Théorie du genre: La bataille des toilettes a commencé (Battle of the bathroom: The future is already here – it’s just not yet evenly distributed)

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Le futur est déjà là – il est juste encore inégalement réparti. William Gibson
J’ai senti que j’essayais de décrire un présent impensable, mais en réalité je sens que le meilleur usage que l’on puisse faire de la science-fiction aujourd’hui est d’explorer la réalité contemporaine au lieu d’essayer de prédire l’avenir… La meilleure chose à faire avec la science aujourd’hui, c’est de l’utiliser pour explorer le présent. La Terre est la planète alien d’aujourd’hui. William Gibson
Toute technologie émergente échappe spontanément à tout contrôle et ses répercussions sont imprévisibles. William Gibson
What we call technology in our science is almost always emergent technology. … They don’t mean the technology we’ve had for 50 years, which has already changed us more than we’re capable of knowing. When I say technology, I’m sort of thinking of the whole anthill we’ve been heaping up since we came out of the caves, really. So we’re living on top of a quite randomly constructed heap of technologies that were once new, and that now we don’t even think of as technology. « People think technology is something we bring home in a box from some kind of future shop.(…) When I watch my work sort of travel down the timeline of the real future, I just see it acquiring that beautiful, absolutely standard patina of wacky quaintness that any imaginary future will always acquire. That’s where your flying car and your food pills all live — and all the other stuff they promised our parents. (…) I’ve been writing stuff set in the 21st century since 1981. Now that I’ve actually arrived into the 21st century the hard way, the real 21st century is so much wackier and more perverse than anything I’ve been able to make up. I wake up in the morning, look at the newsfeed on my computer and away I go. William Gibson
Il est temps de rétablir ce grand principe qu’on semble méconnaître : que les enfants appartiennent à la République avant d’appartenir à leurs parents. Danton (1793)
https://i2.wp.com/www.lepoint.fr/images/2014/02/04/2402221-tweet-gorafi-1-jpg_2064367.jpgDepuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Les progrès des biotechnologies nous annoncent la possibilité du clonage humain, promesse d’une transformation de l’espèce humaine, qui est très exactement ce sur quoi ont buté le xixe et le xxe siècles. Les philosophies de l’Histoire, le marxisme comme le fascisme et le nazisme, ont rêvé toutes les trois d’un homme nouveau, et recommandé sa production à partir d’une révolution sociale. Slotterdijk nous dit : attention, nous risquons de voir se réaliser ce fantasme et cette utopie qui ont nourri les philosophies de l’histoire et conduit aux catastrophes que l’on sait. (…)Je crois que c’est une très grande erreur d’isoler l’histoire actuelle des développements de la biologie moléculaire, de l’histoire actuelle du développement des théories de l’information et des nouveaux matériaux. C’est en fait la même révolution, et souvent avec les mêmes acteurs, passant de la physique ou de l’information à la biologie. Il ne faut pas dissocier les biotechnologies des autres avancées scientifiques, ce sont les mêmes, dans le même contexte des technosciences, livrées à l’empire de la physico-chimie ; et n’oublions pas les intérêts concurrentiels des entreprises privées et publiques. (…) Nous sommes entrés dans un monde nouveau, radicalement nouveau, ce qui explique que les utopies se réalisent effectivement, à force à la fois de science et de fantasmes. (…) Slotterdijk s’appuie sur le politique de Platon pour montrer que toute l’histoire de l’humanité se réduit à la manière dont, grâce à l’éducation, on a pu distinguer et choisir les meilleurs, parmi les élites, et que, à terme, la biologie permettra enfin une sélection autrement plus efficace que celle des belles lettres. (…)Le siècle que nous avons vécu, siècle court qui a commencé en 1914, 1917 ou 1918 et qui s’est terminé en 1991, a vécu d’utopies réalisées qui ont fort mal tourné. Les totalitarismes fondés sur l’exploitation et la servitude des masses consentantes en ont fait un siècle de terreur et de massacres d’une ampleur sans précédent. À des titres, dans un style et suivant des répercussions différents, communisme, fascisme et nazisme ont envahi la scène de l’Histoire en proposant chacun l’idée de la fabrique d’un homme nouveau appelé à succéder aux impostures de l’humanisme. Dans ce désaveu de l’humanisme, c’est d’abord le procès de la bourgeoisie que, de tous côtés, écrivains et philosophes du xixe siècle, de Flaubert ou Baudelaire à Marx ou à Nietzsche, ont dressé, procès que les idéologies totalitaires du xxe siècle ont repris à leur compte, jusqu’à revendiquer l’inhumanité comme moteur de l’Histoire, c’est-à-dire comme l’instrument de leur expansion. Je ne vais pas insister sur ce point, mais si on réfléchit à la question suivante – d’où vient la tragédie de ce siècle ? – je crois qu’elle vient de ce que le procès intellectuel fait à la bourgeoisie a nourri, sur les désastres de la Première Guerre mondiale, les passions révolutionnaires, celles de droite comme celles de gauche, toutes les formes de gauches ; celles qui ont précédé la fin du communisme et celles qui l’ont suivie s’en sont encore inspirées, des Brigades rouges à la bande à Baader, mais aussi à l’armée de purification prolétarienne organisée par Pol Pot en religion d’État au Cambodge. Je crois qu’il faut lire et relire François Furet pour comprendre combien ce procès de la bourgeoisie, dont l’instruction remonte au xixe siècle, s’est confondu, au lendemain de la Première Guerre mondiale, avec le procès de la démocratie. Dans la culture européenne, le mépris mêlé de haine dont la bourgeoisie a été l’objet se confond avec cette dénonciation de l’humanisme, paravent des abus et des crimes qui se commettent dans l’exploitation du prolétariat par le capitalisme, du Nègre et du Jaune par le colonialiste, des peuples par l’impérialisme. Déficit moral et politique. Tartufferie des régimes parlementaires. Hypocrisie des libertés formelles. Imposture des sociétés démocratiques qui prétendent diffuser la civilisation alors qu’elles imposent la domination de la classe bourgeoise sur toutes les autres et tirent parti de leur génie technique pour asservir le prolétariat ou détériorer la pureté de la race. C’est de ce procès que vont naître et s’alimenter les passions révolutionnaires. En termes de psychanalyse, je crois qu’il faut relever cette note de François Furet : ce trait sans doute unique de la démocratie moderne dans l’Histoire universelle, cette capacité infinie à produire des enfants et des hommes qui détestent le régime social et politique dans lequel ils sont nés, haïssent l’air qu’ils respirent alors qu’ils en vivent et qu’ils n’en ont pas connu d’autre. La scène fondamentale de cette société n’est pas, comme l’a cru Marx, la lutte de l’ouvrier contre le bourgeois, c’est celle qui fait d’un peu tout le monde, y compris du bourgeois lui-même, l’ennemi du bourgeois. Le grand secret de la complicité entre communisme, fascisme et nazisme, quelles que soient leurs différences, qui sont considérables, c’est l’existence de cet adversaire commun, le bourgeois que chacun d’entre eux entend dénoncer, exorciser et combattre dans une lutte à mort. À partir du xixe siècle, l’Histoire en place dans notre société laïcisée remplace Dieu dans la toute-puissance sur le destin des hommes, mais c’est bien au xxe siècle que se font voir les folies politiques nées de cette substitution. Nietzsche devient alors le repère fondamental de cette manière de considérer que l’Histoire peut transformer non seulement la société, mais aussi la nature humaine et produire l’homme nouveau. On aurait pu croire enterré ce fantasme de l’homme nouveau après l’écrasement du nazisme et l’implosion du communisme. On aurait pu croire précisément que la fin du communisme, ayant fait de celui-ci – je cite Furet – un objet historique offert à l’autopsie, que la dissection effectuée par les historiens ait suffi à démystifier tous les mythes que les grands monstres de ce siècle ont entretenu, rendant caduques les sensibilités, les passions et, finalement, les utopies qui ont conduit à professer que, sous les décombres de l’humanisme, il y a toujours place pour une fabrique de l’homme nouveau. Mais l’heure de vérité qui a dévoilé les désastres des États totalitaires n’y a pas mis fin. (…) Ça veut dire que l’on attend toujours d’une forme de la science, qu’elle soit historique ou biologique, un rebondissement éminemment révolutionnaire au sens où l’avenir peut être conditionné par la confrontation non plus entre sociétés, mais entre les sociétés et le progrès scientifique et technique. Les régimes totalitaires ont été vaincus non pas parce qu’ils ont insuffisamment malaxé la pâte humaine, mais parce que la résistance de la pâte humaine a eu raison de leur idéologie. Quand la science et la technologie interviennent en réduisant la pâte à ses composants physico-chimiques, là où les philosophies de l’Histoire ont échoué, le biopouvoir, associé aux technologies de l’information et de la communication, doit permettre de transformer la nature même de l’homme et de créer enfin l’espèce nouvelle que les dictateurs prophètes du xxe siècle ne sont pas parvenus à enfanter. Retrouvailles avec le xixe siècle, qui ne sont pas paradoxales, en apparence seulement. Ce n’était pas seulement le siècle des philosophies de l’Histoire, c’était aussi celui du positivisme. C’est aussi suggérer que nous entrons dans le xxie siècle avec une cohorte de repères radicalement différents qui annuleraient tous les principes, toutes les valeurs dont la civilisation occidentale s’est inspirée ou par rapport auxquels elle s’est définie jusqu’à présent. L’homme nouveau aurait définitivement pris le deuil de l’humanisme et l’utopie post-moderniste donnerait congé à toute morale qui fasse passer les impératifs de la conscience avec l’irrépressible poids des faits, des démonstrations et, surtout, des réalisations scientifiques. L’homme du xxie siècle serait voué, comme le héros des Particules élémentaires de Michel Houellebecq, à se satisfaire de la jubilation du désastre, c’est-à-dire à voir disparaître l’humanité en lui et autour de lui. Je ne cite pas Houellebecq au hasard. Il fait partie, dans l’ordre du roman, de cette cohorte de prophètes qui déclinent aujourd’hui la fabrique de l’homme nouveau dans l’ordre des essais philosophiques, et celui-là dans l’ordre des romans, en se réclamant des conquêtes et des promesses irrépressibles de la biologie moléculaire et plus généralement des progrès de la science la plus contemporaine, liée de part en part aux conquêtes de la technologie au point d’en être indissociable, avec ses fantasmes de domination et de pouvoir, qui permettraient enfin de réussir là où toutes les philosophies de l’Histoire ont échoué. Je n’évoquerai pas Fukuyama, qui a beaucoup parlé de la fin de l’Histoire, et qui finalement a découvert tout simplement comme Slotterdijk que la solution est précisément celle qui viendra du triomphe des biotechnologies. Pourquoi terminer sur la figure de Nietzsche ? Lorsque vous interprétez toutes ces philosophies, vous voyez bien qu’il y a un recours qui consiste à dénoncer dans la bourgeoisie le petit homme, l’homme qui est incapable de dominer l’Histoire et qui se soumet à tout, le contraire du surhomme. Fukuyama a terminé un article où il annonce précisément la soumission de l’humanité à venir à la biotechnologie, de la manière suivante : d’ici les deux prochaines générations, la biotechnologie nous donnera les outils qui nous permettront d’accomplir ce que les spécialistes d’ingénierie sociale n’ont pas réussi à faire. À ce stade, nous en aurons définitivement terminé avec l’histoire humaine, rien que cela ! parce que nous aurons aboli les êtres humains en tant que tels. Commencera alors une nouvelle histoire, au-delà de l’humain. Ainsi parlait Zarathoustra, qui n’est assurément pas étranger à cette vision du redémarrage de l’Histoire au prix du retour du surhomme. La même année, donc, dans un tout autre contexte que celui de la bonne et impériale conscience américaine, Slotterdijk présentait sa conférence en Allemagne sur le parc ou le zoo humain. La relance de la fabrique de l’homme nouveau, grâce aux interventions des biotechnologies, renvoie aux mêmes périls que ceux auxquels le siècle qui s’est terminé a été exposé par les utopies totalitaires. Jean-Jacques Salomon
Nous voulons nous assurer que chaque électeur qui se rendra aux urnes sache précisément ce que Barack Obama fera pour imposer un changement fondamental en tant que président. Bill Burton (porte-parole du candidat Obama, 29.10.08)
After decades of broken politics in Washington, and eight years of failed policies from George W. Bush, and 21 months of a campaign that’s taken us from the rocky coast of Maine to the sunshine of California, we are five days away from fundamentally transforming the United States of America. In five days, you can turn the page on policies that put greed and irresponsibility on Wall Street before the hard work and sacrifice of folks on Main Street. In five days, you can choose policies that invest in our middle class, and create new jobs, and grow this economy, so that everyone has a chance to succeed, not just the CEO, but the secretary and janitor, not just the factory owner, but the men and women on the factory floor. Barack Obama (Columbia, Missouri, October 30, 2008)
I don’t think we have to fundamentally transform the nation. (…) I think that what we have to do is make sure that here in America, if you work hard, you can get ahead. Bill, you and I benefited from this incredible country of ours, in part, because there were good jobs out there that paid a good wage, because you had public schools that functioned well, that we could get scholarships if we didn’t come from a wealthy family, in order to go to college. (…) That, you know, if you worked hard, not only did you have a good job, but you also had decent benefits, decent health care… (…) and for a lot of folks, we don’t have that. We’ve got to make sure that we’re doing everything we can to expand the middle class… (…) — and work hard and people who are working hard can get into the middle class. Barack Obama (February 2, 2014)
Je crois que l’homosexualité est un défaut, une erreur, une distorsion… et que l’on peut en être entièrement restauré. Je sais que ce point de vue va à l’encontre des discours politiques populaires de ce monde, et je suis conscient que ce point de vue me vaut d’être considéré comme ‘un fanatique de droite’ qui doit juste être anéanti. (…) Je prie Dieu tous les jours pour ma sécurité. J’aime mon Dieu. J’aime ma vie. Je souhaite vivre une vie qui honore Dieu. (…) Plutôt que de vouloir ma mort, je voudrais que vous puissiez envisager la possibilité que j’ai le droit légitime à la vie et le droit légitime de suivre mon propre chemin de foi. Michael Glatze
Je suis totalement abasourdi. Hier soir, lors de l’émission Des paroles et des actes, j’ai dit que face à une ultra droite nationaliste qui voulait réserver la civilisation française aux Français de sang et de vieille souche, la gauche a traditionnellement défendu l’intégration et l’offrande à l’étranger de cette civilisation. La gauche en se détournant de l’intégration abandonne de fait cette offrande. Manuel Valls a expliqué que nous avions tous trois -lui-même, David Pujadas et moi – des origines étrangères et que c’était tout à l’honneur de la France. J’ai acquiescé mais j’ai ajouté qu’il «ne fallait pas oublier les Français de souche». L’idée qu’on ne puisse plus nommer ceux qui sont Français depuis très longtemps me paraît complétement délirante. L’antiracisme devenu fou nous précipite dans une situation où la seule origine qui n’aurait pas de droit de cité en France, c’est l’origine française. Mes parents sont nés en Pologne, j’ai été naturalisé en même temps qu’eux en 1950 à l’âge de un an, ce qui veut dire que je suis aussi Français que le général de Gaulle mais que je ne suis pas tout à fait Français comme lui. Aujourd’hui, on peut dire absolument n’importe quoi! Je suis stupéfait et, je dois le dire, désemparé d’être taxé de racisme au moment où j’entonne un hymne à l’intégration, et où je m’inquiète de voir la gauche choisir une autre voie, celle du refus de toute préséance de la culture française sur les cultures étrangères ou minoritaires. L’hospitalité se définit selon moi par le don de l’héritage et non par sa liquidation. Alain Finkielkraut
Ses trois fils l’appellent toujours papa. Alors, évidemment, ça fait bizarre quand ils sont tous ensemble dans la rue, maintenant qu’elle a ces longs cheveux bouclés, ces créoles qui dansent aux oreilles, ces bagues et ces gestes gracieux qu’elle semble avoir esquissés toute sa vie. Pourtant, cela ne fait qu’un an que Chloé Avrillon, 42 ans, vit dans ce corps de femme dont elle avait toujours rêvé. (…) Presque un an après son opération, à Bangkok, qui a finalisé sa métamorphose, elle continue à s’émerveiller de sa toute nouvelle féminité : « J’en suis encore aux premières fois. » La première robe, le premier soutien-gorge, les premiers talons… Et, bientôt, ses nouveaux papiers : la semaine dernière [fin octobre 2012, NDLR], la cour d’appel de Rennes a donné à Wilfrid Avrillon le droit de changer d’état civil et de s’appeler enfin Chloé Avrillon. Alors qu’elle est toujours mariée à Marie, la mère de ses trois enfants. (…)  c’est pourtant Marie qui va parler la première. Elle confesse ce qu’elle a caché si longtemps à son mari. Avant lui, elle n’avait aimé que des filles. Ses parents n’avaient jamais accepté son homosexualité, elle est tombée amoureuse de lui sans vraiment comprendre comment c’était possible. « Elle avait senti que j’étais une fille dans un corps de garçon. Mais pendant toutes ces années, on ne s’était rien dit. Elle avait peur de me perdre. Comme moi j’avais peur de la perdre. » (…) Pudiquement, elle avoue que Marie et elle ont désormais « repris leur liberté » : Chloé a rencontré une autre femme, Marie-Pierre, Marie aussi.  » (…) Pourtant, Chloé et Marie se sont battues devant les tribunaux pour rester mariées, pour que le changement d’état civil de Chloé n’annule pas leur passé. Le Nouvel Observateur
Dans le texte de la pétition s’opposant au rapport Lunacek, les signataires estiment que le document « détourne une politique de non-discrimination pour créer des privilèges au profit de certains citoyens sur la base de leur sexualité ». « Le rapport Lunacek ne laissera aucun autre choix aux institutions de l’UE et aux Etats membres que d’incorporer l’agenda LGBTI à la conception de politiques publiques ». En réalité, les signataires confondent la feuille de route, qui reste de nature générale, avec une série d’amendements adoptés par la commission parlementaire des droits de la femme et de l’égalité des genres, qui effectivement, proposaient d’aller plus loin que le rapport initial. Parmi ces amendements figurent notamment une incitation à étendre les traitements de fertilité et de procréation médicalement assistée aux personnes LGBT ou la possibilité que les enfants aient plus de deux parents, mais aucun n’a été intégré au texte voté mardi au Parlement européen. « Nous avons voulu rester sur le document de consensus, approuvé par les cinq grandes familles politiques européennes », assure Ulrike Lunacek. Le Monde
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Le PACS est radicalement différent du mariage parce qu’il n’est pas question, ni aujourd’hui ni demain, que deux personnes physiques du même sexe, quel que soit leur sexe, puissent se marier. (…) Une famille ce n’est pas simplement deux individus qui contractent pour organiser leur vie commune. C’est bien plus que cela. C’est l’articulation et l’institutionnalisation de la différence des sexes. C’est la construction des rapports entre les générations qui nous précèdent et celles qui vont nous suivre. La famille c’est aussi la promesse et la venue de l’enfant. Celui-ci nous inscrit dans une histoire qui n’a pas commencé avec nous et qui ne se terminera pas avec nous. (…) Un enfant a droit à un père et une mère. Ce droit de l’enfant ne doit pas dépendre du statut juridique du couple de ses parents. (…) Enfin certains ajoutent encore une menace: le pacte ne serait qu’une première étape vers le droit à la filiation pour les couples homosexuels ! Ceux qui le prétendent sont libres d’exprimer leur opinion personnelle. Ils n’engagent qu’eux-mêmes. Le gouvernement a voulu, je l’ai dit, et c’est un choix réfléchi et déterminé, que le pacte ne concerne pas la famille. Comment pourrait-il avoir un effet sur la filiation ? Sur ce sujet je veux être parfaitement claire : Je reconnais totalement le droit de toute personne à avoir la vie sexuelle de son choix. Mais je dis avec la plus grande fermeté que ce droit ne doit pas être confondu avec un hypothétique droit à l’enfant. Un couple, qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel, n’a pas de droit à avoir un enfant en dehors de la procréation naturelle qui, elle, implique nécessairement un homme et une femme. Les lois récentes sur la procréation médicalement assistée ont été l’occasion de tracer les limites du droit à l’enfant comme source de bonheur individualiste. Elles ont clairement indiqué, et je partage ce point de vue, que les procréations médicalement assistées ont pour but de remédier à l’infertilité pathologique d’un couple composé d’un homme et d’une femme. Elles n’ont pas pour but de permettre des procréations de convenance sur la base d’un hypothétique droit à l’enfant. (…) Pourquoi l’adoption par un couple homosexuel serait-elle une mauvaise solution ? Parce que le droit, lorsqu’il crée des filiations artificielles, ne peut, ni ignorer, ni abolir la différence entre les sexes. Cette différence est constitutive de l’identité de l’enfant et du sens de cette identité ; c’est-à-dire qu’est-ce qu’être un homme ou une femme ? Je soutiens comme de nombreux psychanalystes et psychiatres qu’un enfant a besoin pour sa structuration psychique, sociale et relationnelle d’avoir face à lui, pendant sa croissance, un modèle de l’altérité sexuelle, un référent homme et un référent femme. Un enfant adopté, déjà privé de sa famille d’origine, a d’autant plus besoin de stabilité sans que l’on crée pour lui, en vertu de la loi, une difficulté supplémentaire liée à son milieu d’adoption. Mon refus de l’adoption pour des couples homosexuels est fondé sur l’intérêt de l’enfant et sur ses droits à avoir un milieu familial où il puisse épanouir sa personnalité. C’est ce point de vue que je prends en considération et non le point de vue des couples qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels. Je n’ignore pas les procès d’intention sur un éventuel  » après  » de cette proposition de loi qui prépareraient des évolutions plus fondamentales de notre droit. Ce texte serait  » une valise à double fond « . Je m’élève avec la plus grande énergie contre de telles insinuations. Les mots ont un sens. Ce vocabulaire de contrebande, qui fait croire que ce texte cacherait autre chose et que vos rapporteurs et le Gouvernement exerceraient une fraude à la loi, est inacceptable. Elisabeth Guigou (Assemblée nationale, 1998)
A l’époque, l’important était de faire passer le pacs. Il y avait une résistance farouche au pacs à l’Assemblée, mais aussi dans la société avec des manifestations, des débordements verbaux inadmissibles… Donc, l’important, c’était de dissocier le pacs du mariage, sur le plan légal et sur le plan symbolique. En 1998, il n’était pas possible de mettre sur la table la question du mariage homosexuel, même au sein du gouvernement, il a fallu que j’insiste. A l’époque c’était quelque chose qui était beaucoup moins admis dans la société, vous ne trouverez plus personne opposé au pacs aujourd’hui. Aujourd’hui, j’ai évolué sur le mariage, j’ai considéré, en parlant avec les associations que, dès lors qu’il s’agissait de consentement mutuel entre deux adultes, il n’était pas possible de refuser une égalité des droits. La société a beaucoup évolué, moi même je garde mes interrogations sur l’adoption ; il faut trouver comment écrire dans le code civil comment s’organise la filiation d’un enfant qui est adopté par un couple homo. Elisabeth Guigou (2012)
Eduquer pour changer les mentalités et transformer la société Devenue une obligation légale depuis 2001, l’ éducation à la sexualité à l’école est peu appliquée: les moyens comme la volonté manquent. Come nous le montrent des programmes expérimentés dans nos territoires, elle a pourtant comme conséquence à court terme une baisse des violences, une meilleure attention des élèves, une prévention accrue dans le domaine de la santé et à plus long terme une baisse des violences faites aux femmes, un recul du machisme, une baisse sensible des suicides chez les adolescents et une plus grande facilité d »émancipation des femmes et des hommes des rôles qui leurs ont assignés.  Le poids des rôles sociaux, des préjugés qui, pèse sur la possibilité des individus à exprimer librement et vivre sereinement leur genre et leur sexualité, lorsqu’ils s’écartent des modèles dominants. L’éducation permettra de déconstruire les préjugés de genre, sexistes, et de lutter contre les violences et discriminations qu’ils engendrent. Nous formerons tous les acteurs éducatifs à la question de l’éducation aux rapports entre les sexes, à partir d’un travail sur les stéréotypes et les assignations de genre. Pour tous les élèves de la classe de CP à la terminale, et tous les ans, 6 heures d’éducation à la sexualité, à l’égalité et au respect mutuel, seront assurées. Les  intervenants extérieurs devront nouer des liens avec les acteurs scolaires et extra-scolaires liés à l’établissement afin d’intégrer la question de l’égalité entre les sexes et les sexualités dans un projet global. Convention égalité réelle (page 36, PS, 11 décembre 2010)
La révolution française est l’irruption dans le temps de quelque chose qui n’appartient pas au temps, c’est un commencement absolu, c’est la présence et l’incarnation d’un sens, d’une régénération et d’une expiation du peuple français. 1789, l’année sans pareille, est celle de l’engendrement par un brusque saut de l’histoire d’un homme nouveau. La révolution est un événement méta-historique, c’est-à -dire un événement religieux. La révolution implique l’oubli total de ce qui précède la révolution. Et donc l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. C’est à elle qu’il revient de briser ce cercle, de produire cette auto-institution, d’être la matrice qui engendre en permanence des républicains pour faire la République, République préservée, république pure, république hors du temps au sein de la République réelle, l’école doit opérer ce miracle de l’engendrement par lequel l’enfant, dépouillé de toutes ses attaches pré-républicaines, va s’élever jusqu’à devenir le citoyen, sujet autonome. Et c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la Loi. La société républicaine et laïque n’a pas d’autre choix que de «s’enseigner elle-même » (Quinet) d’être un recommencement perpétuel de la République en chaque républicain, un engendrement continu de chaque citoyen en chaque enfant, une révolution pacifique mais permanente. Vincent Peillon (« La Révolution française n’est pas terminée », 2008)
Le gouvernement s’est engagé à « s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités », notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles. L’engagement de notre ministère dans l’éducation à l’égalité et au respect de la personne est essentiel et prend aujourd’hui un relief particulier. Il vous appartient en effet de veiller à ce que les débats qui traversent la société française ne se traduisent pas, dans les écoles et les établissements, par des phénomènes de rejet et de stigmatisation homophobes. (…) La lutte contre l’homophobie en milieu scolaire, public comme privé, doit compter au rang de vos priorités. J’attire à ce titre votre attention sur la mise en œuvre du programme d’actions gouvernemental contre les violences et les discriminations commises à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. Je souhaite ainsi que vous accompagniez et favorisiez les interventions en milieu scolaire des associations qui luttent contre les préjugés homophobes, dès lors que la qualité et la valeur ajoutée pédagogique de leur action peuvent être établies. Je vous invite également à relayer avec la plus grande énergie, au début de l’année, la campagne de communication relative à la « ligne azur », ligne d’écoute pour les jeunes en questionnement à l’égard de leur orientation ou leur identité sexuelles. Dans l’attente des conclusions du groupe de travail sur l’éducation à la sexualité, vous serez attentif à la mise en œuvre de la circulaire du 17 février 2003 qui prévoit cette éducation dans tous les milieux scolaires et ce, dès le plus jeune âge. La délégation ministérielle de prévention et de lutte contre la violence dirigée par Eric Debarbieux, permettra de mieux connaître la violence spécifique que constitue l’homophobie. Enfin, vous le savez, j’ai confié à Michel Teychenné une mission relative à la lutte contre l’homophobie, qui porte notamment sur la prévention du suicide des jeunes concernés. Je vous remercie de leur apporter tout le concours nécessaire à la réussite de leurs missions. Je souhaite que 2013 soit une année de mobilisation pour l’égalité à l’école. Vincent Peillon (minitre de l’Education nationale, Lettre aux Recteurs d’Académies, 4 janvier 2013)
Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : « le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles », affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : « s’appuyer sur la jeunesse » pour « changer les mentalités ». Qui ? Le gouvernement. En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse. Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité. On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel. Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle. La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité. L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité. De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur. (…) Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit. Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique. Anne Coffinier
Je précise d’emblée que je ne soutiens en rien les mouvements qui appellent à boycotter l’école et qui manipulent les esprits. Mais il ne faut pas abandonner ce débat à l’extrême droite. Or, dans ce qui est dénoncé aujourd’hui, il y a une part de réalité. Certes, la théorie du genre en tant que telle n’est pas enseignée à l’école primaire mais plusieurs de ses postulats y sont diffusés. (…) Pour les tenants de cette théorie, l’identité sexuelle est, de part en part, construite. Selon eux, il n’y a pas de continuité entre le donné biologique – notre sexe de naissance – et notre devenir d’homme ou de femme. C’est, poussé à l’extrême, la formule de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe «On ne naît pas femme, on le devient». Et les théoriciens du genre poursuivent: à partir du moment où tout est «construit», tout peut être déconstruit. (…) Prenons les «ABCD de l’égalité», qui sont des parcours proposés aux élèves et accompagnés de fiches pédagogiques pour les enseignants. Ils sont supposés servir à enseigner l’égalité hommes-femmes. Qu’en est-il? Dans une fiche, intitulée «Dentelles, rubans, velours et broderies», on montre un tableau représentant Louis XIV enfant qui porte une robe richement ornée et des rubans rouges dans les cheveux. L’objectif affiché? Faire prendre conscience aux élèves de l’historicité des codes auxquels ils se soumettent et gagner de la latitude par rapport à ceux que la société leur impose aujourd’hui… (…) l’objectif est (…) d’«émanciper» l’enfant de tous les codes. Ce qui aboutit à l’abandonner à un ensemble de «possibles», comme s’il n’appartenait à aucune histoire, comme si les adultes n’avaient rien à lui transmettre. Or, il est faux de dire qu’on «formate» un enfant, on ne fait que l’introduire dans un monde qui est plus vieux que lui. (…) On n’est plus dans le simple apprentissage de la tolérance. (…) Sans scrupules, l’école est entraînée dans une politique d’ingénierie sociale. Tout en se donnant bonne conscience, le gouvernement encourage un brouillage très inquiétant. Savons-nous bien ce que nous sommes en train de faire? A l’âge de l’école primaire, les enfants ont besoin de s’identifier, et non pas de se désidentifier. A ne plus vouloir d’une éducation sexuée, on abandonne nos enfants aux stéréotypes les plus kitsch des dessins animés. (…) Il faudrait surtout en finir avec cette mise en accusation systématique du passé. Notre civilisation occidentale, et spécialement française, n’est pas réductible à une histoire faite de domination et de misogynie. Sur la différence des sexes, la France a su composer une partition singulière, irréductible à des rapports de forces. L’apparition d’une culture musulmane change-t-elle la donne? Elle nous confronte en tout cas à une culture qui n’a pas le même héritage en matière d’égalité des sexes. Ce qui me paraît dangereux dans cette «chasse aux stéréotypes» est le risque de balayer d’un revers de main tout notre héritage culturel. Dans un tel contexte, quelle œuvre littéraire, artistique ou cinématographique ne tombera pas sous le coup de l’accusation de «sexisme»? (…) Il existe une volonté de transformer la société, de sortir de toute normativité pour aboutir à un relativisme complet. Le gouvernement Ayrault est en pointe sur ce combat. On l’a vu lors du débat sur le Mariage pour tous. Il ne devrait pas être impossible de dire que l’homosexualité est une exception et que l’hétérosexualité est la norme. La théorie de l’interchangeabilité des sexes se diffuse. Or, nous avons un corps sexué qui est significatif par lui-même et qui ne compte pas pour rien dans la construction de soi. (…) Le principe de l’égalité est incontesté aujourd’hui. Certes, il existe encore ce fameux “plafond de verre” empêchant les femmes d’accéder aux plus hauts postes et des inégalités salariales. Mais les progrès sont inouïs. Doit-on, comme l’a fait récemment le gouvernement, imposer aux hommes de prendre un congé parental? On en arrive à punir la famille parce qu’un homme est récalcitrant à s’arrêter de travailler! Et puis, faut-il rappeler qu’il n’y a pas de cordon ombilical à couper entre un père et son enfant? (…) Je n’ai guère le goût des analogies historiques mais, s’il existe une leçon à retenir des totalitarismes nazi et stalinien, c’est que l’homme n’est pas un simple matériau que l’on peut façonner. Avec la théorie du genre, l’enjeu est anthropologique.  Bérénice Levet
Les études sur le genre se sont créées une place dans l’enseignement primaire et secondaire aux États-Unis. Elles ne sont pas enseignées en tant que telles, mais elles ont, peu à peu, pris de l’importance dans la vie scolaire. Un exemple parmi d’autres: dans une école en Californie, cette inscription figure sur l’une des portes: « If you identify yourself as a boy, this is your toilet » (« Si tu te considères comme un garçon, ce sont tes toilettes »). Autre illustration, toujours en Californie, dans une classe de 5e, le cours d’éducation sexuelle est divisé en trois tiers: comment cela se passe entre deux hommes, deux femmes, un homme et une femme… D’ailleurs, dans la vie courante, sur les formulaires administratifs, on ne demande plus le sexe d’une personne mais son genre. (…) On ne peut pas mettre ces revendications sur le même plan que la politique d’égalité hommes-femmes ou que la lutte contre les discriminations raciales. Sous couvert de faire avancer l’égalité entre les sexes, on a diffusé ce concept du genre. Jusqu’à quel niveau faudra-t-il aller dans l’exception? Quand il faut gérer dix mille étudiants, avec tous les problèmes que cela suppose, est-il raisonnable de passer autant de temps sur les pratiques sexuelles de 0,1 % de la population? Pourtant, les revendications des LGBTQ focalisent encore l’attention. De plus, il existe une vraie censure. Personne n’ose vraiment remettre en question le bien-fondé de cette importance accordée au genre. il n’y a jamais eu, comme en France actuellement, une volonté de l’État d’imposer une doctrine du genre à toute la société… Contrairement à ce qui est prévu dans les ABCD de l’égalité, à aucun moment aux États-Unis il n’est demandé aux élèves ou aux étudiants de « rejuger » les œuvres littéraires ou artistiques du passé avec les référentiels du genre ou de l’égalité. Il n’y a jamais eu cette volonté – très communiste, voire stalinienne – de « réécrire » l’Histoire et de réinterpréter les contes (…) Mais ce n’est pas parce qu’on a beaucoup lutté, à juste titre, contre l’homophobie qu’il faut diffuser dans toute la population la problématique du genre. Ce n’est pas du tout pareil. On est passé d’une problématique « un homme peut aimer un homme » à l’idée que tout le monde peut être homme ou femme et qu’il n’y a pas de sexe biologique. Cette confusion me semble très perturbante. Elle participe de l’idée, répandue parmi, disons, la génération 2.0, d’une surpuissance de l’Homme sur la nature. (…) En vingt ans, les LGBTQ sont devenus puissants. Ils peuvent être procéduriers en cas de litige. L’université du Texas, à Houston, a dû ainsi se défendre dans un énorme procès sur l’absence de bourses destinées aux seuls étudiants LGBTQ. Ils sont également actifs dans les campagnes de levée de fonds et reçoivent beaucoup d’argent de Hollywood ou des entreprises high-tech de Californie. Jeff Bezos, le fondateur du site de distribution Amazon, figure ainsi parmi les gros donateurs de la cause homosexuelle, comme Larry Page ou le fondateur de Paypal, Peter Thiel. C’est un lobby influent, avec des capacités de financement très importantes. Les candidats aux élections présidentielles américaines ont tous reçu des subsides de ces groupes de pression. Ni l’Administration Obama, ni, avant, celle de Bush, n’ont pris leurs distances avec ces mouvements. Marie-Amélie Lombard
Depuis le 28 janvier, une affaire de catéchisme à l’école fait des ravages dans les médias. Il semble qu’un certain nombre de familles mettent en cause le catéchisme et les dogmes attenants, entendons le discours du genre. Il semble aussi que ces familles récalcitrantes ont été plus ou moins trompées par des messages excessifs ou même faux. Il y a donc des gens qui jouent de dérision pour tenter de subvertir les paroles du ministère de l’éducation. Or ces paroles sont sacrées. C’est péché de s’en moquer. Ledit discours du genre ressemble tellement à une religion qu’on ne peut s’empêcher d’utiliser, pour en décrire les aventures, du vocabulaire religieux. Elle relève de l’idéologie, dont elle porte le fanatisme et l’irréalité. Ses défenseurs sont des apôtres excités, jamais fatigués, toujours l’injure aux lèvres. Les textes du gouvernement concernant l’école précisent que les enfants appartiennent à l’Etat. (…) Nos gouvernants ne doivent pas s’imaginer qu’ils réduiront si facilement les familles françaises à croire que les garçons et les filles ne sont différents que là où le ministère le décide. Car dans la simple réalité, il n’en va pas ainsi. (…) La différence sexuelle engendre des hiérarchies, des discriminations et des inégalités injustes. Et ce sont les filles qui en font toujours les frais. Cela est historique. Faut-il donc supprimer les différences pour supprimer les discriminations ? On songe à cet anarchiste du XIXe siècle qui voulait rayer une ville de la carte pour supprimer la pauvreté qui y régnait. Lorsque tous les pauvres seront morts, lui répondait un autre, il n’y aura plus de pauvreté. Quand au lieu de garçons et de filles vous n’aurez plus qu’un sexe indéterminé, un Tomboy montré en modèle universel dans toutes les écoles de la République, alors il n’y aura plus de discrimination, mais il n’y aura plus de différences non plus. L’indétermination n’est pas l’idéal à poursuivre pour empêcher les inégalités injustes. Celles-ci, mieux vaudrait les combattre en mettant en valeur les différences et leur complémentarité. Pourtant les choses sont plus compliquées. Le discours sur le genre n’évince pas l’altérité en soi, mais il ne reconnaît que les altérités construites, voulues, légitimées par la culture dominante et par les individus eux-mêmes. Les différences ne sont pas reçues, elles doivent être voulues. Le gender est moins une volonté d’indétermination et de retour au chaos qu’une volonté de re-nommer les êtres et de re-programmer les différences que l’ordre naturel avait (mal) faits. On dirait bien que deux totalitarismes ne nous ont pas encore déniaisés, ni découragés de vouloir prendre la place du créateur. (…) Comment se préserver de l’extrémisme que déploient des discours comme celui du gender ? En prenant en compte, non seulement l’émancipation enviable, mais aussi l’enracinement nécessaire qui nous arrime à la condition humaine, à l’histoire, aux exigences naturelles élémentaires. Supprimer tout enracinement : c’est ce qu’avaient tenté les soviets, à ce point que Trotski disait à ce sujet : nous vivons à présent dans un bivouac. Une société humaine ne peut pas faire sa demeure dans un bivouac. Chantal Delsol
La philosophie et les enjeux que j’ai dénoncés au moment de la discussion sur le Pacs sont toujours les mêmes. Pour moi, le Pacs était l’antichambre de la revendication pour le mariage des homosexuels. On s’aperçoit douze ans plus tard que c’est ce qui se passe. Certes, à l’époque, toute la classe politique pensait que le Pacs s’adressait majoritairement aux homosexuels. Or, on s’aperçoit que ce sont majoritairement les hétérosexuels qui s’en sont servis. D’abord parce que je pense qu’il y a davantage d’hétérosexuels que d’homosexuels statistiquement. Il n’empêche que les ingrédients étaient là pour l’ouverture au mariage pour tous, à l’adoption et à la PMA. Là, nous avons ouvert une digue avec le Pacs. (…) L’amalgame qui est fait entre opposition au mariage pour tous et homophobie est un raisonnement qui n’est pas un raisonnement. C’est une qualification sans aucun fondement. C’est une façon de fermer le débat que d’enfermer les opposants au mariage pour tous dans la catégorie des homophobes, c’est une façon de ne pas entendre leurs arguments. Ceux qui sont contre le mariage homosexuel ne doivent pas avoir peur d’être mis dans cette case pour la simple raison de ne pas être pour le mariage homosexuel. Par ailleurs, je crois qu’une forte mobilisation pourra faire changer les choses. Je pense que l’opinion est en train d’évoluer mais ceux que l’on doit faire basculer c’est le gouvernement et le président de la République. Christine Boutin (16.12.12)

Et si c’était la « Jeanne d’Arc de la famille » qui avait raison ?

Juge révoquée pour avoir refusé au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant le prénom de « Messie » à un bébé du Tennessee, traitements hormonaux permettant aux enfants victimes de troubles de l’identité sexuelle de bloquer leur puberté  avant plus tard une éventuelle opération chirurgicale, fondateur d’un magazine homosexuel fustigé par des militants suite à sa conversion et à son changement d’orientation sexuelle, jupes pour hommes pour les remises de diplôme de Cambridge comme d’Oxford …

A l’heure où à la tête du Monde libre, un président-girouette qui après avoir tant critiqué la politique de son prédécesseur a intensifié tant les éliminations ciblées que la surveillance, jeux compris, des conversations téléphoniques de millions de gens ordinaires à travers le monde, nous annonce  l’abandon de son rêve de « changement fondamental » de son pays …

Pendant qu’en ces temps de retour à la police de la pensée où on va bientôt se faire trainer devant les tribunaux pour avoir osé parler de « Français de souche »

Et qu’après avoir multiplié tant les déclaration que les ouvrages sur la nécessité de « s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités » et d’avoir appelé à l’intervention de militants homosexuels dans les écoles, les apprentis-sorciers de ce côté-ci de l’Atlantique nous assurent à présent que la théorie du genre n’existe tout simplement pas et que  la procréation médicalement assistée n’avait jamais été envisagée dans la loi sur la famille qu’ils renoncent désormais, sous la pression de la rue comme il y a trente ans pour l’école libre, à présenter au Parlement …

A l’instar d’un Parlement européen qui après avoir fait voter une feuille de route anti-homophobie nous assure avoir renoncé aux amendements adoptés par la commission parlementaire des droits de la femme et de l’égalité des genres qui proposaient d’étendre les traitements de fertilité et de procréation médicalement assistée aux personnes LGBT ou la possibilité que les enfants aient plus de deux parents …

Comment alors que se vérifie, derrière ce nouveau catéchisme, énième quête de l‘Homme nouveau et véritable dérive totalitaire voire carrément théocratique de l’État, la prédiction de ses opposants qui avaient vu dans le Pacs le cheval de troie du mariage pour tous

Ne pas voir ce futur déjà là mais juste encore inégalement réparti du célèbre auteur américain de cyberfiction

Où l’on se bat pour les toilettes transgenres et où les enfants appellent leur mère papa ?

Christine Boutin : ce que j’ai appris du débat sur le Pacs

Alors que les partisans du mariage pour tous seront ce dimanche dans les rues, Christine Boutin, présidente du parti Chrétien-Démocrate et opposante du projet de loi, estime qu’il faut être prudent afin de ne pas heurter les sensibilités.

Atlantico

16 décembre 2012

Atlantico : En 1999, vous faisiez déjà partie des opposants aux Pacs, aujourd’hui vous êtes contre le mariage pour tous. Quelles sont les leçons que vous avez tiré du débat sur le Pacs ?

Christine Boutin : La philosophie et les enjeux que j’ai dénoncés au moment de la discussion sur le Pacs sont toujours les mêmes. Pour moi, le Pacs était l’antichambre de la revendication pour le mariage des homosexuels. On s’aperçoit douze ans plus tard que c’est ce qui se passe. Certes, à l’époque, toute la classe politique pensait que le Pacs s’adressait majoritairement aux homosexuels. Or, on s’aperçoit que ce sont majoritairement les hétérosexuels qui s’en sont servis. D’abord parce que je pense qu’il y a davantage d’hétérosexuels que d’homosexuels statistiquement. Il n’empêche que les ingrédients étaient là pour l’ouverture au mariage pour tous, à l’adoption et à la PMA. Là, nous avons ouvert une digue avec le Pacs. Je n’ai pas du tout changé d’avis.

Je n’ai pas l’impression d’avoir à l’époque eu des propos insultants à l’égard des homosexuels parce que c’est contraire à mon choix personnel. Le fait de m’être opposée au Pacs m’a valu d’être qualifiée d’homophobe par les militants minoritaires de la cause homosexuelle, je l’entends, mais je ne suis pas homophobe.

Quelles conclusions en tirez-vous pour le mariage pour tous ? Avez-vous choisi d’aborder le débat différemment ?

Il y a en effet eu dans l’hémicycle des propos inacceptables vis-à-vis des homosexuels, mais je ne les ai pas prononcés.

Le débat sur le Pacs m’a fait prendre conscience qu’il y avait une sensibilité très grande des personnes homosexuelles vis-à-vis du regard que l’on peut porter sur eux.

Le jour du Pacs, à 5 heures du matin des homosexuels sont venus hurler à mon portail : « Les pédés sont chez toi ». Le terme de pédé, je ne l’ai personnellement jamais utilisé parce que ce terme est pour moi choquant et blessant. Que l’on soit homosexuel ou hétérosexuel, il est toujours difficile de s’exprimer en étant certain de ne pas blesser l’autre.

Pour des personnes qui ont une hyper-sensibilité – je ne parle pas uniquement des homosexuels – il faut être d’autant plus attentif.

Par ailleurs, comment éviter les amalgames entre opposition au mariage pour tous et homophobie ?

L’amalgame qui est fait entre opposition au mariage pour tous et homophobie est un raisonnement qui n’est pas un raisonnement. C’est une qualification sans aucun fondement. C’est une façon de fermer le débat que d’enfermer les opposants au mariage pour tous dans la catégorie des homophobes, c’est une façon de ne pas entendre leurs arguments. Ceux qui sont contre le mariage homosexuel ne doivent pas avoir peur d’être mis dans cette case pour la simple raison de ne pas être pour le mariage homosexuel.

Serez-vous à la manifestation le 13 janvier et pourquoi ?

Bien sûr, j’irai manifester le 13 janvier. Je ne suis pas allée à la précédente manifestation car je suis tellement identifiée sur cette cause, je ne voulais pas que la mobilisation soit ramenée à ma personne. Ainsi, les personnes présentes n’ont aucunement pu être instrumentalisées.

Par ailleurs, je crois qu’une forte mobilisation pourra faire changer les choses. Je pense que l’opinion est en train d’évoluer mais ceux que l’on doit faire basculer c’est le gouvernement et le président de la République.

Voir aussi:

Shéhérazade Semsar: « Les États-Unis sont confrontés à l’absurdité des revendications sur le genre »

Marie-Amélie Lombard

Le Figaro

04/02/2014

INTERVIEW – Les universités américaines doivent accorder une place toujours plus importante aux minorités sexuelles.

Chef d’entreprise, franco-iranienne, Shéhérazade Semsar a fait ses études supérieures aux États-Unis. Depuis juillet 2013, elle siège au conseil d’administration de l’université de Georgetown (Washington D.C.) après avoir occupé diverses fonctions au sein de ses instances dirigeantes.

LE FIGARO. – Quelle place occupe la question du «genre» aux États-Unis?

Shéhérazade Semsar. – Les études sur le genre se sont créées une place dans l’enseignement primaire et secondaire aux États-Unis. Elles ne sont pas enseignées en tant que telles, mais elles ont, peu à peu, pris de l’importance dans la vie scolaire. Un exemple parmi d’autres: dans une école en Californie, cette inscription figure sur l’une des portes: «If you identify yourself as a boy, this is your toilet» («Si tu te considères comme un garçon, ce sont tes toilettes»). Autre illustration, toujours en Californie, dans une classe de 5e, le cours d’éducation sexuelle est divisé en trois tiers: comment cela se passe entre deux hommes, deux femmes, un homme et une femme… D’ailleurs, dans la vie courante, sur les formulaires administratifs, on ne demande plus le sexe d’une personne mais son genre.

Qu’en est-il à l’université?

La totalité des universités est obligée d’accueillir un LGBTQ Center (un centre lesbien, gay, bisexuel, transsexuel, queer), de la plus connue, Harvard, à une petite faculté du fond de l’Ohio. Une université qui s’y refuserait verrait une partie de ses subventions fédérales coupées. C’est à la fin des années 1980 que des centres lesbiens-gays ont commencé à être institués. Puis, au cours de la décennie suivante, plusieurs procès ont été gagnés en ce sens. Quant au «Q» – pour «queer» – qu’on peut traduire par «ceux qui ne savent pas» ou aussi par «les tordus» – il a été ajouté dans les années 2000. Le «queer» s’oppose aux normes qu’il considère imposées par la majorité hétérosexuelle, il s’appuie sur l’exception pour définir les règles sociales.

Quel est le poids de ces LGBTQ Centers dans la vie universitaire?

Ces centres ont une vocation associative. Ils doivent permettre aux personnes se sentant appartenir aux communautés lesbienne, gay, etc., d’avoir un endroit pour être ensemble et discuter. Mais ils s’assurent aussi que ces catégories sont bien protégées et représentées au sein des différentes entités de l’université et de ses instances dirigeantes. Dans toutes les réunions de direction, il y a toujours un volet LGBTQ. Récemment Harvard a même dû accepter que la catégorie «sado-maso» soit aussi représentée sur son campus sous la dénomination «kinky» (pervers). Désormais, certains militent pour ajouter encore un «I» pour «intersexué» et un «A» pour «asexuel». C’est sans fin… Mais on commence à réaliser l’absurdité de ces revendications qui ne relèvent que de la pratique de la sexualité. Un mouvement, notamment universitaire, qui a pourtant soutenu les «gender studies», trouve que les choses vont trop loin et qu’on est en train de tomber dans un «nationalisme gay». Des associations de défense des droits des homosexuels ont même créé le «no homonationalism».

Rien de commun, selon vous, entre la volonté d’assurer l’égalité hommes-femmes et les revendications de ces minorités sexuelles?

On ne peut pas mettre ces revendications sur le même plan que la politique d’égalité hommes-femmes ou que la lutte contre les discriminations raciales. Sous couvert de faire avancer l’égalité entre les sexes, on a diffusé ce concept du genre. Jusqu’à quel niveau faudra-t-il aller dans l’exception? Quand il faut gérer dix mille étudiants, avec tous les problèmes que cela suppose, est-il raisonnable de passer autant de temps sur les pratiques sexuelles de 0,1 % de la population? Pourtant, les revendications des LGBTQ focalisent encore l’attention. De plus, il existe une vraie censure. Personne n’ose vraiment remettre en question le bien-fondé de cette importance accordée au genre. Cependant, une génération de jeunes a désormais vécu dans cet environnement. On commence à avoir le recul nécessaire pour mesurer ses conséquences.

Ces questions suscitent-elles la polémique aux États-Unis?

Dans l’enseignement, non. Car il n’y a jamais eu, comme en France actuellement, une volonté de l’État d’imposer une doctrine du genre à toute la société… Contrairement à ce qui est prévu dans les ABCD de l’égalité, à aucun moment aux États-Unis il n’est demandé aux élèves ou aux étudiants de «rejuger» les œuvres littéraires ou artistiques du passé avec les référentiels du genre ou de l’égalité. Il n’y a jamais eu cette volonté – très communiste, voire stalinienne – de «réécrire» l’Histoire et de réinterpréter les contes.

Pour certains, la question du genre prolonge la lutte contre l’homophobie.

Mais ce n’est pas parce qu’on a beaucoup lutté, à juste titre, contre l’homophobie qu’il faut diffuser dans toute la population la problématique du genre. Ce n’est pas du tout pareil. On est passé d’une problématique «un homme peut aimer un homme» à l’idée que tout le monde peut être homme ou femme et qu’il n’y a pas de sexe biologique. Cette confusion me semble très perturbante. Elle participe de l’idée, répandue parmi, disons, la génération 2.0, d’une surpuissance de l’Homme sur la nature.

Quelle est la puissance de ces associations?

En vingt ans, les LGBTQ sont devenus puissants. Ils peuvent être procéduriers en cas de litige. L’université du Texas, à Houston, a dû ainsi se défendre dans un énorme procès sur l’absence de bourses destinées aux seuls étudiants LGBTQ. Ils sont également actifs dans les campagnes de levée de fonds et reçoivent beaucoup d’argent de Hollywood ou des entreprises high-tech de Californie. Jeff Bezos, le fondateur du site de distribution Amazon, figure ainsi parmi les gros donateurs de la cause homosexuelle, comme Larry Page ou le fondateur de Paypal, Peter Thiel. C’est un lobby influent, avec des capacités de financement très importantes. Les candidats aux élections présidentielles américaines ont tous reçu des subsides de ces groupes de pression. Ni l’Administration Obama, ni, avant, celle de Bush, n’ont pris leurs distances avec ces mouvements.

Voir également:

Wilfrid est devenu Chloë : papa est une fille

Doan Bui

Le Nouvel observateur

15-08-2013

En octobre 2012, la cour d’appel de Rennes a validé le changement d’identité d’une transsexuelle mariée et père de trois enfants.

(Article publié dans « le Nouvel Observateur » du 1er novembre 2012)

Ses trois fils l’appellent toujours papa. Alors, évidemment, ça fait bizarre quand ils sont tous ensemble dans la rue, maintenant qu’elle a ces longs cheveux bouclés, ces créoles qui dansent aux oreilles, ces bagues et ces gestes gracieux qu’elle semble avoir esquissés toute sa vie. Pourtant, cela ne fait qu’un an que Chloé Avrillon, 42 ans, vit dans ce corps de femme dont elle avait toujours rêvé.

Pendant quarante ans, j’ai vécu enfermée par erreur dans un corps d’homme que je haïssais. J’ai l’impression d’une seconde naissance. « 

Chloé est une transsexuelle, comme on dit, même si elle déteste ce mot, lui préférant le terme « transidentitaire ».

Presque un an après son opération, à Bangkok, qui a finalisé sa métamorphose, elle continue à s’émerveiller de sa toute nouvelle féminité : « J’en suis encore aux premières fois. » La première robe, le premier soutien-gorge, les premiers talons… Et, bientôt, ses nouveaux papiers : la semaine dernière [fin octobre 2012, NDLR], la cour d’appel de Rennes a donné à Wilfrid Avrillon le droit de changer d’état civil et de s’appeler enfin Chloé Avrillon. Alors qu’elle est toujours mariée à Marie, la mère de ses trois enfants.

« Je me suis toujours sentie fille. Je détestais ce corps »

Chloé. C’était le nom qu’elle s’était donné dans son coeur. « Je me suis toujours sentie fille. La puberté, ce fut un déchirement. Je détestais ce corps qui s’éloignait de plus en plus de ce que je voulais être. » Elevé par une mère aimante, un beau-père présent – « les trans ne sont pas forcément des enfants délaissés ! » -, Wilfrid-Chloé est un jeune garçon efféminé, mal dans sa peau, fan de David Bowie et de Boy George, pour leur allure androgyne. A la fois obsédé par les filles, parce qu’il veut être comme elles et… qu’il est attiré par elles.

« Je ne rentrais dans aucune case. Un jour, j’ai appelé un numéro d’aide pour les ados homosexuels. La personne m’a dit : ‘Désolé, je ne peux rien pour vous.’ Moi, je voulais être une fille, c’est vrai, mais je n’ai jamais été attiré par les garçons. C’est ce que j’ai dit à ma mère, qui s’inquiétait, pensant que je niais mon homosexualité. »

« Des filles au masculin »

Les personnes dont Wilfrid tombe amoureux sont « toujours des filles au masculin, comme dans la chanson d’Indochine. Mon complément, en quelque sorte », dit-il. Quand, à 22 ans, il rencontre Marie, cheveux courts, garçon manqué, ils se trouvent tout de suite et tombent amoureux. Même si, dans l’intime, comme le confie pudiquement Chloé aujourd’hui, la fille égarée dans un corps de garçon reste dégoûtée par ses attributs d’homme et par l’acte sexuel : « Mais je voulais surmonter ce blocage pour Marie. J’avais trop peur de la perdre. »

Ils s’installent ensemble. Wilfrid travaille dur et réussit le concours de l’Ecole nationale de l’Aviation civile : « Pour moi, les trans étaient des gens qui se prostituaient au bois ou qu’on enfermait à l’asile. C’était une angoisse terrible pour moi d’avouer ce que j’étais. Je n’avais qu’une obsession : me construire une place stable dans la société. »

Détresse identitaire

Wilfrid-Chloé croit qu’il va pouvoir « oublier » tout cela. D’autant que Marie est enceinte. Il a 25 ans. « C’était un immense bonheur. Et en même temps, j’aurais tellement voulu porter cet enfant moi-même. Quel piège ! Je devais désormais m’interdire de penser à devenir une femme. Comment assumer tout cela avec un enfant ? » Alors Wilfrid enfouit tout. Avec Marie, ils ont un deuxième enfant. Puis un troisième. Ils déménagent dans la petite ville de Landerneau, dans le Finistère. Mais Wilfrid part à la dérive, rongé par cette détresse identitaire, soufrant de cette allure efféminée qui lui vaut d’être traité de « tarlouze » ou de « pédé ».

« J’hésitais à faire mon coming-out. J’avais si peur qu’on m’enferme dans un hôpital psychiatrique, qu’on me retire les enfants. Et puis, en 2009, Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, a annoncé que les troubles identitaires ne seraient plus considérés comme des maladies mentales. Le décret est passé l’année d’après. J’étais mûr. »

« Elle avait senti que j’étais une fille dans un corps de garçon »

Ce 16 janvier 2010, c’est pourtant Marie qui va parler la première. Elle confesse ce qu’elle a caché si longtemps à son mari. Avant lui, elle n’avait aimé que des filles. Ses parents n’avaient jamais accepté son homosexualité, elle est tombée amoureuse de lui sans vraiment comprendre comment c’était possible. « Elle avait senti que j’étais une fille dans un corps de garçon. Mais pendant toutes ces années, on ne s’était rien dit. Elle avait peur de me perdre. Comme moi j’avais peur de la perdre. » Cette fois Wilfrid est décidé. Il devient Chloé.

De cet « après-coming-out », Chloé garde le souvenir d’une période en apesanteur. « Je m’attendais à tout perdre. Ma famille, mon job. Mais, Marie m’a beaucoup soutenue. Ma mère aussi. » « C’était un soulagement. Je savais enfin pourquoi Chloé allait si mal pendant toutes ces années », dit la mère. Et elle ajoute : « Oui, j’ai eu un fils et maintenant c’est une fille, mais je m’en fiche, c’est mon enfant, et il est encore en vie, alors que j’ai pensé le perdre. »

« J’aurais préféré être un père comme les autres »

Et les enfants de Wilfrid-Chloé, ces trois garçons chéris qui ont à l’époque 13, 11 et 6 ans, comment ont-ils vécu cette transformation ? « Les pédopsychiatres nous ont assuré que tant qu’on les entourait, ça irait… On ne le croyait pas, mais pourtant, c’est ce qui s’est passé. Quand j’ai commencé à me faire pousser les ongles, mon aîné l’a remarqué. J’étais gênée, je lui ai dit que je commençais la guitare. Il m’a dit : ‘Arrête papa, on ne me la fait pas.’ Bien sûr, j’aurais préféré être pour eux un père comme les autres. Mais que vaut-il mieux ? Un père qui se suicide, ou un père qui devient une femme ? »

Et quand Marie et Wilfrid-Chloé expliquent la situation au principal du collège privé catholique où est scolarisé Théo, ce sont eux qui tombent de leur chaise. Celui-ci leur annonce qu’un élève du même âge que Théo connaît une situation familiale identique : son père vient de se faire opérer pour devenir une femme… Et, l’an dernier au lycée, un garçon a vécu la même expérience.

« Certains collègues m’ont dit que cela les dégoûtait »

Au travail, à Brest, Wilfrid a en revanche eu du mal à faire admettre qu’il s’appellerait désormais Chloé. « Certains collègues m’ont dit que cela les dégoûtait, d’autres qu’ils refuseraient de me serrer la main. » Elle a donc été mutée à Paris en mars 2012. Pudiquement, elle avoue que Marie et elle ont désormais « repris leur liberté » : Chloé a rencontré une autre femme, Marie-Pierre, Marie aussi.

« Je suis devenue une femme, certes, mais pas la femme que Marie avait choisie. C’est compliqué de faire le deuil de la personne qu’on a connue et aimée. Marie a eu besoin d’aller voir ailleurs, au début, j’ai eu un pincement au coeur, mais j’étais heureuse pour elle. » Pourtant, Chloé et Marie se sont battues devant les tribunaux pour rester mariées, pour que le changement d’état civil de Chloé n’annule pas leur passé. « Marie, je la protégerai toute ma vie. On est liées pour toujours. Sans elle, je me serais flinguée. Elle m’a donné une famille, mes enfants. Et ça, nous nous battrons pour le préserver. »

Voir encore:

« La théorie du genre entraîne l’école dans l’ingénierie sociale »

Pour la philosophe Bérénice Levet, en menant «la chasse aux stéréotypes»,le gouvernement joue aux apprentis sorciers.

Marie-Amélie Lombard

Le Figaro

30/01/2014

Docteur en philosophie, Bérénice Levet travaille à un essai sur La théorie du genre ou le monde rêvé des anges, à paraître chez Grasset en septembre 2014. Elle est l’auteur de Le Musée imaginaire d’Hannah Arendt, Stock, 2012.

LE FIGARO. – L’Éducation nationale est-elle en train d’introduire «la théorie du genre» à l’école?

Bérénice LEVET. – Je précise d’emblée que je ne soutiens en rien les mouvements qui appellent à boycotter l’école et qui manipulent les esprits. Mais il ne faut pas abandonner ce débat à l’extrême droite. Or, dans ce qui est dénoncé aujourd’hui, il y a une part de réalité. Certes, la théorie du genre en tant que telle n’est pas enseignée à l’école primaire mais plusieurs de ses postulats y sont diffusés.

Avant tout, quelle définition donnez-vous de la théorie du genre?

Pour les tenants de cette théorie, l’identité sexuelle est, de part en part, construite. Selon eux, il n’y a pas de continuité entre le donné biologique – notre sexe de naissance – et notre devenir d’homme ou de femme. C’est, poussé à l’extrême, la formule de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe «On ne naît pas femme, on le devient». Et les théoriciens du genre poursuivent: à partir du moment où tout est «construit», tout peut être déconstruit.

Quels sont les exemples de l’application de cette théorie à l’école?

Prenons les «ABCD de l’égalité», qui sont des parcours proposés aux élèves et accompagnés de fiches pédagogiques pour les enseignants. Ils sont supposés servir à enseigner l’égalité hommes-femmes. Qu’en est-il? Dans une fiche, intitulée «Dentelles, rubans, velours et broderies», on montre un tableau représentant Louis XIV enfant qui porte une robe richement ornée et des rubans rouges dans les cheveux. L’objectif affiché? Faire prendre conscience aux élèves de l’historicité des codes auxquels ils se soumettent et gagner de la latitude par rapport à ceux que la société leur impose aujourd’hui…

N’est-ce pas une simple façon de montrer que la façon de s’habiller a évolué au fil du temps?

Non, l’objectif est bien d’«émanciper» l’enfant de tous les codes. Ce qui aboutit à l’abandonner à un ensemble de «possibles», comme s’il n’appartenait à aucune histoire, comme si les adultes n’avaient rien à lui transmettre. Or, il est faux de dire qu’on «formate» un enfant, on ne fait que l’introduire dans un monde qui est plus vieux que lui. Kierkegaard parle d’un «désespoir des possibles» qui ne se transforme jamais en nécessité.

Quels autres exemples vous semblent condamnables?

Le film Tomboy – «garçon manqué» en français -, de la réalisatrice Céline Sciamma, a été montré l’an dernier à 12 500 élèves parisiens, de la dernière année de maternelle au CM2. Quel est le propos du film? Une petite fille, Laure, se fait passer pour un garçon auprès des enfants avec qui elle joue et se fait appeler Michaël. Qu’est-il écrit dans le dossier pédagogique? «Laure semble pouvoir aller au bout de la possibilité Michaël»… On n’est plus dans le simple apprentissage de la tolérance.

Le danger n’est-il pas surtout d’imposer à l’école un fatras mal assimilé des études de genre qui sont un champ de la recherche universitaire? Le gouvernement joue-t-il aux apprentis sorciers?

Sans scrupules, l’école est entraînée dans une politique d’ingénierie sociale. Tout en se donnant bonne conscience, le gouvernement encourage un brouillage très inquiétant. Savons-nous bien ce que nous sommes en train de faire? A l’âge de l’école primaire, les enfants ont besoin de s’identifier, et non pas de se désidentifier. A ne plus vouloir d’une éducation sexuée, on abandonne nos enfants aux stéréotypes les plus kitsch des dessins animés.

N’est-ce pas pour autant utile d’affirmer l’égalité des sexes dès le plus jeune âge?

Il faudrait surtout en finir avec cette mise en accusation systématique du passé. Notre civilisation occidentale, et spécialement française, n’est pas réductible à une histoire faite de domination et de misogynie. Sur la différence des sexes, la France a su composer une partition singulière, irréductible à des rapports de forces. L’apparition d’une culture musulmane change-t-elle la donne? Elle nous confronte en tout cas à une culture qui n’a pas le même héritage en matière d’égalité des sexes. Ce qui me paraît dangereux dans cette «chasse aux stéréotypes» est le risque de balayer d’un revers de main tout notre héritage culturel. Dans un tel contexte, quelle œuvre littéraire, artistique ou cinématographique ne tombera pas sous le coup de l’accusation de «sexisme»?

Selon vous, sous couvert de lutter contre les stéréotypes, on peut bouleverser en profondeur la société?

Il existe une volonté de transformer la société, de sortir de toute normativité pour aboutir à un relativisme complet. Le gouvernement Ayrault est en pointe sur ce combat. On l’a vu lors du débat sur le Mariage pour tous. Il ne devrait pas être impossible de dire que l’homosexualité est une exception et que l’hétérosexualité est la norme. La théorie de l’interchangeabilité des sexes se diffuse. Or, nous avons un corps sexué qui est significatif par lui-même et qui ne compte pas pour rien dans la construction de soi.

L’égalité hommes-femmes n’est cependant pas acquise aujourd’hui. Comment s’y prendre pour la renforcer?

Le principe de l’égalité est incontesté aujourd’hui. Certes, il existe encore ce fameux “plafond de verre” empêchant les femmes d’accéder aux plus hauts postes et des inégalités salariales. Mais les progrès sont inouïs. Doit-on, comme l’a fait récemment le gouvernement, imposer aux hommes de prendre un congé parental? On en arrive à punir la famille parce qu’un homme est récalcitrant à s’arrêter de travailler! Et puis, faut-il rappeler qu’il n’y a pas de cordon ombilical à couper entre un père et son enfant?

A vous entendre, les dérives que vous dénoncez risquent de ne pas se limiter à l’école.

Je n’ai guère le goût des analogies historiques mais, s’il existe une leçon à retenir des totalitarismes nazi et stalinien, c’est que l’homme n’est pas un simple matériau que l’on peut façonner. Avec la théorie du genre, l’enjeu est anthropologique. Montesquieu écrivait: «Dans un temps d’ignorance, on n’a aucun doute, même lorsqu’on fait les plus grands maux. Dans un temps de lumière, on tremble encore lorsqu’on fait les plus grands biens».

Voir par ailleurs:

Cette théorie relève d’une idéologie sectaire

Chantal Delsol (Philosophe, historienne des idées politiques)

Le Monde

30.01.2014

Depuis le 28 janvier, une affaire de catéchisme à l’école fait des ravages dans les médias. Il semble qu’un certain nombre de familles mettent en cause le catéchisme et les dogmes attenants, entendons le discours du genre. Il semble aussi que ces familles récalcitrantes ont été plus ou moins trompées par des messages excessifs ou même faux. Il y a donc des gens qui jouent de dérision pour tenter de subvertir les paroles du ministère de l’éducation. Or ces paroles sont sacrées. C’est péché de s’en moquer.

Ledit discours du genre ressemble tellement à une religion qu’on ne peut s’empêcher d’utiliser, pour en décrire les aventures, du vocabulaire religieux. Elle relève de l’idéologie, dont elle porte le fanatisme et l’irréalité. Ses défenseurs sont des apôtres excités, jamais fatigués, toujours l’injure aux lèvres.

Les textes du gouvernement concernant l’école précisent que les enfants appartiennent à l’Etat. Les textes concernant le genre, du même acabit, voudraient nous précipiter dans une société surréelle, mélange de George Orwell et de Nicolae Ceaucescu, où rien n’est à sa place, où rien n’a aucune place, puisque c’est le pouvoir, et les gardiens de l’orthodoxie régnante, qui décident de l’ordre du monde. Cela est si invraisemblable, si farfelu et si grotesque, que sans nul doute les humoristes vont s’y mettre. En lisant ces textes, certains peuvent avoir l’impression bien fondée qu’à partir de là, n’importe quoi peut être dit sans porter préjudice au bon sens. Comme on le sait, tout ce qui est excessif est insignifiant, et l’insignifiance fait rire, il n’y a plus que cela pour desceller des projets à la fois illuminés et pompeux. Voyez de quoi les Femen sont capables.

Nos gouvernants ne doivent pas s’imaginer qu’ils réduiront si facilement les familles françaises à croire que les garçons et les filles ne sont différents que là où le ministère le décide. Car dans la simple réalité, il n’en va pas ainsi. Et les familles ne sont peut-être pas versées dans la métaphysique des sphères, mais pour autant elles ne sont pas idiotes, et lorsqu’il s’agit de leurs enfants, elles sont déterminées pour refuser qu’on leur fasse avaler des pantalonnades pareilles.

ET CE SONT LES FILLES QUI EN FONT TOUJOURS LES FRAIS

La différence sexuelle engendre des hiérarchies, des discriminations et des inégalités injustes. Et ce sont les filles qui en font toujours les frais. Cela est historique. Faut-il donc supprimer les différences pour supprimer les discriminations ? On songe à cet anarchiste du XIXe siècle qui voulait rayer une ville de la carte pour supprimer la pauvreté qui y régnait. Lorsque tous les pauvres seront morts, lui répondait un autre, il n’y aura plus de pauvreté. Quand au lieu de garçons et de filles vous n’aurez plus qu’un sexe indéterminé, un Tomboy montré en modèle universel dans toutes les écoles de la République, alors il n’y aura plus de discrimination, mais il n’y aura plus de différences non plus. L’indétermination n’est pas l’idéal à poursuivre pour empêcher les inégalités injustes. Celles-ci, mieux vaudrait les combattre en mettant en valeur les différences et leur complémentarité.

Pourtant les choses sont plus compliquées. Le discours sur le genre n’évince pas l’altérité en soi, mais il ne reconnaît que les altérités construites, voulues, légitimées par la culture dominante et par les individus eux-mêmes. Les différences ne sont pas reçues, elles doivent être voulues. Le gender est moins une volonté d’indétermination et de retour au chaos qu’une volonté de re-nommer les êtres et de re-programmer les différences que l’ordre naturel avait (mal) faits. On dirait bien que deux totalitarismes ne nous ont pas encore déniaisés, ni découragés de vouloir prendre la place du créateur. Couvrir la terre de déchets qui la stérilisent et nier la masculinité, c’est le même comportement, qui consiste à récuser jusqu’à la révolte un ordre que nous n’avons pas nous-mêmes programmé. Dans notre mythe originel, l’ange du mal n’avait rien fait d’autre.

L’IDÉAL D’ÉMANCIPATION

Cette idéologie, qui s’avance comme un destin irrémédiable ou comme l’esprit d’Hegel, de quoi est-elle le nom ? Elle répond à l’idéal d’émancipation qui habite la culture européenne depuis les origines, et dont les concrétisations parsèment notre histoire et la façonnent. Seule culture dans laquelle on peut trouver des oeuvres comme L’Asservissement des femmes de Stuart Mill, ou Une chambre à soi de Virginia Woolf, avec toutes les mesures politico-sociales que cela entraîne.

Pourtant, il est regrettable de voir cette belle histoire d’émancipation s’enrayer dans l’extrémisme et le fanatisme. Comment se préserver de l’extrémisme que déploient des discours comme celui du gender ? En prenant en compte, non seulement l’émancipation enviable, mais aussi l’enracinement nécessaire qui nous arrime à la condition humaine, à l’histoire, aux exigences naturelles élémentaires. Supprimer tout enracinement : c’est ce qu’avaient tenté les soviets, à ce point que Trotski disait à ce sujet : nous vivons à présent dans un bivouac. Une société humaine ne peut pas faire sa demeure dans un bivouac.

Voir encore:

La feuille de route anti-homophobie de l’UE qui affole la « Manif pour tous »

Mathilde Gérard

Le Monde

04.02.2014

Dimanche 2 février, dans les cortèges de la Manif pour tous contre l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe, beaucoup s’inquiétaient d’un texte qui vient d’être voté au Parlement européen, mardi 4 février : le « rapport Lunacek », initiative de la députée autrichienne écologiste Ulrike Lunacek, qui propose une « feuille de route » contre l’homophobie et les discriminations liées à l’orientation sexuelle. Le document a été adopté par 394 voix pour et 176 voix contre et 72 abstentions. Les opposants au mariage homosexuel dénoncent un texte élaboré par le « lobby LGBT » avec pour objectif d’imposer, selon eux, l’agenda gay aux législations des vingt-huit Etats membres. Sur le site CitizenGo, une pétition contre cette feuille de route, lancée par La Manif pour tous, a recueilli plus de 200 000 signatures. Le point sur ce texte qui suscite un grand nombre de fantasmes.

Que propose le « rapport Lunacek » ?

Ce document est un « rapport d’initiative », c’est à dire, dans le jargon européen, qu’il s’agit d’un « rapport d’opinion » qui n’a pas de valeur contraignante. Il propose à la Commission européenne d’adopter une stratégie globale afin de lutter contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle. « A dix reprises depuis 2010, le Parlement européen a demandé à la Commission d’établir une feuille de route, comme il en existe déjà au sujet des discriminations contre les Roms ou contre les personnes souffrant de handicap, mais Viviane Reding [la commissaire à la justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté] ne s’est jamais emparée du sujet de l’homophobie, explique au Monde l’eurodéputée Ulrike Lunacek. Nous avons donc pris l’initiative en obligeant la Commission, par cette feuille de route, à tenir compte des discriminations liées à l’orientation sexuelle. »

Le document proposé par Ulrike Lunacek, qui a fait l’objet d’un consensus entre cinq grands partis européens – Parti populaire européen (PPE), Socialistes et démocrates (S&D), Alliance des Libéraux et Démocrates pour l’Europe (ALDE), Verts et Gauche unitaire européenne-Gauche verte nordique (GUE/NGL) – « condamne fermement toute discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre » et « demande à la Commission de faire un usage le plus large possible de ses compétences, y compris en facilitant l’échange de bonnes pratiques entre les Etats membres ».

Le texte reste très général, mais parmi les mesures plus concrètes proposées dans cette « stratégie », le texte encourage la Commission « à recueillir régulièrement des données pertinentes et comparables sur la situation des personnes LGBTI [lesbiennes, gays, bisexuelles, transexuelles et intersexe] dans l’Union européenne », à « promouvoir l’égalité et la lutte contre les discriminations dans l’ensemble de ses programmes destinés à la jeunesse » et à « favoriser la formation des professionnels ».

Le rapport Lunacek imposera-t-il de légiférer sur la PMA ou le mariage homosexuel ?

Dans le texte de la pétition s’opposant au rapport Lunacek, les signataires estiment que le document « détourne une politique de non-discrimination pour créer des privilèges au profit de certains citoyens sur la base de leur sexualité ». « Le rapport Lunacek ne laissera aucun autre choix aux institutions de l’UE et aux Etats membres que d’incorporer l’agenda LGBTI à la conception de politiques publiques ». En réalité, les signataires confondent la feuille de route, qui reste de nature générale, avec une série d’amendements adoptés par la commission parlementaire des droits de la femme et de l’égalité des genres, qui effectivement, proposaient d’aller plus loin que le rapport initial. Parmi ces amendements figurent notamment une incitation à étendre les traitements de fertilité et de procréation médicalement assistée aux personnes LGBT ou la possibilité que les enfants aient plus de deux parents, mais aucun n’a été intégré au texte voté mardi au Parlement européen. « Nous avons voulu rester sur le document de consensus, approuvé par les cinq grandes familles politiques européennes », assure Ulrike Lunacek.

De même, des opposants au texte avancent que suite à l’adoption de la feuille de route, le droit au mariage homosexuel sera imposé à tous les Etats membres, mais le rapport Lunacek se contente de demander que lorsque des familles voyagent au sein de l’Union européenne, leur existence juridique soit reconnue d’un Etat à un autre.

Mais la confusion est grande. Mardi, le député UMP Laurent Wauquiez assurait à l’Agence France Presse que le rapport Lunacek porte « sur la théorie du genre, les techniques de PMA, et sur le fait pour un enfant d’avoir plus de deux parents », confondant le document de base et les amendements votés par la commission des droits de la femme, qu’Ulrike Lunacek n’a pas repris.

Y a-t-il un objectif financier adossé à ce rapport ?

C’est un autre reproche adressé par les signataires de la pétition au rapport Lunacek : « Alors que ILGA Europe [l’organisation européenne LGBT] a été financée à hauteur de 1,408 million d’euros en 2012, ce rapport conduira à un financement encore bien plus important. » Pourtant, le document ne fait à aucun moment mention d’un financement des associations de gays et lesbiennes.

Quel est le lien entre le rapport Lunacek et le rapport Estrela ?

Il n’y en a pas : le premier entend lutter contre l’homophobie, le second, rejeté en décembre par le Parlement européen, portait sur la santé sexuelle et proposait de faire de l’avortement un droit reconnu par l’Union européenne. Ils traitent donc chacun de thèmes bien différents. Pourtant, ces deux initiatives rassemblent les mêmes opposants qui y ont vu des attaques contre un prétendu modèle familial. « Faisant fi du rejet du rapport Estrela, les lobbies, soutenus par un certain nombre de parlementaires européens, persistent à vouloir imposer leur idéologie délétère », écrit par exemple l’eurodéputé frontiste Bruno Gollnisch.

Le débat préliminaire au vote parlementaire a-t-il été tronqué ?

Certains eurodéputés opposés au texte, comme Bruno Gollnisch, assurent que « l’ordre du jour [de la session plénière du Parlement européen] a été modifié » pour que le « débat soit volontairement tronqué ». Le débat préliminaire à l’examen du texte a en fait bien eu lieu lundi, en fin de journée et a duré une vingtaine de minutes (voir la vidéo). « En session plénière, il est habituel que les débats aient lieu la veille des votes », plaide Ulrike Lunacek. Et l’agenda serré des sessions plénières du Parlement européen atteste que les débats de vingt minutes, y compris sur des sujets complexes, sont légion.

Quelles conséquences pour le projet de loi sur la famille dont l’examen a été ajourné par le gouvernement français ?

« On est en train de faire entrer par la porte ce qu’on a fait sortir par la fenêtre », déplore Laurent Wauquiez (UMP), au lendemain de l’annonce par le gouvernement que le projet de loi sur la famille ne serait pas examiné avant 2015. « On voit l’hypocrisie et l’ambiguïté de la majorité qui sous la pression feint de reculer à Paris pour avancer camouflé en Europe », dénonce le député UMP, qui demande une « clarification » de la position des eurodéputés socialistes sur ce texte, mais oublie par la même occasion que sa famille politique européenne, le PPE, s’est elle-même divisée sur ce texte (70 députés PPE ont voté pour, 130 contre). Les eurodéputés PPE français ont tous rejeté le texte, en expliquant leur choix dans un communiqué : la délégation française UMP-UDI] « ne peut s’associer à ce que l’on demande à un Etat membre de reconnaître les actes civils tels que le mariage homosexuel contractés dans un autre Etat membre, alors même qu’il ne le reconnaît pas au sein de sa propre législation » et estime que de tels sujets doivent être laissés à « l’appréciation de chaque Etat conformément au principe de subsidiarité ».

Voir également:

Transgender kids: Painful quest to be who they are

Madison Park

CNN

September 27, 2011

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Berkeley, California (CNN) — One of the first things Thomas Lobel told his parents was that they were wrong.

The 3-year-old had learned sign language because he had apraxia, a speech impediment that hindered his ability to talk. The toddler pointed to himself and signed, « I am a girl. »

« Oh look, he’s confused, » his parents said. Maybe he mixed up the signs for boy and girl. So they signed back. « No, no. Thomas is a boy. »

But the toddler shook his head. « I am a girl, » he signed back emphatically.

Regardless of the fact he was physically male, Thomas has always maintained that he is a girl. When teased at school about being quiet and liking dolls, Thomas would repeat his simple response, « I am a girl. »

Thomas, now 11, goes by the name of Tammy, wears dresses to school and lives as a girl.

Her parents have been accused by family, friends and others of being reckless, causing their youngest child permanent damage by allowing her to live as a girl.

When children insist that their gender doesn’t match their body, it can trigger a confusing, painful odyssey for the family. And most of the time, these families face isolating experiences trying to decide what is best for their kids, especially because transgender issues are viewed as mysterious, and loaded with stigma and judgment.

Transgender children experience a disconnect between their sex, which is anatomy, and their gender, which includes behaviors, roles and activities. In Thomas’ case, he has a male body, but he prefers female things likes skirts and dolls, rather than pants and trucks.

Gender identity often gets confused with sexual orientation. The difference is « gender identity is who you are and sexual orientation is who you want to have sex with, » said Dr. Johanna Olson, professor of clinical pediatrics at University of Southern California, who treats transgender children.

When talking about young kids around age 3, they’re probably not interested in sexual orientation, she said. But experts say some children look like they will be transgender in early childhood, and turn out gay, lesbian or bisexual.

Gender nonconformity is not a disorder, group says

There is little consistent advice for parents, because robust data and studies about transgender children are rare. The rates of people who are transgender vary from 1 in 30,000 to 1 in 1,000, depending on various international studies.

Like Tammy, some children as young as 3, show early signs of gender dysphoria or gender identity disorder, mental health experts who work with transgender children estimate. These children are not intersex — they do no have a physical disorder or malformation of their sexual organs. The gender issue exists in the brain, though whether it’s psychological or physiological is debated by experts.

One of the most recognizable transgender celebrities is Chaz Bono, who currently competes on « Dancing with the Stars. » Born female to entertainers Sonny and Cher, Bono underwent a transition to become a man in his 40s. He wrote in his book « Transition » that even in his childhood, he had been « aware of a part of me that did not fit. »

Many transgender kids report feeling discomfort with their gender as early as they can remember.

Proud to be ‘Born This Way’

Mario, a 14-year-old Californian who asked his full name not be used, was born female. He dresses and acts like a boy, because, he said, since he was 2 years old, he never genuinely felt like a girl.

« I feel uncomfortable in female clothes, » said Mario. « I feel like why should I wear this when it’s not who I am? Why should I be this fake person? »

But when a child starts identifying with the opposite gender, there is no way to determine whether it’s temporary or likely to become permanent.

« It’s important to acknowledge the signs of gender dysphoria, especially for children, » said Eli Coleman, who chaired a committee to update treatment guidelines for the World Professional Association for Transgender Health, an international medical group meeting this week in Atlanta, Georgia. « By not addressing it, it could be really more damaging for the child than not. »

« It’s a very difficult area and there are a lot of children who have gender nonconformity. They will simply grow out of that. Many of them later on identify as gay or lesbian, rather than transgender. »

The American Psychological Association warns that « It is not helpful to force the child to act in a more gender-conforming way. » When they’re forced to conform, some children spiral into depression, behavioral problems and even suicidal thoughts.

Do kids know who they are?

The journey of gender The journey of gender

Thomas Lobel’s metamorphosis can be told in pictures.

After his parents, Pauline Moreno and Debra Lobel, adopted Thomas at age 2, they observed that he was aloof. Shy and freckle-faced, he usually sat in a corner reading a book.

Unlike his two older brothers who were boisterous, athletic and masculine, Thomas was unusually quiet. Because of his speech impediment, he had to go to special education. Despite developing better speech skills, he didn’t want to engage in conversation or socialize.

« He seemed so depressed and unhappy all the time, » Lobel said. « He didn’t enjoy playing. He sat there all the time, not interacting with anybody. He seemed really lonely. »

In photos, Thomas appears small with a clenched smile and a glazed and distant look in his eyes.

Throughout his childhood, Thomas wanted to read Wonder Woman comics rather than Superman, wear rhinestone-studded hairbands instead of baseball caps and play with dolls rather than action figures. And, his parents said, he kept insisting he was a girl.

His personality changed from a very sad kid who sat still… to a very happy little girl who was thrilled to be alive.

His situation worsened when Thomas told his parents he wanted to cut off his penis. His parents tried to rationalize with him, warning him that he could bleed to death. But his request was a signal to them that this was serious and required professional help.

After seeing therapists and psychiatrists, the mental health specialists confirmed what Thomas had been saying all along. At age 7, he had gender identity disorder.

The diagnosis was hard for Moreno and Lobel to accept.

« The fact that she’s transgender gives her a harder road ahead, an absolute harder road, » Moreno said.

They have been accused of terrible parenting by friends, family and others, that « we’re pushing her to do this. I’m a lesbian. My partner is a lesbian. That suddenly falls into the fold: ‘Oh, you want her to be part of the lifestyle you guys live,’  » Moreno said.

But that couldn’t be further from the truth, they said. People don’t understand how a hurting child can break a parent’s heart.

« No parent wants to be in this situation, » said Lisa Kenney, managing director of Gender Spectrum, a conference for families of gender nonconforming children. « Nobody had a child and imagined this was what would happen. »

Transgender kids do not come from lax parenting where adults « roll over » to their kids’ whims, said Olson, who treats transgender children.

« The parents are tortured by it, » she said. « These are not easy decisions. Parents go through a long process going through this. »

Moreno and Lobel allowed their child pick his own clothes at age 8. Thomas chose girl’s clothing and also picked four bras. Then, Thomas wanted to change his name to Tammy and use a female pronoun. This is called social transitioning and can include new hairstyles, wardrobe. Aside from mental health therapy, this stage involves no medical interventions. Social transitioning is completely reversible, said Olson, a gender identity specialist.

Every step of the way, her parents told Tammy, « If at any time you want to go back to your boy’s clothes, you can go back to Thomas. It’s OK. » Tammy has declined every time.

She continues to see therapists.

Tammy’s room is painted bright golden yellow, decorated with stuffed animals and cluttered with pink glittery tennis shoes. At home, Tammy dances through the hallway, twirling in her pink flower dress.

« As soon as we let him put on a dress, his personality changed from a very sad kid who sat still, didn’t do much of anything to a very happy little girl who was thrilled to be alive, » Moreno said.

The hormone question

This summer, Tammy began the next phase of transition, taking hormone-blocking drugs. This controversial medical treatment prevents children from experiencing puberty.

Girls who feel more like boys take hormone-suppressing medications so they will not develop breasts and start menstruating. Boys who identify as girls can take blockers to avoid developing broad shoulders, deep voice and facial hair. The drugs put their puberty on pause, so they can figure out whether to transition genders.

The hormone blockers are also reversible, because once a child stops taking the drugs, the natural puberty begins, said Dr. Stephen Rosenthal, pediatric endocrinologist at UC San Francisco.

But if the child wants to transition to the other gender, he or she can take testosterone or estrogen hormone treatment to go through the puberty of the opposite gender.

This transgender hormone therapy for children is relatively new in the United States after a gender clinic opened in Boston in 2007. Programs for transgender children exist in cities including Los Angeles, Seattle and San Francisco. The kids are treated by pediatric endocrinologists after long evaluations by mental health professionals.

No statistics exist on the number of transgender children taking such medical treatments.

Medical practitioners have to be careful with children with gender identity issues, said Dr. Kenneth Zucker, head of the Gender Identity Service in the Child, Youth, and Family Program and professor at the University of Toronto. Giving children hormone blockers to kids before the age of 13 is too early, he said.

Zucker conducted a study following 109 boys who had gender identity disorder between the ages of 3 and 12. Researchers followed up at the mean age of 20 and found 12% of these boys continued to want to change genders.

« The vast majority of children lose their desire to be of the other gender later, » he said. « So what that means is that one should be very cautious in assuming say that a 6-year-old who has strong desire to be of the other gender will feel that way 10 years later. »

All of this leads to unsettling answers for families trying to understand their children. No one knows whether a child’s gender dysphoria will continue forever or if it is temporary.

The unsatisfying answer repeated by experts is that only time will tell.

Despite the murky science and social stigma that confound adults, Mario, who has lived as a boy since fourth grade, has a simple answer.

« Don’t change for nobody else, » he said. « Just be you and be happy. »

Voir également:

The little boy who started a sex change aged eight because he (and his lesbian parents) knew he always wanted to be a girl

Parents say it’s better for Thomas to have sex change before he is adult

Daily Mail Reporter

The Daily Mail

30 September 2011

The lesbian parents of an 11-year-old boy who is undergoing the process of becoming a girl last night defended the decision, claiming it was better for a child to have a sex change when young.

Thomas Lobel, who now calls himself Tammy, is undergoing controversial hormone blocking treatment in Berkeley, California to stop him going through puberty as a boy.

But Pauline Moreno and Debra Lobel warn that children with gender identity disorder forced to postpone transitioning could face a higher risk of suicide.

The mothers say that one of the first things Thomas told them when he learned sign language aged three – because of a speech impediment – was, ‘I am a girl’.

At age seven, after threatening genital mutilation on himself, psychiatrists diagnosed Thomas with gender identity disorder. By the age of eight, he began transitioning.

This summer, he started taking hormone-blocking drugs, which will stop him from experiencing puberty.

Was this 14 year-old executed in the U.S. for the murder of two white girls innocent?

The hormone-suppressant, implanted in his upper left arm, will postpone the 11-year-old developing broad shoulders, deep voice and facial hair.

The couple faced intense criticism from friends and family as a result, Ms Moreno told MailOnline.

‘Everybody was angry with us. « How could you be doing this? You might be ruining his whole life! »

Citing a statistic from the Youth Suicide Prevention Program, Ms Moreno noted over 50 per cent of transgender youth will have had at least one suicide attempt by their 20th birthday.

PROUD MOM: Two photos of Tammy from one of Pauline’s Facebook albums called ‘My Sweet Sweet Princess’

Tammy favours headbands to baseball hats and picked out bras and dresses to start wearing when given choice in clothing to wear

And ignoring their son’s incessant pleas, she said, simply was not worth the risk.

‘What is so frightening to me is that you would be willing to say « no » just because you don’t like it – even though your child could lose their life?’

Her son’s adolescent transition, she hopes, will help him have a less conflicted adulthood.

‘The whole idea now is let’s stop creating a third (gender) that is neither one thing or the other, so we transitioned her,’ said Ms Moreno.

‘The protocol now is to transition these children as soon as you can make a diagnosis, because otherwise they end up being not one thing or the other… because they experienced puberty.’

HOW HORMONE BLOCKING WORKS:

Tammy Lobel’s hormones are being blocked by an implant on the inside of the 11-year-old’s upper left arm, which must be replaced once a year.

Ms Moreno explained: ‘In other words, she will stay as a pre-pubescent boy until she decides and we feel that she can make this decision about surgery.’

His parents say the hormone treatment will give him time to figure out if he wants to fully transition to being female or go through puberty as a boy.

By age 14 or 15 the device will need to be removed so that Tammy can go through puberty, Ms Moreno said.

If he chooses to stop taking the drugs, he will undergo natural male puberty at a later stage and his future fertility would not be impacted.

Should their son decide to transition to an adult female, he can take female hormones as well, which would raise his voice, allow him to grow breasts and develop other feminine physical characteristics.

Ms Moreno recalled the first step of Thomas’ transition to becoming female by letting him pick his own clothes.

He favoured headbands to baseball hats and picked out bras and dresses to start wearing when given choice in clothing to wear. And the change in his personality, Ms Moreno says, was instant.

‘He was in his own world just completely detached and that was a problem we always had was getting Thomas to participate in life,’ she said. ‘What we saw emerge when Tammy was allowed to be Tammy is, « Whoa! »… It was an immediate transformation. She was so giggly and she was now interacting she was now making it a point to defend herself.’

The diagnosis has been hard to accept for Tammy’s parents.

The couple were married in 1990 by a rabbi and have two older sons and grandchildren. But they insist their sexuality has nothing to do with it.

‘It was odd to us,’ she said. ‘Even though she has lesbians as parents, this is all new to us in every possible way. We know what it’s like to feel different – we’ve got that one. But to feel like you’re not in the right body was just something we could not put our heads around.’

Fortunately, the family has a vast support system. The couple credits Tammy’s teachers and officials at Children’s Learning Center in Alameda, California, and their religious community, for being open-minded about their son’s decision.

‘We live in the Bay area where lots of alternative lifestyles are in place… and we belong to a religious community that was incredibly supportive. They make it a point when we’re in synagogue to come over and tell Tammy, « Oh, you look so pretty today,’ Ms Moreno said, adding, ‘There’s never going to be enough gratitude for them.’

His parents say the hormone treatment will give him time to figure out if he wants to fully transition to being female or go through puberty as a boy.

If he chooses to stop taking the drugs, he will undergo natural male puberty at a later stage and his future fertility would not be impacted.

Should their son decide to transition to an adult female, he can take female hormones as well, which would raise his voice, allow him to grow breasts and develop other feminine physical characteristics.

San Francisco, right by Berkeley, is one of four cities in the United States with a hospital that has a program for transgender children.

The University of California San Francisco is home to the Center of Excellence for Transgender Health.

Children are seen at length by mental health professionals and then treated by pediatric endocrinologists.

Others cities with youth programs are Boston, Seattle and Los Angeles.

Watch the video report:

Voir également:

The battle for the bathroom

Lee Thomas

The Brunswickan

October 2, 2013

In June of 2013, the United States Supreme Court ruled that the homophobic Defense of Marriage Act was unconstitutional.

Macklemore and Ryan Lewis’s hit song Same Love, featuring Mary Lambert, has more than 81 million views on YouTube.

These instances, and many more, show how far LGBTQ rights have come, and how widespread the acceptance of lesbian, gay, bisexual, queer, and transgender people is.

But is it, though?

In September 2011, in the Canadian House of Commons, Bill C279 was introduced by NDP MP Randall Garrison. Bill C279 would entrench “gender expression and gender identity” into the Canadian Human Rights Act, which currently has explicit protections against discrimination on the basis of sexual orientation, gender, race and religion, among others.

The infamously dubbed “bathroom bill” soon gained national attention as Conservative MP Rob Anders insisted that the ruling would allow sexual predators to access women’s washrooms under the guise of being transgender. The bill had passed in the House and was in its third reading in the Senate — on the verge of becoming a law — but was not voted on before they broke for summer.

Because of Stephen Harper’s recent announcement to prorogue Parliament, the bill will be set back to the first Senate reading again. Harper and most of his front-row MPs voted against Bill C279, by the way.

So what’s the big deal?

Well, while everyone is celebrating that gays across the border can now marry, transgender people at home are struggling for the right to pee.

Alex Banks* is a transgender student in her second year at UNB.

“When I first started transitioning it was so uncomfortable going into the bathrooms. People gave me such dirty looks. If I had to pee I would hold it until all of my classes were done — a total of about six hours,” she said in an email interview.

“I would try to sneak into the staff washrooms which were single [stall], but that rarely worked.”

Dylan Samson and Bowen Xu, the executive director and executive officer of Spectrum, respectively, said concerns over the lack of gender-neutral washroom availability at UNB has arisen during meetings.

“From my experience, there aren’t enough gender-neutral or single-stall washrooms on campus, and even the ones that are [available] are not publicized,” said Samson.

It’s experiences like Banks’s which prompted LGBTQ allies at Dalhousie University to create a list of single-stall washrooms on campus, which is published on the university website.

“We were getting stories that some [transgender and genderqueer] people were not feeling comfortable using the washrooms,” said Clement Mehlman, a founding member of the Dal Allies project, which publicizes a list of more than 180 Dalhousie University staff who are explicitly supportive of the LGBTQ community.

“It’s important to have students feel like they’re safe, and not being judged on their presentation of themselves, and not being harmed,” said Mehlman. “It’s about safety and privacy.”

The initiative now has an agreement with the Dalhousie University that new buildings will all be built with single-stall provisions, such as their new Grad House which has two single-stall facilities simply labeled “washroom.”

Shirley Cleave, UNB’s associate vice president academic, said that the university ensures the construction of single-stall washrooms in all new “major renovations.” Currently, she said, there are about 17 washrooms on campus that fit this description. However, none of them have explicitly transgender- or genderqueer-inclusive signage.

“We haven’t done any differentiating signs, except to indicate that they’re available to anyone by putting up both genders. Some might be labeled just ‘accessible’ instead of male or female,” she said.

Shane Gunter, who is the coordinator of the Safe Spaces program on the UNB Fredericton campus, said that publicizing a list of gender-neutral washrooms, as well as creating more of these spaces, will be a main initiative of Safe Spaces this year.

“Our goal is to get a sign, in addition to [the wheelchair glyph], that says ‘gender-neutral,’ ” said Gunter.

“People don’t really understand what’s going on with gender identity because there’s not much awareness about it. At UNB we don’t have a huge transgender population, but it’s still a population that’s here and relevant.”

Gunter added that because of the small population, it’s important for there to be extra support for the transgender and gender-variant community at UNB.

Samson agreed that extra support is required, and pointed out that transphobic attitudes readily contribute to higher rates of mental health problems among LGBTQ people, especially LGBTQ youth.

“A lot of students who are non-binary have a lot of trouble going to the bathroom because they feel the stigma of walking into the wrong one,” Samson explained. “That causes a lot of confusion, and it can cause depression and a lot of psychological problems as well, which is a big concern especially since [the university is] supposed to tailor to the needs of every student possible.”

Banks echoed this sentiment, and said, “The fact that you can’t use the bathroom without getting dirty looks delivers quite a hit to your self-esteem and makes you feel really insecure.”

Indeed, Statistics Canada states that “an individual’s level of self-confidence can . . . be a measure of their mental health.”

According to an Ontario student of transsexual, transgender, and gender-variant people aged 16-24, 47 per cent reported having “seriously considered suicide in the previous year,” and one fifth attempted suicide, significantly above the national average for that age group.

“In an ideal world, I’d like to see the fact that you can go into the bathroom of their identity without concern. But unfortunately it’s not like that at this point in time,” said Samson, who occasionally dresses in drag as part of his gender expression.

Xu said to envision the struggle of transgender people, put yourself in their shoes.

“Imagine you have to hold your pee, or whatever your biological needs are. To walk a few buildings over just because there is no washroom for you,” she said.

Banks believes that the provision of gender-neutral washrooms would play an important role in making transgender students feel included and valued at UNB.

“The lack of gender-neutral washrooms makes me feel as though the university doesn’t notice the issues that transgender people have to live through every day. Or they notice and simply don’t care,” Banks said.

This is reflected in a 2011 study of LGBTQ youth by Statistics Canada, where 69 per cent of transgender youth and 45 per cent of LGB youth disagreed with the statement “I feel like a real part of my school,” compared to only 25 per cent of their non-LGBTQ peers.

“It makes you feel unsafe because you can never predict how people will treat you in those scenarios,” added Banks.

Toilets2

In a 1997 San Francisco survey of transgender men and women, 84 per cent of the individuals “reported verbal abuse because of their gender identity or gender presentation,” and more than 30 per cent reported experiencing physical abuse.

The National Coalition of Anti-Violence Programs released a 2011 report that demonstrated that transgender individuals, particularly women, people of colour, and youth are at “a disproportionately high risk” of being victims of hate violence. They noted that there has been an upward trend in anti-LGBTQH – the “H” stands for HIV-positive – murders in the US over the past 3 years, and 45 per cent of those hate murder victims were transgender women.

Initiatives such as Safe Spaces try to tackle these issues head-on.

“We want to ensure that UNB is a safe and welcoming space for all students, faculty, and staff — regardless of sexual orientation or gender identification,” said Gunter.

Banks said that in addition to preventing awkwardness and possible gender identity-based violence, gender-neutral washroom signage would help transgender people to simply “be able to live their lives without worrying about that they may encounter in daily tasks that should be simple — like using the bathroom.”

The practical application of a gender-neutral washroom initiative, particularly in older buildings such as those at UNB, is a complex undertaking. However Mehlman points out that single-stall washrooms meet the need of many students, including any students who prefer a private bathroom space for medical or religious reasons.

“There are still a lot of male/female washroom spaces,” said Mehlman, “but having even one [single stall bathroom] within the building is helpful.”

Although most UNB residences have single-stall or fully gender-neutral washroom facilities, the campus is still lacking single-stall or gender-neutral bathrooms in many significant buildings, including the Student Union Building and McConnell Hall.

“There should be one in every building, especially here in the SUB. I mean, it’s the Student Union Building. It’s where every single student comes to get things. So the fact that they would have to leave to go to a bathroom in — where’s the closest one, Tilley? — that’s just preposterous,” said Samson.

“If you cannot go to the bathroom, it infringes on your basic human needs. And by not allowing a student to go to the bathroom, because they’re not comfortable — and by not addressing that fact — is a huge problem.”

Cleave said that no one had raised concerns about genderqueer-inclusive washrooms on campus prior to The Brunswickan’s call, but said that it would be “worth considering” to look into gender-neutral washrooms in buildings like the SUB.

“I think that as we continue to make our spaces more accessible in all sorts of ways, both physically and based on gender, we’ll continue to pay attention to making sure we have facilities that are available to anyone,” she said.

Xu added, “Not everybody knows about this issue, so we need to raise awareness. We don’t think about this every day because it’s not a daily concern. But for some people, it is.”

“I think the university does what it can with what it has,” said Samson. “But it’s not enough.”

The university’s Declaration of Rights and Responsibilities states that “the University of New Brunswick is committed to providing a positive learning and working environment, one in which all members of its community are respectful and respected as individuals. We strive to foster a welcoming and supportive community, where every person feels empowered to contribute.”

With gender-neutral washrooms, the university may be one step closer to fulfilling that mandate.

*Editor’s note: Alex Banks’s name was fabricated in order to protect the identity of the quoted individual.

Voir également:

Michael Glatze, ancienne « icône » gay se convertit et se marie

Paul Ohlott

Evangelium-vitae

31-01-2014

L’information est passée inaperçue en France, et pour cause ! Elle ne plaît guère aux lobbys LGBT qui réclament une tolérance qu’ils sont totalement incapables de manifester…

Michael Glatze – véritable icône du milieu gay – s’est marié le 26 octobre 2013 avec une femme prénommée Rebekah. En 2007, quelques années avant cet heureux événement, il avait quitté le magazine homosexuel « Young Gay America » – qu’il avait co-fondé et pour lequel il occupait le poste de Rédacteur-en-Chef -, en raison de sa conversion au Christianisme. En effet, au grand dam des lobbys LGBT, Michael Glatze est devenu un «born again», autrement dit : un chrétien «né de nouveau», en référence aux paroles du Christ, lors de son rdv avec Nicodème.

«L’homosexualité, c’est la mort»

C’est par une «note sur son bureau» qu’il avait démissionné du magazine en 2007. Sur cette note, on pouvait lire : «l’homosexualité c’est la mort, et je choisis la vie». Par la suite, il avait expliqué plus en détail sa transformation : «Le ‘programme’ homosexuel exclut que quelqu’un puisse simplement penser qu’un changement d’orientation pourrait être viable. De même, personne ne devrait se poser la question de l’efficacité éventuelle des thérapies. Ce que j’ai vécu me permet de dire que la libération de l’influence de ce ‘programme’ homosexuel a été l’expérience la plus libératrice, la plus belle et la plus étonnante que j’ai jamais vécue».

Son changement et ses déclarations lui ont valu d’être «violemment attaqué par le mouvement homosexuel». Et son mariage avec Rebekah a ravivé la haine des activistes homosexuels. Le déferlement de haine a été si important qu’il a été contraint, par souci de sécurité, de publier un article sur le site américain WorldNetDaily pour supplier ses anciens amis de le laisser tranquille. Dans cet article, il s’est notamment écrié : «S’il vous plaît, respectez ma décision !». Une décision qu’il a longuement détaillée : «Je crois que l’homosexualité est un défaut, une erreur, une distorsion… et que l’on peut en être entièrement restaurée. Je sais que ce point de vue va à l’encontre des discours politiques populaires de ce monde, et je suis conscient que ce point de vue me vaut d’être considéré comme ‘un fanatique de droite’ qui doit juste être anéanti. (…) Je prie Dieu tous les jours pour ma sécurité. J’aime mon Dieu. J’aime ma vie. Je souhaite vivre une vie qui honore Dieu. (…) Plutôt que de vouloir ma mort, je voudrais que vous puissiez envisager la possibilité que j’ai le droit légitime à la vie et le droit légitime de suivre mon propre chemin de foi. (…)»

Sources

Voir encore:

Dress Code: Cambridge autorise les jupes pour les hommes

Assma Maad

Le Figaro

06/09/2013

La prestigieuse université britannique a renoncé à la tenue traditionnelle, pantalon pour les hommes, jupe pour les femmes, lors de la remise de diplôme. Une victoire pour l’association des transsexuels de Cambridge.

L’université de Cambridge fait sa mini-révolution. Réputé pour son règlement strict, l’établissement va mettre en place un code vestimentaire neutre pour sa cérémonie de remise de diplôme. Pantalon pour les femmes ou jupes pour les hommes, les étudiants seront désormais libres de porter les vêtements de leur choix. «Après consultation et avec l’accord des hautes autorités de l’université, cet amendement remplace la référence au costume masculin par une description à présent neutre», a officiellement confirmé un porte-parole de l’université. Une décision qui permet avant tout aux étudiants transgenre de choisir leur tenue en toute liberté. Le nouveau code devrait entrer en vigueur en octobre, rapporte The Telegraph.

Selon les anciennes règles, les hommes devaient porter un costume sombre avec une chemise et un nœud papillon blanc. Aux pieds, chaussures et chaussettes noires étaient obligatoires. Quant aux femmes, elles étaient tenues d’assortir une jupe noire avec une chemise blanche, ou pouvaient opter pour une robe noire. Si un étudiant venait à enfreindre ces règles, il pouvait ne pas obtenir son diplôme.

Si le genre est balayé, le sérieux reste de mise. Les couleurs vives sont toujours bannies pour la cérémonie de remise de diplômes. Le blanc et le noir sont encore les deux seules autorisées. Au-dessus de leurs nouvelles tenues, les vêtements seront toujours surmontés de la traditionnelle robe universitaire et sa capuche de couleur blanc. Une règle encore stricte, qui peut entraîner un renvoi en cas de non respect.

Un an après Oxford

Cette décision est le fruit d’une intense campagne menée par les associations de lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) de Cambridge. «La facilité avec laquelle nous avons pu nous faire entendre montre à quel point l’université est censée», se félicite Charlie Bell, président de l’Union des étudiants LGBT .«Je suis ravi que cela ait changé, et fier de faire partie d’une université qui voit l’importance de ces questions», ajoute ce diplômé en médecine âgé de 24 ans. Pour, Sarah Gibson, autre représentante LGBT, cette décision était attendue depuis longtemps. «Nous espérons que Cambridge nous aidera à dissiper les mythes et la désinformation qui entourent les personnes transgenres», espère-t-elle.

En modifiant son code vestimentaire, Cambridge s’aligne sur son éternelle rivale, Oxford. Selon le nouveau règlement adopté en 2012 ,les étudiants ne sont plus contraints de porter des vêtements spécifiques à leur sexe, à la demande des associations LGBT qui estimaient ces anciennes lois, «injustes pour les élèves transgenres».

Voir enfin:

La fabrique de l’homme nouveau

Jean-Jacques Salomon*

Cairn info

Je suis un philosophe et un historien des sciences qui a fort mal tourné et si je me définissais aujourd’hui, ce serait en politologue, par conséquent très éloigné de ces débats. Mais il se trouve que je réfléchis, travaille et publie sur les problèmes que soulèvent les développements scientifiques, et en particulier ceux des sciences biomédicales, dans des livres qu’il m’arrive de publier et je crois que c’est la raison pour laquelle on a cru bon de m’inviter. Je remercie les organisateurs d’autant plus qu’hier, en particulier dans l’après-midi, j’ai été très frappé par l’opposition manifeste entre l’exposé remarquable de Catherine Labrusse-Riou et celui, non moins remarquable, de Maître Henri Leclerc, opposition très claire qui ne résout d’aucune façon les questions que nous nous posons sur le bien-fondé de l’arrêt Perruche. L’enjeu de cet arrêt n’est pas le problème de l’avortement, pas davantage le problème de l’indemnité assurée aux parents pour faute médicale éventuelle, c’est le fait que l’on indemnise un enfant pour finalement considérer qu’il y a illégitimité de sa vie. Là, je me tournerai vers le grand-rabbin pour lui dire que, dans le dialogue de Job avec Dieu, jamais on ne voit Job attendre de Dieu une indemnité. Job appartient à une société traditionnelle et j’insisterai beaucoup sur le fait que nos sociétés industrielles ou post-industrielles ont un rapport à la légitimité et à l’illégitimité de l’enfant très différent des sociétés traditionnelles. Comme Catherine Labrusse-Riou nous l’a montré hier, il y a de toute évidence de l’eugénisme – refoulé d’une manière ou d’une autre – dans les pratiques biomédicales de reproduction, et le problème tout comme l’enjeu de l’arrêt Perruche renvoient tout simplement à l’obsession de la santé et de la vie parfaite, dont Lucien Sfez a très bien montré les fantasmes auxquels elle peut conduire. J’ai prolongé l’analyse de cette obsession caractéristique des sociétés occidentales dans mon dernier livre, Survivre à la science, qui est un titre évidemment provocateur, en montrant que cette obsession tient essentiellement au culte du progrès et à la fascination qu’exerce l’instrument sur lequel s’appuie ce culte, la science expérimentale, les conquêtes qu’elle assure et l’idéologie positiviste ou scientiste qu’elle fonde. Catherine Labrusse-Riou parlait du désir d’exclusion pour rendre conforme à une norme qui s’exprime dans les pratiques eugénistes qui ne disent pas leur nom. Mais il y a aussi chez le biologiste, parfois chez le médecin, tout simplement le désir de création de la vie, et je ne parle pas en l’air. Je cite un de mes bons amis, biologiste, qui se trouve être juif aussi, l’un des meilleurs en France, et qui, parlant précisément du problème du clonage reproductif, m’a répondu : mais je ne comprends pas où est le problème. Nous créons la vie ! Ce n’est pas du tout, évidemment, l’interprétation rabbinique. Nous sommes d’accord. Ce désir de création de la vie, pour être à l’égal de Dieu éventuellement, s’exprime dans les pratiques du clonage tout comme dans le discours des chercheurs qui se consacrent au décryptage du génome humain ; je vous renvoie sur ce point à la littérature, et en particulier, pardonnez-moi, au chapitre de mon dernier livre qui analyse les discours, les fantasmes, les pratiques auxquelles renvoient justement certains développements de la biologie moléculaire aujourd’hui. Le numéro de Futurible de mai 2001 nous parle déjà de la jeune économie dans un article d’un économiste américain qui évalue très sérieusement le marché du clonage et des interventions sur l’embryon humain à l’horizon de cinq à dix ans, avec de nombreuses retombées bien sûr sur la productivité grâce à la sélection des élites. Le titre de cet article est aussi révélateur que drôle, en anglais : « The business of playing God ». Moi, je traduirais par « La bonne affaire de jouer à Dieu ». L’arrêt Perruche, nous a encore dit Catherine Labrusse-Riou, est le signe de notre impuissance. Le progrès est irrésistible et le droit n’a plus qu’à s’adapter aux transgressions qu’il impose. Je crains qu’elle n’ait raison. Et c’est pourquoi je vais me mettre du côté d’un point de vue qui n’est absolument pas le mien, je voudrais me faire l’avocat du diable, un point de vue qui va dans le sens des fantasmes de la science, celui de l’irrésistible manipulation du vivant qui conduira au clonage humain, non pas seulement thérapeutique, mais reproductif. Et, entre parenthèses, les formules françaises, par opposition aux formules anglo-saxonnes, sont évidemment joyeuses par leur capacité à refouler la vérité. Nous parlons de thérapeutique, d’avortement thérapeutique ou de clonage thérapeutique, là où les Anglo-Saxons, quand même plus honnêtes et plus réalistes, disent tout simplement : avortement sélectif ou clonage sélectif. C’est très révélateur de notre propre hypocrisie religieuse. Le Monde, en date du 18 août 2000, a affiché en première page le titre suivant : « L’an 1 du clonage humain », en réponse au fait qu’en Angleterre on accepte désormais la possibilité du clonage humain non pas encore reproductif, mais thérapeutique, de façon à utiliser l’embryon artificiellement créé par non-reproduction sexuée à des fins de recherches médicales. Au bout d’un certain nombre de cellules, on s’arrête pour ne pas entrer dans un processus de reproduction. Sur ce point, même nos amis anglais en sont encore à réfléchir et à hésiter. Mais, et là je pose la question aux juristes, aux psychanalystes, aux théologiens, quelle est la frontière entre clonage reproductif et clonage thérapeutique ? À quel moment, lorsqu’on s’arrête en passant du clonage thérapeutique, en n’allant pas au clonage reproductif, à quel moment y a-t-il meurtre ? Où s’arrête l’embryon et où commence le fœtus ? Bonne question pour discuter du sexe des anges entre théologiens. Face aux délires et aux fantasmes que soulèvent certains développements de la science et de la technologie, pas seulement les biotechnologies, mais également les sciences de l’information, la seule réplique cohérente est de s’en remettre apparemment à des principes et à des valeurs sur lesquels nos démocraties ne peuvent transiger ; de ne pas lâcher, si je puis dire, le socle de ce que nous tenons pour essentiel à la définition même de l’humanité en nous.

De fait, il y a dans le domaine de la science, et d’abord dans le domaine de la littérature aussi (pensez à Houellebecq en particulier), des gens qui fantasment à partir des progrès les plus récents de la biologie et pour lesquels il n’y a très exactement aucune limite au progrès, et qui, avec une sorte de jubilation, voient la civilisation de demain réaliser enfin le meilleur des mondes. Aucune limite. Cela signifie que tout malheur est finalement un préjudice. Il faut partir de là. Et là est la différence fondamentale entre une société traditionnelle, un monde où Job n’est pas en mesure de réclamer de Dieu une indemnité, et les sociétés modernes, qui sont des sociétés de l’État-providence. Je vous rappellerai que le malheureux, le pauvre, le handicapé, le fou, dans une société traditionnelle, n’était pas exclu (cf. Michel Foucault, L’histoire de la folie à l’âge classique). En revanche, dans les sociétés contemporaines, on a inventé l’État providence pour précisément passer de l’aumône à l’indemnité au nom de la solidarité. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que nos sociétés, pour des raisons qui tiennent au progrès de la connaissance, au progrès du savoir, au progrès des techniques, considèrent comme illégitimes tout malheur. C’est exactement l’inverse. Une vie illégitime, c’est une vie qui n’est pas conforme à un canon. Et n’être pas conforme, aujourd’hui, c’est tout simplement ne pas ressembler au modèle dont le système capitaliste marchand nous nourrit du matin au soir à travers la publicité. Il vaut mieux être beau plutôt que laid, maigre plutôt que gros, avec des cheveux, être ingambe plutôt que nain, etc. À Rome, on pouvait détruire l’enfant incomplet. En Chine, on continue de détruire les filles. Le modèle du corps parfait est celui que définissent et dɶeloppent les sociétés qui sont les nôtres aujourd’hui et, quand il n’est pas parfait, il faut bien que la science y pourvoie. Il faut rajeunir, embellir, ne pas vieillir et si possible ne pas mourir. Nous ne sommes pas seulement entrés dans la civilisation du troisième âge, nous entrons dans celle du quatrième et du cinquième.

Je vais commencer par un propos qui peut apparaître comme provocateur, qui n’est certes pas ce que je pense et encore moins ce que je souhaite, mais qui correspond à mes yeux à une tendance irrésistible. Depuis la création par clonage de la brebis Dolly, il me paraît évident qu’il y aura du clonage humain, et pas seulement à des fins thérapeutiques. Il n’y a aucune raison de s’arrêter, aucune ! Quelles que soient les interdictions de certaines religions, pas toutes, de certaines institutions, pas toutes, de certains pays, pas tous. On ne va pas s’arrêter là. On se dirige effectivement vers une reproduction clonée de l’homme. Et c’est bien le point sur lequel je suis tout à fait d’accord avec le philosophe allemand Slotterdijk. Ses conclusions méritent quand même qu’on y réfléchisse. Slotterdijk a raison, je le crains, de conclure ses conférences – qui ont fait tant de bruit, publiées par Le Monde des débats, en annonçant que nous allons tout droit vers la sélection génétique des élites, la mise à l’écart des handicapés, et une médecine prédictive qui revient à une police préventive. L’eugénisme n’a pas seulement été un des grands fantasmes du xixe et du xxe siècles. Il a inspiré et précédé la catastrophe historique du nazisme, suscitant des pratiques abominables de recherches réalisées au nom de la science par certains médecins, que le grand-rabbin a rappelées, mais je dois ajouter : les uns nazis, les autres pas nazis du tout, et on comptait même quelques médecins et psychiatres juifs qui se sont répandus hors d’Allemagne. Or, voici que les progrès des biotechnologies nous annoncent la possibilité du clonage humain, promesse d’une transformation de l’espèce humaine, qui est très exactement ce sur quoi ont buté le xixe et le xxe siècles. Les philosophies de l’Histoire, le marxisme comme le fascisme et le nazisme, ont rêvé toutes les trois d’un homme nouveau, et recommandé sa production à partir d’une révolution sociale. Slotterdijk nous dit : attention, nous risquons de voir se réaliser ce fantasme et cette utopie qui ont nourri les philosophies de l’histoire et conduit aux catastrophes que l’on sait. Une petite remarque maintenant, d’ordre épistémologique, petite mais essentielle. Je crois que c’est une très grande erreur d’isoler l’histoire actuelle des développements de la biologie moléculaire, de l’histoire actuelle du développement des théories de l’information et des nouveaux matériaux. C’est en fait la même révolution, et souvent avec les mêmes acteurs, passant de la physique ou de l’information à la biologie. Il ne faut pas dissocier les biotechnologies des autres avancées scientifiques, ce sont les mêmes, dans le même contexte des technosciences, livrées à l’empire de la physico-chimie ; et n’oublions pas les intérêts concurrentiels des entreprises privées et publiques. Si l’on parle aujourd’hui de la nécessité de réviser la loi de bioéthique en y introduisant la possibilité du clonage thérapeutique, c’est en raison de la concurrence, bien sûr, des pharmacies et des industries. En ce sens, le livre d’Erwin Schrödinger, Qu’est-ce que la vie ?, offre une clé assurément fondamentale pour comprendre les développements et les répercussions des recherches dans ces domaines. C’est la clé du bricolage dont parle François Jacob, du bricolage Meccano, en ce sens où finalement tout est réductible aux éléments, aux petits éléments qui, comme les virus, ne sauraient intervenir dans les textes talmudiques, puisqu’ils sont trop petits. Que dit Schrödinger ? Il dit que la science ne peut interpréter le vivant qu’en termes physico-chimiques. Par conséquent, entre l’organisme et la machine, il y a des liens de plus en plus étroits, et tout ce qui se passe actuellement, c’est précisément le triomphe d’une forme de scientisme qui tend à réduire le vivant en mécanique et réciproquement aussi, et c’est la grande nouveauté : la mécanique en vivant. Schrödinger n’avait pas de réponse à la question : qu’est-ce que la vie ? Mais il avait une réponse très précise sur les pouvoirs de la science. La maîtrise du vivant passe par la physico-chimie. Il faut voir que les liens entre la biologie moléculaire, les quantas, les nanotechnologies, les technologies de l’information et la robotisation sont de plus en plus étroits, de sorte que la machine peut faire du vivant et le vivant peut faire de la machine, sans que les frontières entre l’un et l’autre soient tracées à l’avance, ni surtout tracées rigoureusement pour séparer deux mondes qu’on professait jusque-là, sauf la métrie, comme différents par nature. Du coup Slotterdijk a parfaitement raison, dans sa conférence, de nous dire que le grand problème de demain, c’est précisément le rapprochement entre l’organisme et la machine. Et, du même coup, l’extinction de l’humanisme. Les rêves de la cybernétique de Wiener et des premiers cybernéticiens étaient bien ceux-là. Essayer de gouverner au sens platonicien du terme de la cybernétique, l’évolution de l’homme et de la société, grâce aux robots. Je tiens à évoquer un texte dont on a beaucoup moins parlé que de celui de Slotterdijk, qui est assurément un bon philosophe et qui se réclame de la tradition cynique de Diogène ; c’est le texte d’un très grand informaticien, qui est à la fois chercheur et grand industriel, le vice-président et scientifique en chef de Sun-icrosystems, auteur du langage Java, qui est à la source de toutes les procédures d’Internet, qui a coprésidé, aux États-Unis, la commission présidentielle sur l’avenir de la recherche dans les technologies de l’information. L’été dernier, cet Américain a soudain été pris de scrupules. Son texte est apparu en extrait dans le supplément informatique du Monde, et en extrait dans le même numéro que j’ai cité de la revue Futurible du mois de mai. Il a pour titre : « L’avenir n’a pas besoin de nous ». Il avait été jusqu’alors un brillantissime chercheur qui allait de l’avant sans trop se poser de questions. Mais soudain, des collègues l’ont alerté sur les progrès des nanotechnologies, qui rendent possibles les robots capables de se répliquer et, du coup, il s’inquiète. Où va l’humanité si le robot est vraiment capable de se comporter en vivant ? C’est à la lumière de ces développements que l’enjeu du clonage n’est manifestement pas dissociable de l’avenir des robots. Nous sommes entrés dans un monde nouveau, radicalement nouveau, ce qui explique que les utopies se réalisent effectivement, à force à la fois de science et de fantasmes. Et on trouve la même mise en garde que chez Slotterdijk, à savoir que nous risquons de perdre le contrôle des machines vivantes que nous créons. Bill Join insiste sur le fait que les trois grandes aventures du siècle à venir, le pouvoir de la génétique, celui des nanotechnologies et celui de la robotique, les gnr comme il dit, vont peut-être permettre la création de technologies qui aboutiront à remplacer notre espèce. C’est en ce sens que l’avenir n’aurait pas besoin de nous. Je ne vais pas résumer la conférence de Slotterdijk parce que ce serait entrer dans trop d’arcanes philosophiques, et c’est bien inutile, ni trop situer Slotterdijk, qui est un philosophe assez ambigu, quels que soient ses talents qui sont tout à fait éblouissants, ni insister sur le fait qu’il se réclame effectivement de la tradition cynique. Je ne vais pas le résumer, mais je vais simplement rappeler que, dans sa première partie, il insiste sur le fait que le progrès même des technologies de l’information nous apprend que le rapport au livre, qui instituait une amitié entre les auteurs et les lecteurs, est appelé à disparaître. Adieu, à partir de là, à l’humanisme, adieu à la littérature, adieu aux belles lettres. L’humanisme, nous dit Slotterdjeik, c’était la lecture des Anciens dont nous nous deshabituons et qui nourrissait l’éducation des élites. Une éducation qui néanmoins revenait à de l’asservissement ; ce vieux thème nietzschéen ou gauchiste, on le trouve chez Deleuze, on le trouve aussi chez Foucault, et bien sûr on le trouve chez Freud : éducation=répression. Au total, l’humanisme, c’était quoi ? C’était le refus de la barbarie. Et l’éducation, c’était quoi ? L’effort intellectuel pour élever l’homme à un peu plus que l’animal en lui. Donc cette première partie de la conférence de Slotterdijk donne exactement la définition du cadre dans lequel il se situe, qui est celui de la contestation, de la rébellion, sur lequel je vais insister tout à l’heure.

La deuxième partie de cette conférence est en un sens plus sérieuse. S’appuyant sur le politique de Platon, où l’on essaie de dresser le portait de l’homme d’État idéal, le roi ou le chef d’État idéal, qu’il faut pouvoir précisément, par l’éducation philosophique, élever et faire sortir du troupeau, Slotterdijk nous parle du troupeau qu’évoque Platon comme d’un zoo. Ce n’est pas la même chose, le zoo et le troupeau. Et encore moins donner comme titre à sa conférence : « Règles pour le parc humain ». Le parc humain, Platon n’en a pas parlé dans ces termes, plutôt concentrationnaires. Il est vrai que l’industrialisation et la science expérimentale n’étaient pas encore passées par là. Slotterdijk s’appuie sur le politique de Platon pour montrer que toute l’histoire de l’humanité se réduit à la manière dont, grâce à l’éducation, on a pu distinguer et choisir les meilleurs, parmi les élites, et que, à terme, la biologie permettra enfin une sélection autrement plus efficace que celle des belles lettres. Scandale en Allemagne pour des raisons évidentes, parce que trois générations ne suffisent pas à effacer la mémoire et l’embarras de grands-parents et de parents qui ont fait le salut hitlérien et contribué aux massacres de toute sorte à travers l’Europe. Il est vrai que Slotterdjeik appartient à la génération – il est né en 1947 – de ceux qui n’ont pas participé à la catastrophe. Il le sait d’autant plus qu’il s’en prend à la philosophie critique, à l’école de Francfort, Adorno, Horkheimer, Marcuse, et surtout à Habermas, qu’il accuse d’avoir orchestré la campagne que les Allemands ont menée contre lui. Un peu le reproche que l’on faisait en France à ce qu’on appelait naguère la pensée unique, mais dans un contexte de contentieux très différent. Slotterdijk, en deux mots, est le philosophe de l’après-Habermas, comme Schröder est le politique de l’après-Kohl. Retour à Berlin, c’est-à-dire retour à la maison, comme l’a dit un éditorial du Spiegel de mai 1998. Une Allemagne en quête d’un rapport normalisé avec son passé, mais héritière néanmoins d’une histoire qui ne peut pas se libérer de la routine de la culpabilisation. Et cette routine, c’est précisément tout ce à quoi tendent certaines réflexions dans la philosophie allemande d’aujourd’hui. Dans cette réflexion, rien n’est réservé au rôle que peuvent et doivent jouer les institutions démocratiques dans la régulation indispensable des changements techniques. Je voudrais insister sur ce point maintenant. Le siècle que nous avons vécu, siècle court qui a commencé en 1914, 1917 ou 1918 et qui s’est terminé en 1991, a vécu d’utopies réalisées qui ont fort mal tourné. Les totalitarismes fondés sur l’exploitation et la servitude des masses consentantes en ont fait un siècle de terreur et de massacres d’une ampleur sans précédent. À des titres, dans un style et suivant des répercussions différents, communisme, fascisme et nazisme ont envahi la scène de l’Histoire en proposant chacun l’idée de la fabrique d’un homme nouveau appelé à succéder aux impostures de l’humanisme. Dans ce désaveu de l’humanisme, c’est d’abord le procès de la bourgeoisie que, de tous côtés, écrivains et philosophes du xixe siècle, de Flaubert ou Baudelaire à Marx ou à Nietzsche, ont dressé, procès que les idéologies totalitaires du xxe siècle ont repris à leur compte, jusqu’à revendiquer l’inhumanité comme moteur de l’Histoire, c’est-à-dire comme l’instrument de leur expansion. Je ne vais pas insister sur ce point, mais si on réfléchit à la question suivante – d’où vient la tragédie de ce siècle ? – je crois qu’elle vient de ce que le procès intellectuel fait à la bourgeoisie a nourri, sur les désastres de la Première Guerre mondiale, les passions révolutionnaires, celles de droite comme celles de gauche, toutes les formes de gauches ; celles qui ont précédé la fin du communisme et celles qui l’ont suivie s’en sont encore inspirées, des Brigades rouges à la bande à Baader, mais aussi à l’armée de purification prolétarienne organisée par Pol Pot en religion d’État au Cambodge. Je crois qu’il faut lire et relire François Furet pour comprendre combien ce procès de la bourgeoisie, dont l’instruction remonte au xixe siècle, s’est confondu, au lendemain de la Première Guerre mondiale, avec le procès de la démocratie. Dans la culture européenne, le mépris mêlé de haine dont la bourgeoisie a été l’objet se confond avec cette dénonciation de l’humanisme, paravent des abus et des crimes qui se commettent dans l’exploitation du prolétariat par le capitalisme, du Nègre et du Jaune par le colonialiste, des peuples par l’impérialisme. Déficit moral et politique. Tartufferie des régimes parlementaires. Hypocrisie des libertés formelles. Imposture des sociétés démocratiques qui prétendent diffuser la civilisation alors qu’elles imposent la domination de la classe bourgeoise sur toutes les autres et tirent parti de leur génie technique pour asservir le prolétariat ou détériorer la pureté de la race. C’est de ce procès que vont naître et s’alimenter les passions révolutionnaires. En termes de psychanalyse, je crois qu’il faut relever cette note de François Furet : ce trait sans doute unique de la démocratie moderne dans l’Histoire universelle, cette capacité infinie à produire des enfants et des hommes qui détestent le régime social et politique dans lequel ils sont nés, haïssent l’air qu’ils respirent alors qu’ils en vivent et qu’ils n’en ont pas connu d’autre. La scène fondamentale de cette société n’est pas, comme l’a cru Marx, la lutte de l’ouvrier contre le bourgeois, c’est celle qui fait d’un peu tout le monde, y compris du bourgeois lui-même, l’ennemi du bourgeois. Le grand secret de la complicité entre communisme, fascisme et nazisme, quelles que soient leurs différences, qui sont considérables, c’est l’existence de cet adversaire commun, le bourgeois que chacun d’entre eux entend dénoncer, exorciser et combattre dans une lutte à mort. À partir du xixe siècle, l’Histoire en place dans notre société laïcisée remplace Dieu dans la toute-puissance sur le destin des hommes, mais c’est bien au xxe siècle que se font voir les folies politiques nées de cette substitution. Nietzsche devient alors le repère fondamental de cette manière de considérer que l’Histoire peut transformer non seulement la société, mais aussi la nature humaine et produire l’homme nouveau. On aurait pu croire enterré ce fantasme de l’homme nouveau après l’écrasement du nazisme et l’implosion du communisme. On aurait pu croire précisément que la fin du communisme, ayant fait de celui-ci – je cite Furet – un objet historique offert à l’autopsie, que la dissection effectuée par les historiens ait suffi à démystifier tous les mythes que les grands monstres de ce siècle ont entretenu, rendant caduques les sensibilités, les passions et, finalement, les utopies qui ont conduit à professer que, sous les décombres de l’humanisme, il y a toujours place pour une fabrique de l’homme nouveau. Mais l’heure de vérité qui a dévoilé les désastres des États totalitaires n’y a pas mis fin.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que l’on attend toujours d’une forme de la science, qu’elle soit historique ou biologique, un rebondissement éminemment révolutionnaire au sens où l’avenir peut être conditionné par la confrontation non plus entre sociétés, mais entre les sociétés et le progrès scientifique et technique. Les régimes totalitaires ont été vaincus non pas parce qu’ils ont insuffisamment malaxé la pâte humaine, mais parce que la résistance de la pâte humaine a eu raison de leur idéologie. Quand la science et la technologie interviennent en réduisant la pâte à ses composants physico-chimiques, là où les philosophies de l’Histoire ont échoué, le biopouvoir, associé aux technologies de l’information et de la communication, doit permettre de transformer la nature même de l’homme et de créer enfin l’espèce nouvelle que les dictateurs prophètes du xxe siècle ne sont pas parvenus à enfanter. Retrouvailles avec le xixe siècle, qui ne sont pas paradoxales, en apparence seulement. Ce n’était pas seulement le siècle des philosophies de l’Histoire, c’était aussi celui du positivisme. C’est aussi suggérer que nous entrons dans le xxie siècle avec une cohorte de repères radicalement différents qui annuleraient tous les principes, toutes les valeurs dont la civilisation occidentale s’est inspirée ou par rapport auxquels elle s’est définie jusqu’à présent. L’homme nouveau aurait définitivement pris le deuil de l’humanisme et l’utopie post-moderniste donnerait congé à toute morale qui fasse passer les impératifs de la conscience avec l’irrépressible poids des faits, des démonstrations et, surtout, des réalisations scientifiques. L’homme du xxie siècle serait voué, comme le héros des Particules élémentaires de Michel Houellebecq, à se satisfaire de la jubilation du désastre, c’est-à-dire à voir disparaître l’humanité en lui et autour de lui. Je ne cite pas Houellebecq au hasard. Il fait partie, dans l’ordre du roman, de cette cohorte de prophètes qui déclinent aujourd’hui la fabrique de l’homme nouveau dans l’ordre des essais philosophiques, et celui-là dans l’ordre des romans, en se réclamant des conquêtes et des promesses irrépressibles de la biologie moléculaire et plus généralement des progrès de la science la plus contemporaine, liée de part en part aux conquêtes de la technologie au point d’en être indissociable, avec ses fantasmes de domination et de pouvoir, qui permettraient enfin de réussir là où toutes les philosophies de l’Histoire ont échoué. Je n’évoquerai pas Fukuyama, qui a beaucoup parlé de la fin de l’Histoire, et qui finalement a découvert tout simplement comme Slotterdijk que la solution est précisément celle qui viendra du triomphe des biotechnologies. Pourquoi terminer sur la figure de Nietzsche ? Lorsque vous interprétez toutes ces philosophies, vous voyez bien qu’il y a un recours qui consiste à dénoncer dans la bourgeoisie le petit homme, l’homme qui est incapable de dominer l’Histoire et qui se soumet à tout, le contraire du surhomme. Fukuyama a terminé un article où il annonce précisément la soumission de l’humanité à venir à la biotechnologie, de la manière suivante : d’ici les deux prochaines générations, la biotechnologie nous donnera les outils qui nous permettront d’accomplir ce que les spécialistes d’ingénierie sociale n’ont pas réussi à faire. À ce stade, nous en aurons définitivement terminé avec l’histoire humaine, rien que cela ! parce que nous aurons aboli les êtres humains en tant que tels. Commencera alors une nouvelle histoire, au-delà de l’humain. Ainsi parlait Zarathoustra, qui n’est assurément pas étranger à cette vision du redémarrage de l’Histoire au prix du retour du surhomme. La même année, donc, dans un tout autre contexte que celui de la bonne et impériale conscience américaine, Slotterdijk présentait sa conférence en Allemagne sur le parc ou le zoo humain. La relance de la fabrique de l’homme nouveau, grâce aux interventions des biotechnologies, renvoie aux mêmes périls que ceux auxquels le siècle qui s’est terminé a été exposé par les utopies totalitaires, et c’est ce qui me permet de conclure.

En rejoignant les débats d’hier et de ce matin autour de l’arrêt Perruche, la perspective du clonage reproductif est effectivement celle d’un eugénisme conçu comme l’organisation de la sélection des personnes, d’une organisation certes fondée sur des choix individuels, mais qui serait en même temps une organisation collective dans le style d’un « meilleur des mondes » parfaitement réalisable. Dès lors, la question à poser est la même à mes yeux que celle que l’arrêt Perruche conduit à poser, et je laisse aux juristes, aux psychiatres, aux psychanalystes et aux théologiens ici présents le soin de s’y attaquer pour tenter d’y répondre : l’enfant cloné sans handicap à la naissance pourra-t-il ester en justice et chercher réparation, soit de n’avoir pas été le produit d’une relation sexuelle dite naturelle, soit surtout d’avoir été retenu parmi d’autres embryons possibles pour accéder à un droit à la vie dont il ne voudrait pas ? Et, plutôt que de parler, comme l’a fait hier fort brillamment l’avocate québécoise, de grossesse-préjudice, l’enfant cloné, c’est-à-dire, comme l’a fort bien formulé quelqu’un qui lui est très proche, l’enfant qui vient du froid, ne serait-il pas en droit de dénoncer une naissance-préjudice au sens où, précisément, sa venue au monde serait le résultat non plus de l’autonomie de la reproduction, mais des stricts processus physico-chimiques, plus ou moins robotisés, répondant aux interventions des biologistes et des médecins ? Aux juristes, aux théologiens, aux psychanalystes de répondre, s’il y a matière à réparation.

Débat après l’intervention de Jean-Jacques Salomon

Thierry Jean : Les débats que nous avons depuis hier posent tout le temps la théorie du sujet et votre intervention me semble être un écho à cette question qui a été, là aussi, récurrente : Quid de la vie psychique du petit Nicolas ? Alors peut-être serait-il scandaleux de considérer que la vie psychique du petit Nicolas n’est pas le problème. La question et la représentation sociale que nous en avons est que l’homme nouveau, tel qu’on le projette, c’est vrai pour le roman de Houellebecq, est quelqu’un qui ne se constitue pas comme un sujet, c’est-à-dire qu’il vient là éviter la question de la castration, il n’est pas divisé, puisque dans le roman de Houellebecq, le scénario se constitue sur le mode d’un double, donc de deux frères, où celui qui, finalement, survit est celui issu de la science ou, en tout cas, celui qui va se consacrer comme un moine à la science et à la reproduction à condition bien évidemment qu’il ait pu, dans ses travaux scientifiques, maîtriser absolument toutes les possibilités mutatives d’une fraction simplifiée d’adn. C’est-à-dire, et je rejoins là ce que disait Marcel Czermak, nous sommes dans une évolution où la question du contingent et de l’aléatoire se doit absolument d’être exclue. Donc, n’est-ce pas une mutation où, à la Providence, se substitue maintenant la lutte contre la fatalité ?

Marc Caumel de Sauvejunte : J’ai bien compris que le malheur n’était plus béni des dieux et que peut-être Dieu n’était plus ni malin ni honnête, comme le disait Einstein. Par contre, je renverserais la formule de Mme Labrusse-Riou en disant que l’eugénisme consacre l’arrêt d’une logique ancestrale et que c’est peut-être là-dessus que nous sommes en difficulté, car l’eugénisme, comme l’a bien dit M. Salomon, est en route et nous ne pourrons rien faire contre cela, si ce n’est que nous avons peut-être à dire combien il est problématique de rester sur une extension de la notion de handicap en tant qu’elle est le symptôme du défaut. Je pense que nous ne devons pas rester simplement à une lecture de la question des handicapés comme étant celle de certaines personnes, elle concerne chacun de nous. Cette logique ancestrale est une logique où l’enfant était inscrit dans les générations. Il n’est plus, il ne sera plus le produit de deux parents, parce qu’il est depuis un certain temps évident qu’il est devenu un objet externalisé en tant qu’objet de la science et du droit. Je dis objet externalisé puisque les personnes de la pma disent que le grand mouvement, pour eux, le grand moment de changement, c’est quand ils ont sorti l’ovule du corps. Donc, ce sont des enfants qui ne vont plus se référer au désir ou qui n’auront pas de référence naturelle au désir de leurs parents, même si ce désir n’est pas toujours sympathique. C’est-à-dire que nous allons bientôt pouvoir acheter des enfants au marché. Donc, ce qui est exclu, c’est le défaut. Ça, c’est une certitude et je crois que notre jeunesse, et moi je crois que c’est le souci que nous avons, incarne aujourd’hui ce défaut, et Monsieur le rabbin m’a permis de comprendre pourquoi nous avions affaire à des murs de lamentations dans toutes les cités de nos villes qui sont maintenant taguées de tous les côtés. Alors je me pose la question suivante, puisque les enfants sont devenus des objets de consommation et que nous pouvons même considérer que l’anorexie est peut-être un symptôme moderne à cause de cela : puisque l’époque qui s’annonce, c’est quand même, comme dit Churchill, une vallée de larmes, est-ce que nous devons simplement rester les gardiens de notre savoir ancestral, ou est-ce que nous pourrions un peu plus savoir où et sur quoi nous avons à dire non ? Ça, c’est la première question. Qu’est-ce qu’il faudra donc traiter chez ces sujets nouveaux ? Au politologue, je poserai la question suivante : est-ce que la politique est encore en mesure d’inventer une autre politique, et laquelle ?

Jean-Jacques Salomon : Superbe question ! En principe, j’aimerais bien répondre de manière positive. Je crois effectivement que la politique peut inventer une manière de préserver ce à quoi l’on tient, ce qui définit le respect de la dignité humaine et un fonctionnement démocratique. J’aimerais bien, mais je ne suis pas sûr que cet espoir puisse être vraiment préservé parce que, d’un côté, le marché, les forces du marché dans notre système économique, pour des raisons bonnes ou mauvaises, peu importe, et l’extraordinaire pression exercée par les scientifiques pour aller de l’avant, quoi qu’il en soit, sont telles que le droit me semble devoir être de plus en plus précédé par les faits. Non plus seulement par les mœurs, mais par les faits scientifiques, et, par conséquent, nous serons de plus en plus désarmés, sans autre repère que les repères traditionnels, soit les religions, soit tout simplement les institutions, qui reconnaissent qu’il y a des transgressions. Or, honnêtement, aujourd’hui, je ne vois plus beaucoup d’institutions, en dehors de l’Église et de la psychanalyse.

La question a été posée à Freud il y a fort longtemps, il a répondu par un article sur ce qu’il appelait la représentation du monde, pour bien présenter la psychanalyse comme une technique d’investigation, et non pas comme une représentation du monde. Il en avait une jusqu’en 1914 et il écrivait à ce moment-là à Ferenczi, croyant avoir tout compris : hors du monde, nous ne pourrons pas tomber. C’était une citation du marchand de pierres. La guerre de 14 lui avait permis de se rendre compte qu’il avait été bien ambitieux ou bien sot, comme il le disait lui-même, et qu’une représentation du monde, c’est justement ce qui échappe, pour un vrai scientifique.

Jean-Jacques Salomon*

Notes

[ *] Professeur au cnam.

Voir enfin:

The ‘spooky’ worlds of William Gibson
Todd Leopold
CNN

September 11, 2007

(CNN) — It’s an illusion, William Gibson says. A trick. Fiction is a construct that plays with your mind, creating a world within.

William Gibson’s recent books take place in a murky, techno-infused present.

« A high-res realism, » the author calls it. « It’s a trick, but I love it. »

That shared illusion of author and reader fascinates him.

« One human being sits down and makes black marks on white paper, and somewhere on the other side of the world someone sits down and interprets black marks on white paper. … It’s an amazing thing, » he says in a phone interview. « It’s like the movies without the projector. It’s like the movies without the screen. And it’s kind of immortal in some weird way. You can sit down and get the … experience direct from Charles Dickens. »

* * * * *

Like Dickens, Gibson is an author-magician in the world-creating business. He first gained renown for « Neuromancer » in which he coined the word « cyberspace, » later with « Mona Lisa Overdrive, » « All Tomorrow’s Parties » and « Pattern Recognition. » His latest is « Spook Country » (Putnam).

« Spook Country » primarily revolves around three characters: Hollis Henry, a journalist and former member of a cult rock band; Tito, a Chinese-Cuban tech specialist who becomes involved with a small family of smugglers; and Milgrim, a junkie translator working for alleged government agent Brown. The three characters’ stories converge in the pursuit of a mysterious shipping container.

Gibson is big on technological and pop cultural details, and he drops them into « Spook Country » like silicon chips into a murky stream.

Hollis tries on a virtual-reality helmet that shows the death scenes of notables. IPods carry encrypted knowledge. Milgrim is hooked on a drug called Rize, usually — if not readily — supplied by Brown. Hubertus Bigend, the tycoon from « Pattern Recognition, » is back, offering rides in Volkswagen Phaetons and sleep on maglev beds.

It’s all shadowy, conspiratorial, Thomas Pynchonesque. The Los Angeles Times compared Hollis to Pynchon’s Oedipa Maas, from « The Crying of Lot 49 »; the Guardian offers the same assessment.

Gibson says he doesn’t mind.

« I had a decade or more of being called Chandleresque, » he says, referring to hard-boiled detective writer Raymond. « I think I prefer Pynchonesque any day. »

* * * * *

Gibson’s subject matter has often involved technology and its impact on humans. Inevitably, humanity gets lost in technology — or perhaps it’s the other way around.

He notes that it’s always been so. Television changed us; so did radio before that, and the telegraph before that, and transportation improvements and agriculture and running water.

« What we call technology in our science is almost always emergent technology. … They don’t mean the technology we’ve had for 50 years, which has already changed us more than we’re capable of knowing, » he says. « When I say technology, I’m sort of thinking of the whole anthill we’ve been heaping up since we came out of the caves, really.

« So we’re living on top of a quite randomly constructed heap of technologies that were once new, and that now we don’t even think of as technology, » he continues. « People think technology is something we bring home in a box from some kind of future shop. »

* * * * *

He calls himself a technology « agnostic. » Whatever the innovation, it’s generally morally neutral, he says, « until we do something with [it]. »

Sometimes, that human action ends up changing — or at least amplifying — his own opinions. « I don’t write books to express any political philosophy I might have. Partly, I write them to discover what I do think about things. … I don’t want people to believe what I believe, but I love it if I’m encouraging people to ask questions and find their own answers. »

* * * * *

Who is William Gibson? He was born in coastal South Carolina, according to the bio page on his Web site. His father was in construction and moved the family from suburb to suburb. He died when Gibson was 6; his mother took William back to her small hometown in Virginia. She died suddenly when he was 18. Gibson evaded the draft, relocated to Toronto, Ontario, and later moved to Vancouver, British Columbia, where he lives today.

He started writing in the late ’70s and hasn’t stopped. Neither have the misconceptions. « Google me and you can learn that I do it all on a manual typewriter, something that hasn’t been true since 1985, » he writes. « I did avoid the Internet, but only until the advent of the Web turned it into such a magnificent opportunity to waste time that I could no longer resist. »

He loves his fans, but he keeps his distance. « I do have an e-mail address, yes, but, no, I won’t give it to you. I am one and you are many, and even if you are, say, 27 in grand global total, that’s still too many. Because I need to have a life and waste time and write. »

He takes neither himself nor his celebrity seriously. He sees no need to tinker with the voluminous Wikipedia pages devoted to his work.

« I think of Oscar Wilde’s remark that cats and mirrors are both inherently unhealthy to spend too much time with. I would include one’s Wikipedia entry and one’s most rabid fans [in that], » he says.

* * * * *

Gibson recently gave a reading in Second Life, uniting emergent technology with old-fashioned storytelling.

« That was very strange, » he says. Because of limits with Second Life servers, his immediate audience was limited to 50 people. Audience members’ avatars flew around the room. Questions came in via instant messaging.

But Gibson, in the end, was unfazed.

« I think what struck me most about it was how normal it felt. I was expecting it to be memorably weird, and it wasn’t, » he says. « It was just another way of doing a reading. »

* * * * *

« Pattern Recognition » and « Spook Country » are set in the present. Gibson’s previous books were set in the future. But they’re all about today, of course; the best science fiction usually is. He doesn’t mind watching reality outstrip his futures.

« When I watch my work sort of travel down the timeline of the real future, I just see it acquiring that beautiful, absolutely standard patina of wacky quaintness that any imaginary future will always acquire, » he says. « That’s where your flying car and your food pills all live — and all the other stuff they promised our parents, » he chuckles.

Gibson speaks with a voice of wonder, as if he’s continually surprised at what emerges from his brain — and, for that matter, the raw material with which the world supplies him.

« I’ve been writing stuff set in the 21st century since 1981. Now that I’ve actually arrived into the 21st century the hard way, the real 21st century is so much wackier and more perverse than anything I’ve been able to make up. I wake up in the morning, look at the newsfeed on my computer and away I go. »

In the case of « Spook Country, » he even surprised himself. Gibson admits he had no idea what was in the container until he was well into the novel. He made lists; he played with ideas.

In the end, he says, « I feel like I found the punch line. » The reader in him was pleased by the trick.

« It came as kind of a surprise for me and I actually enjoyed it, » he says. « I usually don’t enjoy writing the ending of a book as much as I enjoyed writing the end of this one. »

8 commentaires pour Théorie du genre: La bataille des toilettes a commencé (Battle of the bathroom: The future is already here – it’s just not yet evenly distributed)

  1. […] pas s’interroger devant ce nouvel avenir qui est déjà là, mais encore inégalement distribué, où l’on se bat déjà pour les toilettes transgenres et […]

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  2. jcdurbant dit :

    Introduire, dès la maternelle, des séances consacrées à la mixité et au respect hommes/femmes
    190

    Proposition UMP.

    Le premier objectif de la promotion de l’égalité des sexes et du respect hommes/femmes dès la maternelle est d’amener les enfants à se sentir autorisés à adopter des conduites non stéréotypées.

    Il faut aider les filles et les garçons à percevoir positivement leur genre et celui du sexe opposé.

    Le second objectif est d’accroître les capacités des enfants à résoudre de façon non violente et coopérative des conflits qui mettent en cause l’appartenance à l’un ou l’autre sexe ainsi que de promouvoir le respect entre les hommes et les femmes. Agir sur une population jeune reste en effet le meilleur moyen d’endiguer la naissance de comportements inacceptables chez les adolescents puis chez les adultes.

    UMP
    le 21 juin 2011

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  3. […] ces nouvelles byzantineries sur le sexe des anges et ce nouvel iconoclasme contre les "images stéréotypées" […]

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  4. […] ces nouvelles byzantineries sur le sexe des anges et ce nouvel iconoclasme contre les "images stéréotypées" […]

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  5. […] ces temps étranges, entre marche des salopes et bataille des toilettes, de mariage et de gestation assistée pour tous mais aussi d’euthanasie bientôt remboursée […]

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  6. jcdurbant dit :

    WHAT’S THE WORLD COMING TO ? (Male students forced to use men’s showers at Canadian university)

    “The purpose of this temporary measure is to provide a safe space for the women who have been directly impacted by the incidents of voyeurism and other students who may feel more comfortable in a single-gender washroom. »

    Melinda Scott (dean of students at University College)

    At least one gender-neutral washroom remains on each floor …

    http://www.huffingtonpost.ca/2015/10/06/u-of-t-bathrooms-voyeurism_n_8253970.html

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  7. jcdurbant dit :


    THIS IS AMERICA (Regardless of your plumbing: Clash of progressive agendas on US trans-friendly comedy show set as crew members too scared to complain about unisex toilet policy for fear they’ll be labeled transphobic)

    You’ve got the LGBT community which demands everyone share bathroom facilities regardless of their plumbing
    You’ve got big labor looking to enforce their CBA against the greedy and oppressive Amazon’s desire to create a hostile work environment
    You’ve got feminists who will feel micro- (and in some cases macro-) aggressions by having to share a bathroom with a man and his evil phallus
    You’ve got trial lawyers who are just itching to bring a hostile work environment lawsuit against deep-pocketed Amazon …

    http://hotair.com/archives/2016/04/19/crew-for-transparent-outraged-over-trans-friendly-bathrooms/

    In the film The Falcon and the Snowman that this was made for, the main character is captured and beaten by the police in Mexico … He protests, saying « I am an American citizen! » which gets the reply, « This is not America ». To me, the song’s about one’s rights and privileges that get taken for granted until they’re gone. Really paranoid song, but that’s the 1980s in a nutshell …

    http://songmeanings.com/songs/view/3530822107858512248/

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