Etats-Unis: Comment le lac Reagan a viré au rouge (Red states vs. blue states: How the election that wouldn’t end gave us a new political shorthand)


https://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/19/ElectoralCollege2000.svg/349px-ElectoralCollege2000.svg.pnghttps://i0.wp.com/www.slate.com/content/dam/slate/blogs/the_reckoning/2012/10/ElectoralOct23.gif.CROP.original-original.gif
https://farm3.staticflickr.com/2112/2223686635_1a9087e271.jpg
https://i2.wp.com/tristat.com/wp-content/uploads/Bush-Cheney-2000-Bumper-Sticker.jpg
 

https://i1.wp.com/uselectionatlas.org/INFORMATION/ARTICLES/0208ZELLER1.png

 
 
https://i1.wp.com/md1.libe.com/photo/695874-emma-pierson-etude-sur-les-evenements-de-ferguson.jpg
https://pbs.twimg.com/media/B9EWi1lIIAAJ94O.jpg
https://i2.wp.com/static.programme-tv.net/var/actualites-tele-large/1/19773-tf1-vedettes-campagne-publicitaire-video.jpg


Year
Incumbent
Party
Incumbent
Color
Challenger
Color
1976 Republican Blue = Ford Red = Carter
1980 Democratic Red = Carter Blue = Reagan
1984 Republican Blue = Reagan Red = Mondale
1988 Republican Red = Bush Blue = Dukakis
1992 Republican Blue = Bush Red = Clinton
1996 Democratic Red = Clinton Blue = Dole
2000 Democratic Blue = Gore Red = Bush
2004 Republican Red = Bush Blue = Kerry
Le drapeau rouge est un pavillon de terreur qui n’a jamais fait que le tour du Champ-de-Mars, tandis que le drapeau tricolore a fait le tour du monde, avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie! Lamartine
Dans la Rome antique, les yeux bleus étaient une disgrâce, voire, pour une femme, un signe de débauche. Au Moyen Age, la mariée était en rouge, mais aussi les prostituées. On le devine déjà : les couleurs en disent long sur nos ambivalences. Elles sont de formidables révélateurs de l’évolution de nos mentalité. Dominique Simmonet
Au XIIe siècle, la Vierge devient le principal agent de promotion du bleu Depuis que l’on dispose d’enquêtes d’opinion, depuis 1890 environ, le bleu est en effet placé au premier rang partout en Occident, en France comme en Sicile, aux Etats-Unis comme en Nouvelle-Zélande, par les hommes comme par les femmes, quel que soit leur milieu social et professionnel. C’est toute la civilisation occidentale qui donne la primauté au bleu, ce qui est différent dans les autres cultures: les Japonais, par exemple, plébiscitent le rouge. Pourtant, cela n’a pas toujours été le cas. Longtemps, le bleu a été mal aimé. Il n’est présent ni dans les grottes paléolithiques ni au néolithique, lorsque apparaissent les premières techniques de teinture. Dans l’Antiquité, il n’est pas vraiment considéré comme une couleur; seuls le blanc, le rouge et le noir ont ce statut. A l’exception de l’Egypte pharaonique, où il est censé porter bonheur dans l’au-delà, d’où ces magnifiques objets bleu-vert, fabriqués selon une recette à base de cuivre qui s’est perdue par la suite, le bleu est même l’objet d’un véritable désintérêt. (…) mais la couleur bleue est difficile à fabriquer et à maîtriser, et c’est sans doute la raison pour laquelle elle n’a pas joué de rôle dans la vie sociale, religieuse ou symbolique de l’époque. A Rome, c’est la couleur des barbares, de l’étranger (les peuples du Nord, comme les Germains, aiment le bleu). De nombreux témoignages l’affirment: avoir les yeux bleus pour une femme, c’est un signe de mauvaise vie. Pour les hommes, une marque de ridicule. On retrouve cet état d’esprit dans le vocabulaire: en latin classique, le lexique des bleus est instable, imprécis. Lorsque les langues romanes ont forgé leur vocabulaire des couleurs, elles ont dû aller chercher ailleurs, dans les mots germanique (blau) et arabe (azraq). Chez les Grecs aussi, on relève des confusions de vocabulaire entre le bleu, le gris et le vert. L’absence du bleu dans les textes anciens a d’ailleurs tellement intrigué que certains philologues du XIXe siècle ont cru sérieusement que les yeux des Grecs ne pouvaient le voir! (…) à l’exception du saphir, pierre préférée des peuples de la Bible, il y a peu de place pour le bleu. Cette situation perdure au haut Moyen Age: les couleurs liturgiques, par exemple, qui se forment à l’ère carolingienne, l’ignorent (elles se constituent autour du blanc, du rouge, du noir et du vert). Ce qui laisse des traces encore aujourd’hui: le bleu est toujours absent du culte catholique… Et puis, soudain, tout change. Les XIIe et XIIIe siècles vont réhabiliter et promouvoir le bleu. (…) Il n’y a pas à ce moment-là de progrès particulier dans la fabrication des colorants ou des pigments. Ce qui se produit, c’est un changement profond des idées religieuses. Le Dieu des chrétiens devient en effet un dieu de lumière. Et la lumière est… bleue! Pour la première fois en Occident, on peint les ciels en bleu – auparavant, ils étaient noirs, rouges, blancs ou dorés. Plus encore, on est alors en pleine expansion du culte marial. Or la Vierge habite le ciel… Dans les images, à partir du XIIe siècle, on la revêt donc d’un manteau ou d’une robe bleus. La Vierge devient le principal agent de promotion du bleu. (…) Il y a une seconde raison à ce renversement: à cette époque, on est pris d’une vraie soif de classification, on veut hiérarchiser les individus, leur donner des signes d’identité, des codes de reconnaissance. Apparaissent les noms de famille, les armoiries, les insignes de fonction… Or, avec les trois couleurs traditionnelles de base (blanc, rouge, noir), les combinaisons sont limitées. Il en faut davantage pour refléter la diversité de la société. Le bleu, mais aussi le vert et le jaune, va en profiter. On passe ainsi d’un système à trois couleurs de base à un système à six couleurs. C’est ainsi que le bleu devient en quelque sorte le contraire du rouge. Si on avait dit ça à Aristote, cela l’aurait fait sourire! Vers 1140, quand l’abbé Suger fait reconstruire l’église abbatiale de Saint-Denis, il veut mettre partout des couleurs pour dissiper les ténèbres, et notamment du bleu. On utilisera pour les vitraux un produit fort cher, le cafre (que l’on appellera bien plus tard le bleu de cobalt). De Saint-Denis ce bleu va se diffuser au Mans, puis à Vendôme et à Chartres, où il deviendra le célèbre bleu de Chartres. Omniprésent, consensuel, le bleu est devenu une couleur raisonnable (…) le bleu, divinisé, s’est répandu non seulement dans les vitraux et les oeuvres d’art, mais aussi dans toute la société: puisque la Vierge s’habille de bleu, le roi de France le fait aussi. Philippe Auguste, puis son petit-fils Saint Louis seront les premiers à l’adopter (Charlemagne ne l’aurait pas fait pour un empire!). Les seigneurs, bien sûr, s’empressent de les imiter… En trois générations, le bleu devient à la mode aristocratique. La technique suit: stimulés, sollicités, les teinturiers rivalisent en matière de nouveaux procédés et parviennent à fabriquer des bleus magnifiques. (…) Les conséquences économiques sont énormes: la demande de guède, cette plante mi-herbe, mi-arbuste que l’on utilisait dans les villages comme colorant artisanal, explose. Sa culture devient soudain industrielle, et fait la fortune de régions comme la Thuringe, la Toscane, la Picardie ou encore la région de Toulouse. On la cultive intensément pour produire ces boules appelées «coques», d’où le nom de pays de cocagne. C’est un véritable or bleu! On a calculé que 80% de la cathédrale d’Amiens, bâtie au XIIIe siècle, avait été payée par les marchands de guède! A Strasbourg, les marchands de garance, la plante qui donne le colorant rouge, étaient furieux. Ils ont même soudoyé le maître verrier chargé de représenter le diable sur les vitraux pour qu’il le colorie en bleu, afin de dévaloriser leur rival. [la guerre entre le bleu et le rouge] durera jusqu’au XVIIIe siècle. A la fin du Moyen Age, la vague moraliste, qui va provoquer la Réforme, se porte aussi sur les couleurs, en désignant des couleurs dignes et d’autres qui ne le sont pas. La palette protestante s’articule autour du blanc, du noir, du gris, du brun… et du bleu. (…) Comparez Rembrandt, peintre calviniste qui a une palette très retenue, faite de camaïeux, et Rubens, peintre catholique à la palette très colorée… Regardez les toiles de Philippe de Champaigne, qui sont colorées tant qu’il est catholique et se font plus austères, plus bleutées, quand il se rapproche des jansénistes… Ce discours moral, partiellement repris par la Contre-Réforme, promeut également le noir, le gris et le bleu dans le vêtement masculin. Il s’applique encore de nos jours. Sur ce plan, nous vivons toujours sous le régime de la Réforme. (…) Au XVIIIe siècle, il devient la couleur préférée des Européens. La technique en rajoute une couche: dans les années 1720, un pharmacien de Berlin invente par accident le fameux bleu de Prusse, qui va permettre aux peintres et aux teinturiers de diversifier la gamme des nuances foncées. De plus, on importe massivement l’indigo des Antilles et d’Amérique centrale, dont le pouvoir colorant est plus fort que l’ancien pastel et le prix de revient, plus faible que celui d’Asie, car il est fabriqué par des esclaves. Toutes les lois protectionnistes s’écroulent. L’indigo d’Amérique provoque la crise dans les anciennes régions de cocagne, Toulouse et Amiens sont ruinés, Nantes et Bordeaux s’enrichissent. Le bleu devient à la mode dans tous les domaines. Le romantisme accentue la tendance: comme leur héros, Werther de Goethe, les jeunes Européens s’habillent en bleu, et la poésie romantique allemande célèbre le culte de cette couleur si mélancolique – on en a peut-être gardé l’écho dans le vocabulaire, avec le blues… En 1850, un vêtement lui donne encore un coup de pouce: c’est le jean, inventé à San Francisco par un tailleur juif, Levi-Strauss, le pantalon idéal, avec sa grosse toile teinte à l’indigo, le premier bleu de travail. (…) Les valeurs protestantes édictent qu’un vêtement doit être sobre, digne et discret. En outre, teindre à l’indigo est facile, on peut même le faire à froid, car la couleur pénètre bien les fibres du tissu, d’où l’aspect délavé des jeans. Il faut attendre les années 1930 pour que, aux Etats-Unis, le jean devienne un vêtement de loisir, puis un signe de rébellion, dans les années 1960, mais pour un court moment seulement, car un vêtement bleu ne peut pas être vraiment rebelle. Aujourd’hui, regardez les groupes d’adolescents dans la rue, en France: ils forment une masse uniforme et… bleue. (…) En France, il fut la couleur des républicains, s’opposant au blanc des monarchistes et au noir du parti clérical. Mais, petit à petit, il a glissé vers le centre, se laissant déborder sur sa gauche par le rouge socialiste puis communiste. Il a été chassé vers la droite en quelque sorte. Après la Première Guerre mondiale, il est devenu conservateur (c’est la Chambre bleu horizon). Il l’est encore aujourd’hui. (…) En matière de couleurs, les choses changent lentement. Je suis persuadé que, dans trente ans, le bleu sera toujours le premier, la couleur préférée. Tout simplement parce que c’est une couleur consensuelle, pour les personnes physiques comme pour les personnes morales: les organismes internationaux, l’ONU, l’Unesco, le Conseil de l’Europe, l’Union européenne, tous ont choisi un emblème bleu. On le sélectionne par soustraction, après avoir éliminé les autres. C’est une couleur qui ne fait pas de vague, ne choque pas et emporte l’adhésion de tous. Par là même, elle a perdu sa force symbolique. Même la musique du mot est calme, atténuée: bleu, blue, en anglais, blu, en italien… C’est liquide et doux. On peut en faire un usage immodéré. (…) Aujourd’hui, quand les gens affirment aimer le bleu, cela signifie au fond qu’ils veulent être rangés parmi les gens sages, conservateurs, ceux qui ne veulent rien révéler d’eux-mêmes. D’une certaine manière, nous sommes revenus à une situation proche de l’Antiquité: à force d’être omniprésent et consensuel, le bleu est de nouveau une couleur discrète, la plus raisonnable de toutes les couleurs. Michel Pastoureau
Parler de «couleur rouge», c’est presque un pléonasme en effet! D’ailleurs, certains mots, tels coloratus en latin ou colorado en espagnol, signifient à la fois «rouge» et «coloré». En russe, krasnoï veut dire «rouge» mais aussi «beau» (étymologiquement, la place Rouge est la «belle place»). Dans le système symbolique de l’Antiquité, qui tournait autour de trois pôles, le blanc représentait l’incolore, le noir était grosso modo le sale, et le rouge était la couleur, la seule digne de ce nom. La suprématie du rouge s’est imposée à tout l’Occident. (…) On a évidemment mis en valeur ce qui tranchait le plus avec l’environnement. Mais il y a une autre raison: très tôt, on a maîtrisé les pigments rouges et on a pu les utiliser en peinture et en teinture. Dès – 30 000 ans, l’art paléolithique utilise le rouge, obtenu notamment à partir de la terre ocre-rouge: voyez le bestiaire de la grotte Chauvet. Au néolithique, on a exploité la garance, cette herbe aux racines tinctoriales présente sous les climats les plus variés, puis on s’est servi de certains métaux, comme l’oxyde de fer ou le sulfure de mercure… La chimie du rouge a donc été très précoce, et très efficace. D’où le succès de cette couleur. (…) Dans l’Antiquité déjà, on l’admire et on lui confie les attributs du pouvoir, c’est-à-dire ceux de la religion et de la guerre. Le dieu Mars, les centurions romains, certains prêtres… tous sont vêtus de rouge. Cette couleur va s’imposer parce qu’elle renvoie à deux éléments, omniprésents dans toute son histoire: le feu et le sang. On peut les considérer soit positivement soit négativement, ce qui nous donne quatre pôles autour desquels le christianisme primitif a formalisé une symbolique si forte qu’elle perdure aujourd’hui. Le rouge feu, c’est la vie, l’Esprit saint de la Pentecôte, les langues de feu régénératrices qui descendent sur les apôtres; mais c’est aussi la mort, l’enfer, les flammes de Satan qui consument et anéantissent. Le rouge sang, c’est celui versé par le Christ, la force du sauveur qui purifie et sanctifie; mais c’est aussi la chair souillée, les crimes (de sang), le péché et les impuretés des tabous bibliques. (…) Tout est ambivalent dans le monde des symboles, et particulièrement des couleurs! Chacune d’elles se dédouble en deux identités opposées. Ce qui est étonnant, c’est que, sur la longue durée, les deux faces tendent à se confondre. Les tableaux qui représentent la scène du baiser, par exemple, montrent souvent Judas et Jésus comme deux personnages presque identiques, avec les mêmes vêtements, les mêmes couleurs, comme s’ils étaient les deux pôles d’un aimant. Lisez de même l’Ancien Testament: le rouge y est associé tantôt à la faute et à l’interdit, tantôt à la puissance et à l’amour. La dualité symbolique est déjà en place. (…) Dans la Rome impériale, celui que l’on fabrique avec la substance colorante du murex, un coquillage rare récolté en Méditerranée, est réservé à l’empereur et aux chefs de guerre. Au Moyen Age, cette recette de la pourpre romaine s’étant perdue (les gisements de murex sur les côtes de Palestine et d’Egypte sont de plus épuisés), on se rabat sur le kermès, ces oufs de cochenilles qui parasitent les feuilles de chênes. Au Moyen-Age, le rouge est masculin, puis il devient féminin. (…) La récolte est laborieuse et la fabrication très coûteuse. Mais le rouge obtenu est splendide, lumineux, solide. Les seigneurs bénéficient donc toujours d’une couleur de luxe. Les paysans, eux, peuvent recourir à la vulgaire garance, qui donne une teinte moins éclatante. Peu importe si on ne fait pas bien la différence à l’oeil nu: l’essentiel est dans la matière et dans le prix. Socialement, il y a rouge et rouge! D’ailleurs, pour l’oeil médiéval, l’éclat d’un objet (son aspect mat ou brillant) prime sur sa coloration: un rouge franc sera perçu comme plus proche d’un bleu lumineux que d’un rouge délavé. Un rouge bien vif est toujours une marque de puissance, chez les laïcs comme chez les ecclésiastiques. A partir des XIIIe et XIVe siècles, le pape, jusque-là voué au blanc, se met au rouge. Les cardinaux, également. Cela signifie que ces considérables personnages sont prêts à verser leur sang pour le Christ… Au même moment, on peint des diables rouges sur les tableaux et, dans les romans, il y a souvent un chevalier démoniaque et rouge, des armoiries à la housse de son cheval, qui défie le héros. On s’accommode très bien de cette ambivalence. [le petit chaperon rouge] Dans toutes les versions du conte (la plus ancienne date de l’an mille), la fillette est en rouge. Est-ce parce qu’on habillait ainsi les enfants pour mieux les repérer de loin, comme des historiens l’ont affirmé? Ou parce que, comme le disent certains textes anciens, l’histoire est située le jour de la Pentecôte et de la fête de l’Esprit saint, dont la couleur liturgique est le rouge? Ou encore parce que la jeune fille allait se retrouver au lit avec le loup et que le sang allait couler, thèse fournie par des psychanalystes? Je préfère pour ma part l’explication sémiologique: un enfant rouge porte un petit pot de beurre blanc à une grand-mère habillée de noir… Nous avons là les trois couleurs de base du système ancien. On les retrouve dans d’autres contes: Blanche-Neige reçoit une pomme rouge d’une sorcière noire. Le corbeau noir lâche son fromage – blanc – dont se saisit un renard rouge… C’est toujours le même code symbolique. (…) Les codes symboliques ont des conséquences très pratiques. Prenez les teinturiers: en ville, certains d’entre eux ont une licence pour le rouge (avec l’autorisation de teindre aussi en jaune et en blanc), d’autres ont une licence pour le bleu (ils ont le droit de teindre également en vert et en noir). A Venise, Milan ou Nuremberg, les spécialistes du rouge garance ne peuvent même pas travailler le rouge kermès. On ne sort pas de sa couleur, sous peine de procès! Ceux du rouge et ceux du bleu vivent dans des rues séparées, cantonnés dans les faubourgs parce que leurs officines empuantissent tout, et ils entrent souvent en conflit violent, s’accusant réciproquement de polluer les rivières. Il faut dire que le textile est alors la seule vraie industrie de l’Europe, un enjeu majeur. Au fil des siècles, le rouge de l’interdit s’est affirmé. (…) D’autant plus qu’il est la couleur des «papistes»! Pour les réformateurs protestants, le rouge est immoral. Ils se réfèrent à un passage de l’Apocalypse où saint Jean raconte comment, sur une bête venue de la mer, chevauchait la grande prostituée de Babylone vêtue d’une robe rouge. Pour Luther, Babylone, c’est Rome! Il faut donc chasser le rouge du temple – et des habits de tout bon chrétien. Cette «fuite» du rouge n’est pas sans conséquence: à partir du XVIe siècle, les hommes ne s’habillent plus en rouge (à l’exception des cardinaux et des membres de certains ordres de chevalerie). Dans les milieux catholiques, les femmes peuvent le faire. On va assister aussi à un drôle de chassé-croisé: alors qu’au Moyen Age le bleu était plutôt féminin (à cause de la Vierge) et le rouge, masculin (signe du pouvoir et de la guerre), les choses s’inversent. Désormais, le bleu devient masculin (car plus discret), le rouge part vers le féminin. On en a gardé la trace: bleu pour les bébés garçons, rose pour les filles… Le rouge restera aussi la couleur de la robe de mariée jusqu’au XIXe siècle. (…) Surtout chez les paysans, c’est-à-dire la grande majorité de la population d’alors. Pourquoi? Parce que, le jour du mariage, on revêt son plus beau vêtement et qu’une robe belle et riche est forcément rouge (c’est dans cette couleur que les teinturiers sont les plus performants). Dans ce domaine-là, on retrouve notre ambivalence: longtemps, les prostituées ont eu l’obligation de porter une pièce de vêtement rouge, pour que, dans la rue, les choses soient bien claires (pour la même raison, on mettra une lanterne rouge à la porte des maisons closes). Le rouge décrit les deux versants de l’amour: le divin et le péché de chair. Au fil des siècles, le rouge de l’interdit s’est aussi affirmé. Il était déjà là, dans la robe des juges et dans les gants et le capuchon du bourreau, celui qui verse le sang. Dès le XVIIIe siècle, un chiffon rouge signifie danger. (…) En octobre 1789, l’Assemblée constituante décrète qu’en cas de trouble un drapeau rouge sera placé aux carrefours pour signifier l’interdiction d’attroupement et avertir que la force publique est susceptible d’intervenir. Le 17 juillet 1791, de nombreux Parisiens se rassemblent au Champ-de-Mars pour demander la destitution de Louis XVI, qui vient d’être arrêté à Varennes. Comme l’émeute menace, Bailly, le maire de Paris, fait hisser à la hâte un grand drapeau rouge. Mais les gardes nationaux tirent sans sommation: on comptera une cinquantaine de morts, dont on fera des «martyrs de la révolution». Par une étonnante inversion, c’est ce fameux drapeau rouge, «teint du sang de ces martyrs», qui devient l’emblème du peuple opprimé et de la révolution en marche. Un peu plus tard, il a même bien failli devenir celui de la France. (…) En février 1848, les insurgés le brandissent de nouveau devant l’Hôtel de Ville. Jusque-là, le drapeau tricolore était devenu le symbole de la Révolution (ces trois couleurs ne sont d’ailleurs pas, contrairement à ce que l’on prétend, une association des couleurs royales et de celles de la ville de Paris, qui étaient en réalité le rouge et le marron: elles ont été reprises de la révolution américaine). Mais, à ce moment-là, le drapeau tricolore est discrédité, car le roi Louis-Philippe s’y est rallié. L’un des manifestants demande que l’on fasse du drapeau rouge, «symbole de la misère du peuple et signe de la rupture avec le passé», l’emblème officiel de la République. C’est Lamartine, membre du gouvernement provisoire, qui va sauver nos trois couleurs: «Le drapeau rouge, clame-t-il, est un pavillon de terreur qui n’a jamais fait que le tour du Champ-de-Mars, tandis que le drapeau tricolore a fait le tour du monde, avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie!» Le drapeau rouge aura quand même un bel avenir. La Russie soviétique l’adoptera en 1918, la Chine communiste en 1949… Nous avons gardé des restes amusants de cette histoire: dans l’armée, quand on plie le drapeau français après avoir descendu les couleurs, il est d’usage de cacher la bande rouge pour qu’elle ne soit plus visible. Comme s’il fallait se garder du vieux démon révolutionnaire. (…) Dans le domaine des symboles, rien ne disparaît jamais vraiment. Le rouge du pouvoir et de l’aristocratie (du moins en Occident, car c’est le jaune qui tient ce rôle dans les cultures asiatiques) a traversé les siècles, tout comme l’autre rouge, révolutionnaire et prolétarien. Chez nous, en outre, le rouge indique toujours la fête, Noël, le luxe, le spectacle: les théâtres et les opéras en sont ornés. Dans le vocabulaire, il nous est resté de nombreuses expressions («rouge de colère», «voir rouge») qui rappellent les vieux symboles. Et on associe toujours le rouge à l’érotisme et à la passion. (…) Plus le bleu a progressé dans notre environnement, plus le rouge a reculé. Nos objets sont rarement rouges. On n’imagine pas un ordinateur rouge par exemple (cela ne ferait pas sérieux), ni un réfrigérateur (on aurait l’impression qu’il chauffe). Mais la symbolique a perduré: les panneaux d’interdiction, les feux rouges, le téléphone rouge, l’alerte rouge, le carton rouge, la Croix-Rouge (en Italie, les croix des pharmacies sont aussi rouges) … Tout cela dérive de la même histoire, celle du feu et du sang… Michel Pastoureau
Avec le fait de jouer en rouge, tout de suite, je pense qu’on aura un sentiment de combat, d’agressivité. Wesley Fofana (joueur de rugby français)
Ce samedi au Stade de France, il faudra crier «Allez les Rouges !» pour encourager les joueurs du XV de France, contre l’Ecosse, lors du match d’ouverture du Tournoi des Six nations. Adidas, l’équipementier de l’équipe de France, a en effet décidé de faire renaître la tunique portée en 1958 contre l’Australie, puis contre l’Ecosse l’année suivante : un maillot d’un rouge ardent, «symbole d’honneur, de passion et d’émotion», précise la marque aux trois bandes. Cette tunique sera la nouvelle référence pour les matchs à l’extérieur du XV de France jusqu’à la Coupe du monde, au côté du maillot domicile, bleu incandescent, lancé en novembre dernier. A l’image de ce dernier, les bandes situées sur les épaules font écho à celles présentes sur le maillot de 1995. «L’inscription allbleus cousue à l’intérieur du col symbolise quant à elle l’unité derrière ce maillot bleu», précise l’équipementier dans un communiqué. Ces deux maillots auront nécessité plus de deux années de recherche et de développement. Adidas met en avant «une coupe adaptée à la position de jeu, une meilleure respirabilité, ainsi qu’une résistance et une flexibilité limitant les risques de déchirure». Les joueurs de Philippe Saint-André n’ont plus qu’à faire le reste pour briller sur la route menant à la Coupe du monde.  Le Parisien
Les Bleus voient rouge L’équipe de France de football a déjà perdu son âme depuis longtemps, certains joueurs refusant même de chanter « La Marseillaise » ; voilà que le rugby semble lui emboîter le pas. L’équipe de France de rugby, ou plutôt son équipementier, a choisi dorénavant la couleur rouge et non plus bleue comme maillot à l’extérieur, après avoir choisi la couleur « allbleue » pour les matchs à domicile. Le blanc a disparu. Le maillot tricolore (maillot bleu, culotte blanche et bas rouges) était porté depuis le 22 mars 1906, match disputé contre l’Angleterre. Comme moi amoureux du rugby, Roger Couderc doit se retourner dans sa tombe. On ne pourra plus dire « Allez les Bleus » au risque de soutenir l’équipe adverse comme ces Écossais le 7 février. Lui qui disait « Allez les petits », peut-être faudra-t-il aussi crier maintenant « Allez les grands » pour faire moderne. L’équipe de France de football a déjà perdu son âme depuis longtemps, certains joueurs refusant même de chanter « La Marseillaise » ; voilà que le rugby semble lui emboîter le pas, car quand on vend son maillot, on n’est pas loin de commencer à perdre son âme. Il faut innover, dit-on. Tu parles… surtout faire de l’argent par la vente d’un nouveau maillot à 79 euros pièce, tout de même. Les éléments de langage sont soignés, argument massue : il y a trois couleurs dans notre drapeau, donc le rouge est permis. Un peu court. Même les entraîneurs de notre équipe nationale reprennent cette consigne de parole, faisant semblant d’adhérer à cette nouveauté. Or, l’attachement à la nation France, aux trois couleurs, est dans les gènes du « peuple » du rugby qui, lui, n’apprécie pas. Mais qui se soucie de l’avis des supporters ? Pas la Fédération française de rugby, sans nul doute, qui a vendu le maillot. Pourtant, cela me paraît plus significatif qu’une simple innovation. Car, dans cette même veine du renoncement, on a ouvert l’équipe de France à des étrangers naturalisés, Rory Kockott et Scott Spedding, deux joueurs sud-africains naturalisés en 2014, qui évoluent en Top 14. La logique du système est poussée jusqu’au bout. Nous avons de plus en plus d’étrangers dans notre championnat national, laissant moins de chance à de jeunes joueurs français d’éclore, et voilà que maintenant on leur barre aussi la route pour le XV de France. (…) La vie, c’est aussi respecter son maillot et ses couleurs bleu, blanc et rouge. S’il s’agit d’innover pour innover, on pourrait aussi appeler la tour Eiffel tour du Champ-de-Mars, ou l’Arc de Triomphe Arc de l’Étoile (qu’on enlève donc le triomphe, c’est ringard et réac), et le palais de l’Élysée palais normal… Les touristes pourront ainsi constater notre esprit d’innovation. Philippe Franceschi
Régulièrement, les chaînes de télévision organisent une campagne publicitaire afin de se mettre en valeur. Cette année, TF1 a décidé de mettre en valeur ses animateurs phares au travers plusieurs scènes du quotidien. Mais l’originalité de cette campagne 2011 repose sur la thématique de la dualité, merveilleusement incarnée par le Rouge et le Bleu de son propre logo. Ainsi, on découvre successivement Vincent Lagaf’ opposer juilletistes et aoûtiens, Sandrine Quétier affirmer que nous sommes jamais d’accord avec d’un côté les bleus et de l’autre les rouges ou encore Christian Jeanpierre soulignant que, dès l’enfance, nous voulons être pompier ou pilote d’avion. Il convient de souligner que les protagonistes de chaque scène sont exclusivement en rouge et en bleu. Enfin, les deux spots terminent avec Laurence Ferrari et Claire Chazal, entourées de supporters bleus et rouges dans un gradin avant que le slogan de TF1, « On se retrouve tous sur TF1 », vienne « mettre tout le monde d’accord ». Fan2t
Un homme et d’une femme à la recherche de l’amour, se rencontrant dans le plus simple appareil, sur une île paradisiaque et totalement déserte, peut-on lire sur le site de l’émission. Sans vêtement ni maquillage, au coeur de ce jardin d’Eden, nos célibataires intrépides n’auront plus rien à cacher et ne pourront plus prétendre être quelqu’un d’autre… Juste la vérité nue ! D8
Ca commence à ressembler à une grande piscine. David Brinkley (1980)
One network map of the United States was entirely blue for the Republicans. On another network, the color motif was a blanket of red. Geraldine A. Ferraro (1985)
Here’s my solution to the election. Bush will be the president of the red states and Gore will be president of the blue states. It’s over, that’s all! »  David Letterman (2000)
Les commentateurs aiment à découper notre pays entre états rouges et états bleus ; les états rouges pour les Républicains, les États bleus pour les démocrates mais j’ai une nouvelle pour eux, moi aussi. Nous prions un Dieu magnifique dans les états bleus et nous n’aimons pas les agents fédéraux qui farfouillent dans nos bibliothèques dans les états rouges. On apprend le base-ball à nos enfants dans les États bleus et, oui, on a des amis homosexuels dans les états rouges. Il y a des patriotes qui se sont opposés à la guerre en Irak et il y des patriotes qui l’ont soutenue. Nous formons un seul peuple, chacun d’entre nous prêtant serment à la bannière étoilée, chacun d’entre nous défendant les États-Unis d’Amérique. Barack Obama (2004)
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Obama (2008)
Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas qui sont Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins. […] Nous ne savons pas ce que peut bien dire James Dobson dans son émission de radio écoutée par des millions d’auditeurs. Nous ne savons rien de Reba et Travis. […] Nous sommes très peu nombreux à savoir ce qu’il se passe à Branson dans le Missouri, même si cette ville reçoit quelque sept millions de touristes par an; pas plus que nous ne pouvons nommer ne serait-ce que cinq pilotes de stock-car. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ… David Brooks
How, I wondered, could anyone who had just lived through the 2000 presidential election, and its endless maps of America by state and county, still associate the color “red” with the Left? Particularly when, nearly four years later, after another presidential election and after exposure to another endless succession of maps, the association of “red” and “Republican” seems to have become firmly rooted in our discourse, embraced by both parties. Now we are even treated to learned disquisitions by intrepid reporters from our major daily papers who have donned their pith helmets and ventured out into the far hinterlands, trying to find and comprehend the inner essence of that exotic thing, Red America. Someday the precise story will be told, by a historian more patient than I, of how the Republican party came to be assigned the color “red” in the mapping of the 2000 electoral results. From what little I have been able to determine, the change seems to have happened gradually, and with no visible conscious intent, and considerable inconsistency along the way. As recently as the 1980 election, the late David Brinkley, then still an anchor at NBC News, was drolly comparing the map representing Ronald Reagan’s landslide victory to a suburban swimming pool — solid blue, in other words. Time magazine somewhat more generously referred to the 1980 map as “Lake Reagan,” and stuck with a blue-Republican and red-Democratic scheme all through the 1990s. Other networks and news outlets used different color schemes during those years, sometimes replacing blue with white, and even reversing the coloration more or less at will. (I distinctly remember watching the 1980 returns on ABC, and hearing Frank Reynolds turn to Ted Koppel and say, “The country’s going Red, Ted!”) How and why most of the major media outlets (with the exception of Time) fixed upon the red-Republican and blue-Democratic schema in 2000 remains somewhat mysterious. When a New York Times graphics editor was asked for his paper’s rationale, he responded simply that “both Republican and red start with the letter R.” So chalk one up for Sesame Street. Of course, for anyone who knows even a smattering of modern European history, this is a truly an astonishing turn of events, whose significance is only barely hinted at by Frank Reynolds’s wisecrack. It’s amazing how willing the democratic Left has been to acquiesce in the loss of one of its most permanent, most universal, and most beloved symbols — the color Red — without serious protest. (…) We Americans tend to think, in our own times, of Red in this sense referring exclusively to the history of Communism, but that is a vast oversimplification. Let me be clear in what I’m saying here. I don’t want to be associated with the view that Communism was merely “liberalism in a hurry.” But by the same token, I do want to insist that the range of historical referents to Red would be better described as different expressions of an energetic and idea-driven commitment to systemic progressive reform, expressions that can and do vary widely in the extent of their liberalism or illiberalism, but that have in common a commitment to the general cause of human freedom and human liberation. Those political meanings of Red emerged fully in the French Revolution of 1848, when socialists and radical republicans adopted the red flag as a symbol of their cause, in contrast to the white flag of the Bourbon monarchists and the more moderate tricolor flag of the liberal Second Republic. From then on, the red flag became firmly associated in French political culture with the progressive socialist cause. Later the softer and more humane image of the red rose would be adopted as a symbol of the French Socialist Party (…)  Similarly, the British Labor Party used a red flag, followed by a red rose, as its symbols. The party early on adopted as its anthem the song “The Red Flag,” which describes the “scarlet standard” as “the people’s flag,” “the hope of peace,” the banner and symbol of “human right and human gain.” Similarly, the color Red (and usually also the red rose) is strongly associated with the Australian Labor Party, the Canadian Liberal Party, the German Social Democratic Party, the Dutch Socialist Party, the Party of European Socialists (located in Brussels) and the Socialist International. (…) So there is a strong and enduring historical association, at least within modern European political culture, between the color Red and the most strongly progressivist, activist, reformist movements in European political life. (…) The mutation in the political meaning assigned to the color Red in America seems to have come about largely by chance and careless inattention. Nobody — not even the devious, all-knowing, and all-powerful Karl Rove — sought to induce or manipulate this change. But I believe one can make a very strong and suggestive argument that, in fact, this shift in symbolic meaning, even if entirely unintended, is extraordinarily meaningful, and fits in utterly unexpected ways with the historical situation in which we find ourselves. Hegel spoke of the “cunning of reason” in history, a term that indicated the ways in which the concatenation of seeming coincidences and random irrational events in history ends up furthering the cause of great, consequential, and intelligible change. Just such cunning may in fact be in evidence in this instance. What I am saying, then, is that there is a sense — a limited sense, but a real sense — in which the Republican Party of George W. Bush has indeed “become Red” — if by “being Red” one means, rather than being the standard bearer for the specific agenda of socialism, instead standing for a grand commitment to the furtherance of certain high ideals and goals, an agenda of progressive reform meant not merely for the sake of the nation, but for the general good of humanity. Such are precisely the sort of larger causes that socialism nearly always has championed. But they can no longer be regarded as the exclusive property of socialism, or more generally of the Left. Bush’s administration may well represent the culmination of a change that has been in the works for a quarter-century or so — perhaps dating back to the days of Reagan, who loved to quote one of the quintessential Red thinkers, Thomas Paine — an effort to capture the mantle of progressive change for the benefit of the conservative party. (…) As a result, it entirely plausible, I think, for Republicans to assert that the conservative party in America today is the party of progress, of human liberation, of national and international purpose. And Democrats who snicker at such an assertion do so at their own risk, for it is even more plausible to state that the liberal party is the party of opposition to change — the party of entrenched interests, of public bureaucracies and public-employee unions and identity-politics lobbies, the party that opposes tax reform, opposes tort reform, opposes educational reform, opposes Social Security reform, opposes military reform, opposes the revisiting of Supreme Court rulings, opposes the projection of American power overseas, opposes the work of Christian missionaries, opposes public accountability for the work of the scientific research community, opposes anything that offends the sensibilities of the European Union and the United Nations, and so on. Indeed, there are times when it seems they are on the verge of adopting the National Review’s famous slogan, about standing athwart history and yelling “Stop.” (…) But to stress these things is to leave out the key element driving Bush’s moral agenda, which has taken on growing saliency in his administration since 9/11, but was there to see all along for those with eyes to see, going back to his days as governor of Texas. And that is its grounding in Bush’s evangelical Protestantism. It is his evangelicalism that has broadened and softened his younger tendencies toward harder-edged oil-and-gas business conservatism, fired his moral concerns, given him a sense of political mission, and given him the energy, force, and staying power to pursue it. Many of the very positions that make some of his fellow conservatives suspicious of Bush — his “compassionate conservatism,” his relatively favorable view of many Federal social and educational programs, his sensitivity to issues of racial injustice and reconciliation, his softness on immigration issues, his promotion of the faith-based initiative, his concern with issues of international religious liberty, his African AIDS initiative, and above all, his enormously ambitious, even seemingly utopian, foreign-policy objectives — are positions that are best explained by the effects of his evangelical Christian convictions, and by his willingness to allow those convictions to trump more conventional conservative positions. It is strange that, of all the things liberals loathe about Bush, his religion seems to be at the top of the list. For it is precisely the seriousness of Bush’s commitment to his evangelical faith that has made him more “liberal,” in a certain sense, than many of his party brethren. [but] the Republicans have become Red less because of their strengths than because of the Democrats’ weaknesses. Something like that analysis is put forward, in the most compelling form I’ve yet seen, by Martin Peretz in the current issue of the New Republic, in an extremely intelligent article titled “Not Much Left.” Liberals, he argues, find themselves today where conservatives were a half-century ago, without ideas, without a vision of the good society, bookless, forced to feed on stale ideas from the 60s, and therefore, dying. I think there is considerable merit in Peretz’s analysis, and I think the appalling situation currently unfolding at Harvard is a window onto why the absence of fresh ideas on the Left may be a much more difficult problem to solve than even he posits. Conservatives had the benefit, in retrospect, of being in the wilderness, and having to invent and sustain their own institutions. The Left might be far better off, in the long run, if it didn’t have the Harvards of the world in its pocket, because it might be less inclined to control discourse rather than stimulate it. (…) But conservatism will be like the salt that has lost its savor, if it abandons its most fundamental mission — which is to remind us of what Thomas Sowell called “the constrained vision” of human existence, which sees life as a struggle, with invariably mixed outcomes, full of unintended consequences and tragic dilemmas involving hopelessly fallible people, a world in which the legacy of the past is usually more reliable than the projections of the future. As the example of Niebuhr suggests, such a vision need not reject the possibility of human progress altogether — which, by the way, has never been characteristic of traditional conservatism either, from Edmund Burke on. But it does suggest that it is sometimes wise to adopt, so to speak, a darker shade of red, one that sees the hand of Providence in our reversals as well as our triumphs. To do so is as needful for American evangelicalism as for American politics. Wilfred McClay (University of Tennessee, 2005)
As we know, the color red is more “eye-catching” and perhaps it made graphic sense for the networks to color-in the vast Republican expanse of the country in red to create a more dramatic background map. However, the problem has now transformed itself into a shorthand notation whereby the color is not used solely to visually differentiate states or counties. It is on the verge of becoming a part of the political lexicon as commentators refer to the “red states” and the “blue states”. This is, to me, as a longstanding political operative, not only confusing but a disturbing trend of how the political paradigm has shifted. There are two general reasons why blue for Republican and Red for Democrat make the most sense: connotation and practice. First, there has been a generally understood meaning to the two colors inasmuch as they relate to politics. That is, the cooler color blue more closely represented the rational thinker and cold-hearted and the hotter red more closely represented the passionate and hot-blooded. This would translate into blue for Republicans and red for Democrats. Put another way, red was also the color most associated with socialism and the party of the Democrats was clearly the more socialistic of the two major parties. The second reason why blue for Republicans makes sense is that traditional political mapmakers have used blue for the modern-day Republicans, and the Federalists before that, throughout the 20th century3. Perhaps this was a holdover from the days of the Civil War when the predominantly Republican North was “Blue”. While not a unanimous practice4, there is significant printed evidence of tradition in favor of the blue for Republican and red for Democrat color scheme. Nevertheless, the networks appear to be making this change full-bore during 2004. Even some conservative commentators5 have begun to use the “red state/blue state” break as a shorthand to “Republican state/Democrat state” as part of their terminology. Moreover, some younger political observers have been exposed only to the red for Republican scheme6. Of course, while this just shrieks of inside-the-beltway elitism, it also tends to confuse the debate for many average Americans, especially those over 30. The sole premise for this short-hand is the color-coding of the maps, most of which have not been seen since the 2000 election night/recount coverage. The political parties have invested untold millions in brand recognition for their party labels. Now the media are poised to turn this around for the sake of inside Washington jargon. Clark Bensen (2004)
Without giving it a second thought, we said blue for conservatives, because that’s what the parliamentary system in London is, red for the more liberal party. Roy Wetzel (NBC)
I just decided red begins with ‘r,’ Republican begins with ‘r.’ It was a more natural association. There wasn’t much discussion about it. Archie Tse (graphics editor for the Times
For years, both parties would do red and blue maps, but they always made the other guys red. During the Cold War, who wanted to be red? Chuck Todd (NBC)
Red was a term of derision. There’s a movie named Reds. You’d see red in tabloid headlines, particularly in right wing tabloids like the Daily Mirror in New York and the New York Daily News. Mitchell Stephens (New York University)
There are two general reasons why blue for Republican and Red for Democrat make the most sense: connotation and practice. First, there has been a generally understood meaning to the two colors inasmuch as they relate to politics. That is, the cooler color blue more closely represented the rational thinker and cold-hearted and the hotter red more closely represented the passionate and hot-blooded. This would translate into blue for Republicans and red for Democrats. Put another way, red was also the color most associated with socialism and the party of the Democrats was clearly the more socialistic of the two major parties. The second reason why blue for Republicans makes sense is that traditional political mapmakers have used blue for the modern-day Republicans, and the Federalists before that, throughout the 20th century. Perhaps this was a holdover from the days of the Civil War when the predominantly Republican North was ‘Blue’. Clark Bensen (Republican operative)
Si chacun de nous obtenait la société de ses rêves, les Etats bleus pourraient autoriser le mariage homosexuel et les Etats rouges faire broder les Dix Commandements sur la toge de tous les juges. Les bleus pourraient conserver le Premier amendement et se débarrasser du Deuxième. Les rouges pourraient garder le Deuxième et se débarrasser du Premier. Steve Hartmann (CBS)
Yes, Barnicle is right when he notes that tens of millions of good people in Middle America voted Republican. But if you look closely at that map you see a more complex picture. You see the state where James Byrd was lynch-dragged behind a pickup truck until his body came apart — it’s red. You see the state where Matthew Shepard was crucified on a split-rail fence for the crime of being gay — it’s red. You see the state where right-wing extremists blew up a federal office building and murdered scores of federal employees — it’s red. The state where an Army private who was thought to be gay was bludgeoned to death with a baseball bat, and the state where neo-Nazi skinheads murdered two African-Americans because of their skin color, and the state where Bob Jones University spews its anti-Catholic bigotry: they’re all red too. But that’s not the whole story, either. Cultural warriors like House impeachment managers Bill McCollum and James Rogan and ultra-conservatives like Sen. John Ashcroft were defeated. A gun control measure passed in Colorado and Oregon, and school vouchers were rejected in Michigan and California. Democrats gained seats in the House, the Senate and state legislatures — and Gore carried the popular vote. My point is that Middle America is a far more complicated place than even a gifted commentator like Mike Barnicle gives us credit for. It’s not all just red and blue — or black and white. Paul Begala
The state where left-wing extremist, Muslim terrorists blew up the World Trade Center – that’s blue. The county where a race riot following a jury verdict destroyed 2,000 Korean businesses and caused the deaths of 58 people – that’s blue. The states where Colin Ferguson and Ronald Taylor killed 8 whites and Asians because leftwing race baiters convinced them they were victims of a racial conspiracy – are blue. The counties, nationwide, where the vast majority of murderers, rapists and child molesters live and operate – those are blue, too. David Horowitz
During the 2000 election, the media began using maps showing liberal states as blue and conservative states as red. The obvious reason was to avoid the implication that liberals are related to socialists or communists, who throughout the world for over a century have been associated with the color red. Prior to 2000, the color scheme varied, with the more common − and more logical − practice being to use red for Democrats and blue for Republicans. For example, NBC’s David Brinkley referred to Ronald Reagan’s 49-state landslide victory in 1984 as a “sea of blue.” But since 2000, the current usage has become so ingrained that it would be very difficult to change. There may be a lesson here. We should be careful of the habits we develop. Changing them later can be difficult or impossible, no matter how illogical or destructive they may be. This is true for a drug habit, but it is equally − if less obviously − true for habits of thought. Refusing to associate big-government candidates and parties with socialism may seem innocent. But such thinking is hardly innocent if it encourages us to overlook the failing socialist states in Europe, Asia, Africa, and Latin America. (…) Then we have the notion that Democrats are more “compassionate” than Republicans. This is true only if we define “compassionate” as voting Democratic − a circular argument if there ever was one. In fact, conservatives on average give more to charity than liberals, both as individuals and by state. And Americans give more to charity than Europeans who live in socialist nations. (…) When we call conservative states red and liberal states blue, it is more than a mere confusion of colors. We are being manipulated to muddle our thinking until we can no longer draw logical conclusions. Socialism isn’t a novel idea worth trying. It is an old idea that has been tried in many forms and many places by many people, and to a significant extent it doesn’t work. We need to take from socialism the idea of a social safety net into which the unfortunate can fall without serious injury. But at the same time, we need to encourage individual initiative and responsibility, because they are necessary for progress – and even more important, because they are essential for human dignity. We can call red blue and blue red all day long, but the true colors remain the same. David C. Stolinsky
Newspapers, in those days, were largely black and white. But two days after voters went to the polls in 2000, both the New York Times and USA Today published their first color-coded, county-by-county maps detailing the showdown between Al Gore and George W. Bush. Both papers used red for the Republican Bush, blue for the Democrat Gore. (…) The 2000 election dragged on until mid-December, until the Supreme Court declared Bush the victor. For weeks, the maps were ubiquitous. Perhaps that’s why the 2000 colors stuck. Along with images of Florida elections officials eyeballing tiny ballot chads, the maps were there constantly, reminding us of the vast, nearly even divide between, well, red and blue voters(…)  In the beginning, blue was red and red was blue and they changed back and forth from election to election and network to network in what appears, in hindsight, to be a flight of whimsy. The notion that there were “red states” and “blue states”—and that the former were Republican and the latter Democratic—wasn’t cemented on the national psyche until the year 2000. Chalk up another one to Bush v. Gore. Not only did it give us “hanging chads” and a crash course in the Electoral College, not only did it lead to a controversial Supreme Court ruling and a heightened level of polarization that has intensified ever since, the Election That Wouldn’t End gave us a new political shorthand. (…)  Before the epic election of 2000, there was no uniformity in the maps that television stations, newspapers or magazines used to illustrate presidential elections. Pretty much everyone embraced red and blue, but which color represented which party varied, sometimes by organization, sometimes by election cycle. There are theories, some likely, some just plain weird, to explain the shifting palette. Jodi Enda (NPR)
The use of “red” and “blue” as color codes on maps of electoral results actually dates back to at least 1908, when the Washington Post printed a special supplement in which Republican states were colored red and Democratic blue The colors were apparently arbitrarily assigned in that case, although in later years both parties strove to claim blue (as in “true blue Americans”) and avoid red, with its connotations of radicalism. Finally, in 1976, the TV networks agreed to a formula to avoid any implication of favoritism in color selections. The color of the incumbent party, initially set as blue for Gerald Ford’s Republican ticket in that year, would flip every four years. Consequently, a successful challenger runs again in four years, as the incumbent, under the same color. So in 1992, the challenger Clinton was red on the maps, and in 1996, incumbent Clinton was also red. Challenger Bush, red in 2000, was red again as an incumbent in 2004. But perhaps because the pundits decreed 2000 to be a watershed election, the “red/blue” divide has assumed a broader political significance (at least to pundits), and although the formula dictates that the Republicans should be carrying the blue flag in 2008, it will be interesting to see how the networks color their maps. Word detective
Entre partisans d’une morale religieuse et tenants d’une nation laïque, les États-Unis connaissent actuellement une profonde division culturelle et idéologique. S’il faut nuancer les tableaux catastrophistes d’une Amérique déchirée en bastions rouges et bleus, la polarisation de la vie politique aux États-Unis est loin d’être un mythe et une véritable guerre culturelle a vu le jour, prônée par la droite chrétienne qui se targue d’un poids sans précédent dans la vie politique américaine. Depuis 2000, la religion joue en effet un rôle décisif dans les élections. La réélection de Bush en 2004, point culminant des tentatives de la droite chrétienne pour influencer le cours de la politique américaine, en témoigne. En 2004, des tendances importantes ont modifié de façon significative la nature de la vie politique américaine. Le choix des électeurs ne s’est plus fait en fonction de questions politiques ou socio-économiques mais bien en fonction des valeurs. Être démocrate ou républicain est devenu affaire de choix culturel voire émotionnel autour de questions comme l’avortement, le mariage gay, le rôle de la famille ou la place de la religion dans la vie publique. À l’aube de l’élection présidentielle de 2008, Hans-Georg Betz revient sur les élections de 2000 et 2004 qui ont porté George W. Bush au pouvoir. Un décryptage du conflit entre deux visions du monde irréconciliables. Autrement (2008)
Le système électoral américain explique également les stratégies de campagne qu’adoptent les candidats. Ceux-ci ont bien sûr intérêt à concentrer leurs efforts sur les Etats qui permettent de gagner le plus de grands électeurs. En théorie, il est possible d’être élu président des Etats-Unis en n’ayant la majorité que dans les onze Etats désignant le plus d’électeurs : Californie (55), Texas (34), New York (31), Floride (27), Illinois (21), Pennsylvanie (21), Ohio (20), Michigan (17), Georgie (15), New Jersey (15), caroline du Nord (15), ce qui permet d’obtenir 271 grands électeurs sur les 269 nécessaires. En outre, les candidats tendent à délaisser les Etats qui ont une longue tradition de vote en faveur de leur camp (la Californie, l’Etat de New York, et les Etats du nord-est pour les Démocrates), (le Texas et les Etats du Sud et Mid-West pour les Républicains). Ils focalisent leurs activités de campagne sur les Etats dont le vote est incertain. En 2004, ils ont ainsi consacré 54% de leurs investissements en publicité télévisée et 45% de leurs déplacements à trois Etats (Floride, Ohio, Pennsylvanie) qui ne représentent pourtant que 14% de la population totale (…). Depuis le milieu des années 1990, le nombre des Etats considérés comme incertains et où se déroule en conséquence l’essentiel de la campagne (dits battleground, toss up ou swing States) s’est réduit et est passé d’une vingtaine à une douzaine (…) Il semble donc qu’au cours des deux dernières décennies, les Etats-Unis se soient davantage polarisés avec d’un côté des Etats fortement démocrates (Blue States) et d’un autre côté des Etats fortement républicains (Red States). Ce clivage géographique (opposant les régions industrielles démocrates et les zones rurales républicaines) reflèterait les différences sociales, religieuses ou raciales des populations concernées. Cette polarisation croissante peut apparaître surprenante dans la mesure où de nombreuses études ont montré que les électeurs américains tendent à devenir plus modérés et être moins attachés aux partis républicain et démocrate. Dans Culture War ? The myth of a Polarized America (…), Morris Fiorina a d’ailleurs remis en cause l’idée d’une polarisation croissante. Je ne peux détailler toutes ses analyses ici, mais pour l’essentiel Fiorina nous dit qu’en termes de valeurs et d’attitudes politiques (mais pas religieuses) les Américains sont moins divisés qu’on ne le dit et que les clivages partisans ne s’observent véritablement que parmi les élites politiques et les citoyens engagés. Si l’on a l’impression d’une polarisation, ce serait surtout un effet du découpage des circonscriptions électorales (le gerrymandering) qui accentue artificiellement la séparation entre électorats démocrates et républicain. Incidemment, le mythe de la polarisation aurait été soutenu par les médias en ce qu’il simplifie et dramatise la couverture de la vie politique, présentée comme un affrontement entre les deux grands partis. L’ouvrage de Fiorina a suscité de vifs débats et de nombreuses études sur le même thème. Comme il arrive souvent dans les recherches en sciences politiques, certaines enquêtes ont abouti à des conclusions sensiblement différentes et confirmé au contraire la tendance à une polarisation politique croissante des Etats-Unis (en termes géographiques, sociaux, et même religieux). Thierry Vedel

Attention: un conservatisme peut en cacher un autre !

Couleur du feu et du sang, signal de danger ou d’interdiction (chiffon rouge, feux rouges, téléphone rouge, alerte rouge, carton rouge, Croix-Rouge), couleur de l’insurrection et du communisme (drapeaux soviétique et chinois) …

Couleur mariale, du roi, de la raison, de la modération, de la sobriété, de la dignité, de la discrétion, des républicains, des conservateurs, du consensus (organismes internationaux: ONU, Unesco, Conseil de l’Europe, Union européenne) …

Religion, armes à feu, chapeaux de cowboy, blancs, moindre instruction, ruralité, peine capitale, guerre d’Irak, courses de stock cars, musique country, pickups, Wall Street Journal …

Laïcité, relativisme, internationalisme, mutliculturalisme, féminisme, diplômes, urbanité, cosmopolitisme, avortement, écologie, tennis, musique classique, Toyota Prius, NYT, café latte, quiches …

En ces temps étranges où, innovation et sens des affaires obligent, il faudra désormais crier « Allez les rouges ! » pour soutenir les Bleus …

Et où, pour les mêmes raisons, les divisions entre bleus et rouges le temps d’une campagne de pub pour une chaine se voulant fédératrice en année préélectorale se voient aujourd’hui  réduites, prétendue tyrannie de la transparence oblige mais avec floutés stratégiques de rigueur pour que ça reste un « spectacle quasi-familial » s’il vous plait, à leur plus simple expression

Pendant que l’autre côté de l’Atlantique et via les réseaux sociaux, la fracture blancs-noirs qu’était censé réduire le premier président prétendument post-racial vire à une véritable guerre idéologique et culturelle des bleus et des rouges

Et qu’une génération qui, entre appel démagogique aux jeunes diplômés et aux immigrés de la part d’un président largement discrédité croyait avoir définitivement fait main basse sur le pouvoir se voit à son tour prise de doute

Qui se souvient …

Que la polarisation politique aujourd’hui apparemment si forte et si ancrée dans le langage politique américain …

Mais aussi si opposée à la tradition européenne …

D’un pays divisé entre Etats bleus supposément progressistes (en fait principalement urbains) et Etats rouges dits conservateurs (en fait principalement ruraux) …

N’a en fait pas plus de 15 ans ?

Et qui comprend …

Qu’imposé au départ par le souci peut-être de ne pas stigmatiser le même camp ou, plus vraisemblablement, par le choix largement graphique de médias américains en mal de dramatisation (et pour cause, l’écart Bush-Gore de la présidentielle de 2000 s’étant alors réduit, derrière l’effet de loupe du sytème winner take all et du vote indirect des grands électeurs, à justement quelques centaines de voix) …

Puis fixé dans les mémoires par la longue bataille juridique de ladite élection (36 jours !) …

Le bleu du « lac de Reagan« , autrement dit du libéralisme et de l’attachement aux valeurs communes (patriotisme, sécurité, famille) …

Ait pu quasiment du jour au lendemain finir par perdre toute signification idéologique …

Au point de s’inverser pour signifier son contraire et se réduire à la défense de groupes d’intérêt (minorités, jeunes, femmes, homosexuels) ?

A moins que, devant le nouveau conservatisme desdits groupes d’intérêt, le camp de la raison et de la conservation des valeurs se soit vu contraint de reprendre le rouge flambeau du véritable libéralisme et progressisme ?

Etats rouges et Etats bleus : la polarisation politique aux Etats-Unis

Thierry Vedel

31 août 2008

Le vote populaire ne dit pas qui va gagner
Cela peut apparaitre étonnant, mais par rapport à leurs homologues français, les médias américains publient assez peu de sondages sur les intentions de vote à la présidentielle (ceux qui sont accros aux sondages pourront néanmoins trouver leur bonheur dans la presse, par exemple ici sur le site du New York Times). La raison tient sans doute au système électoral américain. Un sondage national n’a qu’un intérêt relatif pour anticiper l’issue de la présidentielle. Le président américain est en effet élu non pas directement par les citoyens américains, mais par un collège de 538 « grands électeurs ». Ceux-ci désignés dans chaque Etat suivant le principe du winner-take-all (le candidat arrivé en tête rafle toutes les voix des grands électeurs). De ce fait, il peut arriver qu’un candidat ayant recueilli la majorité des suffrages au plan national (ce que les Américains appellent « le vote populaire ») ne soit pas élu car il n’a pas la majorité des voix des « grands électeurs ». Cela s’est produit quatre fois jusqu’à présent en 1824, 1876, 1888 et surtout 2000 (où Bush l’a emporté avec 5 voix d’avance chez les grands électeurs alors que Gore avait obtenu plus de 500 000 voix que lui dans « le vote populaire »).
Un champ de bataille qui se rétrécit

Le système électoral américain explique également les stratégies de campagne qu’adoptent les candidats. Ceux-ci ont bien sûr intérêt à concentrer leurs efforts sur les Etats qui permettent de gagner le plus de grands électeurs. En théorie, il est possible d’être élu président des Etats-Unis en n’ayant la majorité que dans les onze Etats désignant le plus d’électeurs : Californie (55), Texas (34), New York (31), Floride (27), Illinois (21), Pennsylvanie (21), Ohio (20), Michigan (17), Georgie (15), New Jersey (15), caroline du Nord (15), ce qui permet d’obtenir 271 grands électeurs sur les 269 nécessaires.
En outre, les candidats tendent à délaisser les Etats qui ont une longue tradition de vote en faveur de leur camp (la Californie, l’Etat de New York, et les Etats du nord-est pour les Démocrates), (le Texas et les Etats du Sud et Mid-West pour les Républicains). Ils focalisent leurs activités de campagne sur les Etats dont le vote est incertain. En 2004, ils ont ainsi consacré 54% de leurs investissements en publicité télévisée et 45% de leurs déplacements à trois Etats (Floride, Ohio, Pennsylvanie) qui ne représentent pourtant que 14% de la population totale (Source : Who picks the President ? A report by FairVote – The Center for Voting and Democracy’s). Depuis le milieu des années 1990, le nombre des Etats considérés comme incertains et où se déroule en conséquence l’essentiel de la campagne (dits battleground, toss up ou swing States) s’est réduit et est passé d’une vingtaine à une douzaine ( Source : Congressional Quarterly’s Guide to U.S. Elections, 4th edition). Carte montrant les Etats où les dépenses en publicité ont été les plus fortes lors de la campagne 2004. Source: FairVote.

La polarisation entre Etats rouges et Etats bleus : un mythe ?
Il semble donc qu’au cours des deux dernières décennies, les Etats-Unis se soient davantage polarisés avec d’un côté des Etats fortement démocrates (Blue States) et d’un autre côté des Etats fortement républicains (Red States). Ce clivage géographique (opposant les régions industrielles démocrates et les zones rurales républicaines) reflèterait les différences sociales, religieuses ou raciales des populations concernées. Cette polarisation croissante peut apparaître surprenante dans la mesure où de nombreuses études ont montré que les électeurs américains tendent à devenir plus modérés et être moins attachés aux partis républicain et démocrate. Dans Culture War ? The myth of a Polarized America (New York: Pearson Longman, 2005), Morris Fiorina a d’ailleurs remis en cause l’idée d’une polarisation croissante. Je ne peux détailler toutes ses analyses ici, mais pour l’essentiel Fiorina nous dit qu’en termes de valeurs et d’attitudes politiques (mais pas religieuses) les Américains sont moins divisés qu’on ne le dit et que les clivages partisans ne s’observent véritablement que parmi les élites politiques et les citoyens engagés. Si l’on a l’impression d’une polarisation, ce serait surtout un effet du découpage des circonscriptions électorales (le gerrymandering) qui accentue artificiellement la séparation entre électorats démocrates et républicain. Incidemment, le mythe de la polarisation aurait été soutenu par les médias en ce qu’il simplifie et dramatise la couverture de la vie politique, présentée comme un affrontement entre les deux grands partis.
L’ouvrage de Fiorina a suscité de vifs débats et de nombreuses études sur le même thème. Comme il arrive souvent dans les recherches en sciences politiques, certaines enquêtes ont abouti à des conclusions sensiblement différentes et confirmé au contraire la tendance à une polarisation politique croissante des Etats-Unis (en termes géographiques, sociaux, et même religieux). Pour un bon point sur la question, on pourra consulter le numéro spécial de The Forum, A Journal of Applied Research in Contemporary Politics, Vol. 3, Issue 2, (July 2005) dont le sommaire est consultable ICI. (Voir en particulier l’article de Alan Abramowitz et Kyle Saunders, l’un des meilleurs à mes yeux).

Voir aussi:

Seeing Red

Gary Andres

March 2, 2005

Democrats, the progressive party no more. Is President George W. Bush the new face of progressive reform in American politics and do Democrats now don the mask of the status quo? Some observers, particularly liberals, scoff at this idea, but growing evidence suggests Bush’s platform has a long pedigree in the morally based progressive tradition in American politics.

The media have largely missed this developing reversal, largely because it refuses to acknowledge Bush’s motivation to help people by dismantling the traditional welfare state, replacing it with programs that fall under the rhetorical rubric of “compassionate conservatism” and the “ownership society.” Bush’s new “progressivism,” however, also creates some tensions with elements of the conservative community–challenges the Republicans must manage if they hope to solidify their position as the majority party in America.

One person who astutely recognizes this subtle shift in the political tectonic plates is Wilfred McClay, of the University of Tennessee–Chattanooga. Last week Professor McClay gave an insightful lecture at the Ethics and Public Policy Center in Washington D.C., titled George W. Bush’s Evangelical Conservatism: Or How The Republicans Become Red. McClay begins with a symbol: The media’s use of the color red to depict states in the Republican victory column. This hasn’t always been the case: The sea of blue on the map depicting the 1980 GOP landslide was called “Lake Reagan” by Time magazine. But since 2000, Republicans have been the crimson party.

McClay highlights the irony of the changing color scheme. “It’s amazing how willing the democratic Left has been to acquiesce in the loss of one of the most permanent, most universal, and most beloved symbols–the color Red–without serious protest.”

“Red,” he notes, has long been associated with progressive, liberal, energetic, idea-driven reform causes (as well as Communism in the former Soviet Union and China)–including the 1848 revolution in France, and a host of labor parties throughout Europe in the last 200 years.

And just as the GOP has co-opted the progressive party’s color scheme, McClay says the “conservative (Republican) party in America today is the party of progress, of human liberation, of national and international purpose.” The Democrats, on the other hand, are the political Luddites–”the party of entrenched interests, of public bureaucracies and public-employee unions and identity-politics lobbies, the party that opposes tax reform, opposes tort reform, opposes educational reform, opposes Social Security reform, opposes military reform, opposes the projection of American power overseas . . . ” Democrats, he impishly notes, have all but adopted National Review’s famous slogan from its inaugural edition about “standing athwart history yelling [stop]!’”

President Bush’s progressive domestic and international vision is tethered by twin goals–freedom and responsibility. It is a worldview McClay calls “evangelical conservatism.” “Self-government is not possible under the yoke of political or religious tyranny. But neither is it possible in a world in which the formation of character is ignored, and the linkage between our efforts and our results is erased,” he said.

The twin appendages of the “self-governing individual” (freedom) and the “self-governing soul” (responsibility) were the handmaidens of abolitionism and other progressive social reforms of the 19th century. The same intellectual lineage animates the president’s support of American power to promote freedom internationally and his compassionate-conservative ideas domestically. Rather than a new philosophy, McClay argues Bush’s approach “may represent the recovery of a well established and distinctively American approach to social and political reform.”

But McClay concludes his lecture with a warning. Even if “conservative” government pursues policies to strengthen the “self-governing individual” and the “self-governing soul,” it’s still government. And however noble these ends, they may sometimes trump more conventional conservative positions. While sympathetic to the president’s general thrust, McClay argues conservatism cannot abandon its most fundamental mission, “what Thomas Sowell called the ‘constrained vision’ of human existence, which sees life as a struggle, with invariable mixed outcomes, full of unintended consequences and tragic dilemmas involving hopelessly fallible people.”

Indeed, President Bush deserves credit as a progressive reformer. So the new color scheme is probably justified. But as McClay argues, as these ideas evolve, “a darker shade of red, one that sees the hand of Providence in our reversals as well as our triumphs,” may be in order. The president’s palate, while promising and much needed, is a work in progress.

–Gary Andres is vice chairman of research and policy at the Dutko Group Companies and a frequent NRO contributor.

Voir aussi:

Ethics & Public Policy Center

American Culture and the Presidency

Wilfred M. McClay

American Culture and the Presidency
George W. Bush’s Evangelical Conservatism:

Or, How the Republicans Became Red

February, 23, 2005

American Culture and Democracy: Fall 2004 Lecture Series

Wilfred McClay: Thank you very much, Ed, and good evening to all of you. I am glad that we were finally able to hold this lecture, after being defeated twice in our earlier attempts. The delay probably has worked to my advantage, since the more distance that’s put between me and the other speakers in this series, the less I will suffer by comparison to them. It is indeed a daunting matter to have to follow on after Justice Scalia, Richard Neuhaus, Hadley Arkes, Bill Kristol, Eric Cohen, and so on. At least this way, I don’t have to follow them in close-order drill, but more as a straggler bringing up the rear.

One other advantage of delay — though a mixed advantage to be sure — is that I was able to keep on gathering material and rethinking this talk. That has meant its becoming transmuted into something a little different from what I set out to do at first. I was initially drawn to think about the role played by the Biblical story of the Prodigal Son — which is, in my opinion, one of the deepest and most thoroughly ingrained moral patternings in our redemption-haunted culture — with particular reference to the personae and public perceptions not only of President Bush and his opponent in the 2004 presidential campaign, but of Bill Clinton, Richard Nixon, and the whole succession of modern, highly personalized American presidencies. For what it is worth, I planned to argue that John Kerry would likely lose the election because he — unlike Bush, and unlike Clinton before him — did not know how to join the story of his own life, with its twists and turns, to that deeply American, and deeply Biblical, story of the Prodigal Son — a story that, in a sense, can be said to encapsulate many of the essentials of the Christian faith, particularly in its evangelical Protestant form. Since it is no great achievement to predict an event that has already happened, I obviously won’t pursue that same line of inquiry. But the larger question of the role of certain deep stories in providing our culture with an enduring account of itself, an account that structures our political and moral imaginations, remains central to what I want to talk about tonight.

There is always a temptation to be entirely topical and present-minded in approaching such a subject, finding dramatic changes in the flow of current events. Certainly President Bush’s extraordinary Second Inaugural Address and subsequent State of the Union Address, both barely a month ago, continue to reverberate in Washington and the country, and their contents and effects form a natural part of my subject. But the matters I want to address are longer-term in their gestation and development, and in no way dependent on these two remarkable speeches and their after-effects. In fact, I’d contend that anyone who has been paying attention to the public words of George W. Bush already knew that these speeches did not contain a great deal that was entirely new. I say that not to be dismissive, but simply to emphasize the consistency in the President’s long-term direction. Take for example the National Security Strategy of the United States, promulgated in September 2002. Judging from the reporting on it, you would think there was nothing much of interest about it, aside from the section on preemptive warfare. But it is absolutely clear, from the start, in basing itself on “a distinctly American internationalism that reflects the union of our values and our national interests,” that aims to “make the world not just safer but better” by promoting political and economic freedom, and that insists “America must stand firmly for the nonnegotiable demands of human dignity.” All these rather sweeping and significant statements went largely unnoticed amid the frenzy over the document’s discussion of preemption. But they were there, and very prominently so.

What I want to look at is, specifically, how the administration of George W. Bush seems to have marked a sea change in the evolution of Republican politics, in conservatism, in the present and future alignment of our political parties and ideologies, and the role of religion in our public discourse and public action. In addition, however, I want to talk about the ways that, taking a longer-range historical view, what looks like a sea change may in fact merely be the process of this administration and the political party it leads rejoining itself, consciously or not, to certain longer traditions of American political and social reform. And I will also want to ask, in the end, whether these changes or reorientations are entirely a good thing, or whether there are aspects of them that should give pause to Americans in general, and to conservative Americans and evangelical Americans in particular.

*****

Let me ease into the subject with an anecdote, meant to illuminate the meaning of my subtitle. Toward the end of April in 2001, I found myself on a business trip to New York, and thought that I would use the occasion to have lunch with a friend, one of those people one deals with for years by phone and email without ever having met in the flesh. I should add, too, that this was and is someone with her feet planted firmly and intransigently on the political Left, with the most dismissive and contemptuous attitude imaginable toward Republicans in general and George W. Bush in particular — but an otherwise charming and intelligent person who tolerates me as a harmless eccentric. We arranged to meet for lunch at a little place off Union Square. After we’d firmed up the arrangements by phone, she concluded with the following instruction: “Now remember, it’ll be May Day, so be sure to wear a red tie.”

Not wishing to offend, I obliged. But I wondered at the request, which struck me as a bit absurd. I thought I detected in it the scent of nostalgia for a bygone era. It was as if we were still living in those heady days when a May Day visit to Union Square might mean an encounter with fiery labor organizers, or German-speaking radical anarchists, or a garment-workers’ rally — or maybe an earnest, rousing speech by Eugene Debs or Emma Goldman or Norman Thomas — instead of an encounter with a swarming beehive of commercial activity, around a Square which now offers the full array of franchise outlets that one would likely find anyplace else in America — Staples, Barnes and Noble, CVS pharmacy, and so on — all accompanied by the deafening noise of seemingly incessant construction. And I somehow doubt that “Red Emma,” were she to show up, would regard my red tie as a very impressive sign of my solidarity with the workers of the world.

I can understand a certain nostalgia for the Left’s glory days — for a time when there was still a plausible sense that it was the Left that stood for the common man and the human prospect, over against the dehumanizing forces of industrialism and finance capitalism and murderous nation-state rivalries and militarism and racial subordination and class arrogance and massive economic inequality, and all the other evils in the long parade of human folly. I’m far from immune to the pull of such concerns myself, as I think many decent people find themselves. It seems to be an especially bitter experience for those who have experienced such glory days to realize that times change and one can’t draw on their moral and intellectual capital forever, which may explain why that realization has been so slow in coming to the aging leadership of the Civil Rights Movement, or the Vietnam-era boomers who currently dominate the major media and the universities.

But how, I wondered, could anyone who had just lived through the 2000 presidential election, and its endless maps of America by state and county, still associate the color “red” with the Left? Particularly when, nearly four years later, after another presidential election and after exposure to another endless succession of maps, the association of “red” and “Republican” seems to have become firmly rooted in our discourse, embraced by both parties. Now we are even treated to learned disquisitions by intrepid reporters from our major daily papers who have donned their pith helmets and ventured out into the far hinterlands, trying to find and comprehend the inner essence of that exotic thing, Red America.

Someday the precise story will be told, by a historian more patient than I, of how the Republican party came to be assigned the color “red” in the mapping of the 2000 electoral results. From what little I have been able to determine, the change seems to have happened gradually, and with no visible conscious intent, and considerable inconsistency along the way. As recently as the 1980 election, the late David Brinkley, then still an anchor at NBC News, was drolly comparing the map representing Ronald Reagan’s landslide victory to a suburban swimming pool — solid blue, in other words. Time magazine somewhat more generously referred to the 1980 map as “Lake Reagan,” and stuck with a blue-Republican and red-Democratic scheme all through the 1990s. Other networks and news outlets used different color schemes during those years, sometimes replacing blue with white, and even reversing the coloration more or less at will. (I distinctly remember watching the 1980 returns on ABC, and hearing Frank Reynolds turn to Ted Koppel and say, “The country’s going Red, Ted!”)

How and why most of the major media outlets (with the exception of Time) fixed upon the red-Republican and blue-Democratic schema in 2000 remains somewhat mysterious. When a New York Times graphics editor was asked for his paper’s rationale, he responded simply that “both Republican and red start with the letter R.” So chalk one up for Sesame Street.

Of course, for anyone who knows even a smattering of modern European history, this is a truly an astonishing turn of events, whose significance is only barely hinted at by Frank Reynolds’s wisecrack. It’s amazing how willing the democratic Left has been to acquiesce in the loss of one of its most permanent, most universal, and most beloved symbols — the color Red — without serious protest. I am not talking here about yielding some of the more or less primordial symbolic meanings ascribed to Red, though those too would seem to be worth hanging on to. Red is the color of life, of love and fidelity, of warmth, of emotional intensity, of power and grandeur. Any political movement or party worth its salt would like to lay claim to such things. But I am thinking more specifically of the political meanings of Red, which may draw upon these more primordial meanings, but also link them to specific historical events and causes and traditions and aspirations. We Americans tend to think, in our own times, of Red in this sense referring exclusively to the history of Communism, but that is a vast oversimplification. Let me be clear in what I’m saying here. I don’t want to be associated with the view that Communism was merely “liberalism in a hurry.” But by the same token, I do want to insist that the range of historical referents to Red would be better described as different expressions of an energetic and idea-driven commitment to systemic progressive reform, expressions that can and do vary widely in the extent of their liberalism or illiberalism, but that have in common a commitment to the general cause of human freedom and human liberation.

Those political meanings of Red emerged fully in the French Revolution of 1848, when socialists and radical republicans adopted the red flag as a symbol of their cause, in contrast to the white flag of the Bourbon monarchists and the more moderate tricolor flag of the liberal Second Republic. From then on, the red flag became firmly associated in French political culture with the progressive socialist cause. Later the softer and more humane image of the red rose would be adopted as a symbol of the French Socialist Party, and was used to especially good public effect in recent memory by Francois Mitterrand. Its enduring power was manifest at Mitterrand’s funeral nine years ago, when throngs of mourners arrived at the Notre Dame Cathedral bearing red roses in their hands.

Similarly, the British Labor Party used a red flag, followed by a red rose, as its symbols. The party early on adopted as its anthem the song “The Red Flag,” which describes the “scarlet standard” as “the people’s flag,” “the hope of peace,” the banner and symbol of “human right and human gain.” Similarly, the color Red (and usually also the red rose) is strongly associated with the Australian Labor Party, the Canadian Liberal Party, the German Social Democratic Party, the Dutch Socialist Party, the Party of European Socialists (located in Brussels) and the Socialist International. Just out of curiosity, I paid a visit to the current websites of each of these organizations, and believe me, you have never seen so much red, and especially so many red roses, outside of the city of Pasadena on New Year’s Day.

So there is a strong and enduring historical association, at least within modern European political culture, between the color Red and the most strongly progressivist, activist, reformist movements in European political life. But, you may well be asking, so what? This is all very interesting, I suppose, but what earthly difference does it make, so far as the United States and the Republican Party are concerned? Isn’t it possible, for example, that American disregard for European color rules is precisely a sign of our superiority, and our exceptionalism?

A reasonable question. My answer would be this. The mutation in the political meaning assigned to the color Red in America seems to have come about largely by chance and careless inattention. Nobody — not even the devious, all-knowing, and all-powerful Karl Rove — sought to induce or manipulate this change. But I believe one can make a very strong and suggestive argument that, in fact, this shift in symbolic meaning, even if entirely unintended, is extraordinarily meaningful, and fits in utterly unexpected ways with the historical situation in which we find ourselves. Hegel spoke of the “cunning of reason” in history, a term that indicated the ways in which the concatenation of seeming coincidences and random irrational events in history ends up furthering the cause of great, consequential, and intelligible change. Just such cunning may in fact be in evidence in this instance.

What I am saying, then, is that there is a sense — a limited sense, but a real sense — in which the Republican Party of George W. Bush has indeed “become Red” — if by “being Red” one means, rather than being the standard bearer for the specific agenda of socialism, instead standing for a grand commitment to the furtherance of certain high ideals and goals, an agenda of progressive reform meant not merely for the sake of the nation, but for the general good of humanity. Such are precisely the sort of larger causes that socialism nearly always has championed. But they can no longer be regarded as the exclusive property of socialism, or more generally of the Left. Bush’s administration may well represent the culmination of a change that has been in the works for a quarter-century or so — perhaps dating back to the days of Reagan, who loved to quote one of the quintessential Red thinkers, Thomas Paine — an effort to capture the mantle of progressive change for the benefit of the conservative party. These efforts have not been a notable success in the past, and even the most plausible of them, Newt Gingrich’s notion of a “conservative opportunity society,” foundered on the rocks of its creator’s problematic persona. Yet it may be clear to future historians that events of the past quarter-century have slowly been weaving a possible new guiding narrative for the Republican party.

As a result, it entirely plausible, I think, for Republicans to assert that the conservative party in America today is the party of progress, of human liberation, of national and international purpose. And Democrats who snicker at such an assertion do so at their own risk, for it is even more plausible to state that the liberal party is the party of opposition to change — the party of entrenched interests, of public bureaucracies and public-employee unions and identity-politics lobbies, the party that opposes tax reform, opposes tort reform, opposes educational reform, opposes Social Security reform, opposes military reform, opposes the revisiting of Supreme Court rulings, opposes the projection of American power overseas, opposes the work of Christian missionaries, opposes public accountability for the work of the scientific research community, opposes anything that offends the sensibilities of the European Union and the United Nations, and so on. Indeed, there are times when it seems they are on the verge of adopting the National Review’s famous slogan, about standing athwart history and yelling “Stop.”

Now some of these things may be worth opposing, and I am not here this evening to endorse or condemn the whole slate of either party. But it seems clear that such a shift of party identities may now be upon us, and that the shift of the color Red to the Republican side may provide an interesting symbolic representation of it.

Clearly, too, as a corollary to the above, one would want to point out that Bush came to this position from a route entirely distinct from the route taken by European socialists. The influences on his thinking are various, of course. As an American, he is heir to the traditional American commitment to the concept of universal natural rights that permeates certain documents of the nation’s founding, and the struggles and travails of its subsequent history. Such sentiments are not unheard of in the party of Lincoln, and Bush, though a proud Texan, seems to have had almost no attraction to the vestiges of traditionalist Southern conservatism. And I don’t doubt for a minute that Bush has been greatly influenced by the neoconservative advisors and theorists in his administration, whose advocacy for the preemptive use of force, democratic nation-building, and the active use of American power in pursuit of a universal human-rights agenda dovetails so well with many of his own instincts (even if they also represent a departure from avowed positions of the 2000 campaign).

But to stress these things is to leave out the key element driving Bush’s moral agenda, which has taken on growing saliency in his administration since 9/11, but was there to see all along for those with eyes to see, going back to his days as governor of Texas. And that is its grounding in Bush’s evangelical Protestantism. It is his evangelicalism that has broadened and softened his younger tendencies toward harder-edged oil-and-gas business conservatism, fired his moral concerns, given him a sense of political mission, and given him the energy, force, and staying power to pursue it. Many of the very positions that make some of his fellow conservatives suspicious of Bush — his “compassionate conservatism,” his relatively favorable view of many Federal social and educational programs, his sensitivity to issues of racial injustice and reconciliation, his softness on immigration issues, his promotion of the faith-based initiative, his concern with issues of international religious liberty, his African AIDS initiative, and above all, his enormously ambitious, even seemingly utopian, foreign-policy objectives — are positions that are best explained by the effects of his evangelical Christian convictions, and by his willingness to allow those convictions to trump more conventional conservative positions. It is strange that, of all the things liberals loathe about Bush, his religion seems to be at the top of the list. For it is precisely the seriousness of Bush’s commitment to his evangelical faith that has made him more “liberal,” in a certain sense, than many of his party brethren.

It is, then, quite legitimate to ask whether Bush is even rightly understood as a conservative. Clearly, this question can involve us in an endless semantic game, and I don’t want to spend our time doing that. But the fundamental dynamic at work is, I think, pretty clear. Although many secular observers seem not to understand this, evangelicalism, by its very nature, has an uneasy relationship with conservatism. To call someone both an evangelical and a conservative, then, while it is not to utter a contradiction, is to call him something slightly more problematic than one may think. Of course this is, or should be, true of all Christians, who have transcendental loyalties that must sometimes override their political commitments, even very fundamental ones. But it is especially true of evangelicalism. As a faith that revolves around the experience of individual transformation, it inevitably exists in tension with settled ways, established social hierarchies, customary usages, and entrenched institutional forms. Because evangelicalism places such powerful emphasis upon the individual act of conversion, and insists upon the individual’s ability to have a personal and unmediated relationship to the Deity and to the Holy Scriptures, it fits well with the American tendency to treat all existing institutions, even the church itself, as if their existence and authority were provisional and subordinate, merely serving as a vehicle for the proclamation of the Gospel and the achievement of a richer and more vibrant individual faith. As such, then, evangelicalism, at least in its most high-octane form, may not always be very friendly to any settled institutional status quo. In the great revivals of earlier American history, it nearly always served to divide churches and undermine established hierarchies, a powerful force for what Nathan Hatch called “the democratization of American Christianity.”

True, evangelicalism can also be a force of moral conservatism, in insisting upon the permanence of certain moral and ethical desiderata, particularly if those are clearly stated in the Bible. But it can also be a force of profound moral radicalism, calling into question the justice and equity of the most fundamental structures of social life, and doing so from a firm vantage point outside those structures. David Chappell’s excellent recent book on the Civil Rights Movement, A Stone of Hope, very effectively made the point that it was the power of prophetic evangelical Christianity that energized the Civil Rights Movement and gave southern blacks the courage and fortitude to challenge the existing segregationist social order. And one could say similar things about many of the great nineteenth-century American movements for social reform, notably abolitionism, a rather unpopular cause in its day which would have made little headway without the fervent commitment of evangelical Protestants who believed the country was being polluted and degraded by the continued existence of slavery.

I am not claiming that Bush is a radical reformer. I don’t think anyone, other than an opponent straining for partisan advantage, would do that. But I am pointing out that the religious vision that energizes him is not always compatible with conservatism as conventionally understood, and may not, in the long run, be easily contained or constrained by it. Yes, Bush is a conservative, but he is a conservative whose conservatism has been continuously informed, leavened, challenged, reshaped, and reoriented by his religious convictions; and many of his closest aides and advisors have undergone a similar process. To capture this distinctive, I’m going to use the term “evangelical conservatism” to describe his position. I should hasten to add that there is a very great difference between “evangelical conservatism” and “conservative evangelicalism,” the latter of which refers to a theologically conservative position which may or may not translate into conservative political views. What I’m calling “evangelical conservatism” is better understood as a form of conservatism, then, and not as a form of evangelicalism — a political, rather than a theological, term.

The question remains as to whether or not Bush’s evangelical conservatism is still conservatism at all, or rather a departure from conservatism, and if so, whether it is a wise, coherent, or justifiable one. That is an interesting question. But it might be better first to ask whether what I am calling “evangelical conservatism” amount to little more than a strange little blip on the screen of American history, the latest flavor in reformism, a mere passing reflection of the idiosyncrasies of one man — or whether instead it finds echoes, in the form of antecedents and precedents, in the American past. As the historian Ronald G. Walters sadly observes in his history of reform movements in antebellum America, nothing so characterizes the history of American reform as its discontinuities, its inability to build traditions and institutions that can stretch across the generations. But this need not be the case. The historical record itself suggests that Bush’s evangelical conservatism, rather than being a radical innovation, may represent the recovery of a once well-established, and distinctively American, approach to social and political reform.

*****

The specifically evangelical tinge to Bush’s conservatism is equally visible in both his domestic and foreign policy. Indeed, one could argue that — within the limits that political prudence and expediency always place upon ideological consistency — these two aspects of policy form something of a seamless web. And the principle that unifies them is the characteristically evangelical emphasis upon the ultimate value of the self-governing individual. The administration’s zeal for the promotion of freedom, and particularly for the causes of global human rights and religious liberty, clearly owes a great deal to the moral influence of evangelical Christians (and also certain very committed secular Jews, such as Abe Rosenthal and Michael Horowitz, who have taken a powerful interest in the cause of religious liberty). And its domestic conception of the “ownership society,” which is a further elaboration of ideas that were already adumbrated in the “compassionate conservatism” that Bush advanced as governor of Texas and in his 2000 campaign, is also aimed at the formation and empowerment of self-governing individuals. Both depend upon a certain anthropology of the human person, a constrained individualism which understands human flourishing as requiring both the political and social freedom to pursue the good, and the moral discipline to live responsibly within the constraints that reflect the highest properties of human nature. Self-government is not possible under the yoke of political or religious tyranny. But neither is it possible in a world in which the formation of character is ignored, and the linkage between our efforts and our results is erased. Hence the two facets of the Bush agenda are conjoined.

Such a formulation bears a strong resemblance to the outlook of so much nineteenth-century American reform, which held up as a social ideal the freely choosing individual who was constrained (and thereby made genuinely free) by the disciplining influences of education, religion, and formative moral training. From the time of the Founding up to the end of the 19thcentury, the ultimate goal of social reform was the creation of the optimal conditions for what historian Daniel Walker Howe calls “the construction of the self.”. It was an era that still unabashedly extolled the “self-made” man, in which “self-improvement” was regarded as a moral imperative, and in which the concept of “individualism” was not understood as a synonym for narcissism or footloose irresponsibility, but rather as a highly desirable condition — a condition, though, which could NOT be properly understood or sustained apart from the existence of an objective moral order. And it was not enough for those constraints to be applied externally, like so many fences and leashes. They needed to be completely internalized as well. The responsible democratic self would need the help of institutions — family, church, neighborhood, and polity — with an interest in character formation. But the goal was not to remain in a state of tutelage, but to become transformed internally in the direction of self-sufficency, and thereby become more or less autonomous or self-constrained.

The relationship between the self-governing polity and the self-governing soul appears again and again — for example, in the thought of public-education pioneer Horace Mann, who saw the role of education as that of implanting the tools of self-regulation, so that naturally anarchic individuals would be fit for the task of self-control and self-direction. The clergyman William Ellery Channing, whose 1838 lecture “Self-Culture” became a classic brief for the endless human capacity for self-improvement, argued that God had endowed the human race with the extraordinary power “of acting on, determining, and forming ourselves.” One could argue that neither of these men was, in the strictest sense, an evangelical. But in this respect, there was little difference between them and their contemporaries, such as the arch-evangelical Charles Grandison Finney. As historian Daniel Walker Howe has put it, the essence of the evangelical commitment was that it was “undertaken voluntarily, consciously, and responsibly, by the individual for himself or herself,” by those “who have consciously decided to take charge of their own lives and identities,” and who are willing to embrace a discipline that is “at one and the same time liberating and restrictive.”

This ideal of the self-governing individual stands behind many of the great reform movements of pre-Civil War America — temperance, women’s rights, health faddism, and of course, antislavery. That ideal is at the heart of the evangelical-Protestant moral critique of slavery. Slavery was a systemic affront to the ideal of self-governance. It not only prevented slaves from being self-governing and fully realized individuals. It just as surely prevented masters from achieving that same status. It corrupted both, and in the process had a corrupting effect upon all that came into contact with them, a contention that the economically backward state of the South seem to prove. This was a critique that, of course, went back as far as Thomas Jefferson’sNotes on the State of Virginia, but it took a religious movement to provide the energy to act on it.

It would take a lecture longer than this already over-long one to trace the ways that this 19th-century Whig-evangelical model of social reform through individual transformation under the tutelage of morally authoritative institutions came to be supplanted by philosophies of reform that dealt in the behavior of social aggregates rather than the reformation of individual hearts and minds. But it is certainly seemed clear, by the end of the 1970s or so, those approaches had fallen far short of unambiguous success; and with the sweeping welfare-reform measures of a decade ago, Federal social policy has begun to reject approaches to social reform that fail to take into account the dynamics of individual character formation. This is clearly where Bush’s heart is, and in that sense, his approach picks back up where the reformers of the 19th century left off. Here too, one can see how his own perspective dovetails so nicely with that of neoconservative critics of the welfare state, but even so is different, given its roots in a certain religious anthropology.

*****

It may be that I’m failing to give adequate attention to the other side of the story here. Which is to say that the Republicans have become Red less because of their strengths than because of the Democrats’ weaknesses. Something like that analysis is put forward, in the most compelling form I’ve yet seen, by Martin Peretz in the current issue of the New Republic, in an extremely intelligent article titled “Not Much Left.” Liberals, he argues, find themselves today where conservatives were a half-century ago, without ideas, without a vision of the good society, bookless, forced to feed on stale ideas from the 60s, and therefore, dying.

I think there is considerable merit in Peretz’s analysis, and I think the appalling situation currently unfolding at Harvard is a window onto why the absence of fresh ideas on the Left may be a much more difficult problem to solve than even he posits. Conservatives had the benefit, in retrospect, of being in the wilderness, and having to invent and sustain their own institutions. The Left might be far better off, in the long run, if it didn’t have the Harvards of the world in its pocket, because it might be less inclined to control discourse rather than stimulate it.

But there’s one thing that Peretz mentions in passing that also summarizes what makes me uneasy about the Bush agenda, and it’s packed into one sentence: “The most penetrating thinker of the old liberalism, the Protestant theologian Reinhold Niebuhr, is virtually unknown in the circles within which he once spoke and listened, perhaps because he held a gloomy view of human nature.” One could say the same about the older conservatism, which also once found Niebuhr a compelling figure but now finds it easy to dismiss him.

There is not much of Niebuhr, or original sin, or any other form of Calvinist severity, in the current outlook of the Bush administration. That too is a reflection of the optimistic character of American evangelicalism, and therefore of evangelical conservatism. It certainly reflects the preference of the American electorate, which does not like to hear bad news, a fact that is surely one of the deep and eternal challenges to democratic statesmanship. And it is, by and large, an appropriate way for good leaders to behave. It is, in some respects, a political strength.

But conservatism will be like the salt that has lost its savor, if it abandons its most fundamental mission — which is to remind us of what Thomas Sowell called “the constrained vision” of human existence, which sees life as a struggle, with invariably mixed outcomes, full of unintended consequences and tragic dilemmas involving hopelessly fallible people, a world in which the legacy of the past is usually more reliable than the projections of the future. As the example of Niebuhr suggests, such a vision need not reject the possibility of human progress altogether — which, by the way, has never been characteristic of traditional conservatism either, from Edmund Burke on. But it does suggest that it is sometimes wise to adopt, so to speak, a darker shade of red, one that sees the hand of Providence in our reversals as well as our triumphs. To do so is as needful for American evangelicalism as for American politics.

 Voir de plus:

Red States, Blue States, Confusional States
David C. Stolinsky
November 13, 2014

Some states are red
Some states are blue
The blue states are redder
But what can you do?

During the 2000 election, the media began using maps showing liberal states as blue and conservative states as red. The obvious reason was to avoid the implication that liberals are related to socialists or communists, who throughout the world for over a century have been associated with the color red.

Prior to 2000, the color scheme varied, with the more common − and more logical − practice being to use red for Democrats and blue for Republicans. For example, NBC’s David Brinkley referred to Ronald Reagan’s 49-state landslide victory in 1984 as a “sea of blue.” But since 2000, the current usage has become so ingrained that it would be very difficult to change. There may be a lesson here.

We should be careful of the habits we develop. Changing them later can be difficult or impossible, no matter how illogical or destructive they may be. This is true for a drug habit, but it is equally − if less obviously − true for habits of thought. Refusing to associate big-government candidates and parties with socialism may seem innocent. But such thinking is hardly innocent if it encourages us to overlook the failing socialist states in Europe, Asia, Africa, and Latin America.

Socialist governments traditionally do make a financial mess. They always run out of other people’s money.
– Prime Minister Margaret Thatcher

Barack Obama proposed a variation on the theme of “one size fits all” health-care plans. We refused to see the similarities between this plan and the socialized Canadian system with its long delays, the British system with its rationing of care, and the French system with its inability to react to emergencies. So unless we amend or repeal ObamaCare, we will face similar problems. Erroneous terminology leads to erroneous thinking. We heard promises of “excellent care for everyone at less cost” and reacted with cheers and applause, rather than the hoots and whistles such baloney deserved.

Then we have the notion that Democrats are more “compassionate” than Republicans. This is true only if we define “compassionate” as voting Democratic − a circular argument if there ever was one. In fact, conservatives on average give more to charity than liberals, both as individuals and by state. And Americans give more to charity than Europeans who live in socialist nations.

I believe that socialism is deficient not only on economic grounds, but also on moral grounds. It encourages us to leave the well-being of fellow citizens and even family to the government. For example, in 2003 France was stuck by a heat wave in which over 11,000 died. Those who could do so took their usual August vacation to the seashore, leaving elderly relatives and neighbors to swelter in non-air-conditioned apartments. Even health-care personnel went on vacation, while those who remained were limited by law to a 35-hour work week. There’s “compassion” for you.

Some time ago I was talking to a colleague. I mentioned the evils of the Soviet Union. As if on cue, he said, “True communism hasn’t been tried.” Really? In 74 years of “building socialism,” the Soviet Union just couldn’t get it right? And Poland, Hungary, Czechoslovakia, Bulgaria, Romania, Yugoslavia, Albania, and East Germany didn’t do it right, either? What about China, North Korea, Vietnam, Laos, and Cambodia – not to mention the liberals’ favorite, Cuba? What about the failed African regimes that rejected Western ideas of democracy and free enterprise, but unwisely chose Marxism to emulate?

In fact, true communism was tried by the Pilgrims in the Plymouth Colony in 1620. After a few years of near starvation, they gave it up and allowed private ownership of land. This experience was duplicated by communists in the Soviet Union and China, where millions died in famines. But unlike the Pilgrims, it took the Russians and Chinese many years to admit their error.

After centuries of attempts of various sorts by various peoples of various racial, ethnic, and cultural backgrounds, nobody could get socialism “right.” But many liberals still believe that they could get it “right,” if only we nasty old conservatives got out of the way and let them try.

As G. K. Chesterton observed, when people stop believing in God, they don’t believe in nothing, they believe in anything. First it was global cooling and nuclear winter. Now it is global warming. First it was removing mercury from tuna fish, childhood vaccines, and even thermometers. Now it is mandating compact fluorescent bulbs that contain mercury. Yet no matter what other beliefs come and go, one liberal belief remains constant − the belief that they are smarter than all other people and can finally get socialism “right.”

But what does it mean to get socialism “right”?

● Can a system that is inefficient be made to work efficiently?

● Can a system that creates disincentives to productivity be made productive?

● Can a system that rewards conformity be made innovative?

● Can a system that discourages individual responsibility be made to encourage it?

● Can a system that enforces compliance be made to encourage political freedom?

● Can a system that punishes “incorrect” speech be made to encourage free expression?

● Can a system that takes more of our money and makes spending decisions for us be made to encourage economic freedom?

● Can a system based on Marx’s 19th-century notions cope with 21st-century problems?

● Can a system based on lies ever succeed? Note the admission that ObamaCare could not have been passed without lying to Congress and the American people.

We can’t get socialism “right” any more than we can get wife-beating “right” or perpetual motion “right.” If something is wrong, both morally and practically, we can never get it “right.” The best we can hope for is to get it less wrong − that is, to compare it with something that seems even worse.

Thus when I criticized his hero, Fidel Castro, my liberal colleague replied, “He got rid of Batista.” Yes, but so what? John Gotti got rid of Paul Castellano − did that excuse Gotti’s Mafia career? And Lenin got rid of the czar. But what if he hadn’t? Despite the oppression and inefficiency of the czarist regime, things in Russia were slowly improving. It is illogical to compare conditions in the Soviet Union before it collapsed in 1991 with conditions in the czarist Russia of 1917. Nothing in the world is the same as it was in 1917.

Similarly, apologists for Castro compare education and health care in Cuba now with conditions when Batista fell in 1959. Liberals fall into the trap of assuming that if the Left hadn’t seized power, conditions in the country in question would have remained frozen in time. This is similar to claiming that if the American Revolution hadn’t occurred, we would still be going around on horseback wearing three-cornered hats and wigs.

Things change whether our guy or the other guy is in charge. The question is how they change. Does freedom increase or decrease? Is the value of the individual enhanced or diminished? Does society come to resemble a community of human beings or an anthill? Are productivity and innovation encouraged or discouraged? Are we motivated to take care of ourselves, our family, and our neighbors, or are we tempted to slough off our responsibilities onto Big Brother?

When we call conservative states red and liberal states blue, it is more than a mere confusion of colors. We are being manipulated to muddle our thinking until we can no longer draw logical conclusions.

Socialism isn’t a novel idea worth trying. It is an old idea that has been tried in many forms and many places by many people, and to a significant extent it doesn’t work. We need to take from socialism the idea of a social safety net into which the unfortunate can fall without serious injury. But at the same time, we need to encourage individual initiative and responsibility, because they are necessary for progress – and even more important, because they are essential for human dignity.

We can call red blue and blue red all day long, but the true colors remain the same.

Voir également:

BETWEEN THE LINES
How red states turned blue and vice versa
Exclusive: Joseph Farah vows not to use media-manipulated color narrative
WND
05/09/2012

Joseph Farah is founder, editor and CEO of WND and a nationally syndicated columnist with Creators News Service.. He is the author or co-author of 13 books, including his latest, « The Tea Party Manifesto, » and his classic, « Taking America Back, » now in its third edition and 14th printing. Farah is the former editor of the legendary Sacramento Union and other major-market dailies.

It’s been four years since I made this point heading into another presidential election.

But it’s a point worth making again and again. It illustrates how the Democrats have their way with the media – every time.

Folks like me, old enough to remember when red states meant Democrat and blue states meant Republican, probably still get confused from time to time about the terminology.

All one has to do is take a trip down memory lane to look at the way the media uniformly showed the Ronald Reagan landslide of 1984. Look at the map. The blue states belonged to Reagan. The red states were those won by Walter Mondale.

Why did that perfectly sensible system suddenly change in the presidential election of 2000?

The story goes that the current use of Republican red and Democrat blue began when the late Tim Russert, a respected television interviewer, but one who worked formerly for Democratic Sen. Daniel Patrick Moynihan of New York, decided to use this new color scheme 12 years ago, according to the Washington Post, and it took.

I’m not surprised it did, given the political complexion of the national press corps.

The former system made more sense and was deliberately changed by media partisans who didn’t like to suggest Democrats should be associated with the color red.

I’m not making this up. In fact, even the predictably leeward-tilting Wikipedia acknowledges the newly adopted U.S. hue standard stands in stark contrast to the system of political colors in most other countries that bother to hold elections: “This unofficial system of political colors used in the United States is the reverse of that in most other long-established democracies, where blue represents right-wing and conservative parties, and red represents left-wing and social democratic parties.”

For once, Wikipedia has it right.

What’s a little more surprising, however, is how easily Republicans fell in line, apparently without realizing the reason they went from blue to red overnight. There’s even a Republican-leaning opinion site called RedState.com. How shortsighted and gullible can you get?

To understand the history behind this change, let’s take a look at what was happening on television before 1980. Again, according to the usually unreliable Wikipedia, “In 1976, John Chancellor, the anchorman for the ‘NBC Nightly News,’ asked his network’s engineers to construct a large electronic map of the USA. The map was placed in the network’s election-night news studio. If Jimmy Carter, the Democratic candidate that year, won a state, it would light up in red; if Gerald Ford, the Republican, carried a state, it would light up in blue.”

Made sense. Jimmy Carter was a progenitor of Barack Obama. And even though Gerald Ford was too dumb to understand that Eastern Europe and specifically Poland was, at the time, under Soviet domination, no one would ever accuse him of being a commie.

The next election cycle, famous for Ronald Reagan’s Republican landslide, was also memorable for David Brinkley’s observation that the election board looked like a “sea of blue.”

That made even more sense because Reagan’s convictions were decidedly and unabashedly anti-red.

There were deviations at some other networks, but the standard remained Democrat-red and Republican-blue for three more presidential elections. It was understandable. There was little confusion about it. It all made sense.

Democrats were at least soft on communism and socialism in the post JFK-LBJ world. Republicans tended to be anti-communist. It was all perfectly understandable, accurate and had both historical precedent to support it as well as contemporary parallels in other countries.

I propose to you it’s time we – real Americans, the rest of us – stopped being manipulated like this.

I would like to announce today, as I did on 2008, that my news organization, WND, will stand apart and refuse to use the “red-state-blue-state” paradigm in news coverage because it will not be a part of the obvious manipulation behind it. We won’t use the reverse, either, because it is certain only to cause confusion among our readers.

But I further propose that you start lobbying other news organizations to reconsider their use of the currently accepted “red state-blue state” labeling system based on the historical precedents you have learned about in this column and because it was launched and inspired by a former Democratic Party activist cum newsman and was adopted enthusiastically because it was so welcomed by the press’ overwhelming party of choice.

Words mean things. Symbols, too, have meaning. Why is it that I get confused about what someone means when they say, for instance, “California is a blue state and Texas is red.” I get confused because it makes no sense! I don’t think I’m alone. I would propose to you that most people my age or older feel the same way. We all know California is red and Texas is blue. That makes sense.

It’s a very simple concept. Some Democrats, perhaps those not belonging openly to the Progressive Caucus, might be a little self-conscious about being red. Republicans are not. But the fact remains that today’s Democrats are pushing a political agenda that is traditionally, historically and practically red all over.

It’s time for them – and their cheerleaders in the press – to just be honest about it.

Voir encore:

RED STATE BLUES Did I Miss That Memo?
Clark Bensen
POLIDATA/Political Data Analysis
May 27, 2004

Over the past quarter of a century I have generated hundreds, nay thousands, of colorcoded (thematic) maps illustrating political behavior for the nation. These maps have used election results as the source information and show the geographic distribution of voter preferences at various levels of political geography, state, county, town/city, precinct and congressional or legislative districts2. In every one of these maps that indicate a political dichotomy of Republican vs. Democrat, the traditional color-coding scheme has been used:

BLUE FOR REPUBLICAN, RED FOR DEMOCRAT.

When I first came to Washington following the 1980 elections to join the staff of the Republican National Committee, it was already a given that color-coded maps were generated in this fashion. In fact, having watched network news election night coverage over the years, this seemed to be a generally-accepted standard. As the elections ticked away, however, the networks started to change and one-by-one the new election night standard generally became just the reverse.

As we know, the color red is more “eye-catching” and perhaps it made graphic sense for the networks to color-in the vast Republican expanse of the country in red to create a more dramatic background map. However, the problem has now transformed itself into a shorthand notation whereby the color is not used solely to visually differentiate states or counties. It is on the verge of becoming a part of the political lexicon as commentators refer to the “red states” and the “blue states”. This is, to me, as a longstanding political operative, not only confusing but a disturbing trend of how the political paradigm has shifted.

There are two general reasons why blue for Republican and Red for Democrat make the most sense: connotation and practice. First, there has been a generally understood meaning to the two colors inasmuch as they relate to politics. That is, the cooler color blue more closely represented the rational thinker and cold-hearted and the hotter red more closely represented the passionate and hot-blooded. This would translate into blue for Republicans and red for Democrats. Put another way, red was also the color most associated with socialism and the party of the Democrats was clearly the more socialistic of the two major parties.

The second reason why blue for Republicans makes sense is that traditional political mapmakers have used blue for the modern-day Republicans, and the Federalists before that, throughout the 20th century3. Perhaps this was a holdover from the days of the Civil War when the predominantly Republican North was “Blue”.

While not a unanimous practice4, there is significant printed evidence of tradition in favor of the blue for Republican and red for Democrat color scheme.

Nevertheless, the networks appear to be making this change full-bore during 2004. Even some conservative commentators5 have begun to use the “red state/blue state” break as a shorthand to “Republican state/Democrat state” as part of their terminology. Moreover, some younger political observers have been exposed only to the red for Republican scheme6.

Of course, while this just shrieks of inside-the-beltway elitism, it also tends to confuse the debate for many average Americans, especially those over 30. The sole premise for this short-hand is the color-coding of the maps, most of which have not been seen since the 2000 election night/recount coverage. The political parties have invested untold millions in brand recognition for their party labels. Now the media are poised to turn this around for the sake of inside Washington jargon.

The key issue here is not the color chosen for the maps. The key issue is how states, or areas, are described. What is needed is a return to clarity. Texas is not a “red state”, it is (at least now) a generically Republican state. New York is not a “blue state”, it is a generically Democrat state. There are no reds or blues living in America; only Republicans, Democrats and “Others”.

1 Clark H. Bensen, B.A., J.D., consulting data analyst and attorney doing business as POLIDATA ® Polidata Data Analysis and a publisher of data volumes operating as POLIDATA ® Demographic and Political Guides. POLIDATA is a demographic and political research firm located outside Washington, D.C.

2 Numerous examples of these maps may be found online at www.polidata.org. Distillers of Official Data ™ since 1974

3 Notable examples include: a) Charles O. Paullin and John K. Wright, Atlas of the Historical Geography of the United States, (Washington, D.C., Carnegie Institution of Washington and the American Geographical Society of New York, 1932); b) Kenneth C. Martis and Ruth Anderson Rowles, The Historical Atlas of Political Parties in the United States Congress, 1789-1989, (New York, MacMillan, 1989); c) See also the National Atlas of the United States at nationalatlas.gov (a web update of Gerlach, Arch C., editor, National Atlas of the United States of America, (Washington, U.S. Geological Survey, 1970)).

4 My analyst counterpart, Kim Brace, of Election Data Services, who serves the Democrat side of the aisle, has been using red for Republican for as long as Polidata has been using blue for Republican.

5 Observed in a column by Bob Novak in Spring 2004. 6 Observed in a column in GOPUSA.com in a travel letter from a current college student

Voir de plus:

When Republicans Were Blue and Democrats Were Red
The era of color-coded political parties is more recent than you might think
Jodi Enda
smithsonian.com
October 31, 2012

Television’s first dynamic, color-coded presidential map, standing two stories high in the studio best known as the home to “Saturday Night Live,” was melting.

It was early October, 1976, the month before the map was to debut—live—on election night. At the urging of anchor John Chancellor, NBC had constructed the behemoth map to illustrate, in vivid blue and red, which states supported Republican incumbent Gerald Ford and which backed Democratic challenger Jimmy Carter.

The test run didn’t go well. Although the map was buttressed by a sturdy wood frame, the front of each state was plastic.

“There were thousands of bulbs,” recalled Roy Wetzel, then the newly minted general manager of NBC’s election unit. “The thing started to melt when we turned all the lights on. We then had to bring in gigantic interior air conditioning and fans to put behind the thing to cool it.”

That solved the problem. And when election results flowed in Tuesday night, Nov. 2, Studio 8-H at 30 Rockefeller Center lit up. Light bulbs on each state changed from undecided white to Republican blue and Democratic red. NBC declared Carter the winner at 3:30 a.m. EST, when Mississippi turned red.

That’s right: In the beginning, blue was red and red was blue and they changed back and forth from election to election and network to network in what appears, in hindsight, to be a flight of whimsy. The notion that there were “red states” and “blue states”—and that the former were Republican and the latter Democratic—wasn’t cemented on the national psyche until the year 2000.

Chalk up another one to Bush v. Gore. Not only did it give us “hanging chads” and a crash course in the Electoral College, not only did it lead to a controversial Supreme Court ruling and a heightened level of polarization that has intensified ever since, the Election That Wouldn’t End gave us a new political shorthand.

Twelve years later, in the final days of a presidential race deemed too close to call, we know this much about election night Nov. 6: The West Coast, the Northeast and much of the upper Midwest will be bathed in blue. With some notable exceptions, the geographic center of the country will be awash in red. So will the South. And ultimately, it is a handful of states—which will start the evening in shades of neutral and shift, one by one, to red or blue—that will determine who wins.

If enough of those swing states turn blue, President Barack Obama remains in the White House four more years. If enough become red, Gov. Mitt Romney moves in January 20, 2013. For now, they are considered “purple.”

Here’s something else we know: All the maps—on TV stations and Web sites election night and in newspapers the next morning—will look alike. We won’t have to switch our thinking as we switch channels, wondering which candidate is blue and which is red. Before the epic election of 2000, there was no uniformity in the maps that television stations, newspapers or magazines used to illustrate presidential elections. Pretty much everyone embraced red and blue, but which color represented which party varied, sometimes by organization, sometimes by election cycle.

There are theories, some likely, some just plain weird, to explain the shifting palette.

“For years, both parties would do red and blue maps, but they always made the other guys red,” said Chuck Todd, political director and chief White House correspondent for NBC News. “During the Cold War, who wanted to be red?”

Indeed, prior to the breakup of the Soviet Union little more than two decades ago, “red was a term of derision,” noted Mitchell Stephens, a New York University professor of journalism and author of A History of News.

“There’s a movie named Reds, ” he said. “You’d see red in tabloid headlines, particularly in right wing tabloids like the Daily Mirror in New York and the New York Daily News.”

Perhaps the stigma of red in those days explains why some networks changed colors— in what appeared to be random fashion—over the years. Kevin Drum of the Washington Monthly wrote in 2004 that the networks alternated colors based on the party of the White House incumbent, but YouTube reveals that to be a myth.

Still, there were reversals and deviations. In 1976, when NBC debuted its mammoth electronic map, ABC News employed a small, rudimentary version that used yellow for Ford, blue for Carter and red for states in which votes had yet to be tallied. In 1980, NBC once again used red for Carter and blue for the Republican challenger, Ronald Reagan, and CBS followed suit. But ABC flipped the colors and promised to use orange for states won by John Anderson, the third-party candidate who received 6.6% of the popular vote. (Anderson carried no states, and orange seems to have gone by the wayside.) Four years later, ABC and CBS used red for Republicans and blue for Democrats, but the combination wouldn’t stick for another 16 years. During the four presidential elections Wetzel oversaw for NBC, from 1976 through 1988, the network never switched colors. Republicans were cool blue, Democrats hot red.

The reasoning was simple, he said: Great Britain.

“Without giving it a second thought, we said blue for conservatives, because that’s what the parliamentary system in London is, red for the more liberal party. And that settled it. We just did it,” said Wetzel, now retired.

Forget all that communist red stuff, he said. “It didn’t occur to us. When I first heard it, I thought, ‘Oh, that’s really silly.’ ”

When ABC produced its first large electronic map in 1980, it used red for Republicans and blue for Democrats, while CBS did the reverse, according to Wetzel. NBC stuck with its original color scheme, prompting anchor David Brinkley to say that Reagan’s victory looked like “a suburban swimming pool.”

Newspapers, in those days, were largely black and white. But two days after voters went to the polls in 2000, both the New York Times and USA Today published their first color-coded, county-by-county maps detailing the showdown between Al Gore and George W. Bush. Both papers used red for the Republican Bush, blue for the Democrat Gore.

Why?

“I just decided red begins with ‘r,’ Republican begins with ‘r.’ It was a more natural association,” said Archie Tse, senior graphics editor for the Times. “There wasn’t much discussion about it.”

Paul Overberg, a database editor who designed the map for USA Today, said he was following a trend: “The reason I did it was because everybody was already doing it that way at that point.”

And everybody had to continue doing it for a long time. The 2000 election dragged on until mid-December, until the Supreme Court declared Bush the victor. For weeks, the maps were ubiquitous.

Perhaps that’s why the 2000 colors stuck. Along with images of Florida elections officials eyeballing tiny ballot chads, the maps were there constantly, reminding us of the vast, nearly even divide between, well, red and blue voters.

From an aesthetic standpoint, Overberg said, the current color scheme fits with the political landscape. Republicans typically dominate in larger, less populated states in the Plains and Mountain West, meaning the center of the United States is very red. “If it had been flipped, the map would have been too dark,” he said. “The blue would have been swamping the red. Red is a lighter color.”

But not everyone liked the shift. Republican operative Clark Bensen wrote an analysis in 2004 titled “RED STATE BLUES: Did I Miss That Memo?”

“There are two general reasons why blue for Republican and Red for Democrat make the most sense: connotation and practice,” Bensen wrote. “First, there has been a generally understood meaning to the two colors inasmuch as they relate to politics. That is, the cooler color blue more closely represented the rational thinker and cold-hearted and the hotter red more closely represented the passionate and hot-blooded. This would translate into blue for Republicans and red for Democrats. Put another way, red was also the color most associated with socialism and the party of the Democrats was clearly the more socialistic of the two major parties.

“The second reason why blue for Republicans makes sense is that traditional political mapmakers have used blue for the modern-day Republicans, and the Federalists before that, throughout the 20th century. Perhaps this was a holdover from the days of the Civil War when the predominantly Republican North was ‘Blue’.”

At this point—three presidential elections after Bush v. Gore—the color arrangement seems unlikely to reverse any time soon. Not only have “red states” and “blue states” entered the lexicon, partisans on both sides have taken ownership of them. For instance, RedState is a conservative blog; Blue State Digital, which grew out of Democrat Howard Dean’s 2004 presidential campaign, helps candidates and organizations use technology to raise money, advocate their positions and connect with constituents. In 2008, a Republican and a Democrat even joined forces to create Purple Strategies, a bipartisan public affairs firm.

Sara Quinn, a visual journalist now at the Poynter Institute in Florida, said she sees no particular advantage to either color.

“Red is usually very warm and it comes forward to the eye. Blue tends to be a recessive color, but a calming color,” she said.

Not that anyone thought of those things when assigning colors in 2000. Not that they think about it at all today.

“After that election the colors became part of the national discourse,” said Tse. “You couldn’t do it any other way.”

Voir aussi:

One State, Two State, Red State, Blue State
Tom Zeller
The New York Times
February 8, 2004

ON Dec. 19, the online magazine Slate corrected an installment of « Moneybox, » a recurring column by Daniel Gross . The article had « reversed the states’ electoral colors, » the correction stated. « It’s the blue coastal states that opposed Bush, and the red states that supported him. »

The arbitrary, it seemed, had become axiomatic. Neither Mr. Gross’s column, nor the correction, referred to a particular map. Instead, they both alluded to what has become, in the four years since the Bush-Gore showdown, something of a Platonic political tableau – one from which this simple, harmonic maxim now emanates: Democratic states are blue, and Republican states are red.

« I didn’t realize it had become so official, » said Mr. Gross, who also writes periodically for The New York Times. « I must have missed the memo. »

There wasn’t one, of course, but it is testament to the visual onslaught of the 2000 election – those endlessly repeated images of the electoral United States – that the Red State/Blue State dichotomy has become entrenched in the political lexicon.

« The red states have turned redder, » the Bush campaign manager, Ken Mehlman, said recently, « while the blue states have turned purple. »

To many, this palette represents an ignorant (or perhaps intentional) reversal of international tradition, which often associates red with left-leaning parties and blue with the right. « It’s weird, is all, » wrote a blogger at dailykos.com, a political Web journal. « I’d like some accountability if people are going to start messing with cultural symbolism willy-nilly. »

Mark Monmonier, a professor of geography at Syracuse University’s Maxwell School of Citizenship and Public Affairs and an expert in the use of maps as analytical and persuasive tools, found himself automatically reversing the current color code. « I remember talking in a class about the red states and blue states, » he said, « and a student actually corrected me. »

Online political discussion groups buzz with conspiracy theories about the maps, suggesting that Republican states were made red because that color typically represents the enemy on military combat maps, or because red has more negative psychological baggage (fiery, dangerous) than friendly, pacific blue.

Others have thought it simply a naïve attempt to avoid trafficking in stereotypes (Democrats are Reds, or socialists). Professor Monmonier suggested – jokingly – that the red-left, blue-right association more rightly follows the conventional ordering of visible light (red, yellow, green, blue, and so forth).

But in the United States, at least, the color coding has rarely been static.

An early marriage of red and blue with the two major parties is noted in the Texas State Historical Association’s Handbook of Texas History Online , which describes a color-coding system developed in the 1870’s to help illiterate and Spanish-speaking voters navigate English-language ballots in South Texas. Local Democratic leaders called their party the Blues; Republicans chose to be the Reds.

By late in the next century, however, few were guided by that historical tidbit – or any other convention.

« It’s beginning to look like a suburban swimming pool, » the television anchor David Brinkley noted on election night 1980, as hundreds of Republican-blue light bulbs illuminated NBC’s studio map, signaling a landslide victory for Ronald Regan over the Democratic incumbent Jimmy Carter. Other staffers, Time magazine wrote, called it « Lake Reagan. »

Mr. Carter’s bulbs were red.

Five years later, in her book « My Story, » Geraldine A. Ferraro recalled watching her 1984 vice presidential bid founder on the television screen. Mr. Reagan’s victory this time around was rendered in both flavors. « One network map of the United States was entirely blue for the Republicans, » she wrote. « On another network, the color motif was a blanket of red. »

By the 1990’s, the color scheme was becoming a bit more formalized – at least on network and cable television. But other news outlets continued to vary.

Time magazine had favored Democratic red and Republican white in the 1976 election between Jimmy Carter and Gerald Ford, then reversed those colors for Reagan and Carter in 1980. By 1988, the magazine was using Republican blue and Democratic red, and it stayed with that motif even through the 2000 election, which has colorized the nation’s political language in precisely the opposite way.

The Times, which published its first color presidential election map in 2000, followed the networks, although Archie Tse, a graphics editor who made the choice, provided a different rationale: « Both Republican and red start with the letter R, » he said.

The National Atlas of the United States, published online under the auspices of the United States Geological Survey at nationalatlas.gov , still resists that trend: Bush counties are blue; Gore counties red.

Does it matter? Can swaths of cartographic-crimson or seas of ballot-blue tickle the rods and cones of the voting public and trigger deep-seated associations? The field of color psychology is uncertain on the matter.

Robert F. Simons, a professor of psychology at the University of Delaware and a co-author of a recent study titled « The Emotional Significance of Color in Television Presentations, » published in the journal Media Psychology, says it is difficult to link colors directly with how much people like or dislike something.

« People still associate color with all sorts of things – red is hot, blue is cold, » Professor Simons said. « But when all is said and done, these are semantic associations that probably have little to do with color per se. »

But Leatrice Eiseman, the director of the Pantone Color Institute , says those semantic associations are fairly entrenched – at least in the West. Blue, Ms. Eiseman says, is cool and calming, and typically represents « those things in nature that are always there for us, like water and the sky, » she said. Red, in contrast is « exciting, dynamic, high-energy. »

« It can also be a symbol of danger and bloodshed, » she added, although Republicans who find themselves uncomfortable at the hot-and-twitchy end of the spectrum may take comfort at the ascension of their color on Valentine’s Day. « Red is also a very sensual color, » Ms. Eiseman said.

She suggests that maps would do better to mimic the flag, with states bearing either stars on a blue field, or red-and-white stripes. « That would provide a symbolism that is familiar to everyone, » Ms. Eiseman said.

Whatever the subliminal debris, the 2000 election, which kept the nation staring at tinted maps for weeks as the outcome remained uncertain, appears to have cemented a decision that once could be safely governed by whimsy. The Geospatial and Statistical Data Center at the University of Virginia , for example, once chose shades of green and turquoise for its election maps. « I suspect it was just what the mapmaker liked at the time, » said Michael J. Furlough, the director of the data center.

But the center’s maps for the 2000 election were made red and blue. « We made that decision so that the colors would match those that we thought viewers naturally associated with each party, » Mr. Furlough said.

« A critical part of Dean . . . truly reflects much of the culture of the Blue States of America, » wrote Andrew Sullivan in Time magazine last week. That’s probably reason enough for the publication to cede to convention and render the Democrats blue this year. The magazine’s managing editor, James Kelly, says it’s already been decided. « We’re getting with the program, » he said.

Voir encore:

Elephants Are Red, Donkeys Are Blue
Color Is Sweet, So Their States We Hue
Paul Farhi
The Washington Post
November 2, 2004

Tonight, as the results of this too-close-to-call election trickle in, voters will find out not just who they’ve chosen to lead them, but where they live — in « red » or « blue » America.

The TV networks’ electoral maps will turn red once again when President Bush wins a state, and blue when John Kerry claims one. The evening’s talk will likely break along red and blue lines. DanPeterTom will discuss which states might go red, which are trending blue, and which, depending on their ultimate chromatic disposition, could decide the election.

Red and blue, of course, have become more than just the conveniently contrasting colors of TV graphics. They’ve become shorthand for an entire sociopolitical worldview. A « red state » bespeaks not just a Republican majority but an entire geography (rectangular borders in the country’s midsection), an iconography (Bush in a cowboy hat), and a series of cultural cliches (churches and NASCAR). « Blue states » suggest something on, and of, the coastal extremes, urban and latte-drinking. Red states — to reduce the stereotypes to an even more vulgar level — are a little bit country, blues are a little more rock-and-roll.

How has it come to this? What cosmic decorator did the states’ colors, reducing a continental nation’s complicated political and cultural realities to a two-tone palette?

The answers are somewhat murky — we may have to wait for a recount to be sure — but it appears the 2000 election, NBC’s graphics department and David Letterman all played critical roles.

Before Bush’s disputed victory over Al Gore four years ago, there was no consensus on the color of liberalism or conservatism. Indeed the scheme was often reversed, reflecting traditional European associations (red being not just the color of communism but of Great Britain’s Labor Party, too).

In 1976, NBC identified states won by Gerald Ford in blue and Jimmy Carter’s states in red. On election night in 1980, ABC News showed Ronald Reagan’s march to the White House as a series of blue lights on a map, with Carter’s states in red. Time magazine assigned red to the Democrats and blue to the Republicans in its election graphics in every election from 1988 to 2000. The Washington Post’s election graphics for the 2000 election were Republican-blue, Democrat-red.

The first reference to « red states » and « blue states, » according to a database search of newspapers, magazines and TV news transcripts since 1980, occurred on NBC’s « Today » show about a week before the 2000 election. Matt Lauer and Tim Russert discussed the projected alignment of the states, using a map and a color scheme that had first shown up a few days earlier on NBC’s sister cable network, MSNBC. « So how does [Bush] get those remaining 61 electoral red states, if you will? » Russert asked at one point.

In an interview yesterday, Russert disclaimed credit for coining the red-state, blue-state distinction. « I’m sure I wasn’t the first to come up with it, » he said. « But I will take credit for the white board, » Russert’s signature, hands-on electoral vote tracker.

As the 2000 election became a 36-day recount debacle, the commentariat magically reached consensus on the proper colors. Newspapers began discussing the race in the larger, abstract context of red vs. blue. The deal may have been sealed when Letterman suggested a week after the vote that a compromise would « make George W. Bush president of the red states and Al Gore head of the blue ones. »

All of this doesn’t answer two fundamental questions: Why red? Why blue?

Stephen Hess, a professor of media and public affairs at George Washington University, points to the obvious association with the American flag. He adds that those colors look good on a TV screen, too.

Besides, other combinations wouldn’t work. We’ve already tried blue and gray, and we know how that ended up. It would be wrong, for obvious reasons, to divide the country into « black » states and « white » states. And it just wouldn’t look right to pick a more out-there palette, such as taupe-teal or puce-mauve.

Some conspiracy-mind Republicans resent being colored red because that hue tends to be associated with negative traits (fiery, bloody, hot, red-in-the-face), although red is also associated with love. Blue, meanwhile, is peaceful and tranquil, the color of sky and water, but it’s also the color of cold and depression.

The real problem may lie in the superficial caricatures that the colors conjure. Is it really accurate, after all, to describe New Mexico as a « blue » state when Gore won it by just 366 votes in 2000? In California — a state so blue that neither of the two leading candidates bothered campaigning much there this year — voters have in recent years approved initiatives repealing racial preferences and bilingual education, and have ousted a Democratic governor in favor of a Republican. Ohio — historically a red state — is close enough that Kerry might eke out a narrow victory, but it is also poised to pass overwhelmingly a constitutional amendment banning gay marriage.

The whole red-blue division got an eloquent rebuke at the Democratic National Convention this summer, when Senate candidate Barack Obama told the cheering crowd, « We coach Little League in blue states and we have gay friends in red states. We pray to an awesome God in blue states and we don’t like federal agents sniffing around our libraries in red states. »

Red? Blue? In roses and violets maybe, but politics and culture come in many hues, and many of them clash.

Voir de même:

Banana Republicans
MSNBC

Paul Begala

November 13, 2000

The Bushies are desperate — desperate to stop a manual recount of disputed Florida votes. And as so often happens when one is desperate, they’re saying some really stupid things. Former Secretary of State and Bush fixer James A. Baker III even went on national television to say that manual recounts are not as reliable as machine counts.

The Bush camp craves power more than it respects democracy. ‘Trusting the people’ is just a slogan to them.

WHILE BAKER has a right to his opinion, his opinion does not trump Florida election law, which calls for a manual recount if there are anomalies in the machine count.

And apparently George W. Bush does not share his lawyer’s suspicion of manual recounts, since in 1997 he signed a law saying a manual recount was preferable if a machine count yielded a result that was too close to call. Having voted in Texas — as recently as the last presidential election — I know firsthand that many Texans vote on the same controversial punch-card machines as were used in Palm Beach County.

The Bushies are so desperate to stop the manual recount they’ve devised a two-tiered strategy :

First, they’ve gone into federal court to ask that the Florida election law, which clearly allows a manual recount, is unconstitutional. This is legal lunacy and political hypocrisy. Legally, Florida’s recount law is like most states,’ in that it allows recounts in close races or where some discrepancy is shown. Before any county can grant a Gore campaign request for a recount, the county must first demonstrate — by examining 1 percent of the ballots by hand — that there is some cause for concern that the machine might have missed some ballots. Such a regime is common and fair, hardly the abridgement of the 14th Amendment’s equal protection clause and the First Amendment’s free speech clause, as the Bushies’ stunning legal brief argues.

DEJA VU ALL OVER AGAIN
Politically, this is the most blatant hypocrisy since another Bush got elected by asking us to read his lips and then raised our taxes. Bush Jr. campaigned on a commitment to return more power to states and localities. Now, where a state (run by his own brother) is exercising control of its own electoral process, Bush wants the feds to come in and take it over.

The man whose slogan was “I trust the people,” now says he trusts machines more. The man who campaigned for tort reform and against lawyers, is now trying to use lawyers to stop a legal and valid recount — apparently because he fears that if the real will of the people is known, he’d lose.

Fortunately, a federal judge has denied the request for an injunction. Score one for democracy.

But the Bushies aren’t through yet. The other prong of the Bush anti-recount strategy is even more chilling :

The Florida secretary of state — a partisan Republican who campaigned for Bush in New Hampshire and who the Tampa Tribune says spent $100,000 of taxpayers’ money on a world tour to boost her credentials for a Bush ambassadorial appointment – has ruled that the deadline for all certified county results is 5 p.m. ET Tuesday. Such a deadline would make many of the hand recounts impossible to complete. What’s the rush? The overseas absentee ballots will be coming in until Friday, so there’s no need to rush the process to a close. Besides, Florida law clearly allows for a manual recount. It seems unfair — and unconstitutional — for a state official to set such a tight time limit that the recount becomes a practical impossibility.

HEAVY-HANDED STRATEGIES
Such heavy-handed, anti-democratic strategies qualify them to be Banana Republicans. They seem to care more about their preferred outcome than an honest and fair process.

Al Gore has already demonstrated his willingness to accept an unfavorable result by conceding the election when he thought Bush had won Florida by a fairly wide margin of 50,000 votes. Gore’s campaign spokesman made it clear that if a fair and accurate count yields a Bush victory, the Democrats will recognize it. Have we ever heard a single Bush spokesman make such a comment? No. In fact, thanks to the reporting of Michael Kramer of the New York Daily News and Andy Miga of the Boston Herald, we know the Banana Republicans had a secret strategy for undermining a Gore victory if Bush had won the popular vote. Now that the result is the other way, we’ve seen no Democratic strategy for de-legitimizing Bush. In fact, Gore has made it clear that although he won the popular vote nationwide, he will respect the result of the electoral vote as determinative. I have yet to hear a single Banana Republican say the same thing. They crave power more than they respect democracy.

“Trusting the people” is just a slogan to them.
As they did during the right-wing lynch mob’s attempt to impeach our president, the American people are showing their usual good judgment. According to a Newsweek poll released Monday, 72 percent of Americans feel that making certain the count is fair and accurate is more important than getting matters resolved as quickly as possible. Almost 70 percent say that the recount and the delay are proof that the U.S. electoral system is working, not a sign of weakness. And two-thirds (66 percent) of all Americans, and a majority (54 percent) of Bush voters think Gore did the right thing in withdrawing his concession to Bush. So pay no attention to the hot-air boys who are trying to railroad this election for their man Bush. Let’s settle down, slow down and get the most accurate count possible. It’s more important to get this right than to get it right away.

PERPLEXED, BUT NOT DIVIDED
Finally, I feel compelled to respond to something that was said on MSNBC cable last week. Mike Barnicle is one of the great voices of American commentary, and last week he held up the USA Today map of how every county in America voted. There was a sea of Bush red across the South, Midwest and Rocky Mountains with Gore blue hugging the coasts. Barnicle said this was proof of a cultural divide in America: “Wal-Mart versus Martha Stewart,” he said. “Family values versus a sense of entitlement.” I’ve been thinking about that ever since. And while I appreciate a guy from the Northeast opining about the cultural superiority of the Deep South, let me offer my own perspective: I was raised in that ocean of red. I grew up in Sugar Land, Texas — a place so conservative our Congressman is Tom “the Hammer” DeLay, the leader of the right-wing forces in the GOP Congress. There is no doubt that Barnicle’s observations have merit: There are different cultural mores on the coasts than there are in the middle of the country. But I don’t think that’s the only thing going on here.

Why would my beloved South vote so heavily Republican when just a generation ago it was heavily (no, totally) Democratic? LBJ knew. When he signed the Civil Rights Act he put his head in his hands and told his press secretary, Bill Moyers, “I’ve just given the South to the Republicans for a generation.” LBJ’s pessimism was prescient.

In the next presidential election, George Wallace stormed across the South with a message that cloaked racism in anti-government, anti-federal rhetoric. Richard Nixon’s infamous “Southern Strategy” was aimed at co-opting the votes of Southern Democratic racists who were disillusioned with their party’s support of civil rights. And by 1980, Ronald Reagan could stand in Neshoba County, Miss. — where Goodman and Chaney and Schwerner were murdered by racist thugs for registering black voters — and call for “states’ rights.”

The only two men from my party who won the White House since LBJ were moderate Southerners who knew the ins and outs of racial politics: Jimmy Carter of Georgia and Bill Clinton of Arkansas. If we were in a recession or a war, you could understand the unanimous verdict of my fellow Southerners. What is it about peace and prosperity that has them so angry? Could it be that the Clinton administration was the first in history to take on the extremists at the NRA, by pushing through the Brady Law and the assault weapon ban? Could it be that this administration saved affirmative action from a right-wing assault in the courts, the ballot box and the Congress? Could it be that this administration stood courageously for the simple proposition that no American should be fired from his job because of who he fall in love with?

NO EASY ANSWERS
Vice President Gore tells reporters that democracy, not the election, is at stake.

Yes, Barnicle is right when he notes that tens of millions of good people in Middle America voted Republican. But if you look closely at that map you see a more complex picture.

You see the state where James Byrd was lynch-dragged behind a pickup truck until his body came apart — it’s red.

You see the state where Matthew Shepard was crucified on a split-rail fence for the crime of being gay — it’s red.

You see the state where right-wing extremists blew up a federal office building and murdered scores of federal employees — it’s red.

The state where an Army private who was thought to be gay was bludgeoned to death with a baseball bat, and the state where neo-Nazi skinheads murdered two African-Americans because of their skin color, and the state where Bob Jones University spews its anti-Catholic bigotry : they’re all red too.

But that’s not the whole story, either. Cultural warriors like House impeachment managers Bill McCollum and James Rogan and ultra-conservatives like Sen. John Ashcroft were defeated.

A gun control measure passed in Colorado and Oregon.

School vouchers were rejected in Michigan and California.

Democrats gained seats in the House, the Senate and state legislatures

And Gore carried the popular vote.

My point is that Middle America is a far more complicated place than even a gifted commentator like Mike Barnicle gives us credit for. It’s not all just red and blue — or black and white.

Democratic strategist Paul Begala is the co-host, with Oliver North, of MSNBC’s “Equal Time.” Begala is also the author of “Is Our Children Learning? The Case Against George W. Bush.”

Florida Recount …

PAUL BEGALA

Just when the Fat Lady was two-thirds through her aria, the Florida Supreme Court has stuffed a big-ol’ sock in her mouth. The Court has ordered, finally, that the disputed ballots from Miami-Dade County — and any other undervotes from any other county — be counted.

This is only fair. And fairness should count for something. I spoke to a high school civics class this morning, and had a hard time trying to explain why, since I believe any fair and full counting will show that Gore won Florida and with it the White House, The System may not give us that full and fair counting. The best I could come up with is to remind the students of what President Kennedy said, « Life is not fair. »

JFK had been, as he memorably said of his generation, « tested in war, (and) tempered by a hard and bitter peace. » He had seen his brother killed in combat, his sister killed in a plane crash, his boat shot out from under him in the Pacific. And yet he knew others who’d emerged from the war unscathed — and others still who were never called to serve at all.

His conclusion : life is not fair.

For someone like me who has, thank God, never been asked to serve in combat, I lack JFK’s tough, but accurate, perspective. And, Lord knows, an election is not a war. No one will die. No one will be injured. No one will have their lives shattered. So, while this is definitely the biggest political story of my lifetime, Kennedy’s lesson has helped me put it into perspective.

Still, I am thrilled that the Florida Supreme Court has ordered a careful count of the disputed ballots. It would be even more fair to have, as Gore has suggested, a full recount of the entire state of Florida. But absent that, counting the disputed ballots may yield a victory for Gore — or it may yield a victory for Bush. But more fundamentally, the count will confer legitimacy. After all, when 6,000,000 votes are cast but only 537 separate the winner from the loser, and tens of thousands of ballots have never been accurately read, it seems only fair to give those ballots a look-see.

I know The System is not always fair. But it ought to be unfair to both parties in the same way. That is, if the GOP is going to tell hundreds of voters in Palm Beach County that their votes don’t count because their local canvassing board submitted the paperwork 127 minutes late (when the Supreme Court had said the Secretary of State could receive them the next morning); if we’re going to tell 20,000 citizens whose votes were invalidated by a flawed ballot, and thousands more whose votes were never counted because of flawed machines, and untold more whose votes were excluded because of a lack of translators for Haitian immigrants or because the needlessly complicated ballot confused a lot of first-time voters — if the Republicans’ answer to all of those people is, « Life is unfair, » why do they appeal to fundamental fairness to include thousands of ballots whose applications were tampered with by party operatives?

The twin-killing of the Seminole and Martin County cases makes sense when you consider the radical — and unfair — nature of the remedy. Nobody wants to throw out the votes of thousands of citizens who did nothing wrong. Nobody but the Republicans, if those votes happen to be for Al Gore. By the same token, the Florida Supreme Court ruling makes sense. If every vote counts in Seminole and Martin Counties, they ought to count in the state’s other counties as well.

Watch for the Banana Republicans to attack the Court, just as Bush lawyer (and the man who ran the Wilie Horton campaign for Poppy) James Baker called the last Supreme Court ruling with which he disagreed, « unacceptable. » The Bushies will resort to the US Supreme Court, the Florida Legislature, Tom DeLay and the right-wingers who run the GOP Congress. All Al Gore has on his side are the people, the votes and the law. It’s going to be one helluva fight.

The drumbeat from the Know-Nothing Class continues

PAUL BEGALA

Why, the pundidiots ask, won’t Al Gore simply concede defeat and let us get about the important business of sucking up to the Bushies? I can hardly blame them. The Clinton Era has been a long, lonely walk in the wilderness for most of the chattering class. The Clintons didn’t like them. Didn’t like their arrogance or their condescension. Couldn’t stand their ruthlessness. And they let it show.

Worse, the Clinton Era proved the absolute and total lack of power in the punditocracy. From inside the White House it seemed to me as if 90 percent of the talking heads were calling for Clinton’s head. And he wouldn’t offer it up. Day after day they told the American people that Clinton had to go. The American people followed it carefully, studied it judiciously and told the pundidiots to pound sand. Obviously what Clinton did in his private life was wrong, and lying about it was terribly wrong. All of that made him a bad husband, perhaps, but it didn’t change the reality that he was, in the eyes of the American people, a terrific president. And so they hung in there with him. The pundidiots acted like two-year-olds who weren’t getting enough attention, « But our opinions matter! » they screamed. « We get the best tables at the finest Georgetown restaurants. When we say he has to go, he has to go. »

But he would not go. And the American people would not let him go. And so he stayed. He survived, he succeeded, he triumphed. He is seen as more successful in his job than Eisenhower or Reagan were at this stage of their presidencies. He has become the most successful president since FDR, accomplishing more of the goals he set at the beginning of his presidency than anyone since.

And in so doing he pissed-off the pundidiots mightily.

Perhaps that’s why they’re so cranky, so angry, so nasty to Al Gore. Good Lord, the man won the election. He got more votes than the other guy. More Americans wanted him to be President than George W. Bush. I know that’s not constitutionally dispositive, but it’s pretty damned important. But only if you think the will of the people matters.

George W. Bush may capture the White House. But somewhere in the pea-brain of his is the knowledge, the fact, the certainty that most Americans did not want him in that job — that more Americans wanted the other guy. What’s worse, his supporters can draw no comfort from the argument that they won the electoral vote, since we know Bush’s only hope to « win » Florida lies in legal technicalities, deadlines and the trump card of the Tallahassee Taliban setting aside the will of the voters and giving W 25 electoral votes by legislative fiat.

Independent, nonpartisan analyses of the Florida vote conducted by both the Miami Herald and the Orlando Sentinel concluded that Gore won Florida by a comparatively comfortable margin — as much as 23,000 votes.

Not ready for prime time

PAUL BEGALA

January 8, 2001

Chavez flap is one more sign of Bushies’ arrogance.

So now we learn that Labor Secretary-designate Linda Chavez housed — and may have employed — an illegal alien. We don’t have enough information yet to discern whether this was a commendable act of charity or a criminal violation of the labor laws. And until more facts are in I’m not interested in passing judgment on Chavez.

But this revelation does allow us to make some important judgments about Team Bush :

THEY LIE : I know that sounds harsh, but what else do you call it? The New York Times reports that Bush spokesman Tucker Eskew “said Ms. Chavez was unaware of the woman’s legal status at the time she was sheltering her and only realized after she had departed from her home that she was here illegally.” But that’s not what the woman in question says. Marta Mercado told The Washington Post that she informed Chavez of her illegal status about three months after moving into her home. And Chavez’s close friend, Abigail Thernstrom, told the Times, “I’m pretty confident that Linda did know” that Mercado was not legally in this country.

Why would the Bushies lie about such a thing? For the same reason George W. Bush lied about failing to report to the Alabama National Guard and for the same reason the president-elect lied about his arrest for drunk driving. It’s the same reason the Bushies lied about Dick Cheney’s post-election heart attack. And the same reason Bush lied to a court in Texas about whether he’d discussed with state regulators a controversial investigation of a funeral home company run by a gubernatorial campaign contributor. Because that’s what they do.

CLINTON LIES V. BUSH LIES

Yes, Bill Clinton denied having an affair. I don’t excuse that, but what straying husband wants his family, much less the world, to know? And (except for Hillary) whose dadgum business is it anyway?

As they never tire of telling us, the Bushies don’t have extramarital affairs. They save their lies for public affairs.

Remember : “Read my lips.”

Remember : “I was out of the loop on Iran-Contra.”

And who can forget : “Clarence Thomas is the most qualified person in America for the Supreme Court.”

So spare us the lectures about “restoring honor and dignity” to the White House. Bush hasn’t even gotten there yet, and he’s already left a trail of mendacity from here to Waco. The only thing the Bushies ever wanted to restore was themselves — to power.

But the lack of candor from Bush and his minions is not the only lesson from this mess.

We’ve also learned — horrors :

They’re hypocrites.
When Attorney General-designate Zoe Baird was being pilloried for failing to pay Social Security taxes on an illegal immigrant she’d hired as a nanny, Linda Chavez was one of the loudest voices in the hypocrites’ choir. “I think most of the American people were upset during the Zoe Baird nomination that she’d hired an illegal alien. That was what upset them more than the fact that she did not pay Social Security taxes,” Chavez told PBS in 1993, according to the Post.

And Chavez was far from alone. During the Baird case, and all the way through impeachment, Republicans argued for a strict, unforgiving reading of the law, invoking in pompous, pious tones, “The Rule of Law.” Let’s see the same people who argued for Bill Clinton because he was reluctant to admit an affair turn around and argue for leniency in the Chavez case.

A strict reading of the law says it’s a violation to harbor someone who is illegally in this country — irrespective of whether you actually employed her (which would be another violation). But suddenly, the same people who trashed the Constitution to impeach President Clinton because they wanted to make a constitutional crisis out of an affair, are now, in the words of the Bush transition spokesman, appealing for “a common-sense standard : government should not punish you for trying to help somebody else out in life.”

Only a Bushie could produce this whiplash-inducing spin. Only a Bushie could convince himself that the rules don’t apply to him and his cronies. And only a Bushie could argue that when “they” break the rules, the act is a manifestation of their good intentions and moral superiority, while if a Democrat makes a mistake it is, literally, a federal case and proof of that person’s moral sleaziness.

ENUMERATING ACTS OF COMPASSION

Finally, we’ve learned something more surprising :

Not ready for prime time. Who would’ve thought that Cheney-Bush, Inc. would stumble so badly on something so obvious? Spokesfibber Eskew was coy when asked if Chavez’s illegal immigrant problem had surfaced in the pre-nomination vetting. “The vetters ask a range of serious questions,” he told the Post, “including things about domestic employees and paying taxes. They don’t, however, ask potential nominees to enumerate every act of compassion.”

Sounds like they missed this. They missed Dick Cheney’s EKG, which looks like 40 miles of bad Oklahoma farm road, and his congressional voting record, which looks like Jesse Helms’ greatest hits. They missed John Ashcroft’s remark that the cause of the Confederacy — slavery — was not “perverted.” If people owning people ain’t perverted, I don’t know what is.

The Bushies promised competence more than ideology. So far we’ve gotten mendacity and hypocrisy — all in service of a right-wing ideology.

No wonder they lost the election.

Voir encore:

Racial Witch-Hunt The Left is Guilty of Racial McCarthyism
David Horowitz
Front page magazine

January 22, 2001

ON DECEMBER 14TH, as the Holiday Season was getting into full swing, five young men and women, all professionals with bright careers ahead of them, were accosted at gunpoint in a townhouse belonging to one of them, sexually tortured and then shot in the head. The sadistic criminals who perpetrated this atrocity were brothers. Only one young woman survived.
ON DECEMBER 14TH, as the Holiday Season was getting into full swing, five young men and women, all professionals with bright careers ahead of them, were accosted at gunpoint in a townhouse belonging to one of them, sexually tortured and then shot in the head. The sadistic criminals who perpetrated this atrocity were brothers. Only one young woman survived. In a poignant footnote to the tragedy, she had discovered, when one of the criminals stole a diamond ring from a drawer in the apartment where her companions were killed, that her now dead boyfriend intended to propose to her. Naked and bleeding from her head wound, the young woman staggered a mile through the snow to safety.Despite the story’s horror, despite its drama, despite its “human interest” dimension, not a single national news outlet reported the case. The reason: the monsters who committed this horror were black, the victims white. The reason: The national media is infected with anti-white racism, and the infection is of epidemic proportions. The reason: The story did not fit the politically correct national melodrama of black victimhood, white oppression.

The same epidemic of politically correct, anti-white attitudes pervades local governments and law enforcement authorities. The official position over the killings in the editorial rooms of the Wichita Eagle and the local District Attorney’s office is that the December 14th hate crime was not a hate crime at all. Why? Because the victims were robbed and the motive therefore was not racial, but robbery.

Matthew Shepherd was robbed.

Neither the crime nor the silence surrounding it, are isolated incidents. Last February, 6-year-old Jake Robel was dragged five miles to his death in Missouri because a black car-jacker was deaf to a white child’s screams for help. The nation was not informed. Last April, eight-year-old Kevin Shifflett, had his throat slit by a racist in broad daylight in Alexandria, Virginia, a suburb of the nation’s capital. No one reported Kevin’s assassination as a hate crime and the crime itself was smothered in a politically correct news blackout. The reason? Kevin was white, his racist attacker black. These crimes of the last year remain invisible. But a two-year-old hate crime, familiar to every citizen through endless repetition in the news media, congressional keenings, and presidential pronouncements because it was committed against a black man, did become a central feature of the Democrats’ campaign against presidential candidate George Bush, whom they found guilty of association to the incident because it took place in Texas.Why should these facts surprise anyone, when everyone knows that it is politically correct to hate white people in America? Hatred of whites is a well-developed intellectual doctrine at our nation’s most prestigious universities and law schools – whole faculties are devoted to it. Hatred of whites is widely taught in our nation’s schools, where they are portrayed as history’s racists and oppressors. It is inscribed in our nation’s laws, which provide racial privileges and racial protections for those whose skin color is any shade but white. Meanwhile, the Democratic Party campaigns to ensure that hate crimes are identified in the public mind exclusively with straight white males. Its surrogate in this campaign is the nation’s leading so-called civil rights organization, the NAACP, which ran a multi-million dollar TV effort during the presidential race insinuating that George W. Bush hates black people and is in league with lynchers because he did not think extending a hate crimes law to include special protections for gays was a prudent idea. No Democrat has condemned this racial McCarthyism let alone the offensive outbursts of party extremists like Maxine Waters.

In a calculated cynicism, the Democratic Party has whipped up racial paranoia in the African-American community by lending credibility to the lunatic charge that there was systematic disenfranchisement of black voters in Florida by racists who remain invisible. The U.S. Civil Rights Commission has even staged a show trial to demonstrate the indemonstrable. Witness after witness appeared before the Commission to claim racial intimidation, and then was forced to admit under questioning that they had actually been able to vote. Not a shred of evidence exists that there was a conspiracy to deprive African-Americans in Florida of the right to vote. Yet the NAACP has filed lawsuits making just that accusation. And millions of black people have been persuaded by racial demagogues and their liberal abettors that such a conspiracy exists, that the election was “stolen” from them in order that Republicans could appoint racists to government.

The witch-hunting mentality that has seized the Democratic Party is on full display in a notorious Internet column written by Clinton strategist and Gore advisor Paul Begala during the Florida brawl:

Yes… tens of millions of good people in Middle America voted Republican. But if you look closely at that [electoral] map [showing counties that voted Republican in red] you see a more complex picture. You see the state where James Byrd was lynch-dragged behind a pickup truck until his body came apart – it’s red. You see the state where Matthew Shepard was crucified on a split-rail fence for the crime of being gay – it’s red. You see the state where right-wing extremists blew up a federal office building and murdered scores of federal employees – it’s red. The state where an army private who was thought to be gay was bludgeoned to death with a baseball bat, and the state where neo-Nazi skin-heads murdered two African Americans because of their skin color, and the state where Bob Jones University spews its anti-Catholic bigotry: they’re all red too.
One could respond to Begala in Begala fashion: “The state where left-wing extremist, Muslim terrorists blew up the World Trade Center – that’s blue. The county where a race riot following a jury verdict destroyed 2,000 Korean businesses and caused the deaths of 58 people – that’s blue. The states where Colin Ferguson and Ronald Taylor killed 8 whites and Asians because leftwing race baiters convinced them they were victims of a racial conspiracy – are blue. The counties, nationwide, where the vast majority of murderers, rapists and child molesters live and operate – those are blue, too.”

But far more important is how Begala’s outburst reveals the casual way in which a mainstream political strategist on the left can smear an entire political party – routinely identified by his political comrades as a “white party” – as a den of racial killers.

Not since the heyday of Senator Joe McCarthy has there been a demonization of whole categories of Americans or a national witch-hunt on a scale like this.

And this witch-hunt is now the focus of the nomination process for the new president’s cabinet. Nor do Democrats betray any embarrassment at the fact that leading their attack from the left is a Senator who killed a woman while driving under the influence, left the scene of the accident, and avoided a manslaughter charge only by massing all his legendary family’s political muscle to fix the judicial process in a backwater county of his own state. Democrats had previously politicized and debased the process by which Supreme Court nominees are vetted. Now they are turning what used to be a pro forma confirmation ritual of a new Administration into an orgy of character assassination.

Consider the spectacle. George Bush has nominated the most diverse cabinet in American history. He has appointed African-Americans to the highest positions on record. He has appointed a Chinese-American and an Arab-American to cabinet positions for the first time. He has appointed Hispanic Americans and African Americans and a Japenese American, and of course women. Yet his nominations are the targets of a Democrat campaign to portray his nominees as racists, homophobes and even, in one frenzied historical leap – Torquemadas.

All this has had a predictable effect on a reliably uninformed public. Does a national icon of the popular culture, Ricky Martin, have the temerity to accept an invitation to sing at the new President’s Inauguration? In normal times, this would routinely be seen as a high honor – in this case an honor to the entire Puerto Rican community to have one of its sons assume such a nationally visible role. But in the atmosphere the left has poisoned, Ricky Martin must be prepared to have his life and career torn apart. On hearing of his decision, Martin’s childhood friend and professional partner, the man who produces and writes his songs, told the nation’s press that the singing gig was “a betrayal of everything that every Puerto Rican should stand for.” “This is a president,” according to Robi Rosa, “who would have people in his Cabinet who would obstruct the exercise of civil rights, human rights, consumer rights, the right to choose, the right to be free of gun violence and the right to a clean environment.”

This pathetic extremist screed – far from being unexpected — sounds very much like the tune the whole Democratic choir is singing. Mario Cuomo may have sung it first at the 1996 Democrat Convention: “Ladies and gentlemen, brothers and sisters, the Republicans are the real threat. They are the real threat to our women. They are the real threat to our children. They are the real threat to clean water, clean air and the rich landscape of America.” Give me a break.

What are the actual charges the Democrats have brought against Bush’s nominee for Attorney General? John Ashcroft is accused of the crime of opposing racial preferences (along with 70% of all Americans). According to the witch-hunters, this makes him a closet racist. He is accused of opposing a failed program — forced busing as a means of integration — which has been rejected even in liberal Democrat cities like Los Angeles and Boston, and even among blacks. For this he is accused of “racism.” He is accused of sympathies for the Confederacy because he didn’t condemn the Confederate flag and thought the Confederate cause may have embraced other issues besides slavery (normally the left argues it was about anything but slavery) – yet it was Democrat Senator Fritz Hollings who raised the Confederate flag over South Carolina’s capitol and Bill Clinton who signed official proclamations commemorating the Confederacy while governor of Arkansas — with no such backlash effects. Ashcroft is accused of opposing one black judicial nomination out of a total 26 such nominations because Ronnie White, the black judge in question, overturned the death penalty of a cold-blooded killer who had murdered the wife of a sheriff in front of her children at a Christmas Party, arousing the passionate interest of Missouri sheriffs. For this – for all this – a man with two decades of unimpeachable public service, a supporter of integration, a proponent of Martin Luther King’s vision — is pilloried as a “racist.”

In the atmosphere of hysteria whipped up by left-wing McCarthyites, one news channel even billed a program on the nominee for Attorney General this way: “Bush calls him a man of integrity; critics call him frightening.” Begalism uber alles.

The time has come to pose to Democrats and the left the same question the hero of America’s most famous witch-hunt finally put to the Senator himself: Have you no decency, sir (and madam)? Have you no shame?

David Horowitz is the founder of The David Horowitz Freedom Center and author of the new book, One Party Classroom.

Voir encore:

Ferguson : sur Twitter, les Etats-Unis se divisent entre «rouges» et «bleus»
Hugo Pascua

Libération

26 novembre 2014

LU SUR LE WEBLa statisticienne Emma Pierson a modélisé les discussions autour de Ferguson en analysant les tweets sur l’affaire, laissant clairement apparaître deux camps qui s’ignorent mutuellement.

Les bleus contre les rouges. Et si tout était aussi simple ? C’est la vision des émeutes de Ferguson que propose Emma Pierson, statisticienne-blogueuse diplômée de Stanford, sur le site Quartz. Une modélisation rendue possible grâce à l’analyse de près de 200 000 tweets concernant l’affaire Brown, et qui dessine deux camps très opposés dans leur façon de voir les événements.

En août Michael Brown, jeune afro-américain de 18 ans, est abattu en pleine rue de six balles par Darren Wilson, un policier blanc. Pendant plus de 10 jours de violentes émeutes raciales éclatent dans la ville de Ferguson, poussant le gouverneur du Missouri à demander l’intervention de la garde nationale. La ville reprend son calme jusqu’au 24 novembre dernier, quand le grand jury du comté de Saint Louis décide de ne pas poursuivre Darren Wilson, entraînant de nouvelles émeutes.

Emma Pierson décide d’étudier ce conflit par le prisme de Twitter, plateforme qui a joué un rôle majeur dans les événements de Ferguson. «Twitter a permis de faire circuler des informations (pas toujours exactes) en live, d’organiser les manifestations, et même de lancer des cyberattaques contre le Ku Klux Klan» explique-t-elle. Dans les jours précédents le verdict du grand jury et la seconde vague d’émeutes, celle-ci a donc récolté plus de 200 000 tweets en rapport avec Ferguson et a produit une représentation graphique.

Le résultat de l’analyse «peint réellement un sombre tableau de la division entre les gens», dit-elle. Sur l’image ci-dessus, chaque point représente un compte Twitter influent et deux points sont reliés entre eux si l’un mentionne l’autre. «En substance, l’image représente le réseau social de qui parle à qui. Et il montre deux groupes clairement divisés», poursuit la statisticienne.

Emma Pierson s’est ensuite lancée dans l’étude de chaque mouvance, établissant que l’appartenance à un groupe était fortement liée au rattachement à un parti politique. «Ceux qui se décrivent comme «conservateur» (ou en utilisant des adjectifs similaires) sont beaucoup plus susceptibles d’être dans le groupe rouge alors que ceux qui se décrivent comme «libéral» [au sens anglosaxon, plutôt de gauche, ndlr] sont beaucoup plus susceptibles d’être dans le groupe bleu». Une appartenance au groupe qui est, selon elle, aussi liée à la couleur de peau : «Les comptes Twitter contenant les qualificatifs « Afro-Américain » dans leurs profils sont quasiment systématiquement dans le groupe bleu».

«Les deux groupes s’ignorent complètement»
Le conflit actuel à Ferguson voit donc s’affronter deux groupes politiquement opposés, aux origines différentes. Et si l’on regarde la modélisation des tweets, il est frappant de voir qu’aucun tweet rouge n’est repris par le groupe bleu et inversement. «Les deux groupes s’ignorent complètement», constate Emma Pierson, «ils pensent de manière radicalement opposée». Une affirmation qui se vérifie lorsque l’on regarde les plus gros retweets de chaque clan.

Dans le groupe rouge on se sentirait bien plus en sécurité dans la rue si l’on venait à croiser Darren Wilson plutôt que Michael Brown. On pense aussi que Brown était armé au moment ou il a été abattu, justifiant ainsi le geste du policier. A l’inverse, le groupe bleu ironise sur Darren Wilson tirant 12 coups de feu pour abattre un homme désarmé. En rouge on parle de justice populaire et de chasse raciale, en bleu on parle d’abattre le système. Les premiers pensent qu’Obama ne fait qu’envenimer la situation forçant le gouverneur du Missouri à déclarer l’état d’urgence. Les autres estiment que l’état d’urgence ne doit en aucun cas être utilisé pour enfreindre les droits de l’homme.

Des divergences d’opinions qui poussent les deux mouvances à l’affrontement, «quand les deux groupes décident d’arrêter de s’ignorer c’est rarement joli» explique Emma Pierson. Pour cela il suffit de voir la façon dont le groupe rouge s’en est pris à l’un des leaders du groupe bleu, DeRay Mckesson, chef d’établissement scolaire qui a joué un rôle central dans l’organisation des manifestations. Le qualifiant de «communiste» qui diffuse la haine comme «les démocrates, les noirs», qui voit de «la valeur dans le radotage raciste», «armé de fusil et de cocktails Molotov» et qui devrait très rapidement «prendre ses médocs».

La théorie des chambres d’écho
Ce mélange d’opposition, d’affrontements sporadiques, et d’ignorance quasi constante est le reflet d’une théorie sur les réseaux sociaux bien connue, celle des «echos chambers». Une théorie qui veut qu’à mesure que le monde se détache des modes d’informations traditionnels pour se diriger vers d’autres médias, comme Twitter, le champ de vision de tout un chacun diminue.

Une étude de 2012, sur la diffusion des informations politiques via les réseaux sociaux menée par deux universitaires de Brown, démontre que les utilisateurs sont presque exclusivement confrontés à des posts alignés sur leurs propres opinions. «Deux utilisateurs de Twitter peuvent être exposés a des contenus radicalement différents autour d’une même histoire, en fonction de qui ils décident de suivre (comme c’est le cas pour Ferguson). Alors que deux personnes qui lisent le journal local, liront peut-être des histoires différentes mais à la fin de la journée ils auront été exposés au même contenu», explique Brian Knight, professeur d’économie à l’université de Brown. Cette théorie continue à faire débat, et elle été contestée tout récemment par le chercheur de l’université de New York Pablo Barbera.

«Internet nous offre un large éventail de choix quant à l’information que nous lisons, conclut Claire Cain Miller, journaliste au New York Times. Mais la responsabilité de la variété de cette information reste, semble-t-il, une affaire personnelle».

Voir aussi:

American Focus: le Kentucky, l’Etat qui vire rouge, contre les verts, tout en restant bleu

Le Kentucky, paradoxe d’un carrefour qui vire au rouge et contre les verts

tout en restant bleu

Laurent Sierro

America Polyphony

26 novembre 2014

Le « Ballot Bomb » de la jeunesse n’aura pas suffi pour les démocrates de l’Etat du Kentucky. Les 15-29 ans, devenus le groupe électoral le plus important des Etats-Unis, n’ont manifestement pas plébiscité la candidate démocrate Alison Grimes, 36 ans, adversaire malheureuse du sénateur républicain sortant Mitch McConnell, 72 ans, lors des récentes élections législatives américaines de mi-mandat. Au début de la « Bible Belt », avec une majorité de baptistes, le Kentucky est un peu un Etat intermédiaire.

Réélu donc, Mitch McConnell sera en plus désormais le chef de la majorité républicaine au Sénat. Il incarnera dans les deux prochaines années l’opposition au président Barack Obama. Et ce notamment sur un thème qui lui a permis de séduire l’électorat pauvre de l’est de son Etat: le changement climatique.

« Les gens dans cette région votaient plutôt démocrate, mais ils n’apprécient pas Barack Obama et surtout pas sa lutte contre le changement climatique », explique Al Cross, professeur à l’Université du Kentucky et spécialiste politique de l' »Etat du Bluegrass ». Il évoque d’ailleurs un Etat de plus en plus rouge aux couleurs des républicains. Une évolution également observée dans l’ouest du Kentucky.

Discours anti-Obama efficace

Comme dans d’autres Etats américains, le discours anti-Obama a été efficace. Alison Grimes a bien tenté de se distancer du président, mais trop tardivement ou alors sans effet. Son manque de dynamisme a parfois aussi été critiqué. Et au final, l’argent à disposition de Mitch McConnell a fait la différence dans la dernière semaine avant ces élections du 4 novembre, selon le directeur de campagne de la candidate démocrate.

Les dix millions de dollars de décalage au départ de la campagne avec l’un des poids lourds du Sénat depuis 30 ans ont certes pu être comblé, mais pas intégralement. Sans compter qu’il a fallu faire face à un troisième candidat libertarien et à des « Super PAC » (super comités d’action politique, groupes d’intérêt, pour aider un candidat ou un élu indépendamment de son parti), largement favorables à l’expérimenté Mitch McConnell.

Un seul gouverneur GOP en plus de 40 ans

Toutefois, la direction politique que prend l’Etat du Kentucky est en fait plus compliquée. L’identité locale est assez forte. Si Barack Obama a été largement battu ici et si les républicains remportent toutes les élections à dimension nationale (présidentielle ou représentants fédéraux), le paysage politique de l’Etat reste bleu.

Le parti démocrate a en effet conservé sa majorité qu’il possède depuis 1921 à la Chambre des représentants de l’Etat. Les républicains contrôlent en revanche le Sénat au Capitole de la capitale Frankfort. D’autre part, un seul gouverneur républicain a été élu dans le Kentucky depuis plus de 40 ans.

Paradoxe dans un Etat qui constitue le lien entre les régions du nord-est et le sud profond des Etats-Unis. Premier Etat de la conquête vers l’Ouest au 19e siècle, le Kentucky est désormais clairement à l’Est. Culturellement sudiste, il est économiquement nordiste. L’Etat n’avait pas fait Sécession lors de la Guerre civile, mais s’était tourné vers le Sud. « Nous avons rejoint les perdants après la guerre », relève le professeur Al Cross.

Aujourd’hui, très diversifié, le Kentucky est au contact de sept Etats, autant de manières différentes de s’identifier par rapport à ses voisins. Voilà un Etat probablement intéressant à suivre et sans doute important dans la perspective des futures élections nationales.

Ainsi se termine cette excellente série « American Focus » du journaliste suisse Laurent Sierro, invité sur ce blog durant plus de deux mois. Mille mercis à lui pour tous ces passionnants et éclairants reportages, décryptages et analyses de la société américaine et de ses diversités.

Pour rappel, Laurent Sierro a été Transatlantic Media Fellow au Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) de Washington D.C de début septembre à fin novembre 2014. Dans le cadre de ce programme pour les journalistes européens, il a approfondi pendant ces trois mois plusieurs thèmes en voyageant dans une vingtaine d’Etats américains. Il a multiplié les rencontres et les visites sur le terrain, se focalisant notamment sur trois thèmes: l’immigration, les relations entre religion et société ainsi que l’évolution du fédéralisme. Les analyses ou comptes-rendus publiés tout le long sur ce blog représentent ses conclusions et non celles du CSIS. Ils figurent tous dans la catégorie « American Focus ».

Voir enfin:

Red States and Blue States….Explained!

RED STATES AND BLUE STATES….EXPLAINED!….In my post yesterday about red states and blue states, one question I pondered was this: why were Gore states colored blue in 2000 election maps and Bush states red? After all, red is traditionally the color of lefty parties around the world, and in past elections network maps had usually colored Democratic states red.

In comments, Petey provides the answer:

Since the advent of color TV, there has been a formula to avoid charges of giving any party an advantage by painting it a “better” color. Here is the formula: the color of the incumbent party alternates every 4 years.

He seems to be quite correct. The table below shows how this formula has applied since 1976:


Year
Incumbent
Party
Incumbent
Color
Challenger
Color
1976 Republican Blue = Ford Red = Carter
1980 Democratic Red = Carter Blue = Reagan
1984 Republican Blue = Reagan Red = Mondale
1988 Republican Red = Bush Blue = Dukakis
1992 Republican Blue = Bush Red = Clinton
1996 Democratic Red = Clinton Blue = Dole
2000 Democratic Blue = Gore Red = Bush
2004 Republican Red = Bush Blue = Kerry

This fits all the available evidence, and also explains why Democrats have usually been colored red: it’s a coincidence. In the six elections prior to 2000 every Democrat but one had been coded red, but that was just because of how the cycle of incumbency happened to work out during that period.

And as Petey points out in email, this raises an interesting question: what will happen in 2008? The formula will assign blue to the Republicans, but the red state/blue state divide has now become so entrenched it’s hard to imagine anyone switching colors at this point. I guess in four years we’ll find out just how anal the network mapping gurus really are.

Voir par ailleurs:

Il était une fois les couleurs
1 : Le bleu – La couleur qui ne fait pas de vagues
Dominique Simonnet
L’Epress
05/07/2004

A force de les avoir sous les yeux, on finit par ne plus les voir. En somme, on ne les prend pas au sérieux. Erreur! les couleurs sont tout sauf anodines. Elles véhiculent des sens cachés, des codes, des tabous, des préjugés auxquels nous obéissons sans le savoir et qui pèsent sur nos modes, notre environnement, notre vie quotidienne, nos comportements, notre langage et même notre imaginaire. Les couleurs ne sont ni immuables ni universelles. Elles ont une histoire, mouvementée, qui remonte à la nuit des temps. C’est cette étonnante aventure que nous allons conter, au fil de l’été, avec l’historien anthropologue Michel Pastoureau, spécialiste mondial de cette question (lire absolument son passionnant Bleu, histoire d’une couleur, au Seuil, et Les Couleurs de notre temps, Bonneton). A chaque semaine, sa couleur. Et d’abord le bleu, la préférée des Occidentaux. Une chose, déjà, est sûre: avec un guide affable et érudit comme Michel Pastoureau, on verra le monde autrement!

1 Le bleu La couleur qui ne fait pas de vagues

Les historiens ont toujours dédaigné les couleurs, comme si elles n’avaient pas d’histoire, comme si elles avaient toujours été là. Toute votre oeuvre montre le contraire…
Lorsque, il y a vingt-cinq ans, j’ai commencé à travailler sur ce sujet, mes collègues ont été, c’est vrai, intrigués. Jusque-là, les historiens, y compris ceux de l’art, ne s’intéressaient pas vraiment aux couleurs. Pourquoi une telle lacune? Probablement parce qu’il n’est pas facile de les étudier! D’abord, nous les voyons telles que le temps les a transformées et non dans leur état d’origine, avec des conditions d’éclairage très différentes: la lumière électrique ne rend pas par exemple les clairs-obscurs d’un tableau, que révélaient autrefois la bougie ou la lampe à huile. Ensuite, nos ancêtres avaient d’autres conceptions et d’autres visions des couleurs que les nôtres. Ce n’est pas notre appareil sensoriel qui a changé, mais notre perception de la réalité, qui met en jeu nos connaissances, notre vocabulaire, notre imagination, et même nos sentiments, toutes choses qui ont évolué au fil du temps. Au XIIe siècle, la Vierge devient le principal agent de promotion du bleu

Il nous faut donc admettre cette évidence: les couleurs ont une histoire. Commençons donc cette semaine par la préférée des Occidentaux, le bleu.
Depuis que l’on dispose d’enquêtes d’opinion, depuis 1890 environ, le bleu est en effet placé au premier rang partout en Occident, en France comme en Sicile, aux Etats-Unis comme en Nouvelle-Zélande, par les hommes comme par les femmes, quel que soit leur milieu social et professionnel. C’est toute la civilisation occidentale qui donne la primauté au bleu, ce qui est différent dans les autres cultures: les Japonais, par exemple, plébiscitent le rouge. Pourtant, cela n’a pas toujours été le cas. Longtemps, le bleu a été mal aimé. Il n’est présent ni dans les grottes paléolithiques ni au néolithique, lorsque apparaissent les premières techniques de teinture. Dans l’Antiquité, il n’est pas vraiment considéré comme une couleur; seuls le blanc, le rouge et le noir ont ce statut. A l’exception de l’Egypte pharaonique, où il est censé porter bonheur dans l’au-delà, d’où ces magnifiques objets bleu-vert, fabriqués selon une recette à base de cuivre qui s’est perdue par la suite, le bleu est même l’objet d’un véritable désintérêt.

Il est pourtant omniprésent dans la nature, et particulièrement en Méditerranée.
Oui, mais la couleur bleue est difficile à fabriquer et à maîtriser, et c’est sans doute la raison pour laquelle elle n’a pas joué de rôle dans la vie sociale, religieuse ou symbolique de l’époque. A Rome, c’est la couleur des barbares, de l’étranger (les peuples du Nord, comme les Germains, aiment le bleu). De nombreux témoignages l’affirment: avoir les yeux bleus pour une femme, c’est un signe de mauvaise vie. Pour les hommes, une marque de ridicule. On retrouve cet état d’esprit dans le vocabulaire: en latin classique, le lexique des bleus est instable, imprécis. Lorsque les langues romanes ont forgé leur vocabulaire des couleurs, elles ont dû aller chercher ailleurs, dans les mots germanique (blau) et arabe (azraq). Chez les Grecs aussi, on relève des confusions de vocabulaire entre le bleu, le gris et le vert. L’absence du bleu dans les textes anciens a d’ailleurs tellement intrigué que certains philologues du XIXe siècle ont cru sérieusement que les yeux des Grecs ne pouvaient le voir!

Pas de bleu dans la Bible non plus?
Les textes bibliques anciens en hébreu, en araméen et en grec utilisent peu de mots pour les couleurs: ce seront les traductions en latin puis en langue moderne qui les ajouteront. Là où l’hébreu dit «riche», le latin traduira «rouge». Pour «sale», il dira «gris» ou «noir»; «éclatant» deviendra «pourpre» … Mais, à l’exception du saphir, pierre préférée des peuples de la Bible, il y a peu de place pour le bleu. Cette situation perdure au haut Moyen Age: les couleurs liturgiques, par exemple, qui se forment à l’ère carolingienne, l’ignorent (elles se constituent autour du blanc, du rouge, du noir et du vert). Ce qui laisse des traces encore aujourd’hui: le bleu est toujours absent du culte catholique… Et puis, soudain, tout change. Les XIIe et XIIIe siècles vont réhabiliter et promouvoir le bleu.

Est-ce parce qu’on a appris à mieux le fabriquer?
Non. Il n’y a pas à ce moment-là de progrès particulier dans la fabrication des colorants ou des pigments. Ce qui se produit, c’est un changement profond des idées religieuses. Le Dieu des chrétiens devient en effet un dieu de lumière. Et la lumière est… bleue! Pour la première fois en Occident, on peint les ciels en bleu – auparavant, ils étaient noirs, rouges, blancs ou dorés. Plus encore, on est alors en pleine expansion du culte marial. Or la Vierge habite le ciel… Dans les images, à partir du XIIe siècle, on la revêt donc d’un manteau ou d’une robe bleus. La Vierge devient le principal agent de promotion du bleu.

Etrange renversement! La couleur si longtemps barbare devient divine.
Oui. Il y a une seconde raison à ce renversement: à cette époque, on est pris d’une vraie soif de classification, on veut hiérarchiser les individus, leur donner des signes d’identité, des codes de reconnaissance. Apparaissent les noms de famille, les armoiries, les insignes de fonction… Or, avec les trois couleurs traditionnelles de base (blanc, rouge, noir), les combinaisons sont limitées. Il en faut davantage pour refléter la diversité de la société. Le bleu, mais aussi le vert et le jaune, va en profiter. On passe ainsi d’un système à trois couleurs de base à un système à six couleurs. C’est ainsi que le bleu devient en quelque sorte le contraire du rouge. Si on avait dit ça à Aristote, cela l’aurait fait sourire! Vers 1140, quand l’abbé Suger fait reconstruire l’église abbatiale de Saint-Denis, il veut mettre partout des couleurs pour dissiper les ténèbres, et notamment du bleu. On utilisera pour les vitraux un produit fort cher, le cafre (que l’on appellera bien plus tard le bleu de cobalt). De Saint-Denis ce bleu va se diffuser au Mans, puis à Vendôme et à Chartres, où il deviendra le célèbre bleu de Chartres. Omniprésent, consensuel, le bleu est devenu une couleur raisonnable

La couleur, et particulièrement le bleu, est donc devenue un enjeu religieux.
Tout à fait. Les hommes d’Eglise sont de grands coloristes, avant les peintres et les teinturiers. Certains d’entre eux sont aussi des hommes de science, qui dissertent sur la couleur, font des expériences d’optique, s’interrogent sur le phénomène de l’arc-en-ciel… Ils sont profondément divisés sur ces questions: il y a des prélats «chromophiles», comme Suger, qui pense que la couleur est lumière, donc relevant du divin, et qui veut en mettre partout. Et des prélats «chromophobes», comme saint Bernard, abbé de Clairvaux, qui estime, lui, que la couleur est matière, donc vile et abominable, et qu’il faut en préserver l’Eglise, car elle pollue le lien que les moines et les fidèles entretiennent avec Dieu.

La physique moderne nous dit que la lumière est à la fois une onde et une particule. On n’en était pas si loin au XIIIe siècle…
Lumière ou matière… On le pressentait, en effet. La première assertion l’a largement emporté et, du coup, le bleu, divinisé, s’est répandu non seulement dans les vitraux et les oeuvres d’art, mais aussi dans toute la société: puisque la Vierge s’habille de bleu, le roi de France le fait aussi. Philippe Auguste, puis son petit-fils Saint Louis seront les premiers à l’adopter (Charlemagne ne l’aurait pas fait pour un empire!). Les seigneurs, bien sûr, s’empressent de les imiter… En trois générations, le bleu devient à la mode aristocratique. La technique suit: stimulés, sollicités, les teinturiers rivalisent en matière de nouveaux procédés et parviennent à fabriquer des bleus magnifiques.

En somme, le bleu divin stimule l’économie.
Vous ne croyez pas si bien dire. Les conséquences économiques sont énormes: la demande de guède, cette plante mi-herbe, mi-arbuste que l’on utilisait dans les villages comme colorant artisanal, explose. Sa culture devient soudain industrielle, et fait la fortune de régions comme la Thuringe, la Toscane, la Picardie ou encore la région de Toulouse. On la cultive intensément pour produire ces boules appelées «coques», d’où le nom de pays de cocagne. C’est un véritable or bleu! On a calculé que 80% de la cathédrale d’Amiens, bâtie au XIIIe siècle, avait été payée par les marchands de guède! A Strasbourg, les marchands de garance, la plante qui donne le colorant rouge, étaient furieux. Ils ont même soudoyé le maître verrier chargé de représenter le diable sur les vitraux pour qu’il le colorie en bleu, afin de dévaloriser leur rival.

C’est carrément la guerre entre le bleu et le rouge!
Oui. Elle durera jusqu’au XVIIIe siècle. A la fin du Moyen Age, la vague moraliste, qui va provoquer la Réforme, se porte aussi sur les couleurs, en désignant des couleurs dignes et d’autres qui ne le sont pas. La palette protestante s’articule autour du blanc, du noir, du gris, du brun… et du bleu.

Sauvé de justesse!
Oui. Comparez Rembrandt, peintre calviniste qui a une palette très retenue, faite de camaïeux, et Rubens, peintre catholique à la palette très colorée… Regardez les toiles de Philippe de Champaigne, qui sont colorées tant qu’il est catholique et se font plus austères, plus bleutées, quand il se rapproche des jansénistes… Ce discours moral, partiellement repris par la Contre-Réforme, promeut également le noir, le gris et le bleu dans le vêtement masculin. Il s’applique encore de nos jours. Sur ce plan, nous vivons toujours sous le régime de la Réforme.

A partir de ce moment-là, notre bleu, si mal parti à l’origine, triomphe.
Oui. Au XVIIIe siècle, il devient la couleur préférée des Européens. La technique en rajoute une couche: dans les années 1720, un pharmacien de Berlin invente par accident le fameux bleu de Prusse, qui va permettre aux peintres et aux teinturiers de diversifier la gamme des nuances foncées. De plus, on importe massivement l’indigo des Antilles et d’Amérique centrale, dont le pouvoir colorant est plus fort que l’ancien pastel et le prix de revient, plus faible que celui d’Asie, car il est fabriqué par des esclaves. Toutes les lois protectionnistes s’écroulent. L’indigo d’Amérique provoque la crise dans les anciennes régions de cocagne, Toulouse et Amiens sont ruinés, Nantes et Bordeaux s’enrichissent. Le bleu devient à la mode dans tous les domaines. Le romantisme accentue la tendance: comme leur héros, Werther de Goethe, les jeunes Européens s’habillent en bleu, et la poésie romantique allemande célèbre le culte de cette couleur si mélancolique – on en a peut-être gardé l’écho dans le vocabulaire, avec le blues… En 1850, un vêtement lui donne encore un coup de pouce: c’est le jean, inventé à San Francisco par un tailleur juif, Levi-Strauss, le pantalon idéal, avec sa grosse toile teinte à l’indigo, le premier bleu de travail.

Il aurait très bien pu être rouge…
Impensable! Les valeurs protestantes édictent qu’un vêtement doit être sobre, digne et discret. En outre, teindre à l’indigo est facile, on peut même le faire à froid, car la couleur pénètre bien les fibres du tissu, d’où l’aspect délavé des jeans. Il faut attendre les années 1930 pour que, aux Etats-Unis, le jean devienne un vêtement de loisir, puis un signe de rébellion, dans les années 1960, mais pour un court moment seulement, car un vêtement bleu ne peut pas être vraiment rebelle. Aujourd’hui, regardez les groupes d’adolescents dans la rue, en France: ils forment une masse uniforme et… bleue.

Et on sait combien ils sont conformistes… Simultanément, le bleu a acquis une signification politique.
Qui a évolué, elle aussi. En France, il fut la couleur des républicains, s’opposant au blanc des monarchistes et au noir du parti clérical. Mais, petit à petit, il a glissé vers le centre, se laissant déborder sur sa gauche par le rouge socialiste puis communiste. Il a été chassé vers la droite en quelque sorte. Après la Première Guerre mondiale, il est devenu conservateur (c’est la Chambre bleu horizon). Il l’est encore aujourd’hui.

Après des siècles plutôt agités, le voici donc sur le trône des couleurs. Va-t-il le rester?
En matière de couleurs, les choses changent lentement. Je suis persuadé que, dans trente ans, le bleu sera toujours le premier, la couleur préférée. Tout simplement parce que c’est une couleur consensuelle, pour les personnes physiques comme pour les personnes morales: les organismes internationaux, l’ONU, l’Unesco, le Conseil de l’Europe, l’Union européenne, tous ont choisi un emblème bleu. On le sélectionne par soustraction, après avoir éliminé les autres. C’est une couleur qui ne fait pas de vague, ne choque pas et emporte l’adhésion de tous. Par là même, elle a perdu sa force symbolique. Même la musique du mot est calme, atténuée: bleu, blue, en anglais, blu, en italien… C’est liquide et doux. On peut en faire un usage immodéré.

On dirait qu’elle vous énerve un peu, cette couleur.
Non, elle n’est justement pas assez forte pour cela. Aujourd’hui, quand les gens affirment aimer le bleu, cela signifie au fond qu’ils veulent être rangés parmi les gens sages, conservateurs, ceux qui ne veulent rien révéler d’eux-mêmes. D’une certaine manière, nous sommes revenus à une situation proche de l’Antiquité: à force d’être omniprésent et consensuel, le bleu est de nouveau une couleur discrète, la plus raisonnable de toutes les couleurs.

Il était une fois les couleurs
2 : Le rouge – C’est le feu et le sang, l’amour et l’enfer
Dominique Simonnet
L’Express
12/07/2004

Avec lui, on ne fait pas vraiment dans la nuance. Contrairement à ce timoré de bleu dont nous avons raconté l’histoire ambiguë la semaine dernière, le rouge est une couleur orgueilleuse, pétrie d’ambitions et assoiffée de pouvoir, une couleur qui veut se faire voir et qui est bien décidée à en imposer à toutes les autres. En dépit de cette insolence, son passé, pourtant, n’a pas toujours été glorieux. Il y a une face cachée du rouge, un mauvais rouge (comme on dit d’un mauvais sang) qui a fait des ravages au fil du temps, un méchant héritage plein de violences et de fureurs, de crimes et de péchés. C’est cette double personnalité du rouge que décrit ici l’historien du symbolisme Michel Pastoureau, notre guide tout au long de cet été bigarré: une identité fascinante, mais brûlante comme les flammes de Satan.

2 – Le rouge – C’est le feu et le sang, l’amour et l’enfer

S’il est une couleur qui vaut d’être nommée comme telle, c’est bien elle! On dirait que le rouge représente à lui seul toutes les autres couleurs, qu’il est la couleur.
Parler de «couleur rouge», c’est presque un pléonasme en effet! D’ailleurs, certains mots, tels coloratus en latin ou colorado en espagnol, signifient à la fois «rouge» et «coloré». En russe, krasnoï veut dire «rouge» mais aussi «beau» (étymologiquement, la place Rouge est la «belle place»). Dans le système symbolique de l’Antiquité, qui tournait autour de trois pôles, le blanc représentait l’incolore, le noir était grosso modo le sale, et le rouge était la couleur, la seule digne de ce nom. La suprématie du rouge s’est imposée à tout l’Occident.

Est-ce tout simplement parce qu’il attire l’?il, d’autant qu’il est peu présent dans la nature?
On a évidemment mis en valeur ce qui tranchait le plus avec l’environnement. Mais il y a une autre raison: très tôt, on a maîtrisé les pigments rouges et on a pu les utiliser en peinture et en teinture. Dès – 30 000 ans, l’art paléolithique utilise le rouge, obtenu notamment à partir de la terre ocre-rouge: voyez le bestiaire de la grotte Chauvet. Au néolithique, on a exploité la garance, cette herbe aux racines tinctoriales présente sous les climats les plus variés, puis on s’est servi de certains métaux, comme l’oxyde de fer ou le sulfure de mercure… La chimie du rouge a donc été très précoce, et très efficace. D’où le succès de cette couleur.

J’imagine alors que, contrairement au bleu dont vous nous avez raconté l’infortune la semaine dernière, le rouge, lui, a un passé plus glorieux.
Oui. Dans l’Antiquité déjà, on l’admire et on lui confie les attributs du pouvoir, c’est-à-dire ceux de la religion et de la guerre. Le dieu Mars, les centurions romains, certains prêtres… tous sont vêtus de rouge. Cette couleur va s’imposer parce qu’elle renvoie à deux éléments, omniprésents dans toute son histoire: le feu et le sang. On peut les considérer soit positivement soit négativement, ce qui nous donne quatre pôles autour desquels le christianisme primitif a formalisé une symbolique si forte qu’elle perdure aujourd’hui. Le rouge feu, c’est la vie, l’Esprit saint de la Pentecôte, les langues de feu régénératrices qui descendent sur les apôtres; mais c’est aussi la mort, l’enfer, les flammes de Satan qui consument et anéantissent. Le rouge sang, c’est celui versé par le Christ, la force du sauveur qui purifie et sanctifie; mais c’est aussi la chair souillée, les crimes (de sang), le péché et les impuretés des tabous bibliques.

Un système plutôt ambivalent…
Tout est ambivalent dans le monde des symboles, et particulièrement des couleurs! Chacune d’elles se dédouble en deux identités opposées. Ce qui est étonnant, c’est que, sur la longue durée, les deux faces tendent à se confondre. Les tableaux qui représentent la scène du baiser, par exemple, montrent souvent Judas et Jésus comme deux personnages presque identiques, avec les mêmes vêtements, les mêmes couleurs, comme s’ils étaient les deux pôles d’un aimant. Lisez de même l’Ancien Testament: le rouge y est associé tantôt à la faute et à l’interdit, tantôt à la puissance et à l’amour. La dualité symbolique est déjà en place.

C’est surtout aux signes du pouvoir que le rouge va s’identifier.
Certains rouges! Dans la Rome impériale, celui que l’on fabrique avec la substance colorante du murex, un coquillage rare récolté en Méditerranée, est réservé à l’empereur et aux chefs de guerre. Au Moyen Age, cette recette de la pourpre romaine s’étant perdue (les gisements de murex sur les côtes de Palestine et d’Egypte sont de plus épuisés), on se rabat sur le kermès, ces ?ufs de cochenilles qui parasitent les feuilles de chênes. Au Moyen-Age, le rouge est masculin, puis il devient féminin

Il fallait le trouver!
En effet. La récolte est laborieuse et la fabrication très coûteuse. Mais le rouge obtenu est splendide, lumineux, solide. Les seigneurs bénéficient donc toujours d’une couleur de luxe. Les paysans, eux, peuvent recourir à la vulgaire garance, qui donne une teinte moins éclatante. Peu importe si on ne fait pas bien la différence à l’?il nu: l’essentiel est dans la matière et dans le prix. Socialement, il y a rouge et rouge! D’ailleurs, pour l’?il médiéval, l’éclat d’un objet (son aspect mat ou brillant) prime sur sa coloration: un rouge franc sera perçu comme plus proche d’un bleu lumineux que d’un rouge délavé. Un rouge bien vif est toujours une marque de puissance, chez les laïcs comme chez les ecclésiastiques. A partir des XIIIe et XIVe siècles, le pape, jusque-là voué au blanc, se met au rouge. Les cardinaux, également. Cela signifie que ces considérables personnages sont prêts à verser leur sang pour le Christ… Au même moment, on peint des diables rouges sur les tableaux et, dans les romans, il y a souvent un chevalier démoniaque et rouge, des armoiries à la housse de son cheval, qui défie le héros. On s’accommode très bien de cette ambivalence.

Et le Petit Chaperon… rouge qui s’aventure lui aussi dans la forêt du Moyen Age? Il entre dans ce jeu de symboles?
Bien sûr. Dans toutes les versions du conte (la plus ancienne date de l’an mille), la fillette est en rouge. Est-ce parce qu’on habillait ainsi les enfants pour mieux les repérer de loin, comme des historiens l’ont affirmé? Ou parce que, comme le disent certains textes anciens, l’histoire est située le jour de la Pentecôte et de la fête de l’Esprit saint, dont la couleur liturgique est le rouge? Ou encore parce que la jeune fille allait se retrouver au lit avec le loup et que le sang allait couler, thèse fournie par des psychanalystes? Je préfère pour ma part l’explication sémiologique: un enfant rouge porte un petit pot de beurre blanc à une grand-mère habillée de noir… Nous avons là les trois couleurs de base du système ancien. On les retrouve dans d’autres contes: Blanche-Neige reçoit une pomme rouge d’une sorcière noire. Le corbeau noir lâche son fromage – blanc – dont se saisit un renard rouge… C’est toujours le même code symbolique.

Au Moyen Age, ces codes dont vous parlez se manifestent à travers les vêtements et l’imaginaire. Pas dans la vie quotidienne, quand même!
Mais si! Les codes symboliques ont des conséquences très pratiques. Prenez les teinturiers: en ville, certains d’entre eux ont une licence pour le rouge (avec l’autorisation de teindre aussi en jaune et en blanc), d’autres ont une licence pour le bleu (ils ont le droit de teindre également en vert et en noir). A Venise, Milan ou Nuremberg, les spécialistes du rouge garance ne peuvent même pas travailler le rouge kermès. On ne sort pas de sa couleur, sous peine de procès! Ceux du rouge et ceux du bleu vivent dans des rues séparées, cantonnés dans les faubourgs parce que leurs officines empuantissent tout, et ils entrent souvent en conflit violent, s’accusant réciproquement de polluer les rivières. Il faut dire que le textile est alors la seule vraie industrie de l’Europe, un enjeu majeur. Au fil des siècles, le rouge de l’interdit s’est affirmé

Je parie que notre rouge, décidément insolent, ne va pas plaire aux collets montés de la Réforme.
D’autant plus qu’il est la couleur des «papistes»! Pour les réformateurs protestants, le rouge est immoral. Ils se réfèrent à un passage de l’Apocalypse où saint Jean raconte comment, sur une bête venue de la mer, chevauchait la grande prostituée de Babylone vêtue d’une robe rouge. Pour Luther, Babylone, c’est Rome! Il faut donc chasser le rouge du temple – et des habits de tout bon chrétien. Cette «fuite» du rouge n’est pas sans conséquence: à partir du XVIe siècle, les hommes ne s’habillent plus en rouge (à l’exception des cardinaux et des membres de certains ordres de chevalerie). Dans les milieux catholiques, les femmes peuvent le faire. On va assister aussi à un drôle de chassé-croisé: alors qu’au Moyen Age le bleu était plutôt féminin (à cause de la Vierge) et le rouge, masculin (signe du pouvoir et de la guerre), les choses s’inversent. Désormais, le bleu devient masculin (car plus discret), le rouge part vers le féminin. On en a gardé la trace: bleu pour les bébés garçons, rose pour les filles… Le rouge restera aussi la couleur de la robe de mariée jusqu’au XIXe siècle.

La mariée était en rouge!
Bien sûr! Surtout chez les paysans, c’est-à-dire la grande majorité de la population d’alors. Pourquoi? Parce que, le jour du mariage, on revêt son plus beau vêtement et qu’une robe belle et riche est forcément rouge (c’est dans cette couleur que les teinturiers sont les plus performants). Dans ce domaine-là, on retrouve notre ambivalence: longtemps, les prostituées ont eu l’obligation de porter une pièce de vêtement rouge, pour que, dans la rue, les choses soient bien claires (pour la même raison, on mettra une lanterne rouge à la porte des maisons closes). Le rouge décrit les deux versants de l’amour: le divin et le péché de chair. Au fil des siècles, le rouge de l’interdit s’est aussi affirmé. Il était déjà là, dans la robe des juges et dans les gants et le capuchon du bourreau, celui qui verse le sang. Dès le XVIIIe siècle, un chiffon rouge signifie danger.

Y a-t-il un rapport avec le drapeau rouge des communistes?
Oui. En octobre 1789, l’Assemblée constituante décrète qu’en cas de trouble un drapeau rouge sera placé aux carrefours pour signifier l’interdiction d’attroupement et avertir que la force publique est susceptible d’intervenir. Le 17 juillet 1791, de nombreux Parisiens se rassemblent au Champ-de-Mars pour demander la destitution de Louis XVI, qui vient d’être arrêté à Varennes. Comme l’émeute menace, Bailly, le maire de Paris, fait hisser à la hâte un grand drapeau rouge. Mais les gardes nationaux tirent sans sommation: on comptera une cinquantaine de morts, dont on fera des «martyrs de la révolution». Par une étonnante inversion, c’est ce fameux drapeau rouge, «teint du sang de ces martyrs», qui devient l’emblème du peuple opprimé et de la révolution en marche. Un peu plus tard, il a même bien failli devenir celui de la France.

De la France!
Mais oui! En février 1848, les insurgés le brandissent de nouveau devant l’Hôtel de Ville. Jusque-là, le drapeau tricolore était devenu le symbole de la Révolution (ces trois couleurs ne sont d’ailleurs pas, contrairement à ce que l’on prétend, une association des couleurs royales et de celles de la ville de Paris, qui étaient en réalité le rouge et le marron: elles ont été reprises de la révolution américaine). Mais, à ce moment-là, le drapeau tricolore est discrédité, car le roi Louis-Philippe s’y est rallié. L’un des manifestants demande que l’on fasse du drapeau rouge, «symbole de la misère du peuple et signe de la rupture avec le passé», l’emblème officiel de la République. C’est Lamartine, membre du gouvernement provisoire, qui va sauver nos trois couleurs: «Le drapeau rouge, clame-t-il, est un pavillon de terreur qui n’a jamais fait que le tour du Champ-de-Mars, tandis que le drapeau tricolore a fait le tour du monde, avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie!» Le drapeau rouge aura quand même un bel avenir. La Russie soviétique l’adoptera en 1918, la Chine communiste en 1949… Nous avons gardé des restes amusants de cette histoire: dans l’armée, quand on plie le drapeau français après avoir descendu les couleurs, il est d’usage de cacher la bande rouge pour qu’elle ne soit plus visible. Comme s’il fallait se garder du vieux démon révolutionnaire.

Nous obéirions donc toujours à l’ancienne symbolique.
Dans le domaine des symboles, rien ne disparaît jamais vraiment. Le rouge du pouvoir et de l’aristocratie (du moins en Occident, car c’est le jaune qui tient ce rôle dans les cultures asiatiques) a traversé les siècles, tout comme l’autre rouge, révolutionnaire et prolétarien. Chez nous, en outre, le rouge indique toujours la fête, Noël, le luxe, le spectacle: les théâtres et les opéras en sont ornés. Dans le vocabulaire, il nous est resté de nombreuses expressions («rouge de colère», «voir rouge») qui rappellent les vieux symboles. Et on associe toujours le rouge à l’érotisme et à la passion.

Mais, dans notre vie quotidienne, il est pourtant discret.
Plus le bleu a progressé dans notre environnement, plus le rouge a reculé. Nos objets sont rarement rouges. On n’imagine pas un ordinateur rouge par exemple (cela ne ferait pas sérieux), ni un réfrigérateur (on aurait l’impression qu’il chauffe). Mais la symbolique a perduré: les panneaux d’interdiction, les feux rouges, le téléphone rouge, l’alerte rouge, le carton rouge, la Croix-Rouge (en Italie, les croix des pharmacies sont aussi rouges) … Tout cela dérive de la même histoire, celle du feu et du sang… Je vais vous raconter une anecdote personnelle. Jeune marié, j’ai un jour acheté une voiture d’occasion: un modèle pour père de famille, mais rouge! Autant dire que la couleur et le véhicule n’allaient pas ensemble. Personne n’en avait voulu, ni les conducteurs sages qui le trouvaient trop transgressif, ni les amateurs de vitesse qui le trouvaient trop sage. On m’en avait donc fait un bon rabais. Mais ma voiture n’a pas fait long feu, si je puis dire: la grille d’un parking est tombée sur le capot et l’a totalement anéantie. Je me suis dit que les symboles avaient raison: c’était vraiment une voiture dangereuse

Voir enfin:

Discours d’ouverture de la Convention nationale démocratique de 2004
Barack Obama
27 juillet 2004
Traduction Wikisource en français de Democratic National Convention/Keynote address.

Merci beaucoup. Merci beaucoup. Merci. Merci. Merci beaucoup. Merci beaucoup. Merci. Merci. Merci, Dick Durbin. Nous sommes tous fiers de vous.

Au nom de ce grand État de l’Illinois, carrefour d’une nation, terre de Lincoln, permettez moi d’exprimer ma plus profonde gratitude d’avoir le privilège de faire un discours à cette convention

Ce soir, c’est un honneur particulier pour moi parce que, soyons réaliste, ma présence ici n’était pas très probable. Mon père était un étudiant étranger, né et élevé dans un petit village du Kenya. Il a grandi en gardant des chèvres et a été à l’école dans une cabane couverte d’une tôle ondulée. Son père, mon grand-père, était cuisinier, domestique des Britanniques mais mon grand-père avait des grands rêves pour son fils. En travaillant dur et en persévérant, mon père a obtenu une bourse pour venir étudier dans un endroit magique, l’Amérique, qui brillait comme un phare de liberté et d’opportunité à tout ceux qui étaient venus auparavant.

En étudiant ici, mon père a rencontré ma mère. Elle est née dans une ville de l’autre coté de la Terre, dans le Kansas. Son père a travaillé sur des plates-formes pétrolières et dans des fermes pendant presque toute la Grande Dépression. Le lendemain de l’attaque de Pearl Harbour, mon grand-père s’est engagé, à rejoint l’armée de Patton, a marché à travers l’Europe. À la maison, ma grand-mère élevait leur enfant et est allé travailler sur une chaine d’assemblage de bombardiers. Après la guerre, il ont étudié grâce au Servicemen’s Readjustment Act, on acheté une maison grâce à la Federal Housing Administration et ont plus tard déménagé vers l’est, jusqu’à Hawaï, à la recherche d’opportunités.

Et eux aussi avaient de grands rêves pour leur fille. Un rêve commun, né sur deux continents.

Mes parents ne partageaient pas seulement un amour improbable, ils partageaient une foi durable dans les possibilités de cette nation. Ils m’ont donné un nom africain, Barack ou « le béni », croyant que dans une Amérique tolérante, votre nom n’est pas un obstacle au succès. Ils m’ont imaginé rejoindre les meilleures écoles du pays, même s’ils n’étaient pas riches, car dans une Amérique généreuse, on n’a pas besoin être riche pour exploiter son potentiel.

Tous deux sont morts maintenant et pourtant je sais que ce soir, ils me regardent avec une grande fierté.

Je suis ici aujourd’hui, reconnaissant envers la diversité de mon héritage, conscient que les rêves de mes parents se perpétuent à travers mes deux filles. Je suis ici tout en sachant que mon histoire fait partie de la grande histoire américaine, que j’ai une dette envers tous ceux qui sont venus avant moi et quand dans n’importe quel autre pays au monde, mon histoire n’aurait été possible.

Ce soir, nous nous rassemblons pour affirmer la grandeur de notre nation — pas seulement à cause de la taille de nos gratte-ciel, de la puissance de notre armée ou de la taille de notre économie. Notre fierté est basée sur une prémisse très simple, résumée dans une déclaration faite il y a plus de 200 ans : « Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. »

C’est ça le vrai génie de l’Amérique — une foi dans des rêves simples, une insistance sur de petits miracles, que l’on peut mettre nos enfants au lit le soir tout en sachant qu’ils sont nourris, habillés et protégés du mal, que l’on puisse dire ce que l’on pense, écrire ce que l’on pense, sans entendre quelqu’un soudainement frapper à sa porte, que l’on puisse avoir une idée et bâtir sa propre entreprise sans avoir à verser des pots de vin, que l’ont peut faire son devoir électoral sans crainte de représailles et que nos voix seront comptées — du moins, la plupart du temps.

Cette année, pour cette élection, nous sommes appelés à réaffirmer nos valeurs et nos engagement, à les confronter à la dure réalité et voir si nous sommes à la hauteur de l’héritage de nos aïeux et la promesse des générations futures.

Et, mes chers compatriotes, démocrates, républicains, indépendants, je vous dis ce soir: nous avons encore beaucoup à faire.

Beaucoup à faire pour les ouvriers que j’ai rencontrés à Galeburg dans l’Illinois, qui perdent leur emploi à l’usine Maytag, délocalisée au Mexique et qui doivent se battre contre leurs propres enfants pour des emplois à 7 dollars de l’heure; beaucoup à faire pour le père que j’ai rencontré et qui avait perdu son travail et se demandait, en retenant ses larmes, comment il allait payer les 4 500 dollars par mois pour payer les médicaments de son fils sans les aides financières sur lesquelles il comptait; beaucoup à faire pour la jeune femme de la banlieue est de Saint-Louis, et des milliers comme elle, qui a les notes, la volonté et l’envie mais pas l’argent pour aller à l’université.

Mais ne vous méprenez pas ! Les personnes que j’ai rencontrées, dans des petites et des grandes villes, à des diners ou dans des parcs, n’attendent pas du gouvernement qu’il résolve tous leurs problèmes. Ils savent qu’ils devront travailler dur pour s’en sortir… et ils le veulent.

Allez dans les comtés autour du Comté de Cook à Chicago et les gens vous diront qu’ils ne veulent pas que leurs impôts soient gaspillés par l’assistance sociale ou par le Pentagone.

Allez dans n’importe quel centre ville et les habitants vous diront que le gouvernement ne peut pas tout seul apprendre à nos enfants à apprendre — ils savent que les parents doivent leur apprendre, que les enfants ne peuvent pas y arriver sauf si on a de grands espoirs pour eux , qu’on coupe la télévision et qu’on taise les rumeurs disant qu’un jeune noir avec un livre joue au blanc. Ils savent ces choses là.

Les gens n’attendent pas du gouvernement qu’il résolve tous leurs problèmes mais ils ressentent, au plus profond d’eux même, qu’avec un petit changement dans les priorités, nous pouvons être sûr que chaque enfant américain a un bon départ dans la vie et que toutes les opportunités lui restent ouvertes

Ils savent que nous pouvons faire mieux et ils veulent ce choix.

Dans cette élection, nous offrons cette possibilité. Notre partie a choisi pour nous mener un homme qui incarne le mieux ce que ce pays a à offrir. Et cet homme, c’est John Kerry. John Kerry comprend les idéaux de la communauté, de la foi et du service parce que ceux-ci ont façonné sa vie. De ses années héroïques au Viet Nam à celles de procureur et lieutenant gouverneur, durant deux décennies au Sénat des États-Unis, il s’est dévoué pour son pays. Encore et encore, nous l’avons vu prendre des décision difficiles quand des plus aisées étaient possibles.

Ses valeurs, et ce qu’il a réalisé, illustre ce qu’il y a de meilleur en nous. John Kerry croit en une Amérique où le travail est récompensé. Alors, au lieu d’offrir des réductions d’impôts aux entreprises qui délocalisent à l’étranger, il en offre à des entreprises qui créent des emplois ici.

John Kerry croit en une Amérique où tous les Américains peuvent se payer la même couverture maladie que les hommes politiques de Washington.

John Kerry croit en l’indépendance énergétique pour que nous ne soyons plus les otages des profits des compagnies pétrolières ou de sabotages de champs pétrolifères à l’étranger.

John Kerry croit en la liberté constitutionnelle qui fait que notre pays est jalousé dans le monde entier et il ne sacrifiera jamais nos libertés de base, ni n’utilisera la foi pour nous diviser.

Et John Kerry croit que dans un monde dangereux, la guerre doit parfois être une option mais ne doit jamais être la première option.

Vous savez, il y a quelques temps, j’ai rencontré un jeune homme nommé Seamus dans une réunion de vétérans à East Moine dans l’Illinois. C’était un gamin avec une belle allure, 1m80 — 1m85, les yeux clairs et un grand sourire. Il m’a dit qu’il avait rejoint les Marines et allait aller en Irak la semaine suivante. En l’écoutant parler de la raison pour laquelle il s’était enrôlé, de la foi absolue qu’il avait en notre pays et ses dirigeants, de son attachement au devoir et au service, j’ai pensé que ce jeune homme avait tout ce qu’aucun d’entre nous ne pouvait espérer pour un enfant mais je me suis alors demandé : est-ce que l’on sert Seamus aussi bien qu’il nous sert ?

J’ai pensé à ces 900 hommes et femmes — fils et filles, maris et femmes, amis et voisins, qui ne reviendront pas chez eux. J’ai pensé à ces familles que j’ai rencontrées et qui doivent se battre pour continuer à vivre sans les revenus d’un être cher ou dont un membre est revenu amputé ou paralysé mais qui n’aura pas d’aide médical à long terme parce qu’il est réserviste.

Quand on envoie nos jeunes hommes et femmes vers le danger, nous avons l’obligation solennelle de ne pas falsifier les chiffres ou cacher la vérité sur la raison pour laquelle on les envoie. Nous avons l’obligation de nous occuper de leur famille lorsqu’ils sont absents, de prendre soin des soldats lorsqu’ils sont de retour et de ne jamais aller à la guerre sans avoir suffisamment de troupes pour la gagner, assurer la paix et gagner le respect du monde.

Maintenant, laissez moi mettre les choses au clair. Nous avons de vrais ennemis dans le monde. Nous devons les trouver. Nous devons les poursuivre et nous devons les vaincre.

John Kerry le sait. Et tout comme le lieutenant Kerry n’a pas hésité à risquer sa vie pour protéger les hommes qui ont servi avec lui au Viet Nam. Le président Kerry n’hésitera pas un instant à utiliser notre puissance militaire pour garder l’Amérique saine et sauve.

John Kerry croit en l’Amérique et il sait que ça n’est pas suffisant pou certains d’entre nous de simplement prospérer. A coté de notre célèbre individualisme, il y a un autre ingrédient dans la saga de l’Amérique: une croyance que l’on est tous unis pour former un seul peuple.

S’il y a un enfant du sud de Chicago qui ne sait pas lire, ça me regarde, même si ce n’est pas mon enfant. S’il y a une personne âgée quelque part qui ne peut pas payer ses médicaments et qui doit se choisir entre se loger ou se soigner, ça affecte ma vie même si ce n’est pas un de mes grands parents. S’il y a un famille américaine d’origine arabe rassemblée sans bénéficier d’un avocat ou d’un procès en bonne et due forme, ça menace mes libertés publiques.

C’est cette croyance fondamentale — je suis le gardien de mon frère, je suis le gardien de ma sœur — qui fait que notre pays fonctionne. C’est ce qui nous permet de poursuivre nos rêves individuels tout en formant une seule famille américaine.

E pluribus unum. « Out of many, one. » E pluribus Unum; « De la diversité, un seul ».

Maintenant, alors même que nous parlons, il y a ceux qui se préparent à nous diviser : les diffuseurs de publicité négative, qui adopte la politique du n’importe quoi. Alors ce soir, je leur dis, il n’y a pas une Amérique libérale et une Amérique conservatrice — il y a les États-Unis d’Amérique. Il n’y a pas une Amérique noire, une Amérique blanche, une Amérique latino et une Amérique asiatique, il y a les États-Unis d’Amérique.

Les érudits aiment à découper notre pays entre états rouges et états bleus ; les états rouges pour les Républicains, les États bleus pour les démocrates mais j’ai une nouvelle pour eux, moi aussi. Nous prions un Dieu magnifique dans les états bleus et nous n’aimons pas les agents fédéraux qui farfouillent dans nos bibliothèques dans les états rouges. On apprend le base-ball à nos enfants dans les États bleus et, oui, on a des amis homos dans les états rouges. Il y a des patriotes qui se sont opposés à la guerre en Irak et il y des patriotes qui l’ont soutenue.

Nous formons un seul peuple, chacun d’entre nous prêtant serment à la bannière étoilée, chacun d’entre nous défendant les États-Unis d’Amérique.

Au final, c’est à ça que revient cette élection. Participons-nous à une politique du cynisme ou participons-nous à une politique de l’espoir.

John Kerry nous demande d’espérer. John Edwards nous demande d’espérer.

Je ne suis pas en train de parler d’un optimisme aveugle ici, l’ignorance pleine de bonne volonté qui pense que le chômage disparaitra si on y pense pas ou que la crise de l’assurance médicale se résoudra d’elle même si nous l’ignorons. Ce n’est pas de ça que je parle. Je parle de quelque chose de plus important.

C’est l’espoir des esclaves s’asseyant autour d’un feu et chantant des chansons à propos de la liberté. L’espoir d’émigrants partant pour des contrées lointaines. L’espoir d’un jeune lieutenant de la Navy patrouillant dans le Delta du Mékong. L’espoir du fils d’un meunier qui ose envers et contre tout. L’espoir d’un gamin maigre avec un nom bizarre qui pense que l’Amérique a une place pour lui, aussi.

L’espoir. L’espoir face à la difficulté ! L’espoir face à l’incertitude ! L’audace de l’espoir. Au final, c’est le plus grand don que Dieu nous a fait, le fondement de cette nation. Une croyance en des choses invisibles. Une croyance en des jours meilleurs devant nous.

Je crois qu’on peut donner à nos classes moyennes un peu de soulagement et offrir aux familles qui travaillent de nombreuses opportunités. Je crois qu’on peut offrir un emploi aux chômeurs, un toit aux sans domicile fixe et sauver de la violence et du désespoir les jeunes des villes à travers l’Amérique. Je crois que le bon vent nous pousse et que l’on se trouve à un carrefour de notre histoire. Nous pouvons faire les bons choix et affronter les défis qui nous attendent.

Amérique ! Ce soir, si tu ressens la même énergie que moi, si tu sens la même urgence que moi, si tu sens la même passion que moi, si tu sens la même espérance que moi — et si nous faisons ce que nous avons à faire, alors je n’ai pas de doute qu’à travers le pays, de la Floride à l’Orégon, de l’Etat de Washington au Maine, le peuple se lèvera en novembre et John Kerry sera président, et John Edwards sera vice-président et ce pays réclamera son dû et un jour meilleur suivra ce long processus politique.

Merci beaucoup à vous tous. Que Dieu vous bénisse. Merci.

http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/articles/A19751-2004Jul27.html

washingtonpost.com
Transcript: Illinois Senate Candidate Barack Obama

FDCH E-Media
Tuesday, July 27, 2004; 11:09 PM

Candidate for U.S. Senate in Illinois, Barack Obama, delivered the keynote address at the Democratic National Convention in Boston Tuesday night. Here is a transcript of his remarks.

OBAMA: Thank you so much. Thank you.

(APPLAUSE)

Thank you. Thank you so much. Thank you so much.

(APPLAUSE)

Thank you, Dick Durbin. You make us all proud.

On behalf of the great state of Illinois…

(APPLAUSE)

… crossroads of a nation, land of Lincoln, let me express my deep gratitude for the privilege of addressing this convention. Tonight is a particular honor for me because, let’s face it, my presence on this stage is pretty unlikely.

My father was a foreign student, born and raised in a small village in Kenya. He grew up herding goats, went to school in a tin- roof shack. His father, my grandfather, was a cook, a domestic servant to the British.

OBAMA: But my grandfather had larger dreams for his son. Through hard work and perseverance my father got a scholarship to study in a magical place, America, that’s shown as a beacon of freedom and opportunity to so many who had come before him.

(APPLAUSE)

While studying here my father met my mother. She was born in a town on the other side of the world, in Kansas.

(APPLAUSE)

Her father worked on oil rigs and farms through most of the Depression. The day after Pearl Harbor, my grandfather signed up for duty, joined Patton’s army, marched across Europe. Back home my grandmother raised a baby and went to work on a bomber assembly line. After the war, they studied on the GI Bill, bought a house through FHA and later moved west, all the way to Hawaii, in search of opportunity.

(APPLAUSE)

And they too had big dreams for their daughter, a common dream born of two continents.

OBAMA: My parents shared not only an improbable love; they shared an abiding faith in the possibilities of this nation. They would give me an African name, Barack, or « blessed, » believing that in a tolerant America, your name is no barrier to success.

(APPLAUSE)

They imagined me going to the best schools in the land, even though they weren’t rich, because in a generous America you don’t have to be rich to achieve your potential.

(APPLAUSE)

They’re both passed away now. And yet I know that, on this night, they look down on me with great pride.

And I stand here today grateful for the diversity of my heritage, aware that my parents’ dreams live on in my two precious daughters.

I stand here knowing that my story is part of the larger American story, that I owe a debt to all of those who came before me, and that in no other country on Earth is my story even possible.

(APPLAUSE)

OBAMA: Tonight, we gather to affirm the greatness of our nation not because of the height of our skyscrapers, or the power of our military, or the size of our economy; our pride is based on a very simple premise, summed up in a declaration made over two hundred years ago: « We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal…

(APPLAUSE)

… that they are endowed by their Creator with certain inalienable rights, that among these are life, liberty and the pursuit of happiness. »

That is the true genius of America, a faith…

(APPLAUSE)

… a faith in simple dreams, an insistence on small miracles; that we can tuck in our children at night and know that they are fed and clothed and safe from harm; that we can say what we think, write what we think, without hearing a sudden knock on the door; that we can have an idea and start our own business without paying a bribe; that we can participate in the political process without fear of retribution; and that our votes will be counted — or at least, most of the time.

(APPLAUSE)

This year, in this election, we are called to reaffirm our values and our commitments, to hold them against a hard reality and see how we are measuring up, to the legacy of our forbearers and the promise of future generations.

OBAMA: And fellow Americans, Democrats, Republicans, independents, I say to you, tonight, we have more work to do…

(APPLAUSE)

… more work to do, for the workers I met in Galesburg, Illinois, who are losing their union jobs at the Maytag plant that’s moving to Mexico, and now they’re having to compete with their own children for jobs that pay 7 bucks an hour; more to do for the father I met who was losing his job and chocking back the tears wondering how he would pay $4,500 a months for the drugs his son needs without the health benefits that he counted on; more to do for the young woman in East St. Louis, and thousands more like her who have the grades, have the drive, have the will, but doesn’t have the money to go to college.

Now, don’t get me wrong, the people I meet in small towns and big cities and diners and office parks, they don’t expect government to solves all of their problems. They know they have to work hard to get a head. And they want to.

Go into the collar counties around Chicago, and people will tell you: They don’t want their tax money wasted by a welfare agency or by the Pentagon.

(APPLAUSE)

Go into any inner-city neighborhood, and folks will tell you that government alone can’t teach kids to learn.

OBAMA: They know that parents have to teach, that children can’t achieve unless we raise their expectations and turn off the television sets and eradicate the slander that says a black youth with a book is acting white. They know those things.

(APPLAUSE)

People don’t expect — people don’t expect government to solve all their problems. But they sense, deep in their bones, that with just a slight change in priorities, we can make sure that every child in America has a decent shot at life and that the doors of opportunity remain open to all. They know we can do better. And they want that choice.

In this election, we offer that choice. Our party has chosen a man to lead us who embodies the best this country has to offer. And that man is John Kerry.

(APPLAUSE)

John Kerry understands the ideals of community, faith and service because they’ve defined his life. From his heroic service to Vietnam to his years as prosecutor and lieutenant governor, through two decades in the United States Senate, he has devoted himself to this country. Again and again, we’ve seen him make tough choices when easier ones were available. His values and his record affirm what is best in us.

John Kerry believes in an America where hard work is rewarded. So instead of offering tax breaks to companies shipping jobs overseas, he offers them to companies creating jobs here at home.

(APPLAUSE)

OBAMA: John Kerry believes in an America where all Americans can afford the same health coverage our politicians in Washington have for themselves.

(APPLAUSE)

John Kerry believes in energy independence, so we aren’t held hostage to the profits of oil companies or the sabotage of foreign oil fields.

(APPLAUSE)

John Kerry believes in the constitutional freedoms that have made our country the envy of the world, and he will never sacrifice our basic liberties nor use faith as a wedge to divide us.

(APPLAUSE)

And John Kerry believes that in a dangerous world, war must be an option sometimes, but it should never be the first option.

(APPLAUSE)

You know, a while back, I met a young man named Seamus (ph) in a VFW hall in East Moline, Illinois. He was a good-looking kid, 6’2″, 6’3″, clear eyed, with an easy smile. He told me he’d joined the Marines and was heading to Iraq the following week.

OBAMA: And as I listened to him explain why he had enlisted — the absolute faith he had in our country and its leaders, his devotion to duty and service — I thought, this young man was all that any of us might ever hope for in a child. But then I asked myself: Are we serving Seamus (ph) as well as he’s serving us?

I thought of the 900 men and women, sons and daughters, husbands and wives, friends and neighbors who won’t be returning to their own hometowns. I thought of the families I had met who were struggling to get by without a loved one’s full income or whose loved ones had returned with a limb missing or nerves shattered, but still lacked long-term health benefits because they were Reservists.

(APPLAUSE)

When we send our young men and women into harm’s way, we have a solemn obligation not to fudge the numbers or shade the truth about why they are going, to care for their families while they’re gone, to tend to the soldiers upon their return and to never, ever go to war without enough troops to win the war, secure the peace and earn the respect of the world.

(APPLAUSE)

OBAMA: Now, let me be clear. Let me be clear. We have real enemies in the world. These enemies must be found. They must be pursued. And they must be defeated.

John Kerry knows this. And just as Lieutenant Kerry did not hesitate to risk his life to protect the men who served with him in Vietnam, President Kerry will not hesitate one moment to use our military might to keep America safe and secure.

(APPLAUSE)

John Kerry believes in America. And he knows that it’s not enough for just some of us to prosper. For alongside our famous individualism, there’s another ingredient in the American saga, a belief that we are all connected as one people.

If there’s a child on the south side of Chicago who can’t read, that matters to me, even if it’s not my child.

(APPLAUSE)

If there’s a senior citizen somewhere who can’t pay for their prescription and having to choose between medicine and the rent, that makes my life poorer, even if it’s not my grandparent.

(APPLAUSE)

If there’s an Arab-American family being rounded up without benefit of an attorney or due process, that threatens my civil liberties.

(APPLAUSE)

It is that fundamental belief — it is that fundamental belief — I am my brother’s keeper, I am my sisters’ keeper — that makes this country work.

(APPLAUSE)

OBAMA: It’s what allows us to pursue our individual dreams, yet still come together as a single American family: « E pluribus unum, » out of many, one.

Now even as we speak, there are those who are preparing to divide us, the spin masters and negative ad peddlers who embrace the politics of anything goes.

Well, I say to them tonight, there’s not a liberal America and a conservative America; there’s the United States of America.

(APPLAUSE)

There’s not a black America and white America and Latino America and Asian America; there’s the United States of America.

(APPLAUSE)

The pundits, the pundits like to slice and dice our country into red states and blue States: red states for Republicans, blue States for Democrats. But I’ve got news for them, too. We worship an awesome God in the blue states, and we don’t like federal agents poking around our libraries in the red states.

We coach little league in the blue states and, yes, we’ve got some gay friends in the red states.

(APPLAUSE)

There are patriots who opposed the war in Iraq, and there are patriots who supported the war in Iraq.

We are one people, all of us pledging allegiance to the stars and stripes, all of us defending the United States of America.

(APPLAUSE)

OBAMA: In the end, that’s what this election is about. Do we participate in a politics of cynicism, or do we participate in a politics of hope?

John Kerry calls on us to hope. John Edwards calls on us to hope. I’m not talking about blind optimism here, the almost willful ignorance that thinks unemployment will go away if we just don’t think about it, or health care crisis will solve itself if we just ignore it.

That’s not what I’m talking. I’m talking about something more substantial. It’s the hope of slaves sitting around a fire singing freedom songs; the hope of immigrants setting out for distant shores; the hope of a young naval lieutenant bravely patrolling the Mekong Delta; the hope of a millworker’s son who dares to defy the odds; the hope of a skinny kid with a funny name who believes that America has a place for him, too.

(APPLAUSE)

OBAMA: Hope in the face of difficulty, hope in the face of uncertainty, the audacity of hope: In the end, that is God’s greatest gift to us, the bedrock of this nation, a belief in things not seen, a belief that there are better days ahead.

I believe that we can give our middle class relief and provide working families with a road to opportunity.

I believe we can provide jobs for the jobless, homes to the homeless, and reclaim young people in cities across America from violence and despair.

I believe that we have a righteous wind at our backs, and that as we stand on the crossroads of history, we can make the right choices and meet the challenges that face us.

America, tonight, if you feel the same energy that I do, if you feel the same urgency that I do, if you feel the same passion that I do, if you feel the same hopefulness that I do, if we do what we must do, then I have no doubt that all across the country, from Florida to Oregon, from Washington to Maine, the people will rise up in November, and John Kerry will be sworn in as president. And John Edwards will be sworn in as vice president. And this country will reclaim it’s promise. And out of this long political darkness a brighter day will come.

Thank you very much, everybody.

God bless you.

Thank you.

Voir par ailleurs:

Les Bleus voient rouge
L’équipe de France de football a déjà perdu son âme depuis longtemps, certains joueurs refusant même de chanter « La Marseillaise » ; voilà que le rugby semble lui emboîter le pas.
Philippe Franceschi
Consultant en sécurité

Boulevard voltaire

L’équipe de France de rugby, ou plutôt son équipementier, a choisi dorénavant la couleur rouge et non plus bleue comme maillot à l’extérieur, après avoir choisi la couleur « allbleue » pour les matchs à domicile. Le blanc a disparu. Le maillot tricolore (maillot bleu, culotte blanche et bas rouges) était porté depuis le 22 mars 1906, match disputé contre l’Angleterre. Comme moi amoureux du rugby, Roger Couderc doit se retourner dans sa tombe. On ne pourra plus dire « Allez les Bleus » au risque de soutenir l’équipe adverse comme ces Écossais le 7 février. Lui qui disait « Allez les petits », peut-être faudra-t-il aussi crier maintenant « Allez les grands » pour faire moderne.

L’équipe de France de football a déjà perdu son âme depuis longtemps, certains joueurs refusant même de chanter « La Marseillaise » ; voilà que le rugby semble lui emboîter le pas, car quand on vend son maillot, on n’est pas loin de commencer à perdre son âme.

Il faut innover, dit-on. Tu parles… surtout faire de l’argent par la vente d’un nouveau maillot à 79 euros pièce, tout de même. Les éléments de langage sont soignés, argument massue : il y a trois couleurs dans notre drapeau, donc le rouge est permis. Un peu court. Même les entraîneurs de notre équipe nationale reprennent cette consigne de parole, faisant semblant d’adhérer à cette nouveauté. Or, l’attachement à la nation France, aux trois couleurs, est dans les gènes du « peuple » du rugby qui, lui, n’apprécie pas. Mais qui se soucie de l’avis des supporters ? Pas la Fédération française de rugby, sans nul doute, qui a vendu le maillot.

Pourtant, cela me paraît plus significatif qu’une simple innovation. Car, dans cette même veine du renoncement, on a ouvert l’équipe de France à des étrangers naturalisés, Rory Kockott et Scott Spedding, deux joueurs sud-africains naturalisés en 2014, qui évoluent en Top 14. La logique du système est poussée jusqu’au bout. Nous avons de plus en plus d’étrangers dans notre championnat national, laissant moins de chance à de jeunes joueurs français d’éclore, et voilà que maintenant on leur barre aussi la route pour le XV de France. Je n’aime pas cette mondialisation de l’Ovalie. Mais où sont les nouveaux Lux, Trillo, Maso, Dourthe, grands joueurs français des années 1970 formés par de petits clubs, et qui avaient pourtant le « french flair » que nous envient tant les Anglo-Saxons? École du rugby, école de la vie, notre rugby, sport viril mais correct, se veut promouvoir une action éducatrice et d’épanouissement de l’enfant au travers du respect des valeurs du sport, dans les opérations « Rugby Cup des Quartiers ». La vie, c’est aussi respecter son maillot et ses couleurs bleu, blanc et rouge. S’il s’agit d’innover pour innover, on pourrait aussi appeler la tour Eiffel tour du Champ-de-Mars, ou l’Arc de Triomphe Arc de l’Étoile (qu’on enlève donc le triomphe, c’est ringard et réac), et le palais de l’Élysée palais normal… Les touristes pourront ainsi constater notre esprit d’innovation.

Rugby : contre l’Ecosse, il faudra crier « Allez les Rouges ! »
Adrien Pécout
Le Monde
06.02.2015

Les supporteurs du XV de France vont devoir réviser leurs classiques. Haranguer les Tricolores à grand renfort d’« Allez les Bleus ! » sonnera un peu faux, samedi 7 février, au Stade de France. Car pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle, les Français affronteront l’Ecosse, en ouverture du Tournoi des six nations, vêtus d’un maillot qui ne sera ni bleu ni blanc, comme cela leur arrive parfois, mais rouge.

Et il va falloir s’y habituer. Les hommes de Philippe Saint-André arboreront cette tenue pour tous leurs matchs à l’extérieur jusqu’à la fin de l’année 2015, y compris durant la prochaine Coupe du monde (septembre-octobre). Mais ce sera donc également le cas dès ce week-end, à Saint-Denis. Contre l’Ecosse, la France ne pourra pas revêtir le maillot bleu qu’elle utilise d’ordinaire à domicile, ce privilège étant traditionnellement accordé à l’équipe visiteuse.

L’équipementier du XV de France, Adidas, avait émis l’idée de virer au rouge dès 2013. Un sacrilège ? A la Fédération française de rugby, on indique que ce changement de couleur a fait débat, puis a été soumis à l’approbation du président Pierre Camou, du sélectionneur Philippe Saint-André et de plusieurs membres du bureau fédéral.

Loin de s’en émouvoir, les joueurs jurent apprécier la nouveauté. Surtout quand leur équipementier les sollicite pour une vidéo de promotion… Au micro, le centre Wesley Fofana déclare : « Avec le fait de jouer en rouge, tout de suite, je pense qu’on aura un sentiment de combat, d’agressivité. » Le talonneur Benjamin Kayser, lui, voit en cette nouvelle couleur rien de moins que « la passion, la victoire et le feu ».

EN 1959, UNE VICTOIRE 9-0 CONTRE L’ÉCOSSE… EN ROUGE

Là-dessus, difficile de lui donner tort. Le 10 janvier 1959, à Colombes, la France avait déjà joué en rouge : à la clé, une victoire 9-0, déjà contre l’Ecosse. Cette année-là, lancés par cette victoire inaugurale, les Bleus remporteront dans la foulée leur premier Tournoi des cinq nations sans être ex æquo avec un autre pays.

« Contre l’Ecosse, si je me souviens, on avait appris seulement le jour du match, une fois dans les vestiaires, qu’on porterait des maillots rouges », raconte au Monde Michel Celaya, le capitaine des Bleus et troisième-ligne de Biarritz à l’époque. Aujourd’hui octogénaire, l’ancien joueur ignore les raisons qui avaient conduit les Bleus à devenir rouges.

« Et je ne sais pas non plus pourquoi, ensuite, cette tenue rouge n’a pas été conservée plus longtemps. Pour moi, le principal, c’était le coq qu’on avait sur le maillot et sur les blazers d’après-match. Et de toute façon, sur le terrain, nous, les troisièmes-lignes, on n’avait pas le temps de s’attarder sur le maillot, on était concentrés sur les guiboles adverses ! »

En marge du match, Michel Celaya et ses compères François Moncla et Jean Barthe avaient tout de même tenu à immortaliser l’événement : « Cette couleur rouge, quand même, ça nous étonnait. On avait demandé à des journalistes de venir nous prendre en photo avec », ajoute l’international (50 sélections entre 1953 et 1961).

Selon des témoignages oraux rapportés à la Fédération française de rugby, la France aurait également revêtu un maillot rouge en 1958 lors d’une tournée contre l’Australie, pour un match également synonyme de victoire (19-0). Elle le portera donc de nouveau jusqu’à la fin de l’année 2015, date à laquelle Adidas choisira ou non de rétablir le maillot blanc pour les matchs à l’extérieur.

« Pour moi qui suis du Sud, ça ne me déplairait pas que le rouge reste la couleur de notre deuxième maillot, s’amuse Celaya, Biarrot de naissance. Pour plaisanter, je dirais que ça nous fait ressembler à des toréadors. Quand des taureaux vous foncent desssus, vous ne portez pas une cape blanche, vous portez une cape rouge. »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :