Présidentielle 2017: Et si Fillon avait déjà gagné ?

Réveillons-nous également pour dire que le patriotisme est une valeur cardinale du vivre ensemble. Lors de la coupe du monde 2014, arrivant chez un couple d’amis pour regarder un match des bleus, mon fils de 8 ans avait à la main un drapeau Bleu-Blanc-Rouge. La maîtresse de maison, brillante avocate, me dit « cela fait un peu FN, non? ». Cette réaction d’une femme intelligente illustre la bien-pensance ambiante dans laquelle nous nous étions collectivement conditionnés. Au lendemain des attentats, cette amie me fit remarquer que je n’avais pas mis le drapeau français à ma fenêtre pour répondre à la demande de François Hollande. Je lui répondis qu’il était bien gentil de la part du Président de nous demander de mettre un drapeau au balcon mais c’était faire preuve d’amnésie. C’était bien vite oublier que depuis des décennies la gauche de SOS racisme, à commencer par l’ancien Premier secrétaire du PS, vouait aux gémonies toute référence à la nation. Le PS et ses acolytes ont, ces trente dernières années, volontairement voulu associer les patriotes à des nationalistes. Cela a été le fruit d’une stratégie électorale alliant sectarisme et cynisme. Sectarisme afin de s’autoproclamer comme les seuls détenteurs des valeurs républicaines. Cynisme pour faire monter le FN. Il est grand temps de faire nôtre cette formule de Romain Gary: « le patriotisme c’est d’abord l’amour des siens, le nationalisme, c’est d’abord la haine des autres ». Le retour au patriotisme sera tout sauf un refus de la mondialisation. Il sera une force pour nos jeunes qui en seront les acteurs. Un phare pour ceux qui devront quitter le port d’attache France. Une nécessité pour faire partager les valeurs universelles de la France : humanisme, laïcité, droit de l’homme, égalité entre les hommes et les femmes… Vincent Roger (Conseiller régional (LR) d’Ile-de-France, conseiller du 4e arrondissement de Paris, soutien de François Fillon pour la primaire de la droite)
L’Europe devient tout autre chose que ce pour quoi elle a été conçue au départ, elle se transforme en laboratoire de la réalisation de l’utopie néolibérale dans son intégralité. Ce que les États-Unis, par exemple, ne permettent en aucun cas, en dépit de leur libéralisme constitutif à l’intérieur, parce qu’ils demeurent une nation et même aujourd’hui la nation par excellence, où le poids du politique, sous l’aspect du rayonnement américain, de la responsabilité extérieure, de l’ambition stratégique, est au cœur de la vie collective. (…) La construction européenne telle qu’elle existe aujourd’hui est un échec. De plus, c’est un échec français, au sens où c’est l’échec d’un projet spécialement voulu par les Français, donc spécialement dur à reconnaître et digérer pour la France. (…) Sur le plan économique, l’avantage compétitif de l’industrie allemande en matière de biens d’équipement est l’arbre qui cache la forêt. La monnaie unique et le libre-échange ne sont sûrement pas les instruments qui permettront à l’Europe de se tailler une place enviable dans l’économie mondiale de demain. (…) Politiquement, le constat du déficit démocratique est devenu un lieu commun, ce qui ne veut pas dire que l’on s’emploie à le corriger. (…) Le discours sur l’Europe est toujours incantatoire ; il ne porte pas sur la réalité… (…) S’ajoute à cela le faut que l’Europe est la chose des élites. Le communisme, même si l’idée a été partagée par une partie des élites, a d’abord été l’objet des masses. (…) Du côté des populations, joue une argumentation négative, rarement formulée comme telle mais d’une puissance considérable : la construction européenne est loin d’être une merveille, mais on ne peut pas en sortir. (…) L’estime de soi, de la part des Français d’aujourd’hui, est tombée à un niveau tellement bas qu’ils pensent que nous ne pourrions pas nous débrouiller par nos propres moyens. Les Suisses en sont capables, les Norvégiens ou les Islandais aussi, mais pas nous ! Ce pays, dans les profondeurs, n’a plus confiance en lui.  (…) Il ne suffit pas de proposer des réformes, si pertinentes soient-elles. Il faut commencer par les rendre possibles en faisant sauter le verrou qui les promet à l’échec. (…) il nous faut une nuit du 4 août de la nomenklatura française. (…) Le propos n’est pas de sortir de l’Europe, il est de la repenser de fond en comble, sur la base d’un bilan froid de ses acquis et de ses impasses. Celles-ci sont tous les jours sur le devant de la scène, les européistes grand teint concèdent eux-mêmes désormais qu’il y a sans doute pas mal de choses à revoir. À quand le moment d’en tirer les conséquences ? La France a été à l’origine du projet européen, l’Union européenne n’aurait plus de sens sans elle, et elle n’y pèse plus rien. Est-elle devenue incapable de reformuler un programme qui a dégénéré, au lieu de subir honteusement le joug de bureaucrates aberrants et de juges égarés ? » Marcel Gauchet
L’intuition de Marcel Gauchet rejoint nos propres observations : la civilisation européenne a tiré sa grandeur des qualités propres à chacune de ses composantes et à leur émulation. Tout le contraire de l’homogénéisation programmée par le traité de Maastricht. Au XVe siècle, les Portugais se sont lancés sur les mers avant que les Espagnols, puis les Hollandais et les Anglais ne viennent les concurrencer. Les Hollandais ont inventé le capitalisme, les Anglais la démocratie, les Français les droits de l’homme et du citoyen, les Allemands la science etc. Et le monde entier a pu profiter de ces différents apports. L’émulation entre les nations européennes leur a été bien plus profitable qu’elle ne leur a coûté en guerres, si on fait la comparaison avec par exemple l’empire chinois, périodiquement ravagé par des guerres civiles plus meurtrières que les derniers conflits européens ! Toute la question est de savoir si cette diversité qui a fait notre richesse sera laminée par la rage normalisatrice de Bruxelles, comme la diversité chinoise l’a été par le Premier Empereur… Marcel Gauchet voit l’origine de ce basculement dans l’émergence de l’idéologie néolibérale aux États-Unis, dans les années 1970. Cette idéologie fait de l’économie l’alpha et l’oméga de la vie publique. Avec le triomphe de la démocratie et de la paix universelles, les États n’ont plus d’autre mission que de garantir l’épanouissement personnel des individus et la liberté des flux de personnes, de marchandises et de capitaux. « Tout le monde est persuadé, désormais, au sein des partis de gouvernement, que c’est l’économie qui commande, qu’il faut la laisser faire, et que le politique n’est là que pour encadrer sans diriger. » Et pour que les entreprises puissent croître et prospérer, il faut faire pleine confiance à leurs actionnaires, nécessairement intéressés à leur prospérité… On s’apercevra très vite des limites de cette idéologie : D’une part, note l’historien, le néolibéralisme conduit à une excroissance monstrueuse de l’État : il doit en effet réglementer, contrôler et judiciariser à n’en plus finir les rapports entre les individus livrés à eux-mêmes. D’autre part, les actionnaires révèlent des intérêts à court terme opposés aux intérêts à long terme des entreprises, de leurs cadres et de leur salariés : soucieux de valoriser au plus vite leur mise, ils vendent les entreprises à la découpe et délocalisent les usines à tout va. La désindustrialisation et la perte de savoir-faire d’une bonne partie de l’Europe et des États-Unis sont le fruit amer de cette erreur de jugement. Les États-Unis ont néanmoins toujours manifesté des réserves à l’égard du néolibéralisme. En 2009, quand le constructeur automobile General Motors s’est trouvé au bord du dépôt de bilan, le gouvernement américain l’a nationalisé sans état d’âme, et en 2016, l’élection de Donald Trump a signifié la fin de l’utopie néolibérale et de l’ouverture tous azimuts. Curieusement, c’est en Europe, que le néolibéralisme a trouvé sa terre d’élection, en lien avec la déchristianisation du Vieux Continent selon Marcel Gauchet. L’historien est célèbre pour avoir défini le christianisme comme « la religion de la sortie de la religion », qui mène à la sécularisation de la société (Le Désenchantement du monde, 1985). Il observe que les États-Unis demeurent fortement structurés par la religion et la politique ; rien de tel par contre en Europe où l’affaiblissement des institutions tant religieuses que syndicales et politiques a rendu la société perméable à la nouvelle idéologie de l’individu-roi, défini par ses droits et ses intérêts. (…) Alors que la France n’est toujours pas sortie de la stagnation économique qui fait suite à la crise de 2007-2008, Emmanuel Macron et François Fillon veulent poursuivre et intensifier les politiques de coupes dans les dépenses publiques, de démantèlement de l’Etat social et du droit du travail, menées sans relâche par les gouvernements précédents. Ces politiques ne servent que les plus riches. Elles ne conduisent qu’à plonger le pays dans le cercle vicieux du chômage et de la précarité, terreau de la montée du FN dont le faux vernis social peine à cacher la nature profondément raciste et xénophobe et l’incohérence des propositions économiques. Joseph Savès
Les solutions proposées par Jean-Luc Mélenchon sont, à nos yeux, les seules capables de répondre aux cinq urgences majeures de notre temps. Elles forment un cadre cohérent et rigoureusement chiffré qui tient compte des équilibres budgétaires, non pas en se lançant dans une course à l’austérité, mais en proposant un programme économique précis et ambitieux reposant sur une plus grande justice fiscale, une politique d’investissement et une émancipation vis-à-vis des marchés financiers. (…) En répondant aux cinq urgences économiques majeures de notre temps, le programme économique de Jean-Luc Mélenchon nous donne aujourd’hui l’occasion historique de prouver qu’il y a des alternatives sérieuses, crédibles et désirables aux politiques absurdes menées avec acharnement lors des dernières décennies. Ce programme se réalisera dans le cadre d’une révolution démocratique, soutenue par la mise en place d’une assemblée constituante. Notre pays a aujourd’hui l’opportunité unique de renverser la logique mortifère qui mène l’Europe à l’implosion et de redonner un sens et du souffle au projet européen. Saisissons-la ! Un collectif d’universitaire
Pendant que la presse tente de relancer le feuilleton Fillon, c’est un tonnerre de silence qui a accueilli la révélation, ce week-end, du scandale Macron-Servier. Le laboratoire commercialisant le Mediator, et connu pour ses techniques occultes de lobbying, s’avère être l’inspirateur principal du volet « santé » du programme d’Emmanuel Macron, via un « expert » grassement rémunéré. Hasard ou conséquence, le leader d’En Marche plaidait quelques jours plus tôt pour mieux rembourser les médicaments vendus par… les laboratoires Servier. Heureusement, aucun journaliste n’a eu l’indélicatesse de demander à Emmanuel Macron si Servier faisait partie de la fameuse liste gardée secrète de ses généreux donateurs. Un cas d’école de la collusion entre les lobo pharmaceuriques, les politiques et les médias. Ce ne sont ni les valeureux enquêteurs du Canard, ni les fins limiers de Médiapart, ni même les expérimentés journalistes du Monde qui ont dévoilé le pot au rose, mais le docteur Irène Frachon. Connue du grand public pour avoir révélé le scandale du Mediator, et décorée par l’association Anticor du Prix éthique du Lanceur d’alerte citoyen, Irène Frachon a tiqué en relevant que le « représentant santé » (et principal inspirateur de son programme en la matière), Jean-Jacques Mourad, était en fait rémunéré par le laboratoire, pour des montants qui pourraient avoisiner le million d’euro pour la seule année 2016. Ce conflit d’intérêt caractérisé avait déjà été signalé durant le week-end par Formindep (Association Pour une Information Médicale Indépendante), une association non partisane et reconnue. Mais la presse n’avait pas daigné relever les faits avant l’intervention d’Irène Frachon, qui a du elle-même aller vérifier les bases de données du Ministère de la santé, qui répertorient les versements effectués par les laboratoires. Oui mais voilà, Jean-Jacques Mourad est aussi le frère de Bernard Mourad, l’un des piliers de la campagne d’Emmanuel Macron. C’est lui qui pilote pour Xavier Niel et Patrick Drahi les plus grands dossiers des médias qui appartiennent à ces patrons (soutiens eux aussi de Macron) : Le Monde, Libération, l’Express, BFM TV, RMC… Bref, un scandale de conflit d’intérêt sans équivalent par le passé, mais dont on risque d’assez peu entendre parler. Notre pronostic : un petit papier neutre (pour pas que ça se voit trop non plus) entre deux Unes sur Fillon (Fillon a dit « autiste », Fillon a emprunté des sous à un copain, Fillon a téléchargé illégalement Game of Thrones, Fillon a fait une faute d’accord sujet verbe….) et un papier hautain sur Mélenchon (qui ne se couche pas devant Hamon), et pas de follow-up. On prend les paris ? J. Berman
Emmanuel Macron, avec son équipe, s’est efforcé, sur tous les sujets, d’édifier un système en définitive facile à identifier : une sorte de centrisme et d’équilibre, ne rejetant rien absolument mais compensant ici ce qu’il enlève là, prenant ici ce qu’il va annuler ailleurs. Ce n’est pas une démarche médiocre mais, pour refuser la rectitude trop froide de mesures sans concession, elle donne l’impression parfois d’une synthèse instable entre ce qui est nécessaire et ce qui est proposé.Une conséquence négative de l’immense et contradictoire fourre-tout que paraît constituer aujourd’hui le vivier militant et humain au soutien de la cause d’Emmanuel Macron pourrait être d’infléchir dans un mauvais sens les avancées structurelles ou fortes que sa campagne a promues. Je suis par exemple inquiet que la présence de la gauche judiciaire altère ce qu’il y a de rigueur dans telle ou telle de ses propositions. C’est la rançon probable d’un salmigondis qui, perçu comme une richesse, risque de devenir un frein.Pour l’islam et sa perversion, l’islamisme, et son paroxysme, le terrorisme, le candidat d’En Marche ! donne l’impression, avec sa volonté de calme et de tranquillité, son refus de l’outrance et de la surenchère, son souci de l’apaisement, son désir respectable de ne jamais jeter de l’huile sur le feu social, qu’il serait prêt par accommodement à des faiblesses tactiques, à des compromis douteux. Qui feraient le lit des communautarismes plus qu’ils ne les interdiraient. Alors que François Fillon sur ce point capital, comme pour l’immigration et notre quotidienneté menacée, est plus rassurant, plus convaincant. Si son projet globalement emporte davantage l’adhésion, nous allons devoir tout de même oublier une personnalité qui a déçu le peuple de droite, quelles que soient les suites judiciaires des affaires et les péripéties vestimentaires entre autres. Notre problème qui manifestement n’a pas été le sien relève moins de la loi que de la décence. Il y a une forme d’inconscience ou de désinvolture – même si le donateur Bourgi par exemple a inquiété, mais trop tard – qui n’est pas loin d’une indifférence, voire pire, à l’égard du peuple et de son ordinaire. Quelque chose s’est cassé qui va conduire, sans enthousiasme, désabusé par l’homme, à espérer dans le président qu’il pourra être. Philippe Bilger
A quatre jour du premier tour de la présidentielle, jamais l’incertitude n’aura paru aussi grande. Le resserrement dans les sondages entre les quatre premiers – Marine Le  Pen, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, François Fillon –incite à la prudence. Mais au-delà des résultats en eux-mêmes, l’incertitude sur les sondages est bien présente, à plusieurs titres. Elle est en réalité double : celle due au choix des Français et celle liée aux sondages eux-mêmes. L’incertitude politique s’explique par « la phase de transition » actuelle, selon Emmanuel Rivière, directeur général France de Kantar Public (ex-TNS-Sofres). « Il y a un scénario possible où ni le candidat PS, ni le candidat LR, ne seraient au second tour. Le seul fait que ce soit possible montre bien qu’on est en train de passer d’un ordre politique à un autre. C’est probablement une élection de transition et ça crée une nouvelle incertitude. C’est dur à mesurer, sachant qu’il y a la possibilité d’une forme de réminiscence des structures anciennes », explique à publicsenat.fr le sondeur qui développe son idée dans une tribune publiée sur le site Délits d’opinion. La résistance de François Fillon, notamment dans l’électorat âgé, montre cette « réminiscence » des partis traditionnels. Mais les choses bougent. « Est-ce que nos sondages tardent à mesurer ce qui se passe ? » s’interroge avec franchise Emmanuel Rivière. « On ne sait pas dire à l’heure actuelle s’il y a surestimation ou une sousestimation du phénomène Macron, au regard de l’expérience. C’est un élément de nouveauté » ajoute le responsable de Kantar, selon qui « il faut être prudent et modeste ». Si bien qu’« il y a une vraie incertitude du scrutin » conclut Emmanuel Rivière. Cette « incertitude politique », Jérôme Sainte-Marie, président de l’institut Pollingvox, la résume ainsi : « Les Français peuvent tout simplement changer d’avis et des gens peuvent se mobiliser et faire changer l’ordre d’arrivée ». L’autre incertitude vient des sondages eux-mêmes. Sans faire un énième procès des instituts, les exemples d’écart entre chiffres des sondages et les résultats le jour de l’élection sont nombreux. Comment l’expliquer ? Il y a déjà la fameuse marge d’erreur. Si l’on n’en tient pas compte, on tombe dans un biais de lecture et de compréhension du sondage. Par exemple, selon un tableau publié sur le site de l’Ifop avec son sondage quotidien (le « rolling »), sur un échantillon de 1.500 personnes, la marge d’erreur est de +/- 2 points pour un score autour de 20%. Cette marge d’erreur augmente quand on s’approche des 50%, pour atteindre 2,5 points. Avec les résultats du 17 avril, cela donne Emmanuel Macron (23%), plutôt entre 21 et 25% avec la marge d’erreur, Marine Le Pen entre 20,5% et 24,5%, et François Fillon et Jean-Luc Mélenchon, donnés à égalité à 19,5%, plutôt entre 17,5 et 21,5%. Soit potentiellement Fillon et/ou Mélenchon devant Macron… voir Marine Le Pen. Ce qui donne une lecture complètement différente des sondages. Cette marge d’erreur devrait être annoncée et publiée par les médias à chaque sondage. C’est la loi qui le stipule. Elle n’est pourtant pas toujours respectée. Au grand dam du sénateur PS Jean-Pierre Sueur, auteur, avec le sénateur LR Hugues Portelli, d’une proposition de loi sur l’encadrement des sondages. (…) Pour le sénateur du Loiret, « quand on donne les chiffres absolus, on trompe toujours les gens. Il faut donner des fourchettes, mais je sais bien que c’est un problème commercial. Mélenchon qui passe devant Fillon, c’est haletant. La vérité, c’est qu’ils sont entre 17 et 21 ». Sondeurs et surtout journalistes préfèrent présenter la politique vue comme une course de petits chevaux en somme, plutôt que des tendances. (…) Autre biais : la représentativité des sondages. La méthode la plus généralement utilisée aujourd’hui est celle des sondages par Internet. Une pratique qui s’explique « pour des raisons de rapidité, de coût et de qualité qui est aussi bonne » assure Jérôme Sainte-Marie, « on peut avoir un énorme échantillon beaucoup plus facilement ». « Les sondages en face à face donnent toujours de bons résultats au niveau politique, car les sondés peuvent expliquer leur vote. Mais c’est long et cher et de plus en plus difficile à réaliser » ajoute le sondeur. « Les sondages en ligne sont politiquement plus représentatifs » confirme Emmanuel Rivière. Son institut s’y est converti pour les législatives de 2012. « Les résultats sont meilleurs, notamment sur le vote FN » explique le directeur général de Kantar Public, car « quand on répond par téléphone, on peut préférer ne pas répondre à un inconnu, on raccroche, et on peut se retrouver avec moins de sympathisants FN dans les enquêtes par téléphone ». Ce qui ne serait pas le cas dans les enquêtes en ligne, encore plus anonymes. Mais selon Nicolas Kaciaf, maître de conférences en science politique à Sciences Po Lille, « il y a des biais avec les sondages en ligne. Par exemple, l’échantillon d’âge risque de ne pas être représentatif sur les personnes âgées », moins connectées. Elles sont pourtant nombreuses à voter. « Il est compliqué de constituer un panel, car il y a beaucoup de conditions. Il faut avoir un accès fréquent à Internet, disposer d’un mail, tout un ensemble de conditions qui fait que la représentativité n’est pas garantie. Mais elle ne l’est plus depuis longtemps par téléphone non plus » ajoute le politiste. « Il n’y a pas de solution miracle », souligne Nicolas Kaciaf, « il y a un problème de représentativité qui touche les sondages en général, quelle que soit la méthode de composition de l’échantillon. Ou sinon il faudrait des techniques très lourdes, comme en utilise l’Insee ». Les sondeurs ne nient pas cette question de la représentativité. Jérôme Sainte-Marie : « Il y a le problème de la marge d’erreur, mais qui ne joue pas tant que ça. Le problème est plutôt un problème de recueil : est-ce qu’on couvre bien la population ? Est-ce que les populations les plus populaires, qui pourraient se mobiliser, sont bien couvertes ? On pourrait avoir un phénomène qui renforce Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen ». Le sondeur de Pollingvox ajoute : « Plus vous êtes intégré socialement, plus vous êtes représenté dans les échantillons des instituts. Moins vous êtes socialisé, moins vous êtes représentés dans les sondages. Par exemple, il y a toujours le risque qu’on ait des ouvriers d’un type particulier et qu’ils ne soient pas totalement représentatifs des ouvriers ». « Pour les plus âgés, c’est plus compliqué au-delà de 75 ans sur Internet. On peut s’interroger sur leur représentativité » confirme de son côté Emmanuel Rivière. Pour répondre à ce biais, les sondeurs ont trouvé la solution : payer, ou plutôt rétribuer les sondés. Une technique qui semble étonnante, pour ne pas dire contestable. Aux yeux des instituts de sondages, elle est justifiée et maîtrisée. « Toutes les enquêtes ont des biais. Mais celui-ci est moins fort qu’avoir uniquement dans nos panels ceux qui adorent répondre aux sondages ou ceux qui aiment la politique » répond Emmanuel Rivière. Autrement dit, ce serait un moindre mal (… ) Les instituts peuvent sous-traiter le recueil des réponses à des entreprises comme « Maximiles », qui développe des panels de fidélisation. Dès la page d’accueil de son site, l’entreprise annonce la couleur : « Vos habitudes vous rapportent », « votre avis récompensé ». En « répondant à des sondages », on cumule des points qu’on échange « contre les cadeaux de (son) choix ». François Vignal
Il y a une très forte poussée de popularité, une énorme dynamique pour François Fillon sur l’application GOV, qui est d’ailleurs mesurée par d’autres outils comme FILTERIS […] et je crois en effet que François Fillon sera au second tour de l’élection présidentielle. Bobby Demri
Jamais une élection présidentielle n’a été ponctuée par autant d’imprévus de toutes sortes, judiciaires et électoraux. Si Marine Le Pen est quasiment certaine d’être au second tour, l’incertitude est encore très forte pour savoir qui sera son challenger – François Fillon ou Emmanuel Macron – même si ce dernier est aujourd’hui le favori. (…) En termes de probabilités, on peut dire qu’aujourd’hui, d’après les sondages et les analystes (dont je ne suis pas), Emmanuel Macron a de fortes chances d’arriver deuxième au premier tour (peut-être même premier), et donc premier au second tour. Simplement, s’agissant d’un événement unique – une seule élection présidentielle – la notion de probabilité, si elle donne bien une appréhension de ce qui devrait se passer, ne dit rien en fait sur ce qui va vraiment se passer. Pour faire une prédiction crédible, il faut pouvoir disposer d’un modèle permettant d’envisager l’évolution dans le temps des différentes intentions de vote et donc de prédire ce qu’elles seront le jour du vote. J’ai, pour ma part, développé un modèle de dynamique d’opinion dans le cadre de la sociophysique, un nouveau domaine de recherche en pleine expansion au niveau international, surtout parmi les physiciens. Ce modèle m’a ainsi permis de prédire la victoire de Trump dés l’été 2016. Je travaille actuellement à son application au cas français. Mais, indépendamment de pouvoir connaître les intentions de vote pour les deux candidats finalistes du deuxième tour, un autre phénomène plus difficile à appréhender, risque fort de bouleverser la donne, tout particulièrement pour le vote du 7 mai (date du second tour). Il s’agit de l’abstention différenciée qui, comme je vais le démontrer, peut faire gagner le jour du vote le candidat placé au deuxième rang en intentions de vote. Actuellement l’ensemble des sondages prévoit une abstention inégalée pour des présidentielles. Par ailleurs, il est généralement admis que les abstentions se font au profit des candidats hors institution, au détriment des sortants, mais cette fois il n’y a pas de sortant. En plus, si Le Pen et Macron se retrouvent au second tour, tous deux peuvent être perçus comme hors système. C’est pourquoi il est fondamental d’avoir une étude générique dans le cas de deux candidats en compétition pour ensuite l’appliquer à tel ou tel cas spécifique. (…) Si les électeurs de Le Pen seront, en grande partie, des électeurs qui veulent voter pour elle, ce ne sera pas le cas pour son challenger, quel qu’il soit. En effet, l’activation, maintenant systématique pour toute élection qui pourrait voir gagner un candidat FN, de ce que l’on appelle le front républicain amène un grand nombre d’électeurs du challenger à voter non pas pour lui mais contre le candidat FN. Ce qui est nouveau dans la prochaine élection est que, pour la première fois, un nombre certain de futurs électeurs anti-FN du deuxième tour auront décidé de le faire à contrecœur, avec aversion pour tel ou tel challenger. Pour empêcher la victoire du FN, ils se forceront à faire un choix qui leur déplaira, mais alors il est tout à fait probable que beaucoup « profiteront » de la moindre « bonne excuse » pour au dernier moment ne pas y aller. On peut donc faire l’hypothèse réaliste qu’il y aura plus d’abstentions pour le challenger de Le Pen que pour elle. Et on peut alors calculer le différentiel d’abstention nécessaire pour compenser la distance à 50 % des intentions de vote pour Le Pen. Par exemple pour Le Pen, une participation de 90 % et 42 % d’intention de vote (58 % d’intentions de vote pour son challenger), la font gagner dés que la participation pour son challenger est plus petite que 65.17 %. Pour illustration, une participation de 65 % donnera à Le Pen une majorité à 50.07 %. En considérant, toujours pour Le Pen, une participation de 85 % avec 45 % d’intentions de vote, elle est élue dès que la participation pour son challenger est au-dessous de 69.55 %. Une participation à 69.5 % pour le challenger donne la victoire à Le Pen avec 50.02 % des voix exprimées. On pourrait multiplier les cas de figure réalistes qui donnent la victoire à Le Pen avec bien moins que 50 % d’intentions de vote. Ces résultats démontrent qu’en plus de la campagne pour gagner les intentions de vote les plus élevées, la mobilisation du dernier jour pour effectivement aller voter pour celle ou celui qu’on aura choisi, ou qu’on se sera forcé à choisir, sera décisif dans la victoire de cette élection. J’ai pu démonter que pour la première fois, malgré un plafond de verre toujours actif et situé au-dessous de 50 %, Marine Le Pen peut devenir la prochaine Présidente de la République grâce à une abstention différenciée qui n’apparaît pas être forcément excessive. Serge Galam
Je m’appuie sur deux composants.  Le premier considère que la dynamique  d’échange d’arguments au sein de petits  groupes d’individus obéit à une logique  rationnelle. Or, il peut arriver que les  arguments pour et contre se neutralisent.  C’est là qu’intervient le deuxième  composant, qu’on pourrait qualifier de  levier déterministe de notre inconscient  collectif. C’est un biais cognitif ou un  préjugé parmi ceux du groupe qui  s’active pour sélectionner  « naturellement » un des choix, de façon  consciente ou inconsciente. Par exemple… Quatre individus discutent d’une réforme de leur cadre de vie.  Si deux  la soutiennent  et deux s’y opposent, le groupe ne sait pas quoi choisir. Dans  ce cas, le biais cognitif qui va s’activer est  « dans le doute, mieux vaut s’abstenir ».  Finalement, tous rejettent la réforme.  Pour pouvoir appliquer le modèle, il faut  à chaque fois identifier les préjugés qui  pourraient être activés en cas  d’impuissance de la raison. (…) Le modèle intègre actuellement trois  types d’individus : les rationnels, qui  peuvent basculer d’un côté ou de l’autre,  les inflexibles qui ne bougent pas, et les  contrariants qui s’opposent aux choix  majoritaires. Actuellement je dois, en  combinant différents sondages et ma  perception des préjugés potentiellement  activables, décider lequel de ces trois  ingrédients est déterminant dans une  campagne d’opinion donnée. (…) Invité aux États-Unis en février 2016, j’y ai compris que Trump « innovait ».  Quand il lançait ses affirmations  choquantes, il réveillait des préjugés  endormis ou gelés, et cela bouleversait  la hiérarchie des préjugés mobilisés  en cas d’hésitation. Certains préjugés  jouaient contre lui, mais il réussissait  à en réveiller d’autres qui lui étaient  favorables. Du point de vue de la  dynamique, c’était simplement génial. (…) Ce sont paradoxalement les indignés, qui en provoquant les débats contre Trump, ont finalement permis à de  nombreux opposants de basculer en sa  faveur. Aux États-Unis, le fait que la  campagne ait été très longue a clairement  joué pour Trump en créant de plus en  plus de cas de doutes collectifs. Après chaque chute, sa popularité remontait. (…) Il fallait absolument qu’il continue  sa dynamique provocatrice mais en  modifiant le positionnement des préjugés  à activer. Alors que, pour les primaires,  il avait activé des préjugés présents chez  des républicains, pour la présidentielle,  il fallait qu’il touche des préjugés  présents à la fois chez des républicains et  des démocrates. Ce qu’il a réussi entre autres avec le sexisme. À l’inverse,  Obama a essayé de remettre en avant  le préjugé selon lequel il n’était « pas fait  pour le job », défavorable à Trump,  mais sans succès. (…) Fin 2016, je considérais que son élection [Marine Le Pen] était passée de impossible à improbable,  c’est-à-dire possible. Depuis un mois,  son élection est devenue très possible.  Une abstention différenciée non  excessive peut la faire gagner malgré  un plafond de verre toujours actif. (…) [L’abstention différenciée] C’est l’écart entre l’intention de vote déclarée dans les sondages et le vote  effectif. Je démontre par exemple  que si 56 % des électeurs annoncent  qu’ils vont voter contre Marine Le Pen,  ils ne le feront pas autant qu’ils le disent.  Car, pour la première fois, des électeurs  ont une aversion forte à l’égard  de celui qui sera probablement  en face d’elle (Macron ou Fillon).  Si ne serait-ce que 30 % des électeurs  qui ont annoncé qu’ils voteraient contre  Marine Le Pen ne le font pas  et choisissent l’abstention, cela suffira à la faire gagner. Grâce à cette abstention  différenciée, elle passerait  de 44 % d’intention de vote à 50,25 %  des suffrages exprimés dans l’hypothèse  où 10 % seulement de ses propres  électeurs s’abstiennent. (…) Dans mon modèle, François Fillon  a un avantage décisif sur Macron :  il peut s’appuyer sur ces électeurs  inflexibles qui font la différence. Macron  semble ne pas en avoir beaucoup.  Dans certains cas de figure, mon modèle  montre qu’il suffit d’avoir plus de 17,16 %  d’inflexibles pour passer la barre des  50 % des suffrages exprimés face  à un candidat qui n’en aurait pas.  Et Fillon a un socle qui se situe  précisément autour de cette valeur seuil.  Mais est-il au-dessus ou en dessous ?  Il suffira d’une légère variation soit pour  qu’il remonte inexorablement et atteigne  le second tour soit pour qu’il perde toute  chance d’être qualifié. Serge Galam
Plus Fillon que moi, tu meurs !
Candidats contraints de remballer, entre rameau d’olivier et visite au Secours catholique et sur fond de menace terroriste, une partie de leurs bimbeloteries les plus démagogiques et les plus voyantes contre la religion ou l’Europe
Social-traitres, de Sarkozy à Juppé, NKM ou Estrosi, forcés de retourner à nouveau leurs vestes avec le resserrement des sondages …
Economistes qui en sont à vanter les mérites du chavéziste et maitre toutes catégories de l’absentéisme européen
Feuilletonistes et maitres es pantalonnades qui nous ont si vite enterré les scandales de conflit d’intérêt de Macron ou du népotisme et des voitures de fonction indues de Mélenchon …
Réduits, après des mois et des semaines d’acharnement contre le seul Fillon, à de misérables révélations d’arrière-placard
Sondeurs qui,  après leurs désastres du Brexit ou de l’élection de Trump et entre les marges d’erreur et le taux d’indécis que l’on sait, n’ont plus pour distraire la galerie contre monnaie sonnante et trébuchante que le coupage de cheveux en quatre et la rémunération des sondés …

Comment ne pas voir …

Pour ceux qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre …

Et avec les analystes de poids numérique comme les chercheurs tels que Serge Galam

Qui avaient eux évité les erreurs de sondeurs traditionnels sur le Brexit, Trump ou la primaire de la droite et du centre …

Les signes qui ne trompent pas de la victoire à quatre jours à peine du premier tour …

Du seul candidat de la véritable alternance ?

Valeurs actuelles

8 avril 2017 

Présidentielle. Grâce à une méthode innovante qui allie plusieurs types de données, des étudiants de l’école Télécom Paris Tech ont établi que Marine Le Pen et François Fillon seraient tous deux au second tour.

Nouvelles technologies obligent, les sondages et leur inexactitude ne sont plus les seuls outils capables d’estimer les tendances, qu’elles soient politiques ou non. En combinant le big data, soit des flux de données brassées sur Internet, mais aussi les réseaux sociaux ou les sondages, cinq étudiants de l’école Télécom Paris Tech annoncent un second tour Marine Le Pen – François Fillon.

“Modéliser les élections mathématiquement en vue d’en prédire le résultat”

Entre Emmanuel Macron qui ne se revendique ni de droite ni de gauche ni du centre, la montée en flèche des extrêmes de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon et le Parti socialiste de Benoît Hamon au plus bas dans les sondages, les élections présidentielles de 2017 sont un réel casse-tête. Casse-tête que nous avons tenté de résoudre en modélisant les élections mathématiquement en vue d’en prédire le résultat”, expliquent les auteurs de ces travaux.

Ils rappellent aussi que les sondages “ont plusieurs fois montré leurs faiblesses”, comme lorsqu’ils “avaient donné Hillary Clinton largement vainqueur contre Donald Trump”, peut-on lire sur Le Point.fr. Dès lors, l’étude se base notamment sur “les données du Web, de l’Insee et de data.gouv” afin de “déterminer le résultat du premier tour par département, grâce à des données temporelles et départementales”.

François Fillon distancerait Emmanuel Macron

En outre, à partir de plusieurs hypothèses, mais aussi des sondages, ou encore des réseaux sociaux, les étudiants de l’école d’ingénieur estiment qu’au premier tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen engrangerait 24,13% des suffrages, contre 21,77% pour François Fillon, 20,32% pour Emmanuel Macron et 18,66% pour Jean-Luc Mélenchon, qualifiant donc les candidats du Front national et des Républicains au second tour.

Voir aussi:

Jamais une élection présidentielle n’a été ponctuée par autant d’imprévus de toutes sortes, judiciaires et électoraux. Si Marine Le Pen est quasiment certaine d’être au second tour, l’incertitude est encore très forte pour savoir qui sera son challenger – François Fillon ou Emmanuel Macron – même si ce dernier est aujourd’hui le favori.

DR

Le deuxième sera-t-il le premier ?

Bien que la campagne peine à démarrer sur des débats d’orientations politiques, nous sommes abreuvés de sondages quotidiens et concurrents. Chaque fluctuation d’intentions de vote est passée au microscope et commentée. On a vite oublié la période bien brève, il est vrai, où les sondages ont été mis à l’index après l’échec flagrant des prévisions qu’on voulait y voir, en particulier avec le Brexit et l’élection de Trump.

On suit donc l’évolution des courbes des uns et des autres selon chaque institut, chacun s’évertuant à pronostiquer quels seront les résultats du jour d’après. Plus fondamentalement, les deux énigmes étant à ce jour, primo qui de Fillon ou Macron sera au deuxième tour, et secundo de savoir si Le Pen peut gagner la présidentielle au deuxième tour.

En termes de probabilités, on peut dire qu’aujourd’hui, d’après les sondages et les analystes (dont je ne suis pas), Emmanuel Macron a de fortes chances d’arriver deuxième au premier tour (peut-être même premier), et donc premier au second tour. Simplement, s’agissant d’un événement unique – une seule élection présidentielle – la notion de probabilité, si elle donne bien une appréhension de ce qui devrait se passer, ne dit rien en fait sur ce qui va vraiment se passer.

Le poids de l’abstention différenciée

Pour faire une prédiction crédible, il faut pouvoir disposer d’un modèle permettant d’envisager l’évolution dans le temps des différentes intentions de vote et donc de prédire ce qu’elles seront le jour du vote. J’ai, pour ma part, développé un modèle de dynamique d’opinion dans le cadre de la sociophysique, un nouveau domaine de recherche en pleine expansion au niveau international, surtout parmi les physiciens. Ce modèle m’a ainsi permis de prédire la victoire de Trump dés l’été 2016. Je travaille actuellement à son application au cas français.

Mais, indépendamment de pouvoir connaître les intentions de vote pour les deux candidats finalistes du deuxième tour, un autre phénomène plus difficile à appréhender, risque fort de bouleverser la donne, tout particulièrement pour le vote du 7 mai (date du second tour). Il s’agit de l’abstention différenciée qui, comme je vais le démontrer, peut faire gagner le jour du vote le candidat placé au deuxième rang en intentions de vote.

Actuellement l’ensemble des sondages prévoit une abstention inégalée pour des présidentielles. Par ailleurs, il est généralement admis que les abstentions se font au profit des candidats hors institution, au détriment des sortants, mais cette fois il n’y a pas de sortant. En plus, si Le Pen et Macron se retrouvent au second tour, tous deux peuvent être perçus comme hors système.

C’est pourquoi il est fondamental d’avoir une étude générique dans le cas de deux candidats en compétition pour ensuite l’appliquer à tel ou tel cas spécifique. C’est ce que contient l’article que je vais résumer ici très simplement.

Pour ou contre la candidate du FN

Considérons deux candidats A et B avec des intentions de vote a et b (b=1-a, si on ne considère que les électeurs qui ont fait un choix) et des taux de participation effective x et y pour l’un et l’autre. Les votes exprimés sont donc a x et b y.

DR

A gagne lorsque a x > b y, c’est-à-dire pour y < a x/(1-a). On en conclut que pour le candidat A, étant donné une intention de vote a et une participation x, ce dernier gagne l’élection dés que la participation pour B est inférieure à la valeur critique a x/(1-a).

Il est essentiel de souligner que cette condition peut être satisfaite avec des intentions vote pour B supérieures à celles de A. Ainsi des intentions de vote minoritaires (a < b) se transforment en vote majoritaire (a x > b y). On peut donc identifier toutes les zones de participation différenciée dans lesquelles B perd l’élection même avec des intentions vote supérieures à celles de A.

La figure ci-dessus montre la valeur critique de participation pour B en fonction des intentions de vote pour A dans le cas d’une participation de x = 0.90. Toute participation pour B au-dessous de la courbe fait gagner A alors qu’au-dessus de la courbe c’est B qui gagne.

Appliquons, maintenant, notre résultat au cas d’un deuxième tour avec Marine Le Pen et soit Macron soit Fillon. Si les électeurs de Le Pen seront, en grande partie, des électeurs qui veulent voter pour elle, ce ne sera pas le cas pour son challenger, quel qu’il soit. En effet, l’activation, maintenant systématique pour toute élection qui pourrait voir gagner un candidat FN, de ce que l’on appelle le front républicain amène un grand nombre d’électeurs du challenger à voter non pas pour lui mais contre le candidat FN.

La mobilisation décisive du dernier jour

Ce qui est nouveau dans la prochaine élection est que, pour la première fois, un nombre certain de futurs électeurs anti-FN du deuxième tour auront décidé de le faire à contrecœur, avec aversion pour tel ou tel challenger. Pour empêcher la victoire du FN, ils se forceront à faire un choix qui leur déplaira, mais alors il est tout à fait probable que beaucoup « profiteront » de la moindre « bonne excuse » pour au dernier moment ne pas y aller.

On peut donc faire l’hypothèse réaliste qu’il y aura plus d’abstentions pour le challenger de Le Pen que pour elle. Et on peut alors calculer le différentiel d’abstention nécessaire pour compenser la distance à 50 % des intentions de vote pour Le Pen.

Par exemple pour Le Pen, une participation de 90 % et 42 % d’intention de vote (58 % d’intentions de vote pour son challenger), la font gagner dés que la participation pour son challenger est plus petite que 65.17 %. Pour illustration, une participation de 65 % donnera à Le Pen une majorité à 50.07 %.

En considérant, toujours pour Le Pen, une participation de 85 % avec 45 % d’intentions de vote, elle est élue dés que la participation pour son challenger est au-dessous de 69.55 %. Une participation à 69.5 % pour le challenger donne la victoire à Le Pen avec 50.02 % des voix exprimées.

On pourrait multiplier les cas de figure réalistes qui donnent la victoire à Le Pen avec bien moins que 50 % d’intentions de vote. Ces résultats démontrent qu’en plus de la campagne pour gagner les intentions de vote les plus élevées, la mobilisation du dernier jour pour effectivement aller voter pour celle ou celui qu’on aura choisi, ou qu’on se sera forcé à choisir, sera décisif dans la victoire de cette élection.

J’ai pu démonter que pour la première fois, malgré un plafond de verre toujours actif et situé au-dessous de 50 %, Marine Le Pen peut devenir la prochaine Présidente de la République grâce à une abstention différenciée qui n’apparaît pas être forcément excessive.

Présidentielle : pourquoi Macron ne sera pas au second tour

Frédérique Voisin-Demery
CC BY 2.0

Nul ne peut prédire le résultat du premier tour de la présidentielle dimanche. Mais tout laisse à penser que Emmanuel Macron sera éliminé dès le premier tour.

Alexis Vintray

Disons le tout de suite, personne ne peut prédire avec certitude le résultat du premier tour de l’élection présidentielle de dimanche1. Aussi solides que soient les analyses des chiffres disponibles. Mais dur de ne pas voir les dernières tendances de fond…

Les sondages mettent déjà Fillon, Le Pen et Macron au même niveau

OpinionWay sort avec Les Échos et Radio Classique depuis plusieurs mois désormais un rolling, un sondage quotidien des intentions de vote des Français pour le premier tour de la présidentielle. En voici la dernière livraison : Macron et Le Pen continuent leur baisse ininterrompue, à 22%, et Fillon est en embuscade immédiatement derrière à 21%, alors qu’il y a eu jusqu’à 6% d’écart plus tôt dans la campagne (et près de 10% selon d’autres instituts) :

Plus intéressant encore, les tendances de long terme : baisse de Macron (depuis début avril) et de Le Pen (depuis mi-mars), remontée de Fillon (depuis début avril) et stabilisation de Mélenchon (depuis début avril) après un siphonnage des voix de Benoit Hamon :

Si l’on sort des variations quotidiennes et qu’on ne regarde que la tendance, la conclusion « graphique » est la suivante : 3 candidats à 21% le soir du premier tour pour un résultat imprévisible. Macron, Le Pen & Fillon peuvent tous accéder au deuxième tour, voire Mélenchon même si cela parait compliqué (mais dans les marges d’erreur). On est encore loin d’une absence de Macron au second tour me direz-vous à juste titre…

Les pronostics de victoire sont alignés avec ces variations : Macron en tête mais au plus bas depuis début mars, Fillon qui remonte à son niveau de début mars (17%) et Le Pen au plus bas (13%), au niveau de Mélenchon.

Pour les Français, l’issue de l’élection ne fait donc aucun doute, ce sera Macron qui l’emportera. Je suis convaincu, moi, qu’il ne sera même pas au second tour, comme je le disais déjà il y a une semaine. Pourquoi ?

Pourquoi Macron peut encore baisser

Malgré sa baisse des dernières semaines, Emmanuel Macron peut encore baisser significativement. D’une part, les soutiens malheureux continuent à le fragiliser : entre un Hollande impopulaire qui le soutient de manière à peine voilée, les ministres du gouvernement socialiste, un BHL qui a officialisé son soutien ou une Nicole Notat qui s’est engagée aujourd’hui, toute la nomenklatura parisienne semble s’engager pour lui. Ce soutien des élites est tout sauf une bonne nouvelle pour l’ancien ministre de Hollande dans un monde post Brexit ou post Trump. Pire, ces soutiens, quasi-exclusivement de gauche, décrédibilisent le message centriste qu’il entend porter.

À l’inverse à droite, la remontée de Fillon a fait stopper net la fuite des cadres. Quand Aurore Bergé (ex-Juppé, ex-Fillon avant de finir (?) chez Macron) réussit à dégoter une dizaine de conseillers de droite prêts à s’engager pour Macron, aucun n’a eu de responsabilités depuis 2010, et aucun des noms n’est connu du grand public (voire du public averti !).

Enfin, même aujourd’hui, Macron est selon BVA le candidat le plus souvent choisi « par défaut », par 27% de ses électeurs potentiels contre 17-18% pour Le Pen, Fillon ou Mélenchon. Une grosse part de vote utile aussi, en particulier pour éviter Le Pen. Ça vous rappelle Juppé – Fillon ? C’est normal, et inquiétant pour Macron.

Présidentielle : pourquoi Macron ne sera pas au second tour

L’effritement des intentions de vote de Macron et le spectre de son élimination dès le premier tour affaiblissent en effet très nettement l’intérêt de voter pour l’ancien ministre socialiste, en particulier au centre droit pour qui le vote Fillon redevient une option. Une évolution visible sur les intentions de vote de second tour : face à Le Pen, Macron serait à 64%, Fillon à 60%. La différence est devenue minime là où elle était de 10 points il y a peu…

Pourquoi Fillon peut encore monter

À l’inverse, l’électorat de Fillon semble plus solide : le cœur de son électorat est chez les plus de 60 ans, qui se déplacent toujours massivement à l’isoloir. 61% de ceux qui disent vouloir voter pour lui le font pour son programme (contre 39% pour Emmanuel Macron). Une différence qui tient bien sûr en partie aux affaires, mais pas seulement.

La montée de Mélenchon est également une aide singulière pour le camp Fillon : l’épouvantail de l’accession de l’extrême gauche au pouvoir est une arme efficace pour faire voter à droite, et plus précisément faire voter Fillon au lieu des petits candidats comme Nicolas Dupont-Aignant, Jean Lassale ou François Asselineau (5% cumulés).

Quid de Le Pen ou Mélenchon alors ? L’absence de la première au second tour semble improbable malgré sa fin de campagne calamiteuse : ses électeurs restent toujours aussi largement motivés. La présence de Mélenchon semble hautement improbable : le réservoir de voix Hamon est quasiment épuisé, les intentions de vote stagnent et surtout, à juste titre, le candidat fait peur pour ses propositions d’extrême gauche.

Rien n’est écrit pour dimanche, mais la présence d’Emmanuel Macron dans le duo de tête serait la vraie surprise, malgré ce qu’annoncent les médias depuis des mois.

  1. Et le titre de cet article est à prendre avec les pincettes nécessaires évidemment.

Voir également:

Valeurs actuelles

17 avril 2017 

Présidentielle. Interrogé sur FranceInfo mercredi 12 avril, le cofondateur de l’application GOV, qui sonde gratuitement des milliers de Français, annonce que “François Fillon sera au second tour”.

N’en déplaise aux principaux instituts qui les font, les sondages traditionnels ont montré leurs limites. Réalisées presque quotidiennement auprès d’un nombre de personnes réduit, ces études particulièrement prisées en période électorale ont déjà prouvé qu’on ne pouvait pas s’y fier, comme l’a montré l’élection de Donald Trump aux États-Unis. Pourtant, un nouveau type de sondages voit peu à peu le jour, comme ceux proposés par GOV, une application “gratuite” et dépourvue de “business”, comme l’explique un des cofondateurs.

Plus de 150.000 utilisateurs” sur GOV

Invité sur le plateau de FranceInfo, mercredi 12 avril, Bobby Demri a présenté le concept de GOV : “une application de démocratie participative où les Français viennent chaque jour voter en temps réel pour tous les hommes et femmes politiques et où ils viennent lancer des propositions, des idées, des débats”, même si l’entrepreneur se défend d’être un sondeur “parce qu’on ne veut pas s’institutionnaliser dans un monde institutionnel qui meurt”.

Et à l’inverse des instituts de sondage, l’outil au “plus de 150.000 utilisateurs”, comme l’explique Bobby Demri, est une “application gratuite, sans publicité : il n’y aucun business ! GOV est un leader français de la civic tech, c’est la technologie au service de l’intérêt général. C’est un modèle qui perturbe les sondeurs parce qu’on est enfin dans un outil de transparence.

Une énorme dynamique pour François Fillon

À partir de ce nouvel outil, l’entrepreneur a également fait part d’une tendance que les sondages traditionnels ne reflètent pas encore : la présence du candidat des Républicains parmi les deux candidats retenus par les Français le 23 avril : “sur l’application GOV, François Fillon sera au second tour”, affirme-t-il.

Et Bobby Demri de préciser : “Il y a une très forte poussée de popularité, une énorme dynamique pour François Fillon sur l’application GOV, qui est d’ailleurs mesurée par d’autres outils comme FILTERIS […] et je crois en effet que François Fillon sera au second tour de l’élection présidentielle”.

Voir encore:

Problèmes de représentativité, rétributions pour fidéliser les sondés, redressement, incertitude du vote… Les biais des sondages sont nombreux. Les résultats du premier tour pourraient ne pas refléter les sondages. Il convient de les prendre avec prudence et surtout de savoir les lire et connaître leur élaboration.

François Vignal
Public Sénat
19 avril 2017

A quatre jours du premier tour de la présidentielle, jamais l’incertitude n’aura paru aussi grande. Le resserrement dans les sondages entre les quatre premiers – Marine Le  Pen, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, François Fillon –incite à la prudence. Mais au-delà des résultats en eux-mêmes, l’incertitude sur les sondages est bien présente, à plusieurs titres. Elle est en réalité double : celle due au choix des Français et celle liée aux sondages eux-mêmes.

Une phase de transition politique cause d’incertitude

L’incertitude politique s’explique par « la phase de transition » actuelle, selon Emmanuel Rivière, directeur général France de Kantar Public (ex-TNS-Sofres). « Il y a un scénario possible où ni le candidat PS, ni le candidat LR, ne seraient au second tour. Le seul fait que ce soit possible montre bien qu’on est en train de passer d’un ordre politique à un autre. C’est probablement une élection de transition et ça crée une nouvelle incertitude. C’est dur à mesurer, sachant qu’il y a la possibilité d’une forme de réminiscence des structures anciennes », explique à publicsenat.fr le sondeur qui développe son idée dans une tribune publiée sur le site Délits d’opinion. La résistance de François Fillon, notamment dans l’électorat âgé, montre cette « réminiscence » des partis traditionnels.

Mais les choses bougent. « Est-ce que nos sondages tardent à mesurer ce qui se passe ? » s’interroge avec franchise Emmanuel Rivière. « On ne sait pas dire à l’heure actuelle s’il y a surestimation ou une sousestimation du phénomène Macron, au regard de l’expérience. C’est un élément de nouveauté » ajoute le responsable de Kantar, selon qui « il faut être prudent et modeste ». Si bien qu’« il y a une vraie incertitude du scrutin » conclut Emmanuel Rivière. Cette « incertitude politique », Jérôme Sainte-Marie, président de l’institut Pollingvox, la résume ainsi : « Les Français peuvent tout simplement changer d’avis et des gens peuvent se mobiliser et faire changer l’ordre d’arrivée ».

La marge d’erreur : « Quand on donne les chiffres absolus, on trompe toujours les gens. Il faut donner des fourchettes »

L’autre incertitude vient des sondages eux-mêmes. Sans faire un énième procès des instituts, les exemples d’écart entre chiffres des sondages et les résultats le jour de l’élection sont nombreux. Comment l’expliquer ?

Il y a déjà la fameuse marge d’erreur. Si l’on n’en tient pas compte, on tombe dans un biais de lecture et de compréhension du sondage. Par exemple, selon un tableau publié sur le site de l’Ifop avec son sondage quotidien (le « rolling »), sur un échantillon de 1.500 personnes, la marge d’erreur est de +/- 2 points pour un score autour de 20%. Cette marge d’erreur augmente quand on s’approche des 50%, pour atteindre 2,5 points.

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Avec les résultats du 17 avril, cela donne Emmanuel Macron (23%), plutôt entre 21 et 25% avec la marge d’erreur, Marine Le Pen entre 20,5% et 24,5%, et François Fillon et Jean-Luc Mélenchon, donnés à égalité à 19,5%, plutôt entre 17,5 et 21,5%. Soit potentiellement Fillon et/ou Mélenchon devant Macron… voir Marine Le Pen. Ce qui donne une lecture complètement différente des sondages.

Cette marge d’erreur devrait être annoncée et publiée par les médias à chaque sondage. C’est la loi qui le stipule. Elle n’est pourtant pas toujours respectée. Au grand dam du sénateur PS Jean-Pierre Sueur, auteur, avec le sénateur LR Hugues Portelli, d’une proposition de loi sur l’encadrement des sondages. Adoptée à l’unanimité en 2011 par le Sénat, le texte n’a pas été examiné à l’Assemblée. Mais à la faveur de la loi sur les nouvelles règles de la présidentielle, l’essentiel du texte a pu être repris sous forme d’amendement. L’Elysée n’y était pas trop favorable, à la différence de Matignon.

« La loi dit que les marges d’erreur doivent être données par les medias en même temps que les sondages et les informations détaillées transmises à la commission des sondages. Mais les journaux n’appliquent pas la loi, dans la plupart des cas. Et la commission ne fait pas du tout ce qu’elle peut faire pour appliquer la loi, loin sans faut, car elle a la possibilité de faire des mises au point ou même de saisir la justice » explique Jean-Pierre Sueur. Pour le sénateur du Loiret, « quand on donne les chiffres absolus, on trompe toujours les gens. Il faut donner des fourchettes, mais je sais bien que c’est un problème commercial. Mélenchon qui passe devant Fillon, c’est haletant. La vérité, c’est qu’ils sont entre 17 et 21 ». Sondeurs et surtout journalistes préfèrent présenter la politique vue comme une course de petits chevaux en somme, plutôt que des tendances.

« Les sondages doivent être pris pour ce qu’ils sont et pas pour ce qu’on aimerait qu’ils soient. Ce ne sont pas des outils de prévision, mais des outils qui permettent d’indiquer. Et ils sont d’autant plus efficaces qu’on en comprend la dynamique, plutôt que mesurer au demi-point près le score de chacun des candidats » souligne Jean-Daniel Levy, directeur du département politique et opinion de l’Institut Harris Interactive (voir la vidéo, sujet de Samia Dechir).

« Il y a un problème de représentativité qui touche les sondages en général »

Autre biais : la représentativité des sondages. La méthode la plus généralement utilisée aujourd’hui est celle des sondages par Internet. Une pratique qui s’explique « pour des raisons de rapidité, de coût et de qualité qui est aussi bonne » assure Jérôme Sainte-Marie, « on peut avoir un énorme échantillon beaucoup plus facilement ». « Les sondages en face à face donnent toujours de bons résultats au niveau politique, car les sondés peuvent expliquer leur vote. Mais c’est long et cher et de plus en plus difficile à réaliser » ajoute le sondeur. « Les sondages en ligne sont politiquement plus représentatifs » confirme Emmanuel Rivière. Son institut s’y est converti pour les législatives de 2012. « Les résultats sont meilleurs, notamment sur le vote FN » explique le directeur général de Kantar Public, car « quand on répond par téléphone, on peut préférer ne pas répondre à un inconnu, on raccroche, et on peut se retrouver avec moins de sympathisants FN dans les enquêtes par téléphone ». Ce qui ne serait pas le cas dans les enquêtes en ligne, encore plus anonymes.

Mais selon Nicolas Kaciaf, maître de conférences en science politique à Sciences Po Lille, « il y a des biais avec les sondages en ligne. Par exemple, l’échantillon d’âge risque de ne pas être représentatif sur les personnes âgées », moins connectées. Elles sont pourtant nombreuses à voter. « Il est compliqué de constituer un panel, car il y a beaucoup de conditions. Il faut avoir un accès fréquent à Internet, disposer d’un mail, tout un ensemble de conditions qui fait que la représentativité n’est pas garantie. Mais elle ne l’est plus depuis longtemps par téléphone non plus » ajoute le politiste. « Il n’y a pas de solution miracle », souligne Nicolas Kaciaf, « il y a un problème de représentativité qui touche les sondages en général, quelle que soit la méthode de composition de l’échantillon. Ou sinon il faudrait des techniques très lourdes, comme en utilise l’Insee ».

Les sondeurs ne nient pas cette question de la représentativité. Jérôme Sainte-Marie :

« Il y a le problème de la marge d’erreur, mais qui ne joue pas tant que ça. Le problème est plutôt un problème de recueil : est-ce qu’on couvre bien la population ? Est-ce que les populations les plus populaires, qui pourraient se mobiliser, sont bien couvertes ? On pourrait avoir un phénomène qui renforce Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen ».

Le sondeur de Pollingvox ajoute : « Plus vous êtes intégré socialement, plus vous êtes représenté dans les échantillons des instituts. Moins vous êtes socialisé, moins vous êtes représentés dans les sondages. Par exemple, il y a toujours le risque qu’on ait des ouvriers d’un type particulier et qu’ils ne soient pas totalement représentatifs des ouvriers ». « Pour les plus âgés, c’est plus compliqué au-delà de 75 ans sur Internet. On peut s’interroger sur leur représentativité » confirme de son côté Emmanuel Rivière.

Des rétributions pour attirer les sondés : « 200 ou 300 euros maximum par an »

Pour répondre à ce biais, les sondeurs ont trouvé la solution : payer, ou plutôt rétribuer les sondés. Une technique qui semble étonnante, pour ne pas dire contestable. Aux yeux des instituts de sondages, elle est justifiée et maîtrisée.

« Il faut un petit effort supplémentaire sur les ouvriers et les jeunes pour avoir le bon quota. Ils ont tendance à répondre un peu moins. D’où le côté incitatif sous forme de points qu’on accumule. Nos panelistes recueillent des bons d’achat. Ça joue un peu plus chez les jeunes par exemple » explique, là encore avec une certaine transparence, Emmanuel Rivière. Le directeur général de Kantar Public précise bien que « ce n’est pas une manière d’arrondir ses fins de mois. C’est incitatif, juste un petit coup de pouce. Par exemple, ce sont des bons d’achat sur des boutiques en ligne. Tout cumulé, pour des gens assidus à nos enquêtes, c’est 200 ou 300 euros maximum par an ». Ce qui n’est pas totalement négligeable si les revenus sont faibles. Jérôme Sainte-Marie signale pour sa part que « la pratique de rémunération est totalement symbolique. C’est plutôt une compensation par rapport au temps passé. C’est une somme dérisoire, parfois un tirage au sort, des bons d’achat ».

Mais cette méthode n’a-t-elle pas des effets sur la qualité du sondage ? Ses effets sont-ils réellement neutres ? « Toutes les enquêtes ont des biais. Mais celui-ci est moins fort qu’avoir uniquement dans nos panels ceux qui adorent répondre aux sondages ou ceux qui aiment la politique » répond Emmanuel Rivière. Autrement dit, ce serait un moindre mal.

Profil bidonné

Les instituts peuvent sous-traiter le recueil des réponses à des entreprises comme « Maximiles », qui développe des panels de fidélisation. Dès la page d’accueil de son site, l’entreprise annonce la couleur : « Vos habitudes vous rapportent », « votre avis récompensé ». En « répondant à des sondages », on cumule des points qu’on échange « contre les cadeaux de (son) choix ».

Voir par ailleurs:

Fillon ou Macron : voter pour un programme ou pour un homme ?

Macron ou Fillon ? L’un a un programme fourre-tout mais il est servi par ce qu’il dégage ; l’autre semble politiquement plus aguerri mais a fait personnellement des erreurs. Alors, faut-il voter pour un homme ou pour un programme ?

Philippe Bilger

Contrepoints

Je sais, cette alternative est terriblement simpliste, sans doute le signe d’une immaturité politique qui ne sait pas s’attacher qu’aux seuls programmes comme les citoyens sérieux.

En même temps, pour moi qui rejette sur le bord de mon chemin démocratique Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, adversaires implacables mais étrangement semblables, on a le droit, dans un article d’opinion, d’exprimer ses états d’âme, ses doutes et, aussi, sa manière plus intuitive qu’élaborée de forger ses choix.

Je n’oublie pas la primaire de la droite et du centre que François Fillon n’avait pas gagnée seulement à cause de son propos sur l’intégrité mais grâce à la pertinence et à la cohérence de son programme qui visait, tous comptes faits, à ne plus faire vivre la France au-dessus de ses moyens.

Emmanuel Macron et son programme fourre-tout

Emmanuel Macron, avec son équipe, s’est efforcé, sur tous les sujets, d’édifier un système en définitive facile à identifier : une sorte de centrisme et d’équilibre, ne rejetant rien absolument mais compensant ici ce qu’il enlève là, prenant ici ce qu’il va annuler ailleurs. Ce n’est pas une démarche médiocre mais, pour refuser la rectitude trop froide de mesures sans concession, elle donne l’impression parfois d’une synthèse instable entre ce qui est nécessaire et ce qui est proposé.

Une conséquence négative de l’immense et contradictoire fourre-tout que paraît constituer aujourd’hui le vivier militant et humain au soutien de la cause d’Emmanuel Macron pourrait être d’infléchir dans un mauvais sens les avancées structurelles ou fortes que sa campagne a promues. Je suis par exemple inquiet que la présence de la gauche judiciaire altère ce qu’il y a de rigueur dans telle ou telle de ses propositions. C’est la rançon probable d’un salmigondis qui, perçu comme une richesse, risque de devenir un frein.

Sans sous-estimer le courage aussi bien intellectuel que physique d’Emmanuel Macron ni surestimer les enseignements et la sagesse d’une trop longue carrière politique, j’imagine davantage François Fillon qu’Emmanuel Macron dans les rapports de force internationaux et les crises susceptibles d’être créées par l’interventionnisme d’un Donald Trump. Parce qu’en l’occurrence l’expérience a du sens et la fraîcheur n’est pas forcément un atout.

Emmanuel Macron, par ailleurs, avec une spontanéité qui est sa face de lumière ou parfois d’ombre, sur la colonisation et la culture française a formulé quelques appréciations suffisamment provocatrices pour qu’il ait été contraint de les expliciter longuement et presque de les regretter.

Pour l’islam et sa perversion, l’islamisme, et son paroxysme, le terrorisme, le candidat d’En Marche ! donne l’impression, avec sa volonté de calme et de tranquillité, son refus de l’outrance et de la surenchère, son souci de l’apaisement, son désir respectable de ne jamais jeter de l’huile sur le feu social, qu’il serait prêt par accommodement à des faiblesses tactiques, à des compromis douteux. Qui feraient le lit des communautarismes plus qu’ils ne les interdiraient.

Alors que François Fillon sur ce point capital, comme pour l’immigration et notre quotidienneté menacée, est plus rassurant, plus convaincant.

Si son projet globalement emporte davantage l’adhésion, nous allons devoir tout de même oublier une personnalité qui a déçu le peuple de droite, quelles que soient les suites judiciaires des affaires et les péripéties vestimentaires entre autres. Notre problème qui manifestement n’a pas été le sien relève moins de la loi que de la décence. Il y a une forme d’inconscience ou de désinvolture – même si le donateur Bourgi par exemple a inquiété, mais trop tard – qui n’est pas loin d’une indifférence, voire pire, à l’égard du peuple et de son ordinaire. Quelque chose s’est cassé qui va conduire, sans enthousiasme, désabusé par l’homme, à espérer dans le président qu’il pourra être.

Le projet, on s’y tiendra, on votera pour lui, malgré François Fillon. Parce que le premier est bon et que le second nous a d’une certaine manière trahis. On ne pouvait pas deviner que cette splendide invocation de l’intégrité était de l’affichage pour gagner.

Emmanuel Macron, la séduction

Emmanuel Macron, à mon sens, est dans une configuration inverse. Il est un président de la République qu’on désirerait voir et avoir à la tête du pays. Son intelligence, sa culture, son empathie non fabriquée mais confirmée tout au long de son histoire, sa nature respectueuse, son aptitude républicaine, à quelques exceptions près qui sont pardonnables, à dialoguer et à accepter que le contradicteur ne soit pas un ennemi mortel et la démocratie une foire d’empoigne et de détestation, sa tenue, son honnêteté, sa jeunesse, tout garantirait une présidence, grâce à la personne qu’il est, aussi éloignée de celle frénétique de Nicolas Sarkozy que de celle faussement normale et tristement décevante de François Hollande. Contrairement à François Fillon, il vient au secours de son projet alors que celui-ci vient difficilement au secours de l’ancien Premier ministre.

François Hollande a implicitement avoué sa préférence pour Emmanuel Macron contre Hamon et Mélenchon. C’est un cadeau amer. Le président aurait mieux fait de ne pas se mêler de la campagne et de continuer à présider. C’est ce que lui avait conseillé avec culot Emmanuel Macron.

François Fillon : derrière l’homme, le programme

Malgré tout, François Fillon. Élu, sa réussite dans les premiers mois du quinquennat ferait oublier les lamentables épisodes en amont et la confiance des Français lui serait à nouveau acquise. Pas de meilleur remède que le succès !

Les Sarkozystes regroupés tactiquement autour de lui ont déjà fait une croix sur lui et intégré sa probable défaite. Ils ne sont préoccupés, sous l’égide du Parrain, que par les élections législatives. À toutes fins, ils se sont assurés de deux postes : François Baroin comme Premier ministre et Laurent Wauquiez comme chef du parti. Les Sarkozystes sortis par la porte de la primaire sont rentrés par la fenêtre de ses suites déprimantes.

Malgré tout donc, François Fillon au premier tour.

Depuis 2007, la personnalité des présidents ne pouvait qu’être appréhendée globalement. Il y avait leurs actes, leur politique, leur programme, les espérances, mais tout ensemble, leurs failles, leur tempérament, les déceptions, leurs faiblesses. L’action et le caractère.

Jamais, comme avec François Fillon et Emmanuel Macron, on n’avait eu aussi ostensiblement à dissocier le projet et la personne. À aimer autant la subjectivité sympathique et chaleureuse de l’un et la valeur objective du programme de l’autre. Décidément cette campagne est unique.

Voir enfin:

Comprendre le malheur français
Marcel Gauchet au chevet de l’Europe néolibérale

Joseph Savès

Hérodote

17.04. 2017

Dans le brouillard qui envahit les citoyens français à la veille des élections présidentielles, ce livre de Marcel Gauchet apporte une lumière bienvenue sur la tempête qui se prépare…

Publié l’an dernier, aujourd’hui disponible en édition de poche, Comprendre le malheur français est un livre clair et synthétique dans lequel l’illustre historien analyse avec perspicacité les bouleversements des dernières décennies et les resitue dans l’Histoire longue.

Marcel Gauchet part du constat que les Français seraient dans l’ensemble plus pessimistes que quiconque sur l’avenir de leur pays. Sans doute mais ils ont des raisons à cela. En premier lieu le fait que leurs élites ont tourné le dos à la nation et à ce qui a fait sa singularité au cours des siècles : sa capacité à développer des solutions originales et performantes, transposables à l’univers entier.

« Les Français n’ont jamais vécu leur manière d’être comme une exception, mais bien plutôt comme quelque chose destiné s’universaliser. Le sentiment français n’a jamais été celui du village gaulois assiégé par les Romains. Ce que les Français ont toujours ressenti, c’est l’idée d’une singularité bonne, donc susceptible d’être désirée hors de France, d’être universalisée. (…) Les gens savent bien que le monde a changé, mais leur rêve serait que nous restions ce que nous sommes en devenant modernes. »

Rien à voir avec la nostalgie de la puissance perdue. « La France ne sera jamais plus une grande puissance, c’est entendu, et il n’y a effectivement rien à regretter de ce côté-là. Toutefois, elle [pourrait] encore avoir son mot à dire, modestement, dans une invention moderne qui est loin d’être terminée. »

Mais ce n’est pas le chemin qu’elle prend car ses élites ont délibérément choisi de s’aligner sur les modèles étrangers sans d’ailleurs mesurer leur enracinement historique et culturel, qui les rend difficilement transposables. Par exemple, « l’idée qu’il y aurait un modèle allemand dont les autres devraient s’inspirer est une plaisanterie ! Sa force est dans sa singularité. On ne crée pas à volonté une société industrielle de type allemand. »

Ces élites se sont aussi détournées de leur propre langue au profit du globish. « Au lieu d’une langue universelle, nous n’avons plus qu’un patois local. Pour être barman dans une station touristique, il faut savoir l’anglais ! » L’historien déplore aussi leur trahison républicaine : « La partie la plus active de l’élite intellectuelle se met à cultiver une image noire du passé français. Comme s’il y avait eu une réactivation de l’imaginaire révolutionnaire où le passé républicain se met à faire figure d’Ancien Régime ! »

Fin de l’exception européenne

Le désarroi français s’est manifesté avec éclat en 1992, avec le référendum sur le traité de Maastricht, validé d’extrême justesse. C’est qu’avec ce traité, la construction européenne a changé de nature et, de coopérative (Airbus, Arianespace, Schengen, Erasmus), s’est faite directive.

« Le fait qu’à tout moment, dans quantité de métiers, une directive européenne soit introduite pour obliger à faire autrement qu’auparavant aboutit à écraser les uns et les autres sous des contraintes ubuesques. » Le philosophe donne en exemple une directive qui a mis fin à la profession d’infirmier psychiatrique, une spécificité française tout à fait appréciée, au profit d’une catégorie unique d’infirmier. « Comme si soigner un cancéreux en phase terminale et un schizophrène au long cours c’était la même chose ! »

« Alors que les gens avaient le sentiment d’avoir fait de considérables progrès dans toute une série de domaines, voilà que ces progrès semblent frappés de nullité par une insertion aussi incontrôlable qu’irréversible dans un monde extérieur qui les lamine. Avec au premier chef, l’injonction quotidienne et universelle de faire de l’argent à court terme. »

L’intuition de Marcel Gauchet rejoint nos propres observations : la civilisation européenne a tiré sa grandeur des qualités propres à chacune de ses composantes et à leur émulation. Tout le contraire de l’homogénéisation programmée par le traité de Maastricht. Au XVe siècle, les Portugais se sont lancés sur les mers avant que les Espagnols, puis les Hollandais et les Anglais ne viennent les concurrencer. Les Hollandais ont inventé le capitalisme, les Anglais la démocratie, les Français les droits de l’homme et du citoyen, les Allemands la science etc. Et le monde entier a pu profiter de ces différents apports.

L’émulation entre les nations européennes leur a été bien plus profitable qu’elle ne leur a coûté en guerres, si on fait la comparaison avec par exemple l’empire chinois, périodiquement ravagé par des guerres civiles plus meurtrières que les derniers conflits européens ! Toute la question est de savoir si cette diversité qui a fait notre richesse sera laminée par la rage normalisatrice de Bruxelles, comme la diversité chinoise l’a été par le Premier Empereur…

L’Europe, laboratoire du néolibéralisme

Marcel Gauchet voit l’origine de ce basculement dans l’émergence de l’idéologie néolibérale aux États-Unis, dans les années 1970.

Cette idéologie fait de l’économie l’alpha et l’oméga de la vie publique. Avec le triomphe de la démocratie et de la paix universelles, les États n’ont plus d’autre mission que de garantir l’épanouissement personnel des individus et la liberté des flux de personnes, de marchandises et de capitaux. « Tout le monde est persuadé, désormais, au sein des partis de gouvernement, que c’est l’économie qui commande, qu’il faut la laisser faire, et que le politique n’est là que pour encadrer sans diriger. » Et pour que les entreprises puissent croître et prospérer, il faut faire pleine confiance à leurs actionnaires, nécessairement intéressés à leur prospérité…

On s’apercevra très vite des limites de cette idéologie :

D’une part, note l’historien, le néolibéralisme conduit à une excroissance monstrueuse de l’État : il doit en effet réglementer, contrôler et judiciariser à n’en plus finir les rapports entre les individus livrés à eux-mêmes.

D’autre part, les actionnaires révèlent des intérêts à court terme opposés aux intérêts à long terme des entreprises, de leurs cadres et de leur salariés : soucieux de valoriser au plus vite leur mise, ils vendent les entreprises à la découpe et délocalisent les usines à tout va. La désindustrialisation et la perte de savoir-faire d’une bonne partie de l’Europe et des États-Unis sont le fruit amer de cette erreur de jugement.

Les États-Unis ont néanmoins toujours manifesté des réserves à l’égard du néolibéralisme. En 2009, quand le constructeur automobile General Motors s’est trouvé au bord du dépôt de bilan, le gouvernement américain l’a nationalisé sans état d’âme, et en 2016, l’élection de Donald Trump a signifié la fin de l’utopie néolibérale et de l’ouverture tous azimuts.

Curieusement, c’est en Europe, que le néolibéralisme a trouvé sa terre d’élection, en lien avec la déchristianisation du Vieux Continent selon Marcel Gauchet. L’historien est célèbre pour avoir défini le christianisme comme « la religion de la sortie de la religion », qui mène à la sécularisation de la société (Le Désenchantement du monde, 1985). Il observe que les États-Unis demeurent fortement structurés par la religion et la politique ; rien de tel par contre en Europe où l’affaiblissement des institutions tant religieuses que syndicales et politiques a rendu la société perméable à la nouvelle idéologie de l’individu-roi, défini par ses droits et ses intérêts.

« L’Europe devient tout autre chose que ce pour quoi elle a été conçue au départ, elle se transforme en laboratoire de la réalisation de l’utopie néolibérale dans son intégralité. Ce que les États-Unis, par exemple, ne permettent en aucun cas, en dépit de leur libéralisme constitutif à l’intérieur, parce qu’ils demeurent une nation et même aujourd’hui la nation par excellence, où le poids du politique, sous l’aspect du rayonnement américain, de la responsabilité extérieure, de l’ambition stratégique, est au cœur de la vie collective. »

Le résultat est sans appel pour Marcel Gauchet : « La construction européenne telle qu’elle existe aujourd’hui est un échec. De plus, c’est un échec français, au sens où c’est l’échec d’un projet spécialement voulu par les Français, donc spécialement dur à reconnaître et digérer pour la France. (…)
Sur le plan économique, l’avantage compétitif de l’industrie allemande en matière de biens d’équipement est l’arbre qui cache la forêt. La monnaie unique et le libre-échange ne sont sûrement pas les instruments qui permettront à l’Europe de se tailler une place enviable dans l’économie mondiale de demain. (…)
Politiquement, le constat du déficit démocratique est devenu un lieu commun, ce qui ne veut pas dire que l’on s’emploie à le corriger. »

L’historien, comme nous, ne craint pas de faire un parallèle entre l’URSS marxiste-léniniste et l’Europe néolibérale à quelques nuances près. « Le discours sur l’Europe est toujours incantatoire ; il ne porte pas sur la réalité… (…) S’ajoute à cela le faut que l’Europe est la chose des élites. Le communisme, même si l’idée a été partagée par une partie des élites, a d’abord été l’objet des masses. (…)
Du côté des populations, joue une argumentation négative, rarement formulée comme telle mais d’une puissance considérable : la construction européenne est loin d’être une merveille, mais on ne peut pas en sortir. (…)
L’estime de soi, de la part des Français d’aujourd’hui, est tombée à un niveau tellement bas qu’ils pensent que nous ne pourrions pas nous débrouiller par nos propres moyens. Les Suisses en sont capables, les Norvégiens ou les Islandais aussi, mais pas nous ! Ce pays, dans les profondeurs, n’a plus confiance en lui. »

Englués dans l’impasse d’une Europe néolibérale, les réformateurs de bonne volonté ont motif de désespérer : « Il ne suffit pas de proposer des réformes, si pertinentes soient-elles. Il faut commencer par les rendre possibles en faisant sauter le verrou qui les promet à l’échec. »

Mais une sortie par le haut est encore possible comme veut le croire Marcel Gauchet : « il nous faut une nuit du 4 août de la nomenklatura française. (…) Le propos n’est pas de sortir de l’Europe, il est de la repenser de fond en comble, sur la base d’un bilan froid de ses acquis et de ses impasses. Celles-ci sont tous les jours sur le devant de la scène, les européistes grand teint concèdent eux-mêmes désormais qu’il y a sans doute pas mal de choses à revoir. À quand le moment d’en tirer les conséquences ? La France a été à l’origine du projet européen, l’Union européenne n’aurait plus de sens sans elle, et elle n’y pèse plus rien. Est-elle devenue incapable de reformuler un programme qui a dégénéré, au lieu de subir honteusement le joug de bureaucrates aberrants et de juges égarés ? »

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9 Responses to Présidentielle 2017: Et si Fillon avait déjà gagné ?

  1. jcdurbant dit :

    Encore un signe que le mauvais charme est enfin rompu: maintenant tout le monde veut être Fillon …

    Ca nous rajeunit pas, mais bon, on va pas chipoter et si ça peut aider à amorcer la pompe, tant mieux …

    http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/04/20/35003-20170420ARTFIG00120-lettre-ouverte-d-alain-delon-en-faveur-de-francois-fillon.php

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  2. jcdurbant dit :

    « Sarko a fait passer des messages à l’équipe Macron : il appellera à voter Macron dès dimanche, 20h15 », en cas de second tour Macron-Le Pen à l’élection présidentielle, affirme au JDD un proche du candidat d’En Marche!. En cas d’élimination de François Fillon dès le premier tour de la présidentielle, Nicolas Sarkozy s’exprimera « dès dimanche soir », confirment de leur côté plusieurs sources sarkozystes …

    http://www.lejdd.fr/politique/info-jdd-en-cas-de-second-tour-macron-le-pen-sarkozy-appellera-a-voter-macron-3306284
    INFO JDD. En cas de second tour Macron-Le Pen, « Sarkozy appellera à voter Macron »
    http://www.lejdd.fr
    Selon un proche du candidat d’En Marche, Nicolas Sarkozy « a fait passer des messages à l’équipe Macron ». L’entourage de Nicolas Sarkozy dément.
    « La droite républicaine a besoin d’une colonne vertébrale » …

    Villepin

    http://www.leparisien.fr/elections/presidentielle/presidentielle-macron-le-choix-de-villepin-20-04-2017-6871389.php

    Avec lui, ils vont être servis !

    Bon débarras en tout cas !

    Et merci encore à Fillon s’il parvient, après Sarko et Juppé, à nous débarrasser pour longtemps de telles ordures !

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  3. jcdurbant dit :

    Mélenchon dans ses oeuvres (on est tout à fait rassurés):

    «Il s’est passé à l’époque quelque chose qui m’intéressait beaucoup, qui était un gouvernement qui partageait la rente pétrolière avec le peuple et avec les pauvres, si bien que des millions de gens ont été sortis de la pauvreté. Mais je ne suis pas gouvernant du Venezuela. Je voyais un partage extrêmement intéressant et fécond entre le partage de la rente pétrolière au Venezuela, et l’accaparation de cette même richesse au Qatar ou en Arabie Saoudite où les pauvres gens n’ont accès à rien. (…) «Et bien oui ce sont des manifestations d’opposition»(…)«Vous ne m’interrogez pas sur Bahreïn, sur le Yémen Monsieur Bourdin, vous avez vos prédilections… Vous avez vos massacres préférés.» «Vous passez votre temps, vous et quelques autres, à essayer d’effrayer à mon sujet» (…) «Je ne fais pas campagne au Venezuela, je suis en train de faire campagne en France.»

    Mélenchon

    http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/04/20/35003-20170420ARTFIG00233-l-explication-musclee-de-melenchon-sur-le-venezuela.php

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  4. jcdurbant dit :

    Après Fillon, c’est Ciotti le meilleur !

    «Monsieur Villepin ne déçoit jamais dans sa capacité à marquer des buts contre son camp. C’est l’homme de la dissolution qui a amené Lionel Jospin au pouvoir, c’est l’homme des coups bas contre Nicolas Sarkozy. Il poursuit aujourd’hui dans la collaboration avec Emmanuel Macron».

    Eric Ciotti

    http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/04/20/35003-20170420ARTFIG00343-villepin-rallie-macron-il-poursuit-dans-la-collaboration-denonce-ciotti.php

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  5. jcdurbant dit :

    Ce qui compte, c’est la logique générale, on vous dit !

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  6. jcdurbant dit :

    « Moi, je ne fais pas de démagogie. Quand je parle d’utiliser ce qu’il se passe, ça c’est de la démagogie (…) moi je ne vais pas inventer un programme de lutte contre le terrorisme dans la nuit »

    Monsieur En même temps

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  7. jcdurbant dit :

    FILLON NOUS MANQUE DEJA (Hommage du vice à la vertu ou forme la plus sincère de flatterie ?)

    « Trois façades maritimes : la Manche et la Mer du Nord ouvertes sur le monde anglo-saxon et l’immensité septentrionale ; la façade atlantique, qui nous ouvre depuis des siècles le grand large et nous livre ses aventures ; la façade méditerranéenne, foyer de civilisations parmi les plus vieilles et les plus riches de l’Histoire. C’est déjà beaucoup, c’est déjà exceptionnel !

    Mais c’est aussi trois frontières terrestres : les Pyrénées d’abord, qui engagent la France dans cet immense ensemble qu’est le monde hispanique et latin. Il y a la frontière des Alpes, vers l’Italie notre sœur, et au-delà l’Europe centrale, balkanique et orientale. Et puis il y a la frontière du Rhin, la plus ouverte, la plus dangereuse, la plus prometteuse aussi – ce monde germanique avec lequel nous eûmes tant de conflits et avec lequel nous avons encore à construire tant de coopérations. »

    « La France, je l’ai dit, c’est une histoire, c’est une géographie, mais c’est aussi un ensemble de valeurs et de principes transmis de génération en génération comme des mots de passe. (…) C’est finalement une voix singulière adressée à tous les peuples de l’univers. »

    « Singulière, pourquoi ? Simplement parce que le mot France réveille aux oreilles de multiples hommes, à travers les continents, une petite musique particulière. En Amérique latine, en Afrique, en Asie, en Europe centrale, autour de la Méditerranée, il évoque bien autre chose qu’un pays situé au bout du cap européen. »

    « Si l’on apprend notre langue, quelquefois à grand prix, en Argentine ou en Pologne, s’il existe des listes d’attente pour s’inscrire à l’Alliance française de Shanghaï, de Tokyo, de Mexico, ou bien au lycée français de Rabat ou de Rome, si Paris est la première destination touristique mondiale, c’est que la France est autre chose et bien plus qu’une puissance industrielle, agricole ou militaire. »

    « Jadis soldat de Dieu, aujourd’hui soldat de la liberté, la France sera toujours le soldat de l’idéal. »

    « La France n’est la France que si elle porte une part de l’espérance du monde. »

    « Si nous regardons cet univers tourmenté, il apparaît très clairement qu’il se divise dangereusement entre deux conceptions de l’homme et de la vie : d’un côté ceux pour qui tout se règle à la fin des fins selon des critères matériels. En face de lui, s’est dressée une religion aveugle et aveuglante qui est, comme je l’ai écrit, un totalitarisme pur. Avant, il y eut le nazisme, le stalinisme… »

    Eh bien il y a heureusement entre les deux, une troisième voie est proposée à ce siècle : la voie française, soucieuse de l’humanité, de l’homme, du libre arbitre, de la raison, la voie de la culture, du doute, de la discussion, du compromis, du dialogue, la voie de l’équilibre, de la liberté des individus et des peuples. Je crois sincèrement que cette voie-là, la voie française, reste un espoir pour le monde du XXIe siècle. »

    François Fillon

    http://lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/05/01/a-villepinte-marine-le-pen-reprend-des-passages-entiers-d-un-discours-de-francois-fillon_5120626_4854003.html

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  8. jcdurbant dit :

    Et si Fillon et Marine Le Pen avaient déjà gagné ?

    Nous avons, avec les électeurs de François Fillon, en partie la même vision de la France, de sa grandeur. Nous avons incontestablement des points communs (…) C’était une manière de le rappeler.

    Marine Le Pen

    http://lelab.europe1.fr/sur-tf1-marine-le-pen-drague-ouvertement-les-electeurs-de-francois-fillon-3318065

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  9. jcdurbant dit :

    Même les frères ennemis Gibert, sous la pression de la mondialisation, finissent par se réconcilier !

    https://www.lesechos.fr/industrie-services/conso-distribution/0212023964538-librairies-la-famille-gibert-bientot-reunifiee-2083447.php

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