Après-DSK: Chronique du machisme ordinaire (In their own version of FMyLife French women spill the beans on everyday sexism)

Tu ne convoiteras point la servante de ton prochain. Moïse
Vous avez appris qu’il a été dit: Tu ne commettras point d’adultère. Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son coeur.  Yeshoua
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Shaoul
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
Les parents veulent garder leurs filles à la maison et elles partent ainsi plus rarement que leurs frères en pension ou en apprentissage. Elles auront aussi du mal à convaincre leur famille d’aller poursuivre des études loin de chez elles. Plus tard, elles devront prendre soin de leurs parents âgés. Elles sont en quelque sorte un « objet parental » alors que les garçons s’affirment comme « sujet parental » auquel on veut donner de l’autonomie. Ce type de discriminations est le plus souvent inconscient. (…) On assiste aujourd’hui à une régression à l’école avec des insultes homophobes qui deviennent courantes dans les cours de récré. Il y a une très forte pression sur les jeunes garçons pour s’imposer comme tel. La masculinité s’exprime finalement dans la désobéissance, quand la féminité se mesure à son adaptabilité et à sa capacité à favoriser les situations sans conflit. (…) Les femmes choisissent plus ou moins consciemment des professions dans le cadre desquelles elles peuvent s’occuper des autres, comme la médecine ou la magistrature où elles sont aujourd’hui majoritaires. S’il y a quand même 25 % de femmes dans les écoles d’ingénieurs par exemple, elles savent qu’elles devront briser un « plafond de verre » qui bridera leurs ambitions dans des secteurs « masculins ». C’est d’ailleurs frappant de constater qu’au contraire, dans les professions dites « féminines », les garçons bénéficient eux d’un « ascenseur de verre ». (…) A la sortie des grandes écoles de commerce, les jeunes filles sont recrutées au même poste et au même statut que les garçons, mais 5 à 10 % moins cher. La différence est la même à la sortie des grandes écoles d’ingénieurs, mais on constate qu’en plus un quart d’entre elles n’obtient pas un statut cadre quand c’est le cas de la quasi-totalité des garçons ! Et tout serait encore pire une fois dans le milieu professionnel. Notamment dans des conseils d’administration qui restent l’apanage des hommes. (…) Les dirigeants pensent qu’un bon leader, qu’il soit d’ailleurs un homme ou une femme, doit être masculin tout en neutralisant certains aspects machistes de sa personnalité. Créer des quotas va donner un appel d’air, mais ne résoudra rien si les entreprises ne prennent pas garde à faire peu à peu progresser leurs cadres féminines. S’il s’agit de leur faire passer plusieurs étapes d’un seul coup sans qu’elles y soient préparées, elles risquent d’avoir du mal à s’imposer. (…) En Grande-Bretagne, 10 % de la formation continue s’adresse spécifiquement aux femmes, contre 0,5 % en France. On ne veut pas admettre que, dans des groupes mixtes, les femmes ont souvent du mal à s’imposer ou même à poser des questions. On ne veut pas considérer qu’elles interagissent mieux et trouvent plus facilement les outils hors de la présence d’hommes. Souvent ceux-ci s’imposent parce que les femmes se sous-estiment. En les formant, nous leur apprenons à se valoriser. Renaud Redien-Collot (psychosociologue spécialiste du genre)
Je suis d’une espèce domestique, d’un peuple sans Histoire, sans héros, sans aventures et sans légendes. Je suis d’un peuple qui n’a pas découvert l’Amérique, qui n’a pas inventé le moteur à explosion, qui n’a pas écrit de symphonies. Je suis du peuple qui a porté dans ses flancs les auteurs de toutes ces merveilles humaines. Je suis du peuple qui leur a fait à manger, a lavé leur linge, soigné leurs plaies. Nous sommes des fabriques de génies, mais jamais nous n’avons pu être des génies nous-mêmes. Nous les avons mis au monde, nous les avons nourris du lait de nos poitrines, nous leur avons chanté des berceuses. Nous avons répété les mêmes gestes pendant des millénaires, et on peut imaginer qu’une femme de l’âge de pierre trouverait un langage commun avec une femme du xxe siècle, américaine ou papoue, parce que certains gestes n’ont pas changé. (…) La loi de la jungle ne concerne pas que les animaux. Malheur aux perdantes. Les vainqueurs ne nous ont laissé faire que ce qu’ils ne pouvaient ni ne voulaient faire eux-mêmes et ont inventé que ça nous faisait plaisir. De notre souffrance ils ont fait un destin. Celles qui se sont aventurées à protester ont été, par la force et la violence, réduites au grand silence des peuples vaincus. Isabelle Alonso
Sexisme: ils se lâchent, les femmes trinquent Depuis une semaine, nous sommes abasourdies par le déferlement quotidien de propos misogynes tenus par des personnalités publiques, largement relayés sur nos écrans, postes de radios, lieux de travail comme sur les réseaux sociaux. Nous avons eu droit à un florilège de remarques sexistes, du « il n’y a pas mort d’homme » au « troussage de domestique » en passant par « c’est un tort d’aimer les femmes ? » ou les commentaires établissant un lien entre l’apparence physique des femmes, leur tenue vestimentaire et le comportement des hommes qu’elles croisent. (…) Nous ne savons pas ce qui s’est passé à New York samedi dernier mais nous savons ce qui se passe en France depuis une semaine. Nous assistons à une fulgurante remontée à la surface de réflexes sexistes et réactionnaires, si prompts à surgir chez une partie des élites françaises. Ces propos illustrent l’impunité qui règne dans notre pays quant à l’expression publique d’un sexisme décomplexé. Autant de tolérance ne serait acceptée dans nul autre cas de discrimination. Ces propos tendent à minimiser la gravité du viol, tendent à en faire une situation aux frontières floues, plus ou moins acceptable, une sorte de dérapage. Ils envoient un message simple aux victimes présentes et futures : « ne portez pas plainte ». Nous le rappelons : le viol et la tentative de viol sont des crimes. Ces propos prouvent à quel point la réalité des violences faites aux femmes est méconnue. De la part d’élites qui prétendent diriger notre société, c’est particulièrement inquiétant. 75 000 femmes sont violées chaque année dans notre pays, de toutes catégories sociales, de tous âges. Leur seul point commun est d’être des femmes. Le seul point commun des agresseurs, c’est d’être des hommes. Enfin, ces propos font apparaître une confusion intolérable entre liberté sexuelle et violence faite aux femmes. Les actes violents, viol, tentative de viol, harcèlement sont la marque d’une volonté de domination des hommes sur le corps des femmes. Faire ce parallèle est dangereux et malhonnête : ils ouvrent la voie aux partisans d’un retour à l’ordre moral qui freine l’émancipation des femmes et des hommes. Les personnalités publiques qui véhiculent des stéréotypes qu’on croyait d’un autre siècle insultent toutes les femmes ainsi que toutes celles et ceux qui tiennent à la dignité humaine et luttent au quotidien pour faire avancer l’égalité femmes – hommes. Collectif Osons le féminisme
Ah ben, dans un village où y a des pervers, il y a des cochonnes, hein, monsieur !
Tu serais pas une petite coquine toi par hasard ?
De toutes façons les femmes seules avec des enfants finissent toutes par être des putes.
Féministe et susceptible, ça doit être compliqué pour votre conjoint! Je le plains.
Mais pourquoi veux tu qu’il se lève alors qu’il y a ici 3 femmes dont c’est le travail ? »
Dans le service, je ne comprends pas, les femmes tombent toujours enceintes quand elles ont un poste de titulaire….. » .
A quand suffisamment d’éluEs, pour qu’une femme dans une assemblée ne soit plus juste une secrétaire ?

27% de salaire en moins, 80% des tâches ménagères, 18,5% des députés, 85% des travailleurs précaires,  75 000 viols déclarés par an, blagues machistes au quotidien …

En cette semaine de Shavout/Pentecôte qui commémore tant la réception de la Loi par Moïse que de l’Esprit saint pour la graver dans les coeurs …

Et qui, pour un banal « lutinage de femme de chambre » (dixit l’un de nos éditorialistes) valent aujourd’hui à l’Occident d’être à nouveau la risée du reste de la planète pour sa si singulière obsession, dérives comprises, pour la défense de la victime

A l’heure donc où dans la première puissance du monde un puissant se voit conspuer, entre deux marches des salopes, par un collectif de femmes de chambre

Où un ex-gouverneur du premier de ses états  désavouer pour une vulgaire histoire d’enfant secret avec l’une de ses employées de maison …

Un élu de la plus grande ville du monde   contraindre de s’excuser d’avoir menti pour le plus puéril des envois de photos déplacées à des inconnues sur Facebook  …

Où, au Pays même des droits de l’homme (sic), de similaires histoires d’amours ancilaires (DSK-Tron) et  surtout le déferlement de commentaires auxquelles elles ont donné lieu, étalent en une de nos journaux les petites  faiblesses cachées  de nos puissants à nous …

Retour, avec le blog lancé il y a un an (Vie de meuf, version féminine de « Vie de merde » aujourd’hui fermée pour cause de succès et de malveillance mais dont la compilation des anecdotes vient de sortir en librairie) par le collectif  « Osons le féminisme » …

Sur,  du travail à la rue et à la maison, le machisme ordinaire

VIE DE MEUF

Viedemeuf, c’est le blog ouvert par Osez le féminisme pour mettre en lumière les inégalités femmes – hommes qui persistent dans notre société. En 2011, en France, les femmes gagnent en moyenne 27% de salaire en moins, assument 80% des tâches ménagères, représentent 18,5% des députés, constituent 85% des travailleurs précaires, sont victimes de violences au quotidien (chaque année, 75 000 femmes sont violées en France) et sont obligées de se coltiner régulièrement les blagues machistes encore fortement en vogue… La liste pourrait continuer longtemps. L’objectif de ce blog est de rendre visible le sexisme ordinaire pour montrer l’importance d’être – encore aujourd’hui – féministe !

Famille, travail, couple, rencontres, soirées… : cliquez ici pour raconter votre « vie de meuf ».

Commentaires : pourquoi nous les fermons

Nous avons ouvert ce blog pour partager et mettre en lumière le sexisme ordinaire.

Les nombreuses contributions et le succès du site montrent que l’expérience du sexisme est largement partagée et que le féminisme a des raisons d’être. Nous remercions les internautes qui nous envoient leurs histoires et tiendrons ce blog ouvert tant que le sexisme ordinaire le rendra utile.

Devant l’afflux de commentaires irrespectueux, nous avons reçu des mails de nombreuses internautes et de nombreux internautes nous demandant de réagir. Nous n’avons à l’heure actuelle pas les moyens humains de modérer les commentaires, l’équipe étant composée de bénévoles qui gèrent le blog sur leur temps libre. Nous nous voyons dans l’obligation de fermer la possibilité de commenter. Nous en sommes désolées et essayons de trouver rapidement une solution alternative.

L’équipe viedemeuf, contact@osezlefeminisme.fr

samedi 4 juin 2011

Les Gérard du sexisme

Aujourd’hui, lecture du palmarès des « Gérard » de la politique, poilade, rigolade et tutti quanti, les hommes politiques sont épinglés pour leur(s) bêtise(s) et petites phrases, quand tout à coup:

« Gérard de la femme politique, quand tu la vois, t’as pas envie de lui mettre ton bulletin dans l’urne :

Fadela Amara ex aequo avec Nadine Morano ».

C’est vrai que chez les femmes, on ne critique ni le bilan ni la c******e, seulement le physique et l’attractivité, classe!

#viedemeuf

Jeanne

Publié par Osez le féminisme à l’adresse 19:08

J’attends le directeur

Un commercial arrive sur mon lieu de travail (ils sont des dizaines en fin d’année scolaire !). Il est jeune, souriant, semble très heureux de se présenter dans mon école et me demande où se trouve le bureau du directeur…

Je lui réponds, souriante, que je suis la directrice de l’établissement et que je peux le recevoir rapidement.

Il m’a alors très poliment répondu qu’il préférait attendre le retour du directeur !!! J’ignore si il attend encore… #viedemeuf

Ange

Publié par Osez le féminisme à l’adresse 18:06

pouvoir et sexisme

Rendez-vous avec l’élu d’une mairie d’arrondissement de Paris pour présenter un projet artistique que nous sommes 4 à venir défendre: 3 hommes et une femme(moi). A la fin, le maire nous salue et dit en me désignant du menton : « envoyez-moi votre compte-rendu, j’ai vu que votre secrétaire prenait des notes ».

A quand suffisamment d’éluEs, pour qu’une femme dans une assemblée ne soit plus juste une secrétaire ? #viedemeuf

Séverine

Publié par Osez le féminisme à l’adresse 17:03

Vie quotidienne

Hier soir, je rentre du boulot. Arrivée à un passage piéton j’hésite à traverser : un 4×4 arrive à toute allure. Finalement il s’arrête mais le conducteur, un type de 60 ans, fait rugir son moteur. Je me marre parce que je trouve ça un peu ridicule, le remercie et traverse. Là il ouvre sa fenêtre et me dit « tu serais pas une petite coquine toi par hasard ? ». Et il commence à me suivre :  » t’as quel âge toi, 25 ? 28 ? ». Vous me croirez ou non, je suis restée muette de stupeur… #viedemeuf

Marie

Publié par Osez le féminisme à l’adresse 16:02

chef de famille

A l’agence immobilière, je demande à ce qu’on mette mon nom sur le dossier de l’appartement que j’occupe avec mon conjoint et dont le bail est aux 2 noms:

– Oh non, nous on met le chef de famille pour le nom du dossier. On est vieux jeu, on met l’homme, c’est plus logique.

– Moi je suis féministe, le chef de famille, ça n’existe pas donc vous allez mettre mon nom.

– Féministe et susceptible, ça doit être compliqué pour votre conjoint! Je le plains. #viedemeuf

Clem

Publié par Osez le féminisme à l’adresse 15:00

Une charge

Quand j’ai passé mon entretien d’embauche, ma fille avait 5 mois. Le DRH me regarde et dit « comment vous allez faire avec un enfant en bas âge? Ca va pas vous gêner dans votre travail? »

J’ai halluciné et je lui ai dit que si je postulais c’est parce que j’avais un mode de garde pour mon enfant et que ma fille n’était pas une charge pour moi.

Et oui, on est au 21ème siècle et y en a encore qui pensent que la femme doit rester à la maison ! #viedemeuf

Magali

Publié par Osez le féminisme à l’adresse 14:59

JT

Jt de France 2 suite à la catastrophe au Japon. Pujadas parle du « retour des expatriés ainsi que de leur femme et leurs enfants… » #viedemeuf

Dorothé

Publié par Osez le féminisme à l’adresse 13:57

Petite morale

Il y a quelques années je travaillais auprès de familles de réfugiés politiques, parmi lesquelles une femme seule avec un enfant. Moi même je divorçais et élevais mon fils. Lorsque j’évoquais des difficultés de cette maman en réunion de travail; le chef de service intervient en ces mots « de toutes façons les femmes seules avec des enfants finissent toutes par être des putes ».

Ca a duré 4 ans dans cet esprit, ca c’est fini par un burn out…ça étonne quelqu’un ? #viedemeuf

Véro

Publié par Osez le féminisme à l’adresse 12:55

Ce fameux métier

Alors que je cuisine, mon père me regarde. Après mûre réflexion, il me dit :

« C’est bien, tu t’entraînes… Ça sera ton métier plus tard.

– C’est à dire ?

– T’occuper de ton mari. » #viedemeuf

Elodie

Publié par Osez le féminisme à l’adresse 12:54

Compliment

Jeune directrice de service, mon boss, sexagénaire, me demande quand est-ce que je me présente au concours de Miss France, l’air de me faire un super compliment qui devrait me faire hyper plaisir. Sa secrétaire, une femme, me lance un regard de travers, puis lui dit en minaudant : « ha ben, on ne me demande pas ça à moi » ! Puis, elle me dit carrément que « je devrais être contente » au lieu de le prendre comme ça (je l’ai envoyé bouler, le boss)… #viedemeuf

Lise

samedi 4 juin 2011

Cousin Cousine

Il y a dix jours : ma fille -4 ans- veut jouer avec son cousin -5 ans qui ne veut pas par contre pour jouer avec mon fils de 2 ans, le cousin est plus d’accord…

Pourquoi donc ma fille ne peut jouer au voiture avec les autres …? #viedemeuf

Joseph

Publié par Osez le féminisme à l’adresse 10:51

le perdant est une perdante

Je me promène quand 3 petits garçons de 8-10 ans me doublent en courant. Celui qui est en tête dit: « le dernier arrivé est une femme! » J’en suis restée bouche bée…!!! #viedemeuf

Marine

Publié par Osez le féminisme à l’adresse 09:49

vendredi 3 juin 2011

Rappel à l’ordre

A un barbecue avec des collègues et leurs proches, un collègue se lève pour s’occuper de son petit garçon. Mon boss lui dit : « il faut vraiment qu’on refasse ton éducation. C’est quoi cet homme qui se lève de table pour ses gosses, ta femme est là pour s’en occuper ».

Pour info, mon boss se noie dans le travail et l’alcool, alors que l’autre est simplement heureux.

Parfois la vie n’est pas si injuste… #viedemerde

LS

Publié par Osez le féminisme à l’adresse 18:46

Compétences

Je suis enseignante dans un établissement culturelle et lors d’une réunion du conseil pédagogique notre directeur nous informe de la formation d’une commission de 5 supers profs …..que des hommes. A ma réflexion sur le fait que cela manquait de femmes la réponse a été : je n’ai nommé que des hommes car je voulais que des gens compétents…….perte de mémoire pour ce cher homme qui avait oublié que les deux femmes en face de lui avaient plus de diplômes que lui. #viedemeuf

Dani

Publié par Osez le féminisme à l’adresse 15:42

Famille chérie

A table avec mes parents et ma grand mère, le repas se termine, les femmes se lèvent pour débarrasser… Je fais remarquer à mon père qu’il pourrait participer, et ma grand mère, d’un air mécontent, rétorque le plus sérieusement du monde : « mais pourquoi veux tu qu’il se lève alors qu’il y a ici 3 femmes dont c’est le travail ? »

Quelle sotte je fais, merci mémé de me remettre les idées en place ! #viedemeuf

Laëtitia

Publié par Osez le féminisme à l’adresse 15:41

Poule pondeuse

Mon premier job. Mon chef de service (Albert de son petit nom, propre sur lui, cravate beige et pantalons sable) me dit d’un air bonasse derrière son bureau  » dans le service, je ne comprends pas, les femmes tombent toujours enceintes quand elles ont un poste de titulaire….. » . Je me suis entendu lui répondre « T’as déjà essayé d’élever des enfants en ayant un contrat de précaire, toi ? » oups….! #viedemeuf

CB

Publié par Osez le féminisme à l’adresse 13:40

Mon mari aussi

Pendant ma première grossesse, on me demandait si je reprendrais le travail à plein temps avec un bébé. La conversation changeait vite de sujet quand je disais « Je reprendrai à plein temps, et mon mari aussi ». #viedemeuf

Sean

Publié par Osez le féminisme à l’adresse 12:39

Le valet

On laisse la voiture à un valet devant un restaurant. Au moment de repartir, comme je ne bois pas d’alcool, il est évident que je conduis, avec à bord mon mari et un couple d’amis. Je m’approche de la voiture côté conducteur. Le valet se dépêche de refermer la porte du conducteur pour m’ouvrir la porte à l’arrière. C’est là qu’il comprend, devant mon air ébahi:  » ha, c’est vous qui conduisez? « .

Oui, merci bien. #viedemeuf

Lola

Publié par Osez le féminisme à l’adresse 11:38

Lecture

Un midi, La Défense, un kiosque à journaux. La blonde peroxydée que je suis fouine de-ci de-là pour s’emparer, dans un accès de culture d’un petit courrier international, un numéro spécial de Marianne sur la guerre civile en France, et enfin un petit Science et Vie sur la Naissance de la Médecine.

Un sourire crevant de spontanéité, le mec à la caisse me balance: « Eh ben dis donc la blondinette elle lit pas n’importe quoi!! » Humour. #viedemeuf

Altane

Publié par Osez le féminisme à l’adresse 10:36

on ne veut qu’un garçon !

Je suis en formation d’éducatrice spécialisée. Je postule par l’intermédiaire de l’école dans un établissement pour un stage. Réponse de la personne qui s’occupe des demandes de stages : « ils ne prennent que des hommes ! ». Je réponds que c’est scandaleux et qu’ils ne devraient plus leur envoyer de stagiaire… Elle me répond qu’avec la pénurie de stages ils vont continuer à collaborer avec eux. Et dans le secteur social on se veut progressiste et engagés !!! #viedemeuf

Emma

Publié par Osez le féminisme à l’adresse 09:33

(…)

mercredi 4 mai 2011

s’il y a des pervers, c’est qu’il y a des cochonnes !

Pendant un repas entre collègues, nous abordons le sujet d’un déviant sexuel qui soumettait une gamine à des attouchements. Cette affaire a eu lieu dans mon village natal.

Remarque d’un collègue à ce sujet « ah ben dans un village où y a des pervers il y a des cochones hein M. ! » #viedemeuf

Matou

jeudi 19 mai 2011

Le fer à la main

Mon copain m’ a assuré que le ménage était plus génétique chez la femme que chez l’homme.

Ce à quoi je lui ai demandé s’il pensait que j’étais née une serpillière dans la main et un fer à repasser dans l’autre.

#viedemeuf

Elise

mercredi 13 avril 2011

Sans nom de famille

Aujourd’hui, discussion politique avec des amis. Le même phénomène, observé avec des amis de toutes les tendances politiques, se reproduit.

Quand on parle des hommes politiques, c’est : Sarkozy, Hollande, Villepin, Hamon…

Quand on parle des femmes politiques, c’est : Ségolène, Martine, Marine, Rachida…

Il n’y a que moi que ça choque.

#viedemeuf

Genn

Publié par Osez le féminisme à l’adresse 18:09

jeudi 26 août 2010

Politique

Je suis la coupable et je m’en veux encore… Je débutais comme journaliste dans la presse régionale, je couvre une manif, on me conseille d’aller voir le maire, là-bas. Un chauve ventru, une jolie brune assez maquillée. Je me tourne vers l’homme. C’était elle, le maire, et lui, l’adjoint. #viedemeuf

AGJury

12 juillet 2010

Jury

«Je passe avec un jury composé d’une femme et d’un homme. A la fin de l’entretien, la femme me raccompagne, et m’explique que mon dossier est bon, mais qu’ils préfère un homme pour le poste « vous savez, c’est dur comme boulot, c’est un milieu diffcile »… Alors qu’elle-même est la responsable de communication. #viedemeuf»

Voir aussi:

Vie de meuf = vie de merde

Slate

12 juillet 2010

«Je passe avec un jury composé d’une femme et d’un homme. A la fin de l’entretien, la femme me raccompagne, et m’explique que mon dossier est bon, mais qu’ils préfère un homme pour le poste « vous savez, c’est dur comme boulot, c’est un milieu diffcile »… Alors qu’elle-même est la responsable de communication. #viedemeuf»

Ce témoignage, laissé par «comcom», est à l’image de la dizaine d’autres déjà en ligne sur le blog Vie de meuf, lancé lundi 10 juillet par le réseau Osez le féminisme.

Créé en 2009 pour défendre le Planning Familial dont le budget était menacé, le réseau a lancé ce blog à la veille du 27e anniversaire de la première loi sur l’égalité professionnelle. Pour Osez le féminisme, la situation n’a pas beaucoup évolué en terme d’inégalités hommes-femmes dans les contrats, les congés parentaux, les retraites, les discriminations à l’embauche, etc.

«27 ans après la première loi sur l’égalité professionnelle, les femmes touchent toujours des salaires inférieurs de 27% à ceux des hommes et constituent 80% des travailleurs précaires», dénonce le réseau, qui entend faire de son blog une plateforme «pour mettre en lumière ces inégalités flagrantes entre les femmes et les hommes dans le monde du travail et exiger des mesures de la part des pouvoirs publics».

Inspiré par le site Vie de merde, où les internautes sont invités à raconter leurs ennuis quotidiens et à finir leurs anecdotes d’un «#VDM», le blog Vie de meuf propose aux internautes féminines de poster leurs soucis professionnels liés à des discriminations, et à les finir d’un «#viedemeuf».

La date de lancement du blog a aussi été choisie pour marquer le coup alors qu’Eric Woerth a présenté son projet de loi de réforme des retraites au Conseil des ministres. Alors que Capital.fr lui demandait comment limiter l’impact de la réforme sur les femmes, qui se retrouvent encore plus pénalisée par le report de l’âge de la retraite à taux plein à 67 ans, et perçoivent déjà une pension moins grande que celle des hommes, le ministre a répondu:

«La question majeure n’est pas ici la retraite, mais plutôt l’inégalité salariale entre les hommes et les femmes. Il s’agit là d’un scandale absolu auquel nous allons nous attaquer. D’ici la fin de l’année, les entreprises devront rendre public leur rapport de situation comparée sur l’emploi des hommes et des femmes. Et si elles ne jouent pas le jeu, il y aura des sanctions financières»

Mais Osez le féminisme rappelle que le gouvernement a en fait reculé: la loi de 2006 sur l’égalité prévoyait une sanction sur l’absence de négociations prévues par le code du travail, tandis que ce qu’Eric Woerth demande aujourd’hui est une sanction si les entreprises ne publient par leurs chiffres en matière d’égalité.

Dans Les Echos, la nouvelle présidente de la Halde Jeannette Bougrab déclarait que la Haute Autorité de lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité comptait s’auto-saisir de la question de la retraite des femmes, parce qu’elles sont «les premières victimes de discriminations dans le monde du travail» et que «ces inégalités

Vie de meuf, le blog contre le machisme au boulot

Nathalie Ratel

L’Express

15/07/2010

Le collectif Osez le féminisme a inauguré lundi le blog « Vie de meuf », pour toutes les femmes victimes du sexisme sur leur lieu de travail.

« T’as tes ragnagnas ou quoi? » Ce type de réflexions machistes, Flo, elle connaît. Sur le blog Vie de meuf, lancé lundi par le collectif Osez le féminisme à la veille du 27e anniversaire de la première loi sur l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes, elle confie avoir régulièrement droit à ce type de remarques de la part de ses collègues masculins, dès lors qu’elle ne saisit pas un point technique au cours d’une réunion. Son cas n’est pas isolé, comme en témoignent les 200 commentaires laissés sur Vie de meuf où, comme sur le site Vie de merde, les internautes sont invités à raconter leurs soucis quotidiens.

Quel que soit le secteur d’activité, certaines femmes sont encore recalées à leurs entretiens d’embauche au motif qu’elles auront des enfants un jour. Marie B. s’est ainsi vu refuser un poste parce qu’elle envisageait de devenir maman dans les cinq années à venir: « Avoir des enfants avant 35 ans est un signe de manque d’ambition flagrant », lui a t-on répondu. « C’est une femme qui m’a dit ça! » écrit-elle, atterrée.

Pour les femmes déjà en poste, le congé maternité peut aussi servir de prétexte pour freiner l’évolution de carrière. « Nous avons des points de compétence tous les 3 ans (et une augmentation de 49 euros bruts). Je pars pour mon congé maternité à 2 ans et 11 mois d’ancienneté. De retour, on m’annonce que du fait de mon arrêt, j’ai perdu des compétences et que le compteur reprend à zéro… » se désespère Lolo.

« T’es pas sérieuse, c’est un boulot de mec »

Lorsqu’il s’agit de gérer des équipes ou d’endosser un peu plus de responsabilités, de nombreuses femmes se heurtent encore au postulat selon lequel elles n’auraient pas assez de poigne. « Le lobbying? T’es pas sérieuse, c’est un boulot de mec. Influencer, prendre des positions politiques fortes: il y a trop de responsabilités pour une femme », a entendu Charlotte, après avoir décroché un emploi au sein d’une grande compagnie aérienne.

Employée par une société de services en ingénierie informatique, C. a elle aussi crû à une hallucination quand son collègue lui a demandé ce qu’elle avait fait au chef pour qu’il lui confie la gestion d’un projet important. « Ce n’est pas possible qu’une fille fasse du bon boulot dans l’informatique? » s’indigne-t-elle.

Les internautes de Vie de meuf se plaignent également de leurs associés ou managers qui, comme c’est le cas pour Eve, leur adressent la parole les yeux rivés sur leur poitrine. D’autres, comme Nadia, s’exaspèrent de se voir qualifier de « secrétaire » quand leurs homologues masculins, qui exercent pourtant les mêmes fonctions, sont appelés « collaborateurs ». Un sexisme tellement prégnant qu’il affecte même certains hommes: « Aujourd’hui, je cherche un boulot de cuisinier/plongeur, le patron refuse de me donner le poste parce que ‘les femmes savent mieux faire ces choses là' », soupire Armand.

« Vie de meuf », miroir de l’inégalité professionnelle hommes-femmes

Le Monde

11.08.10

95% des sondés estiment qu’il est facile d’être un homme et 75% d’être une femme.

« Premier jour dans mon nouveau boulot, ma collègue m’accueille par cette remarque : ‘vous avez de la chance d’être là, au début, ils ne voulaient pas de femmes parce que ça tombe enceinte. Mais finalement ils ont changé d’avis : les hommes ça coûte trop cher.' » Cette anecdote est tirée du site Vie de meuf, lancé il y a un mois par le collectif Osez le féminisme pour fêter à sa manière le 27e anniversaire de la première loi sur l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes. Une égalité encore bien utopique. Selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) dans sa revue du mois de juillet, l’écart des rémunérations atteint une moyenne de 19 %. Chez les cadres, les différences de salaire entre hommes et femmes dépassent les 30 %.

Vie de meuf est construit sur le modèle du site humouristique Vie de merde, où chacun est invité à raconter en une ou deux phrases ses mésaventures au quotidien. Pourtant, la lecture de Vie de meuf ne prête pas vraiment à rire : les près de quatre cents histoires répertoriées à ce jour évoquent pêle-mêle les collègues moins diplômés mais mieux payés, les entretiens d’embauche très poussés sur la vie privée, les mises au placard au retour de congés maternités, ou les emplois refusés par peur que la candidate ne tombe enceinte rapidement.

GARE AUX ENFANTS !

Laetitia, qui débute dans la vie active, raconte ainsi la confession de son manager : il ne l’aurait jamais engagée si elle avait été un peu plus âgée, car « avec une femme de 28-30 ans, à l’embauche on sait qu’elle risque d’être absente deux ou trois fois six mois pour congé maternité ».

« Tout se passe comme si les femmes qui n’ont jamais eu l’intention d’interrompre leur carrière n’ont pas pu envoyer un signal crédible aux employeurs sur leur engagement à long terme », indique l’étude de l’OFCE. Cette dernière souligne ainsi qu’avoir ou non des enfants a peu d’influence sur le salaire horaire. Mais gare à celles qui envisagent d’avoir des enfants. Pour avoir évoqué la possibilité d’avoir des enfants dans les cinq ans à venir, Marie n’a pas eu le poste convointé. « Avoir des enfants avant 35 ans est un signe de manque d’ambition flagrant », lui aurait rétorqué la DRH.

« Mon supérieur direct n’a jamais employé le terme de congé de maternité mais celui de ‘convalescence’ ! Je lui ai fait remarquer à plusieurs reprises que je n’étais pas malade mais enceinte », déplore de son côté Eve.

PEU DE SANCTIONS

Estelle se fait elle embaucher sans souci en étant enceinte. Mais pas pour les raisons qu’elle imaginait. « Je finis par apprendre que j’ai été embauchée parce que j’étais enceinte, pour faire chier le remplaçant du recruteur… Et mon bac +8 alors, il compte pas ? » Sophie Ponthieux, co-auteur de l’étude de l’OFCE, résume la situation au Parisien : « l’idée qu’on puisse être une mère ou une future mère et une salariée comme les autres n’est toujours pas admise. »

Selon la loi sur l’égalité professionnelle de 2006, les entreprises ont jusqu’au 31 décembre 2010 pour ouvrir des discussions sur le sujet. « Aujourd’hui, quatre ans après la loi et six mois avant la date butoir, seules 8 % des entreprises ont signé un accord avec les partenaires sociaux », expliquait Caroline De Haas du réseau Osez le féminisme, dans une tribune au Monde.fr. Quelles seront les sanctions pour les entreprises récalcitrantes ? La loi renvoie au projet de réforme des retraites, où la question de l’égalité professionnelle apparaît dans l’article 13.

« Les sanctions qu’il prévoit sont en réalité largement en deçà de celles prévues en 2006. Elles seront appliquées uniquement aux entreprises de plus de trois cents salariés – moins de 36 % des emplois – et porteront non pas sur l’absence de négociations mais sur l’absence de publications de chiffres sur l’égalité », explique Caroline De Haas. « Pour échapper aux sanctions, il suffira aux entreprises de commander un rapport sur l’égalité professionnelle. Que celui-ci donne lieu ensuite à des changements, peu importe… » Le site Vie de meuf a encore de beaux jours devant lui.

Egalité professionnelle : un demi pas en avant, vingt-sept ans en arrière

Le Monde

 14.07.10

Il y a vingt-sept ans, le 13 juillet 1983, Yvette Roudy faisait adopter à l’Assemblée nationale la première loi sur l’égalité professionnelle. Après les avancées nombreuses de 1965 (autorisation de travailler sans l’accord de son mari, possibilité d’ouvrir un compte en banque à son nom…), cette loi visait à corriger les inégalités encore profondément ancrées dans le monde du travail.

Près d’un quart de siècle plus tard, les choses ont-elle réellement changé ? La réalité est assez cruelle : nous n’en sommes pas beaucoup plus loin qu’au début des années 1980. Les chiffres publiés chaque année par le Service Droits des Femmes du gouvernement nous le rappellent : les femmes touchent des salaires inférieurs de 27 % à ceux des hommes et représentent 82 % des salariés à temps partiel. La moitié des emplois féminins se concentre dans 14 % des catégories professionnelles. Près de trois femmes sur dix attendent 65 ans pour liquider leur retraite, faute de n’avoir pu rassembler les trimestres nécessaires, contre un homme sur vingt. Les femmes n’occupent, en 2007, qu’un peu plus d’un quart des postes d’encadrement des entreprises du secteur privé et semi-public alors qu’elles sont majoritaires à l’université.

L’année 2010 n’est pas anodine pour l’égalité professionnelle. C’est la date donnée en 2006, lors du vote de la dernière loi pour l’égalité pour évaluer ses effets et éventuellement sanctionner les entreprises. Ces dernières ont jusqu’au 31 décembre pour se mettre en conformité avec la loi, c’est-à-dire ouvrir des discussions en leur sein sur l’égalité professionnelle. Aujourd’hui, quatre ans après la loi et six mois avant la date butoir, seules 8 % des entreprises ont signé un accord avec les partenaires sociaux. Il y a donc de quoi s’inquiéter.

TOUJOURS LA MÊME RÉALITÉ

Que risquent les entreprises qui ne respectent pas la loi ? En 2006, les parlementaires avaient prévu dans ce cas qu’un nouveau projet de loi pourrait instaurer une taxe sur les salaires pour les sanctionner. Le gouvernement, pour faire d’une pierre deux coups, a directement intégré cette question au projet de réforme des retraites qui sera discuté à la rentrée à l’Assemblée nationale.

L’article 13 de la réforme des retraites concerne en effet l’égalité professionnelle. Les sanctions qu’il prévoit sont en réalité largement en deçà de celles prévues en 2006. Elles seront appliquées uniquement aux entreprises de plus de 300 salariés – moins de 36 % des emplois – et porteront non pas sur l’absence de négociations mais sur l’absence de publications de chiffres sur l’égalité (le RSC, rapport de situation comparée). Pour échapper aux sanctions, il suffira aux entreprises de commander un rapport sur l’égalité professionnelle. Que celui-ci donne lieu ensuite à des changements, peu importe…

L’égalité professionnelle semble depuis vingt-sept ans une marotte sur laquelle tout le monde s’accorde mais pour laquelle personne ne fait rien. Des lois, des déclarations, des promesses et au final, toujours la même réalité. Lorsqu’on naît femme, on est destinée à être moins payée qu’un homme.

A une réforme des retraites qui, en reculant l’âge légal de départ à taux plein, va toucher en premier lieu les femmes, le gouvernement ajoute donc un recul net en matière d’égalité professionnelle. Le 13 juillet, nous pourrons souhaiter à toutes les femmes un « triste anniversaire ». Vingt-sept ans après, les batailles sont manifestement toujours d’actualité.

Le réseau Osez le féminisme ! a construit un site d’information sur ce sujet : Vie de meuf.

Caroline De Haas, réseau « Osez le féminisme ! »

 Voir enfin:

et encore, je m’retiens ! : extrait 1

Isabelle Alonso

Petites sœurs

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Moi ça fait un moment que je suis là. On ne peut pas dire que j’aie tout accepté, mais je me suis habituée à ma vie de femme chez les hommes. Je suis une femme parmi les femmes, c’est-à-dire une femme qui, comme toutes les autres, vit chez les hommes. Car le monde appartient aux hommes. Aux hommes avec un grand H. Il n’y a pas de femmes avec un grand F. Je suis d’une espèce domestique, d’un peuple sans Histoire, sans héros, sans aventures et sans légendes. Je suis d’un peuple qui n’a pas découvert l’Amérique, qui n’a pas inventé le moteur à explosion, qui n’a pas écrit de symphonies. Je suis du peuple qui a porté dans ses flancs les auteurs de toutes ces merveilles humaines. Je suis du peuple qui leur a fait à manger, a lavé leur linge, soigné leurs plaies. Nous sommes des fabriques de génies, mais jamais nous n’avons pu être des génies nous-mêmes. Nous les avons mis au monde, nous les avons nourris du lait de nos poitrines, nous leur avons chanté des berceuses. Nous avons répété les mêmes gestes pendant des millénaires, et on peut imaginer qu’une femme de l’âge de pierre trouverait un langage commun avec une femme du xxe siècle, américaine ou papoue, parce que certains gestes n’ont pas changé. Parce que les gestes éternels de soins aux nourrissons sont restés au long des siècles le carcan qui délimitait nos journées, et donner le jour notre destin figé. Joli parfois, triste souvent. Il fut un temps où la mortalité maternelle décimait les filles de vingt ans. La grossesse était un risque mortel, et la grossesse, c’était tout le temps. Nos aïeules étaient en danger de mort permanent.

Croyez-vous que ça leur ait valu la moindre solidarité de la part de ceux à qui elles faisaient l’amour ? Non. Au contraire. La loi de la jungle ne concerne pas que les animaux. Malheur aux perdantes. Les vainqueurs ne nous ont laissé faire que ce qu’ils ne pouvaient ni ne voulaient faire eux-mêmes et ont inventé que ça nous faisait plaisir. De notre souffrance ils ont fait un destin. Celles qui se sont aventurées à protester ont été, par la force et la violence, réduites au grand silence des peuples vaincus. Je regarde les petites d’aujourd’hui, mes petites sœurs, les héritières de siècles de servitude absolue, et je ne voudrais pas qu’elles se fassent avoir par tous les vieux trucs qui nous ont fait marcher du pied gauche dans l’Histoire depuis toujours. Je pense à vous les petites sœurs et mon cœur fond. Je voudrais vous protéger, vous mettre à l’abri. Nous revenons de si loin, nous avons gagné tant de terrain, la route est encore si longue. Vous avez cinq, huit, douze ou quinze ans, vous allez avoir affaire pendant de longues années à un rapport de forces défavorable. Vous allez naviguer vent debout, face à la logique masculine. Qui est par la même occasion celle du système. Faut vous y faire. Mais faut pas vous laisser faire. C’est pas facile. J’aimerais vous aider, vous tendre la main. Par solidarité. La solidarité entre filles, ça s’appelle la sororité. Et la sororité, si on nous laisse jamais le loisir de l’exprimer, c’est aussi beau que la fraternité.

Bonne chance les filles, la planète est un peu pourrie pour nous autres, mais c’est la seule qu’on a et rappelez-vous toujours qu’on a du bol quand même, ça aurait pu être pire, bien pire. Quand vous sortirez des jupes de vos mères, des jupes qui vous ont tenu chaud jusqu’à maintenant, n’oubliez pas que dehors c’est le monde des hommes. Un monde qui n’est pas et n’a jamais été fait pour vous. C’est dur ? Dangereux ? Oui, mais c’est aussi votre chance, une chance inouïe. Les hommes se plaignent souvent que le monde moderne ne leur offre plus d’aventure avec un grand A, plus d’Amérique, plus de frisson. C’est vrai pour eux, car les enfants trop gâtés n’ont plus de désirs. Mais pour vous, la vie, la simple vie, est encore une conquête, une aventure, une vraie. Parce que vous êtes des femmes. Et qu’à l’aube du troisième millénaire vous êtes encore des pionnières, avec devant vous mille bastions, mille conquêtes, mille défis. Vous verrez, ça vaut le coup, la vie, quand on la vit comme on la rêve, comme l’ont rêvée nos aïeules quand elles n’avaient ni leur corps à elles, ni leur chambre à elles, ni leur nom à elles… Je vous salue, les petites, vous êtes les plus belles du monde, vous méritez et je vous souhaite tous les bonheurs. À vous !

et encore, je m’retiens ! : extrait 2

Isabelle Alonso

Putes

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Il y en a qui considèrent les putes comme des femmes à part, et d’autres qui trouvent que prostituée est un métier comme un autre qui devrait ouvrir droit à la Sécurité sociale et à la qualité de contribuable. Les deux points de vue posent problème. Le premier parce qu’il marginalise les femmes qui en viennent à se prostituer, le deuxième parce qu’il vise à institutionnaliser une activité qui n’est pas comme les autres. Évidemment, les femmes qui se prostituent sont des femmes comme les autres ! Avec deux jambes, deux bras, deux seins et deux X dans les chromosomes ! Les enfermer dans un statut qui les exclut de la société est une ignominie. Mais prétendre que vendre son corps constitue une profession comme une autre, n’est-il pas faire très bon marché de la dignité humaine ? Aucune femme n’a envie de passer pour une pute. En revanche, celles qui exercent ce qu’il est convenu d’appeler le plus vieux métier du monde en ont ras les jarretelles du mépris et de la réprobation qui pèsent sur leurs seules épaules. Faire comme on dit commerce de ses charmes salit encore et toujours celle qui le fait. Pourquoi ? Parce que le cul, ça a toujours été sale, air connu, affaire entendue. Mais on pourrait en déduire qu’au fur et à mesure que la chose sexuelle sort du ghetto-crado où la morale et l’Église l’ont enfermée si longtemps la prostitution devient une activité parmi tant d’autres, un échange entre adultes consentants, majeurs et vaccinés. Sauf que ça ne marche pas comme ça. Ce qui choque dans la prostitution, ce n’est pas le cul. C’est l’argent. Parce qu’il transforme un corps en marchandise. Une pute est un être humain avec un prix de location affiché sur le ventre. Et si ce prix la dégrade à ses propres yeux et à ceux des autres, c’est que devenir une denrée commercialisée n’a jamais été source d’estime de soi ni de prestige ! Tant qu’une seule femme sera à vendre, toutes les femmes seront symboliquement à vendre. Car ce qui se vend, c’est du sexe de femme, le même que nous avons toutes entre les jambes. D’ailleurs, celles qui ont déjà attendu quelqu’un dans la rue (en faisant le pied de grue, c’est comme ça qu’on dit, non ?) et qui ont essuyé le regard des passants se demandant si vous en êtes ou pas voient certainement très bien à quel point la confusion est facile : vous êtes une femme, ça suffit. Voilà pourquoi la prostitution est l’affaire de toutes les femmes. La chosification de certaines d’entre nous rejaillit sur toutes les autres et constitue une saisissante synthèse de notre statut social : nous sommes encore des objets dans la vie des autres, pas encore les sujets de nos propres vies. Nous restons, dans des proportions variées, un bien de consommation, un signe extérieur de richesse. Or qui sont celles d’entre nous qui se prostituent ? Comment en arrive-t-on à prêter à des inconnus, pour quelques billets de banque, ce que l’on a de plus précieux : son propre corps, sa propre intimité, son propre soi ? Comment accepte-t-on de se laisser pénétrer sans désir par un homme pour qui on n’est rien d’autre qu’un instrument ? Les romanciers ont de tout temps fantasmé sur les courtisanes, les putes au grand cœur et autres supposées prêtresses du sexe. Le cinéma et la chanson délirent tout pareillement. Julie la rousse par-ci, Dame aux camélias par-là, Emmanuelle dans son fauteuil, sans oublier Arletty, si rigolote en pute gouailleuse, avec son cocard de fille soumise qui aime les coups ! Les sociologues, plus prosaïques, ont depuis longtemps établi le portrait type de la prostituée. Elle n’est ni plus ni moins folle de son corps que vous et moi. Plutôt moins. Elle se trouve le plus souvent au confluent de la misère économique et de l’extrême misère affective. Elle est souvent fille de prostituée. Elle a presque toujours subi des violences sexuelles dans l’enfance. Une sorte de cumularde des désavantages qui finissent par anéantir toute confiance en soi, tout amour de soi. Et puis il y a le tiers monde. Son inextinguible pauvreté fournit aux pays riches un stock perpétuel de misère à exploiter, de femmes à vendre. Et quand on dit femmes, on devrait dire jeunes filles. Car, au point où en est le marché, la viande de femme se consomme hyperfraîche : les filles qu’on vend, qu’elles soient sud-américaines, philippines ou slaves, ont entre quinze et dix-huit ans. Le collège, les fous rires, les premiers flirts sont un luxe hors d’atteinte pour les milliers de filles qui tombent entre les pattes des réseaux de traite des femmes. Escroquées, trompées, contraintes. Pas l’ombre d’un choix. Quand on est en position de faiblesse absolue, il se trouve toujours quelqu’un pour en profiter. C’est ce qui se passe. Et voilà qu’en faisant la pute elles se prennent sur les endosses tout le mépris du monde : langue de pute, fils de pute, putain de toi, putain de ta mère, putain tout court… Pauvres putes, décidément ! Toujours aux premières loges quand on en vient aux mots ! Il y a bien pire. Elles sont aussi aux premières loges quand on en vient à la violence : recrutées de force, réduites au silence par chantage, humiliées, frappées, privées de leurs enfants, menacées de mort et assassinées plus souvent qu’à leur tour, elles ont une vie quotidienne tissée dans la brutalité la plus immédiate. Avec pour toile de fond l’indifférence de tous ou cette complicité rigolarde qu’on réserve à la gaudriole.

Mais sur ce marché sordide où elles jouent le rôle d’article de base, elles ne sont pas seules. Quand il y a marché, il y a demande. Alors, quid de l’acheteur ? Qui va aux putes sans se poser de questions ? Qui prend du plaisir à pénétrer le corps d’une femme qui ne le désire pas ? Qui ne voit aucun inconvénient à acheter de l’être humain, en ces temps de défense des droits de l’homme, un siècle et demi après l’abolition de l’esclavage ? De quelle matière particulière est faite la conscience de celui qui s’autorise à acheter quelqu’un d’autre ? Vous me direz, acheter pour quelques instants c’est pas vraiment acheter, c’est plutôt louer. Et louer, n’est-ce pas, c’est différent. Ça fait pas esclavagiste, tout au plus consommateur. Y a pas de mal, hein… Que voulez-vous qu’il fasse, le client, quand c’est le printemps dans son kangourou ? Ses choses de la vie sont pleines à ras bord, ça lui boursoufle la braguette, ça lui obsède le cortex ! C’est tout juste s’il se colle pas un gyrophare sur le machin, il roule sur la bande d’urgence ! Une femme, vite ! Faut bien qu’il se vidange ! Il s’en va, fort de la tradition, lourd de la burne, mais l’esprit d’autant plus léger que le même système de valeurs qui accable les prostituées excuse leurs clients : « C’est le plus vieux métier du monde. » Palme du cynisme. Salaud aussi, c’est le plus vieux métier du monde. C’est sûr, l’exploitation des femmes a toujours existé. Est-ce une raison suffisante pour ne pas l’arrêter ? « Ça ne changera jamais. » Et pourquoi ça ? Pourquoi ça ne changerait pas ? Qui en a décidé ainsi ? Y a des tas de dégueulasseries qu’on essaie de changer : le meurtre, le suicide, la torture, l’esclavage, etc. ? Pourquoi la prostitution bénéficierait-elle de l’indulgence générale ? Parce que ça arrange une moitié de l’humanité pendant que ça écrase l’autre ? « Ça fait pour ainsi dire partie de la nature humaine. » Humaine ! Masculine, plutôt, faut croire ! Elle a bon dos, la nature ! La prostitution est un pilier de notre culture, nuance ! Et la culture, ça peut évoluer, que je sache. « C’est une question d’hygiène. » Argument scientifico-médicamenteux-grumeleux qui assimile l’amour à un besoin naturel, comme pipi-caca ! Si c’est le cas, messieurs les clients, pignolez-vous dans les toilettes ! Pour les besoins naturels, on utilise du pécu, pas des femmes ! « C’est une soupape de sécurité, autrement, les hommes violeraient tout ce qui bouge. » Sont-y pas mignons ? Autrement dit, pour protéger les femmes ordinaires, sacrifions les moins chanceuses ! La prostitution terrassant le viol ! C’était notre minute de sexe-fiction ! En réalité, viol et prostitution sont une seule variation sur le même thème : le désir des femmes, on n’en a rien à battre, on s’en balance, on s’en fout, on s’en tape ! La queue est pri-o-ri-taire, point final. « Certaines femmes sont faites pour ça. » Ben voyons ! C’est une vocation ! Une Ghanéenne de seize ans lâchée sans papiers sur le pavé parisien obéit évidemment à une irrésistible vocation ! Une éducation normale avec des enfants de son âge, figurez-vous que ça la branchait pas du tout ! Et les immondes qui lui proposent plus cher pour la baiser sans capote, l’abjection leur vient par vocation, aussi ? « C’est un métier comme un autre ! » Se harnacher avec des fringues humiliantes. Se déshabiller devant un type qu’on ne connaît pas, un type qu’on n’a pas choisi. Il a mauvaise haleine ? Il est sale ? Il sent le rance ? Il a bu ? Peu importe. C’est un client. Lui laver le sexe. Le branler. Lui enfiler un préservatif. S’étendre sur le lit. Écarter les jambes. Se laisser pénétrer, vagin abîmé par toutes ces invasions sans désir. Il éjacule. Se rhabiller. Redescendre. Au suivant. Supporter les passants qui matent, les passantes qui toisent, le mépris. Variante : plier le billet, le planquer dans ses fringues. Les agressions, c’est souvent. Et si tu ramènes pas assez, punition. S’agenouiller dans l’herbe. Ouvrir la braguette. Sortir le sexe. Se le mettre dans la bouche. Il pue ? Il a des boutons ? Une drôle de couleur ? Des veines répugnantes ? Peu importe. C’est un client. Le sucer jusqu’à éjaculation. Cracher. Se relever. Retourner sur le bord de la route. Il fait froid. Au suivant. Y a aussi la pute haut de gamme, pour clients haut de gamme. L’offre s’adapte à la demande, c’est la loi du marché. Rajoutez donc un brin de conversation, des dessous plus chics et quelques étoiles au fronton de l’hôtel. Pour le reste, même scénario. C’est plus comme ça ? Y a le minitel ? Soit. Supprimez le trottoir. Rendez-vous pianoté sur un clavier. Pour le reste, kif-kif. Un métier comme un autre ? Le choisiriez-vous pour votre fille ? Avec en prime le mépris des autres et le mépris de soi-même. « C’est elles qui veulent, personne les force. » Si. Il y a toujours, toujours, contrainte. Le monde de la prostitution est planifié, organisé, hiérarchisé. Pour le plus grand profit des réseaux de proxénétisme. Toujours. Même les putes des années soixante-dix, qui occupaient les églises et se disaient indépendantes, ont fini par reconnaître que les vrais organisateurs de leur mouvement étaient les macs, lassés par les pv qui leur rognaient les bénéfices. Pareil maintenant. La seule raison pour laquelle on ne voit pas les macs, c’est que la législation française autorise la prostitution mais interdit le proxénétisme. Alors ils se planquent. Mais ils encaissent. « C’est le seul moyen de lutter contre la misère sexuelle ; il faut bien quelqu’un pour baiser les immigrés, les handicapés, les timides. » Et si on parlait de la misère sexuelle des femmes ? Elle est largement aussi intense. Il y a aussi des femmes chez les immigrés, les handicapés, les timides, et chez les pas beaux, les tordus, les cocus, les goitreux et lesbancals ! Comment font-elles ? Ben, en tout cas, elles vont pas aux putes ! La preuve que c’est possible ! Vous dites ? Les femmes ont pas les mêmes besoins ? Ah ! encore un petit coup de logique masculine, où cohabitent sans encombre l’idée qu’on n’a que peu de besoins sexuels (donc pas besoin de se « soulager ») et celle qu’on a toutes le feu au cul (toutes des salopes, toutes des putes).

Et bla-bla-bla, je n’invente rien, les arguments ne manquent jamais aux exploiteurs de la misère d’autrui. Louer le ventre d’une femme ne pose manifestement aucun problème à ceux qui le font. Votre voisin, votre mari, votre frère, votre patron, votre meilleur copain font peut-être partie des un Français sur trois qui fréquentent les prostituées, et des dix pour cent qui en sont les habitués. Ça fait du monde ! Il paraît que c’est une question de liberté des mœurs. Les mœurs de qui ? La liberté de qui ? Qu’est-ce que la liberté a à voir avec ça ? Comment assimile-t-on la liberté avec la possibilité de traiter un être humain comme un objet de consommation ? Encore un mystère de la logique masculine, sans doute. On a toujours admis que la sexualité mâle doit fonctionner dans l’urgence, se soucier comme d’une guigne du désir de l’autre et constituer l’une de ces priorités qui justifient tout. Le client est présenté comme une sorte de victime. De la tyrannie de sa libido et du mercantilisme des femmes. Faut bien qu’il tire sa crampe, et si c’est pas lui qui achète cette femme ça sera un autre. Le même raisonnement justifie toujours toutes les violences. En mettant sa bite dans la bouche de la fille, le client paie obligeamment son écot aux mafias qui bâtissent des empires financiers sur le pain de fesse.

Nous vivons dans une culture où les femmes sont une denrée parmi les autres, que les hommes achètent et vendent sur un marché sauvage et florissant. Tant qu’on achètera une seule femme, toutes les femmes resteront des marchandises. Pour la plus grande fortune des proxos du jour. Oubliez le Julot de quartier, casquette de guingois et mégot à la lippe, distributeur de torgnoles quand la comptée n’est pas à la hauteur. Le personnage est toujours aussi lâche, sinistre, lugubre, gluant. Mais le proxo, aujourd’hui, se la joue homme d’affaires. Cravate, attaché-case et décalage horaire. Il voyage, il lobbyise, il achète les hommes politiques, il sert d’indic à la police, il a des amis partout. Eh oui. Le marché est devenu planétaire et c’est au niveau international qu’on blanchit les profits. Vous ne croyez tout de même pas, malgré l’histoire éternelle de la fille-indépendante-qui-aime – tellement – baiser – qu’elle – préfère – que – ça – lui-rapporte, qu’une telle source de profits resterait entre les mains de la productrice de base ? Ça serait une grande première dans l’histoire de l’économie ! Non, les gigantesques profits de la prostitution s’ajoutentà ceux de la drogue et des jeux, mamelles traditionnelles des mafias diverses et variées qui pullulent sur la planète. Un drogué ne fait de mal qu’à lui-même. Un client fait du mal à autrui. Consommez de la drogue et vous serez un délinquant, consommez de la femme et vous serez un citoyen normal. Le trafic de drogue scandalise tout le monde, mais personne ne semble se soucier du trafic d’êtres humains. Parce que ces êtres humains sont des femmes ? Parce que électoralement elles ne représentent rien ? Parce que ceux qui votent les lois et font l’opinion ne dédaignent pas à l’occasion une gâterie tarifée ? Pourquoi ces femmes en détresse ne rencontrent-elles pas plus de solidarité parmi nous autres qui avons eu la chance d’échapper à cette lente destruction de la personne qu’est l’exercice de la prostitution ?

Que faire ? Des lois sur la prostitution, y en a toujours eu. Et elles ont toujours été inefficaces. Votées par des assemblées mâles à quatre-vingt-dix pour cent, clients à l’occasion, elles ne posent pas le problème du consommateur de prostituées. Alors ? Interdire la consommation ? Peine perdue. Une loi de plus ne changerait rien. Mais agir sur les mentalités, ça devrait pouvoir se faire, non ? On nous abreuve à longueur d’année de campagnes de pub nous incitant à boucler notre ceinture, à manger des kiwis ou à mettre des capotes. Pourquoi pas une campagne expliquant aux usagers la vérité sur le trafic des femmes ? Plus personne ne devrait pouvoir dire qu’il ne sait pas que les proxénètes contrôlent la prostitution par la contrainte, la violence, la torture et le chantage. Plus personne ne devrait considérer que sa propre urgence sexuelle justifie que quelqu’un d’autre mène une vie d’esclave. Plus personne ne devrait trouver du plaisir à humilier une femme en la traitant comme le simple outil de son plaisir. Aucun homme ne devrait oser regarder une femme dans les yeux s’il en a acheté une autre.

Vis-à-vis de la prostitution, il n’est pas de neutralité possible. Toute femme est une pute v irtuelle, tout homme un client en puissance. Nous vivons dans un pays où l’on n’a même pas le droit de vendre son propre sang, parce que l’éthique qui est la nôtre nous enseigne qu’il est des choses qu’on donne ou qu’on garde, mais qui ne font pas partie des produits commercialisables. Pourquoi pourrait-on alors vendre le corps des femmes ? Pourquoi pourrait-on vendre son propre corps ? Pourquoi pourrait-on mettre sur le marché ce qu’on a de plus précieusement intime : sa sexualité ? Au nom de quoi, si ce n’est une fois encore au nom de la loi du plus fort ? Les rapports entre les sexes ne sont-ils pas influencés par ce déséquilibre de base ? Par cette inscription des femmes dans la vénalité et cette puissance économique de l’homme sur la femme ? À ce sujet, je gardais pour le dessert l’argument ultime des clients, parce qu’il pose le problème à sa racine : « Je paie parce que les autres femmes veulent pas se laisser faire. » Mais se posent-ils la question de savoir pourquoi les « autres femmes » ne veulent pas ? Que pensent la plupart des hommes des femmes qui veulent bien, qui font pas de chichis ? Ils les méprisent ! Ce sont des femmes faciles ! Pas bien, ça ! Pas loin de la pute ! Et encore, la pute a une excuse, c’est le fric, alors que les autres, celles qui font ça parce qu’elles aiment ça, c’est carrément des salopes. Des malades ! Nymphomanes, ça s’appelle ! Préfèrent-ils les femmes difficiles ? Ah non, c’est bien pour ça qu’ils vont aux putes, parce que les femmes qu’il faut convaincre, draguer, faire semblant d’aimer, quelle galère ! Encore une rasade de logique masculine ! Pas d’issue pour les gonzesses ! Ils méprisent celles qui veulent et fuient celles qui veulent pas ! Avec cette habitude qu’ils ont de ranger les femmes dans des tiroirs : celles qu’on baise, celles qu’on aime, celles qu’on épouse, celles qu’on jette, celles qu’on respecte (ça veut dire celles qu’on touche pas). Oh ! les mecs ! Et si simplement vous cessiez de juger les femmes à l’aune de valeur s imbéciles ? Si vous cessiez de mépriser celles qui adorent baiser avec vous ? Les femmes seraient ravies d’être des putes gratuites, c’est-à-dire des femmes qui font l’amour autant qu’elles le veulent avec qui elles veulent sans encourir le mépris. Nous, les filles, avons des urgences autant que vous. Y a des fois, comme vous, on sauterait un réverbère ! Si on ne le dit pas, c’est parce que passer pour une salope, on n’aime pas. Alors on attend que notre partenaire soit libre si on en a un. Autrement, comme dit Coluche, on se la met derrière l’oreille et on attend que ça se passe. Notre désir à nous n’est ni prévu ni légitime. On ne va pas, nous, au coin de la rue dépenser quelques kopecks pour user du corps d’autrui. Traiter l’autre comme un objet, on sait pas faire. On n’a pas appris. Pour nous, faire l’amour suppose que l’autre existe. Notre société est un supermarché du cul pour ceux qui ont le droit de consommer, les hommes. Nous, si on a le feu au derrière, on passe pour quoi ? Gagné ! Pour des putes !

3 Responses to Après-DSK: Chronique du machisme ordinaire (In their own version of FMyLife French women spill the beans on everyday sexism)

  1. jcdurbant dit :

    Les palaces parisiens se réveillent enfin!

    Pendant que, de son côté, the Economist se lâche …

    J'aime

  2. izarralune dit :

    LES HOMMES N’EXISTENT PLUS

    Les hommes n’existent plus.

    Les grands, les forts, les vrais.

    A la place, des larves, des mauviettes, des frileux, des castrés.

    Moi je dis que l’homme, le mâle, est un seigneur de naissance. Aux antipodes de la pitoyable vision contemporaine le réduisant à un clone de la femme. Pour les châtrés-dégénérés s’épilant les jambes et se couvrant la peau de crèmes protectrices, l’homme est une limace bien lisse qui bave en se trainant aux pieds de poulettes dégradées pour pleurer leurs faveurs.
    Dans ce siècle aseptisé le mâle ne conquiert plus, il quémande.

    Conscient de l’inaliénable supériorité que me confère ce glaive hérité de Mars, je me comporte sans complexe en astre dominateur, puissant et radieux, viril et impérial jusque dans mes pensées les plus élevées, indifférent à l’anti-machisme ambiant. Ce qui a pour effet de déplaire aux femmes dénaturées, aux bécasses hystériques, aux féministes invétérées et même à la masse des eunuques, je veux parler de ces caniches formant la majorité du genre masculin de notre société. Ces toutous habitués à subir la loi des femelles ont perdu toute dignité phallique.

    La femme en rébellion contre l’homme déchoit de son demi-trône naturel consistant à laver les pieds de son maître. Devenue insignifiante, ridicule et sans valeur en voulant singer son dieu, elle caquète, glougloute, agite dans le vide ses ailes de volaille trop lourde, hurle stérilement à s’en égosiller pendant que le lion, nonchalant mais sûr de lui, couvre sa voix aiguë de petite créature pleureuse d’un paisible, rauque, souverain rugissement.

    Lui n’a pas besoin de se déchirer les cordes vocales pour manifester sa divine autorité et faire sentir à la femme que sa crinière est une couronne, ses testicules des bijoux royaux, son membre un sceptre de pharaon.

    La descendante de Vénus a un tempérament docile. Molle, tiède, inconstante, indécise, elle est faite pour obéir à son étoile et la suivre fidèlement. C’est dans sa nature.

    Tandis que l’homme, ce reflet du soleil, est fait pour régner sur ses terres conquises.

    Voilà pourquoi je dis que les hommes n’existent plus : parce que, éteints de l’intérieur par l’eau glaciale de l’hérésie féministe, ils ont fini par croire que le soleil était l’égal de la lune.

    Raphaël Zacharie de IZARRA

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  3. jcdurbant dit :

    Il y a eu une relation sexuelle ce jour-là, mais qui sait ce qu’il s’est vraiment passé? (…) C’est le bazar des deux côtés.

    The NYT

    Petit mise au point (à chaud) pour ceux qui ont déjà commencé (pas ici mais en privé) à me reprocher d’en avoir trop fait sur DSK (pas moins de 7 billets):

    Oui, j’ai comme tout le monde lu dans le NYT les très fortes mises en doute de la crédibilité de l’accusation par rapport au viol.

    Pour l’instant, ça me semble pas infirmer grosso modo ma première impression d’une relation qui aurait mal tourné (sans exclure totalement a priori la possibilité d’une manip en règle de la part de la femme), n’ayant jamais pensé que DSK était un criminel sexuel mais que peut-être la femme aurait pu ne pas vouloir aller aussi loin pour certaines des choses qu’il lui aurait demandé, mais de là à porter plainte pour viol, on passe effectivement à un autre niveau.

    En revanche, bien que je n’en ai pas parlé, je m’attendais effectivement à ce qu’on trouve des choses pas nettes dans les affaires de la plaignante, tant il semble simple aux EU pour des Africaines de raconter n’importe quoi pour obtenir le statut de réfugiée.

    Mais pour revenir à DSK, même s’il est finalement prouvé comme je l’espère qu’il n’y a pas eu force et donc viol et que la vérité est bien sûr importante (sinon on part dans des dérives à la Enderlin: ça s’est pas passé mais ça aurait pu se passer alors c’est pas grave et je balance), le gars me semble tout simplement pas crédible, même s’il est probablement pas le seul dans ce cas, pour un poste important comme président d’un pays ou même d’un organisme international.

    Et je continue à penser que c’était important que la société française, journalistes, politiciens et simples électeurs, en prenne conscience et commence à être plus regardante pour des comportements trop limites pour ne pas finir par porter à conséquence, d’où la série de billets que j’ai consacré au sujet …

    Rejoignant pour une fois assez le commentaire de Schneidermann:

    (…)

    Que faudrait-il considérer aujourd’hui ? Que Lang, BHL et Jean-François Kahn n’étaient pas de vieux machos, mais des hommes de solide bon sens, doublés d’amis fidèles, ne cédant pas à l’emballement ? Que Marianne, L’Obs et Libé avaient eu bien raison de garder le secret sur leurs déjeuners (2) avec DSK ? Que le PS a eu lui aussi bien raison de ne pas exclure le sénateur Mahéas (3) (à réintégrer d’urgence sur la liste des sénatoriales), et que les plaignantes de l’affaire Tron, à coup sûr manipulées par le Front National, ont sans doute fantasmé les dérapages réflexologues (4) du maire ? Que la direction du Park Hyatt de la place Vendôme a été bien avisée de laisser passer vingt-quatre heures, avant d’accompagner au commissariat la femme de chambre victime d’agression sexuelle d’un nabab qatari ? Que les femmes journalistes harcelées par les politiques (5) les avaient bien un peu allumés, tout de même ? Que Tristane Banon (6) est indiscutablement mythomane ? Que le délice des baisers volés à la Fragonard a encore de beaux jours devant lui, sur la belle terre de France ? Que les féministes américaines sont décidément des viragos hystériques ?

    Ne pas se précipiter. L’énigme de la suite 2806 est une chose, et il ne faut exclure aucun retournement, dans aucun sens. Mais l’examen de conscience national tous azimuts, la déconstruction d’habitudes et d’évidences, dont elle a été le déclencheur, et dont nous rendons compte ici depuis six semaines, avec toute la prudence dont nous sommes humainement capables, est un acquis salutaire et, on l’espère, irréversible.

    Daniel Schneidermann (ASI)

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