Crash de l’A320: Attention, un pilote amok peut en cacher un autre (Warning: an amok runner can hide another)

28 mars, 2015
Amok headhunter

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Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos, et il n’en trouve point. Alors il dit: Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti; et, quand il arrive, il la trouve vide, balayée et ornée. Il s’en va, et il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui; ils entrent dans la maison, s’y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première. Il en sera de même pour cette génération méchante. Matthieu 12 : 43-45
Laissez croître ensemble l’un et l’autre jusqu’à la moisson. Jésus (Matthieu 13: 30)
L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poing, à descendre dans la rue et à tirer, au hasard, tant qu’on peut dans la foule. André Breton
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. (…) Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
Des millions de Faisal Shahzad sont déstabilisés par un monde moderne qu’ils ne peuvent ni maîtriser ni rejeter. (…) Le jeune homme qui avait fait tous ses efforts pour acquérir la meilleure éducation que pouvait lui offrir l’Amérique avant de succomber à l’appel du jihad a fait place au plus atteint des schizophrènes. Les villes surpeuplées de l’Islam – de Karachi et Casablanca au Caire – et ces villes d’Europe et d’Amérique du Nord où la diaspora islamique est maintenant présente en force ont des multitudes incalculables d’hommes comme Faisal Shahzad. C’est une longue guerre crépusculaire, la lutte contre l’Islamisme radical. Nul vœu pieu, nulle stratégie de « gain des coeurs et des esprits », nulle grande campagne d’information n’en viendront facilement à bout. L’Amérique ne peut apaiser cette fureur accumulée. Ces hommes de nulle part – Shahzad Faisal, Malik Nidal Hasan, l’émir renégat né en Amérique Anwar Awlaki qui se terre actuellement au Yémen et ceux qui leur ressemblent – sont une race de combattants particulièrement dangereux dans ce nouveau genre de guerre. La modernité les attire et les ébranle à la fois. L’Amérique est tout en même temps l’objet de leurs rêves et le bouc émissaire sur lequel ils projettent leurs malignités les plus profondes. Fouad Ajami
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Un des jeunes tueurs de Littleton, Eric Harris, avait passé une centaine d’heures à reprogrammer le jeu vidéo Doom pour que tout corresponde plus ou moins à son école (…) [jusqu’à] « incorporer le plan du rez-de-chaussée du lycée Columbine dans son jeu. En outre, il l’avait reprogrammé pour fonctionner « en mode Dieu », où le joueur est invincible. (…) Le 1er décembre 1997, à Paducah (Kentucky), Michael Carneal, alors âgé de 14 ans et armé de six pistolets, avait attendu la fin de la session quotidienne de prière à l’école pour tuer trois fillettes (…) et d’en blesser cinq autres. Lorsque la police a saisi son ordinateur, on a découvert qu’il en était un usager assidu, recherchant souvent sur Internet les films obscènes et violents. Parmi ses favoris, Basketball Diaries et Tueurs nés, film qui a influencé aussi les tueurs de Littleton. (…) En examinant l’ordinateur de Michael Carneal, la police a également découvert qu’il était un passionné de Doom, le fameux jeu qui consiste pour l’essentiel à passer rapidement d’une cible à l’autre et à tirer sur ses « ennemis » en visant surtout la tête. Le jeune Carneal, qui n’avait jamais utilisé d’arme auparavant, a réussi à toucher huit personnes, cinq à la tête, trois à la poitrine, avec seulement huit balles – un exploit considérable même pour un tireur bien entraîné. (…) Le colonel David Grossman, psychologue militaire, qui donne des cours sur la psychologie du meurtre à des Bérets verts et des agents fédéraux, est un témoin-expert dans ce procès. Il fait remarquer que les jeux vidéos consistant à viser et à tirer ont le même effet que les techniques d’entraînement militaire utilisées pour amener le soldat à surmonter son aversion à tuer. Selon lui, ces jeux sont encore plus efficaces que les exercices d’entraînement militaire, si bien que les Marines se sont procurés une version de « Doom » pour entraîner leurs soldats.  Helga Zepp-LaRouche
La tuerie de la Columbine High School a mis en lumière une double forme de criminalité qui ne retient pas habituellement l’attention du public. Il s’agit pourtant d’un acte sur lequel la police intervient à intervalles réguliers.  Le Violence Policy Center estime que près de 1 500 « meurtres-suicides » (murder suicides) ont lieu chaque année. L’acte en question consiste à tuer un parent, un proche ou un étranger avant de se faire justice. Dans les vingt dernières années, quelques cas ont frappé par leur aspect aussi horrible que gratuit. Ils ont tous été ponctués par le suicide du meurtrier. En 1986, le postier Patrick Sherrill qui est menacé de licenciement abat dans l’Oklahoma 14 collègues et en blesse six autres.  En 1991, George Hennard, un routier texan, lance son camion dans un restaurant. 23 clients sont tués et 20 autres blessés. En 1999, à Atlanta, Géorgie, Mark Barton tue sa femme et ses enfants avec un marteau et se rend ensuite chez un courtier où il abat neuf personnes et en blesse 13 autres. Au Texas en 1999, Larry Ashbrook pénètre dans une église baptiste avant un concert, tue sept spectateurs et lance des explosifs sans faire de victimes. En 2001, un employé de la firme Navistar en Illinois est armé jusqu’aux dents quand il tue quatre collègues et en blesse quatre autres. (…) La majorité des meurtres-suicides révèle que l’acte prétendument vengeur précède immédiatement l’autodestruction. Daniel Royot
Les images violentes accroissent (…) la vulnérabilité des enfants à la violence des groupes (…) rendent la violence ‘ordinaire’ en désensibilisant les spectateurs à ses effets, et elles augmentent la peur d’être soi-même victime de violences, même s’il n’y a pas de risque objectif à cela. Serge Tisseron
L’effet cliquet, ou effet de cliquet, est un phénomène ou procédé énoncé par Thomas M. Brown, qui empêche le retour en arrière d’un processus une fois un certain stade dépassé.Il est parfois lié à un « effet mémoire » : « une consommation atteinte est difficilement réduite du fait des habitudes et des engagements qui ont été pris ». L’« effet cliquet » fait analogiquement et métaphoriquement référence au cliquet d’horlogerie (mécanisme d’échappement à ancre interdisant tout retour en arrière d’une roue dentée). Cette métaphore est utilisée dans de nombreux domaines, de la politique au management et à la théorie de l’évolution. (…) Il est parfois lié à la théorie de l’effet de démonstration ou d’imitation développée par James Stemble Duesenberry en 1949. La consommation peut dépendre de la consommation de la classe sociale ou du groupe social de référence. Selon lui, c’est un effet de « démonstration » : il y a une démonstration des classes aisées sur les classes inférieures qui les imitent. De par ce fait, la classe immédiatement inférieure consomme alors de la même manière. Pour Duesenberry, la consommation, à une période donnée dépend non seulement du revenu de cette période, mais aussi des habitudes de consommation acquises antérieurement. Si la consommation dépend du revenu courant mais aussi de la consommation passée (…) Duesenberry évoque également l’effet d’imitation — « tout citoyen d’une classe sociale donnée tend à acquérir le comportement de la classe immédiatement au-dessus. ». De ce point de vue, le club des « privilégiés » servirait de modèle de référence aux autres catégories sociales qui tentent de suivre ses dépenses lorsque leurs revenus augmentent ou lorsque la production de masse banalise les objets. Pour Duesenberry, il s’agit donc d’une course poursuite au modèle supérieur. (…) L’hypothèse faite par Duesenberry est que la consommation dépend du plus haut niveau de consommation durant la période précédente. (…) Dans ce domaine, ce terme permet de décrire l’incapacité d’un gouvernement à réduire les énormes bureaucraties, une fois que celles-ci ont été mises en place, comme par exemple en temps de guerre pour couvrir l’ensemble des besoins des troupes. On peut retrouver ce phénomène dans la réforme des organisations internationales due aux nombreuses couches de bureaucratie créées précédemment. L’économiste Robert Higgs de l’école autrichienne a lui aussi utilisé le terme pour décrire l’apparente expansion irréversible du gouvernement en temps de crise dans son livre Crise et Leviathan. Le phénomène de cliquet a également été théorisé par Yves-Marie Adeline dans son ouvrage La Droite impossible paru en 2012 (édition modifiée de La Droite piégée datant de 1996) : il y démontre comment, dans un système démocratique dont les fondements sont de gauche, les lois sociétales de la gauche sont irréversibles, car la droite, quand elle revient au pouvoir, ne se sent pas libre de les abroger. Cela ne vaut pas pour l’économie (comme le montre le Thatcherisme qui a pu défaire l’Etat-providence issu de la guerre ), mais cela vaut pour les évolutions sociétales. (…) L’effet cliquet désigne « l’irréversibilité du progrès technique ». Wikipedia
L’offensive de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) dans le nord de l’Irak a été accompagnée d’une campagne de propagande inédite. Destiné à frapper d’effroi ses adversaires autant qu’à recruter des volontaires, ce djihad médiatique a déferlé via Twitter et les réseaux sociaux simultanément à l’avancée des combattants de l’EIIL sur le terrain. Au lieu des rares apparitions d’un Ben Laden, et de ses déclarations sentencieuses et statiques, ses héritiers ont adopté un langage et des codes de communication modernes. Les images et les films diffusés par l’EIIL sont une extraordinaire et terrible plongée dans le cœur de cette nouvelle entité installée aujourd’hui au cœur du Moyen-Orient.Un film en particulier mérite à lui seul un visionnage. Intitulé Le Son des épées , il a été réalisé pendant la prise de Mossoul et de Tikrit. Esthétiquement, l’ensemble évoque un mélange de superproductions hollywoodiennes comme Zero Dark Thirty ou Jason Bourne, de jeux vidéo comme Grand Theft Auto, et de propagande hypnotique à la Leni Riefensthal, la cinéaste du régime nazi. L’horreur n’est jamais loin, filmée comme par un Tarantino islamiste, avec gros plans et ralentis. Comme au cinéma, le film commence par une plongée depuis une carte satellite du Moyen-Orient vers Faloudja, première ville à être tombée entre les mains des combattants de l’EIIL en janvier dernier. Une caméra montée sur un drone filme d’en haut des combattants en armes. Tout bascule vite dans le «snuff movie». Des djihadistes en voiture lancés à toute vitesse massacrent à la mitrailleuse comme des gangsters des automobilistes dont le véhicule va verser sur le bas-côté. La caméra s’attarde avec complaisance sur les corps ensanglantés des passagers. Un survivant qui s’enfuit à pied est poursuivi par les djihadistes qui l’assassinent malgré ses supplications contre une clôture. En surimpression apparaît la carte d’identité du malheureux, membre de la police irakienne recrutée par le régime chiite de Maliki. Les plans de coupe sont sonorisés par le bruit sinistre d’une épée que l’on sort de son fourreau. Les djihadistes filment à travers la lunette d’un tireur d’élite les soldats irakiens qu’ils abattent à distance. Ils déclenchent les explosifs placés sous la route au passage des véhicules blindés irakiens qui sont projetés en l’air. Les scènes sont rejouées au ralenti jusqu’à l’écœurement. (…) Mais le plus frappant est le mimétisme évident des djihadistes inspirés par l’armée américaine. Une armée contre laquelle les insurgés sunnites ont combattu pendant l’occupation de l’Irak. Masqués et équipés comme des forces spéciales américaines, ils montent des barrages routiers volants. Les automobilistes sont sortis des véhicules. Leurs identités sont contrôlées par un djihadiste muni d’un ordinateur portable où sont enregistrées les listes des membres des forces de sécurités irakiennes. Ceux qui sont identifiés sont aussitôt tués d’une balle dans la tête. L’EIIL adopte aussi certaines méthodes de l’ennemi américain à l’instar du Hezbollah libanais, qui avait formé ses combattants au contact de l’armée israélienne pendant l’occupation du Sud-Liban dans les années 1990. Comme la guerre contre la drogue a contribué à la création d’empires mafieux, la guerre contre le terrorisme a créé à son tour un monstre d’une nouvelle dimension. L’idéologie djihadiste d’al-Qaida s’est nourrie en Irak de la vieille rivalité entre chiites et sunnites. L’occupation américaine a servi à recruter les combattants, et à leur donner une école de guérilla ; comme dans un processus darwinien, ceux qui ont survécu sont les plus adaptés. La guerre civile syrienne a fourni une expérience supplémentaire à des milliers de djihadistes. La perte de contrôle de Damas sur l’est de son territoire a enfin fourni au mouvement la base territoriale qui lui a permis de se lancer à l’attaque du nord de l’Irak. Le Figaro
D’après les premiers éléments de l’enquête disponible, Andreas Lubitz, le co-pilote qui a réalisé la catastrophe, a toutes les caractéristiques du profil d’un tueur de masse. Par tueur de masse, faut-il entendre en criminologie tout individu qui tue au moins trois personnes, sans en viser spécifiquement une en particulier, en un même lieu et lors d’un événement unique, comme par exemple les auteurs de la tuerie sur le campus de Columbine Eric Harris et Dylan Klebold en 1999. Dernièrement, un article scientifique est paru dans le Justice Quaterly sur le sujet. L’auteur de l’article, le professeur Adam Lankford, fait une différence claire entre les tueurs de masse qui se donnent la mort au moment de l’acte et ceux qui cherchent à survivre afin de bénéficier « des profits » de leur acte, à savoir notamment bénéficier d’une « reconnaissance » médiatique. Dans la première catégorie, catégorie à laquelle appartient selon nous, Andreas Lubitz, et qui est une catégorie moins importante que la seconde, le criminologue tente de cerner le profil de ces tueurs sur la base d’un échantillon de 88 cas. En moyenne, ils sont relativement jeunes puisqu’ils ont au alentour de 37 ans. Le copilote était un peu plus jeune. Il avait 28 ans. Ce sont dans 96% des cas, des hommes ayant des symptômes de dépression (ce qui semble être le cas de celui-ci) et qui se serait senti victime d’injustice, souvent au travail (à l’heure actuelle nous n’avons aucun élément qui démontrerait que le copilote était en conflit avec des personnes de l’entreprise). Ce phénomène, contrairement à ce que l’on pourrait penser, n’est pas nouveau. Par le passé, plusieurs pilotes se sont écrasés (ou ont tenté de s’écraser) de la sorte. 6 exemples au moins peuvent être recensés depuis 1982 et qui n’ont rien avoir avec des actes terroristes. Ainsi, pouvons nous citer par exemple trois événements marquants. Le premier qui s’est produit en 1994 sur un vol de Royal Air Maroc et qui entraina la mort de 44 personnes à bord. Le pilote aurait agi de manière intentionnelle suite à des problèmes sentimentaux. Le deuxième a eu lieu également en 1994. Un employé de la FedEx, qui allait se faire licencier, avait tenté de détourner un avion cargo de la compagnie pour le faire s’écraser. Il fut maîtrisé à temps par l’équipage. Enfin, le cas peut être le plus marquant fut certainement celui du crash provoqué par le pilote du vol Silk Air 185, le 19 décembre 1997. L’avion s’était écrasé dans une rivière, faisant 104 morts. Le pilote était un ancien aviateur militaire, traumatisé par un accident qui avait tué plusieurs de ses collègues lors d’un entrainement. Il connaissait des soucis financiers. Le crash n’a pas été reconnu comme intentionnel, mais des forts doutes subsistent. Ces actes n’ont donc rien avoir avec des actes terroristes, même si dans certains cas on peut se demander si les terroristes ne s’en inspirent pas (on pense naturellement au 11 septembre 2001). Mais ils se produisent, certes rarement, mais leur probabilité est non nulle. Tout porte à croire que le crash de l’A320 s’inscrive dans cette lignée de tuerie de masse que l’on appelle également « amok ». Olivier Hassid
On peut pas trouver des parades à tout (…) On pourrit la vie des passagers, on pourrit la vie des aviateurs à cause des terroristes, à cause de la folie. Souvenez vous de l’époque où on allait sur les terrasses d’Orly le dimanche matin comme le chantait Gilbert Bécaud. Souvenez vous de l’époque où on voyait les stars arriver, descendre des passerelles des avions. Aujourd’hui, les aéroports sont des bunkers, les avions deviennent des bunkers, les cockpits vont devenir des bunkers. On peut rien y faire. Le monde nous y condamne sans doute  … Michel Bilacco
Le manque de soutien des Américains aux Français est, en vérité, la marque de fabrique de Barack Obama (…) Le Président américain avait trouvé une stratégie d’évitement pour ne pas intervenir, à condition que le gouvernement syrien renonce à son arsenal chimique : toutes les autres formes d’assassinat de masse restaient donc tolérées par le Président américain. Un million de morts et deux millions de réfugiés plus tard n’empêchent apparemment pas Barack Obama de dormir la nuit : il a d’autres priorités, tel lutter contre un hypothétique déréglement du climat ou faire fonctionner une assurance maladie, moralement juste et pratiquement dysfonctionnelle. On connaît les arguments pour ne pas intervenir en Syrie : il serait difficile de distinguer les bons et les mauvais Syriens, les démocrates authentiques et les islamistes cachés. Mais ce n’est pas l’analyse du sénateur John Mc Cain, plus compétent qu’Obama sur le sujet : lui réclame, en vain, que les États-Unis arment décemment les milices qui se battent sur les deux fronts, hostiles au régime de Assad et aux Islamistes soutenus par l’Iran. Par ailleurs, se laver les mains face au massacre des civils, comme les Occidentaux le firent naguère au Rwanda – et longtemps en Bosnie et au Kosovo – n’est jamais défendable. Il est parfaitement possible, aujourd’hui encore en Syrie, d’interdire le ciel aux avions de Assad qui bombardent les civils, de créer des couloirs humanitaires pour évacuer les civils, d’instaurer des zones de sécurité humanitaire. C’est ce que Obama refuse obstinément à Hollande. Comment expliquer cette obstination et cette indifférence d’Obama : ne regarde-t-il pas la télévision ? Il faut en conclure qu’il s’est installé dans un personnage, celui du Président pacifiste, celui qui aura retiré l’armée américaine d’Irak, bientôt d’Afghanistan et ne l’engagera sur aucun autre terrain d’opérations. Obama ignorerait-il qu’il existe des « guerres justes » ? Des guerres que l’on ne choisit pas et qu’il faut tout de même livrer, parce que le pacifisme, passé un certain seuil, devient meurtrier. « À quoi sert-il d’entretenir une si grande armée, si ce n’est pas pour s’en servir ? », avait demandé Madeleine Albright, Secrétaire d’État de Bill Clinton, au Général Colin Powell, un militaire notoirement frileux. Les États-Unis sont le gendarme du monde, la seule puissance qui compte : les armées russes et chinoises, par comparaison, sont des nains. On posera donc à Obama – si on le pouvait – la même question que celle de Madeleine Albright : « À quoi sert l’armée américaine et à quoi sert le Président Obama ? ». Il est tout de même paradoxal que Hollande, un désastre en politique intérieure, pourrait passer dans l’Histoire comme celui qui aura dit Non à la barbarie et Barack Obama, Prix Nobel de la Paix, pour celui qui se sera couché devant les Barbares. Guy Sorman
There are some of them (Javanese) who if they fall ill of any severe illness vow to God that if they remain in health they will of their … and as soon as they get well they take a dagger in their hands, and go out into the streets and kill as many persons as they meet, … These are called amuco.  Duarte Barbosa (1516)
To run amock is to get drunk with opium… to sally forth from the house, kill the person or persons supposed to have injured the Amock, and any other person that attempts to impede his passage. Captain James Cook (1772)
C’est de la folie, une sorte de rage humaine… une crise de monomanie meurtrière et insensée. C’est lié sans doute, d’une certaine façon, au climat, à cette atmosphère dense et étouffante qui oppresse les nerfs comme un orage, jusqu’à ce qu’ils craquent… Un Malais, n’importe quel brave homme plein de douceur, est en train de boire paisiblement son breuvage… il est là, apathiquement assis, indifférent et sans énergie… et soudain il bondit, saisit son poignard et se précipite dans la rue… il court tout droit devant lui, toujours devant lui, sans savoir où… Ce qui passe sur son chemin, homme ou animal, il l’abat avec son kris, et l’odeur du sang le rend encore plus violent… Tandis qu’il court, la bave lui vient aux lèvres, il hurle comme un possédé… mais il court, court, court, ne regarde plus à gauche, ne regarde plus à droite, ne fait plus que courir avec un hurlement strident, en tenant dans cette course épouvantable, droit devant lui, son kris ensanglanté… Les gens des villages savent qu’aucune puissance au monde ne peut arrêter un amok… et quand ils le voient venir, ils vocifèrent, du plus loin qu’ils peuvent, en guise d’avertissement: « Amok! Amok! » et tout s’enfuit… Mais lui, sans entendre, poursuit sa course; il court sans entendre, il court sans voir, il assomme tout ce qu’il rencontre… jusqu’à ce qu’on l’abatte comme un chien enragé ou qu’il s’effondre, anéanti et tout écumant. Stefan Zweig (1922)
Alors que la pression de la communauté internationale se faisait de plus en plus forte en Indonésie afin de mettre fin à la montée des violences au Timor oriental, les analystes demeuraient perplexes face à deux questions fondamentales: qui est en train d’orchestrer ce carnage et pourquoi. Seth Mydals (NYT, le 8 septembre 1999)
Si nous nous sommes penchés par le passé sur les conditions de travail et la sécurité de nos bureaux de poste quand les employés (entre 1986 et 1997) ont craqué sous le prétexte du stress au travail et si nous avons étudié la connexion jeux vidéo, drogues, cultes et aliénation de la contre-culture quand les jeunes de nos banlieues pavillonnaires ont été pris de crises de folie meurtrière, alors il semble légitime de rechercher des correlations quand quelqu’un se qualifie lui-même de musulman plutôt radical et ouvre le feu au cri d’ »Allah Akbar!  » – de la même manière que le conducteur fou de Caroline du Nord ou le tueur de Seattle ou le conducteur meurtrier de San Francisco ont dit après coup qu’ils avaient agi au nom de leur ferveur religieuse islamique contre les juifs ou les occidentaux. Victor Davis Hanson
We’re gonna rock this house until we knock it down So turn the volume loud, cause it’s mayhem ’til the a.m. So crank the bass up like crazy and let yourself go, let yourself go Say fuck it before we kick the bucket Life’s too short to not go for broke So everybody, everybody (go berserk) shake your body … Eminem
Rabiosa, if you don’t get enough of my… Shakira
L’Irak (…) pourrait être l’un des grands succès de cette administration. Joe Biden (10.02.10)
We think a successful, democratic Iraq can be a model for the entire region. Obama
Last month, the US released documentation from 1987 of its assessment of Israel’s nuclear weapons capabilities, required to do so by law after receiving a request filed under the Freedom of Information Act. (…) The document appears to have been categorized as “declassified” upon its submission, suggesting an assessment within the US government that its findings would be low-impact if made public. That, too, must have been the assessment of the Israeli government in 2014, as it had the opportunity to keep the document secret but declined. (…) Israeli officials declined to comment for this report, neither confirming nor denying concerns over the document, the contents of its assessment or the politics surrounding its release. While the Freedom of Information Act request was made years ago, the release of the document was first discussed in recent months – in the shadow of debate over Iran’s nuclear weapons work. Iranian President Hassan Rouhani has called at the United Nations for a nuclear-free zone in the Middle East, suggesting that his country’s nuclear program may be in response to Israel’s own. (…) Privately, those who acknowledge Israel’s nuclear weapons program tout its effect as a deterrent. Israel’s program is understood to have been developed in the late 1960s, after the young country had already been at war with the forces of eight Arab nations. The Israeli government fears that Iran’s program serves a different purpose: Not deterrence, but embodiment of aggressive behavior and the protection of a regime that calls for the destruction of the Jewish state. The Iranian government says its right to develop homegrown nuclear technology – guaranteed by the United Nations – is a point of national pride. Conservative Israeli and American media, including Fox News, the Drudge Report and The Washington Examiner, have suggested that the timing of the document’s release was an intentional move by the Obama administration to undermine Netanyahu. The document was indeed released when Israel’s concerns over an Iran deal were first raised at high pitch. The White House considers Netanyahu’s behavior, including his March 3 speech to a joint meeting of Congress attacking Obama’s Iran policy, as disrespectful of the presidency and a politicization of the US-Israel relationship. US President Barack Obama does not review Freedom of Information Act requests, nor does any president, for unclassified documents. While Israel has not discussed the document or its release, one official did acknowledge that discussion over the matter began in 2014. Jerusalem Post
L’accès de colère de la Maison-Blanche après la réélection de Benyamin Nétanyahou, le 17 mars, s’est manifesté à travers le discours prononcé le 23 par son secrétaire général Denis McDonough, qui a déclaré qu’il fallait “mettre fin à une occupation qui dure depuis près de cinquante ans”.(…)  Le discours était d’autant plus difficile à entendre que M. McDonough tenait sur Israël des propos généralement associés aux groupes terroristes palestiniens. Ces déclarations n’étaient que l’une des manifestations de l’irritation présidentielle ; quelques jours plus tôt, il y avait eu la menace sans précédent de ne plus soutenir Israël aux Nations unies et la révélation dans nos pages [mardi 24 mars] qu’Israël avait espionné les négociations nucléaires des Etats-Unis avec l’Iran. (Israël a démenti cette information, mais, si l’on ne peut excuser de tels actes, il ne faut pas non plus que les Etats-Unis maintiennent leurs alliés et le Congrès dans l’ignorance.) M. Obama comptait sur une défaite de M. Nétanyahou et il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour qu’elle se concrétise. Mais cette hostilité déclarée s’est retournée contre lui. Aussi, bien que le Premier ministre israélien ait nuancé sa déclaration sur son opposition à la création d’un Etat palestinien (il se dit favorable à la solution des deux Etats mais pas dans l’immédiat) et qu’il ait présenté ses excuses aux Israéliens arabes pour ses propos sur leur vote quelques heures avant la clôture du scrutin, le président et son équipe sont allés encore plus loin. Mais la crise de colère de la Maison-Blanche contre Israël pourrait aussi signifier autre chose. A savoir que le président Obama pense ce que lui et son équipe disent : que l’occupation israélienne est injuste et que les Israéliens sont un obstacle à la paix régionale et ne méritent plus le soutien total qu’ils ont toujours attendu de l’Oncle Sam. Pourtant (…) comment pourraient-ils ne pas se sentir menacés alors que la guerre civile fait rage en Syrie, que l’Etat islamique et un groupe issu d’Al-Qaida sont tout près du plateau du Golan, que le général iranien Qasem Soleimani est à la tête de milices chiites en Irak et que le gouvernement américain agit comme si l’Iran pouvait être un partenaire plus constructif pour la paix qu’Israël ? The WSJ
L’amok est le fait d’une personne agissant seule. C’est un accès subit de violence meurtrière qui prend fin par la mise à mort de l’individu après que ce dernier a lui-même atteint un nombre plus ou moins considérable de personnes. Cette forme de l’amok observée par des voyageurs et des ethnologues notamment en Malaisie, Inde, Philippines, Polynésie, Terre de feu, Caraïbes, Région arctique ou Sibérie est un comportement exclusivement masculin. Si les causes du déclenchement sont socialement déterminées et de l’ordre des frustrations importantes (humiliations, échecs en public) induisant un désir de vengeance, le mécanisme est celui de la décompensation brutale. Parfois simplement qualifiée de « folie meurtrière », la course d’amok est assimilée à une forme de suicide. Bien qu’elle soit ordinairement perpétrée à l’arme blanche dans les sociétés traditionnelles, on peut en trouver un équivalent dans le monde contemporain avec certaines des tueries massives par arme à feu perpétrées par un individu seul, s’achevant par sa capture ou sa mort concrète parfois même auto-administrée, ou bien par sa mort sociale volontaire quand l’auteur de la tuerie se rend à la justice pour y être condamné ce qui dans certains cas le conduit à l’exécution. Le schéma central est alors similaire : forme de suicide accompagnée d’une libération des pulsions homicides. On trouve également le récit de décompensations correspondant à cette définition, dans des journaux personnels rédigés par des soldats dans les tranchées lors de la Grande Guerre. Dans de telles scènes l’auteur raconte comment un de ses camarades, de façon imprévisible, se dirige seul spontanément jusqu’à la tranchée ennemie dans l’intention d’en finir lui-même tout en supprimant autant d’ennemis qu’il lui sera possible. En correspondance avec la typologie des suicides établie par Durkheim, cette forme de la décompensation sous contrainte d’engagement patriotique est au comportement criminel ce que le suicide altruiste ou fataliste est au suicide égoïste. Andreas Lubitz, le copilote qui semble avoir volontairement crashé l’Airbus A320 du Vol 9525 Germanwings dans les Alpes en mars 2015, a été qualifié de « pilote amok » par la presse allemande. Introduit dans la langue française vers 1830, le terme « amok » provient du mot malais amuk qui signifie « rage incontrôlable » pouvant désigner aussi bien la personne atteinte que l’accès lui-même. Le mot a été utilisé par les Britanniques pour décrire un comportement meurtrier sans discernement. Il a ensuite été utilisé en Inde pendant l’Empire britannique, pour décrire un éléphant devenu incontrôlable et causant des dégâts importants dans sa fureur. Le mot a été rendu populaire par les récits coloniaux de Rudyard Kipling. Mais il est aussi usuellement utilisé en anglais pour désigner les comportements animaux insensés et destructeurs, même ceux des animaux domestiques. Le mot est toujours usité aujourd’hui, dans l’expression « to run amok », décrivant de manière plus large un comportement ou une situation devenant hors de contrôle. Wikipedia
Le berserk (ou berzerk) (en vieux norrois berserkr, pluriel berserkir) désigne, selon Régis Boyer, un guerrier-fauve qui entre dans une fureur sacrée (en vieux norrois berserksgangr, « marche, allure du guerrier-fauve ») le rendant surpuissant (« Et la Terre elle-même ressentit la peur devant sa rage… ») et capable des plus invraisemblables exploits, dignes des dieux. Quoique le personnage apparaisse surtout dans les sagas, et les mythologies nordiques et germaniques (exemples : Arnwulf, Bernhari, Berthramm, Gundhramm, Haimric, Hlodwig, Richari, Theudberga, Warinhari, Wilhem, etc.), il est néanmoins attesté dans des sources plus historiques, comme le Haraldskvæði2 (voir le récit de la bataille du Hafrsfjördr) où les berserkers sont également appelés úlfheðnar4, ou encore l’Histoire de Saint Olaf, dans la Heimskringla.Le terme a été adjectivé en anglais, où « to go berserk » signifie en langage familier « devenir fou furieux », « perdre le contrôle de soi », un peu l’équivalent du québécois « péter sa coche » ou du français « péter les plombs ». Wikipedia
Une forme distincte de trouble dissociatif inexistant dans les cultures occidentales est l’amok […] et la plupart des victimes sont de sexe masculin. Ce trouble a attiré l’attention parce que les personnes se trouvant en état d’amok, qui s’apparente à une transe, sont souvent prises de fureurs durant lesquelles elles agressent brutalement, voire parfois tuent des animaux ou des personnes et ne s’en souviennent généralement pas. Courir en amok n’est qu’un des nombreux syndromes consistant pour un individu à se trouver en état de transe et, soudainement empli d’une mystérieuse énergie, se mettre à courir ou à fuir pendant un long moment. David H. Barlow et V. Mark Durand
Depuis le XIXe siècle, il y a un consensus autour du fait que l’amok est un phénomène lié à la culture et qu’en Asie du Sud-Est, sur la péninsule malaisienne ou à Java, il suit un protocole particulier: de sourdes ruminations, un coup de sang, suivi par les attaques meurtrières, puis un suicide ou une perte de mémoire. Ce que l’on peut observer pour l’heure, en particulier en ce qui concerne les fusillades dans les établissements scolaires, me semble être, dans ce format nouveau et particulier, de la même façon limité à des environnements culturels, à l’Europe centrale et du Nord et à l’Amérique du Nord. Joseph Vogl (philosophe allemand)
Un jour, je vais faire quelque chose qui va changer tout le système, et tout le monde connaîtra mon nom et s’en souviendra. Andreas Lubitz (cité par son ex-petite amie)
Si Andreas Lubitz «a fait ça», «c’est parce qu’il a compris qu’à cause de ses problèmes de santé, son grand rêve d’un emploi à la Lufthansa, comme capitaine et comme pilote de long courrier était pratiquement impossible. Maria (ancienne petite amie d’Andreas Lubitz)
Amok est un mot d’origine malaise pour désigner un «coup de folie meurtrière». La presse allemande l’utilise d’habitude pour qualifier les gens qui commettent des massacres dans les écoles. Ce matin, Bild titre «Der Amok-Pilot». C’est le tabloïd qui révèle les preuves de ce qu’on pressentait, après avoir eu accès à son dossier médical: Andreas Lubitz souffrait de graves troubles psychiatriques. Le Figaro
Bild revient longuement sur la personnalité du jeune homme, décrit comme dépressif, obsédé par les Alpes, et qui pourrait avoir été pris d’amok, cette «rage incontrôlable» qui pousse parfois certains hommes à commettre des tueries. Le mot, qui tire son origine du malais amuk, désigne un état soudain et explosif de folie meurtrière, souvent causé par une forte émotion. Cette transe furieuse, observée pour la première fois par les ethnologues en Indonésie, est toujours individuelle. Elle prend fin généralement par la mise à mort de l’individu. En cela, elle s’assimile à une forme de suicide. Selon la culture indonésienne, l’amok est causé par un esprit maléfique, qui s’empare de l’âme des hommes pour libérer leurs pulsions morbides, alors même qu’ils n’ont jamais montré de signe de colère particulier. Libération
« Andreas Lubitz. LE PILOTE AMOK» Voilà le titre qui s’étale, ce vendredi 27 mars, sur la une du tabloïd allemand Bild, qui publie sur la totalité de la page une photo du copilote de Germanwings fortement soupçonné d’être à l’origine du crash aérien. Un cliché pris en 2013 lors d’un semi-marathon organisé par la Lufthansa à Francfort. En le montrant en train de courir, le journal appuie son propos, le terme d’«amok» étant habituellement utilisé par la presse allemande et anglophone dans l’expression «Amok laufen» ou «to run amok», que l’on pourrait traduire par «courir en amok», en référence à des actes commis par des personnes sous l’emprise d’une folie meurtrière, tels les tueries d’Oslo et de l’île d’Utoeya ou les massacres commis par des adolescents dans les établissements scolaires. En allemand, les auteurs de ces bains de sang sont donc communément désignés sous le terme d’«Amokläufer», qui signifie «coureur d’amok». Ce terme est une retranscription approximative du mot indonésien et malais «amuk», qui désigne selon l’Urban Dictionary «une activité agressive qui tend à tout détruire», mais que l’on pourrait tout aussi bien traduire par les termes plus génériques de «folie furieuse» ou « rage incontrôlée ». Slate

Après la poste, l’école, le bureau, la route, l’air, le vélo, le caddy, l’ordinateur, les anabolisants, les emballages, l’islam

Fureur sacrée, fureur criminelle, frénésie meurtrière, crise de folie meurtrière, rage incontrôlable, accès subit de violence meurtrière, décompensation brutale, pétage de plombs,  fuite en avant, perte de contrôle …

En ces temps étranges …

Où entre les massacres toujours plus réalistes de nos films ou des jeux vidéos de nos enfants et les snuff movies quasi-quotidiens de nos djihadistes

La brutalisation guerrière comme la victimisation la plus échevelée sont désormais à la portée du premier venu …

Et, mimétisme et effet cliquet aidant et après tant les postiers et écoliers américains que nos djihadistes de service, il faut à présent pour réussir son suicide entrainer pas moins de 150 personnes dans sa mort …

Pendant qu’après s’être longtemps demandé à la tête du monde libre s’il y avait un pilote dans l’avion

On découvre armé des meilleures intentions et du plus rapide prix Nobel de la paix de l’histoire …

Un pompier pyromane qui aura éliminé, ni vu ni connu avec ses drones et ses kill lists, plus de terroristes que Guantanamo n’en aura jamais incarcéré …

Et qui, dans son obsession de laisser sa marque dans l’Histoire avec les pourparlers avec l’Iran, est prêt en un coup de colère à sacrifier les intérêts de ses alliés ou au contraire par excès de passivité à mettre la totalité du Moyen-Orient à feu et sang …

Comment ne pas repenser, avec cette espèce de retour du refoulé d’une violence archaïque dans un monde que l’on croyait débarrassé enfin de ses superstitions anciennes, à ce vieux mot malais de amok (ou son cousin nordique de berserk) couramment utilisé en anglais ou en allemand et ressorti avec les tout récents « exploits » du pilote fou de l’Airbus A320 de Germanwings par la presse allemande ?

Mais aussi au fameux ô combien mot prophétique de l’écrivain britannique C.K. Chesterton …

Décrivant dès le début du siècle dernier ce « monde moderne plein d’idées chrétiennes devenues folles » ?

En Allemagne, la presse s’interroge sur Andreas Lubitz, le «pilote amok»
David Philippot
Le Figaro
27/03/2015

Les journaux allemands livrent ce matin de nombreuses informations sur le lourd passé psychiatrique du copilote de Germanwings.

Amok est un mot d’origine malaise pour désigner un «coup de folie meurtrière». La presse allemande l’utilise d’habitude pour qualifier les gens qui commettent des massacres dans les écoles. Ce matin, Bild titre «Der Amok-Pilot». C’est le tabloïd qui révèle les preuves de ce qu’on pressentait, après avoir eu accès à son dossier médical: Andreas Lubitz souffrait de graves troubles psychiatriques.

En 2009, il s’agissait bien «d’ attaques de peur-panique» qui l’avaient poussé à interrompre sa formation de pilote. Le centre aéromédical de la Lufthansa contacté par Bild, confirme cette information et affirme avoir signalé aux autorités fédérales du transport aérien ( Luftfahrt Bundesamt) que l’élève-pilote avait subi un «épisode dépressif profond mais décroissant». Lors du stage de Phoenix (Arizona), passage obligé des futurs pilotes de la Lufthansa, les Américains l’avaient listé dans la catégorie inapte au vol. Dans son dossier figure la mention «SIC», un acronyme signifiant la nécessité d’un «suivi médical régulier spécial».

«Épisode dépressif profond mais décroissant»
Plusieurs journaux reprennent des informations provenant de sources proches de l’enquête selon lesquelles le pilote de la Germanwings traversait en ce moment «une grave crise personnelle liée à la situation du couple» qu’il formait avec sa petite amie. Les journaux allemands font tous leur une sur ce «copilote qui a provoqué la chute de l’avion» (Frankfurter Allgemeine Zeitung), cet «homme à risques» (Tageszeitung). Le Tagesspiegel titre «Enquêteurs, c’était le copilote». Sidérée, la société allemande a du mal à réaliser que ce ce garçon «sain, poli, sympathique, drôle» puisse être l’auteur de ce drame invraisemblable.

Dans la presse allemande, il est également fait écho du talk-show de la première chaine mercredi soir. L’ancien ministre des Transports Peter Ramsauer a remis en cause les révélations de la journée car «l’interprétation d’un procureur peut-être démentie par l’enquête» et un expert en aviation disait que «les enquêteurs avaient déjà accusé des pilotes pour protéger les intérêts d’Airbus». Des propos tenus avant les informations sur le lourd passé psychiatrique d’Andreas Lubitz.

Voir aussi:

Andreas Lubitz, pilote « amok »?
Tristan Berteloot
Libération
27 mars 2015

FOCUS Selon les médias allemands, le copilote de l’A320 de Germanwings pourrait avoir été victime de folie meurtière.

«Andreas Lubitz, Der Amok-Pilot» («le pilote amok»), titre vendredi le quotidien allemand Bild, au sujet du copilote de l’A320 de Germanwings, qui s’est écrasé mardi avec 150 personnes à son bord. Selon l’analyse d’une partie des données d’une des boîtes noires de l’appareil, Andreas Lubitz a volontairement «actionné la descente de l’appareil», alors qu’il était enfermé seul dans le cockpit. Bild revient longuement sur la personnalité du jeune homme, décrit comme dépressif, obsédé par les Alpes, et qui pourrait avoir été pris d’amok, cette «rage incontrôlable» qui pousse parfois certains hommes à commettre des tueries.
Le mot, qui tire son origine du malais amuk, désigne un état soudain et explosif de folie meurtrière, souvent causé par une forte émotion. Cette transe furieuse, observée pour la première fois par les ethnologues en Indonésie, est toujours individuelle. Elle prend fin généralement par la mise à mort de l’individu. En cela, elle s’assimile à une forme de suicide. Selon la culture indonésienne, l’amok est causé par un esprit maléfique, qui s’empare de l’âme des hommes pour libérer leurs pulsions morbides, alors même qu’ils n’ont jamais montré de signe de colère particulier.

«L’Amok court, le regard vide; il ne voit pas où il se précipite», écrit au sujet de ce comportement l’écrivain autrichien Stefan Zweig, dans Der Amokläufer (littéralement «le coureur en amok», mais traduit en France Amok ou le fou de Malaisie). Publiée en 1922, la nouvelle conte la chute délirante d’un médecin allemand en fuite, qui a quitté la Malaisie après un épisode tragique dû à son obsession soudaine et déraisonnée pour une jeune femme l’ayant humilié. Pris d’une démence paranoïaque, obsédé par la frustration d’un rejet, l’homme se laisse peu à peu happer par un espoir fanatique de domination. Dans sa course aliénée pour arracher à la jeune femme empathie et estime, il s’enfonce peu à peu dans une fureur égocentrique qu’il nomme Amok. Cet état psychotique le poussera finalement à se donner la mort. «L’Amok ne se lance pas impunément dans sa course; à la fin, quelqu’un l’abat», fait dire Zweig à son personnage.

Voici comme il définit cet état: «C’est de la folie, une sorte de rage humaine… une crise de monomanie meurtrière et insensée. C’est lié sans doute, d’une certaine façon, au climat, à cette atmosphère dense et étouffante qui oppresse les nerfs comme un orage, jusqu’à ce qu’ils craquent… Un Malais, n’importe quel brave homme plein de douceur, est en train de boire paisiblement son breuvage… il est là, apathiquement assis, indifférent et sans énergie… et soudain il bondit, saisit son poignard et se précipite dans la rue… il court tout droit devant lui, toujours devant lui, sans savoir où… Ce qui passe sur son chemin, homme ou animal, il l’abat avec son kris [poignard malais ndlr], et l’odeur du sang le rend encore plus violent… Tandis qu’il court, la bave lui vient aux lèvres, il hurle comme un possédé… mais il court, court, court, ne regarde plus à gauche, ne regarde plus à droite, ne fait plus que courir avec un hurlement strident, en tenant dans cette course épouvantable, droit devant lui, son kris ensanglanté… Les gens des villages savent qu’aucune puissance au monde ne peut arrêter un amok… et quand ils le voient venir, ils vocifèrent, du plus loin qu’ils peuvent, en guise d’avertissement: « Amok! Amok! » et tout s’enfuit… Mais lui, sans entendre, poursuit sa course; il court sans entendre, il court sans voir, il assomme tout ce qu’il rencontre… jusqu’à ce qu’on l’abatte comme un chien enragé ou qu’il s’effondre, anéanti et tout écumant.»

Voir également:

Crash du vol Germanwings: qu’est-ce qu’un «pilote amok»?
Annabelle Georgen
Slate
27.03.2015

«Andreas Lubitz (27). LE PILOTE AMOK» Voilà le titre qui s’étale, ce vendredi 27 mars, sur la une du tabloïd allemand Bild, qui publie sur la totalité de la page une photo du copilote de Germanwings fortement soupçonné d’être à l’origine du crash aérien. Un cliché pris en 2013 lors d’un semi-marathon organisé par la Lufthansa à Francfort.

En le montrant en train de courir, le journal appuie son propos, le terme d’«amok» étant habituellement utilisé par la presse allemande et anglophone dans l’expression «Amok laufen» ou «to run amok», que l’on pourrait traduire par «courir en amok», en référence à des actes commis par des personnes sous l’emprise d’une folie meurtrière, tels les tueries d’Oslo et de l’île d’Utoeya ou les massacres commis par des adolescents dans les établissements scolaires. En allemand, les auteurs de ces bains de sang sont donc communément désignés sous le terme d’«Amokläufer», qui signifie «coureur d’amok».

Ce terme est une retranscription approximative du mot indonésien et malais «amuk», qui désigne selon l’Urban Dictionary «une activité agressive qui tend à tout détruire», mais que l’on pourrait tout aussi bien traduire par les termes plus génériques de «folie furieuse» ou «rage incontrôlée».

Dans leur ouvrage Psychopathologie. Une perspective multidimensionnelle, les psychologues américains David H. Barlow et V. Mark Durand livrent une description détaillée de l’«amok», qu’ils classent dans la pathologie de la «fugue dissociative», sans pour autant lui reconnaître un caractère universel:

«Une forme distincte de trouble dissociatif inexistant dans les cultures occidentales est l’amok […] et la plupart des victimes sont de sexe masculin. Ce trouble a attiré l’attention parce que les personnes se trouvant en état d’amok, qui s’apparente à une transe, sont souvent prises de fureurs durant lesquelles elles agressent brutalement, voire parfois tuent des animaux ou des personnes et ne s’en souviennent généralement pas. Courir en amok n’est qu’un des nombreux syndromes consistant pour un individu à se trouver en état de transe et, soudainement empli d’une mystérieuse énergie, se mettre à courir ou à fuir pendant un long moment.»
L’écrivain autrichien Stefan Zweig s’est également intéressé à ces accès de folie mystérieux, qu’il rapproche de l’obsession amoureuse, dans sa nouvelle Amok ou le Fou de Malaisie, où il raconte l’histoire d’un médecin allemand en poste en Indonésie pris d’un vif tourment pour une femme qui vient lui demander son aide.

Interviewé en 2009 par l’hebdomadaire Die Zeit au sujet des auteurs de tueries dans des espaces publics tels que les écoles, les universités, les centres commerciaux –auxquels il faut désormais ajouter les transports–, le philosophe allemand Joseph Vogl estimait cependant qu’il faut distinguer ces actes de l’amok:

«Depuis le XIXe siècle, il y a un consensus autour du fait que l’amok est un phénomène lié à la culture et qu’en Asie du Sud-Est, sur la péninsule malaisienne ou à Java, il suit un protocole particulier: de sourdes ruminations, un coup de sang, suivi par les attaques meurtrières, puis un suicide ou une perte de mémoire. Ce que l’on peut observer pour l’heure, en particulier en ce qui concerne les fusillades dans les établissements scolaires, me semble être, dans ce format nouveau et particulier, de la même façon limité à des environnements culturels, à l’Europe centrale et du Nord et à l’Amérique du Nord.»

Voir encore:

Le copilote du Crash Germanwings avait le profil type d’un tueur de masse

Olivier Hassid

Directeur de la revue Sécurité & Stratégie, chargé de cours à l’Université Paris Ouest Nanterre

Huffington Post

27/03/2015

CRASH DE L’A320 – Brice Robin, le procureur de la République de Marseille en charge du dossier du Crash Germanwings, expliquait en conférence de presse le 26 mars que « quand on a la responsabilité de 150 personnes, on n’appelle pas ça un suicide ». On pourrait ajouter que l’on pourrait appeler cela une « tuerie de masse ». En effet, d’après les premiers éléments de l’enquête disponible, Andreas Lubitz, le co-pilote qui a réalisé la catastrophe, a toutes les caractéristiques du profil d’un tueur de masse.

Par tueur de masse, faut-il entendre en criminologie tout individu qui tue au moins trois personnes, sans en viser spécifiquement une en particulier, en un même lieu et lors d’un événement unique, comme par exemple les auteurs de la tuerie sur le campus de Columbine Eric Harris et Dylan Klebold en 1999. Dernièrement, un article scientifique est paru dans le Justice Quaterly sur le sujet. L’auteur de l’article, le professeur Adam Lankford, fait une différence claire entre les tueurs de masse qui se donnent la mort au moment de l’acte et ceux qui cherchent à survivre afin de bénéficier « des profits » de leur acte, à savoir notamment bénéficier d’une « reconnaissance » médiatique. Dans la première catégorie, catégorie à laquelle appartient selon nous, Andreas Lubitz, et qui est une catégorie moins importante que la seconde, le criminologue tente de cerner le profil de ces tueurs sur la base d’un échantillon de 88 cas. En moyenne, ils sont relativement jeunes puisqu’ils ont au alentour de 37 ans. Le copilote était un peu plus jeune. Il avait 28 ans. Ce sont dans 96% des cas, des hommes ayant des symptômes de dépression (ce qui semble être le cas de celui-ci) et qui se serait senti victime d’injustice, souvent au travail (à l’heure actuelle nous n’avons aucun élément qui démontrerait que le copilote était en conflit avec des personnes de l’entreprise).

Ce phénomène, contrairement à ce que l’on pourrait penser, n’est pas nouveau. Par le passé, plusieurs pilotes se sont écrasés (ou ont tenté de s’écraser) de la sorte. 6 exemples au moins peuvent être recensés depuis 1982 et qui n’ont rien avoir avec des actes terroristes. Ainsi, pouvons nous citer par exemple trois événements marquants. Le premier qui s’est produit en 1994 sur un vol de Royal Air Maroc et qui entraina la mort de 44 personnes à bord. Le pilote aurait agi de manière intentionnelle suite à des problèmes sentimentaux. Le deuxième a eu lieu également en 1994. Un employé de la FedEx, qui allait se faire licencier, avait tenté de détourner un avion cargo de la compagnie pour le faire s’écraser. Il fut maîtrisé à temps par l’équipage. Enfin, le cas peut être le plus marquant fut certainement celui du crash provoqué par le pilote du vol Silk Air 185, le 19 décembre 1997. L’avion s’était écrasé dans une rivière, faisant 104 morts. Le pilote était un ancien aviateur militaire, traumatisé par un accident qui avait tué plusieurs de ses collègues lors d’un entrainement. Il connaissait des soucis financiers. Le crash n’a pas été reconnu comme intentionnel, mais des forts doutes subsistent.

Ces actes n’ont donc rien avoir avec des actes terroristes, même si dans certains cas on peut se demander si les terroristes ne s’en inspirent pas (on pense naturellement au 11 septembre 2001). Mais ils se produisent, certes rarement, mais leur probabilité est non nulle. Tout porte à croire que le crash de l’A320 s’inscrive dans cette lignée de tuerie de masse que l’on appelle également « amok ».

Crash de l’A320 : les précédents cas de suicides en vol
William Plummer
Le Figaro
26/03/2015

La thèse d’un suicide du copilote semble envisagée par les enquêteurs après le crash mardi d’un Airbus A320 dans les Alpes-de-Haute-Provence. Un acte qui n’est pas inédit dans l’aviation.

La boîte noire de l’Airbus A320 qui s’est crashé mardi dans les Alpes-de-Haute-Provence a parlé. Brice Robin, procureur de la république de Marseille a expliqué, jeudi matin, que le copilote de la compagnie allemande Germanwings, seul aux commandes, avait «volontairement permis la chute de l’avion» et avait vraisemblablement «la volonté de détruire» l’appareil. Le procureur français en charge de l’enquête judiciaire a ainsi confirmé que l’un des deux pilotes de l’Airbus A320 avait quitté le cockpit et n’avait pas pu y retourner. Sans utiliser le terme suicide, Brice Robin a indiqué avoir demandé des renseignements à la justice allemande sur le copilote. Si la thèse du suicide se confirmait, ce ne serait pas la première fois qu’un tel acte serait commis à bord d’un vol commercial.

• Vol 470 LAM Mozambique Airlines

Le 29 novembre 2013, le vol 470 LAM quitte Maputo – la capitale du Mozambique- avec trente-trois personnes à son bord. Après avoir atteint son altitude de croisière, l’appareil perd de l’altitude à une vitesse très élevée puis disparait des écrans radars au-dessus de la Namibie. L’analyse des boîtes noires révèle que le pilote a sciemment effectué une série de manœuvres causant le crash. Le commandant de bord, qui avait à son actif plus de 9000 heures de vol, s’est enfermé seul dans la cabine de pilotage. «On peut entendre des signaux d’alarme de diverses intensités, des coups contre la porte du cockpit, et des demandes pour y entrer», déclare le chef de l’Institut mozambicain de l’aviation civile, Joao Abreu. Des circonstances similaires à celles révélées jeudi matin.

• Vol 990 Egypt Air

Le 31 octobre 1999, le vol 990 d’EgyptAir s’abime au beau milieu de l’océan Atlantique lors d’un vol reliant Los Angeles (Etats-Unis) à l’aéroport du Caire, en Egypte. Quelques minutes après une escale à l’aéroport J-F Kennedy de New York, l’appareil transportant deux cent dix-sept personnes pique du nez subitement. Les enquêteurs chargés de l’affaire révèlent, après analyse des données de vol, que suite à la sortie du cockpit du commandant de bord, le copilote a entamé une plongée abrupte vers l’océan tout en récitant à plusieurs reprises «Je m’en remets à Dieu». Après quelques minutes de chute libre – l’avion perd plus de 10.000 pieds en cinquante seconde -, l’autre pilote revient dans la cabine de commandement et tente ensuite de redresser le Boeing. En vain. A la suite de cet accident, une vive polémique éclate entre les autorités américaines et égyptiennes – ces dernières réfutant l’hypothèse d’un acte suicidaire.

• Vol 630 Royal Air Maroc

Le 21 août 1994, le vol 630 de Royal Air Maroc s’écrase une dizaine de minute après son décollage de l’aéroport d’Agadir, au Maroc, avec à son bord quarante-quatre personnes. L’examen des enregistreurs de vol montre que le pilote a intentionnellement débranché le pilotage automatique et dirigé l’appareil vers le sol. La commission en charge de l’investigation a conclu à un suicide. Une version des faits contestée par un syndicat de vol, qui penche plutôt pour un incident mécanique.

•Vol 185 Silkair

Le 19 décembre 1997, le vol 185 SilkAir reliant Jakarta à Singapour s’écrase dans le sud de l’île de Sumatra, en Indonésie. Les boîtes noires sont rapidement retrouvées mais inutilisables. Celles-ci ont été déconnectées peu avant l’accident qui a causé la mort de cent quatre personnes. Aucun enregistrement de vol n’était donc exploitable. Les enquêteurs privilégient la piste du suicide, sans toutefois la confirmer.

Voir de même:

Crash de l’A320 : le suicide d’un pilote, un cas pas si isolé…
Les Echos

27/03

Depuis 1979, il y a eu une dizaine de crashs aériens causés par le suicide de l’un des pilotes. Revue de détail
Le 24 mars 2015, le vol 4U9525 s’est écrasé dans les Alpes-de-Haute-Provence avec 150 personnes à son bord. Il paraît désormais acquis que le co-pilote, Andreas Lubitz, très perturbé psychologiquement , aurait volontairement actionné la descente de l’avion, alors que le commandant de bord était en dehors du cockpit.

Ce crash n’est malheureusement pas un cas isolé. Aviation Safety Network a recensé une dizaine de drames aériens attribués à une volonté de l’un des pilotes de faire s’écraser l’avion.

26 septembre 1976 : 12 morts
Après avoir divorcé, un pilote russe aux commandes d’un Antonov2 s’est volontairement écrasé sur des immeubles de Novosibirsk où son ex-femme vivait. Le pilote a été tué ainsi que 11 personnes habitant dans ces immeubles. Son ex-femme n’a pas fait partie des victimes.

22 août 1979: 4 morts
Un HS-748 s’écrase le 22 août 1979 dans la banlieue de Bogota peu après le décollage. Le pilote est tué ainsi que trois personnes sur le terrain. L’avion avait été volé par un homme de 23 ans, un ancien mécanicien qui avait travaillé à l’aéroport pendant deux ans et qui avait été congédié.

9 février 1982 : 24 morts
Un pilote d’un DC-8 de la Japan Airlines, transportant 174 personnes, s’écrase peu avant l’atterrissage près de Tokyo. L’accident a fait relativement peu de victimes, tuant 24 personnes, le pilote ayant été arrêté à temps par des membres de l’équipage. Le pilote a survécu. L’enquête a conclu à une crise de folie suicidaire.

7 avril 1994 : pas de victime
Le vol 705 FedEx est un McDonnell Douglas DC-10 cargo qui effectuait la liaison entre Memphis et San José aux États-Unis. Le vol a subi une tentative de détournement pour un attentat-suicide près de Memphis, Tennessee. Auburn Calloway, le pirate de l’air, était un employé de FedEx sur le point d’être licencié qui a pu monter à bord d’un vol régulier avec plusieurs armes dissimulées. Une fois en vol, il essaya de neutraliser les membres de l’équipage pour écraser le DC-10 sur le siège social de FedEx.

Le détournement a échoué, l’équipage de trois personnes réussissant à maîtriser le pirate malgré de graves blessures, et l’avion a pu se poser en sécurité malgré une surcharge en carburant. Auburn Calloway, après avoir subi des soins appropriés, a été condamné à la prison à vie. Il a expliqué avoir voulu se venger de sa compagnie et permettre à son ex-femme et à ses deux enfants de bénéficier de son assurance-vie d’un montant de 2,5 millions de dollars en cas d’accident mortel durant son travail.

13 juillet 1994 : 1 mort
Un ingénieur russe a volé un Antonov 26 de la Russian Air Force à l’aéroport de Kubinka, en Russie, pour se suicider. L’homme a fait plusieurs cercles autour de la ville avant de s’écraser lorsqu’il n’avait plus de fuel.

21 août 1994 : 44 morts
Un ATR-42 de la Royal air Maroc s’est écrasé dans les montagnes de l’Atlas peu après son décollage d’Agadir. D’après l’enquête, l’accident a été causé par le commandant de bord qui aurait débranché le pilotage automatique et laisser filer délibérément l’avion vers le sol. Ces conclusions ont été contestées par l’Union des pilotes marocains selon laquelle le pilote était en pleine possession de ses moyens avant le départ et ne présentait aucun signe de frustration ou de déséquilibre tant au niveau personnel que professionnel.

19 décembre 1997 : 104 morts
Un Boeing 737 de la compagnie Silkair parti de l’aéroport de Jakarta, en Indonésie, pour Singapour s’est écrasé en Indonésie après une descente rapide. Les autorités indonésiennes n’ont pas été capables de déterminer les causes de l’accident. Il a été suggérée, notamment par les Etats-Unis, qui le pilote s’était suicidé en éteignant les deux enregistreurs de vol et en faisant plonger intentionnellement l’avion, peut-être lorsque le copilote était absent du poste de pilotage. Le commandant venait de connaître des difficultés professionnelles. Il semblerait aussi qu’il était confronté à d’importantes difficultés financières, ce qui a été contesté par les enquêteurs indonésiens.

11 octobre 1999: 1 mort
Un commandant d’Air Botswana est monté à bord d’un ATR-42 stationné dans l’aéroport de Gaborone et a décollé. L’homme est entré en contact avec les contrôleurs aériens et déclaré qu’il voulait parler au président de Botswana, au directeur général d’Air Botswana, à la police et à sa petite amie, notamment. Le président étant en voyage, c’est le vice-président qui a été dépêché pour tenter de négocier. Malgré les efforts déployés pour qu’il accepte de se poser, le commandant a finalement choisi de s’écraser, au bout de deux heures de vol, sur deux avions présents sur le tarmac. Peu auparavant, Air Botswana, évoquant des raisons médicales, aurait refusé de réintégrer le pilote jusqu’en février 2000.

31 octobre 1999 : 217 morts
Le vol 990 de la compagnie aérienne égyptienne Egyptair volait de l’aéroport international de Los Angeles vers l’aéroport international du Caire avec une escale prévue à l’aéroport John F. Kennedy, à New York. Sur la deuxième étape de son itinéraire, il s’est écrasé dans l’océan Atlantique au sud de Nantucket. Parmi les 203 passagers figuraient notamment 100 Américains, 89 Egyptiens, et 22 Canadiens. 14 personnes composaient l’équipage. Les enquêteurs américains et égyptiens n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur les causes du crash. Les premiers ont conclu que l’accident avait été sciemment provoqué par le copilote, les deuxièmes que l’avion s’était écrasé suite à une défaillance mécanique.

29 novembre 2013 : 33 morts
Le vol 470 LAM Mozambique Airlines était un vol opéré par un Embraer 190 de la compagnie publique mozambicaine LAM partant de l’aéroport international de Maputo en Mozambique à destination de l’aéroport de Luanda-Quatro de Fevereiro en Angola. Le 29 novembre 2013, l’appareil s’est écrasé dans le nord de la Namibie, coûtant la vie aux 33 personnes à bord. L’enquête a conclu que le commandant de bord avait volontairement crashé l’avion. Selon des rumeurs, le commandant aurait perdu son fils un an avant l’accident.

Voir encore:

Etats-Unis. La rage d’Obama contre Nétanyahou
The Wall Street Journal
traduit par Courrier international

25/03/2015

Il faut pardonner au président Obama. Le leader du monde libre a encore du mal à accepter l’idée que le peuple israélien puisse choisir son propre Premier ministre, sans se préoccuper de ses préférences.

L’accès de colère de la Maison-Blanche après la réélection de Benyamin Nétanyahou, le 17 mars, s’est manifesté à travers le discours prononcé le 23 par son secrétaire général Denis McDonough, qui a déclaré qu’il fallait “mettre fin à une occupation qui dure depuis près de cinquante ans”.

Quand un secrétaire général s’exprime en public, en particulier lors d’un rassemblement programmé à l’avance, il a le blanc-seing du président. En l’espèce, l’auditoire était lui aussi soigneusement choisi : il s’agissait de J Street, un lobby juif de gauche qui a toujours été favorable à toute concession d’Israël [aux Palestiniens]. Le discours était d’autant plus difficile à entendre que M. McDonough tenait sur Israël des propos généralement associés aux groupes terroristes palestiniens.

Espionnage
Ces déclarations n’étaient que l’une des manifestations de l’irritation présidentielle ; quelques jours plus tôt, il y avait eu la menace sans précédent de ne plus soutenir Israël aux Nations unies et la révélation dans nos pages [mardi 24 mars] qu’Israël avait espionné les négociations nucléaires des Etats-Unis avec l’Iran. (Israël a démenti cette information, mais, si l’on ne peut excuser de tels actes, il ne faut pas non plus que les Etats-Unis maintiennent leurs alliés et le Congrès dans l’ignorance.)

M. Obama comptait sur une défaite de M. Nétanyahou et il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour qu’elle se concrétise. Mais cette hostilité déclarée s’est retournée contre lui. Aussi, bien que le Premier ministre israélien ait nuancé sa déclaration sur son opposition à la création d’un Etat palestinien (il se dit favorable à la solution des deux Etats mais pas dans l’immédiat) et qu’il ait présenté ses excuses aux Israéliens arabes pour ses propos sur leur vote quelques heures avant la clôture du scrutin, le président et son équipe sont allés encore plus loin.

Peut-être est-ce le signe que les négociations nucléaires n’avancent pas aussi bien que M. Obama l’escomptait, même s’il est prêt à laisser l’Iran conserver une bonne partie de son infrastructure nucléaire. Les Etats-Unis tiennent tellement à conclure un accord avec Téhéran qu’en comparaison la France paraît intransigeante.

Un soutien moins inconditionnel à Israël ?
Mais la crise de colère de la Maison-Blanche contre Israël pourrait aussi signifier autre chose. A savoir que le président Obama pense ce que lui et son équipe disent : que l’occupation israélienne est injuste et que les Israéliens sont un obstacle à la paix régionale et ne méritent plus le soutien total qu’ils ont toujours attendu de l’Oncle Sam.

Pourtant, même si le principal défi dans la région était d’obtenir d’Israël qu’il cède davantage de territoires aux Palestiniens, ce jour n’arrivera pas tant que les Israéliens ne se sentiront pas en sécurité. Et comment pourraient-ils ne pas se sentir menacés alors que la guerre civile fait rage en Syrie, que l’Etat islamique et un groupe issu d’Al-Qaida sont tout près du plateau du Golan, que le général iranien Qasem Soleimani est à la tête de milices chiites en Irak et que le gouvernement américain agit comme si l’Iran pouvait être un partenaire plus constructif pour la paix qu’Israël ?

Voir de plus:

Israel allowed for the release of a document detailing past nuclear weapons work

The Jerusalem Post

28.03.15

Document summarizes in detail Washington’s understanding of the nature and purpose of Israel’s nuclear program as it stood in the 1980s.
israel nuclear

The 1987 Pentagon document, a « Critical Technological Assessment in Israel and NATO Nations, » details several technical components of Israel’s nuclear work. (photo credit:screenshot)

LAUSANNE, Switzerland – Last month, the US released documentation from 1987 of its assessment of Israel’s nuclear weapons capabilities, required to do so by law after receiving a request filed under the Freedom of Information Act.

The document, “Critical Technological Assessment in Israel and NATO Nations,” was written by Leading Technologies Inc. for the Institute for Defense Analyses, and commissioned by the US Department of Defense. Its contents are based on visits by US experts, in coordination with the embassy in Tel Aviv and with the guidance of the Pentagon, to facilities and laboratories across Israel.

While Israel has never publicly acknowledged having nuclear weapons, foreign sources say it does. Israel is not a signatory of the Nuclear Non-Proliferation Treaty.

This document summarizes in detail Washington’s understanding of the nature and purpose of that program as it stood in the 1980s.

Two of Israel’s nuclear facilities at the time, the Soreq Nuclear Research Center near Yavne and the Negev Nuclear Research Center in Dimona, “are the equivalent of our Los Alamos, Lawrence Livermore and Oak Ridge National Laboratories,” the US document reads.

“The Soreq center runs the full nuclear gamut of activities from engineering, administration, and nondestructive testing to electro-optics, pulsed power, process engineering and chemistry and nuclear research and safety,” the paper continues.

“This is the technology base required for nuclear weapons design and fabrication.”

The report goes on to detail Israel’s experimentation with various nuclear fuels, laserbased nuclear weapons detonation devices and the effects of radiation propagation.

While the assessment concluded that, at the time, Israel’s weapons design was “extremely conservative,” it said the Jewish state was experimenting with coding “which will enable them to make hydrogen bombs.”

The document appears to have been categorized as “declassified” upon its submission, suggesting an assessment within the US government that its findings would be low-impact if made public.

That, too, must have been the assessment of the Israeli government in 2014, as it had the opportunity to keep the document secret but declined.

“We did inform the Israeli government of our planned release of the documents and they did not object,” US Army Col. Steven Warren, director of Pentagon press operations, confirmed to The Jerusalem Post.

Upon receiving a Freedom of Information Act request concerning information sensitive to foreign governments, the US informs the relevant partner, giving it the opportunity to formally object.

“The US government was by law required to release the report upon such a FOIA request unless we had a written request from the relevant foreign government – Israel – that the information continue to be withheld,” one senior administration official told the Post on Friday. “Israel did not object to the release of this information.”

Israeli officials declined to comment for this report, neither confirming nor denying concerns over the document, the contents of its assessment or the politics surrounding its release.

While the Freedom of Information Act request was made years ago, the release of the document was first discussed in recent months – in the shadow of debate over Iran’s nuclear weapons work.

Iranian President Hassan Rouhani has called at the United Nations for a nuclear-free zone in the Middle East, suggesting that his country’s nuclear program may be in response to Israel’s own.

Prime Minister Benjamin Netanyahu adamantly opposes a working proposal under discussion here in Switzerland that would aim to cap, restrict, monitor and roll back much of Tehran’s nuclear program for a limited period. The deadline for a framework agreement in those negotiations falls on Tuesday.

Privately, those who acknowledge Israel’s nuclear weapons program tout its effect as a deterrent. Israel’s program is understood to have been developed in the late 1960s, after the young country had already been at war with the forces of eight Arab nations.

The Israeli government fears that Iran’s program serves a different purpose: Not deterrence, but embodiment of aggressive behavior and the protection of a regime that calls for the destruction of the Jewish state.

The Iranian government says its right to develop homegrown nuclear technology – guaranteed by the United Nations – is a point of national pride.

Conservative Israeli and American media, including Fox News, the Drudge Report and The Washington Examiner, have suggested that the timing of the document’s release was an intentional move by the Obama administration to undermine Netanyahu.

The document was indeed released when Israel’s concerns over an Iran deal were first raised at high pitch. The White House considers Netanyahu’s behavior, including his March 3 speech to a joint meeting of Congress attacking Obama’s Iran policy, as disrespectful of the presidency and a politicization of the US-Israel relationship.

US President Barack Obama does not review Freedom of Information Act requests, nor does any president, for unclassified documents.

While Israel has not discussed the document or its release, one official did acknowledge that discussion over the matter began in 2014.

Voir par ailleurs:

Le Son des épées, macabre apologie du djihad en ligne
Adrien Jaulmes
Le Figaro
26/06/2014

L’offensive de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) dans le nord de l’Irak a été accompagnée d’une campagne de propagande inédite.

Destiné à frapper d’effroi ses adversaires autant qu’à recruter des volontaires, ce djihad médiatique a déferlé via Twitter et les réseaux sociaux simultanément à l’avancée des combattants de l’EIIL sur le terrain.

Au lieu des rares apparitions d’un Ben Laden, et de ses déclarations sentencieuses et statiques, ses héritiers ont adopté un langage et des codes de communication modernes. Les images et les films diffusés par l’EIIL sont une extraordinaire et terrible plongée dans le cœur de cette nouvelle entité installée aujourd’hui au cœur du Moyen-Orient.Un film en particulier mérite à lui seul un visionnage. Intitulé Le Son des épées , il a été réalisé pendant la prise de Mossoul et de Tikrit.

Esthétiquement, l’ensemble évoque un mélange de superproductions hollywoodiennes comme Zero Dark Thirty ou Jason Bourne, de jeux vidéo comme Grand Theft Auto, et de propagande hypnotique à la Leni Riefensthal, la cinéaste du régime nazi. L’horreur n’est jamais loin, filmée comme par un Tarantino islamiste, avec gros plans et ralentis. Comme au cinéma, le film commence par une plongée depuis une carte satellite du Moyen-Orient vers Faloudja, première ville à être tombée entre les mains des combattants de l’EIIL en janvier dernier. Une caméra montée sur un drone filme d’en haut des combattants en armes.

Des scènes rejouées au ralenti jusqu’à l’écœurement.
Tout bascule vite dans le «snuff movie». Des djihadistes en voiture lancés à toute vitesse massacrent à la mitrailleuse comme des gangsters des automobilistes dont le véhicule va verser sur le bas-côté. La caméra s’attarde avec complaisance sur les corps ensanglantés des passagers. Un survivant qui s’enfuit à pied est poursuivi par les djihadistes qui l’assassinent malgré ses supplications contre une clôture. En surimpression apparaît la carte d’identité du malheureux, membre de la police irakienne recrutée par le régime chiite de Maliki. Les plans de coupe sont sonorisés par le bruit sinistre d’une épée que l’on sort de son fourreau. Les djihadistes filment à travers la lunette d’un tireur d’élite les soldats irakiens qu’ils abattent à distance. Ils déclenchent les explosifs placés sous la route au passage des véhicules blindés irakiens qui sont projetés en l’air. Les scènes sont rejouées au ralenti jusqu’à l’écœurement.

Le film est autant destiné à effrayer ses adversaires qu’à attirer des partisans. Les djihadistes qui attaquent des postes de l’armée irakienne tuent froidement les soldats chiites qui se rendent. Le film les désigne sous l’appellation de «Safavides», du nom de la dynastie perse qui se convertit au chiisme, et est considérée comme l’ennemi héréditaire par les salafistes sunnites. Mais ils se montrent pleins de mansuétude avec ceux qui se rallient à eux. Dans des mosquées, des combattants sunnites du Mouvement du réveil, ces milices tribales retournées par les Américains pour combattre al-Qaida, l’un des rares succès de la contre-guérilla du général Petraeus, rejoignent ainsi ostensiblement les djihadistes en jurant allégeance à l’État islamique.

Des djihadistes inspirés par l’armée américaine
Mais le plus frappant est le mimétisme évident des djihadistes inspirés par l’armée américaine. Une armée contre laquelle les insurgés sunnites ont combattu pendant l’occupation de l’Irak. Masqués et équipés comme des forces spéciales américaines, ils montent des barrages routiers volants. Les automobilistes sont sortis des véhicules. Leurs identités sont contrôlées par un djihadiste muni d’un ordinateur portable où sont enregistrées les listes des membres des forces de sécurités irakiennes. Ceux qui sont identifiés sont aussitôt tués d’une balle dans la tête.

L’EIIL adopte aussi certaines méthodes de l’ennemi américain à l’instar du Hezbollah libanais, qui avait formé ses combattants au contact de l’armée israélienne pendant l’occupation du Sud-Liban dans les années 1990. Comme la guerre contre la drogue a contribué à la création d’empires mafieux, la guerre contre le terrorisme a créé à son tour un monstre d’une nouvelle dimension. L’idéologie djihadiste d’al-Qaida s’est nourrie en Irak de la vieille rivalité entre chiites et sunnites. L’occupation américaine a servi à recruter les combattants, et à leur donner une école de guérilla ; comme dans un processus darwinien, ceux qui ont survécu sont les plus adaptés. La guerre civile syrienne a fourni une expérience supplémentaire à des milliers de djihadistes. La perte de contrôle de Damas sur l’est de son territoire a enfin fourni au mouvement la base territoriale qui lui a permis de se lancer à l’attaque du nord de l’Irak.

Pour contrer l’effet de cette vidéo, le gouvernement irakien a diffusé un clip montrant un djihadiste jouant avec un serpent apprivoisé qui disparaît dans des flammes à l’arrivée d’un soldat irakien.

Voir par ailleurs:

Iran’s Shiite Militias Are Running Amok in Iraq…Obama is still pretending he hasn’t unleashed demons on the country it once could have saved
Curt 1
Mar, 2nd, 2015

Countless memories haunt me after a decade of service in Iraq. Gripping the hands of an assassin-felled member of the provisional government as the life slipped out of her body in 2003; watching al Qaeda’sbeheadings of American hostages in 2004; seeing photos of young Sunni prisoners raped and tortured by Iran-backed Shiite militias serving within the Iraqi police in 2005; and sitting helplessly at the U.S. Embassy in Baghdad as news came in of al Qaeda’s 2006 bombing of al-Askari Mosque, one of the holiest sites for Shiite Islam, ushering in the civil war.

But after countless visits to Arlington National Cemetery and Walter Reed Medical Center, nothing upsets me more than the fact that thousands of American soldiers, diplomats, intelligence officers, and contractors are now enabling and emboldening a government in Baghdad that is simply beyond redemption.

It took the fall of Iraq’s second-largest city, Mosul, for Western elites to finally begin to understand what many of us saw firsthand in the years since 2003:

The Iraqi government is hopelessly sectarian, corrupt, and generally unfit to govern what could be one of the world’s most prosperous nations. Washington’s response to the Islamic State’s (IS) advance, however, has been disgraceful: The United States is now acting as the air force, the armory, and the diplomatic cover for Iraqi militias that are committing some of the worst human rights abuses on the planet. These are “allies” that are actually beholden to our strategic foe, the Islamic Republic of Iran, and which often resort to the same vile tactics as the Islamic State itself.

The dictatorship of Saddam Hussein was branded the “Republic of Fear” due to its wanton disregard for the sanctity of human life. Saddam’s abuses were legendary: The invasion of Iran in 1980, where his forces employed chemical and biological weapons; the genocide of more than 100,000 Kurds during theAnfal campaign; the invasion of Kuwait in 1990; and 1991’s massacre of Shiites in Karbala are only a few examples of his gruesome handiwork.

Post-2003 Iraq was supposed to be different. Throughout the past decade, however, countless NGOs and international news organizations have borne witness to the accelerating pace of abuses. The Republic of Fear is being reborn.

Perhaps the most vivid and disturbing evidence that the Iraqi government simply does not share America’s core values emerged on Feb. 6. In a grainy video posted on YouTube, a three-minute horror show plays out on the front lines somewhere in Iraq. Iraqi military officers and presumably Shiite militiamen — dressed in black, skull-adorned “Sons of Anarchy” shirts — crowd an ambulance emblazoned with the Iraqi state seal. Inside, a blindfolded and hog-tied man in military fatigues pleads for mercy as the Iraqi vigilantes beat him over the head, taunting him with expletives.

“We will f— your sisters,” they shout.

“No, God,” the prisoner weeps.

One of the vigilantes picks up a metal toolbox and slams it down on the crying man, as others enter the ambulance to beat and kick the helpless prisoner. A minute into the video, the man is dragged out of the ambulance and onto the ground, still blindfolded, arms bound behind his back. A dozen fighters surround him and begin kicking him until he lies motionless, blood dripping from his head. With some yelling “enough,” a man in camouflaged trousers walks up to the prisoner and beats him over the head repeatedly with a sandal, a gesture of monumental insult. Another man, also in camouflaged trousers, leaps up twice and lands with his full weight on the detainee’s skull. A third man, in full military uniform, kicks and punches the hemorrhaging man, whose blood spills across the sand below.

In the final horrific minute, the vigilantes carry the man a few feet away and drop him to the ground. Several men armed with U.S.-supplied M4 rifles then empty several magazines — perhaps more than 100 rounds — into the man.

The video concludes with one man chillingly yelling, “Enough! What’s wrong with you?”

Any viewer capable of understanding the dialogue overlaying the savage imagery is left in utter shock. But that emotion should soon be replaced by rage, as the realization sets in that countless American lives, families, and taxpayer dollars were sacrificed — and are being risked today — to facilitate such brazen cruelty.

Twitter is abuzz with speculation about the victim’s identity. A Kurdish Peshmerga fighter? An Islamic State spy? Regardless, one thing is clear: These were 196 vivid seconds of a lynching, a field execution, an Iraqi government and Shiite militia-orchestrated war crime broadcast around the world. And the sad reality is that this killing was facilitated by the White House.

Since assuming office in 2009, President Barack Obama and his national security team have turned a blind eye toward the growing crisis in Iraq. They seem to have simply hoped that Bush’s “dumb war,” as Obama oncedescribed it, would not distract them from a domestic-driven agenda. Even as the cancer at the heart of the Iraqi government metastasized, senior American officials ignored the countless classified and open sources implicating the Iraqi government in theft, torture, rape, and ethnic cleansing — insisting that the country remained on the right track.

In 2010, Vice President Joe Biden confidently insisted that Iraq “is going to be one of the great achievements of this administration,” lauding Iraqis for “us[ing] the political process, rather than guns, to settle their differences.”

 Voir enfin:

Running Amok: A Modern Perspective on a Culture-Bound Syndrome
Manuel L. Saint Martin, M.D., J.D.
Prim Care Companion J Clin Psychiatry.
999 Jun; 1(3): 66–70.
Abstract
Running amok is considered a rare culture-bound syndrome by current psychiatric classification systems, but there is evidence that it occurs frequently in modern industrialized societies. The historical origins of running amok as a psychiatric condition are reviewed in this article, and its relevance to modern day episodes of violent behavior is discussed. Psychotic illnesses, personality disorders, and mood disorders are all possible causes of amok, and the identification and treatment of patients who are at risk for manifesting violent behavior are discussed.
The general public and the medical profession are familiar with the term running amok, the common usage of which refers to an irrational-acting individual who causes havoc. The term also describes the homicidal and subsequent suicidal behavior of mentally unstable individuals that results in multiple fatalities and injuries to others. Except for psychiatrists, few in the medical community realize that running amok is a bona fide, albeit antiquated, psychiatric condition. Although episodes of multiple homicides and suicide by individuals with presumed or known mental disorders occur with alarming regularity today, there are virtually no recent discussions in the medical literature about the recognition and treatment of these individuals before their suicidal and homicidal behavior occurs.

The psychiatric literature classifies amok as a culture-bound syndrome based on its discovery 2 centuries ago in remote primitive island tribes where culture was considered the predominant factor in its pathogenesis. The primitive groups’ geographic isolation and spiritual beliefs were thought to produce a mental illness not observed elsewhere in the world. DSM-IV,1 which is the current consensus opinion on psychiatric diagnosis, depicts amok as a cultural phenomenon that rarely occurs today. However, characterizing amok as a culture-bound syndrome ignores the fact that similar behavior has been observed in virtually all Western and Eastern cultures, having no geographical isolation. Furthermore, the belief that amok rarely occurs today is contrary to evidence that similar episodes of violent behavior are more common in modern societies than they were in the primitive cultures where amok was first observed.

HISTORICAL BACKGROUND
Amok, or running amok, is derived from the Malay word mengamok, which means to make a furious and desperate charge. Captain Cook is credited with making the first outside observations and recordings of amok in the Malay tribesmen in 1770 during his around-the-world voyage. He described the affected individuals as behaving violently without apparent cause and indiscriminately killing or maiming villagers and animals in a frenzied attack. Amok attacks involved an average of 10 victims and ended when the individual was subdued or “put down” by his fellow tribesmen, and frequently killed in the process. According to Malay mythology, running amok was an involuntary behavior caused by the “hantu belian,” or evil tiger spirit entering a person’s body and compelling him or her to behave violently without conscious awareness. Because of their spiritual beliefs, those in the Malay culture tolerated running amok despite its devastating effects on the tribe.

Shortly after Captain Cook’s report, anthropologic and psychiatric researchers observed amok in primitive tribes located in the Philippines, Laos, Papua New Guinea, and Puerto Rico. These observers reinforced the belief that cultural factors unique to the primitive tribes caused amok, making culture the accepted explanation for its pathogenesis in these geographically isolated and culturally diverse people. Over the next 2 centuries, occurrences of amok and interest in it as a psychiatric condition waned. The decreasing incidence of amok was attributed to Western civilization’s influence on the primitive tribes, thereby eliminating the cultural factors thought to cause the violent behavior. Modern occurrences of amok in the remaining tribes are almost unheard of, and reports in the psychiatric literature ceased around the mid-20th century. Inexplicably, while the frequency of and interest in amok among primitive tribes were decreasing, similar occurrences of violence in industrial societies were increasing. However, since the belief that amok is culturally induced had become deeply entrenched, its connection with modern day episodes of mass violence went unnoticed.

The following case reports illustrate the typical violent behavior reported in amok episodes in Malay tribes:

In 1846, in the province of Penang, Malaysia, a respectable elderly Malay man suddenly shot and killed 3 villagers and wounded 10 others. He was captured and brought to trial where evidence revealed that he had suddenly lost his wife and only child, and after his bereavement, he became mentally disturbed.2

In 1901, in the province of Phang, Malaysia, a 23-year-old Muslim man who was formerly a member of the police force stole a Malay sword and attacked 5 individuals while they were sleeping or smoking opium. He killed 3, almost decapitating 1 victim, and he seriously wounded the others.2
Contemporary descriptions of multiple homicides by individuals are comparable to the case reports of amok. In the majority of contemporary cases, the slayings are sudden and unprovoked and committed by individuals with a history of mental illness. News media, witnesses, and police reports describe the attackers as being odd or angry persons, suggesting personality pathology or a paranoid disorder; or brooding and suffering from an acute loss, indicating a possible depressive disorder. The number of victims in modern episodes is similar to the number in amok despite the fact that handguns and rifles are used in contrast to the Malay swords of 2 centuries ago. The outcome for the attacker is also analogous to amok, being death, suicide, and less commonly, apprehension. The following report demonstrates the resemblance between amok and contemporary violent behavior:

In 1998 in Los Angeles, Ronald Taylor, aged 46, killed 4 of his family members and a friend, and then jumped to his death from a freeway overpass. The police discovered Taylor’s victims when they went to his home to inform them of his death. Court records revealed that Taylor was experiencing financial problems, was filing for bankruptcy, and had debts of more than $64,000, including a $21,302 personal loan from his employer and a $5,547 Sears credit card debt.3
Amok was first classified as a psychiatric condition around 1849 on the basis of anecdotal reports and case studies revealing that most individuals who ran amok were mentally ill. Prior to that time, amok was studied and reported as an anthropological curiosity. Historically, observers described 2 forms of amok, but DSM-IV does not differentiate between them. The more common form, beramok, was associated with a personal loss and preceded by a period of depressed mood and brooding; while the infrequent form, amok, was associated with rage, a perceived insult, or vendetta preceding the attack. Based on these early case reports, beramok is plausibly linked to a depressive or mood disorder, while amok appears to be related to psychosis, personality disorders, or a delusional disorder.

The early case reports suggest that amok in all likelihood is not a psychiatric condition, but simply a description of violent behavior resulting from another mental illness. The multiple homicides and injuries that occur in amok may represent an unusual manifestation of a depressive condition, a psychotic illness, or a severe personality disorder. It is also probable that certain individuals are predisposed to exhibiting extremely violent behavior when they are suffering from mood disorders or personality disorders.

CONTEMPORARY EXPLANATIONS OF AMOK
From a modern perspective, amok should not be considered a culture-bound syndrome, because the only role that culture plays is in how the violent behavior is manifested. An individual’s behavior is influenced by environment and culture even in situations where those actions are the product of a mental illness. Thus, the behavior observed in amok 200 years ago in the primitive tribes will necessarily differ from that seen in contemporary cases of violent behavior. Characterizing the violent behavior in amok as the product of another mental illness dispenses with its culture-bound origins and reconciles it with the violent behavior observed in contemporary cases.

Previous psychiatric investigators also questioned the culture-bound classification of amok, indicating disagreement with the consensus opinion that was developing circa the first edition of the Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM). Pow Meng Yap,4 a psychiatrist for the Hong Kong Government, wrote in 1951 that amok behavior was preceded by a period of brooding, and if the attacker was not killed in the process, it ended when the individual became exhausted and collapsed (and frequently had amnesia for the event). Yap’s description of amok suggests a psychotic type of depressive disorder or a dissociative disorder. By the time of Yap’s comments, violent behavior similar to amok had been observed in most countries. For a condition to truly be culture bound, it could not be found in other distinct cultures, and culture must be indispensable to its pathogenesis. This has never been the case with amok, or for that matter, with most other psychiatric conditions.

Jin-Inn Teoh, a professor of psychiatry at the University of Aberdeen in London, reported in 1972 that amok behavior existed in all countries, differing only in the methods and weapons used in the attacks.5 According to Teoh, culture was a modulating factor that determined how amok was manifested, but not whether or not it occurred. The individual’s culture and the weapons available naturally influenced the method of the attack. Teoh’s report of amok was one of the last in the psychiatric literature. In the subsequent quarter century, the incidence of violent behavior similar to amok has increased dramatically in industrialized countries, surpassing its incidence in primitive cultures. This increase may be the result of better case reporting and heightened public awareness and interest in violence, combined with an increase in the psychopathology responsible for amok. Teoh’s findings and the increase in violent behavior in industrialized societies are further evidence against characterizing amok as a culture-bound syndrome.

Amok was thought to be related to suicide, a violent behavior that has never been considered a culturally bound psychiatric condition. In fact, suicide and suicidal behavior are not considered psychiatric conditions at all under present psychiatric classification systems. Suicide is a self-destructive behavior that can occur in a variety of psychopathologic states such as psychotic depression, personality disorders, and schizophrenia. In 1934, John Cooper, a professor of anthropology at Catholic University in Washington, D.C., analogized amok to suicide in an attempt to disprove its classification as a culture-bound syndrome.6 Cooper stated that neither racial, ethnic, nor environmental factors played a role in the pathogenesis of mental diseases and that amok had the same etiology in primitive and industrialized people. Cooper postulated that running amok in primitive tribes was an indirect means of committing suicide.6 Suicide was a rare occurrence in primitive cultures as opposed to industrialized societies. He thought that the same psychosocial stressors leading an industrialized European to commit suicide caused amok in the Malay tribesman.

However, Cooper’s conceptualization of amok as an expression of suicidal urges does not explain why violent behavior similar to amok is so common in Western cultures like the United States, where societal prohibitions against suicide are not strong. Cooper’s theory also implies that suicide and amok are alternate phenomena where culture determines which behavior the individual will manifest. Thus, Cooper’s characterization of amok makes culture a necessary factor in its pathogenesis, which is the premise he was attempting to disprove. Suicide and amok share common features and risk factors, but they are nevertheless distinct behaviors.

PREVENTING AMOK
Today, amok should be viewed as one possible outcome of an individual’s undiagnosed and/or untreated psychiatric condition with psychosis or severe personality pathology. Considering the large number of individuals who have psychotic psychiatric conditions, mood disorders, and personality disorders, amok is still a statistically uncommon occurrence. Nevertheless, the emotional damage that it causes to the victims, their families, and communities goes beyond its small numbers and has an enduring effect. Since it is virtually impossible to stop an amok attack without risking one’s life or limb, prevention is the only method of avoiding the damage that it causes. Table 1 shows the characteristics found in contemporary individuals who run amok.

Table 1.
Common Characteristics of Individuals Who Run Amok
Viewing amok from this new perspective dispels the commonly held perception that episodes of mass violence are random and unpredictable, and thus not preventable. Characterizing amok as the end result of a psychiatric condition reveals that, like suicidal behavior, there are risk factors that can be used to assess a patient’s potential for amok and for planning treatment.

Identification
Preventing episodes of amok requires early recognition of susceptible individuals and prompt treatment of the underlying psychopathologic condition. Medical intervention is virtually impossible once an individual is running amok, and the outcome of his or her violent behavior is no different today than it was 200 years ago before the advent of modern psychiatric diagnosis and treatment. The first step in intervention is identifying those individuals whose psychiatric conditions or psychosocial stressors predispose them to running amok. Identification entails assessing patients for risk factors that are known to be related to violent behavior.

General and family practitioners are in a unique position as frontline clinicians to identify these patients. Most individuals who manifest violent behavior similar to amok have had recent contact with medical practitioners preceding their homicidal and suicidal behavior.7 Many of these patients preferentially consult general and family practitioners instead of psychiatrists owing to the perceived stigma attached to consulting a psychiatrist, denial of their mental illness, or fear of validating their suspicion that they have a mental disorder.

The limited literature on amok concludes that psychiatric conditions, personality, pathology, and/or recent losses are all important factors in its pathogenesis. However, none of the reports has determined which particular psychiatric conditions or personality disorders are responsible for this susceptibility. Based on the psychiatric literature reports and evidence from contemporary case reports of violent behavior, the factors that should be considered as creating a risk for amok are as follows: a history of a psychotic condition, prior episodes of violent behavior or making violent threats, recent personal losses, violent suicide attempts, and significant personality traits or personality disorders. The more risk factors that a patient has, the greater that patient’s potential for acting violently. These risk factors are presented in more detail in Table 2.

Table 2.
Risk Factors for Running Amok
Each risk factor should be assessed through a history taken from the patient supplemented by information collected from family members or observations from those persons familiar with the patient and his or her situation such as friends, neighbors, coworkers, and employers. Medical records obtained from prior health care providers are also useful for uncovering precursors of amok behavior. Patients with psychotic disorders may not be capable of providing reliable and coherent information, while those with personality disorders may minimize or conceal their violent impulses and past behavior. An ongoing interpersonal conflict, especially occurring in school or at work, should be regarded as a significant warning sign for a potential amok episode. Many of the risks factors for amok are similar to those for suicide, and the 2 behaviors frequently converge when the individual’s intent is to kill himself or herself following a homicidal spree. The most significant risk factors for suicide are presented in Table 3 for comparison.

Table 3.
Risk Factors for Suicide
Treatment of Underlying Conditions
The second step in intervention is treating the patient’s underlying psychiatric condition or personality disorder so that running amok never occurs. A primary care practitioner can initiate medical intervention in patients who are susceptible to running amok, but it should be supplemented with a prompt referral for psychiatric or psychological evaluation and treatment, because these patients pose complicated and challenging clinical management cases. The treatment can also be initiated by a nonmedical source through a referral to an employee assistance program, the patient’s health insurance provider, or a community mental health clinic. Involuntary psychiatric hospitalization is an option for those patients who are imminently suicidal or homicidal as a result of their mental condition, but patients whose risk factors do not include a major mental illnesses may not qualify for involuntary treatment. This is typically the case with patients who have personality disorders.

Proper treatment of the patient at risk for running amok requires that the clinician make an accurate diagnosis that can be used to determine which treatment modalities are best suited for each patient. To date, there is no medication that has been proven to specifically treat violent behavior, and since violence results from multiple factors, it is unlikely that any such medication will be developed in the near future. The mass violence observed in running amok may be caused by a variety of psychiatric conditions, and medical treatment should therefore be aimed at a diagnosable mental disorder or a personality disorder. In general, depressive disorders can be treated with antidepressants and supportive psychotherapy. Antidepressants are effective in alleviating depressive symptoms and depressive disorders in 85% of cases.7 Antidepressants should be started in therapeutic doses, and the patient should be monitored for symptom improvement within 6 to 8 weeks. The selective serotonin reuptake inhibitors should be the first-line treatment choice because of their rapid therapeutic response as compared with tricyclic antidepressants and evidence that serotonin depletion plays a role in suicidal and violent behavior.8 The supportive psychotherapeutic goal is to prevent violent behavior, and the clinician should take an active role in the therapy and enlist the help of the patient’s family and social support network. If the patient has signs of psychosis along with the depressive disorder, then an initial treatment period with antipsychotic medications may be necessary until the antidepressant’s mood-elevating effect is achieved. While most patients can be managed in outpatient settings, those with severe psychotic symptoms or with homicidal or suicidal urges occurring during their depressive illness may require hospitalization.

Patients who have psychotic disorders such as paranoid schizophrenia or delusional disorder should be treated with antipsychotic medications. Antipsychotic agents are effective in reducing the thought disorder, hallucinations, and delusions in schizophrenia, mania, and nonspecific psychotic disorders.9 The antipsychotic agents are only modestly effective in controlling violent behavior resulting from nonpsychotic conditions such as borderline personality and antisocial personality disorders.10 Anticonvulsants have been used and found effective to control violent behavior in limited series of patients.11 However, their use, like that of the other medications discussed for treating violent behavior, is still considered experimental and off-label.12 The only exception to the general statement regarding off-label usage is when anticonvulsants such as valproate or carbamazepine are used to treat violent behavior associated with mania. The antimanic agent lithium is still the first line of treatment for bipolar disorder and mania. Hospitalization may be necessary to prevent these patients from harming themselves or others, and most state laws provide for involuntary commitments. After hospitalization, or if the symptoms do not warrant it, partial hospitalization and day treatment programs are useful as a means of monitoring patients’ behavior and adjusting their medications in response to it.
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SUMMARY
In summary, running amok should no longer be considered an archaic culture-bound syndrome. A more useful and modern approach is that amok represents an extreme form of violent behavior occurring as a result of a mental disorder, personality pathology, and psychosocial stressors. Early recognition of the risk factors for amok and prompt treatment of the underlying psychiatric condition or personality disorder offer the best chance of preventing it. Finally, conceptualizing the mass violence of amok as the manifestation of another mental disorder provides a framework in which future occurrences of mass violence can be analyzed.

Drug names: carbamazepine (Tegretol and others), lithium (Eskalith and others).
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REFERENCES
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Eclipse solaire 2015: Par quelle pensée magique ou peur digne du Moyen Age certains adultes vont parquer les enfants à l’abri du Soleil ? (No eclipse, please, we’re French)

20 mars, 2015
https://anilmachado.files.wordpress.com/2012/05/islam.jpg?w=451&h=353https://i1.wp.com/md1.libe.com/photo/724403-dessin-lepithec-eclipse.jpgUne observation directe du soleil sans protection adéquate peut engendrer des lésions oculaires graves et irréversibles. La seule vraie prévention est de ne pas regarder le soleil. En conséquence, il est recommandé d’éviter que les élèves et les personnels de votre établissement soient tentés d’observer le phénomène en se trouvant à l’extérieur des bâtiments pendant cette période. Inspection académique du Val-d’Oise
Les élèves présents dans l’établissement ne pourront pas observer l’éclipse, ils seront confinés dans les bâtiments. Des pauses seront effectuées dans les classes en remplacement de la récréation. Les cours d’EPS de la matinée se dérouleront en salle vidéo. Consignes du Rectorat de Metz
Lunettes ou pas lunettes, nuages ou pas nuages, il est une forteresse de notre société qui n’entend pas se laisser entraîner dans un enthousiasme scientifique possiblement délétère pour les précieux petits yeux de ses ouailles. Je parle bien sûr du ministère de l’Education nationale. Dans sa très grande sagesse de protecteur, non pas du savoir, mais de l’intégrité physique et morale de nos enfants, il a décidé de les confiner dans leur classe pendant la récréation, qui tombe, Ô merveille (Ô malheur et catastrophe, se dit le ministère), au moment de l’éclipse maximale. On va aboutir à la situation ridicule où tout le monde sera de sortie entre 9 h 30 et 11 h 30, sauf  les élèves, plus calfeutrés que jamais dans leur établissement scolaire, plus éloignés que jamais d’une occasion unique de découvrir en direct une des subtilités de l’univers, plus ballotés que jamais entre leur curiosité naturelle complètement bridée et des décisions administratives étroites et hors sujet. Rien n’est trop beau pour la semaine de l’Education contre le racisme et l’antisémitisme qui a justement lieu en ce moment (du 16 au 21 mars). C’est pourquoi je parlais de l’intégrité morale de nos enfants, qui semble être devenue l’unique préoccupation pédagogique de la ministre de l’Education nationale. Le projet de réforme du collège envisagé pour 2016 confirme du reste un terrible abandon des savoirs fondamentaux. Mais rien ne sera tenté pour faire avancer les élèves sur le chemin du savoir au prétexte fallacieux des lésions oculaires. Tant pis pour eux, et c’est bien dommage, car la prochaine éclipse visible depuis la France avec ce degré d’occultation n’aura pas lieu avant 2026 ! (…) On est purement et simplement dans le contrôle de l’Etat sur nos gestes et nos attitudes. Peut-on imaginer plus intrusif ? Peut-on imaginer plus absurde ? C’était ma troisième éclipse du vendredi 20 mars 2015 : après l’éclipse du soleil et l’éclipse du savoir, l’éclipse de la raison. Et le sentiment de plus en plus net d’être gouvernée par des fous du contrôle. Ce n’est pas la loi sur le renseignement présentée hier en Conseil des ministres qui pourrait me rassurer sur ce point. Faudra-t-il prochainement en France déplorer l’éclipse de toutes nos libertés individuelles une par une ? Nathalie MP
Dès lors que des moyens sûrs et simplissimes d’observer l’éclipse existent, pourquoi certaines circonscriptions ou écoles interdisent aux élèves d’observer le phénomène ? Par quelle pensée magique ou peur digne du Moyen Age certains adultes vont parquer les enfants à l’abri du Soleil ? Notre société est-elle à ce point malade que personne ne fait la différence entre le plan Vigipirate et une éclipse ? A ces messieurs qui prétendent protéger nos enfants, sachez plusieurs choses. Premièrement, hier en Ile-de-France le taux de pollution aux particules fines a été scandaleusement élevé. Que n’a t-on alerté les familles et les enfants de ne plus respirer, afin de garder la santé ? Alors que les embouteillages fleurissaient en toute impunité, que ne les a-t-on informés de ce danger quotidien ? Secondement, les sorties scolaires à la piscine sont notoirement dangereuses : outre les passages piétons létaux, qui pourrait dire que respirer dans l’eau est possible ? Nos enfants frôlent la mort à chaque brasse, et personne ne s’en alarme ? Quelles mesures sont engagées pour contrer ces risques majeurs ? Peu… Heureusement, un risque a bien été identifié et correctement traité, celui de la très dangereuse éclipse ! Comment former l’esprit critique de nos enfants, citoyens de demain, si notre société actuelle post-Charlie, déjà bien traumatisée, ne leur propose que des remèdes infantilisants et injustifiés – ici, se cacher dans une classe pour ne pas observer l’éclipse ? Certains cadres de notre pays sont-ils à ce point incultes scientifiquement qu’ils ignorent la capacité essentiellement sans limite de curiosité et de passion des élèves exposés à des phénomènes naturels de toute nature (de la structure d’un cheveu à la moisissure, de la fourmi jusqu’à l’éclipse) ? Nos jeunes générations ont aussi droit à être exposées, dans tous les domaines, à la découverte, la passion, l’expérimentation. Hervé Dole

Attention: un obscurantisme peut en cacher un autre !

En cette journée où pour la première fois depuis et avant longtemps …

Nos enfants devraient pouvoir « goûter à l’excitation » d’assister à une manifestation unique du « grand ballet cosmique » …

Comment, avec l’astrophysicien Hervé Dole, ne pas être atterré devant l’obscurantisme carrément moyenageux d’un ministère de l’Education nationale …

Qui après avoir flouté ses manuels scolaires

Et s’être largement couché (pas d’amalgame et surtout de vagues, s’il vous plait !) devant la loi islamique suite aux attentats et au prétendu sursaut républicain de janvier dernier …

Et avant son apparent revirement de dernière minute avant-hier  …

Avait ordonné le cloîtrement de nos enfants, tous rideaux fermés, dans leurs salles de classe ?

Eclipse : non à l’obscurantisme dans certaines écoles de la République !
Hervé Dole
Le Monde
19.03.2015

Vendredi matin, entre environ 9 h 30 et 11 h 30 en France métropolitaine, aura lieu une éclipse partielle de Soleil, durant laquelle la Lune masquera en grande partie notre étoile – jusqu’à 80 % lors du maximum vers 10 h 30. Ce phénomène naturel est assez impressionnant à voir, surtout quand c’est la première fois qu’il est observé, par exemple par des enfants. Cela tombe bien, cette éclipse aura lieu durant le temps scolaire, voire même durant la récréation : idéal pour les élèves des écoles élémentaires. Bon nombre d’enseignants prennent cette opportunité rare pour proposer à leurs élèves d’effectuer de véritables observations, avec leurs aléas possibles – ainsi en est-il de toute mesure ou expérience scientifique. Quelle chance de pouvoir, à peu de frais et dans le cadre scolaire, goûter à l’excitation d’assister à un phénomène unique, de comparer prédictions et observations, et de tenter de comprendre ce grand ballet cosmique ?

Des précautions doivent évidemment être prises. L’observation directe du Soleil est interdite – sous peine de lésions oculaires irréversibles – en toute occasion, et pas seulement durant une éclipse. A moins, comme quelques écoles, de disposer de lunettes spéciales « éclipse » qui, elles seules, à l’exclusion de tout autre moyen, absorbent les rayons UV, infrarouges et visibles, comment observer le phénomène ? Simplement par projection, c’est-à-dire en regardant sur le sol les ombres portées par nos doigts croisés, ou des écumoires, ou passoires, ou encore des feuilles cartonnées dans lesquelles sont pratiqués des petits trous au compas ou au stylo-bille. Vous serez émerveillés de voir que les ombres prennent la forme… d’un Soleil éclipsé ! On peut même dessiner la forme sur une feuille de papier déposée sur le sol, et observer la progression du phénomène. Rester dans une classe est également possible, si les rideaux tirés laissent passer quelques rais de lumière qui formeront sur le sol l’image tant convoitée. De nombreux sites Internet, et même une BD, illustrent ces conseils.

Par quelle pensée magique ou peur digne du Moyen Age certains adultes vont parquer les enfants à l’abri du Soleil ?
Dès lors que des moyens sûrs et simplissimes d’observer l’éclipse existent, pourquoi certaines circonscriptions ou écoles interdisent aux élèves d’observer le phénomène ? Par quelle pensée magique ou peur digne du Moyen Age certains adultes vont parquer les enfants à l’abri du Soleil ? Notre société est-elle à ce point malade que personne ne fait la différence entre le plan Vigipirate et une éclipse ? A ces messieurs qui prétendent protéger nos enfants, sachez plusieurs choses. Premièrement, hier en Ile-de-France le taux de pollution aux particules fines a été scandaleusement élevé. Que n’a t-on alerté les familles et les enfants de ne plus respirer, afin de garder la santé ? Alors que les embouteillages fleurissaient en toute impunité, que ne les a-t-on informés de ce danger quotidien ? Secondement, les sorties scolaires à la piscine sont notoirement dangereuses : outre les passages piétons létaux, qui pourrait dire que respirer dans l’eau est possible ? Nos enfants frôlent la mort à chaque brasse, et personne ne s’en alarme ? Quelles mesures sont engagées pour contrer ces risques majeurs ? Peu… Heureusement, un risque a bien été identifié et correctement traité, celui de la très dangereuse éclipse !

Comment former l’esprit critique de nos enfants, citoyens de demain, si notre société actuelle post-Charlie, déjà bien traumatisée, ne leur propose que des remèdes infantilisants et injustifiés – ici, se cacher dans une classe pour ne pas observer l’éclipse ? Certains cadres de notre pays sont-ils à ce point incultes scientifiquement qu’ils ignorent la capacité essentiellement sans limite de curiosité et de passion des élèves exposés à des phénomènes naturels de toute nature (de la structure d’un cheveu à la moisissure, de la fourmi jusqu’à l’éclipse) ? Nos jeunes générations ont aussi droit à être exposées, dans tous les domaines, à la découverte, la passion, l’expérimentation.

Un seul remède : sortez tous voir l’éclipse. Faites des ombres chinoises avec vos doigts et regardez les ombres, vous ne le regretterez pas ; partagez le mot et les images, soyez curieux du monde qui vous entoure.

Hervé Dole, astrophysicien, professeur à l’université Paris-Sud et directeur adjoint de l’Institut d’astrophysique spatiale (CNRS et Paris-Sud), et conseiller municipal d’Orsay.

Voir aussi:

Vendredi matin, la Lune passera devant le Soleil, masquant les trois quarts de sa surface sous nos yeux ébahis. Un passionnant phénomène astronomique que cette éclipse partielle, et qui ne se reproduira pas à une telle ampleur avant onze ans. N’est-ce pas l’occasion rêvée d’organiser des activités scientifiques pour les enfants ? Leur expliquer le fonctionnement d’une étoile, la différence avec un satellite naturel, le principe d’une orbite ? Non, attends, j’ai une meilleure idée. On n’a qu’à enfermer tous les mômes de France dans une pièce, fermer les volets et leur passer un Disney. Ha ! Bien fait pour eux.

Inutile de faire ces grands yeux effarouchés ; cette idée sadique n’est même pas sortie de notre imagination. C’est le message qu’a envoyé cette semaine l’inspection académique du Val-d’Oise à ses établissements scolaires : «Une observation directe du soleil sans protection adéquate peut engendrer des lésions oculaires graves et irréversibles. La seule vraie prévention est de ne pas regarder le soleil. En conséquence, il est recommandé d’éviter que les élèves et les personnels de votre établissement soient tentés d’observer le phénomène en se trouvant à l’extérieur des bâtiments pendant cette période.»

Dessin du blogueur BD Sylvain Rivaud, qui résume très bien la situation.

Et les petits Valdoisiens ne seront pas les seuls punis, d’après les témoignages que parents d’élèves et professeurs choqués transmettent à Libération. Dans l’académie de Nancy-Metz, par exemple, les collégiens sont rentrés à la maison munis d’un mot du Principal ainsi rédigé : «Les élèves présents dans l’établissement ne pourront pas observer l’éclipse, ils seront confinés dans les bâtiments. Des pauses seront effectuées dans les classes en remplacement de la récréation. Les cours d’EPS de la matinée se dérouleront en salle vidéo». Rien de tel pour convaincre les enfants ainsi cloîtrés que hors les murs, un rayonnement extraterrestre mortel est en train de décimer la population.

Comment observer l’éclipse à l’école sans danger

Si les inspections académiques ont raison de dire que l’observation du Soleil à l’œil nu est dangereuse, il n’est pas indispensable pour autant d’enfermer tout le monde en salle de classe. Comme ce n’est pas une éclipse totale, la baisse de luminosité ne sera pas assez importante pour qu’on la remarque : les enfants non prévenus ne se rendront même pas compte qu’il se passe quelque chose au-dessus de leur tête ! Aux élèves d’école maternelle, on peut donc choisir de ne rien dire du tout. Pendant qu’ils joueront dans la cour, personne n’aura l’idée saugrenue de se mettre à fixer notre étoile. En plus, ça fait mal aux yeux, et les tout-petits ne sont pas du genre à combattre le réflexe qui les pousse à détourner le regard.

En primaire, au collège et au lycée, il serait vraiment dommage de ne pas profiter de l’occasion pour organiser une observation pédagogique de l’éclipse. Problème : il y a une pénurie de lunettes de protection spéciales éclipse assez généralisée en France (et puis le temps presse). Solutions : plein !

Le sténopé

Il suffit d’observer le soleil indirectement. La méthode la plus simple est la mise en place d’un sténopé, ce procédé vieux comme le monde qui permet de former une image inversée de la réalité en faisant passer les rayons lumineux par un petit trou.

Prenez un morceau de carton, un couvercle de boîte à chaussures ou, encore mieux, une canette en aluminium comme le suggère le bédéblogueur Sylvain Rivaud. Percez-y un trou bien propre à l’aide d’un clou (entre 2 et 3 millimètres de diamètre). Orientez le carton ou le métal vers le Soleil, et fixez-le. Placez une surface unie (comme une feuille) un ou deux mètres plus loin : la forme du Soleil y apparaîtra. Et quand la Lune viendra le grignoter, elle s’amincira en direct !

Mode d’emploi par Sylvain Rivaud.

Et voilà le travail. C’est tout petit, mais on voit bien ! (Photo reedwade, CC BY SA)

NB : ça marche aussi avec les doigts de la main.

La projection

Plus impressionnante, la technique de la projection permet d’obtenir une image nette et précise du Soleil. On utilise pour cela un télescope (et puis quoi encore ?), une lunette astronomique, une longue-vue (pas facile) ou des jumelles (aucune excuse). L’appareil est braqué vers le soleil, et une feuille blanche placée de l’autre côté. Magie, ça marche !

On fera en revanche très attention à ne laisser personne d’autre que le professeur manipuler les jumelles, et qu’aucun enfant ne puisse mettre son œil derrière l’oculaire.

La magie de l’Internet

Si vous tenez vraiment à suer dans une salle de classe alors que Météo France prévoit plutôt du beau temps, il est toujours possible de suivre l’éclipse sur un vidéoprojecteur.

Le site Slooh sera connecté aux îles Féroé (au Sud de l’Islande) d’où l’éclipse sera totale : le direct vidéo commencera à 9h30. A la même heure, les scientifiques du projet Virtual Telescope filmeront et diffuseront eux aussi l’éclipse en direct. Vu les télescopes de compétition qu’ils ont à leur disposition, les images risquent d’être magnifiques (et la vidéo sera sûrement mise en ligne après coup sur YouTube).

Objectif pas de regrets

Si vos enfants rentrent chez eux vendredi sans avoir vu l’éclipse alors que même leur chat s’est offert une observation à domicile grâce aux stores de la fenêtre, ça sera vraiment la honte.

Finalement, les élèves français ont permis d’éclipse
Camille GÉVAUDAN

Libération

19 mars 2015

A CHAUD

Après avoir conseillé aux écoles et collèges de cloîtrer leurs élèves en classe vendredi matin, l’Éducation nationale décide à la dernière minute d’assouplir ses consignes, et d’encourager les classes à observer le phénomène astronomique.

Jamais on n’aurait cru qu’il puisse y avoir autant de rebondissements dans l’histoire d’une éclipse solaire. Après avoir conseillé aux écoles et collèges de cloîtrer leurs élèves en classe, après avoir essuyé la frustration de nombreux parents et professeurs puis été grondée par les syndicats enseignants, voilà que l’Education nationale décide à la dernière minute d’assouplir ses consignes, et d’encourager les classes à observer l’éclipse.

Jusqu’à aujourd’hui, les directives envoyées aux directeurs d’établissement par les inspections académiques étaient alarmistes et anxiogènes. Pour éviter les brûlures de rétine chez les enfants têtus et trop tentés de planter leur regard sur notre étoile, «les élèves seront confinés dans les bâtiments, a-t-on ainsi averti les parents d’élèves dans l’Académie de Nancy-Metz. Des pauses seront effectuées dans les classes en remplacement de la récréation. Les cours d’EPS de la matinée se dérouleront en salle vidéo.» Même dans les crèches, où les bambins sont évidemment trop jeunes pour avoir l’idée d’«observer» le soleil, c’est la panique à bord : «Les rideaux occultants seront baissés partout où les fenêtres sont équipées et en particulier chez les « grands »», prévient-on à Paris.

Bien que prévenue à l’avance du phénomène solaire par de nombreux professeurs enthousiastes, l’Education nationale a clairement été dépassée par la situation. La semaine dernière, il était déjà trop tard pour équiper des dizaines d’élèves en lunettes de protection spéciales. Dans la précipitation et devant l’inquiétude des parents, les services d’éducation régionaux ont donc préféré tout verrouiller pour éviter le moindre risque d’accident.

Mais les parents et instituteurs déçus ont réussi à faire remonter le message : il est parfaitement possible d’observer l’éclipse sans lunettes ! Le SNUipp-FSU, syndicats des professeurs des écoles, a donc envoyé une lettre à la ministre Najat Vallaud-Belkacem en début d’après-midi : «S’il est tout à fait nécessaire d’informer largement sur les mesures de précaution, il est également essentiel d’autoriser l’observation de l’éclipse lorsque celle-ci a été préparée en respectant les règles de sécurité. Nous souhaitons que les directeurs et les équipes enseignantes soient soutenus et épaulés en ce sens. Ils sont des professionnels aptes à mesurer les risques et les intérêts d’une activité pédagogique.»

L’éclipse durera deux heures au total. Il est parfaitement possible, par exemple, de faire sortir les élèves en petits groupes pour qu’ils soient bien surveillés durant les activités d’observation.

Le ministère de l’Education nationale a bien reçu le message, et y a répondu à 18 heures par un communiqué : «Dans le cadre de leurs activités pédagogiques, les écoles et les établissements peuvent organiser l’observation de ce phénomène astronomique exceptionnel en mettant à la disposition des élèves des lunettes portant le marquage CE de conformité ou en utilisant des dispositifs simples et appropriés (sténopés, solarscopes, …). Ces initiatives sont vivement encouragées.»

«Vivement encouragées» : quel retournement de situation ! Ces nouvelles consignes «ont été diffusées à l’ensemble des personnels d’encadrement de l’Éducation nationale» : les écoles se sentant capables d’organiser des activités autour de l’éclipse sont donc désormais officiellement autorisées à le faire. Des explications sur les méthodes d’observation sont disponibles sur Educsol.

Vivement demain !

Voir enfin:

Paignton school pupils banned from watching eclipse outside

BBC

19 March 2015

School children have been banned from watching Friday’s solar eclipse outside over fears they may stare at the sun.

Pupils at Oldway Primary School in Paignton, Devon, will watch inside on televisions or the internet instead.

Head teacher Jane Smythe said she had 700 children to look after and she « could not guarantee that they would not look at the sun ».

Some parents said it was « bizarre », « a shame » and a « missed opportunity » for the pupils.

On Friday, the UK will experience a partial solar eclipse – the moon will pass in front of the sun, blotting out up to 98% of its disc and putting much of the UK into a morning twilight.

‘Potentially blinded’Ms Smythe said: « If parents want to keep their children home to watch the eclipse and then bring them in afterwards that is fine. »

Parent Sophie Bertorelli said: « It’s a bit of a shame having to watch it on a computer. I would have thought they would have maybe supplied some protective glasses. »

But another parent, Fiona Bullman, said: « It’s too much of a risk. You can’t risk 700 children potentially being blinded. Unless there’s one adult to one child, you can’t [risk it]. »

Pupils can arrive late for class if parents want them to watch the eclipse at home, the headteacher said
A spokesman from Devon County Council said: « Obviously the eclipse is timed to start when many children are still on their way to school so we’ll be advising head teachers to tell them not to look at the sun without sufficient protection. »

Torbay Council said it had not sent out any guidance to schools.

The Department for Education said it was a matter for individual schools.

Voir par ailleurs:

Sanction levée pour le professeur suspendu après avoir montré en classe des caricatures
Le Monde.fr avec AFP
22.01.2015

Il n’y aura pas de sanction prise à l’encontre du professeur d’un collège de Mulhouse qui avait été suspendu après un incident avec des élèves, auxquels il avait montré des caricatures de Mahomet. « J’ai décidé qu’il n’y aurait pas de procédure disciplinaire », a déclaré, jeudi 22 janvier, Jacques-Pierre Gougeon, recteur de l’académie de Strasbourg, effectuant une volte-face.

Dans un premier temps, en effet, ce professeur d’arts plastiques du collège François-Villon, situé dans une zone d’éducation prioritaire (ZEP), avait été suspendu pour quatre mois. Il lui était reproché d’avoir fait circuler dans une classe de quatrième des caricatures montrant Mahomet nu, jeudi 8 janvier, au lendemain de l’attentat qui a visé la rédaction de Charlie Hebdo.

Le cours prend alors des allures de joute verbale entre le professeur et quelques collégiens. Dès le lendemain, des parents d’élèves protestent. Une mère d’élève serait venue montrer à la principale de l’établissement un texte échangé entre parents et dans lequel certains « appellent à manifester si le professeur reste là ».

ENSEIGNANT SANCTIONNÉ

Le cours « n’était pas maîtrisé, c’était violent », juge alors le recteur de l’académie, sur la base des témoignages d’une « vingtaine d’élèves ». L’enseignant s’est comporté « sans stratégie pédagogique », renchérit un cadre du rectorat. « Elèves et parents ont été choqués. » La sanction tombe rapidement : quatre mois de suspension. « La décision de le suspendre n’a pas été prise à la légère, explique alors le recteur. C’est une mesure visant à veiller au bon fonctionnement du service public, à protéger la communauté éducative et l’enseignant lui-même. »

La suspension du professeur suscite à son tour une vive émotion parmi ses collègues de la région. Quelque deux cents enseignants se rassemblent, mardi 20 janvier, à Mulhouse devant la sous-préfecture pour manifester leur soutien au professeur, et un appel à la grève est lancé par une intersyndicale pour la journée de vendredi 23 janvier dans toute l’académie.

MENACE DE GRÈVE

Le rectorat prend alors la décision de revenir sur la sanction. Après un rapport remis la veille par deux inspecteurs envoyés à Mulhouse, le rectorat a finalement décidé de lever la sanction. Le recteur a précisé avoir tenu compte du dossier pédagogique du professeur, « un enseignant engagé qui a toujours œuvré dans l’éducation prioritaire ».

« Il y a eu un phénomène d’émotion, mais cela n’implique pas une sanction, ce serait trop », a souligné le recteur, qui adressera, cette fois « une lettre de rappel à la loi » à l’enseignant, soulignant que «  dans un contexte particulier, il faut faire attention aux mots que l’on utilise ».

Le professeur, « à sa demande », ne retournera pas dans son établissement, mais ira enseigner ailleurs. Quant à la grève, elle « n’a plus lieu d’être puisque nous avons obtenu gain de cause », tranche José Pozuelo, secrétaire départemental au SNES-FSU (Syndicat national des enseignements de second degré-Fédération syndicale unitaire). « La raison l’a donc emporté », a commenté le syndicat dans un communiqué, tout en regrettant que « la mise en cause d’un professeur sur une rumeur et la précipitation à lui imputer une faute, sans l’avoir entendu, [aient] conduit à une sorte de scandale public. »


Etats-Unis: Comment le lac Reagan a viré au rouge (Red states vs. blue states: How the election that wouldn’t end gave us a new political shorthand)

8 mars, 2015


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Le drapeau rouge est un pavillon de terreur qui n’a jamais fait que le tour du Champ-de-Mars, tandis que le drapeau tricolore a fait le tour du monde, avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie! Lamartine
Dans la Rome antique, les yeux bleus étaient une disgrâce, voire, pour une femme, un signe de débauche. Au Moyen Age, la mariée était en rouge, mais aussi les prostituées. On le devine déjà : les couleurs en disent long sur nos ambivalences. Elles sont de formidables révélateurs de l’évolution de nos mentalité. Dominique Simmonet
Au XIIe siècle, la Vierge devient le principal agent de promotion du bleu Depuis que l’on dispose d’enquêtes d’opinion, depuis 1890 environ, le bleu est en effet placé au premier rang partout en Occident, en France comme en Sicile, aux Etats-Unis comme en Nouvelle-Zélande, par les hommes comme par les femmes, quel que soit leur milieu social et professionnel. C’est toute la civilisation occidentale qui donne la primauté au bleu, ce qui est différent dans les autres cultures: les Japonais, par exemple, plébiscitent le rouge. Pourtant, cela n’a pas toujours été le cas. Longtemps, le bleu a été mal aimé. Il n’est présent ni dans les grottes paléolithiques ni au néolithique, lorsque apparaissent les premières techniques de teinture. Dans l’Antiquité, il n’est pas vraiment considéré comme une couleur; seuls le blanc, le rouge et le noir ont ce statut. A l’exception de l’Egypte pharaonique, où il est censé porter bonheur dans l’au-delà, d’où ces magnifiques objets bleu-vert, fabriqués selon une recette à base de cuivre qui s’est perdue par la suite, le bleu est même l’objet d’un véritable désintérêt. (…) mais la couleur bleue est difficile à fabriquer et à maîtriser, et c’est sans doute la raison pour laquelle elle n’a pas joué de rôle dans la vie sociale, religieuse ou symbolique de l’époque. A Rome, c’est la couleur des barbares, de l’étranger (les peuples du Nord, comme les Germains, aiment le bleu). De nombreux témoignages l’affirment: avoir les yeux bleus pour une femme, c’est un signe de mauvaise vie. Pour les hommes, une marque de ridicule. On retrouve cet état d’esprit dans le vocabulaire: en latin classique, le lexique des bleus est instable, imprécis. Lorsque les langues romanes ont forgé leur vocabulaire des couleurs, elles ont dû aller chercher ailleurs, dans les mots germanique (blau) et arabe (azraq). Chez les Grecs aussi, on relève des confusions de vocabulaire entre le bleu, le gris et le vert. L’absence du bleu dans les textes anciens a d’ailleurs tellement intrigué que certains philologues du XIXe siècle ont cru sérieusement que les yeux des Grecs ne pouvaient le voir! (…) à l’exception du saphir, pierre préférée des peuples de la Bible, il y a peu de place pour le bleu. Cette situation perdure au haut Moyen Age: les couleurs liturgiques, par exemple, qui se forment à l’ère carolingienne, l’ignorent (elles se constituent autour du blanc, du rouge, du noir et du vert). Ce qui laisse des traces encore aujourd’hui: le bleu est toujours absent du culte catholique… Et puis, soudain, tout change. Les XIIe et XIIIe siècles vont réhabiliter et promouvoir le bleu. (…) Il n’y a pas à ce moment-là de progrès particulier dans la fabrication des colorants ou des pigments. Ce qui se produit, c’est un changement profond des idées religieuses. Le Dieu des chrétiens devient en effet un dieu de lumière. Et la lumière est… bleue! Pour la première fois en Occident, on peint les ciels en bleu – auparavant, ils étaient noirs, rouges, blancs ou dorés. Plus encore, on est alors en pleine expansion du culte marial. Or la Vierge habite le ciel… Dans les images, à partir du XIIe siècle, on la revêt donc d’un manteau ou d’une robe bleus. La Vierge devient le principal agent de promotion du bleu. (…) Il y a une seconde raison à ce renversement: à cette époque, on est pris d’une vraie soif de classification, on veut hiérarchiser les individus, leur donner des signes d’identité, des codes de reconnaissance. Apparaissent les noms de famille, les armoiries, les insignes de fonction… Or, avec les trois couleurs traditionnelles de base (blanc, rouge, noir), les combinaisons sont limitées. Il en faut davantage pour refléter la diversité de la société. Le bleu, mais aussi le vert et le jaune, va en profiter. On passe ainsi d’un système à trois couleurs de base à un système à six couleurs. C’est ainsi que le bleu devient en quelque sorte le contraire du rouge. Si on avait dit ça à Aristote, cela l’aurait fait sourire! Vers 1140, quand l’abbé Suger fait reconstruire l’église abbatiale de Saint-Denis, il veut mettre partout des couleurs pour dissiper les ténèbres, et notamment du bleu. On utilisera pour les vitraux un produit fort cher, le cafre (que l’on appellera bien plus tard le bleu de cobalt). De Saint-Denis ce bleu va se diffuser au Mans, puis à Vendôme et à Chartres, où il deviendra le célèbre bleu de Chartres. Omniprésent, consensuel, le bleu est devenu une couleur raisonnable (…) le bleu, divinisé, s’est répandu non seulement dans les vitraux et les oeuvres d’art, mais aussi dans toute la société: puisque la Vierge s’habille de bleu, le roi de France le fait aussi. Philippe Auguste, puis son petit-fils Saint Louis seront les premiers à l’adopter (Charlemagne ne l’aurait pas fait pour un empire!). Les seigneurs, bien sûr, s’empressent de les imiter… En trois générations, le bleu devient à la mode aristocratique. La technique suit: stimulés, sollicités, les teinturiers rivalisent en matière de nouveaux procédés et parviennent à fabriquer des bleus magnifiques. (…) Les conséquences économiques sont énormes: la demande de guède, cette plante mi-herbe, mi-arbuste que l’on utilisait dans les villages comme colorant artisanal, explose. Sa culture devient soudain industrielle, et fait la fortune de régions comme la Thuringe, la Toscane, la Picardie ou encore la région de Toulouse. On la cultive intensément pour produire ces boules appelées «coques», d’où le nom de pays de cocagne. C’est un véritable or bleu! On a calculé que 80% de la cathédrale d’Amiens, bâtie au XIIIe siècle, avait été payée par les marchands de guède! A Strasbourg, les marchands de garance, la plante qui donne le colorant rouge, étaient furieux. Ils ont même soudoyé le maître verrier chargé de représenter le diable sur les vitraux pour qu’il le colorie en bleu, afin de dévaloriser leur rival. [la guerre entre le bleu et le rouge] durera jusqu’au XVIIIe siècle. A la fin du Moyen Age, la vague moraliste, qui va provoquer la Réforme, se porte aussi sur les couleurs, en désignant des couleurs dignes et d’autres qui ne le sont pas. La palette protestante s’articule autour du blanc, du noir, du gris, du brun… et du bleu. (…) Comparez Rembrandt, peintre calviniste qui a une palette très retenue, faite de camaïeux, et Rubens, peintre catholique à la palette très colorée… Regardez les toiles de Philippe de Champaigne, qui sont colorées tant qu’il est catholique et se font plus austères, plus bleutées, quand il se rapproche des jansénistes… Ce discours moral, partiellement repris par la Contre-Réforme, promeut également le noir, le gris et le bleu dans le vêtement masculin. Il s’applique encore de nos jours. Sur ce plan, nous vivons toujours sous le régime de la Réforme. (…) Au XVIIIe siècle, il devient la couleur préférée des Européens. La technique en rajoute une couche: dans les années 1720, un pharmacien de Berlin invente par accident le fameux bleu de Prusse, qui va permettre aux peintres et aux teinturiers de diversifier la gamme des nuances foncées. De plus, on importe massivement l’indigo des Antilles et d’Amérique centrale, dont le pouvoir colorant est plus fort que l’ancien pastel et le prix de revient, plus faible que celui d’Asie, car il est fabriqué par des esclaves. Toutes les lois protectionnistes s’écroulent. L’indigo d’Amérique provoque la crise dans les anciennes régions de cocagne, Toulouse et Amiens sont ruinés, Nantes et Bordeaux s’enrichissent. Le bleu devient à la mode dans tous les domaines. Le romantisme accentue la tendance: comme leur héros, Werther de Goethe, les jeunes Européens s’habillent en bleu, et la poésie romantique allemande célèbre le culte de cette couleur si mélancolique – on en a peut-être gardé l’écho dans le vocabulaire, avec le blues… En 1850, un vêtement lui donne encore un coup de pouce: c’est le jean, inventé à San Francisco par un tailleur juif, Levi-Strauss, le pantalon idéal, avec sa grosse toile teinte à l’indigo, le premier bleu de travail. (…) Les valeurs protestantes édictent qu’un vêtement doit être sobre, digne et discret. En outre, teindre à l’indigo est facile, on peut même le faire à froid, car la couleur pénètre bien les fibres du tissu, d’où l’aspect délavé des jeans. Il faut attendre les années 1930 pour que, aux Etats-Unis, le jean devienne un vêtement de loisir, puis un signe de rébellion, dans les années 1960, mais pour un court moment seulement, car un vêtement bleu ne peut pas être vraiment rebelle. Aujourd’hui, regardez les groupes d’adolescents dans la rue, en France: ils forment une masse uniforme et… bleue. (…) En France, il fut la couleur des républicains, s’opposant au blanc des monarchistes et au noir du parti clérical. Mais, petit à petit, il a glissé vers le centre, se laissant déborder sur sa gauche par le rouge socialiste puis communiste. Il a été chassé vers la droite en quelque sorte. Après la Première Guerre mondiale, il est devenu conservateur (c’est la Chambre bleu horizon). Il l’est encore aujourd’hui. (…) En matière de couleurs, les choses changent lentement. Je suis persuadé que, dans trente ans, le bleu sera toujours le premier, la couleur préférée. Tout simplement parce que c’est une couleur consensuelle, pour les personnes physiques comme pour les personnes morales: les organismes internationaux, l’ONU, l’Unesco, le Conseil de l’Europe, l’Union européenne, tous ont choisi un emblème bleu. On le sélectionne par soustraction, après avoir éliminé les autres. C’est une couleur qui ne fait pas de vague, ne choque pas et emporte l’adhésion de tous. Par là même, elle a perdu sa force symbolique. Même la musique du mot est calme, atténuée: bleu, blue, en anglais, blu, en italien… C’est liquide et doux. On peut en faire un usage immodéré. (…) Aujourd’hui, quand les gens affirment aimer le bleu, cela signifie au fond qu’ils veulent être rangés parmi les gens sages, conservateurs, ceux qui ne veulent rien révéler d’eux-mêmes. D’une certaine manière, nous sommes revenus à une situation proche de l’Antiquité: à force d’être omniprésent et consensuel, le bleu est de nouveau une couleur discrète, la plus raisonnable de toutes les couleurs. Michel Pastoureau
Parler de «couleur rouge», c’est presque un pléonasme en effet! D’ailleurs, certains mots, tels coloratus en latin ou colorado en espagnol, signifient à la fois «rouge» et «coloré». En russe, krasnoï veut dire «rouge» mais aussi «beau» (étymologiquement, la place Rouge est la «belle place»). Dans le système symbolique de l’Antiquité, qui tournait autour de trois pôles, le blanc représentait l’incolore, le noir était grosso modo le sale, et le rouge était la couleur, la seule digne de ce nom. La suprématie du rouge s’est imposée à tout l’Occident. (…) On a évidemment mis en valeur ce qui tranchait le plus avec l’environnement. Mais il y a une autre raison: très tôt, on a maîtrisé les pigments rouges et on a pu les utiliser en peinture et en teinture. Dès – 30 000 ans, l’art paléolithique utilise le rouge, obtenu notamment à partir de la terre ocre-rouge: voyez le bestiaire de la grotte Chauvet. Au néolithique, on a exploité la garance, cette herbe aux racines tinctoriales présente sous les climats les plus variés, puis on s’est servi de certains métaux, comme l’oxyde de fer ou le sulfure de mercure… La chimie du rouge a donc été très précoce, et très efficace. D’où le succès de cette couleur. (…) Dans l’Antiquité déjà, on l’admire et on lui confie les attributs du pouvoir, c’est-à-dire ceux de la religion et de la guerre. Le dieu Mars, les centurions romains, certains prêtres… tous sont vêtus de rouge. Cette couleur va s’imposer parce qu’elle renvoie à deux éléments, omniprésents dans toute son histoire: le feu et le sang. On peut les considérer soit positivement soit négativement, ce qui nous donne quatre pôles autour desquels le christianisme primitif a formalisé une symbolique si forte qu’elle perdure aujourd’hui. Le rouge feu, c’est la vie, l’Esprit saint de la Pentecôte, les langues de feu régénératrices qui descendent sur les apôtres; mais c’est aussi la mort, l’enfer, les flammes de Satan qui consument et anéantissent. Le rouge sang, c’est celui versé par le Christ, la force du sauveur qui purifie et sanctifie; mais c’est aussi la chair souillée, les crimes (de sang), le péché et les impuretés des tabous bibliques. (…) Tout est ambivalent dans le monde des symboles, et particulièrement des couleurs! Chacune d’elles se dédouble en deux identités opposées. Ce qui est étonnant, c’est que, sur la longue durée, les deux faces tendent à se confondre. Les tableaux qui représentent la scène du baiser, par exemple, montrent souvent Judas et Jésus comme deux personnages presque identiques, avec les mêmes vêtements, les mêmes couleurs, comme s’ils étaient les deux pôles d’un aimant. Lisez de même l’Ancien Testament: le rouge y est associé tantôt à la faute et à l’interdit, tantôt à la puissance et à l’amour. La dualité symbolique est déjà en place. (…) Dans la Rome impériale, celui que l’on fabrique avec la substance colorante du murex, un coquillage rare récolté en Méditerranée, est réservé à l’empereur et aux chefs de guerre. Au Moyen Age, cette recette de la pourpre romaine s’étant perdue (les gisements de murex sur les côtes de Palestine et d’Egypte sont de plus épuisés), on se rabat sur le kermès, ces oufs de cochenilles qui parasitent les feuilles de chênes. Au Moyen-Age, le rouge est masculin, puis il devient féminin. (…) La récolte est laborieuse et la fabrication très coûteuse. Mais le rouge obtenu est splendide, lumineux, solide. Les seigneurs bénéficient donc toujours d’une couleur de luxe. Les paysans, eux, peuvent recourir à la vulgaire garance, qui donne une teinte moins éclatante. Peu importe si on ne fait pas bien la différence à l’oeil nu: l’essentiel est dans la matière et dans le prix. Socialement, il y a rouge et rouge! D’ailleurs, pour l’oeil médiéval, l’éclat d’un objet (son aspect mat ou brillant) prime sur sa coloration: un rouge franc sera perçu comme plus proche d’un bleu lumineux que d’un rouge délavé. Un rouge bien vif est toujours une marque de puissance, chez les laïcs comme chez les ecclésiastiques. A partir des XIIIe et XIVe siècles, le pape, jusque-là voué au blanc, se met au rouge. Les cardinaux, également. Cela signifie que ces considérables personnages sont prêts à verser leur sang pour le Christ… Au même moment, on peint des diables rouges sur les tableaux et, dans les romans, il y a souvent un chevalier démoniaque et rouge, des armoiries à la housse de son cheval, qui défie le héros. On s’accommode très bien de cette ambivalence. [le petit chaperon rouge] Dans toutes les versions du conte (la plus ancienne date de l’an mille), la fillette est en rouge. Est-ce parce qu’on habillait ainsi les enfants pour mieux les repérer de loin, comme des historiens l’ont affirmé? Ou parce que, comme le disent certains textes anciens, l’histoire est située le jour de la Pentecôte et de la fête de l’Esprit saint, dont la couleur liturgique est le rouge? Ou encore parce que la jeune fille allait se retrouver au lit avec le loup et que le sang allait couler, thèse fournie par des psychanalystes? Je préfère pour ma part l’explication sémiologique: un enfant rouge porte un petit pot de beurre blanc à une grand-mère habillée de noir… Nous avons là les trois couleurs de base du système ancien. On les retrouve dans d’autres contes: Blanche-Neige reçoit une pomme rouge d’une sorcière noire. Le corbeau noir lâche son fromage – blanc – dont se saisit un renard rouge… C’est toujours le même code symbolique. (…) Les codes symboliques ont des conséquences très pratiques. Prenez les teinturiers: en ville, certains d’entre eux ont une licence pour le rouge (avec l’autorisation de teindre aussi en jaune et en blanc), d’autres ont une licence pour le bleu (ils ont le droit de teindre également en vert et en noir). A Venise, Milan ou Nuremberg, les spécialistes du rouge garance ne peuvent même pas travailler le rouge kermès. On ne sort pas de sa couleur, sous peine de procès! Ceux du rouge et ceux du bleu vivent dans des rues séparées, cantonnés dans les faubourgs parce que leurs officines empuantissent tout, et ils entrent souvent en conflit violent, s’accusant réciproquement de polluer les rivières. Il faut dire que le textile est alors la seule vraie industrie de l’Europe, un enjeu majeur. Au fil des siècles, le rouge de l’interdit s’est affirmé. (…) D’autant plus qu’il est la couleur des «papistes»! Pour les réformateurs protestants, le rouge est immoral. Ils se réfèrent à un passage de l’Apocalypse où saint Jean raconte comment, sur une bête venue de la mer, chevauchait la grande prostituée de Babylone vêtue d’une robe rouge. Pour Luther, Babylone, c’est Rome! Il faut donc chasser le rouge du temple – et des habits de tout bon chrétien. Cette «fuite» du rouge n’est pas sans conséquence: à partir du XVIe siècle, les hommes ne s’habillent plus en rouge (à l’exception des cardinaux et des membres de certains ordres de chevalerie). Dans les milieux catholiques, les femmes peuvent le faire. On va assister aussi à un drôle de chassé-croisé: alors qu’au Moyen Age le bleu était plutôt féminin (à cause de la Vierge) et le rouge, masculin (signe du pouvoir et de la guerre), les choses s’inversent. Désormais, le bleu devient masculin (car plus discret), le rouge part vers le féminin. On en a gardé la trace: bleu pour les bébés garçons, rose pour les filles… Le rouge restera aussi la couleur de la robe de mariée jusqu’au XIXe siècle. (…) Surtout chez les paysans, c’est-à-dire la grande majorité de la population d’alors. Pourquoi? Parce que, le jour du mariage, on revêt son plus beau vêtement et qu’une robe belle et riche est forcément rouge (c’est dans cette couleur que les teinturiers sont les plus performants). Dans ce domaine-là, on retrouve notre ambivalence: longtemps, les prostituées ont eu l’obligation de porter une pièce de vêtement rouge, pour que, dans la rue, les choses soient bien claires (pour la même raison, on mettra une lanterne rouge à la porte des maisons closes). Le rouge décrit les deux versants de l’amour: le divin et le péché de chair. Au fil des siècles, le rouge de l’interdit s’est aussi affirmé. Il était déjà là, dans la robe des juges et dans les gants et le capuchon du bourreau, celui qui verse le sang. Dès le XVIIIe siècle, un chiffon rouge signifie danger. (…) En octobre 1789, l’Assemblée constituante décrète qu’en cas de trouble un drapeau rouge sera placé aux carrefours pour signifier l’interdiction d’attroupement et avertir que la force publique est susceptible d’intervenir. Le 17 juillet 1791, de nombreux Parisiens se rassemblent au Champ-de-Mars pour demander la destitution de Louis XVI, qui vient d’être arrêté à Varennes. Comme l’émeute menace, Bailly, le maire de Paris, fait hisser à la hâte un grand drapeau rouge. Mais les gardes nationaux tirent sans sommation: on comptera une cinquantaine de morts, dont on fera des «martyrs de la révolution». Par une étonnante inversion, c’est ce fameux drapeau rouge, «teint du sang de ces martyrs», qui devient l’emblème du peuple opprimé et de la révolution en marche. Un peu plus tard, il a même bien failli devenir celui de la France. (…) En février 1848, les insurgés le brandissent de nouveau devant l’Hôtel de Ville. Jusque-là, le drapeau tricolore était devenu le symbole de la Révolution (ces trois couleurs ne sont d’ailleurs pas, contrairement à ce que l’on prétend, une association des couleurs royales et de celles de la ville de Paris, qui étaient en réalité le rouge et le marron: elles ont été reprises de la révolution américaine). Mais, à ce moment-là, le drapeau tricolore est discrédité, car le roi Louis-Philippe s’y est rallié. L’un des manifestants demande que l’on fasse du drapeau rouge, «symbole de la misère du peuple et signe de la rupture avec le passé», l’emblème officiel de la République. C’est Lamartine, membre du gouvernement provisoire, qui va sauver nos trois couleurs: «Le drapeau rouge, clame-t-il, est un pavillon de terreur qui n’a jamais fait que le tour du Champ-de-Mars, tandis que le drapeau tricolore a fait le tour du monde, avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie!» Le drapeau rouge aura quand même un bel avenir. La Russie soviétique l’adoptera en 1918, la Chine communiste en 1949… Nous avons gardé des restes amusants de cette histoire: dans l’armée, quand on plie le drapeau français après avoir descendu les couleurs, il est d’usage de cacher la bande rouge pour qu’elle ne soit plus visible. Comme s’il fallait se garder du vieux démon révolutionnaire. (…) Dans le domaine des symboles, rien ne disparaît jamais vraiment. Le rouge du pouvoir et de l’aristocratie (du moins en Occident, car c’est le jaune qui tient ce rôle dans les cultures asiatiques) a traversé les siècles, tout comme l’autre rouge, révolutionnaire et prolétarien. Chez nous, en outre, le rouge indique toujours la fête, Noël, le luxe, le spectacle: les théâtres et les opéras en sont ornés. Dans le vocabulaire, il nous est resté de nombreuses expressions («rouge de colère», «voir rouge») qui rappellent les vieux symboles. Et on associe toujours le rouge à l’érotisme et à la passion. (…) Plus le bleu a progressé dans notre environnement, plus le rouge a reculé. Nos objets sont rarement rouges. On n’imagine pas un ordinateur rouge par exemple (cela ne ferait pas sérieux), ni un réfrigérateur (on aurait l’impression qu’il chauffe). Mais la symbolique a perduré: les panneaux d’interdiction, les feux rouges, le téléphone rouge, l’alerte rouge, le carton rouge, la Croix-Rouge (en Italie, les croix des pharmacies sont aussi rouges) … Tout cela dérive de la même histoire, celle du feu et du sang… Michel Pastoureau
Avec le fait de jouer en rouge, tout de suite, je pense qu’on aura un sentiment de combat, d’agressivité. Wesley Fofana (joueur de rugby français)
Ce samedi au Stade de France, il faudra crier «Allez les Rouges !» pour encourager les joueurs du XV de France, contre l’Ecosse, lors du match d’ouverture du Tournoi des Six nations. Adidas, l’équipementier de l’équipe de France, a en effet décidé de faire renaître la tunique portée en 1958 contre l’Australie, puis contre l’Ecosse l’année suivante : un maillot d’un rouge ardent, «symbole d’honneur, de passion et d’émotion», précise la marque aux trois bandes. Cette tunique sera la nouvelle référence pour les matchs à l’extérieur du XV de France jusqu’à la Coupe du monde, au côté du maillot domicile, bleu incandescent, lancé en novembre dernier. A l’image de ce dernier, les bandes situées sur les épaules font écho à celles présentes sur le maillot de 1995. «L’inscription allbleus cousue à l’intérieur du col symbolise quant à elle l’unité derrière ce maillot bleu», précise l’équipementier dans un communiqué. Ces deux maillots auront nécessité plus de deux années de recherche et de développement. Adidas met en avant «une coupe adaptée à la position de jeu, une meilleure respirabilité, ainsi qu’une résistance et une flexibilité limitant les risques de déchirure». Les joueurs de Philippe Saint-André n’ont plus qu’à faire le reste pour briller sur la route menant à la Coupe du monde.  Le Parisien
Les Bleus voient rouge L’équipe de France de football a déjà perdu son âme depuis longtemps, certains joueurs refusant même de chanter « La Marseillaise » ; voilà que le rugby semble lui emboîter le pas. L’équipe de France de rugby, ou plutôt son équipementier, a choisi dorénavant la couleur rouge et non plus bleue comme maillot à l’extérieur, après avoir choisi la couleur « allbleue » pour les matchs à domicile. Le blanc a disparu. Le maillot tricolore (maillot bleu, culotte blanche et bas rouges) était porté depuis le 22 mars 1906, match disputé contre l’Angleterre. Comme moi amoureux du rugby, Roger Couderc doit se retourner dans sa tombe. On ne pourra plus dire « Allez les Bleus » au risque de soutenir l’équipe adverse comme ces Écossais le 7 février. Lui qui disait « Allez les petits », peut-être faudra-t-il aussi crier maintenant « Allez les grands » pour faire moderne. L’équipe de France de football a déjà perdu son âme depuis longtemps, certains joueurs refusant même de chanter « La Marseillaise » ; voilà que le rugby semble lui emboîter le pas, car quand on vend son maillot, on n’est pas loin de commencer à perdre son âme. Il faut innover, dit-on. Tu parles… surtout faire de l’argent par la vente d’un nouveau maillot à 79 euros pièce, tout de même. Les éléments de langage sont soignés, argument massue : il y a trois couleurs dans notre drapeau, donc le rouge est permis. Un peu court. Même les entraîneurs de notre équipe nationale reprennent cette consigne de parole, faisant semblant d’adhérer à cette nouveauté. Or, l’attachement à la nation France, aux trois couleurs, est dans les gènes du « peuple » du rugby qui, lui, n’apprécie pas. Mais qui se soucie de l’avis des supporters ? Pas la Fédération française de rugby, sans nul doute, qui a vendu le maillot. Pourtant, cela me paraît plus significatif qu’une simple innovation. Car, dans cette même veine du renoncement, on a ouvert l’équipe de France à des étrangers naturalisés, Rory Kockott et Scott Spedding, deux joueurs sud-africains naturalisés en 2014, qui évoluent en Top 14. La logique du système est poussée jusqu’au bout. Nous avons de plus en plus d’étrangers dans notre championnat national, laissant moins de chance à de jeunes joueurs français d’éclore, et voilà que maintenant on leur barre aussi la route pour le XV de France. (…) La vie, c’est aussi respecter son maillot et ses couleurs bleu, blanc et rouge. S’il s’agit d’innover pour innover, on pourrait aussi appeler la tour Eiffel tour du Champ-de-Mars, ou l’Arc de Triomphe Arc de l’Étoile (qu’on enlève donc le triomphe, c’est ringard et réac), et le palais de l’Élysée palais normal… Les touristes pourront ainsi constater notre esprit d’innovation. Philippe Franceschi
Régulièrement, les chaînes de télévision organisent une campagne publicitaire afin de se mettre en valeur. Cette année, TF1 a décidé de mettre en valeur ses animateurs phares au travers plusieurs scènes du quotidien. Mais l’originalité de cette campagne 2011 repose sur la thématique de la dualité, merveilleusement incarnée par le Rouge et le Bleu de son propre logo. Ainsi, on découvre successivement Vincent Lagaf’ opposer juilletistes et aoûtiens, Sandrine Quétier affirmer que nous sommes jamais d’accord avec d’un côté les bleus et de l’autre les rouges ou encore Christian Jeanpierre soulignant que, dès l’enfance, nous voulons être pompier ou pilote d’avion. Il convient de souligner que les protagonistes de chaque scène sont exclusivement en rouge et en bleu. Enfin, les deux spots terminent avec Laurence Ferrari et Claire Chazal, entourées de supporters bleus et rouges dans un gradin avant que le slogan de TF1, « On se retrouve tous sur TF1″, vienne « mettre tout le monde d’accord ». Fan2t
Un homme et d’une femme à la recherche de l’amour, se rencontrant dans le plus simple appareil, sur une île paradisiaque et totalement déserte, peut-on lire sur le site de l’émission. Sans vêtement ni maquillage, au coeur de ce jardin d’Eden, nos célibataires intrépides n’auront plus rien à cacher et ne pourront plus prétendre être quelqu’un d’autre… Juste la vérité nue ! D8
Ca commence à ressembler à une grande piscine. David Brinkley (1980)
One network map of the United States was entirely blue for the Republicans. On another network, the color motif was a blanket of red. Geraldine A. Ferraro (1985)
Here’s my solution to the election. Bush will be the president of the red states and Gore will be president of the blue states. It’s over, that’s all! »  David Letterman (2000)
Les commentateurs aiment à découper notre pays entre états rouges et états bleus ; les états rouges pour les Républicains, les États bleus pour les démocrates mais j’ai une nouvelle pour eux, moi aussi. Nous prions un Dieu magnifique dans les états bleus et nous n’aimons pas les agents fédéraux qui farfouillent dans nos bibliothèques dans les états rouges. On apprend le base-ball à nos enfants dans les États bleus et, oui, on a des amis homosexuels dans les états rouges. Il y a des patriotes qui se sont opposés à la guerre en Irak et il y des patriotes qui l’ont soutenue. Nous formons un seul peuple, chacun d’entre nous prêtant serment à la bannière étoilée, chacun d’entre nous défendant les États-Unis d’Amérique. Barack Obama (2004)
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Obama (2008)
Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas qui sont Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins. […] Nous ne savons pas ce que peut bien dire James Dobson dans son émission de radio écoutée par des millions d’auditeurs. Nous ne savons rien de Reba et Travis. […] Nous sommes très peu nombreux à savoir ce qu’il se passe à Branson dans le Missouri, même si cette ville reçoit quelque sept millions de touristes par an; pas plus que nous ne pouvons nommer ne serait-ce que cinq pilotes de stock-car. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ… David Brooks
How, I wondered, could anyone who had just lived through the 2000 presidential election, and its endless maps of America by state and county, still associate the color “red” with the Left? Particularly when, nearly four years later, after another presidential election and after exposure to another endless succession of maps, the association of “red” and “Republican” seems to have become firmly rooted in our discourse, embraced by both parties. Now we are even treated to learned disquisitions by intrepid reporters from our major daily papers who have donned their pith helmets and ventured out into the far hinterlands, trying to find and comprehend the inner essence of that exotic thing, Red America. Someday the precise story will be told, by a historian more patient than I, of how the Republican party came to be assigned the color “red” in the mapping of the 2000 electoral results. From what little I have been able to determine, the change seems to have happened gradually, and with no visible conscious intent, and considerable inconsistency along the way. As recently as the 1980 election, the late David Brinkley, then still an anchor at NBC News, was drolly comparing the map representing Ronald Reagan’s landslide victory to a suburban swimming pool — solid blue, in other words. Time magazine somewhat more generously referred to the 1980 map as “Lake Reagan,” and stuck with a blue-Republican and red-Democratic scheme all through the 1990s. Other networks and news outlets used different color schemes during those years, sometimes replacing blue with white, and even reversing the coloration more or less at will. (I distinctly remember watching the 1980 returns on ABC, and hearing Frank Reynolds turn to Ted Koppel and say, “The country’s going Red, Ted!”) How and why most of the major media outlets (with the exception of Time) fixed upon the red-Republican and blue-Democratic schema in 2000 remains somewhat mysterious. When a New York Times graphics editor was asked for his paper’s rationale, he responded simply that “both Republican and red start with the letter R.” So chalk one up for Sesame Street. Of course, for anyone who knows even a smattering of modern European history, this is a truly an astonishing turn of events, whose significance is only barely hinted at by Frank Reynolds’s wisecrack. It’s amazing how willing the democratic Left has been to acquiesce in the loss of one of its most permanent, most universal, and most beloved symbols — the color Red — without serious protest. (…) We Americans tend to think, in our own times, of Red in this sense referring exclusively to the history of Communism, but that is a vast oversimplification. Let me be clear in what I’m saying here. I don’t want to be associated with the view that Communism was merely “liberalism in a hurry.” But by the same token, I do want to insist that the range of historical referents to Red would be better described as different expressions of an energetic and idea-driven commitment to systemic progressive reform, expressions that can and do vary widely in the extent of their liberalism or illiberalism, but that have in common a commitment to the general cause of human freedom and human liberation. Those political meanings of Red emerged fully in the French Revolution of 1848, when socialists and radical republicans adopted the red flag as a symbol of their cause, in contrast to the white flag of the Bourbon monarchists and the more moderate tricolor flag of the liberal Second Republic. From then on, the red flag became firmly associated in French political culture with the progressive socialist cause. Later the softer and more humane image of the red rose would be adopted as a symbol of the French Socialist Party (…)  Similarly, the British Labor Party used a red flag, followed by a red rose, as its symbols. The party early on adopted as its anthem the song “The Red Flag,” which describes the “scarlet standard” as “the people’s flag,” “the hope of peace,” the banner and symbol of “human right and human gain.” Similarly, the color Red (and usually also the red rose) is strongly associated with the Australian Labor Party, the Canadian Liberal Party, the German Social Democratic Party, the Dutch Socialist Party, the Party of European Socialists (located in Brussels) and the Socialist International. (…) So there is a strong and enduring historical association, at least within modern European political culture, between the color Red and the most strongly progressivist, activist, reformist movements in European political life. (…) The mutation in the political meaning assigned to the color Red in America seems to have come about largely by chance and careless inattention. Nobody — not even the devious, all-knowing, and all-powerful Karl Rove — sought to induce or manipulate this change. But I believe one can make a very strong and suggestive argument that, in fact, this shift in symbolic meaning, even if entirely unintended, is extraordinarily meaningful, and fits in utterly unexpected ways with the historical situation in which we find ourselves. Hegel spoke of the “cunning of reason” in history, a term that indicated the ways in which the concatenation of seeming coincidences and random irrational events in history ends up furthering the cause of great, consequential, and intelligible change. Just such cunning may in fact be in evidence in this instance. What I am saying, then, is that there is a sense — a limited sense, but a real sense — in which the Republican Party of George W. Bush has indeed “become Red” — if by “being Red” one means, rather than being the standard bearer for the specific agenda of socialism, instead standing for a grand commitment to the furtherance of certain high ideals and goals, an agenda of progressive reform meant not merely for the sake of the nation, but for the general good of humanity. Such are precisely the sort of larger causes that socialism nearly always has championed. But they can no longer be regarded as the exclusive property of socialism, or more generally of the Left. Bush’s administration may well represent the culmination of a change that has been in the works for a quarter-century or so — perhaps dating back to the days of Reagan, who loved to quote one of the quintessential Red thinkers, Thomas Paine — an effort to capture the mantle of progressive change for the benefit of the conservative party. (…) As a result, it entirely plausible, I think, for Republicans to assert that the conservative party in America today is the party of progress, of human liberation, of national and international purpose. And Democrats who snicker at such an assertion do so at their own risk, for it is even more plausible to state that the liberal party is the party of opposition to change — the party of entrenched interests, of public bureaucracies and public-employee unions and identity-politics lobbies, the party that opposes tax reform, opposes tort reform, opposes educational reform, opposes Social Security reform, opposes military reform, opposes the revisiting of Supreme Court rulings, opposes the projection of American power overseas, opposes the work of Christian missionaries, opposes public accountability for the work of the scientific research community, opposes anything that offends the sensibilities of the European Union and the United Nations, and so on. Indeed, there are times when it seems they are on the verge of adopting the National Review’s famous slogan, about standing athwart history and yelling “Stop.” (…) But to stress these things is to leave out the key element driving Bush’s moral agenda, which has taken on growing saliency in his administration since 9/11, but was there to see all along for those with eyes to see, going back to his days as governor of Texas. And that is its grounding in Bush’s evangelical Protestantism. It is his evangelicalism that has broadened and softened his younger tendencies toward harder-edged oil-and-gas business conservatism, fired his moral concerns, given him a sense of political mission, and given him the energy, force, and staying power to pursue it. Many of the very positions that make some of his fellow conservatives suspicious of Bush — his “compassionate conservatism,” his relatively favorable view of many Federal social and educational programs, his sensitivity to issues of racial injustice and reconciliation, his softness on immigration issues, his promotion of the faith-based initiative, his concern with issues of international religious liberty, his African AIDS initiative, and above all, his enormously ambitious, even seemingly utopian, foreign-policy objectives — are positions that are best explained by the effects of his evangelical Christian convictions, and by his willingness to allow those convictions to trump more conventional conservative positions. It is strange that, of all the things liberals loathe about Bush, his religion seems to be at the top of the list. For it is precisely the seriousness of Bush’s commitment to his evangelical faith that has made him more “liberal,” in a certain sense, than many of his party brethren. [but] the Republicans have become Red less because of their strengths than because of the Democrats’ weaknesses. Something like that analysis is put forward, in the most compelling form I’ve yet seen, by Martin Peretz in the current issue of the New Republic, in an extremely intelligent article titled “Not Much Left.” Liberals, he argues, find themselves today where conservatives were a half-century ago, without ideas, without a vision of the good society, bookless, forced to feed on stale ideas from the 60s, and therefore, dying. I think there is considerable merit in Peretz’s analysis, and I think the appalling situation currently unfolding at Harvard is a window onto why the absence of fresh ideas on the Left may be a much more difficult problem to solve than even he posits. Conservatives had the benefit, in retrospect, of being in the wilderness, and having to invent and sustain their own institutions. The Left might be far better off, in the long run, if it didn’t have the Harvards of the world in its pocket, because it might be less inclined to control discourse rather than stimulate it. (…) But conservatism will be like the salt that has lost its savor, if it abandons its most fundamental mission — which is to remind us of what Thomas Sowell called “the constrained vision” of human existence, which sees life as a struggle, with invariably mixed outcomes, full of unintended consequences and tragic dilemmas involving hopelessly fallible people, a world in which the legacy of the past is usually more reliable than the projections of the future. As the example of Niebuhr suggests, such a vision need not reject the possibility of human progress altogether — which, by the way, has never been characteristic of traditional conservatism either, from Edmund Burke on. But it does suggest that it is sometimes wise to adopt, so to speak, a darker shade of red, one that sees the hand of Providence in our reversals as well as our triumphs. To do so is as needful for American evangelicalism as for American politics. Wilfred McClay (University of Tennessee, 2005)
As we know, the color red is more “eye-catching” and perhaps it made graphic sense for the networks to color-in the vast Republican expanse of the country in red to create a more dramatic background map. However, the problem has now transformed itself into a shorthand notation whereby the color is not used solely to visually differentiate states or counties. It is on the verge of becoming a part of the political lexicon as commentators refer to the “red states” and the “blue states”. This is, to me, as a longstanding political operative, not only confusing but a disturbing trend of how the political paradigm has shifted. There are two general reasons why blue for Republican and Red for Democrat make the most sense: connotation and practice. First, there has been a generally understood meaning to the two colors inasmuch as they relate to politics. That is, the cooler color blue more closely represented the rational thinker and cold-hearted and the hotter red more closely represented the passionate and hot-blooded. This would translate into blue for Republicans and red for Democrats. Put another way, red was also the color most associated with socialism and the party of the Democrats was clearly the more socialistic of the two major parties. The second reason why blue for Republicans makes sense is that traditional political mapmakers have used blue for the modern-day Republicans, and the Federalists before that, throughout the 20th century3. Perhaps this was a holdover from the days of the Civil War when the predominantly Republican North was “Blue”. While not a unanimous practice4, there is significant printed evidence of tradition in favor of the blue for Republican and red for Democrat color scheme. Nevertheless, the networks appear to be making this change full-bore during 2004. Even some conservative commentators5 have begun to use the “red state/blue state” break as a shorthand to “Republican state/Democrat state” as part of their terminology. Moreover, some younger political observers have been exposed only to the red for Republican scheme6. Of course, while this just shrieks of inside-the-beltway elitism, it also tends to confuse the debate for many average Americans, especially those over 30. The sole premise for this short-hand is the color-coding of the maps, most of which have not been seen since the 2000 election night/recount coverage. The political parties have invested untold millions in brand recognition for their party labels. Now the media are poised to turn this around for the sake of inside Washington jargon. Clark Bensen (2004)
Without giving it a second thought, we said blue for conservatives, because that’s what the parliamentary system in London is, red for the more liberal party. Roy Wetzel (NBC)
I just decided red begins with ‘r,’ Republican begins with ‘r.’ It was a more natural association. There wasn’t much discussion about it. Archie Tse (graphics editor for the Times
For years, both parties would do red and blue maps, but they always made the other guys red. During the Cold War, who wanted to be red? Chuck Todd (NBC)
Red was a term of derision. There’s a movie named Reds. You’d see red in tabloid headlines, particularly in right wing tabloids like the Daily Mirror in New York and the New York Daily News. Mitchell Stephens (New York University)
There are two general reasons why blue for Republican and Red for Democrat make the most sense: connotation and practice. First, there has been a generally understood meaning to the two colors inasmuch as they relate to politics. That is, the cooler color blue more closely represented the rational thinker and cold-hearted and the hotter red more closely represented the passionate and hot-blooded. This would translate into blue for Republicans and red for Democrats. Put another way, red was also the color most associated with socialism and the party of the Democrats was clearly the more socialistic of the two major parties. The second reason why blue for Republicans makes sense is that traditional political mapmakers have used blue for the modern-day Republicans, and the Federalists before that, throughout the 20th century. Perhaps this was a holdover from the days of the Civil War when the predominantly Republican North was ‘Blue’. Clark Bensen (Republican operative)
Si chacun de nous obtenait la société de ses rêves, les Etats bleus pourraient autoriser le mariage homosexuel et les Etats rouges faire broder les Dix Commandements sur la toge de tous les juges. Les bleus pourraient conserver le Premier amendement et se débarrasser du Deuxième. Les rouges pourraient garder le Deuxième et se débarrasser du Premier. Steve Hartmann (CBS)
Yes, Barnicle is right when he notes that tens of millions of good people in Middle America voted Republican. But if you look closely at that map you see a more complex picture. You see the state where James Byrd was lynch-dragged behind a pickup truck until his body came apart — it’s red. You see the state where Matthew Shepard was crucified on a split-rail fence for the crime of being gay — it’s red. You see the state where right-wing extremists blew up a federal office building and murdered scores of federal employees — it’s red. The state where an Army private who was thought to be gay was bludgeoned to death with a baseball bat, and the state where neo-Nazi skinheads murdered two African-Americans because of their skin color, and the state where Bob Jones University spews its anti-Catholic bigotry: they’re all red too. But that’s not the whole story, either. Cultural warriors like House impeachment managers Bill McCollum and James Rogan and ultra-conservatives like Sen. John Ashcroft were defeated. A gun control measure passed in Colorado and Oregon, and school vouchers were rejected in Michigan and California. Democrats gained seats in the House, the Senate and state legislatures — and Gore carried the popular vote. My point is that Middle America is a far more complicated place than even a gifted commentator like Mike Barnicle gives us credit for. It’s not all just red and blue — or black and white. Paul Begala
The state where left-wing extremist, Muslim terrorists blew up the World Trade Center – that’s blue. The county where a race riot following a jury verdict destroyed 2,000 Korean businesses and caused the deaths of 58 people – that’s blue. The states where Colin Ferguson and Ronald Taylor killed 8 whites and Asians because leftwing race baiters convinced them they were victims of a racial conspiracy – are blue. The counties, nationwide, where the vast majority of murderers, rapists and child molesters live and operate – those are blue, too. David Horowitz
During the 2000 election, the media began using maps showing liberal states as blue and conservative states as red. The obvious reason was to avoid the implication that liberals are related to socialists or communists, who throughout the world for over a century have been associated with the color red. Prior to 2000, the color scheme varied, with the more common − and more logical − practice being to use red for Democrats and blue for Republicans. For example, NBC’s David Brinkley referred to Ronald Reagan’s 49-state landslide victory in 1984 as a “sea of blue.” But since 2000, the current usage has become so ingrained that it would be very difficult to change. There may be a lesson here. We should be careful of the habits we develop. Changing them later can be difficult or impossible, no matter how illogical or destructive they may be. This is true for a drug habit, but it is equally − if less obviously − true for habits of thought. Refusing to associate big-government candidates and parties with socialism may seem innocent. But such thinking is hardly innocent if it encourages us to overlook the failing socialist states in Europe, Asia, Africa, and Latin America. (…) Then we have the notion that Democrats are more “compassionate” than Republicans. This is true only if we define “compassionate” as voting Democratic − a circular argument if there ever was one. In fact, conservatives on average give more to charity than liberals, both as individuals and by state. And Americans give more to charity than Europeans who live in socialist nations. (…) When we call conservative states red and liberal states blue, it is more than a mere confusion of colors. We are being manipulated to muddle our thinking until we can no longer draw logical conclusions. Socialism isn’t a novel idea worth trying. It is an old idea that has been tried in many forms and many places by many people, and to a significant extent it doesn’t work. We need to take from socialism the idea of a social safety net into which the unfortunate can fall without serious injury. But at the same time, we need to encourage individual initiative and responsibility, because they are necessary for progress – and even more important, because they are essential for human dignity. We can call red blue and blue red all day long, but the true colors remain the same. David C. Stolinsky
Newspapers, in those days, were largely black and white. But two days after voters went to the polls in 2000, both the New York Times and USA Today published their first color-coded, county-by-county maps detailing the showdown between Al Gore and George W. Bush. Both papers used red for the Republican Bush, blue for the Democrat Gore. (…) The 2000 election dragged on until mid-December, until the Supreme Court declared Bush the victor. For weeks, the maps were ubiquitous. Perhaps that’s why the 2000 colors stuck. Along with images of Florida elections officials eyeballing tiny ballot chads, the maps were there constantly, reminding us of the vast, nearly even divide between, well, red and blue voters(…)  In the beginning, blue was red and red was blue and they changed back and forth from election to election and network to network in what appears, in hindsight, to be a flight of whimsy. The notion that there were “red states” and “blue states”—and that the former were Republican and the latter Democratic—wasn’t cemented on the national psyche until the year 2000. Chalk up another one to Bush v. Gore. Not only did it give us “hanging chads” and a crash course in the Electoral College, not only did it lead to a controversial Supreme Court ruling and a heightened level of polarization that has intensified ever since, the Election That Wouldn’t End gave us a new political shorthand. (…)  Before the epic election of 2000, there was no uniformity in the maps that television stations, newspapers or magazines used to illustrate presidential elections. Pretty much everyone embraced red and blue, but which color represented which party varied, sometimes by organization, sometimes by election cycle. There are theories, some likely, some just plain weird, to explain the shifting palette. Jodi Enda (NPR)
The use of “red” and “blue” as color codes on maps of electoral results actually dates back to at least 1908, when the Washington Post printed a special supplement in which Republican states were colored red and Democratic blue The colors were apparently arbitrarily assigned in that case, although in later years both parties strove to claim blue (as in “true blue Americans”) and avoid red, with its connotations of radicalism. Finally, in 1976, the TV networks agreed to a formula to avoid any implication of favoritism in color selections. The color of the incumbent party, initially set as blue for Gerald Ford’s Republican ticket in that year, would flip every four years. Consequently, a successful challenger runs again in four years, as the incumbent, under the same color. So in 1992, the challenger Clinton was red on the maps, and in 1996, incumbent Clinton was also red. Challenger Bush, red in 2000, was red again as an incumbent in 2004. But perhaps because the pundits decreed 2000 to be a watershed election, the “red/blue” divide has assumed a broader political significance (at least to pundits), and although the formula dictates that the Republicans should be carrying the blue flag in 2008, it will be interesting to see how the networks color their maps. Word detective
Entre partisans d’une morale religieuse et tenants d’une nation laïque, les États-Unis connaissent actuellement une profonde division culturelle et idéologique. S’il faut nuancer les tableaux catastrophistes d’une Amérique déchirée en bastions rouges et bleus, la polarisation de la vie politique aux États-Unis est loin d’être un mythe et une véritable guerre culturelle a vu le jour, prônée par la droite chrétienne qui se targue d’un poids sans précédent dans la vie politique américaine. Depuis 2000, la religion joue en effet un rôle décisif dans les élections. La réélection de Bush en 2004, point culminant des tentatives de la droite chrétienne pour influencer le cours de la politique américaine, en témoigne. En 2004, des tendances importantes ont modifié de façon significative la nature de la vie politique américaine. Le choix des électeurs ne s’est plus fait en fonction de questions politiques ou socio-économiques mais bien en fonction des valeurs. Être démocrate ou républicain est devenu affaire de choix culturel voire émotionnel autour de questions comme l’avortement, le mariage gay, le rôle de la famille ou la place de la religion dans la vie publique. À l’aube de l’élection présidentielle de 2008, Hans-Georg Betz revient sur les élections de 2000 et 2004 qui ont porté George W. Bush au pouvoir. Un décryptage du conflit entre deux visions du monde irréconciliables. Autrement (2008)
Le système électoral américain explique également les stratégies de campagne qu’adoptent les candidats. Ceux-ci ont bien sûr intérêt à concentrer leurs efforts sur les Etats qui permettent de gagner le plus de grands électeurs. En théorie, il est possible d’être élu président des Etats-Unis en n’ayant la majorité que dans les onze Etats désignant le plus d’électeurs : Californie (55), Texas (34), New York (31), Floride (27), Illinois (21), Pennsylvanie (21), Ohio (20), Michigan (17), Georgie (15), New Jersey (15), caroline du Nord (15), ce qui permet d’obtenir 271 grands électeurs sur les 269 nécessaires. En outre, les candidats tendent à délaisser les Etats qui ont une longue tradition de vote en faveur de leur camp (la Californie, l’Etat de New York, et les Etats du nord-est pour les Démocrates), (le Texas et les Etats du Sud et Mid-West pour les Républicains). Ils focalisent leurs activités de campagne sur les Etats dont le vote est incertain. En 2004, ils ont ainsi consacré 54% de leurs investissements en publicité télévisée et 45% de leurs déplacements à trois Etats (Floride, Ohio, Pennsylvanie) qui ne représentent pourtant que 14% de la population totale (…). Depuis le milieu des années 1990, le nombre des Etats considérés comme incertains et où se déroule en conséquence l’essentiel de la campagne (dits battleground, toss up ou swing States) s’est réduit et est passé d’une vingtaine à une douzaine (…) Il semble donc qu’au cours des deux dernières décennies, les Etats-Unis se soient davantage polarisés avec d’un côté des Etats fortement démocrates (Blue States) et d’un autre côté des Etats fortement républicains (Red States). Ce clivage géographique (opposant les régions industrielles démocrates et les zones rurales républicaines) reflèterait les différences sociales, religieuses ou raciales des populations concernées. Cette polarisation croissante peut apparaître surprenante dans la mesure où de nombreuses études ont montré que les électeurs américains tendent à devenir plus modérés et être moins attachés aux partis républicain et démocrate. Dans Culture War ? The myth of a Polarized America (…), Morris Fiorina a d’ailleurs remis en cause l’idée d’une polarisation croissante. Je ne peux détailler toutes ses analyses ici, mais pour l’essentiel Fiorina nous dit qu’en termes de valeurs et d’attitudes politiques (mais pas religieuses) les Américains sont moins divisés qu’on ne le dit et que les clivages partisans ne s’observent véritablement que parmi les élites politiques et les citoyens engagés. Si l’on a l’impression d’une polarisation, ce serait surtout un effet du découpage des circonscriptions électorales (le gerrymandering) qui accentue artificiellement la séparation entre électorats démocrates et républicain. Incidemment, le mythe de la polarisation aurait été soutenu par les médias en ce qu’il simplifie et dramatise la couverture de la vie politique, présentée comme un affrontement entre les deux grands partis. L’ouvrage de Fiorina a suscité de vifs débats et de nombreuses études sur le même thème. Comme il arrive souvent dans les recherches en sciences politiques, certaines enquêtes ont abouti à des conclusions sensiblement différentes et confirmé au contraire la tendance à une polarisation politique croissante des Etats-Unis (en termes géographiques, sociaux, et même religieux). Thierry Vedel

Attention: un conservatisme peut en cacher un autre !

Couleur du feu et du sang, signal de danger ou d’interdiction (chiffon rouge, feux rouges, téléphone rouge, alerte rouge, carton rouge, Croix-Rouge), couleur de l’insurrection et du communisme (drapeaux soviétique et chinois) …

Couleur mariale, du roi, de la raison, de la modération, de la sobriété, de la dignité, de la discrétion, des républicains, des conservateurs, du consensus (organismes internationaux: ONU, Unesco, Conseil de l’Europe, Union européenne) …

Religion, armes à feu, chapeaux de cowboy, blancs, moindre instruction, ruralité, peine capitale, guerre d’Irak, courses de stock cars, musique country, pickups, Wall Street Journal …

Laïcité, relativisme, internationalisme, mutliculturalisme, féminisme, diplômes, urbanité, cosmopolitisme, avortement, écologie, tennis, musique classique, Toyota Prius, NYT, café latte, quiches …

En ces temps étranges où, innovation et sens des affaires obligent, il faudra désormais crier « Allez les rouges ! » pour soutenir les Bleus …

Et où, pour les mêmes raisons, les divisions entre bleus et rouges le temps d’une campagne de pub pour une chaine se voulant fédératrice en année préélectorale se voient aujourd’hui  réduites, prétendue tyrannie de la transparence oblige mais avec floutés stratégiques de rigueur pour que ça reste un « spectacle quasi-familial » s’il vous plait, à leur plus simple expression

Pendant que l’autre côté de l’Atlantique et via les réseaux sociaux, la fracture blancs-noirs qu’était censé réduire le premier président prétendument post-racial vire à une véritable guerre idéologique et culturelle des bleus et des rouges

Et qu’une génération qui, entre appel démagogique aux jeunes diplômés et aux immigrés de la part d’un président largement discrédité croyait avoir définitivement fait main basse sur le pouvoir se voit à son tour prise de doute

Qui se souvient …

Que la polarisation politique aujourd’hui apparemment si forte et si ancrée dans le langage politique américain …

Mais aussi si opposée à la tradition européenne …

D’un pays divisé entre Etats bleus supposément progressistes (en fait principalement urbains) et Etats rouges dits conservateurs (en fait principalement ruraux) …

N’a en fait pas plus de 15 ans ?

Et qui comprend …

Qu’imposé au départ par le souci peut-être de ne pas stigmatiser le même camp ou, plus vraisemblablement, par le choix largement graphique de médias américains en mal de dramatisation (et pour cause, l’écart Bush-Gore de la présidentielle de 2000 s’étant alors réduit, derrière l’effet de loupe du sytème winner take all et du vote indirect des grands électeurs, à justement quelques centaines de voix) …

Puis fixé dans les mémoires par la longue bataille juridique de ladite élection (36 jours !) …

Le bleu du « lac de Reagan« , autrement dit du libéralisme et de l’attachement aux valeurs communes (patriotisme, sécurité, famille) …

Ait pu quasiment du jour au lendemain finir par perdre toute signification idéologique …

Au point de s’inverser pour signifier son contraire et se réduire à la défense de groupes d’intérêt (minorités, jeunes, femmes, homosexuels) ?

A moins que, devant le nouveau conservatisme desdits groupes d’intérêt, le camp de la raison et de la conservation des valeurs se soit vu contraint de reprendre le rouge flambeau du véritable libéralisme et progressisme ?

Etats rouges et Etats bleus : la polarisation politique aux Etats-Unis

Thierry Vedel

31 août 2008

Le vote populaire ne dit pas qui va gagner
Cela peut apparaitre étonnant, mais par rapport à leurs homologues français, les médias américains publient assez peu de sondages sur les intentions de vote à la présidentielle (ceux qui sont accros aux sondages pourront néanmoins trouver leur bonheur dans la presse, par exemple ici sur le site du New York Times). La raison tient sans doute au système électoral américain. Un sondage national n’a qu’un intérêt relatif pour anticiper l’issue de la présidentielle. Le président américain est en effet élu non pas directement par les citoyens américains, mais par un collège de 538 « grands électeurs ». Ceux-ci désignés dans chaque Etat suivant le principe du winner-take-all (le candidat arrivé en tête rafle toutes les voix des grands électeurs). De ce fait, il peut arriver qu’un candidat ayant recueilli la majorité des suffrages au plan national (ce que les Américains appellent « le vote populaire ») ne soit pas élu car il n’a pas la majorité des voix des « grands électeurs ». Cela s’est produit quatre fois jusqu’à présent en 1824, 1876, 1888 et surtout 2000 (où Bush l’a emporté avec 5 voix d’avance chez les grands électeurs alors que Gore avait obtenu plus de 500 000 voix que lui dans « le vote populaire »).
Un champ de bataille qui se rétrécit

Le système électoral américain explique également les stratégies de campagne qu’adoptent les candidats. Ceux-ci ont bien sûr intérêt à concentrer leurs efforts sur les Etats qui permettent de gagner le plus de grands électeurs. En théorie, il est possible d’être élu président des Etats-Unis en n’ayant la majorité que dans les onze Etats désignant le plus d’électeurs : Californie (55), Texas (34), New York (31), Floride (27), Illinois (21), Pennsylvanie (21), Ohio (20), Michigan (17), Georgie (15), New Jersey (15), caroline du Nord (15), ce qui permet d’obtenir 271 grands électeurs sur les 269 nécessaires.
En outre, les candidats tendent à délaisser les Etats qui ont une longue tradition de vote en faveur de leur camp (la Californie, l’Etat de New York, et les Etats du nord-est pour les Démocrates), (le Texas et les Etats du Sud et Mid-West pour les Républicains). Ils focalisent leurs activités de campagne sur les Etats dont le vote est incertain. En 2004, ils ont ainsi consacré 54% de leurs investissements en publicité télévisée et 45% de leurs déplacements à trois Etats (Floride, Ohio, Pennsylvanie) qui ne représentent pourtant que 14% de la population totale (Source : Who picks the President ? A report by FairVote – The Center for Voting and Democracy’s). Depuis le milieu des années 1990, le nombre des Etats considérés comme incertains et où se déroule en conséquence l’essentiel de la campagne (dits battleground, toss up ou swing States) s’est réduit et est passé d’une vingtaine à une douzaine ( Source : Congressional Quarterly’s Guide to U.S. Elections, 4th edition). Carte montrant les Etats où les dépenses en publicité ont été les plus fortes lors de la campagne 2004. Source: FairVote.

La polarisation entre Etats rouges et Etats bleus : un mythe ?
Il semble donc qu’au cours des deux dernières décennies, les Etats-Unis se soient davantage polarisés avec d’un côté des Etats fortement démocrates (Blue States) et d’un autre côté des Etats fortement républicains (Red States). Ce clivage géographique (opposant les régions industrielles démocrates et les zones rurales républicaines) reflèterait les différences sociales, religieuses ou raciales des populations concernées. Cette polarisation croissante peut apparaître surprenante dans la mesure où de nombreuses études ont montré que les électeurs américains tendent à devenir plus modérés et être moins attachés aux partis républicain et démocrate. Dans Culture War ? The myth of a Polarized America (New York: Pearson Longman, 2005), Morris Fiorina a d’ailleurs remis en cause l’idée d’une polarisation croissante. Je ne peux détailler toutes ses analyses ici, mais pour l’essentiel Fiorina nous dit qu’en termes de valeurs et d’attitudes politiques (mais pas religieuses) les Américains sont moins divisés qu’on ne le dit et que les clivages partisans ne s’observent véritablement que parmi les élites politiques et les citoyens engagés. Si l’on a l’impression d’une polarisation, ce serait surtout un effet du découpage des circonscriptions électorales (le gerrymandering) qui accentue artificiellement la séparation entre électorats démocrates et républicain. Incidemment, le mythe de la polarisation aurait été soutenu par les médias en ce qu’il simplifie et dramatise la couverture de la vie politique, présentée comme un affrontement entre les deux grands partis.
L’ouvrage de Fiorina a suscité de vifs débats et de nombreuses études sur le même thème. Comme il arrive souvent dans les recherches en sciences politiques, certaines enquêtes ont abouti à des conclusions sensiblement différentes et confirmé au contraire la tendance à une polarisation politique croissante des Etats-Unis (en termes géographiques, sociaux, et même religieux). Pour un bon point sur la question, on pourra consulter le numéro spécial de The Forum, A Journal of Applied Research in Contemporary Politics, Vol. 3, Issue 2, (July 2005) dont le sommaire est consultable ICI. (Voir en particulier l’article de Alan Abramowitz et Kyle Saunders, l’un des meilleurs à mes yeux).

Voir aussi:

Seeing Red

Gary Andres

March 2, 2005

Democrats, the progressive party no more. Is President George W. Bush the new face of progressive reform in American politics and do Democrats now don the mask of the status quo? Some observers, particularly liberals, scoff at this idea, but growing evidence suggests Bush’s platform has a long pedigree in the morally based progressive tradition in American politics.

The media have largely missed this developing reversal, largely because it refuses to acknowledge Bush’s motivation to help people by dismantling the traditional welfare state, replacing it with programs that fall under the rhetorical rubric of “compassionate conservatism” and the “ownership society.” Bush’s new “progressivism,” however, also creates some tensions with elements of the conservative community–challenges the Republicans must manage if they hope to solidify their position as the majority party in America.

One person who astutely recognizes this subtle shift in the political tectonic plates is Wilfred McClay, of the University of Tennessee–Chattanooga. Last week Professor McClay gave an insightful lecture at the Ethics and Public Policy Center in Washington D.C., titled George W. Bush’s Evangelical Conservatism: Or How The Republicans Become Red. McClay begins with a symbol: The media’s use of the color red to depict states in the Republican victory column. This hasn’t always been the case: The sea of blue on the map depicting the 1980 GOP landslide was called “Lake Reagan” by Time magazine. But since 2000, Republicans have been the crimson party.

McClay highlights the irony of the changing color scheme. “It’s amazing how willing the democratic Left has been to acquiesce in the loss of one of the most permanent, most universal, and most beloved symbols–the color Red–without serious protest.”

“Red,” he notes, has long been associated with progressive, liberal, energetic, idea-driven reform causes (as well as Communism in the former Soviet Union and China)–including the 1848 revolution in France, and a host of labor parties throughout Europe in the last 200 years.

And just as the GOP has co-opted the progressive party’s color scheme, McClay says the “conservative (Republican) party in America today is the party of progress, of human liberation, of national and international purpose.” The Democrats, on the other hand, are the political Luddites–”the party of entrenched interests, of public bureaucracies and public-employee unions and identity-politics lobbies, the party that opposes tax reform, opposes tort reform, opposes educational reform, opposes Social Security reform, opposes military reform, opposes the projection of American power overseas . . . ” Democrats, he impishly notes, have all but adopted National Review’s famous slogan from its inaugural edition about “standing athwart history yelling [stop]!’”

President Bush’s progressive domestic and international vision is tethered by twin goals–freedom and responsibility. It is a worldview McClay calls “evangelical conservatism.” “Self-government is not possible under the yoke of political or religious tyranny. But neither is it possible in a world in which the formation of character is ignored, and the linkage between our efforts and our results is erased,” he said.

The twin appendages of the “self-governing individual” (freedom) and the “self-governing soul” (responsibility) were the handmaidens of abolitionism and other progressive social reforms of the 19th century. The same intellectual lineage animates the president’s support of American power to promote freedom internationally and his compassionate-conservative ideas domestically. Rather than a new philosophy, McClay argues Bush’s approach “may represent the recovery of a well established and distinctively American approach to social and political reform.”

But McClay concludes his lecture with a warning. Even if “conservative” government pursues policies to strengthen the “self-governing individual” and the “self-governing soul,” it’s still government. And however noble these ends, they may sometimes trump more conventional conservative positions. While sympathetic to the president’s general thrust, McClay argues conservatism cannot abandon its most fundamental mission, “what Thomas Sowell called the ‘constrained vision’ of human existence, which sees life as a struggle, with invariable mixed outcomes, full of unintended consequences and tragic dilemmas involving hopelessly fallible people.”

Indeed, President Bush deserves credit as a progressive reformer. So the new color scheme is probably justified. But as McClay argues, as these ideas evolve, “a darker shade of red, one that sees the hand of Providence in our reversals as well as our triumphs,” may be in order. The president’s palate, while promising and much needed, is a work in progress.

–Gary Andres is vice chairman of research and policy at the Dutko Group Companies and a frequent NRO contributor.

Voir aussi:

Ethics & Public Policy Center

American Culture and the Presidency

Wilfred M. McClay

American Culture and the Presidency
George W. Bush’s Evangelical Conservatism:

Or, How the Republicans Became Red

February, 23, 2005

American Culture and Democracy: Fall 2004 Lecture Series

Wilfred McClay: Thank you very much, Ed, and good evening to all of you. I am glad that we were finally able to hold this lecture, after being defeated twice in our earlier attempts. The delay probably has worked to my advantage, since the more distance that’s put between me and the other speakers in this series, the less I will suffer by comparison to them. It is indeed a daunting matter to have to follow on after Justice Scalia, Richard Neuhaus, Hadley Arkes, Bill Kristol, Eric Cohen, and so on. At least this way, I don’t have to follow them in close-order drill, but more as a straggler bringing up the rear.

One other advantage of delay — though a mixed advantage to be sure — is that I was able to keep on gathering material and rethinking this talk. That has meant its becoming transmuted into something a little different from what I set out to do at first. I was initially drawn to think about the role played by the Biblical story of the Prodigal Son — which is, in my opinion, one of the deepest and most thoroughly ingrained moral patternings in our redemption-haunted culture — with particular reference to the personae and public perceptions not only of President Bush and his opponent in the 2004 presidential campaign, but of Bill Clinton, Richard Nixon, and the whole succession of modern, highly personalized American presidencies. For what it is worth, I planned to argue that John Kerry would likely lose the election because he — unlike Bush, and unlike Clinton before him — did not know how to join the story of his own life, with its twists and turns, to that deeply American, and deeply Biblical, story of the Prodigal Son — a story that, in a sense, can be said to encapsulate many of the essentials of the Christian faith, particularly in its evangelical Protestant form. Since it is no great achievement to predict an event that has already happened, I obviously won’t pursue that same line of inquiry. But the larger question of the role of certain deep stories in providing our culture with an enduring account of itself, an account that structures our political and moral imaginations, remains central to what I want to talk about tonight.

There is always a temptation to be entirely topical and present-minded in approaching such a subject, finding dramatic changes in the flow of current events. Certainly President Bush’s extraordinary Second Inaugural Address and subsequent State of the Union Address, both barely a month ago, continue to reverberate in Washington and the country, and their contents and effects form a natural part of my subject. But the matters I want to address are longer-term in their gestation and development, and in no way dependent on these two remarkable speeches and their after-effects. In fact, I’d contend that anyone who has been paying attention to the public words of George W. Bush already knew that these speeches did not contain a great deal that was entirely new. I say that not to be dismissive, but simply to emphasize the consistency in the President’s long-term direction. Take for example the National Security Strategy of the United States, promulgated in September 2002. Judging from the reporting on it, you would think there was nothing much of interest about it, aside from the section on preemptive warfare. But it is absolutely clear, from the start, in basing itself on “a distinctly American internationalism that reflects the union of our values and our national interests,” that aims to “make the world not just safer but better” by promoting political and economic freedom, and that insists “America must stand firmly for the nonnegotiable demands of human dignity.” All these rather sweeping and significant statements went largely unnoticed amid the frenzy over the document’s discussion of preemption. But they were there, and very prominently so.

What I want to look at is, specifically, how the administration of George W. Bush seems to have marked a sea change in the evolution of Republican politics, in conservatism, in the present and future alignment of our political parties and ideologies, and the role of religion in our public discourse and public action. In addition, however, I want to talk about the ways that, taking a longer-range historical view, what looks like a sea change may in fact merely be the process of this administration and the political party it leads rejoining itself, consciously or not, to certain longer traditions of American political and social reform. And I will also want to ask, in the end, whether these changes or reorientations are entirely a good thing, or whether there are aspects of them that should give pause to Americans in general, and to conservative Americans and evangelical Americans in particular.

*****

Let me ease into the subject with an anecdote, meant to illuminate the meaning of my subtitle. Toward the end of April in 2001, I found myself on a business trip to New York, and thought that I would use the occasion to have lunch with a friend, one of those people one deals with for years by phone and email without ever having met in the flesh. I should add, too, that this was and is someone with her feet planted firmly and intransigently on the political Left, with the most dismissive and contemptuous attitude imaginable toward Republicans in general and George W. Bush in particular — but an otherwise charming and intelligent person who tolerates me as a harmless eccentric. We arranged to meet for lunch at a little place off Union Square. After we’d firmed up the arrangements by phone, she concluded with the following instruction: “Now remember, it’ll be May Day, so be sure to wear a red tie.”

Not wishing to offend, I obliged. But I wondered at the request, which struck me as a bit absurd. I thought I detected in it the scent of nostalgia for a bygone era. It was as if we were still living in those heady days when a May Day visit to Union Square might mean an encounter with fiery labor organizers, or German-speaking radical anarchists, or a garment-workers’ rally — or maybe an earnest, rousing speech by Eugene Debs or Emma Goldman or Norman Thomas — instead of an encounter with a swarming beehive of commercial activity, around a Square which now offers the full array of franchise outlets that one would likely find anyplace else in America — Staples, Barnes and Noble, CVS pharmacy, and so on — all accompanied by the deafening noise of seemingly incessant construction. And I somehow doubt that “Red Emma,” were she to show up, would regard my red tie as a very impressive sign of my solidarity with the workers of the world.

I can understand a certain nostalgia for the Left’s glory days — for a time when there was still a plausible sense that it was the Left that stood for the common man and the human prospect, over against the dehumanizing forces of industrialism and finance capitalism and murderous nation-state rivalries and militarism and racial subordination and class arrogance and massive economic inequality, and all the other evils in the long parade of human folly. I’m far from immune to the pull of such concerns myself, as I think many decent people find themselves. It seems to be an especially bitter experience for those who have experienced such glory days to realize that times change and one can’t draw on their moral and intellectual capital forever, which may explain why that realization has been so slow in coming to the aging leadership of the Civil Rights Movement, or the Vietnam-era boomers who currently dominate the major media and the universities.

But how, I wondered, could anyone who had just lived through the 2000 presidential election, and its endless maps of America by state and county, still associate the color “red” with the Left? Particularly when, nearly four years later, after another presidential election and after exposure to another endless succession of maps, the association of “red” and “Republican” seems to have become firmly rooted in our discourse, embraced by both parties. Now we are even treated to learned disquisitions by intrepid reporters from our major daily papers who have donned their pith helmets and ventured out into the far hinterlands, trying to find and comprehend the inner essence of that exotic thing, Red America.

Someday the precise story will be told, by a historian more patient than I, of how the Republican party came to be assigned the color “red” in the mapping of the 2000 electoral results. From what little I have been able to determine, the change seems to have happened gradually, and with no visible conscious intent, and considerable inconsistency along the way. As recently as the 1980 election, the late David Brinkley, then still an anchor at NBC News, was drolly comparing the map representing Ronald Reagan’s landslide victory to a suburban swimming pool — solid blue, in other words. Time magazine somewhat more generously referred to the 1980 map as “Lake Reagan,” and stuck with a blue-Republican and red-Democratic scheme all through the 1990s. Other networks and news outlets used different color schemes during those years, sometimes replacing blue with white, and even reversing the coloration more or less at will. (I distinctly remember watching the 1980 returns on ABC, and hearing Frank Reynolds turn to Ted Koppel and say, “The country’s going Red, Ted!”)

How and why most of the major media outlets (with the exception of Time) fixed upon the red-Republican and blue-Democratic schema in 2000 remains somewhat mysterious. When a New York Times graphics editor was asked for his paper’s rationale, he responded simply that “both Republican and red start with the letter R.” So chalk one up for Sesame Street.

Of course, for anyone who knows even a smattering of modern European history, this is a truly an astonishing turn of events, whose significance is only barely hinted at by Frank Reynolds’s wisecrack. It’s amazing how willing the democratic Left has been to acquiesce in the loss of one of its most permanent, most universal, and most beloved symbols — the color Red — without serious protest. I am not talking here about yielding some of the more or less primordial symbolic meanings ascribed to Red, though those too would seem to be worth hanging on to. Red is the color of life, of love and fidelity, of warmth, of emotional intensity, of power and grandeur. Any political movement or party worth its salt would like to lay claim to such things. But I am thinking more specifically of the political meanings of Red, which may draw upon these more primordial meanings, but also link them to specific historical events and causes and traditions and aspirations. We Americans tend to think, in our own times, of Red in this sense referring exclusively to the history of Communism, but that is a vast oversimplification. Let me be clear in what I’m saying here. I don’t want to be associated with the view that Communism was merely “liberalism in a hurry.” But by the same token, I do want to insist that the range of historical referents to Red would be better described as different expressions of an energetic and idea-driven commitment to systemic progressive reform, expressions that can and do vary widely in the extent of their liberalism or illiberalism, but that have in common a commitment to the general cause of human freedom and human liberation.

Those political meanings of Red emerged fully in the French Revolution of 1848, when socialists and radical republicans adopted the red flag as a symbol of their cause, in contrast to the white flag of the Bourbon monarchists and the more moderate tricolor flag of the liberal Second Republic. From then on, the red flag became firmly associated in French political culture with the progressive socialist cause. Later the softer and more humane image of the red rose would be adopted as a symbol of the French Socialist Party, and was used to especially good public effect in recent memory by Francois Mitterrand. Its enduring power was manifest at Mitterrand’s funeral nine years ago, when throngs of mourners arrived at the Notre Dame Cathedral bearing red roses in their hands.

Similarly, the British Labor Party used a red flag, followed by a red rose, as its symbols. The party early on adopted as its anthem the song “The Red Flag,” which describes the “scarlet standard” as “the people’s flag,” “the hope of peace,” the banner and symbol of “human right and human gain.” Similarly, the color Red (and usually also the red rose) is strongly associated with the Australian Labor Party, the Canadian Liberal Party, the German Social Democratic Party, the Dutch Socialist Party, the Party of European Socialists (located in Brussels) and the Socialist International. Just out of curiosity, I paid a visit to the current websites of each of these organizations, and believe me, you have never seen so much red, and especially so many red roses, outside of the city of Pasadena on New Year’s Day.

So there is a strong and enduring historical association, at least within modern European political culture, between the color Red and the most strongly progressivist, activist, reformist movements in European political life. But, you may well be asking, so what? This is all very interesting, I suppose, but what earthly difference does it make, so far as the United States and the Republican Party are concerned? Isn’t it possible, for example, that American disregard for European color rules is precisely a sign of our superiority, and our exceptionalism?

A reasonable question. My answer would be this. The mutation in the political meaning assigned to the color Red in America seems to have come about largely by chance and careless inattention. Nobody — not even the devious, all-knowing, and all-powerful Karl Rove — sought to induce or manipulate this change. But I believe one can make a very strong and suggestive argument that, in fact, this shift in symbolic meaning, even if entirely unintended, is extraordinarily meaningful, and fits in utterly unexpected ways with the historical situation in which we find ourselves. Hegel spoke of the “cunning of reason” in history, a term that indicated the ways in which the concatenation of seeming coincidences and random irrational events in history ends up furthering the cause of great, consequential, and intelligible change. Just such cunning may in fact be in evidence in this instance.

What I am saying, then, is that there is a sense — a limited sense, but a real sense — in which the Republican Party of George W. Bush has indeed “become Red” — if by “being Red” one means, rather than being the standard bearer for the specific agenda of socialism, instead standing for a grand commitment to the furtherance of certain high ideals and goals, an agenda of progressive reform meant not merely for the sake of the nation, but for the general good of humanity. Such are precisely the sort of larger causes that socialism nearly always has championed. But they can no longer be regarded as the exclusive property of socialism, or more generally of the Left. Bush’s administration may well represent the culmination of a change that has been in the works for a quarter-century or so — perhaps dating back to the days of Reagan, who loved to quote one of the quintessential Red thinkers, Thomas Paine — an effort to capture the mantle of progressive change for the benefit of the conservative party. These efforts have not been a notable success in the past, and even the most plausible of them, Newt Gingrich’s notion of a “conservative opportunity society,” foundered on the rocks of its creator’s problematic persona. Yet it may be clear to future historians that events of the past quarter-century have slowly been weaving a possible new guiding narrative for the Republican party.

As a result, it entirely plausible, I think, for Republicans to assert that the conservative party in America today is the party of progress, of human liberation, of national and international purpose. And Democrats who snicker at such an assertion do so at their own risk, for it is even more plausible to state that the liberal party is the party of opposition to change — the party of entrenched interests, of public bureaucracies and public-employee unions and identity-politics lobbies, the party that opposes tax reform, opposes tort reform, opposes educational reform, opposes Social Security reform, opposes military reform, opposes the revisiting of Supreme Court rulings, opposes the projection of American power overseas, opposes the work of Christian missionaries, opposes public accountability for the work of the scientific research community, opposes anything that offends the sensibilities of the European Union and the United Nations, and so on. Indeed, there are times when it seems they are on the verge of adopting the National Review’s famous slogan, about standing athwart history and yelling “Stop.”

Now some of these things may be worth opposing, and I am not here this evening to endorse or condemn the whole slate of either party. But it seems clear that such a shift of party identities may now be upon us, and that the shift of the color Red to the Republican side may provide an interesting symbolic representation of it.

Clearly, too, as a corollary to the above, one would want to point out that Bush came to this position from a route entirely distinct from the route taken by European socialists. The influences on his thinking are various, of course. As an American, he is heir to the traditional American commitment to the concept of universal natural rights that permeates certain documents of the nation’s founding, and the struggles and travails of its subsequent history. Such sentiments are not unheard of in the party of Lincoln, and Bush, though a proud Texan, seems to have had almost no attraction to the vestiges of traditionalist Southern conservatism. And I don’t doubt for a minute that Bush has been greatly influenced by the neoconservative advisors and theorists in his administration, whose advocacy for the preemptive use of force, democratic nation-building, and the active use of American power in pursuit of a universal human-rights agenda dovetails so well with many of his own instincts (even if they also represent a departure from avowed positions of the 2000 campaign).

But to stress these things is to leave out the key element driving Bush’s moral agenda, which has taken on growing saliency in his administration since 9/11, but was there to see all along for those with eyes to see, going back to his days as governor of Texas. And that is its grounding in Bush’s evangelical Protestantism. It is his evangelicalism that has broadened and softened his younger tendencies toward harder-edged oil-and-gas business conservatism, fired his moral concerns, given him a sense of political mission, and given him the energy, force, and staying power to pursue it. Many of the very positions that make some of his fellow conservatives suspicious of Bush — his “compassionate conservatism,” his relatively favorable view of many Federal social and educational programs, his sensitivity to issues of racial injustice and reconciliation, his softness on immigration issues, his promotion of the faith-based initiative, his concern with issues of international religious liberty, his African AIDS initiative, and above all, his enormously ambitious, even seemingly utopian, foreign-policy objectives — are positions that are best explained by the effects of his evangelical Christian convictions, and by his willingness to allow those convictions to trump more conventional conservative positions. It is strange that, of all the things liberals loathe about Bush, his religion seems to be at the top of the list. For it is precisely the seriousness of Bush’s commitment to his evangelical faith that has made him more “liberal,” in a certain sense, than many of his party brethren.

It is, then, quite legitimate to ask whether Bush is even rightly understood as a conservative. Clearly, this question can involve us in an endless semantic game, and I don’t want to spend our time doing that. But the fundamental dynamic at work is, I think, pretty clear. Although many secular observers seem not to understand this, evangelicalism, by its very nature, has an uneasy relationship with conservatism. To call someone both an evangelical and a conservative, then, while it is not to utter a contradiction, is to call him something slightly more problematic than one may think. Of course this is, or should be, true of all Christians, who have transcendental loyalties that must sometimes override their political commitments, even very fundamental ones. But it is especially true of evangelicalism. As a faith that revolves around the experience of individual transformation, it inevitably exists in tension with settled ways, established social hierarchies, customary usages, and entrenched institutional forms. Because evangelicalism places such powerful emphasis upon the individual act of conversion, and insists upon the individual’s ability to have a personal and unmediated relationship to the Deity and to the Holy Scriptures, it fits well with the American tendency to treat all existing institutions, even the church itself, as if their existence and authority were provisional and subordinate, merely serving as a vehicle for the proclamation of the Gospel and the achievement of a richer and more vibrant individual faith. As such, then, evangelicalism, at least in its most high-octane form, may not always be very friendly to any settled institutional status quo. In the great revivals of earlier American history, it nearly always served to divide churches and undermine established hierarchies, a powerful force for what Nathan Hatch called “the democratization of American Christianity.”

True, evangelicalism can also be a force of moral conservatism, in insisting upon the permanence of certain moral and ethical desiderata, particularly if those are clearly stated in the Bible. But it can also be a force of profound moral radicalism, calling into question the justice and equity of the most fundamental structures of social life, and doing so from a firm vantage point outside those structures. David Chappell’s excellent recent book on the Civil Rights Movement, A Stone of Hope, very effectively made the point that it was the power of prophetic evangelical Christianity that energized the Civil Rights Movement and gave southern blacks the courage and fortitude to challenge the existing segregationist social order. And one could say similar things about many of the great nineteenth-century American movements for social reform, notably abolitionism, a rather unpopular cause in its day which would have made little headway without the fervent commitment of evangelical Protestants who believed the country was being polluted and degraded by the continued existence of slavery.

I am not claiming that Bush is a radical reformer. I don’t think anyone, other than an opponent straining for partisan advantage, would do that. But I am pointing out that the religious vision that energizes him is not always compatible with conservatism as conventionally understood, and may not, in the long run, be easily contained or constrained by it. Yes, Bush is a conservative, but he is a conservative whose conservatism has been continuously informed, leavened, challenged, reshaped, and reoriented by his religious convictions; and many of his closest aides and advisors have undergone a similar process. To capture this distinctive, I’m going to use the term “evangelical conservatism” to describe his position. I should hasten to add that there is a very great difference between “evangelical conservatism” and “conservative evangelicalism,” the latter of which refers to a theologically conservative position which may or may not translate into conservative political views. What I’m calling “evangelical conservatism” is better understood as a form of conservatism, then, and not as a form of evangelicalism — a political, rather than a theological, term.

The question remains as to whether or not Bush’s evangelical conservatism is still conservatism at all, or rather a departure from conservatism, and if so, whether it is a wise, coherent, or justifiable one. That is an interesting question. But it might be better first to ask whether what I am calling “evangelical conservatism” amount to little more than a strange little blip on the screen of American history, the latest flavor in reformism, a mere passing reflection of the idiosyncrasies of one man — or whether instead it finds echoes, in the form of antecedents and precedents, in the American past. As the historian Ronald G. Walters sadly observes in his history of reform movements in antebellum America, nothing so characterizes the history of American reform as its discontinuities, its inability to build traditions and institutions that can stretch across the generations. But this need not be the case. The historical record itself suggests that Bush’s evangelical conservatism, rather than being a radical innovation, may represent the recovery of a once well-established, and distinctively American, approach to social and political reform.

*****

The specifically evangelical tinge to Bush’s conservatism is equally visible in both his domestic and foreign policy. Indeed, one could argue that — within the limits that political prudence and expediency always place upon ideological consistency — these two aspects of policy form something of a seamless web. And the principle that unifies them is the characteristically evangelical emphasis upon the ultimate value of the self-governing individual. The administration’s zeal for the promotion of freedom, and particularly for the causes of global human rights and religious liberty, clearly owes a great deal to the moral influence of evangelical Christians (and also certain very committed secular Jews, such as Abe Rosenthal and Michael Horowitz, who have taken a powerful interest in the cause of religious liberty). And its domestic conception of the “ownership society,” which is a further elaboration of ideas that were already adumbrated in the “compassionate conservatism” that Bush advanced as governor of Texas and in his 2000 campaign, is also aimed at the formation and empowerment of self-governing individuals. Both depend upon a certain anthropology of the human person, a constrained individualism which understands human flourishing as requiring both the political and social freedom to pursue the good, and the moral discipline to live responsibly within the constraints that reflect the highest properties of human nature. Self-government is not possible under the yoke of political or religious tyranny. But neither is it possible in a world in which the formation of character is ignored, and the linkage between our efforts and our results is erased. Hence the two facets of the Bush agenda are conjoined.

Such a formulation bears a strong resemblance to the outlook of so much nineteenth-century American reform, which held up as a social ideal the freely choosing individual who was constrained (and thereby made genuinely free) by the disciplining influences of education, religion, and formative moral training. From the time of the Founding up to the end of the 19thcentury, the ultimate goal of social reform was the creation of the optimal conditions for what historian Daniel Walker Howe calls “the construction of the self.”. It was an era that still unabashedly extolled the “self-made” man, in which “self-improvement” was regarded as a moral imperative, and in which the concept of “individualism” was not understood as a synonym for narcissism or footloose irresponsibility, but rather as a highly desirable condition — a condition, though, which could NOT be properly understood or sustained apart from the existence of an objective moral order. And it was not enough for those constraints to be applied externally, like so many fences and leashes. They needed to be completely internalized as well. The responsible democratic self would need the help of institutions — family, church, neighborhood, and polity — with an interest in character formation. But the goal was not to remain in a state of tutelage, but to become transformed internally in the direction of self-sufficency, and thereby become more or less autonomous or self-constrained.

The relationship between the self-governing polity and the self-governing soul appears again and again — for example, in the thought of public-education pioneer Horace Mann, who saw the role of education as that of implanting the tools of self-regulation, so that naturally anarchic individuals would be fit for the task of self-control and self-direction. The clergyman William Ellery Channing, whose 1838 lecture “Self-Culture” became a classic brief for the endless human capacity for self-improvement, argued that God had endowed the human race with the extraordinary power “of acting on, determining, and forming ourselves.” One could argue that neither of these men was, in the strictest sense, an evangelical. But in this respect, there was little difference between them and their contemporaries, such as the arch-evangelical Charles Grandison Finney. As historian Daniel Walker Howe has put it, the essence of the evangelical commitment was that it was “undertaken voluntarily, consciously, and responsibly, by the individual for himself or herself,” by those “who have consciously decided to take charge of their own lives and identities,” and who are willing to embrace a discipline that is “at one and the same time liberating and restrictive.”

This ideal of the self-governing individual stands behind many of the great reform movements of pre-Civil War America — temperance, women’s rights, health faddism, and of course, antislavery. That ideal is at the heart of the evangelical-Protestant moral critique of slavery. Slavery was a systemic affront to the ideal of self-governance. It not only prevented slaves from being self-governing and fully realized individuals. It just as surely prevented masters from achieving that same status. It corrupted both, and in the process had a corrupting effect upon all that came into contact with them, a contention that the economically backward state of the South seem to prove. This was a critique that, of course, went back as far as Thomas Jefferson’sNotes on the State of Virginia, but it took a religious movement to provide the energy to act on it.

It would take a lecture longer than this already over-long one to trace the ways that this 19th-century Whig-evangelical model of social reform through individual transformation under the tutelage of morally authoritative institutions came to be supplanted by philosophies of reform that dealt in the behavior of social aggregates rather than the reformation of individual hearts and minds. But it is certainly seemed clear, by the end of the 1970s or so, those approaches had fallen far short of unambiguous success; and with the sweeping welfare-reform measures of a decade ago, Federal social policy has begun to reject approaches to social reform that fail to take into account the dynamics of individual character formation. This is clearly where Bush’s heart is, and in that sense, his approach picks back up where the reformers of the 19th century left off. Here too, one can see how his own perspective dovetails so nicely with that of neoconservative critics of the welfare state, but even so is different, given its roots in a certain religious anthropology.

*****

It may be that I’m failing to give adequate attention to the other side of the story here. Which is to say that the Republicans have become Red less because of their strengths than because of the Democrats’ weaknesses. Something like that analysis is put forward, in the most compelling form I’ve yet seen, by Martin Peretz in the current issue of the New Republic, in an extremely intelligent article titled “Not Much Left.” Liberals, he argues, find themselves today where conservatives were a half-century ago, without ideas, without a vision of the good society, bookless, forced to feed on stale ideas from the 60s, and therefore, dying.

I think there is considerable merit in Peretz’s analysis, and I think the appalling situation currently unfolding at Harvard is a window onto why the absence of fresh ideas on the Left may be a much more difficult problem to solve than even he posits. Conservatives had the benefit, in retrospect, of being in the wilderness, and having to invent and sustain their own institutions. The Left might be far better off, in the long run, if it didn’t have the Harvards of the world in its pocket, because it might be less inclined to control discourse rather than stimulate it.

But there’s one thing that Peretz mentions in passing that also summarizes what makes me uneasy about the Bush agenda, and it’s packed into one sentence: “The most penetrating thinker of the old liberalism, the Protestant theologian Reinhold Niebuhr, is virtually unknown in the circles within which he once spoke and listened, perhaps because he held a gloomy view of human nature.” One could say the same about the older conservatism, which also once found Niebuhr a compelling figure but now finds it easy to dismiss him.

There is not much of Niebuhr, or original sin, or any other form of Calvinist severity, in the current outlook of the Bush administration. That too is a reflection of the optimistic character of American evangelicalism, and therefore of evangelical conservatism. It certainly reflects the preference of the American electorate, which does not like to hear bad news, a fact that is surely one of the deep and eternal challenges to democratic statesmanship. And it is, by and large, an appropriate way for good leaders to behave. It is, in some respects, a political strength.

But conservatism will be like the salt that has lost its savor, if it abandons its most fundamental mission — which is to remind us of what Thomas Sowell called “the constrained vision” of human existence, which sees life as a struggle, with invariably mixed outcomes, full of unintended consequences and tragic dilemmas involving hopelessly fallible people, a world in which the legacy of the past is usually more reliable than the projections of the future. As the example of Niebuhr suggests, such a vision need not reject the possibility of human progress altogether — which, by the way, has never been characteristic of traditional conservatism either, from Edmund Burke on. But it does suggest that it is sometimes wise to adopt, so to speak, a darker shade of red, one that sees the hand of Providence in our reversals as well as our triumphs. To do so is as needful for American evangelicalism as for American politics.

 Voir de plus:

Red States, Blue States, Confusional States
David C. Stolinsky
November 13, 2014

Some states are red
Some states are blue
The blue states are redder
But what can you do?

During the 2000 election, the media began using maps showing liberal states as blue and conservative states as red. The obvious reason was to avoid the implication that liberals are related to socialists or communists, who throughout the world for over a century have been associated with the color red.

Prior to 2000, the color scheme varied, with the more common − and more logical − practice being to use red for Democrats and blue for Republicans. For example, NBC’s David Brinkley referred to Ronald Reagan’s 49-state landslide victory in 1984 as a “sea of blue.” But since 2000, the current usage has become so ingrained that it would be very difficult to change. There may be a lesson here.

We should be careful of the habits we develop. Changing them later can be difficult or impossible, no matter how illogical or destructive they may be. This is true for a drug habit, but it is equally − if less obviously − true for habits of thought. Refusing to associate big-government candidates and parties with socialism may seem innocent. But such thinking is hardly innocent if it encourages us to overlook the failing socialist states in Europe, Asia, Africa, and Latin America.

Socialist governments traditionally do make a financial mess. They always run out of other people’s money.
– Prime Minister Margaret Thatcher

Barack Obama proposed a variation on the theme of “one size fits all” health-care plans. We refused to see the similarities between this plan and the socialized Canadian system with its long delays, the British system with its rationing of care, and the French system with its inability to react to emergencies. So unless we amend or repeal ObamaCare, we will face similar problems. Erroneous terminology leads to erroneous thinking. We heard promises of “excellent care for everyone at less cost” and reacted with cheers and applause, rather than the hoots and whistles such baloney deserved.

Then we have the notion that Democrats are more “compassionate” than Republicans. This is true only if we define “compassionate” as voting Democratic − a circular argument if there ever was one. In fact, conservatives on average give more to charity than liberals, both as individuals and by state. And Americans give more to charity than Europeans who live in socialist nations.

I believe that socialism is deficient not only on economic grounds, but also on moral grounds. It encourages us to leave the well-being of fellow citizens and even family to the government. For example, in 2003 France was stuck by a heat wave in which over 11,000 died. Those who could do so took their usual August vacation to the seashore, leaving elderly relatives and neighbors to swelter in non-air-conditioned apartments. Even health-care personnel went on vacation, while those who remained were limited by law to a 35-hour work week. There’s “compassion” for you.

Some time ago I was talking to a colleague. I mentioned the evils of the Soviet Union. As if on cue, he said, “True communism hasn’t been tried.” Really? In 74 years of “building socialism,” the Soviet Union just couldn’t get it right? And Poland, Hungary, Czechoslovakia, Bulgaria, Romania, Yugoslavia, Albania, and East Germany didn’t do it right, either? What about China, North Korea, Vietnam, Laos, and Cambodia – not to mention the liberals’ favorite, Cuba? What about the failed African regimes that rejected Western ideas of democracy and free enterprise, but unwisely chose Marxism to emulate?

In fact, true communism was tried by the Pilgrims in the Plymouth Colony in 1620. After a few years of near starvation, they gave it up and allowed private ownership of land. This experience was duplicated by communists in the Soviet Union and China, where millions died in famines. But unlike the Pilgrims, it took the Russians and Chinese many years to admit their error.

After centuries of attempts of various sorts by various peoples of various racial, ethnic, and cultural backgrounds, nobody could get socialism “right.” But many liberals still believe that they could get it “right,” if only we nasty old conservatives got out of the way and let them try.

As G. K. Chesterton observed, when people stop believing in God, they don’t believe in nothing, they believe in anything. First it was global cooling and nuclear winter. Now it is global warming. First it was removing mercury from tuna fish, childhood vaccines, and even thermometers. Now it is mandating compact fluorescent bulbs that contain mercury. Yet no matter what other beliefs come and go, one liberal belief remains constant − the belief that they are smarter than all other people and can finally get socialism “right.”

But what does it mean to get socialism “right”?

● Can a system that is inefficient be made to work efficiently?

● Can a system that creates disincentives to productivity be made productive?

● Can a system that rewards conformity be made innovative?

● Can a system that discourages individual responsibility be made to encourage it?

● Can a system that enforces compliance be made to encourage political freedom?

● Can a system that punishes “incorrect” speech be made to encourage free expression?

● Can a system that takes more of our money and makes spending decisions for us be made to encourage economic freedom?

● Can a system based on Marx’s 19th-century notions cope with 21st-century problems?

● Can a system based on lies ever succeed? Note the admission that ObamaCare could not have been passed without lying to Congress and the American people.

We can’t get socialism “right” any more than we can get wife-beating “right” or perpetual motion “right.” If something is wrong, both morally and practically, we can never get it “right.” The best we can hope for is to get it less wrong − that is, to compare it with something that seems even worse.

Thus when I criticized his hero, Fidel Castro, my liberal colleague replied, “He got rid of Batista.” Yes, but so what? John Gotti got rid of Paul Castellano − did that excuse Gotti’s Mafia career? And Lenin got rid of the czar. But what if he hadn’t? Despite the oppression and inefficiency of the czarist regime, things in Russia were slowly improving. It is illogical to compare conditions in the Soviet Union before it collapsed in 1991 with conditions in the czarist Russia of 1917. Nothing in the world is the same as it was in 1917.

Similarly, apologists for Castro compare education and health care in Cuba now with conditions when Batista fell in 1959. Liberals fall into the trap of assuming that if the Left hadn’t seized power, conditions in the country in question would have remained frozen in time. This is similar to claiming that if the American Revolution hadn’t occurred, we would still be going around on horseback wearing three-cornered hats and wigs.

Things change whether our guy or the other guy is in charge. The question is how they change. Does freedom increase or decrease? Is the value of the individual enhanced or diminished? Does society come to resemble a community of human beings or an anthill? Are productivity and innovation encouraged or discouraged? Are we motivated to take care of ourselves, our family, and our neighbors, or are we tempted to slough off our responsibilities onto Big Brother?

When we call conservative states red and liberal states blue, it is more than a mere confusion of colors. We are being manipulated to muddle our thinking until we can no longer draw logical conclusions.

Socialism isn’t a novel idea worth trying. It is an old idea that has been tried in many forms and many places by many people, and to a significant extent it doesn’t work. We need to take from socialism the idea of a social safety net into which the unfortunate can fall without serious injury. But at the same time, we need to encourage individual initiative and responsibility, because they are necessary for progress – and even more important, because they are essential for human dignity.

We can call red blue and blue red all day long, but the true colors remain the same.

Voir également:

BETWEEN THE LINES
How red states turned blue and vice versa
Exclusive: Joseph Farah vows not to use media-manipulated color narrative
WND
05/09/2012

Joseph Farah is founder, editor and CEO of WND and a nationally syndicated columnist with Creators News Service.. He is the author or co-author of 13 books, including his latest, « The Tea Party Manifesto, » and his classic, « Taking America Back, » now in its third edition and 14th printing. Farah is the former editor of the legendary Sacramento Union and other major-market dailies.

It’s been four years since I made this point heading into another presidential election.

But it’s a point worth making again and again. It illustrates how the Democrats have their way with the media – every time.

Folks like me, old enough to remember when red states meant Democrat and blue states meant Republican, probably still get confused from time to time about the terminology.

All one has to do is take a trip down memory lane to look at the way the media uniformly showed the Ronald Reagan landslide of 1984. Look at the map. The blue states belonged to Reagan. The red states were those won by Walter Mondale.

Why did that perfectly sensible system suddenly change in the presidential election of 2000?

The story goes that the current use of Republican red and Democrat blue began when the late Tim Russert, a respected television interviewer, but one who worked formerly for Democratic Sen. Daniel Patrick Moynihan of New York, decided to use this new color scheme 12 years ago, according to the Washington Post, and it took.

I’m not surprised it did, given the political complexion of the national press corps.

The former system made more sense and was deliberately changed by media partisans who didn’t like to suggest Democrats should be associated with the color red.

I’m not making this up. In fact, even the predictably leeward-tilting Wikipedia acknowledges the newly adopted U.S. hue standard stands in stark contrast to the system of political colors in most other countries that bother to hold elections: “This unofficial system of political colors used in the United States is the reverse of that in most other long-established democracies, where blue represents right-wing and conservative parties, and red represents left-wing and social democratic parties.”

For once, Wikipedia has it right.

What’s a little more surprising, however, is how easily Republicans fell in line, apparently without realizing the reason they went from blue to red overnight. There’s even a Republican-leaning opinion site called RedState.com. How shortsighted and gullible can you get?

To understand the history behind this change, let’s take a look at what was happening on television before 1980. Again, according to the usually unreliable Wikipedia, “In 1976, John Chancellor, the anchorman for the ‘NBC Nightly News,’ asked his network’s engineers to construct a large electronic map of the USA. The map was placed in the network’s election-night news studio. If Jimmy Carter, the Democratic candidate that year, won a state, it would light up in red; if Gerald Ford, the Republican, carried a state, it would light up in blue.”

Made sense. Jimmy Carter was a progenitor of Barack Obama. And even though Gerald Ford was too dumb to understand that Eastern Europe and specifically Poland was, at the time, under Soviet domination, no one would ever accuse him of being a commie.

The next election cycle, famous for Ronald Reagan’s Republican landslide, was also memorable for David Brinkley’s observation that the election board looked like a “sea of blue.”

That made even more sense because Reagan’s convictions were decidedly and unabashedly anti-red.

There were deviations at some other networks, but the standard remained Democrat-red and Republican-blue for three more presidential elections. It was understandable. There was little confusion about it. It all made sense.

Democrats were at least soft on communism and socialism in the post JFK-LBJ world. Republicans tended to be anti-communist. It was all perfectly understandable, accurate and had both historical precedent to support it as well as contemporary parallels in other countries.

I propose to you it’s time we – real Americans, the rest of us – stopped being manipulated like this.

I would like to announce today, as I did on 2008, that my news organization, WND, will stand apart and refuse to use the “red-state-blue-state” paradigm in news coverage because it will not be a part of the obvious manipulation behind it. We won’t use the reverse, either, because it is certain only to cause confusion among our readers.

But I further propose that you start lobbying other news organizations to reconsider their use of the currently accepted “red state-blue state” labeling system based on the historical precedents you have learned about in this column and because it was launched and inspired by a former Democratic Party activist cum newsman and was adopted enthusiastically because it was so welcomed by the press’ overwhelming party of choice.

Words mean things. Symbols, too, have meaning. Why is it that I get confused about what someone means when they say, for instance, “California is a blue state and Texas is red.” I get confused because it makes no sense! I don’t think I’m alone. I would propose to you that most people my age or older feel the same way. We all know California is red and Texas is blue. That makes sense.

It’s a very simple concept. Some Democrats, perhaps those not belonging openly to the Progressive Caucus, might be a little self-conscious about being red. Republicans are not. But the fact remains that today’s Democrats are pushing a political agenda that is traditionally, historically and practically red all over.

It’s time for them – and their cheerleaders in the press – to just be honest about it.

Voir encore:

RED STATE BLUES Did I Miss That Memo?
Clark Bensen
POLIDATA/Political Data Analysis
May 27, 2004

Over the past quarter of a century I have generated hundreds, nay thousands, of colorcoded (thematic) maps illustrating political behavior for the nation. These maps have used election results as the source information and show the geographic distribution of voter preferences at various levels of political geography, state, county, town/city, precinct and congressional or legislative districts2. In every one of these maps that indicate a political dichotomy of Republican vs. Democrat, the traditional color-coding scheme has been used:

BLUE FOR REPUBLICAN, RED FOR DEMOCRAT.

When I first came to Washington following the 1980 elections to join the staff of the Republican National Committee, it was already a given that color-coded maps were generated in this fashion. In fact, having watched network news election night coverage over the years, this seemed to be a generally-accepted standard. As the elections ticked away, however, the networks started to change and one-by-one the new election night standard generally became just the reverse.

As we know, the color red is more “eye-catching” and perhaps it made graphic sense for the networks to color-in the vast Republican expanse of the country in red to create a more dramatic background map. However, the problem has now transformed itself into a shorthand notation whereby the color is not used solely to visually differentiate states or counties. It is on the verge of becoming a part of the political lexicon as commentators refer to the “red states” and the “blue states”. This is, to me, as a longstanding political operative, not only confusing but a disturbing trend of how the political paradigm has shifted.

There are two general reasons why blue for Republican and Red for Democrat make the most sense: connotation and practice. First, there has been a generally understood meaning to the two colors inasmuch as they relate to politics. That is, the cooler color blue more closely represented the rational thinker and cold-hearted and the hotter red more closely represented the passionate and hot-blooded. This would translate into blue for Republicans and red for Democrats. Put another way, red was also the color most associated with socialism and the party of the Democrats was clearly the more socialistic of the two major parties.

The second reason why blue for Republicans makes sense is that traditional political mapmakers have used blue for the modern-day Republicans, and the Federalists before that, throughout the 20th century3. Perhaps this was a holdover from the days of the Civil War when the predominantly Republican North was “Blue”.

While not a unanimous practice4, there is significant printed evidence of tradition in favor of the blue for Republican and red for Democrat color scheme.

Nevertheless, the networks appear to be making this change full-bore during 2004. Even some conservative commentators5 have begun to use the “red state/blue state” break as a shorthand to “Republican state/Democrat state” as part of their terminology. Moreover, some younger political observers have been exposed only to the red for Republican scheme6.

Of course, while this just shrieks of inside-the-beltway elitism, it also tends to confuse the debate for many average Americans, especially those over 30. The sole premise for this short-hand is the color-coding of the maps, most of which have not been seen since the 2000 election night/recount coverage. The political parties have invested untold millions in brand recognition for their party labels. Now the media are poised to turn this around for the sake of inside Washington jargon.

The key issue here is not the color chosen for the maps. The key issue is how states, or areas, are described. What is needed is a return to clarity. Texas is not a “red state”, it is (at least now) a generically Republican state. New York is not a “blue state”, it is a generically Democrat state. There are no reds or blues living in America; only Republicans, Democrats and “Others”.

1 Clark H. Bensen, B.A., J.D., consulting data analyst and attorney doing business as POLIDATA ® Polidata Data Analysis and a publisher of data volumes operating as POLIDATA ® Demographic and Political Guides. POLIDATA is a demographic and political research firm located outside Washington, D.C.

2 Numerous examples of these maps may be found online at www.polidata.org. Distillers of Official Data ™ since 1974

3 Notable examples include: a) Charles O. Paullin and John K. Wright, Atlas of the Historical Geography of the United States, (Washington, D.C., Carnegie Institution of Washington and the American Geographical Society of New York, 1932); b) Kenneth C. Martis and Ruth Anderson Rowles, The Historical Atlas of Political Parties in the United States Congress, 1789-1989, (New York, MacMillan, 1989); c) See also the National Atlas of the United States at nationalatlas.gov (a web update of Gerlach, Arch C., editor, National Atlas of the United States of America, (Washington, U.S. Geological Survey, 1970)).

4 My analyst counterpart, Kim Brace, of Election Data Services, who serves the Democrat side of the aisle, has been using red for Republican for as long as Polidata has been using blue for Republican.

5 Observed in a column by Bob Novak in Spring 2004. 6 Observed in a column in GOPUSA.com in a travel letter from a current college student

Voir de plus:

When Republicans Were Blue and Democrats Were Red
The era of color-coded political parties is more recent than you might think
Jodi Enda
smithsonian.com
October 31, 2012

Television’s first dynamic, color-coded presidential map, standing two stories high in the studio best known as the home to “Saturday Night Live,” was melting.

It was early October, 1976, the month before the map was to debut—live—on election night. At the urging of anchor John Chancellor, NBC had constructed the behemoth map to illustrate, in vivid blue and red, which states supported Republican incumbent Gerald Ford and which backed Democratic challenger Jimmy Carter.

The test run didn’t go well. Although the map was buttressed by a sturdy wood frame, the front of each state was plastic.

“There were thousands of bulbs,” recalled Roy Wetzel, then the newly minted general manager of NBC’s election unit. “The thing started to melt when we turned all the lights on. We then had to bring in gigantic interior air conditioning and fans to put behind the thing to cool it.”

That solved the problem. And when election results flowed in Tuesday night, Nov. 2, Studio 8-H at 30 Rockefeller Center lit up. Light bulbs on each state changed from undecided white to Republican blue and Democratic red. NBC declared Carter the winner at 3:30 a.m. EST, when Mississippi turned red.

That’s right: In the beginning, blue was red and red was blue and they changed back and forth from election to election and network to network in what appears, in hindsight, to be a flight of whimsy. The notion that there were “red states” and “blue states”—and that the former were Republican and the latter Democratic—wasn’t cemented on the national psyche until the year 2000.

Chalk up another one to Bush v. Gore. Not only did it give us “hanging chads” and a crash course in the Electoral College, not only did it lead to a controversial Supreme Court ruling and a heightened level of polarization that has intensified ever since, the Election That Wouldn’t End gave us a new political shorthand.

Twelve years later, in the final days of a presidential race deemed too close to call, we know this much about election night Nov. 6: The West Coast, the Northeast and much of the upper Midwest will be bathed in blue. With some notable exceptions, the geographic center of the country will be awash in red. So will the South. And ultimately, it is a handful of states—which will start the evening in shades of neutral and shift, one by one, to red or blue—that will determine who wins.

If enough of those swing states turn blue, President Barack Obama remains in the White House four more years. If enough become red, Gov. Mitt Romney moves in January 20, 2013. For now, they are considered “purple.”

Here’s something else we know: All the maps—on TV stations and Web sites election night and in newspapers the next morning—will look alike. We won’t have to switch our thinking as we switch channels, wondering which candidate is blue and which is red. Before the epic election of 2000, there was no uniformity in the maps that television stations, newspapers or magazines used to illustrate presidential elections. Pretty much everyone embraced red and blue, but which color represented which party varied, sometimes by organization, sometimes by election cycle.

There are theories, some likely, some just plain weird, to explain the shifting palette.

“For years, both parties would do red and blue maps, but they always made the other guys red,” said Chuck Todd, political director and chief White House correspondent for NBC News. “During the Cold War, who wanted to be red?”

Indeed, prior to the breakup of the Soviet Union little more than two decades ago, “red was a term of derision,” noted Mitchell Stephens, a New York University professor of journalism and author of A History of News.

“There’s a movie named Reds, ” he said. “You’d see red in tabloid headlines, particularly in right wing tabloids like the Daily Mirror in New York and the New York Daily News.”

Perhaps the stigma of red in those days explains why some networks changed colors— in what appeared to be random fashion—over the years. Kevin Drum of the Washington Monthly wrote in 2004 that the networks alternated colors based on the party of the White House incumbent, but YouTube reveals that to be a myth.

Still, there were reversals and deviations. In 1976, when NBC debuted its mammoth electronic map, ABC News employed a small, rudimentary version that used yellow for Ford, blue for Carter and red for states in which votes had yet to be tallied. In 1980, NBC once again used red for Carter and blue for the Republican challenger, Ronald Reagan, and CBS followed suit. But ABC flipped the colors and promised to use orange for states won by John Anderson, the third-party candidate who received 6.6% of the popular vote. (Anderson carried no states, and orange seems to have gone by the wayside.) Four years later, ABC and CBS used red for Republicans and blue for Democrats, but the combination wouldn’t stick for another 16 years. During the four presidential elections Wetzel oversaw for NBC, from 1976 through 1988, the network never switched colors. Republicans were cool blue, Democrats hot red.

The reasoning was simple, he said: Great Britain.

“Without giving it a second thought, we said blue for conservatives, because that’s what the parliamentary system in London is, red for the more liberal party. And that settled it. We just did it,” said Wetzel, now retired.

Forget all that communist red stuff, he said. “It didn’t occur to us. When I first heard it, I thought, ‘Oh, that’s really silly.’ ”

When ABC produced its first large electronic map in 1980, it used red for Republicans and blue for Democrats, while CBS did the reverse, according to Wetzel. NBC stuck with its original color scheme, prompting anchor David Brinkley to say that Reagan’s victory looked like “a suburban swimming pool.”

Newspapers, in those days, were largely black and white. But two days after voters went to the polls in 2000, both the New York Times and USA Today published their first color-coded, county-by-county maps detailing the showdown between Al Gore and George W. Bush. Both papers used red for the Republican Bush, blue for the Democrat Gore.

Why?

“I just decided red begins with ‘r,’ Republican begins with ‘r.’ It was a more natural association,” said Archie Tse, senior graphics editor for the Times. “There wasn’t much discussion about it.”

Paul Overberg, a database editor who designed the map for USA Today, said he was following a trend: “The reason I did it was because everybody was already doing it that way at that point.”

And everybody had to continue doing it for a long time. The 2000 election dragged on until mid-December, until the Supreme Court declared Bush the victor. For weeks, the maps were ubiquitous.

Perhaps that’s why the 2000 colors stuck. Along with images of Florida elections officials eyeballing tiny ballot chads, the maps were there constantly, reminding us of the vast, nearly even divide between, well, red and blue voters.

From an aesthetic standpoint, Overberg said, the current color scheme fits with the political landscape. Republicans typically dominate in larger, less populated states in the Plains and Mountain West, meaning the center of the United States is very red. “If it had been flipped, the map would have been too dark,” he said. “The blue would have been swamping the red. Red is a lighter color.”

But not everyone liked the shift. Republican operative Clark Bensen wrote an analysis in 2004 titled “RED STATE BLUES: Did I Miss That Memo?”

“There are two general reasons why blue for Republican and Red for Democrat make the most sense: connotation and practice,” Bensen wrote. “First, there has been a generally understood meaning to the two colors inasmuch as they relate to politics. That is, the cooler color blue more closely represented the rational thinker and cold-hearted and the hotter red more closely represented the passionate and hot-blooded. This would translate into blue for Republicans and red for Democrats. Put another way, red was also the color most associated with socialism and the party of the Democrats was clearly the more socialistic of the two major parties.

“The second reason why blue for Republicans makes sense is that traditional political mapmakers have used blue for the modern-day Republicans, and the Federalists before that, throughout the 20th century. Perhaps this was a holdover from the days of the Civil War when the predominantly Republican North was ‘Blue’.”

At this point—three presidential elections after Bush v. Gore—the color arrangement seems unlikely to reverse any time soon. Not only have “red states” and “blue states” entered the lexicon, partisans on both sides have taken ownership of them. For instance, RedState is a conservative blog; Blue State Digital, which grew out of Democrat Howard Dean’s 2004 presidential campaign, helps candidates and organizations use technology to raise money, advocate their positions and connect with constituents. In 2008, a Republican and a Democrat even joined forces to create Purple Strategies, a bipartisan public affairs firm.

Sara Quinn, a visual journalist now at the Poynter Institute in Florida, said she sees no particular advantage to either color.

“Red is usually very warm and it comes forward to the eye. Blue tends to be a recessive color, but a calming color,” she said.

Not that anyone thought of those things when assigning colors in 2000. Not that they think about it at all today.

“After that election the colors became part of the national discourse,” said Tse. “You couldn’t do it any other way.”

Voir aussi:

One State, Two State, Red State, Blue State
Tom Zeller
The New York Times
February 8, 2004

ON Dec. 19, the online magazine Slate corrected an installment of « Moneybox, » a recurring column by Daniel Gross . The article had « reversed the states’ electoral colors, » the correction stated. « It’s the blue coastal states that opposed Bush, and the red states that supported him. »

The arbitrary, it seemed, had become axiomatic. Neither Mr. Gross’s column, nor the correction, referred to a particular map. Instead, they both alluded to what has become, in the four years since the Bush-Gore showdown, something of a Platonic political tableau – one from which this simple, harmonic maxim now emanates: Democratic states are blue, and Republican states are red.

« I didn’t realize it had become so official, » said Mr. Gross, who also writes periodically for The New York Times. « I must have missed the memo. »

There wasn’t one, of course, but it is testament to the visual onslaught of the 2000 election – those endlessly repeated images of the electoral United States – that the Red State/Blue State dichotomy has become entrenched in the political lexicon.

« The red states have turned redder, » the Bush campaign manager, Ken Mehlman, said recently, « while the blue states have turned purple. »

To many, this palette represents an ignorant (or perhaps intentional) reversal of international tradition, which often associates red with left-leaning parties and blue with the right. « It’s weird, is all, » wrote a blogger at dailykos.com, a political Web journal. « I’d like some accountability if people are going to start messing with cultural symbolism willy-nilly. »

Mark Monmonier, a professor of geography at Syracuse University’s Maxwell School of Citizenship and Public Affairs and an expert in the use of maps as analytical and persuasive tools, found himself automatically reversing the current color code. « I remember talking in a class about the red states and blue states, » he said, « and a student actually corrected me. »

Online political discussion groups buzz with conspiracy theories about the maps, suggesting that Republican states were made red because that color typically represents the enemy on military combat maps, or because red has more negative psychological baggage (fiery, dangerous) than friendly, pacific blue.

Others have thought it simply a naïve attempt to avoid trafficking in stereotypes (Democrats are Reds, or socialists). Professor Monmonier suggested – jokingly – that the red-left, blue-right association more rightly follows the conventional ordering of visible light (red, yellow, green, blue, and so forth).

But in the United States, at least, the color coding has rarely been static.

An early marriage of red and blue with the two major parties is noted in the Texas State Historical Association’s Handbook of Texas History Online , which describes a color-coding system developed in the 1870’s to help illiterate and Spanish-speaking voters navigate English-language ballots in South Texas. Local Democratic leaders called their party the Blues; Republicans chose to be the Reds.

By late in the next century, however, few were guided by that historical tidbit – or any other convention.

« It’s beginning to look like a suburban swimming pool, » the television anchor David Brinkley noted on election night 1980, as hundreds of Republican-blue light bulbs illuminated NBC’s studio map, signaling a landslide victory for Ronald Regan over the Democratic incumbent Jimmy Carter. Other staffers, Time magazine wrote, called it « Lake Reagan. »

Mr. Carter’s bulbs were red.

Five years later, in her book « My Story, » Geraldine A. Ferraro recalled watching her 1984 vice presidential bid founder on the television screen. Mr. Reagan’s victory this time around was rendered in both flavors. « One network map of the United States was entirely blue for the Republicans, » she wrote. « On another network, the color motif was a blanket of red. »

By the 1990’s, the color scheme was becoming a bit more formalized – at least on network and cable television. But other news outlets continued to vary.

Time magazine had favored Democratic red and Republican white in the 1976 election between Jimmy Carter and Gerald Ford, then reversed those colors for Reagan and Carter in 1980. By 1988, the magazine was using Republican blue and Democratic red, and it stayed with that motif even through the 2000 election, which has colorized the nation’s political language in precisely the opposite way.

The Times, which published its first color presidential election map in 2000, followed the networks, although Archie Tse, a graphics editor who made the choice, provided a different rationale: « Both Republican and red start with the letter R, » he said.

The National Atlas of the United States, published online under the auspices of the United States Geological Survey at nationalatlas.gov , still resists that trend: Bush counties are blue; Gore counties red.

Does it matter? Can swaths of cartographic-crimson or seas of ballot-blue tickle the rods and cones of the voting public and trigger deep-seated associations? The field of color psychology is uncertain on the matter.

Robert F. Simons, a professor of psychology at the University of Delaware and a co-author of a recent study titled « The Emotional Significance of Color in Television Presentations, » published in the journal Media Psychology, says it is difficult to link colors directly with how much people like or dislike something.

« People still associate color with all sorts of things – red is hot, blue is cold, » Professor Simons said. « But when all is said and done, these are semantic associations that probably have little to do with color per se. »

But Leatrice Eiseman, the director of the Pantone Color Institute , says those semantic associations are fairly entrenched – at least in the West. Blue, Ms. Eiseman says, is cool and calming, and typically represents « those things in nature that are always there for us, like water and the sky, » she said. Red, in contrast is « exciting, dynamic, high-energy. »

« It can also be a symbol of danger and bloodshed, » she added, although Republicans who find themselves uncomfortable at the hot-and-twitchy end of the spectrum may take comfort at the ascension of their color on Valentine’s Day. « Red is also a very sensual color, » Ms. Eiseman said.

She suggests that maps would do better to mimic the flag, with states bearing either stars on a blue field, or red-and-white stripes. « That would provide a symbolism that is familiar to everyone, » Ms. Eiseman said.

Whatever the subliminal debris, the 2000 election, which kept the nation staring at tinted maps for weeks as the outcome remained uncertain, appears to have cemented a decision that once could be safely governed by whimsy. The Geospatial and Statistical Data Center at the University of Virginia , for example, once chose shades of green and turquoise for its election maps. « I suspect it was just what the mapmaker liked at the time, » said Michael J. Furlough, the director of the data center.

But the center’s maps for the 2000 election were made red and blue. « We made that decision so that the colors would match those that we thought viewers naturally associated with each party, » Mr. Furlough said.

« A critical part of Dean . . . truly reflects much of the culture of the Blue States of America, » wrote Andrew Sullivan in Time magazine last week. That’s probably reason enough for the publication to cede to convention and render the Democrats blue this year. The magazine’s managing editor, James Kelly, says it’s already been decided. « We’re getting with the program, » he said.

Voir encore:

Elephants Are Red, Donkeys Are Blue
Color Is Sweet, So Their States We Hue
Paul Farhi
The Washington Post
November 2, 2004

Tonight, as the results of this too-close-to-call election trickle in, voters will find out not just who they’ve chosen to lead them, but where they live — in « red » or « blue » America.

The TV networks’ electoral maps will turn red once again when President Bush wins a state, and blue when John Kerry claims one. The evening’s talk will likely break along red and blue lines. DanPeterTom will discuss which states might go red, which are trending blue, and which, depending on their ultimate chromatic disposition, could decide the election.

Red and blue, of course, have become more than just the conveniently contrasting colors of TV graphics. They’ve become shorthand for an entire sociopolitical worldview. A « red state » bespeaks not just a Republican majority but an entire geography (rectangular borders in the country’s midsection), an iconography (Bush in a cowboy hat), and a series of cultural cliches (churches and NASCAR). « Blue states » suggest something on, and of, the coastal extremes, urban and latte-drinking. Red states — to reduce the stereotypes to an even more vulgar level — are a little bit country, blues are a little more rock-and-roll.

How has it come to this? What cosmic decorator did the states’ colors, reducing a continental nation’s complicated political and cultural realities to a two-tone palette?

The answers are somewhat murky — we may have to wait for a recount to be sure — but it appears the 2000 election, NBC’s graphics department and David Letterman all played critical roles.

Before Bush’s disputed victory over Al Gore four years ago, there was no consensus on the color of liberalism or conservatism. Indeed the scheme was often reversed, reflecting traditional European associations (red being not just the color of communism but of Great Britain’s Labor Party, too).

In 1976, NBC identified states won by Gerald Ford in blue and Jimmy Carter’s states in red. On election night in 1980, ABC News showed Ronald Reagan’s march to the White House as a series of blue lights on a map, with Carter’s states in red. Time magazine assigned red to the Democrats and blue to the Republicans in its election graphics in every election from 1988 to 2000. The Washington Post’s election graphics for the 2000 election were Republican-blue, Democrat-red.

The first reference to « red states » and « blue states, » according to a database search of newspapers, magazines and TV news transcripts since 1980, occurred on NBC’s « Today » show about a week before the 2000 election. Matt Lauer and Tim Russert discussed the projected alignment of the states, using a map and a color scheme that had first shown up a few days earlier on NBC’s sister cable network, MSNBC. « So how does [Bush] get those remaining 61 electoral red states, if you will? » Russert asked at one point.

In an interview yesterday, Russert disclaimed credit for coining the red-state, blue-state distinction. « I’m sure I wasn’t the first to come up with it, » he said. « But I will take credit for the white board, » Russert’s signature, hands-on electoral vote tracker.

As the 2000 election became a 36-day recount debacle, the commentariat magically reached consensus on the proper colors. Newspapers began discussing the race in the larger, abstract context of red vs. blue. The deal may have been sealed when Letterman suggested a week after the vote that a compromise would « make George W. Bush president of the red states and Al Gore head of the blue ones. »

All of this doesn’t answer two fundamental questions: Why red? Why blue?

Stephen Hess, a professor of media and public affairs at George Washington University, points to the obvious association with the American flag. He adds that those colors look good on a TV screen, too.

Besides, other combinations wouldn’t work. We’ve already tried blue and gray, and we know how that ended up. It would be wrong, for obvious reasons, to divide the country into « black » states and « white » states. And it just wouldn’t look right to pick a more out-there palette, such as taupe-teal or puce-mauve.

Some conspiracy-mind Republicans resent being colored red because that hue tends to be associated with negative traits (fiery, bloody, hot, red-in-the-face), although red is also associated with love. Blue, meanwhile, is peaceful and tranquil, the color of sky and water, but it’s also the color of cold and depression.

The real problem may lie in the superficial caricatures that the colors conjure. Is it really accurate, after all, to describe New Mexico as a « blue » state when Gore won it by just 366 votes in 2000? In California — a state so blue that neither of the two leading candidates bothered campaigning much there this year — voters have in recent years approved initiatives repealing racial preferences and bilingual education, and have ousted a Democratic governor in favor of a Republican. Ohio — historically a red state — is close enough that Kerry might eke out a narrow victory, but it is also poised to pass overwhelmingly a constitutional amendment banning gay marriage.

The whole red-blue division got an eloquent rebuke at the Democratic National Convention this summer, when Senate candidate Barack Obama told the cheering crowd, « We coach Little League in blue states and we have gay friends in red states. We pray to an awesome God in blue states and we don’t like federal agents sniffing around our libraries in red states. »

Red? Blue? In roses and violets maybe, but politics and culture come in many hues, and many of them clash.

Voir de même:

Banana Republicans
MSNBC

Paul Begala

November 13, 2000

The Bushies are desperate — desperate to stop a manual recount of disputed Florida votes. And as so often happens when one is desperate, they’re saying some really stupid things. Former Secretary of State and Bush fixer James A. Baker III even went on national television to say that manual recounts are not as reliable as machine counts.

The Bush camp craves power more than it respects democracy. ‘Trusting the people’ is just a slogan to them.

WHILE BAKER has a right to his opinion, his opinion does not trump Florida election law, which calls for a manual recount if there are anomalies in the machine count.

And apparently George W. Bush does not share his lawyer’s suspicion of manual recounts, since in 1997 he signed a law saying a manual recount was preferable if a machine count yielded a result that was too close to call. Having voted in Texas — as recently as the last presidential election — I know firsthand that many Texans vote on the same controversial punch-card machines as were used in Palm Beach County.

The Bushies are so desperate to stop the manual recount they’ve devised a two-tiered strategy :

First, they’ve gone into federal court to ask that the Florida election law, which clearly allows a manual recount, is unconstitutional. This is legal lunacy and political hypocrisy. Legally, Florida’s recount law is like most states,’ in that it allows recounts in close races or where some discrepancy is shown. Before any county can grant a Gore campaign request for a recount, the county must first demonstrate — by examining 1 percent of the ballots by hand — that there is some cause for concern that the machine might have missed some ballots. Such a regime is common and fair, hardly the abridgement of the 14th Amendment’s equal protection clause and the First Amendment’s free speech clause, as the Bushies’ stunning legal brief argues.

DEJA VU ALL OVER AGAIN
Politically, this is the most blatant hypocrisy since another Bush got elected by asking us to read his lips and then raised our taxes. Bush Jr. campaigned on a commitment to return more power to states and localities. Now, where a state (run by his own brother) is exercising control of its own electoral process, Bush wants the feds to come in and take it over.

The man whose slogan was “I trust the people,” now says he trusts machines more. The man who campaigned for tort reform and against lawyers, is now trying to use lawyers to stop a legal and valid recount — apparently because he fears that if the real will of the people is known, he’d lose.

Fortunately, a federal judge has denied the request for an injunction. Score one for democracy.

But the Bushies aren’t through yet. The other prong of the Bush anti-recount strategy is even more chilling :

The Florida secretary of state — a partisan Republican who campaigned for Bush in New Hampshire and who the Tampa Tribune says spent $100,000 of taxpayers’ money on a world tour to boost her credentials for a Bush ambassadorial appointment – has ruled that the deadline for all certified county results is 5 p.m. ET Tuesday. Such a deadline would make many of the hand recounts impossible to complete. What’s the rush? The overseas absentee ballots will be coming in until Friday, so there’s no need to rush the process to a close. Besides, Florida law clearly allows for a manual recount. It seems unfair — and unconstitutional — for a state official to set such a tight time limit that the recount becomes a practical impossibility.

HEAVY-HANDED STRATEGIES
Such heavy-handed, anti-democratic strategies qualify them to be Banana Republicans. They seem to care more about their preferred outcome than an honest and fair process.

Al Gore has already demonstrated his willingness to accept an unfavorable result by conceding the election when he thought Bush had won Florida by a fairly wide margin of 50,000 votes. Gore’s campaign spokesman made it clear that if a fair and accurate count yields a Bush victory, the Democrats will recognize it. Have we ever heard a single Bush spokesman make such a comment? No. In fact, thanks to the reporting of Michael Kramer of the New York Daily News and Andy Miga of the Boston Herald, we know the Banana Republicans had a secret strategy for undermining a Gore victory if Bush had won the popular vote. Now that the result is the other way, we’ve seen no Democratic strategy for de-legitimizing Bush. In fact, Gore has made it clear that although he won the popular vote nationwide, he will respect the result of the electoral vote as determinative. I have yet to hear a single Banana Republican say the same thing. They crave power more than they respect democracy.

“Trusting the people” is just a slogan to them.
As they did during the right-wing lynch mob’s attempt to impeach our president, the American people are showing their usual good judgment. According to a Newsweek poll released Monday, 72 percent of Americans feel that making certain the count is fair and accurate is more important than getting matters resolved as quickly as possible. Almost 70 percent say that the recount and the delay are proof that the U.S. electoral system is working, not a sign of weakness. And two-thirds (66 percent) of all Americans, and a majority (54 percent) of Bush voters think Gore did the right thing in withdrawing his concession to Bush. So pay no attention to the hot-air boys who are trying to railroad this election for their man Bush. Let’s settle down, slow down and get the most accurate count possible. It’s more important to get this right than to get it right away.

PERPLEXED, BUT NOT DIVIDED
Finally, I feel compelled to respond to something that was said on MSNBC cable last week. Mike Barnicle is one of the great voices of American commentary, and last week he held up the USA Today map of how every county in America voted. There was a sea of Bush red across the South, Midwest and Rocky Mountains with Gore blue hugging the coasts. Barnicle said this was proof of a cultural divide in America: “Wal-Mart versus Martha Stewart,” he said. “Family values versus a sense of entitlement.” I’ve been thinking about that ever since. And while I appreciate a guy from the Northeast opining about the cultural superiority of the Deep South, let me offer my own perspective: I was raised in that ocean of red. I grew up in Sugar Land, Texas — a place so conservative our Congressman is Tom “the Hammer” DeLay, the leader of the right-wing forces in the GOP Congress. There is no doubt that Barnicle’s observations have merit: There are different cultural mores on the coasts than there are in the middle of the country. But I don’t think that’s the only thing going on here.

Why would my beloved South vote so heavily Republican when just a generation ago it was heavily (no, totally) Democratic? LBJ knew. When he signed the Civil Rights Act he put his head in his hands and told his press secretary, Bill Moyers, “I’ve just given the South to the Republicans for a generation.” LBJ’s pessimism was prescient.

In the next presidential election, George Wallace stormed across the South with a message that cloaked racism in anti-government, anti-federal rhetoric. Richard Nixon’s infamous “Southern Strategy” was aimed at co-opting the votes of Southern Democratic racists who were disillusioned with their party’s support of civil rights. And by 1980, Ronald Reagan could stand in Neshoba County, Miss. — where Goodman and Chaney and Schwerner were murdered by racist thugs for registering black voters — and call for “states’ rights.”

The only two men from my party who won the White House since LBJ were moderate Southerners who knew the ins and outs of racial politics: Jimmy Carter of Georgia and Bill Clinton of Arkansas. If we were in a recession or a war, you could understand the unanimous verdict of my fellow Southerners. What is it about peace and prosperity that has them so angry? Could it be that the Clinton administration was the first in history to take on the extremists at the NRA, by pushing through the Brady Law and the assault weapon ban? Could it be that this administration saved affirmative action from a right-wing assault in the courts, the ballot box and the Congress? Could it be that this administration stood courageously for the simple proposition that no American should be fired from his job because of who he fall in love with?

NO EASY ANSWERS
Vice President Gore tells reporters that democracy, not the election, is at stake.

Yes, Barnicle is right when he notes that tens of millions of good people in Middle America voted Republican. But if you look closely at that map you see a more complex picture.

You see the state where James Byrd was lynch-dragged behind a pickup truck until his body came apart — it’s red.

You see the state where Matthew Shepard was crucified on a split-rail fence for the crime of being gay — it’s red.

You see the state where right-wing extremists blew up a federal office building and murdered scores of federal employees — it’s red.

The state where an Army private who was thought to be gay was bludgeoned to death with a baseball bat, and the state where neo-Nazi skinheads murdered two African-Americans because of their skin color, and the state where Bob Jones University spews its anti-Catholic bigotry : they’re all red too.

But that’s not the whole story, either. Cultural warriors like House impeachment managers Bill McCollum and James Rogan and ultra-conservatives like Sen. John Ashcroft were defeated.

A gun control measure passed in Colorado and Oregon.

School vouchers were rejected in Michigan and California.

Democrats gained seats in the House, the Senate and state legislatures

And Gore carried the popular vote.

My point is that Middle America is a far more complicated place than even a gifted commentator like Mike Barnicle gives us credit for. It’s not all just red and blue — or black and white.

Democratic strategist Paul Begala is the co-host, with Oliver North, of MSNBC’s “Equal Time.” Begala is also the author of “Is Our Children Learning? The Case Against George W. Bush.”

Florida Recount …

PAUL BEGALA

Just when the Fat Lady was two-thirds through her aria, the Florida Supreme Court has stuffed a big-ol’ sock in her mouth. The Court has ordered, finally, that the disputed ballots from Miami-Dade County — and any other undervotes from any other county — be counted.

This is only fair. And fairness should count for something. I spoke to a high school civics class this morning, and had a hard time trying to explain why, since I believe any fair and full counting will show that Gore won Florida and with it the White House, The System may not give us that full and fair counting. The best I could come up with is to remind the students of what President Kennedy said, « Life is not fair. »

JFK had been, as he memorably said of his generation, « tested in war, (and) tempered by a hard and bitter peace. » He had seen his brother killed in combat, his sister killed in a plane crash, his boat shot out from under him in the Pacific. And yet he knew others who’d emerged from the war unscathed — and others still who were never called to serve at all.

His conclusion : life is not fair.

For someone like me who has, thank God, never been asked to serve in combat, I lack JFK’s tough, but accurate, perspective. And, Lord knows, an election is not a war. No one will die. No one will be injured. No one will have their lives shattered. So, while this is definitely the biggest political story of my lifetime, Kennedy’s lesson has helped me put it into perspective.

Still, I am thrilled that the Florida Supreme Court has ordered a careful count of the disputed ballots. It would be even more fair to have, as Gore has suggested, a full recount of the entire state of Florida. But absent that, counting the disputed ballots may yield a victory for Gore — or it may yield a victory for Bush. But more fundamentally, the count will confer legitimacy. After all, when 6,000,000 votes are cast but only 537 separate the winner from the loser, and tens of thousands of ballots have never been accurately read, it seems only fair to give those ballots a look-see.

I know The System is not always fair. But it ought to be unfair to both parties in the same way. That is, if the GOP is going to tell hundreds of voters in Palm Beach County that their votes don’t count because their local canvassing board submitted the paperwork 127 minutes late (when the Supreme Court had said the Secretary of State could receive them the next morning); if we’re going to tell 20,000 citizens whose votes were invalidated by a flawed ballot, and thousands more whose votes were never counted because of flawed machines, and untold more whose votes were excluded because of a lack of translators for Haitian immigrants or because the needlessly complicated ballot confused a lot of first-time voters — if the Republicans’ answer to all of those people is, « Life is unfair, » why do they appeal to fundamental fairness to include thousands of ballots whose applications were tampered with by party operatives?

The twin-killing of the Seminole and Martin County cases makes sense when you consider the radical — and unfair — nature of the remedy. Nobody wants to throw out the votes of thousands of citizens who did nothing wrong. Nobody but the Republicans, if those votes happen to be for Al Gore. By the same token, the Florida Supreme Court ruling makes sense. If every vote counts in Seminole and Martin Counties, they ought to count in the state’s other counties as well.

Watch for the Banana Republicans to attack the Court, just as Bush lawyer (and the man who ran the Wilie Horton campaign for Poppy) James Baker called the last Supreme Court ruling with which he disagreed, « unacceptable. » The Bushies will resort to the US Supreme Court, the Florida Legislature, Tom DeLay and the right-wingers who run the GOP Congress. All Al Gore has on his side are the people, the votes and the law. It’s going to be one helluva fight.

The drumbeat from the Know-Nothing Class continues

PAUL BEGALA

Why, the pundidiots ask, won’t Al Gore simply concede defeat and let us get about the important business of sucking up to the Bushies? I can hardly blame them. The Clinton Era has been a long, lonely walk in the wilderness for most of the chattering class. The Clintons didn’t like them. Didn’t like their arrogance or their condescension. Couldn’t stand their ruthlessness. And they let it show.

Worse, the Clinton Era proved the absolute and total lack of power in the punditocracy. From inside the White House it seemed to me as if 90 percent of the talking heads were calling for Clinton’s head. And he wouldn’t offer it up. Day after day they told the American people that Clinton had to go. The American people followed it carefully, studied it judiciously and told the pundidiots to pound sand. Obviously what Clinton did in his private life was wrong, and lying about it was terribly wrong. All of that made him a bad husband, perhaps, but it didn’t change the reality that he was, in the eyes of the American people, a terrific president. And so they hung in there with him. The pundidiots acted like two-year-olds who weren’t getting enough attention, « But our opinions matter! » they screamed. « We get the best tables at the finest Georgetown restaurants. When we say he has to go, he has to go. »

But he would not go. And the American people would not let him go. And so he stayed. He survived, he succeeded, he triumphed. He is seen as more successful in his job than Eisenhower or Reagan were at this stage of their presidencies. He has become the most successful president since FDR, accomplishing more of the goals he set at the beginning of his presidency than anyone since.

And in so doing he pissed-off the pundidiots mightily.

Perhaps that’s why they’re so cranky, so angry, so nasty to Al Gore. Good Lord, the man won the election. He got more votes than the other guy. More Americans wanted him to be President than George W. Bush. I know that’s not constitutionally dispositive, but it’s pretty damned important. But only if you think the will of the people matters.

George W. Bush may capture the White House. But somewhere in the pea-brain of his is the knowledge, the fact, the certainty that most Americans did not want him in that job — that more Americans wanted the other guy. What’s worse, his supporters can draw no comfort from the argument that they won the electoral vote, since we know Bush’s only hope to « win » Florida lies in legal technicalities, deadlines and the trump card of the Tallahassee Taliban setting aside the will of the voters and giving W 25 electoral votes by legislative fiat.

Independent, nonpartisan analyses of the Florida vote conducted by both the Miami Herald and the Orlando Sentinel concluded that Gore won Florida by a comparatively comfortable margin — as much as 23,000 votes.

Not ready for prime time

PAUL BEGALA

January 8, 2001

Chavez flap is one more sign of Bushies’ arrogance.

So now we learn that Labor Secretary-designate Linda Chavez housed — and may have employed — an illegal alien. We don’t have enough information yet to discern whether this was a commendable act of charity or a criminal violation of the labor laws. And until more facts are in I’m not interested in passing judgment on Chavez.

But this revelation does allow us to make some important judgments about Team Bush :

THEY LIE : I know that sounds harsh, but what else do you call it? The New York Times reports that Bush spokesman Tucker Eskew “said Ms. Chavez was unaware of the woman’s legal status at the time she was sheltering her and only realized after she had departed from her home that she was here illegally.” But that’s not what the woman in question says. Marta Mercado told The Washington Post that she informed Chavez of her illegal status about three months after moving into her home. And Chavez’s close friend, Abigail Thernstrom, told the Times, “I’m pretty confident that Linda did know” that Mercado was not legally in this country.

Why would the Bushies lie about such a thing? For the same reason George W. Bush lied about failing to report to the Alabama National Guard and for the same reason the president-elect lied about his arrest for drunk driving. It’s the same reason the Bushies lied about Dick Cheney’s post-election heart attack. And the same reason Bush lied to a court in Texas about whether he’d discussed with state regulators a controversial investigation of a funeral home company run by a gubernatorial campaign contributor. Because that’s what they do.

CLINTON LIES V. BUSH LIES

Yes, Bill Clinton denied having an affair. I don’t excuse that, but what straying husband wants his family, much less the world, to know? And (except for Hillary) whose dadgum business is it anyway?

As they never tire of telling us, the Bushies don’t have extramarital affairs. They save their lies for public affairs.

Remember : “Read my lips.”

Remember : “I was out of the loop on Iran-Contra.”

And who can forget : “Clarence Thomas is the most qualified person in America for the Supreme Court.”

So spare us the lectures about “restoring honor and dignity” to the White House. Bush hasn’t even gotten there yet, and he’s already left a trail of mendacity from here to Waco. The only thing the Bushies ever wanted to restore was themselves — to power.

But the lack of candor from Bush and his minions is not the only lesson from this mess.

We’ve also learned — horrors :

They’re hypocrites.
When Attorney General-designate Zoe Baird was being pilloried for failing to pay Social Security taxes on an illegal immigrant she’d hired as a nanny, Linda Chavez was one of the loudest voices in the hypocrites’ choir. “I think most of the American people were upset during the Zoe Baird nomination that she’d hired an illegal alien. That was what upset them more than the fact that she did not pay Social Security taxes,” Chavez told PBS in 1993, according to the Post.

And Chavez was far from alone. During the Baird case, and all the way through impeachment, Republicans argued for a strict, unforgiving reading of the law, invoking in pompous, pious tones, “The Rule of Law.” Let’s see the same people who argued for Bill Clinton because he was reluctant to admit an affair turn around and argue for leniency in the Chavez case.

A strict reading of the law says it’s a violation to harbor someone who is illegally in this country — irrespective of whether you actually employed her (which would be another violation). But suddenly, the same people who trashed the Constitution to impeach President Clinton because they wanted to make a constitutional crisis out of an affair, are now, in the words of the Bush transition spokesman, appealing for “a common-sense standard : government should not punish you for trying to help somebody else out in life.”

Only a Bushie could produce this whiplash-inducing spin. Only a Bushie could convince himself that the rules don’t apply to him and his cronies. And only a Bushie could argue that when “they” break the rules, the act is a manifestation of their good intentions and moral superiority, while if a Democrat makes a mistake it is, literally, a federal case and proof of that person’s moral sleaziness.

ENUMERATING ACTS OF COMPASSION

Finally, we’ve learned something more surprising :

Not ready for prime time. Who would’ve thought that Cheney-Bush, Inc. would stumble so badly on something so obvious? Spokesfibber Eskew was coy when asked if Chavez’s illegal immigrant problem had surfaced in the pre-nomination vetting. “The vetters ask a range of serious questions,” he told the Post, “including things about domestic employees and paying taxes. They don’t, however, ask potential nominees to enumerate every act of compassion.”

Sounds like they missed this. They missed Dick Cheney’s EKG, which looks like 40 miles of bad Oklahoma farm road, and his congressional voting record, which looks like Jesse Helms’ greatest hits. They missed John Ashcroft’s remark that the cause of the Confederacy — slavery — was not “perverted.” If people owning people ain’t perverted, I don’t know what is.

The Bushies promised competence more than ideology. So far we’ve gotten mendacity and hypocrisy — all in service of a right-wing ideology.

No wonder they lost the election.

Voir encore:

Racial Witch-Hunt The Left is Guilty of Racial McCarthyism
David Horowitz
Front page magazine

January 22, 2001

ON DECEMBER 14TH, as the Holiday Season was getting into full swing, five young men and women, all professionals with bright careers ahead of them, were accosted at gunpoint in a townhouse belonging to one of them, sexually tortured and then shot in the head. The sadistic criminals who perpetrated this atrocity were brothers. Only one young woman survived.
ON DECEMBER 14TH, as the Holiday Season was getting into full swing, five young men and women, all professionals with bright careers ahead of them, were accosted at gunpoint in a townhouse belonging to one of them, sexually tortured and then shot in the head. The sadistic criminals who perpetrated this atrocity were brothers. Only one young woman survived. In a poignant footnote to the tragedy, she had discovered, when one of the criminals stole a diamond ring from a drawer in the apartment where her companions were killed, that her now dead boyfriend intended to propose to her. Naked and bleeding from her head wound, the young woman staggered a mile through the snow to safety.Despite the story’s horror, despite its drama, despite its “human interest” dimension, not a single national news outlet reported the case. The reason: the monsters who committed this horror were black, the victims white. The reason: The national media is infected with anti-white racism, and the infection is of epidemic proportions. The reason: The story did not fit the politically correct national melodrama of black victimhood, white oppression.

The same epidemic of politically correct, anti-white attitudes pervades local governments and law enforcement authorities. The official position over the killings in the editorial rooms of the Wichita Eagle and the local District Attorney’s office is that the December 14th hate crime was not a hate crime at all. Why? Because the victims were robbed and the motive therefore was not racial, but robbery.

Matthew Shepherd was robbed.

Neither the crime nor the silence surrounding it, are isolated incidents. Last February, 6-year-old Jake Robel was dragged five miles to his death in Missouri because a black car-jacker was deaf to a white child’s screams for help. The nation was not informed. Last April, eight-year-old Kevin Shifflett, had his throat slit by a racist in broad daylight in Alexandria, Virginia, a suburb of the nation’s capital. No one reported Kevin’s assassination as a hate crime and the crime itself was smothered in a politically correct news blackout. The reason? Kevin was white, his racist attacker black. These crimes of the last year remain invisible. But a two-year-old hate crime, familiar to every citizen through endless repetition in the news media, congressional keenings, and presidential pronouncements because it was committed against a black man, did become a central feature of the Democrats’ campaign against presidential candidate George Bush, whom they found guilty of association to the incident because it took place in Texas.Why should these facts surprise anyone, when everyone knows that it is politically correct to hate white people in America? Hatred of whites is a well-developed intellectual doctrine at our nation’s most prestigious universities and law schools – whole faculties are devoted to it. Hatred of whites is widely taught in our nation’s schools, where they are portrayed as history’s racists and oppressors. It is inscribed in our nation’s laws, which provide racial privileges and racial protections for those whose skin color is any shade but white. Meanwhile, the Democratic Party campaigns to ensure that hate crimes are identified in the public mind exclusively with straight white males. Its surrogate in this campaign is the nation’s leading so-called civil rights organization, the NAACP, which ran a multi-million dollar TV effort during the presidential race insinuating that George W. Bush hates black people and is in league with lynchers because he did not think extending a hate crimes law to include special protections for gays was a prudent idea. No Democrat has condemned this racial McCarthyism let alone the offensive outbursts of party extremists like Maxine Waters.

In a calculated cynicism, the Democratic Party has whipped up racial paranoia in the African-American community by lending credibility to the lunatic charge that there was systematic disenfranchisement of black voters in Florida by racists who remain invisible. The U.S. Civil Rights Commission has even staged a show trial to demonstrate the indemonstrable. Witness after witness appeared before the Commission to claim racial intimidation, and then was forced to admit under questioning that they had actually been able to vote. Not a shred of evidence exists that there was a conspiracy to deprive African-Americans in Florida of the right to vote. Yet the NAACP has filed lawsuits making just that accusation. And millions of black people have been persuaded by racial demagogues and their liberal abettors that such a conspiracy exists, that the election was “stolen” from them in order that Republicans could appoint racists to government.

The witch-hunting mentality that has seized the Democratic Party is on full display in a notorious Internet column written by Clinton strategist and Gore advisor Paul Begala during the Florida brawl:

Yes… tens of millions of good people in Middle America voted Republican. But if you look closely at that [electoral] map [showing counties that voted Republican in red] you see a more complex picture. You see the state where James Byrd was lynch-dragged behind a pickup truck until his body came apart – it’s red. You see the state where Matthew Shepard was crucified on a split-rail fence for the crime of being gay – it’s red. You see the state where right-wing extremists blew up a federal office building and murdered scores of federal employees – it’s red. The state where an army private who was thought to be gay was bludgeoned to death with a baseball bat, and the state where neo-Nazi skin-heads murdered two African Americans because of their skin color, and the state where Bob Jones University spews its anti-Catholic bigotry: they’re all red too.
One could respond to Begala in Begala fashion: “The state where left-wing extremist, Muslim terrorists blew up the World Trade Center – that’s blue. The county where a race riot following a jury verdict destroyed 2,000 Korean businesses and caused the deaths of 58 people – that’s blue. The states where Colin Ferguson and Ronald Taylor killed 8 whites and Asians because leftwing race baiters convinced them they were victims of a racial conspiracy – are blue. The counties, nationwide, where the vast majority of murderers, rapists and child molesters live and operate – those are blue, too.”

But far more important is how Begala’s outburst reveals the casual way in which a mainstream political strategist on the left can smear an entire political party – routinely identified by his political comrades as a “white party” – as a den of racial killers.

Not since the heyday of Senator Joe McCarthy has there been a demonization of whole categories of Americans or a national witch-hunt on a scale like this.

And this witch-hunt is now the focus of the nomination process for the new president’s cabinet. Nor do Democrats betray any embarrassment at the fact that leading their attack from the left is a Senator who killed a woman while driving under the influence, left the scene of the accident, and avoided a manslaughter charge only by massing all his legendary family’s political muscle to fix the judicial process in a backwater county of his own state. Democrats had previously politicized and debased the process by which Supreme Court nominees are vetted. Now they are turning what used to be a pro forma confirmation ritual of a new Administration into an orgy of character assassination.

Consider the spectacle. George Bush has nominated the most diverse cabinet in American history. He has appointed African-Americans to the highest positions on record. He has appointed a Chinese-American and an Arab-American to cabinet positions for the first time. He has appointed Hispanic Americans and African Americans and a Japenese American, and of course women. Yet his nominations are the targets of a Democrat campaign to portray his nominees as racists, homophobes and even, in one frenzied historical leap – Torquemadas.

All this has had a predictable effect on a reliably uninformed public. Does a national icon of the popular culture, Ricky Martin, have the temerity to accept an invitation to sing at the new President’s Inauguration? In normal times, this would routinely be seen as a high honor – in this case an honor to the entire Puerto Rican community to have one of its sons assume such a nationally visible role. But in the atmosphere the left has poisoned, Ricky Martin must be prepared to have his life and career torn apart. On hearing of his decision, Martin’s childhood friend and professional partner, the man who produces and writes his songs, told the nation’s press that the singing gig was “a betrayal of everything that every Puerto Rican should stand for.” “This is a president,” according to Robi Rosa, “who would have people in his Cabinet who would obstruct the exercise of civil rights, human rights, consumer rights, the right to choose, the right to be free of gun violence and the right to a clean environment.”

This pathetic extremist screed – far from being unexpected — sounds very much like the tune the whole Democratic choir is singing. Mario Cuomo may have sung it first at the 1996 Democrat Convention: “Ladies and gentlemen, brothers and sisters, the Republicans are the real threat. They are the real threat to our women. They are the real threat to our children. They are the real threat to clean water, clean air and the rich landscape of America.” Give me a break.

What are the actual charges the Democrats have brought against Bush’s nominee for Attorney General? John Ashcroft is accused of the crime of opposing racial preferences (along with 70% of all Americans). According to the witch-hunters, this makes him a closet racist. He is accused of opposing a failed program — forced busing as a means of integration — which has been rejected even in liberal Democrat cities like Los Angeles and Boston, and even among blacks. For this he is accused of “racism.” He is accused of sympathies for the Confederacy because he didn’t condemn the Confederate flag and thought the Confederate cause may have embraced other issues besides slavery (normally the left argues it was about anything but slavery) – yet it was Democrat Senator Fritz Hollings who raised the Confederate flag over South Carolina’s capitol and Bill Clinton who signed official proclamations commemorating the Confederacy while governor of Arkansas — with no such backlash effects. Ashcroft is accused of opposing one black judicial nomination out of a total 26 such nominations because Ronnie White, the black judge in question, overturned the death penalty of a cold-blooded killer who had murdered the wife of a sheriff in front of her children at a Christmas Party, arousing the passionate interest of Missouri sheriffs. For this – for all this – a man with two decades of unimpeachable public service, a supporter of integration, a proponent of Martin Luther King’s vision — is pilloried as a “racist.”

In the atmosphere of hysteria whipped up by left-wing McCarthyites, one news channel even billed a program on the nominee for Attorney General this way: “Bush calls him a man of integrity; critics call him frightening.” Begalism uber alles.

The time has come to pose to Democrats and the left the same question the hero of America’s most famous witch-hunt finally put to the Senator himself: Have you no decency, sir (and madam)? Have you no shame?

David Horowitz is the founder of The David Horowitz Freedom Center and author of the new book, One Party Classroom.

Voir encore:

Ferguson : sur Twitter, les Etats-Unis se divisent entre «rouges» et «bleus»
Hugo Pascua

Libération

26 novembre 2014

LU SUR LE WEBLa statisticienne Emma Pierson a modélisé les discussions autour de Ferguson en analysant les tweets sur l’affaire, laissant clairement apparaître deux camps qui s’ignorent mutuellement.

Les bleus contre les rouges. Et si tout était aussi simple ? C’est la vision des émeutes de Ferguson que propose Emma Pierson, statisticienne-blogueuse diplômée de Stanford, sur le site Quartz. Une modélisation rendue possible grâce à l’analyse de près de 200 000 tweets concernant l’affaire Brown, et qui dessine deux camps très opposés dans leur façon de voir les événements.

En août Michael Brown, jeune afro-américain de 18 ans, est abattu en pleine rue de six balles par Darren Wilson, un policier blanc. Pendant plus de 10 jours de violentes émeutes raciales éclatent dans la ville de Ferguson, poussant le gouverneur du Missouri à demander l’intervention de la garde nationale. La ville reprend son calme jusqu’au 24 novembre dernier, quand le grand jury du comté de Saint Louis décide de ne pas poursuivre Darren Wilson, entraînant de nouvelles émeutes.

Emma Pierson décide d’étudier ce conflit par le prisme de Twitter, plateforme qui a joué un rôle majeur dans les événements de Ferguson. «Twitter a permis de faire circuler des informations (pas toujours exactes) en live, d’organiser les manifestations, et même de lancer des cyberattaques contre le Ku Klux Klan» explique-t-elle. Dans les jours précédents le verdict du grand jury et la seconde vague d’émeutes, celle-ci a donc récolté plus de 200 000 tweets en rapport avec Ferguson et a produit une représentation graphique.

Le résultat de l’analyse «peint réellement un sombre tableau de la division entre les gens», dit-elle. Sur l’image ci-dessus, chaque point représente un compte Twitter influent et deux points sont reliés entre eux si l’un mentionne l’autre. «En substance, l’image représente le réseau social de qui parle à qui. Et il montre deux groupes clairement divisés», poursuit la statisticienne.

Emma Pierson s’est ensuite lancée dans l’étude de chaque mouvance, établissant que l’appartenance à un groupe était fortement liée au rattachement à un parti politique. «Ceux qui se décrivent comme «conservateur» (ou en utilisant des adjectifs similaires) sont beaucoup plus susceptibles d’être dans le groupe rouge alors que ceux qui se décrivent comme «libéral» [au sens anglosaxon, plutôt de gauche, ndlr] sont beaucoup plus susceptibles d’être dans le groupe bleu». Une appartenance au groupe qui est, selon elle, aussi liée à la couleur de peau : «Les comptes Twitter contenant les qualificatifs « Afro-Américain » dans leurs profils sont quasiment systématiquement dans le groupe bleu».

«Les deux groupes s’ignorent complètement»
Le conflit actuel à Ferguson voit donc s’affronter deux groupes politiquement opposés, aux origines différentes. Et si l’on regarde la modélisation des tweets, il est frappant de voir qu’aucun tweet rouge n’est repris par le groupe bleu et inversement. «Les deux groupes s’ignorent complètement», constate Emma Pierson, «ils pensent de manière radicalement opposée». Une affirmation qui se vérifie lorsque l’on regarde les plus gros retweets de chaque clan.

Dans le groupe rouge on se sentirait bien plus en sécurité dans la rue si l’on venait à croiser Darren Wilson plutôt que Michael Brown. On pense aussi que Brown était armé au moment ou il a été abattu, justifiant ainsi le geste du policier. A l’inverse, le groupe bleu ironise sur Darren Wilson tirant 12 coups de feu pour abattre un homme désarmé. En rouge on parle de justice populaire et de chasse raciale, en bleu on parle d’abattre le système. Les premiers pensent qu’Obama ne fait qu’envenimer la situation forçant le gouverneur du Missouri à déclarer l’état d’urgence. Les autres estiment que l’état d’urgence ne doit en aucun cas être utilisé pour enfreindre les droits de l’homme.

Des divergences d’opinions qui poussent les deux mouvances à l’affrontement, «quand les deux groupes décident d’arrêter de s’ignorer c’est rarement joli» explique Emma Pierson. Pour cela il suffit de voir la façon dont le groupe rouge s’en est pris à l’un des leaders du groupe bleu, DeRay Mckesson, chef d’établissement scolaire qui a joué un rôle central dans l’organisation des manifestations. Le qualifiant de «communiste» qui diffuse la haine comme «les démocrates, les noirs», qui voit de «la valeur dans le radotage raciste», «armé de fusil et de cocktails Molotov» et qui devrait très rapidement «prendre ses médocs».

La théorie des chambres d’écho
Ce mélange d’opposition, d’affrontements sporadiques, et d’ignorance quasi constante est le reflet d’une théorie sur les réseaux sociaux bien connue, celle des «echos chambers». Une théorie qui veut qu’à mesure que le monde se détache des modes d’informations traditionnels pour se diriger vers d’autres médias, comme Twitter, le champ de vision de tout un chacun diminue.

Une étude de 2012, sur la diffusion des informations politiques via les réseaux sociaux menée par deux universitaires de Brown, démontre que les utilisateurs sont presque exclusivement confrontés à des posts alignés sur leurs propres opinions. «Deux utilisateurs de Twitter peuvent être exposés a des contenus radicalement différents autour d’une même histoire, en fonction de qui ils décident de suivre (comme c’est le cas pour Ferguson). Alors que deux personnes qui lisent le journal local, liront peut-être des histoires différentes mais à la fin de la journée ils auront été exposés au même contenu», explique Brian Knight, professeur d’économie à l’université de Brown. Cette théorie continue à faire débat, et elle été contestée tout récemment par le chercheur de l’université de New York Pablo Barbera.

«Internet nous offre un large éventail de choix quant à l’information que nous lisons, conclut Claire Cain Miller, journaliste au New York Times. Mais la responsabilité de la variété de cette information reste, semble-t-il, une affaire personnelle».

Voir aussi:

American Focus: le Kentucky, l’Etat qui vire rouge, contre les verts, tout en restant bleu

Le Kentucky, paradoxe d’un carrefour qui vire au rouge et contre les verts

tout en restant bleu

Laurent Sierro

America Polyphony

26 novembre 2014

Le « Ballot Bomb » de la jeunesse n’aura pas suffi pour les démocrates de l’Etat du Kentucky. Les 15-29 ans, devenus le groupe électoral le plus important des Etats-Unis, n’ont manifestement pas plébiscité la candidate démocrate Alison Grimes, 36 ans, adversaire malheureuse du sénateur républicain sortant Mitch McConnell, 72 ans, lors des récentes élections législatives américaines de mi-mandat. Au début de la « Bible Belt », avec une majorité de baptistes, le Kentucky est un peu un Etat intermédiaire.

Réélu donc, Mitch McConnell sera en plus désormais le chef de la majorité républicaine au Sénat. Il incarnera dans les deux prochaines années l’opposition au président Barack Obama. Et ce notamment sur un thème qui lui a permis de séduire l’électorat pauvre de l’est de son Etat: le changement climatique.

« Les gens dans cette région votaient plutôt démocrate, mais ils n’apprécient pas Barack Obama et surtout pas sa lutte contre le changement climatique », explique Al Cross, professeur à l’Université du Kentucky et spécialiste politique de l' »Etat du Bluegrass ». Il évoque d’ailleurs un Etat de plus en plus rouge aux couleurs des républicains. Une évolution également observée dans l’ouest du Kentucky.

Discours anti-Obama efficace

Comme dans d’autres Etats américains, le discours anti-Obama a été efficace. Alison Grimes a bien tenté de se distancer du président, mais trop tardivement ou alors sans effet. Son manque de dynamisme a parfois aussi été critiqué. Et au final, l’argent à disposition de Mitch McConnell a fait la différence dans la dernière semaine avant ces élections du 4 novembre, selon le directeur de campagne de la candidate démocrate.

Les dix millions de dollars de décalage au départ de la campagne avec l’un des poids lourds du Sénat depuis 30 ans ont certes pu être comblé, mais pas intégralement. Sans compter qu’il a fallu faire face à un troisième candidat libertarien et à des « Super PAC » (super comités d’action politique, groupes d’intérêt, pour aider un candidat ou un élu indépendamment de son parti), largement favorables à l’expérimenté Mitch McConnell.

Un seul gouverneur GOP en plus de 40 ans

Toutefois, la direction politique que prend l’Etat du Kentucky est en fait plus compliquée. L’identité locale est assez forte. Si Barack Obama a été largement battu ici et si les républicains remportent toutes les élections à dimension nationale (présidentielle ou représentants fédéraux), le paysage politique de l’Etat reste bleu.

Le parti démocrate a en effet conservé sa majorité qu’il possède depuis 1921 à la Chambre des représentants de l’Etat. Les républicains contrôlent en revanche le Sénat au Capitole de la capitale Frankfort. D’autre part, un seul gouverneur républicain a été élu dans le Kentucky depuis plus de 40 ans.

Paradoxe dans un Etat qui constitue le lien entre les régions du nord-est et le sud profond des Etats-Unis. Premier Etat de la conquête vers l’Ouest au 19e siècle, le Kentucky est désormais clairement à l’Est. Culturellement sudiste, il est économiquement nordiste. L’Etat n’avait pas fait Sécession lors de la Guerre civile, mais s’était tourné vers le Sud. « Nous avons rejoint les perdants après la guerre », relève le professeur Al Cross.

Aujourd’hui, très diversifié, le Kentucky est au contact de sept Etats, autant de manières différentes de s’identifier par rapport à ses voisins. Voilà un Etat probablement intéressant à suivre et sans doute important dans la perspective des futures élections nationales.

Ainsi se termine cette excellente série « American Focus » du journaliste suisse Laurent Sierro, invité sur ce blog durant plus de deux mois. Mille mercis à lui pour tous ces passionnants et éclairants reportages, décryptages et analyses de la société américaine et de ses diversités.

Pour rappel, Laurent Sierro a été Transatlantic Media Fellow au Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) de Washington D.C de début septembre à fin novembre 2014. Dans le cadre de ce programme pour les journalistes européens, il a approfondi pendant ces trois mois plusieurs thèmes en voyageant dans une vingtaine d’Etats américains. Il a multiplié les rencontres et les visites sur le terrain, se focalisant notamment sur trois thèmes: l’immigration, les relations entre religion et société ainsi que l’évolution du fédéralisme. Les analyses ou comptes-rendus publiés tout le long sur ce blog représentent ses conclusions et non celles du CSIS. Ils figurent tous dans la catégorie « American Focus ».

Voir par ailleurs:

Il était une fois les couleurs
1 : Le bleu – La couleur qui ne fait pas de vagues
Dominique Simonnet
L’Epress
05/07/2004

A force de les avoir sous les yeux, on finit par ne plus les voir. En somme, on ne les prend pas au sérieux. Erreur! les couleurs sont tout sauf anodines. Elles véhiculent des sens cachés, des codes, des tabous, des préjugés auxquels nous obéissons sans le savoir et qui pèsent sur nos modes, notre environnement, notre vie quotidienne, nos comportements, notre langage et même notre imaginaire. Les couleurs ne sont ni immuables ni universelles. Elles ont une histoire, mouvementée, qui remonte à la nuit des temps. C’est cette étonnante aventure que nous allons conter, au fil de l’été, avec l’historien anthropologue Michel Pastoureau, spécialiste mondial de cette question (lire absolument son passionnant Bleu, histoire d’une couleur, au Seuil, et Les Couleurs de notre temps, Bonneton). A chaque semaine, sa couleur. Et d’abord le bleu, la préférée des Occidentaux. Une chose, déjà, est sûre: avec un guide affable et érudit comme Michel Pastoureau, on verra le monde autrement!

1 Le bleu La couleur qui ne fait pas de vagues

Les historiens ont toujours dédaigné les couleurs, comme si elles n’avaient pas d’histoire, comme si elles avaient toujours été là. Toute votre oeuvre montre le contraire…
Lorsque, il y a vingt-cinq ans, j’ai commencé à travailler sur ce sujet, mes collègues ont été, c’est vrai, intrigués. Jusque-là, les historiens, y compris ceux de l’art, ne s’intéressaient pas vraiment aux couleurs. Pourquoi une telle lacune? Probablement parce qu’il n’est pas facile de les étudier! D’abord, nous les voyons telles que le temps les a transformées et non dans leur état d’origine, avec des conditions d’éclairage très différentes: la lumière électrique ne rend pas par exemple les clairs-obscurs d’un tableau, que révélaient autrefois la bougie ou la lampe à huile. Ensuite, nos ancêtres avaient d’autres conceptions et d’autres visions des couleurs que les nôtres. Ce n’est pas notre appareil sensoriel qui a changé, mais notre perception de la réalité, qui met en jeu nos connaissances, notre vocabulaire, notre imagination, et même nos sentiments, toutes choses qui ont évolué au fil du temps. Au XIIe siècle, la Vierge devient le principal agent de promotion du bleu

Il nous faut donc admettre cette évidence: les couleurs ont une histoire. Commençons donc cette semaine par la préférée des Occidentaux, le bleu.
Depuis que l’on dispose d’enquêtes d’opinion, depuis 1890 environ, le bleu est en effet placé au premier rang partout en Occident, en France comme en Sicile, aux Etats-Unis comme en Nouvelle-Zélande, par les hommes comme par les femmes, quel que soit leur milieu social et professionnel. C’est toute la civilisation occidentale qui donne la primauté au bleu, ce qui est différent dans les autres cultures: les Japonais, par exemple, plébiscitent le rouge. Pourtant, cela n’a pas toujours été le cas. Longtemps, le bleu a été mal aimé. Il n’est présent ni dans les grottes paléolithiques ni au néolithique, lorsque apparaissent les premières techniques de teinture. Dans l’Antiquité, il n’est pas vraiment considéré comme une couleur; seuls le blanc, le rouge et le noir ont ce statut. A l’exception de l’Egypte pharaonique, où il est censé porter bonheur dans l’au-delà, d’où ces magnifiques objets bleu-vert, fabriqués selon une recette à base de cuivre qui s’est perdue par la suite, le bleu est même l’objet d’un véritable désintérêt.

Il est pourtant omniprésent dans la nature, et particulièrement en Méditerranée.
Oui, mais la couleur bleue est difficile à fabriquer et à maîtriser, et c’est sans doute la raison pour laquelle elle n’a pas joué de rôle dans la vie sociale, religieuse ou symbolique de l’époque. A Rome, c’est la couleur des barbares, de l’étranger (les peuples du Nord, comme les Germains, aiment le bleu). De nombreux témoignages l’affirment: avoir les yeux bleus pour une femme, c’est un signe de mauvaise vie. Pour les hommes, une marque de ridicule. On retrouve cet état d’esprit dans le vocabulaire: en latin classique, le lexique des bleus est instable, imprécis. Lorsque les langues romanes ont forgé leur vocabulaire des couleurs, elles ont dû aller chercher ailleurs, dans les mots germanique (blau) et arabe (azraq). Chez les Grecs aussi, on relève des confusions de vocabulaire entre le bleu, le gris et le vert. L’absence du bleu dans les textes anciens a d’ailleurs tellement intrigué que certains philologues du XIXe siècle ont cru sérieusement que les yeux des Grecs ne pouvaient le voir!

Pas de bleu dans la Bible non plus?
Les textes bibliques anciens en hébreu, en araméen et en grec utilisent peu de mots pour les couleurs: ce seront les traductions en latin puis en langue moderne qui les ajouteront. Là où l’hébreu dit «riche», le latin traduira «rouge». Pour «sale», il dira «gris» ou «noir»; «éclatant» deviendra «pourpre» … Mais, à l’exception du saphir, pierre préférée des peuples de la Bible, il y a peu de place pour le bleu. Cette situation perdure au haut Moyen Age: les couleurs liturgiques, par exemple, qui se forment à l’ère carolingienne, l’ignorent (elles se constituent autour du blanc, du rouge, du noir et du vert). Ce qui laisse des traces encore aujourd’hui: le bleu est toujours absent du culte catholique… Et puis, soudain, tout change. Les XIIe et XIIIe siècles vont réhabiliter et promouvoir le bleu.

Est-ce parce qu’on a appris à mieux le fabriquer?
Non. Il n’y a pas à ce moment-là de progrès particulier dans la fabrication des colorants ou des pigments. Ce qui se produit, c’est un changement profond des idées religieuses. Le Dieu des chrétiens devient en effet un dieu de lumière. Et la lumière est… bleue! Pour la première fois en Occident, on peint les ciels en bleu – auparavant, ils étaient noirs, rouges, blancs ou dorés. Plus encore, on est alors en pleine expansion du culte marial. Or la Vierge habite le ciel… Dans les images, à partir du XIIe siècle, on la revêt donc d’un manteau ou d’une robe bleus. La Vierge devient le principal agent de promotion du bleu.

Etrange renversement! La couleur si longtemps barbare devient divine.
Oui. Il y a une seconde raison à ce renversement: à cette époque, on est pris d’une vraie soif de classification, on veut hiérarchiser les individus, leur donner des signes d’identité, des codes de reconnaissance. Apparaissent les noms de famille, les armoiries, les insignes de fonction… Or, avec les trois couleurs traditionnelles de base (blanc, rouge, noir), les combinaisons sont limitées. Il en faut davantage pour refléter la diversité de la société. Le bleu, mais aussi le vert et le jaune, va en profiter. On passe ainsi d’un système à trois couleurs de base à un système à six couleurs. C’est ainsi que le bleu devient en quelque sorte le contraire du rouge. Si on avait dit ça à Aristote, cela l’aurait fait sourire! Vers 1140, quand l’abbé Suger fait reconstruire l’église abbatiale de Saint-Denis, il veut mettre partout des couleurs pour dissiper les ténèbres, et notamment du bleu. On utilisera pour les vitraux un produit fort cher, le cafre (que l’on appellera bien plus tard le bleu de cobalt). De Saint-Denis ce bleu va se diffuser au Mans, puis à Vendôme et à Chartres, où il deviendra le célèbre bleu de Chartres. Omniprésent, consensuel, le bleu est devenu une couleur raisonnable

La couleur, et particulièrement le bleu, est donc devenue un enjeu religieux.
Tout à fait. Les hommes d’Eglise sont de grands coloristes, avant les peintres et les teinturiers. Certains d’entre eux sont aussi des hommes de science, qui dissertent sur la couleur, font des expériences d’optique, s’interrogent sur le phénomène de l’arc-en-ciel… Ils sont profondément divisés sur ces questions: il y a des prélats «chromophiles», comme Suger, qui pense que la couleur est lumière, donc relevant du divin, et qui veut en mettre partout. Et des prélats «chromophobes», comme saint Bernard, abbé de Clairvaux, qui estime, lui, que la couleur est matière, donc vile et abominable, et qu’il faut en préserver l’Eglise, car elle pollue le lien que les moines et les fidèles entretiennent avec Dieu.

La physique moderne nous dit que la lumière est à la fois une onde et une particule. On n’en était pas si loin au XIIIe siècle…
Lumière ou matière… On le pressentait, en effet. La première assertion l’a largement emporté et, du coup, le bleu, divinisé, s’est répandu non seulement dans les vitraux et les oeuvres d’art, mais aussi dans toute la société: puisque la Vierge s’habille de bleu, le roi de France le fait aussi. Philippe Auguste, puis son petit-fils Saint Louis seront les premiers à l’adopter (Charlemagne ne l’aurait pas fait pour un empire!). Les seigneurs, bien sûr, s’empressent de les imiter… En trois générations, le bleu devient à la mode aristocratique. La technique suit: stimulés, sollicités, les teinturiers rivalisent en matière de nouveaux procédés et parviennent à fabriquer des bleus magnifiques.

En somme, le bleu divin stimule l’économie.
Vous ne croyez pas si bien dire. Les conséquences économiques sont énormes: la demande de guède, cette plante mi-herbe, mi-arbuste que l’on utilisait dans les villages comme colorant artisanal, explose. Sa culture devient soudain industrielle, et fait la fortune de régions comme la Thuringe, la Toscane, la Picardie ou encore la région de Toulouse. On la cultive intensément pour produire ces boules appelées «coques», d’où le nom de pays de cocagne. C’est un véritable or bleu! On a calculé que 80% de la cathédrale d’Amiens, bâtie au XIIIe siècle, avait été payée par les marchands de guède! A Strasbourg, les marchands de garance, la plante qui donne le colorant rouge, étaient furieux. Ils ont même soudoyé le maître verrier chargé de représenter le diable sur les vitraux pour qu’il le colorie en bleu, afin de dévaloriser leur rival.

C’est carrément la guerre entre le bleu et le rouge!
Oui. Elle durera jusqu’au XVIIIe siècle. A la fin du Moyen Age, la vague moraliste, qui va provoquer la Réforme, se porte aussi sur les couleurs, en désignant des couleurs dignes et d’autres qui ne le sont pas. La palette protestante s’articule autour du blanc, du noir, du gris, du brun… et du bleu.

Sauvé de justesse!
Oui. Comparez Rembrandt, peintre calviniste qui a une palette très retenue, faite de camaïeux, et Rubens, peintre catholique à la palette très colorée… Regardez les toiles de Philippe de Champaigne, qui sont colorées tant qu’il est catholique et se font plus austères, plus bleutées, quand il se rapproche des jansénistes… Ce discours moral, partiellement repris par la Contre-Réforme, promeut également le noir, le gris et le bleu dans le vêtement masculin. Il s’applique encore de nos jours. Sur ce plan, nous vivons toujours sous le régime de la Réforme.

A partir de ce moment-là, notre bleu, si mal parti à l’origine, triomphe.
Oui. Au XVIIIe siècle, il devient la couleur préférée des Européens. La technique en rajoute une couche: dans les années 1720, un pharmacien de Berlin invente par accident le fameux bleu de Prusse, qui va permettre aux peintres et aux teinturiers de diversifier la gamme des nuances foncées. De plus, on importe massivement l’indigo des Antilles et d’Amérique centrale, dont le pouvoir colorant est plus fort que l’ancien pastel et le prix de revient, plus faible que celui d’Asie, car il est fabriqué par des esclaves. Toutes les lois protectionnistes s’écroulent. L’indigo d’Amérique provoque la crise dans les anciennes régions de cocagne, Toulouse et Amiens sont ruinés, Nantes et Bordeaux s’enrichissent. Le bleu devient à la mode dans tous les domaines. Le romantisme accentue la tendance: comme leur héros, Werther de Goethe, les jeunes Européens s’habillent en bleu, et la poésie romantique allemande célèbre le culte de cette couleur si mélancolique – on en a peut-être gardé l’écho dans le vocabulaire, avec le blues… En 1850, un vêtement lui donne encore un coup de pouce: c’est le jean, inventé à San Francisco par un tailleur juif, Levi-Strauss, le pantalon idéal, avec sa grosse toile teinte à l’indigo, le premier bleu de travail.

Il aurait très bien pu être rouge…
Impensable! Les valeurs protestantes édictent qu’un vêtement doit être sobre, digne et discret. En outre, teindre à l’indigo est facile, on peut même le faire à froid, car la couleur pénètre bien les fibres du tissu, d’où l’aspect délavé des jeans. Il faut attendre les années 1930 pour que, aux Etats-Unis, le jean devienne un vêtement de loisir, puis un signe de rébellion, dans les années 1960, mais pour un court moment seulement, car un vêtement bleu ne peut pas être vraiment rebelle. Aujourd’hui, regardez les groupes d’adolescents dans la rue, en France: ils forment une masse uniforme et… bleue.

Et on sait combien ils sont conformistes… Simultanément, le bleu a acquis une signification politique.
Qui a évolué, elle aussi. En France, il fut la couleur des républicains, s’opposant au blanc des monarchistes et au noir du parti clérical. Mais, petit à petit, il a glissé vers le centre, se laissant déborder sur sa gauche par le rouge socialiste puis communiste. Il a été chassé vers la droite en quelque sorte. Après la Première Guerre mondiale, il est devenu conservateur (c’est la Chambre bleu horizon). Il l’est encore aujourd’hui.

Après des siècles plutôt agités, le voici donc sur le trône des couleurs. Va-t-il le rester?
En matière de couleurs, les choses changent lentement. Je suis persuadé que, dans trente ans, le bleu sera toujours le premier, la couleur préférée. Tout simplement parce que c’est une couleur consensuelle, pour les personnes physiques comme pour les personnes morales: les organismes internationaux, l’ONU, l’Unesco, le Conseil de l’Europe, l’Union européenne, tous ont choisi un emblème bleu. On le sélectionne par soustraction, après avoir éliminé les autres. C’est une couleur qui ne fait pas de vague, ne choque pas et emporte l’adhésion de tous. Par là même, elle a perdu sa force symbolique. Même la musique du mot est calme, atténuée: bleu, blue, en anglais, blu, en italien… C’est liquide et doux. On peut en faire un usage immodéré.

On dirait qu’elle vous énerve un peu, cette couleur.
Non, elle n’est justement pas assez forte pour cela. Aujourd’hui, quand les gens affirment aimer le bleu, cela signifie au fond qu’ils veulent être rangés parmi les gens sages, conservateurs, ceux qui ne veulent rien révéler d’eux-mêmes. D’une certaine manière, nous sommes revenus à une situation proche de l’Antiquité: à force d’être omniprésent et consensuel, le bleu est de nouveau une couleur discrète, la plus raisonnable de toutes les couleurs.

Il était une fois les couleurs
2 : Le rouge – C’est le feu et le sang, l’amour et l’enfer
Dominique Simonnet
L’Express
12/07/2004

Avec lui, on ne fait pas vraiment dans la nuance. Contrairement à ce timoré de bleu dont nous avons raconté l’histoire ambiguë la semaine dernière, le rouge est une couleur orgueilleuse, pétrie d’ambitions et assoiffée de pouvoir, une couleur qui veut se faire voir et qui est bien décidée à en imposer à toutes les autres. En dépit de cette insolence, son passé, pourtant, n’a pas toujours été glorieux. Il y a une face cachée du rouge, un mauvais rouge (comme on dit d’un mauvais sang) qui a fait des ravages au fil du temps, un méchant héritage plein de violences et de fureurs, de crimes et de péchés. C’est cette double personnalité du rouge que décrit ici l’historien du symbolisme Michel Pastoureau, notre guide tout au long de cet été bigarré: une identité fascinante, mais brûlante comme les flammes de Satan.

2 – Le rouge – C’est le feu et le sang, l’amour et l’enfer

S’il est une couleur qui vaut d’être nommée comme telle, c’est bien elle! On dirait que le rouge représente à lui seul toutes les autres couleurs, qu’il est la couleur.
Parler de «couleur rouge», c’est presque un pléonasme en effet! D’ailleurs, certains mots, tels coloratus en latin ou colorado en espagnol, signifient à la fois «rouge» et «coloré». En russe, krasnoï veut dire «rouge» mais aussi «beau» (étymologiquement, la place Rouge est la «belle place»). Dans le système symbolique de l’Antiquité, qui tournait autour de trois pôles, le blanc représentait l’incolore, le noir était grosso modo le sale, et le rouge était la couleur, la seule digne de ce nom. La suprématie du rouge s’est imposée à tout l’Occident.

Est-ce tout simplement parce qu’il attire l’?il, d’autant qu’il est peu présent dans la nature?
On a évidemment mis en valeur ce qui tranchait le plus avec l’environnement. Mais il y a une autre raison: très tôt, on a maîtrisé les pigments rouges et on a pu les utiliser en peinture et en teinture. Dès – 30 000 ans, l’art paléolithique utilise le rouge, obtenu notamment à partir de la terre ocre-rouge: voyez le bestiaire de la grotte Chauvet. Au néolithique, on a exploité la garance, cette herbe aux racines tinctoriales présente sous les climats les plus variés, puis on s’est servi de certains métaux, comme l’oxyde de fer ou le sulfure de mercure… La chimie du rouge a donc été très précoce, et très efficace. D’où le succès de cette couleur.

J’imagine alors que, contrairement au bleu dont vous nous avez raconté l’infortune la semaine dernière, le rouge, lui, a un passé plus glorieux.
Oui. Dans l’Antiquité déjà, on l’admire et on lui confie les attributs du pouvoir, c’est-à-dire ceux de la religion et de la guerre. Le dieu Mars, les centurions romains, certains prêtres… tous sont vêtus de rouge. Cette couleur va s’imposer parce qu’elle renvoie à deux éléments, omniprésents dans toute son histoire: le feu et le sang. On peut les considérer soit positivement soit négativement, ce qui nous donne quatre pôles autour desquels le christianisme primitif a formalisé une symbolique si forte qu’elle perdure aujourd’hui. Le rouge feu, c’est la vie, l’Esprit saint de la Pentecôte, les langues de feu régénératrices qui descendent sur les apôtres; mais c’est aussi la mort, l’enfer, les flammes de Satan qui consument et anéantissent. Le rouge sang, c’est celui versé par le Christ, la force du sauveur qui purifie et sanctifie; mais c’est aussi la chair souillée, les crimes (de sang), le péché et les impuretés des tabous bibliques.

Un système plutôt ambivalent…
Tout est ambivalent dans le monde des symboles, et particulièrement des couleurs! Chacune d’elles se dédouble en deux identités opposées. Ce qui est étonnant, c’est que, sur la longue durée, les deux faces tendent à se confondre. Les tableaux qui représentent la scène du baiser, par exemple, montrent souvent Judas et Jésus comme deux personnages presque identiques, avec les mêmes vêtements, les mêmes couleurs, comme s’ils étaient les deux pôles d’un aimant. Lisez de même l’Ancien Testament: le rouge y est associé tantôt à la faute et à l’interdit, tantôt à la puissance et à l’amour. La dualité symbolique est déjà en place.

C’est surtout aux signes du pouvoir que le rouge va s’identifier.
Certains rouges! Dans la Rome impériale, celui que l’on fabrique avec la substance colorante du murex, un coquillage rare récolté en Méditerranée, est réservé à l’empereur et aux chefs de guerre. Au Moyen Age, cette recette de la pourpre romaine s’étant perdue (les gisements de murex sur les côtes de Palestine et d’Egypte sont de plus épuisés), on se rabat sur le kermès, ces ?ufs de cochenilles qui parasitent les feuilles de chênes. Au Moyen-Age, le rouge est masculin, puis il devient féminin

Il fallait le trouver!
En effet. La récolte est laborieuse et la fabrication très coûteuse. Mais le rouge obtenu est splendide, lumineux, solide. Les seigneurs bénéficient donc toujours d’une couleur de luxe. Les paysans, eux, peuvent recourir à la vulgaire garance, qui donne une teinte moins éclatante. Peu importe si on ne fait pas bien la différence à l’?il nu: l’essentiel est dans la matière et dans le prix. Socialement, il y a rouge et rouge! D’ailleurs, pour l’?il médiéval, l’éclat d’un objet (son aspect mat ou brillant) prime sur sa coloration: un rouge franc sera perçu comme plus proche d’un bleu lumineux que d’un rouge délavé. Un rouge bien vif est toujours une marque de puissance, chez les laïcs comme chez les ecclésiastiques. A partir des XIIIe et XIVe siècles, le pape, jusque-là voué au blanc, se met au rouge. Les cardinaux, également. Cela signifie que ces considérables personnages sont prêts à verser leur sang pour le Christ… Au même moment, on peint des diables rouges sur les tableaux et, dans les romans, il y a souvent un chevalier démoniaque et rouge, des armoiries à la housse de son cheval, qui défie le héros. On s’accommode très bien de cette ambivalence.

Et le Petit Chaperon… rouge qui s’aventure lui aussi dans la forêt du Moyen Age? Il entre dans ce jeu de symboles?
Bien sûr. Dans toutes les versions du conte (la plus ancienne date de l’an mille), la fillette est en rouge. Est-ce parce qu’on habillait ainsi les enfants pour mieux les repérer de loin, comme des historiens l’ont affirmé? Ou parce que, comme le disent certains textes anciens, l’histoire est située le jour de la Pentecôte et de la fête de l’Esprit saint, dont la couleur liturgique est le rouge? Ou encore parce que la jeune fille allait se retrouver au lit avec le loup et que le sang allait couler, thèse fournie par des psychanalystes? Je préfère pour ma part l’explication sémiologique: un enfant rouge porte un petit pot de beurre blanc à une grand-mère habillée de noir… Nous avons là les trois couleurs de base du système ancien. On les retrouve dans d’autres contes: Blanche-Neige reçoit une pomme rouge d’une sorcière noire. Le corbeau noir lâche son fromage – blanc – dont se saisit un renard rouge… C’est toujours le même code symbolique.

Au Moyen Age, ces codes dont vous parlez se manifestent à travers les vêtements et l’imaginaire. Pas dans la vie quotidienne, quand même!
Mais si! Les codes symboliques ont des conséquences très pratiques. Prenez les teinturiers: en ville, certains d’entre eux ont une licence pour le rouge (avec l’autorisation de teindre aussi en jaune et en blanc), d’autres ont une licence pour le bleu (ils ont le droit de teindre également en vert et en noir). A Venise, Milan ou Nuremberg, les spécialistes du rouge garance ne peuvent même pas travailler le rouge kermès. On ne sort pas de sa couleur, sous peine de procès! Ceux du rouge et ceux du bleu vivent dans des rues séparées, cantonnés dans les faubourgs parce que leurs officines empuantissent tout, et ils entrent souvent en conflit violent, s’accusant réciproquement de polluer les rivières. Il faut dire que le textile est alors la seule vraie industrie de l’Europe, un enjeu majeur. Au fil des siècles, le rouge de l’interdit s’est affirmé

Je parie que notre rouge, décidément insolent, ne va pas plaire aux collets montés de la Réforme.
D’autant plus qu’il est la couleur des «papistes»! Pour les réformateurs protestants, le rouge est immoral. Ils se réfèrent à un passage de l’Apocalypse où saint Jean raconte comment, sur une bête venue de la mer, chevauchait la grande prostituée de Babylone vêtue d’une robe rouge. Pour Luther, Babylone, c’est Rome! Il faut donc chasser le rouge du temple – et des habits de tout bon chrétien. Cette «fuite» du rouge n’est pas sans conséquence: à partir du XVIe siècle, les hommes ne s’habillent plus en rouge (à l’exception des cardinaux et des membres de certains ordres de chevalerie). Dans les milieux catholiques, les femmes peuvent le faire. On va assister aussi à un drôle de chassé-croisé: alors qu’au Moyen Age le bleu était plutôt féminin (à cause de la Vierge) et le rouge, masculin (signe du pouvoir et de la guerre), les choses s’inversent. Désormais, le bleu devient masculin (car plus discret), le rouge part vers le féminin. On en a gardé la trace: bleu pour les bébés garçons, rose pour les filles… Le rouge restera aussi la couleur de la robe de mariée jusqu’au XIXe siècle.

La mariée était en rouge!
Bien sûr! Surtout chez les paysans, c’est-à-dire la grande majorité de la population d’alors. Pourquoi? Parce que, le jour du mariage, on revêt son plus beau vêtement et qu’une robe belle et riche est forcément rouge (c’est dans cette couleur que les teinturiers sont les plus performants). Dans ce domaine-là, on retrouve notre ambivalence: longtemps, les prostituées ont eu l’obligation de porter une pièce de vêtement rouge, pour que, dans la rue, les choses soient bien claires (pour la même raison, on mettra une lanterne rouge à la porte des maisons closes). Le rouge décrit les deux versants de l’amour: le divin et le péché de chair. Au fil des siècles, le rouge de l’interdit s’est aussi affirmé. Il était déjà là, dans la robe des juges et dans les gants et le capuchon du bourreau, celui qui verse le sang. Dès le XVIIIe siècle, un chiffon rouge signifie danger.

Y a-t-il un rapport avec le drapeau rouge des communistes?
Oui. En octobre 1789, l’Assemblée constituante décrète qu’en cas de trouble un drapeau rouge sera placé aux carrefours pour signifier l’interdiction d’attroupement et avertir que la force publique est susceptible d’intervenir. Le 17 juillet 1791, de nombreux Parisiens se rassemblent au Champ-de-Mars pour demander la destitution de Louis XVI, qui vient d’être arrêté à Varennes. Comme l’émeute menace, Bailly, le maire de Paris, fait hisser à la hâte un grand drapeau rouge. Mais les gardes nationaux tirent sans sommation: on comptera une cinquantaine de morts, dont on fera des «martyrs de la révolution». Par une étonnante inversion, c’est ce fameux drapeau rouge, «teint du sang de ces martyrs», qui devient l’emblème du peuple opprimé et de la révolution en marche. Un peu plus tard, il a même bien failli devenir celui de la France.

De la France!
Mais oui! En février 1848, les insurgés le brandissent de nouveau devant l’Hôtel de Ville. Jusque-là, le drapeau tricolore était devenu le symbole de la Révolution (ces trois couleurs ne sont d’ailleurs pas, contrairement à ce que l’on prétend, une association des couleurs royales et de celles de la ville de Paris, qui étaient en réalité le rouge et le marron: elles ont été reprises de la révolution américaine). Mais, à ce moment-là, le drapeau tricolore est discrédité, car le roi Louis-Philippe s’y est rallié. L’un des manifestants demande que l’on fasse du drapeau rouge, «symbole de la misère du peuple et signe de la rupture avec le passé», l’emblème officiel de la République. C’est Lamartine, membre du gouvernement provisoire, qui va sauver nos trois couleurs: «Le drapeau rouge, clame-t-il, est un pavillon de terreur qui n’a jamais fait que le tour du Champ-de-Mars, tandis que le drapeau tricolore a fait le tour du monde, avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie!» Le drapeau rouge aura quand même un bel avenir. La Russie soviétique l’adoptera en 1918, la Chine communiste en 1949… Nous avons gardé des restes amusants de cette histoire: dans l’armée, quand on plie le drapeau français après avoir descendu les couleurs, il est d’usage de cacher la bande rouge pour qu’elle ne soit plus visible. Comme s’il fallait se garder du vieux démon révolutionnaire.

Nous obéirions donc toujours à l’ancienne symbolique.
Dans le domaine des symboles, rien ne disparaît jamais vraiment. Le rouge du pouvoir et de l’aristocratie (du moins en Occident, car c’est le jaune qui tient ce rôle dans les cultures asiatiques) a traversé les siècles, tout comme l’autre rouge, révolutionnaire et prolétarien. Chez nous, en outre, le rouge indique toujours la fête, Noël, le luxe, le spectacle: les théâtres et les opéras en sont ornés. Dans le vocabulaire, il nous est resté de nombreuses expressions («rouge de colère», «voir rouge») qui rappellent les vieux symboles. Et on associe toujours le rouge à l’érotisme et à la passion.

Mais, dans notre vie quotidienne, il est pourtant discret.
Plus le bleu a progressé dans notre environnement, plus le rouge a reculé. Nos objets sont rarement rouges. On n’imagine pas un ordinateur rouge par exemple (cela ne ferait pas sérieux), ni un réfrigérateur (on aurait l’impression qu’il chauffe). Mais la symbolique a perduré: les panneaux d’interdiction, les feux rouges, le téléphone rouge, l’alerte rouge, le carton rouge, la Croix-Rouge (en Italie, les croix des pharmacies sont aussi rouges) … Tout cela dérive de la même histoire, celle du feu et du sang… Je vais vous raconter une anecdote personnelle. Jeune marié, j’ai un jour acheté une voiture d’occasion: un modèle pour père de famille, mais rouge! Autant dire que la couleur et le véhicule n’allaient pas ensemble. Personne n’en avait voulu, ni les conducteurs sages qui le trouvaient trop transgressif, ni les amateurs de vitesse qui le trouvaient trop sage. On m’en avait donc fait un bon rabais. Mais ma voiture n’a pas fait long feu, si je puis dire: la grille d’un parking est tombée sur le capot et l’a totalement anéantie. Je me suis dit que les symboles avaient raison: c’était vraiment une voiture dangereuse

Voir enfin:

Discours d’ouverture de la Convention nationale démocratique de 2004
Barack Obama
27 juillet 2004
Traduction Wikisource en français de Democratic National Convention/Keynote address.

Merci beaucoup. Merci beaucoup. Merci. Merci. Merci beaucoup. Merci beaucoup. Merci. Merci. Merci, Dick Durbin. Nous sommes tous fiers de vous.

Au nom de ce grand État de l’Illinois, carrefour d’une nation, terre de Lincoln, permettez moi d’exprimer ma plus profonde gratitude d’avoir le privilège de faire un discours à cette convention

Ce soir, c’est un honneur particulier pour moi parce que, soyons réaliste, ma présence ici n’était pas très probable. Mon père était un étudiant étranger, né et élevé dans un petit village du Kenya. Il a grandi en gardant des chèvres et a été à l’école dans une cabane couverte d’une tôle ondulée. Son père, mon grand-père, était cuisinier, domestique des Britanniques mais mon grand-père avait des grands rêves pour son fils. En travaillant dur et en persévérant, mon père a obtenu une bourse pour venir étudier dans un endroit magique, l’Amérique, qui brillait comme un phare de liberté et d’opportunité à tout ceux qui étaient venus auparavant.

En étudiant ici, mon père a rencontré ma mère. Elle est née dans une ville de l’autre coté de la Terre, dans le Kansas. Son père a travaillé sur des plates-formes pétrolières et dans des fermes pendant presque toute la Grande Dépression. Le lendemain de l’attaque de Pearl Harbour, mon grand-père s’est engagé, à rejoint l’armée de Patton, a marché à travers l’Europe. À la maison, ma grand-mère élevait leur enfant et est allé travailler sur une chaine d’assemblage de bombardiers. Après la guerre, il ont étudié grâce au Servicemen’s Readjustment Act, on acheté une maison grâce à la Federal Housing Administration et ont plus tard déménagé vers l’est, jusqu’à Hawaï, à la recherche d’opportunités.

Et eux aussi avaient de grands rêves pour leur fille. Un rêve commun, né sur deux continents.

Mes parents ne partageaient pas seulement un amour improbable, ils partageaient une foi durable dans les possibilités de cette nation. Ils m’ont donné un nom africain, Barack ou « le béni », croyant que dans une Amérique tolérante, votre nom n’est pas un obstacle au succès. Ils m’ont imaginé rejoindre les meilleures écoles du pays, même s’ils n’étaient pas riches, car dans une Amérique généreuse, on n’a pas besoin être riche pour exploiter son potentiel.

Tous deux sont morts maintenant et pourtant je sais que ce soir, ils me regardent avec une grande fierté.

Je suis ici aujourd’hui, reconnaissant envers la diversité de mon héritage, conscient que les rêves de mes parents se perpétuent à travers mes deux filles. Je suis ici tout en sachant que mon histoire fait partie de la grande histoire américaine, que j’ai une dette envers tous ceux qui sont venus avant moi et quand dans n’importe quel autre pays au monde, mon histoire n’aurait été possible.

Ce soir, nous nous rassemblons pour affirmer la grandeur de notre nation — pas seulement à cause de la taille de nos gratte-ciel, de la puissance de notre armée ou de la taille de notre économie. Notre fierté est basée sur une prémisse très simple, résumée dans une déclaration faite il y a plus de 200 ans : « Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. »

C’est ça le vrai génie de l’Amérique — une foi dans des rêves simples, une insistance sur de petits miracles, que l’on peut mettre nos enfants au lit le soir tout en sachant qu’ils sont nourris, habillés et protégés du mal, que l’on puisse dire ce que l’on pense, écrire ce que l’on pense, sans entendre quelqu’un soudainement frapper à sa porte, que l’on puisse avoir une idée et bâtir sa propre entreprise sans avoir à verser des pots de vin, que l’ont peut faire son devoir électoral sans crainte de représailles et que nos voix seront comptées — du moins, la plupart du temps.

Cette année, pour cette élection, nous sommes appelés à réaffirmer nos valeurs et nos engagement, à les confronter à la dure réalité et voir si nous sommes à la hauteur de l’héritage de nos aïeux et la promesse des générations futures.

Et, mes chers compatriotes, démocrates, républicains, indépendants, je vous dis ce soir: nous avons encore beaucoup à faire.

Beaucoup à faire pour les ouvriers que j’ai rencontrés à Galeburg dans l’Illinois, qui perdent leur emploi à l’usine Maytag, délocalisée au Mexique et qui doivent se battre contre leurs propres enfants pour des emplois à 7 dollars de l’heure; beaucoup à faire pour le père que j’ai rencontré et qui avait perdu son travail et se demandait, en retenant ses larmes, comment il allait payer les 4 500 dollars par mois pour payer les médicaments de son fils sans les aides financières sur lesquelles il comptait; beaucoup à faire pour la jeune femme de la banlieue est de Saint-Louis, et des milliers comme elle, qui a les notes, la volonté et l’envie mais pas l’argent pour aller à l’université.

Mais ne vous méprenez pas ! Les personnes que j’ai rencontrées, dans des petites et des grandes villes, à des diners ou dans des parcs, n’attendent pas du gouvernement qu’il résolve tous leurs problèmes. Ils savent qu’ils devront travailler dur pour s’en sortir… et ils le veulent.

Allez dans les comtés autour du Comté de Cook à Chicago et les gens vous diront qu’ils ne veulent pas que leurs impôts soient gaspillés par l’assistance sociale ou par le Pentagone.

Allez dans n’importe quel centre ville et les habitants vous diront que le gouvernement ne peut pas tout seul apprendre à nos enfants à apprendre — ils savent que les parents doivent leur apprendre, que les enfants ne peuvent pas y arriver sauf si on a de grands espoirs pour eux , qu’on coupe la télévision et qu’on taise les rumeurs disant qu’un jeune noir avec un livre joue au blanc. Ils savent ces choses là.

Les gens n’attendent pas du gouvernement qu’il résolve tous leurs problèmes mais ils ressentent, au plus profond d’eux même, qu’avec un petit changement dans les priorités, nous pouvons être sûr que chaque enfant américain a un bon départ dans la vie et que toutes les opportunités lui restent ouvertes

Ils savent que nous pouvons faire mieux et ils veulent ce choix.

Dans cette élection, nous offrons cette possibilité. Notre partie a choisi pour nous mener un homme qui incarne le mieux ce que ce pays a à offrir. Et cet homme, c’est John Kerry. John Kerry comprend les idéaux de la communauté, de la foi et du service parce que ceux-ci ont façonné sa vie. De ses années héroïques au Viet Nam à celles de procureur et lieutenant gouverneur, durant deux décennies au Sénat des États-Unis, il s’est dévoué pour son pays. Encore et encore, nous l’avons vu prendre des décision difficiles quand des plus aisées étaient possibles.

Ses valeurs, et ce qu’il a réalisé, illustre ce qu’il y a de meilleur en nous. John Kerry croit en une Amérique où le travail est récompensé. Alors, au lieu d’offrir des réductions d’impôts aux entreprises qui délocalisent à l’étranger, il en offre à des entreprises qui créent des emplois ici.

John Kerry croit en une Amérique où tous les Américains peuvent se payer la même couverture maladie que les hommes politiques de Washington.

John Kerry croit en l’indépendance énergétique pour que nous ne soyons plus les otages des profits des compagnies pétrolières ou de sabotages de champs pétrolifères à l’étranger.

John Kerry croit en la liberté constitutionnelle qui fait que notre pays est jalousé dans le monde entier et il ne sacrifiera jamais nos libertés de base, ni n’utilisera la foi pour nous diviser.

Et John Kerry croit que dans un monde dangereux, la guerre doit parfois être une option mais ne doit jamais être la première option.

Vous savez, il y a quelques temps, j’ai rencontré un jeune homme nommé Seamus dans une réunion de vétérans à East Moine dans l’Illinois. C’était un gamin avec une belle allure, 1m80 — 1m85, les yeux clairs et un grand sourire. Il m’a dit qu’il avait rejoint les Marines et allait aller en Irak la semaine suivante. En l’écoutant parler de la raison pour laquelle il s’était enrôlé, de la foi absolue qu’il avait en notre pays et ses dirigeants, de son attachement au devoir et au service, j’ai pensé que ce jeune homme avait tout ce qu’aucun d’entre nous ne pouvait espérer pour un enfant mais je me suis alors demandé : est-ce que l’on sert Seamus aussi bien qu’il nous sert ?

J’ai pensé à ces 900 hommes et femmes — fils et filles, maris et femmes, amis et voisins, qui ne reviendront pas chez eux. J’ai pensé à ces familles que j’ai rencontrées et qui doivent se battre pour continuer à vivre sans les revenus d’un être cher ou dont un membre est revenu amputé ou paralysé mais qui n’aura pas d’aide médical à long terme parce qu’il est réserviste.

Quand on envoie nos jeunes hommes et femmes vers le danger, nous avons l’obligation solennelle de ne pas falsifier les chiffres ou cacher la vérité sur la raison pour laquelle on les envoie. Nous avons l’obligation de nous occuper de leur famille lorsqu’ils sont absents, de prendre soin des soldats lorsqu’ils sont de retour et de ne jamais aller à la guerre sans avoir suffisamment de troupes pour la gagner, assurer la paix et gagner le respect du monde.

Maintenant, laissez moi mettre les choses au clair. Nous avons de vrais ennemis dans le monde. Nous devons les trouver. Nous devons les poursuivre et nous devons les vaincre.

John Kerry le sait. Et tout comme le lieutenant Kerry n’a pas hésité à risquer sa vie pour protéger les hommes qui ont servi avec lui au Viet Nam. Le président Kerry n’hésitera pas un instant à utiliser notre puissance militaire pour garder l’Amérique saine et sauve.

John Kerry croit en l’Amérique et il sait que ça n’est pas suffisant pou certains d’entre nous de simplement prospérer. A coté de notre célèbre individualisme, il y a un autre ingrédient dans la saga de l’Amérique: une croyance que l’on est tous unis pour former un seul peuple.

S’il y a un enfant du sud de Chicago qui ne sait pas lire, ça me regarde, même si ce n’est pas mon enfant. S’il y a une personne âgée quelque part qui ne peut pas payer ses médicaments et qui doit se choisir entre se loger ou se soigner, ça affecte ma vie même si ce n’est pas un de mes grands parents. S’il y a un famille américaine d’origine arabe rassemblée sans bénéficier d’un avocat ou d’un procès en bonne et due forme, ça menace mes libertés publiques.

C’est cette croyance fondamentale — je suis le gardien de mon frère, je suis le gardien de ma sœur — qui fait que notre pays fonctionne. C’est ce qui nous permet de poursuivre nos rêves individuels tout en formant une seule famille américaine.

E pluribus unum. « Out of many, one. » E pluribus Unum; « De la diversité, un seul ».

Maintenant, alors même que nous parlons, il y a ceux qui se préparent à nous diviser : les diffuseurs de publicité négative, qui adopte la politique du n’importe quoi. Alors ce soir, je leur dis, il n’y a pas une Amérique libérale et une Amérique conservatrice — il y a les États-Unis d’Amérique. Il n’y a pas une Amérique noire, une Amérique blanche, une Amérique latino et une Amérique asiatique, il y a les États-Unis d’Amérique.

Les érudits aiment à découper notre pays entre états rouges et états bleus ; les états rouges pour les Républicains, les États bleus pour les démocrates mais j’ai une nouvelle pour eux, moi aussi. Nous prions un Dieu magnifique dans les états bleus et nous n’aimons pas les agents fédéraux qui farfouillent dans nos bibliothèques dans les états rouges. On apprend le base-ball à nos enfants dans les États bleus et, oui, on a des amis homos dans les états rouges. Il y a des patriotes qui se sont opposés à la guerre en Irak et il y des patriotes qui l’ont soutenue.

Nous formons un seul peuple, chacun d’entre nous prêtant serment à la bannière étoilée, chacun d’entre nous défendant les États-Unis d’Amérique.

Au final, c’est à ça que revient cette élection. Participons-nous à une politique du cynisme ou participons-nous à une politique de l’espoir.

John Kerry nous demande d’espérer. John Edwards nous demande d’espérer.

Je ne suis pas en train de parler d’un optimisme aveugle ici, l’ignorance pleine de bonne volonté qui pense que le chômage disparaitra si on y pense pas ou que la crise de l’assurance médicale se résoudra d’elle même si nous l’ignorons. Ce n’est pas de ça que je parle. Je parle de quelque chose de plus important.

C’est l’espoir des esclaves s’asseyant autour d’un feu et chantant des chansons à propos de la liberté. L’espoir d’émigrants partant pour des contrées lointaines. L’espoir d’un jeune lieutenant de la Navy patrouillant dans le Delta du Mékong. L’espoir du fils d’un meunier qui ose envers et contre tout. L’espoir d’un gamin maigre avec un nom bizarre qui pense que l’Amérique a une place pour lui, aussi.

L’espoir. L’espoir face à la difficulté ! L’espoir face à l’incertitude ! L’audace de l’espoir. Au final, c’est le plus grand don que Dieu nous a fait, le fondement de cette nation. Une croyance en des choses invisibles. Une croyance en des jours meilleurs devant nous.

Je crois qu’on peut donner à nos classes moyennes un peu de soulagement et offrir aux familles qui travaillent de nombreuses opportunités. Je crois qu’on peut offrir un emploi aux chômeurs, un toit aux sans domicile fixe et sauver de la violence et du désespoir les jeunes des villes à travers l’Amérique. Je crois que le bon vent nous pousse et que l’on se trouve à un carrefour de notre histoire. Nous pouvons faire les bons choix et affronter les défis qui nous attendent.

Amérique ! Ce soir, si tu ressens la même énergie que moi, si tu sens la même urgence que moi, si tu sens la même passion que moi, si tu sens la même espérance que moi — et si nous faisons ce que nous avons à faire, alors je n’ai pas de doute qu’à travers le pays, de la Floride à l’Orégon, de l’Etat de Washington au Maine, le peuple se lèvera en novembre et John Kerry sera président, et John Edwards sera vice-président et ce pays réclamera son dû et un jour meilleur suivra ce long processus politique.

Merci beaucoup à vous tous. Que Dieu vous bénisse. Merci.

http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/articles/A19751-2004Jul27.html

washingtonpost.com
Transcript: Illinois Senate Candidate Barack Obama

FDCH E-Media
Tuesday, July 27, 2004; 11:09 PM

Candidate for U.S. Senate in Illinois, Barack Obama, delivered the keynote address at the Democratic National Convention in Boston Tuesday night. Here is a transcript of his remarks.

OBAMA: Thank you so much. Thank you.

(APPLAUSE)

Thank you. Thank you so much. Thank you so much.

(APPLAUSE)

Thank you, Dick Durbin. You make us all proud.

On behalf of the great state of Illinois…

(APPLAUSE)

… crossroads of a nation, land of Lincoln, let me express my deep gratitude for the privilege of addressing this convention. Tonight is a particular honor for me because, let’s face it, my presence on this stage is pretty unlikely.

My father was a foreign student, born and raised in a small village in Kenya. He grew up herding goats, went to school in a tin- roof shack. His father, my grandfather, was a cook, a domestic servant to the British.

OBAMA: But my grandfather had larger dreams for his son. Through hard work and perseverance my father got a scholarship to study in a magical place, America, that’s shown as a beacon of freedom and opportunity to so many who had come before him.

(APPLAUSE)

While studying here my father met my mother. She was born in a town on the other side of the world, in Kansas.

(APPLAUSE)

Her father worked on oil rigs and farms through most of the Depression. The day after Pearl Harbor, my grandfather signed up for duty, joined Patton’s army, marched across Europe. Back home my grandmother raised a baby and went to work on a bomber assembly line. After the war, they studied on the GI Bill, bought a house through FHA and later moved west, all the way to Hawaii, in search of opportunity.

(APPLAUSE)

And they too had big dreams for their daughter, a common dream born of two continents.

OBAMA: My parents shared not only an improbable love; they shared an abiding faith in the possibilities of this nation. They would give me an African name, Barack, or « blessed, » believing that in a tolerant America, your name is no barrier to success.

(APPLAUSE)

They imagined me going to the best schools in the land, even though they weren’t rich, because in a generous America you don’t have to be rich to achieve your potential.

(APPLAUSE)

They’re both passed away now. And yet I know that, on this night, they look down on me with great pride.

And I stand here today grateful for the diversity of my heritage, aware that my parents’ dreams live on in my two precious daughters.

I stand here knowing that my story is part of the larger American story, that I owe a debt to all of those who came before me, and that in no other country on Earth is my story even possible.

(APPLAUSE)

OBAMA: Tonight, we gather to affirm the greatness of our nation not because of the height of our skyscrapers, or the power of our military, or the size of our economy; our pride is based on a very simple premise, summed up in a declaration made over two hundred years ago: « We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal…

(APPLAUSE)

… that they are endowed by their Creator with certain inalienable rights, that among these are life, liberty and the pursuit of happiness. »

That is the true genius of America, a faith…

(APPLAUSE)

… a faith in simple dreams, an insistence on small miracles; that we can tuck in our children at night and know that they are fed and clothed and safe from harm; that we can say what we think, write what we think, without hearing a sudden knock on the door; that we can have an idea and start our own business without paying a bribe; that we can participate in the political process without fear of retribution; and that our votes will be counted — or at least, most of the time.

(APPLAUSE)

This year, in this election, we are called to reaffirm our values and our commitments, to hold them against a hard reality and see how we are measuring up, to the legacy of our forbearers and the promise of future generations.

OBAMA: And fellow Americans, Democrats, Republicans, independents, I say to you, tonight, we have more work to do…

(APPLAUSE)

… more work to do, for the workers I met in Galesburg, Illinois, who are losing their union jobs at the Maytag plant that’s moving to Mexico, and now they’re having to compete with their own children for jobs that pay 7 bucks an hour; more to do for the father I met who was losing his job and chocking back the tears wondering how he would pay $4,500 a months for the drugs his son needs without the health benefits that he counted on; more to do for the young woman in East St. Louis, and thousands more like her who have the grades, have the drive, have the will, but doesn’t have the money to go to college.

Now, don’t get me wrong, the people I meet in small towns and big cities and diners and office parks, they don’t expect government to solves all of their problems. They know they have to work hard to get a head. And they want to.

Go into the collar counties around Chicago, and people will tell you: They don’t want their tax money wasted by a welfare agency or by the Pentagon.

(APPLAUSE)

Go into any inner-city neighborhood, and folks will tell you that government alone can’t teach kids to learn.

OBAMA: They know that parents have to teach, that children can’t achieve unless we raise their expectations and turn off the television sets and eradicate the slander that says a black youth with a book is acting white. They know those things.

(APPLAUSE)

People don’t expect — people don’t expect government to solve all their problems. But they sense, deep in their bones, that with just a slight change in priorities, we can make sure that every child in America has a decent shot at life and that the doors of opportunity remain open to all. They know we can do better. And they want that choice.

In this election, we offer that choice. Our party has chosen a man to lead us who embodies the best this country has to offer. And that man is John Kerry.

(APPLAUSE)

John Kerry understands the ideals of community, faith and service because they’ve defined his life. From his heroic service to Vietnam to his years as prosecutor and lieutenant governor, through two decades in the United States Senate, he has devoted himself to this country. Again and again, we’ve seen him make tough choices when easier ones were available. His values and his record affirm what is best in us.

John Kerry believes in an America where hard work is rewarded. So instead of offering tax breaks to companies shipping jobs overseas, he offers them to companies creating jobs here at home.

(APPLAUSE)

OBAMA: John Kerry believes in an America where all Americans can afford the same health coverage our politicians in Washington have for themselves.

(APPLAUSE)

John Kerry believes in energy independence, so we aren’t held hostage to the profits of oil companies or the sabotage of foreign oil fields.

(APPLAUSE)

John Kerry believes in the constitutional freedoms that have made our country the envy of the world, and he will never sacrifice our basic liberties nor use faith as a wedge to divide us.

(APPLAUSE)

And John Kerry believes that in a dangerous world, war must be an option sometimes, but it should never be the first option.

(APPLAUSE)

You know, a while back, I met a young man named Seamus (ph) in a VFW hall in East Moline, Illinois. He was a good-looking kid, 6’2″, 6’3″, clear eyed, with an easy smile. He told me he’d joined the Marines and was heading to Iraq the following week.

OBAMA: And as I listened to him explain why he had enlisted — the absolute faith he had in our country and its leaders, his devotion to duty and service — I thought, this young man was all that any of us might ever hope for in a child. But then I asked myself: Are we serving Seamus (ph) as well as he’s serving us?

I thought of the 900 men and women, sons and daughters, husbands and wives, friends and neighbors who won’t be returning to their own hometowns. I thought of the families I had met who were struggling to get by without a loved one’s full income or whose loved ones had returned with a limb missing or nerves shattered, but still lacked long-term health benefits because they were Reservists.

(APPLAUSE)

When we send our young men and women into harm’s way, we have a solemn obligation not to fudge the numbers or shade the truth about why they are going, to care for their families while they’re gone, to tend to the soldiers upon their return and to never, ever go to war without enough troops to win the war, secure the peace and earn the respect of the world.

(APPLAUSE)

OBAMA: Now, let me be clear. Let me be clear. We have real enemies in the world. These enemies must be found. They must be pursued. And they must be defeated.

John Kerry knows this. And just as Lieutenant Kerry did not hesitate to risk his life to protect the men who served with him in Vietnam, President Kerry will not hesitate one moment to use our military might to keep America safe and secure.

(APPLAUSE)

John Kerry believes in America. And he knows that it’s not enough for just some of us to prosper. For alongside our famous individualism, there’s another ingredient in the American saga, a belief that we are all connected as one people.

If there’s a child on the south side of Chicago who can’t read, that matters to me, even if it’s not my child.

(APPLAUSE)

If there’s a senior citizen somewhere who can’t pay for their prescription and having to choose between medicine and the rent, that makes my life poorer, even if it’s not my grandparent.

(APPLAUSE)

If there’s an Arab-American family being rounded up without benefit of an attorney or due process, that threatens my civil liberties.

(APPLAUSE)

It is that fundamental belief — it is that fundamental belief — I am my brother’s keeper, I am my sisters’ keeper — that makes this country work.

(APPLAUSE)

OBAMA: It’s what allows us to pursue our individual dreams, yet still come together as a single American family: « E pluribus unum, » out of many, one.

Now even as we speak, there are those who are preparing to divide us, the spin masters and negative ad peddlers who embrace the politics of anything goes.

Well, I say to them tonight, there’s not a liberal America and a conservative America; there’s the United States of America.

(APPLAUSE)

There’s not a black America and white America and Latino America and Asian America; there’s the United States of America.

(APPLAUSE)

The pundits, the pundits like to slice and dice our country into red states and blue States: red states for Republicans, blue States for Democrats. But I’ve got news for them, too. We worship an awesome God in the blue states, and we don’t like federal agents poking around our libraries in the red states.

We coach little league in the blue states and, yes, we’ve got some gay friends in the red states.

(APPLAUSE)

There are patriots who opposed the war in Iraq, and there are patriots who supported the war in Iraq.

We are one people, all of us pledging allegiance to the stars and stripes, all of us defending the United States of America.

(APPLAUSE)

OBAMA: In the end, that’s what this election is about. Do we participate in a politics of cynicism, or do we participate in a politics of hope?

John Kerry calls on us to hope. John Edwards calls on us to hope. I’m not talking about blind optimism here, the almost willful ignorance that thinks unemployment will go away if we just don’t think about it, or health care crisis will solve itself if we just ignore it.

That’s not what I’m talking. I’m talking about something more substantial. It’s the hope of slaves sitting around a fire singing freedom songs; the hope of immigrants setting out for distant shores; the hope of a young naval lieutenant bravely patrolling the Mekong Delta; the hope of a millworker’s son who dares to defy the odds; the hope of a skinny kid with a funny name who believes that America has a place for him, too.

(APPLAUSE)

OBAMA: Hope in the face of difficulty, hope in the face of uncertainty, the audacity of hope: In the end, that is God’s greatest gift to us, the bedrock of this nation, a belief in things not seen, a belief that there are better days ahead.

I believe that we can give our middle class relief and provide working families with a road to opportunity.

I believe we can provide jobs for the jobless, homes to the homeless, and reclaim young people in cities across America from violence and despair.

I believe that we have a righteous wind at our backs, and that as we stand on the crossroads of history, we can make the right choices and meet the challenges that face us.

America, tonight, if you feel the same energy that I do, if you feel the same urgency that I do, if you feel the same passion that I do, if you feel the same hopefulness that I do, if we do what we must do, then I have no doubt that all across the country, from Florida to Oregon, from Washington to Maine, the people will rise up in November, and John Kerry will be sworn in as president. And John Edwards will be sworn in as vice president. And this country will reclaim it’s promise. And out of this long political darkness a brighter day will come.

Thank you very much, everybody.

God bless you.

Thank you.

Voir par ailleurs:

Les Bleus voient rouge
L’équipe de France de football a déjà perdu son âme depuis longtemps, certains joueurs refusant même de chanter « La Marseillaise » ; voilà que le rugby semble lui emboîter le pas.
Philippe Franceschi
Consultant en sécurité

Boulevard voltaire

L’équipe de France de rugby, ou plutôt son équipementier, a choisi dorénavant la couleur rouge et non plus bleue comme maillot à l’extérieur, après avoir choisi la couleur « allbleue » pour les matchs à domicile. Le blanc a disparu. Le maillot tricolore (maillot bleu, culotte blanche et bas rouges) était porté depuis le 22 mars 1906, match disputé contre l’Angleterre. Comme moi amoureux du rugby, Roger Couderc doit se retourner dans sa tombe. On ne pourra plus dire « Allez les Bleus » au risque de soutenir l’équipe adverse comme ces Écossais le 7 février. Lui qui disait « Allez les petits », peut-être faudra-t-il aussi crier maintenant « Allez les grands » pour faire moderne.

L’équipe de France de football a déjà perdu son âme depuis longtemps, certains joueurs refusant même de chanter « La Marseillaise » ; voilà que le rugby semble lui emboîter le pas, car quand on vend son maillot, on n’est pas loin de commencer à perdre son âme.

Il faut innover, dit-on. Tu parles… surtout faire de l’argent par la vente d’un nouveau maillot à 79 euros pièce, tout de même. Les éléments de langage sont soignés, argument massue : il y a trois couleurs dans notre drapeau, donc le rouge est permis. Un peu court. Même les entraîneurs de notre équipe nationale reprennent cette consigne de parole, faisant semblant d’adhérer à cette nouveauté. Or, l’attachement à la nation France, aux trois couleurs, est dans les gènes du « peuple » du rugby qui, lui, n’apprécie pas. Mais qui se soucie de l’avis des supporters ? Pas la Fédération française de rugby, sans nul doute, qui a vendu le maillot.

Pourtant, cela me paraît plus significatif qu’une simple innovation. Car, dans cette même veine du renoncement, on a ouvert l’équipe de France à des étrangers naturalisés, Rory Kockott et Scott Spedding, deux joueurs sud-africains naturalisés en 2014, qui évoluent en Top 14. La logique du système est poussée jusqu’au bout. Nous avons de plus en plus d’étrangers dans notre championnat national, laissant moins de chance à de jeunes joueurs français d’éclore, et voilà que maintenant on leur barre aussi la route pour le XV de France. Je n’aime pas cette mondialisation de l’Ovalie. Mais où sont les nouveaux Lux, Trillo, Maso, Dourthe, grands joueurs français des années 1970 formés par de petits clubs, et qui avaient pourtant le « french flair » que nous envient tant les Anglo-Saxons? École du rugby, école de la vie, notre rugby, sport viril mais correct, se veut promouvoir une action éducatrice et d’épanouissement de l’enfant au travers du respect des valeurs du sport, dans les opérations « Rugby Cup des Quartiers ». La vie, c’est aussi respecter son maillot et ses couleurs bleu, blanc et rouge. S’il s’agit d’innover pour innover, on pourrait aussi appeler la tour Eiffel tour du Champ-de-Mars, ou l’Arc de Triomphe Arc de l’Étoile (qu’on enlève donc le triomphe, c’est ringard et réac), et le palais de l’Élysée palais normal… Les touristes pourront ainsi constater notre esprit d’innovation.

Rugby : contre l’Ecosse, il faudra crier « Allez les Rouges ! »
Adrien Pécout
Le Monde
06.02.2015

Les supporteurs du XV de France vont devoir réviser leurs classiques. Haranguer les Tricolores à grand renfort d’« Allez les Bleus ! » sonnera un peu faux, samedi 7 février, au Stade de France. Car pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle, les Français affronteront l’Ecosse, en ouverture du Tournoi des six nations, vêtus d’un maillot qui ne sera ni bleu ni blanc, comme cela leur arrive parfois, mais rouge.

Et il va falloir s’y habituer. Les hommes de Philippe Saint-André arboreront cette tenue pour tous leurs matchs à l’extérieur jusqu’à la fin de l’année 2015, y compris durant la prochaine Coupe du monde (septembre-octobre). Mais ce sera donc également le cas dès ce week-end, à Saint-Denis. Contre l’Ecosse, la France ne pourra pas revêtir le maillot bleu qu’elle utilise d’ordinaire à domicile, ce privilège étant traditionnellement accordé à l’équipe visiteuse.

L’équipementier du XV de France, Adidas, avait émis l’idée de virer au rouge dès 2013. Un sacrilège ? A la Fédération française de rugby, on indique que ce changement de couleur a fait débat, puis a été soumis à l’approbation du président Pierre Camou, du sélectionneur Philippe Saint-André et de plusieurs membres du bureau fédéral.

Loin de s’en émouvoir, les joueurs jurent apprécier la nouveauté. Surtout quand leur équipementier les sollicite pour une vidéo de promotion… Au micro, le centre Wesley Fofana déclare : « Avec le fait de jouer en rouge, tout de suite, je pense qu’on aura un sentiment de combat, d’agressivité. » Le talonneur Benjamin Kayser, lui, voit en cette nouvelle couleur rien de moins que « la passion, la victoire et le feu ».

EN 1959, UNE VICTOIRE 9-0 CONTRE L’ÉCOSSE… EN ROUGE

Là-dessus, difficile de lui donner tort. Le 10 janvier 1959, à Colombes, la France avait déjà joué en rouge : à la clé, une victoire 9-0, déjà contre l’Ecosse. Cette année-là, lancés par cette victoire inaugurale, les Bleus remporteront dans la foulée leur premier Tournoi des cinq nations sans être ex æquo avec un autre pays.

« Contre l’Ecosse, si je me souviens, on avait appris seulement le jour du match, une fois dans les vestiaires, qu’on porterait des maillots rouges », raconte au Monde Michel Celaya, le capitaine des Bleus et troisième-ligne de Biarritz à l’époque. Aujourd’hui octogénaire, l’ancien joueur ignore les raisons qui avaient conduit les Bleus à devenir rouges.

« Et je ne sais pas non plus pourquoi, ensuite, cette tenue rouge n’a pas été conservée plus longtemps. Pour moi, le principal, c’était le coq qu’on avait sur le maillot et sur les blazers d’après-match. Et de toute façon, sur le terrain, nous, les troisièmes-lignes, on n’avait pas le temps de s’attarder sur le maillot, on était concentrés sur les guiboles adverses ! »

En marge du match, Michel Celaya et ses compères François Moncla et Jean Barthe avaient tout de même tenu à immortaliser l’événement : « Cette couleur rouge, quand même, ça nous étonnait. On avait demandé à des journalistes de venir nous prendre en photo avec », ajoute l’international (50 sélections entre 1953 et 1961).

Selon des témoignages oraux rapportés à la Fédération française de rugby, la France aurait également revêtu un maillot rouge en 1958 lors d’une tournée contre l’Australie, pour un match également synonyme de victoire (19-0). Elle le portera donc de nouveau jusqu’à la fin de l’année 2015, date à laquelle Adidas choisira ou non de rétablir le maillot blanc pour les matchs à l’extérieur.

« Pour moi qui suis du Sud, ça ne me déplairait pas que le rouge reste la couleur de notre deuxième maillot, s’amuse Celaya, Biarrot de naissance. Pour plaisanter, je dirais que ça nous fait ressembler à des toréadors. Quand des taureaux vous foncent desssus, vous ne portez pas une cape blanche, vous portez une cape rouge. »


Apartheid social: Nous étions tous en route pour Abilene et nous ne le savions pas ! (France finds the road to Abilene is paved with good intentions)

22 janvier, 2015
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French riots map (Nov. 2005)
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https://pgranof.files.wordpress.com/2011/09/cropped-abilene1.jpg?w=450&h=117Nous appelions l’Amérique de nos voeux et nous sommes exaucés: même nos « problèmes », désormais, sont américains. René Girard
 Here we were, four reasonably sensible people who, of our own volition, had just taken a 106-mile trip across a godforsaken desert in a furnace-like temperature through a cloud-like dust storm to eat unpalatable food at a hole-in-the-wall cafeteria in Abilene, when none of us had really wanted to go. In fact, to be more accurate, we’d done just the opposite of what we wanted to do. The whole situation simply didn’t make sense. At least it didn’t make sense at the time. But since that day in Coleman, I have observed, consulted with, and been a part of more than one organization that has been caught in the same situation. As a result, they have either taken a side-trip, or, occasionally, a terminal journey to Abilene, when Dallas or Houston or Tokyo was where they really wanted to go. And for most of those organizations, the negative consequences of such trips, measured in terms of both human misery and economic loss, have been much greater than for our little Abilene group.(…) Organizations frequently take actions in contradiction to what they really want to do and therefore defeat the very purposes they are trying to achieve. [And] a major corollary of the paradox (…) is that the inability to manage agreement is a major source of organization dysfunction. Jerry B. Harvey (1974)
Dans le cas où un carreau cassé n’est pas remplacé, tous les autres carreaux connaîtront le même sort. John Wilson et George Kelling (Théorie du carreau cassé)
Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ; restent un homme mort et un homme libre. Sartre (préface des “Damnés de la terre” de Franz Fanon, 1961)
C’était la guérilla ! On a scié les poteaux téléphoniques. C’était un peu ce que faisaient les fellaghas en Algérie aussi. En Algérie, toutes les nuits, les poteaux étaient coupés… Il fallait faire quelque chose. Ce n’était pas très populaire bien sûr, mais c’était un moyen de semer le désordre (..) Cela marquait, parce que cela créait une ambiance de désordre, de tension » Jean-Marie Saillour (militant paysan et ex-parachutiste en Algérie, 1961)
A Morlaix, c’est moi qu’ai été désigné donc, pour dire « Faites tout ce que vous voulez. Coupez les poteaux téléphoniques ». J’avais voulu faire référence à l’Algérie (..) en disant « là-bas, ça réussit », parce qu’on sentait que ça réussissait déjà (..) Pierre Abéguilé (syndicaliste paysan, 1961)
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (avril 2003)
Pendant cinq ans, des musulmans français irrités ont ingurgité un régime régulier de violence ô combien “romantique” – le jihad-Intifada en Israel, le jihad-insurrection en Irak, le jihad-insurrection en Afghanistan. Quand ils ont commencé à brûler des synagogues et à molester des juifs à l’automne 2000, les médias ont dûment signalé que ces voyous étaient les produits de la “frustration” ressentie du fait des traitements des musulmans du Moyen-Orient et d’Asie centrale. Leur propre gouvernement ne multipliait-il pas au même moment les imprécations contre les Américains? Les protestataires étaient on ne peut plus dans le ton. (…) Au sein des élites françaises, l’ennemi était clairement identifié: non l’slamisme ou l’slamofascisme, non les foules déchainées des banlieues parisiennes, non Saddam Hussein, non Al-Qaeda, mais les troupes britanniques et américaines en Irak. Les voitures et les bâtiments brûlés dont sont pleins les rues françaises sont le résidu intérieur du culte du jihad dont ces musulmans français ont été “drogués” par Al-Jazeera, et qui a été légitimé par une classe intellectuelle française qui a toujours eu une vision si “romantique” de la résistance sous toutes ses formes.(…) Peut-être que certains de ces journalistes, chercheurs, intellectuels et hauts fonctionnaires qui colportaient ces choses pensaient qu’elles resteraient une diversion idéologique abstraite. La France est loin de l’Irak, après tout. Mais maintenant que le militantisme s’est retourné contre l’Etat français lui-même, ils sont brusquement choqués de ce qu’ils ont semé. Nidra Poller
Il semble que le Danemark et tous les autres pays européens auront leurs bandes de Gaza. Etant donné ce trait psychologique fondamental des cultures islamiques -que des cultures et des religions différentes ne peuvent en aucun cas être égales – ces sociétés parallèles ne pourront jamais vivre en harmonie avec leur voisinage. Nicolai Sennels (psychologue danois ayant travaillé dans les quartiers à majorité musulmane)
Ils ont mis le feu à un bâtiment scolaire (…) Ils ont essayé d’incendier le commissariat, d’autres bâtiments ainsi que des voitures, mais essentiellement ils ont jeté des pierres et des briques sur la police et les pompiers. Personne n’a été blessé. Tout a débuté parce qu’un groupe de jeunes adultes s’est vu interdire de pénétrer dans une fête dans un collège. Ils se sont énervés et ont commencé à jeter des pierres à travers les vitres de l’école. Mats Eriksson (porte-parole de la police de l’ouest de Stockholm, 09.06.10)
J’ai participé aux émeutes, j’ai renversé une voiture, fracassé la Banque de Montréal, les arrêts d’autobus… Une grosse soirée! Sienna St-Laurent (14 ans, Vancouver, Canada, 2011)
Que veut, en fait, Dieudonné ? Il veut un ‘Holocauste’ pour les Arabes et pour les noirs aussi. (…) La noble idée de « la guerre contre le racisme » se transforme graduellement en une idéologie hideusement mensongère. Et cet antiracisme sera, pour le XXIe siècle, ce qu’a été le communisme pour le XXe. Alain Finkielkraut
Contrairement au grand banditisme classique (…) composé d’individus de toutes origines ayant opté seuls pour la voie criminelle, ce nouveau milieu des cités est grégaire, issu de, et implanté dans des secteurs précis ; il est enfin ethnique, car composé d’éléments issus des seconde et troisième générations de flux migratoires venus d’anciennes colonies africaines et nord-africaines de la France. Xavier Raufer (avril 2007)
Les discriminations sont encore plus dommageables quand elles sont implicites. Esther Dufilo
On nous demandait de ne citer aucun prénom. C’était considéré comme trop stigmatisant. Communicant sous Jospin
En France, nous ne parvenons pas à dire certaines choses parfois pour des raisons louables. Il en est ainsi de la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration qui a longtemps été niée, sous prétexte de ne pas stigmatiser. On a attendu que la réalité des quartiers, des commissariats, des tribunaux, des prisons, impose l’évidence de cette surreprésentation pour la reconnaître publiquement. Et encore, les politiques ne savent pas encore en parler. Christian Delorme (dit « curé des Minguettes »)
En vérité, c’est l’échec de l’intégration qui nourrit l’immigration d’aujourd’hui. Dans les cours de récréation de nos écoles, les enfants se regroupent par clans ethniques qui s’ignorent ou se détestent : « Les rebeus, les reunois, les feujs, les noichs ou les caifrans ». Et l’insulte suprême est : « Sale Français ! » Les enfants juifs sont interdits d’école publique dans nombre de banlieues et sont contraints de se replier sur les écoles confessionnelles. Les bandes ethniques s’affrontent à la gare du Nord. Lors de la présidentielle, on a vu à l’oeuvre un terrifiant vote ethnique, comme l’a justement noté Jérôme Jaffré (Le Monde du 8 juin) : 94 % des électeurs qui se disent musulmans ont voté Ségolène Royal ; 77 % de ceux qui se disent catholiques pratiquants ont voté Nicolas Sarkozy. Eric Zemmour (2007)
Les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C’est un fait. Eric Zemmour
Je connais trop la souffrance réelle de mes compatriotes «Arabes et noirs», honnêtes travailleurs, parents intègres, qui se sentent «salis» par les exactions des bandes de jeunes gens qui ont la même origine qu’eux. Je le sais d’autant mieux qu’avec mon patronyme, je me souviens du temps pas si lointain – les années 70- où une bande de truands célèbres – les frères Zemour – défrayaient la chronique criminelle, la honte dans les yeux de mon grand-père; et accessoirement, l’attente interminable dans les aéroports pour la vérification vétilleuse – et sans ordinateur- de mon identité. Mon grand-père souffrait en silence pour «son nom traîné dans la boue», mais il n’a jamais prétendu que nos homonymes n’étaient pas des brigands de grand chemin! Eric Zemmour
Je propose à un citoyen de bonne foi de venir assister aux audiences correctionnelles et parfois criminelles à Paris et il ne pourra que constater la validité de ce “fait”, la justesse de cette intuition qui, aujourd’hui, confirment un mouvement né il y a quelques années. Tous les Noirs et tous les Arabes ne sont pas des trafiquants, mais beaucoup de ceux-ci sont noirs et arabes. Philippe Bliger (Avocat général près la cour d’appel de Paris)
Certes, 80% des jeunes délinquants d’origine maghrébine ont des parents ouvriers ou employés. Mais, à niveau socio-économique équivalent, les enfants d’immigrés sont plus délinquants que les autres. Sébastian Roché
Derrière les mis en cause il existe des victimes, habitant les mêmes espaces, originaires de mêmes pays, et souvent de situation sociale comparable. Alain Bauer
La police, t’es foutue le Hamas est dans la rue! Slogan (manifestation pro-Hamas, Paris, 2009)
C’est finalement très banal qu’un président de la République aille dans un quartier de nos villes. Pourquoi ça devient un événement ? Pourquoi c’est à ce point dangereux qu’il faudrait qu’il n’y ait pas de médias? Pourquoi ça se passe sans que le maire de la commune en soit lui-même informé? C’est une «curieuse conception de la République. (…) il y aurait donc des zones de non-droit où il y aurait presque péril pour le président. François Hollande (Europe 1)
Vas te faire enculer connard, ici t’es chez moi! Jeune de 21 ans (Mot de bienvenue au président Sarkozy à la gare de St Denis)
On baise la France ! (…) Juifs dans les fours ! (…) Sarkozy le petit Juif ! (…) Obama le nègre des Juifs ! (…) Presse sioniste, presse collabo ! Cris de manifestants devant l’ambassade d’Israël, Paris, 31.05.10)
Tous sur les Champs, on va tout casser. Cris de casseurs du Trocadéro (mai 2013)
Paris est à nous ! Cris des émeutiers du Trocadéro
On est en guerre contre ce pays (…) Ce pays, on le quittera quand il nous rendra ce qu’on nous doit. (…) On n’est pas là parce qu’on aime la Tour Eiffel. Tribu Ka
Le discours de l’excuse s’est alors trouvé survalorisé, les prises de position normatives ont été rejetées comme politiquement incorrectes et les policiers ont fait office de boucs émissaires. Lucienne Bui Trong
La société est devenue d’abord plus tolérante vis-à-vis des déviances mineures. Nous sommes de plus en plus individualistes; le contrôle social s’est affaibli, on ne vit plus sous le regard d’une seule communauté comme autrefois. Et puis, l’opinion des parents sur la conduite de leurs enfants est devenue plus indulgente. Ils sont plus laxistes sur la morale quotidienne, et ce dans tous les milieux. (…) Pour être efficace, la réparation doit être immédiate. Or, dans les lycées, la norme veut que l’on ne répare les casiers abîmés qu’au troisième. Au prétexte que le coût unitaire est trop élevé. De même, tous les offices d’HLM ne sont pas convaincus de l’utilité des poubelles ignifugées ou des produits antitags. Sébastian Roché
Les mineurs délinquants cumulent les handicaps, expliquent Monique Dagnaud et Sebastian Roché. L’immigration de fraîche date, associée aux difficultés à trouver un emploi ou à la ghettoïsation de l’habitat, en fait partie, sans qu’il soit possible de mesurer l’importance respective des différents facteurs qui peuvent éclairer les parcours délictueux. D’une façon générale, la pauvreté économique concerne 60 % des familles. Les pères sont, à 26 %, inactifs. Ceux qui ont un travail sont en majorité des ouvriers (59 %), les mères des employées (46 %). Le contexte familial, difficile, éclaire aussi les parcours des mineurs. Les deux tiers sont issus de fratries de quatre frères et soeurs ou plus. Près de 40 % des dossiers judiciaires font état de violence familiale ; 20 % évoquent un père alcoolique. Seuls 54,5 % de ces mineurs vivent avec leurs deux parents ; 11 % sont hébergés en foyer. Dans 9,3 % des cas, ces adolescents ont un de leurs parents décédé. Enfin, leur situation scolaire est sinistrée : 79 % ont redoublé, 55 % plusieurs fois et près de 60 % ont fait l’objet d’une ou de plusieurs exclusions. Les mineurs d’origine étrangère « cumulent encore plus que les autres les traits de désavantage socio-économique », notent les chercheurs. Le Monde
N’est-on pas allé jusqu’à interpréter les tags qui maculaient les trains de banlieue comme « une revendication de vie », voire comme « une agression carnavalesque contre l’ordre établi »? Le Point
L’affaire des abus sexuels commis à Rotherham sur au moins 1 400 enfants est particulièrement choquante par son ampleur, mais aussi du fait de l’inaction des autorités. En cause : leur peur d’être accusées de racisme et leur tendance à dissimuler leurs défaillances. (…) Selon l’ancienne inspectrice des affaires sociales, au moins 1 400 enfants ont été victimes d’exploitation sexuelle entre 1997 et 2013. Nombre d’entre eux ont subi des viols à répétition de la part des membres de bandes dont les agissements étaient connus ou auraient dû l’être. Les enfants qui résistaient étaient battus. Ceux qui osaient parler était traités avec mépris par les adultes censés les protéger. (…) Personne à la mairie, dit-on, n’a osé dénoncer les bandes majoritairement asiatiques qui ont commis ces violences, de crainte d’être accusé de racisme. Force est de reconnaître que le racisme, même inconscient (tout comme le sexisme et l’homophobie), est aujourd’hui montré du doigt dans les services publics. Au point que beaucoup préfèrent fermer les yeux sur des viols d’enfants plutôt que de prendre le risque de subir ce type d’accusations. The Spectator
Ne sommes-nous pas tous en route pour Abilene, persuadés que les autres veulent y aller et que nous serions seuls à exprimer une divergence ? L’évolution actuelle de nos entreprises, de notre monde dans son ensemble, n’est-elle pas, sous bien des aspects, l’autoroute vers une destination dont nous ne voulons pas, dont pas un homme ne veut vraiment ? Thierry Groussin
 Le silence est à la fois un outil très économique de communication et un puissant facteur de décisions absurdes. Christian Morel
Un Américain a observé que les randonnées de ski hors piste avec un guide avaient au moins autant d’accident que sans guide. L’explication est qu’il vaut mieux une discussion de groupe sans leader qu’un leader sans discussion. Christian Morel
Un autre type d’enchaînement vers l’absurde se produit lorsqu’il y a une anticipation croisée défectueuse, par exemple dans l’accident survenu entre deux pétroliers qui, cherchant à s’éviter, se sont détournés de leur trajectoire et sont entrés en collision – accident du reste relativement fréquent. (…) C’est ce qu’a souligné un consultant en management, J.-B. Harvey, à travers ce qu’il appelle le paradoxe d’Abilene. Un dimanche, par une chaleur étouffante, un couple, leur fils et leur belle-fille jouent à un jeu de société sur la terrasse de leur ranch, au frais, en consommant des boissons désaltérantes. Ils prennent collectivement la décision de se rendre à la ville d’Abilene en parcourant deux cents kilomètres dans la chaleur et la poussière, pour avaler un mauvais déjeuner. Quand ils rentrent, ils sont épuisés et maussades ; alors qu’ils se sont affalés dans les fauteuils, l’un d’entre eux avoue qu’il n’a accepté d’aller à Abilene que parce que les autres en avaient envie, mais que lui-même n’y tenait pas du tout ; et ils se rendent alors compte qu’en fait aucun d’entre eux n’en avait envie et qu’ils ont simplement mal anticipé les souhaits les uns des autres. Cet enchaînement vers l’absurde est souvent aggravé par le fait que non seulement les acteurs ont mal anticipé les décisions les uns des autres, mais ils n’ont pas communiqué entre eux lors des réunions ; c’est le cas dans l’apologue d’Abilene, mais c’est également le cas dans l’accident de la navette Challenger : pendant la téléconférence au cours de laquelle a été prise la décision finale de lancer la navette, plusieurs participants, qui étaient conscients des risques de dysfonctionnement des joints, sont restés silencieux.(…) Pourquoi ce silence ? Il arrive qu’il soit dû à la pression exercée par la hiérarchie, mais c’est loin d’être la seule explication. En réalité, le silence des membres du groupe s’explique surtout par un certain nombre de règles de fonctionnement implicites ou explicites des organisations : on n’est autorisé à parler que si on possède une bonne connaissance du problème évoqué ; on ne peut exprimer une opinion qui ne repose pas sur des données ; la répétition d’une objection ou l’insistance risquent d’être perçues comme le témoignage d’un manque de maîtrise de soi ou comme une manifestation d’agressivité ; il faut veiller en toute circonstance à préserver la cohésion du groupe ; on fait de l’information descendante à cause du nombre de participants. Ce mode de fonctionnement, qui entre dans la définition même des organisations bureaucratiques, a pour conséquence de pousser les acteurs à minorer les alertes. C’est particulièrement évident, notamment, dans les échanges entre les pilotes et les contrôleurs aériens : le code de communication veut qu’on ne s’énerve jamais, qu’on conserve un ton neutre, qu’on ne répète pas les informations. (…) Le plus étonnant, dans tout cela, est la grande tolérance collective qu’on observe vis-à-vis des décisions absurdes. Christian Morel

Attention: une fausse unanimité peut en cacher une autre !

A l’heure où, après l’unanimité rassurante du selfie géant du 11 janvier qui a réuni après les massacres de Charlie et de Hyper cacher et l’Administration Obama exceptée, on s’en souvient, une bonne part des pompiers et pyromanes de la planète …

Nos dirigeants semblent enfin se décider à un premier retour d’expérience suite au véritable accident industriel que pointe seul depuis des décennies le parti des bonnes questions et des mauvaises réponses …

Mais, culture de l’excuse et politiquement correct obligent comme l’indique le terme d’ « apartheid social » du premier ministre, ne semblent se résoudre à dépasser l’auto-flagellation …

Pendant qu’en Grande-Bretagne l’on découvre que par peur d’être taxées de racisme et de créer des tensions parmi les immigrés, les autorités d’une petite ville ont fermé les yeux pendant une quinzaine d’années sur les abus sexuels de quelque 1.400 mineures blanches par des migrants d’origine pakistanaise …

Comment ne pas repenser à un phénomène décrit par le consultant en management américain J.-B. Harvey dans les années 70 et repris dans deux passionnants ouvrages par l’ancien DRH de Renault Christian Morel …

A savoir celui de la fausse unanimité, grosse de conséquences potentiellement catastrophiques, dite du « paradoxe d’Abilène » …

Où, persuadés que les autres veulent y aller et qu’ils seraient seuls à exprimer une divergence, un groupe tout entier se retrouve à une destination dont personne ne voulait vraiment …

Et, comme le rappelle Morel, comment un groupe de personnes individuellement intelligentes peut, à l’instar du cas emblématique de l’explosion en vol de la navette Challenger ou de ces collisions de navires en mer du seul fait de leurs manoeuvres d’évitement, arriver à des décisions collectivement stupides et catastrophiques ?

LES DÉCISIONS ABSURDES
Christian Morel
Directeur des ressources humaines
Division Véhicules Utilitaires, Renault
Auteur du livre Les Décisions absurdes
(Gallimard, 2002)

Séance du 7 décembre 2001
Compte rendu rédigé par Élisabeth Bourguinat

En bref

Christian Morel a étudié les décisions absurdes, définies comme des erreurs radicales et persistantes, dont les auteurs agissent avec constance et de façon intensive contre le but qu’ils se sont donné, et ce dans des domaines très divers : erreurs incompréhensibles de pilotage d’avion ou de bateau, actions managériales totalement contraires à l’objectif visé, décisions de copropriété dénuées de sens… Ces cas sont analysés sous trois angles : l’interprétation cognitive qui met en évidence des erreurs élémentaires de raisonnement ; l’explication collective révélant des systèmes d’interactions qui enferment les protagonistes dans une solution absurde ; l’explication téléologique qui montre la perte du sens à différentes étapes de l’action. Le plus étonnant de tout cela, conclut Christian Morel, est la grande tolérance collective qu’on observe
vis-à-vis des décisions absurdes !

EXPOSÉ de Christian MOREL

Mon livre1 a pour objectif de décrire, analyser et comprendre des exemples de décisions absurdes. Pourquoi étudier de telles décisions ? D’une part, parce qu’elles ont un caractère d’étrangeté et même de mystère qui pique la curiosité ; d’autre part, parce qu’elles manifestent de façon éclatante des processus qui sont à l’oeuvre, de façon plus difficile à repérer, dans beaucoup de décisions “normales” que nous prenons chaque jour.

Qu’est-ce qu’une décision absurde ?

Les décisions absurdes ne doivent pas être confondues avec de simples erreurs : il s’agit d’erreurs radicales et persistantes, dont les auteurs agissent avec constance et de façon intensive contre le but qu’ils se sont donné.

Je précise qu’une décision absurde ne peut être jugée telle qu’à l’intérieur d’un cadre de référence donné. Par exemple, le fait que les anciens Égyptiens momifiaient les morts peut nous paraître absurde, mais cela ne l’était pas pour eux, dans la mesure où ils croyaient que la conservation des corps permettait une vie éternelle. En revanche, le fait d’accumuler des objets extrêmement précieux dans les tombeaux peut paraître absurde même à l’intérieur de leur cadre de référence : ces trésors étaient régulièrement pillés, ce qui privait les morts des objets de la vie quotidienne dont ils avaient besoin pendant leur vie éternelle.

Le corpus

J’ai choisi d’étudier une douzaine de cas de décisions absurdes très variés par leur nature et leurs enjeux. Certains ont fait l’objet de rapports d’enquête qu’on peut trouver sur l’internet, par exemple les accidents d’avions de ligne. D’autres sont tirés de l’observation directe, comme les cas de management ou les cas de la vie quotidienne.

Voici quelques exemples de décisions absurdes :
– l’un des deux réacteurs d’un avion présente des signes de dysfonctionnement ; le commandant de bord et son copilote arrêtent celui qui fonctionnait normalement ;
– des pilotes retardent l’atterrissage d’un avion pendant plus d’une heure, et l’appareil finit par s’écraser par manque de carburant ;
– alors qu’ils auraient pu se croiser sans incident, deux pétroliers, cherchant à s’éviter, se détournent de leur trajectoire et entrent en collision ;
– la navette Challenger explose au moment du décollage à cause d’un problème de joints défectueux, qui était pourtant identifié depuis cinq ans mais n’avait toujours pas été résolu ;
– un usage répandu et persistant veut que les orateurs présentent en général des transparents illisibles ;
– une entreprise allemande crée une université d’entreprise qui finalement devient un organisme de formation externe ;
– une entreprise pratique depuis des années des enquêtes d’opinion internes fondées sur des échantillons trop réduits pour avoir une quelconque valeur ;
– pour lutter contre les cambriolages, les copropriétaires d’un immeuble décident durablement de ne fermer qu’un seul des deux accès aux sous-sols, et les cambriolages continuent.

L’explication cognitive
Comment de telles décisions peuvent-elles être prises ? Tout d’abord à cause d’une ou de plusieurs erreurs de raisonnement persistantes, parfois très grossières, et ce même dans des milieux de culture scientifique.

La navette Challenger

Par exemple, l’accident de la navette Challenger est dû, entre autres, au fait que les ingénieurs de Morton Thiokol, la société qui a fabriqué les boosters de la navette, n’ont pas pris en compte le fait que, même si le climat de la Floride est généralement très doux, il se produit parfois des phénomènes climatiques qui font brutalement baisser la température.

Le jour du lancement, celle-ci se situait entre –1° et –2°, et la nuit avait été encore plus froide. Les joints qui devaient éviter que les gaz des fusées d’appoint servant au décollage ne s’échappent et n’aillent enflammer le réservoir principal de la fusée n’avaient pas été conçus en tenant compte de la possibilité d’une température aussi basse ; ils se sont mal détendus, le gaz s’est échappé et la fusée a explosé.

Pourtant, de nombreux essais avaient été réalisés et des dysfonctionnements avaient été repérés sur ces joints ; mais jamais les ingénieurs n’avaient songé à établir une corrélation entre ces dysfonctionnements et le niveau de la température.

Pire, lors d’un lancement précédent, effectué lors d’une vague de froid, les ingénieurs avaient noté que les joints avaient été très endommagés, mais ils avaient estimé qu’une température aussi basse était exceptionnelle, et que cela ne se reproduirait plus.

À chaque fois, ils ont donc suivi le raisonnement de l’homme de la rue : ils ont pris en compte les moyennes climatiques au lieu de s’intéresser aux températures extrêmes ; lorsqu’il s’est produit une vague de froid, ils ont considéré que c’était l’événement du siècle et qu’il ne pouvait pas y en avoir une deuxième. Ces idées fausses étaient tellement ancrées que le standard de la NASA, qui veut que les joints résistent à une température de –1°, n’était pas respecté.

Par ailleurs, la commission d’enquête a révélé que l’estimation de la probabilité d’échec d’un lancement était largement sous-évaluée ; alors que l’un de ses membres a estimé que cette probabilité était de l’ordre de 1 %, les managers de la NASA lui ont donné des évaluations de l’ordre d’un pour dix mille ou d’un pour cent mille.

Ces deux biais cognitifs se sont renforcés mutuellement. Le jour du lancement, certains ingénieurs étaient inquiets à cause du froid ; mais comme cette variable n’avait pas été sérieusement prise en compte pendant les essais, ils ne disposaient pas de preuves chiffrées ; et comme la confiance des managers dans la fiabilité de l’appareil était excessive, ils n’ont pas pris cette inquiétude au sérieux.

L’accident d’avion de Portland en 1978

L’accident de l’avion qui s’est écrasé à Portland en 1978 par manque de carburant alors que l’appareil tournait depuis une heure au-dessus de la piste, s’explique aussi par un biais cognitif, connu sous le nom de raisonnement non conséquentialiste. Par exemple, un étudiant a décidé que juste après les résultats de ses examens il s’offrirait un voyage à Hawaï, soit pour se récompenser en cas de réussite, soit pour se consoler en cas d’échec ; il attend pourtant les résultats avant d’acheter ses billets. Autre exemple : avant l’élection présidentielle américaine, les marchés financiers étaient tout aussi inquiets de l’éventualité de l’élection de Bush que de celle de Dukakis ; ils ont néanmoins attendu le résultat de l’élection pour réagir.

Dans le cas de l’accident de Portland, les pilotes ont détecté un problème de train d’atterrissage : le déploiement de celui-ci ne s’était pas correctement effectué, et ils craignaient qu’il ne soit pas bien verrouillé. Ils ont alors retardé l’atterrissage pour entreprendre diverses vérifications, en négligeant le fait que le niveau de carburant baissait dangereusement ; or, quel que soit l’état du train d’atterrissage, il n’y avait pas d’autre
solution que de tenter de se poser, en essayant de limiter la catastrophe. Finalement, l’avion s’est écrasé à quelques mètres de la piste, faute de carburant.

Décisions conditionnelles en entreprise

D’une façon générale, on observe beaucoup de confusions et d’erreurs chaque fois qu’un individu doit combiner des situations et des décisions dont certaines sont conditionnelles, et même lorsque la problématique est relativement simple. Cette confusion est encore plus grande lorsque la décision est prise collectivement.

Par exemple, j’ai assisté il y a deux ans à une réunion sur le résultat financier d’une entreprise ; pendant toute la réunion, les participants n’ont pas réussi à s’entendre pour savoir si une somme importante, conditionnelle, qui pouvait renverser le signe du résultat financier, devait être ajoutée ou retranchée à la somme du résultat.

Autre exemple : dans une usine, il existe deux portes, dont l’une est fermée et gardée, et l’autre, deux cents mètres plus loin, ouverte et sans gardien. Cette situation est absurde, mais chaque fois que la question est abordée en comité de direction, la discussion entre les différentes options possibles prend rapidement un tour très confus (le gardien doit-il surveiller les deux portes ? doit-il se trouver près de la porte ouverte ou près de la porte fermée ?) ; finalement, la situation est à chaque fois laissée en l’état.

Erreur de symétrie dans une copropriété

Un dernier exemple de biais cognitif concerne la résidence dans laquelle habite un de mes proches. Le parking de cette résidence est muni de portes automatiques qui s’ouvrent lorsqu’un véhicule se présente ; mais ces portes fonctionnent très lentement, et les cambrioleurs en profitent pour entrer dans l’immeuble. L’assemblée générale des copropriétaires a donc décidé de créer une sorte de sas en ajoutant une barrière basculante quelques mètres après la porte d’entrée : avant de poursuivre sa course, le conducteur peut ainsi vérifier qu’un cambrioleur n’est pas entré dans l’immeuble.

Les copropriétaires se sont dit ensuite qu’il fallait faire la même chose pour la sortie du parking, sans quoi ce dispositif resterait inutile ; ils ont donc ajouté une deuxième barrière levante, mais avant la porte automatique de sortie, ce qui la rend totalement inutile : le conducteur du véhicule sortant attend de façon absurde que la barrière se lève, alors qu’aucun voleur ne peut entrer ; dès que la porte de sortie est ouverte, le conducteur s’en va sans attendre qu’elle se referme, puisqu’il n’est pas arrêté par une barrière, laissant ainsi toute latitude aux cambrioleurs pour entrer.

Ce proche, qui est pourtant ingénieur de l’École des Mines, n’a pas repéré cette erreur plus que quiconque lors de l’assemblée des copropriétaires, et pas davantage lorsqu’il faisait la queue inutilement tous les matins avec les autres habitants de l’immeuble. Il ne s’en est rendu compte que le jour où un ami qui sortait avec lui de sa résidence lui a demandé à quoi pouvait bien servir cette barrière.

Cet exemple, comme celui des erreurs de prévision météorologique et de probabilité d’échec dans le cas de la fusée Challenger, montre qu’on peut s’attendre à des erreurs cognitives grossières même dans un contexte de culture scientifique ; et ces erreurs peuvent être durables et donner lieu à des absurdités persistantes, car il est très difficile de sortir d’un piège mental.

L’explication collective

Les décisions absurdes peuvent également être dues à des systèmes d’interactions qui enferment les protagonistes dans une solution absurde, alors que chacun pris individuellement pourrait dire qu’il n’a pas voulu cette décision.

Le manager, l’expert et le candide

En termes de management, lorsqu’on évoque une décision absurde, on pense souvent au modèle technocratique, dans lequel le manager ou l’expert, du haut de leur bureau, prennent des décisions absurdes parce qu’ils n’ont pas consulté les gens du terrain, que j’appellerai les candides.

En réalité, j’ai identifié des modèles très variés, dans lesquels les trois acteurs (manager, expert et candide) exercent différents rôles : opposant, suiveur, demandeur, producteur, absent. J’explique en détail dans mon livre les différents modèles, que je ne peux que résumer ici.

Dans le modèle hiérarchique autonome, par exemple, la décision absurde est produite par le manager, sans consultation d’expert et malgré l’opposition des candides : c’est le cas de l’université d’entreprise transformée en organisme de formation externe.

Dans le modèle hiérarchique validé, le manager prend la décision avec l’accord plus ou moins tacite de l’expert : lors de l’accident de Portland, c’est le commandant de bord qui a demandé les vérifications du train d’atterrissage, mais le copilote et le mécanicien navigant ont en quelque sorte confirmé sa décision de ne pas suivre de façon attentive le niveau de carburant.

Dans le modèle hiérarchique autonome accepté, c’est cette fois l’expert qui est opposant, alors que le candide est d’accord avec la décision absurde : les autorités sanitaires françaises ont ainsi décidé d’appliquer le dépistage génomique viral des virus du sida et de l’hépatite C, à la grande satisfaction du public, alors que les experts y étaient opposés compte tenu de son coût exorbitant.

Dans le modèle hiérarchique démuni, le candide est absent et l’expert est opposé à la décision, mais ne dispose pas d’éléments suffisants à soumettre au manager ; ce fut le cas lors du lancement de la navette Challenger.

Dans le modèle technique autonome, c’est l’expert qui impose sa décision, le manager et le candide étant absents ou opposants : par exemple, les centres de transfusion sanguine ont opéré une sélection totalement défectueuse des donneurs de sang entre 1983 et 1985.

Dans le modèle technique validé, l’expert propose une décision absurde qui est pourtant acceptée par le manager : par exemple, un bureau d’étude persiste à concevoir des produits qui ne plaisent pas, et le manager valide cette politique.

Dans le modèle technique démagogique, c’est sous la pression des candides que l’expert produit des décisions absurdes, qui sont suivies par le manager ; c’est le cas dans cette entreprise étrangère qui persiste, année après année, à procéder à des enquêtes d’opinion internes fondées sur des échantillons trop réduits ; la croyance des salariés dans la validité de ces échantillons est telle que même lorsqu’on change d’expert, celui-ci finit par adopter la même politique d’échantillonnage.

Enfin, dans le modèle décentralisé, ce sont les candides qui produisent la décision absurde, en l’absence d’expert et avec l’accord du manager ; par exemple, l’assemblée des copropriétaires adopte durablement un système de fermeture d’un seul des deux accès des caves pour lutter contre les cambriolages.

Il arrive fréquemment que pour corriger les défauts du modèle dans lequel on se trouve, on adopte un nouveau modèle qui n’aura d’autre effet que de changer le type d’erreur commise.

Par exemple, les pouvoirs publics et l’opinion ayant considéré que les managers étaient responsables de l’accident de Challenger, on est passé d’un modèle hiérarchique à un modèle technique : l’enquête a conclu qu’il fallait augmenter le nombre de qualiticiens et accroître leur pouvoir ; mais dans le cas de la transfusion sanguine, c’est le trop grand pouvoir laissé aux techniciens qui avait été à l’origine de décisions absurdes.

L’enchaînement vers l’absurde

La combinaison de deux biais cognitifs se renforçant mutuellement peut produire une sorte d’enchaînement vers l’absurde, comme dans le cas de la navette Challenger. Autre exemple de processus d’autorenforcement de l’absurde : un grand responsable hiérarchique d’un groupe allemand décide de créer une université d’entreprise ; comme il a des conceptions pédagogiques assez rudimentaires, il se représente les cadres stagiaires comme des plaques photographiques qui doivent assimiler une formation très incantatoire ; les cadres obligés de subir cette formation se rebellent et refusent les cours ; comme la
création de l’université a coûté cher, le groupe décide d’ouvrir ces cours à des clients externes, en rendant les stages beaucoup plus classiques et faciles à suivre ; du coup, les notes pédagogiques deviennent correctes car l’évaluation de ces stages standards se fait de manière assez superficielle ; les clients affluent, l’entreprise y trouve son compte, et l’université d’entreprise est définitivement transformée en organisme de formation externe.

Un autre type d’enchaînement vers l’absurde se produit lorsqu’il y a une anticipation croisée défectueuse, par exemple dans l’accident survenu entre deux pétroliers qui, cherchant à s’éviter, se sont détournés de leur trajectoire et sont entrés en collision – accident du reste relativement fréquent. L’existence d’anticipations croisées est extrêmement rentable pour une organisation, car celle-ci perdrait beaucoup de temps si elle devait tout expliciter et dire à tout moment à chacun des acteurs ce qu’il doit faire. Mais ces anticipations sont aussi une source majeure d’erreurs et de dysfonctionnements.

C’est ce qu’a souligné un consultant en management, J.-B. Harvey, à travers ce qu’il appelle le paradoxe d’Abilene. Un dimanche, par une chaleur étouffante, un couple, leur fils et leur belle-fille jouent à un jeu de société sur la terrasse de leur ranch, au frais, en consommant des boissons désaltérantes. Ils prennent collectivement la décision de se rendre à la ville d’Abilene en parcourant deux cents kilomètres dans la chaleur et la poussière, pour avaler un mauvais déjeuner. Quand ils rentrent, ils sont épuisés et maussades ; alors qu’ils se sont affalés dans les fauteuils, l’un d’entre eux avoue qu’il n’a accepté d’aller à Abilene que parce que les autres en avaient envie, mais que lui-même n’y tenait pas du tout ; et ils se rendent alors compte qu’en fait aucun d’entre eux n’en avait envie et qu’ils ont simplement mal anticipé les souhaits les uns des autres.

Le malentendu provoqué par le silence

Cet enchaînement vers l’absurde est souvent aggravé par le fait que non seulement les acteurs ont mal anticipé les décisions les uns des autres, mais ils n’ont pas communiqué entre eux lors des réunions ; c’est le cas dans l’apologue d’Abilene, mais c’est également le cas dans l’accident de la navette Challenger : pendant la téléconférence au cours de laquelle a été prise la décision finale de lancer la navette, plusieurs participants, qui étaient conscients des risques de dysfonctionnement des joints, sont restés silencieux.

Dans l’entreprise qui faisait des enquêtes à partir d’échantillons insuffisants, un participant qui avait de bonnes connaissances sur les sondages d’opinion est également resté silencieux lors d’une réunion consacrée à ce sujet, et les animateurs de la réunion, qui étaient pourtant désireux de régler le problème, ont laissé la discussion dériver sur un autre thème.

Pourquoi ce silence ? Il arrive qu’il soit dû à la pression exercée par la hiérarchie, mais c’est loin d’être la seule explication.

En réalité, le silence des membres du groupe s’explique surtout par un certain nombre de règles de fonctionnement implicites ou explicites des organisations : on n’est autorisé à parler que si on possède une bonne connaissance du problème évoqué ; on ne peut exprimer une opinion qui ne repose pas sur des données ; la répétition d’une objection ou l’insistance risquent d’être perçues comme le témoignage d’un manque de maîtrise de soi ou comme une manifestation d’agressivité ; il faut veiller en toute circonstance à préserver la cohésion du groupe ; on fait de l’information descendante à cause du nombre de participants.

Ce mode de fonctionnement, qui entre dans la définition même des organisations bureaucratiques, a pour conséquence de pousser les acteurs à minorer les alertes. C’est particulièrement évident, notamment, dans les échanges entre les pilotes et les contrôleurs aériens : le code de communication veut qu’on ne s’énerve jamais, qu’on conserve un ton neutre, qu’on ne répète pas les informations.

Les échanges enregistrés lors de l’accident dû à une panne de carburant, survenue alors que la tour de contrôle demandait à l’avion d’attendre avant d’atterrir, montrent qu’à aucun moment les pilotes ne se sont mis à hurler pour demander qu’on les fasse atterrir d’urgence ; les messages par lesquels ils évoquaient la baisse inquiétante du niveau de carburant étaient exprimés avec une retenue et un sang-froid parfaits ; à deux reprises, le commandant de bord a demandé à son copilote de passer un message d’urgence et celui-ci est resté silencieux.

L’explication téléologique
La prise de décision absurde peut enfin s’expliquer par la perte de sens par rapport à l’intention de départ d’une action. La roue de Deming décrit les quatre étapes idéales d’une action :
– la définition des objectifs (PLAN) ;
– la mise en oeuvre des objectifs (DO) ;
– le contrôle de la conformité aux objectifs (CHECK) ;
– la correction (ACT), après laquelle commence un nouveau cycle.

À chacune de ces étapes peut se produire une perte de sens. Il peut tout d’abord s’agir d’un dysfonctionnement dans la définition de l’objectif : on décide par exemple d’améliorer la qualité, et on ne prend pas la peine d’examiner, de définir ou de décliner plus précisément cet objectif.

La perte de sens peut également intervenir dans la mise en oeuvre des objectifs, avec une autolégitimation des solutions ; c’est le syndrome du Pont de la rivière Kwaï : l’un des personnages souligne d’ailleurs que les Anglais accordent du prix à l’action pour l’action, même si le sens de cette action a été perdu. Dans une entreprise, on admet également très difficilement qu’une situation puisse être sans solution, même provisoirement ; face à un dysfonctionnement qu’on ne parvient pas à expliquer, on décide par exemple d’organiser une formation, même sans objectif précis.

La perte de sens peut aussi se produire au niveau du contrôle de la conformité aux objectifs : il arrive que le contrôle porte sur des éléments secondaires par rapport à l’objectif final. Par exemple, alors qu’une formation est inutile, on va contrôler le fait que les personnes formées sont satisfaites des aspects logistiques de la formation ; ou encore, on vérifie que des entretiens d’évaluation sont faits, et non s’ils sont bien faits ou non.

Enfin, la perte de sens peut se produire par transfert de la solution à un objectif quelconque, parfois très éloigné de l’objectif initial ; ou encore, on rattache cette solution inutile, absurde, non à un objectif précis, mais à une valeur très générale et irréfutable, comme la qualité : du moment que cette solution vide de sens est en principe tournée vers la recherche de la qualité, elle devient elle-même irréfutable, bien qu’elle soit absurde.

L’explication téléologique occupe un seul chapitre dans le livre mais c’est pour moi un chapitre très important

Conclusion

Les décisions absurdes sont généralement le fruit de ces différents processus, avec des dominantes qui varient d’un cas à l’autre : le rôle des biais cognitifs, des mauvaises interactions collectives ou de la perte de sens est plus ou moins important selon les cas.

Par exemple, dans le cas de l’accident d’avion à Portland, on observe à la fois un raisonnement non conséquentialiste et un processus collectif entre le commandant de bord, le copilote et le mécanicien navigant. Dans le cas de Challenger, on trouve les trois composantes : un biais cognitif, un processus collectif, et finalement un processus téléologique, puisque l’objectif devient finalement de faire partir coûte que coûte la navette – d’autant que les plus hautes autorités se sont déplacées en personne – en perdant de vue l’objectif initial de réussite du décollage. Le plus étonnant, dans tout cela, est la grande tolérance collective qu’on observe vis-à-vis des décisions absurdes.

Voir aussi:

« Il existe des règles fiables pour éviter les décisions absurdes »
Propos recueillis par Anne Rodier

Le Monde

02.10.2013

Comment un groupe, constitué d’adultes rationnels, intelligents, hautement qualifiés, qui travaillent ensemble pour un même objectif, peut-il prendre une décision absurde ? Comment, pourquoi et par quel processus des individus deviennent-ils collectivement stupides ?

C’était le sujet du premier tome des Décisions absurdes, de Christian Morel, ancien DRH de Renault, qui a reçu, mardi 1er octobre, le Prix du livre RH 2013 pour le deuxième tome, Les Décisions absurdes II. Comment les éviter ?, qui tire les leçons du premier.

A partir de multiples exemples, il établit des règles de fiabilité des décisions, valables d’un milieu professionnel à l’autre.

Christian Morel, vous avez fait un premier inventaire des erreurs fatales qui mènent aux décisions absurdes, responsables chaque année de milliers de morts. Quelles sont ces erreurs ?

Afin d’identifier les mécanismes qui conduisent aux décisions absurdes et ce qu’il faudrait faire pour les éviter, je me suis intéressé aux activités à risque élevé, car elles mettent en relief les origines de ces erreurs. Un cas emblématique fut celui de la navette Challenger qui, en 1986, a explosé en vol.

Dans le groupe de responsables qui avaient autorisé le décollage, des ingénieurs étaient certains que les joints ne fonctionneraient pas, notamment à cause de la température. Pourtant, ils ont participé à l’autorisation du lancement. Ils étaient tellement sûrs de l’échec qu’en voyant la navette décoller l’un d’entre eux s’est écrié : « Ah, elle n’explose pas ! On s’était trompés. » Quelques secondes après, ce fut le drame.

Une convergence de processus avait fait prendre une mauvaise décision : lors du tour de table, les managers s’étaient exprimés. Mais certains, n’étant pas managers, n’avaient rien dit ; les décideurs de la NASA, en conférence téléphonique, n’avaient pas vu la tête d’enterrement des ingénieurs.

La décision a donc été produite par un mécanisme de fausse unanimité, soit que le contradicteur s’interdise de parler, soit qu’il croie sa position comprise, soit qu’il suive le consensus. J’ai dénombré ainsi une dizaine de dysfonctionnements qui, dans les délibérations, peuvent conduire à faire un choix erroné. Parfois, le risque dans le groupe est l’absence de conflit.

C’est ainsi que fut décidé le fiasco militaire de la baie des Cochons, en 1961. Les participants avaient reçu la consigne de ne rien dire qui pourrait mécontenter la CIA. Le conflit étant éliminé d’emblée, les vrais problèmes ne sont pas apparus.

A la suite de ces drames, des solutions ont été ébauchées dans l’aéronautique, le milieu hospitalier, la marine nucléaire. Vous affirmez que des passerelles ont été construites entre ces secteurs pour mettre en place des processus de fiabilité. De quoi s’agit-il ?

Le meilleur exemple est celui de la check-list (« liste de contrôle ») qui, dans un bloc opératoire, permet de réduire de moitié la mortalité chirurgicale. Elle est directement tirée de l’aéronautique. La check-list du cockpit est aujourd’hui considérée comme un standard du métier.

D’autres processus sont transférables d’un secteur à l’autre. Ainsi la collégialité, dont l’efficacité a été mise en évidence dans les cockpits d’avion après bien des accidents, favorise tout autant la fiabilité des décisions prises au sein du conseil d’administration d’une entreprise, tout simplement parce qu’on se trompe moins à plusieurs que tout seul.

Ce même constat a été fait dans les sous-marins nucléaires, en médecine, et même dans les équipes de randonnées de montagne. Un Américain a observé que les randonnées de ski hors piste avec un guide avaient au moins autant d’accident que sans guide. L’explication est qu’il vaut mieux une discussion de groupe sans leader qu’un leader sans discussion.

Qu’appelez-vous les métarègles de fiabilité ?

Ce sont les principes fondamentaux de fiabilité des décisions qui sont entre autres : la collégialité, le débat contradictoire, le droit de veto de l’expert, la non-punition des erreurs non intentionnelles et le retour d’expérience. Ce sont des règles qui se situent au niveau de la culture, et non au niveau des outils opérationnels.

Pour assurer la fiabilité, les instruments ne suffisent pas, il faut agir en amont. En médecine, par exemple, il existe des « revues morbi-mortalité » : les médecins et infirmières se réunissent régulièrement, font la revue des incidents passés (décès après opération, rechute, etc.) et les analysent afin d’éviter qu’ils se reproduisent.

Mais si une infirmière a peur de la punition, elle ne donnera pas toutes les informations à l’origine de l’incident. Sans l’application des métarègles en amont, ces comités seraient donc peu efficaces.

Ces métarègles sont-elles applicables au management des sociétés du CAC 40 ?

Les entreprises considèrent que c’est vers cela qu’il faut tendre. Mais quantité de responsables se disent encore prisonniers de contraintes traditionnelles de management. Les principes de fiabilité sont compatibles avec un management, même vertical, s’il se remet en cause.

C’est ce qu’a fait la NASA, qui fonctionne un peu comme une grande entreprise. Après les deux accidents de Challenger puis de Columbia en 2003, elle a modifié son management pour être davantage à l’écoute des doutes exprimés.

Les Décisions absurdes. Sociologie des erreurs radicales et persistantes, de Christian Morel. Gallimard, 2002.

Les Décisions absurdes II. Comment les éviter, de Christian Morel. Gallimard, 2012, 286 pages, 19,50 euros.

Voir également:

Christian Morel, sociologue de l’erreur
Directeur des ressources humaines chez Renault, il est le premier étonné du succès de son dernier ouvrage, « Les Décisions absurdes »

Frédéric Lemaître

Le Monde

20.07.02

« LE BUREAU de Monsieur Christian Morel ? demande l’hôtesse. Donnez-moi une pièce d’identité, prenez un badge, passez le portillon, tournez à droite, longez le bâtiment, tournez deux fois à gauche, puis prenez la première à droite. Quand vous serez dans la cour avec un char et une petite maison, entrez dans le bâtiment X : le bureau de Monsieur Morel se trouve au 1er étage. »

En ces temps de redécouverte de Play Time,difficile de ne pas penser à Jacques Tati en essayant de retrouver son chemin dans les bureaux labyrinthiques que Renault a conservés dans le vieux Boulogne. Face à la « petite maison »,une dénomination bien familière pour l’atelier mythique de Louis Renault précieusement conservé dans un écrin de verdure, se dresse en effet le « bâtiment X », l’ancien siège social de la Régie qui abrite aujourd’hui la division véhicules utilitaires du constructeur. Dans son bureau, Christian Morel fait mine de s’inquiéter. « Vous n’allez pas faire mon portrait en tant que directeur des ressources humaines, j’espère. Parce que mon parcours professionnel est on ne peut plus banal. Il y a des centaines de DRH dans ce pays. » Certes, mais, a priori, aucun autre n’est sociologue et auteur d’un livre ardu paru au plus mauvais moment – à quelques jours du premier tour de la présidentielle – mais qui, pourtant, s’est vendu à plus de 5 000 exemplaires en moins de trois mois.

Ironie de l’histoire : dans cette citadelle ouvrière où certains, à la fin des années 1960, rêvaient de voir les intellectuels s’engager aux côtés de la classe ouvrière, Christian Morel mène depuis la fin des années 1980 une double vie : celle d’un intellectuel, membre d’une équipe de direction. « Je suis fier et heureux d’être les deux à la fois », précise cet élégant quinquagénaire qui, comme tous les timides, choisit précieusement ses mots : « Je suis intellectuellement productif car je suis acteur dans une organisation. Je ne suis pas fait pour les réflexions abstraites. »

Fils et petit-fils de militaire, Christian Morel a toujours été passionné par la sociologie et par les liens complexes qu’entretiennent les idées et l’action. Etudiant, il part aux Etats-Unis étudier les relations sociales. Mais parce qu’il se croit « incapable d’écrire autre chose qu’une thèse » et qu’il juge « la carrière universitaire trop lente », l’homme choisit le monde de l’entreprise. Nous sommes au début des années 1970. Les directions, encore sous le coup des accords de Grenelle et de la reconnaissance des sections syndicales, cherchent à humaniser leurs directions du personnel et à remplacer les militaires qui souvent les dirigent par des spécialistes du « social ». Christian Morel fera donc ses classes chez Dunlop avant d’être responsable du département social de Saviem (devenu Renault Véhicules industriels, après la fusion avec Berliet). De cette double expérience naîtra un premier livre : La Grève froide.

« Je l’ai écrit car ce que je vivais de l’intérieur ne correspondait pas à ce que racontaient les sociologues ou les journalistes. Les négociations étaient décrites comme un processus où chacun fait un pas vers l’autre pour parvenir à un accord contractuel. J’avais plutôt le sentiment de vivre des négociations-manifestations. Les syndicats concevaient la négociation comme un moyen d’obtenir des avantages mais refusaient les contreparties. Et, comme dans les manifestations, ils répétaient toujours les mêmes slogans. » Réédité en 1994, ce livre est aujourd’hui un classique dans la profession. « Même si ce modèle n’est plus dominant, il est utile pour comprendre les stratégies d’acteurs », observe-t-il.

Refusant une mutation à Lyon, Christian Morel entre chez Alcatel. Il y reste moins de quatre ans. « J’ai fermé une usine de 300 personnes. Cela s’est bien passé mais quand il a fallu supprimer 2 000 emplois dans une division, j’ai renoncé et préféré rejoindre Renault. » Là aussi il doit fermer des usines : à Creil et Gennevilliers. Mais la direction y met les moyens et, « en partant d’une situation conflictuelle, nous sommes parvenus à signer un accord sur la fermeture avec les syndicats les plus durs : la CFDT à Gennevilliers et la CGT ».

Dans le même temps, il écrit dans la revue Gérer et comprendre (Annales des Mines), un article consacré au « mal chronique de la connaissance ordinaire en entreprise ». « J’ai essayé de montrer que, de l’extérieur, la connaissance du fonctionnement de l’entreprise est très faussée. Du coup, même les cadres ont une représentation injuste de leur entreprise car ils croient que les dysfonctionnements qu’ils observent sont exceptionnels alors que ce n’est pas le cas. »

CONTE DE FÉES

La gestation de Décisions absurdes, sociologie des erreurs radicales et persistantes collectivesprendra plusieurs années. Une première mouture paraîtra en 1997 dans la revue L’Année sociologique. « Je suis passionné de documentation et je me suis toujours demandé pourquoi on commettait des erreurs humaines dans une activité aussi organisée que l’aviation civile. Du coup, j’ai lu une cinquantaine de rapports très détaillés sur des accidents d’avions. Deux m’ont passionné : celui d’un vol où le commandant de bord et son copilote ont arrêté le seul réacteur qui fonctionnait normalement et celui où, pour une raison technique, alors que la piste est en vue, les pilotes retardent l’atterrissage pendant plus d’une heure, et finalement l’avion s’écrase faute de carburant. »

Honnête, Christian Morel reconnaît qu’il n’est pas davantage que les autres à l’abri d’une « erreur radicale persistante et collective », tant il est « difficile de convaincre les autres qu’il y a erreur ». Mais, loyal, il ne mentionne jamais son entreprise même si l’on peut supposer qu’elle n’échappe pas à l’usage répandu de transparents illisibles, qui constitue l’une des parties les plus drôles de cet ouvrage par ailleurs très sérieux.

Vivant « comme un conte de fées » son succès éditorial, Christian Morel qui visait « un public de sociologues et non de management » en déduit que « l’ouverture d’esprit des cadres est plus forte que je ne le pensais. Les cadres et les ingénieurs sont prêts à ce qu’on leur apporte des connaissances et pas seulement des méthodes ».

Une chose est certaine : tous les grands éditeurs qui ont refusé le manuscrit de Christian Morel devraient imposer la lecture de son ouvrage à leur comité de sélection.

Biographie

 1948

Naissance à Waldkirch (Allemagne).

1974

Doctorat en sciences politiques.

1980

« La Grève froide » (Les Editions d’organisation).

 1987

Adjoint du directeur de la formation

chez Renault.

2002

« Les Décisions absurdes » (Gallimard, NRF).

Le paradoxe d’Abilene

Thierry Groussin

Indiscipline intellectuelle

14/06/2011

Imaginez le porche d’une maison texane, un dimanche matin. Il y a là, assises sur les marches, sirotant mollement une citronnade, les trois générations : les parents, les enfants, le père et la mère de Madame. C’est l’été et il fait déjà très chaud. Tout le monde semble s’ennuyer à mourir. Le beau-père lance alors une idée : et si on allait déjeuner à Abilene ? Abilene, c’est la « grande ville » qui se trouve à près de 100 km. Les membres de la famille se regardent et bientôt la décision est prise de suivre la suggestion de bon papa.

La voiture familiale est vieille, elle n’est pas climatisée et le voyage, à la rage du soleil, est pénible. Arrivé à Abilène, le petit groupe erre longuement dans les rues à la recherche d’un restaurant. Il finit par jeter son dévolu sur un établissement où la nourriture se révèle aussi chère que mauvaise. On rentre, toujours à la rage du soleil et, de retour à la maison, une dispute éclate. C’était vraiment une idée stupide d’aller déjeuner à Abilene !

Le beau-père se défend : lui-même n’avait pas le moindre désir de déjeuner à Abilene ! Simplement il avait l’impression que tout le monde s’ennuyait et il a lancé cette idée-là, croyant faire plaisir, comme il en aurait lancé une autre. Une fois que tout le monde s’est exprimé, une évidence s’impose : personne n’avait envie d’aller déjeuner à Abilene !

Cette histoire a été vécue par le sociologue américain Jerry B. Harvey, qui l’a théorisée sous l’intitulé de «paradoxe d’Abilene»*.

Ne sommes-nous pas tous en route pour Abilene, persuadés que les autres veulent y aller et que nous serions seuls à exprimer une divergence ? L’évolution actuelle de nos entreprises, de notre monde dans son ensemble, n’est-elle pas, sous bien des aspects, l’autoroute vers une destination dont nous ne voulons pas, dont pas un homme ne veut vraiment ?

*The Abilene Paradox and Other Meditations on Management (San Francisco: Jossey-Bass, 1988).

Voir encore:

Paris : Barbès « se transforme en Etat de non-droit »
Valeurs actuelles

07 Juillet 2014

Police. C’est dans les colonnes du Parisien que des policiers, sous couvert d’anonymat pour la plupart, livrent des témoignages accablants : le quartier du XVIIIème arrondissement de la Goutte-d’ Or à Paris, déjà classé en Zone de Sécurité Prioritaire (ZSP), est en passe de devenir une zone de non-droit.

Des témoignages accablants

Le récit que font les policiers de certaines scènes qui se déroulent à Barbès dans le Parisien est édifiant. Les témoignages se passent de commentaire : «Jeudi dernier, on est arrivé à une situation extrême» confie un policier sous couvert d’anonymat. «Un contrôle sur une bagarre au couteau s’est terminé en révolte de rue. Les policiers ont dû dégoupiller une grenade de désencerclement afin de pouvoir rejoindre entiers leur voiture qui était à 30 mètres !» poursuit le fonctionnaire de police. Un témoignage à peine croyable. Manque de moyen, sous-effectif… le commissariat du quartier de la Goutte-d’ Or, dans le XVIIIème arrondissement, est «au bord de l’implosion» selon les mots du Parisien, qui précise que «plusieurs fois, le commissariat de la Goutte d’Or a dû diffuser au micro son appel à toutes les unités». Un policier a précisé : «200 policiers sur tout Paris ont été appelés à la rescousse. Samedi le quartier s’est à nouveau embrasé…»

Le syndicat Unsa-Police est à bout

Le syndicat de policiers, Unsa-Police, dénonce une situation qui ne peut plus durer. Il diffuse depuis vendredi un tract «Etat d’urgence ! ZSP du XVIIIème»  pour dénoncer la situation. «Ce sont des voyous qui tiennent le quartier». Le Parisien décrit des scènes étonnantes en plein Paris, où des «supermarchés à ciel ouvert» se tiennent dans ces quartiers. On peut y acheter drogues, mais aussi «vélos fraîchement volés»  ou encore des «vêtements de marque neuf à même le sol»… Le quotidien révèle aussi le contenu des procès-verbaux des derniers jours. Le constat est sans appel : «ils attestant de ce trafic et de la montée en violence du quartier». La fin de l’article, là encore, se passe de commentaires. Un fonctionnaire de police témoigne que «jeudi dernier, certains policiers ont reçu la consigne de laisser tomber les contrôles des marchés à la sauvette».

Voir par ailleurs:

L’allusion de Manuel Valls à «l’apartheid social» irrite la droite
Tristan Quinault Maupoil
Le Figaro

20/01/2015

LE SCAN POLITIQUE – «Grigny ou Aulnay ne sont pas Soweto», répond le député UMP Pierre Lellouche. Florian Philippot (FN) parle d’une «insulte à la France».

Les vœux de Manuel Valls adressés mardi à la presse ne sont pas passés inaperçus. Une nouvelle fois, le premier ministre a trouvé la formule choc pour commenter les attentats qui ont frappé la France. Fustigeant «les tensions qui couvent depuis trop longtemps et dont on parle peu», le premier ministre a dénoncé «un apartheid territorial, social, ethnique, qui s’est imposé à notre pays».

Une déclaration qui n’a pas échappé au député UMP Pierre Lellouche. «Grigny ou Aulnay ne sont pas Soweto! (un township sud-africain, ndlr) Et Kouachi n’est pas Mandela! À moins que Manuel Valls ne se prenne pour de Klerk (du nom de l’ex-président sud-Africain qui a mis fin à l’apartheid, ndlr)», a réagi l’ex-ministre sur Twitter. Une indignation partagée par le député UDI François Sauvadet: «Les mots ont un sens. Lutter contre les ghettos, oui. Confondre notre État de droit avec ce qui se passait en Afrique du Sud, non.».

Le vice-président du Front national, Florian Philippot, s’est lui aussi ému de l’utilisation de cette comparaison. Dans un communiqué, le député européen dénonce des «propos aussi irresponsables qu’insultants pour notre pays». «Ses propos ne feront que jeter de l’huile sur le feu, en avivant le ressentiment et la haine entre des groupes de Français incités à se penser en communautés», écrit encore ce proche de Marine Le Pen.

«Le premier ministre pose des mots sur des réalités»
Manuel Valls doit se tourner vers son propre parti pour voir sa déclaration saluée. «Je trouve que c’est très bien que le premier ministre pose des mots sur des réalités, il y a des cités qui sont des ghettos, où on met les plus pauvres, les gens des mêmes origines et ensuite on demande à ces gens de se comporter comme tout un chacun», a déclaré le député PS Patrick Mennucci sur France 3.

Enfin, les communistes prennent l’hôte de Matignon au mot en le priant de rectifier sa politique. «Agissez pour l’égalité et la fraternité en mettant un coup d’arrêt à des politiques injustes, inefficaces dont se nourrissent les monstres», écrit Olivier Dartigolles, le porte-parole du PCF dans un communiqué.

Voir de plus:

L’« apartheid » en France ? Pourquoi les mots de Manuel Valls marquent une rupture
Luc Bronner

Le Monde

20.01.2015

Manuel Valls avait déjà parlé de « ghetto » et de « ségrégation », voire d’« apartheid ». C’était en 2005, et il n’était alors que maire d’Evry (50 000 habitants) et socialiste en rupture idéologique avec son parti sur les enjeux d’intégration et de sécurité. Dix ans plus tard, à l’occasion de ses vœux à la presse, mardi 20 janvier, c’est le premier ministre qui parle. Avec des mots inédits pour qualifier la situation des quartiers sensibles en France, une semaine après les attaques terroristes qui ont fait 17 morts. Pour décrire la gravité de la situation des quartiers français, Manuel Valls parle publiquement de « ghettos » et d’« apartheid territorial, social, ethnique » – chaque mot compte, et le dernier plus que les autres dans un pays où la question ethnique demeure un tabou politique et intellectuel.

L’ancien ministre de l’intérieur a précisé sa pensée, tissant un lien avec les émeutes qui avaient secoué la France pendant trois semaines en 2005 avec plus de 10 000 voitures brûlées, l’incendie de dizaines de bâtiments publics et des centaines de policiers blessés. « Ces derniers jours ont souligné beaucoup des maux qui rongent notre pays ou des défis que nous avons à relever. A cela, il faut ajouter toutes les fractures, les tensions qui couvent depuis trop longtemps et dont on parle uniquement par intermittence », a-t-il expliqué.

« Les émeutes de 2005, qui aujourd’hui s’en rappelle ? Et pourtant les stigmates sont toujours présents », a souligné Manuel Valls, fortement marqué, à l’époque, par le niveau de violence atteint dans les quartiers d’Ile-de-France, y compris dans sa ville d’Evry. Les émeutes avaient alors contraint le gouvernement à mettre en place l’« état d’urgence », une disposition législative exceptionnelle instaurée en 1955 et utilisée une seule fois, avant les émeutes, pendant la guerre d’Algérie.

Frontières invisibles
Le terme de ghetto n’est pas tout à fait neuf, repris notamment par les élus de terrain, dont faisait partie Manuel Valls à l’époque, mais il est resté rare dans la bouche des responsables de l’exécutif français. A l’exception de Nicolas Sarkozy qui, en tant que ministre de l’intérieur, puis de président de la République, l’a utilisé à plusieurs reprises entre 2007 et 2012. Mais l’argument de Nicolas Sarkozy était d’abord policier : le « ghetto » était associé à la notion de « zones de non droit » et donc d’abord à la délinquance.

De son côté, la recherche française, et avec elle le monde intellectuel, ont longtemps critiqué l’usage de cette notion, au motif notamment que ce terme induisait une comparaison avec la situation des Etats-Unis, marqués par un niveau de ségrégation ethnique nettement plus élevé. La sociologie française avait toutefois été bousculée par la publication, en 2008, de Ghetto urbain, écrit par Didier Lapeyronnie (Robert Laffont), qui montrait comment les quartiers se constituaient en véritables « contre-sociétés » et comment s’érigeaient des frontières invisibles au sein des villes françaises.

Le terme d’« apartheid », en revanche, marque une rupture sémantique, et donc politique. Car si l’ancien maire de banlieue pouvait formuler ce type de constat dans une logique de dénonciation, des mots similaires dans la bouche d’un premier ministre prennent un sens différent. D’abord parce que s’il existe une forme d’« apartheid » en France, cela témoigne d’un échec majeur de trente ans de politique de la ville – ce que la gauche, plus que la droite, a toujours eu du mal à reconnaître.

Ensuite, et surtout, parce que si le premier ministre estime que les quartiers sont victimes d’« apartheid », cela signifie que, pour le prendre au mot, les logiques de ségrégation ne sont pas uniquement subies mais qu’elles sont, au moins en partie, construites par les politiques publiques, notamment dans les domaines du logement, de l’éducation et de l’emploi. Ou, dit autrement, que l’« apartheid », qui signifie littéralement « séparation », est le résultat d’une politique volontaire, ou du cumul de différentes politiques – et donc pas uniquement l’effet d’une crise sociale prolongée.

Voir encore:

« Les zones de non-droit » dans la République française, mythe ou réalité ?
Vincent Trémolet de Villers

Diplôme Universitaire de 3ème Cycle
Menaces criminelles contemporaines

Université Paris II Sous la direction de Xavier Raufer et François Haut

Années 2001/2002

Département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines – © DRMCC 2002

Introduction

Le 13 juillet 2001, à la cité du Galion à Aulnay-sous-bois (93) : L’électricité vient d’être sabotée. Le quartier entier- 23 000 personnes- est dans le noir. Une voiture défonce le portail de la Protection maternelle et infantile. Peu après le bâtiment prend feu, en même temps que plusieurs voitures. Les pompiers alertés sont pris en embuscade en arrivant sur les lieux, leur camionnette est percutée par une pelleteuse, tandis que les soldats du feu sont attaqués à la barre de fer. Nuit du 17 au 18 septembre 2001 à Amiens(80), dans le quartier du pigeonnier. C’est l’émeute : un véhicule et des poubelles sont en feu, des policiers sont blessés par des jets de pierre, on entend des détonations.

Le 12 janvier 2002, à Bron (69) au quartier de la Caravelle. Trois policiers s’approchent d’un attroupement de vingt jeunes visiblement énervés,  et entament une conversation avec eux. Peu après, une bouche d’égout est lancée sur la voiture des fonctionnaires, qui sont sérieusement blessés et doivent être hospitalisés. Quelques minutes plus tard à Vénissieux(69), tandis que des « jeunes »1 brûlent poubelles et voitures la police se rend sur les lieux. Prise dans un guet-apens la voiture est bloquée. Les forces de l’ordre doivent affronter les insultes et les jets de projectiles.
Le 13 janvier 2002, quartiers nord de Marseille. Quatre contrôleurs de la Régie des Transports Marseillais (RTM) roulent dans une voiture banalisée. Un homme à moto longe le véhicule et vise le pare brise avec un pistolet à balles réelles. Les conducteurs perdent le contrôle de la voiture, qui s’encastre dans un pylône.  Les quatre hommes sont sérieusement blessés. Quartier Fragonard, au Val Fourré à Mantes La Jolie (78) le 6 février 2002. Il est treize heures. Deux bandes, l’une à prédominance maghrébine, l’autre africaine se retrouvent pour s’affronter armées de battes de base-ball, de manches de pioche, de haches et d’armes à feu.
1 Dans ce Mémoire, l’expression jeune entre guillemets ne signifie  pas toute la jeunesse de la société française, ni même la distinction d’un groupe par l’âge de ses membres. Elle n’est qu’un concession à un usage qui par euphémisme a  fait du mot jeune un synonyme de délinquant, malfaiteur, casseur, voire criminel juvénile.
La police qui tente d’intervenir est la cible de jets de pierre, un auxiliaire est blessé à l’œil.

Le 17 mai à la cité des Aubiers dans la banlieue de Bordeaux. Apprenant que deux vitrines viennent d’être brisées et une voiture incendiée, la police  se rend sur les lieux. Arrivée sur place la patrouille est la cible de jets de pierre, de barrières métalliques et de cocktails Molotov de la part d’une quinzaine d’individus cagoulés postés sur une terrasse.

Toulouse, Paris, Lille, Strasbourg : en ces premières années du XXIe siècle,  les violences urbaines semblent s’étendre à tout le pays. Tandis que se multiplient les quartiers où la police et la gendarmerie ne peuvent plus faire respecter l’ordre républicain et même apparaître sans risquer l’affrontement, les projectiles,  voire le coup de feu mortel. « La violence ne cesse de croître depuis une dizaine d’années dans les cités, affirment Sophie Body-Gendrot et Nicole Le Guennec. Les chiffres fournis par les renseignements généraux font état de 684 quartiers qui connaissent au moins des phénomènes d’incivilité au quotidien; 197 d’entre eux voient la police et les institutions locales, comme l’école, aux prises avec une hostilité orchestrée; et 18 sont installés de manière quasi banalisée dans des comportements d’attaques préméditées des forces de l’ordre, avec guet-apens, jets de pavés, de boules de pétanque, de cocktails Molotov, sans compter les pare-choquages et les tirs d’armes à feu. » 1

Ces « zones de non-droit », (selon l’expression usuellement employée) qui parsèment l’hexagone, étaient, il y a quelques années encore considérées comme un fantasme. Elles sont aujourd’hui la représentation la plus inquiétante et la plus spectaculaire de la montée incessante de l’insécurité en France.

Elles seraient aujourd’hui pour nombre d’analystes, de politiques et de haut- fonctionnaires de police les fiefs de la délinquance et parfois même du crime organisé.
1 rapport sur les violences urbaines remis à Jean Pierre Chevènement alors ministre de l’intérieur en avril 2000
Le fait que la police ne s’y rende même plus y développerait un sentiment d’impunité tel que la seule loi serait celle de « la jungle ». Par crainte de représailles, ceux qui y vivent et subissent chaque jour des menaces, des incivilités voire des violences n’oseraient pas porter plainte. L’évaluation statistique de l’insécurité se révèlerait de ce fait particulièrement difficile dans ces quartiers. Un tel climat permettrait aux malfaiteurs de développer leur « business » dans des enclaves à l’abri des surveillances et parfois même à l’abri des plaintes.

« Non-droit »? L’expression exige de toute façon des guillemets, la police pouvant théoriquement continuer ( même si c’est de plus en plus rare et de plus en plus difficile) de s’y rendre.  La formule  est cependant dans toutes les bouches. C’est Guy Pettenati, maire PCF de Chevilly-Larue, qui reconnaissait en novembre 2000 : « Certains quartiers de notre ville sont devenus des zones de non-droit ».1 C’est Malekh Boutih, président de SOS Racisme, qui emploie régulièrement la formule  « zone de non-droit » et multiplie les déclarations alarmantes pour que nos autorités morales réalisent l’existence de ces enclaves. Au début du mois de juin 2002, il déclarait: «  les barbares des cités, il n’y a plus à tergiverser, il faut leur rentrer dedans, taper fort, les vaincre, reprendre le contrôle des territoires qui leur ont été abandonnés par des élus en mal de tranquillité. Et vite ! » 2

C’est Roger Gérard Schwarzentberg, alors ministre de la recherche et président du PRG (Parti Radical de Gauche) qui dans une tribune sonnait l’alerte : « Les quartiers en difficultés ne peuvent devenir des zones de non-droit, inaccessibles aux policiers ».3 C’est Dominique Perben, député UDF (devenu Garde des Sceaux du gouvernement Raffarin), qui tonnait le 29 janvier 2002, au lendemain de la publication des chiffres annuels de la délinquance par le ministère de l’intérieur: « Il faudra renouer avec l’ordre en intervenant énergiquement dans les zones de non-droit où l’impunité a pris le pas sur le respect des lois. »1
C’est Michel Charzat, maire socialiste du XXe arrondissement qui ne cache pas son inquiétude : « Economie souterraine, trafics divers, cela se voit à l’œil nu. Avant, à Belleville, on reconnaissait les truands à leurs grosses voitures américaines. Elles  étaient voyantes mais ne valaient pas plus de quelques milliers de francs. Maintenant, on voit tourner les Mercedes des trafiquants, des voitures à 200 000 francs que je ne pourrais jamais me payer. Il y a des familles, et je pense à l’une d’entre elles en particulier, dans le quartier Saint Blaise, qui arrivent à faire vivre 25 personnes. Depuis deux ou trois ans, on a l’impression que les digues ont cédées. »2 C’est enfin Nicolas Sarkozy qui, à peine arrivé Place Beauvau prenait pour premier objectif la restauration de l’ordre républicain dans les « zones de non-droit », en créant des unités spéciales (groupes d’interventions régionales)3 ayant pour but de restaurer l’ordre dans ces quartiers.

Ce sont ces quartiers et ces cités, l’ordre qui y règne, que nous avons choisi de décrire pour mieux saisir leur rôle dans l’explosion de l’insécurité en France. Ni la Corse, qui présente pourtant par endroits les symptômes d’une « zone de non-droit », ni Chinatown ( XIIIe arrondissement de Paris),  où règne un ordre souterrain, ne seront évoquées dans les pages qui suivent tant ces deux territoires présentent des caractéristiques spécifiques et complexes qui justifient un travail à lui seul.

1 AFP 2 AFP 3 Groupes formés par la fusion de plusieurs services et comportant des policiers de tous horizons. Des agents des Renseignements Généraux, des gendarmes, des hommes des douanes et des agents du fisc. Chaque région possède son groupe, de même que 26 départements de la capitale ou de la banlieue parisienne, soit 28 unités au total.

1 Le Figaro, 6 novembre 2000 2 Cité dans Le Monde du 13 juin 2002, « Malek Boutih, le « Désillusionniste » 3Le Figaro, 29 novembre 2001

Chapitre I Des cités en sécession ?

A ) Qu’est-ce qu’une « zone de non-droit »?

 1°) Symptômes.

A la question « comment on devient une zone de  non-droit ? », policiers et experts répondent à l’unisson, que l’évolution d’un quartier vers l’illégalité est très progressive. Que la scène d’émeute ou les affrontements avec la police, qui font basculer un territoire dans la « sécession », ne sont que l’illustration la plus spectaculaire d’un climat d’impunité qui s’est généralisé depuis longtemps. Les causes profondes qui  entraînent les jeunes dans la délinquance puis le crime, comme la précarité sociale, l’intégration ratée, le culte de l’argent facile et l’urbanisme inhumain, ne sont pas abordées ici. Ces facteurs multiples touchent à des domaines à la fois économiques, sociologiques et sont parfois la conséquence d’un choix de civilisation. Ce débat s’adresse plus à la philosophie politique qu’à l’analyse des menaces criminelles. Nous nous en tiendrons donc aux réalités tangibles, laissant à ceux dont c’est la compétence l’analyse de ces facteurs.

Lors d’une intervention à Anvers, en avril 1998, M. Gilles Leclair chef de l’OCRTIS expliquait, dans le cadre du trafic et de la consommation de drogues par quelles étapes un quartier peu subir progressivement la loi du trafic. Il distinguait six profils de quartiers, précisant que « d’année en année, l’on constate un glissement vers les situations les plus graves ».1
1er profil : consommation et vente visible du cannabis 2ème profil : petit deal par les usagers. Des consommateurs locaux fournissent quelques résidents.
1 24ème réunion européenne des chefs de services nationaux spécialisés dans la lutte contre les drogues. Anvers, Avril 1998
3ème profil : développement du trafic. Il s’organise et se structure (guetteurs). Une clientèle vient sur place s’approvisionner. Des signes de réussite apparaissent.  4ème profil : visibilité du trafic d’héroïne, la consommation d’héroïne devient une réalité  quotidienne, visible et inquiétante pour les parents. La délinquance liée aux besoins d’acheter la dose quotidienne apparaît, le sentiment d’insécurité augmente. 5ème profil : mise en place d’une économie parallèle : le trafic se concentre sur quelques mains.  Des familles dénuées de ressources officielles commencent à manifester des signes extérieures d’aisance. Des caïds imposent leur autorité et assurent parfois la paix sociale (paiement de loyers, fin de provocation…). On est en présence de « supermarchés de la drogue » achalandés en plusieurs produits.  6ème profil : apparition de violences spécifiques liées au trafic de drogue : rixes entre bandes pour le contrôle de la distribution, représailles collectives, règlements de compte entre dealer et consommateur.
Si cette échelle concerne spécifiquement la vente et la consommation, elle montre bien comment la situation se dégrade quand le trafic s’y implante de manière régulière.  Elle se confond presque avec le système d’évaluation institué par Lucienne Bui-Trong qui a défini, pour mieux saisir l’importance de la délinquance dans les quartiers, une échelle de 1 à 8 qui permet de mieux prévoir les explosions et émeutes éventuelles. Elle attribue donc une note à chaque quartier pour mieux le jauger. On verra que des effets de cliquets entraînent quasi systématiquement les quartiers vers le degré 4, celui où les représentants de l’ordre républicain commencent à être la cible de jets de pierre.1 1er degré : Vandalisme et délinquance en bande Ce premier degré comprend les dégradations volontaires, les intimidations devant les caissières, les vols devant les commerçants. Ces actes sont commis par des groupes d’individus liés par l’échec scolaire ou familial. Ils peuvent aller jusqu’au vol de voiture donnant ensuite lieu à un rodéo puis à la mise à feu de la voiture. Ce degré comprend aussi les bagarres et règlements de comptes entre bandes rivales.  2ème degré : attaques furtives, verbales ou gestuelles contre l’autorité.  Ici les commerçants, les adultes du voisinages, les chauffeurs de bus, les facteurs, les  pompiers, les enseignants et les policiers deviennent les cibles d’injures verbales et gestuelles, de crachats. L’école, les voitures des enseignants, les commissariats peuvent être attaqués.

3ème degré : agressions physiques contre les représentants de l’autorité ( militaires, pompiers, professeurs, chauffeurs de bus….) 4ème degré : attroupements et caillassage à l’encontre de la police.  On passe ici « un palier » précise Lucienne Bui-Trong puisque des jeunes se regroupent pour affronter l’autorité policière. « La chasse aux dealers » tient de ce degré puisque la population se substitue à la police pour se faire justice elle-même. 5ème degré : agression physique contre les policiers. Des dizaines d’individus envahissent le commissariat à main nue. On voit apparaître des zones de repli pour les malfaiteurs et de deal à ciel ouvert.  6ème degré : aggravation des agressions physiques et « jeux » meurtriers.  Des policiers sont blessés délibérément : le commissariat est attaqué, alors que le personnel y est présent, par jets de pierres et de cocktails Molotov. Les attaques prennent des allures de guérillas urbaines. Les jeunes organisent des guet-apens et des manœuvres concertées pour s’attaquer à la police. 7ème degré : la mini-émeute Escalade rapide et spectaculaire de la violence (saccage systématique de vitrines et de  voitures, incendies, jets de cocktails Molotov en grand nombre), mais brève et sans lendemain. L’arrivée des renforts policiers suffira à y mettre fin.  8ème degré : l’émeute On voit se rallier de nombreuses autres personnes, habituellement non impliquées dans la délinquance, qui peuvent se livrer au pillage des magasins. Ce degré implique souvent durée et répétition et imprime des marques profondes dans le quartier : deux ou trois nuits consécutives, les mêmes incidents se renouvellent, présentant dès lors un caractère concerté et organisé, ressemblant à la guérilla urbaine.
A comparer ces deux échelles on s’aperçoit que la violence vis à vis des populations et de la police augmente proportionnellement à l’intensité du trafic.

Le premier symptôme d’un quartier à la dérive, c’est donc bien la mise en place d’un commerce de cannabis, puis plus tard de drogue comme l’héroïne . Ce trafic instaure une économie parallèle très lucrative qui développe un sentiment de supériorité chez ceux qui s’enrichissent dans cette activité criminelle. Ceux-ci posent en intouchables en intimidant les habitants du quartier susceptibles de remettre en cause leur « business ». Les dealers concurrents subissent le même sort. Toute forme d’autorité et la police en particulier devient insupportable aux caïds qui tiennent leur quartier. La police peut bien évidemment intervenir épisodiquement dans ces zones avec un effectif étoffé, mais comme le rapporte ce gardien de la paix de Montfermeil :
« S’il y a une intervention aux Bosquets, surtout le soir, à deux, on ne peut pas la faire. On évite les Bosquets quand on est que deux. C’est une humiliation, une frustration, ils le savent ils en abusent. On se laisse insulter par un petit garçon de six ou sept ans. »1

B) Présentations les plus fréquentes

En 1993, Lucienne Bui-Trong, ancienne élève de l’Ecole normale supérieure (philosophie), alors commissaire de police et chef de la section « Villes et banlieues » au Service central des renseignements généraux, n’employait pas encore le terme de zone de « non-droit » mais celui de quartiers « hyper sensibles ». Elle en donnait la définition suivante:« Une trentaine de quartiers, écrivait-elle, dont la moitié se trouve située en région parisienne, peuvent être catalogués comme « hyper sensibles », ou particulièrement à risques, c’est à dire susceptibles de connaître des incidents sérieux, parce qu’ils sont le siège d’une violence au quotidien de niveau égal au moins à quatre (« attroupement et caillassage à l’encontre de la police »), et/ou parce qu’ils ont déjà eu des épisodes de violence paroxystique. La plupart de ces quartiers sont devenus des hypermarchés de la drogue ( haschisch, mais aussi héroïne), dans lesquelles viennent s’approvisionner des toxicomanes des environs( notamment des centre-villes), et desquels se font chasser les vendeurs(…) qui prétendent venir y « casser les prix »1. On pouvait déjà dégager deux caractéristiques de ces territoires : l’agression des forces de l’ordre et la mise en place de règles propres au quartier (notamment pour le trafic).
On retrouvait ces deux éléments dans les propos d’un commissaire des renseignements généraux du Val d’Oise qui, dans un numéro du Parisien consacré aux « Cités Interdites » du département, expliquait que dans ces quartiers « résidait une économie basée sur le commerce de la drogue et le recel. Le patriotisme de cité joue ici à plein. L’étranger devient systématiquement suspect. Que dire des porteurs d’uniforme qui, susceptibles d’enrayer la belle mécanique de la cité , doivent à tout prix en être expulsés. » 2 Jean Marsaudon, maire RPR de Savigny-sur-Orge, faisait le même constat :
« les cités où les bandes règnent en maîtres (…) ne sont pas des zones de non droit, puisque des lois s’appliquent, mais ce ne sont plus les lois de la République ». 3 Des caractéristiques que l’on retrouve dans la définition que donne Olivier Foll, inspecteur général honoraire de la police nationale, ancien directeur de la police judiciaire parisienne. Le contexte urbain, écrit-il : « nourrit les violences et les couve dans des nids que l’on a pris l’habitude d’appeler « quartiers » ou « cités ». L’Etat n’ose y intervenir de peur de les embraser, créant ainsi des zones de non-droit. Ces véritables places fortes de la délinquance sont devenues au fil des années les nouvelles écoles du crime. La violence y est de mise, voire la règle » 4
Le journaliste Jean Marc Leclerc, spécialiste des questions de sécurité, parle, lui, de « cités érigées en zones de non-droit, où des caïds règnent sur de véritables petites armées ». 5 Pour le sociologue Pierre Rimbert, « les zones de non-droit » font, en revanche, partie « des figures imposées du discours sur l’insécurité ». Ce n’est qu’un concept né « de tableaux apocalyptiques qui supplantent toute connaissance réelle de ces quartiers ».1 L’universitaire Laurent Bonelli voit lui dans l’appellation « zones de non-droit »  et dans sa description une résurgence, une « réactivation », de l’ « idéologie de la fin du XIXe siècle : classes populaires, classes dangereuses »2. Pour le sociologue Laurent Muchielli, chercheur au CNRS, ce concept de « non- droit » ne serait qu’un fantasme et  une preuve de plus de la « très grande facilité avec laquelle les propos les plus catastrophiques parviennent à s’imposer »3 en matière de sécurité.

Malgré les réserves qu’elle peut inspirer, cette notion de « zone de non-droit » apparaît cependant dans  la version réactualisée du  Que sais-je? consacré aux Violences Urbaines. On y trouve cette définition : « Par  » non-droit , nous entendons les quartiers ou cités dans lesquels des groupes organisés ont imposé, par l’intimidation ou la force, un ordre parallèle ou concurrent de l’ordre républicain. Bien avant la police, qui éprouve en effet des difficultés à simplement circuler dans ces quartiers, les premières victimes de cette domination en sont les propres habitants eux-mêmes. »4

Le syndicat des commissaires et fonctionnaires de la police nationale, dans une étude parue en 1995, parle de « cités interdites ». « Elles seraient au nombre de cent trente deux, compterait 1, 5 millions d’habitants et se caractériserait par une économie souterraine financée pour l’essentiel par le narco-trafic, et se manifestant par la présence de marchés aux voleurs dans certaines parties communes des cités (cave, halls, parking) alimentés par des biens dérobés ou obtenus de façon frauduleuse et par des bandes organisées liées aux dealers attaquant systématiquement dans une phase de conquête, les représentants de l’autorité lorsque ceux- ci pénètrent dans leur territoire. »1

L’expression « zone de non-droit », même dans les cas où elle traduit une réalité, exige d’être accompagnée de guillemets pour deux raisons essentielles.  La première est que, si la police n’est pas présente dans ces zones, et si elle doit craindre les agressions quand elle s’y rend, aucune de ces parcelles de territoires n’a décidé de l’empêcher coûte que coûte d’y restaurer l’ordre de manière permanente et officielle. La seconde est que, dans le cas où le droit républicain n’y serait pas respecté, il est inexact de parler de non-droit. Ces territoires obéissent à une loi, certes plus près de la loi du plus fort que de celle de la République. Il y règne une ordre ou plutôt « un désordre établi ». Les populations vivant  dans ces quartiers subissent sans l’avoir choisi un certain nombre de ces  règles parallèles. On pourra donc préférer à cette expression usuelle celle de « quartiers en sécession », de « zones à hauts risques » ou encore de «  zones hors-contrôle ». Comme nous l’avons précisé plus haut nous avons choisi d’employer cette formule « non-droit » parce qu’elle est celle que  l’on retrouve dans les propos- pour l’approuver ou la réprouver- des syndicats de policiers en passant pas les autorités civiles, les associations, les experts, les hommes politiques, les journalistes.

B°) Naissance des « quartiers à risque » 1°) Une chronologie de la violence urbaine
Dans son ouvrage 36, Quai Des Orfèvres2, le commissaire Roger Le Taillanter, grande figure de la police d’après-guerre consacrait le début de son ouvrage aux difficultés majeures que la police parisienne a dû affronter depuis la création du Quai des Orfèvres au XVIIe siècle. Ce récit permet aussi de découvrir les « zones de non-droit » célèbres de l’histoire de France depuis quatre siècles. La plus renommée, la
1 L’Economie informelle, De la faillite de l’Etat à l’explosion des trafics, Jean- Paul Gourévitch, Le Pré au Clercs, 2002. p. 136 2 Grancher, Mai 2001
Cour des miracles qui se trouvait en plein Paris n’avait rien à envier aux « quartiers les plus chauds » du début du XXIe siècle. Ainsi au XVIIe siècle, il y avait à Paris des rues entières où régnaient les truands, véritables caïds avant l’heure, qui s’étaient organisés pour que la police n’entre pas sur leur territoire. Boileau écrivait alors : « Le bois le plus funeste et le moins fréquenté est, au prix de Paris, un lieux de sûreté ».
Quand en 1665, Gabriel Nicolas de la Reynie est nommé premier lieutenant de police  de l’histoire de France une « zone de non-droit » concentre en plein Paris les malfrats qui terrorisent les habitants de la capitale, dès la nuit tombée. « Installé sur l’emplacement actuel du passage Sainte Foy, écrit Le Taillanter, du passage du Caire et du passage de la rue du Nil, elle constitue un véritable petit royaume hiérarchisé. Académie du crime, école de tous les vols, tanière des bandits les plus incorrigibles et de plusieurs milliers de mendiants, de prostituées et de faux infirmes, la Cour des miracles était jusque-là interdite à la Police ».1 La Reynie, accompagné de dizaines d’hommes, fera trois brèches dans la muraille. Il proposera aux habitants de la Cour des miracles de s’échapper par ces issues, en précisant que les douze derniers trouvés sur place seront pendus. En quelques minutes la police récupèrera cette parcelle de territoire. Deux siècles plus tard, si la Cour des miracles a disparu Le Taillanter décrit le Paris de 1808 comme une ville où les quartiers en « sécession » persistent : « La population délinquante s’est, elle aussi, considérablement accrue dans ce grouillement urbain où foisonnent les bouges, les tripots, les venelles toujours obscures propices à tous les traquenards ». 2
Dans son ouvrage Classes laborieuses, classes dangereuses, Louis Chevallier dresse lui aussi un tableau particulièrement sombre du Paris du début du XIXe siècle : « Criminel ce Paris de la première moitié du XIXe siècle l’est d’abord par l’accroissement du nombre de faits criminels qu’enregistrent les statistiques, mais qu’évoquent bien plus nettement encore d’autres documents (…) Criminel aussi par la marque du crime sur l’ensemble du paysage urbain. Pas de lieux qu’alors il ne hante : les barrières où les bandits de grands chemins prolongent (…) les quartiers du centre  eux- même, où la croissance complexe et désordonnée de la capitale, enchevêtrant ruelles, passages, cul de sac, a juxtaposé, en en un paysage que nous avons du mal à lire, les zones d’ombres et de lumières, les rues ensoleillées et les cloaques (…). »

S’en suit une litanie des quartiers les plus dangereux : « Pour risquer sa vie (…) point n’est besoin de hanter les environs de la place Maubert et de la Cité, ou de pousser jusqu’aux sinistres boulevards qui bordent le faubourg Saint- Jacques et le faubourg Saint- Marcel ».1

Cette nouvelle criminalité urbaine apparaît vite dans les romans de Balzac à travers la population des faubourgs, mais surtout dans Les Misérables de Victor Hugo puis dans Les Mystères de Paris d’Eugène Sue. On y voit une population nomade où se côtoient le meilleur et le pire, vivant de ce que l’on commence à appeler les bas- fonds et semant la terreur à la nuit tombée. Jules Janin décrit, avec dramaturgie,  ces nouvelles inquiétudes qui apparaissent quand on approchent des ces « quartiers relégués » avant la lettre : « Ces pas que vous entendez retentir tout bas, sur ce pavé fangeux, c’est la patrouille grise qui commence sa chasse acharnée…Dans ces recoins affreux que Paris dissimule derrière ses palais et ses musées…habite une population grouillante et suintante à laquelle on ne peut rien comparer (…) On parle une langue faite au bagne ; on ne s’y entretient que de larcins, de meurtres, de prisons, d’échafauds. Vil monde, bohème, affreux monde, purulente verrue sur la face de cette grande ville. » 2

Dans les années 1930 enfin, avec à Marseille l’apparition du milieu, la Police apprend à vivre avec des groupes d’individus qui s’approprient des quartiers entiers.

« La redoutable fratrie Corse des Guérini va jeter l’ancre dans le Vieux Port. Sa réussite, après qu’elle ait « déboisé » la concurrence, selon le mot réaliste et cruel de l’un des frères, va attirer vers le continent et bientôt vers les lumières de la capitale et ses profits faciles, des hommes, des clans, des bandes, qui vont progressivement  s’emparer, par la persuasion et le revolver, des domaines où coule l’argent. La possession du monde de la nuit, des boîtes, la maîtrise de la prostitution, du racket, du jeu, puis du trafic de la drogue, vont devenir les enjeux d’un conflit sanglant ».1 Certaines rues de Paris, comme la rue de la Goutte d’or, célèbre dans les années 1960, pour les crimes qui pouvaient s’y dérouler « en plein jour » sont traditionnellement des zones à haut risque. Reste que ces parcelles de territoires étaient très isolées et ne se multipliaient pas de manière inquiétante, comme on peut le constater depuis le début  des années 1980.

2°) Caractéristiques de ces quartiers.

Dans une note des SCRG,  datant de 1993, on trouve en annexe une chronologie des quartiers qui ont subi des violences de degré 7 (mini-émeute) et 8 (émeute) depuis  1983. Si ces violences existaient dans les années 1980- notamment celles de l’été 1981 aux Minguettes dans la banlieue de Lyon où durant plusieurs jours « jeunes » et force de l’ordre s’étaient affronté- elles étaient néanmoins très exceptionnelles.  Elles se sont généralisées de manières inquiétantes à partir de 1990. Le 13 juillet 1983 à la Courneuve dans la cité des 4000 : après la mort du petit Toufik Ouanes, 9 ans, tué d’un coup de carabine pendant qu’il faisait éclater des pétards une émeute éclate.  Un incendie prend dans la librairie, des vitrines sont brisées, des voitures de police sont attaquées.

En 1989, le 13 juillet à Cluses en Haute- Savoie, après la mort de Yousef Brakia, tué d’un coup couteau lors d’une rixe opposant un clan de Maghrébins à un clan de Calabrais, la gendarmerie de Cluses est attaquée et le centre-ville saccagé.    Dans la seule année 1990, on compte plus d’émeutes que pendant toute la décennie précédente. Les 6, 7 et 8 octobre 1990 à Vaulx-en-Velin, dans la banlieue Lyonnaise, le décès accidentel de Thomas Claudio, passager d’une moto, au cours d’une tentative d’interception par la police, déclenche une réaction de plusieurs dizaines de jeunes de la cité du Mas du Taureau et des cités environnantes (commerces brûlés, pillages de magasins, affrontements avec les policiers).  Le 18 novembre 1990 à Argenteuil (Val d’Oise) : une bande d’une cité voisine ne s’étant pas présentée pour une bagarre annoncée alors que les médias et la police étaient présents, une centaine de jeunes du Val d’Argent jettent des cocktails Molotov et saccagent un centre commercial. Dans l’année 1991, on compte douze émeutes du même acabit. A Sartrouville le 26 mars 1991, après que le vigile d’une cafétéria ait abattu Djamel Chettouh, un « jeune » de la cité des Indes, des petits groupes affrontent les forces de police. Aux Ulis le 8 mai 1991, une trentaine de casseurs prennent en embuscade une dizaine de vigiles du Centre Commercial Régional situé près de leur quartier. Trois vigiles sont blessés par armes à feu.

A Mantes la Jolie, les 25 et 26 mai 1991, suite au refus qui leur est opposé d’entrer dans une patinoire où a lieu une fête privée, plusieurs dizaines de « jeunes » du Val Fourré brûlent des voitures de France Télécoms et saccagent plusieurs magasins d’un centre commercial. Des malfaiteurs plus âgés profitent des circonstances pour dévaliser une bijouterie. Le jeune Aissa Ihich interpellé lors des affrontements avec les forces de l’ordre décède d’une crise d’asthme à l’issue de sa garde à vue. L’intervention personnelle du premier ministre auprès de la famille permet que ce décès ne déclenche pas de nouvelles émeutes.  A Meaux en Seine-et-Marne les 4 et 5 juin 1991, une vingtaine de « jeunes » brisent plusieurs vitrines, incendient une voiture et un bureau de l’office des HLM à la suite de la noyade accidentelle d’un jeune beur qui voulait échapper à une patrouille de police en traversant la Marne. A Garges les gonesse, le 27 juin, 200 « jeunes » du quartier des Doucettes affrontent les forces de l’ordre qui les empêchent de lyncher un riverain qui, excédé par le bruit, leur avait tiré dessus.

A Aulnay-sous-Bois, le 17 juillet, des « jeunes » de la Cité Emmaüs dégradent et incendient des voitures, à coups de cocktails Molotov, quatre nuits durant, parce que ceux de la cité limitrophe de la Rose- des- Vents leur avaient interdit d’assister à leur concert de rap.

A Pont-de-Claix, les 7 et 8 septembre, 200 « jeunes » descendent dans la rue, incendient les voitures et jettent des pierres sur les gendarmes.  Dans le quartier du pigeonnier à Amiens les 11 et 12 novembre, plusieurs dizaines de « jeunes » édifient des barricades, y mettent le feu et s’opposent à la police durant plusieurs heures. A Epinay-sur-Seine le 17 novembre, ceux d’Orgemont, envahissent le centre-ville, brisent les voitures à la batte de base-ball et blessent deux riverains.  Aux Francs Moisins, à Saint-Denis le 28 décembre, après la mort accidentelle d’un jeune motocycliste, la famille brutalise le chirurgien qui a tenté de le sauver.  Le quartier s’enflamme. En 1992 et dans les années qui suivent, les émeutes de quartiers ne vont pas cesser de se multiplier pour devenir dans certaines villes de France, comme à Strasbourg chaque 31 décembre, un phénomène qualifié par certains commentateurs de traditionnel, voire « ludique ».

En 1998, Sophie Body-Gendrot, américaniste et politologue, professeur à la Sorbonne et à Sciences-Po, et spécialiste des violences urbaines citait des statistiques des renseignements généraux qui, trois ans plus tôt, faisaient état de 18 quartiers où la violence atteignait l’échelon 8 (saccages et pillages, agressions de particuliers, affrontements avec les forces de l’ordre, Guérilla, émeute). 1 Dans l’édition 2001 du Que sais-je ? sur les violences urbaines, les auteurs font le même constat : « La France comptait un seul de ces quartiers (« zones de non-droit ») en 1993, en 1999 il y en avait dix neuf. » 2
En 2001 ces violences dans les quartiers sensibles n’ont cessé de prendre de l’ampleur.

A tel point que le 15 octobre 2001, aux lendemains des émeutes de Thonon-les-bains  ( à la suite de la mort accidentelle de quatre « jeunes » qui tentaient d’échapper à un  contrôle de police, des dizaines de leurs amis avaient dévasté le centre-ville et tenté d’investir le commissariat ; voir III, 2 )  le syndicat de police Alliance, l’un des deux principaux syndicats, publiait un communiqué affirmant : « Aujourd’hui, la guérilla urbaine est généralisée à toute la France ». 1 De ces quartiers on peut dégager un certain nombre de points communs. Jean-Paul Gourevitch les résume ainsi : « Ils comportent de 15 à 30% de chômeurs connus, entre 40 et 70% de résidents d’origine étrangère, l’origine étant ici différente de la nationalité, un taux d’échec scolaire massif avec des établissements comptant entre 30% et 80% d’enfants issus de familles non francophones, une consommation de drogue touchant près d’un tiers de la population adolescente, toutes caractéristiques qui s’écartent notablement des moyennes de la France métropolitaine. Ces cités sont caractérisées par l’absence de service public et la présence d’une minorité de jeunes en rébellion- souvent larvée, parfois explosive- considérant leur cité comme un territoire et leur bande comme une patrie. » 2
3°) Géographie des quartiers difficiles En février 1999, un quotidien régional publiait « la carte des cités interdites  en Ile-de-France. » 3  Le journal avait mené une enquête auprès des médecins, des postiers, des pompiers, des policiers, des livreurs de pizzas et des distributeurs de prospectus pour tracer les contours des endroits où, à certains moments de la journée, de nombreuses professions se trouvent interdites de séjour. Au total on trouvait 84 quartiers répartis dans 61 villes sur les 1281 communes que compte l’Ile-de-France. Il y a onze millions d’habitants dans cette région et les 84 cités interdites accueillent environ 350 000 habitants. Selon cette étude, il y a donc 3% des franciliens qui, sur leur lieu de vie, ne bénéficient pas de la protection de la loi républicaine. Sans compter ceux qui, habitant près de ces quartiers, en subissent une partie des violences.

En mars 2002, Olivier Foll, avançait ces chiffres : « Il y a 834 zones de non- droit sur notre territoire. Des quartiers dits  » sensibles ». 834 ghettos dans lesquels la hiérarchie administrative recommande aux forces  de police de ne plus intervenir de manière à ne pas provoquer de remous. » 1

L’état des lieux des quartiers réalisé en mars 1999 par la DCRG faisait état de 174 quartiers où ont eu lieu dans l’année des « violences plus ou moins graves, plus ou moins préméditées, contre la personne des policiers ».2 De même, Lucienne Bui-Trong affirmait : « De 106 points chauds identifiés en 1991, on est passé à 818 quartiers sensibles en 1999 ». 3 Selon Xavier Raufer : « En 1993, la Direction Centrale des Renseignements Généraux annonçait que 485 quartiers étaient « sérieusement touchés par les violences urbaines ». En 1998, c’était 818 quartiers. Fin 2000 (officieusement) des experts du ministère de l’Intérieur disaient le  cap des 1000 franchi. On en était à plus de 1100 en 2001. » 4

En 2000, un hebdomadaire publiait un document croisant les données fournies par la DIV (Délégation Interministérielle de la Ville), les services de police (Renseignements Généraux et Sécurité Publique) et la RATP qui établissait la liste des cents points « les plus chauds » de France. Pour établir ce classement, le journal avait suivi cette caractéristique : « là où à une dérive mafieuse constatée ( trafic de stupéfiants, économie parallèle, criminalité organisée…) s’ajoute une violence systématique contre les forces de l’ordre ». 5
On peut ainsi définir une géographie des zones de non-droit en France. Elles sont d’abord situées dans les parties urbaines du territoire. On les trouve sur deux axes : l’un qui part de Roubaix, passe par Paris et Lyon et va jusqu’à Marseille, l’autre qui est presque parallèle au premier et relie Strasbourg, Grenoble et Nice. A l’ouest du pays, seules la Seine-Maritime, l’Eure et l’Eure-et-Loir sont touchées ; au sud les Pyrénées-Atlantiques. On remarquera que les zones à fort taux de criminalité se confondent ou sont proches de ces zones à hauts risques (voir à ce sujet la carte de l’insécurité en France en 2001, présentée en annexe). D’après le Que sais-je? édition 2001 dont les derniers chiffres disponibles sur ces quartiers remontent à 1999 on en comptait donc dix neuf répartis dans toute la France.  La liste est la suivante : 1

Toulouse (31) : Bagatelle, Le Mirail, La Reynerie, Bellefontaine, Empalot.
Hem (59) : Les Hauts-Champs
Roubaix (59) : Alma-Gare, Epeule
Pau (64) : La Ousse-des-Bois
Mulhouse (68) : ZUP de Bourtzviller, cité Brossolette
Dammarie-le-Lys (77) : La Plaine-du-Lys
Mantes la jolie (78) : Val-Fourré
Amiens(80) : ZUP nord
Corbeil- Essonne (91) : Les Tarterêts
Grigny (91) :La Grande Borne
Antony (92) : Grand Ensemble
Bagneux (92) : Les Blagis, Les Tertres
Montfermeil (93) : Les Bosquets
Fontenay-sous-Bois (94) : La ZUP
Cergy (95) : Saint-Christophe Cette liste ne comprend que les quartiers en état de sécession quasi- permanente, c’est à dire où, à aucun moment de la journée, la police, les pompiers ou même un livreur de pizzas ne peuvent entrer sans risquer de se faire agresser. Sans employer le terme de « zone de non- droit », une note de la DCRG de Mars 1999, elle, dégageait 174 quartiers ayant connu dans l’année « des violences visant la personne des policiers. » En 2002, les chiffres variaient entre 200 pour les plus optimistes et plus de 1000 pour les plus pessimistes.
1 Op. cité. Violences Urbaines p 25

1 op. cité, Cahiers de la sécurité intérieure, août-octobre 1993

1 Conversation avec l’auteur

1 L’insécurité des quartiers sensibles : une échelle d’évaluation. Les cahiers de la sécurité intérieure n° 14, août-octobre 1993. 2 Le Parisien Seine-Saint-Denis, 17 février 1999 3 Le Figaro, 29 juin 1999 4 L’insécurité en France, Flammarion 2002, p 17 5 Conversation avec l’auteur

1 Envahissants experts de la tolérance zéro, Le Monde Diplomatique, Février 2001 2 Des quartiers en dangers « aux quartiers dangereux », Le Monde Diplomatique, Février 2001 3 La France, les Etats- Unis et la violence, Le Monde, 17 juillet 2001 4 Violences et insécurités urbaines, Alain Bauer, Xavier Raufer, PUF 2001, p.26

1 op. cité p. 23 2 Quai des Orfèvres op. cité p.62

1 Classes laborieuses, classes dangereuses, 1978, Hachette, p34- 35. 2 Un hiver à Paris, 1845.

1 op. cité, Quai des Orfèvres, p. 212

1 Les villes face à l’insécurité, Bayard éditions, 1998, p 204 2 op. cité, Violences Urbaines, p 25

1 AFP 2 op. cité, L’Economie informelle, p. 137 3  op. cité Le Parisien Seine-Saint-Denis, 17 février 1999

1 La France au bord de la rupture, Le Figaro, 19 mars 2002  2 Rappel de l’état des lieux annuel des quartiers réalisé en mars 1999. Note de la DCRG du lundi 29 novembre 1999 3 Le Figaro, 1 février 2002

 4 L’explosion criminelle, Valmonde éditions, 2002, p 52 5 L’Express, 11- 18 octobre 2000

Chapitre II Vers une définition des « zones de non-droit »

Du Val Fourré (Mantes la jolie, 78) au Mirail (Toulouse, 33) en passant par les quartiers nord de Marseille (13) on peut établir un certain nombre de caractéristiques communes à ces quartiers. Olivier Foll en a tracé les contours : « certains quartiers sont de véritables ghettos dont nous avons perdu le contrôle suite au lâche abandon de l’Etat. Il ne fait pas bon y être policier, gendarme, pompier, professeur ou même postier. Tout représentant d’une forme d’autorité quelle qu’elle soit s’y voit outragé, violenté, caillassé, ou pire encore. Ce sont des « cités-dortoirs » dans lesquelles les habitants, pour l’immense majorité, vivent dans des conditions très difficiles. Ces gens restent cependant attachés à leur cité, à leur quartier, bien qu’ils n’osent esquisser le moindre geste de protestation par peur de représailles (…)  Nos institutions sont reproduites à l’envers dans ces quartiers : il y a des dirigeants, une hiérarchie qu’il faut respectée, des lois, une justice, une école, une économie, des circonscriptions. Ces zones sont comme des états dans l’Etat. Ces circonscriptions et arrondissements appartiennent à des bandes, l’économie se fonde sur le trafic de stupéfiants, l’école est celle du crime, la justice celle des armes, la loi, celle du plus fort, la hiérarchie, des casseurs, voleurs, racketteurs, dealers et dirigeants, des caïds symbole de réussite et de respect pour toute la communauté. »1
Dans un entretien donné au Parisien Malek Boutih président de SOS Racisme affirmait même : « il y a des gens qui tirent un bénéfice direct de la dégradation des banlieues. Ce sont tous ceux qui organisent le trafic de drogue et qui pensent créer des zones hors de la société. » 2

A) L’économie souterraine des cités

1) La drogue Dans les cités, les enfants apprennent dès l’âge de raison à vivre avec la drogue. Il est courant de fumer son premier joint à dix ans. Trois ou quatre ans plus tard on peut entrer dans l’école du deal. On en connaît en quelques mois tous les aspects et toutes les difficultés. Dans une note de la DCPJ, on trouvait il y a déjà presque dix ans une description du développement d’un plan (lieu de vente) dans les quartiers de Toulouse. Des scènes qui depuis se sont multipliées dans bien des banlieues.  On pouvait y lire «  Dans les quartiers de Bagatelle et de la Farouette, l’activité illicite de ces bandes repose essentiellement sur le trafic de stupéfiants et sur les vols(…) Chaque bande tend donc à se spécialiser. Ainsi, le groupe, dans le secteur chemin de Bagatelle-rue du Lot s’adonne au trafic de stupéfiants (…) Chaque bande s’approprie un territoire précis, une cage d’escalier, un immeuble, un bloc d’immeubles, à l’abri d’un système de surveillance, composé de guetteurs rémunérés (…) Les bandes sont soumises à une mobilité permanente (…) Elles sont également en proie à un processus de structuration et de déstructuration permanent (…) Les rivalités entre bandes vont parfois jusqu’à l’affrontement. Cette mosaïque de trafics s’enracine autour de petits commerces maghrébins ou africains ( pâtisserie orientale, vêtements traditionnels, bibelots ou objets artisanaux…) lieux d’échanges et de rencontres privilégiés pour l’écoulement d’importantes quantités de haschich et d’héroïne » 1.

Cinq ans plus tard, le commissaire Gilles Leclair, dans son rapport sur le trafic de drogue dans les cités sensibles, décrivait avec précision le trafic et ses évolutions. « Un réseau de guetteurs et rabatteurs se met en place. Il s’agit souvent de jeunes adolescents qui traînent aux abords des entrées. Ils peuvent parfois être d’un quartier différent pour éviter que la police ne les reconnaisse. Des armes circulent ou sont dissimulées pour faire face notamment à des incursions de concurrents. Il s’agit surtout d’armes blanches et de battes de base-ball mais les armes à feu sont aussi présentes. L’engouement pour les chiens de type pitbull est toujours considérable dans les cités ou c’est une marque extérieur de puissance(…) La drogue est dissimulée pour échapper à toute saisie. Les lieux de cache peuvent être des véhicules sur les parkings, des caves (…) Les modes de transaction répondent au souci prioritaire de ne pas être vus lors des transactions ni reconnus par des toxicomanes pouvant ensuite renseigner les services de police. Le temps où la vente de doses se déroulait à ciel ouvert est révolu ! Dorénavant, les transactions se déroulent dans les halls d’immeuble ou les sous-sols. Les réseaux les plus organisés sont encore plus prudents : des revendeurs différents se succèdent tout au long de la journée, ils travaillent souvent en cagoule et disposent parfois de véritables comptoirs de vente : il s’agit de trous fait dans les murs de cave qui permettent uniquement l’échange de drogue contre l’argent sans qu’un contact physique ou visuel ait lieu entre vendeur et toxicomane. » 1

Ce trafic, s’il est très lucratif, concerne des populations (dealers et toxicomanes) dangereuses. Il ne peut se faire qu’avec l’assentiment tout au moins passif de la cité.  Il a des conséquences directes sur toute la population : un enfant peut, en étant simple guetteur, gagner des sommes importantes, un adolescent peut en vendant récolter plus d’argent que son père, si bien que beaucoup de parents voyant leur niveau de vie s’élever, grâce au « business », finissent par cautionner leurs trafics.  « Les dealers, explique Olivier Foll, opèrent dans des quartiers connus des consommateurs. Durant la vente des enfants âgés en général de neuf à douze ans, que l’on surnomme des « choufs », assurent le guet. Le stock épuisé, les dealers tenus régulièrement informés des arrivages se fournissent chez des semi-grossistes qui achètent à des grossistes aux Pays- Bas, en France ou en Allemagne. Ces derniers acquièrent eux- mêmes la drogue auprès de négociants qui traitent directement avec le producteur (…) Les dealers opérant sur le terrain gagnent en moyenne 2 300 Euros à 3000 Euros par semaine, soit quatre fois le salaire d’un cadre en un mois ». 2 Les stocks peuvent être particulièrement importants. En 2001, on trouvait au mois de mai, puis au mois de juin, à Nanterre, dans le quartier des Canibouts 40 000 pilules d’ecstasy, puis un mois après 120 kg de pollen de cannabis. On estime que plus de 25 tonnes arrivent chaque mois dans les cités chaudes de la petite couronne. On est face à une « gigantesque toile d’araignée parfaitement élaborée où des bandes organisées se partagent chaque territoire de la banlieue tout en mettant sur pied des filières internationales. « Le plan » (lieu de vente de stupéfiant de Massy), vend 200 doses d’héroïne et de cocaïne par jour, par quart de gramme, à 200F la dose. Une recette quotidienne de 30 000 F en moyenne. Le plan tourne de 10 heures du matin jusqu’au soir, sept jours sur sept, dégageant donc un chiffre d’affaire de 10 millions de francs par an » 1.

Pour la seule Région Rhône-Alpes, le trafic de stupéfiant ( drogue douce et drogue dure) générerait 1, 3 milliards d’euros par an.2 Le trafic est donc à l’origine de la prospérité relative de ces cités ( où l’on peut voir des enfants habillés de vêtements très coûteux, et des jeunes adultes au volant de voitures de luxe). Formés aux subtilités de la justice française, les « jeunes » savent qu’hors du flagrant délit ils ne risquent pas grand chose. « Il ne suffit pas de constater qu’un chômeur déclaré roule en Porsche à la Courneuve ou aux Tarterêts, explique un ancien directeur départemental des polices urbaines, encore faut-il pouvoir réunir les éléments constitutifs de l’infraction ».3 Une aisance économique apparente qui entraîne même quelques hauts fonctionnaires résignés ou cyniques à croire que la déshérence des banlieues se réglera par elle même. Que le trafic sera le poumon économique de la cité, et qu’en le laissant se dérouler on obtiendra la paix sociale. Malek Boutih s’attaque avec énergie à ce qu’il considère comme un sophisme : « Il ne faut pas partir dans des raisonnements pervers, qui consistent à dire « les dealers font vivre les familles » et y voir une forme de compensation au chômage qui amène la tranquillité (…)C’est un discours démagogique extrêmement dangereux de la ghettoïsation raciale ». 4

C’est que cette économie parallèle prend vite pour loi celle du plus fort.  Le moindre conflit, la moindre incartade avec un représentant de l’autorité  peut alors donner lieu à des scènes de véritable guérilla urbaine. Si l’Etat réinvesti ces zones explique Pierre Bédier maire (RPR) de Mantes la jolie,  « il y aura forcément des voitures brûlées, des bâtiments publics brûlés, parce que ces voyous vont quand même se défendre. »1
Dès 1991, M. Adil Jalouzi, sociologue, responsable du centre de recherche « banlieuescopies », expliquait lors de l’émission Médiations, que la violence et l’agitation des jeunes issus de l’immigration dans les banlieues sensibles, « n’est que l’écume d’une vague profonde. » Il précisait : « si la police fait du vandalisme et des émeutes sa priorité, alors elle se trompe de cible, néglige l’essentiel : l’existence d’une économie cachée de type mafieux, basée sur le vol, le racket et surtout le trafic de drogue. C’est le résultat d’une situation sociale dégradée du fait du chômage et de l’exclusion, cette économie parallèle de « survie » engendre à son tour une mentalité nocive pour des jeunes déjà non-motivés pour des métiers sous-qualifiés et sous-payés. La priorité de la nécessaire mission répressive de la police devrait donc être la lutte contre le trafic de drogue. » 2 En 2001, Marylise Lebranchu, alors Garde des Sceaux, incitait les magistrats du parquet à combattre cette économie parallèle et leur demandait « d’accentuer les efforts vers la recherche et la répression d’une délinquance(…) qui contribue à l’existence d’économies souterraines dans les quartiers urbains ( trafics locaux de stupéfiants, recels organisés) ».3
2)Trafics d’armes « La banlieue des années 1970, c’est terminé. Aujourd’hui dans les HLM, ils cachent des bazookas dans les caves »4. Les propos désabusés du chanteur Renaud, ex-idole de la banlieue lors de la sortie de son nouvel album, « Boucan d’enfer » en mai 2002, illustre bien l’évolution criminelle de certains quartiers en vingt ans. Les bagarres au couteau, façon West Side Story, appartiennent à l’histoire, aujourd’hui ce sont les armes à feu qui ont remplacé l’arme blanche. Du Luger 99 à grenaille pour les enfants aux lance-roquettes pour les malfaiteurs qui s’attaquent aux fourgons blindés. En France, durant l’année 2001, 22 lance-roquettes ont été saisi par la police 1.

Selon un haut fonctionnaire de la police ce chiffre est particulièrement préoccupant. « Avec onze de ces lance-roquettes, explique-t-il, on met la France à feu et à sang pendant six mois ». 2 En 2000 à Nanterre, la police lors d’une perquisition mettait par hasard la main sur 11 lance-roquettes antichars de fabrication serbe. Un an plus tard, toujours à Nanterre, une perquisition dans le quartier des Canibouts permettait la saisie de deux pistolets mitrailleurs (un de type Mat 49, l’autre de type Scorpio). Le marché de la drogue est l’une des causes principales de l’arrivée des armes dans les quartiers sensibles, « on utilise des fusils à pompe et fusil d’assaut pour sécuriser le trafic de stupéfiant ». 3

Les zones de « non-droit » sont des lieux de stockage et de vente idéaux pour ces armes de 1ère catégorie. « Dix à vingt millions d’armes à feu circuleraient actuellement en France et des informations diverses laissent apparaître que les cités constituent un débouché important pour le trafic (…) L’an dernier, l’existence de trafic d’armes a été établie dans la cité des 4000 à La Courneuve (fusil de chasse et à pompe), ainsi que dans le quartier de Bellevue à Nantes ( pistolet 357 magnum et pistolet mitrailleur de l’armée israélienne UZI). En 1999, il était possible de se procurer des armes de poing ( de style Beretta automatique) dans le quartier de Béligny à Villefranche-sur-Saône, contre la somme de 5000 francs »4 A Amiens au mois de juillet 2001, « une famille au passé délinquant chargé, vivant dans les quartiers nord, vendait des fusils à pompe entre 700 et 800 francs. Certaines armes possédaient des crosses escamotables et des poignées permettant de saisir et de recharger l’arme avec rapidité. » 1

Des faits similaires se constatent autour de Paris et dans toute la France. Le 21 juin 2001, dans les gaines techniques d’un immeuble du quartier du Point-du-Jour à Troyes, on trouvait cinq obus de calibre 20 mm, une fusée éclairante et une cartouche de Winchester Magnum 300. A Metz, toujours dans une gaine technique du quartier Borny se cachait un petit arsenal : un pistolet mitrailleur, un pistolet 9 mm, un fusil calibre 12 à canon scié et un lot de cartouche 9mm Parabellum. A Béziers, le 2 Septembre 2001, après une perquisition chez Safir Bghioua, le criminel qui avait attaqué un fourgon de police au lance-roquette et tué au fusil d’assaut le directeur de cabinet du maire de Béziers, on trouvait un vrai équipement de mercenaire : fusils d’assaut, fusils à pompe, lance-roquette en provenance des balkans. Le 11 octobre, un AK 47, trois chargeurs et une lunette de visée pour fusil étaient retrouvés dans la cité des 4000 à la Courneuve. Début novembre, la police découvrait dans les parties communes d’une cité d’Epinay-sur-Seine une grenade défensive, un pistolet mitrailleur et plusieurs chargeurs.

Ces armes de guerre proviennent le plus souvent de Yougoslavie. Elles prolifèrent  de façon très inquiétante et nourrissent le grand banditisme qui les utilise notamment pour attaquer les transporteur de fonds. Le 23 mai 2002, le braquage manqué d’un fourgon de la Brink’s à Emerainville (Seine-et-Marne) permettait à la police de mettre la main sur un arsenal impressionnant : lance-roquettes, fusils d’assaut de type Kalachnikov (AK 47), pistolets automatiques, munitions de gros calibres à profusion. Les attaques de fourgon, comme un grand nombre de hold-up se font désormais avec armes et parfois uniformes de guerre.
3) Le marché aux voleurs  Selon Hafid Oaudji, jeune habitant de la banlieue lyonnaise, on peut « tout acheter et pour pas cher ». Sur le marché des objets volés : « On trouve absolument de tout . Et s’il n’y a pas ce que vous cherchez, vous passez commande. Exemple : si vous cabossez l’aile de votre voiture, vous allez dans une cité, vous commandez une aile, vous donnez votre prix et le lendemain après vous avez votre aile »1.

Dans la seule région Rhône-Alpes on compte une dizaine de « zones franches ».  A Lyon, ce sont la Duchère, Mermoz-Etats-Unis, Bron-Parilly ; en banlieue, ce sont les Minguettes à Venissieux, le Mas du Taureau à Vaulx-en-Velin. Dans la banlieue grenobloise : la Villeneuve, le quartier Tesseire, Mistral et dans la banlieue stéphanoise : Montchovet, la Cotonne et Montreynaud qui sont selon un policier stéphanois de « véritables supermarchés où sont recyclées les marchandises volées. »2 On y trouve du « matériels hi-fi, téléphones portables, ordinateurs, vêtements de marque, montre, parfums, pièces détachées d’automobile…Mais aussi cannabis et drogue dure sans oublier les armes. »3  Ces paradis fiscaux, à l’abri de la police,  où les malfaiteurs peuvent écouler leur marchandise génèrent ( mise à part la vente de drogue) près de deux milliards d’euros. Il y a d’abord le trafic de voitures composé en trois créneaux : Le vol utilitaire « qui permet aux délinquants de se déplacer pour exercer leur activité ou pour leurs loisirs ; le trafic de pièces détachés et enfin le vol de grosses cylindrées qui sont ensuite exportées vers des pays du tiers-monde ou les pays de l’Est. Au total plus de 70 000 véhicules sont volés ou détériorés dans l’année. »4

Il y aussi les vols de marchandises « Que ce soit des casses de magasins ou d’entrepôts, les cambriolages de particuliers, les détournements des camions, un commerce qui représente environ 1% du montant des ventes légales. » 5 Il y a enfin les vols d’argent  « 15 000 faits sont constatés officiellement chaque année dans la région , ce qui selon différentes estimations réalisées par des associations d’usagers des banques , permet aux délinquants de réaliser 300 millions d’Euros de chiffre d’affaire dans la région. »1   Dans cette région selon les statistiques de la police, 1, 3% de la population a été mise en cause au cours de l’année 2000 dans des actes de délinquance. Soit 73 000 personnes, dont 15 000 mineurs.

Les interventions de la police n’y changent rien : « Il y a régulièrement des descentes de flics. Ils bouchent les deux entrées, ils saisissent  tout et arrêtent tout le monde. Mais c’est du cinéma, le dimanche suivant ça recommence » dit un jeune lyonnais.

« Les délinquants qu’on arrête sont immédiatement relâchés et quelques jours plus tard les réseaux se reconstituent. » poursuit Pascal Barthélémy du syndicat de police Alliance. Jean Paul Gourevitch donne ainsi l’exemple du Carrefour de Sartrouville qui témoigne de la capacité qu’ont certain malfaiteurs à imposer leur règles, même à des de grandes entreprises. Après la mort d’un jeune habitant de la cité du Plateau et des Indes abattu par un vigile, la direction a embauché des jeunes du quartier pour faire la sécurité et « a ordonné de fermer les yeux sur les passages en force avec des caddies pleins aux caisses, les pitbulls et les scooters pétaradant dans les allées ». 2

Cette mise en place d’une économie parallèle jointe à une intimidation des commerçants fait que ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir alarmes et services de sécurité fiables se voient dans l’obligation de quitter le quartier. Les magasins restant doivent affronter la concurrence des marchés aux voleurs qui se multiplient. Quel intérêt aurait un garagiste à s’installer près de la cité de La Rose-des-Vents à Aulnay-sous-bois. Là, en bas des tours on y bidouille des voitures différentes toutes les semaines qui sont ensuite revendues pour le Maghreb ou aux portes du périphérique. « La ville a essayé de formaliser cette économie informelle- raconte Jean-Paul Gourevitch, en mettant en place un atelier de mécanique qui a été cambriolé et saccagé. »3    Ce business serait entre les mains de bandes faites sur le modèle des bandes américaines comme le 18th street gang de Los Angeles qui regroupe plus de vingt mille membres ou les Bandidos. 4  Ces bandes françaises n’ont ni l’importance, ni l’organisation, ni la capacité de nuisance de leurs grandes sœurs des Etats-Unis mais elles en reproduisent les codes. « La fonction structurante d’une bande  s’affirme dans son « honneur ». A ceux qui n’ont rien ou qui ont tout perdu ou abandonné, il faut redonner une stature qui se cristallisera autour de la fierté ethnique, de l’appartenance au groupe, de l’émergence du chef. Celui qui a « Bac +5 » ( c’est-à­dire qui a affronté cinq fois la brigade anticriminalité) qui totalise les années de prison, qui a massacré un « keuf » ou qui détient le record des remises en liberté après interpellation est perçu comme un caïd. » « Il bénéficie d’une garde rapprochée, des porteurs de serviettes, des guetteurs ( les « choufs »). Chaque bandes est ainsi structurée en cercles concentriques d’un pouvoir qui s’élargit aux limites du territoire(…) Dans le deuxième cercle les soldats ( si possible mineurs), ceux « que l’on expédie au combat ou que l’on place dans les embuscades tendues aux pompiers ou aux policiers. »1

La mise en place de cette économie par des bandes organisées entraîne un certain nombre de va-et-vient, de squats, de réunions tardives qui imprègnent petit à petit toute la vie du quartier. Les incidents avec les commerçants se multiplient allant parfois jusqu’au drame, comme à Longwy en décembre 1998 quand Bellaïd Mellaz a été abattu par un pharmacien pendant qu’il cambriolait sa maison. En représailles la pharmacie fut incendiée, tout comme une boutique de fleuriste, une auto-école et une dizaine de voitures.2

B) La loi de l’intimidation 1) La vie quotidienne des quartiers
Ces ventes d’armes ou de drogue créent un climat qui imprègne toute la vie de la cité . L’argent qu’il procure ajoute au sentiment d’impunité, influe sur la vie quotidienne  et renforce les plus jeunes dans leur culte de l’illégalité. Les règles élémentaires de courtoisie disparaissent alors.

Les seuls critères sont la force, l’argent et la peur. Les parents eux-mêmes subissent la  violence de leurs enfants. A la cité des Sorbiers à Chevilly-Larue, certains jeunes de 15 à 17 ans battent père et mère. Dans ce quartier, les « caillera »1 ont pris l’habitude de bloquer une rue avec leur voiture pour marquer leur territoire. « Il y a des armes partout, explique un habitant, on voit même des fusils ».2

Depuis près de vingt ans, Pierre habite une cité sensible. « A soixante trois ans, il est veuf et retraité après avoir travaillé toute sa vie à la Snecma (Société nationale d’exploitation de matériel auxiliaire). Lorsque l’on s’interroge sur ses conditions de vie, il dit subir « la totale » : les tags dans l’escalier de l’immeuble, les seringues qui jonchent le sol, les voitures qui brûlent en bas de chez lui, les rodéos, les sirènes de pompiers et les interventions musclées des CRS. N’en pouvant plus, Pierre a acheté légalement un fusil de chasse…Pour se défendre » 3 En imprégnant tous les aspects de la vie quotidienne, la violence devient le pivot du quartier. Ainsi à Clichy-sous-Bois à la fin de l’année 1998, le comité directeur du club de football décidait de mettre fin à l’équipe de l’USO Clichy-sous-bois. Une bagarre éclatait à chaque match, les installations avaient été cambriolées dix-sept fois en un an, les vestiaires saccagés, les murs d’enceintes détruits. En 2001, en France, plus d’une cinquantaine d’infrastructures sportives ont été détériorées, voire détruites par des incendies criminels. Le paradoxe est qu’entre deux accès de violence, la vie de la cité peut paraître normale  à un visiteur extérieur.

C’est que l’intimidation assure la loi du silence. Elle peut se faire grâce à des chiens de combats (type pitbull), des regroupements de quatre ou cinq individus dans une cage d’escalier. Ces derniers prennent une attitude mi-méfiante, mi-agressive, interpellent les habitants en parlant fort, exigent que leurs regards se baissent.  Les menaces peuvent être beaucoup plus précises. Cette femme de Vauvert explique que des garçons de douze ans la menacent de viol régulièrement,4 ce jeune lycéen du Val-Fourré avoue qu’il baisse les yeux dès qu’il sort de son immeuble par peur de se faire tabasser pour la moindre attitude qui pourrait paraître arrogante.1 Aux Tarterêts (Corbeil- Essonne, 91) les médecins de ville ne viennent plus depuis longtemps. A la Grande Borne à Grigny (Essonne, 91) à 4h 30 du matin en 1999, un médecin de SOS avait été appelé pour une grippe. Il retrouvera son véhicule désossé. (Voir partie D, 3). Les facteurs même subissent cette violence. Le 20 mai 2001, cinq voitures de la poste étaient incendiées dans le quartier de la Marinière à deux pas de la cité des Indes à Sartrouville. Personne en fait n’est épargné : des commerçants jusqu’aux professeurs, les pharmaciens, les travailleurs sociaux, les examinateurs de permis de conduire.  Un procureur affirme qu’en banlieue « parler d’insécurité avec certains commerçants est tabou, car ils craignent des représailles ». 2

La cité de la rue Saint Fargeau dans le XXe arrondissement n’est pas une zone de « non-droit » mais sans la résistance de certains habitants, elle le deviendrait. Marcel Delclos, surnommé « la Brosse le Bâtard » (il est coiffé en brosse) : « Tous les soirs ils se retrouvent à dix ou quinze à l’entrée de la tour 9. Ils fument du cannabis, provoquent des locataires. Gare à vous s’ils vous voient avec une cigarette et si vous refusez de leur en donner. Ou même si vous osez croiser leur regard (…) il y a des dames handicapées qui ne peuvent plus ouvrir leurs volets, si elles râlent, elles se prennent des pierres. » 3 Les boites aux lettres sont défoncées au pied de biche, les poubelles brûlent régulièrement .

2) Quand le feu devient une arme Depuis quelques années le feu semble être devenu la première arme d’intimidation et de combat des jeunes des cités. De janvier à novembre 1999, on relevait pas moins de 10 985 incendies volontaires allumés par des « jeunes » au sein des quartiers sensibles, dont 9 908 visant les particuliers (feux de containers, feux dans les caves ou les halls, feux de voitures) les autres visant des institutions. 1 Les voitures brûlées les plus célèbres sont bien évidemment celle des nuits de la Saint Sylvestre en Alsace (plus de cent voitures brûlées en 2001). C’est devenu dans le quartier du Neuhof une sorte de coutume réapparaissant à chaque nouvelle année. C’est facile, peu coûteux, désespérant pour le propriétaire qui bien souvent ne peut se racheter un véhicule. La carcasse de voiture devient, en outre, un signe extérieur d’un quartier en sécession. C’est en quelque sorte un totem…et un premier avertissement. D’abord cantonnés aux quartiers sensibles, les incendies de voitures existent aujourd’hui bien au delà des zones de « non-droit ». Reste que ces dernières continuent d’assister à ces feux à répétition. Sur les trois dernières années, les chiffres sont éloquents. 12 300 incendies de voitures en 1999, 13 300 en 2000, 15 200 en 20012.

A Rillieux-la-Pape (69), à l’Automne 2001, ils furent près d’un millier à manifester dans les rues de la ville pour protester contre ces incendies de voitures : dans cette petite commune de 28 000 habitants on a compté 137 voitures brûlées en dix mois.  L’été dernier, en Ile-de-France uniquement, on comptait 150 voitures incendiées volontairement pendant le week-end du 14 juillet.  Le feu habituellement utilisé sur les véhicules est aussi une arme offensive . L’exemple de l’expédition punitive du 11 mars 2002 qui s’est déroulée dans l’hypermarché Auchan de Saint Herblain, dans la banlieue de Nantes (44) est éloquent. Le 8 mars deux hommes se présentent à l’accueil du magasin pour se faire rembourser une batterie de voiture défectueuse. Econduits par les hôtesses, ils en viennent aux mains avec les vigiles et en blessent un au poignet. Le soir même, trois individus brisent le sas vitré du magasin après la fermeture et jettent un cocktail Molotov sur le poste de contrôle. Le 11, un homme armé d’un pistolet automatique 7,65 est repéré dans sa voiture sur le parking. Il est alors maîtrisé par les vigiles qui lui cassent le coude droit. Le soir même, une bande armée de cocktails Molotov et de barres de fer investit le magasin juste avant sa fermeture et s’attaque à un vigile à coups de barre de Département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines – © DRMCC 2002 fer avant de l’imbiber d’essence et de le faire brûler jusqu’au troisième degré. Les écoles maternelles, les clubs de sports, les commissariats et les palais de justice peuvent subir les même sort. Les habitations particulières même. Aux Ulis, « un cocktail Molotov a été jeté dans l’appartement d’une habitante de la résidence des Amonts. Cette femme présidente de l’Association de défense du Quartier des Amonts Sud, prenait régulièrement des photos afin de dénoncer sur son site Internet les nuisances organisées par une bande du ghetto. » 1 A Châteaurenard (84), l’Eglise a été deux fois en 2001 la cible de cocktail Molotov.  A Trappes, à Marseille ou à Lyon ce sont les synagogues qui subissent des incendies criminels.

3) Les femmes victimes de la violence C’est une scène habituelle des « films de boules » 2 que les gamins regardent parfois dès le plus jeune âge. Plusieurs hommes profitent de la même femme. Dans les journaux on appelle cela « une tournante ». Cette pratique est devenue commune dans les caves de certaines cités. Depuis que Fabrice Genestal en a fait un film « La Squale » (1999), les viols collectifs ou viols en réunion sont sortis du secret à travers plusieurs procès et reportages.  Phénomène méconnu ou ignoré jusqu’en 1997, les tournantes semblent s’être multipliées dans les cités depuis quelques années. Il est impossible de chiffrer ce phénomène, d’abord parce que les statistiques ne distinguent pas les viols collectifs du viol, ensuite parce que, par crainte de représailles ou par honte, beaucoup de victimes  préfèrent ne pas porter plainte.
« A Grigny, en septembre 2000, une victime de tournante a quitté précipitamment l’hôpital où elle était soignée en raison de menace. Sa famille a été contrainte de déménager. Quelques temps auparavant dans la cité des Eiders, dans le XIXe arrondissement, une victime de viol collectif a subi une deuxième tournante un an plus tard. Les six auteurs dont quatre avaient participé au premier viol, ont voulu la punir d’avoir porté plainte. ». 1 Les tournantes se déroulent dans les caves, les parkings souterrains à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Elles peuvent aussi se dérouler chez la victime. A Arcueil, Nicole est bénévole dans une structure d’aide à l’insertion des jeunes délinquants « en difficulté ». En février 2000, deux de ses « clients » s’invitent chez elle avec le reste de le bande et les habituelles pitbulls. Ils séquestrent Nicole. Durant deux semaines, cette femme de 44 ans et l’une de ses jeunes voisines sont violées à répétition, dépouillées. Pour un commissaire du Val-de-Marne, « le drame dont Nicole a été la victime n’est pas un cas isolé ».2 Samira Bellil3 a connu toutes ces situations, elle raconte le processus : « Les victimes sont des jeunes filles qui tombent amoureuse d’un  petit caïd et qui se retrouvent avec des réputations de « fille facile », de « fille à cave » (…) Une fille qui traîne, c’est une pute, donc qu’elle ne se plaigne pas qu’il lui arrive des embrouilles. » 4

Le crime peut aussi se dérouler dans plusieurs endroits successifs. Dans le quartier de la Source à Orléans, en juillet 2001, une adolescente de quinze ans a d’abord été violée dans un parking souterrain puis dans un appartement squatté et enfin dans les bois au bord de la cité. Il est même arrivé que le viol se déroule dans les transports en dépit de la présence d’autres voyageurs comme ce 24 mai 2001, dans un train express de l’agglomération Lilloise où une étudiante de vingt et un ans est violée par deux membres d’un groupe de quatre délinquants âgés de quatorze à dix sept ans originaires de Lille-Sud. Les victimes peuvent aussi être torturées comme cette jeune fille de treize ans à la cité des Genotte à Cergy Saint-Christophe à qui l’on a fracturé la mâchoire et cassé le nez. Les agresseurs peuvent être plus de vingt comme à Aix-en-Provence en mai dernier ou une femme handicapée a été séquestrée et violée durant une journée ; ou deux comme à Epernay où une adolescente s’est fait violer dans le local à poubelle de la Z.U.P.

L’image de la femme est chez ces jeunes déformée par les films pornographiques vus  en groupe. Dans ces cités, il est aisé à moins de dix ans d’obtenir une cassette « vidéo-porno » pour 5€. Il en résulte chez ces enfants très souvent de culture musulmane une contradiction absolue entre l’image de la femme dans leur religion, et l’image qu’ils se font à travers ces films de la femme occidentale. Selon un psychologue, beaucoup d’entre eux imaginent que les scènes toujours répétées dans le cinéma pornographique sont acceptées, voire désirées, par toutes les femmes.1 Ainsi durant le procès de Pontoise où Leïla victime de 18 violeurs était opposée à ses agresseurs des adolescents ou des jeunes adultes vivant à la grande dalle d’Argenteuil (94. 17 000 habitants) on apprenait qu’elle était considérée comme une « crasseuse » ou « une salope ».2

Cette image dégradante des femmes est relayée par certaines des stars du rap qui ne cachent pas leur goût pour la pornographie et évoquent avec ironie les scènes standards de leurs films fétiches. Les clips du Gangsta Rap3  mettent souvent en scène une femme apparemment heureuse « désirée » par plusieurs hommes. En France, certains tubes peuvent dans ce cadre paraître équivoque : « Ma copine, elle est belle, elle est bonne, si tu veux j’te la donne » chante  le rappeur Doc Gynéco, « Brigitte, femme de flic » chante aussi le groupe Ministère Amer qui se propose de se passer Brigitte entre copains. Ces actes de barbarie sont très souvent commis par des mineurs qui, compte tenu de la loi et de l’argument qui consiste à se présenter comme un acteur passif de la tournante, sont très vite relâchés. Ils prennent aujourd’hui des proportions dignes du sadisme et de la barbarie la plus accomplie  « En septembre, dans la cité Verte de Sannois (91), une femme de quarante cinq ans a été suivie jusqu’à son appartement puis violée par trois jeunes qui squattaient le hall de son immeuble. Ils lui ont donnée des coups de fouet, l’ont brûlée avec des cigarettes puis lui ont introduit une ampoule dans le vagin ».4

4°) La violence à l’école Elèves ou professeurs au Val Fourré à Mantes la Jolie, aux Tarterêts à Corbeil-Essonnes, au lycée Jacques Brel à la Courneuve (93),  ils sont au quotidien intimidés insultés, agressés. Sophie Yedder, professeur de Français à Epinay-sur-Seine (93), âgée de 29 ans, explique : « La situation dégénère d’année en année. Le taux d’absentéisme atteint des records dans notre établissement, situé en zone d’éducation prioritaire (ZEP). Cette année nous avons eu droit à huit tentatives d’incendie. Mettre le feu, c’est le truc à la mode… » 1

Un rapport des Renseignement Généraux qui date de janvier 2002 faisait un constat inquiétant sur la violence à l’école.. « Il est désormais patent, peut-on y lire, que l’école devenue partie intégrante de la vie de la cité, n’est plus un territoire protégé (…) On notera l’usage de plus en plus fréquent d’armes dans l’enceinte des établissements, poursuit le rapporteur, les armes à feu restent rares mais les armes blanches semblent proliférer de manière préoccupante. Le 22 janvier, un professeur du collège Paul Eluard de Garges-lès-Gonesse a été blessé, en plein cours, d’un coup de couteau porté par une jeune de treize ans. Le 11 janvier, un professeur du collège Pierre Mendès France de Tourcoing (59) a été poignardé par un élève de 14 ans suite à une réprimande pour des retards à répétition ». 2
La guerre des bandes se poursuit jusque dans les cours de récréation : « En parallèle avec le développement des affrontements entre bandes, poursuit le rapport, particulièrement nombreux et violents dans les départements de grande couronne parisienne et en Seine-Saint-Denis, les intrusions d’éléments extérieurs se sont multipliés prenant parfois la forme de véritables expéditions punitives entre bandes de cités rivales. La culture du trafic, de l’affrontement et de l’intimidation se retrouve sous toute ses formes. Au collège Pierre de Coubertin au Luc (83), le 21 novembre, un élève a été violemment battu par une douzaine de ses condisciples au « jeu de la canette ». Il s’agit de variantes basées sur la violence et l’humiliation ».3

Sur la violence à l’école Laurent Mucchielli met cependant en garde les analystes qui, selon lui, tombent régulièrement dans deux écueils : «  le premier consiste à croire que l’école serait confrontée à une « violence » de type radicalement nouveau, le second consiste à céder à la panique ».1  Le 24 octobre 2000, Jack Lang, alors ministre de l’éducation nationale, créait cependant « Le Comité national de lutte contre la violence à l’école » qui avait pour objet « d’analyser les phénomènes de violence à l’école et de proposer , en relation avec les autres départements  ministériels, les réponses propres à lutter contre ce phénomène ». 2 Un certain nombre de témoignages publiés depuis 1996 par des professeurs laissent, en outre, penser que des comportements nouveaux, plus violents que ceux des blousons noirs des années 1960, se développent dans les établissements.3 Les Territoires perdus de la République4 s’arrête sur l’antisémitisme dans les écoles, forme de violence qui renaît de manière inquiétante dans de nombreux établissements. Ainsi Iannis Roder, professeur en Seine-Saint-Denis reconnaît « j’ai pu constater dans mon établissement un antisémitisme souvent présent parfois virulent issu d’élèves majoritairement de la population maghrébine. » Et si l’on interroge les professeurs, les témoignages affluent.  A Limay (78), la directrice de l’école primaire Ferdinand Buisson a surpris des jeunes élèves qui jouaient à « sniffer » à l’aide d’un tube de stylo et de poudre obtenue en taillant la craie. Ces mêmes enfants jouent aux dealers en collectionnant des petits sachets de gomme découpée en morceaux qu’ils font mine de vendre sous le manteau. A Dammarie-les-Lys, la nouvelle trouvaille des élèves du collège Politzer consiste à simuler une bagarre et à créer une bousculade suffisante pour attirer les curieux. Ceux qui sont pris dans la ronde, reçoivent de véritables coups. A Vitry-sur-Seine, au lycée Jean Macé on confectionne des engins explosifs, de type bombes au chlorate de soude ou à base d’acide chlorhydrique, que l’on envoie ensuite sur les murs du lycée.

C) Comment se fabrique un ghetto 1) Les pompiers agressés

« On risque l’insulte mais aussi les jets de pierres, les parpaings et même pire, certaines interventions sont en fait de véritables traquenards » confie un pompier du Val d’Oise. Il est vrai que les soldats du feu sont régulièrement victimes d’embuscades particulièrement agressives qui pourraient même être meurtrières. Comme si leur uniforme ne les distinguait pas des policiers. Rien ne les épargne, même quand, raconte ce même soldat du feu, ils se déplacent pour désincarcérer un voleur de voiture blessé, ils se font insulter par ses amis. Les agressions peuvent aller des blocs de parpaing lancés du haut d’un immeuble sur la camionnette, jusqu’à la voiture piégée qui explose à leur arrivée comme au Blanc-Mesnil en 1995, ou à Vénissieux le 31 janvier 1999, explosion qui a blessé six pompiers dont un grièvement (il a dû être amputé).
Dans la nuit du 31 décembre 1997, les pompiers qui tentent d’intervenir à Deuil-la-Barre (77), où ils avaient été appelés pour un incendie dans un appartement, sont accueillis par une pluie de pierres et des insultes. Ils peuvent être attaqués physiquement comme Berthe-à-la-Seyne (83) en avril 2001 : « des pompiers sont assaillis par cent malfaiteurs surexcités. Un pompier est gravement blessé. Un policier écœuré déclare : « c’est le Bronx ici et on laisse faire. »1 Ils se font caillasser et quand la caserne est située près d’un quartier chaud, eux, leurs femmes et leurs enfants sont victimes d’insultes et d’actes d’intimidation.
Leur désarroi est tel que certains demandent à faire jour « le droit de retrait » (droit à renoncer à une mission si sa vie est en danger), pour les interventions dans les quartiers où ils risquent un guet-apens.

2) Les policiers, voilà l’ennemi
Le 26 décembre, Djelloul, habitant de la cité Balzac à Vitry, est abattu après avoir attaqué une succursale de la BNP à Neuilly-sur-Marne. La mort de Djelloul est interprétée par la cinquantaine de jeunes braqueurs de banques de la cité Balzac déjà dans le collimateur de la Police Judiciaire, comme l’agression de trop. En quatre jours soixante-trois voitures sont brûlées à Vitry. Cette montée de violence fut la réponse spectaculaire d’un gang de braqueurs aux forces de l’ordre. Elle témoigne du bras de fer violent qui oppose régulièrement les forces de police aux jeunes des quartiers difficiles.
Il y a dix ans déjà à Amiens-Nord, à la cité des Mérisiers de Trappes,  à l’Ousse- Des- Bois à Pau, on assistait à des affrontements violents entre la police et des groupes de « jeunes ». Ainsi le 18 janvier 1992 à Trappes, une patrouille du corps urbain de la ville interpelle un jeune antillais circulant sur un cyclomoteur sans casque, sans éclairage, qui s’était soustrait aux vérifications en prenant la fuite : « Cette interpellation provoque le rassemblement d’une vingtaine de jeunes de la cité des Mérisiers qui agressent les trois fonctionnaires de police pour aider le contrevenant à s’enfuir. Les trois policiers sont blessés et déplorent le vol de stylos-montres et une tentative de vol de leur arme de service. Trois individus sont conduits au poste (…) A 22h 50, une quarantaine de jeunes se regroupent devant le commissariat et lancent des projectiles dans la cour pour obtenir la libération de leurs trois camarades. A 23h 15, cette bande est dispersée par les CRS appelés en renfort. Un policier est blessé à la tête par un jet de pierres. Cinq cocktails Molotov sont jetés sur les forces de l’ordre, sans toutefois les atteindre (…) Le calme n’est rétabli qu’à 2 heures du matin, à l’issue de quatre heures d’affrontements ». 1

En 1997, la police analysait « le rapport entre les jeunes de banlieue avec l’autorité policière » et faisait ce constat : « phénomène de plus en plus préoccupant, les violences anti- policières des banlieues restent l’apanage d’une petite minorité de jeunes déjà ancrés dans la facilité et la délinquance. Elles apparaissent, néanmoins, comme la partie visible d’une dérive plus profonde, touchant un public plus nombreux, qui s’exprime dans une culture de banlieue de tonalité sombre. En entretenant les ressentiments, l’esprit de revanche et les stéréotypes anti-institutionnels, cette dernière détourne les jeunes de l’effort vers la rationalité. Elle complique aussi un dialogue qui s’avère pourtant de plus en plus nécessaire. » 1 Ce dialogue n’a pas eu lieu. Et de films qui, comme La Haine2 , avaient mis l’accent sur la révolte légitime des jeunes des cités, en faits divers, en passant par la musique (« Sacrifice de poulets » chantait un groupe de rap, « je pisse sur la police » reprenait un autre) une certaine culture urbaine, qui tend à devenir la culture de toutes la jeunesse de France, fait du policier l’homme à abattre.

Cette image d’une police répressive et dictatoriale s’est, en outre,  développée dans des sphères privilégiées et dans certains milieux médiatiques dont les membres, à vingt ans, lors de mai 1968, ont comparé les CRS aux SS et  dont la compassion enchante les jeunes malfaiteurs. Ces derniers ont bien saisi la rhétorique de la révolte légitime sans que l’on ne sache jamais si elle exprime un sentiment sincère ou un message codé à l’attention de ceux qui voudraient remettre en question l’ordre parallèle qui existe dans la cité. Les propos de ce jeune de Montfermeil rapporté par Christian Mouhanna en témoigne : « Il y a un truc que les flics doivent comprendre : il ne faut pas maltraiter les mecs biens. Ici, les gens sont contre les flics, parce qu’ils ont été maltraités. Je suis de cœur avec les jeunes qui se bagarrent. Le policier doit prendre conscience qu’il faut le respect. S’il n’y a plus de respect, il n’y a plus de confiance. »3 La police apparaît alors comme l’élément répressif qui développe chez les jeunes défavorisés un sentiment de révolte. Mais elle est aussi la première ennemie de ces zones parallèles, puisqu’elle défend l’ordre de la République celui-là même qui pourrait remettre en cause les trafics en tous genres. Chaque intrusion de la police est donc considérée comme une attaque qui mérite une riposte.

Les caïds n’hésitent pas, en outre, à utiliser les plus jeunes pour intimider la police.  Un policier de la région Rhône-Alpes raconte : « Nous avons la conviction que les  attaques dont certains postes de police ont été la cible, ces derniers mois, sont directement inspirées par les aînés de différentes fratries qui excitent et manipulent les jeunes ».1

Dans certaines cités, la police ne se déplace qu’en voiture et a pris l’habitude de recevoir des insultes voire des projectiles, de la part de mineurs qui savent qu’ils ne risquent rien. C’est que les agressions se multiplient. Le 30 mars 2002, huit jeunes de 16 à 22 ans, du quartier des alouettes à Alfortville (Val-de-Marne), investissent en hurlant la cage d’escalier d’immeuble d’où ils affrontent la police à coups de pierre. En novembre 2000, à deux pas de la Cité des Francs-Moisins un policier de vingt-quatre ans tente de contrôler un véhicule : « Celui- ci fonce sur le gardien de la paix, projeté à vingt mètres et gravement blessé (fractures multiples dont celle du bassin). »2 Le 15 mai 2001, à Orly, dans la cité des Navigateurs, les policiers en patrouille reçoivent des coups de feu et doivent s’enfuir.
Le 1er septembre à Béziers, un fourgon de police est attaqué au lance-roquette. Les commissariats et les gendarmeries sont, elles aussi, la cible d’attaques quasi-terroristes. Depuis 2001, la section « Villes et Banlieues » des Renseignements Généraux a déjà recensé plus de 65 incidents types « incendies et tentatives d’incendies contre les locaux de police ».

« Les quartiers difficiles de province sont les plus touchés. A titre d’exemple, des bureaux de police ont récemment été l’objet de dégradations par le feu : à Auxerre, Bourges, Castres, Dreux, Grigny, Orléans, Pfastaff, Ronchin, Sète et Vienne » 3

Pour les prochaines années le ministère de l’intérieur a prévu de créer « 619 bureaux de police ou points de contacts dans les zones sensibles ». Ceux- ci risquent de devoir être surprotégés pour éviter les attaques des jeunes délinquants. Selon le substitut du procureur de Créteil, depuis le début de l’année 2002, dans le Val de Marne une voiture de police est touchée chaque jour par des pierres. Malek Boutih ne mâche pas ses mots contre ceux qui condamnent une police « anti-jeunes », accumulant les bavures : « Le plus grand nombre de bavures n’est plus de son fait, c’est la racaille qui tue le plus dans les cités (…) l’ennemi n’est pas le flic à 7500 balles par mois, ce sont les petits dictateurs de quartiers qui vendraient leurs frères pour quelques billets. »1

Le 4 octobre 2003, alors que la police tentait d’intervenir pour sauver Sohane, jeune fille de 17 ans de la cité Balzac à Vitry- sur- Seine, que Djamel était en train de faire brûler vive dans un local à poubelle,  elle était attaqué par des groupes de jeunes et faire appel à quatre- vingt CRS pour mettre fin à l’émeute. .

3) L’angoisse des médecins  Ascenseurs en panne, couloirs délabrés, excréments humains dans les halls, la déshérence de certaines cités est telle que les pouvoirs publics (mairie, conseil régional) comme les offices HLM semblent s’être résignés. Ainsi la vie dans le grand L, un édifice du grand Ensemble à Antony (6 631 habitants) aujourd’hui détruit, était particulièrement difficile. On y voyait des jeunes faire de la moto dans les couloirs du 10ème étage. « Les gens chargés du ménage, racontait une habitante, viennent avec un seul seau d’eau pour nettoyer des dizaines et des dizaines de mètres de couloirs. Ils ne changent pas l’eau, elle devient vite noire. Ca sent mauvais…. »2 La vie quotidienne ne se déroule plus sans cette toile de fond précaire. Ainsi les médecins régulièrement agressés se déplacent de moins en moins dans ces cités.  « La statut de médecin n’est plus un rempart, explique Didier Menard, médecin à la cité des Francs-Moisins (Saint-Denis). La violence, le vandalisme ou le vol contre ceux qui soignent, c’est inqualifiable. » Durant l’année 2001, les agressions contre les blouses blanches se sont multipliées.  Le 1er février, au Val Fourré, Pierre Cohen, le plus ancien médecin du quartier est victime d’un hold-up. Vers 21h 30 dans son cabinet de la rue Blaise Pascal, deux hommes encagoulés et armés lui dérobent 3 000 Euros.  Au Lilas (93) à la mi-février, une pharmacie est victime d’une attaque à main armée. A Sarcelles, le 20 juillet, un généraliste de SOS Médecins 95 se fait agresser dans la cage d’escalier d’une cité en allant rendre visite à un patient. Menacé d’un couteau par deux jeunes, il doit donner son téléphone portable.  Blois (41) début septembre. Victime de plusieurs caillassages sur leurs voitures, les ambulanciers de la ville décident de ne plus se déplacer dans la ZUP sans être accompagnés par des correspondants municipaux. Le phénomène a pris une telle ampleur que le 1er octobre 2001, le Comité interministériel des villes présidé par Lionel Jospin décidait de débloquer 5,34 milliards d’Euros pour sécuriser les professionnels de la santé et les inciter à continuer leurs visites dans les quartiers sensibles. Avec trois mesures phares :

1.     Sécuriser les pharmacies et les cabinets (alarmes, rideau de fer, sas de sécurité…)

2.     Regrouper les professionnels dans des « maisons médicales »

3.     Des médiateurs « santé » pour les cités, recrutés sur la base de contrats emploi solidarités (CES), ils doivent notamment guider les médecins de nuit dans les zones sensibles.

1 Editions du Seuil, octobre 2001 2 op. cité. Le Parisien, 17 février 19991 Le Monde, 1er mars 2002 2 op. cité, Insécurité en France, p 231
op. cité, l’explosion criminelle, p 6
71 note de la DCRG, 22 janvier 19921 Rapport paru au CNDP (Centre national de la police) en 1997 2 Film de Mathieu Kassovitz, 1995.  3 « Quelles évolutions pour la police de proximité ? L’exemple de Montfermeil »(1991- 1996 Paris, IHESI)1 Objectif, Rhône-Alpes, Février 2002  2 op. cité, Explosion Criminelle, p 86 3 op. cité, Insécurité en France, p 741 Le Monde, 13 juin 2002 2 op. cité. Le Parisien 17 février 1999.

Chapitre III Exportation des violences urbaines hors des quartiers « en sécession »

C’est l’un des principes établis des études sur l’insécurité: un noyau suractif composé  d’un petit groupe de malfaiteurs peut générer une insécurité galopante dans toute un quartier voire une ville. C’est ce que Sébastian Roché, chercheur au CNRS, enseignant à l’Institut d’Etudes Politique de Bordeaux et auteur de nombreux ouvrages sur l’insécurité, notamment « La délinquance des jeunes »1, explique en ces termes. « Les enquêtes autodéclarées confirment la suractivité délinquante (…) il existe bien un petit pourcentage de jeunes qui commettent 50% à 80% des délits, selon leur degré de gravité. Et environ 5% des jeunes ayant une activité délinquante réalisent entre 30% et 60% du nombre total des faits délinquants. Ce noyau suractif a une capacité de nuisance bien supérieure à son poids. Il n’en faut pas beaucoup pour désorganiser une classe ou même un quartier d’une ville. Et comme les plus actifs sont impliqués dans de nombreux actes, dont les trafics, ils ont tout intérêt à repousser les gêneurs (…) Ils peuvent exercer une tyrannie de la minorité sur les lieux qu’ils occupent ou qu’ils traversent (…) Azous Begag et Reynald Rossini disent que, dans les banlieues, on les appelle les « gremlins » : ils recherchent l’affrontement dans toutes les situations, la démonstration physique servant d’argument. Ces délinquant affirmés et voyous notoires sont aussi nommés des « cailleras » (racaille) par les jeunes des cités. » Ce noyau dur surdélinquant développe très vite son influence au-delà de la cité ou du quartiers. Celui- ci devient bien souvent une base arrière, tandis que  le « business » se fait ailleurs. C’est ce qu’explique ce commissaire des Renseignements Généraux du Val d’Oise :  » Ces zones de non-droit mettent en lumière une nouvelle géographie de la délinquance urbaine. Elle voyage, frappe dans les trains les bus, les gares, les RER, dans les villes voisines, mais épargne souvent ses repaires ». 2 Le sentiment d’impunité qui existe chez des jeunes (parfois des enfants) de ces quartiers ne disparaît pas une fois qu’ils sont dans les métros et les centres-ville. Les plus astucieux quittent la petite délinquance pour entrer dans le milieu et créer dans leur cité leur petite entreprise de criminalité organisée. D’autres profitent de ce terreau pour, dans des caves qu’ils changent en  mosquées de fortune, recruter des islamistes et leur proposer d’aller se former au combat en Bosnie ou en Afghanistan pour se préparer à « la Djihad » 1.

A) Le nouveau Western
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1) La question des transports Mars 2002 dans les quartiers nord de Marseille. Ils sont deux, à peine quinze ans, masqués et rigolard. Ils viennent de couvrir d’essence un chauffeur de bus et  ont tenté de le brûler vif avant de prendre la fuite. L’affaire émeut la France entière. Les transports marseillais décrète  vingt-quatre heures de grève pour demander « plus de sécurité ». Quelques jours plus tard, on apprendra que cette agression  n’était qu’une invention d’un chauffeur qui avait peur de travailler dans les quartiers nord.  Cette histoire tragi-comique témoigne à elle seule de la terreur que ressentent  les chauffeurs de bus qui sont obligés de traverser « les quartiers chauds ».  Caillassage, intimidation, menace, tabassage, ils craignent pour leur vie à chaque fois qu’un groupe de jeunes montent (toujours gratuitement) dans le bus. « Il n’est même pas concevable de leur demander de prendre un ticket, ils prendraient ça pour une agression et après tout peut arriver » explique ce chauffeur de Seine-Saint-Denis. 3 Depuis plusieurs années les jeunes des cités tendent à s’approprier les territoires de passage. C’est d’abord par le tag, « signature » d’un individu ou d’un groupe, c’est ensuite par la fraude permanente, c’est enfin par l’occupation des gares ou le saccage des trains. Gares, arrêt de bus, le petit « business man » des cités sait qu’il pourra trouver là de quoi s’enrichir, en volant ou en vendant.
1 La djihad, signifie pour les musulmans « combattre » pour « la cause de Dieu ». 2 Titre d’une chanson du rappeur MC Solar qui décrit la brutalité des nouveaux rapports urbains  3 Conversation avec l’auteur
Comme Romuald, enfant d’Evry. « Bonnet enfoncé jusqu’aux oreilles, look savamment composé de marque de sport pas trop tape-à-l’œil, ce jeune homme de vingt ans fait du business au fil de ses pérégrinations entre la gare RER d’Evry et le quartier des Pyramides ou des Miroirs. »1

Il vole d’abord et puis il revend à des prix défiant toute concurrence : des sacs, des téléphones portables. Hors cet aspect lucratif, les transports en commun sont à la fois utiles pour aller d’un point à un autre et profondément méprisés par les jeunes délinquants qui les utilisent. « Que voulez- vous faire quand vous avez dix sauvages qui montent dans le bus, le joint au bec, et qu’ils emmerdent les voyageurs ? Leur demander leur ticket de transport. Moi je la ferme et je roule. Je ne suis pas payé pour me faire tabasser… » explique M. J. H. 2 qui conduit un autobus sur une ligne de banlieue. Les lignes de trains et de RER peuvent connaître des scènes de vandalisme. Comme ce jour de janvier 2001 où 12 rames du RER D ont été partiellement détruites à Corbeil-Essonnes. Les chauffeurs doivent s’attendre à tout. Dans la nuit du 29 au 30 mars un bus de transport en commun d’une compagnie privée a été incendié dans le cité de la Grande Borne à Viry-Chatillon (Essonne). Une quinzaine de jeunes gens masqués ont pris d’assaut le véhicule. Ils ont ordonné au chauffeur et aux passagers de descendre puis ils ont enflammé un matelas dans le bus avant de prendre la fuite.

En 1996, au dépôt du Pavillons-sous-Bois, dans la banlieue parisienne, on a enregistré 200 dégradations, dont la moitié de vitres brisées, soit un coût de 275 000 F par an. Certains jeunes considèrent que le bus leur appartient, ils sautent en marche par les issues de secours ou par les fenêtres, se défoulent, règlent des comptes. Il arrive même qu’ils exigent du chauffeur qu’il change son itinéraire pour les raccompagner chez eux. Si les violences contre les agents de la RATP ont baissés de 2,21 % en 2001 (407 contre 398), les incivilités et les insultes sont le lot commun d’un certain nombre de conducteurs de bus. Les agressions de voyageurs sont-elles aussi en nette progression.

Pour le RER et le métro parisien on a compté 29 487 faits en 2001 contre 23 724 en 2000 (+24, 29%). 1 La SNCF dresse deux millions de procès-verbaux chaque année. L’inquiétude est telle que depuis le printemps 2001, il a été décidé sur certaines lignes sensibles de regrouper après 20 heures les voyageurs dans deux wagons. La police reconnaît que la plupart de ces faits sont dus à des jeunes qui ne viennent pas de Paris. « Les bandes de voyous, écrit Olivier Foll, viennent régulièrement faire leurs « emplettes » le week-end dans la capitale, en empruntant le train de banlieue ou le RER. Ils savent qu’en fin de semaine les gens sortent souvent avec des sommes conséquentes sur eux. Parfois, l’agression n’est même pas faite dans un but lucratif, mais pour le fun » 2. Ou pour s’affirmer : comme Mouloud, benjamin de sept enfants vivant à  la dalle d’Argenteuil, qui a été  mis en cause dans une affaire de viol collectif et dont l’examen psychiatrique montre « une adolescent écartelé entre une culture familiale religieuse et rigoriste qu’il s’efforce de respecter, et une culture de la rue, où chaque conduite délinquante apparaît comme un fait d’armes valorisant son auteur au regard des autres membres du groupe. « 3

Un jeune officier de police des Yvelines confirment: « Les bandes se sont approprié les cités. Elles étendent leurs territoires sur des tronçons du réseau ferroviaire ».4 Les trains régionaux eux aussi connaissent les vols et le vandalisme quotidien. Entre Toulon et Marseille, des jeunes dépouillent des wagons entiers de voyageurs comme dans les western. A Nîmes dans la même nuit, la police arrêtait à 3 heures, dans le train Port-Bou-Vintimille, trois jeunes de nationalités étrangères qui venaient de dépouiller des voyageurs de leur argent. A 4 h 25, dans un autre train,  trois mineurs, également de nationalité étrangère et vivant dans une cité de Marseille sont interpellés après avoir volé un sac et frappé (huit jours d’ITT) un contrôleur. Dans ce même train, un délinquant, bien connu des services de police, ayant volé un portefeuille était arrêté.  5
1 Chiffres du Ministère de l’Intérieur 2 op. cité L’insécurité en France, p 22 3 Libération, 23 septembre 2002 4 Conversation avec l’auteur 5 Le Midi Libre, 14 août, 2001.
A quai, les trains sont saccagés. Les voyageurs du TGV subissent eux aussi les intimidations et les vols de jeunes marseillais allant passer une journée à Paris, ou de jeunes parisiens allant passer une journée au bord de la mer. Le caillassage gratuit des trains est aussi en plein développement, pire encore on les prend pour cible à l’arme à feu. Le 30 mars et le 1er avril 2002, trois trains qui reliaient Paris à Nantes ont été la cible de tirs près d’Angers. Les vitres ont été brisées. Les trains suivants ont du changer leur itinéraire. La voiture n’est pas beaucoup plus sûre. A Sarcelles (Val d’Oise) en avril 1998, un automobiliste stoppé par surprise est séquestré dans une cave par cinq individus qui lui extirpent son code de carte bleue et son téléphone portable. En juillet de la même année à Bobigny, un autre est mordu à plusieurs reprises par le pitbull de ses deux agresseurs qui lui volent ensuite son véhicule.

Le 8 juin 1998, à Cachan (Val-de-Marne), quatre jeunes gens entrent dans la voiture d’une conductrice à l’arrêt, et la violent avant de lui voler sa voiture. Quelques jours plus tard, à Corbeil, un conducteur est fouillé et volé au feu rouge. Cette nouvelle tendance apparue en 1998 s’explique par le développement des systèmes d’alarmes et de sécurité qui empêche le vol de véhicules dans les parking. Les agresseurs attendent donc que le propriétaire soit au volant pour lui dérober sa voiture.

2) Des cités au centre-ville

Au bord du lac Léman, la ville de Thonon-les-Bains a vécu dans la nuit du 13 au 14 octobre 2001 des scènes de guérilla que l’on pensait réservées aux quartiers difficiles des banlieues des grandes agglomérations. A l’origine des émeutes la mort accidentelle de Stéphane, Hacine, Abdel Ila et Saïda. Les quatre jeunes gens originaires d’un quartier populaire de la ville étaient à bord de leur voiture quand ils ont percuté un mur après avoir tenté d’échapper à un contrôle de Police. Dès le lendemain la tension est palpable dans le quartier. Autour de 15 heures, plusieurs dizaines de jeunes se massent autour de l’Hôtel de police dans le centre- ville. Ils lancent des projectiles, brisent les vitres de plusieurs commerces, s’attaquent à des voitures de police. Très vite, le groupe tente d’investir le commissariat. A 17h15 une bouteille d’essence est jetée sur le cordon de police qui ceinture le commissariat. La police doit faire appel à des renforts qui viennent d’Annecy, Grenoble et Annemasse. Les « jeunes » quitteront les lieux dans la soirée et s’attaqueront aux voitures, brûlant neuf d’entre elles. Un colis piégé soufflera enfin le premier étage d’un petit immeuble.

Une émeute qui semble révéler un nouveau phénomène : les malfaiteurs des cités n’hésitent plus à investir les quartiers, qu’ils qualifient de « bourgeois » des grandes villes de France pour s’attaquer aux représentants de l’Etat en cas de bavures.  Déjà lors des manifestations lycéennes de 1995, des bandes s’étaient infiltrées dans le cortège, avaient investi des grands magasins et  pillé plusieurs bar-tabac.Un scénario que la police tente d’éviter à chaque grande manifestation parisienne, qu’elle soit festive comme le passage à l’an 2000, ou politique comme durant les manifestations qui ont succédé au premier tour de l’élection présidentielle.  Le sentiment d’impunité qui s’est développé dans leur quartier fait qu’ils sont en voie de s’approprier, quand la nuit tombe, certains lieux comme le Forum des Halles, les Champs Elysée ou l’esplanade de la Défense.

C’est sur cette dernière qu’en janvier 2001, deux bandes s’étaient donné rendez-vous pour un règlement de comptes. La France entière découvrait, saisie, une violence débridée  qui n’était plus cantonnée à quelques cités. Il était 15h 30. Le centre commercial accueillait comme chaque jour des dizaines de milliers d’acheteurs. En quelques minutes, plusieurs bandes ont fait irruption sur les quais souterrains du RER. Le visage masqué par des écharpes ou des cagoules, ils ont progressivement convergé vers le cœur des Quatre temps, où à près de trois cents, armés de battes de base-ball, de couteaux, de barres de fer, d’armes à feu, les voyous de Mantes la Jolie et de Chanteloup les Vignes (78) se sont préparés à un affrontement sanglant. Dans la bagarre générale onze personnes ont été blessées. Une des victimes, grièvement atteinte d’un coup de couteau qui lui a perforé la cage thoracique a dû être transportée à l’hôpital. Il aura fallu l’intervention des CRS et de la Bac ( brigade anticriminalité) pour que l’affrontement ne tourne pas au bain de sang.

3) Les campagnes et les lieux de vacances

Jusqu’à cette semaine de février 2002, la Fou d’Allos était une petite station familiale et paisible des Alpes du Sud. Mais cette année là, la mairie du Havre avait envoyé un centaine d’enfants et de « jeunes en difficulté » aux sports d’hiver. La station a alors découvert la vie des cités. Insultes dans les queues du télésiège, dégradation de matériel, vol à l’étalage… Face à ces provocations les commerçants de la station ont répondu par la violence. Bilan : plusieurs blessés. Quelques mois plus tôt à Lanion, au creux de la vallée du Léguer, entre la Côte de Granit Rose et la Côte des Bruyères le commissariat s’était fait attaquer par une quinzaine de « jeunes » de la banlieue parisienne. Ils voulaient libérer trois camarades incarcérés pour avoir aspergé avec une bombe lacrymogène un agent qui leur avait demandé de baisser la musique et de ranger leur véhicule. « La loi c’est nous » crièrent-ils en attaquant le commissariat à coup de battes de base- ball.
A Bénodet, village de Bretagne Sud on a découvert les violences urbaines.  En l’an 2000, la délinquance y a augmenté de 20% durant les deux mois d’été.  A Carnac à quelques kilomètres de là, certaines plages deviennent infréquentables après 22 heures durant les deux mois d’été. Une dizaine de « jeunes » envoyés en réinsertion par le ministère de la justice sèment la terreur en brûlant des chiens ou encore en saccageant des restaurants. Christian Penanec, maire divers droite de Bénodet, n’y va pas par quatre chemins : « Nous devons rester particulièrement vigilant pour éviter que se constituent de nouvelles zones de non-droit en bord de 1 mer ».

Au delà des lieux de vacances où les « jeunes » transportent avec eux la loi de leur quartier, c’est toute la France rurale qui découvre la loi des banlieues.
« Il y a une escalade de la violence dans les villes et les quartiers que l’on considérait jusqu’alors protégés. C’est dans ce type de zones que les délinquants viennent voler l’un des butins les plus prisés : les voitures de luxe. Comme ils ont de plus en plus de difficulté à le faire en raison de systèmes d’alarmes chaque fois plus performants, ils agressent sauvagement les automobilistes pour se les approprier » explique ce policier d’une circonscription de Sécurité publique qui a eu l’occasion de servir dans des secteurs dits aisés.

« Le phénomène des bandes gagne donc les zones rurales depuis quatre ou cinq ans, reprend Olivier Foll. En règle générale, il s’agit de groupes issus de quartiers difficiles qui décident d’aller prendre un bol d’air à la campagne pour voir si l’on peut y faire du « taf ». Le réseau autoroutier aidant, certaines de ces zones ne se trouvent qu’a une heure ou deux des villes. L’aller-retour s’effectue dans la nuit en toute tranquillité. Les résidents de ces petites communes sont du pain béni : les portes restent souvent ouvertes, la confiance et la sécurité règnent, personne ne se méfie. » 1A Nice, et autour de la ville, des « bandes juvéniles de plus en plus constituées, agressives, déterminées à imposer des zones de non-droit sèment la terreur ». 2 On constate même leur présence au festival de Cannes.  Les pays étrangers peuvent eux aussi être victimes de nos jeunes voyous. « De Janvier à Novembre 1999, la police de Genève a interpellé 145 « jeunes » venus de Vaulx-en-Velin, Bron, Lyon, etc. Le plus souvent dans de puissantes voitures volées pour forcer à toute vitesse le passage de la frontière (plus de 100 de ces intrusions violentes sur le même laps de temps, 15 agents blessés). » 3

La synthèse annuelle de la gendarmerie nationale en 1998 constatait « l’exportation du phénomène des violences urbaines en Zone Gendarmerie Nationale (ZGN) est désormais une réalité incontournable, qu’il s’agisse de la délocalisation de la délinquance en période de vacances scolaires hivernales ou estivales, ou qu’il s’agisse de la mobilité des jeunes ou des bandes » 4

Quant à l’état des lieux annuel des quartiers réalisé en mars 1999, on y découvre que les incidents violents « ont de moins en moins tendance à se cantonner au sein des zones sensibles, c’est à dire dans les lieux de résidence des auteurs : ces derniers deviennent de plus en plus mobiles et se retrouvent de plus en plus souvent en dehors de chez eux (en centre-ville, dans les lieux de villégiature…). L’utilisation des moyens modernes de communication (téléphones portables) et de déplacement (transports en commun, véhicules privés) accroît leur capacité de mobilisation et contribue à un plus grand affichage du phénomène de violence urbaine (razzias à la faveur des manifestations lycéennes de Paris). Au total, en 1998, 14,90% des incidents ont été enregistrés dans des communes ne comportant pas de quartier difficile. »1 Lucienne Bui-Trong donne une explication très claire de ce phénomène: Après avoir remarqué que depuis 1998, les violences urbaines jusqu’ici cantonnées à des quartiers s’étendaient à des « zones de passage » et de plus grande richesse (centres-villes, gares, centres commerciaux, lieux de villégiature). » Elle analysait cette nouveauté : « Dans le premier cas des jeunes issus de quartiers sensibles se déplacent ensemble, avec le sentiment d’invulnérabilité que procure un groupe soudé, surtout lorsqu‘il se trouve face à une population peureuse et individualiste refusant de s’interposer en faveur du prochain. Ils ont beau jeu alors d’afficher leur arrogance dans les transports en commun, où ils trouveraient « bouffon » et même anormal de payer leur écot, et où ils tentent même d’obtenir des chauffeurs un fonctionnement à la demande ; ils se comportent en « maîtres » dans les centres commerciaux où ils s’approprient certains espaces publics. » L’ancien commissaire n’omet pas ceux qui vont dans les quartiers aisés pour mener des actions crapuleuses violentes avant de se replier à l’abri de tous contrôles dans leur quartier. Le second cas, concerne les différentes possibilités que la vie sociale donne aux jeunes pour s’éloigner de leur quartier. « Ils rééditent alors leur esprit de bande et de territoire, que ce soit au sein des établissements scolaires (intrusion en force et armes, saccages collectifs), des lieux de villégiature (bagarre, razzias), dans les centres de
1
L’Etat des lieux annuel des quartiers, DCRG, Mars 1999
détention (où ils reproduisent parfois, degré après degré, les différentes formes de violences urbaines), ou encore dans les villages où ils veulent profiter des festivités sans jamais rien payer (« incruste »). C’est ainsi qu’acquièrent un statut de sites « sensibles », des lieux qui n’avaient aucune vocation à le devenir ». La troisième possibilité explique enfin madame Bui-Trong peut « résulter d’événements nationaux ayant fait l’objet d’un battage médiatique, comme en 1998, avec les manifestations lycéennes d’octobre. On se souvient que celles- ci ont attiré de plus en plus de pillards à mesure que les mouvements se succédaient. Le contraste était net entre les manifestants authentiques, et les vandales, dynamiques, mobiles et bien organisés ». 1 La coupe du Monde de 1998, la fête de la musique ou le 31 décembre 1999 ont aussi été émaillées d’incidents.

B) L’école de la grande criminalité? 1) Du trafic de quartier au grand banditisme
« Le crime organisé a toujours recruté dans les quartiers « chauds » où la loi républicaine est la moins appliquée, explique Stéphane Quéré, co-auteur d’un Que sais-je ? sur le crime organisé, la seule différence avec le début du siècle est que la population de ces viviers n’est plus la même. On est passé de Francis le Belge à Boualem Talata, mais le processus est le même. » 2 « Dans la France d’aujourd’hui, comment intègre-t-on la carrière criminelle, Le plus souvent à partir des quartiers « chauds », où s’opère une spécialisation criminelle des délinquants juvéniles les plus durs. L’affaire touche moins les « jeunes » des cités en général, que les noyaux durs -assez réduits, dix à vingt éléments pas plus-3 issus des mêmes cités « sensibles ». Ces individus multirécidivistes et polycriminels  forment désormais des bandes stables et « professionnelles », le plus souvent à base ethnique, pratiquant (tout ou partie) le trafic de stupéfiants, le recel de biens volés, les vols à main armée, les vols et « désossages » de véhicules, la piraterie routière et, de plus en plus, la « criminalité astucieuse » sous forme d’escroqueries aux cartes de paiements. ». 1 L’organisation d’un petit trafic de drogue est déjà l’antichambre du crime organisé.  Il exige une organisation, des associés fiables, et rapportent très vite des sommes importantes. Il ouvre, en outre, des perspectives de fortune et de gloire.

Une émission de télévision consacrée au grand banditisme était à ce sujet fort éclairante2. Elle proposait l’interview d’un jeune de homme de 35 ans appelé Alfred pour l’occasion. Celui-ci retraçait son parcours. Il vit dans une grande cité de banlieue. Dès ses treize ans il reste dehors jusqu’à minuit avec « les grands », qui très vite, lui avancent des savonnettes ( bloc de shit). Il commence à en vendre par bloc de 2,5 grammes, puis de 12 grammes. Très vite il arrive à gagner près de 40 000 F par semaine. A seize ans, les grands qui ont confiance en lui, lui proposent de vendre de la cocaïne et de l’héroïne. Il consomme un peu de cocaïne, écoule les stocks avec efficacité, si bien qu’il parvient à vendre en un mois 10 à 15 kilos de shit.  Il est alors accosté par des gens respectables, patrons de bars et de restaurants qui lui proposent de faire un hold-up. Il y participe comme chauffeur et gagne 100 000 F sur un coup. Ambitieux, il se met à son compte et fait lui même un hold-up. Il repart avec 400 000 F. Très vite les « gros bonnets » le contactent de nouveau et lui proposent d’attaquer un fourgon blindé. Armé de lance-roquettes et de fusils-mitrailleurs il participe à l’attaque. On lui propose alors de placer son argent dans des « tapins » (prostituées)…Le parcours d’Alfred illustre les possibilités qu’offrent les zones qui ont rompu avec la loi républicaine aux jeunes délinquants avides d’argent facile.
La criminalité y est multiforme : du trafic d’armes ou de drogue au blanchiment en passant par les attaques de transporteurs de fonds. Pour ces gangsters les quartiers en sécession sont une base de repli idéal au cas où des enquêteurs tenteraient une perquisition ou effectuerait une interpellation. Il suffit d’envoyer les petits frères  assiéger le commissariats et s’il le faut provoquer une émeute.

Ce que dit Malek Boutih en affirmant que 5 000 gangsters :
« terrorisent les quartiers, violent les filles en tournantes, cament leurs petits frères jusqu’à l’os, s’équipent en armes de guerre et tiennent chambres de torture dans les caves. »
1
2) Islam et « quartiers » a) « Oussama il est trop fort »

C’est devenu un cri de guerre, une figure sur t-shirt, une idole dont on attend l’apparition dans les Guignols de l’info comme celle d’une star du show-biz.  Quand la télévision, la radio, des journalistes viennent interroger les jeunes des cités,  ils répètent « Oussama il est trop fort »2. On écrit son nom sur les murs de la ville, de préférence sur celui des synagogues, on crie Vive Ben Laden, comme on avait chanté la victoire des bleus le 12 juillet 1998. Les banlieues se seraient-elles brutalement convertie au terrorisme islamique? Rien n’est moins sûr. Ces phénomènes relevés au lendemain des attentats du 11 septembre tiennent plus de la provocation volontaire que de la doctrine politique ou religieuse. Ces jeunes conspuent l’Amérique qu’ils suivent pourtant du cinéma à la tenue vestimentaire.

Reste que s’il est difficile d’établir des connexions entre la petite délinquance, le crime organisé des quartiers sensibles et le fondamentalisme islamique, les arrestations effectuées par le juge Jean- Louis Bruguière tout comme la présence de français dans les rangs d’Al Qaïda témoignent de l’existence de réseaux terroristes en France. Recrutent-ils en partie dans la jeunesse qui peuplent les quartiers « en sécession » ? C’est là la question qui nous concerne. Selon Richard Bousquet, responsable du syndicat des commissaires et hauts fonctionnaires de la police nationale, il faut craindre dans « les quartiers de tous les dangers » une « reconstruction identitaire sur l’islam d’une partie de la population immigrée ». On verrait alors basculer dans le terrorisme « une poignée d’activistes manipulés par quelques commanditaires étrangers». 1 Il terminait « Bien que plus de deux cents islamistes soient incarcérés dans nos prisons, le vivier humain que peuvent fournir nos quartiers en difficulté à l’islamisme radical est toujours aussi grouillant de beurs réislamisés et de convertis frottés de délinquance prêts à se lancer dans l’aventure terroriste au signal d’un cerveau du djihad international. » 2

Un note de la DCRG 3sur « un trafic de stupéfiants en relation avec des islamistes » trace le portrait de ces figures à mi-chemin entre le trafic et le fondamentalisme musulman. « Mohammed Rezgui, né le 30 juillet 1951 à SERS (Tunisie) (…) il est en relation étroite avec Ouassini Hdjioui, chargé du blanchiment de l’argent de la drogue. Militant au sein de l’association « Foi et pratique », émanation en France du mouvement piétiste « Tabligh », Mohammed Rezgui se livre au prosélytisme auprès des jeunes beurs des quartiers sensibles de Nanterre, invitant notamment les toxicomanes à lire des ouvrages relatifs à  l’islam. » Ou encore : « Mustapha Dafrane, né le 8 juin 1974 à Khourigba (Maroc) de nationalité marocaine(…) Membre de « l’Union des Organisations Islamiques de France » (U.O.I.F), l’intéressé est entraîneur d’arts martiaux (kung-fu) et à ce titre a été membre de bureaux d’associations sportives de l’agglomération orléanaise, n’existant plus actuellement, depuis les arrestations effectués dans ce milieu après l’attentat de Marrakech. Mustapha Dafrane se rend régulièrement dans le quartier sensible de la Salmonerie à St Jean de la Ruelle, où résident de nombreux maghrébins, souvent touchés par la délinquance. »
Le parcours d’un des « héros » du terrorisme islamiste, Khaled Kelkal est pris pour exemple. Né le 28 avril en Algérie, il a grandit à Vaulx-en-Velin, ville célèbre pour ses émeutes de 1990. Le soldat du GIA a un frère fiché au grand banditisme. Lui a été un habitué des rodéos nocturnes. Il a été condamné en 1991 à quatre ans de prison. Il n’en effectuera que deux. Avec son ami Karim Koussa, jeune de Vaulx-en-Velin lui aussi connu des services de police, il participa activement à la campagne terroriste mené par le GIA durant l’été 1995.

L’enquête sur le réseau Kelkal révélera que le GIA avait formé sur place, dans les banlieues de Lille et de Lyon, leurs moudjahidines. Le climat d’impunité de ces quartiers, difficiles à filtrer par les réseaux de renseignements, n’a pas dû nuire à cette formation. En 1996, à la veille du G-7 à Lille, une action terroriste échoue contre le commissariat central de la ville. L’enquête conduit les policiers devant le repaire d’un gang à Roubaix. Le 31 juillet 1996, la police arrête deux membres du réseau : Hocine Bendaoui et Laïfa Kabou. Bendaoui parle et laisse entendre que les nombreux braquages attribués au gang de Roubaix avaient pour but de financer la cause islamiste. Il est en lien avec l’IHH d’Istanbul, organisation qui sous couvert d’humanitaire a pour objectifs de  « recruter des soldats d’expérience en vue de la guerre sainte. »
Laurent Mucchielli refuse cependant d’envisager un risque de « réislamisation » radicale des cités, et refuse de voir un symbole en Khaled Kelkal. Pour lui, c’est là le propos de « pseudo- experts » qui « ont des accointances fortes avec l’idéologie d’extrême- droite » et qui « reprennent largement les schémas intellectuels qui permettaient d’analyser le terrorisme d’extrême- gauche dans les années 1970 ». Il poursuit « ce qui est pris souvent comme exemple par les gens qui font cette amalgame c’est l’histoire de Khaled Kelkal. »1

Le 1er septembre 2001, au nom d’Allah (selon ses propres termes), un « jeune » de vingt cinq ans, Safir Bghioua, attaque une patrouille de police dépêchée dans le quartier de la Devèze, à Béziers ( Hérault). Dans la matinée du 2, il tue d’une rafale de pistolet-mitrailleur le chef de cabinet du maire, Jean Farret, avant d’être lui-même abattu par les policiers du GIPN de Marseille. Les policiers découvrent dans le coffre  de sa BMW plusieurs armes de guerre. Dans son appartement,  il se dissimule un véritable arsenal militaire en provenance de Bosnie. Laurent Mucchielli refuse cependant de voir dans ce drame un symbole de cette nouvelle génération de musulmans formée dans la délinquance et converti par des imams partisans de la Djihad. « Le fait existe, c’est évident, mais tout le problème c’est comment l’interpréter. Le discours médiatique consiste à prendre ce qui est au point de départ un fait divers, qui existe, mais dont on ne sait pas s’il est significatif de quelque chose. On assiste actuellement dans les médias à la tendance à l’ériger en événement exemplaire, révélateur d’un horizon de pensée qui est le catastrophisme ». 1 Les attentats du 11 septembre et la guerre qui a suivit ont cependant révélé l’importance des réseaux terroristes islamistes en France et le vivier que représente pour eux la population des cités. La DST et la DGSE estiment « entre trois cent et cinq cent le nombre de français qui auraient transité par les écoles Coraniques au Pakistan ». 2
Près de 300 islamistes français auraient transité par les camps de l’organisation d’Oussama Ben Laden, selon les estimations des mêmes services de renseignements. 3 Quatre français sont à Guantanomo aux côtés des membres d’Al Qaïda arrêtés par les soldats américains en décembre 2001. Le président de SOS-Racisme, Malek Boutih, voit là une menace réelle : « Les islamistes ont des méthodes de fascistes. Moi, je ne veux pas d’organisations islamistes en France, même si elles prennent le faux nez d’associations culturelles ou caritatives. Derrière le travail social, on propage la haine. » 4 Il sait que de nombreux islamistes ont pour objectif de quadriller les cités : « pour imposer leurs voiles et leurs normes. »

Mina Kaci journaliste a été à la rencontre de ces militants d’Allah qui vivent dans les quartiers sensibles. Elle a passé une soirée autour d’Akim, Idir et Julio. Ils se réunissent dans le Hall de leur immeuble de la cité Gabriel-Péri, à Gentilly, dans le Val-de-Marne. Un soir après la prière, ils l’ont reçue. Elle raconte 1 : « Une quinzaine de jeunes hommes entoure les deux femmes journalistes (photographe et rédactrice) que nous sommes. Akim est le plus méfiant, le plus prolixe, le plus  » ancien  » fidèle. Vingt et un ans, ce Français d’origine algérienne connaît par cœur le Coran dont il ne se sépare plus. Il y a encore trois ans, il sombrait dans la délinquance.  » Une soirée, des personnes de Bagneux ont fait un discours en plein air aux jeunes. Ce jour-là, leurs paroles m’ont touché, ça a été le déclic. Ils parlaient de la grandeur du créateur.  » Depuis, Akim, la barbichette bien taillée, se rend régulièrement à la mosquée de Bagneux (Hauts-de-Seine) :  » C’est là que j’ai été formé. Mon comportement a complètement changé. Je ne fais plus de bêtises, je respecte les gens et la famille.  » Un bac professionnel en poche, sans emploi, il se lance éperdument dans une quête spirituelle, étudie pendant un an et demi la religion dans  » une ligue islamique  » située à Paris. « Et devient un militant zélé de sa foi. C’est lui qui convertit Julio et Mathieu, qui réislamise Hédi, Idir et tant de copains  » nés  » musulmans. Il a fait de son petit monde, des missionnaires de la Jama’at al tabligh (société pour la propagation de l’islam). Ce n’est qu’à la dernière de nos rencontres qu’ Akim nous a dévoilé son appartenance à ce courant religieux d’origine indo-pakistanaise connu pour pratiquer le prosélytisme, essentiellement dans les banlieues et les prisons.  Le soir, en bas de l’immeuble, sur le grand tapis, les nouveaux adeptes apprennent  l’arabe, la vie du prophète Mohammed et tous les préceptes de la religion. Le dimanche, deux fois par mois, ils organisent ce qu’ils nomment  » le discours « , prononcé par  » les gens de Cachan ou de Bagneux « . Moment très attendu, suivi par une vingtaine de personnes. Qu’en est-il exactement ? On ne le saura pas. »  La journaliste reprend: « Christian Fischer, premier maire adjoint (PCF) de Bagneux, avoue son inquiétude devant  » le travail souterrain réalisé par les intégristes.
Ils viennent recruter dans le quartier sud de la ville.  On ne sait d’où ils viennent. Dans ce quartier transformé en ghetto de la misère,
le trafic de drogue et l’économie parallèle tournent à plein. »

A Villetaneuse Yacine est plus offensif « Ben Laden , il a trop bien parlé. Il a défendu les palestiniens, Et si tu es musulman, tu es obligé d’être de son côté ». « Dans certains quartiers, écrit Jean Michel Decugis, des sources locales attestent que des extrémistes, plus révoltés qu’islamistes, armés et connus dans le grand banditisme, se disent prêts à se transformer en kamikaze et à commettre des actions en France. »1 « Ils font part de cette volonté dans des circuits très fermés, explique une source non policière. Ils disent que la guerre sainte est pour bientôt et qu’il faut se tenir prêt. Ils ne plaisantent pas. Ils disent que la guerre doit se faire partout. »2 Ce chiffre impressionnant a même surpris les services secrets français. D’où viennent ces jeunes ? comment ont-il été formés ? Où prêchent les imams intégristes ? Opaques et méconnus des services de police, les réseaux souterrains d’Allah semblent avoir compris quel terreau formidable  pourrait représenter l’existence de « zones de non-droit » en France.

b) La nouvelle « Intifada »
Créteil en juin 2001, Stains en novembre, Goussainville en janvier 2002, Lyon, Marseille et Strasbourg en mars. Les agressions anti-juives se sont multipliées ce derniers mois. « Un nombre inédit d’agressions antijuives a été recensé en France en 2001 »3 . Le week-end pascal de l’année 2002 donna même lieu à deux nuits d’agressions particulièrement spectaculaires dans toute la France. Dans la nuit du vendredi au samedi, une quinzaine de personnes attaquaient la synagogue de la Duchère à Lyon, à l’aide de voitures béliers qu’ils précipitaient contre les portes, avant de les incendier. Samedi après-midi, c’est un jeune couple de confession juive qui était agressé, insulté et battu par un groupe de cinq personnes d’origine maghrébine à Villeurbanne. Le jeune homme sérieusement blessé, et son épouse enceinte sont hospitalisés. Pendant ce temps, dans la banlieue toulousaine, un inconnu faisait feu à deux reprises, sans faire de blessés, sur la devanture d’une boucherie cachère. Enfin, dans la nuit de samedi à dimanche, les portes de la synagogue du quartier de Cronenbourg, à Strasbourg, étaient à leur tour incendiées.

A Marseille le soir du 1er avril, c’est une synagogue qui brûlait totalement dans les quartiers nord, le surlendemain malgré une présence policière accrue, une autre synagogue de la ville était attaquée au cocktail Molotov. « On ne fait plus venir une télé en cramant une voiture. Non, maintenant le bon truc c’est flamber une synagogue. » 1 dit Ahmed, de Goussainville
La flambée antijuive dans les banlieues depuis le novembre 2000 et la deuxième Intifada a mis au grand jour la fragilité de ces quartiers. Le conflit israélo-palestinien est présent depuis tellement longtemps dans leurs vies, sur les écrans des télévisions, qu’ils ne semblent plus vraiment faire la différence entre ici et là-bas. La police doit parfois même avouer son impuissance, comme ce policier lyonnais après l’incendie de  la synagogue de la Duchère. « Comment réagirait le quartier à haut risque à des arrestations dans le climat particulièrement tendu que nous connaissons actuellement ». 2 Quand à Pierre-André Taguieff, philosophe et essayiste, il s’inquiétait au micro d’Europe 1: « Quand on sait la violence et le sentiment d’impunité que des jeunes arabo- musulmans ont pu développer dans les cités, on peut imaginer le pire. »

1 Le crime organisé, Stéphane Quéré et Xavier Raufer, PUF 2001, p 15 2 Pièces à Conviction, France 3, Janvier 20021 Le Monde, 13 juin 2002 2 Voir « Les Territoires perdus de la République »- Fayard- Mille et nuits- 20021 Insécurité, nouveaux risques les quartiers de tous les dangers, l’Harmattan, p. 26 (1998)  2 ibid-p. 151 3 30 août 19951 ibid.  2 Le Figaro, 19 décembre 2002 3 Le Journal du Dimanche du 16 décembre 2001 4 L’Express, 9 mai 20021 L’Humanité, 10 octobre 20011 Le Point 12 octobre 2001 2 ibid.  3 le Livre Blanc des violences antisémites, Jean-Claude Lattès 20011 Le Figaro, 3 avril 2002 2 Le Figaro, 4 avril 2002

1Entretien avec www. Amnistia. Net, 19 septembre 2001

Chapitre IV Un plan Marshall pour les banlieues

A) Quelles solutions pour la police 1) La grande déprime
« Avec un peu de détermination on peut se rendre partout » affirme Julien Dray, député PS de l’Essonne et spécialiste des question de sécurité.  Selon lui, comme selon beaucoup d’autres d’élus et de hauts- fonctionnaires,   les «  zones de non-droit » ne sont pas une fatalité. Elles sont surtout le fruit d’un manque de volonté politique dont l’illustration la plus flagrante est le peu de moyen donné à la police pour maintenir l’ordre républicain.

Que fait la police ? dit la formule populaire. « Elle souffre, répond le journaliste Christophe Deloire, des policiers tombés dans des guet-apens à Avignon et à Antibes ; le commissariat de Clichy victime d’un jet de grenades ; à Béziers, des poutres en béton de cinquante centimètres jetées du haut d’un immeuble sur des voitures de police…. ». 1 Elle souffre aussi d’une organisation qui n’est plus adaptée aux situations de plus en plus délicates que les policiers sont amenés à affronter. Ainsi selon l’économiste Jacques Marseille : « au moins 10% des effectifs de la police, voire 20%, soit 10 000 à 20 000 policiers actifs, sont affectés à des taches non policières et gèrent, par exemple, la maintenance informatique ou les réparations des véhicules automobiles. »2. D’après un spécialiste de la sécurité sur 130 000 fonctionnaires, seuls 80 000 policiers seraient sur le terrain. Sur Paris en particulier sur 19 000 policiers, « près de 2 800 policiers sont affectés à des taches qui ne relèvent pas de leur mission normale. »3
1 Le Point 5 avril 2002 2 le grand gaspillage, Plon 2002  3 Rapport annuel 1999 de la Cour des Comptes
Elle souffre de voir ses hommes tiré « comme des lapins » se plaint Bruno Beschizza du syndicat Synergie-officiers. Elle réclame la sécurité maximale. Reste que les réponses à ses questions dépassent le seul cadre de la Place Beauvau. Un ancien directeur central de la sécurité publique pose ainsi le problème : « Y aurait-il des zones de non-droit ? Le sort des coupables importe-t-il plus que celui des victimes ? Une politique pénale doit-elle se bâtir uniquement en fonction des places disponibles dans les prisons ? Les policiers sont-ils condamnés à voir le fruit de leurs efforts ruiné par des décisions de justice qui développent chez les délinquants, notamment les plus jeunes, un sentiment d’impunité, souvent source de violence ? ». 1
Elle souffre du politiquement correct qui fait que l’on cache la réalité lorsqu’elle est trop inquiétante. Lucienne Bui-Trong ancien commissaire des RG, en a fait l’expérience. Son outil d’évaluation des violences urbaines (8 niveaux cités au Chapitre I) a été supprimé parce qu’il saisissait trop bien une situation dérangeante. Elle s’explique : « L’information était de mieux en mieux fournie par nos services territoriaux. Tout confirmait l’aggravation globale de la délinquance dans les cités : les réactions de la population, des professionnels, des élus, le durcissement des modes d’action des bandes, le rajeunissement et le nombre croissant des émeutiers, souvent une quinzaine hier, et plus facilement une cinquantaine aujourd’hui. De 106 points chauds identifiés en 1991, on est passé à 818 quartiers sensibles en 1999. Et ce sur tout le territoire. Ces informations n‘étaient pas politiquement correcte. » 2
Depuis près de dix ans, les initiatives d’Etat ou privées tendant à restaurer l’ordre républicain dans les quartiers sensibles ont été nombreuses. Certaines dispositions concernent tout particulièrement « les cités interdites ». En 1994, la Loi d’orientation et de programmation relative à la sécurité (on l’appelle LOPS) est préparée par Charles Pasqua. Elle est votée par le parlement cette même année et sera partiellement censurée par le Conseil Constitutionnel. Elle définit néanmoins de nouvelles méthodes pour la police et les services privés, appelés à participer à la protection des biens et des personnes. Se plaçant dans le fil de la loi du même type présentée par Pierre Joxe en  1985, elle mettait en place de nouveaux moyens particulièrement disposés à empêcher la création de quartier de sécession. Les trois principaux aspects concernant notre sujet sont la vidéosurveillance, l’accès aux parties communes des immeubles et  d’habitations, la surveillance et le gardiennage d’immeubles. La vidéosurveillance, technologie très utilisées notamment par les britanniques est possible dans un cadre précisément défini par le Conseil Constitutionnel (pour les principes généraux) par la Commission nationale de l’Informatique et Liberté (pour les systèmes de vidéosurveillance liés à un fichier informatisé), la Commission départementale des systèmes de vidéosurveillance pour les autres cas. 1 Il faut dans ce cas présenter un dossier comportant six éléments:

-l’explication des finalités ;
-les plans des installations
-le descriptif technique
-les consignes d’exploitation
.  la mise en sécurité des équipements et des enregistrements

.  la modalité d’information et d’accès du public aux images.

L’accès aux parties communes des immeubles d’habitation est essentiel dans la lutte que mène la police contre le développement de quartiers en sécession. C’est dans ces halls qu’ont lieu les scènes d’intimidation ou de dégradation qui installent un climat délétère. L’article 12 de la loi prévoit que : « Les propriétaires ou exploitants d’immeubles à usage d’habitation ou leur représentants peuvent accorder à la police ou à la gendarmerie une autorisation permanente de pénétrer dans les parties communes. » Ce même article incite aux initiatives privées en imposant aux « propriétaires, exploitants ou affectataires, selon le cas, d’immeubles à usage d’habitation et de locaux administratifs, professionnels ou commerciaux ». Une directive qui concerne directement les agences bancaires, les pharmacies, les commerces d’objets précieux qui se trouvent à proximité des quartiers difficiles.

Trois ans et une alternance politique plus tard, Jean Pierre Chevènement organisait à Villepinte, un colloque sur la sécurité intérieure. Devant l’insécurité grandissante et la multiplication inquiétante de quartiers explosifs, les actes de ce colloque après avoir rappelé dans en préambule que selon la Déclaration des droits de l’homme, la sûreté était « le socle nécessaire à l’exercice de toutes les libertés », donnaient les grands traits d’une nouvelle méthode pour contrer l’insécurité : Les Contrats Locaux de Sécurité (CLS). Ceux ci ont le mérite d’exiger avant toute décision un diagnostic de sécurité qui ne prend pas pour seule source les statistiques du ministère de l’intérieur. « Acte de courage, écrit Alain Bauer, qui vise à reconnaître la réalité de faits délictueux ou criminels subis par la population, en lieu et place de l’habituel discours sur la baisse de la délinquance et d’honnêteté ( qui interdit dans les faits de rejeter les réclamations de la population au nom d’une supposée psychose irrationnelle) » 1 Ces CLS ont pour objet : 1) La prévention de la délinquance 2) L’apprentissage de la citoyenneté 3) Développer la solidarité de voisinage 4) Prévenir le développement de la toxicomanie et des phénomènes de bande 5) Prévention dans les établissements scolaires et à leurs abords 6) Aide aux victimes 7) Médiation pénale 8) Aide aux adultes dans leur mission d’autorité 9) Prise en compte de la sécurité en matière d’urbanisme 10) Coordination des actions des forces nationales de police (police nationale et gendarmerie nationale), notamment dans l’accueil et l’enregistrement des plaintes. Il exige avant d’être signé qu’un diagnostic local de sécurité ait été établi. Au 1er janvier 2001, 700 CLS étaient en cours de négociations. L’efficacité de cette disposition dépend en grande partie de l’engagement des services de l’Etat, « notamment en matière judiciaire ». 2

L’une des dispositions qui accompagnent ces CLS, est la police de proximité.  Expérimentée de 1997 à 1999  elle a pour but de « rompre avec la nature de police d’Etat privilégiant la défense des institutions et la gestion des manifestations de rue », et de privilégier « la mise en place d’une véritable police nationale, chargée en priorité de la protection des personnes et des biens. »
Ces dispositions auxquelles il faudrait ajouter celles de Nicolas Sarkozy, actuel ministre de l’intérieur, témoigne de la détermination dont ont fait preuve les différents gouvernements à combattre l’insécurité. Elle témoigne aussi par la reconnaissance des enquêtes de victimation, d’une volonté de connaître la réalité de l’insécurité. Reste qu’elles ne suffisent pas à faire reculer les quartiers en sécession. « Les voyous que l’on arrête écopent de peines dérisoires. a développe leur sentiment d’impunité et le mépris qu’ils portent aux policiers. » s’afflige ce jeune gardien de la paix de Poissy. 1 C’est que la détermination de police n’empêchent pas les lenteurs et les contradictions de la justice.

2) Que font les juges ?  Elle s’appelle Nadia. Elle a quatorze ans. Elle a participé à la séquestration et à la torture d’un jeune de 18 ans. Elle a cherché à le tuer. Elle l’a battu, l’a étranglé. Dans le prétoire, elle n’exprime aucun remords. Elle trouve le procès bien long. Elle repart libre et s’apprête à reprendre son stage…d’animatrice de quartier. Cette situation à la fois ubuesque et tragique témoigne du désarroi dans lesquels peuvent être nombre de policiers et de juges. Soumis à l’ordonnance de 1945, ils ne sont pas armés pour affronter la délinquance de plus en plus précoce.  L’ordonnance relative à l’enfance délinquante stipule que :  Article1 les mineurs auxquels est imputé une infraction qualifiée crime ou délit ne seront pas déférés aux juridictions pénales de droit commun, et ne seront justiciables que des tribunaux pour enfants ou des cours d’assise des mineurs.   Article 4 I Le mineur de treize ans ne peut être placé en garde à vue.

En cas de délit puni d’une peine inférieure à cinq ans d’emprisonnement, la garde à vue d’un mineur âgé de treize à seize ans ne peut être prolongé.  Des dispositions que les mineurs de moins de seize et de treize ans, et leurs grands frères qui peuvent ainsi les utiliser, ont très vite assimiléES.  Cette difficulté juridique n’est pas la seule. « Depuis 1972, écrit Olivier Foll, on a connu dix-huit aménagements qui ont à chaque fois instillé un peu plus de droit anglo­saxon (procédure accusatoire) dans le nôtre (procédure exécutoire). Il s’agit d’approches différents qui, à force de rajouts, rendent le code de procédure pénale incohérent. » Enfin poursuit-il « la justice se retrouve dans une situation grotesque où le juge d’instruction et l’avocat de la défense doivent plaider leur cause devant le juge des libertés ? Et la victime dans tout cela ? Qui a pensé à elle et aux risques que ces pratiques lui font encourir ? sur 470 gardes à vue d’une circonscription de banlieue, 40 sont déférées devant le juge des libertés et seulement la moitié des prévenus connaissent la détention provisoire. »1

A cette loi s’ajoute la loi Guigou sur la présomption d’innocence qui multiplie les causes de nullité et impose parfois aux magistrats de relâcher des criminels.  Une situation accentuée par l’angélisme de certains magistrats dont témoigne cet entretien du 27 mars 2000 avec le vice-président du tribunal de Grande Instance  de Versailles « chargé de l’application des peines » parue dans la Gazette des communes .2 « Thème de l’entretien : que faire des individus condamnés à des travaux d’intérêt général(TIG) pour violences urbaines (« outrage à personne dépositaire de l’autorité république, rébellions; dégradations ») ? Notez bien qu’il s’agit de condamnés, dans un système qui laisse passer la plupart des malfaiteurs entre les mailles du filet (80% de classements sans-suite, non-lieux, etc.). Pour ce magistrat, il s’agit de « parvenir à inscrire des condamnés dans une logique d’insertion ».  Pour cela, on leur « propose » (comme on propose le menu, au restaurant, au choix du client) un stage pour provoquer chez eux « une prise de conscience de l’importance de respecter les règles qu’ils enfreignent ». Et le même de souligner que ledit stage est calqué » sur le modèle de ceux que propose la Sécurité routière aux personnes condamnées pour infraction au code de la route. » Un imbroglio juridique dans lequel les malfrats se retrouvent très bien. Ils exposent les plus jeunes et jouent les naïfs, les victimes et les repentants devant le juge. Une hiérarchie du crime à punir s’est donc instaurée par la force des choses. La justice se fixe sur les grosses affaires, et la petite délinquance en profite. Elle semble alors bénéficier d’une impunité quasi-totale.

Pourtant ce système utilisé par les caïds n’est pas imparable. Il faudrait seulement :
« appliquer fermement l’article 227-21 du Nouveau Code Pénal (section V de la mise en péril des mineurs) qui prévoit que « le fait de provoquer directement un mineur à commettre habituellement des crimes ou des délits puni de cinq ans d’emprisonnement et de 1 000 000 F d’amende. Lorsqu’il s’agit d’un mineur de 15 ans, l’infraction est punie de sept ans d’emprisonnement.. »1 Interrogé par un hebdomadaire, Dominique Perben, Garde des Sceaux du gouvernement Raffarin reconnaissait le marasme dans lequel se trouve le système judiciaire français : « Sur cinq millions de procès-verbaux enregistrés chaque année, six cent mille poursuites seulement sont engagées. Une peine sur trois environ n’est pas exécutée. » 2 Une situation dont profite largement ceux qui ont installé dans les cités un système parallèle hors la loi et lucratif dont ils comptent bien vivre encore longtemps.

B)Quelles solutions ?
Devant un problème si vaste, faisant appel à tous les niveaux de la société, il serait difficile de tenter de définir dans ces pages les moyens qui pourraient faire disparaître ces « zones de non-droit ». Notre propos est de déceler quelles sont les menaces criminelles présentes et à venir. Il convient d’abord d’en saisir la réalité. C’est ce que nous avons essayé de faire dans les trois précédents chapitres. Celui-ci a pour objet de connaître les possibilités de défense des organismes républicains. Il se propose dans cette dernière section de confronter les propos de ceux qui, policiers, politiques, experts de tous bords tentent d’apporter des solutions à ce problème extraordinairement complexe.

La première nouveauté est que, mis à part quelques chercheurs tel Laurent Muichelli, qui contestent l’explosion de la délinquance et ne voient dans les émeutes de quartiers que le cri de désespoir d’exclus oubliés, la quasi totalité de ceux qui se penchent sur le sujet reconnaissent l’existence de « zones de non-droit » animées par différents trafics, notamment la drogue et les armes. Leurs constats se ressemblent mais ils ne voient pas les mêmes causes et les mêmes solutions pour restaurer l’autorité de la République.

1) Paroles d’élus De gauche, comme de droite, ils prennent de plus en plus la parole pour exiger des réponses d’Etat aux problèmes des « zones de non-droit ». Côté droit c’est d’abord Philippe Douste Blazy qui ne cache pas son admiration pour Rudolph Giulani, ancien maire de New York, qui a résorbé la criminalité dans sa ville en pratiquant la tolérance zéro : « J’ai décidé cet été de me rendre à New York, raconte-t-il, afin d’étudier les remèdes et les raisons de ce qui est présenté partout dans le monde comme une réussite exemplaire. Il y a six ans j’ai vécu plusieurs mois à New York où j’avais rejoint une équipe de chercheurs. Le contraste entre la situation d’hier et celle d’aujourd’hui est saisissant : il n’y a plus de zones de non- droit, Harlem n’est plus le
territoire de ces bandes rivales qui entretenaient un véritable climat de guerre civile. »1

Nicolas Sarkozy juge lui que la reconquête de ces territoires est la première réponse à l’insécurité . « La situation de l’insécurité dans notre pays est extrêmement préoccupante ( …) Les quatre premiers mois de l’année sont très mauvais: +5% d’augmentation de la délinquance, ce n’est pas une mode médiatique. Elle n’est pas faite par la télévision, la réponse à l’insécurité doit être multiforme et doit passer par l’éducation, la famille, la prévention et la répression (…)Je voudrais que l’on passe d’une stratégie défensive à une stratégie offensive (…) Je souhaite que nous allions maintenant, policiers et gendarmes, chercher les délinquants avant qu’ils n’agissent(…) Il n’y a pas un centimètre carré du territoire national qui doit être en zone de non droit ».2

Une détermination qui ressemble à celle de Jean Pierre Chevènement ministre de l’intérieur mettait la même énergie à combattre les violences issues des quartiers sensibles. Il souhaitait pour cela que toutes les volontés travaillent aux mêmes objectifs : « Il faut concentrer des moyens d’investigation plus importants sur les banlieues sensibles, tant pour mettre un terme aux nombreux trafics qui y entretiennent l’insécurité et les comportements inciviques que pour accroître le nombre des mises en cause des jeunes délinquants et réduire d’autant chez eux-mêmes et dans la population environnante le sentiment d’impunité. Par ailleurs, le recours à la police technique ainsi qu’aux procédés de regroupement concernant les modes opératoires et les signalements devront être systématiques. Il y aura lieu également de renforcer l’utilisation des moyens audiovisuels les plus performants offrant des possibilités d’identification des auteurs de faits de violences urbaines et donner force probante aux procédures établies à leur encontre. Ainsi les services et unités d’investigations et de recherches et les sûretés départementales, dans les départements où elles existent disposeront à la fois de l’ information et des moyens nécessaires leur permettant d’accroître leur efficacité. Lorsque des surveillances de longues durée ou extérieures au département concerné seront nécessaires, il pourra être fait appel aux unités spécialisées des services régionaux de la police judiciaire (brigade régionale d’enquête et de coordination, brigade des stupéfiants, groupe de répression du banditisme) pour démanteler les bandes de délinquants chevronnés sévissant dans ces zones. » Daniel Vaillant, lui aussi quand il était ministre de l’intérieur avait affiché sa détermination : « la peur doit changer de camp, affirmait-il Il n’est pas normal qu’il y ait des zones de non- droit. Les caïds ne doivent pas faire la loi dans les quartiers. » 2 Julien Dray quand à lui, élu socialiste de l’Essonne et spécialiste pour son parti des questions de sécurité donnait ce cahier des charges : « Aujourd’hui nous devons faire preuve de fermeté à deux niveaux. Premièrement, face aux conséquences insupportables de la violence, qui aboutit au basculement vers une logique mafieuse d’une partie de la population. Deuxièmement nous devons être fermes faces aux causes, car ne s’attaquer qu’aux conséquences reviendrait à se lancer dans une infernale fuite en avant. » 3

2)Paroles d’experts D’abord niée, puis devenu phénomène médiatique l’insécurité est aujourd’hui observée par de nombreux spécialistes. Ils peuvent être ancien commissaire, criminologue, professeur à la Sorbonne, sociologue, ils ont tous un avis tranché sur le phénomène des « zones de non-droit » ou des « quartiers en sécession » pour ceux qui préfèrent cette appellation. Sébastian Roché, chercheur au CNRS et professeur à l’IEP de Grenoble donne comme premier adversaire le trafic de drogue :« La consommation de Cannabis n’a pas d’impact sur la santé publique. Seulement, quand elle augmente, les dealers de quartiers s’organisent en filières, et entrent en contact avec des importateurs qui appartiennent à la criminalité organisée. Cela durcit leur comportement : pour 5 grammes de cannabis, personne de prendrait de gros risque, pour 5 kilos , cela vaut le coup d’attaquer un poste de police » 1 Georges Fenech, lui, ardent défenseur de la tolérance zéro demande d’abord que l’on saisisse la spécificité des ces quartiers où l’uniforme est en danger :  « Je ne méconnais pas le phénomène des hooligans ou des skinheads, mais ils n’ont pas la dimension de la violence manifestée, en France, à l’encontre de ceux qui incarnent l’ordre : policiers, pompiers, conducteurs de bus. Quiconque porte un uniforme est ressenti comme un occupant, d’où le phénomène des cités interdites et des zones de non-droit. ».2 Beaucoup de spécialistes mettent l’accent sur la détermination des politiques et l’exigence de résultats qu’elle doit avoir vis- à- vis de la police. John Mollenkopf qui a participé à la mise en place de la Tolérance Zéro à New York explique un des aspects essentiel de la méthode Giulani: « Tous les mois chaque commissaire est auditionné par le chef de police et son équipe. Debout, devant une barre, comme au tribunal, il doit s’expliquer sur ses résultats. On ne discute pas du bilan des trois mois écoulés, mais de ce qui s’est passé dans les jours précédents. La pression à la performance est très forte. Les abonnés aux mauvais résultats sont évincés. C’est là la clé de la réussite New- Yorkaise ». 3

Olivier Foll, lui, défend cette même détermination en y ajoutant la nécessité d’un travail en commun : « La mise en en place de solutions pour lutter contre la criminalité et l’insécurité, quelles qu’elles soient, passe obligatoirement par une ferme volonté politique et par la détermination de l’Etat et ses institutions dans l’application des décisions. A mon sens, les remèdes les plus pertinents à proposer visent quatre objectifs. Tout d’abord les instructions données aux forces de l’ordre doivent être claires et justifiées. Ensuite, il faut mettre en place une politique pénale globale et cohérente, strictement relayée par les parquets. Par ailleurs, apaiser l’institution scolaire s’impose en l’adaptant à la diversité des situations. Enfin, renforcer le rôle des élus locaux me paraît incontournable. » 4

Une coordination des forces que défend aussi Lucienne Bui-Trong : « Il faut aussi que, de leur côté, les institutions apprennent à travailler en partenariat, ce qui suppose ouverture, transversalité, dialogue et capacité d’élaborer des projets communs. Or, la tradition est plutôt à la circulation verticale de l’information, à la spécialisation des taches et au secret professionnel…Mais, compte tenu du terreau social et culturel où elle apparaît, la violence urbaine constitue un problème complexe et délicat. On ne le traitera que si l’on adopte une approche globale. Chacun devra y mettre du sien, car il faut une grande force de conviction pour résister au climat d’animosité que l’on rencontre dans le quotidien ». 1 Xavier Raufer, voit dans l’arrestation du noyau dur délinquant résidant dans les quartiers, l’acte le plus symbolique en même temps que le plus efficace. Dans un texte particulièrement dense, il résume les conséquences directes qu’ont ces « zones de non-droit » et le sentiment d’impunité qu’elles donnent aux bandes qui y vivent. Il en fait le poumon de la violence : « L’écrasante majorité des violences urbaines touche dix-neuf départements de la métropole ; au sein de ceux-ci, une centaine de quartiers hors contrôle. Ces zones de non-droit sont connues mieux, elles sont célèbres. Elles défrayent chaque semaine la chronique : la Rose des vents, les Pyramides, les Tarterêts, le Clos Saint-Lazare, les Bosquets… Un Far West à la française. Le ministère de l’Intérieur en tient la liste, avec nomenclature des « spécialités criminelles » : l’héroïne, les voitures désossées, le cannabis, les squats payants, etc. Dans ces cités sévissent des bandes, agrégées autour de noyaux durs de prédateurs hyperactifs et multirécidivistes. Eux aussi sont tous des célébrités locales. Sur le terrain, policiers et gendarmes en savent la liste par cœur. En avril dernier, un policier de la brigade anti-crime de Béziers (179 véhicules incendiés en 2001, 897 cambriolages) martèle : « On les connaît tous. On a identifié leurs voitures, leurs habitudes, leurs points de chute. ». Insistons : la réalité et la nocivité de ces noyaux durs ne sont pas des fantasmes droitiers. Voyez le rapport « Habiter-cohabiter, la sécurité dans le logement social » (février 2002), commandé par Mme Marie-Noëlle Lienemann, icône de la gauche socialiste, et rédigé par M. Didier Peyrat, naguère membre du Syndicat de la magistrature. Tous les acteurs de terrain le confirment : gardiens d’immeubles HLM, responsables associatifs, travailleurs sociaux. Dans ce rapport, un sondage Ipsos souligne que, pour 74 % des habitants des HLM, « une petite minorité de jeunes sont les auteurs d’une très grande partie des actes déclarés » Dans ces bandes, sévissent des boulimiques de l’agression, comme ce mineur de 16 ans, arrêté en mars dernier dans la cité chaude de la Reynerie à Toulouse et qui avoue 350 vols avec violence en trois mois. Il n’attaquait que des femmes vulnérables. En ses propres termes, « juste des vieilles ou celles qui boitent ». Chaque sac arraché lui rapportait de 10 à 50 €.  Usage du butin ? « Se payer des vêtements Lacoste et emmener sa copine au McDo ». Ces bandes sont polycriminelles et parfois proches du terrorisme. En avril dernier, dans un quartier chaud de Lyon, la police démantèle un gang qui, depuis deux ans, volait en Suisse des voitures et scooters, revendus ensuite dans les « marchés aux voleurs » du Rhône. Pour les policiers, « tous avaient déjà un casier judiciaire fourni et connaissaient la loi Guigou sur le bout des doigts ». Cette même bande avait projeté une voiture-bélier en flammes sur une synagogue de Lyon, le 30 mars écoulé. Pourquoi la synagogue ? Bof, la télé, la Palestine, tout ça… D’ordinaire leur façon de s’amuser , les voitures-béliers du gang incendiaient plutôt des gymnases ou des postes de police. Depuis que ces dix individus sont incarcérés et avant que la justice ne les relâche ou qu’une nouvelle bande ne se forme, faute de travail préventif sérieux , le quartier (12 000 habitants) est redevenu paisible. Ces quartiers hors contrôle doivent être pour de bon policés, au sens noble du terme. Ces malfaiteurs chroniques doivent être châtiés par application stricte du Code pénal. Ce, dans le calme, sans brutalité, ni effets de manche le pire serait ici qu’une sorte de Sharon des banlieues multiplie d’inefficaces et contre-productives opérations coup de poing. Dans le calme, disons-nous, mais sans retard. Car, si subsistent les Cours des Miracles des banlieues, si les jeunes prédateurs violents ne sont pas appelés au respect de la loi, les « mieux doués», les plus durs d’entre eux passeront en force à la première division du crime : le grand banditisme. Cette évolution est en cours. Les « beaux mecs » de 2010 sont déjà en pré-qualification dans les quartiers chauds. Il est du devoir d’un criminologue, qui les rencontre parfois en liberté sur « leurs » territoires, d’assurer les pouvoirs publics que la communication officielle n’impressionne pas du tout ces jeunes truands. Ils considèrent, aujourd’hui encore, la police et la justice comme « des bouffons ». Il n’est que temps de les rappeler fermement à l’ordre. »

Il y a quelques années, deux « zones de non-droit » s’étaient développées à La Haye. Quarante policiers y ont patrouillé jour et nuit jusqu’à ce que l’ordre revienne.  » S’il avait fallu mettre cent policiers, nous l’aurions fait, déclare M. Dreyssen, chef de la police à La Haye. Quand un problème survient il faut agir tout de suite(…) rétablir la confiance, montrer que la police est là, au service des citoyens. »
Laurent Davenas, procureur, ne croit pas à cette solution uniquement policière : « Ce n’est pas en bouclant une cité avec des CRS transformés en « ninjas » que l’on garantit le mieux la paix publique. Nombre de policiers l’admettent, qui confessent leur gêne, leur peur même, quand ils approchent ces gamins en jacquerie qui, bien souvent, ont l’âge de leurs propres enfants. On le sait, pourquoi le taire ? Statique et massive, la police ne fait que fortifier le ghetto ». 2 Sophie Body Gendrot, dans cette même ligne s’inquiète de décisions policières qui pourraient accentuer le sentiment de révolte de ces quartiers. Elle voit dans la violence qui y règne d’abord un moyen d’expression  : « les adolescents ont compris que les émeutes et les intimidations sont payantes : quelques voitures brûlées devant les caméras de télévision attirent plus l’attention que tous les rapports d’experts. S’opposer aux symboles d’autorité, c’est exister et retourner la violence d’une société qui exclut. Il suffit de casser pour devenir visible et entrer rapidement dans le jeu politique. Ce sont les plus entreprenants, ceux qui ne veulent pas sombrer dans l’exclusion qui s’expriment par la violence. (…) Ceux qui ne se battent plus sont déjà endormis devant leur télévision à longueur de journée, prisonniers de la « défonce » ou passés dans l’économie parallèle. » 3 Laurent Muchielli s’élève lui contre les « visions policières » de ces quartiers et de la délinquance en générale. « Je crois qu’il ne suffit pas de dire ce qui est pourtant la pure vérité, à savoir que l’augmentation de la délinquance n’est qu’un symptôme de crises générales ( crise du salariat, crise des systèmes moraux traditionnels, redéveloppement des inégalités sociales et générationnelles, ghettoïsation de certains quartiers, inquiétudes généralisées face à l’avenir, etc..) que traverse la société française. Cela ne suffit pas car, de l’autre côté , on pourra toujours s’entendre répondre quelque chose du genre : « Vous avez peut- être raison, mais en attendant il faut bien traiter les problèmes concrets et nous les connaissons bien alors laissez-nous faire notre travail de maintien de l’ordre. Par conséquent ( cela vaut d’abord pour les intellectuels mais aussi en l’occurrence pour de nombreux syndicalistes), il faut être suffisamment lucide pour ne pas s’installer confortablement dans une position de refus-retrait en rejetant en bloc le dialogue institutionnel, en menaçant de bloquer autant qu’on le peut tel ou tel fonctionnement. Pour caricaturer un peu les choses je dirais que faire la grève n’a de sens que si cela a pour but d’ouvrir un dialogue jusqu’alors refusé et de se faire reconnaître comme acteur à part entière d’un problème, mais cela ne sert pas à grand chose sur le fond si cela vise simplement à exprimer son désaccord avec une politique. Je crois qu’il faut sortir de la position « résistancielle », être davantage conquérant en opposant à la vision sécuritaire des problèmes une autre vision globale ( avec elle aussi ses principe, ses diagnostics et ses remèdes) articulée autour du concept de prévention. »1

Alain Bauer, professeur à la Sorbonne -IHESI- et président d’une société de conseil en sûreté urbaine, voudrait qu’avant tout l’on fasse le meilleur diagnostic possible pour éviter les remèdes simplificateurs et extrémistes tout comme les explications angélistes : « L’insécurité existe, elle se développe, elle change de nature. L’augmentation massive des violences contre les personnes, la transformation d’une délinquance contre les biens vers les agressions physiques, génère une demande sociale de sécurité plus forte que jamais. Le retour de la violence structure le renversement des priorités des électeurs et l’apparition de la sécurité au premier rang de leurs préoccupations. Le réel vécu par les habitants, qui n’a qu’une lointaine relation avec le réel connu des services de police, révélé par des statistiques incertaines, doit enfin être pris en considération. Tout miser sur la prévention sociale, alors même que le lien entre délinquance et chômage est loin d’être établi mécaniquement, viserait à nier l’existence de phénomènes criminels qui ne sont pas des actes militants. Tout miser sur la répression, sans chercher à comprendre l’acte, créerait les conditions d’une société répressive sans âme ni conscience. La violence en France est le plus souvent communautarisée. Les victimes et les auteurs se ressemblent, viennent des mêmes quartiers, appartiennent au même milieu social. Ne pas reconnaître l’insécurité comme une autre injustice sociale crée les conditions d’un basculement, au mieux vers l’abstention, au pire vers les extrêmes. » 1

1 Le Figaro, 17 novembre 2001. 2 Le Figaro, 1er février 20021 Le Figaro, 17 novembre 2001. 2 Le Figaro, 1er février 20021 cf Que sais-je ? Les polices en France d’Alain Bauer et Violences et insécurités urbaines (op. cité)1 op. cité Violences et insécurités urbaines p 78 2 ibid, p 821 Conversation avec l’auteur
Département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines – © DRMCC 2002 V 1 op. cité, L’Insécurité en France, p 180 2 cité par Xavier Raufer dans L’explosion criminelle1 op. cité, Violences et insécurités urbaines, p 91 2 Valeurs Actuelles, 7 juin 20021 Le Figaro, 2 octobre 1999 2 RTL le 15 mai 20021 Circulaire aux préfets, 11 mars 1998 2 AFP, 18 mars 2002 3 Le Figaro Magazine, 10 mars 20011 Le Point, 7 juin 2002  2 op. cité. Le Figaro Magazine, 10 mars 2001 3 op. cité. Le Point, 7 juin 2002.  4 op. cité, Insécurité en France, p 1961 op. cité, Violences urbaines, des vérités qui dérangent1 Le Figaro, 4 juin 2002 2 Lettres de l’Himalaya, 1998, Le Seuil 3 op. cité, Les villes face à l’insécurité, Bayard1 Intervention au colloque de Saint- Denis, « Mineurs en danger, mineurs dangereux… Quelles questions, quelles réponses ». 8- 9 octobre 19991 Le Figaro, 24 avril 2001

Conclusion

Au terme de cette étude, il paraît acquis qu’un certain nombre de quartiers des banlieues ou des villes françaises présente les mêmes caractéristiques.  Une vie quotidienne rendue difficile par le fait d’un petit nombre de malfaiteurs qui intimident les habitants ; des aspects extérieurs de délabrement (voitures brûlées) qui côtoient des signes extérieurs de richesses ( grosses cylindrées, vêtements de marque).  Une défiance quasi-systématique vis à vis des représentants de l’ordre républicain : police, huissiers de justice, mais aussi des pompiers et des médecins.   Un risque d’accrochage à chaque intervention policière.  Une économie parallèle souvent très lucrative qui va des téléphones portables aux armes de combats en passant par les drogues dures ou douces.
Ces quartiers peuvent être considérés comme en rupture avec le reste de la société puisqu’il est difficile, voire quasi-impossible d’y faire appliquer la loi.  Cette marginalité en fait des enclaves parfaites, des « paradis fiscaux » pour l’économie souterraine selon les termes d’un élu de Vaulx- en- Velin 1. Ces territoires sur lesquels l’Etat ne semble plus avoir de prise peuvent représenter,  en outre, des lieux de recrutement et d’organisation  pour d’éventuels réseaux de terroristes islamistes. Ils sont enfin la porte ouverte à toutes les dérives  ( racket, location d’appartement à des prix écrasants pour des sans- papiers, menaces sur les victimes de crimes ou de délits qui voudraient porter plainte) que la loi du plus fort transporte avec elle. Ils permettent donc le triomphe de l’illégalité, de l’agression, de l’intimidation, du vol et du trafic. Du plus fort sur le plus faible, du plus violent sur le plus civil, du plus malhonnête sur le plus honnête.  Ceux qui ont mis en marge ces quartiers font, au surplus, déborder ce climat de mépris de la loi au-delà des murs de leur cité, dans les villes, les campagnes et sur les lieux de vacances. Ils défient le reste de la société, forts de l’argent facile, de leur pouvoir d’intimidation, de l’organisation de leur « business » qui leur assure pour leur grande majorité de ne pas ou peu connaître la prison.

Plus que zones de « non-droit », il faudrait  donc parler de zones «d’anti-droit » ou de zones « a-républicaines » puisque ceux qui en ont fait leur territoire s’affranchissent délibérément  du droit républicain au profit de leurs règles qui ont pour seul objet de développer leur puissance. Le principe fondateur du droit- l’égalité des citoyens devant la loi – disparaît de ce fait.
Au lendemain des premiers et deuxième tours de l’élection présidentielle, nombreux furent ceux qui dénoncèrent la mise en scène d’une insécurité fantasmatique par la télévision, la radio et les journaux. Celle-ci aurait été à l’origine du score imprévisible de Jean-Marie Le Pen. Si cette polémique sur le rôle des media tient plus des querelles de soirées électorales que du débat d’idées, elle a révélé le tour idéologique que pouvait prendre l’analyse de l’insécurité. Ce n’était plus le crime qui était inquiétant mais le fait de le montrer. Elle a peut être eu le mérite de faire de la sûreté des citoyens la première des questions politiques. Elle a permis que l’on sorte des slogans, d’où qu’ils viennent, et que l’on puisse s’attacher à régler concrètement cette dérive des quartiers. C’est qu’à force de les laisser se détériorer, on a rendu le problème encore plus complexe. Lucienne Bui-Trong écrivait en l’an 2000 : « Si les évolutions inquiétantes des violences urbaines constatées ces dernières années, devaient se poursuivre, les quartiers difficiles tendraient de plus en plus vers une situation à l’américaine : la délinquance lucrative (business illégal, délinquance de profit avec modus opérandi violent) prendrait le pas sur la violence d’expression, les violences à connotation anti-institutionnelle devenant de plus en plus, dans ce contexte, des manières de préserver des territoires transformés en zones de non-droit au sein desquelles prédominerait une contre-culture tournant en dérision le reste de la société (les « bouffons ») et exaltant des valeurs machistes (culte de la force, mépris du faible) Si les quartiers soumis à cette logique finissent par moins faire parler d’eux en termes de troubles graves à l’ordre public, et à donner l’illusion que le problème des territoires a disparu, c’est aux prix d’un global des institutions, d’une banalisation des  incivilités et d’un processus de ghettoïsation. » Elle décrivait notre situation présente. A l’écouter, dans dix ans, il deviendra dangereux de se tromper de bretelle d’autoroute aux alentours des grandes villes, il faudra éviter certaines lignes de RER à partir d’une certaine heure, apprendre à baisser les yeux lorsque l’on croisera un groupe en vacances ou installé dans un centre commercial, s’habituer aux émeutes dans la périphérie des villes, et aux scènes de pillages lors d’événements festifs et populaires, comme lors de grandes manifestations. La culture de l’impunité continuerait de se développer pour les plus jeunes, tandis que les plus âgés joueront de plus en plus  « Les Affranchis ». Ce que Malek Boutih dit dans une formule lapidaire : « Aujourd’hui, soit on reprend le contrôle des cités, soit on bascule dans la grande délinquance. »

1 op.cité. Objectif Rhône-Alpes, Février 2002

Bibliographie

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Index des personnes citées

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Dray Julien : p. 65, 74 Farret Jean: p. 60 Fenech Georges: p. 74 Fischer Christian: p. 62 Foll Olivier : p.9, 20, 23, 25, 50, 54, 70, 75 Genestal Fabrice : p.35 Giulani Rudolph : p. 72, 75 Gourevitch Jean- Paul : p.19, 30, 31 Guérini (la fratrie) : p. 16 Ihich Aissa : p.18 Hdjioui Ouassini: p. 59 Jalouzi Adil : p.27 Jospin Lionel: p.46 Kabou Laïfa : p. 59 Kaci Mina: p. 61 Kelkal Khaled: p. 59, 60 Koussa Karim: p. 59 Lang Jack: p. 40 Lebranchu Marylise : p.27 Leclair Gilles: p.11, 24 Leclerc Jean- Marc : p.9 Le Guennec Nicole : p. 5 Le Pen Jean- Marie : p. 81 Le Taillanter Roger : p. 14, 15, 16 Lienemann Marie- Noëlle : p. 76 Marsaudon Jean : p. 9 Marseille Jacques : p. 65 Mellaz Bellaïd : p. 32 Menard Didier: p.45 Mouahanna Christian : p. 43 Mollenkopf John: p. 75
Mucchielli Laurent : p. 9, 40, 60, 72, 78 Ouadji Hafid : p.29 Ouanes Toufik : p. 17 Pasqua Charles : p. 66 Penanec Christian : p. 53 Perben Dominique: p. 6, 71 Pettenati Guy : p. 6 Peyrat Didier : p. 76 Quéré Stéphane: p. 56 Raufer Xavier : p. 20, 76 Reynie (de la) Gabriel Nicolas : p.14, 15 Rezgui Mohammed : p. 59 Rimbert Pierre: p.9 Roché Sébastian: p.47, 74 Roder Iannis: p. 40 Sarkozy Nicolas: p.7, 69, 72 Schwarzentberg Roger- Gérard: p.6 Séchan Renaud: p.28 Sharon Ariel : p. 77 Taguieff Pierre- André: p. 64 Vaillant Daniel: p. 73 Yedder Sophie : p.39
Glossaire des sigles
BAC : Brigade Anticriminalité BNP : Banque Nationale Populaire CES : Contrat Emploi Consolidé  CLS : Contrats Locaux de Sécurité CNRS : Centre National de Recherche Scientifique DCPJ : Direction Centrale de la Police Judiciaire  DCRG : Direction Centrale des Renseignements Généraux DGSE : Direction Générale de la Sécurité Extérieure  DST : Direction de la Surveillance du Territoire DIV : Délégation Ministérielle de la Ville  GIA : Groupe Islamique Armée GIPN : Groupement d’Intervention de la Police Nationale IEP : Institut d’Etudes Politique IHESI : Institut des Hautes Etudes de Sécurité Intérieure  ITT : Interruption Temporaire de Travail LOPS : Loi d’Orientation et de Programmation Relative à la Sécurité  OCRTIS : Office Central pour la Répression du Trafic Illicite des Stupéfiants PCF : Parti Communiste Français PRG : Parti Radical de gauche  PS : Parti Socialiste RATP : Régie Autonome des Transports Parisiens  RG : Renseignements Généraux RPR : Rassemblement pour la République RTM: Régie des Transports Marseillais SCRG : Service Centrale des Renseignements Généraux  SNCF : Société Nationale des Chemins de Fer Français  SNECMA : Société Nationale d’exploitation de matériel auxiliaire SRPJ : Service Régionaux de la Police Judiciaire TGV : Train Grand Vitesse
TIG : Travaux d’Intérêts Général UDF : Union pour la Démocratie Française UOIF : Union des Organisations Islamiques de France  ZEP : Zone d’Education Prioritaire ZGN : Zones de Gendarmerie Nationale  ZUP : Zones à Urbaniser en Priorité

Textes de Loi
Code Pénal
Article 122-8
(Loi nº 2002-1138 du 9 septembre 2002 art. 11 Journal Officiel du 10 septembre 2002)
Les mineurs capables de discernement sont pénalement responsables des crimes, délits ou contraventions dont ils ont été reconnus coupables, dans des conditions fixées par une loi particulière qui détermine les mesures de protection, d’assistance, de surveillance et d’éducation dont ils peuvent faire l’objet. Cette loi détermine également les sanctions éducatives qui peuvent être prononcées à l’encontre des mineurs de dix à dix-huit ans ainsi que les peines auxquelles peuvent être condamnés les mineurs de treize à dix-huit ans, en tenant compte de l’atténuation de responsabilité dont ils bénéficient en raison de leur âge.
Article 222-7
Les violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner sont punies de quinze ans de réclusion criminelle.
Article 222-9
(Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002)
Les violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente sont punies de dix ans d’emprisonnement et de 150000 euros d’amende.
Article 222-13
(Loi nº 96-647 du 22 juillet 1996 art. 13, art. 15 Journal Officiel du 23 juillet 1996)          (Loi nº 98-468 du 17 juin 1998 art. 16 Journal Officiel du 18 juin 1998)
(Loi nº 99-505 du 18 juin 1999 art. 14 Journal Officiel du 19 juin 1999)
(Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel
du 22 septembre  2000 en vigueur le 1er janvier 2002)
(Loi nº 2002-1138 du 9 septembre 2002 art. 25 Journal Officiel du 10 septembre 2002)
Les violences ayant entraîné une incapacité de travail inférieure ou égale à huit jours ou n’ayant entraîné aucune incapacité de travail sont punies de trois ans d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende lorsqu’elles sont commises :
1º Sur un mineur de quinze ans ;
2º Sur une personne dont la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une maladie,
à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente ou connue de leur auteur.
3º Sur un ascendant légitime ou naturel ou sur les père ou mère adoptifs ;
4º Sur un magistrat, un juré, un avocat, un officier public ou ministériel, un militaire de la gendarmerie, un fonctionnaire de la police nationale, des douanes, de l’administration pénitentiaire, un agent d’un exploitant de réseau de transport public de voyageurs ou toute autre personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions ou de sa mission, lorsque la qualité de la victime est apparente ou connue de l’auteur ;
5º Sur un témoin, une victime ou une partie civile, soit pour l’empêcher de dénoncer les faits, de porter plainte ou de déposer en justice, soit en raison de sa dénonciation, de sa plainte ou de sa déposition ;
6º Par le conjoint ou le concubin de la victime ;
7º Par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions ou de sa mission ;
8º Par plusieurs personnes agissant en qualité d’auteur ou de complice ;
9º Avec préméditation ;
10º Avec usage ou menace d’une arme ;
11º Lorsque les faits sont commis à l’intérieur d’un établissement scolaire ou éducatif, ou, à l’occasion des entrées ou des sorties des élèves, aux abords d’un tel établissement ;
12º Par un majeur agissant avec l’aide ou l’assistance d’un mineur.
Les peines encourues sont portées à cinq ans d’emprisonnement et à 75000 euros d’amende lorsque l’infraction définie au premier alinéa est commise sur un mineur de quinze ans par un ascendant légitime, naturel ou adoptif ou par toute autre personne ayant autorité sur le mineur. Les peines sont également portées à cinq ans d’emprisonnement et 75000 euros d’amende lorsque cette infraction, ayant entraîné une incapacité totale de travail inférieure ou égale à huit jours, est commise dans deux des circonstances prévues aux 1º à 12º du présent article. Les peines sont portées à sept ans d’emprisonnement et 100000 euros d’amende lorsqu’elle est commise dans trois de ces circonstances.
Article 222-23
Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol.
Le viol est puni de quinze ans de réclusion criminelle.
Article 222-36
(Loi nº 92-1336 du 16 décembre 1992 art. 354 et 373 Journal Officiel du 23 décembre 1992 en vigueur le 1er mars 1994)
(Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002)
L’importation ou l’exportation illicites de stupéfiants sont punies de dix ans d’emprisonnements et de 150 000 euros d’amende. Ces faits sont punis de trente ans de réclusion criminelle et de 7500000 euros d’amende lorsqu’ils sont commis en bande organisée. Les deux premiers alinéas de l’article 132-23 relatif à la période de sûreté sont applicables aux infractions prévues par le présent article.
Article 222-37
(Loi nº 92-1336 du 16 décembre 1992 art. 354 et 373 Journal Officiel du 23 décembre 1992 en vigueur le 1er mars 1994)
(Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002)
Le transport, la détention, l’offre, la cession, l’acquisition ou l’emploi illicites de stupéfiants sont punis de dix ans d’emprisonnement et de 7500000 euros d’amende.
Est puni des mêmes peines le fait de faciliter, par quelque moyen que ce soit, l’usage illicite de stupéfiants, de se faire délivrer des stupéfiants au moyen d’ordonnances fictives ou de complaisance, ou de délivrer des stupéfiants sur la présentation de telles ordonnances en  connaissant leur caractère fictif ou complaisant.
Les deux premiers alinéas de l’article 132-23 relatif à la période de sûreté sont applicables aux infractions prévues par le présent article.
Article 222-39-1
(Loi nº 96-392 du 13 mai 1996 art. 17 Journal Officiel du 14 mai 1996)
(Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002)
Le fait de ne pas pouvoir justifier de ressources correspondant à son train de vie, tout en étant en relations habituelles avec une ou plusieurs personnes se livrant à l’une des activités réprimées par la présente section, ou avec plusieurs personnes se livrant à l’usage de stupéfiants, est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75000 euros d’amende.
La peine d’emprisonnement est portée à dix ans lorsqu’une ou plusieurs des personnes visées à l’alinéa précédent sont mineures.
Les deux premiers alinéas de l’article 132-23 relatifs à la période de sûreté sont applicables à l’infraction prévue par l’alinéa précédent.
Article 222-39
(Loi nº 92-1336 du 16 décembre 1992 art. 354 et 373 Journal Officiel du 23 décembre 1992 en vigueur le 1er mars 1994)
(Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002)
La cession ou l’offre illicites de stupéfiants à une personne en vue de sa consommation personnelle sont punies de cinq ans d’emprisonnement et de 75000 euros d’amende.
La peine d’emprisonnement est portée à dix ans lorsque les stupéfiants sont offerts ou cédés, dans les conditions définies à l’alinéa précédent, à des mineurs ou dans des centres d’enseignement ou d’éducation ou dans les locaux de l’administration.
Les deux premiers alinéas de l’article 132-23 relatif à la période de sûreté sont applicables à l’infraction prévue par l’alinéa précédent.
Article 225-16-1
(Loi nº 98-468 du 17 juin 1998 art. 14 Journal Officiel du 18 juin 1998)
(Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002)
Hors les cas de violences, de menaces ou d’atteintes sexuelles, le fait pour une personne d’amener autrui, contre son gré ou non, à subir ou à commettre des actes humiliants ou dégradants lors de manifestations ou de réunions liées aux milieux scolaire et socio-éducatif est puni de six mois d’emprisonnement et de 7500 euros d’amende.
Article 227-18-1
(Loi nº 96-392 du 13 mai 1996 art. 18 Journal Officiel du 14 mai 1996)
(Loi nº 98-468 du 17 juin 1998 art. 16 Journal Officiel du 18 juin 1998)
(Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22
septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002)
Le fait de provoquer directement un mineur à transporter, détenir, offrir ou céder des stupéfiants est puni de sept ans d’emprisonnement et de 150000 euros d’amende.
Lorsqu’il s’agit d’un mineur de quinze ans ou que les faits sont commis à l’intérieur d’un établissement scolaire ou éducatif ou, à l’occasion des entrées ou des sorties des élèves, aux abords d’un tel établissement, l’infraction définie par le présent article est punie de dix ans d’emprisonnement et de 300000 euros d’amende.
Article 311-4
(Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002)
Le vol est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75000 euros d’amende :
1º Lorsqu’il est commis par plusieurs personnes agissant en qualité d’auteur ou de complice, sans qu’elles constituent une bande organisée ;
Département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines – © DRMCC 2002    2º Lorsqu’il est commis par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions ou de sa mission ;    3º Lorsqu’il est commis par une personne qui prend indûment la qualité d’une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public ;    4º Lorsqu’il est précédé, accompagné ou suivi de violences sur autrui n’ayant pas entraîné une incapacité totale de travail ;    5º Lorsqu’il est facilité par l’état d’une personne dont la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente ou connue de son auteur ;    6º Lorsqu’il est commis dans un local d’habitation ou dans un lieu utilisé ou destiné à l’entrepôt de fonds, valeurs, marchandises ou matériels, en pénétrant dans les lieux par ruse, effraction ou escalade ;    7º Lorsqu’il est commis dans un véhicule affecté au transport collectif de voyageurs ou dans un lieu destiné à l’accès à un moyen de transport collectif de voyageurs ;    8º Lorsqu’il est précédé, accompagné ou suivi d’un acte de destruction, dégradation ou détérioration.    Les peines sont portées à sept ans d’emprisonnement et à 100000 euros d’amende lorsque le vol est commis dans deux des circonstances prévues par le présent article. Elles sont portées à dix ans d’emprisonnement et à 150000 euros d’amende lorsque le vol est commis dans trois de ces circonstances.
Article 311-9
(Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002)
Le vol en bande organisée est puni de quinze ans de réclusion criminelle et de 150000 euros d’amende.
Il est puni de vingt ans de réclusion criminelle et de 150000 euros d’amende lorsqu’il est précédé, accompagné ou suivi de violences sur autrui.
Il est puni de trente ans de réclusion criminelle et de 150000 euros d’amende lorsqu’il est commis soit avec usage ou menace d’une arme, soit par une personne porteuse d’une arme soumise à autorisation ou dont le port est prohibé.
Les deux premiers alinéas de l’article 132-23 relatif à la période de sûreté sont applicables aux infractions prévues par le présent article.
Article 312-7
(Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002)
L’extorsion est punie de la réclusion criminelle à perpétuité et de 150000 euros d’amende lorsqu’elle est précédée, accompagnée ou suivie soit de violences ayant entraîné la mort, soit de tortures ou d’actes de barbarie.
Les deux premiers alinéas de l’article 132-23 relatif à la période de sûreté sont applicables à l’infraction prévue par le présent article.
Article 321-7
(Loi nº 92-1336 du 16 décembre 1992 art. 362 et 373 Journal Officiel du 23 décembre 1992 en vigueur le 1er mars 1994)
(Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002)
Est puni de six mois d’emprisonnement et de 30000 euros d’amende le fait, par une personne dont l’activité professionnelle comporte la vente d’objets mobiliers usagés ou acquis à des personnes autres que celles qui les fabriquent ou en font le commerce, d’omettre, y compris par négligence, de tenir jour par jour, dans des conditions prévues par décret en Conseil d’Etat, un registre contenant une description des objets acquis ou détenus en vue de la vente ou de l’échange et permettant l’identification de ces objets ainsi que celle des personnes qui les ont vendus ou apportés à l’échange.
Est puni des mêmes peines le fait, par une personne, à l’exception des officiers publics ou ministériels, qui organise, dans un lieu public ou ouvert au public, une manifestation en vue de la vente ou de l’échange d’objets visés à l’alinéa précédent, d’omettre, y compris par négligence, de tenir jour par jour, dans des conditions prévues par décret en Conseil d’Etat, un registre permettant l’identification des vendeurs.
Lorsque l’activité professionnelle définie au premier alinéa est exercée par une personne morale, ou que l’organisateur de la manifestation prévue au deuxième alinéa est une personne morale, l’obligation de tenir le registre incombe aux dirigeants de cette personne morale.
Article 322-5
(Loi nº 2000-647 du 10 juillet 2000 art. 7 Journal Officiel du 11 juillet 2000)
(Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002)
La destruction, la dégradation ou la détérioration involontaire d’un bien appartenant à autrui par l’effet d’une explosion ou d’un incendie provoqués par manquement à une obligation de sécurité ou de prudence imposée par la loi ou le règlement est punie d’un an d’emprisonnement et de 15000 euros d’amende.
En cas de violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de sécurité ou de prudence prévue par la loi ou le règlement, les peines encourues sont portées à deux ans d’emprisonnement et à 30000 euros d’amende.
Article 322-6
(Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002)
La destruction, la dégradation ou la détérioration d’un bien appartenant à autrui par l’effet d’une substance explosive, d’un incendie ou de tout autre moyen de nature à créer un danger pour les personnes est punie de dix ans d’emprisonnement et de 150000 euros d’amende.
Article 434-5
(Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002)
Toute menace ou tout autre acte d’intimidation à l’égard de quiconque, commis en vue de déterminer la victime d’un crime ou d’un délit à ne pas porter plainte ou à se rétracter, est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende.

Voir de plus:

ROYAUME-UNI

Abus sexuels sur enfants : la ville qui fermait les yeux
L’affaire des abus sexuels commis à Rotherham sur au moins 1 400 enfants est particulièrement choquante par son ampleur, mais aussi du fait de l’inaction des autorités. En cause : leur peur d’être accusées de racisme et leur tendance à dissimuler leurs défaillances.
The Spectator
28 août 2014

Si le conseil municipal de Rotherham était une famille, les enfants auraient depuis longtemps été placés par les services sociaux, et maman et papa Rotherham croupiraient derrière les barreaux. Le rapport du professeur Alexis Jay, publié cette semaine, révèle les atrocités commises dans cette ville du Yorkshire du Sud.

Selon l’ancienne inspectrice des affaires sociales, au moins 1 400 enfants ont été victimes d’exploitation sexuelle entre 1997 et 2013. Nombre d’entre eux ont subi des viols à répétition de la part des membres de bandes dont les agissements étaient connus ou auraient dû l’être. Les enfants qui résistaient étaient battus. Ceux qui osaient parler était traités avec mépris par les adultes censés les protéger.

La démission, un acte de noblesse ?

Il semble qu’aucune des personnes détenant l’autorité dans cette affaire n’ira en prison ni ne renoncera à sa pension. Roger Stone, officier de l’ordre de l’Empire britannique, à la tête du conseil municipal travailliste [de Rotherham] depuis onze ans, a démissionné. Il a déclaré qu’il assumait sa responsabilité dans cette affaire. Mais il n’a nulle part été question que cet homme de 71 ans renonce à sa pension, et il n’a guère exprimé de remords.

Roger Stone semble considérer sa démission comme un acte d’une grande noblesse, une sorte de hara-kiri destiné à permettre à ses subalternes de conserver leur poste.

Il en va toujours ainsi quand il s’agit des pouvoirs publics et de scandales concernant des enfants placés. Ce n’est jamais la faute de personne, c’est un « système » qui est en cause. Les “systèmes”, certes, peuvent toujours être améliorés, mais les individus ne sont jamais à blâmer.

Des “bandes asiatiques”

Les services sociaux de la mairie de Rotherham forment un “système” profondément défectueux. Comment un enfant confié aux bons soins de l’Etat peut-il finalement être victime de maltraitance – précisément ce contre quoi sont censés lutter les services de l’enfance ? Pire encore, comment est-il possible que cela arrive à des centaines d’enfants sans que personne n’intervienne ?

Personne à la mairie, dit-on, n’a osé dénoncer les bandes majoritairement asiatiques qui ont commis ces violences, de crainte d’être accusé de racisme. Force est de reconnaître que le racisme, même inconscient (tout comme le sexisme et l’homophobie), est aujourd’hui montré du doigt dans les services publics. Au point que beaucoup préfèrent fermer les yeux sur des viols d’enfants plutôt que de prendre le risque de subir ce type d’accusations.

Ne pas perturber les carrières

Il est profondément déplorable que la mairie ne se soit pas inquiétée de cette maltraitance systématique subie par les enfants dont elle était censée s’occuper. A Rotherham comme dans d’autres villes qui ont été le théâtre de scandales semblables, il existe un mal très grave : la tendance à la discrétion.

Dès qu’il s’agit d’enfants, les pouvoirs publics semblent avoir pour habitude de cacher leurs défaillances sous prétexte – bien entendu – de protéger l’identité des jeunes victimes.

Il faut sans nul doute protéger la vie privée des enfants. Mais ce que l’on protège souvent, en fait, c’est la vie privée des travailleurs sociaux et des autres fonctionnaires impliqués. Et cest le bien-être de centaines d’enfants qui se trouve ainsi sacrifié afin de ne pas perturber carrières et retraites.

L’échec de la police

Les travailleurs sociaux se retrouvent toujours en ligne de mire quand éclatent des scandales impliquant des enfants – et c’est normal. Mais il ne faut pas ignorer ici l’échec retentissant de la police. Comme à Rochdale, le rapport Jay dénonce ici le “mépris” avec lequel la police a traité les victimes.

Aujourd’hui, une autre enquête est en cours, sur les affaires d’exploitation sexuelle d’enfants et d’adultes par des célébrités et des personnes publiques. Pour certaines, ces affaires remontent à plus de cinquante ans. Certains faits seront certainement prouvés ; d’autres se révéleront participer d’un emballement. Mais une chose est sûre : ces vieilles histoires, que nous révèle la presse chaque semaine, paraissent dérisoires face aux scandales de Rochdale et de Rotherham.

Ces derniers scandales ne sont pas seulement plus graves. Ils se passent sous notre nez, à notre époque. Tant que ceux qui ont toléré ces atrocités n’auront pas rendu des comptes, il est hors de question de passer à autre chose.

Voir enfin:

Jerry B. Harvey is professor of management science at the George Washington University in Washington, D.C. He is a graduate of the University of Texas in Austin, where he earned an undergraduate degree in business administration and a Ph.D. in social psychology.
A member of the International Consultant’s Foundation, a Diplomate of the American Board of Professional Psychology, and a member of the O.D. Network, he has served as a consultant to a wide variety of industrial, governmental, religious, and voluntary organizations. He has written a number of articles in the fields of organizational behavior and education and currently is involved in the exploration of moral, ethical, and spiritual issues of work. In the pursuit of that interest, his book, The Abilene Paradox and Other Meditations on Management, was published by Lexington Books in 1988.

The Abilene Paradox : the Mangement of agreement

The July afternoon in Coleman, Texas (population 5,607) was particularly hot—104 degrees as measured by the Walgreen’s Rexall Ex-Lax temperature gauge. In addition, the wind was blowing fine-gained West Texas topsoil through the house. But the afternoon was still tolerable—even potentially enjoyable. There was a fan going on the back porch; there was cold lemonade; and finally, there was entertainment. Dominoes. Perfect for the conditions. The game required little more physical exertion than an occasional mumbled comment, “Shuffle ‘em,” and an unhurried movement of the arm to place the spots in the appropriate perspective on the table. All in all, it had the makings of an agreeable Sunday afternoon in Coleman—this is, it was until my father-in-law suddenly said, “Let’s get in the car and go to Abilene and have dinner at the
cafeteria.” I thought, “What, go to Abilene? Fifty-three miles? In this dust storm and heat? And in an unairconditioned 1958 Buick?”
But my wife chimed in with, “Sounds like a great idea. I’d like to go. How about you, Jerry?” Since my own preferences were obviously out of step with the rest I replied, “Sounds good to me,” and added, “I just hope
your mother wants to go.”
“Of course I want to go,” said my mother-in-law. “I haven’t been to Abilene in a long time.”

So into the car and off to Abilene we went. My predictions were fulfilled. The heat was brutal. We were coated with a fine layer of dust that was cemented with perspiration by the time we arrived. The food at the cafeteria provided first-rate testimonial material for antacid commercials.

Some four hours and 106 miles later we returned to Coleman, hot and exhausted. We sat in front of the fan for a long time in silence. Then, both to be sociable and to break the silence, I said, “It was a great trip, wasn’t it?”
No one spoke. Finally my mother-in-law said, with some irritation, “Well, to tell the truth, I really didn’t enjoy it much and would rather have stayed here. I just went along because the three of you were so enthusiastic about going. I wouldn’t have gone if you all hadn’t pressured me into it.” I couldn’t believe it. “What do you mean ‘you all’?” I said. “Don’t put me in the ‘you all’ group. I was delighted to be doing what
we were doing. I didn’t want to go. I only went to satisfy the rest of you. You’re the culprits.” My wife looked shocked. “Don’t call me a culprit. You and Daddy and Mama were the ones who wanted to go. I just went along to be sociable and to keep you happy. I would have had to be crazy to want to go out in heat like that.” Her father entered the conversation abruptly. “Hell!” he said. He proceeded to expand on what was already absolutely clear. “Listen, I never wanted to go to Abilene. I just thought you might be bored. You visit so seldom I wanted to be sure you enjoyed it. I would have preferred to play another game of dominoes and eat the leftovers in the icebox.”

After the outburst of recrimination we all sat back in silence. Here we were, four reasonably sensible people who, of our own volition, had just taken a 106-mile trip across a godforsaken desert in a furnace-like temperature through a cloud-like dust storm to eat unpalatable food at a hole-in-the-wall cafeteria in Abilene, when none of us had really wanted to go. In fact, to be more accurate, we’d done just the opposite of what we wanted to do. The whole situation simply didn’t make sense.

At least it didn’t make sense at the time. But since that day in Coleman, I have observed, consulted with, and been a part of more than one organization that has been caught in the same situation. As a result, they
have either taken a side-trip, or, occasionally, a terminal journey to Abilene, when Dallas or Houston or Tokyo was where they really wanted to go. And for most of those organizations, the negative consequences of such trips, measured in terms of both human misery and economic loss, have been much greater than for our little Abilene group.

This article is concerned with that paradox—the Abilene Paradox. Stated simply, it is as follows: Organizations frequently take actions in contradiction to what they really want to do and therefore defeat the very purposes they are trying to achieve. It also deals with a major corollary of the paradox, which is that the inability to manage agreement is a major source of organization dysfunction.

Last, the article is designed to help members of organizations cope more effectively with the paradox’s pernicious influence. As a means of accomplishing the above, I shall: (1) describe the symptoms exhibited by
organizations caught in the paradox; (2) describe, in summarized case-study examples, how they occur in a variety of organizations; (3) discuss the underlying causal dynamics; (4) indicate some of the implications of accepting this model for describing organizational behavior; (5) make recommendations for coping with the paradox; and, in conclusion, (6) relate the paradox to a broader existential issue.
SYMPTOMS OF THE PARADOX

The inability to manage agreement, not the inability to manage conflict, is the essential symptom that defines organizations caught in the web of the Abilene Paradox. That inability to manage agreement effectively is expressed by six specific subsymptoms, all of which were present in our family Abilene group.

1. Organization members agree privately, as individuals, as to the nature of the situation or problem facing the organization. For example, members of the Abilene group agreed that they were enjoying themselves sitting in front of the fan, sipping lemonade, and playing dominoes.

2. Organization members agree privately, as individuals, as to the steps that would be required to cope with the situation or problem they face. For members of the Abilene group “more of the same” was a solution that would have adequately satisfied their individual and collective desires.

3. Organization members fail to accurately communicate their desires and/or beliefs to one another. In fact, they do just the opposite and thereby lead one another into misperceiving the collective reality. Each member of the Abilene group, for example, communicated inaccuratedata to other members of the organization. The data, in effect, said, “Yeah, it’s a great idea. Let’s go to Abilene,” when in reality members of the
organization individually and collectively preferred to stay in Coleman.

4. With such invalid and inaccurate information, organization members make collective decisions that lead them to take actions contrary to what they want to do, and thereby arrive at results that are counterproductive to the organization’s intent and purposes. Thus, the Abilene group went to Abilene when it preferred to do something else.

5. As a result of taking actions that are counterproductive, organization members experience frustration, anger, irritation, and dissatisfaction with their organization. Consequently, they form subgroups with trusted acquaintances and blame … Frequently, they also blame authority figures and one another. … tested in order to identify the behaviors that are the hallmarks of a high EQ. …. They identify their own emotions and don’t allow anger or frustration to fuel the chaos.


Affaire Charlie hebdo: Les sionistes ont même inventé l’humour ! (The tradition that invented the jealous, wrathful God also produced Jewish humor)

19 janvier, 2015
<em>Cover from an edition of Charlie Hebdo</em>http://resources3.news.com.au/images/2015/01/09/1227180/194155-51b90552-97e8-11e4-a48c-65589599f0ae.jpghttps://i2.wp.com/www.lesobservateurs.ch/wp-content/uploads/2012/04/IslamCaricatureChappatte.jpgFille de Babylone, la dévastée, Heureux qui te rend la pareille, Le mal que tu nous as fait! Heureux qui saisit tes enfants, Et les écrase sur le roc! Psaumes 137
O Dieu, brise-leur les dents dans la bouche! Éternel, arrache les mâchoires des lionceaux Qu’ils se dissipent comme des eaux qui s’écoulent! Qu’ils ne lancent que des traits émoussés! Qu’ils périssent en se fondant, comme un limaçon; Sans voir le soleil, comme l’avorton d’une femme! Avant que vos chaudières sentent l’épine, Verte ou enflammée, le tourbillon l’emportera. Le juste sera dans la joie, à la vue de la vengeance; Il baignera ses pieds dans le sang des méchants. Et les hommes diront: Oui, il est une récompense pour le juste; Oui, il est un Dieu qui juge sur la terre. Psaumes 58: 7-11
Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m’as-tu abandonné, Et t’éloignes-tu sans me secourir, sans écouter mes plaintes? (…) De nombreux taureaux sont autour de moi, Des taureaux de Basan m’environnent. Ils ouvrent contre moi leur gueule, Semblables au lion qui déchire et rugit. Psaumes 22: 2-13
Une femme oublie-t-elle son nourrisson? De montrer sa tendresse au fils de son ventre? Même si celles-là oubliaient, moi je ne t’oublierai pas. Esaïe 49: 15
Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation… Donc j’ai dit: Voici, je viens. Psaume 40: 7-8
Dans certains des Psaumes l’esprit de haine nous frappe au visage comme la chaleur d’une fournaise. Dans d’autres cas, le même esprit cesse d’être effrayant mais c’est pour devenir (aux yeux de l’homme moderne) presque comique par sa naïveté. (…) Si nous excusons les poètes des Psaumes sous prétexte qu’ils n’étaient pas chrétiens, nous devrions pouvoir montrer que les auteurs païens expriment le même genre de choses et pire encore (….) Je peux trouver en eux de la lascivité, une bonne dose d’insensibilité brutale, une froide cruauté qui va de soi pour eux, mais certainement pas cette fureur ou cette profusion de haine…. La première impression que l’on en retire est que les Juifs étaient bien plus vindicatifs et acerbes que les païens. CS Lewis
Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
Peut-on imaginer personnage littéraire plus désagréable que le Dieu de l’Ancien Testament? Jaloux et en étant fier; obsédé de l’autorité, mesquin, injuste et impitoyable; vengeur et sanguinaire tenant de l’épuration ethnique; tyrannique, misogyne, homophobe, raciste, infanticide, génocidaire, fillicide, pestilentiel, mégalomane, sadomasochiste et capricieusement diabolique. Richard Dawkins (2006)
Il y a une quantité incroyable de violence dans des pièces telles que Médée ou les Bacchantes, dans la tradition dionysiaque dans son ensemble qui est centrée sur le lynchage. L’Iliade n’est rien d’autre qu’une chaîne d’actes de vengeance ; mais ce que C. S. Lewis et Nietzsche disent sur cette question est sans doute vrai si le problème est défini de la façon qu’ils le définissent il, à savoir en termes non pas de pure quantité de violence exposée mais de l’intensité de la rancoeur ou du ressentiment. (…) Même si les Bacchantes d’Euripide ne sont pas loin de prendre la défense de la victime, en fin de compte elles ne le font pas. Le lynchage du roi Penthée de la propre main de sa mère et de ses sœurs est horrible certes, mais pas mauvais; il est justifié. Le  roi Penthée est coupable de s’immiscer dans les rituels religieux des Bacchantes, coupable de s’opposer au dieu Dionysos lui-même. René Girard
On dit que les Psaumes de la Bible sont violents, mais qui s’exprime dans les psaumes, sinon les victimes des violences des mythes : “Les taureaux de Balaam m’encerclent et vont me lyncher”? Les Psaumes sont comme une fourrure magnifique de l’extérieur, mais qui, une fois retournée, laisse découvrir une peau sanglante. Ils sont typiques de la violence qui pèse sur l’homme et du recours que celui-ci trouve dans son Dieu. René Girard
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
Ils ne l’ont ni tué ni crucifié (…) ce n’était qu’un faux semblant ! (…) mais Dieu l’a élevé vers Lui. Le Coran (4 : 157-158)
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation.  (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Mahomet s’est établi en tuant ; Jésus-Christ en faisant tuer les siens. Mahomet en défendant de lire; Jésus-Christ en ordonnant de lire. Enfin cela est si contraire, que si Mahomet a pris la voie de réussir humainement, Jésus-Christ a pris celle de périr humainement. Et au lieu de conclure, que puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ a bien pu réussir ; il faut dire, que puisque Mahomet a réussi, le Christianisme devait périr, s’il n’eût été soutenu par une force toute divine. Pascal
L’Europe (l’Occident) n’est qu’un ensemble de dictatures pleines d’injustices ; l’humanité entière doit frapper d’une poigne de fer ces fauteurs de troubles si elle veut retrouver sa tranquillité. Si la civilisation islamique avait dirigé l’Occident, on ne serait plus contraint d’assister à ces agissements sauvages indignes même des animaux féroces. (…) La foi et la justice islamique exigent de ne pas laisser survivre, dans le monde musulman, les gouvernements anti-islamiques ou ceux qui ne se conforment pas entièrement aux lois islamiques. L’instauration d’un ordre politique laïque revient à entraver la progression de l’ordre islamique. Tout pouvoir laïque, quelle que soit la forme sous laquelle il se manifeste, est forcément un pouvoir athée, oeuvre de Satan ; il est de notre devoir de l’enrayer et de combattre ses effets. Le pouvoir « satanique » ne peut engendrer que la « corruption sur la terre », le mal suprême qui doit être impitoyablement combattu et déraciné. Pour ce faire nous n’avons d’autre solution que de renverser tous les gouvernements qui ne reposent pas sur les purs principes islamiques, et sont donc corrompus et corrupteurs ; de démanteler les systèmes administratifs traîtres, pourris, tyranniques et injustes qui les servent. C’est non seulement notre devoir en Iran, mais c’est aussi le devoir de tous les musulmans du monde, dans tous les pays musulmans, de mener la Révolution Politique Islamique à la victoire finale. (…) La guerre sainte signifie la conquête des territoires non musulmans. Il se peut qu’elle soit déclarée après la formation d’un gouvernement islamique digne de ce nom, sous la direction de l’Imam ou sur son ordre. Il sera alors du devoir de tout homme majeur et valide de se porter volontaire dans cette guerre de conquête dont le but final est de faire régner la loi coranique d’un bout à l’autre de la Terre. Mais que le monde entier sache bien que la suprématie universelle de l’Islam diffère considérablement de l’hégémonie des autres conquérants. Il faut donc que le gouvernement islamique soit d’abord créé sous l’autorité de l’Imam afin qu’il puisse entreprendre cette conquête qui se distinguera des autres guerres de conquête injustes et tyranniques faisant abstraction des principes moraux et civilisateurs de l’Islam. Ayatollah Khomeiny
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
L’employé juif d’un coiffeur parisien va voir son patron et lui dit : « Patron, je dois démissionner ». « Mais pourquoi donc ? » lui répond le patron. « Parce que tous vos employés sont antisémites ! » « Allons bon, mon cher Jean-Claude. Je suis sûr que ce n’est pas vrai. Qu’est ce qui vous fait penser cela ? » « C’est simple, patron. Lorsque je leur dit qu’Hitler a voulu tuer tous les juifs et les coiffeurs… » Le patron l’interrompt : « Mais Jean-Claude, pourquoi les coiffeurs ? » « Vous voyez patron, vous aussi ! » Blague juive
Cela me rappelle le conte du Suisse qui mangeait une omelette au lard un jour maigre, et qui, entendant tonner, s’écria: « Grand Dieu! voilà bien du bruit pour une omelette au lard. » Frédéric II (Lettre à Voltaire du 28 février 1767)
Dans les faits, le spirituel auteur de Candide, qui aimait plus que tout la compagnie des puissants, y compris celle de Frédéric II, le Poutine de son temps, pratiquait une tolérance très sélective. Il s’est plutôt réjoui des poursuites contre les jésuites, ses ennemis jurés, et s’est gardé de protester lorsque Malesherbes, le directeur de la Librairie royale, a suspendu, autrement dit censuré, la revue de son plus virulent ennemi, le dévot Fréron. Site Hérodote
Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez les exprimer. Evelyn Beatrice Hall
D’abord ils sont venus (…) pour les Juifs (…) mais je n’étais pas juif … Martin Niemöller
 La liberté d’expression est un « droit fondamental. Tuer au nom de Dieu est une « aberration. Mais la liberté d’expression n’autorise pas tout et elle doit s’exercer sans offenser. si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s’attendre à un coup de poing, et c’est normal. On ne peut provoquer, on ne peut insulter la foi des autres, on ne peut la tourner en dérision. (…) Il y a une limite. Chaque religion a sa dignité. (…) Avec la liberté d’expression. Il y a des limites. (…)  Pensons à notre Saint-Barthélémy. (…) Il y a tant de gens qui parlent mal des autres religions, les tournent en dérision, font un jouet de la religion des autres: ce sont des gens qui provoquent. Pape François
On s’est dit qu’il fallait qu’on fasse un dessin qui nous fasse marrer avant tout. (…) Les terroristes, ils ont été gamins, ils ont dessiné. Comme nous. Comme tous les gamins. Donc, il y a un moment donné où ils ont perdu leur humour. Ils ont perdu peut-être une espèce d’âme d’enfant qui permet de regarder le monde avec un peu de distance. Parce que c’est ça, Charlie,  c’est regarder le monde aussi avec un peu de distance. Ce n’était pas la Une que les terroristes voulaient qu’on fasse. Parce qu’il y a pas de terroristes là-dedans; il y a juste un homme qui pleure. Un bonhomme qui pleure. C’est Mahomet. Je suis désolé. On l’a encore dessiné Mahomet. mais le mahomet qu’on dessiné, c’est un homme qui pleure. Avant tout. Luz
Evidemment, c’est une référence à la couverture de 2011, le premier drame qu’on a vécu, l’incendie, même si à l’époque, il n’y avait pas eu de morts. Avec cette Une on voulait montrer qu’à un moment donné, on a le droit de tout faire, et de tout refaire, et d’utiliser nos personnages comme on veut. Mahomet, c’est devenu un personnage, un personnage malgré lui dans l’actualité, puisqu’il y a des gens qui parlent en son nom. Luz
Quand on a une pancarte « Je suis Charlie », ça veut dire »vous avez droit au blasphème., vous avez le droit de critiquer ma religion, parce que ce n’est pas grave. Richard Malka (avocat de Charlie hebdo)
Quel besoin a-t-il eu d’entraîner l’équipe dans la surenchère ? Delfil de ton
Je crois que nous sommes des inconscients et des imbéciles qui avons pris un risque inutile. C’est tout. On se croit invulnérables. Pendant des années, des dizaines d’années même, on fait de la provocation et puis un jour la provocation se retourne contre nous. Il fallait pas le faire. Wolinsky (cité par Delfil de ton)
The jihadist killing spree in Paris last week (seventeen people murdered, twice as many wounded) has been described as ”France’s 9/11“ by Le Monde, the French liberal daily newspaper. Indeed, just like the American 9/11 fourteen years ago, it was a moment of truth: for France as a nation, for the French political class and — last but certainly not least — for French Jews. The question, however, is not so much whether one sees the truth or not, but rather what one is supposed to do once truth has been seen. America’s instincts after its own 9/11 were sound: it understood that it was in a state of war and that it had to react accordingly, but it wavered about what war to wage and what strategy to follow. As a result, the War On Terror, in spite of considerable American and Western investment, pugnacity, and heroism, has been largely inconclusive and even, in many respects, a failure. Likewise, whatever the emotional or philosophical impact of the present French 9/11, either in France or abroad, it is not clear whether it will translate — or can translate — into adequate policies. (…) The “Charlie effect” coalesced with revulsion about the ensuing Hyper Casher anti-Semitic massacre. And it brought about, for several days, rare moments of near national unanimity: millions of people marched in Paris and other cities, waving three-colored flags and chanting the Marseillaise, France’s national anthem (which is essentially a call to resist barbaric invaders). On January 9, Prime Minister Manuel Valls delivered a passionate speech at the National Assembly, promising both to protect French citizens, including Jews (“without whom France is not France”), and to find, neutralize, and punish jihadist terrorists. He was rewarded with a standing ovation from the entire Assembly and, again, the Marseillaise – something that had not happened for decades. An Odoxa/Le Parisien poll released on January 13 found that 87% of the French said they were “feeling proud“ about being French. Yet, near unanimity is not unanimity. What soon became apparent was that only the Old French (the culturally European and Judeo-Christian French) took part in the vigils and marches and that they were delighted to be together, whereas most New French (the culturally non-European and non-Judeo-Christian immigrant communities) stood aside. (…)  Nine percent of France’s population is Muslim (over six million citizens out of 67 million). Up to 20% of all French citizens or residents under twenty-four are thought to be Muslims, and in some places the numbers seem to be much greater than that. While many Muslims reject jihadism and clearly identify with France as a democratic nation, religious observance is rising quickly in the overall Muslim community, from 36% in 2001 to 42% in 2014. There is evidence that the more observant Muslims are, the more supportive they are of politically radicalized Islam. (…) As of 2014, France was devoting 31.9% of its national wealth to social programs, against an OECD average of 21.6%, whereas aggregated national defense and domestic security credits amounted to less than 10%. Will the socialist Hollande administration be bold enough to reverse priorities and thus act against its own constituency? A similar conundrum may arise regarding Muslim voters: 87% of them voted for Hollande and the socialists in 2012, and were probably instrumental in their victory over Nicolas Sarkozy and the conservatives. Fighting jihadism earnesty may alienate many of them. (…) Many conservatives and centrists are still largely mired in pro-Arab or pro-Muslim delusions inherited from de Gaulle, or too shy to wage war, even on terror. (…) French Jews have been only reinforced in their fears and, Valls’ warm words notwithstanding, feel that they have no future in their country anymore. Many wonder whether millions would have marched for the Hyper Casher massacre victims only.(…) Seven thousand French Jews formally completed the emigration process to Israel in 2014. Thousands have informally moved to Israel. More French Jews are migrating to North America or Australia, or even just to other European countries like Britain, Switzerland, and Germany. Michel Gurfinkiel
The last two such multiple murders carried out by French jihadists were of Jews — last year at the Jewish Museum in Brussels and in 2012 outside the Ozar Hatorah school in Toulouse. Add to that a recent spate of attacks that fortunately did not result in any deaths, and I don’t have to point out the pattern for you. To paraphrase Pastor Martin Niemöller — First they came for the Jews, then they came for the journalists. The choice of targets — Jews and satirical journalists — is inextricably linked, and not only because the most veteran cartoonist murdered in the Charlie Hebdo office on Wednesday morning was Jewish — the 80-year-old Georges Wolinski (though the story of this son of Jewish refugees from Poland and Tunisia who came to live in France at age 12 makes this connection all the more poignant). The existence of a successful, highly visible and well-connected Jewish community in a major European country, as well as an irreverent weekly magazine that routinely lampoons those in power, should never be taken for granted. Neither Jewish life nor a fiercely free press could have flourished so much in France over the last 70 years without an open and liberal-democratic environment nurturing them. Both are symbols of all that is best of the prolonged period of peace and freedom Western Europe has enjoyed in the post-World War II era. That they were both chosen as targets is no coincidence. (…) The jihadists have murdered civilians whose existence had no relevance whatsoever on their lives and communities, but their very presence and identity offended them. It has often been said that the Jews’ situation in any given country is a reliable barometer of the level of democracy and human rights there, and the same is true of the freedom enjoyed by a country’s media. European Jews may be attacked because of anti-Semitism and warped thinking that links them to the Israel-Palestine conflict, and Charlie Hebdo’s journalists were slaughtered because they refused to be cowed and continued to publish cartoons ridiculing Mohammed, as they ridicule the “holy” men of other religions, including Judaism. But above all they have been killed because they embody Western enlightenment, freedom and tolerance. The struggle growing now in the heart of Europe isn’t between Muslims and Jews. (…) It is a struggle between those who continue to believe in the true values of the West and those who find these freedoms to be abhorrent. Whether they be radical Islamists, neo-fascists or nationalist Europhobes, and yes, even though they may hate each other, they have a common cause. Scratch beneath the surface and you will find that they share similar phobias — against Jews, gays, foreigners (to them) and journalists who insist on revealing their true nature and pricking their balloons of self-righteousness. No, Europe is not being taken over by a caliphate, but it is increasingly gripped by forces of intolerance and xenophobia. These forces often oppose each other (and in some dismal cases even a few individual Jews join them in the mistaken belief that if these groups oppose Muslims and claim to support Israel, this somehow cleanses them). But scratch a bit beneath the surface and you will find how similar they are. In any assault on freedom in European history, whether from the right or left, religious fundamentalist or militantly secular, the ancient hatred of the continent’s Jews is always lurking. The only reliable safeguard will always remain democracy. (…) if one thing has been made clear this week in Paris it is that the Jews are not on their own in this. This is a battle on all fronts for a continent’s soul, and as long as European satirists are free to continue sharpening their pens, as the wounded survivors of Charlie Hebdo have promised they will be doing for next week’s edition, Jews will also have a place on the frontline. Anshel Pfeffer
Je suis Charlie » est un slogan de défense et de solidarité. Il renvoie aux rafles. Quand, par exemple, pendant l’occupation, les nazis demandaient « qui est juif ? », on a vu des assemblées entières se lever comme un seul homme. Manière de dire « si vous en arrêtez un, il faudra tous nous arrêter ». C’était l’esprit de résistance. Juif quand on s’en prend aux juifs ; noir quand on s’en prend aux noirs ; musulman quand on s’en prend aux musulmans ; tous ensemble parce qu’on s’en prend aux libertés. Olivier Ravanello
Le contexte des attentats, c’est celui d’un mouvement, Daech [l’acronyme arabe de l’Etat islamique, ndlr], qui a identifié ce qu’il estime être des fractures culturelles et confessionnelles dans les sociétés européennes – en particulier la France – et qui agit pour que ces fractures soient approfondies, transformées en failles. Le groupe escompte qu’elles se traduiront par des situations de guerre civile entre des populations d’origine musulmane et les «islamophobes», ceux-ci devenant très nombreux à cause des attaques jihadistes. Les populations musulmanes, elles, se radicaliseraient en réaction, jusqu’à considérer les jihadistes comme leurs héros. Cette stratégie a été énoncée en décembre 2004 par Abou Moussab al-Souri, un idéologue syrien dont j’ai traduit les thèses en 2008 dans mon livre Terreur et Martyre. Elle n’a pas pu se mettre en place à l’époque, car il fallait qu’elle s’appuie sur les réseaux sociaux et sur la proximité d’un terrain de jihad et d’entraînement – qui n’existaient pas encore. Aujourd’hui, on a YouTube, Twitter et le champ de bataille syro-irakien à portée de charter. (…) Cibler Charlie Hebdo est beaucoup plus efficace que de se livrer à des attentats aveugles lorsque l’on veut approfondir ces fractures. Daech veut ainsi se présenter comme le défenseur par excellence de l’islam offensé – à la manière de Khomeiny avec sa fatwa du 14 février 1989 contre les Versets sataniques. Tuer des dessinateurs accusés d’avoir insulté et blasphémé le Prophète permet d’espérer conquérir une frange de sympathie plus large : les caricatures ont heurté non seulement les salafistes, mais aussi beaucoup de simples musulmans pieux. A l’inverse, la rhétorique jihadiste clamant que les femmes et les enfants victimes d’attentats aveugles n’avaient qu’à ne pas se trouver là, qu’ils ne sont en somme que des victimes collatérales nécessaires, ne convainc que les cercles restreints déjà radicalisés. (…) Coulibaly l’a pourtant proclamé dans sa vidéo «Soldat de l’islam», mais il y a eu un glissement sémantique entre les deux attaques, et la seconde a, paradoxalement, diminué l’impact idéologique de la première auprès des sympathisants potentiels. Il y a eu un basculement vendredi lorsque la prise d’otages a débuté – au moment où les imams faisaient leur sermon dans les mosquées et où les juifs pratiquants se préparaient pour le shabbat, instant de tension symbolique hebdomadaire dans notre République laïque. Soudain, dans la zone grise de ceux qui, déplorant certes les meurtres, laissaient entendre que, quand même, ceux qui avaient caricaturé le Prophète l’avaient bien cherché, il y a eu un sentiment d’inquiétude qui m’a rappelé ce qu’on avait vu à l’époque de la guerre civile algérienne avec l’affaire Kelkal : alors, en dépit d’un certain nombre de jeunes d’origine algérienne qui détestaient le pouvoir d’Alger et sympathisaient avec le Front islamique du salut, l’extension du conflit en France avait été bloquée. A partir du moment où le Groupe islamique armé avait commis des exactions en France, toute une partie de la population concernée – les parents notamment – avait senti le risque de perdre tout ce qu’elle avait bâti ici, et les réseaux communautaires, nombre d’imams en interaction avec les autorités, avaient mis les trublions au pas. C’est ce qui nous a permis de vivre sans attentats durant seize ans – en particulier après le 11 Septembre – et cela jusqu’à l’affaire Merah de 2012. L’assassinat d’otages juifs dans l’Hyper Cacher a une résonance beaucoup plus forte en termes de vie quotidienne. Beaucoup ont compris tout d’un coup qu’il y avait désormais péril en la demeure pour eux-mêmes. La société musulmane en France a changé depuis la guerre civile algérienne des années 90. La génération des pères, des «darons», n’est plus aux manettes. Les manettes sont désormais, pour les plus religieux, entre les mains de quadras qui ont réussi, notamment ceux que j’appelle les entrepreneurs du halal, qui gèrent les sites de «vigilance islamique» en ligne. Pour eux, il est très important de se poser en défenseurs de la religion «intégrale», comme ils disent, et il en va de leur légitimité communautaire de combattre Charlie Hebdo. En revanche, il leur faut traiter au quotidien, ne serait-ce que pour faire du business, avec d’autres Français, juifs notamment. Qu’ils exècrent les «impies» et les «sionistes», c’est dans un autre registre. Cela différencie l’impact symbolique des deux attaques, dans ce qui apparaît sinon comme une tragédie unique. (…) cette affaire donne la clé du nouveau modus operandi de Daech, elle l’expose, et celui-ci n’est pas sans faiblesses non plus… (…) Fin 2004, à partir d’une critique de l’hypercentralisme d’Al-Qaeda et surtout de la stratégie du 11 Septembre, qu’il estime politiquement néfaste car elle a permis aux Etats-Unis de détruire en réaction l’infrastructure afghane de Ben Laden, Al-Souri a construit les bases de ce qui deviendra ultérieurement le soi-disant Etat islamique, la dawla [«Etat» en arabe], comme on dit dans la jihadosphère. Il prônait la multiplication d’actes terroristes de vie quotidienne à des fins de provocations récurrentes dans les sociétés européennes, perpétrés par des musulmans européens visant juifs, intellectuels «impies», musulmans «apostats» et manifestations sportives pour affoler les sociétés occidentales et les faire surréagir – c’est la vieille rengaine gauchiste «provocation-répression-solidarité». A quoi s’ajoute l’idée que les Etats ne seront pas capables d’y faire face, que ça fera monter l’extrême droite qui va brûler les mosquées… et que l’Europe s’effondrera, avant de passer sous domination islamiste. C’est le primat du «rhizome» de Deleuze sur le centralisme léniniste – Al-Souri a vécu et étudié en France dans les années 80 -, projeté à l’ère de YouTube et décliné dans la grammaire du jihad. Il n’y a plus de «donneur d’ordre» et «d’exécutants», comme à l’époque de Ben Laden. Tout est endoctrinement, entraînement militaire et mise en œuvre, avec une assez large marge d’initiative pour de petites cellules fortement idéologisées par «l’inspiration» – d’où le titre du magazine en ligne anglophone d’Al-Qaeda dans la péninsule arabique, Inspire. Quand l’Américano-Yéménite Aulaqi l’a créé, Al-Qaeda était encore le brand le plus célèbre du monde avec Coca. Aujourd’hui, c’est – plus ou moins – Daech. Mais ils ont un problème de label, entre Daech, Isis, Isil et Dawla, qui finira par nuire à leur recherche de notoriété. (…) L’Etat islamique a un territoire, à la différence d’Al-Qaeda. En Irak, il s’est greffé sur la revendication arabo-sunnite de créer un «Sunnistan», à cheval aussi sur la Syrie, et, en ce sens, il aspire des sunnites du monde entier qui viennent l’aider dans sa guerre tribale contre les chiites, les Kurdes, les alaouites, les chrétiens – avant d’être réinjectés, une fois aguerris, pour mener le jihad dans leur pays de départ. Il y a articulation entre les divers territoires du jihad, unifiés par le miroir du monde virtuel : le dialogue ahurissant des frères Kouachi, traqués dans l’imprimerie de Dammartin-en-Goële [Seine-et-Marne], en direct avec BFM TV est en ligne et sous-titré en arabe, à des fins d’édification et de prosélytisme, sur de nombreux sites islamistes du Moyen-Orient. (…) C’est un bricolage sophistiqué qui s’attaque à un symbole très fort : aux valeurs et à la culture de l’adversaire, avec pour message basique : «On a su vous détruire là où vous nous aviez offensés.» Dans la jihadosphère, de même que Merah a eu des milliers de «likes», il y a un certain nombre de gens qui rendent gloire aux trois «héros». Du reste, à la fin de sa vidéo, Coulibaly raconte qu’il est allé faire la tournée des mosquées pleines d’Ile-de-France, qu’il y a vu des milliers de jeunes gens en bonne santé et qu’ils doivent suivre son exemple. L’objectif est l’émulation. Mais est-ce que les terroristes potentiels vont bénéficier d’un effet «poisson dans l’eau» ou, au contraire, seront-ils identifiés, marginalisés et dénoncés comme ce fut le cas dans l’Hexagone lorsque la guerre civile algérienne y a débordé ? La réponse politique doit certainement recréer ces conditions. Dans la communication des autorités, il est fondamental de rappeler à l’ensemble de notre société que, parmi les victimes de prédilection des jihadistes, il y a aussi les musulmans désignés par eux comme «apostats», comme c’est le cas du brigadier Ahmed Merabet qui a été délibérément abattu à terre boulevard Richard-Lenoir. Et que la plupart des victimes de Daech sont des musulmans…(…) Comment retisser un lien social plus prégnant aujourd’hui, c’est toute la question. A la guerre que Daech tente de mener en Europe, il ne faut pas répondre par la guerre mais par des opérations de police efficientes et par l’éducation. Les retours mitigés sur la réaction de certains élèves à la minute de silence en mémoire des victimes en rappellent la nécessité. Se pose aussi en urgence absolue la question du monde carcéral, qui est aujourd’hui l’école supérieure du jihadisme en France, comme l’ont démontré les itinéraires de Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly, devenus ce que nous avons vu à cause de leur fréquentation de l’idéologue jihadiste Djamel Beghal en prison, puis lorsqu’il était assigné à résidence au cœur de notre France rurale. Gilles Kepel
Pour ma part, je n’ai jamais connu de moment comme ça, où la vie psychique collective est à ce point prévalente. Et pas juste parce qu’il devient quasi incorrect d’évoquer sa vie personnelle au regard de l’immensité de ce qui se passe. Je pourrais parler de ce qui se passe pour moi. Je ne me sens plus seulement le fils d’une histoire familiale, d’une filiation parentale, comme tout le monde, mais aussi le fils d’une culture, d’une philosophie, d’un esprit, d’une nation même. Moi qui ai horreur du nationalisme, c’est comme si ce mot reprenait un sens. Le mot «peuple» aussi, qu’on manie habituellement à tort et à travers, comme si cet être psychique collectif acquérait pour une fois une cohérence. Il faut un événement comme celui-là pour s’apercevoir que cette histoire – et pas juste l’histoire de France, on voit bien que c’est l’histoire des idées, de la démocratie – est inscrite, et transmise. Ce qu’on n’a pratiquement aucun moyen de repérer dans d’autres circonstances. Bon, Charlie Hebdo, ce n’est pas Voltaire mais, en même temps, il y a quelque chose qui passe par le boulevard Voltaire, de la République à la Nation. C’est très étonnant de découvrir à quel point nous sommes habités par ça, à notre insu. (…) Tout le monde n’a pas accès à l’humour. La question du surmoi est ici une question importante. Parce que, l’idée est de Freud, il y a une relation très intime entre le surmoi – cette puissance d’interdit, de contrainte, d’obligation, qui dit une chose et son contraire et rend tout le monde un peu dingue – et l’humour, qui permet de se dégager, de faire un pas de côté. L’exemple bien connu, c’est le condamné à mort qui, un lundi à l’aube, est conduit à la guillotine et qui dit : «Mince, la semaine commence mal.» Ça ne change évidemment rien à ce qui va lui arriver. Par contre, on voit bien comment cette disposition d’esprit modifie, sinon le monde, du moins le regard que l’on a sur lui. C’est la même chose avec Dieu. Dieu, c’est un autre nom pour le surmoi, cette puissance qui surplombe, qui contraint à obéir, qui livre ses commandements. C’est par rapport à cela qu’il faut pouvoir faire ce pas de côté. On peut ou on ne peut pas. On a la plasticité ou pas. On se soumet ou pas. L’humour, c’est le contraire de la soumission. Ça n’est pas nécessairement révolutionnaire, ça ne renverse évidemment rien. Mais si on peut rire de celui qui vous commande… ça fait quand même une petite différence entre le prendre pour Dieu et le prendre pour un rigolo. (…)  A l’évidence, il y a des mécanismes d’identification majeurs. L’identification suppose qu’on devient tous les mêmes, et on devient les mêmes parce qu’on se rapporte à quelque chose de commun. C’est pour cela que l’idée de nation est intéressante ici, c’est une nation d’idées, de pensée, pas une nation territoriale. Il y a des identifications collectives et, au centre, il y a des idéaux, dont la liberté d’expression, qui est ici assez privilégiée, parce que c’est peut-être la forme la plus concrète de ce que liberté veut dire. Soit on peut dire ce qu’on veut et on vit, soit on ne peut pas et on se fait tuer, c’est une différence assez repérable. Par ailleurs, dans ce moment que nous vivons, il est évident que la singularité de l’individu ne suffit pas. Nous sommes des êtres sociaux : on l’est banalement, ordinairement, mais on l’est beaucoup plus profondément qu’on ne le pense. Ce que permet un moment comme celui-ci, c’est de découvrir à quel point nous sommes partie prenante d’un être psychique collectif. Je prends mon propre exemple : je ne peux pas dire que je me sente français tous les jours ni que ce mot-là me fasse toujours rigoler, et pourtant je ne me suis jamais senti aussi français que depuis mercredi. Pas du tout au sens territorial, mais au sens d’héritier de Voltaire, d’héritier de l’histoire, c’est le secret de la démocratie moderne, l’histoire de la Révolution, de Montesquieu, Diderot… On découvre à quel point c’est un privilège, dans une société, que puisse exister Charlie Hebdo. Peu de pays pourraient supporter Charlie Hebdo…(…) Les Etats-Unis sont animés par des idéaux comme la liberté d’expression mais, sur la question religieuse, ils n’ont pas la même liberté que la France. On a tendance à oublier qu’avec la Révolution française, ce n’est pas seulement l’Ancien Régime qu’on a mis par terre, c’est aussi un mouvement de déchristianisation très important. Dans les cimetières, on avait inscrit : «La mort est un sommeil éternel». La Révolution est un moment de passion antireligieuse qui dit que, si Dieu existe, la démocratie n’est pas possible. (…) Pour que le meurtre puisse se produire, il faut qu’il y ait un mentor quelque part. Plus qu’un maître à penser, parce qu’un maître à penser, ça permet encore de penser. Et puis, j’ai quand même le sentiment – je ne suis pas le seul – qu’il y a dans cette affaire beaucoup de la violence de l’adolescence. Pol Pot n’était pas un adolescent mais, au sein des Khmers rouges, il y avait beaucoup d’adolescents. Entre 15 et 18 ans, quand on a un fusil, on tire. Les hommes qui ont commis les meurtres de la semaine dernière ont tout d’adolescents jamais achevés. On ne sent nulle part l’homme adulte. Il y a une violence de l’adolescence qui court-circuite la pensée, il y a des courts-circuits entre «je désire», «je veux», «j’agis». Le tout nourri d’une pensée magique, parce que s’ils n’avaient pas la conviction délirante qu’il y a une vie après la mort, je ne pense pas que ce serait jouable. Il y a une toute-puissance de la pensée, qui est le propre de la pensée religieuse, mais qui prend là une forme maximum. Ils ne font pas ça pour mourir, ils ont quelque part la conviction qu’ils ne meurent pas, ils font ça pour la gloire, pour l’héroïsme, pour vivre. (…) Il y a des sociétés qui sont plutôt régulées par la persécution et d’autres plutôt par la culpabilité : «Je ne fais pas ça parce que je ne veux pas qu’on pense que je suis, etc. C’est mon image et je défends mon image». Dans la plupart des sociétés musulmanes, la régulation se fait plus sur la base de la persécution, parce que la persécution peut être régulatrice, elle n’est pas juste destructrice. La culpabilité est toujours un «je», «je suis coupable». Alors que la honte est un sentiment extrêmement social, on a honte sous l’œil des autres. Il faut un regard social pour avoir honte. La culpabilité peut rester intérieure. La honte se joue entre soi et le dehors. Dans la honte, on perd la face. On est nu alors qu’on se croyait habillé, quelque chose est brutalement révélé et produit de l’humiliation. La honte ne frappe pas au même endroit que la culpabilité. Le contraire de la honte, c’est la fierté. Le contraire de la culpabilité, c’est l’innocence. Comment traiter un tel problème ? La culpabilité, on la traite sur des temps longs, c’est relativement transformable, élaborable. La honte, soit elle accable et détruit celui qui la ressent, soit elle pousse à réagir extrêmement violemment, notamment en passant à l’acte. (…) Je peux me tromper, mais on a quand même l’impression que le passage en prison, pour beaucoup d’entre eux, est un moment de transformation radicale. De délinquants, ils deviennent croyants intégristes, potentiellement terroristes. Plusieurs d’entre eux, Merah et ceux de ces derniers jours, ont un peu le même profil : des petits délinquants, auteurs de délits ordinaires. Et puis il y a l’événement de la prison, qui ne tient peut-être pas uniquement au fait qu’ils y rencontrent celui qui va devenir le mentor. Il se passe aussi qu’ils sortent du circuit de la délinquance. Il y a un effet transformateur de la prison, qui n’est pas un effet apaisant, ni socialisant. Mais quelque chose qui les fait passer dans le monde de la symbolique religieuse. De l’extérieur, on a l’impression qu’enfin, ils trouvent un sens à leur vie, ils rencontrent un destin. Ils découvrent brutalement ce qui les conduit à devenir des soldats de Dieu. Vu de loin, ça ressemble à un moment mystique. La prison n’est pas un monastère mais, après tout, c’est un enfermement entre hommes. (…) On a le sentiment que les forces de destruction sont d’une telle puissance, d’une telle rage, qu’elles finiront toujours par l’emporter. L’inconscient est un sauvage, jamais la démocratie ne sera l’héritière de l’inconscient. Elle se fera toujours contre lui, il n’y a ni égalité ni fraternité dans l’inconscient. S’il y a une liberté, c’est une liberté absolue et sauvage. Et, pourtant, il y a les moments comme celui de dimanche, un moment mondial. Ce moment est allé chercher quelque chose d’extrêmement élaboré par rapport à la primitivité des meurtres accomplis. Ce mouvement de dimanche n’est pas du tout illusoire. Mais il est fragile. Jacques André
Oddly enough, given its minority status, Judaism seems to be the religion that has produced a larger repertoire of humorous religious satire. The tradition that supposedly invented the absolutist, jealous, wrathful God also produced a people that considers religion pretty funny? That is pretty funny, but true. Jokes about rabbis abound, as well as about Jewish practices such as the Passover matzah and bitter herbs, circumcision, conversion and bar mitzvah, not to mention theological topics such as God, Satan and death. Such jokes are even recited from the pulpits of quite religious congregations. Are Jews secret atheists? Is this revenge? No. Jewish humor comes from the Jewish tradition of destabilizing structures of power — which is the source of both revolutionary ideology in the sociopolitical realm and humorous satire. From biblical times, our texts recount the overthrow of ancient worldviews that believed in child sacrifice, the rights of the first-born, divine humans, divine rights of kings and dynastic rule. They limit the power of owners over slaves, of husbands and fathers over women, even of humans over animas with the laws of the Sabbath. But humor can go deeper, liberating the mind. The Exodus story is in part a satire on Pharaoh who believes himself a god. While he was issuing decrees and whips were lashing the Israelites, women outsmarted him. The midrash tells us of the midwives who said, “We can’t kill the Hebrew boys as they emerge from the womb — the women deliver their babies so fast we can’t get there in time.” Really! And if you believe that, I’ll sell you a bridge over the Nile. Worse yet, modern children’s songs about the Ten Plagues make Pharaoh a laughingstock, a helpless victim of forces he thinks he controls. The story of Balaam and his talking donkey in the book of Numbers is a parody of a prophet who thinks he can outsmart the deity and get rich. The tale of Elijah competing with the prophets of Baal in the book of Kings is a hilarious caricature. The book of Esther satirizes the power of villains and foolish kings. The book of Jonah has plenty of irony: Really, Jonah, you think you can run away from an infinite God? The strange ending to that story could almost be a cartoon: You feel sorry for the plant that died, but not for the thousands of people of Nineveh who would have died if they had not repented? And so many cattle? Tamar Frankiel

Les sionistes ont même inventé l’humour !

A l’heure où suite à une nouvelle provocation de Charlie hebdo, qui s’arrache dans les kiosques mais déchire ses anciens, avec sa couverture d’un Mahomet à la tête phallique prônant christiquement le pardon  …

Les islamistes de service ont comme d’habitude sauté sur l’occasion pour brûler, entre drapeaux, églises ou ambassades et devant les caméras qu’il fallait, tout ce qui leur tombait sous la main …

Et que, rappelant avec raison les limites inévitables au droit fondamental de la liberté d’expression, le pape a lui-même dérapé en semblant approuver la violence physique qui tue la liberté d’expression …

Pendant qu’un Pays autoproclamé des droits de l’homme qui a tant critiqué les sionistes découvre enfin, entre fouilles systématiques et patrouilles militaires armés à chaque coin de rue, qu’il était lui-même sans le savoir israélien …

Retour, avec Tamar Frankiel et la Bible elle-même, sur cette autre invention juive que le monde leur envie …

A savoir, issue de la même tradition du dieu vengeur et jaloux, celle de l’humour !

Why religion is a laughing matter
Satire and caricature are funny things. The most effective satire makes us laugh — but then it also gives us something to chew on, to think about.
Tamar Frankiel
Jewish journal

Not all satire is humorous, however. In the Middle Ages, caricatured figures were generally not intended to be funny, as for example in the Christian sculptural traditions that depicted Jews and heretics with deformed features. That was essentially an early version of hate speech. Satire runs on a spectrum from humor to bitterness to hatred, a range of meanings that can only be deciphered in their cultural context. We learn to figure out what is funny (think of Jon Stewart and Stephen Colbert), what is trying to be funny but is really in bad taste (“The Interview”) and what is downright mean (Nazi cartoons of Jews).

But within this complexity, caricaturing and satirizing religion historically have been even more sensitive. The Protestant Reformation produced humorous and heated satire against Roman Catholicism, and even the pope. Once Protestantism was established in a country, however, satire was censored. Humorous cartoons about political issues came into prominence from the Napoleonic Age onward; but the authority of religion protected what was demarcated as holy. In intensely secular, revolutionary France, prelates could be lampooned, but in America it was more often the “enthusiasts” — the wild sectarians such as Mormons and millenarians — who would appear as the object of caricature. Mainstream religion — decorous, solemn and rational — rarely suffered direct attack until the late 20th century.

Why have we not been able to laugh at religion? Underneath it all, are we afraid to take religion lightly? That a wrathful deity might put up with all kinds of other crimes against humanity, life and even lack of devotion to Himself, but not with being laughed at? Would the creator of humanity, who made the world completely good, regret creating a laughing being more than a murderous one? This would be an ironic theological outcome for Western religions. Not that Buddhism, Confucianism, Taoism or Hinduism are known for rollicking laugh-fests.

Oddly enough, given its minority status, Judaism seems to be the religion that has produced a larger repertoire of humorous religious satire. The tradition that supposedly invented the absolutist, jealous, wrathful God also produced a people that considers religion pretty funny? That is pretty funny, but true. Jokes about rabbis abound, as well as about Jewish practices such as the Passover matzah and bitter herbs, circumcision, conversion and bar mitzvah, not to mention theological topics such as God, Satan and death. Such jokes are even recited from the pulpits of quite religious congregations. Are Jews secret atheists? Is this revenge?

No. Jewish humor comes from the Jewish tradition of destabilizing structures of power — which is the source of both revolutionary ideology in the sociopolitical realm and humorous satire. From biblical times, our texts recount the overthrow of ancient worldviews that believed in child sacrifice, the rights of the first-born, divine humans, divine rights of kings and dynastic rule. They limit the power of owners over slaves, of husbands and fathers over women, even of humans over animas with the laws of the Sabbath.

But humor can go deeper, liberating the mind. The Exodus story is in part a satire on Pharaoh who believes himself a god. While he was issuing decrees and whips were lashing the Israelites, women outsmarted him. The midrash tells us of the midwives who said, “We can’t kill the Hebrew boys as they emerge from the womb — the women deliver their babies so fast we can’t get there in time.” Really! And if you believe that, I’ll sell you a bridge over the Nile. Worse yet, modern children’s songs about the Ten Plagues make Pharaoh a laughingstock, a helpless victim of forces he thinks he controls.

The story of Balaam and his talking donkey in the book of Numbers is a parody of a prophet who thinks he can outsmart the deity and get rich. The tale of Elijah competing with the prophets of Baal in the book of Kings is a hilarious caricature. The book of Esther satirizes the power of villains and foolish kings. The book of Jonah has plenty of irony: Really, Jonah, you think you can run away from an infinite God? The strange ending to that story could almost be a cartoon: You feel sorry for the plant that died, but not for the thousands of people of Nineveh who would have died if they had not repented? And so many cattle?

Our problem today is that too much of religion has not fulfilled its promise as a disruptive, liberating force. It is another bastion of structural stability and entrenched power. Ironies of divine behavior are interpreted as warnings and punishments. The force of humor is repressed by being associated with arrogance: Religious authorities proclaim it sinful to satirize views of God, religion or its representatives. But, isn’t the arrogant shoe on the other foot?

Religion in most traditions is no laughing matter because it is defined as nonmatter, as “spiritual,” as on a higher level than we benighted humans. But for Judaism, everything human is, simply, human. Everything natural is, simply, nature. There are visible and invisible worlds, but “God” is not defined by any of their terminologies. So everything, including our religions, is subject to critique.

Humor — as satire, as caricature — is a Jewish way of subverting idolatry. But the best humor comes not with bitterness or revolutionary zeal. It comes with love, or at least appreciation, for the precarious and tender efforts of human and divine partners to be in relationship.

One of the cartoons that supposedly angered Islamic radicals depicted the founder of Islam, holding his head in his hands and saying, “It’s so hard to be loved by idiots.” The cartoon could have been one of God as the old bearded man in the sky, looking down on His human creations. It must be hard for Him, too, to be loved by those idiosyncratic creatures who forget what He is all about.

Tamar Frankiel is president of the Academy for Jewish Religion California and a scholar of comparative religion.

Voir aussi:

« Dieu, c’est un autre nom pour le surmoi »
Eric Loret et Natalie Levisalles

Libération

13 janvier 2015

INTERVIEW Auteur de travaux sur la violence, la prison et l’humour, le psychanalyste Jacques André se penche sur l’immense élan collectif qui a suivi les attaques tétanisantes de la semaine dernière.

Jacques André est psychanalyste. Il a travaillé sur la violence, la prison, l’humour. Il est l’auteur des 100 Mots de la psychanalyse (PUF) et de Paroles d’homme (Gallimard).

Qu’est-ce qu’un psychanalyste peut dire de ce qui s’est passé la semaine dernière ?
La position du psychanalyste est tellement mêlée à celle du citoyen… Pour ma part, je n’ai jamais connu de moment comme ça, où la vie psychique collective est à ce point prévalente. Et pas juste parce qu’il devient quasi incorrect d’évoquer sa vie personnelle au regard de l’immensité de ce qui se passe.

Je pourrais parler de ce qui se passe pour moi. Je ne me sens plus seulement le fils d’une histoire familiale, d’une filiation parentale, comme tout le monde, mais aussi le fils d’une culture, d’une philosophie, d’un esprit, d’une nation même. Moi qui ai horreur du nationalisme, c’est comme si ce mot reprenait un sens. Le mot «peuple» aussi, qu’on manie habituellement à tort et à travers, comme si cet être psychique collectif acquérait pour une fois une cohérence.

Il faut un événement comme celui-là pour s’apercevoir que cette histoire – et pas juste l’histoire de France, on voit bien que c’est l’histoire des idées, de la démocratie – est inscrite, et transmise. Ce qu’on n’a pratiquement aucun moyen de repérer dans d’autres circonstances. Bon, Charlie Hebdo, ce n’est pas Voltaire mais, en même temps, il y a quelque chose qui passe par le boulevard Voltaire, de la République à la Nation. C’est très étonnant de découvrir à quel point nous sommes habités par ça, à notre insu.

Au départ de toute cette histoire, il y a l’humour. Qu’est-ce que ça veut dire de refuser l’humour, ou de ne pas le comprendre ?
Tout le monde n’a pas accès à l’humour. La question du surmoi est ici une question importante. Parce que, l’idée est de Freud, il y a une relation très intime entre le surmoi – cette puissance d’interdit, de contrainte, d’obligation, qui dit une chose et son contraire et rend tout le monde un peu dingue – et l’humour, qui permet de se dégager, de faire un pas de côté. L’exemple bien connu, c’est le condamné à mort qui, un lundi à l’aube, est conduit à la guillotine et qui dit : «Mince, la semaine commence mal.» Ça ne change évidemment rien à ce qui va lui arriver. Par contre, on voit bien comment cette disposition d’esprit modifie, sinon le monde, du moins le regard que l’on a sur lui. C’est la même chose avec Dieu. Dieu, c’est un autre nom pour le surmoi, cette puissance qui surplombe, qui contraint à obéir, qui livre ses commandements. C’est par rapport à cela qu’il faut pouvoir faire ce pas de côté. On peut ou on ne peut pas. On a la plasticité ou pas. On se soumet ou pas. L’humour, c’est le contraire de la soumission. Ça n’est pas nécessairement révolutionnaire, ça ne renverse évidemment rien. Mais si on peut rire de celui qui vous commande… ça fait quand même une petite différence entre le prendre pour Dieu et le prendre pour un rigolo.

Quelle est la nature de cet élan qui a poussé des millions de gens à descendre dans la rue ?
A l’évidence, il y a des mécanismes d’identification majeurs. L’identification suppose qu’on devient tous les mêmes, et on devient les mêmes parce qu’on se rapporte à quelque chose de commun. C’est pour cela que l’idée de nation est intéressante ici, c’est une nation d’idées, de pensée, pas une nation territoriale. Il y a des identifications collectives et, au centre, il y a des idéaux, dont la liberté d’expression, qui est ici assez privilégiée, parce que c’est peut-être la forme la plus concrète de ce que liberté veut dire. Soit on peut dire ce qu’on veut et on vit, soit on ne peut pas et on se fait tuer, c’est une différence assez repérable.

Par ailleurs, dans ce moment que nous vivons, il est évident que la singularité de l’individu ne suffit pas. Nous sommes des êtres sociaux : on l’est banalement, ordinairement, mais on l’est beaucoup plus profondément qu’on ne le pense. Ce que permet un moment comme celui-ci, c’est de découvrir à quel point nous sommes partie prenante d’un être psychique collectif. Je prends mon propre exemple : je ne peux pas dire que je me sente français tous les jours ni que ce mot-là me fasse toujours rigoler, et pourtant je ne me suis jamais senti aussi français que depuis mercredi. Pas du tout au sens territorial, mais au sens d’héritier de Voltaire, d’héritier de l’histoire, c’est le secret de la démocratie moderne, l’histoire de la Révolution, de Montesquieu, Diderot… On découvre à quel point c’est un privilège, dans une société, que puisse exister Charlie Hebdo. Peu de pays pourraient supporter Charlie Hebdo…

Dans des pays, comme les Etats-Unis, la plupart des médias ont flouté les dessins de Charlie, alors qu’ils ont été très affectés…
Les Etats-Unis sont animés par des idéaux comme la liberté d’expression mais, sur la question religieuse, ils n’ont pas la même liberté que la France. On a tendance à oublier qu’avec la Révolution française, ce n’est pas seulement l’Ancien Régime qu’on a mis par terre, c’est aussi un mouvement de déchristianisation très important. Dans les cimetières, on avait inscrit : «La mort est un sommeil éternel». La Révolution est un moment de passion antireligieuse qui dit que, si Dieu existe, la démocratie n’est pas possible.
Qu’est-ce qui fait que la violence va jusqu’au meurtre ?
C’est évidemment très difficile à saisir, parce que les hommes qui ont fait ça n’ont, par définition, pas l’occasion de s’ouvrir à une parole, d’être écoutés. Au contraire. Pour que le meurtre puisse se produire, il faut qu’il y ait un mentor quelque part. Plus qu’un maître à penser, parce qu’un maître à penser, ça permet encore de penser.

Et puis, j’ai quand même le sentiment – je ne suis pas le seul – qu’il y a dans cette affaire beaucoup de la violence de l’adolescence. Pol Pot n’était pas un adolescent mais, au sein des Khmers rouges, il y avait beaucoup d’adolescents. Entre 15 et 18 ans, quand on a un fusil, on tire. Les hommes qui ont commis les meurtres de la semaine dernière ont tout d’adolescents jamais achevés. On ne sent nulle part l’homme adulte. Il y a une violence de l’adolescence qui court-circuite la pensée, il y a des courts-circuits entre «je désire», «je veux», «j’agis». Le tout nourri d’une pensée magique, parce que s’ils n’avaient pas la conviction délirante qu’il y a une vie après la mort, je ne pense pas que ce serait jouable. Il y a une toute-puissance de la pensée, qui est le propre de la pensée religieuse, mais qui prend là une forme maximum. Ils ne font pas ça pour mourir, ils ont quelque part la conviction qu’ils ne meurent pas, ils font ça pour la gloire, pour l’héroïsme, pour vivre.

A propos des Antilles, vous avez dit : dans les sociétés où la honte plus que la culpabilité joue un rôle de régulation, c’est au prix d’un accroissement du sentiment de persécution. Et ici ?
Il y a des sociétés qui sont plutôt régulées par la persécution et d’autres plutôt par la culpabilité : «Je ne fais pas ça parce que je ne veux pas qu’on pense que je suis, etc. C’est mon image et je défends mon image». Dans la plupart des sociétés musulmanes, la régulation se fait plus sur la base de la persécution, parce que la persécution peut être régulatrice, elle n’est pas juste destructrice.

La culpabilité est toujours un «je», «je suis coupable». Alors que la honte est un sentiment extrêmement social, on a honte sous l’œil des autres. Il faut un regard social pour avoir honte. La culpabilité peut rester intérieure. La honte se joue entre soi et le dehors. Dans la honte, on perd la face. On est nu alors qu’on se croyait habillé, quelque chose est brutalement révélé et produit de l’humiliation. La honte ne frappe pas au même endroit que la culpabilité. Le contraire de la honte, c’est la fierté. Le contraire de la culpabilité, c’est l’innocence.

Comment traiter un tel problème ? La culpabilité, on la traite sur des temps longs, c’est relativement transformable, élaborable. La honte, soit elle accable et détruit celui qui la ressent, soit elle pousse à réagir extrêmement violemment, notamment en passant à l’acte.

Certains de ces meurtriers sont passés par la prison.
Je peux me tromper, mais on a quand même l’impression que le passage en prison, pour beaucoup d’entre eux, est un moment de transformation radicale. De délinquants, ils deviennent croyants intégristes, potentiellement terroristes.

Plusieurs d’entre eux, Merah et ceux de ces derniers jours, ont un peu le même profil : des petits délinquants, auteurs de délits ordinaires. Et puis il y a l’événement de la prison, qui ne tient peut-être pas uniquement au fait qu’ils y rencontrent celui qui va devenir le mentor. Il se passe aussi qu’ils sortent du circuit de la délinquance. Il y a un effet transformateur de la prison, qui n’est pas un effet apaisant, ni socialisant. Mais quelque chose qui les fait passer dans le monde de la symbolique religieuse.

De l’extérieur, on a l’impression qu’enfin, ils trouvent un sens à leur vie, ils rencontrent un destin. Ils découvrent brutalement ce qui les conduit à devenir des soldats de Dieu. Vu de loin, ça ressemble à un moment mystique. La prison n’est pas un monastère mais, après tout, c’est un enfermement entre hommes.

Et maintenant ?
On a le sentiment que les forces de destruction sont d’une telle puissance, d’une telle rage, qu’elles finiront toujours par l’emporter. L’inconscient est un sauvage, jamais la démocratie ne sera l’héritière de l’inconscient. Elle se fera toujours contre lui, il n’y a ni égalité ni fraternité dans l’inconscient. S’il y a une liberté, c’est une liberté absolue et sauvage.

Et, pourtant, il y a les moments comme celui de dimanche, un moment mondial. Ce moment est allé chercher quelque chose d’extrêmement élaboré par rapport à la primitivité des meurtres accomplis. Ce mouvement de dimanche n’est pas du tout illusoire. Mais il est fragile.

Voir également:

First they came for the Jews. Then they came for the journalists
The massacre at Charlie Hebdo was part of an all-out assault on freedom in Europe. Jews and cartoonists are on the frontline.
Anshel Pfeffer
Haaretz
Jan. 8, 2015

One of the first responses I heard on Wednesday when the first reports came through of a shooting on a newspaper office in Paris was “is it a Jewish newspaper?” As parochial and narrow-minded as that question may sound, it made sense. There was every reason to believe that the next major terror attack in France would be against a Jewish target.

After all, the last two such multiple murders carried out by French jihadists were of Jews — last year at the Jewish Museum in Brussels and in 2012 outside the Ozar Hatorah school in Toulouse. Add to that a recent spate of attacks that fortunately did not result in any deaths, and I don’t have to point out the pattern for you.

To paraphrase Pastor Martin Niemöller — First they came for the Jews, then they came for the journalists.

The choice of targets — Jews and satirical journalists — is inextricably linked, and not only because the most veteran cartoonist murdered in the Charlie Hebdo office on Wednesday morning was Jewish — the 80-year-old Georges Wolinski (though the story of this son of Jewish refugees from Poland and Tunisia who came to live in France at age 12 makes this connection all the more poignant). The existence of a successful, highly visible and well-connected Jewish community in a major European country, as well as an irreverent weekly magazine that routinely lampoons those in power, should never be taken for granted.
Neither Jewish life nor a fiercely free press could have flourished so much in France over the last 70 years without an open and liberal-democratic environment nurturing them. Both are symbols of all that is best of the prolonged period of peace and freedom Western Europe has enjoyed in the post-World War II era. That they were both chosen as targets is no coincidence.

Another connection is that neither the Jews of France nor Charlie Hebdo pose any sort of conceivable threat to Muslims anywhere. The gunmen could have chosen to target a party branch of the ultra-right and increasingly anti-Muslim National Front or the offices of a politician supporting laws against hijab-wearing, halal ritual slaughter and the building of mosque minarets. Not that such an attack would have been justified, but it is telling they preferred to point their Kalashnikovs elsewhere.

The jihadists have murdered civilians whose existence had no relevance whatsoever on their lives and communities, but their very presence and identity offended them.
It has often been said that the Jews’ situation in any given country is a reliable barometer of the level of democracy and human rights there, and the same is true of the freedom enjoyed by a country’s media. European Jews may be attacked because of anti-Semitism and warped thinking that links them to the Israel-Palestine conflict, and Charlie Hebdo’s journalists were slaughtered because they refused to be cowed and continued to publish cartoons ridiculing Mohammed, as they ridicule the “holy” men of other religions, including Judaism. But above all they have been killed because they embody Western enlightenment, freedom and tolerance.

Belle Époque

The struggle growing now in the heart of Europe isn’t between Muslims and Jews. By any yardstick the vast majority of the continent’s Muslims have no connection to any of this, and with the exception of a handful of spokesmen with few followers, their leaders have condemned the killings.

And for all the understandable unease felt by Jews in France and neighboring countries, they are still enjoying the most prosperous period in the history of Jewish life in Europe. They are not limited, oppressed or discriminated against in any way by the authorities who are investing massive resources to protect Jewish communities.
It is a struggle between those who continue to believe in the true values of the West and those who find these freedoms to be abhorrent. Whether they be radical Islamists, neo-fascists or nationalist Europhobes, and yes, even though they may hate each other, they have a common cause. Scratch beneath the surface and you will find that they share similar phobias — against Jews, gays, foreigners (to them) and journalists who insist on revealing their true nature and pricking their balloons of self-righteousness.

No, Europe is not being taken over by a caliphate, but it is increasingly gripped by forces of intolerance and xenophobia. These forces often oppose each other (and in some dismal cases even a few individual Jews join them in the mistaken belief that if these groups oppose Muslims and claim to support Israel, this somehow cleanses them).
But scratch a bit beneath the surface and you will find how similar they are. In any assault on freedom in European history, whether from the right or left, religious fundamentalist or militantly secular, the ancient hatred of the continent’s Jews is always lurking. The only reliable safeguard will always remain democracy.
These attacks coincide with a surge in Jewish emigration from France — 6,000 left for Israel in 2014, an all-time record, along with smaller numbers moving across the water to Britain and Canada. While a feeling of insecurity is certainly one motive, the main reason is almost always financial; the ongoing slump in France’s economy and ultra-high taxation.
It is not a panicked exodus, but a result of long-term factors. Most French Jews, however, are staying put. Despite the hysterical headlines, not only are Europe’s Jews not fleeing, the numbers of Israelis currently residing in London and Berlin exceeds that of those who have “fled.”

The fact that we are not yet facing an emergency is not reason for complacency, though. The rise of xenophobic parties such as the National Front in France and UKIP in Britain are alarm bells for Europe’s Jews, just as the recent jihadist attacks are.

But there is still much room for optimism, because if one thing has been made clear this week in Paris it is that the Jews are not on their own in this. This is a battle on all fronts for a continent’s soul, and as long as European satirists are free to continue sharpening their pens, as the wounded survivors of Charlie Hebdo have promised they will be doing for next week’s edition, Jews will also have a place on the frontline.

Voir encore:

Gilles Kepel : « Daech escompte des situations de guerre civile »
Marc semo, Luc Mathieu et Anastasia Vécrin
Libération
14 janvier 2015
INTERVIEW
Gilles Kepel, spécialiste de l’islam, analyse l’impact des attentats de la semaine dernière sur la société française et revient sur la stratégie de l’Etat islamique, prêt à en exploiter toutes les failles.
Spécialiste reconnu de l’islamisme, Gilles Kepel, membre de l’Institut universitaire de France et professeur à Sciences-Po qui a récemment publié Passion arabe : journal 2011-2013 et Passion française : les voix des cités(Gallimard «Témoins») revient pour Libération sur les effets des attentats en France.

Ces attaques vont-elles ressouder la société française ou aggraver ses fractures ?
Le contexte des attentats, c’est celui d’un mouvement, Daech [l’acronyme arabe de l’Etat islamique, ndlr], qui a identifié ce qu’il estime être des fractures culturelles et confessionnelles dans les sociétés européennes – en particulier la France – et qui agit pour que ces fractures soient approfondies, transformées en failles. Le groupe escompte qu’elles se traduiront par des situations de guerre civile entre des populations d’origine musulmane et les «islamophobes», ceux-ci devenant très nombreux à cause des attaques jihadistes. Les populations musulmanes, elles, se radicaliseraient en réaction, jusqu’à considérer les jihadistes comme leurs héros. Cette stratégie a été énoncée en décembre 2004 par Abou Moussab al-Souri, un idéologue syrien dont j’ai traduit les thèses en 2008 dans mon livre Terreur et Martyre. Elle n’a pas pu se mettre en place à l’époque, car il fallait qu’elle s’appuie sur les réseaux sociaux et sur la proximité d’un terrain de jihad et d’entraînement – qui n’existaient pas encore. Aujourd’hui, on a YouTube, Twitter et le champ de bataille syro-irakien à portée de charter.

La France est-elle particulièrement fragile ?
Visée, oui, fragile, non. Je ne suis pas sûr que des manifestations comme celles de dimanche auraient pu avoir lieu dans un autre pays européen. Il me semble que, justement, avec tout ce que l’on a pu dire ces dernières années sur la dissolution du pacte républicain, la ringardisation de l’identité française jacobine à l’heure d’Internet, il y a eu entre République et Nation une sorte de sursaut assez impressionnant d’individus de toutes sortes, de toutes origines et de tous âges, qui ont montré que le pacte social, culturel, était toujours d’actualité, toujours à reconstruire ensemble – même s’il y a eu des absents… En ce sens, les manifestations du 11 janvier constituent une digue culturelle très forte contre l’idéologie de Daech et sa stratégie de creusement de failles à travers les attentats.

Pourquoi Charlie Hebdo ?
Cibler Charlie Hebdo est beaucoup plus efficace que de se livrer à des attentats aveugles lorsque l’on veut approfondir ces fractures. Daech veut ainsi se présenter comme le défenseur par excellence de l’islam offensé – à la manière de Khomeiny avec sa fatwa du 14 février 1989 contre les Versets sataniques. Tuer des dessinateurs accusés d’avoir insulté et blasphémé le Prophète permet d’espérer conquérir une frange de sympathie plus large : les caricatures ont heurté non seulement les salafistes, mais aussi beaucoup de simples musulmans pieux. A l’inverse, la rhétorique jihadiste clamant que les femmes et les enfants victimes d’attentats aveugles n’avaient qu’à ne pas se trouver là, qu’ils ne sont en somme que des victimes collatérales nécessaires, ne convainc que les cercles restreints déjà radicalisés.

L’attaque contre l’Hyper Cacher ne s’inscrit pas dans cette logique…
Coulibaly l’a pourtant proclamé dans sa vidéo «Soldat de l’islam», mais il y a eu un glissement sémantique entre les deux attaques, et la seconde a, paradoxalement, diminué l’impact idéologique de la première auprès des sympathisants potentiels. Il y a eu un basculement vendredi lorsque la prise d’otages a débuté – au moment où les imams faisaient leur sermon dans les mosquées et où les juifs pratiquants se préparaient pour le shabbat, instant de tension symbolique hebdomadaire dans notre République laïque. Soudain, dans la zone grise de ceux qui, déplorant certes les meurtres, laissaient entendre que, quand même, ceux qui avaient caricaturé le Prophète l’avaient bien cherché, il y a eu un sentiment d’inquiétude qui m’a rappelé ce qu’on avait vu à l’époque de la guerre civile algérienne avec l’affaire Kelkal : alors, en dépit d’un certain nombre de jeunes d’origine algérienne qui détestaient le pouvoir d’Alger et sympathisaient avec le Front islamique du salut, l’extension du conflit en France avait été bloquée. A partir du moment où le Groupe islamique armé avait commis des exactions en France, toute une partie de la population concernée – les parents notamment – avait senti le risque de perdre tout ce qu’elle avait bâti ici, et les réseaux communautaires, nombre d’imams en interaction avec les autorités, avaient mis les trublions au pas. C’est ce qui nous a permis de vivre sans attentats durant seize ans – en particulier après le 11 Septembre – et cela jusqu’à l’affaire Merah de 2012. L’assassinat d’otages juifs dans l’Hyper Cacher a une résonance beaucoup plus forte en termes de vie quotidienne. Beaucoup ont compris tout d’un coup qu’il y avait désormais péril en la demeure pour eux-mêmes. La société musulmane en France a changé depuis la guerre civile algérienne des années 90. La génération des pères, des «darons», n’est plus aux manettes. Les manettes sont désormais, pour les plus religieux, entre les mains de quadras qui ont réussi, notamment ceux que j’appelle les entrepreneurs du halal, qui gèrent les sites de «vigilance islamique» en ligne. Pour eux, il est très important de se poser en défenseurs de la religion «intégrale», comme ils disent, et il en va de leur légitimité communautaire de combattre Charlie Hebdo. En revanche, il leur faut traiter au quotidien, ne serait-ce que pour faire du business, avec d’autres Français, juifs notamment. Qu’ils exècrent les «impies» et les «sionistes», c’est dans un autre registre. Cela différencie l’impact symbolique des deux attaques, dans ce qui apparaît sinon comme une tragédie unique.

Est-on aujourd’hui, en France, à l’abri de la guerre civile souhaitée par Daech ?
La manifestation a constitué une réponse extraordinaire dans un premier temps pour éviter ce climat. L’effet de terreur d’un attentat est accentué par sa multiplication et Al-Qaeda s’efforçait de mener deux ou quatre actions simultanées, comme le 11 Septembre avec les quatre avions détournés, puis à Madrid, Istanbul et Londres. Vendredi, il y a eu un moment de basculement et de panique dans l’après-midi, la rumeur s’est répandue qu’il y avait des terroristes dans tout Paris, puis est arrivée la délivrance avec le double assaut. La multiplication des attaques donne le sentiment que la cible est impuissante. Or la cible française de Daech a montré une impressionnante réactivité, les forces de l’ordre ont fait un travail très efficace. De la même façon que je ne suis pas sûr que dans d’autres pays européens, il y aurait eu une marche de l’ampleur de dimanche, je ne suis pas convaincu que d’autres services de police auraient été capables, en vingt-quatre heures, d’identifier les auteurs, de les repérer et de les éliminer. Certes, les frères Kouachi et Coulibaly sont passés au-dessous du radar avant leurs actes, parce que le paradigme qu’utilisent les services spécialisés reste encore celui des années 1996-2012, l’âge d’or de l’antiterrorisme français. Mais cette affaire donne la clé du nouveau modus operandi de Daech, elle l’expose, et celui-ci n’est pas sans faiblesses non plus…

Vous parlez de Daech et non d’Al-Qaeda parce que, désormais, c’est ce groupe qui donne globalement le «la» ?
Fin 2004, à partir d’une critique de l’hypercentralisme d’Al-Qaeda et surtout de la stratégie du 11 Septembre, qu’il estime politiquement néfaste car elle a permis aux Etats-Unis de détruire en réaction l’infrastructure afghane de Ben Laden, Al-Souri a construit les bases de ce qui deviendra ultérieurement le soi-disant Etat islamique, la dawla [«Etat» en arabe], comme on dit dans la jihadosphère. Il prônait la multiplication d’actes terroristes de vie quotidienne à des fins de provocations récurrentes dans les sociétés européennes, perpétrés par des musulmans européens visant juifs, intellectuels «impies», musulmans «apostats» et manifestations sportives pour affoler les sociétés occidentales et les faire surréagir – c’est la vieille rengaine gauchiste «provocation-répression-solidarité». A quoi s’ajoute l’idée que les Etats ne seront pas capables d’y faire face, que ça fera monter l’extrême droite qui va brûler les mosquées… et que l’Europe s’effondrera, avant de passer sous domination islamiste. C’est le primat du «rhizome» de Deleuze sur le centralisme léniniste – Al-Souri a vécu et étudié en France dans les années 80 -, projeté à l’ère de YouTube et décliné dans la grammaire du jihad. Il n’y a plus de «donneur d’ordre» et «d’exécutants», comme à l’époque de Ben Laden. Tout est endoctrinement, entraînement militaire et mise en œuvre, avec une assez large marge d’initiative pour de petites cellules fortement idéologisées par «l’inspiration» – d’où le titre du magazine en ligne anglophone d’Al-Qaeda dans la péninsule arabique, Inspire. Quand l’Américano-Yéménite Aulaqi l’a créé, Al-Qaeda était encore le brand le plus célèbre du monde avec Coca. Aujourd’hui, c’est – plus ou moins – Daech. Mais ils ont un problème de label, entre Daech, Isis, Isil et Dawla, qui finira par nuire à leur recherche de notoriété.

L’Etat islamique a pourtant très tardivement dit «il faut attaquer l’Occident»…
L’Etat islamique a un territoire, à la différence d’Al-Qaeda. En Irak, il s’est greffé sur la revendication arabo-sunnite de créer un «Sunnistan», à cheval aussi sur la Syrie, et, en ce sens, il aspire des sunnites du monde entier qui viennent l’aider dans sa guerre tribale contre les chiites, les Kurdes, les alaouites, les chrétiens – avant d’être réinjectés, une fois aguerris, pour mener le jihad dans leur pays de départ. Il y a articulation entre les divers territoires du jihad, unifiés par le miroir du monde virtuel : le dialogue ahurissant des frères Kouachi, traqués dans l’imprimerie de Dammartin-en-Goële [Seine-et-Marne], en direct avec BFM TV est en ligne et sous-titré en arabe, à des fins d’édification et de prosélytisme, sur de nombreux sites islamistes du Moyen-Orient.

L’impact extraordinaire de cette action contre Charlie ne risque-t-il pas d’avoir un effet d’imitation ?
C’est un bricolage sophistiqué qui s’attaque à un symbole très fort : aux valeurs et à la culture de l’adversaire, avec pour message basique : «On a su vous détruire là où vous nous aviez offensés.» Dans la jihadosphère, de même que Merah a eu des milliers de «likes», il y a un certain nombre de gens qui rendent gloire aux trois «héros». Du reste, à la fin de sa vidéo, Coulibaly raconte qu’il est allé faire la tournée des mosquées pleines d’Ile-de-France, qu’il y a vu des milliers de jeunes gens en bonne santé et qu’ils doivent suivre son exemple. L’objectif est l’émulation. Mais est-ce que les terroristes potentiels vont bénéficier d’un effet «poisson dans l’eau» ou, au contraire, seront-ils identifiés, marginalisés et dénoncés comme ce fut le cas dans l’Hexagone lorsque la guerre civile algérienne y a débordé ? La réponse politique doit certainement recréer ces conditions. Dans la communication des autorités, il est fondamental de rappeler à l’ensemble de notre société que, parmi les victimes de prédilection des jihadistes, il y a aussi les musulmans désignés par eux comme «apostats», comme c’est le cas du brigadier Ahmed Merabet qui a été délibérément abattu à terre boulevard Richard-Lenoir. Et que la plupart des victimes de Daech sont des musulmans…

Ne faut-il pas faire un travail de pédagogie dans les quartiers ?
C’est évident. Comment retisser un lien social plus prégnant aujourd’hui, c’est toute la question. A la guerre que Daech tente de mener en Europe, il ne faut pas répondre par la guerre mais par des opérations de police efficientes et par l’éducation. Les retours mitigés sur la réaction de certains élèves à la minute de silence en mémoire des victimes en rappellent la nécessité. Se pose aussi en urgence absolue la question du monde carcéral, qui est aujourd’hui l’école supérieure du jihadisme en France, comme l’ont démontré les itinéraires de Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly, devenus ce que nous avons vu à cause de leur fréquentation de l’idéologue jihadiste Djamel Beghal en prison, puis lorsqu’il était assigné à résidence au cœur de notre France rurale.
Recueilli par Luc Mathieu, Marc Semo et Anastasia Vécrin

Voir enfin:

France’s Moment of Truth
Historically, politically, and economically, France stands on a precipice.
Michel Gurfinkiel
January 16, 2015

The jihadist killing spree in Paris last week (seventeen people murdered, twice as many wounded) has been described as ”France’s 9/11“ by Le Monde, the French liberal daily newspaper. Indeed, just like the American 9/11 fourteen years ago, it was a moment of truth: for France as a nation, for the French political class and — last but certainly not least — for French Jews. The question, however, is not so much whether one sees the truth or not, but rather what one is supposed to do once truth has been seen.

America’s instincts after its own 9/11 were sound: it understood that it was in a state of war and that it had to react accordingly, but it wavered about what war to wage and what strategy to follow. As a result, the War On Terror, in spite of considerable American and Western investment, pugnacity, and heroism, has been largely inconclusive and even, in many respects, a failure. Likewise, whatever the emotional or philosophical impact of the present French 9/11, either in France or abroad, it is not clear whether it will translate — or can translate — into adequate policies.

There were three stages in the killings. It all started on January 7, with the massacre at the offices of Charlie Hebdo, a satirical magazine located in Central Paris near Bastille Circle. Two men in their early thirties, the brothers Said and Cherif Kouachi — French citizens of the Muslim persuasion and of Algerian descent — murdered eight journalists and cartoonists who happened to be there, as well as two menial workers and two policemen. Some other people were wounded. According to witnesses, the terrorists claimed they were “avenging Prophet Muhammad.“ In 2006, out of defiance against Islamist intimidation, Charlie Hebdo reprinted the caricatures about Muhammad previously published by the Danish magazine Jyllands-Posten. In 2011 and 2012, the French magazine published further sets of anti-Islamist caricatures with Muhammad as a main character.

The Kouachi brothers were able to flee Paris in spite of an enormous manhunt that involved thousands of policemen and gendarmes all over North-East France. Eventually, they were trapped and shot on January 9 by special antiterrorist units at a printing office in Dammartin-en-Goële, some 30 kilometers east of Paris.

In the meantime, on January 8, another terrorist, Amedy Coulibaly, 33, a French Muslim of Senegalese descent, shot a policewoman at Montrouge in Southern Paris and fled. He was apparently looking for a Jewish school located nearby. On January 9, Coulibaly attacked Hyper Casher, a kosher supermarket in Eastern Paris. He killed four customers and wounded several others. About fifteen customers, including a mother with a baby, were able to hide underground in the shop’s refrigerated rooms. Coulibaly was shot by the antiterrorist units later in the evening.

There is evidence that the Kouachi brothers and Coulibaly, all three of them with criminal records, were close associates in a single al-Qaeda network extending to the whole Paris and even to Belgium, and that they had coordinated their operations. One may surmise that they saw themselves as “holy warriors“ and their victims – both the cartoonists ad the Jews – as undifferentiated enemies of Islam. One may also surmise that, deadlocked as they were in their gore fantasy world, they did not grasp the full dimension of their murders.

Charlie Hebdo is not just a satirical magazine. It has been for more than fifty years a pillar of French popular culture. It started in the 1960s as Hara-Kiri, a lampoon-and-cartoons monthly loosely modeled after the American magazine Mad. It soon proudly evolved into a “stupid and nasty magazine” (according to its own motto): a blend of utopian anarchism, militant atheism, provocative bad taste, and gaudy pornography. As such, it fit into an age-old French tradition stretching from François Rabelais to Louis-Ferdinand Céline. Half the country hated it intensely; the other half was in love with it.

It was a safety valve under Charles de Gaulle’s semi-authoritarian regime. It became the vanguard of the 1968 May Revolution in France, the student riots that turned into a general strike and led to a near disintegration of all authority.

Hara-Kiri was published as a monthly until 1985. A weekly version was however launched in 1969, as Hara-Kiri Hebdo, and then, after it was banned for having ridiculed de Gaulle’s funeral in 1970, as Charlie Hebdo. With ups and downs, this is the magazine that has survived until this very day.

It helped that almost everybody in the original team — writers and cartoonists — started parallel careers as very well paid contributors to the mainstream media: François Cavanna, who served as editor in chief throughout the 1970s, became a best-selling memorialist; Jean Cabut, known as Cabu, was both a TV star and a tranchant cartoonist for Le Canard Enchainé, France’s political gossip weekly; Jean-Marc Roussillon, a.k.a Reiser, who passed away at the early age of 42, worked for the posh liberal magazine Le Nouvel Observateur and for many comic magazines as well; as did Georges Wolinski. Over the years, they became so famous as to be celebrated in government-sponsored exhibitions or to be discussed in the academia.

While Charlie Hebdo retained much of its original iconoclastic vigor, it underwent a remarkable political evolution. Humorist Philippe Val, who served as editor from 1992 to 2009, recognized jihadism as a totalitarian movement, especially after the 9/11 outrages in the United States, and grew fiercely hostile to the pro-Islamic far Left. Moreover, he expressed sympathy for Israel as a democracy under jihadist assault. In 2008, he fired “anti-Zionist“ cartoonist Maurice Sinet, a.k.a Siné, one of the magazine’s original stars, as an “anti-Semite.”

The much younger cartoonist Stéphane Charbonnier, a.k.a Charb, who succeeded Val as editor, steadfastly maintained the anti-jihadist line even if he was Siné’s personal friend. Interestingly enough, Charb recently entered into a relationship with Jeannette Bougrab, an academic, senior civil servant, and former conservative member of the French government, who as a citizen of Muslim North African origin has been of the most outspoken critics of radical Islam in France.

The 81-year-old Wolinski and the 77-year-old Cabu, along with the 48-year-old Charb, were among the victims of the Kouachi brothers on January 7. To the entire French nation, it was not so much an attack on press freedom as the assassination of grandfatherly or brotherly figures.

Whether people had actually liked or supported the Charlie Hebdo journalists or not, they had aged or grown up with them: there was something deeply personal about the loss. Vigils and marches were started. Everybody wore ”Je suis Charlie” (“I am Charlie”) badges. According to pharmacists, consumption of anxiety medication rose by 20 % nationwide.

The “Charlie effect” coalesced with revulsion about the ensuing Hyper Casher anti-Semitic massacre. And it brought about, for several days, rare moments of near national unanimity: millions of people marched in Paris and other cities, waving three-colored flags and chanting the Marseillaise, France’s national anthem (which is essentially a call to resist barbaric invaders).

On January 9, Prime Minister Manuel Valls delivered a passionate speech at the National Assembly, promising both to protect French citizens, including Jews (“without whom France is not France”), and to find, neutralize, and punish jihadist terrorists. He was rewarded with a standing ovation from the entire Assembly and, again, the Marseillaise – something that had not happened for decades. An Odoxa/Le Parisien poll released on January 13 found that 87% of the French said they were “feeling proud“ about being French.

Yet, near unanimity is not unanimity. What soon became apparent was that only the Old French (the culturally European and Judeo-Christian French) took part in the vigils and marches and that they were delighted to be together, whereas most New French (the culturally non-European and non-Judeo-Christian immigrant communities) stood aside.

Most imams issued perfunctory comdemnation of terrorism, but were clearly unenthusiastic about Charlie Hebdo’s right to make fun of every religion, including Islam (one noted exception being Hassen Chalghoumi, the Tunisian-born imam of Drancy). Even more ominously, one-minute silence ceremonies at school were met with hostility and scorn by Muslim children and teenagers from third grade to high school. Two hundred such instances were reported; thousands of cases were unreported, according to teachers’ sources.

Dieudonné M’Bala M’Bala, the ex-humorist and anti-Semitic agitator, posted on his website: “I am Charlie Coulibaly,” thus deliberately confusing the victims with their murderers. Many people or groups associated with Charlie Hebdo were threatened on the Internet. In the Lyons area, a Jewish jeweler’s shop was vandalized.

In other words, the ethnic and religious polarization that has befallen France over the past years is growing into an ever more explicit conflict. And this is not small business. Nine percent of France’s population is Muslim (over six million citizens out of 67 million). Up to 20% of all French citizens or residents under twenty-four are thought to be Muslims, and in some places the numbers seem to be much greater than that. While many Muslims reject jihadism and clearly identify with France as a democratic nation, religious observance is rising quickly in the overall Muslim community, from 36% in 2001 to 42% in 2014. There is evidence that the more observant Muslims are, the more supportive they are of politically radicalized Islam.

For the time being, President François Hollande and Premier Valls are reaping some benefits from the national unity mood. According to a Harris Interactive/LCP poll, 77% of the French do not trust Hollande’s politics in global terms, but 83% of them approve of his handling of the terrorist crisis. The president’s personal popularity, which was abysmally low, is up to 20%, and the prime minister’s, which was falling too, is back to 42%. The real test is yet to come, however.

For the time being, the administration has deployed some 10,000 military personnel in public spaces and other locations like synagogues or mosques. It has also engaged in extensive investigation, multiple arrests, and prosecution of terrorism-related offenses. M’Bala M’Bala may be tried soon for his infamous “Charlie Coulibaly” post. Dozens of teenagers may face disciplinary action for their contempt of national mourning. But in the longer run, it is the entire security apparatus of France that must be strenghtened and extended, which will cost a lot of money.

As of 2014, France was devoting 31.9% of its national wealth to social programs, against an OECD average of 21.6%, whereas aggregated national defense and domestic security credits amounted to less than 10%. Will the socialist Hollande administration be bold enough to reverse priorities and thus act against its own constituency? A similar conundrum may arise regarding Muslim voters: 87% of them voted for Hollande and the socialists in 2012, and were probably instrumental in their victory over Nicolas Sarkozy and the conservatives. Fighting jihadism earnesty may alienate many of them.

Are the conservatives, the centrists and the far Right National Front more likely to benefit from national unity, or at least from the Old French awakening? Can they achieve more than the Left? They, too, must undergo drastic changes in this respect. Many conservatives and centrists are still largely mired in pro-Arab or pro-Muslim delusions inherited from de Gaulle, or too shy to wage war, even on terror. As for the National Front, its views may have been vindicated in many ways by the present crisis, but it sees national unity or even conservative unity only as a way to improve its own standing.

French Jews have been only reinforced in their fears and, Valls’ warm words notwithstanding, feel that they have no future in their country anymore. Many wonder whether millions would have marched for the Hyper Casher massacre victims only.

Most were shocked that Hollande was reluctant to invite Israeli Prime Minister Benjamin Nethanyahu to the protest marches on Sunday, and finally invited Palestinian Authority president Mahmoud Abbas.

Rue des Rosiers, the historic ”Jewish Street” in the Central Parisian Marais district, usually a lively place, was empty throughout the week. So were most Jewish shops and restaurants. Seven thousand French Jews formally completed the emigration process to Israel in 2014. Thousands have informally moved to Israel. More French Jews are migrating to North America or Australia, or even just to other European countries like Britain, Switzerland, and Germany. One synagogue chairman confided to me: ”When you have no place to go in your own country, you leave for another country.”


Je suis Charlie: Attention, un slogan peut en cacher bien d’autres ! (Who needs terrorism when you’ve got PC ?)

10 janvier, 2015
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Guevara in de rigueur keffiehFashion victims in de rigueur keffieh
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Les hommes trébuchent parfois sur la vérité, mais la plupart se redressent et passent leur chemin comme si rien ne s’était passé. Winston Churchill
Et immédiatement, le centre sacrificiel se mit à générer des réactions habituelles : un sentiment d’unanimité et de deuil. […] Des phrases ont commencé à se dire comme « Nous sommes tous Américains » – un sentiment purement fictif pour la plupart d’entre nous. Ce fut étonnant de voir l’unité se former autour du centre sacré, rapidement nommé Ground Zero, une unité qui se concrétisera ensuite par un drapeau, une grande participation aux cérémonies religieuses, les chefs religieux soudainement pris au sérieux, des bougies, des lieux saints, des prières, tous les signes de la religion de la mort. […] Et puis il y avait le deuil. Comme nous aimons le deuil ! Cela nous donne bonne conscience, nous rend innocents. Voilà ce qu’Aristote voulait dire par katharsis, et qui a des échos profonds dans les racines sacrificielles de la tragédie dramatique. Autour du centre sacrificiel, les personnes présentes se sentent justifiées et moralement bonnes. Une fausse bonté qui soudainement les sort de leurs petites trahisons, leurs lâchetés, leur mauvaise conscience. James Alison
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
A Paris comme à Falluja la guérilla vaincra! Slogan des manifestations contre la guerre en Irak (2005)
Pendant cinq ans, des musulmans français irrités ont ingurgité un régime régulier de violence ô combien “romantique” – le jihad-Intifada en Israel, le jihad-insurrection en Irak, le jihad-insurrection en Afghanistan. Quand ils ont commencé à brûler des synagogues et à molester des juifs à l’automne 2000, les médias ont dûment signalé que ces voyous étaient les produits de la “frustration” ressentie du fait des traitements des musulmans du Moyen-Orient et d’Asie centrale. Leur propre gouvernement ne multipliait-il pas au même moment les imprécations contre les Américains? Les protestataires étaient on ne peut plus dans le ton. (…) Au sein des élites françaises, l’ennemi était clairement identifié: non l’slamisme ou l’slamofascisme, non les foules déchainées des banlieues parisiennes, non Saddam Hussein, non Al-Qaeda, mais les troupes britanniques et américaines en Irak. Les voitures et les bâtiments brûlés dont sont pleins les rues françaises sont le résidu intérieur du culte du jihad dont ces musulmans français ont été “drogués” par Al-Jazeera, et qui a été légitimé par une classe intellectuelle française qui a toujours eu une vision si “romantique” de la résistance sous toutes ses formes. (…) Peut-être que certains de ces journalistes, chercheurs, intellectuels et hauts fonctionnaires qui colportaient ces choses pensaient qu’elles resteraient une diversion idéologique abstraite. La France est loin de l’Irak, après tout. Mais maintenant que le militantisme s’est retourné contre l’Etat français lui-même, ils sont brusquement choqués de ce qu’ils ont semé. Nidra Poller (2005)
Nous exprimerons notre appréciation profonde de la foi musulmane qui a tant fait au long des siècles pour améliorer le monde, y compris mon propre pays. Barack Hussein Obama (Ankara, avril 2009)
Les Etats-Unis et le monde occidental doivent apprendre à mieux connaître l’islam. D’ailleurs, si l’on compte le nombre d’Américains musulmans, on voit que les Etats-Unis sont l’un des plus grands pays musulmans de la planète. Barack Hussein Obama (entretien pour Canal +, le 2 juin 2009)
Féru d’histoire, je sais aussi la dette que la civilisation doit à l’islam. Barack Hussein Obama
L’avenir ne doit pas appartenir à ceux qui calomnient le prophète de l’Islam. Barack Obama (président américain, issu d’une minorité opprimée, siège de l’ONU, New York, 26.09.12)
Je n’ai aucune estime pour monsieur Rushdie. J’ai lu ce qui a été publié dans la presse (des chapitres des Versets sataniques ont été publiés quelques jours plus tôt par Libération, le Nouvel Observateur et l’Evénement du jeudi, ndlr). C’est misérable. Et en règle générale, je n’ai aucune estime pour ceux qui utilisent le blasphème pour faire de l’argent. Jacques Chirac (maire de Paris, 26.02.89)
Dans le cadre du dialogue des civilisations et des cultures, il faut éviter tout ce qui anime les tensions et l’amalgame entre l’islam, qui est une grande religion respectée et respectable, et l’islamisme radical. Jacques Chirac
Suite à la parution de cette tribune, M. Redeker a fait l’objet de menaces de mort. Le MRAP les condamne avec autant de force et d’indignation qu’il a condamné les déclarations irresponsables d’un philosophe amateur de polémiques dont il croyait sans doute sortir à jamais indemne. C’est d’abord à ses propres limites que vient de se heurter Monsieur REDEKER. Preuve, s’il en était besoin, que toute forme de violence en appelle hélas d’autres en retour, parfois plus extrémistes encore. Le MRAP réclame d’une même voix la condamnation des propos provocants de M. REDEKER, sa protection contre toute atteinte physique et le châtiment des auteurs de ces inadmissibles intimidations et menaces de mort. MRAP (29.09.06)
Au printemps, le keffieh se portera en étendard : en version classique noir et blanc, en bleu indigo ou de toutes les couleurs… Magazine féminin  
La police, t’es foutue le Hamas est dans la rue! Slogan de manifestation pro-Hamas (Paris, 2009)
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, avril 2003)
Charlie Hebdo ce n’est pas mes copains. Qu’ils crèvent ! Ils ont pris des risques sur la peau des autres. En plus ils ne sont pas drôles. C’était nul l’histoire de Mahomet. Guy Bedos (2012)
 Il s’agit du meilleur moyen pour récupérer notre électorat des banlieues et des quartiers. Benoit Hamon
Mon livre est provoqué par le fait que dans le système médiatique, dans les milieux intellectuels, chez les académiciens, il est accepté de cibler l’islam et les musulmans en général comme notre problème de civilisation (…) De Claude Guéant à Manuel Valls, sous la dissemblance partisane, d’une droite extrémisée à une gauche droitisée, nous voici donc confrontés à la continuité des obsessions xénophobes et, particulièrement, antimusulmanes (…) Aujourd’hui, et cela a été conquis de haute lutte, nous ne pouvons pas dire sans que cela provoque de réaction – il y a un souci de civilisation qui serait le judaïsme, les Juifs en France – . Eh bien je réclame la même chose pour ces compatriotes qui sont au coeur de ce qu’est notre peuple. (…) Je ne défends pas ceux qui trahissent leur religion en commettant des crimes, je défends nos compatriotes qui n’y sont pour rien et qui sont en même temps stigmatisés ou oubliés. Edwy Plenel (2014)
The greatest threat to liberty in France has come not from the terrorists who committed such horrific acts this past week but from the French themselves, who have been leading the Western world in a crackdown on free speech. Indeed, if the French want to memorialize those killed at Charlie Hebdo, they could start by rescinding their laws criminalizing speech that insults, defames or incites hatred, discrimination or violence on the basis of religion, race, ethnicity, nationality, disability, sex or sexual orientation. These laws have been used to harass the satirical newspaper and threaten its staff for years. Speech has been conditioned on being used “responsibly” in France, suggesting that it is more of a privilege than a right for those who hold controversial views.(…) The French, of course, have not been alone in rolling back protections on free speech. Britain, Canada and other nations have joined them. We have similar rumblings here in the United States. In 2009, the Obama administration shockingly supported Muslim allies trying to establish a new international blasphemy standard. And as secretary of state, Hillary Clinton invited delegations to Washington to work on implementing that standard and “to build those muscles” needed “to avoid a return to the old patterns of division.” Likewise, in 2012, President Obama went to the United Nations and declared that “the future must not belong to those who slander the prophet of Islam.” The future once belonged to free speech. It was the very touchstone of Western civilization and civil liberties. A person cannot really defame a religion or religious figures (indeed, you cannot defame the dead in the United States). The effort to redefine criticism of religion as hate speech or defamation is precisely what Charbonnier fought to resist. He once said that by lampooning Islam, he hoped to make it “as banal as Catholicism” for the purposes of social commentary and debate. Charbonnier died, as he pledged, standing up rather than yielding. The question is how many of those rallying in the Place de la Republique are truly willing to stand with him. They need only to look more closely at those three statues. In the name of equality and fraternity, liberty has been curtailed in France. The terrible truth is that it takes only a single gunman to kill a journalist, but it takes a nation to kill a right. Jonathan Turley
A group of core al Qaeda terrorists in Syria is planning mass casualty attacks against the West. We face a very serious level of threat that is complex to combat and unlikely to abate significantly for some time. (…) How to respond? One necessity is to accelerate and intensify the campaign against Islamic State and its 30,000 recruits. Jihad is more attractive when it is succeeding, and Islamic State has infused militant Islam with a new charisma. All the more so after President Obama announced a campaign to destroy it, began bombing, and then—very little. The desultory offensive so far may be winning more recruits for Islamic State than it is inflicting casualties. (…) The West also needs to cease its political campaign against the most effective antiterror tools. This means surveillance in particular. The same left-libertarian media who have canonized Edward Snowden and Glenn Greenwald now claim solidarity with Charlie Hebdo. Sorry. You cannot favor antiterror disarmament and then claim shock at terror successes.(…) My sharpest concern as director general of MI5 is the growing gap between the increasingly challenging threat and the decreasing availability of capabilities to address it. The dark places from where those who wish us harm can plot and plan are increasing and we need to be able to access communications and obtain relevant data on those people when we have good reason. Andrew Parker (MI5)
The incredible thing about the ongoing Kristallnacht against Denmark (and in some places, against the embassies and citizens of any Scandinavian or even European Union nation) is that it has resulted in, not opprobrium for the religion that perpetrates and excuses it, but increased respectability! A small democratic country with an open society, a system of confessional pluralism, and a free press has been subjected to a fantastic, incredible, organized campaign of lies and hatred and violence, extending to one of the gravest imaginable breaches of international law and civility: the violation of diplomatic immunity. And nobody in authority can be found to state the obvious and the necessary—that we stand with the Danes against this defamation and blackmail and sabotage. Instead, all compassion and concern is apparently to be expended upon those who lit the powder trail, and who yell and scream for joy as the embassies of democracies are put to the torch in the capital cities of miserable, fly-blown dictatorships. Let’s be sure we haven’t hurt the vandals’ feelings. You wish to say that it was instead a small newspaper in Copenhagen that lit the trail? What abject masochism and nonsense. Christopher Hitchens
Il nous faut réfléchir à ce à quoi nous sommes confrontés, et j’ai en effet déjà abordé ce sujet à plusieurs reprises. C’est incroyable que la pensée que nous tenons pour sainte pousse la communauté musulmane à être une source d’inquiétude, de peur, de danger, d’assassinats et de destruction dans le monde entier. (…) Est-il possible que 1,6 milliards de personnes aient envie de tuer le reste de la population mondiale — c’est-à-dire 7 milliards – pour qu’ils puissent vivre ? Impossible ! (…) Nous avons besoin d’une révolution religieuse. Imams, vous êtes responsable devant Allah. Le monde entier, je le répète, tout le monde attend votre réaction car cette oumma est ravagée, elle est détruite, elle est perdue, et elle est perdue par nos propres mains. Abdel Fattah al-Sissi (président égyptien)
Qu’a donc fait l’Etat Islamique que Mahomet n’a-t-il pas fait lui-même ? Ahmed Harqan (talk-show de télévision populaire)
Les islamistes n’ont fait qu’appliquer la charia élémentaire. Aldo Sterone
Look at what’s happened in Mosul now – it was attacked for the last 11 years, people were murdered just because they had the wrong name and were persecuted for a long time. Since the Islamic State took over, it has become the most peaceful city in the world. Yes there are other things going wrong there… they are murdering people, I agree, but you can go from east to west of the city without fear. My family is living there at the moment and that’s what they are telling me. Dr Raied Al-Wazzan (Belfast Islamic Centre)
Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo. Nekfeu (rappeur français, 2013)
Je ne connais pas ce rappeur. Je ne connais pas sa réputation. Mais je suis effaré qu’on appelle à brûler un journal. Surtout que cela s’est déjà passé. Ce qui me choque vraiment c’est l’opposition entre ces propos de haine et la marche de 1983. Il n’y a pas grand rapport entre le film sur la marche de 1983 et des rappeurs qui visiblement cherchent à instrumentaliser le film. Je suis stupéfait que la production du film laisse passer ça. Certains de ces rappeurs mélangent des sujets différents : ils se servent de l’anti-racisme pour défendre des thèses religieuses réactionnaires. (…) il n’y a pas que cette phrase. Quand un rappeur dit par exemple qu’il préfère une copine voilée que des filles maquillées… La marche de 1983 n’était pas une marche de filles voilées ! Et puis un autodafé, c’est littéralement un acte de foi [le terme autodafé provient du portugais « acto da fé », traduction du latin « actus fidei », « acte de foi », NDLR]. Par ailleurs, lorsqu’on nous appelle des « chiens », c’est clairement « chiens d’infidèles » que l’on veut dire. Charb
J’aimerais simplement que la production m’explique le rapport entre une marche antiraciste et fraternelle en 1983 et un chant religieux communautariste qui appelle à brûler un journal satirique antiraciste en 2013. Charb (directeur de Charlie Hebdo)
Je n’avais pas à valider les paroles. Je suis pour la liberté d’expression de tous, celles des rappeurs comme celle de Charlie Hebdo. Hugo Sélignac (producteur du film « La Marche »)
Je tiens à présenter mes sincères condoléances aux familles et proches des victimes de la tuerie sauvage qui a eu lieu aujourd’hui au siège de Charlie Hebdo. Certaines personnes malveillantes ont cru pertinent d’associer mon nom à cette horreur, en rappelant une pseudo-polémique dont j’ai fait l’objet il y a plus d’un an  (…) mes intentions de l’époque n’étaient évidemment pas de m’attaquer aux personnes sous quelque forme que ce soit, mais de me positionner en utilisant la liberté d’expression à égale provocation de celle revendiquée par le journal et ses auteurs. (…) Je dois avouer qu’en ce jour de deuil effroyable la formule en question résonne dans mon coeur avec regret, que je suis choqué et que je tiens fermement à soutenir la liberté d’expression qui m’est chère (‘§et la cohésion entre toutes les communautés qui forment notre pays. Paix et Amour. Pour de vrai. Nekfeu
Les musulmans doivent installer toutes sortes d’usines d’armement pour fabriquer tout genre d’armes en usage dans le monde ou toute invention nouvelle, même au détriment du bien-être de la nation. Cheikh Abu Bakr al-Jazairi (La Voie du musulman, avril 2014)
Le djihad a pour but de comprendre et de contenir les mécréants, ennemis de l’Islam et de la communauté musulmane. C’est un devoir pour tout musulman que tous les croyants sont appelés à accomplir (…) Par conséquent, les musulmans doivent installer toutes sortes d’usines d’armement pour fabriquer tout genre d’armes en usage dans le monde (…) les musulmans doivent aussi se perfectionner et s’améliorer dans l’art militaire défensif et offensif pour se défendre ou attaquer au moment opportun pour que le verbe de Dieu triomphe. L’hérétique : c’est le musulman qui renie sa religion, devient juif, chrétien ou athée, de son propre gré. On le somme dans un délai de trois jours pour revenir à l’Islam, s’il refuse, il sera passible de la peine de mort.  Cheikh Abu Bakr al-Jazairi (La Voie du musulman, avril 2014)
Dans le contexte actuel – des manifestations dans le monde musulman contre un film anti-islam, une ambassade américaine incendiée et des diplomates tués –, « Charlie Hebdo » fait de la pure provocation. Il joue à la fois sur la peur des Français non musulmans et sur celle des musulmans, qui craignent la stigmatisation et la prise à partie. Il est important de préciser que les récentes manifestations violentes ne concernent que quelques centaines d’individus et sont condamnées par les gouvernements, y compris ceux issus des Frères musulmans. Elles sont le fruit d’une minorité d’excités, qui ne représentent en rien l’ensemble des musulmans. Il faut se garder de tout amalgame entre cette image minoritaire et déformée de l’islam et la réalité. Or le numéro de « Charlie Hebdo » de cette semaine fait tout l’inverse et participe à l’amalgame. Le moment me semble donc particulièrement mal choisi, « Charlie Hebdo » aurait pu faire ce type de numéro dans une période plus calme. Tout ça ne va pas faciliter la tâche de nos diplomates à l’étranger et il faut souhaiter que nos ambassades ne soient pas prises à partie. Si le moment est mal choisi, il est bien sûr très opportun pour l’intérêt commercial de « Charlie Hebdo ». Ce journal sait que quand on tape sur l’islam, on vend du papier. L’intérêt est donc bien plus commercial qu’une recherche de liberté. Il est très différent de se moquer de la mort de De Gaulle dans une France gaulliste, où l’opposition était faible et la liberté de la presse pas aussi conséquente qu’aujourd’hui, et se moquer de nos jours des musulmans, qui ne sont pas en position de pouvoir en France, n’ont pas d’appuis dans la presse, sont montrés du doigt et connaissent des difficultés d’intégration. Autrement dit, ce n’est pas la même chose de taper sur le fort ou sur le faible. Le premier cas de figure relève du courage, pas le second. Les vrais dissidents ne tapent pas sur les faibles, mais sur les puissants. Là est le courage. (…) La tradition libertaire de « Charlie Hebdo » appartient depuis plusieurs années déjà au passé du journal, qui joue maintenant à fond la carte « beauf-raciste ». Il ratisse ainsi un nouveau type de lectorat, bien éloigné à mon avis des libertaires du début. (…) Il faut faire tomber les masques et dire que « Charlie Hebdo » est devenu journal populiste et non plus libertaire. Il n’y a rien de courageux à taper sur les musulmans en France à notre époque. Pascal Boniface
Il y avait le syndrome de Munich, par référence au recul en 1938 des gouvernements britannique et français face à Hitler. Il y a eu ensuite celui de Stockholm, mis en évidence en 1978, désignant la propension des otages partageant la vie de leurs geôliers à adopter peu ou prou leur point de vue. Dans la suite de ces manifestations des reculades occidentales, y aura-t-il désormais un syndrome de Copenhague ? Que les caricatures de Mahomet publiées au Danemark, puis en Norvège, et ces jours-ci en France et dans d’autres pays européens aient provoqué une telle indignation dans les pays musulmans donne une idée du chemin qui leur reste à parcourir avant de devenir des démocraties libérales. Après la réaction indignée de la Fédération des journalistes arabes, basée au Caire, dont on mesure ainsi la tolérance et l’esprit critique, ce sont des voix officielles, celles des ministres de l’Intérieur de 22 pays arabes, qui se sont élevées contre une pleine liberté d’opinion en condamnant ces publications et en demandant des sanctions contre les journaux coupables. Certaines organisations musulmanes implantées en Europe, l’UOIF par exemple, ne sont pas en reste. Mais le plus inquiétant n’est pas là. Il est dans le chemin de la repentance sur lequel s’engagent, l’un après l’autre, les gouvernements occidentaux. Ceux-ci commencent par déclarer qu’ils ne sauraient remettre en question la liberté de la presse dont ils se déclarent d’ardents défenseurs, avant d’exprimer leurs regrets et de préciser que la liberté de la presse doit s’exercer dans le respect des croyances et des religions. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ne sont pas loin d’avoir réhabilité la notion de blasphème que l’on croyait oubliée dans les pays occidentaux. Louise Arbour, commissaire pour les droits de l’homme des Nations unies, n’a-t-elle pas désigné deux experts «en racisme» pour enquêter sur ce qu’elle appelle «un manque de respect pour la foi» ?. (…) Si les gouvernements des pays démocratiques devaient se répandre en excuses, ils feraient un premier pas vers une reconnaissance de la charia islamique en tant que droit commun de l’humanité. André Grjebine
Mansour Mansour, directeur de la maison d’édition Albouraq, qui estime que « l’actualité est l’élément déclencheur de la polémique ». Le problème, selon lui, ce sont « les amalgames » dont est souvent victime l’islam en France. « Dire que c’est un livre djihadiste est exagéré, c’est du bluff », estime-t-il, soulignant que les paragraphes polémiques ne constituent qu’une petite partie de l’ouvrage de plus de 400 pages. Soucieux de ne pas alimenter la polémique, il se déclare néanmoins « prêt à le retirer si le ministère lui en faisait la demande ». Métronews
On ne peut pas interdire des livres dès qu’ils sont choquants. S’il n’y a pas d’appel à la haine ou d’apologie au terrorisme, on ne peut pas l’interdire. Ce n’est pas un délit de prôner le djihad, ce n’est pénalement pas répréhensible. (…) Si l’on prend la Bible, c’est pareil, il y a également des passages choquants et pourtant, on ne va pas l’interdire. Ministère de l’Intérieur
In the West, we have declined from robust and honest debate into an ever-tightening straitjacket of political correctness. That movement has collapsed the use of language by stigmatizing legitimate constructs in politics and culture. On college campuses, which should serve as the hothouses for debate and independent thought, free speech often gets limited to demarcated “zones.” Our national debate has been plagued by demands for “trigger warnings” on certain topics lest a stray idea or image cause undue stress, and even the most innocent of colloquies can cause one to be branded a “micro-aggressor.” Unfortunately, this leaves us with a truncated vocabulary and substantial timidity when difficult issues arise. After flashpoints like Ferguson and the Eric Garner death, Americans keep promising themselves a “national conversation” on race, only to have it dominated by the angriest members on all sides leaving reasonable people afraid of giving offense rather than speaking their minds. “Conversations” inevitably become lectures from those who have the largest chips on their shoulders, and anyone offering dissent becomes instantly delegitimized. This is how the understandable anger over Garner’s death, caught on videotape during his arrest, turns into absurd, performance-art protests during Sunday brunches in a few urban centers, rather than into action that unites communities for more responsible policing – and perhaps the reduction of intrusive laws that would prevent the necessity for so much police intervention, as with Garner. Edward Morrissey
With respect to the current protest against the use of the word “illegal” in describing aliens applying for driver’s licenses, understand that the ultimate goal of the activists involved is to do away with the concept of immigration law altogether in favor of open borders and universal citizenry. They are attacking the use of the term “illegal” not because they are offended, but because they seek to affect the outcome of a national debate by controlling language in order to stifle dissent. With respect to this attack on a truthful and accurate headline, George Orwell said it best: “Political language is designed to make lies sound truthful and to give an appearance of solidarity to pure wind. Political speech is intended to hide the truth rather than express it.” The truth is, the term “illegal alien” accurately describes a foreigner who has entered or resides in a country unlawfully or without the country’s authorization, even if California chooses to issue driver’s licenses to the same. As such, the use of the word “illegal” to describe the status of an alien is neither race- or national origin-specific. Illegal aliens can hail from any country and race on earth, but these details are actually irrelevant to the discussion at hand. I would hope Wednesday’s terror attack in Paris is not lost in this debate, as it more closely mirrors what is going on here rather than any vague connections to Ferguson and New York. The point is, to what degree does society cater to people who claim the right to not be offended? Who do we check with to determine our speech meets the PC code? The critics who are the most threatening? Andy Caldwell
Gros malaise. Je ne suis pas descendu parmi la foule. Je ne suis pas Charlie. Et croyez-moi, je suis aussi triste que vous. Mais cet unanimisme émotionnel, quasiment institutionnel pour ceux qui écoutent les radio de service public et lisent les grands media, j’ai l’impression qu’on a déjà essayé de me foutre dedans à deux reprises. La société française est complètement anomique, mais on continue à se raconter des histoires. Première histoire: victoire des Bleus en 1998. Unanimisme: Thuram Président, Black Blanc Beur etc. J’étais alors dans la foule. Quelques années plus tard: Knysna, Finkelkraut et son Black Black Black, déferlement de haine contre ces racailles millionnaires, mépris de classe systématique envers des sportifs analphabètes tout droit issus du sous-prolétariat post-colonial. Super l' »unité nationale ». Deuxième histoire: entre deux-tour en 2002. Unanimisme: le FHaine ne passera pas, « pinces à linges », « sursaut républicain », foule « bigarrée » et drapeaux marocains le soir du second tour devant Chirac « supermenteur », « sauveur » inopiné de la République, et Bernadette qui tire la tronche, grand soulagement national. J’étais dans la foule des manifs d’entre deux tours. Quelques années plus trard: le FN en pleine forme, invention du « racisme anti-blanc », création d’une coalition Gauche/Onfray/Charlie/Fourest laïcarde et une Droite forte/UMP/Cassoulet en pleine crise d' »identité nationale » contre l’Islam radical en France, « racaille » et « Kärcher », syndrome du foulard, des prières de rue, des mosquées, émeutes dans les banlieues, tirs sur les policiers, couvre-feu, récupération de la laïcité par l’extrême droite, Zemmour, Dieudo, Soral… Super l' »unité nationale ». Troisième histoire: sursaut national après le massacre inqualifiable à Charlie en janvier 2015. Unanimisme: deuil national, « nous sommes tous Charlie », mobilisations massives pour la défense de la liberté d’expression dans tout le pays. Charlie ? Plus personne ne le lisait. Pour les gens de gauche qui réfléchissent un peu, la dérive islamophobe sous couvert de laïcité et de « droit de rire de tout » était trop évidente. Pour les gens de droite: on déteste cette culture post-68, mais c’est toujours sympa de se foutre de la gueule des moyen-âgeux du Levant. Pour l’extrême droite: pas lu, auteurs et dessinateurs détestés culturellement et politiquement, mais très utile, les dessins sont repris dans « Riposte laïque » [site islamophobe d’extrême droite]. Pour beaucoup de musulmans: un affront hebdomadaire, mais on ferme sa gueule, c’est la « culture française ». BC
Des manifestations suivies d’émeutes fleurissent partout, et nous donnent envie de renommer la ville lumière Paristan. Des commerces juifs, des synagogues, des individus juifs, sont pointés du doigt sur les réseaux sociaux et attaqués par une horde de sauvages qui ne savent même pas mettre Gaza sur une carte. Des gauchistes en mal de combats défient le gouvernement en allant manifester là où des émeutiers brûlent des drapeaux israéliens et exhibent des messages antisémites d’un autre âge, accompagnés de drapeaux du djihad et du hezbollah. Des Français « en ont marre » de cette importation du conflit, mais ne se prononcent pas, et attendent juste que ça passe en évitant certains quartiers les jours de manif. (…) Des gens prennent parti sans même se demander ce qu’ils feraient à la place d’un militaire israélien de 20 ans face à un gazaoui de 14 ans qui lui tire dessus avec une mitraillette. Ces mêmes gens prennent parti sans même se demander ce qu’ils feraient si eux et leurs enfants subissaient des bombardements quotidiens, et cerise sur le cheese cake, l’opprobre de la communauté internationale. Ces mêmes gens ne se rendent pas compte que nous aussi, israéliens, avons mal pour les civils tués quotidiennement. Et c’est pourquoi nous sommes fiers de cette armée qui prévient, qui essaye de limiter autant que possible les pertes civiles.  (…) Alors vous savez quoi ? Je crois qu’à un moment, je vais m’en foutre de ce que vous pensez. Du fait que la levée de boucliers a eu lieu quand le gouvernement français a soutenu Israël et a interdit les manifs, mais que personne ne dit rien quand l’état débloque 11 millions pour Gaza, alors que tout le monde sait très bien où va aller cet argent. (…) Nous n’allons pas nous excuser d’être en vie parce que l’état israélien fait tout pour protéger ses civils. Alors non, je ne répondrai plus aux « oui mais à Gaza quand même y’a vachement de morts ». (…) Vous pensez avoir tout compris au conflit israélo palestinien en prenant parti pour le plus faible ? Vous oubliez une chose. Israël n’est pas en conflit contre la Palestine. Mais contre le Hamas. Qui est responsable de la mort de centaines de civils. Le hamas n’est pas plus un mouvement de résistance que Boko Aram. Le hamas ne veut pas deux états, il veut détruire Israël. (…) Alors vous, la « majorité silencieuse » qui a « hâte que cela s’arrête », réveillez-vous. Quant à vous, les manifestants du dimanche (et du samedi aussi), qui vous prenez pour Che Guevara parce que vous brûlez des drapeaux israéliens le visage masqué en criant « Hitler reviens » et parce que vous détruisez le bitume parisien, sachez une chose : personne n’est dupe. Vous n’apportez rien à la cause palestinienne si ce n’est de la désolation. Vous desservez tellement votre cause que plus personne ne vous croit.  Alors oui, peut être que je dormirai mieux si je m’en fous. Si je ne regarde plus ce drapeau du djihad qui trône place de la République un samedi après midi d’été au cours d’une manifestation interdite, et organisée quand même par des partis politiques dont le NPA … Sophie Taieb (juillet 2014)
Les tueurs de Charlie hebdo ne sont pas des terroristes anonymes. Ils appartiennent sans doute à un réseau informel mais uni par une idéologie commune. Réduire leur nomination uniquement par le mot « terroriste » c’est s’interdire de regarder la menace en face en ne la nommant pas. Ce terrorisme là est islamiste, il invoque « Allah » avant de tirer et de tuer. Il prétend « venger le prophète ». Ce sont les mêmes cris qui sont prononcés par les coupeurs de tête des otages occidentaux en Irak et de Syrie. Ce sont les mêmes qui ont assassinés trois adolescents juifs en Israël en juin 2014. Ce sont les mêmes jouisseurs de mort qui ont tué des enfants juifs à Toulouse et au musée juif de Bruxelles. C’est la même idéologie qui a inspiré les poseurs de bombes de Madrid, de Londres, de Boston. Ce sont les mêmes imprécations qui ont accompagné les gestes du tueur de Sidney et du conducteur de la voiture bélier de Joué-les-Tours. Etaient-ils seulement des malades mentaux ? Ce sont les mêmes individus que la France combat au Mali, en Afghanistan, en Irak. Ce sont les mêmes qu’Israël affronte à Gaza. Ils se nomment Califat Islamique, Boko Aram en Afrique, Chebab somaliens, Hamas à Gaza ou Hezbollah au Liban. Cette hydre à tête multiple a un socle commun et s’il ne faut pas assimiler tous les musulmans à des terroristes tous ces terroristes là sont musulmans. Certes tous les musulmans ne sont pas jihadistes mais tous les jihadistes sont musulmans. Cette religion « d’amour et de paix » devrait y regarder de près pour extirper de son sein ce qui de l’intérieur de l’islam nourrit cette rage meurtrière.(…) Depuis le 11 septembre 2001 l’islam radical a déclaré la guerre au monde. Ne pas considérer que cette menace est globale et qu’elle se décline de la Kabylie à la Mésopotamie, du musée juif de Bruxelles à Toulouse ou à Londres, serait reproduire la même erreur de jugement que celle qui fut commise par Daladier et Chamberlain quand ils crurent stopper Hitler par les accords de Munich. On connaît la suite. On ne gagnera rien par les périphrases et les divers éléments de langage destinés à éviter de nommer l’ennemi. Recommander de dire « Daesh » plutôt que « Etat islamique » pour ménager les susceptibilités des musulmans relève d’une prudence dont les musulmans lucides ne s’embarrassent pas. L’acharnement mis par certains à ne pas prendre en compte la part islamique de l’islamisme relève de la volonté de ne pas voir la source du mal. Il ne s’agit pas de faire l’exégèse des textes issus du Coran mais bien plutôt d’analyser ce que certains font dire à ces textes et l’accusation d’islamophobie portée contre ceux qui osent faire cette démarche est dès lors vide de contenu. Quand des égorgeurs décapitent un otage aux cris de « Allah Akbar ! » c’est bien dieu qui est convoqué pour cautionner le crime, pour sanctifier ces gestes supposés de fidélité à die Combien faudra-t-il d’autres journalistes assassinés, d’autres têtes coupées pour que les juristes qualifient les crimes de cette barbarie? Combien d’autres mécréants, combien d’autres infidèles, combien de « croisés » et combien de Juifs vont être assassinés au nom de l’islam ? Combien d’autres adolescents israéliens vont être assassinés pour que l’on comprenne qu’il s’agit d’une barbarie identique? Les uns font ça au couteau, les autres à la kalashnikov. Les uns découpent, les autres se font exploser dans des arrêts de bus ou des cafés. Les uns sont plus artisanaux tandis que les autres sont plus modernes. Pourtant les uns envoient sur facebook les images de leurs performances alors que les autres cherchent à les dissimuler et pourchassent les journalistes qui pourraient en témoigner. Les uns sont les disciples du nouveau Calife de l’Etat Islamique en Irak et au Levant, les autres sont disciples du Hamas. Tous vénèrent Allah et tous vouent aux flammes de l’enfer, un Etat satanique, « l’entité sioniste » pour ne pas avoir à prononcer son nom. (…) Tant que les musulmans et ceux qui prétendent être dépositaires de l’héritage spirituel de l’islam n’auront pas fait ce travail critique sur leur propre corpus spirituel, ils resteront aveugles sur les sources intimes de leur désastre de leur supposée humiliation. C’est du sein de l’islam que des voix doivent s’élever pour dénoncer cette imposture. C’est bien plutôt l’islamisme version Hamas ou version Hezbollah ou version Etat Islamique et leurs multiples clones qui sont responsables de cet enfermement aussi surement que le goulag ne protégeait pas les droits des peuples mais les garrotait. Pourtant tous deux ne jouissent pas d’un statut identique dans le regard que l’Occident leur porte. L’Etat Islamique est dénoncé comme un mal absolu, un « cancer » par les Etats Unis, la France et les européens. Le Hamas, bien que figurant sur la liste des organisations terroristes, jouit d’une meilleure considération et a même reçu sur ses terres, de brillants intellectuels, Stéphane Hessel et Régis Debray. Tandis que l’EI (Etat Islamique) profite de la dislocation de l’Irak et de la Syrie, dont les frontières furent établies à la serpe par la Grande Bretagne et la France, à la fin de la première Guerre mondiale, après la dislocation de l’Empire Ottoman. Presque un siècle plus tard ces châteaux de cartes s’effondrent au profit d’une nébuleuse aussi chaotique que sanglante. Est-on capable en Occident de regarder cela en face ? On pourra toujours invoquer les mânes de la République et déclarer solennellement que ces gestes quand ils sont commis en France, sont isolés et qu’ils défigurent la France. Mohamed Merah, Mehdi Nemmouche, font hélas partie de la France d’aujourd’hui. Les manifestations en faveur de Gaza de juillet dernier n’étaient pas seulement pro palestiniennes, elle étaient aussi antijuives. Ces indignés sont-ils descendus dans la rue pour dénoncer les massacres de palestiniens en Syrie ? Sont ils indignés par les deux cent mille morts en Syrie ? Sont-ils descendus dans la rue pour dénoncer les kidnapping de centaines de jeunes filles au Nigéria commis au nom d’Allah par la secte islamiste Boko Aram ? Ont-ils dénoncé les attentats contre d’autres musulmans en Somalie, en Algérie, au Liban, en Irak, en Afghanistan ? Les massacres arabo-arabes ou islamo-islamistes seraient-ils à ce point une affaire de famille pour y trouver une excuse ? Quelle serait cette normalité acceptée pour cette barbarie alors que chaque riposte d’Israël pour assurer la protection de ses habitants serait considérée comme bien plus condamnable ? Quel souci ont-ils de la Palestine ceux qui ont fait de la haine du Juif une seconde nature ? Quelle différence en effet ! Israël utilise ses armes pour protéger sa population alors que le Hamas utilise sa population pour protéger ses armes ! En juillet dernier, c’est un pogrom qui a été tenté à Sarcelles et rue de la Roquette à Paris. Au cours d’autres manifestations ce sont les drapeaux du Hamas, du Hezbollah et l’Etat Islamique qui ont été exhibés place de la République. « Nous sommes tous des jihadistes », ont crié certains manifestants. Cet avertissement est valable pour tous. (…) Avec le masque de la bonne conscience certains ont instillé de manière totalement irresponsable cette haine du Juif et d’Israël avec les mots du progrès et de la justice. Faire d’Israël le responsable du malheur arabe constitue l’une des grandes impostures de l’histoire contemporaine. Le déni idéologique de cette réalité constitue l’autre face de ce désastre de la pensée.Désormais la menace est ici, chez nous, en France, en Europe. NOUS, en France, en Europe. Ne pas le comprendre est suicidaire. Jacques Tarnero
Ce qui vient de se produire était en effet écrit, pas par la main d’Allah dont les islamo-fascistes ont souillé jusqu’à la magnificence et rabaissé la majesté, mais par trente années de laxisme, d’angélisme et de conformisme malséant au pays de Voltaire. Écrit par les concessions aux tenants de l’islam identitaire, holistique et totalitaire, au nom de la démocratie et de la tolérance républicaine. De la question du voile islamique au massacre tragique de Charlie Hebdo, en passant par l’affaire Redeker ou la conférence du pape Benoît XVI à Ratisbonne, que de chemin parcouru dans la capitulation, l’altération de la laïcité et la subversion de la démocratie. Que de reculs des Lumières face à l’obscurantisme! Que de coups portés au modèle de civilisation occidentale devant la barbarie islamiste! Ce modèle universaliste auquel nous avions fini par y croire, nous autres musulmans d’Orient et du Maghreb, avant de nous réveiller un jour du «printemps arabe» aux sommations de certaines voix politiques et intellectuelles occidentales: la charia, pourquoi pas? L’islamisme «modéré», qu’à cela ne tienne! Nos zélateurs de l’islamisme «modéré» ont vite oublié que lorsqu’on le célèbre à deux heures de vol de la France, l’on risque d’en subir les assauts en plein cœur de Paris. Ils ont oublié que la Terre est devenue un village interconnecté, qu’il n’y pas de démocratie authentique sans sécularisation, que l’islamisme n’est pas la religion des musulmans mais une religion séculière dont le spectre s’étend des Frères musulmans aux néo-talibans de Daech, qui se partagent le même axiome: «Notre constitution c’est le Coran, notre modèle c’est le prophète, notre régime c’est le califat». Ils ont surtout oublié que la quintessence de la civilisation occidentale est dans la désacralisation du sacré et la sanctification de la liberté humaine. Parmi ceux que je vois se lamenter sur le sort des 12 morts, je reconnais certains qui s’étaient indignés que des dessinateurs aient osé toucher au «sacré» en reproduisant en 2006 les caricatures du Prophète, qui ne s’est d’ailleurs jamais octroyé cette sacralité supposée, celle-ci étant exclusivement réservée à Dieu et à Lui Seul. Je reconnais même certaines figures islamiques qui avaient porté plainte contre Charlie Hebdo, notamment le sempiternel imam de la Mosquée de Paris, ainsi que l’UOIF, qui est membre du Conseil français du culte musulman (CFCM)! Passées les jérémiades des fonctionnaires de l’islam, les indignations sincères de la classe politique, l’heure n’est pas seulement à l’unité nationale et au rejet des amalgames, mais aussi à l’autocritique. Le rejet des amalgames ne doit pas nous dispenser de remettre en cause la dogmatique ambiante qui paralyse la pensée et tétanise l’expression. Ce qui est permis en psychanalyse ne doit pas être interdit en politique: mettre des mots sur les maux. Même si les Kelkal, Merah, Kouachi et les centaines de sociopathes en Syrie restent minoritaires par rapport à la majorité des musulmans de France, on ne peut pas dire que le modèle d’intégration soit une réussite. Encore moins la gestion de l’islam qu’on disait une chance pour la France. La gallicanisation de l’islam a échoué. Cela vaut aussi pour les autres pays européens, notamment le Danemark, où a vu ses citoyens de la «diversité» manifester sous la bannière noire de Daech et aux cris de «A bas le régime, nous voulons le califat»! Si l’intégration a «échoué», l’intégrisme a en revanche conquis les cœurs. Parce qu’on a laissé la société s’ouvrir à ses ennemis, une microsociété passée de l’islam quiétiste à l’islamisme radical s’est développée grâce au microclimat culturel, éducatif, politique, médiatique et juridique. Le mal, c’est le cancer islamo-fasciste qu’on a laissé se métastaser dans les banlieues, les prisons, les mosquées, les associations, les écoles et même les universités. Mezri Haddad

Attention: un terrorisme peut en cacher un autre !

Mode du keffieh, bidonnages médiatiques à la petit Mohmmed, manifestations pro-Saddam ou pro-Hamas aux cris de « Mort aux juifs ! »,  polémique du voile islamique, affaire Redeker, tollé contre la conférence du pape Benoît XVI à Ratisbonne, torture et assassinat d’Ilan Halimi, massacres de Toulouse ou de Bruxelles, tapis rouge élyséen pour les financiers du djihad, drapeau noir de l’Etat islamique trônant sur la statue de la République, prédication du djihad en vente libre dans les hypermarchés, chansons de rap appelant au meurtre, viol de Créteil, lieux de culte sous constante surveillance policière, communauté qui avec à peine 1% de la population concentre quelque 50% des persécutions, dénonciation systématique de notre arsenal antiterrorriste et encensement de ceux qui les dévoilent au monde,  reconnaissance d’un prétendu Etat prônant rien de moins que la Solution finale

Au lendemain, suite au carnage de Charlie hebdo, du nouvel assassinat de quatre juifs dans un supermarché cacher parisien …

Et, derrière un slogan plus que galvaudé depuis le « Nous sommes tous américains » des attentats du 11 septembre, à la veille d’un nouveau rassemblement et d’un unanimisme de façade (avec un Abbas en vedette américaine ?) commandés par un pouvoir complètement discrédité

Alors qu’après des années d’atermoiements des grands médias en un pays qui croule sous les lois liberticides, les journaux se décident enfin à publier certaines des meilleurs caricatures des dessinateurs assassinés …

Comment ne pas voir avec le philosophe et ancien ambassadeur de la Tunisie auprès de l’UNESCO Mezri Haddad …

 Produit de « trente années de laxisme, d’angélisme et de conformisme » et faisant le lit du second …

Ce véritable terrorisme intellectuel de la pensée politiquement correcte ?

Terrorisme islamiste: cette guerre qui commence était hélas prévisible!
Le Figaro
Mezri Haddad
09/01/2015

Pour le philosophe tunisien Mezri Haddad le rejet des amalgames ne doit pas empêcher la remise en cause de la dogmatique ambiante. L’intégration de l’islam dans les pays européens a échoué et a laissé place au développement de l’intégrisme.

Ancien ambassadeur de la Tunisie auprès de l’UNESCO, Mezri Haddad est philosophe, auteur d’essais sur la réforme de l’islam.

Pour la plupart des analystes et des politiciens, le carnage de Charlie Hebdo comme la prise d’otages de Vincennes, ces premières offensives de la guerre contre la France et la République, sont des traumatismes auxquels nul ne pouvait s’attendre. Mais pas pour l’élite franco-musulmane, ni pour les soldats de l’ombre qui luttent contre le terrorisme, ni pour les rares journalistes qui osent nommer l’innommable au risque de se faire accuser d’islamophobes. Ces derniers, comme les intellectuels musulmans éclairés, savaient que cela devait arriver un jour. Ils savent que si les gouvernants ne saisissent pas ce drame national pour revoir de fond en comble leur politique d’immigration, d’intégration, d’éducation, de réforme de l’islam et de relations avec certains émirats du Golfe, le pire serait à craindre.

Ce qui vient de se produire était en effet écrit, pas par la main d’Allah dont les islamo-fascistes ont souillé jusqu’à la magnificence et rabaissé la majesté, mais par trente années de laxisme, d’angélisme et de conformisme malséant au pays de Voltaire. Écrit par les concessions aux tenants de l’islam identitaire, holistique et totalitaire, au nom de la démocratie et de la tolérance républicaine. De la question du voile islamique au massacre tragique de Charlie Hebdo, en passant par l’affaire Redeker ou la conférence du pape Benoît XVI à Ratisbonne, que de chemin parcouru dans la capitulation, l’altération de la laïcité et la subversion de la démocratie. Que de reculs des Lumières face à l’obscurantisme! Que de coups portés au modèle de civilisation occidentale devant la barbarie islamiste! Ce modèle universaliste auquel nous avions fini par y croire, nous autres musulmans d’Orient et du Maghreb, avant de nous réveiller un jour du «printemps arabe» aux sommations de certaines voix politiques et intellectuelles occidentales: la charia, pourquoi pas? L’islamisme «modéré», qu’à cela ne tienne!

Nos zélateurs de l’islamisme «modéré» ont vite oublié que lorsqu’on le célèbre à deux heures de vol de la France, l’on risque d’en subir les assauts en plein cœur de Paris. Ils ont oublié que la Terre est devenue un village interconnecté, qu’il n’y pas de démocratie authentique sans sécularisation, que l’islamisme n’est pas la religion des musulmans mais une religion séculière dont le spectre s’étend des Frères musulmans aux néo-talibans de Daech, qui se partagent le même axiome: «Notre constitution c’est le Coran, notre modèle c’est le prophète, notre régime c’est le califat».

Ils ont surtout oublié que la quintessence de la civilisation occidentale est dans la désacralisation du sacré et la sanctification de la liberté humaine. Parmi ceux que je vois se lamenter sur le sort des 12 morts, je reconnais certains qui s’étaient indignés que des dessinateurs aient osé toucher au «sacré» en reproduisant en 2006 les caricatures du Prophète, qui ne s’est d’ailleurs jamais octroyé cette sacralité supposée, celle-ci étant exclusivement réservée à Dieu et à Lui Seul. Je reconnais même certaines figures islamiques qui avaient porté plainte contre Charlie Hebdo, notamment le sempiternel imam de la Mosquée de Paris, ainsi que l’UOIF, qui est membre du Conseil français du culte musulman (CFCM)!

Le rejet des amalgames ne doit pas nous dispenser de remettre en cause la dogmatique ambiante qui paralyse la pensée et tétanise l’expression.
Passées les jérémiades des fonctionnaires de l’islam, les indignations sincères de la classe politique, l’heure n’est pas seulement à l’unité nationale et au rejet des amalgames, mais aussi à l’autocritique. Le rejet des amalgames ne doit pas nous dispenser de remettre en cause la dogmatique ambiante qui paralyse la pensée et tétanise l’expression. Ce qui est permis en psychanalyse ne doit pas être interdit en politique: mettre des mots sur les maux.

Même si les Kelkal, Merah, Kouachi et les centaines de sociopathes en Syrie restent minoritaires par rapport à la majorité des musulmans de France, on ne peut pas dire que le modèle d’intégration soit une réussite. Encore moins la gestion de l’islam qu’on disait une chance pour la France. La gallicanisation de l’islam a échoué. Cela vaut aussi pour les autres pays européens, notamment le Danemark, où a vu ses citoyens de la «diversité» manifester sous la bannière noire de Daech et aux cris de «A bas le régime, nous voulons le califat»!

Si l’intégration a «échoué», l’intégrisme a en revanche conquis les cœurs. Parce qu’on a laissé la société s’ouvrir à ses ennemis, une microsociété passée de l’islam quiétiste à l’islamisme radical s’est développée grâce au microclimat culturel, éducatif, politique, médiatique et juridique. Le mal, c’est le cancer islamo-fasciste qu’on a laissé se métastaser dans les banlieues, les prisons, les mosquées, les associations, les écoles et même les universités.

Plutôt que de ressasser pas d’amalgames, mettre des mots sur les maux, c’est reconnaitre que les terroristes qui ont commis cet abominable crime sont des musulmans. Mais leur islam n’est pas mon islam, ni celui des 5 millions de Français paisibles, ni celui des 1,700 milliards de coreligionnaires dans le monde. Leur islam génétiquement modifié est celui des Talibans, d’Al-Qaïda et de Daech.

Les musulmans de France, pourront-ils encore dire dans leur prière quotidienne, «Allah Akbar», sans s’attirer la suspicion, voire même la haine? Devront-ils bannir de leur vocabulaire cette expression qui marque la transcendance, la grandeur et l’unicité divine dans la liberté humaine? Devront-ils taire cette invocation de l’Eternel, désormais associée au nihilisme des barbares?

Ces musulmans de France que chacun prétend représenter et dont nul n’incarne le quiétisme sont doublement atteints. Ils ont été frappés au centre de leur patrie et au cœur de leur foi. Ils pleurent l’assassinat de leurs compatriotes et la mort de Dieu.

Voir aussi:

Livre prônant le djihad : une polémique mais pas d’interdiction
Métronews

29-07-2014

RELIGION – A l’occasion du ramadan, la large diffusion en France d’un livre intitulé « La voie du musulman » fait polémique. Prônant la lutte armée contre les ennemis de l’islam, il fait l’objet de pétition réclamant son interdiction. Saisi, le ministère de l’Intérieur indique à metronews qu’il ne peut toutefois pas le retirer de la vente. Explications.

« La voie du musulman » a été mis dans les rayons de près de 1000 points de vente partout en France. Photo : Albouraq
Dans le cadre d’une « opération Ramadan », la maison d’édition Albouraq diffuse depuis 2001 plusieurs ouvrages islamiques dans les librairies de France. Cette année, l’un d’entre eux fait polémique. Intitulé « La voie du musulman », il contient des propos radicaux prônant le djihad. Vendu dans les magasins spécialisés ainsi que dans les rayons livres des hypermarchés, il est sujet à plusieurs pétitions qui souhaitent faire interdire sa vente, rapporte ce mardi Le Figaro.

« La voie du Musulman », éditée en avril 2014, promet sur sa quatrième de couverture « des solutions conformes aux exigences du monde moderne ». L’auteur, le cheikh algérien Abu Bakr Al-Jazairi, y conduit une exégèse du Coran et de hadith ( recueil des actes et paroles de Mahomet et de ses compagnons ) pour éclairer la conduite des pratiquants de l’islam. Mais après des chapitres sur « la foi » du musulman, « la bienséance », « la morale du musulman » ou les « pratiques religieuses », le chapitre « rapports sociaux » évoque longuement un sujet pour le moins controversé : « la guerre sainte, le djihad ».

« Les musulmans doivent installer toutes sortes d’usines d’armement »

Dans ces onze pages, l’auteur développe une analyse belliqueuse de l’islam. « Le djihad a pour but de comprendre et de contenir les mécréants, ennemis de l’Islam et de la communauté musulmane. C’est un devoir pour tout musulman que tous les croyants sont appelés à accomplir », commence-t-il page 263. Par conséquent, poursuit-il, « les musulmans doivent installer toutes sortes d’usines d’armement pour fabriquer tout genre d’armes en usage dans le monde ». Page 267, le livre indique que « les musulmans doivent aussi se perfectionner et s’améliorer dans l’art militaire défensif et offensif pour se défendre ou attaquer au moment opportun pour que le verbe de Dieu triomphe ». Et d’asséner, 13 pages plus loin : « L’hérétique : c’est le musulman qui renie sa religion, devient juif, chrétien ou athée, de son propre gré. On le somme dans un délai de trois jours pour revenir à l’Islam, s’il refuse, il sera passible de la peine de mort ».

Contacté par metronews, le groupe Carrefour, qui fait partie des points de vente du livre, souligne que « d’autres magasins le vendent aussi » à l’occasion du mois du ramadan. Agacée de cette polémique, l’enseigne souligne que sa vente s’est achevée dans leurs rayons le 19 juillet. La Fnac, qui vend toujours l’ouvrage, admet également dans les colonnes du Figaro que « vu le contexte, c’est sensible ».
« Il n’y a pas d’appel à la haine ou d’apologie au terrorisme »

Une opinion partagée par Mansour Mansour, directeur de la maison d’édition Albouraq, qui estime que « l’actualité est l’élément déclencheur de la polémique ». Le problème, selon lui, ce sont « les amalgames » dont est souvent victime l’islam en France. « Dire que c’est un livre djihadiste est exagéré, c’est du bluff », estime-t-il, soulignant que les paragraphes polémiques ne constituent qu’une petite partie de l’ouvrage de plus de 400 pages. Soucieux de ne pas alimenter la polémique, il se déclare néanmoins « prêt à le retirer si le ministère lui en faisait la demande ».

Le ministère de l’Intérieur nous confirme avoir été alerté au sujet de ce livre « salafiste aux propos radicaux ». Mais bien que la polémique intervienne en plein plan anti-djihad, les services de Bernard Cazeneuve assurent qu’ils ne peuvent rien faire. « On ne peut pas interdire des livres dès qu’ils sont choquants. S’il n’y a pas d’appel à la haine ou d’apologie au terrorisme, on ne peut pas l’interdire. Ce n’est pas un délit de prôner le djihad, ce n’est pénalement pas répréhensible », affirme-t-on cabinet du ministre, tout en assurant mener « une expertise juridique » pour s’en assurer. Et le ministère des Cultes de tempérer la polémique, en rappelant que ce genre de contenus n’est pas l’apanage d’ouvrages islamiques : « Si l’on prend la Bible, c’est pareil, il y a également des passages choquants et pourtant, on ne va pas l’interdire ».

Voir également:

« La Marche » : « Charlie Hebdo » effaré par une chanson liée au film
L’Obs avec AFP
25-11-2013
D’abord présentée comme la bande originale du film « La Marche », une chanson issue d’un projet parallèle attaque les « chiens de Charlie Hebdo »… qui réagit vivement.
Le film « La Marche », produit et distribué par EuropaCorp, s’inspire de l’histoire vraie d’une poignée d’enfants d’immigrés qui ont marché de Marseille à Paris en 1983 contre le racisme. (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

« Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo » : interprétée par une dizaine de rappeurs, une chanson particulièrement violente à l’égard de l’hebdomadaire satirique, d’abord présentée comme faisant partie de la bande originale du film « La Marche » – sur les écrans mercredi – a déclenché une polémique lundi 25 novembre. Mais face à « l’effarement » du quotidien satirique, le producteur Hugo Sélignac a pris ses distances. Il assure que la chanson « n’a jamais été prévue pour la B.O. du film ». Elle a néanmoins été réalisée avec son accord et soutien.

« Je n’avais pas à valider les paroles »
Diffusée sur internet depuis vendredi 22 novembre, la chanson controversée est présentée sur de nombreux sites comme « BO du film ‘La Marche' ». Ecrite et interprétée par une dizaine de rappeurs renommés, dont Akhenaton, Disiz, Kool Shen et Nekfeu, la chanson est en fait un projet parallèle monté par le rappeur Kore et le producteur du film, Hugo Sélignac, à l’occasion des 30 ans de la Marche antiraciste de 1983, qui est aussi le sujet du long métrage. Selon ce producteur, tous les droits de la chanson seront reversés à une association contre le racisme située à Vénissieux, dans le Rhône.

J’ai apporté mon soutien à cette chanson qui n’a jamais été prévue pour la BO du film. J’ai prêté des éléments sonores du film qui ont été intégrés à la chanson et j’ai donné mon accord pour que la typographie de la pochette et de l’affiche du film soit la même. Je n’avais pas à valider les paroles », explique Hugo Sélignac.
« Je suis pour la liberté d’expression de tous, celles des rappeurs comme celle de Charlie Hebdo », ajoute-t-il.

Joint également par l’AFP, le producteur de la chanson a défendu celle même « liberté d’expression » des rappeurs qui ont participé à la chanson : « Je comprends parfaitement que Charlie Hebdo s’offusque, mais ce n’est pas cette réaction que j’attends d’eux. Réagir comme ils le font, c’est jouer le jeu des extrêmes », a estimé Kore. Le rappeur Disiz, qui a participé à l’élaboration de la chanson, a quant à lui réagi sur Instagram, et réaffirmé sa position : « Fuck Charlie Hebdo ».

« Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo »
Un peu plus tôt dans la journée, la rédaction de « Charlie Hebdo » avait fait part de son « effarement » en découvrant la « violence » à son égard des paroles de la chanson. Dans le 7e couplet qu’il interprète, le rappeur Nekfeu chante notamment : « D’t’façon y’a pas plus ringard que le raciste / Ces théoristes veulent faire taire l’islam / Quel est le vrai danger : le terrorisme ou le taylorisme ? / Les miens se lèvent tôt, j’ai vu mes potos taffer / Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo ». Nekfeu est membre du collectif parisien « 1995 » (Polydor), très apprécié de la critique et pas coutumier des polémiques.

« Charlie Hebdo découvre avec effarement la violence des paroles de la bande originale du film ‘La Marche’ à son encontre. Ainsi, la chanson ‘Marche’ […] reprend les propos que tient habituellement l’extrême droite musulmane lorsqu’elle évoque notre journal », estime Charlie Hebdo dans un communiqué signé de « la rédaction ».

« Nous avons l’habitude de nous faire traiter de ‘chiens’ d’infidèles »
« S’il leur manque un couplet, nous précisons aux auteurs de la chanson que le journal numérique Inspire, édité par Al-Qaïda, a condamné à mort Charb en mars dernier », ajoute le communiqué de Charlie Hebdo. « Nous avons l’habitude de ces appels à la haine, de nous faire traiter de ‘chiens’ d’infidèles. »

« Nous sommes juste très surpris que le réalisateur [Nabil ben Yadir] d’un film clairement antiraciste, qui rend hommage à un événement majeur dans l’histoire de la lutte pour l’égalité des droits, ait choisi de l’illustrer par une chanson en totale opposition avec son oeuvre », conclut Charlie Hebdo.

« Pas de plainte, ni de demande particulière. J’aimerais simplement que la production m’explique le rapport entre une marche antiraciste et fraternelle en 1983 et un chant religieux communautariste qui appelle à brûler un journal satirique antiraciste en 2013″, a déclaré Charb, le directeur de Charlie Hebdo.

(Le clip vidéo de la chanson « Marche »)

Avec Jamel Debbouze à l’affiche, le film « La Marche », produit et distribué par EuropaCorp, s’inspire de l’histoire vraie d’une poignée d’enfants d’immigrés qui ont marché de Marseille à Paris en 1983 contre le racisme.

Le 2 novembre 2011, le siège de Charlie Hebdo avait été détruit par un incendie criminel, le jour où il publiait à la une une caricature de Mahomet.

Voir encore:

« Je ne suis pas Charlie. Et croyez-moi, je suis aussi triste que vous. »
BC, @sinaute

Arrêt sur images

9 janvier 2015 13:52

« Je ne suis pas descendu parmi la foule. » Un @sinaute exprime, dans le forum de discussion de la dernière chronique de Daniel Schneidermann, son malaise vis-à-vis de « l’union nationale » suite aux attaques meurtrières qui ont visé Charlie Hebdo. En cause, la « dérive islamophobe » du journal et de cette gauche « Onfray/Charlie/Fourest laïcarde ».

Gros malaise. Je ne suis pas descendu parmi la foule. Je ne suis pas Charlie. Et croyez-moi, je suis aussi triste que vous.

Mais cet unanimisme émotionnel, quasiment institutionnel pour ceux qui écoutent les radio de service public et lisent les grands media, j’ai l’impression qu’on a déjà essayé de me foutre dedans à deux reprises. La société française est complètement anomique, mais on continue à se raconter des histoires.

Première histoire: victoire des Bleus en 1998. Unanimisme: Thuram Président, Black Blanc Beur etc. J’étais alors dans la foule. Quelques années plus tard: Knysna, Finkelkraut et son Black Black Black, déferlement de haine contre ces racailles millionnaires, mépris de classe systématique envers des sportifs analphabètes tout droit issus du sous-prolétariat post-colonial. Super l' »unité nationale ».

Deuxième histoire: entre deux-tour en 2002. Unanimisme: le FHaine ne passera pas, « pinces à linges », « sursaut républicain », foule « bigarrée » et drapeaux marocains le soir du second tour devant Chirac « supermenteur », « sauveur » inopiné de la République, et Bernadette qui tire la tronche, grand soulagement national. J’étais dans la foule des manifs d’entre deux tours.

Quelques années plus trard: le FN en pleine forme, invention du « racisme anti-blanc », création d’une coalition Gauche/Onfray/Charlie/Fourest laïcarde et une Droite forte/UMP/Cassoulet en pleine crise d' »identité nationale » contre l’Islam radical en France, « racaille » et « Kärcher », syndrome du foulard, des prières de rue, des mosquées, émeutes dans les banlieues, tirs sur les policiers, couvre-feu, récupération de la laïcité par l’extrême droite, Zemmour, Dieudo, Soral… Super l' »unité nationale ».

Troisième histoire: sursaut national après le massacre inqualifiable à Charlie en janvier 2015. Unanimisme: deuil national, « nous sommes tous Charlie », mobilisations massives pour la défense de la liberté d’expression dans tout le pays. Charlie ? Plus personne ne le lisait. Pour les gens de gauche qui réfléchissent un peu, la dérive islamophobe sous couvert de laïcité et de « droit de rire de tout » était trop évidente. Pour les gens de droite: on déteste cette culture post-68, mais c’est toujours sympa de se foutre de la gueule des moyen-âgeux du Levant. Pour l’extrême droite: pas lu, auteurs et dessinateurs détestés culturellement et politiquement, mais très utile, les dessins sont repris dans « Riposte laïque » [site islamophobe d’extrême droite]. Pour beaucoup de musulmans: un affront hebdomadaire, mais on ferme sa gueule, c’est la « culture française ».

« Dieudo/Soral et les complotistes sont passés par là »

Résultat: des centaines de milliers de musulmans sommés de montrer patte blanche, quelques années à peine après la purge officielle sur l’identité nationale. Des années durant avec toujours le même message insistant: mais putain, quand est-ce que vous allez vous intégrer? Et vous, les musulmans « modérés », pourquoi on vous entend pas plus? A partir d’aujourd’hui, « vous êtes pour nous ou contre nous ». Cabu ne disait pas autre chose: « la caricature, ils doivent bien l’accepter, c’est la culture Française ». Super l' »unité nationale ».

Réactions à chaud de jeunes de quartiers entendues dans le micro: « c’est pas possible, c’est trop gros, c’est un coup monté ». Dieudo/Soral et les complotistes sont passés par là: manifestement certains ne croient pas plus au 07/01/15 qu’au 11/09/01. La réalité est qu’on les a déjà perdus depuis longtemps, et c’est pas avec des veillées publiques à la bougie qu’on va les récupérer ni avec des incantations à la « résistance » – mais à quoi vous « résistez » au fond ? Vous allez vous abonner à Charlie? Et ça va changer quoi?

« La majorité va se sentir mieux, et c’est précieux. Mais la fracture est totale. »

La réassurance collective est un mouvement sain et compréhensible face à un massacre aussi traumatisant, mais elle a pour versant complémentaire le déni collectif, et pour résultat l’oubli des causes réelles et profondes de l’anomie. La majorité va se sentir mieux, se faire du bien, comme elle s’était fait du bien en 1998 et 2002, et c’est précieux. Mais la fracture est totale. Et la confusion idéologique à son comble.

Personne ne se demande comment on en est arrivé là, comment des jeunes parigots en sont venus à massacrer des journalistes et des artistes à la Kalash après un séjour en Syrie, sans avoir aucune idée de la vie et des idées des gens qu’ils ont tué: ils étaient juste sur la liste des cibles d’AlQaeda dans la Péninsule Arabique. Personne ne veut voir que cette société française, derrière l’unanimisme de façade devant l’horreur, est en réalité plus que jamais complètement anomique, qu’elle jette désespérément les plus démunis les uns contre les autres, et qu’elle a généré en un peu plus d’une décennie ses propres ennemis intérieurs.

« La plus grosse fabrique à soldats d’Al Qaeda sur notre territoire, c’est la PRISON »

Personne ne veut voir que la plus grosse fabrique à soldats d’Al Qaeda sur notre territoire, c’est la PRISON. Personne n’a compris que la France n’a pas basculé en 2015, mais il y a dix ans déjà, lors des émeutes. Personne ne veut voir que nous vivons encore les conséquences lointaines de l’immense humiliation coloniale et post-coloniale, et que vos leçons de « civilisation » et de « liberté d’expression » sont de ce fait inaudibles pour certains de ceux qui l’ont subie et la subissent ENCORE.

Et on continue à se raconter des histoires, après la fiction des Bleus de 1998, après le mythe du « Front républicain » de 2002, en agitant cette fois-ci comme un hochet la liberté d’expression, dernier rempart d’une collectivité qui n’est plus capable de se donner comme raison d’être que le droit fondamental de se foutre de la gueule des « autres », comme un deus ex machina qui allait miraculeusement réifier cette « unité nationale » réduite en lambeaux.

Vous n’arriverez pas à reconstruire la « communauté nationale » sur ce seul principe, fût-il essentiel. Je vous le dis, vous n’y arriverez pas. Car ce n’est pas CA notre problème. Notre problème, c’est de faire en sorte qu’il n’y ait plus personne en France qui n’ait tellement plus rien à espérer et à attendre de son propre pays natal au point d’en être réduit à n’avoir pour seule raison de vivre que de tuer des gens en masse, chez nous ou ailleurs.

Car on ne peut rien contre ceux qui leur fournissent la liste des cibles une fois qu’ils sont conditionnés. Il faut donc TOUT mettre en oeuvre pour agir avant qu’ils en soient là: ce n’est pas facile mais c’est la seule chose qui compte si on ne veut pas progressivement tomber dans le gouffre de la guerre civile, qui est la conséquence ultime de l’anomie.

Après, c’est trop tard. Et c’est déjà trop tard….

Voir encore:

The biggest threat to French free speech isn’t terrorism. It’s the government.
The murders at Charlie Hebdo, while tragic, aren’t the problem.
Jonathan Turley
Washinton Post
January 8
Jonathan Turley is the Shapiro professor of public interest law at George Washington University.

Within an hour of the massacre at the headquarters of the Charlie Hebdo newspaper, thousands of Parisians spontaneously gathered at the Place de la Republique. Rallying beneath the monumental statues representing Liberty, Equality and Fraternity, they chanted “Je suis Charlie” (“I am Charlie”) and “Charlie! Liberty!” It was a rare moment of French unity that was touching and genuine.

Yet one could fairly ask what they were rallying around. The greatest threat to liberty in France has come not from the terrorists who committed such horrific acts this past week but from the French themselves, who have been leading the Western world in a crackdown on free speech.

Indeed, if the French want to memorialize those killed at Charlie Hebdo, they could start by rescinding their laws criminalizing speech that insults, defames or incites hatred, discrimination or violence on the basis of religion, race, ethnicity, nationality, disability, sex or sexual orientation. These laws have been used to harass the satirical newspaper and threaten its staff for years. Speech has been conditioned on being used “responsibly” in France, suggesting that it is more of a privilege than a right for those who hold controversial views.

In 2006, after Charlie Hebdo reprinted controversial cartoons of the prophet Muhammad that first appeared in a Danish newspaper, French President Jacques Chirac condemned the publication and warned against such “obvious provocations.”

“Anything that can hurt the convictions of someone else, in particular religious convictions, should be avoided,” he said. “Freedom of expression should be exercised in a spirit of responsibility.”

The Paris Grand Mosque and the Union of French Islamic Organizations sued the newspaper for insulting Muslims — a crime that carries a fine of up to 22,500 euros or six months’ imprisonment. French courts ultimately ruled in Charlie Hebdo’s favor. But France’s appetite for speech control has only grown since then.
The cases have been wide-ranging and bizarre. In 2008, for example, Brigitte Bardot was convicted for writing a letter to then-Interior Minister Nicolas Sarkozy about how she thought Muslims and homosexuals were ruining France. In 2011, fashion designer John Galliano was found guilty of making anti-Semitic comments against at least three people in a Paris cafe. In 2012, the government criminalized denial of the Armenian genocide (a law later overturned by the courts, but Holocaust denial remains a crime). In 2013, a French mother was sentenced for “glorifying a crime” after she allowed her son, named Jihad, to go to school wearing a shirt that said “I am a bomb.” Last year, Interior Minister Manuel Valls moved to ban performances by comedian Dieudonné M’Bala M’Bala, declaring that he was “no longer a comedian” but was rather an “anti-Semite and racist.” It is easy to silence speakers who spew hate or obnoxious words, but censorship rarely ends with those on the margins of our society.

Notably, among the demonstrators this past week at the Place de la Republique was Sasha Reingewirtz, president of the Union of Jewish Students, who told NBC News, “We are here to remind [the terrorists] that religion can be freely criticized.” The Union of Jewish Students apparently didn’t feel as magnanimous in 2013, when it successfully sued Twitter over posts deemed anti-Semitic. The student president at the time dismissed objections from civil libertarians, saying the social networking site was “making itself an accomplice and offering a highway for racists and anti-Semites.” The government declared the tweets illegal, and a French court ordered Twitter to reveal the identities of anti-Semitic posters.

Recently, speech regulation in France has expanded into non-hate speech, with courts routinely intervening in matters of opinion. For example, last year, a French court fined blogger Caroline Doudet and ordered her to change a headline to reduce its prominence on Google — for her negative review of a restaurant.

While France long ago got rid of its blasphemy laws, there is precious little difference for speakers and authors in prosecutions for defamation or hate speech. There may also be little difference perceived by extremists, like those in Paris, who mete out their own justice for speech the government defines as a crime. To them, this is only a matter of degree in responding to what the government has called unlawful provocations. As the radical Muslim cleric Anjem Choudary wrote this past week, “Why in this case did the French government allow the magazine Charlie Hebdo to continue to provoke Muslims?”

It was the growing French intolerance of free speech that motivated the staff of Charlie Hebdo — and particularly its editor, Stéphane Charbonnier — who made fun of all religions with irreverent cartoons and editorials. Charbonnier faced continuing threats, not just of death from extremists but of criminal prosecution. In 2012, amid international protests over an anti-Islamic film, Charlie Hebdo again published cartoons of Muhammad. French Prime Minister Jean-Marc Ayrault warned that freedom of speech “is expressed within the confines of the law and under the control of the courts.”
Editor’s note: This video contains graphic content. Videos shot near the Paris office of Charlie Hebdo captured two gunmen fleeing the area. One shows the gunmen shooting a police officer. (The Washington Post)
Carbonnier wasn’t cowed — by the government pressure, the public protests or the inclusion of his name on a list of al-Qaeda targets. In an interview with the French newspaper Le Monde, he echoed Mexican revolutionary Emiliano Zapata and proclaimed, “I would rather die standing than live on my knees.” Carbonnier was the first person the gunmen asked for in their attack on the office, and he was one of the first to be killed.

The French, of course, have not been alone in rolling back protections on free speech. Britain, Canada and other nations have joined them. We have similar rumblings here in the United States. In 2009, the Obama administration shockingly supported Muslim allies trying to establish a new international blasphemy standard. And as secretary of state, Hillary Clinton invited delegations to Washington to work on implementing that standard and “to build those muscles” needed “to avoid a return to the old patterns of division.” Likewise, in 2012, President Obama went to the United Nations and declared that “the future must not belong to those who slander the prophet of Islam.”
The future once belonged to free speech. It was the very touchstone of Western civilization and civil liberties. A person cannot really defame a religion or religious figures (indeed, you cannot defame the dead in the United States). The effort to redefine criticism of religion as hate speech or defamation is precisely what Charbonnier fought to resist. He once said that by lampooning Islam, he hoped to make it “as banal as Catholicism” for the purposes of social commentary and debate.

Charbonnier died, as he pledged, standing up rather than yielding. The question is how many of those rallying in the Place de la Republique are truly willing to stand with him. They need only to look more closely at those three statues. In the name of equality and fraternity, liberty has been curtailed in France. The terrible truth is that it takes only a single gunman to kill a journalist, but it takes a nation to kill a right.

Voir par ailleurs:

The Next Islamist Rampage
The West has to reinforce its terror defenses, including surveillance.
WSJ
Jan. 9, 2015

France’s terror rampage ended Friday as police killed three Islamists, but not before they had paralyzed much of the country, taken more hostages, and killed at least four more innocents. Europe and the U.S. had better brace for more such attacks, while reinforcing the antiterror defenses, moral and military, that have come under political assault in recent years.

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The biggest question raised by Paris is whether it presages a new offensive by homegrown jihadists carrying European or U.S. passports who are inspired by al Qaeda or Islamic State. Officials say one of the killers was trained by the al Qaeda offshoot in Yemen, and we can expect other such links or sympathies.

It’s tempting but probably wrong to think that France has a unique jihadist problem because of its relatively large Muslim population (about 7.5% of the country) and the immigrant ghettoes where they congregate. These certainly are breeding grounds for radicalism. Yet the United Kingdom has Birmingham, the Islamist petri dish for the London subway bombers, and the U.S. sheltered the killer Tsarnaevs in Boston and the Somali immigrants in Minnesota who’ve gone to Syria.

America may have a better historical record of assimilating diverse peoples, but that was when the U.S. had a less fragmented national culture and an elite that was more confident in Western values. The Internet, for all its benefits, also makes it possible for young men in the West to be inspired or recruited by jihadist networks around the world.

The threat is compounded by America’s abdication in the Syrian civil war, which has become a Grand Central Station for global jihad. Thousands from the Muslim diaspora have flooded into Syria as they did in Iraq after the fall of Saddam Hussein. The difference is that in Iraq they were killed by the U.S.-Iraq counter-insurgency campaign.

In Syria they have had four years to develop safe havens and training camps. Hundreds of Europeans and Americans have joined the ranks of al-Nusrah, the al Qaeda branch in Syria, or Islamic State, which controls territory from Aleppo in Western Syria through the suburbs of Baghdad.

“A group of core al Qaeda terro