Un “revers”, voire un “désastre” pour les États-Unis : tels étaient les mots de la presse américaine après la visite à Pékin, le 20 octobre, du président philippin Rodrigo Duterte, qui a entériné le rapprochement de son pays avec la Chine. “Une réconciliation spectaculaire, commente The Wall Street Journal, qui était en préparation depuis l’arrivée au pouvoir de M. Duterte en juin.”

“La Chine a enregistré une victoire diplomatique aux dépens des États-Unis, écrit le quotidien des affaires. Le président philippin a mis de côté le contentieux entre Manille et Pékin au sujet de la mer de Chine méridionale au profit d’un renforcement des liens économiques.”

Quelques heures après sa rencontre avec le président chinois Xi Jinping jeudi, Rodrigo Duterte a annoncé sa “séparation” d’avec les États-Unis, “portant à de nouveaux sommets rhétoriques la prise de distance de Manille à l’égard d’un allié auquel il est lié par traité”.

Le président philippin a aussi répété une insulte proférée à l’endroit du chef de l’État américain Barack Obama, rapporte le journal, en l’appelant “fils de pute”.

Rapprochement économique

Pékin a offert à Manille plus de 9 milliards de dollars de prêts à faible taux, note The Wall Street Journal, citant des responsables philippins. Les deux pays boucleraient aussi des accords économiques d’une valeur de 13,5 milliards de dollars.

De son côté, Rodrigo Duterte a mis en veilleuse la décision, en juillet, d’une cour d’arbitrage internationale, qui avait rejeté les prétentions chinoises en mer de Chine méridionale. Une décision obtenue par son prédécesseur Benigno Aquino.

Selon une déclaration conjointe diffusée vendredi à Pékin sur le site de l’agence officielle Xinhua, la Chine et les Philippines sont convenues de tout mettre en œuvre pour “traiter pacifiquement les conflits qui les opposent en mer de Chine méridionale” et de définir “rapidement” un “code de conduite en mer de Chine méridionale”. Un “mécanisme bilatéral” de discussion de ces conflits doit être mis en place.

Un changement vertigineux d’orientation

“Les Philippines ont connu un changement vertigineux d’orientation de leur politique étrangère depuis que Rodrigo Duterte est devenu président”, résume le commentateur Max Boot dans Foreign Policy. Selon lui,
ce populiste vulgaire est en train de transformer la relation du pays avec les États-Unis d’une manière fondamentale et inquiétante.”

Comme le rappelle ce chercheur et éditorialiste conservateur, “les Philippines sont le plus vieil allié américain en Asie, et jusqu’à récemment l’un des plus proches. Les États-Unis ont exercé leur autorité sur le pays en tant que puissance coloniale de 1899 à 1942 et implanté leur culture dans l’archipel. […] En 1951, Washington et Manille ont signé un traité de défense mutuelle.”

Les Japonais dans l’expectative

Le président philippin doit être reçu du 25 au 27 octobre au Japon, autre allié majeur de Washington dans la région. Le ministre des Affaires étrangères nippon, Fumio Kishida, a affirmé à la presse qu’il “comptait sonder les intentions réelles du président philippin lors du dîner prévu la semaine prochaine”.

La visite devait se conclure par une rencontre avec l’empereur du Japon. Mais, “compte tenu des propos de M. Duterte, ainsi que de son attitude déplacée [il mâchait du chewing-gum devant Xi Jinping, ce qui a beaucoup choqué les internautes japonais], il n’est pas exclu que le ministère des Affaires étrangères annule la rencontre avec l’empereur”, relate la chaîne Fuji News Network.

Gabriel Hassan et Agnès Gaudu et Ysana Takino