Les formes actuelles d’antisémitisme sont des sujets sérieux, en particulier en Europe. Ce documentaire prétend les présenter au public et les dénoncer. Mais, entre les intentions proclamées dans le titre (« Élus et exclus – Les nouveaux visages de l’antisémitisme ») et le résultat, l’écart créé la sensation d’un grand gâchis confus et biaisé. En quatre-vingt dix minutes, est-il possible de revenir rigoureusement sur les sources historiques européennes de l’anti-judaïsme, de retracer le conflit israélo-palestinien, d’enquêter sur le soutien financier des pays européens à des ONGs critiques d’Israël, et de rappeler l’antisémitisme qui sévit dans des mouvements populistes de droite et de gauche, en France et en Allemagne ? A cette longue liste, il faut encore ajouter une analyse de la question du boycott d’Israël, du jihadisme et de l’antisémitisme dans certaines banlieues françaises. A l’impossible nul n’est tenu et les auteurs du film passent de Sarcelles à Gaza, de Berlin à la Cisjordanie, dans un road trip peu convaincant. Le spectateur a l’impression d’un grand bazar d’images, sons et témoignages décousus qui n’apporte pas les clés rigoureuses nécessaires pour explorer ces questions, malgré la présence, très succincte, de quelques universitaires à l’écran. Certains thèmes, comme la volonté d’une partie de la société allemande de se débarrasser de la culpabilité héritée du passé national-socialiste en présentant les Israéliens comme des nazis, méritent pourtant un véritable travail d’enquête et de confrontation des sources. Plus grave, le goût de la révélation qui anime ce documentaire amène à des accusations expéditives peu documentées. Critiquer l’organisation israélienne B’Tselem et le rappeur français Médine est légitime. Laisser entendre que la première défend un discours négationniste et que le second considère que « les sionistes dirigent le monde » relève de la diffamation. Dans la même démarche irresponsable, le mouvement Nuit debout est décrit, à partir d’un témoignage anonyme invérifiable, comme l’antichambre d’un antisémitisme anticapitaliste. (…) La compréhension des phénomènes antijuifs contemporains, comme des mécanismes de déni à l’œuvre dans certains secteurs des sociétés européennes, impliquent de penser des articulations complexes. Il est à craindre que celles et ceux qui minimisent l’antisémitisme sortiront hélas renforcés de ce documentaire brouillon et partisan. Samuel Ghiles-Meilhac (Sciences-Po Paris)
Dans ce film qu’on ne saurait qualifier de documentaire, le spectateur de vidéos conspirationnistes retrouvera avec plaisir des infographies où une image de la Terre se couvre des noms des entreprises, organisations, personnes soutiens du mouvement BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) : la pieuvre transnationale anti-israélienne est partout, brasse des colossaux flux d’argent, oriente les médias et la politique… A propos d’une caricature d’Emmanuel Macron on s’inquiétait il y a peu des usages des représentations antisémites. On voit ici comment le conspirationnisme épouse la société de l’image, au bénéfice de segments idéologiques autres que l’antisémitisme. Deux procédés typiques de la pensée conspirationniste sont en permanence utilisés : l’amalgame et la confusion entre la partie et le tout. L’antisémitisme, l’antijudaïsme et la critique de la politique israélienne sont traités comme un seul objet, si bien que le christianisme, l’islam et la civilisation européenne sont représentés comme fondamentalement antijuifs. Le nazisme est réduit à l’Extermination, l’islamisme aux massacres antijuifs, et le tout mixé. Le procédé permet d’effacer le temps. Quand une brochure allemande invente le terme « antisémitisme » en 1879, c’était pourtant bien pour ouvrir une nouvelle ère. Ici, nous passons du président palestinien à un dignitaire nazi, traversons la Seconde guerre mondiale uniquement à travers le personnage du Grand Mufti, les 900 000 hommes de la Waffen SS sont réduits aux volontaires musulmans bosniaques, et, après avoir ainsi réduit le nazisme au Grand Mufti, c’est l’Organisation de Libération de la Palestine qui est réduite à son cas… de là on passe à Arafat, décrit sans évolution, et à l’argent que l’Europe dépense pour les Palestiniens. Un argent dilapidé car les territoires palestiniens bénéficieraient d’un développement économique et technologique permis par Israël mais hélas détruit par la corruption : on est là dans une représentation coloniale typique en même temps que dans ce processus de confusion entre parties et totalité des phénomènes. En fait, si l’Europe aide les Palestiniens ce serait une poursuite de son antisémitisme, les militants BDS seraient négationnistes et antisémites. Que la critique d’Israël serve de masque à l’antisémitisme nombre de fois est une évidence, ramener toute critique de son gouvernement à cela est encore confondre la part et le tout. Enfin, conformément à la vulgate islamophobe ce sont les gauches et les populations d’origine immigrée qui seraient responsables. Le spectateur entendra « Laurent », un monsieur passé voir Nuit Debout, expliquer que la critique du capitalisme ne saurait recouvrir que celle du banquier juif… En France, il était revenu au néofasciste François Duprat de convertir son camp à l’antisionisme en l’amalgamant à l’antisémitisme et au négationnisme, pour assurer qu’un complot sioniste était à l’œuvre derrière la globalisation. Le spectateur n’en entendra pas parler, car l’extrême droite ne sert ici que de référentiel pour l’Extermination. Résultat, il ne saura pas non plus comment les enquêtes d’opinion démontrent que l’antisémitisme et l’hostilité à Israël relèvent aujourd’hui encore d’abord de ce segment de façon massive. Si les stéréotypes antisémites sont plus forts dans la population d’origine immigrée, les agressions antisémites ne relèvent pas d’abord de jeunes afro-maghrébins antisionistes – selon les données policières, que l’on ne saurait mettre en cause autrement qu’en pensant qu’il s’agit là encore d’un complot… Comme le film n’utilise pas ces données, il fait un patchwork en allant du Gang des barbares au massacre du Bataclan. Finalement, ce film ne lève aucun « tabou » comme il l’affirme : les thèses présentées ici sont diffusées en France depuis 1999. Il ne repose sur aucune donnée historique ou sociologique. Alors que la question de l’agitation et de la normalisation sociale de l’antisémitisme est un réel problème, il participe de l’entretien d’un esprit de guerre civile, activité à laquelle s’adonnent nombre de producteurs culturels. Le hasard veut qu’il soit diffusé juste après que Le Monde a choisi de publier une pétition en défense de Houria Bouteldja, leader du Parti des Indigènes de la République qui représente la réification groupusculaire de nombre des fantasmes des documentaristes. Comme si, par incapacité à comprendre les crises actuelles, un pan entier des producteurs de biens culturels n’était plus capable que de s’engouffrer dans les querelles identitaires. Nicolas Lebourg (Université de Montpellier)
Si c’était une copie du bac, cela vaudrait zéro. Le documentaire est aberrant intellectuellement et historiquement, il découle presque d’une démarche révisionniste avec une volonté de manipuler les gens. On nous explique que fondamentalement le christianisme et l’islam se réduisent à l’antisémitisme. C’est plus complexe que cela. On réduit également le nazisme à l’extermination des juifs d’Europe, ce qui est une considérable imbécilité. On bascule de l’antisémitisme du christianisme et de l’islam, à celui des nazis, puis à l’antisémitisme et à l’antijudaïsme dans le Moyen-Orient. C’est un non-sens intellectuel complet, qui témoigne d’une mauvaise connaissance de l’antisémitisme et de l’antijudaïsme. Il existe également un amalgame avec la question palestinienne : on fait du grand mufti de Jérusalem un personnage central de la Seconde Guerre mondiale, et on compare l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à des nazis. C’est un film qui cherche à dire, si vous n’êtes pas d’accord avec nous, vous êtes antisémite et du côté des Palestiniens. Or il faut traiter l’antisémitisme avec une extrême délicatesse car c’est une question sérieuse et importante. Nicolas Lebourg
Avant sa volte-face, voici comment Arte justifiait son refus de programmation : « Insinuer que c’est pour des raisons politiques que le film n’aurait pas sa place dans le programme d’Arte est parfaitement absurde : la proposition acceptée par la Conférence des programmes prévoyait expressément, conformément à la ligne éditoriale d’Arte, chaîne européenne, de traiter de l’antisémitisme masqué derrière la critique d’Israël, et cela non pas au Proche-Orient, mais en Europe. » L’absurdité de ce raisonnement saute aux yeux : comment parler d’antisionisme (qui n’est pas que la critique d’Israël, mais l’opposition à son existence), sans s’intéresser à Israël ? Les auteurs se sont donc à raison rendus sur place, en Israël ainsi qu’à Gaza. Contrairement à ce que l’on voit trop souvent dans les médias, le documentaire offre les clés pour comprendre ce qui a mené à l’établissement de l’Etat juif, remontant l’histoire jusqu’au 19e siècle – cartes correctes à l’appui, ce qui n’est pas toujours le point fort d’Arte. (…) Luc Rosenzweig, premier à avoir éventé l’affaire pour le magazine Causeur, disait que le film était censuré parce qu’ « on y met trop en lumière la haine antijuive qui progresse dans la sphère arabo-musulmane et dans une certaine gauche obsédée par l’antisionisme. » Mais c’est peut-être plus grave que cela. Cela déborde le cadre de la « banlieue », de la sphère arabo-musulmane et de la gauche. Le problème ne vient plus des autres (les fameuses « tensions inter-communautaires » opposant Arabes et Juifs, commodes pour se dédouaner du problème en renvoyant dos à dos les uns et les autres), mais bien de l’intérieur de l’Europe. Cette Europe qu’Arte, l’Association Relative à la Télévision Européenne, promeut depuis son siège de Strasbourg, à deux pas du Parlement européen où Mahmoud Abbas a pu répandre son venin antisémite sous les acclamations de députés européens se levant comme un seul homme, gauche et droite confondues. Cette Europe dont les contribuables des deux plus grand pays, l’Allemagne et la France, financent cette chaîne de télévision toujours prête à commémorer la Shoah mais à qui la dénonciation de la nouvelle haine des Juifs canalisée sur Israël pose problème. Cette Europe qui verse des millions d’euros à des organisations dont le but est de saper les fondements du seul Etat juif. L’Europe aussi, devrait-on ajouter, dont plusieurs pays (pas tous il est vrai) votent régulièrement des résolutions absurdes et antisémites telles que celles que la France a soutenues à l’Unesco et tout récemment à l’OMS. L’Europe dont, InfoEquitable le démontre, les médias désinforment de manière répétée sur Israël – avec pour conséquences des répercussions négatives sur l’image et la sécurité des Juifs d’Europe. Ce que Sammy Ghozlan dénonce, et avec lui les auteurs du documentaire puisqu’ils en font leur conclusion, ce sont les complicités actives des sociétés européennes jusqu’au plus haut niveau dans la montée de l’antisémitisme. Et si le tort de ce documentaire n’était pas, tout simplement, de renvoyer en miroir leur image à ses commanditaires ? InfoEquitable
Vous avez dit accablant ?
Discours de Mahmoud Abbas ovationné par le Parlement européen et salué par son président Martin Schulz avant d’être désavoué par Abbas lui-même dans lequel il accuse en juin 2016 des rabbins israéliens de « demander au gouvernement d’empoisonner nos eaux pour tuer des Palestiniens » …
Qui deviennent, pour en accentuer la connotation médiévale dans le commentaire et occulter que dans le même discours Abbas souligne l’objectif d’une coexistence pacifique entre deux États israélien et palestinien, des « puits » et des « projets » pour empoisonner l’eau et « voler des terres »….
Mahmoud Abbas comparé au nazi Julius Streicher pour qui selon une « solution pour la question juive » était nécessaire pour la rédemption de l’Humanité pour avoir affirmé dans le même discours que sans justice pour les Palestiniens il n’y aurait pas de fin au terrorisme dans le monde …
Rappel, sans aucune mise en contexte historique et des résultats de la Recherche, des préjugés anti-juifs des plus grands esprits européens (Voltaire, Hegel, Kant, Rousseau, Diderot, Molière, Shakespeare, Heidegger, Goethe, Wagner) …
Rappel, entre citation tronquée de l’épitre de Paul aux Thessaloniciens, formule à l’emporte-pièce (« Chaque crucifix rappelle la machination chrétienne ») et oubli tant de la haine anti-juive des Grecs antiques que de la prise officielle de distance avec le sentiment antijudaïque des églises catholique et protestantes depuis les années 50 et 60 et sans compter le philosémitisme qui a précédé les tristement célèbres imprécations antijuives de Luther, des racines chrétiennes de l’antisémitisme …
Assimilation, confondant anti-judaïsme et antisémitisme (pas avant le 19e siècle), de cet antijudaïsme chrétien historique à l’action d’organisations chrétiennes européennes qui combattent aujourd’hui l’Etat juif …
Responsable du parti d’extrême gauche allemand Die Linke comparée à Abbas pour avoir affirmé qu’Israël empoisonne intentionnellement l’eau des Palestiniens de Gaza alors qu’elle ne fait qu’évoquer un problème lié à la pollution des nappes phréatiques antérieure à l’occupation de Gaza par Israël » et au conflit du Hamas avec l’Autorité palestinienne …
Ancien responsable de Die Linke (Jürgen Elsässer) éructant, sur fond de saluts et slogans nazis, contre Israël, l’Amérique, le capital international et assimilé au premier leader d’extrême-droite venu …
Linguiste expliquant le langage codé des antisémites d’aujourd’hui (« sionistes », « lobby israélien », « banquiers de la côte Est »…) à partir de sa seule étude, non-mentionnée, de documents résolument antisémites (plus de 14 000 lettres adressées au Conseil central des Juifs d’Allemagne et à l’ambassade israélienne en Allemagne) …
Intervention à une tribune antisioniste allemande d’un militant d’origine arabe réclamant « liberté pour le peuple palestinien et liberté pour le peuple allemand » …
Ramené au niveau d’un mufti de Jérusalem dont l’alliance avec les fascistes européens (Hitler et Mussolini) est indument datée de « peu après les années 20 » …
Resplendissant mausolée d’Arafat annoncé comme « cofinancé par l’UE, à hauteur de 1,5 million d’euros » alors que cette somme, avancée par l’Autorité palestinienne, ne concernait que le musée adjacent et que l’Europe n’a officiellement pris en charge que les salaires …
Manifestants d’extrême gauche européens multipliant les comparaisons douteuses (« Anne Frank serait aujourd’hui avec nous dans la rue, contre le racisme et contre la politique menée par Israël »…
Vétéran de la guerre d’indépendance israélienne rappelant, face à la promotion par l’Eglise évangélique allemande de la « Nakba » l’attaque préalable d’Israël le jour de son indépendance par les Arabes coalisés et l’expulsion de quelque 850,000 juifs des pays arabes …
Et oubliant de surcroît, lorsqu’il évoque les attentats « purement symboliques » – excepté le raté du King David – contreles Bseuls ritanniques, les civils arabes qui travaillaient pour eux …
Démonstration, à coup d’infographies et de procédés dignes du pire discours conspirationniste, de la prolifération des ONGs pro-palestiniennes, dont une partie s’oppose à l’existence de l’Etat juif, soutenues par les Eglises et les contribuables occidentales (le plus gros montant d’aide par habitant au monde, 307 millions d’euros de l’UE et 440 des EU) et nommément citées (Brot für die Welt, Misereor, EAPPI, Pax Christi, Amnesty International, Oxfam, Medico, Fidh, Worldvision…) sans leur donner droit de réponse ou citer ses sources …
Déconstruction du lieu commun du prétendu surpeuplement de Gaza (5.500 habitants par km2 – environ 10.000 au centre-ville contre 3.700 habitants par km2 pour l’agglomération parisienne mais plus de 21.000 pour Paris intra-muros, 43.000 à Manille) …
Evocation très libre par des étudiants et à demi mot par le porte-parole de la seule agence onusienne au monde dédiée depuis plusieurs générations aux réfugiés d’un seul conflit de la corruption du Hamas …
Images jamais montrées dans les grands médias européens permettant de comprendre la haine et la violence des voisins de l’Etat hébreu, l’embrigadement des enfants par le Hamas, la perfidie de la stratégie des « boucliers humains » civils et de l’utilisation d’espaces civils comme bases de missiles (écoles, hôpitaux, stades) …
Visite d’une usine qui comme 30 000 autres pourraient souffrir du mouvement de boycott BDS en raison de son emplacement en Cisjordanie avec en prime interview d’un manager arabe s’exprimant en hébreu et content de travailler avec les Israéliens …
Artistes criminalisant et appelant au boycott contre Israël (Massive Attack, Bryan Adams et Roger Waters) ou chantant ouvertement leur haine comme le rappeur islamiste Médine …
Rappel, contre la notoire difficulté de la presse et du monde politique à admettre le caractère antisémite de la torture et du meurtre d’Ilan Halimi, de la longue série des attentats contre les communautés juives en Europe (« venger les enfants palestiniens morts »: Mohamed Merah; musée juif de Bruxelles, agression d’un couple chez lui à Créteil sous prétexte que les Juifs ont de l’argent, Hyper Cacher, menaces sur le Bataclan à cause de l’engagement sioniste de ses anciens propriétaires, attaque de la synagogue de la Roquette à Paris, émeutes et saccages à Sarcelles) …
Interview du maire de Sarcelles implorant les juifs de rester et de jeunes ados racontant leur peur quotidienne …
Le road movie potache et conspirationniste que la chaîne franco-allemande et pro-européenne Arte vient de diffuser contrainte et forcée par la pression médiatique …
N’a décidément, on le voit, rien d’un documentaire sérieux sur l’antisémitisme européen …
Et pourrait bien par la lumière crue qu’il réussit à jeter en un peu plus de 90 minutes …
Sur des questions jusqu’ici ignorées des grands médias français ou occidentaux …
Etre le pire des documentaires jamais faits sur le sujet …
A l’exception, pour reprendre la célèbre formule churchillienne sur la démocratie, de tous les autres !
WDR
00:00:41 Citation de Mahmoud Abbas devant le Parlement européen
« Dès que cette occupation cessera, c’en sera fini des excuses et prétextes. Le terrorisme, la violence et l’extrémisme à travers le monde entier, au Proche-Orient, en Europe, comme ailleurs, prendront fin.
De plus, j’aimerais ajouter qu’il y a tout juste une semaine, quelques rabbins, en Israël, ont exhorté leur gouvernement à empoisonner notre eau, pour tuer des Palestiniens. N’est-ce pas là une incitation claire au massacre du peuple palestinien ? »
Texte du film :
Standing ovation. Le président du Parlement européen Martin Schulz tweete : « Un discours inspirant ! » Pardon ? Des rabbins qui veulent empoisonner les puits des Palestiniens pour leur voler leurs terres ? C’est une légende qui circule en Europe depuis le Moyen-Age, pour mieux exproprier, expulser ou massacrer les Juifs.
Deux jours plus tard, Mahmoud Abbas admet que ce mensonge est infondé, mais il est désormais ancré dans des millions de têtes.
« Quand les Palestiniens obtiendront justice, a dit Abbas, la terreur cessera dans le monde entier… »
Ça ne vous rappelle rien ? Des citations de gens célèbres…
(suit un extrait d’un discours de Julius Streicher)
Remarques :
Le texte du commentaire ajoute d’autres éléments à la citation de Mahmoud Abbas : « Des rabbins qui veulent empoisonner les puits des Palestiniens ». Mahmoud Abbas ne parle pas de « puits », pas plus que des « projets » des rabbins pour empoisonner l’eau. Dans les citations présentées, il n’est pas non plus question de « voler des terres ».
Cette interprétation vise à inscrire le discours de Mahmoud Abbas dans la lignée d’une tradition remontant au Moyen Âge, qui consistait à accuser les Juifs d’empoisonner les puits pour mieux les « déposséder, expulser ou massacrer. » Dans son discours, dont les citations commentées plus haut ont été extraites, Mahmoud Abbas souligne en outre l’objectif d’une coexistence pacifique entre deux États, Israël et la Palestine.
C’est pourquoi nous estimons la comparaison entre Mahmoud Abbas et Julius Streicher inappropriée. Julius Streicher était l’éditeur de Der Stürmer, un journal antisémite qui soutenait la propagande d’Hitler.
Mahmoud Abbas ne parle pas de la « résolution de la question juive » dans son discours, en tout cas pas dans le sens où le fait Streicher.
00:02:18 Utilisation de la recherche actuelle
Texte du film :
« Voltaire, Hegel, Kant, Rousseau, Diderot, Molière, Shakespeare, Heidegger, pour n’en citer que quelques-uns. Même Goethe était contre le mariage entre chrétiens et Juifs. Dans ses écrits, Richard Wagner était souvent raciste. Il était l’un des célèbres représentants de la nouvelle littérature de haine des 19e et 20e siècles. Bien des pamphlets d’auteurs aujourd’hui tombés dans l’oubli ont été exclusivement consacrés à la « question juive ». Souvent en Allemagne, mais aussi en France, en Grande-Bretagne et ailleurs. »
Remarques :
Le développement historique de l’antisémitisme dans le nouveau Testament, dans les écrits de Martin Luther, de Molière, de Richard Wagner et d’autres qui est esquissé ici ne tient pas compte de chaque contexte historique et ignore les résultats de la Recherche, par exemple sur l’antisémitisme de Richard Wagner.
À présent, selon ces recherches récentes, il n’est plus considéré comme raciste, mais bien plutôt son « idée de la rédemption » se positionne contre les notions de race de son temps.
En outre, à ce sujet il y a pléthore de travaux scientifiques : par exemple Dieter Borchmeyer : « Wagner, Nietzsche und das Judentum », in : Jutta Georg, Renate Reschke (éd.) : « Nietzsche und Wagner. Perspektiven ihrer Auseinandersetzung », Berlin, 2016, p. 220.
00:03:21 Rôle de la culture chrétienne
Texte du film
A propos de culture… La culture chrétienne, source de toute haine antisémite. Chaque crucifix rappelle la machination chrétienne : les Juifs ont trahi le Messie pour une poignée de deniers.
Remarques:
Nous estimons problématique cette qualification.
Le crucifix, par exemple, n’est pas un symbole de la haine des Juifs, contrairement à ce que le texte pourrait suggérer. Mais un symbole de l’expiation des péchés de ce monde.
Par contre, à plusieurs reprises dans l’Histoire, la Passion du Christ a servi à justifier l’antijudaïsme.
Et il est important de rappeler que la notion d’antisémitisme n’apparaît que vers le milieu du 19e siècle.
Alors que l’antijudaïsme est une forme d’hostilité à l’égard des Juifs aux motivations religieuses, l’antisémitisme postule une hégémonie des Juifs dans la société capitaliste et leur infériorité « raciale ».
Depuis longtemps, l’Église catholique et les Églises protestantes ont pris leurs distances avec le sentiment antijudaïque.
Après la Deuxième Guerre mondiale, le synode de l’Église évangélique allemande reconnaît très clairement l’origine commune des Juifs et des chrétiens en 1950 dans son Message sur la question juive (« Wort zur Judenfrage »). Le Vatican fait de même dans une déclaration en 1965 (Nostra Aetate).
La haine des Juifs n’est d’ailleurs pas une invention de la chrétienté. Déjà les Grecs de l’Antiquité étaient pour une partie d’entre eux ouvertement ennemis des Juifs, tels par exemple Apion d’Alexandrie ou Antiochos IV Épiphane.
00:07:51 Citation d’Annette Groth, chargée des droits de l’Homme du parti « Die Linke »
Texte du film
Insert : Annette Groth, chargée des droits humains au parti « Die Linke »
« C’est délibérément que l’alimentation en eau a été mise hors d’usage à Gaza. C’est un acte qui va à l’encontre des droits de l’Homme. Il n’y a pratiquement plus aucun moyen de subsistance à Gaza. L’État d’Israël sera le premier à en subir les conséquences. Tous ces produits chimiques… Ces milliers de tonnes de produits chimiques vont progressivement atteindre la mer. Ils vont se disperser dans la mer Méditerranée. Ils contiennent des matières toxiques, et on le sait. C’est très dangereux pour tout le monde, en fait. »
Message reçu. Au nom de tous les Juifs, les Israéliens empoisonnent aujourd’hui la Méditerranée.
Dommage pour la grande bleue… On l’aimait bien.
Remarques:
L’affirmation selon laquelle « au nom de tous les Juifs, les Israéliens empoisonnent aujourd’hui la Méditerranée » est une déformation des propos de Madame Groth. Ces propos ne contiennent aucun jugement sur l’ensemble « des Juifs ».
Madame Groth évoque un immense problème à Gaza: la pollution de l’aquifère côtier, le plus grand réservoir d’eau potable. Mais cette pollution est avant tout liée à la surexploitation des nappes phréatiques, pratique antérieure à l’occupation de Gaza par Israël.
Par ailleurs, si l’alimentation en eau est si difficile, c’est surtout à cause du pouvoir en place à Gaza, le Hamas étant en conflit avec l’Autorité palestinienne.
00:07:51 Intervention de spécialistes
Texte du film:
Prof. Dr. Monika Schwarz-Friesel:
« Vous ne verrez jamais un antisémite déclarer publiquement, devant une mairie, dans la presse ou lors d’un débat télévisé : « Oui, je suis antisémite, je hais les Juifs. Les Juifs sont des gens atroces. » Personne ne fait ça. Mais ils ont ces convictions et ces sentiments en tête, et ne peuvent s’en défaire. Car l’antisémitisme a un caractère compulsif. Il peut même tourner à l’obsession, comme nos études l’ont montré. Alors, ils esquivent verbalement, ils utilisent des paraphrases. Ils ne disent pas « les Juifs sont le poison du monde », mais « Israël est le poison du monde ». Ils ne disent pas « les Juifs contrôlent la finance mondiale », ils citent des noms à consonance juive : Rothschild, Goldman Sachs. Ils écourtent d’anciennes formules : ce qu’avant 1945, on appelait « la finance juive internationale », devient « la finance internationale ». Ils ne disent pas « les Juifs », mais « les cercles influents ». Ou encore « des banquiers de la côte Est ». Voire « les sionistes », « le lobby israélien ». Il y a de multiples possibilités de faire référence aux Juifs, sans jamais effectivement les nommer. »
Remarques:
La linguiste Monika Schwarz-Friesel est interrogée au sujet d’une étude consacrée au langage de la judéophobie au XXIe siècle (« Sprache der Judenfeindschaft im 21. Jahrdhundert ») qu’elle a publiée en 2012 avec Jehuda Reinharz. Les chercheurs avaient étudié plus de 14 000 lettres adressées au Conseil central des Juifs d’Allemagne et à l’ambassade israélienne en Allemagne. C’est donc à dessein que cette étude portait sur des documents résolument antisémites.
00:12:55 Rappels historiques – Le mufti Mohammed Amin Al-Husseini
Texte du film:
La Palestine, dans les années 1920. Le pouvoir colonial britannique nomme Mohammed Amin Al-Husseini grand mufti de Jérusalem. Peu après, celui-ci prend la tête du mouvement arabo-palestinien, avec le soutien financier et militaire de Hitler et de Mussolini.
Remarques:
Mohammed Amin Al-Husseini est nommé grand mufti de Jérusalem en 1921. Jusqu’au soulèvement de 1936, il est favorable aux Britanniques, C’est seulement cette année-là, soit 15 ans après, qu’il fonde le Haut comité arabe, qui s’engage pour l’indépendance face aux Britanniques.
La même année, il sollicite le soutien de Benito Mussolini contre les Britanniques. Les premiers contacts avec le régime national-socialiste n’ont lieu qu’un an plus tard et s’intensifient au cours de l’année 1940.
Le texte de commentaire induit que l’alliance scellée entre les Palestiniens et les fascistes européens était déjà d’actualité dans les années 1920.
00:14:52 Rappels historiques: L’OLP
Texte du film:
Ironie de l’histoire: le mufti a servi les nazis, puis l’OLP et la lutte pour la libération de la Palestine par la terreur.
Remarques:
L’OLP n’a été fondé qu’en 1964, soit presque 20 ans après la Deuxième Guerre mondiale.
00:14:52 Le financement du mausolée Yasser Arafat
Texte du film:
« … qui, depuis 50 ans, est largement soutenue par la gauche occidentale, même après la mort d’Arafat. Son mausolée a d’ailleurs été cofinancé par l’UE, à hauteur de 1,5 million d’euros. »
Remarques:
Ce financement n’est pas vérifiable. L’Autorité palestinienne a financé à hauteur de 1,5 million d’euros le musée dédié à Yasser Arafat, édifice qui jouxte le mausolée. L’Union européenne a notamment pris en charge le versement des salaires.
00:19:54 Catégorisation historique – la gauche et le national-socialisme
Texte du film:
Dr. Stephan Grigat
« Le besoin de relativiser le national-socialisme est parfois encore plus marqué à gauche qu’à droite. Il n’y a pas de pire affront pour la gauche que ce qui a été documenté par le national-socialisme, à savoir que le concept révolutionnaire de prolétariat ne répond pas aux espoirs que des générations de marxistes ont placés en lui. La théorie critique d’Adorno et Horkheimer est fondamentale parce qu’elle a été la première à dénoncer cet échec historique inimaginable, à savoir qu’une grande partie du peuple allemand, y compris la classe ouvrière, a été intégrée dans le projet nazi d’extermination et que cela s’est fait sans la moindre opposition. Ils ont été les premiers à tenter d’intégrer ça dans la théorie de la gauche, à tenter de rendre des comptes sur ce que ça signifie. Une grande partie des gens de gauche ont agi comme si on pouvait tout reprendre de zéro, en 1932. »
Remarques:
À cette affirmation, manque la catégorisation suivante : les systèmes socialistes comme ceux de la RDA et de l’Union soviétique se distinguent nettement du national-socialisme. Dans l’idéologie de la RDA et de l’Union soviétique, le fascisme était la forme la plus élevée de l’impérialisme, et, à cet égard, faisait partie intégrante d’une évolution sociale scientifiquement étudiée.
En Union soviétique et en RDA, on a expliqué l’apparition du national-socialisme par le biais de ce qu’on appelle la « mise du pied à l’étrier » par l’industrie et par une classe ouvrière divisée entre sociaux-démocrates et communistes. En RDA, le mouvement de résistance communiste face aux nazis a été étudié, documenté, et utilisé à des fins de propagande.
Dans ce contexte, l’affirmation qu’« une grande partie des gens de gauche ont agi comme si on pouvait tout reprendre de zéro, en 1932 » doit être vue de manière critique.
00:22:56 Catégorisation historique – Attaques contre les civils arabes
Texte du film:
Rafael Eitan dit « Rafi », ancien membre de la Haganah et du Palmah
« Jusqu’en novembre 1947, nous avons uniquement combattu les Britanniques.
Par le biais d’opérations très sélectives. Sur ces deux années, 1946 et 1947, nous avons dû mener 10 ou 15 opérations. Ces opérations étaient purement symboliques. En dehors d’un incident survenu à l’hôtel King David, il n’y a jamais eu de victimes. A l’époque, nous n’avons rien entrepris contre les Arabes. »
Remarques:
C’est l’organisation militaire sioniste Irgoun qui a posé les bombes qui ont explosé à l’hôtel King David en 1946. 91 personnes ont été tuées. Cette même organisation fomentait déjà des attentats contre les Britanniques depuis 1937, hormis une courte trêve entre 1940 et 1943. Ces attentats ont aussi touché des civils arabes qui travaillaient pour les Britanniques.
00:27:59 Remarques sur l’exposition «La Nakba»
Texte du film :
« L’exposition « La Nakba » entretient le culte de l’expropriation et réécrit l’histoire. On passe sous silence l’antisémitisme d’après-guerre, dans les pays arabes voisins, qui a poussé les Juifs à fuir, leurs biens et leurs comptes confisqués. Environ 850 000 Juifs ont dû quitter leur pays, l’Egypte ou l’Irak, pour gagner Israël, sans droit de retour. Un échange de population, en quelque sorte. »
Remarques:
À ce sujet, Ingrid Rumpf, présidente de l’association des « Enfants réfugiés au Liban » – qui a conçu l’exposition en 2008 – répond au WDR comme suit:
«J’aimerais vous communiquer les informations suivantes concernant la démarche de Joachim Schröder, de la société de production « Preview Productions München » :
En 2015, au cours de l’Assemblée de l’Église évangélique allemande à Stuttgart, les membres de l’équipe de tournage sont venus m’interviewer sur le stand de notre exposition itinérante : « La Nakba – La catastrophe des Palestiniens en 1948 ». Ils se sont présentés seulement par leurs noms, ne m’ont donné aucune carte de visite et ne m’ont pas dit le nom de leur société de production.
On m’a dit que les prises de vues étaient destinées à un film que cette équipe allait produire pour Arte. Le sujet : la polémique en Allemagne autour du débat sur le conflit au Proche-Orient. Partant du principe que le film devait être produit pour Arte, j’ai présumé – comme d’autres personnes interviewées, d’ailleurs – qu’il s’agissait d’un projet sérieux, qui serait fait également dans notre intérêt.
Quand j’ai appris que l’équipe du film avait décrit Annette Groth comme une personne qui haïssait Israël, j’ai commencé à avoir des doutes sur le sérieux du projet. Après avoir fait des recherches sur Internet, j’ai réalisé qu’il y avait fort à craindre qu’il s’agirait davantage d’un film qui voudrait mettre toute critique envers la politique israélienne sur le compte de l’antisémitisme. J’ai contacté à nouveau J. Schröder par e-mail pour lui faire part de mes réserves. À la suite de sa réponse assez insolente, j’ai fait appel à un avocat. Par le biais de cet avocat, j’ai fait interdire à l’équipe du film d’utiliser l’interview à d’autres fins qu’un film avec Arte.
L’enregistrement de l’interview n’a finalement pas été utilisé, sans doute aussi parce que mes déclarations ne révélaient d’aucune manière une attitude « antisémite ».
Toujours est-il que l’exposition « La Nakba » a été discréditée de manière complètement injustifiée. Dans l’ensemble, l’équipe du film ne s’est vraiment pas comportée de façon sérieuse, à mon avis, et on ne peut pas dire que cela m’ait encouragé à avoir confiance dans les reportages journalistiques. »
Au sujet de l’exposition, elle écrit :
« Depuis neuf ans, notre association et moi-même – en tant que créatrice de l’exposition : « La Nakba — La catastrophe des Palestiniens en 1948 » — nous faisons l’expérience douloureuse d’allégations diffamatoires relatives à l’antisémitisme. Et ceci, malgré le fait que l’exposition ait le soutien du Service des Eglises évangéliques pour le développement et de la Fondation pour le développement et la coopération du Land de Bade-Wurtemberg. L’exposition a aussi été soutenue par plus de 50 personnalités renommées du monde de la politique, de l’Église, de la culture et des médias, par exemple Alfred Grosser, Norbert Blüm, le regretté Rupert Neudeck, Manfred Kock, Johan Galtung, Franz Alt, pour ne citer qu’eux. Par ailleurs, l’exposition a déjà été réalisée en versions anglaise et française et présentée au Parlement européen à Strasbourg, ainsi qu’aux Nations Unies à Genève. »
Lien vers l’exposition, avec le contenu, les sympathisants, la chronologie des événements, etc.
00:28:26 Les ONG invitées lors du rassemblement des Églises évangéliques allemandes
Texte du film :
« Le rassemblement religieux réunit des dizaines d’ONG qui militent pour le bien-être des Palestiniens. Elles sont financées par l’Église, par des dons, et avant tout par de l’argent public. C’est notamment le cas de l’EAPPI, Pax Christi, Amnesty International, Oxfam, Medico, la FIDH, Vision du Monde, et bien d’autres.
Certaines de ces grandes organisations financent des centaines de petites ONG, dirigées soit par des Palestiniens, soit par des Israéliens. Le nombre d’ONG sur place est totalement disproportionné. »
Remarques :
Les réalisateurs n’ont pas contacté les associations citées, qui n’ont pu s’exprimer qu’ultérieurement, à l’invitation du WDR ou en réaction à la mise en ligne du film sur le site du quotidien Bild.
Vision du Monde n’intervient plus dans la bande de Gaza depuis 2016.
Le mouvement Pax Christi a déclaré au WDR qu’il s’engageait pour « une résolution pacifique des conflits » et « une entente israélo-palestinienne ».
À ce propos, le mouvement ajoute :
« Lors du rassemblement des Églises évangéliques allemandes de Stuttgart, en 2015, des personnes interrogées par cette équipe de tournage se sont plaintes qu’elles avaient été mal informées des intentions des auteurs du film ; elles ont protesté a posteriori et ont fait appel à des avocats […] On peut se demander si le film a été fait avec honnêteté et sérieux.
« Le véritable propos de ce film est rendre taboue toute critique de la politique d’occupation menée par Israël en la taxant d’antisémitisme. Le film ne décrit pourtant pas plus la politique israélienne qu’il n’explique ce qu’est le sionisme. Il dresse le portrait d’une France et d’une Allemagne où l’antisémitisme serait omniprésent. Pourtant, Wolfgang Benz, un chercheur allemand de renom spécialiste de la question, dit que l’antisémitisme ne connaît pas de recrudescence outre-Rhin. Il aurait aussi fallu mentionner l’étude sur l’antisémitisme de Wilhelm Kempf, de l’Université de Constance, en Allemagne : celle-ci conclut que les Allemands qui militent pour les droits des Palestiniens agissent pour défendre les droits de l’Homme, et non par antisémitisme. Mais de tels avis d’experts n’ont pas leur place dans ce film partial, à l’argumentation unilatérale.
[…]
« Après avoir énuméré des ONG [dont Pax Christi], le film dit ceci : « Ces grandes organisations financent des centaines de petites ONG, dirigées soit par des Palestiniens, soit par des Israéliens. » [sic]
« Cette affirmation est fausse. Pax Christi n’apporte pas de soutien financier à des ONG palestiniennes ou israéliennes. [C’est la rédaction qui souligne.]
« Je vous envoie trois communiqués de Pax Christi qui éclairent notre action au Proche-Orient. »
On peut lire la déclaration suivante dans l’un de ces communiqués :
« La paix du Christ est un espoir permanent et une vision au cœur de notre mouvement. La non-violence active est au centre de l’action politique visant à faire advenir un monde juste sans violence et sans armes. Nous défendons les droits des hommes et des peuples et nous contribuons à une culture de la paix. »
00:28:52 Nombre des ONG impliquées politiquement en Cisjordanie et à Gaza
Texte du film:
« Certaines de ces grandes organisations financent des centaines de petites ONG, dirigées soit par des Palestiniens soit par des Israéliens. Le nombre d’ONG sur place est totalement disproportionné. (…) 398 ONG à caractère politique opèrent depuis Israël. Ces chiffres sont officiels. Leur nombre en Cisjordanie et à Gaza reste flou. Selon le magazine Spiegel, plus d’un millier auraient leur siège à Ramallah. »
Remarques:
Le nombre d’ONG mis en avant par le magazine Spiegel ne se cantonne pas à Ramallah.
En outre, le film ne cite aucune preuve ni aucune source pour étayer l’affirmation que « Le nombre d’ONG sur place » passerait pour être « totalement disproportionné».
Les recherches que nous avons effectuées sur la question ne nous permettent en aucun cas d’arriver aux mêmes conclusions. Il n’existe par ailleurs aucune documentation officielle sur les activités des ONG à l’échelle internationale.
Le groupe de coordination WANGO (« World Association of Non-Governmental Organizations ») a cependant recensé et publié la liste des ONG à portée internationale. Y sont citées 61 ONG pour Occupied Palestinian Territory“ et 127 ONG pour Israël.
00:29:21 Critiques à l’encontre de l’EAPPI (« Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et Israël »)
Texte du film:
« Des infos sur l’EAPPI ? Aucune, hélas. L’EAPPI ne publie pas ses comptes. Nous savons que le Conseil Œcuménique des Eglises cofinance sa filiale, l’EAPPI. ONG-Monitor estime qu’elle est un des principaux soutiens au boycott. L’EAPPI redistribue une partie de son budget, notamment à « Femmes pour la Paix », de boycott contre Israël. Des collaborateurs de l’EAPPI participent aussi à la « Semaine contre l’apartheid israélien ». Un message repris par de nombreuses ONG : « Israël pratique la ségrégation comme l’Afrique du Sud autrefois. » Ou bien : « Israël tue des enfants palestiniens pour se venger. » Leur dernière trouvaille, en exclusivité : »Les Israéliens posent des couteaux près des cadavres de Palestiniens ». »
Remarques:
Les auteurs n’ont pas offert à EAPPI la possibilité de prendre position par écrit à ce sujet. C’est au WDR (la chaîne publique « Westdeutscher Rundfunk ») que revient l’initiative de cette démarche
L’EAPPI est intégré au programme du Conseil Œcuménique des Églises (« World Council of Churches »), dont on peut consulter le rapport financier pour l’année 2015 en ligne:
D’après les chiffres du rapport en ligne émanant du Conseil Œcuménique des Églises, il apparaît que 1 487 431,67 de francs suisses ont été alloués au programme EAPPI en 2015. Rien en revanche ne permet d’affirmer que l’EAPPI est l’un des principaux soutiens des campagnes de boycott visant les produits israéliens.
Les sources accessibles ne permettent en aucun cas de conclure au soutien logistique ou financier aux boycotts que l’EAPPI fournirait. Toute implication dans la « semaine de l’Apartheid israélien » n’est pas avérée non plus.
Les critiques émises dans le film à ce sujet ne s’appuient donc sur aucun fait concret.
Effectivement, certains anciens membres impliqués dans ce programme ont participé aux actions de boycott. Ces éléments isolés sont aussi visés par les critiques de propagande émises par les auteurs du film. Toutefois, les personnes incriminées ne s’expriment pas au nom de l’EAPPI.
Dans le courrier datant du 16 juin 2017 qu’il a adressé au WDR, l’EAPPI écrit:
Nous dénonçons la présence d’affirmations erronées concernant le Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et Israël (EAPPI) dans le documentaire « Élus et exclus – La haine des Juifs en Europe ».
L’Œuvre missionnaire évangélique en Allemagne (EMW) représente la branche allemande du programme en accord avec un cercle de coordination des différentes institutions. En tant que porte-parole du programme EAPPI, nous rejetons le reproche qui nous est fait de soutenir l’appel au boycott des produits israéliens, ainsi que celui de nous livrer à une campagne de propagande anti-israélienne et antisémite. En accord avec le Conseil œcuménique des Églises (COE), l’EAPPI ne participe pas à la campagne du mouvement BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions), pas plus qu’elle ne se livre à une comparaison entre la présente situation d’occupation et l’holocauste.
L’impression produite par le témoignage d’une ancienne participante au programme ne saurait refléter la position de l’EAPPI:
Le rejet de toute prise de position partisane étant l’un des principes fondamentaux de l’EAPPI.
L’EAPPI ne prend pas part aux conflits et milite en faveur des droits de l’Homme dans une perspective humanitaire et en conformité avec le droit international. L’association s’est fixé pour objectif d’assister tous les êtres humains confrontés à l’occupation de leur territoire. Elle accompagne aussi ceux qui militent pacifiquement en faveur d’une paix juste entre les Palestiniens et les Israéliens.
De leur côté, l’Œuvre missionnaire évangélique en Allemagne (EMW) et la Commission de l’Église évangélique du Moyen-Orient en Allemagne ont quant à elles souligné dans le cadre de publications des années 2009, 2010 et 2017, le lien particulier qui unit les chrétiennes et les chrétiens d’Allemagne avec le peuple juif et l’État d’Israël. Le Service des Églises évangéliques est parfaitement conscient de la situation difficile des Chrétiennes et Chrétiens en Palestine et se sent particulièrement sensibles aux problèmes de sa communauté religieuse.
C’est pour répondre à la volonté des chefs religieux locaux d’accueillir une présence internationale [sic], que le programme EAPPI a été lancé en 2002, à Jérusalem. Toutes ses activités s’appuient sur le droit international et les résolutions des Nations-Unies.
00:31:03 Accusations contre Pain pour le monde et B’Tselem
Texte du film:
« Cette comparaison avec l’Holocauste, on la doit à Pain pour le monde qui soutient aussi l’EAPPI. (…)En 2015, la fondation protestante « Pain pour le Monde » a consacré plus de 5,6 millions d’euros à des projets en Israël et dans les territoires palestiniens. De sa fusion avec le Service des Eglises Evangéliques d’Allemagne en 2012, naît une nouvelle organisation : « Pain pour le Monde – Service protestant de développement ».
Entre 2013 et 2015 ils versent plus de 800 000 euros à B’Tselem, une ONG israélienne qui accuse Israël d’apartheid et de méthodes nazies. Un de leurs collaborateurs a osé dire au journaliste Tuvia Tenenbom que l’Holocauste était un mensonge et, de surcroît, inventé par les Juifs. »
Remarques:
Pain pour le monde et B’Tselem n’ont pas été contactées par les réalisateurs et n’ont pu s’exprimer qu’ultérieurement, à l’invitation du WDR ou en réaction à la mise en ligne du film sur le site du quotidien Bild.
B’Tselem rejette catégoriquement les accusations dirigées contre elle.
Ce passage mentionne en outre Misereor, organisation qui soutiendrait des projets en Israël et en Palestine à hauteur de 1,7 million d’euros. À la suite de critiques, cette affirmation a été coupée du film par les auteurs.
On ne connaît pas d’accusations de nazisme dirigées contre B’Tselem. Pain pour le monde rappelle que la négation de l’Holocauste est un critère d’exclusion pour les collaborateurs de B’Tselem. Les propos négationnistes ont été tenus par un ancien collaborateur en 2014. Celui-ci a ensuite été congédié.
(cf. prise de position Pain pour le monde.)
B’Tselem est une ONG israélienne qui s’engage pour la solution des deux États et appelle le gouvernement israélien à stopper la colonisation dans les territoires occupés.
B’Tselem dénonce en outre les atteintes aux droits de l’Homme perpétrées par le Hamas. Sur son site Internet, la rubrique « Attacks on Israeli Civilians by Palestinians » (« Agressions contre des civils israéliens par des Palestiniens ») traite des récents attentats et actes de violences commis par des Palestiniens contre des Israéliens.
Le gouvernement de Benyamin Netanyahou critique vivement B’Tselem et Peace Now. Le premier ministre aimerait interdire le service civil au sein de B’Tselem.
Des personnalités israéliennes de renom siègent aussi bien au conseil d’administration qu’au comité consultatif de B’Tselem.
En réaction à la mise en ligne du film par le quotidien Bild sur son site Internet bild.de, l’organisation a publié la prise de position suivante sur son site le 13 juin 2017:
« Pain pour le monde soutient des projets en Israël. Entre autres ceux de l’organisation israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem (« The Israeli Information Center for Human Rights in the Occupied Territories », ou « Centre israélien d’information pour les droits de l’Homme dans les Territoires occupés »). La condition sine qua non pour que nous soutenions une organisation partenaire est le rejet de toute forme de violence et l’engagement pour une résolution pacifique des conflits. Aux yeux de Pain pour le monde, tout projet qui ne reconnaît pas le droit à l’existence d’Israël, qui appelle au boycott des produits israéliens ou professe l’antisémitisme se voit retirer tout soutien [souligné par la rédaction] »
Dans un article consacré au documentaire d’ARTE Élus et exclus, le quotidien BILD évoque le rôle des organisations caritatives et le soutien apporté par Pain pour le monde à B’Tselem. Le documentaire reprend des faits datant de 2014 : lors d’une interview, un collaborateur nie l’existence de l’Holocauste.
Dès que B‘Tselem a eu vent de ces propos négationnistes, l’organisation a mené une enquête qui a conduit au renvoi du collaborateur. La négation de l’Holocauste est un critère d’exclusion pour ses collaborateurs. Nous sommes convaincus que B’Tselem respecte les conditions exigées par Pain pour le monde pour obtenir son soutien et qu’en cas de soupçon, une enquête est rapidement menée. C’est pourquoi nous poursuivons notre partenariat. L’objectif de B’Tselem est d’imposer le respect des droits de l’Homme, et en premier lieu le caractère inaliénable de la dignité humaine. […] »
B’Tselem a également pris position:
« Lies and misrepresentation in « Auserwählt und ausgegrenzt – Der Hass auf Juden in Europa »
20 June 2017
Although only one minute out of the 90 in the documentary « Auserwählt und ausgegrenzt – Der Hass auf Juden in Europa » is devoted to B’Tselem, that one minute is so packed with lies that we feel compelled to respond and reject these falsehoods. First of all, the dedication to human rights by many B’Tselem staffers and supporters is bound up in their having relatives who survived – or perished in – the Holocaust. To impart false information (easily disproved by a quick Google search) and not follow the fundamental journalistic practice of asking B’Tselem to respond to such severe – albeit untrue – accusations seriously calls into question the filmmakers’ professionalism and motives.
The film, therefore, must be understood in context. Israel’s desire to endlessly perpetuate the occupation has led over the past decade to increasing attacks against groups and individuals in Israeli civil society who oppose it. These attacks employ smear tactics and manufacture imagined “traitors” from within, endeavoring to advance a nationalistic political agenda and to delegitimize human rights organizations by false portrayals. The charges made in the film, along with the misrepresentation of B’Tselem as a « political advocacy organization », rather than as a Human Rights organization, are based entirely on such propaganda efforts by Israeli government affiliated pro-occupation organizations.
B’Tselem has never accused Israel of using Nazi methods. This is a despicable and slanderous lie, which even the film’s creators could not back up with any evidence. Moreover, the interview by Tuvia Tenenbom is presented in such a way as to keep viewers in the dark about the fact that the three year old entrapment effort has long been resolved. Nowhere does the film state that B’Tselem immediately and categorically condemned the sentiments expressed, or that B’Tselem terminated the employment of the field researcher in question back in October 2014, following the incident. At best, this is sloppy, unethical journalism; at worst, a deliberate omission of relevant information designed to mislead viewers.
B’Tselem – The Israeli Information Center for Human Rights in the Occupied Territories opposes the Israeli occupation which has been denying basic rights to millions of Palestinians for more than fifty years. The work of human rights organizations such as B’Tselem is deeply grounded in principles formulated following the horrors of the Holocaust and WWII. Conflating our work with antisemitism is as outrageous as it is dangerous: it undermines the very real threat of antisemitism and other forms of racism, and it cannot be tolerated. »
Voir aussi:
Polémique
“Les Nouveaux Visages de l’antisémitisme” : le doc d’Arte jugé sévèrement par trois historiens
Marie Cailletet
Olivier Milot
Télérama
21/06/2017
Situation rare pour ne pas dire inédite. Arte diffuse ce mercredi à 23h un documentaire – Les Nouveaux Visages de l’antisémitisme – dont elle a accepté la commande et assuré le financement, mais qu’elle ne cautionne pas. La chaîne culturelle ne souhaitait pas diffuser ce film et l’avait fait savoir à ses réalisateurs allemands Joachim Schröder et Sophie Hafner. Raison invoquée : l’œuvre livrée ne correspondait pas à celle qui avait été commandée. Ce refus sur un sujet aussi sensible a soulevé un véritable tollé en Allemagne où la chaîne s’est retrouvée accusée de censure. Devant l’ampleur de la polémique, la télévision publique allemande a finalement décidé de programmer le documentaire ce soir. Dès lors, Arte n’avait plus d’autre choix raisonnable que de prendre une décision analogue. « Les téléspectateurs allemands ayant accès à ce documentaire, il convient de faire en sorte qu’il en soit de même pour les Français », a expliqué la chaîne.
Arte a-t-elle voulu censurer un film dérangeant ou bien les auteurs du documentaire ont-ils abusé la chaîne en concevant un autre film que celui dont le projet avait été débattu et accepté par ses responsables des programmes ? A chacun maintenant de se forger sa propre opinion sur son contenu. Pour notre part, après avoir exprimé toutes les réserves que nous avions sur ce documentaire, nous avons demandé à trois historiens, spécialistes des thématiques abordées dans le film, de le regarder et d’en donner leur vision.
Much ado about nothing (« Beaucoup de bruit pour rien »)
« J’ai été avant tout frappé par la médiocrité du documentaire. L’auto-mise en scène des auteurs, potaches et sympathiques à souhait, mais un peu irritants à force de multiplier les selfies ou les animations à la K-2000, lasse rapidement… Second degré certes, mais à quoi bon ici ? Pour détendre l’atmosphère et rendre plus comestible un sujet hautement sensible ?
On aurait préféré que les auteurs travaillassent sérieusement. Certes, on trouve dans leur propos des échos d’ouvrages de référence, comme ceux de Jeffrey Herf lorsqu’il est question de l’émetteur de Zessen, ou de Mahlmann et Cüppers à propos des SS bosniaques et du Grand Mufti. Pourquoi ne pas donner la parole à ces historiens ? On aurait pu s’épargner les longues séquences sur l’automobile de nos documentaristes, ou leurs siestes, et entendre quelque chose de substantiel.
La thèse d’ensemble est d’une grossièreté intellectuelle et morale intenable : en gros, une première Shoah a été perpétrée par des Allemands intoxiqués à l’antisémitisme depuis le Golgotha (cette trop courte séquence sur le christianisme aurait mérité d’être amplement développée), et une seconde se prépare chez des Arabes/Musulmans (?) qui ont sucé la haine des Juifs avec le lait maternel et prophétique. Mêmes causes, mêmes effets, et nos vaillants documentaristes -allemands se prévalent de toute leur culpabilité congénitale, et de la responsabilité subséquente, pour éclairer un monde aussi veule que sourd. En démasquant et confondant notamment les idiots utiles de cette histoire, l’extrême-droite « antisioniste » et l’extrême-gauche pro-palestinienne. Outre que faire s’équivaloir les crânes rasés et les gauchos (les spécimens interviewés semblent avoir été choisis sur casting pour leur remarquable bêtise) relève de la manipulation intellectuelle (« les extrêmes se touchent », vous l’aurez compris), on aurait aimé que les méandres et les ramifications d’une culture « antisioniste » clairement consternante soient mieux présentés et élucidés : à l’extrême droite, c’est assez clair, mais il aurait fallu le rappeler ; à gauche ou très à gauche c’est plus complexe : tiers-mondisme, anti-américanisme, « socialisme des imbéciles », pour reprendre la définition que Bebel donnait de l’antisémitisme. Il eût fallu pour cela que les auteurs travaillent, qu’ils fassent un film et non un tract, et qu’ils ne prennent pas les spectateurs eux-mêmes pour des imbéciles. »
Un terrible gâchis
« Les formes actuelles d’antisémitisme sont des sujets sérieux, en particulier en Europe. Ce documentaire prétend les présenter au public et les dénoncer. Mais, entre les intentions proclamées dans le titre (« Élus et exclus – Les nouveaux visages de l’antisémitisme ») et le résultat, l’écart créé la sensation d’un grand gâchis confus et biaisé. En quatre-vingt dix minutes, est-il possible de revenir rigoureusement sur les sources historiques européennes de l’anti-judaïsme, de retracer le conflit israélo-palestinien, d’enquêter sur le soutien financier des pays européens à des ONGs critiques d’Israël, et de rappeler l’antisémitisme qui sévit dans des mouvements populistes de droite et de gauche, en France et en Allemagne ? A cette longue liste, il faut encore ajouter une analyse de la question du boycott d’Israël, du jihadisme et de l’antisémitisme dans certaines banlieues françaises. A l’impossible nul n’est tenu et les auteurs du film passent de Sarcelles à Gaza, de Berlin à la Cisjordanie, dans un road trip peu convaincant. Le spectateur a l’impression d’un grand bazar d’images, sons et témoignages décousus qui n’apporte pas les clés rigoureuses nécessaires pour explorer ces questions, malgré la présence, très succincte, de quelques universitaires à l’écran. Certains thèmes, comme la volonté d’une partie de la société allemande de se débarrasser de la culpabilité héritée du passé national-socialiste en présentant les israéliens comme des nazis, méritent pourtant un véritable travail d’enquête et de confrontation des sources.
Plus grave, le goût de la révélation qui anime ce documentaire amène à des accusations expéditives peu documentées. Critiquer l’organisation israélienne B’Tselem et le rappeur français Médine est légitime. Laisser entendre que la première défend un discours négationniste et que le second considère que « les sionistes dirigent le monde » relève de la diffamation. Dans la même démarche irresponsable, le mouvement Nuit debout est décrit, à partir d’un témoignage anonyme invérifiable, comme l’antichambre d’un antisémitisme anticapitaliste.
Ne connaissant pas précisément les étapes de la production de ce film, je ne sais pas si Arte aurait mieux fait de chercher à modifier le documentaire pour lui apporter la cohérence et la rigueur qu’exigent ces sujets. La compréhension des phénomènes antijuifs contemporains, comme des mécanismes de déni à l’œuvre dans certains secteurs des sociétés européennes, impliquent de penser des articulations complexes. Il est à craindre que celles et ceux qui minimisent l’antisémitisme sortiront hélas renforcés de ce documentaire brouillon et partisan. »
L’amalgame et la confusion
« Dans ce film qu’on ne saurait qualifier de documentaire, le spectateur de vidéos conspirationnistes retrouvera avec plaisir des infographies où une image de la Terre se couvre des noms des entreprises, organisations, personnes soutiens du mouvement BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) : la pieuvre transnationale anti-israélienne est partout, brasse des colossaux flux d’argent, oriente les médias et la politique… A propos d’une caricature d’Emmanuel Macron on s’inquiétait il y a peu des usages des représentations antisémites. On voit ici comment le conspirationnisme épouse la société de l’image, au bénéfice de segments idéologiques autres que l’antisémitisme. Deux procédés typiques de la pensée conspirationniste sont en permanence utilisés : l’amalgame et la confusion entre la partie et le tout.
L’antisémitisme, l’antijudaïsme et la critique de la politique israélienne sont traités comme un seul objet, si bien que le christianisme, l’islam et la civilisation européenne sont représentés comme fondamentalement antijuifs. Le nazisme est réduit à l’Extermination, l’islamisme aux massacres antijuifs, et le tout mixé. Le procédé permet d’effacer le temps. Quand une brochure allemande invente le terme « antisémitisme » en 1879, c’était pourtant bien pour ouvrir une nouvelle ère. Ici, nous passons du président palestinien à un dignitaire nazi, traversons la Seconde guerre mondiale uniquement à travers le personnage du Grand Mufti, les 900 000 hommes de la Waffen SS sont réduits aux volontaires musulmans bosniaques, et, après avoir ainsi réduit le nazisme au Grand Mufti, c’est l’Organisation de Libération de la Palestine qui est réduite à son cas… de là on passe à Arafat, décrit sans évolution, et à l’argent que l’Europe dépense pour les Palestiniens. Un argent dilapidé car les territoires palestiniens bénéficieraient d’un développement économique et technologique permis par Israël mais hélas détruit par la corruption : on est là dans une représentation coloniale typique en même temps que dans ce processus de confusion entre parties et totalité des phénomènes.
En fait, si l’Europe aide les Palestiniens ce serait une poursuite de son antisémitisme, les militants BDS seraient négationnistes et antisémites. Que la critique d’Israël serve de masque à l’antisémitisme nombre de fois est une évidence, ramener toute critique de son gor de documentaire, le spectateur de vidéos conspirationnistes retrouvera avec plaisir des infographies où une image de la Terre se couvre des noms des entreprises, organisations, personnes soutiens du mouvement BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) : la pieuvre transnationale anti-israélienne est partout, brasse des colossaux flux d’argent, oriente les médias et la politique… A propos d’une caricature d’Emmanuel Macron on s’inquiétait il y a peu des usages des représentations antisémites. On voit ici comment le conspirationnisme épouse la société de l’image, au bénéfice de segments idéologiques autres que l’antisémitisme. Deux procédés typiques de la pensée conspirationniste sont en permanence utilisés : l’amalgame et la confusion entre la partie et le tout.L’antisémitisme, l’antijudaïsme et la critique de la politique israélienne sont traités comme un seul objet, si bien que le christianisme, l’islam et la civilisation européenne sont représentés comme fondamentalement antijuifs. Le nazisme est réduit à l’Extermination, l’islamisme aux massacres antijuifs, et le tout mixé. Le procédé permet d’effacer le temps. Quand une brochure allemande invente le terme « antisémitisme » en 1879, c’était pourtant bien pour ouvrir une nouvelle ère. Ici, nous passons du président palestinien à un dignitaire nazi, traversons la Seconde guerre mondiale uniquement à travers le personnage du Grand Mufti, les 900 000 hommes de la Waffen SS sont réduits aux volontaires musulmans bosniaques, et, après avoir ainsi réduit le nazisme au Grand Mufti, c’est l’Organisation de Libération de la Palestine qui est réduite à son cas… de là on passe à Arafat, décrit sans évolution, et à l’argent que l’Europe dépense pour les Palestiniens. Un argent dilapidé car les territoires palestiniens bénéficieraient d’un développement économique et technologique permis par Israël mais hélas détruit par la corruption : on est là dans une représentation coloniale typique en même temps que dans ce processus de confusion entre parties et totalité des phénomènes.
En fait, si l’Europe aide les Palestiniens ce serait une poursuite de son antisémitisme, les militants BDS seraient négationnistes et antisémites. Que la critique d’Israël serve de masque à l’antisémitisme nombre de fois est une évidence, ramener toute critique de son gouvernement à cela est encore confondre la part et le tout.
Enfin, conformément à la vulgate islamophobe ce sont les gauches et les populations d’origine immigrée qui seraient responsables. Le spectateur entendra « Laurent », un monsieur passé voir Nuit Debout, expliquer que la critique du capitalisme ne saurait recouvrir que celle du banquier juif… En France, il était revenu au néofasciste François Duprat de convertir son camp à l’antisionisme en l’amalgamant à l’antisémitisme et au négationnisme, pour assurer qu’un complot sioniste était à l’œuvre derrière la globalisation. Le spectateur n’en entendra pas parler, car l’extrême droite ne sert ici que de référentiel pour l’Extermination. Résultat, il ne saura pas non plus comment les enquêtes d’opinion démontrent que l’antisémitisme et l’hostilité à Israël relèvent aujourd’hui encore d’abord de ce segment de façon massive. Si les stéréotypes antisémites sont plus forts dans la population d’origine immigrée, les agressions antisémites ne relèvent pas d’abord de jeunes afro-maghrébins antisionistes – selon les données policières, que l’on ne saurait mettre en cause autrement qu’en pensant qu’il s’agit là encore d’un complot… Comme le film n’utilise pas ces données, il fait un patchwork en allant du Gang des barbares au massacre du Bataclan.
Finalement, ce film ne lève aucun « tabou » comme il l’affirme : les thèses présentées ici sont diffusées en France depuis 1999. Il ne repose sur aucune donnée historique ou sociologique. Alors que la question de l’agitation et de la normalisation sociale de l’antisémitisme est un réel problème, il participe de l’entretien d’un esprit de guerre civile, activité à laquelle s’adonnent nombre de producteurs culturels. Le hasard veut qu’il soit diffusé juste après que Le Monde a choisi de publier une pétition en défense de Houria Bouteldja, leader du Parti des Indigènes de la République qui représente la réification groupusculaire de nombre des fantasmes des documentaristes. Comme si, par incapacité à comprendre les crises actuelles, un pan entier des producteurs de biens culturels n’était plus capable que de s’engouffrer dans les querelles identitaires. »
Voir également:
Polémique
Antisémitisme : finalement, Arte diffusera le documentaire controversé
Olivier Milot
Lorraine Rossignol
20/06/2017
Les téléspectateurs trancheront. La télévision publique allemande puis Arte se sont finalement rendues à la seule solution raisonnable pour éteindre la polémique, qui prenait des proportions impressionnantes – notamment en Allemagne –, à propos du refus d’Arte de diffuser un documentaire allemand consacré à l’antisémitisme en Europe (Les nouveaux visages de l’antisémitisme). La première chaîne publique allemande, Das Erste, ayant décidé de programmer le documentaire demain mercredi 21 juin à 23h00, suivi d’un débat, Arte a décidé de s’aligner. « Cette décision crée une situation nouvelle : les téléspectateurs allemands ayant accès à ce documentaire, il convient de faire en sorte qu’il en soit de même pour les français », explique la chaîne culturelle. Arte reprendra donc le signal de Das Erste et téléspectateurs français et allemands pourront avoir accès à la même heure au film et au débat qui suivra.
Comment en est-on arrivé à cette situation où Arte se retrouve contrainte de diffuser un documentaire qu’elle a commandé et financé, mais dont elle ne cautionne pas le contenu en l’état ? Et pourquoi la chaîne s’est-elle retrouvée en quelques semaines sur le banc des accusés, présumée coupable d’un acte de censure alors que toute son histoire et son ADN disent son attachement à la liberté d’informer ?
Un sujet sensible mais ancré dans l’actualité
Le point de départ de cette affaire remonte à avril 2015. La conférence des programmes de la chaîne qui sélectionne films, enquêtes et reportages approuve alors à une très courte majorité et avec de grandes réticences côté français, le projet d’un documentaire sur l’antisémitisme en Europe. Le film a pour ambition de mettre au jour les différentes manifestations de l’antisémitisme moderne dans les différents pays européens. Un sujet sensible mais ancré dans l’actualité du moment avec l’explosion des nationalismes et de l’extrême droite en Pologne, Hongrie, Grèce… et l’attentat commis par Amedy Coulibaly contre le supermarché Hypercasher de la Porte de Vincennes, en France.
Il est demandé aux promoteurs du films, le cinéaste munichois, Joachim Schröder et la journaliste Sophie Hafner, de s’adjoindre la collaboration d’un troisième auteur, un psychologue israélien d’origine arabe reconnu, Ahmad Mansour, qui doit selon le directeur des programmes d’Arte, Alain le Diberder, « garantir l’équilibre du projet ». Autant dire que côté français, on ne part pas complètement serein. Finalement pour des questions d’agenda personnel qui lui laissent peu de temps pour s’investir dans le projet, Ahmad Mansour, n’en sera que « conseiller ».
Dix-huit mois de tournage et de montage plus tard, le documentaire de 90 minutes est prêt. C’est là que l’histoire bascule. Alain Le Diberder annonce son refus de diffuser le film sur Arte à la consternation des réalisateurs qui dénoncent un coup de force et bientôt un acte de censure. Les deux auteurs assurent à ce moment là ne pas connaître la cause de cette décision – rien ne leur aurait été dit officiellement par la chaîne franco-allemande – et reprochent à Arte de n’avoir à aucun moment cherché à les rencontrer.
« Lorsqu’un problème se pose, la chose la plus élémentaire à faire n’est-elle pas de s’asseoir ensemble autour d’une table pour en parler ? », interroge Joachim Schroeder. Alain le Diberder se justifie et contre-attaque. Pour lui, le réalisateur s’est claquemuré dans son montage et n’a soumis son film au visionnage qu’une fois celui-ci terminé afin de le faire passer en force, au lieu de respecter le protocole interne qui veut que tout documentaire soit validé par étapes. « Ce monsieur a beau jeu, ensuite, de prétendre qu’Arte s’abrite derrière des procédures pour masquer le fait qu’elle n’assume pas de parler d’un tel sujet ! » La réalité poursuit-il, « c’est qu’il n’y a rien de commun entre la commande et le film présenté à la chaîne après un long silence radio de ses auteurs. Le terme de “censure” est donc totalement inadapté. Il s’agit uniquement de fermeté : si l’œuvre qui nous est livrée, même produite et financée par Arte, n’est pas celle qui avait été commandée, nous ne la diffusons pas. Y compris et surtout si nous avons le sentiment qu’on a voulu nous forcer la main en nous mettant devant le fait accompli. »
Mais que contient ce film que nous avons pu voir, et qui heurte à ce point le directeur des programmes d’Arte ? De la France à l’Allemagne, en s’attardant longuement sur Israël et Gaza, il établit le constat d’un antisémitisme toujours très virulent, mais dont la nature a évolué. Une thèse irrigue tout le documentaire, celle d’un antisémitisme, qui loin d’avoir disparu après la Shoah, reste partout présent sur le Vieux Continent, mais serait dissimulé derrière l’alibi de l’antisionisme : ce ne sont plus les Juifs que l’on attaque, mais Israël. Ce postulat amène les auteurs à décrypter longuement le conflit israélo-palestinien, et la façon dont il alimente le rejet de l’Etat hébreu dans les milieux d’extrême gauche en Allemagne et dans les banlieues françaises.
Si Arte déclare assumer le caractère « orienté » de la thèse du film – traiter de l’antisémitisme masqué derrière la critique d’Israël –, la chaîne est en revanche en complet désaccord avec les modalités de son traitement. Elle conteste notamment aux auteurs d’avoir abandonné l’idée de donner une vue d’ensemble de l’antisémitisme en Europe comme le principe en avait été acté, au profit de longues séquences à Gaza et en Israël où le documentaire dérive de son sujet. Le ton très personnel adopté par Joachim Schroeder donne par ailleurs au film une teinte très engagée. Le réalisateur interpelle d’entrée de jeu le spectateur en s’adressant à lui directement, créant une proximité par l’humour pince-sans-rire qu’il pratique, qui renforce le sentiment d’une subjectivité prédominante. « Comment tourner un film sur un tel sujet sans être soi-même pro-Juif, dans sa lecture des événements, dans son attitude, dans ses tripes ? », se défend Joachim Schroeder dans l’hebdomadaire allemand de référence Die Zeit.
« Le problème n’est pas tant le film qui existe, que celui qui n’existe pas, mais que nous voulons toujours diffuser », réplique alors Alain Le Diberder. A son crédit, la chaîne franco-allemande a déjà traité, à plusieurs reprises, de l’antisémitisme en Europe – et notamment de celui qui couve dans les banlieues françaises (Les Banlieues de la ligne 148, réalisé par l’Allemand Alexander Smoltczyk, et diffusé en novembre 2016, étant le dernier en date). Mais, dans le film de Joachim Schroeder, cette réalité – longuement soulignée, par la liste de tous les attentats d’obédience islamiste et à caractère antisémite commis en France ces dix dernières années, ainsi que par de nombreux extraits de tubes de rap appelant quasi ouvertement à la haine d’Israël – semblerait presque hors de propos : terroristes ou rappeurs, ces Français issus de l’immigration ne sont en effet précisément pas les héritiers de cette culture européenne de tradition antisémite évoquée par l’auteur au début de son film… Sans compter que le rapprochement hâtif avec les libertaires antisionistes allemands contribue à donner le sentiment d’une vision confuse, au lieu de l’analyse clairvoyante attendue… et qui continue de l’être.
Si le film montre donc clairement ses limites, sa déprogrammation n’en a pas moins entraîné une vive polémique en Allemagne. De grands médias, des historiens, des chercheurs ont ouvertement soutenus les auteurs du documentaire. L’affaire a même pris une dimension nationale mardi 13 juin, suite à la mise en ligne « pirate » du film pendant vingt-quatre heures par le quotidien à grand tirage Bild. « Notre responsabilité historique nous oblige à nous confronter à l’indicible que nous révèle ce documentaire. Pour que nous puissions tous savoir de quoi il en retourne », s’est justifié le directeur des rédactions, Julian Reichelt. Arte réagit avec modération à cette mise en ligne qui fait pourtant bon ménage de ses droits sur le film, assurant qu’elle n’a « aucune objection à ce que le public se fasse sa propre idée sur le film », tout en se refusant alors toujours à diffuser le documentaire.
En France, la polémique est beaucoup plus mesurée ne serait-ce que parce que le film n’existe à ce jour qu’en langue allemande. Un internaute a cependant réussi vendredi 16 juin à en mettre une copie pirate en ligne, sur YouTube, dans une version originale sous-titrée en français. Il dit s’être appuyé pour la traduction sur une version du script français réalisée par le site d’actualité Causeur. Quelques heures plus tard, la copie était retirée, mais il ne fait guère de doute qu’elle pouvait réapparaître à tout moment.
Finalement, les proportions prises par la polémique en Allemagne vont conduire les dirigeants de la chaîne publique allemande, ARD, à prendre la décision de diffuser le film. Pour Arte, la position devient intenable et rapidement la chaîne prend à son tour la seule décision qui s’imposait : diffuser le film en même temps dans les deux pays.
Arte n’a, à notre connaissance, jamais censuré une œuvre depuis sa création. Dans le passé, la chaîne a cependant bloqué la diffusion d’un documentaire pendant trois ans, avant de finir par accepter de le mettre à l’antenne. Ce film – Le système Octogon – réalisé par Jean-Michel Meurice, s’attaquait au délicat sujet du financement des partis politiques en Allemagne. Il établissait un lien entre le trésor caché des nazis en Suisse et au Lichtenstein et le financement occulte de la CDU, le grand parti conservateur qui domina le paysage politique allemand après-guerre. La ressemblance entre les deux cas a cependant sa limite. A l’époque, la direction d’Arte contestait la thèse défendue par le documentaire, mais a toujours reconnu que le film était parfaitement conforme au projet validé au départ. Soumise en France aux pressions des société d’auteurs qui avaient pris fait et cause pour Jean-Michel Meurice et après un début de polémique dans la presse, la chaîne avait fini par trouver un accord avec le réalisateur et, moyennant quelques très légères modifications, le film avait finalement pu être diffusé sans provoquer de scandale.
Voir de même:
Acculée par la polémique outre-Rhin, Arte diffuse un documentaire sur l’antisémitisme
La chaîne franco-allemande avait d’abord refusé « Les Nouveaux Visages de l’antisémitisme » pour finalement le diffuser le 21 juin.
Antoine Flandrin
Le Monde
20.06.2017
Après avoir été accusée de censure, Arte va finalement diffuser le documentaire Les Nouveaux Visages de l’antisémitisme, mercredi 21 juin à 23 heures. Le 26 avril, la chaîne franco-allemande avait d’abord rejeté ce film, réalisé par les documentaristes allemands Joachim Schroeder et Sophie Hafner, au motif qu’il ne répondait pas à la commande validée par la conférence des programmes, en avril 2015.
Selon le directeur des programmes d’Arte, Alain Le Diberder, le documentaire ne contenait nulle trace de la coopération du psychologue israélien d’origine arabe Ahmad Mansour, sur lequel la chaîne comptait pour garantir l’équilibre du film. Reconnu outre-Rhin comme un porte-parole d’un islam modéré, cet intellectuel qui n’a cessé de dénoncer l’antisémitisme des fondamentalistes musulmans, était devenu consultant du film en cours de route, renonçant à sa qualité de coauteur.
La chaîne reprochait également aux réalisateurs de ne pas avoir présenté « le panorama annoncé de l’antisémitisme en Europe ». En effet, bien qu’ayant enquêté en Hongrie et en Grande-Bretagne, les auteurs avaient décidé de se passer de ces séquences pour se concentrer sur l’Allemagne, la France, Israël et Gaza.
Une décision critiquée en Allemagne
En Allemagne, le refus d’Arte a immédiatement provoqué des remous. Interviewé par une dizaine de médias, dont le Berliner Zeitung, la Deutschlandfunk et le Stuttgarter Zeitung, le réalisateur Joachim Schröder a dénoncé « la censure » exercée par la chaîne franco-allemande : « Arte France a toujours été réticente pour donner son feu vert, expliquait-il au Monde. Je suis allé à Strasbourg pour rencontrer Marco Nassivera, le directeur de l’information d’Arte, qui m’a dit : “Il faut que vous compreniez que le sujet est très délicat en France. Nous sommes coincés entre les lobbies juif et musulman. C’est la raison pour laquelle la conclusion de ce documentaire doit rester indéterminée.” Je n’ai rien dit, j’ai juste souri, car j’avais besoin de son accord pour continuer le film. »
Des historiens allemands, tels Götz Aly et Michael Wolffsohn, ont pris sa défense dans la presse allemande. La polémique a ensuite débordé en France après que le journaliste Luc Rosenzweig a dénoncé dans Causeur la décision d’Arte de faire passer à la trappe ce documentaire, au motif qu’on « y met trop en lumière la haine antijuive qui progresse dans la sphère arabo-musulmane et dans une certaine gauche obsédée par l’antisionisme ».
Mais c’est surtout le retentissement des articles parus dans Spiegel et dans Bild – le tabloïd a même diffusé le documentaire sur son site pendant vingt-quatre heures –, largement relayés par les réseaux sociaux, qui a obligé Arte à revoir sa position.
Le film est un « brûlot »
La chaîne publique Westdeutsche Rundfunk (WDR), l’une des onze stations allemandes à alimenter Arte Deutschland, qui avait initialement porté le documentaire avant de se désolidariser des deux réalisateurs, a alors décidé de le diffuser sur la première chaîne allemande, ARD, le 21 juin en deuxième partie de soirée, complété par un débat.
« Cette décision crée une situation nouvelle : les téléspectateurs allemands ayant accès à cette émission dès mercredi, il convient de faire en sorte qu’il en soit de même pour les Français. C’est pourquoi Arte reprendra sur son antenne le signal de l’ARD et, ainsi, diffusera dans les mêmes conditions en France et en Allemagne le documentaire suivi du débat », a expliqué Arte dans un communiqué publié mardi.
Interrogé par Le Monde, Alain Le Diberder avait estimé que le film était un « brûlot ». Pour autant, il assurait que là n’était pas la raison du rejet du documentaire. « Nous n’avons jamais eu peur de diffuser des films à thèse, se défendait-il. Nous avons retransmis des documentaires sur les problèmes d’intégration des musulmans en France, sur l’islam et Jésus, ainsi que sur les juifs et les musulmans. »
Après avoir assuré qu’elle ne diffuserait pas ce film sous la pression publique, la direction de la chaîne franco-allemande, qui fêtait le 30 mai ses vingt-cinq ans d’existence, a donc préféré éteindre la polémique.
Voir de plus:
« Censure » sur Arte : nous avons vu le documentaire sur « l’antisémitisme en Europe »
Juliette Gramaglia
Arrêts sur images
03/06/2017
Un tiers du film consacré à Gaza et Israël
Il devait être diffusé dans les prochains mois. Le documentaire allemand de Joachim Schröder et Sophie Hafner, « Prédestinés et exclus – La haine des Juifs en Europe » a finalement été déprogrammé par Arte, deux ans après le début de la production. Une décision vivement critiquée outre-Rhin comme une forme de « censure » pour un documentaire qui dérange sur l’antisémitisme. Comment en est-on arrivé là, et que raconte ce documentaire? @si a pu le visionner.
Non-respect des conditions de production ou censure ? La chaîne franco-allemande Arte se retrouve au cœur d’une mini-polémique depuis début mai en Allemagne, après avoir décidé de déprogrammer un documentaire allemand, intitulé « Prédestinés et exclus – La haine des Juifs en Europe« . La chaîne, par l’intermédiaire de son directeur des programmes, Alain Le Diberder, affirme que l’annulation n’a rien à voir avec le fond du documentaire, mais avec le contrat initial que le réalisateur n’aurait pas respecté. Outre-Rhin, plusieurs personnalités et médias évoquent eux une « censure » pure et simple du documentaire, dont la thématique dérangerait parce que taboue. En France, le magazine Causeur a consacré un article à l’histoire, un mois après que le sujet soit apparu en Allemagne. Le journaliste Luc Rosenzweig y explique que la chaîne franco-allemande aurait censuré le documentaire parce qu’ « on y met trop en lumière la haine antijuive qui progresse dans la sphère arabo-musulmane et dans une certaine gauche obsédée par l’antisionisme« .
Mais rembobinons : en avril 2015, la réunion de programmation d’Arte approuve un projet de documentaire sur l’antisémitisme en Europe. Après avoir déjà été rejeté une première fois, le projet présenté par un certain Joachim Schröder est approuvé à une très courte majorité, avec de grandes réticences du côté français. Selon Schröder, qui a raconté toute l’histoire à l’agence de presse évangélique allemande (epd), la production et la chaîne avaient fini par s’accorder : le philosophe israélo-arabe Ahmad Mansour, souvent invité pour parler d’islamophobie et de radicalisation en Allemagne, devait être le co-auteur.
Schröder se lance donc dans la production du documentaire. Mansour, qui aurait volontiers accepté de travailler avec l’auteur, ne peut cependant pas, pour des raisons de temps, devenir le co-auteur du projet. Il sera donc un « conseiller« . La journaliste Sophie Hafner devient co-auteure. Fin 2016, Schröder et la société de production Preview Productions livrent le documentaire à la chaîne WDR, l’une des antennes régionales du groupement audiovisuel ARD, qui produit pour moitié les contenus allemands d’Arte. Une réunion était prévue pour le 19 janvier avec la programmation d’Arte. Elle sera finalement annulée, affirme le réalisateur. Et le 27 février 2017, Schröder reçoit un mail de Le Diberder : le documentaire ne sera finalement pas diffusé.
Pour Arte, les conditions de départ n’ont pas été respectées
Quelles raisons ont motivé la décision d’Arte, qu’@si a pu consulter ? D’abord, la direction des programmes reproche au producteur de ne pas avoir respecté le contrat de départ : « Il n’y a pas de vue d’ensemble sur la situation [de l’antisémitisme] en Europe, comme cela avait été annoncé« , écrit Le Diberder. En effet, le documentaire a été filmé en France et en Allemagne, ainsi qu’en Hongrie (même si ces extraits n’ont finalement pas été retenus au montage)… mais aussi à Gaza et en Israël.
Pour autant, le producteur dément avoir trahi les conditions de départ : « Dans notre proposition, nous avions fait une liste des actes antisémites dans plusieurs pays d’Europe, pour montrer clairement que l’antisémitisme est un problème en Europe. Mais il n’était pas question de faire une description des actes antisémites dans les différents pays d’Europe. Ce ne serait pas un documentaire, mais une liste« , explique Schröder, que nous avons contacté. Il raconte que dès le départ, « le thème était sensible » côté français. Le directeur des programmes, Alain Le Diberder, ne dit d’ailleurs pas autre chose dans la lettre de refus du 27 février, rappelant que le projet avait été adopté en avril 2015 « contre le vote expressément négatif des membres français de la réunion de programmation« .
L’autre raison avancée par Le Diberder dans sa lettre est le statut de Mansour dans la production du documentaire. Alors que celui-ci était censé être, au départ, co-auteur, il n’était plus que conseiller. Or, Arte n’avait pas été informée de ce changement. Un changement qui remet en cause, pour Le Diberder, tout le documentaire, puisque Mansour « devait garantir l’équilibre du projet« .
Pour Schröder, ces deux raisons ne sont en réalité que des prétextes. Le réalisateur dénonce notamment l’absence totale de discussion avant le refus définitif de la chaîne, et même après. Car depuis, aucune rencontre avec Arte n’a eu lieu. Schröder estime que le véritable problème du documentaire se situe ailleurs. Il briserait en réalité par ses conclusions un « tabou« , notamment en France : le fait que l’antisémitisme, largement condamné dans sa forme plus « primaire« , serait en train d’être remplacé par une forme déguisée sous les couleurs de l’antisionisme, notamment parmi les populations musulmanes. Pour autant, Schröder se défend de tout sentiment « anti-musulman ».
Le producteur est par ailleurs soutenu par Ahmad Mansour lui-même, qui a fait parvenir à la chaîne WDR une lettre protestant contre l’annulation du documentaire qu’il trouve « extraordinaire » et « qui s’impose« . Début mai, l’historien et journaliste Götz Aly, spécialiste du nazisme, dénonçait dans les colonnes du Berliner Zeitung une « censure – qu’elle soit du je-m’en-foutisme, de la lâcheté, ou un ressentiment antisioniste« .
Un documentaire confus, à la limite du complotisme
Mais que montre donc ce documentaire si polémique ? Nous avons pu récupérer une copie du film. Après visionnage, il en ressort un propos confus, qui peine à se centrer sur le sujet qu’il prétend éclairer : comment l’antisionisme est devenu la nouvelle forme d’antisémitisme. Ainsi, à des témoignages de manifestants d’extrême gauche et d’extrême droite allemands, ou encore de manifestants pro-palestiniens succèdent des considérations beaucoup plus vagues sur le financement parfois peu clair d’ONG pro-palestiniennes. Même façon de s’attarder de façon confuse sur le financement de la bande de Gaza par des organismes internationaux, et sur la répartition de ces fonds pour la population. De fait, les reproches d’Arte ne semblent pas infondés : le documentaire dérive de son sujet, en consacrant presque un tiers de son temps à la situation à Gaza et en Israël.
Au-delà de la confusion de la forme et du fond, plusieurs points interpellent. En cause : le manque d’exactitude des faits et le flou de certaines explications. Schröder est par exemple particulièrement agressif avec la presse allemande, française, et européenne en général. Il accuse notamment la presse allemande d’être complètement partiale dans le traitement du conflit israélo-palestinien : « Les Israéliens sont les coupables. La cause, le terrorisme palestinien, est traité moins abondamment dans les nouvelles« . Et de montrer des titres de presse allemands qui appuient, selon l’auteur, son propos. Seul problème : les quelques articles montrés à l’écran semblent plutôt l’invalider. On y voit un article de l’hebdomadaire Der Spiegel, « la loi de la vengeance« , qui dans son sous-titre explique bien que « le Hamas et Israël tirent l’un contre l’autre. Aucun des deux n’a d’intérêt à la paix« . Ou encore un article de Die Zeit qui évoque la mort de quatre Palestiniens par les forces de sécurité israéliennes… précisant dans le sous-titre que ces morts font suite à des attaques au couteau contre cinq Israéliens. Dans d’autres articles sont également rappelées ces attaques, dès le chapeau.
Le documentaire évoque tout de même, et c’était là son but, de nombreux actes antisémites en France. La mort d’Ilan Halimi, battu à mort en 2006 parce que juif, les attaques contre les synagogues, l’attaque contre le supermarché « Hypercacher », après les attentats de Charlie Hebdo. Il prend aussi en exemple la ville de Sarcelles où le nombre d’actes antisémites a fortement augmenté ces dernières années. Mais Schröder s’emballe parfois un peu trop. Il n’hésite pas, par exemple, à considérer l’attentat au Bataclan, qui a fait 90 morts et des centaines de blessés, comme un acte terroriste directement lié à l’antisémitisme. « Les anciens propriétaires avaient émigré en Israël quelques temps auparavant. Ils avaient organisé, des années durant, des galas pour la collecte de dons en faveur d’Israël. A partir de 2008, les propriétaires Juifs de la salle avaient reçu de sérieuses menaces« . Sauf qu’aucun lien avec l’antisémitisme n’a jamais été établi dans l’attaque du Bataclan, même si la théorie avait circulé dans certains milieux complotistes.
De son côté, la chaîne WDR a soutenu également la décision d’Arte. La chaîne explique ainsi à l’Epd que le documentaire livré consacrant une grande part à la situation à Gaza et en Israël, « le contrat initial avec la réunion de programmation n’a définitivement pas été rempli« . Sans même se prononcer sur le fond des accusations et insinuations du documentaire, c’est incontestable.
Voir encore:
Pourquoi Arte est accusée en Allemagne de censurer un documentaire sur l’antisémitisme ?
Les Inrocks
19/06/2017
La chaîne franco-allemande Arte a pris la décision de ne pas diffuser un documentaire sur l’antisémitisme en Europe. Elle est accusée de l’avoir censuré. Le tabloïd allemand Bild l’a rendu accessible pendant 24 heures sur son site internet.
“Notre responsabilité historique nous oblige à nous confronter à l’indicible que nous révèle ce documentaire. Pour que nous puissions tous savoir de quoi il retourne”. C’est avec ces quelques mots que Bild, le célèbre tabloïd allemand, justifie sa décision de diffuser le documentaire Elus et exclus – La haine des Juifs en Europe sur son site internet, mardi 13 juin 2017.
Ce film de 90 minutes, réalisés par Joachim Schröder et Sophie Hafner, est à l’origine d’une polémique violente depuis quelques semaines, qui entache l’aura de la chaîne franco-allemande Arte. Cette dernière, qui a initialement produit et financé le documentaire, a finalement décidé, le 26 avril, de ne pas le diffuser. Une décision que le directeur de la rédaction de Bild, Julian Reichelt, qualifie de “dégoûtante et honteuse”.
“Le film s’est éloigné du concept initialement convenu”
Le but de Elus et exclus – La haine des juifs en Europe était de délivrer un instantané de la montée de l’antisémitisme en Europe. Si le documentaire a été en partie tourné en Allemagne et en France, notamment lors du mouvement Nuit debout ou au sein de la communauté juive de Sarcelles (Val-d’Oise), révèle Le Parisien, il transporte également le téléspectateur en dehors du sol européen.
Joachim Schröder et Sophie Hafner se sont, en effet, aussi rendus en Israël et à Gaza “pour examiner les récits antisémites les plus communs”, rapporte Le Monde. Une chose qui ne semblait pas prévue au programme selon Arte, qui souligne dans un communiqué que le film s’est éloigné “considérablement du concept initialement convenu” :
“Insinuer que c’est pour des raisons politiques que le film n’aurait pas sa place dans le programme d’Arte est parfaitement absurde : la proposition acceptée par la Conférence des programmes prévoyait expressément, conformément à la ligne éditoriale d’Arte, chaîne européenne, de traiter de l’antisémitisme masqué derrière la critique d’Israël, et cela non pas au Proche-Orient, mais en Europe.”
Autre point qui a dérangé la chaîne franco-allemande : le changement de rôle du psychologue israélien d’origine arabe Ahmad Mansour, qui vit depuis plusieurs années en Allemagne. Initialement co-auteur avec Joachim Schröder, il est finalement devenu conseiller, en raison d’obligations personnelles. Dans un courrier adressé à Schröder, repris par Le Monde, le directeur des programmes d’Arte, Alain Le Diberder, annonce ainsi : “Il n’y a nulle trace de la coopération d’Ahmad Mansour, qui devait garantir l’équilibre du film, pas plus qu’il n’y a le panorama annoncé.” Le psychologue israélien a cependant qualifié le film “d’important et nécessaire”.
Schröder récuse ces deux explications qu’il qualifie de prétextes. Contacté par Juliette Gramaglia pour Arrêt sur Images, il affirme que son documentaire briserait un “tabou”, notamment en France : “Le fait que l’antisémitisme, largement condamné dans sa forme plus ‘primaire’, serait en train d’être remplacé par une forme déguisée sous les couleurs de l’antisionisme, notamment parmi les populations musulmanes”, développe la journaliste.
Un documentaire biaisé ?
Outre ce cahier des charges qui ne semble pas avoir été respecté pour Arte, la chaîne allemande WRD, qui devait aussi diffuser le documentaire, souligne que ce dernier ne respecte également pas ses exigences journalistiques :
“Par exemple, sans citer de sources, il y est dit que ‘selon des estimations sérieuses, l’UE, des gouvernements européens, des Eglises européennes ainsi que des organisations onusiennes cofinancées par l’Union européenne auraient versé 100 millions d’euros par an à des ONG politiques connues pour mener des campagnes anti-israéliennes.”
Le documentaire se ferait-il l’écho de théories complotistes sans avancer de preuves ? La journaliste Juliette Gramaglia d’Arrêt sur Images, qui a pu visionner le documentaire, estime qu’il y a un “manque d’exactitude des faits” et un “flou” autour “de certaines explications“. Elle ajoute que même si Schröder évoque bien des actes antisémites en France, le but du documentaire, il “s’emballe parfois un peu trop”.
Ce dernier affirme par exemple que l’attentat au Bataclan est “un acte terroriste directement lié à l’antisémitisme”. La journaliste rappelle pourtant “qu’aucun lien avec l’antisémitisme n’a jamais été établi dans l’attaque du Bataclan, même si la théorie avait circulé dans certains milieux complotistes.”
L’historien et politologue français Nicolas Lebourg, contacté par Les Inrocks, confirme que le documentaire est plus proche du conspirationnisme que de la vérité historique et comprend la décision d’Arte de ne pas l’avoir diffusé :
“Si c’était une copie du bac, cela vaudrait zéro. Le documentaire est aberrant intellectuellement et historiquement, il découle presque d’une démarche révisionniste avec une volonté de manipuler les gens. On nous explique que fondamentalement le christianisme et l’islam se réduisent à l’antisémitisme. C’est plus complexe que cela. On réduit également le nazisme à l’extermination des juifs d’Europe, ce qui est une considérable imbécilité. On bascule de l’antisémitisme du christianisme et de l’islam, à celui des nazis, puis à l’antisémitisme et à l’antijudaïsme dans le Moyen-Orient. C’est un non-sens intellectuel complet, qui témoigne d’une mauvaise connaissance de l’antisémitisme et de l’antijudaïsme. Il existe également un amalgame avec la question palestinienne : on fait du grand mufti de Jérusalem un personnage central de la Seconde Guerre mondiale, et on compare l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à des nazis. C’est un film qui cherche à dire, si vous n’êtes pas d’accord avec nous, vous êtes antisémite et du côté des Palestiniens. Or il faut traiter l’antisémitisme avec une extrême délicatesse car c’est une question sérieuse et importante.”
Pour les germanophones qui voudraient se faire leur propre opinion du documentaire, il est disponible sur Youtube. La direction d’Arte ne s’est pas opposée à sa diffusion par Bild, estimant qu’il n’y avait “aucune objection à ce que le public se fasse sa propre idée sur le film“. La chaîne franco-allemande explique cependant ne pas l’avoir diffusé pour ne pas le “légitimer”.
Voir aussi:
Analyse : Choquant, le documentaire qu’Arte ne voulait pas montrer ?
InfoEquitable
20 juin 2017
Qu’est-ce qui a bien pu choquer les responsables d’Arte au point de refuser de diffuser un documentaire sur l’antisémitisme en Europe que leur chaîne avait pourtant co-produit ? Pour le savoir, InfoEquitable a visionné le film dont on vient d’apprendre, suite au tollé généré par cet acte de censure, qu’il serait finalement diffusé à l’antenne mercredi 21 juin à 23h00 par la chaîne franco-allemande.
Voici notre analyse du contenu « sulfureux » qu’Arte ne voulait pas montrer.
Dans le vif du sujet : Mahmoud Abbas, adulé par les Européens, comparé à un nazi
D’emblée, « Elus et exclus : La haine des Juifs en Europe » nous emmène au Parlement européen. Là-bas, en 2016, Mahmoud Abbas a délivré un discours férocement antisémite dans lequel il accusait des rabbins d’Israël de « demander au gouvernement d’empoisonner nos eaux pour tuer des Palestiniens ». Une calomnie anti-juive issue tout droit des accusations utilisées au Moyen-Age en Europe pour persécuter les Juifs, qui n’empêcha pas les députés présents de saluer le discours par une standing ovation.
Malgré le rappel de la condamnation tardive des propos d’Abbas par Martin Schulz, le président du parlement, cette scène interpelle : non seulement l’antisémitisme officiel palestinien au plus au niveau est patent, de la part de celui que les médias présentent souvent comme un « modéré » à qui Israël doit faire des concessions, mais on entrevoit aussi une complaisance, voir plus, de la part de l’Europe pour cet antisémitisme.
D’ailleurs, loin de ne parler que de l’antisémitisme arabo-musulman comme on a pu le lire ces derniers jours, le documentaire le relie au vieil antisémitisme européen. Il compare des propos de Mahmoud Abbas affirmant que sans justice pour les Palestiniens il n’y aurait pas de fin au terrorisme dans le monde à ceux du nazi Julius Streicher selon qui une « solution pour la question juive » était nécessaire pour la rédemption de l’Humanité.
Mahmoud Abbas, un homme aux idées semblables aux nazis, ovationné par le parlement européen 70 ans après la Shoah ? Trop gênant pour la chaîne pro-européenne ?
Car il est beaucoup question d’Europe dans ce reportage : les plus grands esprits du continent, de Voltaire à Shakespeare et Goethe, avaient des préjugés contre les Juifs. Sont aussi rappelées les racines chrétiennes de l’antisémitisme, et pas seulement comme un clin d’oeil au passé : le reportage ira à la rencontre d’organisations chrétiennes européennes qui s’inscrivent aujourd’hui dans cette filiation en combattant l’Etat juif.
Aucun bord n’est épargné par ce panorama complet. Après avoir montré une responsable de Die Linke, parti d’extrême gauche allemand, qui affirme (comme Abbas !) qu’Israël empoisonne intentionnellement l’eau des Palestiniens de Gaza, la caméra nous entraîne de l’autre côté de l’échiquier politique.
Jürgen Elsässer est lui-même un ancien de Die Linke mais dont le discours, est-il expliqué, se rapproche plus aujourd’hui de l’extrême droite. Devant la gare de Berlin, sous les cris « Wir sind das Volk » (« Nous sommes le peuple ») de supporters dont une partie arbore saluts et slogans nazis, il éructe contre Israël, l’Amérique, le capital international…
Comme l’explique l’universitaire Monika Schwarz-Friesel, il existe mille manière d’être antisémite sans jamais prononcer le mot Juif. Aujourd’hui, les anti-Juifs parlent en langage codé (« sionistes », « lobby israélien », « banquiers de la côte Est »…).
Une continuité historique : antisémites européens et arabes s’allient dans la détestation de leur cible commune, le peuple juif
Au beau milieu de ce meeting antisémite « à l’ancienne » monte à la tribune… un activiste du « Palestine Network Communication » qui s’affirme antisioniste et réclame « liberté pour le peuple palestinien et liberté pour le peuple allemand » !
Le documentaire montre que cette collaboration qui risque d’étonner certains téléspectateurs fait écho à un passé chargé. Amine al-Husseini, mufti de Jérusalem, père de la « cause palestinienne » et parent de Yasser Arafat, était déjà fermement engagé aux côtés des nazis pendant la guerre (de nouvelles photos de cette période viennent d’ailleurs d’être révélées).
Après la guerre, le mufti s’engagera au service de la « lutte de la libération palestinienne à travers a terreur », avec le soutien dit le reportage d’une grande partie de la gauche occidentale.
L’Union européenne si chère à la chaîne franco-allemande a financé le mausolée d’Arafat à hauteur d’1,5 million d’euros. Embarrassant rappel à la lumière de ce contexte historique de collaboration entre antisémites d’orient et d’occident ?
L’émission va aussi à la rencontre de manifestants d’extrême gauche qui font toutes sortes de comparaisons douteuses : « Anne Frank serait aujourd’hui avec nous dans la rue, contre le racisme et contre la politique menée par Israël »… Le politologue Stephan Grigat avance : « Le besoin de relativiser le national-socialisme est en partie plus fort parmi le mouvement de gauche que celui de droite. Car il n’y a pas de plus grand affront pour la gauche que ce qu’a documenté le national-socialisme, c’est à dire que le prolétariat, sujet révolutionnaire, n’est pas à la hauteur de l’espoir que des générations de marxistes lui ont attribué. »
L’indispensable enquête sur le terrain dont ne voulait pas Arte
Avant sa volte-face, voici comment Arte justifiait son refus de programmation : « Insinuer que c’est pour des raisons politiques que le film n’aurait pas sa place dans le programme d’Arte est parfaitement absurde : la proposition acceptée par la Conférence des programmes prévoyait expressément, conformément à la ligne éditoriale d’Arte, chaîne européenne, de traiter de l’antisémitisme masqué derrière la critique d’Israël, et cela non pas au Proche-Orient, mais en Europe. »
L’absurdité de ce raisonnement saute aux yeux : comment parler d’antisionisme (qui n’est pas que la critique d’Israël, mais l’opposition à son existence), sans s’intéresser à Israël ? Les auteurs se sont donc à raison rendus sur place, en Israël ainsi qu’à Gaza.
Contrairement à ce que l’on voit trop souvent dans les médias, le documentaire offre les clés pour comprendre ce qui a mené à l’établissement de l’Etat juif, remontant l’histoire jusqu’au 19e siècle – cartes correctes à l’appui, ce qui n’est pas toujours le point fort d’Arte.
Car il n’est pas question de laisser sans réponse la promotion de la « Nakba », supposée catastrophe subie par les Arabes dont les partisans oublient de dire que les armées coalisées avaient attaqué l’Etat d’Israël le jour de son indépendance, par l’Eglise évangélique allemande – héritière de l’antisémitisme chrétien historique (encore une vérité peu populaire) qui continue ainsi à laisser libre cours à ce penchant. Une longue interview de Rafi Eitan, vétéran de la guerre d’indépendance israélienne, vient contredire ce récit et le commentaire rappelle qu’il y a eu échange de population, 850,000 juifs étant expulsés des pays arabes.
Gênant encore : le reportage montre, que lors de ce congrès de l’Eglise évangélique, « des dizaines d’ONGs s’adonnent à la cause des Palestiniens » et qu’elles sont soutenues par les Eglises… et par les impôts. Il nomme une partie de ces organisations (Brot für die Welt, Misereor, EAPPI, Pax Christi, Amnesty International, Oxfam, Medico, Fidh, Worldvision…) et explique comment s’y répandent les financements.
L’émission, qui se base sur des données de l’excellente ONG israélienne NGO Monitor, avance des chiffres, expliquant comment une organisation évangélique telle que Brot für die Welt financerait des projets en millions d’euros; elle aurait par exemple transféré entre 2013 et 2015 plus de 800,000 euros à B’Tselem, « ONG israélienne qui reproche à Israël de pratiquer l’apartheid et d’employer des méthodes nazies. » Suit une interview de Tuvia Tenenbaum, auteur de plusieurs livres pour les besoins desquels il s’est infiltré chez les opposants d’Israël, qui explique que si une organisation comme B’Tselem est israélienne, ses financements viennent en bonne partie de pays comme l’Allemagne.
C’est une lourde responsabilité européenne qui est ainsi dénoncée : « l’UE, des gouvernements européens, des Eglises européennes, ainsi que des organisations rattachées à l’ONU et cofinancées par l’UE transfèrent 100 millions d’euros par an, argent issu des impôts, à des ONGs politiques qui mènent principalement des campagnes anti-israéliennes. »
Un des arguments utilisés par la chaîne allemande WDR, qui s’est associés à Arte pour la production puis la censure de l’émission, est que ces estimations sont faites « sans citer de sources » et que par conséquent « le film ne répond ni à ses exigences journalistiques ni à ses principes éditoriaux. »
Pourtant, la séquence suivante fait intervenir Gerald Steinberg, fondateur de NGO Monitor dont le travail est précisément d’analyser les réseaux financiers de ces ONGs. Si les chiffres, comme celui de 100 millions, peuvent toujours être discutés, il faut être dans le déni pour ne pas voir les liens entre l’Europe et les organisations anti-israéliennes, dont une partie s’oppose à l’existence de l’Etat juif – ce qui en fait des organisations antisémites. Est-ce un hasard si c’est précisément sur ce point que WDR a argumenté ? Ou est-ce une réalité qui dérange ?
Sur un sujet cher aux lecteurs d’InfoEquitable, Gerald Steinberg affirme : « Les revendications (des ONGs) sont prises très au sérieux par des journalistes ou bien à travers des journalistes par des diplomates – entre autres – et deviennent des faits, la véritable réalité. »
Le commentaire ajoute :
« Et c’est ce qui figure sur les unes des journaux. Les Israéliens sont les coupables – la cause, le terrorisme palestinien – diminue en importance et glisse vers l’arrière des journaux. »
Enfonçant le clou, l’émission montre les montants transférés par l’UE, l’Allemagne et les Etats-Unis à l’Autorité palestinienne : le plus gros montant d’aide par habitant au monde. Les chiffres avancés, comme 307 millions d’euros de la part de l’Union européenne et 440 millions d’euros venant des Etats-Unis, auraient eu de quoi interpeller les téléspectateurs…
Gaza, plus corrompue que surpeuplée
L’un des lieux communs sur Gaza est son surpeuplement qui en ferait un lieu invivable – la fameuse « prison à ciel ouvert » dont Israël asphyxierait la population. Arte n’hésite pas à produire de véritables clips de propagande à l’appui de cette assertion, tel celui-ci diffusé en 2016 :
Ce genre de clip incrimine implicitement l’Etat juif pour les malheurs des habitants de Gaza, dont même « Les enfants, traumatisés par la guerre ont presque oublié que dans le ciel de Gaza il n’y avait pas que des avions de chasse mais aussi des étoiles… » C’est exactement le genre de production européenne qui attise l’antisémitisme et que dénonce « Elus et exclus : La haine des Juifs en Europe ». Arte n’a pas de problème à désinformer ainsi… En revanche, la chaîne voulait censurer une émission qui remettait les choses en perspective, et faisait pièce au mythe du surpeuplement :
Le documentaire rejoint les données qu’InfoEquitable avait recensées pour répondre à un article de l’AFP qui insistait sur le surpeuplement de Gaza :
« Avec 2 millions d’habitants, la bande de Gaza qui s’étend sur 365 km2 frôlerait les 5.500 habitants par km2. Une densité élevée en comparaison par exemple avec les environ 3.700 habitants par km2 de l’agglomération parisienne, mais tout de même bien éloignée des un peu plus de 21.000 habitants par km2 de Paris intra-muros. Au centre de la ville de Gaza vivent environ 10.000 habitants par km2, moitié moins qu’à Paris ! Et ce n’est rien à côté d’une ville comme Manille, dont le centre héberge 43.000 habitants par km2. »
Contrairement aux reportages fantaisistes diffusés par Arte dans lesquels seuls les tenants, y compris israéliens, du narratif pro-palestinien ont la parole, « Elus et exclus : La haine des Juifs en Europe » ne donne pas la parole uniquement à ceux qui soutiennent ses thèses. Le micro est tendu au Hamas, dont il est rappelé que sa charte appelle au meurtre de tous les Juifs. Interviewé, son représentant confirme que tout Jérusalem doit devenir la capitale de l’Etat palestinien (ce qui ne peut se faire qu’en éradiquant l’Etat d’Israël et sa population juive).
La corruption du Hamas est évoquée avec l’interview d’étudiants étonnamment libres de leur parole face à la caméra. Le premier affirme que l’aide financière étrangère n’arrive pas dans les poches du peuple et se dit favorable à une solution à deux Etats :
Ses camarades critiquent le gouvernement, qui a « pris le pays » et à cause de qui « tout est bloqué.
Moins policé, un « réfugié » maintenu dans cette condition artificielle depuis des décennies dit son désir de retourner « dans son pays » et d’en chasser les Juifs; mais, avoue-t-il, « les dirigeants jouent avec nous. »
Le reportage assure que de tels témoignage sont facile à obtenir tant le mécontentement est partagé et va visiter l’UNRWA, seule agence onusienne au monde dédiée, depuis plusieurs générations, aux réfugiés d’un seul conflit. Son porte-parole, à qui le reporter demande « Qui est corrompu ? L’UNRWA ? Le Hamas ? Qui empoche l’argent ? » affirme bien sûr que les milliards de dons reçus sur des décennies vont à la population – tout en reconnaissant de manière contradictoire que « la situation politique est corrompue en elle-même. »
BDS, musique : d’autres moyens de mener la guerre à Israël
Direction Paris. Avant que la caméra filme l’une des manifestations « BDS » tolérées en France malgré l’illégalité du boycott d’Israël, un visuel frappant dresse une carte de ses soutiens dans les milieux universitaires, économiques, artistiques, gouvernementaux, sans compter les Eglises…
Des images de l’excellent site Memri, qui ne sont jamais montrées dans les grands médias européens alors qu’elles permettent de comprendre avec quels voisins Israël doit vivre, montrent notamment l’embrigadement des enfants par le Hamas alors qu’un officier israélien explique comment ce dernier s’abrite derrière les « boucliers humains » civils pour mener ses activités militaires. L’officier explique que des stades de foot de Gaza servent de bases de missiles. Cela recadre le point de vue du BDS lorsqu’il accuse Israël de détruire des stades et d’y tuer intentionnellement des joueurs de foot.
Le reportage donne aussi à voir les manifestations de « Nuit Debout » qui eurent lieu en France et comment BDS y recrutait des activistes. Le député PS Malek Boutih commente : « On voit à la dialectique de l’antisionisme pour cacher l’antisémitisme que le traitement spécifique d’Israël par rapport à toutes les autres nations pose un problème. »
Les censeurs de l’émission n’ont sans doute pas non plus apprécié la visite par l’équipe de tournage d’une usine de plastique d’Ariel attaquable par BDS en raison de son emplacement à Ariel, « ville de Cisjordanie à 40 minutes à l’est de Tel Aviv. » La Cisjordanie étant définie comme « un territoire conquis pendant la guerre de Six jours et qui est depuis géré par Israël – jusqu’à ce qu’un traité de paix règle de quelle manière ce territoire sera réparti. » Arte, qui ne cesse de marteler l’idée que des villes comme Ariel sont des colonies israéliennes en territoire étranger, a dû avoir du mal à avaler une description aussi factuelle. De plus, l’interview d’un manager arabe, s’exprimant en hébreu et qui explique comment « en 30 ans d’expérience de travail avec les Israéliens, il ne m’est encore jamais arrivé quelque chose de mal » n’a rien à voir avec les sempiternels récits sur « l’occupation ». On y voit un Palestinien content de travailler avec les Israéliens. L’émission ajoute qu’ils sont 30,000 comme lui et que c’est une chose avec laquelle le mouvement de boycott voudrait en finir…
Mais il y a la réalité du terrain, où les pragmatiques sont plus nombreux que ne le disent les médias, et les agitateurs qui soufflent à distance sur la braise.
Massive Attack, Bryan Adams et Roger Waters de Pink Floyd criminalisent Israël et appellent à son boycott. Ils rejoignent en cela des artistes ouvertement islamistes, comme le rappeur Médine que l’émission a interviewé et dont le narrateur résume les dires : « Aux yeux de Médine et d’un grand nombre de ses collègues, les sionistes régissent le monde. »
L’émission donne à voir deux minutes de la production de ses collègues qui chantent en français ou en allemand, dans un montage de leurs clips où la haine est omniprésente.
Attentats et violences antisémites en Europe
Après avoir établi que l’antisionisme, devenu la forme la plus virulente de l’antisémitisme, était attisé contre Israël grâce à des soutiens européens – Etats, ONGs…, le film montre que les les Juifs établis sur sol européen et en particulier français en subissent les retombées.
La triste liste est énoncée. Elle commence avec la torture et le meurtre d’Ilan Halimi. De manière dérangeante, le film rappelle la difficulté qu’eurent la presse et le monde politique d’alors à qualifier le crime d’antisémite. « La majorité a trop peur de conséquences politiques. »
L’école juive de Toulouse (où il est rappelé que Merah voulait « venger les enfants palestiniens morts »), le musée juif de Bruxelles, l’agression d’un couple chez lui à Créteil sous prétexte que les Juifs ont de l’argent, l’Hyper Cacher…
Les auteurs ne manquent pas de rappeler non plus les menaces qui avaient plané depuis longtemps sur le Bataclan à cause de l’engagement sioniste de ses anciens propriétaires qui collectaient des dons en faveur d’Israël.
« Pourquoi, » demandent-ils, « la majorité de la société a-t-elle autant de mal de qualifier de son véritable nom le terrorisme antisémite ? »
Une grave question qui mérite d’être posée sur grand écran.
L’historien Georges Bensoussan livre son analyse :
« Parce qu’on ne voit plus que la Shoah, on ne comprend pas que l’antisémitisme nouveau qui se développe en France n’est pas de même nature. Ca n’est pas nazi, ça n’est pas la Nuit de Cristal, c’est autre chose. […] L’histoire du sionisme est totalement inculpée. Finalement, à force de présenter les Juifs essentiellement comme des victimes, on les socialise comme des victimes, d’une façon qu’en les défendant on finit presque par justifier la persécution à venir demain. »
Un message qui résonne quand on voit comment Arte commémore la Shoah autant qu’elle inculpe l’actuel Etat d’Israël.
La liste des violences continue, avec celles survenues pendant la guerre de Gaza avec Israël en 2014 : attaque de la synagogue de la Roquette à Paris, émeutes et saccages à Sarcelles…
François Pupponi, maire PS de Sarcelles qui a connu le triste privilège au second tour des législatives de 2017 d’être le premier candidat à faire face à un adversaire islamiste, reconnaît qu’il y a en France une poussée d’antisémitisme dans laquelle la défense de la Palestine est utilisée comme un détonateur pour attaquer les Juifs, ou en l’occurrence à Sarcelles leur synagogue.
Le film approche de sa conclusion avec l’interview de jeunes ados de Sarcelles qui racontent qu’à Sarcelles « il y a eu un avant 2014 et maintenant », qu’ils vivent « enfermés », subissent des jets de pierre et qu’ils veulent déménager, quitter la France et partir en Israël.
François Pupponi, leur maire, trouve « insupportable d’entendre un jeune Français de confession juive me dire, Monsieur le maire, on croit plus à la France. […] Je vous demande aujourd’hui entre guillemets « en responsabilité de rester. Parce que si vous partez, la France est morte. […] C’est qu’on ne peut plus vivre sa religion en toute sécurité dans notre pays. […] Donc nous vous demandons de rester, je vous demande de rester, pour sauver la France. »
Mais qui ces imprécations convaincront-elles ? Depuis quand incombe-t-il à une minorité de sauver un pays, quitte à se sacrifier ? On ne sait si le maire s’en rend compte, mais le raisonnement est commode : si les Juifs partent quand même parce que les vrais responsables, les édiles comme lui justement, ont failli à assurer leur sécurité, on pourra toujours les rendre responsables (et avec eux l’Etat d’Israël qui les aura accueillis) de la chute du pays. C’est là le rôle de bouc émissaire si souvent confié aux Juifs en Europe au cours de l’histoire.
Bilan : un film qui dérange l’Europe
C’est Sammy Ghozlan, ancien commissaire de police et fondateur du Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme, qui conclut : « Jamais, moi je prétends jamais, les Arabes de France ne se seraient conduits de façon violente contre les Juifs, s’ils n’avaient pas eu le sentiment qu’ils devaient le faire pour être solidaires de leurs compatriotes, leurs coreligionnaires en Palestine. Jamais ils ne l’auraient fait. Mais on leur a donné le sentiment qu’il fallait le faire et que puisque des gens qui les déchaînent font parti du pouvoir, qui sont des maires, qui sont des ministres, se permettaient de le faire, ben, on a fait tout pour faire croire qu’il fallait ça pour justifier leurs attaques et leur soutien. »
Luc Rosenzweig, premier à avoir éventé l’affaire pour le magazine Causeur, disait que le film était censuré parce qu’ « on y met trop en lumière la haine antijuive qui progresse dans la sphère arabo-musulmane et dans une certaine gauche obsédée par l’antisionisme. » Mais c’est peut-être plus grave que cela. Cela déborde le cadre de la « banlieue », de la sphère arabo-musulmane et de la gauche.
Le problème ne vient plus des autres (les fameuses « tensions inter-communautaires » opposant Arabes et Juifs, commodes pour se dédouaner du problème en renvoyant dos à dos les uns et les autres), mais bien de l’intérieur de l’Europe. Cette Europe qu’Arte, l’Association Relative à la Télévision Européenne, promeut depuis son siège de Strasbourg, à deux pas du Parlement européen où Mahmoud Abbas a pu répandre son venin antisémite sous les acclamations de députés européens se levant comme un seul homme, gauche et droite confondues. Cette Europe dont les contribuables des deux plus grand pays, l’Allemagne et la France, financent cette chaîne de télévision toujours prête à commémorer la Shoah mais à qui la dénonciation de la nouvelle haine des Juifs canalisée sur Israël pose problème. Cette Europe qui verse des millions d’euros à des organisations dont le but est de saper les fondements du seul Etat juif. L’Europe aussi, devrait-on ajouter, dont plusieurs pays (pas tous il est vrai) votent régulièrement des résolutions absurdes et antisémites telles que celles que la France a soutenues à l’Unesco et tout récemment à l’OMS. L’Europe dont, InfoEquitable le démontre, les médias désinforment de manière répétée sur Israël – avec pour conséquences des répercussions négatives sur l’image et la sécurité des Juifs d’Europe.
Ce que Sammy Ghozlan dénonce, et avec lui les auteurs du documentaire puisqu’ils en font leur conclusion, ce sont les complicités actives des sociétés européennes jusqu’au plus haut niveau dans la montée de l’antisémitisme. Et si le tort de ce documentaire n’était pas, tout simplement, de renvoyer en miroir leur image à ses commanditaires ?
Voir encore:
European broadcasters have been accused of censorship after refusing to air a documentary highlighting anti-semitism in Muslim migrant communities.
The film, Chosen and Excluded — The Hate for Jews in Europe, depicts the plight of Jewish people suffering violence at the hands of their Muslim neighbours in cities such as Paris.
The Franco-German broadcaster Arte and WDR, a German public broadcaster, shelved the film, saying it had failed to offer a “multi-perspective” approach and lacked reporting from European countries.
This was in defiance of experts who had been commissioned to evaluate the film and who praised it, calling for its release. Germany’s highest Jewish body also wanted it aired.
Joachim Schroeder, the co-director of the film, said television chiefs had told him the subject of anti-semitism in migrant communities was “very sensitive ” and the documentary had to be “balanced” in presenting the problems facing all minorities.
“If I make a documentary about Auschwitz, must I also report on the suffering of the families of SS guards?” Schroeder said.
He claimed that TV bosses had believed the involvement of Ahmad Mansour, a German author of Palestinian origin, would ensure the film would “not be perceived as critical of Muslim communities”.
When the bosses saw the finished product, however, they changed their mind. “It seems we hit the nail on the head and it was too much for the TV management,” said Schroeder.
Michael Wolffsohn, a German historian who was part of the team evaluating the film, said: “This is by far the best, most intelligent and [most] historically profound film on this subject, which is sadly extremely topical.”
Götz Aly, another historian who has watched the film, accused the producers of outright “censorship”.
The film, which has been seen by The Sunday Times, was shot in France, Germany, Hungary, Israel and the Palestinian territories.
It shows Jewish teenagers in a Paris suburb complaining they would have to join the exodus of French Jews leaving for Israel under pressure from Muslim neighbours.
“This is a Jewish quarter surrounded by banlieues. We’re trapped here — when we go out we risk our lives,” says a Jewish schoolboy from Sarcelles, a Paris district that saw violent attacks on Jews during pro-Palestinian riots in 2014.
The teenagers described frequent beatings.
“Everybody here wants to move,” says one. “Almost everyone from Sarcelles has moved to Netanya [in Israel]. If you go there it’s like Paris — there are only French [people] around.”
Their testimonies are followed by an interview with François Pupponi, the Socialist mayor of Sarcelles, who admits the gravity of the problem but calls for the young to persevere for the sake of France.
“French Jews think they have no future in France, that they have to leave the country to live in security and peace,” Pupponi said.
He claimed that pro-Palestinian groups had encouraged hatred of Israel.
“For a certain number of young people ‘Jew’ and ‘Israel’ are one and the same so if you’re against Israel, you’re also against synagogues,” he said.
Leading French and German newspapers, such as Le Monde and Bild, have joined the campaign to push for a release of the film.
Josef Schuster, head of the Central Council of Jews in Germany, said it was “extraordinarily important” for it to be broadcast.
Alain Le Diberder, the director of Arte, said the film had been shelved for “honourable and good” reasons and it had focused too much on the Middle East rather than events in Europe.
Voir par ailleurs:
Deux jours après avoir accusé des rabbins israéliens d’avoir appelé leur gouvernement à « empoisonner l’eau des Palestiniens », le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s’est rétracté samedi dans un communiqué, soulignant qu’il était devenu « évident » que ces propos étaient « sans fondement » et qu’il n’avait aucune intention d’offenser les Juifs.Intervenant jeudi 23 juin 2016 devant le Parlement européen, Mahmoud Abbas avait déclaré, à la 24ème minute de son discours :
« Il y a tout juste une semaine, un groupe de rabbins en Israël a annoncé, dans une déclaration claire, qu’ils demandaient à leur gouvernement d’empoisonner l’eau des Palestiniens. N’est-ce pas de l’incitation ? N’est-ce pas une incitation claire au meurtre de masse contre le peuple palestinien ? »
Cette déclaration, qui ne figure pas dans la transcription arabophone officielle du discours de Mahmoud Abbas diffusée par l’Autorité palestinienne, trouve son origine dans une intox apparue sur internet le 16 juin, sur le site d’un bureau de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), puis reprise le 19 juin par l’agence de presse turque Anadolu.
En quoi consiste précisément l’intox ? Selon Anees Bargouthi, le correspondant d’Anadolu à Ramallah (Cisjordanie) :« Le rabbin Shlomo Mlma, président du Conseil des rabbins des implantations de Cisjordanie, a émis un avis dans lequel il autorise les colons juifs à empoisonner l’eau dans les villages palestiniens et les villes de Cisjordanie. Selon l’organisation anti-occupation Breaking the Silence, l’appel à empoisonner l’eau des Palestiniens a pour objectif de pousser les Palestiniens à quitter leurs villages de manière à ce que les colons s’emparent de leurs terres ».
Le même jour, le site du ministère palestinien des affaires étrangères publie un communiqué réclamant l’arrestation du « rabbin Mlmad ».
Cette version a été démentie auprès de Reuters par un porte-parole de l’ONG Breaking the Silence. De plus, ni Reuters ni aucun autre média ne sont parvenus à identifier un rabbin du nom de «Shlomo Mlma» (ou «Mlmad») ni aucune organisation appelée «Conseil des rabbins des implantations de Cisjordanie». Il existe un «Conseil des rabbins en Judée-Samarie», dirigé par Yishai Babad, mais aucun rabbin Mlma ou Mlmad n’y est connu. Il existe un rabbin à Beit El (Cisjordanie) dénommé Zalman Melamed, dont il pourrait s’agir car, en hébreu, «Melamed» est similaire à «Mlmad» et «Zalman» correspond, en yiddish, au prénom hébreu «Shlomo». Mais ce rabbin Zalman Melamed n’a jamais fait de déclaration appelant son gouvernement à empoisonner l’eau des Palestiniens. Interrogé à ce sujet, il a dit qu’il pensait qu’« aucun rabbin ne serait capable de dire une chose pareille ».
En réalité, la photo de l’homme en question est celle d’un rabbin ultra-orthodoxe du nom de Yisrael Eichler, député – controversé – du parti israélien Judaïsme unifié de la Torah. Or, sur les sites reprenant l’intox, il est suggéré qu’il s’agit du rabbin ayant appelé à empoisonner l’eau des Palestiniens de Cisjordanie.En France, l’intox a été diffusée initialement par l’association antisioniste radicale CAPJPO-Europalestine le 23 juin, puis, entre autres, par Oumma.com, Halalbook et, Fdebranche.L’accusation d’empoisonnement des réseaux d’eau par les Juifs fait tristement écho à un thème d’accusation remontant au Moyen Age et qui a inspiré plusieurs massacres au cours de l’histoire.Sources : Reuters, 23 juin 2016 ; YnetNews.com, 24 juin 2016 ; New York Times, 24 juin 2016, 25 juin 2016.
Voir encore:
‘Poisoning’ Accusations Are a Palestinian Tradition
Rafael Medoff
The Algemeiner
June 27, 2016
JNS.org – Palestinian Authority (PA) President Mahmoud Abbas must be surprised at the international outcry over his accusation this week that Israeli rabbis are plotting to poison Arab wells. After all, Abbas and his colleagues have been making similar allegations for more than 30 years, yet the international community has hardly said a word.
The best-known allegation was the declaration by Yasser Arafat’s wife, Suha, at a 1999 press conference that Israel was engaged in the “daily and intensive use of poisonous gas” against Palestinians, as part of a plan that was causing “an increase in cancer cases among women and children.” The Israelis had also contaminated 80 percent of the PA’s water sources with “chemical materials,” she said.
The episode sparked controversy because then-first lady Hillary Clinton was sitting next to Suha Arafat at the time and did not respond. Clinton later said she was unaware of Mrs. Arafat’s statement because her headphones were not working at that moment.
The list of Palestinian “poisoning” claims in recent years is lengthy and colorful. The director of the PA’s Committee for Consumer Protection, for example, has accused Israel of supplying Palestinian markets with chocolates that cause mad cow disease. The PA’s website has charged that Israeli planes drop bags of poisoned candy into Palestinian neighborhoods. The Palestinian representative to the United Nations in Geneva has claimed that “the Israeli authorities infected by injection 300 Palestinian children with the HIV virus.”
The PA’s deputy minister of supplies, Abdel Hamid al-Qudsi, sees an Israeli plot to stunt Palestinian population growth. “Israel is distributing food containing material that causes cancer and hormones that harm male virility and other spoiled products in the Palestinian Authority’s territories in order to poison and harm the Palestinian population,” al-Qudsi has asserted. “It is an organized plan and conspiracy which is under the auspices of the Israel Defense Forces.”
One of the first — and, from the standpoint of anti-Israel propaganda, most successful — such allegations in modern times began in the small Palestinian village of Arabbe in the spring of 1983. A schoolgirl who opened a window in her classroom fainted. Her classmates detected a strong odor of “rotten fish or eggs,” and some of them also fainted. Both Palestinian and Israeli doctors who visited the scene that day reported a strong smell of hydrogen sulphide, which commonly occurs in raw sewage.
In the days to follow, schoolgirls in Jenin, Barkin, and Mei Saloum complained of dizziness and headaches and were admitted to a local hospital, although their symptoms quickly vanished and they were released. Yasser Arafat claimed that Israel was carrying out “mass poisoning” of Arab girls in order to render them sterile. He said the school incidents were evidence of “the genocide against the Palestinian people.”
The foreign news media ran with the story. A front-page article in the Los Angeles Times was headlined “300 Arab Girls in West Bank Poisoned by Gas,” as if the poisoning was an indisputable fact, rather than an allegation made by the world’s most notorious terrorist leader. The newspaper darkly reported that “a yellow dust that proved to be rich in sulfur was found on a windowsill at one of the schools,” and that unnamed “investigators” were “reported to believe that the dust was a residue of the gas.”
The yellow dust turned out to be pollen. A mysterious tin of white powder that supposedly was an Israeli gas was found to be evaporated milk. And a bottle of strong-smelling liquid that Palestinians found “suspicious” was nothing more than a common household disinfectant.
The Israeli authorities soon found evidence that the entire episode had been cooked up by Palestine Liberation Organization propagandists. One Palestinian activist claiming symptoms of “poisoning” was found to have had himself hospitalized six times, and he was caught “pressuring girls to continue to remain in hospital,” the Jerusalem Post reported. Masked militants in Nablus made announcements over a local mosque’s public address system that the city’s water had been polluted by the Israelis. Some local Arab doctors acknowledged that “they were being pressured not to release the girls from hospital,” according to the Jerusalem Post.
Stinging from Arafat’s accusations and hostile international media reports, the Israeli government invited the U.S. Centers for Disease Control and Prevention (CDC), in Atlanta, to conduct its own investigation. The CDC’s inquiry concluded that the symptoms exhibited by the girls in Arrabe were caused either by “psychological factors” or by hydrogen sulphide, not poison. The girls in the other schools were suffering from nothing more than “anxiety,” to which hysterical Palestinian newspaper and radio reports “may have contributed.” Contrary to Arafat’s allegation, the CDC found “no evidence of reproductive impairment.”
Separate investigations by the World Health Organization and the International Red Cross likewise found no evidence of any Israeli poisoning.
Nonetheless, Arafat never retracted his accusations about Arrabe. Perhaps, then, it was fitting that after Arafat died from a stroke in 2004, PA officials claimed he had been poisoned by Israel — and continued spreading that blood libel long after multiple international investigations found no evidence that the Israelis poisoned him.
Dr. Rafael Medoff is the author of 16 books about Jewish history and Zionism.
Voir de plus:
Palestinian President Mahmoud Abbas accused Israeli rabbis on Thursday of calling for the poisoning of Palestinian water, in what appeared to be an invocation of a widely debunked media report that recalled a medieval anti-Semitic libel.
The remarks drew strong condemnation from Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu who termed them a « blood libel », in a statement issued by his office.
Abbas’s remarks, in a speech to the European parliament, did not appear on the official transcript issued by his office, suggesting he may have spoken off the cuff as he condemned Israeli actions against Palestinians amid stalled peace talks.
« Only a week ago, a number of rabbis in Israel announced, and made a clear announcement, demanding that their government poison the water to kill the Palestinians, » Abbas said.
« Isn’t that clear incitement to commit mass killings against the Palestinian people? »
The Israeli statement said that Abbas had « showed his true face in Brussels, » adding that « by refusing to meet with the Israeli president and with … Netanyahu for direct negotiations, and by spreading a blood libel in the European parliament, his claim that his hand is outstretched for peace is false. »
Abbas’s remarks were made as Israel’s president, Reuven Rivlin, made a parallel visit to Brussels. Rivlin’s office said Abbas had declined a European proposal that the two meet there. A spokesman for Abbas said any such meeting would require more preparation.
Israeli-Palestinian peace talks collapsed in 2014.
Abbas, who received a standing ovation from EU lawmakers after his speech, gave no source for his information — and there has been no evidence over the past week of any call by Israeli rabbis to poison Palestinian water.
Israel said in the statement that it « awaits the day when Abu Mazen (Abbas) will stop spreading lies and be involved in incitement. Until then, Israel will continue to protect itself from the Palestinian incitement which generates acts of terror. »
MASSACRES
Reports of an alleged rabbinical edict emerged on Sunday, when the Turkish state news agency Anadolu said that a « Rabbi Shlomo Mlma, chairman of the Council of Rabbis in the West Bank settlements », had issued an advisory to allow Jewish settlers to take such action.
The same day, the Palestinian Foreign Ministry, on its website, cited what it said was a water-poisoning call from a « Rabbi Mlmad » and demanded his arrest.
Reuters and other news outlets in Israel could not locate any rabbi named Shlomo Mlma or Mlmad, and there is no listed organisation called the Council of Rabbis in the West Bank.
Gulf News, in a report on Sunday, said a number of rabbis had issued the purported advisory. It attributed the allegation to Breaking the Silence, an Israeli organisation of veteran soldiers critical of the military’s treatment of Palestinians.
A spokesman for Breaking the Silence told Reuters the group had not provided any such information.
For Jews, allegations of water poisoning strike a bitter chord. In the 14th century, as plague swept across Europe, false accusations that Jews were responsible for the disease by deliberately poisoning wells led to massacres of Jewish communities.
(Additional reporting by Jeffrey Heller, Nidal al-Mughrabi and Ali Sawafta; Editing by Ralph Boulton and Andrew Heavens)
Voir de même:
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Anadolu Agency
19.06.2016
RAMALLAH, Palestine
The Palestine Liberation Organization (PLO) has denounced a Jewish rabbi’s permission for settlers to poison water sources in Palestinian areas in the occupied West Bank as “an order to kill”.
Rabbi Shlomo Mlma, chairman of the Council of Rabbis in the West Bank settlements, has issued an advisory opinion in which he allowed Jewish settlers to poison water in Palestinian villages and cities in the West Bank.
According to Israeli anti-occupation organization “Breaking the Silence”, the call for poisoning Palestinian water aim to push the Palestinians to leave their villages and pave the way for settlers to take over their lands.
“This is an incitement and a call for killing the Palestinians,” Wasil Abu Youssef, a member of the PLO Executive Committee, told Anadolu Agency on Sunday.
He said such opinions by Jewish rabbis “prove that Israel is not a real peace partner”.
“Dozens of similar orders were made by rabbis that called for killing Palestinians, robbing their lands and farmlands and destroying their property,” he said.
The PLO said in a statement that the rabbi’s order encourages settlers to stage assaults against Palestinians.
“Hundreds of incidents were documented against Palestinian residents because of such racist advisories,” said the statement issued by the PLO’s national office for the defense of land.
International law views the West Bank and East Jerusalem as occupied territories and considers all Jewish settlement building on the land to be illegal.
About 500,000 Jewish settlers currently live on more than 100 Jewish-only settlements built since Israel occupied the West Bank and East Jerusalem in 1967.
The Palestinians want these areas, along with the Gaza Strip, for a future state of Palestine.
Palestinian negotiators, however, insist that Israeli settlement building on Arab land must stop before a comprehensive peace agreement can be reached.
Voir enfin:
JERUSALEM — A little more than a day after President Mahmoud Abbas of the Palestinian Authority accused rabbis in Israel of calling for their government to poison the water used by Palestinians, he retracted the allegation in a statement on Saturday, saying it had become “evident” that it was “baseless.”
Mr. Abbas made the unsubstantiated allegation during an address to the European Parliament on Thursday. The remarks echoed anti-Semitic claims that led to the mass killings of European Jews in medieval times.
The Palestine Liberation Organization had initially published the allegation on a website run by one of its offices, and it spread through some regional news media outlets.
Mr. Abbas’s retraction was sent to reporters early Saturday morning, issued by the P.L.O., of which Mr. Abbas is the chairman. It said that Mr. Abbas “rejected all claims that accuse him and the Palestinian people of offending the Jewish religion.” It added that he “also condemned all accusations of anti-Semitism.”
“After it has become evident that the alleged statements by a rabbi on poisoning Palestinian wells, which were reported by various media outlets, are baseless, President Mahmoud Abbas has affirmed that he didn’t intend to do harm to Judaism or to offend Jewish people around the world,” the statement continued.
It was not immediately clear why Mr. Abbas repeated the allegation on Thursday, days after it was widely debunked. Neither the rabbi who supposedly made the claim, nor the organization quoted in the original P.L.O. article, appear to exist.
After the speech on Thursday, Prime Minister Benjamin Netanyahu of Israel said that Mr. Abbas had spread a “blood libel” with his remarks.
Mr. Abbas, along with President Reuven Rivlin of Israel, had been invited to Brussels by European officials hoping to revive peace negotiations.
In October, Mr. Abbas erroneously accused Israeli forces of killing a 13-year-old Palestinian boy who had taken part in the stabbing of two Israelis. The boy had actually been wounded and later recovered.