Dylan nobélisé: The day literature died (Sweden got talent: Where does that all end when moss grows fat on a rollin’ stone ?)

bobdylancantsingbring-back-our-girls-michelle-obama

appledylan
bob-dylan-cadillac
dylan-super-bowl
victoriabob
Now for ten years we’ve been on our own And moss grows fat on a rollin’ stone But that’s not how it used to be When the jester sang for the king and queen In a coat he borrowed from James Dean And a voice that came from you and me Oh, and while the king was looking dow The jester stole his thorny crown Do you recall what was revealed The day the music died? Don McLean
Pour conclure, on se pose la question de savoir si des témoignages tirés de l’histoire soviétique et librement réécrits, coupés, arrangés et placés hors contexte historique et temporel peuvent être livrés et reçus comme tels. Matière première pour la fiction ou document historique ? Certes, Svetlana Alexievitch elle-même n’insiste pas sur le côté documentaire de son œuvre, en la qualifiant de « romans de voix », mais le fait même d’indiquer les noms, l’âge, la fonction de chaque personne interrogée entretient la confusion chez le lecteur par la mise en œuvre d’une esthétique du témoignage. Mais une esthétique du témoignage est-elle possible sans éthique du témoignage ? On est en droit de poser la question suivante : si les livres d’Alexievitch n’avaient pas ces mentions de noms de témoins et si elle les avait présentés comme de la fiction (en somme, la littérature de fiction est le plus souvent inspirée des histoires réelles), quelle aurait été la réception de cette œuvre ? Aurions-nous eu le même engouement que provoque chez le lecteur le sentiment de vérité ? Serions-nous bouleversés par ces histoires dont beaucoup nous seraient parues, du coup, incroyables ? Le récit prend ici son caractère d’authenticité et de vérité qui exerce un travail émotionnel sur celui qui le reçoit. C’est la fonction de la télé-réalité et de l’exposition généralisée du « vrai malheur » de « vrais gens » qui a gagné les médias depuis quelques années et qui substitue à la critique politique des problèmes sociaux un espace intime dominé par les affects et le psychisme. L’exemple de l’œuvre d’Alexievitch et de sa réception nous montrent à la fois les enjeux et les limites d’une littérature de témoignage qui ne serait pas fermement enracinée dans une perspective critique et historique ainsi que les limites d’une « dissidence » ou d’une « discordance » qui ne serait pas restituée avec précision dans son contexte historique. Le témoignage a, à coup sûr, sa place dans l’œuvre littéraire, d’autant plus que depuis la Shoah et la Seconde Guerre mondiale, le rapport entre le témoignage et l’histoire est repensé à grands frais. Mais la responsabilité du témoin face à la mémoire collective engage tout autant l’acteur que le narrateur, surtout lorsqu’il s’agit de deux personnes différentes. François Dosse insiste sur l’articulation nécessaire du témoignage, mémoire irremplaçable mais insuffisante, et du discours de la socio-histoire, travail indispensable d’analyse explicative et compréhensive. Si, pour reprendre la formule chère à Paul Ricœur, le témoignage a d’autant plus sa place dans la littérature que les générations présentes entretiennent une dette envers le passé (et envers le futur avec l’avenir contaminé de Tchernobyl), ce qui conduit à donner la parole aux « sans parole », aux vaincus de l’histoire, il implique en retour de redoubler de précaution face aux usages de la mémoire, mémoire aveugle, prisonnière d’imaginaires sociaux et historiques particuliers que le narrateur ne saurait faire passer pour des universaux. En ce sens, on devrait évaluer l’œuvre de Svetlana Alexievitch, qui appartient à un genre littéraire particulier basé sur une construction avec une très forte charge émotionnelle où les témoins sont transformés en porteurs « types » de messages idéologiques, avec des critères littéraires, plutôt que d’y chercher des vérités documentées comme l’a trop souvent fait la presse française et internationale. Galia Ackerman  et Frédérick Lemarchand
You can’t fake true cool. Publicité Chrysler
If you were going to sell out to a commercial interest, which one would you choose? Ladies garments. Rolling stone
I see, I see lovers in the meadow I see, I see silhouettes in the window I’m sick of love, I wish I’d never met you I’m sick of love, I’m tryin’ to forget you. Just don’t know what to do I’d give anything to Be with you. I’m sick of love, I wish I’d never met you I’m sick of love, I’m tryin’ to forget you. Just don’t know what to do I’d give anything to Be with you. Publicité Victoria’s secret
Hurricane est un protest song de Bob Dylan au sujet de l’emprisonnement de Rubin « Hurricane » Carter. Elle résume les prétendus actes de racisme envers Carter, que Dylan décrit comme la principale raison de la condamnation dans ce qu’il considère comme un faux procès. Cette chanson fut l’une des quelques protest songs qu’écrivit Dylan dans les années 1970, et ce fut l’un de ses singles ayant eu le plus de succès de cette décennie, atteignant le 31e rang du Billboard. L’album de Bob Dylan Desire s’ouvre avec le titre Hurricane, dénomination inspirée du surnom de Rubin Carter et dépeignant l’histoire de ce boxeur noir américain, ancien prétendant au titre des poids moyens, accusé du meurtre de trois personnes en 1966. Dylan eut envie d’écrire cette chanson après avoir lu l’autobiographie de Carter Le Seizième Round (The Sixteenth Round), que celui-ci lui avait envoyée « à cause de ses engagements antérieurs dans le combat pour les droits civiques ». Dans son autobiographie, Carter continuait à clamer son innocence et son histoire poussa Dylan à aller lui rendre visite à la prison d’État de Rahway à Woodbridge (New Jersey). (…)  Dylan doit ré-enregistrer la chanson en modifiant les paroles relatives à Alfred Bello et Arthur Dexter Bradley qui « ont dépouillé les corps » (« robbed the bodies »). Les avocats de la Columbia l’ont prévenu qu’il risque un procès pour diffamation. Ni Bello, ni Bradley n’ont jamais été accusés de tels actes. (…) Même avec ces paroles révisées, la controverse continue de croître autour de Hurricane. Les critiques de l’époque lui reprochent de ne raconter qu’une version des faits, le passé judiciaire de Carter étant ignoré dans l’histoire que Dylan raconte, et de manquer d’objectivité. Il y a d’autres inexactitudes, comme par exemple la description de Carter comme prétendant n°1 au titre de champion des poids moyens (« Number one contender for the middleweight crown ») alors que le classement de mai 1966 de Ring Magazine ne le situait qu’au neuvième rang à l’époque de son arrestation. Mike Cleveland du Herald-News, Robert Christgau, et de nombreux autres critiques mettent en question l’objectivité de Bob Dylan au moment de la sortie de la chanson. Cal Deal, journaliste au Herald-News qui couvre l’affaire Carter entre 1975 et 1976, interviewant Carter en août et décembre 1975, accuse plus tard Dylan d’avoir un fort parti pris pour Carter tout en utilisant énormément d’effets artistiques. Pendant la tournée précédant la sortie de Desire, Dylan et le Rolling Thunder Revue participent à La Nuit de l’Ouragan I4 en l’honneur de Carter au Madison Square Garden de New York, le 12 août 1975. De nombreuses vedettes, dont Mohamed Ali, sont présentes à ce concert caritatif où un exposé de 20 minutes explique la situation du boxeur emprisonné5. L’année suivante, ils mettent sur pied la Nuit de l’Ouragan II, cette fois-ci à l’Astrodome de Houston. Ce super-concert, organisé le 25 janvier 1976 est néanmoins un fiasco malgré la présence de Stevie Wonder, Stephen Stills, Ringo Starr ou encore Santana. Trente mille personnes assistent au spectacle mais l’organisation prévoyait plus du double6. En fin de compte, Hurricane rapporte assez de fonds et de publicité pour aider Carter à lancer un recours. En novembre 75 d’abord, la Cour Suprême annonce qu’elle compte réviser l’appel. Un mois plus tard, Carter et Artis retirent leur demande de pardon, souhaitant une réhabilitation complète. En mars 1976, ils sont même libérés sous caution et gagnent le droit à un nouveau procès. Mais Carter est de nouveau condamné à deux peines de prison à vie successives en décembre 1976. Ni Dylan, ni aucun autre défenseur célèbre n’assiste au procès7. En 1985 la justice américaine reconnaît que Carter et Artis n’ont pas bénéficié d’un procès juste et équitable. Carter est remis en liberté. Dylan n’a plus interprété cette chanson depuis le 25 janvier 1976 à Houston, Texas. Wikipedia
Si Dylan est un poète, alors moi je suis basketteur. Norman Mailer
Yippee! I’m a poet, and I know it. Hope I don’t blow it. Bob Dylan
I think of myself more as a song-and-dance man. Bob Dylan
Anything I can sing, I call a song. Anything I can’t sing, I call a poem. Bob Dylan
Don’t be fooled. I just opened up a different door in a different kind of way … I didn’t think I was doing anything different. I thought I was just extending the line. Bob Dylan
Mes trucs, c’était les chansons, vous savez. Ce n’était pas des sermons. Si vous examinez les chansons, je ne pense pas que vous trouverez quoi que ce soit qui fasse de moi un porte-parole de qui que ce soit. Bob Dylan
Je vais partir maintenant. Je vais aller me faire voir ailleurs. J’ai probablement oublié un tas de gens et dis trop à propos de certains. Mais c’est pas grave. Comme dans le Sipitual « Je suis encore en train de traverser le Jourdain, moi aussi. » Espérons qu’on se reverra. Un jour. Et ce sera le cas si, comme disait Hank Williams : « le Bon Dieu le veut bien et la rivière ne déborde pas ». Bob Dylan
Les chansons ne sont pas apparues par magie, je ne les ai pas fabriquées à partir de rien. J’ai appris à écrire des paroles en écoutant des chansons folk. Et je les ai jouées (…) je n’ai rien chanté d’autre que des folk songs, et elles m’ont ouvert le code pour tout ce qui est de bonne chasse, tout ce qui appartient à tout le monde. Si vous aviez chanté John Henry aussi souvent que moi – John Henry was a steel-driving man/Died with a hammer in his hand/John Henry said a man ain’t nothin but a man/Before I let that stea drill drive me down/I’ll die with my hammer in my hand. Si vous aviez chanté cette chanson aussi souvent que moi, vous aussi, vous auriez écrit “How many roads must a man walk down” » (le premier vers de Blowin’ in the Wind). Poursuivant ce jeu, Dylan a rapproché le classique du blues Key to the Highway de Highway 61 Revisited et la vieille chanson de cow-boy The Old Chisholm Trail de Masters of War (…) « Les Byrds, les Turtles, Sonny and Cher… ils ont transformé certaines de mes chansons en succès de hit-parade, mais je n’étais pas un auteur de chansons pop, et ce n’est pas vraiment ce que je voulais être. Mais c’est bien que ce soit arrivé. Leurs versions de mes chansons étaient comme des publicités ». Ce qui a dû ravir Roger McGuinn, des Byrds, qui fut le premier des adorateurs de Bob Dylan. Mais ce dernier n’a pas été avare de compliments pour d’autres artistes, de Nina Simone à Jimi Hendrix (« il a pris de petites chansons que j’avais faites, auxquelles personne ne prêtait attention et les a envoyées aux limites de la stratosphère »), aux Staples Singers ou à Joan Baez (« une femme d’une honnêteté dévastatrice »).  Au fil de cette divagation inspirée et sans doute très calculée, on a appris que Bob Dylan n’aimait pas Jerry Lieber et Mike Stoller (les auteurs de dizaines de classiques du rock) mais qu’il révérait leur collègue Doc Pomus, qu’il préférait Sam Phillips, le fondateur du label Sun (celui d’Elvis Presley et Johnny Cash) à Ahmet Ertegun qui, lui, avait fondé Atlantic. Il a aussi défendu sa voix : « les critiques disent que je mutile mes mélodies, que je rends mes chansons méconnaissables. Vraiment ?  (…) Sam Cooke [chanteur de rhythm’n’blues à la voix d’ange] a répondu ceci quand on lui a dit qu’il avait une belle voix : “c’est très gentil à vous, mais les voix ne doivent pas être jugées en fonction de leur joliesse. Elles ne comptent que si elles vous convainquent qu’elles disent la vérité” ». Bob Dylan a terminé en rendant hommage à un obscur pionnier du rock’n’roll, Bill Riley, créateur de Red Hot qui a dépendu, à la fin de sa vie, de l’assistance de Musicares. « C’était un héros pour moi, j’avais 15 ou 16 ans quand j’ai entendu Red Hot, et j’en suis encore impressionné ». Le Monde
He’s a great humanitarian, he’s great philanthropist He knows just where to touch you honey, and how you like to be kissed He’ll put both his arms around you You can feel the tender touch of the beast You know that sometimes Satan comes as a man of peace. Standing on the water, casting your bread (…) Fools rush in where angels fear to tread (…) You’re a man of the mountains, you can walk on the clouds Manipulator of crowds, you’re a dream twister You’re going to Sodom and Gomorrah (…) Well, the Book of Leviticus and Deuteronomy The law of the jungle and the sea are your only teachers In the smoke of the twilight on a milk-white steed Michelangelo indeed could’ve carved out your features Resting in the fields, far from the turbulent space Half asleep near the stars with a small dog licking your face. (…) Well, the rifleman’s stalking the sick and the lame Preacherman seeks the same, who’ll get there first is uncertain Nightsticks and water cannons, tear gas, padlocks Molotov cocktails and rocks behind every curtain False-hearted judges dying in the webs that they spin Only a matter of time ’til the night comes stepping in. Bob Dylan
Les critiques disent que je ne peux pas chanter. Je coasse, je ressemble à une grenouille. Pourquoi les critiques ne disent-ils pas la même chose de Tom Waits ? Ils disent que ma voix est striée, que je n’ai pas de voix. Pourquoi ne disent-ils pas pareil au sujet de Leonard Cohen ? Pourquoi ai-je le droit à un traitement spécial ? Les critiques disent que je ne peux pas chanter juste et que je m’en sors en parlant dans une chanson. Vraiment ? Je n’ai pas entendu dire cela à propos de Lou Reed. Pourquoi s’en sort-il indemne ? Qu’ai-je donc fait pour mériter un traitement aussi spécial ? Pourquoi moi, seigneur ? Bob Dylan
He got no place to ‘scape to, no place to run (…) Neighborhood bully been driven out of every land He’s wandered the earth an exiled man Seen his family scattered, his people hounded and torn He’s always on trial for just being born He’s the neighborhood bully. Bob Dylan
There must be some kind of way outta here, said the joker to the thief. Bob Dylan
Vous êtes nés, vous savez, le mauvais nom, les mauvais parents. Je veux dire, cela arrive. Vous vous appelez comme vous voulez vous appeler. C’est le pays de la liberté. Bob Dylan (2004)
`Tin Pan Alley is gone. I put an end to it. People can record their own songs now.’ Bob Dylan
In folk and jazz, quotation is a rich and enriching tradition…It has to do with melody and rhythm, and then after that, anything goes. You make everything yours. We all do it. Bob Dylan
It was like all the records up to that time were like sitcoms, and then here came somebody that spoke like a modern-day Shakespeare, and what a difference. Al Cooper
We have an America that, in Bob Dylan’s phrase, is busy being born, not busy dying. Jimmy Carter (Democratic National Convention, New York CityJuly 15, 1976)
The other source of my understanding about what’s right and wrong in this society is from a friend of mine, a poet named Bob Dylan. After listening to his records about “The Ballad of Hattie Carol” and “Like a Rolling Stone” and “The Times, They Are a-Changing,” I’ve learned to appreciate the dynamism of change in a modern society. I grew up as a landowner’s son. But I don’t think I ever realized the proper interrelationship between the landowner and those who worked on a farm until I heard Dylan’s record, “I Ain’t Gonna Work on Maggie’s Farm No More.” So I come here speaking to you today about your subject with a base for my information founded on Reinhold Niebuhr and Bob Dylan. Jimmy Carter
There is no doubt that his words on peace and human rights are much more incisive, much more powerful and much more permanent than those of any president of the United States. Jimmy Carter 
At first I wasn’t sure I was hearing him right and I looked over at Jimmy King. « What the hell did I just hear? » I asked. King smiled and looked at Paul Kirk, who leaned across the table and whispered, « He said his top two advisers are Bob Dylan and Reinhold Niebuhr. » I nodded and got up to go outside for my tape recorder. I could tell by the rising anger in Carter’s voice that we were in for an interesting ride…. And by the time I got back he was whipping on the crowd about judges who took bribes in return for reduced prison sentences, lawyers who deliberately cheated illiterate blacks, and cops who abused people’s rights with something they called a « consent warrant. » « I had lunch this week with the members of the Judicial Selection Committee and they were talking about a ‘consent search warrant,' » he said. « I didn’t know what a consent search warrant was. They said, ‘Well, that’s when two policemen go to a house. One of them goes to the front door and knocks on it and the other one runs around to the back door and yells ‘come in.' » The crowd got a laugh out of that one, but Carter was just warming up and for the next 20 or 30 minutes his voice was the only sound in the room. Kennedy was sitting just a few feet to Carter’s left, listening carefully but never changing the thoughtful expression on his face as Carter railed and bitched about a system of criminal justice that allows the rich and the privileged to escape punishment for their crimes and sends poor people to prison because they can’t afford to bribe the judge…. (…) So this will have to be it, … I would need a lot more time and space than I have to properly describe either the reality or the reaction to Jimmy Carter’s Law Day speech, which was and still is the heaviest and most eloquent thing I have ever heard from the mouth of a politician. It was the voice of an angry agrarian populist, extremely precise in its judgments and laced with some of the most original, brilliant and occasionally bizarre political metaphors anybody in that room will ever be likely to hear. (…) Forty-five minutes later, on our way back to Atlanta in the governor’s small plane, I told Carter I wanted a transcript of his speech. « There is no transcript, » he said. I smiled, thinking he was putting me on. The speech had sounded like a product of five or six tortured drafts…. But he showed a page and a half of scrawled notes in his legal pad and said that was all he had. « Jesus Christ, » I said. « That was one of the damnedest things I’ve ever heard. You mean you just winged it all the way through? » He shrugged and smiled faintly. « Well, » he said, « I had a pretty good idea what I was going to say, before I came up here – but I guess I was a little surprised at how it came out. » Kennedy didn’t have much to say about the speech. He said he’d « enjoyed it, » but he still seemed uncomfortable and preoccupied for some reason. Carter and I talked about the time he invited Dylan and some of his friends out to the governor’s mansion after a concert in Atlanta. « I really enjoyed it, » he said with a big grin. « It was a real honor to have him visit my home. » I had already decided, by then, that I liked Jimmy Carter – but I had no idea that he’d made up his mind, a few months earlier, to run for the presidency in 1976. And if he had told me his little secret that day on the plane back to Atlanta, I’m not sure I’d have taken him seriously…. But if he had told me and if I had taken him seriously, I would probably have said that he could have my vote, for no other reason except the speech I’d just heard.  Hunter S. Thomson
I guess these are the three meanest men I ever met. The other two are Muhammad Ali and Sonny Barger (the godfather of The Hells Angels). Those three men are a whole cut above everybody else I ever ran into. And there was a sheer functional meaness. (…) Meaning the ability to get from A to B, C, M Z, whatever you want. Carter would would cut my head off to carry North Dakota. your legs off to carry a ward in the Bronx. He understands the system. That’s why he won. and never apologize for it. That’s really all I said. I admire that. A person that played the game as well as he did.  Hunter S. Thomson
Just before he died, Jimi Hendrix, his drummer [Mitch Mitchell] and I would sit up all night listening to tapes of our shows. Jimi was the sweetest guy. He made his reputation by setting his guitar on fire, but that eventually became repugnant to him. « I can’t stand to do that anymore, » he said, « but they’ve come to expect it. I’d like to just stand still like Miles. » Transitions aren’t easy. After I took a jazz band into the Grand Ole Opry, they never invited me back! (…) Bob is not authentic at all. He’s a plagiarist, and his name and voice are fake. Everything about Bob is a deception. We are like night and day, he and I. Joni Mitchell
I like a lot of Bob’s songs. Musically he’s not very gifted. He’s borrowed his voice from old hillbillies. He’s got a lot of borrowed things. He’s not a great guitar player. He’s invented a character to deliver his songs. Sometimes I wish that I could have that character — because you can do things with that character. It’s a mask of sorts. Joni Mitchell
Les Etats-Unis sont trop isolés, ils ne traduisent pas assez et ils ne participent pas au dialogue des littératures. Cette ignorance les restreint (…) Il y a des auteurs forts dans toutes les grandes cultures mais vous ne pouvez pas écarter le fait que l’Europe est encore au centre du monde littéraire… pas les Etats-Unis (…) Les auteurs américains contemporains ne s’écartent pas suffisamment de la culture de masse qui prévaut sur leur continent. Horace Engdahl (secrétaire du comité Nobel)
If you look far back, 2,500 years or so, you discover Homer and Sappho. They wrote poetic texts that were meant to be listened to and performed, often together with instruments, and it’s the same way for Bob Dylan. Sara Danius (permanent secretary of the Swedish Academy)
C’est une nouvelle étape vers l’immortalité. De mon répertoire qui s’étale sur 60 ans, aucune chanson n’a été aussi émouvante et ne valait autant la peine dans sa profondeur, sa noirceur, son mystère, sa beauté et son humour que celles de Bob. Joan Baez
D’Orphée à Faiz, chanson et poésie ont toujours été intimement liées. Dylan est le brillant héritier de la tradition des bardes. C’est un super choix  ! Salman Rushdie
Bob Dylan est l’auteur de textes littéraires, au sens le plus profond. Joyce Carol Oates
Dylan, c’est un Kerouac sachant chanter. C’est un Burroughs qui aurait mis en musique la grande parade de la Beat generation, ses fêtes sauvages, ses festins nus. Et c’est d’ailleurs bien ce que dit Ginsberg quand il raconte le choc ressenti en écoutant pour la première fois « A Hard Rain’s A-Gonna Fall » de 1963 dont les accents, la vitesse, la façon d’appuyer soudain plus fort, le travail dans le vif des mots et de l’imaginaire, font écho au meilleur de la littérature du moment – mais avec la musique en plus… Alors, va-t-on lui faire grief de cela ? Va-t-on lui imputer à crime d’avoir greffé les rythmes du blues, de la soul et de la country music sur ceux de la Bible, de William Blake ou de Walt Whitman ? Et refusera-t-on au randonneur de ce « Never Ending Tour » aux deux mille et quelques performances une dignité que l’on aurait reconnue sans mal à l’auteur de « Sur la route » ? C’est Aragon, je crois, qui disait que mettre un poème en musique c’est comme passer du noir et blanc à la couleur. C’est lui qui, chanté par Léo Ferré et d’autres, supposait qu’un poème qu’on ne chante pas c’est un poème comme mort. Eh bien, cette musicalité essentielle à la grande poésie, cette seconde voix qui hante tout poète et qu’il délègue, en général, à ses interprètes ou à ses lecteurs, cette puissance de chant qui est son ultime et secrète vérité et que d’aucuns se seront rendus fous, littéralement et tragiquement fous, à tenter d’extraire de la « cage » aux « cantos », tout se passe comme si Bob Dylan était le seul de son temps à en avoir répondu jusqu’au bout. Aède et rhapsode à la fois… Révolution poético-musicale dans un seul corps et un seul geste… Je me plais à penser que c’est ce tour de force, ou ce coup de génie, que l’académie Nobel salue aujourd’hui dans cette œuvre-vie. Bernard-Henri Lévy
Some who criticized Dylan’s laureate status pointed to his habit of borrowing the words of others and repurposing them as his own. Among other appropriations, Mr. Dylan was accused of lifting lines from Jack London for his “Chronicles: Volume One” memoir; lines from a Japanese novelist, Junichi Saga, showed up in songs from the 2001 album “Love and Theft.” WSJ
He’ll talk about a flying-trapeze family in the circus as an influence, or W.C. Fields. They’re performers and he sees a kind of literature in performance. (…) People are confusing art with a term paper. It shows a fundamental misunderstanding of what artists do. Why single him out? He’s no more a plagiarist than T.S. Eliot or Thelonious Monk. Sean Wilentz (Princeton)
Quant à savoir si la chanson appartient à la littérature: il y a peu de paroles qui réussissent à s’affranchir du rythme et de la mélodie. Le plus drôle, si l’on veut étudier sa prose sans son accompagnement musical, c’est qu’il a justement transformé la musique populaire en découvrant de nouvelles façons de créer des narrations indépendantes de la mélodie et du rythme, comme dans “Mr. Tambourine Man” ou “Like a Rolling Stone”, et qu’il a continué sans relâche à explorer cette veine, avec le succès que l’on sait. Dans le domaine du rock, aucun autre corpus ne peut être comparé à l’œuvre de Dylan, quels que soient les critères retenus. L’académie suédoise reconnaît à Bob Dylan la capacité “d’avoir su créer de nouvelles expressions poétiques dans la grande tradition américaine de la chanson”. Cette précision n’a rien d’anodin : personne ne dit que les chansons de Dylan appartiennent au registre de la poésie et qu’elles sont donc de même nature que les œuvres des précédents poètes lauréats du prix comme T. S. Eliot, Rudyard Kipling, Pablo Neruda, W. B. Yeats et bien d’autres. Cette définition suggère au contraire que sa contribution à la littérature intervient dans une autre catégorie, une catégorie dont il serait l’éminent représentant. Et c’est un fait indiscutable. Des tournures typiquement dylanesques. Ceux qui pensent que les qualités d’écriture de Bob Dylan ne se trouvent que dans ses premières œuvres folks, comme “A Hard Rain’s a-Gonna Fall”, “Blowin’ in the Wind” ou “The Times They Are a-Changin’”, ignorent que l’ancien contestataire continue d’exprimer d’indéniables qualités littéraires, même si ses albums ne sont plus à l’avant-garde du rock et de la pop. Des morceaux datant de la fin des années 1990 et du début du XXI e siècle, comme “Cold Irons Bound”, “High Water (for Charley Patton)”, “Love Sick” et “Pay in Blood”, n’ont rien à envier à ses chefs-d’œuvre rock que furent “All Along the Watchtower” ou “Hurricane”. En reconnaissant qu’il est le digne héritier d’une tradition américaine, l’académie suédoise choisit de ne pas cantonner Dylan à un certain style de composition. Quel que soit le mode d’expression choisi (blues, country, folk, gospel ou différents styles de rock), Dylan reste un immense auteur. Si les mots de Bob Dylan réussissent à avoir une vie propre en dehors de la mélodie, c’est parce que Dylan est passé maître dans l’art de retranscrire l’oralité de la langue américaine. Il est d’abord un auteur qui met ses mots et ses histoires en musique. On retrouve dans ses créations des visions ou des tournures de phrases typiquement dylanesques. Né à Duluth, dans le Minnesota, Dylan est un auteur américain issu des mêmes terres du Midwest que F. S. Fitzgerald, Elmore Leonard, Sinclair Lewis, Carl Sandburg et Thornton Wilder. Comme il le révèle dans son autobiographie Chroniques, volume 1 (et c’est tout aussi évident dans les paroles de ses chansons), Dylan est un boulimique de lecture qui sait apprécier aussi bien une bonne histoire que la saveur des mots ou la musicalité de la prose. Ce prix Nobel de littérature confirme qu’il est bien plus qu’un simple auteur-compositeur. Et ceux qui le suivent de très près, savourant ses fulgurances, son sens de l’observation et sa capacité à détourner de leur routine les mots les plus ordinaires, trouvent cette reconnaissance bien tardive, avec tout le respect dû à messieurs Murakami, Roth, Sondheim et les autres. Chaque phrase, chaque couplet écrit par Dylan mérite amplement cette consécration planétaire. Jim Fusilli
The problem many critics have with calling song lyrics poetry is that songs are only fully realized in performance. It takes the lyrics, music, and voice working in tandem to unpack the power of a song, whereas a poem ideally stands up by itself, on the page, controlling its own timing and internal music. Dylan’s lyrics, and most especially his creative rhyme-making, may only work, as critic Ian Hamilton has written, with “Bob’s barbed-wire tonsils in support.” It is indisputable, though, that Dylan has been influenced a great deal by poetry. He counts Arthur Rimbaud and Paul Verlaine alongside Woody Guthrie as his most important forebears. He took his stage name, Bob Dylan, from Welsh poet Dylan Thomas (his real name is Robert Allen Zimmerman). He described himself once as a “sixties troubadour, » and when he talks about songwriting, he can sometimes sound like a professor of literature: “I can create several orbits that travel and intersect each other and are set up in a metaphysical way.” His work has also veered purposefully into poetry. In 1966, he wrote a book of poems and prose called Tarantula. Many of the liner notes from his 1960s albums were written as epitaphs. And his songwriting is peppered with literary references. Poets.org
I can’t take the vision of Dylan as seer, as teenage messiah, as everything else he’s been worshipped as. The way I see him, he’s a minor talent with a major gift for self-hype. Nik Cohn
Bob Dylan is fast becoming rock’s equivalent of James Joyce, his singular and continuing body of work increasingly picked over by academics and biographers. Last year, for instance, saw the publication of a collection called Do You, Mr Jones?: Bob Dylan with the Poets and Professors, in which the former, particularly Simon Armitage and Paul Muldoon, made much more sense of Dylan’s work than the latter. This may simply be artistic empathy, or it may be that poets sense what scholars seem to have trouble accepting: Dylan is a singer-songwriter first and foremost. His poetry is contained in the wholeness of his art: the convergence of melody, line, turn of phrase, nuance, drawl, and, famously, electricity. His one book of published prose, the amphetamine-fuelled fragments that make up Tarantula, makes the Beats look disciplined and restrained. Interestingly, Christopher Ricks, formerly professor of English at Cambridge, now professor of humanities at Boston, is conspicuous by his absence from that last volume. Which is odd considering that he is, with the American, Greil Marcus, the academic most associated with Dylan. Indeed, he was the brain behind the ‘Is Dylan Better Than Keats?’ faux debate more than a decade ago, on Dylan’s lyrics, and which splutters on from time to time, usually when Dylan finds himself the bemused recipient of yet another honorary doctorate. The Dylan/Keats question could only have been asked by an academic, and it forms the unstated subtext of Ricks’s grandly titled book, Dylan’s Visions of Sin. Here, he attempts to scrutinise Dylan’s lyrics in the same way that he would scrutinise Keats’s poetry. For the purposes of this book, then, Dylan is first and foremost, a poet. (…) Nevertheless sin, both in the literal and metaphorical sense, is a great linch-pin for an investigation of Dylan’s great songwriting adventure. His songs, even those from his protest period, are steeped in biblical allusion. In his second great creative rebirth, he emerged with 1968’s austere and allegorical John Wesley Harding, written with the Bible and the Hank Williams’ Song Book as its guiding principles. In the years since, he has dallied with both orthodox Judaism and, more problematically, evangelical Christianity, most dramatically on 1979’s ragged and vengeful Slow Train Coming, the first of his triumvirate of ‘born-again’ albums. Sean O’Hagan
The opening pages of The Bob Dylan Encyclopedia include a section titled, How to Read This Book. It begins: « Like the instructions on how to play a perfectly simple board game, what follows sounds far more complicated than the actual practice it tries to explain. » As an introduction to the phenomenon of Bob Dylan, it’s so perfect it belongs on his headstone. Dylan is nothing if not a simple act complicated by decades of denial about a thing called stardom and the dances some men will do to get it. Whether his songs were that great is debatable (though most music fans wouldn’t have too many problems with Like a Rolling Stone coming in at No1 in Rolling Stone magazine’s 500 greatest songs of all time). Whether he could sing or play is a matter of opinion. Whether he was truly original depends on how pedantic you want to be about the likes of Woodie Guthrie, Ramblin’ Jack Elliot, et al. But what cannot be disputed is that Dylan invented the arrogant, faux-cerebral posturing that has been the dominant style in rock since, with everyone from Mick Jagger to Eminem educating themselves from the Dylan handbook. (Nick Cave knows it particularly well.) While Elvis was being congratulated by Ed Sullivan for being « courteous », and the Beatles were bowing in gratitude to their audiences, Dylan was rudely scorching journalists and fans alike from behind a compelling facade of pseudo-intellectualism. It was great to watch, but, ultimately a sham: despite being « the voice of a generation », Dylan said practically nothing tangible about anything at all, either in his music or his spoken word. (He did clearly protest Rubin Carter’s innocence in Hurricane, though, as Michael Gray notes, « almost every line of Dylan’s song is inaccurate ».) With Dylan, one struggles to find a message anywhere near as direct as those of, say, Pete Seeger or Billy Bragg, or the angrier proponents of rap, beyond the mere suggestion that something ominous is about to happen, the revving of some nebulous machine against which we all must rage. And, always, Dylan’s insulation was the poet’s defence: no comment. (…) But Gray makes no mention of Bob’s smug, adolescent responses when the restrained Judson asks him to explain himself. Instead, we are told of a Dylan « marvellously wise beyond his years » who « talks in earnest honesty to Horace Judson, the man from Time magazine ». Judson went on to become a respected historian of molecular biology, but we don’t learn that from Gray. Such is the history of pop, when told by the fans of it. Admittedly, Gray is no fawning Dylan apologist; he freely, and with good humour, criticises his lesser work as « dreadful », calls him on his frequent bouts of « disingenuous » play and savages him for such oversights as not inviting Bruce Springsteen to his 30th-anniversary concert in 1992. As a professional student of Dylan (he is responsible for four previous books on him, one of which he « spent most of the 1990s writing », or so we are told in Gray’s own entry in the encyclopedia), Gray appears to observe Dylan as an astronomer might his pet planet, enthusing over the faults and inconsistencies while forever speculating on what’s inside. The problem, however, is that while such candid observation gives the veneer of ruthless honesty, the truth is that obsession can create histories and connections that are scarcely there. Springsteen scores an entry for being « one of several new artists given the tag ‘the new Bob Dylan »‘, which Gray can only presume must have given « Dylan’s pride a knock ». « In the end, of course, » Gray writes, « to concentrate on Springsteen’s greater music-biz success, or even his once great critical modishness, is to miss the essential point in any comparison ». And that is: « Dylan knows, and so do we, that though commercially Bruce Springsteen might have been far more successful, as an artist Dylan’s achievement has been incomparably greater. » In other words, the point of the comparison is that there is no point, and to say this takes Gray a full page. One wonders why pages aren’t similarly devoted to the Spice Girls or Joe Dolce. It’s inevitable, too, that the obsessive might mistake his obsession as proof of the complexity of the object of his obsession, and this seems to be the prevalent symptom when it comes to the Dylan cult. At a famous press conference in San Francisco in 1966, Dylan was perhaps revealing more than he knew when he sarcastically described himself as « a song-and-dance man », causing the assembled crowd to guffaw (they laughed, too, when Dylan said that people who analyse his songs were « welcome »). Over five decades, Dylan has repeatedly described his music as « just songs » — he knows better than anyone how complicated this whole thing isn’t. Those who search for meaning behind the star and his work are not too dissimilar to the deluded geeks who scour Mt Ararat in search of Noah’s Ark. Like a Rolling Stone might well have been written about Edie Sedgwick, Joan Baez, Brian Jones, or the whole fickle Greenwich Village scene, or it could quite possibly have been about nothing — « just a song », after all, made of words and sounds plucked from thin air. It’s a possibility that has undoubtedly occurred to Dylan, if not his fans. (…) So often, books about people in the creative arts are written by cheerleaders disguised as scholars (or vice versa), telling the only side of the story that fans demand. Even those works rich with interviews are tainted by the people telling the stories, whose generosity with the truth is curtailed by the bonds of friendship or professional courtesy, particularly in the case of the authorised biography. One might just as well produce facts in bullet-point form, in the hope that a truer picture will emerge from a joining of the dots. (…) Of course, the illusiveness of truth was the chief frustration with Dylan’s long-awaited 2004 memoir, Chronicles: Volume One, with even British fanzine Judas! describing its author as « a self-conscious artist painting a flattering, self-serving portrait » in which « its 300 pages contain not a single accurate date … not one ». Writer Nigel Hinton, who once confessed in the London Daily Telegraph that Dylan « reduces me almost to the level of screaming groupie, anxious for details of what he eats for breakfast », was, not surprisingly, kinder in his assessment: « No memory is untouched by invention, » Hinton wrote, « and I think Chronicles operates like that. I don’t believe these things Dylan tells us, but I think we know more about him from this invented memory … The essence, the pure spirit of how he is and how he sees the world, comes through the fictionalised memory. » Gray describes Chronicles as « existentially truthful ». And this is how Dylan pulled off the most prestigious magic trick in modern music’s history: he created a persona full of charisma and intelligence both real and affected, then repeatedly disowned it, disappearing into a notional bunker of vagueness before the questions got too tricky, the silence leaving fans gasping for explanations that, beyond some very engaging show-business chutzpah, probably were never there. « Anybody can be specific and obvious, » Dylan told Playboy in 1966. « That’s always been the easy way. It’s not that it’s so difficult to be unspecific and less obvious; it’s just that there’s nothing, absolutely nothing, to be specific and obvious about. » How phoney, and yet how true. While most old men look back at the schemes of their youth with some regret or embarrassment, this evidently is impossible for Dylan, whose position today, built on the pretensions of his youth, validates every word spoken, every decision taken in pursuit of it. Gray seems to understand this, pointing out that Chronicles came with no soul searching or apologies, but rather a « sour and dissembling poor-little-me rant about being abused by the special kind of fame that was his in the second half of the ’60s ». Dylan signed a contract at the start of the show and he’ll honour it to the final curtain, much to the delight of admirers such as Gray, who insists — and not without justification — that Dylan is great regardless of who he really is. A similar sort of admiration is bestowed on Joseph Smith, founder of the Mormon church, by Fawn Brodie in her wonderful biography, No Man Knows My History. Brodie makes clear she thinks Smith was a huckster, but she winds up so enamoured with tenacious creativity as to suggest that, had he not chosen the path of evangelism, he might have been one of the greats of 19th-century American literature. One might similarly conclude that, had it not been for music, the vain, charismatic, enigmatic and ultimately truthless Dylan might have made an excellent cult leader. And, indeed, he does. The Bob Dylan Encyclopedia is a worthy bible for apostles of that cult, and an excellent dunny book for music fans generally. In the end, though, it’s mostly the document of a critic whose obsession with a song-and-dance man has driven him slightly, amusingly — some might say usefully — insane. Jack Marx
C’est le prix Nobel de littérature, pas La Suède a un incroyable talent. Ah, en tout cas, voilà où nous en sommes sur le plan culturel. C’en est fini de la distinction. La discrimination est proscrite, nous vivons à l’ère de l’égalité. De l’émotion. Ne compte que ce qui vend. Mais qui célèbre la mort de la qualité, qui s’imagine qu’en renonçant à l’élitisme on parviendra à coup sûr à la justice, devrait grandement se méfier des conséquences. Une culture qui donne un prix littéraire à Bob Dylan est aussi capable de nominer Donald Trump pour la présidentielle. C’est une culture qui ne se soucie pas des qualifications et ne rêve que de satisfaire les besoins émotionnels bruts. On flatte les plus bas instincts, à gauche comme à droite. Il est de plus en plus difficile de faire appel à la raison car la raison est discriminatoire. Pour en user, et la comprendre, il faut penser, ce qui représente un effort. C’est bien plus facile de réagir avec ses tripes. De “Dylan parce que je l’aime” à “Trump parce que je me sens comme lui”, il n’y a qu’un pas. Tout cela est primaire. On me traitera de fossile, de snob, d’élitiste, etc. Sur cette question-là, peu m’importe ! Il est clair que la culture est nettement plus pauvre aujourd’hui qu’il y a quelques dizaines d’années, ce qui exerce une influence sur la politique. D’année en année, le niveau dégringole, et ce qui paraissait absurde autrefois est désormais considéré comme tout à fait normal. Et l’on oublie, hélas, ce qu’est l’excellence. Je ne sais pas où tout cela nous mène. Peut-être à un Nobel du tweet lyrique accordé à Donald Trump en 2025. Tim Stanley
Bob Dylan is a great songwriter, but famous musicians like him get lots of recognition in other ways, so this was a wasted opportunity to recognise a deserving writer. Prof. Sir Venkatraman Ramakrishnan (Nobel laureate chemistry, 2009)
Même s’il est loin des richissimes Mick Jagger et Paul McCartney, Bob Dylan aurait accumulé une fortune comprise entre 100 et 150 millions de dollars. Sa premières sources de revenus : les concerts de son « Never Ending Tour »(«La tournée sans fin») qu’il a entamé en 1988 après un long passage à vide. Selon les décomptes tenus par les multiples blogs qui suivent ses performances dans le détail, il se serait produit près de 3.000 fois depuis sa renaissance scénique, à raison de 80 à 100 apparitions annuelles. Infatigable ménestrel, il prend des cachets variables selon les lieux et les moyens de ses hôtes, de 250.000 dollars la soirée pour une performance dans une ville de province allemande ou italienne à plus de 3 millions de dollars pour le festival dans le désert qui vient de se tenir où il partageait l’affiche avec les Rolling Stones. Dylan qui a vendu environ 100 millions de disques depuis ses débuts continue aussi d’enregistrer très régulièrement. Il a sorti huit albums ces vingt dernières années qui ont connu un très grand succès critique et commercial. Love and Theft (sorti le 11 septembre 2001 !) a été numéro 5 des ventes, tandis que Modern Time (2006) et Together Through Life (2009) sont montés à la première place. Il s’est même retrouvé en tête des hit-parades britanniques l’an passé avec un album au style crooner, Shadow In The Night, consacré à des reprises de Frank Sinatra. Son immense répertoire de près de 600 chansons lui rapporte aussi beaucoup : les droits d’édition de ses titres utilisés à foison dans des séries télé et des films lui rapporteraient environ 4 millions de dollars de royalties par an selon la presse professionnelle américaine. Le business Dylan repose aussi sur une exploitation efficace de ses archives. Cette tache est dévolue à Jeff Rosen, 61 ans, son manager depuis la fin des années 80. Cet homme ultra discret a ainsi monté une sorte de discographie parallèle à son client appelée les « Bootleg Series » qui a exhumé une foule d’enregistrements inédits ou qui étaient jusque-là piratés sans l’autorisation du maître. Douze double ou triple albums ont déjà été publiés. Et les plus mordus des fans sont servis avec des version luxe à chaque Noël : pour cette fin d’année, on annonce un coffret de… 36 CD avec l’intégralité de la mythique tournée de 1966 à plus de 100 euros. Jeff Rosen s’occupe aussi des liens avec le milieu du cinéma et est notamment à l’origine du long documentaire que Martin Scorcese a consacré au chanteur (No Direction Home). Amazon aurait eu son accord pour lancer une série télé basé sur le répertoire de l’artiste. C’est encore Rosen qui a organisé la cession des archives (non sonores) de Dylan à l’université de Tulsa, en début d’année, soit 6.000 objets (textes originaux, instruments, vêtements et autres) pour une somme de l’ordre de 15 millions de dollars. Ultime volet des affaires du Prix Nobel de littérature – et pas forcément le plus raccord avec le personnage : la publicité. Se moquant comme d’une guigne de son image, Dylan a cédé «The Times they are a changing», l’une des ses plus célèbres « protest songs » à la Bank of Montréal en 1996 et a enchainé régulièrement des spots pour les yaourts Chobani, la Cadillac Escapade, l’iPod d’Apple ou encore la lingerie Victoria Secret. Son dernier gros coup en la matière : une pub de deux minutes pour Chrysler spécialement tournée pour la mi-temps du Superbowl de 2014, dans lequel il vantait l’Amérique, patrie de l’automobile. « Things have changed ». Capital
Dans la liste des lauréats du Nobel de littérature, Bob Dylan peut se targuer de la bibliographie la plus mince. Si l’on met à part la publication des textes de ses chansons en recueil, seuls deux livres ont paru sous son nom : Tarantula, plaquette nourrie de poésie beat et d’autres substances, a vu le jour en 1971 et circulait sous le manteau dès 1966, l’année la plus électrique du troubadour américain. Chronicles vol.1 date de 2004, quand Dylan, quasiment has been dix ans plus tôt, vivait un étonnant retour en grâce, ponctué par des films à sa gloire (docu fleuve de Scorsese, fiction puzzle de Todd Haynes) et des albums à nouveau salués comme des événements. En livrant enfin des fragments autobiographiques – dont il est hasardeux d’espérer la suite –, l’auteur de Like a rolling stone compostait son ticket d’écrivain. Sa nomination au prix annuel du National Book Critic Circles a préfiguré l’adhésion du milieu littéraire. Le nom de Dylan apparut dès 2011 parmi les favoris du Nobel. Qu’il soit primé aujourd’hui n’est donc qu’une demi-surprise. (…)  L’ironie du sort veut que ce Nobel lui tombe dessus alors que ses derniers albums ne contiennent que des morceaux écrits par d’autres, vieux standards de sa jeunesse ressuscités par une voix de crooner usé. Mais attention, le prochain sera celui d’un Nobel. Télérama
Des années qu’elle attend sa consécration. Des années que sont régulièrement consignés les noms de Philip Roth, Don De Lillo, Cormac McCarthy, Russell Banks et quelques autres et non des moindres. Des années que l’Académie suédoise laisse faire, laisse dire, laisse écrire. (…) La littérature américaine contemporaine et ses plus fameux représentants peuvent aller se faire voir et pour un certain temps. En lui préférant un Américain, certes, mais un chanteur/compositeur et non un écrivain puisqu’il n’a pas d’oeuvre littéraire sous la forme habituelle de livres à son actif (en principe, c’est d’abord à ce signe matériel qu’on les reconnaît avant d’y aller voir pour savoir si c’est du lard ou du cochon, comme dirait Jean- Baptiste Del Amo), elle leur adresse un spectaculaire bras d’honneur. Cela fait pourtant des années, aussi, que le nom de Bob Dylan, 75 ans, ait régulièrement cité par les sites de parieurs et les Nobel’s watchers sur la liste des nobélisables ; mais on avait toujours pris cela pour une blague destinée à brouiller les pistes. En fait, c’était du sérieux. Hélas… (…) Peut-être qu’ils ont voulu se donner un petit air transgressif à bon compte ; peut-être que ça leur rappelle leur jeunesse comme moi la mienne ; peut-être s’imaginent-ils encore que le barde, qui a choisi son pseudonyme en hommage au poète gallois Dylan Thomas (1914-1953) et qui doit tant à Woody Guthrie, à la poésie surréaliste, à Jack Kerouac et Allen Ginsberg, sent le soufre ; peut-être croient-ils que leur initiative bouscule, décoiffe, dérange quand, en fait, elle consterne, accable. Entendons-nous bien : les disques de Bob Dylan font partie de ceux que j’écoute en permanence, ses chansons (pas les 700 qu’il a écrites, tout de même) sont dans mon panthéon depuis leur création ou presque. (mais je m’abstiens d’assister à ses concerts car il s’y fout de son public : pas un mot, pas un sourire, pas un geste, pas une minute de plus). Je suis de ceux qui revoient en moyenne une fois par an le No direction home que lui avait consacré Martin Scorcese dans un documentaire inspiré. Mais de la ritournelle, fut-elle supérieure, historique, n’en est pas moins de la ritournelle. J’admire tout autant Léo Ferré mais j’aurais éclaté de rire si on lui avait décerné le prix Goncourt, comme des rires ont fusé à Stockholm, se mêlant aux hourras, quand le porte-parole a annoncé la nouvelle devant la presse. Le rôle de Dylan dans la contre-culture américaine des années 60-70, son influence sur les campus pacifistes en lutte contre la guerre du Vietnam (tiens, à ce titre, on aurait tout aussi bien lui donner le prix Nobel de la paix !), tout cela est incontestable. C’est une légende vivante, il appartient à notre mythologie. Mais certains journaux l’ont tellement comparé à Arthur Rimbaud qu’il a lui-même fini par prendre cela au sérieux. Il faut croire que cela a fait tache jusqu’à Stockholm. Car enfin, si vraiment ils avaient voulu distinguer un poète américain, histoire de faire la nique aux romanciers (on s’amuse comme on peut), ce ne sont pas les grands poètes qui manquent outre-Atlantique. Des vrais. Comme ceux que l’Académie suédoise avait honoré par le passé, les W.B. Yeats, Gabriela Mistral, T.S. Eliot, Salvatore Quasimodo, Georges Séféris, Saint-John Perse, Pablo Neruda, Eugenio Montale, Vicente Alexandre, Odyssées Elytis, Czeslaw Milosz, Jaroslav Seifert, Joseph Brodsky, Camille José Cela, Octavio Paz, Derek Walcott, Seamus Heaney, Tomas Tranströmer et c’est c’est donc parmi eux que Robert Zimmerman dit Bob Dylan prendra rang… Lui attribuer le Nobel de littérature est du même niveau que faire entrer Jean d’Ormesson dans la Pléiade. Et comme il s’agit là de deux institutions littéraires que les lecteurs se sont appropriés, les discréditer par des choix relevant d’une logique extra-littéraire ne peut que provoquer des dégâts. Pierre Assouline
Lui attribuer le Nobel de littérature, c’est affligeant. J’aime Dylan mais il n’a pas d’œuvre. Je trouve que l’Académie suédoise se ridiculise. C’est méprisant pour les écrivains. Pierre Assouline
Bob Dylan n’a rien à voir avec la littérature car la littérature, c’est des livres qu’on lit et non des chansons qu’on écoute. (…) la musique de variété et de rock a chassé du territoire de la musique la musique (classique)… et voilà qu’elle est en train de coloniser le reste de la culture. Alain Finkielkraut
Ce que reproduit ce comité, sous une forme bénigne, c’est la dérive commune des institutions d’une société en phase terminale. Elles se mettent toutes, à un moment donné, à faire autre chose que ce pourquoi elles existent; elles deviennent des tumeurs cancéreuses. La Poste suisse vend des sucreries ou des services bancaires tandis que sa mission de base s’effiloche, ralentit, renchérit et finit par être «outsourcée». L’armée italienne est devenue une organisation humanitaire: elle ne défend plus ses frontières mais aide au contraire les clandestins à les franchir. En France, le ministère de la Culture devient une vitrine à pétasses qui ne lisent rien, tandis que l’Education nationale met en place le désapprentissage du français écrit et la déculturation des indigènes. Les hôpitaux compensent leurs couacs médicaux par des cellules d’accueil et d’accompagnement, les tribunaux et les prisons (…) se prennent pour des confessionnaux voués à la rédemption des pécheurs, tandis que ceux qui sont payés pour œuvrer justement à cela — les prêtres, pasteurs et autres «autorités spirituelles» — se muent en travailleurs sociaux. Les polices se veulent rassurantes et «cool», les cuisiniers vous promettent des expériences mystiques, les musées investissent des millions dans les gadgets technologiques en laissant décrépir à fond de cave des trésors fabuleux et les fabricants de voitures se font les champions de l’environnement. Bref, comme l’a prédit Dutronc, tout le monde rêve d’être une hôtesse de l’air et tout le monde finit dans ce que j’ai appelé le syndrome du boucher végétarien. Pourquoi le Nobel échapperait-il à cette tendance? Et pourquoi s’en prend-on toujours au comité littéraire quand d’autres récompensent ou favorisent des dérives politiques ou économiques aux conséquences autrement plus graves. Ne vient-on pas de donner le Nobel de la Paix à un homme de guerre, le président colombien Santos, alors même que son référendum sur la paix avec les FARC venait d’échouer? Et encore, on a évité bien pire : «Al-Nosra Fabius» figurait parmi les candidats «qui avaient leurs chances! » [les casques blancs  d’Al Nosra ndlr] Tout cela n’est rien en comparaison du «prix d’encouragement» accordé sur parole à M. Obama. Ce Nobel aura été moins une incitation à la bonne conduite qu’un alibi pour Armageddon. Ainsi que le résume le grand journaliste australien John Pilger: «En 2009, à Prague, le président Obama… a promis de “débarrasser le monde des armes nucléaires”. Les gens applaudissaient, pleuraient même. Les médias vomirent un torrent de platitudes. Et Obama reçut par la suite le prix Nobel de la Paix. Or tout était faux. Il mentait. L’administration Obama n’a fait que construire davantage d’armes nucléaires, de têtes nucléaires, de systèmes de projection nucléaires, d’usines nucléaires. Le budget des têtes nucléaires a explosé sous Obama davantage que sous n’importe quel autre président.» Sans oublier son rituel hebdomadaire d’assassinat: «Décrit par l’éditorialiste du “Guardian” comme “amusant, charmant, avec une “coolness” qui écrase pratiquement tout autre homme politique”, Obama a envoyé l’autre jour des drones tuer 150 personnes en Somalie. Il tue d’habitude le mardi, selon le “New York Times”, le jour où on lui donne à signer une liste de candidats à la mort par drone. So cool.» Voilà une dérive autrement plus grave qu’un prix de littérature décerné à un juke-box. En sept ans, le comité a eu le temps d’apprécier l’énormité de son erreur. Il n’a pipé mot. En sept ans, nos médias de grand chemin auraient aussi eu l’occasion de s’interroger sur une distinction déplacée. Ils se sont tus obstinément. Tout à l’opposé du bruit qu’ils firent en réclamant le retrait du Nobel (de littérature!) de Günter Grass après qu’il eut traité Israël de menace à la paix mondiale. Slobodan Despot

Après le plus rapide prix de la paix, le prix le moins littéraire de l’histoire !

Douze Grammys, Rock and Roll Hall of Fame, Nashville Songwriters Hall of Fame, Songwriters Hall of Fame, Oscar de la meilleure chanson de film, Golden Globe, prix Pulitzer, légion d’honneur et innombrables titres de doctor honoris causa, plus de 100 millions d’albums vendus, 80 à 100 concerts annuels, millions de dollars de royalties par an pour près de 600 chansons,  douze double ou triple albums d’enregistrements inédits ou piratés, documentaire de Martin Scorcese (No Direction Home),  future série télé, millions de dollars pour la cession de ses archives (non sonores) à l’université de Tulsa ou pour la publicité («The Times they are a changing» à la Bank of Montréal,  spots pour les yaourts Chobani, Cadillac, Chrysler,  Apple ou encore la lingerie Victoria’s Secret) …

Au lendemain d’une annonce d’un comité Nobel qui après le plus rapide et immérité prix Nobel de la paix de l’histoire et l’an dernier déjà celui d’une journaliste

Nous sort,  au mépris à nouveau des favoris des milieux littéraires comme Salman Rushdie, Adonis ou Ngugi wa Thiong’o, un auteur-compositeur de la chanson de son chapeau …

Comment ne pas voir avec quelques uns des rares critiques qui osent encore élever la voix …

Les dérives démagogiques et politiquement correctes d’un postmodernisme où tout se vaut au nom du refus de toute hiérarchie et hiérarchisation …

Et où l’on peut faire mine de découvrir les talents littéraires prétendument cachés d’un chanteur multimillionnaire et adulé (et même cité par des présidents !) …

Qui entre ses nombreux emprunts à ses pairs pas toujours reconnus et ses emballements protestataires pas toujours appuyés sur les faits …

Aura largement usé de ses considérables talents pour jouer sa vie durant avec la vérité …

Comme le révélait enfin l’an dernier dans son fameux discours du trophée de la branche humanitaire des Music awards …

Et encore à demi-mot entre règlements de comptes et hommages plus ou moins directs à ses nombreux inspirateurs …

Le « song-and-dance man » – et pierre qui roule pleine de mousse amassée – qui avait « juste ouvert une porte différente d’une manière différente » et « prolongé la ligne »  ?

En un long discours, Bob Dylan revient à ses racines

L’auteur de « Blowin’ in the Wind » a jeté une lumière crue et poétique sur ses influences et ses rencontres.

 Thomas Sotinel

Le Monde

09.02.2015

Entre ses onze Grammys, son Oscar de la meilleure chanson composée pour un film (Things Have Changed, dans Wonder Boys), son Golden Globe, sa légion d’honneur, Bob Dylan, 72 ans, n’en est plus à une récompense près. C’est pourquoi la remise du trophée Musicares, le 6 février, à Los Angeles, ne semblait pas devoir marquer particulièrement le parcours de l’auteur de A Hard Rain’s A Gonna Fall. Mais ce soir-là, alors qu’on lui remettait un objet d’art célébrant sa contribution à une organisation qui aide les musiciens malades et nécessiteux, Bob Dylan s’est mis à parler, et à parler. Pendant plus d’une demi-heure, il a tracé une petite cartographie de la musique populaire américaine, reliant ses chansons à leurs ancêtres. Il a distribué bons et mauvais points aux artistes qui ont repris ses titres, il a évoqué ses rencontres et s’est défendu de chanter en croassant. Bref, Bob Dylan, le plus secret des musiciens s’est épanché en public comme il l’avait rarement fait.

Le Los Angeles Times a publié la transcription intégrale de ses propos et on y trouvera autant de richesses que dans un chapitre des Chroniques, les mémoires de Bob Dylan dont un seul tome a été publié à ce jour. Après avoir été présenté sur scène par l’ancien président des Etats-Unis Jimmy Carter, Bob Dylan a commencé par évoquer quelques-unes des personnalités qui l’ont mis en selle, il y a plus d’un demi-siècle, lorsqu’il est arrivé à New York : le talent scout du label CBS, John Hammond (qui avant de découvrir Bob Dylan avait signé les contrats de Count Basie et Aretha Franklin), l’éditeur Lou Levy. Le poète s’est souvenu que ce dernier lui avait dit que ses chansons étaient « soit en avance, soit en retard sur leur temps ». « Il m’a dit que si j’étais en avance et il n’en était pas vraiment sûr il faudrait entre trois et cinq ans au public pour me rattraper. Et c’est ce qui s’est passé ».

Souvent cruel

Le ton du discours de Bob Dylan n’est pas à la modestie, elle n’a jamais été le fort de l’artiste. La lucidité lui va mieux et il a consacré de longues minutes à établir la parenté entre les classiques du folk et du blues et ses compositions. « Les chansons ne sont pas apparues par magie, je ne les ai pas fabriquées à partir de rien. J’ai appris à écrire des paroles en écoutant des chansons folk. Et je les ai jouées (…) je n’ai rien chanté d’autre que des folk songs, et elles m’ont ouvert le code pour tout ce qui est de bonne chasse, tout ce qui appartient à tout le monde.

Si vous aviez chanté John Henry aussi souvent que moi – John Henry was a steel-driving man/Died with a hammer in his hand/John Henry said a man ain’t nothin but a man/Before I let that stea drill drive me down/I’ll die with my hammer in my hand. Si vous aviez chanté cette chanson aussi souvent que moi, vous aussi, vous auriez écrit “How many roads must a man walk down” » (le premier vers de Blowin’ in the Wind). Poursuivant ce jeu, Dylan a rapproché le classique du blues Key to the Highway de Highway 61 Revisited et la vieille chanson de cow-boy The Old Chisholm Trail de Masters of War.

Tout en se défendant de dire du mal de qui que ce soit, Bob Dylan, qui fut souvent cruel au fil des ans (voir le traitement qu’il réserve à Donovan Leitch dans Don’t Look Back, le documentaire de D.A. Pennebaker) a aussi dit « Les Byrds, les Turtles, Sonny and Cher ils ont transformé certaines de mes chansons en succès de hit-parade, mais je n’étais pas un auteur de chansons pop, et ce n’est pas vraiment ce que je voulais être. Mais c’est bien que ce soit arrivé. Leurs versions de mes chansons étaient comme des publicités ». Ce qui a dû ravir Roger McGuinn, des Byrds, qui fut le premier des adorateurs de Bob Dylan.

« Je mutile mes mélodies »

Mais ce dernier n’a pas été avare de compliments pour d’autres artistes, de Nina Simone à Jimi Hendrix (« il a pris de petites chansons que j’avais faites, auxquelles personne ne prêtait attention et les a envoyées aux limites de la stratosphère »), aux Staples Singers ou à Joan Baez (« une femme d’une honnêteté dévastatrice »).

Au fil de cette divagation inspirée et sans doute très calculée, on a appris que Bob Dylan n’aimait pas Jerry Lieber et Mike Stoller (les auteurs de dizaines de classiques du rock) mais qu’il révérait leur collègue Doc Pomus, qu’il préférait Sam Phillips, le fondateur du label Sun (celui d’Elvis Presley et Johnny Cash) à Ahmet Ertegun qui, lui, avait fondé Atlantic.

Il a aussi défendu sa voix : « les critiques disent que je mutile mes mélodies, que je rends mes chansons méconnaissables. Vraiment ?  (…) Sam Cooke [chanteur de rhythm’n’blues à la voix d’ange] a répondu ceci quand on lui a dit qu’il avait une belle voix : “c’est très gentil à vous, mais les voix ne doivent pas être jugées en fonction de leur joliesse. Elles ne comptent que si elles vous convainquent qu’elles disent la vérité” ».

Bob Dylan a terminé en rendant hommage à un obscur pionnier du rock’n’roll, Bill Riley, créateur de Red Hot qui a dépendu, à la fin de sa vie, de l’assistance de Musicares. « C’était un héros pour moi, j’avais 15 ou 16 ans quand j’ai entendu Red Hot, et j’en suis encore impressionné ».

Auparavant, Jack White, Nora Jones, Sheryl Crow avaient interprété des titres de Dylan. Seule cette dernière a eu droit à une mention dans ce discours qui est déjà entré dans le canon des dylanologues.

Voir aussi:

Le bras d’honneur des Nobel à la littérature américaine
Pierre Assouline

La République des livres

le 13 octobre 2016

Des années qu’elle attend sa consécration. Des années que sont régulièrement consignés les noms de Philip Roth, Don De Lillo, Cormac McCarthy, Russell Banks et quelques autres et non des moindres. Des années que l’Académie suédoise laisse faire, laisse dire, laisse écrire. Une règle : ne jamais démentir les rumeurs (son point commun avec la CIA). Une seule fois, il y a huit ans, Horace Engdahl alors secrétaire du comité Nobel, légèrement escagassé que l’on reproche à sa bande de copains engoncés d’ignorer les susnommés, ne supportant plus cette pression insistante en leur faveur, laissa éclater son humeur américanophobe non sans mépris dans une interview à l’Associer Press :

«Les Etats-Unis sont trop isolés, ils ne traduisent pas assez et ils ne participent pas au dialogue des littératures. Cette ignorance les restreint (…) Il y a des auteurs forts dans toutes les grandes cultures mais vous ne pouvez pas écarter le fait que l’Europe est encore au centre du monde littéraire… pas les Etats-Unis (…) Les auteurs américains contemporains ne s’écartent pas suffisamment de la culture de masse qui prévaut sur leur continent » »
Depuis ce matin, nous voilà fixés. La littérature américaine contemporaine et ses plus fameux représentants peuvent aller se faire voir et pour un certain temps. En lui préférant un Américain, certes, mais un chanteur/compositeur et non un écrivain puisqu’il n’a pas d’oeuvre littéraire sous la forme habituelle de livres à son actif (en principe, c’est d’abord à ce signe matériel qu’on les reconnaît avant d’y aller voir pour savoir si c’est du lard ou du cochon, comme dirait Jean- Baptiste Del Amo), elle leur adresse un spectaculaire bras d’honneur.

Cela fait pourtant des années, aussi, que le nom de Bob Dylan, 75 ans, ait régulièrement cité par les sites de parieurs et les Nobel’s watchers sur la liste des nobélisables ; mais on avait toujours pris cela pour une blague destinée à brouiller les pistes. En fait, c’était du sérieux. Hélas… Car enfin, on a beau retourner sa fiche Wikipédia dans tous les sens (une fois n’est pas coutume) en français comme en anglais ou consulter son site, son seul livre est une autobiographie en trois tomes il est vrai (en français chez Fayard, seul le premier est paru). On y apprenait que Balzac est son écrivain de chevet : « Mon romancier-fétiche » avouait-t-il, ce qui est réconfortant en un temps où il est de bon ton, dans les amphithéâtres des universités françaises, d’esquisser une moue de dédain pour le trop prolifique et si peu styliste auteur de la Comédie humaine. On se promettait de l’interroger plus avant la prochaine fois sur The cousin Pons ou sur le Father Goriot. Voilà pour l’oeuvre littéraire. C’est tout ? C’est tout. Le comité Nobel l’avait prévu qui dans son communiqué anticipe déjà le reproche :

« Dylan est une icône. Il a une profonde influence sur la musique contemporaine (…) Il est récompensé « pour avoir créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d’expression poétique dans la grande tradition de la chanson américaine (…) Bob Dylan a écrit une poésie pour l’oreille…
A se demander à quoi peut ressembler une poésie qui n’est pas pour l’oreille, si cela existe. N’empêche. Peut-être qu’ils ont voulu se donner un petit air transgressif à bon compte ; peut-être que ça leur rappelle leur jeunesse comme moi la mienne ; peut-être s’imaginent-ils encore que le barde, qui a choisi son pseudonyme en hommage au poète gallois Dylan Thomas (1914-1953) et qui doit tant à Woody Guthrie, à la poésie surréaliste, à Jack Kerouac et Allen Ginsberg, sent le souffre ; peut-être croient-ils que leur initiative bouscule, décoiffe, dérange quand, en fait, elle consterne, accable. Entendons-nous bien : les disques de Bob Dylan font partie de ceux que j’écoute en permanence, ses chansons (pas les 700 qu’il a écrites, tout de même) sont dans mon panthéon depuis leur création ou presque. (mais je m’abstiens d’assister à ses concerts car il s’y fout de son public : pas un mot, pas un sourire, pas un geste, pas une minute de plus). Je suis de ceux qui revoient en moyenne une fois par an le No direction home que lui avait consacré Martin Scorcese dans un documentaire inspiré. Mais de la ritournelle, fut-elle supérieure, historique, n’en est pas moins de la ritournelle. J’admire tout autant Léo Ferré mais j’aurais éclaté de rire si on lui avait décerné le prix Goncourt, comme des rires ont fusé à Stockholm, se mêlant aux hourras, quand le porte-parole a annoncé la nouvelle devant la presse.

Le rôle de Dylan dans la contre-culture américaine des années 60-70, son influence sur les campus pacifistes en lutte contre la guerre du Vietnam (tiens, à ce titre, on aurait tout aussi bien lui donner le prix Nobel de la paix !), tout cela est incontestable. C’est une légende vivante, il appartient à notre mythologie. Mais certains journaux l’ont tellement comparé à Arthur Rimbaud qu’il a lui-même fini par prendre cela au sérieux. Il faut croire que cela a fait tache jusqu’à Stockholm. Car enfin, si vraiment ils avaient voulu distinguer un poète américain, histoire de faire la nique aux romanciers (on s’amuse comme on peut), ce ne sont pas les grands poètes qui manquent outre-Atlantique. Des vrais. Comme ceux que l’Académie suédoise avait honoré par le passé, les W.B. Yeats, Gabriela Mistral, T.S. Eliot, Salvatore Quasimodo, Georges Séféris, Saint-John Perse, Pablo Neruda, Eugenio Montale, Vicente Alexandre, Odyssées Elytis, Czeslaw Milosz, Jaroslav Seifert, Joseph Brodsky, Camille José Cela, Octavio Paz, Derek Walcott, Seamus Heaney, Tomas Tranströmer et c’est c’est donc parmi eux que Robert Zimmerman dit Bob Dylan prendra rang… Lui attribuer le Nobel de littérature est du même niveau que faire entrer Jean d’Ormesson dans la Pléiade. Et comme il s’agit là de deux institutions littéraires que les lecteurs se sont appropriés, les discréditer par des choix relevant d’une logique extra-littéraire ne peut que provoquer des dégâts.

« Si Dylan est un poète, alors moi je suis basketteur », disait Norman Mailer. Interrogés, les académiciens suédois ont exprimé sinon leur unanimité du moins leur unité au moment du vote. D’après l’un d’eux, Per Wastberg, celui-là même qui voit en Dylan « probablement le plus grand poète vivant », ils espèrent un concert lors de la remise du prix en décembre. C’est tout le mal qu’on leur souhaite.

Au moment même où était annoncé le couronnement de Bob Dylan, le dramaturge italien Dario Fo, lauréat du Nobel de littérature en 1997, passait de vie à trépas. On attend les conclusions du médecin-légiste pour savoir si l’un est la cause de l’autre.

P.S. Pour la route, un extrait des poèmes de jeunesse inédits de Bob Dylan publiés en 2008 :

« from the outside lookin in every finger wiggles the doorway wears long pants an slouches no rejection all’s fair in love and selection but be careful, baby of covered window affection an don’t forget t bring cigarettes for you might just likely find that one outside leads farther out an one inside just leads t another ———————— death silenced her pool the day she died hovered over her little toy dogs but left no trace of itself at her funeral ————————  jaundiced coloured girls pop out of nowhere offerin roses cant eat your roses get ’m out of here gimme food i dig food cant swallow the smell of your flowers, lady want turkey buns hamburger meat history gets the hungries an even the witches sometimes have t eat so please pardon me an dont think i’m prejudiced if i pour your drink all the way down your hairlip gown there’s nothing t be disturbed about it’s just that there’s enough people bending over with the fangs of society burnt into their backs…
(« Le prix Nobel de littérature 2016 » photos D.R.)

Les prix Nobel au caniveau ? Slobodan Despot décrypte le prix de littérature remis à Bob Dylan
Emilie Defresne

medias-prese-info

17 octobre 2016

Ce large extrait d’un article de l’Antipresse N° 46 est rangé au rayon littérature, non en raison du prix Nobel, ni en raison de Bob Dylan a qui il a été attribué, mais en raison du commentaire de Slobodan Despot qui en a tiré la substantifique moëlle:

Le Nobel à Dylan: dynamite ou pétard mouillé?

Alors que l’humanité n’a jamais été aussi proche de son suicide nucléaire, l’Académie suédoise vient de nous gratifier d’un moment bienvenu de franche poilade. Le 13 octobre 2016, elle a attribué le prix Nobel de littérature à Bob Dylan, répandant du même coup la désolation dans les milieux littéraires du monde entier. Eric Neuhoff, pâle de rage, pronostique dans le Figaro que «Francis Lalanne va postuler pour l’an prochain» tandis que dans un registre carrément dogmatique, Alain Finkielkraut affirme que «Bob Dylan n’a rien à voir avec la littérature», car la littérature, précise-t-il, «c’est des livres qu’on lit» et non «des chansons qu’on écoute». Venant d’un académicien français, cette définition tracée au cordeau devrait clore tout débat.

A moins qu’on se fiche de l’Académie française (laquelle, en matière de choix loufoques, s’y connaît aussi un peu). Auquel cas, il faut bien souligner que le problème du Nobel à Dylan ne tient nullement à Dylan, mais uniquement à Nobel. Et quand je dis Nobel, je pense évidemment au jury du prix et non au chimiste qui l’a fondé. Il ne faut surtout pas confondre le grand savant Alfred Nobel avec les clampins qui gèrent sa légation. Si M. Nobel avait tâtonné dans ses expériences comme ses comités choisissent leurs lauréats, il eût sans doute sauté avec son labo avant d’avoir inventé la dynamite.

Dylan & Dylan

De même ne faut-il pas confondre Dylan (Bob, alias Robert Zimmermann) avec Dylan (Thomas), le poète gallois et donc alcoolique qui mourut trop jeune en 1953, et dont Bob a emprunté le prénom pour s’en faire son nom de scène, bien qu’il l’ait nié pendant quarante ans. «Les trucs de Dylan Thomas, j’en ai lu, et ils n’ont rien à voir avec les miens», disait-il au début de sa carrière. De même que les trucs de Bob, selon Alain, de l’Académie française, n’ont rien à voir avec la littérature. C’est pourquoi il ne faut pas les confondre. Si le Nobel avait couronné l’autre Dylan (Thomas), de son vivant ou par contumace, nul n’y eût trouvé rien à redire, ni à relire, du moment que personne hors du pays de Galles ne l’avait vraiment lu. C’est comme pour Wisława Szymborska. Avez-vous lu Wisława Szymborska? Savez-vous même comment cela se prononce? Non, bien entendu. Elle a pourtant décroché le Nobel de littérature 1996 pour son œuvre poétique, qui n’est peut-être pas plus fournie que celle de Bob, mais qui a l’avantage d’être imprimée plutôt que gravée sur disques, et donc d’être infiniment plus confidentielle.

Si le Nobel de Wisława vous a échappé, vous avez sans doute entendu parler de celui qui couronna le clown Dario Fò l’année suivante (1997). Là encore, peu de «livres qu’on lit», mais la pressante et pesante présence sur scène d’une œuvre satirique et sardonique qui eût été considérée comme du simple activisme politique sur planches si son auteur n’avait pas été d’extrême gauche. Car l’extrême gauche, aux yeux des académiciens suédois, c’est de l’art en soi. Du dadaïsme appliqué.

Pour une fois, cette année-là, Dario le clown a soulevé de la poussière au-delà des frontières de son pays; et il y est retourné — à la poussière — le jour même (+ 13.10.2016) où le jury scandinave distinguait Bob le baladin barbichu de la contreculture américaine. Apoplexie d’étonnement, crise de jalousie ou simple passage de flambeau?

Les esprits placides concluront au hasard du calendrier, les imaginatifs y verront un signe: la confirmation d’une continuité dans la provocation, du côté de Stockholm. Certes, l’Académie suédoise a pour devise Snille och Smak, «le Génie et le Goût», mais elle ne précise pas si le goût en question est bon ou mauvais. Elle laisse cela à l’appréciation du comité. Quant au génie… Si elle en manifeste un, c’est bien celui que Neuhoff a immédiatement repéré: «…cette manie qu’ont les plus vénérables institutions de se prendre soudain pour des nids de subversion.»

Evolutions cancéreuses

Eh oui : le scandale du Nobel à Dylan ne concerne que Nobel. Ou presque. Nous reviendrons à Dylan en fin de partie.

Comme le dit Finkielkraut: «la musique de variété et de rock a chassé du territoire de la musique la musique (classique)… et voilà qu’elle est en train de coloniser le reste de la culture». Dylan est certes, à la base, un barde, mais c’est surtout devenu une industrie. A l’heure où la lecture se perd, dit-on, un prix littéraire ne devrait-il pas, d’abord, inciter à la lecture plutôt qu’au streaming?

Ce que reproduit ce comité, sous une forme bénigne, c’est la dérive commune des institutions d’une société en phase terminale. Elles se mettent toutes, à un moment donné, à faire autre chose que ce pourquoi elles existent; elles deviennent des tumeurs cancéreuses. La Poste suisse vend des sucreries ou des services bancaires tandis que sa mission de base s’effiloche, ralentit, renchérit et finit par être «outsourcée». L’armée italienne est devenue une organisation humanitaire: elle ne défend plus ses frontières mais aide au contraire les clandestins à les franchir. En France, le ministère de la Culture devient une vitrine à pétasses qui ne lisent rien, tandis que l’Education nationale met en place le désapprentissage du français écrit et la déculturation des indigènes. Les hôpitaux compensent leurs couacs médicaux par des cellules d’accueil et d’accompagnement, les tribunaux et les prisons (on l’a vu dans Antipresse 45) se prennent pour des confessionnaux voués à la rédemption des pécheurs, tandis que ceux qui sont payés pour œuvrer justement à cela — les prêtres, pasteurs et autres «autorités spirituelles» — se muent en travailleurs sociaux. Les polices se veulent rassurantes et «cool», les cuisiniers vous promettent des expériences mystiques, les musées investissent des millions dans les gadgets technologiques en laissant décrépir à fond de cave des trésors fabuleux et les fabricants de voitures se font les champions de l’environnement. Bref, comme l’a prédit Dutronc, tout le monde rêve d’être une hôtesse de l’air et tout le monde finit dans ce que j’ai appelé le syndrome du boucher végétarien.

La fonction réelle du Nobel

Pourquoi le Nobel échapperait-il à cette tendance? Et pourquoi s’en prend-on toujours au comité littéraire quand d’autres récompensent ou favorisent des dérives politiques ou économiques aux conséquences autrement plus graves. Ne vient-on pas de donner le Nobel de la Paix à un homme de guerre, le président colombien Santos, alors même que son référendum sur la paix avec les FARC venait d’échouer? Et encore, on a évité bien pire : «Al-Nosra Fabius» figurait parmi les candidats «qui avaient leurs chances! » [les casques blancs  d’Al Nosra ndlr]

Tout cela n’est rien en comparaison du «prix d’encouragement» accordé sur parole à M. Obama. Ce Nobel aura été moins une incitation à la bonne conduite qu’un alibi pour Armageddon. Ainsi que le résume le grand journaliste australien John Pilger:

«En 2009, à Prague, le président Obama… a promis de “débarrasser le monde des armes nucléaires”. Les gens applaudissaient, pleuraient même. Les médias vomirent un torrent de platitudes. Et Obama reçut par la suite le prix Nobel de la Paix.

Or tout était faux. Il mentait. L’administration Obama n’a fait que construire davantage d’armes nucléaires, de têtes nucléaires, de systèmes de projection nucléaires, d’usines nucléaires. Le budget des têtes nucléaires a explosé sous Obama davantage que sous n’importe quel autre président.»

Sans oublier son rituel hebdomadaire d’assassinat:

«Décrit par l’éditorialiste du “Guardian” comme “amusant, charmant, avec une “coolness” qui écrase pratiquement tout autre homme politique”, Obama a envoyé l’autre jour des drones tuer 150 personnes en Somalie. Il tue d’habitude le mardi, selon le “New York Times”, le jour où on lui donne à signer une liste de candidats à la mort par drone. So cool.»

Voilà une dérive autrement plus grave qu’un prix de littérature décerné à un juke-box. En sept ans, le comité a eu le temps d’apprécier l’énormité de son erreur. Il n’a pipé mot. En sept ans, nos médias de grand chemin auraient aussi eu l’occasion de s’interroger sur une distinction déplacée. Ils se sont tus obstinément. Tout à l’opposé du bruit qu’ils firent en réclamant le retrait du Nobel (de littérature!) de Günter Grass après qu’il eut traité Israël de menace à la paix mondiale.

Soyons clairs. La mission des petits pays blonds sur le rivage est de l’Atlantique, de la Belgique au Cap Nord, est d’assurer une façade civilisatrice au système de prédation planétaire dont ils sont le cœur mais non la tête. Ils hébergent les parlements, les institutions scientifiques et culturelles, les ONG humanitaires et l’essentiel de l’appareil idéologique présentable. Ils entretiennent une social-démocratie de bon aloi, veillent à l’ouverture des frontières aux migrants du Sud tout en garantissant la fermeture aux cousins de l’Est. Ils parlent l’anglais comme ils respirent. Ils sont la dague du seppuku de l’Europe historique et de son nivellement en parking de supermarché américain. A d’intéressantes exceptions près, les choix des Nobel «idéologiques» (Paix, Littérature, Economie) reflètent ce rôle de house niggers [négriers ndlr] blancs qu’ont les nations blondes de l’est du bassin atlantique. (…)

Tangled up in blah
Jack Marx
The Australian
September 03, 2008

THE opening pages of The Bob Dylan Encyclopedia include a section titled, How to Read This Book. It begins: « Like the instructions on how to play a perfectly simple board game, what follows sounds far more complicated than the actual practice it tries to explain. »

The Bob Dylan Encyclopedia
Compiled by Michael Gray
Palgrave Macmillan, 800pp, $49.95

As an introduction to the phenomenon of Bob Dylan, it’s so perfect it belongs on his headstone. Dylan is nothing if not a simple act complicated by decades of denial about a thing called stardom and the dances some men will do to get it. Whether his songs were that great is debatable (though most music fans wouldn’t have too many problems with Like a Rolling Stone coming in at No1 in Rolling Stone magazine’s 500 greatest songs of all time). Whether he could sing or play is a matter of opinion. Whether he was truly original depends on how pedantic you want to be about the likes of Woodie Guthrie, Ramblin’ Jack Elliot, et al.

But what cannot be disputed is that Dylan invented the arrogant, faux-cerebral posturing that has been the dominant style in rock since, with everyone from Mick Jagger to Eminem educating themselves from the Dylan handbook. (Nick Cave knows it particularly well.)

While Elvis was being congratulated by Ed Sullivan for being « courteous », and the Beatles were bowing in gratitude to their audiences, Dylan was rudely scorching journalists and fans alike from behind a compelling facade of pseudo-intellectualism. It was great to watch, but, ultimately a sham: despite being « the voice of a generation », Dylan said practically nothing tangible about anything at all, either in his music or his spoken word. (He did clearly protest Rubin Carter’s innocence in Hurricane, though, as Michael Gray notes, « almost every line of Dylan’s song is inaccurate ».) With Dylan, one struggles to find a message anywhere near as direct as those of, say, Pete Seeger or Billy Bragg, or the angrier proponents of rap, beyond the mere suggestion that something ominous is about to happen, the revving of some nebulous machine against which we all must rage.

And, always, Dylan’s insulation was the poet’s defence: no comment. The following exchange from a 1966 interview with Playboy (centrefold: Pricilla Wright) is typical:

Dylan: I do know what my songs are about.

Playboy: And what’s that?

Dylan: Oh, some are about four minutes; some are about five, and some, believe it or not, are about 11 or 12.

Playboy: Can’t you be a bit more informative?

Dylan: Nope.

Perhaps necessarily, the interviewer goes on to ask whether Dylan thinks Lincoln wore his hair long to keep his head warm.

Playboy doesn’t rate an entry in Gray’s encyclopedia. Nor does Time magazine’s Horace Freeland Judson, whom a 23-year-old Dylan repeatedly and condescendingly insulted over the course of an interview in 1965. Judson’s interview was deemed worthy of inclusion in Don’t Look Back, a 1966 Dylan PR film, which is discussed at length in the Encylopedia. But Gray makes no mention of Bob’s smug, adolescent responses when the restrained Judson asks him to explain himself. Instead, we are told of a Dylan « marvellously wise beyond his years » who « talks in earnest honesty to Horace Judson, the man from Time magazine ». Judson went on to become a respected historian of molecular biology, but we don’t learn that from Gray. Such is the history of pop, when told by the fans of it.

Admittedly, Gray is no fawning Dylan apologist; he freely, and with good humour, criticises his lesser work as « dreadful », calls him on his frequent bouts of « disingenuous » play and savages him for such oversights as not inviting Bruce Springsteen to his 30th-anniversary concert in 1992. As a professional student of Dylan (he is responsible for four previous books on him, one of which he « spent most of the 1990s writing », or so we are told in Gray’s own entry in the encyclopedia), Gray appears to observe Dylan as an astronomer might his pet planet, enthusing over the faults and inconsistencies while forever speculating on what’s inside. The problem, however, is that while such candid observation gives the veneer of ruthless honesty, the truth is that obsession can create histories and connections that are scarcely there. Springsteen scores an entry for being « one of several new artists given the tag ‘the new Bob Dylan »‘, which Gray can only presume must have given « Dylan’s pride a knock ».

« In the end, of course, » Gray writes, « to concentrate on Springsteen’s greater music-biz success, or even his once great critical modishness, is to miss the essential point in any comparison ». And that is: « Dylan knows, and so do we, that though commercially Bruce Springsteen might have been far more successful, as an artist Dylan’s achievement has been incomparably greater. » In other words, the point of the comparison is that there is no point, and to say this takes Gray a full page. One wonders why pages aren’t similarly devoted to the Spice Girls or Joe Dolce. It’s inevitable, too, that the obsessive might mistake his obsession as proof of the complexity of the object of his obsession, and this seems to be the prevalent symptom when it comes to the Dylan cult. At a famous press conference in San Francisco in 1966, Dylan was perhaps revealing more than he knew when he sarcastically described himself as « a song-and-dance man », causing the assembled crowd to guffaw (they laughed, too, when Dylan said that people who analyse his songs were « welcome »).

Over five decades, Dylan has repeatedly described his music as « just songs » — he knows better than anyone how complicated this whole thing isn’t. Those who search for meaning behind the star and his work are not too dissimilar to the deluded geeks who scour Mt Ararat in search of Noah’s Ark. Like a Rolling Stone might well have been written about Edie Sedgwick, Joan Baez, Brian Jones, or the whole fickle Greenwich Village scene, or it could quite possibly have been about nothing — « just a song », after all, made of words and sounds plucked from thin air. It’s a possibility that has undoubtedly occurred to Dylan, if not his fans.

But The Bob Dylan Encyclopedia is not meant to be taken too seriously. Gray’s pithy observations are far too opinionated for a serious reference book: he blows off Ringo Starr as « never the brightest starr in the firmament, and one of its dullest vocalists »; he dismisses, with no qualification, Brian Setzer and Dave Edmunds as « dismal »; describes Bono as « one of the world’s most self-important and vain celebrities », « the charmless man’s Bob Geldof » and a « wanker », whose name comes with the phonetic instruction « rhymes with con-oh, rather than oh-no »; and, most ironically, writes off the Dylan-obsessed Baez as « a slattern for punishment ».

Elsewhere, amid entries about particular songs (why no Positively 4th Street?), albums, notable individuals (Brian Wilson, for little reason, but who needs one?) and certain moments in history (the Titanic), you’ll find tidbits such as: « nursery rhymes, Dylan’s use of, pre-1990 »; « heroes, special cowboy fondness for »; and, under M, « musicians’ enthusiasm for latest Dylan album, perennial », in which Gray catalogues the phenomenon of musicians who work on Dylans’s imminent album declaring it to be his « best since Blonde on Blonde ».

The Bob Dylan Encyclopedia is less scholarly reference book than, as Gray explains in the preface, « essentially the book of a critic … a gathering together of much disparate information in one place ». Dylan, then, is merely a necessary maypole around which popular music factoids may gambol. It might also be the most honest way for a rock biography to be told. So often, books about people in the creative arts are written by cheerleaders disguised as scholars (or vice versa), telling the only side of the story that fans demand. Even those works rich with interviews are tainted by the people telling the stories, whose generosity with the truth is curtailed by the bonds of friendship or professional courtesy, particularly in the case of the authorised biography. One might just as well produce facts in bullet-point form, in the hope that a truer picture will emerge from a joining of the dots. Gray’s effort is that and much more.

Of course, the illusiveness of truth was the chief frustration with Dylan’s long-awaited 2004 memoir, Chronicles: Volume One, with even British fanzine Judas! describing its author as « a self-conscious artist painting a flattering, self-serving portrait » in which « its 300 pages contain not a single accurate date … not one ». Writer Nigel Hinton, who once confessed in the London Daily Telegraph that Dylan « reduces me almost to the level of screaming groupie, anxious for details of what he eats for breakfast », was, not surprisingly, kinder in his assessment: « No memory is untouched by invention, » Hinton wrote, « and I think Chronicles operates like that. I don’t believe these things Dylan tells us, but I think we know more about him from this invented memory … The essence, the pure spirit of how he is and how he sees the world, comes through the fictionalised memory. » Gray describes Chronicles as « existentially truthful ».

And this is how Dylan pulled off the most prestigious magic trick in modern music’s history: he created a persona full of charisma and intelligence both real and affected, then repeatedly disowned it, disappearing into a notional bunker of vagueness before the questions got too tricky, the silence leaving fans gasping for explanations that, beyond some very engaging show-business chutzpah, probably were never there. « Anybody can be specific and obvious, » Dylan told Playboy in 1966. « That’s always been the easy way. It’s not that it’s so difficult to be unspecific and less obvious; it’s just that there’s nothing, absolutely nothing, to be specific and obvious about. » How phoney, and yet how true.

While most old men look back at the schemes of their youth with some regret or embarrassment, this evidently is impossible for Dylan, whose position today, built on the pretensions of his youth, validates every word spoken, every decision taken in pursuit of it. Gray seems to understand this, pointing out that Chronicles came with no soul searching or apologies, but rather a « sour and dissembling poor-little-me rant about being abused by the special kind of fame that was his in the second half of the ’60s ». Dylan signed a contract at the start of the show and he’ll honour it to the final curtain, much to the delight of admirers such as Gray, who insists — and not without justification — that Dylan is great regardless of who he really is.

A similar sort of admiration is bestowed on Joseph Smith, founder of the Mormon church, by Fawn Brodie in her wonderful biography, No Man Knows My History. Brodie makes clear she thinks Smith was a huckster, but she winds up so enamoured with tenacious creativity as to suggest that, had he not chosen the path of evangelism, he might have been one of the greats of 19th-century American literature. One might similarly conclude that, had it not been for music, the vain, charismatic, enigmatic and ultimately truthless Dylan might have made an excellent cult leader. And, indeed, he does.

The Bob Dylan Encyclopedia is a worthy bible for apostles of that cult, and an excellent dunny book for music fans generally. In the end, though, it’s mostly the document of a critic whose obsession with a song-and-dance man has driven him slightly, amusingly — some might say usefully — insane.

Voir également:

Bob Dylan, le Nobel qui secoue la presse internationale
Jean Talabot
Le Figaro
4/10/2016

REVUE DE PRESSE – Que pensent les médias étrangers de la distinction suprême et surprise attribuée à l’icône du rock contestataire des années 1960 ? Sur (presque) tous les continents, les journaux oscillent entre éloge, perplexité et consternation.

Au lendemain de la nouvelle surprise de la nomination de Bob Dylan, premier musicien à recevoir le prix Nobel de littérature, jeudi 13 octobre, la presse étrangère a abondamment commenté ce choix de l’Académie suédoise, entre satisfaction et ironie. En Angleterre, la BBC, a avec un humour «so british», a recensé douze autres chanteurs compositeurs qui auraient été dignes de recevoir ce Nobel, «maintenant que la compétition est élargie». On y retrouve notamment Kate Bush, Patti Smith, Leonard Cohen ou… Kanye West.

De son côté, The Independent affirme sans ambages sa satisfaction. Cette récompense est «méritée et attendue», affirme le quotidien britannique. «Pourquoi avez-vous mis tant de temps?» demande même le journaliste de The Independent David Lister à l’Académie.

Aux États-Unis, le New Yorker se montre plus nuancé. Sur son site web, l’hebdomadaire dresse la liste des auteurs pouvant se sentir lésés. Mais il interroge aussi: «Pouvons-nous pour une fois savourer simplement ce choix sans le remettre en cause? La roue tourne et parfois vous désigne.»

Le célèbre magazine dévoile par la même occasion la couverture de sa prochaine édition (qui sortira le 24 octobre), dessinée par la graphiste française Malika Favre: un Bob Dylan stylisé, portant lunettes, caban noir, et épaisse tignasse bouclée s’y impose en noir & blanc.

Nobel de la discorde
Les publications sud-américaines se montrent légèrement moins élogieuses que les médias anglophones. «Une polémique autour du Nobel» annonce le quotidien brésilien O Globo, une photo de Robert Allen Zimmerman à l’appui. À Caracas au Venezuela, El Universal enfonce le clou et annonce un «Nobel de la discorde». Même son de cloche en Colombie, avec la une d’El Tiempo: «Le Nobel qui ébranle les murs». El Mercurio, à Santagio du Chili, se montre tout de même plus tendre et titre «Bob Dylan devient éternel».

En Europe, les médias se sont montrés plus circonspects. Le choix du comité Nobel de ne pas choisir un écrivain est davantage commenté que le talent du lauréat. Pour le quotidien espagnol catalan La Vanguardia, ce Nobel dédié au «troubadour du rock», «secoue le monde littéraire». El Periodico désigne le chanteur comme un «barde». Et El País cite avec esprit un tube du rockeur en titrant «Bob Dylan ouvre la porte du ciel littéraire».

L’audace du Comité
En Allemagne, la Süddeutsche Zeitung et le Taz jouent sur les mots. Taz, plutôt perplexe quant au choix d’un chanteur, détourne sur sa une le vers de la chanson Blowin’ in The Wind de Dylan: «How many lines must a man write down?» ( «combien de lignes doit écrire un homme?»), afin de déplorer que le Nobel de littérature échappe à un écrivain. Au contraire, Süddeutsche Zeitung encourage l’audace du Comité Nobel, en empruntant à Dylan ces mots contestataires, chantés dans Subterrean Homesick Blues: «Ne suis pas les leaders, surveille plutôt les parcmètres», dont les fans du rockeur traduisent le sens caché: «Fiez-vous à votre instinct plutôt qu’à ceux qui veulent dicter votre conduite» .

Le quotidien anglophone dubaïote The Gulf News réutilise une chanson du maître pour exprimer sa position: «Don’t think twice, it’s all right» (N’y pense pas plus, tout va bien). Tout comme la Une du Times sud-africain qui reprend la même idée d’ouverture que celle du quotidien français Libération : «Times Are A-Changing».

Voir également:

Ah, la colère des esprits secs à l’annonce du Nobel de Bob Dylan !

Les cris d’orfraie de l’Académie, non de Stockholm, mais de l’Eglise mondiale de littératurologie !

La panique de ce personnel littéraire confit dans ses certitudes et piégé dans ses petits calculs, ses pronostics foireux, ses jeux d’alternance que l’on croit très malins – politique ou pas politique ? Amérique ou reste du monde ? et pourquoi pas une femme ? ou le témoin, quelconque, d’une minorité visible ? ou Machin qui attend depuis vingt ans ? ou Truc qui n’attend plus rien ?

La vérité, n’en déplaise à la cabale des vieillots, c’est que donner le Nobel de littérature à un auteur qui n’a écrit qu’un livre n’est pas plus surprenant que de le donner à Dario Fo ou à Winston Churchill, qui n’en avaient pas écrit beaucoup plus.

Et la vérité, c’est surtout que le donner à l’un de nos derniers poètes populaires, couronner le successeur lointain des Rutebeuf, des Villon, de tous ces baladins des rues, chanteurs de la solitude et de la déréliction qui ont jeté la poésie sur les chemins du monde et les trottoirs de la misère, consacrer un trouvère, un chantre de la fraternité des hommes seuls et des âmes perdues, sacrer l’auteur de ballades qui ont été, pour reprendre le mot d’André Suarès sur Rimbaud, « un moment de la vie » de tant de femmes et d’hommes des XXe et XXIe siècles, la vérité, oui, est que reconnaître l’excellence de cet homme a tout de même plus d’allure que de sortir de son chapeau l’obscur Rudolf Eucken ou, au lieu de Tolstoï, le malheureux Sully Prudhomme.

On s’en voudrait de répondre à la cuistrerie par la cuistrerie.

Mais à ceux qui, ce vendredi matin, vont partout répétant « c’est pas de la littérature ! c’est pas de la littérature ! » on a envie de répondre par Francis Ponge citant Lautréamont pour donner une définition du poète (il disait : du proète) entendu comme barde, ou comme troubadour, devenu, par son « parti pris des choses », plus utile qu’« aucun citoyen de sa tribu » : à qui la définition s’applique-t-elle mieux qu’à l’auteur de ces « Chimes of Freedom » et autres « Long and Wasted Years » qui font vivre et revivre la « République invisible » (Greil Marcus) de la culture américaine ?

Ou par Mallarmé exhortant, dans les mêmes termes ou presque, à « donner un sens plus pur aux mots de la tribu » : qui mieux, de nouveau, que cet artiste du collage, ce caméléon de la citation et de l’intertextualité, ce parolier laconique et savant, pilleur d’épaves célestes ou marines, cet alchimiste du verbe, dont la vie aura passé à réinventer les mots des autres et les siens, à retrouver la braise du temps sous la cendre des défaites du jour, à transmuer en or fin le plomb de ce qu’il entendait à la radio ?

Ou encore la distinction célèbre entre « écrivants » (qui font un usage tristement instrumental du langage) et « écrivains » (qui en font une fin en soi) : Dylan dit-il autre chose quand, nonobstant tant de combats autour des droits civiques, de la résistance à la guerre du Vietnam ou de la révolution du féminisme, il titre l’une de ses plus belles chansons « I’m Not There » – je ne suis pas là, plus des vôtres, adieu les choses d’ici-bas, à bientôt ?

Mais la vraie question est encore ailleurs.

Et l’exercice le plus concluant serait de comparer ce qui est comparable et l’auteur de « Blonde on Blonde » avec ceux qui furent, et demeurent, ses contemporains réellement capitaux.

Dylan, c’est un Kerouac sachant chanter.

C’est un Burroughs qui aurait mis en musique la grande parade de la Beat generation, ses fêtes sauvages, ses festins nus.

Et c’est d’ailleurs bien ce que dit Ginsberg quand il raconte le choc ressenti en écoutant pour la première fois « A Hard Rain’s A-Gonna Fall » de 1963 dont les accents, la vitesse, la façon d’appuyer soudain plus fort, le travail dans le vif des mots et de l’imaginaire, font écho au meilleur de la littérature du moment – mais avec la musique en plus…

Alors, va-t-on lui faire grief de cela ?

Va-t-on lui imputer à crime d’avoir greffé les rythmes du blues, de la soul et de la country music sur ceux de la Bible, de William Blake ou de Walt Whitman ?

Et refusera-t-on au randonneur de ce « Never Ending Tour » aux deux mille et quelques performances une dignité que l’on aurait reconnue sans mal à l’auteur de « Sur la route » ?

C’est Aragon, je crois, qui disait que mettre un poème en musique c’est comme passer du noir et blanc à la couleur.

C’est lui qui, chanté par Léo Ferré et d’autres, supposait qu’un poème qu’on ne chante pas c’est un poème comme mort.

Eh bien, cette musicalité essentielle à la grande poésie, cette seconde voix qui hante tout poète et qu’il délègue, en général, à ses interprètes ou à ses lecteurs, cette puissance de chant qui est son ultime et secrète vérité et que d’aucuns se seront rendus fous, littéralement et tragiquement fous, à tenter d’extraire de la « cage » aux « cantos », tout se passe comme si Bob Dylan était le seul de son temps à en avoir répondu jusqu’au bout.

Aède et rhapsode à la fois… Révolution poético-musicale dans un seul corps et un seul geste… Je me plais à penser que c’est ce tour de force, ou ce coup de génie, que l’académie Nobel salue aujourd’hui dans cette œuvre-vie.

Point de vue. Un poète antique nommé Bob Dylan
Jean-François Bouthors, éditeur et écrivain | DR

Ouest-France

17/10/2016

Bob Dylan au sommet de la littérature mondiale ! Une demi-surprise, en réalité : son nom avait été évoqué parmi les nobélisables, il y a quelques années.
Ce n’est pas un showman que le jury d’Oslo vient d’honorer, mais un poète. D’ailleurs le chanteur, s’il aime monter sur scène, n’a jamais conçu ses concerts comme des spectacles à grands effets, ni sa relation au public comme une opération de séduction. Il n’a toujours été dédié qu’à sa poésie et à la musique dans laquelle il la donnait.

D’où, souvent, l’incompréhension de ceux qui venaient chercher auprès de lui des émotions telles que celles que pouvaient offrir un David Bowie, un Elton John ou un James Brown. D’où la déception de ceux qui venaient écouter les tubes et les standards qu’il ne reprenait que parcimonieusement, et jamais de la même manière. D’où ses impossibles conférences de presse, où il n’avait rien à dire, l’essentiel se trouvant pour lui dans l’acte poétique.

Tout cela avait été admirablement saisi l’an dernier, dans le spectacle d’ouverture de la saison de la Comédie Française au Studio Théâtre à Paris, créé par Marie Rémond et Sébastien Dupeyrou : Comme une pierre reconstituait la création de Like a Rolling Stone, son tube planétaire. Les spectateurs pouvaient découvrir la puissance poétique du chanteur, mais aussi l’isolement, pour ne pas dire l’autisme, dans lequel naissait sa poésie.

À la source de l’inspiration de Dylan, il y a la chanson populaire américaine : Woody Guthrie – l’inventeur du protest song – le gospel, la ballade et le blues, voire même récemment Frank Sinatra…

Attentif au mystère de notre condition
Si l’auteur de Blowin’ in the Wind ne s’est pas enfermé dans la chanson politique, s’il a un jour quitté la guitare acoustique – au grand dam de ses fans de l’époque – pour la formation rock électrifiée, s’il a sans cesse fait des pas de côtés, c’est parce qu’il a toujours cherché à faire écho dans sa création au battement des émotions du monde.

Comme tout poète, il écoute une voix qui parle en lui, qui vient de loin et qu’il projette plus loin encore. C’est pourquoi c’est à peine s’il chante. Il dit, déclame… C’est un slameur bien avant que le slam et le rap n’aient eu pignon sur rue.

On ne comprend pas Dylan si on ne le rattache pas à la tradition poétique antique, celle des vers d’Homère et des Psaumes bibliques. Le créateur de Just like a woman et de The Times They are A-Changin se moque de « l’entertainment » comme de sa première guitare. Ce qui l’intéresse, c’est le mystère de la condition humaine, depuis les émotions intimes jusqu’au tragique de la guerre, c’est l’indicible du destin, c’est le drame de la liberté, ce sont les paradoxes de l’amour.

Ainsi n’est-il pas si loin de Shakespeare. Dans une tirade de Macbeth, ce dernier lance : « La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur qui se pavane et s’agite durant son heure sur la scène et qu’ensuite on n’entend plus. C’est une histoire dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. »

Mais ce constat désabusé est contredit par le simple fait que nous lisons encore cette tirade. Il suffit de la dire pour comprendre qu’un poète, un créateur, est précisément celui qui tire du bruit et de la fureur une œuvre qui fait sens, qui émeut, qui interroge… Et la réussite de Bob Dylan, celle qu’honore le prix Nobel, c’est d’avoir su donner à son art une dimension populaire : il a offert, à tous ceux qui entendent l’anglo-américain, l’accès à une profondeur poétique que la culture de masse, souvent, ignore ou écrase, quand elle ne la ridiculise pas.

Voir de plus:

Bob Dylan, le rock nobélisé

Adoubé écrivain depuis ses mémoires de 2004, « Chronicles vol.1 », donné parmi les favoris du Nobel de littérature il y a cinq ans, le troubadour aux trente-sept albums est consacré par le jury suédois l’année de ses 75 ans.

Dans la liste des lauréats du Nobel de littérature, Bob Dylan peut se targuer de la bibliographie la plus mince. Si l’on met à part la publication des textes de ses chansons en recueil, seuls deux livres ont paru sous son nom : Tarantula, plaquette nourrie de poésie beat et d’autres substances, a vu le jour en 1971 et circulait sous le manteau dès 1966, l’année la plus électrique du troubadour américain. Chronicles vol.1 date de 2004, quand Dylan, quasiment has been dix ans plus tôt, vivait un étonnant retour en grâce, ponctué par des films à sa gloire (docu fleuve de Scorsese, fiction puzzle de Todd Haynes) et des albums à nouveau salués comme des événements. En livrant enfin des fragments autobiographiques – dont il est hasardeux d’espérer la suite –, l’auteur de Like a rolling stone compostait son ticket d’écrivain. Sa nomination au prix annuel du National Book Critic Circles a préfiguré l’adhésion du milieu littéraire. Le nom de Dylan apparut dès 2011 parmi les favoris du Nobel. Qu’il soit primé aujourd’hui n’est donc qu’une demi-surprise.

A ceux qui se plaindraient d’un bâton de maréchal concédé à un chansonnier, on dira que Bob Dylan a toujours écrit. Graphomane autant que musicophage, il s’imbibait aussi bien de la lecture des poètes et romanciers que de l’écoute des bluesmen ou folksingers. Il a libéré l’écriture rock pour le bénéfice d’émules par milliers et l’ébahissement de fans assez vite rompus, selon les époques, à passer par tous les sentiments contradictoires. Ce n’est pas de la déposer sur le papier qui rend la poésie de Dylan plus noble et nécessaire. Telle qu’elle est dans ses disques, chantée, brâmée, nasillée, elle peut être aussi bien triviale ou sublime, laconique ou délirante, biblique ou paillarde, sinistre ou enjouée, cruelle ou touchante, et parfois tout cela en même temps. L’ironie du sort veut que ce Nobel lui tombe dessus alors que ses derniers albums ne contiennent que des morceaux écrits par d’autres, vieux standards de sa jeunesse ressuscités par une voix de crooner usé. Mais attention, le prochain sera celui d’un Nobel.

Voir de plus:

Bob Dylan, rocker, prix Nobel et… cash machine !
Bob Dylan s’est vu attribué hier le Prix Nobel de Littérature, pour « avoir créé de nouveaux modes d’expression poétique ». Mais derrière l’auteur-rocker de talent, il y a aussi un vrai businessman, capable d’aller cachetonner pour des yaourts et des soutiens-gorge.

Capital

14/10/2016

«Money don’t talk it swears» («L’argent ne dit mot, il commande») lâche Bob Dylan dans It’s Allright Ma (I’m Only Bleeding), l’un de ses classiques. Il le pense peut-être mais le chanteur nobélisé a aussi accumulé des montagnes de billets verts lors de sa longue carrière. Ceux qui ne voit en lui qu’un vieux barde pacifiste sont à côté de la plaque : de tous les héros des sixties, il est l’un des plus productifs, toujours sur scène, sortant des albums comme un métronome et exploitant à la perfection ses immenses archives. Sa petite entreprise ne connait pas la crise comme aurait dit Bashung, l’un de ses innombrables disciples.

Jusqu’à 100 concerts par an

Même s’il est loin des richissimes Mick Jagger et Paul McCartney, Bob Dylan aurait accumulé une fortune comprise entre 100 et 150 millions de dollars. Sa premières sources de revenus : les concerts de son « Never Ending Tour »(«La tournée sans fin») qu’il a entamé en 1988 après un long passage à vide. Selon les décomptes tenus par les multiples blogs qui suivent ses performances dans le détail, il se serait produit près de 3.000 fois depuis sa renaissance scénique, à raison de 80 à 100 apparitions annuelles. Infatigable ménestrel, il prend des cachets variables selon les lieux et les moyens de ses hôtes, de 250.000 dollars la soirée pour une performance dans une ville de province allemande ou italienne à plus de 3 millions de dollars pour le festival dans le désert qui vient de se tenir où il partageait l’affiche avec les Rolling Stones.

Ses albums trustent les podiums

Dylan qui a vendu environ 100 millions de disques depuis ses débuts continue aussi d’enregistrer très régulièrement. Il a sorti huit albums ces vingt dernières années qui ont connu un très grand succès critique et commercial. Love and Theft (sorti le 11 septembre 2001 !) a été numéro 5 des ventes, tandis que Modern Time (2006) et Together Through Life (2009) sont montés à la première place. Il s’est même retrouvé en tête des hit-parades britanniques l’an passé avec un album au style crooner, Shadow In The Night, consacré à des reprises de Frank Sinatra. Son immense répertoire de près de 600 chansons lui rapporte aussi beaucoup : les droits d’édition de ses titres utilisés à foison dans des séries télé et des films lui rapporteraient environ 4 millions de dollars de royalties par an selon la presse professionnelle américaine.

Le business Dylan repose aussi sur une exploitation efficace de ses archives. Cette tache est dévolue à Jeff Rosen, 61 ans, son manager depuis la fin des années 80. Cet homme ultra discret a ainsi monté une sorte de discographie parallèle à son client appelée les « Bootleg Series » qui a exhumé une foule d’enregistrements inédits ou qui étaient jusque-là piratés sans l’autorisation du maître. Douze double ou triple albums ont déjà été publiés. Et les plus mordus des fans sont servis avec des version luxe à chaque Noël : pour cette fin d’année, on annonce un coffret de… 36 CD avec l’intégralité de la mythique tournée de 1966 à plus de 100 euros.

Cinéma et pub aussi

Jeff Rosen s’occupe aussi des liens avec le milieu du cinéma et est notamment à l’origine du long documentaire que Martin Scorcese a consacré au chanteur (No Direction Home). Amazon aurait eu son accord pour lancer une série télé basé sur le répertoire de l’artiste. C’est encore Rosen qui a organisé la cession des archives (non sonores) de Dylan à l’université de Tulsa, en début d’année, soit 6.000 objets (textes originaux, instruments, vêtements et autres) pour une somme de l’ordre de 15 millions de dollars.

Ultime volet des affaires du Prix Nobel de littérature – et pas forcément le plus raccord avec le personnage : la publicité. Se moquant comme d’une guigne de son image, Dylan a cédé «The Times they are a changing», l’une des ses plus célèbres « protest songs » à la Bank of Montréal en 1996 et a enchainé régulièrement des spots pour les yaourts Chobani, la Cadillac Escapade, l’iPod d’Apple ou encore la lingerie Victoria Secret. Son dernier gros coup en la matière : une pub de deux minutes pour Chrysler spécialement tournée pour la mi-temps du Superbowl de 2014, dans lequel il vantait l’Amérique, patrie de l’automobile. « Things have changed ».

Voir de même:

Bob Dylan Will Be a-Changin’ Super Bowl Ads This Weekend

Folk icon lends his hit ‘I Want You’ to a yogurt ad

Kory Grow

The ad uses the folk-rock icon’s harmonica-powered 1966 hit « I Want You » as the soundtrack to a very hairy scene. In it, citizens of a rural town cower as a bear works his way through a general store. Eventually, it finds what it’s looking for (it’s easy to guess what that is) and the vocal line of the Blonde on Blonde track plays to narrate just what the bear is thinking.

Where Did Bob Dylan’s ‘Blonde on Blonde’ Rank Among the 500 Greatest Albums of All Time?

Dylan will reportedly make an appearance in another game day ad, too. Multiple sources have told Billboard that Dylan will appear in a Chrysler ad that will also feature an as-yet-undisclosed song by the singer, though neither the car company nor a Dylan rep have confirmed the rumor. The ad will likely promote the auto manufacturer’s new 200 model vehicle.

Previously, Dylan licensed his track « Motherless Children » to Jeep (a Chrysler company) for a spot that aired this past fall. That ad supposedly opened up the conversation that led to this one.

Kantar Media reported recently that the cost of Super Bowl ads has risen by almost 70 percent over the last decade. The average rate for a 30-second spot in last year’s big game cost $4 million. The second most expensive advertising venue in television remains the Oscars, which, by comparison, charges a mere $1.6 million for a half-minute of airtime. The media company estimates that costs of ads will be even higher for the Super Bowl this year.

Other notable Super Bowl ads this Sunday will feature reunions of actors from two TV series – Seinfeld and Full House – and a new song, titled « Invisible, » from U2. That group will also reportedly announce the release of their new album during the Super Bowl.

Voir aussi:

Arts & Entertainment
Is Bob Dylan Literature?
The Nobel committee says ‘Yes’ to Bob Dylan. The Minnesota native is the first musician to win the top literary honor, igniting both applause and a fierce debate
John Jurgensen and Anna Russell

The Wall Street Journal

The bombshell news from Sweden— Bob Dylan winning the Nobel Prize in Literature—would seem to be the last word in a debate that has swirled around the songwriter since he was pegged as the voice of a generation in the 1960s: Do songs such as “My Back Pages” and “Subterranean Homesick Blues” transcend pop music to qualify as great literature?

For the Nobel committee, apparently lyrics like “I was so much older then, I’m younger than that now” and “You don’t need a weatherman to know which way the wind blows” put Mr. Dylan on par with William Faulkner, Ernest Hemingway, Toni Morrison and other American Nobel laureates. He is the first musician to receive the award in its 115-year history.

“If you look far back, 2,500 years or so, you discover Homer and Sappho. They wrote poetic texts that were meant to be listened to and performed, often together with instruments, and it’s the same way for Bob Dylan,” said Sara Danius, the permanent secretary of the Swedish Academy, in announcing the award.

It’s a vindication for literary scholars who have sought to elevate his work, including Christopher Ricks, an former Oxford professor who compared the bard from Hibbing, Minn., to Keats, Yeats and other great poets. Others who have done line-by-line analysis have noted Mr. Dylan’s debt to English and Scottish balladry. The song “A Hard Rain’s A-Gonna Fall,” for instance, borrows from the centuries-old ballad “ Lord Randall. ”

The Nobel news riled some writers who objected to literature’s highest honor going to a musician, regardless of his unofficial stature as “poet laureate of rock ’n’ roll.” Irvine Welsh, the author of “Trainspotting,” wrote on Twitter, “If you’re a ‘music’ fan, look it up in the dictionary. Then ‘literature’. Then compare and contrast.”

Saladin Ahmed, a Detroit-based author of “Throne of the Crescent Moon,” an Arabian-inspired fantasy novel, questioned why Mr. Dylan was the first musician to get the Nobel: “What makes him more worthy of this or more fitting to be recognized as literary, as opposed to the God knows how many troubadours in God knows how many languages that have preceded him?”
U.S. singer-songwriter Bob Dylan was awarded the 2016 Nobel Prize in Literature “for having created new poetic expressions within the great American song tradition. » Photo: Getty

Joyce Carol Oates, who is often mentioned as a Nobel contender, called the committee’s choice “inspired,” but suggested that the surviving Beatles might be more deserving. “Arguably, their music is as significant, or more significant, than Bob Dylan’s work,” she said in an email.

As of Thursday afternoon, the prizewinner himself, 75 years old, had yet to comment on the honor. While he has accepted past laurels in arts and letters, such as France’s Légion d’honneur in 2013, Mr. Dylan routinely swats down the public obsession with his words—even as he places himself in the lineage of history’s greatest writers.

“These songs of mine, they’re like mystery stories, the kind that Shakespeare saw when he was growing up. I think you could trace what I do back that far,” he said last year while accepting an award from the charity arm of the Grammy Awards.

Mr. Dylan, who has written books and stories as well as more than 500 songs, has often defined himself first and foremost as a musician. He was scheduled to perform Thursday night at the Cosmopolitan casino in Las Vegas before a second engagement this weekend at the Desert Trip festival in Indio, Calif., where he shares the bill with Paul McCartney, Neil Young and other giants of classic rock. Mr. Dylan has performed more than 1,400 shows since 2000, according to Pollstar, more than three times as many concerts as any other Desert Trip headliner.

As with the workmanlike schedule of his so-called “never-ending tour,” Mr. Dylan refers to himself as a tradesman in terms of writing, one who deals with mythic themes that go beyond folk music. “It’s called tradition, and that’s what I deal in. Traditional, with a capital T,” he said in a 2012 interview with Rolling Stone.

Among other songwriters, Mr. Dylan has always differentiated himself by the breadth of his influences, vacuuming up writings from the Bible to Rimbaud, Chekhov to fellow Nobel recipient John Steinbeck —not to mention more direct influences in music, from country blues singer Charley Patton to Frank Sinatra.

“He’ll talk about a flying-trapeze family in the circus as an influence, or W.C. Fields. They’re performers and he sees a kind of literature in performance,” says Sean Wilentz, a Princeton American history professor and author of “Dylan in America.”

British music historian Clinton Heylin, the author of several books on the artist, said he participated in a conference a few years ago which debated whether or not Mr. Dylan’s work merited the Nobel. He argued yes. “His influence is so overarching,” he says. “You do have to start saying, well who exactly is it that you’re thinking of picking first?”

Citing Beat writers including Jack ouac and Allen Ginsberg (who was a friend of Mr. Dylan’s), Mr. Heylin says, “Something like ‘Hard Rain’s A-Gonna Fall’ could not exist without the Beats,” he said. “It’s to do with the line structure and the rat-a-tat-tat of imagery.”

Author Ron Rosenbaum, who has written about Mr. Dylan extensively, says Mr. Dylan managed to “mine and undermine language, speech and emotion, crystallize feelings in a way that remains still mysterious and magical…I think he’s had a kind of subtle effect on language, on the deadpan, put-on, sarcastic way we talk.”

Mr. Dylan’s odds of winning have been an annual source of speculation for bookmakers and music nerds, always eager to debate his place in the pantheon.

Gordon Ball, an English professor at Washington and Lee University who first submitted Mr. Dylan as a Nobel candidate in 1996, described his mission in an article published in the journal Oral Tradition: “I cited the almost unlimited dimensions of Dylan’s work, how it has permeated the globe and affected history.” In an interview, Mr. Ball added that he has sent in at least a dozen more bids to the Swedish Academy over the years in “long letters with updated perspectives.”

Some who criticized Dylan’s laureate status pointed to his habit of borrowing the words of others and repurposing them as his own. Among other appropriations, Mr. Dylan was accused of lifting lines from Jack London for his “Chronicles: Volume One” memoir; lines from a Japanese novelist, Junichi Saga, showed up in songs from the 2001 album “Love and Theft.”

In 2012, Mr. Dylan told Rolling Stone magazine: “In folk and jazz, quotation is a rich and enriching tradition…It has to do with melody and rhythm, and then after that, anything goes. You make everything yours. We all do it.”

If you’re a ‘music’ fan, look it up in the dictionary. Then ‘literature.’ Compare and contrast.

Mr. Wilentz goes further: “People are confusing art with a term paper. It shows a fundamental misunderstanding of what artists do. Why single him out? He’s no more a plagiarist than T.S. Eliot or Thelonious Monk. ”

Seeming to acknowledge Mr. Dylan’s artistic cutting and pasting, Ms. Danius of the Nobel organization referred to him “a wonderful sampler.”

Exhibit A in the case for Mr. Dylan as a literary lion is the archive of his work coming together at the University of Tulsa. Trucks full of manuscripts, notebooks, photographs and audio visual recordings have been arriving there since the Bob Dylan Archive was announced last March.

The career-spanning collection of 6,000 items was bought by the university and the George Kaiser Family Foundation, and is expected to open to researchers by spring 2017. It’s no coincidence that the university, which offers an undergraduate course on Mr. Dylan’s work, also hosts the papers of the songwriter’s most important musical and literary inspiration, Woody Guthrie.

For Dylan scholars who have had to make their own subjective studies of his lyrics, the archive beckons as a fount of primary source material. “It should turn a lot of Dylan studies on their head and open up an entirely new continent in terms of his writing,” says Michael Chaiken, the archivist in charge of processing the collection.

He cites Mr. Dylan’s continuous stream of writing and “ruthless self-editing” as evidence that he’s more than just a lyricist. The songwriter filled a quarter of a notebook alone with drafts of “Tangled Up in Blue,” a song on the album “Blood on the Tracks.”

The 1975 release, which heralded an artistic rebirth, might have been what Mr. Dylan was referring to in his “Chronicles” book as “an entire album based on Chekhov stories—critics thought it was autobiographical—that was fine.” He didn’t name the album.

An Indian writer, Rabindranath Tagore, won the Nobel Prize in Literature in 1913. Although he won for poetry, he also wrote songs.

The Nobel Prize will only heighten the interest of scholars, who are lining up for a peek at the archives. With the collection on his home turf, University of Tulsa English department chair Randall Fuller has set aside his research on Henry James to write an “intellectual biography” of the sphinx-like troubadour. “Most of my scholarly work has been in 19th-century literature—Emerson, Whitman, Dickens—and I do see Dylan very much in that tradition, as someone who is profoundly engaged by questions of human freedom, and is at the same time clear-eyed about its limitations.”

The fact that pop songs were the vehicle for these themes doesn’t diminish them. Says Professor Fuller: “I learned how to do literary criticism by studying liner notes on albums.”

—Jennifer Maloney contributed to this article

Voir de même:

Yes, Bob Dylan Deserves the Nobel Prize
The songwriter is a master of an American colloquial style, who discovered new ways of setting words and narrative to music.
Jim Fusilli
The Wall Street Journal

Oct. 13, 2016

For those who endorse awarding Bob Dylan the Nobel Prize in Literature, the question might be: Why did the Swedish Academy wait so long? For those who oppose: A songwriter?

But there is never an expiration date on the acknowledgment of excellence, and Mr. Dylan is much more than a songwriter. One may quarrel that the award delays what appears to be the inevitable recognition by the academy of novelists Haruki Murakami and Philip Roth, among others, or that a composer for musical theater like Stephen Sondheim is the place to begin if songs are considered literature. But no one who knows Mr. Dylan’s work and its impact on his and subsequent generations of authors and composers can dispute its high quality.

To the point of whether the words to songs comprise literature: It is the rare lyric that can stand on its own without the rhythm the music provides. The irony of assessing Mr. Dylan’s words absent the accompaniment is that he changed popular music by discovering and then exploring, repeatedly and often magnificently, new ways to set distinctive narratives to melody and rhythm as in “Mr. Tambourine Man” or “Like a Rolling Stone.” There is no comparable body of work, regardless of standard of measurement, by any other artist of the rock era.

The academy is acknowledging Mr. Dylan for “having created new poetic expressions within the great American song tradition.” This is a precise definition: It doesn’t claim that Mr. Dylan’s lyrics are poetry and thus comparable to the work of Nobel Prize-winning poets T.S. Eliot, Rudyard Kipling, Pablo Neruda, W.B. Yeats and others. It suggests that his contribution to literature exists in a separate category, one in which he is a dominant figure. This is fact and it remains so. Those who think Mr. Dylan’s great writing can be found only in his most familiar early folk works—such as “A Hard Rain’s a-Gonna Fall,” “Blowin’ in the Wind” and “The Times They Are a-Changin’”—should know that he is still writing well, even if his albums are no longer in the vanguard of rock and pop. His late-1990s and early 21st-century narrative songs like “Cold Irons Bound,” “High Water (for Charley Patton),” “Love Sick” and “Pay in Blood” are comparable in their storytelling prowess to one of his rock masterpieces like “All Along the Watchtower” or “Hurricane.” In recognizing that he is extending an American tradition, the academy is careful not to limit Mr. Dylan to a specific style of composition. He has written great songs in the form of the blues, country, folk, gospel and various styles of rock.

Mr. Dylan’s words can resonate independently because he is a master of an American colloquial style—a writer who sets words and narrative to music. All but inevitably his lyrics include an insight or turn of phrase that is distinctly his own. Born in Hibbing, Minn., Mr. Dylan is an American writer who emerged from the same upper Midwest soil as did F. Scott Fitzgerald, Elmore Leonard, Sinclair Lewis, Carl Sandburg and Thornton Wilder. As revealed in “Chronicles, Volume One,” his delightful autobiography—and also amply evident in his lyrics—Mr. Dylan is a voracious reader who appreciates story as well as wordplay and the flow of language.

The Nobel Prize in Literature confirms his status as something more than a songwriter of a kind with those who preceded him. For those who follow him closely, savoring his witticisms, poignant observations and the unexpected word at precisely the right time, the acknowledgment is long overdue, with all respect to Messrs. Murakami, Roth, Sondheim and others. Sentence by sentence and verse by verse, Mr. Dylan’s body of work is worthy of maximum celebration.

—Mr. Fusilli is the Journal’s rock and pop music critic. Email him at jfusilli@wsj.com and follow him on Twitter @wsjrock.

 To the point of whether the words to songs comprise literature: It is the rare lyric that can stand on its own without the rhythm the music provides. The irony of assessing Mr. Dylan’s words absent the accompaniment is that he changed popular music by discovering and then exploring, repeatedly and often magnificently, new ways to set distinctive narratives to melody and rhythm as in “Mr. Tambourine Man” or “Like a Rolling Stone.” There is no comparable body of work, regardless of standard of measurement, by any other artist of the rock era. The academy is acknowledging Mr. Dylan for “having created new poetic expressions within the great American song tradition.” This is a precise definition: It doesn’t claim that Mr. Dylan’s lyrics are poetry and thus comparable to the work of Nobel Prize-winning poets T.S. Eliot, Rudyard Kipling, Pablo Neruda, W.B. Yeats and others. It suggests that his contribution to literature exists in a separate category, one in which he is a dominant figure. This is fact and it remains so. Those who think Mr. Dylan’s great writing can be found only in his most familiar early folk works—such as “A Hard Rain’s a-Gonna Fall,” “Blowin’ in the Wind” and “The Times They Are a-Changin’”—should know that he is still writing well, even if his albums are no longer in the vanguard of rock and pop. His late-1990s and early 21st-century narrative songs like “Cold Irons Bound,” “High Water (for Charley Patton),” “Love Sick” and “Pay in Blood” are comparable in their storytelling prowess to one of his rock masterpieces like “All Along the Watchtower” or “Hurricane.” In recognizing that he is extending an American tradition, the academy is careful not to limit Mr. Dylan to a specific style of composition. He has written great songs in the form of the blues, country, folk, gospel and various styles of rock. Mr. Dylan’s words can resonate independently because he is a master of an American colloquial style—a writer who sets words and narrative to music. All but inevitably his lyrics include an insight or turn of phrase that is distinctly his own. Born in Hibbing, Minn., Mr. Dylan is an American writer who emerged from the same upper Midwest soil as did F. Scott Fitzgerald, Elmore Leonard, Sinclair Lewis, Carl Sandburg and Thornton Wilder. As revealed in “Chronicles, Volume One,” his delightful autobiography—and also amply evident in his lyrics—Mr. Dylan is a voracious reader who appreciates story as well as wordplay and the flow of language. The Nobel Prize in Literature confirms his status as something more than a songwriter of a kind with those who preceded him. For those who follow him closely, savoring his witticisms, poignant observations and the unexpected word at precisely the right time, the acknowledgment is long overdue, with all respect to Messrs. Murakami, Roth, Sondheim and others. Sentence by sentence and verse by verse, Mr. Dylan’s body of work is worthy of maximum celebration.

(Re)découvrez l’une des chansons pro-Israël oubliées de Bob Dylan
‘Neighborhodd Bully’ déplore le fait que l’Etat juif soit ‘en infériorité numérique d’environ d’un million pour un’
Gabe Friedman

The Times of Israel

13 octobre 2016

JTA – « J’étais tellement plus vieux, je suis plus jeune que ça maintenant », a chanté Bob Dylan en 1964 dans sa « My Back Pages ».

Alors que la judéité de Dylan a été examinée et réexaminée au cours des années, relativement peu d’attention a été accordée à sa chanson de 1983 « Neighborhood Bully » – une rare déclaration d’un soutien à pleine voix pour Israël d’un rocker américain populaire.

Les paroles (complètes ici en anglais) assimilent Israël à un « homme en exil », qui est injustement étiqueté comme un tyran car il repousse les attaques constantes de ses voisins.

Dylan a publié la chanson dans son deuxième album studio, « Infidels », suite à sa brève incursion chez les ‘chrétiens-nés de nouveau’ à la fin des années 1970 et au début des années 1980.

Certaines des paroles sonnent comme des extraits d’un discours qu’aurait pu prononcer le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui dépeint souvent Israël comme un pays assiégé.

Eh bien, l’intimidateur du quartier, il est juste un homme
Ses ennemis disent qu’il est sur leurs terres
Ils ont obtenu son infériorité numérique à un million à un
Il n’a pas d’endroit où s’échapper, pas d’endroit où se réfugier
Il est l’intimidateur du quartier

D’autres se souviennent des affiches de campagne de 2015 du parti politique sioniste et religieux HaBayit HaYehudi, dans lequel le chef du parti (et le ministre actuel de l’Éducation) Naftali Bennett appelle les Israéliens à « cesser de présenter des excuses ».

Eh bien, des lyncheurs, il a assommé, il a été critiqué
Les vieilles femmes l’ont condamné, qu’il devrait s’excuser.
Puis il a détruit une usine à bombe, personne ne s’est réjoui
Les bombes lui étaient destinées. Il était censé se sentir mal
Il est l’intimidateur de quartier

« Neighborhood Bully » a été écrite après la guerre controversée entre le Liban et Israël, à un moment où même les Israéliens avaient remis en question leur gouvernement.

Né Robert Allen Zimmerman et élevé dans la culture juive dans le Minnesota, Dylan a entretenu ses liens avec Israël tout au long de sa vie. Il s’est rendu plusieurs fois dans le pays à la fin des années 1960 et 1970 et avait même entamé la procédure pour rejoindre un kibboutz. Il a donné trois spectacles en Israël en 1987, 1993 et 2011. Le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanction (BDS) avait fait pression sur lui pour qu’il annule sa performance la plus récente – mais en vain.

Plus récemment encore, les Israéliens peuvent remercier Dylan pour le concert des Rolling Stones à Tel Aviv en 2014, la première visite du groupe dans le pays. Selon le guitariste Ronnie Wood, c’est Dylan qui leur a donné l’idée.

« Il sortait de la scène et nous dit : ‘nous allons à Tel-Aviv’ », a confié Wood à la Deuxième chaîne à l’époque. « Il avait un grand sourire sur son visage et dit qu’il adorait être là [en Israël] ».

Les 5 moments « les plus juifs » du prix Nobel Bob Dylan
Le lauréat du prix Nobel de littérature, chrétien régénéré dans les années 70 avait tout de même célébré la bar mitsva de son fils au mur Occidental
Gabe Friedman

The Times of Israel

14 octobre 2016

JTA – Peut-être que les temps changent, après tout. Bob Dylan est devenu le premier musicien à gagner le prix Nobel de littérature, une récompense qui lui a été décernée jeudi. Le Barde, comme l’appellent affectueusement ses fans, soulignant qu’il est perçu aussi bien comme poète que comme musicien, est devenu le quinzième juif a remporter le prix de littérature, rejoignant Saul Bellow, Isaac Bashevis Singer et Patrick Modiano.

Il a même battu le juif Philip Roth, considéré depuis des années comme favori pour remporter le Nobel (et à 83 ans, pourrait bien voir cette opportunité lui filer entre les doigts).

La trajectoire religieuse de Dylan a toujours été pour le moins impressionnante. Né Robert Zimmerman, et élevé dans une petite communauté juive du Minnesota (il a passé ses étés à Camp Herzl, un camp sioniste dans le Wisconsin), Dylan est devenu un chrétien régénéré dans les années 70. Après avoir sorti quelques albums de music gospel polarisés, il est revenu à ses racines juives dans les années 80. Au cours des dernières décennies, il a même pris part à des offices lors des fêtes dans des synagogues Habad orthodoxes.

Pour rendre hommage à cet accomplissement de Bob Dylan, voici les 5 moments de « les plus juifs » de sa vie

Célébrer la bar-mitsva de son fils au mur Occidental

Peu après avoir sorti son dernier album de musique chrétienne au début des années 80, Dylan a tenu a célébré la bar-mitsva de son fils aîné Jesse au mur Occidental. Jesse est le fils de sa première femme Sara (née Shirley Marlin Noznisky), et s’est lancé dans une carrière de réalisateur de vidéo musicale et a fondé Wondros, sa société de production.

Chanter « Hava Naguila » lors du téléthon Habad

Après son mystérieux « retour » au judaïsme, Dylan a étudié auprès de rabbins Habad dans les années 80. Son apparition au téléthon Habad n’était pas la première fois qu’il manifestait son soutient au mouvement (ni son premier caméo dans un téléthon), mais c’est peut-être le plus juif de tous. C’es un Bob Dylan, arborant une kippa qui a accompagné le compositeur Peter Himmelman (son gendre juif) et Harry Dean Stanton à l’harmonica, pendant que le groupe jouait « Hava Naguila ».

Célébrer un Seder avec Marlon Brando

En 1975, Dylan avait sorti des albums avant-gardistes notamment « The Times They Are A’Changin’ », « Highway 61 Revisited » et « Blood on the Tracks ». Marlon Brando avait déjà joué dans ses films les plus iconiques, de « Sur les quais », au chef d’œuvre « Le parrain ». Donc le Seder communautaire au Hollwood’s Temple Israel, auquel Brando a participé, et où Dylan a joué son hymne pacifique « Blowin’ in the Wind », ne ressemblait ni de près ni de loi au Seder familial que vous connaissez.

Selon l’article du JTA sur cet événement, Rabbi Haskell Bernat, le grand rabbin de la communauté avait déclaré que Brando, Dylan et un troisième invité, Dennis Banks, chef du mouvement amérindien (appelé Kenneth Banks dans l’article, à tort) « ont contribué à donner un sens de justice et de conscience sociale au peuple américain. »

Chanter un hymne pro-Israël “Neighborhood Bully”

Juste après la bar-mitsva de son fils au Kotel, et un an après la première et très controversée guerre du Liban, Dylan a sorti “Neighborhood Bully”, dans son album de 1983 « Infidels ». Dans ce qui est probablement la plus juive des chansons rock jamais enregistrées, Dylan décrit Israël comme « l’homme exilé », qualifié à tort d’harceleur pour se parer aux attaques constantes de ses voisins. L’une des phrases de la chanson décrit :

« Eh bien, l’intimidateur du quartier, il est juste un homme
Ses ennemis disent qu’il est sur leurs terres
Ils ont obtenu son infériorité numérique à un million à un
Il n’a pas d’endroit où s’échapper, pas d’endroit où se réfugier
Il est l’intimidateur du quartier »

Soutenir la musique « Like a Rolling Stone » par une réalisatrice israélienne

« Like a Rolling Stone », l’une des chansons les plus populaires de Dylan est sortie en juillet 195. Près d’un demi-siècle plus tard, en2013, Vania Heymann, diplômée de l’école des Beaux-arts Bezalel, a créé un clip interactif sur cette chanson.

La vidéo permettait aux téléspectateurs de changer de « chaine » et de choisir parmi un panel de célébrités qui chantait ce tube. De manière inattendue, Dylan a soutenu le projet, et en a même fait la promotion sur son site internet. Heymann, née dans une famille orthodoxe, a, depuis, réalisé le clip très populaire de la chanson de Coldplay, Up & Up.

Tangled up in Bob
Leading Dylanologist Christopher Ricks concludes his obsessive pursuit of an elusive quarry in Dylan’s Visions of Sin
Dylan’s Visions of Sin by Christopher Ricks

Sean O’Hagan

Sunday 14 September 2003

Dylan’s Visions of Sin
by Christopher Ricks
Viking £25, pp517

Bob Dylan is fast becoming rock’s equivalent of James Joyce, his singular and continuing body of work increasingly picked over by academics and biographers.

Last year, for instance, saw the publication of a collection called Do You, Mr Jones?: Bob Dylan with the Poets and Professors, in which the former, particularly Simon Armitage and Paul Muldoon, made much more sense of Dylan’s work than the latter.

This may simply be artistic empathy, or it may be that poets sense what scholars seem to have trouble accepting: Dylan is a singer-songwriter first and foremost. His poetry is contained in the wholeness of his art: the convergence of melody, line, turn of phrase, nuance, drawl, and, famously, electricity. His one book of published prose, the amphetamine-fuelled fragments that make up Tarantula, makes the Beats look disciplined and restrained.

Interestingly, Christopher Ricks, formerly professor of English at Cambridge, now professor of humanities at Boston, is conspicuous by his absence from that last volume. Which is odd considering that he is, with the American, Greil Marcus, the academic most associated with Dylan. Indeed, he was the brain behind the ‘Is Dylan Better Than Keats?’ faux debate more than a decade ago, on Dylan’s lyrics, and which splutters on from time to time, usually when Dylan finds himself the bemused recipient of yet another honorary doctorate.

The Dylan/Keats question could only have been asked by an academic, and it forms the unstated subtext of Ricks’s grandly titled book, Dylan’s Visions of Sin. Here, he attempts to scrutinise Dylan’s lyrics in the same way that he would scrutinise Keats’s poetry. For the purposes of this book, then, Dylan is first and foremost, a poet.

It begins with an epigraph, not by Rimbaud, the patron saint of rock’n’roll visionaries, but by Kingsley Amis, whose only possible connection to Dylan is that he, too, made an art of extreme contrariness in the latter stages of his career. ‘Of the seven deadly sins,’ Amis senior writes, ‘Roger considered himself qualified in gluttony, sloth and lust but distinguished in anger.’

The quote, from One Fat Englishman, handily introduces Ricks’s conceit, which is to use the model of the Seven Deadly Sins, and, indeed, the Four Cardinal Virtues, and the Three Heavenly Graces, as the guiding principle for his study of Dylan’s lyrics. Already, though, we are on shaky ground. The Amis quote suggests, wrongly in my opinion, that anger is Dylan’s main creative driving force, rather than, say, disgust, of which he is a master, or spite, which, as ‘Positively 4th Street’ illustrates, he once excelled at, or world weariness, which underpins much of his later work from, say, 1989’s No Mercy album to the relentlessly downbeat, Time Out of Mind, from 1997.

Nevertheless, sin, both in the literal and metaphorical sense, is a great linch-pin for an investigation of Dylan’s great songwriting adventure. His songs, even those from his protest period, are steeped in biblical allusion. In his second great creative rebirth, he emerged with 1968’s austere and allegorical John Wesley Harding, written with the Bible and the Hank Williams’ Song Book as its guiding principles. In the years since, he has dallied with both orthodox Judaism and, more problematically, evangelical Christianity, most dramatically on 1979’s ragged and vengeful Slow Train Coming, the first of his triumvirate of ‘born-again’ albums.

Given the deep well he has to draw from, why is Ricks’s book such a frustrating read? Why, to put it bluntly, is it such a mess? The answer, I think, is contained in the opening lines, perhaps the least inviting introduction to a book on music I have yet read: ‘Any qualified critic to any distinguished artist: All I really want to do is – what exactly? Be friends with you? Assuredly. I don’t want to do you in, or select you or dissect you or inspect you or reject you.’

What is wrong with that opening paragraph is what is wrong with this big, misguided book: it is too knowing, too clever, too clumsily conversational. Its tone lies somewhere between academese and what I suspect the author thinks of as casually hip. It assumes too much – about the casual or curious reader’s knowledge of Dylan’s lyrics – and imparts too little. Not a great start for a book of scholarship.

From the off, Ricks dives headlong into Dylan’s lyrics, putting all his faith in close readings of the texts, and the texts alone. Dylan’s cultural context is paid the scantiest regard, likewise his development as an artist over four decades. Instead, the songs are rounded up, and shoe-horned into fitting the schematic model of the book. Thus, both the monumental – ‘Like a Rolling Stone’ – and the relatively inconsequential – ‘Day of the Locusts’ – are grouped under ‘Pride’, as if that tangential similarity were enough to illuminate them anew. Or, indeed, us.

This scatter-gun approach is defeating in itself, but worse still is the style. Ricks quotes, for example, an uncharacteristically forthcoming Dylan on the writing of ‘Positively 4th Street’, which the singer says ‘is extremely one-dimensional… I don’t usually purge myself by writing anything about any type of quote, so-called, relationships’.’

From this fragment of illumination, Ricks then constructs a thicket of academic obfuscation: ‘Two-dimensional, not-one dimensional, this 4th Street, and although one-sided, it is two-edged, a two-handed engine that stands ready to smite more than once and smite some more… catharsis, the ancient critical metaphor, in Dylan’s phrase, « purge myself », would be one way of getting rid of the catharsole and of the waste matter that is pretence’.

That last sentence, by the way, is the subject of a page note,which reads: ‘A student essay [not from the university where I teach]: « Tragedy makes you cathart ».’ Oh, how we chuckled. I mean, I know academics are retiring types, but does this guy ever leave the study? This kind of thing was embarrassing when Leavis ruled the roost in lit-crit studies; now, misapplied to a popular artist, it is simply risible. Indeed, Ricks is in danger throughout of making a complete catharshole of himself.

The writing of this book was, I’m told, a labour of love and, as such, I am pained to point out how defeated I was by its ungainly style. Perhaps it’s an academic trait, but Ricks seems unable, or unwilling, to write clearly and concisely for the benefit of the common, or indeed, informed reader. Lord knows, Dylan deserves a big book that takes his art seriously, but this tortured, tail-chasing exercise, for all its parading of literary exegesis, is definitely not it.

Voir enfin:

Grammys 2015: Transcript of Bob Dylan’s MusiCares Person of Year speech

Randall Roberts

LA Times

Bob Dylan was honored by MusiCares, the charity organization that aids musicians in need, at the Los Angeles Convention Center on Friday night. After performances by artists including Tom Jones, Sheryl Crow, Neil Young, Beck, Jackson Browne and others, Dylan himself took a rare opportunity in the spotlight to deliver a 30-plus-minute acceptance speech.

Expansive, funny and insightful, Dylan didn’t pull any punches, calling out songwriters who had criticized his work while indicting Nashville and commercial country music.

He was introduced by former President Jimmy Carter, and walked out to a standing ovation. After thanking the organizers, Dylan referred to his notes and began by saying, « I’m going to read some of this. »

Because of moments of applause, and some echoey acoustics, a few of Dylan’s words were inaudible on the recording I’ve consulted, and I’ve noted as such. Though it upsets him to hear it (see below), Dylan does sometimes mumble and slur his words.

(Dave Lewis)
Bob Dylan’s MusiCares person of the year acceptance speech:

__

I’m glad for my songs to be honored like this. But you know, they didn’t get here by themselves. It’s been a long road and it’s taken a lot of doing. These songs of mine, they’re like mystery stories, the kind that Shakespeare saw when he was growing up. I think you could trace what I do back that far. They were on the fringes then, and I think they’re on the fringes now. And they sound like they’ve been on the hard ground.

I should mention a few people along the way who brought this about. I know I should mention John Hammond, great talent scout for Columbia Records. He signed me to that label when I was nobody. It took a lot of faith to do that, and he took a lot of ridicule, but he was his own man and he was courageous. And for that, I’m eternally grateful. The last person he discovered before me was Aretha Franklin, and before that Count Basie, Billie Holiday and a whole lot of other artists. All noncommercial artists.

Trends did not interest John, and I was very noncommercial but he stayed with me. He believed in my talent and that’s all that mattered. I can’t thank him enough for that.

Lou Levy runs Leeds Music, and they published my earliest songs, but I didn’t stay there too long. Levy himself, he went back a long ways. He signed me to that company and recorded my songs and I sang them into a tape recorder. He told me outright, there was no precedent for what I was doing, that I was either before my time or behind it. And if I brought him a song like « Stardust, » he’d turn it down because it would be too late.

He told me that if I was before my time — and he didn’t really know that for sure — but if it was happening and if it was true, the public would usually take three to five years to catch up — so be prepared. And that did happen. The trouble was, when the public did catch up I was already three to five years beyond that, so it kind of complicated it. But he was encouraging, and he didn’t judge me, and I’ll always remember him for that.

Artie Mogull at Witmark Music signed me next to his company, and he told me to just keep writing songs no matter what, that I might be on to something. Well, he too stood behind me, and he could never wait to see what I’d give him next. I didn’t even think of myself as a songwriter before then. I’ll always be grateful for him also for that attitude.

I also have to mention some of the early artists who recorded my songs very, very early, without having to be asked. Just something they felt about them that was right for them. I’ve got to say thank you to Peter, Paul and Mary, who I knew all separately before they ever became a group. I didn’t even think of myself as writing songs for others to sing but it was starting to happen and it couldn’t have happened to, or with, a better group.

They took a song of mine that had been recorded before that was buried on one of my records and turned it into a hit song. Not the way I would have done it — they straightened it out. But since then hundreds of people have recorded it and I don’t think that would have happened if it wasn’t for them. They definitely started something for me.

The Byrds, the Turtles, Sonny & Cher — they made some of my songs Top 10 hits but I wasn’t a pop songwriter and I really didn’t want to be that, but it was good that it happened. Their versions of songs were like commercials, but I didn’t really mind that because 50 years later my songs were being used in the commercials. So that was good too. I was glad it happened, and I was glad they’d done it.

Pervis Staples and the Staple Singers — long before they were on Stax they were on Epic and they were one of my favorite groups of all time. I met them all in ’62 or ’63. They heard my songs live and Pervis wanted to record three or four of them and he did with the Staples Singers. They were the type of artists that I wanted recording my songs.

Nina Simone. I used to cross paths with her in New York City in the Village Gate nightclub. These were the artists I looked up to. She recorded some of my songs that she [inaudible] to me. She was an overwhelming artist, piano player and singer. Very strong woman, very outspoken. That she was recording my songs validated everything that I was about.

Oh, and can’t forget Jimi Hendrix. I actually saw Jimi Hendrix perform when he was in a band called Jimmy James and the Blue Flames — something like that. And Jimi didn’t even sing. He was just the guitar player. He took some small songs of mine that nobody paid any attention to and pumped them up into the outer limits of the stratosphere and turned them all into classics. I have to thank Jimi, too. I wish he was here.
Johnny Cash recorded some of my songs early on, too, up in about ’63, when he was all skin and bones. He traveled long, he traveled hard, but he was a hero of mine. I heard many of his songs growing up. I knew them better than I knew my own. « Big River, » « I Walk the Line. »

« How high’s the water, Mama? » I wrote « It’s Alright Ma (I’m Only Bleeding) » with that song reverberating inside my head. I still ask, « How high is the water, mama? » Johnny was an intense character. And he saw that people were putting me down playing electric music, and he posted letters to magazines scolding people, telling them to shut up and let him sing.

In Johnny Cash’s world — hardcore Southern drama — that kind of thing didn’t exist. Nobody told anybody what to sing or what not to sing. They just didn’t do that kind of thing. I’m always going to thank him for that. Johnny Cash was a giant of a man, the man in black. And I’ll always cherish the friendship we had until the day there is no more days.

Oh, and I’d be remiss if I didn’t mention Joan Baez. She was the queen of folk music then and now. She took a liking to my songs and brought me with her to play concerts, where she had crowds of thousands of people enthralled with her beauty and voice.

People would say, « What are you doing with that ragtag scrubby little waif? » And she’d tell everybody in no uncertain terms, « Now you better be quiet and listen to the songs. » We even played a few of them together. Joan Baez is as tough-minded as they come. Love. And she’s a free, independent spirit. Nobody can tell her what to do if she doesn’t want to do it. I learned a lot of things from her. A woman with devastating honesty. And for her kind of love and devotion, I could never pay that back.

These songs didn’t come out of thin air. I didn’t just make them up out of whole cloth. Contrary to what Lou Levy said, there was a precedent. It all came out of traditional music: traditional folk music, traditional rock ‘n’ roll and traditional big-band swing orchestra music.

I learned lyrics and how to write them from listening to folk songs. And I played them, and I met other people that played them back when nobody was doing it. Sang nothing but these folk songs, and they gave me the code for everything that’s fair game, that everything belongs to everyone.

For three or four years all I listened to were folk standards. I went to sleep singing folk songs. I sang them everywhere, clubs, parties, bars, coffeehouses, fields, festivals. And I met other singers along the way who did the same thing and we just learned songs from each other. I could learn one  song and sing it next in an hour if I’d heard it just once.

If you sang « John Henry » as many times as me — « John Henry was a steel-driving man / Died with a hammer in his hand / John Henry said a man ain’t nothin’ but a man / Before I let that steam drill drive me down / I’ll die with that hammer in my hand. »

If you had sung that song as many times as I did, you’d have written « How many roads must a man walk down? » too.

Big Bill Broonzy had a song called « Key to the Highway. » « I’ve got a key to the highway / I’m booked and I’m bound to go / Gonna leave here runnin’ because walking is most too slow. » I sang that a lot. If you sing that a lot, you just might write,

Georgia Sam he had a bloody nose

Welfare Department they wouldn’t give him no clothes

He asked poor Howard where can I go

Howard said there’s only one place I know

Sam said tell me quick man I got to run

Howard just pointed with his gun

And said that way down on Highway 61

You’d have written that too if you’d sang « Key to the Highway » as much as me.

« Ain’t no use sit ‘n cry / You’ll be an angel by and by / Sail away, ladies, sail away. » « I’m sailing away my own true love. » « Boots of Spanish Leather » — Sheryl Crow just sung that.

« Roll the cotton down, aw, yeah, roll the cotton down / Ten dollars a day is a white man’s pay / A dollar a day is the black man’s pay / Roll the cotton down. » If you sang that song as many times as me, you’d be writing « I ain’t gonna work on Maggie’s farm no more, » too.

I sang a lot of « come all you » songs. There’s plenty of them. There’s way too  many to be counted. « Come along boys and listen to my tale / Tell you of my trouble on the old Chisholm Trail. » Or, « Come all ye good people, listen while I tell / the fate of Floyd Collins a lad we all know well / The fate of Floyd Collins, a lad we all know well. »

« Come all ye fair and tender ladies / Take warning how you court your men / They’re like a star on a summer morning / They first appear and then they’re gone again. » « If you’ll gather ’round, people / A story I will tell /  ‘Bout Pretty Boy Floyd, an outlaw / Oklahoma knew him well. »

If you sung all these « come all ye » songs all the time, you’d be writing, « Come gather ’round people where ever you roam, admit that the waters around you have grown / Accept that soon you’ll be drenched to the bone / If your time to you is worth saving / And you better start swimming or you’ll sink like a stone / The times they are a-changing. »

You’d have written them too. There’s nothing secret about it. You just do it subliminally and unconsciously, because that’s all enough, and that’s all I sang. That was all that was dear to me. They were the only kinds of songs that made sense.
« When you go down to Deep Ellum keep your money in your socks / Women in Deep Ellum put you on the rocks. » Sing that song for a while and you just might come up with, « When you’re lost in the rain in Juarez and it’s Easter time too / And your gravity fails and negativity don’t pull you through / Don’t put on any airs / When you’re down on Rue Morgue Avenue / They got some hungry women there / And they really make a mess outta you. »

All these songs are connected. Don’t be fooled. I just opened up a different door in a different kind of way. It’s just different, saying the same thing. I didn’t think it was anything out of the ordinary.

Well you know, I just thought I was doing something natural, but right from the start, my songs were divisive for some reason. They divided people. I never knew why. Some got angered, others loved them. Didn’t know why my songs had detractors and supporters. A strange environment to have to throw your songs into, but I did it anyway.

Last thing I thought of was who cared about what song I was writing. I was just writing them. I didn’t think I was doing anything different. I thoughtcMaybe a little bit unruly, but I was just elaborating on situations. Maybe hard to pin down, but so what? A lot of people are hard to pin down. You’ve just got to bear it. I didn’t really care what Lieber and Stoller thought of my songs.

They didn’t like ’em, but Doc Pomus did. That was all right that they didn’t like ’em, because I never liked their songs either. « Yakety yak, don’t talk back. » « Charlie Brown is a clown, » « Baby I’m a hog for you. » Novelty songs. They weren’t saying anything serious. Doc’s songs, they were better. « This Magic Moment. » « Lonely Avenue. » Save the Last Dance for Me.

Those songs broke my heart. I figured I’d rather have his blessings any day than theirs.

Ahmet Ertegun didn’t think much of my songs, but Sam Phillips did. Ahmet founded Atlantic Records. He produced some great records: Ray Charles, Ray Brown, just to name a few.

There were some great records in there, no question about it. But Sam Phillips, he recorded Elvis and Jerry Lee, Carl Perkins and Johnny Cash. Radical eyes that shook the very essence of humanity. Revolution in style and scope. Heavy shape and color. Radical to the bone. Songs that cut you to the bone. Renegades in all degrees, doing songs that would never decay, and still resound to this day. Oh, yeah, I’d rather have Sam Phillips’ blessing any day.

Merle Haggard didn’t even think much of my songs. I know he didn’t. He didn’t say that to me, but I know [inaudible]. Buck Owens did, and he recorded some of my early songs. Merle Haggard — « Mama Tried, » « The Bottle Let Me Down, » « I’m a Lonesome Fugitive. » I can’t imagine Waylon Jennings singing « The Bottle Let Me Down. »

« Together Again »? That’s Buck Owens, and that trumps anything coming out of Bakersfield. Buck Owens and Merle Haggard? If you have to have somebody’s blessing — you figure it out.

Oh, yeah. Critics have been giving me a hard time since Day One. Critics say I can’t sing. I croak. Sound like a frog. Why don’t critics say that same thing about Tom Waits? Critics say my voice is shot. That I have no voice. What don’t they say those things about Leonard Cohen? Why do I get special treatment? Critics say I can’t carry a tune and I talk my way through a song. Really? I’ve never heard that said about Lou Reed. Why does he get to go scot-free?

What have I done to deserve this special attention? No vocal range? When’s the last time you heard Dr. John? Why don’t you say that about him? Slur my words, got no diction. Have you people ever listened to Charley Patton or Robert Johnson, Muddy Waters. Talk about slurred words and no diction. [Inaudible] doesn’t even matter.

« Why me, Lord? » I would say that to myself.

Critics say I mangle my melodies, render my songs unrecognizable. Oh, really? Let me tell you something. I was at a boxing match a few years ago seeing Floyd Mayweather fight a Puerto Rican guy. And the Puerto Rican national anthem, somebody sang it and it was beautiful. It was heartfelt and it was moving.

After that it was time for our national anthem. And a very popular soul-singing sister was chosen to sing. She sang every note — that exists, and some that don’t exist. Talk about mangling a melody. You take a one-syllable word and make it last for 15 minutes? She was doing vocal gymnastics like she was on a trapeze act. But to me it was not funny.

Where were the critics? Mangling lyrics? Mangling a melody? Mangling a treasured song? No, I get the blame. But I don’t really think I do that. I just think critics say I do.

Sam Cooke said this when told he had a beautiful voice: He said, « Well that’s very kind of you, but voices ought not to be measured by how pretty they are. Instead they matter only if they convince you that they are telling the truth. » Think about that the next time you [inaudible].

Times always change. They really do. And you have to always be ready for something that’s coming along and you never expected it. Way back when, I was in Nashville making some records and I read this article, a Tom T. Hall interview. Tom T. Hall, he was bitching about some kind of new song, and he couldn’t understand what these new kinds of songs that were coming in were about.

Now Tom, he was one of the most preeminent songwriters of the time in Nashville. A lot of people were recording his songs and he himself even did it. But he was all in a fuss about James Taylor, a song James had called « Country Road. » Tom was going off in this  interview — « But James don’t say nothing about a country road. He’s just says how you can feel it on the country road. I don’t understand that. »

Now some might say Tom is a great songwriter. I’m not going to doubt that. At the time he was doing this interview I was actually listening to a song of his on the radio.

It was called « I Love. » I was listening to it in a recording studio, and he was talking about all the things he loves, an everyman kind of song, trying to connect with people. Trying to make you think that he’s just like you and you’re just like him. We all love the same things, and we’re all in this together. Tom loves little baby ducks, slow-moving trains and rain. He loves old pickup trucks and little country streams. Sleeping without dreams. Bourbon in a glass. Coffee in a cup. Tomatoes on the vine, and onions.
Now listen, I’m not ever going to disparage another songwriter. I’m not going to do that. I’m not saying it’s a bad song. I’m just saying it might be a little overcooked. But, you know, it was in the top 10 anyway. Tom and a few other writers had the whole Nashville scene sewed up in a box. If you wanted to record a song and get it in the top 10 you had to go to them, and Tom was one of the top guys. They were all very comfortable, doing their thing.

This was about the time that Willie Nelson picked up and moved to Texas. About the same time. He’s still in Texas. Everything was very copacetic. Everything was all right until — until — Kristofferson came to town. Oh, they ain’t seen anybody like him. He came into town like a wildcat, flew his helicopter into Johnny Cash’s backyard like a typical songwriter. And he went for the throat. « Sunday Morning Coming Down. »

Well, I woke up Sunday morning

With no way to hold my head that didn’t hurt.

And the beer I had for breakfast wasn’t bad

So I had one more for dessert

Then I fumbled through my closet

Found my cleanest dirty shirt

Then I washed my face and combed my hair

And stumbled down the stairs to meet the day.

You can look at Nashville pre-Kris and post-Kris, because he changed everything. That one song ruined Tom T. Hall’s poker parties. It might have sent him to the crazy house. God forbid he ever heard any of my songs.

You walk into the room

With your pencil in your hand

You see somebody naked

You say, “Who is that man?”

You try so hard

But you don’t understand

Just what you’re gonna say

When you get home

You know something is happening here

But you don’t know what it is

Do you, Mister Jones?

If « Sunday Morning Coming Down » rattled Tom’s cage, sent him into the looney bin, my song surely would have made him blow his brains out, right there in the minivan. Hopefully he didn’t hear it.

I just released an album of standards, all the songs usually done by Michael Buble, Harry Connick Jr., maybe Brian Wilson’s done a couple, Linda Ronstadt done ’em. But the reviews of their records are different than the reviews of my record.

In their reviews no one says anything. In my reviews, [inaudible] they’ve got to look under every stone when it comes to me. They’ve got to mention all the songwriters’ names. Well that’s OK with me. After all, they’re great songwriters and these are standards. I’ve seen the reviews come in, and they’ll mention all the songwriters in half the review, as if everybody knows them. Nobody’s heard of them, not in this time, anyway. Buddy Kaye, Cy Coleman, Carolyn Leigh, to name a few.

But, you know, I’m glad they mention their names, and you know what? I’m glad they got their names in the press. It might have taken some time to do it, but they’re finally there. I can only wonder why it took so long. My only regret is that they’re not here to see it.

Traditional rock ‘n’ roll, we’re talking about that. It’s all about rhythm. Johnny Cash said it best: « Get rhythm. Get rhythm when you get the blues. » Very few rock ‘n’ roll bands today play with rhythm. They don’t know what it is. Rock ‘n’ roll is a combination of blues, and it’s a strange thing made up of two parts. A lot of people don’t know this, but the blues, which is an American music, is not what you think it is. It’s a combination of Arabic violins and Strauss waltzes working it out. But it’s true.

The other half of rock ‘n’ roll has got to be hillbilly. And that’s a derogatory term, but it ought not to be. That’s a term that includes the Delmore Bros., Stanley Bros., Roscoe Holcomb, Clarence Ashley … groups like that. Moonshiners gone berserk. Fast cars on dirt roads. That’s the kind of combination that makes up rock ‘n’ roll, and it can’t be cooked up in a science laboratory or a studio.

You have to have the right kind of rhythm to play this kind of music. If you can’t hardly play the blues, how do you [inaudible] those other two kinds of music in there? You can fake it, but you can’t really do it.

Critics have made a career out of accusing me of having a career of confounding expectations. Really? Because that’s all I do. That’s how I think about it. Confounding expectations.

« What do you do for a living, man? »

« Oh, I confound expectations. »

You’re going to get a job, the man says, « What do you do? » « Oh, confound expectations.: And the man says, « Well, we already have that spot filled. Call us back. Or don’t call us, we’ll call you. » Confounding expectations. What does that mean? ‘Why me, Lord? I’d confound them, but I don’t know how to do it.’

The Blackwood Bros. have been talking to me about making a record together. That might confound expectations, but it shouldn’t. Of course it would be a gospel album. I don’t think it would be anything out of the ordinary for me. Not a bit. One of the songs I’m thinking about singing is « Stand By Me » by the Blackwood Brothers. Not « Stand By Me » the pop song. No. The real « Stand By Me. »

 The real one goes like this:

When the storm of life is raging / Stand by me / When the storm of life is raging / Stand by me / When the world is tossing me / Like a ship upon the sea / Thou who rulest wind and water / Stand by me

 In the midst of tribulation / Stand by me / In the midst of tribulation / Stand by me / When the hosts of hell assail / And my strength begins to fail / Thou who never lost a battle / Stand by me

In the midst of faults and failures / Stand by me / In the midst of faults and failures / Stand by me / When I do the best I can / And my friends don’t understand / Thou who knowest all about  me / Stand by me

That’s the song. I like it better than the pop song. If I record one by that name, that’s going to be the one. I’m also thinking of recording a song, not on that album, though: « Oh Lord, Please Don’t Let Me Be Misunderstood. »

Anyway, why me, Lord. What did I do?

Anyway, I’m proud to be here tonight for MusiCares. I’m honored to have all these artists singing my songs. There’s nothing like that. Great artists. [applause, inaudible]. They’re all singing the truth, and you can hear it in their voices.

I’m proud to be here tonight for MusiCares. I think a lot of this organization. They’ve helped many people. Many musicians who have contributed a lot to our culture. I’d like to personally thank them for what they did for a friend of mine, Billy Lee Riley. A friend of mine who they helped for six years when he was down and couldn’t work. Billy was a son of rock ‘n’ roll, obviously.
He was a true original. He did it all: He played, he sang, he wrote. He would have been a bigger star but Jerry Lee came along. And you know what happens when someone like that comes along. You just don’t stand a chance.

So Billy became what is known in the industry — a condescending term, by the way — as a one-hit wonder. But sometimes, just sometimes, once in a while, a one-hit wonder can make a more powerful impact than a recording star who’s got 20 or 30 hits behind him. And Billy’s hit song was called « Red Hot, » and it was red hot. It could blast you out of your skull and make you feel happy about it. Change your life.

He did it with style and grace. You won’t find him in the Rock and Roll Hall of Fame. He’s not there. Metallica is. Abba is. Mamas and the Papas — I know they’re in there. Jefferson Airplane, Alice Cooper, Steely Dan — I’ve got nothing against them. Soft rock, hard rock, psychedelic pop. I got nothing against any of that stuff, but after all, it is called the Rock and Roll Hall of Fame. Billy Lee Riley is not there. Yet.

I’d see him a couple times a year and we’d always spent time together and he was on a rockabilly festival nostalgia circuit, and we’d cross paths now and again. We’d always spend time together. He was a hero of mine. I’d heard « Red Hot. » I must have been only 15 or 16 when I did and it’s impressed me to this day.

I never grow tired of listening to it. Never got tired of watching Billy Lee perform, either. We spent time together just talking and playing into the night. He was a deep, truthful man. He wasn’t bitter or nostalgic. He just accepted it. He knew where he had come from and he was content with who he was.

And then one day he got sick. And like my friend John Mellencamp would sing — because John sang some truth today — one day you get sick and you don’t get better. That’s from a song of his called « Life is Short Even on Its Longest Days. » It’s one of the better songs of the last few years, actually. I ain’t lying.

And I ain’t lying when I tell you that MusiCares paid for my friend’s doctor bills, and helped him to get spending money. They were able to at least make his life comfortable, tolerable to the end. That is something that can’t be repaid. Any organization that would do that would have to have my blessing.

I’m going to get out of here now. I’m going to put an egg in my shoe and beat it. I probably left out a lot of people and said too much about some. But that’s OK. Like the spiritual song, ‘I’m still just crossing over Jordan too.’ Let’s hope we meet again. Sometime. And we will, if, like Hank Williams said, « the good Lord willing and the creek don’t rise. »

Voir enfin:

Discours des Musicares

I’m glad for my songs to be honored like this. But you know, they didn’t get here by themselves. It’s been a long road and it’s taken a lot of doing. These songs of mine, they’re like mystery stories, the kind that Shakespeare saw when he was growing up. I think you could trace what I do back that far. They were on the fringes then, and I think they’re on the fringes now. And they sound like they’ve been on the hard ground.
Je suis content que mes chansons soient honorées ainsi. Mais vous savez, elles ne sont pas venues toutes seules. Ça a été un long chemin et ça a été beaucoup de travail. Mes chansons sont comme des histoires à énigmes, le genre que Shakespeare a pu voir pendant qu’il grandissait. Je pense que vous pourriez remonter aussi loin pour retrouver ce que je fais. Elles étaient marginales, et je pense qu’elles sont encore marginales. Et elles sonnent comme si elles venaient d’une [terre ingrate].

I should mention a few people along the way who brought this about. I know I should mention John Hammond, great talent scout for Columbia Records. He signed me to that label when I was nobody. It took a lot of faith to do that, and he took a lot of ridicule, but he was his own man and he was courageous. And for that, I’m eternally grateful. The last person he discovered before me was Aretha Franklin, and before that Count Basie, Billie Holiday and a whole lot of other artists. All noncommercial artists.
Je voudrais citer quelques personnes qui ont permis à tout cela d’arriver. Je sais que je dois mentionner John Hammond, grand découvreur de talents chez Columbia Records. Il m’a signé sur ce label quand je n’étais encore personne. Il fallait avoir beaucoup de foi pour le faire, et il y a gagné beaucoup de ridicule, mais il ne suivait que son propre avis et il était courageux. Et pour cela, je lui suis éternellement reconnaissant. Le dernière personne qu’il avait découvert avant moi était Aretha Franklin, et avant ça Count Basie, Billie Holiday et deaucoup d’autres artistes. Tous non commerciaux.

Trends did not interest John, and I was very noncommercial but he stayed with me. He believed in my talent and that’s all that mattered. I can’t thank him enough for that.
Les modes n’intéressaient pas John, et j’étais très anti-commercial mais il m’a soutenu. Il croyait en mon talent et c’est tout ce qui comptait pour lui. je ne pourrai jamais assez l’en remercier.

Lou Levy runs Leeds Music, and they published my earliest songs, but I didn’t stay there too long. Levy himself, he went back a long ways. He signed me to that company and recorded my songs and I sang them into a tape recorder. He told me outright, there was no precedent for what I was doing, that I was either before my time or behind it. And if I brought him a song like « Stardust, » he’d turn it down because it would be too late.
Lou Levy dirige Leeds Music, et ils publièrent mes premières chansons, mais je n’y suis pas resté très longtemps. Levy lui-même, il venait de loin. Il m’a signé chez cet éditeur et enregistra mes chansons que je chantais sur un magnétophone. Il me dit carrément que rien ne ressemblait à ce que je faisais, que j’étais soit en avance sur mon temps ou en retard. Et si je lui amenais une chanson comme « Stardust », il la rejetait parce était ringarde.

He told me that if I was before my time — and he didn’t really know that for sure — but if it was happening and if it was true, the public would usually take three to five years to catch up — so be prepared. And that did happen. The trouble was, when the public did catch up I was already three to five years beyond that, so it kind of complicated it. But he was encouraging, and he didn’t judge me, and I’ll always remember him for that.
Il m’a dit que j’étais en avance sur mon temps (et il n’en était pas certain) mais si cela finissait par arriver et s’il avait raison, le public mettrait 3 ou 5 ans à adhérer (et donc de m’y préparer). Et c’est arrivé. Le problème, c’est que le temps que le public y arrive, j’étais déjà 3 ou 5 ans encore au delà, ce qui a un peu compliqué les choses. Mais il m’encourageait et ne me jugeait pas, et je m’en souviendrai toujours.

Artie Mogull at Witmark Music signed me next to his company, and he told me to just keep writing songs no matter what, that I might be on to something. Well, he too stood behind me, and he could never wait to see what I’d give him next. I didn’t even think of myself as a songwriter before then. I’ll always be grateful for him also for that attitude.
Artie Mogull de Witmark Music me signa ensuite dans sa société d’édition, et il me dit de continuer à écrire mes chansons quoi qu’il arrive, que je devais avoir quelque chose. Lui aussi était avec moi et il ne pouvait jamais attendre ce que je pourrais lui amener ensuite. Je ne me voyais même pas comme un auteur-compositeur avant ça. Je lui serai toujours reconnaissant de cette attitude.

I also have to mention some of the early artists who recorded my songs very, very early, without having to be asked. Just something they felt about them that was right for them. I’ve got to say thank you to Peter, Paul and Mary, who I knew all separately before they ever became a group. I didn’t even think of myself as writing songs for others to sing but it was starting to happen and it couldn’t have happened to, or with, a better group.
Je dois aussi citer quelques uns des artistes qui enregistrèrent mes chansons très très tôt, sans que persone ne leur demande. Juste parce qu’ils sentaient que quelque chose leur allait bien. Il me faut remercier Peter, Paul And Mary, que je connaissais chacun séparément avant qu’ils deviennent un groupe. Je n’avais jamais pensé à écrire des chansons pour les autres mais cela a commencé à arriver et cela n’aurait pas pu arriver avec un meilleur groupe.

They took a song of mine that had been recorded before that was buried on one of my records and turned it into a hit song. Not the way I would have done it — they straightened it out. But since then hundreds of people have recorded it and I don’t think that would have happened if it wasn’t for them. They definitely started something for me.
Ils ont pris une de mes chansons, déjà enregistrée et enterrée au fond d’un de mes disques, et en on fait un tube. Pas de la façon dont je l’aurais fait (ils l’ont rendue carrée). Mais depuis, des centaines de personnes l’ont enregistrée et je ne pense pas que cela serait arrivé sans eux. Ils ont vraiment lancé la machine pour moi.

The Byrds, the Turtles, Sonny & Cher — they made some of my songs Top 10 hits but I wasn’t a pop songwriter and I really didn’t want to be that, but it was good that it happened. Their versions of songs were like commercials, but I didn’t really mind that because 50 years later my songs were being used in the commercials. So that was good too. I was glad it happened, and I was glad they’d done it.
Les Byrds, les Turtles, Sonny & Cher, ils ont fait de mes chansons des tubes du Top 10 mais je n’étais pas un chanteur compositeur pop et je ne voulais pas le devenir, mais c’est bien que ça soit arrivé. Leurs versions des chansons étaient comme des pubs, mais je m’en fichais un peu puisque 50 ans plus tard mes chansons seraient utilisées dans des pubs. Et donc c’eétait bien, aussi. J’étais content que cela arrive et j’étais content qu’ils l’aient fait.

Pervis Staples and the Staple Singers — long before they were on Stax they were on Epic and they were one of my favorite groups of all time. I met them all in ’62 or ’63. They heard my songs live and Pervis wanted to record three or four of them and he did with the Staples Singers. They were the type of artists that I wanted recording my songs.
Pervis Staples et les Staple Singers (longtemps avant qu’ils soient chez Stax, ils étaient chez Epic et c’était un de mes groupes préférés de toujours). Je les ai rencontrés en 1962 ou 1963. Ils avaient entendu mes chansons en concert et Pervis voulait en enregistrer 3 ou 4 et il le fit avec les Staple Singers. Ils étaient exactement le genre d’artistes que je voulais entendre enregistrer mes chansons.

Nina Simone. I used to cross paths with her in New York City in the Village Gate nightclub. These were the artists I looked up to. She recorded some of my songs that she [inaudible] to me. She was an overwhelming artist, piano player and singer. Very strong woman, very outspoken. That she was recording my songs validated everything that I was about.
Nina Simone, je l’ai croisée à New York, dans la boite de nuit Village Gate. Elle faisait partie des artistes que j’admirais. Elle a enregistré quelques unes de mes chansons, qu’elle m’a [inaudible]. C’était une artiste irrésistible, pianiste et chanteuse. Une femme très forte, très directe. Le fait qu’elle enregistre mes chansons a justifié pour moi tout ce que je faisais.

Oh, and can’t forget Jimi Hendrix. I actually saw Jimi Hendrix perform when he was in a band called Jimmy James and the Blue Flames — something like that. And Jimi didn’t even sing. He was just the guitar player. He took some small songs of mine that nobody paid any attention to and pumped them up into the outer limits of the stratosphere and turned them all into classics. I have to thank Jimi, too. I wish he was here.
Oh et je je peux pas oublier Jimi Hendrix. En fait, j’ai vu Jimi Hendrix jouer quand il était dans un groupe nommé Jimmy James And The Blue Flames (quelque chose comme ça). Et Jimi ne chantait même pas. Il était juste le guitariste. Il a pris quelques unes de mes petites chansons que personne n’avait pas remarquées et les a glonflées et envoyées au delà des limites de la stratosphère et en a fait des classiques. Je dois remercier Jimi aussi. J’aimerais qu’il soit encore parmi nous.

Johnny Cash recorded some of my songs early on, too, up in about ’63, when he was all skin and bones. He traveled long, he traveled hard, but he was a hero of mine. I heard many of his songs growing up. I knew them better than I knew my own. « Big River, » « I Walk the Line. »
Johnny Cash a aussi enregistré très tôt quelques unes de mes chansons, vers 1963, quand il était maigre comme un clou. Il a fait un long et dur voyage, mais c’était un de mes héros. J’ai écouté beaucoup de ses chansons quand j’étais enfant et en grandissant. Je les connaissais mieux que les miennes. « Big River, » « I Walk the Line. »

« How high’s the water, Mama? » I wrote « It’s Alright Ma (I’m Only Bleeding) » with that song reverberating inside my head. I still ask, « How high is the water, mama? » Johnny was an intense character. And he saw that people were putting me down playing electric music, and he posted letters to magazines scolding people, telling them to shut up and let him sing.
« How high’s the water, Mama? » J’ai écris « It’s Alright Ma (I’m Only Bleeding) » avec cette chanson en tête. Je demande encore « Jusquà quel point l’eau est haute, Maman ? » Johnny était un sacré personnage. Et quand il a vu que les gens me descendaient parce que j’électrifiais ma musique, il a écrit des lettres aux magazines pour les engueuler, leur dire de la fermer et de me laisser chanter.

In Johnny Cash’s world — hardcore Southern drama — that kind of thing didn’t exist. Nobody told anybody what to sing or what not to sing. They just didn’t do that kind of thing. I’m always going to thank him for that. Johnny Cash was a giant of a man, the man in black. And I’ll always cherish the friendship we had until the day there is no more days.
Dans le monde de Johnny Cash (le théatre du Sud profond) ce genre de choses n’existe pas. Personne ne dit à quelqu’un quoi chanter et ne pas chanter. Ils ne font pas ce genre de choses. Je le remercierai toujours pour ça. Johnny Cash était un géant, le Man in black. Et je chérirai jusqu’à la fin le souvenir de son amitié.

Oh, and I’d be remiss if I didn’t mention Joan Baez. She was the queen of folk music then and now. She took a liking to my songs and brought me with her to play concerts, where she had crowds of thousands of people enthralled with her beauty and voice.
Oh et je serais négligent de ne pas citer Joan Baez. Elle était la reine de la musique folk et elle l’est encore. Elle s’est prise d’affection pour mes chansons et m’a emmené pour jouer à ses concerts alors qu’elle enchantait des foules de milliers de personnes avec la beauté de sa voix.

People would say, « What are you doing with that ragtag scrubby little waif? » And she’d tell everybody in no uncertain terms, « Now you better be quiet and listen to the songs. » We even played a few of them together. Joan Baez is as tough-minded as they come. Love. And she’s a free, independent spirit. Nobody can tell her what to do if she doesn’t want to do it. I learned a lot of things from her. A woman with devastating honesty. And for her kind of love and devotion, I could never pay that back.
Les gens lui disaient : « Mais qu’est-ce que tu fais avec ce petit délaissé rabougri et mal fagoté ? » Et elle leur répondait à tous avec assurance : « Maintenant, vous feriez mieux de vous calmer et d’écouter ses chansons ». On en a même joué quelques unes ensembles. Joan Baez est aussi ferme qu’on peut l’être. Amour. Et c’est une esprit lible, indépendant. Personne ne peut lui dire ce qu’elle doit faire si elle n’en na pas envie. J’ai beaucoup appris d’elle. Une femme avec une honnêteté bouleversante. Et je ne saurai jamais lui rendre tout son amour et son dévouement.

These songs didn’t come out of thin air. I didn’t just make them up out of whole cloth. Contrary to what Lou Levy said, there was a precedent. It all came out of traditional music: traditional folk music, traditional rock ‘n’ roll and traditional big-band swing orchestra music.
Ces chansons ne sont pas apparues par magie. Je ne les ai pas sorties de nulle part. Contrairement à ce que Lou Levy avait dit, il y avait un précédent. Tout venait des musiques traditionnelles : musique folk traditionnelles, classiques du rock’n’roll et de l’ère des grands orchestres swing.

I learned lyrics and how to write them from listening to folk songs. And I played them, and I met other people that played them back when nobody was doing it. Sang nothing but these folk songs, and they gave me the code for everything that’s fair game, that everything belongs to everyone.
J’ai appris les paroles et la façon de les écrires en écoutant des chansons folk. Et j’en jouais, et je rencontrais des gens qui en jouaient à l’époque où personne ne faisait encore ça. Je ne chantais que ces chansons folk, et elle m’ont donné la clé de tout, et que tout appartient à tous.

For three or four years all I listened to were folk standards. I went to sleep singing folk songs. I sang them everywhere, clubs, parties, bars, coffeehouses, fields, festivals. And I met other singers along the way who did the same thing and we just learned songs from each other. I could learn one song and sing it next in an hour if I’d heard it just once.
Durant 3 ou 4 ans, je n’ai écouté que des classiques folk. J’allais au lit en chantant des chansons folk. Je les chantais partout : boites, fêtes, bars, cafés, dans la rue, les festivals. Et j’ai rencontré d’autres chanteurs qui faisaient pareil et nous nous sommes mutuellement appris des chanons. Je pouvais apprendre une chansons et la re-chanter dans l’heure en ne l’ayant écoutée qu’une seule fois.

If you sang « John Henry » as many times as me — « John Henry was a steel-driving man / Died with a hammer in his hand / John Henry said a man ain’t nothin’ but a man / Before I let that steam drill drive me down / I’ll die with that hammer in my hand. »
Si vous chantiez « John Henry » autant de fois que je l’ai chantée (« John Henry was a steel-driving man / Died with a hammer in his hand / John Henry said a man ain’t nothin’ but a man / Before I let that steam drill drive me down / I’ll die with that hammer in my hand. »)

If you had sung that song as many times as I did, you’d have written « How many roads must a man walk down? » too.
Si vous aviez chanté cette chanson autant de fois que je l’ai chantée, vous auriez aussi écrit « How many roads must a man walk down? ».

Big Bill Broonzy had a song called « Key to the Highway. » « I’ve got a key to the highway / I’m booked and I’m bound to go / Gonna leave here runnin’ because walking is most too slow. » I sang that a lot. If you sing that a lot, you just might write,
Big Bill Broonzy avait une chanson appelée « Key to the Highway. » « I’ve got a key to the highway / I’m booked and I’m bound to go / Gonna leave here runnin’ because walking is most too slow. »
Si vous chantez beaucoup cela, vous pourriez écrire :

Georgia Sam he had a bloody nose
Welfare Department they wouldn’t give him no clothes
He asked poor Howard where can I go
Howard said there’s only one place I know
Sam said tell me quick man I got to run
Howard just pointed with his gun
And said that way down on Highway 61

You’d have written that too if you’d sang « Key to the Highway » as much as me.
Vous aussi vous auriez écrit cela si vous aviez chanté « Key to the Highway » autant que moi.

« Ain’t no use sit ‘n cry / You’ll be an angel by and by / Sail away, ladies, sail away. » « I’m sailing away my own true love. » « Boots of Spanish Leather » — Sheryl Crow just sung that.
« Ain’t no use sit ‘n cry / You’ll be an angel by and by / Sail away, ladies, sail away. » « I’m sailing away my own true love. » « Boots of Spanish Leather » : Sheryl Crow a chanté ça.

« Roll the cotton down, aw, yeah, roll the cotton down / Ten dollars a day is a white man’s pay / A dollar a day is the black man’s pay / Roll the cotton down. » If you sang that song as many times as me, you’d be writing « I ain’t gonna work on Maggie’s farm no more, » too.
« Roll the cotton down, aw, yeah, roll the cotton down / Ten dollars a day is a white man’s pay / A dollar a day is the black man’s pay / Roll the cotton down. » Si vous aviez chanté cette chansons autant de fois que moi, vous écririez « I ain’t gonna work on Maggie’s farm no more, » vous aussi.

I sang a lot of « come all you » songs. There’s plenty of them. There’s way too many to be counted. « Come along boys and listen to my tale / Tell you of my trouble on the old Chisholm Trail. » Or, « Come all ye good people, listen while I tell / the fate of Floyd Collins a lad we all know well / The fate of Floyd Collins, a lad we all know well. »
J’ai chanté beaucoup de chansons qui commencent par « Venez par ici ». Il y en a plein. Il y en a trop pour les compter. « Come along boys and listen to my tale / Tell you of my trouble on the old Chisholm Trail. » Ou « Come all ye good people, listen while I tell / the fate of Floyd Collins a lad we all know well / The fate of Floyd Collins, a lad we all know well. »

« Come all ye fair and tender ladies / Take warning how you court your men / They’re like a star on a summer morning / They first appear and then they’re gone again. » « If you’ll gather ’round, people / A story I will tell / ‘Bout Pretty Boy Floyd, an outlaw / Oklahoma knew him well. »

If you sung all these « come all ye » songs all the time, you’d be writing, « Come gather ’round people where ever you roam, admit that the waters around you have grown / Accept that soon you’ll be drenched to the bone / If your time to you is worth saving / And you better start swimming or you’ll sink like a stone / The times they are a-changing. »
Si vous chantiez toutes ces « Venez par ici » tout le temps, vous écririez « Come gather ’round people where ever you roam, admit that the waters around you have grown / Accept that soon you’ll be drenched to the bone / If your time to you is worth saving / And you better start swimming or you’ll sink like a stone / The times they are a-changing. »

You’d have written them too. There’s nothing secret about it. You just do it subliminally and unconsciously, because that’s all enough, and that’s all I sang. That was all that was dear to me. They were the only kinds of songs that made sense.
Vous les auriez écrites vous aussi. Il n’y a rien de secret là dedans. Vous le feriez de façon subliminale et inconsciente, parce que c’est tout ce qu’il faut et c’est tout ce que je chantais. C’est tout ce qui m’étais cher. C’était les seules chansons qui avaient un sens.

« When you go down to Deep Ellum keep your money in your socks / Women in Deep Ellum put you on the rocks. » Sing that song for a while and you just might come up with, « When you’re lost in the rain in Juarez and it’s Easter time too / And your gravity fails and negativity don’t pull you through / Don’t put on any airs / When you’re down on Rue Morgue Avenue / They got some hungry women there / And they really make a mess outta you. »
« When you go down to Deep Ellum keep your money in your socks / Women in Deep Ellum put you on the rocks. » Chantez cette chanson pendant un moment, et vous finirez en chantant « When you’re lost in the rain in Juarez and it’s Easter time too / And your gravity fails and negativity don’t pull you through / Don’t put on any airs / When you’re down on Rue Morgue Avenue / They got some hungry women there / And they really make a mess outta you. »

All these songs are connected. Don’t be fooled. I just opened up a different door in a different kind of way. It’s just different, saying the same thing. I didn’t think it was anything out of the ordinary.
Toutes ces chansons sont reliées entre elles. Ne vous laissez pas abuser. J’ai juste ouvert une autre porte d’une autre façon. C’est juste différent tout en disant la même chose. Je ne pensais pas faire autre chose que du très ordinaire.

Well you know, I just thought I was doing something natural, but right from the start, my songs were divisive for some reason. They divided people. I never knew why. Some got angered, others loved them. Didn’t know why my songs had detractors and supporters. A strange environment to have to throw your songs into, but I did it anyway.
Bon, vous savez, je pensais juste faire quelque chose de naturel, mais dès le début, mes chansons étaient clivantes pour certaines raisons. Elle divisaient les gens. Je n’ai jamais su pourquoi. Certains se fachaient, d’autres les aimaient. Je ne savais pas pourquoi mes chansons avait leurs détracteurs et leurs supporteurs. Un drôle de climat pour y jeter vos chansons, mais je le faisait quoiqu’il arrive.

Last thing I thought of was who cared about what song I was writing. I was just writing them. I didn’t think I was doing anything different. I thought I was just extending the line. Maybe a little bit unruly, but I was just elaborating on situations. Maybe hard to pin down, but so what? A lot of people are hard to pin down. You’ve just got to bear it. I didn’t really care what Lieber and Stoller thought of my songs.
La dernière chose à laquelle je pensais était de savoir qui faisait attention à quel genre de chansons j’écrivais. Je les écrivais juste. Je ne pensais pas faire quoi que ce soit de différent. Je pensais que je ne faisais qu’étirer un peu les vers. Peut être un peu en dehors des règles, mais je ne faisais que développer à partir de situations. Peut-être un peu dur à cerner, mais quoi ? Beaucoup de gens sont difficiles à cerner. Il faut juste s’y faire. Je ne me souciais pas vraiment de ce que Leiber et Stoller puvaient penser de mes chansons.

They didn’t like ’em, but Doc Pomus did. That was all right that they didn’t like ’em, because I never liked their songs either. « Yakety yak, don’t talk back. » « Charlie Brown is a clown, » « Baby I’m a hog for you. » Novelty songs. They weren’t saying anything serious. Doc’s songs, they were better. « This Magic Moment. » « Lonely Avenue. » Save the Last Dance for Me.
Ils ne les aimaient pas, mais Doc Pomus les aimait. Ça m’allait bien qu’ils n’aiment pas mes chansons, parce que je n’avais jamais aimé les leurs non plus. « Yakety yak, don’t talk back. » « Charlie Brown is a clown, » « Baby I’m a hog for you. » Des babioles. Elles ne disaient rien de sérieux. Les chansons de Doc étaient mieux : « This Magic Moment. » « Lonely Avenue. » Save the Last Dance for Me ».

Those songs broke my heart. I figured I’d rather have his blessings any day than theirs.
Ces chansons me brisaient le coeur. Je me disais que je préférais avoir sa bénédiction plutôt que la leur.

Ahmet Ertegun didn’t think much of my songs, but Sam Phillips did. Ahmet founded Atlantic Records. He produced some great records: Ray Charles, Ray Brown, just to name a few.
Ahmet Ertegun ne pensait pas grand chose de mes chansons, mais Sam Phillips oui. Ahmet a fondé Atlantic Records. Il a produit des disques géniaux : Ray Charles, Ray Brown, pour ne citer qu’eux.

There were some great records in there, no question about it. But Sam Phillips, he recorded Elvis and Jerry Lee, Carl Perkins and Johnny Cash. Radical eyes that shook the very essence of humanity. Revolution in style and scope. Heavy shape and color. Radical to the bone. Songs that cut you to the bone. Renegades in all degrees, doing songs that would never decay, and still resound to this day. Oh, yeah, I’d rather have Sam Phillips’ blessing any day.
Il y avait des disques géniaux là dedans, ça ne fait aucun doute. Mais Sam Phillips, il a enregistré Elvis et Jerry Lee, Carl Perkins et Johnny Cash. Des visions radicales qui ont secoué l’essence même de l’humanité. Une révolution dans le style et les sujets abordés. Des formes et des couleurs profondes. Radicaux jusqu’à l’os. Des chansons qui vous touchaient jusqu’à l’os. Rebelles dans tous les sens du terme, faisant des chansons qui ne faibliront jamais et qui résonnent encore aujourd’hui. Oh oui, je préfère la bénédiction de Sam Phillips à toute autre.

Merle Haggard didn’t even think much of my songs. I know he didn’t. He didn’t say that to me, but I know [inaudible]. Buck Owens did, and he recorded some of my early songs. Merle Haggard — « Mama Tried, » « The Bottle Let Me Down, » « I’m a Lonesome Fugitive. » I can’t imagine Waylon Jennings singing « The Bottle Let Me Down. »
Merle Haggard ne pensait même pas à mes chansons. Je le sais. Il ne m’en a rien dit, mais je sais [inaudible]. Buck Owens, lui il en pensait du bien et il a enregistré quelques une de mes premières chansons. Merle Haggard : « Mama Tried, » « The Bottle Let Me Down, » « I’m a Lonesome Fugitive. » Je n’imagine pas Waylon Jennings chanter « The Bottle Let Me Down. »

« Together Again »? That’s Buck Owens, and that trumps anything coming out of Bakersfield. Buck Owens and Merle Haggard? If you have to have somebody’s blessing — you figure it out.
« Together Again »? Ça, c’est Buck Owens, et ça surclasse tout ce qui est jamais sorti de Bakersfield. Buck Owens et Merle Haggard ? Si vous devez avoir la bénédiction de quelqu’un… Vous voyez ce que je veux dire.

Oh, yeah. Critics have been giving me a hard time since Day One. Critics say I can’t sing. I croak. Sound like a frog. Why don’t critics say that same thing about Tom Waits? Critics say my voice is shot. That I have no voice. What don’t they say those things about Leonard Cohen? Why do I get special treatment? Critics say I can’t carry a tune and I talk my way through a song. Really? I’ve never heard that said about Lou Reed. Why does he get to go scot-free?
Ah oui. Les critiques ont été durs avec moi, dès le premier jour. Les critiques disent que je ne sais pas chanter. Ça sonne comme un crapaud. Pourquoi les critiques ne disent pas la même chose de Tom Waits ? Les critiques disent que ma voix est détruite. Que je n’ai pas de voix. Pourquoi ne disent-ils pas cela à propos de Leonard Cohen. Les critiques disent que je ne sais pas porter une mélodie et que je parle au lieu de chanter mes chansons. Vraiment ? Je n’i jamais entendu dire ça de Lou Reed. Comment il a fait pour s’en sortir comme ça ?

What have I done to deserve this special attention? No vocal range? When’s the last time you heard Dr. John? Why don’t you say that about him? Slur my words, got no diction. Have you people ever listened to Charley Patton or Robert Johnson, Muddy Waters. Talk about slurred words and no diction. [Inaudible] doesn’t even matter.
Qu’ai-je fait pour mériter de telles attentions. Pas d’étendue vocale ? Quand avez-vous écouté Dr. John pour la dernière fois ? Pourquoi vous ne dites pas cela à son propos ? Je marmonne, je n’articule pas. Est-ce que vous avez jamais écouté Charley Patton ou Robert Johnson, Muddy Waters. Parlez-moi de marmonner et de ne pas particuler. [Inaudible] ça ne fait rien.

« Why me, Lord? » I would say that to myself.
« Pourquoi moi, Seigneur ? » je me demande.

Critics say I mangle my melodies, render my songs unrecognizable. Oh, really? Let me tell you something. I was at a boxing match a few years ago seeing Floyd Mayweather fight a Puerto Rican guy. And the Puerto Rican national anthem, somebody sang it and it was beautiful. It was heartfelt and it was moving.
Les critiques disent que je massacre mes mélodies, rendant mes chansons méconnaissables. Ah, vraiment ? Laissez-moi vous dire. Je suis allé voir un match de boxe il y a quelques années, voir Floyd Mayweather combattre un Portoricain. Et l’hymne portoricain, quelqu’un l’a chanté et c’était beau. C’était sincère et émouvant.

After that it was time for our national anthem. And a very popular soul-singing sister was chosen to sing. She sang every note — that exists, and some that don’t exist. Talk about mangling a melody. You take a one-syllable word and make it last for 15 minutes? She was doing vocal gymnastics like she was on a trapeze act. But to me it was not funny.
Et ce fut le tour de notre hymne national. Et une soul sister rtès populaire avait été choisie pour le chanter. Elle a chanté toutes les notes, celles qui existent et d’autres qui n’existent pas. Parlez-moi de massacrer une mélodie. Vous prenez un mot d’une syllabe et vous le faites durer 15 minutes ? Elle faisait de la gymnastique vocale, comme un tour de trapèze. Mais je n’ai pas trouvé ça drôle.

Where were the critics? Mangling lyrics? Mangling a melody? Mangling a treasured song? No, I get the blame. But I don’t really think I do that. I just think critics say I do.
Où étaient les critiques ? Mélanger les paroles ? Déstructurer la mélodie ? Massacrer un chef d’oeuvre ? Non, c’est moi qu’on vilipende. Mais je ne pense pas que je le fasse vraiment. Je pense que ce sont juste les critiques qui disent que je le fais.

Sam Cooke said this when told he had a beautiful voice: He said, « Well that’s very kind of you, but voices ought not to be measured by how pretty they are. Instead they matter only if they convince you that they are telling the truth. » Think about that the next time you [inaudible].
Sam Cooke a répondu à quelqu’un qui lui disait qu’il avait une belle voix : « Et bien c’est gentil de votre part, il ne fait pas juger une voix sur sa beauté. Ce qui compte plutôt, c’est si elle vous convainc qu’elle dit la vérité. » Pensez-y la prochaine fois que vous [inaudible].

Times always change. They really do. And you have to always be ready for something that’s coming along and you never expected it. Way back when, I was in Nashville making some records and I read this article, a Tom T. Hall interview. Tom T. Hall, he was bitching about some kind of new song, and he couldn’t understand what these new kinds of songs that were coming in were about.
Les temps changent en permanence. Vraiment. Et il faut être toujours prêt à ce qu’il arrive quelque chose à quoi vous ne vous attendiez pas du tout. Il y a longtemps, je faisais un disque à Nashville et j’ai lu un article, une interview de Tom T. Hall. Il se moquait d’un genre de nouvelles chansons et il ne comprenait pas de quoi parlaient ces nouvelles chansons.

Now Tom, he was one of the most preeminent songwriters of the time in Nashville. A lot of people were recording his songs and he himself even did it. But he was all in a fuss about James Taylor, a song James had called « Country Road. » Tom was going off in this interview — « But James don’t say nothing about a country road. He’s just says how you can feel it on the country road. I don’t understand that. »
Tom T. Hall était l’un des auteurs-compositeurs les plus en vue de Nashville à cette époque. Beaucoup de gens enregistraient ses chansons et iul en enregistrait aussi lui-même. Mais il faisait tout un foin à propos de James Taylor, d’une chanson que James avait appelée « Counrtry Road ». Tom sortait dans cette interview : « Mais James ne raconte rien d’une route de campagne. Il raconte juste ce qu’on peut ressentir sur une route de campagne. Je ne comprends pas cela. »

Now some might say Tom is a great songwriter. I’m not going to doubt that. At the time he was doing this interview I was actually listening to a song of his on the radio.
Bon, vous pourrez me dire que Tom est un grand auteur-compositeur. Je ne vais pas le remettre en question. Au moment où je lisais cette interview, j’écoutais justement une de ses chansons à la radio.

It was called « I Love. » I was listening to it in a recording studio, and he was talking about all the things he loves, an everyman kind of song, trying to connect with people. Trying to make you think that he’s just like you and you’re just like him. We all love the same things, and we’re all in this together. Tom loves little baby ducks, slow-moving trains and rain. He loves old pickup trucks and little country streams. Sleeping without dreams. Bourbon in a glass. Coffee in a cup. Tomatoes on the vine, and onions.
Elle s’appelait « J’aime ». Je l’écoutai dans le studio, et il parlait de toutes les choses qu’il aimait, le genre de chanson adressée à tous, essayant de parler à tous. Qui essaie de vous faire penser qu’il est tout comme vous et que vous êtes tout comme lui. Nous aimons tous les mêmes choses et nous sommes tous ensembles d’accord. Tom aime les petits bébés canards, les trains qui roulent lentement et la pluie. Il aime les vieux camions et le courant des petits ruisseaux. Dormir sans rêver. Un bourbon dans un verre. Un café dans une tasse. Les plants de tomates et les oignons.

Now listen, I’m not ever going to disparage another songwriter. I’m not going to do that. I’m not saying it’s a bad song. I’m just saying it might be a little overcooked. But, you know, it was in the top 10 anyway. Tom and a few other writers had the whole Nashville scene sewed up in a box. If you wanted to record a song and get it in the top 10 you had to go to them, and Tom was one of the top guys. They were all very comfortable, doing their thing.
Ecoutez, je ne vais pas dénigrer un autre auteur-compositeur. Je ne vais pas le faire. Je ne dis pas que c’est ue mauvaise chanson, je dis juste qu’elle est peut-être un peu recuite. Mais vous savez, elle était quand même dans le Top 10. Tom et quelques autres avaient mis en coupe réglée toute la scène de Nashville. Si vous vouliez enregistrer un Top 10, il fallait en passer par eux, et Tom était l’un d’entre eux. Ils vivaient tous dans leur petit confort, faisant leur truc àeux.

This was about the time that Willie Nelson picked up and moved to Texas. About the same time. He’s still in Texas. Everything was very copacetic. Everything was all right until — until — Kristofferson came to town. Oh, they ain’t seen anybody like him. He came into town like a wildcat, flew his helicopter into Johnny Cash’s backyard like a typical songwriter. And he went for the throat. « Sunday Morning Coming Down. »
C’est à peu près à cette époque que Willie Nelson est parti vivre au Texas. Quasi au même moment. Il est encore au Texas. Tout était complètement parfait. Tout allait bien jusqu’à ce que, jusqu’à ce que que Kristofferson arive en ville. Oh, ils n’avaient jamais vu quelqu’un comme lui. Il est arrivé en ville comme un chat sauvage, a ateri avec son hélicoptère dans la cour de Johnny Cash comme n’importe quel auteur-compositeur. Et il a donné de la voix. « Sunday Morning Coming Down. »

Well, I woke up Sunday morning
With no way to hold my head that didn’t hurt.
And the beer I had for breakfast wasn’t bad
So I had one more for dessert
Then I fumbled through my closet
Found my cleanest dirty shirt
Then I washed my face and combed my hair
And stumbled down the stairs to meet the day.

You can look at Nashville pre-Kris and post-Kris, because he changed everything. That one song ruined Tom T. Hall’s poker parties. It might have sent him to the crazy house. God forbid he ever heard any of my songs.
Vous pouvez comparer Nashvile avant et après Kris, parce qu’il y a tout changé. Cette seule chanson a ruiné la main de Tom T. Hall. Elle aurait pu le mener à l’asile. Dieu soit loué qu’il n’ait jamais entendu aucune de mes chansons.

You walk into the room
With your pencil in your hand
You see somebody naked
You say, “Who is that man?”
You try so hard
But you don’t understand
Just what you’re gonna say
When you get home
You know something is happening here
But you don’t know what it is
Do you, Mister Jones?

If « Sunday Morning Coming Down » rattled Tom’s cage, sent him into the looney bin, my song surely would have made him blow his brains out, right there in the minivan. Hopefully he didn’t hear it.
Si « Sunday Morning Coming Down » a secoué la cage de Tom, l’a envoyé au cabanon, avec mes chansons il se serait sûrement fait sauter le caisson dans son minibus. Heureusement, il n’a jamais entendu ça.

I just released an album of standards, all the songs usually done by Michael Buble, Harry Connick Jr., maybe Brian Wilson’s done a couple, Linda Ronstadt done ’em. But the reviews of their records are different than the reviews of my record.
Je viens de sortir un album de classiques, toutes ces chansons habituellement chantées par Michael Buble, Harry Connick Jr., peut-être Brian Wilson en a-t-il fait une dou deux, Linda Ronstadt les a chantées aussi. Mais les critiques de leurs disques sont différentes de celles du mien.

In their reviews no one says anything. In my reviews, [inaudible] they’ve got to look under every stone when it comes to me. They’ve got to mention all the songwriters’ names. Well that’s OK with me. After all, they’re great songwriters and these are standards. I’ve seen the reviews come in, and they’ll mention all the songwriters in half the review, as if everybody knows them. Nobody’s heard of them, not in this time, anyway. Buddy Kaye, Cy Coleman, Carolyn Leigh, to name a few.
Dans leurs critiques, personnes ne dit rien. Dans les miennes, [inaudible] il faut qu’ils aillent tout fouiller en détail puisque qu’il s’agit de moi. Il faut qu’ils mentionnent les noms de tous les compositeurs. Bon, ça me va. Après tout, ce sont de grands auteurs et ces chansons sont des classiques. J’ai vu les critiques arriver, et ils listent tous les compositeurs sur la moitié de la critique, comme si tout le monde les connaissait. Maius personne n’a jamais entendu parler d’eux, pas à notre époque en tous cas. Buddy Kaye, Cy Coleman, Carolyn Leigh, pour ne citer qu’eux.

But, you know, I’m glad they mention their names, and you know what? I’m glad they got their names in the press. It might have taken some time to do it, but they’re finally there. I can only wonder why it took so long. My only regret is that they’re not here to see it.
Mais vous savez, je suis content de citer meurs noms, et vous savez quoi ? Je suis content que leurs noms soient dans la presse. Ça a pris du temps, mais finalement ils y sont. Je peux me demander pouquoi il a fallu tant de temps. Mon seul regret est qu’ils ne soient plus là pour voir ça.

Traditional rock ‘n’ roll, we’re talking about that. It’s all about rhythm. Johnny Cash said it best: « Get rhythm. Get rhythm when you get the blues. » Very few rock ‘n’ roll bands today play with rhythm. They don’t know what it is. Rock ‘n’ roll is a combination of blues, and it’s a strange thing made up of two parts. A lot of people don’t know this, but the blues, which is an American music, is not what you think it is. It’s a combination of Arabic violins and Strauss waltzes working it out. But it’s true.
Le rock’n’roll classique, c’est ce dont on parle. Tout est dans le rythme. Johnny Cash l’a dit mieux que tous : « Mettez-y du rythme. Du rythme, quand vous avez le blues. » Très peu de groupe de rock d’aujourd’hui jouent avec autant de rythme. Ils ne savent pas ce que c’est. Le rock’n’roll est un mélange de blues, et c’est une chose étrange faite de deux composantes. Beaucoup de gens ne savent paque le blues, qui est une musique américaine, n’est pas ce qu’on croit. C’est un mélange de violons arabes et de valses de Strauss pour embaler le tout. Mais c’est vrai.

The other half of rock ‘n’ roll has got to be hillbilly. And that’s a derogatory term, but it ought not to be. That’s a term that includes the Delmore Bros., Stanley Bros., Roscoe Holcomb, Clarence Ashley … groups like that. Moonshiners gone berserk. Fast cars on dirt roads. That’s the kind of combination that makes up rock ‘n’ roll, and it can’t be cooked up in a science laboratory or a studio.
L’autre moitié du rock’n’roll est la musique hillbilly. Et c’est un terme péjoratif, mais cela ne devrait pas. C’est un terme qui englobe les Delmore Bros., Stanley Bros., Roscoe Holcomb, Clarence Ashley, des groupes de ce genre. Des bouilleurs de cru clandestins devenus mabouls. Des voitures rapides sur des routes poussiéreuses. C’est ce genre de mélange qui fait le rock’n’roll, et on ne peut pas le reproduire dans un laboratoire ou un studio.

You have to have the right kind of rhythm to play this kind of music. If you can’t hardly play the blues, how do you [inaudible] those other two kinds of music in there? You can fake it, but you can’t really do it.
Il faut avoir le bon sens du rythme puor jouer ce genre de musique. Si vous savez à peine jouer du blues, comment pouvez-vous [inaudible] les deux sortes de musiques qu’on y trouve ? Vous pouvez simuler mais vous ne pouvez pas vraiment la jouer.

Critics have made a career out of accusing me of having a career of confounding expectations. Really? Because that’s all I do. That’s how I think about it. Confounding expectations.
Des critiques ont fait carrière en m’accusant d’avoir fait carière en décevant les attentes. Vraiment ? Parce que c’est exactement ce que je fais. C’est comme ça que je raisonne. Décevoir les attentes.

« What do you do for a living, man? »
« De quoi tu vis, mec ? »

« Oh, I confound expectations. »
« Oh, je déçois les attentes. »

You’re going to get a job, the man says, « What do you do? » « Oh, confound expectations.: And the man says, « Well, we already have that spot filled. Call us back. Or don’t call us, we’ll call you. » Confounding expectations. What does that mean? ‘Why me, Lord? I’d confound them, but I don’t know how to do it.’
Tu viens pour un boulot, on te demande : « Qu’est-ce que tu sais faire ? » ; « Oh, décevoir les attentes ». Et on te répond : « Bien, mais le poste est déjà pourvu. Rappelez-nous. Ou plutôt, ne nous rappelez pas, nous vous rappellerons. » Décevoir les attentes. Qu’est-ce que ça veut dire ? « Pourquoi moi, Seigneur ? Je les déçois, mais je ne sais pas comment il faut faire pour ça. »

The Blackwood Bros. have been talking to me about making a record together. That might confound expectations, but it shouldn’t. Of course it would be a gospel album. I don’t think it would be anything out of the ordinary for me. Not a bit. One of the songs I’m thinking about singing is « Stand By Me » by the Blackwood Brothers. Not « Stand By Me » the pop song. No. The real « Stand By Me. »
Les Blackwood Bros. m’ont contacté pour faire un disque ensemble. Qui pourrait décevoir les attentes, mais qui ne devrait pas. Bien sûr, il s’agit d’un album de gospel. Je ne pense pas qu’il s’agirait de quelque chose en dehors de l’ordinaire, pour moi. Pas du tout. Une des chansons auxquelles je pense est le « Stand By Me » des Blackwood Brothers. Pas « Stand By Me » la chanson pop. La vraie « Stand By Me ».

The real one goes like this:
La vraie commence comme ça :

When the storm of life is raging / Stand by me / When the storm of life is raging / Stand by me / When the world is tossing me / Like a ship upon the sea / Thou who rulest wind and water / Stand by me

In the midst of tribulation / Stand by me / In the midst of tribulation / Stand by me / When the hosts of hell assail / And my strength begins to fail / Thou who never lost a battle / Stand by me

In the midst of faults and failures / Stand by me / In the midst of faults and failures / Stand by me / When I do the best I can / And my friends don’t understand / Thou who knowest all about me / Stand by me

That’s the song. I like it better than the pop song. If I record one by that name, that’s going to be the one. I’m also thinking of recording a song, not on that album, though: « Oh Lord, Please Don’t Let Me Be Misunderstood. »
Voilà la chanson. Je la préfère à la chanson pop. Si j’en enregistre une de ce nom, ce sera celle-là. Je pense aussi enregistrer une autre chanson, mais pas sur cet album : «  »Oh Lord, Please Don’t Let Me Be Misunderstood. » (Oh Seigneur, fais que je ne sois pas incompris).

Anyway, why me, Lord. What did I do?
Et en plus, pourquoi moi, Seigneur. Qu’est que j’ai fais pour mériter ça ?

Anyway, I’m proud to be here tonight for MusiCares. I’m honored to have all these artists singing my songs. There’s nothing like that. Great artists. [applause, inaudible]. They’re all singing the truth, and you can hear it in their voices.
Quoi qu’il en soit, je suis fier d’être ici ce soir pour MusiCares. Je suis honoré d’entendre tous ces artistes chanter mes chansons. Il n’y a rien de tel. De grands artistes. [applaudissements, inaudible]. Ils chantent tous la vérité, et cela s’entend dans leurs voix.

I’m proud to be here tonight for MusiCares. I think a lot of this organization. They’ve helped many people. Many musicians who have contributed a lot to our culture. I’d like to personally thank them for what they did for a friend of mine, Billy Lee Riley. A friend of mine who they helped for six years when he was down and couldn’t work. Billy was a son of rock ‘n’ roll, obviously.
Je suis fier d’être ici pour MusiCares. je pense beaucoup à cette organisation. Ils ont aidé beaucoup de gens. Beaucoup de musiciens qui ont tant contribué à notre culture. J’aimerais les remercier personnellement pour ce qu’ils ont fait pour un ami à moi, Billy Lee Riley. Un ami qu’ils ont aidé durant six années où il était au plus bas et ne pouvait pas travailler. Billy était assurément un enfant du rock’n’roll.

He was a true original. He did it all: He played, he sang, he wrote. He would have been a bigger star but Jerry Lee came along. And you know what happens when someone like that comes along. You just don’t stand a chance.
Il était vraiment original. Il faisait tout : il jouait, il chantait, il écrivait. Il aurait pu être une plus grande star, mais Jerry Lee est arrivé. Et vous savez ce qui se passe quand quelqu’un comme ça arrive. Vous n’avez aucune chance.

So Billy became what is known in the industry — a condescending term, by the way — as a one-hit wonder. But sometimes, just sometimes, once in a while, a one-hit wonder can make a more powerful impact than a recording star who’s got 20 or 30 hits behind him. And Billy’s hit song was called « Red Hot, » and it was red hot. It could blast you out of your skull and make you feel happy about it. Change your life.
Et Billy est devenu ce qu’on appelle dans le show-biz un one-hit wonder (un terme condescendant, d’ailleurs). Mais parfois, quelques fois, une fois de temps à autre, un one-hit wonder peut avoir davantage d’impact qu’une star qui a eu 20 ou 30 tubes. Et la chanson de Billy s’appelait « Red Hot », et c’était vraimet chaud bouillant [red hot]. Ça vous expulsait hors de votre crâne et vous sentir heureux. Changer votre vie.

He did it with style and grace. You won’t find him in the Rock and Roll Hall of Fame. He’s not there. Metallica is. Abba is. Mamas and the Papas — I know they’re in there. Jefferson Airplane, Alice Cooper, Steely Dan — I’ve got nothing against them. Soft rock, hard rock, psychedelic pop. I got nothing against any of that stuff, but after all, it is called the Rock and Roll Hall of Fame. Billy Lee Riley is not there. Yet.
Il l’a fait avec style et grace. Vous ne e trouverez pas dans le Rock and Roll Hall of Fame. Il n’y est pas. Metallica y est. Abba y est. Les Mamas and the Papas (je sais qu’ils y sont). Jefferson Airplane, Alice Cooper, Steely Dan (je n’ai rien contre eux). du soft rock, du hard rock, de la pop psychédélique. Je n’ai rien contre tous ces trucs, mais après tout, ça s’appelle le Rock and Roll Hall of Fame. Billy Lee Riley n’y est pas. Pas encore.

I’d see him a couple times a year and we’d always spent time together and he was on a rockabilly festival nostalgia circuit, and we’d cross paths now and again. We’d always spend time together. He was a hero of mine. I’d heard « Red Hot. » I must have been only 15 or 16 when I did and it’s impressed me to this day.
Je le voyais environ deux fois par an et on passait toujours un peu de temps ensembles. Il était dans le circuit des festivals genre nostalgiques et on se croisait encore et encore. On passait toujours du temps ensembles. C’était un de mes héros. J’avais entendu « Red Hot ». Je devais avoir 15 ou 16 ans et ça m’avait marqué pour la vie.

I never grow tired of listening to it. Never got tired of watching Billy Lee perform, either. We spent time together just talking and playing into the night. He was a deep, truthful man. He wasn’t bitter or nostalgic. He just accepted it. He knew where he had come from and he was content with who he was.
Je ne m’en suis jamais lassé. Jamais lassé de voir Billy Lee jouer, non plus. On passait le temps juste en parlant et en jouant toute la nuit. C’est un homme profond, honnête. Il n’était ni amer ni nostalgique. Il acceptait cela. Il savait d’où il venait et était satisfait d’en être arrivé là.

And then one day he got sick. And like my friend John Mellencamp would sing — because John sang some truth today — one day you get sick and you don’t get better. That’s from a song of his called « Life is Short Even on Its Longest Days. » It’s one of the better songs of the last few years, actually. I ain’t lying.
Et un jour il tomba malade. Et comme mon ami John Mellencamp peut le chanter (parce que John a chanté des choses vraies aujourd’hui), un jour vous tombez malade et ça ne s’arrange pas. C’est dans sa chanson « Life is Short Even on Its Longest Days. » C’est l’une des meilleures chansons de ces dernières années, en fait. Je ne vous mens pas.

And I ain’t lying when I tell you that MusiCares paid for my friend’s doctor bills, and helped him to get spending money. They were able to at least make his life comfortable, tolerable to the end. That is something that can’t be repaid. Any organization that would do that would have to have my blessing.
Et je vous mens pas quand je vous dis que MusiCares a payé les frais médicaux de mon ami et l’a aidé financièrement. Ils ont pu au moins lui rendre la vie confortable, tolérable jusqu’à la fin. C’est quelque chose qui ne se rembourse pas. Toute organisation qui fait cela aura toujours ma bénédiction.

I’m going to get out of here now. I’m going to put an egg in my shoe and beat it. I probably left out a lot of people and said too much about some. But that’s OK. Like the spiritual song, ‘I’m still just crossing over Jordan too.’ Let’s hope we meet again. Sometime. And we will, if, like Hank Williams said, « the good Lord willing and the creek don’t rise. »
Je vais partir maintenant. Je vais aller me faire voir ailleurs. J’ai probablement oublié un tas de gens et dis trop à propos de certains. Mais c’est pas grave. Comme dans le Sipitual « Je suis encore en train de traverser le Jourdain, moi aussi. » Espérons qu’on se reverra. Un jour. Et ce sera le cas si, comme disait Hank Williams : « le Bon Dieu le veut bien et la rivière ne déborde pas ».

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :