Réouverture du Musée de l’homme: Attention, une bondieuserie peut en cacher une autre (Archeology of violence: No war, please, we’re cavemen)

cainandabelPrehistoricSacrificeAdam raised a Cain. Bruce Springsteen
Why have we every reason to believe that Adam and Eve were both rowdies? Because they both raised Cain. St. Louis Daily Pennant (May 2, 1840)
Je pense qu’il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort, à déchirer par tourments et par géhennes un corps encore plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux (comme nous l’avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entre des voisins et concitoyens, et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion), que de le rôtir et manger après qu’il est trépassé. Il ne faut pas juger à l’aune de nos critères. (…) Je trouve… qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. (…) Leur guerre est toute noble et généreuse, et a autant d’excuse et de beauté que cette maladie humaine en peut recevoir ; elle n’a d’autre fondement parmi eux que la seule jalousie de la vertu… Ils ne demandent à leurs prisonniers autre rançon que la confession et reconnaissance d’être vaincus ; mais il ne s’en trouve pas un, en tout un siècle, qui n’aime mieux la mort que de relâcher, ni par contenance, ni de parole, un seul point d’une grandeur de courage invincible ; il ne s’en voit aucun qui n’aime mieux être tué et mangé, que de requérir seulement de ne l’être pas. Ils les traitent en toute liberté, afin que la vie leur soit d’autant plus chère ; et les entretiennent communément des menaces de leur mort future, des tourments qu’ils y auront à souffrir, des apprêts qu’on dresse pour cet effet, du détranchement de leurs membres et du festin qui se fera à leurs dépens. Tout cela se fait pour cette seule fin d’arracher de leur bouche parole molle ou rabaissée, ou de leur donner envie de s’enfuir, pour gagner cet avantage de les avoir épouvantés, et d’avoir fait force à leur constance. Car aussi, à le bien prendre, c’est en ce seul point que consiste la vraie victoire. Montaigne
Etrange destinée, étrange préférence que celle de l’ethnographe, sinon de l’anthropologue, qui s’intéresse aux hommes des antipodes plutôt qu’à ses compatriotes, aux superstitions et aux mœurs les plus déconcertantes plutôt qu’aux siennes, comme si je ne sais quelle pudeur ou prudence l’en dissuadait au départ. Si je n’étais pas convaincu que les lumières de la psychanalyse sont fort douteuses, je me demanderais quel ressentiment se trouve sublimé dans cette fascination du lointain, étant bien entendu que refoulement et sublimation, loin d’entraîner de ma part quelque condamnation ou condescendance, me paraissent dans la plupart des cas authentiquement créateurs. (…) Peut-être cette sympathie fondamentale, indispensable pour le sérieux même du travail de l’ethnographe, celui-ci n’a-t-il aucun mal à l’acquérir. Il souffre plutôt d’un défaut symétrique de l’hostilité vulgaire que je relevais il y a un instant. Dès le début, Hérodote n’est pas avare d’éloges pour les Scythes, ni Tacite pour les Germains, dont il oppose complaisamment les vertus à la corruption impériale. Quoique évoque du Chiapas, Las Casas me semble plus occupé à défendre les Indiens qu’à les convertir. Il compare leur civilisation avec celle de l’antiquité gréco-latine et lui donne l’avantage. Les idoles, selon lui, résultent de l’obligation de recourir à des symboles communs à tous les fidèles. Quant aux sacrifices humains, explique-t-il, il ne convient pas de s’y opposer par la force, car ils témoignent de la grande et sincère piété des Mexicains qui, dans l’ignorance où ils se trouvent de la crucifixion du Sauveur, sont bien obligés de lui inventer un équivalent qui n’en soit pas indigne. Je ne pense pas que l’esprit missionnaire explique entièrement un parti-pris de compréhension, que rien ne rebute. La croyance au bon sauvage est peut-être congénitale de l’ethnologie. (…) Nous avons eu les oreilles rebattues de la sagesse des Chinois, inventant la poudre sans s’en servir que pour les feux d’artifice. Certes. Mais, d’une part l’Occident a connu lui aussi la poudre sans longtemps l’employer pour la guerre. Au IXe siècle, le Livre des Feux, de Marcus Graecus en contient déjà la formule ; il faudra attendre plusieurs centaines d’années pour son utilisation militaire, très exactement jusqu’à l’invention de la bombarde, qui permet d’en exploiter la puissance de déflagration. Quant aux Chinois, dès qu’ils ont connu les canons, ils en ont été acheteurs très empressés, avant qu’ils n’en fabriquent eux-mêmes, d’abord avec l’aide d’ingénieurs européens. Dans l’Afrique contemporaine, seule la pauvreté ralentit le remplacement du pilon par les appareils ménagers fabriqués à Saint-Étienne ou à Milan. Mais la misère n’interdit pas l’invasion des récipients en plastique au détriment des poteries et des vanneries traditionnelles. Les plus élégantes des coquettes Foulbé se vêtent de cotonnades imprimées venues des Pays-Bas ou du Japon. Le même phénomène se produit d’ailleurs de façon encore plus accélérée dans la civilisation scientifique et industrielle, béate d’admiration devant toute mécanique nouvelle et ordinateur à clignotants. (…) Je déplore autant qu’un autre la disparition progressive d’un tel capital d’art, de finesse, d’harmonie. Mais je suis tout aussi impuissant contre les avantages du béton et de l’électricité. Je ne me sens d’ailleurs pas le courage d’expliquer leur privilège à ceux qui en manquent. (…) Les indigènes ne se résignent pas à demeurer objets d’études et de musées, parfois habitants de réserves où l’on s’ingénie à les protéger du progrès. Étudiants, boursiers, ouvriers transplantés, ils n’ajoutent guère foi à l’éloquence des tentateurs, car ils en savent peu qui abandonnent leur civilisation pour cet état sauvage qu’ils louent avec effusion. Ils n’ignorent pas que ces savants sont venus les étudier avec sympathie, compréhension, admiration, qu’ils ont partagé leur vie. Mais la rancune leur suggère que leurs hôtes passagers étaient là d’abord pour écrire une thèse, pour conquérir un diplôme, puisqu’ils sont retournés enseigner à leurs élèves les coutumes étranges, « primitives », qu’ils avaient observées, et qu’ils ont retrouvé là-bas du même coup auto, téléphone, chauffage central, réfrigérateur, les mille commodités que la technique traîne après soi. Dès lors, comment ne pas être exaspéré d’entendre ces bons apôtres vanter les conditions de félicité rustique, d’équilibre et de sagesse simple que garantit l’analphabétisme ? Éveillées à des ambitions neuves, les générations qui étudient et qui naguère étaient étudiées, n’écoutent pas sans sarcasme ces discours flatteurs où ils croient reconnaître l’accent attendri des riches, quand ils expliquent aux pauvres que l’argent ne fait pas le bonheur, – encore moins, sans doute, ne le font les ressources de la civilisation industrielle. À d’autres. Roger Caillois (1974)
On m’a traité de sale juif dès l’école communale (…) Se découvrir subitement contesté par une communauté dont on croyait être partie intégrante peut conduire un jeune esprit à prendre quelque distance à l’égard de la réalité sociale, contraint qu’il est de la considérer simultanément du dedans où il se sent et du dehors où on le met. Claude Lévi-Strauss
Je lui reste fidèle [à Marx], non pas, disons, sur le plan des idées politiques, mais parce que je lui suis redevable de deux idées qui restent pour moi centrales et qui ont toujours orienté ma pensée. (…) Qui sont : 1. La conscience, qu’elle soit individuelle ou collective, est trompeuse vis-à-vis d’elle-même et, par conséquent, si l’on veut atteindre des réalités plus solides, il faut descendre en dessous du niveau de la conscience, ce qui, pour moi. n’est pas autre chose que transposer aux sciences humaines et sociales la distinction philosophique de Locke et de Descartes entre qualités secondes et qualités premières (les qualités secondes sont trompeuses ; les qualités premières, elles, correspondent à la réalité). 2. Marx m’a enseigné, parce que je crois que c’est lui qui l’a inventée, la méthode des modèles dans les sciences humaines et sociales. Après tout, cet énorme « Capital » n’est rien d’autre qu’un modèle construit en laboratoire, que l’on fait fonctionner et qu’on met à l’épreuve des  » faits ethnographiques « , si je puis dire : les rapports des inspecteurs de fabrique, et autres, pour voir si le modèle est conforme au réel. Claude Lévi-Strauss
J’ai réagi contre cette tendance qui consiste à banaliser la notion de racisme, qui désigne une doctrine fausse mais précise à en faire une sorte d’amalgame qui ne veut plus rien dire. Quand on dénonce comme racistes un attachement à certaines valeurs, un manque de goût pour d’autres – attitudes excusables ou blâmables, mais profondément ancrées dans les communautés humaines – on aboutit à ceci : les gens a qui on fait ce reproche se disent « Si c’est ça le racisme, alors, moi, je suis raciste ». Et il me semble qu’on fabrique ainsi des racistes. Claude Lévi-Strauss
Si un corps de garde pouvait être religieux, l’Islam paraîtrait sa religion idéale: stricte observance des règlements (prières cinq fois par jour, chacune exigeant cinquante génuflexions); revues de détail et soins de propreté (les ablutions rituelles); promiscuité masculine dans la vie spirituelle comme dans l’accomplissement des fonctions religieuses; et pas de femmes. (…) En face de la bienveillance universelle du bouddhisme, du désir chrétien de dialogue, l’intolérance musulmane adopte une forme inconsciente chez ceux qui s’en rendent coupables ; car s’ils ne cherchent pas toujours, de façon brutale, à amener autrui à partager leur vérité, ils sont pourtant (et c’est plus grave) incapables de supporter l’existence d’autrui comme autrui. Le seul moyen pour eux de se mettre à l’abri du doute et de l’humiliation consiste dans une “néantisation” d’autrui, considéré comme témoin d’une autre foi et d’une autre conduite. La fraternité islamique est la converse d’une exclusive contre les infidèles qui ne peut s’avouer, puisque, en se reconnaissant comme telle, elle équivaudrait à le reconnaître eux-mêmes comme existants. (…) Plus précisément encore, il m’a fallu rencontrer l’Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd’hui la pensée française. Je pardonne mal au premier de me présenter notre image, de m’obliger à constater combien la France est en train de devenir musulmane … Claude Lévi-Strauss (Tristes tropiques)
J’ai commencé à réfléchir à un moment où notre culture agressait d’autres cultures dont je me suis alors fait le défenseur et le témoin. Maintenant, j’ai l’impression que le mouvement s’est inversé et que notre culture est sur la défensive vis-à-vis des menaces extérieures, parmi lesquelles figure probablement l’explosion islamique. Du coup je me sens fermement et ethnologiquement défenseur de ma culture. Claude Lévi-Strauss (Magazine littéraire, 2003)
En ce qui concerne l’aspect théologique de la question, il est toujours pénible pour moi. Je suis déconcerté. Je n’avais aucune intention d’écrire en faveur de l’athéisme mais, où que je regarde autour de nous, j’avoue qu’il m’est impossible de voir aussi clairement que d’autres, et comme je le voudrais bien, la preuve d’un dessein et d’une bienveillance. Il me semble qu’il y a trop de misère dans le monde. Je ne peux pas me persuader qu’un dieu bienveillant et tout-puissant aurait créé exprès les ichneumonidés dans l’intention qu’ils se nourrissent du corps vivant de chenilles ou le chat pour qu’il jouât avec les souris… D’un autre côté, en revanche, je ne peux pas me contenter de voir cet univers magnifique et surtout la nature de l’homme et conclure que tout cela n’est que le résultat de forces brutes. Je suis disposé à regarder toute chose comme provenant de lois faites à dessein, mais dont les détails, soit bons soit mauvais, auraient été abandonnés à ce que nous pouvons appeler le hasard. Charles Darwin
Si intentionnellement, nous en arrivions à négliger les faibles et les sans défenses, cela ne pourrait être que pour un bénéfice incertain, au prix d’un crime actuel accablant . Nous devons donc accepter les effets, sans aucun doute néfaste, de la survie et de la propagation des faibles. (…) Bien que la lutte pour l’existence ait été et est toujours importante,  il y a, en ce qui concerne les parties les plus hautes de la nature humaine d’autres forces à l’oeuvre plus importante. En effet    les qualités morales progressent, de manière directe ou indirecte, beaucoup plus à travers les effets des coutumes, de la raison, de l’instruction, de la religion, etc., qu’à travers la sélection naturelle. Darwin (1871)
Dans nos sociétés occidentales, nous éloignons les indésirables, tandis que dans d’autres sociétés, on les ingère! Lévi-Strauss va très loin dans le relativisme culturel. Roland Pourtier (géographe)
Notre démocratie extrême, qui enjoint le respect absolu des « identités », rejoint le fondamentalisme qui punit de mort l’apostat. Il n’y a plus de changement légitime, parce qu’il n’y a plus de préférence légitime. Sous le flash de son unité proclamée, l’humanité s’immobilise par une liturgie continuelle et interminable d’adoration de soi. Pierre Manent
L’inauguration majestueuse de l’ère “post-chrétienne” est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en “radicalisant” le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et “radicalise” le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
Aujourd’hui on repère les boucs émissaires dans l’Angleterre victorienne et on ne les repère plus dans les sociétés archaïques. C’est défendu. René Girard
Le passage du sacrifice humain au sacrifice animal (…) représente un progrès immense (…) que le judaïsme est le seul à interpréter dans le sacrifice d’Isaac. Le seul à le symboliser dans une grande scène qui est une des premières scènes de l’Ancien Testament. Il ne faut pas oublier ce dont ce texte tient compte et dont la tradition n’a pas assez tenu compte : tout l’Ancien Testament  se situe dans le contexte du sacrifice du premier né. Rattacher le christianisme au sacrifice du premier né est absurde, mais derrière le judaïsme se trouve ce qu’il y a dans toutes les civilisations moyen-orientales, en particulier chez les Phéniciens : le sacrifice des enfants. Lorsque Flaubert le représente dans  Salambo, Sainte-Beuve avait bien tort de se moquer de lui parce que ce dont parle Flaubert est très réel. Les chercheurs ont découvert dans les cimetières de Carthage des tombes qui étaient des mélanges d’animaux à demi-brulés et d’enfants à la naissance à demi-brulés. Il a beaucoup été reproché à Flaubert la scène du dieu Moloch où les parents carthaginois jettent leurs enfants dans la fournaise. Or, les dernières recherches lui donnent raison contre Sainte-Beuve. En définitive, c’est le romancier qui a raison : cette scène est l’un des éléments les plus terrifiants et magnifiques de  Salambo. La mode intellectuelle de ces dernières années selon laquelle la violence a été inventée par le monde occidental à l’époque du colonialisme est une véritable absurdité et les archéologues n’en ont pas tenu compte. Aux Etats-Unis, des programmes de recherche se mettent en place notamment sur les Mayas. Ces derniers ont souvent été considérés comme des « anti-Aztèques » : ils n’auraient pas pratiqué de sacrifices humains. Pourtant, dès que l’on fait la moindre fouille, on découvre des choses extraordinaires : chez les Mayas, il y a des kilomètres carrés de villes enfouies. C’est une population formidable avec de nombreux temples et les traces du sacrifice humain y sont partout : des crânes de petits-enfants mêlés à des crânes d’animaux. (…) Ce qu’il y a de plus frappant dans l’histoire de Caïn et Abel c’est que le texte nous dit : la première société fut fondée par Caïn mais il n’est pas dit comment. En réalité, l’acte fondateur c’est le meurtre d’Abel. (…) Il est facile de trouver les textes évangéliques sur le fait que Satan est meurtrier depuis le commencement : « Vous êtes du diable, votre père. Il était homicide dès le commencement » (St Jean, 8, 44). (…) Il y a peut-être, paradoxalement, une raison qui est visible dans l’islam. Abel est celui qui sacrifie des animaux et nous sommes au stade : Abel n’a pas envie de tuer son frère peut-être parce qu’il sacrifie des animaux et Caïn, c’est l’agriculteur. Et là, il n’y a pas de sacrifices d’animaux. Caïn n’a pas d’autre moyen d’expulser la violence que de tuer son frère. Il y a des textes tout à fait extraordinaires dans le Coran qui disent que l’animal envoyé par Dieu à Abraham pour épargner Isaac est le même animal qui est tué par Abel pour l’empêcher de tuer son frère. Cela est fascinant et montre que le Coran n’est pas insignifiant sur le plan biblique. C’est très métaphorique mais d’une puissance incomparable. Cela me frappe profondément. Vous avez des scènes très comparables dans l’Odyssée, ce qui est extraordinaire. Celles du Cyclope. Comment échappe-t-on au Cyclope ? En se mettant sous la bête. Et de la même manière qu’Isaac tâte la peau de son fils pour reconnaître, croit-il, Jacob alors qu’il y a une peau d’animal, le Cyclope tâte l’animal et voit qu’il n’y a pas l’homme qu’il cherche et qu’il voudrait tuer. Il apparaît donc que dans l’Odyssée l’animal sauve l’homme. D’une certaine manière, le troupeau de bêtes du Cyclope est ce qui sauve. On retrouve la même chose dans les Mille et une nuits, beaucoup plus tard, dans le monde de l’islam et cette partie de l’histoire du Cyclope disparaît, elle n’est plus nécessaire, elle ne joue plus un rôle. Mais dans l’Odyssée il y a une intuition sacrificielle. (…) On peut dire que cela aboutit à des déchaînements de rivalité mimétique, d’opposition de frères ennemis. La principale opposition de frères ennemis dans l’Histoire, c’est bien les juifs et les chrétiens. Mais le premier christianisme est dominé par l’Epître aux Romains qui dit : la faute des juifs est très réelle, mais elle est votre salut. N’allez surtout pas vous vanter vous chrétiens. Vous avez été greffés grâce à la faute des juifs. On voit l’idée que les chrétiens pourraient se révéler tout aussi indignes de la Révélation chrétienne que les juifs se sont révélés indignes de leur révélation. Je crois profondément que c’est là qu’il faut chercher le fondement de la théologie contemporaine. Le livre de Mgr Lustiger, La Promesse, est admirable notamment ce qu’il dit sur le massacre des Innocents et la Shoah. Il faut reconnaître  que le christianisme n’a pas à se vanter. Les chrétiens héritent de Saint Paul et des Evangiles de la même façon que les Juifs héritaient de la Genèse et du Lévitique et de toute la Loi. Mais ils n’ont pas compris cela puisqu’ils ont continué à se battre et à mépriser les Juifs. (…)  ils ont recréé de l’ordre sacrificiel. Ce qui est historiquement fatal et je dirais même nécessaire. Un passage trop brusque aurait été impossible et impensable. Nous avons eu deux mille ans d’histoire et cela est fondamental. Mon travail a un rapport avec la théologie, mais il a aussi un rapport avec la science moderne en ceci qu’il historicise tout. Il montre que la religion doit être historicisée : elle fait des hommes des êtres qui restent toujours violents mais qui deviennent plus subtils, moins spectaculaires, moins proches de la bête et des formes sacrificielles comme le sacrifice humain. Il se pourrait qu’il y ait un christianisme historique qui soit une nécessité historique. Après deux mille ans de christianisme historique, il semble que nous soyons aujourd’hui à une période charnière – soit qui ouvre sur l’Apocalypse directement, soit qui nous prépare une période de compréhension plus grande et de trahison plus subtile du christianisme. Nous ne pouvons pas fermer l’histoire et nous n’en avons pas le droit. (…) Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde :on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème !  (…) L’Amérique connaît bien cela. Il est évident que la non-différence de classe ne tarit pas les rivalités mais les excite à mort avec tout ce qu’il y a de bon et de mortel dans ce phénomène. (…) Je crois que le moment décisif en Occident est l’invention de l’hôpital. Les primitifs s’occupent de leurs propres morts. Ce qu’il y a de caractéristique dans l’hôpital c’est bien le fait de s’occuper de tout le monde. C’est l’hôtel-Dieu donc c’est la charité. Et c’est visiblement une invention du Moyen-Age. Tout ce qu’il y a de bon dans notre société peut faire l’objet d’abus. René Girard
Si l’on accepte que les sacrifices d’enfants étaient pratiqués à relativement grande échelle, on commence à comprendre ce qui était peut-être la raison d’être de la fondation de cette colonie. Peut-être que la raison pour laquelle les fondateurs de Carthage et des cités voisines ont quitté leur terre natale de Phénicie – le Liban moderne – était justement cette pratique religieuse inhabituelle qui leur était reprochée. Peut-être que les futurs Carthaginois étaient comme les Pères pèlerins qui fuyèrent Plymouth – tellement fervents dans leur dévotion à leurs dieux qu’ils n’étaient plus bienvenus chez eux. Rejeter l’idée du sacrifice d’enfant nous prive tout simplement d’une vue d’ensemble. Dr Josephine Quinn
Non, Allahou Akbar n’est pas un cri de guerre ! C’est aussi ce que les musulmans murmurent à l’oreille des nouveaux nés…  Libération
L’islamophobie est une vilaine maladie. Mais elle se soigne. Et le remède – résultats garantis – se trouve dans Libération. Ce journal est en pointe dans la recherche visant à éradiquer l’islamophobie. C’est pourquoi dans sa rubrique « Desintox » en partenariat avec Arte (son et image) il a consacré plusieurs minutes à cette terrible maladie dont on sait qu’elle est dangereusement contagieuse. Pasteur avait découvert le vaccin contre la rage. Libération a trouvé le vaccin contre l’islamophobie. Et c’est titré : « Non Allahou Akbar n’est pas un cri de guerre ! ». Nous, intoxiqués que nous étions, on ne savait pas. Le poison était dans nos veines. Quand les égorgeurs de Daesh tranchaient la gorge de leurs prisonniers nous avions entendus sur leurs vidéos : « Allahou Akbar ! ». Les mêmes mots avaient accompagnés dans leur travail Mohammed Merah, Mehdi Nemmouche, les frères Kouachi, Coulibaly. On avait entendu « Alahou Akbar ! » quand les guerriers de Boko Haram convertissaient de force les jeunes chrétiennes qu’ils avaient enlevées. C’est, nous avait-il semblé, en criant « Allahou Akbar ! » que les chébabs somaliens avaient démembrés des enfants (non musulmans) dans un hôtel de Nairobi. Et telles furent les derniers mots, nous avait-on dit, de ceux qui écrasèrent leurs avions le 11 Septembre 2001 sur les Twin Towers. Des dizaines d’autres exemples nous sont fournis par les radios et les télés, toutes apparemment islamophobes. Comment n’aurions-nous pas été intoxiqués ? Heureusement, Libération est là pour nous expliquer qu’en dépit de ces très fâcheuses coïncidences, que « Allahou Akbar n’est pas un cri de guerre ! ». Des détails nous sont donnés pas le journal. Un musulman voyant son équipe marquer un but lors d’un match de foot manifestera sa joie par « Allahou Akbar ! ». Et les premiers mots qu’un musulman murmure à l’oreille de son nouveau-né c’est aussi « Allahou Akbar ! ». Rien que de la joie et de la tendresse. Le zèle de Libération a quelque chose de pathétique. Que ne ferait-on pas pour recouvrir d’un voile épais une mare de sang ? Il faut maintenant aller plus loin et arrêter avec Daesh et consorts. Libération a certainement assez d’influence pour exiger de Canal + la retransmission intégrale des matchs de foot des équipes du Golfe avec les « Allahou Akbar ! » des supporters. Il parait indispensable que les chaines de télé diffusent les images touchantes des papas musulmans chuchotant « Allahou Akbar ! » dans l’oreille de leur nouveau-né. Comme ça on pourra oublier que c’est également ce que chuchotent les hommes de Daesh dans les oreilles des filles yazidis avant de les violer… Altantico
Les Blancs, ça n’existe pas, mais il y en a trop partout – à l’Assemblée, dans l’entreprise et, bien entendu, à la télé. Cet heureux oxymore qui constitue le cœur du credo antiraciste vient d’être illustré spectaculairement par le CSA. Quelques jours après que toute la France convenable s’était étranglée de rage parce que Nadine Morano avait parlé de « race blanche », le « gendarme de l’audiovisuel » – qui ne traque rien d’autre que de supposés dérapages langagiers – tance la télévision française, coupable de ne montrer que 14 % de « personnes perçues comme non blanches » – non, je n’invente rien, c’est la terminologie employée par nos supposés sages. Et en prime de ne pas montrer sous un assez bon jour les perçus-comme-non-blancs, plutôt délinquants que médecins, plus souvent seconds rôles que héros. La madame Diversité du CSA, Mémona Hintermann, a donc fait la tournée des popotes médiatiques pour déplorer que les télés aient « peur de montrer des Noirs et des Arabes » – elle doit être très colère, Mémona, pour oublier de faire usage des périphrases stupides dictées par les bonnes manières progressistes. Quant à madame Ernotte, la nouvelle patronne de France Télévisions, elle annonçait le Grand soir multiculturel il y a un mois : « On a une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans, et ça, il va falloir que cela change. » Mais pour l’instant, il semble qu’elle ait exclusivement recruté des mâles blancs. Il est vrai qu’ils sont jeunes et de gauche, ce qui efface un peu la pâleur de leur teint. (…) Le plus intéressant, en l’occurrence, c’est la contradiction évidente qu’il y a à dénoncer Morano tout en applaudissant le CSA. (…) En clair, on ne peut voir la diversité ethnique que pour l’exalter. Dans ces conditions,  le CSA a le droit et même le devoir de compter les Blancs et les Noirs. (…) En conséquence, on a le droit de distinguer les Blancs des autres mais pour claironner que les uns sont trop nombreux et les autres pas assez. Ainsi, personne n’aurait embêté madame Morano si elle avait dit, par exemple, que la France devait cesser d’être un pays de race blanche. Du reste, il est très tendance de compter les Blancs pour s’endormir : ainsi a-t-on appris ces jours-ci par un édifiant article du Monde que les théâtres français étaient eux aussi « trop blancs ». Curieusement, on n’imagine pas un de nos innombrables « sages » se plaindre de l’hégémonie « non-blanche » dans le rap ou le R&B. Elisabeth Lévy
Cette nouvelle et passionnante approche peut s’appliquer aux artistes d’Abomey, parce que les collections françaises sont d’une exceptionnelle richesse. Elles le sont parce que la France a envahi et détruit le royaume d’Abomey en deux guerres, en 1890 et en 1892, et forcé le roi Béhanzin à l’exil. Ses palais ont été pillés et c’est le produit de ces pillages que l’on étudie avec tant d’intérêt. Le Monde
La politique du Musée de l’Homme veut qu’on n’expose pas des restes identifiés ou des restes d’enfants. Il y a bien une momie d’enfant égyptienne, mais le corps est dans les bandelettes donc on ne voit pas le cadavre. De même, pour les recherches, les crânes authentifiés et individuellement identifiés sont mis à part. (…) Des anthropologues du 19e siècle avaient fondé la ‘société des autopsies mutuelles’. Ils aspiraient après leur mort à être disséqués par leurs collègues et leur cerveau dans un bocal. Là aussi, il s’agit d’un geste philosophique qui consiste à dire: ‘J’ai été anthropologue, j’ai étudié des restes humains et à la fin, mon squelette rejoint la collection. (…) La médecine s’est construite sur la méthode anatomo-clinique qui consiste à comparer les symptômes du vivant avec le patient une fois mort, et à aller regarder dans ses organes ce qui expliquait ses symptômes. On n’a même une maxime en latin qui dit: ‘Les morts enseignent aux vivants’ (mortui vivos docent). (…) Notre démarche scientifique est pratiquée avec respect, mais considère que les restes humains sont des archives. Tous les peuples du monde sont archivés et c’est ainsi qu’on peut lire leur histoire, notamment pour ceux qui n’avaient pas l’écriture. La seule chose qu’on peut raconter sur l’histoire de ces gens-là, c’est en étudiant leur squelette. (…) L’humanité est un tout continu et indivisible » avec l’ADN pour « fil qui relie tous les humains ensemble. Alain Froment
L’homme bon et pacifique qu’imaginait Rousseau n’a jamais existé.  Telle est la conclusion des travaux de Jean Guilaine et Jean Zammit. Ils ont réuni un dossier aux pièces accablantes. Un ouvrage, le Sentier de la guerre, vient de paraître, qui par son analyse des violences préhistoriques semble enfin en mesure d’apporter une réponse définitive à cette vieille controverse. Les auteurs, Jean Guilaine et Jean Zammit (respectivement archéologue, professeur au Collège de France et à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales ; et médecin, paléonthologiste, chargé de conférence à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales), à l’aide des plus récentes découvertes archéologiques, et par de nouvelles interprétations des sources anciennes, nous replongent dans les différentes époques des temps préhistoriques. (…) Au terme de cette aventure, les visions angéliques de la préhistoire volent en éclat (…) Cette existence semblerait indiquer, contrairement aux assertions des irénistes, que les violences en découleraient naturellement, pour de simples questions de survie. (…) d’autres motivations pouvaient provoquer des comportements violents chez les hommes de cette époque. Les notions d’honneur, les vexations, les alliances trahies, les rivalités les plus diverses peuvent déclencher l’affrontement ou la punition. (…) Outre bien entendu la chasse, qui ne nous concerne pas directement ici, une autre forme de violence paléolithique interpelle l’homme du XXIe siècle. Il s’agit du cannibalisme.  (…) Aux origines de cette évolution, les chercheurs évoquent des migrations de populations venues de l’Est et d’Orient, vers l’Euphrate. Très lentement, ces nouveaux venus s’aventurent en Occident par deux voies : d’un côté, la Méditerranée, de l’autre, le réseau du Danube et ses affluents. Par la force des choses, malgré une faiblesse démographique de part et d’autre, les deux modèles de société finissent par se rencontrer. Ici les agriculteurs-éleveurs, là les chasseurs-cueilleurs. Tous les deux savent se battre et méritent l’attribut de « guerrier ». Comment ces deux populations vont-elles se côtoyer ? Doit-on imaginer, encore une fois, une vision utopiste, prétendant que les méthodes des envahisseurs furent acquises en toute quiétude, par des indigènes ravis de s’approprier les joies du « Progrès », auprès de ces véritables « éducateurs » pour les Cro-Magnons ? Ou doit-on mettre en avant une vision plus dure, faite d’affrontements permanents entre bandes de trente à cinquante individus, de résistances farouches à l’envahisseur, jusqu’à ce que le temps aidant – quelques milliers d’années de guerre sauvage –, les méthodes de l’élevage et de l’agriculture s’imposent aux chasseurs-cueilleurs, vainqueurs ou vaincus, mais ayant adopté les nouveautés acceptables pour eux ? (…) Il faut donc accepter l’idée que la « néolithisation » ne s’est pas faite sans violence, et intégrer à la réflexion les notions « d’insécurité », voire d’hostilité dans les relations. En effet, pour mettre en place leur système basé sur l’agriculture, les nouveaux venus doivent s’approprier des terres proches d’une source d’eau comme « les bords de rivière, lieux fréquentés par les populations de chasseurs-pêcheurs, en raison de leur richesse en poisson et en gibier d’eau ». (…) Toutes ces violences s’expliquent, dans un premier temps, par les luttes entre chasseurs et agriculteurs. Dans un second temps, l’on évoquera plutôt de véritables crises au sein de la société néolithique. Les tentatives d’analyses sont nombreuses. La pression démographique est-elle en cause ? « La culture rubanée serait-elle parvenue, après quelques siècles d’un développement sans problème, à un point de rupture d’équilibre entre le système techno-économique et la population à nourrir ?  » (…) Ainsi, conflits inter ou intra communautaires, les causes de violence sont nombreuses. Et l’on s’aperçoit que leur traitement est radical. On cherche l’élimination totale et définitive de l’adversaire, sans faire de quartier. Les exécutions, les coups de grâce, les embuscades ou les sacrifices en font foi. (…) Il devient donc possible de conclure que le Néolithique correspond à une période ni plus ni moins violente que les autres, et que les luttes prenaient une part fondamentale dans cette société. La preuve en est des multiples scènes de combat, alors que les représentations plus pacifiques ne semblent pas passionner les artistes. Or en cette période, grâce aux avancées technologiques, la chasse et la guerre étaient susceptibles de tomber en désuétude, et auraient dû céder le pas aux travaux plus pacifiques. (…)  la violence a toujours existé. A exclure donc, le mythe de l’âge d’or de la Préhistoire et de ses pacifiques enfants du jardin d’Eden. (…) Homo homine lupus, et aucun contrat social n’y a jamais rien fait. P.-A. Bouclay
« Nous sommes tous migrants ou fils de migrants » : on connaît bien cet argument massue des tenants de l’accueil sans conditions ou presque des migrants, une soi-disant évidence historique qui n’est en réalité qu’une affirmation a-historique. Car si la notion d’autochtonie comme toutes les autres « puretés » – de la culture, de la langue – est bien évidemment fausse, la vraie question historique du contexte et des conditions réelles du mélange des populations ne saurait se satisfaire de ce constat sommaire qui ne veut rien dire. On est tous descendants de migrants ? On est également très souvent descendants de soldats – faut-il pour autant qu’on fasse la guerre ? À cette manipulation de l’histoire et des sciences sociales, la chaîne Arte vient d’ajouter une dimension nouvelle : derrière les Polonais, les Espagnols, les Italiens et les Juifs, Arte aligne l’Homo Erectus, le Neandertal et l’Homo Sapiens qui selon une série documentaire sur la préhistoire (Quand Homo Sapiens peuple la planète), seraient eux aussi « tous migrants et enfants de migrants ». Galvaudant les avancées majeures de la science préhistorique, Arte fait du sous Yann-Arthus Bertrand pour diffuser un message idéologique grossier. (…) plus qu’une nouvelle histoire de la préhistoire, c’est un hymne à la diversité, à l’hybridité, au métissage et à la migration comme richesse. (…) La série n’évoque jamais la possibilité que le métissage puisse être autre chose qu’une fête organisée par la mairie de Paris. Et puisqu’on nous dit que nous ne sommes pas si différents de nos lointains ancêtres, pourquoi ne pas étudier les métissages de notre histoire ? Peut-être parce que souvent c’était moche, très moche. (…) Poussées un peu plus loin, ces remarques permettent de poser une question explosive : au nom de quoi peut-on reprocher quoi que ce soit aux Européens ? Pourquoi l’arrivée en Australie des navigateurs hollandais en 1606 est-elle décrite de manière incontestée comme une catastrophe tandis qu’on ne sait strictement rien des conséquences des arrivages d’Homo Sapiens sur des terres peuplées par des Neandertal ou des Homo Erectus ? Et si parfois cela s’était très mal passé ? Selon ce que suggère le titre de la série, l’homme préhistorique peuple, il ne colonise pas, même quand il n’est pas le premier hominidé arrivé sur place. Présenter comme une évidence la supposée bienveillance de nos ancêtres, qui ne laissaient pas de traces écrites, permet de mieux accabler nos aïeux qui ont eu le malheur de documenter leurs actions minutieusement, laissant à leurs descendants d’excellentes pièces à conviction… (…) Ceci est également vrai du caractère pacifique ou belliciste de nos aïeux. La question a été posée par Jean Guilaine et Jean Zammit dans Le sentier de la guerre, visages de la violence préhistorique : les guerres et autres formes de violence sont-elles un trait de caractère inné des hominidés ou bien sont-elles liées à une évolution culturelle ? Les chasseurs-cueilleurs vivaient-ils en paix avant que l’agriculture, la sédentarité et l’augmentation de la densité de la population ne poussent les hommes à s’entretuer ?  Qu’est-ce qui a joué : la testostérone ou la complexité croissante des sociétés liée à l’accumulation accélérée de biens ? Même si l’on sait que la violence n’était pas rare entre les tribus d’Australie ou d’Afrique, il serait hasardeux d’extrapoler cette donnée à l’intégralité de notre espèce et à la totalité de son histoire. Une seule chose est donc certaine, c’est qu’Arte ne s’embarrasse pas avec ce genre de précautions : ça a toujours été Woodstock ! Nigel Walk et Arte ont donc tout simplement remplacé une idéologie par une autre : à la place des préjugés racistes, ils avancent des préjugés progressistes. Il est parfaitement légitime de prétendre en 2015 que l’Europe et la France feraient bien d’ouvrir grand leurs frontières, comme il est parfaitement légitime de penser que c’est une erreur dramatique. En revanche, il est totalement absurde et malhonnête de le faire dire à Cro-Magnon. Gil Mihaely

Attention: une bondieuserie peut en cacher une autre !

En ces temps étranges …

Où, idéologie métissiste oblige, on ne peut plus mentionner ou compter les groupes ethniques que pour dénoncer la domination supposée de la seule race blanche …

Où on débaptise les rues et on célèbre l’art nègre (pardon: « africain ») mais aussi l’art négrier  …

Et où avec la réouverture de son deuxième temple – ou faudrait-il dire nécropole  – des cultures de nos ancêtres préhistoriques alors que Londres a supprimé le sien …

Se pose la question du respect de quelque « 30.000 restes humains issus de quelque 23.000 individus » sans compter, comme pour les têtes des Polynésiens maoris il y a cinq ans, celle de leur éventuelle restitution…

Mais où un pays parmi les plus déchristianisés d’Occident se gausse si souvent des bondieuseries d’un certain créationnisme américain  ..

Voit ses rues défendre à coups de cris de guerre sainte

Les attaques au couteau de boucher du premier nouveau damné de la terre venu contre des personnes au seul motif qu’elles sont juives…

Comme ses responsables politiques soutenir l’interdiction de l’accès des mêmes personnes, à nouveau juste parce qu’elle sont juives, à leur lieu le plus saint …

Comment ne pas s’étonner avec l’historien Gil Mihaely sur le site Causeur …

De cet étrange déni, à l’instar de cette série documentaire actuellement sur Arte …

De toute violence et de tout un passé sacrificiel de notre espèce dans la présentation de notre préhistoire

Contrairement à ce qu’ont montré les récentes recherches archéologiques …

Comme d’ailleurs le mythe biblique d’un Adam donnant naissance à un Caïn ?

Arte: Quand Homo Sapiens rejoint SOS racisme
Le métissage n’est pas un long fleuve tranquille
Gil Mihaely

Causeur

15 octobre 2015

« Nous sommes tous migrants ou fils de migrants » : on connaît bien cet argument massue des tenants de l’accueil sans conditions ou presque des migrants, une soi-disant évidence historique qui n’est en réalité qu’une affirmation a-historique. Car si la notion d’autochtonie comme toutes les autres « puretés » – de la culture, de la langue – est bien évidemment fausse, la vraie question historique du contexte et des conditions réelles du mélange des populations ne saurait se satisfaire de ce constat sommaire qui ne veut rien dire. On est tous descendants de migrants ? On est également très souvent descendants de soldats – faut-il pour autant qu’on fasse la guerre ? À cette manipulation de l’histoire et des sciences sociales, la chaîne Arte vient d’ajouter une dimension nouvelle : derrière les Polonais, les Espagnols, les Italiens et les Juifs, Arte aligne l’Homo Erectus, le Neandertal et l’Homo Sapiens qui selon une série documentaire sur la préhistoire (Quand Homo Sapiens peuple la planète), seraient eux aussi « tous migrants et enfants de migrants ». Galvaudant les avancées majeures de la science préhistorique, Arte fait du sous Yann-Arthus Bertrand pour diffuser un message idéologique grossier.

Pourtant, ça commence plutôt bien. Nigel Walk, le réalisateur, nous mène vite au cœur du sujet : on sait que les racines de notre arbre généalogique commun sont plantées en Afrique, le berceau de l’humanité, mais on connaît mal ses arborescences. Que ce soit l’Homo Erectus il y plus d’un million d’années, le Neandertal ou l’Homo Sapiens, l’histoire commence toujours sur le continent noir avant que les hominidés – pour des raisons qui échappent aux chercheurs – le quitte pour migrer vers d’autres régions. Cela veut dire que quand l’Homo Sapiens, apparu il y a 200 000 mille ans en Afrique orientale, prend à son tour la route, il rencontre des populations d’hominidés issues des vagues migratoires précédentes.  Et c’est là que l’histoire prend une tournure résolument nouvelle et révolutionnaire. Non seulement il y a eu des rencontres entre les différentes espèces d’hominidés, mais ces rencontres se sont si bien passées qu’elles se sont terminées, suggère la série, comme dans un conte de fées : ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Et devinez quoi : ces enfants, c’est nous ! Plus sérieusement, on apprend que nous sommes plutôt les descendants d’une fusion entre hominidés différents que les enfants d’une espèce humaine parallèle particulièrement réussie qui les a tous coiffés au poteau de l’évolution.

Si on sait tout cela, c’est grâce à la génétique, véritable fil d’Ariane de la série et responsable de ses séquences les plus intéressantes. En quelques années, les avancées en la matière ont permis de séquencer le génome du Neandertal ainsi que celui d’une autre espèce, l’Hominidé de Denisova, identifié à partir d’un petit morceau d’os de doigt d’enfant découvert dans une grotte du sud de la Sibérie. Ces époustouflantes réalisations scientifiques des équipes de l’institut Max Planck à Leipzig, ainsi que d’autres séquençages entrepris aux Etats-Unis, ont permis de constater que l’Homo Sapiens était en contact avec d’autres espèces d’hominidés, et que les différents groupes d’hominidés ont échangé leur ADN, autrement dit qu’ils ont fait des enfants ensemble.

Jusqu’ici, pas grand-chose à redire : n’étant pas spécialiste, la seule remarque de fond que je peux émettre concerne l’absence de toute critique. Or, connaissant le monde scientifique, il est peu probable que tout le monde soit d’accord avec le nouveau et bouleversant récit que présente la série. Pour ne donner qu’un seul exemple, contrairement à ce que laisse croire le troisième épisode de la série, le débat scientifique autour de ce qu’on appelle l’homme de Mungo (dont les restes humains ont été découverts en 1974 en Australie) est loin d’être tranché, et certains faits présentés sont contestés. En même temps, on peut comprendre que la vulgarisation de la science exige la présentation d’une histoire cohérente et claire, sans trop d’ambiguïtés. Cela présente en plus l’avantage de pouvoir refaire une nouvelle série dans dix ans, qui s’emploiera à « battre en brèche » les anciennes thèses erronées… que notre précédente série a contribué à diffuser. Mais passons.

Ce qui dérange davantage, c’est le caractère presque ouvertement idéologique de la série : plus qu’une nouvelle histoire de la préhistoire, c’est un hymne à la diversité, à l’hybridité, au métissage et à la migration comme richesse. Nous sommes tous enfants de migrants, tous issus d’un mélange de populations. Parfois,  avant que les images d’un crâne vieux de 60 000 ans nous rassurent, on se demande si on regarde Quand Homo Sapiens peuple la planète ou bien une rediff de La nuit des réfugiés, cette série de sept documentaires sur l’actuelle crise migratoire diffusée quelques jours auparavant…

Si l’idéologie est déjà perceptible dans le discours de certains des scientifiques interrogés, les petits « docu-fictions » qui ponctuent la série enfoncent le clou. On y voit des chasseurs-cueilleurs noirs, hommes et femmes, rencontrant des hominidés appartenant à d’autres « espèces » ; ces rencontres pacifiques sont caractérisées par la curiosité, la bienveillance et le partage. Laissons de côté la grande pudeur de nos différents ancêtres (les femmes cachent bien leurs seins et les hommes leurs sexes selon les règles du cinéma hollywoodien des années 1950) et parlons de leur rencontre. Même si le mélange entre les différents groupes et le caractère génétiquement hybride des populations est bien démontré, rien, strictement rien ne permet de dire quoi que ce soit sur les circonstances de ces rencontres. Quant au  rythme de ces processus qu’Arte appelle le « métissage salvateur », la série reste ambigüe.

Ce « métissage salvateur » démontré par les analyses ADN s’est fait sur des générations, des milliers, voire des dizaines de milliers d’années. Il ne s’agit en aucun cas – et les scientifiques interrogés ne le prétendent d’ailleurs pas – d’événements comparables à la rencontre des soldats américains et soviétiques se jetant dans les bras les uns des autres au bord de l’Elbe en avril 1945, suivis d’une partouze, comme le laisse croire la série. L’Homo Sapiens a partagé des espaces avec le Neandertal (dans le nord de l’actuel Israël, ils étaient même voisins) pendant dix, vingt, peut-être même trente mille ans. Aussi, comment peut-on sérieusement le comparer avec les phénomènes migratoires des XIXe et XXe siècles comme par exemple l’installation de 500 000 mille Italiens en France pendant les décennies précédentes la guerre de 14-18 ? Pourtant, le message subliminal de la série est que l’histoire contemporaine est le prolongement de la préhistoire ou vice-versa. On est chez les Pierrafeu !

Mais ce n’est pas tout. La série n’évoque jamais la possibilité que le métissage puisse être autre chose qu’une fête organisée par la mairie de Paris. Et puisqu’on nous dit que nous ne sommes pas si différents de nos lointains ancêtres, pourquoi ne pas étudier les métissages de notre histoire ? Peut-être parce que souvent c’était moche, très moche.

Prenons par exemple le mythe romain de l’enlèvement des Sabines. Selon Tite-Live, les premiers Romains cherchent des femmes pour fonder des familles mais leurs voisins Sabins ne veulent pas leur donner les leurs. Alors les Romains rusent. Ils invitent les Sabins à une fête et profitent de l’occasion pour enlever leurs femmes… pas joli-joli. Même si la légende ne fait pas état de viols ni de rapports brutaux, tous les doutes sont permis. Dans d’autres circonstances, historiquement mieux documentées, les femmes des vaincus sont le butin des vainqueurs – quand on n’assiste pas tout simplement à des viols systématiques ou au recours massif à la prostitution locale, avec parfois des « accidents » aboutissant à des grossesses.

L’armée américaine en Corée de Sud a laissé derrière elle des dizaines de milliers d’enfants nés de mères prostituées, et il est probable que les « comfort women » aient eu des enfants avec des soldats japonais. En France aussi, pendant les guerres de 14-18 et 39-45, « un métissage » de grande ampleur a eu lieu, toujours dans des circonstances tragiques avec des conséquences dramatiques. Evidemment, avec une perspective multimillénaire et en faisant totalement abstraction des circonstances concrètes, on peut raconter une histoire heureuse du métissage et conclure qu’en fin de compte, le mélange est salvateur. Mais essayez de raconter cette histoire à un Français né en 1944 « sous X » ou à une Allemande née en 1946, neuf mois après le viol de sa mère par un soldat russe. Tout d’un coup, elle vous semblera beaucoup moins heureuse.

Poussées un peu plus loin, ces remarques permettent de poser une question explosive : au nom de quoi peut-on reprocher quoi que ce soit aux Européens ? Pourquoi l’arrivée en Australie des navigateurs hollandais en 1606 est-elle décrite de manière incontestée comme une catastrophe tandis qu’on ne sait strictement rien des conséquences des arrivages d’Homo Sapiens sur des terres peuplées par des Neandertal ou des Homo Erectus ? Et si parfois cela s’était très mal passé ? Selon ce que suggère le titre de la série, l’homme préhistorique peuple, il ne colonise pas, même quand il n’est pas le premier hominidé arrivé sur place. Présenter comme une évidence la supposée bienveillance de nos ancêtres, qui ne laissaient pas de traces écrites, permet de mieux accabler nos aïeux qui ont eu le malheur de documenter leurs actions minutieusement, laissant à leurs descendants d’excellentes pièces à conviction…

Notre préhistoire et nos origines sont des sujets fascinants, longtemps pris en otage par des idéologues et des politiques pour démontrer leurs idées folles. Il est ridicule de justifier l’exclusion des femmes de la sphère publique et leur assignation à domicile au prétexte qu’elles gardaient les enfants et le feu dans la grotte pendant que leur « mari » chassait le mammouth avec ses copains. Mais il est tout aussi ridicule de prétendre sans preuve que nos ancêtres hominidés pratiquaient une parfaite égalité des genres. Nous n’en savons tout simplement rien et même si l’on avait des indices sur un lieu et un temps donnés, cela ne signifierait pas que cette culture était hégémonique partout. Ceci est également vrai du caractère pacifique ou belliciste de nos aïeux. La question a été posée par Jean Guilaine et Jean Zammit dans Le sentier de la guerre, visages de la violence préhistorique : les guerres et autres formes de violence sont-elles un trait de caractère inné des hominidés ou bien sont-elles liées à une évolution culturelle ? Les chasseurs-cueilleurs vivaient-ils en paix avant que l’agriculture, la sédentarité et l’augmentation de la densité de la population ne poussent les hommes à s’entretuer ?  Qu’est-ce qui a joué : la testostérone ou la complexité croissante des sociétés liée à l’accumulation accélérée de biens ? Même si l’on sait que la violence n’était pas rare entre les tribus d’Australie ou d’Afrique, il serait hasardeux d’extrapoler cette donnée à l’intégralité de notre espèce et à la totalité de son histoire. Une seule chose est donc certaine, c’est qu’Arte ne s’embarrasse pas avec ce genre de précautions : ça a toujours été Woodstock !

Nigel Walk et Arte ont donc tout simplement remplacé une idéologie par une autre : à la place des préjugés racistes, ils avancent des préjugés progressistes. Il est parfaitement légitime de prétendre en 2015 que l’Europe et la France feraient bien d’ouvrir grand leurs frontières, comme il est parfaitement légitime de penser que c’est une erreur dramatique. En revanche, il est totalement absurde et malhonnête de le faire dire à Cro-Magnon.

Quand Homo Sapiens peuple la planète, série documentaire en cinq épisodes (Le berceau africain, Asie, le grand voyage, Australie, un peuple aux confins du monde, Europe, la rencontre avec Neandertal, Amérique, l’ultime migration) réalisée par Nigel Walk. Diffusée par Arte le 10 et le 17 octobre.

Voir aussi:

Quand l’homme inventait la guerre

L’homme bon et pacifique qu’imaginait Rousseau n’a jamais existé.  Telle est la conclusion des travaux de Jean Guilaine et Jean Zammit. Ils ont réuni un dossier aux pièces accablantes.

Thomas Hobbes concevait l’homme comme un concurrent direct pour son prochain, avide de puissance et soucieux de sa survie perpétuellement mise en danger par l’autre. Concurrence et menace permanente incitant chacun à réduire son adversaire à l’impuissance, par tous les moyens possibles, selon les lieux et les époques. Jusqu’à sa mort, l’être humain reste animé d’une volonté de combattre, pour se préserver ou pour se tailler la plus belle part. Tant qu’existe cette volonté, l’homme, à l’état naturel, est un loup pour l’homme : homo homine lupus.
où des cavaliers étatsuniens observent les dépouilles de leurs camarades criblées post mortem de flèches,
Dans les années 1760, Jean-Jacques Rousseau, à travers ses différents travaux philosophiques, conteste cette assertion, et ouvre une des plus célèbres polémiques ontologiques de l’histoire de l’humanité : L’homme est-il naturellement « bon », ou « mauvais » ; est-il naturellement pacifique ou guerrier né ?

Anthropomorphe percé de traits de la grotte de Cougnac dans le Lot (-20 000 ans)
Un ouvrage, le Sentier de la guerre, vient de paraître, qui par son analyse des violences préhistoriques semble enfin en mesure d’apporter une réponse définitive à cette vieille controverse. Les auteurs, Jean Guilaine et Jean Zammit (respectivement archéologue, professeur au Collège de France et à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales ; et médecin, paléonthologiste, chargé de conférence à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales), à l’aide des plus récentes découvertes archéologiques, et par de nouvelles interprétations des sources anciennes, nous replongent dans les différentes époques des temps préhistoriques.

A travers cette longue évolution marquée par une diversité technique, économique et morale accrue par les différences géographiques, le lecteur s’embarque pour un passionnant et terrible voyage au bout de la violence. Au terme de cette aventure, les visions angéliques de la préhistoire volent en éclat, et posent une question de taille : si Rousseau avait pu côtoyer les excellents auteurs de cet ouvrage, et ainsi profiter des dernières révélations sur une réalité insoupçonnable à son époque, eut-il maintenu ses positions utopistes sur la nature intrinsèque de l’homme ?

Au-delà de cette petite provocation et des caricatures convenues évoluant entre l’agneau hésitant à couper une poire en deux et la brute, dévorant allégrement un cuissot de tyrannosaure étranglé à mains nues, les auteurs permettent au lecteur d’appréhender l’état de la violence préhistorique, et fournissent de solides éléments de réponse à quelques indispensables interrogations : quelles sont les causes et les manifestations de cet état de violence ? Mais surtout, comment appréhender l’évolution de la notion de violence, à travers toute la préhistoire ?

La violence : une nécessité ?

Les travaux de J. Guilaine et J. Zammit nous renseignent sur la vie quotidienne durant cette période. Cette existence semblerait indiquer, contrairement aux assertions des irénistes, que les violences en découleraient naturellement, pour de simples questions de survie.

Dans les premiers temps de la préhistoire, à l’époque des « chasseurs-cueilleurs » du paléolithique, les hommes vivent de la générosité directe de la nature : pas de cultures organisées ou d’élevages. Le chasseur-cueilleur traque les bêtes sauvages, pêche ou ramasse des mollusques, et complète cette alimentation par la cueillette de baies, de racines variées et de fruits.

Une faible démographie leur accorde de vastes réserves de nourriture, facilement accessibles. L’ensemble de ces données, depuis longtemps connues des historiens, a fortement influencé la vision d’un Age d’or de l’Humanité, où chacun pouvait vivre pacifiquement, puisque régnait une forme d’abondance.

Longtemps, on a cru que les armes et les ossements retrouvés correspondaient à des nécessités de la chasse et à des accidents inévitables.

Or, l’archéologie prouve que les violences existent, et certainement pas de façon anecdotique.

Une population massacrée au Soudan

Au Soudan, sur la rive droite du Nil, une éminence nommée « Djebel Sahaba » a révélé l’existence d’une nécropole contenant les restes de 59 sujets. Ces corps sont ceux d’hommes et de femmes, de vieillards et d’enfants. Les squelettes portaient tous des marques de violence, notamment des pointes de flèches enfoncées dans les parties osseuses. D’autres pointes, traînant au sol avaient certainement pénétré les parties molles des individus inhumés.

On imagine facilement la tribu vaquant à ses occupations, sous un chaud soleil, lorsque soudain les premières flèches, vrombissantes, transpercent les corps des individus mâles. Profitant de l’effet de surprise, un groupe de guerriers fortement armés sort de sa cachette et se porte à l’attaque des autres membres de la tribu.Les femmes et les enfants tentent de fuir ou de se cacher, mais en vain : des milliers d’années plus tard, on retrouve leurs ossements fracturés, des pointes de flèches profondément fichées dans la cage thoracique de l’une, dans le palais de l’autre, révélant ainsi que la malheureuse a reçu une flèche dans la bouche, ou dans la nuque. Ailleurs un enfant se fait fracasser la colonne vertébrale au milieu des cris d’horreur. Un autre gamin s’enfuit, mais un archer l’a repéré. Il lui décoche une flèche dans le haut du dos. Au même moment, d’autres guerriers qui courraient vers l’enfant pour lui couper la retraite se jettent sur lui. Un gourdin s’abat sur son corps, puis une hache de pierre lui fracasse les côtes. Les deux hommes frappent sans cesse, s’acharnent sur le petit qui se protège avec ses bras, sur lesquels tombent les coups des guerriers, causant ces profondes lésions qui permettent aujourd’hui de reconstituer la triste fin d’un enfant de la préhistoire. Enfin, il s’écroule. La scène a duré quelques secondes. Ses meurtriers courent déjà vers d’autres proies.

Ailleurs, quelques défenseurs résistent encore, mais tout est perdu.

Violait-on les femmes des vaincus en ce temps-là ? Rien ne permet de l’affirmer ou de l’infirmer.

Par contre, on coupait les têtes de certains combattants après leur mort. La preuve est faite, encore une fois, par l’archéologie : dans les sépultures, certains corps sont privés de crânes.

Peut-être constituaient-ils des trophées pour les vainqueurs ?

Le fait que les morts violentes aient affecté l’ensemble de la population, signifie qu’il s’agit là d’une violence de masse, destinée à exterminer un clan rival dans son ensemble. Il existe donc une réelle volonté de destruction de l’adversaire, dans ces affrontements.

Pourquoi ces massacres ?

Une première réponse pourrait avancer la volonté de s’approprier les terres fertiles, ici à proximité du Nil. L’existence d’une source d’eau, fleuve, source, rivière ou autre, implique nécessairement la présence d’un espace de ressources potentiellement plus important qu’ailleurs. On fait donc la guerre pour les possibilités de pêche, de chasse, éventuellement pour des espaces de cueillette plus fertiles. Sur ce site en particulier, la présence de la Deuxième Cataracte rend la région plus prodigue en alimentation.

La possibilité de se sédentariser pose aux chasseurs-collecteurs le problème du choix des sols à occuper. Il est évident que les terres les plus fertiles et les plus giboyeuses font l’objet d’une âpre concurrence. Dès lors, leur répartition se fait selon la loi du plus fort, et non pas dans le cadre d’un utopique contrat social, même si toutes les conditions matérielles sont pourtant réunies et semblent donc favoriser celui-ci.

Cependant, une fois ces terres réparties, rien n’empêche les différents clans de cohabiter plus ou moins pacifiquement, et même de collaborer ensemble à certaines opérations de chasse nécessitant la force du nombre. Tant que la densité démographique demeure faible, le besoin des autres implique de nécessaires solidarités extérieures au groupe.

En revanche, lorsque la densité démographique augmente, et que l’amorce d’une société organisée et capable d’autonomie s’ébauche, les nouveaux sédentaires s’approprient les plus riches espaces de chasse et de cueillette, provoquant d’inévitables conflits avec d’autres groupes à démographie ascendante. Il est évident que la possession de ces zones de ressources nutritionnelles se révèle indispensable à tout groupe soucieux de stabilisation sociale.

La notion de frontière, de territoire à défendre, aussi loin que l’on puisse remonter, garde donc toute sa dimension identitaire. Ceci permettait au clan de se souder et aux individus de s’identifier au groupe, par la désignation du semblable et de l’autre, de l’ami et de l’ennemi, du connu et de l’inconnu.

Une nature humaine inchangée depuis 200 000 ans !

Malgré cela, les questions de survie par la chasse et la cueillette ne sont pas les seules causes de violence à cette époque. Ainsi que le disent fort bien les auteurs, « Depuis 200 000 ans, l’homme – Homo Sapiens – est le même, qu’il soit paléolithique, néolithique ou actuel. C’est un être dont les capacités intellectuelles n’ont guère varié, même si sa prise de distance par rapport à la nature n’a cessé de s’accentuer, par suite notamment de l’accumulation des créations techniques. Certes, les sapiens que nous sommes vivent aujourd’hui dans un contexte hyper-artificialisé, mais nos caractères biologiques et nos aptitudes mentales sont toujours ceux de nos grands-parents Cro-Magnon. »

C’est pourquoi d’autres motivations pouvaient provoquer des comportements violents chez les hommes de cette époque. Les notions d’honneur, les vexations, les alliances trahies, les rivalités les plus diverses peuvent déclencher l’affrontement ou la punition.

A ce propos, que penser des représentations de corps mis à mort ou torturés sur les fresques de la grotte Cosquer en Provence, aux alentours de -20 000 ?

Une société répressive ?

Cette grotte abrite effectivement en ses murs, la représentation d’une véritable scène de meurtre. Un être humain, certainement un homme, puisque les seins, attributs féminins ne sont pas mis en valeur, tombe sur le dos, la main tendue, dans un geste de supplication. La scène montre un corps déjà percé de plusieurs projectiles. Attaque, règlement de comptes, châtiment ? Meurtre en tout cas.

D’autres sites préhistoriques indiquent plus ou moins clairement les châtiments infligés à d’éventuels sujets rebelles ou criminels. L’analyse des scènes découvertes en 1952 en Sicile, dans la grotte de l’Addaura, près de Palerme, permet d’affirmer que des pratiques répressives existaient bel et bien. Aux environs de l’an 10 000 avant notre ère, onze personnages furent les acteurs plus ou moins volontaires, selon l’attribution des rôles, d’une cérémonie, peut-être à caractère magique, mais certainement sacrificatoire.

Neuf des onze sujets se trouvent en position debout. Les deux autres sont allongés. La majorité des « bourreaux » ou des officiants représentés semblent dotés d’un bec d’oiseaux en lieu et place du visage. Il s’agit peut-être d’un masque ? Par ailleurs, ils portent une imposante coiffe, au relief très accentué. Cette tenue de cérémonie semble confirmer l’hypothèse d’une cérémonie à caractère sacré.

Détail de la scène gravée de la âge suivante (10 000 ans avant notre ère). Ces deux sujets sont soit « initiés » soit mis à mort : jambes reliées, pieds ligotés, une corde relie les pieds au cou enserré par un nœud coulant. La strangulation provoque une érection des sujets.
Autour d’eux, les autres personnages représentés s’agitent beaucoup : leurs jambes écartées, les membres et le corps contorsionnés ou en mouvement semblent indiquer qu’ils exécutent une danse rituelle accompagnant le « sacrifice ».

Au centre de la scène, les deux acteurs principaux sont les seuls à offrir une attitude qui ne porte pas à équivoque : allongés sur le ventre, ligotés dans des positions extrêmement douloureuses, les pieds violemment ramenés sur les fesses, une corde passée autour de leur cou relie les chevilles. De toute évidence, ils tiennent les rôles clés d’une authentique scène de meurtre ! Apparemment, cet étrange ligotage correspond à une imaginative et particulièrement cruelle forme de pendaison horizontale. « Le corps contracté du sujet basculant, la fatigue à maintenir les jambes fortement ployées, incite peu à peu la victime à lâcher prise, à rabattre ses membres inférieurs. La tension de la corde au niveau du cou entraîne alors la strangulation. »

L’une des victimes, bras ballants, semble déjà morte. L’autre, les bras ramenés derrière la nuque semble vouloir défaire le nœud qui la tue

Outre bien entendu la chasse, qui ne nous concerne pas directement ici, une autre forme de violence paléolithique interpelle l’homme du XXIe siècle. Il s’agit du cannibalisme. Violence et anthropophagie. Les restes humains retrouvés dans le cadre des fouilles archéologiques sont parfois très superficiels. Certains os cassés avec méthode, ou figurant parmi les déchets alimentaires troublent le chercheur contemporain, dont les déterminismes moraux et religieux peuvent influencer la réflexion et l’analyse. L’homme du paléolithique était-il un anthropophage ? Les violences humaines se motivaient-elles par une nécessité alimentaire ? L’homme, outre son rôle de prédateur suprême, devenait-il lui même parfois une proie ? En arrivait-il à rejeter à la fois Rousseau et Hobbes, par ces pratiques qu’un loup n’infligerait pas à un autre loup ?

Il faut maintenant oublier nos mentalités chrétiennes, et se plonger dans le contexte de l’homme de la Préhistoire. L’inhumation ne représente pour lui qu’une manière parmi d’autres de rendre hommage à ses morts. « D’autres moyens existent, sans doute considérés à l’époque comme tout autant estimables, (…) La dislocation du squelette, le bris des ossements – entraînant parfois le découpage de certains os –, l’ingestion des chairs et, après cassure des os longs, la consommation de la moelle ou de la graisse ». Pour le contemporain de la préhistoire, ce rite ne heurte pas la morale, ni ne profane le cadavre, au contraire. « Il s’agissait, dans l’esprit de leurs auteurs, d’une manière normale, acceptée, de traiter le corps des défunts ». Ces gens eussent été aussi étonnés qu’on eut pu leur reprocher cet acte funéraire, qu’un homme du XXIe siècle le serait si on lui disait que l’incinération est un acte barbare et immoral !

L’homme est-il bon, nature… ?

Cependant, peut-on considérer que seuls les traitements funéraires entraient en jeu dans la pratique du cannibalisme ? Sans aller jusqu’à dire que l’homme du Paléolithique considérait systématiquement son congénère comme un vulgaire cuissot de renne, il est évident que l’anthropophagie dépassait le simple cadre du rituel funéraire.

En Charente, la grotte des Perrats, près d’Angoulême, la découverte des restes de huit personnes permet de tirer quelques conclusions aux sujets des différents motifs de cannibalisme. Cette fois, les huit sujets, cinq adultes et trois enfants, ont subi un authentique traitement alimentaire : fractures délibérées et précises des os à des fins de consommation, décarnisation visible par les traces de mastication laissées sur les os, puis abandon des restes parmi ceux des animaux mangés par la famille anthropophage. L’analyse récente de ces restes prouve que les traces de mastication sur les os appartiennent bien à des humains, et pas à des animaux sauvages, carnassiers ou charognards. Les effets du temps ne sont pas en cause non plus. Ces huit personnes ont donc bel et bien servi de repas à d’autres personnes, parmi leurs congénères. Comble de l’horreur pour les hommes du XXIe siècle, l’archéologie nous permet même de reconstituer la façon dont ces pauvres gens furent littéralement « accommodés » puis dévorés ! Ames sensibles, s’abstenir.

La gastronomie préhistorique

D’après Bruno Boulestin, auteur d’un ouvrage sur le cannibalisme préhistorique, il n’y a pas à en douter : le but était de récupérer et consommer la moelle des os des victimes. La preuve, les os comportant essentiellement des tissus spongieux, tels le sternum et les patellas ont disparu. Mais les os longs, eux, tels les fémurs, les tibias, montrent de nombreuses fractures sur toute leur longueur : il ne fallait rien en perdre. Tous les autres os pouvant offrir une certaine quantité de moelle ont subi le même traitement. Après les os longs et avant eux, bien sûr, les muscles, vient le morceau de choix : le crâne, et la matière cérébrale qu’il contient.

Crâne du néolithique ancien (-5000 ans) retrouvé à Salernes dans le Var. Les traits noirs indiquent les stries de décarnisation sur le crâne du sujet.
Celui ci à été séparé du corps. On a ensuite coupé les oreilles, les lèvres, le nez. Les yeux sont énucléés, puis arrachés. Le préparateur du repas, véritable précurseur de Brillat Savarin, prend également soin d’extraire la langue, puis de casser et arracher la mâchoire inférieure.

Il s’attaque enfin au cuir chevelu, en entaillant profondément celui-ci au centre. Il tire alors sur les deux parties, achevant de préparer le crâne à la consommation. Ne reste plus qu’à prélever la cervelle. Pour ce faire, l’on brisera le front à la manière d’une noix de coco, ou l’on percera les tempes, avant d’élargir progressivement les orifices créés.

Sur le lieu où furent dévorées les huit victimes, il semblerait que les consommateurs aient initié une autre méthode, en brisant la calotte crânienne, puis en l’ôtant, afin d’accéder pleinement au cerveau.

Après ce pénible moment de cuisine préhistorique, il serait presque rafraîchissant de revenir à des affrontements suivis d’épilogues plus « traditionnels » !

On évoquera par exemple le fait que des « coups de grâce » sont parfois portés aux adversaires avec un acharnement stupéfiant ! On parlera aussi de la découverte de crânes isolés qui pourrait bien correspondre à une exposition des têtes coupées des victimes, en guise de trophées ou d’avertissement aux éventuels adversaires.

Preuve s’il en est que la volonté de supprimer définitivement un adversaire se matérialise bel et bien, n’en déplaise aux tenants de l’Age d’or de la Préhistoire.

Avec la venue du Néolithique, et de l’agriculture, de la sédentarisation et de l’autosuffisance, nombre d’historiens ont cru pouvoir affirmer que cette fois-ci, c’était sur ! l’Age d’or de l’humanité s’incarnait chez ces tribus pacifiques, calmes et sereines, ne vivant que du produit de leurs cultures.

De la cueillette à l’agriculture ; de la lutte pour un arbre à la défense du territoire : la violence au Néolithique

Vers -10 000, l’homme commence à maîtriser la nature. Il parvient lentement à s’émanciper des aléas de la chasse et de la cueillette, en domestiquant certains animaux et en développant l’agriculture.

Cet immense progrès va lui permettre de produire plus et plus régulièrement, donc d’agrandir le clan en multipliant les enfants. Ceux ci arriveront au monde dans un cadre sécurisé et mieux développé puisque sédentaire. Les enjeux deviennent donc bien plus importants désormais qu’auparavant : il en va de la défense d’une société stabilisée qui a des choses à perdre. Par ailleurs, l’ambition de gouverner les autres clans, de la même façon que l’on domine maintenant la nature, se précise.

Comment, dans ce cas, conserver de bonnes relations avec un voisin qui devient un ennemi potentiel ? En effet, ce dernier est susceptible d’avoir la très mauvaise idée de s’emparer des biens de la tribu. Or, au vu des nouvelles circonstances, celle-ci dispose désormais des moyens de le réduire à une parfaite impuissance.

De plus, si le voisin pouvait avoir une utilité au niveau de la survie d’un groupe démographiquement faible, la hausse de la population du clan, permet aujourd’hui de se passer de lui. Ne pouvant plus servir à rien, mais constituant par contre certains dangers, l’affrontement devient évident.

Aux origines de cette évolution, les chercheurs évoquent des migrations de populations venues de l’Est et d’Orient, vers l’Euphrate. Très lentement, ces nouveaux venus s’aventurent en Occident par deux voies : d’un côté, la Méditerranée, de l’autre, le réseau du Danube et ses affluents. Par la force des choses, malgré une faiblesse démographique de part et d’autre, les deux modèles de société finissent par se rencontrer. Ici les agriculteurs-éleveurs, là les chasseurs-cueilleurs. Tous les deux savent se battre et méritent l’attribut de « guerrier ».

Le choc des civilisations

Comment ces deux populations vont-elles se côtoyer ?

Doit-on imaginer, encore une fois, une vision utopiste, prétendant que les méthodes des envahisseurs furent acquises en toute quiétude, par des indigènes ravis de s’approprier les joies du « Progrès », auprès de ces véritables « éducateurs » pour les Cro-Magnons ?

Ou doit-on mettre en avant une vision plus dure, faite d’affrontements permanents entre bandes de trente à cinquante individus, de résistances farouches à l’envahisseur, jusqu’à ce que le temps aidant – quelques milliers d’années de guerre sauvage –, les méthodes de l’élevage et de l’agriculture s’imposent aux chasseurs-cueilleurs, vainqueurs ou vaincus, mais ayant adopté les nouveautés acceptables pour eux ?

Très certainement, les deux visions peuvent avoir cohabité, dans un plus ou moins large panel. Si l’évolution pacifique s’est bien déroulée dans certaines zones, elle ne peut être généralisée : « une bonne partie de l’économie néolithique a été véhiculée par des groupes [que l’on dit] intrusifs »

Il faut donc accepter l’idée que la « néolithisation » ne s’est pas faite sans violence, et intégrer à la réflexion les notions « d’insécurité », voire d’hostilité dans les relations. En effet, pour mettre en place leur système basé sur l’agriculture, les nouveaux venus doivent s’approprier des terres proches d’une source d’eau comme « les bords de rivière, lieux fréquentés par les populations de chasseurs-pêcheurs, en raison de leur richesse en poisson et en gibier d’eau ».

Comment faire totalement abstraction de la défense du territoire par les habitants originels ? Peut-on réellement croire que les envahisseurs, face à des résistances, se soient alors tranquillement retirés en quête d’une terre à acquérir paci­fique­ment ? Peut-être une fois, deux fois, mais pas indéfiniment, pour de simples questions de survie !

L’avancée de la recherche permet de saisir l’organisation des rapports entre ces deux civilisations. Les envahisseurs, après une période de lutte avec les indigènes, ou découvrant une terre libre, se l’approprient et s’y installent. Rapidement, un partage de territoires s’effectue, créant de véritables zones frontières, parfois séparées de « No man’s land » plus ou moins importants.

D’autre fois, des relations basées sur l’entraide et l’échange entre les deux clans voisins, mais de civilisation différente, permettent de cohabiter pacifiquement durant un certain temps. Mais le massacre de Talheim est là pour nous rappeler que les populations se supportaient malgré tout bien difficilement. Il rappelle surtout que les braves paysans pouvaient parfaitement se montrer fort agressifs.

Talheim, les colonnes infernales de la Préhistoire ?

En 1984, des fouilles effectuées dans cette région du Bade-Wurtemberg en Allemagne permettent de mettre à jour une fosse commune contenant de nombreux ossements mélangés dans un désordre total. Ce simple fait permet déjà de noter que les cadavres furent jetés sans la moindre précaution au fond de la fosse. Les études effectuées, l’analyse minutieuse des os et des impacts aident l’imagination à reconstituer la scène.

Les arcs ont très peu servi lors de ce massacre. La visibilité était-elle mauvaise ? Les assaillants n’en possédaient-ils pas en nombre suffisant ? Toujours est-il qu’ils ont dû approcher sans se montrer, ou au moins tromper la confiance des victimes.

Peut-être faisait-il du brouillard ? Un groupe d’une trentaine de personnes (18 adultes des deux sexes, 16 enfants) vaque paisiblement à ses activités, au milieu des cris joyeux des plus jeunes.

Plus loin, dans la forêt, avançant silencieusement dans la brume, un groupe d’hommes progresse dans leur direction.

Epiant les faits et gestes du clan, ils se lancent soudain à l’attaque en hurlant !

Dans cette tuerie sans nom, les assaillants ne font pas de quartier.

Les victimes, surprises en pleine activité sont totalement désarmées. La fuite reste la seule solution. Armés de haches à lames de pierre et de massues, les sauvages guerriers pourchassent leurs proies, les rattrapent et frappent essentiellement dans le dos, au niveau de la tête. Il faut les tuer tous. Une femme tombe à genoux, le crâne ensanglanté. Aussitôt, une nuée d’adversaires l’entoure. Les coups pleuvent sur la malheureuse. De toutes leurs forces, ses bourreaux abattent leurs armes sur ses épaules, son dos, sa poitrine, puis lui fracassent la tête, faisant exploser le visage ! Couverts de sang, ils continuent la tuerie. Devant eux, d’autres assaillants ont attrapé un jeune homme. Fou de peur, il hurle, se débat, tente de s’enfuir. Mais ses agresseurs le rattrapent, le cognent violemment contre un tronc d’arbre, ou une grosse pierre, une fois, deux fois, trois fois, jusqu’à ce que le corps brisé du garçon repose mollement entre leurs mains. Avant de chercher une nouvelle cible, un des hommes l’attrape par les cheveux et lui porte le coup final : un violent coup de hache sur la nuque, qui brise les vertèbres cervicales et le bas du crâne.

Après le combat, les vainqueurs passent parmi les corps jonchant le sol. Les coups de grâce sont distribués systématiquement. Il n’y a aucun survivant, hormis les enfants en bas âge, dont les squelettes ne furent pas retrouvés. Ceci tend à laisser croire qu’un des buts de cette opération visait à leur capture. D’autres motifs peuvent concerner la prise de possession d’une terre fertile, d’un bétail abondant. Rien n’empêche même de supposer qu’il s’agit là d’un règlement de comptes entre deux clans.

Des affrontements fréquents

Malheureusement, Talheim n’est pas une exception au sein de cette époque difficile du Néolithique. De multiples endroits révèlent des comportements d’une grande violence, comparables à ceux observés en cet endroit. Pas loin de là, en Autriche, à Asparn-Schletz, dans une tranchée entourant une demeure, 67 corps sont retrouvés. Sur les 40 crânes découverts, 39 sont défoncés. Où sont passés les autres ? Les ossements sont criblés de fractures, d’impacts et de multiples traces de blessures. Encore une fois, personne ne s’est soucié de les inhumer décemment. Certains autres sites mettent également le chercheur en présence de cas de cannibalisme.On note par ailleurs, grâce à l’art néolithique du Levant espagnol, une évolution du combat, et de certaines formes de stratégie. Outre de fameuses scènes de chasse, on doit à cet art, de fort suggestives représentations de combat.

« L’ensemble le plus connu est celui du Cingle de la Mola Remigia à Ares del Maestre dans le barranco de la Gasulla ». Mais d’autres sites, à proximité de ce dernier offrent un grand nombre de scènes d’affrontements.

Toutes mettent en jeu des personnages réunis en véritables groupes de combat. On remarque des guerriers s’affrontant directement, puis sur les côtés, des archers protégeant leurs camarades. Parfois, l’arrivée de renforts est matérialisée sur les scènes, achevant de démontrer une certaine capacité d’organisation de ces groupes de guerriers. D’ailleurs, plusieurs fresques retracent l’évolution du combat, à travers une succession de « tableaux ».

Les effectifs excédent rarement la trentaine d’individus dans chaque camp. Les personnages sont représentés avec des détails (plumes portées en différents endroits du corps, cornes, barbes, attributs sexuels), dans des attitudes physiques significatives. Les guerriers courent, tirent courbés, se couchent, évoluent sur les champs de bataille avec un réalisme surprenant.

Toutes ces violences s’expliquent, dans un premier temps, par les luttes entre chasseurs et agriculteurs. Dans un second temps, l’on évoquera plutôt de véritables crises au sein de la société néolithique. Les tentatives d’analyses sont nombreuses. La pression démographique est-elle en cause ? « La culture rubanée serait-elle parvenue, après quelques siècles d’un développement sans problème, à un point de rupture d’équilibre entre le système techno-économique et la population à nourrir ? »

Les simples crises politiques internes, les heurts locaux ne doivent bien sûr pas être éludés.

Une fois ces combats terminés, le sort des prisonniers reste à régler. Les mêmes représentations d’art Levantin nous exposent le sort réservé à ces derniers : généralement, un peloton d’archers se charge de les exécuter. Des scènes montrent des sujets, vraisemblablement des prisonniers, littéralement criblés de flèches. Bien entendu, ce genre de châtiments n’est pas seulement réservé aux vaincus capturés. Les membres d’une même communauté peuvent partager ce sort, pour de quelconques motifs répressifs ou sacrificiels.

Ainsi, conflits inter ou intra communautaires, les causes de violence sont nombreuses. Et l’on s’aperçoit que leur traitement est radical. On cherche l’élimination totale et définitive de l’adversaire, sans faire de quartier. Les exécutions, les coups de grâce, les embuscades ou les sacrifices en font foi.

Magnifique combat d’archers représenté sur la paroi de l’Abri de los Dogues, grotte du Levant espagnol.
La violence, une valeur sociale

Il devient donc possible de conclure que le Néolithique correspond à une période ni plus ni moins violente que les autres, et que les luttes prenaient une part fondamentale dans cette société. La preuve en est des multiples scènes de combat, alors que les représentations plus pacifiques ne semblent pas passionner les artistes. Or en cette période, grâce aux avancées technologiques, la chasse et la guerre étaient susceptibles de tomber en désuétude, et auraient dû céder le pas aux travaux plus pacifiques. On peut donc en déduire que la chasse et la guerre tenaient une place valorisante chez les hommes du Néolithique, paysans ou chasseurs.

La construction du guerrier

La multiplicité des preuves d’actes brutaux ou meurtriers durant le Néolithique, explicables ou non, prouve incontestablement l’état de violence de cette période. En Occident, ces actes de violence s’amplifient considérablement au fil du temps. A partir de fouilles effectuées dans les tombes collectives (chambres funéraires mé­ga­lithiques, hypogées, grot­tes sépulcrales), les archéologues et les historiens de la Préhistoire tentent de fournir un faisceau d’explications au sujet de ces affrontements.

Il convient d’abord d’analyser le mobilier funéraire, extrêmement révélateur du contexte idéologique et spirituel d’une époque. On inhume un personnage avec ses objets les plus précieux, ainsi qu’avec un « nécessaire de survie » dans l’autre monde.

Etrangement, dans la société néolithique, fondée sur l’agriculture et l’élevage, les défunts ne sont pas inhumés avec des objets du quotidien, ou symboliques de leur mode de vie. On prend soin en revanche de préciser la place hiérarchique du sujet.

Encore une fois, contrairement aux visions pacifistes, l’homme du Néolithique ne repose pas pour l’éternité en compagnie d’un balai, mais bien avec ses armes ! On relève une profusion de pointes de flèches, de lames de poignard ou de hache.

Il faut donc en déduire que ce sont les armes qui représentent un facteur de prestige, de valeur sociale. La chasse ou la guerre servent donc plus la promotion sociale que les modes de vie utilitaires et producteurs d’alimentation.

Certainement, cet apparat marque aussi une distinction de plus en plus affirmée entre l’homme et la femme.

L’espace masculin se détermine donc par rapport aux armes. Le portrait d’un homme de cette époque pourrait correspondre à Ötzi, « l’homme de Similaun », mort en

– 3200 dans les Alpes du Tyrol.

Tentant de franchir le col de Similaun, ce sujet fut certainement surpris par une tempête ou une avalanche, puis enseveli. Son corps, ainsi conservé dans les glaces, fut retrouvé en 1991.

Ötzi portait des vêtements chauds, pour affronter la montagne. Pour subvenir à son alimentation et à sa défense, il emportait avec lui les trois éléments clés de la sphère masculine du néolithique : le poignard à lame de silex, la hache de cuivre et son arc en bois d’if. Son carquois contient des flèches inachevées. Soit il fut obligé de partir en hâte, soit il eut la nécessité d’utiliser celles qu’il avait emportées. Certainement, il s’apprêtait à rendre les nouvelles opérationnelles le plus rapidement possible ! Preuve qu’elles n’avaient pas une fonction décorative.

Quoi qu’il en soit, cet équipement détermine le rôle social d’Ötzi. Les armes évoquent la force physique, l’adresse du guerrier-chasseur, et la domination de l’homme sur la nature, voire sur ses propres congénères.

L’homme ne s’occupe plus des tâches « domestiques » : gestion de l’alimentation, travaux de mise en culture des sols, moissons, travaux de gestion du foyer et du clan. Celles-ci deviennent l’apanage des femmes. Ce n’est que vers la fin du IVe millénaire, que l’apparition de l’araire réintègre l’homme dans les travaux des champs, du fait de la force physique indispensable au maniement de cet instrument.

L’âge du cuivre : mise en valeur de la masculinité et de la guerre.

Le développement de la métallurgie, contrairement à ce que l’on pourrait attendre, va d’abord servir à créer des armes, et non des instruments de travail agricole. Ceci révèle encore une fois la valorisation de la guerre par rapport à l’agriculture, dans cette société néolithique.

De plus en plus, l’homme, à qui ce rôle de combattant est dévolu, prend une importance croissante. Les armes restent les mêmes, mais les nouvelles techniques aidant, la hache à lame de cuivre remplace la lame de pierre ; de même pour le poignard.

La fabrication des flèches atteint un niveau jusque-là inégalé. Leurs pointes sont adaptées aux fonctions de l’utilisateur : chasse ou guerre, pointe perforante ou tranchante. Les arcs et les flèches se répandent de plus en plus.

La « tombe de la veuve » de Ponte San Pietro, près de Viterbe en Italie, permet de découvrir deux sujets : un homme et une femme. Au centre du tombeau, repose le corps du mâle. Certainement âgé d’une trentaine d’années, sa tête teinte en ocre, il est entouré de son écuelle et de son vase à boire.

Bien entendu, ses armes l’accompagnent : le poignard à lame de cuivre, sa hache de combat en pierre polie, une cognée à lame métallique, une autre en pierre, très ouvragée et certainement cérémonielle, un coffret en bois de cerf contenant quinze armatures de flèches, et certainement un arc, aujourd’hui disparu.

Tout cet arsenal permet donc d’avancer que le sujet était un guerrier. Les éléments qui l’accompagnent dans la mort symbolisent sa fonction et son rang. Le faste l’entourant marque l’importance sociale attribuée à ces hommes.

Le contraste est plus marqué encore lorsque l’on analyse le corps féminin reposant à ses côtés. Certainement victime d’un sacrifice humain à la mort de son époux, la femme installée aux pieds du guerrier, occupe un espace réduit, malgré les attributs honorifiques l’accompagnant. Elle ne possède qu’un seul récipient, mais surtout, l’absence d’armes marque sa position soumise par rapport à l’homme. Il importe cependant de noter que certaines tombes montrent des femmes équipées d’armes. Au lieu de suivre leur époux dans la mort, récupéraient-elles les fonctions guerrières du conjoint ? Avaient-elles toujours eu ce rôle combattant ? Toujours est-il que la femme semble pouvoir accéder à la caste dominante lorsqu’elle sait se battre. Voici la preuve que c’est bien la force et la violence guerrière qui permettent l’ascension sociale, et non la production agricole ou quelque autre moyen pacifique.

Le rôle de l’arc aux différentes périodes de la préhistoire.

Comme souvent dans l’Histoire, l’ingéniosité humaine se met avant tout au service de la guerre. Dans sa vision du combat pour la vie et de la concurrence permanente, l’homme cherche à dominer son prochain, voire à l’éliminer. Améliorant sans cesse ses techniques, le Paléolithique passe lentement du jet de pierre à l’épieu ; puis de l’utilisation de la force du bras à un mode de propulsion mécanique redoutablement plus efficace : l’arc.

Ce dernier permet au guerrier-chasseur de préserver sa propre vie, tout en éliminant aussi sûrement ses adversaires ou ses cibles. L’archer allonge la distance entre lui et sa victime, mais améliore également la précision de ses tirs, chose que ne lui offraient pas les pierres, bolas ou les simples bâtons.

A ces deux avantages, il convient d’ajouter celui de la force de propulsion considérablement augmentée par le mécanisme et la force du bras conjugués.

L’arc apparaît vers le Paléolithique supérieur (-12 000/-10 000) Des chercheurs avancent même la date de -20 000.

Son invention puis son développement bouleversent totalement les techniques de combat. Le groupe se renforce considérablement grâce à cette nouvelle arme, qui permet de tuer à distance ou de couvrir plus efficacement qu’avant, un compagnon courant au contact : la cadence est plus rapide que d’autres armes, l’impact gagne en violence et en précision, la distance supérieure mise entre les adversaires, permet donc de tirer plus de traits contre ses adversaires.

Preuve de l’importance prise par cette arme, la multitude de représentation dans les grottes, d’archers affrontant tant des hommes que des animaux. Autre preuve également, le fait que le portrait type de l’homme de cette époque et des époques ultérieures soit généralement représenté armé de l’arc et des flèches.

Au sujet des flèches, celles découvertes à Stellmor, près de Hambourg présentent un modèle long de 80 cm à 1 m. Elles sont taillées dans du pin, et dotées d’un empennage, tandis que l’autre extrémité est fendue pour recevoir la redoutable pointe de silex.

Au niveau de la conception, les représentations, si l’on se fie à elles, et les études archéologiques, montrent des arcs de 1,20 à 2 m approximativement. Certains atteignent la dimension exceptionnelle de 3,50 m !

Les modèles retrouvés, par exemple à Holmegaard au Danemark, nous renseignent sur la composition de ces armes. Les deux arcs découverts étaient taillés dans du bois d’orme et mesuraient 1,50 à 1,60 mètre. Le premier, qui est le plus complet, présente un emplacement destiné à la prise en main. Les extrémités, comme aujourd’hui, vont en s’amincissant. D’autres modèles diffèrent plus ou moins, notamment au niveau de l’encoche pour fixer la corde. Certains sont munis d’un trou de fixation, alors que d’autres se contentent d’une petite encoche. Au fil du temps, certains modèles évoluent vers l’objet d’art, ce qui prouve l’attachement accordé à cette arme.

Au Néolithique, tout paysan qui se respecte possède son arc. Par ailleurs, la confection des flèches évolue. Les armatures tranchantes restent dominantes, mais des pointes perçantes apparaissent et se répandent rapidement, jusqu’à finalement devenir la caractéristique principale du Néolithique. Une production de flèches en série commence à cette époque.

L’arc tend également à prendre un rôle symbolique de prestige social, alors que paradoxalement, la chasse perd de son rôle alimentaire. Elle gagne par contre celui de symbole guerrier et viril.

L’archer du Néolithique recouvre donc trois aspects : 1) Il représente le chasseur, homme courageux qui affronte la nature. 2) Celui-ci et le paysan armé de l’arc défendent la communauté contre les éventuels agresseurs. 3) L’archer porte donc ses armes comme des décorations et un symbole de masculinité. Il occupe une place importante dans la communauté.

Avec l’âge du bronze, la pointe de flèche gagne en qualité et en potentiel de destruction. Cependant, les progrès de la métallurgie lui font perdre son prestige symbolique au profit de l’épée, qui devient la reine des combats. Cette évolution démontre le fait que la guerre appartient désormais au registre du prestige social, puisque l’on préfère prendre le risque de mourir bravement, plutôt que de vaincre l’adversaire à distance. L’arc était garant de la sécurité d’une communauté soucieuse de sa survie et de la préservation de ses meilleurs éléments.

Arrivée progressive es peuples indo-européens : une évolution de la violence. Au vu de l’archéologie, il semblerait que des migrations de populations survenues entre le IVe et le IIe millénaire, provoquèrent des changements dans la vie des cultivateurs-éleveurs. Ces peuples, en provenance des steppes asiatiques et du fin fond de l’Europe de l’Est, apportent avec eux de nombreux éléments de changement. D’abord, ce sont des peuples de cavaliers, qui ont certainement apprivoisé le cheval depuis le Ve millénaire. Leur société s’organise, de façon pyramidale, sur un système patriarcal. Nomades, ils ne connaissent pas l’agriculture, mais pratiquent l’élevage et le pillage. Arrivés en Europe en plusieurs vagues de migrations, ils modifient lentement le fonctionnement de la société, qui se base progressivement sur le mâle guerrier. Ils apportent également de nouvelles façons de penser, ainsi qu’un renouvellement du vocabulaire. Ils sont certainement à l’origine de la statuaire guerrière. L’influence de leur mentalité de combattant sur les indigènes d’une part, et d’autre part, les inévitables répercussions de leurs agissements brutaux sur les populations provoquent une évolution de la société néolithique. Un guerrier européen et son équipement aux environs du VIIIe siècle avant notre ère, tel qu’on peut l’imaginer aujourd’hui selon les découvertes de l’archéologie.

L’art et l’artisanat au service du guerrier

Un grand nombre d’armatures de flèches se retrouvent dans les tombes. Doit-on les considérer comme des objets nécessaires à la guerre et à la chasse, ou plutôt comme des symboles sociaux ou rituels ? Il semble évident que nombre de ces pièces, taillées dans des matériaux précieux, et finement ouvragés ne servaient qu’à l’apparat, même si toutes les autres prenaient un caractère plus « fonctionnel ».

Par ailleurs, des sujets sont parfois inhumés avec des trophées de chasse : canines d’animaux sauvages ou objets en bois de cerf.

Enfin, sur le plan artistique, les statues-menhirs, figurent des personnages dotés d’une symbolique guerrière : le port fréquent du poignard et des autres attributs masculins le prouve. « La montée en puissance des armes semble accentuer dès lors l’image du chasseur ou du guerrier, même si l’affrontement demeure une pratique aléatoire et très temporaire ».

Malgré tout, il semblerait que les hommes de cette période aient cru bon de se protéger de ces aléatoires moments de violence, en protégeant leur communauté par de nouvelles méthodes d’architecture.

Apparition des camps fortifiés

L’archéologie révèle une dichotomie dans l’architecture néolithique et protohistorique. D’un côté, des villages paisibles, ouverts et sans protections, et de l’autre, de véritables camps fortifiés, protégés par des remparts de pierre.

Dans les régions géographiquement peu favorables, la démographie reste faible. Les motifs de conflits restent très limités. L’exploitation des maigres ressources se fait même en collaboration avec les voisins.

Site fortifié de Los Millares, près de Santa Fe de Mondujar, province d’Almeria, Espagne. Environ sept hectares de puissantes fortifications encloses.
En revanche, on peut avancer un certain nombre d’éléments pour expliquer ce phénomène de fortification de l’habitat.

D’abord, n’oublions pas l’arrivée des peuples pillards indo-européens et de leurs mentalités guerrières, dans les zones à fort potentiel alimentaire. L’accroissement démographique des paysans-éleveurs fournit une autre piste d’explication. Le peuplement de régions par des clans de plus en plus importants démographiquement, incite à la construction de telles fortifications protectrices des biens et des personnes. D’autre part, l’un des facteurs déterminants reste la situation géographique. La présence de conditions climatiques favorables, de terrains fertiles et de richesses naturelles abondantes, (proximité de l’eau, flore, faune) influent de manière décisive sur l’évolution des groupes humains cohabitants. La concurrence est rude. Il faut donc se protéger de la menace représentée par « l’autre ». Tout phénomène d’enrichissement entraîne la nécessité de savoir faire face aux clans désireux d’obtenir ce qu’ils ne peuvent développer eux mêmes.

Rapidement, les clans prospères réagissent aux tensions sociales en créant des défenses de plus en plus évoluées autour de leur habitat.

Ceci fait, rien ne les empêche, la meilleure défense étant l’attaque, de soumettre les clans voisins, pas aussi bien protégés, et d’étendre ainsi leur zone d’influence sur une région. Une société se développe alors, basée sur des rapports hiérarchiques entre « cités ». Là encore, le guerrier tient le premier rôle.

Du chasseur-combattant au « proto-guerrier »

Ainsi, l’évolution du statut de l’homme du IIIe millénaire tourne autour de la valeur guerrière. Les chercheurs donnent deux explications à cette évolution humaine du chasseur-combattant au « proto-guerrier ».

Le modèle du guerrier se serait créé avec l’arrivée des peuples indo-européens. « Au fond, les sociétés paysannes du Néolithique, paisibles et tournées vers les travaux des champs, auraient été assujetties par des populations davantage tentées de s’approprier par la force le bien d’autrui ».

L’évolution du contexte aurait donc développé ces sentiments bellicistes chez les agriculteurs-éleveurs.

Une deuxième tentative d’interprétation vient contester cette première analyse. On peut se demander si « la construction idéologique du guerrier n’est pas, à ces époques, le seul résultat de la dynamique sociale des populations de l’Europe occidentale. »

Ceci du fait des tensions internes dues à la croissance démographique et des autres raisons qui durcissaient déjà les sociétés antérieures. Très certainement, les deux analyses se complètent, et aucune n’est suffisante à elle seule.

Les tombes indiquent que, lentement, les combattants deviennent une caste à part, une sorte de « proto-aristocratie ». En effet, le fait que de plus en plus, les sépultures de guerriers contiennent des objets précieux, laisse supposer que ces derniers se différencient des autres membres de la tribu. Parmi les combattants, des chefs apparaissent. En Europe centrale et du Nord, des tombes individuelles sous tumulus marquent la présence de guerriers, voire de chefs de clans. Le poignard de cuivre remplace « la hache de prestige en pierre » comme marque de puissance sociale. Au côté des corps des défunts, on trouve de précieux gobelets en métal. Ceux-ci démontrent de nouveaux comportements sociaux-culturels, certainement réservés à cette nouvelle caste guerrière.

Bien sur, les conditions de vie en Europe ne nécessitent pas encore d’armée permanente, d’où le terme de « proto-guerrier ». Malgré tout, l’ensemble des facteurs survenus au cours de ces derniers millénaires, contribue à ancrer dans les esprits, l’image valorisante du mâle combattant. Alors que la guerre n’occupe pas encore toutes les activités de l’homme, elle s’impose au sein des sociétés comme vecteur de valorisation sociale. Preuve s’il en est de la nature guerrière de l’homme. Lentement, de ces sociétés paysannes émerge la silhouette du guerrier, considéré comme proto-aristocrate. « Désormais, avec les conflits qui se profilent, va s’amorcer une nouvelle construction idéologique, la sublimation de celui des guerriers qui s’affichera comme le meilleur : le héros. »

L’âge du bronze : apparition du « héros »

Vers le deuxième millénaire, l’Europe est couverte de petits clans vivant dans des villages. Des hiérarchies se créent, mais à un niveau très local. Malgré cela, les tensions existent toujours, et le rôle du guerrier s’accroît encore. Ses armes se perfectionnent, et peu à peu, il devient un élément du quotidien, avec des fonctions bien spécifiques. « C’est dans un tel contexte de percolation culturelle que le guerrier engendrera à son tour un autre personnage célèbre pour sa bravoure : le héros ».

En Grèce cette fresque du palais de Pylos illustre des duels au glaive entre
des guerriers mycéniens et des Barbares. On note l’usage d’une pique (en haut, à gauche).
Depuis longtemps déjà, les armes tiennent une place toujours croissante dans les représentations artistiques. L’âge du bronze, alliage du cuivre et de l’étain améliore considérablement la qualité de l’armement. Encore une fois, l’ingéniosité des forgerons est mise au service de la guerre. De même pour la production du métal, dont la majeure partie sert à la confection des poignards, des pointes de flèches, des lames de hache, et surtout, de l’épée, qui fait son apparition. Rapidement, celle-ci détrône toutes les autres armes sur le plan symbolique. Les formes évoluent, les gardes sont de plus en plus ouvragées. L’épée devient une véritable œuvre d’art au service de la guerre, préfigurant déjà Excalibur ou Durandal.

Rapidement, la société européenne semble se diviser en deux grandes catégories : d’un côté, une majorité, attachée aux travaux des champs, à la production, à l’élevage. Ils ont certainement accès aux armes, mais ne constituent pas à une élite guerrière. De l’autre côté, justement, l’aristocratie achève de prendre forme. Elle se compose d’individus courageux, vaillants, de robuste constitution. Tous sont des combattants. Ils ont plus de droits, car ils ont le redoutable privilège de porter les armes. Le sommet des hiérarchies sociales leur est naturellement réservé. Les tombes de ces chefs délivrent toujours davantage d’objets précieux, et d’armes honorifiques. Au XVe siècle avant notre ère, l’armure apparaît dans la panoplie du guerrier, puis les casques. Les liens sociaux s’accentuent, basés sur des dépendances et des liens d’homme à homme. Parallèlement, la production agricole, l’élevage, le développement du métal entraînent l’enrichissement des clans. Les fortifications augmentent. Les guerriers prennent une véritable fonction sociale. La guerre devient un métier. Les combattants sont vus comme les garants de l’ordre social et de la prospérité de leur cité. Mais ils sont également les fauteurs de trouble pour les voisins. D’autant plus que désormais, on ne peut plus écarter un goût certain « pour l’affrontement physique, la lutte armée, l’engagement sportif ». Au premier millénaire avant notre ère, la représentation du combattant se complète par le développement de la cavalerie pour les meilleurs guerriers. Nombre d’entre eux se font inhumer en compagnie de leur coursier, symbole de pouvoir et de prestige. A travers des représentations et l’importance accordée à la sépulture d’un individu, il devient possible d’affirmer que les membres d’un clan vénéraient la mémoire de guerriers, véritablement considérés comme des héros. Les archéologues avancent même qu’à la mort d’un « héros », la communauté procédait à des sacrifices humains en son honneur.

La Préhistoire s’achève donc sur la construction d’un véritable mythe guerrier, et une hiérarchie sociale entièrement axée sur le combat.

Finalement, au ter-me de cette excursion préhistorique sous la con-duite de nos deux chercheurs, un certain nombre de conclusions s’imposent.

D’abord, la violence a toujours existé. A exclure donc, le mythe de l’âge d’or de la Préhistoire et de ses pacifiques enfants du jardin d’Eden.

Cependant, laissons la parole aux auteurs de l’ouvrage, afin de relativiser cette notion de violence, et n’oublions pas que le Bien et le Mal sont des valeurs extrêmement subjectives et fluctuantes, selon les lieux et les époques. « Sacrifice humain, homicide, réduction en esclavage ou conflits n’ont peut-être été dans l’esprit des officiants ou des victimes qu’une fatalité, une loi, voire une fierté. »

Il est pourtant une constante dans la pratique de la violence, aujourd’hui comme avant : une violence « légitime » et « légale » existe, qui est récompensée par la communauté. Il s’agit de la guerre contre un clan rival, ou contre un quelconque danger.

En revanche, il existe une violence taboue, réprouvée. Il s’agit des exactions commises contre un membre de la communauté. Cette violence est punie par le sacrifice ou l’exécution.

Par ailleurs, l’étude de la Préhistoire nous révèle comment évolue la violence, quels sont les avancées techniques mises à son service, mais l’explication de ces violences reste floue. En effet, est-il possible de comprendre le point de vue d’un homme de la Préhistoire ? Ainsi que le disent les professeurs Zammit et Guilaine, il faut prendre garde de ne pas « projeter nos visions actuelles des choses sur des sociétés anciennes. Ne serions-nous pas tentés de porter des jugements sur des coutumes dont le sens ne nous est pas familier ? » L’on évoquera ici le cannibalisme, ou les sacrifices humains, censés « protéger » la communauté. Ils sont donc dotés d’une charge morale positive ! Pouvons-nous réellement mettre de côté tous nos préjugés moraux ?

Au sujet de la guerre, les études archéologiques prouvent qu’elle a toujours existé, sous une forme ou une autre. Le sens donné aux affrontements fait évoluer le concept de guerre et de guerrier, de la nécessité au prestige social, mais le combat garde le même but concret : la lutte pour la survie ; le combat pour la domination de ses voisins. Homo homine lupus, et aucun contrat social n’y a jamais rien fait.

Malgré tout, il ne faudrait pas diaboliser l’homme préhistorique, et oublier l’ensemble de ses réalisations. Il a fallu beaucoup de solidarité et de sensibilité pour réaliser les fresques, construire les tombes et les tumulus. Il a fallu du courage et de l’abnégation pour se faire tuer en protégeant l’arbre ou le village, indispensables à la survie de ses proches. Enfin, n’oublions pas qu’une bombe atomique sur une ville fait plus de morts qu’une volée de flèches sur un individu, au détour d’un col de montagne. La mort d’aujourd’hui est aseptisée, divisée entre dégâts collatéraux et frappes chirurgicales. Nos prédécesseurs allaient droit au vif du sujet, et ne s’embarrassaient peut-être pas de considérations moralisatrices ou esthétiques sur le Bien et le Mal.

P.-A. Bouclay

Le sentier de la guerre, visages de la violence préhistorique, par Jean Guilaine et Jean Zammit, notes, nombreuses illustrations et photographies, orientations bibliographiques, 370 pages, 148 F, Le Seuil, Paris janvier 2001, ISBN 2.02.040911.9, http://www.seuil.com

Voir également:

The new Musée de l’Homme is so much more than a racist cabinet of curiosities
Picasso was inspired by ‘primitive’ art here, and the Hottentot Venus was exhibited as a freak. Now, the famous anthropological museum in Paris has reopened – and it’s better than ever. It’s high time London got its own
Jonathan Jones

The Telegraph

14 October 2015

Museums are not just places to look at interesting objects. They have personalities; they have history. The Musée de l’Homme – Museum of Man – in Paris, which has just reopened after a major renovation, has one of the richest and spiciest of biographies.

This is where Picasso came to look at African art. It was in the dusty, mysterious collections of its original home at the Trocadero that he – not to mention Matisse, Brancusi and Derain – formed an image of what was then known as “primitive” art. The power of carved masks and fetishes that artists imbibed in this anthropological museum pervades the masterpieces of modern art, from Picasso’s sculptures to Derain’s Dance and Brancusi’s totemic columns.

It is well known that Picasso’s Cubism was influenced by African and Pacific art, but not so well known that an obsession with ethnography united the French avant garde right up until the 1960s. The influentual intellectual Michel Leiris, who wrote on and collected Picasso and Bacon, worked as a researcher at the Musée de l’Homme. His own collection of “primitive” art can be seen today at the Pompidou, along with surrealist André Breton’s personal cabinet of curiosities that is a kind of private homage to this museum.

But alongside that glamorous cultural heritage, the Musée de l’Homme has a skeleton in the closet – literally. Or it did. Until the 1970s, visitors here could gawp at the remains of Saartjie Baartman, a Khoikhoi woman from the Eastern Cape who was exhibited as a freak and nicknamed the “Hottentot Venus” in early 19th-century Europe because of her large buttocks. Baartman’s bones were only returned to South Africa to be respectfully buried in 2002.

This is the kind of story that gives anthropology museums a bad name. Needless to say, the new, improved Musée de l’Homme is not a cabinet of racist curiosities. It is a state-of-the-art museum with modern displays looking at the evolution of humanity. Paying homage to its links with modern art, its new displays are based around the three questions Paul Gauguin asks in one of his most famous paintings: “Where do we come from? What are we? Where are we going?”

The reopening of the Musée de l’Homme this week means that Paris now has two anthropological museums. The other is the newer Musée du Quai Branly, where the actual masks that inspired the modernists can be seen alongside art from Australia, north Africa and Asia.

London has no anthropological museum. There used to be one, The Museum of Mankind. As a student it was my favourite London museum – a magical place to explore other cultural universes like the secret worlds of the Amazon.

But it has gone and now all world art is included in the British Museum. Surely this is right. Human cultures are equal; they need to be seen together.

Or is it? Are anthropological museums evil, racist places that harbour disgraceful exhibits like the Hottentot Venus and define African or Pacific art as “primitive” – or do they open eyes to the wonder of pre-modern cultures?

The Musée de l’Homme certainly opened the eyes of Picasso and the surrealists. Picasso did not see the masks he admired (and collected himself) as inferior objects; he saw them as great art. He wanted to make art as powerful and intense and, as he put it, “fearful” as the African sculpture he revered.

The trouble with the British Museum approach is that, while it sounds more modern and multicultural, it actually sells a lot of world art short. The British Museum’s big exhibitions, and the focus of its drive to tell world history, tend to foreground the great monotheistic religions and world empires – Islam and China and Europe – with only occasional, often smaller shows examining themes such as indigenous Australian culture.

And instead of getting their own permanent galleries, huge swathes of the world (including the Pacific islands, Australia and the Arctic) are jumbled together in one unsatisfactory gallery, where it is impossible to learn much about them and where even an Easter Island statue becomes a curiosity without context.

Anthropology is not a racist science. It is the study of what Jared Diamond calls “the world before yesterday” – the world before globalisation. It is the study of our humanity before we all surrendered it to a smartphone.

Anthropological museums like the Musée de l’Homme are portals on a richness of human culture that is fast vanishing. They are treasure houses of the soul. Paris has two. London should have at least one.

Voir encore:

Musée de l’Homme: la délicate question d’exposer des restes humains
David Namias

BFM

17/10/2015

Le musée de l’Homme rouvre samedi après six ans et demi de travaux. Alain Froment, médecin et anthropologue, détaille pour BFMTV.com les « bonnes pratiques » à respecter dès qu’il s’agit d’exposer des restes humains.

« L’un des points culminants du parcours est une chambre un peu sombre  dans laquelle on expose les grands fossiles originaux du Musée de l’Homme », s’enthousiasme Alain Froment, responsable des collections d’anthropologie biologique au Musée de l’Homme*. Mais s’il y fait noir, l’endroit n’a rien à voir avec un tombeau. Le coffre-fort de la mémoire de l’humanité rouvre samedi ses portes au public, entièrement repensé et réagencé.

L’anthropologue veille sur une nécropole de 30.000 restes humains issus de quelque 23.000 individus. Justement, ces morts, qu’ils soient de Cro-Magnon,  de Néandertal ou Homo sapiens, n’auraient-ils pas davantage leur place au cimetière que dans un musée?

« Nous avons cherché à  susciter de l’émotion face à des crânes de vraies personnes qui ont vécu entre 60.000 et 25.000 ans (avant notre ère, ndlr). Ce n’est pas du plastique. On est face à face, à hauteur de regard. Le message, c’est de rencontrer nos ancêtres pour réfléchir sur ce qu’est l’humanité », explique notre guide.

Singulière mise en abyme du visiteur, invité à porter un autre regard sur lui-même et la destinée de l’espèce.

« On n’expose pas de restes d’enfants »

Mais l’émotion n’est pas tout. En six ans et demi, le monde des vivants, à l’extérieur de l’aile Passy du Palais de Chaillot, a changé. Juste après sa fermeture, en 2009, les têtes des Polynésiens maoris détenues par les musées  français ont été restituées à la Nouvelle-Zélande, à la faveur d’une loi votée en 2010, seul biais à l’époque pour passer outre l’inaliénabilité du patrimoine national et avant la constitution de la Commission scientifique nationale des collections des musées de France. La bioéthique, elle aussi, a fait du chemin. Résultat, le musée suit des règles strictes.

« La politique du Musée de l’Homme veut qu’on n’expose pas des restes identifiés ou des restes d’enfants. Il y a bien une momie d’enfant égyptienne, mais le corps est dans les bandelettes donc on ne voit pas le cadavre. De même, pour les recherches, les crânes authentifiés et individuellement identifiés sont mis à part », souligne ainsi Alain Froment.

Ça, c’est le cas général. Quantité de crânes connus, souvent ceux de savants, garnissent les réserves, voire les rayonnages du musée. Saint-Simon, militaire, économisme et philosophe du 18e siècle. Et surtout Descartes, une « exception philosophique » dont la postérité, au contraire de sa physique mille fois caduque, donne le vertige. Pour la petite histoire, Alain Froment révèle que le passage au scanner du crâne du philosophe a montré qu' »il avait une tumeur bénigne dans les fosses nasales ».

« Le cadavre, une source de renseignements »

D’autres individus authentifiés sont aussi entrés par une espèce de cooptation post-mortem.

« Des anthropologues du 19e siècle avaient fondé la ‘société des autopsies mutuelles’. Ils aspiraient après leur mort à être disséqués par leurs collègues et leur cerveau dans un bocal. Là aussi, il s’agit d’un geste philosophique qui consiste à dire: ‘J’ai été anthropologue, j’ai étudié des restes humains et à la fin, mon squelette rejoint la collection' », analyse Alain Froment.
Le responsable évoque aussi une « longue tradition anthropologique qui vient de la médecine » et qui identifie dans le « cadavre une source de renseignements ». « La médecine s’est construite sur la méthode anatomo-clinique qui consiste à comparer les symptômes du vivant avec le patient une fois mort, et à aller regarder dans ses organes ce qui expliquait ses symptômes. On n’a même une maxime en latin qui dit: ‘Les morts enseignent aux vivants’ (mortui vivos docent). » Faire parler les morts, oui, mais avec le respect qui leur est dû.

« Notre démarche scientifique est pratiquée avec respect, mais considère que les restes humains sont des archives. Tous les peuples du monde sont archivés et c’est ainsi qu’on peut lire leur histoire, notamment pour ceux qui n’avaient pas l’écriture. La seule chose qu’on peut raconter sur l’histoire de ces gens-là, c’est en étudiant leur squelette », plaide-t-il.
Comme le souligne l’anthropologue, la difficulté réside du fait que ces dépouilles ne sont « ni des personnes, ni non plus des objets ». Quant à ceux qui, encore récemment, « croient pouvoir parler de races », le chercheur lance ce message que « l’humanité est un tout continu et indivisible » avec l’ADN pour « fil qui relie tous les humains ensemble ». Ici tous représentés, pas de hasard, à deux pas du parvis des droits de l’Homme.

*L’entrée au musée de l’Homme est gratuite pendant les 3 jours suivant son ouverture. Adresse: 17 rue du Trocadéro, Paris 16e. Métro Trocadéro sur les lignes 6 et 9.

Voir de plus:

CSA-Morano, même combat!
On peut compter les Blancs, mais pour dire qu’il y en a trop

Elisabeth Lévy

16 octobre 2015

Les Blancs, ça n’existe pas, mais il y en a trop partout – à l’Assemblée, dans l’entreprise et, bien entendu, à la télé. Cet heureux oxymore qui constitue le cœur du credo antiraciste vient d’être illustré spectaculairement par le CSA. Quelques jours après que toute la France convenable s’était étranglée de rage parce que Nadine Morano avait parlé de « race blanche », le « gendarme de l’audiovisuel » – qui ne traque rien d’autre que de supposés dérapages langagiers – tance la télévision française, coupable de ne montrer que 14 % de « personnes perçues comme non blanches » – non, je n’invente rien, c’est la terminologie employée par nos supposés sages. Et en prime de ne pas montrer sous un assez bon jour les perçus-comme-non-blancs, plutôt délinquants que médecins, plus souvent seconds rôles que héros.

La madame Diversité du CSA, Mémona Hintermann, a donc fait la tournée des popotes médiatiques pour déplorer que les télés aient « peur de montrer des Noirs et des Arabes » – elle doit être très colère, Mémona, pour oublier de faire usage des périphrases stupides dictées par les bonnes manières progressistes. Quant à madame Ernotte, la nouvelle patronne de France Télévisions, elle annonçait le Grand soir multiculturel il y a un mois : « On a une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans, et ça, il va falloir que cela change. » Mais pour l’instant, il semble qu’elle ait exclusivement recruté des mâles blancs. Il est vrai qu’ils sont jeunes et de gauche, ce qui efface un peu la pâleur de leur teint.

Je ne sais pas si on résoudra la crise de l’intégration en obligeant la télévision à faire la propagande du monde métissé où se dissoudront demain nos vieilles identités. Quoi qu’il en soit, on ne se demandera pas ici s’il est vrai qu’il n’y a pas assez de ceux-ci et trop de ceux-là sur nos écrans. Et pas non plus si Nadine Morano a commis une erreur, une faute ou un crime impardonnable en parlant de « race blanche ».

Le plus intéressant, en l’occurrence, c’est la contradiction évidente qu’il y a à dénoncer Morano tout en applaudissant le CSA. Je vois venir les puristes : la « race blanche », ça n’existe pas, c’est la science qui le dit. En effet, et Morano aurait dû parler de groupes ethniques ou d’origines. On pourrait se féliciter que tant de Français soient si sensibles à la précision de la langue. Sauf que le tombereau d’injures qui s’est déversé sur la Madame Sans-gêne de la droite n’avait pas grand-chose à voir avec ses approximations scientifiques. Ce qu’on lui a reproché, c’est de voir des différences que tout le monde voit (par exemple entre une personne perçue comme blanche et une autre perçue comme pas blanche) mais sans s’en émerveiller bruyamment, ce qui rappelle les heures les plus sombres de notre histoire. En clair, on ne peut voir la diversité ethnique que pour l’exalter. Dans ces conditions,  le CSA a le droit et même le devoir de compter les Blancs et les Noirs. Vous êtes perdus ? En réalité, c’est très simple : les différences n’existent pas mais elles sont le sel de la terre. En conséquence, on a le droit de distinguer les Blancs des autres mais pour claironner que les uns sont trop nombreux et les autres pas assez. Ainsi, personne n’aurait embêté madame Morano si elle avait dit, par exemple, que la France devait cesser d’être un pays de race blanche.

Du reste, il est très tendance de compter les Blancs pour s’endormir : ainsi a-t-on appris ces jours-ci par un édifiant article du Monde que les théâtres français étaient eux aussi « trop blancs ». Curieusement, on n’imagine pas un de nos innombrables « sages » se plaindre de l’hégémonie « non-blanche » dans le rap ou le R&B.

Que ces questions d’origine, de couleur de peau et d’ethnies soient plus que délicates et qu’elles demandent donc de la délicatesse, nul n’en disconviendra. Tout le monde sait bien qu’à l’œil, la population de Paris et celle de Dakar ne se ressemblent pas, mais on évite de trop en parler et on a raison. Seulement, ce qui se joue là et dans de multiples autres occasions a plus à voir avec la dinguerie qu’avec la délicatesse. Si on trouve légitime de compter les Noirs et les Arabes à la télé pour conclure qu’il n’y en pas assez, il ne faut pas s’offusquer quand certains les comptent dans le métro pour décréter qu’il y en a trop. À moins bien sûr de considérer qu’il y a un racisme détestable qui s’en prendrait aux Noirs, Arabes et assimilés et un autre, acceptable, qui viserait les Blancs. Mais quelle personne sensée penserait une telle stupidité ?

Voir enfin:

Non, Allahou Akbar n’est pas un cri de guerre ! »
Nous avions tout faux et nous devons nous en repentir.

Mea culpa
Altantico

17 Octobre 2015

L’islamophobie est une vilaine maladie. Mais elle se soigne. Et le remède – résultats garantis – se trouve dans Libération. Ce journal est en pointe dans la recherche visant à éradiquer l’islamophobie. C’est pourquoi dans sa rubrique « Desintox » en partenariat avec Arte (son et image) il a consacré plusieurs minutes à cette terrible maladie dont on sait qu’elle est dangereusement contagieuse.

Pasteur avait découvert le vaccin contre la rage. Libération a trouvé le vaccin contre l’islamophobie. Et c’est titré : « Non Allahou Akbar n’est pas un cri de guerre ! ». Nous, intoxiqués que nous étions, on ne savait pas. Le poison était dans nos veines. Quand les égorgeurs de Daesh tranchaient la gorge de leurs prisonniers nous avions entendus sur leurs vidéos : « Allahou Akbar ! ». Les mêmes mots avaient accompagnés dans leur travail Mohammed Merah, Mehdi Nemmouche, les frères Kouachi, Coulibaly.

On avait entendu « Alahou Akbar ! » quand les guerriers de Boko Haram convertissaient de force les jeunes chrétiennes qu’ils avaient enlevées.

C’est, nous avait-il semblé, en criant « Allahou Akbar ! » que les chébabs somaliens avaient démembrés des enfants (non musulmans) dans un hôtel de Nairobi. Et telles furent les derniers mots, nous avait-on dit, de ceux qui écrasèrent leurs avions le 11 Septembre 2001 sur les Twin Towers. Des dizaines d’autres exemples nous sont fournis par les radios et les télés, toutes apparemment islamophobes. Comment n’aurions-nous pas été intoxiqués ?

Heureusement, Libération est là pour nous expliquer qu’en dépit de ces très fâcheuses coïncidences, que « Allahou Akbar n’est pas un cri de guerre ! ». Des détails nous sont donnés pas le journal. Un musulman voyant son équipe marquer un but lors d’un match de foot manifestera sa joie par « Allahou Akbar ! ». Et les premiers mots qu’un musulman murmure à l’oreille de son nouveau-né c’est aussi « Allahou Akbar ! ». Rien que de la joie et de la tendresse.

Le zèle de Libération a quelque chose de pathétique. Que ne ferait-on pas pour recouvrir d’un voile épais une mare de sang ? Il faut maintenant aller plus loin et arrêter avec Daesh et consorts. Libération a certainement assez d’influence pour exiger de Canal + la retransmission intégrale des matchs de foot des équipes du Golfe avec les « Allahou Akbar ! » des supporters. Il parait indispensable que les chaines de télé diffusent les images touchantes des papas musulmans chuchotant « Allahou Akbar ! » dans l’oreille de leur nouveau-né. Comme ça on pourra oublier que c’est également ce que chuchotent les hommes de Daesh dans les oreilles des filles yazidis avant de les violer…

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