A défaut de sortir de la crise, François Hollande veut sortir de la routine. Après avoir accordé une interview sur la mort et la pluie au magazine Society, le président de la République est l’invité de Maïtena Biraben, dimanche 19 avril, dans « Le Supplément », sur Canal +, une émission d’actualité au ton décalé. Dans son entourage, certains n’apprécient pas du tout ce virage et parle même « d’hipsterisation », comme le racontent Les Echos. Si François Hollande veut se montrer cool, il n’atteint pas encore le niveau de Barack Obama.

Chanter et rapper (à la télé)

Barack Obama a des talents de crooner, et il le sait. Le président des Etats-Unis n’hésite pas à pousser la chansonnette lors de ses sorties publiques. A la Maison Blanche, sur les plateaux de télévision ou lors de discours, Barack Obama donne le la. Des standards de blues au rap en passant par le slam, il est mélomane et il l’affiche.

Il démontre ses premiers talents de chanteur en janvier 2012 à New York lors d’une réunion électorale en vue de la présidentielle de fin d’année. Il entonne un Let’s Stay Together du chanteur Al Green sans fausse note.En février 2012, après avoir pris goût à la chanson en public, il reprend quelques notes de Sweet Home Chicago, du bluesman Robert Johnson lors d’un concert organisé à la Maison Blanche pour le Black History Month, un mois où les Américains célèbrent la contribution de la communauté noire à leur culture. Volant la vedette au chanteur des Rolling Stones Mick Jagger et au guitariste BB King, Barack Obama conquiert définitivement le cœur des mélomanes, et parfait son image de président « so cool ».

Il réitère au printemps de la même année, sans doute après avoir élargi son répertoire musical : le président s’invite sur le plateau du « Tonight Show », de Jimmy Fallon, sur la chaîne NBC, et entame un slam « pédagogique » pour expliquer sa politique sur les emprunts étudiants.

Pas certain que la musique ait fait oublier le fond, mais Barack Obama gagne en quelques semaines de gros points de « branchitude », notamment dans les pays étrangers.

Du côté de l’Elysée, on envisage mal François Hollande pousser la chansonnette en public. Par désintérêt ou volonté de muscler une image trop souvent moquée ? Dans tous les cas, François Hollande reste l’un des hommes politiques qui inspire le plus de parodies.

Tweeter, « viner », « instagramer » (et aimer ça)

Premier président américain à (officiellement) coder, Barack Obama prend le web au sérieux et l’affiche même dans son programme. En 2013, il annonce le lancement d’une semaine de l’informatique à l’école et définit le code comme une « compétence importante, non pas juste pour les jeunes, mais pour l’avenir du pays ».

Au-delà, l’équipe de communication de la Maison Blanche est sur tous les fronts : Twitter, Facebook, Tumblr, InstagramMySpace… Une armée de communicants raconte le quotidien du président de manière plus ou moins décalée, avec l’objectif de le rendre proche des Américains. Résultat : le monde entier a l’impression d’être dans l’intimité du président et ne loupe aucun de ses plus beaux moments.

Côté français, même si l’Elysée a ouvert dernièrement un Tumblr sur le quotidien du chef de l’Etat, les images sont uniquement prises lors de déplacements officiels et restent très formelles. En 2013, lors d’une conférence de presse à l’Elysée, un journaliste l’avait d’ailleurs interrogé sur son usage de Twitter, une question qu’il avait raillée en répondant :« Twitter n’est pas le centre du monde (…) ça n’intéresse que les journalistes ».

 Manger de la « junk food » (sans culpabiliser)

Barack Obama est fan de junk food, il a même son adresse favorite : le Five Guys, à quelques pas de la Maison Blanche. Régulièrement pris en train d’avaler burgers, glaces et autres donuts, le président américain se fiche pas mal de sa ligne, puisqu’il se montre tout autant en train de pratiquer le baseball ou le basket. Voilà qui fait de Barack un digne représentant de l’American way of life, jeune, décontracté… mais toujours svelte.

Une condition que François Hollande doit bien lui envier, puisqu’après avoir subi un régime drastique lors de la campagne présidentielle de 2012, François Hollande a repris du poids une fois élu, rappelait L’Express en 2013.

Mettre les pieds sur le bureau (et assumer)

Il n’y a qu’un seul photographe officiel à la Maison Blanche, Pete Souza. Accrédité pour se balader dans les moindres recoins du bâtiment, il a photographié à de nombreuses reprises Barack Obama dans des postures très décontractées. Pieds sur le bureau, adossé mollement à son fauteuil ou assis sur ses dossiers… Mise en scène ou réalité, Barack Obama a l’air d’être zen dans n’importe quelle situation.

Difficile d’en dire autant de François Hollande, dont l’attitude a souvent été moquée, à commencer par sa photo officielle, où il pose les bras ballants.

Jouer avec des enfants (et adorer)

S’il y a des invités qu’on voit souvent dans le bureau ovale, ce sont bien les enfants. En 2013, Barack Obama avait invité son homologue de 9 ans « the kid president » dans son bureau à la Maison Blanche. Une session vue plus de 7 millions de fois sur internet et qui montre un Barack Obama accessible et paternel. Cet épisode a même permis au « kid president » de rencontrer Beyoncé dans les coulisses de sa tournée.

Le reste de l’année, de nombreux enfants se relaient dans le potager de la Maison Blanche pour apprendre à jardiner et bien manger. Barack Obama s’affiche très régulièrement avec ses filles et distribue à la moindre de ses sorties publiques des checks, (salut avec les poings) aux plus jeunes. Une manière trop cool pour un Président de saluer.

En France, François Hollande a participé, en janvier 2015, à la rédaction des journaux pour enfants Mon Quotidien et L’Actu, à la suite des attentats du début d’année. L’événement a été perçu comme un véritable tournant. La communication de l’Elysée mise (enfin) tout sur les jeunes pour redorer l’image du président. Cool mais un peu tard, puisque la jeunesse était au cœur du programme du candidat socialiste.

Voir de même:

Fermé à la presse »
Décryptages

Tangi Quemener

WASHINGTON, 28 nov. 2013 – «Propagande», «agence TASS», «si Poutine faisait ça…» Barack Obama est habitué aux lazzis des républicains les plus conservateurs, qui lui reprochent des penchants « socialistes », version soviétique. Mais ces derniers jours, les accusations d’autoritarisme visant l’exécutif américain viennent d’un groupe d’habitude moins enclin aux coups de sang: les organisations de presse, fédérées par la centenaire Association des correspondants à la Maison Blanche (WHCA).

Jeudi 21 novembre, la WHCA et des dizaines de médias, dont l’Agence France-Presse, ont envoyé une lettre d’une fermeté sans précédent à Jay Carney, le porte-parole de la Maison Blanche, pour protester contre le contrôle de l’information par l’administration démocrate.

Le motif de ce courroux ? Le sentiment, nourri par de nombreux exemples depuis cinq ans, de ne pas bénéficier de la « transparence » médiatique promise par le président lors de sa campagne électorale de 2007-2008. Les reporters de presse écrite et photographes notent même une régression par rapport au précédent locataire de la résidence exécutive, George W. Bush. Le républicain a en effet laissé dans la salle de presse le souvenir d’un dirigeant prêt à se soumettre de bonne grâce aux sollicitations des médias.

Diffusé chaque soir pour le lendemain, le programme quotidien du président permet aux journalistes accrédités dans le Saint des Saints du pouvoir américain d’organiser leur journée. A côté de chaque activité présidentielle, l’administration précise quelle couverture de l’événement sera possible. Cela peut être soit « open press » (tous les journalistes sont autorisés à y assister), soit « pooled press » (seul le « pool », une douzaine de reporters dont celui de l’AFP, y a accès).

Les conférences de presse sont toujours « open press », les déclarations du président dans la roseraie de la Maison Blanche aussi. Le pool prend le relais quand l’activité d’Obama se produit dans un endroit trop étriqué, comme le Bureau ovale et la salle du Conseil des ministres. C’est aussi le cas lors des déplacements du président sur le terrain, aux Etats-Unis comme à l’étranger, puisque seules 13 places sont réservées aux médias dans Air Force One.

Mais trop souvent au goût des reporters, la mention qui s’affiche est « closed press », synonyme d’accès interdit. Evidemment, personne ne prétend photographier Obama dans la « Situation Room », la salle de gestion des crises du sous-sol, où se prennent des décisions engageant la sécurité nationale des Etats-Unis. Cependant, certaines des occasions « closed press », ainsi que de fréquentes restrictions à leurs mouvements lors d’événements publics, laissent aux photographes un goût de cendre.

Exemples ces dernières années dans Bureau ovale: la réception du Dalaï lama, la visite de la jeune héroïne pakistanaise Malala Yousafzaï, un tête-à-tête avec Nicolas Sarkozy et même une rencontre entre Obama et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, ont été déclarées «fermées». En revanche, quelques heures plus tard tombaient des photos officielles, signées du photographe attitré de Barack Obama, Pete Souza.

Autre cas qui a provoqué dernièrement l’émoi des photographes de presse: à la dernière minute lors du discours d’Obama à l’occasion des 50 ans de « I have a dream » de Martin Luther King, la Maison Blanche est revenue sur sa promesse d’accès au monument Lincoln, qui aurait permis de prendre un cliché du président et de la foule en arrière-plan. Souza, dont l’accès à Obama est total et qui pour cette raison se retrouve souvent… sur les clichés du président pris par nos collègues, a bien sûr obtenu le meilleur cadrage, en exclusivité.
La WHCA tente depuis des années d’arracher à la Maison Blanche un plus grand accès aux activités présidentielles, et la publication du communiqué du 21 ressemble à une « frappe nucléaire »: mettre sur la place publique ses doléances, faute de réponses satisfaisantes en privé. Pour elle, l’administration Obama interdit aux journalistes de « photographier ou filmer le président dans l’exercice de ses fonctions officielles », bien qu’elle s’auto-congratule sur la «transparence» sans précédent dont elle ferait preuve.

Ron Fournier, longtemps reporter à la Maison Blanche, résumait la situation le 21 novembre dans les colonnes du National Journal. « La machine de communication d’Obama: un monopole de propagande, financé par vous », les contribuables. Et de citer un échange entre Carney et Doug Mills, respecté photographe, vétéran d’AP et du New York Times, qui a dit au porte-parole d’Obama: « vous êtes comme TASS ». Carney, ancien correspondant de l’hebdomadaire Time à Moscou, a dû apprécier la comparaison avec l’agence de presse officielle de l’URSS, célèbre pour ses communiqués arides de l’ère brejnévienne.

En effet, le problème aux yeux des photographes de presse n’est pas que la Maison Blanche de Barack Obama soit avare d’images, ou les manipule comme à la grande époque des procès de Moscou, quand d’anciens responsables tombés en disgrâce disparaissaient de la tribune sur la place Rouge. La stratégie de la présidence américaine est plutôt de jouer à saute-mouton avec les médias classiques et d’investir tous les médias sociaux, de Twitter à Facebook en passant par Instagram, Pinterest, YouTube et Flickr, des sites régulièrement alimentés en images et en vidéos par une armée de communicants.

Le caractère immédiat des photos de Souza, et leur qualité technique impeccable, font parfois oublier au grand public qu’elles sont partie intégrante de la communication présidentielle. Sur Twitter, où le photographe est suivi par près de 100.000 personnes, elles obtiennent des centaines de «retweets» en quelques minutes, tandis que les «like» se comptent par milliers sur la page Facebook d’Obama, «aimée» par 37 millions de personnes.

Toutefois, préviennent la WHCA et l’association des photographes de presse de la Maison Blanche (WHNPA), il faut prendre ces photos pour ce qu’elles sont: ni plus ni moins que des «communiqués de presse visuels».

Souza et les cameramen officiels sont payés par l’Etat et loyaux à l’administration. Ils ne vont évidemment pas présenter un Barack Obama énervé, fatigué ou désemparé, et chaque plan est sélectionné et édité pour montrer le président sous un jour flatteur.

A l’écrit, le communiqué de presse avance moins masqué: c’est notre rôle de le jauger, d’y ajouter une mise en perspective et de gratter le vernis parfois épais de la communication. Nous savons que bien souvent, les communiqués « enterrent » les vraies informations dans leurs derniers paragraphes, et réservent leurs premières lignes à l’«actualité heureuse».

«Comme s’ils bloquaient l’objectif de l’appareil photo d’un journaliste, des responsables de cette administration empêchent le public de bénéficier d’une perspective indépendante sur des événements importants de l’exécutif», remarquait la WHCA dans sa lettre du 21.

Le même jour, le porte-parole adjoint d’Obama, Josh Earnest, était malmené pendant le point de presse quotidien de la présidence. « Si Vladimir Poutine faisait ça, vous le tourneriez en dérision et diriez que la liberté de la presse (en Russie) n’existe pas », remarquait un de nos collègues. «Depuis ce podium, des gens ont critiqué la façon dont d’autres pays gèrent la liberté de la presse. Et quand cette Maison Blanche diffuse sa propre version des choses sans filtre de la presse, est-ce que cela ne met pas en causes certaines valeurs démocratiques fondamentales?»

Réaction d’Earnest, un peu décalée: pour lui, le recours aux photos officielles et aux nouveaux médias est destiné… à « donner davantage d’accès au président ».

« Il existe des circonstances dans lesquelles il n’est tout simplement pas possible d’avoir des journalistes indépendants dans la pièce lorsque le président prend des décisions, donc plutôt que de le cacher aux Américains, ce que nous avons fait est de profiter des nouvelles technologies pour donner aux Américains un accès encore plus important, en photo ou en film, de ce qui se passe dans les coulisses», selon lui.

« Je comprends la raison pour laquelle certaines personnes dans cette pièce en conçoivent du chagrin, mais les Américains en bénéficient clairement», estime Earnest. Il laisse ainsi entendre que les médias classiques n’ont plus la prééminence d’antan.

Concession de la Maison Blanche? Quelques heures plus tard, le « pool » des photographes était convié inopinément dans le Bureau ovale pour une séance de promulgation de loi. Mais Souza était aussi là, et sa « photo du jour » ressemblait fort à un coup de pied de l’âne, d’ailleurs perçu comme tel par nos collègues présentés sous un jour peu flatteur. Pour le blog spécialisé dans la communication visuelle BagNews, un «allez vous faire voir» visuel, «minable» et «vulgaire». En tout cas certainement pas un rameau d’olivier.

(Avec Eva Claire HAMBACH)

La « photo du jour » de la Maison-Blanche du 22 novembre 2013, signée Pete Souza, au lendemain de la lettre de protestation des journalistes mécontents des restrictions d’accès au président Obama… (AFP / The White House / Pete Souza)
Tangi Quéméner est correspondant de l’AFP à la Maison-Blanche. Il est aussi l’auteur du livre « Dans les pas d’Obama » (JC Lattès, 2012).

Si Barack Obama est si cool, c’est aussi parce que les journalistes ne peuvent pas le prendre en photo
Repéré par Cécile Dehesdin

Slate

16.02.2015

Comment photographier un homme entouré en permanence d’agents des services secrets? Avec des appareils télécommandés, explique le photojournaliste Saul Loeb dans un billet sur l’excellent blog Making Of de l’AFP.

Le photographe de l’agence de presse, accrédité à la Maison Blanche, estime que lui et ses confrères «sont confrontés à un grand nombre de restrictions ayant trait aux moments et aux endroits où ils peuvent photographier le président des Etats-Unis».

Ils contournent le problème entre autres via «des appareils télécommandés aux endroits où nous ne pourrons nous trouver physiquement»: dans un coin, sur l’estrade où le président parle, derrière la tribune présidentielle…

Saul Loeb ne se plaint pas de la situation, estimant qu’«il serait très étrange de voir un reporter perché au sommet d’une échelle derrière le président pendant une conférence de presse et le Secret Service n’apprécierait pas». En même temps, comme il le note:

«Nos mouvements sont limités, et du coup cela limite aussi nos choix pour prendre des images.»

Le manque de liberté de mouvements et donc d’images des photojournalistes de la Maison Blanche n’est-il rien d’autre que le pendant de l’accès open-bar au quotidien de l’homme le plus puissant du monde qu’il nous offre via son photographe officiel?

L’aura de cool absolu qui entoure Barack Obama doit en effet beaucoup –voire tout– à Pete Souza.

Le photographe officiel canarde le président américain partout –dans son bureau, dans ses voyages, quand il va embrasser des bébés et manger des hot-dogs– et fournit en instantané sa légende iconographique. Les photos sont mises à disposition du public et des médias par la Maison Blanche, sous une license Creative Commons, pour qu’elles soient mieux partagées.

GRAND FORMAT

Grâce à Pete Souza, on a l’impression d’être dans la vraie vie de Barack Obama, alors que rien n’est plus construit que ses photos. C’est d’ailleurs un des gros reproches que font à la Maison Blanche les journalistes accrédités, comme le racontait Tangi Quemener dans un autre billet du blog de l’AFP fin 2013.

L’Association des correspondants à la Maison Blanche avait alors publié une lettre ouverte et énervée au porte-parole Jay Carney:

«Les restrictions imposées par la Maison Blanche, suivies par la publication routinière de photographies faites par des employés gouvernementaux de ces mêmes événements, est une contrainte arbitraire et une interférence injustifiée aux activités légitimes de récolte d’informations. Dans les faits, vous remplacez du photojournalisme indépendant par des communiqués de presse visuels.»

Les photographies de Pete Souza inondent les réseaux sociaux, et leur «caractère immédiat […] et leur qualité technique impeccable, font parfois oublier au grand public qu’elles sont partie intégrante de la communication présidentielle», analysait Tangi Quemener. La Maison Blanche avait rapidement invité le pool de photojournalistes à une séance imprévue de photos de Barack Obama signant une loi. Evidemment, Pete Souza était là lui aussi, et il avait choisi de faire une photo… intéressante:

 Voir encore:

Derrière les photos «cool» d’Obama, une image sous contrôle
Presse Consignes de sécurité imposantes, événements fermés à la presse. Les photos «autorisées» de Pete Souza irritent les photographes de la Maison Blanche qui parlent de pratiques «soviétiques».

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Au téléphone avec le président Tunisien Beji Caid Essebs, le 5 janvier dernier, depuis le bureau ovale. Sous l’œil de Pete Souza, ancien du Chicago Tribune et de Nature, Obama n’est jamais fatigué ou sous un mauvais angle. Le cadrage est toujours parfait.
Pete Souza (Flickr) (15 Images)

Erwan Le Bec

la Tribune de Genève

17.02.2015

Tout le monde craque sur les incroyables photos de Pete Souza, fameux photographe officiel de la Maison Blanche. Il publie chaque jours plusieurs clichés du président Obama. Souvent insolites, touchants, d’une qualité et d’un cadrage irréprochables, plusieurs sont déjà rentrés dans l’histoire du photo-journalisme en dehors de leur succès populaire. Reste que selon la très sérieuse Association des correspondants à la Maison Blanche (WHCA), il s’agit plutôt d’une machine à communiquer parfaitement huilée, qui n’est pas loin de faire obstruction à la liberté de la presse. «Si Poutine faisait ça…», a même commenté l’un deux.

Un photographe de l’AFP a expliqué lundi 16 février les incroyables difficultés qu’ont les spécialistes accrédités à immortaliser Barack Obama. Les restrictions des services de sécurité sont en effet grandes, les moments sont limités, le lieu choisi, et le point de vue pas forcément heureux. Ne reste plus qu’à tenter un angle original.

Pour l’investiture du président, le photographe Saul Loeb a été jusqu’à placer son précieux appareil au sommet du capitole, muni d’un déclencheur, 48h avant l’événement… Seulement voilà, la technique n’est pas garantie et le risque d’une panne ou de l’intervention d’un tiers est élevé.

S’il faut faire preuve d’autant de prouesse, c’est que la marge de manœuvre est faible. La Maison Blanche distingue les situations «open press», comme les conférences dans la fameuse salle aux rideaux bleus, les espaces restreints au «pooled press» d’une dizaine de reporters en raison des dimensions de certaines pièces, et enfin le «closed press». Dans ce dernier cas, personne ne passe, sauf Pete Souza. Là et ailleurs, cet ancien du Chicago Tribune bénéficie d’accès spéciaux, d’angles inédits et donc de clichés défiant toute concurrence.

Obstructions à la presse

La Maison Blanche justifie ces «closed press» par le caractère confidentiel des téléphones ou des rencontres qui intéressent la sécurité du pays. Mais trop, pour les journalistes accrédités, sont fermés et réservés au seul Pete Souza: la visite du Dalaï Lama, de la jeune Malala Yousafzaï ou même l’accès à la tribune lors du discours des 50 ans du «I have a dream» de Martin Luther King, fermé à la dernière minute.

Dans un billet de l’AFP repris par un site, il ne s’agit ni plus ni moins d’obstructions à la presse, pas si lointaine de ce que faisait l’agence soviétique TASS. Une lettre ouverte a même été envoyée au porte-parole de la Maison Blanche, attaquant frontalement la «transparence» dont se félicite l’administration Obama.

Aucune photo d’Obama grimaçant

«Le problème aux yeux des photographes de presse n’est pas que la Maison Blanche de Barack Obama soit avare d’images», expliquait Tangi Quemener pour l’AFP. «La stratégie de la présidence américaine est plutôt de jouer à saute-mouton avec les médias classiques et d’investir tous les médias sociaux, de Twitter à Facebook en passant par Instagram, Pinterest, YouTube et Flickr, des sites régulièrement alimentés en images et en vidéos par une armée de communicants.»

«Le caractère immédiat des photos de Souza fait parfois oublier au grand public qu’elles sont partie intégrante de la communication présidentielle», conclut-il. L’association de presse va plus loin. Selon elle, il faut uniquement prendre les clichés pour des «communiqués de presse visuels», dans la mesure où Pete Suza est payé par l’Etat et où une sélection impitoyable est effectuée: aucune photo d’Obama fatigué, grimaçant ou sous un mauvais angle n’est sorti.

Rien de soviétique pour la Maison Blanche, qui rappelle les impératifs de sécurité. Il s’agit au contraire de «donner davantage d’accès au président», avec les réseaux sociaux.

Quelques heures après la publication de la lettre ouverte, le «pool» était soudainement invité à photographier le président signant une loi. Pete Souza y était, et en a profité pour cadrer ses collègues sous un jour peu flatteur. Le pouvoir de l’image en somme.

Voir également:

Barack Obama, Mister (faux) Cool
Corine Lesnes

M le magazine du Monde

05.10.2012

Barack Obama est un couche-tard. Contrairement à son prédécesseur, qui bâillait après 21 h 30, le 44e président des Etats-Unis veille souvent après minuit. Il lui arrive de s’installer sur le balcon en demi-cercle que fit construire Harry Truman, au deuxième étage de la façade sud de la Maison Blanche, à une époque où les présidents se permettaient d’entreprendre des travaux d’envergure dans la « maison du peuple ». S’asseoir sur le balcon lui procure un sentiment de liberté, a-t-il expliqué.

Les filles sont couchées. Michelle aussi, qui est généralement au lit avant 22 heures. Barack, lui, veille jusqu’à 1 heure du matin. Rien à voir avec Bill Clinton, qui refaisait le monde avec ses amis noctambules. Obama profite de sa solitude. Il lit, écrit, paraît-il, son journal ; regarde la chaîne sportive ESPN, parcourt l’iPad que lui ont laissé les services secrets. Il rêve peut-être. C’est le seul moment dans la course folle de ses journées où il est libre de s’égarer dans son monde intérieur. Depuis son arrivée à la Maison Blanche, c’est ce qui lui manque le plus : les promenades au hasard, l’inattendu. « La perte d’anonymat et d’imprévu n’est pas un état naturel, a-t-il confié. On s’adapte, mais on ne s’y habitue pas. »

Le président américain se lève à 7 heures. Il fait tous les jours une heure entière de gymnastique. « Sinon, on craque », a-t-il assuré au journaliste et écrivain Michael Lewis qui l’a suivi pendant des mois pour Vanity Fair. Cardio un jour, poids le lendemain. Pour ne pas s’encombrer le cerveau avec des choix sans importance, il limite les options. Pour la sélection du costume du jour, cela signifie : le gris ou le bleu. « Il faut avoir sa routine », conseille Obama. Selon lui, des études l’ont montré : le simple fait de prendre des décisions diminue la capacité à en prendre d’autres. Mieux vaut éviter de se laisser distraire par des détails quand on a à arbitrer entre Jérusalem et Téhéran.

ETRE LE MEILLEUR… UNE OBSESSION

En quatre ans, Barack Obama a singulièrement mûri. Ceux qui s’étaient fiés à son « cool » hawaïen ont été surpris par son côté « perfectionniste et super-compétitif », dit la journaliste du New York Times Jodi Kantor, auteure d’un best-seller sur le couple présidentiel (1). Obama lit tout. Il répète la prononciation des noms des dirigeants étrangers avec le staff avant les sommets. Les assistants qui préparent ses briefings s’inquiètent parfois de le voir n’y jeter qu’un coup d’œil. « Quarante-cinq minutes plus tard, il ressort les éléments dans l’ordre exact où on les a présentés, dit un haut responsable. Il a une mémoire photographique hors du commun. »

Rançon de la facilité : il a horreur qu’on lui fasse perdre son temps. « Monsieur le président, comme vous le savez, la Réserve fédérale, de par son mandat, ne peut intervenir… », commence un assistant. « Je sais, interrompt sèchement le président. J’ai lu le mémo. » L’anecdote est racontée par un ancien conseiller, à qui il est arrivé de se faire remettre à sa place. « Dans les réunions, mieux vaut ne pas sous-entendre qu’on en sait plus que lui ou qu’on est plus intelligent. » Le New York Times s’est amusé à collecter les extraits vidéo où Barack Obama se présente comme le meilleur. Cela va du billard (« Je suis étonnamment bon joueur ») à la lecture pour enfants, comme ce lundi de Pâques, à l’occasion de la traditionnelle chasse aux oeufs qu’organise la Maison Blanche pour 3 000 enfants. « Je vais faire la meilleure lecture qui ait jamais été faite de Green Eggs and Ham », annonce-t-il en ouvrant le livre du Dr Seuss.

Etre le meilleur est une obsession. Quand il joue aux cartes dans Air Force One, l’avion présidentiel, il faut qu’il gagne. Et si c’est le cas, « il ne vous le laissera jamais oublier », dit un familier de la West Wing. « J’ai rencontré beaucoup de gens compétitifs. Mais je ne connais qu’une personne qui le soit plus que lui, affirme le journaliste Richard Wolffe, qui voit régulièrement le président. C’est sa femme. » Michelle aussi a changé, selon lui, à l’épreuve de la Maison Blanche : « Elle est de plus en plus disciplinée, de plus en plus sur ses gardes. »

Une fois par semaine, Barack joue au basket avec un groupe d’anciens pros qui ont une vingtaine d’années de moins que lui. Là non plus, le président ne plaisante pas. Il se fait apporter ses chaussures hautes marquées de son chiffre « 44 ». « Hé Doc, vous avez mon protège-mâchoires ? », l’entend réclamer, un jour, l’écrivain Michael Lewis, au médecin qui l’accompagne dans tous ses déplacements. « On est à cent jours », justifie le président. Cent jours ? Des élections, bien sûr. Barack ne voudrait pas souffrir d’une ecchymose alors qu’il a toutes ses pubs de campagne à tourner. Le président n’aime pas qu’on le ménage, mais Rey Tercera, qui lui a ouvert la lèvre d’un coup de coude en novembre 2010, n’a pas été réinvité, rigolent les autres.

Le samedi matin, à Chevy Chase, dans la banlieue de Washington, le président des Etats-Unis entraîne les « Vipères de Bethesda », l’équipe de sa fille Sasha (11 ans). Qui a gagné tous ses matches, bien sûr, la saison dernière. « Le Congrès aurait des leçons à prendre », a-t-il fait remarquer dans l’un de ces accès de condescendance qui font enrager les républicains.

« AUTHENTICITÉ ET PART D’ARTIFICE »

Obama donne des leçons à ses anciens collègues du Congrès, comme s’il était toujours le prof de droit dans sa salle de classe de Chicago : conseils d’écriture, recommandations sur la manière optimale de serrer la main de l’électeur (toujours le regarder dans les yeux). Un ton qu’il adopte aussi avec ses collègues chefs d’Etat. Quand l’un d’eux lui résiste, Obama lui parle comme le font « les pères lorsque les enfants les déçoivent », selon l’expression de Robert Gibbs, son ancien porte-parole. Nicolas Sarkozy en a fait l’expérience en septembre 2011, lors d’un entretien à l’Hôtel Waldorf Astoria, à New York. Le président français avait irrité ses partenaires en faisant une proposition de conciliation à Mahmoud Abbas, le dirigeant palestinien, au podium de l’assemblée générale de l’ONU. « Nicolas, je suis ravi de te voir, a commencé Obama. Mais je me dois de te le dire en toute franchise : nous avons été un peu surpris par ton discours. Ce n’est pas le genre de relations que nous avons tous les deux. Et ce n’est pas le genre de relations que nous entendons avoir… » C’était la deuxième incartade du Français. En 2010, il avait promis une contribution aux renforts en Afghanistan. Cinq cents soldats, qui n’arrivaient pas. L’explication a eu lieu à l’occasion d’une téléconférence, raconte un diplomate. « Nicolas, tu avais promis que tu ne me mentirais pas. Jusqu’ici, tu ne m’avais jamais menti… »

Obama se sait doué. « Il y a chez lui un sens de l’authenticité et une part d’artifice, dit le journaliste Richard Wolffe, auteur de livres sur la Maison Blanche d’Obama (2). Il sait qu’il peut se produire sur scène. » Un jour d’avril 2008 – il n’était que candidat –, l’humoriste Jon Stewart lui a fait passer un test pour son « Daily Show » : dire les phrases les plus anodines avec son ton « hope and change », la voix inspirée de ses discours. Obama fait l’essai : « Je vous appelle pous savoir si vous êtes satisfait de votre service de téléphone. » On s’y croyait. Les spectateurs ont été épatés.

Cette confiance l’a propulsé à la Maison Blanche. Elle l’a aidé à prendre (seul contre tous, avec le soutien de Michelle) la décision d’imposer la réforme de l’assurance-santé, un acquis historique. Mais elle l’a aussi desservi. Sur le conflit israélo-palestinien, Obama n’a pas écouté les réalistes. Il a surestimé sa capacité à faire bouger les lignes. Sur l’Afghanistan, il a effectué un virage à 180 degrés. Après avoir envoyé 30 000 soldats en renfort, il s’est tourné vers une guerre de drones. « Au début, il y avait une certaine arrogance dans son équipe, dit un analyste qui a passé deux ans dans l’administration. Ils marchaient sur l’eau. Ils pensaient qu’ils comprenaient mieux le Proche-Orient parce qu’ils étaient la génération Twitter. »

L’ancien prof de droit constitutionnel agace les notables. Il consulte à peine les « éléphants » de la diplomatie américaine. Son équipe, des jeunes issus de son staff au Sénat, se soucie peu des barons de l’époque pré-Internet. Comme dans les administrations précédentes, le département d’Etat et le Conseil de sécurité nationale se détestent, et la West Wing est traversée de conflits. Le président laisse faire mais dans les réunions, il prend l’avis de tout le monde. Les militaires, la CIA et « surtout ceux qui se taisent », relate Vali Nasr, ancien du département d’Etat. Il ne laisse rien paraître de son avis puis se retire, pour réfléchir. Pour l’intervention en Libye, il a sollicité jusqu’à l’avis des conseillers juniors, assis derrière les membres du cabinet, dans la Situation Room, et qui se bornent habituellement à prendre des notes. Et tant pis si cela déplaît à certains. Le président candidat n’a pas le temps de s’embarrasser des susceptibilités des uns et des autres. Les chefs d’Etat présents cette année à l’assemblée générale de l’ONU ? Il n’en a reçu aucun : ça aurait fait trop de jaloux et il était pris par la campagne. Il a froissé nombre de donateurs, dépités de ne même pas avoir reçu une invitation à un dîner d’apparat à la Maison Blanche. « Il est tellement sûr de lui qu’il ne lui vient pas à l’esprit que les autres ont besoin d’entendre : « Bon travail » », dit l’un de ses anciens collaborateurs.

TOUJOURS UN « OUTSIDER »

Parmi ceux qui travaillaient dans l’équipe originelle, peu sont restés. Certains ont été écartés après avoir déplu, comme l’avocat Greg Craig, qui s’était mis en tête de tenir la promesse de fermer Guantanamo. Ou Désirée Rogers, l’ex-chef du protocole, trop glamour pour une Maison Blanche soucieuse d’austérité. D’autres sont partis d’eux-mêmes, sans qu’Obama ne prenne la peine de les retenir. « Personne n’est indispensable, à part la famille et les vrais amis de Chicago », constate le journaliste Richard Wolffe. Lesquels sont en nombre réduit : Martin Nesbitt, fondateur d’une société de parkings d’aéroports, et Eric Whitaker, médecin et cadre dans un hôpital.

L’establishment washingtonien désapprouve bien sûr le clan de Chicago. Comment le président peut-il dîner tous les soirs en famille plutôt que tisser des liens dans les cocktails ? Ou aller jouer au golf avec Marvin Nicholson, un ancien caddy, paré du titre de « directeur des voyages », plutôt qu’avec des présidents de commissions sénatoriales ? Les caciques assurent qu’il s’agit d’une faute politique. La preuve : il aurait peut-être réussi à conclure un deal sur le relèvement du plafond de la dette l’an dernier avec John Boehner, le chef de l’opposition, s’il avait noué des réseaux. Bref, il n’a pas réussi à changer Washington parce qu’il ne s’y est pas intégré. Obama avait bien essayé, au début, d’inviter les élus à regarder le Super Bowl à la Maison Blanche. Mais les républicains n’ont pas été dupes : il n’aime pas ça. « Il ne voit même pas les démocrates, dit le journaliste John Heilemann. C’est simple : le président Obama ne parle pas à grand monde. » De son côté, John Boehner a raconté qu’il s’était senti un rien décalé pendant la négociation à la Maison Blanche : « J’étais avec mes cigarettes et mon verre de vin. Obama avec ses Nicorette et son thé glacé. »Par rapport à ses prédécesseurs, le président américain apparaît distant, cérébral. Il n’a jamais cessé d’être l’écrivain qu’il voulait être. « Si un magazine littéraire avait accepté ses nouvelles de jeunesse, il ne serait pas devenu président », assure Michael Lewis. « Il se regarde lui-même faisant de la politique et contemplant le côté surréaliste d’y participer », ajoute le journaliste David Maraniss (3), qui a mené une contre-enquête fouillée suite à l’autobiographie publiée par Obama après sa sortie d’Harvard.

Certains attribuent cette quasi-infirmité relationnelle au fait qu’il a grandi sans père (et même sans mère pendant son adolescence) et qu’il a toujours été un outsider. David Maraniss a retrouvé Genevieve Cook, la petite amie blanche d’Obama lorsqu’il était étudiant à l’université Columbia à New York. Du journal intime de cette fille de diplomate australien, il ressort des jugements d’une perspicacité étonnante sur le jeune Barack, déjà à la fois chaleureux, distant et égocentrique. « I love you », lui dit-elle un jour. La réponse fut courte : « Thank you. »

Pour corriger l’impression de froideur qu’il dégage, Obama court les émissions populaires de l’après-midi où on pose des questions plus intimes que dans les talk-shows politiques. La plus grande erreur de perception à son égard ? « Que je suis détaché, comme Spock [le personnage de « Star Trek »]. Ou très analytique, répondait-il en décembre 2011 à l’inusable animatrice Barbara Walters (83 ans). Les gens qui me connaissent savent que je suis un tendre. Et j’ai facilement les larmes aux yeux. Ce qui est difficile, c’est que les gens s’attendent à ce que vous soyez très démonstratif. Et si vous ne le faites pas d’une manière théâtrale, cela ne passe pas l’écran. »

Mais en public, il répugne à mettre en scène sa sensibilité. Quand le corps de l’ambassadeur en Libye Christopher Stevens, tué à Benghazi, a été ramené lors d’une cérémonie sur la base aérienne d’Andrews, il est resté de marbre. Voyant la mère du diplomate en pleurs, il est allé la réconforter. « Il faut une grande maîtrise pour faire un geste comme celui-là, une minute avant un discours officiel, dit un haut fonctionnaire qui était sur le tarmac. Le président ne peut pas arriver en larmes à la télévision. »

Pour compenser le gouffre culturel qui sépare Obama, intellectuel buveur de thé, des milieux populaires, les conseillers en image ont travaillé. Le président n’apparaît plus qu’avec une bière à la main. Il laboure l’Ohio, terre de cols bleus, avec une chemisette digne du catalogue de Walmart, l’équivalent américain de Carrefour. Il a des arguments de fond, bien sûr. Le chômage est tombé à 7 % dans cet Etat, et cela grâce à l’une des grandes décisions stratégiques de sa présidence : le sauvetage de l’industrie automobile. Mais la perception fait tout.

Et pour l’avoir oublié, pour avoir laissé les républicains le dépeindre comme un « socialiste », couteau de la redistribution entre les dents, il a traversé des moments pénibles. « Le plan de relance de 2009 a été un échec de communication », relève le journaliste Richard Wolffe. Personne n’a jamais su qu’il comportait un volet de réductions d’impôts : « La Maison Blanche a pensé que tout ce qu’elle faisait était si bien qu’elle n’avait pas besoin d’expliquer. » La critique est injuste, estime Daniella Gibbs-Leger, qui était la responsable de la mise en scène de la politique gouvernementale à la Maison Blanche : « Les gens oublient quelle était la situation il y a quatre ans. Une crise après l’autre : l’automobile, la grippe H1N1… »

RIEN N’EST LAISSÉ AU HASARD

En 2010, quand les démocrates se préparaient à perdre la majorité à la Chambre, les perspectives de réélection paraissaient bien éloignées. Le Tea Party était triomphant. Le président a fait un dernier compromis avec les républicains, acceptant de reconduire – y compris pour les riches – les allégements d’impôts passés sous George Bush. Dans son équipe, les divisions s’étaient accentuées. D’un côté, ceux que Richard Wolffe appelle les « survivalistes », partisans d’un recentrage, qui avaient conseillé de laisser tomber la réforme de la santé et de s’adapter aux manières de Washington. De l’autre, les « revivalistes », qui voulaient raviver la torche de l’espoir et du changement, façon 2008. Le président a fini par trancher. Rahm Emanuel, le chef de file des « survivalistes », a été poussé vers la mairie de Chicago tandis que David Plouffe, le gardien du temple, a rejoint la West Wing. Six mois plus tard, en mars 2010, la réforme de l’assurance-santé était votée.

Aujourd’hui, la Maison Blanche tient sa « narration », avec l’assassinat de Ben Laden et le sauvetage de l’industrie automobile. Et Obama a passé la vitesse supérieure. De tout l’été, il n’a pas pris une journée de vacances. Son équipe a bombardé les écrans de publicités qui dépeignent Mitt Romney comme le parangon du capitalisme aveugle. Son entourage dément toute agressivité nouvelle. Barack Obama aime avoir l’air de réussir avec facilité, avec naturel. « Il n’est pas plus compétitif, assure Jen Psaki, la porte-parole de son équipe de campagne. Il veut gagner tout comme il y a quatre ans. Il croit que si les Américains travaillent ensemble, nous pouvons apporter le changement à ce pays. » En fait, cela fait des années que rien n’est laissé au hasard. Obama « veut être le Reagan de la gauche », dit Richard Wolffe. Celui qui reconstruit une grande coalition reprenant l’électorat cols bleus aux républicains – en même temps que la production des éoliennes à la Chine. Depuis le premier jour, il s’engage pour les droits des femmes. Sa première mesure visait à favoriser l’égalité salariale. L’une des dernières est le remboursement obligatoire de la contraception par les compagnies d’assurances, ce qui a causé un sérieux débat avec les catholiques de son équipe. Résultat : il domine Mitt Romney de plus de 15 points dans l’électorat féminin.

Obama a pris des mesures en faveur des Latinos (la suspension des poursuites contre les jeunes clandestins faisant des études) et des homosexuels (l’approbation du mariage gay). Il s’est employé à corriger le désavantage traditionnel des démocrates dans le domaine de la sécurité nationale. Michelle a été mise à contribution : elle est l’envoyée spéciale de la Maison Blanche auprès des familles de militaires, afin de promouvoir l’effort de réintégration des soldats de retour du front. Trois ans plus tard, la Virginie, terre où l’électorat militaire est important, penche pour Obama.

Cible fétiche du Tea Party, le président travaille à rappeler constamment qu’il est chrétien et non musulman, comme s’obstinent à le penser 18 % des républicains, selon un sondage Gallup de juin. Et comme a semblé le croire aussi Madonna – qui s’en est défendue depuis – lors d’un concert le 24 septembre à Washington, même si c’était pour se féliciter qu’un « musulman noir » occupe la Maison Blanche.

En février 2012, au National Prayer Breakfast, un rassemblement annuel de quelque 3 000 personnes (membres du Congrès, diplomates, dignitaires étrangers), le président américain a laissé entrevoir un pan de sa vie spirituelle – dont il n’a manifestement pas parlé au journaliste qui a détaillé son compte à rebours matinal pour Vanity Fair. « Je me lève le matin et je dis une brève prière. Je passe un petit moment à lire les Ecritures et les dévotions. » Sa politique, dit-il, est directement inspirée de l’Evangile. S’il défend les pauvres et les plus vulnérables, face aux compagnies d’assurances et aux institutions financières, c’est qu’il « croit au commandement de Dieu d’aimer son prochain comme soi-même ». Il explique qu’il s’agenouille régulièrement. « J’ai demandé à Dieu de montrer la direction, non seulement dans ma vie personnelle, mais pour la vie de cette nation. Je sais qu’il nous guidera.

Il y a quatre ans, être simplement le candidat du parti était déjà en soi un accomplissement historique. Pour la première fois, un Noir était dans la course finale. « Perdre n’aurait pas été déshonorant », dit un démocrate qui soutient Barack Obama depuis 2006. Cette fois, perdre le ferait entrer dans l’histoire comme une figure importante, mais avant tout symbolique. Il a donc d’autant plus besoin de gagner, ajoute ce proche : « Il n’arrive déjà pas à accepter de perdre au basket contre ses amis. Il ne peut pas se permettre de perdre contre un candidat comme Mitt Romney. »

Corine Lesnes
Correspondante du Monde aux Etats-Unis basée à San Francisco

Notes

(1) Interrogée sur C-Span. Elle est l’auteure de The Obamas (Back Bay Books, août 2012).

(2) Richard Wolffe, Renegade : The Making of a President (Broadway, mai 2012) et Revival : The Struggle for Survival Inside the Obama White House (Broadway, novembre 2011).

(3) Lors d’un débat sur C-Span. Il est l’auteur de Barack Obama : The Story (Simon & Schuster, juin 2012).

Mr. Cool: Obama and the Hipness Factor
John Cassidy
The New Yorker

April 30, 2012

The results of Saturday’s rubber-chicken primary are in. At the annual White House Correspondents’ dinner, which C-SPAN and many Web sites showed live, the incumbent defeated his challenger hands down. “Obama outshines Kimmel and pokes fun at campaigns past and present, Secret Service, Donald Trump,” said a headline on washingtonpost.com. Regular viewers appeared to agree: “Obama is cool,” Ron Lloyd, a commenter from Walla Walla, Washington, wrote at Politico.

“The Sinatra of politics.”

To be sure, Obama’s communication skills remain one of his biggest strengths. They did much, after all, to get him elected in 2008 on the basis of pretty thin résumé, and it is natural to think they will serve him well again this year. As with all valuable resources, though, they need husbanding carefully. If Obama isn’t careful, his opponent could conceivably turn his in-jokes and dazzling hipness against him.

If you haven’t yet seen the speech at the annual White House Correspondents’ dinner, take a peek. To those favorably disposed to him, the sight of Obama in full flow, even now, four years after the beginning of the affair, can be intoxicating.

It should be noted that the Correspondents’ dinner is hardly a tough gig: two thousand media poohbahs and their celebrity guests, most of whom, by the time the President gets up, have been drinking for at least three hours. The President always get a friendly reception. In 2001, George W. Bush brought the house down with an old photograph of himself and his siblings in the bath with their father, George H. W. Bush, when they were young children. I take issue with the sentiments of the Republican operative that my colleague Jane Mayer referred to her post about the evening: I think even Mitt Romney could pull off a speech at the Correspondents’ dinner.

Still, Obama’s performance was a cut above the average. He is a natural, and he knows it. Rather than rushing his jokes, he delivers them slow and deadpan, pausing for effect, using his hands for emphasis. After he’s dropped the gag line—“I want to thank all the members [of Congress] who took a break from their exhausting schedule of not passing any laws to be here tonight: let’s give them a big round of applause”—he sometimes bares his teeth and laughs to himself, as if to say, that was good. David Letterman does the same thing.

If the President can take down Jimmy Kimmel, who gets paid millions of dollars for hosting a late-night talk show, surely he should be able to handle Romney, whose rhetorical talents are, let us be kind, less fully developed. That, in case you need reminding, was Newt Gingrich’s argument: faced with a gabber of Obama’s stature, the G.O.P. needed to nominate somebody who could compete with him in the televised debates, and Romney wasn’t up to to task.

It isn’t quite that simple. From the perspective of Obama’s campaign managers, the key issue is how to deploy Obama’s talents most effectively—and what message to send. At the moment, somebody in Chicago or the White House clearly think he needs to shore up his standing among young voters, which, according to some accounts, has been slipping. Slow-jamming the news with Jimmy Fallon and joking, at the Correspondents’ dinner, that in his second term he will beat out raps by Young Jeezy, the gangsta rapper, rather than singing Al Green tunes, certainly makes him seem youthful and hip. “Obama has repeatedly nodded to Jay-Z and Nas and some of the genre’s other elder statesmen, but to my knowledge this is the deepest dive into hip-hop that the Prez has attempted so far,” Amos Barshad, a former writer for Spin magazine, commented at Grantland, a Web site devoted to sports and pop culture, “and I gotta say, I’m impressed.”

But for Obama, accentuating his hipness carries some dangers. The essence of being hip, after all, is that you operate on a more refined plane than most people: you are more fashionable, more discerning, and more discriminating than the average boob. For a President who is already viewed by some Americans as an out-of-touch élitist, this isn’t necessarily the sort of image you want to cultivate—especially during a prolonged economic downturn.

“This election is not going to be about who’s cooler,” Peter Flaherty, a senior advisor to Romney, said a couple of days ago at a forum organized by the Washington Post. “The question is going to be, who do you trust to run the economy?” Another Romney adviser, Eric Fehrnstrom (yes, he of the Etch A Sketch gaffe) added at the same event, “You won’t see the governor slow jam the news.”

Of course, the Romney operatives are trying to make a virtue out of a necessity. When you are pitching a former Mormon bishop who uses the diction of a nineteen-fifties preppy, you cannot really hope to compete for the votes of hipsters with a slim groover who uses the word “man” without any irony. (Obama to Newt: “There’s still time, man.”) But as a diligent campaign consultant, you can try to present the other candidate as an out-of-touch élitist who doesn’t understand the concerns of ordinary (read “white”) folks out there in middle America.

That, you can be sure, is where the Republicans will be concentrating their attacks. In his remarks at the Washington Post event, Fehrnstom identified Florida, Michigan, Nevada, New Hampshire, North Carolina, and Ohio as key battleground states. Notwithstanding the positive review provided by Mr. Lloyd of Walla Walla, it remains to be seen how Obama’s latest media appearances will go down in places like these. For all his smarts, he needs to be a bit careful. Americans like having a funny, articulate, and modern President. But they don’t want somebody who is too cool for school.

John Cassidy has been a staff writer at The New Yorker since 1995. He also writes a column about politics, economics, and more, for newyorker.com.