Miss France 2019: A quand le QI comme critère d’admission ? (Bikinis are like statistics: guess what’s left when post-Weinstein and metoo beauty contests drop beauty as a criterion ?)

16 décembre, 2018

San Remo (Italie, 1949)San Remo (Italie, 1949)San Remo (Italie, 1949)Break the dull steak habit poster (1968)Image result for social origins of Miss America winners since 1920Miss France 2016 IMCMonique Lemaire (Miss France 1962)Irène Tunc (Miss France 1954)Sonia Rolland (Miss France 2000)Sylvie Tellier (Miss France 2002)Iris Mittenaere (Miss France/Miss Universe 2016)Miss France 2019 Vaimalama Chaves (Miss France 2019)

Car on donnera à celui qui a; mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. Jésus (Marc 4: 25)
Il y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent, ce qui constitue la fonction invariante des racismes. Il me semble très important de porter l’analyse sur les formes du racisme qui sont sans doute les plus subtiles, les plus méconnaissables, donc les plus rarement dénoncées, peut-être parce que les dénonciateurs ordinaires du racisme possèdent certaines des propriétés qui inclinent à cette forme de racisme. Je pense au racisme de l’intelligence. (…) Ce racisme est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné. Le racisme de l’intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une « théodicée de leur propre privilège », comme dit Weber, c’est-à-dire une justification de l’ordre social qu’ils dominent. (…) Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Pierre Bourdieu
Dans le débat sur la parité (…) on risque de remplacer des hommes bourgeois par des femmes encore plus bourgeoises. Si du moins on se dispense de faire ce qu’il faudrait pour que cela change vraiment : par exemple, un travail systématique, notamment à l’école, pour doter les femmes des instruments d’accès à la parole publique, aux postes d’autorité. Sinon, on aura les mêmes dirigeants politiques, avec seulement une différence de genre. Bourdieu
One of the more fascinating aspects of beauty pageants is that virtually everyone involved with pageants, including the contestants, deny that beauty is the driving force behind the pageant. This denial is stunning, considering that the events are called, after all, beauty pageants. Beauty is a four-letter word in the pageant business. But it wasn’t always that way. Up until the 1960’s, no one seemed to have a problem acknowledging the importance of « beauty » in beauty pageants. It was during that decade that feminists became particularly vocal in their criticism of judging beauty, especially within the context of a beauty pageant. (…) debutante balls, unlike the more egalitarian and working class ritual of beauty pageants, are more controlled and influenced by money than looks alone, though beauty is a dominant factor in both. Anthony Napoleon
Beauty pageants are an extension of the competition between women that begins at birth. All women are in competition with other women to get themselves a good husband. Alfred Patricelli (Miss World-USA)
Les statistiques, c’est comme le bikini: ça donne des idées mais ça cache l’essentiel! Aaron Levenstein (repris par Coluche)
Well, obviously it’s great outer beauty. I mean, we could say politically correct that look doesn’t matter, but the look obviously matters. Like you wouldn’t have your job if you weren’t beautiful. Donald Trump (2014)
Since the late ’80s, Miss America has been adjusting its image to maintain relevance and keep viewership. Part of that is about the culture around it. At some point people didn’t need to see scantily clad ladies on the stage anymore — they could see it on their computers. Margot Mifflin (City University of New York)
Nous ne sommes plus un concours de beauté, nous sommes une compétition. Gretchen Carlson (gagnante 1989, présidente du conseil d’administration de la Miss America Organization)
Le nouvel objectif de Miss America est de préparer de grandes femmes pour le monde, et de préparer les grandes femmes au monde. Regina Hopper (présidente de Miss America)
J’ai du mal à saisir le sens de ces déclarations. Si ce n’est plus un concours de beauté alors il faudrait définir ce que c’est. Une compétition d’éloquence, de talent, de chant ? Ce sont des costumes qui font partie du spectacle. Nous sommes là pour offrir du beau et transmettre le folklore de cette élection. (…) Avant le test de culture générale importait peu, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. La future Miss France a un rôle d’ambassadrice même si on ne fait pas de politique. (…) L’interview au micro fait souvent basculer les voix, preuve que les téléspectateurs ne sont pas uniquement dans une recherche esthétique. (…) c’est surtout le reflet de la massification scolaire. (…) Je connais bien l’élection de Miss USA, à ne pas confondre avec l’élection de Miss America qui est moins médiatisée. C’est peut-être un levier d’action pour revenir sur le devant de la scène. Sylvie Tellier (directrice de l’Organisation Miss France)
Cette élection sera un moment pour prendre la parole et sensibiliser les téléspectateurs sur les violences faites aux femmes. (…) L’élection de Miss France, c’est quand même trente jeunes femmes en direct à la télévision pendant trois heures, à une heure de grande écoute. C’est l’occasion de parler de la femme et de dénoncer les violences faites aux femmes qui sont encore beaucoup trop importantes en France aujourd’hui et dont on ne parle pas assez. (…) Miss France 2018 permet de soutenir des causes et de les faire avancer, la prise de parole des Miss au Pérou en est la preuve. Elles agissent à leur niveau pour améliorer la condition féminine. Sylvie Tellier (directrice générale de la société Miss France)
Il est dommage que la seule soirée de l’année dédiée aux femmes à la télévision, cultive l’idée de la femme objet. L’élection Miss France est un concours qui repose sur des critères de beauté réducteurs et ridicules. Il serait plus judicieux de valoriser les talents, plutôt que des stéréotypes physiques irréels. Raphaëlle Rémy-Leleu (Osez le féminisme)
Ne pas être mariée, ne pas avoir d’enfant, ne pas avoir de tatouage, mesurer 1,70 mètres minimum et avoir moins de 26 ans font partie des règles imposées aux candidates et jugées archaïques et sexistes par les associations. L’Express
C’est en tout cas ce qui permet de rendre le concours socialement plus acceptable. (…) Il y a une injonction à affirmer son ‘je’. Il faut être capable de monter sur scène et prouver que l’on est la meilleure, que l’on est engagée. Pour le moment ce tempérament self-woman est surtout américain, dans la version française nous n’avons d’ailleurs pas de compétition de talents. (…) On veut que la question du jugement esthétique soit plus floue, mais elle ne recule pas. Elle est simplement davantage combinée à la personnalité. Camille Couvry
Je pense qu’un maillot une pièce ouvert sur les hanches et couvrant un peu plus les fessiers éviterait que les candidates deviennent des exhibitionnistes. Geneviève de Fontenay
Encore une fois, le corps des femmes est un objet, comme dans la publicité. Ce sont des corps souvent nus, et l’épreuve du maillot de bain est celle qui est la plus attendue. Éléonore Stévenin (Osez le féminisme)
Il est très curieux qu’en 2016, on éprouve encore le besoin de mettre en concurrence des femmes non pas sur des critères intellectuels ou de mérites, mais sur des critères purement physiques. Le plus problématique est que le concours Miss France, ultra médiatisé, impose des stéréotypes physiques irréels, sans compter le culte de la pureté avec des concurrentes sans petits amis. Cette mise en concurrence à une heure de grande écoute, entraîne beaucoup de souffrance pour d’autres femmes qui ne font pas 1,75m pour 50 kilos. Claire Serre-Combe (Osez le féminisme)
C’est un concours de beauté avec juste une limite de taille. Les critères ne sont pas seulement physiques. Sylvie Tellier
Ces concours se présentent comme de véritables fabriques : le corps des jeunes femmes est façonné par de nombreuses épreuves combinant des exercices de modelage et d’expression corporelle à des séances d’évaluation. L’appréciation de la beauté semble s’effectuer dans le double mouvement du corps regardé et du corps exposé, qui aboutit au classement des postulantes. Les progressives éliminations des candidates (dans les étapes régionales et nationales des compétitions) conduisent à la consécration de la lauréate qui a réussi à incarner l’idéal esthétique de la parfaite féminité. (…) La poursuite du rêve de la parfaite « gynométrie » (…) semble traverser les siècles et les continents. Ainsi, dans l’Inde traditionnelle, la danseuse doit exhiber autour de sa taille trois plis arrondis et gracieux. En France, les seins de Joséphine Bonaparte auraient donné la forme de la coupe à champagne. Si le corps sert de modèle, il est aussi mesuré : par exemple, les « bonnes » proportions des beautés nordiques, et en particulier de leurs jambes et de leur buste (2/3 et 1/3 de la hauteur totale de la femme), font fantasmer les hommes méditerranéens. De façon plus extrême, il peut être modelé pour approcher un idéal culturel et historique de vénusté. Jacques Gélis [1984] et France Borel [1992] rappellent les différentes formes de manipulations possibles et les objets utilisés (habits, postiches, chaussures, bandages, bistouris…), en conséquence, pour le transformer. Leur liste variée et complexe semble négliger les outils de mesure et de calibrage, indispensables à l’estimation des interventions esthétiques souhaitées. Le corps de la Miss est, a fortiori, soumis à la mesure, le rôle des jurys est essentiel dans cette opération, souvent préliminaire, de contrôle. Au sein d’un même concours se succèdent plusieurs instances de jugement : une fois passé les sélections régionales, les jeunes femmes doivent se montrer à des yeux de plus en plus qualifiés, choisis pour leur compétence ; en effet, la spécialisation du jury s’accroît au fil des étapes : les professionnels de la beauté et de la santé, les artistes et les spectateurs réunis décortiquent la jeune fille « sous toutes les coutures », préparant leur vote. Pour l’élection de Miss Italia, les instances de jugements sont multiples ; le jury technique a été composé, après la Seconde Guerre mondiale, par des professionnels de la santé chargés de vérifier les mensurations des concurrentes. En 1949, l’Institut d’éducation physique « Physicol » assurera, au nom de ses compétences, cette visite médicale. Un reportage photographique réalisé par Federico Patellani [Bolognesi, Calvenzi, 2002] nous montre des médecins et des infirmières qui, parés de blouses blanches, inspectent la dentition, pèsent et mesurent (poitrine, taille, hanche, cuisse, cheville). Comme le fait remarquer Paul Ginzborg [1989], l’Italie de l’après-guerre est sensible à l’image d’efficacité et de performance qui vient des États-Unis, les attitudes des experts et leurs équipements renvoient volontairement à ce modèle. La toise, le mètre, le compas sont sortis pour l’occasion. Toute la rigueur de la mesure est mobilisée pour offrir, à la Nation, une Miss aussi belle que saine. Le chiffre magique 90/60/90, indiquant les tours de poitrine, de taille et de hanches, a formalisé pendant longtemps la silhouette recherchée. Il n’est aboli qu’en 1990, à l’initiative du président du jury, étant considéré désuet et insuffisant quant à la définition de la beauté contemporaine. Depuis cette date, la commission technique est formée par des professionnels du monde de la mode et du show-business ayant, pour tout instrument de mesure, leur regard d’experts. Cependant, avant les finales de Salsomaggiore, d’autres présélections, régionales et nationales, sont effectuées dans le peloton des concurrentes : d’une manière radicale sont exclues de la compétition les jeunes trop maigres, celles qui ont un handicap défigurant ou encore celles à la morale douteuse. (…) Aujourd’hui, les instruments de mesure sont utilisés avec plus de discrétion lors des présélections. Toujours présents, ils s’enrichissent de cartes signalétiques et de photographies. Le comité de Miss France, dès le formulaire d’inscription – structuré comme une véritable fiche technique – demande à la candidate de fournir sur l’honneur une longue liste de renseignements, entre autres, sur sa constitution physique, son état de santé et sur sa conduite. Bien que les règlements des concours stipulent que les mensurations ne sont pas des critères exclusifs, parmi les membres du comité de Miss France 2002, on comptait le paléontologue Yves Coppens. (…)Autrefois, la candidate devait effectuer seule les choix de ses tenues et de ses coiffures, tout en se conformant au modèle attendu, voire imposé par le comité. Aujourd’hui, les nombreux sponsors, parfois membres du jury, prennent en charge avec les organisateurs la garde-robe, le « styling » et le maquillage des concurrentes pour lier leur marque à l’événement. L’économique est donc loin d’être absent dans les critères de choix : par exemple, les jambes peuvent être à l’honneur quand les sponsors du concours sont des fabricants de collants. Le port de maillots ou de toilettes « griffés » suscite des émotions dont les publicitaires et les industriels mesurent l’impact commercial. Parfois, les préférences esthétiques pour l’une ou l’autre des parties du corps se combinent à des intérêts politiques. Ainsi, dans l’Allemagne de l’après-guerre, il faut attendre 1957 pour assister au retour des blondes la blondeur ayant été considérée comme le stigmate de l’aryanité. (…) À la lecture des mensurations des élues entre 1920 et 1970, on remarque tout de suite la différence de taille des concurrentes américaines, sensiblement plus grande que celle des Européennes. On assiste, par ailleurs, à leur progressif amincissement, bien que, depuis les débuts du concours, la gagnante ait généralement présenté un poids inférieur à la moyenne nationale. Il faut voir dans ce diktat de la minceur l’influence d’une mode qui trouvait en Poirier et Coco Chanel ses créateurs, et dans les stars et les femmes du « beau monde », ses égéries. Dans le contexte des échanges globalisés, peut-on encore parler de stéréotypes localisés du beau et de ses critères spécifiques ? Ou doit-on plutôt convenir d’une uniformisation de la beauté mondiale, qui impliquerait une mondialisation [Assayag : 1999] des critères de mesure ? Le questionnement reste ouvert. Cependant, on peut remarquer dans le concours français l’émergence de « types exotiques » représentés par les ressortissantes des départements d’outre-mer, et dans le concours « Miss Italia nel mondo », la recherche du « type italien » à travers les jeunes femmes de la communauté vivant à l’étranger. (…) Les organisateurs utilisent l’uniforme, soulignant efficacement les caractéristiques propres à chaque corps, ce qui rend possible la comparaison. Les jeunes femmes défilent dans différentes tenues, souvent semblables, voire identiques. Habillée du simple maillot de bain, la candidate s’expose et est exposée parmi ses camarades. Elle est identifiée par un numéro qui permet de la reconnaître sans véritablement la connaître ; on évalue son corps comme on pourrait évaluer les proportions d’un bel animal. Paradoxalement, les instruments des juges sont aussi les armes de séduction de la Miss. Par exemple, le maillot de bain, apparat le plus simple de la manifestation, sert à la fois les logiques de l’évaluation et celle de la mise en spectacle de la Miss. (…) Appartenir au groupe et s’en distancier caractérise les attitudes que les candidates auront à tenir. Tout au long du concours, les différentes séquences des élections conduisent chacune à un progressif dévoilement, à la déclinaison de son identité : elles tenteront de séduire le public, se présenteront sous différentes facettes, suivant les critères d’un modèle idéal imposé ou affirmant des qualités personnelles. Oscillant entre subjectif et objectif, entre la norme et l’exception [Monjaret, Tamarozzi, à paraître], on passe du mesurable au non-mesurable. (…) À travers la danse, les défilés et tout type d’exercice physique, les concurrentes exposent leurs atouts et les membres du jury évaluent d’autres caractéristiques que la simple plastique : la grâce, l’équilibre des masses musculaires, l’élégance… Le « tout » est une autre clé de lecture et, par là même, de distinction des candidates. (…) Les règlements des concours sont, sur ce point, très différents. Celui de Miss Italia, par exemple, permet aux candidates qui n’ont pas atteint le podium de se représenter à deux ou plusieurs années d’intervalle. Plus récemment (1994), il consent l’accès aux jeunes épouses et mères. Quand la maturité n’est pas là, elle se fabrique de la même manière que les photographies de presse (…) la lauréate est d’abord attachée à l’année de son élection et le restera à vie. Elle représente une époque. Ainsi, les idéaux esthétiques fluctuent [Hubert, 2000]. (…) Selon François Dagognet, « la richesse de la mesure vient de ce qu’elle impose un esprit communautaire : non seulement les expérimentateurs pourront, grâce à elle, échanger leurs résultats et les comparer, mais l’intelligence d’une chose ne peut jaillir que de la comparaison avec ses semblables : il n’est pas de compréhension possible de la “particularité”, encore moins de la “singularité” qui étonne. Il faut, donc, apprendre à rapporter toute chose à ses proches (le rationnel entraîne le relationnel) » [… La règle de la beauté n’est pas absolue [Morin, 1987 : 61]. Elle se fait et se défait au gré des nouveaux impératifs de mode, des représentations du corps, pérennes ou émergentes, ainsi que de principes moraux. Le concours est, donc, avant tout, une mise à l’épreuve, physique et morale, de la jeune fille : le corps est l’instrument de sa métamorphose en femme, mais aussi le porteur des codes sociaux. L’identification au canon est un travail délicat pour la candidate qui doit conjointement jouer entre se conformer au modèle du beau et dévoiler juste le nécessaire de sa personne. (…) Malgré cette liberté, elle est cependant guidée dans son parcours. Les bulletins qu’elle aura à remplir ou les questions qui lui seront posées par le comité d’organisation donnent un aperçu des critères de sélection qui formalisent le canon idéal. Ainsi, dans celui du Comité Miss France (Geneviève de Fontenay, Endemol) disponible sur Internet, parmi les nombreuses rubriques ayant trait à la morphologie des jeunes femmes, l’une d’elles confirme son souci d’une recherche esthétique : « Avez-vous une imperfection physique ? Si oui, laquelle ? » (…) Tout du moins, la Miss doit être en bonne santé, ni trop grosse, ni trop maigre, ce qui sous-entend qu’elle suit un régime alimentaire équilibré où la gourmandise, quand elle est sage, est un signe de vitalité. (…) Dans certains concours comme celui de Miss World France, les conditions médicales sont clairement posées dans le règlement : « Attention, afin de lutter contre l’anorexie (maladie malheureusement à la mode), nous refusons toute candidate qui accusera un rapport poids/taille anormal, ou qui nous semblera trop maigre sur ses photos. » Une fois admise à concourir, la candidate ne doit plus être suspectée d’être malade. (…) Aujourd’hui, sans doute par réaction à ces diktats de la minceur et de la santé, se développent des concours du type Miss obèse, Miss transsexuel. Comme le corps, l’esprit est sondé. Les atouts physiques ne suffisent pas à faire une Miss, il lui faut des bagages intellectuels. Les fiches d’inscription détaillées, quand elles existent, ce qui n’est pas le cas pour Miss Italia, sont en cela significatives. Diplômes, langues étrangères, formations en cours, professions font partie des rubriques mentionnées. Les loisirs et les passions peuvent être aussi demandés. Le comité d’organisation se chargera par la suite de tester leur culture générale qui doit, précise le règlement de Miss World France, « correspondre à leur âge et à leur milieu social ». Jusqu’où va donc la mesure de l’esprit, de l’intelligence ? Le qi deviendra-t-il un critère d’admission ? Les candidates ne doivent donc pas se présenter comme des poupées écervelées, elles doivent également faire preuve de « bonne moralité », de savoir-vivre autant que de savoir-être. Ne pas avoir posé nues pour des photographies de charme ou pornographiques est l’une des conditions. La pudeur est de bon ton. La convenance se joue dans l’équilibre du montré et du caché. Esthétique et qualités morales se combinent pour définir les caractères de la beauté idéale. (…) La Miss est donc une femme intègre. Après la mise à plat de ces données identitaires, en quelque sorte mesurables, l’examen se poursuit pour départager les lauréates sans intégrer, en principe, les critères sociaux, confessionnels et raciaux. (…) La subjectivité et l’objectivité conjointes établissent les modalités de choix de la Miss, qui réussit à se singulariser dans l’uniformité. La souplesse de l’expertise peut conduire le public à s’étonner de la proposition finale, susciter les jalousies. Certains s’amusent à la remettre en question. Sur Internet, une rumeur circule à propos de la non-conformité de la taille de Miss France 2002. Geneviève de Fontenay aurait affirmé « qu’il était exclu que Miss France 2002 se fasse re-mesurer », comme le demandait une candidate évincée. (…) « Explicites ou implicites, connues ou secrètes, les normes de la beauté existent. Elles permettent aux cultures de forger leur identité dans un modèle » [Borel]. Le corps et ses normes deviennent étalons de la société. « C’est donc le corps, le seul instrument de mesure dont on ne puisse se passer, celui que les autres supposent, à la fois sensible et raisonnable, mesureur et mesuré […] » [Comte-Sponville, 1995 : 94]. Les modèles féminins changent ou se reproduisent selon les époques et les valeurs associées à la féminité [Fourmaux, 2001 ; Duret, Roussel, 2003]. (…) Les images du corps ne sont pas des entités rigides : nous construisons et reconstruisons sans cesse notre image » [Borel]. C’est ce qui faire dire à Desmond Morris [1978] que le titre de Miss Monde est dépourvu de sens, qu’il efface les données culturelles et peut contredire les stéréotypes locaux. De nos jours, dans les concours, nationaux ou internationaux, les critères qui permettent de classer les candidates visent principalement à la valorisation de canons qui véhiculés par les médias sont propices au développement des marchés mondiaux de la mode et de la beauté. La mesure des corps appartient à des logiques d’organisation sociale [Baudrillard, 1970], économique et, sans doute, politique. « Il est dans la nature de la mesure de devenir “commune mesure” […]. La commune mesure est une réalité éminemment politique. C’est ce à partir de quoi un groupe s’institue comme société, ce qui définit ses codes, ce qui les pacifie et lui fournit les instruments de sa régularisation. C’est aussi bien ce pour quoi on se bat, on se dispute, on se déchire, ce qu’il faut contrôler si l’on veut détenir le pouvoir et se rendre maître de la norme. Ainsi donc, les élections de Miss sont de bons observatoires de la formalisation des normes, en particulier de la norme d’exception qui s’élabore dans la tension entre mesurable et non-mesurable, universel et culturel, global et local. Anne Monjaret et Federica Tamarozzi
Au milieu des critères esthétiques d’un concours de beauté, il en est un que l’organisation se garde bien d’évoquer. Celui du poids. L’organisation a donc logiquement refusé de nous communiquer, pour ces mêmes raisons, ces données. Mais sur internet, la question continue d’être débattue. Des chiffres circulent sur les pages Wikipédia des anciennes miss France, sans que celles-ci n’interviennent. Des blogs listent inlassablement le poids des jeunes filles, sans que l’on sache le vrai du faux. Les miss livrent parfois un chiffre au détour d’une interview. Sur le modèle du travail du site américain PsychGuides, nous avons cherché à connaître l’évolution de l’indice de masse corporel, cette combinaison entre le poids et la taille d’une personne, des miss à travers le temps. Nos recherches ont permis de lister le poids de 16 miss. Cinq proviennent de sources de confiance. Le graphique ci-dessous est donc purement indicatif, mais il a le mérite de compiler et de mettre en forme les données circulant sur la question. Il en ressort qu’avec un IMC moyen de 18,1 depuis 1954, miss France n’est pas une Française comme les autres. Elle est même beaucoup plus mince. Pour les Françaises de 18 à 35 ans, l’Insee relevait un IMC de 22,4 en 2002, toujours très loin des miss France qui ne sont pas sorties d’un couloir allant de 18,5 à 16,4 entre 2000 et 2017. Plus globalement, en 2016, l’IMC d’une Française était de 23,1 selon les relevés de l’Organisation mondiale de la santé. Cette même organisation évalue l’IMC normal entre 18,5 et 25. Seules cinq miss se trouvent dans cette fourchette. Onze d’entre elles se situent par contre entre 16,5 et 18,5 et seraient donc en situation de maigreur selon l’OMS. Des chiffres inquiétants ? Pas forcément. « Il s’agit plutôt d’une situation de minceur, recadre Emmanuelle Couturier, diététicienne-nutritionniste à Marcq-en-Barœul. L’IMC n’est pas forcément très parlant, car il ne fait pas la différence entre masse graisseuse et masse musculaire. Il ne prend pas non plus en compte l’ossature. Par contre si elles font un régime pour entretenir cette minceur, c’est là que cela peut être compliqué. » La Voix du nord
Je l’ai vécue. On a moins de chance d’être élue car il n’y a pas d’identité régionale en Ile-de-France. Avant l’élection Miss France, aucun média ne s’est intéressé à moi. Je n’ai fait aucune interview, eu aucun soutien. Ça plombe le moral. Margaux Savarit (Miss Ile-de-France 2014 et 11e du concours Miss France)
Beaucoup de Parisiens ou de Franciliens viennent d’autres régions. Moi en tant qu’ancienne Miss Bourgogne vivant à Paris, j’avais tendance à soutenir Miss Bourgogne. Laure Mattioli (Comité Miss Ile-de-France)
La dimension affective liée à sa région d’origine peut se retrouver dans les votes. Le succès au concours Miss France des régions à forte identité locale ne colle pas aux revendications régionales, culturelles ou politiques. Camille Couvry
Le 16 décembre 2017, Maëva Coucke a été élue Miss France 2018, décrochant un troisième sacre pour le Nord-Pas-de-Calais. Si la beauté des jeunes filles originaires du Nord a séduit les téléspectateurs de l’élection à trois reprises ces quatre dernières années, aucune Miss originaire du Nord-Pas-de-Calais n’avait remporté le concours qui existe depuis 1919 avant…2015. Il y a 99 ans, la première Miss France élue, Agnès Souret, venait de Bayonne et portait l’écharpe de Miss Aquitaine. En tout, six jeunes femmes de cette région du Sud-Ouest ont été nommées plus belle femme de France, la dernière en 1995. Il s’agissait de Mélody Vilbert, native de Toulouse. L’Aquitaine a le même palmarès que l’Alsace et la Normandie. Tout en haut du palmarès des régions qui ont remporté l’élection de Miss France le plus grand nombre de fois : l’Ile-de-France. Entre 1933 (date de la première victoire) et 1997 (date de la dernière victoire), l’Ile-de-France a été couronnée 13 fois au concours, loin devant la région Rhône-Alpes qui totalise quant à elle 7 victoires. A l’autre bout du classement, on retrouve la Guyane, le Centre-Val-de-Loire, la Provence et la Corse qui ont chacune une victoire. Les moins bien loties sont les Miss originaires d’Auvergne, de Mayotte, de la Martinique, Champagne-Ardenne, du Limousin, de Saint-Pierre-et-Miquelon, ou encore de Saint-Martin-Saint-Barthélemy, qui n’ont jamais eu la chance de porter l’écharpe tant convoitée de Miss France. Paris Match
Depuis 1929, les Miss Paris ou Ile-de-France ont remporté 15 fois le concours Miss France. Mais la plupart des titres ont été gagnés entre 1930 et 1950. La dernière Miss France francilienne remonte à 1997 avec l’élection de Patricia Spehar. L’an dernier Lison Di Martino avait terminé 2e dauphine de Maëva Coucke. Alors que l’Ile-de-France compte 12 millions d’habitants, pourquoi sa Miss ne profite-t-elle pas du vote du public pour gagner la couronne? L’Ile-de-France aime-t-elle sa miss ? La région est la plus peuplée de France avec 12 millions d’habitants, pourtant quand Lison Di Martino, Miss Ile-de-France 2017, est arrivée dans les cinq finalistes l’an dernier, ce n’est pas elle qui a reçu le plus de votes du public mais la Nordiste Maëva Coucke. Une région avec une identité bien plus forte que l’Ile-de-France… C’est là l’une des faiblesses de la candidature francilienne. 20 minutes
Comme chaque année depuis 1920, date de création du concours de beauté par le journaliste et écrivain belge Maurice de Waleffe, une jeune femme sera en décembre élue Miss France parmi les 30 candidates en lice. Un show présenté pour la 23e année par Jean-Pierre Foucault, accompagné de Sylvie Tellier, directrice générale de la Société Miss France depuis 2010. La cérémonie, bien qu’organisée « dans le respect de la tradition », a connu bien des changements depuis sa naissance il y a près d’un siècle. Aux prémices de l’élection, Maurice de Waleffe avait choisi le terme « La plus belle femme de France » pour désigner le concours. Les portraits des candidates de la première édition étaient publiés dans le quotidien Le Journal. Chacune était présentée sous un pseudo de nom de fleur, de pierre, d’oiseau ou de déesse, révèle Le Figaro Archives dans un article réalisé en partenariat avec l’INA. Entre 1922 et 1926, le concours de beauté n’a pas lieu. Il ne reprend qu’en 1927 sous le nom qu’on lui connaît aujourd’hui : Miss France. Roberte Cusey, Miss Jura 1926, est élue cette année-là. Les jeunes femmes en lice pour le concours Miss France représentent chacune une région de l’Hexagone. Elles étaient 45 en 2006, 33 pour l’élection de Miss France 2011. Cette année, elles seront 30. La réforme territoriale de 2016 n’a pourtant pas eu d’impact sur le nombre de candidates. « Ce nouveau découpage est une affaire politique et économique et nous sommes loin de ces considérations. Notre concours est indépendant du gouvernement », avait confié Sylvie Tellier à L’Express, rappelant que sa priorité était que tous les Français « se retrouvent dans l’élection ».  D’ailleurs, le nombre de candidates n’a jamais véritablement collé à la carte administrative de la France. Pour la directrice du comité Miss France, le but est surtout « d’avoir des identités fortes ». Raison pour laquelle certaines provinces sont absorbées pour renforcer certaines identités territoriales. Les titres de Miss Centre et de Miss Orléanais ont ainsi fusionné pour devenir Miss Centre-Val-de-Loire. Les critères depuis la création de l’élection Miss France excluent une bonne partie de la population féminine. Il faut être une femme -mais pas transsexuelle- et avoir entre 18 et 24 ans. Il faut également mesurer 1,70 mètre minimum, ne pas avoir d’enfant, ni être mariée, et posséder un casier judiciaire vierge. Les tatouages sont également interdits, l’éviction de Miss Martinique en 2017 pour cause de colibri sur l’omoplate avait d’ailleurs suscité l’incompréhension des internautes. Pour Sylvie Tellier, le concours ne repose plus uniquement sur des mensurations. « Les critères ont évolué depuis la création de l’élection pour être plus en accord avec les femmes d’aujourd’hui et correspondre au rôle qui incombe à la future reine de beauté. On porte de l’attention sur la façon de se mouvoir, l’éloquence et le parcours de la jeune femme », nous expliquait la directrice dans un article consacré à la fascination des miss.  Leur temps de parole a d’ailleurs été allongé. « Cette épreuve est parfois décisive pour les candidates », affirme Sylvie Tellier. L’esthétique des jeunes femmes se combine à la personnalité. Le comité du concours Miss America a préféré remplacer le défilé en robe du soir par un exercice d’éloquence durant lequel les jeunes femmes sont habillées de la tenue de leur choix. Pour Camille Couvry, docteure en sociologie et qui a réalisé sa thèse sur les concours de beauté, « c’est surtout une manière de rendre la question du jugement esthétique plus floue et de rendre le concours socialement acceptable ». On attend aujourd’hui de la future Miss France qu’elle soit capable d’argumenter et de s’informer sur l’actualité. « J’élabore avec mes équipes le test de culture générale. Une note en-dessous de la moyenne est pour moi éliminatoire », explique Sylvie Tellier. Une épreuve qui existait déjà aux débuts du concours mais que l’ancienne Miss France 2002 a adapté en s’appuyant sur l’actualité.  (…) Une niveau d’exigence accru en adéquation avec l’augmentation du niveau d’études des candidates. Il faut remonter jusqu’en 2000 pour trouver une Miss qui n’a pas obtenu le baccalauréat. Les diplômes seraient-ils devenus un critère de sélection non-officiel pour espérer décrocher la couronne ? Pour Sylvie Tellier, c’est surtout « le reflet de la massification scolaire ». (…) Depuis 2017, les miss bénéficient de cours de bonnes manières enseignés par Jérémy Côme, auteur de L’Art de maîtriser les codes pour se sentir bien partout en toutes circonstances (éd. Michel Lafon). La future ambassadrice doit être capable de se comporter en parfaite maîtresse de maison et se doit d’être élégante en toute circonstance. Si l’on a envie de crier au sexisme, Jérémy Côme voit plutôt son intervention comme une manière « d’enlever du stress » à la future gagnante. « Je leur donne des tuyaux pour trouver de l’assurance, pour maîtriser l’art de la conversation notamment devant des assemblées -que ce soit pour remettre un prix aux NRJ Music Awards ou pour participer à l’inauguration d’un musée en local-, pour avoir une bonne posture quand on est face à quelqu’un », explique-t-il au site Pure People. Il ajoute également qu’une Miss doit « savoir être chaleureuse, ponctuelle, soignée. Il ne faut pas parler de soi. Globalement, elles n’ont pas besoin de parler d’elles puisqu’on sait qu’elles sont Miss. » Peut-on manger ou non sa salade avec un couteau, à quelle heure arriver à un dîner, comment déguster des huîtres ou qu’apporter à un hôte à l’occasion d’un repas font également partie des conseils distillés par le spécialiste. L’épreuve du passage en bikini cristallise les accusations de sexisme des associations féministes à l’encontre du concours Miss France.  Un défilé supprimé de l’élection Miss America l’année dernière mais qui sera maintenu dans la version française du concours. « Ce sont des costumes qui font partie du spectacle. Nous sommes là pour offrir du beau et transmettre le folklore de cette élection », souligne Sylvie Tellier.  L’épreuve du bikini est récente en France : elle n’a été mise en place qu’après la démission de Geneviève de Fontenay de son titre de directrice du comité Miss France en 2010. Le défilé est d’ailleurs critiqué chaque année par la dame au chapeau qui réclame le retour du maillot une pièce. (…) Le système de vote a été modifié après le départ de Geneviève de Fontenay pour l’élection de Miss France 2010. Le jour du concours, douze miss ont déjà été désignées par le jury -présidé cette année par l’actrice de 90 ans, Line Renaud- durant la semaine précédant l’élection. Pour la sélection des cinq finalistes, se mêlent le vote du public et celui du jury, composé de six célébrités. Enfin, pour déterminer la gagnante et les dauphines, les compteurs sont remis à zéro et c’est uniquement aux téléspectateurs de voter. Lancé en 1993, l’élection de Mister France, le versant masculin, peine à se faire une place sur la scène médiatique. « C’est un spectacle qui ne prend pas. La notion de compétition autour de la beauté de l’homme n’est pas assez enracinée dans notre Histoire », explique l’anthropologue Élisabeth Azoulay, qui a dirigé l’ouvrage 100 000 ans de beauté (éd. Gallimard). Il y a des choses qui ne changent pas. L’Express
Le 15 décembre, une nouvelle jeune française sera couronnée Miss France de l’année 2019. Pour la 89e année consécutive, le concours de beauté le plus célèbre de l’hexagone élira « la plus belle femme de France » devant plusieurs millions de téléspectateurs (7 millions lors de l’édition précédente). Pourtant, l’heureuse élue reste encore très éloignée du physique de la femme française. Pour devenir Miss France, plusieurs critères très précis sont à respecter. Les candidates doivent avoir entre 18 et 24 ans, être françaises de naissance (ou naturalisées) célibataires, ni veuves ni pacsées, sans enfant. Côté physique, elles doivent mesurer au minimum 1m70, ne pas avoir eu recours à la chirurgie esthétique, ne pas avoir de tatouage visible, de piercing, perruque, faux-cils ou autre « artifice tendant à transformer son aspect naturel », comme il est inscrit dans le règlement officiel. Si la liste des recommandations s’étend sur plusieurs pages, un critère important n’est jamais mentionné : le poids minimum ou maximum des futures Miss. France 24
Le critère n’existe pas, c’est sans doute qu’il n’y a aucune justification socialement acceptable par les personnes qui organisent les concours. Cela n’empêche pas les personnes qui sont engagées dans des concours – et une partie au moins de celles qui les regardent – de considérer qu’avoir un poids ‘moyen’ (relatif à la taille minimale de 1m70) est un critère de beauté et d’élégance. (…) Les processus de sélection dans les concours ne sont pas extérieurs à la société dans laquelle ils s’insèrent. Les jurés, tout comme les candidates qui évaluent leurs chances – et peuvent parfois s’auto-éliminer – sont évidemment influencés. (…) Il y a eu dans l’histoire des élections de Miss, et plus largement de la beauté, un souci de la mesure du corps et des critères de beauté. (…) Le changement pourrait venir du bas. J’ai déjà assisté à des concours locaux qui avaient éliminé le défilé en maillot de bain lors d’une ou deux éditions. Camille Couvry (Université de Rouen)
Il y a des différences entre les régions mais il est clair qu’en envoyant des photos de soi, on donne déjà une indication de ses mensurations. Ce ne sont pas seulement les comités qui votent, mais aussi le public, à 50 – 50. Si les gens votaient pour d’autres physiques, ça changerait peut-être. Il n’y a pas de régime imposé mais une observation de comment on se nourrit, ce que l’on choisit au buffet de l’hôtel par les chaperons. Si l’on se ressert plusieurs fois, ça va être remarqué. (…) C’est l’inconscient collectif qui valide des normes de beauté. Si les gens votaient pour d’autres physiques, ça pourrait changer. Pauline Darles (Miss Ile-de-France 2011)
Les métisses sont un peu plus visibles cette année dans le concours et représentent une tendance de fond de la société française, rappelle l’autrice. C’est assez intéressant parce que ça montre la réalité de la société française qui est mélangée quoi qu’on veuille nous faire croire, issue de vagues d’immigration​ très anciennes. Un Francais sur quatre a au moins un de ses grands-parents qui n’est pas né en France. C’est révélateur du métissage progressif de la société française.  Elles viennent toutes plus ou moins de la classe moyenne, et les vagues d’immigration sont souvent dans les classes populaires. Là, le fait que la plupart de ces jeunes femmes soient de classe moyenne montre l’intégration des anciens immigrés à la société française. Ces jeunes filles sont un vrai panel de ce qu’est la société française. (…) C’est un concours lié à l’apparence. Montrer davantage de femmes noires dans ce cadre ne lutte pas contre les stéréotypes parce que ça rentre dans les stéréotypes de la femme et encore plus de la femme noire [une femme très érotisée dans l’imaginaire collectif]. Il faudrait un concours sur la personnalité, le charme, la façon de s’exprimer en public, pas que sur la beauté pour que ça lutte contre les stéréotypes. Les noirs devraient intervenir comme médecin ou ministres à la télévision, pas que dans les concours de beauté et dans le foot. Jessie Magana (autrice d’ouvrages jeunesse autour de la lutte contre les stéréotypes et le sexisme)
“Miss America 2.0.” The new version of the 97-year-old pageant, Carlson and its other organizers announced, will aim to be “empowering.” And “inclusive.” And “transparent” about its own workings. “We are no longer a pageant,” Carlson said on Good Morning America. “We are a competition.”Which means, among other things, as the Times’ and so many other headlines emphasized on Tuesday morning: no more swimsuits. (Which means, even more specifically: no more bikinis.) And also: no more mandatory evening gowns. Instead, contestants will be able to choose clothing that “makes them feel confident, expresses their personal style, and shows how they hope to advance the role of Miss America.” The Tracy Flicks will have their moment. “We want you,” Carlson told prospective pageant participants, “and we want to celebrate your accomplishments and your talents and then we want to hand you scholarships.The updates are a combination of admirable and inevitable. Miss America 2.0, after all, steps onto the American stage after a scandal that involved the publication of misogynistic emails exchanged among Sam Haskell, then the CEO of the pageant organization, and his staffers: notes that critiqued the intelligence—and the sexual behaviors—of pageant contestants. Miss America 2.0 arrives, as well, after news organizations reported on the ways the pageants of Miss America’s fellow organizations, Miss Teen USA and Miss Universe, allegedly served as hunting grounds for their former owner Donald Trump. (…) On the one hand, there is Miss America, the organization that declares, “Miss America is more than a title, it’s a movement of empowering young women everywhere to achieve their dreams” … and on the other, there is Miss America, the show that equates the fulfillment of dreams with the ability to fill out a bikini top.The pageant began as a marketing ploy—in 1921, business owners in Atlantic City, looking for ways to extend the summer season, established a September competition that sought to find “The Most Beautiful Bathing Girl in America”—and the event that was eventually dubbed the “Miss America” pageant remains true to that initial vision. The event that still takes place in late summer is an extended advertisement not for taffy shops on the boardwalk, or even for particular Beautiful Bathing Girls, but indeed for the opposite: for the Beautiful Bathing Girl, as a general idea. For feminine beauty itself—as a standard. As a structure. As a set of rigidly enforced rules. (…) What might a pageant, shed of the myth, actually look like? When Gretchen Carlson announces that Miss America 2.0 will help young women “learn leadership skills and pay for college and be able to show the world who you are as a person from the inside of your soul” … what, realistically, will that mean? Will Miss America become a speech contest? Will it become a talent show? An essay competition? A spelling bee? A platform for young women to share their visions for a better world—ted, but with better clothes? The NewYorker
Fifty years ago, the swimsuit-wearing beauties of the Miss America pageant were confronted with a spectacle on the Atlantic City boardwalk: 100 feminists throwing bras, girdles, curling irons, false eyelashes and other “instruments of female torture” into a trash can labeled “Freedom.” The protesters had planned to set the can on fire but could not get the right permits — so, alas, no bras were burned that summer day, though it is the origin of the term “bra burning.” They were condemning what even then they saw as an antiquated institution, which had mostly male judges scrutinize women’s bodies, women of color at one point not allowed to compete, corporations profiting on the event, and three in four American households watching it all happen on television. “Everybody tuned into Miss America back then — this was like the Oscars,” said the author Alix Kates Shulman, 85, one of the organizers of that 1968 protest. Fifty years later, it appears that #MeToo has done what a protest could not: eradicate one of the most derided aspects of the competition, the swimsuit. The Miss America Organization — whose chief executive resigned in December over lewd emails and whose new chairwoman, Gretchen Carlson, once sued Fox News for sexual harassment — on Tuesday announced it would scrap both the swimsuit and evening gown portion of the competition, replacing them with “a live interactive session with the judges” in which a contestant “will highlight her achievements and goals in life.” (…) The changes will take effect at the national finals, again in Atlantic City, in September. State and local competitions will follow suit after that, but they are likely to continue including swimsuits during the current season. Ms. Carlson said the decision was made in March by a unanimous vote from the organization’s leadership committee. This, of course, is Miss America’s new leadership committee, the one appointed after chief executive Sam Haskell was ousted and replaced by a woman, and a new board was reappointed. Seven of the nine board members are women. (…) Contestants take part in community service, and the organization said it awarded more than $2 million in scholarships last year. But swimsuits have for at least as long defined the pageant — and been at the heart of the debate over its place in American culture. “Speaking for myself, when I competed 20 years ago, I found the swimsuit competition oddly empowering, because once I could walk across the stage in a two-piece swimsuit and high heels I could do just about anything,” said Kate Shindle, the 1998 Miss America who is now a board member of the organization. “But I also don’t think I processed everything at the time. It’s strange — it gives strangers a kind of ownership over your body that you don’t quite anticipate.” The Miss America competition began in Atlantic City in 1921 — one year after women gained the right to vote in the United States — as a way to extend the summer tourist season beyond Labor Day. It “was, literally, about the use of women’s bodies to sell a product — or a place,” the author Jennifer Weiner recently wrote in a column in The New York Times. At the time, it was not only rare to see a woman in a swimsuit in public, it was barred — and so the event, with eight contestants, required the temporary suspension of a ban on revealing beachwear. It was all beauty pageant until 1936, when a talent portion was added. The competition was limited to never-married women ages 18 to 28, and for a time, until 1940, it was written in the guidelines that they must be “of good health and of the white race.” The organization would not have its first African-American winner until Vanessa Williams earned the 1984 crown. “The Miss America state and national process was — and maybe still is — the single largest source of scholarship money for women in the U.S., yet the crucial requirements were physical, not intellectual,” the author and feminist Gloria Steinem said in an interview on Tuesday. “If the same were true for men, people would be saying, ‘No wonder China is winning!’” “It’s not just the bathing suits, it’s physical appearance, irrelevant talents and, until very recently, being white,” Ms. Steinem added. “It’s also less about being unique than conformist.” (…) And in 1995, Miss America encouraged its viewers to call a 1-900 number to say whether swimsuits should be scrapped: two out of three said no. “We are not stupid,” Leonard Horn, then the organization’s chief executive, said in 1993. “We are very sensitive to the fact that the swimsuit competition has always been our Achilles’ heel. The swimsuit competition has been controversial since the early 1920s, but it’s been retained because the majority of the people like it.” Appearing on ABC News to announce the change on Tuesday, Ms. Carlson declared, “We are not going to judge you on your outward appearance.” But it is hard to imagine what Miss America would be without conventional beauty standards at its core. The 2017 Judges’ Manual lists the qualities and attributes required of titleholders, in this order: “beautiful, well-spoken, intelligent, talented, able to relate to young people, reflective of women her age (she should not be a 35-year-old trapped inside a 20-year-old body), charismatic, dynamic/energetic — that ‘IT’ quality that is so hard to define, mature enough to handle the job and all of its responsibilities, comfortable ‘in her own skin,’ manageable, punctual and flexible.” “The American public has an expectation that she will be beautiful and physically fit,” the manual continues. “This is the same expectation they have for all of their celebrities, from music and film to sports, and Miss America is no exception. You must look at her physical beauty as well as her physical fitness. » (…) Tuesday’s announcement was quickly added to the lengthy list of stunning changes that have reverberated through Hollywood, politics and workplaces around the world in the wake of #MeToo. It was a ripple effect, so to speak — one that expanded the conversation from sexual harassment to the larger way that women’s bodies are viewed and consumed. Still, it seemed like a small step to some. “If Miss America wants to get out of the sexism game, it should probably end Miss America,” the writer Jill Filipovic posted on Twitter. NYT
Les candidates à l’élection Miss America ne défileront pas en bikini lors de la prochaine édition du concours. Dans un communiqué publié le 5 juin, les organisateurs ont annoncé la suppression de la présentation des candidates en maillot de bain qui comptait pour 10% de la note finale. Elle est remplacée par un dialogue avec les membres du jury. Le temps pour les participantes d’évoquer les causes pour lesquelles elles souhaiteraient s’investir si elles étaient élues. Autre changement dans les règles du concours dont l’édition 2019 sera diffusé le 9 septembre prochain sur la chaîne américaine ABC, le passage des jeunes femmes en robe de soir -15% de la note finale- deviendra une présentation des candidates, habillées dans une tenue de leur choix. Gretchen Carlson, gagnante du concours Miss America en 1989 et nommée présidente du conseil d’administration de la Miss America Organization affiche clairement sa volonté de nettoyer l’élection de son image sexiste. (…) Une prise de décision qui ne trouve pas écho auprès de Sylvie Tellier. (…) Impossible pour la directrice de l’Organisation Miss France d’envisager le concours annuel sans le défilé en robe couture ou sans le passage en maillot de bain. (…) Mais peut-on encore parler de concours de beauté si la majorité des critères pour remporter l’élection tendent à s’orienter sur des qualités intellectuelles et sur la personnalité plus que sur le physique ? (…) En France aussi, les règles ont évolué. Une note inférieure à la moyenne au test de culture générale est éliminatoire. (…) Le temps de parole consacré aux Miss a été augmenté et c’est désormais le vote des téléspectateurs à 100% qui décide de la gagnante. (…) Le niveau d’études des candidates a lui aussi augmenté. Il faut remonter le temps jusqu’en 2000 pour trouver une gagnante qui n’a pas obtenu le bac. Ces dernières années, la grande majorité des jeunes femmes en lice pour remporter la couronne étaient diplômées d’un BTS, d’une licence ou d’un master. Marine Lorphelin -Miss France 2013- était étudiante en médecine, Iris Mittenaere -Miss France 2016- étudiante en cinquième année de chirurgie dentaire et plus récemment Maëva Coucke – actuelle Miss France 2018- est étudiante en licence de droit. Les diplômes sont-ils devenus un critère de sélection pour redorer le blason d’un rendez-vous qui a mauvaise presse du côté des féministes ? (…) L’appréciation physique tend à être reléguée au second plan, pour laisser place à une recherche de personnalité. (…) L’actualisation des règles du concours de Miss America est aussi une façon de s’adapter -sous-couvert de féminisme- à une évolution de la représentation des femmes dans notre société. Sylvie Tellier s’interroge sur la sincérité de l’organisation américaine à l’origine de la polémique (…) Paradoxalement, les critères de sélection pour se présenter au concours de Miss France, eux, ne bougent pas d’un iota. Il faut avoir entre 18 et 24 ans, mesurer minimum 1m70 et n’avoir jamais eu recours à la chirurgie esthétique. La personnalité et les éventuels engagements des jeunes femmes sont évidemment un plus, mais ne sont pas mentionnés dans le règlement. L’évaluation du corps des femmes demeure omniprésente dans ce type de concours, même si l’on supprime le défilé en bikini. (…) Les Miss ne sont plus soumises à la maxime « sois belle et tais toi ». L’art oratoire en France et la maîtrise d’un talent artistique aux Etats-Unis -chant, théâtre- pèsent considérablement dans la balance. Si la beauté est un avantage considérable et demeure une condition sine qua non pour accéder à ce type de concours, cela ne suffit plus. L’Express

A quand le QI comme critère d’admission ?

Jury entièrement féminin, présidé par Line Renaud, moitié des candidates noires, métisses ou issues de l’immigration dont la gagnante, costumes de super-héroïnes …

Au lendemain d’une bientôt centenaire élection Miss France

Qui met fin non seulement à la propre malédiction de surpoids de la gagnante

Mais à 20 ans de malédiction des candidates tahitiennes « éternelles dauphines du concours » …

Avec, six mois après sa suppression par Miss America, le maintien de l’épreuve non plus seulement du maillot de bain mais du bikini …

Confirmation avec l’élection d’une titulaire d’un master en management derrière le vernis multiculturel de rigueur …

Et face, sur fond de crise de gilets jaunes vite oubliée, à celles qui n’avaient que leur physique …

De la domination désormais non plus seulement physique et sociale (à la minceur dument contrôlée) mais proprement intellectuelle de la classe moyenne diplômée …

Concours de beauté

L’épreuve du bikini est-elle indispensable aux Miss ?

Les organisateurs de l’élection Miss America ont décrété la fin du passage en maillot de bain des candidates.

Camille Moreau

Les candidates à l’élection Miss America ne défileront pas en bikini lors de la prochaine édition du concours. Dans un communiqué publié le 5 juin, les organisateurs ont annoncé la suppression de la présentation des candidates en maillot de bain qui comptait pour 10% de la note finale. Elle est remplacée par un dialogue avec les membres du jury. Le temps pour les participantes d’évoquer les causes pour lesquelles elles souhaiteraient s’investir si elles étaient élues.

Autre changement dans les règles du concours dont l’édition 2019 sera diffusé le 9 septembre prochain sur la chaîne américaine ABC, le passage des jeunes femmes en robe de soir -15% de la note finale- deviendra une présentation des candidates, habillées dans une tenue de leur choix.

« Nous ne sommes plus un concours de beauté »

Gretchen Carlson, gagnante du concours Miss America en 1989 et nommée présidente du conseil d’administration de la Miss America Organization affiche clairement sa volonté de nettoyer l’élection de son image sexiste. « Nous ne sommes plus un concours de beauté, nous sommes une compétition », a-t-elle déclaré dans un communiqué. Et Regina Hopper, présidente de Miss America d’ajouter : « Le nouvel objectif de Miss America est de préparer de grandes femmes pour le monde, et de préparer les grandes femmes au monde. »

Une prise de décision qui ne trouve pas écho auprès de Sylvie Tellier. « J’ai du mal à saisir le sens de ces déclarations. Si ce n’est plus un concours de beauté alors il faudrait définir ce que c’est. Une compétition d’éloquence, de talent, de chant ? » Impossible pour la directrice de l’Organisation Miss France d’envisager le concours annuel sans le défilé en robe couture ou sans le passage en maillot de bain. « Ce sont des costumes qui font partie du spectacle. Nous sommes là pour offrir du beau et transmettre le folklore de cette élection. »

Une évolution des critères de sélection

Mais peut-on encore parler de concours de beauté si la majorité des critères pour remporter l’élection tendent à s’orienter sur des qualités intellectuelles et sur la personnalité plus que sur le physique ? C’est en tout cas ce « qui permet de rendre le concours socialement plus acceptable », explique Camille Couvry, docteure en sociologie et qui a réalisé sa thèse sur les concours de beauté.

En France aussi, les règles ont évolué. Une note inférieure à la moyenne au test de culture générale est éliminatoire. « Avant le test de culture générale importait peu, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. La future Miss France a un rôle d’ambassadrice même si on ne fait pas de politique », souligne Sylvie Tellier. Le temps de parole consacré aux Miss a été augmenté et c’est désormais le vote des téléspectateurs à 100% qui décide de la gagnante. « L’interview au micro fait souvent basculer les voix, preuve que les téléspectateurs ne sont pas uniquement dans une recherche esthétique », ajoute la directrice du comité Miss France.

Le niveau d’études des candidates a lui aussi augmenté. Il faut remonter le temps jusqu’en 2000 pour trouver une gagnante qui n’a pas obtenu le bac. Ces dernières années, la grande majorité des jeunes femmes en lice pour remporter la couronne étaient diplômées d’un BTS, d’une licence ou d’un master. Marine Lorphelin -Miss France 2013- était étudiante en médecine, Iris Mittenaere -Miss France 2016- étudiante en cinquième année de chirurgie dentaire et plus récemment Maëva Coucke – actuelle Miss France 2018- est étudiante en licence de droit. Les diplômes sont-ils devenus un critère de sélection pour redorer le blason d’un rendez-vous qui a mauvaise presse du côté des féministes ? Pour Sylvie Tellier, « c’est surtout le reflet de la massification scolaire ».

Laisser plus de place à la personnalité

L’appréciation physique tend à être reléguée au second plan, pour laisser place à une recherche de personnalité. « Il y a une injonction à affirmer son ‘je’. Il faut être capable de monter sur scène et prouver que l’on est la meilleure, que l’on est engagée. Pour le moment ce tempérament self-woman est surtout américain, dans la version française nous n’avons d’ailleurs pas de compétition de talents », note Camille Couvry.

L’actualisation des règles du concours de Miss America est aussi une façon de s’adapter -sous-couvert de féminisme- à une évolution de la représentation des femmes dans notre société. Sylvie Tellier s’interroge sur la sincérité de l’organisation américaine à l’origine de la polémique : « Je connais bien l’élection de Miss USA, à ne pas confondre avec l’élection de Miss America qui est moins médiatisée. C’est peut-être un levier d’action pour revenir sur le devant de la scène. »

La question esthétique, toujours bien présente

Paradoxalement, les critères de sélection pour se présenter au concours de Miss France, eux, ne bougent pas d’un iota. Il faut avoir entre 18 et 24 ans, mesurer minimum 1m70 et n’avoir jamais eu recours à la chirurgie esthétique. La personnalité et les éventuels engagements des jeunes femmes sont évidemment un plus, mais ne sont pas mentionnés dans le règlement.

L’évaluation du corps des femmes demeure omniprésente dans ce type de concours, même si l’on supprime le défilé en bikini. « On veut que la question du jugement esthétique soit plus floue, mais elle ne recule pas, estime Camille Couvry. Elle est simplement davantage combinée à la personnalité. » Les Miss ne sont plus soumises à la maxime « sois belle et tais toi ». L’art oratoire en France et la maîtrise d’un talent artistique aux Etats-Unis -chant, théâtre- pèsent considérablement dans la balance. Si la beauté est un avantage considérable et demeure une condition sine qua non pour accéder à ce type de concours, cela ne suffit plus.

Voir aussi:

Les Miss France et le poids : une omerta qui perdure en 2018

Si l’on ne connaît pas encore le visage de la future Miss France, sa silhouette ne sera certainement pas une surprise. Décryptage de ce qui modèle le corps de « la plus belle femme de France ».

Le 15 décembre, une nouvelle jeune française sera couronnée Miss France de l’année 2019. Pour la 89e année consécutive, le concours de beauté le plus célèbre de l’hexagone élira « la plus belle femme de France » devant plusieurs millions de téléspectateurs (7 millions lors de l’édition précédente). Pourtant, l’heureuse élue reste encore très éloignée du physique de la femme française.

Un règlement strict, mais qui ne mentionne pas le poids

Pour devenir Miss France, plusieurs critères très précis sont à respecter. Les candidates doivent avoir entre 18 et 24 ans, être françaises de naissance (ou naturalisées) célibataires, ni veuves ni pacsées, sans enfant. Côté physique, elles doivent mesurer au minimum 1m70, ne pas avoir eu recours à la chirurgie esthétique, ne pas avoir de tatouage visible, de piercing, perruque, faux-cils ou autre « artifice tendant à transformer son aspect naturel », comme il est inscrit dans le règlement officiel. Si la liste des recommandations s’étend sur plusieurs pages, un critère important n’est jamais mentionné : le poids minimum ou maximum des futures Miss.

« Si le critère n’existe pas, c’est sans doute qu’il n’y a aucune justification socialement acceptable par les personnes qui organisent les concours », suggère à France 24 Découvertes Camille Couvry, enseignante et chercheuse au Laboratoire des Dynamiques Sociales de l’Université de Rouen. Une absence qui aurait pu être saluée, si les Miss ne faisaient pas toutes un poids plume, largement en dessous de l’IMC de la française moyenne comme le rapportait La Voix du Nord dans un article daté de décembre 2017. « Cela n’empêche pas les personnes qui sont engagées dans des concours – et une partie au moins de celles qui les regardent – de considérer qu’avoir un poids ‘moyen’ (relatif à la taille minimale de 1m70) est un critère de beauté et d’élégance », ajoute Camille Couvry.

À qui la faute ?

Pauline Darles, Miss Ile-de-France 2011, avait quitté l’aventure Miss France en plein voyage préparatoire aux Maldives car elle n’était « pas en accord » avec l’esprit du concours. Quand on l’interroge sur l’uniformité du poids des Miss, la jeune femme nous explique le processus par lequel elle est passée. « Il y a des différences entre les régions mais il est clair qu’en envoyant des photos de soi, on donne déjà une indication de ses mensurations », dit-elle avant de préciser que lors des sélections, « ce ne sont pas seulement les comités qui votent, mais aussi le public, à 50 – 50. Si les gens votaient pour d’autres physiques, ça changerait peut-être ».

Pour elle, cette omerta vient donc d’une responsabilité collective. Idée que partage Camille Couvry, qui nous rappelle que « les processus de sélection dans les concours ne sont pas extérieurs à la société dans laquelle ils s’insèrent. Les jurés, tout comme les candidates qui évaluent leurs chances – et peuvent parfois s’auto-éliminer – sont évidemment influencés. » Influencés par les réseaux sociaux, les arts, la publicité… En bref, tout ce qui ce qui prône l’idéal d’un corps féminin fin et élancé joue un rôle dans cette injonction à la minceur.

Enfin, Pauline Darles se souvient à propos de son expérience au sein de Miss France : « Il n’y a pas de régime imposé mais une observation de comment on se nourrit, ce que l’on choisit au buffet de l’hôtel par les chaperons. Si l’on se ressert plusieurs fois, ça va être remarqué ». Une loi du silence qui règne jusque dans les comportements des participantes, au sein même de la compétition. Contacté par France 24 Découvertes à plusieurs reprises, le Comité Miss France n’a pour le moment pas donné suite à nos questions.

Discours engagés et défilé en bikini 

Certes, les jeunes prétendantes au titre de Miss sont, à certains moments de l’émission, mises en valeur autrement que physiquement. Lors de leurs discours par exemple, ou des courts portraits réalisés par la production. Mais s’en suivra le traditionnel défilé en bikini, exercice très paradoxal puisqu’il consiste à juger les candidates exclusivement sur leurs corps.

À titre de comparaison, le concours Miss America avait annoncé en juin dernier que ce défilé en maillot de bain ne figurerait dorénavant plus dans leur compétition. Sylvie Tellier, directrice de l’organisation Miss France, avait quant à elle indiqué que la France ne suivrait pas cette décision, puisque ledit exercice fait « partie de la magie Miss France ».

« Il y a eu dans l’histoire des élections de Miss, et plus largement de la beauté, un souci de la mesure du corps et des critères de beauté », ajoute Camille Couvry. Des propos qui font écho à ceux des chercheuses Anne Monjaret et Frederica Tamarozzi dans l’article « Pas de demi-mesure pour les Miss : la beauté en ses critères », publié dans  la revue « Ethnologie Française » : « Il faut voir dans ce diktat de la minceur l’influence d’une mode qui trouvait en Poirier et Coco Chanel ses créateurs, et dans les stars et les femmes du ‘beau monde’, ses égéries ».

Certains milieux responsables en partie de ce culte de la minceur commencent pourtant à faire des efforts : Mattel, maison-mère de Barbie, propose depuis 2016 une poupée « plus size » aux mensurations plus généreuses que l’originale. En 2017, deux grands groupes de luxe français LVMH et Kering ont signé une charte les engageant à ne plus faire défiler de mannequin de taille 32. De petits pas en avant, mais des avancées quand même.

Pourra-t-on voir un jour une femme aux proportions plus réalistes être élue Miss France ? « Oui, c’est envisageable », affirme Pauline Darles. « C’est l’inconscient collectif qui valide des normes de beauté. Si les gens votaient pour d’autres physiques, ça pourrait changer ». De son côté, Camille Couvry pense que « le changement pourrait venir du bas ». « J’ai déjà assisté à des concours locaux qui avaient éliminé le défilé en maillot de bain lors d’une ou deux éditions », nous raconte-t-elle. Affaire à suivre, donc.

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Miss France 2018 Des miss à l’IMC si éloigné de la moyenne des Françaises

Au milieu des critères esthétiques d’un concours de beauté, il en est un que l’organisation se garde bien d’évoquer. Celui du poids. En 2016, l’association Osez le féminisme avait, une nouvelle fois, soulevé la question en dénonçant «  cette mise en concurrence à une heure de grande écoute  » entraînant «  beaucoup de souffrance pour d’autres femmes qui ne font pas 1,75 m pour 50 kilos ». « C’est un concours de beauté avec juste une limite de taille. Les critères ne sont pas seulement physiques  » avait alors répondu Sylvie Tellier, directrice générale de la société organisatrice.

Pas un mot sur l’IMC des lauréates

L’organisation a donc logiquement refusé de nous communiquer, pour ces mêmes raisons, ces données. Mais sur internet, la question continue d’être débattue. Des chiffres circulent sur les pages Wikipédia des anciennes miss France, sans que celles-ci n’interviennent. Des blogs listent inlassablement le poids des jeunes filles, sans que l’on sache le vrai du faux. Les miss livrent parfois un chiffre au détour d’une interview.

Sur le modèle du travail du site américain PsychGuides, nous avons cherché à connaître l’évolution de l’indice de masse corporel, cette combinaison entre le poids et la taille d’une personne, des miss à travers le temps. Nos recherches ont permis de lister le poids de 16 miss. Cinq proviennent de sources de confiance. Le graphique ci-dessous est donc purement indicatif, mais il a le mérite de compiler et de mettre en forme les données circulant sur la question.

Cliquez ici pour ouvrir cette infographie en plein écran.

Il en ressort qu’avec un IMC moyen de 18,1 depuis 1954, miss France n’est pas une Française comme les autres. Elle est même beaucoup plus mince. Pour les Françaises de 18 à 35 ans, l’Insee relevait un IMC de 22,4 en 2002, toujours très loin des miss France qui ne sont pas sorties d’un couloir allant de 18,5 à 16,4 entre 2000 et 2017.

« Plutôt une situation de minceur »

Plus globalement, en 2016, l’IMC d’une Française était de 23,1 selon les relevés de l’Organisation mondiale de la santé. Cette même organisation évalue l’IMC normal entre 18,5 et 25. Seules cinq miss se trouvent dans cette fourchette. Onze d’entre elles se situent par contre entre 16,5 et 18,5 et seraient donc en situation de maigreur selon l’OMS. Des chiffres inquiétants ? Pas forcément. « Il s’agit plutôt d’une situation de minceur, recadre Emmanuelle Couturier, diététicienne-nutritionniste à Marcq-en-Barœul. L’IMC n’est pas forcément très parlant, car il ne fait pas la différence entre masse graisseuse et masse musculaire. Il ne prend pas non plus en compte l’ossature. Par contre si elles font un régime pour entretenir cette minceur, c’est là que cela peut être compliqué. »

Pour mieux se rendre compte de l’évolution des miss. Le diaporama vidéo ci-dessous permet de remonter le temps d’Agnès Souret à Alicia Aylies.

Miss France dédié à la cause des femmes, une hypocrisie selon des féministes
Camille Moreau

L’Express

14/12/2017

Sylvie Tellier, directrice générale de la société Miss France, affirme que l’élection Miss France 2018 aura pour objectif majeur de dénoncer les violences faites aux femmes. Des propos qui passent mal auprès des associations féministes.

L’élection de Miss France 2018 qui se tiendra le 16 décembre à Châteauroux s’inspirera-t-elle de l’élection de Miss Pérou dont les candidates avaient dénoncé les violences faites aux femmes dans le pays? C’est en tout cas ce qu’a annoncé Sylvie Tellier, directrice générale de la société Miss France, lors de la conférence de presse du concours de beauté. « Cette élection sera un moment pour prendre la parole et sensibiliser les téléspectateurs sur les violences faites aux femmes. »

Une volonté confirmée lors d’un entretien donné à nos confrères du Parisien. « L’élection de Miss France, c’est quand même trente jeunes femmes en direct à la télévision pendant trois heures, à une heure de grande écoute. C’est l’occasion de parler de la femme et de dénoncer les violences faites aux femmes qui sont encore beaucoup trop importantes en France aujourd’hui et dont on ne parle pas assez », affirme Sylvie Tellier.

« Des critères de beauté réducteurs »
Des propos qui font grincer des dents les associations féministes, jugeant le concours Miss France sexiste et dégradant. « Il est dommage que la seule soirée de l’année dédiée aux femmes à la télévision, cultive l’idée de la femme objet. L’élection Miss France est un concours qui repose sur des critères de beauté réducteurs et ridicules. Il serait plus judicieux de valoriser les talents, plutôt que des stéréotypes physiques irréels », s’est par exemple exprimée Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole de l’association Osez le féminisme.

Ne pas être mariée, ne pas avoir d’enfant, ne pas avoir de tatouage, mesurer 1,70 mètres minimum et avoir moins de 26 ans font partie des règles imposées aux candidates et jugées archaïques et sexistes par les associations. « Je ne vois pas comment on peut se battre pour l’égalité des sexes, revendiquer le respect de la femme tout en cautionnant ce genre de concours », s’indignait il y a quelques semaines une lectrice de la Styles Room.

« Miss France permet de soutenir et faire avancer des causes »

Des critiques qui n’ont pas lieu d’être pour Sylvie Tellier. « Miss France 2018 permet de soutenir des causes et de les faire avancer, la prise de parole des Miss au Pérou en est la preuve. Elles agissent à leur niveau pour améliorer la condition féminine. »

La 88e édition de Miss France sera animée pour la 23e fois par Jean-Pierre Foucault et présidée par Iris Mittenaere, Miss Univers 2017, et le couturier Jean-Paul Gaultier.

Voir également:

VIDEO. Miss France 2019: Pourquoi l’Ile-de-France, région la plus titrée, ne gagne-t-elle plus le concours?
BEAUTE Miss Ile-de-France n’a plus été élue Miss France depuis 1996. Et si cela changeait cette année? Réponse samedi soir au micro de Jean-Pierre Foucault….

Floréal Hernandez

20 minutes

le 14/12/18

Depuis 1929, les Miss Paris ou Ile-de-France ont remporté 15 fois le concours Miss France. Mais la plupart des titres ont été gagnés entre 1930 et 1950.

La dernière Miss France francilienne remonte à 1997 avec l’élection de Patricia Spehar. L’an dernier Lison Di Martino avait terminé 2e dauphine de Maëva Coucke.
Alors que l’Ile-de-France compte 12 millions d’habitants, pourquoi sa Miss ne profite-t-elle pas du vote du public pour gagner la couronne?

L’Ile-de-France aime-t-elle sa miss ? La région est la plus peuplée de France avec 12 millions d’habitants, pourtant quand Lison Di Martino, Miss Ile-de-France 2017, est arrivée dans les cinq finalistes l’an dernier, ce n’est pas elle qui a reçu le plus de votes du public mais la Nordiste Maëva Coucke. Une région avec une identité bien plus forte que l’Ile-de-France

C’est là l’une des faiblesses de la candidature francilienne. « Je l’ai vécue, avoue Margaux Savarit, Miss Ile-de-France 2014 et 11e du concours Miss France. On a moins de chance d’être élue car il n’y a pas d’identité régionale en Ile-de-France. Avant l’élection Miss France, aucun média ne s’est intéressé à moi. Je n’ai fait aucune interview, eu aucun soutien. Ça plombe le moral. »

Présidente depuis 2014 du comité Miss Ile-de-France, le plus titré avec 15 miss, Laure Mattioli rejoint l’avis de Margaux Savarit. « Beaucoup de Parisiens ou de Franciliens viennent d’autres régions. Moi en tant qu’ancienne Miss Bourgogne vivant à Paris, j’avais tendance à soutenir Miss Bourgogne. » Chercheuse en sociologie à l’université Rouen-Normandie, Camille Couvry reconnaît que « la dimension affective liée à sa région d’origine peut se retrouver dans les votes ».

L’auteure de la thèse Beauté, classe sociale et empowerment : les jeunes femmes de classes populaires dans les élections de Miss en Normandie estime possible l’hypothèse que les miss issues d’une région à forte identité soient avantagée pour capter les votes locaux. « Le succès au concours Miss France des régions à forte identité locale ne colle pas aux revendications régionales, culturelles ou politiques », souligne-t-elle. Et, elle rappelle les victoires depuis 2010 des Miss Normandie, Bourgogne ou Orléanais.

Laure Mattioli incite tout de même « les Franciliens à se sentir investis par rapport à leur miss ». Ça a été le cas pour Lison Di Martino l’an passé mais c’est resté circonscrit à son département d’origine. « La Seine-et-Marne s’est vraiment bougée pour elle, note celle qui est de la promo de Sylvie Tellier en 2002. Elle était l’une des favorites dans la presse, sur les réseaux sociaux. Ça n’a pas suffi. »

Cela va-t-il se répéter pour Alice Quérette, Miss Ile-de-France 2018, 24 ans et originaire de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) ? Margaux Savarit ne l’espère pas. « Elle est dans mon top 3 avec Franche-Comté et Languedoc-Rousillon. Je la vois aller très loin, comme l’an dernier. »

Comme en 2017, Miss Ile-de-France – « quelqu’un de bien physiquement et moralement », selon la présidente du comité régional – est l’une des favorites du concours, selon une partie de la presse présente à l’Ile Maurice avec les miss. A Lille, ce samedi, Alice Quérette sera soutenue par quinze personnes, issues de sa famille et du comité, qui s’est mobilisé sur les réseaux sociaux.

Mais, d’après une étude réalisée pour 20 Minutes sur ces mêmes réseaux sociaux à 7 jours de l’élection, et qui sera dévoilée samedi, elle ne figure pas parmi les miss les plus populaires. Si elle souhaite la victoire de sa protégée, Laure Mattioli appelle à « un vote objectif pour faire gagner la plus méritante ». Et l’ex-Miss Bourgogne de conclure : « Le public se trompe rarement. »

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Miss France 2019: La moitié des miss noires ou métisses, une avancée pour le concours?

DIVERSITE Cette année, nombreuses sont les miss noires et métisses et « 20 Minutes » s’est demandé si ça pourrait aider à combattre les stéréotypes…

Claire Barrois

20 minutes

  • Cette année, la moitié des candidates à Miss France 2019 sont noires et métisses.
  • L’élection faisant partie des programmes télé les plus regardés de l’année, nous nous sommes demandé si cela signifiait une avancée de la diversité à la télévision.

L’avez-vous remarqué ? Cette année, la moitié des candidates à la couronne de Miss France 2019 sont noires, métisses ou issues de l’immigration. Près de 8 millions de téléspectateurs vont donc assister à un concours plus proche de la société telle qu’elle est alors que la télévision ne montre quasiment que des blancs. Cette soirée peut-elle porter un message ?

Du côté des miss concernées, on n’en est pas convaincues. Miss Guadeloupe, Ophély Mézino, et Miss Picardie, Assia Kerim, partagent plutôt l’avis de Miss Guyane, Laureline Decocq, pour qui « c’est important d’être nombreuses parce que la France d’aujourd’hui c’est beaucoup de métissages. On montre toutes les facettes de la beauté française. »

« Ça représente la France d’aujourd’hui »

Pour Miss Limousin, Aude Destour, mi-Ch’ti mi-Martiniquaise, l’intérêt c’est que « nous ne sommes pas du tout les mêmes métisses. Par exemple, Miss Provence a des origines algériennes. C’est super bien pour le concours parce que ça représente la France d’aujourd’hui. Il y a aussi des origines d’autres pays d’Europe. » Un constat que partage Jessie Magana, autrice d’ouvrages jeunesse autour de la lutte contre les stéréotypes et le sexisme.

« Les métisses sont un peu plus visibles cette année dans le concours et représentent une tendance de fond de la société française, rappelle l’autrice. C’est assez intéressant parce que ça montre la réalité de la société française qui est mélangée quoi qu’on veuille nous faire croire, issue de vagues d’immigration​ très anciennes. Un Francais sur quatre a au moins un de ses grands-parents qui n’est pas né en France. C’est révélateur du métissage progressif de la société française. »

Mais selon l’autrice, ce qui est aussi intéressant dans le métissage des miss, c’est leur origine sociale. « Elles viennent toutes plus ou moins de la classe moyenne, et les vagues d’immigration sont souvent dans les classes populaires. Là, le fait que la plupart de ces jeunes femmes soient de classe moyenne montre l’intégration des anciens immigrés à la société française. Ces jeunes filles sont un vrai panel de ce qu’est la société française. » Mais cela ne suffira pas forcément à faire évoluer les mentalités.

« Les noirs devraient intervenir comme médecin ou ministres à la télévision »

« C’est un concours lié à l’apparence, rappelle Jessie Magana. Montrer davantage de femmes noires dans ce cadre ne lutte pas contre les stéréotypes parce que ça rentre dans les stéréotypes de la femme et encore plus de la femme noire [une femme très érotisée dans l’imaginaire collectif]. Il faudrait un concours sur la personnalité, le charme, la façon de s’exprimer en public, pas que sur la beauté pour que ça lutte contre les stéréotypes. Les noirs devraient intervenir comme médecin ou ministres à la télévision, pas que dans les concours de beauté et dans le foot. »

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Têtes couronnées

Miss France: ce qui a changé depuis le début de l’élection

Près de 100 ans après sa création, le concours Miss France a connu plusieurs évolutions.

Camille Moreau

L’Express

Comme chaque année depuis 1920, date de création du concours de beauté par le journaliste et écrivain belge Maurice de Waleffe, une jeune femme sera en décembre élue Miss France parmi les 30 candidates en lice. Un show présenté pour la 23e année par Jean-Pierre Foucault, accompagné de Sylvie Tellier, directrice générale de la Société Miss France depuis 2010. La cérémonie, bien qu’organisée « dans le respect de la tradition », a connu bien des changements depuis sa naissance il y a près d’un siècle.

« La plus belle femme de France »

Aux prémices de l’élection, Maurice de Waleffe avait choisi le terme « La plus belle femme de France » pour désigner le concours. Les portraits des candidates de la première édition étaient publiés dans le quotidien Le Journal. Chacune était présentée sous un pseudo de nom de fleur, de pierre, d’oiseau ou de déesse, révèle Le Figaro Archives dans un article réalisé en partenariat avec l’INA.

Entre 1922 et 1926, le concours de beauté n’a pas lieu. Il ne reprend qu’en 1927 sous le nom qu’on lui connaît aujourd’hui : Miss France. Roberte Cusey, Miss Jura 1926, est élue cette année-là.

Une baisse du nombre de candidates

Les jeunes femmes en lice pour le concours Miss France représentent chacune une région de l’Hexagone. Elles étaient 45 en 2006, 33 pour l’élection de Miss France 2011. Cette année, elles seront 30. La réforme territoriale de 2016 n’a pourtant pas eu d’impact sur le nombre de candidates. « Ce nouveau découpage est une affaire politique et économique et nous sommes loin de ces considérations. Notre concours est indépendant du gouvernement », avait confié Sylvie Tellier à L’Express, rappelant que sa priorité était que tous les Français « se retrouvent dans l’élection ».

D’ailleurs, le nombre de candidates n’a jamais véritablement collé à la carte administrative de la France. Pour la directrice du comité Miss France, le but est surtout « d’avoir des identités fortes ». Raison pour laquelle certaines provinces sont absorbées pour renforcer certaines identités territoriales. Les titres de Miss Centre et de Miss Orléanais ont ainsi fusionné pour devenir Miss Centre-Val-de-Loire.

Des critères qui ne sont pas uniquement physiques

Les critères depuis la création de l’élection Miss France excluent une bonne partie de la population féminine. Il faut être une femme -mais pas transsexuelle- et avoir entre 18 et 24 ans. Il faut également mesurer 1,70 mètre minimum, ne pas avoir d’enfant, ni être mariée, et posséder un casier judiciaire vierge. Les tatouages sont également interdits, l‘éviction de Miss Martinique en 2017 pour cause de colibri sur l’omoplate avait d’ailleurs suscité l’incompréhension des internautes.

Pour Sylvie Tellier, le concours ne repose plus uniquement sur des mensurations. « Les critères ont évolué depuis la création de l’élection pour être plus en accord avec les femmes d’aujourd’hui et correspondre au rôle qui incombe à la future reine de beauté. On porte de l’attention sur la façon de se mouvoir, l’éloquence et le parcours de la jeune femme », nous expliquait la directrice dans un article consacré à la fascination des miss.

Leur temps de parole a d’ailleurs été allongé. « Cette épreuve est parfois décisive pour les candidates », affirme Sylvie Tellier. L’esthétique des jeunes femmes se combine à la personnalité. Le comité du concours Miss America a préféré remplacer le défilé en robe du soir par un exercice d’éloquence durant lequel les jeunes femmes sont habillées de la tenue de leur choix. Pour Camille Couvry, docteure en sociologie et qui a réalisé sa thèse sur les concours de beauté, « c’est surtout une manière de rendre la question du jugement esthétique plus floue et de rendre le concours socialement acceptable ».

Des miss en prise avec l’actualité

On attend aujourd’hui de la future Miss France qu’elle soit capable d’argumenter et de s’informer sur l’actualité. « J’élabore avec mes équipes le test de culture générale. Une note en-dessous de la moyenne est pour moi éliminatoire », explique Sylvie Tellier. Une épreuve qui existait déjà aux débuts du concours mais que l’ancienne Miss France 2002 a adapté en s’appuyant sur l’actualité. « Lorsque j’avais passé le test, je me souviens qu’on m’avait demandé de décrire ma chambre. Mais aussi, quel Beatles était mort », se souvient la directrice générale dans une interview accordée au Figaro.

Une niveau d’exigence accru en adéquation avec l’augmentation du niveau d’études des candidates. Il faut remonter jusqu’en 2000 pour trouver une Miss qui n’a pas obtenu le baccalauréat. Les diplômes seraient-ils devenus un critère de sélection non-officiel pour espérer décrocher la couronne ? Pour Sylvie Tellier, c’est surtout « le reflet de la massification scolaire ».

Des cours de bonnes manières

Depuis 2017, les miss bénéficient de cours de bonnes manières enseignés par Jérémy Côme, auteur de L’Art de maîtriser les codes pour se sentir bien partout en toutes circonstances (éd. Michel Lafon). La future ambassadrice doit être capable de se comporter en parfaite maîtresse de maison et se doit d’être élégante en toute circonstance. Si l’on a envie de crier au sexisme, Jérémy Côme voit plutôt son intervention comme une manière « d’enlever du stress » à la future gagnante. « Je leur donne des tuyaux pour trouver de l’assurance, pour maîtriser l’art de la conversation notamment devant des assemblées -que ce soit pour remettre un prix aux NRJ Music Awards ou pour participer à l’inauguration d’un musée en local-, pour avoir une bonne posture quand on est face à quelqu’un », explique-t-il au site Pure People. Il ajoute également qu’une Miss doit « savoir être chaleureuse, ponctuelle, soignée. Il ne faut pas parler de soi. Globalement, elles n’ont pas besoin de parler d’elles puisqu’on sait qu’elles sont Miss. »

Peut-on manger ou non sa salade avec un couteau, à quelle heure arriver à un dîner, comment déguster des huîtres ou qu’apporter à un hôte à l’occasion d’un repas font également partie des conseils distillés par le spécialiste.

Quid du défilé en maillot de bain

L’épreuve du passage en bikini cristallise les accusations de sexisme des associations féministes à l’encontre du concours Miss France. « Encore une fois, le corps des femmes est un objet, comme dans la publicité. Ce sont des corps souvent nus, et l’épreuve du maillot de bain est celle qui est la plus attendue », dénonce Éléonore Stévenin, porte-parole d’Osez le féminisme. Un défilé supprimé de l’élection Miss America l’année dernière mais qui sera maintenu dans la version française du concours. « Ce sont des costumes qui font partie du spectacle. Nous sommes là pour offrir du beau et transmettre le folklore de cette élection », souligne Sylvie Tellier.

L’épreuve du bikini est récente en France : elle n’a été mise en place qu’après la démission de Geneviève de Fontenay de son titre de directrice du comité Miss France en 2010. Le défilé est d’ailleurs critiqué chaque année par la dame au chapeau qui réclame le retour du maillot une pièce. « Je pense qu’un maillot une pièce ouvert sur les hanches et couvrant un peu plus les fessiers éviterait que les candidates deviennent des exhibitionnistes », expliquait-elle dans une lettre envoyée à Sylvie Tellier, publiée sur le site de Jean-Marc Morandini.

Le public souverain dans le choix de la future Miss France

Le système de vote a été modifié après le départ de Geneviève de Fontenay pour l’élection de Miss France 2010. Le jour du concours, douze miss ont déjà été désignées par le jury -présidé cette année par l’actrice de 90 ans, Line Renaud- durant la semaine précédant l’élection. Pour la sélection des cinq finalistes, se mêlent le vote du public et celui du jury, composé de six célébrités. Enfin, pour déterminer la gagnante et les dauphines, les compteurs sont remis à zéro et c’est uniquement aux téléspectateurs de voter.

Lancé en 1993, l’élection de Mister France, le versant masculin, peine à se faire une place sur la scène médiatique. « C’est un spectacle qui ne prend pas. La notion de compétition autour de la beauté de l’homme n’est pas assez enracinée dans notre Histoire », explique l’anthropologue Élisabeth Azoulay, qui a dirigé l’ouvrage 100 000 ans de beauté (éd. Gallimard). Il y a des choses qui ne changent pas.

Miss France 2019 : quelle région a le plus souvent remporté le concours ?
A.B.

Quelle région de France a été couronnée le plus de fois à l’élection de Miss France? Quelles autres, au contraire, ont eu le moins les faveurs des Français? Paris Match fait les comptes.

Le 16 décembre 2017, Maëva Coucke a été élue Miss France 2018, décrochant un troisième sacre pour le Nord-Pas-de-Calais. Si la beauté des jeunes filles originaires du Nord a séduit les téléspectateurs de l’élection à trois reprises ces quatre dernières années, aucune Miss originaire du Nord-Pas-de-Calais n’avait remporté le concours qui existe depuis 1919 avant…2015.

Il y a 99 ans, la première Miss France élue, Agnès Souret, venait de Bayonne et portait l’écharpe de Miss Aquitaine. En tout, six jeunes femmes de cette région du Sud-Ouest ont été nommées plus belle femme de France, la dernière en 1995. Il s’agissait de Mélody Vilbert, native de Toulouse. L’Aquitaine a le même palmarès que l’Alsace et la Normandie. Tout en haut du palmarès des régions qui ont remporté l’élection de Miss France le plus grand nombre de fois : l’Ile-de-France. Entre 1933 (date de la première victoire) et 1997 (date de la dernière victoire), l’Ile-de-France a été couronnée 13 fois au concours, loin devant la région Rhône-Alpes qui totalise quant à elle 7 victoires.

L’Auvergne, Mayotte ou encore la Champagne-Ardenne attendent toujours une victoire

A l’autre bout du classement, on retrouve la Guyane, le Centre-Val-de-Loire, la Provence et la Corse qui ont chacune une victoire. Les moins bien loties sont les Miss originaires d’Auvergne, de Mayotte, de la Martinique, Champagne-Ardenne, du Limousin, de Saint-Pierre-et-Miquelon, ou encore de Saint-Martin-Saint-Barthélemy, qui n’ont jamais eu la chance de porter l’écharpe tant convoitée de Miss France.

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Vulgarisation: Même Hollande s’y était mis (With over 400,000 sold, L’Histoire de France Pour Les Nuls tops sales for non-English Dummies titles)

25 novembre, 2018
Cet ouvrage produira sûrement avec le temps une révolution dans les esprits, et j’espère que les tyrans, les oppresseurs, les fanatiques et les intolérants n’y gagneront pas. Nous aurons servi l’humanité. (…) Parmi quelques hommes excellents, il y en eut de faibles, de médiocres & de tout à fait mauvais. De là cette bigarrure dans l’ouvrage où l’on trouve une ébauche d’écolier, à côté d’un morceau de maître ; une sottise voisine d’une chose sublime, une page écrite avec force, pûreté, chaleur, jugement, raison, élégance au verso d’une page pauvre, mesquine, plate & misérable. Diderot
Imaginez un monde où chaque individu peut accéder gratuitement à la totalité des connaissances de l’humanité. C’est ce que nous voulons faire. Jimmy Wales
Consulter Wikipedia, c’est comme poser des questions à un type rencontré dans un bar. Vous pouvez tomber sur un physicien nucléaire ou… le premier cinglé venu! Paul Vallely
On n’avait pas connu une telle mobilisation, une telle émotion du monde instruit depuis L’Encyclopédie de D’Alembert et Diderot (1772), accusée elle aussi de déposséder les « maîtres » de leur pouvoir. Bruno Le Gendre
Wikipedia est une encyclopédie, et toutes les encyclopédies ont des limites intrinsèques. (…) Les encyclopédies « vous donnent les têtes de chapitre »; elles sont  » le Reader’s Digest de la connaissance en profondeur « . Il y a cinquante ans, l’encyclopédie familiale offrait cette  » notion brute de fonderie sur un nom ou une idée « ; désormais c’est Internet qui joue ce rôle et de plus en plus Wikipedia. (…) Mais faut-il reprocher à Wikipedia l’appétit pour de l’information prédigérée et préparée ou pour la tendance à croire que tout ce qu’on lit est vrai? Ce problème existait déjà à l’époque des encyclopédies familiales. Et une des solutions cruciales est restée la même: Prendre plus de temps à enseigner les limites de toutes les sources d’information, y compris Wikipedia, et à souligner les qualités d’analyse critique des sources primaires et secondaires. (…) Si les historiens croient que ce qu’on trouve gratuitement sur la Toile est de mauvaise qualité, alors nous avons la responsabilité de rendre de meilleures sources d’information disponibles en ligne. Pourquoi autant de nos revues universitaires sont-elles enfermées derrière les grilles de l’abonnement? Que dire de l’American National Biography Online—écrite par des historiens professionnels, soutenue par nos sociétés savantes, et avec des millions de dollars de subventions venant de fondations et de l’Etat? Pourquoi n’est-elle disponible qu’aux bibliothèques qui paient souvent des milliers de dollars par an, plutôt qu’à tout le monde sur la Toile comme l’est Wikipedia? Les historiens professionnels ne devraient-ils pas se joindre à la grande democratisation de l’accès au savoir que reflètent Wikipedia et l’Internet en général? (…) Pourrions-nous, par exemple, écrire à plusieurs mains un manuel d’histoire des EU qui serait en accès libre et gratuit pour tous nos étudiants ? Après tout, les deux douzaines de manuels en usage dans nos universités se recoupent massivement, aussi bien dans les contenus factuels que dans l’interprétation. Malgré tout, cela n’empêche pas chaque éditeur de demander aux auteurs de systématiquement repartir de zéro. Un manuel  » libre  » garantirait non seulement un accès libre à la lecture, mais il permettrait à chacun de contribuer librement à la rédaction. (…) Un enseignant qui n’apprécierait pas la présentation de la guerre de 1812 pourrait écrire une autre version, libre aux autres utilisateurs de l’intégrer ou non à l’ouvrage. De même, un professeur qui estimerait que l’histoire du Nouveau-Mexique au XIXe siècle occupe une place insuffisante pourrait proposer de compléter le chapitre. Roy Rosenzweig
J’aime Renaud sur certains chansons… pas toutes. Celle-là, je ne l’ai pas entendue, donc je ne peux pas vous dire si je l’aime ou pas. Nadine Morano
Déjà, en avril 2011, Nadine Morano, alors invitée de la matinale de Canal+ avait été interrogée sur le constructeur automobiles mais avait répondu à côté… (…) avant d’être reprise par la journaliste, estomaquée. Cette séquence avait animé les médias et les réseaux sociaux à l’époque. Cette fois, c’est la chaîne d’informations franceinfo qui a confondu le chanteur et le constructeur français. En plein sommaire, « Renault recrute 1000 CDI » s’inscrit sur l’écran, tandis que des images de Renaud sur scène sont projetées en arrière-plan. « Renault va embaucher mille personnes en CDI d’ici la fin de l’année. Le constructeur automobile a besoin de main d’oeuvre pour mener à bien ses nouveaux projets. Reportage à suivre dans l’usine de Sandouville » nous dit la journaliste avec aplomb. Un fail – signé du stagiaire de franceinfo ? – qui amuse la toile depuis plusieurs heures déjà... Charts in France
Zadig et Voltaire. C’est une leçon de vie et je m’y replonge d’ailleurs assez souvent. Frédéric Lefebvre
J’avoue sans aucun problème que je n’ai pas du tout le temps de lire depuis deux ans (…) Je lis beaucoup de notes, beaucoup de textes de loi, les nouvelles, les dépêches AFP mais je lis très peu. Fleur Pellerin
Je suis un peu scandalisée quand je lis certaines choses ! Ce n’est pas parce que j’ai dit que je lisais *moins* actuellement – et ça me semble naturel quand on travaille 16 heures par jour – qu’il y a deux ans où je lisais à peu près deux livres par semaine. Et j’entends dire que je suis inculte, je trouve ça proprement scandaleux ! Je n’ai aucune difficulté à le dire, j’ai toujours été une très grande lectrice, et donc faire ce procès je trouve ça absolument lamentable. Je ne vois pas très bien comment on peut s’autoriser à déformer mes propos : j’ai dit que je lisais *moins*, je n’ai pas dit que je ne lisais *pas*. J’ai lu beaucoup pendant mes vacances, je peux faire des fiches de lecture à ceux qui le souhaitent … Voilà, on n’est pas autorisé à raconter n’importe quoi. Fleur Pellerin
La nostalgie, et notamment la nostalgie de l’Algérie française, n’apportera rien de bon. Aujourd’hui, on a besoin de regarder l’avenir avec de l’optimisme et le Front national n’aime pas la France. Le Front national n’est pas un parti républicain, c’est rance, c’est triste. La France, elle a besoin d’optimisme et de regarder son histoire avec lucidité, mais elle a aussi besoin de regarder l’avenir. Je suis mobilisé parce que je ne veux pas que le Front national soit le premier parti de France. Manuel Valls
Nous sommes rentrés dans un monde de puissances, qui se développent à l’échelle planétaire, dans une forme de concurrence et un ordre qui reste à composer. L’Europe est face à un risque : celui de se démembrer par la lèpre nationaliste et d’être bousculée par des puissances extérieures. Et donc de perdre sa souveraineté. C’est-à-dire d’avoir sa sécurité qui dépende des choix américains et de ses changements, d’avoir une Chine de plus en plus présente sur les infrastructures essentielles, une Russie qui parfois est tentée par la manipulation, des grands intérêts financiers et des marchés qui dépassent parfois la place que les États peuvent prendre. (…) Je suis frappé par la ressemblance entre le moment que nous vivons et celui de l’entre-deux-guerres. Dans une Europe qui est divisée par les peurs, le repli nationaliste, les conséquences de la crise économique, on voit presque méthodiquement se réarticuler tout ce qui a rythmé la vie de l’Europe de l’après Première Guerre mondiale à la crise de 1929. Il faut l’avoir en tête, être lucide, savoir comment on y résiste. Emmanuel Macron
Les démons anciens resurgissent, prêts à accomplir leur œuvre de chaos et de mort: des idéologies nouvelles manipulent des religions, l’Histoire menace de reprendre son cours tragique. Emmanuel Macron
Le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme : le nationalisme en est la trahison. En disant ‘nos intérêts d’abord et qu’importent les autres !’, on gomme ce qu’une Nation a de plus précieux, ce qui la fait vivre : ses valeurs morales. Emmanuel Macron
Quand je regarde le monde où nous vivons, l’Europe est de plus en plus fracturée. Quand je regarde le monde où nous vivons, vous avez des puissances autoritaires qui réémergent et qui se réarment aux confins de l’Europe. Nous sommes basculés par les tentatives d’intrusion dans le cyberespace et l’intervention d’ailleurs dans notre vie démocratique de plusieurs… Nous nous devons nous protéger à l’égard de la Chine, de la Russie et même des Etats-Unis d’Amérique. Quand je vois le président Trump annoncer il y a quelques semaines le fait qu’ils sortent d’un grand traité de désarmement, qui avait été pris je le rappelle après la crise des euromissiles, au milieu des années 80, qui avaient frappé l’Europe, qui en est la victime principale? L’Europe et sa sécurité. (…) Moi je crois dans un projet d’une Europe souveraine, d’une Europe puissante. On ne protégera pas les Européens si on ne décide pas d’avoir une vraie armée européenne. Face à la Russie qui est à nos frontières et qui a montré qu’elle pouvait être menaçante. Moi, je veux construire un vrai dialogue de sécurité avec la Russie, qui est un pays que je respecte, qui est européen. Mais on doit avoir une Europe qui se défend, davantage seule, sans dépendre seulement des Etats-Unis, et de manière plus souveraine» Emmanuel Macron
Le président Macron vient de suggérer que l’Europe construise sa propre armée pour se protéger contre les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Très insultant mais peut-être que l’Europe devrait d’abord payer sa part à l’OTAN que les Etats-Unis subventionnent largement !  Donald Trump
On ne devrait jamais imiter Mitterrand. François Hollande n’est pas Tonton et Manuel Valls n’est pas Max Gallo. En 1983, l’historien, alors porte-parole du gouvernement, publiait à la fin du mois de juillet une tribune de très bonne facture dans Le Monde: «Les intellectuels, la politique et la modernité.» Il y déplorait l’abandon par la gauche de la bataille des idées et le silence des penseurs et des philosophes retirés «sur l’Aventin». Le 5 mars dernier, Manuel Valls lançait à son tour «Où sont les intellectuels? Où sont les grandes consciences de ce pays, les hommes, les femmes de culture qui doivent monter eux aussi au créneau? Où est la gauche?» C’est le même qui, pourtant, rejetait dans les rayons de l’enfer un essayiste, un romancier et un philosophe dont les œuvres cristallisent une large partie des angoisses contemporaines et qui à eux trois vendent des centaines de milliers de livres. Le Suicide français, d’Éric Zemmour, selon Manuel Valls, ne méritait pas d’être lu. La France ça n’est pas «celle de Houellebecq» a-t-il affirmé. Enfin, il s’est embrouillé dans ses fiches, sur Europe 1, en estampillant, malgré lui, Bernard-Henri Lévy comme penseur officiel du régime et en tatouant sur le bras de Michel Onfray le signe infâmant de l’extrême droite. Si l’on comprend bien le premier ministre, le silence des intellectuels est révoltant quand ils sont issus de la gauche morale mais impératif quand ils ont emprunté d’autres chemins. Pour savoir qui doit parler et qui doit se taire, s’adresser à l’hôtel Matignon. Cette approche enfantine illustre la place qu’ont véritablement les intellectuels dans l’esprit du gouvernement (et disons-le de la plus grande part de la droite): des pions noirs ou blancs que des communicants, plus ou moins incultes, placent sur le damier. L’ouvrage de François Bazin,Les Ombres d’un président (Plon),détaille avec cruauté cette paresse et cette indifférence chez François Hollande. La littérature et la vie de l’esprit établissent pourtant des liens indestructibles entre l’homme public et la population. Plus encore que la séance du marché le samedi matin, la lecture de Balzac expose toutes les nuances de l’âme humaine et de l’ambition, celle de Proust des vanités sociales et des intermittences du cœur. Les Particules élémentaires ou Soumission offrent un tableau de la classe moyenne que les sociologues mettront dix ans à établir dans leurs rapports. Mais ceux qui nous gouvernent ou souhaiteraient le faire considèrent le livre comme un meuble. L’ornement secondaire d’une ambition accomplie. Le chef de l’État assume son ignorance et se fait prendre en photo, sourire ravi, avec L’Histoire de France pour les Nuls. Manuel Valls ne sait pas qui est Hélie de Saint Marc, Fleur Pellerin se fout de Modiano, Frédéric Lefebvre confond Zadig et Voltaire, Nicolas Sarkozy s’est longtemps demandé à quoi pouvait bien servir La Princesse de Clèves. Les journalistes, reconnaissons-le, ne sont pas en reste. Ils classent eux aussi les auteurs chez les blancs ou chez les noirs sans même prendre la peine d’ouvrir leur livre. Christophe Guilluy, géographe de gauche qui ne cesse d’essai en essai d’établir les causes de la dérive identitaire, est qualifié de «pousse» de la droite la plus réactionnaire. L’auteur de L’Insécurité culturelle, Laurent Bouvet, alerte la gauche sur ses impensés: il est renvoyé sur l’autre rive parce qu’il a osé évoquer la crise de l’intégration. L’œuvre d’Alain Finkielkraut, maître de l’inquiétude et de la nuance, est réduite au rang de tract pour le Front national. Leurs noms remplissent les listes noires. Contre eux, le lexique olfactif, «rance», «moisi», est exploité jusqu’à la nausée. Tous sont coupables du même crime: plutôt que de peindre une surréalité heureuse, ils livrent par fragments les peurs et les espérances de l’inconscient collectif. En un mot, ils appellent un chat, un chat. Ce que les sondeurs voient venir, à la veille des élections départementales, ils l’annoncent et le déplorent depuis des années. Ils ne se sont pas contentés de publier des essais et d’attendre «sur l’Aventin». Ils supportent les ricanements, les couleurs criardes des studios de télévision, les comiques pas drôles, les critiques jaloux. En vain. Certes, les politiques les reçoivent, les écoutent, les raccompagnent, leur tapotent l’épaule, mais l’idée ne leur est pas encore venue de jeter un œil sur leurs livres. Pas le temps: le rappeur Joey Starr, fondateur de l’inoubliable Nique ta mère, vient dîner à l’Élysée. Vincent Tremolet de Villers
Dans le passé, le patriotisme a été souvent compris comme défense de la liberté politique, qu’il s’agisse de la liberté d’une nation ou d’une autre entité, une cité, une ville, un royaume, une province. Il était classique d’opposer Pétain et De Gaulle sur ce point: le patriotisme du Général De Gaulle l’a conduit à la résistance, alors que le nationalisme du Maréchal Pétain l’a poussé au contraire à la collaboration avec l’Allemagne nazie. Cette opposition, valable pour l’époque, n’est plus très évidente dans le contexte actuel. Le souverainisme n’est pas fasciste par nature, la liberté politique prend parfois un chemin nationaliste, comme on l’a vu à chaque phase de décolonisation ou de fin d’un empire. L’éclatement de l’Union soviétique en plusieurs États-nations en est l’exemple le plus récent. Dans les années 20, De Gaulle avait douté de l’efficacité du Traité de Versailles, aujourd’hui exagérément tenu pour responsable de tous les maux du siècle, parce que, selon le général inquiet, il n’offrait pas assez de garanties contre une remilitarisation de l’Allemagne. L’avenir ne lui a pas donné tort. Aujourd’hui une telle analyse serait probablement qualifiée de nationaliste et non de patriotique. Dans un autre registre, De Gaulle, dirigeant une France active dans le Marché Commun européen de l’époque, n’hésitait pas à utiliser la politique de la «chaise vide» ou des rapports de force. Il semble que ces positions sont nationalistes, tout au moins si l’on suit la définition suggérée par le président Macron dans son discours: «nos intérêts d’abord et qu’importent les autres!» L’opposition entre patriotisme et nationalisme n’est pas nouvelle chez les présidents français: De Gaulle se considérait uniquement comme patriote et rejetait le terme «nationaliste» sur les pétainistes. Quant à Mitterrand, il déclarait d’une part devant le Parlement européen en janvier 1995: «le nationalisme, c’est la guerre!» et parlait quelques mois plus tard, le 8 mai 1995 à Berlin, du patriotisme des soldats allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit, remarquons-le, du «patriotisme» des soldats d’Hitler et d’une armée qui a combattu jusqu’au bout, même quand la guerre était évidemment perdue. Quelle liberté défendaient-ils? Le nationalisme non-violent proclamé et pratiqué par Gandhi apparaît préférable au supposé patriotisme des soldats allemands des années 40. Emmanuel Macron a utilisé cette opposition entre patriotisme et nationalisme devant 70 chefs d’État du monde entier qui parlent des dizaines de langues différentes. Cela pose un vrai problème de traduction. Toutes les langues ne font pas une telle distinction entre «patriotisme» et «nationalisme». Il aurait au moins fallu préciser en quoi le patriotisme se distinguait du nationalisme, ce qui dans de nombreuses langues oblige à distinguer deux sortes de nationalisme. Quant au patriotisme, n’est-il que politique? Une mesure protectionniste, par exemple, est-elle nationaliste ou patriotique? Autre exemple: la défense d’une langue, est-ce nationaliste ou patriotique? Le but du président, si l’on adopte un point de vue plus mondial que provincial dans l’usage des mots, revenait à faire la différence entre un «bon» et un «mauvais» nationalisme, et à faire entrer les dirigeants de certains pays (suivez mon regard…) dans la case des mauvais. (…) Si l’on écoute le discours de Macron avec des oreilles d’historien, ce qu’il tente de faire, c’est de «dégermaniser» ces deux conflits, en attribuant toute la responsabilité à des passions nationalistes très générales, très vagues. On oublie au passage les rivalités entre l’Allemagne et les autres empires coloniaux, en premier lieu le Royaume-Uni et la France. On met Angela Merkel au centre de la cérémonie et «en même temps», on relègue dans l’ombre les Britanniques. Le Brexit a-t-il un rapport avec la Guerre de 14? Pour expliquer sérieusement la Première Guerre et ses atrocités, il faut au minimum parler des nationalismes et des impérialismes. Au pluriel! Quant à la Seconde Guerre mondiale, dans cette perspective, elle se trouve également dégermanisée, présentée comme moment du nazisme, du totalitarisme, apogée du fascisme. Les situations nationales historiques deviennent secondaires au regard de la possibilité du fascisme à toute époque, en tout lieu. Hitler est vu comme un dictateur antisémite à la tête d’un totalitarisme concentrationnaire. Toute continuité avec les politiques de Bismarck ou de Stresemann a disparu. La volonté politique de revanche dans les années 30 n’était pourtant pas le monopole des nazis. Et la rivalité avec le communisme stalinien pour la suprématie mondiale semble n’avoir joué aucun rôle dans la constitution du nazisme comme totalitarisme. C’est pourtant lui qui donnait certains éléments du modèle totalitaire, et non les passions nationalistes ou patriotiques du début du siècle. Dans les millions d’exemplaires de Mein Kampf vendus avant 1933, les thèmes racistes, conspirationnistes et exterminateurs, très nouveaux, voisinent avec la reprise d’une politique de militarisme et d’expansion bien antérieure au nazisme. Et puis il y a des causes imputables aux démocraties européennes et au stalinisme. La France a agi à contretemps: l’intransigeance de Poincaré au début des années 20 n’a pas aidé l’Allemagne de Weimar. Après 1925 c’est l’erreur inverse, et c’est quand l’Allemagne devient revancharde que Briand fait une politique de compromis dépourvue de fermeté. Pire, Staline renvoie dos à dos sociaux-démocrates et nazis, contribuant ainsi à la victoire de ces derniers aux élections de 1933. Il signe un pacte germano-soviétique quelques années plus tard. Toutes ces erreurs à répétition sont une des causes de la guerre de 40. (…) Le monde d’aujourd’hui est tellement différent de celui des années 30! L’économie s’est mondialisée, globalisée, l’Union européenne existe, de nouvelles tensions religieuses sont apparues. (…) Ce genre de comparaison est largement contre-productif. Cela ne permet pas d’identifier les causes spécifiques de la poussée des nationalismes actuels, qui sont entre autres choses, un mouvement de défense économique et d’inquiétude ethnoculturelle. Le nationalisme des années 30 était, au contraire, un nationalisme de conquête et entraînait une compétition aux conséquences impérialistes. Le nationalisme contemporain veut protéger ses frontières, celui des années 30 les franchissait par la force et la guerre. Il existe plusieurs types de nationalismes, comme il existe plusieurs types de démocraties, plusieurs catégories de dictatures, plusieurs sortes d’économie de marché… Le nationalisme de Gandhi n’est pas le nationalisme de Bismarck et celui de Franco n’est pas celui de Mandela. Certains nationalismes sont fascistes et d’autres démocratiques. Si le nationalisme d’aujourd’hui était vraiment celui des années 30, alors cela signifierait l’imminence d’un totalitarisme ou de la dictature sous sa forme la plus brutale. Notons au passage que l’impact du communisme soviétique dans l’Europe des années 30 est toujours oublié ou gommé dans les raccourcis historiques qu’on nous propose. Emmanuel Macron semble faire la critique d’un nationalisme illibéral, qui refuse les droits de l’homme et s’oppose à la démocratie. Le nationalisme qui perce aujourd’hui en Europe ou dans le monde (aux États-Unis, au Royaume-Uni par exemple) s’appuie sur des procédures démocratiques (élections, référendums) et se manifeste comme réaction face aux changements économiques, sociaux et culturels. Qu’est-ce qui doit définir le nationalisme aujourd’hui? Trump ou Poutine? Erdogan ou Bolsonaro? Le Brexit ou le souverainisme écossais? On voit bien qu’une réponse unique est absurde. Se protéger n’est pas toujours méprisable et la compétition sans fin, sans limite, sans frontière n’améliore pas toujours la qualité de la vie. Il faut donc se méfier des oppositions binaires trop creuses, telles qu’«ouvert/fermé», «repli/diversité». S’il ne s’agit pas de propagande, il s’agit au minimum de simplification, non exempte d’intérêts matériels bien cachés. Le capitalisme contemporain s’est paré d’un vernis d’ouverture. Comme si l’ouverture des marchés était le seul véritable cosmopolitisme. Sans parler des dégâts écologiques et toxicologiques induits. Limiter les pires effets du commerce mondialisé n’est ni nationaliste, ni patriotique. Seuls ceux qui s’opposent à toute limitation ont intérêt à les qualifier ainsi. Gil Delannoi
D’un pacifisme à l’autre. En quelques jours, Emmanuel Macron est passé d’Angela Merkel à Philippe Pétain. Il y a une semaine, il voulait un 11 novembre civil, voué à célébrer l’amitié-franco-allemande et voilà qu’il nous ressort le père de la Collaboration. Lui qui, il y a quelques jours encore, prétendait escamoter le souvenir de l’affrontement militaire, pour ne pas fâcher nos amis allemands avec ces sombres rappels, craint aujourd’hui qu’on efface les faits d’armes du vainqueur de Verdun. Entretemps, le président a sans doute remarqué que, dans les rangs de l’armée, l’idée de démilitariser la mémoire de la guerre n’avait pas le succès escompté. Sans doute a-t-il cru se rattraper avec cet hommage aux maréchaux, y compris au moins sortable d’entre eux. Croire que l’on peut câliner les militaires en honorant (même entre autres) celui qui a trahi la patrie qu’ils servent, c’est au minimum désinvolte et au pire insultant. Ce grand écart prouve bien, si besoin était, que la mémoire n’obéit pas aux lois de l’histoire. L’histoire recherche (avec plus ou moins de bonheur) la vérité. La mémoire choisit, hiérarchise, promeut, sacralise ou oublie. En l’occurrence, elle n’a pas très bien choisi. Depuis qu’a éclaté cette nouvelle affaire Pétain, les défenseurs du président se drapent dans la vérité historique et accusent leurs contradicteurs de céder à l’injonction du politiquement correct. Une belle entourloupe. Nul ne conteste que Pétain fut un des artisans de la drôle de victoire de 1918, ni que c’est ce passé qui lui a permis, en 1940, d’accéder à la direction du pays. S’il y a discussion, c’est en réalité, sur le Pétain de 1940, en particulier depuis qu’Eric Zemmour a remis au goût du jour la thèse du glaive et du bouclier. Du reste, aucune discussion ne devrait être interdite quant à l’histoire et son interprétation. Il n’y a pas d’histoire officielle – fût-elle écrite par Paxton. En revanche, il y a bel et bien une mémoire officielle. Et Emmanuel Macron n’est pas prof d’histoire, il est le médiateur privilégié de cette mémoire. « Le futur n’efface pas le passé », affirme l’historien Michel Goya dans Le Figaro. Personne ne veut effacer le passé. Mais le président ne s’est pas contenté de rappeler factuellement la contribution de Pétain à la Grande guerre, ce qui aurait été parfaitement acceptable, il a déclaré qu’il était légitime de l’honorer. Même si on sait qu’il n’a voulu honorer que le vainqueur de Verdun, cette position est difficilement tenable. Simone Veil serait-elle au Panthéon si elle avait tué ou volé ? Sans doute que non. Une vie humaine ne se découpe pas en tranches aussi aisément. Ajoutons qu’aujourd’hui, n’importe quel grand homme suspecté d’avoir troussé trop de jupons serait décrété inéligible à l’hommage de la nation – à l’exception de Johnny Hallyday, mais lui, c’était un artiste… Philippe Pétain a été condamné à l’indignité nationale et, comme me l’apprend l’excellent Jean-Baptiste Roques, de la web-télé La France libre, la première mesure de ses geôliers, après sa condamnation, a été de le priver de son uniforme. Le 15 août 1945, Philippe Pétain a cessé d’être un soldat. Il appartient à l’histoire de l’armée française – car on ne peut pas réécrire l’histoire – pas à sa mémoire. Il en a été effacé au nom du peuple français. Emmanuel Macron n’a pas le pouvoir de l’y réintégrer. Macron (…) voulait-il adresser un clin d’œil au parti zemmourien – non pas que celui-ci soit pétainiste dans l’âme mais parce que beaucoup, en son sein, considèrent que le fait de ne pas partager l’opinion générale au sujet du maréchal (ça il paraît qu’il l’est toujours car maréchal n’est pas un titre militaire) est le comble de l’insolence ? Peut-être a-t-il simplement fait une gaffe. On nous bassine depuis des jours avec son « itinérance mémorielle » – qui a donc inventé un truc aussi ridicule ? On imaginait que des tas de conseillers avaient planché sur le contenu, voire qu’ils s’étaient interrogés sur le traitement à réserver au cas Pétain. Que le président, sur un sujet aussi épineux, se contente d’improviser, c’est un peu fâcheux. (…) Mais pour nombre de lecteurs de Zemmour, comme chez beaucoup de dieudonnistes, agiter le nom de Pétain est d’abord l’une des mille façons d’épater le bourgeois. (…) Ce qui rend la bourde d’Emmanuel Macron passablement agaçante, c’est que, jusque-là, il était un anti-pétainiste de choc, qui multipliait les allusions lourdingues sur le retour des années 30, suivez mon regard. Traquant les miasmes des heures les plus sombres chez ses adversaires populistes, il se campait volontiers en Saint Georges terrassant la nouvelle bête immonde. Et il est vraisemblable qu’il recommencera dès que le 11 novembre sera derrière lui et qu’il entrera en campagne pour les européennes. En somme, Macron voit du pétainisme partout, sauf sur la tombe de Pétain. Reste que la magie qui lui a permis de faire passer son incohérence idéologique pour la pratique du consensuel « en même temps » a cessé d’opérer. « Une cuillère pour Zemmour, une cuillère pour Plenel » (ou en l’occurrence pour Raphaël Glucksmann, nouvel espoir de la gauche), ça ne marche pas. Ça veut juste dire que le président nous prend pour des billes. Elisabeth Lévy
Avant, les spécialistes réputés rechignaient à collaborer avec nous ; aujourd’hui, ce sont eux qui nous sollicitent. Vincent Barbare
Souvenez-vous, cet été, François Hollande en train de lire L’Histoire de France pour les Nuls, pendant ses vacances dans le sud de la France… La photo n’est pas passée inaperçue. « Même Hollande s’y est mis », clamait un article du Nouvel Observateur sur le succès de ce titre, sorti fin 2004 aux Éditions First et vendu, à ce jour, à 430 000 exemplaires. Les Guignols en ont fait leurs choux gras, exhibant la marionnette du premier secrétaire du PS le livre entre les mains ! Une consécration pour l’auteur, Jean-Joseph Julaud, 56 ans, prof d’histoire-géo et de français pendant trente ans dans un collège de Conquereuil (Loire-Atlantique), qui a signé ensuite La Littérature française pour les Nuls et qui vient récemment de rempiler avec La Géographie française pour les Nuls. Il revient de loin, lui dont les élites ont longtemps boudé l’entreprise, sa typographie, son ton potache, et cette façon de prendre constamment le lecteur par la main. For Dummies est né aux États-Unis en 1993 à l’initiative d’un jeune informaticien soucieux de rendre la micro-informatique intelligible aux néophytes. Gros succès, des licences dans le monde entier, du Para Totos portugais au Per Negati italien, et déjà 150 millions d’exemplaires écoulés. Quelques variantes sur le jardinage, le tricot, la santé et le bien-être. Les Éditions First, fondées en 1992, sont justement sur ce créneau. Pourquoi ne pas l’élargir à d’autres domaines de la connaissance, réputés moins accessibles ? « Puisque le concept marchait si bien pour l’informatique, qui représente toujours un quart des ventes de la collection, nous avons eu l’idée de le décliner sur d’autres thèmes, avec des créations spécifiquement françaises », explique Vincent Barbare, PDG des Éditions First pour la France. Au début, l’éditeur américain est sceptique mais La Bible pour les Nuls, qui paraît en 2003 et se vendra à quelque 35 000 exemplaires, le convainc de laisser le champ libre à sa licence française. Laquelle, depuis, a enfoncé le clou, multipliant son chiffre d’affaires par quinze en dix ans (40 millions d’euros en 2006) avec la philosophie (60 000 exemplaires vendus), la mythologie, l’histoire de l’art, la culture générale, l’Égypte ancienne, l’opéra, la franc-maçonnerie, sans oublier la chanson française, dernier ouvrage paru (…) Du reste, bon nombre d’enseignants ont été séduits par la formule, même s’il reste quelques sceptiques. En tout cas, aujourd’hui, les auteurs se bousculent au portillon (…) Avis à François Hollande : un titre sur la politique française est en préparation… Le Figaro
Et si Emmanuel Macron se mettait à L’Histoire pour les nuls ?

A l’heure où, de François Lefebvre à Nadine Morano ou de Manuel Valls à Fleur Pellerin …

Les lapsus ou rares accents de vérité de nos responsables politiques surmenés sur leurs ignorances respectives font les choux gras de nos médias en panne de contenu …

Et où entre une variation sur lexique olfactif du « rance » ou du « moisi …
Un lamento sur « les heures les plus sombres de notre histoire », « le retour des années 30 » ou « la lèpre nationaliste » …
Un appel aux armes à l’Europe contre les cyberattaques russes et chinoises comme américaines …
Ou une leçon d’histoire publique à son principal invité au centenaire même du premier, sans compter les 50 ans de bouclier nucléaire contre l’ours communiste, de ses deux sauvetages du Vieux continent …
Un président français au plus bas dans les sondages  se prend les pieds dans le tapis d’une bien improbable défense du maréchal Pétain
Au moment même où se vérifie presque quotidiennement dans la rue …
Les avertissements d’un Finkielkraut à un Zemmour ou d’un Houellbecq à un Guilluy …
Et sans compter les pestiférés de la famille Le Pen
Des lanceurs d’alerte longtemps voués aux gémonies sur la colère du peuple qui montait …
Comment ne pas regretter …
Cette étrange suspicion qui semble s’attacher après le cas, on s’en souvient, de l’encyclopédie collaborative Wikipedia

A une étonnante et méritante entreprise de vulgarisation …

Qui née aux États-Unis sous le titre de For Dummies mais écrite à l’heure des premiers balbutiements de la micro-informatique voilà 25 ans par des spécialistes à l’instar du jeune informaticien Dan Gookin qui en fut à l’initiative …

Se décline depuis dans tous les domaines et la plupart des grandes langues de la planète …

Et qui avec L’Histoire de France pour les nuls …

Et ses plus de 400 000 titres vendus et l’aide bien involontaire d’un autre président français …
A produit le best-seller non-anglophone absolu de la célèbre collection aux bandes noire et jaune ?
Des Nuls plébiscités
Delphine Peras
le Figaro
15/10/2007

SOUVENEZ-VOUS, cet été, François Hollande en train de lire L’Histoire de France pour les Nuls, pendant ses vacances dans le sud de la France… La photo n’est pas passée inaperçue. « Même Hollande s’y est mis », clamait un article du Nouvel Observateur sur le succès de ce titre, sorti fin 2004 aux Éditions First et vendu, à ce jour, à 430 000 exemplaires. Les Guignols en ont fait leurs choux gras, exhibant la marionnette du premier secrétaire du PS le livre entre les mains ! Une consécration pour l’auteur, Jean-Joseph Julaud, 56 ans, prof d’histoire-géo et de français pendant trente ans dans un collège de Conquereuil (Loire-Atlantique), qui a signé ensuite La Littérature française pour les Nuls et qui vient récemment de rempiler avec La Géographie française pour les Nuls. Il revient de loin, lui dont les élites ont longtemps boudé l’entreprise, sa typographie, son ton potache, et cette façon de prendre constamment le lecteur par la main. For Dummies est né aux États-Unis en 1993 à l’initiative d’un jeune informaticien soucieux de rendre la micro-informatique intelligible aux néophytes. Gros succès, des licences dans le monde entier, du Para Totos portugais au Per Negati italien, et déjà 150 millions d’exemplaires écoulés. Quelques variantes sur le jardinage, le tricot, la santé et le bien-être. Les Éditions First, fondées en 1992, sont justement sur ce créneau.

Derniers titres : L’Histoire de l’art pour les Nuls ; La Géographie française pour les Nuls ; La Mythologiepour les Nuls ; L’Opéra pour les Nuls ; L’Égypte ancienne pour les Nuls ; La Culture générale pour les Nuls (en librairie le 6 décembre) ; Le Rugby pour les Nuls (en librairie le 17 janvier) ; L’Arabe pour les Nuls (14 janvier) et, pour le mois de mars, est annoncée La Politique pour les Nuls.
Voir aussi:

Nationalisme vs. patriotisme : « Il faut se méfier des oppositions binaires »
Paul Sugy
Le Figaro
14/11/2018

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Lors de la cérémonie de célébration des 100 ans de l’armistice, à Paris, ce dimanche, Emmanuel Macron a opposé le nationalisme au patriotisme. Mais pour Gil Delannoi, tout n’est pas si simple : ce chercheur rappelle qu’il n’existe pas un, mais des nationalismes, et que celui d’aujourd’hui n’est pas celui des années 30.

Gil Delannoi est docteur en science politique, professeur à Sciences Po et chercheur au CEVIPOF. Il a notamment publié La Nation contre le nationalisme (PUF, 2018).

FIGAROVOX.- Emmanuel Macron a déclaré dimanche, dans son discours de commémoration de l’armistice: «le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme: le nationalisme en est la trahison». Que vous inspirent ces propos?

Gil DELANNOI.- Il y a deux façons de comprendre cette phrase: au passé, auquel cas on parle du nationalisme tel qu’il s’est manifesté dans l’histoire, ou alors au présent, et il faudrait en ce cas savoir plus précisément et plus clairement ce qu’Emmanuel Macron désigne par là.

Dans le passé, le patriotisme a été souvent compris comme défense de la liberté politique, qu’il s’agisse de la liberté d’une nation ou d’une autre entité, une cité, une ville, un royaume, une province. Il était classique d’opposer Pétain et De Gaulle sur ce point: le patriotisme du Général De Gaulle l’a conduit à la résistance, alors que le nationalisme du Maréchal Pétain l’a poussé au contraire à la collaboration avec l’Allemagne nazie. Cette opposition, valable pour l’époque, n’est plus très évidente dans le contexte actuel. Le souverainisme n’est pas fasciste par nature, la liberté politique prend parfois un chemin nationaliste, comme on l’a vu à chaque phase de décolonisation ou de fin d’un empire. L’éclatement de l’Union soviétique en plusieurs États-nations en est l’exemple le plus récent.

Dans les années 20, De Gaulle avait douté de l’efficacité du Traité de Versailles, aujourd’hui exagérément tenu pour responsable de tous les maux du siècle, parce que, selon le général inquiet, il n’offrait pas assez de garanties contre une remilitarisation de l’Allemagne. L’avenir ne lui a pas donné tort. Aujourd’hui une telle analyse serait probablement qualifiée de nationaliste et non de patriotique. Dans un autre registre, De Gaulle, dirigeant une France active dans le Marché Commun européen de l’époque, n’hésitait pas à utiliser la politique de la «chaise vide» ou des rapports de force. Il semble que ces positions sont nationalistes, tout au moins si l’on suit la définition suggérée par le président Macron dans son discours: «nos intérêts d’abord et qu’importent les autres!»

L’opposition entre patriotisme et nationalisme n’est pas nouvelle chez les présidents français: De Gaulle se considérait uniquement comme patriote et rejetait le terme «nationaliste» sur les pétainistes. Quant à Mitterrand, il déclarait d’une part devant le Parlement européen en janvier 1995: «le nationalisme, c’est la guerre!» et parlait quelques mois plus tard, le 8 mai 1995 à Berlin, du patriotisme des soldats allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit, remarquons-le, du «patriotisme» des soldats d’Hitler et d’une armée qui a combattu jusqu’au bout, même quand la guerre était évidemment perdue. Quelle liberté défendaient-ils? Le nationalisme non-violent proclamé et pratiqué par Gandhi apparaît préférable au supposé patriotisme des soldats allemands des années 40.

Emmanuel Macron a utilisé cette opposition entre patriotisme et nationalisme devant 70 chefs d’État du monde entier qui parlent des dizaines de langues différentes. Cela pose un vrai problème de traduction. Toutes les langues ne font pas une telle distinction entre «patriotisme» et «nationalisme». Il aurait au moins fallu préciser en quoi le patriotisme se distinguait du nationalisme, ce qui dans de nombreuses langues oblige à distinguer deux sortes de nationalisme. Quant au patriotisme, n’est-il que politique? Une mesure protectionniste, par exemple, est-elle nationaliste ou patriotique? Autre exemple: la défense d’une langue, est-ce nationaliste ou patriotique? Le but du président, si l’on adopte un point de vue plus mondial que provincial dans l’usage des mots, revenait à faire la différence entre un «bon» et un «mauvais» nationalisme, et à faire entrer les dirigeants de certains pays (suivez mon regard…) dans la case des mauvais.

La guerre, en particulier les deux conflits mondiaux du XXe siècle, est-elle seulement imputable au nationalisme?

Non. Si l’on écoute le discours de Macron avec des oreilles d’historien, ce qu’il tente de faire, c’est de «dégermaniser» ces deux conflits, en attribuant toute la responsabilité à des passions nationalistes très générales, très vagues. On oublie au passage les rivalités entre l’Allemagne et les autres empires coloniaux, en premier lieu le Royaume-Uni et la France. On met Angela Merkel au centre de la cérémonie et «en même temps», on relègue dans l’ombre les Britanniques. Le Brexit a-t-il un rapport avec la Guerre de 14? Pour expliquer sérieusement la Première Guerre et ses atrocités, il faut au minimum parler des nationalismes et des impérialismes. Au pluriel! Quant à la Seconde Guerre mondiale, dans cette perspective, elle se trouve également dégermanisée, présentée comme moment du nazisme, du totalitarisme, apogée du fascisme. Les situations nationales historiques deviennent secondaires au regard de la possibilité du fascisme à toute époque, en tout lieu. Hitler est vu comme un dictateur antisémite à la tête d’un totalitarisme concentrationnaire. Toute continuité avec les politiques de Bismarck ou de Stresemann a disparu. La volonté politique de revanche dans les années 30 n’était pourtant pas le monopole des nazis. Et la rivalité avec le communisme stalinien pour la suprématie mondiale semble n’avoir joué aucun rôle dans la constitution du nazisme comme totalitarisme. C’est pourtant lui qui donnait certains éléments du modèle totalitaire, et non les passions nationalistes ou patriotiques du début du siècle. Dans les millions d’exemplaires de Mein Kampf vendus avant 1933, les thèmes racistes, conspirationnistes et exterminateurs, très nouveaux, voisinent avec la reprise d’une politique de militarisme et d’expansion bien antérieure au nazisme.

Et puis il y a des causes imputables aux démocraties européennes et au stalinisme. La France a agi à contretemps: l’intransigeance de Poincaré au début des années 20 n’a pas aidé l’Allemagne de Weimar. Après 1925 c’est l’erreur inverse, et c’est quand l’Allemagne devient revancharde que Briand fait une politique de compromis dépourvue de fermeté. Pire, Staline renvoie dos à dos sociaux-démocrates et nazis, contribuant ainsi à la victoire de ces derniers aux élections de 1933. Il signe un pacte germano-soviétique quelques années plus tard. Toutes ces erreurs à répétition sont une des causes de la guerre de 40.

Tout ramener au nationalisme est un raccourci. Cette interprétation fait s’écrouler plusieurs pans de l’histoire, n’en retient que quelques-uns. Une telle conception de l’amitié est discutable: rappeler les faits n’est en rien un obstacle à la réconciliation, bien au contraire. Entre amis on se doit la vérité, et on prend plaisir au franc-parler. Les guerres sont des compétitions que l’on perd ou gagne d’abord sur le terrain militaire. La France a perdu deux fois sur trois face à l’Allemagne. L’Allemagne a perdu les deux dernières guerres en raison de leur mondialisation. Garder en mémoire les victimes ne doit pas obliger à méconnaître les détails de l’histoire. La paix aujourd’hui ne reproduira pas celle du passé. Ce qui la menace est, au moins, aussi différent que comparable aux dangers du passé.

Emmanuel Macron a également multiplié les références aux années 30 ces derniers jours. Là encore, la comparaison avec aujourd’hui est-elle valable?

Le monde d’aujourd’hui est tellement différent de celui des années 30! L’économie s’est mondialisée, globalisée, l’Union européenne existe, de nouvelles tensions religieuses sont apparues.

On pourrait tout aussi bien comparer la période actuelle avec un bon nombre d’autres époques. Pourquoi pas les années 1900, par exemple? Ce genre de comparaison est largement contre-productif. Cela ne permet pas d’identifier les causes spécifiques de la poussée des nationalismes actuels, qui sont entre autres choses, un mouvement de défense économique et d’inquiétude ethnoculturelle. Le nationalisme des années 30 était, au contraire, un nationalisme de conquête et entraînait une compétition aux conséquences impérialistes. Le nationalisme contemporain veut protéger ses frontières, celui des années 30 les franchissait par la force et la guerre.

Il existe plusieurs types de nationalismes, comme il existe plusieurs types de démocraties, plusieurs catégories de dictatures, plusieurs sortes d’économie de marché… Le nationalisme de Gandhi n’est pas le nationalisme de Bismarck et celui de Franco n’est pas celui de Mandela. Certains nationalismes sont fascistes et d’autres démocratiques. Si le nationalisme d’aujourd’hui était vraiment celui des années 30, alors cela signifierait l’imminence d’un totalitarisme ou de la dictature sous sa forme la plus brutale. Notons au passage que l’impact du communisme soviétique dans l’Europe des années 30 est toujours oublié ou gommé dans les raccourcis historiques qu’on nous propose.

Emmanuel Macron semble faire la critique d’un nationalisme illibéral, qui refuse les droits de l’homme et s’oppose à la démocratie. Le nationalisme qui perce aujourd’hui en Europe ou dans le monde (aux États-Unis, au Royaume-Uni par exemple) s’appuie sur des procédures démocratiques (élections, référendums) et se manifeste comme réaction face aux changements économiques, sociaux et culturels. Qu’est-ce qui doit définir le nationalisme aujourd’hui? Trump ou Poutine? Erdogan ou Bolsonaro? Le Brexit ou le souverainisme écossais? On voit bien qu’une réponse unique est absurde. Se protéger n’est pas toujours méprisable et la compétition sans fin, sans limite, sans frontière n’améliore pas toujours la qualité de la vie. Il faut donc se méfier des oppositions binaires trop creuses, telles qu’«ouvert/fermé», «repli/diversité». S’il ne s’agit pas de propagande, il s’agit au minimum de simplification, non exempte d’intérêts matériels bien cachés. Le capitalisme contemporain s’est paré d’un vernis d’ouverture. Comme si l’ouverture des marchés était le seul véritable cosmopolitisme. Sans parler des dégâts écologiques et toxicologiques induits. Limiter les pires effets du commerce mondialisé n’est ni nationaliste, ni patriotique. Seuls ceux qui s’opposent à toute limitation ont intérêt à les qualifier ainsi. Il faut observer sérieusement et tâcher de comprendre précisément les causes et les effets des nationalismes contemporains, et les relier aux défaillances des sociétés dans lesquelles ils émergent.

Manuel Valls, les intellectuels et l’inculture triomphante


Le Figaro
20/03/2015

FIGAROVOX/ ANALYSE- Plus de trente ans après Max Gallo, Manuel Valls se plaint du silence des intellectuels. Pour Vincent Trémolet de Villers les politiques ne les lisent pas et les utilisent comme des outils de communication.

Vincent Tremolet de Villers est rédacteur en chef des pages Débats/opinions du Figaro et du FigaroVox

On ne devrait jamais imiter Mitterrand. François Hollande n’est pas Tonton et Manuel Valls n’est pas Max Gallo. En 1983, l’historien, alors porte-parole du gouvernement, publiait à la fin du mois de juillet une tribune de très bonne facture dans Le Monde: «Les intellectuels, la politique et la modernité.» Il y déplorait l’abandon par la gauche de la bataille des idées et le silence des penseurs et des philosophes retirés «sur l’Aventin». Le 5 mars dernier, Manuel Valls lançait à son tour «Où sont les intellectuels? Où sont les grandes consciences de ce pays, les hommes, les femmes de culture qui doivent monter eux aussi au créneau? Où est la gauche?» C’est le même qui, pourtant, rejetait dans les rayons de l’enfer un essayiste, un romancier et un philosophe dont les œuvres cristallisent une large partie des angoisses contemporaines et qui à eux trois vendent des centaines de milliers de livres.

Le Suicide français, d’Éric Zemmour, selon Manuel Valls, ne méritait pas d’être lu. La France ça n’est pas «celle de Houellebecq» a-t-il affirmé. Enfin, il s’est embrouillé dans ses fiches, sur Europe 1, en estampillant, malgré lui, Bernard-Henri Lévy comme penseur officiel du régime et en tatouant sur le bras de Michel Onfray le signe infâmant de l’extrême droite.

Si l’on comprend bien le premier ministre, le silence des intellectuels est révoltant quand ils sont issus de la gauche morale mais impératif quand ils ont emprunté d’autres chemins. Pour savoir qui doit parler et qui doit se taire, s’adresser à l’hôtel Matignon. Cette approche enfantine illustre la place qu’ont véritablement les intellectuels dans l’esprit du gouvernement (et disons-le de la plus grande part de la droite): des pions noirs ou blancs que des communicants, plus ou moins incultes, placent sur le damier. L’ouvrage de François Bazin,Les Ombres d’un président (Plon),détaille avec cruauté cette paresse et cette indifférence chez François Hollande.

La littérature et la vie de l’esprit établissent pourtant des liens indestructibles entre l’homme public et la population. Plus encore que la séance du marché le samedi matin, la lecture de Balzac expose toutes les nuances de l’âme humaine et de l’ambition, celle de Proust des vanités sociales et des intermittences du cœur. Les Particules élémentaires ou Soumission offrent un tableau de la classe moyenne que les sociologues mettront dix ans à établir dans leurs rapports. Mais ceux qui nous gouvernent ou souhaiteraient le faire considèrent le livre comme un meuble. L’ornement secondaire d’une ambition accomplie. Le chef de l’État assume son ignorance et se fait prendre en photo, sourire ravi, avec L’Histoire de France pour les Nuls. Manuel Valls ne sait pas qui est Hélie de Saint Marc, Fleur Pellerin se fout de Modiano, Frédéric Lefebvre confond Zadig et Voltaire, Nicolas Sarkozy s’est longtemps demandé à quoi pouvait bien servir La Princesse de Clèves.

Les journalistes, reconnaissons-le, ne sont pas en reste. Ils classent eux aussi les auteurs chez les blancs ou chez les noirs sans même prendre la peine d’ouvrir leur livre. Christophe Guilluy, géographe de gauche qui ne cesse d’essai en essai d’établir les causes de la dérive identitaire, est qualifié de «pousse» de la droite la plus réactionnaire. L’auteur de L’Insécurité culturelle, Laurent Bouvet, alerte la gauche sur ses impensés: il est renvoyé sur l’autre rive parce qu’il a osé évoquer la crise de l’intégration. L’œuvre d’Alain Finkielkraut, maître de l’inquiétude et de la nuance, est réduite au rang de tract pour le Front national. Leurs noms remplissent les listes noires. Contre eux, le lexique olfactif, «rance», «moisi», est exploité jusqu’à la nausée. Tous sont coupables du même crime: plutôt que de peindre une surréalité heureuse, ils livrent par fragments les peurs et les espérances de l’inconscient collectif. En un mot, ils appellent un chat, un chat. Ce que les sondeurs voient venir, à la veille des élections départementales, ils l’annoncent et le déplorent depuis des années. Ils ne se sont pas contentés de publier des essais et d’attendre «sur l’Aventin». Ils supportent les ricanements, les couleurs criardes des studios de télévision, les comiques pas drôles, les critiques jaloux. En vain. Certes, les politiques les reçoivent, les écoutent, les raccompagnent, leur tapotent l’épaule, mais l’idée ne leur est pas encore venue de jeter un œil sur leurs livres. Pas le temps: le rappeur Joey Starr, fondateur de l’inoubliable Nique ta mère, vient dîner à l’Élysée.

Voir également:

Hélie de Saint Marc,l’honneur d’un commandant

Etienne de Montety

Le Figaro
16/03/2015

FIGAROVOX/TRIBUNE – Robert Ménard a rebaptisé ce samedi l’une des rues de Béziers «Commandant Hélie Denoix de Saint Marc», honneur qui a suscité l’indignation de la gauche. Ce dernier était pourtant une grande figure de l’histoire militaire française rappelle Etienne de Montety.

Journaliste et écrivain, Etienne de Montety est directeur du Figaro Littéraire.

Le maire de Béziers a inauguré samedi une rue Hélie Denoix de Saint Marc. L’électorat pied-noir, nombreux dans cette ville, a certainement été sensible à ce geste qui met à l’honneur une figure des dernières heures de la présence française en Algérie. La gauche, elle, s’est indignée. Manuel Valls a commenté la cérémonie: «C’est rance, c’est triste» et Stéphane Le Foll dénoncé «la nostalgie de l’Algérie française».

«Rance», «nostalgie», des mots qui conviennent bien mal à la personnalité du commandant de Saint Marc. Né en 1922, il était entré très jeune dans la Résistance (réseau Jade Amicol). Est-il rance ce geste de révolte, cet engagement courageux qui lui valut d’être arrêté par la police allemande et déporté à Buchenwald où il passera dix-huit mois dans un des pires satellites du camp, Langenstein?

«Les justes mouraient comme des chiens, écrira-t-il plus tard dans ses Mémoires. Les crapules avaient leur chance (…). Dans ma chute, j’ai éprouvé la validité de quelques attitudes éthiques élémentaires: refuser la lâcheté, la délation, l’avilissement.»

Après la Libération, il choisira la carrière des armes, servant en Indochine et en Algérie. En désaccord avec la politique du général de Gaulle -notamment le choix du FLN comme unique interlocuteur des négociations pour l’indépendance-, il entraîna le 1er régiment étranger de parachutistes dans la sédition, en rejoignant les généraux du putsch d’Alger. Il paiera cet acte d’une condamnation de dix ans de réclusion. À son procès, de nombreux observateurs comme Jean Daniel, Jacques Duquesne, Gilles Perrault furent frappés par sa personnalité lumineuse et sa hauteur de vues. Sa déclaration devant le tribunal militaire en avait saisi plus d’un: «Depuis mon âge d’homme, Monsieur le Président, j’ai vécu pas mal d’épreuves: la Résistance, la Gestapo, Buchenwald, trois séjours en Indochine, la guerre d’Algérie, Suezet puis, encore, la guerre d’Algérie…»Il n’était ni un idéologue, ni un factieux.

Fut-il nostalgique l’homme qui, tournant le dos à tout militantisme, se lança dans l’écriture de livres (avec le concours de son neveu l’éditeur Laurent Beccaria) qui rencontrèrent un large public? Leur qualité valut à l’un d’eux, Les Champs de braises, de recevoir le prix Femina. Et l’armée française lui décerna son prix littéraire Erwan-Bergot. À la même époque, Saint Marc prononça des centaines de conférences. À chaque fois, son auditoire était frappé par son souci de faire des événements qu’il avait vécus un récit apaisé. Il parlait posément de sa vie, de ses passions, de ses doutes, de ses contradictions, sans que jamais n’affleure l’esprit de revanche. Son message évoquait souvent la résistance, c’est-à-dire un état d’esprit face à l’oppression ou à des ordres qui heurtent manifestement la conscience de l’homme. L’actualité du monde (terrorisme islamique, menace technologique, dérives médicales) donnait à ses propos une résonance exceptionnelle.

Un moment important de la vie d’Hélie de Saint Marc avait été ce jour de septembre 1982 où il avait été réintégré dans ses droits; ses décorations lui avaient été restituées. Cette réhabilitation, il la devait à un personnage qui a façonné François Hollande et que tout le PS révère: c’était le président Mitterrand. En novembre 2011, par les mains du président Nicolas Sarkozy, la République française l’avait fait grand-croix de la Légion d’honneur.

À ses obsèques à Lyon, en août 2013, se pressaient tous les corps constitués de l’État, au premier rang desquels le sénateur maire de la ville, Gérard Collomb, qui salua alors «une figure d’une extrême intégrité, un être authentique habité d’un humanisme profond». Honneurs, décorations, reconnaissances: Hélie de Saint-Marc n’était cependant pas dupe des grandeurs d’établissements:«Je cherche constamment à décaper sur mon visage, écrivait-il, le fard insensible qui vient à ceux qui accède à une petite renommée, ceux qu’on mentionne en note dans les livres d’histoire (…). Je me souviens du Revier de Langenstein, de la cellule de Tulle et d’une chambre d’hôpital la nuit. Là, j’ai rencontré la vérité de mon destin.» Rance? Nostalgique?

Manuel Valls et Stéphane Le Foll devraient s’inspirer du conseil qu’Hélie de Saint Marc donnait à ses jeunes lecteurs: «comprendre avant de juger».

Voir de même:

Macron voit du pétainisme partout… sauf sur la tombe de Pétain
La mémoire n’obéit pas aux lois de l’histoire. En trouvant « légitime » d’honorer le Pétain de la Grande guerre, Emmanuel Macron a fauté.
Elisabeth Lévy
Causeur
9 novembre 2018

D’un pacifisme à l’autre. En quelques jours, Emmanuel Macron est passé d’Angela Merkel à Philippe Pétain. Il y a une semaine, il voulait un 11 novembre civil, voué à célébrer l’amitié-franco-allemande et voilà qu’il nous ressort le père de la Collaboration. Lui qui, il y a quelques jours encore, prétendait escamoter le souvenir de l’affrontement militaire, pour ne pas fâcher nos amis allemands avec ces sombres rappels, craint aujourd’hui qu’on efface les faits d’armes du vainqueur de Verdun. Entretemps, le président a sans doute remarqué que, dans les rangs de l’armée, l’idée de démilitariser la mémoire de la guerre n’avait pas le succès escompté. Sans doute a-t-il cru se rattraper avec cet hommage aux maréchaux, y compris au moins sortable d’entre eux. Croire que l’on peut câliner les militaires en honorant (même entre autres) celui qui a trahi la patrie qu’ils servent, c’est au minimum désinvolte et au pire insultant.

Les choix de bois
Ce grand écart prouve bien, si besoin était, que la mémoire n’obéit pas aux lois de l’histoire. L’histoire recherche (avec plus ou moins de bonheur) la vérité. La mémoire choisit, hiérarchise, promeut, sacralise ou oublie. En l’occurrence, elle n’a pas très bien choisi. Depuis qu’a éclaté cette nouvelle affaire Pétain, les défenseurs du président se drapent dans la vérité historique et accusent leurs contradicteurs de céder à l’injonction du politiquement correct. Une belle entourloupe. Nul ne conteste que Pétain fut un des artisans de la drôle de victoire de 1918, ni que c’est ce passé qui lui a permis, en 1940, d’accéder à la direction du pays. S’il y a discussion, c’est en réalité, sur le Pétain de 1940, en particulier depuis qu’Eric Zemmour a remis au goût du jour la thèse du glaive et du bouclier. Du reste, aucune discussion ne devrait être interdite quant à l’histoire et son interprétation. Il n’y a pas d’histoire officielle – fût-elle écrite par Paxton.

Pétain appartient à l’histoire, pas à la mémoire
En revanche, il y a bel et bien une mémoire officielle. Et Emmanuel Macron n’est pas prof d’histoire, il est le médiateur privilégié de cette mémoire. « Le futur n’efface pas le passé », affirme l’historien Michel Goya dans Le Figaro. Personne ne veut effacer le passé. Mais le président ne s’est pas contenté de rappeler factuellement la contribution de Pétain à la Grande guerre, ce qui aurait été parfaitement acceptable, il a déclaré qu’il était légitime de l’honorer. Même si on sait qu’il n’a voulu honorer que le vainqueur de Verdun, cette position est difficilement tenable. Simone Veil serait-elle au Panthéon si elle avait tué ou volé ? Sans doute que non. Une vie humaine ne se découpe pas en tranches aussi aisément. Ajoutons qu’aujourd’hui, n’importe quel grand homme suspecté d’avoir troussé trop de jupons serait décrété inéligible à l’hommage de la nation – à l’exception de Johnny Hallyday, mais lui, c’était un artiste… Philippe Pétain a été condamné à l’indignité nationale et, comme me l’apprend l’excellent Jean-Baptiste Roques, de la web-télé La France libre, la première mesure de ses geôliers, après sa condamnation, a été de le priver de son uniforme. Le 15 août 1945, Philippe Pétain a cessé d’être un soldat. Il appartient à l’histoire de l’armée française – car on ne peut pas réécrire l’histoire – pas à sa mémoire. Il en a été effacé au nom du peuple français. Emmanuel Macron n’a pas le pouvoir de l’y réintégrer.

Les limites de la com’
Macron savait-il que ses propos ne seraient pas disséqués avec minutie mais résumés, rapportés et évidemment déformés pour devenir une sorte de réhabilitation générale ? Autrement dit, voulait-il adresser un clin d’œil au parti zemmourien – non pas que celui-ci soit pétainiste dans l’âme mais parce que beaucoup, en son sein, considèrent que le fait de ne pas partager l’opinion générale au sujet du maréchal (ça il paraît qu’il l’est toujours car maréchal n’est pas un titre militaire) est le comble de l’insolence ? Peut-être a-t-il simplement fait une gaffe. On nous bassine depuis des jours avec son « itinérance mémorielle » – qui a donc inventé un truc aussi ridicule ? On imaginait que des tas de conseillers avaient planché sur le contenu, voire qu’ils s’étaient interrogés sur le traitement à réserver au cas Pétain. Que le président, sur un sujet aussi épineux, se contente d’improviser, c’est un peu fâcheux.On l’a abondamment rappelé, Macron n’est pas le premier à vouloir honorer le héros de Verdun – ni à susciter la polémique en le faisant. Rappelons cependant que De Gaulle devait bien faire avec les Français tels qu’ils étaient – vichysso-résistants comme l’a dit un historien. Ceux d’aujourd’hui ont été déniaisés. Il doit bien rester quelques vrais maréchalistes parmi les ex-partisans de l’Algérie française – et c’est peut-être la raison pour laquelle on attend toujours une réaction de Marine Le Pen. Mais pour nombre de lecteurs de Zemmour, comme chez beaucoup de dieudonnistes, agiter le nom de Pétain est d’abord l’une des mille façons d’épater le bourgeois.

« Une cuillère pour Zemmour, une cuillère pour Plenel »
Ce qui rend la bourde d’Emmanuel Macron passablement agaçante, c’est que, jusque-là, il était un anti-pétainiste de choc, qui multipliait les allusions lourdingues sur le retour des années 30, suivez mon regard. Traquant les miasmes des heures les plus sombres chez ses adversaires populistes, il se campait volontiers en Saint Georges terrassant la nouvelle bête immonde. Et il est vraisemblable qu’il recommencera dès que le 11 novembre sera derrière lui et qu’il entrera en campagne pour les européennes. En somme, Macron voit du pétainisme partout, sauf sur la tombe de Pétain. Reste que la magie qui lui a permis de faire passer son incohérence idéologique pour la pratique du consensuel « en même temps » a cessé d’opérer. « Une cuillère pour Zemmour, une cuillère pour Plenel » (ou en l’occurrence pour Raphaël Glucksmann, nouvel espoir de la gauche), ça ne marche pas. Ça veut juste dire que le président nous prend pour des billes.

Voir encore:

The For Dummies Success Story

Gaining notice and garnering popularity quickly after the series’ introduction, For Dummies has become a widely recognized and regarded companion around the world — a personal or professional friend who’s not only informative and reliable, but also downright fun.

Starting with the publication of DOS For Dummies in November 1991, For Dummies products have shown millions how to make the most of their PCs, get on the Internet, and explore the world of Windows.

Now — with more than 150 million books in print — For Dummies products show you how to do everything — cook, garden, manage finances, run a business, plan a trip, exercise, and eat right.

The inspiration

In 1987, new technologies were popping up all over the place. But computer manuals were dull and difficult to understand. A frustrated customer in a computer store, who knew nothing about computers, was looking for a simple, basic book about the difficult DOS operating system. « Something, » he suggested, « like DOS for dummies. » We knew the man’s frustration was shared by many other computer users, and we set out to do something about it. Thus, the For Dummies phenomenon began.

From the start, For Dummies was a simple, yet powerful concept: Relate to the anxiety and frustration that people feel about technology by poking fun at it with books that are insightful and educational and make difficult material interesting and easy. Add a strong dose of personality, a dash of comic relief with entertaining cartoons, and — voilá — you have a For Dummies book.

The presses roll

In November 1991, DOS For Dummies by Dan Gookin was initially met with skepticism — most bookstore chains didn’t want to carry the book at all, claiming that the title insulted their customers and readers in general. But we responded to the critics by calling the title a « term of endearment » that readers would immediately relate to and identify with. After convincing the bookstores to give us a chance, consumers agreed.

Onward and upward

And the For Dummies experience just keeps expanding! For Dummies now covers virtually all topics, including Flipping Houses For Dummies, Manga For Dummies, eBay For Dummies, Blogging For Dummies,  and even Food Allergies For Dummies. For Dummies tackles any topic that’s complex, confusing, intimidating, or conjures up any feelings of anxiety. What’s more, For Dummies books are now translated into over 30 languages.

Today, the For Dummies impact extends beyond the printed word — into the realms of software, videos, and Dummies.com.

Voir également:

Books for Dummies
Sean Green
Bossier press
October 28, 2013

I guess you could say I was judging a book by its cover when I first saw the “Books for Dummies” series. I had some serious doubts about the publisher’s approach to getting the message across. After all, who would pick up a book written for Dummies? Well come to find out a huge number of people did and still do.

The series was first created in 1991, to help readers with computer related topics. They were such a hit that before long there was an extensive list of titles on a wide variety of subjects being offered. The statistics I found on dummies.com are impressive.

“Books for Dummies.” More than 1,800: With books covering everything from A+ certification to the Zune, it’s not surprising that the “For Dummies” series boasts such a large number of titles – and the list just keeps on growing!

More than 250 million: That’s how many “For Dummies” books are in print today – a far cry from those DOS days. Just 7,500: This relatively small number is how many copies of “DOS For Dummies,” the first book in the series, were printed back in 1991.

More than 30: Dummies truly is a global phenomenon, with books having been translated into this many languages, including Arabic, Estonian, Greek, Russian, and Vietnamese.

(http://www.dummies.com/Section/Ten-or-So-Eye-Popping-Statistics.id-420239.html)

“iPad Apps for Kids For Dummies” by Jinny Gudmundsen; “Kindle Fire HD For Dummies” by Nancy Muir; “French All-in-one For Dummies” by Eliane Kurbegov; and “Small Business For Dummies” by Tyson, Eric are just a few of the many titles the library owns in the series. In addition, electronic resources are available to download from the library website at http://www.bossierlibrary.org.

Each book is written by specialists in their field. The easy to follow format is concise, provides tips for the reader, things to remember, warnings, illustrations, and technical stuff. Students can take advantage of the cheat sheet feature found at http://www.dummies.com/cheatsheet and print out a study guide. The website also offers “videos, step-by-step examples, how-to-articles, and shopping.”


Multiculturalisme: Délivrez-nous du bien ! (Multiculturalism, not Trumpism, is the revolution – In conventional times, Trump might have been one of the worst presidents we ever had; but in these most unconventional times, he may be the best president we could have had)

10 novembre, 2018
Délivrez-nous du bien ! Halte aux nouveaux inquisiteurs, par Natacha Polony et Jean-Michel Quatrepoint, éd. de l'Observatoire, 192 p.
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
La loi naturelle n’est pas un système de valeurs possible parmi beaucoup d’autres. C’est la seule source de tous les jugements de valeur. Si on la rejette, on rejette toute valeur. Si on conserve une seule valeur, on la conserve tout entier. (. . .) La rébellion des nouvelles idéologies contre la loi naturelle est une rébellion des branches contre l’arbre : si les rebelles réussissaient, ils découvriraient qu’ils se sont détruits eux-mêmes. L’intelligence humaine n’a pas davantage le pouvoir d’inventer une nouvelle valeur qu’il n’en a d’imaginer une nouvelle couleur primaire ou de créer un nouveau soleil avec un nouveau firmament pour qu’il s’y déplace. (…) Tout nouveau pouvoir conquis par l’homme est aussi un pouvoir sur l’homme. Tout progrès le laisse à la fois plus faible et plus fort. Dans chaque victoire, il est à la fois le général qui triomphe et le prisonnier qui suit le char triomphal . (…) Le processus qui, si on ne l’arrête pas, abolira l’homme, va aussi vite dans les pays communistes que chez les démocrates et les fascistes. Les méthodes peuvent (au premier abord) différer dans leur brutalité. Mais il y a parmi nous plus d’un savant au regard inoffensif derrière son pince-nez, plus d’un dramaturge populaire, plus d’un philosophe amateur qui poursuivent en fin de compte les mêmes buts que les dirigeants de l’Allemagne nazie. Il s’agit toujours de discréditer totalement les valeurs traditionnelles et de donner à l’humanité une forme nouvelle conformément à la volonté (qui ne peut être qu’arbitraire) de quelques membres ″chanceux″ d’une génération ″chanceuse″ qui a appris comment s’y prendre. C.S. Lewis (L’abolition de l’homme, 1943)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde: on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Ceux qui considèrent l’hébraïsme et le christianisme comme des religions du bouc émissaire parce qu’elles le rendent visible font comme s’ils punissaient l’ambassadeur en raison du message qu’il apporte. René Girard
L’organisateur doit se faire schizophrène, politiquement parlant, afin de ne pas se laisser prendre totalement au jeu. (…) Seule une personne organisée peut à la fois se diviser et rester unifiée. (…) La trame de toutes ces qualités souhaitées chez un organisateur est un ego très fort, très solide. L’ego est la certitude absolue qu’a l’organisateur de pouvoir faire ce qu’il pense devoir faire et de réussir dans la tâche qu’il a entreprise. Un organisateur doit accepter sans crainte, ni anxiété, que les chances ne soient jamais de son bord. Le moi de l’organizer est plus fort et plus monumental que le moi du leader. Le leader est poussé par un désir pour le pouvoir, tandis que l’organizer est poussé par un désir de créer. L’organizer essaie dans un sens profond d’atteindre le plus haut niveau qu’un homme puisse atteindre—créer, être ‘grand créateur,’ jouer à être Dieu. Saul Alinsky
Aujourd’hui, on vit côte à côte, je crains que demain, on vive face à face. Gérard Colomb
Le passeport américain fait toujours des envieux. Si l’on en croit une enquête publiée par le « New York Times « , obtenir le fameux document bleu marine serait même devenu une activité économique comme une autre. Les autorités viennent de fermer une sorte de maternité clandestine abritée dans une maison de San Gabriel (Californie). S’y rendaient des femmes chinoises prêtes à payer des milliers de dollars pour y accoucher. Entrées avec leur visa de touriste, elles repartaient ensuite dans leur pays, leur bébé américain sous le bras. Car, aux Etats-Unis, le 14e amendement de la Constitution accorde la nationalité à tout enfant né sur le territoire. Le « tourisme maternel  » se développe ainsi depuis la Chine, la Corée du Sud et le Mexique. Des annonceurs vendent des forfaits qui incluent le voyage, le séjour et les soins médicaux. Les dernières statistiques disponibles de 2008 font part de 7.462 bébés nés de parents étrangers résidant aux Etats-Unis, ce qui est peu au regard des 4,3 millions de naissances enregistrées cette année-là. L’empressement à donner la nationalité américaine à un enfant qui, a priori, ne vivra pas aux Etats-Unis est perçu comme une sorte d’assurance sur l’avenir : il pourra lui-même la demander, à 21 ans, pour ses parents. Mais contrairement à des enfants de clandestins, qui vivent sur place et qui finiront par s’intégrer, les enfants nés du tourisme maternel demeureront, a priori, totalement étrangers à la civilisation américaine. La prééminence du droit du sol aux Etats-Unis est aujourd’hui contestée par ceux qui ne supportent plus les flux d’immigration clandestine. En Arizona, les législateurs de l’Etat ont déposé un projet de loi qui nierait la nationalité américaine à des enfants nés de parents sans papiers. Même s’il peut être contesté au niveau fédéral, ce texte n’en est pas moins un indice de la montée de la xénophobie aux Etats-Unis. Les Echos
Jim Acosta was called on by the president to ask a question. He was called on by Donald Trump to ask whatever question he liked. And when he’d finished asking one, he then asked another – with interruption follow-ups in between. It was only when he attempted his third question – or possibly fourth depending on how you define the follow-ups – that the president got angry and asked him to sit down. There ensued a tussle with the mic. the scene was an incredible bit of theatre. We couldn’t take our eyes off it. It just went on and on. You could argue the president came looking for it – he does well, electorally, when he’s berating the press. But make no mistake. The media also does well when they are baiting the bear. The urge to poke can sometimes seem irresistible. (…) What happened in that room was not the ultimate fight for press freedom. This wasn’t someone risking life and limb against a regime where freedom of speech is forbidden. This was a bloke sitting in a room full of colleagues who were all trying to ask questions too. This was a man who’d had his turn and had been told he couldn’t hog the whole time. (…) The president took CNN’s question and then took more. And when he tried to move on, he couldn’t. Once the Acosta incident was over, he went on to take questions from journalists from all over the world – for a total of 90 minutes. What worries me is the wider question of how Trump and the media interact. When you watch the US morning shows – and evening shows come to that – what you notice is how things have changed. Even those who were not originally taking sides are now nailing their colours to the mast. Fox and MSNBC have always played to their own bases. But now CNN, too, has editorialised its evening slot with Chris Cuomo – who gives us an essay, a comment piece, on whatever is getting him fired up. It’s a good watch actually. And makes you engaged. But make no mistake – it’s the same game that Trump is playing. The one they pretend to despise. If DJT can rally his base – then – goes the logic – why shouldn’t TV do it too. It works for viewing figures in the same way it works for electoral success. It works, in other words, for those who like their chambers echoed – but it’s an odd place for news to sit. Emily Maitlis
Had Acosta phrased his question in a more neutral tone, he likely would have had more information for his audience to digest. Acosta asked the president if Trump had demonized the caravan of Central Americans trekking toward the United States, ending his exchange by stating, “It is not an invasion.” If Acosta had asked “What about that seems like an invasion?” he could have both sought an answer and avoided becoming bigger than the event he was covering. If you look closely at the video, when Acosta was asking questions, his exchange with the president was on track and normal. Acosta asked. “Do you think that you demonize immigrants?” To which the president answered, “No.” A better question might have been, “How do you respond to the criticism that you are demonizing certain types of immigrants, namely poor immigrants?” But then Acosta’s questions ended and his statements began. “Your campaign had an ad showing migrants climbing over walls,” he said. And then, “They are hundreds of miles away, that’s not an invasion.” The heated exchange grew from there. Things got uncomfortable when Acosta refused to turn over the microphone to an intern who reached out to remove it from him, and then stood up to continue his banter without the microphone. This was a White House event and he was talking to the president of the United States. A briefing is not the same as a cable news wrestling match, where sides shout at each other. Acosta should have handed over the microphone. President Trump deftly used the Acosta incident to play the victim of unfair press treatment. Journalists should not give more fuel to such accusations. Ask tough questions, avoid making statements or arguing during a press event and report the news, don’t become the news. Poynter
Our differences — on immigration, race, the role of work, the value of America itself — are intensifying. Slavery was the issue that blew up America in 1861 and led to the Civil War. (…) Something similar to that array of differences is slowly intensifying America’s traditional liberal–conservative and Democratic–Republican divides. (…) Globalization is accentuating two distinct cultures, not just economically but also culturally and geographically. Anywhere industries based on muscular labor could be outsourced, they often were. Anywhere they could not be so easily outsourced — such as Wall Street, Silicon Valley, the entertainment industry, the media, and academia — consumer markets grew from 300 million to 7 billion. The two coasts with cosmopolitan ports on Asia and Europe thrived. (…) Never in the history of civilization had there been such a rapid accumulation of global wealth in private hands as has entered the coffers of Amazon, Apple, Facebook, Google, Microsoft, and hundreds of affiliated tech companies. Never have private research marquee universities had such huge multibillion-dollar endowments. Never had the electronic media and social media had such consumer reach. Never has Wall Street had such capital. The result has been the creation of a new class of millions of coastal hyper-wealthy professionals with salaries five and more times higher than those of affluent counterparts in traditional America. The old working-class Democrat ethos was insidiously superseded by a novel affluent progressivism. Conservationism morphed into radical green activism. Warnings about global warming transmogrified into a fundamentalist religious doctrine. Once contested social issues such as gay marriage, abortion, gun control, and identity politics were now all-or-nothing litmus tests of not just ideological but moral purity. A strange new progressive profile supplanted the old caricature of a limousine liberal, in that many of the new affluent social-justice warriors rarely seemed to be subject to the ramifications of their own ideological zealotry. New share-the-wealth gentry were as comfortable as right-wing capitalists with private prep schools, expansive and largely apartheid gated neighborhoods, designer cars, apprentices, and vacations. For the other half of America, cause and effect were soon forgotten, and a new gospel about “losers” (deplorables, irredeemables, crazies, clingers, wacko birds) explained why the red-state interior seemed to stagnate both culturally and economically — as if youth first turned to opioids and thereby drove industry away rather than vice versa. Half the country, the self-described beautiful and smart people, imagined a future of high-tech octopuses, financial investments, health-care services, and ever more government employment. The other half still believed that America could make things, farm, mine, produce gas and oil — if international trade was fair and the government was a partner rather than indifferent or hostile. (…) As was true in 1861 or 1965, geography often intensified existing discord. The old consensus about immigration eroded, namely that while European and British commonwealth immigration was largely declining, it mattered little given that immigration from Latin America, Asia, and Africa would be diverse, meritocratic, measured — and legal. (…) Indeed, the professed views of Bill and Hillary Clinton, Joe Biden, Barack Obama, and Harry Reid before 2009 about illegal immigration were identical to those of Donald Trump in 2018: Secure the border; ensure that immigration was legal and meritocratic; deport many of those who had arrived illegally; and allow some sort of green-card reprieve for illegal aliens who had resided for years in the U.S., were working, and had no arrest record — all in exchange for paying a small fine, learning English, and applying for legal-resident status. The huge influxes of the 1990s and 21st century — 60 million non-native residents (citizens, illegal aliens, and green-card holders) now reside in the U.S. — destroyed that consensus, once shared across the racial and ideological spectrum, from the late civil-rights leader and Democratic representative Barbara Jordan to labor leader Cesar Chavez. Instead, a new opportunistic and progressive Democratic party assumed that the Latino population now included some 20 million illegal residents, and about that same number of first- and second-generation Hispanics. The 2008 Obama victory raised new possibilities of minority-bloc voting and seemed to offer a winning formula of galvanizing minority voters through salad-bowl identity-politics strategies. Purple states such as California, Colorado, Nevada, and New Mexico gradually turned blue, apparently due to new legions of minority-bloc voters. (…) On entry to the U.S., affluent immigrants from Mumbai, poor arrivals from Oaxaca, Chilean aristocrats, or Taiwanese dentists would all be deemed “minorities” and courted as such by political operatives. Stepping foot on American soil equated with experiencing racism, and racism generated reparational claims of an aggrieved identity. (…) Increasingly, half the country views its history and institutions as inspirational, despite prior flaws and shortcomings, and therefore deserving of reverence and continuance. The other half sees American history and tradition as a pathology that requires rejection or radical transformation. The world of post-1945 is coming to a close — after the end of the Cold War, the collapse of the Soviet Union, the unification of Germany, the creation of the European Union, the ascendance of a mercantilist and authoritarian China, and the post-9/11 rise of radical Islamic terrorism. Our closest NATO allies near the barricades of Russian aggression and radical Islam are the least likely of the alliance to prepare militarily. Yet Russia is a joke compared with the challenge of China. The European Union project is trisected by north-south financial feuding, east-west immigration discord, and Brexit — and the increasing realization that pan-European ecumenicalism requires more force and less democracy to survive than did the old caricatured nation-state. The post-war rationales for American global leadership — we would accept huge trade imbalances, unfair trading agreements, often unilateral and costly interventions given our inordinate wealth and power and fears of another 1939 — no longer persuade half the nation. (…) America is not isolationist, but an increasing number of its citizens sees overseas interventions as an artifact of globalization. Rightly or wrongly, they do not believe that the resulting rewards and costs are evenly distributed, much less in the interest of America as a whole. It is now old-hat to say that the Detroit of 1945, at the time perhaps the world’s most innovative and ascendant city, now looks like Hiroshima or Hamburg of 1945, while Hiroshima and Hamburg of 2018 resemble the equivalent of 1945 Detroit. The point is not that the post-war order itself destroyed Detroit, but that Americans see something somewhere wrong when we helped rebuild the industrial cities of the world and crafted an order under which they thrived but in the process ignored many of our own. The various ties that bind us — a collective educational experience, adherence to the verdict of elections, integration and assimilation, sovereignty between delineated borders, a vibrant popular and shared culture, and an expansive economy that makes our innate desire to become well-off far more important than vestigial tribalism — all waned. Entering a campus, watching cable news, switching on the NFL, listening to popular music, or watching a new movie is not salve but salt for our wounds. Victor Davis Hanson
Many conservatives did not see that Trump had framed the 2016 election as a choice between two mutually exclusive regimes: multiculturalism and America. What I call “multiculturalism” includes “identity politics” and “political correctness.” If multiculturalism continues to worm its way into the public mind, it will ultimately destroy America. Consequently, the election should have been seen as a contest between a woman who, perhaps without quite intending it, was leading a movement to destroy America and a man who wanted to save America. The same contest is being played out in the midterm elections. (…) Multiculturalism conceives of society as a collection of cultural identity groups, each with its own worldview, all oppressed by white males, collectively existing within permeable national boundaries. Multiculturalism replaces American citizens with so-called “global citizens.” It carves “tribes” out of a society whose most extraordinary success has been their assimilation into one people. It makes education a political exercise in the liberation of an increasing number of “others,” and makes American history a collection of stories of white oppression, thereby dismantling our unifying, self-affirming narrative—without which no nation can long survive. During the 2016 campaign, Trump exposed multiculturalism as the revolutionary movement it is. He showed us that multiculturalism, like slavery in the 1850’s, is an existential threat. Trump exposed this threat by standing up to it and its enforcement arm, political correctness. Indeed, he made it his business to kick political correctness in the groin on a regular basis. In countless variations of crassness, he said over and over exactly what political correctness prohibits one from saying: “America does not want cultural diversity; we have our culture, it’s exceptional, and we want to keep it that way.” He also said, implicitly but distinctly: the plight of various “oppressed groups” is not the fault of white males. This too violates a sacred tenet of multiculturalism. Trump said these things at a time when they were the most needful things to say, and he said them as only he could, with enough New York “attitude” to jolt the entire country. Then, to add spicy mustard to the pretzel, he identified the media as not just anti-truth, but anti-American. Trump is a walking, talking rejection of multiculturalism and the post-modern ideas that support it. Trump believes there are such things as truth and history and his belief in these things is much more important than whether he always tells the truth himself or knows his history—which admittedly is sometimes doubtful. His pungent assertion that there are “shithole” countries was an example of Trump asserting that there is truth. He was saying that some countries are better than others and America is one of the better ones, perhaps even the best. Multiculturalism says it is wrong to say this (as it was “wrong” for Reagan to call the Soviet Union “evil”). Trump is the only national political figure who does not care what multiculturalism thinks is wrong. He, and he alone, categorically and brazenly rejects the morality of multiculturalism. He is virtually the only one on our national political stage defending America’s understanding of right and wrong, and thus nearly alone in truly defending America. This why he is so valuable—so much depends on him. His shortcomings are many and some matter, but under present circumstances what matters more is that Trump understands we are at war and he is willing to fight. In conventional times, Trump might have been one of the worst presidents we ever had; but in these most unconventional times, he may be the best president we could have had. (…) Multiculturalism, not Trumpism, is the revolution. Trump’s campaign, and its defense by his intellectual supporters, was not a call for a revolution but a call to stop a revolution. Trump’s intellectual supporters did not say things could not get worse; they said without a sharp change in course there was a good chance we shall never get back home again. (…) Perhaps Trump’s most effective answer to Clinton’s and the Democrats’ multiculturalism was his attacks on political correctness, both before and after the election. Trump scolded Jeb Bush for speaking Spanish on the campaign trail. He pointed out that on 9/11 some Muslims cheered the collapse of the twin towers. He said Mexico was sending us its dregs, suggested a boycott of Starbucks after employees were told to stop saying “Merry Xmas,” told NFL owners they should fire players who did not respect the flag, expressed the view that people from what he called “shitholes” (Haiti and African countries being his examples) should not be allowed to immigrate, exposed the danger of selecting judges based on ethnicity, and said Black Lives Matter should stop blaming others. The core idea of each of these anti-P.C. blasts, when taken in aggregate, represent a commitment to America’s bourgeois culture, which is culturally “Judeo-Christian,” insists on having but one language and one set of laws, and values: among other things, loyalty, practical experience, self-reliance, and hard work. (…) Trump is hardly the ideal preacher, but in a society where people are thirsting for public confirmation of the values they hold dear, they do not require pure spring water. (…) Another [example] occurred in 2015 when Trump, after a terrorist attack, proposed a ban on all Muslims until “we figure out what the hell is going on.” Virtually everyone, the Right included, screamed “racism” and “Islamophobia.” Of course, to have defended Trump would have violated the multicultural diktat that Islam be spoken of as a religion of peace. But like Trump, the average American does not care whether Islam is or is not a religion of peace; he can see with his own eyes that it is being used as an instrument of war. When Muslim terrorists say they are doing the will of Allah, Americans take them at their word. This is nothing but common sense. (…) In exposing the dangers of multiculturalism, Trump exposed its source: radical liberal intellectuals, most of whom hang about the humanities departments (and their modern day equivalents) at our best colleges and universities, where they teach the multicultural arts and set multicultural rules. And from the academy these ideas and rules are drained into the mostly liberal, mostly unthinking opinion-forming elite who then push for open borders, diversity requirements, racism (which somehow they get us to call its opposite), and other aspects of multiculturalism. Thomas D. Klingenstein
Les Démocrates comme les Républicains ont à nouveau tenté d’instrumentaliser à leur profit les revendications identitaires qui dominent et divisent la société américaine depuis des années. Les premiers sont convaincus qu’il y a un stock de votes en leur faveur à récupérer chez les “minorités” (Noirs, Latinos, femmes, musulmans, homosexuels) et au lieu de concentrer leurs efforts et leurs discours sur le contenu de leur programme économique et politique, ils se dispersent dans le clientélisme. Les seconds se posent en défenseurs d’une identité américaine blanche et chrétienne menacée. Des deux côtés, on part du principe que l’électeur voudra voter pour une personne qui lui ressemble, et non pas pour une personne dont les idées le convainquent. Et gare aux traîtres! En 2017, un sénateur noir républicain s’est ainsi fait insulter comme “house negro” – nègre de case – parce qu’il soutenait la candidature d’un membre blanc de son parti au poste de ministre de la Justice. À l’inverse, certains de mes amis ne sont plus les bienvenus chez leurs parents pour avoir soutenu Hillary Clinton à la présidentielle de 2016. (…) Je crois que le pays est divisé depuis longtemps et que l’avènement de Trump n’a fait que mettre en lumière le malaise profond de la société américaine. (…) Plus encore qu’ailleurs, la fracture est béante entre de grands gagnants de la mondialisation et des gens “largués”. (…) Alors parfois, des parents sont même prêts à donner des amphétamines à leurs enfants, dès le CP, pour qu’ils obtiennent de bonnes notes. Dans la communauté noire, les aînés convaincus qu’il suffisait d’être honnête et laborieux, de «filer doux» pour réussir, sont moqués par une jeunesse qui se radicalise. Je vous donne un autre exemple de la panique ambiante: à la fin des années soixante, une large majorité d’Américains se déclarait très optimiste sur l’avenir multiracial du pays. En 2001, 70% des Noirs et 62% des Blancs pensaient encore que les relations avec l’autre communauté étaient bonnes. En 2016, avant l’élection de Donald Trump, ils n’étaient plus que 49% des Noirs et 55% des Blancs. (…) La classe politique mais aussi les réseaux sociaux alimentent une vision catastrophiste et spectrale de la réalité. Chacun vit dans sa cave identitaire, sans vue sur l’extérieur et des faits relativement rares prennent une importance disproportionnée dès qu’ils sont massivement diffusés: quand la vidéo d’un homme noir abattu par la police pour avoir traversé en dehors des clous devient virale, le sentiment d’injustice est décuplé. Quand la nouvelle d’un enfant retrouvé assassiné dans les toilettes d’une station-service est commentée ad nauseam à la sortie de chaque école du pays, la peur du prédateur pédophile gagne les foyers. 60% des Américains sont convaincus que la criminalité augmente alors que, selon le FBI, le taux de crimes violents a chuté de 43% depuis 1993. Le danger réel diminue mais le sentiment être en danger augmente, ce qui incite au repli sur soi et sa communauté. (…) L’abondance de l’information disponible donne l’illusion du contrôle, alors qu’elle est en réalité le combustible d’une anxiété souvent paranoïaque. On croit pouvoir tout savoir, tout comprendre tout seul, on se méfie des experts et des intermédiaires – médecins, journalistes – dont la compétence nous rassurait auparavant. D’autres causes de l’anxiété sont la nécessité de s’adapter à des changements de plus en plus rapides, la désagrégation de la cellule familiale, la baisse de la religiosité, la précarisation de l’emploi ou encore l’obsession du risque zéro. Dans un pays riche, on finit par être beaucoup plus angoissé à l’idée que “quelque chose pourrait nous arriver” que dans un pays pauvre ou, objectivement, les risques encourus – de maladie, d’accident – sont infiniment plus élevés. 18% des Américains souffrent officiellement de troubles anxieux contre seulement 10% en France, où le chiffre est cependant en hausse. Vous verrez que la France va être gagnée par cette maladie (…) L’espérance de vie a diminué pour la seconde année consécutive aux États-Unis à cause d’une épidémie qui touche toutes les classes sociales: depuis 1999, 350 000 Américains sont morts d’une overdose d’opioïdes. Ces médicaments contre la douleur, efficaces et bon marché dans un pays où se soigner coûte très cher, ont été massivement prescrits pendant des années en dépit de leur fort potentiel addictif. En cause, une collusion avérée entre des laboratoires pharmaceutiques et des médecins rémunérés pour promouvoir leurs opioïdes, mais aussi la demande croissante des patients de ne pas avoir mal. Malgré les efforts des pouvoirs publics, l’épidémie n’a pas diminué en 2017: pour les trois millions d’accro aux opioïdes que comptent les États-Unis, il est facile de se procurer les pilules, importées de Chine, sur le Dark Web, l’internet caché. (…) La classe ouvrière et la classe moyenne américaine souffrent des répercussions d’un ultralibéralisme que, Bernie Sanders mis à part, les Démocrates n’ont jamais vraiment dénoncé, quand ils ne l’ont pas eux aussi encouragé. Leur langage de solidarité est sélectif — il cible certaines «communautés» au détriment d’autres – et hypocrite puisque ces élites tirent leur rente de situation d’une mondialisation débridée qui est à l’origine du malheur de leurs concitoyens. Or, quand on vient dire à un type qui se tue à la tâche sur un chantier mais n’a pas de quoi se payer le dentiste qu’il est un “blanc privilégié”, il ne faut pas s’étonner qu’il le prenne mal. Cela explique aussi, bien sûr, le succès de Donald Trump. (…) Sincèrement, je trouve que les relations entre hommes et femmes sont plus agréables en France qu’aux États-Unis. Metoo va sans doute aggraver la défiance qui existe déjà ici entre les deux sexes. D’ailleurs, MeToo n’a pas été initié par les féministes radicales. C’est le prolongement d’un mouvement amorcé depuis longtemps sur les campus américains et connu sous le nom de Title IX, nom d’une mesure adoptée en 1972 pour obliger les universités à financer à parts égales les équipes de sport féminines et masculines. Au fil des ans, son application s’est étendue à la lutte contre le harcèlement sexuel et les discriminations. Title IX a fait beaucoup pour l’égalité entre les sexes mais les meilleures intentions sont souvent perverties. La question du consentement, largement reprise par MeToo, l’illustre: est-il raisonnable, par exemple, qu’une femme puisse retirer son consentement après l’acte sexuel parce que, le lendemain, elle apprend que son partenaire lui a menti sur sa situation matrimoniale? (…) Vous n’imaginez pas (…) à quel point les féministes sont divisées. Les plus radicales ne cherchent pas à en finir avec le patriarcat mais à prendre leur revanche en instaurant le matriarcat. L’homme blanc de plus de 50 ans est la cible préférée (…) ce genre de féminisme, si l’on peut dire, n’est pas une alternative au trumpisme puisqu’il est lui aussi, une manifestation de la «fracturation identitaire» qui mine les États-Unis. Géraldine Smith
Les excès de l’individualisme aboutissent au fait que chaque individu se pense autorisé à dicter sa vision du bien et du mal au reste de la société. Dans une société où le bien commun a disparu, on ne peut plus faire vivre la liberté, à savoir la capacité des uns à exercer leur liberté en comprenant celle des autres. Aujourd’hui, les individus se regroupent en minorités agissantes sur des intérêts spécifiques liés à leur conception de leur identité. Ce que nous appelons le minoritarisme considère que la majorité est oppressive et que le libre jeu des minorités aboutira au bien commun. Cette conception est profondément anglo-saxonne et n’a rien à voir avec les différentes traditions européennes, en particulier la tradition républicaine française, qui repose sur la distinction entre un espace privé et un espace public où nous sommes des citoyens égaux. Elle nous fait sortir du champ politique démocratique parce que le principe de la démocratie est de débattre – la démocratie, c’est du conflit civilisé – et de résoudre le conflit par le choix de la majorité, différente selon les sujets. Si l’on considère que la majorité est oppressive et toujours la même – pour le dire simplement, les mâles blancs hétérosexuels – et qu’il faut s’en défendre, on fausse le jeu démocratique et on entre dans quelque chose qui est de l’ordre du religieux puisqu’il s’agit de dicter une vision du bien et de l’imposer aux autres. (…) La responsabilité des dirigeants est sans doute d’avoir petit à petit abandonné le politique. A partir du moment où ils ont accepté le primat de l’économie, ils ont adhéré à la vision du monde portée par le néolibéralisme qui nie la société et ne considère que les individus et les groupes minoritaires. Rappelez-vous la phrase de Margaret Thatcher :  » La société n’existe pas. Je ne connais que des individus.  » Ces groupes minoritaires militants font sans le savoir le jeu du néolibéralisme et de la dérégulation. Ils fragilisent un peu plus la communauté politique de telle sorte que les intérêts économiques vont prévaloir. En termes marxistes, ils sont les idiots utiles du néolibéralisme. La gauche américaine est en train de le redécouvrir. Beaucoup d’intellectuels, dont Mark Lilla, l’auteur de La Gauche identitaire (Stock), se sont interrogés sur les raisons de la victoire de Donald Trump. Ils ont observé que la gauche avait pris l’habitude de ne s’adresser qu’à des minorités, des groupes conçus comme des cibles marketing, et qu’elle ne développait plus de discours commun sur la nation. Donald Trump, lui, l’a fait, certes de la façon la plus déplorable qui soit. (…) La défense désintéressée d’une cause est très honorable. Le problème survient lorsque des associations, qui ont construit un fonds de commerce avec ces combats et qui détiennent une puissance financière démesurée, en arrivent à faire exister la cause au-delà de toute raison parce qu’elles en ont besoin pour exister. Des militantes féministes ont monté des sociétés pour conseiller les collectivités sur l’égalité hommes-femmes. Quand elles clament qu’il n’y a pas assez d’égalité, le font-elles de façon désintéressée ou dans l’optique de vendre leur formation aux institutions publiques ? (…) le minoritarisme est le versant culturel de la globalisation économique. Et il s’impose de plus en plus. L’universalisme européen perd du terrain, notamment auprès des jeunes. Ils ne sont pas choqués d’être confrontés à des ateliers en non-mixité dans tel mouvement social ou dans telle université. Ils adhèrent de plus en plus à la vision anglo-saxonne du féminisme conçu comme une lutte de minorités et se détournent de la vision française universaliste. Je n’ai pas envie de vivre dans un monde où il faudra signer un document de consentement avant de draguer. Je n’ai pas envie de ne plus manger de viande parce que cela relèverait du nazisme… Désormais, discuter de ces thèmes de manière approfondie et en recourant à une certaine complexité est d’autant plus difficile que la pression des réseaux sociaux est extrêmement forte. Ils sont devenus le lieu de la nouvelle inquisition. A travers eux, des minorités peuvent peser plus que ce qu’elles ne représentent réellement. Le fonctionnement de Twitter en témoigne. Un scandale éclate. Un pic d’agressions s’en suit contre celui qui a osé enfreindre les règles non écrites. Il doit alors battre sa coulpe et demander pardon. Un délai d’une à six heures est nécessaire pour qu’un revirement s’opère et que des gens de bon sens rétorquent :  » Mais enfin, on va se calmer, peut-être ?  » Sauf que l’écho sur les sites Internet sera celui du début de la polémique. Et la personne incriminée ne sera jamais réhabilitée. (…) C’est un retour du religieux sous une autre forme. Nous avons hérité des Lumières la foi en le progrès de l’humanité via l’émancipation par le savoir. Si vous partez du principe que l’être humain ne peut pas s’amender, qu’il a chevillé au fond de lui le mal à extirper et qu’il doit pour cela être culpabilisé, vous êtes dans un discours religieux. Ces groupes de pression fonctionnent comme cela. Il est frappant d’observer qu’ils entretiennent un rapport très particulier au désir. Le féminisme ou le veganisme entretiennent le sentiment d’une détestation de l’homme, être faillible, pas forcément ni transparent à lui-même, ni sûr de ce qu’il veut, ni maître de ses désirs. Quand on vous explique que le plaisir qu’il y a à manger une côte de boeuf est coupable et ignoble, notre humanité même est remise en cause, c’est-à-dire notre capacité à transformer notre condition d’animal omnivore en un moment de civilisation. La difficulté de la démocratie est de faire avec l’être humain tel qu’il est et d’élaborer des règles en fonction de la possibilité qu’il s’améliore. Les mouvements minoritaires radicaux, eux, veulent créer l’homme nouveau. (…) [Pour le néolibéralisme et e macronisme], la société n’existe pas ; il n’y a que des individus et ceux-ci sont responsables de leur sort. (…) Sa vision de la laïcité – ou plutôt son absence de vision – et ses quelques prises de position démontrent une orientation à l’anglo-saxonne, acquise au multiculturalisme. Nous serions une addition de communautés les unes à côté des autres. La phrase du ministre de l’Intérieur démissionnaire Gérard Colomb lors de la passation de pouvoir avec Edouard Philippe y apporte à cet égard un démenti terrible :  » Aujourd’hui, on vit côte à côte, je crains que demain, on vive face à face « . Le résultat est un éclatement de la société, une somme d’individus vivant côte à côte mais qui n’ont rien à voir entre eux, hors l’envie d’être régulés par le droit et les marchés. Ma conception de la laïcité repose au contraire sur une vision du bien commun. La laïcité est un principe politique qui consiste à penser un espace public dans lequel nous qui portons des histoires et des identités différentes sommes tous citoyens. Le rôle de l’Etat est de préserver cet espace public neutre des intérêts particuliers. Cela ne concerne pas que les intérêts religieux mais aussi les intérêts financiers. Qu’une multinationale essaie d’orienter les décisions politiques dans l’intérêt de ses activités est une façon d’enfreindre ce principe. Je ne comprends pas ceux qui prétendent défendre à tout prix la laïcité contre les communautés religieuses mais qui se moquent du travail des lobbys pour essayer de dépecer l’État. Natacha Polony

C’est plus l’économie, imbécile !

Au lendemain d’une élection de mi-mandat américaine …

Où faisant mentir, avec le plus bas taux de chômage depuis près de 40 ans minorités comprises, le dictum de l’ancien directeur de campagne de Bill Clinton …

Mais conformément à la tradition, un président Bush post-11/9 excepté …

La perte – d’à peine 28 sièges – de la majorité à la Chambre des Représentants …

Se voit qualifier de « vague bleue » …

La dérive identitaire du parti démocrate avec l’élection de quelques femmes de minorités noire, hispanique, amérindienne ou musulmane

Passe pour le triomphe de la démocratie …

La véritable agression verbale du président par un journaliste à l’occasion d’une conférence de presse …

Devient haut fait de ladite démocratie …

Le rappel présidentiel de la réalité du dévoiement, tourisme  maternel compris, du droit du sol et des règles élémentaires de l’asile et de l’immigration …

L’implosion, sous le choc du véritable tonneau des danaïdes de l’immigration incontrôlée, de services sociaux se préparant désormais à l’explosion qui vient …

Présentée comme « identité heureuse » …

Les 18 Mohamed de plus – mais bien sûr pas les presque deux fois plus nombreux John – qu’un prénom à l’époque plus rare que Claudius …

Font la triomphale une de nos quotidiens …

Le rejet par la grande-Bretagne de l’asile d’une chrétienne pakistanaise persécutée ou l’appel par un président français à une défense européenne contre l’Amérique …

Excusée ou motivé par des « raisons de sécurité » …

Comment ne pas reconnaitre …

Dans la nouvelle religion et inquisition du multiculturalisme et la véritable perte du sens du bien commun qu’il entraine …

L’avènement et la prolifération de ces idées chrétiennes devenues folles prophétisés il y a un siècle par C.K. Chesterton

Et comment ne pas reprendre …

Au-delà de ses inutiles imprécations, politiquement correct oblige, contre le judéo-christianisme ici dévoyé ou le seul dirigeant à en avoir véritablement pris la mesure …

Le cri du coeur, reprenant sans le citer les analyses du géographe Christophe Guilluy, du dernier livre de Natacha Polony ?

Natacha Polony : « L’universalisme européen perd du terrain »

L’intellectuelle française s’alarme, dans Délivrez-nous du bien ! coécrit avec Jean-Michel Quatrepoint, de la progression en Europe du minoritarisme à l’anglo-saxonne. Pour elle, les groupes minoritaires militants jouent le jeu du néolibéralisme.
Gérald Papy
Vif/L’Express
08/11/2018

Comment expliquez-vous la recrudescence des interdits, des restrictions, des suspicions dans une société qui, comme vous l’écrivez, n’a que le mot « liberté » à la bouche ?/

Les excès de l’individualisme aboutissent au fait que chaque individu se pense autorisé à dicter sa vision du bien et du mal au reste de la société. Dans une société où le bien commun a disparu, on ne peut plus faire vivre la liberté, à savoir la capacité des uns à exercer leur liberté en comprenant celle des autres. Aujourd’hui, les individus se regroupent en minorités agissantes sur des intérêts spécifiques liés à leur conception de leur identité. Ce que nous appelons le minoritarisme considère que la majorité est oppressive et que le libre jeu des minorités aboutira au bien commun. Cette conception est profondément anglo-saxonne et n’a rien à voir avec les différentes traditions européennes, en particulier la tradition républicaine française, qui repose sur la distinction entre un espace privé et un espace public où nous sommes des citoyens égaux. Elle nous fait sortir du champ politique démocratique parce que le principe de la démocratie est de débattre – la démocratie, c’est du conflit civilisé – et de résoudre le conflit par le choix de la majorité, différente selon les sujets. Si l’on considère que la majorité est oppressive et toujours la même – pour le dire simplement, les mâles blancs hétérosexuels – et qu’il faut s’en défendre, on fausse le jeu démocratique et on entre dans quelque chose qui est de l’ordre du religieux puisqu’il s’agit de dicter une vision du bien et de l’imposer aux autres./p>

« Les réseaux sociaux sont devenus le lieu de la nouvelle inquisition ».

Quelle est la responsabilité des politiques dans cette perte du bien commun et comment restaurer le débat démocratique ?

La responsabilité des dirigeants est sans doute d’avoir petit à petit abandonné le politique. A partir du moment où ils ont accepté le primat de l’économie, ils ont adhéré à la vision du monde portée par le néolibéralisme qui nie la société et ne considère que les individus et les groupes minoritaires. Rappelez-vous la phrase de Margaret Thatcher :  » La société n’existe pas. Je ne connais que des individus.  » Ces groupes minoritaires militants font sans le savoir le jeu du néolibéralisme et de la dérégulation. Ils fragilisent un peu plus la communauté politique de telle sorte que les intérêts économiques vont prévaloir. En termes marxistes, ils sont les idiots utiles du néolibéralisme. La gauche américaine est en train de le redécouvrir. Beaucoup d’intellectuels, dont Mark Lilla, l’auteur de La Gauche identitaire (Stock), se sont interrogés sur les raisons de la victoire de Donald Trump. Ils ont observé que la gauche avait pris l’habitude de ne s’adresser qu’à des minorités, des groupes conçus comme des cibles marketing, et qu’elle ne développait plus de discours commun sur la nation. Donald Trump, lui, l’a fait, certes de la façon la plus déplorable qui soit./p>

Vous observez pourtant que ces minorités défendent de bonnes causes…

La défense désintéressée d’une cause est très honorable. Le problème survient lorsque des associations, qui ont construit un fonds de commerce avec ces combats et qui détiennent une puissance financière démesurée, en arrivent à faire exister la cause au-delà de toute raison parce qu’elles en ont besoin pour exister. Des militantes féministes ont monté des sociétés pour conseiller les collectivités sur l’égalité hommes-femmes. Quand elles clament qu’il n’y a pas assez d’égalité, le font-elles de façon désintéressée ou dans l’optique de vendre leur formation aux institutions publiques ?/p>

Pourquoi l’Europe est-elle à ce point influencée par le modèle américain de lutte des minorités ?

Parce que le minoritarisme est le versant culturel de la globalisation économique. Et il s’impose de plus en plus. L’universalisme européen perd du terrain, notamment auprès des jeunes. Ils ne sont pas choqués d’être confrontés à des ateliers en non-mixité dans tel mouvement social ou dans telle université. Ils adhèrent de plus en plus à la vision anglo-saxonne du féminisme conçu comme une lutte de minorités et se détournent de la vision française universaliste. Je n’ai pas envie de vivre dans un monde où il faudra signer un document de consentement avant de draguer. Je n’ai pas envie de ne plus manger de viande parce que cela relèverait du nazisme… Désormais, discuter de ces thèmes de manière approfondie et en recourant à une certaine complexité est d’autant plus difficile que la pression des réseaux sociaux est extrêmement forte. Ils sont devenus le lieu de la nouvelle inquisition. A travers eux, des minorités peuvent peser plus que ce qu’elles ne représentent réellement. Le fonctionnement de Twitter en témoigne. Un scandale éclate. Un pic d’agressions s’en suit contre celui qui a osé enfreindre les règles non écrites. Il doit alors battre sa coulpe et demander pardon. Un délai d’une à six heures est nécessaire pour qu’un revirement s’opère et que des gens de bon sens rétorquent :  » Mais enfin, on va se calmer, peut-être ?  » Sauf que l’écho sur les sites Internet sera celui du début de la polémique. Et la personne incriminée ne sera jamais réhabilitée./p>

La réponse à ce phénomène passe-t-elle par la réintroduction d’une norme majoritaire ?

Non, il faut simplement rétablir l’idée que la norme n’est pas oppressive.

« Le minoritarisme est le versant culturel de la globalisation. »

Cette volonté de dicter le chemin vers le bien plutôt que d’encourager à user de son libre arbitre n’est-elle pas un héritage de siècles de traditions judéo-chrétiennes ?

Bien sûr. C’est un retour du religieux sous une autre forme. Nous avons hérité des Lumières la foi en le progrès de l’humanité via l’émancipation par le savoir. Si vous partez du principe que l’être humain ne peut pas s’amender, qu’il a chevillé au fond de lui le mal à extirper et qu’il doit pour cela être culpabilisé, vous êtes dans un discours religieux. Ces groupes de pression fonctionnent comme cela. Il est frappant d’observer qu’ils entretiennent un rapport très particulier au désir. Le féminisme ou le veganisme entretiennent le sentiment d’une détestation de l’homme, être faillible, pas forcément ni transparent à lui-même, ni sûr de ce qu’il veut, ni maître de ses désirs. Quand on vous explique que le plaisir qu’il y a à manger une côte de boeuf est coupable et ignoble, notre humanité même est remise en cause, c’est-à-dire notre capacité à transformer notre condition d’animal omnivore en un moment de civilisation. La difficulté de la démocratie est de faire avec l’être humain tel qu’il est et d’élaborer des règles en fonction de la possibilité qu’il s’améliore. Les mouvements minoritaires radicaux, eux, veulent créer l’homme nouveau./p>

Certains commentateurs identifient une « phobie anti-Macron probablement irréversible ». Partagez-vous ce constat ?

Ce pouvoir semble fragilisé et en train de se déliter. Nul ne sait comment le mécontentement profond ressenti par une partie des citoyens va s’exprimer. Cette perte de capacité à peser sur les événements en seulement dix-huit mois ne m’étonne pas dans la mesure où l’attelage de départ était sans cohérence idéologique. Le macronisme recèle seulement une cohérence interne : Emmanuel Macron est profondément néolibéral. Pour lui, la société n’existe pas ; il n’y a que des individus et ceux-ci sont responsables de leur sort. Cela n’a rien à voir avec le  » en même temps  » qu’il avait mis en avant pendant sa campagne. Cette contradiction de départ est en train d’être levée.

Délivrez-nous du bien ! Halte aux nouveaux inquisiteurs, par Natacha Polony et Jean-Michel Quatrepoint, éd. de l’Observatoire, 192 p.

Emmanuel Macron favorise-t-il l’importation du modèle anglo-saxon du vivre-ensemble ?

Oui. Sa vision de la laïcité – ou plutôt son absence de vision – et ses quelques prises de position démontrent une orientation à l’anglo-saxonne, acquise au multiculturalisme. Nous serions une addition de communautés les unes à côté des autres. La phrase du ministre de l’Intérieur démissionnaire Gérard Colomb lors de la passation de pouvoir avec Edouard Philippe y apporte à cet égard un démenti terrible :  » Aujourd’hui, on vit côte à côte, je crains que demain, on vive face à face « . Le résultat est un éclatement de la société, une somme d’individus vivant côte à côte mais qui n’ont rien à voir entre eux, hors l’envie d’être régulés par le droit et les marchés. Ma conception de la laïcité repose au contraire sur une vision du bien commun. La laïcité est un principe politique qui consiste à penser un espace public dans lequel nous qui portons des histoires et des identités différentes sommes tous citoyens. Le rôle de l’Etat est de préserver cet espace public neutre des intérêts particuliers. Cela ne concerne pas que les intérêts religieux mais aussi les intérêts financiers. Qu’une multinationale essaie d’orienter les décisions politiques dans l’intérêt de ses activités est une façon d’enfreindre ce principe. Je ne comprends pas ceux qui prétendent défendre à tout prix la laïcité contre les communautés religieuses mais qui se moquent du travail des lobbys pour essayer de dépecer l’État.

Natacha Polony Bio express : 1975 Naissance le 15 avril à Paris. /2002-2009 Journaliste à l’hebdomadaire Marianne, en charge des questions d’éducation. /2011-2014 Chroniqueuse de l’émission TV On n’est pas couché, sur France 2. /2017 Publie Changer la vie : pour une reconquête démocratique (éd. de l’Observatoire). /2018 Directrice de la rédaction de Marianne./p>

Voir aussi:

Géraldine Smith : « Aux États-Unis, chacun vit dans sa cave identitaire »
Eugénie Bastié
Le Figaro
09/11/2018/p>

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – De la politique identitaire au féminisme radical, en passant par la crise des opiacées, la journaliste Géraldine Smith explore diverses facettes de l’Amérique contemporaine dans un essai passionnant Vu en Amérique, bientôt en France.

Géraldine Smith vit depuis onze ans en Caroline du Nord. L’ancienne journaliste raconte l’Amérique contemporaine dans son livre Vu en Amérique, Bientôt en France, publié chez Stock.

FIGAROVOX.- Au lendemain des Midterms, on a beaucoup mis en avant dans la presse américaine et française le nouveau visage des élus démocrates: un gay, une musulmane, une latino, etc. Deux ans après l’élection de Donald Trump, la politique identitaire est-elle toujours au cœur de l’agenda politique aux États-Unis? Les démocrates ont-ils pris la mesure de leur échec en 2016?/p>

Géraldine SMITH.- Les Démocrates comme les Républicains ont à nouveau tenté d’instrumentaliser à leur profit les revendications identitaires qui dominent et divisent la société américaine depuis des années. Les premiers sont convaincus qu’il y a un stock de votes en leur faveur à récupérer chez les “minorités” (Noirs, Latinos, femmes, musulmans, homosexuels) et au lieu de concentrer leurs efforts et leurs discours sur le contenu de leur programme économique et politique, ils se dispersent dans le clientélisme. Les seconds se posent en défenseurs d’une identité américaine blanche et chrétienne menacée. Des deux côtés, on part du principe que l’électeur voudra voter pour une personne qui lui ressemble, et non pas pour une personne dont les idées le convainquent. Et gare aux traîtres! En 2017, un sénateur noir républicain s’est ainsi fait insulter comme “house negro” – nègre de case – parce qu’il soutenait la candidature d’un membre blanc de son parti au poste de ministre de la Justice. À l’inverse, certains de mes amis ne sont plus les bienvenus chez leurs parents pour avoir soutenu Hillary Clinton à la présidentielle de 2016./p>

Comment jugez-vous globalement l’ambiance du pays aux lendemains de ces élections? Avez-vous le sentiment que le pays est plus divisé que jamais?/p>

Je crois que le pays est divisé depuis longtemps et que l’avènement de Trump n’a fait que mettre en lumière le malaise profond de la société américaine. Les inégalités économiques phénoménales ont longtemps été acceptées par ceux qui croyaient dur comme fer que chacun avait sa chance. Il faut être profondément endormi pour le penser dans un pays où 1% de la population possède 50% des richesses! Mais en Amérique on trouve encore partout des drapeaux étoilés, même devant des bicoques à demi effondrées. Or, sauf dans le domaine militaire (40% des dépenses militaires dans le monde), l’Amérique est en train de perdre son statut d’“hyperpuissance”. Pour la première fois, elle est battue à son propre jeu, à savoir le “libre marché” et l’internationalisation de la compétition. Une assez grande partie de la société qu’on croit si “vitale” et “dynamique” résiste mal à cette épreuve. Plus encore qu’ailleurs, la fracture est béante entre de grands gagnants de la mondialisation et des gens “largués”. En somme, le rêve américain est en panne. Le doute s’est instillé partout, jusque dans les foyers. Que faire pour s’en sortir? Les Américains ne sont plus sûrs de la réponse. Alors parfois, des parents sont même prêts à donner des amphétamines à leurs enfants, dès le CP, pour qu’ils obtiennent de bonnes notes. Dans la communauté noire, les aînés convaincus qu’il suffisait d’être honnête et laborieux, de «filer doux» pour réussir, sont moqués par une jeunesse qui se radicalise. Je vous donne un autre exemple de la panique ambiante: à la fin des années soixante, une large majorité d’Américains se déclarait très optimiste sur l’avenir multiracial du pays. En 2001, 70% des Noirs et 62% des Blancs pensaient encore que les relations avec l’autre communauté étaient bonnes. En 2016, avant l’élection de Donald Trump, ils n’étaient plus que 49% des Noirs et 55% des Blancs./p>

Comment l’expliquez-vous?/p>

La classe politique mais aussi les réseaux sociaux alimentent une vision catastrophiste et spectrale de la réalité. Chacun vit dans sa cave identitaire, sans vue sur l’extérieur et des faits relativement rares prennent une importance disproportionnée dès qu’ils sont massivement diffusés: quand la vidéo d’un homme noir abattu par la police pour avoir traversé en dehors des clous devient virale, le sentiment d’injustice est décuplé. Quand la nouvelle d’un enfant retrouvé assassiné dans les toilettes d’une station-service est commentée ad nauseam à la sortie de chaque école du pays, la peur du prédateur pédophile gagne les foyers. 60% des Américains sont convaincus que la criminalité augmente alors que, selon le FBI, le taux de crimes violents a chuté de 43% depuis 1993. Le danger réel diminue mais le sentiment être en danger augmente, ce qui incite au repli sur soi et sa communauté./p>

Dans votre livre «Vu en Amérique, bientôt en France», vous insistez sur «l’anxiété» qui ravage l’Amérique. Pourquoi cette anxiété est-elle si forte dans un pays qui est pourtant la première puissance économique de la planète? Comment se manifeste cette anxiété?/p>

L’un de mes voisins consulte chaque matin sur Internet une carte des crimes commis la veille près de chez nous. Résultat, il est convaincu que nous sommes cernés par des voyous et ne laisse plus son fils sortir. L’abondance de l’information disponible donne l’illusion du contrôle, alors qu’elle est en réalité le combustible d’une anxiété souvent paranoïaque. On croit pouvoir tout savoir, tout comprendre tout seul, on se méfie des experts et des intermédiaires – médecins, journalistes – dont la compétence nous rassurait auparavant. D’autres causes de l’anxiété sont la nécessité de s’adapter à des changements de plus en plus rapides, la désagrégation de la cellule familiale, la baisse de la religiosité, la précarisation de l’emploi ou encore l’obsession du risque zéro. Dans un pays riche, on finit par être beaucoup plus angoissé à l’idée que “quelque chose pourrait nous arriver” que dans un pays pauvre ou, objectivement, les risques encourus – de maladie, d’accident – sont infiniment plus élevés. 18% des Américains souffrent officiellement de troubles anxieux contre seulement 10% en France, où le chiffre est cependant en hausse. Vous verrez que la France va être gagnée par cette maladie: ce n’est pas un hasard si Christophe André, le pape de la lutte antistress, a publié 25 ouvrages qui ont été autant de best-sellers./p>

Cette anxiété se manifeste notamment par la prise massive de drogues, amphétamines et opiacées. Quelle est l’ampleur de ce phénomène? Est-il traité par les pouvoir publics?/p>

L’espérance de vie a diminué pour la seconde année consécutive aux États-Unis à cause d’une épidémie qui touche toutes les classes sociales: depuis 1999, 350 000 Américains sont morts d’une overdose d’opioïdes. Ces médicaments contre la douleur, efficaces et bon marché dans un pays où se soigner coûte très cher, ont été massivement prescrits pendant des années en dépit de leur fort potentiel addictif. En cause, une collusion avérée entre des laboratoires pharmaceutiques et des médecins rémunérés pour promouvoir leurs opioïdes, mais aussi la demande croissante des patients de ne pas avoir mal. Malgré les efforts des pouvoirs publics, l’épidémie n’a pas diminué en 2017: pour les trois millions d’accro aux opioïdes que comptent les États-Unis, il est facile de se procurer les pilules, importées de Chine, sur le Dark Web, l’internet caché./p>

Vous évoquez aussi le système ultralibéral qui régit le droit du travail. Les bons chiffres économiques des États-Unis (notamment ceux du chômage) masquent-ils une réalité sociale plus précaire?/p>

Je raconte le sort d’un employé qui enchaîne chaque jour deux pleins-temps, chez MacDo puis chez Burger King, mais est toujours si pauvre qu’il dépend des bons de nourriture de l’Etat. Autrement dit, le contribuable subventionne indirectement l’industrie du fast-food! La classe ouvrière et la classe moyenne américaine souffrent des répercussions d’un ultralibéralisme que, Bernie Sanders mis à part, les Démocrates n’ont jamais vraiment dénoncé, quand ils ne l’ont pas eux aussi encouragé. Leur langage de solidarité est sélectif — il cible certaines «communautés» au détriment d’autres – et hypocrite puisque ces élites tirent leur rente de situation d’une mondialisation débridée qui est à l’origine du malheur de leurs concitoyens. Or, quand on vient dire à un type qui se tue à la tâche sur un chantier mais n’a pas de quoi se payer le dentiste qu’il est un “blanc privilégié”, il ne faut pas s’étonner qu’il le prenne mal. Cela explique aussi, bien sûr, le succès de Donald Trump./p>

Un an après l’affaire Weinstein, comment analysez-vous l’impact de Me Too sur la société américaine?/p>

Sincèrement, je trouve que les relations entre hommes et femmes sont plus agréables en France qu’aux États-Unis. Metoo va sans doute aggraver la défiance qui existe déjà ici entre les deux sexes. D’ailleurs, MeToo n’a pas été initié par les féministes radicales. C’est le prolongement d’un mouvement amorcé depuis longtemps sur les campus américains et connu sous le nom de Title IX, nom d’une mesure adoptée en 1972 pour obliger les universités à financer à parts égales les équipes de sport féminines et masculines. Au fil des ans, son application s’est étendue à la lutte contre le harcèlement sexuel et les discriminations. Title IX a fait beaucoup pour l’égalité entre les sexes mais les meilleures intentions sont souvent perverties. La question du consentement, largement reprise par MeToo, l’illustre: est-il raisonnable, par exemple, qu’une femme puisse retirer son consentement après l’acte sexuel parce que, le lendemain, elle apprend que son partenaire lui a menti sur sa situation matrimoniale?/p>

Vous décrivez dans votre livre la puissance du féminisme radical américain. Le féminisme est-il devenu l’alternative au «trumpisme»?/p>

Dans un pays qui pointe à la 49e place mondiale en termes d’égalité professionnelle et où un cinquième des hommes pensent encore que les femmes feraient mieux de rester à la maison, je comprends l’activisme des féministes américaines. Et c’est vrai que depuis la Marche des Femmes à Washington en 2016, elles sont très en pointe dans la lutte anti-Trump. On l’a encore vu lors des élections il y a quelques jours. Vous n’imaginez pas cependant à quel point les féministes sont divisées. Les plus radicales ne cherchent pas à en finir avec le patriarcat mais à prendre leur revanche en instaurant le matriarcat. L’homme blanc de plus de 50 ans est la cible préférée de ces féministes, mais elles s’en prennent aussi aux femmes blanches, accusées de ne pas être suffisamment conscientes des privilèges «associés» à leur couleur de peau. Alors pour répondre à votre question: non, ce genre de féminisme, si l’on peut dire, n’est pas une alternative au trumpisme puisqu’il est lui aussi, une manifestation de la «fracturation identitaire» qui mine les États-Unis./p>

Voir également:

The Issues That Tore Us Apart
Victor Davis Hanson
National Review
November 6, 2018/

Our differences — on immigration, race, the role of work, the value of America itself — are intensifying.Slavery was the issue that blew up America in 1861 and led to the Civil War.

But for the 85 years between the nation’s founding and that war, it had seemed that somehow America could eventually phase out the horrific institution and do so largely peacefully.

But by 1861, an array of other differences had magnified the great divide over slavery. The plantation class of the South had grown fabulously rich — and solely dependent — on King Cotton and by extension slave labor. It bragged that it was supplying the new mills of the industrial revolution in Europe and had wrongly convinced itself that not just the U.S. but also Britain could not live without Southern plantations.

Federal tariffs hurt the exporting South far more than the North. Immigration and industrialization focused on the North, often bypassing the rural, largely Scotch-Irish South, which grew increasingly disconnected culturally from the North.

By 1861, millions of Southerners saw themselves as different from their Northern counterparts, even in how they sounded and acted. And they had convinced themselves that their supposedly superior culture of spirit, chivalry, and bellicosity, without much manufacturing or a middle class, could defeat the juggernaut of Northern industrialism and the mettle of Midwestern yeomanry.

Something similar to that array of differences is slowly intensifying America’s traditional liberal–conservative and Democratic–Republican divides.

I. Globalization

Globalization is accentuating two distinct cultures, not just economically but also culturally and geographically.

Anywhere industries based on muscular labor could be outsourced, they often were. Anywhere they could not be so easily outsourced — such as Wall Street, Silicon Valley, the entertainment industry, the media, and academia — consumer markets grew from 300 million to 7 billion. The two coasts with cosmopolitan ports on Asia and Europe thrived.

Perhaps “thrived” is an understatement. Never in the history of civilization had there been such a rapid accumulation of global wealth in private hands as has entered the coffers of Amazon, Apple, Facebook, Google, Microsoft, and hundreds of affiliated tech companies. Never have private research marquee universities had such huge multibillion-dollar endowments. Never had the electronic media and social media had such consumer reach. Never has Wall Street had such capital.

The result has been the creation of a new class of millions of coastal hyper-wealthy professionals with salaries five and more times higher than those of affluent counterparts in traditional America. The old working-class Democrat ethos was insidiously superseded by a novel affluent progressivism.

Conservationism morphed into radical green activism. Warnings about global warming transmogrified into a fundamentalist religious doctrine. Once contested social issues such as gay marriage, abortion, gun control, and identity politics were now all-or-nothing litmus tests of not just ideological but moral purity.

A strange new progressive profile supplanted the old caricature of a limousine liberal, in that many of the new affluent social-justice warriors rarely seemed to be subject to the ramifications of their own ideological zealotry. New share-the-wealth gentry were as comfortable as right-wing capitalists with private prep schools, expansive and largely apartheid gated neighborhoods, designer cars, apprentices, and vacations.

For the other half of America, cause and effect were soon forgotten, and a new gospel about “losers” (deplorables, irredeemables, crazies, clingers, wacko birds) explained why the red-state interior seemed to stagnate both culturally and economically — as if youth first turned to opioids and thereby drove industry away rather than vice versa.

Half the country, the self-described beautiful and smart people, imagined a future of high-tech octopuses, financial investments, health-care services, and ever more government employment. The other half still believed that America could make things, farm, mine, produce gas and oil — if international trade was fair and the government was a partner rather than indifferent or hostile.

II. Clustering

Cheap transportation and instant communications paradoxically made the country far more familiar and fluid, even as local and distinct state cultures made Americans far more estranged from one another. The ironic result was that Americans got to know far more about states other than their own, and they now had the ability to move easily to places more compatible with their own politics. Self-selection increased, especially among retirees.

Small-government, low-tax, pro-business states grew more attractive for the middle classes. Big-government, generous-welfare, and high-tax blue states mostly drew in the poor and the wealthy. Gradually, in the last 20 years, our old differences began to be defined by geography as well.

In the old days, the legacy of frontier life had made Idaho somewhat similar to Colorado. But now immigration and migration made them quite different. East versus West, or North versus South, no longer meant much. Instead, what united a Massachusetts with a California, or an Idaho with Alabama, were their shared views of government, politics, and culture, and whether they shared (or did not share) bicoastal status. The Atlantic and Pacific coasts were set off against the noncoastal states; Portland was similar to Cambridge in the fashion that Nashville and Bozeman voted alike. As was true in 1861 or 1965, geography often intensified existing discord.

III. Open Borders

The old consensus about immigration eroded, namely that while European and British commonwealth immigration was largely declining, it mattered little given that immigration from Latin America, Asia, and Africa would be diverse, meritocratic, measured — and legal.

The old melting pot would always turn foreigners into Americans. No one seemed to care whether new arrivals increasingly did not superficially look like most Americans of European descent. After all, soon no one would be able to predict whether a Lopez or a Gonzalez was a conservative or liberal, any more than he had been able to distinguish the politics of a Cuomo from a Giuliani on the basis of shared Italian ancestry.

Indeed, the professed views of Bill and Hillary Clinton, Joe Biden, Barack Obama, and Harry Reid before 2009 about illegal immigration were identical to those of Donald Trump in 2018: Secure the border; ensure that immigration was legal and meritocratic; deport many of those who had arrived illegally; and allow some sort of green-card reprieve for illegal aliens who had resided for years in the U.S., were working, and had no arrest record — all in exchange for paying a small fine, learning English, and applying for legal-resident status.

The huge influxes of the 1990s and 21st century — 60 million non-native residents (citizens, illegal aliens, and green-card holders) now reside in the U.S. — destroyed that consensus, once shared across the racial and ideological spectrum, from the late civil-rights leader and Democratic representative Barbara Jordan to labor leader Cesar Chavez.

Instead, a new opportunistic and progressive Democratic party assumed that the Latino population now included some 20 million illegal residents, and about that same number of first- and second-generation Hispanics. The 2008 Obama victory raised new possibilities of minority-bloc voting and seemed to offer a winning formula of galvanizing minority voters through salad-bowl identity-politics strategies. Purple states such as California, Colorado, Nevada, and New Mexico gradually turned blue, apparently due to new legions of minority-bloc voters.

One way of making America progressive was not just winning the war of ideas with voters, but changing the nature and number of voters, namely by welcoming in large numbers of mostly impoverished immigrants, assuring them generous state help, appealing to their old rather than new identities, and thereby creating a new coalition of progressives committed to de facto and perpetually open borders.

IV. The Salad Bowl

Racial relations deteriorated. Affirmative action was no longer predicated on the sins of slavery and Jim Crow and aimed at reparations in hiring and admissions for African Americans, often on the implicit rational of helping the poorer to enter the middle class.

Instead, “diversity” superseded affirmative action and eventually constituted an incoherent binary of white–non-white. Yet that divide could not be logically defined either by race (hence the anomalies of everything from Elizabeth Warren’s constructed minority identity to the nomenclature gymnastics of Kevin de León), or by economic or historical oppression, or by present income and wealth.

On entry to the U.S., affluent immigrants from Mumbai, poor arrivals from Oaxaca, Chilean aristocrats, or Taiwanese dentists would all be deemed “minorities” and courted as such by political operatives. Stepping foot on American soil equated with experiencing racism, and racism generated reparational claims of an aggrieved identity.

Of course, when a third of the country was now asked to self-identify in existential fashion and for self-interested purposes as non-white rather than incidentally as Americans of Punjabi, Arab, Mexican, African, or Chinese heritage, then it was natural that those who did not fit the racial arc that supposedly always bent to predetermined justice would began to shed their own once proud ethnic heritages as Americans of Irish, Armenian, Greek, or Eastern European descent. They’d likewise start to reactively see themselves as “white” — in a way that overshadowed their prior particular ethnic fides. We were well on our way to embracing an old but also quite new force multiplier of existing difference.

Increasingly, half the country views its history and institutions as inspirational, despite prior flaws and shortcomings, and therefore deserving of reverence and continuance. The other half sees American history and tradition as a pathology that requires rejection or radical transformation.

V. The Post-War Order

The world of post-1945 is coming to a close — after the end of the Cold War, the collapse of the Soviet Union, the unification of Germany, the creation of the European Union, the ascendance of a mercantilist and authoritarian China, and the post-9/11 rise of radical Islamic terrorism. Our closest NATO allies near the barricades of Russian aggression and radical Islam are the least likely of the alliance to prepare militarily. Yet Russia is a joke compared with the challenge of China. The European Union project is trisected by north-south financial feuding, east-west immigration discord, and Brexit — and the increasing realization that pan-European ecumenicalism requires more force and less democracy to survive than did the old caricatured nation-state.

The post-war rationales for American global leadership — we would accept huge trade imbalances, unfair trading agreements, often unilateral and costly interventions given our inordinate wealth and power and fears of another 1939 — no longer persuade half the nation.

The descendants of the architects of the old order were no longer able to make the argument that warplanes over Afghanistan, Iraq, or Libya were central to U.S. security, or at least in cost-to-benefit terms aided the United States. And it did not help that the classes who made the argument for American preemptory international interventions had few answers on how to deter Iran, challenge an aggressive China, or denuclearize North Korea; further, they appeared to have weird contempt for those Americans who were asked to pay the taxes and send their daughters and sons abroad to fight and sometime die for what seemed an increasingly ungrateful “other.”

The lesson of Iraq was about more than the wisdom or folly of that intervention. It was a warning that those who advocated optional wars might not always continue to support the war when it turned ugly and unpopular — and was deemed injurious to their own careers. That fact also turned half the country off on its leadership.

America is not isolationist, but an increasing number of its citizens sees overseas interventions as an artifact of globalization. Rightly or wrongly, they do not believe that the resulting rewards and costs are evenly distributed, much less in the interest of America as a whole.

It is now old-hat to say that the Detroit of 1945, at the time perhaps the world’s most innovative and ascendant city, now looks like Hiroshima or Hamburg of 1945, while Hiroshima and Hamburg of 2018 resemble the equivalent of 1945 Detroit. The point is not that the post-war order itself destroyed Detroit, but that Americans see something somewhere wrong when we helped rebuild the industrial cities of the world and crafted an order under which they thrived but in the process ignored many of our own.

Advice from Hippocrates 

The various ties that bind us — a collective educational experience, adherence to the verdict of elections, integration and assimilation, sovereignty between delineated borders, a vibrant popular and shared culture, and an expansive economy that makes our innate desire to become well-off far more important than vestigial tribalism — all waned. Entering a campus, watching cable news, switching on the NFL, listening to popular music, or watching a new movie is not salve but salt for our wounds.

In the absence of political, cultural, or social ecumenicalism, perhaps we can at least for now privately retreat to the old Hippocratic adage of “first, do no harm” to one another.

Voir de plus:

Our House Divided: Multiculturalism vs. America
Following Trump’s lead—and Lincoln’s.
Thomas D. Klingenstein
The American mind
November 4, 2018

Many conservatives did not see that Trump had framed the 2016 election as a choice between two mutually exclusive regimes: multiculturalism and America. What I call “multiculturalism” includes “identity politics” and “political correctness.” If multiculturalism continues to worm its way into the public mind, it will ultimately destroy America. Consequently, the election should have been seen as a contest between a woman who, perhaps without quite intending it, was leading a movement to destroy America and a man who wanted to save America. The same contest is being played out in the midterm elections.

I realize the term “multiculturalism” is somewhat dated, but I mean to freshen it up by using it in its most comprehensive sense—as a political philosophy. Multiculturalism conceives of society as a collection of cultural identity groups, each with its own worldview, all oppressed by white males, collectively existing within permeable national boundaries. Multiculturalism replaces American citizens with so-called “global citizens.” It carves “tribes” out of a society whose most extraordinary success has been their assimilation into one people. It makes education a political exercise in the liberation of an increasing number of “others,” and makes American history a collection of stories of white oppression, thereby dismantling our unifying, self-affirming narrative—without which no nation can long survive.

During the 2016 campaign, Trump exposed multiculturalism as the revolutionary movement it is. He showed us that multiculturalism, like slavery in the 1850’s, is an existential threat. Trump exposed this threat by standing up to it and its enforcement arm, political correctness. Indeed, he made it his business to kick political correctness in the groin on a regular basis. In countless variations of crassness, he said over and over exactly what political correctness prohibits one from saying: “America does not want cultural diversity; we have our culture, it’s exceptional, and we want to keep it that way.” He also said, implicitly but distinctly: the plight of various “oppressed groups” is not the fault of white males. This too violates a sacred tenet of multiculturalism. Trump said these things at a time when they were the most needful things to say, and he said them as only he could, with enough New York “attitude” to jolt the entire country. Then, to add spicy mustard to the pretzel, he identified the media as not just anti-truth, but anti-American.

Trump is a walking, talking rejection of multiculturalism and the post-modern ideas that support it. Trump believes there are such things as truth and history and his belief in these things is much more important than whether he always tells the truth himself or knows his history—which admittedly is sometimes doubtful.

His pungent assertion that there are “shithole” countries was an example of Trump asserting that there is truth. He was saying that some countries are better than others and America is one of the better ones, perhaps even the best. Multiculturalism says it is wrong to say this (as it was “wrong” for Reagan to call the Soviet Union “evil”). Trump is the only national political figure who does not care what multiculturalism thinks is wrong. He, and he alone, categorically and brazenly rejects the morality of multiculturalism. He is virtually the only one on our national political stage defending America’s understanding of right and wrong, and thus nearly alone in truly defending America. This why he is so valuable—so much depends on him.

His shortcomings are many and some matter, but under present circumstances what matters more is that Trump understands we are at war and he is willing to fight. In conventional times, Trump might have been one of the worst presidents we ever had; but in these most unconventional times, he may be the best president we could have had.

2016 and the Meaning of America

“If we could first know where we are, and whither we are tending, we could then better judge what to do, and how to do it.”

Most conservatives did not see Trump in 2016 as a man defending America. This was in large part because they did not see that America was in need of defending. What conservatives did see was Trump’s policies (which didn’t line up with conservative ones) and his character (which didn’t line up, period), and they concluded the country was nowhere near in bad enough shape, and Hillary Clinton not enough of a danger, to justify enthusiasm for a man so manifestly unfit for the role.

In what might be a case of everybody’s-out-of-step-but-me, many conservatives have concluded that if the electorate voted into office a man so obviously unfit to be president, there must be something wrong with the electorate.

I think the explanation for Trump’s victory is actually quite straightforward and literal: Americans, plenty of whom still have common sense and are patriotic, voted for Trump for the very reason he said they should vote for him, to put America first or, as his campaign slogan had it, “to make America great again”—where “America” was not, as many conservatives imagine, code for “white people.” In other words, the impulse for electing Trump was patriotic, the defense of one’s own culture, rather than racist./p>

In a thoughtful essay in the Spring of 2017 on the future of the conservative movement, Yuval Levin expressed the view, common among conservatives, that the country was in decent shape. He was puzzled therefore why a number of thinkers associated with the Claremont school held “that things almost could not be worse” and that it was therefore necessary “to mount a total revolution.”/p>

Levin and like-minded conservatives have matters backwards. Multiculturalism, not Trumpism, is the revolution. Trump’s campaign, and its defense by his intellectual supporters, was not a call for a revolution but a call to stop a revolution. Trump’s intellectual supporters did not say things could not get worse; they said without a sharp change in course there was a good chance we shall never get back home again./p>

Trump’s entire campaign was a defense of America. The election was fought not so much over policies, character, email servers, or James Comey, as it was over the meaning of America. Trump’s wall was not so much about keeping foreigners out as it was a commitment to a distinctive country; immigration, free trade, and foreign policy were about protecting our own. In all these policies, Trump was raising the question, “Who are we as a nation?” He answered by being Trump, a man made in America, unmistakably and unapologetically American, and like most of his fellow citizens, one who does not give a hoot what Europeans or intellectuals think./p>

Clinton, in the other corner, was the great disdainer, a citizen not of America but of the world: a postmodern, entitled elitist who was just more of Obama, the man who contemptuously dismissed America’s claim to being exceptional. What she called the “deplorables” were the “anti-multiculturalists.” She was saying, in effect, that she did not recognize the “deplorables” as fellow citizens, and they were, as far as she was concerned, not part of the regime she proposed to lead./p>

Perhaps Trump’s most effective answer to Clinton’s and the Democrats’ multiculturalism was his attacks on political correctness, both before and after the election. Trump scolded Jeb Bush for speaking Spanish on the campaign trail. He pointed out that on 9/11 some Muslims cheered the collapse of the twin towers. He said Mexico was sending us its dregs, suggested a boycott of Starbucks after employees were told to stop saying “Merry Xmas,” told NFL owners they should fire players who did not respect the flag, expressed the view that people from what he called “shitholes” (Haiti and African countries being his examples) should not be allowed to immigrate, exposed the danger of selecting judges based on ethnicity, and said Black Lives Matter should stop blaming others./p>

The core idea of each of these anti-P.C. blasts, when taken in aggregate, represent a commitment to America’s bourgeois culture, which is culturally “Judeo-Christian,” insists on having but one language and one set of laws, and values: among other things, loyalty, practical experience, self-reliance, and hard work. Trump was affirming the goodness of our culture. Odd as it may sound, he was telling us how to live a worthy life. Trump is hardly the ideal preacher, but in a society where people are thirsting for public confirmation of the values they hold dear, they do not require pure spring water. Even Trump’s crass statements objectifying women did not seem to rattle Trump women voters, perhaps because it did not come as news to them that men objectify women. In other words, Trump was being a man, albeit not the model man, but what mattered was that he was not the multicultural sexless man. A similar rejection of androgyny may have been at work in the Kavanaugh hearings./p>

It was only a generation or so ago that our elite, liberals as well as conservatives, were willing to defend America’s bourgeois culture, American exceptionalism, and full assimilation for immigrants. Arthur Schlesinger expressed his view of assimilation this way: the “American Anglo-Saxon Protestant tradition … provides the standard to which other immigrant nationalities are expected to conform, the matrix into which they are to be assimilated.” That meant giving up one’s home culture, not necessarily every feature and not right away, but ultimately giving up its essential features in favor of American culture. In other words, there are no hyphenated Americans./p>

Trump understands that “diversity is our greatest strength,” which is multiculturalism boiled down to an aphorism, is exactly backwards. America’s greatest strength is having transcended race, and the one major exception was very nearly our undoing. In light of this history, the history of the world (one “tribal” war after another), and the multicultural car wreck that is Europe today, to manufacture cultural diversity is nothing less than self-immolating idiocy. Trump might not put it in these words, but he gets it. The average American gets it too, because it is not very difficult to get: it is common sense./p>

Conservatives and Republicans are Complicit/p>

Trump’s strengths are his courage, his common sense, and his rhetoric. He gets to the essential thing, the thing that no one else will say for fear of being called a “racist” or “fascist” or one of the other slurs that incite the virtue-signaling lynch mob./p>

His “shithole” remark was one example. Another occurred in 2015 when Trump, after a terrorist attack, proposed a ban on all Muslims until “we figure out what the hell is going on.” Virtually everyone, the Right included, screamed “racism” and “Islamophobia.” Of course, to have defended Trump would have violated the multicultural diktat that Islam be spoken of as a religion of peace. But like Trump, the average American does not care whether Islam is or is not a religion of peace; he can see with his own eyes that it is being used as an instrument of war. When Muslim terrorists say they are doing the will of Allah, Americans take them at their word. This is nothing but common sense./p>

Trump’s attempt to remove District Judge Gonzalo Curiel from a lawsuit in which Trump University was the defendant, in part because of the judge’s Mexican ancestry, was another instance where cries of “racism,” from the Right every bit as loud as from the Left, substituted for common sense. It was thought absurd for Trump to claim the judge was biased because of his ethnicity, yet it was the elite’s very insistence in making ethnicity a factor in the appointment of judges that invited Trump to respond in kind. We make ethnicity an essential consideration and then claim ethnicity should not matter. That is not common sense./p>

Getting to the essential, commonsensical heart of the matter is the most important element of Trump’s rhetoric, but even his often cringeworthy choice of words sometimes advances the conservative cause. This is a sad reflection of the times, but these are the times we live in, and we must judge political things accordingly. When, for example, Trump mocked Judge Kavanaugh’s accuser, he was doing something else that only he can: taking multiculturalism, and its “believe all women” narrative, head on. We should continue to cringe at Trump’s puerility, but we should appreciate when it has value./p>

In each of these instances, when conservatives joined liberals in excoriating Trump, conservatives were beating up our most important truth teller. Conservatives and Republicans should be using these instances to explain America and what is required for its perpetuation. In the examples listed above, they should have explained the importance of having one set of laws, full assimilation, and color blindness; the incompatibility of theocracy with the American way of life; that under certain circumstances we might rightly exclude some foreign immigrants, not because of their skin color but because they come from countries unfamiliar with republican government. Instead conservatives are doing the work of the multiculturalists for them: insinuating multiculturalism further into the public mind. Conservatives have, without quite realizing it, agreed to play by the multiculturalist’s rules and in so doing they have disarmed themselves; they have laid down on the ground their most powerful weapon: arguments that defend America./p>

The Kavanaugh Hearings: Multiculturalism at Work /p>

In exposing the dangers of multiculturalism, Trump exposed its source: radical liberal intellectuals, most of whom hang about the humanities departments (and their modern day equivalents) at our best colleges and universities, where they teach the multicultural arts and set multicultural rules. And from the academy these ideas and rules are drained into the mostly liberal, mostly unthinking opinion-forming elite who then push for open borders, diversity requirements, racism (which somehow they get us to call its opposite), and other aspects of multiculturalism./p>

Multicultural rules were in full force in the Kavanaugh hearings. Armed with the chapter of the multicultural creed that covers “male oppression of women,” Democrats could attack Kavanaugh with accusations conjured out of nothing. At the same time, multicultural rules required Republicans to fight with one hand behind their backs: they were forced to allow a case with no basis to go forward, could not attack the accuser, and had to use a woman to question her. Republicans reflexively accepted their assigned role as misogynists (and would have been accepting the role of racists had the accuser been black). True, Republicans had no choice; still when one is being played one needs to notice./p>

Had Trump tweeted, “I don’t give a rat’s ass about the sex or color of the questioner,” I suspect the majority of Americans would have applauded. After all, that is the American view of the matter. It’s not the average American who requires a woman questioner or a black one. We know that because Trumpsters have told us. It’s not typically the parents in our inner-city schools who demand teachers and administrators with skin color that matches that of their children. It’s not ordinary Mexican immigrants who are agitating to preserve their native culture. It’s the multiculturalists./p>

Multicultural rules flow from multiculturalism’s understanding of justice, which is based not on the equality of individuals (the American understanding) but on the equality of identity groups oppressed by white males. In the Kavanaugh hearings, the multiculturalists did not see a contest between two individuals but rather between all women who are all oppressed and all white men who are all oppressors. Americans claimed the multiculturalists violated due process and conventional rules of evidence, but from the multiculturalists’ perspective what Americans saw as violations were actually multiculturalism’s understanding of due process and rules of evidence. Americans were seeing a revolution in action./p>

We now find ourselves in a situation not unlike that which existed before the Civil War, where one side had an understanding of justice that rested on the principle of human equality, while the other side rested on the principle that all men are equal except black men. One side implied a contraction and ultimate extinction of slavery; the other, its expansion. It was a case of a ship being asked to go in two directions at once. Or to use Lincoln’s Biblical metaphor, “a house divided against itself cannot stand.” Lincoln did not mean that the country could not stand part free and part slave. It could, as long as there was agreement that slavery was bad and on the road to extinction. But once half the country thought slavery a good thing and the other thought it a bad thing the country could no longer stand. It was the different understandings of justice that were decisive because when there are two understandings of justice, as in the Civil War and now, law-abidingness breaks down. In the Civil War, this resulted in secession. Today, this results in sanctuary cities and the “resistance.” To get a sense of how close we are to a complete breakdown, imagine that the 2016 election, like the Bush-Gore election, had been decided by the Supreme Court. One shudders to think./p>

“What to do, and How to do it.”/p>

Conservatives have been dazed by Trumpism. Even those conservatives who now acknowledge that Trump has accomplished some good things are not certain what is to be learned from Trumpism that might inform the future of the conservative movement./p>

The lesson is this: get right with Lincoln. He made opposition to slavery the non-negotiable center of the Republican party, and he was prepared to compromise on all else. Conservatives should do likewise with multiculturalism. We should make our opposition to it the center of our movement. Multiculturalism should guide our rhetorical strategy, provide a conceptual frame for interpreting events, and tie together the domestic dangers we face. We must understand all these dangers as part of one overarching thing./p>

This approach, however, will not work unless conservatives begin to think about politics like Lincoln did. That they do not may explain why so many of them missed the meaning of the 2016 election. This topic is complex but I think it comes down to this: As compared to Lincoln’s thinking about politics, conservative thinking tends to be too narrow (i.e., excludes too much) and too rigid./p>

What for Lincoln was the single most important political thing—the public’s understanding of justice—many of today’s conservatives think not important at all. It should not then be surprising why they missed, or underappreciated, the political dangers of multiculturalism with its assault on the American understanding of justice. Having missed or underappreciated multiculturalism, conservatives could not see that those attributes of Trump that in conventional times would have been disqualifying were in these times just the ones needed to take on multiculturalism. Trump was not a conventional conservative, yet his entire campaign was about saving America. This is where conservatism begins./p>

Education is another area that conservatives believe is less politically important than Lincoln did. Conservatives must relearn what Lincoln knew, and what, until the mid-twentieth century, our universities and colleges also knew: the purpose of higher education, in particular elite higher education, is to train future citizens on behalf of the common good. If the elite universities are promoting multiculturalism, and if multiculturalism is undermining America, then the universities are violating their obligation to the common good no less than were they giving comfort to the enemy in time of war. In such a case, the government, the federal government if need be, can rightfully impose any remedy as long as it is commensurate with the risk posed to the country and is the least intrusive option available./p>

Reorienting the conservative movement is a formidable undertaking, but we have a few big things in our favor: for starters, most of the country, including many who are not Trumpsters, appear to object to multiculturalism and its accompanying speech codes. In addition, multiculturalism, as with abolition, has the potential to energize the conservative movement. Conservatives, who are in the business of conserving things, come to life when there is something important to conserve because this allows them to stake out a very distinctive and morally powerful position with enough room to accommodate a broad coalition. In this case, that really important “something” is our country./p>

Thomas D. Klingenstein is a principal in the investment firm of Cohen, Klingenstein, LLC and the chairman of the Board of Directors of the Claremont Institute./p>

Voir par ailleurs:

Le tourisme maternel en plein essor aux Etats-Unis
Virginie Robert
Les Echos
20/04/2011

Le passeport américain fait toujours des envieux. Si l’on en croit une enquête publiée par le « New York Times « , obtenir le fameux document bleu marine serait même devenu une activité économique comme une autre. Les autorités viennent de fermer une sorte de maternité clandestine abritée dans une maison de San Gabriel (Californie). S’y rendaient des femmes chinoises prêtes à payer des milliers de dollars pour y accoucher. Entrées avec leur visa de touriste, elles repartaient ensuite dans leur pays, leur bébé américain sous le bras. Car, aux Etats-Unis, le 14eamendement de la Constitution accorde la nationalité à tout enfant né sur le territoire.

Le « tourisme maternel  » se développe ainsi depuis la Chine, la Corée du Sud et le Mexique. Des annonceurs vendent des forfaits qui incluent le voyage, le séjour et les soins médicaux. Les dernières statistiques disponibles de 2008 font part de 7.462 bébés nés de parents étrangers résidant aux Etats-Unis, ce qui est peu au regard des 4,3 millions de naissances enregistrées cette année-là. L’empressement à donner la nationalité américaine à un enfant qui, a priori, ne vivra pas aux Etats-Unis est perçu comme une sorte d’assurance sur l’avenir : il pourra lui-même la demander, à 21 ans, pour ses parents. Mais contrairement à des enfants de clandestins, qui vivent sur place et qui finiront par s’intégrer, les enfants nés du tourisme maternel demeureront, a priori, totalement étrangers à la civilisation américaine.

La prééminence du droit du sol aux Etats-Unis est aujourd’hui contestée par ceux qui ne supportent plus les flux d’immigration clandestine. En Arizona, les législateurs de l’Etat ont déposé un projet de loi qui nierait la nationalité américaine à des enfants nés de parents sans papiers. Même s’il peut être contesté au niveau fédéral, ce texte n’en est pas moins un indice de la montée de la xénophobie aux Etats-Unis.

Voir aussi:

L’assistante sociale dont les signalements ne mènent à rien
Il y a neuf mois, Patricia, assistante sociale dans une ville de Seine-Saint-Denis (93) a fait un burn-out.
Marie Vaton
Le Nouvel Obs
08 novembre 2018

Ça se passe dans une ville moyenne de Seine-Saint-Denis (93), limitrophe de Paris. Une petite fille de huit ans pleure à la fin des cours. La maîtresse vient la voir, la console, l’interroge. La petite ne parle pas. L’institutrice s’inquiète, insiste. Elle sent bien que quelque chose ne va pas./p>

Un jour, l’enfant finit par lui dire qu’elle souffre. Elle a mal parce que sa mère la frappe quotidiennement. La maîtresse fait ce qu’elle est censée faire : elle en informe sa hiérarchie./p>

Tout le dispositif de la protection de l’enfance se met alors en branle : l’école fait un signalement à l’organisme chargé de recueillir les informations préoccupantes pour l’enfance en danger, la Cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP). La CRIP transmet ensuite cette information aux professionnels médicaux-socio afin qu’ils puissent prendre la mesure de la situation : concrètement, rendre visite à la famille de l’enfant pour évaluer le danger et proposer une mesure de placement d’urgence le cas échéant.

Rien ne s’est passé

Si tout s’était passé comme prévu, la PMI (Protection maternelle et infantile), les travailleurs sociaux et les éducateurs de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) se seraient réunis pour réfléchir ensemble à la meilleure façon de protéger la fillette. Peut-être aurait-elle été placée, du moins temporairement. Peut-être aurait-on proposé une aide psychologique à ses parents. Mais ça ne s’est pas passé comme prévu. Rien ne s’est passé en réalité./p>

Depuis le signalement, aucune visite familiale n’a été programmée, aucune médiation proposée, aucune mesure décidée. Non par manquement professionnel mais par manque de personnel chez les professionnels de la petite enfance./p>

C’était il y a un an. Depuis, comme tous les après-midis, la petite fille rentre chez ses parents après l’école. Et tous les matins, sa maîtresse fait semblant de ne pas voir les bleus qui recouvrent sa peau.

Les « familles 115 »

Des histoires comme celle de cette petite fille, Patricia* en entend tous les jours. Elle a 55 ans et se décrit comme une assistante sociale « à l’ancienne ». Formée il y a 25 ans par des humanistes passionnés, dévoués, enthousiastes, à une époque où « ce métier avait encore un sens », dit-elle.

Il y a neuf mois, elle a fait un burn-out.

« Parce qu’il n’y a rien de pire que de recevoir de la souffrance et de ne pouvoir rien faire, pour nous les travailleurs sociaux qui dédions notre vie professionnelle à accompagner les gens. »Elle raconte que son travail a commencé à se dégrader il y a dix ans environ. « Avant, on pouvait mener des actions collectives, nous étions encore entendus par le gouvernement », dit-elle. Mais aujourd’hui, « les familles viennent nous voir avec des problématiques multiples qu’il nous est devenu impossible de résoudre seuls ».

Au cœur de la détresse sociale du 93, le plus pauvre de France, Patricia voit le même scénario se répéter depuis quelques années : coup dur, perte d’emploi, chômage, dettes qui s’accumulent et, in fine, des familles entières qui ne peuvent plus payer leur loyer et se retrouvent à la rue du jour au lendemain.

Celles-là, Patricia et ses collègues les appellent les « familles 115 » :

« Parce que numéro pour les signaler au Samu social est saturé continuellement. Et qu’il n’y a souvent pas d’autres solutions que de les envoyer aux urgences de l’hôpital pour qu’elles aient un toit pour la nuit. »

Des délais de traitement qui ont triplé

« Avant, insiste Patricia, on avait des relais dans les administrations, comme la CAF, pour les cas urgents comme ceux-là, on était écouté, estimé ». Mais depuis quatre ans, « tout l’administratif est dématérialisé avec des délais de traitement qui ont triplé depuis quatre ans ».

Alors que dire à un vieux monsieur qui touche moins de 800 euros de retraite par mois et n’arrive plus à payer son loyer parce que ses allocations de solidarité ne sont toujours pas arrivées après un an d’attente ? Que répondre à une maman qui a besoin d’une aide financière en urgence parce qu’elle n’a plus de quoi faire les courses pour manger alors qu’il faut minimum deux mois pour faire valider une telle demande ?

Avant de partir en congé maladie, Patricia a reçu une mère de famille en détresse, avec trois enfants à charge.

« La mère soupçonnait sa fille de 15 ans d’être rentrée dans la prostitution après avoir retrouvé dans sa chambre une carte électronique d’un hôtel miteux. Elle a écrit elle-même au juge en expliquant la situation, expliquant qu’elle ne s’en sortait pas et qu’elle avait besoin d’une aide socio-éducative. »Le juge a traité sa demande et ordonné une mesure éducative… qui n’a toujours pas été suivie d’effets, faute de personnel suffisant dans l’organisme de protection de l’enfance pour suivre son dossier.

« Vous vous rendez compte ? Il a fallu que le juge prolonge sa mesure pour espérer qu’elle soit un jour appliquée ! »

Hiérarchie obsédée par les chiffres

Patricia n’est pas la seule assistante sociale à avoir craqué. Dans son service, les arrêts maladie se sont multipliés ces dernières années.

« Tous les matins, on se demandait laquelle de nous se mettrait à pleurer la première dans l’open space. »Ce qu’elle raconte, c’est ce qui se passe « dans tous les départements de France, dans tous les services de protection sociale », selon elle : une hiérarchie « obsédée par l’idée de faire du chiffre, qui nous demande de recevoir les familles à la chaîne, mais ne nous donne pas le temps ni les moyens de les aider ».

Une direction « sourde et aveugle », « qui ne cesse de répéter mécaniquement qu’il faut de faire plus et mieux avec moins », au point d’en arriver à des restrictions de budget aussi absurdes que stupides, « comme celles de devoir se fournir soi-même en feuilles, crayons et post-it ».

Un jour, Patricia a fait un signalement sur une mère toxique, probablement atteinte du syndrome de Münchhausen.

« J’ai mené mon enquête pendant plusieurs mois et j’ai préconisé un placement parce que l’enfant était en danger. Persuadée que son petit de trois ans était atteint d’une grave maladie, sa mère lui avait fait faire des dizaines d’examens inutiles dans tous les hôpitaux d’Île-de-France ! »Quand elle a soumis son dossier à son supérieur, ce dernier a levé un sourcil, refusant la demande de placement au prétexte qu’il ne faut pas séparer la mère de l’enfant :

« Il n’avait même pas lu mon enquête. »

Intoxiqués au plomb

Patricia ne s’est pas découragée et a fait comme d’habitude : elle a continué malgré tout à prendre le temps de recevoir correctement les personnes, d’assurer un suivi de qualité sur la durée. Comme cette mère, victime de violences conjugales importantes, qu’elle recevait régulièrement depuis 2009.

« Après s’être réfugiée un temps chez sa sœur, cette dame a réussi à trouver un petit deux-pièces insalubre pour elle et son fils qu’elle payait tout de même 750 euros. »Patricia a tout fait pour faire avancer son dossier de demande de logement social. Peine perdue.

« Neuf ans plus tard, elle n’a toujours aucune nouvelle de sa demande de logement social. Et entre-temps, elle et son fils ont été gravement intoxiqués au plomb dans leur appartement. »

« Dernier rempart humain »

En février dernier, Patricia a fini par jeter l’éponge, épuisée, dégoûtée. « C’est comme ça », se désole-t-elle :

« Les pauvres, tout le monde s’en fout. Contrairement à ce qui se passe dans les hôpitaux, ils ne menacent pas notre système de santé. »Elle dit que si les travailleurs sociaux sont sacrifiés, c’est que leur travail touche à l’essence même de ce qui terrifie la plupart des gens de la classe moyenne : la dégringolade brutale, la mise au ban sociale, le déclassement./p>

« Pourtant, nous sommes le dernier rempart humain avant la grande bascule et les garde-fous de la paix sociale. »A force de grignoter sur ce bien commun, elle prédit que bientôt, il ne restera plus grand-chose d’humain au pays des droits de l’homme :/p>

« On va se retrouver avec des émeutes sociales monstres comme aux Etats-Unis, et ce sera trop tard pour réagir. »

*Le prénom a été changé.


Mode: Bienvenue au meilleur des mondes de l’exploitation heureuse ! (Happy and exploited: Welcome to the brave new bohemian world of cool industries !)

1 novembre, 2018

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Bohémien : artiste, littérateur, personne vivant sans règles, au jour le jour, hors des cadres sociaux. Trésor de la langue française
Is this the real life? Is this just fantasy? Caught in a landslide No escape from reality Open your eyes Look up to the skies and see I’m just a poor boy, I need no sympathy Because I’m easy come, easy go A little high, little low Anyway the wind blows, doesn’t really matter to me, to me (…) Nothing really matters Anyone can see Nothing really matters nothing really matters to me Anyway the wind blows. Bohemian rhapsody
Personne n’aspirerait à la culture si l’on savait à quel point le nombre d’hommes vraiment cultivés est finalement et ne peut être qu’incroyablement petit; et cependant ce petit nombre n’est possible que si une grande masse, déterminée au fond contre sa nature et uniquement par des illusions séduisantes, s’adonne à la culture; on ne devrait donc rien trahir publiquement de cette ridicule disproportion entre le nombre des hommes vraiment cultivés et l’énorme appareil de la culture; le vrai secret de la culture est là: des hommes innombrables luttent pour acquérir la culture, travaillent pour la culture, apparemment dans leur propre intérêt, mais au fond seulement pour permettre l’existence du petit nombre. Nietzsche (Réflexions sur l’avenir de nos établissements d’enseignement, 1869)
Voilà pourquoi j’aime l’Art. C’est que là, au moins, tout est liberté, dans ce monde de fictions. On y assouvit tout, on y fait tout, on est à la fois son roi et son peuple, actif et passif, victime et prêtre. Pas de limites; l’humanité est pour vous un pantin à grelots que l’on fait sonner au bout de sa phrase comme un bateleur au bout de son pied. Gustave Flaubert (A Louise Colet, 15-16 mai 1852)
Et si l’ambition intellectuelle n’était que l’inversion imaginaire de la faillite des ambitions temporelles ? (…) Comment l’écrivain pourrait-il ne pas se demander si le mépris de l’écrivain pour le bourgeois et pour les possessions temporelles où il s’emprisonne, propriétés, titres, décorations, ne doit pas quelque chose au ressentiment de bourgeois manqué, porté à convertir son échec en aristocratisme du renoncement électif ? (…) Toute l’ambivalence de la relation subjective que l’intellectuel entretient avec les fractions dominantes et leurs pouvoirs mal acquis tient dans l’illogisme de ce propos. Le mépris affiché pour le succès, pour ce qu’il procure et pour ceux qui savent l’obtenir coexiste avec la reconnaissance honteuse que trahissent la honte et l’envie devant la réussite des autres ou l’effort pour transformer l’échec en refus. (…) Mais l’Art industriel est aussi une industrie artistique capable d’exploiter économiquement le travail des artistes non pas bien qu’il soit mais parce qu’il est, indissociablement, une instance de pouvoir proprement intellectuel et artistique capable d’orienter la production des écrivains et des artistes en la consacrant. Arnoux était d’une certaine façon prédisposé à remplir la fonction double du marchand d’art, qui ne peut assurer le succès de son entreprise qu’en en dissimulant la vérité, c’est-à- dire l’exploitation, par un double-jeu permanent entre l’art et l’argent : il n’y a place sur le marché des biens symboliques, que pour la forme douce de violence qu’est la violence symbolique (…). Cet être double, « alliage de mercantilisme et d’ingénuité », d’avarice calculatrice et de « folie » (…) c’est-à-dire d’extravagance et de générosité autant que d’impudence et d’inconvenance, ne peut cumuler à son profit les avantages des deux logiques antithétiques, celle de l’art désintéressé qui ne connaît de profits que symboliques et celle du commerce, que parce que sa dualité plus profonde que toutes les duplicités lui permet de prendre les artistes à leur propre jeu, celui du désintéressement, de la confiance, de la générosité, de l’amitié et de leur laisser ainsi la meilleure part, les profits tout symboliques de ce qu’ils appellent eux-mêmes « la gloire » pour se réserver les profits matériels prélevés sur leur travail. Homme d’affaires et de commerce parmi des gens qui se doivent de refuser de reconnaître, sinon de connaître, leur intérêt matériel, il est voué à apparaître comme un bourgeois aux artistes et comme un artiste aux bourgeois. Entre la bohème et le « monde », le « demi-monde », représenté par le salon de Rosanette, se recrute à la fois dans les deux univers opposés : « Les salons des filles (c’est de ce temps-là que date leur importance) étaient un terrain neutre où les réactionnaires de bords différents se rencontraient ». Ces « filles » de luxe -et même d’art, comme les danseuses et les actrices, ou la Vatnaz, moitié femme entretenue et moitié femme de lettres- sont aussi de ‘bonnes filles », comme dit Arnoux à propos de Rosanette. Souvent issues des « basses classes », elles ne s’embarrassent pas de manières et n’en embarrassent pas les autres. Payées pour être frivoles, elles chassent le sérieux et l’ennui par leurs fantaisies et leur extravagance. (…) Ce « milieu fait pour plaire », d’où sont bannies toutes les règles et les vertus bourgeoises, sauf le respect de l’argent, qui, comme ailleurs la vertu, peut empêcher l’amour, cumule les avantages des deux mondes opposés, conservant la liberté de l’un et le luxe de l’autre, sans en cumuler les manques, puisque les uns y abandonnent leur ascétisme forcé et les autres leur masque de vertu. Et c’est bien à « une petite fête de famille », comme dit ironiquement Hussonnet, que les « filles » convient les artistes parmi lesquels elles recrutent parfois leurs amis de coeur (ici Delmar), et les bourgeois qui les entretiennent (ici Oudry); mais une fête de famille à l’envers, encore dominée, comme la messe noire, par ce qu’elle nie, où l’on va masqué pour déposer un moment le vrai masque. Pierre Bourdieu
Le jeu de l’art est, du point de vue des affaires, un jeu « à qui perd gagne ». Dans ce monde économique renversé, on ne peut conquérir l’argent, les honneurs (…) , les femmes, légitimes ou illégitimes, bref tous les symboles du succès mondain, succès dans le monde et succès en ce monde, sans compromettre son salut dans l’au-delà. La loi fondamentale de ce jeu paradoxal est qu’on y a intérêt au désintéressement: l’amour de l’art est l’amour fou, au moins lorsqu’on le considère du point de vue des normes du monde ordinaire, « normal », celui que met en scène le théâtre bourgeois. Pierre Bourdieu
La pièce de Patrick Süskind, La Contrebasse, fournit une image particulièrement réussie de l’expérience douloureuse que peuvent avoir tous ceux qui, comme le contrebassiste au sein de l’orchestre, occupent une position inférieure et obscure à l’intérieur d’un univers prestigieux et privilégié, expérience d’autant plus douloureuse sans doute que cet univers, auquel ils participent juste assez pour éprouver leur abaissement relatif, est situé plus haut dans l’espace social. Cette misère de position, relative au point de vue de celui qui l’éprouve en s’enfermant dans les limites du microcosme, est vouée à paraître « toute relative », comme on dit, c’est-à-dire tout à fait irréelle, si, prenant le point de vue du macrocosme, on la compare à la grande misère de condition ; référence quotidiennement utilisée à des fins de condamnation (« tu n’as pas à te plaindre ») ou de consolation (« il y a bien pire, tu sais »). Pierre Bourdieu
Well, my joke is that I consider myself a bobo with bad grades. If I’d studied more, I would have gotten into Harvard and I could afford the big kitchen and all that. But I am a bobo in some sense. You know, the essence of bobo life is people who consider themselves sort of artistic or writers or intellectuals but find themselves in the world of making money, in the world of commerce. And so I certainly am in that. You know, I consider myself a writer, and I live for ideas and things like that. But I also want a big house, so I’m caught between money and spirituality. David Brooks
Si nos ancêtres pouvaient voir les cadavres gesticulants qui ornent les pages de nos revues de mode, ils les interprèteraient vraisemblablement comme un memento mori, un rappel de la mort équivalent, peut-être, aux danses macabres sur les murs de certaines églises médiévales. Si nous leur expliquions que ces squelettes désarticulés symbolisent à nos yeux le plaisir, le bonheur, le luxe, le succès, ils se lanceraient probablement dans une fuite panique, nous imaginant possédés par un diable particulièrement malfaisant. René Girard
Quand les riches s’habituent à leur richesse, la simple consommation ostentatoire perd de son attrait et les nouveaux riches se métamorphosent en anciens riches. Ils considèrent ce changement comme le summum du raffinement culturel et font de leur mieux pour le rendre aussi visible que la consommation qu’ils pratiquaient auparavant. C’est à ce moment-là qu’ils inventent la non-consommation ostentatoire, qui paraît, en surface, rompre avec l’attitude qu’elle supplante mais qui n’est, au fond, qu’une surenchère mimétique du même processus. Dans notre société la non-consommation ostentatoire est présente dans bien des domaines, dans l’habillement par exemple. Les jeans déchirés, le blouson trop large, le pantalon baggy, le refus de s’apprêter sont des formes de non-consommation ostentatoire. La lecture politiquement correcte de ce phénomène est que les jeunes gens riches se sentent coupables en raison de leur pouvoir d’achat supérieur ; ils désirent, si ce n’est être pauvres, du moins le paraitre. Cette interprétation est trop idéaliste. Le vrai but est une indifférence calculée à l’égard des vêtements, un rejet ostentatoire de l’ostentation. Le message est: « Je suis au-delà d’un certain type de consommation. Je cultive des plaisirs plus ésotériques que la foule. » S’abstenir volontairement de quelque chose, quoi que ce soit, est la démonstration ultime qu’on est supérieur à quelque chose et à ceux qui la convoitent. Plus nous sommes riches en fait, moins nous pouvons nous permettre de nous montrer grossièrement matérialistes car nous entrons dans une hiérarchie de jeux compétitifs qui deviennent toujours plus subtils à mesure que l’escalade progresse. A la fin, ce processus peut aboutir à un rejet total de la compétition, ce qui peut être, même si ce n’est pas toujours le cas, la plus intense des compétitions. (…) Ainsi, il existe des rivalités de renoncement plutôt que d’acquisition, de privation plutôt que de jouissance. (…) Dans toute société, la compétition peut assumer des formes paradoxales parce qu’elle peut contaminer les activités qui lui sont en principe les plus étrangères, en particulier le don. Dans le potlatch, comme dans notre société, la course au toujours moins peut se substituer à la course au toujours plus, et signifier en définitive la même chose. René Girard
Ma vision de la France de 2030, c’est celle d’une France où tous partagent la fierté et le bonheur d’être Français. Fierté d’être citoyen d’un grand pays qui ait repris sa place en Europe et dans le monde. Bonheur de vivre en liberté, en égalité, en fraternité dans une République rassemblée. Oui, je refuse d’avoir l’identité malheureuse, frileuse, anxieuse , presque névrotique. Pour moi , identité ne rime pas avec exclusion ni refus de l’autre. Je veux faire rimer identité avec diversité et unité : respect de notre diversité, affirmation de notre unité. (…) Nous , Français, nous sommes divers, nous n’avons pas les mêmes origines, la même couleur de peau, la même religion ni les mêmes croyances. Cette diversité, qui remonte loin dans le temps, est une richesse, une force. Il ne faut pas chercher à l’effacer en prétendant nous couler tous dans le même moule. Entreprise vaine et dangereuse. Il faut respecter nos différences. (…) Je continuerai à tracer la route d’une France apaisée, juste, ouverte au dialogue et à la recherche d’une identité heureuse. Alain Juppé (2016)
La création de 1 000 emplois en France, c’est toujours une bonne nouvelle, largement relayée. Mais à quel prix pour ses futurs salariés ? Amazon a annoncé, mardi 3 octobre, l’ouverture à l’automne 2018 d’un sixième centre de distribution en France, à Brétigny-sur-Orge (Essonne), et l’embauche de 1 000 CDI à temps plein. Mais entre cadences minutées, troubles musculo-squelettiques et lettres recommandées au moindre fléchissement du salarié, le revers de la médaille est beaucoup moins doré. Franceinfo s’est penché sur les conditions de travail dans les allées du géant de la vente en ligne. (…) sur le site de Sevrey (Saône-et-Loire) (…) Selon un rapport de la médecine du travail, auquel franceinfo a eu accès, sur les 121 personnes du site examinées par les médecins en 2015, 75 présentaient des « affections périarticulaires », c’est-à-dire des troubles musculo-squelletiques liés à leur travail et 30, des « affections chroniques du rachis lombaire » en lien avec leur activité de manutention. (…) En temps normal, un salarié peut parcourir entre 15 et 20 kilomètres par jour dans les allées des entrepôts. Car dans les allées des entrepôts d’Amazon, tout est minuté, codifié, scruté, grâce aux scanners utilisés à chaque étape du traitement des colis. Une méthode qui permet à un employé d’en empaqueter jusqu’à 250 par heure. »Avec ça, ils savent exactement où vous vous trouvez et se servent de ces informations pour calculer votre temps d’arrêt », accuse Alain Jeault. Et même s’hydrater peut poser problème, rapporte de son côté France 3 Nord. Si dans la journée, vous êtes allé aux toilettes, si vous avez pris un verre d’eau ou que vous ne pouvez pas justifier un temps d’arrêt, vous recevez une lettre de sensibilisation. Si dans la journée, vous êtes allé aux toilettes, si vous avez pris un verre d’eau ou que vous ne pouvez pas justifier un temps d’arrêt, vous recevez une lettre de sensibilisation. Gérald Defauquet, délégué CGT sur le site de Douai à France 3. Si ces temps sont trop longs ou trop fréquents, « on se fait convoquer ou on reçoit chez nous un courrier recommandé nous incitant à accélérer la cadence », confirme Alain Jeault, qui dénonce « un véritable stress, que le salarié ramène à la maison ». Elodie raconte ainsi avoir déjà été convoquée jusqu’à quatre fois dans une même semaine, pour faire le point sur ces temps d' »inactivité ». Fr3
Pour les artistes, il devient difficile de se faire un nom et de vivre de leur art sans plaire aux grands collectionneurs, « des multimillionnaires qui n’ont pas forcément une ouverture artistique énorme », précise Stéphane Corréard. (…) Les critiques voient surgir des artistes « qui défraient le marché et dont on se demande pourquoi ils sont mis en avant », estime Elisabeth Couturier, si ce n’est qu’ils plaisent à ceux qui ont les moyens de les acheter. Elle se souvient notamment des « formalistes zombies », des peintres abstraits à la mode en 2014 « et qui ne valent plus un clou aujourd’hui ». Leurs tableaux ne portaient aucune idée forte mais étaient « parfaits pour les décorateurs », résume le New York Magazine. Béatrice Joyeux-Prunel rappelle que nombre de ces mouvements d’avant-garde « ont pu innover parce que les artistes vendaient une production plus classique à côté », tel Monet, envoyé peindre des vues sur la Côte d’Azur parce qu’elles plaisaient aux collectionneurs américains. En revanche, ce phénomène prend aujourd’hui des proportions jamais vues dans le cas de certains artistes les plus chers du monde. La production de Damien Hirst ou Jeff Koons s’est transformée en une industrie qui emploie des dizaines de personnes, pour satisfaire la demande. « Je pense qu’ils sont aujourd’hui plus proches de ce qu’est une maison de couture qu’un artiste », estime Stéphane Corréard : des marques qui produisent de façon créative, mais pour vendre à des clients fortunés. Il imagine même un futur où ces stars auraient « vocation à être remplacées un jour, à la tête de leur griffe, par de jeunes stylistes qui apporteraient de nouvelles idées ». La métamorphose de certains artistes en marques, que vous pouvez déplorer, serait alors complète. FranceTVinfos
Pour beaucoup, Amazon est quelque chose de très virtuel. Or, même avec l’économie numérique, le travail est toujours présent. Je voulais également montrer que les potentialités d’Internet ont bouleversé le monde du travail sur ce secteur. Amazon, c’est une révolution dans le monde industriel. Les entrepôts logistiques sont régis par une organisation du travail très précise qui n’est pas simplement celle du taylorisme ou du fordisme. Elle inclut toutes les potentialités d’Internet et fournit des outils de contrôle de productivité parfaitement inédits. (…) Chacun à sa propre image d’Internet. Je ne veux pas tenir un discours moral, simplement rappeler des faits et décrire ce qui se passe dans une usine logistique. Les travailleurs chez Amazon, loin, très loin des progrès du XXIe siècle, ont des conditions de travail qui sont dignes du XIXe siècle. Que ce soit en ce qui concerne les conditions de travail des intérimaires, que ce soit dans les cadences qui sont imposées, dans les contrôles de productivité, dans les fouilles au corps qui sont réalisées chaque fois qu’un travailleur franchit les portiques. Les exemples foisonnent dans mon livre et tendent tous à montrer qu’Amazon, en ce qui concerne le respect des droits sociaux, est une entreprise qui n’est pas progressiste mais parfaitement réactionnaire. (…)  il faut garder en tête que Jeff Bezos (actuel PDG d’Amazon) est libertarien. J’étais d’ailleurs surpris de voir le nombre de portraits apologistes qu’on a pu faire de cet homme. Dans le slogan il y a « make history », mais il faut voir qui écrit l’histoire. On ne peut se contenter d’une apologie des puissants et des milliardaires sous prétexte qu’ils arrivent à rassembler des énergies. Il faut voir à quel coût et à quelle société ils nous préparent. Pour l’heure, Amazon, avant de représenter un progrès, c’est d’abord une formidable régression en ce qui concerne le devenir de notre humanité. (…) La force d’Amazon, vis-à-vis du commerce de proximité, c’est d’avoir des coûts de stockage et de distribution beaucoup plus faibles. Un entrepôt logistique en zone périurbaine, c’est un loyer qui est beaucoup plus faible que celui d’un commerce de proximité. Après, il est incontestable que ce qui fait l’efficacité d’Amazon, c’est son infrastructure informatique, qui permet l’expédition de colis au plus vite une fois la commande passée car tout est fluidifié par le réseau. Cette infrastructure permet un contrôle total de tout ce qui se passe dans les entrepôts, y compris au niveau des travailleurs. Par ailleurs Amazon n’a pas besoin de machines complexes comme l’automobile : en réalité, Amazon ce sont de grand entrepôts avec des étagères métalliques, quelques ordinateurs et des bornes Wi-Fi. La machine la plus complexe étant l’être humain qui, grâce au levier informatique, peut générer des richesses incroyables. La multinationale réalise également des économies sur les pointeuses, placées non pas à l’entrée de l’entrepôt mais à trois minutes de marche, sur le recours outrancier à l’intérim et sur son évasion fiscale. Il faut savoir qu’Amazon doit 198 millions au fisc français. (…) Je m’attendais à un travail pénible, à la culture à l’américaine, mais pas à devoir subir des discours moralistes. Chaque jour on vous demande d’être meilleur que la veille. Il y a un aspect très idéologique au travail et on va applaudir ce qu’on appelle le « top performer », la résurgence de l’ouvrier Stakhanov en URSS, qui va au-delà de ce qu’on lui a demandé de faire. Les contre-pouvoirs sont complètement muselés. La plupart des syndicalistes ont la vie dure [la CGT a déposé plainte car ils étaient fouillés arbitrairement]. Et c’est assez surprenant de voir qu’une multinationale, dans le cadre de son travail, une fois qu’elle a nié tous les droits les plus élémentaires contenus dans le code du travail, ensuite s’ingénie à reproduire une forme de collectivisme. Je pense que cela est dû au fait qu’Amazon est un univers qui est coupé du monde. (…) En dernier échelon, et ce n’est pas quelque chose de dérisoire, le consommateur lui-même peut se poser la question de savoir ce qu’il gagne en consommant sur Amazon et ce qu’il y perd. Je ne suis pas convaincu que la plupart des Français souhaitent voir le politique distribuer des subventions publiques pour l’implantation de tels entrepôts, d’autant qu’Amazon n’a pas besoin d’argent public aujourd’hui. D’ailleurs, lors de l’implantation du quatrième entrepôt dans le Nord-Pas-de-Calais, la région n’a pas donné d’aide publique. Jean-Baptiste Malet
L’industrie du jeu vidéo est éclaboussée par une polémique sur les cadences infernales imposées aux employés. Le grand patron du studio Rockstar, connu pour la série « Grand Theft Auto » ou encore « Red Dead Redemption », a lui-même lâché cette information sans réaliser l’impact de cet aveu involontaire. Pour faire la promotion de son prochain jeu, Dan Houser, qui a fondé le studio Rockstar avec son frère Sam, a évoqué « les semaines de 100 heures de travail », nécessaires pour arriver à sortir ce nouveau petit bijou, Red Dead Redemption 2, sans doute le jeu le plus attendu de l’année. Cent heures, cela fait du 14 heures par jour, 7 jours sur 7. Après l’avalanche de réactions négatives sur les réseaux sociaux, il s’est empressé de minimiser. Sans vraiment convaincre, car ces fameuses périodes de crunch, c’est comme ça que les studios ont baptisé ces sessions de travail hyper intense qui sont une réalité trop fréquente pour être ignorées. (…) Un jeu de belle facture contient aujourd’hui des millions de lignes de code, des centaines de personnages, des décors complexes et détaillés, et bien sûr des vérifications minutieuses pour éliminer tous les bugs avant la sortie. Cela passe par des tâches très répétitives dans les périodes de bouclage, périodes qui peuvent durer parfois non pas quelques semaines, mais une année entière. D’où les burn-out, les dépressions et les protestations de plus en plus véhémentes des employés; (…) C’est sans doute aux Etats-Unis où cette industrie emploie le plus de monde, plus de 220 000 l’an dernier, et donc où les abus sont les plus nombreux et les plus médiatisés. Mais cela concerne le monde entier, car cette activité est mondialisée. Rockstar a des studios en Europe, aux Etats-Unis et même en Inde. Cela concerne aussi la France où les plus grands comme les plus modestes ont été pointés du doigt pour leurs pratiques abusives. En début d’année, les employés d’Eugen System se sont mis en grève pendant plusieurs semaines pour défendre leurs droits. Le studio Quantic Dream, rendu célèbre pour ses jeux Heavy Rain, Beyond Two Souls et plus récemment Detroit : Become Human, a été dénoncé par nos confrères de Mediapart pour sa culture d’entreprise limite, avec du harcèlement, des propos racistes ou homophobes. Et Ubisoft, l’autre fleuron français (Assassin’s Creed, The Division, Just Dance, Watch Dogs…) a été épinglé au début du siècle et est devenu depuis un modèle social. RFI
A la démesure de la catastrophe asiatique répondent un élan de solidarité inédit et un flux incroyable de dons venus du monde entier, un pactole d’environ 10 milliards de dollars offerts par des millions de particuliers, des milliers d’entreprises et des Etats. Mais, au bout de la chaîne, ce sont des associations, souvent fragiles, et des équipes réduites qui doivent assumer toutes les responsabilités, et elles tentent, tant bien que mal, de gérer cette manne colossale. Toutes ne sont pas équipées pour canaliser cette vague de générosité. Pour la première fois de son histoire, Médecins sans frontières (MSF) a interrompu sa collecte mondiale, après avoir récolté 40 millions d’euros en une semaine :  » Notre structure ne nous permet pas de gérer plus d’argent « , ont affirmé ces pionniers de l’urgence, au grand dam de plusieurs de leurs collègues humanitaires. Le petit monde des ONG n’a jamais paru si éclaté, si divers. En vingt-cinq ans, elles seraient passées de 4 000 à quelque 35 000 dans le monde. La France est, avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis, au tout premier rang mondial.  » Il n’y a pas un mouvement humanitaire unifié, mais des organisations qui oeuvrent un peu chacune dans leur coin « , constate Thierry Pech, auteur avec Marc-Olivier Padis d’un ouvrage de référence, Les Multinationales du coeur (Seuil). Cela va des petites structures d’une demi-douzaine de personnes à la Croix-Rouge française, dont le budget dépasse les 700 millions d’euros. Le charity business fait des émules et a explosé depuis une bonne dizaine d’années. En France et en Europe, surtout, mais pas seulement. La Banque mondiale affirme travailler avec près de 1 000 ONG dans le monde entier. Un tri s’impose entre celles qui tiennent leurs engagements et d’autres, aussi opaques qu’opportunistes. Sans oublier  » les « faux nez », ces organisations derrière lesquelles on trouve un gouvernement, une idéologie, une organisation religieuse ou un lobby industriel « , ajoute Thierry Pech. Un tabou est peut-être en passe de voler en éclats : le petit monde des ONG découvre les exigences du contrôle et de l’évaluation. Le mouvement est d’abord venu des grandes organisations internationales, qui ont commencé à poser des conditions. Pour une raison simple : plus de 10 % de l’aide au développement distribuée par les Etats passent aujourd’hui par les ONG. Les bailleurs de fonds internationaux ont structuré leurs procédures de financement de projets. A l’instar de la Banque mondiale, qui a imposé une longue liste de critères aux organisations avec lesquelles elle travaille. Mais aussi de l’Union européenne, qui, en créant Echo en 1992, s’est donné les moyens de superviser ses opérations d’aide humanitaire. Bruxelles n’accorde ses financements – 600 millions d’euros par an – qu’après la signature de contrats-cadres très pointus. Echo veille au grain et a audité en 2003 près de 150 de ses partenaires. Audit : le mot est lancé. Il a fallu un énorme scandale français pour voir enfin cette pratique se développer. En 1996, la justice découvrait un détournement massif au sein de l’Association pour la recherche sur le cancer (ARC), dont le président, Jacques Crozemarie,  » siphonnait  » la caisse. Il fut condamné à quatre ans de prison.  » On sort enfin de l’opacité « , observe Thierry Pech.  » Cette affaire nous a poussés à être beaucoup plus rigoureux « , renchérit Jean-Luc Bellynck, directeur financier de la Croix-Rouge française. Les contrôleurs se sont mis au travail.  » De telles dérives ne sont plus envisageables, car la probabilité de se faire contrôler est beaucoup plus forte « , estime ainsi Jean-François Carrez, président de la 5e chambre de la Cour des comptes. Cette dernière et l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) auditent chaque année une demi-douzaine d’associations. Un chiffre ridicule par rapport à la quantité d’organisations, mais Philippe Séguin, premier président de la Cour des comptes, assure ne pas vouloir relâcher la pression : les contrôles seront renforcés en 2006, surtout en ce qui concerne l’utilisation des fonds collectés pour l’Asie. (…) Les Restos du coeur ont eux aussi revu leur système de contrôle après la découverte de détournements par des bénévoles, au siège et en région. Ils ont ainsi recruté une directrice financière, créé une commission d’appels d’offres et développé un service interne d’audit. Ils ont obligé leurs 113 antennes départementales à s’entourer de commissaires aux comptes, cinq ans avant que la loi l’impose, en 2003.  » Il n’existe pas de système infaillible, avoue Olivier Berthe. On peut juste mettre en place un maximum de garde-fous afin d’éviter les dérives. (…) l’association Raoul-Follereau, créée pour lutter contre la lèpre, a été épinglée par l’Igas en 2002, car elle investissait dans des plantations de palmiers en Côte d’Ivoire et finançait les oeuvres de cardinaux conservateurs du Vatican, deux missions sans rapport avec ses objectifs initiaux. Le Comité de la charte a mis plusieurs mois avant de lui retirer son précieux label. (…) S’il devient de plus en plus difficile pour les organisations, du moins pour les plus importantes et les plus connues, de frauder ou d’affecter l’argent des donateurs comme bon leur semble, la question de l’évaluation du travail accompli sur le terrain demeure taboue : combien de personnes ont-elles été secourues, les moyens utilisés ont-ils été les plus pertinents, l’argent a-t-il été dépensé de la façon la plus efficace ?…  » On en est, dans ce domaine, au stade infantile « , lâche Thierry Pech. (…) Il faut dire que l’humanitaire fascine. On estime à 20 000 par an le nombre de candidats au départ pour le bout du monde. La Croix-Rouge reçoit 20 curriculum vitae par jour en temps normal, plus de 70 depuis le désastre en Asie. L’an dernier, 8 000 candidatures sont arrivées au siège de Médecins du monde ! Beaucoup d’entre elles proviennent de jeunes diplômés de l’enseignement supérieur plus attirés par le charity business que par le monde de l’entreprise. Né en 1998 de la volonté de proposer aux populations sinistrées des coups de téléphone gratuits, Télécoms sans frontières emploie ainsi deux jeunes ingénieurs recrutés à la fin de leur stage. Et 15 % des jeunes diplômés affirment vouloir faire tout ou partie de leur carrière dans l’humanitaire. Une fascination pour les ONG dont s’est emparé le milieu de la formation. Dès 1983 naissait Bioforce Développement, un institut spécialisé préparant des techniciens de l’humanitaire (voir encadré page 37). Depuis le milieu des années 90, les universités rivalisent d’imagination pour créer à leur tour des formations aux métiers du développement ou de la santé dans les pays pauvres. La collecte de dons n’échappe pas à cette tendance. Cinquante ans après le célèbre  » Mes amis, au secours !  » de l’abbé Pierre au profit des mal-logés, les techniques de marketing visant à alimenter la machine à dons ont beaucoup évolué. Une ONG doit parfois investir jusqu’à 30 % de ses ressources pour faire la différence sur le marché compétitif de la générosité, évalué à environ 2 milliards d’euros en France. Mais obtenir l’appui d’une personnalité reste le meilleur moyen d’acquérir de la notoriété à bon prix. Les Restos du coeur reçoivent ainsi un cinquième de leur budget annuel grâce aux Enfoirés (voir encadré ci-contre). La Voix de l’enfant, dont le budget ne dépasse pas 1 million d’euros, accède aux plateaux de télévision grâce une ambassadrice de charme, l’actrice Carole Bouquet.  » La télévision est le meilleur moyen de susciter l’émotion, et c’est l’émotion qui déclenche les dons « , analyse Laurent Terrisse, directeur de Non Profit, filiale de l’agence de communication TBWA, spécialiste des ONG. L’Express
Que la direction confonde bénévolat et salariat, ça, c’est une réalité dans cette entreprise qui manque de transparence. Les cadres ne sont pas payés pour leurs heures supplémentaires et ont du mal à les récupérer. Il n’est pas rare qu’on nous convoque pour des réunions fixées après nos horaires de travail. Comme au siège, ce serait bien que l’inspection du travail fasse un petit tour chez nous. Cadre marseillais de la Croix-Rouge française
C’est beau l’image de la Croix-Rouge, mais l’envers du décor ce sont des petits salaires. Ce n’est pas qu’on soit maltraités mais il y a beaucoup de précarité, des salariés qui ont du mal à joindre les deux bouts, à trouver un logement… On nous dit qu’on est là pour sauver des vies mais cela ne doit pas se faire à n’importe quel prix. Marie (prénom modifié à sa demande)
Cela fait dix ans que je vis la pression des horaires et du toujours plus, c’est bien que cela sorte au grand jour. Secrétaire (Croix rouge)
Tout le monde veut ça. Tout le monde veut être nous. Le Diable s’habille en Prada
Quand ta vie privée ne sera plus qu’un champ de ruines, fais-moi signe : je t’obtiendrai une promotion. Le Diable s’habille en Prada
Les gens pensent que si tu travailles dans la mode, tu es riche mais on mange au McDo comme tout le monde parce qu’on est fauchés. On est tous fauchés. En tout cas moi, je dois faire attention. Dans la mode, tout le monde crève la dalle, les créateurs crèvent la dalle. Mais en même temps, on a des beaux vêtements, on boit du champagne partout, on fait des beaux voyages, on va dans des super hôtels. Philip (styliste et enseignant de mode belge)
C’est un métier de parias parce que c’est un métier qui a toujours été exercé par les juifs, par les homosexuels, par les gens qui avaient l’interdiction de pratiquer d’autres métiers. de fait, ce sont des gens qui sont aussi des parias dans leur famille, aussi. On atterrit dans la mode parce qu’on est homosexuel et que ce n’est pas bien vu, parce qu’on est hypersensible et que ce n’est pas bien vu, parce qu’on est créatif et que ce n’est pas un métier. Marguerite
Depuis 2008, la fortune des plus riches a doublé et augmenté bien plus que la production nationale, qui n’a crû que de 12 %. Et cette concentration s’accroît à mesure qu’on s’élève dans l’échelle de la richesse : les dix premiers de notre classement ont ainsi vu leur fortune cumulée quadrupler en dix ans, alors que celle des 490 suivants ne faisait que doubler. Symbole de cette envolée : Bernard Arnault, dont la fortune est passée de 18 à 73 milliards entre 2008 et 2018. Ce qui fait de lui non seulement la première fortune française, mais aussi, selon le dernier palmarès de notre confrère suisse Bilan, la première en Europe, devant Amancio Ortega, fondateur de Zara. Le secret de ce bond spectaculaire ? Trois éléments se conjuguent. D’abord, la capitalisation du leader mondial du luxe, devenue la premiè­re de la place de Paris, a augmenté de 25 % sur un an (au 8 juin, date retenue pour l’évaluation des entreprises cotées de notre classement). Ensuite, la progression des ventes de LVMH (43 milliards en 2017), qui se poursuit à un rythme d’environ 10 % par an depuis une décennie, donnant le sentiment que les arbres peuvent grimper jusqu’au ciel… Enfin, dernier point déterminant : il y a un an, Bernard Arnault a conduit une opération financière assimilable à un « coup d’accordéon », faisant absorber le holding intermédiaire Christian Dior par LVMH, ce qui lui a permis de faire passer sa part du capital du groupe de 35,2 à 46,6 %. Résultat, une fortune qui décolle de 56 % d’une année sur l’autre. Sur ce terrain, il n’est dépassé que par les frères Wertheimer, Gérard et Alain. Les deux héritiers de Chanel détiennent 100 % du groupe de luxe et vont, cette année, voir leur fortune faire un bon de… 100 %. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous disposons désormais de bases solides pour estimer leur patrimoine. Jusqu’à présent, le groupe de luxe ne diffusait aucun chiffre, même pas son chiffre d’affaires, qui était estimé par la concurrence et quelques spécialistes à un niveau légèrement supérieur à 5 milliards. Mais fin juin, le directeur ­financier de Chanel a communiqué les vrais comptes de l’entreprise, soit un chiffre d’affaires de près de 10 milliards de dollars (8,4 milliards d’euros), proche de celui de Vuitton, numéro un mondial du luxe, et bien supérieur à celui de Gucci (6,4 milliards), considéré jusqu’alors com­me le numéro deux du secteur. Une révélation qui nous conduit, bien évidemment, à réévaluer la fortune des deux frères, qui passe de 21 à 40 milliards, et qui les propulse au deuxième rang de notre classement. Sur ce terrain, il n’est dépassé que par les frères Wertheimer, Gérard et Alain. Les deux héritiers de Chanel détiennent 100 % du groupe de luxe et vont, cette année, voir leur fortune faire un bon de… 100 %. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous disposons désormais de bases solides pour estimer leur patrimoine. Jusqu’à présent, le groupe de luxe ne diffusait aucun chiffre, même pas son chiffre d’affaires, qui était estimé par la concurrence et quelques spécialistes à un niveau légèrement supérieur à 5 milliards. Mais fin juin, le directeur ­financier de Chanel a communiqué les vrais comptes de l’entreprise, soit un chiffre d’affaires de près de 10 milliards de dollars (8,4 milliards d’euros), proche de celui de Vuitton, numéro un mondial du luxe, et bien supérieur à celui de Gucci (6,4 milliards), considéré jusqu’alors com­me le numéro deux du secteur. Une révélation qui nous conduit, bien évidemment, à réévaluer la fortune des deux frères, qui passe de 21 à 40 milliards, et qui les propulse au deuxième rang de notre classement. Cette arrivée sur le podium des ­Wertheimer renforce la place, déjà considérable, du luxe dans le peloton de tête de notre classement : les actionnaires de grands groupes du secteur y trustent en effet quatre des six premières places. Et leur fortune combinée représente l’équivalent du tiers de celle, cumulée, des 500 du classement ! Challenges
Joannou évoque ici la présence en nombre d’hommes ouvertement gays dans l’industrie de la mode. Aux côtés des femmes, ils représentent la majeure partie du million d’emplois liés à la mode en France. L’homme hétéro y est minoritaire; il se braque et refuse de devenir un travailleur de cette industrie, de passer par une école de stylisme et de parler chiffons en public. Depuis la fin du XIXe siècle, les hommes excellent dans l’art de l’habillement. Ce sont eux qui donnent naissance à la haute couture en France et en font un business lucratif. Charles Frederick Worth marque l’histoire en étant l’un des rares couturiers hétérosexuels et d’origine étrangère à enrichir la mode française. Son disciple, Paul Poiret, également hétérosexuel, a été la star de la couture des années 1900 à 1930. Un basculement s’opère après la Seconde Guerre mondiale, avec l’arrivée de Christian Dior dans la fashion sphère parisienne. Très secret sur sa vie privée, il ne dévoilera que très tard son homosexualité. Depuis, les designers vedettes –Yves Saint Laurent, Pierre Balmain, Karl Lagerfeld et Jean-Paul Gaultier, entre autres– ne se cachent plus et osent parler de leur orientation sexuelle. La jeune génération, elle aussi, fait rapidement son coming out, d’Olivier Rousteing à Simon Porte Jacquemus. La raison qui explique cette présence massive d’hommes gays est simple: la mode a toujours accueilli ceux considérés comme des parias. Les juifs, les créatifs, les hypersensibles, les marginaux, le vilain petit canard de la famille et les homosexuels, tous trouvent leur place dans ce milieu qui les acceptent comme ils sont. C’est grâce à cette communauté à la tête du navire que la culture gay s’immisce dans la mode. Les costumes italiens flamboyants, le port du rose, les pièces moulantes –dont le jean skinny– ou le cuir et le sportswear fétichistes quittent le microcosme des clubs gays pour rejoindre les moodboards et atterrir sur les défilés. Les marques grand public ont suivi cette mutation de près et ont intégré ces nouveaux codes dans leurs collections masculines, avec un storytelling adapté: dans les années 1990, on assiste à la naissance de la métrosexualité. Pour la première fois, la mode apprivoise ces clients hétéros qui ne veulent surtout pas être vus comme des acheteurs compulsifs frivoles –l’équivalent de «gays» dans leur imagination. Cette image d’homosexuel très efféminé et expert de la mode est également diffusée par la pop culture. En témoigne le personnage de Nigel, journaliste de Vogue et expert du relooking dans Le Diable s’habille en Prada, celui de Kurt dans la série Glee ou plus récemment Tan France, technocrate mode dans Queer Eye sur Netflix. Malgré eux, ces personnages participent à l’auto-exclusion des hommes hétéros de l’industrie de la mode, car ceux-ci veulent s’éloigner le plus possible de cette image. La mode, et surtout celle des podiums, leur apparaît comme un domaine élitiste et complexe, au même titre que l’art contemporain. Ils cherchent alors des chemins de traverse pour éviter celle-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. L’homme hétéro qui commence à s’intéresser au vêtement part toujours d’une démarche utilitaire. (…) Selon Marc Beaugé, journaliste passionné par le vêtement mais qui se «qualifie rarement de journaliste mode», les hommes ont besoin d’une raison valable et de profondeur pour acheter un vêtement: «Il y a encore, chez beaucoup d’hommes, un complexe par rapport au shopping. Ils refusent d’être des fashion victims, ou de faire du shopping au premier degré. Ils veulent un vêtement entouré de sens, de référence culturelles et historiques. Ils ne veulent pas donner l’impression de répondre simplement aux diktat des magazines ou aux tendances. Moi-même, je déteste me balader avec un shopping bag. Ca ne m’arrive jamais.»(…) Pour Geoffrey Bruyère, il y a eu une vraie évolution du regard de l’homme hétéro sur la mode depuis une dizaine d’années. «Quand on a commencé à faire du coaching et que l’on proposait à des hommes des pièces qu’ils n’avaient pas l’habitude de porter, on nous faisait souvent la remarque: “Ça fait gay.” C’est bête, mais ça montre bien à quel point les hétéros peuvent associer la mode à une communauté. Et la remarque est ensuite passée de “Ça fait gay” à “Ça fait femme”, puis à “C’est pas vraiment mon style, c’est pas vraiment moi.”» La connotation gay est en revanche inexistante lorsque l’homme s’intéresse au vêtement sportif ou urbain. Il est par exemple totalement décomplexé lorsqu’il achète et collectionne des sneakers. Toute la culture du «Hype Beast» a misé sur cette nécessité de virilité amenée par le vêtement sportif, en l’associant à l’exclusivité. Aujourd’hui, les hommes s’arrachent les chaussures et vêtements Supreme et documentent leur passion pour ces chiffons précieux sur les réseaux sociaux. Au Congo, les célèbres sapeurs –membres de la Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes– vont plus loin que le vestiaire sportif, en assumant sans aucun complexe leur goût pour les vêtements et accessoires chatoyants. Ils ont choisi la mode pour religion, sans que le mot gay ne soit mentionné nulle part. Christelle Bakima, fondatrice du podcast reportage «Bak’s to Congo», explique que cette coquetterie masculine est même source de virilité: «Ce que l’on pourrait qualifier de comportement métrosexuel en France sera considéré comme synonyme de richesse et de bon vivant au Congo. Si cet homme peut s’entretenir, il peut subvenir aux besoins de sa famille, et donc potentiellement d’une femme, ce qui est perçu comme d’autant plus viril.» La virilité est précisément l’élément que l’homme hétéro n’arrive pas à associer à la mode des créateurs et des maisons. Le dessin de mode et la couture étant souvent conjugués au féminin, cet univers lui semble bien trop inhospitalier. En plus des tenues créatives qui effraient, l’androgynie et le très jeune âge des mannequins –souvent filiformes et imberbes– ne leur ressemblent pas et insistent sur cette cassure entre la mode des défilés et la leur. Dans l’enquête sociologique Le plus beau métier du monde, Giulia Mensitieri explique que «depuis l’extérieur, [la mode] apparaît comme un monde homogène fait de paillettes et de lumière, mais, une fois franchi son seuil, on découvre un espace fortement structuré fonctionnant sur des exclusions permanentes, à la fois économiques, sociales et symboliques». Une des exclusions les plus visibles est le nombre réduit de femmes et d’hommes LGBT+ à la tête des grands groupes. Dans ce microcosme, la cooptation et la passation de père en fils règne encore. Les hommes hétéros dominent les conseils d’administration des marques, sont directeurs de publication de magazines de mode ou travaillent l’angle financier de la mode, loin des sphères créatives. Antoine Arnault passe bien du temps sur les défilés, mais parce qu’il fait partie du socle de LVMH. Son couple avec le top model Natalia Vodianova ne fait qu’amplifier son rôle de patron de la mode puissant et hétérosexuel. En France, ces métiers de pouvoir et d’argent sont intimement liés à un idéal de l’homme viril. Craintifs à l’idée de ne pas correspondre à cet idéal, les jeunes hétéros évitent les formations en mode connotées féminines, comme le stylisme ou le marketing du luxe. Ancien étudiant en école d’art, Valentin Esquier en a été témoin: « Les gens qui voulaient s’orienter dans la mode, c’étaient les filles, les gays de la classe et un mec qui ne se disait pas gay, mais qui s’est senti obligé de le préciser. » Slate
La mode est l’une des plus puissantes industries du monde : elle représente 6 % de la consommation mondiale et est en croissance constante. Depuis les années 1980 et l’entrée dans l’économie néolibérale, elle est devenue l’image étincelante du capitalisme, combinant prestige, pouvoir et beauté, et occupe une place centrale dans les médias et les imaginaires. Pourtant, cette industrie, qui apparaît comme un horizon professionnel hautement désirable, repose principalement sur du travail précaire, et ce aussi bien là où la production est externalisée qu’au coeur de la production créative du luxe, comme les prestigieux ateliers des maisons de couture. À partir d’une enquête en immersion auprès des travailleurs créatifs de cette industrie (stylistes, mannequins, créateurs indépendants, coiffeurs, maquilleurs, vendeurs, journalistes, retoucheurs, stagiaires, agents commerciaux, etc.), ce livre dévoile la réalité du travail à l’oeuvre derrière la façade glamour de la mode. Il met notamment en lumière les dynamiques d’exploitation et d’autoexploitation ainsi que le prestige social liés au fait de travailler dans un milieu désirable. Des séances de « shooting » pour magazines spécialisés à la collaboration auprès d’un créateur de mode, en passant par des entretiens avec des stylistes travaillant pour de célèbres maisons de luxe et de couture, cette enquête dévoile une nouvelle forme de précarité caractéristique des industries culturelles du capitalisme contemporain, une précarité combinée au prestige, à la reconnaissance et à la visibilité. Il s’agit ainsi de décrypter les dynamiques invisibles sur lesquelles repose l’industrie de la mode pour mieux la « déglamouriser ». Présentation du Plus beau métier du monde
Il est valorisé et valorisant d’être artiste. Avant, l’artiste, c’était une figure marginale. Maintenant tout le monde veut être créatif. Il y a cette dimension-là qui est mise en avant aussi par les discours publics. La ville qui se fabrique, Paris est une ville pour cette nouvelle population « cool », etc. Eh bien, qu’est-ce qu’on voit ? Que ces mêmes secteurs professionnels qui sont à la base de l’économie et des structurations sociales des nouvelles élites d’une certaine manière, eh bien, ce sont les mêmes secteurs qu’on va précariser de plus en plus. (…) Parce qu’il y a une dynamique qu’on peut faire remonter aux contestations de la « critique artiste » de Mai 68, contre l’aliénation de la société industrielle du travailleur aliéné par la répétition des tâches, qui a été donc complètement approprié par le capitalisme néolibéral. Avec ce discours de l’épanouissement personnel, de l’expression de soi dans le travail qui s’est révélé être un outil très puissant pour démonétiser le travail. Et pour l’individualiser aussi, c’est une dimension que la mode permet de voir d’une manière saisissante. Giulia Mensitieri
Quand j’étais étudiante à Paris, j’étais entourée de chercheurs et de travailleurs impliqués dans les industries créatives. Ils avaient une position sociale privilégiée mais ils étaient tous précaires, essayant de boucler leurs fins de mois. Il y avait un énorme décalage entre leur capital symbolique et leur capital économique. Je voulais comprendre comment on en arrive à une scission si forte. Je m’intéresse depuis plusieurs années aux nouvelles élites de la mondialisation, aux formes de précarité et aux transformations du travail, à la place qu’on cherche dans le travail dans l’Occident soi-disant riche. Je cherchais un terrain d’étude. J’ai rencontré Mia, styliste pour de grandes marques de luxe, qui m’a introduite dans le monde de la mode. Elle portait des habits luxueux mais vivait dans une grande précarité. Son cas n’était pas du tout exceptionnel. Je ne dis pas que c’est la norme mais c’est très diffus dans le monde de la mode qui produit beaucoup de désir et de richesses. (…) Travailler pour le luxe et être exploité, ça a toujours existé, chez les ouvriers et les artisans qui produisent des biens de luxe notamment. Ce qui m’intéressait ici, ce n’était pas la production matérielle, mais le décalage entre le statut social donné par le fait de travailler dans un milieu créatif, ce qu’il représente, et les conditions matérielles. Je ne connaissais pas ce monde et je ne m’attendais pas à ce que l’auto-exploitation y soit aussi forte. (…) On retrouve dans la mode une série d’éléments du capitalisme actuel : le pouvoir des imaginaires sur les individus et sur ses travailleurs, l’interconnexion fondamentale entre les productions matérielles et immatérielles. Si la mode est aussi riche et vend autant, c’est parce qu’elle produit certes des habits et des sacs, mais aussi des images, des campagnes publicitaires qui servent à générer du désir pour les biens matériels et assurent les consommations à l’échelle globale. De Hongkong à Rio, on porte le même sac, on voit les mêmes pubs. Derrière cette dimension globale, on trouve aussi des circulations inégalitaires. Il y a une dimension cosmopolite chez les travailleurs créatifs de la mode : un shooting à Singapour, un défilé à Paris, un casting à New York, une production à suivre en Roumanie. Mais selon votre nationalité, vous êtes plus ou moins rattrapé par les inégalités, bloqué à une frontière, à cause d’un problème de visa par exemple. Par ailleurs, énormément d’argent est distribué de manière très inégalitaire. Le secteur continue de s’enrichir, même en temps de crise, mais ce n’est pas parce que les profits augmentent que les travailleurs sont mieux payés. La mode est exemplaire du capitalisme actuel pour toutes ces raisons. (…) On y cherche autre chose dans le travail : l’expression de la subjectivité, être créatif, reconnu. En ça aussi la mode est exemplaire des transformations du sens et de la valeur du travail dans l’Occident capitaliste : on y cherche avant tout l’épanouissement personnel. Il y a une représentation très négative de ce qui pourrait être le salariat, la routine. Il y a une énorme focalisation sur la dimension individuelle. A la fin des années 60, la revendication était «il faut être sujet dans le travail, mettre de la vie, il faut s’exprimer». Le néolibéralisme s’est approprié ces revendications contestataires, en les injectant dans des modèles managériaux. Ça s’est révélé très efficace. Si on est exceptionnel, créatif, unique, artiste, il est plus compliqué de s’identifier à un projet commun. (…) Dans la mode, il n’y en a aucune [solidarité]. Chez les mannequins, on en voit un peu. Pour avoir la parole, il faut être un sujet. Les stars ont cette visibilité. Derrière, il y a des milliers de mannequins qui circulent une saison et c’est fini. Elles restent des mannequins parmi d’autres, interchangeables, qui n’ont pas d’identité dans le milieu et qui n’en auront peut-être jamais. C’est très compliqué de prendre la parole dans ces circonstances. Dans les autres métiers de la mode, il n’y a pas de solidarité. L’utilisation du mot «créateur» est emblématique de ce point de vue. Son emploi est assez récent. Il coïncide avec la période néolibérale du capitalisme. Avant, on disait couturier ou styliste. Créateur, c’est dieu, un individu seul qui crée un univers. Aucun créateur ne travaille seul, mais c’est la représentation que l’on donne. Toute cette spectacularisation de l’ego est en train de changer un peu. On voit des créateurs plus en retrait, mais il reste cette dimension de mise en scène de soi que la mode exige. C’est l’une des règles : il faut se construire un personnage. Et puis il y a la peur. C’est un marché professionnel relativement petit. Les gens craignent de parler et il existe dans les maisons de luxe et de prêt-à-porter des clauses de confidentialité. Les salariés ne peuvent rien dire de ce qui se passe dans leur entreprise et il n’existe pas de syndicat. Karl Lagerfeld avait même dit un jour que si vous vouliez de la justice, mieux valait faire travailleur social que de travailler dans la mode. (…) C’est difficile de renoncer à cet emplacement social. La mode est un monde clos qui a besoin du regard désirant de l’extérieur. La mode fascine. Les personnes qui sortent de la mode vivent très mal de ne plus avoir cette place. Il y a aussi la dimension créative, l’adrénaline. Dans les grandes maisons, il y a énormément de moyens, on peut créer ce qu’on veut. Ça crée une sorte d’addiction, disent certains travailleurs. Et il y a l’amour de la beauté. Certains restent aussi car ils travaillent trop, ils ont le nez dans le guidon. Ils n’ont pas le temps de chercher autre chose, de réfléchir. Ils sont trop pris par la machine. Et il y a évidemment la dimension de plaisir. (…) La mode est une industrie à la fois créative et vouée au profit. Cette double dimension crée une forme de violence structurelle étant donné le rythme actuel. Certaines maisons produisent dix à douze collections par an. Même si le directeur artistique n’est pas seul, la dimension créative a besoin d’un temps de recherche, d’inspiration. Elle ne coïncide pas avec les rythmes imposés par la recherche de profit. Raf Simons n’est pas un précaire mais même à son niveau, c’est structurellement intenable. Ecologiquement aussi… L’industrie textile est la plus polluante au monde, juste derrière le pétrole. On est habitué à penser par fragments : le Bangladesh avec les ouvriers exploités d’un côté, les mannequins de l’autre… Si on suit tous les stades de la production, la matière première (le coton), ce qui se passe en Inde avec les graines, Monsanto, le suicide des paysans, jusqu’aux travailleurs créatifs et aux mannequins, il y a des formes d’exploitation à tous les niveaux de la chaîne. Giulia Mensitieri
Je me suis intéressée au décalage existant entre leur statut social et leurs conditions matérielles de vie, souvent de galère (…) La mode est intéressante parce qu’elle agit comme une loupe. C’est le lieu de l’individualité, de la singularité. C’est éminemment néo-libéral. C’est « une industrie générant d’énormes bénéfices, où l’argent est distribué de manière totalement inégalitaire. [avec] des conditions de travail où la pression est extrêmement forte, où on n’est pas payé, où on ne sait pas quand on est payé, où la relation avec la hiérarchie est vraiment très dure. Le roman adapté au cinéma « Le Diable s’habille en Prada » est « emblématique: c’est la glamourisation de la domination. (…) il y a cette idée que c’est violent, mais c’est comme ça. Et il y a une compensation non monétaire, celle du prestige social: je reste pour le nom, pour la carte de visite, pour le CV. [Dans ce milieu règne] une perception très négative du salariat, de la routine. Etre dans la norme, c’est presque un stigmate. (…) il y a énormément de concurrence. Du coup tu te tais, parce que derrière, il y en a 200 qui veulent ta place. Giulia Mensitieri
L’usine à rêves qu’est le monde de la mode fonctionne, affirme l’anthropologue Giulia Mensitieri, grâce au consentement de travailleurs précaires qui œuvrent à faire accéder une minorité d’entre eux aux feux de la rampe. Si ces « petites mains » acceptent d’être asservies (travail gratuit, paiement en nature, humiliations), c’est qu’elles valorisent symboliquement leur appartenance à une « élite du désir ». Telle est la thèse principale de l’auteure qui a mené une enquête de plusieurs années entre Paris et Bruxelles. L’intérêt de ce livre tient assurément à la richesse des descriptions ethnographiques : pause casse-croûte lors d’une séance de shooting organisée dans un hôtel de luxe, défilé de mannequins venues d’Europe de l’Est par des filières clandestines, stagiaire éconduit sans ménagement… Si une telle approche permet de vivre de l’intérieur la violence de ce monde professionnel ultrahiérarchisé, on peut malgré tout regretter que G. Mensitieri n’ait pas davantage mis en lumière les trajectoires sociales et scolaires de ces travailleurs de la mode. L’attention portée aux processus de socialisation aurait permis d’appuyer davantage la comparaison qu’elle fait à plusieurs reprises avec le monde des industries créatives. Mais cela n’enlève rien au mérite de ce travail qui met le doigt sur un exemple caractérisé des effets redoutables du néolibéralisme et révèle les liens délétères qui associent prestige social et précarité, travail-passion et exploitation. Anne Both

Attention: une bohémianisation peut en cacher une autre !

Manucures, maquilleuses, coiffeurs, stylistes, photographes et même mannequins payés au smic, voire non payés ou payés en sacs à main ou bâtons de rouge à lèvres; horaires démentiels sans weekends ni vacances; multiplication des stagiaires non rémunérés et corvéables à merci; logement, entre deux nuits en palace à l’autre bout de la planète, en studios exigus voire insalubres; pression constante sur l’apparence physique mais aussi sur la vie privée des personnels; appropriation du capital esthétique, social et culturel des employés; harcèlement, stress, surmenage, anorexie, prise de stupéfiants; concentration toujours plus grande des entreprises de luxe et explosion des profits (6% de la consommation mondiale, soit 1 400 milliards d’euros), omerta généralisée des formateurs comme du Pôle emploi et des autorités …

En ces temps étranges …

Où l’on peut faire sans drapeau des films sur la conquête de l’espace …

Ou sans références autres que passagères à ses excès, ses frasques ou son sida, sur l’une des icônes de la scène homosexuelle …

Et où à l’instar des ces artistes qui emploient des dizaines de personnes pour satisfaire la demande, l’art imite à son tour la haute couture

Pendant qu’au moment où elle disparait avec l’immigration incontrôlée, l’identité nous est vendue comme heureuse

Comment ne pas repenser …

A la lecture de la récente thèse de Giulia Mensitieri sur l’industrie de la mode …

A la fameuse phrase de Nietzsche sur l’incroyable décalage entre la petite minorité de gens cultivés et l’immense majorité de ceux qui, en luttant et travaillant pour la culture, ne font en fait que permettre l’existence des premiers …

Ou étrange retour à la bohème littéraire et artistique du milieu du XIXe siècle via sa réactivation par la contestation étudiante des années 60 …

Comme une sorte de face cachée des fameux bobos qui gentrifient nos centre-villes …

Aux pages de Flaubert sur l’invention de la vie d’artiste dans L’Education sentimentale …

Et notamment, comme l’a montré Bourdieu, sur ce « jeu paradoxal à qui perd gagne » et ce « monde économique renversé » (plus de prestige, moins d’argent) que celle-ci tient du monde de l’art …

Où l’argent et les honneurs apparaissent comme des compromissions parce qu' »on y a intérêt au désintéressement » ?

Mais surtout comment ne pas voir et s’inquiéter de …

La manière dont, pour « cumuler à son profit les avantages les deux logiques antithétiques de l’art désintéressé et du commerce », cette industrie « prend les artistes à leur propre jeu du désintéressement » en ne leur laissant que les « profits symboliques » » pour se « réserver les profits matériels prélevés sur leur travail » …

Et derrière les paillettes et le glamour des pubs de papier glacé et sous couvert, individualisme oblige, d’épanouissement personnel et d’expression de soi dans le travail …

La véritable bohémisation de ces sortes d’intermittents du rêve que sont devenus les employés de la mode …

Qui entre salaires dérisoires et précarité croissante et au seul profit d’une élite de multi-milliardaires

Mais souvent avec leur propre consentement voire leur ferveur de nouveaux convertis …

S’étend progressivement et de proche en proche des industries culturelles et créatives (travailleurs du numérique ou du jeu vidéo …

Mais aussi professions intellectuelles et même secteur associatif ou caritatif) à l’ensemble du monde social ?

Anthropologie. Victimes consentantes de la mode

Une enquête de Giulia Mensitieri montre les conditions de travail des précaires sur lesquels repose l’industrie de la mode, entre rêve et cauchemar.

Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »)

Le Monde

Le Plus Beau Métier du monde. Dans les coulisses de l’industrie de la mode, de Giulia Mensitieri, La Découverte, 276 p., 22 €.

Vous le saviez, vous, que nombre de modèles qui défilent sur les podiums des maisons de haute couture parisiennes le font gracieusement, quand elles ne sont pas payées en bâtons de rouge à lèvres ? Que les robes présentées sont confectionnées durant des mois, nuit et jour, par de talentueuses petites mains payées au smic ? Des informations de ce type, le livre de Giulia Mensitieri en regorge. Son enquête, menée de 2010 à 2014 à Paris et Bruxelles dans le cadre de sa thèse en anthropologie, lève en effet le voile sur le monde prétendument merveilleux de la mode. Et le passionnant récit qui découle de ses rencontres avec des stylistes, des modèles, des photographes, des créateurs ou des maquilleurs laisse pantois.

Ces professionnels excentriques, arrogants, touchants, ont en commun une passion pour la mode qui confine à la dévotion et leur permet d’accepter l’inacceptable. Evoluant dans un milieu qui ringardise le salariat et fait l’apologie de la flexibilité, ils ont converti leur liberté en esclavage. Le travail précaire, gratuit, les nuits blanches et les humiliations constituent leur ordinaire, le prix à payer pour en être.

Ampleur de la violence qui règne dans cet univers

C’est le stagiaire non rémunéré qui finance sur ses deniers les salades non assaisonnées auxquelles personne ne touche. Ce sont ces filles, très souvent originaires des pays de l’Est, qui s’endettent durablement auprès de leur agence, qui a avancé les frais de visa, de transport ou d’hébergement, pour des castings ou des prises de vue réalisés à des milliers de kilomètres.

L’anthropologue souligne l’ampleur de la violence qui règne dans cet univers, où la cocaïne devient un bon coupe-faim, et les suicides chez les élèves d’une école de mode, des actes banalisés. Quant à la description de la séance de « shooting » d’une fillette de 7 ans pesant 18 kg, sous le regard de sa mère en surpoids se goinfrant de hamburgers, elle est nauséeuse. D’ailleurs, à plusieurs reprises, l’auteure avoue son écœurement. Car ces professionnels de la mode subissent non seulement des humiliations dans des conditions à faire blêmir un inspecteur du travail, mais ils sont soumis à l’injonction d’être « cool », souriants, créatifs et enthousiastes.

Au-delà de sa richesse ethnographique, ce livre montre comment s’agencent, avec une insolente évidence, visibilité et secret, enchantement et déconvenues, indépendance et soumission. Un tissu de contradictions dont se drapent, du reste, depuis déjà plusieurs décennies, des secteurs moins lucratifs, comme la recherche ou la culture.

Circulation de l’imaginaire

Pourtant, Giulia Mensitieri nous explique que Mia, Franck ou Vanja s’estiment heureux, chanceux même de travailler là : « Le fait que le présent ne soit pas à la hauteur des attentes ne pose jamais de problèmes, puisque celui-ci est déjà colonisé par d’autres projections désirables. » Tout est dit. La ruse du système se loge précisément dans le rêve – celui de transformer leur statut pour ces précaires consentants, d’acquérir des petits bouts de luxe pour les consommateurs de produits dérivés ou de s’approprier la beauté des mannequins pour les acheteuses. La circulation de cet imaginaire est rendue possible par les reportages ou les publicités, diffusés dans les magazines du monde entier.

Néanmoins, toute internationale qu’elle est, la mode, notamment parisienne, tient beaucoup à son inscription géographique, qui participe de son supplément d’âme. « L’Europe fait tout pour conserver son pouvoir symbolique, pouvoir économiquement rentable puisque l’industrie du luxe enregistre des bénéfices grâce à la vente d’une certaine idée, hégémonique, de l’élégance et du raffinement », rappelle Giulia Mensitieri. Aussi les défilés privés organisés en Asie ou dans le monde arabe, où sont pourtant les principaux acheteurs, doivent-ils rester confidentiels. Infiniment moins glamour que ceux tenus à Paris, ils ne coïncideraient pas avec « les cartographies imaginaires du luxe ». Les apparences doivent être maintenues pour que la magie opère.

En refermant cet ouvrage, on peut bien sûr lui reprocher de n’accorder que trop peu de lignes à une mise en perspective plus générale de ces nouvelles formes de servitude volontaire. Mais on peut aussi se réjouir de l’élégante acuité avec laquelle l’auteure livre ses réflexions et ses observations sur cet univers surexposé et obscur.

Voir aussi:

Interview

Giulia Mensitieri : «Dans la mode, il n’y a aucune solidarité»

L’anthropologue Giulia Mensitieri publie une enquête sur ce milieu prestigieux, où les travailleurs de l’ombre sont prêts à vivre dans la précarité pour côtoyer le glamour.

Marie Ottavi

«Je ne fabrique pas des vêtements. Je fabrique des rêves.» Ainsi parle Ralph Lauren, grand manitou de la mode américaine et mondialisée. Vendre du beau, faire rêver les foules, incarner un idéal (souvent très formaté), produire de l’exceptionnel – dans le cas de la haute couture -, voilà à quoi sert la mode. Sur ces postulats, l’industrie du secteur est florissante. En France, elle engrange 150 milliards d’euros de chiffre d’affaires direct, selon les données du gouvernement.

Dans le Plus Beau Métier du monde, l’anthropologue Giulia Mensitieri (EHESS) donne la parole aux travailleurs créatifs, pour qui le simple fait de participer à la création de produits désirés par le plus grand nombre sur la planète compense tous les sacrifices. La chercheuse dévoile ainsi les aspects peu reluisants d’une industrie qui constitue pourtant «l’image étincelante du capitalisme, combinant prestige, beauté et pouvoir» : les stagiaires non rémunérés et usés jusqu’à l’os, œuvrant sans jour de repos quand un catalogue ou une collection doit être finalisée, mais prêts à tout pour faire partie d’un milieu fantasmé auquel ils deviennent même accros ; les stylistes qui dorment dans des palaces en marge des shootings mais sous-louent des boîtes à chaussures dans la vraie vie ; les mannequins qui travaillent gratuitement pour améliorer leur book, d’autres endettées auprès de leur agent, d’autres encore rémunérés avec une paire de chaussures, ce qui n’aide guère quand vient l’heure de remplir le frigo.

Qu’est-ce qui vous a poussée, en tant qu’anthropologue, à enquêter sur le milieu de la mode ?

Quand j’étais étudiante à Paris, j’étais entourée de chercheurs et de travailleurs impliqués dans les industries créatives. Ils avaient une position sociale privilégiée mais ils étaient tous précaires, essayant de boucler leurs fins de mois. Il y avait un énorme décalage entre leur capital symbolique et leur capital économique. Je voulais comprendre comment on en arrive à une scission si forte. Je m’intéresse depuis plusieurs années aux nouvelles élites de la mondialisation, aux formes de précarité et aux transformations du travail, à la place qu’on cherche dans le travail dans l’Occident soi-disant riche. Je cherchais un terrain d’étude. J’ai rencontré Mia, styliste pour de grandes marques de luxe, qui m’a introduite dans le monde de la mode. Elle portait des habits luxueux mais vivait dans une grande précarité. Son cas n’était pas du tout exceptionnel. Je ne dis pas que c’est la norme mais c’est très diffus dans le monde de la mode qui produit beaucoup de désir et de richesses.

Vous parlez d’«auto-exploitation», le phénomène est-il répandu dans ce milieu ?

Travailler pour le luxe et être exploité, ça a toujours existé, chez les ouvriers et les artisans qui produisent des biens de luxe notamment. Ce qui m’intéressait ici, ce n’était pas la production matérielle, mais le décalage entre le statut social donné par le fait de travailler dans un milieu créatif, ce qu’il représente, et les conditions matérielles. Je ne connaissais pas ce monde et je ne m’attendais pas à ce que l’auto-exploitation y soit aussi forte.

L’industrie de la mode incarne les valeurs du capitalisme et les dérives du néolibéralisme…

On retrouve dans la mode une série d’éléments du capitalisme actuel : le pouvoir des imaginaires sur les individus et sur ses travailleurs, l’interconnexion fondamentale entre les productions matérielles et immatérielles. Si la mode est aussi riche et vend autant, c’est parce qu’elle produit certes des habits et des sacs, mais aussi des images, des campagnes publicitaires qui servent à générer du désir pour les biens matériels et assurent les consommations à l’échelle globale. De Hongkong à Rio, on porte le même sac, on voit les mêmes pubs. Derrière cette dimension globale, on trouve aussi des circulations inégalitaires. Il y a une dimension cosmopolite chez les travailleurs créatifs de la mode : un shooting à Singapour, un défilé à Paris, un casting à New York, une production à suivre en Roumanie. Mais selon votre nationalité, vous êtes plus ou moins rattrapé par les inégalités, bloqué à une frontière, à cause d’un problème de visa par exemple. Par ailleurs, énormément d’argent est distribué de manière très inégalitaire. Le secteur continue de s’enrichir, même en temps de crise, mais ce n’est pas parce que les profits augmentent que les travailleurs sont mieux payés. La mode est exemplaire du capitalisme actuel pour toutes ces raisons.

On constate une sorte de consentement à l’injustice sociale dans ce milieu…

On y cherche autre chose dans le travail : l’expression de la subjectivité, être créatif, reconnu. En ça aussi la mode est exemplaire des transformations du sens et de la valeur du travail dans l’Occident capitaliste : on y cherche avant tout l’épanouissement personnel. Il y a une représentation très négative de ce qui pourrait être le salariat, la routine. Il y a une énorme focalisation sur la dimension individuelle. A la fin des années 60, la revendication était «il faut être sujet dans le travail, mettre de la vie, il faut s’exprimer». Le néolibéralisme s’est approprié ces revendications contestataires, en les injectant dans des modèles managériaux. Ça s’est révélé très efficace. Si on est exceptionnel, créatif, unique, artiste, il est plus compliqué de s’identifier à un projet commun.

Il n’y a donc pas de solidarité ?

Dans la mode, il n’y en a aucune. Chez les mannequins, on en voit un peu. Pour avoir la parole, il faut être un sujet. Les stars ont cette visibilité. Derrière, il y a des milliers de mannequins qui circulent une saison et c’est fini. Elles restent des mannequins parmi d’autres, interchangeables, qui n’ont pas d’identité dans le milieu et qui n’en auront peut-être jamais. C’est très compliqué de prendre la parole dans ces circonstances. Dans les autres métiers de la mode, il n’y a pas de solidarité. L’utilisation du mot «créateur» est emblématique de ce point de vue. Son emploi est assez récent. Il coïncide avec la période néolibérale du capitalisme. Avant, on disait couturier ou styliste. Créateur, c’est dieu, un individu seul qui crée un univers. Aucun créateur ne travaille seul, mais c’est la représentation que l’on donne.

Toute cette spectacularisation de l’ego est en train de changer un peu. On voit des créateurs plus en retrait, mais il reste cette dimension de mise en scène de soi que la mode exige. C’est l’une des règles : il faut se construire un personnage. Et puis il y a la peur. C’est un marché professionnel relativement petit. Les gens craignent de parler et il existe dans les maisons de luxe et de prêt-à-porter des clauses de confidentialité. Les salariés ne peuvent rien dire de ce qui se passe dans leur entreprise et il n’existe pas de syndicat. Karl Lagerfeld avait même dit un jour que si vous vouliez de la justice, mieux valait faire travailleur social que de travailler dans la mode.

Les travailleurs tolèrent ce système en raison du prestige ?

Entre autres. C’est difficile de renoncer à cet emplacement social. La mode est un monde clos qui a besoin du regard désirant de l’extérieur. La mode fascine. Les personnes qui sortent de la mode vivent très mal de ne plus avoir cette place. Il y a aussi la dimension créative, l’adrénaline. Dans les grandes maisons, il y a énormément de moyens, on peut créer ce qu’on veut. Ça crée une sorte d’addiction, disent certains travailleurs. Et il y a l’amour de la beauté. Certains restent aussi car ils travaillent trop, ils ont le nez dans le guidon. Ils n’ont pas le temps de chercher autre chose, de réfléchir. Ils sont trop pris par la machine. Et il y a évidemment la dimension de plaisir.

Vous débutez votre livre sur les déclarations de Raf Simons et Alber Elbaz sur le temps frénétique de la mode, qui ne leur permettait pas de réfléchir et de trouver l’inspiration.

La mode est une industrie à la fois créative et vouée au profit. Cette double dimension crée une forme de violence structurelle étant donné le rythme actuel. Certaines maisons produisent dix à douze collections par an. Même si le directeur artistique n’est pas seul, la dimension créative a besoin d’un temps de recherche, d’inspiration. Elle ne coïncide pas avec les rythmes imposés par la recherche de profit. Raf Simons n’est pas un précaire mais même à son niveau, c’est structurellement intenable. Ecologiquement aussi… L’industrie textile est la plus polluante au monde, juste derrière le pétrole. On est habitué à penser par fragments : le Bangladesh avec les ouvriers exploités d’un côté, les mannequins de l’autre… Si on suit tous les stades de la production, la matière première (le coton), ce qui se passe en Inde avec les graines, Monsanto, le suicide des paysans, jusqu’aux travailleurs créatifs et aux mannequins, il y a des formes d’exploitation à tous les niveaux de la chaîne.

Marie Ottavi Le Plus Beau Métier du monde. Dans les coulisses de l’industrie de la mode de Giulia Mensitieri 276 pp., éd. La Découverte, 22 euros.

Voir également:

Mode: derrière la façade glamour, la précarité des travailleurs

Capital

26.01.2018

Alors que s’éteignent les projecteurs des défilés parisiens, une enquête de l’anthropologue Giulia Mensitieri met en lumière une face moins glamour de cette industrie, en s’intéressant aux travailleurs de la mode, « autant valorisés que précaires ».

Pour son livre « Le plus beau métier du monde » qui vient de sortir aux éditions La Découverte, tiré de sa thèse de doctorat soutenue à l’EHESS, l’anthropologue Giulia Mensitieri a interviewé pendant trois ans près d’une quarantaine de « travailleurs créatifs de la mode« : stylistes, mannequins, vendeurs, stylistes photo, stagiaires, photographes, maquilleurs, journalistes ou encore étudiants.

« Je me suis intéressée au décalage existant entre leur statut social et leurs conditions matérielles de vie, souvent de galère« , explique à l’AFP cette chercheuse à l’université libre de Bruxelles. Dans cette enquête, où les témoignages sont anonymes, elle suit une styliste photo qui organise des défilés dans des palaces à Hong Kong mais peine à payer le loyer du petit appartement parisien qu’elle habite en colocation, dormant dans le salon.

Elle décrit des mannequins endettés auprès de leurs agences, peu voire pas payées lors des défilés. Une séance photo pour un magazine de mode avant-gardiste pour laquelle personne n’est rémunéré, un journaliste de mode indépendant qui vit dans 15 mètres carrés  et gagne sa vie en donnant des cours d’anglais…

L’argent distribué de manière inégalitaire

« La mode est intéressante parce qu’elle agit comme une loupe. C’est le lieu de l’individualité, de la singularité. C’est éminemment néo-libéral« , souligne cette chercheuse italienne. C’est « une industrie générant d’énormes bénéfices, où l’argent est distribué de manière totalement inégalitaire« .

La chercheuse évoque « des conditions de travail où la pression est extrêmement forte, où on n’est pas payé, où on ne sait pas quand on est payé, où la relation avec la hiérarchie est vraiment très dure« . Le roman adapté au cinéma « Le Diable s’habille en Prada » est « emblématique« , dit-elle: « c’est la glamourisation de la domination« .

Chez les travailleurs de la mode, « il y a cette idée que c’est violent, mais c’est comme ça. Et il y a une compensation non monétaire, celle du prestige social: je reste pour le nom, pour la carte de visite, pour le CV« . Dans ce milieu règne « une perception très négative du salariat, de la routine. Etre dans la norme, c’est presque un stigmate« , poursuit-elle.

Et puis « il y a énormément de concurrence. Du coup tu te tais, parce que derrière, il y en a 200 qui veulent ta place« , ajoute la chercheuse, qui dit avoir recueilli de nombreux témoignages « de crises d’angoisse, de panique, de dépression, de burn out« .

La rédaction avec AFP

Voir par ailleurs:

Fierté et bonheur

Alain Juppé

12/06/2016

La France a besoin de profondes réformes. Je veux que le prochain quinquennat soit celui des réformes réussies. Je les prépare avec vous.

Mais réformer n’est pas une fin en soi. Il faut savoir pourquoi. Il faut donner du sens à l’action réformatrice, il faut fixer un cap, il faut partager un but , il faut une vision qui nous projette ensemble au delà de 2022.

Ma vision de la France de 2030, c’est celle d’une France où tous partagent la fierté et le bonheur d’être Français. Fierté d’etre citoyen d’un grand pays qui ait repris sa place en Europe et dans le monde. Bonheur de vivre en liberté, en égalité, en fraternité dans une République rassemblée .

Oui, je refuse d’avoir l’identité malheureuse, frileuse, anxieuse , presque névrotique. Pour moi , identité ne rime pas avec exclusion ni refus de l’autre. Je veux faire rimer identité avec diversité et unité : respect de notre diversité, affirmation de notre unité.

Naïveté, me dira-t-on … Ma longue expérience du terrain me protège de ce risque. Je sais bien que la France dont je rêve n’est pas la France d’aujourd’hui, pas toute la France d’aujourd’hui. Je vois la France qui doute, qui souffre, qui est en colère. Il faut apporter des réponses à ses légitimes attentes. C’est l’objectif des réformes dont je parlais en commençant.

Mais je ne me résigne pas à laisser se répandre l’idée que demain sera pire qu’aujourd’hui , qui serait déjà pire qu’hier. Non! Il faut une autre ambition : partager demain la fierté et le bonheur d’être Français.

Et pour cela, je veux faire rimer identité avec diversité et unité.

Nous , Français, nous sommes divers, nous n’avons pas les mêmes origines, la même couleur de peau, la même religion ni les mêmes croyances. Cette diversité, qui remonte loin dans le temps, est une richesse, une force. Il ne faut pas chercher à l’effacer en prétendant nous couler tous dans le même moule. Entreprise vaine et dangereuse. Il faut respecter nos différences.

A deux conditions.

D’abord que notre société ne bascule pas dans le communautarisme , c’est-à-dire dans le repli de chaque groupe sur lui-même, dans le refus du dialogue et du partage avec les autres. Dérive détestable qui est en contradiction même avec l’idée que nous avons de la France.

Ensuite que notre diversité converge vers l’unité , c’est-à-dire le partage d’un bien commun autour duquel se rassemblent tous les Français. Sans ce bien commun, reconnu et partagé, il n’y a pas de pays, pas de nation, pas de patrie, pas de France.

Ce bien commun, nous le connaissons : c’est notre histoire, le patrimoine qui nous a été transmis, notre culture, notre langue ; ce sont nos racines , chrétiennes bien sûr  (qui pourrait en douter sérieusement?), judéo-chrétiennes, gréco-latines aussi. Le français est une langue latine et il faut continuer à l’enseigner à nos enfants. Ces racines, les nouveaux arrivants doivent les connaître pour s’intégrer à la Nation. Et puis, notre bien commun, c’est aussi l’esprit des Lumières qui est combat contre l’oppression et le fanatisme, et qui prépare 1789. Les valeurs républicaines bien sûr qu’exprime si fortement la devise qui n’a pas pris une ride : « Liberté, égalité, fraternité  » . Enfin la laïcité à la française qui est à la fois liberté de religion garantie à chaque citoyen, et strict respect par toutes les religions de la séparation du temporel et du spirituel et des lois de la République. Y compris l’égalité entre les femmes et les hommes qui est un droit fondamental.

Connaître et respecter des principes, des valeurs , des droits ne suffit pas à souder l’unité d’un pays. Il y faut un supplément d’âme, le sentiment d’appartenance à la même patrie, l’élan du cœur que nous éprouvons lorsqu’on hisse le drapeau national ou qu’on entonne l’hymne national. Avez-vous remarqué que , depuis les attentats terroristes qui défient ce que nous sommes, nous chantons la Marseillaise avec plus d’ardeur?

Et l’Islam dans tout cela ? Je ne veux pas éluder cette question qui, formulée plus ou moins explicitement , est omniprésente dans le débat actuel.

J’y ai longuement réfléchi. J’en ai parlé avec des interlocuteurs de tous bords. Récemment encore avec le jeune maire de Tourcoing, Gérald Darmanin , avec lequel je me suis trouvé en grande harmonie de pensée. Peut-être parce que nous sommes tous deux maires et que notre expérience quotidienne nous vaccine contre les simplifications idéologiques .

De deux choses l’une :

  • ou bien l’on pense que la religion musulmane n’est pas soluble dans la République , et alors il faut se préparer à une forme de guerre civile ;
  • ou bien l’on est convaincu qu’il existe une lecture du Coran et une pratique de la religion musulmane compatibles avec nos valeurs et notre mode de vie, et alors il faut travailler avec détermination à poser des règles claires entre les musulmans qui partagent cette conviction et la République. Ce ne sera pas facile. G. Darmanin rappelle que cela n’a pas été facile avec l’Eglise catholique jusqu’au début du siècle dernier. Ce sera plus difficile encore avec la religion musulmane qui n’a pas d’organisation hiérarchique. Mais il faudra le faire pour clarifier la question des lieux de culte et de leur financement, la question des imams , de leur recrutement et de leur formation. J’ai dans cet esprit proposé que les imams de France prêchent en français et soient titulaires d’un diplôme de formation à l’histoire et aux lois de la République.

Dans le même temps , nous devons nous montrer intraitables avec toutes les formes de radicalisation des esprits qui menacent notre civilisation. Radicalisation dans nos écoles où nos enseignants doivent recevoir la formation et le soutien hiérarchique pour résister à la propagande des fanatiques et développer le contre-discours adapté à leurs élèves ; radicalisation sur les réseaux sociaux et le web en général qui intoxiquent les esprits faibles et permettent hélas! à la haine de se lâcher; radicalisation dans les prisons où j’ai proposé la création d’une police pénitentiaire spécialisée dans la recherche du renseignement ; radicalisation dans certaines salles de prière ou l’on ne doit pas tolérer des prêches qui appellent à la violence et à la haine, en violation de nos lois.

Il y a longtemps que j’ai observé, dans notre vie politique, qu’il est plus facile d’avoir des positions simplistes qu’une approche équilibrée. Je suis la cible d’attaques venimeuses sur les réseaux sociaux où je suis parfois rebaptisé (sic) « Ali Juppé » ou qualifié de « Grand Mufti » de Bordeaux, ou accusé de financer à Bordeaux la plus grande mosquée de France… qui n’existe pas et n’existera pas ! Ce n’est pas cette campagne qui me fera vaciller. Je continuerai à tracer la route d’une France apaisée, juste, ouverte au dialogue et à la recherche d’une identité heureuse. Parce que je suis profondément convaincu que cette France est possible et que c’est cette France là qui est fidèle à ses racines.

Voir aussi:

« Les travailleurs chez Amazon ont des conditions de travail dignes du XIXe siècle »

Auteur d’« En Amazonie, infiltré dans le meilleur des mondes », Jean-Baptiste Malet décrit le fonctionnement du géant du commerce en ligne. En Allemagne, les salariés de trois sites sont en grève.

Elvire Camus (Propos recueillis)

Le Monde

La plateforme de vente en ligne Amazon réalise 70 % de son chiffre d’affaires pendant la période des fêtes de fin d’année, selon le syndicat allemand Verdi. Pour faire face à l’explosion de commandes passées en un clic à l’approche de Noël, la multinationale recrute des centaines d’intérimaires pour renforcer ses équipes.

L’année dernière, Jean-Baptiste Malet a fait partie des 1 200 salariés embauchés pour travailler au sein de l’entrepôt de Montélimar. Ce journaliste révèle dans son livre, En Amazonie, infiltré dans le meilleur des mondes, les conditions de travail à la fois archaïques et ultramodernes en vigueur au sein des entrepôts d’Amazon, interdits d’accès aux journalistes.

Pourquoi avoir choisi Noël pour votre infiltration dans un entrepôt d’Amazon ?

Jean-Baptiste Malet : Tout simplement parce que j’avais de grandes chances d’être recruté. Amazon recourt massivement aux intérimaires pendant cette période, qui commence fin octobre et se termine fin décembre. A Montélimar, 1 200 intérimaires ont été recrutés pour Noël. Les travailleurs allemands [actuellement en grève] m’expliquaient cet été que certains entrepôts doublaient voire triplaient leurs effectifs [en fin d’année]. Je tiens à rappeler que je me suis infiltré parce que les employés ont refusé de me parler lorsque je les ai sollicités et qu’il est impossible de visiter les entrepôts en tant que journaliste.

A quel point la période de Noël est-elle importante pour Amazon ?

Amazon réalise 70 % de son chiffre d’affaires à Noël. Début décembre débute ce que l’entreprise appelle la période de « rush ». C’est assez impressionnant quand on se rend aux abords des entrepôts à ce moment-là, d’ailleurs. Des cars de travailleurs qui habitent à plusieurs dizaines de kilomètres sont spécialement affrétés, il y a un va-et-vient de camions poids lourds incessant.

Quel est l’objectif de votre livre ?

Pour beaucoup, Amazon est quelque chose de très virtuel. Or, même avec l’économie numérique, le travail est toujours présent. Je voulais également montrer que les potentialités d’Internet ont bouleversé le monde du travail sur ce secteur. Amazon, c’est une révolution dans le monde industriel. Les entrepôts logistiques sont régis par une organisation du travail très précise qui n’est pas simplement celle du taylorisme ou du fordisme. Elle inclut toutes les potentialités d’Internet et fournit des outils de contrôle de productivité parfaitement inédits.

Les méthodes de travail que vous décrivez dans votre livre, très semblables à celles du travail à la chaîne dans les usines dites traditionnelles, sont-elles en contradiction avec l’image 2.0 d’Amazon ?

Chacun à sa propre image d’Internet. Je ne veux pas tenir un discours moral, simplement rappeler des faits et décrire ce qui se passe dans une usine logistique. Les travailleurs chez Amazon, loin, très loin des progrès du XXIe siècle, ont des conditions de travail qui sont dignes du XIXe siècle. Que ce soit en ce qui concerne les conditions de travail des intérimaires, que ce soit dans les cadences qui sont imposées, dans les contrôles de productivité, dans les fouilles au corps qui sont réalisées chaque fois qu’un travailleur franchit les portiques. Les exemples foisonnent dans mon livre et tendent tous à montrer qu’Amazon, en ce qui concerne le respect des droits sociaux, est une entreprise qui n’est pas progressiste mais parfaitement réactionnaire.

Nous sommes loin du fameux slogan « Work hard, have fun, make history »…

Pour moi, ce n’est pas une contradiction. Car il faut garder en tête que Jeff Bezos (actuel PDG d’Amazon) est libertarien. J’étais d’ailleurs surpris de voir le nombre de portraits apologistes qu’on a pu faire de cet homme. Dans le slogan il y a « make history », mais il faut voir qui écrit l’histoire. On ne peut se contenter d’une apologie des puissants et des milliardaires sous prétexte qu’ils arrivent à rassembler des énergies. Il faut voir à quel coût et à quelle société ils nous préparent. Pour l’heure, Amazon, avant de représenter un progrès, c’est d’abord une formidable régression en ce qui concerne le devenir de notre humanité.

Comment Amazon gagne de l’argent ?

La force d’Amazon, vis-à-vis du commerce de proximité, c’est d’avoir des coûts de stockage et de distribution beaucoup plus faibles. Un entrepôt logistique en zone périurbaine, c’est un loyer qui est beaucoup plus faible que celui d’un commerce de proximité. Après, il est incontestable que ce qui fait l’efficacité d’Amazon, c’est son infrastructure informatique, qui permet l’expédition de colis au plus vite une fois la commande passée car tout est fluidifié par le réseau. Cette infrastructure permet un contrôle total de tout ce qui se passe dans les entrepôts, y compris au niveau des travailleurs. Par ailleurs Amazon n’a pas besoin de machines complexes comme l’automobile : en réalité, Amazon ce sont de grand entrepôts avec des étagères métalliques, quelques ordinateurs et des bornes Wi-Fi. La machine la plus complexe étant l’être humain qui, grâce au levier informatique, peut générer des richesses incroyables. La multinationale réalise également des économies sur les pointeuses, placées non pas à l’entrée de l’entrepôt mais à trois minutes de marche, sur le recours outrancier à l’intérim et sur son évasion fiscale. Il faut savoir qu’Amazon doit 198 millions au fisc français.

Vous ne vous attendiez pas à tout ce que vous avez découvert ?

Je m’attendais à un travail pénible, à la culture à l’américaine, mais pas à devoir subir des discours moralistes. Chaque jour on vous demande d’être meilleur que la veille. Il y a un aspect très idéologique au travail et on va applaudir ce qu’on appelle le « top performer », la résurgence de l’ouvrier Stakhanov en URSS, qui va au-delà de ce qu’on lui a demandé de faire. Les contre-pouvoirs sont complètement muselés. La plupart des syndicalistes ont la vie dure [la CGT a déposé plainte car ils étaient fouillés arbitrairement]. Et c’est assez surprenant de voir qu’une multinationale, dans le cadre de son travail, une fois qu’elle a nié tous les droits les plus élémentaires contenus dans le code du travail, ensuite s’ingénie à reproduire une forme de collectivisme. Je pense que cela est dû au fait qu’Amazon est un univers qui est coupé du monde.

Comment voyez-vous ces conditions de travail évoluer ?

Je pense qu’il y a un véritable espoir en Allemagne, où les syndicalistes ont réussi avec beaucoup d’intelligence à réinventer les outils du syndicalisme avec le simple argument du droit. Cela pourrait être un exemple pour d’autres entreprises en Europe. Je pense aussi qu’il y a une réponse politique à apporter, notamment au sujet de l’évasion fiscale. En dernier échelon, et ce n’est pas quelque chose de dérisoire, le consommateur lui-même peut se poser la question de savoir ce qu’il gagne en consommant sur Amazon et ce qu’il y perd. Je ne suis pas convaincu que la plupart des Français souhaitent voir le politique distribuer des subventions publiques pour l’implantation de tels entrepôts, d’autant qu’Amazon n’a pas besoin d’argent public aujourd’hui. D’ailleurs, lors de l’implantation du quatrième entrepôt dans le Nord-Pas-de-Calais, la région n’a pas donné d’aide publique.

 

Voir également:

Stress, cadences infernales, maladies professionnelles… L’envers du décor d’Amazon

A l’automne 2018, le géant américain de la distribution en ligne va ouvrir un sixième centre de distribution en France, à Brétigny-sur-Orge (Essonne). A la clé : le recrutement de 1 000 personnes en CDI. Pourtant, dans les allées de ses entrepôts, les conditions de travail sont largement dénoncées.

Alain Jeault travaille depuis septembre 2012 sur le site de Sevrey (Saône-et-Loire). Délégué CGT, il ne compte plus le nombre de ses collègues arrêtés pour se faire opérer du poignet, du coude ou de l’épaule. « Des jeunes de 25 ans », souffle-t-il. Selon un rapport de la médecine du travail, auquel franceinfo a eu accès, sur les 121 personnes du site examinées par les médecins en 2015, 75 présentaient des « affections périarticulaires », c’est-à-dire des troubles musculo-squelletiques liés à leur travail et 30, des « affections chroniques du rachis lombaire » en lien avec leur activité de manutention.

« Personne n’était au courant de mes problèmes »

C’est ce qui est arrivé à Ana. Salariée sur le site de Montélimar (Drôme), cette femme de 46 ans a été licenciée pour inaptitude, en juin dernier. Embauchée en 2010, elle a contracté en 2012 une maladie à l’épaule gauche, à force de soulever des cartons. Elle est reconnue comme travailleur handicapé en mai 2013 par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH). De retour à son poste de travail, elle demande simplement à ce que la hauteur de son bureau, sur lequel elle empaquette les colis, soit abaissée. « Je n’ai pas eu de réponse », explique-t-elle à franceinfo.

Elle l’aménage alors toute seule. « Un seul manager me proposait de temps en temps de me servir de la scotcheuse automatique, mais c’est tout. Au contraire, on venait me faire la remarque que je ne traitais que les petits colis. Personne n’était au courant de mes problèmes. » Du coup, Ana se voit contrainte de forcer sur son autre épaule. Il ne faudra que quelques mois pour qu’elle lâche elle aussi. « J’ai alors tenté de me reclasser, mais les documents qu’on m’a fournis étaient tous en anglais, une langue que je maîtrise très mal. » 

J’étais inapte à mon poste, mais pas à tous. Ils n’ont pas cherché à trouver une solution.Ana, ancienne salariée d’Amazonà franceinfo

Pour autant, elle n’en veut pas à ses anciens managers. « Eux aussi ont la pression. D’ailleurs, ils ne restent pas très longtemps à leur poste. » Depuis juin, elle se bat pour obtenir ses indemnités de licenciement.

Des scanners pour surveiller les salariés

Sur le site de Sevrey (Saône-et-Loire), Elodie se dit également en souffrance. Opérée récemment de la cheville, elle a bénéficié d’aménagements pour sa convalescence. Des restrictions que l’entreprise veut désormais supprimer. Pour cela, elle a été convoquée trois fois en deux mois par la médecine du travail, diligentée par l’entreprise. Ce qu’elle interprète comme un coup de pression. « C’est dur pour moi de marcher des kilomètres toute la journée. Je souffle une à deux minutes. Mais si je fais trop de pauses, ils (les managers) le savent tout de suite et me le font remarquer », confie-t-elle a franceinfo. En temps normal, un salarié peut parcourir entre 15 et 20 kilomètres par jour dans les allées des entrepôts.

Car dans les allées des entrepôts d’Amazon, tout est minuté, codifié, scruté, grâce aux scanners utilisés à chaque étape du traitement des colis. Une méthode qui permet à un employé d’en empaqueter jusqu’à 250 par heure.« Avec ça, ils savent exactement où vous vous trouvez et se servent de ces informations pour calculer votre temps d’arrêt », accuse Alain Jeault. Et même s’hydrater peut poser problème, rapporte de son côté France 3 Nord.

Si dans la journée, vous êtes allé aux toilettes, si vous avez pris un verre d’eau ou que vous ne pouvez pas justifier un temps d’arrêt, vous recevez une lettre de sensibilisation.Gérald Defauquet, délégué CGT sur le site de Douaià France 3

Si ces temps sont trop longs ou trop fréquents, « on se fait convoquer ou on reçoit chez nous un courrier recommandé nous incitant à accélérer la cadence », confirme Alain Jeault, qui dénonce « un véritable stress, que le salarié ramène à la maison ». Elodie raconte ainsi avoir déjà été convoquée jusqu’à quatre fois dans une même semaine, pour faire le point sur ces temps d' »inactivité ».

Cette situation tendue n’a pas échappé à certains élus, comme le député PCF du Nord, Alain Bruneel. En août dernier, il s’est rendu sur le site de Douai pour aller à la rencontre des salariés. Une visite suivie par un journaliste de L’Humanité et durant laquelle « une employée a fondu en larmes », se souvient Alain Jeault. Quelle a été la réaction d’Amazon ? « Le député n’a pas été reçu par la direction et des managers ont pris des photos des employés qui lui parlaient… » . Il a finalement été reçu par la direction, rapporte La Voix du Nord.

« Un environnement de travail sûr », selon Amazon

Contacté par franceinfo, Amazon refuse de commenter les situations particulières de ses employés ou ex-employés, mais rappelle que chaque collaborateur qui intègre l’entreprise reçoit « une formation spécifique en matière de sécurité et de manipulation sans risque, complétée tout au long de l’année par une formation progressive et continue, afin que les procédures de travail en toute sécurité soient bien maîtrisées ». L’entreprise estime également offrir « un environnement de travail sûr », avec notamment une « étude et amélioration constante de l’ergonomie des postes de travail ». Elle se défend enfin sur l’utilisation des scanners, en estimant qu’ils permettent plutôt une réduction des itinéraires au sein des entrepôts, et non un contrôle des cadences comme le dénonce le syndicaliste Alain Jeault.

Malgré ces démentis, le manque de dialogue et les conditions de travail sont régulièrement pointés du doigt, notamment dans l’enquête du journaliste Jean-Baptiste Malet, auteur d’En Amazonie : Infiltré dans « le meilleur des mondes », publié en 2013 (et en vente… sur Amazon !). Avec neuf autres de ses collègues, Alain Jeault se bat actuellement pour faire reconnaître leur spécialisation de cariste et faire en sorte qu’ils soient hissés au niveau 5, alors qu’ils ne sont pour le moment qu’au niveau 2. « Je suis cariste à 94% de mon temps, et lorsque l’on m’a embauché, on m’a demandé mon permis et j’ai passé une visite médicale spéciale. Et pourtant, je ne suis pas reconnu comme tel. » Cette reconnaissance porterait leur rémunération de 1 671 euros à 2 254 euros mensuels.

Cette mauvaise image n’empêche pourtant pas le groupe, qui promet des CDI payés 23% de plus que le SMIC selon Challenges, de trouver des candidats. Mais il doit élargir son bassin de recrutement et employer des personnes de plus en plus éloignées des sites. Alain Jeault relève ainsi qu’Amazon a dû mettre en place des navettes sur le site de Sevrey pour faire venir des salariés recrutés à Nemours… situé à 2h30 de là. Ceux qui tentent l’expérience ne restent pas plus de deux ans et demi en moyenne, estime le syndicaliste. Pour Ana, les cadences infernales représentent le véritable problème. « C’est un travail comme un autre, mais si les salariés étaient moins sous pression, ils s’abîmeraient beaucoup moins. »

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L’industrie du jeu vidéo: un travail de forçat?

Dominique Baillard

L’industrie du jeu vidéo est éclaboussée par une polémique sur les cadences infernales imposées aux employés. Le grand patron du studio Rockstar, connu pour la série « Grand Theft Auto » ou encore « Red Dead Redemption », a lui-même lâché cette information sans réaliser l’impact de cet aveu involontaire.

Pour faire la promotion de son prochain jeu, Dan Houser, qui a fondé le studio Rockstar avec son frère Sam, a évoqué « les semaines de 100 heures de travail », nécessaires pour arriver à sortir ce nouveau petit bijou, Red Dead Redemption 2, sans doute le jeu le plus attendu de l’année. Cent heures, cela fait du 14 heures par jour, 7 jours sur 7. Après l’avalanche de réactions négatives sur les réseaux sociaux, il s’est empressé de minimiser. Sans vraiment convaincre, car ces fameuses périodes de crunch, c’est comme ça que les studios ont baptisé ces sessions de travail hyper intense qui sont une réalité trop fréquente pour être ignorées.

Pourquoi les conditions de travail sont-elles aussi dures dans cette industrie ?

C’est une activité encore jeune, donc encore peu organisée sur le plan social, et surtout où la concurrence est féroce. Il n’y a pas de monopole comparable à celui des GAFA qui peuvent attirer les talents et les garder pour eux. La sortie d’un nouveau jeu est donc souvent un enjeu vital pour le studio. Et pour séduire les joueurs du monde entier, il faut proposer le produit le plus innovant et le plus parfait possible sur le plan formel. Le succès mondial de Grand Theft Auto (GTA) a fait de Rockstar l’une des entreprises les plus performantes du secteur, au prix d’un travail titanesque. Un jeu de belle facture contient aujourd’hui des millions de lignes de code, des centaines de personnages, des décors complexes et détaillés, et bien sûr des vérifications minutieuses pour éliminer tous les bugs avant la sortie. Cela passe par des tâches très répétitives dans les périodes de bouclage, périodes qui peuvent durer parfois non pas quelques semaines, mais une année entière. D’où les burn-out, les dépressions et les protestations de plus en plus véhémentes des employés.

Est-ce que cela concerne seulement le marché américain ?

C’est sans doute aux Etats-Unis où cette industrie emploie le plus de monde, plus de 220 000 l’an dernier, et donc où les abus sont les plus nombreux et les plus médiatisés. Mais cela concerne le monde entier, car cette activité est mondialisée. Rockstar a des studios en Europe, aux Etats-Unis et même en Inde. Cela concerne aussi la France où les plus grands comme les plus modestes ont été pointés du doigt pour leurs pratiques abusives. En début d’année, les employés d’Eugen System se sont mis en grève pendant plusieurs semaines pour défendre leurs droits. Le studio Quantic Dream, rendu célèbre pour ses jeux Heavy Rain, Beyond Two Souls et plus récemment Detroit : Become Human, a été dénoncé par nos confrères de Mediapart pour sa culture d’entreprise limite, avec du harcèlement, des propos racistes ou homophobes. Et Ubisoft, l’autre fleuron français (Assassin’s Creed, The Division, Just Dance, Watch Dogs…) a été épinglé au début du siècle et est devenu depuis un modèle social.

Comment réagissent les employés, et les employeurs ?

Les premiers parlent de plus en plus, surtout sur les réseaux sociaux. Le hash tag #AsagameWorker, « en tant que travailleur du jeu », est devenu leur bannière. Maintenant il est plus délicat de contester publiquement des pratiques sans risquer de perdre son emploi. L’organisation Game Workers Unite essaie de fédérer leurs revendications et surtout de dénoncer les abus. En France est né discrètement en 2017 un syndicat des travailleurs du jeu vidéo. Les employeurs de leurs côtés sont encore trop souvent dans le déni, c’est le cas de Rockstar, mais de plus en plus dans la volonté d’améliorer la situation pour éviter de voir leur image dégradée.

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Les dessous du business de la solidarité

Marketing, contrôle, évaluation… Les associations qui croulent sous les dons pour l’Asie doivent concilier bonne gestion et efficacité sur le terrain. Enquête sur les professionnels de l’urgence.
Laurent Barbotin, Marc Landré, Benjamin Neumann et Sabine Syfuss-Arnaud
L’Express

 

Ce jeudi 6 janvier, au siège parisien de Médecins du monde, une vingtaine de volontaires ont dû déchanter : un géologue, un élagueur d’arbres, une cadre de banque, un retraité et même une femme médecin, spécialisée en chirurgie maxillo-faciale… L’envie de partir et la bonne volonté sont des conditions nécessaires, mais elles ne suffisent plus pour retenir l’attention des  » recruteurs  » des ONG. Aujourd’hui, il faut parler anglais ou espagnol, pouvoir résister au stress, justifier de compétences techniques recherchées, être disponible trois mois d’affilée. Et pouvoir partir sur-le-champ à l’autre bout du monde secourir les victimes d’un tsunami dévastateur. Le tout pour une rémunération mensuelle comprise entre 510 et 920 euros, agrémentée d’une (modeste) prime de séjour. La solidarité humanitaire demeure une aventure, souvent rude, et elle a désormais des exigences. Ce jour-là, les deux  » recruteuses  » de Médecins du monde ne retiennent que des infirmières, des sages-femmes, des logisticiens, des urgentistes…

A la démesure de la catastrophe asiatique répondent un élan de solidarité inédit et un flux incroyable de dons venus du monde entier, un pactole d’environ 10 milliards de dollars offerts par des millions de particuliers, des milliers d’entreprises et des Etats. Mais, au bout de la chaîne, ce sont des associations, souvent fragiles, et des équipes réduites qui doivent assumer toutes les responsabilités, et elles tentent, tant bien que mal, de gérer cette manne colossale. Toutes ne sont pas équipées pour canaliser cette vague de générosité. Pour la première fois de son histoire, Médecins sans frontières (MSF) a interrompu sa collecte mondiale, après avoir récolté 40 millions d’euros en une semaine :  » Notre structure ne nous permet pas de gérer plus d’argent « , ont affirmé ces pionniers de l’urgence, au grand dam de plusieurs de leurs collègues humanitaires.

Le petit monde des ONG n’a jamais paru si éclaté, si divers. En vingt-cinq ans, elles seraient passées de 4 000 à quelque 35 000 dans le monde. La France est, avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis, au tout premier rang mondial.  » Il n’y a pas un mouvement humanitaire unifié, mais des organisations qui oeuvrent un peu chacune dans leur coin « , constate Thierry Pech, auteur avec Marc-Olivier Padis d’un ouvrage de référence, Les Multinationales du coeur (Seuil). Cela va des petites structures d’une demi-douzaine de personnes à la Croix-Rouge française, dont le budget dépasse les 700 millions d’euros.

Le charity business fait des émules et a explosé depuis une bonne dizaine d’années. En France et en Europe, surtout, mais pas seulement. La Banque mondiale affirme travailler avec près de 1 000 ONG dans le monde entier. Un tri s’impose entre celles qui tiennent leurs engagements et d’autres, aussi opaques qu’opportunistes. Sans oublier  » les « faux nez », ces organisations derrière lesquelles on trouve un gouvernement, une idéologie, une organisation religieuse ou un lobby industriel « , ajoute Thierry Pech.

Un tabou est peut-être en passe de voler en éclats : le petit monde des ONG découvre les exigences du contrôle et de l’évaluation. Le mouvement est d’abord venu des grandes organisations internationales, qui ont commencé à poser des conditions. Pour une raison simple : plus de 10 % de l’aide au développement distribuée par les Etats passent aujourd’hui par les ONG. Les bailleurs de fonds internationaux ont structuré leurs procédures de financement de projets. A l’instar de la Banque mondiale, qui a imposé une longue liste de critères aux organisations avec lesquelles elle travaille. Mais aussi de l’Union européenne, qui, en créant Echo en 1992, s’est donné les moyens de superviser ses opérations d’aide humanitaire. Bruxelles n’accorde ses financements – 600 millions d’euros par an – qu’après la signature de contrats-cadres très pointus. Echo veille au grain et a audité en 2003 près de 150 de ses partenaires.

Audit : le mot est lancé. Il a fallu un énorme scandale français pour voir enfin cette pratique se développer. En 1996, la justice découvrait un détournement massif au sein de l’Association pour la recherche sur le cancer (ARC), dont le président, Jacques Crozemarie,  » siphonnait  » la caisse. Il fut condamné à quatre ans de prison.  » On sort enfin de l’opacité « , observe Thierry Pech.  » Cette affaire nous a poussés à être beaucoup plus rigoureux « , renchérit Jean-Luc Bellynck, directeur financier de la Croix-Rouge française. Les contrôleurs se sont mis au travail.  » De telles dérives ne sont plus envisageables, car la probabilité de se faire contrôler est beaucoup plus forte « , estime ainsi Jean-François Carrez, président de la 5e chambre de la Cour des comptes. Cette dernière et l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) auditent chaque année une demi-douzaine d’associations. Un chiffre ridicule par rapport à la quantité d’organisations, mais Philippe Séguin, premier président de la Cour des comptes, assure ne pas vouloir relâcher la pression : les contrôles seront renforcés en 2006, surtout en ce qui concerne l’utilisation des fonds collectés pour l’Asie.

 » Ils durent des mois, et tout est épluché, y compris les comptes personnels des dirigeants « , confie Olivier Berthe, président des Restaurants du coeur, contrôlés en 2004.  » Nous avons des pouvoirs d’investigation très larges, confirme Jean-François Carrez. Les dirigeants sont même parfois obligés de nous donner des informations qu’ils ne communiquent pas à leur conseil d’administration.  » Comme le détail de contrats passés avec des entreprises, la rémunération de dirigeants, voire certains arrangements comptables.

Les Restos du coeur ont eux aussi revu leur système de contrôle après la découverte de détournements par des bénévoles, au siège et en région. Ils ont ainsi recruté une directrice financière, créé une commission d’appels d’offres et développé un service interne d’audit. Ils ont obligé leurs 113 antennes départementales à s’entourer de commissaires aux comptes, cinq ans avant que la loi l’impose, en 2003.  » Il n’existe pas de système infaillible, avoue Olivier Berthe. On peut juste mettre en place un maximum de garde-fous afin d’éviter les dérives.  »

Certaines ONG ont également tenté de s’organiser et d’élaborer des standards communs de bonne gestion. Créé en 1999, le Comité de la charte de déontologie délivre un label de bonne conduite à ses adhérents. Une bonne idée, en théorie, mais loin d’être suffisante.  » Les contrôleurs sont bénévoles et leurs compétences laissent parfois à désirer « , constate Marie-Caroline Bonnet-Galzy, patronne de l’Igas. MSF a d’ailleurs refusé d’intégrer le Comité de la charte, stigmatisant l’amateurisme des contrôles et contestant la validité d’un label que les ONG s’autodécernent…  » Le label peut constituer un premier niveau de sécurité, mais il n’est nullement suffisant « , admet un adhérent. Pour preuve : l’association Raoul-Follereau, créée pour lutter contre la lèpre, a été épinglée par l’Igas en 2002, car elle investissait dans des plantations de palmiers en Côte d’Ivoire et finançait les oeuvres de cardinaux conservateurs du Vatican, deux missions sans rapport avec ses objectifs initiaux. Le Comité de la charte a mis plusieurs mois avant de lui retirer son précieux label.

Ce manque de professionnalisme avéré avait conduit en 2000 l’Association française contre les myopathies à quitter ce comité pour faire certifier ses comptes par un cabinet indépendant, le BVQI. Mais celui-ci ne certifie aujourd’hui que quatre associations, dont l’ARC et l’Armée du salut, tandis que le Comité de la charte affiche une cinquantaine d’adhérents…

S’il devient de plus en plus difficile pour les organisations, du moins pour les plus importantes et les plus connues, de frauder ou d’affecter l’argent des donateurs comme bon leur semble, la question de l’évaluation du travail accompli sur le terrain demeure taboue : combien de personnes ont-elles été secourues, les moyens utilisés ont-ils été les plus pertinents, l’argent a-t-il été dépensé de la façon la plus efficace ?…  » On en est, dans ce domaine, au stade infantile « , lâche Thierry Pech.

Là encore, l’ampleur du mouvement de solidarité au lendemain du tsunami a permis d’ouvrir le débat. Mais ce dossier est aussi explosif que complexe. Les acteurs concernés sont réticents. A MSF, Marc Sauvagnac, directeur financier, pointe d’emblée  » les limites  » de l’évaluation :  » Un référentiel tout-terrain n’est pas satisfaisant, car chaque contexte est différent. Il est déjà très compliqué d’identifier les populations les plus vulnérables, sur place, dans un contexte de crise. Qui pourrait alors avoir les moyens et la légitimité de noter nos actions ?  »

Même dans le secteur de la microfinance, très en avance en termes d’évaluation des structures de crédit via des agences de notation comme Planet Rating, on réfléchit encore aux moyens de mesurer leur impact socio-économique. Sans avoir trouvé la solution miracle.

Certaines associations se sont toutefois lancées dans l’aventure en se dotant de moyens internes d’évaluation. Médecins du monde a mis en place en 1990 un  » comité des donateurs « , composé de seize membres bienfaiteurs élus par leurs pairs. Il veille  » à ce que les fonds collectés soient utilisés à bon escient « . Ses membres n’hésitent pas à se rendre sur le terrain pour réaliser un rapport comparant les moyens mis en oeuvre et les objectifs. En 2002, l’ARC a créé une commission d’évaluation scientifique de douze membres. Suivi des projets, grille d’évaluation : elle tente de mesurer l’impact des subventions accordées.

Les entreprises donatrices – de plus en plus nombreuses depuis dix ans – pourraient aussi faire fonction d’évaluateurs. Mais elles s’en gardent le plus souvent, préférant le rôle de donateur. La loi du 1er août 2003 sur le mécénat, qui permet de déduire des impôts 60 % des dons, a été un coup d’accélérateur pour les partenariats. Handicap International, la fondation Abbé-Pierre et le Secours catholique se sont même dotés l’an dernier de services chargés de démarcher les entreprises, dont la participation est encore très modeste : en 2003, elle ne représente qu’environ 3 % du budget des grandes ONG françaises.

Il faut dire que la rencontre entre l’humanitaire et l’entreprise est récente et a d’abord été conflictuelle. Au cours des années 90, une cinquantaine de campagnes hostiles à un groupe ou à un secteur d’activité ont été lancées par des ONG, contre Nike, Shell, Total et BP. Même si des associations comme MSF ou la fondation Abbé-Pierre ont leurs listes noires et refusent l’aumône de certains groupes, la tendance est plutôt à la coopération.  » Les ONG sont aujourd’hui parties prenantes de la stratégie des sociétés, explique Philippe Chabasse, un ancien de Handicap International qui a créé un cabinet de conseil guidant les entreprises au sein de la nébuleuse humanitaire. C’est même devenu un impératif économique pour certaines d’entre elles.  »

Elles ont compris que travailler avec les ONG pouvait être très bénéfique.  » On y gagne en termes d’image auprès de nos clients comme de nos salariés « , admet Thierry Desouches, chargé de la communication de Système U, qui développe un partenariat avec Action contre la faim depuis 1997. Les points de fidélité accumulés par les clients peuvent être reversés à l’association sous forme de dons abondés par l’entreprise. En 2004, Système U a versé 500 000 euros à Action contre la faim, soit la moitié des sommes collectées par l’organisation humanitaire auprès des entreprises. Mais cet argent est affecté à un fonds d’intervention d’urgence. L’entreprise est informée de l’affectation de ses dons un an après.

Les partenariats entreprises-ONG peuvent aussi prendre la forme de  » produit partage  » (versement d’une somme d’argent à une association donnée lors de l’achat d’un bien défini) et de  » mécénat de compétences « . Cap Gemini et Ernst & Young mettent ainsi tous les ans des auditeurs à disposition de Planet Rating, qui note les institutions de microfinance : trois personnes à temps plein pour le premier et quatre cents jours/hommes pour le second. Idem pour Sanofi-Aventis, qui offre à Médecins du monde les services d’un juriste et d’un fiscaliste.

Parallèlement, en interne, les ONG sont devenues une affaire de professionnels.  » Sur le terrain, le baroudeur au grand coeur a laissé la place à un logisticien très pointu « , observe Thierry Pech. Directeurs des ressources humaines, collecteurs de dons, informaticiens, spécialistes en traitement des eaux… les équipes se sont étoffées et spécialisées. Ainsi, Greenpeace emploie aujourd’hui 45 permanents, contre une dizaine en 1996. Christophe Glenisson, directeur de la collecte de fonds, est arrivé fort d’un mastère de publicité de l’université de Chicago et de son expérience à EuroRSCG. Le directeur financier de la Croix-Rouge française est l’ancien patron d’Air liquide santé. Le directeur général de Médecins du monde est un ancien de HEC, tout comme la coordinatrice qui vient de s’envoler pour le Sri Lanka.

Il faut dire que l’humanitaire fascine. On estime à 20 000 par an le nombre de candidats au départ pour le bout du monde. La Croix-Rouge reçoit 20 curriculum vitae par jour en temps normal, plus de 70 depuis le désastre en Asie. L’an dernier, 8 000 candidatures sont arrivées au siège de Médecins du monde ! Beaucoup d’entre elles proviennent de jeunes diplômés de l’enseignement supérieur plus attirés par le charity business que par le monde de l’entreprise. Né en 1998 de la volonté de proposer aux populations sinistrées des coups de téléphone gratuits, Télécoms sans frontières emploie ainsi deux jeunes ingénieurs recrutés à la fin de leur stage. Et 15 % des jeunes diplômés affirment vouloir faire tout ou partie de leur carrière dans l’humanitaire.

Une fascination pour les ONG dont s’est emparé le milieu de la formation. Dès 1983 naissait Bioforce Développement, un institut spécialisé préparant des techniciens de l’humanitaire (voir encadré page 37). Depuis le milieu des années 90, les universités rivalisent d’imagination pour créer à leur tour des formations aux métiers du développement ou de la santé dans les pays pauvres.

La collecte de dons n’échappe pas à cette tendance. Cinquante ans après le célèbre  » Mes amis, au secours !  » de l’abbé Pierre au profit des mal-logés, les techniques de marketing visant à alimenter la machine à dons ont beaucoup évolué. Une ONG doit parfois investir jusqu’à 30 % de ses ressources pour faire la différence sur le marché compétitif de la générosité, évalué à environ 2 milliards d’euros en France. Mais obtenir l’appui d’une personnalité reste le meilleur moyen d’acquérir de la notoriété à bon prix. Les Restos du coeur reçoivent ainsi un cinquième de leur budget annuel grâce aux Enfoirés (voir encadré ci-contre). La Voix de l’enfant, dont le budget ne dépasse pas 1 million d’euros, accède aux plateaux de télévision grâce une ambassadrice de charme, l’actrice Carole Bouquet.  » La télévision est le meilleur moyen de susciter l’émotion, et c’est l’émotion qui déclenche les dons « , analyse Laurent Terrisse, directeur de Non Profit, filiale de l’agence de communication TBWA, spécialiste des ONG.

Dynamisée par les déductions fiscales instituées par le législateur, la collecte de fonds s’effectue principalement au moyen d’opérations de publipostage, sur la base de fichiers que les associations s’échangent,  » quand elles ne travaillent pas sur les mêmes secteurs de l’humanitaire « , précise un professionnel. Le message lui-même évolue : un temps culpabilisant, il est aujourd’hui plus concret et surtout personnalisé par le parrainage direct, l’envoi de photos des villages aidés ou des travaux effectués, l’édition d’étiquettes autocollantes ou l’adjonction d’une enveloppe prétimbrée suscitant la réponse. Mais les ONG hexagonales sont moins offensives que leurs homologues anglo-saxonnes. Certaines envoient jusqu’à 24 lettres de relance dans l’année pour reconquérir un donateur perdu, d’autres mettent en oeuvre des loteries qui font un riche et quelques moins pauvres !

Dans les années 80 sont même apparus des cabinets de conseil, comme RMG Connect et Excel, spécialisés dans le marketing humanitaire. Celui-ci se déploie en plusieurs temps : prospection, fidélisation et, dans le meilleur des cas, legs. Ce qu’Antoine Vaccaro, fondateur d’Excel, racheté en 2001 par TBWA, appelle  » la trilogie du don « . La prospection est la phase la plus onéreuse et la plus aléatoire : l’association dépense environ 1 euro par personne démarchée et peut, au mieux, espérer rembourser ses frais. Environ la moitié de ceux qui auront répondu favorablement pourront être fidélisés, pour une durée moyenne de cinq à sept ans.  » C’est là seulement que le système est rentable « , précise Antoine Vaccaro. MSF a même introduit le prélèvement automatique il y a une dizaine d’années avec son opération  » 1 euro par semaine « . Don indolore, il dissipe l’impression de gâchis et de paperasserie. Mais le vrai jackpot, c’est lorsque des personnes âgées lèguent une partie de leur fortune à l’association. Avec un record en la matière : en 2001, les tableaux d’un collectionneur était offerts à l’Unicef par son épouse, Jeanne Gaffé ; un don valorisé à 73 millions de dollars !

D’où vient et où va l’argent. Bilan comptable des associations caritatives (TABLEAU VOIR PDF)

Du Biafra à Bam, six crises qui ont forgé la réputation des humanitaires1967-1970

BIAFRA

Les conséquences de cette guerre civile au Nigeria, avec 3 millions de déplacés, ont provoqué la première réaction humanitaire planétaire. En plus d’un an, la Croix-Rouge va récolter 23 millions de francs et organiser 320 vols pour acheminer 2 135 tonnes de vivres.

1979-1989

AFGHANISTAN

Au début des combats, en 1979, Action contre la faim est créée pour aider les 3 millions d’Afghans vivant dans des camps de réfugiés au Pakistan. Pendant les dix ans de l’occupation soviétique, 1 200 volontaires français vont clandestinement passer la frontière pour monter des dispensaires.

1984-1985

ÉTHIOPIE

Alors que la famine décime tout un peuple, un concert géant, Live Aid, est organisé en juillet 1985. Suivi par 1,5 milliard de téléspectateurs, il rapporte 74 millions de dollars. Tandis que des artistes enregistrent aux Etats-Unis We Are the World et en France SOS Ethiopie.

1992-1993

SOMALIE

Sous la férule des chefs de guerre locaux, 1 million de personnes déplacées sont menacées par la famine. Quand, en décembre 1992, les Etats-Unis lancent l’opération spectacle Restore Hope, qui marque la naissance controversée du droit d’ingérence militaro-humanitaire.

1999

KOSOVO

Deux mois après le début de l’exode de 950 000 réfugiés, près de 150 millions de francs et 17 000 tonnes de nourriture et de produits d’hygiène ont été récoltés. Jamais les ONG françaises n’avaient reçu autant de dons : 80 millions de francs en trois jours pour la Croix-Rouge.

2003

IRAN

Ce 26 décembre, un séisme tue plus de 26 000 personnes à Bam. Un programme d’aide internationale fort de 500 millions d’euros est mis en place. La France promet 6 millions d’euros. Chiffre qui ne sera finalement atteint que grâce aux 4,1 millions des organisations caritatives.

Thierry Bandiera, expert en logistique d’urgence à la Croix-RougeBravo, Alpha, November, Delta, India, Echo…  » Lorsque Thierry Bandiera épelle son nom, c’est en alphabet radio. Efficacité, rapidité et disponibilité sont les leitmotivs de ce  » Monsieur 100 000 Volts  » de 37 ans, responsable de la logistique à la Croix-Rouge française depuis treize ans.

Le 8 janvier, cet ancien de l’armée de l’air a supervisé le décollage d’un DC10 dont la soute était remplie de matériel et de colis pour l’Asie. C’était le quatrième avion qu’il affrétait depuis le tsunami. Lui s’envolait le jour même pour Kuala Lumpur, pour réceptionner la cargaison et ouvrir un bureau en mesure d’accueillir une équipe d’humanitaires.

C’est en  » voltigeur  » qu’il a débarqué dans la capitale de la Malaisie. Entendez qu’il n’y avait jamais mis les pieds, mais que, malgré tout, il a assuré ses arrières avant le départ, jouant du téléphone, du fax et du courriel pour activer ses réseaux à l’ambassade et dans les entreprises françaises sur place. Son but : trouver des grues pour décharger le DC10 ; disposer de surfaces de stockage pour entreposer les 60 tonnes de marchandises, dont l’essentiel provenait de dons d’entreprises (10 tonnes de shampooing et de savon, des kilomètres de ficelle, 13 citernes pour l’eau, une tronçonneuse thermique…).

Equipé de téléphones satellitaires et d’ordinateurs portables, Thierry Bandiera s’est donné trois semaines pour faire tourner le bureau de Kuala Lumpur. Trois volontaires l’y aident : une logisticienne et deux chefs d’entreprise, qui, de temps en temps, quittent leur quotidien pour le suivre en mission.

La Croix-Rouge française a recueilli plus de 60 millions d’euros pour secourir l’Asie. Une grande partie sera dépensée en médicaments, rations alimentaires, kits de première nécessité, expédiés depuis la France. Sur place, Thierry Bandiera achètera aussi des équipements peu sophistiqués (jerricans, casseroles ou réchauds) chez des fabricants locaux, de Malaisie, d’Indonésie ou de Singapour. Début janvier, déjà, il lançait, depuis son bureau parisien de la rue de Berri, des appels d’offres sur Internet. Car l’humanitaire est prévoyant et ne dépense pas à l’aveugle. D’ailleurs, tous les jours, il envoie un rapport financier au siège.

S.S.-A.

A l’école des  » pros  » de l’humanitaireCréé en 1983 dans la banlieue de Lyon par Charles Mérieux, l’institut privé Bioforce forme des techniciens de l’humanitaire. Diplômés de niveau bac + 2, ils sont logisticiens, administrateurs, gestionnaires de projet ou spécialistes de l’eau. L’actuelle promotion compte 120 étudiants, dont 62 % d’hommes, de dix-huit nationalités. L’âge moyen est de 29 ans. Bioforce compte un réseau de 850 anciens, dont la moitié travaillent dans des ONG.

Les Enfoirés, recette magique des RestosRien de mieux que des artistes mobilisés autour d’une cause pour faire rentrer des sous dans les caisses. Champions toutes catégories : Les Restos du coeur. Ils réunissent avec Les Enfoirés la plus belle brochette de VIP du pays : Jean-Jacques Goldman, Patricia Kaas, Patrick Bruel, Muriel Robin, Pascal Obispo… Les Enfoirés, c’est une superbe opération de marketing au profit des plus démunis (plus de 66 millions de repas servis l’an dernier). Leur tournée, réalisée chaque année fin janvier à guichets fermés (une date au Zénith de Clermont-Ferrand en 2005 et cinq à Paris-Bercy), bénéficie d’une incroyable couverture médiatique, et sa diffusion, en mars, sur TF 1, est l’une des meilleures audiences annuelles : dix-septième en 2004, avec 11 millions de téléspectateurs ! L’opération financière est excellente. Le CD et le DVD du concert rapportent plus de 16 millions d’euros, soit 17,8 % des recettes de l’association. Cette année, Les Enfoirés ont fait une infidélité aux Restos en donnant un concert supplémentaire au profit de la Croix-Rouge, pour venir eux aussi en aide aux sinistrés de l’Asie du Sud. M.L.

Ce magistrat veille sur vos donsJean-François Carrez, président de la 5e chambre de la Cour des comptes, encadre les magistrats chargés de contrôler les associations faisant appel à la générosité publique. Son programme pour l’année 2005 ? La publication attendue en mars du second rapport sur l’ARC (Association pour la recherche sur le cancer) et, à la rentrée, ceux sur la fondation Abbé-Pierre et France Alzheimer. Ainsi que la supervision des contrôles en cours au Secours catholique et à la Ligue nationale contre le cancer.

Salaires : 10 à 30 % de moins que dans les entreprises Il y a deux ans, la directrice d’Action contre la faim, Sylvie Brunel, lançait un pavé dans la mare en dénonçant le  » business  » humanitaire et les hauts salaires des cadres du secteur (plus de 4 500 euros par mois). Si certaines associations comme la Croix-Rouge offrent des conditions avantageuses (rémunérations inférieures de 10 % seulement à celles du privé, convention collective), la majorité des salariés d’ONG sont moins bien lotis, avec des différences de 30 % par rapport aux revenus au sein d’entreprises classiques.

Greenpeace

Directeur général : 4 200 à 4 500 euros

Directeur : 3 000 à 3 500 euros

Chargé de mission (bac + 4 en moyenne) : 2 000 à 2 700 euros

Employé : 1 600 euros

Secours populaire

Directeur général : 2 786 euros

Chef comptable : 2 484 euros

Responsable du contrôle de gestion : 2 334 euros

Comptables et assistantes de direction : 1 995 euros

Chargé de développement : 1 844 euros

Agent d’accueil : 1 506 euros

Médecins du monde

Salaire le plus élevé : 7 274 euros

Salaire le plus faible : 1 312 euros.

Volontaire à l’étranger : 510 à 920 euros net, plus une prime de séjour de 200 à 500 euros.

Collecteurs de fonds : 11,10 euros l’heure.

Tous les salaires sont donnés en brut sauf pour les volontaires à l’étranger de Médecins du monde.

Sources : ONG citées

Le tsunami a aussi dopé le volontariatMédecins du monde fait salle comble au lendemain du tsunami lors de la réunion mensuelle sur le volontariat. Au siège parisien, rue Marcadet, ils étaient près de 65, soit deux à trois fois plus que d’habitude, à proposer leurs services pour l’Asie. Des cadres de l’industrie, des employés, de jeunes retraités sont tous prêts à partir aider les victimes du raz de marée. Ne seront retenus que les médecins, infirmières et logisticiens.

Voir encore:
« Nous espérons que cette affaire ne ternira pas l’image de la Croix-Rouge »

Les révélations du « Parisien » sur les entorses au droit du travail à la Croix-Rouge française ont réduit au silence la plupart des employés.

« Je ne prendrai pas le risque de parler. Adressez-vous à la communication ou à la direction. » Les révélations, dimanche 31 mai, du Parisien sur les entorses au droit du travail à la Croix-Rouge française, le non-paiement d’heures supplémentaires et le risque d’une amende de 2,8 millions d’euros, ont eu un premier effet : réduire au silence la plupart des salariés et des bénévoles, que ce soit à Paris, à Lyon ou encore à Marseille. Il est vrai que consigne avait été donnée par la direction de ne pas parler à la presse.

Richard Schittly (Lyon, correspondant), Isabelle Rey-Lefebvre et Luc Leroux (Marseille, correspondant)

Le Monde

 

« Que la direction confonde bénévolat et salariat, ça, c’est une réalité dans cette entreprise qui manque de transparence », se hasarde un cadre marseillais de la Croix-Rouge française qui préfère conserver l’anonymat. « Les cadres ne sont pas payés pour leurs heures supplémentaires et ont du mal à les récupérer. Il n’est pas rare qu’on nous convoque pour des réunions fixées après nos horaires de travail. Comme au siège, ce serait bien que l’inspection du travail fasse un petit tour chez nous. »

La réalité décrite par Marie (dont le prénom a été modifié à sa demande), employée dans le service d’aide à domicile, tranche avec le renom de l’association. « C’est beau l’image de la Croix-Rouge, mais l’envers du décor ce sont des petits salaires. Ce n’est pas qu’on soit maltraités mais il y a beaucoup de précarité, des salariés qui ont du mal à joindre les deux bouts, à trouver un logement… » Fière malgré tout de travailler à la Croix-Rouge, Marie cite le salaire d’une aide-soignante avec vingt ans d’ancienneté, 1 200 euros pour un trois quart-temps, ou celui d’un brancardier à 1 100 euros en fin de carrière. « On nous dit qu’on est là pour sauver des vies mais cela ne doit pas se faire à n’importe quel prix. »

« Personne ne vous parlera ici ! »

A Paris, devant le siège rue Didot (14e arrondissement), aucun salarié n’accepte de répondre aux questions si ce n’est sous le couvert de l’anonymat. Une jeune femme pressée lance : « Éloignez-vous un peu, personne ne vous parlera ici ! » « Cela fait dix ans que je vis la pression des horaires et du toujours plus, c’est bien que cela sorte au grand jour », témoigne néanmoins une secrétaire. Mais ce sentiment ne fait pas l’unanimité : « Je suis très heureuse de travailler à la Croix-Rouge française où je peux récupérer mes jours », tient à faire savoir une cadre du service juridique. « Les cadres qui se plaignent oublient qu’ils ont 23 jours de RTT par an. Ils peuvent bien faire quelques heures supp’», estiment deux employés. « Les budgets sont en baisse, les demandes en hausse. Notre modèle économique et notre organisation sont bousculés », reconnaît une cadre.

Pour les salariés rhônalpins, cette affaire de défaut de comptage d’heures supplémentaires, est très parisienne. Le siège, où sont traitées les relations internationales, reste un peu à part de la réalité quotidienne de la Croix-Rouge en région. En tout cas, cette affaire ne semble pas devoir affecter les relations sociales des multiples établissements régionaux. « Pour la Croix-Rouge ça fait désordre. Mais franchement on ne se sent pas concernés. Dans les établissements régionaux, il est très peu question d’heures supplémentaires », confie Carmine Colangeli, brancardier, représentant CFDT au centre des Massues à Lyon. Pour lui, le personnel est plutôt vigilant sur la réorganisation globale engagée : « On nous présente un projet d’optimisation, on est dans une période de rigueur dans un secteur de santé ultra-concurrentiel, les partenaires sociaux discutent de ça dans les instances, c’est l’enjeu actuel. »

« Depuis une dizaine d’années nous sommes lancés dans la professionnalisation à grands pas, observe Marie-Catherine Roquette, directrice régionale Rhône-Alpes. L’association est devenue une entreprise, avec ses contrôleurs de gestion, ses pilotages par métiers, qui cherchent à dépoussiérer son image. »

Le choc est parfois violent

Dans la région Rhône-Alpes, la Croix-Rouge est devenue un acteur économique majeur avec près de 4 000 salariés. Elle gère une soixantaine d’établissements sanitaires et un institut de formation. Avec un budget de l’ordre de 150 millions d’euros, la direction Rhône-Alpes représente 12 % de l’activité de la Croix-Rouge française. « C’est une association magnifique, on est mobilisé pour améliorer la qualité de nos missions », juge Mme Roquette.

Chez les bénévoles, c’est l’incompréhension qui domine. Beaucoup refusent de témoigner, renvoyant à la direction de la communication. « Oui, il faut respecter le code du travail mais nous, nous ne comptons pas nos heures », indique Paul, 60 ans, bénévole à Paris depuis longtemps. « Tout ce que nous espérons, c’est que cette affaire ne ternisse pas l’image de l’association et n’entraîne pas une baisse des dons, car leur produit revient aux unités locales », remarque t-il, témoignant du rapport assez distant qu’entretiennent une grande majorité de bénévoles avec la direction.

Matisse Belusa, qui fut, jusqu’en 2012, président de l’unité locale du 6e arrondissement de Paris, explique :

« La Croix-Rouge française est une énorme organisation. A Paris, nous ne manquons jamais de bras et c’est une aventure humaine incroyable. Mais le choc peut être violent entre les bénévoles, qui s’impliquent énormément, et les instances dirigeantes, qui ne mesurent pas toujours leur travail, n’écoutent pas assez le terrain. Lorsqu’un bénévole a commis une maladresse, elles prennent parfois des sanctions humainement difficiles à vivre »

Un élu du bureau d’une délégation départementale confie :

« Depuis l’arrivée du nouveau président [Jean-Jacques Eledjam] il y a deux ans, nous sentons une gestion assez brutale, avec des instructions que nous ne pouvons pas discuter. Le moindre désaccord est sanctionné  »

« Beaucoup d’exagération »

« La Croix-Rouge ne peut pas se permettre d’un côté d’aider les gens par sa vocation essentielle, et de l’autre de mal se conduire avec ses salariés », réagit Jean-Pierre Vainchtock, président de la délégation départementale du Rhône, qui gère 800 bénévoles, dont 180 secouristes de l’organisme caritatif. Pour les bénévoles, l’affaire du droit du travail écorne bien sûr l’image de l’institution. « Une association à vocation humanitaire doit plus que tout autre respecter les règles du droit du travail », reconnaît bien volontiers M. Vainchtock, tout en relativisant la polémique : « Il y a sans doute beaucoup d’exagération dans la présentation médiatique des choses. »

« Cela n’entache pas l’image de la Croix-Rouge, estime Ludovic Lanzi, responsable des équipes mobiles et maraudes de nuit à Marseille. Il s’agit d’une question de gestion de salariés mais les bénévoles savent pourquoi ils font ce qu’ils font. Ils ont été plus choqués par la récupération de notre logo Samu social sur une affiche du Front national lors des dernières élections départementales. »

Voir enfin:

L’homosexualité masculine est-elle une norme dans l’industrie de la mode?

Si l’on vous demandait le nom d’un couturier français hétérosexuel, vous auriez sans doute bien du mal à en citer un.

Slate

Pour célébrer son 300e numéro sorti en septembre 2018, le magazine anglais Attitude –le premier média dédié à la communauté LGBTQ+ en Europe– célèbre l’industrie de la mode en mettant en couverture Olivier Rousteing, directeur artistique de Balmain, Edward Enninful, rédacteur en chef du Vogue britannique, et Nicola Formichetti, designer de Diesel et Lady Gaga.

Pour expliquer ce choix, le rédacteur en chef Cliff Joannou, dans son édito, évoque le rôle central du vêtement dans la vie des homosexuels: «Le style est une fenêtre ouverte sur notre identité, car les vêtements sont bien plus qu’une épaisseur qui nous protège des éléments. Beaucoup d’hommes homosexuels passent des années à cacher leur identité ou à se fondre dans un stéréotype de genre. En grandissant, est-ce si surprenant que ça de les voir faire carrière dans la mode, cet univers qui leur permet de mettre de la couleur dans un monde sombre et discriminant?”»

Joannou évoque ici la présence en nombre d’hommes ouvertement gays dans l’industrie de la mode. Aux côtés des femmes, ils représentent la majeure partie du million d’emplois liés à la mode en France. L’homme hétéro y est minoritaire; il se braque et refuse de devenir un travailleur de cette industrie, de passer par une école de stylisme et de parler chiffons en public.

Affaires d’hommes

Depuis la fin du XIXe siècle, les hommes excellent dans l’art de l’habillement. Ce sont eux qui donnent naissance à la haute couture en France et en font un business lucratif. Charles Frederick Worth marque l’histoire en étant l’un des rares couturiers hétérosexuels et d’origine étrangère à enrichir la mode française. Son disciple, Paul Poiret, également hétérosexuel, a été la star de la couture des années 1900 à 1930.

Un basculement s’opère après la Seconde Guerre mondiale, avec l’arrivée de Christian Dior dans la fashion sphère parisienne. Très secret sur sa vie privée, il ne dévoilera que très tard son homosexualité.

Depuis, les designers vedettes –Yves Saint Laurent, Pierre Balmain, Karl Lagerfeld et Jean-Paul Gaultier, entre autres– ne se cachent plus et osent parler de leur orientation sexuelle. La jeune génération, elle aussi, fait rapidement son coming out, d’Olivier Rousteing à Simon Porte Jacquemus.

La raison qui explique cette présence massive d’hommes gays est simple: la mode a toujours accueilli ceux considérés comme des parias. Les juifs, les créatifs, les hypersensibles, les marginaux, le vilain petit canard de la famille et les homosexuels, tous trouvent leur place dans ce milieu qui les acceptent comme ils sont.

C’est grâce à cette communauté à la tête du navire que la culture gay s’immisce dans la mode. Les costumes italiens flamboyants, le port du rose, les pièces moulantes –dont le jean skinny– ou le cuir et le sportswear fétichistes quittent le microcosme des clubs gays pour rejoindre les moodboards et atterrir sur les défilés.

Les marques grand public ont suivi cette mutation de près et ont intégré ces nouveaux codes dans leurs collections masculines, avec un storytelling adapté: dans les années 1990, on assiste à la naissance de la métrosexualité. Pour la première fois, la mode apprivoise ces clients hétéros qui ne veulent surtout pas être vus comme des acheteurs compulsifs frivoles –l’équivalent de «gays» dans leur imagination.

Cette image d’homosexuel très efféminé et expert de la mode est également diffusée par la pop culture. En témoigne le personnage de Nigel, journaliste de Vogue et expert du relooking dans Le Diable s’habille en Prada, celui de Kurt dans la série Glee ou plus récemment Tan France, technocrate mode dans Queer Eye sur Netflix.

Malgré eux, ces personnages participent à l’auto-exclusion des hommes hétéros de l’industrie de la mode, car ceux-ci veulent s’éloigner le plus possible de cette image. La mode, et surtout celle des podiums, leur apparaît comme un domaine élitiste et complexe, au même titre que l’art contemporain. Ils cherchent alors des chemins de traverse pour éviter celle-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom.

Quête de réassurance

L’homme hétéro qui commence à s’intéresser au vêtement part toujours d’une démarche utilitaire. Pour Valentin Esquier, YouTuber et coach en image, le déclic est arrivé autour de ses 20 ans: «À un moment de ma vie, j’ai pris beaucoup de poids et j’ai mis mon apparence de côté. Après m’être pris en main, je n’avais aucune connaissance des codes du style, savoir comment mettre ma morphologie en valeur, par exemple.»

C’est justement cette quête du manuel parfait avec les bons tuyaux qui a poussé Geoffrey Bruyère à développer en 2007 le blog Bonne Gueule, aux côtés de son associé Benoît Wojtenka. «Pour notre génération, la passation des conseils en style ne se fait plus par le père, mais par Google. On tape “Comment choisir un jean” sur les moteurs de recherche», souligne-t-il.

Le blog est un succès et compte des lecteurs de 15 à 70 ans, en recherche constante de conseils et de marques testées et validées. Quand on parle de mode à l’homme hétéro, il a besoin d’être en confiance avec ce qu’il touche et ce qu’il essaie: c’est ce qui le fera revenir. Cette quête de réassurance pousse les marques à développer tout un storytelling à destination des clients, dans l’espoir qu’ils s’engagent dans la durée.

Selon Marc Beaugé, journaliste passionné par le vêtement mais qui se «qualifie rarement de journaliste mode», les hommes ont besoin d’une raison valable et de profondeur pour acheter un vêtement: «Il y a encore, chez beaucoup d’hommes, un complexe par rapport au shopping. Ils refusent d’être des fashion victims, ou de faire du shopping au premier degré. Ils veulent un vêtement entouré de sens, de référence culturelles et historiques. Ils ne veulent pas donner l’impression de répondre simplement aux diktat des magazines ou aux tendances. Moi-même, je déteste me balader avec un shopping bag. Ca ne m’arrive jamais.»

C’est en apprenant plus sur la matière, l’histoire du vêtement ou de sa coupe et l’association des couleurs que l’homme va au fur et à mesure prendre plaisir à s’habiller. Pour Geoffrey Bruyère, il y a eu une vraie évolution du regard de l’homme hétéro sur la mode depuis une dizaine d’années.

«Quand on a commencé à faire du coaching et que l’on proposait à des hommes des pièces qu’ils n’avaient pas l’habitude de porter, on nous faisait souvent la remarque: “Ça fait gay.” C’est bête, mais ça montre bien à quel point les hétéros peuvent associer la mode à une communauté. Et la remarque est ensuite passée de “Ça fait gay” à “Ça fait femme”, puis à “C’est pas vraiment mon style, c’est pas vraiment moi.”»

Virilité interrogée

La connotation gay est en revanche inexistante lorsque l’homme s’intéresse au vêtement sportif ou urbain. Il est par exemple totalement décomplexé lorsqu’il achète et collectionne des sneakers. Toute la culture du «Hype Beast» a misé sur cette nécessité de virilité amenée par le vêtement sportif, en l’associant à l’exclusivité. Aujourd’hui, les hommes s’arrachent les chaussures et vêtements Supreme et documentent leur passion pour ces chiffons précieux sur les réseaux sociaux.

Au Congo, les célèbres sapeurs –membres de la Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes– vont plus loin que le vestiaire sportif, en assumant sans aucun complexe leur goût pour les vêtements et accessoires chatoyants. Ils ont choisi la mode pour religion, sans que le mot gay ne soit mentionné nulle part.

Christelle Bakima, fondatrice du podcast reportage «Bak’s to Congo», explique que cette coquetterie masculine est même source de virilité: «Ce que l’on pourrait qualifier de comportement métrosexuel en France sera considéré comme synonyme de richesse et de bon vivant au Congo. Si cet homme peut s’entretenir, il peut subvenir aux besoins de sa famille, et donc potentiellement d’une femme, ce qui est perçu comme d’autant plus viril.»

La virilité est précisément l’élément que l’homme hétéro n’arrive pas à associer à la mode des créateurs et des maisons. Le dessin de mode et la couture étant souvent conjugués au féminin, cet univers lui semble bien trop inhospitalier.

En plus des tenues créatives qui effraient, l’androgynie et le très jeune âge des mannequins –souvent filiformes et imberbes– ne leur ressemblent pas et insistent sur cette cassure entre la mode des défilés et la leur.

Exclusions permanentes

Dans l’enquête sociologique Le plus beau métier du monde, Giulia Mensitieri explique que «depuis l’extérieur, [la mode] apparaît comme un monde homogène fait de paillettes et de lumière, mais, une fois franchi son seuil, on découvre un espace fortement structuré fonctionnant sur des exclusions permanentes, à la fois économiques, sociales et symboliques».

Une des exclusions les plus visibles est le nombre réduit de femmes et d’hommes LGBT+ à la tête des grands groupes. Dans ce microcosme, la cooptation et la passation de père en fils règne encore. Les hommes hétéros dominent les conseils d’administration des marques, sont directeurs de publication de magazines de mode ou travaillent l’angle financier de la mode, loin des sphères créatives.

Antoine Arnault passe bien du temps sur les défilés, mais parce qu’il fait partie du socle de LVMH. Son couple avec le top model Natalia Vodianova ne fait qu’amplifier son rôle de patron de la mode puissant et hétérosexuel.

En France, ces métiers de pouvoir et d’argent sont intimement liés à un idéal de l’homme viril. Craintifs à l’idée de ne pas correspondre à cet idéal, les jeunes hétéros évitent les formations en mode connotées féminines, comme le stylisme ou le marketing du luxe.

Ancien étudiant en école d’art, Valentin Esquier en a été témoin: «Les gens qui voulaient s’orienter dans la mode, c’étaient les filles, les gays de la classe et un mec qui ne se disait pas gay, mais qui s’est senti obligé de le préciser.»

Part de féminité

L’idéal viril à adopter à tout prix est né juste après la Révolution française, comme l’explique Émilie Coutant, sociologue et présidente du Groupe d’études sur la mode: «C’est l’entrée dans la société moderne qui a entraîné un idéal viril. L’homme devait être civilisé, propre sur lui et ne pas s’intéresser au futile. Ensuite, pendant tout le XIXe siècle, il s’est vu imposer un costume sombre et austère qui correspondait à un ordre idéal viril.»

Pourtant, sous l’Ancien Régime, c’étaient bien les hommes de la cour qui se passionnaient pour le vêtement, la coiffure, le maquillage et les chaussures à talons. Ces aristocrates flamboyants se souciaient peu de la différence entre masculin et féminin, puisque c’était la société d’ordres qui prévalait. Ce goût pour la mode a été effacé de l’histoire pendant deux siècles, sous couvert de virilité.

Depuis la fin des années 1990, les archétypes du féminin et du masculin sont une nouvelle fois bousculés, notamment grâce à la culture gay et aux mouvements féministes. L’homme hétéro est à nouveau appelé à embrasser sa part de féminité, comme le furent les dandys du XIXe siècle.

Montrés du doigt par les hommes comme étant des individus loufoques et égarés du bon chemin, ces derniers étaient également les tombeurs de ces dames, qui raffolaient de cette image d’homme soigné, moustachu et qui savait parler chiffons.

L’homme français n’en est qu’au début de cette métamorphose. Il se rendra bientôt compte qu’accepter et maîtriser son côté féminin n’est pas synonyme de destruction du masculin. Le bleu et le rose ne s’annulent pas: ils peuvent former un sublime violet, la couleur de l’année 2018 selon Pantone.


Biographie de René Girard: Nul n’est prophète en son pays (Written on the subway walls and tenement halls: Who will finally listen as the signs multiply from fashion fads to mass shootings of Girard’s masterful rediscovery of the Biblical truth of mimetic desire and conflict ?)

29 octobre, 2018

KKK graffiti and swastika on Pittsburgh building
Nul n’est prophète en son pays. Jésus
En ce moment, apparurent les doigts d’une main d’homme et ils écrivirent, en face du chandelier, sur la chaux de la muraille du palais royal (…) [Et] Daniel (…) [ayant] un esprit supérieur, de la science et de l’intelligence, la faculté d’interpréter les songes, d’expliquer les énigmes et de résoudre les questions difficiles (…) répondit en présence du roi: (…) Compté, compté, pesé et divisé. Daniel 5: 5-25
S’ils se taisent, les pierres crieront! Jésus (Luc 19 : 40)
Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Jésus (Matthieu 11: 25)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres: gardez-vous d’être troublés, car il faut que ces choses arrivent. Mais ce ne sera pas encore la fin. Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume, et il y aura, en divers lieux, des famines et des tremblements de terre. Tout cela ne sera que le commencement des douleurs. Alors on vous livrera aux tourments, et l’on vous fera mourir; et vous serez haïs de toutes les nations, à cause de mon nom. Jésus (Matthieu 24: 6-9)
Nous prêchons la sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée, que Dieu, avant les siècles, avait destinée pour notre gloire, sagesse qu’aucun des chefs de ce siècle n’a connue, car, s’ils l’eussent connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire. Paul (1 Corinthiens 2, 6-8)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poing, à descendre dans la rue et à tirer, au hasard, tant qu’on peut dans la foule. André Breton
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
Bien avant qu’un intellectuel nazi ait annoncé ‘quand j’entends le mot culture je sors mon revolver’, les poètes avaient proclamé leur dégoût pour cette saleté de culture et politiquement invité Barbares, Scythes, Nègres, Indiens, ô vous tous, à la piétiner. Hannah Arendt (1949)
la mort des individus. (…) Pourquoi l’avant-garde a-t-elle été fascinée par le meurtre et a fait des criminels ses héros , de Sade aux sœurs Papin, et de l’horreur ses délices, du supplice des Cent morceaux en Chine à l’apologie du crime rituel chez Bataille, alors que dans l’Ancien Monde, ces choses là étaient tenues en horreur? (…) Il en résulte que la fascination des surréalistes ne s’est jamais éteinte dans le petit milieu de l’ intelligentsia parisienne de mai 1968 au maoïsme des années 1970. De l’admiration de Michel Foucault pour ‘l’ermite de Neauphle-le-Château’ et pour la ‘révolution’ iranienne à… Jean Baudrillard et à son trouble devant les talibans, trois générations d’intellectuels ont été élevées au lait surréaliste. De là notre silence et notre embarras. Jean Clair
Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
Que des cerveaux puissent réaliser quelque chose en un seul acte, dont nous en musique ne puissions même pas rêver, que des gens répètent comme des fous pendant dix années, totalement fanatiquement pour un seul concert, et puis meurent. C’est le plus grand acte artistique de tous les temps. Imaginez ce qui s’est produit là. Il y a des gens qui sont ainsi concentrés sur une exécution, et alors 5 000 personnes sont chassées dans l’Au-delà, en un seul moment. Ca, je ne pourrais le faire. A côté, nous ne sommes rien, nous les compositeurs… Imaginez ceci, que je puisse créer une oeuvre d’art maintenant et que vous tous soyez non seulement étonnés, mais que vous tombiez morts immédiatement, vous seriez morts et vous seriez nés à nouveau, parce que c’est tout simplement trop fou. Certains artistes essayent aussi de franchir les limites du possible ou de l’imaginable, pour nous réveiller, pour nous ouvrir un autre monde. Karlheinz Stockhausen (19.09. 01)
More ink equals more blood,  newspaper coverage of terrorist incidents leads directly to more attacks. It’s a macabre example of win-win in what economists call a « common-interest game. Both the media and terrorists benefit from terrorist incidents. Terrorists get free publicity for themselves and their cause. The media, meanwhile, make money « as reports of terror attacks increase newspaper sales and the number of television viewers. Bruno S. Frey et Dominic Rohner
Come writers and critics who prophesize with your pen and keep your eyes wide the chance won’t come again and don’t speak too soon for the wheel’s still in spin and there’s no tellin’ who that it’s namin’. For the loser now will be later to win for the times they are a-changin’… Robert Zimmerman
And the people bowed and prayed To the neon god they made And the sign flashed out its warning In the words that it was forming and the sign said, « The words of the prophets are written on the subway walls and tenement halls » And whispered in the sounds of silence … Paul Simon
I tried very hard not to be influenced by him, and that was hard. ‘The Sound Of Silence’, which I wrote when I was 21, I never would have written it were it not for Bob Dylan. Never, he was the first guy to come along in a serious way that wasn’t a teen language song. I saw him as a major guy whose work I didn’t want to imitate in the least. Paul Simon
From the terrible opening line, in which darkness is addressed as “my old friend,” the lyrics of “The Sounds of Silence” sound like a vicious parody of a pompous and pretentious mid-’60s folk singer. But it’s no joke: While a rock band twangs aimlessly in the middle distance, Simon & Garfunkel thunder away in voices that suggest they’re scowling and wagging their fingers as they sing. The overall experience is like being lectured on the meaning of life by a jumped-up freshman.  Worst Moment “Hear my words that I might teach you”: Officially the most self-important line in rock history! Blender magazine
Si l’expulsion de 1306 a pu faire l’objet d’une très discrète mention au titre de commémoration nationale en 2006, la présence juive dans la France médiévale est presque absente des synthèses historiques sur le Moyen Age. Du « Petit Lavisse » aux manuels scolaires des années 1980, le judaïsme médiéval n’appartient pas au « roman national », comme l’a montré l’historienne Suzanne Citron. (…) Les découvertes récentes signalent donc, comme par effraction, que les « archives du sol » recèlent les traces d’une histoire ignorée. La connaissance de la présence juive y gagne en profondeur : chaque site exhumé témoigne d’une terre où, au Moyen Age, les juifs ont vécu, produit, reçu, pensé, échangé mais aussi été persécutés et chassés. Laurence Sigal-Klagsbald et Paul Salmona
I think it’s just about the design. People may be aware of the English but they don’t know the deeper meaning or that it’s meant to be political. The word ‘Jesse’ is just cute. It’s nothing more serious than that. Korean trends mostly start in the country’s underground markets, where everything is on sale for about $10 and the quality isn’t so bad. Even foreign fast-fashion brands like Zara can be too expensive for Koreans, so teenage girls and 20-somethings tends to buy these cheaper underground brands. Han Yoo Ra
This truth of globalization is easier to see in these absurd examples, when something incongruous takes off, such as an old campaign T-shirt from a failed primary run. In this particular example, the “Jesse Jackson ’88” part of the T-shirt may have its origin in the annals of American history, but the shirt caught on because of its exalted position within the Korean casual fashion system. Jesse Jackson, or even America, has little to do with why Jesse Jackson ’88 campaign T-shirts are popular. Instead, it’s South Korea’s incredible cultural power that makes things cool in Asia — even American political nostalgia. Vox
Could it be that in these frighteningly uncertain times, a classic brand such as Levi’s feels reassuring? Historically, Levi’s was workwear. It stands for old-school tradition, but it also has ties with rebellion and counterculture; like Oreos and Oprah, it brings together both sides of the American political spectrum. It is cool without being pretentious, and widely available: John Lewis, Debenhams, Topman, Asos and Amazon all stock the classic Levi’s tee, as well as Levi’s shops themselves. It might also be that it serves as a substitute for the pricier/trendier Supreme box logo shirt, but at a pocket-patting £20. Advertising has probably played a part in its recent popularity, even if it feels as if this trend started on the street. In August last year, the company released Circles, an ad showing people from different cultures dancing, from Bhangra to hora, dabke to dancehall, with the tagline: “Men, women, young, old, rich, poor, straight, gay: let’s live how we dance.” With 22m views, it was one of the top 10 most-watched ads on YouTube in 2017. The Guardian
Mais pourquoi un tel succès pour un vêtement qui n’a rien de nouveau? Levi’s vend après tout des tee-shirts depuis des décennies. Une des raisons du succès pourrait être la prolifération qui s’auto-entraîne. Plus on en voit, plus on a envie d’en acheter. Un style vintage années 90, un prix relativement accessible pour un produit de marque alors qu’il faut compter minimum 80 euros pour un jean, et un mimétisme générationnel… Voilà quelques ingrédients de la recette miracle qui fait essaimer le tee-shirt Levi’s. Mais ce n’est peut-être pas le seul. Il semblerait en effet que Levi’s ait savamment orchestré ce buzz autour de la marque. Tout serait parti de trois photos postées par Kylie Jenner sur son compte Instagram en janvier 2016. La starlette américaine, d’ordinaire portée sur les tenues légères, y porte non pas un tee-shirt mais un simple jean vintage à l’étiquette rouge Levi’s bien mise en valeur. Trois simples photos, mais likées des millions des fois. « C’est ce qui a allumé le pétard, estime Laurent Thoumine, spécialiste de la mode chez Massive Details. Vu son nombre de followers (115 millions d’abonnés, l’un des plus gros comptes de la plateforme), ça a créé le buzz. » Et si Levi’s ne semble pas avoir rémunéré la starlette pour ce post, la marque a rapidement décidé de surfer sur le buzz. « Elle a commencé à demander à des influenceurs de poser avec le tee-shirt, très vite après le post de Kylie », explique Laurent Thoumine. Effectivement, si on remonte les posts Instagram qui sont légendées avec le hashtag #Levisshirt, on remarque que certains portent la mention « post sponsorisé » (« Werbung », en allemand, ci-dessous). Autrement dit, Levi’s a payé des influenceurs pour qu’ils portent son tee-shirt. Et pas n’importe lesquels: des « micro-influenceurs ». Plutôt que de miser sur des comptes au plus grand nombre d’abonnés possible, Levi’s s’est associé à des Instagrameurs qui comptent quelques centaines à quelques milliers d’abonnés. Ainsi, « la marque a capitalisé sur des personnes qui ont une réelle proximité avec leurs followers, donc une réelle influence sur eux », explique David Dubois, professeur de marketing à l’Insead. D’autant plus efficace que, avec le même budget que pour un seul post sponsorisé d’une star du réseau, « Levi’s a pu s’offrir des dizaines de milliers de posts », ajoute le spécialiste des campagnes sur les réseaux sociaux. Dans la foulée, la marque a lancé une nouvelle vidéo publicitaire à l’été 2017. Un carton: la pub qui met en scène des danseurs de tous horizons qui se déhanchent sur la chanson Makeba de la française Jain, a été vue plus de 25 millions de fois sur YouTube. Le tee-shirt Levi’s y fait une brève apparition mais le succès de la vidéo suffit à donner un lustre « cool » à la marque auprès des millenials. Et à mesure que les ventes de tee-shirts explosent, les contrefaçons ont rapidement fait leur apparition. Rien de plus facile à copier. Un tee-shirt blanc, un logo Levi’s et vous pouvez inonder le marché. « Une large proportion de ces tee-shirts sont des faux », assurent des spécialistes d’Accenture. Et leurs acheteurs, loin d’être dupes, seraient même séduits à l’idée de porter du logo faux. « Ils font écho à une sous culture du tee-shirt de marché portés sous une veste de marque lancée par des trend-setters comme les rappeurs PNL ou The Blaze », précise le consultant. Si c’est un manque à gagner pour Levi’s, la marque apprécie aussi d’avoir enfin réussi à séduire cette nouvelle génération. Au sommet à la fin des années 90 avec 7,1 milliards de dollars de ventes en 1996, la marque a été boudée par les jeunes de la génération suivante, ceux du début des années 2000. Cette « génération perdue » qui lui a préféré les jeans moins chers du japonais Uniqlo ou ceux de H&M a fait plonger Levi’s. En 2009, le chiffre d’affaires de la marque américaine avait fondu de plus de 40% par rapport au pic des années 90 à 4,1 milliards de dollars. Et si les ventes s’étaient stabilisées depuis, elles ont enfin bondi à 4,9 milliards de dollars en 2017, la plus forte croissance du groupe depuis 10 ans. Et avec des ventes attendues en hausse de 20% en 2018, vous n’êtes sans doute pas prêts d’arrêter d’en voir, des tee-shirts Levi’s. BFMtv
Dans un groupe de n individus, la tendance observée par l’individu numéro i à l’instant t dépend du poids de l’influence de chacun des autres membres du groupe sur lui (ce sont les Jij), mais également du type de hipsters présents (ils peuvent être plus ou moins modérés, ce qu’expriment les vecteurs sj) et du temps mis par le hipster i avant de réaliser que chacun des hipsters qui l’entoure est en train de commencer à lui ressembler sur tel ou tel point. La principale conclusion de l’étude est la suivante: seul le hipster qui parviendra à lire dans les pensées des autres hipsters afin d’avoir toujours un coup d’avance parviendra réellement à se démarquer. Les autres sont condamnés à rester les moutons qu’ils rêvent de ne pas être, allant tous dans la même direction à force de vouloir être uniques. Ce modèle mathématique complexe, Jonathan Touboul propose de le transposer au monde de la finance, arguant qu’un bon trader est un trader qui anticipe à la vitesse de la lumière, tandis que ses congénères plus lents prennent tous la même décision géniale au même moment, ce qui a pour effet de désamorcer les résultats de leur démarche. Pour finir, il imagine également un univers composé de hipsters et de non hipsters à parts égales: d’après son modèle, dans ce petit monde, chaque individu irait tour à tour et aléatoirement vers chaque tendance. Autrement dit, chaque sujet basculerait alternativement du mainstream au non-mainstream comme une boule de flipper, condamnant le monde des hipsters à faire bientôt tilt. Slate
Many observers have expressed concern for the excessive attention given to mass shooters of today and the deadliest of yesteryear. CNN’s Anderson Cooper has campaigned against naming names of mass shooters, and 147 criminologists, sociologists, psychologists and other human-behavior experts recently signed on to an open letter urging the media not to identify mass shooters or display their photos. While I appreciate the concern for name and visual identification of mass shooters for fear of inspiring copycats as well as to avoid insult to the memory of those they slaughtered, names and faces are not the problem. It is the excessive detail — too much information — about the killers, their writings, and their backgrounds that unnecessarily humanizes them. We come to know more about them — their interests and their disappointments — than we do about our next door neighbors. Too often the line is crossed between news reporting and celebrity watch. At the same time, we focus far too much on records. We constantly are reminded that some shooting is the largest in a particular state over a given number of years, as if that really matters. Would the massacre be any less tragic if it didn’t exceed the death toll of some prior incident? Moreover, we are treated to published lists of the largest mass shootings in modern US history. For whatever purpose we maintain records, they are there to be broken and can challenge a bitter and suicidal assailant to outgun his violent role models. Although the spirited advocacy of students around the country regarding gun control is to be applauded, we need to keep some perspective about the risk. Slogans like, “I want to go to my graduation, not to my grave,” are powerful, yet hyperbolic. James Alan Fox (Northeastern University)
En 2014 à l’aube d’une crise économique les Nouveaux Pères Fondateurs prennent le pouvoir aux États-Unis. Le Dr May Updale propose alors une idée : une Purge. Durant une période de douze heures consécutives toute activité criminelle est permise. Au cours de cette nuit chacun peut ainsi évacuer ses émotions négatives en se vengeant ou plus simplement en s’adonnant à la violence gratuite. Pour le Dr Updale c’est le moyen idéal d’évacuer la violence et la haine et donc de résoudre le problème de la criminalité durant le reste de l’année. En 2017, les Nouveaux Pères Fondateurs décident de tester l’idée. Une Purge est lancée sur l’île de Staten Island à New York sur la base du volontariat. Les habitants de l’île qui accepteront de rester chez eux durant la nuit seront payés et ceux qui sortiront commettre des meurtres toucheront un bonus. Cependant l’expérience est un échec, alors que des petits groupes tuent, la plupart des participants font la fête et commettent de simples délits. Les Nouveaux Pères Fondateurs décident alors, afin de contrer cet échec, d’envoyer un commando sur place pour tuer et permettre à l’expérience d’être un succès. Peu à peu le projet échappe au Dr Updale et les véritables intentions des Nouveaux Pères Fondateurs se révèlent. Wikipedia
La menace a été prise au sérieux. Depuis plusieurs jours, un appel à « la purge » visant les policiers circule sur les réseaux sociaux. Ce week-end, cette incitation à s’attaquer aux forces de l’ordre a gagné l’Essonne. Sur la publication bourrée de fautes d’orthographe appelant à « la purge de Corbeil-Essonnes », les auteurs demandent « de s’habiller en noir, avec un masque si possible ». La suite du message est une description précise du mode opératoire : « toutes les armes sont autorisées, brûlez tout ce que vous voyez, les forces de l’ordre devront être attaquées au mortier, feux d’artifice, pétards, pierres ». (…) Ce message, décliné dans différents lieux, « dépasse largement l’Essonne, précise le directeur départemental de la sécurité publique de l’Essonne, Jean-François Papineau. Nous recevons une grande vigilance sur l’ensemble du territoire relevant de la compétence de la Police nationale. Le Parisien
Il ne faut pas dissimuler que les institutions démocratiques développent à un très haut niveau le sentiment de l’envie dans le coeur humain. Ce n’est point tant parce qu’elle offrent à chacun les moyens de s’égaler aux autres, mais parce que ces moyens défaillent sans cesse à ceux qui les emploient. Les institutions démocratiques réveillent et flattent la passion de l’égalité sans pouvoir jamais la satisfaire entièrement. Cette égalité complète s’échappe tous les jours des mains du peuples au moment où il croit la saisir, et fuit, comme dit Pascal, d’une fuite éternelle; le peuple s’échauffe à la recherche de ce bien d’autant plus précieux qu’il est assez proche pour être connu et assez loin pour ne pas être goûté. Tout ce qui le dépasse par quelque endroit lui paraît un obstacle à ses désirs, et il n’y a pas de supériorité si légitime dont la vue ne fatigue sas yeux. Tocqueville
Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l’égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands ; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l’égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté. Tocqueville
L’apprenti sorcier qui prend le risque de s’intéresser à la sorcellerie indigène et à ses fétiches, au lieu d’aller chercher sous de lointains tropiques les charmes rassurants d’une magie exotique, doit s’attendre à voir se retourner contre lui la violence qu’il a déchaînée. Pierre Bourdieu
Des millions de Faisal Shahzad sont déstabilisés par un monde moderne qu’ils ne peuvent ni maîtriser ni rejeter. (…) Le jeune homme qui avait fait tous ses efforts pour acquérir la meilleure éducation que pouvait lui offrir l’Amérique avant de succomber à l’appel du jihad a fait place au plus atteint des schizophrènes. Les villes surpeuplées de l’Islam – de Karachi et Casablanca au Caire – et ces villes d’Europe et d’Amérique du Nord où la diaspora islamique est maintenant présente en force ont des multitudes incalculables d’hommes comme Faisal Shahzad. C’est une longue guerre crépusculaire, la lutte contre l’Islamisme radical. Nul vœu pieu, nulle stratégie de « gain des coeurs et des esprits », nulle grande campagne d’information n’en viendront facilement à bout. L’Amérique ne peut apaiser cette fureur accumulée. Ces hommes de nulle part – Shahzad Faisal, Malik Nidal Hasan, l’émir renégat né en Amérique Anwar Awlaki qui se terre actuellement au Yémen et ceux qui leur ressemblent – sont une race de combattants particulièrement dangereux dans ce nouveau genre de guerre. La modernité les attire et les ébranle à la fois. L’Amérique est tout en même temps l’objet de leurs rêves et le bouc émissaire sur lequel ils projettent leurs malignités les plus profondes. Fouad Ajami
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Je peux dire sans exagération que, pendant un demi-siècle, la seule institution française qui m’ait persuadé que je n’étais pas oublié en France, dans mon propre pays, en tant que chercheur et en tant que penseur, c’est l’Académie française. René Girard
Quand les riches s’habituent à leur richesse, la simple consommation ostentatoire perd de son attrait et les nouveaux riches se métamorphosent en anciens riches. Ils considèrent ce changement comme le summum du raffinement culturel et font de leur mieux pour le rendre aussi visible que la consommation qu’ils pratiquaient auparavant. C’est à ce moment-là qu’ils inventent la non-consommation ostentatoire, qui paraît, en surface, rompre avec l’attitude qu’elle supplante mais qui n’est, au fond, qu’une surenchère mimétique du même processus. Dans notre société la non-consommation ostentatoire est présente dans bien des domaines, dans l’habillement par exemple. Les jeans déchirés, le blouson trop large, le pantalon baggy, le refus de s’apprêter sont des formes de non-consommation ostentatoire. La lecture politiquement correcte de ce phénomène est que les jeunes gens riches se sentent coupables en raison de leur pouvoir d’achat supérieur ; ils désirent, si ce n’est être pauvres, du moins le paraitre. Cette interprétation est trop idéaliste. Le vrai but est une indifférence calculée à l’égard des vêtements, un rejet ostentatoire de l’ostentation. Le message est: « Je suis au-delà d’un certain type de consommation. Je cultive des plaisirs plus ésotériques que la foule. » S’abstenir volontairement de quelque chose, quoi que ce soit, est la démonstration ultime qu’on est supérieur à quelque chose et à ceux qui la convoitent. Plus nous sommes riches en fait, moins nous pouvons nous permettre de nous montrer grossièrement matérialistes car nous entrons dans une hiérarchie de jeux compétitifs qui deviennent toujours plus subtils à mesure que l’escalade progresse. A la fin, ce processus peut aboutir à un rejet total de la compétition, ce qui peut être, même si ce n’est pas toujours le cas, la plus intense des compétitions. (…) Ainsi, il existe des rivalités de renoncement plutôt que d’acquisition, de privation plutôt que de jouissance. (…) Dans toute société, la compétition peut assumer des formes paradoxales parce qu’elle peut contaminer les activités qui lui sont en principe les plus étrangères, en particulier le don. Dans le potlatch, comme dans notre société, la course au toujours moins peut se substituer à la course au toujours plus, et signifier en définitive la même chose. René Girard
Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde: on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
La soumission à l’Autre n’en est pas moins étroite lorsqu’elle prend des formes négatives. Le pantin n’est pas moins pantin lorsque les ficelles sont croisées. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
By preaching against anorexia while keeping her own weight dangerously low, Isabelle Caro was telling her followers, « Take me as your guide, but don’t imitate me! » The paradox behind this type of mixed message was precisely diagnosed by Stanford’s René Girard, who names it the « mimetic double bind. » Since imitation is the sincerest form of flattery, anyone is happy to attract followers, but if they imitate too successfully, they soon become a threat to the very person they took as their model. No one likes to be beaten at their own game. Hence the contradictory message: « Do as I do… just don’t outdo me! » Imitation morphs imperceptibly into rivalry – this is Girard’s great insight, and he applies it brilliantly to competitive dieting. There’s no use searching for some mysterious, deep-seated psychological explanation, Girard writes: « The man in the street understands a truth that most specialists prefer not to confront. Our eating disorders are caused by our compulsive desire to lose weight. » We all want to lose weight because we know that’s what everyone else wants – and the more others succeed in shedding pounds, the more we feel the need to do so, too. Girard is not the first to highlight the imitative or mimetic dimension of eating disorders and their link to the fashion for being thin, but he emphasizes an aspect others miss: the built-in tendency to escalation that accompanies any fashion trend: « Everybody tries to outdo everybody else in the desired quality, here slenderness, and the weight regarded as most desirable in a young woman is bound to keep going down. » Mark Anspach
Le phénomène est déjà fabuleux en soi. Imaginez un peu : il suffit que vous me regardiez faire une série de gestes simples – remplir un verre d’eau, le porter à mes lèvres, boire -, pour que dans votre cerveau les mêmes zones s’allument, de la même façon que dans mon cerveau à moi, qui accomplis réellement l’action. C’est d’une importance fondamentale pour la psychologie. D’abord, cela rend compte du fait que vous m’avez identifié comme un être humain : si un bras de levier mécanique avait soulevé le verre, votre cerveau n’aurait pas bougé. Il a reflété ce que j’étais en train de faire uniquement parce que je suis humain. Ensuite, cela explique l’empathie. Comme vous comprenez ce que je fais, vous pouvez entrer en empathie avec moi. Vous vous dites : « S’il se sert de l’eau et qu’il boit, c’est qu’il a soif. » Vous comprenez mon intention, donc mon désir. Plus encore : que vous le vouliez ou pas, votre cerveau se met en état de vous faire faire la même chose, de vous donner la même envie. Si je baille, il est très probable que vos neurones miroir vont vous faire bailler – parce que ça n’entraîne aucune conséquence – et que vous allez rire avec moi si je ris, parce que l’empathie va vous y pousser. Cette disposition du cerveau à imiter ce qu’il voit faire explique ainsi l’apprentissage. Mais aussi… la rivalité. Car si ce qu’il voit faire consiste à s’approprier un objet, il souhaite immédiatement faire la même chose, et donc, il devient rival de celui qui s’est approprié l’objet avant lui ! (…) C’est la vérification expérimentale de la théorie du « désir mimétique » de René Girard ! Voilà une théorie basée au départ sur l’analyse de grands textes romanesques, émise par un chercheur en littérature comparée, qui trouve une confirmation neuroscientifique parfaitement objective, du vivant même de celui qui l’a conçue. Un cas unique dans l’histoire des sciences ! (…) Notre désir est toujours mimétique, c’est-à-dire inspiré par, ou copié sur, le désir de l’autre. L’autre me désigne l’objet de mon désir, il devient donc à la fois mon modèle et mon rival. De cette rivalité naît la violence, évacuée collectivement dans le sacré, par le biais de la victime émissaire. À partir de ces hypothèses, Girard et moi avons travaillé pendant des décennies à élargir le champ du désir mimétique à ses applications en psychologie et en psychiatrie. En 1981, dans Un mime nommé désir, je montrais que cette théorie permet de comprendre des phénomènes étranges tels que la possession – négative ou positive -, l’envoûtement, l’hystérie, l’hypnose… L’hypnotiseur, par exemple, en prenant possession, par la suggestion, du désir de l’autre, fait disparaître le moi, qui s’évanouit littéralement. Et surgit un nouveau moi, un nouveau désir qui est celui de l’hypnotiseur. (…)  et ce qui est formidable, c’est que ce nouveau « moi » apparaît avec tous ses attributs : une nouvelle conscience, une nouvelle mémoire, un nouveau langage et des nouvelles sensations. Si l’hypnotiseur dit : « Il fait chaud » bien qu’il fasse frais, le nouveau moi prend ces sensations suggérées au pied de la lettre : il sent vraiment la chaleur et se déshabille. (…) On comprend que la théorie du désir mimétique ait suscité de nombreux détracteurs : difficile d’accepter que notre désir ne soit pas original, mais copié sur celui d’un autre. Pr Jean-Michel Oughourlian
“Evolution of Desire” is the portrait of a provocative and engaging figure who was not afraid of pursuing his own line of inquiry. His legacy is not so much a grand theory as it is a flexible interpretive framework with useful social, cultural and historical applications. At a time when religious fundamentalism, violent extremism and societal division dominates the headlines, Haven’s book is a call to revisit and reclaim one of the 20th century’s most important thinkers. Rhys Trante
René Girard, who died three years ago, was a French historian, literary critic, and philosopher of social science. His sprawling oeuvre might be called anthropological philosophy. His books make connections through theology, literary criticism, critical theory, anthropology, psychology, mythology, sociology, cultural studies, and philosophy. His core theory is that our human motivations are rooted in “mimetic desire”—a form of envy which is not simply desiring what another has, but also desiring to be like them. This competitive drive then sparks all other human conflict on both the micro- and macroscopic levels. He explained how mimetic desire leads us to blame others when our desire is frustrated, which then leads to blaming others and ultimately to the mechanism of scapegoating on the societal level, which forms the basis for ritual sacrifice. An accomplished academic, journalist, and author, Cynthia Haven was not only a colleague of Girard but also a close friend to him and his wife. Her biography is a warm, personal memoir while also providing an introduction to his thought and the historical context for the development of his ideas. (…)  Brought up in a conventional French Catholic home, by the time he was at university he had adopted the fashionable atheism of the day. Witnessing the treatment of the Jews and the scapegoating of French collaborators in the aftermath of the Second World War no doubt had an impact on the development of Girard’s thought. The academic vigor and enthusiasm in postwar United States provided the perfect setting for a philosopher and historian who was constantly thinking outside the boundaries of strict academic territories. He would come to interact with the avant-garde writers and philosophers of his day—Camus, Sartre, Foucault, Derrida—and yet rise above them and their frequent rivalries and needy egos. In a world of narrowing academia, in which professors knew more and more about less and less, Girard was one who transcended the blinkered biases, the bureaucratic boundaries, and artificially defined territories. As T.S. Eliot’s entire life’s work must be understood through the lens of his 1927 conversion to Christianity, so I believe Girard is also best understood through his profound reversion to his Catholic faith. (…) Girard’s own awakening began in the winter of 1958-59 as he was working on his book about the novel. (…) His intellectual awareness was combined later with a series of profound mystical experiences as he rode on the train from Baltimore to Bryn Mawr. (…) A bit later he had a health scare which pushed the intellectual and the subjective mystical experiences into a firm commitment to religion. (…) For those who like to spot little signs of a providential plan, it might be noted that René Girard (also called Noël) who was born on Christmas Day, dated his conversion to March 25—the feast of the Annunciation—traditionally the date for the beginning of God’s redemptive work in the world, and in medieval times the date for the celebration of the New Year. Girard’s conversion and subsequent practice of his Catholic faith was an act of great courage. His huge leonine profile with his contemplative gaze grants him a kind of heroic stature that reflects the heroism of his witness. As post-modern academia drifted further and further into Marxist ideologies, fashionable atheism, and nihilistic post-structuralism, Girard was able to put forward an intellectual explication for age-old Christian themes using a fresh vocabulary and perspective. (…) What Girard did was to provide a fresh synthesis and applications of old truths within non-religious disciplines. He also re-vivified the concept of sacrifice, explaining its underlying dynamic rather than simply writing it off as a barbaric superstition. In an age where atheism is all the rage and all religions (especially Catholicism) are suspect, Girard does a great service in refreshing the language of the tribe and giving the intellectual universe a way of seeing old truths in a new way and new truths through an old lens. As a result, his work has already been hugely influential in a range of disciplines, both academic and cultural. (…) Ms. Haven is not much of a name-dropper, but when she describes, for example, The Languages of Criticism and the Sciences of Man symposium held at John Hopkins in 1966, the pomposity of the whole affair is comedic. I sensed a touch of sarcasm as she reports the competing egos of famous French philosophers and the rivalry between intellectuals trying to see whose presentations can be the most incomprehensible, while they are also comparing notes on the luxury of their accommodations and the numbers of young women they are able to lure into philosophical discussions between the sheets. Dwight Longenecker
Girard’s mimetic theory— majestic in its simplicity, sweeping in its scope — has a way of gathering up stray anecdotes and incidents into its collective force, like a hurricane that swallows up every bit of moisture within range. Cynthia Haven’s Evolution of Desire offers the first of two long-awaited bibliographies of Girard (the other, which has the official sanction of the Girard family, is by Benoît Chantre). Rather than providing a biographer’s biography— full of footnotes, every stone overturned, weighty enough to ensure nobody else tries to write one — Haven has instead provided a portrait of sorts, bringing to life the Girard she came to know in the winter of his life. This is not to say that Evolution of Desire reads as a kind of “ last days and sayings ” of René Girard; Chantre has already provided that in Les derniers jours de René Girard (Grasset, 2016). Haven prefers the early Girard, providing remarkable insights into his childhood, and underscoring the importance of his birthplace, Avignon, for his intellectual development. Of his intellectual collaborators, Haven favors those from Girard’s first stint at Hopkins, rather than later figures. By doing so, she downplays the interactions between theological interlocutors like Raymund Schwager and James Alison, perhaps the most important current translator of mimetic theory into Christian theology. Schwager receives some attention, but Alison’s name does not grace the book. Even those familiar with the brazen and iconoclastic interdisciplinary style of Girard can forget what an autodidact he was. Girard’s training, both in France and in the United States, was in history. The École des Chartes formed students into librarians and archivists. From there Girard went to the United States, where his forgettable dissertation at the University of Indiana covered American opinions on France during the Second World War. When Girard came to literature in the 1950s and 60s, he did so as an outsider. And he continued this pattern of butting into adjacent fields, among them anthropology, ethnology, and eventually theology. Haven ’s recounting of Girard’s early years highlights the panache that would mark Girard. Whether as a prankster in school, or as the organizer of an exhibit that brought Picasso to Avignon in 1947 — this event initiated the world-renowned Avignon Festival — Girard displayed winning qualities before becoming an immortel in the Académie Française. For those who’ve tracked Girard for the past three decades, it is easy to start with Girard’s occupancy of the Hammond Chair at Stanford, beginning in 1981. Haven points out the importance of the earlier academic posts, especially his first stint at Johns Hopkins from 1957 – 68. There Girard made his reputation and also experienced a two-fold conversion, first with the help of great literature, and then through a cancer scare in 1959. During this period Girard published Deceit, Desire, and the Novel (1961) and rose to full professor, hardly an anticipated development given his failure to publish at Indiana. Girard enthusiasts know these details, mostly from his interview with James Williams at the end of The Girard Reader. Haven embellishes them through corroborating witnesses from these years. In perhaps the most enjoyable chapter, “The French Invasion,” she recalls Girard’s role in a monumental conference at Hopkins: “The Languages of Criticism and the Sciences of Man.” This event marked the American emergence of Derrida, and decisively shifted Johns Hopkins as well as many other departments toward post-structuralism, or postmodernism. Although Girard had helped organize the conference, it led indirectly to his departure for Buffalo, as he could not bring himself to accept what he understood to be the anti-realist impulse of postmodern theory, which would become all the rage in literature departments. In his first stint at Hopkins, Girard became Girard. He trained his first graduate students there, including Andrew McKenna and Eric Gans. Girard also found important companions in Baltimore, including Richard Macksey, described as “a legendary polymath” (84), and a rising Dante scholar, John Freccero. Girard’s former chair at Hopkins, Nathan Edelman, recalls, “I thought of him as fearless. He had a tremendous self- confidence, in the best sense […] He never felt threatened by people who had different ideas […] We were enthralled by him. We desperately wanted his approval” (85). These sentiments arose well before Girard became a pied piper to Christian intellectuals. The strongest personal accusation from these years was that Girard could overgeneralize and dismiss too easily. (…) During these years Girard also met Jean-Michel Oughourlian, the first of many collaborators who would help Girard develop his distinctive interview-book. (…) Things Hidden signaled Girard’s coming out as a Christian, nearly twenty years after re-conversion in 1959. North Americans have developed a domesticated portrait of Girard: an interesting and important intellectual in the thrall of certain theologians. Yet in France, where the intellectual appetite is greater, Girard made an impact difficult to fathom. Haven notes that Things Hidden sold 35,000 copies in the first six months, which put it #2 on French non-fiction lists at the time. Eventually it sold 100,000 copies. That type of volume puts its somewhere between Allan Bloom’s Closing of the American Mind in terms of immediate impact, and Charles Taylor’s A Secular Age or Alistair MacIntyre’s After Virtue, in terms of longevity. In France, if you had not read Things Hidden, you at least needed to fake it. Girard credited his publisher for the success, but Haven brings out Girard’s penchant for melding social critique with self-examination, which often produced the experience of realizing, while reading his books, that they were reading you. Haven describes Girard’s conversion and attends to his practice of Christianity, but does not make it the central thread of her biography. Although she relies on exchanges with friends of Girard, she pays less mind than some would to the encounter with Schwager, the Swiss Jesuit, despite the fact that their letters have recently been published and translated into English. Schwager first wrote Girard in 1974, and at that time saw what had only been a plan in Girard’s mind: the connection between the Bible and Girard’s theory of the sacred. When Schwager wrote Must There Be Scapegoats? , it actually appeared a few months prior to Things Hidden. As their letters make clear, despite a great debt to Girard, Schwager was an original thinker in his own right, and eventually helped Girard to change his mind about the relationship between sacrifice and Christianity. Haven credits Schwager with encouraging Girard’s desire to be theologically orthodox, although this had mixed results. By becoming a sort of defender of the Catholic faith, it “took him one large step farther away from fashionable intellectual circles and their feverish pursuit of novelty” (228). Haven also passes over The Scapegoat (1982), and I See Satan Fall Like Lightning (2001), which provide perhaps the richest sources for understanding Girard as a Christian thinker. This decision is somewhat remedied by Haven’s attention to Girard’s final major work, Battling to the End (2007). Haven was close to Girard at the time, and provides several first-hand anecdotes important for his readers. The pessimism and apocalyptic tone in the book really was Girard’s, and not Chantre’s. She also relays that Girard and Chantre had plans for an additional book on Paul. Although Battling to the End made a minor splash in the United States, it sold 20,000 copies in the first three months in France, was reviewed in all of the major newspapers, and was even cited by then-president Sarkozy. While Girard was in Paris, reporters waited outside his doorstep, whereas at Stanford, “Girard walked the campus virtually unnoticed and unrecognized” (254). Haven’s account focuses more on Girard than on the expansions of his influence. For many Girardians, the story of Girard’s intellectual journey should culminate in the Colloquium on Violence & Religion, founded in 1990 with Girard’s blessing, and faithfully attended by Girard until ill-health prevented him. The Colloquium continues to draw between one and two hundred attendees to its annual meeting. Although not all attendees are theologians or Christians, the attendees who work in literature tend to study figures like Tolkien, and many of the invited plenary speakers are major theologians or Christian intellectuals like Jean-Luc Marion or Charles Taylor. It will take some recalibration for these kinds of readers to understand that Girard’s interests cannot simply be distilled into a Christian apologetic, however subtly one might want to apply that term to Girard. Still, those invested in carrying on Girard’s legacy should welcome a book that traces Girard’s appeal so broadly. (…) The man claimed on more than one occasion that his theory sought to give Christianity and Christian theologians the anthropology that it deserved. Haven has provided a warm and magnanimous biography that Girard most certainly deserves. Grant Kaplan
On the occasion of the induction of the Franco-American intellectual René Girard (1923–2015) into the Académie Française in Paris in 2005, Girard articulated an abhorrence of what he called the modern descent into “the anti-Christian nihilism that has spread everywhere in our time.” One might well say that over a 60-year period, after his arrival from France as a graduate student at Indiana University in 1947, the literary critic and eventual anthropologist Girard found himself increasingly exposing, analyzing, and challenging this nihilism, and in fact progressively purging its residual effects in himself as a legatee of the histrionic, skeptical French literary-cultural tradition since the mid 18th century, deplored in the mid 19th century by Alexis de Tocqueville, one of whose chief facets Girard characterized as “decadent aestheticism.” Cynthia L. Haven’s outstanding new biographical and critical study, Evolution of Desire: A Life of René Girard, is a brilliant survey of his life and thought, but also a document of high importance for understanding what has happened to the conception and teaching of the humanities in the United States and elsewhere since the 1960s, and why Lionel Trilling was right to worry about “the uncertain future of humanistic education,” the title of a 1975 essay. (…) Girard in Mensonge romantique grants that competitive envy is the very social-psychological motor that drives “enlightened,” atheistic modern personal and social life. “At the heart of the book,” Cynthia Haven writes, “is our endless imitation of each other. Imitation is inescapable.” And she continues: “When it comes to metaphysical desire — which Girard describes as desires beyond simple needs and appetites — what we imitate is vital, and why.” We are inevitably afflicted with “mimetic desires,” first of parents and siblings, then of peers, rivals, and chosen role models, and these desires endlessly drive and agitate us, consciously and unconsciously, causing anxiety and “ontological sickness.” (…) Girard’s argument is that Rousseau’s ideal of completely autonomous personal authenticity, with its explosive social-political effects, is an initially alluring but ultimately and utterly false Narcissistic idol. Our free will is always (and always has been) constrained and conditioned, though not necessarily determined, by the very facts of human childhood, parenting, and linguistic, cognitive, conceptual, and cultural development (…) In 1958–59, before and while writing the “Romantic falsehood” volume, Girard went through internal, personal experiences corresponding to the implications of his own analysis of the “canker vice, envy,” and they amounted to an unexpected Christian conversion, about which Haven writes very well. Still nominally very much part of an atheistic, anti-foundational, French academic avant-garde in the United States, and now increasingly prominent in his position at Johns Hopkins, Girard was even one of the chief organizers of “The Languages of Criticism and the Sciences of Man,” the enormously influential conference, in Baltimore in October 1966, that brought to America from France skeptical celebrity intellectuals including Jacques Lacan, Lucien Goldmann, Roland Barthes, and, most consequentially, the most agile of Nietzschean nihilists, Jacques Derrida, still obscure in 1966 (and always bamboozlingly obscurantist) but propelled to fame by the conference and his subsequent literary productivity and travels in America: another glamorous, revolutionary “Citizen Genet,” like the original Jacobin visitor of 1793–94. After this standing-room-only conference, Derrida and “deconstructionism,” left-wing Nietzscheanism in the high French intellectual mode, took America by storm, which is perhaps the crucial story in the subsequent unintelligibility, decline, and fall of the humanities in American universities, in terms both of enrollments and of course content. The long-term effect can be illustrated in declining enrollments: at Stanford, for example, in 2014 alone “humanities majors plummeted from 20 percent to 7 percent,” according to Ms. Haven. The Anglo-American liberal-humanistic curricular and didactic tradition of Matthew Arnold (defending “the old but true Socratic thesis of the interdependence of knowledge and virtue”), Columbia’s Arnoldian John Erskine (“The Moral Obligation to Be Intelligent,” 1913), Chicago’s R. M. Hutchins and Mortimer Adler (the “Great Books”), and English figures such as Basil Willey (e.g., The English Moralists, 1964) and F. R. Leavis (e.g., The Living Principle: “English” as a Discipline of Thought, 1975) at Cambridge, and their successor there and at Boston University, Sir Christopher Ricks, was rapidly mocked, demoted, and defenestrated, with Stanford students eventually shouting, “Hey, hey, ho, ho! / Western civ has got to go!” The fundamental paradox of a relativistic but left-wing, Francophile Nietzscheanism married to a moralistic neo-Marxist analysis of cultural traditions and power structures — insane conjunction! — is now the very “gas we breathe” on university campuses throughout the West (…). Girard quietly repented his role in introducing what he later called “the French plague” to the United States, with Derrida, Foucault, and Paul DeMan exalting ludicrous irrationalism to spectacular new heights. His own efforts turned increasingly to anthropology and religious studies. Rousseau, Romantic primitivism, Nietzsche, and French aestheticism, diabolism (“flowers of evil”), and atheistic existentialism — Sade, Baudelaire, Gide, Sartre, Jean Genet, Foucault, Derrida, de Man, Bataille — had drowned the residually Christian, Platonist, Arnoldian liberal-humanistic tradition, which proved to be an unstable halfway house between religion and naturalism. Yet the repentant Girard resisted the deluge and critiqued it, initially from within (Stendhal, Flaubert, Proust), but increasingly relying on the longer and larger literary tradition, drawing particularly on Dante and Dostoyevsky as well as the Judaeo-Christian Scriptures. Like other close readers of Dostoyevsky, such as Berdyaev, Alexander Solzhenitsyn, other anti-Communist dissidents including Czesław Miłosz, Malcolm Muggeridge, and numerous Slavic scholars such as Joseph Frank, Girard came to see Dostoyevsky as the greatest social-psychological analyst of and antidote to the invidious “amour propre” and restless revolutionary resentments of modern life, themselves comprising and confirming an original sin of egotism and covetousness. Like Dostoyevsky, Girard became an increasingly orthodox Christian, seeing in the imitation of Christ the divinely appointed way out of the otherwise endless, invidious, simian hall-of-mirrors of “mimetic desires.” Girard argued that these competitive, comparative “mimetic desires” had geopolitical and not only personal and social effects, from the 18th century onward: siblings versus siblings, generations versus generations, nations versus nations (e.g., French versus Germans, 1789–1945, about which he wrote poignantly at the end of his life), cultures versus cultures (Islam versus the West today). (…) At Girard’s induction into the Académie Française in Paris in 2005, his fellow French Academician (and friend and Stanford colleague) Michel Serres also spoke and passionately deplored the violent and perverse world of contemporary audiovisual media, representing and exulting in human degradation “and multiplying it with a frenzy such that these repetitions return our culture to melancholic barbarism” and cause “huge” cultural “regression.” Rousseau’s idyllic Romantic dream has been transmogrified into Nietzsche’s exultant criminal vision of a world “beyond good and evil.” (…) Despite his enormous general audience and success in France, and the amazingly successful, disintegrative, Franco-Nietzschean “deconstructionist” invasion of American and British universities, publishing houses, and elite mentalities, he “marveled at the stability of the United States and its institutions,” Girard’s biographer tells. Let us hope Girard is right. Another Franco-American immigrant-intellectual of great integrity, intelligence, and influence, Jacques Barzun (1907–2012), wrote in his magisterial final work of cultural history, From Dawn to Decadence (2000), that modernism is “at once the mirror of disintegration and an incitement to extending it.” Cynthia Haven’s fine book on Girard is both brilliant cultural criticism and exquisite intellectual history, and an edifying biographical and ethical tale, providing a philosophical vision of a world beyond monkey-like mimicries and manias that demoralize, dispirit, and dehumanize the contemporary human person. It deserves wide notice and careful reading in a time of massive and pervasive attention-deficit disorder. M. D. Aeschliman
René Girard (1923- 2015) (…) is now the subject of a comprehensive biography by Cynthia Haven called “Evolution of Desire.” The title is apt. A key concept in Girard’s philosophy is what he called “mimetic desire.” All desire, he argued, is imitation of another person’s desire. Mimetic desire gives rise to rivalries and violence and eventually to the scapegoating of individuals and groups—a process that unites the community against an outsider and temporarily restores peace. Girard believes that the scapegoat mechanism has been intrinsic to civilization from its beginning to our own time. (…) Ms. Haven calls mimetic desire the linchpin of Girard’s work, equivalent to Freud’s fixation on sexuality and Marx’s focus on economics. In her discussion of Girard’s 1972 book “Violence and the Sacred,” she traces a trajectory from desire to conflict and ultimately to the scapegoating of entire groups. Think of the lynching of African-Americans, the systematic extinction of Jews in Nazi Germany, the murder of Christians in Muslim countries, and the current animus toward immigrants in Europe and America. Ms. Haven credits the French psychiatrist Jean-Michel Oughourlian with bringing Girard’s mimetic ideas into the social sciences. (…) When Mr. Oughourlian and Girard finally met in Paris, they experienced a mutual sympathy that led to collaboration on “Things Hidden Since the Foundation of the World,” first published in French in 1978. The title, taken from the Gospel of Matthew, reflected Girard’s increasing concern with Christianity, which he saw as a source for ending history’s perpetual cycles of violence. (…) Even as Girard negotiated the politics of American academe and international rivalries, he drew strength from his Catholic faith. Ms. Haven sympathetically recounts his conversion experiences in 1958 and 1959. At a time when atheism was practically de rigueur among French intellectuals, Girard came out not only as a believer but also as a spokesman for what he called the “truths of Christianity.” Among them, nonviolence headed the list, for he believed that Jesus, unlike earlier scapegoats and sacrificial victims, offered a path to lasting peace. Ms. Haven adds her own eloquent words: “The way to break the cycle of violent imitation is a process of imitatio Christi, imitating Christ’s renunciation of violence. Turn the other cheek, love one’s enemies and pray for those who persecute you, even unto death.” This message is as radical today as it was 2,000 years ago. Marilyn Yalom

Qules signes sur les murs de nos métros et de nos HLM ?

A l’heure où du plus dérisoire et du plus futile ….

Cette soudaine omniprésence savamment orchestrée de tee-shirts à la gloire de Levi’s sur nos plages et dans nos rues cet été …

Ou ce brusque hommage inconscient à la campagne de 1988 du pasteur américain Jessie Jackson dans les rues des métropoles coréennes et asiatiques …

Au plus grave et au plus inquiétant …

Cette véritable semaine en enfer de nouvelles lettres piégées aux domiciles des puissants …

Ou ces nouvelles fusillade ou tentative de fusillade dans les lieux de culte des plus faibles dans les communautés noire ou juive …

Pendant que du côté de Hollywood après nos anciennes avant-gardes et avant peut-être la réalité elle-même, on joue à « purger » par la violence son propre quartier …

Et que pour réussir son suicide, le premier dépressif venu peut entrainer avec lui une centaine d’nconnus …

Sans compter, entre une « fake news » et une commande de nouvelles appelant à l’assassinat de leur propre président, nos pompiers-pyromanes des médias

Les signes, des murs de nos métros et HLM ou des vêtements ou comptes instagram de nos ados, sont littéralement partout …

Comme pouvait déjà nous le rappeler dès les années 60 le premier apprenti-prophète venu

Ou aujourd’hui encore les modélisations et formules mathématiques de nos savants …

Tant de l’incroyable capacité d’imitation et de mimétisme de notre espèce humaine …

Que, montée aux extrêmes et mondialisation obligent, des conséquences potentiellement dévastatrices que celle-ci peut aussi avoir …

Comment ne pas s’étonner …

Qu’il ait fallu trois ans pour que sorte – et aux Etats-Unis seuls – la première biographie …

De ce nouveau Tocqueville qui sa vie durant en avait si magistralement démonté les mécanismes

Et qui – péché capital des péchés capitaux – avait osé révéler les sources proprement bibliques de ses (re)découvertes ?

Mais comment surtout ne pas s’inquiéter …

Devant la colère qui gronde et qui monte des peuples irrémédiablement privés de leurs racines et de leurs identités …

De l’étrange cécité et surdité de nos dirigeants actuels

Enfermés dans leur proprement suicidaire fuite en avant mondialisatrice ?

‘Evolution of Desire’ Review: Who Was René Girard?

A comprehensive new biography on the life of a French intellectual of international prominence who crossed the boundaries of literature, history, psychology, sociology, anthropology and religion.

René Girard (1923- 2015) was inducted into the French Academy in 2005. Many of us felt this honor was long overdue, given his international prominence as a French intellectual whose works had crossed the boundaries of literature, history, psychology, sociology, anthropology and religion. Today his theories continue to be debated among “Girardians” on both sides of the Atlantic. He is now the subject of a comprehensive biography by Cynthia Haven called “Evolution of Desire.”

The title is apt. A key concept in Girard’s philosophy is what he called “mimetic desire.” All desire, he argued, is imitation of another person’s desire. Mimetic desire gives rise to rivalries and violence and eventually to the scapegoating of individuals and groups—a process that unites the community against an outsider and temporarily restores peace. Girard believes that the scapegoat mechanism has been intrinsic to civilization from its beginning to our own time.

My personal acquaintance with René Girard began in 1957, when I entered Johns Hopkins as a graduate student in comparative literature at the same time that he arrived as a professor in the department of Romance languages. With his thick dark hair and leonine head, he was an imposing figure whose brilliance intimidated us all. Yet he proved to be generous and tolerant, even when I announced that I was to have another child—my third in five years of marriage.

Whatever his private feelings about maternal obligations—he and his wife, Martha, had children roughly the same age as ours—he always showed respect for my perseverance in the dual role of mother and scholar. Under his direction, I managed to finish my doctorate in 1963 and commenced a career as a professor of French.

Evolution of Desire

By Cynthia L. Haven

Michigan State, 317 pages, $29.95

Fast forward to 1981, when Girard came to Stanford University. I had been a member of the Stanford community for two decades, first through my husband, then on my own as a director of the Center for Research on Women. On campus, Girard quickly became a hallowed presence, a status he maintained long after his official retirement.

Among the people drawn into his life at Stanford was Ms. Haven, who formed a close friendship with Girard that eventually inspired her to write “Evolution of Desire.” Having already written books on the Nobel Prize-winning poets Czeslaw Milosz and Joseph Brodsky, Ms. Haven is no stranger to the challenges of presenting a great man’s life and ideas to the public. Her carefully researched biography is a fitting tribute to her late friend and one that will enlighten both specialists and non-specialists alike.

Ms. Haven rightly advises readers unfamiliar with Girard’s work to begin by reading his 1961 opus “Deceit, Desire, and the Novel.” This book demonstrates how the “romantic lie” underlying the belief in an autonomous self is punctured by the “fictional truth” found in such writers as Cervantes, Stendhal, Flaubert, Dostoevsky and Proust. In their novels, the protagonist comes to realize that his dominating passion is what Girard alternately calls “mimetic,” “mediated” or “metaphysical.” The fictive hero’s mimetic desire leads to social conflict and personal despair until he renounces the romantic lie and seeks some form of self-transcendence. Readers of Proust may remember Swann’s ultimate reflection: “To think that I ruined years of my life . . . for a woman who wasn’t even my type.”

Ms. Haven calls mimetic desire the linchpin of Girard’s work, equivalent to Freud’s fixation on sexuality and Marx’s focus on economics. In her discussion of Girard’s 1972 book “Violence and the Sacred,” she traces a trajectory from desire to conflict and ultimately to the scapegoating of entire groups. Think of the lynching of African-Americans, the systematic extinction of Jews in Nazi Germany, the murder of Christians in Muslim countries, and the current animus toward immigrants in Europe and America.

Ms. Haven credits the French psychiatrist Jean-Michel Oughourlian with bringing Girard’s mimetic ideas into the social sciences. She relates the amusing story of how Mr. Oughourlian crossed the Atlantic impulsively in 1973 so as to find the author of “Violence and the Sacred” in New York. He was dismayed to discover that Girard was not in New York City but in far-away Buffalo at the State University of New York, where the former Hopkins professor of French had accepted a position in the English Department. When Mr. Oughourlian and Girard finally met in Paris, they experienced a mutual sympathy that led to collaboration on “Things Hidden Since the Foundation of the World,” first published in French in 1978. The title, taken from the Gospel of Matthew, reflected Girard’s increasing concern with Christianity, which he saw as a source for ending history’s perpetual cycles of violence.

Ms. Haven’s ability to interweave Girard’s life with his publications keeps her narrative flowing at a lively pace. For a man who woke every day at 3:30 a.m. and wrote until his professorial duties took over, it would be enough for any biographer to focus on his intellectual life, without linking his thoughts to a person ambulating in the world. Fortunately, Ms. Haven portrays Girard as he interacted with colleagues, students, friends and family.

The list of his close associates throughout his long career at Hopkins, Buffalo and Stanford is impressive. It includes such distinguished scholars and critics as John Freccero, Richard Macksey, Eugenio Donato, Jean-Pierre Dupuy, Michel Serres, Hans Gumbrecht and Robert Harrison. A complete list would run close to 40 or 50 men.

Yes, all men. I can’t refrain from noting the exclusively male nature of Girard’s intellectual network, as well as the predominance of men in competing movements, like structuralism and deconstructionism. The chapter Ms. Haven devotes to a major conference organized by Girard and his Hopkins associates in 1966 reads like an uproarious movie script featuring the oversize egos of the all-male cast, most notably the French psychoanalyst Jacques Lacan.

Even as Girard negotiated the politics of American academe and international rivalries, he drew strength from his Catholic faith. Ms. Haven sympathetically recounts his conversion experiences in 1958 and 1959. At a time when atheism was practically de rigueur among French intellectuals, Girard came out not only as a believer but also as a spokesman for what he called the “truths of Christianity.” Among them, nonviolence headed the list, for he believed that Jesus, unlike earlier scapegoats and sacrificial victims, offered a path to lasting peace. Ms. Haven adds her own eloquent words: “The way to break the cycle of violent imitation is a process of imitatio Christi, imitating Christ’s renunciation of violence. Turn the other cheek, love one’s enemies and pray for those who persecute you, even unto death.” This message is as radical today as it was 2,000 years ago.

Voir aussi:

Mimicry, Mania, and Memory: René Girard Remembered

In a new biography of the anthropologist and literary critic, we glimpse the personal experiences that corresponded to his analysis of competitive envy. Evolution of Desire: A Life of René Girard, by Cynthia L. Haven (Michigan State University Press, 346 pages, $29.95)

On the occasion of the induction of the Franco-American intellectual René Girard (1923–2015) into the Académie Française in Paris in 2005, Girard articulated an abhorrence of what he called the modern descent into “the anti-Christian nihilism that has spread everywhere in our time.” One might well say that over a 60-year period, after his arrival from France as a graduate student at Indiana University in 1947, the literary critic and eventual anthropologist Girard found himself increasingly exposing, analyzing, and challenging this nihilism, and in fact progressively purging its residual effects in himself as a legatee of the histrionic, skeptical French literary-cultural tradition since the mid 18th century, deplored in the mid 19th century by Alexis de Tocqueville, one of whose chief facets Girard characterized as “decadent aestheticism.”

Cynthia L. Haven’s outstanding new biographical and critical study, Evolution of Desire: A Life of René Girard, is a brilliant survey of his life and thought, but also a document of high importance for understanding what has happened to the conception and teaching of the humanities in the United States and elsewhere since the 1960s, and why Lionel Trilling was right to worry about “the uncertain future of humanistic education,” the title of a 1975 essay. Starting out as a literary critic writing mainly about the 19th-century novel, Girard developed into a wide-ranging cultural critic and anthropologist at Johns Hopkins (1957–68, 1976–80) and then at Stanford (1981–2015). His thinking has had a vast effect throughout the Western world on literary studies, anthropology, sociology, religious studies, theology, and even the writing of history, influencing numerous scholars in these fields, as well as novelists (Milan Kundera, J. M. Coetzee), and leading to associations and journals for the study and application of his thought. Evolution of Desire is itself a distinguished, judicious work of interdisciplinary cultural analysis and synthesis in the current of Girard.

Most of Girard’s books were published first in French in France, some of them best-sellers, leading ultimately to his election to the Académie Française. The first, Mensonge romantique et vérité romanesque (1961; with a pun on “roman,” which also means the novel) was translated into English and published as Deceit, Desire, and the Novel: Self and Other in Literary Structure (1965), and it introduced the theme, which he called “mimetic desire,” that would make Girard famous and influential in the world of the humanities.

The “romantic falsehood” of Girard’s title derives ultimately from Jean-Jacques Rousseau’s conception of personal authenticity, portrayed in his fiction, his autobiographical Confessions (1781), and especially in his tendentious, tiresome, heartlessly long and repetitive educational novel Emile (1762), perhaps the single most influential book on education published in the last 250 years. Rousseau argued that in the aboriginal state of nature (or in childhood itself) the human person had a necessary and good kind of self-love (amour de soi-même) but that in the formation of human societies (and adulthood itself) men fell into endless, anxious, comparative, competitive, invidious self-love (amour propre). Rousseau said that his main principle was that “nature makes man happy and good, but that society depraves him and renders him miserable.” Life in existing society is fallen, alienated, insincere, inevitably inauthentic; so too is modern adulthood. The revolutionary implications of this conception found their first political heroes in Robespierre and the Jacobins, and the first of their many explosive modern political outbursts came in the sanguinary French Revolution. Burke saw and said that Rousseau’s alluring concepts and words came first: The catastrophic French Revolution was their sequel.

Girard in Mensonge romantique grants that competitive envy is the very social-psychological motor that drives “enlightened,” atheistic modern personal and social life. “At the heart of the book,” Cynthia Haven writes, “is our endless imitation of each other. Imitation is inescapable.” And she continues: “When it comes to metaphysical desire — which Girard describes as desires beyond simple needs and appetites — what we imitate is vital, and why.” We are inevitably afflicted with “mimetic desires,” first of parents and siblings, then of peers, rivals, and chosen role models, and these desires endlessly drive and agitate us, consciously and unconsciously, causing anxiety and “ontological sickness.”

An example is given in a recent essay by Ross Douthat about Ivy League American education: “The eliter-than-elite kids . . . help create a provisional inside-the-Ivy hierarchy that lets all the other privileged kids, the ones who are merely upper-upper middle class, feel the spur of resentment and ambition that keeps us running, keeps us competing, keeps us sharp and awful in all the ways that meritocracy requires.” Tom Wolfe’s satirical college-campus novel I Am Charlotte Simmons (2004) illustrates these dismal, malignant dynamics in ways that must depress and even nauseate those of us who are professional educators, shocked by the accuracy of its representation of campus degradation, where facilities improve and character deteriorates.

Girard’s argument is that Rousseau’s ideal of completely autonomous personal authenticity, with its explosive social-political effects, is an initially alluring but ultimately and utterly false Narcissistic idol. Our free will is always (and always has been) constrained and conditioned, though not necessarily determined, by the very facts of human childhood, parenting, and linguistic, cognitive, conceptual, and cultural development (see my “Mother, Child, and Language” at NRO). There have always been powerful critics of Rousseau: from H. S. Gerdil (The Anti-Emile, 1763; English translation, 2011), Samuel Johnson, Burke, and Hamilton in Rousseau’s own time, to Irving Babbitt (Rousseau and Romanticism, 1919), Jacques Maritain, T. S. Eliot, and Lionel Trilling in the mid 20th century, and, more recently, E. D. Hirsch (see chapter 4 of The Schools We Need and Why We Don’t Have Them, 1996). They have argued persuasively against Rousseau’s anarchic, antinomian, seductive Romantic vision, and Cynthia Haven’s account of Girard’s thought and psychological-emotional development effectively and movingly extends and amplifies their critique.

In 1958–59, before and while writing the “Romantic falsehood” volume, Girard went through internal, personal experiences corresponding to the implications of his own analysis of the “canker vice, envy,” and they amounted to an unexpected Christian conversion, about which Haven writes very well. Still nominally very much part of an atheistic, anti-foundational, French academic avant-garde in the United States, and now increasingly prominent in his position at Johns Hopkins, Girard was even one of the chief organizers of “The Languages of Criticism and the Sciences of Man,” the enormously influential conference, in Baltimore in October 1966, that brought to America from France skeptical celebrity intellectuals including Jacques Lacan, Lucien Goldmann, Roland Barthes, and, most consequentially, the most agile of Nietzschean nihilists, Jacques Derrida, still obscure in 1966 (and always bamboozlingly obscurantist) but propelled to fame by the conference and his subsequent literary productivity and travels in America: another glamorous, revolutionary “Citizen Genet,” like the original Jacobin visitor of 1793–94.

After this standing-room-only conference, Derrida and “deconstructionism,” left-wing Nietzscheanism in the high French intellectual mode, took America by storm, which is perhaps the crucial story in the subsequent unintelligibility, decline, and fall of the humanities in American universities, in terms both of enrollments and of course content. The long-term effect can be illustrated in declining enrollments: at Stanford, for example, in 2014 alone “humanities majors plummeted from 20 percent to 7 percent,” according to Ms. Haven. The Anglo-American liberal-humanistic curricular and didactic tradition of Matthew Arnold (defending “the old but true Socratic thesis of the interdependence of knowledge and virtue”), Columbia’s Arnoldian John Erskine (“The Moral Obligation to Be Intelligent,” 1913), Chicago’s R. M. Hutchins and Mortimer Adler (the “Great Books”), and English figures such as Basil Willey (e.g., The English Moralists, 1964) and F. R. Leavis (e.g., The Living Principle: “English” as a Discipline of Thought, 1975) at Cambridge, and their successor there and at Boston University, Sir Christopher Ricks, was rapidly mocked, demoted, and defenestrated, with Stanford students eventually shouting, “Hey, hey, ho, ho! / Western civ has got to go!”

The fundamental paradox of a relativistic but left-wing, Francophile Nietzscheanism married to a moralistic neo-Marxist analysis of cultural traditions and power structures — insane conjunction! — is now the very “gas we breathe” on university campuses throughout the West (see my “Lincoln and Leo XIII against the Nietzscheans” at NRO).

Girard quietly repented his role in introducing what he later called “the French plague” to the United States, with Derrida, Foucault, and Paul DeMan exalting ludicrous irrationalism to spectacular new heights. His own efforts turned increasingly to anthropology and religious studies. Rousseau, Romantic primitivism, Nietzsche, and French aestheticism, diabolism (“flowers of evil”), and atheistic existentialism — Sade, Baudelaire, Gide, Sartre, Jean Genet, Foucault, Derrida, de Man, Bataille — had drowned the residually Christian, Platonist, Arnoldian liberal-humanistic tradition, which proved to be an unstable halfway house between religion and naturalism. Yet the repentant Girard resisted the deluge and critiqued it, initially from within (Stendhal, Flaubert, Proust), but increasingly relying on the longer and larger literary tradition, drawing particularly on Dante and Dostoyevsky as well as the Judaeo-Christian Scriptures. Like other close readers of Dostoyevsky, such as Berdyaev, Alexander Solzhenitsyn, other anti-Communist dissidents including Czesław Miłosz, Malcolm Muggeridge, and numerous Slavic scholars such as Joseph Frank, Girard came to see Dostoyevsky as the greatest social-psychological analyst of and antidote to the invidious “amour propre” and restless revolutionary resentments of modern life, themselves comprising and confirming an original sin of egotism and covetousness. Like Dostoyevsky, Girard became an increasingly orthodox Christian, seeing in the imitation of Christ the divinely appointed way out of the otherwise endless, invidious, simian hall-of-mirrors of “mimetic desires.”

Girard argued that these competitive, comparative “mimetic desires” had geopolitical and not only personal and social effects, from the 18th century onward: siblings versus siblings, generations versus generations, nations versus nations (e.g., French versus Germans, 1789–1945, about which he wrote poignantly at the end of his life), cultures versus cultures (Islam versus the West today). Girard’s later work, and that of his allies and disciples, has ranged widely over these issues and themes of rivalry, imitation, envy, and scapegoating, as Cynthia Haven shows.

At Girard’s induction into the Académie Française in Paris in 2005, his fellow French Academician (and friend and Stanford colleague) Michel Serres also spoke and passionately deplored the violent and perverse world of contemporary audiovisual media, representing and exulting in human degradation “and multiplying it with a frenzy such that these repetitions return our culture to melancholic barbarism” and cause “huge” cultural “regression.” Rousseau’s idyllic Romantic dream has been transmogrified into Nietzsche’s exultant criminal vision of a world “beyond good and evil.”

Girard’s long odyssey began with an idyllic childhood and youth (1923–42) in Avignon, in the beautiful lower Rhône valley of France, Christianized in the second century, location of the Palace of the Popes, where his anti-clerical father worked as an archivist. His mother was an unusually highly educated woman for that time and a devout Catholic who read her children Manzoni’s great providential novel The Betrothed. Wartime study in Paris during the German occupation, 1942–44, and then after the Liberation, 1944–47, preceded Girard’s emigration to the United States in 1947, and his happy and enduring marriage to the American Martha McCullough in 1951. His subsequent professional trajectory took him from Indiana to Duke (where segregation left him with a lasting impression of scapegoating evil), then to Bryn Mawr and Johns Hopkins, Buffalo, Johns Hopkins again, and then to Stanford and well-merited world eminence. Despite his enormous general audience and success in France, and the amazingly successful, disintegrative, Franco-Nietzschean “deconstructionist” invasion of American and British universities, publishing houses, and elite mentalities, he “marveled at the stability of the United States and its institutions,” Girard’s biographer tells. Let us hope Girard is right.

Another Franco-American immigrant-intellectual of great integrity, intelligence, and influence, Jacques Barzun (1907–2012), wrote in his magisterial final work of cultural history, From Dawn to Decadence (2000), that modernism is “at once the mirror of disintegration and an incitement to extending it.”

Cynthia Haven’s fine book on Girard is both brilliant cultural criticism and exquisite intellectual history, and an edifying biographical and ethical tale, providing a philosophical vision of a world beyond monkey-like mimicries and manias that demoralize, dispirit, and dehumanize the contemporary human person. It deserves wide notice and careful reading in a time of massive and pervasive attention-deficit disorder.

M. D. Aeschliman — M. D. Aeschliman is professor of Anglophone culture at the University of Italian Switzerland (Lugano), professor emeritus of education at Boston University, and the author of The Restitution of Man: C. S. Lewis and the Case against Scientism, forthcoming in French translation (Paris: Pierre Tèqui).Voir également:

‘Evolution of Desire,’ by Cynthia L. Haven

Cynthia L. Haven’s “Evolution of Desire: A Life of René Girard” is the first full-length biography of the acclaimed French thinker. Girard’s “mimetic theory” saw imitation at the heart of individual desire and motivation, accounting for the competition and violence that galvanize cultures and societies. “Girard claimed that mimetic desire is not only the way we love, it’s the reason we fight. Two hands that reach towards the same object will ultimately clench into fists.”Often a controversial figure, Girard trespassed into many different fields — he was, by turns, a literary critic, an anthropologist, a sociologist, a psychologist, a theologian and much else besides. Haven’s biography is the first book to contextualize Girard’s work within its proper historical, cultural and philosophical context. The book presumes no prior knowledge, and includes several useful primers of the texts that established his reputation: “Deceit, Desire, and the Novel” (1961), “Violence and the Sacred” (1972), “Things Hidden Since the Foundation of the World” (1978), and his study of Shakespeare, “A Theater of Envy” (1991). But it is the author’s closeness to the man once described as the new Darwin of the human sciences” that brings this fascinating biography to life. Haven was a friend of Girard’s until his death in 2015, and met with family members, friends and colleagues closest to him to prepare for the book. She recalls a calm and patient man who was generous with his time. “I came to his work through his kindness, generosity, and his personal friendship, not the other way around.”He lived with his wife, Martha, on the Stanford University campus, and followed a strict working routine: “Certainly his schedule would have made him at home in one of the more austere orders of monks. His working hours were systematic and adamantly maintained.” He began his day at his desk at roughly 3:30 in the morning, broke for a walk and relaxation sometime around noon, and spent his afternoons either continuing what he had begun that day or meeting his responsibilities to students.

One of the abiding questions that drives the book is how a man who appeared to lead such a quiet and ordered life was animated by some of the most troubling themes in human history.

Adopting the lively and accessible style of an investigative reporter, Haven looks to Girard’s formative experiences for an answer. The reader is along for the ride as she drives a rented Citroën through southern France, or pores over archival images and family photographs. Her research is rich in important and surprising details, and there are entertaining tidbits of juicy academic gossip along the way.

Evolution of Desire

A Life of René Girard

By Cynthia L. Haven

(Michigan State University Press; 317 pages; $29.95)

The biographer uncovers Girard’s early life as a talented but mischievous student in Avignon, his years in Nazi-occupied France (including a brush with near-death at the hands of the Gestapo), and his troubling experiences in the racially segregated American South. These careful excavations present Girard as a witness to some of the darkest chapters of the 20th century, and help to explain his interest in the figure of the scapegoat or forced sacrifice, where wider society becomes complicit in communal acts of violence.

In an academic world that favored detached skepticism, Girard’s private convictions and idiosyncratic approach contributed to his outsider image. Haven catalogs Girard’s unique intellectual engagement with a host of writers and philosophers, from Dostoevsky, Stendhal and Proust to Sartre, Camus and Derrida.

Yet there are also mystical and ambiguous influences at play. One of the highlights of the book is its treatment of Girard’s religious conversion on the Pennsylvania Railroad. These later directions in Girard’s life left their mark on his work: reading the Hebrew Bible and the New Testament, Girard observed within the texts a strong identification with the victims of the scapegoating mechanism, rather than with its perpetrators. For Girard, these representations of the scapegoat as innocent victim offer the potential to break the cycle of violence.

Girard received the honor of being inducted into the Académie Française in 2005, and his influence echoes through the work of writers and thinkers that include Milan Kundera, Roberto Calasso, Karen Armstrong, Simon Schama and Elif Batuman. Haven also identifies deep affinities between Girard’s key ideas and the work of Nobel laureate J.M. Coetzee, whose novels “Dusklands” and “Disgrace” bear strong marks of influence.

But while Girard continues to enjoy a strong and ardent following, Haven charts how his devotion to grand narratives stood against the prevailing fads and fashions of the 1960s and beyond: “Clearly, Girard is tenaciously loyal to a heritage that has been abandoned in the last century and a half: the grand récit — that is, a meta-narrative that offers a sweeping, teleological worldview.”

“Evolution of Desire” is the portrait of a provocative and engaging figure who was not afraid of pursuing his own line of inquiry. His legacy is not so much a grand theory as it is a flexible interpretive framework with useful social, cultural and historical applications. At a time when religious fundamentalism, violent extremism and societal division dominates the headlines, Haven’s book is a call to revisit and reclaim one of the 20th century’s most important thinkers.

Rhys Tranter is the author of “Beckett’s Late Stage: Trauma, Language, and Subjectivity.” His writing has appeared in the Times Literary Supplement.

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Evolution of Desire: A Life of René Girard

The Imaginative conservative

René Girard gave the intellectual universe a way of seeing old truths in a new way and new truths through an old lens. As a result, his work has already been hugely influential in a range of disciplines, both academic and cultural…

Evolution of Desire: A Life of René Girard by Cynthia L. Haven (346 pages, Michigan State University Press, 2018)

Around twenty years ago I was an oblate at Downside Abbey in England, and while there on retreat, the theologian Dom Sebastian Moore would knock on my door after Compline with a bottle of contraband whisky. It was supposed to be the great silence, but he was eager to talk theology and wanted especially to discuss a French thinker I had never heard of: René Girard.

Moore was one of the first theologians to interact with Girard’s thought, and only later did I move on with Dom Sebastian’s encouragement to read Girard’s work myself. The interface among literature, theology, and psychology was my cup of tea, and therefore it was with some anticipation that I asked for a review copy of Cynthia Haven’s new biography of Girard.

For those who are unfamiliar with René Girard and his work, a brief overview will set the stage: René Girard, who died three years ago, was a French historian, literary critic, and philosopher of social science. His sprawling oeuvre might be called anthropological philosophy. His books make connections through theology, literary criticism, critical theory, anthropology, psychology, mythology, sociology, cultural studies, and philosophy.

His core theory is that our human motivations are rooted in “mimetic desire”—a form of envy which is not simply desiring what another has, but also desiring to be like them. This competitive drive then sparks all other human conflict on both the micro- and macroscopic levels. He explained how mimetic desire leads us to blame others when our desire is frustrated, which then leads to blaming others and ultimately to the mechanism of scapegoating on the societal level, which forms the basis for ritual sacrifice.

An accomplished academic, journalist, and author, Cynthia Haven was not only a colleague of Girard but also a close friend to him and his wife. Her biography is a warm, personal memoir while also providing an introduction to his thought and the historical context for the development of his ideas.

René Girard’s second name “Noël” signals his birth on Christmas Day in 1923 in Avignon, France. His father was an archivist in the local museum, and his mother from a more upper- class family proud of having a martyr-saint in their ancestry.

In 1947, with a degree in medieval history, he went on a one-year fellowship to study at Indiana University. Although his subject was history, he took a post teaching French literature. He married and settled in the United States, holding posts at Duke, Bryn Mawr, John Hopkins, and New York State at Buffalo before concluding his academic career at Stanford. Girard’s academic breakthrough was with the book Deceit, Desire and the Novel, but his most influential works are Violence and the Sacred and Things Hidden Since the Foundation of the World.

Ms. Haven’s biography paints a portrait of a man who, from boyhood, was introspective, intellectual, and somewhat of a mystic. Brought up in a conventional French Catholic home, by the time he was at university he had adopted the fashionable atheism of the day. Witnessing the treatment of the Jews and the scapegoating of French collaborators in the aftermath of the Second World War no doubt had an impact on the development of Girard’s thought.

The academic vigor and enthusiasm in postwar United States provided the perfect setting for a philosopher and historian who was constantly thinking outside the boundaries of strict academic territories. He would come to interact with the avant-garde writers and philosophers of his day—Camus, Sartre, Foucault, Derrida—and yet rise above them and their frequent rivalries and needy egos. In a world of narrowing academia, in which professors knew more and more about less and less, Girard was one who transcended the blinkered biases, the bureaucratic boundaries, and artificially defined territories.

As T.S. Eliot’s entire life’s work must be understood through the lens of his 1927 conversion to Christianity, so I believe Girard is also best understood through his profound reversion to his Catholic faith. In commenting on the interaction between religious awakening and the work of literature, Girard wrote, “So the career of the great novelist is dependent upon a conversion, and even if it is not made completely explicit, there are symbolic allusions to it at the end of the novel. These allusions are at least implicitly religious.”

Girard’s own awakening began in the winter of 1958-59 as he was working on his book about the novel. He recounted later, “I was thinking about the analogies between religious experience and the experience of a novelist who discovers that he’s been consistently lying, lying for the benefit of his Ego, which in fact is made up of nothing but a thousand lies that have accumulated over a long period, sometimes built up over an entire lifetime.”

His intellectual awareness was combined later with a series of profound mystical experiences as he rode on the train from Baltimore to Bryn Mawr. “I remember quasi-mystical experiences on the train as I read, contemplated the scenery… The sights were little more than scrap iron and the vacant lots in an old industrial region, but my mental state transfigured everything, and on the way back, the slightest ray from the setting sun produced veritable ecstasies within me.” A bit later he had a health scare which pushed the intellectual and the subjective mystical experiences into a firm commitment to religion.

Ms. Haven recounts, “It was Lent. He was thirty-five years old. He had never been a practicing Catholic. ‘I will never forget that day. It was Holy Wednesday, the Wednesday before Easter.’ March 25, 1959. Everything was fine, completely benign, no return of the cancer… I felt that God liberated me just in time for me to have a real Easter experience, a death and resurrection experience.’”

For those who like to spot little signs of a providential plan, it might be noted that René Girard (also called Noël) who was born on Christmas Day, dated his conversion to March 25—the feast of the Annunciation—traditionally the date for the beginning of God’s redemptive work in the world, and in medieval times the date for the celebration of the New Year.

Girard’s conversion and subsequent practice of his Catholic faith was an act of great courage. His huge leonine profile with his contemplative gaze grants him a kind of heroic stature that reflects the heroism of his witness. As post-modern academia drifted further and further into Marxist ideologies, fashionable atheism, and nihilistic post-structuralism, Girard was able to put forward an intellectual explication for age-old Christian themes using a fresh vocabulary and perspective.

Ms. Haven’s biography is beautifully and sensitively written. It carries plenty of intellectual heft without being overly weighty and inaccessible. Her enthusiasm for Girard’s thought does leave some areas untouched, however. While his work is hailed in intellectual circles as being revolutionary, for theologians it is more a case of looking at old truths from a new angle.

The critic might point out that the concept of “mimetic desire” is simply good old-fashioned envy, and that theologians have explored the complications of that original sin already in many ways. Likewise, the relationship between sacrifice and the scapegoat is as old as Leviticus. What Girard did was to provide a fresh synthesis and applications of old truths within non-religious disciplines. He also re-vivified the concept of sacrifice, explaining its underlying dynamic rather than simply writing it off as a barbaric superstition.

In an age where atheism is all the rage and all religions (especially Catholicism) are suspect, Girard does a great service in refreshing the language of the tribe and giving the intellectual universe a way of seeing old truths in a new way and new truths through an old lens. As a result, his work has already been hugely influential in a range of disciplines, both academic and cultural.

A reviewer must grumble a little, and my only niggle was the somewhat humid atmosphere of the hoity-toity and the haute academe. Of course, Girard was a thinker—and a French one at that, but at times the lofty airs and intense and dense overthinking become a bit wearing.

Ms. Haven is not much of a name-dropper, but when she describes, for example, The Languages of Criticism and the Sciences of Man symposium held at John Hopkins in 1966, the pomposity of the whole affair is comedic. I sensed a touch of sarcasm as she reports the competing egos of famous French philosophers and the rivalry between intellectuals trying to see whose presentations can be the most incomprehensible, while they are also comparing notes on the luxury of their accommodations and the numbers of young women they are able to lure into philosophical discussions between the sheets.

For those who chuckle at the snooty name-dropping of what Flannery O’Conner called “them innerleckshuls,” here is a passage in which Ms. Haven quotes one of Girard’s colleagues, the Scotsman Lionel Gossman on a visit to John Hopkins:

I remember in particular Sir Nicholas Pevsner’s delight when I showed him the elegant industrial design of the Baltimore and Ohio Railroad’s round house and the silence that came over the poet Yves Bonnefoy as we stood before the modest grave of Edgar Allen Poe on which the famous verses of Mallarmé are inscribed.

To be fair, these famous names and “high-falutin’” footnotes provide a nice counterpoint to Girard’s seriousness and modesty. The rest of them may have been egotistical, competitive, and status-hungry, but Ms. Haven portrays Girard as a man whose gravity and intimidating demeanor was undergirded by a genuine modesty that was always ready with a warm welcome, a listening ear, and an engaged and interested mind. While those around him may have been climbing the academic ladder, seeking fame and fortune, Girard comes across as a sincere seeker and a master of wisdom.

Critics will say that his theory is incomplete, that he has not connected all the dots and that there are inconsistencies between his theory and orthodox Catholic theology. Ms. Haven points out that Girard never suggested that his work was “an answer to everything,” but that he was only planting seeds so that others might continue the work and bring more understandings of Truth to the harvest.

Voir de plus:

Review of Cynthia Haven’s Evolution of Desire: A Life of René Girard
Grant Kaplan

As a graduate student I remember asking one of my most respected mentors, Michael Buckley, about a rift between two larger-than-life professors at the University of Chicago: Leo Strauss and Richard McKeon —“Was the root of the dispute intellectual or personal?” My mentor responded, “In these matt ers it’s always personal.” Perhaps due to its sweeping nature, the statement stuck with me. Buckley was no Girardian, but neither was Shakespeare or Proust. Yet Girard’s mimetic theory— majestic in its simplicity, sweeping in its scope — has a way of gathering up stray anecdotes and incidents into its collective force, like a hurricane that swallows up every bit of moisture within range.

Cynthia Haven’s Evolution of Desire offers the first of two long-awaited bibliographies of Girard (the other, which has the official sanction of the Girard family, is by Benoît Chantre). Rather than providing a biographer’s biography— full of footnotes, every stone overturned, weighty enough to ensure nobody else tries to write one — Haven has instead provided a portrait of sorts, bringing to life the Girard she came to know in the winter of his life. This is not to say that Evolution of Desire reads as a kind of “ last days and sayings ” of René Girard; Chantre has already provided that in Les derniers jours de René Girard (Grasset, 2016). Haven prefers the early Girard, providing remarkable insights into his childhood, and underscoring the importance of his birthplace, Avignon, for his intellectual development. Of his intellectual collaborators, Haven favors those from Girard’s first stint at Hopkins, rather than later figures. By doing so, she downplays the interactions between theological interlocutors like Raymund Schwager and James Alison, perhaps the most important current translator of mimetic theory into Christian theology. Schwager receives some attention, but Alison’s name does not grace the book.

Even those familiar with the brazen and iconoclastic interdisciplinary style of Girard can forget what an autodidact he was. Girard’s training, both in France and in the United States, was in history. The École des Chartes formed students into librarians and archivists. From there Girard went to
the United States, where his forgettable dissertation at the University of Indiana covered American opinions on France during the Second World War. When Girard came to literature in the 1950s and 60s, he did so as an outsider. And he continued this pattern of butting into adjacent fields, among them anthropology, ethnology, and eventually theology. Haven ’s recounting of Girard’s early years highlights the panache that would mark Girard. Whether as a prankster in school, or as the organizer of an exhibit that brought Picasso to Avignon in 1947 — this event initiated the world-renowned Avignon Festival — Girard displayed winning qualities before becoming an immortel in the Académie Française.

For those who’ve tracked Girard for the past three decades, it is easy t o start with Girard’s occupancy of the Hammond Chair at Stanford, beginning in 1981. Haven points out the importance of the earlier academic posts, especially his first stint at Johns Hopkins from 1957 – 68. There Girard made his reputation and also experienced a two-fold conversion, first with the help of great literature, and then through a cancer scare in 1959. During this period Girard published Deceit, Desire, and the Novel (1961) and rose to full professor, hardly an anticipated development given his failure to publish at Indiana. Girard enthusiasts know these details, mostly from his interview with James Williams at the end of The Girard Reader. Haven embellishes them through corroborating witnesses from these years. In perhaps the most enjoyable chapter, “The French Invasion,” she recalls Girard’s role in a monumental conference at Hopkins: “The Languages of Criticism and the Sciences of Man.” This event marked the American emergence of Derrida, and decisively shifted Johns Hopkins as well as many other departments toward post-structuralism, or postmodernism. Although Girard had helped organize the conference, it led indirectly to his departure for Buffalo, as he could not bring himself to accept what he understood to be the anti-realist impulse of postmodern theory, which would become all the rage in literature departments
In his first stint at Hopkins, Girard became Girard. He trained his first graduate students there, including Andrew McKenna and Eric Gans. Girard also found important companions in Baltimore, including Richard Macksey, described as “a legendary polymath” (84), and a rising Dante scholar, John Freccero. Girard’s former chair at Hopkins, Nathan Edelman, recalls, “I thought of him as fearless. He had a tremendous self- confidence, in the best sense […] He never felt threatened by people who had different ideas […] We were enthralled by him. We desperately wanted his approval” (85). These sentiments arose well before Girard before he became a pied piper to Christian intellectuals. The strongest personal accusation from these years was that Girard could overgeneralize and dismiss too easily.

Most would consider a move from Hopkins to the State University of Buffalo, especially for a man from southern France, as a kind of exile. But Girard loved Buffalo, and it is where he wrote Violence and the Sacred and also where he laid the groundwork for Things Hidden Since the Foundation of the World . One colleague called Buffalo “the most interesting English department in the country” (149). During these years Girard also met Jean-Michel Oughourlian, the first of many collaborators who would help Girard develop his distinctive interview-book. After an initial false start, in which Oughourlian flew to New York on a whim and had no idea how to find Buffalo, the two eventually met in Paris. Oughourlian became perhaps Girard’s closest friend, and their collaboration continued when Girard returned to Hopkins in 1976. Oughourlian describes an idyllic exchange; not only did they work every day, from morning to evening, but, in his words, “I have never laughed so much during the preparation of Things Hidden , nor have I ever learned so much” (177). In this work Girard completed what he considered the unfinished account in Violence and the Sacred by bringing Biblical interpretation into conversation with his theory of archaic religion and sacrifice. Published eight years after the former book, Things Hidden signaled Girard’s coming out as a Christian, nearly twenty years after re-conversion in 1959.

North Americans have developed a domesticated portrait of Girard: an interesting and important intellectual in the thrall of certain theologians. Yet in France, where the intellectual appetite is greater, Girard made an impact difficult to fathom. Haven notes that Things Hidden sold 35,000 copies in the first six months, which put it #2 on French non-fiction lists at the time. Eventually it sold 100,000 copies. That type of volume puts its somewhere between Allan Bloom’s Closing of the American Mind in terms of immediate impact, and Charles Taylor’s A Secular Age or Alistair MacIntyre’s After Virtue, in terms of longevity. In France, if you had not read Things Hidden, you at least needed to fake it. Girard credited his publisher for the success, but Haven brings out Girard’s penchant for melding social critique with self-examination, which often produced the experience of realizing, while reading his books, that they were reading you.

Haven describes Girard’s conversion and attends to his practice of Christianity, but does not make it the central thread of her biography. Although she relies on exchanges with friends of Girard, she pays less mind than some would to the encounter with Schwager, the Swiss Jesuit, despite the fact that their letters have recently been published and translated into English. Schwager first wrote Girard in 1974, and at that time saw what had only been a plan in Girard’s mind: the connection between the Bible and Girard’s theory of the sacred. When Schwager wrote Must There Be Scapegoats? , it actually appeared a few months prior to Things Hidden. As their letters make clear, despite a great debt to Girard, Schwager was an original thinker in his own right, and eventually helped Girard to change his mind about the relationship between sacrifice and Christianity. Haven credits Schwager with encouraging Girard’s desire to be theologically orthodox, although this had mixed results. By becoming a sort of defender of the Catholic faith, it “took him one large step farther away from fashionable intellectual circles and their feverish pursuit of novelty” (228). Haven also passes over The Scapegoat (1982), and I See Satan Fall Like Lightning (2001), which provide perhaps the richest sources for understanding Girard as a Christian thinker.

This decision is somewhat remedied by Haven’s attention to Girard’s final major work, Battling to the End (2007). Haven was close to Girard at the time, and provides several first-hand anecdotes important for his readers. The pessimism and apocalyptic tone in the book really was Girard’s, and not Chantre’s. She also relays that Girard and Chantre had plans for an additional book on Paul. Although Battling to the End made a minor splash in the United States, it sold 20,000 copies in the first three months in France, was reviewed in all of the major newspapers, and was even cited by then-president Sarkosy. While Girard was in Paris, reporters waited outside his doorstep, whereas at St anford, “Girard walked the campus virtually unnoticed and unrecognized” (254).

Haven’s account focuses more on Girard than on the expansions of his influence. For many Girardians, the story of Girard’s intellectual journey should culminate in the Colloquium on Violence & Religion, founded in 1990 with Girard’s blessing, and faithfully attended by Girard until ill-health prevented him. The Colloquium continues to draw between one and two hundred attendees to its annual meeting. Although not all attendees are theologians or Christians, the attendees who work in literature tend to study figures like Tolkien, and many of the invited plenary speakers are major theologians or Christian intellectuals like Jean-Luc Marion or Charles Taylor. It will take some recalibration for these kinds of readers to understand that Girard’s interests cannot simply be distilled into a Christian apologetic, however subtly one might want to apply that term to Girard. Still, those invested in carrying on Girard’s lega cy should welcome a book that traces Girard’s appeal so broadly.

It would be hard to exaggerate the accessibility of Evolution of Desire. Anyone who writes or talks about Girard has to do the three-step dance: first, explaining how mimetic desire works for good and for ill; second, positing the invention of the scapegoat mechanism as the foundation for society; third, the emergence of biblical religion as the unveiling of the mythic cover up. Haven does this dance with remarkable deftness. In addition, her brief accounts of post-structuralism and other intellectual movements display almost Platonic distillation. It is also a personal book.

Haven talks about herself, at times frankly, and it sometimes reads as “ Girard As I Knew Him. ” These features do not detract in any way. As Haven portrays him, Girard was a man of decency and humility, who loved his wife and displayed almost none of the unattractive qualities that mark so many academics.

Anybody interested in Girard will want to read this work. The book is so readable , meant in the most complimentary sense, that one might even hope that it renews interest in Girard. The man claimed on more than one occasion that his theory sought to give Christianity and Christian theologians the anthropology that it deserved. Haven has provided a warm and magnanimous biography that Girard most certainly deserves.

Voir par encore:

René Girard, Church Father

Bishop Robert Barron
Word on fire
November 10, 2015

René Girard, one of the most influential Catholic philosophers in the world, died last week at the age of 91. Born in Avignon and a member of the illustrious Academie Francaise, Girard nevertheless made his academic reputation in the United States, as a professor at Indiana University, Johns Hopkins University, and Stanford University.

There are some thinkers that offer intriguing ideas and proposals, and there is a tiny handful of thinkers that manage to shake your world. Girard was in this second camp. In a series of books and articles, written across several decades, he proposed a social theory of extraordinary explanatory power. Drawing inspiration from some of the greatest literary masters of the West—Dostoevsky, Shakespeare, Proust among others—Girard opined that desire is both mimetic and triangular. He meant that we rarely desire objects straightforwardly; rather, we desire them because others desire them: as we imitate (mimesis) another’s desire, we establish a triangulation between self, other, and object. If this sounds too rarefied, think of the manner in which practically all of advertising works: I come to want those gym shoes, not because of their intrinsic value, but because the hottest NBA star wants them. Now what mimetic desire leads to, almost inevitably, is conflict. If you want to see this dynamic in the concrete, watch what happens when toddler A imitates the desire of toddler B for the same toy, or when dictator A mimics the desire of dictator B for the same route of access to the sea.

The tension that arises from mimetic desire is dealt with through what Girard called the scapegoating mechanism. A society, large or small, that finds itself in conflict comes together through a common act of blaming an individual or group purportedly responsible for the conflict. So for instance, a group of people in a coffee klatch will speak in an anodyne way for a time, but in relatively short order, they will commence to gossip, and they will find, customarily, a real fellow feeling in the process. What they are accomplishing, on Girard’s reading, is a discharging of the tension of their mimetic rivalry onto a third party. The same dynamic obtains among intellectuals. When I was doing my post-graduate study, I heard the decidedly Girardian remark: “the only thing that two academics can agree upon is how poor the work of a third academic is!” Hitler was one of the shrewdest manipulators of the scapegoating mechanism. He brought the deeply divided German nation of the 1930’s together precisely by assigning the Jews as a scapegoat for the country’s economic, political, and cultural woes. Watch a video of one of the Nuremberg rallies of the mid-thirties to see the Girardian theory on vivid display.

Now precisely because this mechanism produces a kind of peace, however ersatz and unstable, it has been revered by the great mythologies and religions of the world and interpreted as something that God or the gods smile upon. Perhaps the most ingenious aspect of Girard’s theorizing is his identification of this tendency. In the founding myths of most societies, we find some act of primal violence that actually establishes the order of the community, and in the rituals of those societies, we discover a repeated acting out of the original scapegoating. For a literary presentation of this ritualization of society-creating violence, look no further than Shirley Jackson’s masterpiece “The Lottery.”

The main features of this theory were in place when Girard turned for the first time in a serious way to the Christian Scriptures. What he found astonished him and changed his life. He discovered that the Bible knew all about mimetic desire and scapegoating violence but it also contained something altogether new, namely, the de-sacralizing of the process that is revered in all of the myths and religions of the world. The crucifixion of Jesus is a classic instance of the old pattern. It is utterly consistent with the Girardian theory that Caiaphas, the leading religious figure of the time, could say to his colleagues, “Is it not better for you that one man should die for the people than for the whole nation to perish?” In any other religious context, this sort of rationalization would be valorized. But in the resurrection of Jesus from the dead, this stunning truth is revealed: God is not on the side of the scapegoaters but rather on the side of the scapegoated victim. The true God in fact does not sanction a community created through violence; rather, he sanctions what Jesus called the Kingdom of God, a society grounded in forgiveness, love, and identification with the victim. Once Girard saw this pattern, he found it everywhere in the Gospels and in Christian literature. For a particularly clear example of the unveiling process, take a hard look at the story of the woman caught in adultery.

In the second half of the twentieth century, academics tended to characterize Christianity—if they took it seriously at all—as one more iteration of the mythic story that can be found in practically every culture. From the Epic of Gilgamesh to Star Wars, the “mono-myth,” to use Joseph Campbell’s formula, is told over and again. What Girard saw was that this tired theorizing has it precisely wrong. In point of fact, Christianity is the revelation (the unveiling) of what the myths want to veil; it is the deconstruction of the mono-myth, not a reiteration of it—which is exactly why so many within academe want to domesticate and de-fang it.

The recovery of Christianity as revelation, as an unmasking of what all the other religions are saying, is René Girard’s permanent and unsettling contribution.

Voir par ailleurs:

America’s week from hell: Three pipe bombs sent to two former Presidents, a racist shoots two African-Americans after trying to enter a Kentucky black church and a gunman kills eight at a Pittsburgh synagogue

  • A white gunman opened fire on the Tree of Life Congregation Synagogue in Pittsburgh on Saturday morning 
  • The synagogue was packed for a Sabbath service and had no security
  • Earlier this week a man was arrested in Florida for mailing 14 pipe bombs to high-profile liberals including President Clinton and Obama
  • In another incident a man in Louisville attempted to break into a black church but upon finding it was locked he shot dead two people at a supermarket

The past week has been one of extraordinary violence in the United States.

It has been one in which an alleged white supremacist sent 14 pipe bombs to prominent democratic supporters including two former Presidents; a man who killed two people at a Kroger grocery store in Kentucky tried to enter a black church minutes before the fatal shooting; and on Saturday, a gunman appears to have killed at least eight people at a Pittsburgh synagogue.

Some commentators have suggested such news had ‘an air of inevitability’- the result of the culmination of what has is a violent time in political culture.

With a nation divided, violence seems to permeates political dialogue and sometimes erupts at political events.

The synagogue in a leafy suburb of Pittsburgh was packed for a Sabbath service and had no security

President Trump repeatedly invites his supporters to beat up protesters at his rallies, and then implies that the protesters bring such violence on themselves by disrupting him.

New York philanthropist and major Democratic donor George Soros, Hillary Clinton, Barack Obama and CNN all received letter bombs in the mail.

New York mayor Bill De Blasio called the pipe bombs an ‘act of terror’.

With FBI investigations just starting, it’s impossible to say whether the perpetrator or perpetrators were rightwing nationalists, but their intended victims suggest the possibility of such markings.

On Wednesday two African-Americans were shot dead in the parking lot of a grocery store in the Louisville suburb of Jeffersontown.

The suspect, believed to be Gregory A. Bush, 51, had tried to enter the First Baptist Church in just 15 minutes earlier but could not get inside.

When Bush was unable to enter the church, he went to the store and opened fire, killing two.

One of 14 pipe bombs that were sent in the mail this week to prominent democrats and vocal opponents of Donald Trump. This one was addressed to former CIA head John Brennan at CNN

It may come as no more of a surprisethat Jewish people were the target of Saturday’s shooting at the Tree of Life Synagogue in the leafy, middle-class neighborhood of Squirrel Hill in Pittsburgh.

The areas is where most of the city’s Jewish residents live making up 40% of the demographics and the shooter will have known that Saturday morning Sabbath services would have commanded a larger presence than during the week.

At the time of the shooting, three different congregations were holding services at the Tree of Life facility.

Situated five miles away from downtown Pittsburgh the community would have felt safe and secure in their enclave with the possibility of a shooting or acts of violence far from anyone’s mind.

Although the community are often on ‘alert’ during Jewish holidays such as Yom Kippur or Rosh Hashanah, many synagogues across the U.S. reduce their levels of security throughout the rest of the year.

Gregory Bush, left, was arraigned on two counts of murder after fatally shooting two African-American customers at a grocery store Wednesday, meanwhile Cesar Sayoc, right, was arrested on allegations that he was the person that mailed pipe bomb devices to Trump critics

Yet violence has now spread to leafy, tree-lined suburbia.

Squirrel Hill North is home to the charming, leafy campuses of Carnegie Mellon University and Chatham University.

The surrounding streets feature a cluster of indie clothing boutiques, chic decor shops and bookstores.

There are also an eclectic mix of Thai and Indian eateries, pizza joints and delis along Forbes Avenue which runs through the neighborhood.

The synagogue was founded more than 150 years ago when two Pittsburgh congregations merged to form the Tree of Life.

The congregation describes itself as a conservative Jewish congregation which remains true to traditional teachings, yet is also ‘progressive and relevant to the way  modern day life.’

‘From our warm, inviting and intellectually stimulating atmosphere to our fun adult, children and family programs, it’s the perfect environment to grow a strong faith rooted in tradition,’ the synagogue promote on their website.

Voir aussi:


Mépris de classe: Qui veut être traité de déplorable ou de Dupont Lajoie ? (Jaws for sharks: 40 years of hollywoodization and they put you in the basket of racist deplorables and bitter clingers)

25 octobre, 2018

Deliverance Poster

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Easy Rider (Special Edition) (Sous-titres français)Résultat de recherche d'images pour "Easy Rider film poster rednecks"
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Ainsi les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers. Jésus (Matthieu 20: 16)
The line it is drawn, the curse it is cast. The slow one now will later be fast as the present now will later be past. The order is rapidly fadin’ and the first one now will later be last for the times they are a-changin. Bob Dylan
Un peuple connait, aime et défend toujours plus ses moeurs que ses lois. Montesquieu
Aux États-Unis, les plus opulents citoyens ont bien soin de ne point s’isoler du peuple ; au contraire, ils s’en rapprochent sans cesse, ils l’écoutent volontiers et lui parlent tous les jours. Alexis de Tocqueville
Deliverance did for them what Jaws, another well-known movie, would later do for sharks. Daniel Roper (North Georgia Journal)
Depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. Pasolini
J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale : “Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir.  (…) Meursault, pour moi, n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde parce que tenace, l’anime : la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant, dans L’Étranger, l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer, dans mon personnage, le seul Christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l’aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création. Camus (préface américaine à L’Etranger)
Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. Albert Camus
Personne ne nous fera croire que l’appareil judiciaire d’un Etat moderne prend réellement pour objet l’extermination des petits bureaucrates qui s’adonnent au café au lait, aux films de Fernandel et aux passades amoureuses avec la secrétaire du patron. René Girard
What I take to be the film’s statement (upper case). This has to do with the threat that people like the nonconforming Wyatt and Billy represent to the ordinary, self-righteous, inhibited folk that are the Real America. Wyatt and Billy, says the lawyer, represent freedom; ergo, says the film, they must be destroyed. If there is any irony in this supposition, I was unable to detect it in the screenplay written by Fonda, Hopper and Terry Southern. Wyatt and Billy don’t seem particularly free, not if the only way they can face the world is through a grass curtain. As written and played, they are lumps of gentle clay, vacuous, romantic symbols, dressed in cycle drag. The NYT (1969)
Since Easy Rider is the film that is said finally to separate the men from the boys – at a time when the generation gap has placed a stigma on being a man – I want to point out that those who make heroes of Wyatt and Billy (played by Peter Fonda and Dennis Hopper) have a reasonably acrid dose to swallow at the start of the picture. Wyatt and Billy (names borrowed from the fumigated memory of the two outlaws of the Old West) make the bankroll on which they hope to live a life of easy-riding freedom by smuggling a considerable quantity of heroin across from Mexico and selling it to a nutty looking addict in a goon-chauffered Rolls Royce. Pulling off one big job and thereafter living in virtuous indolence is a fairly common dream of criminals, and dope peddling is a particularly unappetizing way of doing it. Is it thought O.K. on the other side of the gap, to buy freedom at that price? If so, grooving youth has a wealth of conscience to spend. (…) Wyatt and Billy are presented as attractive and enviable; gentle, courteous, peaceable, sliding through the heroic Western landscape on their luxurious touring motorcycles (with the swag hidden in one of the gas tanks). It is true that they come to a bloody end, gunned down by a couple of Southern rednecks for their long hair. But it is not retribution; indeed, they might have passed safely if the cretins in the pickup truck had realized that they were big traders on holiday. (…) The hate is that of Fonda, Hopper and Southern, they hate the element in American life that tries to destroy anyone who fails to conform, who demands to ride free. And it is quite right that they should. But Wyatt and Billy are more rigidly conformist, their life more narrowly obsessive than that of any broker’s clerk on the nine to five. The Nation (2008)
 Easy Rider (1969) is the late 1960s « road film » tale of a search for freedom (or the illusion of freedom) in a conformist and corrupt America, in the midst of paranoia, bigotry and violence. Released in the year of the Woodstock concert, and made in a year of two tragic assassinations (Robert Kennedy and Martin Luther King), the Vietnam War buildup and Nixon’s election, the tone of this ‘alternative’ film is remarkably downbeat and bleak, reflecting the collapse of the idealistic 60s. Easy Rider, one of the first films of its kind, was a ritualistic experience and viewed (often repeatedly) by youthful audiences in the late 1960s as a reflection of their realistic hopes of liberation and fears of the Establishment. The iconographic, ‘buddy’ film, actually minimal in terms of its artistic merit and plot, is both memorialized as an image of the popular and historical culture of the time and a story of a contemporary but apocalyptic journey by two self-righteous, drug-fueled, anti-hero (or outlaw) bikers eastward through the American Southwest. Their trip to Mardi Gras in New Orleans takes them through limitless, untouched landscapes (icons such as Monument Valley), various towns, a hippie commune, and a graveyard (with hookers), but also through areas where local residents are increasingly narrow-minded and hateful of their long-haired freedom and use of drugs. The film’s title refers to their rootlessness and ride to make « easy » money; it is also slang for a pimp who makes his livelihood off the earnings of a prostitute. However, the film’s original title was The Loners. [The names of the two main characters, Wyatt and Billy, suggest the two memorable Western outlaws Wyatt Earp and Billy the Kid – or ‘Wild Bill’ Hickcock. Rather than traveling westward on horses as the frontiersmen did, the two modern-day cowboys travel eastward from Los Angeles – the end of the traditional frontier – on decorated Harley-Davidson choppers on an epic journey into the unknown for the ‘American dream’.] According to slogans on promotional posters, they were on a search: A man went looking for America and couldn’t find it anywhere… Their costumes combine traditional patriotic symbols with emblems of loneliness, criminality and alienation – the American flag, cowboy decorations, long-hair, and drugs. (…) Easy Rider surprisingly, was an extremely successful, low-budget (under $400,000), counter-cultural, independent film for the alternative youth/cult market – one of the first of its kind that was an enormous financial success, grossing $40 million worldwide. Its story contained sex, drugs, casual violence, a sacrificial tale (with a shocking, unhappy ending), and a pulsating rock and roll soundtrack reinforcing or commenting on the film’s themes. Groups that participated musically included Steppenwolf, Jimi Hendrix, The Band and Bob Dylan. The pop cultural, mini-revolutionary film was also a reflection of the « New Hollywood, » and the first blockbuster hit from a new wave of Hollywood directors (e.g., Francis Ford Coppola, Peter Bogdanovich, and Martin Scorsese) that would break with a number of Hollywood conventions. It had little background or historical development of characters, a lack of typical heroes, uneven pacing, jump cuts and flash-forward transitions between scenes, an improvisational style and mood of acting and dialogue, background rock ‘n’ roll music to complement the narrative, and the equation of motorbikes with freedom on the road rather than with delinquent behaviors. However, its idyllic view of life and example of personal film-making was overshadowed by the self-absorbent, drug-induced, erratic behavior of the filmmakers, chronicled in Peter Biskind’s tell-all Easy Riders, Raging Bulls: How the Sex-Drugs-and Rock ‘N Roll Generation Saved Hollywood (1999). And the influential film led to a flurry of equally self-indulgent, anti-Establishment themed films by inferior filmmakers, who overused some of the film’s technical tricks and exploited the growing teen-aged market for easy profits. (…) Death seems to be the only freedom or means to escape from the system in America where alternative lifestyles and idealism are despised as too challenging or free. The romance of the American highway is turned menacing and deadly. Filmsite
Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas qui sont Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins. […] Nous ne savons pas ce que peut bien dire James Dobson dans son émission de radio écoutée par des millions d’auditeurs. Nous ne savons rien de Reba et Travis. […] Nous sommes très peu nombreux à savoir ce qui se passe à Branson dans le Missouri, même si cette ville reçoit quelque sept millions de touristes par an; pas plus que nous ne pouvons nommer ne serait-ce que cinq pilotes de stock-car. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ… David Brooks
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama (2008)
Part of the reason that our politics seems so tough right now, and facts and science and argument does not seem to be winning the day all the time, is because we’re hard-wired not to always think clearly when we’re scared. Barack Obama
I do think that when you combine that demographic change with all the economic stresses that people have been going through because of the financial crisis, because of technology, because of globalization, the fact that wages and incomes have been flatlining for some time, and that particularly blue-collar men have had a lot of trouble in this new economy, where they are no longer getting the same bargain that they got when they were going to a factory and able to support their families on a single paycheck. You combine those things, and it means that there is going to be potential anger, frustration, fear. Some of it justified, but just misdirected. I think somebody like Mr. Trump is taking advantage of that. That’s what he’s exploiting during the course of his campaign. Barack Hussein Obama
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton (2016)
My mother is not watching. She said she doesn’t watch white award shows because you guys don’t thank Jesus enough. That’s true. The only white people that thank Jesus are Republicans and ex-crackheads. Michael Che
Rire général, même chez les sans-dents. François Hollande
Dans les sociétés dans mes dossiers, il y a la société Gad : il y a dans cet abattoir une majorité de femmes, il y en a qui sont pour beaucoup illettrées ! On leur explique qu’elles n’ont plus d’avenir à Gad et qu’elles doivent aller travailler à 60 km ! Ces gens n’ont pas le permis ! On va leur dire quoi ? Il faut payer 1.500 euros et attendre un an ? Voilà, ça ce sont des réformes du quotidien, qui créent de la mobilité, de l’activité ! Emmanuel Macron
On ne va pas s’allier avec le FN, c’est un parti de primates. Il est hors de question de discuter avec des primates. Claude Goasguen (UMP, Paris, 2011)
Ne laissez pas la grande primate de l’extrême goitre prendre le mouchoir … François Morel (France inter)
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
You often hear men say, “Why don’t they just leave?” [. . .] And I ask them, how many of you seen the movie Deliverance? And every man will raise his hand. And I’ll say, what’s the one scene you remember in Deliverance? And every man here knows exactly what scene to think of. And I’ll say, “After those guys tied that one guy in that tree and raped him, man raped him, in that film. Why didn’t the guy go to the sheriff? What would you have done? “Well, I’d go back home get my gun. I’d come back and find him.” Why wouldn’t you go to the sheriff? Why? Well, the reason why is they are ashamed. They are embarrassed. I say, why do you think so many women that get raped, so many don’t report it? They don’t want to get raped again by the system. Joe Biden
After the election, in liberal, urban America, one often heard Trump’s win described as the revenge of the yahoos in flyover country, fueled by their angry “isms” and “ias”: racism, anti-Semitism, nativism, homophobia, Islamophobia, and so on. Many liberals consoled themselves that Trump’s victory was the last hurrah of bigoted, Republican white America, soon to be swept away by vast forces beyond its control, such as global migration and the cultural transformation of America into something far from the Founders’ vision. As insurance, though, furious progressives also renewed calls to abolish the Electoral College, advocating for a constitutional amendment that would turn presidential elections into national plebiscites. Direct presidential voting would shift power to heavily urbanized areas—why waste time trying to reach more dispersed voters in less populated rural states?—and thus institutionalize the greater economic and cultural clout of the metropolitan blue-chip universities, the big banks, Wall Street, Silicon Valley, New York–Washington media, and Hollywood, Democrat-voting all. Barack Obama’s two electoral victories deluded the Democrats into thinking that it was politically wise to jettison their old blue-collar appeal to the working classes, mostly living outside the cities these days, in favor of an identity politics of a new multicultural, urban America. Yet Trump’s success represented more than simply a triumph of rural whites over multiracial urbanites. More ominously for liberals, it also suggested that a growing minority of blacks and Hispanics might be sympathetic with a “country” mind-set that rejects urban progressive elitism. For some minorities, sincerity and directness might be preferable to sloganeering by wealthy white urban progressives, who often seem more worried about assuaging their own guilt than about genuinely understanding people of different colors. Trump’s election underscored two other liberal miscalculations. First, Obama’s progressive agenda and cultural elitism prevailed not because of their ideological merits, as liberals believed, but because of his great appeal to urban minorities in 2008 and 2012, who voted in solidarity for the youthful first African-American president in numbers never seen before. That fealty wasn’t automatically transferable to liberal white candidates, including the multimillionaire 69-year-old Hillary Clinton. Obama had previously lost most of America’s red counties, but not by enough to keep him from winning two presidential elections, with sizable urban populations in Wisconsin, Michigan, Ohio, and Pennsylvania turning out to vote for the most left-wing presidential candidate since George McGovern. Second, rural America hadn’t fully raised its electoral head in anger in 2008 and 2012 because it didn’t see the Republican antidotes to Obama’s progressive internationalism as much better than the original malady. Socially moderate establishmentarians like the open-borders-supporting John McCain or wealthy businessman Mitt Romney didn’t resonate with the spirit of rural America—at least not enough to persuade millions to come to the polls instead of sitting the elections out. Trump connected with these rural voters with far greater success than liberals anticipated. Urban minorities failed in 2016 to vote en bloc, in their Obama-level numbers; and rural Americans, enthused by Trump, increased their turnout, so that even a shrinking American countryside still had enough clout to win. What is insufficiently understood is why a hurting rural America favored the urban, superrich Trump in 2016 and, more generally, tends to vote more conservative than liberal. Ostensibly, the answer is clear: an embittered red-state America has found itself left behind by elite-driven globalization, battered by unfettered trade and high-tech dislocations in the economy. In some of the most despairing counties, rural life has become a mirror image of the inner city, ravaged by drug use, criminality, and hopelessness. Yet if muscular work has seen a decline in its relative monetary worth, it has not necessarily lost its importance. After all, the elite in Washington and Menlo Park appreciate the fresh grapes and arugula that they purchase at Whole Foods. Someone mined the granite used in their expensive kitchen counters and cut the timber for their hardwood floors. The fuel in their hybrid cars continues to come from refined oil. The city remains as dependent on this elemental stuff—typically produced outside the suburbs and cities—as it always was. The two Palo Altoans at Starbucks might have forgotten that their overpriced homes included two-by-fours, circuit breakers, and four-inch sewer pipes, but somebody somewhere made those things and brought them into their world. In the twenty-first century, though, the exploitation of natural resources and the manufacturing of products are more easily outsourced than are the arts of finance, insurance, investments, higher education, entertainment, popular culture, and high technology, immaterial sectors typically pursued within metropolitan contexts and supercharged by the demands of increasingly affluent global consumers. A vast government sector, mostly urban, is likewise largely impervious to the leveling effects of a globalized economy, even as its exorbitant cost and extended regulatory reach make the outsourcing of material production more likely. Asian steel may have devastated Youngstown, but Chinese dumping had no immediate effect on the flourishing government enclaves in Washington, Maryland, and Virginia, filled with well-paid knowledge workers. Globalization, big government, and metastasizing regulations have enriched the American coasts, in other words, while damaging much of the nation’s interior. Few major political leaders before Trump seemed to care. He hammered home the point that elites rarely experienced the negative consequences of their own ideologies. New York Times columnists celebrating a “flat” world have yet to find themselves flattened by Chinese writers willing to write for a fraction of their per-word rate. Tenured Harvard professors hymning praise to global progressive culture don’t suddenly discover their positions drawn and quartered into four part-time lecturer positions. And senators and bureaucrats in Washington face no risk of having their roles usurped by low-wage Vietnamese politicians. Trump quickly discovered that millions of Americans were irate that the costs and benefits of our new economic reality were so unevenly distributed. As the nation became more urban and its wealth soared, the old Democratic commitment from the Roosevelt era to much of rural America—construction of water projects, rail, highways, land banks, and universities; deference to traditional values; and Grapes of Wrath–like empathy—has largely been forgotten. A confident, upbeat urban America promoted its ever more radical culture without worrying much about its effects on a mostly distant and silent small-town other. In 2008, gay marriage and women in combat were opposed, at least rhetorically, by both Barack Obama and Hillary Clinton in their respective presidential campaigns. By 2016, mere skepticism on these issues was viewed by urban elites as reactionary ignorance. In other words, it was bad enough that rural America was getting left behind economically; adding insult to injury, elite America (which is Democrat America) openly caricatured rural citizens’ traditional views and tried to force its own values on them. Lena Dunham’s loud sexual politics and Beyoncé’s uncritical evocation of the Black Panthers resonated in blue cities and on the coasts, not in the heartland. Only in today’s bifurcated America could billion-dollar sports conglomerates fail to sense that second-string San Francisco 49ers quarterback Colin Kaepernick’s protests of the national anthem would turn off a sizable percentage of the National Football League’s viewing audience, which is disproportionately conservative and middle American. These cultural themes, too, Trump addressed forcefully. In classical literature, patriotism and civic militarism were always closely linked with farming and country life. In the twenty-first century, this is still true. The incubator of the U.S. officer corps is red-state America. “Make America Great Again” reverberated in the pro-military countryside because it emphasized an exceptionalism at odds with the Left’s embrace of global values. Residents in Indiana and Wisconsin were unimpressed with the Democrats’ growing embrace of European-style “soft power,” socialism, and statism—all the more so in an age of European constitutional, financial, and immigration sclerosis. Trump’s slogan unabashedly expressed American individualism; Clinton’s “Stronger Together” gave off a whiff of European socialist solidarity. Trump, the billionaire Manhattanite wheeler-dealer, made an unlikely agrarian, true; but he came across during his presidential run as a clear advocate of old-style material jobs, praising vocational training and clearly enjoying his encounters with middle-American homemakers, welders, and carpenters. Trump talked more on the campaign about those who built his hotels than those who financed them. He could point to the fact that he made stuff, unlike Clinton, who got rich without any obvious profession other than leveraging her office. Give the thrice-married, orange-tanned, and dyed-haired Trump credit for his political savvy in promising to restore to the dispossessed of the Rust Belt their old jobs and to give back to farmers their diverted irrigation water, and for assuring small towns that arriving new Americans henceforth would be legal—and that, over time, they would become similar to their hosts in language, custom, and behavior. Ironically, part of Trump’s attraction for red-state America was his posture as a coastal-elite insider—but now enlisted on the side of the rustics. A guy who had built hotels all over the world, and understood how much money was made and lost through foreign investment, offered to put such expertise in the service of the heartland—against the supposed currency devaluers, trade cheats, and freeloaders of Europe, China, and Japan. Trump’s appeal to the interior had partly to do with his politically incorrect forthrightness. Each time Trump supposedly blundered in attacking a sacred cow—sloppily deprecating national hero John McCain’s wartime captivity or nastily attacking Fox superstar Megyn Kelly for her supposed unfairness—the coastal media wrote him off as a vulgar loser. Not Trump’s base. Seventy-five percent of his supporters polled that his crude pronouncements didn’t bother them. As one grape farmer told me after the Access Hollywood hot-mike recordings of Trump making sexually vulgar remarks had come to light, “Who cares? I’d take Trump on his worst day better than Hillary on her best.” Apparently red-state America was so sick of empty word-mongering that it appreciated Trump’s candor, even when it was sometimes inaccurate, crude, or cruel. Outside California and New York City and other elite blue areas, for example, foreigners who sneak into the country and reside here illegally are still “illegal aliens,” not “undocumented migrants,” a blue-state term that masks the truth of their actions. Trump’s Queens accent and frequent use of superlatives—“tremendous,” “fantastic,” “awesome”—weren’t viewed by red-state America as a sign of an impoverished vocabulary but proof that a few blunt words can capture reality. To the rural mind, verbal gymnastics reveal dishonest politicians, biased journalists, and conniving bureaucrats, who must hide what they really do and who they really are. Think of the arrogant condescension of Jonathan Gruber, one of the architects of the disastrous Obamacare law, who admitted that the bill was written deliberately in a “tortured way” to mislead the “stupid” American voter. To paraphrase Cicero on his preference for the direct Plato over the obscure Pythagoreans, rural Americans would have preferred to be wrong with the blunt-talking Trump than to be right with the mush-mouthed Hillary Clinton. One reason that Trump may have outperformed both McCain and Romney with minority voters was that they appreciated how much the way he spoke rankled condescending white urban liberals. Poorer, less cosmopolitan, rural people can also experience a sense of inferiority when they venture into the city, unlike smug urbanites visiting red-state America. The rural folk expect to be seen as deplorables, irredeemables, and clingers by city folk. My countryside neighbors do not wish to hear anything about Stanford University, where I work—except if by chance I note that Stanford people tend to be condescending and pompous, confirming my neighbors’ suspicions about city dwellers. And just as the urban poor have always had their tribunes, so, too, have rural residents flocked to an Andrew Jackson or a William Jennings Bryan, politicians who enjoyed getting back at the urban classes for perceived slights. The more Trump drew the hatred of PBS, NPR, ABC, NBC, CBS, the elite press, the universities, the foundations, and Hollywood, the more he triumphed in red-state America. Indeed, one irony of the 2016 election is that identity politics became a lethal boomerang for progressives. After years of seeing America reduced to a binary universe, with culpable white Christian males encircled by ascendant noble minorities, gays, feminists, and atheists—usually led by courageous white-male progressive crusaders—red-state America decided that two could play the identity-politics game. In 2016, rural folk did silently in the voting booth what urban America had done to them so publicly in countless sitcoms, movies, and political campaigns. In sum, Donald Trump captured the twenty-first-century malaise of a rural America left behind by globalized coastal elites and largely ignored by the establishments of both political parties. Central to Trump’s electoral success, too, were age-old rural habits and values that tend to make the interior broadly conservative. That a New York billionaire almost alone grasped how red-state America truly thought, talked, and acted, and adjusted his message and style accordingly, will remain one of the astonishing ironies of American political history. Victor Davis Hanson
Né à Detroit dans les années 1950, j’ai grandi dans une famille où personne n’avait fréquenté l’université. Lorsque j’ai obtenu une bourse pour l’université du Michi­gan, j’ai été confronté à un snobisme de gauche qui méprisait la classe ouvrière, son attache­ment à la famille, la religion. Cette gauche caviar a suscité chez moi une forte réaction. Mark Lilla
Une des nombreuses leçons à tirer de la présidentielle américaine et de son résultat détestable, c’est qu’il faut clore l’ère de la gauche « diversitaire ». Hillary Clinton n’a jamais été aussi excellente et stimulante que lorsqu’elle évoquait l’engagement des États-Unis dans les affaires du monde et en quoi il est lié à notre conception de la démocratie. En revanche, dès qu’il s’agissait de politique intérieure, elle n’avait plus la même hauteur de vue et tendait à verser dans le discours de la diversité, en en appelant explicitement à l’électorat noir, latino, féminin et LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et trans). Elle a commis là une erreur stratégique. Tant qu’à mentionner des groupes aux États-Unis, mieux vaut les mentionner tous. Autrement, ceux que l’on a oubliés s’en aperçoivent et se sentent exclus. C’est exactement ce qui s’est passé avec les Blancs des classes populaires et les personnes à fortes convictions religieuses. Pas moins des deux tiers des électeurs blancs non diplômés du supérieur ont voté pour Donald Trump, de même que plus de 80 % des évangéliques blancs. (…) l’obsession de la diversité à l’école et dans la presse a produit à gauche une génération de narcissiques, ignorant le sort des personnes n’appartenant pas aux groupes auxquels ils s’identifient, et indifférents à la nécessité d’être à l’écoute des Américains de toutes conditions. Dès leur plus jeune âge, nos enfants sont incités à parler de leur identité individuelle, avant même d’en avoir une. Au moment où ils entrent à l’université, beaucoup pensent que le discours politique se réduit au discours de la diversité, et on est consterné de voir qu’ils n’ont pas d’avis sur des questions aussi éternelles que les classes sociales, la guerre, l’économie et le bien commun. L’enseignement de l’histoire dans les écoles secondaires en est grandement responsable, car les programmes adoptés plaquent sur le passé le discours actuel de l’identité et donnent une vision déformée des grandes forces et des grands personnages qui ont façonné notre pays (les conquêtes du mouvement pour les droits des femmes, par exemple, sont réelles et importantes, mais on ne peut les comprendre qu’à la lumière des accomplissements des Pères fondateurs, qui ont établi un système de gouvernement fondé sur la garantie des droits). Quand les jeunes entrent à l’université, ils sont incités à rester centrés sur eux-mêmes par les associations étudiantes, par les professeurs ainsi que par les membres de l’administration qui sont employés à plein temps pour gérer les « questions de diversité » et leur donner encore plus d’importance. La chaîne Fox News et d’autres médias de droite adorent railler la « folie des campus » autour de ces questions, et il y a le plus souvent de quoi. Cela fait le jeu des démagogues populistes qui cherchent à délégitimer le savoir aux yeux de ceux qui n’ont jamais mis les pieds sur un campus. Comment expliquer à l’électeur moyen qu’il y a censément urgence morale à accorder aux étudiants le droit de choisir le pronom personnel par lequel ils veulent être désignés ? Comment ne pas rigoler avec ces électeurs quand on apprend qu’un farceur de l’université du Michigan a demandé à se faire appeler « Sa majesté » ? Cette sensibilité à la diversité sur les campus a déteint sur les médias de gauche, et pas qu’un peu. L’embauche de femmes et de membres des minorités au titre de la discrimination positive dans la presse écrite et l’audiovisuel est une formidable avancée sociale – et cela a même transformé le visage des médias de droite. Mais cela a aussi contribué à donner le sentiment, surtout aux jeunes journalistes et rédacteurs en chef, qu’en traitant de l’identité ils avaient accompli leur travail. (…) Combien de fois, par exemple, nous ressert-on le sujet sur le « premier ou la première X à faire Y » ? La fascination pour les questions d’identité se retrouve même dans la couverture de l’actualité internationale qui est, hélas, une denrée rare. Il peut être intéressant de lire un article sur le sort des personnes transgenre en Égypte, par exemple, mais cela ne contribue en rien à informer les Américains sur les puissants courants politiques et religieux qui détermineront l’avenir de l’Égypte et, indirectement, celui de notre pays. (…) Mais c’est au niveau de la stratégie électorale que l’échec de la gauche diversitaire a été le plus spectaculaire, comme nous venons de le constater. En temps normal, la politique nationale n’est pas axée sur ce qui nous différencie mais sur ce qui nous unit. Et nous choisissons pour la conduire la personne qui aura le mieux su nous parler de notre destin collectif. Ronald Reagan a été habile à cela, quoiqu’on pense de sa vision. Bill Clinton aussi, qui a pris exemple sur Reagan. Il s’est emparé du Parti démocrate en marginalisant son aile sensible aux questions d’identité, a concentré son énergie sur des mesures de politique intérieure susceptibles de bénéficier à l’ensemble de la population (comme l’assurance-maladie) et défini le rôle des États-Unis dans le monde d’après la chute du mur de Berlin. En poste pour deux mandats, il a ainsi été en mesure d’en faire beaucoup pour différentes catégories d’électeurs membres de la coalition démocrate. La politique de la différence est essentiellement expressive et non persuasive. Voilà pourquoi elle ne fait jamais gagner des élections – mais peut en faire perdre. L’intérêt récent, quasi ethnologique, des médias pour l’homme blanc en colère en dit autant sur l’état de la gauche américaine que sur cette figure tant vilipendée et, jusqu’ici, dédaignée. Pour la gauche, une lecture commode de la récente élection présidentielle consisterait à dire que Donald Trump a gagné parce qu’il a réussi à transformer un désavantage économique en colère raciste – c’est la thèse du whitelash, du retour de bâton de l’électorat blanc. C’est une lecture commode parce qu’elle conforte un sentiment de supériorité morale et permet à la gauche de faire la sourde oreille à ce que ces électeurs ont dit être leur principale préoccupation. Cette lecture alimente aussi le fantasme selon lequel la droite républicaine serait condamnée à terme à l’extinction démographique – autrement dit, que la gauche n’a qu’à attendre que le pays lui tombe tout cuit dans l’assiette. Le pourcentage étonnamment élevé du vote latino qui est allé à M. Trump est là pour nous rappeler que plus des groupes ethniques sont établis depuis longtemps aux États-Unis, moins leur comportement électoral est homogène. Enfin, la thèse du whitelash est commode parce qu’elle disculpe la gauche de ne pas avoir vu que son obsession de la diversité incitait les Américains blancs, ruraux, croyants, à se concevoir comme un groupe défavorisé dont l’identité est menacée ou bafouée. Ces personnes ne réagissent pas contre la réalité d’une Amérique multiculturelle (en réalité, elles ont tendance à vivre dans des régions où la population est homogène). Elles réagissent contre l’omniprésence du discours de l’identité, ce qu’elles appellent le « politiquement correct ». La gauche ferait bien de garder à l’esprit que le Ku Klux Klan est le plus ancien mouvement identitaire de la vie politique américaine, et qu’il existe toujours. Quand on joue au jeu de l’identité, il faut s’attendre à perdre. Il nous faut une gauche postdiversitaire, qui s’inspire des succès passés de la gauche prédiversitaire. Cette gauche-là s’attacherait à élargir sa base en s’adressant aux Américains en leur qualité d’Américains et en privilégiant les questions qui concernent une vaste majorité d’entre eux. Elle parlerait à la nation en tant que nation de citoyens qui sont tous dans le même bateau et doivent se serrer les coudes. Pour ce qui est des questions plus étroites et symboliquement très chargées qui risquent de faire fuir des électeurs potentiels, notamment celles qui touchent à la sexualité et à la religion, cette gauche-là procéderait doucement, avec tact et sens de la mesure. Les enseignants acquis à cette gauche-là se recentreraient sur la principale responsabilité politique qui est la leur dans une démocratie : former des citoyens engagés qui connaissent leur système politique ainsi que les grandes forces et les principaux événements de leur histoire. Cette gauche postdiversitaire rappellerait également que la démocratie n’est pas qu’une affaire de droits ; elle confère aussi des devoirs à ses citoyens, par exemple le devoir de s’informer et celui de voter. Une presse de gauche postdiversitaire commencerait par s’informer sur les régions du pays dont elle a fait peu de cas, et sur les questions qui les préoccupent, notamment la religion. Et elle s’acquitterait avec sérieux de sa responsabilité d’informer les Américains sur les grandes forces qui régissent les relations internationales. J’ai été invité il y a quelques années à un congrès syndical en Floride pour parler du célèbre discours du président Franklin D. Roosevelt de 1941 sur les quatre libertés. La salle était bondée de représentants de sections locales – hommes, femmes, Noirs, Blanc, Latinos. Nous avons commencé par chanter l’hymne national puis nous nous sommes assis pour écouter un enregistrement du discours de Roosevelt. J’observais la diversité des visages dans l’assistance et j’étais frappé de voir à quel point ces personnes si différentes étaient concentrées sur ce qui les rassemblait. Et, en entendant Roosevelt invoquer d’une voix vibrante la liberté d’expression, la liberté de culte, la liberté de vivre à l’abri du besoin et la liberté de vivre à l’abri de la peur – des libertés qu’il réclamait « partout dans le monde » – cela m’a rappelé quels étaient les vrais fondements de la gauche américaine moderne. Mark Lilla
Dix jours à peine après l’élection de Trump, Lilla publie une tribune dans le New York Times, où il étrille la célébration univoque de la diversité par l’élite intellectuelle progressiste comme principale cause de sa défaite face à Trump. «Ces dernières années, la gauche américaine a cédé, à propos des identités ethniques, de genre et de sexualité, à une sorte d’hystérie collective qui a faussé son message au point de l’empêcher de devenir une force fédératrice capable de gouverner […], estime-t-il. Une des nombreuses leçons à tirer de la présidentielle américaine et de son résultat détestable, c’est qu’il faut clore l’ère de la gauche diversitaire.» De cette diatribe à succès, l’universitaire a fait un livre tout aussi polémique, The Once and Future Liberal. After Identity Politics, dont la traduction française vient d’être publiée sous le titre la Gauche identitaire. L’Amérique en miettes (Stock). Un ouvrage provocateur destiné à sonner l’alerte contre le «tournant identitaire» pris par le Parti démocrate sous l’influence des «idéologues de campus», «ces militants qui ne savent plus parler que de leur différence.» «Une vision politique large a été remplacée par une pseudo-politique et une rhétorique typiquement américaine du moi sensible qui lutte pour être reconnu», développe Lilla. Dans son viseur : les mouvements féministes, gays, indigènes ou afro comme Black Lives Matter («le meilleur moyen de ne pas construire de solidarité»). Bref, tout ce qui est minoritaire et qui s’exprime à coups d’occupation de places publiques, de pétitions et de tribunes dans les journaux est fautif à ses yeux d’avoir fragmenté la gauche américaine. L’essayiste situe l’origine de cette «dérive» idéologique au début des années 70, lorsque la Nouvelle Gauche interprète «à l’envers» la formule «le privé est politique», considérant que tout acte politique n’est rien d’autre qu’une activité personnelle. Ce «culte de l’identité» et des «particularismes» issus de la révolution culturelle et morale des Sixties a convergé avec les révolutions économiques sous l’ère Reagan pour devenir «l’idéologie dominante.» «La politique identitaire, c’est du reaganisme pour gauchiste», résume cet adepte de la «punchline» idéologico-politique. Intellectuel au profil hybride, combattant à la fois la pensée conservatrice et la pensée progressiste, Lilla agace plus à gauche qu’à droite où sa dénonciation de «l’idéologie de la diversité», de «ses limites» et «ses dangers» est perçue comme l’expression ultime d’un identitarisme masculin blanc. Positionnement transgressif qu’on ferait volontiers graviter du côté de la «nouvelle réaction», ce qu’il réfute. (…) L’essai de Lilla peut se lire comme un avertissement lancé à la gauche intellectuelle française, aujourd’hui divisée entre «républicanistes» et « décoloniaux ». Libération
Notre situation est parfaitement paradoxale. Jamais les ennemis de l’Union européenne n’ont eu à ce point le sentiment de toucher au but, de presque en voir la fin, et cependant jamais, je le crois, les peuples d’Europe n’ont été plus sérieusement, plus gravement attachés à l’Union. Quel malentendu! Voilà bien l’un des plus fâcheux résultats de notre incapacité à discuter, de notre nouvelle inclination pour la simplification à outrance des points de vue. L’hypothèse d’un repli nationaliste procède d’une erreur d’interprétation. Il n’y a pas de demande de repli nationaliste, mais une demande de protection, de régulation politique, de contrôle du cours des choses. C’est une demande de puissance publique qui ne heurte pas l’idée européenne. C’est en refusant de répondre à cette demande éminemment légitime et recevable que l’Union finira par conduire les Européens à revenir, la mort dans l’âme, au dogme nationaliste. (…) Trump marque le retour d’une figure classique mais oubliée chez nous, celle de l’homme d’État qui n’a d’intérêt que pour son pays. Il assume une politique de puissance. (…) [ souligner le clivage avec l’Europe de l’Est] C’est un risque politique, sur le plan national comme sur le plan européen. (…) La double défaite signifierait a posteriori l’imprudence du pari et pèserait sur les deux niveaux, européen et national en affaiblissant dangereusement le président. (…) Du côté des gouvernements, cessons de surjouer l’opposition frontale. (…) nous devons accepter cet attachement viscéral des Européens à leur patrimoine immatériel, leur manière de vivre, leur souveraineté, parfois si récente ou retrouvée depuis si peu et si chèrement payée. Dominique Reynié
La société ouverte (…), c’est la grande fake news de la mondialisation. Quand on regarde les choses de près, les gens qui vendent le plus la société ouverte sont ceux qui vivent dans le plus grand grégarisme social, ceux qui contournent le plus la carte scolaire, ceux qui vivent dans l’entre-soi et qui font des choix résidentiels qui leur permettent à la fin de tenir le discours de la société ouverte puisque de toute façon, ils ont, eux, les moyens de la frontière invisible. Et précisément, ce qui est à l’inverse la situation des catégories modestes, c’est qu’elles n’ont pas les moyens de la frontière invisible. Ca n’en fait pas des xénophobes ou des gens qui sont absolument contre l’autre. Ca fait simplement des gens qui veulent qu’un Etat régule. Christophe Guilluy
Que nous dit Christophe Guilluy ? Que la scission est aujourd’hui consommée entre une élite déconnectée et une classe populaire précarisée. Et que la classe moyenne, qu’il définit comme « une classe majoritaire dans laquelle tout le monde était intégré, de l’ouvrier au cadre », est un champ de ruines. Ce dernier point est affirmé, répété, martelé, « implosion d’un modèle qui n’intègre plus les classes populaires, qui constituaient, hier, le socle de la classe moyenne occidentale et en portait les valeurs ». Dès lors, les groupes sociaux en présence « ne font plus société ». C’est là le sens du titre, « No Society », reprise qui n’a rien d’innocente d’un aphorisme de feu la Première ministre britannique Margaret Thatcher – déjà responsable du célèbre Tina, « There is no alternative » –, dont la politique néolibérale agressive, véritable plan de casse sociale dans les années 1980, définit toujours le modèle outre-Manche. Guilluy se fait lanceur d’alerte. Il constate, à l’instar de l’économiste Thomas Piketty, dont il cite les travaux à plusieurs reprises, le fossé toujours plus large qui sépare les catégories les plus aisées, des classes défavorisées. Une situation qui induit une nouvelle géographie sociale et politique. Et explique, selon lui, l’insécurité culturelle s’ajoutant à l’insécurité sociale, la vague populiste qui balaie la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Allemagne, les États-Unis et aujourd’hui le Brésil. Pour l’auteur, comme pour d’autres analystes, l’élection de Trump n’est pas un accident, mais l’aboutissement d’un processus que les élites, drapées dans « un mépris de classe », auraient voulu renvoyer aux marges. Ce qui fâche politiques, chefs d’entreprise et médias ? Cette propension à mettre tout le monde dans le même sac, tous complices de défendre, « au nom du bien commun », une idéologie néolibérale jugée destructrice. Et de masquer les vrais problèmes à l’aide d’éléments de langage. Guilluy conspue les 0,1 %, ces superpuissances économiques, tentées par l’anarcho-capitalisme, qui siphonnent les richesses mondiales. Tout comme il rejette la métropolisation des territoires, encouragée par l’Europe, qui tend à concentrer les créations d’emplois dans les zones urbaines, alors même que les classes populaires en sont rejetées par le coût du logement et une fiscalité dissuasive. Effondrement du modèle intégrateur, ascenseur social en berne… Cette France à qui on demande de traverser la rue attend vainement, selon lui, que le feu repasse au vert pour elle. Guilluy la crédite cependant d’un « soft power », capacité, amplifiée par les réseaux sociaux, à remettre sur la table les sujets qui fâchent, ceux-là mêmes que les élites aimeraient conserver sous le tapis. Une donnée que les tribuns populistes, de droite comme de gauche, ont bien intégrée, s’en faisant complaisamment chambre d’écho. Sud Ouest
The slide in his popularity – Macron is now more unpopular than his predecessor, François Hollande, at the same stage – is a dire warning to “globalists”. It comes at a time when Trump’s popularity among his voters is relatively stable by comparison and the American economy is growing. Macron’s fate could have far-reaching consequences for Europe’s political future. What makes the contrast between Trump’s and Macron’s fortunes so striking is that the two presidents have so much in common. Both found electoral success by breaking free of their own side: Macron from the left and Trump from mainstream Republicanism; they both moved beyond the old left-right divide. Both realised that we were seeing the disappearance of the old western middle class. Both grasped that, for the first time in history, the working people who make up the solid base of the lower middle classes live, for the most part, in regions that now generate the fewest jobs. It is in the small or middling towns and vast stretches of farmland that skilled workers, the low-waged, small farmers and the self-employed are concentrated. These are the regions in which the future of western democracy will be decided. But the similarities end there. While Trump was elected by people in the heartlands of the American rustbelt states, Macron built his electoral momentum in the big globalised cities. While the French president is aware that social ties are weakening in the regions, he believes that the solution is to speed up reform to bring the country into line with the requirements of the global economy. Trump, by contrast, concluded that globalisation was the problem, and that the economic model it is based on would have to be reined in (through protectionism, limits on free trade agreements, controls on immigration, and spending on vast public infrastructure building) to create jobs in the deindustrialised parts of the US. It could be said that to some extent both presidents are implementing the policies they were elected to pursue. Yet, while Trump’s voters seem satisfied, Macron’s appear frustrated. Why is there such a difference? This has as much to do with the kind of voters involved as the way the two presidents operate politically. Trump speaks to voters who constitute a continuum, that of the old middle class. It is a body of voters with clearly expressed demands – most call for the creation of jobs, but they also want the preservation of their social and cultural model. Macron’s problem, on the other hand, is that his electorate consists of different elements that are hard to keep together. The idea that Macron was elected just by the big city “winners” isn’t accurate: he also attracted the support of many older voters who are not especially receptive to the economic and societal changes the president’s revolution demands.This holds true throughout Europe. Those who support globalisation often tend to forget a vital fact: the people who vote for them aren’t just the ones on the winning side in the globalisation stakes or part of the new, cool bourgeoisie in Paris, London or New York, but are a much more heterogeneous group, many of whom are sceptical about the effects of globalisation. In France, for example, most of Macron’s support came in the first instance from the ranks of pensioners and public sector workers who had been largely shielded from the effects of globalisation. (…) These developments are an illustration of the political difficulty that Europe’s globalising class now finds itself in. From Angela Merkel to Macron, the advocates of globalisation are now relying on voters who cling to a social model that held sway during the three decades of postwar economic growth. Thus their determination to accelerate the adaptation of western societies to globalisation automatically condemns them to political unpopularity. Locked away in their metropolitan citadels, they fail to see that their electoral programmes no longer meet the concerns of more than a tiny minority of the population – or worse, of their own voters. They are on the wrong track if they think that the “deplorables” in the deindustrialised states of the US or the struggling regions of France will soon die out. Throughout the west, people in “peripheral” regions still make up the bulk of the population. Like it or not, these areas continue to represent the electoral heartlands of western democracies. Christophe Guilluy
La focalisation sur le « problème des banlieues » fait oublier un fait majeur : 61 % de la population française vit aujourd’hui hors des grandes agglomérations. Les classes populaires se concentrent dorénavant dans les espaces périphériques : villes petites et moyennes, certains espaces périurbains et la France rurale. En outre, les banlieues sensibles ne sont nullement « abandonnées » par l’État. Comme l’a établi le sociologue Dominique Lorrain, les investissements publics dans le quartier des Hautes Noues à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne) sont mille fois supérieurs à ceux consentis en faveur d’un quartier modeste de la périphérie de Verdun (Meuse), qui n’a jamais attiré l’attention des médias. Pourtant, le revenu moyen par habitant de ce quartier de Villiers-sur-Marne est de 20 % supérieur à celui de Verdun. Bien sûr, c’est un exemple extrême. Il reste que, à l’échelle de la France, 85 % des ménages pauvres (qui gagnent moins de 993 € par mois, soit moins de 60 % du salaire médian, NDLR) ne vivent pas dans les quartiers « sensibles ». Si l’on retient le critère du PIB, la Seine-Saint-Denis est plus aisée que la Meuse ou l’Ariège. Le 93 n’est pas un espace de relégation, mais le cœur de l’aire parisienne. (…)  En se désindustrialisant, les grandes villes ont besoin de beaucoup moins d’employés et d’ouvriers mais de davantage de cadres. C’est ce qu’on appelle la gentrification des grandes villes, symbolisée par la figure du fameux « bobo », partisan de l’ouverture dans tous les domaines. Confrontées à la flambée des prix dans le parc privé, les catégories populaires, pour leur part, cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. En outre, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires de ces métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine européenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales pour accéder à la propriété et acquérir un pavillon. On assiste ainsi à l’émergence de « villes monde » très inégalitaires où se concentrent à la fois cadres et catégories populaires issues de l’immigration récente. Ce phénomène n’est pas limité à Paris. Il se constate dans toutes les agglomérations de France (Lyon, Bordeaux, Nantes, Lille, Grenoble), hormis Marseille. (…) On a du mal à formuler certains faits en France. Dans le vocabulaire de la politique de la ville, « classes moyennes » signifie en réalité « population d’origine européenne ». Or les HLM ne font plus coexister ces deux populations. L’immigration récente, pour l’essentiel familiale, s’est concentrée dans les quartiers de logements sociaux des grandes agglomérations, notamment les moins valorisés. Les derniers rapports de l’observatoire national des zones urbaines sensibles (ZUS) montrent qu’aujourd’hui 52 % des habitants des ZUS sont immigrés, chiffre qui atteint 64 % en Île-de-France. Cette spécialisation tend à se renforcer. La fin de la mixité dans les HLM n’est pas imputable aux bailleurs sociaux, qui font souvent beaucoup d’efforts. Mais on ne peut pas forcer des personnes qui ne le souhaitent pas à vivre ensemble. L’étalement urbain se poursuit parce que les habitants veulent se séparer, même si ça les fragilise économiquement. Par ailleurs, dans les territoires où se côtoient populations d’origine européenne et populations d’immigration extra-européenne, la fin du modèle assimilationniste suscite beaucoup d’inquiétudes. L’autre ne devient plus soi. Une société multiculturelle émerge. Minorités et majorités sont désormais relatives. (…)  ces personnes habitent là où on produit les deux tiers du PIB du pays et où se crée l’essentiel des emplois, c’est-à-dire dans les métropoles. Une petite bourgeoisie issue de l’immigration maghrébine et africaine est ainsi apparue. Dans les ZUS, il existe une vraie mobilité géographique et sociale : les gens arrivent et partent. Ces quartiers servent de sas entre le Nord et le Sud. Ce constat ruine l’image misérabiliste d’une banlieue ghetto où seraient parqués des habitants condamnés à la pauvreté. À bien des égards, la politique de la ville est donc un grand succès. Les seuls phénomènes actuels d’ascension sociale dans les milieux populaires se constatent dans les catégories immigrées des métropoles. Cadres ou immigrés, tous les habitants des grandes agglomérations tirent bénéfice d’y vivre – chacun à leur échelle. En Grande-Bretagne, en 2013, le secrétaire d’État chargé des Universités et de la Science de l’époque, David Willetts, s’est même déclaré favorable à une politique de discrimination positive en faveur des jeunes hommes blancs de la « working class » car leur taux d’accès à l’université s’est effondré et est inférieur à celui des enfants d’immigrés. (…) Le problème social et politique majeur de la France, c’est que, pour la première fois depuis la révolution industrielle, la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Au XIXe siècle, lors de la révolution industrielle, on a fait venir les paysans dans les grandes villes pour travailler en usine. Aujourd’hui, on les fait repartir à la « campagne ». C’est un retour en arrière de deux siècles. Le projet économique du pays, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte. (…) L’absence d’intégration économique des catégories modestes explique le paradoxe français : un pays qui redistribue beaucoup de ses richesses mais dont une majorité d’habitants considèrent à juste titre qu’ils sont de plus en plus fragiles et déclassés. (…) Les catégories populaires qui vivent dans ces territoires sont d’autant plus attachées à leur environnement local qu’elles sont, en quelque sorte, assignées à résidence. Elles réagissent en portant une grande attention à ce que j’appelle le «village» : sa maison, son quartier, son territoire, son identité culturelle, qui représentent un capital social. La contre-société s’affirme aussi dans le domaine des valeurs. La France périphérique est attachée à l’ordre républicain, réservée envers les réformes de société et critique sur l’assistanat. L’accusation de «populisme» ne l’émeut guère. Elle ne supporte plus aucune forme de tutorat – ni politique, ni intellectuel – de la part de ceux qui se croient «éclairés». (…) Il devient très difficile de fédérer et de satisfaire tous les électorats à la fois. Dans un monde parfait, il faudrait pouvoir combiner le libéralisme économique et culturel dans les agglomérations et le protectionnisme, le refus du multiculturalisme et l’attachement aux valeurs traditionnelles dans la France périphérique. Mais c’est utopique. C’est pourquoi ces deux France décrivent les nouvelles fractures politiques, présentes et à venir. Christophe Guilluy
Les pays de l’OCDE, et plus encore les démocraties occidentales, répondent pleinement au projet que la Dame de fer appelait de ses vœux. Partout, trente ans de mondialisation ont agi comme une concasseuse du pacte social issu de l’après-guerre. La fin de la classe moyenne occidentale est actée. Et pas seulement en France. Les poussées de populisme aux Etats-Unis, en Italie, et jusqu’en Suède, où le modèle scandinave de la social-démocratie n’est désormais plus qu’une sorte de zombie, en sont les manifestations les plus évidentes. Personne n’ose dire que la fête est finie. On se rassure comme on peut. Le monde académique, le monde politique et médiatique, chacun constate la montée des inégalités, s’inquiète de la hausse de la dette, de celle du chômage, mais se rassure avec quelques points de croissance, et soutient que l’enjeu se résume à la question de l’adaptabilité. Pas celle du monde d’en haut. Les gagnants de la mondialisation, eux, sont parfaitement adaptés à ce monde qu’ils ont contribué à forger. Non, c’est aux anciennes classes moyennes éclatées, reléguées, que s’adresse cette injonction d’adaptation à ce nouveau monde. Parce que, cahin-caha, cela marche, nos économies produisent des inégalités, mais aussi plus de richesses. Mais faire du PIB, ça ne suffit pas à faire société. (…) Election de Trump, Brexit, arrivée au pouvoir d’une coalition improbable liant les héritiers de la Ligue du Nord à ceux d’une partie de l’extrême gauche en Italie. De même qu’il y a une France périphérique, il y a une Amérique périphérique, un Royaume-Uni périphérique, etc. La périphérie, c’est, pour faire simple, ces territoires autour des villes-mondes, rien de moins que le reste du pays. L’agglomération parisienne, le Grand-Londres, les grandes villes côtières américaines, sont autant de territoires parfaitement en phase avec la mondialisation, des sortes de Singapour. Sauf que, contrairement à cette cité-Etat, ces territoires disposent d’un hinterland, d’une périphérie. L’explosion du prix de l’immobilier est la traduction la plus visible de cette communauté de destin de ces citadelles où se concentrent la richesse, les emplois à haute valeur ajoutée, où le capital culturel et financier s’accumule. Cette partition est la traduction spatiale de la notion de ruissellement des richesses du haut vers le bas, des premiers de cordée vers les autres. Dans ce modèle, la richesse créée dans les citadelles doit redescendre vers la périphérie. Trente ans de ce régime n’ont pas laissé nos sociétés intactes. Ce sont d’abord les ouvriers et les agriculteurs qui ont été abandonnés sur le chemin, puis les employés, et c’est maintenant au tour des jeunes diplômés d’être fragilisés. Les plans sociaux ne concernent plus seulement l’industrie mais les services, et même les banques… Dans les territoires de cette France périphérique, la dynamique dépressive joue à plein : à l’effondrement industriel succède celui des emplois présentiels lequel provoque une crise du commerce dans les petites villes et les villes moyennes. Les gens aux Etats-Unis ou ailleurs ne se sont pas réveillés un beau matin pour se tourner vers le populisme. Non, ils ont fait un diagnostic, une analyse rationnelle : est-ce que ça marche pour eux ou pas. Et, rationnellement, ils n’ont pas trouvé leur compte. Et pas que du point de vue économique. S’il y a une exception française, c’est la victoire d’Emmanuel Macron, quand partout ailleurs les populistes semblent devoir l’emporter. (…) Emmanuel Macron est le candidat du front bourgeois. A Paris, il n’est pas anodin que les soutiens de François Fillon et les partisans de La Manif pour tous du XVIe arrondissement aient voté à 87,3 % pour le candidat du libéralisme culturel, et que leurs homologues bobos du XXe arrondissement, contempteurs de la finance internationale, aient voté à 90 % pour un banquier d’affaires. Mais cela ne fait pas une majorité. Si Emmanuel Macron l’a emporté, c’est qu’il a reçu le soutien de la frange encore protégée de la société française que sont les retraités et les fonctionnaires. Deux populations qui ont lourdement souffert au Royaume-Uni par exemple, comme l’a traduit leur vote pro-Brexit. Et c’est bien là le drame qui se noue en France. Car, parmi les derniers recours dont dispose la technocratie au pouvoir pour aller toujours plus avant vers cette fameuse adaptation, c’est bien de faire les poches des retraités et des fonctionnaires. Emmanuel Macron applique donc méticuleusement ce programme. Il semble récemment pris de vertige par le risque encouru pour les prochaines élections, comme le montre sa courbe de popularité, laquelle se trouve sous celle de François Hollande à la même période de leur quinquennat. Un autre levier, déjà mis en branle par Margaret Thatcher puis par les gouvernements du New Labour de Tony Blair, est la fin de l’universalité de la redistribution et la concentration de la redistribution. Sous couvert de faire plus juste, et surtout de réduire les transferts sociaux, on réduit encore le nombre de professeurs, mais on divise les classes de ZEP en deux, on limite l’accès des classes populaires aux HLM pour concentrer ce patrimoine vers les franges les plus pauvres, et parfois non solvables. De quoi fragiliser le modèle de financement du logement social en France, déjà mis à mal par les dernières réformes, et ouvrir la porte à sa privatisation, comme ce fut le cas dans l’Angleterre thatchérienne. (…) Partout en Europe, dans un contexte de flux migratoire intensifié, ce ciblage des politiques publiques vers les plus pauvres – mais qui est le plus pauvre justement, si ce n’est celui qui vient d’arriver d’un territoire dix fois moins riche ? – provoque inexorablement un rejet de ce qui reste encore du modèle social redistributif par ceux qui en ont le plus besoin et pour le plus grand intérêt de la classe dominante. C’est là que se noue la double insécurité économique et culturelle. Face au démantèlement de l’Etat-providence, à la volonté de privatiser, les classes populaires mettent en avant leur demande de préserver le bien commun comme les services publics. Face à la dérégulation, la dénationalisation, elles réclament un cadre national, plus sûr moyen de défendre le bien commun. Face à l’injonction de l’hypermobilité, à laquelle elles n’ont de toute façon pas accès, elles ont inventé un monde populaire sédentaire, ce qui se traduit également par une économie plus durable. Face à la constitution d’un monde où s’impose l’indistinction culturelle, elles aspirent à la préservation d’un capital culturel protecteur. Souverainisme, protectionnisme, préservation des services publics, sensibilité aux inégalités, régulation des flux migratoires, sont autant de thématiques qui, de Tel-Aviv à Alger, de Detroit à Milan, dessinent un commun des classes populaires dans le monde. Ce soft power des classes populaires fait parfois sortir de leurs gonds les parangons de la mondialisation heureuse. Hillary Clinton en sait quelque chose. Elle n’a non seulement pas compris la demande de protection des classes populaires de la Rust Belt, mais, en plus, elle les a traités de « déplorables ». Qui veut être traité de déplorable ou, de ce côté-ci de l’Atlantique, de Dupont Lajoie ? L’appartenance à la classe moyenne n’est pas seulement définie par un seuil de revenus ou un travail d’entomologiste des populations de l’Insee. C’est aussi et avant tout un sentiment de porter les valeurs majoritaires et d’être dans la roue des classes dominantes du point de vue culturel et économique. Placées au centre de l’échiquier, ces catégories étaient des références culturelles pour les classes dominantes, comme pour les nouveaux arrivants, les classes populaires immigrées. En trente ans, les classes moyennes sont passées du modèle à suivre, l’American ou l’European way of life, au statut de losers. Il y a mieux comme référents pour servir de modèle d’assimilation. Qui veut ressembler à un plouc, un déplorable… ? Personne. Pas même les nouveaux arrivants. L’ostracisation des classes populaires par la classe dominante occidentale, pensée pour discréditer toute contestation du modèle économique mondialisé – être contre, c’est ne pas être sérieux – a, en outre, largement participé à l’effondrement des modèles d’intégration et in fine à la paranoïa identitaire. L’asociété s’est ainsi imposée partout : crise de la représentation politique, citadéllisation de la bourgeoisie, communautarisation. Qui peut dès lors s’étonner que nos systèmes d’organisation politique, la démocratie, soient en danger ? Christophe Guilluy
En 2016, Hillary Clinton traitait les électeurs de son opposant républicain, c’est-à-dire l’ancienne classe moyenne américaine déclassée, de « déplorables ». Au-delà du mépris de classe que sous-tend une expression qui rappelle celle de l’ancien président français François Hollande qui traitait de « sans-dents » les ouvriers ou employés précarisés, ces insultes (d’autant plus symboliques qu’elles étaient de la gauche) illustrent un long processus d’ostracisation d’une classe moyenne devenue inutile.  (…) Depuis des décennies, la représentation d’une classe moyenne triomphante laisse peu à peu la place à des représentations toujours plus négatives des catégories populaires et l’ensemble du monde d’en haut participe à cette entreprise. Le monde du cinéma, de la télévision, de la presse et de l’université se charge efficacement de ce travail de déconstruction pour produire en seulement quelques décennies la figure répulsive de catégories populaires inadaptées, racistes et souvent proches de la débilité. (…) Des rednecks dégénérés du film « Deliverance » au beauf raciste de Dupont Lajoie, la figure du « déplorable » s’est imposée dès les années 1970 dans le cinéma. La télévision n’est pas en reste. En France, les années 1980 seront marquées par l’émergence de Canal +, quintessence de ll’idéologie libérale-libertaire dominante. (…) De la série « Les Deschiens », à la marionnette débilitante de Johnny Hallyday des Guignols de l’info, c’est en réalité toute la production audiovisuelle qui donne libre cours à son mépris de classe. Christophe Guilluy
Étant donné l’état de fragilisation sociale de la classe moyenne majoritaire française, tout est possible. Sur les plans géographique, culturel et social, il existe bien des points communs entre les situations françaises et américaines, à commencer par le déclassement de la classe moyenne. C’est « l’Amérique périphérique » qui a voté Trump, celle des territoires désindustrialisés et ruraux qui est aussi celle des ouvriers, employés, travailleurs indépendants ou paysans. Ceux qui étaient hier au cœur de la machine économique en sont aujourd’hui bannis. Le parallèle avec la situation américaine existe aussi sur le plan culturel, nous avons adopté un modèle économique mondialisé. Fort logiquement, nous devons affronter les conséquences de ce modèle économique mondialisé : l’ouvrier – hier à gauche –, le paysan – hier à droite –, l’employé – à gauche et à droite – ont aujourd’hui une perception commune des effets de la mondialisation et rompent avec ceux qui n’ont pas su les protéger. La France est en train de devenir une société américaine, il n’y a aucune raison pour que l’on échappe aux effets indésirables du modèle. (…) Dans l’ensemble des pays développés, le modèle mondialisé produit la même contestation. Elle émane des mêmes territoires (Amérique périphérique, France périphérique, Angleterre périphérique… ) et de catégories qui constituaient hier la classe moyenne, largement perdue de vue par le monde d’en haut. (…) la perception que des catégories dominantes – journalistes en tête – ont des classes populaires se réduit à leur champ de vision immédiat. Je m’explique : ce qui reste aujourd’hui de classes populaires dans les grandes métropoles sont les classes populaires immigrées qui vivent dans les banlieues c’est-à-dire les minorités : en France elles sont issues de l’immigration maghrébine et africaine, aux États-Unis plutôt blacks et latinos. Les classes supérieures, qui sont les seules à pouvoir vivre au cœur des grandes métropoles, là où se concentrent aussi les minorités, n’ont comme perception du pauvre que ces quartiers ethnicisés, les ghettos et banlieues… Tout le reste a disparu des représentations. Aujourd’hui, 59 % des ménages pauvres, 60 % des chômeurs et 66 % des classes populaires vivent dans la « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des espaces ruraux. (…) Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit. L’antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer. (…) Il y a un mépris de classe presque inconscient véhiculé par les médias, le cinéma, les politiques, c’est énorme. On l’a vu pour l’élection de Trump comme pour le Brexit, seule une opinion est présentée comme bonne ou souhaitable. On disait que gagner une élection sans relais politique ou médiatique était impossible, Trump nous a prouvé qu’au contraire, c’était faux. Ce qui compte, c’est la réalité des gens depuis leur point de vue à eux. Nous sommes à un moment très particulier de désaffiliation politique et culturel des classes populaires, c’est vrai dans la France périphérique, mais aussi dans les banlieues où les milieux populaires cherchent à préserver ce qui leur reste : un capital social et culturel protecteur qui permet l’entraide et le lien social. Cette volonté explique les logiques séparatistes au sein même des milieux modestes. Une dynamique, qui n’interdit pas la cohabitation, et qui répond à la volonté de ne pas devenir minoritaire. (…) La bourgeoisie d’aujourd’hui a bien compris qu’il était inutile de s’opposer frontalement au peuple. C’est là qu’intervient le « brouillage de classe », un phénomène, qui permet de ne pas avoir à assumer sa position. Entretenue du bobo à Steve Jobs, l’idéologie du cool encourage l’ouverture et la diversité, en apparence. Le discours de l’ouverture à l’autre permet de maintenir la bourgeoisie dans une posture de supériorité morale sans remettre en cause sa position de classe (ce qui permet au bobo qui contourne la carte scolaire, et qui a donc la même demande de mise à distance de l’autre que le prolétaire qui vote FN, de condamner le rejet de l’autre). Le discours de bienveillance avec les minorités offre ainsi une caution sociale à la nouvelle bourgeoisie qui n’est en réalité ni diverse ni ouverte : les milieux sociaux qui prônent le plus d’ouverture à l’autre font parallèlement preuve d’un grégarisme social et d’un entre-soi inégalé. (…) Nous, terre des lumières et patrie des droits de l’homme, avons choisi le modèle libéral mondialisé sans ses effets sociétaux : multiculturalisme et renforcement des caommunautarismes. Or, en la matière, nous n’avons pas fait mieux que les autres pays. (…) Le FN n’est pas le bon indicateur, les gens n’attendent pas les discours politiques ou les analyses d’en haut pour se déterminer. Les classes populaires font un diagnostic des effets de plusieurs décennies d’adaptation aux normes de l’économie mondiale et utilisent des candidats ou des référendums, ce fut le cas en 2005, pour l’exprimer. Christophe Guilluy
La réalisation [de « Dupont Lajoie »] ne se fit pas sans difficultés. Le film s’inspire en partie de la vague de meurtres racistes commis dans le sud de la France au début des années 1970, notamment à Marseille durant l’été 1973, mais également d’un fait divers réel s’étant déroulé à Grasse. Le sujet est encore très sensible dans le Var où Boisset souhaite tourner. Ses autorisations de tournage sont souvent retirées, et l’agressivité reste présente autour de l’équipe. (…) Le groupe extrémiste Charles Martel (qui a été notamment l’auteur d’un attentat à la bombe à Marseille en 1973) menace l’équipe de Boisset. Le camping, principal lieu de tournage, est caillassé, et reçoit même des grenades et des cocktails Molotov. Les figurants devant jouer les Maghrébins ne trouvent pas de logement, et l’acteur Mohamed Zinet est même agressé par un groupe de quatre personnes ; hospitalisé, il ne reprendra pas le tournage. Les figurants « blancs », bien que connaissant le scénario, auraient troqué leurs accessoires contre de vrais gourdins, supposant que leurs homologues maghrébins ont quelque chose à se reprocher. La censure veut l’interdire aux moins de seize ans, sauf si Boisset accepte trois coupes : une scène de dialogue, et deux plans (les images où l’on voit le sexe d’Isabelle Huppert, et celui où la tête de la victime de la ratonnade heurte le pavé). Boisset accepte sans sourciller : les plans n’existent pas dans le film, les scènes n’étant que suggérées par la mise en scène. Le film sort dans les salles en février 1975. Mal accueilli par ceux qui ne voulaient voir que l’aspect polémique du sujet, il est parfois soumis au refus des exploitants de salle, qui refusent de le diffuser, comme le patron du cinéma Pathé de la place Clichy, qui craint que le public arabe attiré par le film ne fasse fuir ses « habitués ». Les salles connaissent également des échauffourées à la sortie des séances. Ce film fut aussi un grand succès public, et l’œuvre la plus importante d’Yves Boisset. Il proposait une peinture sans complaisance de gens ordinaires, qui collectivement se laissent gagner par la haine raciste. Caricature et réalisme s’y confondent sans qu’il soit possible de les démêler. La qualité de la distribution assura le succès du film : Carmet en meurtrier lâche et raciste, Lanoux en fier à bras, beauf et ancien d’Algérie, des acteurs généralement sympathiques Marielle, Peyrelon, interprétant avec justesse des personnages aussi odieux qu’ordinaires, archétypes du fameux « Français moyen ». L’animation et jeu Intercamping animé par Léo Tartaffione (Jean-Pierre Marielle) était largement inspirée de l’émission télévisée Intervilles, le nom lui-même de Léo Tartaffione rappelant celui de Léon Zitrone. Wikipedia
Les Deschiens ont un style très personnel et reconnaissable : décor minimaliste (fond de couleur unie, très peu voire aucun élément de mobilier), costumes au kitsch volontaire (vêtements surannés, couleurs démodées, matières bon marché), cadrage immuable (séquences réalisées en plan fixe et en plan séquence). Les dialogues, en langage courant voire relâché, font surgir l’absurde dans le quotidien de personnages incarnant un certain bon sens populaire, mais dont l’ignorance ou l’étroitesse d’esprit vire souvent au burlesque. Les Deschiens font un usage comique des accents régionaux, chaque comédien représentant les stéréotypes d’une région. Ainsi, François Morel et Olivier Saladin représentent la Normandie (Orne pour François Morel et Seine-Maritime pour Olivier Saladin), Bruno Lochet la Sarthe, Philippe Duquesne le Nord-Pas-de-Calais, et Yolande Moreau la Belgique. M. Morel : c’est le personnage principal de la série. Il est extrêmement rationnel, attaché à la vie quotidienne, et n’entend jamais utiliser la technologie moderne. C’est le stéréotype du Français « moyen » et il est hermétique à la culture (principalement aux livres). M. Saladin : c’est un ami de M. Morel avec lequel il discute de toutes sortes de sujets. Il est la plupart du temps dans l’ombre de M. Morel et il cherche toujours à exprimer ses idées, bien qu’il ait du mal à les faire clairement comprendre. Yolande : la femme de M. Morel. Elle suit souvent les préceptes de son mari sur l’éducation de leurs enfants. Elle représente elle aussi un stéréotype : celui de la femme au foyer inculte. Olivier : le fils de M. Morel et de Yolande. Il essaye sans cesse de se cultiver en lisant des ouvrages de littérature classique (Gide, Yourcenar…) au grand dam de ses parents qui l’obligent à avoir des activités moins intellectuelles. Atmen « Atemen » Kelif : c’est « l’arabe de service » qui se fait maltraiter verbalement et physiquement par M. Morel et M. Duquesne. (…) Les auteurs des Deschiens ont été accusés de brocarder la France d’en-bas. François Morel a dit ne pas comprendre qu’on les ait en partie tenus responsables de l’échec de Lionel Jospin en 2002 parce qu’ils auraient « déculpabilisé la gauche bobo enfin autorisée à se moquer des pauvres ». Il attribue ce malentendu à leur réussite qui entraîne des commentaires mettant davantage en avant la portée politique de leurs sketchs que l’aspect humoristique. Gérard Guégan reproche aux Deschiens (et à « l’humour Canal+ » de cette époque) de rendre grotesque par la parodie une seule classe sociale : les ouvriers. Toutefois, les acteurs défendent une démarche théâtrale qui ne vise pas à stigmatiser les « petites gens », bien plutôt, à travers un miroir déformant, à nous renvoyer tous à l’aspect dérisoire de notre vie. Wikipedia
An old man with a straw hat and work shirt appeared at Lewis’ window, talking in. He looked like a hillbilly in some badly cast movie, a character actor too much in character to be believed. I wondered where the excitement was that intrigued Lewis so much; everything in Oree was sleepy and hookwormy and ugly, and most of all, inconsequential. Nobody worth a damn could ever come from such a place. (…) There is always something wrong with people in the country, I thought. In the comparatively few times I had ever been in the rural South I had been struck by the number of missing fingers. Offhand, I had counted around twenty, at least. There had also been several people with some form of crippling or twisting illness, and some blind or one-eyed. No adequate medical treatment maybe. But there was something else. You’d think that farming was a healthy life, with fresh air and fresh food and plenty of exercise, but I never saw a farmer who didn’t have something wrong with him, and most of the time obviously wrong. The catching of an arm in a tractor park somewhere off in the middle of a field where nothing happened but that the sun blazed back more fiercely down the open mouth of one’s screams. And so many snakebites deep in the woods as one stepped over a rotten log, so many domestic animals suddenly turning and crushing one against the splintering side of a barn stall. I wanted none of it, and I didn’t want to be around where it happened either. But I was there, and there was no way for me to escape, except by water, from the country of nine-fingered people. James Dickey
They’re buildin’ a dam across the Cahulawassee River. They’re gonna flood a whole valley, Bobby (…) Dammit, they’re drownin’ the river…Just about the last wild, untamed, unpolluted, unf–ked up river in the South. Don’t you understand what I’m sayin’?…They’re gonna stop the river up. There ain’t gonna be no more river. There’s just gonna be a big, dead lake…You just push a little more power into Atlanta, a little more air-conditioners for your smug little suburb, and you know what’s gonna happen? We’re gonna rape this whole god-damned landscape. We’re gonna rape it. (…) We didn’t lose it – we sold it. Lewis Medlock (principal protagoniste de Delivrance)
 These are the men. Nothing very unusual about them. Suburban guys like you or your neighbor. Nothing very unusual about them until they decided to spend one weekend canoeing down the Cahulawassee River. Ed Gentry – he runs an art service, his wife Martha has a boy Dean. Lewis Medlock has real estate interests, talks about resettling in New Zealand or Uruguay. Drew Ballinger – he’s sales supervisor for a soft drink company. Bobby Trippe – bachelor, insurance and mutual funds. These are the men who decided not to play golf that weekend. Instead, they sought the river. Bande-annonce de Deliverance
Deliverance (1972) is British director John Boorman’s gripping, absorbing action-adventure film about four suburban Atlanta businessmen friends who encounter disaster in a summer weekend’s river-canoeing trip. It was one of the first films with the theme of city-dwellers against the powerful forces of nature. The exciting box-office hit, most remembered for its inspired banjo duel and the brutal, violent action (and sodomy scene), was based on James Dickey’s adaptation of his own 1970 best-selling novel (his first) of the same name – he contributed the screenplay and acted in a minor part as the town sheriff. (…) The increasingly claustrophobic, downbeat film, shot in linear sequence along forty miles of a treacherous river, has been looked upon as a philosophical or mythical allegory of man’s psychological and grueling physical journey against adversity. It came during the 70s decade when many other conspiracy or corruption-related films were made with misgivings, paranoia or questioning of various societal institutions or subject areas, such as the media (i.e., Dog Day Afternoon (1975), Network (1976)), politics (i.e., The Parallax View (1974), All the President’s Men (1976)), science (i.e., Capricorn One (1977), Coma (1978), The China Syndrome (1979)), and various parts of the US itself (i.e., Race with the Devil (1975), The Hills Have Eyes (1977), and later Southern Comfort (1981)). A group of urban dwellers test their manhood and courage, totally vulnerable in the alien wild, and pit themselves against the hostile violence of nature. At times, however, they are attracted to nature, and exhilarated and joyful about their experiences in the wild. (Director Boorman pursued the same complex eco-message theme of man vs. nature in other films, including Zardoz (1973) and The Emerald Forest (1985).) As they progress further and further along in uncharted territory down the rapids, the men ‘rape’ the untouched, virginal wilderness as they are themselves violated by the pristine wilderness and its degenerate, inbred backwoods inhabitants. Survivalist skills come to the forefront when civilized standards of decency and logic fail. (…) The river is the potent personification of the complex, natural forces that propel men further and further along their paths. It tests their personal values, exhibiting the conflict between country and city, and accentuates what has been hidden or unrealized in civilized society. The adventurers vainly seek to be ‘delivered’ from the evil in their own hearts, and as in typical horror films, confront other-worldly forces in the deep woods. The flooding of the region after the completion of a dam construction project alludes to the purification and cleansing of the sins of the world by the Great Flood. The film was also interpreted as an allegory of the US’ involvement in the Vietnam War – as the men (the US military) intruded into a foreign world (Southeast Asia), and found it was raped or confronted by wild forces it couldn’t understand or control.The film opens with voice-overs of the main characters discussing the « vanishing wilderness » and the corruption of modern civilization, while the credits play over views of the flooding of one of the last untamed stretches of land, and the imminent wiping out of the entire Cahulawassee River and the small town of Aintry. (…) They leave behind their business jobs and civilized values for their « last chance » to go back to unspoiled nature for a weekend of canoeing, hunting, and fishing, in northern Georgia’s scenic Appalachian wilderness. (…) More threatening than the untamed river are two evil, violent, primitive, degenerate and hostile mountain men, a gay hillbilly (Bill McKinney) and a grizzly, toothless man (Herbert « Cowboy » Coward) armed with a 12 gauge double-barreled shotgun who suddenly appear from the woods and confront the intruders. [The wilderness isn’t populated with romantic survivalists or enobled, heroic characters as in adventure stories, but sadistic brutes.] The two inexperienced, naive adventurers, assuming that the menacing backwoodsmen (who are harrassing them) are hiding a still to manufacture bootleg whiskey, promise not to tell anyone where it is located. Even away from his urban citified element, Ed maintains an inappropriate decorum of decency and ineffectually calls the animalistic rednecks ‘gentlemen’ (…) At shotgun point, in a nightmarish and frightening sequence, the two sexually-perverted rustics viciously target them. They order them up into the woods where they tie Ed (with his own belt) to a tree. The mountain man sexually humiliates Bobby – the chubby-faced, defenseless intruder into his territory. (…) Returning home, Ed is ‘delivered’ from the malevolent horrors of nature and reunited with his wife (Belinda Beatty) and son (Charlie Boorman, the director’s son who played a major role in The Emerald Forest (1985)). The final frightening image is of Ed, snapping awake next to his wife from a vivid nightmare of his journey. He is fearfully haunted by a white, bony hand (of the murdered Mountain Man) rising above the surface of the water of the newly-flooded wilderness. The man’s stiff, outstretched hand – pointing nowhere – serves as a signpost. Ed lies back in his wife’s arms – unable to rest and experience ‘deliverance’ from his recurring nightmare of their experience with extreme violence. Filmsite
And we all know what happens to funny city people in rural Georgia. Jon Stewart (The Daily Show)
We were portrayed as ignorant, backward, scary, deviant, redneck hillbillies. That stuck with us through all these years and in fact that was probably furthest from the truth. These people up here are a very caring, lovely people.  There are lots of people in Rabun County that would be just as happy if they never heard the word, ‘Deliverance’ again. Stanley “Butch” Darnell  (Rabun County Commissioner)
Dickey’s novel created for readers an Appalachia that served as the site of a collective ‘nightmare,’ to use a term adopted by several of Dickey’s reviewers. The rape of city men by leering ‘hicks,’ central to the novel… became almost synonymous with popular conceptions of the mountain South. (…) Dickey preferred to claim that he grew up in the mountains. He attributed his blustery aggressiveness to his ‘North Georgia folk heritage’ and averred, ‘My people are all hillbillies. I’m only second-generation city.’” [But] though Dickey’s ancestors had indeed lived in mountainous Fannin County, Georgia, they were not the plain folks he made them out to be. He failed to acknowledge that they were slaveholders and among the largest landowners and wealthiest residents of the county. Dickey’s romantic — and racist — vision of Appalachia as a place apart stayed with him his entire life. (…) The consequences of fictional representation have never been more powerful for the imagination of mountainness — or perhaps even for southernness, ruralness, and ‘primitiveness’ more generically — than in the case of ‘Deliverance. (…) Indeed, it would be difficult to overstate the thoroughness with which ‘Deliverance,’ transformed by Dickey and director John Boorman into a film classic, has imbricated itself into Americans’ understanding and worldview. From the ubiquitous rendition of the ‘Dueling Banjos’ theme song to allude to danger from hicks to bumper stickers for tourists reading, ‘Paddle faster, I hear banjoes,’ the novel and film have created artifacts that many of us encounter on an almost weekly basis. (…) Southern hopes for self-promotion were evident at the film’s premiere in Atlanta. “Dickey leaned over to say to Jimmy Carter, then the governor: ‘Ain’t no junior league movie is it, Governor?’ ‘It’s pretty rough,’ Carter agreed, ‘but it’s good for Georgia.’ Carter paused. ‘It’s good for Georgia. I hope.’” Emily Satterwhite
The release of “Deliverance” was, without question, a difficult time for rural Southerners. The mountaineers of “Deliverance” were “crippled misfits and savage sodomizers of the North Georgia wilderness” who terrorize the foursome of Atlanta canoeists who simply want to run the rapids of the fictitious Cahulawassee River. Indisputably the most influential film of the modern era in shaping national perceptions of southern mountaineers and rural life in general, Deliverance’s portrayal of degenerate, imbecilic, and sexually voracious predators bred fear into several generations of Americans.  As film scholar Pat Arnow only partly facetiously argued in 1991, the film ‘is still the greatest incentive for many non-Southerners to stay on the Interstate.’” (…) The film’s infamous scenes of sodomy at gunpoint and of a retarded albino boy lustily playing his banjo became such instantly recognizable shorthand for demeaning references to rural poor whites that comedians needed to say only ‘squeal like a pig’ or hum the opening notes of the film’s guitar banjo duet to gain an immediate visceral reaction from a studio audience. (…) To (the character) Lewis (and Dickey), the mountain folk’s very backwardness and social isolation has allowed them to retain a physical and mental toughness and to preserve a code of commitment to family and kin that has long ago been lost in the rush to a commodified existence. Lewis praised the ‘values’ passed down from father to son. But all of that meaning appeared to be lost in the film. Instead, Hollywood was much more interested in the horrific tale and captivating adventure of traveling down a North Georgia river being chased by crazed hillbillies. (…) Resentment grew even while the film was being made. As word of how the mountaineers were being portrayed spread, (James Dickey’s son) Christopher Dickey, who was staying with his family in a low-budget motel and had more contact with the local residents acting or working on the set than did Boorman and the lead actors staying in chalets at a nearby golf resort, began to fear for his safety. Shaped by a century of media depictions of brutally violent mountaineers, he worried that some ‘real mountain men’ with ‘real guns’ might ‘teach some of these movie people a lesson.’” Anthony Harkins (Western Kentucky University)
The movie, « Deliverance, » made tourist dollars flow into the area, but there was one memorable, horrifying male rape scene that lasted a little more than four minutes, but has lasted 40 years inside the hearts and minds of the people who live here. Locals say the film painted the county’s residents as deviant, uneducated mountain folk. (…) But despite any negative stereotypes, the Rabun County Convention and Visitor’s Bureau says more than a quarter-million people flock to the area each year to shoot the same rapids they saw come to life on the big screen. (…) County officials say tourism brings in $42 million a year in revenue, which makes for a huge surplus for a county whose operating budget is about $17 million. These days, the county has an 80% high school graduation rate, and its average home price is more than $300,000. (…) The area has become a playground for high-end homeowners with lakefront property in the multimillion-dollar range on places like Lake Burton, which has 62 miles of shoreline. (…) Indeed, downtown shops and art galleries convey an image far from anything portrayed in the 1972 film. Jeanne Kronsoble (…) said (…) « When people build houses and they come here, they need art on their walls. » But despite this prosperity, the 40-year pain has managed to hang on, because so many people saw a fictional film. « There are lots of people in Rabun County that would be just as happy if they never heard the word, ‘Deliverance’ again, » Darnell said. CNN
The portrait of mountain people as toothless, sexual deviants in a “country of nine-fingered people” was too much for many Southerners to accept. (…) By the time director John Boorman brought “Deliverance” to the big screen in 1972 starring Burt Reynolds as Lewis and Jon Voight as Ed, the damage to the South’s reputation was in full force. (…) Ironically, the movie’s most memorable line, “Squeal like a pig!” was never a part of the book. It was allegedly improvised by the actor during filming. But the South wanted to still promote Dickey, an accomplished Atlanta author, so articles in the Columbia Record and other South Carolina and Georgia newspapers frequently featured Dickey’s novel. The film version of “Deliverance” was also honored at the Atlanta film festival. (…) Although many people in the region still bristle at the movie’s portrayal of locals as ignorant hillbillies, there were some major benefits to the book and film. (…) Both helped create the more than $20 million rafting and outdoor sports industry along the Chattooga River in North Georgia. In 2012, the national media descended on Rabun County again when reporters quickly learned the film’s 40th anniversary was going to be celebrated during the Chattooga River Festival. (…) The Rabun County Convention and Visitor’s Bureau also pointed out that tourism brings in more than $42 million a year in revenue, which makes for a huge surplus for a county whose operating budget was about $17 million at the time. (…) “It is hard to believe that 40 years have passed since this movie first brought fame to the Northeast Georgia Mountains,” Tanya Jacobson-Smith wrote on the grill’s website promoting the festival. “Much has happened over the years here in Rabun County Georgia and around the world. Some good, some bad. Some still believe the movie was a poor portrayal of this county and it’s people. Other’s believe it is at least part of what has helped this region survive.” (…) “When ‘Deliverance’ was released in 1972, it was for many outside the community their first introduction to the beauty of the Blue Ridge Mountains, and the ways of the people living and working in their shadow,” she wrote. “Many of us (myself included) saw the breathtaking beauty of this area for the first time via the big screen. We caught a glimpse into the lives of the people who inhabit this place, some good and some not so good. There are those who believe that ‘Deliverance’ made the mountain people seem ‘backwards, uneducated, scary, and even deviant.’ I believe there were also many who, like myself, saw a people of great strength, caring and compassion. A community knit together by hardship, sharing and caring for each other and willing to help anyone who came along. (…) Most importantly ‘Deliverance’ introduced the world to the natural beauty of this mountain region, the unforgettable sounds of the Appalachian music and the wild excitement of river rafting. Drawn here by what they saw on the big screen, tourists flocked to the area to see and experience for themselves the good things they had seen in the movie. (…) “Forty years later, people from all over the world still come to this area to experience the beauty and simplicity of mountain living,” she wrote. “It is here in these beautiful mountains that ‘strangers’ find a vibrant community of lifelong residents and newcomers, working together to maintain a quality of life that has been lost in much of today’s world.” (…) But there was also some growing pains. Thousands of “suburbanites” flocked to the river in search of whitewater thrills and exhibited what author Anthony Harkins calls “the Deliverance syndrome.” These individuals showed the “same lack of respect and reverence for the river that the characters in the film had displayed,” Harkins wrote, adding “to the shame of local guides, some even would make pig squeals when they reached the section of the river where the rape scene had been filmed.” Some of those individuals paid a price. “Seventeen people drowned on the river between 1972 and 1975, most with excessive blood-alcohol levels, until new regulations were imposed when the river was officially designated Wild and Scenic in 1974,” Harkins wrote. Stacey Edson
Since its release, [Deliverance] has provoked passionate critiques, inspired different analyses, and has become a cult phenomenon. The imagery, stereotypes, and symbols produced by the film still inform popular perceptions of the US South, even by those who have never actually watched it. (…) The “rise of the Sunbelt” brought Dixie economic and political power, creating a need for the reconfiguration of the traditional North vs. South identity dynamic. World War II government defense spending led to an impressive economic development of the region. The New South economy and the migration of people and jobs below the Mason-Dixon line produced rapid urbanization and industrialization, contributing to the rise of education and income levels and an upheaval to the system of racial segregation. (…) If the 1970s delivered films and television series that presented southern white working-class men as charming rebels, it also solidified the image of a degenerate « race » of underclass southern whites, marking the rise of the redneck nightmare movie. (…) According to The New Encyclopedia of Southern Culture, “Deliverance has powerfully shaped national perceptions of Appalachia, the South, and indeed all people and places perceived as ‘backwoods.’” It has done so, in no small part, by ushering in a host of similar films inaugurating a new subgenre in Hollywood and independent US cinema. (…) It has been spoofed, parodied, and referenced in countless movies, TV shows, and cartoons since its release. Furthermore, references