Idiots utiles: Le livre qui inspira Gandhi (The modern world is full of the old Christian virtues gone mad)

Car le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit dès le matin, afin de louer des ouvriers pour sa vigne. (…) Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi. Ne m’est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux ? Ou vois-tu de mauvais oeil que je sois bon ? Jésus (Mathieu 20 : 1- 15)
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
Je défie le pape et toutes ses lois, et si Dieu me prête vie, je ferai qu’en Angleterre le garçon qui pousse la charrue connaisse l’Écriture mieux que le pape lui-même. William Tyndale
Quand Adam bêchait et Ève filait, où donc était le gentilhomme ? John Ball
De quel droit ceux qui s’appellent seigneurs, dominent-ils sur nous ? À quel titre ont-ils mérité cette position ? Pourquoi nous traitent-ils comme des serfs ? Puisque nous descendons des mêmes parents, Adam et Ève, comment peuvent-ils prouver qu’ils valent mieux que nous, si ce n’est qu’en exploitant nos labeurs, ils peuvent satisfaire leur luxe orgueilleux ? John Ball
Dans une époque future encore non envisagée, je peux même imaginer que l’Angleterre, (…) pourrait au moins, comme une mère chrétienne, acquérir les vertus et les trésors d’une mère non chrétienneJohn Ruskin
Trois modernes ont marqué ma vie d’un sceau profond et ont fait mon enchantement: Raychandbhai [écrivain gujarati connu pour ses polémiques religieuses], Tolstoï, par son livre « Le Royaume des Cieux est en vous », et Ruskin et son Unto This Last. Gandhi
Il vous faut abandonner les armes que vous avez car elles n’ont aucune utilité pour vous sauver vous ou l’humanité. Vous inviterez Herr Hitler et signor Mussolini à prendre ce qu’ils veulent des pays que vous appelez vos possessions…. Si ces messieurs choisissent d’occuper vos maisons, vous les évacuerez. S’ils ne vous laissent pas partir librement, vous vous laisserez abattre, hommes, femmes et enfants, mais vous leur refuserez toute allégeance.  Gandhi (conseil aux Britanniques, 1940)
Si j’étais né en Allemagne et y gagnais ma vie, je revendiquerais l’Allemagne comme ma patrie au même titre que le plus grand des gentils Allemands et le défierais de m’abattre ou de me jeter au cachot; je refuserais d’être expulsé ou soumis à toute mesure discriminatoire. Et pour cela, je n’attendrais pas que mes coreligionaires se joignent à moi dans la résistance civile mais serais convaincu qu’à la fin ceux-ci ne manqueraient pas de suivre mon exemple. Si un juif ou tous les juifs acceptaient la prescription ici offerte, ils ne pourraient être en plus mauvaise posture que maintenant. Et la souffrance volontairement subie leur apporterait une force et une joie intérieures que ne pourraient leur apporter aucun nombre de résolutions de sympathie du reste du monde. Gandhi (le 26 novembre, 1938)
La Palestine appartient aux Arabes dans le même sens que l’Angleterre appartient aux Anglais ou la France au Français. Il est erroné et inhumain d’imposer les Juifs aux Arabes. Ce qui se passe en Palestine aujourd’hui ne peut être justifié par aucun code de conduite morale. Les mandats ne représentent aucune sanction sinon celle de la dernière guerre. Ce serait certainement un crime contre l’humanité de réduire les fiers Arabes pour que la Palestine puisse être rendue aux Juifs en partie ou complètement comme leur foyer national. Gandhi (le 26 Novembre 1938)
La nature des réformes sociales qu’il proposait et l’activisme politique qu’il exigeait des Indiens bouleversaient profondément les tendances dominantes de la culture indienne, spécialement celle des Hindous. La pensée et l’action de Gandhi constituaient, par rapport à l’éthos dominant de la civilisation indienne, une attitude fondamentalement déviante. Asis Nandy  (sociologue indien)
Capitalism is the way of the devil and exploitation. If you really want to look at things through the eyes of Jesus Christ–who I think was the first socialist–only socialism can really create a genuine society. Hugo Chávez
Les jeunes d’aujourd’hui sont la première génération d’Européens nés dans le grand melting-pot d’une Europe qui n’est plus uniquement peuplée par des Européens. Le multiculturalisme pourrait fort bien être notre salut. C’est peut-être lui qui nous libérera des chaînes de notre histoire et projettera le Vieux Continent dans un environnement où d’autres peuples, moins développés que nous mais moins cyniques et plus positifs, auront un grand rôle à jouer pour notre avenir. En voyant les récentes manifestations d’étudiants devant le Parlement à Londres, j’ai vu le visage d’une nouvelle Angleterre et d’une nouvelle Europe. Jamais le Royaume-Uni n’avait connu ce type de protestation, à l’exception peut-être de celle suscitée par le projet de poll tax de Margaret Thatcher. Mais à l’époque les manifestants étaient motivés par l’argent, non par l’égalité. Le sang neuf des enfants d’immigrés entraîne des mouvements transnationaux et crée des liens de solidarité entre jeunes Européens. Ces jeunes, aussi inquiets pour leur avenir que déterminés à ne pas laisser l’histoire se répéter, veulent construire une Europe différente. Leurs liens de solidarité se tissent au fil du web, cette agora mondiale reliant WikiLeaks à Porto Alegre et à tous les autres projets pour transformer notre planète. Loretta Napoleoni
Aujourd’hui, ma principale indignation concerne la Palestine, la bande de Gaza, la Cisjordanie. (…)  Pas mal… Il faut être israélien pour qualifier de terroriste la non-violence. Stéphane Hessel
Qui aurait osé soutenir, avec un tel aplomb, s’il n’avait pas d’emblée bénéficié d’un quitus, la cause palestinienne, attaquer avec une telle constance la politique d’Israël ? Qui aurait pu se permettre avec une telle démagogie de vitupérer la dictature des marchés financiers et les écarts de richesse grandissants ? Qui aurait eu le front de s’en prendre ainsi à la politique gouvernementale à l’encontre des sans papiers et des Roms en feignant de négliger que les mesures incriminées avaient été prises dans un espace démocratique et que celui-ci donnait une toute autre tonalité à l’odieux dénoncé unilatéralement par Stéphane Hessel ? Qui aurait accusé le Pouvoir, avec si peu de nuance et d’équilibre, d’avoir « bradé » les acquis sociaux de la Résistance comme les retraites ou la sécurité sociale? Philippe Berger 
La vacuité du propos qui décrit un monde binaire où l’on conspue les méchants (les financiers, la mondialisation, le ministre de l’intérieur, Israël) et où l’on chante les louanges des bons (les sans-papiers, les sans logis, les Roms, les Palestiniens, le programme du CNR) a beau être relevée par des gens aussi peu suspects de pensée subversive qu’Eric Le Boucher, le succès est irrésistible. Hessel, c’est l’axe du bien à lui tout seul : toute sa vie, il a eu tout juste, a toujours été du bon côté, ne s’est jamais compromis avec les salauds, s’est toujours arrangé pour que sa biographie ne puisse être autre chose qu’une hagiographie. (…) Brandir aujourd’hui le programme du Conseil national de la Résistance pour faire honte aux gouvernants d’aujourd’hui relève au mieux de l’idiotie historique, au pire de l’imposture. Ce texte de compromis s’appliquait à une France traumatisée qu’il fallait rassembler pour qu’elle se relève, dans un contexte où n’existaient ni l’Union européenne, ni la liberté généralisée des échanges des biens et des marchandises. (…) On n’a parfaitement le droit de ne pas aimer Israël, son gouvernement et même son peuple. Mais faut-il pour autant aller se prosterner à Gaza devant les chefs du Hamas ? Affirmer, lors d’un débat public, que les obus lancés par ces mêmes gens du Hamas n’avaient pour effet que de « faire courir un peu plus vite les habitants de Sdérot vers les abris » ? Luc Rosenzweig

Attention: un livre peut en cacher un autre!

En ces temps où, d’Irak à l’Egypte, se poursuit la violente expulsion du judéo-christianisme des terres où il est né …

Et où, sur fond  de menaces permanentes contre nos synagogues voire nos églises en Europe même, les indignations les plus sélectives comme les célébrations les plus irresponsables du multiculturalisme salvateur peuvent faire de vous la dernière icône médiatique et votre « Petit Livre rouge » un phénomène de société.

Retour en ce 400e anniversaire de la célèbre traduction de la Bible dite « King James » sur la base de la première traduction imprimée de William Tyndale, étranglé et brûlé en place publique pour sa peine 75 ans plus tôt à Anvers …

Sur un autre livre dont on vient de fêter le 150e anniversaire et qui inspira la grande icône qu’est toujours le père de l’indépendance indienne, à savoir le fameux pamphlet anticapitaliste de John Ruskin (« Unto this last », c’est-à-dire « A ce dernier » ou « Les ouvriers de la dernière heure« ).

Pour découvrir en fait, derrière les indignations anticapitalistes du critique d’art préféré de Proust  (mais ne comptez pas sur l’AFP pour vous le dire), toute une tradition, autour de  Frederick Denison Maurice ou Thomas Carlyle, du christianisme social, remontant au précurseur de la Réforme et premier traducteur, dès avant l’invention de l’imprimerie, de la Bible en langue vernaculaire John Wyclif comme de ses émules  John Ball et ses moines mendiants dit Lollards du temps des révoltes paysannes du XIVe siècle.

Mais aussi, à l’instar de cet autre livre dont Gandhi revendiquait également son inspiration, à savoir un certain  « Royaume des Cieux est en vous » d’un certain Lev Davidovitch Bronstein, les pires et les plus meurtrières aberrations que le monde ait connues.

D’où peut-être la raison de certaines de ses plus mémorables déclarations, là aussi étrangement omises par notre AFP nationale, sur la manière la plus efficace de lutter contre le nazisme, prônant par exemple la non-violence aux juifs ou, pour son ancienne mère patrie l’Angleterre, la capitulation inconditionnelle à un certain Hitler.

Et surtout la nécessité, en ces temps où le premier bouffon venu à la Chavez peut se revendiquer du christianisme social, de se rappeler le fameux mot de Chesterton sur ce « monde moderne rempli d’idées chrétiennes devenues folles »

Le journal « Les Echos » : Le livre qui inspira Gandhi

28 Décembre 2010 penseurlibre147

Voici le texte :

 Il y a 150 ans paraissait le livre qui allait bouleverser la vie de Gandhi

Marc Jourdier (AFP)

31/12/2010

En 1904, Mohandas Karamchand Gandhi découvrait « Unto this Last », un traité d’économie politique de  l’écrivain britannique John Ruskin. Un texte qui, écrit près d’un demi-siècle plus tôt, a ensuite profondément influencé la pensée de celui qui allait devenir le père de l’indépendance indienne.

Gandhi fit du texte de Ruskin son livre de chevet

Il y a 150 ans paraissait « Unto This Last », le livre qui devait transformer la vie de Gandhi et influencer profondément sa pensée. Le père de l’indépendance indienne découvre ce traité d’économie politique en 1904, lors d’un voyage en train en Afrique du Sud, où il vit alors. « C’était ‘Unto This Last’ de [John] Ruskin », écrit Gandhi dans son autobiographie. « Dès lors que j’eus commencé ce livre, il me fut impossible de le reposer », « j'[y] ai découvert quelques-unes de mes convictions les plus profondes ». « Cette nuit-là, je ne pus dormir et je décidai de changer ma vie en accord avec les idéaux du livre », ajoute Gandhi, qui transformera peu après son journal, Indian Opinion, en coopérative installée dans une ferme.

Quand il écrit « Unto This Last », Ruskin est au milieu de sa vie. Cet écrivain et critique d’art britannique qui allait être vénéré par Marcel Proust a déjà publié deux de ses ouvrages majeurs: « Les Sept Lampes de l’architecture » et « Les Pierres de Venise ». Critique radicale du capitalisme industriel dont l’émergence bouleverse la société anglaise, « Unto This Last » paraît en décembre 1860 sous la forme de quatre articles, qui seront regroupés en un livre 18 mois plus tard.

Le scandale est immédiat. L’ouvrage récuse l’idéologie dominante de l’époque: la pensée économique classique théorisée par les Anglais Adam Smith, David Ricardo et John Stuart Mill. Gandhi en écrira une paraphrase en gujarati dans laquelle il développera sa pensée économique. Pour l’apôtre de la non-violence, les trois enseignements principaux de Ruskin sont:

– « que le bien de l’individu passe par le bien de tous »,

– « que le travail de l’avocat [métier qu’exerça Gandhi, NDLR] a la même valeur que celui du coiffeur »,

– « qu’une vie de labeur, c’est-à-dire celle du laboureur et de l’artisan, est digne d’être vécue »

Unto This Last

Manufacturer: Cosimo Inc

Part Number:

Price: EUR 5,58

Le titre du livre est un emprunt à la parabole des « ouvriers de la dernière heure », dans l’Evangile de Matthieu, où le maître de la vigne accorde le même salaire à ses journaliers quel que soit le nombre d’heures qu’ils ont travaillées. Ruskin écrit après une longue grève des ouvriers du bâtiment à Londres. Il s’évertue à montrer que la théorie de l’offre et de la demande ne peut engendrer que misère, en forçant les ouvriers à vendre leur travail au rabais quand l’emploi se fait rare.

Il s’attaque à la base de la pensée classique en récusant la notion d' »homo economicus »: un être mu uniquement par le désir de satisfaire son intérêt propre et obéissant en toutes circonstances aux lois de la raison. Au contraire, démontre Ruskin, l’homme est animé de passions et capable d’actions désintéressées et toute analyse occultant cette facette est condamnée à se fourvoyer. Il redéfinit les concepts de l’école classique: utilité, échange, valeur, richesse… pour arriver à cette conclusion: « Il n’est de richesse que la vie ».

Dénonçant l’imposture d’une théorie qui justifie à ses yeux le maintien, voire le creusement des inégalités, Ruskin écrit que « l’homme le plus riche » est celui capable de mener une vie juste pour le plus grand bénéfice de « la vie des autres ». Ce qui est particulièrement intéressant et toujours pertinent, c’est « son éthique de la responsabilité », écrit Christopher May, professeur d’économie, dans un article paru cette année.

M. May voit un « parallèle évident » entre les idées de Ruskin – comme le plaidoyer pour une consommation responsable qui trouve un écho dans la vogue du commerce équitable – et les appels actuels en faveur d’une « responsabilité sociale de l’entreprise », qui prendrait « en compte les intérêts de toutes les parties prenantes, non simplement ceux des actionnaires ou des dirigeants ».

Voir aussi:

Stéphane Hessel, vieil homme indigne, Stéphane Hessel, vieil homme indigne Un CV glorieux n’excuse pas tout !

Luc Rosenzweig

Causeur

 5 janvier 2011

Ceux qui n’ont, hélas, plus vingt ans depuis longtemps se souviennent avec un plaisir nostalgique de la sortie, en 1965, du film de René Allio, La vieille dame indigne. L’histoire était adaptée d’une nouvelle de Bertolt Brecht et montrait la libération tardive des conventions bourgeoises d’une femme devenue veuve qui partait à l’aventure sur les routes de France en compagnie d’une jeune serveuse de bar délurée, au grand dam de ses deux fils. Le rôle titre était interprété par la grande Sylvie, entourée de Jean Bouise et de Victor Lanoux. La musique était de Jean Ferrat. Rien que du bon…

On ne peut en dire autant du spectacle que nous offre aujourd’hui Stéphane Hessel. Oui, je dis bien spectacle, car s’agit-il d’autre chose que d’une habile mise en scène de lui-même par un vieillard dont toutes les apparitions publiques révèlent l’immense plaisir narcissique d’avoir acquis le statut d’icône nationale ? Hessel n’est pas indigne dans le sens où Allio utilise ce terme pour montrer l’insondable bêtise et méchanceté de ceux qui exigent des gens âgés qu’ils se comportent selon des normes sociales étouffantes en les enfermant dans le carcan de la bienséance et de la retenue.

Il est indigné et tient à faire connaître urbi et orbi les motifs de son indignation dans un opuscule devenu en quelques semaines un phénomène d’édition. La vacuité du propos qui décrit un monde binaire où l’on conspue les méchants (les financiers, la mondialisation, le ministre de l’intérieur, Israël) et où l’on chante les louanges des bons (les sans-papiers, les sans logis, les Roms, les Palestiniens, le programme du CNR) a beau être relevée par des gens aussi peu suspects de pensée subversive qu’Eric Le Boucher, le succès est irrésistible. Hessel, c’est l’axe du bien à lui tout seul : toute sa vie, il a eu tout juste, a toujours été du bon côté, ne s’est jamais compromis avec les salauds, s’est toujours arrangé pour que sa biographie ne puisse être autre chose qu’une hagiographie. L’achat de son livre par les gens ordinaires relève de la croyance magique que sa lecture pourrait faire de vous un homme ou une femme meilleur(e), réveiller le Hessel qui sommeille en chacun d’entre nous.

Parvenir à un très grand âge dans un état physique et mental acceptable relève d’une loterie qui ne tient compte ni des mérites, ni des mauvaises actions de ceux que le destin choisit. Cette élection transforme ceux qui en bénéficient en porte-parole d’une génération quasi éteinte. Elle oblige donc. Hessel parle, par exemple, au nom de ceux, aujourd’hui disparus, que le nazisme a surpris dans leur jeunesse à Berlin. Donc au nom de mon père, né quelques années avant lui dans la capitale du Reich, et qui fut contraint de la quitter pour des raisons sur lesquelles il est inutile de s’attarder. Je ne suis pas certain que mon père eût apprécié les discours de Stéphane Hessel, pas seulement sur Israël, mais aussi sur l’état de la France et du monde. Je suis même assez certain du contraire, bien que toute sa vie il ait voté à gauche.

La Résistance, dont mon père fut l’un des acteurs, comme Stéphane Hessel, rassemblaient des hommes aux opinions très variées, et même diamétralement opposées, non seulement ceux qui croyaient au Ciel et ceux qui n’y croyaient pas. Des paladins de la Révolution se battaient aux côtés des chevaliers de l’Ordre. Hessel a-t-il le droit d’embarquer tous ceux là dans sa croisade personnelle ?

Brandir aujourd’hui le programme du Conseil national de la Résistance pour faire honte aux gouvernants d’aujourd’hui relève au mieux de l’idiotie historique, au pire de l’imposture. Ce texte de compromis s’appliquait à une France traumatisée qu’il fallait rassembler pour qu’elle se relève, dans un contexte où n’existaient ni l’Union européenne, ni la liberté généralisée des échanges des biens et des marchandises. Ceux qui ont vécu les dites « trente glorieuses » me comprendront : le retour aux conditions de vie de l’époque est une perspective peu enthousiasmante, tant sur le plan matériel que sur celui des libertés publiques et des mœurs. On appliquait, pourtant, ce fameux programme du CNR dont Hessel et ses perroquets nous rebattent aujourd’hui les oreilles.

Il y a aussi chez Hessel cette obsession anti-israélienne qui fait songer à la définition donnée jadis de l’antisémite par Pierre Larousse : « Personne qui hait les Juifs plus qu’il n’est raisonnable. » On n’a parfaitement le droit de ne pas aimer Israël, son gouvernement et même son peuple. Mais faut-il pour autant aller se prosterner à Gaza devant les chefs du Hamas ? Affirmer, lors d’un débat public, que les obus lancés par ces mêmes gens du Hamas n’avaient pour effet que de « faire courir un peu plus vite les habitants de Sdérot vers les abris » ?

Roland Dumas et Stéphane Hessel ont plus de point communs qu’on ne le pense généralement : états de service impeccables dans la Résistance, engagement pluridécennal à gauche, quelques aptitudes à évoluer dans le monde de la diplomatie et une détestation infinie d’Israël. Je me demande si, au fond, je ne préfère pas Roland Dumas et ses crapuleries à ses crapuleries à Hessel et ses bondieuseries laïques.

Voir enfin:

Battles of a book: The King James Bible’s history of dissent and inspiration

Boyd Tonkin

The Independent

31 December 2010

A spy named Henry Phillips betrayed one of the greatest of all English writers – the only one, perhaps, whose phrases by the dozen still fill the mouths of many millions of English speakers every day. Charged with heresy and treason, Phillips’s victim was picked up in Antwerp and imprisoned outside Brussels. His detention came, a deal between monarchs, as a result of the sort of inter-state solidarity against alleged subversives that now gives us the European Arrest Warrant. After months in his fortress jail, he went on trial and received the inevitable death sentence. He was strangled at the stake with an iron chain. Then his corpse was burnt. According to legend, the translator and reformer William Tyndale ended his life in September 1536 with the words: « Lord, open the king of England’s eyes. »

Tomorrow begins the 400th anniversary year of the King James Bible of 1611: never strictly an « Authorized Version », for all its traditional British name, but merely a bible « appointed to be read in churches ». As it says on the title page of the 1853 edition of the King James version, printed in Oxford, which Abraham Lincoln used when he swore the oath of office at his inauguration in 1861. The same volume was employed again for the same purpose in Washington DC in January 2009 – by Barack Obama.

Not far from that spot, in 1963, Dr Martin Luther King gave a speech and had his dream – « I have a dream that one day every valley shall be exalted, every hill and mountain shall be made low, the rough places will be made plain, and the crooked places will be made striaght, and the glory of the Lord shall be revealed, and all flesh shall see it together ». This, with the very few slight tweaks that a preacher’s memory makes, is Isaiah 40: 4-5 in the King James version, then – as now – the language of hope and dignity for African Americans and many other peoples.

After four centuries, the symbolic power of the 1611 Bible remains mighty indeed. The translation – or rather, the revision of six existing translations – ordered by an embattled new king began as a bureaucratic quest for theological compromise. After a mixed reception, it bedded down, fairly slowly, as the English bible of choice: first in the British Isles, then in the North American colonies, and finally in every region where trade, colonisation and evangelism implanted groups of English-speaking Christians.

Later, as secularism grew and believers came to prefer the language of more modern translations, the King James Bible (KJB) acquired a second wind. It became a masterpiece of English prose to be enjoyed by people of all creeds and none at all.

Today it is a commonplace to note that the words and rhythms of the KJB and its source translations shape the speech of countless millions who never open a bible or enter a church. Somehow, the language of the 1611 version never falls from grace (Galatians 5.4) even if its message falls on stony ground (Mark 4.5). In a secular age where ignorance of religion goes from strength to strength (Psalms 84.7) among lovers of filthy lucre (1 Timothy 3.8) who only want to eat, drink and be merry (Luke 12.19), we know for a certainty (Joshua 23.13) that these resonant words endure as a fly in the ointment (Ecclesiastes 10.1) and a thorn in the flesh (2 Corinthians 12.7) of the powers that be (Romans 13.1). They can still set the teeth on edge (Jeremiah 31.29) of those who try to worship God and Mammon (Matthew 6.24). But does this ancient book, proof that there is no new thing under the sun (Ecclesiastes 1.9), now cast its pearls before swine (Matthew 7.6), and act as a voice crying in the wilderness (Luke 3.4) – a drop in a bucket (Isaiah 40.15) of unbelief, no longer a sign of the times (Matthew 16.3) but a verbal stumbling-block (Leviticus 19.14) or else all things to all men (1 Corinthians 9.22) while the blind lead the blind (Matthew 15.14)?

With a host of publications, exhibitions, websites and broadcasts heralding its 400th birthday, the KJB looks set to enjoy a new season in the sun. Already, three invaluable new books allow readers keen on the KJB to deepen their knowledge, and newcomers to join the congregation. They are Gordon Campbell’s Bible: the story of the King James Version 1611-2011 (Oxford, £16.99; 354pp); David Crystal’s Begat: the King James Bible and the English Language (Oxford, £14.99; 327pp), and The King James Bible after 400 Years, a collection of essays edited by Hannibal Hamlin and Norman W Jones (Cambridge, £25; 364pp). This article draws deeply on them all.

Will the celebrations end by repeating the ploy that its critics have detected in the KJB itself almost since 1611: a tendency to drown out a bitter history of conflict with the ringing cadences of authority and uniformity? KJB-sceptics have long argued that its beauty masks, or at least softens, truth. And that truth includes the 90 years of censorship, controversy and violence that led to its gestation.

The lesson for 2011 should, perhaps, remind us that the book lauded as « the national epic of Britain » (Thomas Huxley, Darwin’s atheist « bulldog »), « the anchor of the national seriousness » (Frederick Faber, Victorian Catholic educator), which « if everything else in our language should perish, would alone suffice to show the whole extent of its beauty and power » (Thomas Babington Macaulay, politician and historian), begins with the garrotted and charred body of a hunted heretic in 16th-century Brabant.

A brilliant multi-lingual radical scholar from Gloucestershire, William Tyndale had, since fleeing England, worked with his associates in the Protestant-friendly cities of Cologne, Worms and Antwerp on translations of the Bible into English. He sought to set scripture free from power, so that « the boy that driveth the plow » should own it as much as any priest. The reform-minded queen Anne Boleyn herself owned a vellum copy of his New Testament. But not until after Tyndale’s gruesome death did Henry VIII, now irreparably estranged from Rome, accept that vernacular scriptures, rather than the Latin of the Vulgate Bible, should be heard in his land. By 1538, Thomas Cromwell’s patronage had led to the instruction that « one book of the whole Bible of the largest volume in English » must stand in every parish church.

Prior to his death, Tyndale had only completed his versions of the New Testament, the Pentateuch (the first five books of Moses), the book of Jonah and some historical books of the Old Testament. Entire Bible translations began in 1535 with the edition by Miles Coverdale, Tyndale’s partner in underground European publishing. So begins the great chain of Tudor and Jacobean translation. Coverdale led to the Matthew Bible (1537), the official Great Bible (1539), the Calvinist Geneva Bible (1560), the state-sanctioned Bishops’ Bible (1569), and the Catholic Douai-Rheims Bible (1582 and 1609).

Then, in 1604, James 1 – an arch-dabbler in theology, who feared both Puritan and Catholic rebellion – convened Anglican divines at the Hampton Court Conference. He instructed them to study all existing versions, refer to the original Hebrew and Greek texts, and come up with a definitive official scripture that would quell factional disputes and stand the test of time. The task went to six learned companies of 54 translators: two in Westminster; two in Oxford; two in Cambridge. Famously, their brief was not to start from scratch with their translation but « to make a good one better ».

Did they? The KJB text certainly flatters its forerunners, Tyndale above all, by sustained imitation. What proportion of Tyndale’s words survives in the KJB? The most commonly accepted calculation suggests that 84 per cent of his New Testament does, and 76 per cent of the Old Testament books that he completed. For Gergely Juhasz (in The King James Bible after 400 Years), « by modern standards of authorship, the KJB would be regarded as a form of plagiarism ».

An example: 6 January marks, for Western churches, the Feast of the Epiphany, when the magi – or wise men – visited the baby Jesus at King Herod’s behest. The second chapter of Matthew’s gospel has the story: « When they had heard the king, they departed, and lo the star which they saw in the east went before them, until it came and stood over the place where the child was. When they saw the star, they were marvellously glad. And entered into the house, and found the child with Mary his mother, and kneeled down and worshipped him, and opened their treasures, and offered unto him gifts, gold, frankincense, and myrrh. And after they were warned in their sleep, that they should not go again to Herod, they returned into their own country another way. »

That is not the KJB but Tyndale’s New Testament, 80 years previously. The six companies who in 1611 delivered to Archbishop Bancroft of Canterbury kept so much of his work, as they did of Coverdale’s and the stricter Protestants responsible for the popular Geneva Bible (the scripture Shakespeare often quotes). These teams of scholars shared an extraordinary depth of learning. Leaders such as Lancelot Andrewes, Dean of Westminster, and Miles Smith, the star freelance translator in Oxford, had up to 20 languages, ancient and modern, at their command.

They knew when to leave well alone; and, mostly, they did just that. But when they changed, they changed with a purpose – and one that went beyond the royal order to avoid inflammatory « Puritan » renderings of the sort that Tyndale favoured. He had used « congregation » rather than « church » for the Greek ecclesia, to take the most contentious example.

In essence, the six companies ensured that the KJB was born an antique. They didn’t make the Bible new; they made it old. Its celebrated majesty and sonority stem from a decision to ennoble the language with a melodic, otherworldy splendour. Note how Tyndale’s « they were marvellously glad » from the 1520s becomes, in the much later heyday of Shakespeare and Donne, « they rejoiced with exceeding great joy ». The KJB sounds archaic to many readers now. It sounded archaic to many readers in 1611.

As Gordon Campbell puts it, « the language of the translators reflects their conservatism ». They use « thee » and « thou » with an old-fashioned enthusiasm which might have sounded strange on the teeming City streets outside Stationers Hall, where for nine months in 1610 a revising committee sat. Tyndale and his radical confrères aimed for the demotic language of street and field. The KJB crews retain much of that, but channel it into a new, refined and detached, language of pulpit and pew. Old verb forms such as « doth », « hath » and « saith » abound, whereas by the 1590s – in speech, at least – the modern endings would have become more common.

David Crystal, in his entertaining and erudite survey of the migration of KJB phrases (257, by his reckoning) into every corner of popular culture and mass media, notes that only the KJB calls hypocritical pharisees « whited sepulchres ». Tyndale named them, simply, « painted tombs ». Stephen Prickett, in The King James Bible after 400 years, calls this booming harmony « the King James steamroller », a tone whose stately momentum flattens differences in the cause of laying down a new « Church English », « often high-flown and poetic, related to everyday speech but also at one remove from it ».

This retro-fitted grandeur stuck. It did take time. The Geneva Bible, loved as much for its elegant roman typeface, handy formats and explanatory notes as for its Calvinist orientation, kept its audience until new editions ceased in 1644. The official status of the KJB, and the monopoly printing rights of the university presses of Oxford and Cambridge, also eased its passage into popular consciousness.

What really marked a sea-change, though, was the acceptance of the « habitual music » of the KJB (John Ruskin’s phrase) by Puritan writers and preachers quite out of sympathy with the king-and-bishop hierarchy that bred it. Soon, John Milton and John Bunyan would draw on the KJB: it colours Paradise Lost and The Pilgrim’s Progress from first lines to last.

It crossed the Atlantic early in the 17th century, and came to fix the tones and timbres of American speech and writing even more firmly than in Britain. From Herman Melville to Walt Whitman, Ernest Hemingway to Allen Ginsberg, American literature could hardly exist without the pulse and flame of the KJB. Today, it suffuses the work of talents as varied as Toni Morrison and Marilynne Robinson, Cormac McCarthy and Bob Dylan – who, in keeping with the seam of radical prophecy that forerunners such as William Blake had mined from the Bible, told us that in changing times « the last shall be first, and the first last » (a direct KJB lift from Tyndale).

The style that its detractors suspected of being an Establishment fudge became a true family favourite. Tyndale’s ploughboy – and housewife, and factory-hand, and labourer, and (in the US) slave – did learn the scripture: often in his own words too, even if filtered through the 1611 mesh.

Has that chapter closed? For anyone, religious or not, who cares about the continuity of culture and understanding, Gordon Campbell lets slip a remark to freeze the blood. A professor at Leicester University, he recalls that « When the name of Moses came up at a seminar I was leading, no one had any idea whom he might have been, though a Muslim student eventually asked if he was the same person as Musa in the Qur’an (which he is) ».

« Let my people go » (Exodus 5.1), as Tyndale – and the KJB – has Moses tell Pharaoh. In 2011, we may need another kind of Mosaic injunction: Let our people read.

8 commentaires pour Idiots utiles: Le livre qui inspira Gandhi (The modern world is full of the old Christian virtues gone mad)

  1. […] Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton […]

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  2. […] La vacuité du propos qui décrit un monde binaire où l’on conspue les méchants (les financiers, la mondialisation, le ministre de l’intérieur, Israël) et où l’on chante les louanges des bons (les sans-papiers, les sans logis, les Roms, les Palestiniens, le programme du CNR) a beau être relevée par des gens aussi peu suspects de pensée subversive qu’Eric Le Boucher, le succès est irrésistible. Hessel, c’est l’axe du bien à lui tout seul : toute sa vie, il a eu tout juste, a toujours été du bon côté, ne s’est jamais compromis avec les salauds, s’est toujours arrangé pour que sa biographie ne puisse être autre chose qu’une hagiographie. (…) Brandir aujourd’hui le programme du Conseil national de la Résistance pour faire honte aux gouvernants d’aujourd’hui relève au mieux de l’idiotie historique, au pire de l’imposture. Ce texte de compromis s’appliquait à une France traumatisée qu’il fallait rassembler pour qu’elle se relève, dans un contexte où n’existaient ni l’Union européenne, ni la liberté généralisée des échanges des biens et des marchandises. (…) On n’a parfaitement le droit de ne pas aimer Israël, son gouvernement et même son peuple. Mais faut-il pour autant aller se prosterner à Gaza devant les chefs du Hamas ? Affirmer, lors d’un débat public, que les obus lancés par ces mêmes gens du Hamas n’avaient pour effet que de « faire courir un peu plus vite les habitants de Sdérot vers les abris » ? Luc Rosenzweig […]

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  3. […] Trois modernes ont marqué ma vie d’un sceau profond et ont fait mon enchantement: Raychandbhai [écrivain gujarati connu pour ses polémiques religieuses], Tolstoï, par son livre "Le Royaume des Cieux est en vous", et Ruskin et son Unto This Last. Gandhi […]

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  4. […] La vacuité du propos qui décrit un monde binaire où l’on conspue les méchants (les financiers, la mondialisation, le ministre de l’intérieur, Israël) et où l’on chante les louanges des bons (les sans-papiers, les sans logis, les Roms, les Palestiniens, le programme du CNR) a beau être relevée par des gens aussi peu suspects de pensée subversive qu’Eric Le Boucher, le succès est irrésistible. Hessel, c’est l’axe du bien à lui tout seul : toute sa vie, il a eu tout juste, a toujours été du bon côté, ne s’est jamais compromis avec les salauds, s’est toujours arrangé pour que sa biographie ne puisse être autre chose qu’une hagiographie. (…) Brandir aujourd’hui le programme du Conseil national de la Résistance pour faire honte aux gouvernants d’aujourd’hui relève au mieux de l’idiotie historique, au pire de l’imposture. Ce texte de compromis s’appliquait à une France traumatisée qu’il fallait rassembler pour qu’elle se relève, dans un contexte où n’existaient ni l’Union européenne, ni la liberté généralisée des échanges des biens et des marchandises. (…) On n’a parfaitement le droit de ne pas aimer Israël, son gouvernement et même son peuple. Mais faut-il pour autant aller se prosterner à Gaza devant les chefs du Hamas ? Affirmer, lors d’un débat public, que les obus lancés par ces mêmes gens du Hamas n’avaient pour effet que de « faire courir un peu plus vite les habitants de Sdérot vers les abris » ? Luc Rosenzweig […]

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