski, qui a plaidé coupable [de détournement de mineur] dans l’affaire du viol d’une adolescente de 13 ans.

Alors même que d’autres accusations de viol ont fait surface, Hollywood soutient Polanski depuis des dizaines d’années. En 2009, Whoopi Goldberg a même déclaré à propos du crime – Polanski avait drogué et sodomisé la jeune fille – que ce n’était pas “vraiment” un viol.

Pourtant, Hollywood s’est retourné contre Weinstein à une vitesse ahurissante. Il subit un ostracisme auquel ont échappé d’autres personnalités de son milieu.

Pourquoi ? À mon avis, c’est parce que le cas de Weinstein n’est pas aussi inhabituel qu’on veut nous le laisser croire. Hollywood a dû comprendre que le monde avait changé et que les médias people et les attachés de presse dociles ne pouvaient plus étouffer ces histoires. De mon point de vue, ils espèrent qu’en se montrant intransigeants avec Weinstein l’affaire se dissipera. Ils veulent éviter que le grand public se rende compte que cet homme fait partie d’un système d’exploitation bien ancré et qu’il ne relève pas de l’exception.

Des réunions dans des chambres d’hôtel

Ces individus n’ostracisent pas Weinstein parce qu’ils ont soudain découvert sa vraie nature. Ils l’ont toujours connue. Ils se retournent contre lui parce que le grand public a découvert sa vraie nature. Ils espèrent détourner l’attention de l’opinion avant qu’elle ne découvre le véritable visage d’Hollywood.

À mon avis, cela ne fonctionnera pas.

Harvey Weinstein est très fort, mais il ne l’est pas assez pour endosser tous les péchés d’Hollywood.“Combien de secteurs disposent d’un terme précis pour désigner l’échange de faveurs sexuelles contre un emploi ? interroge John Podhoretz. Est-ce un hasard si la pratique est tellement répandue dans le milieu du cinéma qu’elle a donné lieu à la locution ‘casting couch’, [un équivalent de notre ‘promotion canapé’] ? Dans combien de secteurs organise-t-on des réunions dans des chambres d’hôtel en dehors des heures de bureau ? Et lors de ces rendez-vous, dans combien de secteurs un patron dit-il à une jeune femme qu’elle ne doit pas hésiter à se dénuder devant lui, car l’emploi qu’elle brigue exigera d’elle qu’elle soit nue face à des millions de personnes ?”

Plus Sade que Don Juan

Le milieu hollywoodien est ce qu’il est car la nature du travail – les jugements personnels, peu de transparence, peu de normes objectives – permet à ceux qui le veulent d’abuser de leur position dominante. Avoir un magnat dans son camp, voire un agent ou un producteur adjoint, peut propulser une carrière – mais l’inverse est aussi vrai.

Weinstein semble être un homme extrêmement désagréable, un habitué du harcèlement et des agressions à l’encontre des femmes comme des hommes, que ces actes soient sexuels ou non. Même les agressions sexuelles dont il est accusé semblent viser l’humiliation des victimes plus que la simple satisfaction sexuelle. Weinstein s’apparente plus à Sade qu’à Don Juan.

Mais ses comportements ont été facilités par des dizaines voire des centaines de complices : des assistants, des producteurs, des acteurs, des actrices et des agents qui sont restés sous son influence car ils en tiraient divers contrats et projets. Et tous l’ont fait car, bien que Weinstein soit peut-être un connard fini, ses agissements n’étaient pas exceptionnels dans le secteur.

Les puissants d’Hollywood espèrent que vous ne tirerez pas cette conclusion, mais elle sera difficilement évitable face aux multiples accusations contre d’autres figures du cinéma américain. En découle la plus grande inquiétude du milieu : si les gens comprennent que le système qui produit des films est abusif, continueront-ils à en regarder ? Les films sont-ils les “diamants du sang” du monde du divertissement ?

“L’exploitation est omniprésente dans le cinéma, c’est pourquoi nous devons lui refuser notre soutien, écrit Ann Althouse sur son blog. Ces projets au budget faramineux donnent à certains un pouvoir immense, utilisé pour briser des jeunes femmes. On devrait refuser d’exposer nos esprits à ce genre de choses. Si vous voulez des histoires à visage humain, lisez un livre.”

Et si les gens pratiquaient la lecture au lieu d’aller au cinéma ? Rien n’inquiète plus les puissants d’Hollywood. Pas étonnant qu’ils aient réagi au quart de tour.

Voir aussi:
Popular Culture

Nasty, Brutish, and Fat

Of Hobbes and Harvey Weinstein

The reason Weinstein’s three decades of monstrous personal and professional conduct are so appalling and fascinating in equal measure is that he was clearly functioning outside the “social compact” Hobbes said was necessary to save men from a perpetual state of war they would wage against one another in the state of nature. For that is what Weinstein was doing, in his own way: waging Hobbesian war against the women he abused and finding orgasmic pleasure in his victories.

And Weinstein did so while cleverly pretending to leadership within the social compact and disingenuously advocating for its improvement both through political change and artistic accomplishment. Hobbes said the life of man in the state of nature was nasty, brutish, and short, but he did not say the warrior could not be strategic. Rochefoucauld’s immortal declaration that hypocrisy is the tribute vice pays to virtue is entirely wrong in this case. Weinstein paid off feminists and liberals to extend his zone of protection and seduction, not to help support the virtues he was subverting with his own vices.

Hobbes said that in the state of nature there was “no arts; no letters; no society.” But if the man in the state of nature, the nihilistic warrior, coexists with people who live within the social compact, would it not be a brilliant strategy to use the arts, letters, and society as cover, and a means of infiltrating and suborning the social compact? Harvey Weinstein is a brutal thug, a man of no grace, more akin to a mafioso than a maker of culture. And yet as a movie producer he gravitated toward respectable, quality, middlebrow, elevated and elevating fare. People wanted to work with him because of the kinds of movies he made. I think we can see that was the whole point of the exercise: It was exciting to be called into his presence because you knew you would do better, more socially responsible, more praiseworthy work under his aegis than you would with another producer.

And then, garbed only in a bathrobe, Weinstein would strike.

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Weinstein was universally known to be a terrible person long before the horrifying tales of his sexual predation, depredation, and assault were finally revealed. And—this is important—known to be a uniquely terrible person. His specific acts of repugnant public thuggishness were detailed in dozens of articles and blog items over the decades, and were notable precisely because they were and are not common currency in business or anywhere else. It was said of him after the latest revelations that he had mysterious abilities to suppress negative stories about himself, and perhaps he did; even so, it was a matter of common knowledge that he was the most disgusting person in the movie business, and that’s saying a lot. And that’s before we get to sex.

To take one example, Ken Auletta related a story in the New Yorker in 2001 about the director Julie Taymor and her husband, the composer Eliot Goldenthal. She had helmed a movie about Frida Kahlo produced by Weinstein. There was a preview screening at the Lincoln Square theater in Manhattan. The audience liked it, but some of its responses indicated that the plotline was confusing. Weinstein, whose hunger to edit the work of others had long since earned him the name “Harvey Scissorhands,” wanted to recut it to clarify the picture. Taymor didn’t, citing the audience’s favorable reaction. Then this happened:

He saw Taymor’s agent…and yelled at him, “Get the fuck out of here!” To Goldenthal, who wrote the score for Frida, Weinstein said, “I don’t like the look on your face.” Then, according to several witnesses, he moved very close to Goldenthal and said, “Why don’t you defend her so I can beat the shit out of you?” Goldenthal quickly escorted Taymor away. When asked about this incident, Weinstein insisted that he did not threaten Goldenthal, yet he concedes, “I am not saying I was remotely hospitable. I did not behave well. I was not physically menacing to anybody. But I was rude and impolite.” One member of Taymor’s team described Weinstein’s conduct as actually bordering on “criminal assault.”

Weinstein told the late David Carr in 2002 that his conduct in such cases had merely been the result of excess glucose in his system, that he was changing his diet, and he was getting better. That glucose problem was his blanket explanation for all the bad stories about him, like this one:

“You know what? It’s good that I’m the fucking sheriff of this fucking lawless piece-of-shit town.” Weinstein said that to Andrew Goldman, then a reporter for the New York Observer, when he took him out of a party in a headlock last November after there was a tussle for Goldman’s tape recorder and someone got knocked in the head.

Goldman’s then-girlfriend, Rebecca Traister, asked Weinstein about a controversial movie he had produced. Traister provided the predicate for this anecdote in a recent piece: “Weinstein didn’t like my question about O, there was an altercation…[and] he called me a c—.”

Auletta also related how Weinstein physically threatened the studio executive Stacey Snider. She went to Disney executive Jeffrey Katzenberg and told him the story. Katzenberg, “one of his closest friends in the business,” told Weinstein he had to apologize. He did, kind of. Afterward, Katzenberg told Auletta, “I love Harvey.”

These anecdotes are 15 years old. And there were anecdotes published about Weinstein’s behavior dating back another 15 years. What they revealed then is no different from what they reveal now: Weinstein is an out-and-out psychopath. And apparently this was fine in his profession…as long as he was successful and important, and the stories involved only violence and intimidation.

Flash-forward to October 2017. Katzenberg—the man who loved Harvey—publicly released an email he had sent to Weinstein after he was done for: “You have done terrible things to a number of women over a period of years. I cannot in any way say this is OK with me…There appear to be two Harvey Weinsteins…one that I have known well, appreciated, and admired and another that I have not known at all.”

So which Weinstein, pray tell, was the one from whom Katzenberg had had to protect Stacey Snider? The one he knew or the one he didn’t know? Because they are, of course, the same person. We know that sexual violence is more about power than sex—about the ultimate domination and humiliation. In these anecdotes and others about Weinstein, we see that his great passions in life were dominating and humiliating. Even if the rumors hadn’t been swirling around his sexual misconduct for decades, could anyone actually have been surprised he sought to secure his victory over the social compact in the most visceral way possible outside of murder?

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The commentariat’s reaction to the Weinstein revelations has been desperately confused, and for once, the confusion is constructive, because there are strange ideological and moral convergences.

The most extreme argument has it that he’s really not a unique monster, that every working woman in America has encountered a Weinstein, and that the problem derives from a culture of “toxic masculinity.” This attitude is an outgrowth of the now-fashionable view that there have been no real gains for women and minorities over the past half-century, that the gains are illusory or tokenish, and that something more revolutionary is required to level the playing field.

As a matter of fact in the Weinstein case, this view is false. Women have indeed encountered boors and creeps in their workplaces. But a wolf-whistler is not a rapist. Someone who leers at a woman isn’t the same as someone who masturbates in front of her. Coping with grotesque and inappropriate co-workers and bosses is something every human being, regardless of gender, has had to deal with, and will have to deal with until we are all replaced by robots. It’s worse for women, to be sure. Still, no one should have to go through such experiences. But we all have and we all do. It’s one of the many unpleasant aspects of being human.

Still, the extreme view of “toxic masculinity” contains a deeper truth that is anything but revolutionary. It takes us right back to Hobbes. His central insight—indeed, the insight of civilization itself—is that every man is a potential Weinstein. This clear-eyed, even cold-eyed view of man’s nature is the central conviction of philosophical conservatism. Without limits, without having impressed upon us a fear of the legal sanction of punishment or the social sanction of shame and ostracism, we are in danger of seeking our earthly rewards in the state of nature.

The revolutionary and the conservative also seem to agree there’s something viscerally disturbing about sex crimes that sets them apart. But here is where the consensus between us breaks down. Logically, if the problem is that we live in a toxic culture that facilitates these crimes, then the men who commit them are, at root, cogs in an inherently unjust system. The fault ultimately is the system’s, not theirs.

Harvey Weinstein is an exceptionally clever man who spent decades standing above and outside the system, manipulating it and gaming it for his own ends. He’s no cog. Tina Brown once ran Weinstein’s magazine and book-publishing line. She wrote that “strange contracts pre-dating us would suddenly surface, book deals with no deadline attached authored by attractive or nearly famous women, one I recall was by the stewardess on a private plane.” Which means he didn’t get into book publishing, or magazine publishing, to oversee the production of books and articles. He did it because he needed entities through which he would pass through payoffs both to women he had harassed and molested and to journalists whose silence he bought through options and advances. His primary interest wasn’t in the creation of culture. It was the creation of conditions under which he could hunt.

Which may explain his choice of the entertainment industry in the first place. In how many industries is there a specific term for demanding sexual favors in exchange for employment? There’s a “casting couch”; there’s no “insurance-adjustor couch.” In how many industries do people conduct meetings in hotel rooms at off hours anyway? And in how many industries could that meeting in a hotel room end up with the dominant player telling a young woman she should feel comfortable getting naked in front of him because the job for which she is applying will require her to get naked in front of millions?

Weinstein is entirely responsible for his own actions, but his predatory existence was certainly made easier by the general collapse of most formal boundaries between the genders. Young women were told to meet him in private at night in fancy suites. Half a century earlier, no young woman would have been permitted to travel alone in a hotel elevator to a man’s room. The world in which that was the norm imposed unacceptable limitations on the freedoms of women. But it did place serious impediments in the paths of predators whose despicable joy in life is living entirely without religious, spiritual, cultural, or moral impediment.

Hobbes was the great philosopher of limits. We Americans don’t accept his view of things; we tend to think better of people than he did. We tend to believe in the greater good, which he resolutely did not. We believe in self-government, which he certainly did not. But what our more optimistic outlook finds extraordinarily difficult to reckon with is behavior that challenges this complacency about human nature. We try to find larger explanations for it that place it in a more comprehensible context: It’s toxic masculinity! It’s the residue of the 1960s! It’s the people who enabled it! The truth is that, on occasion—and this is one such occasion—we are forced to come face to face with the worst of what any of us could be. And no one explanation suffices save Hamlet’s: “Use every man after his desert, and who should ’scape whipping?”

Voir aussi:

What Harvey Weinstein tells us about the liberal world

Harvey Weinstein seemed to fit right in. This is a form of liberalism that routinely blends self-righteousness with upper-class entitlement

The Guardian

21 October 2017

Let us now consider the peculiar politics of Harvey Weinstein, the disgraced movie producer. Today Weinstein is in the headlines for an astonishing array of alleged sexual harassment and assaults, but once upon a time he was renowned for something quite different: his generous patronage of liberal politicians and progressive causes.

This leading impresario of awful was an enthusiastic supporter of Barack Obama and Hillary Clinton. He was a strong critic of racism, sexism and censorship. He hosted sumptuous parties to raise money for the fight against Aids.

In 2004 he was a prominent supporter of a women’s group called “Mothers Opposing Bush”. And in the aftermath of the terrorist attack against the French magazine Charlie Hebdo, he stood up boldly for freedom of the press. Taking to the pages of Variety, Weinstein announced that “No one can ever defeat the ability of great artists to show us our world.”

To call this man a hypocrite is to state the obvious. This champion of women is now accused of sexual harassment on an epic scale. This defender of the press was excellent at manipulating it and on one memorable occasion is said to have physically roughed up a reporter asking tough questions.

Perhaps Weinstein’s liberalism was a put-on all along. It certainly wasn’t consistent or thorough. He strongly disapproved of Bernie Sanders, for example. And on election night in November 2008, Weinstein could be found celebrating Barack Obama’s impending victory on the peculiar grounds that “stock market averages will go up around the world.”

The mogul’s liberalism could also be starkly militaristic. On the release of his work of bold war propaganda, Seal Team Six, he opined to CNN as follows:

“Colin Powell, the best military genius of our time, supports the president – supports President Obama. And the military love him. I made this movie. I know the military. They respect this man for what he’s done. He’s killed more terrorists in his short watch than George Bush did in eight years. He’s the true hawk.”

In Weinstein’s world, politics often correlated with conspicuous displays of luxury goods – it was something you did on Martha’s Vineyard, or on the Riviera, or in the Hamptons, toasting the candidate or raising money for the good cause. Here is a glimpse of a Weinstein event for Aids research held in Cannes in 2000, as described by Roger Ebert:

“The private auction and the fashion show were followed by dinner and a public auction masterminded by Miramax chief Harvey Weinstein, who this year not only offered a massage by Heidi Klum, but persuaded [actors Kenneth] Branagh and [James] Caan to take off their shirts and act as subjects for a demonstration of her skills. The massage went for $ 33,000. ‘Karl Marx is dead,’ observed the director James Gray.”

There are sleazebags in every party, as Donald Trump frequently reminds us. But even so, Harvey Weinstein was unusual: a militant and vocal backer of a faith he appears to have violated in the starkest way.

What explains Weinstein’s identification with progressive causes? Perhaps it was all about cozying up to power, the thrill of being a friend of Bill Clinton.

Perhaps it was all about moral absolution, in the same way that lists of corporations-that-care always turn out to be led by outfits like Walmart, Goldman Sachs and Exxon-Mobil. In the world of the wealthy, liberalism is something you do to offset your rapacious behavior in other spheres. It’s no coincidence that, in Weinstein’s desperate first response to the accusations against him, he thought to promise war against the National Rifle Association and to support scholarships for women.

But it’s also something deeper than that. Most people on the left think of themselves as resisters of authority, but for certain of their leaders, modern-day liberalism is a way of rationalizing and exercising class power. Specifically, the power of what some like to call the “creative class”, by which they mean well-heeled executives in industries like Wall Street, Silicon Valley and Hollywood.

Worshiping these very special people is the doctrine that has allowed Democrats to pull even with Republicans in fundraising and that has buoyed the party’s fortunes in every wealthy suburb in America.

That this strain of liberalism also attracts hypocrites like Harvey Weinstein, with his superlative fundraising powers and his reverence for “great artists”, should probably not surprise us. Remember, too, that Weinstein is the man who once wrote an essay demanding leniency for Roman Polanski, partially on the grounds that he too was a “great artist”.

Harvey Weinstein seemed to fit right in. This is a form of liberalism that routinely blends self-righteousness with upper-class entitlement. That makes its great pronouncements from Martha’s Vineyard and the Hamptons. That routinely understands the relationship between the common people and showbiz celebrities to be one of trust and intimacy.

Countless people who should have known better are proclaiming their surprise at Harvey Weinstein’s alleged abuses. But in truth, their blindness is even more sweeping than that. They are lost these days in a hall of moral mirrors, weeping tears of admiration for their own virtue and good taste.

  • Thomas Frank is a Guardian columnist

Voir également:

« The movie industry I’ve known for the past 30 years… is reconstituting itself in my mind this week like pieces of a broken mirror being glued back in place… »

Anne Althouse

October 14, 2017

« … the cracks now forever visible, » writes Dana Stevens (at Slate), who’s been writing about movies for something like a decade, yet claims she « truly didn’t » know « any of the more sordid Weinstein rumors. » (Did she know any of the less sordid rumors? She does « guiltily question » whether she should have picked up some clues and could have dug into them.)

In this metaphorical reglued broken mirror in her mind, Stevens sees:

Gwyneth Paltrow holding her Oscar for Shakespeare in Love, standing beaming next to the man whose hotel suite she had to escape from a few years earlier after he invited her to the bedroom for a massage…. Or Mira Sorvino getting her Oscar for Mighty Aphrodite and then mysteriously—or perhaps not so mysteriously anymore—fading from the screen. Or Rosanna Arquette never going on to the career she deserved….

But the linked column doesn’t go where I would take it. When I saw the headline at Slate — « The Harvey Weinstein Scandal Is Changing How I Look at the Movies » — I thought it going to say what I’ve been saying: Because movies are shot through with human exploitation, we should withhold our patronage. These big expensive projects create immense power that is used to grind up young women, and we should not want to expose our mind to this material. If you need stories about human beings, read. A writer of books works alone (mostly) and uses words to create images of beautiful women and other human beings who do and say interesting, meaningful things. No actors needed.

But Stevens has no plan to redirect her consumption of stories. Well, her job is movie critic, so she can’t just say no, can she?

Voir encore:

HARVEY WEINSTEIN: THE LEFT’S CULTURE RAPE MONSTER

The Left’s culture war protects its own monsters.

Daniel Greenfield

Daniel Greenfield, a Shillman Journalism Fellow at the Freedom Center, is an investigative journalist and writer focusing on the radical left and Islamic terrorism.

In the spring of his final year as a movie mogul, Harvey Weinstein was doing what he always did. Or rather what he always did in public view: as opposed to what he has been accused of doing in hotel rooms and deserted office storage rooms. He was fighting a ratings war over a movie with adult content.

The movie was 3 Generations. It had been made two years earlier to cash in on the transgender boom. Back then it was called About Ray. But the reviews were bad and the movie was pulled a few days before it was supposed to be released. What do you do with a bad politically correct movie that you paid $6 million for? You start a culture war. And that’s exactly what Harvey Weinstein did.

He enlisted GLAAD, the gay rights group, to lobby for a PG-13 rating for the newly renamed movie.

« The Weinstein Company dared to tell culture-changing LGBTQ stories that Hollywood too often shies away from,” GLAAD president Sarah Kate Ellis shilled.

It didn’t hurt that Harvey was a donor to GLAAD and the Human Rights Campaign. Weinstein had even presented his pal, Bill Clinton, with a GLAAD award at its awards show.

Harvey’s gambit didn’t pay off financially. The reviews for 3 Generations were just as bad this time around. And it took in $60,000. Or 1 percent of what Harvey had paid for it. But Harvey had known two years ago that the movie wouldn’t make money. The 3 Generations campaign wasn’t about the movie, but about Harvey Weinstein’s brand as a courageous mogul on the political cutting edge of the industry.

Harvey Weinstein wasn’t really in the movie business. He was in the culture business.

Some of his movies were meant for general audiences. But mostly he sold the illusion of culture to a prosperous leftist elite. Sometimes that meant traditional highbrow British Oscar bait like The King’s Speech or Shakespeare in Love. But much of the time it meant pandering to their politics.

And thus, 3 Generations, for the transgender category, The Hunting Ground, for the campus rape category, Fruitvale Station, for police brutality, Wind River, for Native American oppression, and, if you reach back far enough, Fahrenheit 9/11 for the anti-war category and Miral, for the anti-Israel category.

And countless others.

Harvey Weinstein didn’t get all his Oscars and his clout in the industry because he had good taste. Or even a good idea of what would work. The 3 Generations debacle is a reminder of that. The New York Times pulled the trigger on the story that brought him down, after blocking a similar story in his heyday, because his company was faltering and no longer all that valuable to the finances of the big lefty paper.

Even at his peak, he was never all that big when compared to the big boys of the industry. His estimated net worth is under $300 million. What made him think he could grab Gwyneth Paltrow, the goddaughter of Steven Spielberg, an industry titan with a net worth of $3 billion, and get away with it?

All that clout which brought in Oscars, fawning media profiles and the frightened compliance of the women he abused, didn’t come from his cash, it came from his role as a culture warrior of the left.

When Harvey Weinstein wanted to bully the MPAA and promote a bad movie, he had the heads of the biggest gay rights groups at his beck and call. When he wanted to push Miral, an anti-Israel movie that was just as bad, he got it screened at the UN General Assembly Hall. When he wanted to promote, The Hunting Ground, a discredited documentary, Planned Parenthood was eager to step up.

Why was everyone from the United Nations to GLAAD so eager to accommodate Harvey?

Money was an obvious factor. Harvey donated enthusiastically to left-wing groups like Planned Parenthood and GLAAD. Just this year, he helped endow a chair in Gloria Steinem’s name.

But money wasn’t enough. Hollywood’s bigwigs routinely write big checks for trendy causes.

Harvey Weinstein got his clout as a culture warrior. An alphabet soup of lefty groups, right up to the UN, was eager to give him what he wanted because they saw him as championing their agenda.

He rolled out movies that pushed the left’s social and political agendas like no other company did. And in return, he got the same “rape pass” that Ted Kennedy, Bill Clinton and other top lefties did.

It wasn’t mere money that intimidated his victims. Harvey’s millions alone didn’t buy him the right to assault and then silence women, some of whom became famous and powerful in their own right, in an industry that is the subject of constant media attention and scrutiny. It was his connections on the left.

Harvey Weinstein shoveled large amounts of money into the media and lefty groups. But more than mere cash, he had their loyalty because he fought the cultural battles that they wanted him to fight.

And they provided him with exactly the stories he wanted. And none of the stories he didn’t want.

The media is hunting through Hollywood to find out who knew about Harvey. And everyone knew and said nothing. They said nothing because the media would have destroyed them. Look back at the old stories about Harvey’s conflicts with the MPAA, with Jewish groups over Miral, and so many others, and it’s easy to spot the heavy hand of Harvey in every article. The media let him write the story.

It let him write the story because he was telling their stories in theaters across the country.

What no one in Hollywood or the media can say is that the women whom he abused were collateral damage in a culture war. Harvey ran an assembly line on which movies about the left’s latest social agenda were rolled out. If you wanted campus rapes, police brutality, transgender, gay rights, anti-Israel or anything from the Left “R” Us emporium, he made it happen. And the price was ignoring the screams coming from his hotel rooms and the office storage rooms that he allegedly brought women to.

The left paid that price. It paid it, until Harvey wasn’t good for it anymore. And then it came to collect.

Harvey Weinstein didn’t assault women ‘despite’ his leftist politics as the media alleges in its fumbling efforts to connect him to toxic masculinity. He assaulted women because of his leftist politics. It was his politics that made him feel safe assaulting women. And it was his politics that made them feel unsafe about turning him in. How do you take on a man who has Planned Parenthood in his back pocket?

And it was his cultural transgressiveness that won him a pass. The cultural pioneers of the left who break all sorts of sexual boundaries are expected to occasionally transgress boundaries like consent. That’s true across the entertainment industry. And it was true across the counterculture in general.

How many rapes were there at Occupy Wall Street camps and how much sexual harassment was there in the Bernie Sanders campaign? That’s how leftist political and culture wars have always worked.

Harvey Weinstein’s willingness to push cultural boundaries insulated him from accusations of abuse by, on the one hand, making him appear too virtuously leftist to do such a thing, and on the other hand, giving him a pass for being too transgressive to be bound by the conventions of bourgeois morality.

And Harvey’s shabby defenses have called on both arguments, trying to wrap himself in the cause of gun control, signaling his usefulness to the left, and invoking the culture of the 70s, to create complicity.

Harvey is still hoping that the left’s culture war can be invoked to protect its fallen monster.

Following its “Tragedy + Trump = Story” formula, the media has run numerous stories trying to tie Harvey to Trump. It’s revealing, not only for the partisan cynicism of trying to associate the actions of a top Obama and Hillary donor with Trump, but because it shows why the media covered for Harvey.

Even now, it’s still incapable of acknowledging that a leftist can sexually abuse and rape. Its political tribalism is so strong that it needs to associate Harvey with Trump to be able to condemn him.

And that, more than anything else, shows why the media covered for Harvey Weinstein.

The women whom Harvey allegedly abused knew that the media’s rule is that there are no enemies to the left. And Harvey had worked hard to always stay to the left of everyone else. Including his victims.

Voir de plus:

Affaire Weinstein: « J’ai honte de n’avoir rien dit », regrette Jane Fonda

L’Express avec AFP

Dans une interview à la télévision américaine, l’actrice révèle avoir été au courant des pratiques du puissant réalisateur depuis un an.

« Grâce à Dieu on en parle! ». Jane Fonda est aujourd’hui soulagée de voir la parole des victimes se libérer à propos du producteur américain Harvey Weinstein, accusé par des actrices de harcèlement, d’agressions sexuelles et de viols. Des accusations dont la comédienne révèle avoir été au courant.

Dans une interview enregistrée jeudi et qui sera diffusée dans l’émission Hardtalk de BBC World news lundi, l’actrice a expliqué avoir découvert les accusations portées contre Harvey Weinstein il y a un an, mais ne pas avoir voulu en parler pour ne pas dévoiler l’identité d’une des accusatrices, une décision qu’elle regrette aujourd’hui. « J’aurais dû être plus courageuse et je pense qu’à partir de maintenant je le serai quand j’entendrai de telles histoires », a-t-elle déclaré.

Selon elle, si les victimes présumées n’ont pas souhaité parler plus tôt c’est parce que le producteur est « puissant » et que les jeunes femmes étaient « vulnérables » et « inquiètes que si elles parlaient ou faisaient quelque chose, leur carrière serait détruite », a estimé l’actrice, qui fut une figure de la contestation aux Etats-Unis dans les années 1960 et 1970.

« C’est une épidémie »

La star, qui aura 80 ans en décembre, avait confié à un magazine britannique avoir été violée enfant. Elle a raconté à la BBC avoir subi des avances d’un réalisateur français quand elle avait 21 ans, celui-ci lui disant qu’il avait besoin de savoir « quels types d’orgasmes » elle avait, pour un rôle.

Jane Fonda a aussi évoqué les scandales sexuels qui ont visé l’acteur américain Bill Cosby, l’ex-président du Fonds monétaire international, le Français Dominique Strauss-Kahn, et le président américain Donald Trump. « Nous avons maintenant un président dont nous savons qu’il a fait la même chose », a-t-elle affirmé. Pendant la campagne présidentielle, une vidéo de Donald Trump avait fuité dans laquelle le magnat de l’immobilier se vantait de pouvoir attraper les femmes par le sexe parce qu’il est célèbre.

Pour Jane Fonda, qui a raflé deux fois l’Oscar de la meilleure actrice, ces violences faites aux femmes sont « très très répandues », et pas seulement à Hollywood. « C’est une épidémie, assure-t-elle. J’espère que c’est un tournant », qui stoppera les agresseurs ».

« Il s’intéressait plutôt aux jeunes femmes »

Quelques heures plus tôt, Jane Fonda avait accordé une autre interview, à CNN cette fois-ci. L’actrice y évoquait déjà les accusations visant Harvey Weinstein et le fait qu’elle ait gardé le silence, alors qu’elle était au courant des pratiques du réalisateur. « J’ai honte de n’avoir rien dit à ce moment-là […] J’imagine que c’était parce que ça ne m’étais pas arrêtée à moi et donc je pensais que ce n’était pas à moi de le dire« .

« J’ai rencontré Weinstein quand j’étais déjà âgée, mais il s’intéressait plutôt aux jeunes femmes parce qu’elles sont plus vulnérables », raconte par ailleurs la star.

 Voir encore:

There’s No Virtue in Joining an Angry Mob

Harvey Weinstein’s actions were egregious. But high-minded outrage poses dangers of its own.

Paula Marantz Cohen

The Wall Street Journal

Oct. 19, 2017
The condemnations of Harvey Weinstein’s egregious behavior have become a deluge. We’ve seen this before—an ever-increasing tirade against a once-respected figure. It is as though we’ve learned the habit of outrage and feel obliged to be even more dramatically horrified than we were the last time this kind of news was revealed.
Woody Allen, admittedly a dubious judge, has been lambasted for warning against a witch hunt. But Mr. Weinstein can be guilty and still be the object of what looks like a hypocritical hunger for blood. Where were all these people who now say they were aware of his behavior a year, a decade, a quarter-century ago? Too afraid to speak up then but empowered to do so now when there is a chorus to back them up. It’s more like a lynch mob than a witch hunt. A lynch mob is still a lynch mob, even when its target is guilty.
The problem here goes beyond Harvey Weinstein. It is a symptom of a kind of responsiveness that has permeated this country on many levels and on many fronts. When the media becomes judge and jury, groupthink sets in and the mob expresses its indignation. No one is allowed to doubt or to express sympathy.
In the case of Mr. Weinstein, a man once lauded for his artistic taste and enjoyed for his crude but refreshing New Yorker manners is now the most egregiously horrible individual who ever lived, reduced overnight from a mogul into a monster—though at the same time we are told that everyone really knew what he was all along. Meanwhile, the media continues to relay one prurient detail after another, feeding the public’s maw for gossip, while allowing us to indulge in high-minded outrage.
There is something deeply worrisome about this kind of flattening process, both for what it says about those who never spoke up until now and for what it says about our inability to grasp the complexity of the human condition. We wonder about trolling on the internet, but our press encourages this in its tabloid-style piling on of reporting—in its inability to contextualize or restrain itself in the face of the public appetite for more of the same.
The Weinstein case has its correlative in the political arena. On both sides of the political spectrum, we seem driven by a need for dramatic outrage that masquerades as virtue. Once a case has been made in the public sphere, on whichever side, the case gets made again and again in increasingly simplistic terms. Any attempt to see around or outside the established scenario means that you are a bad person. The deadening, coercive nature of this kind of thinking is disturbing.
I am upset by what is happening in our country today. I don’t like the mean-spirited way our president behaves and expresses himself. I don’t like the way much of the press, both on the right and the left, seems intent on smug, simplistic reporting. I don’t like the way gestures, such as showing exuberance or seeming disrespect on the football field, have been blown up to mean something more or other than they should.
I don’t like the way some college students have become self-righteous know-it-alls, claiming to be traumatized by words and texts. And I don’t like the way many teachers have been made to feel they must toe a party line and walk on eggshells. This is not the way to nurture democracy, fairness and human compassion.
Get Harvey Weinstein out of the newspapers and into the courts. If convicted, punish him as the law requires, but remember that he, like all of us, is a human being. We have forgotten this about anyone who has been labeled our opposition, and this has made us a meaner and ultimately more dangerous country.
Ms. Cohen is a professor of English at Drexel University, where she is dean of the Pennoni Honors College.
Voir de même:

#Moiaussi : pour que la honte change de camp-

Ariane Fornia

18 octobre 2017

#Moiaussi, ou #metoo : c’est le hashtag qui fédère en ce moment les femmes dont la parole se libère enfin. Des femmes de tous âges, de toutes origines et de tous milieux sociaux témoignent avoir été victimes d’agressions sexuelles ou de harcèlement, de la part d’hommes de leur entourage ou d’inconnus. Chaque témoignage est glaçant, mais ce qui est pire que tout, c’est leur nombre, leur déferlement ininterrompu. Toutes les femmes, ou presque, ont connu cela. Le bâillon est tombé, et les récits pleuvent.

Et j’ai l’espoir que ce soit le grand soir de la cause féministe, le séisme qui ébranlera enfin le vieux monde misogyne.

Ceci n’est pas une confession

Cela fait plusieurs jours que j’hésite. Mais moi aussi, #moiaussi, j’ai besoin de vous raconter.
Pas sur Twitter, pas en 140 caractères. Je vous raconterai ici, dans cet espace qui m’appartient, où j’ai le temps de vous livrer à mon rythme ce récit et cette réflexion.
J’ai failli écrire « cette confession ». Mais non : la confession, c’est l’aveu du coupable. Et moi, je ne suis coupable de rien.

La première agression, ou le « malentendu »

J’ai treize ans. En vacances, je suis sortie avec un garçon bien sous tous rapports, gentil et intelligent. Sexuellement, nous ne sommes pas allés plus loin que ce qu’on appelait à mon époque une « pelle ». Ce stade-là me convient très bien.
Une fois rentrée chez moi à la fin du séjour, j’insiste pour aller lui rendre visite. Ce n’est pas le grand amour, mais je l’aime bien, et la ville dans laquelle il habite me tente beaucoup. Il m’a promis qu’on ferait du tourisme, qu’on irait à un concert. Ma mère hésite, puis appelle sa mère à lui, une femme très bien. « Aucun problème, je serai à la maison, elle peut venir. »
La journée se passe à merveille. Et puis le soir, nous nous retrouvons dans sa chambre. Sa mère est sortie. Nous sommes seuls. Que dire, si ce n’est que je ne contrôle plus rien ? Que les choses vont plus loin que ce que je voulais ? Je dis non, je lui dis « je préfèrerais garder mes vêtements », il réinsiste. Je me tortille, je me détourne, je me lève, je dis « ça te dirait qu’on aille regarder un film dans le salon ? », je passe du lit au canapé. Il m’y suit. Il n’y a aucune violence, juste ma passivité, ma froideur pétrifiée qu’il ne comprend pas. Je n’ai pas hurlé « lâche-moi », j’ai juste attendu. Je crois qu’il ne sait même pas que je n’étais pas d’accord. Je l’ai revu par hasard des années plus tard. J’étais glacée, lui très chaleureux. Charmant.

La deuxième agression, ou l’enfer du métro

J’ai dix-neuf ans, je suis à la fac à Paris. C’est le mois de septembre et l’été dure, il fait chaud, je suis en jean et chemisier blanc, un joli chemisier avec un col en dentelle, façon héroïne romantique. Je n’ai pas de veste. Je rentre de cours dans le métro bondé, quelqu’un me bouscule involontairement. Un mouvement brusque pour me rattraper, et mon chemisier craque. Deux boutons, pile sur la poitrine. Je porte un soutien-gorge, mais j’ai toujours eu beaucoup de poitrine, et ma mésaventure vestimentaire ne peut échapper à personne, tout le monde voit que je suis à moitié dépoitraillée. Je suis cramoisie. Je n’ai rien pour me couvrir.
Et ça commence. Un homme de cinquante ans, en tenue de cadre, passe sa langue sur ses lèvres en me regardant lubriquement. J’essaie de croiser mes bras, de me tourner vers le bord du wagon. Un homme d’une trentaine d’années vient se coller contre moi. Au début, je crois qu’il veut me cacher aux regards. Puis je sens quelque chose de tout dur contre ma cuisse. Son sexe en érection. Je suis paralysée, je ne bouge pas. J’attends que les stations passent, j’ai les larmes aux yeux. Je ne réagis pas, je ne repousse pas ce salaud, sans doute parce qu’au fond de moi je me dis que c’est ma faute. Parce que quand ton chemisier craque, c’est bien fait pour toi, tu mérites qu’on te colle une bite contre la cuisse. Evidemment.

La troisième agression, ou comment j’ai été agressée par un ancien ministre

Ce n’est pas la « pire », mais celle qui m’a intellectuellement le plus ébranlée. Parce que les deux premières fois, je me disais que c’était peut-être ma faute. Je n’avais pas su dire non. Je n’avais qu’à prendre une veste.

Mais cette fois-là, j’ai compris que ça pouvait arriver à n’importe quelle femme, dans n’importe quelle circonstance, que personne n’était à l’abri.

Il faut que je vous détaille le contexte, pour que vous compreniez à quel point c’était inouï, à quel point cela révèle le sentiment d’impunité des prédateurs, et tout particulièrement, des prédateurs puissants.

J’avais vingt-ans. A cette époque, mon père était ministre. Il était très exposé médiatiquement, et je souffrais beaucoup de cette attention extrême, de ce climat polémique qui rôdait tout le temps autour de lui, de ma famille, et j’aurais mille fois préféré l’anonymat. Mais le seul privilège de ministre qui me consolait, le seul dont lequel j’étais heureuse de bénéficier, c’était l’opéra. Le merveilleux opéra de Paris invitait régulièrement les ministres à assister aux représentations, et mon père, qui connaît mon amour pour l’art lyrique, me faisait souvent bénéficier de la deuxième invitation. L’y accompagner était une joie immense. Ce soir-là, nous allions voir un Wagner à l’opéra Bastille (était-ce Parsifal ? était-ce le Ring ?), et j’étais aux anges. Mais mon père a eu une urgence à gérer, et n’a pu me rejoindre qu’à l’entracte. Du coup, les sièges étaient rebattus, et quelqu’un s’est assis à ma droite, là où mon père aurait dû être.

Je ne sais pas si vous connaissez l’opéra Bastille. Dans cette immense et magnifique salle, une rangée est considérée comme la « rangée VIP ». C’est la catégorie Optima, la première rangée du premier balcon, en plein milieu de la salle (et non pas devant la scène), avec personne devant vous sur plusieurs mètres. C’est la rangée la plus exposée, où on voit aussi bien qu’on est vu. Les ministres, les hautes personnalités, les stars, sont toujours placés là, et c’était un immense bonheur pour moi de pouvoir en bénéficier. J’insiste là-dessus pour expliquer que ce ne sont pas des places discrètes, où on serait caché dans l’ombre. Ce sont des places où tout le monde sait qui vous êtes et voit ce que vous faites.

Un vieux monsieur à l’air éminemment respectable s’assoit donc à ma droite. Son épouse est à sa droite à lui. J’insiste. Son épouse est là. La représentation commence. Et au bout de dix minutes, le vieux monsieur a sa main sur ma cuisse. Je me dis qu’il doit être très âgé, perturbé. Je le repousse gentiment. Il recommence. Rebelote. Une troisième fois. Il commence à remonter ma jupe. Il glisse sa main à l’intérieur de ma cuisse, remonte vers mon entrejambe. J’enlève sa main plus fermement et je pousse un cri d’indignation étouffé, bouche fermée. Tout le monde me regarde. Il arrête. Dix minutes plus tard, il recommence. Je lui plante mes ongles dans la main. C’est un combat silencieux, grotesque, en plein opéra Bastille. Wagner sur scène, le vieux pervers contre la gamine en pantomime dans la salle.

A l’entracte, mon père arrive. Je le vois soucieux, je ne veux pas le stresser davantage. J’ai peur qu’il aille casser la gueule du type en plein opéra et qu’on ne puisse pas finir la représentation. C’est bête, mais je me tais aussi par respect pour sa femme assise à côté de lui – je ne veux pas l’exposer à cette humiliation. Je ne dis rien à mon père. Mais je change de place, et je demande à son officier de sécurité : « Pouvez-vous me dire qui est cet homme ? » Cinq minutes plus tard, il me donne la réponse, je cherche sur Google, je vérifie. C’est bien lui. Et je suis estomaquée.

 C’est un ancien ministre de Mitterrand, membre de plusieurs gouvernements, qui a occupé des fonctions régaliennes, qui est une grande figure de gauche, décoré de l’Ordre national du mérite et de plusieurs autres Ordres européens. Une statue vivante. La représentation recommence, je suis tranquille, mais je n’arrive pas à me concentrer sur la mort des Dieux et les vocalises de la cantatrice.
Je repasse en boucle ce qui vient de se passer. Je suis fille d’un ministre en exercice, dans la rangée VIP d’un des lieux les plus huppés de la capitale, en pleine lumière. L’homme assis à côté de moi a occupé les plus hautes fonctions de l’Etat, est unanimement respecté, et accompagné de son épouse. Et il m’a agressée pendant tout un premier acte, malgré ma résistance vigoureuse.

Je mesure soudain ce que cela signifie, et j’ai le vertige. Si cela m’arrive ici, maintenant, à moi, par lui, c’est que cela peut arriver à n’importe quelle femme, partout. Que personne n’est à l’abri.

Dans la voiture en rentrant, je raconte à mon père et à son officier de sécurité. Passé le moment de fureur, nous décidons de ne rien faire. Je ne supporte plus sa surexposition médiatique, qui m’affecte aussi par ricochet. Je sais que si je « balance mon porc », pour reprendre l’autre hashtag en vigueur actuellement, tous les regards seront braqués sur moi. Je ne dis rien.
Mais cela fait huit ans que j’ai envie de lui mettre une droite, et que parfois la nuit, je rêve que je l’ai fait, en pleine représentation, devant sa femme, devant tout le monde. En être réduite à rêver de tabasser un vieux, si ça ne l’est pas de l’impuissance.
Vous allez peut-être me dire « donne son nom ». Un reste de peur me retient, mais je crois avoir donné beaucoup d’indices. Et s’il se reconnaît et qu’il lui prend l’envie saugrenue de m’attaquer en diffamation, qu’il sache que mon père et son officier de sécurité d’alors pourront témoigner contre lui. Qu’il sache que je le méprise profondément, et que je plains sa femme.

La quatrième, la cinquième et la centième fois : une femme qui voyage

Je suis une voyageuse, une journaliste, une blogueuse voyage professionnelle. Je voyage souvent seule, loin de chez moi. C’est ma passion et mon métier. La plupart du temps, les gens sont bienveillants et chaleureux. Je fais de belles rencontres, sans arrière-pensée, avec des femmes et des hommes amicaux.

Mais parfois, cela dérape. Je racontais dans mon dernier article sur la Californie comment tout le monde m’avait proposé du sexe, tout le temps. Je l’ai raconté avec humour. C’est devenu mon mode de défense. La politesse et l’humour. Je souris, je dis « non merci » comme si on m’avait proposé une tasse de thé, je fais une blague, parce que je suis petite, une femme, qui n’a jamais fait d’art martial et qui préfère la stratégie d’évitement au conflit frontal. J’ai peur de me faire casser la gueule, violer, tuer. Donc je plaisante. Je suis mignonne, inoffensive. A un homme qui me demande de but en blanc, dans les rues de Nancy, si je veux un « bukkake » (terme japonais qui signifie l’éjaculation simultanée de plusieurs hommes sur une femme placée au centre de leur cercle), je réponds « non merci, je viens déjà de manger des sushis ». Il rigole, il me laisse tranquille. Et moi, je normalise ça. Je ne fais plus attention, je m’habitue.

Aujourd’hui, en voyant déferler les #moiaussi, je me dis que je ne veux plus accepter. Je ne veux plus normaliser. A chaque agression, j’ai été passive, je n’ai pas voulu déranger, j’ai pris la honte sur moi au lieu de la renvoyer sur celui qui méritait de la ressentir. Mais je ne suis pas coupable. Nous ne sommes pas coupables, et rien ne justifie le harcèlement.

Peu à peu, le monde commence à comprendre que, si tous les hommes ne sont évidemment pas des agresseurs, toutes les femmes ou presque ont un jour été agressées par un homme. Que c’est grave, et qu’il faut réagir.
Je ne me suis pas mise à haïr les hommes, j’en connais des tas de bien. Je ne crains pas les inconnus, j’ai fait des dizaines de rencontres paisibles et chaleureuses. J’aime les gens. Je n’ai pas une nature méfiante. Mais j’aspire à un monde amical et sain, où la confiance et l’amitié sont permises par le respect mutuel. Où personne ne vous touche, ne commente votre corps, ne vous scrute, sans votre consentement. Et je crois que cette semaine, nous avons fait un pas dans la bonne direction. Continuons le combat.

Voir de plus:

Juliette Binoche : « La femme est facilement moquée, ridiculisée, on a besoin de la diminuer »

L’actrice a collaboré plusieurs fois avec Harvey Weinstein, accusé de harcèlement sexuel et de viols. Elle témoigne dans un entretien exclusif au « Monde ».

Propos recueillis par Franck Nouchi (Médiateur du Monde)

Le Monde

Plusieurs des films qui ont contribué à la consécration internationale de Juliette Binoche étaient produits par Harvey Weinstein. Ainsi, Le Patient anglais, un film d’Anthony Minghella pour lequel l’actrice française a obtenu, en 1997, l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. Ou encore Le Chocolat, de Lasse Hallström, qui a valu à Juliette Binoche d’être nommée, en 2001, à l’Oscar de la meilleure actrice. Pour Le Monde, elle a accepté de sortir du silence qu’elle s’impose depuis que l’affaire Weinstein a éclaté.

Vous qui connaissez bien Harvey Weinstein, avez-vous été surprise à la lecture des enquêtes récentes qui l’accusent d’être un prédateur sexuel ?

Etant par monts et par vaux, je n’ai pas lu grand-chose, si ce n’est, un peu, ce que certaines actrices ont déclaré. Et je dois dire que j’ai été choquée par les faits les plus graves qui sont rapportés – à savoir que certaines d’entre elles accusent Harvey Weinstein de les avoir violées.

Des facettes d’Harvey, j’en connais beaucoup, vu que j’ai travaillé avec lui à plusieurs reprises. Au tout début, quand je l’ai connu, il avait créé Miramax avec son frère et distribuait des films européens et étrangers importants aux Etats-Unis. C’est lui qui, par exemple, a fait connaître là-bas Krzysztof Kieslowski, Jane Campion, lui qui a distribué Les Amants du Pont-Neuf, de Leos Carax, sans toucher à son montage, contrairement à la réputation qui lui était faite.

Il était, à cette époque, le seul distributeur américain que je connaissais qui avait un tel enthousiasme pour le cinéma d’auteur, le seul qui s’en donnait les moyens, car il y croyait. A l’époque, je ne me suis jamais sentie en danger avec lui, car je pense que j’étais déjà armée. La seule fois où j’ai entendu une insinuation sexuelle verbale de sa part, je ne l’ai pas prise au sérieux, j’ai répondu immédiatement par un revers de balle hors jeu.

Vous en parlait-on comme d’un harceleur ?

Je me souviens qu’une actrice m’en a fait part un jour.

Mais il ne vous a pas harcelée…

Personnellement, non. Mais je pense que j’ai eu assez tôt un sens du danger face aux circonstances que j’ai pu croiser dès l’enfance ou à mes débuts d’actrice. A 18 ans, un metteur en scène, pour me parler d’un nouveau projet, m’avait invitée à dîner. A la fin du repas, il m’a sauté dessus pour m’embrasser. Je l’ai repoussé immédiatement en lui disant : « Mais je suis amoureuse, j’ai un amoureux ! » Une autre fois à 21 ans, j’ai été invitée chez un producteur une heure avant un dîner organisé pour la fin d’un tournage, il s’est jeté sur moi sauvagement, j’ai dû le repousser pareillement.

Instinctivement, je souhaitais être respectée dans mes sentiments et dans mon corps. Mon histoire personnelle m’y incitait. A l’âge de 7 ans (j’ai raconté cet épisode dans le magazine Elle), un maître s’est permis des attouchements sexuels, à la suite de quoi j’ai commencé à mettre des pantalons pour me protéger. Une copine m’a parlé de ce qu’il lui arrivait également et j’ai pu en parler à ma mère. Et puis ça s’est arrêté.

Comme toutes les filles, j’ai fait mes classes, j’ai appris à me détourner, à me rebeller, à m’insurger face à l’impunité masculine. Finalement, ces batailles-là m’ont permis de me positionner et souvent, la rage n’était pas loin. Ce sont des blessures, certes, mais c’est aussi une chance d’avoir pu me structurer rapidement par l’expérience de ces épreuves, qui ne sont évidemment pas souhaitables. Mais parfois, malheureusement, tout le monde n’a pas cette repartie, et certaines situations peuvent devenir beaucoup plus destructrices.

Au cinéma, l’exercice du pouvoir est très particulier. Le producteur a un pouvoir, le metteur en scène a un pouvoir, l’acteur a un pouvoir. S’approcher de ces pouvoirs-là, c’est un peu comme des trous noirs dans l’espace, ils dégagent une énergie qu’il faut savoir décrypter, sentir, on peut tourner en orbite, mais gare à ne pas se laisser happer !

Tout cela pour dire que quand j’ai travaillé avec Harvey Weinstein, je sentais qui j’avais en face. Le genre de type avec lequel je n’irai jamais m’amuser. J’ai déjeuné avec lui une fois en tête-à-tête dans sa suite, je n’ai pas senti de danger, mais je n’ai pas compris pourquoi il tenait à me voir.

Vous aviez instauré entre lui et vous une sorte de rapport de force ?

D’une façon naturelle, oui, sans préméditation.

Ce que vous dites semble signifier que les actrices qui aujourd’hui l’accusent s’exposent à ce qu’on leur dise : « Vous n’avez pas été suffisamment clairvoyantes… »

Chaque situation est différente, ce serait dangereux de généraliser. Mais face à la corpulence d’Harvey, face à son énergie, sa voix, son débit, face aux mots qu’il utilise, à ses croyances, en s’approchant d’un tel pouvoir, il faut savoir où on met les pieds et éveiller son intelligence à ne pas se faire piéger. Si tu veux faire ce métier, c’est que quelque chose en toi te pousse à le faire, qui va au-delà de toi-même, au-delà du désir de ton besoin de pouvoir. Et c’est là que tu dois te poser la question essentielle : pourquoi suis-je là ? Qu’est-ce que je cherche ? Qu’est-ce que je veux ?

J’ai connu un acteur qui m’appelait au milieu de la nuit, venait sans prévenir chez moi, bref, il essayait de m’avoir. Une fois je l’ai foutu à la porte. Une autre fois, devant le maquilleur et coiffeur, je lui ai demandé pourquoi il m’avait appelé en pleine nuit. Il a fini par arrêter.

J’ai été élevée par une mère qui avait un sens de la force individuelle. Au fond de moi, j’aime être femme, mais je me sens aussi bien homme que femme. La force n’a pas de sexe. La force a pour force son individualité.

En vous écoutant, on se dit que le métier d’actrice n’est pas à mettre entre toutes les mains…

Mais absolument ! L’acteur doit voir, observer, jauger, renifler, esquiver, se protéger, mais au moment essentiel de son métier, c’est-à-dire devant la caméra ou sur une scène, se donner corps et âme ! Encore une fois, si l’on va y chercher un petit pouvoir personnel, on fait fausse route. Mais il existe un autre pouvoir, celui qui est au-delà de sa volonté et de ses propres désirs, mais qui passe par une descente en soi, et c’est cet autre pouvoir qui est passionnant, car il conduit à l’œuvre et à ce qui s’œuvre en soi.

Comment cela s’apprend-il ?

Par l’épreuve ! On passe par l’épreuve pour faire ses preuves ! Et on se débrouille dans l’épreuve. On parle, on lit. On cherche. On se confronte. On tombe. On change d’attitude. On est perdu. On s’éveille à l’épreuve. L’humour compte beaucoup. Et puis lâcher, lâcher les attentes, les peurs, les espérances de conquête, de satisfaction. Il y a une mise à mort intérieure dans l’épreuve. Un retournement. On n’est pas là pour se servir.

Mais on ne dénonce pas ?

Il y a longtemps, dans un entretien au magazine Première, j’avais donné le nom du réalisateur qui avait essayé de m’embrasser et que j’avais repoussé à 18 ans. A la suite de quoi, il m’avait écrit une lettre me demandant de dénoncer ce que j’avais déclaré dans ce magazine. Ce que je n’ai évidemment pas fait. Le producteur qui s’est jeté sur moi, je n’ai jamais donné son nom dans la presse. J’avais le choix entre taire son nom ou, au contraire, le poursuivre en entamant une procédure. Mais je ne pense pas qu’il faille se servir de la presse pour instruire un procès.

La perception du féminin est une force mystérieuse qui peut faire peur, et qui peut conduire les hommes au désir de la contrôler, de l’objectiver, de s’en emparer. Sans parler de la jalousie que peut susciter la femme, car elle peut enfanter. Mais on parle très peu de cet aspect-là. La femme est facilement moquée, imitée, ridiculisée, on a besoin de la diminuer.

Emma Thompson parle d’une crise de la masculinité…

En effet, parce que notre côté masculin ne descend pas facilement de son orgueil, il veut garder bonne figure, se protéger de la peur avec la vanité pour bouclier, garder son désir de puissance absolue pour se tenir droit. Donald Trump en est la plus récente stature symbolique, enfermé dans sa croyance la plus primaire. Il n’a pas conscience de son indécence. C’est une attitude que l’on peut trouver chez les femmes bien sûr, car les femmes comme les hommes doivent transformer leur désir de pouvoir, de possession et de jouissance.

Laisser tomber le masque de l’orgueil, c’est plonger dans ce que l’on ressent, chercher ce qu’il y a derrière, laisser ses émotions s’exprimer, en acceptant qu’elles ne sont pas forcément jolies, sans s’identifier à elles, elles nous indiquent où nous en sommes, car elles passent, les émotions, elles ne sont pas un but, mais une aide et, à un moment donné, elles nous quittent d’elles-mêmes, on n’a plus besoin d’elles, elles ne nous font plus peur, mais parfois, elles s’attachent rudement, car comme on peut être changé en un éclair, dans un élan fulgurant, il faut aussi parfois un temps infini pour que le fond de l’être soit épuisé par ses pulsions primaires pour vivre enfin une autre perception de nous-mêmes.

Cela fait des millénaires que le masculin essaye de dominer le féminin, des millénaires que le féminin n’est pas à sa juste place, il attend patiemment que le masculin se rende, abdique ses croyances de supériorité physique, créatrice ou intellectuelle. Le pouvoir n’est pas là où l’on croit. Le féminin et le masculin ne sont pas égaux, ils se complètent. Mais cela va sans dire que les hommes et les femmes doivent avoir les mêmes droits.

Pour en revenir à Harvey Weinstein, pensez-vous que si l’on s’en prend à lui aujourd’hui, c’est aussi parce qu’il est plus facile de s’en prendre à un homme dont le pouvoir est déclinant ?

C’est possible. Je l’ai croisé à Cannes au printemps dernier, et je l’ai senti en décalage. C’est un homme que j’ai connu dans différentes situations. Une fois, je l’ai vu pleurer parce qu’il se sentait honteux, mais je l’ai vu aussi généreux, et également menteur. C’est un être complexe et tout aussi bizarrement attachant. Mais je savais aussi très bien quelle bête il y avait en lui.

Certaines actrices disent s’être rendues dans sa chambre d’hôtel. Un refus, expliquait leur entourage, risquait de compromettre leur carrière…

Il y a peut-être des actrices qui sont plus influençables et moins préparées aux situations avec les gens de pouvoir, surtout quand on débute. Mais ce genre d’argument ne m’a jamais convaincu, peut-être parce que j’ai appris tôt à être responsable. Je n’ai jamais mis la parole de mon agent avant la mienne. J’écoute, mais je n’obéis pas. Sinon, c’est comme s’approcher d’un volcan. Si tu veux t’approcher du volcan, tu peux le faire, mais tu te brûleras, immanquablement.

Et y a-t-il beaucoup de volcans dans le cinéma ?

Il y en a. Je précise que ça m’est arrivé de ne pas être prise dans des films parce que je n’avais pas répondu aux coups de genou sous la table, parce que je n’ai pas appelé le numéro de portable qu’on m’avait donné après avoir répété. J’ai raté quelques films comme ça.

Toutes les actrices n’ont pas votre expérience, votre capacité à résister…

C’est un métier dangereux. C’est pourquoi l’intuition est primordiale, ce n’est pas la tête qui doit opérer, c’est l’intuition. Et se poser les vraies questions qui authentifient votre parcours.

Depuis plusieurs jours, des milliers de femmes s’expriment sur Twitter par le biais du hashtag #balancetonporc. Que pensez-vous de cette prise de parole aussi massive que subite ?

Si cela peut aider à changer les consciences, pourquoi pas ? Aujourd’hui, de nombreuses personnes profitent de ce moment pour s’ouvrir, se délivrer d’un non-dit, peut-être que cela finira par réveiller les consciences !

Dans cette affaire Weinstein, ce sont des femmes qui prennent la parole. Très peu d’hommes le font. Selon vous, existe-t-il une forme de complicité masculine ?

Tout d’abord, je pense que certains hommes ont été soumis à des situations similaires, soit avec des hommes ou même avec des femmes… Mais il est vrai que sur les plateaux de tournage, américains en particulier, c’est la force masculine qui domine. Aux Etats-Unis, à de très rares exceptions près, le pouvoir du final cut appartient aux producteurs.

En Europe, et tout particulièrement en France, la loi protège l’auteur, le final cut est un droit du metteur en scène, et de ce fait, la relation entre le metteur en scène et l’actrice est beaucoup plus forte qu’aux Etats-Unis. J’en ai parlé un jour avec Martin Scorsese : « Mais pourquoi ne consacres-tu pas un film à un personnage de femme ? » J’ai posé la même question à Steven Spielberg qui m’a assuré en avoir tourné un dans les années 1960. Personne ne s’en souvient.

Le cinéma américain d’aujourd’hui est un cinéma du désir de puissance et de pouvoir, et, malheureusement, qui fait des petits un peu partout dans le monde. Le cinéma américain et son esprit dominent le monde.

Diriez-vous que le cinéma américain est misogyne ?

Non, je dirais qu’il est dans la crainte du féminin, ce qui est un peu différent. Tant que le masculin n’aura pas le courage de vivre ses émotions entièrement, sans penser que c’est un truc de bonne femme, tant qu’il n’aura pas connaissance de sa vulnérabilité, de sa précarité, de sa délicatesse, on sera toujours dans le même système enfermant et enfermé. Le masculin doit sortir de son côté animal pour aller vers son humanité. C’est une écoute différente, une vision autre. Le chemin, c’est le féminin, c’est une force qui doit descendre en lui. Il doit se laisser gagner, comme une bête après avoir trop couru. Il a le choix. C’est en perdant qu’il gagne.

Voir aussi:

« Balance ton porc »: le grand Délathon a commencé!

Il faudra peut-être se souvenir de ce jour d’octobre 2017 où le mot « dénonciation » est devenu synonyme de « parole libérée ». On a encore du mal à trouver le terme qui qualifiera une époque où la délation est devenue un acte de courage, la surveillance un devoir moral et le déballage un brevet de correction. « Balance ton porc », le dernier gadget idéologique à la mode, n’est certes pas le premier épisode du grand Délathon. Comme le savait très bien Debord, la dénonciation est devenue dans les années 80 le sport favori des journalistes de gauche et il faudra un jour compter les victimes innocentes de la calomnie médiatique. Mais avec le secours de la technologie, elle est devenue une industrie. Et quand cette industrie se met au service de la meilleure cause du monde, celle des Femmes, elle devient un pouvoir redoutable. On se rappelle le déchaînement suscité en novembre 2013 contre les avocats de la liberté de prostitution (entre adultes). Ces salauds, qui défendaient une opinion certes contestable mais légitime, furent noyés sous un torrent de boue grâce au site confectionné à ce seul effet par un militant…libertaire ! Cependant, cet appel au lynchage numérique n’avait pas suscité le même enthousiasme que BTP (pour Balance ton porc), ni attiré la même bienveillance publique (encore que notre chère Najat l’approuvait grandement).

Weinstein et les vierges outragées

Peut-être faut-il préciser que je suis fermement opposée à toute contrainte, à toute violence exercée sur une femme ou sur un homme pour obtenir des faveurs sexuelles. Un homme, ça s’empêche. Et ceux qui ne s’empêchent pas doivent être sanctionnés ou matés. Pourtant, quand des actrices célèbres et primées expliquent qu’elles se sont tues sur les agissements d’Harvey Weinstein, pour ne pas mettre leur carrière en danger, j’ai du mal à les plaindre. Et quand elles ne parlent que pour se joindre à un lynchage déjà presque fini, j’ai du mal à admirer leur courage. Le tout Hollywood qui mangeait dans la main du producteur quand il était puissant, nous fait le chœur des vierges outragées maintenant qu’il ne peut plus ni lui nuire, ni lui servir et que cracher sur lui fait de chacun un héros.

L’inflation galopante du mal

Que des hommes, tentent, dans la vie professionnelle de profiter de leur pouvoir pour coucher, en particulier dans le milieu du cinéma, comme le dit mon ami Marc Cohen, cela existe sans doute depuis Plaute et Aristophane. Des patrons lourdingues et des chefs harceleurs, il y en a certainement dans tous les milieux – des hommes qui tentent leur chance aussi et heureusement. L’ennui, c’est qu’à la faveur de chaque scandale, on nous raconte la même légende : toutes les femmes sont harcelées, puisque le harcèlement est la norme. Depuis que l’affaire Weinstein a éclaté, on assiste, sur les bandeaux des chaînes info, à une inflation galopante du mal : au début, c’étaient 38 % des femmes qui avaient subi du harcèlement dans leur travail. Une semaine plus tard, on en est à 90 % (à peu près autant que la réussite au bac). Balance ton porc, cela signifie que chaque femme en a au moins un et que si tu ne le balances pas, tu es complice.

Des témoignages ne font pas une vérité

Seulement, pour que toutes les femmes soient harcelées, il faut étendre très largement la définition du harcèlement. « Fixer, c’est harceler »« Insister, c’est harceler », proclameune campagne dont les Transports publics bordelais sont très fiers. Dans le flot de témoignages recueillis sous le hashtag #Balancetonporc, on a vu apparaître des noms connus, celui-ci m’a fait une blague lourde, celui-là a essayé de m’embrasser et tel autre a louché sur mon décolleté. Certes, il y a aussi des histoires terribles de femmes obligées de supporter des gros porcs. Reste que des témoignages, aussi poignants soient-ils, ne constituent pas une vérité. Pour arriver à celle-ci, la Justice doit entendre l’autre partie. Et la plupart des journaux ne publieraient pas non plus ces récits sans solliciter le harceleur présumé (même si c’est exactement ce que France Inter a fait dans l’affaire Baupin, diffusant des témoignages à charge sans même faire réagir l’avocat du présumé coupable).

Être une femme, c’est pas si difficile

Autant l’avouer : je n’ai pas de porc à balancer. Il est arrivé que des hommes de pouvoir, qui étaient parfois mes supérieurs, me fassent des avances, et il est arrivé que je les refuse – sans autre conséquence que, une fois, des menaces qui n’ont pas été mises à exécution, leur auteur ayant compris le ridicule de la situation. Non seulement je n’ai pas été traumatisée mais je suis encore amie avec certains de ces « harceleurs ». Et je n’ai pas été traumatisée non plus par le grand Noir qui, dimanche matin, dans le métro, m’a lancé : vous êtes superbe ! Je lui dirais même volontiers qu’il a fait ma journée. Alors peut-être que j’ai de la chance. Mais, alors que le harcèlement est un délit pénal et qu’il est unanimement condamné par la société, on ne me fera pas croire que l’existence des femmes en France est un calvaire.

Le Maire harcelé

Avec Balance ton porc, le féminisme victimaire, habile à se saisir des agissements d’un seul pour dénoncer tous azimuts, a encore franchi une étape. Non seulement la délation est célébrée, mais ceux qui osent émettre un soupçon de réserve se voient sommés de faire leur autocritique. Invité sur France Info, Bruno Lemaire a déclaré qu’il ne connaissait pas de politique harceleur, mais que, s’il en connaissait un il ne le dénoncerait pas car, a-t-il répété, « la dénonciation n’a jamais fait et ne fera jamais partie de mon identité politique ». Eh bien, croyez-le si vous voulez, mais trois heures plus tard, le même publiait une autocritique écrite et filmée sur son compte Twitter : « Je me suis exprimé ce matin sur le problème du harcèlement sexuel subi par les femmes en France et je me suis mal exprimé. Je le regrette », déclare-t-il en introduction avec la mine d’un garçonnet pris en train de mater les magazines pornos de son père, avant de dérouler une longue explication dont il ressort qu’on ne trouvera pas soldat plus zélé que lui, désormais, dans la lutte contre les violences faites aux femmes.

Si j’étais un homme…

Que l’on puisse exiger d’un adulte qu’il renie publiquement des convictions exprimées le matin même et qu’il approuve un appel à la délation pour se conformer à l’hystérie collective du moment devrait tous nous terrifier. Le plus grave est bien que cette scène digne de Milan Kundera n’ait pas suscité de réaction. Alors peut-être que le stalinisme nous revient sous forme de farce, mais je ne suis pas certaine que celle-là nous fera rire longtemps. Pour tout dire, si j’étais un homme, je ne rirais pas du tout. Et comme j’ai d’excellents amis hommes j’ai peur pour eux.

En effet, si nous sommes toutes victimes, tous les hommes sont coupables ou susceptibles de l’être. Il convient donc de les placer sous surveillance. Reste à savoir comment on évitera que des femmes se vengent d’avoir été trompées, quittées, privées de la promotion ou du week-end à la mer qu’elles exigeaient en accusant leur amant ou leur voisin de bureau. J’ai interrogé deux de mes amis qui ont des vies amoureuses disons compliquées. Leur réponse, identique, donne une idée de l’époque dans laquelle nous vivons : « Je garde tous les SMS ». C’est beau, l’amour au temps du féminisme.

Voir de même:

Harcèlement sexuel : « Nous sommes si nombreuses que c’en est impressionnant »
Dans une tribune au « Monde », la sociologue Irène Théry estime que le hashtag #balancetonporc est le signe que la honte a changé de camp.

Irène Théry (Sociologue, directrice d’études à l’EHESS)

Le Monde

21.10.2017

Tribune. « Balance ton porc : le grand délathon a commencé », a écrit la journaliste Elisabeth Lévy dans Causeur. Et elle est si sûre de son jugement historique qu’elle prédit que, un jour, on se souviendra de ce mois d’octobre 2017 comme de « l’époque où la délation est devenue un acte de courage, la surveillance un droit moral, et le déballage un devoir de correction ».

Et Alain Finkielkraut d’en rajouter à « L’Emission politique » : avec ce hashtag dont la vulgarité et la brutalité passent l’imagination, c’est, selon lui, la fin de la plus élémentaire présomption d’innocence, tous les hommes brutalement transformés en porcs, cependant que sonne le glas d’une époque révolue, celle de la mixité heureuse et du respect des manières, cœur de la civilisation des mœurs, fierté d’une certaine identité française.

Je n’en reviens pas. Je me demande si nous vivons dans le même monde.

Aurais-je cédé à l’air du temps, et passé du côté de la délation et du déballage, moi qui, comme tant d’autres, ai pris mon clavier et tracé ces mots sur ma page Facebook, #MoiAussi, en donnant les âges auxquels ça m’est arrivé : 8, 24 et 35 ans. Faudrait-il trier le bon grain de l’ivraie, et séparer celles qui comme moi, ont utilisé le hashtag #MeToo, n’ont dénoncé personne et n’ont pas même exposé les faits, et celles qui ont choisi, au contraire, d’utiliser à plein la force humoristique de #balancetonporc, raconté sans détour ce qui leur était arrivé, et parfois même (très rarement, il faut le souligner) nommé celui qui les avait agressées ?

Pour moi, la réponse est claire : entre la sobriété et la provocation, la retenue et le récit, c’est une simple question de style, peut-être d’âge ou de sensibilité – peu importe, au fond. Le fait important, c’est justement la rencontre évidente, amicale, solidaire de ces façons d’agir différentes. Ce que nous disons, ce que nous faisons en ce moment, est pour l’essentiel identique. Nous témoignons. Il n’y a pas moins de pudeur chez les unes que chez les autres, pas plus de vulgarité chez les autres que chez les unes.

J’ai choisi #MoiAussi, mais plus j’y pense, plus j’apprécie le chic de #balancetonporc : pour toutes celles qui, parmi nous, ont reçu la vulgarité extrême au plus intime de leur corps, et qui en ont intériorisé la honte, y compris à leur esprit défendant, la respiration est plus libre depuis que ce remarquable retour à l’envoyeur a été balancé comme un direct du droit. Par le simple fait de dire que nous avons subi, nous faisons advenir quelque chose de neuf. La honte, peu à peu, change de camp.

La parole, longtemps privée, change de statut
Nous sommes si nombreuses que c’en est impressionnant. Nous le savions déjà par nos discussions entre amies, mais quelque chose est absolument différent quand se dit au grand jour toute la gamme des choses subies, qui va des mots obscènes et des mains aux fesses aux agressions sexuelles, aux viols et aux menaces de mort. Ce qui change, depuis quelques jours, c’est justement que cette parole, longtemps privée, change de statut. Qu’elle devienne publique. Qu’elle soit posée là, dans l’espace commun, et qu’elle place chacune et chacun devant ses responsabilités. Prendre la mesure d’un héritage. Affronter la complexité du présent. Dessiner l’espoir du futur.

Prendre la mesure d’un héritage. Aucune nostalgie du passé n’est décente. Car il y a toujours eu un envers sombre à la galanterie aristocratique célébrée depuis tant d’années par M. Finkielkraut. Cet envers se nommait la division des femmes en deux, celles qu’on respecte et celles qu’on méprise. Celles qu’on épouse et celles qu’on baise. Celles qui sont l’honneur de la famille et celles qui sont perdues de réputation. Ce grand partage n’était pas un accident, mais un véritable principe organisateur de la société, dans un monde fondé sur la complémentarité hiérarchique des sexes et qui désignait les femmes comme les responsables et les coupables de la sexualité des hommes.

Séparation des femmes par classes. Quand le viol des « femmes de qualité » était férocement réprimé, le gibier à portée de main se nommait domestiques, lavandières, filles de ferme, employées, ouvrières, secrétaires. Séparation plus secrète des forts et des faibles dans le secret des familles, des institutions religieuses et des pensionnats, où l’on comprend que l’envers du décor, c’était le continent noir de la violence sexuelle sur certains des plus jeunes, des plus fragiles, petites filles mais aussi petits garçons.

Division enfin des femmes par état matrimonial, dignes épouses et mères de familles d’un côté, filles perdues et filles-mères, catins et prostituées de l’autre. Ce principe de division a été dénoncé, et avec quel courage, par celles qui savent mieux que quiconque que naguère encore, leur métier les plaçait du côté de celles qu’on n’épouse pas. Nous ne devrons jamais oublier ce que nous devons aux actrices.

Distinguer la séduction et l’agression
Affronter la complexité du présent. Le point central, qui échappe manifestement à ceux qui s’indignent, est que dans ces témoignages, la volonté de faire tomber des têtes est très peu présente. Il ne s’agit pas principalement de traîner en justice, pas même de désigner des individus à la vindicte. Et, même si tout a démarré par l’affaire Weinstein, il faut savoir écouter au-delà.

Réécouter, par exemple, le témoignage de Florence Darel à l’émission « Quotidien », exemplaire de dignité et de pudeur. Elle ne venait pas lyncher un homme déjà à terre, elle venait parce qu’une chaîne de solidarité se tisse anneau par anneau, et que seul le fait d’ajouter un témoignage personnel à un autre peut renverser le principe de l’omerta. Je redoute, bien sûr, que des injustices soient commises. Mais affronter ce risque ne peut pas être une raison de renoncer.

Lire aussi :   « Le sexe et les corps sont encore une conquête à faire »

Dessiner l’espoir du futur. J’ai entendu Laure Adler le dire magnifiquement un matin à la radio, mais aussi Anne Nivat à la télévision. Ce qui se passe aujourd’hui est une question de société, de culture, de civilisation. Pour celles qui parlent, c’est la fin d’une longue épreuve, dont on sent rétrospectivement à quel point elle était lourde. Mais en aucun cas ce qui domine n’est une plainte victimaire : c’est un geste de fierté, de foi en l’avenir et un pari sur l’intelligence collective.

Ce pari sur l’intelligence dit une chose simple : ce qui se passe aujourd’hui n’est en rien une mise en cause du charme, du plaisir ou de la séduction. Il faut en finir avec ces amalgames : tout le monde sait parfaitement distinguer la séduction et l’agression. Tout le monde. Que l’on tente de séduire, ou qu’on se laisse séduire, on sait quand l’autre consent, et on sait quand on consent soi-même. La séduction, c’est justement l’art de lever un à un les possibles malentendus.

Et c’est notre chance que cela ait été dit en premier par les actrices, ces incarnations de la séduction, dont nous admirons les silhouettes, dont nous aimons qu’elles montrent leurs jambes et leurs décolletés. Les comédiennes n’acceptent plus comme une fatalité de risquer les pelotages et les violences. Elles ne sont pas du gibier pour libidineux de petite ou de grande catégorie. Leurs témoignages sont comme ceux de milliers d’anonymes, et comme le mien aussi : l’appel à une nouvelle civilité sexuelle.

Voir également:

La psychologie des superstars prédateurs sexuels

Project Syndicate
LONDRES – Le scandale d’agression sexuelle de Harvey Weinstein n’est pas près de s’arrêter. C’est tout le contraire : la police au Royaume-Uni enquête en ce moment sur plusieurs allégations qui impliquent le producteur oscarisé. Bien que Weinstein ait « explicitement nié » les allégations de rapports sexuels non consensuels et qu’aucune arrestation n’ait eu lieu, plus de deux douzaines de femmes, notamment les actrices Angelina Jolie, Gwyneth Paltrow et Rose McGowan, l’ont publiquement accusé de harcèlement. Les allégations s’étendent sur près de 30 ans.
Hollywood a du mal à expliquer comment l’une de ses personnalités les plus célèbres a pu s’en sortir en toute impunité en agissant de la sorte depuis si longtemps. Woody Allen a fourni un indice important. Bien qu’ayant collaboré avec Weinstein sur plusieurs films, il affirme que personne n’a jamais attiré son attention sur des allégations de mauvais traitements. « Et personne ne souhaitait le faire, parce qu’on ne s’intéresse pas à cela, a déclaré Allen à la BBC. « Ce qui vous intéresse, c’est de réaliser votre film. » D’autres personnes qui ont collaboré avec Weinstein au fil des ans ont fait des déclarations similaires.Est-ce l’équivalent à Hollywood du « mur du silence » en matière policière, ou bien y a-t-il quelque chose de plus clinique à l’œuvre ?Une réponse possible se trouve dans les résultats de récentes études en psychologie. Selon des scientifiques aux États-Unis et en Israël, il existe certains traits de personnalité, les « trois composantes obscures » du narcissisme, de la psychopathie et du machiavélisme, qui sont le plus souvent associées à un comportement sexuellement violent.Une découverte intéressante dans les résultats de cette recherche, publiée en 2016 dans le journal Personality and Individual Differences(La personnalité et les différences individuelles), c’est que les traits de personnalité associés à un penchant au harcèlement peuvent être des « adaptations psychologiques spécialisées » qui permettent aux individus d’exploiter des « niches » dans la société. En d’autres termes, certains prédateurs sexuels pourraient faire carrière dans certains secteurs d’activité spécifiques qui leur permettent d’exploiter les autres.Les chercheurs ont également constaté que la disposition qui motive la réussite d’une personne peut également comprendre certains traits de personnalité qui expliquent sa tendance à exploiter les autres. Les traits nécessaires pour remporter les Academy Awards, par exemple, peuvent être semblables aux traits d’une personne qui recherche un grand nombre de partenaires sexuels et des relations qui nécessitent peu d’engagement.

En ce sens, cette étude suggère que nous ne devrions pas être surpris de retrouver un parallèle semblable dans bien d’autres aspects de la société. Ce n’est pas seulement à Hollywood que les caractéristiques qui font d’une personne une star peuvent faire de la même personne un agresseur.

L’étude sur les « trois composantes obscures » a été publiée bien avant les allégations contre Weinstein, mais elle demeure la plus vaste enquête sur la personnalité des harceleurs sexuels. Les chercheurs (basés à Oakland University, à l’Université de Géorgie aux États-Unis et au Sapir Academic College en Israël), ont interrogé plus de 2 500 hommes et femmes en Israël. Les sujets susceptibles d’exploiter les autres ont fait preuve d’un certain nombre de caractéristiques, notamment d’insensibilité, d’un côté désagréable, de duplicité, d’égocentrisme, de manque d’honnêteté ou d’humilité et d’un intérêt excessif pour les talents et les objectifs d’une personne.

Ce dernier trait (également connu sous le nom de narcissisme), est un élément clé des trois composantes obscures. Les narcissiques ont tendance à être convaincus de leur propre magnificence et croient que les autres personnes devraient être flattées d’être dans leur entourage, même si cela implique des avances sexuelles.

Les machiavéliques, quant à eux, pensent que la meilleure façon d’interagir avec les autres est de leur dire ce qu’ils veulent entendre. Leur défaut de manipulation peut les conduire à un cycle de tromperie ininterrompue face à leurs collègues et amis, ce qui peut expliquer pourquoi une personnalité machiavélique peut se livrer à du harcèlement sexuel ou rechercher des rencontres sexuelles à court terme. Ils croient qu’ils sont tout simplement trop rusés pour se faire prendre.

Lorsque les agresseurs sont démasqués, ils cherchent souvent à rejeter leur responsabilité. Prétendre souffrir d’un trouble tel que « l’addiction sexuelle » ou suivre un programme de réadaptation dans une clinique de réadaptation pour un « traitement », comme Weinstein vient apparemment de le faire, correspond à une réponse machiavélique classique.

Si les allégations se confirment, Weinstein serait un exemple extrême d’agresseur aux « trois composantes obscures ». Mais cette combinaison de traits de caractère n’est pas si rare. En fait, de puissants prédateurs pourraient bien rôder en ce moment même autour de la machine à café. Selon une enquête de 1994 menée sur les employés du gouvernement fédéral des États-Unis, citée dans l’étude sur les « trois composantes obscures », 44 % des femmes et 19 % des hommes parmi les employés ont déclaré avoir été victimes de harcèlement sexuel au travail au cours deux années précédentes.

Comme nous le rappellent les auteurs de l’étude de 2016, le harcèlement sexuel ne consiste pas toujours à essayer d’obtenir des faveurs sexuelles. Mais ce sont plutôt des motivations psychologiques, notamment le besoin d’accroître le sentiment d’estime de soi, l’attrait, ou la masculinité, qui peuvent conduire à des conduites d’abus de pouvoir de la part des prédateurs, lors de rapports visant à dominer ou à rabaisser les autres.

Ce qui peut être particulièrement utile pour comprendre l’affaire Weinstein, quelle qu’en soit l’issue, c’est que Hollywood est bel et bien une bulle d’énergie narcissique. Les psychologues pourraient soutenir que cette caractéristique explique l’aveuglement dont certains ont fait preuve envers les soupçons de comportement pervers de l’un de leurs collègues.

Le harcèlement sexuel est la priorité immédiate dans l’affaire Weinstein, comme il se doit, étant donné la gravité des soupçons de crimes et la détresse infligée aux victimes. Mais pour les psychologues qui cherchent à comprendre l’apparente connexion entre le succès et les maltraitances, l’apparente chute Weinstein n’est que la partie émergée d’un iceberg d’analyse.

Voir encore:
Jacques Chirac, le crépuscule : l’homme à femmes
Paris Match

Dans « “Président, la nuit vient de tomber.” Le mystère Jacques Chirac » (éd. du Cherche-Midi), le journaliste Arnaud Ardoin a confessé Daniel Le Conte, son confident. Nouveaux extraits du livre-événement.

L’homme à femmes

On le baptise « cinq minutes douche comprise », parfois trois, parfois dix, l’expression est presque entrée dans le langage courant. « Lorsqu’il avait un rendez-vous avec une femme, c’était à la minute près. Nous le déposions, il nous donnait un horaire en sortant de la voiture et il revenait à l’horaire exact, il ne fallait surtout pas être en retard », raconte son ancien chauffeur. Des femmes qu’il chevauche, sans plus de préliminaires, parce que le temps presse, parce que la quantité a pris l’ascendant sur la qualité. « Je me souviens d’un voyage à La Réunion, au début de son septennat. Une femme l’aborde et lui demande une dédicace sur l’un de ses livres qu’elle tient à la main. Le président s’approche et lui dit, avec un culot incroyable : “Montez dans ma chambre si vous voulez ?” Et la femme de suivre Jacques Chirac, tout sourire », se souvient l’un de ses gardes du corps à la mairie de Paris.

« Elles sont députées, ministres, conseillères, bourgeoises provinciales »

Les anecdotes se succèdent, les témoignages plus ou moins vrais le voient courir, à l’heure du laitier, dans un couloir sombre d’un immeuble du quartier Montparnasse pour rejoindre une femme qui le guette derrière la porte. Un autre jour, on l’aperçoit rue de la Convention dans les bras d’une autre, à qui il rend visite chaque semaine. Il utilise aussi régulièrement une garçonnière dans l’immeuble du 241, boulevard Saint-Germain (dont le premier étage abrite le siège départemental du RPR) pour satisfaire ses plaisirs avec une collaboratrice du RPR ou une jeune ambitieuse qui cherche la chaleur fugace du pouvoir. Il y a les régulières, les coups de cœur, les « amuse-bouches » qui réussissent à franchir les cordons de sécurité pour approcher le président, d’autres qui partagent le même avion que le président et qui attendent, nues, dans son espace privé, brûlantes de désir.

Elles sont députées, ministres, conseillères, bourgeoises provinciales, des inconnues qu’on lui apporte sur un plateau, et puis il y a celles avec qui il aura une histoire parallèle, tout cela vécu simultanément, réclamant de grandes qualités d’organisation. […] La nuit où la princesse Diana trouve la mort dans un terrible accident de la circulation sous le pont de l’Alma, le président de la République est introuvable. Nous sommes le 31 août 1997. Toute la République est debout. En désespoir de cause, Jean-Pierre Chevènement, le ministre de l’Intérieur, tente un appel à Bernadette Chirac qui, désappointée, lui répond qu’elle ne sait pas où est son mari. Ce soir-là, on le dit dans les bras d’une autre femme. Jean-Claude Laumond, son inséparable chauffeur, est réveillé alors qu’il dort dans sa voiture au pied de l’immeuble où se trouve le président.

La revanche de Bernadette, la bienveillance de Claude

Depuis que sa force physique l’a quitté, la flamme de la rébellion s’est éteinte et les femmes ont repris le pouvoir, mais l’avaient-elles réellement perdu ? La seule différence, c’est qu’il ne peut plus « filer » comme avant. Impossible de se cacher, son espace de liberté s’est rétréci comme une peau de chagrin. C’est étouffant, lui qui aime tant les grands espaces et la liberté. Bernadette passe au bureau en coup de vent, se lamente beaucoup : « La vieillesse est un naufrage », reprenant une formule de Chateaubriand, immortalisée dans les Mémoires du général de Gaulle. Le président est assis dans son fauteuil, sage, silencieux, les yeux dans le vague. La télévision bourdonne doucement. Daniel est à ses côtés comme chaque matin. Il reprend consciencieusement ses rituels matinaux : revue de presse pour faire faire un peu de gymnastique au cerveau du président, pour l’obliger à se souvenir, ou en tout cas à conserver quelques bribes. Sans cet inlassable travail, le Grand aurait rompu les amarres depuis bien longtemps. C’est une certitude.

« A 81 ans, Bernadette vit sa vie »

Pendant que son mari reste toute la journée assis sur son fauteuil, Bernadette en profite pour courir les défilés de mode, partager des soirées chics avec son ami Karl Lagerfeld, participer jusqu’à pas d’heure à des soirées paillettes, comme si elle voulait, à grandes enjambées, vivre tout ce qu’elle n’avait pas pu faire lorsqu’elle était jeune mariée, prisonnière de sa vie de mère de famille, accrochée à son Jacques qui courait les filles. La voilà enfin libre.

A 81 ans, Bernadette vit sa vie. A quelques mètres du bureau de son père, une autre femme veille : Claude, sa fille, et bien plus encore, une vestale infatigable qui le protège, de lui-même, des journalistes qu’elle fuit comme la peste. Elle est son pilier, à la pierre rugueuse, exigeante, lunatique. Ces derniers temps, elle doit gérer mille petites choses qui au bout du compte ressemblent à un lourd fardeau : les études chaotiques de Martin, le petit- ls adoré, qui vient de trouver un emploi chez Christie’s, ses relations avec sa mère, en dents de scie, et mille autres petits tracas, pas toujours gratifiants, qui se percutent, s’entrechoquent, sans véritablement réussir à s’emboîter les uns dans les autres… Fatiguée, surmenée, parfois dépassée par les événements, elle fait front, comme un soldat consciencieux et mutique qu’elle a toujours été, c’est dans sa nature.

L’Elysée réfléchit à une commémoration de Mai 68

Jean-Dominique Merchet
L’Opinion
18 Octobre 2017

La présidence de la République ne veut pas se laisser enfermer dans une lecture « maussade » de l’héritage de 1968

L’Élysée commence à réfléchir à une commémoration de Mai 68, dont on célébrera le cinquantenaire l’an prochain, avec l’idée de sortir du « discours maussade » sur ces événements qui ont contribué à la modernisation de la société française, dans un sens plus libéral. Des personnalités comme Daniel Cohn-Bendit, proche du chef de l’État, seront vraisemblablement associées à la réflexion puis aux manifestations.

Pour Emmanuel Macron, Mai 68 appartient à un passé qu’il n’a pas connu, puisqu’il est né neuf ans plus tard. L’Élysée souhaite donner une dimension internationale à « 68 », car ce fut l’année du Printemps de Prague et de sa répression, des grandes manifestations aux États-Unis, du massacre à l’Université de Mexico, des mouvements étudiants dans toute l’Europe…

L’année 2018 marquera également le 60e anniversaire de la Constitution de 1958 et le Président entend le marquer d’un grand événement (et d’un discours), ainsi que le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, adoptée par les Nations Unies en 1948. L’année prochaine marquera enfin la fin du cycle des commémorations du centenaire de la Première guerre mondiale, avec une importance particulière pour le 11 novembre, qui se prêtera sans doute à la célébration de l’entente franco-allemande et de la construction européenne. Dès le mois prochain, l’accent sera mis sur Georges Clemenceau, cent ans après l’arrivée du Tigre à la présidence du conseil, le 16 novembre 1917.

Restera pour Emmanuel Macron à réfléchir au grand discours mémoriel sur l’Algérie – colonisation et guerre – que François Hollande n’a jamais prononcé. Mais c’est là un terrain bien plus miné que Mai 68.

Voir par ailleurs:

“Psychose” : autopsie d’un chef-d’œuvre sur Arte

Soixante-dix-huit plans et sept jours de tournage, un admirable travail collectif, un film dans le film, selon Hitchcock. La fameuse scène de la douche est magistralement décryptée dans “78/52 Les derniers secrets de Psychose”, d’Alexandre O. Philippe. A voir dimanche 22 octobre 22h35, sur Arte.

« Il fallait que ce soit fait sur un mode impressionniste. Nous avons donc procédé par petites touches : la tête, les pieds, une main, des parties du buste… » Ainsi s’exprimait Alfred Hitchcock, en 1964, sur la chaîne CBS, à propos de la scène culte de Psychose (1) (1960) : le meurtre, sous la douche, de Marion Crane (Janet Leigh) par Norman Bates (Anthony Perkins). A la lecture du scénario de Joseph Stefano, inspiré du livre de Robert Bloch, la séquence avait tapé dans l’œil du cinéaste. Incroyablement fragmentée, elle comporte soixante-dix-huit plans et cinquante-deux coupes. D’où le titre du documentaire – remarqua­ble – que lui consacre Alexandre O. Philippe, diffusé sur Arte cette semaine.

Tournée en décembre 1959, pendant sept jours – durée considérable pour quelques minutes de film –, cette scène est l’aboutissement d’un admirable travail collectif. Hitchcock, qui l’envisage comme un film dans le film, fait appel au graphiste Saul Bass pour élaborer un story-board. Le montage de George Tomasini prend quelques libertés avec le déroulé initial et transgresse les règles classiques de la grammaire cinématographique. Il enchaîne vues subjectives, raccords à 360 degrés autour de l’héroïne, coupes agressives (« jump cuts »), voire plans flous, pour provoquer la désorientation du spectateur. Et multiplie les rimes visuelles ­vertigineuses : le fond des WC (image ­taboue à l’époque), l’évacuation de la douche, l’œil de Janet Leigh.

Ce qui devait être une douche purificatrice prend la tournure d’une terrifiante punition

Au début du film, Marion Crane dérobe 40 000 dollars, s’enfuit de Phoenix en voiture et s’arrête pour la nuit au Bates Motel. Lorsque la scène commence, elle a décidé de faire machine arrière et de rendre l’argent : elle se lave avec un sourire satisfait (photo 1). Ce qui devait être une douche purificatrice prend alors la tournure d’une terrifiante punition. « Hitchcock considérait le monde comme une machine morale très imparfaite. Il avait ce sens presque biblique de la fatalité et du châtiment qui s’abat sur ceux qui s’adonnent au péché avec désinvolture », explique le cinéaste Guillermo del Toro, interrogé par Alexandre O. Philippe.

Le meurtrier (photo 2) est joué par une doublure d’Anthony Perkins, dont le visage est rendu invisible par un épais maquillage noir. Au moment du tournage, Perkins était à New York pour les répétitions d’un spectacle à Broadway. En septembre dernier, lors de la présentation de 78/52 au Festival européen du film fantastique de Strasbourg, le documentariste précisait : « Hitchcock trouvait la silhouette d’Anthony Perkins trop identifiable, il voulait que ce soit “quelqu’un d’autre” qui soit l’assassin. »

Dans la salle de bains, la vulnérabilité de Janet Leigh est totale (photo 3). Toute la séquence repose sur l’illusion cinématographique et le hors-champ. Le spectateur croit voir un meurtre – le public new-yorkais fut horrifié lors de la première, en juin 1960 –, mais, en réalité, le couteau ne touche jamais la chair. A l’exception d’un plan (photo 4). Pour tourner celui-ci, Hitchcock pose la pointe du couteau sur le ventre de Marli Renfro, la doublure de Janet Leigh – la vision d’un nombril féminin était osée pour l’époque. Il retire ensuite la lame, puis monte la séquence à l’envers, pour donner l’impression d’une pénétration.


PMA pour tous: C’est la majorité qui choisit son opposition (If the people fail you, change the people: After its recent electoral hold up, France goes for an ethical hold up over assisted reproduction for lesbians)

1 juillet, 2017
http://www.thehindu.com/opinion/lead/article17752912.ece/ALTERNATES/LANDSCAPE_615/edit-31-3
Bannière déployée par des militants des droits des homosexuels devant la Chancellerie, à Berlin, le 30 avril. 
Après l’insurrection du 17 juin, le secrétaire de l’Union des Écrivains fit distribuer des tracts dans la Stalinallée. Le peuple, y lisait-on, a par sa faute perdu la confiance du gouvernement et ce n’est qu’en redoublant d’efforts qu’il peut la regagner. Ne serait-il pas plus simple alors pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? Bertold Brecht (La Solution, 1959)
L’enfant a le droit à un nom dès la naissance. Il a également le droit d’ acquérir une nationalité et, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d’être élevé par eux. Convention internationale des droits de l’enfant (article 7, 1989)
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
Si vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité?  (…) Le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs. Tocqueville
L’oppression mentale totalitaire est faite de piqûres de moustiques et non de grands coups sur la tête. (…) Quel fut le moyen de propagande le plus puissant de l’hitlérisme? Etaient-ce les discours isolés de Hitler et de Goebbels, leurs déclarations à tel ou tel sujet, leurs propos haineux sur le judaïsme, sur le bolchevisme? Non, incontestablement, car beaucoup de choses demeuraient incomprises par la masse ou l’ennuyaient, du fait de leur éternelle répétition.[…] Non, l’effet le plus puissant ne fut pas produit par des discours isolés, ni par des articles ou des tracts, ni par des affiches ou des drapeaux, il ne fut obtenu par rien de ce qu’on était forcé d’enregistrer par la pensée ou la perception. Le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente. Victor Klemperer (LTI, la langue du IIIe Reich)
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Je suis personnellement favorable à ce que la PMA soit accessible à tous. Marisol Touraine (ministre de la santé)
La disparition de la paternité risque de générer des situations extrêmement complexes pour tous les époux, de même sexe ou non. Le texte ne dit mot par exemple de ce que devient la présomption de paternité, actuellement fondée sur l’obligation de fidélité des époux. Il en résulte une présomption que les enfants mis au monde par la femme sont les enfants du mari. Mais, comme il est possible que ce ne soit pas le cas, cette présomption peut être combattue et renversée par la preuve que le mari n’est pas le père. Dans le cas d’un conjoint du même sexe, parler de « présomption de parenté » est un non-sens juridique car il y a juste désignation. Comment le juge va-t-il départager un éventuel « conflit de parenté » entre le père et la conjointe de la mère, ou bien entre la conjointe et l’amante de la mère? (…) c’est le mot même de filiation qui change de sens. Les mots mariage et parents sont employés comme si de rien n’était alors qu’ils ne peuvent plus désigner ce que sont les époux et les parents. Pour désigner les parents, on introduit l’arbitraire avec le choix dicté par l’ordre alphabétique entre les noms des adoptants. Aude Mirkovic (maître de conférences en droit privé, Université d’Evry)
La lisibilité de la filiation, qui est dans l’intérêt de l’enfant, est sacrifiée au profit du bon vouloir des adultes et la loi finit par mentir sur l’origine de la vie.  Conférence des évêques
Parler de «PMA» pour les couples de lesbiennes n’a pas de sens et la plupart des gens ne savent pas ce que ce sigle recouvre. Il faudrait en fait parler de l’IAD, c’est à dire d’ «insémination artificielle avec donneur», et précisons, «donneur anonyme». Or c’est l’anonymat qui me pose problème, pour les couples de femmes comme pour les couples hétérosexuels. On a décidé de ne pas regarder la stérilité en soi, mais «l’infertilité» des couples. Du coup, on masque le fait que dans le cas des couples hétérosexuels c’est l’homme qui est stérile. Il n’est pas le père de l’enfant. Toute cette histoire est batie sur un mensonge dont la première victime est l’enfant. De quel droit est-ce que je m’autoriserais à priver l’enfant de la connaissance de ses origines? De plus l’ouverture de l’IAD à toutes les femmes poserait le problème de la rareté des gamètes. Contrairement à ce qu’on imagine aujourd’hui, les donneurs de gamètes sont peu nombreux. Il y a seulement 250 donneurs de sperme en France. Et on nous dit que ce n’est pas suffisant pour répondre à la demande des couples hétérosexuels stériles qui doivent attendre un an et quelque fois plus avant de commencer le long processus de procréation médicalement assistée. Où trouver les gamètes manquantes? En payant les donneurs de sperme? On risque d’ouvrir la porte à la marchandisation. En France, la gratuité est le rempart à la marchandisation. D’un simple point de vue pratique cette «ouverture» de la PMA à toutes les femmes est impraticable. Marie-Jo Bonnet
Si l’Ubérisation est une pratique économique permettant la mise en contact direct de professionnels et de clients pour l’utilisation de services internationaux, la pratique économique mondiale de la procréation artificielle y ressemble beaucoup par son aspect «plate-forme internationale» mettant en contact direct de nombreux intervenants de plusieurs pays grâce à internet. Concrètement, l’enfant peut être «fabriqué» par plusieurs «parents» provenant de plusieurs pays que les personnes soient fertiles ou pas. Ne soyons donc pas naïfs: derrière les modes progressistes et les prétendues évolutions sociétales qui désirent affranchir l’Homme de sa contingence, se trouve un marché juteux. L’enfant, lui, sera le grand oublié de l’affaire, ce que nous pourrions tous reconnaître, quelles que soient nos positions éthiques. Deux affaires récemment portées à la Cour Européenne des Droits de l’Homme démontrent que le sujet est plus que jamais d’actualité. La position du président Macron de se ranger à l’avis du CCNE et aux arrêts de la CEDH traduit un abandon moral et de souveraineté. Les deux récentes affaires portées à la CEDH démontrent les impasses juridiques vers lesquelles se dirige le législateur: la première concerne un couple de femmes françaises mariées désireux de bénéficier d’une insémination artificielle avec du sperme anonyme. Face à l’interdiction de législation française, elles ont recours à la CEDH pour contraindre la France à accéder à leur désir. La seconde a trait à la «double maternité» ou «Fécondation réciproque»: deux femmes allemandes en couple réclament toutes deux la reconnaissance de leur statut légal de mère. L’une des femmes est la mère génétique qui a apporté ses ovocytes, fécondés in vitro avec le sperme d’un donneur anonyme, et l’autre femme a donné naissance à l’enfant ; celle-ci est considérée par la loi allemande comme la seule mère de l’enfant. (…) La réponse médicale de la surmédicalisation de la procréation est-elle adéquate ou serait-elle manipulée par des intérêts financiers majeurs? On dénombre aujourd’hui plus de cinq millions d’enfants dans le monde et 1,4 million en Europe, nés de fécondation In Vitro depuis 1978. En Espagne, 2% des enfants naissent par fécondation in Vitro et en France, 3% des enfants sont des «bébés éprouvette». Le European Journal of Obstetrics and Gynecology and Reproduction Biology fait état d’une hausse conséquente des demandes de fécondations In Vitro alors que le taux d’infertilité, lui, est stable depuis 20 ans. L’Ubérisation de la procréation humaine est symbolique d’un marché mondialiste libéral qui contourne les lois nationales. Le marché des technologies de reproduction assistée englobe de nombreuses industries et tiers-parties: laboratoires pharmaceutiques et biomédicaux, personnels de santé mentale, cliniques spécialisées en procréation artificielle, laboratoires de séquençage génomique pour dépistage préimplantatoire, banques de gamètes, agences et cliniques spécialisées en GPA, experts juridiques, réseaux mafieux de trafic d’enfants etc… À titre d’exemple, mentionnons que le Danemark est un gros pourvoyeur de sperme anonyme, permettant ainsi aux Suédois et Norvégiens de contourner leurs lois qui interdisent, elles, l’anonymat. L’achat de sperme, sélectionné sur catalogue et livré par courrier express international, varie 250 et 23 000 dollars en fonction des diplômes et des caractéristiques génétiques du donneur. Les projections de croissance du marché sont de 4.4% par an de 2016 à 2023 pour atteindre les 31,4 milliards de dollars en 2023. La procréation humaine artificielle constitue donc un marché international conséquent, alimenté par un écosystème très vaste. (…) Les chercheurs soulignent le fait que les embryons sont sélectionnés pour leur robustesse et leur capacité à survivre dans des conditions de laboratoires, transpercés par une pipette, exposés à la lumière et au contact de matières plastiques de la boîte de Petri dans lequel le laborantin va laisser maturer les cellules embryonnaires avant implantation ou congélation. Ils affirment que cette sélection sur le critère de la robustesse va, sur les générations à venir, favoriser ce trait génétique sur d’autres caractères qui se seraient exprimés lors d’une sélection naturelle dans l’utérus de la mère. Les chercheurs norvégiens soulignent aussi que la FIV facilite la propagation des traits génétiquement héréditaires des couples sous-fertiles, dont précisément, la sous-fertilité. Une étude de 2013 menée par Sven Sandin du King’s College de Londres sur 2,5 millions enfants suédois tire des conclusions préoccupantes: les enfants nés par FIV seraient plus susceptibles de souffrir de déficits cognitifs tels qu’un QI bas, et de problèmes de communication ou de socialisation comme l’autisme. Une autre découverte majeure en Neurosciences datant de 2010 démontre que, durant la grossesse, le fœtus laisse une «trace» cellulaire sur sa mère. Des cellules fœtales, ainsi que des brins d’ADN provenant du patrimoine génétique du père, ont été retrouvées chez la mère plus de trente ans après la naissance de l’enfant. Même si l’épidémiologie n’a pas encore décrit l’empreinte physiologique et génétique de la mère sur l’enfant, la psychologie, elle, le démontre avec force par la description des échanges mère enfant in utero. De même que les manipulations technologiques laissent des traces épigénétiques sur l’enfant à naître et que la grossesse laisse des traces cellulaires sur la mère, de nombreux spécialistes de la psychologie de l’enfant affirment, à l’instar du pédopsychiatre Daniel Rousseau, que «tromper un enfant sur sa filiation peut le rendre fou!». Alors, pourquoi l’enfant né de fécondation artificielle est-il une victime? Le psychiatre Benoît Bayle décrit la problématique psychologique de la survivance périnatale des enfants issus d’un tri embryonnaire au cours d’une fécondation In Vitro. Dépressions récurrentes, troubles obsessionnels, prises de risques suicidaires, hospitalisations fréquentes et problèmes identitaires peuvent être associés avec une naissance par procréation artificielle. Par ailleurs, le séquençage génomique dans le but d’une sélection délibérée de traits génétiques (choix du sexe, couleur des yeux, enfant muet pour un couple de sourds…) va insécuriser l’enfant par rapport à l’amour inconditionnel que ses parents lui portent. Le désir des adultes a donc la préséance sur les droits de l’enfant et ne fait aucun cas de la souffrance psychique engendrée par ce mode de procréation: quelle injustice! Si l’on ne s’insurge pas contre la pratique de la PMA sans père que le Comité d’Éthique français avalise aujourd’hui, il y a fort à parier que la loi française à l’égard des pratiques de procréation humaine artificielle continuera de s’assouplir. Les générations futures deviendraient alors hors sol, sans famille, ayant plusieurs représentants légaux, plusieurs pays d’origine et de résidence. Celles-ci seraient sélectionnées selon des critères prétendument laissés à la liberté individuelle des parents mais en réalité, choisis par des normes sociales, culturelles et médicales, définissant l’état de santé, d’intelligence et de beauté minimum pour le «vivre ensemble». Si l’on n’y prenait garde et que toute manipulation technologique sur la procréation humaine devenait monnaie courante, alors l’Homme pourrait devenir une espèce normée par la sélection embryonnaire et les modifications génétiques, et «désenfanté» par l’ingénierie d’externalisation de la procréation humaine. Cette dérive possible serait en cohérence avec l’utopie transhumaniste de l’Homme Augmenté. Laetitia Pouliquen
Le mariage étant conçu pour faire et protéger les enfants, l’ouvrir aux homosexuels, c’est mettre un plâtre sur une jambe de bois ! En s’alignant sur le modèle hétérosexuel, le « mariage pour tous » élude en effet la pluralité des comportements amoureux, des désirs et des choix de vie. Le législateur a décrété l’égalité entre les couples, et non pas entre les personnes. Que fait-on de ceux qui ne sont pas mariés ? Ont-ils les mêmes droits que les hétéros ? La loi Taubira n’est qu’une reconnaissance illusoire de l’homosexualité. Comme toute mesure d’institutionnalisation, elle normalise la sexualité et introduit de nouvelles séparations : d’un côté les mariés et, de l’autre, les célibataires et les pacsés. En fin de compte, cette loi exprime un conformisme petit-bourgeois assez étonnant. Nous vivons la fin de la contre-culture homosexuelle, et cela me consterne ! (…)  Les morts du sida ont certainement beaucoup joué dans ce désir de perpétuation. Que les lesbiennes veuillent avoir des enfants, ce n’est pas surprenant. Mais les gays ont voulu transmettre leurs gènes (et leur patrimoine), tout en nous expliquant que le biologique n’avait aucun poids dans la famille. Si tel était le cas, les associations LGBT n’exigeraient pas la GPA, mais se contenteraient de l’adoption ! (…) Si l’idéologie dominante répudie toute réflexion sur les gènes, le biologique et la transmission, les individus – homosexuels compris ! – n’en demeurent pas moins travaillés par leur inconscient familial. (…) Cette fiction revient ni plus ni moins à occulter l’un des parents biologiques de l’enfant. Ne pas avoir connaissance de son héritage génétique est dramatique. L’origine, c’est fondamental, c’est un enracinement dans une mémoire familiale, un héritage physique, certaines maladies qui se transmettent de génération en génération, etc. Ayant un grand-père né de père inconnu, je sais combien un trou dans l’arbre généalogique peut faire de dégâts. Quand l’histoire de la famille n’a pas été transmise, on se retrouve manipulé par l’inconscient familial. Mais certains proposent de dénier l’origine biologique, comme si elle comptait pour rien. (…) N’oubliez pas qu’avec la PMA, ce n’est plus la mère mais le médecin qui choisit le père de l’enfant. En plus, il sélectionne le sperme, élimine les porteurs de maladie, etc. (…) Avec la PMA, on franchirait un pas supplémentaire dans l’artificialité en coupant les enfants de leurs origines biologiques. En France, la PMA est permise en cas de stérilité médicalement constatée. Or, l’immense majorité des lesbiennes ne sont pas stériles. Dans leur cas, qu’est-ce qui motiverait la PMA ? On me répondra que deux femmes ne peuvent pas faire d’enfant par les voies biologiques. Mais les homosexuels ont engendré depuis des millénaires. Les lesbiennes n’ont pas besoin de recourir à des techniques médicales pour se faire inséminer par des hommes qui acceptent d’être le père biologique sans être le père social de l’enfant. (…) La GPA nous fait bel et bien entrer dans un cadre marchand mondialisé, avec des mères porteuses qui proposent des contrats de location de ventre. Cette technique nous met face à un enjeu biotechnologique sans précédent. La GPA, c’est l’ouverture au commerce international des enfants, à la négation du rôle de la mère, dont on connaît l’importance dans la relation interpersonnelle qui se noue avec le fœtus au cours des neuf mois de grossesse. Tout ceci est scandaleux. Dans les reportages sur les cliniques de GPA en Inde, on entend des mères auxquelles on a enlevé l’enfant dès la naissance, au point qu’elles n’ont même pas pu lui donner la tétée malgré l’importance du lait maternel dans le développement du système immunitaire du nourrisson. Eh bien, des années après, à chaque anniversaire de l’enfant, elles y pensent encore… J’ajoute qu’en toile de fond, la GPA introduit un « droit à l’enfant » tout à fait abusif, et qui ne se préoccupe pas de l’avenir de l’enfant né dans de telles conditions.(…) derrière le « droit à l’enfant » et l’homoparenté, s’avance l’idée de faire des enfants sans l’autre sexe. Quelle société voulons-nous ? D’un côté, on se bat pour la mixité et, de l’autre, on rejette l’autre sexe dans un acte qui est l’essence même de la perpétuation de notre société. Au sujet des homosexuels, on parle même de « stérilité sociale », ce qui est le comble de l’homophobie puisque cela revient à affirmer que les homosexuels ne peuvent rien apporter d’autre à la société que des enfants. Nous vivons bien la fin de la contre-culture homosexuelle. (…) le fait d’instrumentaliser des femmes est tout à fait inadmissible et contraire à la reconnaissance du droit des femmes. Nous avançons sur une pente très dangereuse… Marie-Jo Bonnet
Tout a commencé par une paisible soirée au théâtre Gorki, à Berlin, lundi soir. Trois fauteuils en cuir rose pâle ont été installés sur la scène. Deux journalistes du magazine féminin Brigitte papotent avec la chancelière. Merkel a opté pour un format de débat décontracté, à trois mois des prochaines élections, se prêtant au jeu des questions du public. Ulli Köppe, un Berlinois de 28 ans, salarié de l’éditeur gay Blu Mediengruppe et admirateur de Merkel, a justement une question : «Quand pourrai-je dire « mon mari » à mon ami ?» La chancelière aurait pu rester évasive. Sa réponse – «Je suis favorable à une discussion qui aille dans le sens d’une prise de décision en conscience [au Bundestag]» – a provoqué un raz-de-marée politique. Un choc semblable à la décision de mettre fin au nucléaire, dans le sillage de la catastrophe de Fukushima en mars 2011. Prenant sa rivale au mot, le challenger social-démocrate de la chancelière, Martin Schulz, réclamait dès mardi que le Bundestag inscrive l’adoption de la mesure à l’ordre du jour de vendredi, dernière journée parlementaire avant les législatives du 24 septembre. L’adoption du texte en cas de vote est assurée : sociaux-démocrates, Verts et néocommunistes de Die Linke, tous trois favorables à la réforme, détiennent une confortable majorité à la Chambre. Une partie des députés CDU – appelés à voter en leur âme et conscience – devraient aussi donner leur voix au texte. L’offensive de Martin Schulz a pris Angela Merkel de court. Le SPD espère ainsi reprendre la main, alors que sa campagne électorale est enlisée. Mais la chancelière, si elle se met à dos une partie du clan conservateur, pourrait aussi marquer des points, alors que 73 % des Allemands (et 64 % des électeurs conservateurs) se disent favorables à l’union de deux personnes du même sexe. «Elle évite ainsi un débat passionné qui pourrait profiter aux populistes de l’AfD au cours de la campagne électorale», souligne le quotidien Tagesspiegel. Adopté à la hussarde à la veille de la pause estivale, le texte aurait en outre le temps d’être «digéré» par les plus radicaux des électeurs conservateurs d’ici au scrutin de septembre. Merkel a-t-elle imposé à son propre camp une décision que les conservateurs rejettent ? Ou a-t-elle, au contraire, commis un impair politique ? L’affaire est plus compliquée. De fait, la CDU ne pouvait plus s’opposer bien longtemps au mariage pour tous. Au cours des derniers mois, les Verts, les libéraux du FDP et les sociaux-démocrates – tous trois potentiels partenaires de coalition après le scrutin de l’automne – ont fait savoir qu’ils feraient du mariage gay l’une des conditions de leur participation au prochain gouvernement. Lundi dans la journée, lors de leurs réunions préparatoires à l’adoption d’un programme de campagne, la CDU et la CSU semblaient prêtes à bouger sur le dossier du mariage pour tous. Mais les deux partis n’avaient pas prévu de le faire si rapidement. «Je suis convaincu qu’il ne s’agit pas d’une gaffe mais bien d’une action délibérée de la chancelière, confie le député chrétien-démocrate et gay Stefan Kaufmann. Au sein du groupe parlementaire CDU, les plus conservateurs opposés au mariage pour tous ont toujours bloqué le débat. Bien sûr, maintenant, certains ont peur de devoir se justifier devant leurs électeurs au cours de la campagne électorale…» Reste qu’en précipitant les choses, le SPD acte de facto le divorce de la coalition qu’il forme avec les chrétiens-démocrates depuis 2013. Le contrat de coalition signé voici quatre ans ne prévoyait pas l’adoption du mariage gay. «En théorie, Angela Merkel devrait renvoyer ses ministres sociaux-démocrates», rappelle ainsi le Tagesspiegel. Soucieuse d’éviter un tremblement de terre à trois mois du vote, la CDU tente de minimiser l’ampleur de la crise. Libération
Le Parlement allemand a approuvé vendredi à une large majorité la légalisation du mariage homosexuel avec le blanc-seing de la chancelière Angela Merkel qui avait invité les conservateurs à voter « en conscience » sur cette réforme qui divise le parti au pouvoir et à laquelle elle était elle-même opposée. L’adoption du « mariage pour tous » a été approuvée par 393 voix contre 226 et quatre abstentions, a annoncé le président du Bundestag, Norbert Lammert. Angela Merkel a déclaré avoir voté contre l’amendement déposé par le Parti social-démocrate (SPD) en expliquant qu’à ses yeux, un mariage demeure une union « entre un homme et une femme ». Qualifiant ce vote de « décision personnelle », la chancelière a néanmoins souhaité que la légalisation du « mariage pour tous » apporte « davantage de paix et de cohésion sociale » en Allemagne. (…) Angela Merkel avait qualifié mercredi d' »embuscade » tendue à son parti, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), l’amendement déposé par le SPD, partenaire minoritaire au sein de la coalition gouvernementale. Challenges
On vient de rompre avec plus de 50 ans de pratiques parlementaires (…) C’est la majorité qui choisit son opposition. Ce n’était jamais arrivé. En choisissant trois questeurs totalement acquis, on se trouve dans une situation extrêmement grave : il n’y a plus de contrôle budgétaire dans cette maison. Jamais dans l’histoire de notre assemblée les droits de l’opposition ont été piétinés comme ils ont été piétinés. Christian Jacob
On sort les religieux et on envoie des militants pour conformer les avis du CCNE à celui du gouvernement. Au lieu de changer d’avis sur ces grandes questions éthiques, le gouvernement préfère changer de comité d’éthique !  Jean Léonetti
Lire l’avis du CCNE sur l’ouverture de l’AMP aux couples de femmes et aux femmes seules est une expérience extrêmement troublante. On y assiste au déploiement brillant et honnête d’une pensée qui n’assume pourtant pas ses conclusions. Après un exposé de dix pages sur les problèmes que poserait une telle mesure, le CCNE bâcle en une seule page les arguments justifiant son avis favorable, pour finalement conclure que «la majorité des membres du CCNE se prononcent pour la recommandation d’ouverture de l’AMP aux couples femmes et aux femmes seules, sous réserve de la prise en compte de conditions d’accès et de faisabilité. Toutefois, au cours des discussions, s’est aussi exprimée une position divergente de certains membres du CCNE». On est quand même loin du triomphe proclamé par l’Inter-LGBT… Car les membres du CCNE sont loin de sous-estimer les questions – sans solution à ce jour – que pose l’élargissement de l’AMP: «Les points de butée concernent, avant tout, le rôle comme la définition du père, la différence de situation entre les couples de femmes et les femmes seules, la question de la rareté des ressources biologiques et des risques de marchandisation que celle-ci entraîne, la limite entre le pathologique et le sociétal». Discrimination entre les enfants, dont certains seraient sciemment privés de tout ancrage paternel ; pénurie de gamètes, qui pourrait entraîner l’ouverture d’un vaste marché du corps humain (car pourquoi se limiter aux «ressources» génétiques?) ; transformation des médecins en prestataires de services: voilà le CCNE qui me coupe l’herbe sous le pied, en développant, mieux que je ne saurais le faire, tous les arguments que j’avais prévus pour cet article. Le CCNE va jusqu’à faire le parallèle entre l’extension des libertés individuelles et celle du libéralisme économique, évoquant le risque d’une «libéralisation du marché procréatif»! Il faut de même reconnaître l’audace des membres du Comité qui n’hésitent pas à admettre que «si des enfants ne connaissant pas leur père et des enfants élevés par un seul parent ou dans un couple homosexuel existent depuis toujours, il y a une différence entre le fait de «faire face» à une telle situation survenant dans le cadre de la vie privée sans avoir été planifiée ni organisée par la société, et l’instituer ab initio.» Encore un peu, et ils se compromettraient avec la frange la plus nauséabonde de la société française… D’autant plus qu’ils ont également le courage de poser la question qui fâche: qui paye? (…) Après examen approfondi des obstacles à cette mesure, et sans aucun lien logique entre ses paragraphes, le CCNE conclut par un avis favorable. On croirait lire ces copies du bac où l’élève démontre par A+B que le bonheur ne consiste pas à être l’esclave de ses désirs, pour finalement conclure: «Donc il faut satisfaire tous ses désirs pour être heureux.» En deux paragraphes laconiques, le CCNE évacue la question en répétant sans trop y croire ces deux arguments éculés, et par ailleurs contredits par les pages qui précèdent, que sont la liberté des femmes et la non-stigmatisation des familles homoparentales… On a envie d’écrire: «travail bâclé». On lit ainsi dans les recommandations que «même si tout désir n’a pas vocation à être satisfait, on peut faire confiance au projet des femmes qui souhaitent accéder à la maternité en bénéficiant de procédures auxquelles, auparavant, elles n’avaient pas accès.» La «confiance» comme base du droit: ça, c’est rassurant! Et si tous les hommes se donnaient la main, on pourrait même se passer de législateur, de CCNE, CEDH, CC, CE et de tous ces organismes qui empêchent l’autonomie individuelle! Dans cette logique, on ne voit pas pourquoi le CCNE ne piétinerait pas ses réserves à l’égard de la congélation des ovocytes et des «mères porteuses» avec la même légèreté, Après tout, il s’agit bien ici aussi d’égalité entre les hommes et les femmes, ainsi qu’entre les homosexuelles et les homosexuels! Et puis, on peut faire confiance aux DRH pour ne pas faire pression sur les jeunes femmes qui ne veulent pas cryogéniser leurs ovules. On peut aussi faire confiance aux laboratoires privés pour ne pas profiter de la pauvreté des femmes qui louent leur utérus. Confiance, également, à tous les biotechniciens pour ne pas jouer les apprentis sorciers ; pour ne pas céder à la tentation de l’eugénisme, pour implanter tous les embryons sans discrimination, même les handicapés ; pour ne pas sauter de générations, féconder des ovules avec du sperme post-mortem, voire tenter la parthénogénèse (si si, des expériences sont en cours). Confiance et ouverture d’esprit, vous dis-je! Étrange tout de même de constater combien les bons sentiments bloquent la pensée. Car on n’en est pas à une contradiction près. Ceux-là mêmes qui ôtent toute valeur à la filiation biologique, réduisant le père et la mère (les géniteurs) à des «fournisseurs de ressources biologiques» sont prêts à tout pour transmettre leur propre patrimoine. Ceux-là mêmes qui sous-estiment l’importance d’une généalogie cohérente tiennent absolument à perpétuer leur génotype. Ceux-là même pour qui le sexe est négligeable semblent attacher une grande importance à ce que leur enfant possède les yeux de sa mère et la prédisposition au diabète de sa grand-mère. C’est pourtant au nom de cette dissociation entre filiation et biologie qu’on nous avait vendu le «mariage pour tous» en 2013! Vous vous souvenez, l’adoption des enfants pauvres qui meurent de faim dans les orphelinats roumains? On a beau jeu, aujourd’hui, de vous dire: «on vous avait prévenu». Et puis, quand dans cinq ans le CCNE rendra un avis favorable à la GPA, non sans exposer les divergences, restrictions et conditions d’usage, j’écrirai un article à peu près semblable à celui-ci et qui se conclura de la même manière. En suppliant ses imprudents compatriotes de ne pas faire entrer dans les murs de Troie le cheval de bois laissé sur le rivage par les Grecs, Cassandre, hélas, avait raison. Marianne Durano
On savait la décision du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) imminente concernant l’élargissement du droit à la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires. Le moins qu’on puisse écrire est que son « avis » favorable – forcément favorable, aurait pu écrire Marguerite Duras – n’a guère surpris. Elle s’inscrit dans une longue dérive éthique dont on peut penser qu’elle débouchera demain sur l’euthanasie et la GPA quels que soient les démentis outrés des uns ou des autres. Car la logique est là ! En marche ! (…) L’accès au mariage pour les couples homosexuels portait en soi, en toute logique, celui de la filiation. L’élargissement du droit à la PMA pour les couples de femmes était d’ailleurs inscrit dans la première mouture de la loi Taubira. La pression de la rue avait incité le gouvernement à le dissocier du « mariage pour tous » et à le renvoyer à une future loi d’orientation sur la famille qui, pour les mêmes raisons conjoncturelles, fut reportée sine die. Mais on pouvait se douter que ce n’était là que partie remise. Fin juin 2015, le Défenseur des droits (anciennement Médiateur de la République) et le Haut Conseil à l’égalité se prononçaient, sans surprise, pour l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, au nom « de l’égalité des droits ». François Hollande décidait alors de différer une fois encore la date d’un éventuel débat parlementaire, précisant qu’il attendait de connaître, sur cette question, la décision du CCNE auquel il se conformerait le moment venu. On connait la suite ! C’est désormais Emmanuel Macron qui hérite de cet « avis »… Pour les tenants de l’élargissement, il n’y aurait plus aujourd’hui de raison majeure de refuser cette nouvelle « loi de progrès ». Pour ses opposants – dont je suis avec constance – la mesure reste éthiquement contestable qui vise à programmer volontairement la naissance d’un enfant orphelin de père, au motif qu’il sera adopté, à sa naissance, par le conjoint de sa mère biologique. Redisons ici que cette pratique est à ce jour contraire à la Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par la France, qui garantit à chacun d’eux « le droit de connaître ses parents et d’être élevé par eux », sauf accident de parcours. Or en France le don de sperme est anonyme. Ce qui implique que l’enfant à naître ne saura pas qui est son père. On pourrait, certes, imaginer revenir sur cet anonymat. Mais une autre réalité s’impose alors : à ce jour, les donneurs de sperme sont insuffisants au regard de la demande de PMA pour les seuls couples hétérosexuels. Si demain l’anonymat devait être levé, combien d’hommes accepteraient encore d’être donneurs bénévoles au moment même où la demande serait multipliée ? A moins que l’on glisse alors, subrepticement, vers une rémunération du don de sperme ? Donc vers une autre forme de marchandisation du vivant… Ce « droit à l’enfant » qui n’est inscrit dans aucune déclaration des Droits de l’homme – pas plus pour les couples hétérosexuels qu’homosexuels – devra-t-il demain être pris en charge financièrement par la Sécurité sociale ? Dans le même temps où des malades se voient restreindre leur accès aux soins pour raisons d’économies. Une fois encore, nous sommes là dans un débat purement idéologique. Sous couvert d’évolutions de société qui recueilleraient – ce qui est vrai – l’assentiment d’une majorité de la population. François Hollande ayant pris par ailleurs ses dispositions à l’automne 2013, pour modifier la composition du CCNE dans un sens… favorable à l’adoption de ces réformes de société.  (….) Dans son avis du 27 juin 2017, le CCNE se prononce en revanche contre la légalisation de la GPA, c’est à dire pour la possibilité offerte aux couples d’hommes de recourir à des mères porteuses. Avec pour argument « qu’il ne peut y avoir de GPA éthique ». Mais on est en droit de s’interroger. Dans ses attendus sur la PMA, le CCNE dit répondre à la « souffrance » des couples de femmes ne pouvant accéder à la maternité. Dans une société où l’égalité des droits semble devenue la règle absolue, on ne voit guère pourquoi les hommes ne pourraient pas faire prévaloir, demain, leur propre « souffrance » de ne pouvoir accéder à leur tour à la paternité. Fusse au prix d’un encadrement « éthique » de la GPA. Comme on nous a annoncé en 1975 un encadrement éthique de l’avortement dont on sait ce qu’il est devenu : un droit de fait à l’avortement sans condition. En 2008, un rapport sénatorial préconisait déjà de légaliser une GPA encadrée et « altruiste ». Rien que de très logique au regard de l’idéologie du moment qui repose sur la notion de « droits reproductifs » opposables, destinés à pallier la « dictature de la nature » dans les cas « d’infertilité sociale ». René Poujol
La joie aura été de courte durée. Le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) a rendu hier le 27 juin son avis sur la PMA. Si l’on ne regarde que la conclusion, l’avis recommande l’ouverture de la PMA. C’est donc positif, non? Mais quand on lit l’avis en détail, les choses se gâtent… Le Pr Jean-François Delfraissy, président du CCNE, et deux des rapporteurs du texte avaient invité hier quelques associations après la publication de l’avis, parmi lesquelles Act Up-Paris, Fières, les Enfants d’Arc en ciel, le Planning Familial ou l’APGL. Celles-ci ont fait part de leur mécontentement. « On a d’abord commenté la méthode, rapporte Veronica Noseda du Planning Familial. Le comité n’a pas consulté d’association lesbienne pour rendre un avis sur la PMA.  » En effet, une seule lesbienne a été auditionnée. Il s’agit de la très réactionnaire historienne Marie-Jo Bonnet, qui est opposée à la PMA, comme elle l’affirmait en 2016 au Figaro. En revanche, feue Colette Chiland, honnie par les militant.e.s trans (Lire Décès de la très controversée Colette Chiland, la «psychiatre la plus transphobe de France»), ou les psys homophobes Jean-Pierre Winter ou Pierre-Levy Soussan ont pu s’exprimer sur le sujet. Si des personnalités ou associations favorables à la PMA ont bel et bien été auditionnées, aucune n’est à notre connaissance lesbienne. « J’ai dit au Pr Delfraissy que c’était comme si on rendait un avis sur le VIH sans avoir consulté les associations de séropositifs.  Il a semblé surpris. », explique la Veronica Noseda. Les associations ont également critiqué le ton et les mots employés dans le document. « Le ton général de l’avis donne des gages au vocabulaire de la Manif pour tous. Si la Manif pour tous se plaint de l’avis, elle se voit légitimée avec tous les poncifs homophobes, les familles sans père, le besoin d’altérité… » Veronica Noseda note d’ailleurs que si les lesbiennes sont stigmatisées, les familles monoparentales le sont tout autant. Parmi les autres points qui posent problème, la question du remboursement: « Il y a le désir d’enfant légitime des familles hétéros et il y a celui des autres, qui ne doit pas peser sur la Sécu. », relève amèrement la militante du Planning Familial. « 2,5% des enfants naissent par PMA. Et ce ne sont pas toujours en raison de problème d’infertilité, c’est aussi parce que le temps a passé et qu’avec l’âge il peut y avoir besoin d’une aide extérieure », note Veronica Noseda, qui ajoute: « Et c’est discriminant pour les femmes seules et les couples de lesbiennes qui sont en moyenne plus pauvres que les couples hétéros. » « La question de la filiation n’est pas réglée. Un couple de femmes non mariées peuvent avoir accès à la PMA mais pour que la mère soit sociale soit reconnue comme l’une des deux mères, il faut passer devant le maire. », signale-t-elle aussi. « Sur la question du remboursement, ils ont eux-mêmes reconnus qu’il n’étaient pas clairs », note Delphine Aslan, porte-parole de l’association lesbienne et féministe Fières. Yagg
Mon impression est que l’avis était prêt depuis longtemps et qu’il était négatif. Il y a eu un revirement à un moment donné. Veronica Noseda (Planning Familial)
Ils nous ont assuré qu’avec la révision de la loi bioéthique en 2018, rien n’est figé. Mais on attend une loi. La plupart de ces questions ne relèvent pas de l’éthique, à part peut-être le don d’ovocyte. On leur a délégué ça histoire de nous faire attendre pendant quatre ans.On a l’impression que cela a été écrit en 2013 et qu’ils ont rajouté une conclusion plus tard. Delphine Aslan (porte-parole de l’association lesbienne et féministe Fières)
Nous souhaitons revenir aux principes de création du Conseil de 1983 et faire appel à des laïques pour représenter les courants religieux. Conseiller de François Hollande (2013)
Depuis 30 ans, il y a toujours eu des colorations politiques et l’alternance des gouvernements n’a jamais rien changé car la nomination des membres est avant tout fondée sur leurs compétences et leur personnalité. Au contraire, la gravité sur laquelle se penche le CCNE nécessite absolument cette diversité. Du reste, on ne s’est jamais scandalisé de la présence de membres de droite sous un gouvernement de droite. Accroître le rôle du comité, qui n’est que consultatif, en le scrutant ainsi et préjuger de ses avis, c’est le rendre inutile. Il a besoin de sérénité pour accomplir sa mission. Jean-Claude Ameisen (président du CCNE)
On veut faire payer aux représentants religieux leurs positions plutôt hostiles au mariage pour tous. En les écartant de la réflexion sur des questions de société, le gouvernement impose une vision de la laïcité fermée au risque d’appauvrir le débat. (…) Le gouvernement veut s’entourer de personnalités qui prendront des positions dans le sens souhaité. Pasteur Louis Schweitzer
Même si c’est le président de la République qui nomme, la tradition veut que toutes les autorités religieuses soient toujours consultées au préalable pour proposer un nom, c’est même comme ça que, moi-même, j’ai été élu, Avec l’absence de tout religieux, le message est clair: le retour à une laïcité musclée. (…) 80 % du CCNE a tranché en juin dernier qu’il ne fallait en aucun cas légaliser l’euthanasie. Cela n’a pas plu au gouvernement qui entend préparer le terrain pour les débats qui vont précéder le projet de loi. Pasteur Schweitzer
C’est choquant. Bien des choses peuvent être politisées mais s’agissant d’un comité d’éthique, c’est non seulement hors sujet mais c’est même une faute contre la société, contre la politique et contre le débat. Ce n’est pas à la hauteur d’une mission de ce type. C’est scandaleux sur la méthode, inquiétant pour l’avenir, et c’est une raison supplémentaire pour rester très actif sur ces sujets. Hervé Mariton (député UMP de la Drôme)
Alors que le CCNE va prochainement s’emparer de dossiers particulièrement sensibles (…), une vague de nominations, avec des personnalités proches du gouvernement, vient d’intervenir. Selon un arrêté publié dimanche dans le Journal officiel, vingt-deux nouveaux membres – sur les quarante que compte le comité – vont intégrer l’institution. Parmi eux, l’avocat Jean-Pierre Mignard, membre du conseil national du PS et ami de François Hollande, mais aussi la sénatrice socialiste de Loire-Atlantique, Michelle Meunier, qui s’est par ailleurs engagée pour davantage de droits en faveur des transsexuels. Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation de liberté (depuis le 13 juin 2008) et réputé proche de la gauche, intègre également cette enceinte de réflexion. À cela s’ajoutent d’autres nouveaux noms tels que Lionel Naccache, chercheur en neurosciences cognitives, spécialiste de la conscience, Cynthia Fleury, philosophe, Frédéric Worms, directeur du Centre international d’étude de la philosophie française contemporaine, ou encore François Ansermet, psychanalyste, professeur de pédopsychiatrie, spécialisé dans les questions prénatales, obstétriques et de reproduction. Le gouvernement cherche-t-il, ainsi, à se confectionner une assemblée docile, sous la houlette d’un nouveau président orienté à gauche, Jean-Claude Ameisen, nommé en 2012 par François Hollande? Le Figaro (2013)

Après le hold up électoral, le hold up éthique !

A l’heure où, pour s’assurer du soutien de ses partenaires de coalition à la veille des prochaines législatives …

Une Angela Merkel plus macronienne que l’original …

Donne son feu vert avant de voter contre au mariage pour tous  …

Tout en souhaitant que cette prétendue « embuscade » tendue par ses adversaires apporte « cohésion sociale et paix » à la société allemande …

Et où après le hold up présidentiel puis législatif que l’on vient de vivre en France (on remplace l’adversaire principal par une pestiférée) …

C’est à l’Assemblée nationale que revenant sur une tradition vieille de 50 ans, « la majorité choisit son opposition« …

Comment ne pas voir …

Derrière l’avis favorable mais censément consultatif que vient de donner le Comité d’éthique …

Contre la législation internationale du droit des enfants à connaitre leurs parents …

Au mensonge légal et au droit des parents à orpheliner leurs propres enfants …

Le même tour de passe passe proprement brechtien, qui avait vu le prédécesseur du petit marquis poudré il y a quatre ans …

Remplacer par des laïcs pour cause de manque de docilité (pardon: modernité et progressisme) les représentants religieux dudit comité …

Et depuis la préhistoire du pacs et du mariage pour tous …

Cette longue avance masquée consistant à nier à chaque fois la prochaine étape pour mieux l’imposer quelques années plus tard …

Comme d’ailleurs le révèlent elles-mêmes à leur propre insu ces associations homosexuelles …

Dénonçant le plus ingénument du monde un avis ….

Qui n’a d’autre utilité en effet qu’à les « faire attendre quatre ans de plus » ?

Volée de critiques après le renouvellement du Comité national d’éthique

  • Delphine de Mallevoüe
  • Le Figaro
  • 23/09/2013

Après l’éviction des religieux du CCNE et le renouvellement de 15 sièges où figurent des amis de François Hollande, les autorités religieuses et les députés de l’opposition dénoncent une manœuvre pour influencer les prochains débats sur l’euthanasie et l’assistance médicale à la procréation .

Le renouvellement du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) suscite colère et stupéfaction chez les parlementaires de droite et les autorités religieuses dont plus aucune ne siège, pour la première fois depuis les 30 ans d’existence du CCNE. Les premiers dénoncent une manœuvre politique qui vise à «changer en douce la couleur» du CCNE à l’approche des débats majeurs sur l’euthanasie et l’ouverture de l’AMP aux couples homosexuels, alors que des personnalités connues pour leur sensibilité à gauche ou leur amitié avec le président de la République viennent d’être nommées par ce dernier. Les seconds sont consternés d’avoir purement et simplement été évincés du comité, sans préavis.

Courrier des protestants au ministère de l’Intérieur

On est si indigné à la Fédération protestante de France (FPF) que son président, le pasteur Claude Baty, vient de rédiger un courrier au chef du bureau des cultes au ministère de l’Intérieur. «En plus, nous avons découvert ça par voie de presse», grince la FPF. Alors que le président du CCNE, Jean-Claude Ameisen, nommé il y a un an par François Hollande, met en avant «la diversité historique et nécessaire des membres» pour récuser toute tactique politique, les procédés utilisés en coulisse jettent la suspicion.

«Même si c’est le président de la République qui nomme, la tradition veut que toutes les autorités religieuses soient toujours consultées au préalable pour proposer un nom, c’est même comme ça que, moi-même, j’ai été élu, explique le pasteur Louis Schweitzer, dont le siège n’a pas été reconduit ni signifié qu’il en serait ainsi. Or cette fois nous n’avons pas été consultés». Comme lui, le rabbin Michaël Azoulay n’a pas été renouvelé. Désormais, les 4 postes sur les 39 membres au total qui, dans les textes de la composition du comité, sont nommés «en raison de leur appartenance à une famille religieuse», comme l’explique le président du CCNE, sont occupés par quatre laïcs, spécialistes des questions judaïques, catholiques, protestantes et islamiques. Deux d’entre eux siégeaient déjà: Xavier Lacroix pour la sensibilité catholique et Ali Benmackhlouf pour l’islamique. «Avec l’absence de tout religieux, le message est clair: le retour à une laïcité musclée», prédit le pasteur Schweitzer.

«On sort des religieux et on envoie des militants»

Un autre indice semble conforter les suspicions d’une stratégie: si le renouvellement du comité est normal puisqu’il s’opère tous les 2 ans pour moitié, bien des postes concernés ne relevaient pas de renouvellements obligatoires: ils arrivaient au terme de leur mandature de 4 ans mais pouvaient être reconduits quatre ans de plus. Quinze nouveaux membres sont ainsi entrés au comité.

Pour de nombreux observateurs, ce «remaniement anticipé» est une «sanction-prévention» après le passage difficile de la loi mariage pour tous et le rapport du CCNE sur la fin de vie. «80 % du CCNE a tranché en juin dernier qu’il ne fallait en aucun cas légaliser l’euthanasie, se souvient Louis Schweitzer. Cela n’a pas plu au gouvernement qui entend préparer le terrain pour les débats qui vont précéder le projet de loi».

Pour Jean Léonetti, député UMP des Alpes-Maritimes et père de la loi sur la fin de vie, le message est clair: «on sort les religieux et on envoie des militants pour conformer les avis du CCNE à celui du gouvernement. Au lieu de changer d’avis sur ces grandes questions éthiques, le gouvernement préfère changer de comité d’éthique! François Hollande n’avait-il pas déjà amorcé le piège en annonçant que, sur l’AMP, il se conformerait à l’avis du comité?».

«C’est choquant, s’exclame Hervé Mariton, député UMP de la Drôme. Bien des choses peuvent être politisées mais s’agissant d’un comité d’éthique, c’est non seulement hors sujet mais c’est même une faute contre la société, contre la politique et contre le débat. Ce n’est pas à la hauteur d’une mission de ce type. C’est scandaleux sur la méthode, inquiétant pour l’avenir, et c’est une raison supplémentaire pour rester très actif sur ces sujets».

«Besoin de sérénité»

Jean-Claude Ameisen, le président du CCNE, s’étonne de cet emballement. «Depuis 30 ans, il y a toujours eu des colorations politiques et l’alternance des gouvernements n’a jamais rien changé car la nomination des membres est avant tout fondée sur leurs compétences et leur personnalité. Au contraire, la gravité sur laquelle se penche le CCNE nécessite absolument cette diversité. Du reste, on ne s’est jamais scandalisé de la présence de membres de droite sous un gouvernement de droite. Accroître le rôle du comité, qui n’est que consultatif, en le scrutant ainsi et préjuger de ses avis, c’est le rendre inutile. Il a besoin de sérénité pour accomplir sa mission».

Virage à gauche ou non, «l’avenir le dira très vite», conclue Xavier Lacroix, membre du CCNE en faisant référence à l’avis sur l’AMP qui sera rendu début 2014. «Ce sera révélateur et déterminant, estime de son côté Jean-René Binet, professeur de droit sur les questions de santé et de bioéthique. Car les positions sur l’AMP n’ont jamais été remises en cause par le CCNE depuis les années 80, en dépit de l’alternance des gouvernements. Attendons de voir si le prochain avis sera une rupture».

Voir aussi:

Coup de barre à gauche pour le Comité national d’éthique

  • Angélique Négroni
  • Le Figaro
  • 22/09/2013

Des personnalités proches de la majorité y font leur entrée et des responsables religieux sont évincés.

«On veut faire payer aux représentants religieux leurs positions plutôt hostiles au mariage pour tous. En les écartant de la réflexion sur des questions de société, le gouvernement impose une vision de la laïcité fermée au risque d’appauvrir le débat», dénonce le pasteur Louis Schweitzer, par ailleurs professeur d’éthique et de spiritualité à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine. Par voie de presse, ce dernier a appris son éviction du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), cette instance de réflexion régulièrement saisie pour rendre des avis sur des sujets de société aussi sensibles que la fin de vie ou l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples homosexuels. Son mandat de quatre ans arrivant à terme, il n’a pas été renouvelé, comme cela était envisageable selon le règlement de cette structure. C’est aussi le cas pour le rabbin Michaël Azoulay, par ailleurs, membre de la commission de bioéthique du Consistoire de Paris.

Selon Le Monde, qui a révélé ces informations, ces évictions marquent le choix de l’Élysée de ne plus intégrer de responsables religieux au sein de cette institution. «Nous souhaitons revenir aux principes de création du Conseil de 1983 et faire appel à des laïques pour représenter les courants religieux», confirme-t-on à l’Élysée, qui se charge directement de nommer les membres des familles philosophiques et spirituelles. Pour Louis Schweitzer, l’objectif est clair: «Le gouvernement veut s’entourer de personnalités qui prendront des positions dans le sens souhaité.»

Un rééquilibrage à gauche de cette instance vient par ailleurs tout juste d’être opéré. Alors que le CCNE va prochainement s’emparer de dossiers particulièrement sensibles (voir ci-dessous), une vague de nominations, avec des personnalités proches du gouvernement, vient d’intervenir. Selon un arrêté publié dimanche dans le Journal officiel, vingt-deux nouveaux membres – sur les quarante que compte le comité – vont intégrer l’institution. Parmi eux, l’avocat Jean-Pierre Mignard, membre du conseil national du PS et ami de François Hollande, mais aussi la sénatrice socialiste de Loire-Atlantique, Michelle Meunier, qui s’est par ailleurs engagée pour davantage de droits en faveur des transsexuels. Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation de liberté (depuis le 13 juin 2008) et réputé proche de la gauche, intègre également cette enceinte de réflexion. À cela s’ajoutent d’autres nouveaux noms tels que Lionel Naccache, chercheur en neurosciences cognitives, spécialiste de la conscience, Cynthia Fleury, philosophe, Frédéric Worms, directeur du Centre international d’étude de la philosophie française contemporaine, ou encore François Ansermet, psychanalyste, professeur de pédopsychiatrie, spécialisé dans les questions prénatales, obstétriques et de reproduction.

Le gouvernement cherche-t-il, ainsi, à se confectionner une assemblée docile, sous la houlette d’un nouveau président orienté à gauche, Jean-Claude Ameisen, nommé en 2012 par François Hollande? «Toutes les personnes qui me connaissent savent que la docilité n’est pas la première de mes qualités», réagit Jean-Pierre Mignard. «J’ai effectivement des opinions. Mais il faut accepter de voir évoluer ses propres positions une fois confrontées à celles des autres. C’est tout l’intérêt de ce travail en collégialité», dit-il.

Le prochain dossier sur la fin de vie que traitera ce «nouveau» Comité ainsi remanié sera un bon baromètre. En juillet dernier, il s’était déclaré hostile à l’euthanasie et à l’assistance au suicide, n’allant pas ainsi dans le sens de l’Élysée, qui souhaite une réforme dans ce domaine. Or, dans le courant de l’année prochaine, le CCNE doit émettre un nouvel avis. Le moyen de voir si les nouveaux nommés feront bouger les lignes…


Décisions à venir sur la PMA, la fin de vie et le don de sang

Procréation médicalement assistée. C’est à l’évidence l’un des sujets les plus sensibles, mais le gouvernement ne va pas s’en emparer dans l’immédiat. Alors qu’il devait initialement se prononcer à la fin de cette année, le CCNE a en effet annoncé début juillet qu’il remettait à 2014 son avis sur la question, après la tenue d’états généraux. Une aubaine donc pour l’équipe gouvernementale de voir reporté après les municipales un débat qui divise la société civile mais aussi les politiques au sein même de la gauche. Concrètement, le CCNE, qui avait déjà rendu un avis défavorable en 2010, devra dire si la PMA, réservée aux couples infertiles, doit s’étendre aux couples de femmes et aux femmes seules. François Hollande a déjà indiqué qu’il respectera ce nouvel avis.

Fin de vie. Pendant sa campagne, François Hollande avait promis «une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité» et avait prévu un projet de loi en juin 2013. Or, on le sait, le calendrier n’a pas été tenu, le CCNE, que le président de la République voulait consulter avant tout examen par les parlementaires, ayant rendu sa copie plus tardivement. Le 1er juillet dernier, l’institution s’est donc prononcée et s’est une nouvelle fois déclarée contre l’euthanasie et l’assistance au suicide – qui consiste à fournir des médicaments létaux à un individu désireux de mettre fin à ses jours. Ses responsables ont par ailleurs recommandé de ne pas modifier la loi actuelle qui opère une distinction entre «laisser mourir» et «faire mourir». Mais cet avis, qui n’a pas fait l’unanimité avec huit de ses quarante membres qui se sont démarqués, n’est qu’une première étape. Après un débat national à l’automne, le CCNE rendra un nouvel éclairage dans le courant de l’année prochaine. On verra si l’arrivée de nouveaux membres fera ou non évoluer la position jusqu’alors défendue par le CCNE.

Don du sang par les homosexuels. Faut-il privilégier les mesures de précaution ou mettre fin, par principe, à une exclusion? C’est la question qui est posée à l’occasion du débat sur le don du sang dont sont exclus les homosexuels. Alors que, pour les autorités sanitaires, cette interdiction vise à éviter des risques accrus de transmission du VIH, François Hollande avait promis sa levée durant sa campagne. L’avis du CCNE est attendu à l’automne.

Voir également:

Aujourd’hui la PMA, demain l’euthanasie et la GPA
La dérive sociétale continue
René Poujol
Journaliste, ancien directeur de la rédaction de Pèlerin
Causeur
29 juin 2017

On savait la décision du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) imminente concernant l’élargissement du droit à la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires. Le moins qu’on puisse écrire est que son « avis » favorable – forcément favorable, aurait pu écrire Marguerite Duras – n’a guère surpris. Elle s’inscrit dans une longue dérive éthique dont on peut penser qu’elle débouchera demain sur l’euthanasie et la GPA quels que soient les démentis outrés des uns ou des autres. Car la logique est là ! En marche !

Chacun connaît les attendus de la question. Inutile de s’y étendre. A ce jour, la procréation médicalement assistée est réservée en France aux seuls couples hétérosexuels, dans les cas d’infertilité. La femme a recours au sperme d’un donneur anonyme, son mari étant en droit, considéré comme le père de l’enfant. L’accès au mariage pour les couples homosexuels portait en soi, en toute logique, celui de la filiation. L’élargissement du droit à la PMA pour les couples de femmes était d’ailleurs inscrit dans la première mouture de la loi Taubira. La pression de la rue avait incité le gouvernement à le dissocier du « mariage pour tous » et à le renvoyer à une future loi d’orientation sur la famille qui, pour les mêmes raisons conjoncturelles, fut reportée sine die.

Mais on pouvait se douter que ce n’était là que partie remise. Fin juin 2015, le Défenseur des droits (anciennement Médiateur de la République) et le Haut Conseil à l’égalité se prononçaient, sans surprise, pour l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, au nom « de l’égalité des droits ». François Hollande décidait alors de différer une fois encore la date d’un éventuel débat parlementaire, précisant qu’il attendait de connaître, sur cette question, la décision du CCNE auquel il se conformerait le moment venu. On connait la suite ! C’est désormais Emmanuel Macron qui hérite de cet « avis »…

Mettre au monde des orphelins… adoptables !

Pour les tenants de l’élargissement, il n’y aurait plus aujourd’hui de raison majeure de refuser cette nouvelle « loi de progrès ». Pour ses opposants – dont je suis avec constance – la mesure reste éthiquement contestable qui vise à programmer volontairement la naissance d’un enfant orphelin de père, au motif qu’il sera adopté, à sa naissance, par le conjoint de sa mère biologique. Redisons ici que cette pratique est à ce jour contraire à la Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par la France, qui garantit à chacun d’eux « le droit de connaître ses parents et d’être élevé par eux », sauf accident de parcours.

Or en France le don de sperme est anonyme. Ce qui implique que l’enfant à naître ne saura pas qui est son père. On pourrait, certes, imaginer revenir sur cet anonymat. Mais une autre réalité s’impose alors : à ce jour, les donneurs de sperme sont insuffisants au regard de la demande de PMA pour les seuls couples hétérosexuels. Si demain l’anonymat devait être levé, combien d’hommes accepteraient encore d’être donneurs bénévoles au moment même où la demande serait multipliée ? A moins que l’on glisse alors, subrepticement, vers une rémunération du don de sperme ? Donc vers une autre forme de marchandisation du vivant…

Ce « droit à l’enfant » qui n’est inscrit dans aucune déclaration des Droits de l’homme – pas plus pour les couples hétérosexuels qu’homosexuels – devra-t-il demain être pris en charge financièrement par la Sécurité sociale ? Dans le même temps où des malades se voient restreindre leur accès aux soins pour raisons d’économies. Une fois encore, nous sommes là dans un débat purement idéologique. Sous couvert d’évolutions de société qui recueilleraient – ce qui est vrai – l’assentiment d’une majorité de la population. François Hollande ayant pris par ailleurs ses dispositions à l’automne 2013, pour modifier la composition du CCNE dans un sens… favorable à l’adoption de ces réformes de société. Jean Léonetti commentait à l’époque : « on sort les religieux et on envoie des militants pour conformer les avis du CCNE à celui du gouvernement. Au lieu de changer d’avis sur ces grandes questions éthiques, le gouvernement préfère changer de comité d’éthique ! »

Un président sur des oeufs

Dans son avis du 27 juin 2017, le CCNE se prononce en revanche contre la légalisation de la GPA, c’est à dire pour la possibilité offerte aux couples d’hommes de recourir à des mères porteuses. Avec pour argument « qu’il ne peut y avoir de GPA éthique ». Mais on est en droit de s’interroger. Dans ses attendus sur la PMA, le CCNE dit répondre à la « souffrance » des couples de femmes ne pouvant accéder à la maternité. Dans une société où l’égalité des droits semble devenue la règle absolue, on ne voit guère pourquoi les hommes ne pourraient pas faire prévaloir, demain, leur propre « souffrance » de ne pouvoir accéder à leur tour à la paternité. Fusse au prix d’un encadrement « éthique » de la GPA. Comme on nous a annoncé en 1975 un encadrement éthique de l’avortement dont on sait ce qu’il est devenu : un droit de fait à l’avortement sans condition. En 2008, un rapport sénatorial préconisait déjà de légaliser une GPA encadrée et « altruiste ». Rien que de très logique au regard de l’idéologie du moment qui repose sur la notion de « droits reproductifs » opposables, destinés à pallier la « dictature de la nature » dans les cas « d’infertilité sociale ».

Il ne s’agit là, pour l’heure, que de l’avis du CCNE. On peut imaginer que le dossier est désormais entre les mains du président de la République. Un président que l’on sait, à titre personnel, plutôt ouvert sur ces questions de société, du fait du « libéralisme » à la fois économique et culturel qui est sa marque. Même s’il s’est bien gardé de tout engagement trop affirmé durant la campagne, disant simplement son accord de principe à l’élargissement du droit à la PMA pour les couples de femmes.

Le 14 février 2017, il avait déclenché un tollé à gauche et au sein du mouvement LGBT en évoquant, dans un entretien à l’Obs, «l’humiliation» ressentie par les anti-mariages gay au moment du vote de la loi Taubira. Déclaration sur laquelle il avait dû, rapidement, faire machine arrière, comme si l’humiliation des uns était incompatible avec l’humiliation des autres.

C’est assez dire combien, sur cette question, le chef de l’Etat marche sur des œufs. Il en est conscient. Il sait parfaitement compter parmi ses soutiens dans l’opinion, des citoyens qui ont rompu avec la gauche en partie à cause de la loi Taubira. C’est d’ailleurs bien à eux qu’était destinée la petite phrase sur « l’humiliation »… Les provoquer dès les premiers mois de son quinquennat sur un dossier qui ne possède aucune urgence et avant même d’avoir engagé ses principales réformes, serait une faute politique majeure. « Souvenez-vous, monsieur le Président : le social, pas le sociétal. Le social, le social, le social. C’est facile à retenir. » écrivait il y a peu Jean-Pierre Denis, dans un billet de La Vie en forme de mise en garde. L’annonce, faite par le président du CCNE, d’Etats généraux de la bioéthique, en 2018, pour préparer la révision des lois de bioéthique qui concernent notamment le sujet de la PMA, pourrait, momentanément, servir d’échappatoire.
Un combat culturel

Mais soyons en sûrs, le débat n’en sera que différé. Aussi longtemps que l’opinion publique adhérera majoritairement à la logique de l’individualisme libéral, la société se verra sommée de tout mettre en œuvre, au niveau législatif aussi bien que financier, pour permettre à chacun de satisfaire ses propres désirs dont on sait qu’ils sont, par nature, illimités. Une société, dans sa dimension civilisationnelle, peut-elle survivre à pareille évolution ? Je ne le crois pas. Est-il possible de lui éviter le pire ? Je l’ignore ! Faut-il dès lors rejoindre le camp de ceux qui contestent radicalement toute évolution dans la société comme dans l’Eglise ? Ce ne sera jamais mon choix car il s’agit là encore d’une forme d’idéologie où toute liberté se trouve broyée au nom des principes. Alors que faire ? Tenter de témoigner et de convaincre qu’un autre combat culturel est possible, plaider pour une vision différente de la personne – et non de l’individu – où priment : le respect de l’autre et des conditions sociales du vivre-ensemble. Une société où l’on cesserait de fonder l’égalité des droits des adultes sur la négation de l’égalité des droits des enfants. Il y faudra, le moment venu, des relais politiques. A la faveur de la recomposition en cours ?

Voir de même:

PMA: Un avis « catastrophique »

Le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) s’est certes déclaré favorable à l’ouverture de la PMA pour les couples de femmes et les femmes seules. Mais les associations se sont vite aperçues que le reste de l’avis est moins reluisant.
Xavier Héraud
Yagg
28.06.2017

La joie aura été de courte durée. Le Comité Consultatif National d’Etique (CCNE) a rendu hier le 27 juin son avis sur la PMA. Si l’on ne regarde que la conclusion, l’avis recommande l’ouverture de la PMA. C’est donc positif, non? Mais quand on lit l’avis en détail, les choses se gâtent…

Le Pr Jean-François Delfraissy, président du CCNE, et deux des rapporteurs du texte avaient invité hier quelques associations après la publication de l’avis, parmi lesquelles Act Up-Paris, Fières, les Enfants d’Arc en ciel, le Planning Familial ou l’APGL. Celles-ci ont fait part de leur mécontentement.

« On a d’abord commenté la méthode, rapporte Veronica Noseda du Planning Familial. Le comité n’a pas consulté d’association lesbienne pour rendre un avis sur la PMA.  » En effet, une seule lesbienne a été auditionnée. Il s’agit de la très réactionnaire historienne Marie-Jo Bonnet, qui est opposée à la PMA, comme elle l’affirmait en 2016 au Figaro. En revanche, feue Colette Chiland, honnie par les militant.e.s trans (Lire Décès de la très controversée Colette Chiland, la «psychiatre la plus transphobe de France»), ou les psys homophobes Jean-Pierre Winter ou Pierre-Levy Soussan ont pu s’exprimer sur le sujet. Si des personnalités ou associations favorables à la PMA ont bel et bien été auditionnées, aucune n’est à notre connaissance lesbienne.

« J’ai dit au Pr Delfraissy que c’était comme si on rendait un avis sur le VIH sans avoir consulté les associations de séropositifs.  Il a semblé surpris. », explique la Veronica Noseda.

GAGES A LA MANIF POUR TOUS
Les associations ont également critiqué le ton et les mots employés dans le document. « Le ton général de l’avis donne des gages au vocabulaire de la Manif pour tous. Si la Manif pour tous se plaint de l’avis, elle se voit légitimée avec tous les poncifs homophobes, les familles sans père, le besoin d’altérité… » Veronica Noseda note d’ailleurs que si les lesbiennes sont stigmatisées, les familles monoparentales le sont tout autant.

Parmi les autres points qui posent problème, la question du remboursement: « Il y a le désir d’enfant légitime des familles hétéros et il y a celui des autres, qui ne doit pas peser sur la Sécu. », relève amèrement la militante du Planning Familial.

« 2,5% des enfants naissent par PMA. Et ce ne sont pas toujours en raison de problème d’infertilité, c’est aussi parce que le temps a passé et qu’avec l’âge il peut y avoir besoin d’une aide extérieure », note Veronica Noseda, qui ajoute: « Et c’est discriminant pour les femmes seules et les couples de lesbiennes qui sont en moyenne plus pauvres que les couples hétéros. »

« La question de la filiation n’est pas réglée. Un couple de femmes non mariées peuvent avoir accès à la PMA mais pour que la mère soit sociale soit reconnue comme l’une des deux mères, il faut passer devant le maire. », signale-t-elle aussi.

« Sur la question du remboursement, ils ont eux-mêmes reconnus qu’il n’étaient pas clairs », note Delphine Aslan, porte-parole de l’association lesbienne et féministe Fières.

AMBIGUÏTÉS DU CCNE
Cette dernière pointe également les autres ambiguïtés du Comité. « Ils nous ont assuré qu’avec la révision de la loi bioéthique en 2018, rien n’est figé. » « Mais On attend une loi », balaie-t-elle d’un revers de main . La plupart de ces questions ne relèvent pas de l’éthique, à part peut-être le don d’ovocyte. On leur a délégué ça histoire de nous faire attendre pendant quatre ans.

« Je lui ai répondu qu’ils ont eu quatre ans et demi pour nous demander notre avis et que maintenant, c’était à eux de répondre à nos questions. »

« Nous avons passé beaucoup de temps à répondre aux questions d’une rapportrice qui nous demandait notre avis sur tout un tas de sujets, qui n’avaient pas forcément grand chose à avoir avec la choucroute », s’agace Delphine Aslan. La rapportrice a fini par se faire renvoyer dans les cordes. « Je lui ai répondu qu’ils ont eu quatre ans et demi pour nous demander notre avis et que maintenant, c’était à eux de répondre à nos questions. », lâche Veronica Noseda.

« Mon impression est que l’avis était prêt depuis longtemps et qu’il était négatif. Il y a eu un revirement à un moment donné », avance Veronica Noseda. Un point de vue que partage Delphine Aslan:  « On a l’impression que cela a été écrit en 2013 et qu’ils ont rajouté une conclusion plus tard ».

« La Manif pour tous va pouvoir s’appuyer dessus, c’est catastrophique » se désole Veronica Noseda.

Et maintenant, quoi? « Avec les associations qui étaient présentes, il va falloir lister les député.e.s qui voudraient se saisir du sujet, identifier celles et ceux qui peuvent nous aider, conclut Delphine Aslan. Un travail qu’il serait bon de faire ensemble. »

Voir de plus:

PMA pour toutes : quand le CCNE piétine ses propres conclusions par idéologie

  • Marianne Durano
  • Le Figaro
  • 28/06/2017

FIGAROVOX/TRIBUNE – Marianne Durano analyse le rapport du CCNE, qui se prononce en faveur de l’ouverture de l’aide médicale à la procréation pour toutes les femmes. Pour elle, cet avis contradictoire qui conclut un rapport pourtant lucide sur les dangers de cette décision montre que, dans ce débat, l’idéologie l’emporte sur la raison.


Marianne Durano est agrégée de philosophie. Elle est l’auteur avec Axel Norgaard Rokvam et Gaultier Bès de Nos Limites. Pour une écologie intégrale (Édition Le Centurion). Elle est également membre de la rédaction de la Revue Limite.


Lire l’avis du CCNE sur l’ouverture de l’AMP aux couples de femmes et aux femmes seules est une expérience extrêmement troublante. On y assiste au déploiement brillant et honnête d’une pensée qui n’assume pourtant pas ses conclusions. Après un exposé de dix pages sur les problèmes que poserait une telle mesure, le CCNE bâcle en une seule page les arguments justifiant son avis favorable, pour finalement conclure que «la majorité des membres du CCNE se prononcent pour la recommandation d’ouverture de l’AMP aux couples femmes et aux femmes seules, sous réserve de la prise en compte de conditions d’accès et de faisabilité. Toutefois, au cours des discussions, s’est aussi exprimée une position divergente de certains membres du CCNE». On est quand même loin du triomphe proclamé par l’Inter-LGBT…

Car les membres du CCNE sont loin de sous-estimer les questions – sans solution à ce jour – que pose l’élargissement de l’AMP: «Les points de butée concernent, avant tout, le rôle comme la définition du père, la différence de situation entre les couples de femmes et les femmes seules, la question de la rareté des ressources biologiques et des risques de marchandisation que celle-ci entraîne, la limite entre le pathologique et le sociétal».

Discrimination entre les enfants, dont certains seraient sciemment privés de tout ancrage paternel ; pénurie de gamètes, qui pourrait entraîner l’ouverture d’un vaste marché du corps humain (car pourquoi se limiter aux «ressources» génétiques?) ; transformation des médecins en prestataires de services: voilà le CCNE qui me coupe l’herbe sous le pied, en développant, mieux que je ne saurais le faire, tous les arguments que j’avais prévus pour cet article. Le CCNE va jusqu’à faire le parallèle entre l’extension des libertés individuelles et celle du libéralisme économique, évoquant le risque d’une «libéralisation du marché procréatif»! Il faut de même reconnaître l’audace des membres du Comité qui n’hésitent pas à admettre que «si des enfants ne connaissant pas leur père et des enfants élevés par un seul parent ou dans un couple homosexuel existent depuis toujours, il y a une différence entre le fait de «faire face» à une telle situation survenant dans le cadre de la vie privée sans avoir été planifiée ni organisée par la société, et l’instituer ab initio.» Encore un peu, et ils se compromettraient avec la frange la plus nauséabonde de la société française…

D’autant plus qu’ils ont également le courage de poser la question qui fâche: qui paye? «Les techniques d’AMP sont des traitements contraignants et coûteux, et la rareté des dons de gamètes compromet actuellement une prise en charge satisfaisante des infertilités pathologiques ; la demande d’accès à l’IAD de personnes non stériles et la revendication d’une égalité des droits appliquée à des conditions différentes, stérilité d’origine pathologique ou demandes «sociétales» d’AMP, mettraient en péril deux grands principes du système de santé en France, fondé sur la solidarité: la gratuité du don d’organes et des produits du corps humain, dont les gamètes, et la prise en charge des traitements d’infertilité d’origine pathologique par la solidarité nationale.» À moins de réinstaurer de la discrimination là où l’on prétendait la supprimer, en remboursant par exemple les IAD pour les stérilités pathologiques, mais par pour les stérilités «sociales», ce qui est juridiquement et politique difficile à imaginer…

Oui mais quand même. Après examen approfondi des obstacles à cette mesure, et sans aucun lien logique entre ses paragraphes, le CCNE conclut par un avis favorable. On croirait lire ces copies du bac où l’élève démontre par A+B que le bonheur ne consiste pas à être l’esclave de ses désirs, pour finalement conclure: «Donc il faut satisfaire tous ses désirs pour être heureux.» En deux paragraphes laconiques, le CCNE évacue la question en répétant sans trop y croire ces deux arguments éculés, et par ailleurs contredits par les pages qui précèdent, que sont la liberté des femmes et la non-stigmatisation des familles homoparentales… On a envie d’écrire: «travail bâclé». On lit ainsi dans les recommandations que «même si tout désir n’a pas vocation à être satisfait, on peut faire confiance au projet des femmes qui souhaitent accéder à la maternité en bénéficiant de procédures auxquelles, auparavant, elles n’avaient pas accès.» La «confiance» comme base du droit: ça, c’est rassurant! Et si tous les hommes se donnaient la main, on pourrait même se passer de législateur, de CCNE, CEDH, CC, CE et de tous ces organismes qui empêchent l’autonomie individuelle!

Dans cette logique, on ne voit pas pourquoi le CCNE ne piétinerait pas ses réserves à l’égard de la congélation des ovocytes et des «mères porteuses» avec la même légèreté, Après tout, il s’agit bien ici aussi d’égalité entre les hommes et les femmes, ainsi qu’entre les homosexuelles et les homosexuels! Et puis, on peut faire confiance aux DRH pour ne pas faire pression sur les jeunes femmes qui ne veulent pas cryogéniser leurs ovules. On peut aussi faire confiance aux laboratoires privés pour ne pas profiter de la pauvreté des femmes qui louent leur utérus. Confiance, également, à tous les biotechniciens pour ne pas jouer les apprentis sorciers ; pour ne pas céder à la tentation de l’eugénisme, pour implanter tous les embryons sans discrimination, même les handicapés ; pour ne pas sauter de générations, féconder des ovules avec du sperme post-mortem, voire tenter la parthénogénèse (si si, des expériences sont en cours). Confiance et ouverture d’esprit, vous dis-je!

Étrange tout de même de constater combien les bons sentiments bloquent la pensée. Car on n’en est pas à une contradiction près. Ceux-là mêmes qui ôtent toute valeur à la filiation biologique, réduisant le père et la mère (les géniteurs) à des «fournisseurs de ressources biologiques» sont prêts à tout pour transmettre leur propre patrimoine. Ceux-là mêmes qui sous-estiment l’importance d’une généalogie cohérente tiennent absolument à perpétuer leur génotype. Ceux-là même pour qui le sexe est négligeable semblent attacher une grande importance à ce que leur enfant possède les yeux de sa mère et la prédisposition au diabète de sa grand-mère.

C’est pourtant au nom de cette dissociation entre filiation et biologie qu’on nous avait vendu le «mariage pour tous» en 2013! Vous vous souvenez, l’adoption des enfants pauvres qui meurent de faim dans les orphelinats roumains? On a beau jeu, aujourd’hui, de vous dire: «on vous avait prévenu». Et puis, quand dans cinq ans le CCNE rendra un avis favorable à la GPA, non sans exposer les divergences, restrictions et conditions d’usage, j’écrirai un article à peu près semblable à celui-ci et qui se conclura de la même manière.

En suppliant ses imprudents compatriotes de ne pas faire entrer dans les murs de Troie le cheval de bois laissé sur le rivage par les Grecs, Cassandre, hélas, avait raison.

Voir encore:

Allemagne Le «oui» très politique d’Angela Merkel au mariage pour tous

Alors que la CDU s’y oppose depuis plusieurs années, la chancelière a provoqué un séisme dans la coalition au pouvoir en se déclarant favorable au mariage pour tous. Le texte a été voté dès ce vendredi.

 Nathalie Versieux, correspondante à Berlin
Libération
29 juin 2017

Mise à jour vendredi 30 juin à 9h20 : Comme prévu, le Parlement allemand a, au terme d’à peine une heure de débats, adopté l’ouverture du droit au mariage pour les couples de même sexe. Le oui a recueilli 393 voix, le non 226.

Tout est allé très vite. L’Union chrétienne-démocrate (CDU) d’Angela Merkel, qui bloque depuis un quart de siècle tout projet de loi sur le mariage pour tous, ne pourra vraisemblablement pas éviter ce vendredi l’adoption du mariage gay par le Bundestag. Gaffe ou calcul délibéré de la chancelière : l’ouverture du mariage aux couples homosexuels déchire la coalition au pouvoir depuis le début de la semaine.

Tout a commencé par une paisible soirée au théâtre Gorki, à Berlin, lundi soir. Trois fauteuils en cuir rose pâle ont été installés sur la scène. Deux journalistes du magazine féminin Brigitte papotent avec la chancelière. Merkel a opté pour un format de débat décontracté, à trois mois des prochaines élections, se prêtant au jeu des questions du public. Ulli Köppe, un Berlinois de 28 ans, salarié de l’éditeur gay Blu Mediengruppe et admirateur de Merkel, a justement une question : «Quand pourrai-je dire « mon mari » à mon ami ?» La chancelière aurait pu rester évasive. Sa réponse – «Je suis favorable à une discussion qui aille dans le sens d’une prise de décision en conscience [au Bundestag]» – a provoqué un raz-de-marée politique. Un choc semblable à la décision de mettre fin au nucléaire, dans le sillage de la catastrophe de Fukushima en mars 2011.

«Digéré»

Prenant sa rivale au mot, le challenger social-démocrate de la chancelière, Martin Schulz, réclamait dès mardi que le Bundestag inscrive l’adoption de la mesure à l’ordre du jour de vendredi, dernière journée parlementaire avant les législatives du 24 septembre. L’adoption du texte en cas de vote est assurée : sociaux-démocrates, Verts et néocommunistes de Die Linke, tous trois favorables à la réforme, détiennent une confortable majorité à la Chambre. Une partie des députés CDU – appelés à voter en leur âme et conscience – devraient aussi donner leur voix au texte.

L’offensive de Martin Schulz a pris Angela Merkel de court. Le SPD espère ainsi reprendre la main, alors que sa campagne électorale est enlisée. Mais la chancelière, si elle se met à dos une partie du clan conservateur, pourrait aussi marquer des points, alors que 73 % des Allemands (et 64 % des électeurs conservateurs) se disent favorables à l’union de deux personnes du même sexe. «Elle évite ainsi un débat passionné qui pourrait profiter aux populistes de l’AfD au cours de la campagne électorale», souligne le quotidien Tagesspiegel. Adopté à la hussarde à la veille de la pause estivale, le texte aurait en outre le temps d’être «digéré» par les plus radicaux des électeurs conservateurs d’ici au scrutin de septembre. Merkel a-t-elle imposé à son propre camp une décision que les conservateurs rejettent ? Ou a-t-elle, au contraire, commis un impair politique ?

L’affaire est plus compliquée. De fait, la CDU ne pouvait plus s’opposer bien longtemps au mariage pour tous. Au cours des derniers mois, les Verts, les libéraux du FDP et les sociaux-démocrates – tous trois potentiels partenaires de coalition après le scrutin de l’automne – ont fait savoir qu’ils feraient du mariage gay l’une des conditions de leur participation au prochain gouvernement.

Divorce

Lundi dans la journée, lors de leurs réunions préparatoires à l’adoption d’un programme de campagne, la CDU et la CSU semblaient prêtes à bouger sur le dossier du mariage pour tous. Mais les deux partis n’avaient pas prévu de le faire si rapidement. «Je suis convaincu qu’il ne s’agit pas d’une gaffe mais bien d’une action délibérée de la chancelière, confie le député chrétien-démocrate et gay Stefan Kaufmann. Au sein du groupe parlementaire CDU, les plus conservateurs opposés au mariage pour tous ont toujours bloqué le débat. Bien sûr, maintenant, certains ont peur de devoir se justifier devant leurs électeurs au cours de la campagne électorale…» Reste qu’en précipitant les choses, le SPD acte de facto le divorce de la coalition qu’il forme avec les chrétiens-démocrates depuis 2013. Le contrat de coalition signé voici quatre ans ne prévoyait pas l’adoption du mariage gay. «En théorie, Angela Merkel devrait renvoyer ses ministres sociaux-démocrates», rappelle ainsi le Tagesspiegel. Soucieuse d’éviter un tremblement de terre à trois mois du vote, la CDU tente de minimiser l’ampleur de la crise.

A droite, une partie du camp conservateur prépare déjà un recours devant la Cour constitutionnelle de Karlsruhe. L’issue d’un tel recours est incertaine. Les couples de même sexe peuvent conclure depuis 2001 un «partenariat de vie», équivalent du pacs français, dont les droits ont été à plusieurs reprises améliorés par la Cour, à l’exception de l’adoption.

Voir encore:

Le Parlement allemand approuve le mariage homosexuel

Andrea Shalal et Paul Carrel

BERLIN (Reuters) – Le Parlement allemand a approuvé vendredi à une large majorité la légalisation du mariage homosexuel avec le blanc-seing de la chancelière Angela Merkel qui avait invité les conservateurs à voter « en conscience » sur cette réforme qui divise le parti au pouvoir et à laquelle elle était elle-même opposée.

L’adoption du « mariage pour tous » a été approuvée par 393 voix contre 226 et quatre abstentions, a annoncé le président du Bundestag, Norbert Lammert.

Angela Merkel a déclaré avoir voté contre l’amendement déposé par le Parti social-démocrate (SPD) en expliquant qu’à ses yeux, un mariage demeure une union « entre un homme et une femme ».

Qualifiant ce vote de « décision personnelle », la chancelière a néanmoins souhaité que la légalisation du « mariage pour tous » apporte « davantage de paix et de cohésion sociale » en Allemagne.

L’annonce du résultat du vote a été saluée par des centaines de militants homosexuels rassemblés devant le Bundestag.

« C’est un jour historique pour l’Allemagne », a déclaré Sören Landmann, militant de longue date du mariage gay.

« Aujourd’hui, des milliers de couples de même sexe ont obtenu l’égalité, et la société à deux vitesses en matière d’amour a été abolie. L’Allemagne peut réellement se réjouir. »

Le vote a une résonance particulière en Allemagne, toujours hantée par un passé homophobe virulent.

Le Bundestag avait déjà fait un premier geste cette année en accordant un dédommagement à des centaines d’homosexuels emprisonnés en vertu d’une loi du 19e siècle, durcie par les nazis, qui n’a été abrogée qu’en 1969 lorsque l’homosexualité a été légalisée en ex-Allemagne de l’Ouest.

Angela Merkel avait qualifié mercredi d' »embuscade » tendue à son parti, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), l’amendement déposé par le SPD, partenaire minoritaire au sein de la coalition gouvernementale.

MERKEL CRITIQUÉE DE TOUTES PARTS

Le sujet continue en effet de diviser les élus conservateurs et leur électorat à l’approche des élections législatives du 24 septembre.

La décision de la chancelière d’autoriser les députés de la CDU à voter selon leur conscience a provoqué la colère de l’aile la plus conservatrice de son parti.

« Cela va à l’encontre du programme de la CDU, qui stipule que le mariage est l’union d’un homme et d’une femme, donc les décisions de la CDU n’ont clairement aucune valeur », a vitupéré Erika Steinbach, une élue indépendante qui a claqué la porte du parti d’Angela Merkel pour dénoncer sa politique d’accueil des migrants.

Le parti anti-immigration et anti-islam Alternative pour l’Allemagne (AfD) a pour sa part accusé la chancelière d’avoir dépouillé son parti de ses « dernières nuances conservatrices », tandis que l’Eglise catholique allemande a « regretté » sa décision.

« La reconnaissance de la cohabitation de même sexe peut passer par un autre modèle institutionnel », a fait valoir l’archevêque de Berlin, Heiner Kochof.

Les commentateurs politiques jugent peu probable que le sujet pèse sur le résultat des élections à venir.

Mais conforté par ce succès, l’un des rares de la législature, le SPD a tenté d’enfoncer le clou en dénonçant la « lâcheté » d’Angela Merkel qui s’est, selon lui, dérobée à sa responsabilité politique en faisant du vote une affaire de conscience.

« Après 17 années au pouvoir, la CDU est devenue lâche », a commenté Hubertus Heil, le secrétaire général du SPD, largement distancé dans les sondages d’intention de vote par le Parti conservateur.

Le « mariage pour tous » deviendra légal en Allemagne lorsque le texte voté vendredi par le Bundestag aura été signé par le président Frank-Walter Steinmeier, ce qui devrait intervenir peu après le 7 juillet.

(Avec Thomas Escritt et Joseph Nasr; Tangi Salaün pour le service français)

Voir par ailleurs:

Marie-Jo Bonnet: «Je ne vois pas en quoi la PMA serait un “progrès”»

Eugénie Bastié
Le Figaro
27/06/2017 Publié le 08/07/206

FIGAROVOX/REDIFFUSION – La militante féministe et de gauche Marie-Jo Bonnet analyse les conséquences et les enjeux d’une extension de l’aide médicale à la procréation aux couples lesbiens. Selon elle, cela soulèverait de nombreux problèmes éthiques.

Marie-Josèphe Bonnet est historienne. Femme de gauche engagée depuis longtemps dans les milieux féministes, elle avait participé à la fondation du mouvement des «Gouines rouges» dans les années 1970. Dans son dernier livre Simone de Beauvoir et les femmes (Albin Michel, 2016), elle analyse le rapport ambigu de l’auteur du Deuxième sexe à la cause des femmes.

Cet entretien a été réalisé en juillet 2016. Nous le republions à l’occasion de la publication de l’avis favorable du Comité consultatif national d’éthique (CCNE).

FIGARO. -«Il n’y a aucune raison de discriminer les couples lesbiens par rapport aux couples hétérosexuels», a dit récemment Laurence Rossignol, affirmant sa volonté d’ouvrir la Procréation Médicalement Assistée aux femmes homosexuelles. Que pensez-vous de cette prise de position?

Marie-Jo BONNET. – Le mot «discrimination» ici ne convient car on ne peut pas comparer les couples hétérosexuels dont un membre est stérile avec les couples de femmes qui ne le sont pas. Pour parler discrimination il faudrait que les deux situations soient comparables, ce qui n’est pas le cas ici.

Par ailleurs, parler de «PMA» pour les couples de lesbiennes n’a pas de sens et la plupart des gens ne savent pas ce que ce sigle recouvre. Il faudrait en fait parler de l’IAD, c’est à dire d’ «insémination artificielle avec donneur», et précisons, «donneur anonyme». Or c’est l’anonymat qui me pose problème, pour les couples de femmes comme pour les couples hétérosexuels. On a décidé de ne pas regarder la stérilité en soi, mais «l’infertilité» des couples. Du coup, on masque le fait que dans le cas des couples hétérosexuels c’est l’homme qui est stérile. Il n’est pas le père de l’enfant. Toute cette histoire est batie sur un mensonge dont la première victime est l’enfant. De quel droit est-ce que je m’autoriserais à priver l’enfant de la connaissance de ses origines?

De plus l’ouverture de l’IAD à toutes les femmes poserait le problème de la rareté des gamètes. Contrairement à ce qu’on imagine aujourd’hui, les donneurs de gamètes sont peu nombreux. Il y a seulement 250 donneurs de sperme en France. Et on nous dit que ce n’est pas suffisant pour répondre à la demande des couples hétérosexuels stériles qui doivent attendre un an et quelque fois plus avant de commencer le long processus de procréation médicalement assistée. Où trouver les gamètes manquantes? En payant les donneurs de sperme? On risque d’ouvrir la porte à la marchandisation. En France, la gratuité est le rempart à la marchandisation. D’un simple point de vue pratique cette «ouverture» de la PMA à toutes les femmes est impraticable.

Comment expliquez-vous que le droit à avoir des enfants soit devenu une revendication homosexuelle? Etait-ce déjà le cas dans les années 1970 quand vous militiez avec les Gouines rouges?

A l’époque, on ne voulait pas d’enfants! Et celles qui en voulaient avaient recours à des moyens classiques c’est à dire qu’elles demandaient de l’aide à des amis et faisaient ça chez elles à l’aide d’une seringue! Ca se passait très bien. On était obligés de s’entendre. Autrement dit, la relation sociale entre les genres était maintenue. L’IAD fait éclater cette relation sociale. Parler de droit ou de discrimination sur ce terrain est un abus de langage. Car l’enfant n’est pas plus un droit qu’il n’est un devoir. On a trop tendance à l’oublier aujourd’hui.

La technicisation de la grossesse ne pose-t-elle pas fondamentalement le problème de la «reproduction artificielle de l’humain» (Alexis Escudero)?

Je crois en effet que la médicalisation de la grossesse pose un problème en soi. Ce qu’on nous présente comme un progrès est en réalité une reprise en main par le pouvoir médical des acquis de ces quarante dernières années par les femmes avec la maitrise de notre fécondité. Car L’IAD suppose des consultations, un bilan sanitaire et génétique, avec parfois une stimulation ovarienne, toujours très dangereuse à long terme. Et cerise sur le gâteau, un traitement médical pour fixer la grossesse. C’est beaucoup de soucis pour une grossesse qui peut se faire dans des conditions plus conviviales et plus simples.

Aujourd’hui, être contre la PMA ou la GPA apparait comme «de droite» voire réactionnaire. Comment expliquez-vous que la gauche en ai fait une revendication? Pourquoi y a t-il si peu de voix de gauche qui osent s’opposer à ces revendications?

«La “stérilité sociale” est une notion selon moi très dangereuse, à la limite homophobe»

Ce n’est ni une revendication de droite ni une revendication de gauche. D’ailleurs les pays ultra libéraux ont ouvert toutes grandes les vannes de la PMA, y compris les pays catholiques comme l’Espagne, parce que c’est un marché et ça rapporte. En France, c’est un gouvernement de droite qui a donné l’autorisation de fonder des CECOS (Centres d’Etudes et de Conservation des Oeufs et du Sperme), en l’occurrence Simone Veil qui voulait montrer que l’avortement n’empêchait pas la natalité.

Nous sommes nombreux à gauche à s’opposer à la médicalisation de la grossesse et plus nombreux à refuser la GPA. Quant à moi, je ne vois pas en quoi la PMA serait un «progrès». L’insémination artificielle avec donneur anonyme est un pis aller qu’on a décidé de réserver aux hommes stériles pour sauvegarder l’image de l’homme «viril». Avec en prime le mensonge sur l’origine de l’enfant, toujours dangereux car il mène à la forclusion, c’est-à-dire à l’impossibilité psychique d’accéder à son origine.

Certains parlent de «stérilité sociale»…

La «stérilité sociale» est une notion selon moi très dangereuse, à la limite homophobe, comme si la relation amoureuse entre femmes était stérile. Culturellement, les lesbiennes ont beaucoup apporté à la société. Elles ont été des vecteurs d’évolution sociale très importants.

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/06/28/31003-20170628ARTFIG00230-pma-pour-toutes-vers-l-uberisation-de-la-procreation-humaine.php

PMA pour toutes : vers l’ubérisation de la procréation humaine ?
Laetitia Pouliquen
le Figaro
28/06/2017

FIGAROVOX/ANALYSE – Le CCNE s’est prononcé en faveur de l’extension du droit à la PMA pour toutes les femmes. Laetitia Pouliquen analyse les enjeux éthiques d’une telle décision qui pourrait mener, à terme, à une véritable « ubérisation » de la procréation à l’échelle mondiale.

Laetitia Pouliquen est fondatrice de WomanAttitude, cofondatrice et ex-Directrice d’Europe for Family, et auteur de Femme 2.0 – Féminisme et Transhumanisme (Saint-Léger Éditions, 2017).

Le rapport rendu ce jour par le Comité d’Éthique français, le CCNE, en faveur de l’ouverture de la Procréation Médicalement Assistée à toutes les femmes, c’est-à-dire la «fabrication» d’enfants délibérément privés de pères, a des raisons d’inquiéter. Sur un sujet sociétal majeur, la consultation citoyenne est nécessaire mais l’expression de la vox populi sera-t-elle entendue avec une forte majorité En Marche! à l’Assemblée Nationale? Quel contre-pouvoir dénoncera les effets délétères de la PMA et les enjeux industriels et financiers de l’Ubérisation de notre reproduction humaine?

Pourquoi parler d’Ubérisation de la procréation humaine?

Si l’Ubérisation est une pratique économique permettant la mise en contact direct de professionnels et de clients pour l’utilisation de services internationaux, la pratique économique mondiale de la procréation artificielle y ressemble beaucoup par son aspect «plate-forme internationale» mettant en contact direct de nombreux intervenants de plusieurs pays grâce à internet. Concrètement, l’enfant peut être «fabriqué» par plusieurs «parents» provenant de plusieurs pays que les personnes soient fertiles ou pas.

Ne soyons donc pas naïfs: derrière les modes progressistes et les prétendues évolutions sociétales qui désirent affranchir l’Homme de sa contingence, se trouve un marché juteux. L’enfant, lui, sera le grand oublié de l’affaire, ce que nous pourrions tous reconnaître, quelles que soient nos positions éthiques.

Le faux nez de la validation morale par la Cour Européenne des Droits de l’Homme

Deux affaires récemment portées à la Cour Européenne des Droits de l’Homme démontrent que le sujet est plus que jamais d’actualité. La position du président Macron de se ranger à l’avis du CCNE et aux arrêts de la CEDH traduit un abandon moral et de souveraineté. Les deux récentes affaires portées à la CEDH démontrent les impasses juridiques vers lesquelles se dirige le législateur: la première concerne un couple de femmes françaises mariées désireux de bénéficier d’une insémination artificielle avec du sperme anonyme. Face à l’interdiction de législation française, elles ont recours à la CEDH pour contraindre la France à accéder à leur désir. La seconde a trait à la «double maternité» ou «Fécondation réciproque»: deux femmes allemandes en couple réclament toutes deux la reconnaissance de leur statut légal de mère. L’une des femmes est la mère génétique qui a apporté ses ovocytes, fécondés in vitro avec le sperme d’un donneur anonyme, et l’autre femme a donné naissance à l’enfant ; celle-ci est considérée par la loi allemande comme la seule mère de l’enfant.

Le Traité de Lisbonne n’accordant pas de compétence en matière de famille et de santé à l’Union Européenne, c’est donc bien au législateur français qu’il revient de décider, en conscience et sans hypocrisie, du futur de nos enfants et de notre société.

Le marché de la procréation humaine artificielle est un marché mondial très juteux

La réponse médicale de la surmédicalisation de la procréation est-elle adéquate ou serait-elle manipulée par des intérêts financiers majeurs? On dénombre aujourd’hui plus de cinq millions d’enfants dans le monde et 1,4 million en Europe, nés de fécondation In Vitro depuis 1978. En Espagne, 2% des enfants naissent par fécondation in Vitro et en France, 3% des enfants sont des «bébés éprouvette». Le European Journal of Obstetrics and Gynecology and Reproduction Biology fait état d’une hausse conséquente des demandes de fécondations In Vitro alors que le taux d’infertilité, lui, est stable depuis 20 ans.

L’Ubérisation de la procréation humaine est symbolique d’un marché mondialiste libéral qui contourne les lois nationales. Le marché des technologies de reproduction assistée englobe de nombreuses industries et tiers-parties: laboratoires pharmaceutiques et biomédicaux, personnels de santé mentale, cliniques spécialisées en procréation artificielle, laboratoires de séquençage génomique pour dépistage préimplantatoire, banques de gamètes, agences et cliniques spécialisées en GPA, experts juridiques, réseaux mafieux de trafic d’enfants etc… À titre d’exemple, mentionnons que le Danemark est un gros pourvoyeur de sperme anonyme, permettant ainsi aux Suédois et Norvégiens de contourner leurs lois qui interdisent, elles, l’anonymat. L’achat de sperme, sélectionné sur catalogue et livré par courrier express international, varie 250 et 23 000 dollars en fonction des diplômes et des caractéristiques génétiques du donneur.

Les projections de croissance du marché sont de 4.4% par an de 2016 à 2023 pour atteindre les 31,4 milliards de dollars en 2023. La procréation humaine artificielle constitue donc un marché international conséquent, alimenté par un écosystème très vaste.

Bébés In Vitro – Quels problèmes de santé en vue?

Dans un souci d’objectivisation de l’intervention technologique dans la procréation humaine, il est utile de comprendre les dangers recelés par celle-ci ainsi que ses conséquences sociétales.

Dans une publication scientifique norvégienne de 2016 «La PMA peut-elle influencer l’évolution humaine?», des chercheurs norvégiens ont tenté d’évaluer les effets du mode de fécondation sur le développement d’un embryon et d’établir l’existence ou non de changements de génotypes et de phénotypes (expression du génome en fonction de l’environnement) pouvant affecter l’évolution humaine sur le long terme. Les chercheurs soulignent le fait que les embryons sont sélectionnés pour leur robustesse et leur capacité à survivre dans des conditions de laboratoires, transpercés par une pipette, exposés à la lumière et au contact de matières plastiques de la boîte de Petri dans lequel le laborantin va laisser maturer les cellules embryonnaires avant implantation ou congélation. Ils affirment que cette sélection sur le critère de la robustesse va, sur les générations à venir, favoriser ce trait génétique sur d’autres caractères qui se seraient exprimés lors d’une sélection naturelle dans l’utérus de la mère. Les chercheurs norvégiens soulignent aussi que la FIV facilite la propagation des traits génétiquement héréditaires des couples sous-fertiles, dont précisément, la sous-fertilité.

Une étude de 2013 menée par Sven Sandin du King’s College de Londres sur 2,5 millions enfants suédois tire des conclusions préoccupantes: les enfants nés par FIV seraient plus susceptibles de souffrir de déficits cognitifs tels qu’un QI bas, et de problèmes de communication ou de socialisation comme l’autisme.

Une autre découverte majeure en Neurosciences datant de 2010 démontre que, durant la grossesse, le fœtus laisse une «trace» cellulaire sur sa mère. Des cellules fœtales, ainsi que des brins d’ADN provenant du patrimoine génétique du père, ont été retrouvées chez la mère plus de trente ans après la naissance de l’enfant. Même si l’épidémiologie n’a pas encore décrit l’empreinte physiologique et génétique de la mère sur l’enfant, la psychologie, elle, le démontre avec force par la description des échanges mère enfant in utero.

Les générations à venir seront-elles toutes psychotiques?

De même que les manipulations technologiques laissent des traces épigénétiques sur l’enfant à naître et que la grossesse laisse des traces cellulaires sur la mère, de nombreux spécialistes de la psychologie de l’enfant affirment, à l’instar du pédopsychiatre Daniel Rousseau, que «tromper un enfant sur sa filiation peut le rendre fou!». Alors, pourquoi l’enfant né de fécondation artificielle est-il une victime? Le psychiatre Benoît Bayle décrit la problématique psychologique de la survivance périnatale des enfants issus d’un tri embryonnaire au cours d’une fécondation In Vitro. Dépressions récurrentes, troubles obsessionnels, prises de risques suicidaires, hospitalisations fréquentes et problèmes identitaires peuvent être associés avec une naissance par procréation artificielle.

Par ailleurs, le séquençage génomique dans le but d’une sélection délibérée de traits génétiques (choix du sexe, couleur des yeux, enfant muet pour un couple de sourds…) va insécuriser l’enfant par rapport à l’amour inconditionnel que ses parents lui portent. Le désir des adultes a donc la préséance sur les droits de l’enfant et ne fait aucun cas de la souffrance psychique engendrée par ce mode de procréation: quelle injustice!

Perspective transhumaniste de l’Ubérisation de la Procréation Humaine

Si l’on ne s’insurge pas contre la pratique de la PMA sans père que le Comité d’Éthique français avalise aujourd’hui, il y a fort à parier que la loi française à l’égard des pratiques de procréation humaine artificielle continuera de s’assouplir. Les générations futures deviendraient alors hors sol, sans famille, ayant plusieurs représentants légaux, plusieurs pays d’origine et de résidence. Celles-ci seraient sélectionnées selon des critères prétendument laissés à la liberté individuelle des parents mais en réalité, choisis par des normes sociales, culturelles et médicales, définissant l’état de santé, d’intelligence et de beauté minimum pour le «vivre ensemble».

Si l’on n’y prenait garde et que toute manipulation technologique sur la procréation humaine devenait monnaie courante, alors l’Homme pourrait devenir une espèce normée par la sélection embryonnaire et les modifications génétiques, et «désenfanté» par l’ingénierie d’externalisation de la procréation humaine. Cette dérive possible serait en cohérence avec l’utopie transhumaniste de l’Homme Augmenté.

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/06/28/31003-20170628ARTFIG00203-pma-pour-toutes-quand-le-ccne-pietine-ses-propres-conclusions-par-ideologie.php

Étrange tout de même de constater combien les bons sentiments bloquent la pensée. Car on n’en est pas à une contradiction près. Ceux-là mêmes qui ôtent toute valeur à la filiation biologique, réduisant le père et la mère (les géniteurs) à des «fournisseurs de ressources biologiques» sont prêts à tout pour transmettre leur propre patrimoine. Ceux-là mêmes qui sous-estiment l’importance d’une généalogie cohérente tiennent absolument à perpétuer leur génotype. Ceux-là même pour qui le sexe est négligeable semblent attacher une grande importance à ce que leur enfant possède les yeux de sa mère et la prédisposition au diabète de sa grand-mère.

Voir enfin:

Les gays ont épousé le conformisme
Causeur
23 juin 2014

Entretien avec Marie-Josèphe Bonnet

Marie-Josèphe Bonnet est historienne. Elle a successivement milité au Mouvement de libération de la femme (MLF), au Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) puis aux Gouines rouges. Elle a récemment publié Adieu les rebelles ! (Flammarion, 2014), brillant pamphlet contre la dérive bourgeoise du mouvement homosexuel.

Daoud Boughezala. Pourquoi êtes-vous opposée à la loi Taubira sur le mariage et l’adoption pour tous, célébrée comme une immense avancée par les associations gays et lesbiennes ?

Marie-Josèphe Bonnet. Le mariage étant conçu pour faire et protéger les enfants, l’ouvrir aux homosexuels, c’est mettre un plâtre sur une jambe de bois ! En s’alignant sur le modèle hétérosexuel, le « mariage pour tous » élude en effet la pluralité des comportements amoureux, des désirs et des choix de vie. Le législateur a décrété l’égalité entre les couples, et non pas entre les personnes. Que fait-on de ceux qui ne sont pas mariés ? Ont-ils les mêmes droits que les hétéros ? La loi Taubira n’est qu’une reconnaissance illusoire de l’homosexualité. Comme toute mesure d’institutionnalisation, elle normalise la sexualité et introduit de nouvelles séparations : d’un côté les mariés et, de l’autre, les célibataires et les pacsés. En fin de compte, cette loi exprime un conformisme petit-bourgeois assez étonnant. Nous vivons la fin de la contre-culture homosexuelle, et cela me consterne !

Après tout, pourquoi les homosexuels n’aspireraient-ils pas à être des bourgeois comme les autres?

Être homosexuel revêt une signification particulière. Cela renvoie à un type singulier de désir, qui a longtemps été réprimé en raison de ses écarts par rapport à la norme hétérosexuelle. Chacun peut interpréter son homosexualité comme il l’entend. Personnellement, je la conçois comme un désir de développement personnel qui me porte à la solidarité avec les femmes. Après Mai-68, j’ai voulu faire de mon homosexualité un facteur de contestation des normes et des modèles sociaux établis. Avec le Front homosexuel d’action révolutionnaire, nous voulions nous transformer nous-mêmes pour changer la société. Mais sévissait déjà dans la société un courant d’intégration des homosexuels qui nous conseillait de ne pas faire de vague et d’entrer dans ce qu’ils appelaient l’« indifférence » en opposition à la « différence » que nous incarnions.

Vouloir être reconnu par le droit, ce n’est pas forcément trahir la cause. Comme disait le fondateur du FHAR, Guy Hocquenghem, pour déconstruire les rôles sociaux, encore faut-il y avoir accès…

Mais Guy avait accès à tous les rôles ; c’était même sa revendication que de pouvoir jouer avec le rôle féminin en devenant objet du désir. Dans les années 1970, le mouvement « pédé » − qui se désignait comme tel, alors que nous-mêmes nous appelions « gouines » − se voulait en rupture avec le modèle traditionnel de la virilité. Ses membres scandaient « À bas la virilité fasciste ! » dans les manifs du MLF. C’étaient les seuls garçons que nous acceptions dans les cortèges du MLF, car ils se mettaient du côté du matriarcat et acceptaient leur féminité. Quant au mouvement « gouine », il était en quête d’une nouvelle forme d’authenticité en rupture avec les stéréotypes sociaux associés aux femmes. Malgré nos différences, au sein du FHAR, nous avons constitué une alliance fraternelle révolutionnaire pour l’époque !

En ce cas, pourquoi avez-vous rompu avec les associations homosexuelles ?

Pendant que les « gays » s’orientaient exclusivement vers le masculin, abandonnant leur quête de féminité, le féminisme s’est institutionnalisé avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981. Or, cette rentrée dans le rang s’est faite aux dépens des lesbiennes, qui se sont repliées sur le mouvement queer, abandonnant du même coup le combat pour la reconnaissance sociale de l’amour entre femmes au profit de l’« indifférenciation » des genres.

Les années sida n’ont-elles pas resserré les liens entre lesbiennes et queers ? Dans votre essai, vous insinuez que c’est l’hécatombe des années 1980 qui a engendré un désir d’enfant chez les gays.

Il est vrai que ces deux mouvements ont été concomitants. D’une part, les féministes officielles – dont certaines étaient lesbiennes – se sont plus ou moins séparées de la cause des homosexuelles censées « haïr » les hommes, car il fallait alors faire la paix des sexes. D’autre part, les gays ont exprimé un désir d’enfant inédit. Les morts du sida ont certainement beaucoup joué dans ce désir de perpétuation. Que les lesbiennes veuillent avoir des enfants, ce n’est pas surprenant. Mais les gays ont voulu transmettre leurs gènes (et leur patrimoine), tout en nous expliquant que le biologique n’avait aucun poids dans la famille. Si tel était le cas, les associations LGBT n’exigeraient pas la GPA, mais se contenteraient de l’adoption !

En somme, on assiste au retour du refoulé génétique ou, à tout le moins, à une revanche de la nature sur la culture ?

Oui. Si l’idéologie dominante répudie toute réflexion sur les gènes, le biologique et la transmission, les individus – homosexuels compris ! – n’en demeurent pas moins travaillés par leur inconscient familial. Dans une famille, quand on n’a pas d’enfant, on n’existe pas. Moi-même, sans enfant, j’ai dû m’imposer dans ma propre famille, et cela n’a pas été facile.

Rassurez-vous : comme le mariage, la parentalité est désormais « pour tous » ! À ce propos, en lui laissant entendre qu’il peut naître de deux hommes ou de deux femmes, ne brouille-t-on pas complètement les repères de l’enfant ?

Cette fiction revient ni plus ni moins à occulter l’un des parents biologiques de l’enfant. Ne pas avoir connaissance de son héritage génétique est dramatique. L’origine, c’est fondamental, c’est un enracinement dans une mémoire familiale, un héritage physique, certaines maladies qui se transmettent de génération en génération, etc. Ayant un grand-père né de père inconnu, je sais combien un trou dans l’arbre généalogique peut faire de dégâts. Quand l’histoire de la famille n’a pas été transmise, on se retrouve manipulé par l’inconscient familial. Mais certains proposent de dénier l’origine biologique, comme si elle comptait pour rien.

Vos camarades féministes n’ont-elles pas pavé le chemin de cette déconstruction par leur lutte contre l’ordre patriarcal ?

Ah non, vous confondez luttes féministes et mouvement queer ! Hormis Élisabeth Badinter, Caroline Fourest et Irène Théry, je connais peu de féministes favorables à la « GPA éthique ». Dans les années 1970, la majorité des féministes entendaient maîtriser la fécondité et émanciper les femmes du pouvoir médical. Or, c’est pratiquement au moment où l’on obtient l’avortement et la contraception que naît Amandine, le premier « bébé-éprouvette ». Les médecins reprennent alors le pouvoir sur la procréation et font de la thérapie contre la stérilité une priorité, comme si l’on ne pouvait pas vivre sans enfant. Par la suite, la mouvance queer a surfé sur les innovations de la biotechnologie, au risque de lui confier les clés de la filiation. N’oubliez pas qu’avec la PMA, ce n’est plus la mère mais le médecin qui choisit le père de l’enfant. En plus, il sélectionne le sperme, élimine les porteurs de maladie, etc.

Si une partie des députés de la majorité souhaitait autoriser les couples de lesbiennes à recourir à la PMA, ce n’était pas pour complaire au lobby médical mais pour ne plus réserver l’emploi de cette technique aux seuls couples hétéros. Tout bien réfléchi, pourquoi n’accorderait-on pas les mêmes droits à tous ?

Avec la PMA, on franchirait un pas supplémentaire dans l’artificialité en coupant les enfants de leurs origines biologiques. En France, la PMA est permise en cas de stérilité médicalement constatée. Or, l’immense majorité des lesbiennes ne sont pas stériles. Dans leur cas, qu’est-ce qui motiverait la PMA ? On me répondra que deux femmes ne peuvent pas faire d’enfant par les voies biologiques. Mais les homosexuels ont engendré depuis des millénaires. Les lesbiennes n’ont pas besoin de recourir à des techniques médicales pour se faire inséminer par des hommes qui acceptent d’être le père biologique sans être le père social de l’enfant.

Le désir d’enfant à tout prix pousse même certains à « importer » un bébé conçu par GPA car si, en France, François Hollande s’est engagé à ne jamais la légaliser, le recours aux mères porteuses est en pleine extension à travers le monde…

La GPA nous fait bel et bien entrer dans un cadre marchand mondialisé, avec des mères porteuses qui proposent des contrats de location de ventre. Cette technique nous met face à un enjeu biotechnologique sans précédent. La GPA, c’est l’ouverture au commerce international des enfants, à la négation du rôle de la mère, dont on connaît l’importance dans la relation interpersonnelle qui se noue avec le fœtus au cours des neuf mois de grossesse. Tout ceci est scandaleux. Dans les reportages sur les cliniques de GPA en Inde, on entend des mères auxquelles on a enlevé l’enfant dès la naissance, au point qu’elles n’ont même pas pu lui donner la tétée malgré l’importance du lait maternel dans le développement du système immunitaire du nourrisson. Eh bien, des années après, à chaque anniversaire de l’enfant, elles y pensent encore… J’ajoute qu’en toile de fond, la GPA introduit un « droit à l’enfant » tout à fait abusif, et qui ne se préoccupe pas de l’avenir de l’enfant né dans de telles conditions.

Un enfant élevé par des parents homos sera-t-il forcément moins épanoui que s’il avait grandi dans un foyer hétéro ?

Bien sûr que non ! N’importe qui peut élever des enfants. Le problème n’est pas là. Mais derrière le « droit à l’enfant » et l’homoparenté, s’avance l’idée de faire des enfants sans l’autre sexe. Quelle société voulons-nous ? D’un côté, on se bat pour la mixité et, de l’autre, on rejette l’autre sexe dans un acte qui est l’essence même de la perpétuation de notre société. Au sujet des homosexuels, on parle même de « stérilité sociale », ce qui est le comble de l’homophobie puisque cela revient à affirmer que les homosexuels ne peuvent rien apporter d’autre à la société que des enfants. Nous vivons bien la fin de la contre-culture homosexuelle.

De fait, il existe des dizaines de milliers d’enfants français vivant dans des foyers homosexuels. Comment accorder des droits à ceux qui les élèvent sans bouleverser leur filiation ?

Contentons-nous d’élaborer un statut de beau-parent digne de ce nom et valable pour toutes les situations. S’agissant d’une PMA effectuée par un couple de lesbiennes, qui auraient par exemple payé une clinique en Belgique, puisque ce droit leur est fermé en France, la compagne de la mère biologique doit avoir des responsabilités reconnues par la loi. Non pas en tant que deuxième parent, mais comme beau-parent, ce qui est radicalement différent sur un plan symbolique. La même règle vaudrait pour les couples hétérosexuels. Quand aux hommes qui ont recours à une mère porteuse à l’étranger, leur situation est différente. Même s’ils peuvent prouver que l’un d’entre eux est le père biologique, le fait d’instrumentaliser des femmes est tout à fait inadmissible et contraire à la reconnaissance du droit des femmes. Nous avançons sur une pente très dangereuse…

Indépendamment des intérêts de l’enfant, la banalisation des familles avec « deux papas » ou « deux mamans » ne contribue-t-elle pas à mieux faire accepter l’homosexualité ?

Ne vous y trompez pas : cela ne fait pas accepter la différence, mais plutôt le semblable. Dans l’inconscient collectif, une lesbienne ayant un enfant est perçue comme une femme, et non comme une lesbienne. Grâce à sa maternité, elle cesse d’être transgressive et se trouve beaucoup mieux acceptée dans la famille. Côté gay, les choses sont différentes car un homme n’a pas besoin de faire des enfants pour exister dans une famille et accéder au pouvoir dans la société. On se demande d’ailleurs si la revendication du droit à l’enfant n’est pas une façon de récupérer le pouvoir du Père : transmettre son nom et son patrimoine à sa descendance. Aujourd’hui, le patriarcat revient par l’entremise des gays, dès lors qu’ils se détournent de l’égalité entre les sexes !

Le remaniement annoncé le 22 septembre du Comité consultatif national d’éthique provoque des polémiques. D’abord parce que François Hollande et des ministres ont nommé plusieurs personnes qui reflètent davantage la vision de la majorité actuelle que celle de l’opposition et même celle du Comité sortant, notamment en matière de bioéthique. Ensuite parce que François Hollande a décidé de rompre avec la coutume qui consistait à consulter les institutions religieuses avant de nommer des personnes « appartenant aux principales familles philosophiques et spirituelles ».

Au total, sur 40 membres, pas moins de 22 nominations ont été annoncées. On y trouvera quinze nouveaux membres et seulement sept ont vu leur mandat renouvelé. Parmi les personnes « choisies en raison de leur compétence et de leur intérêt pour les problèmes d’éthique », on trouve notamment Jean-Pierre Mignard. Cet avocat proche de François Hollande est membre du Conseil national du Parti socialiste et codirecteur de Témoignage chrétien où il a pu exprimer son soutien pour la loi Taubira. Autre choix spectaculaire, abondamment commenté par plusieurs journaux catholiques : Michelle Meunier, éducatrice de jeunes enfants et sénatrice PS de Loire-Atlantique, qui milite pour la procédure du changement de sexe à l’état civil.

Quant à la place des quatre « religieux » (i. e. membres du CCNE recommandés par des organisations religieuses), François Hollande a décidé de ne pas renouveler les mandats du pasteur Louis Schweitzer et du rabbin Michaël Azoulay, alors que leurs institutions souhaitaient leur maintien. Ils ont été remplacés par deux personnes qui ne sont pas liées à des institutions religieuses : l’historienne protestante Marianne Carbonnier-Burkard et le chercheur en neurologie juif Lionel Naccache. Les mandats du catholique Xavier Lacroix et musulman Ali Benmakhlouf ne sont pas arrivés à terme.

Parmi les réactions des politiques, on relève d’abord ceux qui viennent de la droite. Ainsi en particulier Jean Leonetti, député UMP des Alpes-Maritimes et auteur de la loi sur la fin de vie. Au Figaro, il a déclaré : « On sort les religieux et on envoie des militants pour conformer les avis du CCNE à celui du gouvernement. Au lieu de changer d’avis sur ces grandes questions éthiques, le gouvernement préfère changer de comité d’éthique ! »
Une critique reprise notamment par le mouvement « La Manif pour tous », qui prépare ses états généraux.

Le président chercherait-t-il donc un CCNE à sa botte ? La question se pose, selon Philippe Gosselin, député UMP de la Manche. Dans sa tribune publiée dans nos colonnes, il écrit : « Le Président, comme les autres autorités de nomination – on pense au Président du Sénat nommant la très neutre (!) sénatrice Meunier -, ont sciemment pris le risque d’un trouble grandissant de l’opinion publique et d’un risque de manipulation d’une instance jusqu’alors respectée et écoutée. »

Le député, qui est aussi co-fondateur de l’Entente parlementaire pour la Famille, considère que « la méfiance s’est installée durablement entre la majorité et une grande partie de nos concitoyens depuis le projet, devenu loi, de ‘mariage pour tous ».

Même son de cloche pour Rachida Dati, vice-présidente de l’UMP et députée européenne, qui, dans une tribune publiée sur lavie.fr, se dit choquée par le « signal envoyé par ces évictions » : « Je suis inquiète pour la France, inquiète car au moment où la crise déstabilise et fragilise les Français, à une époque où un certain nombre de nos valeurs sont en train de voler en éclats, nous faisons fausse route en tournant le dos aux religions. « 

Dans une interview à La Vie, Louis Schweitzer met également en avant les facteurs politiques qui auraient joué en faveur de son éviction : « Je crois, dit-il, que ce n’est pas sans lien avec les positions que les institutions religieuses ont prises récemment contre le projet de loi sur le mariage pour tous ». Il en veut pour preuve le fait que le gouvernement souhaite relancer la discussion sur la fin de vie. Il se réfère aussi au débat à venir au sein du CCNE sur la PMA pour les couples homosexuels : François Hollande avait déclaré qu’il se conformerait à l’avis du CCNE. Une déclaration d’autant plus étonnante que le Comité d’éthique est consultatif.

Le pasteur baptiste et professeur d’éthique craint surtout un « retour à une laïcité musclée »  : « Le gouvernement fait comme si les chrétiens liés à une institution religieuse n’étaient pas libres de penser et dignes d’avoir leur mot à dire sur les questions de société. Je vois là un refus d’accepter la présence des religions dans le champ du débat public. Mais il serait fou de penser que les religions n’auraient rien à dire sur les sujets de société ! »

Ces craintes ne sont pas partagées par la gauche en général et par nombre d’acteurs qui connaissent bien le CCNE. C’est le cas de Didier Sicard, président d’honneur du Comité d’éthique. Dans son interview à La Vie, il s’érige contre l’idée selon laquelle cet organisme risquerait maintenant de devenir une courroie de transmission du pouvoir politique : « A vrai dire, ces nominations me paraissent excellentes, voire prestigieuses. On fait un procès d’intention au pouvoir en pensant qu’il cherche des personnalités allant dans son sens ; c’est une absurdité. Au CCNE, sont nommées des personnes compétentes en elles-mêmes, réputées pour leur intégrité et leur capacité à penser, et non pas pour leur prosélytisme ou leur conformisme à une sensibilité politique. » Didier Sicard ne pense pas non plus que l’éviction des « religieux » pose problème : « Ce sont bien des individus que l’on choisit, à cause de leur apport de pensée, et qui, à nouveau, ne représentent qu’eux-mêmes. Dès lors ces sensibilités religieuses libres, constituent une grande richesse pour la réflexion commune. »

A ce sujet, il faudrait néanmoins préciser que les quatre membres du CCNE recommandés par leurs institutions religieuses n’ont jamais eu la réputation de jouer le rôle des ambassadeurs de leurs religions. Dans l’histoire trentenaire du Comité, on a même vu un membre recommandé par les évêques qui s’est prononcé pour une exception d’euthanasie.  Rappelons aussi que les institutions religieuses n’avaient pas une faveur particulière. Le président de la République, plusieurs ministres, le président du Sénat, le vice-président du Conseil d’Etat peuvent évidemment désigner directement « leurs » membres. Et ce sont les présidents de l’Académie des sciences, de l’Académie de médecine, de l’Institut nationale de la santé et de la recherche médicale et de bien d’autres instituts encore, qui désignent, pour chacun d’entre eux, « leur » membre du Comité d’éthique. Le rôle des institutions religieuses était purement facultatif.

Pour l’instant, ce sont surtout les instances représentatives protestantes qui ont réagi. Le président de la Fédération protestante, indigné, a écrit une lettre de protestation au Ministère de l’Intérieur. Le Conseil national des évangéliques de France a publié un communiqué le 26 septembre dans lequel il s’inquiète d’une vision réductrice de la laïcité : « Les autorités laissent à penser que les croyants seraient les seuls à n’avoir ni la liberté de penser ni la dignité pour s’exprimer sur les questions de société. »

Or la question se pose avec d’autant plus d’acuité : Le comité d’éthique a-t-il vocation à devenir plus politique ? Est-il désormais aux ordres du pouvoir ?


Agression de NKM: Attention, une violence peut en cacher une autre ! (At last, extremism experts start to worry about the democratization of radicalism on the left)

18 juin, 2017
L'humoriste Kathy Griffin a choqué en postant cette photo sur les réseaux sociaux
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