Terrorisme: La peur des identités hybrides gagne nos sociétés (Millions of Nowhere men unsettled by a modern world they can neither master nor reject)

https://i0.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/fd/National_Park_Service_9-11_Statue_of_Liberty_and_WTC_fire.jpgNe croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10: 34-36)
Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres: gardez-vous d’être troublés, car il faut que ces choses arrivent. (…) Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume, et il y aura, en divers lieux, des famines et des tremblements de terre. Tout cela ne sera que le commencement des douleurs. (…) Cette bonne nouvelle du royaume sera prêchée dans le monde entier, pour servir de témoignage à toutes les nations. Alors viendra la fin. Jésus (Matthieu 24 : 6-8)
Le nombre et le rythme des tentatives d’attentats contre les Etats-Unis au cours des neuf derniers mois ont dépassé les mêmes statistiques durant toute autre période d’une année précédente. Département américain de la sécurité intérieure (21 mai 2010)
Nous avons affaire à des terroristes internationaux. Je crois que nous devons penser à modifier les règles dont disposent les enquêteurs et à mettre en place un système flexible, plus en phase avec la menace à laquelle nous sommes confrontés. Holder.
Lorsqu’il leva la main droite et prononça le fameux «serment de fidélité», ce 17 avril 2009 dans un petit tribunal de Bridgeport dans le Connecticut, Faisal Shahzad, désormais citoyen des États-Unis d’Amérique, réalisait enfin le rêve américain. (…) Le couple intègre la classe moyenne américaine et achète non loin de Bridgeport, pour 273 000 dollars, un joli pavillon avec une petite piscine. Faisal porte des costumes occidentaux pour aller travailler, «à Wall Street», assure-t-il à ses voisins, et des djellabas quand il est en famille. Celui que ses proches au Pakistan décrivent comme un Pakistanais «moderne» se laisse pousser un collier de barbe, mais l’imam de Bridgeport, Cheikh Hassan Abu-Mar, ne l’a «jamais vu» à la mosquée. Les enquêteurs essaient aujourd’hui de comprendre quand et où il s’est radicalisé. C’est vers la mi-2009 que sa vie se désintègre brutalement. Il quitte son emploi sans explication et retourne au Pakistan en juin. Aux voisins, il raconte qu’il déménage dans le Missouri. Mais au moment même où il obtenait la citoyenneté américaine, quelques mois plus tôt, un drame sûrement humiliant s’était produit pour cet immigré qui avait réussi en Amérique. En pleine crise immobilière, la banque avait saisi sa maison, dont il n’arrivait pas à rembourser l’emprunt. L’Amérique réelle était-elle à la hauteur des rêves de cet homme élevé selon des valeurs pakistanaises strictes ? Était-il déçu par ce pays qui mène deux guerres dans des nations musulmanes et lance des drones sur les insurgés talibans, tuant ainsi des victimes civiles dans son propre pays d’origine ? Le Figaro
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. (…) Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
Des millions de Faisal Shahzad sont déstabilisés par un monde moderne qu’ils ne peuvent ni maîtriser ni rejeter. (…) Le jeune homme qui avait fait tous ses efforts pour acquérir la meilleure éducation que pouvait lui offrir l’Amérique avant de succomber à l’appel du jihad a fait place au plus atteint des schizophrènes. Les villes surpeuplées de l’Islam – de Karachi et Casablanca au Caire – et ces villes d’Europe et d’Amérique du Nord où la diaspora islamique est maintenant présente en force ont des multitudes incalculables d’hommes comme Faisal Shahzad. C’est une longue guerre crépusculaire, la lutte contre l’Islamisme radical. Nul vœu pieu, nulle stratégie de « gain des coeurs et des esprits », nulle grande campagne d’information n’en viendront facilement à bout. L’Amérique ne peut apaiser cette fureur accumulée. Ces hommes de nulle part – Shahzad Faisal, Malik Nidal Hasan, l’émir renégat né en Amérique Anwar Awlaki qui se terre actuellement au Yémen et ceux qui leur ressemblent – sont une race de combattants particulièrement dangereux dans ce nouveau genre de guerre. La modernité les attire et les ébranle à la fois. L’Amérique est tout en même temps l’objet de leurs rêves et le bouc émissaire sur lequel ils projettent leurs malignités les plus profondes. Fouad Ajami
Le problème de fond, c’est qu’aujourd’hui, en sus de cette crise d’identité des minorités hybrides, il existe une crise d’identité plus générale de l’Europe et des États-Unis. Une forme d’anxiété profonde face à l’afflux d’immigrants. En Amérique, un pays qui s’est bâti sur l’immigration, le sentiment général à l’égard des immigrés est en train de changer, se rapprochant de ce qu’il est en Europe. Depuis le 11 Septembre, les musulmans américains deviennent une minorité qui fait peur. Cette peur est le résultat de notre ère globalisée. Dans les pays musulmans, la peur de l’hybride croît également. De la même manière que l’Europe et l’Amérique se sentent physiquement menacées par une invasion musulmane, les populations conservatrices du Pakistan se sentent, elles, menacées par l’invasion du mode de pensée et de vie américain et européen. C’est la raison pour laquelle, l’an dernier, 3 000 personnes ont été tuées par les terroristes en terre pakistanaise. N’oublions jamais que la vraie bataille entre l’islam radical et le reste du monde se déroule là-bas. Mohsin Hamid
Recrudescence des attaques, tentatives et projets d’attaques terroristes sur le sol américain ou européen, nationalisation de terroristes désormais ressortissants américains ou européens et donc difficilement repérables (13 voyages au Pakistan en 7 ans pour le dernier terroriste de Times Square!), connaissant non seulement mieux l’environnement mais servant de surcroit de relais idéologiques aux groupes terroristes sur place, « attentats de petite envergure, faciles à mettre en œuvre contre des cibles accessibles » …Alors que, contre les bondieuseries et les douces rêveries de nos belles âmes et chantres de la diversité et de la mixité sociale à tout va, l’actualité se charge de rappeler le formidable potentiel apocalyptique des temps que nous vivons …Et que, dans la plus grande discrétion et la pure hypocrisie, le Naïf en chef et premier Homme de nulle part de la Maison Blanche abandonne l’une après l’autre les réformes si fortement claironnées contre les prétendues dérives de la politique antiterroriste de son honni prédécesseur …Retour avec le politiste libano-américain Fouad Ajami et l’écrivain pakistano-américain Mohsin Hamid, deux déracinés qui ont réussi eux à mettre à profit leur arrachement aux traditions de leurs pères pour atteindre à plus et non moins de lucidité …Sur ces millions de Faisal Shahzad, tant dans les métropoles surpeuplées de l’Islam que, plus dangereusement encore, au sein de nos propres capitales d’Europe et d’Amérique du Nord …

« Déstabilisés par un monde moderne qu’ils ne peuvent ni maîtriser ni rejeter » et emportés par « la peur des identités hybrides qui gagne nos sociétés »

Confirmations vivantes, comme le rappelait il y a six ans René Girard dans Le Magazine littéraire contre le naïf optimisme de nos Lumières de jadis comme d’aujourd’hui, du redoutable et potentiellement explosif pouvoir libérateur d’un « âge démocratique qui ne conduit pas forcément à l’harmonie », mais au contraire, avec l’abaissement des barrières de classe et de culture, à une violence démultipliée …

« La peur des identités hybrides gagne nos sociétés »
Laure Mandeville
Le Figaro
18/05/2010

Auteur de L’Intégriste malgré lui *, qui met en scène la dérive d’un jeune Américain-Pakistanais parfaitement intégré vers un rejet violent de l’Amérique, l’écrivain Mohsin Hamid tente d’expliquer la crise identitaire qui mène certains musulmans américains jusqu’au terrorisme.

LE FIGARO. – Vous avez récemment écrit un roman dérangeant, dont le héros, un jeune Pakistanais totalement intégré dans la société américaine, ressemble beaucoup à ces terroristes musulmans «maison» qui ont défrayé récemment la chronique politique. Brillant produit de Princeton, votre personnage se retrouve progressivement en rupture d’identité avec l’Amérique, découvrant avec honte et surprise le 11 Septembre qu’il a plaisir à voir s’effondrer les tours du World Trade Center… Quel est selon vous le mécanisme psychologique qui conduit de jeunes musulmans occidentaux à dériver vers la haine de l’occident ?

Mohsin HAMID. – Ce qui est intéressant, c’est que la plupart de ces terroristes ont passé une grande partie de leur vie en Occident ou y sont nés. Mon instinct me pousse à penser que c’est le caractère hybride de l’identité de ces hommes qui a soudain posé problème. Non pas que l’on ne puisse pas vivre avec plusieurs identités. Mais il arrive parfois que deux de nos identités essentielles se retrouvent en conflit et que nous décidions d’en renier une. Cette volonté de rompre avec une de vos identités a des causes multiples. Un traumatisme, une peine amoureuse, comme pour mon héros, une faillite dans le cas de Faisal Shahzad, ou tout simplement le sentiment de ne pas être dans le tableau… Si je franchis ce pas, si je décide de renier mon identité américaine pour me proclamer exclusivement pakistanais et musulman, je ne le fais pas parce que c’est vrai -c’est faux !- mais parce que je veux me libérer de la complexité de mon identité hybride. Beaucoup de gens remplissent ce malaise en sombrant dans la drogue, l’alcool ou… en écrivant des romans. Mais si vous basculez, vous allez chercher un récit idéologique qui justifie votre démarche. Vous dites que les Américains sont en Irak, qu’ils bombardent votre peuple au Pakistan. Vous cherchez à recréer dans le monde extérieur la cassure qui existe à l’intérieur de vous.

N’y a-t-il pas une forme de cercle vicieux inquiétant qui se dessine dans ce face-à-face de l’Occident et de l’islam radical, les affaires comme celle de Times Square risquant de galvaniser le sentiment antimusulman et créant par ricochet de nouvelles fêlures identitaires et de nouveaux apprentis terroristes…

Des millions de musulmans vivent en Occident. Les terroristes ne sont qu’une poignée. Il ne faut donc pas sombrer dans le pessimisme. Dans l’ensemble, nous apprenons à vivre pacifiquement dans la globalité du XXIe siècle. Mais il est vrai que l’enchaînement dont vous parlez est un vrai risque. Car si on commence à penser qu’un Américain-Pakistanais est un oxymoron, une contradiction dans les termes, alors on verra grandir la crise d’identité de la minorité. Le problème de fond, c’est qu’aujourd’hui, en sus de cette crise d’identité des minorités hybrides, il existe une crise d’identité plus générale de l’Europe et des États-Unis. Une forme d’anxiété profonde face à l’afflux d’immigrants. En Amérique, un pays qui s’est bâti sur l’immigration, le sentiment général à l’égard des immigrés est en train de changer, se rapprochant de ce qu’il est en Europe. Depuis le 11 Septembre, les musulmans américains deviennent une minorité qui fait peur. Cette peur est le résultat de notre ère globalisée. Dans les pays musulmans, la peur de l’hybride croît également. De la même manière que l’Europe et l’Amérique se sentent physiquement menacées par une invasion musulmane, les populations conservatrices du Pakistan se sentent, elles, menacées par l’invasion du mode de pensée et de vie américain et européen. C’est la raison pour laquelle, l’an dernier, 3 000 personnes ont été tuées par les terroristes en terre pakistanaise. N’oublions jamais que la vraie bataille entre l’islam radical et le reste du monde se déroule là-bas.

Quelle est l’importance d’Internet dans l’apparition de ces fameux «terroristes maison» occidentaux ?

Dans un monde global qui dilue et isole, Internet nous permet de nous connecter avec des gens qui nous ressemblent. Cela rompt l’isolement de beaucoup de vies, mais cela réduit aussi le spectre de ce que nous lisons, nous enfermant dans un ghetto mental communautaire très dangereux. En bref, Internet nous permet d’atteindre, dans le monde virtuel, une «pureté» idéologique que nous ne pouvons plus trouver dans la culture globale et complexe qui est la nôtre.

Avez-vous éprouvé un jour le même rejet de l’Amérique que votre héros ?

Même si je me sens totalement en accord avec mon identité multiple, pakistanaise, américaine, européenne… je dois dire qu’après le 11 Septembre, quand les tambours de la guerre résonnaient à travers le monde, j’ai ressenti moi aussi cet appel tribal, ce besoin d’une identité musulmane simpliste, même si elle ne correspondait pas à ce que je suis. En écrivant ce livre, j’ai voulu explorer les échos du tribalisme que je ressentais. Mais j’ai aussi voulu prendre le lecteur à témoin un peu comme Camus. Montrer que l’issue de l’histoire dépend aussi de son regard à lui.

Denoël, 2007, traduit par Bernard Cohen (The Reluctant Fundamentalist, 2007).

Voir aussi:

Islam’s Nowhere Men
Fouad Ajami
The WSJ
May 10, 2010

Millions like Faisal Shahzad are unsettled by a modern world they can neither master nor reject.

‘A Muslim has no nationality except his belief, » the intellectual godfather of the Islamists, Egyptian Sayyid Qutb, wrote decades ago. Qutb’s « children » are everywhere now; they carry the nationalities of foreign lands and plot against them. The Pakistani born Faisal Shahzad is a devotee of Sayyid Qutb’s doctrine, and Maj. Nidal Malik Hasan, the Fort Hood shooter, was another.

Qutb was executed by the secular dictatorship of Gamal Abdel Nasser in 1966. But his thoughts and legacy endure. Globalization, the shaking up of continents, the ease of travel, and the doors for immigration flung wide open by Western liberal societies have given Qutb’s worldview greater power and relevance. What can we make of a young man like Shahzad working for Elizabeth Arden, receiving that all-American degree, the MBA, jogging in the evening in Bridgeport, then plotting mass mayhem in Times Square?

The Islamists are now within the gates. They fled the fires and the failures of the Islamic world but brought the ruin with them. They mock national borders and identities. A parliamentary report issued by Britain’s House of Commons on the London Underground bombings of July 7, 2005 lays bare this menace and the challenge it poses to a system of open borders and modern citizenship.

The four men who pulled off those brutal attacks, the report noted, « were apparently well integrated into British society. » Three of them were second generation Britons born in West Yorkshire. The oldest, a 30-year-old father of a 14-month-old infant, « appeared to others as a role model to young people. » One of the four, 22 years of age, was a boy of some privilege; he owned a red Mercedes given to him by his father and was given to fashionable hairstyles and designer clothing. This young man played cricket on the eve of the bombings. The next day, the day of the terror, a surveillance camera filmed him in a store. « He buys snacks, quibbles with the cashier over his change, looks directly at the CCTV camera, and leaves. » Two of the four, rather like Faisal Shahzad, had spent time in Pakistan before they pulled off their deed.

A year after the London terror, hitherto tranquil Canada had its own encounter with the new Islamism. A ring of radical Islamists were charged with plotting to attack targets in southern Ontario with fertilizer bombs. A school-bus driver was one of the leaders of these would-be jihadists. A report by the Canadian Security Intelligence Service unintentionally echoed the British House of Commons findings. « These individuals are part of Western society, and their ‘Canadianness’ makes detection more difficult. Increasingly, we are learning of more and more extremists that are homegrown. The implications of this shift are profound. »

And indeed they are, but how can « Canadianness » withstand the call of the faith and the obligation of jihad? I think of one Egyptian Islamist in London, a man by the name of Yasser Sirri, who gave the matter away some six years ago: « The whole Arab world was dangerous for me. I went to London, » he observed.

In Egypt, three sentences had been rendered against him: one condemned him to 25 years of hard labor, the second to 15 years, and the third to death for plotting to assassinate a prime minister. Sirri had fled Egypt to Yemen, then to the Sudan. But it was better and easier in bilad al-kufar, the lands of unbelief. There is wealth in the West and there are the liberties afforded by an open society.

In an earlier age—I speak here autobiographically, and not of some vanished world long ago but of the 1960s when I made my way to the United States—the world was altogether different. Mass migration from the Islamic world had not begun. The immigrants who turned up in Western lands were few, and they were keen to put the old lands, and their feuds and attachments, behind them. Islam was then a religion of Afro-Asia; it had not yet put down roots in Western Europe and the New World. Air travel was costly and infrequent.

The new lands, too, made their own claims, and the dominant ideology was one of assimilation. The national borders were real, and reflected deep civilizational differences. It was easy to tell where « the East » ended and Western lands began. Postmodernist ideas had not made their appearance. Western guilt had not become an article of faith in the West itself.

Nowadays the Islamic faith is portable. It is carried by itinerant preachers and imams who transmit its teachings to all corners of the world, and from the safety and plenty of the West they often agitate against the very economic and moral order that sustains them. Satellite television plays its part in this new agitation, and the Islam of the tele-preachers is invariably one of damnation and fire. From tranquil, banal places (Dubai and Qatar), satellite television offers an incendiary version of the faith to younger immigrants unsettled by a modern civilization they can neither master nor reject.

And home, the Old Country, is never far. Pakistani authorities say Faisal Shahzad made 13 visits to Pakistan in the last seven years. This would have been unthinkable three or four decades earlier. Shahzad lived on the seam between the Old Country and the New. The path of citizenship he took gave him the precious gift of an American passport but made no demands on him.

From Pakistan comes a profile of Shahzad’s father, a man of high military rank, and of property and standing: He was « a man of modern thinking and of the modern age, » it was said of him in his ancestral village of Mohib Banda in recent days. That arc from a secular father to a radicalized son is, in many ways, the arc of Pakistan since its birth as a nation-state six decades ago. The secular parents and the radicalized children is also a tale of Islam, that broken pact with modernity, the mothers who fought to shed the veil and the daughters who now wish to wear the burqa in Paris and Milan.

In its beginnings, the Pakistan of Faisal Shahzad’s parents was animated by the modern ideals of its founder, Muhammad Ali Jinnah. In that vision, Pakistan was to be a state for the Muslims of the subcontinent, but not an Islamic state in the way it ordered its political and cultural life. The bureaucratic and military elites who dominated the state, and defined its culture, were a worldly breed. The British Raj had been their formative culture.

But the world of Pakistan was recast in the 1980s under a zealous and stern military leader, Zia ul-Haq. Zia offered Pakistan Islamization and despotism. He had ridden the jihad in Afghanistan next door to supreme power; he brought the mullahs into the political world, and they, in turn, brought the militants with them.

***

This was the Pakistan in which young Faisal Shahzad was formed; the world of his parents was irretrievable. The maxim that Pakistan is governed by a trinity—Allah, army, America—gives away this confusion: The young man who would do his best to secure an American education before succumbing to the call of the jihad is a man in the grip of a deep schizophrenia. The overcrowded cities of Islam—from Karachi and Casablanca to Cairo—and those cities in Europe and North America where the Islamic diaspora is now present in force have untold multitudes of men like Faisal Shahzad.

This is a long twilight war, the struggle against radical Islamism. We can’t wish it away. No strategy of winning « hearts and minds, » no great outreach, will bring this struggle to an end. America can’t conciliate these furies. These men of nowhere—Faisal Shahzad, Nidal Malik Hasan, the American-born renegade cleric Anwar Awlaki now holed up in Yemen and their likes—are a deadly breed of combatants in this new kind of war. Modernity both attracts and unsettles them. America is at once the object of their dreams and the scapegoat onto which they project their deepest malignancies.

Mr. Ajami, a professor at Johns Hopkins School of Advanced International Studies and a senior fellow at Stanford University’s Hoover Institution, is the author of « The Foreigner’s Gift » (Free Press, 2007).

Voir également:Les tentatives d’attentats atteignent un record aux USA
Jim Jarrassé
Le Figaro
27/05/2010D’après un rapport confidentiel, ces projets sont difficiles à déceler car de plus en plus d’Occidentaux agissent pour le compte de groupes terroristes sur le sol américain.Un mois après la tentative d’attentat de Times Square, un document confidentiel du département américain de la sécurité intérieure (DHS), révélé par CNN, a de quoi inquiéter. Daté du 21 mai, on y apprend que «le nombre et le rythme des tentatives d’attentats contre les Etats-Unis au cours des neuf derniers mois ont dépassé les mêmes statistiques durant toute autre période d’une année précédente.» En clair, sans être précisément chiffrés, les projets d’attaques terroristes sur le sol américain n’ont jamais été aussi nombreux. Et le DHS de renchérir en assurant qu’étant donné la «fréquence croissante» de ces tentatives d’attentats, les autorités américaines doivent «opérer en partant du principe que des groupes terroristes sont infiltrés dans le pays et sont susceptibles de prévoir un attentat sans prévenir».Pour le département américain de la sécurité intérieure, le danger est donc omniprésent. D’autant que de nouvelles habitudes dans les modes opératoires des terroristes viennent compliquer la donne : auparavant prévues et exécutées par des étrangers mieux surveillés sur le sol américain, les tentatives d’attentats sont désormais en partie l’œuvre de citoyens américains. Des Occidentaux liés à des groupes comme al-Qaida et les talibans pakistanais. A l’instar de Faisal Shahzad, l’auteur présumé de l’attentat raté de Times Square, ou de «Djihad Jane», une blonde aux yeux bleus de Philadelphie accusée d’avoir fomenté un complot avec des terroristes islamistes. Ces Américains, relate le rapport, constituent une menace majeure car ils sont difficilement repérables par les services de renseignement et connaissent bien l’environnement dans lequel ils doivent agir. Ils peuvent de plus acheter aux Etats-Unis tout le matériel nécessaire à leur forfait sans être suspectés.

Des relais idéologiques

Ces ressortissants américains, note aussi le DHS, ne se contentent pas de comploter. Ils servent aussi aux groupes terroristes de relais idéologiques sur le sol américain, appelant les musulmans à attaquer les Etats-Unis. L’exemple le plus flagrant en la matière reste celui d’Anwar al-Aulaqi. Cet Américain de 38 ans, qui fut imam dans plusieurs mosquées du pays, n’a eu cesse de prêcher la propagande djihadiste pendant plusieurs années. En contact étroit avec le tireur de la fusillade de Fort Hood, au Texas, il est considéré par les services antiterroristes américains comme celui qui a recruté et entraîné le Nigérian auteur de l’attentat manqué du vol Amsterdam-Detroit, qui avait failli coûter la vie à 290 passagers. Réfugié au Yémen, il reste très gênant pour les Etats-Unis qui ont décidé de tout faire pour le neutraliser, quitte à commettre un assassinat ciblé. Une décision rare pour un ressortissant américain.

Les buts et les méthodes des terroristes ont changé, conclut le rapport. Loin des attentats du 11 septembre, la tendance est désormais «à des attentats de petite envergure, faciles à mettre en œuvre, contre des cibles accessibles». Reste aux services américains à s’adapter à ces nouvelles menaces, plus discrètes mais toujours dangereuses. Pointé du doigt lors de l’attentat manqué du vol Amsterdam-Detroit, le renseignement est actuellement en phase de restructuration, suite à la démission la semaine dernière de son directeur, Dennis Blair. L’administration Obama, qui publie ce jeudi sa «stratégie de sécurité nationale», un document sur la manière dont les Etats-Unis évaluent et contrent les menaces, assure vouloir s’adapter aux changements tactiques d’al-Qaida.

Voir de plus:

Obama contraint de réviser sa politique antiterroriste
Laure Mandeville
Le Figaro
21/05/2010

Le président américain avait initialement promis de mettre fin aux dérives de l’époque de son prédécesseur, George W. Bush, mais son équipe paraît hésiter, voire reculer sur plusieurs fronts.

Tandis que les nombreuses agences de renseignements américaines chargées d’antiterrorisme continuent de se déchirer – et de s’interroger sur leurs responsabilités respectives dans la foulée de l’attentat terroriste raté de Times Square -, l’Administration Obama semble de son côté peiner à définir une approche juridique et politique cohérente en la matière. Comme si le fait d’être passé si près d’une catastrophe à Times Square avait soudain changé la perspective de la Maison-Blanche.

Le président avait initialement promis de mettre fin aux dérives de l’époque de son prédécesseur, George W. Bush, en annonçant la fin de l’utilisation de la torture, la fermeture rapide de la prison de Guantanamo et le transfert des détenus devant des tribunaux civils. Il avait fait le pari que la lutte contre le terrorisme pouvait se conjuguer avec le respect des principes de la démocratie américaine.

Mais l’équipe démocrate, si elle n’abandonne pas son but, paraît hésiter, voire reculer sur plusieurs fronts sous la pression de l’opposition républicaine. Ainsi la fermeture de Guantanamo, qu’Obama avait prévue pour janvier 2010, pourrait-elle être reportée sine die.

Pas de transfert dans l’Illinois

Le projet de transfert des prisonniers détenus sur une base militaire américaine à Cuba vers une prison de haute sécurité aux États-Unis est également menacé depuis mercredi dernier. L’Administration avait demandé au Congrès d’approuver un budget de 350 millions de dollars pour acheter et rénover un établissement pénitentiaire presque vide à Thomson, dans l’Illinois. Or, le comité des forces armées de la Chambre des représentants vient d’approuver un projet de loi visant à interdire la création, en territoire américain, d’un centre de détention censé accueillir les «ennemis combattants» trop dangereux pour être libérés, quoique ne pouvant être jugés, faute de preuves suffisantes.

L’Administration Obama vient aussi d’annoncer, par la voix de son ministre de la Justice, Eric Holder, qu’elle proposerait une loi permettant aux enquêteurs d’interroger des suspects sans les informer immédiatement de leurs droits à garder le silence et à réclamer un avocat. Il s’agirait de rendre plus flexible la législation dite «Miranda», qui fait référence à une décision de la Cour suprême de 1966 interdisant aux enquêteurs d’utiliser, lors d’un procès, les renseignements obtenus pendant ces premiers interrogatoires.

Attaché à réconcilier lutte antiterroriste et état de droit, Eric Holder avait jusqu’ici insisté sur l’importance de conforter les droits des suspects et de respecter ce que l’on appelle ici la «mirandisation» des prisonniers. Mais les républicains n’ont cessé, au nom de la sécurité nationale, d’appeler à traduire les suspects devant des cours militaires pour contourner la loi «Miranda».

Dans la foulée de l’attentat avorté de Times Square, l’Administration Obama semble finalement se rendre partiellement à leurs raisons, non pas en optant systématiquement pour les tribunaux militaires, mais en levant certaines des contraintes qui compliquent le travail des enquêteurs civils. «Nous avons affaire à des terroristes internationaux. Je crois que nous devons penser à modifier les règles dont disposent les enquêteurs et à mettre en place un système flexible, plus en phase avec la menace à laquelle nous sommes confrontés», a dit Holder.

L’idée du futur projet de loi est de permettre aux enquêteurs de surmonter un déchirant dilemme – obtenir le maximum d’informations lors de l’interrogatoire pour prévenir l’imminence d’un attentat, ou le mener de telle sorte que les accusations puissent être recevables devant un tribunal civil. Après Bush, Obama découvre qu’il n’est pas si facile de conjuguer état de droit et lutte antiterroriste.

Voir enfin:

« Ce qui se joue aujourd’hui est une rivalité mimétique à l’échelle planétaire »
René Girard
Propos recueillis par Henri Tincq
Le Monde
05.11.01.

René Girard , né le 25 décembre 1923 à Avignon, vit depuis 1947 aux Etats-Unis, où il a enseigné à l’université Stanford (Californie). Les attentats du 11 septembre l’ont laissé, d’abord, « engourdi ».Dans cet entretien au Monde, l’anthropologue essaie pour la première fois d’analyser un événement où il reconnaît ses propres thèses sur la rivalité mimétique et le sacrifice du bouc émissaire comme instrument de résolution des cycles de violence. Depuis trente ans, ses ouvrages ont été traduits dans le monde entier : La Violence et le Sacré (Grasset, 1972) ; Des choses cachées depuis la fondation du monde (Grasset, 1978) ; Je vois Satan tomber comme l’éclair (Grasset, 1999). Sa conviction chrétienne s’affermit au fil d’une œuvre dense qui peut se révéler une clé de lecture de la menace terroriste actuelle. Pour lui, la violence n’est pas d’abord politique ou biologique, mais mimétique. Dans un ouvrage qui vient de sortir en France chez Desclée de Brouwer – Celui par qui le scandale arrive (194 p., 19 euros , 124,63 F) –, René Girard revient sur sa conviction que la croix – la mort du Christ – annonce la victoire sur les mythes et régressions les plus archaïques.

Le terrorisme est suscité par un désir exacerbé de convergence et de ressemblance avec l’Occident. L’islam fournit le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. Son rapport mystique avec la mort nous le rend plus mystérieux encore.

« Votre théorie de la « rivalité mimétique » peut-elle s’appliquer à l’actuelle situation de crise internationale ?

– L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. Les rapports humains sont essentiellement des rapports d’imitation, de concurrence.

« Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.

– « Loin de se détourner de l’Occident, écrivez-vous dans votre dernier livre, ils ne peuvent pas s’empêcher de l’imiter, d’adopter ses valeurs sans se l’avouer et sont tout aussi dévorés que nous le sommes de la réussite individuelle et collective. » Faut-il comprendre que les « ennemis » de l’Occident font des Etats-Unis le modèle mimétique de leurs aspirations, au besoin en le tuant ?

– Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité.

– Mais les Américains auraient dû être les moins étonnés de ce qui s’est passé, puisqu’ils vivent en permanence ces rapports de concurrence.

– L’Amérique incarne en effet ces rapports mimétiques de concurrence. L’idéologie de la libre entreprise en fait la solution absolue. Efficace, mais explosive. Ces rapports de concurrence sont excellents si on en sort vainqueurs, mais si les vainqueurs sont toujours les mêmes, alors, un jour ou l’autre, les vaincus renversent la table du jeu. Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. « Nous vous enterrerons », disait Khrouchtchev aux Américains. Cela avait un côté bon enfant… Ben Laden, c’est plus inquiétant que le marxisme, où nous reconnaissions une conception du bonheur matériel, de la prospérité et un idéal de réussite pas si éloigné de ce qui se vit en Occident.

– Que pensez-vous de la fascination pour le sacrifice chez les kamikazes de l’islam ? Si le christianisme, c’est le sacrifice de la victime innocente, iriez-vous jusqu’à dire que l’islamisme est la permission du sacrifice et l’islam une religion sacrificielle, dans laquelle on retrouve aussi cette notion de « modèle » qui est au cœur de votre théorie mimétique ?

– L’islam entretient un rapport avec la mort qui me convainc davantage que cette religion n’a rien à voir avec les mythes archaïques. Un rapport avec la mort qui, d’un certain point de vue, est plus positif que celui que nous observons dans le christianisme. Je pense à l’agonie du Christ : « Mon Père, pourquoi m’as-tu abandonné ! (…) Que cette coupe s’éloigne de moi. » Le rapport mystique de l’islam avec la mort nous le rend plus mystérieux encore. Au début, les Américains prenaient ces islamistes kamikazes pour des « cowards » (poltrons), mais, très vite, ils ont changé d’appréciation. Le mystère de leur suicide épaississait le mystère de leur action terroriste.

 » Oui, l’islam est une religion du sacrifice dans laquelle on retrouve aussi la théorie du mimétisme et du modèle. Les candidats au suicide ne manquaient déjà pas lorsque le terrorisme semblait échouer. Alors imaginez ce qui se passe aujourd’hui quand il a, si j’ose dire, réussi. Il est évident que dans le monde musulman, ces terroristes kamikazes incarnent des modèles de sainteté.

– Les martyrs de la foi au Christ sont aussi, disaient les Pères de l’Eglise, de la « semence » de chrétiens…

– Oui, mais dans le christianisme, le martyr ne meurt pas pour se faire copier. Le chrétien peut s’apitoyer sur lui, mais il n’envie pas sa mort. Il la redoute, même. Le martyr sera pour lui un modèle d’accompagnement, mais pas un modèle pour se jeter dans le feu avec lui. Dans l’islam, c’est différent. On meurt martyr pour se faire copier et manifester ainsi un projet de transformation politique du monde. Appliqué au début du XXIe siècle, un tel modèle me laisse pantois. Est-il propre à l’islam ? On fait souvent référence à la secte des hachachins au Moyen Age qui se tuaient après avoir donné la mort aux infidèles, mais je ne suis pas capable de comprendre ce geste, encore moins de l’analyser. Il faut seulement le constater.

– Iriez-vous jusqu’à dire que la figure dominante de l’islam est celle du combattant guerrier et que dans le christianisme c’est celle de la victime innocente, et que cette différence irréductible condamne toute tentative de compréhension entre ces deux monothéismes ?

– Ce qui me frappe dans l’histoire de l’islam, c’est la rapidité de sa diffusion. Il s’agit de la conquête militaire la plus extraordinaire de tous les temps. Les barbares s’étaient fondus dans les sociétés qu’ils avaient conquises, mais l’islam est resté tel qu’il était et a converti les populations des deux tiers de la Méditerranée. Ce n’est donc pas un mythe archaïque comme on aurait tendance à le croire. J’irais même jusqu’à dire que c’est une reprise – rationaliste à certains points de vue – de ce qui fait le christianisme, une sorte de protestantisme avant l’heure. Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques.

– Mais les monothéismes ne sont-ils pas porteurs d’une violence structurelle, parce qu’ils ont fait naître une notion de Vérité unique, exclusive de toute articulation concurrente ?

– On peut toujours interpréter les monothéismes comme des archaïsmes sacrificiels, mais les textes ne prouvent pas qu’ils le sont. On dit que les Psaumes de la Bible sont violents, mais qui s’exprime dans les psaumes, sinon les victimes des violences des mythes : « Les taureaux de Balaam m’encerclent et vont me lyncher » ? Les Psaumes sont comme une fourrure magnifique de l’extérieur, mais qui, une fois retournée, laisse découvrir une peau sanglante. Ils sont typiques de la violence qui pèse sur l’homme et du recours que celui-ci trouve dans son Dieu.

 » Nos modes intellectuelles ne veulent voir de la violence que dans les textes, mais d’où vient réellement la menace ? Aujourd’hui, nous vivons dans un monde dangereux où tous les mouvements de foule sont violents. Cette foule était déjà violente dans les Psaumes. Elle l’est dans le récit de Job. Elle demande à Job de se reconnaître coupable : c’est un vrai procès de Moscou qu’on lui fait. Procès prophétique. N’est-ce pas celui du Christ adulé par les foules, puis rejeté au moment de la Passion ? Ces récits annoncent la croix, la mort de la victime innocente, la victoire sur tous les mythes sacrificiels de l’Antiquité.

 » Est-ce si différent dans l’islam ? Ils contiennent aussi de formidables intuitions prophétiques sur le rapport entre la foule, les mythes, les victimes et le sacrifice. Dans la tradition musulmane, le bélier sacrifié à Abel est le même que celui qui a été envoyé par Dieu à Abraham pour qu’il épargne son fils. Parce qu’Abel sacrifie des béliers, il ne tue pas son frère. Parce que Caïn ne sacrifie pas d’animaux, il tue son frère. Autrement dit, l’animal sacrificiel évite le meurtre du frère et du fils. C’est-à-dire qu’il fournit un exutoire à la violence. Ainsi y a-t-il, chez Mahomet, des intuitions qui sont au niveau de certains des plus grands prophètes juifs, mais en même temps un souci d’antagonisme et de séparation du judaïsme et du christianisme qui peut rendre notre interprétation négative.

– Vous insistez dans votre dernier livre sur l’autocritique occidentale, toujours présente à côté de l’ethnocentrisme. « Nous autres Occidentaux, écrivez-vous, sommes toujours simultanément nous-mêmes et notre propre ennemi. » Cette autocritique subsiste-t-elle après la destruction des tours ?

– Elle subsiste et elle est légitime pour repenser l’avenir, pour corriger par exemple cette idée d’un Locke ou d’un Adam Smith selon laquelle la libre concurrence serait toujours bonne et généreuse. C’est une idée absurde, et nous le savons depuis longtemps. Il est étonnant qu’après un échec aussi flagrant que celui du marxisme l’idéologie de la libre entreprise ne se montre pas davantage capable de mieux se défendre. Affirmer que « l’histoire est finie » parce que cette idéologie l’a emporté sur le collectivisme, c’est évidemment mensonger. Dans les pays occidentaux, l’écart des salaires s’accroît d’une manière considérable et on va vers des réactions explosives. Et je ne parle pas du tiers-monde. Ce qu’on attend de l’après-attentats, c’est bien sûr une idéologie renouvelée, plus raisonnable, du libéralisme et du progrès. »

Voir enfin:

L’esprit occidental de l’islam radical

Daniel Pipes

First Things

décembre 1995

Version originale anglaise: The Western Mind of Radical Islam

Adaptation française: Anne-Marie Delcambre de Champvert

Fathi ash-Shiqaqi, un jeune Palestinien bien éduqué vivant à Damas, s’est vanté récemment que la littérature européenne lui soit familière. Il a raconté à un journaliste comment il avait lu et aimé Shakespeare, Dostoïevski, Tchekhov, Sartre, et Eliot. Il a parlé de sa passion particulière pour « Œdipe roi » de Sophocle, une œuvre qu’il a lue dix fois dans la traduction anglaise « et chaque fois il a versé des larmes abondantes ». Une telle connaissance du monde de la littérature et une si exquise sensibilité, n’auraient rien de remarquable, si ce n’est sur deux points – à savoir que Shiqaqi était, jusqu’à son assassinat à Malte, il y a quelques semaines, un islamiste (qui est fréquemment appelé musulman « fondamentaliste »[ou encore musulman « intégriste »] et – qu’il avait dirigé le « Islamic Jihad » (le jihad islamique), l’organisation terroriste par excellence qui avait assassiné des dizaines d’Israéliens pendant ces deux dernières années.

La familiarité de Shiqaqi avec tout ce qui a trait à l’Occident correspond au modèle type [de l’islamiste]. Le frère d’Eyad Ismaïl, l’un des auteurs de l’attentat à la bombe du World Trade Center, récemment extradé de Jordanie, dit de lui « il adorait tout ce qui est américain depuis les films de cows-boys jusqu’aux hamburgers». Sa sœur a rappelé son amour pour la télévision américaine et qu’il disait « Je veux vivre en Amérique pour toujours ». La famille a commenté « Il s’est toujours considéré comme fils de l’Amérique ». Sa mère a confirmé qu’il « adorait les Etats-Unis ». Hassan al-Turabi, le dirigeant effectif du Soudan, l’homme qui était derrière les célèbres « maisons fantômes » et la persécution brutale de la large minorité chrétienne de son pays, souvent fait étalage de sa connaissance de l’Occident, racontant à un journaliste français que la plupart des dirigeants appartenant à l’islam militant sont, comme lui-même, « de culture chrétienne, occidentale. Nous parlons vos langues. » Dans une déclaration qui résume entièrement le fait qu’ils soient tournés vers l’Occident, un islamiste à Washington a affirmé : « J’écoute Mozart, je lis Shakespeare, je regarde la Comedy Channel et je crois aussi à l’application de la Charî’a [la loi sacrée islamique]

Ce modèle nous met face à un paradoxe : les intellectuels qui souhaitent renvoyer le monde musulman au septième siècle connaissent fort bien tout ce qui touche à l’occident et ils semblent apprécier au moins quelques aspects. Comment cela peut-il se produire ? Qu’est-ce que cela indique concernant leurs forces actuelles et le futur [de l’islamisme] ?

Les dirigeants islamistes connaissent en général bien l’occident : vu qu’ils y ont vécu, ont appris ses langues et étudié les cultures. Tourabi, du Soudan, a des diplômes supérieurs de l’université de Londres et de la Sorbonne ; il a aussi passé un été aux Etats-Unis, visitant le pays dans le cadre d’un programme gouvernemental financé par le contribuable américain, destiné aux étrangers de haut niveau. Abbasi Madani, un dirigeant du Front Islamique du Salut (FIS), a obtenu un doctorat en éducation de l’université de Londres. Son homologue tunisien, Rashid al-Ghannushi, a passé une année en France et depuis 1993 réside en Grande-Bretagne. Necmettin Erbakan le politicien [ex-premier ministre] de Turquie, a étudié en Allemagne. Mousa Mohamed Abu Marzook, le chef du comité politique du Hamas, a vécu aux Etats-Unis depuis 1980, a un doctorat en ingénierie de l’université de l’Etat de Louisiane et a été classé comme résident permanent aux Etats-Unis depuis 1990. Durant des années il fut capable d’échapper aux pouvoirs de police ; Abu Marzook fut récemment arrêté à l’aéroport de New York en venant enregistrer son fils dans une école américaine.

Effectivement, le fait de vivre en Occident transforme des musulmans indifférents en islamistes. Examinant le cas de Mehdi Bazargan, Hamid Dabashi, un ingénieur iranien qui vécut en France de 1928 à 1935, dissèque le processus d’évolution que de nombreux musulmans subissent :

« En partant du principe conscient ou inconscient, exprimé ou non, qu’ils doivent demeurer fermement attachés à leurs racines islamiques, ils commencent par admirer les réalisations de « l’Occident »…Ils reconnaissent un haut état de conscience de soi idéologique de la part de « l’Occident » qu’ils identifient comme la source et la cause de ses réalisations. Ils se tournent alors vers leur propre société où de telles réalisations technologiques manquent, un fait qu’ils attribuent, alors par retour, à un déficit de conscience de soi. »

La notion clef ici, explique l’analyste français Olivier Roy, est l’idée, plutôt surprenante, que les idéologies sont « la clef du développement technique de l’Occident. Cette hypothèse conduit les Islamistes « à développer une idéologie politique moderne basée sur l’islam, qu’ils voient comme l’unique façon pour eux d’accepter le monde moderne et le meilleur moyen d’affronter l’impérialisme étranger ».

Quelques figures importantes adoptent ce modèle. L’Egyptien Sayyid Qutb alla aux Etats-Unis en 1948 comme admirateur de l’Amérique, puis il est « revenu » à l’islam pendant ses deux années de résident là-bas, devenant un des plus influents penseurs islamistes de notre époque. Ali Shari’ati d’Iran a vécu cinq ans à Paris, de 1960 à 1965 ; de cette expérience sont venues les idées-clef de la Révolution islamique. Dans d’autres cas, les penseurs islamistes ne vivent pas en Occident mais ils absorbent leurs valeurs à distance en apprenant une langue occidentale et en se plongeant dans les idées occidentales, comme l’a fait le journaliste, penseur et politicien indo-pakistanais Sayyid Abul Ala Mawdudi (1903-1979). Dans d’autres cas, ils lisent les œuvres occidentales, cela fait l’affaire. Morteza Motahhari, un des principaux acolytes de l’ayatollah Khomeini, a rédigé, ainsi, en langue persane, une analyse très documentée du marxisme.

Nombre des intellectuels importants de l’islam radical possèdent une formation de base technique certaine. Erbakan est rapidement devenu le top de la profession d’ingénierie en Turquie, où il est professeur titulaire d’une chaire à l’université technique d’Istanbul, directeur d’une entreprise de fabrication de moteurs Diesel et même président de la Chambre de commerce nationale. Layth Shubaylat, un fauteur de troubles jordanien, est aussi président de l’Association des ingénieurs jordaniens. Ces hommes sont particulièrement fiers d’être capables de concurrencer l’Occident dans le domaine où ils sont les plus forts.

Les terroristes eux-mêmes tendent aussi à s’orienter vers les sciences, bien qu’ayant poussé moins loin leur formation. Ramzi Yusuf, accusé d’être le cerveau de l’attentat à la bombe contre le World Trade Center est ingénieur en électronique et expert en explosifs, diplômé de Grande-Bretagne. Nidal Ayyad était un ingénieur chimiste plein d’avenir à Allied Signal ; et Eyad Ismaïl a étudié l’informatique et l’ingéniérie à l’université d’Etat de Wichita. Le même modèle est valable au Moyen-Orient. Salah ‘Ali ‘Uthman, l’un des trois terroristes qui ont attaqué un bus à Jérusalem en juillet 1993, était étudiant en informatique à l’université de Gaza. Le plus célèbre terroriste antisioniste de ces dernières années, Yahya Ayyash était surnommé « l’ingénieur ». De nombreux islamistes égyptiens violemment opposés au régime ont des diplômes scientifiques. Les chefs islamistes ne sont pas des paysans vivant dans une campagne qui ne change pas mais des individus tout à fait urbanisés ; beaucoup d’entre eux sont diplômés de l’université. Bien que tout leur discours tourne autour de recréer la société du Prophète Mahomet, les Islamistes sont des individus modernes à la pointe de tout ce qui touche à la vie moderne.

En contraste avec la familiarité qu’ils ont avec les usages occidentaux, les Islamistes sont éloignés de leur propre culture. Tourabi a déclaré à un journaliste français : je connais l’histoire de France mieux que celle du Soudan ; j’aime votre culture, vos peintres, vos musiciens. » Ayant découvert l’islam alors qu’ils étaient à l’âge adulte, beaucoup d’islamistes ne connaissent rien de leur propre histoire et de leurs propres traditions. Martin Kramer note que certains de « la nouvelle génération » sont des musulmans convertis, born again, connaissant mal la tradition islamique. Le ministre du Culte de la Tunisie Ali Chebbi va plus loin et affirme qu’ils « ignorent les bases mêmes de l’islam ». Comme Mawdudi, ces autodidactes mélangent un peu de ceci et un peu de cela, comme l’explique Seyyed Vali Reza Nasr.

« La formulation de Mawdudi , n’ est pas le moins du monde enracinée dans l’islam traditionnel. Il a adopté des idées et des valeurs, des mécanismes, des procédures, des expressions modernes qu’il a incorporés dans une structure islamique…Il ne cherche pas à ressusciter un ordre atavique mais il cherche à moderniser la conception traditionnelle de la vie et de la pensée islamiques. Sa vision des choses représente une rupture claire avec la tradition islamique et une lecture de l’islam fondamentalement nouvelle qui prend exemple sur la pensée moderne.

A y réfléchir, ce manque de connaissance n’a rien de surprenant. Les islamistes sont des individus éduqués selon des méthodes modernes et qui cherchent des solutions à des problèmes modernes. Le Prophète peut les inspirer mais ils l’approchent à travers le filtre de la fin du vingtième siècle. Et sans le vouloir ils remplacent les usages de l’islam traditionnel par les usages occidentaux.

L’islam traditionnel- la religion extrêmement gratifiante de presque un milliard de fidèles- a développé une civilisation qui, sur plus d’un millénaire, a fourni des directives d’existence aux jeunes comme aux vieux, aux riches comme aux pauvres, aux érudits comme aux ignorants, aux Marocains comme aux Malais. Détachés de leur tradition, les islamistes semblent vouloir l’abandonner dans un effort chimérique pour revenir aux façons de vivre pures et simples de Mahomet. Pour se rattacher spirituellement aux premières années de l’islam, quand le prophète était vivant et la religion était nouvelle, ils cherchent à sauter par-dessus treize siècles. Les questions les plus banales sont une occasion de rappeler le temps du Prophète. C’est ainsi qu’un auteur décrit les « tactiques de survie » utilisées par les étudiants musulmans dans les universités américaines pour conserver leur identité islamique comme étant « très semblables à celles des premiers musulmans durant l’Hégire [ Exil de Mahomet de la Mecque à Médine] »

Cependant les islamistes se voient non pas rattachés à la tradition mais engagés dans une entreprise tout à fait nouvelle. Selon le leader spirituel de l’Iran, Ali Hoseyni Khamenei « Le système islamique que l’imam [Khomeini] a créé…n’a pas existé au cours de l’histoire, excepté au commencement [de l’islam]. De façon similaire, Ghannushi affirme que « l’islam est ancien mais le mouvement islamiste est récent. » En rejetant un millénaire entier, les islamistes jettent une bonne partie de [l’héritage] de leurs propres sociétés, depuis le grand Corpus de savoir coranique jusqu’aux interprétations finement ciselées des interprétations de la loi.

Au contraire, ils admirent l’efficacité des usines et des armées. Le monde musulman leur semble arriéré et ils cherchent à le remettre à jour en lui appliquant des techniques modernes. Quand les choses vont lentement, ils accusent l’Occident de leur refuser la technologie. Ainsi ‘Ali Akbar Mohtashemi, l’Iranien archi-radical déplore, en se plaignant, que « les Etats-Unis et l’Occident ne nous donneront jamais la technologie » pour poursuivre ce qu’il appelle curieusement « la science de l’industrialisation ».

Le but des islamistes s’avère ne pas être un ordre vraiment islamique mais une version très imprégnée de l’Occident. C’est particulièrement apparent dans quatre domaines : la religion, la vie quotidienne, la politique et la loi. Ce n’était certainement pas leur intention, mais les musulmans militants ont introduit quelques notions clairement chrétiennes dans leur islam. L’islam traditionnel était caractérisé par des organisations informelles. Pratiquement toute décision importante- établir un texte canonique du Coran, exclure la recherche philosophique ou choisir des érudits religieux- était prise de manière déstructurée et consensuelle. Cela a été le génie de cette religion, et cela a signifié que les gouvernants qui ont essayé de contrôler l’institution religieuse ont généralement échoué.

Les islamistes ignorant leur héritage, ont établi des structures comme celles d’une église. La tendance a commencé en Arabie saoudite, où les autorités ont créé un tas de nouvelles institutions. Déjà en 1979, Khalid Duren décrivait l’émergence d’une « hiérarchie de prêtres avec tout leur attirail. »

« Un certain nombre de fonctionnaires religieux ont vu le jour dont les postes étaient inconnus auparavant comme par exemple : le Secrétaire de la Ligue Islamique Mondiale, le Secrétaire Général de la Conférence Islamique, le Recteur de l’Université Islamique de Médine- et j’en passe. Pour la première fois dans l’histoire, l’imam de la Ka’ba a été envoyé en tournée dans les pays étrangers, comme si c’était un nonce apostolique. »

La République islamique d’Iran a bientôt suivi le modèle saoudien et est même allée au-delà comme l’explique Shahrough Aklavi, instituant un contrôle du clergé inspiré du modèle catholique.

« La centralisation qui s’est produite dans l’institution religieuse en Iran est sans précédent, et les actions qui ont été entreprises ressemblent à ce qui existe dans la tradition habituelle ecclésiastique de l’église en Occident. Par exemple, en 1982, Khomeini a tout fait pour que son principal rival l’ayatollah Muhammad Kazim Shari’atmadari (décédé en 1986) soit « défroqué » et « excommunié », alors qu’aucun dispositif d’application de ce genre n’a jamais existé en Islam. D’autres orientations, comme le contrôle centralisé sur les budgets, les salaires du corps professoral, les programmes dans les séminaires, la création de milices religieuses, en monopolisant la représentation des intérêts et en élaborant un combat pour la civilisation (Kulturkampf) dans le domaine des arts, de la famille et d’autres questions sociales, révèlent une tendance croissante à créer un « épiscopat islamique » en Iran. »

De manière encore plus frappante, Akhavi note comment Khomeini s’est fait lui-même pape.

« La pratique de Khomeini d’émettre des fatwas faisant autorité, auxquelles il faut obligatoirement obéir, équivaut à conférer au Guide suprême des pouvoirs qui ne sont pas différents de ceux du Pape dans l’Eglise catholique. Après tout, l’obéissance aux fatwas d’un ecclésiastique dans le passé n’a jamais été obligatoire.

En créant cette fausse hiérarchie chrétienne, les islamistes ont inventé quelque chose de plus occidental qu’islamique. De façon similaire, les islamistes ont transformé le vendredi en Sabbat, ce qui n’avait jamais été le cas auparavant. Traditionnellement, le vendredi était un jour de rassemblement pour la prière, pas un jour de repos. En effet, la notion même de Sabbat est étrangère à l’esprit strictement monothéiste de l’islam, qui considère que la notion de Dieu selon laquelle Dieu aurait besoin d’un repos comme bassement anthropomorphique. Au lieu de cela, le Coran prescrit aux musulmans de « laisser de côté leurs occupations » seulement pour faire la prière, et une fois celle-ci terminée, ils doivent « se disperser et chercher la grâce de Dieu » – en d’autres termes, se livrer au commerce. Un jour de repos rappelle tellement la pratique juive ou chrétienne que certaines autorités islamiques découragent de se reposer le vendredi. Dans la plupart des lieux et des époques, les musulmans ont toujours travaillé le vendredi, interrompu seulement par le service religieux.

Dans les temps modernes, les Etats musulmans ont imité l’Europe et adopté un jour de repos. L’empire ottoman a commencé à fermer les bureaux administratifs le mardi, un jour religieusement neutre, en 1829. Lorsque les impérialistes ont imposé le dimanche comme jour de repos hebdomadaire dans leurs colonies, c’est une pratique que beaucoup de dirigeants musulmans ont adoptée à leur tour. Après l’indépendance, pratiquement tous les gouvernements musulmans ont hérité du repos du dimanche et ils l’ont maintenu. S.D Goiten, le principal érudit sur ce sujet, note que les Etats musulmans ont agi ainsi « pour répondre aux exigences de la vie moderne et pour imiter l’Occident. »

Récemment, comme le Dimanche /Samedi ont commencé à être vus comme trop occidentaux, les chefs d’Etat musulmans ont voulu affirmer leur identité en instituant le vendredi comme jour de repos. Peu d’entre eux réalisent que, ce faisant, ils perpétuaient en fait une coutume spécifiquement judéo-chrétienne. Et comme le vendredi se transformait en jour férié ( pour les excursions familiales, les sports de spectacle etc…) les musulmans ont imité le week-end occidental.

Peut-être la plus frappante des occidentalisations que les islamistes ont introduites est celle qui concerne les femmes. Les islamistes en fait ont un point de vue plus semblable au féminisme à l’occidentale qu’à l’islam traditionnel. Les musulmans traditionnels ne prenaient pas soin de la liberté et de l’indépendance de leurs femmes mais les islamistes le font. Ahmad al-Banna, le Fondateur des Frères musulmans d’Egypte, adopte un point de vue féministe qui le conduit à réinterpréter l’histoire musulmane en fonction des normes occidentales. « Les femmes musulmanes ont été libres et indépendantes depuis quinze siècles. Pourquoi devrions-nous suivre l’exemple des femmes occidentales, si dépendantes de leur mari au niveau matériel ? »

Les hommes musulmans traditionnels étaient fiers que leurs femmes restent chez elles ; dans les ménages nantis, elles ne quittaient pratiquement jamais leur foyer. Hasan al-Tourabi a quelque chose de totalement différent à l’esprit ; « Aujourd’hui au Soudan, les femmes sont dans l’armée, dans la police, dans les ministères, partout, sur un pied d’égalité avec les hommes ». Tourabi fièrement parle du mouvement islamique ayant aidé « à libérer les femmes ». Conformément à l’adage que « la meilleure mosquée pour les femmes est l’intérieur de leur maison » , les femmes traditionnelles priaient chez elles, et la partie de la mosquée réservée aux femmes était mince, mais les femmes islamistes, en revanche, participent au culte et les nouvelles mosquées comportent des sections pour femmes beaucoup plus importantes.

Pendant des siècles, le voile des femmes était censé essentiellement les aider à préserver leur vertu ; aujourd’hui, cela sert le but féministe de faciliter une carrière. Les femmes musulmanes qui portent « une tenue islamique » écrit un chercheur occidental,

« sont en général très instruites, souvent dans les plus prestigieuses facultés de médecines, de sciences sociales, de sciences et leur tenue vestimentaire signale que bien qu’elles fassent des études et mènent une carrière dans la sphère publique, elles sont des femmes religieuses, morales. Alors que les autres femmes sont fréquemment harcelées dans les lieux publics, de telles femmes sont respectées et même craintes. A la fin des années 1980, la tenue islamique était devenue la règle pour les femmes de la classe moyenne qui ne voulaient pas compromettre leur réputation en raison de leurs activités publiques. Les boutiques offrent des articles de style parisien adaptés aux normes de la modestie islamique.

L’instauration d’un ordre islamique en Iran, a, peut-être, comble de l’ironie, ouvert de nombreuses possibilités pour les femmes pieuses, de s’accomplir en dehors de la maison. Elles travaillent comme main d’œuvre et servent dans l’armée. Un leader parlementaire se vante, non sans raison, à propos de l’Iran ayant le record du féminisme au Moyen-Orient et souligne le nombre de femmes dans l’enseignement supérieur. C’est ainsi que pour confirmer cela, l’une des petites-filles de Khomeini a fait des études de droit, puis elle est allée vivre à Londres avec son mari, un chirurgien cardiaque en formation. Une autre organise des rencontres sportives féminines.

Curieusement, certains islamistes considèrent le voile représentant non pas des carrières et l’égalité, mais quelque chose de très différent : la sexualité positive. Shabbir Akhtar, un écrivain britannique voit le voile comme servant « à créer une vraie culture érotique dans laquelle est éliminé le besoin d’excitation artificielle que la pornographie procure. Les musulmans traditionnels –il n’est nul besoin d’insister-ne considéraient pas le voile comme un substitut de la pornographie.

L’islam traditionnel a mis l’accent sur les relations de l’homme avec Dieu, minimisant les relations à l’Etat. La loi apparaissait immense, la politique petite. Au long des siècles, les pieux musulmans ont évité le gouvernement, qui ne signifait la plupart du temps pour eux que des ennuis (impôts, conscription, corvée). D’un autre côté, ils ont fait de grands efforts pour vivre selon la chari’a.

Cependant, les islamistes font de la politique le cœur de leur programme. Ils considèrent l’islam moins comme la structure dans laquelle les individus bâtissent leur vie et plus comme une idéologie servant à gouverner des sociétés entières. Déclarant que « l’islam est la solution », ils affirment avec Khamenei d’Iran que l’islam « est riche de préceptes pour gouverner un Etat, gérer une économie, établir des liens sociaux et des relations entre les individus, et des instructions pour diriger une famille ». Pour les islamistes, l’islam représente la voie vers le pouvoir. Comme un haut dignitaire égyptien le fait observer, pour eux « l’islam n’est ni une loi ni une religion, mais un système de gouvernement ». Olivier Roy trouve que l’inspiration [des islamistes] est de loin plus matérielle que spirituelle. « Pour un grand nombre d’entre eux, le retour à la religion a résulté de leur expérience politique, et non de leur foi religieuse. »

De manière révélatrice, les militants comparent l’islam non pas à d’autres religions mais à d’autres idéologies « Nous ne sommes pas socialistes, nous ne sommes pas capitalistes, nous ne sommes pas islamiques » dit Anwar Ibrahim, le dirigeant islamiste malais. Les Frères Musulmans d’Egypte affirment qu’ils ne sont ni socialistes ni capitalistes, mais « musulmans .» Cette comparaison peut sembler excessive- le socialisme et le capitalisme sont universels, l’islam militant est limité aux musulmans- mais cela n’est pas excessif, car les musulmans entendent inculquer leur idéologie aux non-musulmans aussi. Dans un exemple frappant, Khomeiny en janvier 1989, a envoyé une lettre à Mikhail Gorbatchev affirmant l’universalité de l’islam. Notant l’effondrement de l’idéologie communiste, il implora le président soviétique de ne pas se tourner vers l’Occident mais de remplacer par l’islam.

« J’insiste vivement afin que, ayant abattu les murs des fantasmes marxistes, vous ne tombiez pas dans la prison de l’Occident et du grand Satan..Je vous invite sérieusement à étudier et à conduire des recherches sur l’islam. J’annonce ouvertement que la République islamique d’Iran, étant la base la plus grande et la plus puissante du monde islamique, peut facilement contribuer à combler le vide idéologique de votre système. »

Comme l’a interprété un important fonctionnaire iranien, cette lettre « vise à mettre fin à ..ces vues selon lesquelles nous parlerions seulement du monde de l’islam. Nous parlons pour le monde entier ». Il pourrait même se faire – Khomeiny y fait seulement allusion- que l’islam pour lui était devenu si désincarné de la foi qu’il prévoyait qu’un non-musulman comme Gorbatchev pourrait adopter les coutumes islamiques sans pour autant devenir musulman.

Bien que les islamistes rendent hommage à la loi sacrée de l’islam, ils en ont fait un code de type occidental, et trois caractéristiques séculaires de la chari’a disparaissent : son élaboration par des érudits indépendants, sa priorité sur les intérêts de l’Etat, et son application aux personnes plutôt qu’à des territoires.

Au fil des siècles, les juristes ont rédigé et interprété la loi islamique entre eux, avec peu de contrôle par les gouvernements. Ces juristes ont tôt établi qu’ils étaient responsables devant Dieu, et non devant le prince. Joseph Schacht, un éminent spécialiste de ce sujet, explique « le calife, bien qu’il ait été le chef absolu de la communauté des musulmans, n’avait pas le droit de légiférer mais seulement d’édicter des règlements administratifs avec des limites fixées par la loi sacrée. Les souverains essayèrent parfois de dicter leurs conditions aux juristes, mais entre 833 et 849 quatre califes successifs ont imposé leur compréhension de la nature du Coran qu’ils disaient créé par Dieu, par opposition à des savants religieux qui disaient que le Coran avait toujours existé [donc incréé et éternel] ; en dépit des efforts énergiques déployés par les califes (Y compris la flagellation d’une autorité religieuse très respectée), l’effort a échoué, et avec lui les prétentions de politiciens pour définir le contenu de l’islam.

Les juristes conservent le contrôle intégral de la loi islamique jusqu’au XIX ème siècle, lorsque dans leurs colonies les dirigeants britanniques, français, européens et d’autres codifient la charia pour en faire des lois étatiques de style européen. Des Etats musulmans indépendants, tels que l’empire Ottoman ont suivi alors l’exemple européen et ont également à leur tour codifié la chari’a. Avec l’indépendance, tous les dirigeants musulmans ont maintenu l’habitude européenne de garder la loi fermement sous contrôle de l’Etat ; dans les années 1960, il n’y avait qu’en Arabie saoudite où la loi était encore énoncée et définie par les juristes religieux.

A partir de 1969, Mouammar al-Qadhdhafi en Libye a voulu rétablir la prédominance de la charia sur les lois de l’Etat (par exemple, dans les lois pénales). Il l’a fait en tant que dirigeant , en utilisant l’appareil d’Etat pour contraindre les juristes musulmans à exécuter ses ordres. Les islamistes dans de nombreux pays se sont mis ensuite à imiter Qadhdhafi, en disant que l’Etat avait l’autorité d’imposer la charia. Ils n’ont fait aucun effort pour revenir au fonctionnement ancien de la loi par les juristes. Ils ont utilisé à leurs fins islamistes des pratiques introduites par les puissances européennes.

Lorsque les islamistes, en de rares occasions, protestent contre cette domination étatique de la loi, ils le font avec peu de conviction. Tourabi remarque que « le gouvernement islamique n’est pas total, car c’est l’islam qui est un mode de vie global, et si vous le réduisez au gouvernement, alors c’est le gouvernement qui serait tout puissant, et ce n’est pas l’islam. »

L’énorme pouvoir exercé par Tourabi au Soudan fait qu’il est difficile de prendre cette critique au sérieux. Les islamistes utilisent les pratiques étatiques de l’Occident parce que, premièrement, ils connaissent le système occidental beaucoup mieux qu’ils ne connaissent le système musulman traditionnel. En second lieu parce que le retour aux méthodes traditionnelles musulmanes – comme l’a souligné Ann Mayer de la Wharton School-« obligerait les gouvernements à l’abandon du pouvoir qu’ils ont acquis sur les systèmes juridiques au moment de l’adoption des codes juridiques de style européen », ce qu’ils n’ont pas intérêt à faire.

La prise de contrôle de la loi provoque immanquablement des problèmes. Dans le système traditionnel, les juristes maintenaient jalousement leur indépendance dans l’interprétation de la loi. Ils insistaient sur la prédominance absolue des impératifs de Dieu sur les règles des gouvernants. Des actes tels que la prière, le jeûne du Ramadan, ou le pèlerinage à la Mecque, affirmaient-ils, ne devaient jamais être soumis aux caprices des despotes. Les juristes ont, globalement, au fil des siècles, vu leurs exigences satisfaites, car pas un seul roi ou président, ni même un laïc aussi ardent que Kemal Atatürk, en Turquie, n’a eu la témérité d’interférer avec les commandements de Dieu.

Mais ce qu’aucun roi ou président n’a fait, l’ayatollah Khomeiny l’a fait. En janvier 1988, il publia un décret qui carrément enfreignait ce principe ancien islamique. Dans un document remarquable mais peu connu, l’ayatollah a affirmé que « le gouvernement est autorisé de manière unilatérale à empêcher tout élément, qu’il soit spirituel ou matériel, qui constituerait une menace à ses intérêts ». Cela signifie que « pour l’islam, les exigences du gouvernement remplacent tous les autres aspects, y compris même la prière, le jeûne et le pèlerinage à la Mecque ». Le fait de subordonner ces commandements de l’islam à la raison d’Etat a pour effet de dénaturer complètement la chari’a .

Khomeiny- un érudit au sens classique du terme, une autorité en matière de loi islamique et une éminente figure religieuse- a justifié ce décret, au motif que les intérêts de la République islamique étaient synonymes des intérêts de l’islam lui-même. Mais ceci explique à peine une mesure si radicale et sans précédent. La vraie raison réside dans le fait que comme d’innombrables autres dirigeants du XXème siècle, Khomeiny a voulu prendre le contrôle de la vie spirituelle de son pays. Khomeiny semble tout droit sorti du Moyen-Age mais c’était un homme de son temps, profondément influencé par les idées totalitaires émanant de l’Occident.

Dans l’islam traditionnel (comme dans le judaïsme), les lois, à la différence de ce qui prévaut en Occident, s’appliquent à l’individu et non pas aux territoires. Il importe peu de savoir si un musulman vit ici ou là , dans la patrie ou dans la diaspora, il doit suivre la chari’a. A l’inverse, un non-musulman qui vit dans un pays musulman n’a pas à suivre les directives de l’islam. Par exemple, un musulman ne peut pas boire du whisky s’il vit à Téhéran ou à Los Angeles, et un non-musulman peut, lui, boire de l’alcool dans ces deux endroits. Cela conduit à des situations complexes, puisque l’ensemble des règles applicables lorsqu’un musulman vole un musulman diffèrent de celles applicables lorsqu’un chrétien vole un autre chrétien, et ainsi de suite. La clef est de savoir qui vous êtes, non pas où vous êtes.

En revanche, la conception occidentale des lois est basée , elle, sur la notion de juridiction. Un crime commis dans un certain Etat donne lieu à une certaine punition, qui ne sera pas la même dans l’Etat d’à côté. Même les routes ont leurs propres règles. L’important en Occident c’est l’endroit où vous êtes, non pas qui vous êtes.

Ignorants de l’esprit qui sous-tend la chari’a, les islamistes prétendent l’appliquer à des territoires et pas seulement aux personnes ; Tourabi a déclaré ainsi que l’islam « accepte le territoire comme base de compétence »[accepte la notion de juridiction territoriale]. Par conséquent, les différences nationales ont vu le jour. Le gouvernement libyen fait donner des coups de fouet à tous les coupables d’adultère. Le Pakistan fait fouetter les célibataires et lapider les femmes mariées. Le Soudan emprisonne certains et pend les autres. L’Iran applique des peines plus diverses encore, y compris le rasage du crâne et le bannissement pendant une année. Dans les mains des islamistes, la chari’a devient tout simplement une variante des lois territoriales qui prévalent en Occident.

Cette nouvelle compréhension [du droit musulman] la plus spectaculaire concerne les non-musulmans dont l’exclusion millénaire de la chari’a n’est plus et ils doivent vivre dans les pays musulmans comme s’ils étaient musulmans. Umar ‘Abdar-Rahman, le cheikh égyptien emprisonné dans une prison américaine, est catégorique à ce sujet : « Il est bien connu que nulle minorité dans un pays ne peut avoir ses propres lois. » ‘Abd al –Aziz ibn Baz, le chef religieux saoudien, a appelé les non-musulmans à jeûner pendant le Ramadan. En Iran, les femmes étrangères n’ont pas le droit de mettre du vernis à ongle car cela les rendrait impures pour la prière (islamique). A leur entrée dans le pays, les autorités leur fournissent des chiffons imbibés d’essence pour nettoyer les ongles vernis. Un parti islamiste en Malaisie entend règlementer la durée que des femmes et des hommes chinois non musulmans et sans liens de parenté peuvent être autorisés à passer seuls ensemble.

Cette nouvelle interprétation de la loi islamique crèe d’énormes problèmes. Plutôt que de laisser les non-musulmans plus ou moins libres de régler seuls leur propre conduite comme le faisait l’islam traditionnel, l’islamisme fait intrusion dans leur vie et fomente un ressentiment énorme générant des dissensions et conduisant parfois à la violence. Les chrétiens palestiniens qui élèvent des porcs trouvent leurs bêtes mystérieusement empoisonnées. Le million ou deux de chrétiens vivant dans le nord du Soudan ; majoritairement musulman, doit se conformer à la quasi-totalité des règles de la chari’a. Dans le sud du Soudan où règne la loi islamique, la loi islamique prévaut partout où le gouvernement central gouverne, quand bien même « certaines » dispositions n’y sont pas appliquées ; si le gouvernement devait conquérir l’ensemble du sud du pays,il est probable que toutes les dispositions entreraient en vigueur, perspective qui contribue beaucoup à entretenir une guerre civile qui dure depuis quarante ans.

Malgré eux, les islamistes sont des Occidentaux. Même en rejetant l’Occident, ils l’acceptent. Aussi réactionnaires que soient ses intentions, l’islamisme intègre non seulement les idées de l’Occident mais aussi ses institutions. Le rêve islamiste d’effacer le mode de vie occidental de la vie musulmane est, dans ces conditions, incapable de réussir.

Le système hybride qui en résulte est plus solide qu’il n’y paraît. Les adversaires de l’islam militant souvent le rejettent en le qualifiant d’effort de repli pour éviter la vie moderne et ils se consolent avec la prédiction selon laquelle il est dès lors condamné à se trouver à la traîne des avancées de la modernisation qui a eu lieu. Mais cette attente est erronée. Car l’islamisme attire précisément les musulmans qui, aux prises avec les défis de la modernité, sont confrontés à des difficultés, et sa puissance et le nombre de ses adeptes ne cessent de croître. Les tendances actuelles donnent à penser que l’islam radical restera une force pendant un certain temps encore.

11 commentaires pour Terrorisme: La peur des identités hybrides gagne nos sociétés (Millions of Nowhere men unsettled by a modern world they can neither master nor reject)

  1. Thot Har Megiddo dit :

    Laure Mandeville, championne olympique du politiquement correct. Tout serait un problème d’identité. Mais pourquoi ce problème d’identité ne concerne que les musulmans ? Quelle est la particularité d’un musulman hormis le fait de croire en l’Islam ? Le problème n’est pas l’identité, mais le texte de l’Islam et ce qu’il demande aux croyants de faire. Mais depuis la révolution française qui déclare que toutes les religions se valent et disent la même chose, suivie par le dialogue inter religieux qui va tout régler, aucun problème ne peut surgir d’une religion en tant que telle, et surtout pas de l’Islam puisque depuis plus d’un siècle, on nous assure que la pire des religions est le christianisme. Et il est difficile à un intellectuel orgueilleux par nature de se renier.
    « Des millions de musulmans vivent en Occident. Les terroristes ne sont qu’une poignée. Il ne faut donc pas sombrer dans le pessimisme. Dans l’ensemble, nous apprenons à vivre pacifiquement dans la globalité du XXIe siècle. » Lors des conquêtes arabes ou turques, les combattants étaient une minorité au sein de leur peuple. Déclarer que la coexistence se passe bien est un énorme mensonge avec l’appui de Laure Mandeville (ce qui est d’ailleurs habituel chez elle) quand on voit les persécutions des minorités religieuses en pays musulmans.
    « je dois dire qu’après le 11 Septembre, quand les tambours de la guerre résonnaient à travers le monde, j’ai ressenti moi aussi cet appel tribal, ce besoin d’une identité musulmane simpliste, même si elle ne correspondait pas à ce que je suis. » : Mohsin HAMID est dans le fond semblable à ceux qu’il décrit : à aucun moment ils ne se demandent pourquoi des musulmans ont agi comme cela et pas d’autres. Il refuse de comprendre le ressentiment de l’Amérique, mais comprend tout à fait que l’on assassine au Pakistan celui qui aura déchiré un Coran, « provoquant tous les musulmans ».
    Une des premières raisons de cette haine anti occidentale est fournie par les Laure Mandeville et autres intellectuels de gauche qui depuis un siècle à coups de mensonges démonisent l’Occident, généralement pour ce faire un nom comme défenseur de la veuve et de l’orphelin, puisque exister est le seul objectif des intellectuels occidentaux comme des pseudo artistes sans habileté manuelle, en victimisant sélectivement ceux qui peuvent servir leur rhétorique, donnant ainsi aux poseurs de bombes l’argumentation pour justifier leurs actions. Actions dont les ressorts sont bien souvent en totale contradiction avec les convictions de nos intellectuels.

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  2. jcdurbant dit :

    Effectivement, ni Mandeville ni Hamid ne semblent percevoir la réelle portée de leurs analyses, « la peur des identités hybrides qui gagne nos sociétés » du titre se résumant pour eux à une peur nécessairement infondée, de la part de l’Occident, de musulmans nécessairement victimes alors que pour moi, elle est surtout la peur des musulmans eux-mêmes de leur propre hybridation par l’Occident et la violence à laquelle elle pousse un certain nombre d’entre eux pour tenter de retrouver une différence irrémédiablement perdue …

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  3. Thot Har Megiddo dit :

    Aujourd’hui, un court message dans le courrier des lecteurs du parisien pour dire que le blocus de Gaza ne prive pas les palestiniens de médicaments ou d’eau, contrairement à ce qui a été affirmé par un article du même journal, a été censuré. Le parisien devient le Figaro. écoeurant

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  4. Thot Har Megiddo dit :

    Gaza flotilla: the Free Gaza Movement and the IHH
    The umbrella group responsible for the flotilla is the Free Gaza Movement, which has been sending groups of activists to challenge the Israeli blockade for two years.
    Richard Spencer
    Published: 7:10PM BST 31 May 2010

    Normally, members of the international group aboard the flotillas are detained and deported. In the early days, before the Israeli invasion of Gaza in 2009, they were allowed to land.

    Although it is largely comprised of pro-Palestinian activists, it is also backed by a raft of well-known international figures, including Archbishop Desmond Tutu, and Mairead Corrigan Maguire, who founded the Northern Ireland « Peace People ». It also claims endorsements from politicians including Richard Burden MP, chairman of the Britain-Palestine All Party Parliamentary Group, and Caroline Lucas, the new Green MP for Brighton.

    However, one of the main groups involved in the flotilla that was raided by Israeli commandos yesterday (MON) was the Turkish Foundation for Human Rights and Freedom and Humanitarian Relief, which is a radical Islamist group masquerading as a humanitarian agency.

    Israeli authorities claimed that the group is « sympathetic to al-Qaeda ».

    Israel does not dispute that the foundation, known by the intials of its Turkish name, IHH, provides relief compatible with its official status, including supplying food and medicines to orphans and conflict zones, and investing in education.

    But they accuse it of overtly supporting Hamas, designated as a terrorist group by both the United States and the European Union, and also of being in contact with al-Qaeda cells and with the Sunni insurgency in Iraq.

    The claims remain controversial, though IHH’s public statements are frequently aggressive and anti-semitic. « It’s an Islamist organisation, and the stuff I have seen from them in Turkish press coverage is very nasty, » said Henri Barkey, an analyst for the Carnegie Endowment. « It is not a humanitarian organisation in a classic sense. »

    Whatever the judgement on Israel’s response, the violence with which the boarding parties were met will cause concern among peace activists associated with the convoy.

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  5. […] L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la "différence", alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la "concurrence", la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde "différent" du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette "différence" qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. (…) Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard […]

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  6. […] L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la "différence", alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la "concurrence", la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde "différent" du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette "différence" qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. (…) Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard […]

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  11. […] Le gouvernement est autorisé de manière unilatérale à empêcher tout élément, qu’il soit spirituel ou matériel, qui constituerait une menace à ses intérêts (…) pour l’islam, les exigences du gouvernement remplacent tous les autres aspects, y compris même la prière, le jeûne et le pèlerinage à la Mecque. Khomeini (1988) […]

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