La lâcheté des Occidentaux m’effraie autant que les islamistes (Ibn Warraq)

Saudiflag_1Drapeau saoudien avec sabre du djihad et confession de foi de la chalada (Il n’y a pas de Dieu sauf Allah et Mohamed est le Messager d’Allah)
Affranchir le musulman de sa religion est le plus grand service qu’on puisse lui rendre. Renan

Au moment où l’Occident semble paralysé par la pensée unique de la bien-pensance …

Petit retour sur une parole forte d’un des rares penseurs arabes qui ait osé, dès le lendemain des attentats du 11/9, appeler un chat un chat.

Qui ait osé dire haut et clair que « le problème ne tient pas à l’intégrisme musulman mais à l’islam en tant que tel » et que « le djihad ne désigne pas seulement l’effort sur soi, mais bien la guerre sainte, dont le but est de conquérir le monde entier et de le soumettre à la seule religion qui soit, la loi d’Allah »…

 La lâcheté des Occidentaux m’effraie autant que les islamistes

Propos recueillis par Stéphane Barsacq

Le Figaro Magazine

6 octobre 2001

Il se cache. Auteur d’un ouvrage polémique contre l’islam, Ibn Warraq est considéré comme un apostat qui mérite la mort. Comme avant lui Salman Rushdie et Taslima Nasrin, il a décidé de relever le défi de l’obscurantisme.

Le Figaro Magazine : Louis Massignon voyait dans l’islam «une troisième force entre la productivité atlantique, qui tend au mieux à accroître en nombre et en qualité le bien-être de possédants privilégiés, et le marxisme, qui planifie un niveau vital pour toute la masse humaine». Etes-vous d’accord ?

Ibn Warraq : Absolument pas ! On voit bien aujourd’hui que l’islam, en tant qu’idéologie, se solde par un échec total sur tous les plans, aussi bien politique qu’économique, voire religieux. Les travaux de chercheurs comme Olivier Roy ou Gilles Kepel le prouvent assez bien. Pour répondre à votre question, qu’est-ce que l’islam, sinon une idéologie religieuse de type fasciste ? Si l’islam est bel et bien la troisième voie, alors autant tirer l’échelle. Mieux vaut mille fois la démocratie libérale, avec toutes ses imperfections, que la perfection totalitaire de l’islam.

Pourquoi parlez-vous de « fascisme religieux » ?

Umberto Eco a défini le fascisme selon quatorze points. Le premier résume à lui seul tout l’esprit de cette religion : le culte borné de la tradition. Que nous dit-on ? La vérité a été révélée une fois pour toutes, impossible de la discuter, de la relativiser ou même d’y réfléchir : on ne peut au mieux qu’interpréter son message. Le Coran se veut éternel, il s’ensuit qu’il contient l’encens de toutes les prophéties faites aux hommes et que chacun se doit d’y obéir, corps et âme, faute de quoi les sanctions seront terribles. Dans ces conditions, essayez de pratiquer la moindre ironie, le moindre esprit critique, la moindre remise en question d’ordre historique ou philologique…

Vous allez à contre-courant de nombreux théologiens qui, pour leur part, parlent de la modération de l’islam, et de l’islamisme comme d’un dévoiement.

Tant pis pour ceux qui les croient. Le problème ne tient pas à l’intégrisme musulman mais à l’islam en tant que tel.

N’êtes-vous pas vous-même en train d’appliquer une grille de lecture un peu trop simpliste ?

Je plaide au contraire pour la lucidité, à l’épreuve de la lecture des textes sacrés. L’islam a une mystique qui prend corps dans le politique, de sorte que les deux, à la fin, ne font plus qu’un. L’islam rejette l’idée de laïcité et de séparation des domaines religieux, politique ou militaire. Toutes les atrocités commises en Afghanistan, en Egypte, en Algérie ou encore au Soudan, par exemple, sont la conséquence logique des principes fondamentaux gravés dans le Coran, les hadiths, la sunna et la charia. Il n’y a pas de tolérance islamique : si l’islam s’est construit, ce fut à chaque fois par l’épée, en détruisant la chrétienté en Orient ou la culture persane séculaire, ne laissant jamais derrière elle que des ruines. A titre d’exemple, le dynamitage des bouddhas de Bamiyan, ordonné par le chef suprême des taliban, le mollah Omar, l’a rappelé avant les attentats de New York. Le problème de la loi divine est qu’elle exclut toute approche sereine ou rationnelle. Pour preuve, dès que la charia trouve son application, où que ce soit, deux groupes en font systématiquement les frais : les femmes et les non-musulmans. Ces derniers sont considérés comme inférieurs, et les apostats sont passibles de mort ; quant aux femmes, elles sont victimes au-delà de tout : sans même parler de la question du voile ou des exécutions en cas d’adultère présumé, elles ne peuvent hériter que la moitié perçue par un homme, leur témoignage devant un tribunal ne vaut que la moitié de celui d’un homme, elles ne peuvent pas épouser un non-musulman, elles ne peuvent pas divorcer, certaines professions leur sont refusées, etc.

Estimez-vous que les Occidentaux n’ont pas joué leur rôle de garde-fous en s’abstenant de dénoncer ces excès ?

Oui. Leur lâcheté m’effraie presque autant que l’attitude des islamistes. Les islamologues occidentaux, comme nombre d’intellectuels bien-pensants ont eu tendance à enjoliver les choses, de peur de ne pas apparaître « politiquement correct », au pire d’avoir à défendre des positions qui exposent à certaines représailles...

Pour vous, le djihad est-il vraiment au coeur de l’islam, étant entendu qu’il ne fait pourtant pas partie des cinq piliers de la foi ?

Bien sûr. Le djihad ne désigne pas seulement l’effort sur soi, mais bien la guerre sainte, dont le but est de conquérir le monde entier et de le soumettre à la seule religion qui soit, la loi d’Allah. Pour tout musulman, c’est une obligation religieuse établie dans le Coran que de porter, par tous les moyens, l’islam à toute l’humanité. Exemple : «Que ceux qui troquent la vie présente contre la vie future combattent dans le chemin de Dieu. Nous accorderons une récompense sans limite à celui qui combat dans le chemin de Dieu, qu’il soit tué ou qu’il soit victorieux. » (IV. 74). En somme, l’humanité se trouve divisée en deux groupes : les musulmans et les autres. Les musulmans sont membres de la communauté islamique, l’ummah, qui possède les territoires dans le Dar al islam, la terre de l’islam, où les édits de l’islam sont promulgués dans leur totalité. Les non-musulmans sont les Harbi, les gens du Dar al Harb, le pays des guerres, en fait n’importe quel pays appartenant aux infidèles et qui n’a pas été soumis à l’islam mais qui est destiné à passer sous son contrôle soit par conversion, soit par la guerre.

Pourquoi avez-vous fait vôtre la phrase d’Ernest Renan : « Affranchir le musulman de sa religion est le plus grand service qu’on puisse lui rendre » ?

Je suis sûr qu’il y a beaucoup de musulmans qui ne le sont que dans un sens culturel et qui se fichent, par ailleurs, complètement de la théologie. Quand je lis que 60 % des Marocains sont analphabètes, cela signifie bien qu’il y a 60 % de Marocains qui n’ont pas lu le Coran. Ces gens considèrent l’islam de façon «relax»… Le problème est que les radicaux ont créé une ambiance malsaine, encouragés par la passivité, la complaisance, voire la complicité de l’Occident. Dans les années 20, les femmes brûlaient leur voile ; dans les années 50, c’étaient des étudiants qui faisaient des autodafés du Coran à Bagdad. Autant dire que l’on a régressé. Au XVIIIe siècle, Voltaire écrivait une tragédie du nom de Mahomet ou le Fanatisme. A nous tous, désormais, de créer un mouvement digne de celui des Lumières et de déjouer les stratégies entretenues à des fins tactiques autour d’un islam tolérant, ce que l’islam n’est ni dans son principe ni dans sa finalité.

Voir aussi: Ibn Warraq, Pourquoi je ne suis pas musulman, préface de Taslima Nasrin et du général J. G. Salvan, L’Age d’homme, 430 p., 160 F (24,4 E).

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5 Responses to La lâcheté des Occidentaux m’effraie autant que les islamistes (Ibn Warraq)

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