Mort de Jean-Luc Godard: Quels dangereux attraits de l’antisémitisme lettré ? (What paradoxical form of anti-semitism’s historical resurgence when groundbreaking filmmaking and challenging conventional wisdom turn into trivializing the nazification of Israel and Jews ?)

 

Si toutes les valeurs sont relatives, alors le cannibalisme est une affaire de goût. Leo Strauss
Toute idée fausse finit dans le sang, mais il s’agit toujours du sang des autres. C’est ce qui explique que certains de nos philosophes se sentent à l’aise pour dire n’importe quoi. Camus
Tout au long de sa phénoménale carrière publique, il n’aura cessé d’adopter des postures consternantes. «Homme de gauche», absolument de gauche, il aura épousé toutes les mauvaises causes de sa génération sans en manquer aucune, aura approuvé toutes les révolutions sanguinaires, de Cuba à la Chine. Toujours disposé à accabler ces fascistes d’Américains, Ronald Reagan et, bien sûr, George W. Bush (c’est sans risque), l’a-t-on en revanche entendu, ne serait-ce qu’un peu, dénoncer le fascisme de Mao Zedong ? Ou celui des islamistes ? (…) comment s’interdire de songer à cette génération entière d’intellectuels et d’artistes en Europe, en France surtout, autoproclamée de gauche – au point que le mot ne fait plus sens –, qui n’ont cessé d’adopter des postures morales tout en illustrant des causes absolument immorales ? Comment ne pas voir surgir des spectres : ceux qui hier, ont aimé Staline et Mao et, bientôt, vont pleurer Castro ? Ceux qui n’ont rien vu à Moscou, Pékin, La Havane, Téhéran, Sarajevo, et Billancourt ? Ceux qui, maintenant, devinent dans l’islamisme une rédemption de l’0ccident ? Cette grande armée des spectres, de l’erreur absolue, dieu merci, elle n’a jamais cessé de se tromper d’avenir. (…) par-delà ce cas singulier, on ne se méfie pas assez du grand écrivain et de la star dès qu’ils abusent de leur séduction pour propager des opinions politiques, seulement politiques, mais déguisées autrement. (…) On se garde de l’homme politique, l’élu démocratique, beaucoup trop puisqu’il avance à découvert. On ne se garde pas assez, en revanche, de l’artiste quand son talent le dissimule, surtout quand le talent est grand : des magiciens, grimés en moralistes, on ne se méfie jamais assez. Guy Sorman
On regrette l’indifférence d’un Balzac d’avant les journées de 1848, l’incompréhension apeurée d’un Flaubert en face de la Commune ; on les regrette pour eux : il y a là quelque chose qu’ils ont manqué pour toujours. Nous ne voulons rien manquer de notre temps. Sartre (1947)
Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ; restent un homme mort et un homme libre. Sartre (1961)
Un régime révolutionnaire doit se débarrasser d’un certain nombre d’individus qui le menacent, et je ne vois pas d’autre moyen que la mort. On peut toujours sortir d’une maison. Les révolutionnaires de 1793 n’ont probablement pas assez tué. Sartre (1973)
Ceux qui affirment la souveraineté de l’État israélien et sont en même temps convaincus que les Palestiniens ont droit à la souveraineté pour la même raison, et qui considèrent la question palestinienne comme fondamentale, doivent admettre que la politique de l’establishment israélien est littéralement insensée et vise de manière délibérée à éviter toute solution possible à ce problème. Il est par conséquent politiquement juste de dire qu’un état de guerre existe entre Israël et les Palestiniens. Dans cette guerre, la seule arme des Palestiniens est le terrorisme. C’est une arme terrible mais les opprimés n’en ont pas d’autre, et les Français qui ont approuvé le terrorisme du FLN contre des Français doivent également approuver l’action terroriste des Palestiniens. Ce peuple abandonné, trahi et exilé ne peut montrer son courage et la force de sa haine qu’en organisant des attaques mortelles. Naturellement, celles-ci devraient être considérées politiquement, en évaluant les résultats escomptés contre ceux réellement obtenus. Nous aurions également besoin de traiter la question fortement ambiguë des rapports entre les gouvernements arabes – dont aucun n’est socialiste ni n’a de tendances socialistes – et les feddayin, ce qui nous conduit à demander si les principaux ennemis des Palestiniens ne seraient pas ces dictatures féodales, dont plusieurs les ont soutenus verbalement tout en essayant en même temps de les massacrer, et si le premier effort des Palestiniens, que leur guerre voue nécessairement au socialisme, ne doit pas être de combattre au côté des peuples du Moyen-Orient contre ces États arabes qui les oppriment. Mais ces problèmes ne peuvent être traités dans un article. Pour ceux qui approuvent les attaques terroristes auxquelles l’establishment israélien et les dictatures arabes ont conduit les Palestiniens, il semble parfaitement indigne que la presse française et une partie de l’opinion jugent l’attaque de Munich un outrage intolérable, alors que l’on a souvent lu des rapports laconiques sans commentaires au sujet des frappes de Tel Aviv ayant coûté plusieurs vies humaines. Jean-Paul Sartre (La Cause du peuple, 15 octobre 1972)
Les Palestiniens n’ont pas d’autre choix, faute d’armes, de défenseurs, que le recours au terrorisme. […] L’acte de terreur commis à Munich, ai-je dit, se justifiait à deux niveaux : d’abord, parce que tous les athlètes israéliens aux Jeux olympiques étaient des soldats, et ensuite, parce qu’il s’agissait d’une action destinée à obtenir un échange de prisonniers. Quoiqu’il en soit, nous savons désormais que tous, Israéliens et Palestiniens, ont été tués par la police allemande. Jean-Paul Sartre
J’ai toujours soutenu la contre-terreur contre la terreur institutionnelle. Et j’ai toujours défini la terreur comme l’occupation, la saisie des terres, les arrestations arbitraires, ainsi de suite. Jean-Paul Sartre
Les attentats suicides des Palestiniens pour parvenir à faire exister un État palestinien ressemblent en fin de compte à ce que firent les Juifs en se laissant conduire comme des moutons et exterminer dans les chambres à gaz, se sacrifiant ainsi pour parvenir à faire exister l’État d’Israël. Jean-Luc Godard (2006)
Ils se lanceront les bombes sur les autres ! Où est le problème ? Jean-Luc Godard (sur la bombe iranienne)
Le peuple juif rejoint la fiction tandis que le peuple palestinien rejoint le documentaire. (…) Alors, on dira que les Israéliens sont sur TF1, c’est la télé-réalité. Et les autres, dans un film de Frédéric Wiseman. Jean-Luc Godard
Un catholique, je sais ce que c’est : il va à la messe. Mais un juif, je ne sais pas ce que c’est ! Je ne comprends pas ! Jean-Luc Godard
Moses is my principal enemy…Moses, when he received the commandments, he saw images and translated them. Then he brought the texts, he didn’t show what he had seen. That’s why the Jewish people are accursed. Jean-Luc Godard (1981)
What I find interesting in the cinema is that, from the beginning, there is the idea of debt. The real producer is, all the same, the image of the Central European Jew. Jean-Luc Godard
Strange thing Hollywood — Jews invented it. Jean-Luc Godard
Lanzmann et moi étions les instruments de sa cure : celle d’un antisémite qui essaye de se soigner. J’étais prêt à jouer le jeu, mais il a changé de plan. Bernard-Henri Lévy
Jean-Luc Godard n’est pas le seul à filmer comme il respire, mais c’est lui qui respire le mieux. Il est rapide comme Rossellini, malicieux comme Sacha Guitry, musical comme Orson Welles, simple comme Pagnol, blessé comme Nicholas Ray, efficace comme Hitchcock, profond, profond, profond comme Ingmar Bergman et insolent comme personne. Les années qui passent nous confirment dans la certitude que À bout de souffle aura marqué dans l’histoire du cinéma un tournant décisif comme Citizen Kane en 1940. Godard a pulvérisé le système, il a fichu la pagaille dans le cinéma, ainsi que l’a fait Picasso dans la peinture, et comme lui il a rendu tout possible. François Truffaut (1967)
Godard jams his films full of political, literary, cinematic and historical references. But they don’t seem to be organized according to any system. In « Weekend, » characters wander in and out, expressing disorganized thoughts about Mozart, the Third World, the function of the cinema and things like that. On this level, « Weekend » is a great deal like an erudite cocktail party: Lots of well-informed people drift about repeating things they learned in college survey courses and nothing gets accomplished or decided, but at the end you have a feeling of unease – as if this world, and the things said in it, were a frail shield against some approaching cataclysm. That’s on one level. On another level, Godard makes the most purely cinematic movies yet achieved. He uses his camera and his images to create a world that has no existence outside this particular movie. (…) One single Godard film seems accidental. But if you see half a dozen, you begin to get a sense of his universe. You see themes introduced, developed, worked out, discarded and then later satirized. (…) Godard is a director of the very first rank; no other director in the 1960s has had more influence on the development of the feature-length film. Like Joyce in fiction or Beckett in theater, he is a pioneer whose present work is not acceptable to present audiences. But his influence on other directors is gradually creating and educating an audience that will, perhaps in the next generation, be able to look back at his films and see that this is where their cinema began. Roger Ebert
Il joue très bien l’intellectuel français, avec un certain flou. Quand je suis arrivé pour le tournage, il portait un pyjama — haut et bas — un peignoir et des pantoufles et fumait un gros cigare. J’avais le sentiment étrange que j’étais dirigé par Rufus T. Firefly. Woody Allen
I will never forgive Godard for his anti-Semitism. Anti-Semitism brings joy to no one… I realize that from now on, you can only despise Godard on a human level. ‘Filthy Jew’ is the only insult which I cannot take… If you know what these words evoke within me, what they revive of a past which is still agonizing, you would come over to embrace me. Your Jewish friend who owes so much of his Jewish happiness to you. Braunberger (letter to Truffaut in 1968)
Reality itself becomes a relative term when Godard, as de Baecque observes, justifies every act of Arab resistance, including terrorism, by saying that “Israel is a paradoxical form of Nazism’s historical resurgence.” In a 1970 short documentary filmed for German TV, Godard brandished a tract with the slogan “NazIsrael” emblazoned on it and told the cameraman, “Write us a check from German television, which is financed by Zionists and that idiotic Social Democrat, Willy Brandt, and that will let us buy weapons for the Palestinians to attack Zionists,” as de Baecque further recounted. Godard’s fictional films also contain disquieting anti-Semitic utterances, sometimes in the guise of pseudo-humor. In 1964’s “A Married Woman” (“Une Femme Mariée”), a character states: “Today, in Germany, I said to someone, ‘How about if tomorrow, we kill all the Jews and the hairdressers?’ He replied, ‘Why the hairdressers?’” In 1967’s “Two or Three Things I Know About Her” (“Deux ou Trois Choses Que je Sais D’elle”), the director brags that ParisMatch magazine “always affixes a star to my films, as it does to Jews.” The allusion to the Nazi law forcing Jews to wear yellow stars in Occupied France is symptomatic of a sensibility, usually found among Europe’s ultra-right-wing politicians, that produces crushingly unfunny jokes about such historical tragedy. Godard’s 2010 film, “Film Socialisme” (“Socialism Film”), which premiered in May at the Cannes Film Festival, features a typical pseudo-aphorism of this ilk: “Strange thing Hollywood — Jews invented it.” While Hollywood historians know that the early studio heads were for the most part Jewish, to conclude that this explains the industry’s “strangeness” is racist, to say the least.  (…) In a 2009 article in Le Monde, “Godard and the Jewish Question” by Jean-Luc Douin, Godard is quoted as making an off-camera comment during the filming of a 2006 documentary: “Palestinians’ suicide bombings in order to bring a Palestinian State into existence ultimately resemble what the Jews did by allowing themselves to be led like sheep to be slaughtered in gas chambers, sacrificing themselves to bring into existence the State of Israel.” Godard apparently believes that Jews committed mass suicide during the Holocaust in order for Israel to be created. The same article quotes him along these lines: “Basically, there were six million kamikazes” and “Hollywood was invented by Jewish gangsters.” (…) in a single 2009 article in the English-language Canadian magazine Cinemascope (…) Bill Krohn, a Hollywood correspondent for Cahiers du Cinema (…) accused Brody of ideological simplification, biographical reductivism, guilt by association, misinterpretation, having felt snubbed by Godard and, overall, perpetrating “a hatchet job disguised as a celebration of Godard’s genius.” (…) in one concrete instance he suggests that Godard’s exclamation of “filthy Jew,” taken by Braunberger as a deadly insult, was misunderstood. Krohn unpersuasively interprets it as affectionate banter between old friends and, even more absurdly, as an allusion to Jean Renoir’s classic 1937 film “La Grande Illusion.” (…)  Perhaps film producers make the distinction between an artist of undeniable talent and an individual of extremely dubious opinions. Responding to reporters from the London Sunday Times, Jean-Luc Gaillard, a longtime neighbor of Godard, noted, “He [Godard] is on a different level from the rest of us, somewhere between genius and completely round the bend.” In proudly Anglo-dominated Los Angeles, it seems that artists whose odious statements are made in languages other than English can get a free pass and, on occasion, even a hat tip. Because Godard’s statements have been in French, there has been barely any American opposition to the Academy’s nomination. When approached to comment for this story, even staunch opponents of anti-Semitism — such as Rabbi Marvin Hier, head of the Simon Wiesenthal Center and multiple Academy Award winner; noted University of California, Los Angeles, film historian Howard Suber, and writer-producer Lionel Chetwynd — said that they had no personal knowledge of Godard’s reputed anti-Semitism. Elsewhere — and especially in France, where Godard has worked for several decades — others may agree with Braunberger, who wrote to Truffaut in 1968: “I will never forgive Godard for his anti-Semitism ». Benjamin Ivry
J’ai peur d’être à un peu contre-courant en parlant de ce Monsieur, qui est le cinéaste qu’il était – bon moi ce n’était pas ma tasse de thé – mais c’est surtout l’homme qu’il était qui n’a pas été très bienveillant pour ma communauté, pour les Juifs en général et pour Israël en particulier. Et je trouve que les propos qu’il a tenus étaient absolument inadmissibles. C’était de l’antisémitisme. C’était du négationnisme. C’était du révisionnisme. Et je pense que j’ai été plus touché par la disparition de la reine Élizabeth que par Jean-Luc Godard, pardonnez-moi. Mais je ne peux pas admirer quelqu’un qui hait à ce point les Juifs. C’est pas possible. (…) C’était le cas avec Céline. On me somme de lire Céline, je ne le ferai jamais. C’est un peu comme si j’admirais (…) les peintures d’Hitler. (…) Je m’en fous, ça ne m’intéresse pas. Donc … Paix à son âme (….), mais ce n’est pas quelqu’un que j’apprécie, que j’aime. Le Mépris, (…) je l’aime parce que j’aime beaucoup la musique de Delerue (…) C’est tout ce que j’ai à dire sur lui. Le reste je ne peux pas en parler. Je n’ai pas aimé la façon dont il a traité le peuple juif et Israël. Je n’ai pas aimé cette façon de revoir l’Histoire. Qu’il ait ses idées, qu’il soit pro-palestinien, c’est très bien. Moi je suis pour d’une certaine façon aussi, mais pas ce qu’il en a dit. Pas dire qu’en réalité, ’les Juifs de la Shoah s’étaient fait tuer exprès comme des moutons, pour que trois ans après on reconnaisse Israël ; et quand je pense qu’il y en a qui adhèrent à ce genre de propos, pardonnez-moi, je trouve ça honteux. Gérard Darmon
L’antisionisme est l’hostilité à l’installation des juifs en Israël, dans cette terre appelée Palestine par les Romains, qui fut une province de l’Empire ottoman, puis territoire sous mandat britannique. Je n’arrive pas à croire que des antisionistes comme l’amuseur public Dieudonné (qui a fait de l’antisionisme un parti politique français) préfèrent voir les juifs rester dans les pays de la diaspora… Faut-il alors expédier les juifs à Madagascar ou en Argentine, comme l’avaient envisagé les nazis ? Il faudrait poser la question aux antisionistes virulents : y a-t-il un lieu sur terre où la présence des juifs ne vous gênerait pas ? En fait, le sionisme est d’abord une question intéressant les juifs, et il y en a qui, sans être anti-israéliens, n’approuvent pas les aspirations du sionisme. (…) Cette déclaration me semble inepte et inacceptable. En estimant que les juifs attachés à l’Europe se sont laissé faire sans résistance, il donne raison aux sionistes dans leur projet de créer un Etat juif, préférant cette cause à défendre, y compris militairement, aux vexations, aux spoliations et aux crimes dont ils ont été les victimes en Europe centrale et orientale, très tôt dans le XXe siècle. Mais il est absurde de dire que les juifs d’Europe se sont sacrifiés pour une cause – le sionisme – qui n’était justement pas la leur. (…) Cette anomalie de syntaxe montre Jean-Luc Godard en flagrant délit d’une élucubration inavouable dont il découvre le piège trop tard. Evitant de justesse de dire : «Ils lanceront les bombes sur les autres», il n’arrive pas à construire correctement : «Ils se lanceront des bombes les uns sur les autres», avant d’ajouter : «Où est le problème ?» (…) Il lui arrive d’être antisémite comme un juif peut l’être, dans des accès de critique contre ses congénères. Godard s’est dit lui-même le «juif du cinéma», alors qu’il déclarait le cinéma américain entre les mains de «voyous juifs». Godard dit aussi que, s’il sait qu’un catholique est quelqu’un qui va à la messe, il ignore ce qu’est un juif. Comme il ne va pas à la messe, il n’est donc pas catholique. Il me semble qu’à choisir, il se sentirait plutôt juif et, dans ce cas, en rébellion fréquente contre les siens. Je préfère le voir ainsi, comme je suis sûr qu’il eût été un dreyfusard. (…) Je pense à ceux de ma génération qui furent jeunes en 1968 : nous admirions les inventions géniales du cinéma de Godard, nous aimions ses héros suicidaires et romantiques. L’enthousiasme qu’a suscité son œuvre à juste titre a donné à Godard un ascendant considérable sur les esprits, et le pouvoir d’imposer sans discussion des idées, des points de vue très discutables. Il est arrivé un moment où les admirateurs de Godard sont devenus des dévots, ânonnant le catéchisme d’un nouveau conformisme. (…) Jean-Luc Godard est un monteur virtuose : des images, de la musique, des mots. Dans la convocation des citations, il est comme un phénomène du calcul mental. Pour Godard – en cela proche d’Aby Warburg, tel que lui rend hommage Georges Didi-Huberman dans son exposition «Atlas», au musée Reina Sofia, à Madrid -, le monde est un montage, sans cesse «à remonter». Les effets de sens du montage – surtout lorsque les emprunts et les citations ne sont ni identifiés ni restitués dans leur contexte original – peuvent être aussi bien lumineux, c’est-à-dire révélateurs de vérité, que ravageurs, c’est-à-dire producteurs d’illusions, de confusions et de mensonges. Il y a de tout cela dans l’œuvre considérable de Jean-Luc Godard et dans son influence sur le cours des idées. Alain Fleischer

Trésor national, prophète du 7e art, légende vivante, Helvète anarchiste », « plus con des Suisses pro-Chinois », « plus con des maoïstes suisses »…

Juxtaposition des images de Golda Meir et d’Hitler, assimilation de l’Etat d’Israël à un « cancer sur la carte du Moyen-Orient, défense du massacre des JO de Münich …

Retour au lendemain de la salutaire polémique lancée par l’acteur Gérard Darmon …

Alors que pleuvent les hommagesde par le monde …

Sur la part d’ombre d’un metteur en scène qui avait littéralement révolutionné le cinéma …

Mais aussi entre deux aphorismes géniaux ou carrément négationnistes, multiplié les polémiques et les provocations …

Et épousé, lui aussi à l’instar d’un Sartre ou d’un Grass, toutes les mauvaises causes de sa génération …

Sans en manquer aucune, maoïste ou palestinienne …

Mais aussi, plus grave encore, réussi à faire de l’antisémitisme …

Comme le cannibalisme selon le mot de Léo Strauss, une simple « affaire de goût » !

« Godard est parfois antisémite, comme un juif peut l’être »
Alain Fleischer revient sur les points polémiques de son livre :
Eric Loret
Libération
8 mars 2011

De Rome, son «lieu» d’écriture, Alain Fleischer a répondu par mail à une série de questions sur la démonstration que mène Réponse du muet au parlant, à paraître au Seuil le 17 mars.
Vous écrivez que «pour un antisioniste, les juifs n’ont de place nulle part, et qu’ils sont indésirables partout»…

L’antisionisme est l’hostilité à l’installation des juifs en Israël, dans cette terre appelée Palestine par les Romains, qui fut une province de l’Empire ottoman, puis territoire sous mandat britannique. Je n’arrive pas à croire que des antisionistes comme l’amuseur public Dieudonné (qui a fait de l’antisionisme un parti politique français) préfèrent voir les juifs rester dans les pays de la diaspora… Faut-il alors expédier les juifs à Madagascar ou en Argentine, comme l’avaient envisagé les nazis ? Il faudrait poser la question aux antisionistes virulents : y a-t-il un lieu sur terre où la présence des juifs ne vous gênerait pas ? En fait, le sionisme est d’abord une question intéressant les juifs, et il y en a qui, sans être anti-israéliens, n’approuvent pas les aspirations du sionisme.

Que pensez-vous de la déclaration que vous a faite Godard hors caméra sur les Juifs «se laissant conduire comme des moutons et exterminer dans les chambres à gaz, se sacrifiant ainsi pour parvenir à faire exister l’Etat d’Israël» ?

Cette déclaration me semble inepte et inacceptable. En estimant que les juifs attachés à l’Europe se sont laissé faire sans résistance, il donne raison aux sionistes dans leur projet de créer un Etat juif, préférant cette cause à défendre, y compris militairement, aux vexations, aux spoliations et aux crimes dont ils ont été les victimes en Europe centrale et orientale, très tôt dans le XXe siècle. Mais il est absurde de dire que les juifs d’Europe se sont sacrifiés pour une cause – le sionisme – qui n’était justement pas la leur.

Favorable à la bombe atomique iranienne, Godard déclare dans Morceaux de conversation avec Jean-Luc Godard : «Ils se lanceront les bombes sur les autres ! Où est le problème ?» Comment analysez-vous ce lapsus ?

Cette anomalie de syntaxe montre Jean-Luc Godard en flagrant délit d’une élucubration inavouable dont il découvre le piège trop tard. Evitant de justesse de dire : «Ils lanceront les bombes sur les autres», il n’arrive pas à construire correctement : «Ils se lanceront des bombes les uns sur les autres», avant d’ajouter : «Où est le problème ?»

Croyez-vous que Godard soit antisémite ?

Il lui arrive d’être antisémite comme un juif peut l’être, dans des accès de critique contre ses congénères. Godard s’est dit lui-même le «juif du cinéma», alors qu’il déclarait le cinéma américain entre les mains de «voyous juifs». Godard dit aussi que, s’il sait qu’un catholique est quelqu’un qui va à la messe, il ignore ce qu’est un juif. Comme il ne va pas à la messe, il n’est donc pas catholique. Il me semble qu’à choisir, il se sentirait plutôt juif et, dans ce cas, en rébellion fréquente contre les siens. Je préfère le voir ainsi, comme je suis sûr qu’il eût été un dreyfusard.
Vous craignez que des «spectateurs sous influence» ne soient empoisonnés par les paroles de Godard. A qui pensez-vous ?

Je pense à ceux de ma génération qui furent jeunes en 1968 : nous admirions les inventions géniales du cinéma de Godard, nous aimions ses héros suicidaires et romantiques. L’enthousiasme qu’a suscité son œuvre à juste titre a donné à Godard un ascendant considérable sur les esprits, et le pouvoir d’imposer sans discussion des idées, des points de vue très discutables. Il est arrivé un moment où les admirateurs de Godard sont devenus des dévots, ânonnant le catéchisme d’un nouveau conformisme.
Analysant son style, vous écrivez que Godard «signe par le montage d’emprunts à ceux dont il fait disparaître la signature». Liez-vous théoriquement les idées politiques de Godard et une influence mortifère qu’il aurait eue sur le cinéma ?

Jean-Luc Godard est un monteur virtuose : des images, de la musique, des mots. Dans la convocation des citations, il est comme un phénomène du calcul mental. Pour Godard – en cela proche d’Aby Warburg, tel que lui rend hommage Georges Didi-Huberman dans son exposition «Atlas», au musée Reina Sofia, à Madrid -, le monde est un montage, sans cesse «à remonter». Les effets de sens du montage – surtout lorsque les emprunts et les citations ne sont ni identifiés ni restitués dans leur contexte original – peuvent être aussi bien lumineux, c’est-à-dire révélateurs de vérité, que ravageurs, c’est-à-dire producteurs d’illusions, de confusions et de mensonges. Il y a de tout cela dans l’œuvre considérable de Jean-Luc Godard et dans son influence sur le cours des idées.

Voir aussi:

Godard et la question juive
Dans son nouveau livre, l’écrivain et cinéaste Alain Fleischer accuse Jean-Luc Godard d’avoir tenu des propos antisémites. Provocation ou dérapage ?
Jean-Luc Douin
Le Monde
10 novembre 2009

Filmé en 2006 par Alain Fleischer pour un film qui s’est appelé Morceaux de conversations avec Jean-Luc Godard, le cinéaste franco-suisse aurait tenu des propos très polémiques à l’encontre des juifs, en partie écartés au montage, dont certains sur les deux films de Claude Lanzmann Shoah et Tsahal.

Dans un roman intitulé Courts-circuits, récemment édité au Cherche Midi, Alain Fleischer raconte qu’en aparté, lors d’une pause, Jean-Luc Godard aurait lâché cette phrase monstrueuse à son ami et interlocuteur Jean Narboni, ex-rédacteur en chef des Cahiers du cinéma : « Les attentats-suicides des Palestiniens pour parvenir à faire exister un Etat palestinien ressemblent en fin de compte à ce que firent les juifs en se laissant conduire comme des moutons et exterminer dans les chambres à gaz, se sacrifiant ainsi pour parvenir à faire exister l’Etat d’Israël. »

Jean-Luc Godard est coutumier de ce type de provocations. La première est survenue en 1974, lorsque, illustrant sa notion du montage comme vision comparative de l’histoire, il faisait chevaucher dans Ici et ailleurs une image de Golda Meir, premier ministre israélien, avec celle d’Adolf Hitler.

Prenant fait et cause pour la Palestine, l’auteur de Bande à part s’est maintes fois plu à rappeler, entre autres dans JLG/JLG en 1994, que, dans les camps nazis, les détenus au seuil de la mort étaient désignés sous le terme de « musulmans ». Ignorant délibérément la nature des crimes commis et subis par les uns et par les autres, il sous-entend que les victimes d’hier sont devenues les bourreaux d’aujourd’hui. Décrivant la Bible comme un « texte trop totalitaire », il a déjà lâché à propos de ces juifs qui, selon lui, auraient sauvé Israël en mourant dans les camps : « Au fond, il y a eu six millions de kamikazes. »

Dans Notre musique, film au départ duquel il voulait reprendre le schéma du Silence de la mer, de Vercors, en imaginant un officier israélien installé chez des Palestiniens, il déclare que « le peuple juif rejoint la fiction tandis que le peuple palestinien rejoint le documentaire ». Avec démonstration rhétorique, photographies à l’appui. Champ : les Israéliens marchent dans l’eau vers la Terre promise. Contrechamp : les Palestiniens marchent dans l’eau vers la noyade. Il s’en explique dans Morceaux de conversations… : « Les Israéliens sont arrivés sur un territoire qui est celui de leur fiction éternelle depuis les temps bibliques… » Jean Narboni lui fait remarquer que le mot « fiction » est choquant. « Alors, réplique-t-il, on dira que les Israéliens sont sur TF1, c’est la télé-réalité. Et les autres, dans un film de Frédéric Wiseman ».

Ces raccourcis suscitent doutes et consternation chez ses thuriféraires. Lorsque Jean Narboni lui rappelle que la juxtaposition des images de Golda Meir et d’Hitler avait même troublé Gilles Deleuze, sympathisant palestinien, lequel avait pourtant tenté de le défendre, Godard répond cinglant : « Pour moi, il n’y a rien à changer… sauf d’avocat ! »

« Juif du cinéma »

« Un catholique, je sais ce que c’est : il va à la messe, dit-il dans le film d’Alain Fleischer à Jean Narboni. Mais un juif, je ne sais pas ce que c’est ! Je ne comprends pas ! » Jean-Luc Godard s’est pourtant autoproclamé « juif du cinéma » pour signifier son destin de cinéaste persécuté. Il dit que, culpabilisé de n’avoir pas été alerté dans son enfance par l’Holocauste, choqué par les propos antisémites de son grand-père maternel qui faisait des plaisanteries sur son « médecin youpin », il n’a pas trouvé d’autre moyen de comprendre le juif qu’en se considérant « pareil ».

Dans Deux ou trois choses que je sais d’elle, lorsque son héroïne, prostituée occasionnelle, emmène un client dans un hôtel et que celui-ci lui fait remarquer que c’est un hôtel réservé aux juifs parce qu’il a une étoile, elle ne trouve pas ça drôle. Sensibilisé par la Shoah, Godard n’a de cesse de dénoncer la faute inexpiable du cinéma de n’avoir jamais filmé les camps. Le « ce qui ne peut pas être dit » de Wittgenstein devient à ses yeux un « il vaut mieux voir que s’entendre dire ». Clamant que « l’image, c’est comme une preuve dans un procès », une formule que d’aucuns trouvent à la limite du négationnisme.

Cette certitude que rien n’est infilmable, même la Shoah, l’oppose à Claude Lanzmann, qui, lui, s’insurge contre le caractère suspicieux qu’auraient des images du génocide. Persuadé de l’inadéquation de celles-ci, Lanzmann se range à l’avis d’Elie Wiesel, qui craint que le cinéma ne transforme un événement innommable en « phénomène de superficialité ». Débat qui, dans les colonnes du Monde, suscite la réaction du psychanalyste Gérard Wacjman résumant l’affrontement : « Saint Paul Godard contre Moïse Lanzmann ».

La question juive obsède Godard. Parfois à bon escient : le rappel des forfaits perpétrés dans les stades, comme le Heysel, rappelle le Vél’d’Hiv dans Soigne ta droite. Ou ce reproche adressé à Romain Goupil durant le tournage d’Allemagne neuf zéro : « Tu te dis anti-fasciste et quand tu filmes le stade des JO de Berlin, tu ne filmes qu’un stade, pas celui d’Hitler ! » Mais, en négatif, ses propos sur Hollywood « inventé par des gangsters juifs », et sur l’invention du cinéma par ces producteurs émigrés d’Europe centrale ayant compris que « faire un film, c’est produire une dette ». Son biographe américain, Richard Brody, raconte le projet d’un film où Godard débattrait avec Claude Lanzmann. Bernard-Henri Lévy étant médiateur. Ce dernier déclare : « Lanzmann et moi étions les instruments de sa cure : celle d’un antisémite qui essaye de se soigner. J’étais prêt à jouer le jeu, mais il a changé de plan. » Ici antisioniste, là carrément antisémite, Godard se heurte à quelque chose qu’il ne comprend pas, homme d’image affichant un problème avec la parole.

Voir également:

Décès du cinéaste Jean-Luc Godard, à l’origine de propos très polémiques
Le cinéaste avait – entre autres – déclenché une controverse aux États-Unis en 2010 pour ses positions passées sur Israël et les Juifs
Times of Israel
13 septembre 2022

Le réalisateur Jean-Luc Godard assiste à un débat au cinéma des Cinéastes à Paris, le 19 juin 2010. (Crédit : AFP / Miguel MEDINA)
Jean-Luc Godard, chantre de la Nouvelle Vague, militant franco-suisse engagé et controversé, est décédé ce 13 septembre en Suisse à l’âge de 91 ans. Il était notamment le réalisateur des films « À bout de souffle » (1960), du « Mépris » (1963) ou encore de « Pierrot le fou » (1965).

L’artiste, qui fuyait les honneurs, a pourtant obtenu de nombreux prix prestigieux, notamment au festival de Cannes, aux Césars, aux Oscars, au Festival de Berlin ou encore à la Mostra de Venise.

Pendant toute sa carrière, l’homme, marxiste avoué, a provoqué différentes polémiques et a eu à faire face à plusieurs reprises à des accusations d’antisémitisme.

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Habitué des polémiques, le cinéaste, depuis longtemps partisan pro-Palestinien, avait notamment déclenché une controverse aux États-Unis en 2010 pour ses positions sur Israël et les Juifs, juste avant de recevoir un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. « Est-ce un problème si [Godard] est antisémite ? », s’était notamment interrogé le Los Angeles Times.

Dans Courts-Circuits, un livre du cinéaste Alain Fleisher publié en 2009, l’auteur rapportait ces propos tenus par Godard à Jean Narboni, ex-rédacteur des Cahiers du Cinéma : « Les attentats-suicides des Palestiniens pour parvenir à faire exister un État palestinien ressemblent en fin de compte à ce que firent les Juifs en se laissant conduire comme des moutons et exterminer dans les chambres à gaz, se sacrifiant ainsi pour parvenir à faire exister l’État d’Israël. »

Jean-Luc Godard était ainsi coutumier de ce type de provocations.La première était survenue en 1974, lorsque, illustrant sa notion du montage comme vision comparative de l’histoire, il faisait chevaucher dans son documentaire « Ici et ailleurs » une image de Golda Meir, Premier ministre israélien, avec celle d’Adolf Hitler. Réalisé avec sa dernière compagne Anne-Marie Miéville, ce film dans lequel il comparait les Juifs aux nazis a ainsi causé un vif scandale.

En 2018, il avait signé une pétition avec des dizaines d’autres professionnels de l’industrie cinématographique française en faveur du boycott culturel d’Israël, dans le cadre de la saison France-Israël organisée par l’Institut français. L’année suivante, il avait signé un appel de 400 personnes dans le journal Libération pour défendre leur position antisioniste et pour éviter une criminalisation de ce qu’ils disent être une « opinion », ou un « courant de pensée né parmi les Juifs européens au moment où le nationalisme juif prenait son essor, qui s’oppose à l’idéologie sioniste qui préconisait (et préconise toujours) l’installation des Juifs du monde en Palestine, aujourd’hui Israël ».

Connu pour son goût de la provocation, il s’était félicité, dans un entretien au Monde publié en 2014, que l’extrême droite soit arrivée en tête des élections européennes en France, estimant que le président François Hollande devrait nommer Marine Le Pen Premier ministre.

« J’espérais que le Front national arriverait en tête. Je trouve que Hollande devrait nommer – je l’avais dit à France Inter, mais ils l’ont supprimé – Marine Le Pen Premier ministre », avait déclaré le réalisateur.

Interrogé sur les raisons de cette prise de position, il avait répondu : « Pour que ça bouge un peu ». « Pour qu’on fasse semblant de bouger, si on ne bouge pas vraiment. Ce qui est mieux que de faire semblant de ne rien faire », avait-il ajouté en riant, précisait le journal.

« Je ne suis pas pour eux », avait-il néanmoins indiqué, interrogé sur les bons scores des eurosceptiques et de l’extrême droite dans plusieurs pays d’Europe.

« Il y a longtemps, Jean-Marie Le Pen avait demandé que je sois viré de France. Mais j’ai juste envie que ça bouge un peu… », avait poursuivi le cinéaste. « Les grands vainqueurs, ce sont les abstentionnistes. J’en fais partie depuis longtemps. »

Jean-Luc Godard avait déjà tenu des propos du même ordre peu avant ces élections, alors qu’il était interrogé sur France Inter, en plein Festival de Cannes. « Autant mettre Marine Le Pen à la présidence, on regarde pendant cinq ans ce qui se passe et puis on la vire », avait-il lancé.

Provocateur né, Godard était aussi une figure importante mais inclassable pour la gauche. « L’Helvète anarchiste », selon les termes des organisateurs du Festival de Cannes qu’il contribue à faire annuler en mai 1968, était à la même époque « le plus con des Suisses pro-Chinois » pour les situationnistes.

Il se lance à cette période dans un cinéma militant avec des films-tracts de 3 minutes, renie sa production passée. Voulant « faire politiquement du cinéma politique », il abandonne la notion d’auteur.

Il fâchera aussi le pape Jean-Paul II avec « Je vous salue, Marie » et sa Vierge nue à l’écran.

En 2018, le Festival de Cannes lui délivrait une Palme d’or « spéciale » pour « Le Livre d’image », un prix qu’il n’était bien entendu par venu chercher, pas plus que son prix du Jury en 2014 pour « Adieu au langage ».

Célèbre pour ses aphorismes et bons mots, l’homme-cinéma avait de son vivant suggéré son épitaphe : « Jean-Luc Godard, au contraire ».

L’AFP a participé à la rédaction de cet article.

 Voir de même:

Jean-Luc Godard, la disparition du prophète du 7e art
Odile Tremblay
14 septembre 2022

Une tête d’intellectuel, des yeux myopes, un cigare, une vision du cinéma radicale et ardente, une grande gueule qui tonnait. Jean-Luc Godard a symbolisé le 7e art durant tant de générations… Même ses films moins rassembleurs n’auront pu ternir son aura brillante comme sur une icône. Une légende vivante vient de s’écrouler avec la mort du cinéaste emblématique de la Nouvelle Vague, le 13 septembre, dans son repaire helvète.

L’influence qu’il exerça sur les cinéastes et les cinéphiles fut inouïe, dans les années 1960 à 1980 et bien au-delà. Celui pour qui un traveling était affaire de morale considérait le cinéma comme une métaphore du monde et devint son prophète. Immense référence, par son foisonnement, sa diversité, sa faculté de penser le 7e art (comme de l’enterrer).

Sympathique, Godard ? Pas tant que ça. Avec sa propension de jeunesse à la kleptomanie, sa goujaterie envers ses pairs, sa misogynie, les relations houleuses entretenues avec les femmes de sa vie : muses, actrices et collaboratrices, d’Anna Karina à Anne-Marie Miéville en passant par Anne Wiazemsky. Sa force de frappe était ailleurs. Il sut brasser la cage, imposer des langages, innover, vénérer le cinéma comme un fou en hypnotisant ses admirateurs, qui ont cru aux temps nouveaux tirés de la pellicule.

Cette Nouvelle Vague là, qui avait poussé les « jeunes Turcs », souvent issus de la critique aux Cahiers du cinéma, à sauter dans l’arène au cours des folles années 1960, il en dominait la mouvance. Cherchant à jeter par-dessus bord le cinéma de papa aux codes poussiéreux, en 1960, son merveilleux film À bout de souffle, libéré du récit classique, sur fond d’amour et de trahison, enflammait les esprits. Tout comme Pierrot le fou (1965), inoubliable fuite en avant et road movie sur une ligne de hanche. Ajoutons le délicieux Bande à part (1964), à l’assaut d’une jeunesse qui cassait tous les moules et qui tirait la langue aux institutions.

Le dieu Godard
Réalisateur, cinéaste, souvent monteur, à la roue et au moulin de ses films, penseur de cet art en mouvement. Son oeuvre immense, charnière, protéiforme, inégale, et les nouvelles structures narratives qu’il aura apportées au cinéma, en fait le chantre du 7e art de modernité.

Assez pour qu’on proteste contre sa légende. Godard jouait les étonnés après avoir forgé sa propre couronne. Un journaliste avait lancé en 2001 avant sa conférence de presse à Cannes : « Dans le nom “Godard”, il y a le mot “God”. » C’est dire le culte…

Il tourna longtemps à pleine vitesse un film par année, touchant des thèmes collés ou pas aux questions sociales. Vivre sa vie, sur une jeune prostituée, Le mépris, avec Bardot et d’après Moravia, qui aborde l’univers du cinéma. Toujours éclectique, versant dans l’anticipation (Alphaville) et la comédie musicale (Une femme est une femme), il aura tâté de nombreux registres.

Longtemps ses oeuvres furent commentées et parfois démolies par des hordes de cinéphiles passionnés. En mai 1968, Godard aura été parmi les plus belliqueux cinéastes à faire tomber le chic rendez-vous cannois, par solidarité avec le tumulte estudiantin. Pourtant, ce Suisse de bonne famille (né à Paris, ballotté entre ses deux patries lors de l’invasion allemande), plutôt de droite, n’avait viré à gauche qu’en 1967, à partir de son film La Chinoise, qui parle d’une jeunesse maoïste. Il allait ensuite militer avec le groupe révolutionnaire Dziga Vertov, en s’éloignant de sa base.

En 1980, son Sauve qui peut (la vie), portraits croisés saisissants, lui fit retrouver la faveur du public. En outre, Prénom Carmen, adaptation contemporaine de l’opéra de Bizet, couronnée du Lion d’Or de Venise en 1983. Mais son étoile vacillait. Godard, qui en avait soupé de sa statue, se tourna pourtant très vite vers l’analyse de ses propres oeuvres comme de celles des autres, de plus en plus mémorialiste. Il ne croyait plus qu’au cinéma d’hier.

Un « cousin de l’ONF »
Dès 1988, ses essais Histoire(s) du cinéma l’ont poussé à théoriser, et souvent brillamment. Par la suite, ses oeuvres-poèmes déstructurées, de Nouvelle Vague, avec Delon, en 1990, au Livre d’image, en 2018, en irritaient plusieurs. « Comment je fais mes films, nous expliquait-il à Cannes en 2001 : je prends des bouts de phrases, des bouts de romans, des bouts de peintures, des bouts de paysages. » Ses collages nous inspiraient parfois, pas toujours. Le grand public s’en détournait. Qu’à cela ne tienne…

Dans les festivals, longtemps on s’est jeté sur les conférences de presse de ce grand tribun, qui enchaînait les sentences chocs contre la télé, Hollywood et ses leurres tout en jetant l’anathème sur les autres cinéastes, égratignés par lui jusqu’au sang. Même son ancien compagnon de combat, François Truffaut, finit de guerre lasse par lui claquer sa porte, après chapelets d’injures.

Pourtant Godard, parfois fidèle, aimait rappeler son passage au Québec, ses amitiés avec Jean-Claude Labrecque, Pierre Perrault, Gilles Groulx. « J’étais un cousin de l’ONF », confiait-il à son biographe Antoine de Baecque. Venu en Abitibi en saut de puce en 1968, dissuadé par le froid, il revint 10 ans plus tard, à l’invitation de Serge Losique. Sa série de 14 conférences sur l’histoire du cinéma et sur son propre parcours, offertes au Conservatoire d’art cinématographique de Montréal, avait fait sensation. Ça ne s’oublie pas.

Godard était à Cannes un élément du paysage comme le sable et la baie, puis coupa le cordon au cours de la dernière décennie. Sa santé, sa misanthropie, tout ça… En 2014, c’est in absentia qu’il avait récolté sur la Croisette le prix du jury pour son poétique Adieu au langage, ex aequo avec Xavier Dolan (Mommy).

Accessibles ou non, ses films des derniers temps étaient sans compromis. Dans sa tentative permanente de réinventer le langage du cinéma, « JLG » se sera toujours mis en danger. Courageux jusqu’à l’hermétisme, taxant de vendus ceux qui osaient espérer le succès commercial. Reste que lui-même ne faisait plus recette.

Vieux lion amer ou visionnaire incompris, le voici retrouvant son titre de pape du cinéma après avoir tiré sa révérence. Le président français, Emmanuel Macron, l’a qualifié mardi de trésor national, en oubliant que le disparu se voulait avant tout suisse. Chacun veut le ravoir dans sa cour. Côté légende godardienne, c’est reparti pour un grand tour !

Voir de plus:

Tributes pour in for renowned pro-Palestine French director Jean-Luc Godard
Middle East monitor
September 14, 2022

Tributes have been pouring in for the renowned French-Swiss director and pro-Palestinian activist Jean-Luc Godard. The lifelong advocate for Palestinians who revolutionised post-war cinema in Europe, died yesterday by assisted dying, his lawyer has confirmed. He died at the age of 91.

President of France, Emmanuel Macron, led the tribute: « We’ve lost a national treasure, the eye of a genius. Jean-Luc Godard, the most iconoclastic of New Wave filmmakers, » said Macron in a tweet.

British actor and broadcaster Stephen Fry was among many in the world of art and entertainment to pay their tribute. « Adieu, Jean-Luc Godard, » said Fry on Twitter. « I watched Breathless for the umpteenth time again just two weeks ago. It still leaps off the screen like few movies. That scene between them in the hotel: how many other directors could have managed that in so small a space and made it so captivating? »

The British Film Institute called Godard a « giant of cinema who ripped up the rule book » who « tested the limits of the medium, » read the BFI’s statement. BFI chief executive Ben Roberts told Variety: « Jean-Luc Godard’s death is a huge loss to cinema. The godfather of the French New Wave and one of the most influential and innovative filmmakers of the last century, his work has resonated with generations of film-lovers around the world. The BFI will continue to champion his work to new audiences, and celebrate his career. A special edition of Sight and Sound paying tribute to Godard will be available from Oct. 3. »

The Cannes Film Festival released a retrospective of his career highlights on Twitter. « Since his first appearance at the Festival in ‘Cleo de 5 à 7’ in 1962, 21 films by Jean-Luc Godard have been screened in Cannes, » the festival wrote on social media.

Toronto International Film Festival chief Cameron Bailey tweeted: « Jean-Luc Godard might have despised posthumous praise but here we are. His staggering body of work over seven decades showed him to be a rare, true genius in cinema. It was playful and punishing. It challenged every viewer, and rewarded the persistent. »

Though tribute poured in from the world of art and entertainment not much attention was given to Godard’s life as a pro-Palestine activist and a staunch critic of Israel. Unsurprisingly his criticism of the Apartheid State saw him constantly being smeared as an anti-Semite.

In 2010, the Academy of Motion Picture Arts and Sciences announced plans to award Godard an honorary Oscar. Pro-Israel groups revolted. Calling on the Academy to rescind the Oscar, the right-wing Zionist Organisation of America called Godard a « virulent anti-Semite. » Such claims of anti-Semitism were a constant throughout Godard’s long life, according to Jewish Currents, which paid tribute to the late director in an article. Godard rejected the allegations by insisting that he was an « anti-Zionist » not an anti-Semite.

Godard was an outspoken pro-Palestinian activist and endorsed the boycott of Israel. He reportedly added his name to a petition which planned for a boycott of the France-Israel Season event by the Institut Francais. « Posing as an event for cultural exchange, » the petition read, « This effort is meant to boost Israeli reparation, tarnished by its increasingly hard-handed policies vis-a-vis the Palestinians. »

In addition to Godard, the petition was also signed by Eyal Sivan, an Israel-born director who in 2001 said Jews in France were paying the price for « the colonial and murderous situation that has prevailed for more than fifty years in Israel-Palestine. »

Voir par ailleurs:

Are They Giving an Oscar to an Anti-Semite?
Benjamin Ivry
The Forward
October 08, 2010

Hollywood’s Academy of Motion Picture Arts and Sciences intends to award an honorary Oscar to iconic French-Swiss filmmaker Jean-Luc Godard on November 13. But will the academy be honoring a notoriously vocal, albeit French-speaking, anti-Semite?

Admired for avant-garde films like “Breathless” (1960); “My Life to Live” (1962) and “Contempt” (1963), Godard is one of the last survivors of French cinema’s New Wave movement, after the death in January of director Éric Rohmer and the premature 1984 demise of Godard’s colleague and ex-friend, François Truffaut. The friendship between Godard and Truffaut dissolved by the end of the 1960s because of the former’s anti-Semitism, according to two new biographies: “Godard” by film historian Antoine de Baecque, published in Paris in March, and “Everything Is Cinema: The Working Life of Jean-Luc Godard” (2008) by Richard Brody.

Both biographers recount a series of incidents expressing Godard’s unhealthy obsession with Jews, which noted French historian and journalist Pierre Assouline, on his Le Monde blog, termed “anti-Semitic.” In 1968, Godard, in the presence of Truffaut, called producer Pierre Braunberger, an early supporter of New Wave filmmakers, “sale juif” (“filthy Jew”), after which Truffaut immediately broke from Godard.

Godard’s attitude toward Jews has also come under the microscope because of his contempt for the State of Israel, which he has often called “a cancer on the map of the Middle East” —including in a famous 1991 interview with the newspaper Libération. His 1976 documentary “Ici et Ailleurs” (“Here and Elsewhere”) contrasts the lives of a French and Palestinian family and features alternatingly flickering images of Golda Meir and Adolf Hitler, proposing them as comparable tyrants. As de Baecque underlines, in “Ici et Ailleurs” Godard also defends the 1972 Munich Olympics massacre, suggesting that “before every Olympics finale, an image of Palestinian [refugee] camps should be broadcast.”

When I interviewed Godard in 1991 at his home in the Swiss city of Rolle, I asked him to explain the cancer metaphor. Keeping one eye on a muted television showing tennis, Godard languidly described hospital X-rays of malignant tumors in what he clearly saw as an exact analogy to the Middle East. He discussed the subject more recently, in a 2007 documentary, “Morceaux de Conversations,” (“Fragments of Conversations With Jean-Luc Godard”) made by film historian Jean Narboni, an editor of the influential French film magazine Cahiers du Cinema. Godard tells Narboni that Israelis currently occupy a territory that belongs to “their eternal fiction, from biblical times onward.” When Narboni states that the term “fiction” is offensive, Godard flippantly replies that Israelis live on “reality TV,” whereas Palestinians exist “in a film by Frederick Wiseman,” the starkly tragic, albeit American Jewish, documentarian.

Reality itself becomes a relative term when Godard, as de Baecque observes, justifies every act of Arab resistance, including terrorism, by saying that “Israel is a paradoxical form of Nazism’s historical resurgence.” In a 1970 short documentary filmed for German TV, Godard brandished a tract with the slogan “NazIsrael” emblazoned on it and told the cameraman, “Write us a check from German television, which is financed by Zionists and that idiotic Social Democrat, Willy Brandt, and that will let us buy weapons for the Palestinians to attack Zionists,” as de Baecque further recounted.

Godard’s fictional films also contain disquieting anti-Semitic utterances, sometimes in the guise of pseudo-humor. In 1964’s “A Married Woman” (“Une Femme Mariée”), a character states: “Today, in Germany, I said to someone, ‘How about if tomorrow, we kill all the Jews and the hairdressers?’ He replied, ‘Why the hairdressers?’” In 1967’s “Two or Three Things I Know About Her” (“Deux ou Trois Choses Que je Sais D’elle”), the director brags that ParisMatch magazine “always affixes a star to my films, as it does to Jews.” The allusion to the Nazi law forcing Jews to wear yellow stars in Occupied France is symptomatic of a sensibility, usually found among Europe’s ultra-right-wing politicians, that produces crushingly unfunny jokes about such historical tragedy. Godard’s 2010 film, “Film Socialisme” (“Socialism Film”), which premiered in May at the Cannes Film Festival, features a typical pseudo-aphorism of this ilk: “Strange thing Hollywood — Jews invented it.”

While Hollywood historians know that the early studio heads were for the most part Jewish, to conclude that this explains the industry’s “strangeness” is racist, to say the least. Godard is entitled to criticize filmmaking, and he has poured scorn on much of Hollywood’s output — especially on Steven Spielberg — but his comments are clearly not confined to that arena. Even Godard’s friends and collaborators, like the French-Jewish filmmaker Jean-Pierre Gorin, can find themselves insulted. In 1973, Gorin contacted Godard to be paid for his collaborative work on 1972’s “Tout Va Bien” (“Everything’s Fine”), to which Godard responded, “Ah, it’s always the same: Jews call you when they hear a cash register opening.”

In a 2009 article in Le Monde, “Godard and the Jewish Question” by Jean-Luc Douin, Godard is quoted as making an off-camera comment during the filming of a 2006 documentary: “Palestinians’ suicide bombings in order to bring a Palestinian State into existence ultimately resemble what the Jews did by allowing themselves to be led like sheep to be slaughtered in gas chambers, sacrificing themselves to bring into existence the State of Israel.” Godard apparently believes that Jews committed mass suicide during the Holocaust in order for Israel to be created. The same article quotes him along these lines: “Basically, there were six million kamikazes” and “Hollywood was invented by Jewish gangsters.” At least Godard cannot accuse the American film industry of being ungrateful gangsters.

When the Forward submitted some of Godard’s anti-Semitic utterances to the academy, the following written response was issued: “The Academy is aware that Jean-Luc Godard has made statements in the past that some have construed as anti-Semitic. We are also aware of detailed rebuttals to that charge. Anti-Semitism is of course deplorable, but the Academy has not found the accusations against M. Godard persuasive.”

As “detailed rebuttals,” an Academy spokesperson cited a single 2009 article in the English-language Canadian magazine Cinemascope by Bill Krohn, a Hollywood correspondent for Cahiers du Cinema, to which Godard and many of the early New Wave directors contributed. Krohn accused Brody of ideological simplification, biographical reductivism, guilt by association, misinterpretation, having felt snubbed by Godard and, overall, perpetrating “a hatchet job disguised as a celebration of Godard’s genius.” Krohn’s critique is diffuse and short on specifics, but in one concrete instance he suggests that Godard’s exclamation of “filthy Jew,” taken by Braunberger as a deadly insult, was misunderstood. Krohn unpersuasively interprets it as affectionate banter between old friends and, even more absurdly, as an allusion to Jean Renoir’s classic 1937 film “La Grande Illusion.”

Assouline expressed astonishment that after Brody’s biography appeared, revealing “with precision Godard’s anti-Semitism,” Godard was rumored to be preparing an adaptation of Daniel Mendelsohn’s “The Lost: A Search for Six of Six Million,” tracing the fate of six Holocaust victims. Perhaps film producers make the distinction between an artist of undeniable talent and an individual of extremely dubious opinions. Responding to reporters from the London Sunday Times, Jean-Luc Gaillard, a longtime neighbor of Godard, noted, “He [Godard] is on a different level from the rest of us, somewhere between genius and completely round the bend.”

In proudly Anglo-dominated Los Angeles, it seems that artists whose odious statements are made in languages other than English can get a free pass and, on occasion, even a hat tip. Because Godard’s statements have been in French, there has been barely any American opposition to the Academy’s nomination. When approached to comment for this story, even staunch opponents of anti-Semitism — such as Rabbi Marvin Hier, head of the Simon Wiesenthal Center and multiple Academy Award winner; noted University of California, Los Angeles, film historian Howard Suber, and writer-producer Lionel Chetwynd — said that they had no personal knowledge of Godard’s reputed anti-Semitism.

Elsewhere — and especially in France, where Godard has worked for several decades — others may agree with Braunberger, who wrote to Truffaut in 1968: “I will never forgive Godard for his anti-Semitism. Anti-Semitism brings joy to no one… I realize that from now on, you can only despise Godard on a human level. ‘Filthy Jew’ is the only insult which I cannot take… If you know what these words evoke within me, what they revive of a past which is still agonizing, you would come over to embrace me. (signed) Your Jewish friend who owes so much of his Jewish happiness to you.”

Benjamin Ivry is a frequent contributor to the Forward.

Tom Tugend, who provided additional reporting, is a contributing editor at the Jewish Journal of Greater Los Angeles.

Voir par encore:

Jean-Luc Godard to get honorary Oscar, questions of anti-Semitism remain
Tom Tugend
Jewish Journal
October 6, 2010

Hollywood’s Academy of Motion Picture Arts and Sciences has announced that it will bestow an honorary Oscar on iconic Swiss-French filmmaker Jean-Luc Godard on Nov. 13.

The announcement has raised a new question and revived an old one.

First, will Godard show up to accept the award?

Second, is he an anti-Semite?

Both questions can be answered with a categorical “maybe yes or maybe no.”

Godard, who will mark his 80th birthday in December, is one of the originators, and among the last survivors, of the French New Wave cinema, which he helped kick-start in 1960 with “Breathless,” still his best-known work.

He and his cohorts, among them Francois Truffaut and Eric Rohmer, rebelled against the traditional French movie, and later against all things Hollywood.

The New Wave elevated the role of the director as the sole auteur of a movie and viewed film as a fluid audiovisual language, freed of the constraints of formal story lines, plot, narration and sequence.

As Godard put it, “I believe a film should have a beginning, a middle and an end, but not necessarily in that order.”

To a small coterie of cinephiles and most professional film critics, especially in Europe, Godard is considered the ultimate cinematic genius. To others, his films often seem insufferably opaque and incomprehensible.

In the 50 years since his film debut, Godard has proven his vigor and inventiveness in 70 features and is credited with strongly influencing such American directors as Martin Scorsese, Quentin Tarantino and Steven Soderbergh.

Godard’s long career has been marked by constant artistic disputes and charges of anti-Semitism and anti-Zionism, as noted in three biographies: “Godard: A Portrait of the Artist at 70” (2003) by American professor Colin MacCabe; “Everything Is Cinema: The Working Life of Jean-Luc Godard” (2008) by Richard Brody, an editor and writer for the New Yorker; and “Godard” by film historian Antoine de Baecque.

The last was published in March in French and is not easily available. Material used in this article was drawn from reviews and analyses of the book.

The early seeds of Godard’s alleged anti-Semitism and acknowledged anti-Zionism may have been planted in the home of his affluent Swiss-French Protestant family.

In a 1978 lecture in Montreal, he spoke of his family’s own political history as World War II “collaborators” who rooted for a German victory, and of his grandfather as “ferociously not even anti-Zionist, but he was anti-Jew; whereas I am anti-Zionist, he was anti-Semitic.”

Godard validated his anti-Israel credentials in 1970 by filming “Until Victory,” depicting the “Palestinian struggle for independence,” partially bankrolled by the Arab League.

The project was eventually aborted, but Godard used some of the footage in his 1976 documentary, “Ici et ailleurs” (“Here and Elsewhere”), contrasting the lives of two families — one French and one Palestinian.

In it, Godard inserted alternating blinking images of Golda Meir and Adolf Hitler, and suggested, in reference to the 1972 Munich Olympics massacre, that “before every Olympic finale, an image of a Palestinian [refugee] camp should be broadcast.”

Biographer Brody, like the other authors, is an ardent admirer of Godard the artist, but he notes that in the filmmaker’s later work, “Godard’s obsession with living history … has brought with it a troubling set of idées fixes, notably regarding Jews and the United States.”

Godard has been able to combine both targets in his attacks on Hollywood, and, of course, the Jews who run it.

He has always been obsessed by the Holocaust, and after the 1993 release of “Schindler’s List,”  the film and its director, Steven Spielberg, became Godard’s favorite whipping boys.

As in many of his attacks on Hollywood, it is at times difficult to discern whether Godard’s hostility is based on artistic differences or anti-Semitism, or a bit of each.

The leitmotif running through Godard’s own work is the superiority of “images” as against “texts” or narratives, or, as he puts it, “the great conflict between the seen and the said.”

He faults, for instance, Claude Lanzmann’s monumental nine-hour film, “Shoah,” for its use of personal narratives by survivors and others, and proposes that the Holocaust can only be truly represented by showing the home life of one of the concentration camp guards.

Who is to blame for the Jewish preference of text over image? It is Moses, Godard’s “greatest enemy,” who “saw the bush in flames and who came down from the mountain and didn’t say, ‘This is what I saw,’ but, ‘Here are the tablets of the law.’ ”

For the untutored layman, unfamiliar with the methods and passions of movie making, this and other Godard pronouncements can take on an Alice-in-Wonderland quality.

A key may be found in a recent London Sunday Times story, in which a reporter interviewed one of Godard’s oldest friends, a retired geology professor.

“He [Godard] is on a different level from the rest of us, somewhere between genius and completely round the bend,” the professor explained.

Artistic differences aside, there are disturbing instances of Godard’s anti-Semitism, particularly directed against some of his closest collaborators. According to the three biographers, at one point Godard called producer Pierre Braunberger, an early supporter of the New Wave filmmakers, a “sale Juif ” (filthy Jew).

In another case, when longtime collaborator Jean-Pierre Gorin requested some back pay, Godard noted, “Ah, it’s always the same, Jews call you when they hear a cash register opening.”

When this reporter submitted some of Godard’s anti-Semitic utterances to the Motion Picture Academy and requested comments, the request prompted the following written response:

“The Academy is aware that Jean-Luc Godard has made statements in the past that some have construed as anti-Semitic. We are also aware of detailed rebuttals to that charge. Anti-Semitism is of course deplorable, but the Academy has not found the accusations against M. Godard persuasive.

Voir de plus:

An Honorary Oscar Revives a Controversy
Michael Cieply
The NY Times
Nov. 1, 2010

LOS ANGELES — Late last week, the Academy of Motion Picture Arts and Sciences was still coming to terms with that most deeply confounding of European filmmakers, Jean-Luc Godard.

No one had yet signed on to present an honorary Oscar to Mr. Godard, who has said he will not be on hand anyway at the academy’s awards banquet in Hollywood a week from Saturday. But there was also the touchy question of how to deal with newly highlighted claims that Mr. Godard, a master of modern film, has long harbored anti-Jewish views that threaten to widen his distance from Hollywood, even as the film industry’s leading institution is trying to close the gap.

Over the last month, articles in the Jewish press — including a cover story titled “Is Jean-Luc Godard an Anti-Semite?” in The Jewish Journal — have revived a simmering debate over whether Mr. Godard, an avowed anti-Zionist and advocate for Palestinian rights, is also anti-Jewish. And this close examination of his posture toward Jews has put a shadow over plans by the academy to honor him at the Nov. 13 banquet, along with the actor Eli Wallach, the filmmaker Francis Ford Coppola and the film historian and preservationist Kevin Brownlow. (The separate Oscar telecast is scheduled for Feb. 27, on ABC.)

The academy is doing its best to sidestep the issue. For one thing, don’t look for the touchier aspects of Mr. Godard’s work in the five-minute tribute reel being assembled around New Wave masterpieces. Probably missing will be a much-discussed sequence in the 1976 documentary “Here and There,” about the lives of two families, one French and one Palestinian. In it, alternating images of Golda Meir and Adolf Hitler have suggested to some that Mr. Godard, the narrator and one of the directors of the film, sets them up as equivalents.

“I can imagine it might not be there,” Sidney Ganis, who is producing the ceremony, said on Friday. He also said he had a prospect in mind to present the award.

Mr. Godard, 79, has inspired directors as diverse as Martin Scorsese, Woody Allen and Quentin Tarantino with his technique, sophistication and exuberant use of pop culture in 70 feature films. That work, however, had never been honored by the academy until a decision this year to present Mr. Godard with an honorary governors award, given not at the main event in February but at a separate black-tie ceremony for entertainment industry insiders.

To date, there has been no surge of opposition to match the protests that greeted a decision to give Elia Kazan an honorary Oscar in 1999, despite his having named colleagues before the House Un-American Activities Committee investigating Communist influence in Hollywood during the red baiting era.

But Mr. Ganis and others in the academy have fielded queries from members who question the propriety of an award that is drawing attention not just to Mr. Godard’s well-known disregard for Hollywood but also to positions and statements in which he has mingled his mistrust of the mainstream movie world with a wariness of traits he associates with Jews.

In one of the more striking such statements, in a 1985 interview in Le Matin quoted in Richard Brody’s 2008 biography, Mr. Godard spoke of the film industry as being bound up in Jewish usury.

“What I find interesting in the cinema is that, from the beginning, there is the idea of debt,” he is quoted as saying. “The real producer is, all the same, the image of the Central European Jew.”

In cataloguing and assessing such pronouncements, Mr. Brody, who is generally admiring in the biography, titled “Everything Is Cinema: The Working Life of Jean-Luc Godard,” attributed what he called “the hardening and sharpening of Godard’s anti-Semitic attitudes” to factors that included his childhood in war-torn Europe, a turn toward pro-Palestinian radicalism in the 1960s and a complicated view of history in which Mr. Godard has blamed Moses for having corrupted society by bringing mere text, in the form of written law, down from the mountain, after having encountered an actual image, the burning bush.

Neither Mr. Godard nor his associates could be reached for comment on Monday, which was a holiday in France.

“If Hollywood wants to honor his work, great, I’m fine with it,” said Mike Medavoy, a film producer and academy member who was born in Shanghai after his parents fled the Holocaust.

But Mr. Medavoy added that he was less than charmed by what he characterized as Mr. Godard’s “narrow mind” when it comes to Jews and the film business. “I’m not fine with that,” he said.

Mr. Godard once complained that Steven Spielberg had misused the image of Auschwitz in the making of “Schindler’s List.” In 1995, Mr. Godard turned down an honorary award from the New York Film Critics’ Circle, in part, he said, because he had personally failed “to prevent Mr. Spielberg from reconstructing Auschwitz. »

Mr. Spielberg never responded publicly to that complaint, according to Marvin Levy, his spokesman. Mr. Levy said Mr. Spielberg had not decided whether to attend the awards ceremony but that his absence, in any case, would carry no message about Mr. Godard.

For whatever reason, the gap between Mr. Godard and the academy appears to have run deeper than the occasional snub of a director, like, say, Alfred Hitchcock, who never won a directing Oscar, but was finally given the academy’s Irving G. Thalberg Award, for a lifetime of producing, in 1968.

Researchers at the academy’s Margaret Herrick Library turned up no sign that any aspect of a Godard film had ever been so much as nominated for an Oscar, despite awards and festival recognition abroad.

The absence of recognition by the academy may have less to do with Mr. Godard’s well-known antagonism toward Hollywood than with the fact that many academy members were simply looking elsewhere when his career erupted in the 1960s as a leader of the French New Wave with films like “Breathless” and “Band of Outsiders.” The producer Walter Mirisch, for example, said, “During the time of his films, I was occupied with my own.” Mr. Mirisch, 88, served a number of terms as the academy’s president and won a best picture Oscar in 1968 for “In the Heat of the Night.”

In preparing for this year’s governors awards, the second in a planned annual series separate from the televised Oscar ceremony, Phil Alden Robinson, an academy vice president and a governor, proposed Mr. Godard for recognition that was supposed to close a gap with people like Mr. Mirisch.

“Godard speaks to a generation that’s only now getting voting weight in the academy,” said Mr. Robinson, who is both a writer and a director, and had an Oscar nomination in 1990 for his “Field of Dreams” script. “The older generation didn’t have the same regard for him.”

Inadvertently, however, Mr. Robinson pried open a debate that has raged around artists as august as the poet Ezra Pound and as popular as the actor and filmmaker Mel Gibson: Is the work somehow tainted by the attitudes of the man?

Daniel S. Mariaschin, an executive vice president at B’nai B’rith International, strongly denounced the academy’s decision to honor Mr. Godard.

“They have set up standards for art, but they take a pass on standards for decency and standards for morality,” Mr. Mariaschin said on Monday. “How could one possibly derive enjoyment or pleasure from this, knowing that the individual holds these views?”

Mr. Mariaschin said he was surprised to see, based on recent news reports, that Mr. Godard had not back-pedaled when challenged regarding his view of Jews. “He’s not even contrite,” Mr. Mariaschin said.

For Mr. Robinson, the art and the artist are separate. “D. W. Griffith got an honorary Oscar in 1936,” he said, “and the man was horribly racist.”

Besides, said Mr. Robinson, whose “Field of Dreams” was a fantasy about the disgraced members of the Chicago White Sox team that threw the World Series: “You’re talking to someone who believes Shoeless Joe Jackson should be in the Hall of Fame.”

Voir encore:

Jean-Luc Godard’s Oscar rekindles antisemitism row

An honorary award for the French director has enraged some in Hollywood who say his work reveals a lifelong hostility towards Jews
Paul Harris in New York
The Guardian
4 Nov 2010

It should have been a typical acting love-in of the type the beautiful and rich elite of Hollywood do so well. At a lavish dinner last night, the acclaimed French director Jean-Luc Godard was given an honorary Oscar alongside other established greats such as Francis Ford Coppola and the actor Eli Wallach.

There was the usual banquet, mutual backslapping and enough air-kissing to inflate a zeppelin – but that was where the parallels with orthodox movie award ceremonies ended. For not only did the recipient of the gong fail to show up, but he was, in absentia, the subject of fierce debate over whether or not his long commitment to highlighting the plight of Palestinians has crossed over into antisemitism. The question on many people’s lips was: is Godard anti-Zionist or is he anti-Jewish?

In Hollywood there is no greater sin. The debate dominated the build-up banquet, which is held earlier than the globally televised event due in February.

It was a battle fought across the newspapers of America in angry editorials, as well as in the salons and offices of Hollywood movers and shakers. Richard Cohen, a Washington Post columnist, penned an outraged post on the Daily Beast website where he compared Godard’s accolade to the award of an Oscar in 1926 to the director DW Griffith, who was accused of being a racist.

« Just as no one in the film industry could look a black person in the eye after giving an award to Griffith, so it should be just as hard to honour Godard and look history in the eye, » Cohen said.

That followed on from a lengthy piece in the Jewish Journal which put the director on its cover under the headline: « Is Jean-Luc Godard an antisemite? »

The article delved deep into the French director’s body of work and scores of his interviews to examine the question. The reclusive 79-year-old certainly has a long history of supporting the Palestinians, including filming Until Victory, which told the story of the Palestinian struggle against Israel. He once admitted that his grandfather had « ferociously » disliked Jews. « He was anti-Jew; whereas I am anti-Zionist, he was antisemitic, » the director once said.

But some critics say Godard’s work and some of his statements have crossed the line from being critical of Israel and its policies and into antisemitism. In one of his films (Here and There), the director alternates images of Adolf Hitler with Israeli leader Golda Meir. He has criticised films about the Holocaust such as Schindler’s List and Shoah, though often on apparently artistic grounds.

But some other reported statements are less easy to defend, including once calling a friend a « dirty Jew » and, after being asked for back pay by a colleague, saying: « It is always the same, Jews call you when they hear a cash register opening. » In a 1985 interview Godard spoke of the « image of the central European Jew » as being part of Hollywood’s problem with being caught up in debt.

The Jewish Journal went so far as to send a list of these and others of Godard’s supposedly antisemitic statements to the Academy of Motion Picture Arts and Sciences, the organisation behind the Oscars. The academy replied that it was aware of the allegations. « Antisemitism is of course deplorable, but the academy has not found the accusations against Godard persuasive, » it said. Some Jewish groups, such as B’nai B’rith International, have condemned the decision to honour Godard.

But the biggest surprise of the controversy might just be the award itself. Godard sprang to fame at the head of the French new wave with ground-breaking works such as Breathless.

Along with other auteurs such as François Truffaut, he rebelled against conventional French cinema and later against Hollywood. They believed that a film was the director’s intellectual vision and should break out of the constraints of straightforward plots and conventional cinematography.

Such attitudes never went down well with mainstream Hollywood, which regarded new wave films as impenetrable, unmarketable and difficult for audiences. None of Godard’s 70 feature films has ever been nominated for an Oscar, despite his international acclaim. That attitude has largely been returned by Godard, whose decision not to attend the ceremony last night means the academy will have to ship the gold statuette to his home in Switzerland.

He once said: « I believe a film should have a beginning, a middle and an end, but not necessarily in that order. » In the highly commercial and brutally cynical world of Hollywood, that sort of sentiment might be more of a reason for shock than any criticism of Israel.

Voir enfin:

On Jean-Luc Godard
Roger Ebert
April 30, 1969

The films of Jean-Luc Godard have fascinated and enraged moviegoers for a decade now. The simple fact is: This most brilliant of all modern directors is heartily disliked by a great many people who pay to see his movies.

No wonder. Godard is a perverse and difficult director who is deeply into his own universe. He couldn’t care less about a making a traditional movie with a story line. His films require active participation and imagination by the audience, and most movie audiences are lazy.

The film medium, above all others, encourages a passive response. All you have to do is sit back and let the images wash across your eyeballs and listen to the words. The movie does the rest. Occasionally a movie comes along, however, that requires some thought. A « 2001, » for example, or « Weekend » (1968) or even « Bullitt. »

Godard’s « Weekend » is not a narrative film like « Bullitt, » and it makes no attempt to tell a story. But neither is it a purely visual film like « 2001, » existing within its own self-contained rationale. Godard jams his films full of political, literary, cinematic and historical references. But they don’t seem to be organized according to any system. In « Weekend, » characters wander in and out, expressing disorganized thoughts about Mozart, the Third World, the function of the cinema and things like that.

On this level, « Weekend » is a great deal like an erudite cocktail party: Lots of well-informed people drift about repeating things they learned in college survey courses and nothing gets accomplished or decided, but at the end you have a feeling of unease – as if this world, and the things said in it, were a frail shield against some approaching cataclysm.

That’s on one level. On another level, Godard makes the most purely cinematic movies yet achieved. He uses his camera and his images to create a world that has no existence outside this particular movie. He doesn’t pretend his characters are real people, or his « plots » are real, or his dialog. In « Weekend, » Godard’s hero tells the heroine: « This is a lousy movie. All you meet are sick people. » At another point, a motorist asks the hero: « Are you real life or in a movie? »

This sort of thing irritates the hell out of some audiences, who think Godard is merely being clever. But it goes beyond that. No movie characters are real. No situations or dialog are real. Then isn’t it more real to admit that? « Weekend » is about some hypothetical time and country when the barbarism of modern life is routinely accepted. Related subject matter has been covered in many movies, often of the science-fiction genre. Isn’t it more real to abandon the attempt at a story and admit that you’re a director making this movie with these actors?
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Well, maybe so and maybe not. Godard will never find a very large audience, I guess. His style and philosophy take some getting used to. You have to see all his films, or none of them. One single Godard film seems accidental. But if you see half a dozen, you begin to get a sense of his universe. You see themes introduced, developed, worked out, discarded and then later satirized.

« Weekend, » for example, steals an exact shot from « La Chinoise » – the one of the young girl dressed in peasant’s rags and pointing a gun at the head of her friend. These young people and their lives were first introduced in « Masculine Feminine, » the film that correctly predicted the French student uprising. « La Chinoise » showed us radical students who broke loose from ideology and experimented with direct action. Now, in « Weekend, » we see young people living in guerilla tribes in the countryside, and we begin to see where Godard’s investigation is taking him.

Godard is a director of the very first rank; no other director in the 1960s has had more influence on the development of the feature-length film. Like Joyce in fiction or Beckett in theater, he is a pioneer whose present work is not acceptable to present audiences. But his influence on other directors is gradually creating and educating an audience that will, perhaps in the next generation, be able to look back at his films and see that this is where their cinema began.

Roger Ebert was the film critic of the Chicago Sun-Times from 1967 until his death in 2013. In 1975, he won the Pulitzer Prize for distinguished criticism.

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