Terrorisme: L’Apocalypse pour tous (It’s the end of the world as we know it)

French soldiers patrol in front of the Eiffel Tower on January 8, 2015 in Paris as the capital was placed under the highest alert status a day after heavily armed gunmen shouting Islamist slogans stormed French satirical newspaper Charlie Hebdo and shot dead at least 12 people in the deadliest attack in France in four decades. A huge manhunt for two brothers suspected of massacring 12 people in an Islamist attack at a satirical French weekly zeroed in on a northern town Thursday after the discovery of one of the getaway cars. As thousands of police tightened their net, the country marked a rare national day of mourning for Wednesday's bloodbath at Charlie Hebdo magazine in Paris, the worst terrorist attack in France for half a century. AFP PHOTO / BERTRAND GUAY

le-camp-des-saints soumissionQuand les mille ans seront accomplis, Satan (…) sortira pour séduire les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog et Magog, afin de les rassembler pour la guerre; leur nombre est comme le sable de la mer. Et ils montèrent sur la surface de la terre, et ils investirent le camp des saints et la ville bien-aimée. Jean (Apocalypse 20: 7-9)
Le titre m’est venu de la lecture de l’Apocalypse, du chapitre 20, qui annonce qu’au terme de mille ans, des nations innombrables venues des quatre coins de la Terre envahiront « le camp des saints et la Ville bien-aimée ». Jean Raspail
Vous ne connaissez pas mon peuple, sa crasse, son fatalisme, ses superstitions idiotes et son immobilisme atavique. Vous n’imaginez pas ce qui vous attend, si cette flotte de primitifs vous tombent sur le dos. Tout changera, dans ce pays qui est devenu le mien, en eux et avec eux vous vous perdrez. (…) A mon sens, être blanc, ce n’est pas une couleur de peau. Mais un état d’esprit. Dans les rangs des Sudistes, quels que soient l’époque et le pays, il y a toujours eu des Noirs qui n’éprouvaient aucune honte à combattre du mauvais côté. Si les blancs sont devenus noirs, pourquoi quelques « peau-noire » ne voudraient-ils pas rester blancs? J’ai opté et me voici. Hamadura (personnage du « Camp des saints natif de Pondichéry)
Le 17 février 2001, un cargo vétuste s’échouait volontairement sur les rochers côtiers, non loin de Saint-Raphaël. À son bord, un millier d’immigrants kurdes, dont près de la moitié étaient des enfants. Cette pointe rocheuse faisait partie de mon paysage. Certes, ils n’étaient pas un million, ainsi que je les avais imaginés, à bord d’une armada hors d’âge, mais ils n’en avaient pas moins débarqué chez moi, en plein décor du Camp des saints, pour y jouer l’acte I. Le rapport radio de l’hélicoptère de la gendarmerie diffusé par l’AFP semble extrait, mot pour mot, des trois premiers paragraphes du livre. La presse souligna la coïncidence, laquelle apparut, à certains, et à moi, comme ne relevant pas du seul hasard. Jean Raspail
Aucun nombre de bombes atomiques ne pourra endiguer le raz de marée constitué par les millions d’êtres humains qui partiront un jour de la partie méridionale et pauvre du monde, pour faire irruption dans les espaces relativement ouverts du riche hémisphère septentrional, en quête de survie. Boumediene (mars 1974)
Un jour, des millions d’hommes quitteront le sud pour aller dans le nord. Et ils n’iront pas là-bas en tant qu’amis. Parce qu’ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire. Houari Boumediene (ONU, 10.04.74)
Nous avons 50 millions de musulmans en Europe. Il y a des signes qui attestent qu’Allah nous accordera une grande victoire en Europe, sans épée, sans conquête. Les 50 millions de musulmans d’Europe feront de cette dernière un continent musulman. Allah mobilise la Turquie, nation musulmane, et va permettre son entrée dans l’Union Européenne. Il y aura alors 100 millions de musulmans en Europe. L’Albanie est dans l’Union européenne, c’est un pays musulman. La Bosnie est dans l’Union européenne, c’est un pays musulman. 50% de ses citoyens sont musulmans. L’Europe est dans une fâcheuse posture. Et il en est de même de l’Amérique. Elles [les nations occidentales] devraient accepter de devenir musulmanes avec le temps ou bien de déclarer la guerre aux musulmans. Kadhafi (10.04.06) 
Et si Raspail, avec « Le Camp des Saints », n’était ni un prophète ni un romancier visionnaire, mais simplement un implacable historien de notre futur? Jean Cau
Nous imaginons, parce que la Guerre froide est finie en Europe, que toute la série de luttes qui ont commencé avec la Première guerre mondiale et qui sont passées par différents mouvements totalitaires — fasciste, nazi et communiste — était finalement terminée. (…) Hors de la Première guerre mondiale est venue une série de révoltes contre la civilisation libérale. Ces révoltes accusaient la civilisation libérale d’être non seulement hypocrite ou en faillite, mais d’être en fait la grande source du mal ou de la souffrance dans le monde. (…) [Avec] une fascination pathologique pour la mort de masse [qui] était elle-même le fait principal de la Première guerre mondiale, dans laquelle 9 ou 10 millions de personnes ont été tués sur une base industrielle. Et chacun des nouveaux mouvements s’est mis à reproduire cet événement au nom de leur opposition utopique aux complexités et aux incertitudes de la civilisation libérale. Les noms de ces mouvements ont changé comme les traits qu’ils ont manifestés – l’un s’est appelé bolchévisme, et un autre s’est appelé fascisme, un autre s’est appelé nazisme. (…) À un certain niveau très profond tous ces mouvements étaient les mêmes — ils partageaient tous certaines qualités mythologiques, une fascination pour la mort de masse et tous s’inspiraient du même type de paranoïa. (…) Mon argument est que l’islamisme et un certain genre de pan-arabisme dans les mondes arabe et musulman sont vraiment d’autres branches de la même impulsion. Mussolini a mis en scène sa marche sur Rome en 1922 afin de créer une société totalitaire parfaite qui allait être la résurrection de l’empire romain. En 1928, en Egypte, de l’autre côté de la Méditerranée, s’est créée la secte des Frères musulmans afin de ressusciter le Califat antique de l’empire arabe du 7ème siècle, de même avec l’idée de créer une société parfaite des temps modernes. Bien que ces deux mouvements aient été tout à fait différents, ils étaient d’une certaine manière semblables. (…) La doctrine islamiste est que l’Islam est la réponse aux problèmes du monde, mais que l’Islam a été la victime d’une conspiration cosmique géante pour la détruire, par les Croisés et les sionistes. (le sionisme dans la doctrine de Qutb n’est pas un mouvement politique moderne, c’est une doctrine cosmique se prolongeant tout au long des siècles.) L’Islam est la victime de cette conspiration, qui est également facilitée par les faux musulmans ou hypocrites, qui feignent d’être musulmans mais sont réellement les amis des ennemis de l’Islam. D’un point de vue islamiste, donc, la conspiration la plus honteuse est celle menée par les hypocrites musulmans pour annihiler l’Islam du dedans. Ces personnes sont surtout les libéraux musulmans qui veulent établir une société libérale, autrement dit la séparation de l’église et de l’état. (…) De même que les progressistes européens et américains doutaient des menaces de Hitler et de Staline, les Occidentaux éclairés sont aujourd’hui en danger de manquer l’urgence des idéologies violentes issues du monde musulman. (…) Les socialistes français des années 30 (…) ont voulu éviter un retour de la première guerre mondiale; ils ont refusé de croire que les millions de personnes en Allemagne avaient perdu la tête et avaient soutenu le mouvement nazi. Ils n’ont pas voulu croire qu’un mouvement pathologique de masse avait pris le pouvoir en Allemagne, ils ont voulu rester ouverts à ce que les Allemands disaient et aux revendications allemandes de la première guerre mondiale. Et les socialistes français, dans leur effort pour être ouverts et chaleureux afin d’éviter à tout prix le retour d’une guerre comme la première guerre mondiale, ont fait tout leur possible pour essayer de trouver ce qui était raisonnable et plausible dans les arguments d’Hitler. Ils ont vraiment fini par croire que le plus grand danger pour la paix du monde n’était pas posé par Hitler mais par les faucons de leur propre société, en France. Ces gens-là étaient les socialistes pacifistes de la France, c’était des gens biens. Pourtant, de fil en aiguille, ils se sont opposés à l’armée française contre Hitler, et bon nombre d’entre eux ont fini par soutenir le régime de Vichy et elles ont fini comme fascistes! Ils ont même dérapé vers l’anti-sémitisme pur, et personne ne peut douter qu’une partie de cela s’est reproduit récemment dans le mouvement pacifiste aux Etats-Unis et surtout en Europe. Paul Berman
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays,des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
Benoît XVI respecte suffisamment l’islam pour ne pas lui mentir. Il ne faut pas faire semblant de croire que, dans leur conception de la violence, le christianisme et l’islam sont sur le même plan. Si on regarde le contexte, la volonté du pape était de dépasser le langage diplomatique afin de dire : est-ce qu’on ne pourrait pas essayer de s’entendre pour un refus fondamental de la violence ? (…) La Croix, c’est le retournement qui dévoile la vérité des religions révélées. Les religions archaïques, c’est le bouc émissaire vrai, c’est-à-dire le bouc émissaire caché. Et la religion chrétienne, c’est le bouc émissaire révélé. Une fois que le bouc émissaire a été révélé, il ne peut plus y en avoir, et donc nous sommes privés de violence. Ceux qui attaquent le christianisme ont raison de dire qu’il est indirectement responsable de la violence, mais ils n’oseraient pas dire pourquoi : c’est parce qu’il la rend inefficace et qu’il fait honte à ceux qui l’utilisent et se réconcilient contre une victime commune. (…) De même qu’il était impossible de ne pas croire au XIIe siècle, il est presque impossible de croire au XXIe siècle, parce que tout le monde est du même côté. (…) Il ne faut pas exagérer la religiosité de l’Amérique, pas plus que le recul de la religion en Europe. Il est cependant vrai que, aux Etats-Unis, les conventions sont favorables au religieux, alors que, en France surtout, elles tendent à lui être hostiles. La société américaine n’a pas subi l’antichristianisme de la Révolution française ou le laïcisme des anticléricaux. En France, le catholicisme pâtît de l’ancienne position dominante de l’Eglise. Aux Etats-Unis, la multiplicité s’impose : parce qu’ils sont minoritaires, les catholiques y sont d’une certaine manière favorisés. (…) [L’Apocalypse] ne signifie pas que la fin du monde est pour demain, mais que les textes apocalyptiques – spécialement les Evangiles selon saint Matthieu et saint Marc – ont quelque chose à nous dire sur notre temps, au moins autant que les sciences humaines. A mon sens, outre la menace terroriste ou la prolifération nucléaire, il existe aujourd’hui trois grandes zones de danger. En premier lieu, il y a les menaces contre l’environnement. Produisant des phénomènes que nous ne pourrons pas maîtriser, nous sommes peut-être au bord de la destruction par l’homme des possibilités de vivre sur la planète. En second lieu, avec les manipulations génétiques, nous pénétrons dans un domaine totalement inconnu. Qui peut nous certifier qu’il n’y aura pas demain un nouvel Hitler, capable de créer artificiellement des millions de soldats ? Troisièmement, nous assistons à une mise en mouvement de la terre, à travers des courants migratoires sans précédent. Les trois quarts des habitants du globe rêvent d’habiter dans le quart le plus prospère. Ces gens, nous serions à leur place, nous en ferions autant. Mais c’est un rêve sans issue. Ces trois phénomènes ne font que s’accélérer, une nouvelle fois par emballement mimétique. Et ils correspondent au climat des grands textes apocalyptiques. L’esprit moderne juge ces textes farfelus, parce qu’ils mélangent les grondements de la mer avec les heurts entre villes ou nations, qui sont des manifestations humaines. Depuis le XVIe siècle, sur un plan intellectuel, la science, c’était la distinction absolument nette, catégorique, entre la nature et la culture : appartenait à la science tout ce qui relève de la nature, et à la culture tout ce qui vient de l’homme. Si on regarde ce qui se passe de nos jours, cette distinction s’efface. Au Congrès des Etats-Unis, les parlementaires se disputent pour savoir si l’action humaine est responsable d’un ouragan de plus à la Nouvelle-Orléans : la question est devenue scientifique. Les textes apocalyptiques redeviennent donc vraisemblables, à partir du moment où la confusion de la nature et de la culture prive l’homme de ses moyens d’action. Dès lors qu’il n’y a plus de bouc émissaire possible, la seule solution est la réconciliation des hommes entre eux. C’est le sens du message chrétien. René Girard
(Le 11 septembre,) je le vois comme un événement déterminant, et c’est très grave de le minimiser aujourd’hui. Le désir habituel d’être optimiste, de ne pas voir l’unicité de notre temps du point de vue de la violence, correspond à un désir futile et désespéré de penser notre temps comme la simple continuation de la violence du XXe siècle. Je pense, personnellement, que nous avons affaire à une nouvelle dimension qui est mondiale. Ce que le communisme avait tenté de faire, une guerre vraiment mondiale, est maintenant réalisé, c’est l’actualité. Minimiser le 11 Septembre, c’est ne pas vouloir voir l’importance de cette nouvelle dimension. (…) Mais la menace actuelle va au-delà de la politique, puisqu’elle comporte un aspect religieux. Ainsi, l’idée qu’il puisse y avoir un conflit plus total que celui conçu par les peuples totalitaires, comme l’Allemagne nazie, et qui puisse devenir en quelque sorte la propriété de l’islam, est tout simplement stupéfiante, tellement contraire à ce que tout le monde croyait sur la politique. (…) Le problème religieux est plus radical dans la mesure où il dépasse les divisions idéologiques – que bien sûr, la plupart des intellectuels aujourd’hui ne sont pas prêts d’abandonner.(…) Il s’agit de notre incompréhension du rôle de la religion, et de notre propre monde ; c’est ne pas comprendre que ce qui nous unit est très fragile. Lorsque nous évoquons nos principes démocratiques, parlons-nous de l’égalité et des élections, ou bien parlons-nous de capitalisme, de consommation, de libre échange, etc. ? Je pense que dans les années à venir, l’Occident sera mis à l’épreuve. Comment réagira-t-il : avec force ou faiblesse ? Se dissoudra-t-il ? Les occidentaux devraient se poser la question de savoir s’ils ont de vrais principes, et si ceux-ci sont chrétiens ou bien purement consuméristes. Le consumérisme n’a pas d’emprise sur ceux qui se livrent aux attentats suicides. (…) Allah est contre le consumérisme, etc. En réalité, le musulman pense que les rituels de prohibition religieuse sont une force qui maintient l’unité de la communauté, ce qui a totalement disparu ou qui est en déclin en Occident. Les gens en Occident ne sont motivés que par le consumérisme, les bons salaires, etc. Les musulmans disent : « leurs armes sont terriblement dangereuses, mais comme peuple, ils sont tellement faibles que leur civilisation peut être facilement détruite ».
L’avenir apocalyptique n’est pas quelque chose d’historique. C’est quelque chose de religieux sans lequel on ne peut pas vivre. C’est ce que les chrétiens actuels ne comprennent pas. Parce que, dans l’avenir apocalyptique, le bien et le mal sont mélangés de telle manière que d’un point de vue chrétien, on ne peut pas parler de pessimisme. Cela est tout simplement contenu dans le christianisme. Pour le comprendre, lisons la Première Lettre aux Corinthiens : si les puissants, c’est-à-dire les puissants de ce monde, avaient su ce qui arriverait, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de la Gloire – car cela aurait signifié leur destruction (cf. 1 Co 2, 8). Car lorsque l’on crucifie le Seigneur de la Gloire, la magie des pouvoirs, qui est le mécanisme du bouc émissaire, est révélée. Montrer la crucifixion comme l’assassinat d’une victime innocente, c’est montrer le meurtre collectif et révéler ce phénomène mimétique. C’est finalement cette vérité qui entraîne les puissants à leur perte. Et toute l’histoire est simplement la réalisation de cette prophétie. Ceux qui prétendent que le christianisme est anarchiste ont un peu raison. Les chrétiens détruisent les pouvoirs de ce monde, car ils détruisent la légitimité de toute violence. Pour l’État, le christianisme est une force anarchique, surtout lorsqu’il retrouve sa puissance spirituelle d’autrefois. Ainsi, le conflit avec les musulmans est bien plus considérable que ce que croient les fondamentalistes. Les fondamentalistes pensent que l’apocalypse est la violence de Dieu. Alors qu’en lisant les chapitres apocalyptiques, on voit que l’apocalypse est la violence de l’homme déchaînée par la destruction des puissants, c’est-à-dire des États, comme nous le voyons en ce moment. Lorsque les puissances seront vaincues, la violence deviendra telle que la fin arrivera. Si l’on suit les chapitres apocalyptiques, c’est bien cela qu’ils annoncent. Il y aura des révolutions et des guerres. Les États s’élèveront contre les États, les nations contre les nations. Cela reflète la violence. Voilà le pouvoir anarchique que nous avons maintenant, avec des forces capables de détruire le monde entier. On peut donc voir l’apparition de l’apocalypse d’une manière qui n’était pas possible auparavant. Au début du christianisme, l’apocalypse semblait magique : le monde va finir ; nous irons tous au paradis, et tout sera sauvé ! L’erreur des premiers chrétiens était de croire que l’apocalypse était toute proche. Les premiers textes chronologiques chrétiens sont les Lettres aux Thessaloniciens qui répondent à la question : pourquoi le monde continue-t-il alors qu’on en a annoncé la fin ? Paul dit qu’il y a quelque chose qui retient les pouvoirs, le katochos (quelque chose qui retient). L’interprétation la plus commune est qu’il s’agit de l’Empire romain. La crucifixion n’a pas encore dissout tout l’ordre. Si l’on consulte les chapitres du christianisme, ils décrivent quelque chose comme le chaos actuel, qui n’était pas présent au début de l’Empire romain. (..) le monde actuel (…) confirme vraiment toutes les prédictions. On voit l’apocalypse s’étendre tous les jours : le pouvoir de détruire le monde, les armes de plus en plus fatales, et autres menaces qui se multiplient sous nos yeux. Nous croyons toujours que tous ces problèmes sont gérables par l’homme mais, dans une vision d’ensemble, c’est impossible. Ils ont une valeur quasi surnaturelle. Comme les fondamentalistes, beaucoup de lecteurs de l’Évangile reconnaissent la situation mondiale dans ces chapitres apocalyptiques. Mais les fondamentalistes croient que la violence ultime vient de Dieu, alors ils ne voient pas vraiment le rapport avec la situation actuelle – le rapport religieux. Cela montre combien ils sont peu chrétiens. La violence humaine, qui menace aujourd’hui le monde, est plus conforme au thème apocalyptique de l’Évangile qu’ils ne le pensent.
(la Guerre Froide est) complètement dépassée. (…) Et la rapidité avec laquelle elle a été dépassée est incroyable. L’Union Soviétique a montré qu’elle devenait plus humaine lorsqu’elle n’a pas tenté de forcer le blocus de Kennedy, et à partir de cet instant, elle n’a plus fait peur. Après Khrouchtchev on a eu rapidement besoin de Gorbatchev. Quand Gorbatchev est arrivé au pouvoir, les oppositions ne se trouvaient plus à l’intérieur de l’humanisme. (…) Cela dit, de plus en plus de gens en Occident verront la faiblesse de notre humanisme ; nous n’allons pas redevenir chrétiens, mais on fera plus attention au fait que la lutte se trouve entre le christianisme et l’islam, plus qu’entre l’islam et l’humanisme. Avec l’islam je pense que l’opposition est totale. Dans l’islam, si l’on est violent, on est inévitablement l’instrument de Dieu. Cela veut donc dire que la violence apocalyptique vient de Dieu. Aux États-Unis, les fondamentalistes disent cela, mais les grandes églises ne le disent pas. Néanmoins, ils ne poussent pas suffisamment leur pensée pour dire que si la violence ne vient pas de Dieu, elle vient de l’homme, et que nous en sommes responsables. Nous acceptons de vivre sous la protection d’armes nucléaires. Cela a probablement été la plus grande erreur de l’Occident. Imaginez-vous les implications. (…) Nous croyons que la violence est garante de la paix. Mais cette hypothèse ne me paraît pas valable. Nous ne voulons pas aujourd’hui réfléchir à ce que signifie cette confiance dans la violence. (Avec un autre événement tel que le 11 Septembre) Je pense que les gens deviendraient plus conscients. Mais cela serait probablement comme la première attaque. Il y aurait une période de grande tension spirituelle et intellectuelle, suivie d’un lent relâchement. Quand les gens ne veulent pas voir, ils y arrivent. Je pense qu’il y aura des révolutions spirituelles et intellectuelles dans un avenir proche. Ce que je dis aujourd’hui semble complètement invraisemblable, et pourtant je pense que le 11 Septembre va devenir de plus en plus significatif. René Girard
Deux romans français prestigieux, dissemblables dans le temps et le ton, décrivent deux visions influentes de la France dans l’avenir. Non seulement intéressants à lire (et toutes deux traduits en anglais), ils stimulent ensemble la réflexion sur les crises de l’immigration et du changement culturel dans le pays. Jean Raspail (1925-) imagine une invasion raciale venant de la mer par canots et bateaux depuis le sous-continent indien et se dirigeant lentement, inexorablement vers le Sud de la France (…) dans le « Camp des Saints », publié en1973   (…) Michel Houellebecq (1956-) raconte l’histoire non pas d’un pays (la France) mais d’un individu (François) dans « Soumission » (2015). (…) Si le roman de 1973 ne mentionne jamais les mots islam ou musulman, sa contrepartie de 2013 insiste sur les deux – à commencer par le titre : Islam signifie en Arabe soumission. A l’inverse, le premier livre est centré sur la race alors que le second la note à peine (la prostituée favorite de François est Nord-Africaine). Un récit s’achève diaboliquement, l’autre agréablement. Le premier livre est un traité politique apocalyptique déguisé en amusement, le second livre une vue littéraire et sardonique de la perte de volonté de l’Europe sans exprimer d’hostilité envers l’islam ou les Musulmans. Le premier documente une agression, l’autre une consolation. Les romans décrivent deux courants croisés majeurs presque contradictoires d’après-guerre. L’attrait d’une Europe libre et riche pour des peuples lointains et pauvres, en particulier des Musulmans. ; et l’attrait d’un islam vigoureux pour une Europe affaiblie, postchrétienne. Dans les deux cas, l’Europe – représentant seulement 7 % des terres émergées du monde mais la région dominante pendant cinq siècles, de 1450 à 1950 – s’apprête à perdre ses coutumes, sa culture et ses mœurs, en devenant une simple extension, voire une dépendance de l’Afrique du Nord. Les romans impliquent que le souci alarmant exprimé depuis des décennies (des masses de peuples sombres, violents, en colère) est devenu familier et même bénin (les universités du Moyen Orient offrent de meilleurs salaires). Ils suggèrent que le temps de la panique est passé, remplacé par le temps d’une capitulation progressive. « Camp » a éclaboussé la Droite quand il a paru mais les deux livres traitent de préoccupations plus largement partagées aujourd’hui : la réimpression de « Camp » en 2011 a atteint le sommet de la liste des meilleures ventes en France et « Soumission » est devenu simultanément la meilleure vente quatre ans plus tard en France, en Italie et en Allemagne. Quarante-deux ans séparent ces deux livres ; en sautant 42 ans de plus dans le futur, quelle histoire un roman futuriste publié en 2057 pourrait-il raconter ? Des penseurs comme Oriana Fallaci, Bat Ye’or et Mark Steyn s’attendent à un compte-rendu présumant la victoire de l’islam et raconte la chasse des quelques croyants Chrétiens restant. Mais je prédis le contraire pour bientôt : un rapport qui présume le grand remplacement de Camus a échoué et imagine une violente répression des Musulmans (selon les mots de Claire Berlinski) « titubant hors des brumes de l’histoire européenne » accompagnée d’une réaffirmation nativiste. Daniel Pipes
L’année à venir va être épouvantable avant les élections présidentielles. La tentation pour l’organisation terroriste Etat islamique va être très grande de s’en prendre au pays. Mon espérance à moyen terme, c’est l’essoufflement suite au degré d’horreur. Mais cela peut durer dix ans. Ce n’est pas exclu. Marc Trévidic
Il nous faut “israéliser” notre sécurité. Hervé Morin
L’attentat de Nice est le premier attentat en France au cours duquel des enfants ont été tués. Najat Vallaud-Belkacem (ministre de l’Education nationale)
Le 19 mars 2012, ce qui n’est quand même pas si vieux, Mohamed Merah se plaça devant l’école Ozar Hatorah de Toulouse. D’une balle dans la tête, il tua trois enfants juifs. Un crime abject qui horrifia la France. Toute la France et donc vraisemblablement,  un peu Najat Vallaud-Belkacem qui n’était pas encore ministre. La ministre de l’Éducation nationale est un être humain. Et comme tous les êtres humains, elle a la mémoire sélective. Pas besoin de convoquer des sommités de la psychanalyse pour savoir que, le plus souvent inconsciemment, notre cerveau fait le tri entre ce qu’il a envie de retenir et ce qui est voué par lui à l’oubli. Le cerveau de la ministre de l’Éducation nationale a donc fait normalement son travail. Il y a en France quelques personnes pour lesquelles les enfants juifs de Toulouse ne sont que des victimes collatérales, et donc de peu d’importance, du conflit israélo-palestinien. Najat Vallaud-Belkacem en fait-elle partie ? Pour Najat Vallaud-Belkacem, voici les prénoms des enfants assassinés à Toulouse : Myriam, 8 ans, Gabriel, 6 ans, Arieh, 5 ans. Benoît Rayski
Après l’assassinat de caricaturistes, après l’assassinat de jeunes écoutant de la musique, après l’assassinat d’un couple de policiers, après l’assassinat d’enfants, de femmes et d’hommes assistant à la célébration de la fête nationale, aujourd’hui l’assassinat d’un prêtre célébrant la messe…. Collectif franco-musulman
Je ne vois pas ce qu’on peut nous reprocher à part de pratiquer notre religion. Notre but est de rapprocher les femmes de l’eau. Certaines n’ont pas la chance de pouvoir aller se baigner dans le parc en pleine saison, par pudeur. Et ce n’est pas réservé aux femmes de confession musulmane. Melisa Thivet (trésorière convertie à l’islam de l’association Smile13, Marseille)
Il y a des femmes qui pèsent plus lourd que d’autres, et qui ne veulent pas être exposées au regard des hommes dans une piscine François Bayrou (MoDem)
Il faut en retrouver son véritable esprit, revenir aux fondamentaux du vide-greniers des habitants, avec moins de business. Réduire le périmètre… Martine Aubry (maire socialiste de Lille)
L’annulation ? Horrible, car les terroristes ont gagné !  Damien (Lille)
La braderie, pour mon enseigne, ce sont 2 800 couverts le samedi, et 1 500 le dimanche, calcule Thomas. Ce sont des mois d’organisation, de commandes de toutes sortes. Le calendrier des restaurateurs commence avec la braderie et se termine avec elle. Mais je pourrai négocier avec mes fournisseurs, contrairement aux petites structures qui ne récupéreront pas leurs arrhes… Thomas Cornélis (directeur des vastes salles des Trois Brasseurs, Lille)
C’est une erreur. Tout annuler, c’est abandonner une partie de notre liberté. Ni l’Euro de football, ni le Tour de France n’ont été annulés. Il aurait « fallu formater l’événement différemment.  Annuler est une catastrophe économique . [sans compter] l’image de la France donnée ainsi à l’étranger. Thierry Grégoire (branche des professions saisonnières de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie)
Les terroristes frapperont là où il y a une symbolique qui n’a pas encore été prise en compte. Source au sein des services de renseignement
C’est une institution vieille de plusieurs siècles, un symbole de fête, de tradition populaire. Désormais, c’est aussi le symbole de la menace, et du terrain qu’elle a gagné. La plus grande brocante d’Europe, qui se tient chaque année à Lille le premier week-end de septembre, a été annulée. Avec plus de 2 millions de visiteurs en moyenne et quelque 10 000 exposants sur 100 kilomètres d’étals, la braderie de Lille est la plus grosse manifestation qui se trouve contrainte de céder devant le risque terroriste. (…) Aucune menace particulière n’avait été identifiée, mais le périmètre de la braderie est réduit, des blocs de béton sont commandés et livrés, le renfort de forces mobiles est porté à vingt compagnies, au lieu de cinq l’année précédente, la présence de tireurs d’élite est envisagée sur les toits, ainsi que la présence du RAID, le recours à des drones et à des hélicoptères… Cela ne suffit pas. Le risque de mouvements de foule demeure, et il reste impossible de sécuriser les milliers de logements attenants à la braderie ou de fouiller les milliers de véhicules garés plusieurs jours avant l’événement. (…) C’est un principe de réalité qui s’impose progressivement depuis l’attentat du 14 juillet, à Nice : la menace terroriste ne faiblit pas et le risque zéro n’existe pas. Le massacre de la promenade des Anglais a aussi été un avertissement politique sévère. Qui a vu l’union nationale voler en éclats et l’opposition accuser le gouvernement de ne pas avoir tout fait pour éviter le drame. En quelques semaines à peine, ce sont trois attentats qui ont secoué le pays, visant deux policiers le 13 juin à Magnanville (Yvelines), des familles et des touristes le jour de la fête nationale à Nice et un prêtre dans sa paroisse le 26 juillet à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime). La diversité de ces attaques, des profils de leurs auteurs, des lieux et des symboles visés, des méthodes employées… Tout concourt à alimenter un climat anxiogène, fondé sur la certitude qu’il y aura d’autres drames. Le gouvernement ne peut pas se voir reprocher de n’avoir pas pris toutes les précautions. Et laisser prospérer, à moins d’un an de l’élection présidentielle, une nouvelle polémique sur la faille, ici d’un dispositif de sécurité, là d’une surveillance ou de la prise en compte d’un signalement. L’état d’urgence a été prolongé de six mois et, d’après nos informations, le rythme des perquisitions administratives est reparti aussitôt à la hausse. Dès le 15 juillet, des feux d’artifice, des festivals de musique, de théâtre ou de cinéma en plein air ont été annulés. De nombreux événements estivaux sont aussi maintenus. (…) L’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray – dont les auteurs, âgés de 19 ans, ont visiblement été pilotés par un homme en Syrie par le biais des réseaux sociaux et la messagerie sécurisée Telegram – semble cependant avoir changé la donne. Ces derniers jours, les procédures judiciaires ouvertes sur ce type de schémas se sont multipliées. Difficile de dire si le nombre de contacts entre des donneurs d’ordre établis en Syrie et de jeunes gens radicalisés sur le sol français a augmenté, ou si c’est la veille des services spécialisés sur les réseaux sociaux qui s’est accrue depuis le meurtre du Père Jacques Hamel. Toujours est-il que, depuis une semaine, trois enquêtes ont été ouvertes sur des soupçons de liens entre un commanditaire et de très jeunes individus. Le Monde
Rukmini Callimachi, journaliste qui couvre pour le New York Times les groupes djihadistes, et particulièrement l’organisation Etat islamique (EI), a publié une enquête saisissante sur les rouages de l’organisation, et particulièrement de sa branche de renseignement chargée de recruter et de former des combattants étrangers, appelée « Emni » en arabe. Sur la base de témoignages d’anciennes recrues, dont un Allemand actuellement en prison dans la ville de Brême après avoir passé quelques jours en Syrie, et « de milliers de pages de témoignages de services secrets français, belges, allemands et autrichiens », elle décrit le fonctionnement d’une unité extrêmement bien organisée au sein de l’EI dont la mission est « d’exporter la terreur ». (…) Selon les chiffres publiés par le New York Times, au moins 28 personnes directement recrutées par l’Emni ont fomenté des attaques, réussies ou non. Des dizaines d’autres ne sont pas passées à l’acte et pourraient former des cellules dormantes. Le djihadiste repenti détenu en Allemagne indique de son côté que l’Emni avait aussi entraîné l’homme qui a tué 39 personnes en Tunisie le 26 juin 2015. (…) Selon l’article de Rukmini Callimachi, les individus qui « passent à l’acte » en se revendiquant de l’EI pourraient avoir un lien moins direct avec l’organisation que ce qu’ils affirment dans leurs revendications. Le djihadiste repenti emprisonné en Allemagne évoque l’existence d’« hommes propres », de récents convertis sans lien avec les groupes radicaux, qui feraient la jonction entre « les terroristes potentiels » et des membres de l’EI en clandestinité, qui les conseillent sur la manière de confectionner une bombe ou de prêter allégeance en ligne. (…) Une des missions de l’Emni est de répartir ses hommes dans les pays de manière froidement organisée, afin d’augmenter leur efficacité. Le repenti allemand interrogé par la journaliste du New York Times a par exemple été encouragé à rentrer en Allemagne, car des membres de l’Emni lui auraient dit : « nous n’avons pas assez de gens en Allemagne qui soient prêts à faire le boulot ». Concernant la France, ce repenti raconte qu’un de ses amis avait entendu : « ne t’inquiète pas, il n’y a aucun problème », sous-entendant qu’un nombre important de relais de l’Emni se trouvaient sur le territoire français. Dans ce contexte, l’Amérique est soumise à un autre régime, car le retour ou l’arrivée sur le territoire américain est plus difficile. Dans tous les cas, le recrutement et le passage à l’acte sont téléguidés sur Internet, et facilités car « ils peuvent acheter des armes comme ils veulent. Nous n’avons pas besoin d’intermédiaire qui fournisse des armes ». Le Monde
Les attentats qui ont frappé successivement Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, les 14 et 26 juillet, ne sont que les derniers en date d’une longue série d’exactions meurtrières menées par l’organisation Etat islamique (EI), qui est de loin l’organisation terroriste la plus meurtrière dans le monde. Depuis la proclamation par l’EI d’un « califat » aux confins de la Syrie et l’Irak en juin 2014, puis l’allégeance de la secte Boko Haram en 2015, Le Monde a recensé 213 actes terroristes commis par l’organisation ou ses « filiales » dans 28 pays, qui ont fait plus de 3 000 morts. Le Monde

Championnat d’Europe de cyclisme sur route à Nice, braderie de Lille, Plages musicales de Berck, festivals Cinéma en plein air et Cinéma au clair de lune de Paris, festival de cinéma en plein air du Panier de Marseille, piétonnisation des Champs-Elysées, tournoi de basket Quai 54 de la pelouse de Reuilly, Paris Plages sur haute surveillance, Nuit des étoiles (430 manifestations dans toute la France), meeting aérien de la patrouille de France à Marseille, feu d’artifice du 15 août à La Baule, Prom’Party de Nice, concert de Rihanna de Nice, Nice Jazz Festival, fête du jasmin de Grasse, spectacle pyrotechnique pour l’anniversaire de la libération d’Avignon, feux d’artifice de Collioure et d’Aubagne, dans les Bouches-du-Rhône, concerts en plein air de Mulhouse …

A l’heure où avec plus de 3 000 morts et leur nouvelle stratégie de franchisement, les djihadistes de l’Etat islamique sont sur le point de dépasser leurs maitres et précurseurs d’Al Qaeda …

Et où dans la première destination touristique du monde et entre journée burkini et créneaux confessionnels dans les piscines, les annulations de festivités en cascade et la militarisation et l’israélisation rampantes menacent tout un art de vivre comme toute une économie …

Pendant qu’à ce qui reste de nos frontières et avec l’aide de nos belles âmes, la poussée migratoire se fait chaque jour plus pressante et plus organisée …

Comment ne pas voir …

Cette fin du monde ou du moins du mode de vie qui est le nôtre annoncée par nos Jean Raspail ou nos Houellebecq …

Voire de cette Apocalypse dont nos chrétiens n’osent même plus parler …

Ou de ses versions, « douces » ou « petites », dont parlait avant sa récente disparition l’anthropologue français René Girard ?

Risque d’attentat : annulations de festivités en cascade en France

Le Monde avec AFP

05.08.2016

Les festivités d’été se déroulent dans un contexte tendu, entre « un haut niveau de sécurité » et quelques annulations, selon le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve :

« L’objectif est de pouvoir maintenir ces manifestations en prenant toutes les précautions, mais, lorsque les conditions ne sont pas réunies pour assurer une sécurité maximale, les collectivités locales peuvent ponctuellement prendre la décision de l’annulation. »

De Lille à Marseille, Nice ou à Paris, revue de festivités annulées pour raisons de sécurité :

Le championnat d’Europe de cyclisme sur route, que la ville de Nice devait accueillir du 14 au 18 septembre, a été annulé, a annoncé vendredi 5 août le maire (LR), Philippe Pradal. Cette mesure a été prise pour des raisons de sécurité, trois semaines après l’attentat commis dans cette ville qui a fait 85 morts et 434 blessés.

« Etant donné qu’il s’agissait d’un événement consommateur important de forces de l’ordre, et dans la mesure où nous n’avons pas obtenu de garanties sur le déploiement de ces forces de l’ordre, le championnat d’Europe de cyclisme que Nice devait accueillir au nom de la France, est annulé. »

  • La braderie de Lille

L’annulation de l’événement le plus populaire de la ville a été annoncée vendredi 5 août par la maire (PS) de Lille, Martine Aubry. « Le volume de marchandises et la foule seraient impossibles à contrôler », a-t-elle déclaré, ajoutant : « C’est un déchirement de prendre cette décision. » Habituellement organisée le premier week-end de septembre, la braderie accueille chaque année entre 1 et 2,5 millions de visiteurs.

Dans le Pas-de-Calais, les Plages musicales, à Berck, sont également annulées. 4 000 à 8 000 personnes y étaient attendues du 4 au 7 août, selon la mairie.

  • Des festivals de cinéma en plein air

Le festival Cinéma en plein air, à Paris, annulé à la suite de l’attentat de Nice, le 14 juillet, a repris depuis samedi 30 juillet et jusqu’au 21 août, mais en intérieur, dans la grande halle de la Villette, toujours en accès libre et gratuit. Le festival, qui avait débuté le 13 juillet, avait annoncé le 20 juillet son annulation « jusqu’à nouvel ordre » sur décision de la préfecture de police.

Autre festival en plein air annulé à Paris, celui organisé par le Forum des images du 29 juillet au 10 septembre, Cinéma au clair de lune. « Nous regrettons que les conditions de sécurité ne permettent pas le déroulement de cet événement qui, chaque année, recueille un grand succès populaire », dit la direction.

A Marseille également, le festival de cinéma en plein air du Panier a annulé ses projections en extérieur.

  • Paris : piétonnisation des Champs-Elysées, tournoi de basket, festival Cinéma…

A Paris ont aussi été annulés la piétonnisation des Champs-Elysées prévue le 7 août ; le tournoi de basket Quai 54 sur la pelouse de Reuilly (12e arrondissement) les 23 et 24 juillet ;

D’autres événements, comme Paris Plages, ont été maintenus, mais avec une sécurité accrue sur les quais de la Seine et du bassin de la Villette : des accès aux voies sur berge barrés, d’autres surveillés… Les forces de l’ordre, renforcées par les militaires du dispositif Sentinelle, « assureront une présence sur les quais, sur les parties en hauteur et le pont », a aussi assuré la préfecture.

  • Nuit des étoiles

Plusieurs manifestations qui devaient se dérouler dans le cadre de la 26e édition de la Nuit des étoiles – qui prévoyait quelque 430 manifestations dans l’Hexagone pour observer les planètes Jupiter, Mars, Neptune et les étoiles filantes de vendredi à dimanche en France – ne pourront avoir lieu.

A Paris, c’est le cas des animations autour des planètes et des étoiles prévues vendredi de 18 h 30 à 23 h 30 sur la pelouse du parc de la Villette. A Marseille, l’association Andromède a annulé sa soirée d’observation prévue vendredi en plein air sur le site de l’ancien observatoire, et qui avait accueilli l’année dernière 500 personnes, selon elle. Idem à Cannes, pour une séance d’observation du ciel avec plusieurs télescopes prévue samedi, selon l’Association française d’astronomie (AFA), coordinatrice de la Nuit des étoiles. En Seine-et-Marne, la soirée astronomique prévue sur la base de loisirs de Buthiers a également été supprimée.

Lire aussi :   Où observer le ciel pour les Nuits des étoiles ?

  • Le meeting de la patrouille de France à Marseille le 13 août

La Mairie de Marseille a décidé, le 1er août, d’annuler le meeting aérien de la patrouille de France prévu le 13 août, « dans le cadre de l’état d’urgence ». Selon la préfecture, la manifestation aurait attiré « un public très nombreux (plus de 100 000 spectateurs en 2015) » sur le littoral, dont la sécurisation complète aurait été compliquée et aurait entraîné « une paralysie totale du trafic ».

Il y a quinze jours, l’organisation Etat islamique a publié une vidéo dans laquelle Marseille est explicitement ciblée. Le maire a depuis demandé au premier ministre, Manuel Valls, « une mobilisation accrue et significative de tous les moyens humains et matériels nécessaires à la protection des Marseillais, ainsi que des milliers de visiteurs ou de touristes ».

  • Le feu d’artifice du 15 août à La Baule

A La Baule, le traditionnel feu d’artifice du 15 août n’aura pas lieu. Le maire (LR), Yves Métaireau, a évoqué une « configuration [du front de mer] semblable » à la ville de Nice, où les festivités du 14 Juillet ont été endeuillées par l’attentat.

La grande station balnéaire de la Loire-Atlantique a choisi de privilégier « la sécurité des 40 000 à 60 000 spectateurs du feu d’artifice baulois, a dit le maire. Même s’il n’y a toutefois pas de menace avérée qui touche La Baule-Escoublac, il faut être vigilant, sans verser dans la psychose ».

  • Série d’annulations dans le Sud-Est

La Mairie de Nice, encore endeuillée, a décidé d’annuler la Prom’Party, censée transformer en immense piste de danse la promenade des Anglais les 15 et 28 août. Le concert de Rihanna, qui devait avoir lieu le 15 juillet à l’Allianz Arena, le stade de la ville, et le Nice Jazz Festival, qui devait se dérouler du 16 au 20 juillet, avaient déjà été annulés.

La Ville, qui précise attendre la décision de la préfecture des Alpes-Maritimes « sur chaque événement, conformément à une nouvelle circulaire », annonce toutefois que certains événements futurs seront « redimensionnés pour être plus sécurisés ».

Dans les Alpes-Maritimes, Grasse renonce à sa 70e fête du jasmin, qui devait accueillir plus de 5 000 visiteurs. Et la mairie d’Avignon annule de son côté le spectacle pyrotechnique prévu le 25 août pour l’anniversaire de la libération de la ville, avec 30 000 spectateurs attendus au pied du pont.

A Collioure, dans les Pyrénées-Orientales, le feu d’artifice du 16 août est annulé. Tout comme celui prévu à Aubagne, dans les Bouches-du-Rhône, le 21 août.

  • Des concerts en plein air annulés à Mulhouse

A Mulhouse (Haut-Rhin), la soirée « The Cover » programmée le samedi 13 août est annulée. Un concert de trois heures avec des reprises de tubes par un orchestre devait se tenir place de la Réunion, dans le centre-ville.

La Ville avait déjà décidé d’annuler le 30 juillet la soirée Club’in Red, qui devait transformer la même place en boîte de nuit à ciel ouvert. En 2015, cette soirée avait réuni 10 000 personnes, selon les organisateurs.

Mobilisation accrue des forces de l’ordre

Maintenir le plus de festivités possible cet été « implique la mobilisation de nos forces, de la police municipale et, éventuellement, d’agents de sécurité privée », a expliqué le ministre de l’intérieur. Outre les effectifs militaires de Sentinelle (10 000 hommes), 12 500 réservistes de la gendarmerie pourront être mobilisés, « ce qui assure une présence supplémentaire quotidienne de 4 000 gendarmes sur le territoire national », selon Bernard Cazeneuve. Par ailleurs, « près de 4 700 policiers ont signé des conventions dans le cadre de la réserve nationale », a-t-il ajouté.

En ce qui concerne le projet de garde nationale annoncé par François Hollande, l’objectif est de porter à 84 000 personnes d’ici à 2019 avec « 40 000 pour la défense et 44 000 pour le ministère de l’intérieur », a précisé le ministre. M. Cazeneuve a également rappelé que « depuis début 2016 », ses services ont « procédé à 165 interpellations, 91 mises en examen, 63 incarcérations et 25 contrôles judiciaires ». « Depuis le 31 juillet, sur six dossiers importants représentant des menaces significatives, ce sont cinq incarcérations et quatre gardes à vue, qui se poursuivent », a-t-il annoncé.

Voir aussi:

Terrorisme : l’inquiétude s’installe à son plus haut niveau

Sarah Belouezzane, Olivier Faye, Soren Seelow, Julia Pascual et Geoffroy Deffrennes (Lille, correspondant)

Le Monde

06.08.2016

C’est une institution vieille de plusieurs siècles, un symbole de fête, de tradition populaire. Désormais, c’est aussi le symbole de la menace, et du terrain qu’elle a gagné. La plus grande brocante d’Europe, qui se tient chaque année à Lille le premier week-end de septembre, a été annulée. Avec plus de 2 millions de visiteurs en moyenne et quelque 10 000 exposants sur 100 kilomètres d’étals, la braderie de Lille est la plus grosse manifestation qui se trouve contrainte de céder devant le risque terroriste.

Lors d’une conférence de presse, vendredi 5 août, Martine Aubry, la maire PS de la ville, a fait part de cette « décision douloureuse » : « C’est une responsabilité morale, c’est un déchirement, je suis bouleversée », a-t-elle déclaré. A ses côtés, le préfet du Nord, Michel Lalande – qui était directeur de cabinet du ministre de l’intérieur jusqu’au mois de mai –, a renchéri :

« La sécurisation dans un contexte terroriste est impossible à tenir. On ne renonce pas face au terrorisme. La passion est nécessaire, mais la raison est encore plus indispensable. Je préfère affronter la colère de ceux qui perdent une référence, peut-être de l’argent, qu’affronter la colère de ceux qui perdraient un enfant. »

Il aura fallu près de trois semaines pour que chemine et aboutisse ce renoncement. Le 15 juillet, au lendemain de l’attentat de Nice, lorsque le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, contacte Martine Aubry par téléphone, le scénario d’une annulation est imaginé pour la première fois. « J’ai tout de suite dit que je voulais maintenir la braderie, et ne pas céder à la peur du terrorisme », relate la maire de Lille au Monde. Les choses sont mises à plat entre la préfecture et la mairie. « Depuis quinze jours, nous prenions énormément de mesures », explique Mme Aubry.

Climat anxiogène

Aucune menace particulière n’avait été identifiée, mais le périmètre de la braderie est réduit, des blocs de béton sont commandés et livrés, le renfort de forces mobiles est porté à vingt compagnies, au lieu de cinq l’année précédente, la présence de tireurs d’élite est envisagée sur les toits, ainsi que la présence du RAID, le recours à des drones et à des hélicoptères… Cela ne suffit pas. Le risque de mouvements de foule demeure, et il reste impossible de sécuriser les milliers de logements attenants à la braderie ou de fouiller les milliers de véhicules garés plusieurs jours avant l’événement. « Depuis dimanche dernier, je n’en dormais plus, poursuit Martine Aubry. Je ne pouvais pas risquer la mort de dizaines de personnes. » Mardi matin, l’édile annonce au préfet que la manifestation sera suspendue.

C’est un principe de réalité qui s’impose progressivement depuis l’attentat du 14 juillet, à Nice : la menace terroriste ne faiblit pas et le risque zéro n’existe pas. Le massacre de la promenade des Anglais a aussi été un avertissement politique sévère. Qui a vu l’union nationale voler en éclats et l’opposition accuser le gouvernement de ne pas avoir tout fait pour éviter le drame.

En quelques semaines à peine, ce sont trois attentats qui ont secoué le pays, visant deux policiers le 13 juin à Magnanville (Yvelines), des familles et des touristes le jour de la fête nationale à Nice et un prêtre dans sa paroisse le 26 juillet à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime). La diversité de ces attaques, des profils de leurs auteurs, des lieux et des symboles visés, des méthodes employées… Tout concourt à alimenter un climat anxiogène, fondé sur la certitude qu’il y aura d’autres drames.

« Tout annuler »

Le gouvernement ne peut pas se voir reprocher de n’avoir pas pris toutes les précautions. Et laisser prospérer, à moins d’un an de l’élection présidentielle, une nouvelle polémique sur la faille, ici d’un dispositif de sécurité, là d’une surveillance ou de la prise en compte d’un signalement. L’état d’urgence a été prolongé de six mois et, d’après nos informations, le rythme des perquisitions administratives est reparti aussitôt à la hausse.

Dès le 15 juillet, des feux d’artifice, des festivals de musique, de théâtre ou de cinéma en plein air ont été annulés. De nombreux événements estivaux sont aussi maintenus. Interrogés par Le Monde, des élus font état de la difficulté à laquelle ils sont confrontés : « Si on raisonne froidement, ça serait plus simple de tout annuler. Mais ça serait renoncer à notre manière d’être, de vivre, estime Pierre Mathonier, maire (PS) d’Aurillac (Cantal), où doit se tenir un festival international de théâtre de rue du 17 au 20 août. Nous mettons tous les moyens que nous pouvons pour assurer la sécurité, mais nous n’avons pas de boule de cristal, on ne prévoira pas tout. »

A Dax, où se tient entre les 11 et 15 août la feria annuelle qui attire 800 000 personnes en moyenne, tous les accès au centre historique seront barrés. La municipalité s’est adjoint le concours de plus de 300 vigiles d’une compagnie privée, ainsi que des renforts de CRS et de militaires. Gabriel Bellocq, maire (PS), ne veut pas « céder à la peur et à la menace ». Il rappelle que la situation de Dax n’est pas comparable à celle de Lille : la fréquentation est moindre et la fête se déroule principalement dans le centre historique.

Principe de précaution

La sécurisation « dépend de la configuration des lieux, confirme le lieutenant-colonel Karine Lejeune, porte-parole de la gendarmerie nationale. Le renseignement rentre aussi en ligne de compte ». A Marseille, le meeting de la Patrouille de France du 13 août, qui réunit plus de 100 000 personnes sur le littoral, a, par exemple, été annulé. Une décision qui tient à la fois à la difficulté de sanctuariser les lieux, mais également au fait que le groupe Etat islamique a, dans une vidéo diffusée le 20 juillet, mentionné pour la première fois la ville parmi ses cibles.

« Les terroristes frapperont là où il y a une symbolique qui n’a pas encore été prise en compte », croit pour sa part une source au sein des services de renseignement, pour qui une des difficultés réside dans l’appréhension des signaux faibles. En conséquence, « le tamis du filet se resserre beaucoup, constate Patrice Ribeiro, secrétaire général du syndicat de policiers Synergie officiers. Certains signalements n’auraient pas été pris en compte aussi sérieusement il y a un an. Ce n’est pas de l’hystérie, c’est paradigmatique. La menace est telle que les services sont sur un principe de précaution ».

Illustration de cette vigilance accrue : un témoin a rapporté, mardi 2 août, avoir entendu une conversation dans un café faisant état d’un projet d’attentat visant Paris Plages. Si son témoignage est vite apparu peu convaincant aux enquêteurs, la Préfecture de police a tout de même décidé de le prendre en compte. « Au vu du contexte, et de la permanence de la menace, nous prenons tout au sérieux, y compris les signalements qui peuvent sembler fantaisistes », explique une source policière.

Des donneurs d’ordre établis en Syrie ?

Dans ce contexte anxiogène, la multiplication des témoignages à traiter complique considérablement le travail des enquêteurs. Le 31 juillet, une ressortissante anglaise a appelé la gendarmerie de Périgueux, en Dordogne, affirmant avoir été informée par sa famille, en Afghanistan, qu’un certain Tawoos H., arrivé deux mois plus tôt en France, envisageait de commettre un attentat. Difficile à recouper, ce signalement a mobilisé les services de police pendant cinq jours. Le demandeur d’asile a finalement été interpellé vendredi à Paris, et placé en garde à vue pour vérifications.

Malgré la fébrilité qui s’est emparée du pays, la fréquence des interpellations en lien avec la thématique djihadiste n’a pas sensiblement varié ces derniers mois : plusieurs personnes continuent d’être placées chaque semaine en garde à vue. L’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray – dont les auteurs, âgés de 19 ans, ont visiblement été pilotés par un homme en Syrie par le biais des réseaux sociaux et la messagerie sécurisée Telegram – semble cependant avoir changé la donne. Ces derniers jours, les procédures judiciaires ouvertes sur ce type de schémas se sont multipliées.

Difficile de dire si le nombre de contacts entre des donneurs d’ordre établis en Syrie et de jeunes gens radicalisés sur le sol français a augmenté, ou si c’est la veille des services spécialisés sur les réseaux sociaux qui s’est accrue depuis le meurtre du Père Jacques Hamel. Toujours est-il que, depuis une semaine, trois enquêtes ont été ouvertes sur des soupçons de liens entre un commanditaire et de très jeunes individus.

Trois interpellations

Vendredi 29 juillet, un converti de 19 ans, Armand R., a ainsi été interpellé à Puteaux, dans les Hauts-de-Seine, et mis en examen mardi 2 août pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) avait détecté qu’un djihadiste établi en Syrie, réputé dangereux et influent, l’avait contacté pour l’inciter à passer à l’acte.

Samedi 30 juillet, un jeune Lyonnais a, à son tour, été interpellé, lui aussi sur la base d’un renseignement faisant état d’un contact avec un possible donneur d’ordre en Syrie. Dans son téléphone, les enquêteurs ont mis la main sur de nombreux documents de propagande de l’Etat islamique. Il a lui aussi été mis en examen le 3 août.

Jeudi 4 août, c’est une jeune fille de 16 ans qui a été interpellée à Melun (Seine-et-Marne). L’adolescente est apparue comme l’administratrice d’une chaîne privée sur Telegram, dans laquelle des messages faisant craindre un attentat imminent ont été détectés par les services. Ce dossier, considéré comme très sensible, est celui qui inquiète le plus les enquêteurs.

Voir également:

A Lille : « L’annulation ? Horrible, car les terroristes ont gagné ! »

Geoffroy Deffrennes (Lille, correspondant)

Le Monde

06.08.2016

La braderie de Lille attire chaque année l’équivalent de la population du Nord. Tout Lillois y a des souvenirs. Pour chacun, cela adoucit la fin des vacances. Quand autrefois la braderie se tenait le dimanche et le lundi, les élèves pouvaient même gagner une rallonge de congé.

« C’est triste, mais compréhensible », se désole Maeva. Même propos, deux rues plus loin, pour Guillaume (26 ans, 5 braderies) et son copain Fabien (28 ans, 3 braderies), ou pour Stéphane (52 ans, 31 braderies). Attablés en terrasse du Tir na nog, place Philippe-Lebon, Sylvain Parzysz et ses copains sont unanimes : « On est déçus mais on comprend… » Sylvain ne rate pas une braderie depuis son arrivée à Lille, en 2001. Il en a vécu plusieurs en bossant dans un bar irlandais, le Lucky Ducky, et secoue tristement sa casquette rouge :

« Vous imaginez toutes les commandes à annuler, boisson, nourriture, gobelets, etc. ! On avait aussi l’habitude d’embaucher des renforts. »

A côté de lui, Tristan approuve : « Je comprends la décision, mais c’est un mauvais message : on a perdu la main sur nos agendas culturels et festifs ! » Sylvain admet toutefois que la braderie était un vrai casse-tête pour la sécurité : « Impossible de mettre Lille en état de siège. Sa topographie est très ouverte… » Leur voisine de table, Clémentine, renchérit : « Je m’attendais à cette annulation, mais pas à me sentir aussi déçue. On est sous le choc ! »

Tristan remarque :

« La braderie, c’est le rendez-vous annuel des anciens, mais aussi l’intégration des étudiants fraîchement arrivés, qui découvrent l’esprit du Nord. »

Tous pensent cependant que les habitués voudront marquer le coup. « J’ai vu que deux groupes résistants se sont déjà constitués sur Facebook. Les gens feront quand même la fête, et les restaurants proposeront les moules frites habituelles. D’ailleurs, sur Airbnb, annuler c’est compliqué, donc beaucoup ne voudront pas perdre leur réservation. »

« 4300 couverts perdus »

Sur la Grand-Place, où l’édition régionale de France 3 a installé un car-régie pour l’édition du soir, Bad, 19 ans, et Dave, 18 ans, « deux purs Lillois de la Porte de Douai », un quartier populaire, font grise mine. « Déjà que les vacances ne sont pas top et voilà que l’on perd la fête de rentrée… On nous prive de la braderie par peur d’une bande de crétins », désapprouve Bad. « Franchement, ce sont des conneries, renchérit Dave : il ne s’est rien passé durant l’Euro et dans la fan-zone. Il faudra quand même sortir ce week-end-là, et manger des moules frites. »

Thomas Cornélis, 33 ans, directeur des vastes salles des Trois Brasseurs, face à la gare Lille-Flandres, vit la braderie depuis onze ans en tant que professionnel.

« J’ai appris cela à 11 h 05 par une alerte de La Voix du Nord sur mon smartphone. Et aussitôt j’ai reçu une vingtaine de messages d’amis, commerçants notamment. Avec un collègue, patron comme moi, on s’est dit qu’il valait mieux perdre de l’argent que des vies humaines. »

La perte est nette. « La braderie, pour mon enseigne, ce sont 2 800 couverts le samedi, et 1 500 le dimanche, calcule Thomas. Ce sont des mois d’organisation, de commandes de toutes sortes. Le calendrier des restaurateurs commence avec la braderie et se termine avec elle. Mais je pourrai négocier avec mes fournisseurs, contrairement aux petites structures qui ne récupéreront pas leurs arrhes… »

En terrasse du Café citoyen, place du Vieux-Marché-aux-Chevaux, Simon se dit « partagé ». Il était dans le TGV Paris-Lille quand son smartphone a bipé :

« J’ai lu braderie annulée, et bizarrement mon premier réflexe a été de regarder avec suspicion la tête des gens autour de moi… En fait, j’avais décidé de venir à la braderie, mais je m’étais dit que cette année cela serait sans mes enfants. Ce qui prouve que même si je dis qu’il ne faut pas céder devant les terroristes, j’ai intégré un danger. »

Place de la République, des amateurs de roller préparent leur traditionnelle randonnée hebdomadaire du vendredi soir. Parmi eux, Damien s’agace : « L’annulation ? Horrible, car les terroristes ont gagné ! »

Pour Martine Aubry, il faudra faire d’un mal un bien, car on maîtrisait de moins en moins cette braderie :

« Il faut en retrouver son véritable esprit, revenir aux fondamentaux du vide-greniers des habitants, avec moins de business. Réduire le périmètre… »

Voir encore:

L’annulation de la braderie de Lille plonge les commerçants dans l’embarras

Juliette Garnier

Le Monde

05.08.2016

Martine Aubry a annoncé, vendredi 5 août, l’annulation de la grande braderie de Lille, la plus grande d’Europe, pour des raisons de sécurité. L’événement devait se dérouler, comme chaque année, le premier week-end de septembre. « Je me suis dit que s’il y avait un mort, je m’en voudrais toute ma vie », a expliqué la maire PS de la municipalité, lors d’une conférence de presse aux côtés du préfet du département, Michel Lalande.

Bien que les conditions de sécurité aient été « revues à la hausse » depuis l’attentat de Nice du 14 juillet, le périmètre de ce grand vide-greniers à ciel ouvert qui s’étend sur 10 km carrés a été jugé trop difficile à sécuriser deux jours durant. L’événement attire chaque année une foule dense de chineurs, badauds et autres « bradeux » amateurs de moules-frites et de bière. « Anglais, Belges et Hollandais » traversent la frontière pour y assister, deux jours durant, rapporte Claude Sohet, président de la Fédération lilloise du commerce, de l’artisanat et des services (FLCAS). En 2015, plus de 2,5 millions de personnes se sont pressées dans les rues de la ville.

Des litres de bière et des tonnes de moules

La décision d’annuler cet événement plonge les commerçants et les professionnels du tourisme dans l’embarras. Fallait-il annuler ? « C’est une erreur. Tout annuler, c’est abandonner une partie de notre liberté », estime Thierry Grégoire, président de la branche des professions saisonnières de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH). Ce responsable patronal régional rappelle que « ni l’Euro de football, ni le Tour de France n’ont été annulés ». Il aurait « fallu formater l’événement différemment », juge-t-il.

Commerçants et hôteliers s’inquiètent des conséquences économiques de cette décision. « La braderie de Lille, c’est un événement culturel et économique », observe Claude Sohet. Deux jours durant, les restaurateurs servent des litres de bière et des tonnes de moules. « Annuler est une catastrophe économique », juge Thierry Grégoire.

A l’en croire, faute de braderie de Lille, le secteur de l’hôtellerie régionale devrait perdre une « bonne dizaine de millions d’euros ». Car, les jours de grande braderie se rangent « parmi les premiers jours d’activité pour les restaurateurs, qui effectuent alors 24 heures de service », rapporte Norman Lacquemant, président de l’Union commerciale du secteur piétonnier lillois. Les commerçants s’inquiètent aussi de « l’image de la France donnée ainsi à l’étranger », note Thierry Grégoire.

Toutefois, plusieurs voix s’élèvent pour exiger le « respect de la décision de Martine Aubry ». Lors de la braderie, « il faut parfois deux heures pour parcourir 100 mètres », raconte Norman Lacquemant. « S’il se passe quelque chose, vous imaginez le carnage ? », observe ce commerçant de la rue de Béthune, qui invite tous les commerçants lillois à « regarder devant » et à « faire la braderie dans leurs magasins », les 3 et 4 septembre.

Voir de même:

Polémique sur le burkini à Marseille : ce qu’il faut savoir

 Gary Dagorn et Adrien Sénécat

Le Monde

05.08.2016

La polémique qui agite depuis plusieurs jours la classe politique est de saison. A Marseille, une association souhaitait organiser une journée réservée aux femmes et aux enfants dans un parc aquatique, où le port du burkini serait de mise. Une initiative vivement critiquée par des personnalités politiques, principalement de droite et d’extrême droite, y voyant un choix « communautariste ». Mais un tel événement a-t-il quoi que ce soit d’illégal ?

Qu’est-ce que cette « journée burkini » ?

L’association marseillaise Smile 13 souhaitait privatiser le parc aquatique Speedwater Park aux Pennes-Mirabeau (Bouches-du-Rhône) pour « un peu moins de 15 000 euros » la journée du 17 septembre (initialement prévu le 10, l’événement a été décalé d’une semaine).

L’affiche qui présente la journée annonce qu’elle s’adresse « exclusivement » aux femmes et aux enfants (les garçons y sont autorisés jusqu’à l’âge de 10 ans). Il est dit qu’« exceptionnellement » le parc autorise la baignade en burkini (une tenue de bain qui couvre le corps de la tête aux chevilles mais laisse le visage apparent) ou « jilbeb de bain » (plus ample que le burkini), à condition que les tissus soient adaptés à la pratique de loisirs aquatiques. L’invitation précise également que le personnel du parc sera mixte.

L’événement a été résumé un peu vite à une « journée burkini » par la classe politique et par certains médias. « Seules les femmes habillées de la tête aux pieds y seront acceptées », s’indigne par exemple un éditorial du Figaro. Dans les faits, les maillots de bains deux-pièces y sont proscrits, « les parties doivent être cachées de la poitrine aux genoux », mais un « maillot une pièce avec un paréo ou short-caleçon » est accepté.

« Je ne vois pas ce qu’on peut nous reprocher à part de pratiquer notre religion », estime Melisa Thivet, la trésorière de l’association Smile13, interrogée par Le Lab. « Notre but est de rapprocher les femmes de l’eau. Certaines n’ont pas la chance de pouvoir aller se baigner dans le parc en pleine saison, par pudeur. » Et de préciser que l’événement n’est pas réservé aux femmes de confession musulmane.

Qui l’organise ?

Smile 13 (un acronyme pour Sœurs marseillaises initiatrices de loisirs et d’entraide) est une association marseillaise visant à faciliter l’accès aux loisirs aquatiques pour les femmes et leurs enfants. L’association organise régulièrement des journées détente réservées aux femmes dans des spas ou des piscines. Elle organise aussi des cours d’arabe et de lecture du Coran, ainsi que des ateliers cuisine durant le ramadan.

Cette association créée le 12 janvier 2015 dit réunir environ deux cents membres et ne reçoit pas de subvention publique. Sa trésorière, Melisa Thivet, convertie à l’islam, a dit au Monde « vivre à l’européenne » et « ne pas porter le voile » : « Nous sommes une association culturelle et sportive, pas cultuelle. »

Pas convaincu, le Front national accuse l’association d’être un « faux nez de l’islamisme » dans un communiqué diffusé vendredi 5 août.

Peut-on interdire un tel événement ?

Le parc Speedwater n’est pas une piscine municipale, mais un établissement privé. Il a, à ce titre, son propre règlement intérieur (qui proscrit d’ailleurs le burkini en temps normal). Il arrive, occasionnellement, que le parc soit réservé pour des événements privés. C’était le cas de la journée du 17 septembre, à l’initiative de Smile 13 et en dehors des dates d’ouverture habituelles du parc (la saison se termine le 4 septembre).

L’entreprise a revendiqué cette liberté dans un communiqué, s’affirmant « libre de privatiser son espace toute une journée à l’instar d’une salle des fêtes pour la célébration d’un mariage ».

Le maire des Pennes-Mirabeau, Michel Amiel (ex-socialiste, membre du parti La Force du 13, de Jean-Noël Guérini), a néanmoins trouvé une solution pour tenter de faire interdire la journée, à travers un arrêté municipal pour « troubles à l’ordre public ».

Cette notion s’applique en principe dans les cas où l’événement ou la manifestation visés pourraient susciter des émeutes ou des violences. En 2007, par exemple, un arrêté préfectoral avait visé une distribution de « soupe au cochon » à des personnes sans-abri à Paris. L’association d’extrême droite à l’origine de l’événement, qui avait contesté son interdiction, n’avait pas obtenu gain de cause face au Conseil d’Etat. Ce dernier avait estimé que les fondements et le but de la manifestation, visibles sur le site de l’association, légitimaient les inquiétudes des autorités.

Dans le cas de cet événement aquatique, on peut s’interroger sur la réalité des menaces pour l’ordre public. M. Amiel a qualifié cette journée de « provocation dont on n’a pas besoin dans le contexte actuel ». Reste que l’association Smile 13 n’est pas connue pour des messages haineux ou des violences, et qu’il reste à démontrer que la menace d’éventuels actes d’hostilité à l’événement nécessiterait une interdiction préventive.

Il n’est pas dit que ce débat soit tranché par la justice : pour l’heure, la réservation du parc n’a toujours pas été formalisée par l’association Smile 13, et sa trésorière, Melisa Thivet, disait jeudi 4 août au Monde ne pas savoir si elle allait la maintenir. La page de l’événement sur Facebook a également été mise hors ligne.

Le burkini est-il interdit par la loi ?

La loi ne se prononce pas sur les tenues à adopter dans les établissements aquatiques. La circulaire sur la loi de 2010 concernant le voile intégral prohibe seulement la dissimulation du visage dans l’espace public, ce qui vise notamment le niqab. Le burkini, qui couvre le corps sans dissimuler le visage, est donc une tenue tout à fait légale.

En revanche, le règlement intérieur de chaque établissement définit les tenues autorisées ou non et prohibe par exemple celles qui sont jugées non adaptées ou pourraient poser des problèmes d’hygiène.

Il est courant dans des piscines publiques ou privées que le règlement proscrive les vêtements qui ne sont pas exclusivement réservés à la baignade, quand bien même ils seraient adaptés, pour éviter qu’un usager puisse se baigner avec une tenue utilisée à l’extérieur. Ce qui peut viser les shorts et les bermudas, mais aussi le burkini (même s’il n’est pas forcément explicitement nommé).

Plusieurs cas de ce type ont été évoqués dans la presse, à Douai, en 2011, ou à Emerainville, en 2009.

Qu’en est-il des créneaux horaires non mixtes dans les piscines ?

Le cas des piscines publiques diffère de celui des établissements privés, car elles sont gérées par la municipalité. En l’absence de jurisprudence sur le sujet, la compatibilité des créneaux confessionnels dans une piscine municipale avec la loi de 1905 sur la laïcité peut faire débat.

Cela n’a pas empêché certaines mairies d’en proposer. A Sarcelles, un créneau horaire de la piscine avait été mis en place en 2006 le dimanche après-midi pour une association de femmes juives loubavitch, interdites de se baigner en présence d’hommes. La communauté d’agglomération Val-de-France y a mis fin la même année.

A Aix-les-Bains, des créneaux similaires ont été mis en place en 1977 dans la piscine municipale pour les élèves des écoles juives de la ville. La polémique avait éclaté en 2011 après qu’une femme eut essuyé le refus d’accéder aux bassins lors de ces créneaux horaires, à cause de la présence d’élèves.

Il existe aussi dans certaines municipalités des créneaux réservés à certaines populations, sur des critères autres que la religion. Accusée en 2012 d’avoir mis en place des horaires réservés aux femmes musulmanes, la Mairie de Lille dirigée par Martine Aubry s’était défendue en rétorquant qu’il existait des plages horaires spécifiques destinées depuis 2000 à certaines habitantes dans le cadre d’un programme de lutte contre l’obésité, racontait L’Express. La municipalité faisait valoir qu’il existait aussi des créneaux réservés aux femmes enceintes ou du troisième âge. Il existe également un créneau horaire non mixte à Strasbourg.

François Bayrou (MoDem) s’était quant à lui déclaré favorable en avril 2012 à la mise en place d’horaires non mixtes dans les piscines municipales, à partir du moment où il ne s’agirait pas de créneaux confessionnels. « Il y a des femmes qui pèsent plus lourd que d’autres, et qui ne veulent pas être exposées au regard des hommes dans une piscine », plaidait-il, maladroitement.

Voir de plus:

Près de 200 migrants franchissent la frontière franco-italienne à Menton

Le Monde avec AFP

06.08.2016

Un groupe de migrants, dont le nombre est estimé à 200, encadré par des militants du mouvement No Border, a franchi vendredi 5 août la frontière entre l’Italie et la France, a annoncé la préfecture des Alpes-Maritimes dans un communiqué. Ces personnes auraient quitté le centre d’accueil installé récemment à Vintimille, en Italie.

Les faits se sont déroulés peu avant 18 heures, au niveau du pont Saint-Ludovic, en bord de mer, détaille le communiqué. Le texte précise : « Immédiatement, en étroite coordination avec les autorités italiennes, ces étrangers en situation irrégulière ont été bloqués à quelques centaines de mètres de la frontière, côté français. »

« A 20 h 15, 152 personnes qui s’étaient regroupées sur les rochers étaient invitées à quitter les lieux, sans incident, et font actuellement l’objet d’une procédure de non-admission. D’autres [étrangers en situation irrégulière], une cinquantaine environ, sont en cours d’interpellation à Menton en vue également d’une non-admission. »

Le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a salué « l’efficacité des forces de l’ordre qui (…) ont mis fin sans délai à la tentative de franchissement de la frontière ». Quatre militants de No Border ont été interpellés. L’un a été placé en garde à vue et un autre a fait l’objet d’une non-admission, a ajouté la préfecture.

« Mobilisation totale des services »

Eric Ciotti, député (Les Républicains) des Alpes-Maritimes et président du conseil départemental, a demandé au ministre de l’intérieur « une action d’urgence » pour que les migrants arrivés à Menton soient réadmis dès la soirée de vendredi en Italie.

« Compte tenu de la pression migratoire qui s’exerce en Italie, je demande également au gouvernement que soit rétabli de façon permanente le contrôle à la frontière franco-italienne et que des forces mobiles soient immédiatement déployées sur les lieux. »

Dans un communiqué, M. Cazeneuve garantit « la mobilisation totale des services de l’Etat pour assurer la sécurisation de nos frontières » grâce à un « dispositif adapté déployé en permanence ». Celui-ci comprend notamment, dans les Alpes-Maritimes, deux unités de forces mobiles, soutenues depuis le début de la semaine par l’engagement de forces « Sentinelle ».

Voir enfin:

Enquête du « New York Times » sur la branche de l’Etat islamique chargée « d’exporter la terreur »

Big Browser

Le Monde

 06.08.2016

Rukmini Callimachi, journaliste qui couvre pour le New York Times les groupes djihadistes, et particulièrement l’organisation Etat islamique (EI), a publié une enquête saisissante sur les rouages de l’organisation, et particulièrement de sa branche de renseignement chargée de recruter et de former des combattants étrangers, appelée « Emni » en arabe.

Sur la base de témoignages d’anciennes recrues, dont un Allemand actuellement en prison dans la ville de Brême après avoir passé quelques jours en Syrie, et « de milliers de pages de témoignages de services secrets français, belges, allemands et autrichiens », elle décrit le fonctionnement d’une unité extrêmement bien organisée au sein de l’EI dont la mission est « d’exporter la terreur ».

  • Du renseignement interne à la violence externe. A l’origine, l’« Emni » est chargé du renseignement dans les territoires contrôlés par l’EI. Son rôle aujourd’hui est d’organiser les attentats et les attaques à l’extérieur dans plusieurs régions du monde, notamment en Europe, en Asie et dans les pays arabes, selon les informations recueillies par le New York Times. L’unité a la capacité de prendre des décisions en quasi-autonomie par rapport au reste de l’EI, recrutant et répartissant les hommes comme elle l’entend, en les renvoyant par exemple dans leur pays d’origine pour des « missions ».
  • Sous le commandement d’Abou Mohammed Al-Adnani. Présenté habituellement comme le porte-parole de l’EI et un des derniers hauts responsables à être apparu dans des vidéos de propagande au cours de l’été, Al-Adnani est en réalité plus influent selon le New York Times, recoupant des informations déjà publiées par Le Monde : son rôle est également d’inspirer et coordonner des attaques menées à l’étranger pour le compte de l’Emni.
  • Derrière les attentats de Paris, de Bruxelles, de Sousse. Selon l’enquête de Rukmini Callimachi, les terroristes qui ont frappé Paris le 13 novembre 2015, et Bruxelles le 22 mars 2016, avaient été directement entraînés par cette unité. Un Français revenu de Syrie, interrogé par le New York Times, se rappelle par exemple avoir eu pour clients dans son restaurant de Rakka des membres de l’Emni, « dont Abdelhamid Abaaoud », qui a été tué à Saint-Denis le 16 novembre 2015. Selon les chiffres publiés par le New York Times, au moins 28 personnes directement recrutées par l’Emni ont fomenté des attaques, réussies ou non. Des dizaines d’autres ne sont pas passées à l’acte et pourraient former des cellules dormantes. Le djihadiste repenti détenu en Allemagne indique de son côté que l’Emni avait aussi entraîné l’homme qui a tué 39 personnes en Tunisie le 26 juin 2015.
  • Les « hommes propres » qui font le lien. Selon l’article de Rukmini Callimachi, les individus qui « passent à l’acte » en se revendiquant de l’EI pourraient avoir un lien moins direct avec l’organisation que ce qu’ils affirment dans leurs revendications. Le djihadiste repenti emprisonné en Allemagne évoque l’existence d’« hommes propres », de récents convertis sans lien avec les groupes radicaux, qui feraient la jonction entre « les terroristes potentiels » et des membres de l’EI en clandestinité, qui les conseillent sur la manière de confectionner une bombe ou de prêter allégeance en ligne.
  • Des ressources humaines réparties pour consolider un réseau. Une des missions de l’Emni est de répartir ses hommes dans les pays de manière froidement organisée, afin d’augmenter leur efficacité. Le repenti allemand interrogé par la journaliste du New York Times a par exemple été encouragé à rentrer en Allemagne, car des membres de l’Emni lui auraient dit : « nous n’avons pas assez de gens en Allemagne qui soient prêts à faire le boulot ». Concernant la France, ce repenti raconte qu’un de ses amis avait entendu : « ne t’inquiète pas, il n’y a aucun problème », sous-entendant qu’un nombre important de relais de l’Emni se trouvaient sur le territoire français. Dans ce contexte, l’Amérique est soumise à un autre régime, car le retour ou l’arrivée sur le territoire américain est plus difficile. Dans tous les cas, le recrutement et le passage à l’acte sont téléguidés sur Internet, et facilités car « ils peuvent acheter des armes comme ils veulent. Nous n’avons pas besoin d’intermédiaire qui fournisse des armes ».

Utiliser les réseaux sociaux pour entrer dans les rouages de l’EI

Avant de parvenir à écrire une telle enquête, Rukmini Callimachi a dû travailler de nombreuses années à infiltrer les réseaux terroristes et gagner leur confiance, comme elle le raconte au magazine Wired dans une interview publiée le même jour que son enquête dans le New York Times.

Après avoir commencé à couvrir le djihadisme en 2006, elle a été correspondante de l’agence Associated Press (AP) en Afrique de l’Ouest au moment où Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) est devenue une organisation à part entière. En 2012, lorsqu’une alliance de groupes salafistes et touareg a pris le contrôle du nord du Mali, avant d’être chassée par les armées française et malienne, « il y avait plus de journalistes à Tombouctou qu’à La Nouvelle Orléans après Katrina », se souvient-elle.

C’est dans ce contexte qu’elle est tombée sur des documents laissés dans leur fuite par les djihadistes, ramassés dans des sacs-poubelles. « On m’appelait l’éboueuse de Tombouctou », raconte-t-elle à Wired. Comme elle ne parlait pas encore arabe, elle s’est fait traduire des dizaines de pages et découvre alors une organisation beaucoup plus complexe que ce qu’elle imaginait.

« À l’époque, personne ne comprenait que je puisse utiliser leurs propres documents comme du matériau pour des reportages. […] La critique, c’était comment oses-tu donner une voix à ces gens-là ?[…] Mais je pense que notre travail, en tant que journalistes, est de comprendre, et d’apporter des nuances de gris là où l’on voit la réalité en noir et blanc. »

Rukmini Callimachi s’est ensuite mise à observer la propagande djihadiste en ligne, à un moment où celle-ci n’est pas encore considérée comme une source potentielle d’informations. Leur communication est alors « cantonnée à des forums privés avec mot de passe, jusqu’en 2012 ou 2013 », avant de devenir complètement accessible sur Twitter.

Depuis que Twitter fait une chasse plus sévère aux comptes djihadistes, ils se sont tournés vers l’application cryptée Telegram, « beaucoup plus difficile à explorer » selon elle. Elle passe néanmoins plusieurs heures par jour sur l’application, identifiée en tant que journaliste, à suivre des comptes et des chaînes djihadistes.

Sa stratégie est d’avoir une source qui gravite dans le milieu sans être « un membre de l’Etat islamique pur et dur », car ceux-ci ne parlent pas aux journalistes. La plupart du temps, l’identité de ces contacts en ligne n’est pas vérifiable, ils ne peuvent donc pas être cités comme des sources. Mais ils donnent des « indices » dans l’immense jeu de piste qu’est la « djihadosphère », que Rukmini Callimachi s’acharne à décrypter.

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