Election américaine: Ces conservateurs qui hésitent à voter McCain (What’s the matter with Indiana?)

Ivy league bitternessVous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama
J’ai entendu plein de raisons pour lesquelles des votants pourraient refuser de le soutenir, mais j’ai rarement entendu la race. David Von Drehle

« Leaders locaux qui hésitent à s’afficher pro-McCain », « candidat qui ne fera pas le plein des voix républicaines », « candidature à la vice-présidence qui fait pouffer les libéraux du monde entier », « électeurs ayant du mal à digérer le fameux commentaire sur la solidité des fondamentaux de l’économie américaine » …

Enième illustration, sur le blog de deux journalistes de la Réunion partis « faire un plongeon dans l’Amérique profonde pour les dernières semaines de la campagne électorale », de la difficulté de la position d’un candidat républicain contesté jusque dans ses propres bastions conservateurs?

Ou du véritable matraquage que fait subir à tous les électeurs, à moins d’un mois d’une élection théoriquement imperdable pour un candidat démocrate pourtant à la peine (et qui étant donné le nombre d’indécis pourrait bien être plus disputée qu’on ne le dit), une presse de plus en plus ouvertement partisane pour ledit candidat démocrate?

En tout cas, nos spécialistes des sondages ventriloques (comme notamment l’interprétation systématiquement biaisée de sondages post-débats souvent bien peu représentatifs) pourraient bien avoir la surprise de leurs vies s’ils continuent à faire l’impasse sur certains des artefacts et effets induits ou imprévus qu’ils contribuent à produire eux-mêmes.

Comme, sans parler de la hausse continue du taux de non réponse, de la réduction toujours plus réduite des échantillons (sans parler de l’exclusion de fait des non-possesseurs de téléphones fixes, les toujours plus nombreux détenteurs de mobiles mais peut-être plutôt jeunes et pro-Obama?) ou de la focalisation sur des chiffres souvent peu significatifs au regard des marges d’erreur ou du nombre encore élevé d’indécis, les comportements de sous-déclaration systématique de certains sondés.

Et notamment les sympathisants d’idées taboues ou stigmatisées (anti-immigrants ou minorités, dit « effet Bradley » aux Etats-Unis, qui, même s’il peut aussi à l’occasion s’inverser ou se retourner, peut également produire ses propres effets sur… les sondeurs eux-mêmes qui tentent de le prendre en compte!) mais aussi les partisans de candidats diabolisés (ici le candidat républicain – dont le statut de franc-tireur contredit justement l’image qu’on lui accole de Bush II – comme chez nous il y a quelques années les Le Pen ou les Sarkozy).

D’où la surévaluation induite du ou des candidats du camp opposé (à nouveau ici un candidat démocrate chouchou des médias comme auparavant chez nous un Bayrou ou une Royal) qui, à l’instar du vote protestataire ou de plaisir chez nous en 2002 et 2007 ou là-bas en 2000 ou 2004 pour Gore ou Kerry (déclaré gagnant, on s’en souvient, par les sondages de sortie d’urnes!), pourrait bien aussi à nouveau (avec l’ultime vengeance des « ploucs amers qui s’accrochent aux armes à feu ou à la religion »)… se retourner contre eux!

A moins qu’il ne faille se résigner à la justice immanente qui voudrait que ceux qui, contrairement à ce qui nous est quotidiennement rabaché, ont tant contribué à la crise que traverse actuellement la finance (mais – McCain n’avait à nouveau probablement pas tort – pas nécessairement l’économie) américaine et le monde soient maintenant chargés de la gérer?

Au risque bien sûr, que ne peuvent ignorer les véritables amis de l’Amérique qui connaissent les vraies responsabilités de ceux qu’on nous présente maintenant comme des sauveurs, que les remèdes proposés ne se révèlent encore pires que le mal …

Ces conservateurs qui hésitent à voter McCain

Tout se perd ma bonne dame ! Y compris les fondamentaux du conservatisme qui ont si souvent réussi au parti républicain. Si McCain perdait l’Indiana, ce serait une sacrée surprise. Mais cela ne voudrait pas pour autant dire que les Hoosiers (habitants de l’Indiana) aient basculé dans le camp libéral (au sens philosophique du terme).

Bushmademedem

Les récents sondages montrent que la compétition est serrée et que McCain ne dispose que d’un très léger avantage dans cet Etat qu’aucun candidat démocrate n’a remporté depuis Lyndon B. Johnson en 1964. Il y a une semaine, les sondeurs de South Ben Tribune et WSBT recensaient 46% de personnes interrogées déterminées à glisser un bulletin pour le candidat républicain contre 45% pour Barack Obama, avec une marge d’erreur affichée de 4 points.

Sur le terrain, tant à Bloomington la libérale que dans les villages environnants conservateurs, les panneaux de John McCain sont plutôt rares par rapport à ceux de son jeune rival. Bien sûr, la machine de campagne du grand vieux parti —c’est ainsi que se désigne le parti républicain : Grand Old Party (GOP)— a volontairement fait des économies de moyens sur ce territoire. Mais les leaders locaux, ceux qui concourent le même jour pour les fauteuils de représentants au congrès, conseillers, juges, percepteurs, etc., font évidemment campagne sur leur propre nom et restent plus discrets pour s’afficher pro-McCain. Quant à revendiquer l’héritage du président sortant George W. Bush, n’en parlons même pas…

Nous nous sommes arrêtés à Hendricksville, à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Bloomington. Deux églises, une en bois et une en béton, marquent l’entrée et la sortie du village. Entre elles, des maisons modestes mais coquettes, se lovent au fond d’immenses jardins. La route principale suit la courbe douce du vallon. Les chevaux, paisibles, regardent passer les voitures.

Le coin ne déborde pas d’activités économiques, c’est le moins qu’on puisse dire. Les habitants admettent volontiers faire partie d’une communauté conservatrice. McCain arrivera largement en tête ici mais il ne fera pas pour autant le plein des voix républicaines à ce que nous laisse entendre la patronne de l’unique restaurant du village.

McCain est certes encore considéré comme le candidat des valeurs conservatrices (anti-avortement, liberté de posséder une arme, bannissement du mariage entre homosexuels…) par rapport à Obama. Mais la crise économique, qui s’étend et inquiète, est devenue la principale occupation de bien des électeurs. Ceux-ci, tout conservateurs qu’ils puissent être, ont du mal à digérer le fameux commentaire du sénateur de l’Arizona qui avait imprudemment estimé que les fondamentaux de l’économie américaine étaient bons alors que Wall Street s’effondrait et que le chômage progressait.

Même les plus conservateurs, ceux pour lesquels les questions sociales priment sur l’économie, ne font pas une confiance absolue à John McCain. Par exemple, celui-ci propose aujourd’hui l’annulation de l’arrêt de 1973, Roe contre Wade, qui rend anticonstitutionnelle toute loi anti-avortement. Il en était pourtant un supporter en 1999. Aussi, même le pasteur du village se dit dégoûté et hésite à voter pour le candidat McCain.

Finalement, la candidature à la vice-présidence de Sarah Palin, qui fait pouffer les libéraux du monde entier à cause de ses gaffes à répétition, pourrait bien avoir, malgré tout, l’effet escompté sur les couches les plus conservatrices de l’électorat. Elle, au moins, est sans ambiguïté sur ces questions-là.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :