Affaire Enderlin: « Oh, ils font toujours ça. C’est une question de culture » (Journalism as war by other means)

Lhttps://i0.wp.com/www.europe-israel.org/wp-content/uploads/2012/02/D%C3%A9sinformation-300x220.jpga tâche sacrée des journalistes musulmans est, d’une part, de protéger la Umma des « dangers imminents », et donc, à cette fin, de « censurer tous les matériaux » et, d’autre part, « de combattre le sionisme et sa politique colonialiste de création d’implantations, ainsi que son anéantissement impitoyable du peuple palestinien ». Charte des médias islamiques de grande diffusion (Jakarta, 1980)
Il s’agit de formes d’expression artistique, mais tout cela sert à exprimer la vérité… Nous n’oublions jamais nos principes journalistiques les plus élevés auxquels nous nous sommes engagés, de dire la vérité et rien que la vérité. Haut responsable de la Télévision de l’Autorité palestinienne
Je suis venu au journalisme afin de poursuivre la lutte en faveur de mon peuple. Talal Abu Rahma (lors de la réception d’un prix, au Maroc, en 2001, pour sa vidéo sur al-Dura)
Karsenty est donc si choqué que des images truquées soient utilisées et éditées à Gaza ? Mais cela a lieu partout à la télévision, et aucun journaliste de télévision de terrain, aucun monteur de film, ne seraient choqués. Clément Weill-Raynal (France 3)
Nous avons toujours respecté (et continuerons à respecter) les procédures journalistiques de l’Autorité palestinienne en matière d’exercice de la profession de journaliste en Palestine… (Roberto Cristiano, représentant de la « chaîne de télévision officielle RAI, Lettre à l’Autorité palestinienne)
La mort de Mohammed annule, efface celle de l’enfant juif, les mains en l’air devant les SS, dans le Ghetto de Varsovie. Catherine Nay (Europe 1)
Dans la guerre moderne, une image vaut mille armes. Bob Simon
Oh, ils font toujours ça. C’est une question de culture. Représentants de France 2 (cités par Enderlin)
L’image correspondait à la réalité de la situation, non seulement à Gaza, mais en Cisjordanie. Charles Enderlin (Le Figaro, 27/01/05)

Suite à la deuxième session du procès en appel de l’Affaire Enderlin mercredi dernier …

Retour sur un important texte du professeur Richard Landes sur le choc des cultures journalistiques entre les médias arabes et occidentaux.

Et surtout sur cette étrange et inquiétante complaisance (sans parler du racisme implicite mais aussi des menaces réelles qu’elle suppose – y compris en Occident ou en France même) des premiers pour la conception explicite du journalisme comme continuation de la guerre par d’autres moyens des seconds …

Extraits :

Effectivement, il semble qu’il y ait eu, à l’œuvre dans la « rue » arabe, une sorte de « secret d’intérêt public » : des gens simulaient des blessures, d’autres les évacuaient en hâte (et sans brancards) en dépassant des caméramans palestiniens comme Talal, qui utilisaient un matériel vidéo pour enregistrer ces scènes improvisées. C’était Pallywood : l’industrie palestinienne du cinéma.

« Combien de journalistes se conforment-ils à ces règles palestiniennes, et à quel point cette adhésion déforme-t-elle, voire subvertit-elle notre compréhension de ce qui se passe dans cet interminable conflit ? Pouvons-nous permettre ce « secret d’intérêt public » ? »

Dans leurs propres déclarations éthiques, les journalistes palestiniens affirment que leur rôle est de défendre leur cause et d’affaiblir ceux qui s’y opposent. Pour eux, le journalisme consiste à faire la guerre par d’autres moyens ; les médias comme champ de bataille. L’honnêteté et la droiture n’interfèrent pas avec cette prescription éthique, mais n’exigent qu’une apparence de vérité, dont le but est de leurrer la sensibilité du public occidental et de provoquer la rage musulmane.

Dans ce choc des cultures journalistiques, combien de fois les médias occidentaux n’ont-ils pas joué les « idiots utiles » [2] face aux exigences palestiniennes? Combien de fois ne nous ont-ils pas présenté les « vérités » palestiniennes comme étant une information ? Et s’ils l’ont fait aussi fréquemment et de manière aussi destructive que Pallywood et son succès majeur, l’affaire al-Dura, le suggèrent, combien de temps encore continueront-ils à le faire ?

Al-Dura et le « secret d’intérêt public » du journalisme au Moyen-Orient

R. Landes

Un article capital, qui fera date et référence. A diffuser très largement. (Menahem Macina)

11/11/2007

07/11/07
Pajamas Media.
Titre original : « Al Dura and the « public secret » of Middle East Journalism ».
Traduction française : Menahem Macina

Eté 2005. Humiliée de ce que des blogueurs avaient découvert qu’elle s’était fait circonvenir par des photos manifestement manipulées, l’Agence de presse Reuters congédiait et le photographe et le chef de son service photographique, puis, supprimait de ses archives de presse toutes les photos de ce caméraman. Ce faisant, elle agissait énergiquement en sanctionnant deux des péchés majeurs du journalisme moderne : « la fabrication de preuves » et le fait de se laisser duper par les preuves fabriquées.

Ces principes – qui sont ceux de l’éthique d’une presse libre – sont si enracinés, que des Occidentaux ont du mal à imaginer que d’autres puissent ne pas faire leurs nos engagements. Et donc, peu de gens (sauf, des sionistes évidemment partisans), accordent foi aux affirmations selon lesquelles les rushes de Mohammed al-Dura, l’enfant de douze ans, prétendument tué par des Israéliens, au carrefour de Netzarim, le 30 septembre, 2000, ont été mis en scène. Charles Enderlin rejette ces affirmations, avec dérision et succès, comme une théorie du complot, aussi ridicule que celle concernant les attaques du 11 septembre 2001. C’est tellement absurde. D’ailleurs, la plupart des Palestiniens n’auraient pas fait une telle chose ; et si c’était le cas, les médias l’auraient compris. Jusqu’à ce jour, la plupart des journalistes se demandent toujours : « Qui a tué al-Dura ? », et non : « Les rushes sont-ils une mise en scène ou non ? ».

C’est la dernière fois que l’on voit al-Dura filmé par la caméra de Talal :
Il a la main sur ses yeux et non sur son ventre, censé mortellement atteint. Il lève son bras et regarde aux alentours. Enderlin l’avait déjà déclaré mort dans la scène précédente, et (par conséquent ?) a coupé cette scène de son document diffusé.

Et pourtant, l’une des principales différences entre le journalisme occidental et ceux qui s’intitulent « journalistes islamiques », se manifeste précisément à propos de la question de savoir s’il est permis de mettre en scène des informations, et quelle attitude il faut avoir en matière d’information honnête. Selon la Charte des médias islamiques de grande diffusion (Jakarta, 1980), la tâche sacrée des journalistes musulmans [sic], est, d’une part, de protéger la Umma des « dangers imminents », et donc, à cette fin, de « censurer tous les matériaux » et, d’autre part, « de combattre le sionisme et sa politique colonialiste de création d’implantations, ainsi que son anéantissement impitoyable du peuple palestinien ».

C’est ainsi que, interrogé sur les raisons pour lesquelles il avait inséré dans la séquence des Al-Dura l’image d’un soldat tirant au fusil, pour faire accroire que les Israéliens avaient tué l’enfant de sang-froid, un haut responsable de la Télévision de l’Autorité palestinienne avait répondu [1]:

« Il s’agit de formes d’expression artistique, mais tout cela sert à exprimer la vérité… Nous n’oublions jamais nos principes journalistiques les plus élevés auxquels nous nous sommes engagés, de dire la vérité et rien que la vérité. »

Quand Talal Abu Rahma a reçu un prix, au Maroc, en 2001, pour sa vidéo sur al-Dura, il a déclaré à un journaliste :

« Je suis venu au journalisme afin de poursuivre la lutte en faveur de mon peuple. »

Ces remarques constituent une introduction importante à la manière de considérer les rushes de France 2, qui seront montrés au tribunal, le 14 novembre, à Paris, dans le cadre de la plainte en diffamation de France 2 à l’encontre de Philippe Karsenty. Ces séquences ont été filmées par Talal Abu Rahmeh, le 30 septembre 2000, et, durant six ans, Enderlin a affirmé qu’elles prouvent qu’il a raison, et qu’elles montrent l’enfant en proie aux affres d’une intolérable agonie, qu’il a supprimée de son reportage. Mais plusieurs experts (y compris moi-même) qui ont vu ces séquences, affirment que la seule scène qu’Enderlin a coupée est l’image finale, où al-Dura semble bien vivant ; et il est encore plus perturbant de constater que les autres rushes sont remplis d’épisodes mis en scène. Effectivement, il semble qu’il y ait eu, à l’œuvre dans la « rue » arabe, une sorte de « secret d’intérêt public » : des gens simulaient des blessures, d’autres les évacuaient en hâte (et sans brancards) en dépassant des caméramans palestiniens comme Talal, qui utilisaient un matériel vidéo pour enregistrer ces scènes improvisées. C’était Pallywood : l’industrie palestinienne du cinéma.

Ce qui nous amène à un problème plus complexe que de se contenter de faire remarquer que les journalistes palestiniens se réfèrent à une série de règles – différentes des nôtres – selon lesquelles ce genre de manipulation de la « vérité » est tout à fait légitime. Que font les journalistes occidentaux de ces oeuvres de propagande ? Savent-ils qu’il s’agit de truquages, ou sont ils dupes ? Est-ce qu’ils disent aux caméramans qui travaillent pour eux et qui utilisent leur équipement, que filmer des épisodes mis en scène de cette manière est malhonnête et inacceptable ? Et s’ils le font, pourquoi des caméramans qui ont été à leur service durant des années – Talal travaillait pour Enderlin depuis plus d’une dizaine d’années quand il a filmé ces séquences – continuent-ils à filmer ces scènes ? Et comment se fait-il que nos journalistes diffusent ces séquences mises en scène comme s’il s’agissait d’une véritable information ?

Ici, le témoignage fourni par l’affaire al-Dura suggère que, d’une certaine manière, les journalistes sont « au courant » de ce secret d’intérêt public. Quand les représentants de France 2 furent confrontés aux preuves de mise en scène qui abondent dans le film de Talal, ils répondirent, tous les deux, de la même manière :

« Oh, ils font toujours ça. C’est une question de culture » »,

m’a déclaré Enderlin, à Jérusalem.

« Oui, Monsieur, mais, vous savez, c’est toujours comme ça »,

a dit, pour sa part, Didier Eppelbaum, à Denis Jeambar, Daniel Leconte, et Luc Rosenzweig, à Paris.

Et comme en écho de cette complaisance étonnante, Clément Weill-Raynal, de France 3, a émis, devant un journaliste, le commentaire suivant, qui se voulait une critique de Karsenty :

« Karsenty est donc si choqué que des images truquées soient utilisées et éditées à Gaza ? Mais cela a lieu partout à la télévision, et aucun journaliste de télévision de terrain, aucun monteur de film, ne seraient choqués. »

Les implications de cette remarque sapent l’utilisation même de son argument : Comment Karsenty peut-il diffamer Enderlin en l’accusant d’utiliser des rushes mis en scène, dès lors que, comme Clément Weill-Raynal l’admet ici, tout le monde le fait ? Est-ce mal de le faire ? Et si c’est le cas, pourquoi Weill-Raynal critique-t-il Karsenty de siffler la fin de la partie ? Et si ce n’est pas le cas, où est la diffamation ?

Peut-être achoppons-nous ici sur la nature même des secrets d’intérêt public et sur l’importance d’une bonne réputation : chacun peut tricher tant qu’il n’est pas pris. Il est normal que les initiés le sachent, mais l’efficacité de la (més)information dépend du fait que le public ne sait pas. Comme Daniel Leconte l’a reproché à Eppelbaum [représentant de France 2] : « les médias peuvent être au courant [de cette mise en scène], mais le public ne l’est pas. » En fait, le public ne doit pas savoir. CNN se targue de ce que c’est à son « nom qu’on accorde le plus de confiance en matière d’information », non parce qu’il lutte contre les influences, comme l’entrisme en journalisme, qui détruit la crédibilité, mais parce qu’il sait combien la confiance est importante pour son audience de consommateurs d’information. Donc, même si les journalistes occidentaux utilisent régulièrement des rushes mis en scène, ils ne peuvent pas le reconnaître. Et si le démenti ne convainc pas, alors, apparemment, l’étape suivante consiste à dire : « Ce n’est rien, tout le monde le fait. »

Toutefois, un incident, qui s’est produit à Ramallah, suggère que les journalistes occidentaux se sont systématiquement pliés aux exigences palestiniennes de pratiquer un journalisme palestinien. Le 12 octobre 2000, aux cris de « vengeance pour le sang de Mohammed al-Dura ! », des Palestiniens ont mis en pièces les corps de deux réservistes israéliens. Conscients du dommage potentiel qui pouvait en découler, des Palestiniens s’en prirent violemment à tout journaliste qui filmaient la scène. Et pourtant, des membres d’une équipe italienne travaillant pour une chaîne d’informations privée, ont pu, en prenant des risques considérables pour leur vie, faire passer secrètement la séquence filmée à l’extérieur. Soucieux d’éviter les reproches, le représentant de la « chaîne officielle de télévision officielle, RAI » écrivit à l’Autorité palestinienne, que sa chaîne ne ferait plus jamais une telle chose,

« parce que nous avons toujours respecté (et continuerons à respecter) les procédures journalistiques de l’Autorité palestinienne en matière d’exercice de la profession de journaliste en Palestine… »

Mais quelles sont, au juste, ces « procédures journalistiques » ? Sont-elles semblables aux normes de la charte de Jakarta, incluant la censure de tout ce qui cause du tort à la cause palestinienne (même si c’est la vérité), et la publication de tout ce qui cause du tort à Israël (même si c’est faux) ? L’Autorité palestinienne, apparemment inconsciente de ce que ce n’est pas ainsi que le journalisme devrait s’exercer en Occident, publia cette lettre.

Mais pour le bord où le journalisme moderne est censé régner, de telles révélations étaient profondément embarrassantes : même le gouvernement israélien, habituellement timide, « suspendit temporairement » la carte de presse de Roberto Cristiano, et personne dans les médias occidentaux, habituellement agressifs, n’y fit objection. Cristiano avait violé la règle occidentale fondamentale de l’omerta journalistique, et admis qu’il existait des pratiques honteuses. Le public consommateur des « informations » des médias de masse doit se demander :

« Combien de journalistes se conforment-ils à ces règles palestiniennes, et à quel point cette adhésion déforme-t-elle, voire subvertit-elle notre compréhension de ce qui se passe dans cet interminable conflit ? Pouvons-nous permettre ce « secret d’intérêt public » ? »

Mais il n’est pas possible d’espérer que les médias de masse discutent de cela de leur plein gré. Au contraire, la conscience de l’importance de la confiance conduit souvent des journalistes à cacher leurs erreurs, plutôt qu’à les admettre et à en tirer la leçon. Comme me l’a dit un ami français : « Personne n’admet publiquement ses erreurs. C’est un signe de faiblesse. » Si telles sont les règles d’une culture de la honte et de l’honneur, la société civile dépend de ce que des gens préfèrent être honnêtes que de sauver la face, si douloureux que ce soit. Et si l’on ne peut attendre des gens qu’ils soient volontaires pour s’humilier publiquement, nous pouvons et devons insister sur le fait qu’il y a des limites aux efforts que font, tant les individus que les sociétés, pour se soustraire à la correction.

C’est le problème de Charles Enderlin dans l’affaire al-Dura. Dans sa hâte d’avoir un scoop, il a introduit frauduleusement dans un monde sans méfiance, une bombe nucléaire en matière de guerre de l’information. Comme le dit Bob Simon, en voix off d’une sélection d’images style Pallywood : « Dans la guerre moderne, une image vaut mille armes ». Et aucune image n’a concouru davantage à inspirer le désir de vengeance violente et de djihad mondial, que cette « icône de haine ». Pour Enderlin, reconnaître ses erreurs, débarrasser le public de l’asservissement à cette image, et nous avertir de la possibilité que d’aussi colossales erreurs, non seulement se produisent, mais perdurent des années sans être corrigées, ce serait ruiner sa carrière.

De plus, la faillite d’Enderlin, à ce stade, six ans après, implique les plus grands médias de masse, qui, par leur refus de ne pas même permettre à la critique de s’exprimer à l’antenne, le protègent. Ce dilemme peut en partie expliquer pourquoi les médias de masse français ont à peine évoqué cette affaire ; pourquoi ils n’ont rien trouvé à dire sur le premier procès jusqu’à ce que Karsenty perde, et se sont alors hâtés de mettre sous presse pour rassurer le public sur le fait que l’image-choc « n’a pas été mise en scène ». Après tout, Enderlin n’est pas un quelconque plumitif à la solde des Palestiniens, même s’il fait confiance à de tels « journalistes », et par conséquent fait écho à leur travail, à l’antenne. Il est peut-être le correspondant européen au Moyen-Orient le plus connu et auquel on fait le plus largement confiance. Il va de soi qu’en tant que Juif et Israélien, il ne diffuserait pas de fausses informations qui noirciraient la réputation de son pays. Elles doivent donc être vraies.

Après tout, de même qu’elle constitue une « vérité supérieure » pour les musulmans – une justification de la haine, un appel à la vengeance – cette affaire véhicule une charge symbolique pour les Européens. Catherine Nay, une respectable présentatrice des informations sur Europe 1, a accueilli l’image, en ces termes :

« La mort de Mohammed annule, efface celle de l’enfant juif, les mains en l’air devant les SS, dans le Ghetto de Varsovie. »

Cruelle ironie ! Les Européens se servent d’une image produite par ceux qui admirent les nazis et rêvent d’une victoire génocidaire sur les Juifs, pour effacer leur culpabilité dans l’Holocauste. Et pourtant, ne pas admettre de telles erreurs détruit le tissu même de la société civile qui permet une presse libre. Dans la longue histoire des accusations de crime rituel, aucun peuple n’a tiré bénéfice des haines perverses qu’elles ont provoquées.

Alors, à quel point l’autoprotection devient-elle une autodestruction, pas seulement pour les journalistes qui nient leurs erreurs, coûte que coûte, mais pour le public qui les croit ? Comme un journaliste israélien (qui fut mon élève) l’a fait remarquer :

« Chaque jour je dois avancer en respectant la mince frontière entre la fidélité à mes sources et ma loyauté envers mon public ».

A quel point nos journalistes ne nous ont-ils pas gravement trahis, nous leur public, pour être bien vus de leurs sources ?

Dans leurs propres déclarations éthiques, les journalistes palestiniens affirment que leur rôle est de défendre leur cause et d’affaiblir ceux qui s’y opposent. Pour eux, le journalisme consiste à faire la guerre par d’autres moyens ; les médias comme champ de bataille. L’honnêteté et la droiture n’interfèrent pas avec cette prescription éthique, mais n’exigent qu’une apparence de vérité, dont le but est de leurrer la sensibilité du public occidental et de provoquer la rage musulmane.

Dans ce choc des cultures journalistiques, combien de fois les médias occidentaux n’ont-ils pas joué les « idiots utiles » [2] face aux exigences palestiniennes? Combien de fois ne nous ont-ils pas présenté les « vérités » palestiniennes comme étant une information ? Et s’ils l’ont fait aussi fréquemment et de manière aussi destructive que Pallywood et son succès majeur, l’affaire al-Dura, le suggèrent, combien de temps encore continueront-ils à le faire ?

Richard Landes [*]
Pajamas Medias

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Notes du traducteur

[*] Richard Landes est médiéviste. Il enseigne au département d’histoire de l’Université de Boston. Il est spécialiste des origines de la société européenne au tournant du premier millénaire. Il a obtenu sa licence à l’Université de Harvard et son doctorat à l’Université de Princeton. Il a également étudié à l’Ecole Normale Supérieure de Paris. Le Docteur Landes a publié divers ouvrages, dont une Encyclopédie du Millénarisme et des Mouvements Millénaristes (Routledge 2000). Il achève actuellement un livre sur ce thème, intitulé « Le Ciel sur la Terre : les Variétés d’Expériences Millénaristes » (Cambridge University Press), dont le dernier chapitre traitera du djihad mondial.

[1] Voir Richard Landes, « L’Affaire Al-Dura, «Inventé mais exact» : l’échappatoire d’Enderlin ». Propos recueillis par Esther Shapira, dans son documentaire, « Trois balles et un enfant ». On peut voir ce bref extrait du film, édité sur son site par le professeur R. Landes, montrant un soldat israélien, censé tirer sur l’enfant, et recueillant la déclaration du responsable de la TV de l’AP, citée ici.

[2] « En langage politique, l’expression « idiot utile » s’applique à des personnes [pleines] de bons sentiments [et qui, avec] bonne conscience, font le jeu de leur adversaire par naïveté ». Extrait de Wikipedia.

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Mis en ligne le 7 novembre 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org

Voir enfin:

In the footsteps of the al-Dura controversy
In mid-September, as part of the ongoing legal proceedings between Karsenty and France 2, a court in Paris demanded that the television network present it with the full videotape from which the al-Dura report was edited.
Adi Schwartz

Haaretz

Nov. 1, 2007

If you ask Philippe Karsenty what he needs all this for, he’ll say: « I’m just the messenger. » Karsenty, a 41-year-old French Jew and a well-to-do financial consultant, says his goal is to let the entire world know how distorted the reports about Israel are in the French media. The issue that sparked his campaign – the short report broadcast at the start of the second intifada, in September 2000, about the death of the child Mohammed al-Dura at the hands of Israel Defense Forces soldiers – is liable, he believes, to become the new Protocols of the Elders of Zion. And if he doesn’t fight, Jews the world over will suffer from it for another 100 years.

In mid-September, as part of the ongoing legal proceedings between Karsenty and France 2, a court in Paris demanded that the television network present it with the full videotape from which the al-Dura report was edited (« the raw material »). At the end of that month, seven years after the incident itself took place, the head of Israel’s Government Press Office, Daniel Seaman, expressed his opinion that those day’s events were staged by a photographer working for the French TV network in Gaza, Talal Abu-Rahma.

Already on November 22, 2004, Karsenty wrote on his Web site, Media Ratings (www.m-r.fr), which surveys the French media, that al-Dura’s death had been staged and that France 2’s conduct « disgraces France and its public broadcasting system. » A few weeks later France 2 and Enderlin sued him for defamation. Two years later Karsenty was found guilty and was required to pay a symbolic sum of 1 euro in compensation (in addition to 3,000 euros for trial expenses).

« That same day, October 19, 2006, I filed an appeal, » Karsenty says in his first interview with the Israeli media, from his office in Paris.

The first discussion of his appeal had been scheduled for September 2007; the judge asked to see the complete tape (in the previous trial, France 2 chose not to exhibit the tape, and Karsenty did not demand that it be exhibited). In another two weeks, the raw material, whose full length is said to be 27 minutes, will be screened. In the appeal’s final discussion, which will take place in February 2008, Karsenty plans to present an expert opinion, alongside statements of Enderlin and photographer Abu Rahma, made on various occasions in past years.

The story began seven years and one month ago. Enderlin was then sitting in the offices of France 2 in the Jerusalem Capital Studios building, on Jaffa Rd., when the network’s regular photographer in Gaza, Talal Abu-Rahma, began sending him horrifying pictures from the Gaza studio. Enderlin, a veteran correspondent, immediately understood what he had in his hands and asked for the reaction of the IDF Spokesperson’s Office. But when the spokesman responded with a general answer – « The Palestinians make cynical use of women and children » – he decided not to broadcast the response.

In their book « The Seventh War » (in Hebrew), Haaretz correspondents Amos Harel and Avi Issacharoff wrote: « The picture of the father and his son opened the dam to a tremendous flood of desire for revenge. » Within days, the pictures were broadcast from Malaysia to Morocco, from Frankfurt to Tokyo. And they fixed Israel’s image as a brutal and bloodthirsty country, opposite whom weak and unfortunate Palestinians are struggling just to survive.

Even seven years later, in France 2’s Jerusalem offices, in the same room where the original item was edited, Enderlin says that his man in Gaza, Abu-Rahma, is entirely trustworthy. He worked with the network for over 10 years before the al-Dura incident. And besides, asks Enderlin, if the IDF doubted that it was responsible for the incident, why did the deputy chief of staff at the time, Moshe Ya’alon, see fit to express sorrow at the child’s death?

Enderlin, 62, is not exactly your average foreign correspondent, who is stationed in Israel for three to four years. He tied his fate to the State of Israel after volunteering on a kibbutz in the late 1960s. He decided to come on aliyah, and in the 1970s worked for Israel Radio. He has something of a dual personality, he admits: French and Israeli, both foreign correspondent and local citizen. He says he has never faced accusations like those leveled at him since that fateful day in September 2000.

During the first few days after the incident, it was possible to hear some lone voices in both France and Israel, claiming that from their outpost at the Netzarim junction, IDF soldiers could not have shot at Mohammed al-Dura and his father, who were hiding behind a low concrete cylinder. Two months later, Yom-Tov Samia, who was then head of the Southern Command, presented what was eventually dubbed the « minimalist version, » at a press conference. Samia relied on the findings of the investigative committee he himself had appointed, (see box). The head of Southern Command said that in light of the exchanges of fire at the junction between IDF soldiers and armed Palestinians, « the possibility that the boy and his father were shot by Palestinians is greater than the possibility that they were shot by IDF soldiers. »

The media in Israel and abroad, including France 2, reported on the press conference in a tone that ranged from expressing doubt to being amazed, but eventually stopped discussing the matter. This appeared to be convenient for Israel. As Amos Harel wrote in Haaretz at the time: « The assumption is that in any case, Israel only has something to lose from the incident. »

In effect the story was removed from the agenda. One of the few exceptions was a German documentary, broadcast in April 2002, that claimed that it was not IDF soldiers who fired at the child. This aroused Karsenty’s curiosity. The French blogosphere, too, was in an uproar. Bloggers, independent journalists, and both genuine and self-described experts, almost all of them Jews, all of them private citizens, repeatedly analyzed every frame broadcast on television. Here, in the blogosphere, the « maximalist version » developed, to the effect that not only did IDF soldiers not fire at Mohammed al-Dura, but in fact the entire incident was staged by France 2’s Palestinian photographer, for propaganda purposes.

Today, Enderlin says that France 2 should already have taken legal steps against all those who defamed him and the network in 2001. But the network chose not to do so, not until the end of 2004 that is, when two senior French journalists, Denis Jeambar and Daniel Leconte, leveled harsh criticism at Enderlin and his story. Jeambar, who was the editor of the magazine L’Express, and Leconte, a producer of documentaries for television networks such as Arte, published a long article in the newspaper Le Figaro, after watching the raw material they had received from France 2. « At the time when Charles Enderlin presented the boy as dead, » the two wrote, « he had no possibility of determining that he was in fact dead, and even less so, that he had been shot by IDF soldiers.  » At the same time, the two noted explicitly that, « We do not share the opinion that the incident was staged. »

Enderlin says: « Jeambar and Leconte are two journalists who have never set foot in Gaza, certainly not during a time of conflict. I think they’re mistaken. I continue to work and to interview anyone I want. What is true is that it has caused the French media to feel pressure from various organizations, not only Jewish ones, to focus less on Israel. They broadcast less news about Israel. They say things to me like ‘Next time there will be a trial.' »

France 2’s news editor, Arlette Chabot, told the International Herald Tribune in February 2005: « No one can say for certain who killed him [Al-Dura], Palestinians or Israelis. »

« I stand by what I said at the time, but if my boss [Chabot] thinks otherwise, that’s also possible. I would be very surprised if it turns out that Palestinians shot al-Dura; it contradicts everything I know about the event. But if there’s an investigation that meets international standards, I and Abu-Rahma are willing to take a polygraph test. But we request that the soldiers at the outpost take one, too. In any case, my problem is with the claim that the event was staged. We are willing to broadcast any other claim that has been examined. »

In hindsight, is it possible that you were too hasty that evening?

« I don’t think so. Besides, the moment I saw that nobody was asking me anything officially, I started feeling more strongly that the story was true. »

?

Karsenty, the son of immigrants from North Africa, established a share-trading company on the Paris Bourse when he was only 21. « One day you earn a million, the next day you can lose a million. It’s exciting, » he says. Up until 10 years ago he worked as a broker, and in 1996 he established a business consulting firm. In mid-2002 he found time to run for a seat in parliament as the candidate of a center-right party, but he lost to Nicholas Sarkozy (who won 70 percent to Karsenty’s 3 percent). Both live in the same wealthy Paris suburb, Neuilly.

And after « all this is over, » Karsenty says, he wants to go back to the business world. .

« Israel is very much hated in France, » he tells Haaretz in a phone interview. « It is seen as a strong and wealthy country whose army acts like the Nazis. My decision to fight has angered many people, not only in the French establishment, but in the Jewish community as well. Many Jews and non-Jews have told me that I’m right, but that they can’t support me publicly, because they can’t fight the establishment. They have too much to lose. »

Karsenty believes that the photographer staged the famous scene, sent it to Enderlin and told him that the child had been killed. He says that Enderlin did not verify the truth of the story and went ahead and broadcast it. He claims that in the pictures that were aired that evening one can’t see any blood; one can’t see bullets hitting the father or the son; and that the boy can be seen moving at the end of the scene. Moreover, the relatively small number of holes in the wall behind the two invalidates the possibility that IDF soldiers fired at them for a long time, he says. He says he came to these conclusions on the basis of what his friends wrote on the blogosphere, and because of the statements made by physicist Nahum Shahaf, a member of the IDF investigation committee. « There is nothing in the film that proves that al-Dura was shot to death, or shot at all in this incident, » sums up Karsenty.

« In Israel they wanted to forget the whole affair, » he says. « I’m fighting for the sake of history. There are people who are afraid of the media, because if their name appears on the wrong side of this story, together with the ‘crazies,’ their career will be over. But I’m not complaining. I’ve chosen a certain path. After all, I could have started selling vegetables. »

So what do you think happened that day at the Netzarim junction?

« I don’t know what really happened there. I do know that the film we saw was a hoax. »

In response, the IDF Spokesperson’s Office said: « The IDF turned to France 2 several times asking for the raw material used for preparing the story and received no response. Another request was made on September 10, 2007, after it came to our knowledge that at the trial it was said that there had been no such official request from the IDF. The IDF is not taking a stand concerning the trial, and all we ask is that all the material be transferred to us for perusal, so that we can complete the inquiry and discover the truth in this affair. »

The response of France 2: In a letter sent to Ra’anan Dinur, the director general of the Prime Minister’s Office, the network noted that it « was astonished to read Daniel Seaman’s letter, which is full of slander and half-truths. » The network noted that it is willing to cooperate with any official and professional investigation to be conducted by international standards and with legal guidance. France 2 also added that it is willing to help Jamal al-Dura, Mohammed’s father, who has publicly stated his desire to have his son’s body disinterred for a further investigation.

The investigation committee

The investigation committee established by the then-GOC Southern Command, Major General Yom-Tov Samia, in the wake of Mohammed al-Dura’s death, never published the report of its findings nor the identity of its members. Even the date of its establishment is unknown.

In response to questions I recently put to Samia, who is today a private citizen, regarding the conclusions of the committee, he referred me to the IDF Spokesperson’s Office, which stated that, « In the wake of the incident, the head of Southern Command decided to carry out a military investigation. Samia headed the team that carried out the investigation, and the other members of the team included physicist Nahum Shahaf ?(who was in charge of the professional investigation?), representatives of Military Intelligence, experts and additional officers. When the work was concluded, the findings were presented to the head of MI and were brought to the knowledge of the chief of staff, and in coordination with him the main findings were presented at a briefing for journalists. »

The IDF Spokesperson did not respond to Haaretz’s request to see the committee’s order of appointment or the names of all its members. The Defense Ministry said a copy of the report is in the IDF archive, but « since it has not been 10 years since the date the study was initiated, the law that applies to it, according to the Military Judgment Law, does not allow for perusal of the material. »

The appointment of Shahaf, who held no official military or police position at the time, aroused criticism because of the doubts he had raised in the past regarding the identity of prime minister Yitzhak Rabin’s murderer. Samia removed another one of the committee’s members, Yosef Duriel, also a private citizen, in the midst of its work. Six years later, in the context of a defamation lawsuit filed by Duriel, Judge Shoshana Almagor referred to his part in the work of the committee − but not to the entire investigation − and stated that « his investigation of the incident was amateurish − unprofessional and unscientific. »

Haaretz discovered that at least three other people participated in the investigative committee. They are being interviewed here for the first time.

Meir Danino, who holds a doctorate in physics and is the chief scientist at Elisra Systems: « I signed the report that was submitted to Yom-Tov Samia, which claims that the shots could not have come from IDF soldiers because of the direction of the fire. My part in the investigation included an analysis of videotapes and photos shown by French television. »

Bernie Schechter, a former police chief superintendent, a ballistics expert and former head of the weapons laboratory at the Israel Police’s criminal identification laboratory: « I was invited to the committee by Samia. Because the wall with the bullet holes was destroyed, we had only the videotape and the angle of fire. I saw the videotape dozens of times and I participated in a reconstruction that took place in the Negev. I thought the shots did not come from the direction of the IDF, but the destruction of the wall took away 95 percent of the evidence. I didn’t write any recommendation, because I am not certain. As a criminal identification expert, I wouldn’t go to the court with such evidence, no matter what position it supports. »

Chief Superintendent Elliot Springer, also from the criminal ID lab, who was also a member of the committee, is still in service, and the police spokesman did not permit him to be interviewed.

The tape

Two weeks ago I watched an 18-minute tape, from which Enderlin prepared his story in September 2000, and which will be submitted to the Parisian court on November 14. The first 10 minutes show footage of a demonstration at Netzarim junction: Dozens, perhaps hundreds of people are throwing a heavy barrage of stones at an IDF outpost. They are all dressed in civilian clothing, some are children under 10 years of age. Molotov cocktails are also seen being thrown at the outpost, and some of them catch fire.

During these moments no reaction is recorded from the IDF outpost, and the first shot, whose source is not visible on the tape, occurs at about the 10th minute. Between minutes 9 and 14, the photographer conducts two interviews at the junction itself. The two interviewees are standing in the direct line of sight of the IDF outpost.

By minute 14, more frequent shooting can be heard. Palestinian policemen in uniform fire from rifles they are holding, but it can’t be seen at what, and Palestinians in civilian clothing who were in the IDF’s line of fire are seen fleeing from the spot. The first time Mohammed al-Dura and his father are seen on the tape is at 14 minutes and 30 seconds, stooping behind a concrete cylinder. The camera pans right and left and does not focus on them. It returns to them occasionally until approximately minute 16.

The two appear again from minute 17 until the end of the tape, a minute later. These are the images that were broadcast internationally. The father is holding on to the cylinder and waving his hands, and the boy is trying to take refuge in his lap. At this point frequent shots are heard. In the last picture Mohammed al-Dura is seen lifting his head.

16 commentaires pour Affaire Enderlin: « Oh, ils font toujours ça. C’est une question de culture » (Journalism as war by other means)

  1. […] Oh, ils font toujours ça. C’est une question de culture. Enderlin […]

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  2. […] correspondait à la réalité de la situation, non seulement à Gaza, mais en Cisjordanie. Charles Enderlin (Le Figaro, […]

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  3. […] efface celle de l’enfant juif, les mains en l’air devant les SS, dans le Ghetto de Varsovie. Catherine Nay (Europe […]

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