Histoire: Qui se souvient encore de Raphaël Lévy? (From ancient Egypt to Gaza: A long list of blood libels against Jews)

Hang the jew (Leo Frank's lynching, Atlanta, 1913)https://fbcdn-sphotos-b-a.akamaihd.net/hphotos-ak-prn1/p480x480/1557677_3912039336489_1432325099_n.jpgLa mort de cet homme fut véritablement superbe. Edouard Drumont (La France Juive, 1886)
Il y avait vraiment des gens qui s’agitaient devant des courts-bouillons de grenouilles et de scorpions, mais nous savons que leurs manigances n’empêcheraient pas les avions de voler (…) C’est bien pourquoi, même lorsqu’elles étaient condamnées, même lorsqu’elles étaient techniquement coupables, les sorcières étaient des boucs émissaires. René Girard
Pour moi, l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie. L’armée israélienne ripostait au soulèvement palestinien par l’utilisation massive de tirs à balles réelles. (…) Du 29 septembre à la fin octobre 2000, 118 Palestiniens sont morts, parmi eux 33 avaient moins de 18 ans. Onze Israéliens ont été tués, tous adultes. Charles Enderlin
Ce n’est pas une politique de tuer des enfants. Chirac (accueillant Barak à Paris, le 4 octobre 2000)

Qui se souvient encore de Raphaël Lévy?

Egypte (- 1440?), Norwich (1144), Trente (1475), Tolède (1491), Damas (1840), Kielce (1946), Kiev (1913), Atlanta (1913), Gaza (2000) …

Au terme d’une 60e année-anniversaire qui, de la crise financière à la situation actuelle au Proche-Orient et bien au-delà des discours des mollahs de Téhéran ou des divagations d’un Dieudonné en passant par le carnage de Bombay, a encore ajouté et d’une manière totalement disproportionnée (et modernité oblige, au nom de leur propre victimation !) à la longue liste des accusations, y compris à nouveau de meurtre d’enfants, portées contre les juifs ou leur Etat actuel …

Et aussi une semaine après la célébration du 2014e anniversaire du juif Yeshoua dont la naissance même fut l’occasion du tristement célèbre « Massacre des innocents » mais dont l’exécution sur cette même terre d’Israël permit justement et de la manière la plus éclatante d’en révéler le mécanisme victimaire pour lui et pour toutes les victimes de l’histoire humaine …

Retour, via le dernier livre de Pierre Birnbaum (« Un récit de ‘meurtre rituel’ au grand siècle »), sur l’inquiétante actualité du funeste destin d’un petit marchand de bestiaux lorrain dont la fête de Nouvel An juif, il y a 340 ans, se termina sur le bûcher.

Et où, derrière les aujourd’hui évidentes fantaisistes accusations de crime rituel (d’un enfant chrétien), on retrouve les mêmes conditions et symptômes d’une société en pleine crise dans cette ville stratégique où les juifs avaient été réintroduits, garnison militaire oblige, depuis un siècle après l’édit d’expulsion de 1394 …

UN RÉCIT DE « MEURTRE RITUEL » AU GRAND SIÈCLE
Pierre Birnbaum
Fayard 236 p., 23 €

Un funeste destin
Jean-Pierre Rioux
La Croix
Le 30 décembre 2008

La condamnation et l’exécution de Raphaël Levy, marchand de bestiaux juif, sans doute accusé injustement du rapt d’un enfant chrétien

En 1669 , l’année des Pensées de Pascal et de Britannicus. Nous voici à Metz, ville royale et française dans un duché de Lorraine encore politiquement disputé, ravagé par la soldatesque de quatre nationalités, décimé par la peste et autres épidémies. Calamités et insécurité ont fait proliférer les peurs, les rumeurs, les haines, les superstitions.

On craint toujours autant les déviances religieuses, les sortilèges et les maléfices, même si naguère on a abondamment brûlé sorciers et sorcières. En fait, malgré l’action musclée de la Contre-Réforme, tout peut redevenir à tout instant obscur et angoissant. Et tout juif pris la main dans le sac pourra avantageusement passer pour un nouveau sorcier et un éternel coupable de déicide.

Pierre Birnbaum a exhumé là-bas l’incroyable dossier de Raphaël Lévy, ce petit marchand de bestiaux des environs de Metz, bon époux et bon père, aussi pieux que subtil, qui chevauchait vers Metz un jour de septembre 1669, pour y acheter un shofar (une trompette) et du vin afin de célébrer dignement le Nouvel An juif. Sur ces entrefaites, à quelques lieues de la ville, le petit Didier, âgé de 3 ans, a disparu. Et voilà qu’un témoin a affirmé avoir vu Lévy chevaucher avec un enfant dissimulé sous son manteau : tout s’éclaire !

Un juif, une fois encore, a enlevé un enfant chrétien pour le saigner à mort et célébrer ainsi pieusement Rosh Hashana (en fait, Didier, égaré, a sans doute été dévoré par des bêtes sauvages et l’on retrouvera ses restes) ! Harcelé, soumis aux abominables tortures de la question «ordinaire» puis «extraordinaire», injustement accusé par des voisins qui lui devaient de l’argent, hué par la populace, accablé par les notables et condamné par le parlement local, mal soutenu en outre par les bien-pensants de sa communauté, Raphaël a protesté jusqu’au bout de son innocence, n’a jamais renié sa foi, a multiplié comme Jeanne d’Arc ou Dreyfus des remarques d’une belle fierté d’âme sur ses accusateurs et leurs accusations.

Sur ces entrefaites, un autre juif, Meyer Schwabe, a été soupçonné de profanation de la sainte hostie au cours d’une réunion satanique d’arrière-boutique, un Vendredi saint. Cette nouvelle accusation a rendu plus intolérables encore pour les Messins les méfaits prétendus des juifs de la région. Versailles, saisi par les défenseurs, a tardé à intervenir, mais Louis XIV fera libérer les autres accusés quelques mois plus tard. Raphaël Lévy, lui, fut conduit au bûcher le 17 janvier 1770. Il semble que le bourreau eut l’obligeance de l’étrangler avant de le jeter au feu.

Ouvert pour la première fois dans son intégralité, ce dossier permet à Pierre Birnbaum de peindre ces communautés juives de Lorraine, immergées dans la population chrétienne et pourtant si distinctes d’elle avant que les avancées du pouvoir royal et celles des Lumières ne hâtent leur intégration. Pour l’heure, les juifs messins étaient restés un îlot à part, très pieux, d’une belle activité talmudique et cultuelle, souvent fournisseurs des armées, marchands de bestiaux ou prêteurs.

Jamais leur abnégation et leur fidélité n’ont pu franchir le mur de haine ou de mépris qui les isolait, nouveaux Hérode, chez les esprits et les âmes les plus basses. Lévy sera d’ailleurs vite oublié, sa souffrance et son témoignage ne seront jamais inscrits au martyrologe national, ni même au mémorial juif. Voltaire, par exemple, ignora qu’il eût pu être tenu pour un ancêtre plausible de Calas ou du chevalier de La Barre.

Le juif messin ne resurgira qu’épisodiquement, au temps de l’affaire Dreyfus. Joseph Reinach, un des premiers et des plus ardents dreyfusards, lui consacrera une étude publiée en 1898, l’année même du J’accuse ! de Zola. Tandis qu’Édouard Drumont lui consacrait les pages haineuses qu’on imagine dans La France juive.

Pierre Birnbaum sait bien que l’affaire Raphaël Lévy s’est effacée des mémoires parce que, après la Royauté, la Révolution française puis la République ont intégré les juifs de France dans la Nation. À jamais ? Écoutons-le : «Est-ce le recul contemporain de l’État, l’explosion des préjugés, le retour de la violence, au meurtre même, qui rendent une inquiétante actualité au destin funeste de Raphaël ?»

COMPLEMENT:

Book Review: ‘A Child of Christian Blood,’

Edmund Levin

There was no evidence against a Jewish clerk tried for ritually murdering a Christian boy in Kiev in 1911. But that wasn’t the point.

Douglas Smith

The WSJ

February 24, 2014

The body was discovered on a March afternoon in 1911 by two boys exploring one of Kiev’s many caves in search of treasure. It was that of a boy just about their age, dressed in only a shirt and underwear, his hands tied behind his back, slumped over next to his school books. Little Andrei Yushchinsky had met a terrible end, stabbed as many as 50 times by an awl.

In a violent city like Kiev, there was no reason to expect that the murder would give birth to one of the most notorious legal cases in the early 20th century, an international cause célèbre that would attract world-wide attention, exposing the cynicism and moral bankruptcy of czarist Russia. Today, in the wake of the Holocaust and other genocidal bloodlettings, the Beilis Case, as the scandal came to be known, is all but forgotten. But Edmund Levin’s « A Child of Christian Blood: Murder and Conspiracy in Tsarist Russia » reminds us that, in its day, the murder rivaled France’s Dreyfus Affair as the ugliest expression of modern anti-Semitism. His is the most thorough, reliable and readable book on the subject to date.

When the initial investigation by local authorities—marked by almost criminal incompetence that saw the horrendous mishandling of the crime scene—produced no clear suspects, police felt pressured to make an arrest. Through a mixture of political agitation and scheming on the part of the authorities, Russian nationalists and those most likely guilty of the crime, Mendel Beilis, a Jewish clerk at a brick factory near the murder scene, was charged with the murder. That the evidence against Beilis was nonexistent was irrelevant to the prosecution, for the accused was on trial not as an individual but as a representative of his tribe—a Jew guilty of ritual murder.

The naked anti-Semitism of the Beilis Case isn’t shocking in the context of late-czarist Russia, infamous for bloody pogroms and a massive web of laws restricting nearly every facet of Jewish life. But as Mr. Levin, a writer and producer at ABC’s « Good Morning America, » stresses in this deeply researched and carefully argued book, the deadly fantasy of the Jewish « Blood Libel » neither originated in Russia nor resonated there with the same force as in other parts of Europe.

The lie of the Blood Libel was created by a Welsh monk, Thomas of Monmouth, in the 12th century, following the murder of a young boy. According to Monmouth, Christian blood was required in a secret Passover ritual, without which the Jews would never be able to return to their ancestral land. From England the myth spread to Europe, where, in various guises, it took on a remarkably tenacious life. The final decade of the 19th century saw as many as 79 major ritual-murder cases across the Continent. But, as the author points out, the majority of these were in Austria-Hungary and Germany. Indeed, the Blood Libel was most prevalent in Catholic Europe, not Orthodox Russia, where it was perceived, even if only subconsciously, as something alien to the native culture.

Russia, however, turned out to be the only place in Europe where a case of Jewish ritual murder would be wholly embraced by the central government. Historians have proposed different explanations for this bizarre fact. Some have claimed it was meant as a way to derail a bill in the Duma, Russia’s parliament, that would have abolished the Jewish Pale of Settlement, which generally restricted Jews to the Russian Empire’s westernmost provinces, where they had traditionally lived; other scholars have seen in it a calculating attempt to rally xenophobic Russians behind the czar and the traditional order, or even a concession to pressure from the far right.

Mr. Levin points out the errors of these interpretations, following instead the path elaborated by the late Hans Rogger, the pre-eminent scholar of Russian anti-Semitism. This wasn’t an example of populism, Rogger insisted: The czarist government distrusted, indeed feared, its people, and it repeatedly resisted popular involvement in what it perceived as its affairs. Rather, the explanation for the government’s behavior is to be found in Russia’s autocratic system, particularly in its last autocrat.

Nicholas II was preternaturally anti-Semitic. He believed in the cabal of World Jewry and the « Yid- Masonic conspiracy » aimed at Christian Russia. He also believed in the reality of Jewish ritual murder. « In pursuing this mad venture, then, » Mr. Levin writes, « the tsar’s personal ideology, not politics, was the necessary condition, the indispensable factor. » Ambitious and cynical high government officials desperate to please their czar were crucial in creating the Beilis affair.

The case provoked universal outrage. Open letters denouncing the fantastical nature of the charge were written in France and Germany, signed by the likes of Anatole France and Thomas Mann. Sir Arthur Conan Doyle, G.B. Shaw and H.G. Wells were among the luminaries who attached their names to a letter published in the Times of London. Once the trial got under way, protesters took to the streets in cities across Europe and America. Even small towns like Kenosha, Wis., could boast that their citizens had come out to protest an injustice being committed on the other side of the globe. (Yet America, as Mr. Levin notes, wasn’t immune to anti-Semitic violence: Leo Frank, a Jew, was falsely convicted of murdering a Christian girl and dragged from his cell and lynched in Georgia in 1915.)

The Beilis trial lasted over a month, yet it took the jury only an hour and 20 minutes to come to a decision: not guilty. No one was ever convicted of the crime, and to this day no one, not even such an authority as Mr. Levin, can definitively say who committed it. As for Mendel Beilis, the life he had known was destroyed. With his family he moved to Palestine in 1914 and then to the U.S., settling in the Bronx. He had trouble finding work, eventually being reduced to selling copies of his memoirs door-to-door. In Kiev today, some still place flowers on Andrei Yushchinsky’s grave, a martyr, in their deluded eyes, to the perfidious Jew.

Mr. Smith is the author of « Former People: The Final Days of the Russian Aristocracy. »

5 commentaires pour Histoire: Qui se souvient encore de Raphaël Lévy? (From ancient Egypt to Gaza: A long list of blood libels against Jews)

  1. jcdurbant dit :

    French Jew finally clearled of blood libel 344 years after his burning at the stake: how much longer for Enderlin and France 2’s blood libel on Israel’s armed forces ?

    Nearly 350 years after his wrongful execution, a French Jew who had been convicted of a blood libel was exonerated and declared a martyr.The village of Glatigny in the eastern district of Moselle set the record straight Sunday on the wrongful conviction of Raphael Levy in 1670 for murder. Levy, a simple merchant, was found guilty and burned at the stake for the alleged killing of three-year-old Didier Lemoine for ritual purposes, Le Figaro reported Sunday.

    The Times of Israel

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  2. jcdurbant dit :

    Un village lorrain réhabilite un juif brûlé en 1670

    Raphaël Levy avait été condamné à tort d’un meurtre rituel il y a 344 ans. Le village avait depuis été déclaré «maudit» et aucun juif n’y mettait plus les pieds.

    La commune de Glatigny en Moselle a réhabilité dimanche un juif innocent, 344 ans après sa condamnation à mort en 1670 à Metz pour le meurtre d’un garçonnet du village. Raphaël Levy, un marchand de bestiaux juif originaire de Boulay, avait été désigné coupable d’avoir enlevé et tué le petit Didier Lemoine, un enfant du village âgé de 3 ans.

    Le Figaro

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  3. […] l’heure où l’on apprend qu’un juif brûlé en Lorraine vient enfin d’être reconnu innocent du crime rituel dont il avait été […]

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