Disparition de Bernard Lewis: C’est les ressemblances, imbécile ! (What brought Islam and Christendom into conflict was not so much their differences as their resemblances)

61463_468177469892194_1364727104_n Que chacun se tienne en garde contre son ami et qu’on ne se fie à aucun de ses frères car tout frère cherche à tromper et tout ami répand des calomnies. Jérémie 9: 4
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans. Emmanuel Sivan
Le choix du lieu lui-même est extrêmement symbolique : lieu sacré juif, où restent encore des ruines des temples hérodiens, laissé à l’abandon par les chrétiens pour marquer leur triomphe sur cette religion, il est à nouveau utilisé sous l’Islam, marquant alors la victoire sur les Chrétiens et, éventuellement, une continuité avec le judaïsme. (…) Enfin, l’historien Al-Maqdisi, au Xe siècle, écrit que le dôme a été réalisé dans la but de dépasser le Saint-Sépulcre, d’où un plan similaire, mais magnifié. De cette analyse on a pu conclure que le dôme du Rocher peut être considéré comme un message de l’Islam et des Umayyades en direction des chrétiens, des Juifs, mais également des musulmans récemment convertis (attirés par les déploiements de luxe des églises chrétiennes) pour marquer le triomphe de l’Islam. Wikipedia 
Le point intéressant est l’attitude des Palestiniens. Il me semble que ceux-ci sont attirés par deux attitudes extrêmes: l’une est la négation pure et simple de la Shoah, dont il y a divers exemples dans la littérature palestinienne ; l’autre est l’identification de leur propre destin à celui du peuple juif. Tout le monde a pu remarquer, par exemple, que la Déclaration d’indépendance des Palestiniens en novembre 1988 était calquée sur la Déclaration d’indépendance d’Israël en 1948. C’est dans cet esprit qu’il arrive aux dirigeants palestiniens de dire que la Shoah, ils savent ce que c’est, puisque c’est ce qu’ils subissent au quotidien. J’ai entendu M. Arafat dire cela, en 1989, à un groupe d’intellectuels, dont je faisais partie. Pierre Vidal-Naquet
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme. Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Il faut se souvenir que le nazisme s’est lui-même présenté comme une lutte contre la violence: c’est en se posant en victime du traité de Versailles que Hitler a gagné son pouvoir. Et le communisme lui aussi s’est présenté comme une défense des victimes. Désormais, c’est donc seulement au nom de la lutte contre la violence qu’on peut commettre la violence. René Girard
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de  » greffe » du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci . (…) Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial (…) La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
Des millions de Faisal Shahzad sont déstabilisés par un monde moderne qu’ils ne peuvent ni maîtriser ni rejeter. (…) Le jeune homme qui avait fait tous ses efforts pour acquérir la meilleure éducation que pouvait lui offrir l’Amérique avant de succomber à l’appel du jihad a fait place au plus atteint des schizophrènes. Les villes surpeuplées de l’Islam – de Karachi et Casablanca au Caire – et ces villes d’Europe et d’Amérique du Nord où la diaspora islamique est maintenant présente en force ont des multitudes incalculables d’hommes comme Faisal Shahzad. C’est une longue guerre crépusculaire, la lutte contre l’Islamisme radical. Nul vœu pieu, nulle stratégie de « gain des coeurs et des esprits », nulle grande campagne d’information n’en viendront facilement à bout. L’Amérique ne peut apaiser cette fureur accumulée. Ces hommes de nulle part – Shahzad Faisal, Malik Nidal Hasan, l’émir renégat né en Amérique Anwar Awlaki qui se terre actuellement au Yémen et ceux qui leur ressemblent – sont une race de combattants particulièrement dangereux dans ce nouveau genre de guerre. La modernité les attire et les ébranle à la fois. L’Amérique est tout en même temps l’objet de leurs rêves et le bouc émissaire sur lequel ils projettent leurs malignités les plus profondes. Fouad Ajami
For the sake of clarity and decency, one must delineate between (a) genocides (documented attempts to wipe off a race or a nation); (b) non-genocidal mass murders; (c) enslavement of large numbers of people; (d) planned dispossession and expulsion of large numbers of people; and (e) secondary effects of wars and other crises. In that order. The Holocaust qualifies under point (a). So does the starvation program against the Hereros (in German Southwest Africa shortly before WW1), and the further genocidal operations against the Armenians, the Iraqi Chaldeans, the black minority in the Dominican Republic, the Roma/Sinti in Europe, and the Tutsis in Rwanda. The « Nakba » does not compare to most other collective tragedies in the last century. The Soviet, Red Chinese, and Khmer Rouge domestic massacres qualify under point (b), as well as the Nazi treatment of European nations (like the Poles), the Japanese atrocities in China, and many further ethnic and religious massacres in the Balkans, South Asia, and Africa. The African slave trade and the slavery regimes in both Islamic countries and the Christian colonies in the Americas and elsewhere qualify under point (c). So do massive slave work programs in the Soviet Union, in Nazi Germany, in Maoist China, and in present-day North Korea. Qualifying under point (d): The U.S. treatment of many Native Americans in the 19th century; the French treatment of Kabyles in Algeria in 1871; the alternate expulsion of Turks, Greeks, and Turks again between 1912 and 1923; the expulsion of Poles and French from areas slated for German colonization during WW2; the expulsion of ethnic Germans from East Prussia, Transoderian Germany, and Czechoslovakia in 1945; the mass anti-Christian pogroms in Turkey in 1955; the expulsion of Christians and Jews from Arab or Islamic countries from 1956 on (Egypt, North Africa, the Middle East); and the expulsion of ethnic Greeks from Northern Cyprus. UNRWA has evolved from a temporary relief and works program into a broad social welfare organization. The Nakba should be chiefly considered under point (e): the mass flight of Arab Palestinians was a collateral outcome of the first Arab-Israeli war, which was initiated by the Arab Palestinian leadership of the day and six Arab nations. Even so, Arab Palestinian refugees, while often unwelcome in neighboring Arab countries, were given a privileged status by the United Nations and have been able to retain it on a hereditary basis to this day. As an average, UNRWA — the United Nations agency that deals exclusively with Palestinian refugees — has been getting one third of the global United Nations budget for refugees over a period of almost seventy years. It is noteworthy that most Muslim victims come also under point (e), whereas Muslim powers acted criminally in many instances under points (a), (c) and (d). Likewise, it should be stressed that throughout the 1915-2015 period, Christians have been the largest victim group in the Middle East under points (a), (d) and (e), followed by Jews under points (d) and (e). Again, comparison of the Nakba with the Holocaust or with much of the above criminality of the past 100 years is parody rooted in anti-Israeli sentiment. Michel Gurfinkiel
La guerre entre les pays de l’islam et les pays chrétiens sous leurs étendards religieux respectifs dure depuis le début de l’islam, il y a plus de quatorze siècles. Le conflit a même parfois été plus dur qu’aujourd’hui. Prenez les croisades, les guerres coloniales, entre autres… Actuellement, la tendance est à tout réduire au facteur national. Mais c’est une erreur. Un exemple : le film du cinéaste égyptien Youssef Chahine sur l’expédition en Egypte de Bonaparte en 1799. Chahine nous présente les choses avec la vision nationaliste contemporaine : les Arabes qui habitaient l’Egypte se révoltèrent contre l’intrusion des étrangers. En vérité, c’était davantage une indignation de musulmans. De musulmans, plus que d’Arabes… Le fait national agissait de manière complexe, caché, mais les contemporains considéraient les événements d’un point de vue religieux : les infidèles viennent nous attaquer. (…) C’est ainsi depuis le début : l’islam fut considéré dès sa formation au VIIe siècle comme une hérésie chrétienne. Des individus sous la direction d’un faux prophète proclament des faussetés sur la nature de Dieu, les obligations des fidèles, le rôle de Jésus… (…) Quand deux mondes s’affrontent, tout joue. L’argent, le pouvoir, la foi… Quelle motivation l’emporte sur l’autre ? C’est indémêlable. Ce qui s’est passé à New York n’est pas isolable de la lutte Orient-Occident dans sa globalité. (…) Qu’est-ce que l’Occident pour les musulmans ? Un monde chrétien, donc un monde d’infidèles, d’incroyants, de gens qui disent des horreurs sur le prophète Mahomet. Ils doivent être combattus par la parole si c’est possible, et sinon, dans certaines circonstances, par le glaive. Cette haine a aussi une dimension patriotique si l’on peut dire. Tant que l’Occident ne vous dérange pas, ça va. Mais aussitôt qu’il veut ou paraît vouloir imposer ses valeurs… Au nom de ses valeurs à soi, le spectre resurgit. Aujourd’hui, on regarde les choses avec plus de modération, mais depuis une cinquantaine d’années à peine. Le concile Vatican II, en 1965, a considéré qu’il y avait des valeurs précieuses dans l’islam. Mais les papes récents ont eu beaucoup de difficulté à imposer cette version des choses. (…) Le décalage de la prospérité joue évidemment un grand rôle. Les musulmans subissent l’influence des modes et des représentations européennes, non sans humiliation. (…) Cela a commencé bien avant (la colonisation]. Dès le… VIIe siècle. Les musulmans n’en ont pas toujours conscience, mais ils se sont imposés les premiers en Europe comme concurrents, avec des aspirations dominatrices. La plupart des pays musulmans actuels étaient alors chrétiens – l’Egypte, la Syrie, la Turquie… Pendant longtemps, les musulmans ont été les plus forts, les plus riches, les plus civilisés. (…) Au bout de plusieurs siècles, par la force, mais aussi par les idées et le commerce (…) L’Occident chrétien a définitivement emporté la partie quand, à partir des années 1800, sa domination technologique a été écrasante. En fait, quand les canons et les fusils occidentaux se sont mis à tirer plus vite… Maxime Rodinson
Il faut rappeler d’abord que le savoir moderne sur l’Orient est né de la force. L’Europe agit sur la scène théâtrale mondiale. Elle a conscience d’être un acteur qui prend la parole et domine la scène de manière conquérante. Cette conscience de supériorité, nous ne la trouvons pas chez les Orientaux. Aux dix-huitième et dix-neuvième siècles, il y a eu, dans le monde arabo-islamique, une conscience locale concernant les problèmes intérieurs; cette conscience ne se prend pas pour une parole qui se diffuse et s’exporte. Cela ne veut pas dire qu’il n’y avait pas des énergies et des débats internes. Mais en tant que culture et pouvoir du mot qui résistent à la conquête, ces énergies n’existaient pas. Bonaparte a emmené dans ses bagages une équipe de savants et d’intellectuels pour mieux assimiler la logique non évidente, intérieure du peuple et de la société à conquérir. Il y a une conscience de l’identité conquérante nourrie et soutenue par une série de personnages conquérants dans l’histoire occidentale (Alexandre, César, Marc-Antoine, Auguste…). Bonaparte ne fait que poursuivre une tradition bien ancrée dans la conscience et l’histoire occidentales. Il partait en Égypte comme un nouvel Alexandre, un peu pour justifier les observations faites par Talleyrand, à propos  » des avantages à retirer des colonies nouvelles « . (…) Et pour moi cela reste inexplicable. Je ne comprends pas encore comment, pour ne parler que du monde arabe, l’Occident a réussi à le dominer. L’instinct de domination est inscrit dans l’histoire de l’Occident et non dans celle de l’Orient. Je peux l’expliquer, mais en me référant à mon histoire de Palestinien : je revois encore les immigrants juifs venant d’Europe nous repousser et s’infiltrer dans nos terres et foyers. Bien sûr il y avait une forte résistance, mais ce qui a manqué c’était la résistance systématique et dans le détail. Rappelez-vous la phrase de Weizmann :  » Another acre, another goat  » ( » Petit à petit « ). À cette politique du  » petit à petit « , très systématique et très étudiée, les Arabes n’avaient pas de réponse. Ils résistaient de manière générale ; ils ont refusé la conquête et n’ont jamais admis le fait accompli, et nous le voyons encore aujourd’hui chez les Palestiniens. Ce n’est que depuis la guerre de 1967 que la résistance palestinienne s’est adaptée à ce genre de conquête et de politique. (…) Malheureusement, je ne crois pas que j’aurais écrit ce livre si j’étais resté dans le monde arabe. Il fallait, pour en arriver à ce livre, une distance et une désorientation. C’est le livre d’un exilé. Il fallait être entre les cultures et non dans les cultures. J’ai essayé de faire l’inventaire du processus par lequel nous, Orientaux, sommes devenus  » orientaux « , c’est-à-dire image et fantasme de l’Occident. J’ai essayé de reconquérir cette partie de notre identité qui était construite, manipulée et possédée par les autres. En tant qu’universitaire américain qui enseigne la littérature anglaise et comparée, j’ai essayé de faire un travail de critique qui dépasse les limites de la  » littéralité  » pour démontrer l’affiliation entre l’écriture, les institutions de la société et le pouvoir. Donc ce livre est adressé à tous ceux de mes compatriotes, tous ceux qui ont vécu la domination politique et culturelle et qui, peut-être, ignorent les mécanismes cachés ou trop immédiats (invisibles) de la domination. Je vise les intellectuels du monde arabe qui parlent trop globalement et en général de l’Occident… et qui sont aussi fascinés par cet Occident… Je vise aussi les intellectuels occidentaux, qui se mettent à élaborer les idéologies dominantes dans leur spécialité universitaire, qui font l’éloge de la  » science  » sans avoir suffisamment la conscience critique. Je tiens beaucoup plus à ce que Marx appelle  » les armes de la critique  » qu’aux institutions de la science qui me semblent toujours prises dans une complicité mystifiée avec leurs racines sociales. (…) Ce qui est totalement négatif, pour moi, c’est la position de l’orientalisme en tant que science, et l’orientaliste en tant que spectateur d’un objet inerte, qui ne peut aboutir qu’à la situation que j’ai décrite dans mon livre. Mais ce que je veux sauver de l’orientalisme, c’est le travail de collaboration entre les hommes et les cultures, pour aboutir à une découverte collective et non à des résultats privilégiant une race sur une autre. (…) Ceux-là manifestent un esprit anticolonial et antiraciste dans leur travail. J’admire beaucoup l’érudition prodigieuse qui est basée sur un humanisme philologique. D’un autre côté, j’admire l’esprit critique et pertinent des jeunes orientalistes qui, dans leur travail, ont réagi contre les idées reçues de cette discipline. Ce que j’estime le plus, c’est surtout la conscience critique qui se réfléchit et doute. Je pense que le véritable esprit chercheur est celui qui ne cherche pas des absolus, et qui reconnaît le fait que toute interprétation implique des circonstances existentielles de travail scientifique. Il n’y a pas d’interprétation scientifique à la manière d’une science de la nature. Les sciences humaines ne sont pas des sciences naturelles. Il n’y a pas LA science qui concerne toute l’humanité. Il y a des sciences et des interprétations qui luttent entre elles pour des positions d’efficacité dominantes et  » véridiques « . Cela ne veut pas dire que toutes les interprétations sont égales, ni que toutes les interprétations sont intéressées et vulgaires. (…) [la critique de Maxime Rodinson] est une simplification et même une perversion de ce que j’ai écrit. Je suppose que personne ne puisse nier le fait que la  » science  » surgit de la société et que les circonstances (la quotidienneté de la science) sont toujours là. L’histoire de l’orientalisme et les résultats administratifs et coloniaux ont toujours été dissimulés par la rhétorique de la science. Je ne veux pas dire que la science n’est que ces circonstances et sa provenance. Ce que je dis est que la science n’est jamais absolue, mais toujours liée forcément aux besoins de la société et aux désirs de l’individu. Peut-être que Rodinson a une recette pour purger la science de sa gangue sociale. (…) Ce qui caractérise l’intellectuel arabe contemporain, c’est une tendance à traduire la pensée occidentale en des langages locaux. Si vous prenez la carrière des hommes de la Nahda (Renaissance), il y a un effort conscient de moderniser le monde arabo-islamique selon les lois postulées par l’Occident. C’est l’effort de Boustani et de Mohamed Abdou de répondre à l’Occident et de transformer l’islam pour qu’il puisse être perçu dans un rapport d’égalité avec la modernité définie par l’Occident. Je pense que cette tentative est terminée. À présent ce qu’on voit, c’est un islam qui réagit contre l’Occident (Khomeiny) ; c’est la partie la plus dramatique et la plus visible de ce qui se passe. Justement, ce phénomène justifie les craintes traditionnelles et culturelles de l’Occident d’islam militant a toujours fait peur). La notion de Jihad (guerre sainte) a été aussi montée en épingle. Mais, sous cette surface, il y a un islam que j’appellerais investigateur, qui commence à se manifester à travers les efforts de plusieurs penseurs, écrivains et poètes ; il redéfinit la réalité actuelle du monde islamique. Edward Saïd
No one has ever devised a method of detaching the scholar from the circumstances of life, from the fact of his involvement (conscious or unconscious) with a class, a set of beliefs, a social position, or from the mere activity of being a member of a society … I doubt that it is controversial, for example, to say that an Englishman in India or Egypt in the later nineteenth century took an interest in those countries that was never far from their status as British colonies. To say this may seem quite different from saying that all academic knowledge about India and Egypt is somehow tinged and impressed with, violated by, gross political fact —and yet that is what I am saying in this study of Orientalism. For if it is true that no production of knowledge in the human sciences can ever ignore or disclaim its author’s involvement as a human subject in his own circumstances, then it must also be true that for a European or American studying the Orient there can be no disclaiming the main circumstances of his actuality: that he comes up against the Orient as a European or American first, as an individual second. And to be a European or an American in such a situation is by no means an inert fact. It meant and means being aware, however dimly, that one belongs to a power with definite interests in the Orient, and more important, that one belongs to a part of the earth with a definite history of involvement in the Orient since almost the time of Homer. Edward Said
Said not only taught an entire generation of Arabs the wonderful art of self-pity (if only those wicked Zionists, imperialists and colonialists would leave us alone, we would be great, we would not have been humiliated, we would not be backward) but intimidated feeble Western academics, and even weaker, invariably leftish, intellectuals into accepting that any criticism of Islam was to be dismissed as orientalism, and hence invalid. (…) Relativism, and its illegitimate offspring, multiculturalism, are not conducive to the critical examination of Islam. Said wrote a polemical book, Orientalism (1978), whose pernicious influence is still felt in all departments of Islamic studies, where any critical discussion of Islam is ruled out a priori. For Said, orientalists are involved in an evil conspiracy to denigrate Islam, to maintain its people in a state of permanent subjugation and are a threat to Islam’s future. These orientalists are seeking knowledge of oriental peoples only in order to dominate them; most are in the service of imperialism. Said’s thesis was swallowed whole by Western intellectuals, since it accords well with the deep anti-Westernism of many of them. This anti-Westernism resurfaces regularly in Said’s prose, as it did in his comments in the Guardian after September 11th. The studied moral evasiveness, callousness and plain nastiness of Said’s article, with its refusal to condemn outright the attacks on America or show any sympathy for the victims or Americans, leave an unpleasant taste in the mouth of anyone whose moral sensibilities have not been blunted by political and Islamic correctness. In the face of all evidence, Said still argues that it was US foreign policy in the Middle East and elsewhere that brought about these attacks. Ibn Warraq
De tous les orientalistes, c’est Bernard Lewis, le plus célèbre, qui fera l’objet de ses plus virulentes attaques. En caricaturant : Lewis, en historien, explique que l’islam, après un millénaire de puissance, est entré dans une phase de déclin inexorable par fermeture sur lui-même et par incapacité à prendre le train de la modernité politique et technologique occidentale. Il porte seul la responsabilité de ce déclin et personne d’autre que lui-même ne l’en sortira, conclut le maître de Princeton. Faux ! rétorque Said en « analyste du discours ». D’abord parce que l’islam comme catégorie sui generis n’existe pas – d’ailleurs, « Orient et Occident ne correspondent à aucune réalité stable en tant que faits naturels » -, ensuite parce que le pseudo-« monde arabo-musulman » est aussi celui que les Occidentaux, en particulier par le colonialisme, en ont fait. La vision biaisée des « orientalistes », conclut-il, ne sert que les intérêts néo-impérialistes des puissances occidentales, Etats-Unis en tête. Le Monde
Il est dommage, pour le public francophone, que l’essai consacré par Simon Leys à l’orientalisme tel qu’Edward Said l’envisageait, n’ait été publié qu’en anglais, en 1984. En résumé, Leys y reprochait à l’auteur palestinien naturalisé américain de ne voir, dans l’orientalisme, qu’une « conspiration colonialo-impérialiste ». Tout en ironisant sur le fait que, si l’on devait un jour découvrir que c’est la CIA qui a financé les meilleures études sur la poésie des Tang et la peinture des Song, cela aurait moins le mérite de rehausser l’image de l’agence de renseignement américaine, Simon Leys demandait plus sérieusement pourquoi l’orientalisme, et plus généralement la curiosité pour une culture « autre », ne pouvaient pas être tout simplement considérés sous l’angle de l’admiration et de l’émerveillement, pour conduire à une meilleure connaissance des autres et de soi, et par conséquent à une prise de conscience des limites de sa propre civilisation. Philippe Paquet 
Edward Said’s main contention is that “no production of knowledge in the human sciences can ever ignore or disclaim the author’s involvement as a human subject in his own circumstances.” Translated into plain English, this would seem to mean simply that no scholar can escape his original condition: his own national, cultural, political, and social prejudices are bound to be reflected in his work. Such a commonsense statement hardly warrants any debate. Actually, Said’s own book is an excellent case in point; Orientalism could obviously have been written by no one but a Palestinian scholar with a huge chip on his shoulder and a very dim understanding of the European academic tradition (here perceived through the distorted prism of a certain type of American university with its brutish hyperspeculization, nonhumanistic approach, and close, unhealthy links with government). Said seems to include “sinology” implicitly in his concept of “orientalism.” (I insist on the word seems; the point remains obscure, like a great many other points in his book.) Said’s contention is that whenever an orientalist makes a statement in his own specialised area, this statement accrues automatically to the broader picture of a mythical “East.” I do not know whether this is true for scholars involved with Near and Middle East studies, but it certainly does not apply to sinologists. The intellectual and physical boundaries of the Chinese world are sharply defined; they encompass a reality that is so autonomous and singular that no sinologist in his right mind would ever dream of extending any sinological statement to the non-Chinese world. For a serious sinologist (or for any thinking person, for that matter) concepts such as “Asia” or “the East” have never contained any useful meaning. No sinologist would ever consider himself an orientalist. (Some sinologists, it is true, may occasionally be seen participating in one of those huge fairs that are periodically held under the name of “International Orientalist Congress,” but this is simply because similar junkets undertaken under the mere auspices of the Club Méditerranée would not be tax-deductible.) Orientalism is a colonialist-imperialist conspiracy. Quite possibly. To some extent, it may also be true for sinology. Who knows? One day it will perhaps be discovered that the best studies on Tang poetry and on Song painting have all been financed by the CIA — a fact that should somehow improve the public image of this much-maligned organisation. Orientalists hate and despise the Orient; they deny its intellectual existence and try to turn it into a vacuum. (…) The notion of an “other” culture is of questionable use, as it seems to end inevitably in self-congratulation, or hostility and aggression. Why could it not equally end in admiration, wonderment, increased self-knowledge, relativisation and readjustment of one’s own values, awareness of the limits of one’s own civilisation? Actually, most of the time, all of these seem to be the natural outcome of our study of China (and it is also the reason why Chinese should be taught in Western countries as a fundamental discipline of the humanities at the secondary-school level, in conjunction with, or as an alternative to, Latin and Greek). Joseph Needham summed up neatly what is the common feeling of most sinologists: “Chinese civilisation presents the irresistible fascination of what is totally ‘other,’ and only what is totally ‘other’ can inspire the deepest love, together with a strong desire to know it.” From the great Jesuit scholars of the sixteenth century down to the best sinologists of today, we can see that there was never a more powerful antidote to the temptation of Western ethnocentrism than the study of Chinese civilisation. (It is not a coincidence that Said, in his denunciation of “illiberal ethnocentrism,” found further ammunition for his good fight in the writings of a sinologist who was attacking the naïve and arrogant statement of a French philosopher describing Thomistic philosophy as “gathering up the whole of human tradition.” Indignant rejection of such crass provincialism will always come most spontaneously to any sinologist).  “Interesting work is more likely to be produced by scholars whose allegiance is to a discipline defined intellectually and not to a field like Orientalism, [which is] defined either canonically, imperially, or geographically.” The sinological field is defined linguistically; for this very reason, the concept of sinology is now being increasingly questioned (in fact, in the John King Fairbank Center for Chinese Studies at Harvard, I recently heard it used as a term of abuse). Perhaps we ought to rejoice now as we see more historians, philosophers, students of literature, legal scholars, economists, political scientists and others venturing into the Chinese field, equipped with all the intellectual tools of their original disciplines. Still, this new trend is encountering one stubborn and major obstacle that is not likely ever to disappear: no specialist, whatever his area of expertise, can expect to contribute significantly to our knowledge of China without first mastering the Chinese literary language. To be able to read classical and modern Chinese it is necessary to undergo a fairly long and demanding training that can seldom be combined with the acquisition and cultivation of another discipline. For this reason, sinology is bound to survive, in fact, if not necessarily in name, as one global, multidisciplinary, humanistic undertaking, based solely upon a specific language prerequisite. Actually, this situation, imposed by the nature of things, does have its advantages. Chinese civilisation has an essentially holistic character that condemns all narrowly specialised approaches to grope in the dark and miss their target — as was well illustrated a few years ago by the spectacular blunders of nearly all the “contemporary China” specialists. (In this respect, it is ironic to note that it was precisely the so-called Concerned Asian Scholars — on whom Said set so much store in his book, as he saw in them the only chance of redemption for the orientalist establishment — that failed most scandalously in their moral responsibilities toward China and the Chinese people during the Maoist era.) Simon Leys
AFP : agence de presse chargée de la propagande extérieure de l’Autorité palestinienne. (Voir aussi Reuters). Laurent Murawiec
La mort de Mohammed annule, efface celle de l’enfant juif, les mains en l’air devant les SS, dans le Ghetto de Varsovie. Catherine Nay (Europe 1)
La joie qui entoure le retour des prisonniers est très mal perçue côté israélien. (…) De son côté, le Hezbollah a rendu dans des cercueils noirs deux soldats enlevés en 2006. (…) Les deux soldats avaient été capturés en juillet 2006 par un commando du Hezbollah à sa frontière nord. L’incident avait déclenché la guerre avec le Liban de l’été 2006. 1 200 personnes avaient été tuées côté libanais et 160 côté israélien, lors de cette offensive israélienne longue de 34 jours. AFP
Des manifestants, qualifiés par l’armée de « terroristes », ont lancé des dizaines de cerf-volants et des ballons équipés d’engins explosifs en direction de la barrière. Ces engins ont explosé en l’air. Des manifestants ont également lancé plusieurs grenades ainsi que des pneus enflammés en direction des soldats israéliens. Selon l’armée israélienne, les troupes ont eu recours aux moyens habituels utilisés pour disperser des manifestations « conformément aux règles d’engagement » en vigueur. La bande de Gaza est le théâtre depuis le 30 mars de manifestations accompagnées d’affrontements le long de la clôture frontalière. La mobilisation gazaouie est organisée au nom du droit au retour des Palestiniens sur les terres qu’ils ont fuies ou dont ils ont été chassés à la création d’Israël en 1948. Elle dénonce aussi le blocus imposé à l’enclave palestinienne depuis plus de 10 ans. Pour Israël, cette mobilisation sert de couvert à des activités hostiles du mouvement islamiste Hamas qui dirige l’enclave palestinienne. Au moins 128 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens depuis le 30 mars. Aucun Israélien n’a été tué. AFP
One of the things that fuel terrorism is the expression in some parts of the world of Islamophobic feelings and Islamophobic policies and Islamophobic hate speeches. UN Secretary-General Antonio Guterres
Les ressentiments actuels des peuples du Moyen-Orient se comprennent mieux lorsqu’on s’aperçoit qu’ils résultent non pas d’un conflit entre des Etats ou des nations, mais du choc entre deux civilisations. Commencé avec le déferlement des Arabes musulmans vers l’ouest et leur conquête de la Syrie, de l’Afrique du Nord et de l’Espagne chrétiennes, le  » Grand Débat « , comme l’appelait Gibbon, entre l’Islam et la Chrétienté s’est poursuivi avec la contre-offensive chrétienne des croisades et son échec, puis avec la poussée des Turcs en Europe, leur farouche combat pour y rester et leur repli. Depuis un siècle et demi, le Moyen-Orient musulman subit la domination de l’Occident – domination politique, économique et culturelle, même dans les pays qui n’ont pas connu un régime colonial […]. Je me suis efforcé de hisser les conflits du Moyen-Orient, souvent tenus pour des querelles entre Etats, au niveau d’un choc des civilisations. Cependant, si les civilisations ne peuvent avoir une politique étrangère, les gouvernements, eux, se doivent d’en avoir une. Bernard Lewis
Pour certains, je suis un génie immense. Pour d’autres, je suis le diable incarné. Bernard Lewis
Ce qui a mis l’islam et la chrétienté en conflit, ce n’est pas tant leurs différences que leurs ressemblances. Bernard Lewis
Le conflit persistant entre l’Islam et la Chrétienté tire sa spécificité, non pas de leurs différences, mais de leurs ressemblances. Toutes les religions proclament que leurs vérités sont universelles ; cependant, le christianisme et l’islam sont peut-être les seuls à proclamer que leurs vérités sont non seulement universelles mais aussi exclusives, qu’eux seuls sont les heureux détenteurs de l’ultime révélation divine, qu’il est de leur devoir de la faire connaître au reste de l’humanité et que ceux qui ne s’y rallient pas sont, à des degrés divers, promis à la damnation. […] Entre ces deux religions partageant en commun héritage juif et hellénistique, revendiquant une même autorité et une même vocation universelles, se disputant le Bassin méditerranéen et le continent qui le borde, le choc était inévitable. Cependant, ce choc n’était pas tant entre deux civilisations qu’entre deux rivaux aspirant à prendre le leadership d’une seule et même civilisation. Bernard Lewis
Dès mon plus jeune âge, j’ai toujours voulu connaître « l’histoire » de l’autre camp. (…) « Il y a quelques années, lors d’une interview, on me posa la question suivante : Pourquoi traitez-vous toujours de sujets sensibles ? La réponse, dis-je à mon interlocuteur, est contenue dans la métaphore que vous employez. Un endroit sensible dans le corps d’un individu, ou dans le corps social, est le signe d’un dysfonctionnement. La sensibilité est l’un des moyens dont dispose le corps pour nous avertir et requérir notre attention, et c’est précisément ce que j’essaie de faire. Implicitement, votre question suggère qu’il existerait des sujets tabous. Certes, dans d’autres sociétés, il y a de nombreux sujets tabous, mais pas dans la nôtre – et je m’en félicite -, hormis, bien sûr, cette sorte de politiquement correct qui perdure sous l’effet de la pression sociale, culturelle et professionnelle, mais qui n’est pas réellement imposée. Contrairement aux vrais tabous, le politiquement correct peut être transgressé – c’est fréquent – et, test plus rigoureux encore, tourné en dérision. Pour ce qui me concerne, j’ai accordé quelque attention à deux points effectivement sensibles, le traitement des non-musulmans en général et des juifs en particulier dans les pays musulmans et, questions connexes, le problème des races et de l’esclavage. Mon premier article sur l’Islam et les non-musulmans parut dans la revue française des Annales à l’été 1980. Passablement augmenté, il devint le chapitre introductif d’un ouvrage intitulé  » Juifs en terre d’Islam  » (1984) couvrant les périodes classique, ottomane et, plus succinctement, moderne. Je consacrai à cette dernière période un autre ouvrage, intitulé  » Sémites et antisémites  » (1986). Tous deux furent traduits en plusieurs langues européennes. Faut-il y voir un symptôme : contrairement à la plupart de mes autres livres, ils ne furent pas traduits en arabe – pas plus d’ailleurs que mon livre sur les races et l’esclavage. » (…) « En août 1957, un congrès de quatre jours consacré aux  » Tensions dans le Moyen-Orient  » se tient à la School of Advanced International Studies de l’université Johns Hopkins à Washington. Les actes furent publiés l’année suivante dans un livre portant le même nom. Intitulée  » Le Moyen-Orient dans les affaires internationales « , ma contribution contenait les lignes suivantes :  » Les ressentiments actuels des peuples du Moyen-Orient se comprennent mieux lorsqu’on s’aperçoit qu’ils résultent non pas d’un conflit entre des Etats ou des nations, mais du choc entre deux civilisations. Commencé avec le déferlement des Arabes musulmans vers l’ouest et leur conquête de la Syrie, de l’Afrique du Nord et de l’Espagne chrétiennes, le  » Grand Débat « , comme l’appelait Gibbon, entre l’Islam et la Chrétienté s’est poursuivi avec la contre-offensive chrétienne des croisades et son échec, puis avec la poussée des Turcs en Europe, leur farouche combat pour y rester et leur repli. Depuis un siècle et demi, le Moyen-Orient musulman subit la domination de l’Occident – domination politique, économique et culturelle, même dans les pays qui n’ont pas connu un régime colonial […]. Je me suis efforcé de hisser les conflits du Moyen-Orient, souvent tenus pour des querelles entre Etats, au niveau d’un choc des civilisations. Cependant, si les civilisations ne peuvent avoir une politique étrangère, les gouvernements, eux, se doivent d’en avoir une.  » Ces lignes, écrites il y a près de cinquante ans, continuent de refléter les vues sur le sujet, actuellement très controversé, du choc des civilisations. […] Etait-ce un choc des civilisations ? Je dirais plutôt entre deux variantes d’une même civilisation. Le conflit persistant entre l’Islam et la Chrétienté tire sa spécificité, non pas de leurs différences, mais de leurs ressemblances. Toutes les religions proclament que leurs vérités sont universelles ; cependant, le christianisme et l’islam sont peut-être les seuls à proclamer que leurs vérités sont non seulement universelles mais aussi exclusives, qu’eux seuls sont les heureux détenteurs de l’ultime révélation divine, qu’il est de leur devoir de la faire connaître au reste de l’humanité et que ceux qui ne s’y rallient pas sont, à des degrés divers, promis à la damnation. […] Entre ces deux religions partageant en commun héritage juif et hellénistique, revendiquant une même autorité et une même vocation universelles, se disputant le Bassin méditerranéen et le continent qui le borde, le choc était inévitable. Cependant, ce choc n’était pas tant entre deux civilisations qu’entre deux rivaux aspirant à prendre le leadership d’une seule et même civilisation. Bernard Lewis
I don’t go into destiny; Im a historian and I deal with the past. But I certainly think there is something in the clash of civilizations. What brought Islam and Christendom into conflict was not so much their differences as their resemblances. There are many religions in the world, but almost all of them are regional, local, ethnic, or whatever you choose to call it. Christianity and Islam are the only religions that claim universal truth. Christians and Muslims are the only people who claim they are the fortunate recipients of God’s final message to humanity, which it is their duty not to keep selfishly to themselves like the Jews or the Hindus or the Buddhistsbut to bring to the rest of mankind, removing whatever obstacles there may be in the way. So, we have two religions with a similar self-perception, a similar historical background, living side by side, and conflict becomes inevitable. (…) the terrorists themselves claim to be acting in the name of Islam. There was one Muslim leader who said, not long ago, that it is wrong to speak about Muslim terrorism, because if a man commits an act of terrorism, hes not a Muslim. That’s very nice, but that could also be interpreted as meaning that if a Muslim commits it, it doesn’t count as terrorism. When a large part of the Muslim world was under foreign rule, then you might say that terrorism was a result of imperialism, of imperial rule and occupation. But at the present time, almost the whole of the Muslim world has achieved its independence. They can no longer blame others for what goes wrong. They have to confront the realities of their own lives at home. A few places remain disputed, like Chechnya and Israel and some others, but these are relatively minor if you’re talking about the Islamic world as a whole. Bernard Lewis
Vous voulez dire reconnaître la version arménienne de cette histoire ? Il y avait un problème arménien pour les Turcs, à cause de l’avance des Russes et d’une population anti-ottomane en Turquie, qui cherchait l’indépendance et qui sympathisait ouvertement avec les Russes venus du Caucase. Il y avait aussi des bandes arméniennes – les Arméniens se vantent des exploits héroïques de la résistance -, et les Turcs avaient certainement des problèmes de maintien de l’ordre en état de guerre. Pour les Turcs, il s’agissait de prendre des mesures punitives et préventives contre une population peu sûre dans une région menacée par une invasion étrangère. Pour les Arméniens, il s’agissait de libérer leur pays. Mais les deux camps s’accordent à reconnaître que la répression fut limitée géographiquement. Par exemple, elle n’affecta guère les Arméniens vivant ailleurs dans l’Empire ottoman. » Nul doute que des choses terribles ont eu lieu, que de nombreux Arméniens – et aussi des Turcs – ont péri. Mais on ne connaîtra sans doute jamais les circonstances précises et les bilans des victimes. Songez à la difficulté que l’on a de rétablir les faits et les responsabilités à propos de la guerre du Liban, qui s’est pourtant déroulée il y a peu de temps et sous les yeux du monde ! Pendant leur déportation vers la Syrie, des centaines de milliers d’Arméniens sont morts de faim, de froid… Mais si l’on parle de génocide, cela implique qu’il y ait eu politique délibérée, une décision d’anéantir systématiquement la nation arménienne. Cela est fort douteux. Des documents turcs prouvent une volonté de déportation, pas d’extermination. Bernard Lewis
Les illusionnistes et les hypocrites – «je ne justifie pas, j’explique» – qui justifient tout invoqueront la coopération de Tony Blair avec Bush, mais ils ne pourront masquer la logique tribale qui préside à la stratégie et à la pratique islamistes : les islamistes ont déclaré la guerre à l’Occident, tous les Occidentaux sont donc coupables, jugés, assassinables, car ils participent de la substance qu’il faut détruire, le monde de l’Incroyance, dar el-Kufr. Ceux qui croient s’être mis à l’abri grâce à leurs complaisances envers Arafat, le Hamas, le Hezbollah, le régime des ayatollahs et le reste des dictateurs et des despotes arabo-musulmans ne récoltent que le mépris, qui mène inévitablement au rudoiement. Qui se conduit comme un dhimmi sera condamné à la dhimmitude. Quand un quotidien parisien titre «Al-Qaida punit Londres», je flaire dans cet intitulé toute la puanteur de la soumission. Il faut beaucoup d’aveuglement à nos dames patronnesses palestinophiles pour ne pas voir que le refus de la dhimmitude des Juifs d’Israël est précisément l’une des motivations fondamentales de ce que l’on appelle le «conflit israélo-palestinien». Soumettez-vous, il ne vous sera fait aucun mal, ou pas trop. Vous ne serez pas punis. Sinon, vous serez soumis aux bombes vivantes fabriquées à la chaîne par les usines à tueurs que sont les medersas du monde islamo-arabe. C’est qu’aucun «grief», aucune «revendication» ni «aspiration» ne sont justiciables de la terreur. Il faut avoir bu toute honte pour comparer à la Résistance française – qui refusait les attentats individuels (à l’exception des communistes, à la bonne école de la terreur soviétique) et ne s’attaqua jamais à civil, femme, enfant ou vieillard – le ramassis de nervis assoiffés de sang qui s’est autoproclamé porte-parole unique, qui des Palestiniens, qui du monde arabe, qui du monde musulman tout entier, et dont le programme, clairement énoncé, est exterminateur. Le culte de la mort et de la destruction, l’amour de la souffrance que l’on inflige, l’assassinat rendu spectacle et objet d’affirmation identitaire, la délectation devant l’humiliation que l’on inflige à ceux dont on va vidéofilmer la décapitation, l’égorgement, l’éventrement, la volonté de puissance illimitée qu’est le pouvoir d’infliger la mort : telle est la nature de la guerre islamiste contre l’Occident. Et de l’université d’al-Azhar pour les sunnites, de la ville de Qom pour les chiites, ne s’est élevée aucune condamnation, mais au contraire, l’éloge de la mort. Voilà qui doit faire entendre, comme le fait depuis longtemps remarquer l’islamologue Bernard Lewis, que l’objet de la haine inextinguible des djihadistes n’est point ce que nous faisons, mais ce que nous sommes. Hitler n’exterminait pas les Polonais à cause de leurs «crimes», de leurs «erreurs», de leur «injustice», mais pour des raisons métaphysiques, et de même que tous ceux qu’il vouait au statut de «races inférieures». Le philosophe germano-américain, Eric Voegelin, discerna dans les mouvements totalitaires du XXe siècle, qu’il conçut avec précision comme une «Gnose moderne», cette pseudo-religion qui croit trouver le Salut ici-bas, qui en connaît toutes les voies et tous les chemins, qui est dirigée par des prophètes omniscients, et qui est prête à sacrifier la moitié de l’espèce humaine pour parvenir à ses fins. C’est au nom des raisons irrationnelles de ces croyances, hier nazies et bolcheviques, aujourd’hui islamistes, que se déchaînent l’amour du carnage et la volonté de «purifier» l’univers entier du Mal, représenté par l’Autre, juif, koulak, infidèle. Nous pouvons coexister avec un monde de l’islam qui voudrait se moderniser, mais pas avec l’islamisme éradicateur. Il faut s’en pénétrer : nous sommes en guerre. Il n’est aucune «concession», aucune conciliation, aucun dialogue qui puissent se faire avec le djihad moderne. Theo Van Gogh adjura au dialogue celui qui allait l’égorger ! Contre ce djihad, il n’y a pas de guerre défensive, il n’y a pas de défense territoriale. L’islamisme a paralysé et phagocyté une grande partie de son environnement. Il faut y porter le fer. Il faut en même temps encourager et soutenir les aspirations à la modernité, à la liberté et à la démocratie dans le monde arabo-musulman, que les élections afghanes, irakiennes et libanaises viennent de concrétiser. Quand des enjeux de civilisation causent les guerres, la neutralité est proscrite. Les Etats-Unis ne s’attaquent pas aux mous et aux tièdes : ce sont les islamistes qui s’en chargent. Les jeux sont faits. Laurent Murawiec
This misconception [that Lewis was an “Orientalist”] was fostered by Lewis’ famous duel with the Palestinian American literary scholar Edward Said, whose 1978 manifesto, Orientalism, indicted Western “Orientalist” writers and scholars for purveying bigotry against Islam and the Arabs. Lewis rose to the defense of the scholars: it was they who undermined Europe’s medieval prejudice against Islam, by directly accessing and engaging original Islamic sources. Lewis maintained that this brand of scholarly Orientalism amounted to one of the nobler triumphs of the Enlightenment. (…) But Lewis wasn’t “the last Orientalist.” (“The Orientalists have gone,” Lewis insisted.) He was the first real historian of the Middle East, considered a pioneer in applying the latest approaches in European social and economic history to the Middle Eastern past. (…) and he was the first scholar to read the Islamic texts for earlier periods with a trained historian’s eye. (…) Lewis, as a young don, criticized his Orientalist forebears for their insularity and called for “the integration of the history of Islam into the study of the general history of humanity.” No one did more than Lewis to advance this elusive goal. Through his historical research, Lewis arrived at a crucial insight, which informed all his later writings. Islamic civilization in its “golden age” had all the prerequisites to make the leap to modernity before parochial Europe did. Yet it stagnated, then declined. “The rise of the West has been much studied,” he once noted, “but the waning of Islamic power has received little serious scholarly attention.” This would be his project, and in its pursuit, he reached an intriguing conclusion: the elites of the great Muslim empires, especially the Ottomans, were so certain of their own God-given superiority that they saw no reason ever to change. They discounted the steady rise of Europe, and by the time they got a fix on the problem, it was too late. Thus began a desperate race to arrest the decline of the Muslim world and its eclipse by a dynamic Europe. There were many Western observers who pointed to the spreading rot. But Lewis revealed the Muslim point of view. Reform, modernization, nationalism, Islamism, terror—all these were strategies to restore to the Muslims some semblance of the power they had wielded for over a millennium and which they lost in just a few generations. Lewis’ biggest bestseller, What Went Wrong?, published just after 9/11, distilled his many findings on how Muslims had tried and failed to restore their world. Al Qaeda (and later the Islamic State, also known as ISIS), by seeking to reenact the seventh century, was the most desperate of these attempts to reverse history. (…) Lewis has been tagged as the father of the “clash of civilizations,” which Samuel Huntington borrowed (with acknowledgment) for his famous Foreign Affairs article of 1993. Lewis had used the phrase as early as 1957 to describe the deeper aspect of contemporary conflicts in the Middle East. (Better to “view the present discontents of the Middle East,” he wrote, “not as a conflict between states or nations, but as a clash between civilizations.”) He repeated the phrase in subsequent works, most famously in his 1990 article, “The Roots of Muslim Rage.” Huntington, however, went further than Lewis, presenting the “clash” as a struggle among all the world’s civilizations, fueled by cultural differences. Lewis had something else in mind. He held that Islam and Christendom (later, the West) were unique rivals, not because of their differences but because they shared so much: the Greco-Roman legacy, Abrahamic monotheism, and the Mediterranean basin. Obviously, these two sibling civilizations often clashed. But being so similar, they also borrowed, exchanged, and translated. In 1994, just after Huntington popularized the “clash” thesis, Lewis sought to distance himself from it. That year, he revised his classic 1964 book The Middle East and the West, and in the revision, “clash” became “encounter.” He told me later that he felt “clash” was “too harsh.” In 1996, when Huntington published The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order, Lewis again kept his distance. He noted that “there have been great struggles between Christendom and Islam in the past” and that “there are still some on both sides who see world history in terms of a holy war between believers and unbelievers.” But this wasn’t fate: “A new era of peaceful coexistence is possible,” he announced. Lewis never denied coining the phrase “clash between civilizations,” but he meant it as a very partial description of the past and the present, and not as a prediction of the future. Still, Lewis also sensed that the resentment of the West simmered, and he was the first to conclude that it would take an increasingly Islamist form. As early as 1964, he thought it “obvious” that “Islamic movements alone are authentically Middle Eastern in inspiration…express[ing] the passions of the submerged masses of the population. Though they have all, so far, been defeated, they have not yet spoken their last word.” He returned to this theme in 1976, in his seminal article “The Return of Islam.” When Commentary published it, Western liberals and Arab nationalists ridiculed him. They’d pinned their hopes and reputations on the ever-onward progress of secular modernity. If Islam had “returned,” they had failed. Lewis didn’t have to wait long for vindication. He didn’t predict the Iranian Revolution three years later, but it enhanced his reputation for prescience. He struck again in 1998 on the pages of Foreign Affairs, where he analyzed the “declaration of jihad” of a little-known Saudi renegade named Osama bin Laden. Lewis again warned against complacency—to no avail. After 9/11, America listened to him precisely because he had heard Islamist extremist voices when no one took them seriously. Yet he always insisted that those voices didn’t speak for all of Islam: “Anyone with even a moderate knowledge of Islam knows that most Muslims are neither militant nor violent.” Bin Laden’s message was a « grotesque travesty of the nature of Islam and even of its doctrine of jihad. The Quran speaks of peace as well as of war. Martin Kramer
As an intellectual rival to Lewis, Said was hopelessly outgunned. As an academic ideologue, however, he proved the more talented figure. The genius of Orientalism was that it built an intellectual bridge between Middle East studies and the guilt attitudes commonly held by American liberals toward the issue of race in their own country. The cause of the problems in the Middle East, Said implied, lay in the bigotry of white men, for which Lewis’s claim—that a deep knowledge of history and culture was relevant to understanding present-day issues—was just a smokescreen. The essence of the story was the domination of brown people by white people. Said’s argument, such as it was, is often presented as one side in an ongoing war of ideas, but the real key to understanding its repercussions is to be found in the underlying emotions that it touched on and would later inflame. (…) Osama bin Laden, he argued, represented a politically significant development, one with deep roots in the history of the Middle East if not in Islam itself. Lewis was not saying that this was the only current in Islam, or necessarily the most authentic one. But the mere fact of his attributing popular legitimacy to it, as well as a connection to Islamic tradition, was enough to enrage men like my student’s father. To his ears, it sounded as if Lewis were tarring both him and his religion with the brush of terrorism. Many scholars working in Middle East studies in the United States, being themselves of Middle Eastern heritage, share similar emotions. Those who don’t share them are surrounded, professionally and socially, by people who do. Dissenters have thus been under heavy pressure to repudiate Lewis’s perspective and to produce analyses, instead, that put the blame for the ills of the Middle East on exogenous forces—specifically, on Western and/or Israeli policies. Modern Middle East studies has therefore become a field rife with pro-Muslim apologetics. In this sense, it is fair to say that although Lewis won the argument, Said won the crowd. Thanks to Said, insufferable blowhards who willfully obscure the difference between scholarship and politicking now run the field.(…)  The rising generation wanted as little connection with him as possible—at least in public. (…) As academia increasingly disavowed Lewis, the allure of Washington grew stronger. For a man who could effortlessly quote the verse of the 10th-century Arab poet al-Mutanabbi, Lewis also revealed a remarkable talent for talking with policymakers. He was always well briefed on current affairs. For four months of every year, he traveled to the Middle East. When back at Princeton, part of his daily routine was listening to Arab political broadcasts over shortwave radio. Having spent countless hours during World War II eavesdropping on Arab leaders’ telephone conversations and briefing British commanders about them, he had a very keen sense of the day-to-day realities of regional politics and of how to distill the essence for non-experts. Michael Doran
Lewis (…) had a major impact on US foreign policy, particularly under the presidency of George W. Bush. He briefed vice president Dick Cheney and defense secretary Donald Rumsfeld before the invasion of Iraq in 2003. His phrase, “the clash of civilizations,” was made famous by American political scientist Samuel Huntington, who argued that cultural and religious identities would be the primary source of conflict in the post-Cold War era. Lewis attributed the 9/11 attacks to a decaying Islamic civilization that enabled extremists such as al-Qaeda leader Osama bin Laden to conduct an international terrorist campaign. The solution to the growing problems of fundamentalist Islamic ideology was, in a word, democracy. “Either we bring them freedom, or they destroy us,” Lewis wrote. In many ways he was a modern-day prophet, although he was sometimes wrong and was often accused by his academic colleagues of being Eurocentric. “For some, I’m the towering genius,” Lewis told The Chronicle of Higher Education in 2012. “For others, I’m the devil incarnate.” He warned in 2006 that Iran had been working on a nuclear program for some 15 years. But he wrongly predicted that Iranian leader Mahmoud Ahmadinejad could be planning an apocalyptic attack, perhaps against Israel, on August 22, to coincide with Muhammad’s night flight to Jerusalem. As Israel deliberates again whether to recognize the Armenian Genocide, it is timely to recall that in the first editions of his well-known book, The Emergence of Modern Turkey, Lewis described that genocide as “the terrible holocaust of 1915, when a million and a half Armenians perished.” In later editions, he changed the text to “the terrible slaughter of 1915, when, according to estimates, more than a million Armenians perished, as well as an unknown number of Turks.” Critics accused him of “historical revisionism.” In a visit to The Jerusalem Post in 2007, the London- born Lewis eloquently discussed the situation in an interview with then-editor David Horovitz and reporter Tovah Lazaroff. He predicted that one way for Muslims to alleviate their growing rage would be “to win some large victories, which could happen. They seem to be about to take over Europe.” Lewis was asked what that meant for Jews in Europe. “The outlook for the Jewish communities in Europe is dim,” he replied. “Soon, the only pertinent question regarding Europe’s future will be, ‘Will it be an Islamized Europe or Europeanized Islam?’” In reviewing Lewis’s 2010 collection of essays – Faith and Power: Religion and Politics in the Middle East – Post International Edition editor Liat Collins pertinently noted a line of thought appearing throughout the essays was that the Western concept of separating church and state was not compatible with Islam. “The emergence of a population, many millions strong, of Muslims born and educated in Western Europe will have immense and unpredictable consequences for Europe, for Islam and for the relations between them,” Lewis wrote. Collins commented: “I don’t want to hear a ‘Told you so’ so much as an update in the wake of the current mass migration to Europe’s shores.” Although he didn’t get everything right – who can? – Collins added that his special touches are well-worth noting, such as this classic quotation: “In America one uses money to buy power, while in the Middle East, one uses power to acquire money.” Jerusalem Post
Bernard Lewis, a towering but controversial historian of Islam and the Middle East, died this week aged 101. Opinion will divide about the legacy of a learned and charming man who shamed many fellow academics with the grace and wit of his phrasemaking in more than two dozen books — was he principally a scholar or a propagandist. (…) He risks being remembered most for the 2003 Iraq war, by when he had become celebrity in-house historian to George W Bush’s US administration and ideological guru to the architects of the invasion. It was said in Washington at the time that Lewis had more influence on any administration than any academic since John F Kennedy’s era. Just as the “best and brightest” of JFK’s horn-rimmed Harvard types paved America’s path into the swamp of Vietnam, Lewis (from Princeton) furnished a veneer of respectability to a catastrophic venture.(…) His ascent as a public intellectual dated from his friendship, starting in the 1970s, with Senator Henry “Scoop” Jackson, founding father of what would later be called neoconservatism. Lewis’s early renown was as a scholar of the Ottoman Empire, his intellectual passion. He was the first westerner to be granted entry to the Ottoman imperial archives in 1950. His engagement with Islamic civilisation as a whole was really with its golden age, from the 8th to the 13th centuries. He consistently highlighted Turkish (and, to a degree, Persian) culture and achievement in a way that cast Arab culture in an inferior light. Writing about the failure of pan-Arabism, he was dismissive of the way European imperialism aborted the constitutional evolution of Arab politics. He did not highlight how the Ottomans (whose religious tolerance he rightly praised) enforced a ban on the Arabic printing press from the 15th to the 19th centuries to culturally stifle and subjugate their Arab territories. (…) Edward Said, the late Palestinian-American academic, identified Lewis as a manufacturer of the stereotypical myths the west used to justify dominance of the east. The two went at it hammer and tongs in 1982, in one of the most vehement intellectual disputes of the late 20th century. By the time of the 9/11 terror attacks in the US, Lewis was better known for polemic and pamphleteering, piling up inferences instead of deploying evidence, clearing a path to the self-righteous Bush administration mantra: “they hate us for our freedoms”. His earlier scholarly work dwells more on the gradual elimination of the cultural clearinghouses where civilisations meet, from Abbasid Baghdad, through Moorish Spain to the Ottoman Levant — none of which was destroyed by freedom-hating Muslims. By 1990, in his essay The Roots of Muslim Rage, he coined the phrase “clash of civilisations”, later popularised by Samuel Huntington. In the end it was the squibs more than the scholarship, untroubled by doubt or disquisition, which had more impact. It was common knowledge in the Bush White House that the president kept an annotated copy of a Lewis article with his briefing papers. The Financial Times
Avec la disparition, samedi 19 mai, à 101 ans, de Bernard Lewis, c’est toute une tradition d’érudition « orientaliste », mêlée à l’intervention passionnée dans le débat public, qui s’éteint. L’encre du savant est plus précieuse que le sang des polémistes et, malgré le bruit et la fureur qu’ont suscités ses prises de position, célébrées aujourd’hui de Benjamin Nétanyahou au secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, c’est son extraordinaire connaissance du monde islamique qui lui survivra. Auteur de plus de trente ouvrages – dont la plupart ont été traduits en français – couvrant des domaines qui vont de la civilisation arabe classique aux mouvements islamistes contemporains, en passant par l’histoire ottomane et turque, qui fut son thème de prédilection, Bernard Lewis était également un styliste à la plume acérée. Cela permit à son œuvre de trouver un rayonnement auprès d’un large public dans le monde entier, dépassant les cénacles académiques. (…) Politiquement conservateur, il allait rester, tout au long d’une existence qui se confondit avec le siècle écoulé, très attaché à la cause d’Israël. Traversant l’Atlantique après la fin de la seconde guerre mondiale, comme tant d’universitaires d’outre-Manche, pour y bénéficier des facilités exceptionnelles des campus américains, il rejoignit l’université de Princeton où, avec son collègue Charles Issawi, il fut le pilier du département des études du Proche-Orient – il deviendra, en 1982, citoyen des Etats-Unis. Sa sensibilité de droite – qui ne l’empêcha pas de mener, en France, un compagnonnage savant avec Maxime Rodinson, très engagé à gauche – ainsi que son engagement pour Israël lui ouvrirent l’accès aux cercles néoconservateurs qui élaborèrent la politique américaine au Moyen-Orient à l’époque du président George W. Bush, après les attentats du 11 septembre 2001. Avec son collègue Fouad Ajami, disparu en 2014, il en fut la source et la caution savante, même s’il prit ses distances par la suite avec la catastrophe que constitua pour Washington l’occupation de l’Irak. En 1978, L’Orientalisme – le livre best-seller d’Edward Saïd, d’origine palestinienne et professeur de littérature comparée anglo-française à l’université Columbia – fit de Bernard Lewis sa cible principale. Cet ouvrage, qui a polarisé jusqu’à nos jours le champ disciplinaire des études sur le Moyen-Orient et a contribué à en faire un champ de ruines, lui reprochait d’avoir construit, dans la foulée d’une tradition d’auteurs européens remontant aux savants de la Description de l’Egypte de l’expédition de Bonaparte en 1799, la figure de « l’Oriental » comme un autre radical, assigné à une culture figée, dont la description visait à l’assujettir à la domination coloniale, puis impérialiste et sioniste. Cette incrimination globale fut l’acte fondateur des « post-colonial studies » qui dominent, depuis lors, les campus américains et touchent désormais les universités françaises. Par-delà les oppositions politiques entre les deux professeurs autour du conflit israélo-palestinien, où chacun s’était fait le champion de l’une des causes, le débat a ouvert des failles persistantes. Saïd a réduit le savoir livresque de Lewis à une machinerie lui permettant d’« essentialiser » les peuples arabes contemporains en ramenant leurs comportements politiques à des textes anciens imprégnés de tradition religieuse, leur déniant ainsi toute modernité. Il en découlera que seuls les indigènes seraient légitimes à produire du savoir sur eux-mêmes, au détriment des universitaires « néocoloniaux » toujours biaisés. C’est le fondement des procès en « islamophobie » intentés aux professeurs « blancs » par le parti des Indigènes de la République et leurs compagnons de route « racisés ». Lewis et ses disciples ont indéniablement tenu trop peu compte des sciences sociales et humaines, et négligé l’observation d’un terrain qui ne se réduit pas aux bibliothèques, dès lors que l’on veut rendre compte des sociétés contemporaines du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord, voire de l’immigration de celles-ci vers l’Europe et ses banlieues. Mais l’hypercritique de Saïd et de ses épigones a invalidé la connaissance de la culture profonde – rendant impossible de comprendre par exemple les modalités du lien entre Al-Qaida ou l’organisation Etat islamique, les sermons salafistes et les Ecritures saintes de l’islam. Un enjeu dont on ne saurait sous-estimer l’importance et auquel l’université doit apporter, sous peine de discrédit, sa contribution savante. Le caractère entier de Bernard Lewis lui a valu un désamour spécifique en France : condamné par un tribunal pour des propos tenus dans les colonnes du Monde en 1993 et 1994, dont il a été jugé qu’ils relativisaient le génocide arménien, il a voué depuis lors aux gémonies un pays dont il connaissait intimement la culture… Mais, par-delà les polémiques politiques, par-delà les aspects aujourd’hui datés d’une épistémologie restée rétive aux sciences humaines, Bernard Lewis témoigne d’un temps où la connaissance des langues et des cultures de l’Orient était un préalable nécessaire à l’analyse de ses sociétés : c’est la leçon toujours actuelle que laisse l’érudit de Princeton au monde qu’il vient de quitter. Gilles Kepel
Inventeur de la théorie du « choc des civilisations », l’historien américain Bernard Lewis est décédé, lundi 21 mai, à l’âge de 101 ans. «Commencé avec le déferlement des Arabes musulmans vers l’ouest et leur conquête de la Syrie, de l’Afrique du Nord et de l’Espagne chrétiennes », ce « choc de civilisation » entre « l’islam et la chrétienté » s’est poursuivi selon lui avec les croisades, la poussée puis le repli des Ottomans en Europe, et enfin à partir du XIXe siècle, par la domination « politique, économique et culturelle », coloniale ou non, de l’Occident sur le Moyen-Orient… Reprise sous une autre forme par son assistant au Conseil de sécurité nationale, Samuel Huntington (The Clash of Civilizations ?, article paru dans la revue Foreign Affairs en 1993, puis dans un livre paru en 1996) l’expression a connu un immense succès et n’a cessé, depuis, d’être défendue ou combattue par de nombreux autres chercheurs. Né à Londres en 1916 dans une famille juive, Bernard Lewis s’est passionné très tôt pour les langues – d’abord l’hébreu, puis l’araméen, l’arabe, le latin, le grec, le persan ou encore le turc – et l’histoire. Spécialiste de la Turquie, où il a vécu et travaillé plusieurs années, il commence à enseigner en 1974 à l’université de Princeton, dans le New Jersey. Proche des néo-conservateurs américains, revendiquant son rôle d’historien engagé, Bernard Lewis a régulièrement créé la polémique par ses prises de position. Convaincu de l’existence d’un antisémitisme spécifiquement musulman, il y voyait l’une des explications au blocage du processus de paix israélo-palestinien. Il a également contesté la réalité du génocide des Arméniens par les Turcs en 1915, apportant sa caution intellectuelle à la Turquie en affirmant que la thèse du génocide était « la version arménienne » de l’histoire. Il est finalement condamné en 1995, jugement condamné en appel l’année suivante. Parmi ses essais les plus récents, on peut citer : What Went Wrong ? en 2002 (traduction française : Que s’est-il passé ?, Gallimard), qui analyse les raisons du déclin du monde arabo-musulman, puis The Crisis of Islam en 2003 (traduction française : L’Islam en crise, Gallimard). En 2005, plusieurs de ses ouvrages et articles sont réédités, en français et en un seul volume, par les éditions Gallimard, dans la collection Quatro, sous le titre Islam. Une manière de découvrir l’essentiel de l’œuvre de cet auteur de vastes synthèses enjambant les siècles. La Croix
L’inventeur du «choc des civilisations» est enclin à décrypter l’actualité à la lumière du passé. Pour lui, cette formule qui a fait florès n’a de sens que religieux, celui de «l’affrontement de vérités universelles et exclusives». Dans l’affaire des caricatures de Mahomet, il rappelle que si la loi islamique (charia) a interdit les représentations du Prophète, c’est d’abord pour empêcher l’idolâtrie. L’insulte constitue certes une offense, mais la charia n’est censée s’appliquer qu’aux musulmans ou aux sujets d’un Etat musulman. «Elle ne s’est jamais étendue aux péchés commis par des non musulmans hors du monde musulman», souligne Bernard Lewis. Preuves de cette vieille indifférence, certains passages de L’Enfer de Dante ou des bas-reliefs sulfureux sur la façade de la cathédrale de Bologne. «L’explosion d’indignation «spontanée» a tout de même mis quatre mois à se produire, observe le professeur. Le moindre village disposait de drapeaux danois à brûler… Une affaire soigneusement préparée.» L’orientaliste américain voit la même manipulation idéologique derrière les attentats suicides. «En islam, le suicide est un péché mortel, rappelle-t-il. Celui qui le commet est promis à endurer sa mort sans fin en enfer, une éternité d’empoisonnement, d’asphyxie ou d’explosion…» Mais les radicaux ont décrété que c’était acceptable «si le kamikaze emportait avec lui assez d’ennemis. C’est une rupture absolue avec des siècles de tradition islamique», dit M. Lewis. Une telle dérive, il l’impute surtout au wahhabisme, secte «intolérante, violente et fanatique» qui est «à peu près aussi centrale au monde islamique que le Ku Klux Klan dans la chrétienté». Le professeur de Princeton est loin de prédire la prise de contrôle de l’islam par l’islamisme. Il croit au contraire que les forces démocratiques «progressent» dans le monde musulman. Nombre de principes de la démocratie (la consultation des sujets, la délégation contractuelle du pouvoir), sont déjà inscrits dans la tradition musulmane et moyen-orientale. Autant que les courants violents en Terre d’islam, ce sont les «faiblesses» de l’Occident que dénonce sans ambages Bernard Lewis. En Irak, une guerre dont il a approuvé le déclenchement, «j’ai sous-estimé notre capacité d’engendrer la défaite à partir de la victoire», déplore-t-il. «Nous offensons les Irakiens et nous les flattons en même temps.» Or, il n’y a qu’une politique à ses yeux face à l’insurrection : «La supprimer. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut faire à moitié.» Idem du Hamas dans les Territoires palestiniens : «Une organisation terroriste dangereuse qu’il faut traiter comme telle.» L’Iran ? «Je suis enclin à croire à la démence (du président) Ahmadinejad. Il semble vraiment convaincu de l’apocalypse qu’il annonce. Avec la bombe atomique, les Iraniens deviendraient d’une arrogance insoutenable. Ils ne l’utiliseraient pas dans des bombardements, mais plutôt dans des actions terroristes, sans préciser l’adresse de l’expéditeur.» Devant d’aussi grands dangers, l’universitaire, qui conseille parfois la Maison-Blanche, n’a qu’un mot d’ordre : «La fermeté.» Etrangement, Bernard Lewis ne fait pas crédit à l’Administration Bush des vertus dont elle se prévaut en la matière. «Nous sommes plus en 1938 qu’en 1940, plutôt dans l’ère Chamberlain que Churchill, estime le vieil homme. Nous allons de retraite en retraite.» Deux guerres ne lui suffisent pas ? Encore faudrait-il qu’elles soient gagnées. En Irak, «il est encore possible de sauver la situation», à en juger par les trois scrutins libres organisés en deux ans et par la participation des femmes au processus politique. Mais parallèlement, dans le chaos des attentats et des représailles, «nous instillons la peur et nous étalons nos hésitations», une double faute «psychologique», estime M. Lewis. Elle procède selon lui d’une erreur d’analyse centrale : «Dire que nous sommes en guerre contre le terrorisme, c’est comme dire que nous étions en guerre contre des avions et des sous-marins pendant la Seconde Guerre mondiale. Le terrorisme est une tactique, insiste-t-il. Ce n’est pas une cause et ce n’est pas un ennemi.» Autant pour Bush, dont la cible est camouflée derrière un acronyme non identifiable : Gwot, pour Global War on Terror (Guerre globale contre le terrorisme). A ce rythme, Bernard Lewis n’exclut pas un «scénario catastrophe» dans lequel «l’Occident et le monde musulman se détruiraient l’un l’autre, laissant la Chine et l’Inde dominer le XXIe siècle». Heureusement, le pire n’est pas sûr : avec un peu de chance, «des sociétés ouvertes réussiront à se développer et l’islam retrouvera sa juste place dans le monde». Le Figaro

C’est les ressemblances, imbécile !

« Choc de civilisation » entre « l’islam et la chrétienté »,  « antisémitisme spécifiquement musulman » comme « l’une des explications au blocage du processus de paix israélo-palestinien »,  « déclin du monde arabo-musulman » …

Y a-t-il, y compris sa contestation effectivement discutable de la réalité du génocide turc des chrétiens arméniens, assyriens et grecs et contre les mielleries si consensuelles d’un Edward Saïd, un sujet qui fâche auquel ne s’est pas confronté le passionné de « l’histoire de l’autre camp » qu’était Bernard Lewis ?

A l’heure où après en avoir repris en les déformant les saintes écritures, l’islam est sur le point de terminer le nettoyage ethnico-religieux du berceau des religions juive et chrétienne …
Et où, entre « Palestine« , « nakba« , « déclaration d’indépendance« , « Al Quds« , « Isa« ,  « mosquée El Aksa« , « al-Haram al-Ibrahimi« , « Mosquée Bilal ibn Rabahou« , « camp de concentration à ciel ouvert« , « génocide », « droit du retour » …
Les divers mouvements terroristes du Hamas, Hezbollah et Fatah poussent l’obsession jusqu’à mimer et reproduire, à la virgule près en une sorte de contre-sionisme systématique, les moindres détails de l’histoire de leur modèle-rival juif …
Avec la complicité active tant des instances onusiennes que des grands médias occidentaux dont une AFP déplorant hier encore la non-mort d’Israéliens et présentant comme « manifestants » des lanceurs de grenades et d’engins explosifs qui ont déjà détruit plus de 2500 hectares de terres agricoles …
Retour sur la disparition, passée comme celle de son plus fidèle disciple Fouad Ajami il y a quatre ans,  quasiment inaperçue en France sinon pour le dénigrer une dernière fois …
D’un véritable monument de l’islamologie du siècle …

Et sa probablement plus grande contribution aux sciences historiques confirmée plus tard par René Girard

A savoir que ce ne sont pas les différences mais justement leur effacement

Qui contrairement à ce que l’on continue à répéter mais comme en une de nos journaux on le vérifie désormais quotidiennement …

Génèrent les plus inextinguibles conflits entre civilisations comme entre individus…

 
Voir aussi:

Quand l’orientaliste Bernard Lewis s’interroge sur les faiblesses de l’Occident face à l’islamisme
Le Figaro
04/05/2006

Un déjeuner avec le professeur Bernard Lewis, c’est comme un rendez-vous sur les rives du Bosphore avec un orientaliste qui aurait connu personnellement le dernier sultan Mehmed VI, l’émir Ibn Séoud et Lawrence d’Arabie. Même à Washington, dans un salon de l’hôtel Hay-Adams en face de la Maison-Blanche, un parfum d’Orient et de Vieille Europe enveloppe les réflexions de ce vieux savant, juif né à Londres en 1916, devenu Américain en 1982 après une vie d’écriture et d’enseignement à Princeton. M. Lewis fêtera ses 90 ans le mois prochain : «Fêter n’est pas le mot juste», ironise cet esprit infatigable, qui a publié trois livres depuis le 11 septembre 2001 (1), dans la foulée d’une trentaine d’ouvrages majeurs. Historien réputé dans le monde entier, sa science est particulièrement recherchée dans l’Amérique de George W. Bush, aux prises avec une série de conflits orientaux, de l’Irak à l’Iran et à l’Afghanistan. Le professeur Lewis, qui n’a rien d’une «colombe», a été plusieurs fois invité à donner son avis à la Maison-Blanche. Jeudi, à l’initiative du Pew Forum for Religion & Public Life, il a partagé ses thèses avec un groupe de journalistes américains et l’envoyé du Figaro.

L’inventeur du «choc des civilisations» est enclin à décrypter l’actualité à la lumière du passé. Pour lui, cette formule qui a fait florès n’a de sens que religieux, celui de «l’affrontement de vérités universelles et exclusives». Dans l’affaire des caricatures de Mahomet, il rappelle que si la loi islamique (charia) a interdit les représentations du Prophète, c’est d’abord pour empêcher l’idolâtrie. L’insulte constitue certes une offense, mais la charia n’est censée s’appliquer qu’aux musulmans ou aux sujets d’un Etat musulman. «Elle ne s’est jamais étendue aux péchés commis par des non musulmans hors du monde musulman», souligne Bernard Lewis. Preuves de cette vieille indifférence, certains passages de L’Enfer de Dante ou des bas-reliefs sulfureux sur la façade de la cathédrale de Bologne. «L’explosion d’indignation «spontanée» a tout de même mis quatre mois à se produire, observe le professeur. Le moindre village disposait de drapeaux danois à brûler… Une affaire soigneusement préparée.»

L’orientaliste américain voit la même manipulation idéologique derrière les attentats suicides. «En islam, le suicide est un péché mortel, rappelle-t-il. Celui qui le commet est promis à endurer sa mort sans fin en enfer, une éternité d’empoisonnement, d’asphyxie ou d’explosion…» Mais les radicaux ont décrété que c’était acceptable «si le kamikaze emportait avec lui assez d’ennemis. C’est une rupture absolue avec des siècles de tradition islamique», dit M. Lewis. Une telle dérive, il l’impute surtout au wahhabisme, secte «intolérante, violente et fanatique» qui est «à peu près aussi centrale au monde islamique que le Ku Klux Klan dans la chrétienté». Le professeur de Princeton est loin de prédire la prise de contrôle de l’islam par l’islamisme. Il croit au contraire que les forces démocratiques «progressent» dans le monde musulman. Nombre de principes de la démocratie (la consultation des sujets, la délégation contractuelle du pouvoir), sont déjà inscrits dans la tradition musulmane et moyen-orientale.

Autant que les courants violents en Terre d’islam, ce sont les «faiblesses» de l’Occident que dénonce sans ambages Bernard Lewis. En Irak, une guerre dont il a approuvé le déclenchement, «j’ai sous-estimé notre capacité d’engendrer la défaite à partir de la victoire», déplore-t-il. «Nous offensons les Irakiens et nous les flattons en même temps.» Or, il n’y a qu’une politique à ses yeux face à l’insurrection : «La supprimer. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut faire à moitié.» Idem du Hamas dans les Territoires palestiniens : «Une organisation terroriste dangereuse qu’il faut traiter comme telle.» L’Iran ? «Je suis enclin à croire à la démence (du président) Ahmadinejad. Il semble vraiment convaincu de l’apocalypse qu’il annonce. Avec la bombe atomique, les Iraniens deviendraient d’une arrogance insoutenable. Ils ne l’utiliseraient pas dans des bombardements, mais plutôt dans des actions terroristes, sans préciser l’adresse de l’expéditeur.» Devant d’aussi grands dangers, l’universitaire, qui conseille parfois la Maison-Blanche, n’a qu’un mot d’ordre : «La fermeté.»

Etrangement, Bernard Lewis ne fait pas crédit à l’Administration Bush des vertus dont elle se prévaut en la matière. «Nous sommes plus en 1938 qu’en 1940, plutôt dans l’ère Chamberlain que Churchill, estime le vieil homme. Nous allons de retraite en retraite.» Deux guerres ne lui suffisent pas ? Encore faudrait-il qu’elles soient gagnées. En Irak, «il est encore possible de sauver la situation», à en juger par les trois scrutins libres organisés en deux ans et par la participation des femmes au processus politique. Mais parallèlement, dans le chaos des attentats et des représailles, «nous instillons la peur et nous étalons nos hésitations», une double faute «psychologique», estime M. Lewis. Elle procède selon lui d’une erreur d’analyse centrale : «Dire que nous sommes en guerre contre le terrorisme, c’est comme dire que nous étions en guerre contre des avions et des sous-marins pendant la Seconde Guerre mondiale. Le terrorisme est une tactique, insiste-t-il. Ce n’est pas une cause et ce n’est pas un ennemi.»

Autant pour Bush, dont la cible est camouflée derrière un acronyme non identifiable : Gwot, pour Global War on Terror (Guerre globale contre le terrorisme). A ce rythme, Bernard Lewis n’exclut pas un «scénario catastrophe» dans lequel «l’Occident et le monde musulman se détruiraient l’un l’autre, laissant la Chine et l’Inde dominer le XXIe siècle». Heureusement, le pire n’est pas sûr : avec un peu de chance, «des sociétés ouvertes réussiront à se développer et l’islam retrouvera sa juste place dans le monde».

* Correspondant du Figaro aux Etats-Unis.

(1) What Went Wrong, The Clash Between Islam and Modernity in the Middle East (2002) ; The Crisis of Islam, Holy War and Unholy Terror (2003) ; From Babel to Dragomans, Interpreting the Middle East (2004)

Voir également:

Seven Questions: Bernard Lewis on the Two Biggest Myths About Islam
He is one of the world’s foremost scholars of Islam and the Middle East. Bernard Lewis shares his thoughts on Iraq, “Islamofascism,” the roots of terrorism, and the two biggest misperceptions about the Muslim faith.
Foreign policy

August 20, 2008

From the Jan./Feb. 2008 issue of Foreign Policy: A World Without Islam, by Graham Fuller. Remove Islam from the path of history, and the world ends up exactly where it is today.

Foreign Policy: What do you see as the biggest misperception about Islam?

Bernard Lewis: Well, there are two. Sometimes one, sometimes the other, predominates. It depends when and where. I would call them the negative one and the positive one. The negative one sees Muslims as a collection of bloodthirsty barbarians offering people the choice of the Koran or the sword, and generally bringing tyranny and oppression wherever they go. And the other one is the exact opposite, what you might call the sanitized version, which presents Islam as a religion of love and peace, rather like the Quakers but without their aggressiveness. The truth is in its usual place, somewhere between the extremes.

FP: Do you believe in the clash of civilizations theory of Samuel P. Huntington, that the Islamic world and the West are destined to butt heads?

BL: Well, I dont go into destiny; Im a historian and I deal with the past. But I certainly think there is something in the clash of civilizations. What brought Islam and Christendom into conflict was not so much their differences as their resemblances. There are many religions in the world, but almost all of them are regional, local, ethnic, or whatever you choose to call it. Christianity and Islam are the only religions that claim universal truth. Christians and Muslims are the only people who claim they are the fortunate recipients of Gods final message to humanity, which it is their duty not to keep selfishly to themselveslike the Jews or the Hindus or the Buddhistsbut to bring to the rest of mankind, removing whatever obstacles there may be in the way.

So, we have two religions with a similar self-perception, a similar historical background, living side by side, and conflict becomes inevitable.

FP: You write in your chapter about radical Islam that most Muslims are not fundamentalists, and that most fundamentalists are not terrorists. Thats not self-evident to everyone, so can you just explain it a little further?

BL: Naturally we hear about the acts of terror. Nobody ever wrote a headline saying a million people went peacefully about their business yesterday and did nothing. Terrorism is very much the news of the moment and it is also the threat of the moment. It is a real menace, and I dont wish to understate that or diminish it in any way. But if one assumes that thats all there is to Islam, thats a grave mistake, because terrorism only comes from one brand of Islam, and even that one brand of Islam is not entirely committed to terrorism. But for a terrorist movement, you do need mass support.

FP: I noticed that you use the term Islamofascism in the conclusion of your book. That term has been hotly debated. What do you think? Is it harmful or useful?

BL: Well, I dont use it; I discuss it. I think one has to confront that this is a term that is used. I dont like it because its insulting to Muslims. They see it as insulting to link the name of their religion with the most detestable of all the European movements. Its useful in the sense that it does distinguish real Islam from Islamofascism, but I still feel that the connection is insulting, and I prefer to use the term radical Islam.

FP: A lot of analysts, and this is especially something you hear from political leaders in the Muslim world, say that Islam has nothing to do with terrorismthat these are completely separate issues. Is that a view that you subscribe to? Some people say that terrorism is largely caused by occupation or a response to U.S. policy, not Islam.

BL: Well, I cant subscribe to it since the terrorists themselves claim to be acting in the name of Islam. There was one Muslim leader who said, not long ago, that it is wrong to speak about Muslim terrorism, because if a man commits an act of terrorism, hes not a Muslim. Thats very nice, but that could also be interpreted as meaning that if a Muslim commits it, it doesnt count as terrorism.

When a large part of the Muslim world was under foreign rule, then you might say that terrorism was a result of imperialism, of imperial rule and occupation. But at the present time, almost the whole of the Muslim world has achieved its independence. They can no longer blame others for what goes wrong. They have to confront the realities of their own lives at home. A few places remain disputed, like Chechnya and Israel and some others, but these are relatively minor if youre talking about the Islamic world as a whole.

FP: Iraq, which used to be ruled by a Sunni ruler, is now being governed by Shiites. What does that mean in the context of Islamic history?

BL: I think it means a great deal. But what is important in Iraq is not that its being ruled by the Shiites, but that its being ruled by a democracy, by a free, elected government that faces a free opposition. It proves what is often disputed, that the development of democratic institutions in a Muslim Arab country is possible. A lot of people say, No, its impossible. It cant work. They cant do it. Well, its difficult, but its not impossible, and I think Iraq proves that. What is happening in Iraq I find profoundly encouraging. Of course, it is the ripple effect from Iraq that is causing alarm among all the tyrants that rule these countries [in the region]. If it works in Iraq, it could work elsewhere, and this is very disturbing [for tyrants].

FP: As someone who has spent so much time studying the Ottoman Empire, the history of Islam, and the region, is the future of Islam something that has a deep meaning to you personally? Where do you see the Muslim world headed in the next decade?

BL: Im not a religious person. But I find things that are good and encouraging. Islam over the last 14 centuries has brought dignity and meaning to millions of drab and impoverished lives. It has created a great civilization that has gone through several different phases in several different countries. It is now going through a major crisis, and it could go either way. It could descend into a fanatical tyranny, which would be devastating for Muslims and a threat to the rest of the world. Or they may succeed in developing their own brand of democracy. When we talk about the possibility of democracy in the Islamic world, it doesnt have to be our kind. Our kind results from our own history and institutions. Its not a universal model. They can, and I think will, develop their own brand of democracy, by which I mean limited, civilized, responsible government. And there are signs of that.

Bernard Lewis is professor emeritus at Princeton University and the author of dozens of books, most recently Islam: The Religion and the People (Upper Saddle River: Wharton School Publishing, 2008), coauthored with Buntzie Ellis Churchill.

Voir encore:

The Conflicted Legacy of Bernard Lewis
A Clash of Interpretations
Martin Kramer
Foreign Affairs
June 7, 2018

Bernard Lewis, historian of the Middle East, passed away on May 19, just shy of his 102nd birthday. No other person in our time has done as much to inform and influence the West’s view of the Islamic world and the Middle East. A long career of scholarship in the United Kingdom, followed by decades as a public intellectual in the United States, earned him readers across the globe. After the 9/11 attacks, he became a celebrity: “Osama bin Laden made me famous,” he admitted. The two short books he published after the terror strikes became New York Times bestsellers. Charlie Rose couldn’t get enough of him.

Regard for Lewis extended well beyond (and above) the general public. He was also known to be a valued interlocutor of Turkish and Jordanian statesmen, Iran’s last shah, Israeli prime ministers, and U.S. President George W. Bush and his team. Bush was even spotted carrying a marked-up copy of one of Lewis’ articles. As the “war on terror” and its Iraqi sequel unfolded and unraveled, he became the subject of magazine profiles and cover stories. Bernard Lewis knew the Middle East, and America thought it knew him.

Or did it? “For some, I’m the towering genius,” Lewis said in 2012. “For others, I’m the devil incarnate.” Despite having written 30-plus books (including a memoir) and hundreds of articles, and undertaken countless interviews, Lewis was widely misunderstood. Many of those misunderstandings, latent since he went silent a few years ago, reappeared in his obituaries, mixed with either admiration or vitriol.

Part of this is due to his sheer longevity. On 9/11, he was already 85 years old; he’d published his first book in 1940, over 60 years earlier. He was hardly obscure when he became “famous,” but his mass audience discovered him only during the last decade of his seven-decade career. For those like me who met him much earlier (I became his student at Princeton University in 1976), the latecomers seemed not to grasp the true significance or magnitude of his contribution.

It would take thousands of words to dispel the many myths about Lewis, from the crude ones (the “Lewis Plan” for dividing up the Middle East into statelets, or the “Lewis Doctrine” of “sowing” democracy by force), to the supposedly knowing ones (“Godfather of the Iraq War”). That needs to be done elsewhere, and in a pointed way. Here, let me flag three particularly salient misunderstandings, which arose not from malice, but from a failure to read widely and deeply in the great body of his work.

« LAST ORIENTALIST » OR PIONEER SCHOLAR?

The first is the belief that Lewis was an “Orientalist,” or even “the last Orientalist,” a title applied to him either as a term of abuse or as a badge of honor. This misconception was fostered by Lewis’ famous duel with the Palestinian American literary scholar Edward Said, whose 1978 manifesto, Orientalism, indicted Western “Orientalist” writers and scholars for purveying bigotry against Islam and the Arabs. Lewis rose to the defense of the scholars: it was they who undermined Europe’s medieval prejudice against Islam, by directly accessing and engaging original Islamic sources. Lewis maintained that this brand of scholarly Orientalism amounted to one of the nobler triumphs of the Enlightenment.

But in defending the Orientalists, Lewis wasn’t acting as one. Yes, Lewis had studied under a famed British Orientalist, Sir Hamilton Gibb. He knew the Orientalist canon intimately and had a gift for languages that would have been the envy of any philologist. But Lewis wasn’t “the last Orientalist.” (“The Orientalists have gone,” Lewis insisted.) He was the first real historian of the Middle East, considered a pioneer in applying the latest approaches in European social and economic history to the Middle Eastern past.

His highly readable studies on every period were chock-full of fascinating historical detail about day-to-day life, which he’d culled from indigenous sources. He was the first Westerner admitted to the Ottoman archives, and he was the first scholar to read the Islamic texts for earlier periods with a trained historian’s eye. (I can attest, as someone who once tended his 18,000-volume library, that he owned every significant Arabic, Persian, and Turkish chronicle.) Lewis, as a young don, criticized his Orientalist forebears for their insularity and called for “the integration of the history of Islam into the study of the general history of humanity.” No one did more than Lewis to advance this elusive goal.

Through his historical research, Lewis arrived at a crucial insight, which informed all his later writings. Islamic civilization in its “golden age” had all the prerequisites to make the leap to modernity before parochial Europe did. Yet it stagnated, then declined. “The rise of the West has been much studied,” he once noted, “but the waning of Islamic power has received little serious scholarly attention.” This would be his project, and in its pursuit, he reached an intriguing conclusion: the elites of the great Muslim empires, especially the Ottomans, were so certain of their own God-given superiority that they saw no reason ever to change. They discounted the steady rise of Europe, and by the time they got a fix on the problem, it was too late.

Thus began a desperate race to arrest the decline of the Muslim world and its eclipse by a dynamic Europe. There were many Western observers who pointed to the spreading rot. But Lewis revealed the Muslim point of view. Reform, modernization, nationalism, Islamism, terror—all these were strategies to restore to the Muslims some semblance of the power they had wielded for over a millennium and which they lost in just a few generations. Lewis’ biggest bestseller, What Went Wrong?, published just after 9/11, distilled his many findings on how Muslims had tried and failed to restore their world. Al Qaeda (and later the Islamic State, also known as ISIS), by seeking to reenact the seventh century, was the most desperate of these attempts to reverse history.

The question of decline preoccupied Lewis, because he knew its human cost. When he finished his PhD at the University of London in 1939, his country still ruled a quarter of humankind and almost a third of the world’s land mass. Then, just as he was on the brink of launching his career, his country went to war against an evil power that overran Europe and nearly destroyed Western civilization. In his city, London, 30,000 died in German bombings. “I went to shelters in the underground stations,” he recalled, “but I soon got tired of this and decided to stay in my bed and take my chances.”

After the war, the British Empire gradually dissolved, and Britain ceased to be great. Tout passe, tout casse, tout lasse (Everything passes, everything breaks, everything wearies): Lewis in old age was wont to repeat the French adage. He had witnessed firsthand the crumbling of a mighty empire, and he sought the underlying causes of decline in the example of Islam. Lewis’ later message to the United States, which had saved the West, was to warn against a repeat of the smug complacency that presaged the precipitate declines of Ottoman Islam and Britannia.

CLASH OR ENCOUNTER?

This brings us to a second misunderstanding. Lewis has been tagged as the father of the “clash of civilizations,” which Samuel Huntington borrowed (with acknowledgment) for his famous Foreign Affairs article of 1993. Lewis had used the phrase as early as 1957 to describe the deeper aspect of contemporary conflicts in the Middle East. (Better to “view the present discontents of the Middle East,” he wrote, “not as a conflict between states or nations, but as a clash between civilizations.”) He repeated the phrase in subsequent works, most famously in his 1990 article, “The Roots of Muslim Rage.”

Huntington, however, went further than Lewis, presenting the “clash” as a struggle among all the world’s civilizations, fueled by cultural differences. Lewis had something else in mind. He held that Islam and Christendom (later, the West) were unique rivals, not because of their differences but because they shared so much: the Greco-Roman legacy, Abrahamic monotheism, and the Mediterranean basin.

Obviously, these two sibling civilizations often clashed. But being so similar, they also borrowed, exchanged, and translated. In 1994, just after Huntington popularized the “clash” thesis, Lewis sought to distance himself from it. That year, he revised his classic 1964 book The Middle East and the West, and in the revision, “clash” became “encounter.” He told me later that he felt “clash” was “too harsh.”

In 1996, when Huntington published The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order, Lewis again kept his distance. He noted that “there have been great struggles between Christendom and Islam in the past” and that “there are still some on both sides who see world history in terms of a holy war between believers and unbelievers.” But this wasn’t fate: “A new era of peaceful coexistence is possible,” he announced. Lewis never denied coining the phrase “clash between civilizations,” but he meant it as a very partial description of the past and the present, and not as a prediction of the future.

Still, Lewis also sensed that the resentment of the West simmered, and he was the first to conclude that it would take an increasingly Islamist form. As early as 1964, he thought it “obvious” that “Islamic movements alone are authentically Middle Eastern in inspiration…express[ing] the passions of the submerged masses of the population. Though they have all, so far, been defeated, they have not yet spoken their last word.” He returned to this theme in 1976, in his seminal article “The Return of Islam.” When Commentary published it, Western liberals and Arab nationalists ridiculed him. They’d pinned their hopes and reputations on the ever-onward progress of secular modernity. If Islam had “returned,” they had failed.

Lewis didn’t have to wait long for vindication. He didn’t predict the Iranian Revolution three years later, but it enhanced his reputation for prescience. He struck again in 1998 on the pages of Foreign Affairs, where he analyzed the “declaration of jihad” of a little-known Saudi renegade named Osama bin Laden. Lewis again warned against complacency—to no avail.

After 9/11, America listened to him precisely because he had heard Islamist extremist voices when no one took them seriously. Yet he always insisted that those voices didn’t speak for all of Islam: “Anyone with even a moderate knowledge of Islam knows that most Muslims are neither militant nor violent.” Bin Laden’s message was a « grotesque travesty of the nature of Islam and even of its doctrine of jihad. The Quran speaks of peace as well as of war.”

IN CONTEMPT OR GOOD FAITH?

The third misunderstanding is the notion that Lewis held “the Arabs” in contempt. After his death, some Twitter feeds sputtered words supposedly said by Lewis to Dick Cheney when he was vice president: “I believe that one of the things you’ve got to do to Arabs is hit them between the eyes with a big stick. They respect power.”

The only source for this “quote” was the former National Security Adviser Brent Scowcroft, who speculated to a journalist on what Lewis might have said behind closed doors. In fact, no one ever heard Lewis say any such thing. But beyond fake quotes, there has persisted the idea, planted first by Said, that Lewis’ work was “very close to being propaganda against his subject material.” (Presumably, the reference is to the Arabs. In regard to the Turks, Lewis’ critics sometimes claimed he propagandized for them.) Another academic, Richard Bulliet, claimed that Lewis was “a person who does not like the people he is purporting to have expertise about. He doesn’t respect them.”

If this were true, there is no credible explanation as to why, for all the years I knew Lewis, his staunchest friends included prominent Arab scholars. At Princeton, Lewis’ closest colleague was the Egyptian-born economic historian Charles Issawi, his exact contemporary and a man of vast learning. Their erudite and recondite banter induced awe. When the “Orientalism” controversy broke, Issawi stood with Lewis. (“We should be eternally grateful to the Orientalists,” Issawi told an interviewer, “who taught us so much.”) Issawi often closely tracked the ideas of Lewis, as in a 1986 lecture (later published) entitled, “The Clash of Cultures in the Middle East.” Lewis and Issawi disagreed over Israel and Palestine. But in an affectionate tribute to Issawi, Lewis wrote that “our agreements have not strengthened nor our disagreements weakened our friendship.”

It was at Princeton that Lewis first met the Lebanese-born Fouad Ajami, half his age at the time, who gradually became a disciple. It was Ajami who wrote paeans to Lewis on special occasions and spoke movingly at events celebrating him. Ajami attested to “deep reservoirs of reverence felt for [Lewis] in many Muslim and Arab lands…. Countless Arab and Iranian and Turkish readers…know that he has not come to the material of their history driven by bad faith, or a desire for dominion.” Lewis, in turn, dedicated a book to Ajami, “in appreciation of his scholarship, friendship, and courage.” Together they founded an academic association of Middle Eastern studies, meant as a platform for dissenting views.

And while some Arabs thought Lewis too “Zionist,” others valued him precisely for his rapport with Israeli leaders. In 1971, the Egyptian statesman Tahseen Bashir, acting at the behest of President Anwar Sadat, asked Lewis to inform Israeli Prime Minister Golda Meir of Egypt’s interest in peace. Lewis not only conveyed the message from one friend to another, he endorsed it. (Meir rejected the overture; war followed two years later.) Lewis also always combined visits to Israel with stops in Jordan, where King Hussein and then Crown Prince Hassan hosted him. “I had a personal relationship with the royal family,” wrote Lewis, who made Amman his base in the Arab world. He certainly didn’t believe that Israelis and Arabs were doomed to “clash,” and he supported the Oslo Accords (although he later admitted it was a mistake to imagine Palestinian leader Yasir Arafat abandoning terrorism).

It was Lewis’ Arab friends who persuaded him, however improbably, that the Arab peoples were primed for democracy, beginning in Iraq. During the long Cold War, when the Arabs were subjected to Stalinist-style dictatorships, Lewis saw the present as a simple continuum of “the authoritarianism, perhaps we may even say the totalitarianism, of the Islamic political tradition.” But the fall of the Soviet Union invigorated democracy movements everywhere. Were the Arabs truly exceptions? Iraqis came to Lewis and told him they weren’t, and Lewis was primed to believe them. He had entered a last and hopeful phase, of desiring to see the Arabs partake of the bounty of democracy.

Consider, for example, his penultimate contribution to Foreign Affairs. In his 2005 essay, “Freedom and Justice in the Modern Middle East,” Lewis denied that dictatorship constituted “the immemorial way” of the Arabs. It was “simply untrue. It shows ignorance of the Arab past, contempt for the Arab present, and unconcern for the Arab future.” Dictatorships were “very alien to the foundations of Islamic civilization. There are older rules and traditions on which the peoples of the Middle East can build.”

It’s debatable, and probably always will be. But in making the case, beginning with Iraq, Lewis wasn’t propagandizing against his subject. To the contrary, he was arguing that there was nothing so exceptional about the Arabs or Islam that would exclude them from the shared future of humankind. “The Middle East is a region of great, ancient civilizations with talented and ingenious people,” he announced in 2002, “and I have no doubt at all that they can create free societies.” This wasn’t a well-grounded analysis, akin to his prescient read of Islamism. It was a closing prophecy, meant to resolve the contradictions in Lewis’ double devotion to Islam and the West.

The questions that Lewis posed, and the answers that he gave, are still at the center of our politics, which is why his death produced such an outpouring of passions, for and against him. But now he is himself a subject in history. Lewis has given us guidelines for assessing him. “The historian must strive to achieve as great a degree of objectivity as possible,” he wrote. “No man can be entirely detached from the events of the time in which he lived…. The scholar, however, will not give way to his prejudices. He will recognize them, control them, allow for them, and by a process of intellectual self-discipline reduce their working to a minimum.”

Whether Bernard Lewis approximated this ideal is a legitimate question. But it can be answered fairly only by rising to his standard.

Voir aussi:

With the Death of Bernard Lewis, the Age of Academic Giants Has Come to an End

Professional study of Middle East history now belongs to incompetents and political agitators.

Observation
Michael Doran
June 6 2018
About the author
Michael Doran, a senior fellow at the Hudson Institute and the author of Ike’s Gamble: America’s Rise to Dominance in the Middle East (2016), is a former deputy assistant secretary of defense and a former senior director of the National Security Council.
By then I had met any number of extremely accomplished people, but never anyone quite like him. Lewis was a genius, by which I mean not just that he was extremely intelligent but that he possessed dazzling and unique intellectual gifts. He knew somewhere between ten and fifteen languages. The ones that mattered most to him professionally—Arabic, Hebrew, Farsi, modern Turkish, Ottoman Turkish, French, and German—he knew extremely well. He also had a photographic memory.Near-perfect recall is an impressive instrument, though it entails its own peculiar complications. One day, Lewis handed me a manuscript of his new book, The Middle East: A Brief History of the Last 2,000 Years. He asked me to proofread it and to be on the lookout, especially, for repetitions—not just within the text but also between it and his other publications. Edward Said, the author of Orientalism and Lewis’s nemesis and bête noire, had accused him of “recycling old notes.” Lewis had no wish to turn Said into a truth-teller.No sooner had I begun my work than I discovered a passage that had appeared, verbatim, in an article written by Lewis some two decades earlier. Was Said correct, then, and was Lewis cutting and pasting from earlier work? This I knew to be false. Lewis didn’t write books in the conventional sense of the word “write.” He would collect primary sources, organize them into manila folders—a separate one dedicated to each chapter in the book under construction. Then he would sit comfortably in the chair at his desk and speak into the Dictaphone. Out they would flow—perfectly formed sentences. Uninterrupted by so much as an “uh” or an “umm,” they would soon turn into neat paragraphs, and the paragraphs would grow into chapters. A light editing after dictation was sometimes all it took to ready the material for publication. If Lewis sometimes repeated himself verbatim, it was because ideas that he had formulated over the years were simply engraved in granite in his mind.At our next meeting, I showed Lewis the repeated passage. He turned beet red and quickly changed the subject. When on a later occasion I tried to discuss the subject of his phenomenal recall, it was plain my questions irritated him. So I never broached the topic again—but I did once ask if he’d ever experienced writer’s block. “Rarely,” he said. “However, I am occasionally at a loss for the right word.” He had a method for overcoming this ordeal. “I draw myself a hot bath, ease down into the water, put my head back and relax. And then it comes to me.”To call him prolific is an understatement. Wikipedia’s list of his books runs to 33 titles ranging across all periods of Islamic history. The list, however, is incomplete. Among the omissions is Days in Denmark, a lighthearted guidebook published in 1950 under the pseudonym Louis Bernard; alongside its voluminous information and advice, the book pokes fun at the foibles of the Danes. I’d discovered it by chance one day while puttering around in his study. After skimming through it, marveling as I read, I brought it to him fully expecting a show of pride at his command of so offbeat a subject. To my surprise, he was unforthcoming.“You even know Danish?” I asked, brandishing the book.“Where did you find that?”“Over there on the shelf. Did you work on Denmark during the war?” (He had served in British intelligence.)“No.”“What prompted you to learn Danish?”

“Personal reasons,” he said, taking the book from my hand. The conversation, he made clear, was over. I would subsequently learn that his wife had been Danish, and that the marriage had ended unhappily.

Actually, Lewis’s guide to Denmark points to the grand theme of his career: cross-cultural perception, misperception, and conflict. This subject came naturally to him, and was never far from his mind even in the unlikeliest-seeming contexts. One such context that I’ll never forget involved his reaction to a California jury’s notorious verdict of not-guilty in the O.J. Simpson murder trial. For the purposes of an upcoming speech, and prompted by the uproar over the verdict, Lewis was intending to relate an anecdote drawn from the memoirs of a judge in Ireland, a certain McGillicuddy. Would I go to the library, he asked, and hunt down the book to double-check the accuracy of the quote?

Lewis explained what he was looking for. McGillicuddy had served on the bench before Ireland received its independence. With the British ruling the country, Irish Catholic juries were notoriously reluctant to convict Irish Catholic defendants, no matter how damning the evidence. McGillicuddy was outraged when, at a murder trial over which he presided, the jury returned a verdict of not-guilty for a man who was patently guilty. Unable to bring himself to pronounce the prescribed formula for setting free an exonerated defendant—“You have been found innocent by a jury of your peers. You leave this courtroom with no stain on your record”—McGillicuddy, Lewis recollected, revised it to fit the circumstances: “You have been found innocent by an Irish jury. You leave this courtroom with no other stain on your record.”

Off to the library I went. I scoured the stacks and all the relevant databases, but with no luck. No research library in North America had a copy of McGillicuddy’s memoirs. Lewis had read the passage when studying law in the mid-1930s, and recalled it verbatim a half-century later.

Total recall, command of sources, mastery of hard languages—these are indeed powerful tools. I’ve encountered other scholars who’ve possessed them, but they often tend to be hopeless pedants, capable of boring you to tears in five languages. Not so Lewis. He yoked his innate intellectual gifts to a powerful analytic intelligence and expressed the result in lively and urbane prose.

Memory plus languages plus analysis plus talent for expression—this was the magical combination that put him in a class all his own. But that, too, was by no means the end of it. His lectures and his writing always had a point: a big, significant thesis into which even an anecdote plucked from a half-century-old book on a different subject would take on special meaning.

In the 1950s, in the archives of the Ottoman empire in Istanbul, Lewis had found the grand cross-cultural story worthy of his prodigious talents. As one of the first Western historians to gain access to the empire’s official records, he also belonged to a very small fraternity of non-Turkish scholars who had truly mastered the Ottoman language. His archival research allowed Lewis to examine the practical strategies that the last great Muslim empire adopted to contend with the rise of the West.

European expansion was an old story, but Lewis had a new take: how that expansion looked from the heartlands of the Middle East. His research in Istanbul, which in the first instance yielded The Emergence of Modern Turkey, also shaped his thinking in general, and in a way that some commentators on his work have missed: it gave him a particular perspective on modern history.

Nationalism sometimes fosters a shallow intellectual culture, but among the Turks, furtively before World War I and openly thereafter, it generated an original and sophisticated literature. The Ottoman empire was a multiethnic, Islamic polity. To become nationalists, the Turks had to think themselves out of traditional categories and entirely reconceive their history, culture, and politics. This intellectual enterprise, massive and multi-generational, culminated in Kemalism, the ideology associated with Mustafa Kemal Ataturk, the founder of modern Turkey.

Anyone curious about the influence of Kemalism on Lewis can compare The Rise of Modern Turkey with The Development of Secularism in Turkey, a masterful history written by Niyazi Berkes, the leading Turkish scholar of the day. Lewis and Berkes, the comparison will immediately reveal, are close cousins.

But this is hardly to deny the uniqueness of Lewis’s own take on the Turkish national story. With his inimitable panache, he placed it in the broadest possible context, presenting it as it was in itself but also as a chapter in a world-historical drama: the interaction as a whole between the Middle East and the West.

At the center of Lewis’s story is Islam—its nature, power, and persistence. As the men who ran the Ottoman empire and its successor states sought to modernize their societies, they continually butted heads with the champions of traditional society, who expressed their own values and aspirations in an Islamic idiom. This led Lewis to be on the lookout for possible recrudescences of anti-Western Islamic movements. So armed, he was able to identify important political developments significantly in advance of other experts.

Two essays stand out for their prescience in this regard. “The Return of Islam,” published in Commentary in 1976, identified Islamic-based politics as a rising trend—three years before the Iranian revolution that toppled the shah and brought to power the rule of the ayatollahs. Two decades later, in “License to Kill,” published in Foreign Affairs in 1998, he drew attention to Osama bin Laden’s call for jihad against America—three years before 9/11.

It is impossible to exaggerate how hostile the academic field of modern Middle East studies was to these two essays—or to the author of the large corpus of historical research out of which they grew. This hostility was spearheaded by Edward Said in Orientalism (1978). Taking aim directly at Lewis, the book depicted the scholarly tradition of which Lewis was the leading figure as, in its essence, a highfalutin cover for Western prejudice—a learned justification for Western imperialism and Israeli expansionism.

As an intellectual rival to Lewis, Said was hopelessly outgunned. As an academic ideologue, however, he proved the more talented figure. The genius of Orientalism was that it built an intellectual bridge between Middle East studies and the guilt attitudes commonly held by American liberals toward the issue of race in their own country. The cause of the problems in the Middle East, Said implied, lay in the bigotry of white men, for which Lewis’s claim—that a deep knowledge of history and culture was relevant to understanding present-day issues—was just a smokescreen. The essence of the story was the domination of brown people by white people.

Said’s argument, such as it was, is often presented as one side in an ongoing war of ideas, but the real key to understanding its repercussions is to be found in the underlying emotions that it touched on and would later inflame. Consider, for example, a Muslim student of mine, a son of immigrants to the United States, with whom I held hours of solemn conversation in the immediate aftermath of 9/11. (I was working at the time as a professor.) The student unburdened himself to me about the emotional turmoil into which Osama bin Laden’s attacks had thrown his family.

His parents were barely on speaking terms. His father was enraged—at America and at Americans. Before the 9/11 attacks, the father had been just another colleague at work; afterward, he suddenly became the Muslim colleague. He felt unfairly singled out by his non-Muslim co-workers. Some of them became distant, while others insistently asked him to explain Osama bin Laden as if being Muslim gave him special insight into the arch-terrorist’s motivations.

My student’s mother, meanwhile, had the polar opposite reaction. If her husband felt falsely accused, she felt genuinely implicated by bin Laden’s crimes. Overcome with a sense of shame, she grew visibly depressed, staying in bed to avoid going out in public.

As my student’s home became an unhappy place, and as he tried to sort through his own complex feelings, he also found himself unable to talk about these matters with his Muslim friends. They were simply too close to the problem. So he’d come to me instead.

Now consider what Bernard Lewis’s books, articles, and interviews were telling Americans at this same time. Osama bin Laden, he argued, represented a politically significant development, one with deep roots in the history of the Middle East if not in Islam itself. Lewis was not saying that this was the only current in Islam, or necessarily the most authentic one. But the mere fact of his attributing popular legitimacy to it, as well as a connection to Islamic tradition, was enough to enrage men like my student’s father. To his ears, it sounded as if Lewis were tarring both him and his religion with the brush of terrorism.

Many scholars working in Middle East studies in the United States, being themselves of Middle Eastern heritage, share similar emotions. Those who don’t share them are surrounded, professionally and socially, by people who do. Dissenters have thus been under heavy pressure to repudiate Lewis’s perspective and to produce analyses, instead, that put the blame for the ills of the Middle East on exogenous forces—specifically, on Western and/or Israeli policies.

Modern Middle East studies has therefore become a field rife with pro-Muslim apologetics. In this sense, it is fair to say that although Lewis won the argument, Said won the crowd. Thanks to Said, insufferable blowhards who willfully obscure the difference between scholarship and politicking now run the field.

Indeed, by the time I got to know Lewis in the mid-1990s, the ground had already shifted. The rising generation wanted as little connection with him as possible—at least in public. Young academics on the make, some of them his own students, recognized that search committees for coveted jobs would often include an aging curmudgeon who still respected Lewis. To disarm and mollify these older types, they would kiss up to Lewis and ask for recommendations even while denigrating him to their peers.

Out of a sense of professional responsibility, and also because he was loyal to a fault, Lewis would produce the requested recommendations. He recognized rank careerism for what it was, but was he aware of the depth of duplicity being displayed by individuals who owed their careers to him? Of that I’m not so sure.

As academia increasingly disavowed Lewis, the allure of Washington grew stronger. For a man who could effortlessly quote the verse of the 10th-century Arab poet al-Mutanabbi, Lewis also revealed a remarkable talent for talking with policymakers. He was always well briefed on current affairs. For four months of every year, he traveled to the Middle East. When back at Princeton, part of his daily routine was listening to Arab political broadcasts over shortwave radio. Having spent countless hours during World War II eavesdropping on Arab leaders’ telephone conversations and briefing British commanders about them, he had a very keen sense of the day-to-day realities of regional politics and of how to distill the essence for non-experts.

Truth be told, however, he was more an analyst than an implementer, and he was not especially gifted at formulating policy. Nevertheless, in the aftermath of 9/11, he allowed himself to be drawn into the debate over the Iraq war, which he supported. Looking back on it now, I wish he had played the role of grand old man of Middle East analysis rather than becoming, as he did, an intellectual icon for policymakers. I even suggested to him once, over a late-night scotch, that he might remain aloof, issuing Delphic statements that kept him above the fray. “At my age,” he responded, “what difference does it make?” I had no response. He was playing a significant role in the world, in a way usually denied to people in the second half of their ninth decade. And he’d earned the right.

Bernard Lewis was a loyal friend and a scholarly legend. The sadness at his passing only grows as one is forced to acknowledge that the age of academic giants has now definitively come to an end. The professional study of Middle East history now belongs to the heirs of Edward Said—to, that is, intellectual pygmies.

Have I closed on a word, and an image, unpardonably “Orientalist” and “colonialist”? I certainly hope so.

Voir également:

Bernard Lewis

Lewis attributed the 9/11 attacks to a decaying Islamic civilization.

 JPost Editorial
May 23, 2018

Lewis, who will be buried at the Trumpeldor Cemetery in Tel Aviv on Thursday, had a major impact on US foreign policy, particularly under the presidency of George W. Bush. He briefed vice president Dick Cheney and defense secretary Donald Rumsfeld before the invasion of Iraq in 2003. His phrase, “the clash of civilizations,” was made famous by American political scientist Samuel Huntington, who argued that cultural and religious identities would be the primary source of conflict in the post-Cold War era.

Lewis attributed the 9/11 attacks to a decaying Islamic civilization that enabled extremists such as al-Qaeda leader Osama bin Laden to conduct an international terrorist campaign. The solution to the growing problems of fundamentalist Islamic ideology was, in a word, democracy. “Either we bring them freedom, or they destroy us,” Lewis wrote. In many ways he was a modern-day prophet, although he was sometimes wrong and was often accused by his academic colleagues of being Eurocentric. “For some, I’m the towering genius,” Lewis told The Chronicle of Higher Education in 2012. “For others, I’m the devil incarnate.”

He warned in 2006 that Iran had been working on a nuclear program for some 15 years. But he wrongly predicted that Iranian leader Mahmoud Ahmadinejad could be planning an apocalyptic attack, perhaps against Israel, on August 22, to coincide with Muhammad’s night flight to Jerusalem.

As Israel deliberates again whether to recognize the Armenian Genocide, it is timely to recall that in the first editions of his well-known book, The Emergence of Modern Turkey, Lewis described that genocide as “the terrible holocaust of 1915, when a million and a half Armenians perished.” In later editions, he changed the text to “the terrible slaughter of 1915, when, according to estimates, more than a million Armenians perished, as well as an unknown number of Turks.” Critics accused him of “historical revisionism.”

In a visit to The Jerusalem Post in 2007, the London- born Lewis eloquently discussed the situation in an interview with then-editor David Horovitz and reporter Tovah Lazaroff. He predicted that one way for Muslims to alleviate their growing rage would be “to win some large victories, which could happen. They seem to be about to take over Europe.”

Lewis was asked what that meant for Jews in Europe.

“The outlook for the Jewish communities in Europe is dim,” he replied. “Soon, the only pertinent question regarding Europe’s future will be, ‘Will it be an Islamized Europe or Europeanized Islam?’” In reviewing Lewis’s 2010 collection of essays – Faith and Power: Religion and Politics in the Middle East – Post International Edition editor Liat Collins pertinently noted a line of thought appearing throughout the essays was that the Western concept of separating church and state was not compatible with Islam.

“The emergence of a population, many millions strong, of Muslims born and educated in Western Europe will have immense and unpredictable consequences for Europe, for Islam and for the relations between them,” Lewis wrote. Collins commented: “I don’t want to hear a ‘Told you so’ so much as an update in the wake of the current mass migration to Europe’s shores.” Although he didn’t get everything right – who can? – Collins added that his special touches are well-worth noting, such as this classic quotation: “In America one uses money to buy power, while in the Middle East, one uses power to acquire money.”

“Bernard Lewis was one of the great scholars of Islam and the Middle East in our time,” Prime Minister Benjamin Netanyahu said, recalling the wide-ranging conversations Lewis had with his late father and fellow historian, Prof. Benzion Netanyahu. “We will be forever grateful for his robust defense of Israel.”

Most importantly, Lewis helped improve the world’s understanding of Islam and the Arab world. Still today it is difficult to predict how events in the Middle East will play out. His scholarship will live on but his voice will be missed.

Voir encore:

Bernard Lewis, historian of the Middle East, 1916-2018

Originator of ‘clash of civilisations’ phrase, influential in George W Bush’s White House

Bernard Lewis, a towering but controversial historian of Islam and the Middle East, died this week aged 101. Opinion will divide about the legacy of a learned and charming man who shamed many fellow academics with the grace and wit of his phrasemaking in more than two dozen books — was he principally a scholar or a propagandist. He left an indelible mark, over a long career in which he rarely seemed to change his mind or modulate his pithy opinions on what made his chosen region tick.

He risks being remembered most for the 2003 Iraq war, by when he had become celebrity in-house historian to George W Bush’s US administration and ideological guru to thearchitects of the invasion . It was said in Washington at the time that Lewis had more influence on any administration than any academic since John F Kennedy’s era. Just as the “best and brightest” of JFK’s horn-rimmed Harvard types paved America’s path into the swamp of Vietnam, Lewis (from Princeton) furnished a veneer of respectability to a catastrophic venture.

Born in London in 1916, Lewis was a spectacular linguist, mastering not just Arabic, Hebrew, Persian and Turkish, but Latin, Greek and Aramaic as well. After studies at the School of Oriental and African Studies in London, he served in British intelligence during the second world war. He returned to an academic career at SOAS, moving to Princeton in 1974, subsequently becoming a naturalised US citizen. His ascent as a public intellectual dated from his friendship, starting in the 1970s, with Senator Henry “Scoop” Jackson, founding father of what would later be called neoconservatism.

Lewis’s early renown was as a scholar of the Ottoman Empire, his intellectual passion. He was the first westerner to be granted entry to the Ottoman imperial archives in 1950. His engagement with Islamic civilisation as a whole was really with its golden age, from the 8th to the 13th centuries. He consistently highlighted Turkish (and, to a degree, Persian) culture and achievement in a way that cast Arab culture in an inferior light.

Writing about the failure of pan-Arabism, he was dismissive of the way European imperialism aborted the constitutional evolution of Arab politics. He did not highlight how the Ottomans (whose religious tolerance he rightly praised) enforced a ban on the Arabic printing press from the 15th to the 19th centuries to culturally stifle and subjugate their Arab territories.

It is often said that Lewis’s view of the Arabs came about because after the creation of the state of Israel in 1948 it became difficult for him, as a Jew, to research in Arab countries. Yet his famous The Arabs in History, which appeared first in 1950, is already disdainful of Arab achievement after the golden age. The same man who knew how Europe relied on Arabic medical textbooks well into the Renaissance, wrote that “the camel is the supreme technological innovation of the Middle East”. According to Avi Shlaim, emeritus professor of international relations at Oxford university, Lewis’s view was: “There are only two intelligent, competent, and reliable countries in the Middle East — Turkey and Israel — and the US should base its policy towards the entire region on these two allies.”

Edward Said, the late Palestinian-American academic, identified Lewis as a manufacturer of the stereotypical myths the west used to justify dominance of the east. The two went at it hammer and tongs in 1982, in one of the most vehement intellectual disputes of the late 20th century.

By the time of the 9/11 terror attacks in the US, Lewis was better known for polemic and pamphleteering, piling up inferences instead of deploying evidence, clearing a path to the self-righteous Bush administration mantra: “they hate us for our freedoms”.

His earlier scholarly work dwells more on the gradual elimination of the cultural clearinghouses where civilisations meet, from Abbasid Baghdad, through Moorish Spain to the Ottoman Levant — none of which was destroyed by freedom-hating Muslims. By 1990, in his essay The Roots of Muslim Rage, he coined the phrase “clash of civilisations”, later popularised by Samuel Huntington. In the end it was the squibs more than the scholarship, untroubled by doubt or disquisition, which had more impact . It was common knowledge in the Bush White House that the president kept an annotated copy of a Lewis article with his briefing papers.

He is survived by his partner, Buntzie Ellis Churchill, his son Michael and daughter Melanie.

Voir par ailleurs:

L’historien anglo-américain Bernard Lewis est mort

Spécialiste du monde musulman, l’auteur de « Que s’est-il passé? L’Islam, l’Occident et la modernité » s’est éteint samedi 19 mai, à 101 ans.

Gilles Kepel (Professeur à l’Université Paris Sciences et Lettres, dirige la chaire Moyen-Orient Méditerranée à l’Ecole normale supérieure)

Le Monde

Avec la disparition, samedi 19 mai, à 101 ans, de Bernard Lewis, c’est toute une tradition d’érudition « orientaliste », mêlée à l’intervention passionnée dans le débat public, qui s’éteint. L’encre du savant est plus précieuse que le sang des polémistes et, malgré le bruit et la fureur qu’ont suscités ses prises de position, célébrées aujourd’hui de Benjamin Nétanyahou au secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, c’est son extraordinaire connaissance du monde islamique qui lui survivra.

Auteur de plus de trente ouvrages – dont la plupart ont été traduits en français – couvrant des domaines qui vont de la civilisation arabe classique aux mouvements islamistes contemporains, en passant par l’histoire ottomane et turque, qui fut son thème de prédilection, Bernard Lewis était également un styliste à la plume acérée. Cela permit à son œuvre de trouver un rayonnement auprès d’un large public dans le monde entier, dépassant les cénacles académiques.

Né britannique, dans une famille juive, le 31 mai 1916, durant la première guerre mondiale, il apprit, enfant, l’hébreu des prières et découvrit un jour qu’il s’agissait d’une langue. Celle-ci lui ouvrit la voie de l’araméen, puis de l’arabe, et sa curiosité l’amena au persan, à l’ottoman ancien et au turc moderne. Cette extraordinaire maîtrise linguistique lui permit de pénétrer au plus profond les cultures de l’Orient, qu’il lisait dans le texte et citait à profusion.

Caution savante pour George W. Bush

Politiquement conservateur, il allait rester, tout au long d’une existence qui se confondit avec le siècle écoulé, très attaché à la cause d’Israël. Traversant l’Atlantique après la fin de la seconde guerre mondiale, comme tant d’universitaires d’outre-Manche, pour y bénéficier des facilités exceptionnelles des campus américains, il rejoignit l’université de Princeton où, avec son collègue Charles Issawi, il fut le pilier du département des études du Proche-Orient – il deviendra, en 1982, citoyen des Etats-Unis.

Sa sensibilité de droite – qui ne l’empêcha pas de mener, en France, un compagnonnage savant avec Maxime Rodinson, très engagé à gauche – ainsi que son engagement pour Israël lui ouvrirent l’accès aux cercles néoconservateurs qui élaborèrent la politique américaine au Moyen-Orient à l’époque du président George W. Bush, après les attentats du 11 septembre 2001. Avec son collègue Fouad Ajami, disparu en 2014, il en fut la source et la caution savante, même s’il prit ses distances par la suite avec la catastrophe que constitua pour Washington l’occupation de l’Irak.

En 1978, L’Orientalisme – le livre best-seller d’Edward Saïd, d’origine palestinienne et professeur de littérature comparée anglo-française à l’université Columbia – fit de Bernard Lewis sa cible principale. Cet ouvrage, qui a polarisé jusqu’à nos jours le champ disciplinaire des études sur le Moyen-Orient et a contribué à en faire un champ de ruines, lui reprochait d’avoir construit, dans la foulée d’une tradition d’auteurs européens remontant aux savants de la Description de l’Egypte de l’expédition de Bonaparte en 1799, la figure de « l’Oriental » comme un autre radical, assigné à une culture figée, dont la description visait à l’assujettir à la domination coloniale, puis impérialiste et sioniste.

Le désamour de la France

Cette incrimination globale fut l’acte fondateur des « post-colonial studies » qui dominent, depuis lors, les campus américains et touchent désormais les universités françaises. Par-delà les oppositions politiques entre les deux professeurs autour du conflit israélo-palestinien, où chacun s’était fait le champion de l’une des causes, le débat a ouvert des failles persistantes. Saïd a réduit le savoir livresque de Lewis à une machinerie lui permettant d’« essentialiser » les peuples arabes contemporains en ramenant leurs comportements politiques à des textes anciens imprégnés de tradition religieuse, leur déniant ainsi toute modernité. Il en découlera que seuls les indigènes seraient légitimes à produire du savoir sur eux-mêmes, au détriment des universitaires « néocoloniaux » toujours biaisés. C’est le fondement des procès en « islamophobie » intentés aux professeurs « blancs » par le parti des Indigènes de la République et leurs compagnons de route « racisés ».

Lewis et ses disciples ont indéniablement tenu trop peu compte des sciences sociales et humaines, et négligé l’observation d’un terrain qui ne se réduit pas aux bibliothèques, dès lors que l’on veut rendre compte des sociétés contemporaines du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord, voire de l’immigration de celles-ci vers l’Europe et ses banlieues. Mais l’hypercritique de Saïd et de ses épigones a invalidé la connaissance de la culture profonde – rendant impossible de comprendre par exemple les modalités du lien entre Al-Qaida ou l’organisation Etat islamique, les sermons salafistes et les Ecritures saintes de l’islam. Un enjeu dont on ne saurait sous-estimer l’importance et auquel l’université doit apporter, sous peine de discrédit, sa contribution savante.

Le caractère entier de Bernard Lewis lui a valu un désamour spécifique en France : condamné par un tribunal pour des propos tenus dans les colonnes du Monde en 1993 et 1994, dont il a été jugé qu’ils relativisaient le génocide arménien, il a voué depuis lors aux gémonies un pays dont il connaissait intimement la culture…

Mais, par-delà les polémiques politiques, par-delà les aspects aujourd’hui datés d’une épistémologie restée rétive aux sciences humaines, Bernard Lewis témoigne d’un temps où la connaissance des langues et des cultures de l’Orient était un préalable nécessaire à l’analyse de ses sociétés : c’est la leçon toujours actuelle que laisse l’érudit de Princeton au monde qu’il vient de quitter.

Voir enfin:

Proche des néo-conservateurs américains, revendiquant son rôle d’historien engagé, l’historien britannique Bernard Lewis a régulièrement créé la polémique par ses prises de position.

Inventeur de la théorie du « choc des civilisations », l’historien américain Bernard Lewis est décédé, lundi 21 mai, à l’âge de 101 ans.

« Commencé avec le déferlement des Arabes musulmans vers l’ouest et leur conquête de la Syrie, de l’Afrique du Nord et de l’Espagne chrétiennes », ce « choc de civilisation » entre « l’islam et la chrétienté » s’est poursuivi selon lui avec les croisades, la poussée puis le repli des Ottomans en Europe, et enfin à partir du XIXe siècle, par la domination « politique, économique et culturelle », coloniale ou non, de l’Occident sur le Moyen-Orient… Reprise sous une autre forme par son assistant au Conseil de sécurité nationale, Samuel Huntington (The Clash of Civilizations ?, article paru dans la revue Foreign Affairs en 1993, puis dans un livre paru en 1996) l’expression a connu un immense succès et n’a cessé, depuis, d’être défendue ou combattue par de nombreux autres chercheurs.

Passionné de langue et d’histoire

Né à Londres en 1916 dans une famille juive, Bernard Lewis s’est passionné très tôt pour les langues – d’abord l’hébreu, puis l’araméen, l’arabe, le latin, le grec, le persan ou encore le turc – et l’histoire. Spécialiste de la Turquie, où il a vécu et travaillé plusieurs années, il commence à enseigner en 1974 à l’université de Princeton, dans le New Jersey.

Proche des néo-conservateurs américains, revendiquant son rôle d’historien engagé, Bernard Lewis a régulièrement créé la polémique par ses prises de position. Convaincu de l’existence d’un antisémitisme spécifiquement musulman, il y voyait l’une des explications au blocage du processus de paix israélo-palestinien. Il a également contesté la réalité du génocide des Arméniens par les Turcs en 1915, apportant sa caution intellectuelle à la Turquie en affirmant que la thèse du génocide était « la version arménienne » de l’histoire. Il est finalement condamné en 1995, jugement condamné en appel l’année suivante.

Son œuvre rééditée en France

Parmi ses essais les plus récents, on peut citer : What Went Wrong ? en 2002 (traduction française : Que s’est-il passé ?, Gallimard), qui analyse les raisons du déclin du monde arabo-musulman, puis The Crisis of Islam en 2003 (traduction française : L’Islam en crise, Gallimard).

En 2005, plusieurs de ses ouvrages et articles sont réédités, en français et en un seul volume, par les éditions Gallimard, dans la collection Quatro, sous le titre Islam. Une manière de découvrir l’essentiel de l’œuvre de cet auteur de vastes synthèses enjambant les siècles.

« Pour certains, je suis un génie immense. Pour d’autres, je suis le diable incarné », déclarait-il dans un entretien accordé en 2012 au Chronicle of Higher Education.

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