Economie: Attention, un complot peut en cacher un autre! (Beijing Consensus vs. Washington Consensus: What double standards?)

https://i2.wp.com/www.911review.com/denial/imgs/left_gatekeepers.gifCe n’est pas que les peuples aristocratiques refusent absolument à l’homme la faculté de se perfectionner. Ils ne la jugent point indéfinie; ils conçoivent l’amélioration, non le changement; ils imaginent la condition des sociétés à venir meilleure, mais non point autre ; et, tout en admettant que l’humanité a fait de grands progrès et qu’elle peut en faire quelques-uns encore, ils la renferment d’avance dans de certaines limites infranchissables. (…) C’est alors que le législateur prétend promulguer des lois éternelles, que les peuples et les rois ne veulent élever que des monuments séculaires et que la génération présente se charge d’épargner aux générations futures le soin de régler leurs destinées. (…) Je rencontre un matelot américain, et je lui demande pourquoi les vaisseaux de son pays sont construits de manière à durer peu, et il me répond sans hésiter que l’art de la navigation fait chaque jour des progrès si rapides, que le plus beau navire deviendrait bientôt presque inutile s’il prolongeait son existence au-delà de quelques années. Dans ces mots prononcés au hasard par un homme grossier et à propos d’un fait particulier, j’aperçois l’idée générale et systématique suivant laquelle un grand peuple conduit toutes choses. Les nations aristocratiques sont naturellement portées à trop resserrer les limites de la perfectibilité humaine, et les nations démocratiques les étendent quelquefois outre mesure. Tocqueville (Comment l’égalité suggère aux Américains l’idée de la perfectibilité indéfinie de l’homme, De la démocratie en Amérique, tome 2, première partie, chapitre VIII)
Le Consensus de Pékin (ou Consensus de Beijing) est un terme décrivant la diplomatie et le modèle de développement proposé par la République populaire de Chine, en particulier auprès des pays en voie de développement, notamment en Afrique. L’Occident et la Chine ont ici des positions très différentes sur les besoins et méthodes pour soutenir le développement de ces pays. La position occidentale est contenue dans le Consensus de Washington, avec pour axes principaux le libre-échange, la lutte contre la corruption, la transparence, les droits civiques et la démocratisation, ainsi que la défense des droits de l’homme. De son côté, l’approche diplomatique chinoise prête une grande estime à la non ingérence (indépendance pour les affaires internes) de tout pays, ainsi qu’un développement « à la chinoise » : structurel (chemins de fer, ports, barrages, etc) et économique d’abord (industrie, mines, pétrole), puis éventuellement civique. Wikipedia
En fait, les structures sociales n’ont besoin pour fonctionner ni d’une providentielle harmonie préétablie, ni d’une concertation de tous les instants entre les agents d’un même groupe ou d’une même classe. Il suffit de laisser faire l’habitus pour voir s’instaurer une véritable orchestration des pratiques sans chef d’orchestre, ou si l’on préfère avec un chef d’orchestre invisible qui s’appelle l’habitus. Celui-ci est le principe générateur de pratiques concertantes bien réglées sous une apparence d’improvisation spontanée. Portés par un même habitus de classe, les agents agissent comme des musiciens qui improvisent sur un même thème, chacun jouant quelque chose de différent qui s’accorde pourtant harmonieusement avec ce que joue chacun des autres. Alain Accardo
Un véritable gouvernement mondial invisible, inaperçu et inconnu en tout cas du plus grand nombre, dont le pouvoir s’exerce sur les gouvernements nationaux eux-mêmes. Cette sorte de Big Brother, qui s’est doté de fichiers interconnectés sur toutes les institutions économiques et culturelles, est déjà là, agissant, efficient, décidant de ce que nous pourrons manger ou ne pas manger, lire ou ne pas lire, voir ou ne pas voir à la télévision ou au cinéma, et ainsi de suite. (…) A travers le pouvoir presque absolu qu’ils détiennent sur les grands groupes de communication, c’est-à-dire l’ensemble des instruments de production et de diffusion des biens culturels, les nouveaux maîtres du monde tendent à concentrer tous les pouvoirs, économiques, culturels et symboliques qui, dans la plupart des sociétés, étaient restés distincts, voire opposés, et ils sont ainsi en mesure d’imposer très largement une vision du monde conforme à leurs intérêts. Pierre Bourdieu (« La culture est en danger », 2000)
Bourdieu s’y efforce de pointer une « orchestration sans chefs d’orchestre » dans la contre-révolution néolibérale des années 1980-1990, mais s’adressant à des publics plus larges, non nécessairement dotés d’une culture sociologique minimale, il est conduit à simplifier, à trouver des images plus parlantes (comme « gouvernement mondial invisible », « Big Brother » ou « les nouveaux maîtres du monde »), qui tirent alors vers l’intentionnalisme et le « chef d’orchestre » pourtant sociologiquement récusé. Philippe Corcuff
Depuis une dizaine d’années, pratiquement tous les docus économiques qui « marchent bien » (c’est à dire qui recueillent de bonnes critiques et font de l’écoute) sont à base idéologique « complotiste » et « horreur économique ». (…) Il y a mon avis plusieurs raisons qui convergent toutes. Certaines relèvent de la sociologie des organisations, d’autres des phénomènes d’idéologie dominante, d’autres enfin des règles de la dramaturgie. Du côté des responsables de chaînes commanditant les programmes, on notera qu’aucun n’a la moindre formation économique. Pour ceux qui ont des formations supérieures, presque tous sont des littéraires purs et durs (sociologie, lettres, psychologie, journalisme, droit, histoire, science politique au mieux). Il en est de même des journalistes qui écriront les critiques. Pas le moindre économiste, commercial ou spécialiste du marketing en vue… Politiquement, surtout sur les chaînes publics, Arte compris, la plupart des commanditaires ont un passé et même un présent de militant d’extrême gauche. (…) Par ailleurs, il faut bien reconnaître que le complotisme fait de la bonne dramaturgie. Il y a des bons et des méchants. Le réalisateur (et donc avec lui le spectateur) étant bien évidemment du côté des bons, on attend avec impatience la dénonciation et la défaite du « dark side of the force ». (…) Autre grand avantage du complot : c’est une valorisation par essence du spectateur. En effet, il est, comme le réalisateur, par définition toujours du côté des grands initiés, ceux qui ont su dessiller les yeux et voir le réel qu’on voulait leur cacher (…) Il faut bien reconnaître qu’il y a du plaisir et de l’exaltation à se convaincre qu’on est intelligent et qu’on fait partie de ceux qui ont su y voir clair. A l’inverse, l’économie ne fait pas le poids en termes d’affect et de dramaturgie car c’est un univers de la nuance et de la complexité. On y examine avec raison et froideur les moult effets pervers prêt à surgir au coin du bois. Trop compliqué et abstrait et donc au final peu bandant ! Comme disait le grand Alexis (de Tocquevlle) : « Une idée fausse, mais claire et précise, aura toujours plus de puissance dans le monde qu’une idée vraie, mais complexe ».
Si vous travaillez pour la BBC ou National Geographic, vous aurez la surprise quelques semaines avant la diffusion de recevoir un coup fil d’un jeune assistant « fact checker » auquel vous devrez justifier vos sources. Par exemple, si votre commentaire assène que les biberons au bisphénol donnent le cancer aux nourrissons , il vous demandera de lui faxer les études vous permettant de dire ça. Rien de tel sur les chaines de télévision française. Là, le seul contrôle est celui de conformité aux idées générales c’est-à-dire la communion avec les opinions du commanditaire ou l’évitement des chausses trappes du politiquement correct. Sur le reste (par exemple les chiffres bruts) vous pouvez raconter absolument n’importe quoi sans que quiconque ne cille. Alexandre Delaigue
Dans certains cas, il s’agit d’une omerta, dans d’autres, d’une ignorance crasse, et parfois cela relève de la pure naïveté. Lorsqu’on parle de la Chine, en Occident, c’est essentiellement en termes économiques, alors qu’il s’agit d’économie politique. Nombre de nos économistes ne l’ont pas compris. Ils savent manier les chiffres, mais ils ne sont pas formés pour penser politiquement. Or il faut penser l’économie chinoise en termes politiques, sinon il est impossible de comprendre ce qui s’y passe. Certains ont aussi intérêt à ne pas trop comprendre. Les règles du jeu que les Chinois voudraient imposer aux experts étrangers sont très claires : en aucun cas ils ne doivent exposer le vrai rôle du parti. Ceux qui acceptent de se plier à ces règles ne cherchent évidemment pas la transparence. Il est significatif qu’en Occident on présente Hu Jintao comme le « président chinois » alors que son titre le plus important est celui de secrétaire général du PC. Richard McGregor
Il va sans dire que nombre de pays en développement envient le succès de la Chine. Quel pays pauvre refuserait trois décennies de croissance à 10%? Et quel despote ne voudrait pas d’une croissance à 10%, tout en ayant l’assurance de rester au pouvoir pour longtemps? (…) Par ailleurs, la Chine est parvenue à ce résultat en ignorant délibérément les conseils de l’Occident; elle a su tirer parti des avantages du marché, sans pour autant succomber à l’ensemble de ses charmes. Pendant des années, les banquiers du monde entier se sont rendus à Pékin pour prêcher la bonne parole de la libéralisation financière, conseillant aux dirigeants chinois de laisser flotter leur monnaie et d’ouvrir leur compte de capital. Comment reprocher aux Chinois d’avoir compris que cette recommandation était évidemment motivée par des intérêts personnels? Une théorie à la mode veut que le succès de la Chine ait donné naissance à un nouveau «consensus de Pékin», qui remettrait en cause l’importance de l’économie de marché et de la démocratie —les deux marques de fabrique du «consensus de Washington». Le consensus de Pékin proposerait ainsi un système économique pragmatique et une politique autoritariste prête à l’emploi. Mais observez le modèle chinois de plus près, et vous verrez qu’il n’est pas si simple de le l’imiter. La plupart des pays en développement n’ont pas la tradition et la complexité bureaucratique de la Chine; la structure du parti lui donne une capacité à mobiliser des ressources et à diriger ses fonctionnaires qu’ils ne peuvent égaler. La République démocratique du Congo pourrait-elle établir et administrer un département de l’organisation? En Chine, l’autoritarisme ne pourrait fonctionner sans les ressources du parti. Richard McGregor

Complotisme et horreur économique pour les multinationales occidentales et notamment américaines, véritable omerta, simple ignorance ou naïveté plus ou moins intéressée pour les régimes non-occidentaux …

Vous avez dit deux poids deux mesures?

A l’heure où, du côté de l’actuel « printemps arabe« , on s’apprête à décharger ses frustrations sur le bouc émissaire commode de ceux qui ont permis son émergence

Pendant qu’à l’approche de la présidentielle française, on assiste, du plus pur protectionnisme au blocage des prix, salaires ou loyers ou revenus minimum et du FN au NPA en passant par le PS, au grand retour d’un incroyable « grand concours des idées farfelues » …

Et que 30  ans après la Chine ou le Vietnam, la gérontocratie cubaine redécouvre la roue de l’entreprise privée …

Retour avec le spécialiste de la Chine britannique Richard McGregor …

Sur l’étrange aveuglement de nombre de nos analystes si habiles à débusquer voire à inventer de toutes pièces le moindre prétendu complot de nos propres multinationales occidentales et notamment américaines …

Quand il s’agit de décrypter le fonctionnement caché, mais réel celui-là,  de certains pays qui comme celui des bouchers toujours impunis 22 ans après de Tienanmen ont en commun de prétendre remettre en cause le système occidental

Richard McGregor: « Le PC chinois est encore équipé d’un logiciel soviétique »

 Propos recueillis par Bernard Poulet et Yveas-Michel Riols

L’Expansion

07/03/2011

Ce spécialiste de la Chine décortique la façon dont le plus puissant parti politique du monde s’est adapté à l’ouverture économique pour continuer à contrôler la société chinoise.

La Chine est de moins en moins communiste, a-t-on pris l’habitude de répéter. En réalité, le Parti communiste contrôle toujours les rouages essentiels de la société chinoise. S’il s’est fait beaucoup plus discret dans la vie quotidienne des Chinois, il garde la haute main sur les secteurs clefs – la politique, bien sûr, mais également l’économie. Ce que les investisseurs occidentaux ignorent trop souvent, explique le journaliste australien Richard McGregor. Au risque de bien mauvaises surprises.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à écrire un livre sur le Parti communiste chinois?

Si vous jetez un coup d’oeil sous le capot du modèle chinois, la Chine apparaît beaucoup plus communiste qu’elle n’en a l’air de prime abord. Le Parti communiste fonctionne toujours avec un logiciel soviétique qui consiste en un ensemble de structures et d’appareils permettant à un parti politique de contrôler le gouvernement, au sens large du terme, ainsi que la société civile. Il réplique presque entièrement le système conçu par Lénine. Cette machine politique est impressionnante et unique par sa taille. A la mi-2009, le PC comptait 75 millions de membres, soit un adulte chinois sur douze. Il est aussi puissant que secret. C’est l’instance de décision principale, mais la manière dont il exerce son pouvoir est généralement négligée parce qu’il sait opérer discrètement.

Est-il possible d’avoir une activité en Chine en dehors du regard du Parti communiste?

Vous vous heurtez souvent au parti, mais, la plupart du temps, c’est comme avec l’homme invisible, vous ne vous en rendez pas compte. Le PC s’est retiré de nombreuses sphères de la vie privée – ce qui donne cette impression de libéralisation de la société – pour se concentrer sur quelques domaines stratégiques : les cadres du régime et de l’économie, les forces armées, la police et la propagande. Il a conservé sa vie politique secrète, dirigeant l’Etat à l’arrière de la scène. La plupart des gens en Chine ne se heurtent donc plus directement au parti, sauf s’ils ont une fonction publique importante ou s’ils deviennent puissants et riches. « Le parti est comme Dieu, me disait un universitaire chinois, il est partout, mais vous ne pouvez pas le voir. »

Comment fonctionne le département de l’organisation centrale, qui est, dites-vous, le pilier de la nomenklatura chinoise?

C’est une sorte d’ENA géante dopée aux stéroïdes, ou encore la plus grande organisation de ressources humaines du monde, conçue pour s’assurer que toute personne qui occupe une position de responsabilité, au sein et hors du gouvernement, y compris dans l’économie, relève du parti. Celui-ci a toute latitude pour embaucher et licencier.

 Beaucoup de gens qui observent la Chine aujourd’hui peuvent penser que le Parti communiste contrôle uniquement le gouvernement. Mais son influence va bien au-delà : les médias, les associations, les organismes de régulation, etc. Il met son nez dans toutes ces organisations, à tous les échelons. D’une certaine manière, le système chinois diffère du soviétique dans la mesure où il est encore plus intrusif : il pénètre plus profondément les rouages de l’administration et des institutions d’Etat. C’est comme si, chez vous, tous les ministres, tous les directeurs de journaux – de L’Expansion à Libération -, tous les présidents des chaînes de télévision, tous les responsables des grandes organisations – qu’il s’agisse d’universités ou de cabinets d’avocats -, tous les PDG des grandes entreprises, publiques comme privées, étaient nommés par un parti. Une fois que vous avez compris cela, vous mesurez le pouvoir du département de l’organisation centrale.

Vous semblez dire qu’il existe une omerta, une loi du silence, parmi nombre d’experts de la Chine, sur l’influence réelle du parti, notamment dans l’économie?

Dans certains cas, il s’agit d’une omerta, dans d’autres, d’une ignorance crasse, et parfois cela relève de la pure naïveté. Lorsqu’on parle de la Chine, en Occident, c’est essentiellement en termes économiques, alors qu’il s’agit d’économie politique. Nombre de nos économistes ne l’ont pas compris. Ils savent manier les chiffres, mais ils ne sont pas formés pour penser politiquement. Or il faut penser l’économie chinoise en termes politiques, sinon il est impossible de comprendre ce qui s’y passe. Certains ont aussi intérêt à ne pas trop comprendre. Les règles du jeu que les Chinois voudraient imposer aux experts étrangers sont très claires : en aucun cas ils ne doivent exposer le vrai rôle du parti. Ceux qui acceptent de se plier à ces règles ne cherchent évidemment pas la transparence. Il est significatif qu’en Occident on présente Hu Jintao comme le « président chinois » alors que son titre le plus important est celui de secrétaire général duC.

Comment cela fonctionne-t-il en réalité?

Pour décrypter la politique chinoise, il faut s’intéresser au fonctionnement des institutions, c’est-à-dire des bureaucraties de l’Etat et de l’économie, en essayant de démêler leurs influences respectives. Derrière les responsables officiels des entreprises ou des banques, il y a les comités du Parti communiste. Pour saisir les luttes d’influence, il faut analyser la façon dont le PC organise la rotation des cadres au sein des grandes bureaucraties – la banque centrale, par exemple – ainsi que dans les grandes entreprises. Il est donc très difficile de comprendre comment la Chine fonctionne si l’on n’essaie pas d’abord de deviner le rôle et l’activité du Parti communiste.

Comment définissez-vous son rôle dans la gestion de l’économie et des grandes entreprises?

Le parti contrôle directement les grandes entreprises dans les secteurs qu’il juge stratégiques, tels que le transport, l’énergie et les télécommunications. En dehors de ces secteurs, tous ceux qui se rendent en Chine peuvent constater qu’il existe un secteur privé vigoureux. Le parti a tenté de séduire les entrepreneurs, mais il est décidé à garder le contrôle sur ce qu’il appelle les « hauteurs déterminantes de l’économie », en s’assurant qu’aucun mécanisme ne permet au secteur privé de jouer un rôle autre que purement économique. Le Parti communiste a appris à laisser suffisamment d’autonomie aux entrepreneurs privés pour leur permettre de réussir, tout en prenant toutes les garanties pour qu’ils n’aient aucune possibilité de devenir un centre de pouvoir rival.

A quel point le parti est-il impliqué dans la gestion des grandes entreprises, y compris celles qui sont cotées dans les Bourses étrangères?

Cela varie d’un secteur à l’autre. Prenons un exemple. Le PC a très clairement exercé son contrôle sur les grandes entreprises de télécommunications telles que China Mobile, le plus grand opérateur de téléphonie mobile du monde. Ainsi, à trois ou quatre reprises au cours de la décennie écoulée, il a permuté les cadres dirigeants des principales entreprises de ce secteur, du jour au lendemain, sans même en informer les PDG. Du coup, ces cadres se sont trouvés parachutés à la tête d’entreprises qui jusque-là avaient été leurs concurrents ! Pourquoi a-t-il fait cela ? Parce qu’il s’agit d’une nouvelle industrie, et qu’il ne veut pas qu’elle échappe à son contrôle.

 Pour le parti, le premier principe est le suivant : il a toute latitude d’embauche et de licenciement dans les entreprises, même si la façon dont il exerce cette prérogative varie d’un secteur à un autre. Deuxième principe : il existe un comité du parti qui agit comme un conseil d’administration parallèle au sein de chacune de ces grandes entreprises. Le parti n’est pas forcément impliqué dans la gestion quotidienne, mais il demeure un pouvoir de réserve, autorisé à intervenir quand il le juge nécessaire.

 Ce qui est certain, c’est que plus vous devenez gros, en Chine, plus vous devez avoir de liens avec le parti. Au fil du temps, celui-ci a colonisé les entreprises privées, au point qu’il y a maintenant une convergence d’intérêts entre le PC et le secteur privé. Le PC veille à ce que le secteur privé ne devienne jamais un concurrent politique.

Pourquoi arrive-t-on si mal à mesurer la taille réelle du secteur privé?

Il y a une vraie difficulté à démêler le public du privé, car beaucoup d’entreprises rechignent à s’afficher comme des sociétés entièrement privées et préfèrent rechercher la protection d’actionnaires publics. Les entreprises chinoises se sentent plus vulnérables si elles sont privées. Il leur est conseillé d’avoir un « chapeau rouge » pour bien se développer.

Je cite deux rapports dans mon livre. Le premier, du courtier CLSA, de Hongkong, estime que le secteur privé génère 70 % du produit intérieur brut. Le second, de Yasheng Huang, du Massachusetts Institute of Technology, juge que le secteur purement privé équivalait, à la fin du XXe siècle, à 20 % de la production industrielle. Je pense que l’on peut estimer sérieusement que le secteur public génère 50 % ou plus du PIB, même si le secteur privé crée davantage d’emplois que le public.

Comment voyez-vous l’évolution de ce système ?

Le système communiste chinois est certes corrompu, pourri, coûteux et souvent inefficace. La corruption joue le rôle d’un impôt qui permet une redistribution au sein de la classe dirigeante. De cette manière, elle est une espèce de ciment du système. Mais si la crise financière en Occident a exacerbé l’orgueil national, elle a aussi démontré la flexibilité du système. Et il est indéniable que, depuis la mort de Mao, les deux piliers du pouvoir du parti – la croissance économique et le nationalisme renaissant – se sont renforcés.

Lénine reconnaîtrait-il l’organisation du PC chinois?

Il reconnaîtrait la structure. La bureaucratie léniniste a survécu, même si les dirigeants chinois y ont ajouté une touche de McKinsey pour la rendre plus performante. D’un autre côté, Lénine serait peut-être horrifié de se rendre dans un restaurant élégant avec d’autres cadres et de devoir payer 500 dollars pour dîner… Une partie de Lénine adorerait le parti d’aujourd’hui, une autre le détesterait!

Profil

Richard McGregor, 52 ans, journaliste au Financial Times, a passé dix ans en Chine et a aussi été en poste au Japon, à Taïwan et à Hongkong. De son expérience en Chine, il a tiré un récit inédit sur les rouages, le pouvoir et la stratégie du Parti communiste chinois (The Party. The Secret World of China’s Communist Party, HarperCollins, 2010). Il vient de rejoindre le bureau du FT à Washington.

Voir également:

Cinq idées reçues sur le Parti communiste chinois

Le léninisme de marché est toujours d’actualité.

Décryptage des clichés qui circulent au sujet de l’Empire du Milieu…

Foreign policy

Repris par Slate

30 janvier 2011

«La Chine n’a plus de communiste que le nom»

Faux. Imaginons que Lénine revienne à la vie dans le Pékin de 2011; imaginons qu’il parvienne à fermer les yeux sur les gratte-ciels étincelants et sur l’ostensible consumérisme de leurs habitants. Il percevrait certainement le Parti communiste chinois comme une copie du système qu’il avait élaboré, près d’un siècle plus tôt, pour les vainqueurs de la révolution bolchevique. Il suffit en effet d’étudier la structure du parti pour comprendre à quel point le système politique chinois demeure communiste —et léniniste.

Cela fait certes bien longtemps que la Chine a tiré un trait sur les fondements du système économique communiste. Elle les a progressivement remplacés par des entreprises d’Etat ayant le sens des affaires, qui coexistent avec un secteur privé des plus dynamiques. Mais malgré cette libéralisation de l’économie, les dirigeants chinois ont bien pris soin de conserver leur mainmise sur le pouvoir; et ce à travers trois éléments contrôlés par le parti: les fonctionnaires, la propagande et l’Armée populaire de libération (APL).

L’APL n’est pas l’armée du pays; c’est celle du parti. En Occident, la politisation potentielle des militaires est souvent matière à controverse. En Chine, c’est tout le contraire: le parti est constamment sur ses gardes, de peur de voir l’armée se dépolitiser. Il n’a peur que d’une chose: perdre le contrôle des généraux et de leurs troupes. En 1989, un général avait refusé d’ordonner à ses soldats de marcher sur la capitale pour y déloger les étudiants de la place Tian’anmen; l’incident a marqué au fer rouge la mémoire collective de la classe dirigeante. Car au final, c’est la répression des manifestants par l’armée qui a permis au parti de conserver le pouvoir en 1989; depuis, ses dirigeants font de leur mieux pour conserver le soutien des généraux, au cas où il faudrait étouffer de nouvelles révoltes dans l’œuf.

Le parti contrôle les médias par l’intermédiaire du département de la propagande, tout comme le faisait l’Union soviétique. Ce département transmet des directives quotidiennes aux organes de presse, par écrit, par email ou par sms, et —plus officieusement— par téléphone. Les directives expliquent, souvent en détail, comment traiter (ou ne pas traiter du tout) les informations considérées comme sensibles par le parti; l’attribution du prix Nobel de la paix à Lu Xiaobo, par exemple.

Enfin (et c’est peut-être le plus important), c’est le parti qui alloue tous les postes de premier plan dans les ministères, dans les entreprises, dans les universités et dans les médias, par l’intermédiaire d’un organisme mystérieux et peu connu: le département de l’organisation. A travers ce département, le parti gère la quasi-totalité des nominations d’importance, quelle que soit la région et le champ d’activité. Les Chinois se souviennent manifestement de la politique de Staline, qui voulait que les cadres décident de tout.

De fait, lorsqu’on compare la liste des caractéristiques du Parti communiste chinois à celle de l’Union soviétique (telle qu’établie par Robert Service, grand historien de l’URSS), on se rend vite compte que les ressemblances sont incroyablement nombreuses. Le parti a agi comme tous les dirigeants communistes au temps de leur âge d’or: il a éradiqué ou affaibli ses opposants politiques, a éliminé l’indépendance de la justice et des médias, a limité les libertés civiles et religieuses, a dénigré les partisans d’une autre vision de la nation, et a envoyé les dissidents en camp de travail. Si le système chinois est souvent qualifié de «léninisme de marché», ce n’est pas par hasard.

«Le Parti contrôle tous les aspects de la vie des citoyens»

Plus maintenant. Sous Mao Zedong (de 1949 à sa mort, en 1976), la Chine était, de fait, un Etat totalitaire. En ces temps obscurs, les employés ordinaires ne pouvaient se marier (et emménager avec leur conjoint) sans l’autorisation de leur supérieur hiérarchique. Il leur fallait également attendre l’aval de l’administration pour commencer à fonder une famille.

Depuis, le Parti communiste a compris qu’une telle ingérence dans la vie des Chinois pouvait desservir son principal projet: la création d’une économie moderne. Durant la période des grandes réformes initiées par Den Xiaoping (à la fin des années 1970), le Parti a peu à peu relâché son emprise sur la vie privée des citoyens, à l’exception des dissidents les plus récalcitrants. Dans les années 1980 et 1990, la disparition progressive de l’ancien système de prise en charge complète des citoyens (entreprises d’Etat, services médicaux et autres aides sociales) a également mis fin à un dispositif de contrôle particulièrement complexe, construit autour des comités de quartier, et dont l’un des objectifs étaient d’espionner la population.

Cette réforme a grandement profité au Parti. Certes, de nombreux jeunes ne savent plus vraiment à quoi sert ce dernier, estimant qu’il ne joue plus aujourd’hui de rôle notable dans leurs vies. Mais les dirigeants s’en réjouissent: les citoyens ordinaires ne sont pas sensés s’intéresser aux rouages internes du parti. Ses organes les plus puissants (comme les départements de la propagande et de l’organisation) ne veulent pas se faire remarquer; on ne trouve aucune plaque à leurs noms devant leurs bureaux, et leurs numéros de téléphone ne figurent pas dans les annuaires. La stratégie de la discrétion s’est avérée payante: elle leur permet de cacher leurs opérations à la population tout en permettant au parti de récolter tous les lauriers d’une croissance économique éclair. C’est ainsi que fonctionne aujourd’hui le contrat social de la Chine: le parti permet au citoyens d’améliorer leur niveau de vie comme bon leur semble, à condition que ces derniers ne se mêlent pas de politique.

«Internet aura raison du parti»

Impossible. On se souvient de la formule prononcée il y a dix ans par Bill Clinton; il affirmait que les dirigeants chinois ne parviendraient jamais à contrôler Internet, tâche revenant, selon lui, à essayer de «clouer de la gelée à un mur». Le président avait raison —mais il ne s’attendait certainement pas à cela. En Chine, Internet n’est pas le relais des valeurs démocratiques occidentales; et à bien des égards, il est même devenu l’inverse. La «grande muraille numérique» est chargée de filtrer les idées venues de l’Occident, et elle remplit parfaitement son office. A l’intérieur des murs, en revanche, les cyber-citoyens ultranationalistes jouissent d’une liberté de parole beaucoup plus étendue.

Le Parti communiste chinois s’est toujours drapé dans le nationalisme pour s’assurer le soutien du peuple, et il a toujours su exploiter l’émotion de la population quant aux humiliations historiques infligées par l’Occident. Les propositions d’investissements étrangers les plus banales qui soient ont ainsi parfois été comparées à l’Alliance des huit nations, qui avait envahi et occupé Pékin en 1900. Mais lorsque de tels propos se propagent sur Internet, le gouvernement chinois parvient souvent à canaliser cette colère avec finesse pour servir ses propres intérêts. Pékin avait par exemple utilisé un mouvement de colère anti-japonaise pour faire pression sur Tokyo lorsque le capitaine d’un bateau de pêche avait été arrêté dans les eaux du Japon. Ces tactiques pour le moins brutales ne font rien pour améliorer l’image de la Chine à l’étranger, mais elles ont renforcé la popularité du parti dans la population; dans les médias nationaux, les Chinois entendent que leurs dirigeants tiennent tête aux puissances étrangères.

A travers son département de la propagande, le parti emploie toute une gamme de tactiques —souvent inventives— pour conserver sa mainmise sur Internet. Chaque région dispose d’une police numérique spécialement entraînée, chargée de contenir tout mouvement d’humeur local, et le département de s’arrête pas là: il a mis sur pied un système permettant d’allouer de petites sommes d’argent à tout citoyen disposé à poster des messages progouvernementaux sur divers forums et groupes de discussion. De plus, les principaux portails Internet savent que leur —très profitable— modèle économique dépend de leur capacité à éliminer tout contenu subversif de leurs sites. Et s’ils défient ces règles à maintes reprises, le gouvernement peut tout simplement les faire disparaître du web.

«Plusieurs pays souhaitent reproduire le modèle chinois»

Bon courage. Il va sans dire que nombre de pays en développement envient le succès de la Chine. Quel pays pauvre refuserait trois décennies de croissance à 10%? Et quel despote ne voudrait pas d’une croissance à 10%, tout en ayant l’assurance de rester au pouvoir pour longtemps? De fait, nombre de pays auraient beaucoup à apprendre de la Chine quant à l’administration du développement (comment affiner ses réformes en les implémentant dans différentes régions du pays; comment gérer l’urbanisation de manière à ce que les métropoles ne soient pas submergées par les quartiers pauvres et les bidonvilles…).

Par ailleurs, la Chine est parvenue à ce résultat en ignorant délibérément les conseils de l’Occident; elle a su tirer parti des avantages du marché, sans pour autant succomber à l’ensemble de ses charmes. Pendant des années, les banquiers du monde entier se sont rendus à Pékin pour prêcher la bonne parole de la libéralisation financière, conseillant aux dirigeants chinois de laisser flotter leur monnaie et d’ouvrir leur compte de capital. Comment reprocher aux Chinois d’avoir compris que cette recommandation était évidemment motivée par des intérêts personnels? Une théorie à la mode veut que le succès de la Chine ait donné naissance à un nouveau «consensus de Pékin», qui remettrait en cause l’importance de l’économie de marché et de la démocratie —les deux marques de fabrique du «consensus de Washington». Le consensus de Pékin proposerait ainsi un système économique pragmatique et une politique autoritariste prête à l’emploi.

Mais observez le modèle chinois de plus près, et vous verrez qu’il n’est pas si simple de le l’imiter. La plupart des pays en développement n’ont pas la tradition et la complexité bureaucratique de la Chine; la structure du parti lui donne une capacité à mobiliser des ressources et à diriger ses fonctionnaires qu’ils ne peuvent égaler. La République démocratique du Congo pourrait-elle établir et administrer un département de l’organisation? En Chine, l’autoritarisme ne pourrait fonctionner sans les ressources du parti.

«Le parti ne peut pas rester au pouvoir éternellement»

Faux. Du moins pas dans un avenir prévisible. Contrairement à ce que l’on a pu voir à Taiwan et en Corée du Sud, l’émergence de la classe moyenne chinoise n’a pas coïncidé avec une exigence de démocratie à l’occidentale. Et ce pour d’évidentes raisons. Ses trois plus proches voisins asiatiques, Japon y compris, sont devenus des démocraties à des moments —et dans des circonstances— différents. Mais ils étaient tous des protectorats des Etats-Unis, et Washington a joué un rôle central dans la mise en place (ou dans l’institutionnalisation) de leur démocratie. L’Amérique a ainsi fait pression sur la Corée du Sud pour qu’elle annonce la tenue d’élections avant les Jeux olympiques de Séoul de 1988. Par ailleurs, les sociétés japonaises et sud-coréennes sont plus réduites et plus homogènes; elles n’ont pas la vaste portée continentale de la Chine, et sa multitude de conflits nationaux et ethniques. Inutile d’ajouter qu’aucun de ces pays n’a connu de révolution communiste ayant pour but principal de bouter les impérialistes étrangers hors de leurs frontières.

Il est fort possible que la classe moyenne urbaine chinoise désire avoir plus de liberté politique, mais elle n’a jamais osé se soulever de concert contre l’Etat —et ce pour une simple raison: elle a bien trop à perdre. Ces trente dernières années, le parti a sévèrement réprimé toute forme d’opposition; mais il a aussi lancé une série de vastes réformes économiques. La liberté de consommer (voitures, immobilier, supermarchés bien fournis) est beaucoup plus séduisante que la vague idée de démocratie, surtout lorsque ceux qui réclament des réformes politiques peuvent perdre leur métier ou se faire emprisonner. S’opposer au parti peut coûter cher; bien trop cher. Voilà pourquoi les régions rurales ont constitué les principaux foyers d’agitation de ces dernières années; on y trouve les habitants les plus pauvres, et donc les moins touchés par les bienfaits du miracle économique national. «Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! Vous n’avez rien à perdre que vos crédits immobiliers!» n’est pas le plus engageant des slogans révolutionnaires.

Voilà pourquoi certains analystes estiment que des divisions internes au parti seraient un vecteur de changement politique plus probable. Comme toutes les organisations politiques de grande ampleur, le Parti communiste chinois est divisé en factions diverses, qui vont des fiefs locaux (dont l’influence a été illustrée par la «clique de Shanghai», sous le président Jiang Zemin) aux réseaux internes au parti (les cadres supérieurs furent par exemple liés à la Ligue de la jeunesse communiste par Hu Jintao, le successeur de Jiang). Les cadres du parti sont clairement en désaccord sur nombre de sujets, que ce soit le rythme à donner à la libéralisation politique ou l’ampleur du rôle que doit jouer le secteur privé dans l’économie du pays.

Mais ces divergences sont souvent l’arbre qui cache la forêt. Depuis 1989, lorsque les instances dirigeantes du parti s’étaient divisées et que ce dernier avait failli s’effondrer, il existe une règle suprême: aucun conflit interne au Politburo ne doit être rendu public. Aujourd’hui, la coopération des cadres dirigeants du parti est aussi naturelle que la compétition de ses factions internes, qui ne cesse de l’affaiblir. Xi Jinping, l’héritier présomptif de Hu Jintao, prendra certainement les rênes du pouvoir en 2012, lors du prochain congrès du parti. Son vice-président sera sans doute Li Keqiang; si l’on part du principe que ce dernier lui succédera pour l’habituel mandat de cinq ans, il semble que la Chine soi fixée sur l’identité de ses dirigeants jusqu’en 2022. Lorsque les Chinois comparent leur pays à l’Amérique, ils se disent que cette dernière ressemble de plus en plus à une république bananière.

 L’idée selon laquelle la Chine était destinée à devenir une démocratie a toujours été une hypothèse occidentale; hypothèse née de nos théories sur l’évolution des systèmes politiques. Et pour l’heure, tout pousse à croire que ces théories sont fausses. Le parti pense ce qu’il dit: il ne veut pas voir la Chine devenir une démocratie à l’occidentale —et il semble disposer de tous les outils nécessaires pour s’assurer que cela n’arrive jamais.

Richard McGregor

McGregor est l’ancien chef de bureau à Pékin pour the Financial Times et l’auteur de The Party: The Secret World of China’s Communist Rulers.

Traduit par Jean-Clément Nau

Voir de plus:

The permanent party

An entertaining and insightful portrait of China’s secretive rulers

The Economist

Jun 17th 2010

The Party: The Secret World of China’s Communist Rulers. By Richard McGregor. Harper; 302 pages; $27.99. Allen Lane; £25. Buy from Amazon.com, Amazon.co.uk

ANY study of the Chinese Communist Party today will soon confront two jarring questions. The first is how a party responsible for such horrors—the Cultural Revolution of the 1960s, the death of some 35m-40m people in the worst-ever man-made famine from 1958-1960—has stayed in power without facing any serious threat, the 1989 Tiananmen protests aside. The second is why it still calls itself “communist”, when China today seems closer to the cut-throat capitalism of Victorian England than to any egalitarian dream.

The second question is easier. In 1979 Deng Xiaoping, the pragmatic founder of the new China, answered it in “four basic principles”, the most important being “the leading role of the Communist Party”. Richard McGregor’s masterful depiction of the party today cites a less pompous tautology, from Chen Yuan, the son of a Long March veteran and hero of central planning, who is himself a leading state-banker: “We are the Communist Party and we will decide what communism means.”

This willingness to jettison ideological baggage while clinging to Leninist first principles also helps answer the first question, about the party’s surprising durability. Flexibility has been essential as the party has both led and adapted to wrenching change since 1978. It has had, as Mao Zedong, a less pragmatic communist, might have put it, to “manage contradictions”. In the process, Chinese people have learnt to enjoy freedoms and prosperity unimaginable under Mao. The system, Mr McGregor rightly points out, still relies, ultimately, on terror. But no longer are party rule and terror absolutely synonymous.

Through anecdote and example, Mr McGregor, a longtime correspondent in China for the Financial Times, illuminates the most important of the contradictions and paradoxes. There is the obvious one, for example, between the demands of the market and party control. Mr McGregor describes one almost comical battlefield—the overseas stockmarket listings of Chinese state-controlled companies.

Wall Street bankers scratched their heads over how to describe the role of a firm’s party committee. John Thornton, a former boss of Goldman Sachs, describes an “eye-opening” lecture he received as a member of a Chinese board: the committee was responsible for six functions “and they were the ones that mattered.” Prospectuses tend to solve the conundrum by avoiding mention of the party’s role.

A more stomach-churning example of this contradiction was the discovery in 2008 by Sanlu, a dairy firm, that some of its products had been contaminated and were harming and killing children. Commercial logic, not to mention basic humanity, demanded an instant recall. But the boss’s first loyalty was to the party, which had demanded that bad news be suppressed so as not to spoil the atmosphere at that year’s Beijing Olympics.

Then there is the tension arising from the party’s dependence—shown most graphically in Beijing in 1989—on the army to keep it in power. This has led to booming army budgets, as the generals acquire high-tech kit. But this in turn leads them to think of themselves as professional soldiers defending China when their job is to serve the Communist Party. Tensions surface in the mysterious occasional harangues in the press against those calling (though not in public) for the “depoliticisation” and “nationalisation” of the armed forces.

Third, there is the paradox that China’s leaders recognise that the main threat to their authority is corruption, yet their power rests on a system that makes it almost inevitable. Indeed, as Mr McGregor puts it, corruption has become a sort of “transaction tax that distributes ill-gotten gains among the ruling class…It becomes the glue that keeps the system together.” No outside body is allowed to have authority over the party. An independent anti-corruption campaign, as Mr McGregor notes, “could bring the whole edifice tumbling down”.

This is part of what the author calls the “fundamental paradox”: “That a strong, all-powerful party makes for a weak government and compromised institutions.” This leaves it ill-equipped to cope with the next change, as China “rebalances” its economy to stimulate domestic consumption, provide a decent social-security net and “take on the vested interests now profiting from the distortions”.

Mr McGregor seems to think that the party’s record suggests it will find a way to manage this next transition, too. But he also notes that the triumphalism of China’s leaders in recent months seems “brittle”. Party rule has always made it hard to picture the future as very different from the present. But in China it usually is.

Voir encore:

Excellent article qui n’est à côté de la plaque qu’au final : vous attribuez le penchant complotiste et l’aveuglement économique du docu à une sorte de « faute professionnelle ».

Liberty Valance

Econoclaste

mardi 8 mars 2011

Ce faisant vous êtes dans l’erreur : là comme ailleurs, c’est une pure question de demande suscitant l’offre. Autrement dit , les commanditaires c’est-à-dire les chaines de télévision, font fabriquer ce qu’ils veulent voir à l’attente.

En écrivant cela je défends bien évidemment ma boutique puisque j’exerce cette coupable de profession de documentariste plus ou moins spécialisé dans l’économie…

Depuis une dizaine d’années, pratiquement tous les docus économiques qui « marchent bien » (c’est à dire qui recueillent de bonnes critiques et font de l’écoute) sont à base idéologique « complotiste » et « horreur économique ». C’est devenu comme une norme du genre.

Si vous regardez de près les cases documentaires des programmes de télévision vous serez frappés de ce qu’on navigue aujourd’hui au rythme d’enfer : « un documentaire, un scandale ». L’impératif est tellement fort que les professionnels de la profession ont aujourd’hui un problème : on est à court de scandales. Du coup, on se retrouve à en débusquer là où il n’y en a pas vraiment…

Par exemple, vous avez sans doute remarqué le nombre incroyable de documentaires nous expliquant qu’on mange de la merde et que l’agroalimentaire nous empoisonne au sens strict du mot.

Tous ces films font d’excellents taux d’écoute sans doute parce qu’ils excellent à maintenir la cohérence de leur discours économique par exemple en évitant tous soigneusement de se demander par quel miracle l’espérance de vie peut-être en constante augmentation alors même qu’à les en croire notre environnement nutritif est en pleine dégradation…

En posant cette question je fais évidemment l’imbécile car je n’ignore pas que quand l’idéologie est en contradiction avec les faits, ce sont les faits qui ont tort.

Plus sérieusement, il est très intéressant de s’interroger quant aux raisons pour lesquelles les approches « complotistes » et « horreur économique » sont aussi en vogue aussi bien auprès du public que des responsables de chaînes.

Il y a mon avis plusieurs raisons qui convergent toutes. Certaines relèvent de la sociologie des organisations, d’autres des phénomènes d’idéologie dominante, d’autres enfin des règles de la dramaturgie.

Du côté des responsables de chaînes commanditant les programmes, on notera qu’aucun n’a la moindre formation économique. Pour ceux qui ont des formations supérieures, presque tous sont des littéraires purs et durs (sociologie, lettres, psychologie, journalisme, droit, histoire, science politique au mieux ). Il en est de même des journalistes qui écriront les critiques. Pas le moindre économiste, commercial ou spécialiste du marketing en vue…

Politiquement, surtout sur les chaînes publics, Arte compris, la plupart des commanditaires ont un passé et même un présent de militant d’extrême gauche. Les plus droitiers sont à l’aile gauche du PS version Hamon. Autrement dit, presque tous sont en rupture morale fondamentale avec le principe même de l’économie de marché. Il en résulte que l’approche « horreur économique » de l’économie est largement dominante. Il est très difficile aux voix dissonantes d’émerger pour les raisons classiques de sociologie des organisations qui font qu’on a tendance à coopter ceux qui partagent vos idées.

Mieux encore, la génération des responsables « méndéso-rocardo-jospinistes » c’est-à-dire ceux qui quoi que de gauche pensaient qu’il convenait malgré tout de produire les richesses avant que les distribuer est en train de passer la main. Elle est remplacée par des gens qui ont intellectuellement tendance à faire de la morale plutôt que de la politique ce qui les éloigne par essence d’un vrai rapport aux faits.

Dans les chaines idéologiquement de droite (TF1, M6 , W8, C+ , etc….) les responsables sont sociologiquement et intellectuellement de droite mais depuis quelques années la force des idées écologiques plus ou moins décroissantes leur fait envisager l’économie comme une forme de nuisance plutôt que la contrepartie d’un bien-être. Autrement dit, on peut aussi bien arriver par la droite que par la gauche au schéma « l’horreur économique ».

Dans cet environnement, il est extrêmement difficile de défendre une approche simplement factuelle et pédagogique des choses. Notre société est tellement « de défiance » qu’on est perpétuellement sommé de débusquer l’entourloupe des classes dirigeantes. Difficile dans cette atmosphère de garder la tête froide et de maintenir le curseur du récit là ou il doit être.

Par ailleurs, il faut bien reconnaître que le complotisme fait de la bonne dramaturgie. Il y a des bons et des méchants. Le réalisateur (et donc avec lui le spectateur) étant bien évidemment du côté des bons, on attend avec impatience la dénonciation et la défaite du « dark side of the force ». On bat des mains à voir les méchants se faire démasquer. Il y a de la passion et donc du plaisir à regarder…

Autre grand avantage du complot : c’est une valorisation par essence du spectateur. En effet, il est, comme le réalisateur, par définition toujours du côté des grands initiés, ceux qui ont su dessiller les yeux et voir le réel qu’on voulait leur cacher (car je n’ai jamais vu un récit à mécanique complotiste raconté du point de vue des gens abusés c’est-à-dire des imbéciles…. ) Il faut bien reconnaître qu’il y a du plaisir et de l’exaltation à se convaincre qu’on est intelligent et qu’on fait partie de ceux qui ont su y voir clair.

A l’inverse, l’économie ne fait pas le poids en termes d’affect et de dramaturgie car c’est un univers de la nuance et de la complexité. On y examine avec raison et froideur les moult effets pervers prêt à surgir au coin du bois. Trop compliqué et abstrait et donc au final peu bandant ! Comme disait le grand Alexis (de Tocquevlle) : « Une idée fausse, mais claire et précise, aura toujours plus de puissance dans le monde qu’une idée vraie, mais complexe ». Là est le drame absolu de l’économie à la télé.

Dernier point, c’est une banalité de constater que la France est le pays des idées générales et de la croyance dans le pouvoir créateur du politique. Si l’assemblée nationale vote que l’herbe est bleue et le ciel vert et bien qu’il en soit ainsi…

Autrement dit, dans la hiérarchie de ce qui fait l’intelligence du monde, les faits occupent le bas de l’échelle.

Si vous travaillez pour la BBC ou National Geographic, vous aurez la surprise quelques semaines avant la diffusion de recevoir un coup fil d’un jeune assistant « fact checker » auquel vous devrez justifier vos sources.

Par exemple, si votre commentaire assène que les biberons au bisphénol donnent le cancer aux nourrissons , il vous demandera de lui faxer les études vous permettant de dire ça.

Rien de tel sur les chaines de télévision française. Là, le seul contrôle est celui de conformité aux idées générales c’est-à-dire la communion avec les opinions du commanditaire ou l’évitement des chausses trappes du politiquement correct. Sur le reste (par exemple les chiffres bruts) vous pouvez raconter absolument n’importe quoi sans que quiconque ne cille.

Par exemple, récemment, une phrase de commentaire d’une émission magazine, indiquant que 1% des américains les plus riches possédaient 90% de la richesse nationale. La phrase a passé sans encombre une bonne dizaine de filtres et n’a été intercepté que juste avant l’antenne (par moi….).

Pourtant, il ne suffit que d’une culture économique très basique pour relever qu’a contrario il résulterait de cette affirmation que 99%¨de la population américaine vit avec 10% de la richesse nationale ce qui serait proprement stupéfiant dans un pays massivement de classe moyenne comme il suffit de se promener dans les banlieues pour s’en convaincre (en fait, le premier centile mobilise aux environs de 27 % de la richesse nationale ce qui est déjà proprement colossal en terme d’inégalité).

Bref, l’économie, la vraie, celle de la réalité et de la complexité, n’a vraiment pas de beaux jours devant elle sur les étranges lucarnes….

Voir également :

Le mythe de l’obsolescence programmée

Alexandre Delaigue

Econoclate

7 mars 2011

Arte a récemment diffusé un documentaire intitulé « prêt à jeter », consacré à l’obsolescence programmée. Le documentaire a apparemment eu un grand succès public, et la critique l’a unanimement recommandé (Telerama-Le Monde-Le Figaro). Vous pouvez visionner le documentaire en vod en suivant ce lien, et pouvez (pour l’instant) le trouver sur youtube.

Comme il m’avait été recommandé par diverses personnes, je l’ai visionné. Ce documentaire est hélas d’une nullité intégrale. Parfois hilarant de bêtise, parfois nauséabond de complotisme, en tout cas, jamais informatif.

« L’obsolescence programmée » est l’idée selon laquelle si les produits que vous achetez se dégradent rapidement (contrairement aux bons vieux produits inusables de nos grands-parents), ce n’est pas un hasard : c’est une machination ourdie par les entreprises industrielles, qui ont trouvé là un moyen de nous obliger à racheter régulièrement leurs produits. C’est une de ces idées qui tient une bonne place dans la conscience populaire, mais qui ne convainc guère les économistes, pour plusieurs raisons.

La première, c’est que l’idée du « c’était mieux avant, tout était solide, maintenant on ne fait plus que des produits de mauvaise qualité qui s’usent vite » est tellement intemporelle qu’on se demande bien quel a été cet âge d’or durant lequel on faisait des produits durables. (à l’époque de ma grand-mère bien entendu : sauf qu’à son époque, elle disait aussi que les produits de sa grand-mère étaient plus solides). Il y a là un biais de perception, le « biais de survie » : vous avez peut-être déjà vu un frigo des années 50 en état de fonctionnement (j’en connais un, pour ma part); vous n’avez certainement jamais vu les dizaines de milliers de frigos des années 50 qui sont tombés en panne et ont terminé à la décharge. Nous avons par ailleurs tendance à idéaliser le passé : je suis par exemple toujours très étonné par les fanatiques qui me racontent, des trémolos dans la voix, à quel point la 2CV Citroen était une voiture « increvable ». Dans celle de mes parents, il fallait changer les plaquettes de frein tous les 10 000 km, le pot d’échappement tous les 20 000, et elle était tellement attaquée par la corrosion (au bout de deux ans) que dès qu’il pleuvait, on avait le pantalon inondé par une eau noirâtre et gluante. Je préfère de très loin les voitures actuelles et leurs pannes d’électronique récurrentes.

Mais il n’y a pas que ces biais de survie et d’idéalisation du passé. Si les économistes sont sceptiques vis à vis de l’obsolescence programmée, c’est que cette stratégie apparemment subtile n’a en réalité aucun sens. Prenons un exemple utilisé dans le documentaire, celui des collants féminins qui filent très vite, au point qu’il faut les changer toutes les deux semaines. Si un collant coûte 4€ et dure deux semaines, à l’issue desquelles les clientes en rachètent un, elles montrent à l’entreprise qu’elles sont disposées à dépenser 104€ par an en collants. Or, fabriquer un collant très solide coûte peut-être un peu plus cher à l’entreprise, mais certainement pas autant que de fabriquer 26 collants vendus 104 euros. Elle pourrait donc réaliser un profit largement supérieur, en vendant par exemple un collant garanti un an (avec remplacement gratuit s’il se file entretemps, pour rassurer les clientes) pour une centaine d’euros.

Bien sûr les choses ne sont pas si simples, et en pratique, beaucoup des produits que nous achetons ne sont pas particulièrement durables. Il peut y avoir deux raisons à cela. La première tient aux contraintes de la production. La durabilité est une qualité désirable; mais il y a d’autres, nombreuses qualités désirables, comme un faible coût de production, ou des caractéristiques spécifiques. Pour rester sur l’exemple des collants, on a supposé au dessus que faire un collant de durée de vie d’un an ne coûte pas cher. Ce n’est pas certain : si faire 26 collants durant deux semaines coûte au total moins cher qu’un seul collant durant un an, alors, il est préférable de fabriquer les produits moins durables – et les consommatrices soucieuses de leur pouvoir d’achat pourront préférer ceux-ci. Si pour que les collants soient durables, il faut qu’ils aient l’apparence de bas de contention, je connais beaucoup de femmes qui préféreront d’autres modèles moins solides.

Un fer à vapeur sous pression est moins durable que le vénérable fer en fonte qui ornait la cuisinière de mon arrière-grand mère; faire passer de la vapeur sous pression dans des pièces métalliques provoque une usure bien plus rapide. Il est aussi nettement plus pratique à utiliser. Une poele recouverte de téflon est moins durable qu’une casserole en cuivre massif; elle est aussi moins coûteuse, et bien plus commode. Comme nous sommes des enfants gâtés par la société de consommation, nous voudrions que tout soit à la fois durable, esthétique, pratique, et peu cher. A la fin du 19ième siècle, les marines européennes avaient cherché à produire des bâtiments de guerre à la fois rapides, dotés d’une énorme puissance de feu, et d’un gros blindage. Mais qui dit blindage et armements dit poids élevé, ce qui nuit à la manoeuvrabilité et à la vitesse. Tout problème d’ingéniérie nécessite d’optimiser entre différentes qualités incompatibles. Bien souvent, la réparabilité ou la durabilité passent au second plan, derrière d’autres qualités, comme le prix. Produire en grande série standardisée permet de réduire considérablement les coûts; réparer est un artisanat qui coûte très cher, parce que dans nos pays développés le travail coûte cher.

A côté de produits peu durables, il est également possible de trouver des produits très durables, mais chers. Un costume sur mesure fait chez un tailleur sera plus beau, conçu avec des tissus de bien meilleure qualité que le bas de gamme que vous trouverez dans le premier magasin venu: il sera aussi beaucoup plus cher. Certaines marques ont fait de la durée de vie élevée leur principal argument commercial (briquets Zippo garantis à vie, piles Duracell et leur lapin qui dure longtemps, voitures japonaises ou coréennes garanties 5 ans, chaussures Church qui durent toute une vie…) ce qui montre que faire des produits à longue durée de vie n’est certainement pas rédhibitoire pour les profits, bien au contraire. Simplement, la durée de vie n’est pas l’unique qualité désirable dans un produit.

Et cette optimisation entre des qualités concurrentes rencontre les aspirations, elles-mêmes variées, des consommateurs. Une observation modérée de mes semblables de sexe féminin m’a ainsi permis de constater que nombre d’entre elles changent très régulièrement de tenue vestimentaire, et qu’elles semblent y attacher beaucoup d’importance. Dès lors, il ne me semble pas absurde d’envisager qu’elles préfèrent acheter 26 paires de collants dans l’année – ce qui permet d’en avoir des différentes – plutôt que de porter toujours les mêmes à longueur d’année. Ce sont peut-être des dindes écervelées qui ont le cerveau lavé par la presse féminine et les diktats de la mode; plus probablement, elles font de leur tenue vestimentaire une façon de manifester leur goût et leur charme.

Et c’est la seconde raison qui explique pourquoi les produits ne sont pas toujours très durables; soumis au choix entre des produits durables et des produits rapidement obsolètes, nous avons souvent tendance à préférer les seconds. Nous aimons la variété et la nouveauté. Consommer n’est pas seulement satisfaire un besoin utilitaire; c’est aussi une source de satisfaction, de démonstration de diverses qualités personnelles à notre entourage. On peut qualifier ces sentiments de frivoles, se moquer de ces gens qui vont se ruer sur un Ipad 2 dont ils n’ont rien à faire; mais constater aussi que les sociétés qui ont voulu substituer à ces caractéristiques humaines la stricte austérité (ha, le col Mao pour tout le monde) n’étaient pas particulièrement respectueuses des libertés, ou de la vie humaine. Et noter que jamais personne ne vous a obligé à acheter quoi que ce soit. Il y a évidemment une pression sociale; et parce que le marché ne peut pas toujours satisfaire tout le monde, nous sommes obligés parfois de nous conformer aux modes de consommation de la majorité, à contrecœur.

Comme vous le voyez, il y aurait largement de quoi nourrir un excellent documentaire, instructif, autour de la question de la durée de vie des produits. Hélas, vous ne trouverez strictement rien de tout cela dans le documentaire d’Arte.

Le documentaire commence par un vieux canard qui ressort à intervalles réguliers : les ampoules électriques. Dans les années 20, un cartel entre producteurs d’ampoules aurait cyniquement établi une entente pour réduire la durée de vie des ampoules électriques à 1000 heures de fonctionnement, alors qu’auparavant, il n’était pas rare de fabriquer des ampoules de durée de vie largement supérieure. Un cartel, voilà qui éveille tout de suite l’attention de l’économiste. Comment fonctionnait-il? Comment empêchait-ils ses membres d’adopter un comportement opportuniste (par exemple, en vendant des ampoules de plus longue durée que les autres, ou des ampoules moins chères)? Le documentaire est muet sur cette question. Tout au plus est-il question d’amendes pour les membres fautifs et de « partage de technologies ». Et d’interminables minutes sur un bâtiment public au fin fond des USA dans lequel une ampoule brille sans discontinuer depuis un siècle, d’une lueur un peu pâlotte, mais qui fait l’admiration des habitants qui organisent des fêtes anniversaire de l’ampoule (on se distrait comme on peut).

Un commentateur chez Aliocha permet de trouver la clé du mystère. Concevoir une ampoule électrique est un problème d’optimisation entre diverses qualités : la luminosité, la consommation, la durée de vie, la couleur. On pourrait ajouter qu’il y a de nombreux problèmes de standardisation : les culots d’ampoule doivent être identiques pour pouvoir passer d’une marque à l’autre; les couleurs doivent être identiques (un lustre avec des ampoules de luminosité différente est très laid et inconfortable, comme chacun peut le constater depuis que le Grenelle de l’environnement nous impose des ampoules à basse consommation qui n’éclairent pas), etc. Il n’est donc pas absurde que les entreprises du secteur aient coopéré pour établir des normes.

Mais comme on le sait depuis Adam Smith, des gens du même métier se rencontrent rarement sans que cela ne se termine par une conversation sur les moyens d’augmenter les prix; et le cartel en question, en plus d’établir des normes, a aussi réparti les zones géographiques entre producteurs, afin de s’assurer à chacun de confortables rentes de monopoles. Le cartel en question a donc fait l’objet de sanctions des autorités antitrust; on peut noter que si le rapport sanctionne les accords sur les prix, il montre que la durée de vie de 1000 heures est un compromis technique entre diverses qualités, et pas une tentative pour escroquer les consommateurs. Une information que bien entendu, le documentaire n’évoque pas.

Poussant vers les années 30, le documentaire nous fait le portrait d’un américain, Bernard London, présenté comme le « père spirituel » de l’obsolescence programmée, pour avoir écrit un pamphlet en 1932 intitulé « sortir de la crise par l’obsolescence programmée ». La lecture de ce document, en fait, n’indique rien sur l’opportunité d’une stratégie des entreprises pour inciter les consommateurs à remplacer leurs produits; la préconisation de l’auteur est celle d’une vaste prime à la casse obligatoire, portant sur tous les produits manufacturés, l’Etat rachetant de façon obligatoire tous les produits à partir d’une certaine durée prévue à l’avance. Une idée économique stupide, mais dans le désarroi provoqué par la déflation et 25% de chômeurs en 1932, celles-ci étaient légion. Alors qu’un quart de la population américaine ne parvenait pas à se nourrir, le gouvernement américain payait les fermiers pour qu’ils abattent leurs troupeaux de vaches, afin de faire remonter le prix du lait. Nous savons aujourd’hui qu’il suffisait de sortir de l’étalon-or et d’appliquer une politique monétaire non-suicidaire pour se sortir de la crise; à l’époque, on ne le savait pas, et on assistait au grand concours des idées farfelues. Nous n’avons pas tellement changé, mais nous avons moins d’excuses.

Surtout, après de longues minutes à interviewer la fille de l’associé du Bernard London en question, le documentaire nous explique que ses brillantes idées n’ont jamais été appliquées, ce qui conduit à se demander pourquoi diable on nous en a parlé. Surtout, pourquoi le documentaire insiste aussi lourdement sur le fait que Bernard London était juif, pour conclure mystérieusement sur « nous ne saurons jamais s’il voulait aider les gens ou simplement faire du profit ». C’est vrai, quoi, les juifs, ils ont toujours des arrière-pensées; Et puis, une bonne théorie du complot qui n’a pas son juif de service ne sera jamais totalement satisfaisante. (22ème à la 25ème minute).

Poursuivant dans les années 50, le documentaire nous montre les débuts de la société de consommation, plaçant l’obsolescence programmée au coeur du système. Il montre une école de design dans laquelle on explique aux étudiants que les produits n’ont pas forcément vocation à être durables (ce qui, si vous avez lu ce qui précède, tombe sous le sens : c’est le métier de designer que de concevoir des produits qui optimisent les différentes caractéristiques) pour s’indigner de ce comportement « non éthique ». Les designers sont opposés aux ingénieurs, que l’on présente comme scandalisés parce qu’on les obligeait à concevoir des produits moins durables que ce qu’ils auraient pu faire.

Ce passage m’a irrésistiblement rappelé cette phrase de J.M. Folz, ancien PDG de Peugeot, qui a déclaré un jour « qu’il y a trois façons de se ruiner : le jeu, les femmes et les ingénieurs. Les deux premières sont les plus agréables, la troisième est la plus sûre ». Il entendait par là que ce que les ingénieurs aiment concevoir n’est pas toujours ce que les clients désirent, et qu’à trop suivre les ingénieurs, on finit par faire des produits hors de prix et qui n’intéressent pas les clients (ayant dirigé Citroen, il savait de quoi il parlait). Etant donnée la mentalité des ingénieurs dans les années 50, il est fort probable qu’ils n’ont pas apprécié de perdre une partie de leur pouvoir dans les grandes entreprises industrielles au profit des services de design et de marketing, et regretté de ne plus pouvoir fabriquer ce qui leur plaisait. Il est certain que tout le monde, consommateurs et entreprises, y a gagné.

C’est vers la 45ème minute que le reportage nous offre son plus beau moment surréaliste. C’est qu’il y avait une alternative à la consommation jetable caractéristique de nos sociétés modernes; elle se trouvait derrière le rideau de fer. Là bas, on trouvait des ingénieurs soucieux de produire de la qualité, des produits éternels. Une entreprise d’électricité est-allemande avait même conçu une ampoule électrique de bien plus longue durée que ce que l’on trouvait à l’Ouest; dans le bloc communiste, on produisait pour durer. J’ai eu du mal à réprimer mon hilarité, me souvenant des multiples blagues de la RDA, dont les habitants ne manquaient pas de moquer la piètre qualité de leur production nationale (vous savez comment doubler la valeur de revente d’une trabant? En faisant le plein). Je me souviens aussi que la meilleure façon de faire pleurer un habitant des pays de l’Est, à l’époque, était de lui faire visiter un supermarché occidental (expérience vécue). Etrangement d’ailleurs, lorsque le rideau de fer est tombé, la première chose que les allemands de l’Est ont faite a été de se ruer sur les biens de consommation fabriqués à l’Ouest; l’horrible société consumériste leur semblait manifestement plus attrayante que leurs propres produits. Quant aux usines Est-Allemandes, elles étaient tellement efficaces qu’elles ont toutes dû fermer. Le documentaire suggère à demi-mot que les industriels de l’Ouest ont voulu se débarrasser de ces compétiteurs redoutables, peu au fait du grand complot pour obliger les consommateurs à acheter sans cesse.

A ce stade, on se demande s’il faut rire ou pleurer face à ce spectacle lamentable. Le reportage se termine sur les problèmes de durée de vie des premiers Ipods, dont la batterie (impossible à changer) avait fâcheusement tendance à tomber en rade au bout de 18 mois de fonctionnement. Là encore, aucune autre explication qu’un sinistre complot pour exploiter le consommateur n’est fournie. Il est fort possible qu’Apple ait négligé la durée de vie au profit du design et de contraintes de fabrication; ils sont coutumiers du fait, mais les acheteurs de produits Apple semblent vouloir obstinément acheter leurs produits hors de prix, mais tellement jolis. Le principal plaignant, après qu’une avocate lui ait fait bénéficier d’un système judiciaire américain toujours prêt à faire payer des indemnités par les grandes entreprises pour tout et n’importe quoi, ne s’est d’ailleurs pas privé de se racheter un Macbook à 2000 dollars par la suite (son cerveau ayant été probablement lavé pour qu’il ne voie pas les ordinateurs portables concurrents, vendus deux fois moins cher et avec des batteries amovibles).

Le fil rouge du reportage se termine – un espagnol ayant essayé, très difficilement, de réparer son imprimante à jet d’encre parce qu’il ne voulait pas en changer, suivant les conseils des vendeurs lui suggérant plutôt d’en acheter une neuve pour une trentaine d’euros. Sa situation est mise en abîme avec celle du Ghana, qui reçoit par containers entiers du matériel informatique jeté dans les pays développés. Le documentaire insiste lourdement sur le parallèle entre ces africains sages qui ne gaspillent pas, par opposition à ces occidentaux gaspilleurs qui mettent leur matériel à la poubelle à la moindre occasion. Là encore, l’explication économique est simple. Comme le montre l’exemple de l’espagnol essayant de réparer son imprimante, réparer certains matériels consomme énormément de temps; au Ghana, récupérer des choses utilisables dans le matériel informatique jeté prend aussi énormément de temps de travail, occupant des familles entières sur des décharges. cela ne représente aucune sagesse africaine particulière; dans nos pays développés, les produits fabriqués en grande série ne coûtent pas cher, parce que nous disposons d’un immense capital productif; par contre, le travail est très cher. La situation est inverse dans les pays en développement. Résultat? Chez nous il est bien moins coûteux de racheter du matériel neuf que de consacrer du temps de travail à le réparer. Au Ghana, le travail est abondant et ne coûte (et ne rapporte) presque rien. Le documentaire se garde bien de demander à ces gens qui passent leurs journées à farfouiller dans des ordures quelle existence ils préféreraient : la réponse n’aurait pas cadré avec le ton général.

A la fin de ce document manipulateur, complotiste, qui n’explique rien, on se demande comment on en arrive à réaliser une chose pareille. L’explication est en filigrane dans le document, qui nous montre avec des trémolos dans la voix off des conférences sur la décroissance, et qui donne la part belle à Serge Latouche, le grand prêtre du mouvement. On comprend alors que nous ne sommes pas face à une entreprise d’information, mais à une entreprise de morale, selon le concept défini par le sociologue Howard Becker. Le but du documentaire n’est pas d’informer, mais de convertir les mécréants. C’est ce qui conduit la réalisatrice à nous vanter les collants indestructibles, sans une seconde confronter son propre comportement de consommatrice à son discours.

Ce qui est plus étonnant, c’est de voir l’unanimité de la critique journalistique et des responsables d’Arte, qui ont gobé sans sourciller et applaudi à un documentaire qui est une énorme faute professionnelle. De journalistes, de documentaristes, on attend qu’ils nous informent de la façon la plus intègre possible. Que l’objectivité absolue soit impossible à atteindre, soit; mais elle est le standard d’éthique professionnelle qui devrait guider ceux qui nous informent. A préférer les entreprises de morale aux entreprises d’information, il est à craindre que la profession journalistique soit en bonne voie d’obsolescence programmée.

Voir enfin:

Searching for Hayek in Cairo

To make democracy stick, the Arab Spring now needs an economic revolution..Article Comments

Matthew Kaminski

April 21, 2011.

Cairo

The downsides of Mideast unrest are civil wars, Islamist takeovers and terrorism, and gasoline prices approaching $5 a gallon. Add to the list backlash against the open economy. If this persists, the grand upside of this tumultuous Arab spring—democracy—will be harder to achieve.

Egypt is the bellwether. Two months since the overthrow of the Mubarak regime, interim military rulers run the Arab world’s largest state and promise a return to civilian rule following free elections later this year. Economic populism comes naturally to its suddenly rambunctious politics. On the streets, anger over low wages and corruption extends to capitalism and business elites who worked hand-in-glove with the hated regime.

If anything unites Egyptians in this bewildering period, it’s the conviction that ousted President Hosni Mubarak, sons Gamal and Alaa, and their friends fleeced the country. Thousands have come back to Cairo’s Tahrir Square in recent weeks to demand justice.

In response, prosecutors last week put the three Mubaraks in 15-day custody for questioning. Steel oligarch Ahmed Ezz and other confidants were already in jail. Corruption indictments came down Sunday against former Prime Minister Ahmed Nazif and his finance minister, Youssef Boutros-Ghali.

All these men claimed to champion economic reform. So, not surprisingly, people are now hostile to it. Every party, from the Muslim Brotherhood to self-described liberals, puts the need for « social justice » atop its list of economic priorities. Privatization and liberalization are dirty words. A series of strikes since the regime fell demanded not just better pay, but the nationalization of industry.

Any new elected government will likely be pushed to provide jobless benefits and boost fuel, food and other subsidies—what passes for welfare in a developing country. With privatization off the table probably for years, there’s talk of building up « national champions, » large, usually state-owned companies that demand monopolies, tariff protections and other perks. There’s also talk of dropping the recently adopted 20% corporate and income flat tax and bringing back a progressive system.

Crony capitalists deserve to be rebuked, yet the backlash carries a price. It keeps investors and capital away. And it poisons the political atmosphere, pushing off already overdue changes necessary to meet the great expectations of better jobs and wages. What’s too often overlooked is that the foundations of capitalism are those of democracy as well: rule of law and an independent judiciary, a private sector able to thrive free of state favor or caprice, competition and open borders for goods, people and capital.

Reform and its advocates were early victims of Egypt’s revolution. Yet paradoxically, thanks to them, the economy was a lone not-so-dark spot of the late Mubarak years. Before 2005, Egypt was a stagnant and state-dominated economy. But after the opening that year—including the introduction of a flat tax that increased revenues four-fold—average annual growth above 6% beat similar Arab countries like Jordan or Syria. Economic activity started to come out of the shadows. The banking system was cleaned up. Red tape, while still notoriously bad, improved enough for Egypt to make a dramatic jump up to the 18th spot on the World Bank’s rankings of easiest countries in which to do business.

Four days into the January protests, President Mubarak fired the government of Mr. Nazif, who now sits in prison. Aside from appeasing public anger, he hoped to secure the military’s support. The brass didn’t like reforms or Gamal Mubarak, a banker who had his eye on daddy’s job. The privatization of state companies—often to benefit Mubarak cronies—and pledges of transparency and competition threatened the military’s opaque hold on, it is said, up to a third of Egypt’s economy. Two weeks later, after protests swelled, the generals pushed the Mubaraks out.

To the public at large, Gamal Mubarak symbolizes obscene wealth for the elites, while roughly half of Egypt lives on less than $2 a day and can’t read or write. « Egypt did very well—just for 100 people, » says protest organizer Abdullah Helmy. As Russia showed in the 1990s, privatization without proper domestic competition and rule of law enriches insiders, enrages the rest, and yields limited economic benefits.

But however flawed and limited, the reforms have helped Egypt stomach the economic blows of revolution. Tourism plummeted and Cairo’s stock market stayed shut for over a month, until late March. Gross domestic product this year is expected to grow 2.5%, less than half the pre-revolutionary forecast. The interim government is looking for funding from the International Monetary Fund and others to cover a budget hole, but there’s little sense of desperation or shortages of food or other staples. Egypt built up reserves to $36 billion; the central bank has used at least $6 billion of it to prop up the Egyptian pound since February.

« The economic developments that Egypt saw in the last five years did not filter to the masses, » says Yasser El Mallawany, the chief executive of EFG Hermes, the biggest investment bank in the Middle East. « It was not people friendly. But if the growth [in 2005-10] had not been achieved, I don’t know from where you’d feed 80 million people today. »

Mr. El Mallawany, whose bank operates in 10 countries, made the right connections in the old days. He served on the policies committee of the once-ruling National Democratic Party, which was dissolved the other day in another notch for the demonstrators of Tahrir Square. Gamal Mubarak owns an 18% stake in a small subsidiary of EFG Hermes.

Mr. El Mallawany says he worries that arrests of allegedly dirty insiders will turn into a « witch hunt » against business and destroy the economy. You might say his fear is self-interested. But the line between justice and political retribution is thin in places with weak rule of law. Corruption charges can easily become tools of illiberal regimes. (See Putin’s Russia, 2000-present.)

Egypt would be better served by focusing on modernization. The barrier isn’t Islam, the tired excuse for Arab economic malaise, but political will. The Muslim Brotherhood, the powerful Islamist group, may send mixed messages about its commitment to liberal democracy, but it isn’t averse to business. Though few in absolute numbers, the young liberals who made this revolution say they want Egypt to join the wider world economy. A new dose of state planning won’t get it there.

The U.S. and other donors can help by providing incentives for Egypt’s future rulers to liberalize—say, with preferential trade access or direct financial aid to cover the short-term pain of cutting subsidies. Elected politicians are reluctant to pursue such policies because their fruits take time to ripen.

There’s a democratic imperative to market reform. The military, secular elites, the Islamists and now Peron-style populists are no friends of political pluralism. Growing economic opportunities and middle classes can help guard against reversal. South Africa and Turkey are good examples of imperfect democracies bucked up by strong, competitive economies. As scholar Valerie Bunce noted in the context of postcommunist Eastern Europe, liberalization helps to « disentangle political power from economic resources and thereby constrain the state, empower society and create competitive political and economic hierarchies. »

Mr. El Mallawany’s apartment along the Nile looks out onto shabby office towers and a sports stadium. « They’ve made this city so ugly, » he says, shaking his salt-and-pepper head. He lights a cigar. « It should be beautiful, » he continues. « With the right policies, Egypt in 10 years can be Malaysia. »

Mr. Kaminski is a member of the Journal’s editorial board.

5 commentaires pour Economie: Attention, un complot peut en cacher un autre! (Beijing Consensus vs. Washington Consensus: What double standards?)

  1. Mateamargo dit :

    Merci pour le post. Mais est-ce le même sujet la mainmise du parti sur l’économie chinoise et l’obsolescence programmée imaginaire ? Ou la gauchisation non concertée de nos médias ?
    Si je peux me permettre, sur le sujet de la Chine, l’auteur qui dit que c’est le parti dans sa plus pure forme léniniste qui dirige tout de plus en plus dans l’ombre, dit aussi que les bureaucrates sont sur le qui-vive à propos des volontés des militaires et que le général qui a refusé de marcher sur Tien-an-men leur à foutu la plus grande trouille. Je me dis que ce n’est pas très léniniste tout ça, mais plutôt un cas classique de pays du tiers monde où l’armée met des marionnettes au pouvoir. La prospérité chinoise n’est que la permission de l’armée pour faire que la chine ait des sous pour lui fournir à terme les joujous dont elle a besoin pour obtenir les objectifs militaires qu’elle s’est fixée. Taiwan en premier lieu.

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  2. jcdurbant dit :

    C’est bien sûr pas du tout le même sujet.

    Mais pour moi, le même sujet ou du moins l’intéressant et peut-être la limite de l’argument de Liberty Valence, c’est la conjonction, chez nos médias, de la défiance systématique envers les complots prétendument incessants de nos multinationales occidentales et surtout américaines d’un côté (eg. la prétendue obsolescence programmée) et de l’aveuglement le plus complet sur, sans compter leur propre omerta, la véritable conspiration du PC chinois pour continuer à tirer les ficelles derrière une modernisation de façade de l’autre.

    Et ce, tout simplement, du moins pour moi, parce que la Chine, c’est quelque part encore le Tiers-Monde et donc l’anti-Occident …

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  3. […] Il va sans dire que nombre de pays en développement envient le succès de la Chine. Quel pays pauvre refuserait trois décennies de croissance à 10%? Et quel despote ne voudrait pas d’une croissance à 10%, tout en ayant l’assurance de rester au pouvoir pour longtemps? (…) Par ailleurs, la Chine est parvenue à ce résultat en ignorant délibérément les conseils de l’Occident; elle a su tirer parti des avantages du marché, sans pour autant succomber à l’ensemble de ses charmes. Pendant des années, les banquiers du monde entier se sont rendus à Pékin pour prêcher la bonne parole de la libéralisation financière, conseillant aux dirigeants chinois de laisser flotter leur monnaie et d’ouvrir leur compte de capital. Comment reprocher aux Chinois d’avoir compris que cette recommandation était évidemment motivée par des intérêts personnels? Une théorie à la mode veut que le succès de la Chine ait donné naissance à un nouveau «consensus de Pékin», qui remettrait en cause l’importance de l’économie de marché et de la démocratie —les deux marques de fabrique du «consensus de Washington». Le consensus de Pékin proposerait ainsi un système économique pragmatique et une politique autoritariste prête à l’emploi. Mais observez le modèle chinois de plus près, et vous verrez qu’il n’est pas si simple de le l’imiter. La plupart des pays en développement n’ont pas la tradition et la complexité bureaucratique de la Chine; la structure du parti lui donne une capacité à mobiliser des ressources et à diriger ses fonctionnaires qu’ils ne peuvent égaler. La République démocratique du Congo pourrait-elle établir et administrer un département de l’organisation? En Chine, l’autoritarisme ne pourrait fonctionner sans les ressources du parti. Richard McGregor […]

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  4. […] Le parti est comme Dieu,  il est partout, mais vous ne pouvez pas le voir. Universitaire chinois […]

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  5. […] Il va sans dire que nombre de pays en développement envient le succès de la Chine. Quel pays pauvre refuserait trois décennies de croissance à 10%? Et quel despote ne voudrait pas d’une croissance à 10%, tout en ayant l’assurance de rester au pouvoir pour longtemps? (…) Par ailleurs, la Chine est parvenue à ce résultat en ignorant délibérément les conseils de l’Occident; elle a su tirer parti des avantages du marché, sans pour autant succomber à l’ensemble de ses charmes. Pendant des années, les banquiers du monde entier se sont rendus à Pékin pour prêcher la bonne parole de la libéralisation financière, conseillant aux dirigeants chinois de laisser flotter leur monnaie et d’ouvrir leur compte de capital. Comment reprocher aux Chinois d’avoir compris que cette recommandation était évidemment motivée par des intérêts personnels? Une théorie à la mode veut que le succès de la Chine ait donné naissance à un nouveau «consensus de Pékin», qui remettrait en cause l’importance de l’économie de marché et de la démocratie —les deux marques de fabrique du «consensus de Washington». Le consensus de Pékin proposerait ainsi un système économique pragmatique et une politique autoritariste prête à l’emploi. Mais observez le modèle chinois de plus près, et vous verrez qu’il n’est pas si simple de le l’imiter. La plupart des pays en développement n’ont pas la tradition et la complexité bureaucratique de la Chine; la structure du parti lui donne une capacité à mobiliser des ressources et à diriger ses fonctionnaires qu’ils ne peuvent égaler. La République démocratique du Congo pourrait-elle établir et administrer un département de l’organisation? En Chine, l’autoritarisme ne pourrait fonctionner sans les ressources du parti. Richard McGregor […]

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