Grandeurs et misères de la tolérance (Do we not bleed when they prick us?)

Do we not bleed?I am a Jew. Hath not a Jew eyes? Hath not a Jew hands, organs, dimensions, senses, affections, passions; fed with the same food, hurt with the same weapons, subject to the same diseases, healed by the same means, warmed and cooled by the same winter and summer as a Christian is? If you prick us do we not bleed? If you tickle us do we not laugh? If you poison us do we not die?
Je suis juif… un Juif n’a-t-il pas des yeux ? Un Juif n’a-t-il pas des mains, des organes, des proportions, des sens, des émotions, des passions ? N’est-il pas nourri de même nourriture, blessé des mêmes armes, sujet aux mêmes maladies, guéri par les mêmes moyens, réchauffé et refroidi par le même été, le même hiver, comme un chrétien ? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ? Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez, ne mourons-nous pas ? Shakespeare (The Merchant of Venice)

Suite à notre récent billet sur les dérives des organisations de défense communautaires et toujours dans l’intéressant dossier que Courrier international consacre à « La montée des tabous » (on ne dira jamais assez l’importance de ce journal pour aider à faire connaître la presse et les opinions de nos voisins européens et du reste du monde et surtout pour nous sortir de nos débats si souvent franco-français).

La traduction d’une tribune d’El Pais, de l’écrivain et critique de cinéma espagnol Vicente Molina Foix (merci Voushadits), qui, à partir de la « décision de plusieurs villes du Levant espagnol de supprimer de leurs festivités ce qui pouvait heurter les musulmans », notamment dans leurs reconstitutions de la Reconquista (dites « moros y cristianos »), repère très finement et justement la mesure à garder dans le respect et « l’équilibrage des comptes sociaux ».

Autrement dit dans le travail de la belle mais parfois hasardeuse entreprise de la tolérance qui fait tout à la fois l’honneur mais aussi, dans ces formes modernes – et souvent hélas tout aussi travesties – de drames sacrés que sont les « mystères cathodiques » que nous présentent aujourd’hui et quoitidiennement nos écrans de télé,… les dérives de notre modernité.

Extraits:

La révision conceptuelle et juridique des coutumes et des principes au nom desquels on a asservi, raillé et caricaturé grossièrement les Noirs, les Juifs, les Arabes ou les homosexuels, est l’un des acquis majeurs de notre civilisation moderne. Cela n’implique pas pour autant qu’il faille bannir des théâtres Le Juif de Malte, de Marlowe, brûler les négatifs des fantaisies orientalistes du Hollywood classique ou effacer les tableaux de grands maîtres où la représentation de l’autre dénote un certain dédain ethnique. Il faut mettre ces images déformées sur le compte d’un passé ignorant et ne jamais considérer comme une offense actuelle le fait que le tableau soit toujours exposé dans un musée ou la pièce représentée sur scène.
Quand on lit par exemple Le Marchand de Venise, on perçoit, à côté de certains clichés racistes qui avaient cours à l’époque, la grande compréhension humaine qu’a Shakespeare de Shylock l’usurier. Ce qui est injurieusement antisémite, c’est la façon grossière et faussée qu’on avait de représenter ce personnage juif il n’y a encore pas si longtemps.
Parfois, on l’a vu récemment, la cible potentielle de l’attaque devance peureusement des menaces non formulées. D’autres fois, éliminer ce qui est blessant, vexatoire et stéréotypé est un prix modique que l’on paie volontairement pour équilibrer les comptes sociaux, comptes qui remontent souvent à un passé “coupable” dont les héritiers que nous sommes n’ont pas à être complices.

Mais alors comnent ne pas repenser également aux polémiques qui avaient un temps rattrapé le fameux Mystère d’Oberammergau en Bavière (pas très loin de Dachau) qui, historiquement on le sait, servait souvent d’occasions de pogroms et qui eut aussi droit à ses deux visites d’Hitler lui-même (en 1930 et 1934, juste un an après sa prise de pouvoir, pour le tricentenaire), ainsi qu’à son encombrant soutien?

At a dinner on July 5, 1942, he was recorded as saying:

One of our most important tasks will be to save future generations from a similar political fate and to maintain for ever watchful in them a knowledge of the menace of Jewry. For this reason alone it is vital that the Passion play be continued at Oberammergau; for never has the menace of Jewry been so convincingly portrayed as in this presentation of what happened in the times of the Romans. There one sees in Pontius Pilate a Roman racially and intellectually so superior, that he stands like a firm, clean rock in the middle of the whole muck and mire of Jewry.”

Mais aussi à certaines déclarations, peu connues, de notre modèle national de tolérance, le Voltaire de l’Affaire Calas lui-même, et qu’il ne serait peut-être pas inutile de rappeler, ne serait-ce que pour… mesurer le chemin parcouru:

Article « Tolérance » : « C’est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre. »
Article « Anthropophage » : « Pourquoi les Juifs n’auraient-ils pas été anthropophages ? C’eut été la seule chose qui eut manqué au peuple de Dieu pour être le plus abominable de la terre. »
Article « Juifs » :
« Vous m’ordonnez de vous faire un tableau fidèle de l’esprit des Juifs, et de leur histoire ; et, sans entrer dans les voies ineffables de la Providence, vous cherchez dans les mœurs de ce peuple la source des événements que cette Providence a préparés. »
« Ils sont le dernier de tous les peuples parmi les musulmans et les chrétiens, et ils se croient le premier. Cet orgueil dans leur abaissement est justifié par une raison sans réplique ; c’est qu’ils sont réellement les pères des chrétiens et des musulmans. Les religions chrétienne et musulmane reconnaissent la juive pour leur mère ; et, par une contradiction singulière, elles ont à la fois pour cette mère du respect et de l’horreur. »
« Il résulte de ce tableau raccourci que les Hébreux ont presque toujours été ou errants, ou brigands, ou esclaves, ou séditieux : ils sont encore vagabonds aujourd’hui sur la terre, et en horreur aux hommes, assurant que le ciel et la terre, et tous les hommes, ont été créés pour eux seuls. »
« On dit communément que l’horreur des Juifs pour les autres nations venait de leur horreur pour l’idolâtrie ; mais il est bien plus vraisemblable que la manière dont ils exterminèrent d’abord quelques peuplades du Canaan, et la haine que les nations voisines conçurent pour eux, furent la cause de cette aversion invincible qu’ils eurent pour elles. Comme ils ne connaissaient de peuples que leurs voisins ils crurent en les abhorrant détester toute la terre, et s’accoutumèrent ainsi à être les ennemis de tous les hommes. »

Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1764

Sans parler de toutes les autres dont Wikipedia a fait l’instructive recension :

Citations jugées antisémites

– Blaise Pascal, Pensées, XV, 12, Éditions Havet: Les Juifs charnels tiennent le milieu entre les chrétiens et les païens : les païens ne connaissent point Dieu, et n’aiment que la terre ; les Juifs connaissent le vrai Dieu, et n’aiment que la terre ; les chrétiens connaissent le vrai Dieu, et n’aiment point la terre.

– Antoine Ondin, Curiosités françaises, XVIIe siècle
Juif : II est riche comme un juif, i. « fort riche ».
Cette piece a passé par la main des juifs, i. « elle a esté alterée ou roignée ». C’est un vray juif, i. « un avare ». Item : « meschant ».
II est parmy ou entre les mains des juifs, i. « en un lieu dangereux ou entre des personnes dangereuses ».

– Antoine Furetière, Dictionnaire Universel, 1690
Juif, ive : Qui est de la nation de Judée en Syrie, ou descendu de ses anciens habitans, ou qui suit l’ancienne Loy de Moyse & ses ceremonies. De ce mot sont venus plusieurs proverbes. J’aimerois autant estre entre les mains des Juifs, pour dire, entre les mains de gens cruels, barbares, & impitoyables. C’est un homme riche comme un Juif, pour dire, fort riche. On appelle aussi un usurier, un Marchand qui trompe, ou qui rançonne, un Juif, parce que les Juifs sont de grands usuriers, frippiers, & trompeurs.

– Dictionnaire de l’Académie française, 1762
Juif : On ne met pas ici ce mot comme le nom d’une Nation, mais parce qu’il s’emploie figurément en quelques phrases de la Langue. Ainsi on appelle Juif, un homme qui prête à usure, ou qui vend exorbitamment cher. C’est un Juif, il prête à quinze pour cent. Ce Marchand est un vrai Juif.
II se dit enfin dans le style familier, De tous ceux qui montrent une grande avidité d’argent, & d’ardeur pour en gagner.
On dit proverbialement, qu’un homme est riche comme un Juif, pour dire, qu’il est fort riche.

– Abbé J.-F. Féraud, Dictionnaire critique, XVIIIe siècle
Juif : Ce nom d’un peuple bien conu fournit à quelques expressions proverbiales. On apèle juif un homme, qui prête à usûre, ou qui vend exorbitamment cher. « C’est un juif. » Ce marchand est un vrai juif. — II est riche comme un juif.

– Dictionnaire Universel François & latin, vulgairement appelé de Trévoux, 1743-1752
Juif, ïve, s. & adj. (…) Ils attendoient tous le Messie, que Dieu leur avoit promis ; mais quand il parut ils le méconnurent, & le crucifièrent. Depuis ce temps-là ils ont toujours porté les marques de la malédiction divine. Les Romains, sous Vespasien, & Tite son fils, en firent périr un prodigieux nombre, & ruinèrent leur temple & leurs villes. Ils se soulevèrent ensuite contre les Romains par les inspirations de l’Imposteur Barchochébas, qui se disoit être leur Messie : mais l’Empereur Adrien en fit un horrible carnage ; & depuis ce temps-là ils sont dispersés en Europe, en Afrique, & principalement en Asie, méprisés & haïs par tout, & obstinés en leur haine contre Jésus-Christ.(…) De ce mot sont venus plusieurs proverbes. J’aimerois autant être entre les mains des Juif; pour dire, entre les mains de gens cruels, barbares & impitoyables. C’est un homme riche comme un Juifs pour dire, fort riche. On appelle aussi un usurier, un Marchand qui trompe, ou qui rançonne, un Juif, parce que les Juifs sont de grands usuriers, frippiers & trompeurs. On appelle aussi le Juif errant, un phantôme qu’on croit avoir vu, d’un Juif qui court le monde sans se reposer, en punition de ce que l’on dit qu’il empêcha Jésus-Christ de se reposer, lorsqu’il étoit fatigué de porter sa croix ; & par allusion on le dit des hommes qui sont toujours par voie & par chemin, qu’on ne trouve jamais chez eux.

Voir enfin:

La montée des tabous : Les intellectuels face aux fanatismes religieux

Le marchand de Venise et Mahomet
Vicente Molina Foix*
Courrier international
4 janv. 2007

Plusieurs villes du Levant espagnol ont décidé de supprimer de leurs festivités ce qui pouvait heurter les musulmans. Pour l’écrivain Vicente Molina Foix, il n’y a pas lieu de s’en offusquer.

A ma connaissance, personne n’a encore demandé la suppression des fêtes du mois d’août dans ma ville natale, Elche [dans la communauté autonome de Valence, sud-est de l’Espagne]. Elles s’articulent autour de la représentation, dans la basilique Sainte-Marie, du mystère d’Elche. Ce célèbre drame sacré, entièrement chanté et dont l’appareil scénique est à couper le souffle, raconte la mort, l’assomption et le couronnement de la Vierge.
On ne peut nier toutefois que le mystère d’Elche contient un épisode susceptible d’être considéré comme religieusement incorrect au regard d’une des autres grandes confessions mondiales. Il s’agit du passage du deuxième acte, où, alors que les apôtres s’apprêtent à ensevelir la Vierge Marie, un groupe de Juifs menés par le grand rabbin fait irruption dans le temple, lieu unique du drame. Alertés par le cantique chanté lors de la cérémonie, deux d’entre eux s’avancent et affrontent saint Pierre et saint Jean dans une scène d’action trépidante. Supérieurs en nombre, les Juifs réussissent à déborder les apôtres et parviennent au cercueil de la Vierge, qu’ils veulent emporter afin d’empêcher les chrétiens de proclamer ensuite sa résurrection. Un miracle fulminant paralyse les mains du meneur alors qu’il est sur le point de saisir le corps marial, et tous les Juifs sont convertis sur-le-champ.
Dans ma jeunesse, et peut-être encore aujourd’hui, cet épisode de lutte et de conversion prodigieuse était le préféré des enfants. On imagine aisément la passion du public enfantin pour cette scène qui laisse clairement transparaître un vieux fond manichéen, accentué jusqu’à récemment encore par la manière caricaturale dont étaient affublés les Juifs. Les responsables du mystère d’Elche, dans le cadre d’un processus constant de révision des éléments musicaux et scéniques de l’œuvre, ont apporté un soin tout particulier à la caractérisation théâtrale des Hébreux, sans qu’aucune communauté juive n’en ait fait la demande. Les Juifs, même s’ils continuent à incarner le facteur de discorde, selon une vision dogmatique très élémentaire, portent aujourd’hui des costumes élégants et dignes, des perruques bien peignées, et subissent une conversion moins théâtrale.
On a vu aussi ces derniers temps des changements dans les fêtes des moros y cristianos [qui reconstituent des épisodes de la Reconquête chrétienne de l’Espagne musulmane (718-1492)], si répandues dans tout le Levant espagnol. Dans ma province, les plus spectaculaires que je connaisse sont celles d’Alcoi, de Xixona et de La Vila-Joiosa. Dans cette dernière localité, comme à El Campello, les envahisseurs nord-africains arrivent en barque, ce qui donne lieu à de magnifiques escarmouches sur la plage. Comme le confirme l’histoire de l’Espagne, les combats s’achèvent sur la défaite des musulmans. Pour autant, les “perdants” ne sont pas rabaissés ou ridiculisés dans le récit festif. Les amis de Vila-Joiosa et d’Alicante qui m’ont invité plus d’une fois à leurs fêtes patronales étaient très fiers d’appartenir au groupe des Sarrasins. Vérité iconographique oblige, les Maures sont parés de plus vives couleurs, portent des turbans et des joyaux plus éclatants, arborent des épées aux courbes plus séduisantes et, en somme, paraissent s’amuser davantage que les vaillants défenseurs de la chrétienté.
On a appris récemment que les localités de Beneixama (province d’Alicante) et de Boicarent (province de Valence) avaient décidé de supprimer le bouquet final des festivités consistant à jeter du haut des créneaux du château chrétien un mannequin à l’effigie de Mahomet, dont la tête vole en éclats sous l’effet des pétards. Certains ont beau y voir une lâche reculade face aux pressions grandissantes du fondamentalisme musulman, la mesure me paraît judicieuse pour deux raisons.
La première raison est d’ordre éthique. Même si certains refusent de l’admettre et, s’agrippant à leurs privilèges et à leurs idées reçues, préfèrent systématiquement le passé, le temps a eu raison des aberrations qui ont perduré pendant des siècles dans les sociétés les plus avancées. Ou bien aurait-on oublié qu’il y a peu les Noirs du sud des Etats-Unis ne pouvaient pas s’asseoir dans les bus des Blancs ? Que les femmes espagnoles n’ont commencé à être considérées comme des citoyennes à part entière qu’à partir des années 1930 ? Ou que l’humiliation des homosexuels a été un sport national dans de nombreux pays et qu’il n’est pas entièrement éradiqué ?

Mettre ces images déformées sur le compte d’un passé ignorant

La révision conceptuelle et juridique des coutumes et des principes au nom desquels on a asservi, raillé et caricaturé grossièrement les Noirs, les Juifs, les Arabes ou les homosexuels, est l’un des acquis majeurs de notre civilisation moderne. Cela n’implique pas pour autant qu’il faille bannir des théâtres Le Juif de Malte, de Marlowe, brûler les négatifs des fantaisies orientalistes du Hollywood classique ou effacer les tableaux de grands maîtres où la représentation de l’autre dénote un certain dédain ethnique. Il faut mettre ces images déformées sur le compte d’un passé ignorant et ne jamais considérer comme une offense actuelle le fait que le tableau soit toujours exposé dans un musée ou la pièce représentée sur scène.
Mais il y a une seconde raison purement esthétique, qui s’avère souvent la plus offensante. Quand on lit par exemple Le Marchand de Venise, on perçoit, à côté de certains clichés racistes qui avaient cours à l’époque, la grande compréhension humaine qu’a Shakespeare de Shylock l’usurier. Ce qui est injurieusement antisémite, c’est la façon grossière et faussée qu’on avait de représenter ce personnage juif il n’y a encore pas si longtemps.
Espérons qu’on n’interdira jamais en Grande-Bretagne les feux de joie et rites enfantins qui, tous les 5 novembre, rappellent le conspirateur catholique Guy Fawkes, exécuté au début du XVIIe siècle en pleine hystérie antipapiste. Et que le mystère d’Elche ne devra pas éliminer de la dramaturgie ses Juifs hostiles. Mais des temps de résistance difficile et dangereuse au “terrorisme de la plainte” nous attendent. Parfois, on l’a vu récemment, la cible potentielle de l’attaque devance peureusement des menaces non formulées. D’autres fois, éliminer ce qui est blessant, vexatoire et stéréotypé est un prix modique que l’on paie volontairement pour équilibrer les comptes sociaux, comptes qui remontent souvent à un passé “coupable” dont les héritiers que nous sommes n’ont pas à être complices.
Et aujourd’hui, voilà que nous recevons la visite impromptue d’anciennes victimes qui – de façon fanatique et vindicative pour les unes, pacifique pour les autres – demandent à être elles aussi les protagonistes de la pièce sans porter la perruque du fantoche.

* Ecrivain et critique de cinéma espagnol, auteur du roman La Femme sans tête (Rivages, 2000).

El País

Maroc
“Les blagues : comment les Marocains se moquent de la religion, du sexe et de la politique”, titrait l’hebdomadaire arabophone Nichane dans son numéro du 9 décembre. En pages intérieures, il donnait quelques échantillons de blagues très populaires et analysait leur rôle dans la vie quotidienne des Marocains.
Aujourd’hui, lit-on sur le site de Tel Quel, la publication francophone sœur de Nichane, le directeur et l’auteure de l’article sont poursuivis par l’Etat pour “atteinte aux valeurs sacrées”. Ils risquent de trois à cinq ans de prison. Mais, sans attendre l’issue du procès, prévu le 8 janvier, le Premier ministre a décidé l’interdiction de Nichane. Et, poursuit Tel Quel, “des voix s’élèvent un peu partout dans les groupes religieux marocains (et parfois étrangers), pour appeler à ‘laver l’odieux affront fait aux musulmans’, en prenant les ‘mesures les plus extrêmes’ à l’encontre de Nichane”.

© Courrier international 2007

Un commentaire pour Grandeurs et misères de la tolérance (Do we not bleed when they prick us?)

  1. jcdurbant dit :

    Selon Diodore de Sicile (Ier siècle avant notre ère), quand le roi séleucide Antiochus VII fit le siège de Jérusalem vers 135 avant J.-C., ses conseillers l’avisèrent de « prendre d’assaut la ville et d’effacer complètement la nation des Juifs, puisqu’eux seuls parmi toutes les nations avaient évité d’avoir affaire à tout autre peuple et considéraient tous les hommes comme leurs ennemis. Ils firent remarquer aussi que les ancêtres des Juifs avaient été chassés de toute l’Égypte comme des hommes qui étaient impies et détestés par les dieux. Car, afin de purifier ce pays, toutes les personnes qui avaient des marques blanches et de lèpre sur le corps avaient été rassemblées et conduites de l’autre côté de la frontière comme si elles avaient été victimes d’une malédiction ; les réfugiés avaient occupé le territoire autour de Jérusalem. Ayant organisé la nation des Juifs, ils avaient fait, de leur haine de l’humanité, une tradition et, à ce titre, ils avaient institué des lois tout à fait bizarres : ne pas rompre le pain avec des membres d’un autre peuple, ni leur montrer la moindre bonne volonté ». Antiochus VII ne suivit pas l’avis de ses conseillers, mais ce texte reflète un sentiment largement partagé à l’époque hellénistique, estime l’historien allemand Peter Schäfer*.

    Selon le témoignage de nombreux auteurs anciens, les Juifs étaient perçus comme arrogants, inhospitaliers, asociaux et misanthropes. Ils refusaient de partager le pain ou un repas avec des non-Juifs, de se marier avec eux ou de rendre hommage à leurs dieux. Ce dernier point était ressenti avec une acuité particulière, car le polythéisme des différents peuples les rendait tolérants à l’égard des religions étrangères, dans lesquelles ils trouvaient des similitudes. Le monothéisme des Juifs faisait figure d’anomalie.

    Cela ne signifie pas pour autant qu’ils suscitaient ce qu’on appellera plus tard l’antisémitisme, estime Jasper Griffin, un spécialiste anglais de littérature grecque et latine, en rendant compte du livre de Schäfer dans la New York Review of Books. De nombreux textes anciens témoignent d’un respect intrigué à l’égard de ce peuple pas comme les autres. Le philosophe Théophraste, digne élève d’Aristote, y voyait une « nation de philosophes ». Aussi les incidents qui ont pu faire croire à des accès d’antisémitisme avant l’époque chrétienne doivent-ils être interprétés avec prudence. Schäfer évoque une explosion de violence antijuive qui se produisit dans la ville égyptienne d’Élephantine, près d’Assouan, en 410 avant J.-C.. Mais il s’agissait d’une révolte contre une garnison juive au service des Perses, qui avaient étendu leur empire jusque dans la haute vallée du Nil.

    Le premier véritable pogrom eut cependant bien lieu avant l’expansion du christianisme, à Alexandrie en 38 après J.-C. Les Juifs réclamaient les mêmes droits et statut que les Grecs et leurs revendications se sont brutalement retournées contre eux. Leurs boutiques et maisons ont été incendiées, avec meurtres et pillages à la clé. De manière significative, le polémiste grec Apion d’Alexandrie commenta : « Si les Juifs veulent devenir des citoyens d’Alexandrie, pourquoi ne révèrent-ils pas les dieux d’Alexandrie ? »

    http://www.books.fr/une-haine-antique/

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