Résolution de la honte: Cinq minutes pour Hitler (Resolution 2334: How Obama finally showed his true colors and betrayed Israel by throwing it to the wolves at the UN)

24 décembre, 2016

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osbetrayalL’objectivité à la télévision, c’est cinq minutes pour les Juifs et cinq minutes pour Hitler. Jean-Luc Godard
L’assemblée générale (…) considère que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale. Résolution 379 (ONU, le 10 novembre 1975)
L’assemblée générale décide de déclarer nulle la conclusion contenue dans le dispositif de sa résolution 3379 (XXX) du 10 novembre 1975. Résolution 4686 (ONU, le 16 décembre 1991)
La création par Israël de colonies de peuplement dans les Territoires palestiniens occupés depuis 1967, y compris Jérusalem-Est, n’a aucun fondement en droit. Résolution 2334
The American vote against Israel in the Security Council Friday was, in a sense, the essential Carter. There was no good reason of state for the United States to reverse its previous refusal (…) That issue is whether friends should be treated differently from enemies. It’s a tough one. That is, it’s a tough one for the United States and especially for the Carter administration. No other country — no other president — has so indulged the luxury of deciding whether to support friends on all occasions regardless of their failings or whether to apply ostensibly universal values and condemn them in particular cases when they are deemed to fall short. (…) it cannot be denied that there is a pack and that it hounds Israel shamelessly and that this makes it very serious when the United States joins it. Jimmy Carter has regularly anguished on this score. This time, in perhaps his last U.N. act of consequence, there was a suggestion in the air that he was finally doing what in his heart he has always wanted to do: vote for what he regarded as virtue. To whatever effect, Ronald Reagan will do it differently. He lacks Jimmy Carter’s general readiness to court the Third World and to grant it, or at least its left-leaning part, something of an exemption from the standards by which nations are usually measured. He is unlikely to regard the United Nations as necessarily the most proper and useful forum in which disputes involving the Third World can be treated in the American interest. Few would expect him to agonize at length over the question of whether the United States should keep off Israel’s back in loaded global forums, funneling its disagreements into bilateral channels, or whether it should join the jackals, as Mr. Carter did on Friday. The Washington Post (Dec. 21, 1980)
Hollywood fut inventé par des gangsters juifs. Jean-Luc Godard
Ah, c’est toujours la même chose, les Juifs vous appellent quand ils entendent le bruit du tiroir-caisse. Jean-Luc Godard
Les attentats suicides pour parvenir à faire exister un Etat palestinien ressemblent à ce que firent les Juifs en se laissant conduire comme des moutons et exterminer dans les chambres à gaz, se sacrifiant ainsi pour parvenir à faire exister l’Etat d’Israël. Jean-Luc Godard
Ce n’est pas tous les ans que Noël et Hanouka sont fêtés le même jour ! Alors que les chrétiens fêteront la naissance de Jésus Christ, l’incarnation de Dieu pour eux, les juifs allumeront la première bougie de cette fête juive qui célèbre la victoire de la minorité contre la majorité, la lutte antique des Maccabé (une famille juive) contre l’assimilation à la culture grecque. Noël comme Hanouka sont des fêtes de la lumière et de l’espoir. Des fêtes qui font du bien lorsque, dans le monde, il fait noir. Nous sommes au cœur de l’hiver, mais ce noir a évidemment un sens politique et métaphysique. Dans cette obscurité, la lumière surgit toujours de manière inattendue. Nous avons encore plus besoin de cette étincelle que d’habitude. (…) Penser la fête de l’autre est une extraordinaire occasion de connaissance de soi. Lorsque j’étais à l’école rabbinique, nous avions un cours obligatoire intitulé « religions comparées ». Je n’ai jamais autant appris autant sur le Judaïsme que pendant ce cours. Regarder la maison de votre voisin, vous permet de prendre conscience de l’aménagement de votre salon ! Mais avant cela, il faut reconnaitre qu’il y a des chemins de vérité hors de sa tradition. Lors de Vatican II, les catholiques ont dit pour la première fois : hors de l’Église il y a un Salut. C’est très symbolique que cette concordance entre Noël et Hanouka arrive cinquante ans après l’Encyclique Nostra Aetate (déclaration en 1965 du Concile Vatican II sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes, en particulier le Judaïsme, NDLR). (…) En tant que juive, explorer la fête chrétienne de Noël, c’est explorer la question de l’incarnation de Dieu – une idée qui n’est fondamentalement pas juive. Le Judaïsme laisse une grande place à l’incarné, lors de la circoncision par exemple, mais rend un culte à un Dieu qui ne l’est pas. Cette différence nous oblige à réfléchir : l’idée commune est, je pense, celle d’une très grande humilité de Dieu. Il en faut de l’humilité pour, chez les chrétiens, naitre sous les traits d’un enfant. Il en faut tout autant, chez les Juifs, pour se retirer du monde. C’est l’idée juive du Tsimtsoum (Dieu aurait créé le monde en s’en retirant, laissant alors l’homme libre, NDLR). Ces visions de Dieu sont très différentes, mais j’aime le dialogue entre ces deux images, celle d’un Dieu-enfant, et celle d’un Dieu en retrait. (…) Le mot paix est sans doute l’un des plus connu en hébreu : Shalom. Sa signification hébraïque exacte est « complétude ». Le problème est que cela suggère que la paix est forcément « pleine », « Unité », « homogénéité ». Je crois au contraire que – pour faire la paix – nous avons d’abord besoin de reconnaitre nos brisures, individuelles comme sociales. Lors des mariages juifs, nous brisons un verre. C’est ce que cette pratique raconte : le vivre-ensemble et la paix ne sont possibles que si nous acceptons de vivre avec nos brisures… Rabbin Delphine Horvilleur
Le metteur en scène de la “Nouvelle Vague” s’est, à plusieurs reprises, illustré par des remarques et des attitudes antisémites virulentes. Il a mis fin à son amitié avec François Truffaut dès lors qu’il apprit que le père de ce dernier était juif. Ainsi qu’un “sale Juif” lancé à la figure du producteur Pierre Braunberger, dans les années 1960, en présence d’un François Truffaut scandalisé. Il estime également que “la démocratie, c’est d’accorder 15 minutes de temps de parole aux Juifs et 15 minutes à Hitler”… (…) Godard a toujours dérapé de l’antisioniste militant au réflexe antisémite, sur le mode de l’insulte, généralement éco¬no¬mique, associant la caricature du Juif et l’argent. C’est par exemple ce qu’il répond ironiquement à Jean-Pierre Gorin, Juif, quand celui-ci l’appelle en 1973 pour réclamer sa part de droits sur le film Tout va bien: “Ah, c’est toujours la même chose, les Juifs vous appellent quand ils entendent le bruit du tiroir-caisse…” (…) En 1976, ce cinéaste ant-juif, Jean-Luc Godard a réalisé et produit un film foncièrement anti-israélien, intitulé Ici et ailleurs, dédié à la “cause valeureuse” du peuple palestinien. (…)Dans cette charge vitriolique contre l’État d’Israël, l’idée est illustrée, parfois jusqu’à la provocation, quand les visages de Golda Meir, pionnière de l’État juif, Premier ministre d’Israël de 1969 à 1974, et de Hitler clignotent l’un sur l’autre, ou quand une déploration en hébreu sur les camps de la mort nazis, Auschwitz, Madjanek, Treblinka… recouvre des images de cadavres d’enfants Palestiniens ou des corps calcinés de fedayins tués en septembre 1970, durant des affrontements sanglants avec l’armée jordanienne. Le film justifie également la prise d’otages de la délégation israélienne par un commando terroriste palestinien lors des Jeux Olympiques de Munich en 1972, et les tueries qui s’ensuivirent, au nom du fait qu’il aurait fallu “passer une image des camps palestiniens avant chaque finale des Jeux Olympiques”, rappelle dans son livre Antoine de Baecque. “À plusieurs reprises, Jean-Luc Godard est revenu, ou reviendra encore, sur cette question: il se définit clairement comme pro-palestinien et antisioniste, ne cesse d’établir un lien entre l’extermination des Juifs dans les camps de la mort nazis, la fondation de l’État d’Israël, l’impossibilité de régler le conflit israélo-palestinien, et plus généralement la guerre entre Juifs et Arabes. Comme si une malédiction historique pesait sur cette généalogie: Israël, né dans les camps nazis, se vengerait sur les Palestiniens de l’Holocauste, ce qui justifie tous les actes de résistance arabe, y compris le terrorisme, puisque, d’après Godard, Israël serait une forme paradoxale de résurgence historique du nazisme”, note son biographe. (…) Dans un petit documentaire tourné en 1970 par la télévision allemande, Godard tient devant son visage un tract militant où figure la contraction “NazIsraël”, et lance au caméraman: “Tu nous fais un chèque de la télévision allemande qui est financée par les Sionistes et par ce connard de social-démocrate, Willy Brandt, et ça nous permettra d’acheter des armes pour les Palestiniens pour attaquer les Sionistes…””, relate Antoine de Baecque. Ftouh Souhail
L’antisionisme est à cet égard une introuvable aubaine car il nous donne la permission, et même le droit, et même le devoir d’être antisémites au nom de la démocratie. L’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d’être démocratiquement antisémite. Et si les juifs étaient eux-mêmes des nazis ? Ce serait merveilleux. II ne serait plus nécessaire de les plaindre ; ils auraient mérité leur sort. Vladimir Jankelevitch (1971)
Le texte que nous avons ne se concentre pas exclusivement sur les colonies. Il condamne également la violence et le terrorisme. Il appelle aussi à éviter toute incitation émanant du côté palestinien, donc c’est un texte équilibré. L’objectif principal que nous avons ici est de préserver et de réaffirmer une solution à deux Etats » palestinien et israélien qui cohabiteraient dans la paix et la sécurité. François Delattre (ambassadeur de France auprès des Nations unies)
L’UNESCO est atteinte de deux maux qui risquent de la perdre: le reniement et le déni. Reniement de sa raison d’être en fermant les yeux sur l’éducation à la haine de certains de ses Etats membres, déni de l’histoire en amputant le peuple juif de son identité historique et culturelle. (…) L’Organisation se renie, se fait parjure lorsqu’elle ferme les yeux sur la propagation de la haine dans les manuels scolaires de la plupart des pays arabo-musulmans et de la Palestine. (…) Comment donner crédit à une Organisation qui tout en développant des programmes d’éducation à la paix et à la tolérance accepte que ses Etats-membre profèrent la haine? En rejoignant l’UNESCO les pays signataires ont adhéré aux fondements éthiques de l’Organisation tout en s’engageant à les mettre en œuvre notamment par l’éducation. (…) Reniement de ses valeurs lorsqu’il s’agit des pays arabo-musulmans, mais intransigeance lorsque Israël censure des contenus éducatifs qui appellent à sa destruction. (…) Maison des cultures du monde, de la pensée critique, du dialogue, l’UNESCO, dont un des grands programmes est consacré aux sciences sociales et humaines, joue dangereusement à réviser l’histoire, à se complaire dans un déni de réalité. Dans la pure tradition des révisionnistes, elle a fini par dénier tout lien entre le peuple juif et Jérusalem. Fin octobre 2015, par la décision 185 EX/15, elle a classé le caveau des Patriarches et la tombe de Rachel comme sites musulmans et palestiniens, et exigé qu’Israël les retire de son patrimoine national. Mais elle vient de franchir un pas supplémentaire dans le négationnisme. Le mois d’avril 2016 pourra être retenu dans son histoire comme le jour où le Conseil Exécutif, en grand falsificateur, a dénié tout lien entre les juifs, le Mont du Temple et le mur Occidental. Cette résolution 199 EX/19 a été adoptée par 33 pays, et parmi eux la France (mais pas l’Allemagne, l’Angleterre, l’Irlande du Nord ni les Etats-Unis, qui ont voté contre). Ainsi nos «Lumières» s’estompent sous un épais voile de fumée. Et l’on se demande s’il ne faudrait pas recommander aux Etats-membres de l’UNESCO de promouvoir maintenant une résolution visant carrément à supprimer dans l’Histoire de l’humanité (éditions Unesco) tous les passages relatifs à la présence juive à Jérusalem et dans le royaume de Judée. Conscience intellectuelle des Nations, l’UNESCO est devenue une organisation sous influence, s’inscrivant dans la pure tradition des totalitarismes du XXème siècle. Perdant ainsi sa légitimité, a-t-elle encore sa raison d’être? Bernard Hadjadj
L’hypocrisie de la France officielle vis-à-vis d’Israël me répugne depuis longtemps. Je viens d’achever un article en anglais, écrit pour le Gatestone Institute, qui fait le tour de la question. En l’écrivant, j’ai noté, avec accablement et colère, l’opiniatreté qui a été celle de la France à l’encontre d’Israël depuis le moment où le Général de Gaulle a choisi la cause arabe musulmane, en juin 1967, choix qu’il a confirmé en tenant les propos antisémites qui lui ont valu une réponse de Raymond Aron, sous la forme d’un livre que chacun devrait relire aujourd’hui, De Gaulle, les Juifs et la France *. J’ai relu les déclarations nauséabondes du dénommé Michel Jobert, ministre des Affaires étrangères de Georges Pompidou, qui, lors de la guerre de 1973, légitimait avec allégresse l’écrasement d’Israël qu’il pensait voir se profiler. J’ai relu Eurabia *, de mon amie Bat Ye’or, ce livre salubre et indispensable. Je me suis plongé en me pinçant le nez dans les turpitudes des années Chirac, un homme consacré « grand combattant » (Mujahid al-Akbar) de la cause arabe et islamique par la presse de Saddam Hussein, peu de temps avant la guerre de 2003, qu’il a tout fait pour entraver, lui qui avait fourni deux décennies auparavant à Saddam Hussein les moyens d’élaborer ce que ce dernier avait appelé les éléments devant mener à la première bombe atomique arabe : sans l’héroïsme de l’armée israélienne en juin 1981, la bombe en question aurait vu le jour, avec des conséquences aisées à imaginer. J’ai parcouru les années Mitterrand, qui ont précédé les années Chirac, qui n’ont pas été plus nobles, puisque Mitterrand a été le premier à recevoir Arafat en visite officielle à Paris, puis l’a sorti du trou à rats où il se terrait à Beyrouth en 1982 aux fins qu’il puisse continuer depuis Tunis à programmer des assassinats de Juifs, mais qui aurait attendu autre chose de l’ami de René Bousquet, co-organisateur de la Rafle du Vélodrome d’hiver ? J’ai parcouru aussi les années Sarkozy, et j’ai revu en vidéo ce moment inoubliable où Nicolas Sarkozy a comparé l’Autorité Palestinienne au Vatican (il fallait oser). J’aurais voulu imaginer que Manuel Valls était, lui, un véritable ami d’Israël. Mais un véritable ami d’Israël n’aurait pas admis si aisément le vote en faveur d’un Etat palestinien par la gauche dont il est issu à l’Assemblée Nationale, et aurait admis moins encore les manœuvres d’un Laurent Fabius, artisan avec Mahmoud Abbas d’une résolution infâme présentée à l’ONU fin décembre 2014 et, puisque la manœuvre a échoué en décembre 2014, d’une autre résolution infâme au contenu semblable destinée à être présentée à l’ONU à l’automne 2016. Il n’aurait pas admis cette volonté factice d’organiser une conférence pour la paix au Proche-Orient évoquée par Laurent Fabius avant qu’il quitte son poste et aurait dénoncé l’imposture que constitue l’idée d’une conférence dont l’organisateur annonce à l’avance la conclusion : la reconnaissance officielle par la France d’un Etat palestinien dans les « frontières de 1967 » (les lignes d’armistices de 1949), sans traité de paix entre cet Etat et Israël. (…) Quand je lis des déclarations récentes de Jack Lang, évoquant un Musée National palestinien censé être créé par la France à Ramallah quand la « Palestine » sera enfin « libre », j’éprouve du dégoût, et je sais que je lis la pensée de la France officielle. Les consuls de France en poste à Jérusalem se suivent et se ressemblent : le consul actuel, en présentant ses vœux pour la nouvelle année, parvient à ne pas utiliser une seule fois le nom d’Israël. Un communiqué en date du 21 janvier, publié au nom du consulat, parle, par contre de « colonies israéliennes » et de « terres agricoles » confisquées en Cisjordanie. L’expression « colonies » est biaisée et sous entend qu’Israël colonise la Judée-Samarie, qui ne serait sans doute pas « colonisée » si elle était ethniquement pure de toute présence juive. L’idée de confiscation de terres est très biaisée et sous entend qu’un vol est commis : aucune terre n’a jamais été volée par Israël, et on le sait au Consulat, mais on ment. L’idée que ces terres seraient « agricoles » sous entend que les Arabes de Judée-Samarie sont d’ardents cultivateurs, ce qui est une affirmation grotesque qui ne peut être proférée que par quelqu’un qui ne s’est jamais rendu en Judée Samarie. Continuer à parler de Cisjordanie pour qualifier des terres qui n’ont porté ce nom que pendant dix neuf ans, lorsqu’elles ont été prises de force par la Jordanie, équivaut à reconnaître que la Jordanie occupait ces terres légitimement et à falsifier l’histoire : pas seulement en ce qui concerne la guerre d’extermination contre Israël menée en 1948-49, mais aussi en ce qui concerne le Mandat palestinien confié au Royaume Uni après la Première Guerre Mondiale. (…) Une « semaine de la gastronomie française en Palestine » vient d’être organisée (consulfrance-jerusalem.org/Semaine-de-la-Gastronomie) : l’intitulé sous-entend qu’il existe déjà un pays appelé Palestine. On découvre dans le descriptif que des chefs français ont rejoint les « cuisines les plus prestigieuses de Palestine ». On découvre que Jérusalem est, pour les organisateurs, en « Palestine ». On découvre qu’il y a une gastronomie « palestinienne ». Ce type d’initiative en un moment où quotidiennement des « Palestiniens » usent publiquement de couteaux pas du tout à des fins gastronomiques, est obscène. Mais dès lors qu’il y a un centre culturel français dans le Hamastan de Gaza, devrais-je m’étonner ? La France officielle prétend incarner les droits de l’homme et lutter contre le terrorisme. Quand je la regarde sous l’angle de ses rapports à Israël, je la vois mépriser les droits de l’homme, et se coucher devant le terrorisme, en fermant les yeux de manière complice face aux crimes de l’Autorité Palestinienne. Et j’ai honte d’être français. Guy Millière
Si à Alep les deux côtés étaient abjects, c’est parce que la seule puissance occidentale qui aurait pu éviter ce qui s’est passé, les Etats-Unis, était absente ou presque. Et ce doit être rappelé, au moment où les huit longues années de la présidence Obama s’achèvent, l’absence des Etats-Unis est de la responsabilité de Barack Hussein Obama. C’est Barack Hussein Obama qui a retiré les troupes américaines de combat d’Irak, tout en sachant parfaitement ce que seraient les conséquences, car outre George Walker Bush dans un discours de juillet 2007, les services de renseignement américains avaient dit très exactement ce qui allait se passer en cas de retrait prématuré des troupes américaines de combat d’Irak : un retour des islamistes et de la guerre au sein du pays. C’est Barack Hussein Obama qui a permis que l’Etat islamique se constitue, et s’empare des deux tiers de la Syrie et de plus de la moitié de l’Irak, en commettant partout où il est passé des crimes sans nom. Et c’est Barack Hussein Obama qui a permis que le gouvernement de Bagdad devienne un satellite du régime iranien. C’est Barack Hussein Obama qui a permis que la guerre civile en Syrie prenne de l’ampleur, et qui n’a pas tranché avant que les carnages deviennent ce qu’ils sont devenus : il aurait pu appuyer le renversement du régime Assad au printemps 2011, il aurait pu aussi opter d’emblée pour un soutien au régime Assad. Il n’a pas appuyé le renversement du régime Assad parce que celui-ci était ce qu’il est toujours, l’allié de l’Iran et de la Russie, et parce qu’Obama voulait s’entendre avec l’Iran et ne pas se confronter à la Russie. Il n’a pas soutenu le régime Assad, car cela aurait montré de manière trop flagrante la volonté d’Obama de s’entendre avec l’Iran et de ne pas se confronter a la Russie. Il a donc laissé le chaos s’installer. Il a prétendu tracer une ligne rouge à ne pas franchir pour Assad, et quand Assad l’a franchie, il n’a rien dit. Il a vaguement soutenu des groupes « rebelles » et vaguement soutenu les Kurdes, sans que le soutien permette autre chose que de voir des morts s’ajouter aux morts. Il a entériné le retour de la Russie au Proche-Orient au côté d’Assad. Il laissera à son successeur une situation effroyable. En Irak, l’armée irakienne à la solde de l’Iran mène une offensive contre l’Etat islamique, et si l’Etat islamique devait être vaincu, ce serait une victoire pour l’Iran. En Syrie, l’écrasement d’Alep est une victoire pour l’Iran et la Russie. L’Etat islamique, lui, vient de reprendre Palmyre, ce qui signifie que la guerre n’est pas finie. D’autres victoires de l’Iran et de la Russie sont à attendre. Ce qui se profile est une hégémonie régionale de l’Iran, qui ira de Beyrouth à Téhéran, et sera acquise sur des montagnes de cadavres et de suppliciés. Ce qui se profile est aussi une installation de la Russie en position de puissance tutélaire au-dessus de l’Iran, en position de complicité avec l’Iran, qui est plus que jamais le principal soutien mondial au terrorisme islamique, quand bien même il peut éliminer des groupes terroristes islamiques qui le gênent, comme les groupes liés à al-Qaida à Alep. Comme on vient de le voir avec un grave attentat anti-chrétien au Caire, les islamistes sont toujours à l’offensive en Egypte. La Libye est toujours un grand champ de bataille contrôlé par diverses factions djihadistes qui ne valent pas mieux que celles qui tenaient Alep. Le monde musulman proche-oriental est en flammes et en cendres. Comme on vient de le voir à Berlin, les islamistes sont toujours à l’offensive en Europe aussi. Les huit années écoulées ont été positives pour le destructionnisme islamiste. Elles n’ont cessé de voir l’horreur s’ajouter à l’horreur. Elles ont été une immense défaite pour l’Occident tout entier. Elles ont montré ce qui découlait lorsque le peuple américain portait un gauchiste islamophile et né musulman à la Maison-Blanche. Elles ont montré que lorsque les Etats-Unis ne se conduisent pas en première puissance du monde libre, il n’y a plus de monde libre. Israël a dû se défendre et l’a fait remarquablement bien, mais Israël ne pouvait faire davantage et défendre le monde libre tout entier. Les dirigeants européens ont montré qu’ils n’étaient rien ou pas grand-chose quand les Etats-Unis glissaient vers l’ornière. La plupart d’entre eux ont suivi Obama, ce qui est indigne et honteux. Aucun d’entre eux n’a incriminé Obama pour ses crimes et pour les centaines de milliers de morts qui en ont résulté. Aucun d’eux n’a dit que la vague de réfugiés qui a déferlé sur l’Europe résultait de l’essor de l’Etat islamique, de la guerre en Syrie, de la destruction de la Libye, donc de la politique d’Obama. Aucun d’eux n’a même dit que, ce qui vient s’ajouter à l’ensemble, le glissement de la Turquie vers le totalitarisme islamique et le soutien d’Erdogan à l’Etat islamique s’étaient opérés avec le soutien tacite d’Obama. Aucun d’eux ne semble s’inquiéter de l’hégémonie régionale de l’Iran, et du rôle de principal soutien mondial au terrorisme islamique joué par l’Iran, à qui Obama a accordé des moyens financiers supplémentaires considérables : ils sont trop occupés à vendre à l’Iran la corde destinée à les pendre. Nombre d’entre eux, façon François Fillon ou Marine Le Pen, prennent Poutine pour un défenseur de l’Occident. Un article récent dans un quotidien français disait que ce qui s’est passé à Alep resterait une tache indélébile sur la présidence Obama, il serait plus exact de dire que la présidence Obama restera une immense tache de sang sur l’histoire des Etats-Unis. Nul article ne parle de l’hégémonie iranienne et russe qui s’installe au Proche-Orient grâce à Obama. De nombreux articles reprennent avec un crétinisme lamentable le discours de l’administration Obama finissante, disant que Donald Trump serait quasiment au service de la Russie. Si un homme a servi la Russie ces dernières années, c’est bien Obama. Il n’a, c’est vrai, pas seulement servi la Russie : il a servi l’Iran, l’islam et tout ce qui est anti-occidental. Guy Millière
Barack Obama a décidé de laisser à son successeur, Donald Trump, un héritage qu’il ne pourra défaire : la résolution 2334, adoptée au Conseil de sécurité des Nations unies (ONU), vendredi 23 décembre. Ce texte dénonçant la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens occupés a recueilli quatorze voix en sa faveur, passant grâce à l’abstention américaine. Au terme de quarante-huit heures de tourbillon politique, l’administration Obama a décidé de replier le parapluie qu’elle avait systématiquement déployé depuis huit ans au-dessus d’Israël, au Conseil de sécurité. Ce coup de semonce est une défaite politique sévère pour le premier ministre Benyamin Nétanyahou et une sanction contre la promotion décomplexée de la colonisation par la droite israélienne. Le texte de la résolution, contrairement aux affirmations des responsables israéliens, n’est pas fondamentalement hostile à l’Etat hébreu. Il s’inscrit dans la lignée de la résolution 465, adoptée en 1980, qui dénonçait déjà l’extension des colonies, jugées illégales. En outre, il se place à la suite du rapport du Quartet – Etats-Unis, Russie, Union européenne (UE), ONU –, publié le 1er juillet, qui dressait un état des lieux alarmant de la réalité, sur le terrain. La résolution 2334 estime elle aussi que la construction et l’extension des colonies mettent « gravement en danger la viabilité de la solution à deux Etats ». Par ailleurs, dans un souci d’équilibre réclamé notamment par Paris et Washington, le texte « condamne tous les actes de violence contre les civils, dont les actes terroristes », une référence aux attaques palestiniennes. La résolution exige la « cessation immédiate » de la colonisation dans les territoires palestiniens occupés, dont Jérusalem-Est, et loue les efforts diplomatiques entrepris par la France, la Russie et l’Egypte, au cours des derniers mois, pour relancer un dialogue sur le conflit. (…) A l’origine, le texte avait été présenté mercredi soir par l’Egypte, à la surprise générale. Mais Donald Trump est intervenu pour peser de tout son poids de président élu des Etats-Unis auprès d’Abdel Fattah Al-Sissi. Il a demandé au président égyptien de renoncer à son initiative. Son interlocuteur n’a pas voulu compromettre ses futures relations avec le président américain, et a donc retiré son texte. Mais la volte-face de l’Egypte n’a pas condamné son initiative. Quatre membres non permanents du Conseil de sécurité – la Nouvelle-Zélande, la Malaisie, le Sénégal et le Venezuela – ont pris le relais du Caire, pour promouvoir la résolution dans une version identique. (…) Samantha Power a expliqué que les Etats-Unis ne votaient pas en faveur de la résolution parce qu’elle « se concentre trop étroitement sur les colonies » en ne tenant pas compte des autres facteurs dans le conflit. Mais l’abstention se justifie, selon elle, par la continuité de la position américaine, d’un président à l’autre, républicain ou démocrate, depuis des décennies : elle se résume par une condamnation de la colonisation et un soutien à une solution à deux Etats. En 2011, l’administration Obama avait ainsi opposé son veto à une résolution condamnant la colonisation, dont la formulation avait été jugée trop déséquilibrée. (…) Dans un tweet, Donald Trump a assuré vendredi soir que « les choses seront différentes après le 20 janvier ». Mais la résolution, elle, ne pourra être défaite. La seconde conférence pour la paix au Proche-Orient, que la France compte organiser le 15 janvier à Paris, après une première rencontre en juin, devrait se tenir dans une ambiance plus tendue que prévue. Le Monde
Pour la première fois en huit ans, l’ambassadeur américain à l’ONU s’est abstenu de bloquer une résolution du Conseil de sécurité sur le conflit israélo-palestinien, permettant à l’organe décisionnel de l’ONU d’adopter par quatorze voix à zéro un texte appelant Israël à « cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation en territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est », qui « met en péril la viabilité de la solution à deux États », non sans rappeler son caractère illégal en vertu du droit international. La résolution s’en prend également au camp palestinien en condamnant « tout acte de violence contre des civils, incluant les actes de terreur, aussi bien que les actes de provocation, d’incitation (à la haine) et de destruction ». (…) Il n’empêche, pour la première fois de son histoire, l’administration Obama n’a pas opposé son veto à une résolution mettant en cause Israël, son plus grand allié au Moyen-Orient. En 2011, Washington avait déjà empêché l’adoption d’une résolution similaire au Conseil de sécurité, arguant que l’adoption de ce texte pouvait donner un prétexte aux Israéliens et aux Palestiniens pour ne pas s’engager dans des négociations sérieuses. (…) Côté israélien, on estime que la colonisation n’est pas un vrai problème et que, si les gros blocs de colonies autour de Jérusalem-Est ne sont pas voués à être démantelés, d’autres en Cisjordanie pourraient faire l’objet d’échanges de territoire dans le cadre de négociations bilatérales avec les Palestiniens. (…) Depuis l’échec de l’initiative américaine en avril 2014, la relation entre Barack Obama et Benjamin Netanyahu, déjà notoirement mauvaise, n’a fait que se dégrader. Au-delà du fiasco des pourparlers israélo-palestiniens, c’est surtout la volonté déclarée du Premier ministre israélien de torpiller les négociations sur le nucléaire iranien qui a irrité Barack Obama. En effet, le chef du gouvernement israélien est allé jusqu’à se faire inviter en mars 2015 au Congrès, dans le dos du président américain, pour fustiger cette initiative. Un geste sans précédent dans l’histoire des États-Unis, qui avait passablement heurté la Maison-Blanche. Si Barack Obama a tout de même réussi à conclure un accord historique avec l’Iran, il n’a pu que constater son échec sur l’épineux conflit israélo-palestinien. Dès lors, il se murmurait depuis plusieurs mois dans les couloirs de l’ONU que le président américain, libéré de toute contrainte électorale, pourrait consentir à un dernier « geste » à la fin de son mandat, pour débloquer cet inextricable dossier, qui plus est après la défaite de la démocrate Hillary Clinton au profit du républicain Donald Trump, défenseur inconditionnel de l’État hébreu. Pressentant le revirement américain à venir, Benjamin Netanyahu a de nouveau rompu avec les usages en appelant à l’aide le milliardaire américain avec lequel il entretient une très bonne relation. Si le président élu n’est toujours pas aux manettes, il a pourtant réussi à convaincre le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi de reporter jeudi un premier projet de résolution condamnant la colonisation israélienne. Or, un texte similaire a été présenté dès le lendemain à la demande de la Nouvelle-Zélande, de la Malaisie, du Sénégal et du Venezuela. (…) Si l’effet symbolique de ce revirement américain est considérable, et que l’isolement d’Israël aux Nations unies est croissant, il n’en reste pas moins vrai que cette résolution ne changera rien à court terme à la situation sur le terrain. « La résolution a été adoptée sous le chapitre 6 de la charte de l’ONU, ce qui signifie qu’elle est non contraignante et ne constitue qu’une déclaration publique d’intention ainsi qu’une recommandation », analyse Barak Ravid, correspondant diplomatique du quotidien israélien Haaretz. « Il s’agit d’un message diplomatique à Israël qui résume le consensus international sur la question des colonies. » Un texte gravé dans le marbre du Conseil de sécurité de l’ONU qui risque de contrarier la position israélienne, hostile aux frontières internationalement reconnues de 1967 (avant le début de la colonisation), dans le cadre de futures négociations avec les Palestiniens. Toutefois, Benjamin Netanyahu n’a pas dit son dernier mot, et a déjà les yeux fixés sur le 20 janvier prochain, date de l’entrée en fonction de Donald Trump, qui ne fait pas mystère de ses positions pro-israéliennes (il s’est déjà prononcé en faveur de la colonisation et pourrait établir l’ambassadeur américain à Jérusalem, et non plus Tel-Aviv, NDLR). Dans un tweet ravageur, le président élu a d’ores et déjà annoncé la couleur : « Quant à l’ONU, les choses seront différentes à partir du 20 janvier 2017. » Le Point
The applause in the Security Council room Friday was directed at Samantha Power, the American ambassador who declined to veto an anti-Israeli resolution, an act of diplomatic warfare against the Jewish state. The three-page text, now part of international law, can hurt all Israeli citizens and institutions. It will also likely harm any hope of renewal of peace talks between Israeli and Palestinians. And America’s loss of global leadership — don’t even get me started. Consider: Egypt, the Arab member of the Security Council, circulated the resolution’s draft Wednesday night. Then President-elect Donald Trump issued a statement calling on the US to veto it. Israel’s Prime Minister Benjamin Netanyahu spoke with Trump and with Egyptian President Abdel Fattah al-Sisi. Sisi called Trump, who leaned on him to withdraw the resolution. Sisi agreed. (…) For months, as the Palestinian-initiated resolution was brewing, America declined to reveal intentions, leaving UN diplomats wondering what it would do. But when Egypt withdrew from presenting the resolution on Thursday, Obama’s lieutenants finally got busy, leaking anonymously that they were going to let the resolution pass. That signaled others to revive the resolution. Sure enough, Malaysia, Senegal, New Zealand and Venezuela brought the text up for a Friday vote. Caracas’s UN ambassador, Rafael Ramirez, who lives high on the hog in New York while Venezuelans can’t get food or medicine and while crime ravages their streets, lectured Israel on all the injustice it inflicts on Palestinians. (…)  But why did the United States merely allow the UN resolution to pass? Maybe Obama thinks Israeli settlements are the key impediment to peace — so much so that it’s worth straying from the long US tradition of shielding the Jewish state from the ire of obsessed dictators at the United Nations, and going against the express wishes of his elected successor. But if so, shouldn’t American diplomats then write the resolution, rather than hide behind the backs of Palestine, which isn’t even a UN member, rather than ally with Venezuela? Instead, Obama passed the baton of handling Israeli-Palestinian relations to Turtle Bay. And there, the wolves gladly picked it up. Under the resolution, a young Israeli renting an apartment in Maale Edomim, a Jewish suburb of Jerusalem, may be tried at The Hague for “flagrant violation of international law.” If the mayor of Jerusalem decides to repaint a wall in the historic Old City’s Jewish Quarter, he can be hauled to court for refusing to “completely cease all settlement activity.” And, oh, the resolution mandates a UN report on its implementation every three months until eternity — assuring lasting harm. Sen. Lindsey Graham (R-NC) said on Friday he would launch a drive to slash US funding for the United Nations as result of this resolution. At the same time, members of the Security Council, who have long awaited an American president who would join their gang-up on Israel, applauded Power. NYP
It turned out that nothing could prevent President Obama from firing one last shot at Israel. Despite the pleas of the Israeli government and the warning from his successor that failing to veto a biased UN resolution on the Middle East conflict would be deeply unfair and soon repudiated, the administration broke with decades of U.S. policy, abstained from voting on a resolution that condemns Israeli settlements, and abandoned the Jewish state to its enemies at the United Nations Security Council. Today’s resolution brands the Jewish presence in any part of the West Bank or in parts of Jerusalem that were occupied by Jordan from 1949 to 1967 as illegal. And it makes the hundreds of thousands of Jews who live in those parts of the ancient Jewish homeland international outlaws. The excuse given by the U.S. was that increased building in the territories and Jerusalem is endangering the chances of a two-state solution. But, as I noted yesterday when the vote on the resolution was postponed, this is a canard. The reason why a two-state solution has not been implemented to date is because the Palestinians have repeatedly refused offers of statehood even when such offers would put them in possession of almost all of the West Bank and a share of Jerusalem. The building of more homes in places even Obama admitted that Israel would keep in the event of a peace treaty is no obstacle to peace if the Palestinians wanted a state. Rather than encourage peace, this vote will merely encourage more Palestinian intransigence and their continued refusal to negotiate directly with Israel. It will also accelerate support for efforts to wage economic war on Israel via the BDS movement. This lame duck stab in the back of America’s only democratic ally in the Middle East should only further encourage President-elect Donald Trump to make good on his promise to move the U.S. embassy to Israel from Tel Aviv to Jerusalem and let the world know that the new administration not only repudiates his predecessor’s betrayal but that the alliance is as strong as ever. (…) this is a moment for Democratic friends of Israel to apologize for eight years of excusing and rationalizing Obama’s growing hostility to the Jewish state. Though some will disingenuously argue that the president is trying to save Israel from itself, today’s vote must be seen for what it is. Freed of political constraints, the president finally showed his true colors by throwing Israel to the wolves at a United Nations where anti-Semitism and anti-Israel bias is integral to the culture of the world body. Jonathan S. Tobin
The Egyptian decision to withdraw the one-sided anti-Israel Security Council resolution should not mask the sad reality that it is the Obama administration that has been pushing for the resolution to be enacted. The United States was trying to hide its active ‘behind the scenes’ role by preparing to abstain rather than voting for the resolution. But in the context of the Security Council where only an American veto can prevent anti-Israel resolutions from automatically passing, an abstention is a vote for the resolution. And because of this automatic majority, an anti-Israel resolution like this one cannot be reversed by a future American president. A veto once cast cannot be cast retroactively. The effect, therefore of the Obama decision to push for, and abstain from, a vote on this resolution is to deliberately tie the hands of President Obama’s successors, most particularly President elect Trump. That is why Trump did the right thing in reaction to Obama’s provocation. Had the lame duck president not tried to tie the incoming president’s hands, Trump would not have intervened at this time. But if he had not urged the Egyptians to withdraw the resolution, he would have made it far more difficult for himself to try to bring about a negotiated resolution to the Israeli-Palestinian conflict. The reason for this is that a Security Council resolution declaring the 1967 border to be sacrosanct and any building behind those boarders to be illegal would make it impossible for Palestinian leaders to accept less in a negotiation. Moreover, the passage of such a resolution would disincentivize the Palestinians from accepting Israel Prime Minister Netanyahu’s invitation to sit down and negotiate with no preconditions. Any such negotiations would require painful sacrifices on both sides if a resolution were to be reached. And a Security Council resolution siding with the Palestinians would give the Palestinians the false hope that they could get a state through the United Nations without having to make painful sacrifices. President Obama’s lame duck attempt to tie the hands of his successor is both counterproductive to peace and undemocratic in nature. The lame duck period of an outgoing president is a time when our system of checks and balances is effectively suspended. The outgoing president does not have to listen to Congress or the people. He can selfishly try to burnish his personal legacy at the expense of our national and international interests. He can try to even personal scores and act on pique. That is what seems to be happening here. Congress does not support this resolution; the American people do not support this resolution; no Israeli leader – from the left, to the center, to the right – supports this resolution. Even some members of Obama’s own administration do not support this resolution. But Obama is determined – after 8 years of frustration and failure in bringing together the Israelis and Palestinians – to leave his mark on the mid-East peace process. But if he manages to push this resolution through, his mark may well be the end of any realistic prospect for a negotiated peace. One would think that Obama would have learned from his past mistakes in the mid-East. He has alienated the Saudis, the Egyptians, the Jordanians, the Emirates and other allies by his actions and inactions with regard to Iran, Syria, Egypt and Iraq. Everything he has touched has turned to sand. Now, in his waning days, he wants to make trouble for his successor. (…)  As predicted, the United States allowed the anti-Israel resolution to be approved by the United Nations Security Council. Votes in favor were cast by Russia, which has occupied Kornengsberg since 1945, after capturing that ancient German city, ethnically cleansing its population and bringing in hundreds of thousands of Russian settlers; China, which has occupied Tibet and brought in thousands of Chinese settlers; France who occupied and settled Algeria for many years; Great Britain which has occupied and colonized a significant portion of the globe; and assorted other countries, several of which have horrendous human rights records. Israel on the other hand, offered to end the occupation and settlements in 2000-2001 and again in 2008 only to be rebuffed by the Palestinian leadership. But Israel is the only country to have been condemned by the Security Council for an occupation and settlement. This hypocrisy is typical of the United Nations as even our representative acknowledged when she explained why the United States abstained. Now peace will be more difficult to achieve, as the Palestinians become further convinced that they do not have to accept Netanyahu’s offer to negotiate without preconditions. Thank you, President Obama for completing your 8 years of failed foreign policy with a final blow against, peace, stability and decency. Congress can ameliorate the impact of this destructive resolution by enacting a statute declaring that the resolution does not represent the United States’ policy, which is that peace will not come through the United Nations but only by direct negations between the parties. The law should also prohibit any United States funds to be spent directly or indirectly in support of this Security Council resolution. I suspect that the incoming president will be willing to sign such a law. Alan M. Dershovitz
Une résolution réclamant l’arrêt de la colonisation israélienne dans les Territoires palestiniens a été adoptée aujourd’hui par le Conseil de sécurité de l’ONU après la décision des Etats-Unis de ne pas utiliser leur droit de veto. Dans un renversement de leur position habituelle sur ce dossier, les Etats-Unis se sont abstenus. Les 14 autres membres du Conseil de sécurité ont eux voté en faveur du texte. (….) Le vote, qui a été accueilli par des applaudissements, avait été réclamé par la Nouvelle-Zélande, la Malaisie, le Sénégal et le Venezuela. Ces quatre pays se sont impliqués après la volte-face du Caire qui avait proposé mercredi soir cette résolution rédigée par les Palestiniens et présentée au nom du groupe arabe à l’ONU. Mais l’Egypte avait demandé jeudi le report du vote initial, après une intervention du président élu américain Donald Trump auprès du président Abdel Fattah al-Sissi. (…) C’est en 2009, concernant un appel à un cessez-le-feu à Gaza, que les Etats-Unis se sont abstenus pour la dernière fois lors d’un vote au Conseil de sécurité quel qu’en soit le thème. En 2011, ils avaient opposé leur veto à une résolution similaire au projet égyptien. Mais cinq ans plus tard, la position de l’administration de Barack Obama, qui entretient des relations notoirement exécrables avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, faisait l’objet de nombreuses spéculations. Il est finalement apparu clair aux Israéliens qu’à quelques jours de céder le pouvoir à Donald Trump –dont l’une des promesses de campagne est de reconnaître Jérusalem comme « capitale indivisible » d’Israël–, l’équipe Obama n’avait pas l’intention de faire usage de son droit de veto. « Quand ils ont eu connaissance du fait que (l’administration américaine actuelle) ne mettrait pas son veto à cette résolution, des responsables israéliens ont pris contact avec des membres de l’équipe de transition de M. Trump pour demander l’aide du président élu », a affirmé vendredi à l’AFP un responsable israélien sous couvert d’anonymat. Donald Trump qui avait très vite plaidé pour un veto américain dans une rare prise de position pour un président élu, a alors appelé le président Sissi, selon un communiqué de la présidence égyptienne. « Les deux dirigeants se sont mis d’accord sur l’importance de donner à la nouvelle administration américaine (que dirigera M. Trump à partir du 20 janvier) une chance de gérer tous les aspects de la cause palestinienne pour arriver à un accord complet » sur le dossier, d’après ce communiqué. « Concernant l’ONU, les choses seront différentes après le 20 janvier », a  réagi le magnat de l’immobilier sur Twitter. Le retournement du président égyptien a surpris mais il fait suite à de nombreuses preuves d’admiration pour M. Trump. Cet ancien officier de l’armée avait renversé son prédécesseur islamiste en 2013, un acte condamné par M. Obama. Un haut responsable israélien a aussi accusé vendredi Barack Obama et son secrétaire d’Etat John Kerry d’être à l’origine du projet de résolution égyptien. « L’administration américaine a secrètement concocté avec les Palestiniens une résolution anti-israélienne radicale, derrière le dos d’Israël, qui encouragerait le terrorisme et les boycotts », a-t-il déclaré à l’AFP sous couvert d’anonymat. Le Figaro
The Jerusalem Declaration of UNESCO seeks to Islamize, with the help of many governments in Europe and other Christian countries, the ancient history of the people of Israel. But what does this declaration mean for Europe and Christianity? Wasn’t Christianity born out of Israel? Wasn’t Jesus a Judean Jew, as were the apostles and evangelists? Or was it Islam that Jesus was preaching, in Arabic and in the mosques? (…) Where are the great Catholic or Protestant voices to protest against this Islamization of Christianity? This passivity, this indifference makes you think that Europe will soon look more like Lebanon. (…) European countries recognize terrorism everywhere except in Israel, where they themselves are allies of these terrorists whom they call « freedom fighters » or « militants », against « occupation ». (…) This alliance has ruined Europe — because the enemies of Israel are also enemies of Christianity and of Europe. How can you ally yourself with those who want to destroy you, without in fact dying yourself? (…) The same obsessive hatred Hitler had for Israel, which led to the ruin of Europe, has persisted today in the European Union against the Jewish State. The great irony is that in trying to destroy Israel, Europe has destroyed itself. Bat Ye’or

Honte à l’Administration Obama ! Honte à la Nouvelle-Zélande ! Honte à la Grande-Bretagne ! Honte à la France ! Honte à l’Espagne !

A l’heure où, rare coïncidence du calendrier, juifs et chrétiens s’apprêtent à fêter le même jour leur première bougie de Hanoukka pour les uns et leur veille de Noël pour les autres …

Sous, signe des temps et israélisation oblige, haute protection militaire jusque dans leurs propres églises et synagogues …

Comment ne pas voir …

Après l’infâme condamnation de son seul mouvement national il y a 41 ans (abrogée 16 ans plus tard) puis le vil lâchage d’un autre canard boiteux américain il y a 36 ans ou tout récemment l’islamisation de ses lieux saints et à present leur déligitimation juridique …

Mettant à profit avec une suspecte unanimité le dernier mois à la Maison Blanche d’un nouveau Carter qui, à l’instar de son Hussein de deuxième prénom, révèle enfin ses vraies couleurs …

Contre l’avis même du successeur que vient de se choisir le peuple américain et du premier pays initiateur de cette énième résolution de haine onusienne …

Et sous couvert du fameux « cinq minutes pour les juifs, cinq minutes pour Hitler » qu’avait dénoncé en son temps le cinéaste franco-suisse et par ailleurs antisémite notoire Jean-Luc Godard …

La confirmation de ce que l’historienne Bat ye’or qualifie de « haine compassionnelle » de l’Europe contre Israël ?

La haine compassionnée de l’Europe contre Israël

Bat Ye’or
4 janvier 2017
Traduction du texte original: Europe’s Compassionate Hatred of Israel

La résolution de l’UNESCO sur Jérusalem cherche, avec le soutien de nombreux gouvernements d’Europe et d’autres pays chrétiens, à islamiser l’histoire ancienne du peuple d’Israël.

  • Mais qu’implique donc cette résolution pour l’Europe et le christianisme ? Le christianisme ne serait-il pas né d’Israël ? Jésus aurait-il cessé d’être un juif de Judée, comme les apôtres et les évangélistes? A moins que Jésus n’ait prêché l’islam, en arabe et dans les mosquées?
  • Les grandes voix catholiques ou protestantes se sont-elles fait entendre contre cette islamisation du christianisme ? Cette passivité, cette indifférence laissent penser que l’Europe va bientôt ressembler au Liban.
  • Les pays européens reconnaissent le terrorisme partout dans le monde, sauf en Israël, où ils sont alliés à ces mêmes terroristes qu’ils nomment « combattants de la liberté » ou « militants » contre « l’occupation ».
  • Cette alliance a ruiné l’Europe – parce que les ennemis d’Israël sont aussi les ennemis du christianisme et de l’Europe. Comment peut-on s’allier avec ceux qui veulent vous détruire, sans s’éliminer soi-même ?
  • La haine obsessionnelle d’Hitler contre Israël a fini par ruiner l’Europe. Cette haine a persisté à travers l’Union européenne contre l’Etat juif. La grande ironie est qu’en essayant de détruire Israël, l’Europe s’est elle-même détruite.

Voici venu l’avènement du califat mondial. Ce qui signifie que la vision musulmane de l’histoire s’est imposée au sein des organisations internationales. La résolution de l’UNESCO sur Jérusalem, ce palais du révisionnisme, en est le meilleur exemple. Cette résolution sur Jérusalem a entrepris, avec l’aide de nombreux gouvernements d’Europe et d’autres pays chrétiens, d’islamiser l’histoire ancienne du peuple d’Israël.

La Déclaration de Venise de la Communauté européenne en 1980, a tenté de forcer Israël à survivre dans un territoire indéfendable et prédisait déjà sa disparition et son remplacement par un peuple dont l’existence ne s’est pas manifesté avant 1969 – et tout cela avec l’aide de l’Union soviétique mais aussi et surtout de la France. L’islamisation de Jérusalem et la délégitimation de l’Etat d’Israël étaient déjà énoncées dans cette Déclaration de Venise que l’Union européenne, à ce jour, continue de considérer comme valide.

La Déclaration de Venise de 1980 était le cadeau fait par l’Union européenne à la Ligue arabe pour rétablir de saines relations économiques avec des pays arabes très courroucés du traité de paix signé entre Israël et l’Egypte en 1979, une paix que l’Europe n’a pas été en mesure de prévenir. Les lieux saints juifs et la survie de l’Etat juif ont ainsi été sacrifiés par la Communauté européenne sur l’autel des pétrodollars.

Depuis, l’Union européenne a certes exprimé des remords quant à l’Holocauste, de l’amour et de la compassion pour Israël, mais elle a continué de soutenir, financer et encourager une population qui s’est donné pour but la destruction d’Israël, comme le proclame une doctrine très familière à cette même Europe. Les pays européens dépensent des milliards pour promouvoir avec zèle une campagne mondiale de haine palestinienne contre l’Etat d’Israël. Ils reconnaissent le terrorisme partout dans le monde, sauf en Israël, où ils sont alliés à ces terroristes qu’ils appellent des « combattants de la liberté » ou des « militants » contre « l’occupation ». La soi-disant « occupation juive » de la Judée et de la Samarie se réfère à la terre qui a été conquise par la guerre contre la Jordanie qui l’occupait en 1949-1967, et ou les juifs palestiniens ont été tués et dans le meilleur des cas, dépossédés et expulsés.

Cette politique dont la France est le héraut ne vous rappelle-t-elle rien? Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Pétain, Hitler et les fascistes alliés au Mufti de Jérusalem, chef des Frères musulmans de Palestine, ont cherché à exterminer le peuple juif, qu’ils accusaient d’être la cause du mal. Aujourd’hui, cette même politique, cette même alliance, s’est fixé le même objectif avec la même motivation : Israël serait selon eux, la cause des guerres qui ravagent le Moyen-Orient et pour cette raison, doit être rayé de la carte. Les Hommes des années 1940 ont disparu, mais leurs héritiers poursuivent la même politique, toute recouverte de compassion et d’amour, dans le but de conduire Israël au suicide « pour son propre bien ». Bien sûr !

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Pétain, Hitler et les fascistes alliés au Mufti de Jérusalem, chef des Frères musulmans en Palestine, ont cherché à exterminer le peuple juif, qu’ils accusaient d’être la cause du mal. Aujourd’hui, cette même politique, cette même alliance, s’est fixé le même objectif avec la même motivation: Israël doit être effacé.

Maintenant, avec la déclaration de l’UNESCO, nous assistons à la suppression de l’histoire du peuple israélien – l ‘ « Holocauste de la mémoire », comme dit Giulio Meotti – auquel s’est joint l’UE.

Mais cette déclaration de l’UNESCO n’a-t-elle aucune signification pour l’Europe et le christianisme? Le christianisme n’a-t-il pas émergé d’Israël ? Les peintures, sculptures et vitraux de nos églises ne narrent-ils pas l’histoire du peuple d’Israël ? Et n’est-ce pas la Bible, ce sanctuaire historique du peuple d’Israël depuis plus de deux millénaires, qui est laissé ouvert sur les chaires de ces mêmes églises? Personne ne l’aurait lue ? Ni commentée depuis vingt siècles? Et Jésus, aurait-il cessé d’être un juif de Judée, comme les apôtres et les évangélistes?

A moins que Jésus n’ait prêché l’islam, en arabe et dans les mosquées.

Si l’histoire d’Israël n’est pas liée à celle de la Judée, alors le christianisme et la Bible ne sont que des mensonges. Et tous ces textes anciens qui attestent de l’existence d’Israël depuis les pharaons, l’Assyrie, les Grecs, les Romains… seraient-ils des mensonges aussi ? Et cette Menora qui orne l’Arche que Titus à ramené à Rome, proviendrait-elle d’une mosquée? Il n’y avait pas de mosquées alentour à l’époque – pas même en Arabie.

La résolution de l’UNESCO ne nous force pas seulement à accepter la destruction de notre identité et de notre culture, ainsi que le remplacement du christianisme – une greffe d’Israël – par la foi musulmane ; elle détruit également un principe sous-jacent de la civilisation occidentale : la raison, qui fait que l’homme s’élève au-dessus des animaux. En défendant le principe historique de sa légitimité, Israël protège également au plan théologique la légitimité du christianisme, également lié à la Bible.

Mais si cette résolution de l’Unesco est mensongère, alors la souveraineté de l’Etat juif sur Jérusalem est légale. Et si elle est légale, pourquoi n’entend-on pas les protestations des défenseurs des droits de l’homme ? Combien le monde compte-t-il de chrétiens ? Deux milliards et demi ? Combien ont protesté ? Un million ? Une centaine de millier ? Dix mille ? Cinquante ? Et où sont les grandes voix catholiques et protestantes qui ont protesté contre cette islamisation du christianisme ? Cette passivité, cette indifférence, incitent à croire que l’Europe ressemblera bientôt au Liban.

Cette résolution de l’UNESCO à laquelle l’Europe n’a rien objecté – à l’exception de quatre pays, dont l’abstention n’a été en rien une protestation, mais un acte de lâcheté – est la charte même de l’islamisation de l’Europe et du christianisme. Elle détaille une politique qui, à partir de 1973, concorde avec l’immigration de masse et ses conséquences ; c’est à cette date en effet que la Communauté européenne a décidé de s’allier avec l’ennemi d’Israël, l’OLP. C’est cette politique d’alliance avec les ennemis d’Israël qui a conduit à l’abandon des chrétiens libanais quand ils ont été attaqués par ces Palestiniens que l’Europe soutenait. C’est cette politique qui a conduit au déni de l’histoire du djihad, à la dhimmitude et à la tragédie des chrétiens, otages du monde arabe – et il ne pouvait en être autrement dans la mesure où les Palestiniens incarnent les valeurs du djihad et de la dhimmitude contre les juifs, les chrétiens et l’Europe.

L’alliance de l’Europe avec les ennemis d’Israël, dans le but de délégitimer et de détruire Israël, est la poursuite des politiques d’Hitler et Pétain; mais comment pouvez-vous détruire Israël sans détruire le christianisme ? Qu’est-ce que le christianisme sans la Bible, les prophètes, un Jésus juif, et les valeurs universelles dont ils sont porteurs ? Cette alliance a ruiné l’Europe – parce que les ennemis d’Israël sont aussi des ennemis du christianisme et de l’Europe. Comment peut-on s’allier avec ceux qui veulent vous détruire, sans s’éliminer soi-même ?

La haine obsessionnelle d’Hitler pour Israël a fini par ruiner l’Europe. Cette haine a persisté aujourd’hui dans l’Union européenne contre l’Etat juif. La grande ironie est qu’en essayant de détruire Israël, l’Europe s’est détruite elle-même.

Les peuples d’Europe ne retrouveront leur liberté et leur l’identité qu’en se dégageant de cette alliance euro-arabe qui les unit dans un schéma génocidaire contre Israël et l’Occident, schéma au sein duquel ils sont tout à la fois protagonistes et victimes. Alors, et alors seulement, ils seront en mesure d’aider ces musulmans qui luttent courageusement pour libérer leurs frères de la haine qui défigure le visage humain – la haine djihadiste – et les persuader d’accepter la diversité humaine. Nous avons négligé ces musulmans. Ils se battent seuls pour eux et pour nous. Il est impératif de les aider.

Bat Ye’or est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la dhimmitude, dont Eurabia: L’axe euro-arabe. Son prochain livre, Comprendre Eurabia, sera publié par Gatestone Institut et RVP Publishers en 2017.


Syrie: Attention, une vassalisation peut en cacher une autre (From lead-from-behind to retroactive retaliation threats: Putin has merely stepped into the vacuum left by the collapse of western power and resolve in the world)

18 décembre, 2016
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pallywoodeurope

La démocratie incline à méconnaître, voire à nier les menaces dont elle est l’objet, tant elle répugne à prendre les mesures propres à y répliquer. Elle ne se réveille que lorsque le danger devient mortel, imminent, évident. Mais alors soit le temps lui manque pour qu’elle puisse le conjurer, soit le prix à payer pour survivre devient accablant. (…) La civilisation démocratique est la première dans l’histoire qui se donne tort, face à la puissance qui travaille à la détruire. Jean-François Revel,  Comment les démocraties finissent, 1983)
C’est toujours la même chose. (…) La Russie se présente comme faible: il faut l’aider, se garder de l’humilier, consolider ses progrès. Elle se présente en même temps comme redoutable par son immensité, son armée, son arsenal atomique, son pétrole. Elle fait planer une vague menace. Elle pourrait être encore pire. Apaisons-la. Alain Besançon
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech
La destruction de l’URSS fut la plus grande catastrophe géopolitique du siècle. Poutine (2005)
I don’t think people want a lot of talk about change; I think they want someone with a real record, a doer not a talker. For legislators who don’t want to take a stand, there’s a third way to vote. Not yes, not no, but present, which is kind of like voting maybe. (…) A president can’t vote present; a president can’t pick or choose which challenges he or she will face. Hillary Clinton (Dec. 2007)
Sur la Russie, (…) il sera plus intelligent. Hubert Védrine
J’ai l’impression que nos positions se sont très fortement rapprochées. j’ai senti une convergence. (…) J’ai trouvé un homme qui réfléchit, qui pèse le pour et le contre. un homme direct, courageux, déterminé. Le portrait qu’on a fait de Poutine me semble réducteur par rapport à la personnalité que j’avais devant moi … Sarkozy (2007)
On a eu un bon échange avec les Russes. J’ai dit qu’il nous fallait relancer nos relations. Obama (2009)
C’est ma dernière élection. Après mon élection, j’aurai plus de flexibilité. Obama (à Medvedev, 2012)
J’ai donc dit à la Russie d’arrêter et indiqué qu’autrement il y aurait des conséquences. Notre objectif reste d’envoyer un message clair à la Russie et aux autres, de ne pas nous faire ça car nous pouvons aussi vous faire des choses. (…) La responsabilité de cette brutalité repose en un seul endroit: le régime d’Assad et ses alliés, la Russie et l’Iran. Et le sang versé est sur leurs mains et ils sont responsables des atrocités commises. (…) Je ne peux pas affirmer qu’on a réussi en Syrie et c’est une chose, qui est également vraie avec d’autres problèmes de par le monde, avec laquelle je dois aller me coucher chaque soir. Mais je continue à croire que c’était la bonne approche étant donné ce qu’on pouvait faire de manière réaliste. Barack Hussein Obama
Ce soir, à 20h, la @LaTourEiffel s’éteindra pour rappeler symboliquement le soutien de la Ville de @Paris à #Alep et à tous ses habitants. Anne Hidalgo
Monsieur le président, vous êtes le premier dirigeant de l’histoire russe qui ait accumulé cette puissance et en même temps ait été désireux de la partager avec d’autres… Ceci prouve que vous êtes un démocrate… Thierry de Montbrial (à Poutine, Valdaï, 2007)
Il y a deux options possibles: ou bien on veut à tout prix recréer la guerre froide, on montre du doigt la Russie, on l’isole, on continue à la piétiner comme ça a été le cas depuis une dizaine d’années – ce n’est pas la voie qu’a choisie la France, ce n’est pas la voie qu’a choisie l’Europe –, ou on choisit l’option du dialogue. François Fillon (2008)
The president (…) has an overarching moral theory about American power, expressed in his 2009 contention in Prague that “moral leadership is more powerful than any weapon.” At the time, Mr. Obama was speaking about the end of the Cold War—which, he claimed, came about as a result of “peaceful protest”—and of his desire to see a world without nuclear weapons. It didn’t seem to occur to him that the possession of such weapons by the U.S. also had a hand in winning the Cold War. Nor did he seem to contemplate the idea that moral leadership can never safely be a substitute for weapons unless those leaders are willing to throw themselves at the mercy of their enemies’ capacity for shame. In late-era South Africa and the Soviet Union, where men like F.W. de Klerk and Mikhail Gorbachev had a sense of shame, the Obama theory had a chance to work. In Iran in 2009, or in Syria today, it doesn’t. (…) Mr. Obama believes history is going his way. “What? Me worry?” says the immortal Alfred E. Neuman, and that seems to be the president’s attitude toward Mr. Putin’s interventions in Syria (“doomed to fail”) and Ukraine (“not so smart”), to say nothing of his sang-froid when it comes to the rest of his foreign-policy debacles. In this cheapened Hegelian world view, the U.S. can relax because History is on our side, and the arc of history bends toward justice. Why waste your energies to fulfill a destiny that is already inevitable? And why get in the way of your adversary’s certain doom? It’s easy to accept this view of life if you owe your accelerated good fortune to a superficial charm and understanding of the way the world works. It’s also easier to lecture than to learn, to preach than to act. History will remember Barack Obama as the president who conducted foreign policy less as a principled exercise in the application of American power than as an extended attempt to justify the evasion of it. From Aleppo to Donetsk to Kunduz, people are living with the consequences of that evasion. Bret Stephens
Les dirigeants européens et américains espèrent que les tyrans et les autocrates du monde vont disparaître tout seuls. Mais les dinosaures comme Vladimir Poutine, Hugo Chávez et les ayatollahs iraniens ne vont pas s’effacer comme cela. Ils ne doivent leur survie qu’au manque de courage des chefs du Monde libre. Garry Kasparov
Si le retrait des troupes américaines d’Irak a été à la fois bien intentionné et populaire, et si la Maison Blanche a su présenter à son avantage les concessions octroyées à M. Assad en 2013, les résultats n’en ont pas moins été désastreux. Un simple regard sur la carte de l’Irak et de la Syrie montre que l’essor de l’Etat islamique était une réponse logique à l’abandon américain des Sunnites de la région. Un groupe comme l’Etat islamique ne peut se développer sans le soutien des populations locales, dans ce cas précis les Sunnites qui ne voient d’autre façon de se défendre contre les forces chiites de l’Iran et de la Syrie qui les massacrent par centaines de milliers. En géopolitique comme aux échecs, il faut jouer à partir de la position qui est la vôtre sur l’échiquier au moment où vous commencez à jouer. Reprocher à George W. Bush d’avoir lancé la guerre d’Irak en 2003 ne change rien au fait qu’en 2008 il n’y avait ni crise massive de réfugiés ni armée de l’Etat islamique en ordre de bataille. Les négociations avec les groupes sunnites de la province d’Anbar avaient sapé le soutien à Al Qaeda, une politique qui avait complètement changé la donne et autant contribué à la réduction de la violence que le renforcement des forces américaines. Le départ des troupes américaines et le refus de M. Obama de dissuader M. Assad ont mis fin à toute possibilité de sécurité. La population n’avait d’autre choix que de lutter, fuir ou mourir,  alors elle l’a fait, massivement, comme le confirment des chiffres horribles. (…) Aucun accord ne va changer cela. L’Iran et la Russie ont leurs propres ordres du jour dans la région et ceux-ci n’ont rien de pacifique ni pour l’un ni pour l’autre. L’Iran est le principal soutien mondial du terrorisme. La méthode Poutine pour mener la guerre contre le terrorisme en Tchétchénie était le tapis de bombes. Quand cela n’a pas réussi, il a « acheté » le seigneur de la guerre le plus brutal de la région, Ramzan Kadyrov. La poursuite du massacre de Sunnites dans la région y attirera un afflux sans cesse accru d’aides des Saoudiens et de combattants étrangers du Pakistan, d’Afghanistan et de Russie. La situation va se métastaser, ce qui convient parfaitement à M. Poutine. La guerre et le chaos lui fournissent toujours plus d’ennemis et ainsi plus d’occasions de jouer au dur à la télévison publique russe. Le régime iranien a besoin du conflit pour des raisons semblables et ne peut donc jamais renoncer à ses “Mort à l’Amérique ». Une aggravation du conflit fera aussi monter le prix du pétrole, un avantage qui n’échappe ni à Téhéran ni à Moscou. Ces conséquences peuvent être acceptables pour M. Obama, mais il ne peut faire semblant d’en ignorer sa part de responsabilité. Moi aussi, je voudrais vivre dans le monde de diplomatie et de droit où M. Obama pense vivre. Mais hélas ce n’est pas le cas. Le pouvoir et l’action comptent toujours et dans des endroits comme la Syrie et l’Irak, vous ne pouvez pas avoir le pouvoir sans l’action. M. Poutine n’a rien dit de nouveau à l’ONU, parce qu’il n’en avait pas besoin. Il sait qu’il a des atouts concrets autrement plus efficaces que de simples paroles. Il a des chars en Ukraine, des avions de chasse en Syrie et Barack Obama à la Maison Blanche. Garry Kasparov
Les opérations conjointes militaires et policières particulièrement meurtrières menées, depuis deux mois, contre les rebelles kurdes dans le bastion kurde de Cizre, au sud-est de la Turquie, ont pris fin, a annoncé hier le ministre turc de l’Intérieur, Efkan Ala. (…) Cizre, proche de la frontière syrienne et irakienne, qui a été vidée de la quasi-totalité de ses 120 000 habitants, poussés à l’exode, a été un emblème de la reprise des combats l’été dernier entre Ankara et le mouvement kurde armé, après une accalmie de deux ans. La ville a été bouclée et aucun journaliste ni observateur indépendant n’a été autorisé à y pénétrer. Selahattin Demirtas, le chef du parti prokurde HDP (Parti de la démocratie des peuples), troisième force politique au Parlement, a accusé en début de semaine le pouvoir turc d’avoir commis un « massacre » à Cizre, ce qui a été catégoriquement démenti par les autorités. Les combats dans la zone kurde ont fait de nombreux morts de part et d’autre (250 militaires et policiers et plus de 750 rebelles, selon l’armée), et quelque 200 civils auraient perdu la vie depuis l’instauration du couvre-feu, selon les ONG. L’Orient le jour
Même si la chute d’Alep-Est a été préparée par le lourd bombardement de l’aviation russe, ce sont bien les milices iraniennes et chiites qui ont fourni le gros des troupes sur le terrain ces dernières semaines. Impuissants face à ce déferlement de force, les rebelles ont d’ailleurs envoyé mercredi des salves de roquettes sur Foua et Kefraya, comme pour mieux enterrer tout espoir de résolution rapide. Le Temps
Découvrant, mais un peu tard, que la guerre tue, qu’elle est laide, injuste et sans pitié, et surtout que l’on pourrait un jour peut-être, au tribunal de l’Histoire, venir demander à Paris des comptes sur son inaction face au drame – à moins que ce ne soit sur ses actions et ses options politiques-, la France a pris les devants. Accusant avec l’ONU le régime syrien et la Russie de crimes de guerre à Alep, elle a déposé en hâte un projet de résolution au Conseil de Sécurité des Nations Unies demandant l’arrêt des combats et des bombardements sur l’est de la ville (dont elle feint de croire qu’il n’est peuplé que de civils innocents qui resteraient là de leur propre gré et que la Russie et le régime pilonneraient par pure cruauté), l’acheminement de l’aide humanitaire et la reprise du processus de négociation. (…) Ce cinéma diplomatique vient évidemment de se solder par un véto russe, attendu par Paris, Londres et Washington qui veulent faire basculer l’indignation internationale contre Moscou à défaut de mettre en cohérence leurs objectifs politiques et militaires avec leur prétendue volonté de paix. Mais prendre la tête du chœur des vierges ne suffit pas et ne trompe plus personne. L’évidence crève l’écran. «L’Occident» ne mène pas la guerre contre l’islamisme sunnite ou alors de façon très résiduelle: il le nourrit, le conseille, l’entraine. DAECH, dont la barbarie spectaculaire des modes d’action sert d’épouvantail opportun et de catalyseur de la vindicte occidentale, permet de juger par contraste «respectable» l’avalanche de djihadistes sunnites d’obédience wahhabite ou Frères musulmans qui ne combattent d’ailleurs pas plus que nous l’Etat islamique mais s’acharnent sur le régime syrien. Et l’Amérique comme la France cherchent avec une folle complaisance, dans ce magma ultraviolent, des interlocuteurs susceptibles d’être intronisés comme «légitimes» et capables de remplacer un autocrate indocile qui a le mauvais goût de résister à la marche de l’Histoire version occidentale et à la vague démocratique censée inonder de ses bienfaits un Moyen-Orient politiquement arriéré. Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi, cruels tyrans sans doute, n’ont pu y résister et croyaient encore pouvoir argumenter avec leurs adversaires occidentaux (longtemps leurs alliés) quand leur sort était en fait scellé depuis longtemps. Bachar el Assad a bien failli y passer lui aussi. Mais à notre grand dam, Moscou a vu dans cette nouvelle guerre occidentale de déstabilisation par procuration, une occasion inespérée de sécuriser ses bases militaires, de défier l’Amérique qui la méprisait trop ouvertement, de regagner une influence centrale dans la région et de traiter «à la source» le terrorisme qui menace son territoire et ses marges d’Asie centrale et du Caucase. Et l’a saisie. Dans ce Grand jeu explosif de reconfiguration de l’équilibre du monde et notamment du nouveau duel cardinal, celui de Washington avec Pékin, la France, je le crains, s’est trompée du tout au tout et démontre à la face du monde mais surtout à l’ennemi – qui observe notre incohérence diplomatique et politique-, qu’elle pratique admirablement le grand écart stratégique… aux dépens toutefois, de nos concitoyens. Comment justifier en effet notre combat au Mali contre les djihadistes sunnites, notre soutien en Irak aux chiites contre les sunnites, et en Syrie notre appui aux groupuscules sunnites les plus extrémistes contre Bachar el Assad…tout en prétendant profiter du marché iranien entre ouvert ….et vendre des armes aux Saoudiens et Qataris sunnites qui sont by the way les financiers du djihadisme mondial dont nous subissons la haine et la violence terroriste sur notre sol désormais à un rythme soutenu? (…) L’impensé du discours français n’en reste pas moins le suivant: si Assad, «bourreau de son propre peuple» selon l’expression consacrée, était finalement militairement et politiquement mis hors-jeu, par qui compte -on le remplacer? A qui sera livrée la Syrie, «utile» ou pas, une fois que DAECH en aura été progressivement «exfiltré» vers d’autres macabres «territoires de jeu», en Libye par exemple? Quelle alternative pour la survie des communautés, notamment chrétiennes, encore présentes dans le pays qui passe par la survie des structures laïques d’Etat? Quels individus veut-on mettre au pouvoir? Les pseudo «modérés» qui encombrent les couloirs des négociations en trompe l’œil de Genève? Le Front al Nosra, sous son nouveau petit nom – Fateh al Sham -, que les Américains persistent à soutenir en dépit des objurgations russes et qui a fait exploser le cessez-le feu? Ou peut-être certains groupuscules désormais armés de missiles américains TOW qui n’attendent qu’un «go» pour tenter de dézinguer un avion ou un hélico russe, «par erreur» naturellement? Ou encore les représentants des Forces démocratiques syriennes, ou ceux de «l’Armée de la Conquête» qui renait opportunément de ses cendres… Ou un mixte de tous ces rebelles – apprentis démocrates férus de liberté et qui libèreront enfin le peuple syrien du sanglant dictateur qui le broyait sous sa férule depuis trop longtemps? Croit-on sérieusement que l’on pourra contrôler une seule minute ces nouveaux «patrons» du pays qui se financent dans le Golfe -dont nous sommes devenus les obligés silencieux-, et dont l’agenda politique et religieux est aux antipodes de la plus petite de nos exigences «démocratiques»? Ne comprend-on pas qu’ils vont mettre le pays en coupe réglée, en finiront dans le sang avec toutes les minorités, placeront les populations sunnites sous leur contrôle terrifiant, et que tout processus électoral sera une mascarade et ne fera qu’entériner une domination communautaire et confessionnelle sans appel? (…) Nous avons depuis 5 ans une politique étrangère à contre-emploi et à contre temps, réduite à deux volets: action humanitaire et diplomatie économique. En gros vendre des armes à tout prix aux pays sunnites, les aider à faire la guerre et à s’emparer du pouvoir à Damas… et porter des couvertures aux victimes de cet activisme économico-militaire: les Syriens. (…) La confusion permanente entre l’Etat syrien et le régime syrien nourrit la guerre. C’est l’Etat qu’il faut aider à survivre à l’offensive islamiste au lieu d’encourager les mouvements terroristes à le déstructurer. Le sort de Bachar el Assad est à la fois central et accessoire. Si l’Etat syrien devait tomber sous la coupe de DAECH ou sous celle d’Al Nosra et de ses avatars, alors ce seront les massacres communautaires et le chaos. Qui aura alors des comptes à rendre pour les avoir laissé advenir? Caroline Galactéros
Très pudiquement, alors même que l’OSDH le mentionnait, les médias occidentaux se sont bien gardés de mentionner que l’immense majorité des civils qui ont fui (sans doute déjà plus de 500 00) l’ont fait vers les zones loyalistes de l’Ouest d’Alep ou vers le quartier kurde de Sheikh Maqsoud. Pour les milliers de civils encore bloqués à l’Est, les conditions sont en train de se dégrader, si bien qu’on peut penser qu’il y aura des flux massifs dans les jours qui viennent. De ce point de vue, la stratégie des rebelles qui ont tout fait pour empêcher la fuite des civils semble être un échec. Et c’est bien évidemment le calcul du gouvernement syrien qui fait tout pour leur rendre la vie impossible. (…) Alep aurait pu devenir dès 2012 la capitale de l’opposition islamiste à Bachar al-Assad. Mais la sociologie de la ville a empêché que l’assaut depuis l’extérieur mené par les rebelles puisse déboucher sur un contrôle total de la ville. L’immense majorité des Alépins a continué de vivre sous le contrôle de l’administration de Damas. Avec la reprise d’Alep Est, Damas montrerait sa capacité à tenir un territoire qui est viable économiquement et surtout sans problème de continuité territoriale le long d’un axe longitudinal qui va du Sud de la province de Sweida jusqu’à Alep. Un territoire où vivraient encore plus de 60% de la population totale de la Syrie. Politiquement, Moscou se pose en acteur incontournable de la crise syrienne, sur lequel d’ailleurs Damas s’appuie bien plus que sur Téhéran. Désormais, c’est par Moscou que devront passer les initiatives politiques, tout le monde s’y résout: même les opposants en exil n’écartent pas une triangulation russe pour négocier l’avenir politique de la Syrie. (…) La situation est confuse à Idleb car les groupes djihadistes présents ont la fâcheuse tendance à se déchirer ces dernières semaines. Sans soutien turc, la province d’Idleb n’est absolument pas viable. Lorsque les dernières ressources auront été prélevées par les seigneurs de la guerre, cela va tourner à l’anarchie. Mais ce qui est inquiétant, c’est que ce djihadistan est un problème pour nombre de pays, y compris le nôtre. Pour ne citer que la Chine, Pékin, à la suite de l’attentat qui a frappé son ambassade à Bichkek l’été dernier, a commencé à s’intéresser de plus près à ce territoire où se trouvent près de 2000 combattants du Parti Islamique du Turkestan, des Ouïghours, dotés d’armes performantes et qui tenteront à nouveau de frapper les Chinois depuis ce réduit. La Chine envisagerait ainsi de doter l’armée syrienne de drones armés, comme elle l’a déjà fait auprès de l’armée irakienne. Il faut noter que les Etats-Unis ont effectué plusieurs frappes dans cette province ces dernières semaines pour éliminer les cadres de Jabhat Fatah al Sham, ex Al Nosra. Avec l’aval bien évidemment de la chasse russe. Je crois que notre focalisation sur l’Etat Islamique nous fait perdre un peu de vue cette poche lourde de menaces. (…) La Turquie porte une responsabilité immense dans le chaos qui règne au Nord de la Syrie. Elle a aidé et encouragé les pires éléments islamistes depuis son territoire à seule fin d’empêcher la constitution d’une zone kurde à ses portes. L’objectif de renverser le «tyran Assad» apparaît de moins en moins sérieux avec le recul quand on constate les dérives mégalomaniaques du Président Erdogan. A présent, elle semble avoir reçu un message clair de Moscou et agit dans un cadre apparemment négocié par Poutine. On ne sait toujours pas quels sont les objectifs de la Turquie: constituer une zone tampon pour empêcher la constitution d’un Rojava (Kurdistan syrien autonome, ndlr.) auquels aspirent les Kurdes de Syrie? Eradiquer l’Etat Islamique (c’est plus douteux)? Dernièrement Erdogan a affirmé avoir comme objectif de renverser Assad. Ce n’est pas sérieux tant que les Russes seront là… Frédéric Pichon
Interventionists (…) should not learn the wrong lesson from Aleppo’s fall. There was never a good plan from the West. The Spectator’s Freddy Gray described the interventionists’ 2013 thinking, and it is not flattering: « Bomb first, think later seemed to be the strategy, just as it was in Libya — and look how well that turned out. » Intervention in Syria was fantastically unpopular in Britain and America. That’s why the House of Commons, and later the U.S. Congress, ended up voting against it. The Obama administration, although it backed away from its half-hearted push for larger intervention, still carried on covert support of the rebels. The CIA and Defense Department armed different groups (who sometimes shot at each other). The Free Syrian Army, the so-called « moderate » rebels on whom so many hopes were pinned, kept disintegrating. Even as the U.S. tried to rebrand it as the « New Syrian Force, » its fighters often defected to al Qaeda, or even ISIS. If they didn’t defect, they would sometimes just lose their new weapons to these more established radical Sunni brands. The United States was allied with the allies of al Qaeda in Syria, and carried out its covert missions under the 2001 AUMF that authorized the U.S. to fight al Qaeda. It’s dizzying. Along the way, the U.S.’s half-hearted intervention possibly created the worst of all worlds. It encouraged people to invest themselves in a doomed fight much longer than was necessary. It caused rebels to place their hopes in a more broad intervention that was never coming. And it lengthened one of the most disastrous civil wars of the modern era, one whose aftershocks and refugee flows have brought terror to Europe and helped empower a resurgent nationalism that is shaking the political and economic foundations of the European Union. Lastly, the U.S. having involved itself just enough to look like a loser, ceded initiative to its chief geopolitical rival, Russia. Not only did Obama help make Syria one of his own « losses, » he paved the way to make it look like a Russian win over the United States and radical Sunni Islam. It’s a disaster. But if the U.S. really wanted to overthrow Assad, the likeliest outcome was the disaster that has afflicted Syria and, to a lesser degree, Iraq: multiple groups claiming the right to govern, and the flourishing of ISIS in the midst of the disorder. That’s the choice Obama backed into, either giving Russia a geopolitical boost, or becoming an agent of chaos again. On top of the horrors in Aleppo’s fall is the dreadful reality that even this may not bring about the end of the war. Positions in Syria that had been recaptured by the government forces and Russia have been abandoned to the control of ISIS. That ISIS recaptured Palmyra was a particularly significant propaganda coup as the Russians had flown in a symphony orchestra to play in its picaresque ruins in celebration of its liberation last year. But taking Aleppo means that the Assad regime has control of the major cities of his nation again, if not the periphery. The horrors in Aleppo are all too real. Honoring the memory of the dead in Syria will require much more serious reflection by our leadership class than what we’ve seen this week. Turning the Eiffel Tower into a memorial for al Qaeda’s dead, and mourning our lost chance at a wider war that had no plausible happy ending, is just another grotesquerie in a long parade of disasters in this region. Michael Brendan Dougherty
The hand-wringing by western politicians and commentators over the appalling humanitarian catastrophe in Aleppo reveals something far worse even than the nauseating virtue-signalling of pointlessly blaming themselves for having decided not to bomb Syrian President Assad’s forces. It reveals they still don’t understand just how morally culpable they actually are. The current breast-beating is all about how the US and Britain made a terrible mistake in not bombing Assad’s forces years ago in this dreadful war. But the issue that made them back away was valid then and remains valid now: that those who might come to power if Assad were removed would be as bad, if not worse, for both the Syrian people and the rest of the world. People were, however, totally missing the point then just as they are doing now. Assad is the puppet of the Iranian regime whose infernal purposes, in gaining regional power in order to perpetrate genocide against Israel and jihadi terrorism against the west, he dutifully serves. Iran needs Assad in power. Without Iran, Assad would not be committing these atrocities. To stop him, the west needs to stop Iran. (…) The hand-wringing over the involvement by Russia’s President Putin, who is providing Assad with the military might to crush the Syrian people, also totally misses the point. Putin has merely stepped into the vacuum left by the collapse of western power and resolve in the world. The Obama administration ended America’s historic role in defending western interests in the developing world. Instead it empowered the west’s enemies, principally Iran, and infamously promoted a supposed “reset” with Russia – which Putin unsurprisingly took as a green light to stomp all over any territory useful to his imperial ambitions. It was the US, UK and EU which between them empowered Iran and turned Russia into the most powerful kid on the block. The slaughter in Syria is the result. Melanie Philips
En octobre de cette année, des manifestants en Europe ont facilement recréé virtuellement chaque scène de “sauvetage” montrée par les “casques blancs” simplement en se barbouillant de farine et de colorant rouge et en s’allongeant sur le sol de villes européennes. Partie prenante de la campagne “Sauver Alep”, les manifestants cherchèrent à amener la “réalité” du “travail” des “casques blancs” à une audience européenne. Mais ils l’ont peut-être fait de manière trop littérale, révélant par là-même que de nombreuses scènes filmées par les “casques blancs” en Syrie sont en fait arrangées et truquées et font partie d’un théâtre de propagande urbaine. Dans une vraie situation de guerre, des bombardements laissent derrière eux un carnage indescriptible, avec des corps calcinés au delà de toute possibilité de reconnaissance, des membres arrachés, pantelants, des plaies ouvertes et des tas de chair sanguinolente. Les vidéos de ces “casques blancs” (NdT: rappelons-le financés à hauteur de millions d’euros par les Etats-Unis et l’UE…) ne représentent bizarrement aucune de ces dures réalités et au lieu de cela mettent le plus souvent en scène de la farine et des colorants sur des figurants, comme vus dans les scènes de manifestations en Europe le mois dernier. Il est à noter que la seule chose qui manquait des manifestations inspirées des “casques blancs” en Europe, fut un décor de fond de ville en ruines et les piles de gravas pour y “enfouir” les acteurs. Réseau international
 Nous sommes bouleversés par cet acte et nous constatons que nos avertissements concernant la venue incontrôlée de centaines de milliers de jeunes hommes issus de cultures islamo-patriarcales sont qualifiés de populistes.  Jörg Meuthen (Alternative pour l’Allemagne)
 Cette victime et beaucoup d’autres auraient pu être évitées, si [leur] pays avait été préparé aux dangers qui vont de pair avec une immigration massive. Rainer Wendt (syndicat policier DPolG)
Nous devons éviter que ces faits épouvantables alimentent la haine. (…) De tels meurtres odieux existaient bien avant que le premier réfugié venu d’Afghanistan ou de Syrie n’arrive » en Allemagne. Sigmar Gabriel (ministre de l’économie, vice-chancelier et président du Parti social-démocrate)
De tels délits sont évidemment dramatiques et doivent faire l’objet de poursuites. (…) Mais, pour autant, il ne faut pas tirer des conclusions sur l’ensemble d’un groupe. Angela Merkel
The White House response to the Syrian crisis has been worse than inaction. With the nuclear deal—the altar on which Mr. Obama sacrificed Syria and America’s traditional Middle East alliances—Washington is actively lending power and prestige to the butchers of Aleppo. Take the Boeing sale. Under Mr. Obama’s nuclear deal, the U.S. authorized the “transfer to Iran of commercial passenger aircraft for exclusively civil aviation end-use.” Some Iranian airlines, such as Mahan Air, remain sanctioned by the U.S. Treasury even after the deal. But Iran Air was de-sanctioned, notwithstanding Treasury’s determination in 2011 that it provides “material support and services” to the Islamic Revolutionary Guards Corps, or IRGC. Boeing’s deal with the mullahs is perfectly legal, in other words, even though the line between civil aviation and military activity in Iran is blurry. Passenger airlines have for years played a central role in Tehran’s efforts to supply the embattled Assad regime and other terrorist proxies with men and materiel—what Foundation for Defense of Democracies expert Emanuele Ottolenghi calls the regime’s “Syrian airlift.” The typical route runs from various Iranian cities to a suspected IRGC hub in Abadan, Iran, and from there to Damascus. Usually, it has been Mahan that flies this route. But publicly available tracking information suggests that Iran Air aircraft have flown it as recently as October. In many of these cases, the actual routes Iran Air flies differ from those associated with the listed flight numbers. Even if Iran Air never uses its jets for the Syrian airlift, the fresh supply of planes would benefit the Assad regime and other Iranian proxies. New parts, services and seats would reduce the pressure on Iranian aviation and improve overall efficiency. (…) The nuclear deal does bar Iran Air from using the jets for noncivil aviation purposes or transferring them to Treasury-sanctioned entities such as Mahan. Under the relevant provision, Washington can withdraw or deny export licenses down the road if it concludes that the aircraft “have been used for purposes other than exclusively civil aviation end-use.” Text is one thing and real-world enforcement another. The U.S. Treasury last May sanctioned nine aircraft associated with Mahan Air, on the grounds that the airline helps the IRGC “ferry operatives, weapons, and funds in support of the Asad regime.” (…) Many of the jets are still airborne today. (…) Once Boeing transfers the purchased aircraft to Iran Air, there is very little the U.S. government can do to control the end-use. The incoming Trump administration has so far kept mum. In the coming weeks Boeing will appeal to Donald Trump’s commitment to boosting manufacturing employment to win support for the sale, pressure the president-elect will have to weigh against his oft-stated opposition to the nuclear deal. Sohari Ahmari
Obama will go down as the only president in history to spend eight years vociferously criticizing both his predecessor and his successor. According to Obama, nearly every problem facing the nation, even in the eighth year of his presidency, can be ascribed to George W. Bush. The remainder can be blamed on Donald Trump. That is quite the legacy… Liz Peek
La politique de « redémarrage » des relations russo-américaines proposée par le président Obama a été interprétée à Moscou comme l’indice de la prise de conscience par les Américains de leur faiblesse, et par conséquent comme une invitation à Moscou de pousser ses pions (…) Le contrat d’achat des Mistrals présente un triple avantage: d’abord, la Russie acquiert des armements de haute technologie sans avoir à faire l’effort de les développer elle-même ; deuxièmement, elle réduit à néant la solidarité atlantique et la solidarité européenne ; troisièmement, elle accélère la vassalisation du deuxième grand pays européen après l’Allemagne. Un expert russe a récemment comparé cette politique à celle de la Chine face aux Etats-Unis : selon lui, à Washington le lobby pro-chinois intéressé aux affaires avec la Chine est devenu si puissant que les Etats-Unis sont désormais incapables de s’opposer à Pékin; la même chose est déjà vraie pour l’Allemagne face à la Russie et elle le sera pour la France après la signature du contrat sur les Mistrals. (…) Aujourd’hui, Moscou (…) se pose en rempart de la civilisation « du Nord », ce qui ne manque pas de sel quand on se souvient avec quelle persévérance Moscou a défendu le programme nucléaire iranien, contribuant grandement à l’émergence de cette « menace » du Sud, et avec quel enthousiasme elle célébrait, il y a un an encore, le naufrage de la civilisation occidentale. (…) On l’a vu dans les années 1930, la présence d’un Etat revanchard sur le continent européen peut réduire à néant toutes les tentatives de fonder un ordre international sur le droit et l’arbitrage. Françoise Thom
L’une des causes de ce désarroi doit être cherchée dans la guerre psychologique que Moscou mène contre les Occidentaux depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine. La Russie a su nous instiller une culpabilité corrosive pour avoir gagné la guerre froide. Elle s’est constamment posée en victime, au point que le refrain de la diplomatie française a été pendant des années qu’ »il ne fallait pas humilier la Russie ». Au nom de ce principe, cette dernière a bénéficié d’une indulgence exceptionnelle, dont elle a usé et abusé. Quel autre pays au monde peut en effet se permettre de raser des villes, de spolier les étrangers, d’assassiner les opposants hors de ses frontières, de harceler les diplomates étrangers, de menacer ses voisins, sans provoquer autre chose que de faibles protestations ? La raison en est que la Russie se pose constamment en victime, et elle a réussi à persuader les Occidentaux qu’ils étaient responsables de la débâcle des premières années de l’après-communisme, alors que la cause de ce fiasco tenait à l’héritage du communisme et aux caractéristiques de la nouvelle élite qui a émergé sur les ruines de l’Etat soviétique. De même que Hitler jouait à fond sur la culpabilité suscitée en Europe par le traité de Versailles, de même les Russes paralysent notre volonté en nous faisant endosser la faute de leurs déboires pendant les années Eltsine. (…) Les propagandistes du Kremlin ont parfaitement assimilé la phraséologie occidentale et ils la manipulent en maîtres. Encore une fois, le précédent de Hitler, qui sut jusqu’en 1938 dissimuler ses projets de conquêtes sous le slogan du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et du « droit du peuple allemand à l’autodétermination », est particulièrement instructif : les régimes autoritaires savent concentrer le mensonge en un rayon laser dévastateur qu’ils braquent sur les centres nerveux des démocraties pétrifiées. Aussi devons-nous avant tout nous débarrasser de cette culpabilité débilitante, à tous les sens du terme. Nous devons nous rappeler comment Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir, par la provocation et une guerre menée contre des citoyens russes. Nous devons nous rappeler ce qu’il a réalisé en quelques années : la mise au pas totale du pays, la redistribution de la propriété au profit de son clan, l’organisation d’une propagande systématique de haine contre les Occidentaux, l’occultation des crimes du communisme, la réhabilitation de Staline, un lavage de cerveau quotidien des citoyens russes visant à leur inculquer la paranoïa, le culte de la force et l’esprit de revanche. (…) Ce qu’elle hait et redoute, c’est la liberté. Elle guette avidement chez nous les signes de faiblesse, d’aveuglement, de corruption et de capitulation préventive – et elle n’a que trop d’occasions de se réjouir. Or chaque démission en appellera d’autres plus grandes. Tant que demeurera une Europe indépendante alliée aux Etats-Unis, la Russie se sentira encerclée. La réalisation des prétendus intérêts de sécurité russes passe par l’asservissement par cercles successifs de tous ses voisins occidentaux et méridionaux. Le plus tôt nous verrons clair dans cette logique paranoïaque de Moscou, le plus tôt nous pourrons imaginer des remèdes. Mais encourager le malade dans sa folie ne sert à rien. Et croire qu’il guérira sans une épreuve de réalité est illusoire. Françoise Thom
Ces derniers mois, les dominos tombent les uns après les autres : presque tous les scrutins tenus dans le monde occidental et l’espace postsoviétique donnent le résultat voulu par le Kremlin. Référendum néerlandais sur l’accord d’association avec l’Ukraine, Brexit, élection de Trump, victoire du parti du Centre prorusse en Estonie, élection du prorusse Dodon en Moldavie, du prorusse Rumen Radev en Bulgarie, victoire de Fillon au premier tour de la primaire de la droite : la liste s’allonge quotidiennement. La patiente stratégie de prise de contrôle des élites et des opinions étrangères par le Kremlin, lancée depuis l’arrivée aux commandes en 2000 de l’équipe du KGB autour de Poutine, commence à porter ses fruits. Les méthodes sont simples et calquées sur celles qui ont fait leurs preuves en Russie pour obtenir la mise au pas du pays : compilation de dossiers compromettants sur les personnalités qui comptent, corruption, chantage, promesses d’avancement voire de propulsion au pouvoir, contrôle des médias (par les mêmes procédés), contrôle des thèmes de propagande. Les méthodes de mise sous influence de l’opinion ont été affinées à partir de 2014 avec une utilisation massive des réseaux sociaux, et là encore l’application des techniques éprouvées qui permettent au régime poutinien de manipuler l’opinion russe : excitation constante des émotions, à commencer par la haine et la peur ; bombardement radioactif de faits divers, souvent falsifiés ; développement de ce qu’on peut appeler une « conscience apocalyptique » autour du mythe de la « fin de l’Occident », qui conditionne les populations à consentir à l’abandon des libertés et leur fait souhaiter l’avènement d’une forte poigne. Tout cela débranche l’esprit critique et engendre l’indifférence à la vérité. La France est travaillée en profondeur par la propagande du Kremlin depuis des années. Au point que le danger que représente la Russie est totalement absent du débat électoral. Surtout pas de retour à la guerre froide, nous dit la Russie, nous faisant oublier que la guerre froide a commencé quand les Occidentaux ont cessé de céder à Staline et que nous lui devons notre liberté. (…) l’Etat russe, tout entier adonné à un projet de puissance (…) consacre l’essentiel de son budget à l’armée et aux services spéciaux, qui teste quotidiennement les défenses des pays de l’Alliance Atlantique (OTAN), qui entretient chez lui une psychose de guerre chronique, qui, à l’étranger, a déployé un prodigieux réseau d’agents, bien supérieur en nombre à celui existant pendant la guerre froide. Un Etat qui a déjà dépecé deux de ses voisins et qui ne dissimule même plus sa prétention à dicter l’issue des scrutins tenus sur le continent européen. Un Etat qui, à l’évidence, nourrit un projet de vassalisation du Vieux Continent : car le déclin continu de l’économie russe rend indispensable à Moscou la mainmise sur les ressources financières et technologiques de l’Europe. Un précédent gouvernement français de droite a déjà donné la preuve de son aveuglement en secondant l’entreprise de modernisation de l’armée russe à partir de 2009, au moment où le démembrement de l’Etat géorgien aurait dû lui ouvrir les yeux sur les ambitions du Kremlin. L’encouragement alors donné à Moscou est la cause directe de la guerre russo-ukrainienne, quand Poutine s’imagine que l’Occident ne réagira pas à l’annexion de la Crimée et des provinces orientales de l’Ukraine. (…) Nos souverainistes, si sourcilleux de notre indépendance quand il s’agit des Etats-Unis, s’alignent sans états d’âme sur les positions du Kremlin, même les plus scandaleuses, comme on l’a vu à droite et à gauche au moment de la guerre hybride contre l’Ukraine. (…) Alors qu’en Europe ils présentent la Russie comme le rempart de la chrétienté contre l’islam, les mêmes hommes tiennent à leurs interlocuteurs musulmans un discours opposé, les exhortant à une solidarité entre traditionalistes contre les « valeurs occidentales ». Si notre droite souhaite réellement revenir aux vertus qui ont fait le rayonnement de l’Occident, elle doit se souvenir que parmi elles on trouve en bonne place le respect de la vérité, la recherche du bien commun, le sentiment du droit et de l’honneur. La Russie poutinienne, avec son culte de la force brutale, sa passion du mensonge, travaille depuis des années à nous faire oublier ces vertus après les avoir effacées chez elle. Françoise Thom
Les dirigeants français, comme ceux de l’URSS brejnévienne, compensent par un ruineux activisme extérieur leur incapacité à lancer des réformes indispensables à l’intérieur, réformes impossibles car elles remettraient en cause les dogmes socialistes qui fondent l’étatisme français. Dans les deux cas, l’activisme extérieur accélère et accuse la crise interne. On a vu ce qu’il est advenu de l’URSS. En France, les indices d’une déliquescence de l’Etat se multiplient depuis deux ans, et l’affaire irakienne a servi de révélateur. Les dirigeants français ont cherché à justifier leur position sur la question irakienne en faisant valoir que la France refusait le « choc des civilisations » et favorisait, par conséquent, l’intégration des musulmans français. Certes, le président Chirac a été acclamé dans les banlieues. Mais l’antiaméricanisme officiel a favorisé la jonction explosive entre une mouvance trotskiste virulente, une mouvance islamiste, une mouvance anti-mondialiste et une mouvance tiers-mondiste. Ce cocktail vénéneux abreuve non seulement les jeunes des banlieues mais les lycéens et les étudiants, expédiés dans les manifestations pour la paix par leurs enseignants gauchistes, au nom de « l’engagement ». Dans ce sens, les orientations de la diplomatie française ne font que refléter la tiers-mondisation galopante de la France, à commencer par la tiers-mondisation des esprits. Le président Chirac défie Bush, mais capitule devant les banlieues. De manière révélatrice, Dominique de Villepin a déclaré devant le parlement que la mission française était de mettre en échec « le libéralisme anglo-saxon ». Comme la plupart de leurs interlocuteurs arabes, les dirigeants français estiment plus urgent de se dresser contre les Etats-Unis, même quand ils ont raison, que de mettre en chantier les réformes qui permettraient de sauver leur Etat de la faillite. (…) Les observateurs étrangers s’interrogent sur les causes de la folie française. Au moment où la fragilité de l’Etat français devient perceptible pour tous, en l’absence de toute défense européenne crédible, est-il vraiment prudent de rompre avec notre allié américain, au point que celui-ci nous considère maintenant comme un ennemi ? (…) La deuxième explication de la politique chiraquienne tient à l’inquiétude de la classe politique devant l’échec de plus en plus patent de l’ »intégration républicaine ». Au lieu de faire face au péril, on se réfugie dans la dénégation. On déclare que la France ne croit pas au « choc des civilisations », comme s’il suffisait de refuser le mot pour effacer la chose. Pour plus de sécurité on abolit jusqu’au concept de civilisation. C’est pourquoi on cherche à refouler à tout prix que la France partage la même civilisation que les Etats-Unis, en cultivant, à grande fanfare, nos relations avec la francophonie. C’est pourquoi aussi la droite française mène une politique de gauche, s’imaginant que le consensus obligatoire la mettra à l’abri du débordement des zones de non-droit. L’antiaméricanisme joue un rôle central dans ce dispositif. Notre politique étrangère exprime donc une sorte de capitulation préventive. La France prend l’initiative de rompre avec le camp occidental dans l’espoir d’éviter une épreuve de force avec sa jeunesse ensauvagée et fanatisée, après avoir failli au devoir de la civiliser. Cette couardise profonde est dissimulée derrière le panache brandi du petit pays qui s’oppose au grand. Le mythe d’Astérix camoufle une réalité nettement plus sordide. L’anti-américanisme rend possible cette imposture, et la continuation d’une politique qui risque de rendre notre mal sans remède, et d’y faire sombrer toute l’Europe. François Thom (2003)
La vérité qui dérange, (…) c’est l’enquête de l’IFOP menée par l’Institut Montaigne sur les musulmans de France. Elle dérange tant que nul n’ose s’indigner. L’enquête est présentée avec une distance embarrassée. Rien à dire a priori sur un sondage réalisé en juin à partir d’un échantillon de 15 459 personnes et qui a isolé 874 personnes de religion musulmane. Et certains résultats laissent pantois. 29 % des musulmans interrogés pensent que la loi islamique (charia) est plus importante que la loi de la République, 40 % que l’employeur doit s’adapter aux obligations religieuses de ses salariés, 60 % que les filles devraient avoir le droit de porter le voile au collège et au lycée. 14 % des femmes musulmanes refusent de se faire soigner par un médecin homme, et 44 % de se baigner dans une piscine mixte. L’Institut Montaigne et leurs rédacteurs Hakim El Karoui et Antoine Jardin ressemblent un peu à Alain Juppé, qui rêve d’une identité heureuse, et affirment qu’« un islam français est possible ». Mais le constat est inquiétant sur la sous-catégorie musulmane la plus « autoritaire » : « 40 % de ses membres sont favorables au port du niqab, à la polygamie, contestent la laïcité et considèrent que la loi religieuse passe avant la loi de la République », écrit l’Institut Montaigne. Cette sous-catégorie représenterait 13 % de l’ensemble des musulmans. L’IFOP chiffrant les musulmans à 5,6 % de la population de plus de 15 ans, nous en déduisons que l’effectif concerné atteint plusieurs centaines de milliers de personnes. Le chiffre qui dérange. L’intégration correcte de la très grande majorité des musulmans ne doit pas non plus conduire à nier une réalité qui, si elle est minoritaire, ne semble pas marginale. (…) Les populations sont sages lorsqu’elles sont traitées en adultes. Les Britanniques multiplient à outrance les comptages ethniques. Le gouvernement allemand publie chaque année les statistiques de criminalité par nationalité. On y constate une surcriminalité des étrangers, mais dont les causes sont expliquées, et les Allemands se concentrent sur leur évolution. En France, on est livrés aux diatribes d’un Eric Zemmour, qui séduira tant qu’on sera incapable d’objectiver sereinement les faits. (…) Les élites ont perdu de leur crédibilité, en minimisant les inégalités délirantes aux Etats-Unis, tardivement mises en évidence par Thomas Piketty, et en ne prêtant pas attention aux perdants de la mondialisation. L’essentiel est de prendre à bras-le-corps les batailles de demain, pour que les populistes ne puissent pas dire « Je vous l’avais bien dit ». Ainsi, ne sous-estimons pas Nicolas Sarkozy, qui cherche pour des raisons électoralistes à évacuer le réchauffement climatique par une autre vérité qui dérange, l’explosion démographique de l’Afrique. Ne pas traiter ce sujet sérieusement, c’est redonner la main aux populistes. Arnaud Leparmentier (Le Monde)
L’étude de l’islam en France conduite par l’Institut Montaigne (…) devrait aussi conduire à une révision considérable des politiques publiques. Son résultat fracassant est que l’islam est utilisé pour une large fraction de la population musulmane jeune, 28% ou 12% selon ce qu’on compte, «comme l’outil de rébellion contre la société française et l’occident en général», conclut l’auteur Hakim El Karoui. Je souligne que 28% ou 12% ce n’est pas du tout pareil, il faudrait savoir! Mais dans les deux cas, c’est très grave pour les responsables de l’islam de voir leur religion utilisée comme un outil de révolte. C’est très grave pour les dirigeants politiques de voir que cette rébellion ne régresse pas, tout à l’inverse. Elle s’étend pour beaucoup de raisons fondamentales, économiques et géopolitiques (les conflits du Moyen-Orient), qui dépassent la France de loin. (…) Aujourd’hui, explique l’étude, «environ 60% des 1029 enquêtés considèrent que les jeunes filles devraient pouvoir porter le voile au collège et au lycée». On a lu: 60%. Et il y a pire pour les tolérants: «Contrairement à l’opinion dominante qui voudrait que les hommes soient plus conservateurs que les femmes, le port du voile est rejeté par 26% des hommes mais seulement par 18% des femmes (…) Ces résultats témoignent d’une adhésion idéologique d’une part importante de la population féminine musulmane au port du voile, allant jusqu’à l’acceptation du voile intégral (pour 28 % des femmes)». Le voile est un outil de révolte ou, plus pacifiquement, l’affichage d’une «fierté islamiste». Dans ce cadre, on comprend pourquoi l’interdire renforce la volonté de le porter. (…) Nous allons vers de plus en plus de difficultés d’intégration pas vers de moins en moins. «On peut le déplorer, s’en féliciter, vouloir le combattre ou le respecter, ce fait social est bien réel. Il faut le traiter, dans le contexte qui est le nôtre -celui d’une violence terroriste et sans limite perpétrée au nom de l’islam, qui rend angoissant pour une majorité de Français le mouvement d’affirmation identitaro-religieux voire théologico- politique qui est à l’œuvre». Eric Le Boucher
Alain Finkielkraut a défini un jour le politiquement correct comme le fait de ne pas voir ce qu’on montre. Le traitement de l’étude sur les musulmans de France réalisée par l’Institut Montaigne sous la direction de Hakim El Karoui et publiée hier par le JDD nous en a fourni un exemple éclatant. On dirait que les médias se sont concertés pour tenter de planquer la réalité sous des titres lénifiants. « Musulmans de France, l’enquête qui surprend », annonçait le JDD à sa « une ». « L’enquête qui terrifie » aurait été un titre plus adapté. C’est la première fois, à ma connaissance, qu’un travail aussi sérieux tente d’établir un portrait idéologique et culturel des musulmans de France (trois quarts de Français, un quart d’étrangers). On se disait bien qu’une partie d’entre eux avait quitté le monde commun – ou n’y avait jamais résidé – mais on pouvait encore espérer qu’il s’agissait d’une infime minorité. Or, on apprend que 28 % des musulmans de France estiment que la charia prévaut sur la loi de la République. Oui, vous avez bien lu : près d’un tiers des musulmans vivant dans notre pays vivent mentalement dans une tout autre contrée. Un tiers sur une population estimée (à la baisse) entre 3 et 4 millions, ça fait un million de personnes, souvent jeunes. Combien seront-ils, dans dix ans, à être passés de la charia au djihad ? Seulement 1 %, soit “seulement” 10 000 ? Voilà qui rassurera certainement les 70 à 80 % de Français que l’islam inquiète. (…) douze ans après le vote de la loi interdisant les signes religieux à l’école, 60 % des personnes interrogées estiment que les filles devraient pouvoir porter le voile à l’école ; 48 % pensent qu’on doit pouvoir affirmer son identité religieuse au travail ; 58 % des hommes et 70 % des femmes sont favorables au port du voile – hijab. Autrement dit, même au sein de la majorité que l’on dit intégrée, on n’entend pas renoncer à ce signe de rupture avec le modèle français qu’est la dissimulation du corps féminin. Les promoteurs de l’étude espéraient sans doute que la réalité scientifiquement établie permettrait de trancher le cou des fantasmes sur l’islam. Or, la réalité se révèle pire que les fantasmes. Comment « déradicalisera-t-on » les 20 % de musulmans et 28 % de musulmanes qui, dans notre pays,  approuvent le port de la burqa ? Combien de générations faudra-t-il pour les convaincre qu’une femme libre n’est pas souillée par le regard d’un homme ? Ces questions ne seront évidemment pas posées, comme le montre le titre hilarant du Monde sur le sujet : « Les musulmans de France, une population jeune et diverse ». Les perroquets du tout-info et tous les autres fossoyeurs du réel s’emploient déjà à expliquer qu’on a mal compris : l’intégration progresse. Quant à ceux pour qui elle ne progresse pas, ils sont révoltés plus que musulmans. Fort bien. Et qu’est-ce qu’on fait, avec tous ces révoltés ? Elisabeth Lévy

Après le leadership par l’arrière, les menaces de représailles rétroactives !

« Référendum néerlandais sur l’accord d’association avec l’Ukraine, Brexit, élection de Trump, victoire du parti du Centre prorusse en Estonie, élection du prorusse Dodon en Moldavie, du prorusse Rumen Radev en Bulgarie, victoire de Fillon au premier tour de la primaire de la droite » …

A l’heure où après huit années de reculades, le plus rapide prix Nobel de l’histoire et prétendu leader du Monde libre nous fait le coup des menaces de représailles rétroactives …

Pendant qu’après lui avoir concédé contre l’avis de son propre Congrès le droit à l’arme nucléaire, ses entreprises comme les nôtres s’apprêtent à fournir à l’Etat voyou et terroriste isranien les avions pour soutenir ses divers affidés de par le monde Syrie comprise …

Qui écoute les avertissements depuis des années de l’historienne Françoise Thom …

Sur la véritable entreprise de vassalisation que mène contre l’Europe l’ex-kégébiste de Moscou depuis son arrivée au pouvoir il y a une quinzaine d’années ?

Mais aussi qui rappelle avec l’essayiste britannique Melanie Philips

Tant la passivité d’Obama qui, sans parler de la militarisation par la Chine d’ilôts entiers au large de ses côtes, a rendu possible la mise à feu et à sang du Moyen-Orient par Poutine et ses alliés iraniens et turcs

Qu’entre théâtre de propagande urbaine et appels au califat dans nos rues ou celles d’Alep …

Ou de déni de l’évidence ou désilluminations de Tour Eiffel

La chariarisation, qui avance, de nos esprits ?

« La France subit la propagande du Kremlin depuis des années »

La vassalisation de l’Europe est en cours, d’après la spécialiste de la Russie, Françoise Thom. Une entreprise menée de longue date depuis Moscou et qui commence à porter ses fruits scrutin après scrutin.

Françoise Thom (Historienne, maître de conférences à l’université Paris-Sorbonne)

Le Monde

23.11.2016 

Ces derniers mois, les dominos tombent les uns après les autres : presque tous les scrutins tenus dans le monde occidental et l’espace postsoviétique donnent le résultat voulu par le Kremlin. Référendum néerlandais sur l’accord d’association avec l’Ukraine, Brexit, élection de Trump, victoire du parti du Centre prorusse en Estonie, élection du prorusse Dodon en Moldavie, du prorusse Rumen Radev en Bulgarie, victoire de Fillon au premier tour de la primaire de la droite : la liste s’allonge quotidiennement.

La patiente stratégie de prise de contrôle des élites et des opinions étrangères par le Kremlin, lancée depuis l’arrivée aux commandes en 2000 de l’équipe du KGB autour de Poutine, commence à porter ses fruits.

Les méthodes sont simples et calquées sur celles qui ont fait leurs preuves en Russie pour obtenir la mise au pas du pays : compilation de dossiers compromettants sur les personnalités qui comptent, corruption, chantage, promesses d’avancement voire de propulsion au pouvoir, contrôle des médias (par les mêmes procédés), contrôle des thèmes de propagande.

Les méthodes de mise sous influence de l’opinion ont été affinées à partir de 2014 avec une utilisation massive des réseaux sociaux, et là encore l’application des techniques éprouvées qui permettent au régime poutinien de manipuler l’opinion russe : excitation constante des émotions, à commencer par la haine et la peur ; bombardement radioactif de faits divers, souvent falsifiés ; développement de ce qu’on peut appeler une « conscience apocalyptique » autour du mythe de la « fin de l’Occident », qui conditionne les populations à consentir à l’abandon des libertés et leur fait souhaiter l’avènement d’une forte poigne. Tout cela débranche l’esprit critique et engendre l’indifférence à la vérité.

La dangerosité de la Russie, absente du débat électoral

La France est travaillée en profondeur par la propagande du Kremlin depuis des années. Au point que le danger que représente la Russie est totalement absent du débat électoral. Surtout pas de retour à la guerre froide, nous dit la Russie, nous faisant oublier que la guerre froide a commencé quand les Occidentaux ont cessé de céder à Staline et que nous lui devons notre liberté.

Le pouvoir de Poutine a considérablement appauvri la majorité des Russes, forcé des millions d’entre eux à choisir l’exil, imposé au reste une propagande abrutissante charriant la haine et le mensonge

Or qu’avons-nous aujourd’hui ? Une Europe désarmée, divisée et démoralisée. Une Amérique tentée par l’égoïsme national et l’isolationnisme. En face, l’Etat russe, tout entier adonné à un projet de puissance, qui consacre l’essentiel de son budget à l’armée et aux services spéciaux, qui teste quotidiennement les défenses des pays de l’Alliance Atlantique (OTAN), qui entretient chez lui une psychose de guerre chronique, qui, à l’étranger, a déployé un prodigieux réseau d’agents, bien supérieur en nombre à celui existant pendant la guerre froide.

Un Etat qui a déjà dépecé deux de ses voisins et qui ne dissimule même plus sa prétention à dicter l’issue des scrutins tenus sur le continent européen. Un Etat qui, à l’évidence, nourrit un projet de vassalisation du Vieux Continent : car le déclin continu de l’économie russe rend indispensable à Moscou la mainmise sur les ressources financières et technologiques de l’Europe.

Aveuglement

Un précédent gouvernement français de droite a déjà donné la preuve de son aveuglement en secondant l’entreprise de modernisation de l’armée russe à partir de 2009, au moment où le démembrement de l’Etat géorgien aurait dû lui ouvrir les yeux sur les ambitions du Kremlin.

L’encouragement alors donné à Moscou est la cause directe de la guerre russo-ukrainienne, quand Poutine s’imagine que l’Occident ne réagira pas à l’annexion de la Crimée et des provinces orientales de l’Ukraine. Une France gouvernée par le « parti russe » devra s’associer aux aventures militaires du Kremlin, devenir son instrument dans l’achèvement de la désagrégation de l’Europe et de l’OTAN.

Après la victoire de Fillon au premier tour de la primaire de la droite, une publication russe titrait « Le Trump français fera éclater l’Europe ». Est-ce vraiment un ordre international où règne la loi du plus fort que nous souhaitons ? La Russie n’en reconnaît pas d’autre.

Nos souverainistes, si sourcilleux de notre indépendance quand il s’agit des Etats-Unis, s’alignent sans états d’âme sur les positions du Kremlin, même les plus scandaleuses, comme on l’a vu à droite et à gauche au moment de la guerre hybride contre l’Ukraine.

Culte de la force brutale

Et qu’obtiendrons-nous en échange de notre entrée dans l’orbite russe ? Le pouvoir de Poutine a considérablement appauvri la majorité des Russes, forcé des millions d’entre eux à choisir l’exil, imposé au reste une propagande abrutissante charriant la haine et le mensonge. Et c’est dans ce pays que notre droite cherche son inspiration ?

Aujourd’hui, elle croit se ressourcer dans les « valeurs traditionnelles » brandies par Moscou. Elle ne comprend pas le fondement de la propagande russe : les idées ne sont mises en avant que de manière instrumentale par les hommes du Kremlin, pour favoriser la réalisation de leurs objectifs de puissance.

Alors qu’en Europe ils présentent la Russie comme le rempart de la chrétienté contre l’islam, les mêmes hommes tiennent à leurs interlocuteurs musulmans un discours opposé, les exhortant à une solidarité entre traditionalistes contre les « valeurs occidentales ». Si notre droite souhaite réellement revenir aux vertus qui ont fait le rayonnement de l’Occident, elle doit se souvenir que parmi elles on trouve en bonne place le respect de la vérité, la recherche du bien commun, le sentiment du droit et de l’honneur.

La Russie poutinienne, avec son culte de la force brutale, sa passion du mensonge, travaille depuis des années à nous faire oublier ces vertus après les avoir effacées chez elle. Car, tant qu’elles subsistent, la fusion de l’Europe avec l’Union eurasienne de Poutine ne pourra s’accomplir.

Françoise Thom

Historienne, maître de conférences à l’université Paris-Sorbonne

Voir aussi:

Aleppo, virtue-signalling and myopia

The hand-wringing by western politicians and commentators over the appalling humanitarian catastrophe in Aleppo reveals something far worse even than the nauseating virtue-signalling of pointlessly blaming themselves for having decided not to bomb Syrian President Assad’s forces. It reveals they still don’t understand just how morally culpable they actually are.

The current breast-beating is all about how the US and Britain made a terrible mistake in not bombing Assad’s forces years ago in this dreadful war.

But the issue that made them back away was valid then and remains valid now: that those who might come to power if Assad were removed would be as bad, if not worse, for both the Syrian people and the rest of the world.

People were, however, totally missing the point then just as they are doing now. Assad is the puppet of the Iranian regime whose infernal purposes, in gaining regional power in order to perpetrate genocide against Israel and jihadi terrorism against the west, he dutifully serves. Iran needs Assad in power. Without Iran, Assad would not be committing these atrocities. To stop him, the west needs to stop Iran.

In July 2013, I said on BBC TV’s Question Time that to deal with Assad Iran needed to be neutralised. I didn’t specify the means; had I been given the opportunity, I would have said that whether by diplomatic isolation, effective sanctions, support for Iranian dissidents or in the last resort military force the threat from the Iranian regime had to be stopped. Look here, though, at the reaction I received from both the studio audience and one Boris Johnson, then Mayor of London and now Britain’s Foreign Secretary:

The hand-wringing over the involvement by Russia’s President Putin, who is providing Assad with the military might to crush the Syrian people, also totally misses the point. Putin has merely stepped into the vacuum left by the collapse of western power and resolve in the world. The Obama administration ended America’s historic role in defending western interests in the developing world. Instead it empowered the west’s enemies, principally Iran, and infamously promoted a supposed “reset” with Russia – which Putin unsurprisingly took as a green light to stomp all over any territory useful to his imperial ambitions.

It was the US, UK and EU which between them empowered Iran and turned Russia into the most powerful kid on the block. The slaughter in Syria is the result.

Voir également:

Musulmans de France, l’enquête qui fait peur
28% des sondés pour la charia
Elisabeth Lévy
Causeur.
19 septembre 2016

Alain Finkielkraut a défini un jour le politiquement correct comme le fait de ne pas voir ce qu’on montre. Le traitement de l’étude sur les musulmans de France réalisée par l’Institut Montaigne sous la direction de Hakim El Karoui et publiée hier par le JDD nous en a fourni un exemple éclatant. On dirait que les médias se sont concertés pour tenter de planquer la réalité sous des titres lénifiants. « Musulmans de France, l’enquête qui surprend », annonçait le JDD à sa « une ». « L’enquête qui terrifie » aurait été un titre plus adapté.

28% de fans de la charia
C’est la première fois, à ma connaissance, qu’un travail aussi sérieux tente d’établir un portrait idéologique et culturel des musulmans de France (trois quarts de Français, un quart d’étrangers). On se disait bien qu’une partie d’entre eux avait quitté le monde commun – ou n’y avait jamais résidé – mais on pouvait encore espérer qu’il s’agissait d’une infime minorité. Or, on apprend que 28 % des musulmans de France estiment que la charia prévaut sur la loi de la République. Oui, vous avez bien lu : près d’un tiers des musulmans vivant dans notre pays vivent mentalement dans une tout autre contrée. Un tiers sur une population estimée (à la baisse) entre 3 et 4 millions, ça fait un million de personnes, souvent jeunes. Combien seront-ils, dans dix ans, à être passés de la charia au djihad ? Seulement 1 %, soit “seulement” 10000 ? Voilà qui rassurera certainement les 70 à 80 % de Français que l’islam inquiète.

La réalité se révèle pire que les fantasmes
On pourrait se réjouir de ce que 70 % des musulmans vivant dans notre pays soient devenus des laïques comme les autres. « Deux tiers des musulmans pensent que la laïcité permet de vivre librement sa religion », affirme Hakim El Karoui. Alors, il doit y avoir maldonne sur le sens du mot laïcité.  En effet, douze ans après le vote de la loi interdisant les signes religieux à l’école, 60 % des personnes interrogées estiment que les filles devraient pouvoir porter le voile à l’école ; 48 % pensent qu’on doit pouvoir affirmer son identité religieuse au travail ; 58 % des hommes et 70 % des femmes sont favorables au port du voile – hijab. Autrement dit, même au sein de la majorité que l’on dit intégrée, on n’entend pas renoncer à ce signe de rupture avec le modèle français qu’est la dissimulation du corps féminin.

Les promoteurs de l’étude espéraient sans doute que la réalité scientifiquement établie permettrait de trancher le cou des fantasmes sur l’islam. Or, la réalité se révèle pire que les fantasmes. Comment « déradicalisera-t-on » les 20 % de musulmans et 28 % de musulmanes qui, dans notre pays,  approuvent le port de la burqa ? Combien de générations faudra-t-il pour les convaincre qu’une femme libre n’est pas souillée par le regard d’un homme ?

Ces questions ne seront évidemment pas posées, comme le montre le titre hilarant du Monde sur le sujet : « Les musulmans de France, une population jeune et diverse ». Les perroquets du tout-info et tous les autres fossoyeurs du réel s’emploient déjà à expliquer qu’on a mal compris : l’intégration progresse. Quant à ceux pour qui elle ne progresse pas, ils sont révoltés plus que musulmans. Fort bien. Et qu’est-ce qu’on fait, avec tous ces révoltés ?

Alain Finkielkraut a défini un jour le politiquement correct comme le fait de ne pas voir ce qu’on montre. Le traitement de l’étude sur les musulmans de France réalisée par l’Institut Montaigne sous la direction de Hakim El Karoui et publiée hier par le JDD nous en a fourni un exemple éclatant. On dirait que les médias se sont concertés pour tenter de planquer la réalité sous des titres lénifiants. « Musulmans de France, l’enquête qui surprend », annonçait le JDD à sa « une ». « L’enquête qui terrifie » aurait été un titre plus adapté.

28% de fans de la charia

C’est la première fois, à ma connaissance, qu’un travail aussi sérieux tente d’établir un portrait idéologique et culturel des musulmans de France (trois quarts de Français, un quart d’étrangers). On se disait bien qu’une partie d’entre eux avait quitté le monde commun – ou n’y avait jamais résidé – mais on pouvait encore espérer qu’il s’agissait d’une infime minorité. Or, on apprend que 28 % des musulmans de France estiment que la charia prévaut sur la loi de la République. Oui, vous avez bien lu : près d’un tiers des musulmans vivant dans notre pays vivent mentalement dans une tout autre contrée. Un tiers sur une population estimée (à la baisse) entre 3 et 4 millions, ça fait un million de personnes, souvent jeunes. Combien seront-ils, dans dix ans, à être passés de la charia au djihad ? Seulement 1 %, soit “seulement” 10000 ? Voilà qui rassurera certainement les 70 à 80 % de Français que l’islam inquiète.

La réalité se révèle pire que les fantasmes

On pourrait se réjouir de ce que 70 % des musulmans vivant dans notre pays soient devenus des laïques comme les autres. « Deux tiers des musulmans pensent que la laïcité permet de vivre librement sa religion », affirme Hakim El Karoui. Alors, il doit y avoir maldonne sur le sens du mot laïcité.  En effet, douze ans après le vote de la loi interdisant les signes religieux à l’école, 60 % des personnes interrogées estiment que les filles devraient pouvoir porter le voile à l’école ; 48 % pensent qu’on doit pouvoir affirmer son identité religieuse au travail ; 58 % des hommes et 70 % des femmes sont favorables au port du voile – hijab. Autrement dit, même au sein de la majorité que l’on dit intégrée, on n’entend pas renoncer à ce signe de rupture avec le modèle français qu’est la dissimulation du corps féminin.

Les promoteurs de l’étude espéraient sans doute que la réalité scientifiquement établie permettrait de trancher le cou des fantasmes sur l’islam. Or, la réalité se révèle pire que les fantasmes. Comment « déradicalisera-t-on » les 20 % de musulmans et 28 % de musulmanes qui, dans notre pays,  approuvent le port de la burqa ? Combien de générations faudra-t-il pour les convaincre qu’une femme libre n’est pas souillée par le regard d’un homme ?

Ces questions ne seront évidemment pas posées, comme le montre le titre hilarant du Monde sur le sujet : « Les musulmans de France, une population jeune et diverse ». Les perroquets du tout-info et tous les autres fossoyeurs du réel s’emploient déjà à expliquer qu’on a mal compris : l’intégration progresse. Quant à ceux pour qui elle ne progresse pas, ils sont révoltés plus que musulmans. Fort bien. Et qu’est-ce qu’on fait, avec tous ces révoltés ?

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Frédéric Pichon : «Notre focalisation sur Daech nous fait oublier les autres djihadistes en Syrie»

  • Alexis Feertchak
  • Le Figaro
  • 30/11/2016

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Alors que le régime de Bachar al-Assad semble gagner la bataille d’Alep et se renforcer politiquement, le spécialiste du Moyen-Orient met en garde contre la constitution en Syrie du «djihadistan» d’Idleb certes anarchique mais dominé par l’ex-Front al-Nosra.

Frédéric Pichon est un géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient. Auteur d’une thèse de doctorat sur la Syrie et chercheur associé à l’Université de Tours, il a publié Géopolitique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (co-aut., éd. PUF, 2012) et Syrie: Pourquoi l’Occident s’est trompé (éd. Éditions du Rocher, 2014).


FIGAROVOX. – La poche des rebelles à l’Est d’Alep se réduit chaque jour davantage face aux assauts de l’Armée syrienne appuyée notamment par l’aviation russe. Le sort de la bataille d’Alep est-il scellé?

Frédéric PICHON. – Pour le moment, l’assaut des forces loyalistes est parvenu à couper en deux la zone rebelle d’Alep, grâce essentiellement aux troupes d’élite de l’armée syrienne. Symboliquement c’est très important pour Damas, car cela atténue l’implication des alliés étrangers dans la bataille d’Alep, exception faite des Russes dont l’aviation a été décisive. Il reste plus au sud une zone étendue dans laquelle sont encore piégés des milliers de civils et les éléments armés qui contrôlent cet espace. Est ce la fin? L’offensive loyaliste à eu un impact majeur sur le moral des combattants. De plus en raison de l’encerclement complet des poches restantes et de la fin du soutien turc en armes et combattants, il est probable que le sort de la bataille d’Alep soit scellé, comme je l’avais annoncé il y a un mois. Les Russes se tiennent d’ailleurs en embuscade et sont en train de négocier des trêves avec les chefs rebelles. Selon un scenario déjà éprouvé à Homs, ils vont probablement leur proposer une sortie honorable en direction d’Idleb.

De nombreux civils d’Alep Est se sont réfugiés dans la zone de la ville contrôlée par le régime de Bachar al-Assad. Que dire de la situation humanitaire dans l’ancienne capitale économique de la Syrie?

Oui, très pudiquement, alors même que l’OSDH le mentionnait, les médias occidentaux se sont bien gardés de mentionner que l’immense majorité des civils qui ont fui (sans doute déjà plus de 50000) l’ont fait vers les zones loyalistes de l’Ouest d’Alep ou vers le quartier kurde de Sheikh Maqsoud. Pour les milliers de civils encore bloqués à l’Est, les conditions sont en train de se dégrader, si bien qu’on peut penser qu’il y aura des flux massifs dans les jours qui viennent. De ce point de vue, la stratégie des rebelles qui ont tout fait pour empêcher la fuite des civils semble être un échec. Et c’est bien évidemment le calcul du gouvernement syrien qui fait tout pour leur rendre la vie impossible. C’est le scenario prévisible que va connaître Mossoul dans les semaines à venir. La guerre urbaine est la pire des guerres, l’ «ultime champ de bataille» pour reprendre le titre d’un ouvrage récent.

Quelles conséquences politiques pour Damas, Moscou et Téhéran auraient une reprise d’Alep?

Alep aurait pu devenir dès 2012 la capitale de l’opposition islamiste à Bachar al-Assad. Mais la sociologie de la ville a empêché que l’assaut depuis l’extérieur mené par les rebelles puisse déboucher sur un contrôle total de la ville. L’immense majorité des Alépins a continué de vivre sous le contrôle de l’administration de Damas. Avec la reprise d’Alep Est, Damas montrerait sa capacité à tenir un territoire qui est viable économiquement et surtout sans problème de continuité territoriale le long d’un axe longitudinal qui va du Sud de la province de Sweida jusqu’à Alep. Un territoire où vivraient encore plus de 60% de la population totale de la Syrie. Politiquement, Moscou se pose en acteur incontournable de la crise syrienne, sur lequel d’ailleurs Damas s’appuie bien plus que sur Téhéran. Désormais, c’est par Moscou que devront passer les initiatives politiques, tout le monde s’y résout: même les opposants en exil n’écartent pas une triangulation russe pour négocier l’avenir politique de la Syrie.

Quel est l’avenir des rebelles d’Idleb, à l’Ouest d’Alep? Assiste-t-on dans ce territoire à l’éclosion d’un djihadistan sous l’influence de l’ex-Front al-Nosra donc d’al-Qaïda?

La situation est confuse à Idleb car les groupes djihadistes présents ont la fâcheuse tendance à se déchirer ces dernières semaines. Sans soutien turc, la province d’Idleb n’est absolument pas viable. Lorsque les dernières ressources auront été prélevées par les seigneurs de la guerre, cela va tourner à l’anarchie. Mais ce qui est inquiétant, c’est que ce djihadistan est un problème pour nombre de pays, y compris le nôtre. Pour ne citer que la Chine, Pékin, à la suite de l’attentat qui a frappé son ambassade à Bichkek l’été dernier, a commencé à s’intéresser de plus près à ce territoire où se trouvent près de 2000 combattants du Parti Islamique du Turkestan, des Ouïghours, dotés d’armes performantes et qui tenteront à nouveau de frapper les Chinois depuis ce réduit. La Chine envisagerait ainsi de doter l’armée syrienne de drones armés, comme elle l’a déjà fait auprès de l’armée irakienne. Il faut noter que les Etats-Unis ont effectué plusieurs frappes dans cette province ces dernières semaines pour éliminer les cadres de Jabhat Fatah al Sham, ex Al Nosra. Avec l’aval bien évidemment de la chasse russe. Je crois que notre focalisation sur l’Etat Islamique nous fait perdre un peu de vue cette poche lourde de menaces.

L’opération turque au Nord de la Syrie se poursuit, notamment pour reprendre la ville d’Al-Bab aux mains de l’Etat islamique. Dans cette région, la rivalité est forte avec les Kurdes et l’armée syrienne. Quel est le jeu d’Ankara? Dans quelle mesure est-il libre vis-à-vis de Moscou?

La Turquie porte une responsabilité immense dans le chaos qui règne au Nord de la Syrie. Elle a aidé et encouragé les pires éléments islamistes depuis son territoire à seule fin d’empêcher la constitution d’une zone kurde à ses portes. L’objectif de renverser le «tyran Assad» apparaît de moins en moins sérieux avec le recul quand on constate les dérives mégalomaniaques du Président Erdogan. A présent, elle semble avoir reçu un message clair de Moscou et agit dans un cadre apparemment négocié par Poutine. On ne sait toujours pas quels sont les objectifs de la Turquie: constituer une zone tampon pour empêcher la constitution d’un Rojava (Kurdistan syrien autonome, ndlr.) auquels aspirent les Kurdes de Syrie? Eradiquer l’Etat Islamique (c’est plus douteux)? Dernièrement Erdogan a affirmé avoir comme objectif de renverser Assad. Ce n’est pas sérieux tant que les Russes seront là…

L’Etat islamique est sur la défensive en Irak, mais aussi en Syrie. Pourrait-on envisager une reprise rapide de leur capitale régionale, Raqqa?

Le problème de Raqqa, pour toutes les raisons évoquées plus haut est très compliqué à résoudre. Non pas tant tactiquement mais politiquement: il faudra attendre encore plusieurs semaines avant qu’un consensus international se dégage, issu de la fin de la bataille d’Alep ou même de Mossoul. Après, ce sera la course. En attendant, tout le monde avance ses pions: forces spéciales françaises, troupes turques, kurdes syriens, milices irakiennes venues de l’est. Quant aux avions de la Coalition, ils devront aussi se coordonner avec les Russes ou les Syriens. Mais c’est encore trop tôt.

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En Syrie les “casques blancs” pris la main dans le sac de la mise en scène

La “Défense Civile Syrienne” financée par les Etats-Unis et l’Europe plus connue sous le vocable des “Casques Blancs”, est de plus en plus démontrée être un des plus gros et des plus élaborés mensonges et tromperies de la propagande de guerre moderne occidentale. Se présentant comme à la fois “sauveteurs” de civils coincés dans de soi-disant bombardements russes en Syrie et “observateurs” des soi-disant “atrocités” commises contre les militants combattant le gouvernement syrien, les preuves se sont accumulées pour démontrer que cette entité est en fait complice des groupes militants islamistes incluant des groupes terroristes reconnus et aussi une agence de propagande occidentale.

En octobre de cette année, des manifestants en Europe ont facilement recréé virtuellement chaque scène de “sauvetage” montrée par les “casques blancs” simplement en se barbouillant de farine et de colorant rouge et en s’allongeant sur le sol de villes européennes. Partie prenante de la campagne “Sauver Alep”, les manifestants cherchèrent à amener la “réalité” du “travail” des “casques blancs” à une audience européenne. Mais ils l’ont peut-être fait de manière trop littérale, révélant par là-même que de nombreuses scènes filmées par les “casques blancs” en Syrie sont en fait arrangées et truquées et font partie d’un théâtre de propagande urbaine.

Dans une vraie situation de guerre, des bombardements laissent derrière eux un carnage indescriptible, avec des corps calcinés au delà de toute possibilité de reconnaissance, des membres arrachés, pantelants, des plaies ouvertes et des tas de chair sanguinolente. Les vidéos de ces “casques blancs” (NdT: rappelons-le financés à hauteur de millions d’euros par les Etats-Unis et l’UE…) ne représentent bizarrement aucune de ces dures réalités et au lieu de cela mettent le plus souvent en scène de la farine et des colorants sur des figurants, comme vus dans les scènes de manifestations en Europe le mois dernier.

Il est à noter que la seule chose qui manquait des manifestations inspirées des “casques blancs” en Europe, fut un décor de fond de ville en ruines et les piles de gravas pour y “enfouir” les acteurs.

Une vidéo récente partagée sur facebook par l’activiste syrienne Mimi Al Laham expose grandement cette farce avec l’inclusion de cette dernière caractéristique.

Ce qui apparaît être une vidéo des “casques blancs” est filmé dans un style technique connu sous le nom de “mannequin challenge”. Sur ce type de plan, les acteurs sont figés tandis que la caméra bouge autour d’eux pour un effet similaire d’une technique employée à Hollywood pour augmenter l’effet dramatique. Ceci a fait surface sur Youtube.

La vidéo commence avec trois hommes tentant de demeurer parfaitement immobiles alors que la caméra bouge autour d’eux. Les hommes posent dans des gravas d’un bâtiment effondré. Deux des hommes sont habillés en “casques blancs” et le 3ème homme est allongé au sol avec ses jambes partiellement ensevelies sous les gravas. Un effet son est ajouté à la bande son de manière évidente, son similaire de celui que nous pouvons entendre dans les films de guerre lorsqu’un personnage est choqué et ses oreilles sifflent et bourdonnent, juste avant que les personnages ne commencent à bouger et à crier, les volontaires commencent alors à “dégager” l’homme coincé qui feint des cris de douleurs.

A part le style du “mannequin challenge”, la vidéo n’est pas différente de toute celles inclues dans la “filmographie” des “casques blancs”. Comme toutes les “victimes” que les “casques blancs” ont “sauvées”, l’homme dans cette vidéo n’est manifestement pas blessé et est simplement couvert de poussière tout comme les manifestants en Europe étaient couverts de farine et juste comme toutes les “victimes” que les “casques blancs” ont “sauvé” en Syrie, le furent après les soi-disant bombardements.

De sérieuses questions éthiques se posent

Dans cette vidéo, les trois hommes sont indubitablement des acteurs. La “victime” a été manifestement et sans aucun doute intentionnellement et précautionneusement enfouie dans les gravas et non pas coincée en résultat d’un bombardement. Le fait que les deux autres acteurs soient complètement habillés des uniformes des “casques blancs”, acquis par les dizaines de millions d’euros fournis à l’organisation par les gouvernements occidentaux, révèle une violation potentiellement sérieuse de l’éthique, similaire aux violations du code d’éthique commises par des sauveteurs et médecins, réels eux, et qui utilisent leurs ressources et leur statut protégé à des fins politiques et militaires plutôt que pour leurs missions humanitaires réelles. (NdT: suivez notre regard….)

Les “casques blancs” sont peut-être la parfaite personnalisation de cette “opposition” syrienne. Une façade, une supercherie totalement créée par des intérêts étrangers pour diviser et détruire une nation entière, voire une région entière, tout en posant comme des héros de la “liberté”, de la “démocratie” et de la “cause humanitaire”. Pour toutes les autres ONG du monde recevant le financement des Etats-Unis et de l’UE (NdT: directement ou par procuration… USAID, NED etc…), elles devraient sérieusement considérer en quelle compagnie elles se retrouvent: celles de menteurs et de terroristes, d’acteurs qui se repaissent des bonnes intentions des gens à faire le bien tout en exploitant la misère dont ils sont eux-mêmes le plus souvent directement impliqués à créer.

Voir également:

The Mullahs’ Syrian Airlift Gets a Boost

Boeing sells 80 aircraft to an Iranian regime that uses passenger jets to supply Bashar Assad. Thank Obama’s nuclear deal.

News of the sale came as the Syrian regime closed in on the last rebel positions in Aleppo. The United Nations reports that Bashar Assad’s forces are executing civilians in their homes and on the streets. At the Security Council on Tuesday, Samantha Power, America’s U.N. ambassador, raged at Syria and its Russian and Iranian patrons. “Are you truly incapable of shame?” she asked. She went on to compare the killing fields of Aleppo with ethnic cleansing in Rwanda and Srebrenica.

Moving stuff. But since Ayatollah Khamenei and Vladimir Putin don’t bend to stirring American oratory, the speech only served to highlight the Obama administration’s capacity for self-serving moralism. Ms. Power, for one, apparently can’t see how she now resembles the diplomats she pilloried in her book “A Problem From Hell: America and the Age of Genocide.” She is still playing the idealist in the age of the disappearing red line.

The White House response to the Syrian crisis has been worse than inaction. With the nuclear deal—the altar on which Mr. Obama sacrificed Syria and America’s traditional Middle East alliances—Washington is actively lending power and prestige to the butchers of Aleppo.

Take the Boeing sale. Under Mr. Obama’s nuclear deal, the U.S. authorized the “transfer to Iran of commercial passenger aircraft for exclusively civil aviation end-use.” Some Iranian airlines, such as Mahan Air, remain sanctioned by the U.S. Treasury even after the deal. But Iran Air was de-sanctioned, notwithstanding Treasury’s determination in 2011 that it provides “material support and services” to the Islamic Revolutionary Guards Corps, or IRGC.

Boeing’s deal with the mullahs is perfectly legal, in other words, even though the line between civil aviation and military activity in Iran is blurry. Passenger airlines have for years played a central role in Tehran’s efforts to supply the embattled Assad regime and other terrorist proxies with men and materiel—what Foundation for Defense of Democracies expert Emanuele Ottolenghi calls the regime’s “Syrian airlift.”

The typical route runs from various Iranian cities to a suspected IRGC hub in Abadan, Iran, and from there to Damascus. Usually, it has been Mahan that flies this route. But publicly available tracking information suggests that Iran Air aircraft have flown it as recently as October. In many of these cases, the actual routes Iran Air flies differ from those associated with the listed flight numbers.

Even if Iran Air never uses its jets for the Syrian airlift, the fresh supply of planes would benefit the Assad regime and other Iranian proxies. New parts, services and seats would reduce the pressure on Iranian aviation and improve overall efficiency. “You can’t insulate the activities of civil aviation from the nefarious ones,” says Mr. Ottolenghi. Boeing didn’t respond to multiple requests for comment.

The nuclear deal does bar Iran Air from using the jets for noncivil aviation purposes or transferring them to Treasury-sanctioned entities such as Mahan. Under the relevant provision, Washington can withdraw or deny export licenses down the road if it concludes that the aircraft “have been used for purposes other than exclusively civil aviation end-use.”

Text is one thing and real-world enforcement another. The U.S. Treasury last May sanctioned nine aircraft associated with Mahan Air, on the grounds that the airline helps the IRGC “ferry operatives, weapons, and funds in support of the Asad regime.” Mahan had a “blockable” interest in the nine aircraft, Treasury said, and identifying them would make it “more difficult for Iran to use deceptive practices to try to evade sanctions.”

Many of the jets are still airborne today. At least one of them flew to such destinations as Paris, Kuala Lumpur and Milan as recently as this week, according to publicly available flight-tracking information. Once Boeing transfers the purchased aircraft to Iran Air, there is very little the U.S. government can do to control the end-use.

The incoming Trump administration has so far kept mum. In the coming weeks Boeing will appeal to Donald Trump’s commitment to boosting manufacturing employment to win support for the sale, pressure the president-elect will have to weigh against his oft-stated opposition to the nuclear deal.

U.S. Rep. Peter Roskam (R., Ill.), who spearheads congressional opposition to the Boeing sale, tells me in a phone interview: “Boeing has never answered this question: How are you going to prevent the Iranian regime from using these [aircraft] to support the Assad regime?” Then again, aircraft manufacturers exist to sell aircraft. It is Obama-administration alumni who will live with the consequences.

Mr. Ahmari is a Journal editorial writer based in London.

Voir de même:

Gros contrat entre l’Iran et Boeing, Airbus devrait suivre

La compagnie aérienne IranAir a annoncé dimanche l’achat de 80 avions commerciaux Boeing – cinquante 737 et trente 777 -, un contrat sans précédent entre les Etats-Unis et l’Iran depuis la révolution de 1979.

Un accord entre l’Iran et le rival européen de Boeing, Airbus, portant sur l’achat de plus d’une cinquantaine d’appareils devrait suivre dans les prochains jours, a déclaré parallèlement un responsable iranien à Reuters.

L’accord avec Boeing, annoncé d’abord par l’agence de presse Irna et confirmé par l’avionneur américain, représente un investissement de 16,6 milliards de dollars (15,7 milliards d’euros) étalé sur dix ans, précise Irna qui ajoute qu’il a été validé par les autorités fédérales américaines.

Le directeur régional de Boeing, Fletcher Barkdull, se trouve à Téhéran pour la signature de ce contrat, précise Irna.

L’accord annoncé dimanche fait suite à un accord préliminaire conclu en juin et portant sur plus de 100 appareils, a précisé Boeing.

Les appareils restants devraient faire l’objet d’une location longue durée, a ajouté l’avionneur, qui dit avoir travaillé en étroite coordination avec les autorités américaines pendant les négociations.

Les Etats-Unis ont recommencé à émettre des licences autorisant la vente d’avions de ligne à l’Iran suite à la levée des sanctions internationales imposées contre le régime de Téhéran pour son programme nucléaire.

Boeing et Airbus ont ainsi reçu le feu vert des autorités américaines pour vendre à l’Iran plus de 100 avions chacun.

AIRBUS DEVRAIT LIVRER LE PREMIER

Même si Airbus est un groupe européen, l’aval de Washington est indispensable pour vendre des avions à l’Iran car au moins 10% des composants des appareils concernés proviennent des Etats-Unis.

L’accord avec Airbus, qui porte dans un premier temps sur environ la moitié des 118 avions ayant fait l’objet d’une commande provisoire en janvier, devrait être finalisé dans les deux prochains jours, a précisé le responsable iranien.

Les premiers avions à arriver en Iran devraient être européens. Les Airbus et les appareils turbopropulsés fabriqués par ATR, dont Airbus détient la moitié du capital, devraient être livrés en 2017, les livraisons d’Airbus ne commençant qu’en 2018, selon le même responsable.

« Airbus en est à un stade plus avancé en ce qui concerne les livraisons », a-t-il dit, ajoutant que l’accord signé dimanche avec Boeing devait encore faire l’objet de discussions sur son financement.

(Bureau de Dubai, avec Tim Hepher à Paris; Henri-Pierre André et Patrick Vignal pour le service français)

Voir de plus:

Les représentants US votent contre les ventes d’avions à l’Iran

L’Orient le jour
19/11/2016
La Chambre américaine des représentants a adopté jeudi un projet de loi visant à interdire les ventes d’avions de ligne à l’Iran, cherchant ainsi à empêcher que soient honorés des contrats conclus par Boeing et Airbus, qui ont d’ores et déjà été approuvés par l’administration Obama.

Le texte a été adopté par 243 voix contre 174. La mesure interdirait au département du Trésor d’accorder les licences dont les banques américaines ont besoin pour financer la vente d’avions commerciaux. C’est là la dernière tentative en date des élus républicains du Congrès pour contrer l’accord international conclu entre l’Iran, les États-Unis et les autres grandes puissances sur son programme nucléaire, qui a eu pour conséquence la levée des sanctions internationales.
Les contrats conclus par Airbus et Boeing sur la vente ou la location de plus de 200 appareils à IranAir doivent aider l’Iran à moderniser et agrandir sa flotte d’avions vieillissante, entretenue bon an mal an grâce à des pièces obtenues en contrebande ou fabriquées de façon artisanale.
Le projet de loi a toutefois peu de chances d’être adopté sous la mandature actuelle. Il lui faudra encore faire l’objet d’un vote au Sénat, où il se heurtera à une vive opposition des démocrates. Et s’il venait à franchir cet obstacle, la Maison-Blanche a laissé entendre que Barack Obama opposerait son veto.
(Source : AFP)

Voir encore:

How Obama made Syria’s civil war much, much worse
Michael Brendan Dougherty
The Week
December 15, 2016

Aleppo has fallen. And much of the West is awash in a considerable amount of guilt over the Syrian city’s fate.

The Eiffel Tower was dark yesterday in honor of the victims of Bashar al-Assad’s regime in Aleppo. In Britain’s House of Commons, ministers grandly accused themselves of their own inaction. George Osborne, a conservative MP, said that there was « some hope for what might come out from this terrible tragedy in Syria, which is that we are beginning to learn the price of not intervening. »

The horror in Aleppo is easy to mourn, because the West is now so thoroughly not in a position to do anything to halt it, or to end the regime that inflicts it. Watchers in the West no longer have to consider the fact that preventing the horrifying situation in Aleppo would have meant creating many more horrifying scenes in Damascus with our own bombs and artillery, as the West fought a hugely costly war with the Syrian regime.

Decrying Aleppo’s fall is a freebie. We don’t have to consider who would have inherited a Western victory over Assad. As of two weeks ago, perhaps 8,000 to 10,000 rebel fighters were holed up under the constant weeks-long shelling of Aleppo. The majority of them were affiliated with al Qaeda’s Syria branches. Aleppo has its share of civilians who are sympathetic to the rebels and mortally terrified and imperiled by Assad’s regime. But those who escaped Aleppo earlier this year say that many other civilians are kept there as human shields and propaganda for the al Qaeda fighters who held the city.

The final siege of Aleppo is almost a shocking replay of the 1982 Hama massacre, committed by Hafez al-Assad, in which the Syrian militarily routed the opposition led by the Syrian branch of the Muslim Brotherhood. Now, as then, Sunni Islamist forces were crushed to secure the long term survival of the Assad dynasty.

Osborne and interventionists in the U.S. should not learn the wrong lesson from Aleppo’s fall. There was never a good plan from the West. The Spectator’s Freddy Gray described the interventionists’ 2013 thinking, and it is not flattering: « Bomb first, think later seemed to be the strategy, just as it was in Libya — and look how well that turned out. » Intervention in Syria was fantastically unpopular in Britain and America. That’s why the House of Commons, and later the U.S. Congress, ended up voting against it.

The Obama administration, although it backed away from its half-hearted push for larger intervention, still carried on covert support of the rebels. The CIA and Defense Department armed different groups (who sometimes shot at each other). The Free Syrian Army, the so-called « moderate » rebels on whom so many hopes were pinned, kept disintegrating. Even as the U.S. tried to rebrand it as the « New Syrian Force, » its fighters often defected to al Qaeda, or even ISIS. If they didn’t defect, they would sometimes just lose their new weapons to these more established radical Sunni brands. The United States was allied with the allies of al Qaeda in Syria, and carried out its covert missions under the 2001 AUMF that authorized the U.S. to fight al Qaeda. It’s dizzying.

Along the way, the U.S.’s half-hearted intervention possibly created the worst of all worlds. It encouraged people to invest themselves in a doomed fight much longer than was necessary. It caused rebels to place their hopes in a more broad intervention that was never coming. And it lengthened one of the most disastrous civil wars of the modern era, one whose aftershocks and refugee flows have brought terror to Europe and helped empower a resurgent nationalism that is shaking the political and economic foundations of the European Union.

Lastly, the U.S. having involved itself just enough to look like a loser, ceded initiative to its chief geopolitical rival, Russia. Not only did Obama help make Syria one of his own « losses, » he paved the way to make it look like a Russian win over the United States and radical Sunni Islam. It’s a disaster.

But if the U.S. really wanted to overthrow Assad, the likeliest outcome was the disaster that has afflicted Syria and, to a lesser degree, Iraq: multiple groups claiming the right to govern, and the flourishing of ISIS in the midst of the disorder. That’s the choice Obama backed into, either giving Russia a geopolitical boost, or becoming an agent of chaos again.

On top of the horrors in Aleppo’s fall is the dreadful reality that even this may not bring about the end of the war. Positions in Syria that had been recaptured by the government forces and Russia have been abandoned to the control of ISIS. That ISIS recaptured Palmyra was a particularly significant propaganda coup as the Russians had flown in a symphony orchestra to play in its picaresque ruins in celebration of its liberation last year. But taking Aleppo means that the Assad regime has control of the major cities of his nation again, if not the periphery.

The horrors in Aleppo are all too real. Honoring the memory of the dead in Syria will require much more serious reflection by our leadership class than what we’ve seen this week. Turning the Eiffel Tower into a memorial for al Qaeda’s dead, and mourning our lost chance at a wider war that had no plausible happy ending, is just another grotesquerie in a long parade of disasters in this region.

Voir aussi:

L’Iran a fait capoter l’accord sur la reddition d’Alep

Même alliés, l’Iran et la Russie ne poursuivent pas les mêmes objectifs en Syrie. Et ce sont les habitants d’Alep-Est qui en font les frais

Luis Lema
Le Temps

14 décembre 2016

Le calvaire se poursuit. Toute la journée de mercredi, les bombes ont continué de s’abattre sur les derniers kilomètres carrés d’Alep-Est qui échappent encore au contrôle de l’armée syrienne. Quelque 50 000 personnes restent donc à la merci des canons. L’annonce, mardi soir, d’un accord de reddition des forces rebelles n’y a rien pu. Bien au contraire: alors que des centaines d’habitants de l’enclave bombardée se pressaient dans les rues dans l’espoir d’embarquer dans des autobus censés les sortir de l’enfer, les bus sont repartis vides. Les bombardements ne tardaient pas à redoubler, amenant les habitants à courir en tous sens pour essayer de sauver leur vie.

La Turquie médiatrice

Cette manière de susciter les espoirs de la population avant de les enterrer tout aussitôt a été qualifiée mercredi à Genève d’«outrageusement cruelle» par le commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Zeid Ra’ad al-Hussein.

L’ONU, en réalité, a été tenue à l’écart de cette tentative d’accord d’évacuation, tout comme les Etats-Unis. Malgré les dizaines d’heures passées à cela par l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura, malgré les rencontres en série tenues par le chef de la diplomatie américaine John Kerry, c’est la Turquie qui avait négocié cette capitulation d’Alep, en se posant en médiateur entre les rebelles syriens et Moscou.

Ce rôle joué par la Turquie est le reflet de la marginalisation de l’actuelle administration américaine ainsi que d’une «communauté internationale» réduite à étaler son impuissance en poussant des hauts cris. Mais ces circonstances semblent aussi expliquer l’échec de l’application de la trêve. A la dernière minute, aussi bien Damas que l’Iran semblent en effet avoir ajouté de nouvelles conditions à l’accord russo-turc, faisant voler en éclats un dénouement conclu sans leur assentiment.

Deux villages alaouites assiégés

Selon des informations reprises au conditionnel par le Haut-commissariat aux droits de l’homme, ce sont en effet des milices iraniennes pro-Assad qui auraient arrêté le premier convoi d’autobus, alors même qu’il s’était déjà mis en route pour quitter la ville. A Genève, une source diplomatique qui suit de près le dossier se montre plus claire: «L’Iran veut exploiter au maximum la situation. Il veut qu’on reconnaisse le rôle central qu’il a joué dans la bataille d’Alep, quitte à froisser quelque peu son allié russe.»

Loin de se ranger derrière l’accord conclu par Moscou, Téhéran exigerait en effet que l’évacuation des milliers de personnes qui restent à Alep-Est soit conditionnée au départ d’une partie des habitants de Foua et de Kefraya. Ces deux villages chiites sont assiégés depuis des mois par les rebelles syriens. Distantes de quelques dizaines de kilomètres à peine d’Alep, les deux enclaves se trouvent dans la province voisine d’Idlib, encore aux mains de la rébellion syrienne. Encerclés de toute part, les habitants chiites ne doivent leur survie qu’aux forces du Hezbollah, le mouvement chiite libanais pro-iranien, qui assure leur défense. Bien plus: c’est précisément en mettant en avant le sort de cette population chiite que le Hezbollah avait notamment justifié son intervention en Syrie aux côtés du régime de Bachar el-Assad.

«En soulageant les conditions de vie de cette population chiite, Téhéran et le Hezbollah donneraient encore plus d’ampleur à leur «victoire» à Alep, note la même source. Aujourd’hui, ce sont eux qui tiennent le couteau par le manche, puisqu’ils ont le droit de vie ou de mort sur les habitants d’Alep-Est. Selon leur logique, il faudrait être fou pour se priver de ce moyen de pression.»
Même si la chute d’Alep-Est a été préparée par le lourd bombardement de l’aviation russe, ce sont bien les milices iraniennes et chiites qui ont fourni le gros des troupes sur le terrain ces dernières semaines. Impuissants face à ce déferlement de force, les rebelles ont d’ailleurs envoyé mercredi des salves de roquettes sur Foua et Kefraya, comme pour mieux enterrer tout espoir de résolution rapide.

Mercredi, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov s’est entretenu au téléphone avec son collègue iranien Javad Zarif sur la «nécessité de venir en aide à la population d’Alep». Les termes exacts de la capitulation d’Alep-Est dépendaient sans doute de cette conversation entre les deux alliés un peu en froid. Mais en attendant, les dizaines de milliers de civils piégés à Alep-Est s’apprêtaient à vivre une nouvelle nuit de cauchemar.

Voir de plus:

Liz Peek
The Fiscal Times
 November 23, 2016

Finally, we know President Obama’s true legacy – a sore loser who wants to prolong his successful eight-year run of dividing Americans.

Notwithstanding that voters just handed the president a convincing rebuke, The New York Times reports that Obama wants to join the many leftist organizations organizing to fight Donald Trump. He told a group of activists with Organizing for Action that he would join their efforts quite soon — once he again becomes a private citizen. In a recent interview with The New Yorker, he said he felt “some responsibility to at least offer my counsel” to Democrats working to resist Trump.

Do Democrats want Obama’s counsel? Given that he has presided over a disastrous eight years, it seems unlikely. But then the party of Hillary and Obama is not burdened with introspection. They have looked far and wide for the reasons that a political neophyte interrupted the coronation of Hillary Clinton and have settled on sexism, racism, “fake” news stories and the conservative media. It is the rare voice that timorously points out that maybe voters didn’t want any more of what Democrats had to offer.

To be fair, and despite the popular impression to the contrary, it is not unprecedented for a former president to criticize his successor. Carter lambasted Bush2, Eisenhower complained about JFK’s domestic policies and Teddy Roosevelt called Taft a “puzzlewit” and “fathead”, laying to rest the notion that name-calling, too, is new to our age.

But Obama will go down as the only president in history to spend eight years vociferously criticizing both his predecessor and his successor. According to Obama, nearly every problem facing the nation, even in the eighth year of his presidency, can be ascribed to George W. Bush. The remainder can be blamed on Donald Trump. That is quite the legacy.

You have to wonder: has Obama ever considered that his party’s resounding defeat in the 2016 election was a referendum on his policies? That, just as in 2010 and 2014, voters decided they didn’t like Obamacare, the Iran deal, the sluggish economy, the liberal social agenda, the sluggish response to ISIS, the IRS scandal and his Justice Department’s slip-shod investigation into Hillary Clinton’s use of a private server? That maybe he was wrong on some issues?

Whereas other presidents who have received a “shellacking” in midterm elections make adjustments or shake up their cabinets, Obama has never veered from the north star of his liberal righteousness. He never faltered in lauding Obamacare, skirting Congress, pushing amnesty for people who entered the country illegally, favoring Black Lives Matter, unilaterally imposing crushing environmental regulations and the numerous other unpopular policies that absorbed his attention.

When the people smacked him hard in the off-year elections, he and his acolytes attributed his shortcomings on a failure of messaging; if only people understood Obamacare better, the White House argued, they would come around to its wondrousness. As premiums rose and doctor choices shrank, he still did not admit its imperfections. When it turned out the Iran deal was foisted on a suspicious public through a series of lies, Obama maintained its virtues, even as many Americans knew better.

Obama has surrounded himself for eight years with people who tell him what he wants to hear – that his every idea is excellent. People who deviate from the script, like former Lt. General Michael Flynn who sounded unpleasant alarms about the threat of ISIS, find themselves out the door in quick order. Military leaders, in particular, have been culled by this president who, according to former Defense Secretaries Robert Gates and Leon Panetta, did not respect his armed forces’ chiefs and in fact rarely met with them.

Donald Trump has been criticized for saying he knows more than the Pentagon brass, and rightly so. But whereas that comment is typical Trump bravado, Obama apparently actually thinks he knows more than his generals and is not above telling them so. As Gates wrote in his memoir Duty, “The controlling nature of the Obama White House and the staff took micromanagement and operational meddling to a new level.”

Not only did Obama not take the advice of his military chiefs, he never even met with them. At a recent Congressional hearing, four top military figures testifying on national security were asked whether they had voiced concerns to Obama. Each one said no, they had never met the man. Flynn, recently appointed incoming National Security Advisor head by Trump, was fired in 2012 when he dared to disagree with Obama. Even though he headed the Defense Intelligence Agency, he never had an interview with the president.

The president is apparently unmoved by the gracious behavior of his predecessor George W. Bush, who rarely criticized President Obama despite the constant drubbing he received from his inexperienced successor. It is traditional that an outgoing president allows his successor some space; that apparently will not be Obama. He is so convinced that he is right, and that Trump is wrong – even before the latter gets rolling – that he will not disengage.

Shame on Obama. This country needs to heal after one of the most vicious elections in our history. Obama should take some responsibility for the divisions that have opened under his leadership. He should call off the demonstrators, and especially those breaking windows and torching cars, and explain how a democracy works. The country did not get to this place by itself; it is Obama’s policies that have angered voters and that lofted Trump to the Oval Office. It is time for Obama to leave the scene.

Voir encore:

Fin des opérations contre le PKK à Cizre

L’Orient le jour
12/02/2016

Les opérations conjointes militaires et policières particulièrement meurtrières menées, depuis deux mois, contre les rebelles kurdes dans le bastion kurde de Cizre, au sud-est de la Turquie, ont pris fin, a annoncé hier le ministre turc de l’Intérieur, Efkan Ala.

« Les opérations contre l’organisation terroriste (Parti des travailleurs du Kurdistan, PKK) ont pris fin ce jour avec grand succès », a-t-il dit, cité par la presse, indiquant cependant que le couvre-feu imposé depuis le début de l’offensive sera maintenu afin, selon lui, d’assurer le retour des habitants qui ont fui les combats. Le ministre a souligné que les forces de l’ordre avaient « entièrement pris le contrôle » de la ville où, comme dans d’autres localités du Sud-Est anatolien à majorité kurde, les rebelles kurdes avaient lancé une « insurrection », la guérilla urbaine armée ayant creusé des tranchées et érigé des barricades sur ces sites.

Cizre, proche de la frontière syrienne et irakienne, qui a été vidée de la quasi-totalité de ses 120 000 habitants, poussés à l’exode, a été un emblème de la reprise des combats l’été dernier entre Ankara et le mouvement kurde armé, après une accalmie de deux ans. La ville a été bouclée et aucun journaliste ni observateur indépendant n’a été autorisé à y pénétrer.
Selahattin Demirtas, le chef du parti prokurde HDP (Parti de la démocratie des peuples), troisième force politique au Parlement, a accusé en début de semaine le pouvoir turc d’avoir commis un « massacre » à Cizre, ce qui a été catégoriquement démenti par les autorités. Les combats dans la zone kurde ont fait de nombreux morts de part et d’autre (250 militaires et policiers et plus de 750 rebelles, selon l’armée), et quelque 200 civils auraient perdu la vie depuis l’instauration du couvre-feu, selon les ONG.

Parallèlement, tôt hier matin, les sièges de deux quotidiens proches du gouvernement ont été visés, à Istanbul, par des attaques attribuées par les autorités aux rebelles kurdes. Les deux attaques n’ont fait aucun blessé, uniquement des dégâts matériels mineurs.
(Source : AFP)

Voir également:

L’étude de l’islam de l’institut Montaigne est fracassante
Eric Le Boucher

Slate

20.09.2016

Ne va-t-on rien en tirer?

L’étude de l’islam en France conduite par l’Institut Montaigne n’aura-t-elle aucune suite? Les réactions ont été convenues, business as usual, les rassurés sont rassurés et les alarmés alarmés. Point final. Fermer ce rapport, classez-le dans un tiroir.

Cette étude inédite mérite beaucoup mieux. Ses résultats sont fracassants. Elle perce pour la première fois le brouillard. Comme les statistiques «ethniques» sont interdites en France, nous ne disposions d’aucune cartographie des musulmans. La science est évacuée, la connaissance nulle, on s’en remet à l’intuition et à l’idéologie. Ici, comme très souvent dans ces sujets polémiques, les carottes de la pensée sont précuites. Les optimistes pensent que l’intégration des musulmans est lente, certains admettent qu’elle est difficile, mais elle est en cours, soyez patients et tolérants. Les pessimistes pensent que c’est impossible, que le modèle français qui a intégré Bretons, Italiens et juifs, bute sur l’islam, une religion particulière. Soyez impatients et «identitaires».

Cette étude devrait au minimum conduire au lancement d’autres enquêtes du même type pour l’infirmer, la conforter, la préciser. Elle devrait aussi conduire à une révision considérable des politiques publiques.

Outil de rébellion
Son résultat fracassant est que l’islam est utilisé pour une large fraction de la population musulmane jeune, 28% ou 12% selon ce qu’on compte, «comme l’outil de rébellion contre la société française et l’occident en général», conclut l’auteur Hakim El Karoui.

Je souligne que 28% ou 12% ce n’est pas du tout pareil, il faudrait savoir! Mais dans les deux cas, c’est très grave pour les responsables de l’islam de voir leur religion utilisée comme un outil de révolte. C’est très grave pour les dirigeants politiques de voir que cette rébellion ne régresse pas, tout à l’inverse. Elle s’étend pour beaucoup de raisons fondamentales, économiques et géopolitiques (les conflits du Moyen-Orient), qui dépassent la France de loin.

Dire cela, est admettre la petitesse de la dispute des partis politiques français sur le nombre de flics, ou l’enfermement des fichés S. Est démontré que la seule réponse sécuritaire ne suffira pas et qu’elle est même peut être contre-productive puisque la répression provoque la radicalisation. L’interdiction du voile à l’école qui date d’il y a douze ans le montre. Aujourd’hui, explique l’étude, «environ 60% des 1029 enquêtés considèrent que les jeunes filles devraient pouvoir porter le voile au collège et au lycée». On a lu: 60%. Et il y a pire pour les tolérants: «Contrairement à l’opinion dominante qui voudrait que les hommes soient plus conservateurs que les femmes, le port du voile est rejeté par 26% des hommes mais seulement par 18% des femmes (…) Ces résultats témoignent d’une adhésion idéologique d’une part importante de la population féminine musulmane au port du voile, allant jusqu’à l’acceptation du voile intégral (pour 28 % des femmes)». Le voile est un outil de révolte ou, plus pacifiquement, l’affichage d’une «fierté islamiste». Dans ce cadre, on comprend pourquoi l’interdire renforce la volonté de le porter.

On va se rassurer. L’islam en France c’est, dit l’institut Montaigne «une majorité silencieuse, très souvent pratiquante mais sans conflit majeur avec les normes de la société française, d’une part; une minorité, attirée par le fondamentalisme, qui utilise l’islam pour dire sa révolte, d’autre part». La majorité des musulmans s’intègrent et respectent les valeurs de la République. Les jeunes des banlieues se révoltent? Mais ne le sait-on pas depuis le film La Haine de Kassovitz en 1995? Rien de neuf. Sauf que les comportements de radicalisation de ces jeunes musulmans démontrent que «ça ne va pas mieux» avec le temps. Les raisons extérieures, les pays arabes broyés par le jeu des grandes puissances occidentales, le conflit israélo-palestinien, comme les motifs intérieurs, les échecs scolaires, la faible qualification, les discriminations à l’embauche notamment, le chômage massif: tout agit dans le sens d’une aggravation.

Nous allons vers de plus en plus de difficultés d’intégration pas vers de moins en moins
L’étude ne dit que cela, mais c’est cela qui est fracassant. Nous allons vers de plus en plus de difficultés d’intégration pas vers de moins en moins. «On peut le déplorer, s’en féliciter, vouloir le combattre ou le respecter, ce fait social est bien réel. Il faut le traiter, dans le contexte qui est le nôtre -celui d’une violence terroriste et sans limite perpétrée au nom de l’islam, qui rend angoissant pour une majorité de Français le mouvement d’affirmation identitaro-religieux voire théologico- politique qui est à l’œuvre».

Que faire? D’abord prendre connaissance de ces comportements et de leurs explications. Il n’est que temps de rompre l’interdiction des statistiques ethniques. Ensuite, l’institut Montaigne fait des propositions pour que l’Etat aide les musulmans à se saisir enfin eux-mêmes de la lutte contre le fondamentalisme. Lever les ambiguïtés, assurer le financement, mettre fin à la tutelle des Etats étrangers, etc. Le gouvernement français a fait beaucoup de tentatives d’organisation de l’islam de France, aucune n’a réussi. Jean-Pierre Chevènement en est désormais la nouvelle cheville ouvrière. C’est, plus que la répression, le travail clé. Il en est un autre, autour des volets formation, travail, politique de la ville. L’échec est là plus que patent. Toutes les autorités, l’Ecole, le Medef, les ministères du travail, ont en vérité baissé les bras. L’institut Montaigne sonne l’urgence d’un réveil. Et on attend les propositions des candidats à la présidentielle.

Voir encore:

En Allemagne, un meurtre alimente le débat sur l’accueil des réfugiés

Le gouvernement dénonce les « amalgames » faits par le parti d’extrême droite AfD.

Thomas Wieder (Berlin, correspondant)

Le Monde

08.12.2016

Quand un fait divers a droit, le même jour, à la « une » de Bild, le plus célèbre tabloïd allemand, et à la page trois de la Süddeutsche Zeitung, un quotidien qui s’intéresse généralement assez peu à ce type d’événement, c’est qu’il est justement un peu plus qu’un simple fait divers. Il en est ainsi du meurtre de Maria L.

Mercredi 7 décembre, les deux journaux ont consacré une large place au destin tragique de cette étudiante en médecine de 19 ans, dont le cadavre a été repêché dans une rivière, le 16 octobre, à Fribourg-en-Brisgau (Bade-Wurtemberg), et dont le meurtrier présumé, un réfugié afghan de 17 ans, a été arrêté, vendredi 2 décembre, après que les enquêteurs ont retrouvé des traces de son ADN sur le corps de la victime, qui a été violée avant sa mort.

C’est au lendemain de l’arrestation du jeune homme, un demandeur d’asile arrivé en 2015, que l’affaire a pris un retentissement national. En cause : le choix de la télévision publique ARD de ne pas en parler, samedi, dans son journal de 20 heures. Une décision justifiée, selon les responsables de la chaîne, par la portée seulement « régionale » de l’événement. Un silence interprété par d’autres, au contraire, comme une volonté de la « presse mensongère » d’étouffer un crime qui, à leurs yeux, illustre le danger que représente l’arrivée massive de réfugiés en Allemagne au cours des derniers mois.

« Beaucoup de victimes auraient pu être évitées »

« Nous sommes bouleversés par cet acte et nous constatons que nos avertissements concernant la venue incontrôlée de centaines de milliers de jeunes hommes issus de cultures islamo-patriarcales sont qualifiés de populistes », a ainsi commenté Jörg Meuthen, l’un des dirigeants du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD). Il n’est pas le seul à avoir réagi dans ce sens. Rainer Wendt, patron du syndicat policier DPolG, a estimé, quant à lui, que « cette victime et beaucoup d’autres auraient pu être évitées, si [leur] pays avait été préparé aux dangers qui vont de pair avec une immigration massive ».

Contre ce qu’ils considèrent comme un « amalgame », les principaux responsables politiques du pays se sont exprimés sur l’affaire. « Nous devons éviter que ces faits épouvantables alimentent la haine. (…) De tels meurtres odieux existaient bien avant que le premier réfugié venu d’Afghanistan ou de Syrie n’arrive » en Allemagne, a déclaré Sigmar Gabriel, ministre de l’économie, vice-chancelier et président du Parti social-démocrate (SPD).

« De tels délits sont évidemment dramatiques et doivent faire l’objet de poursuites. (…) Mais, pour autant, il ne faut pas tirer des conclusions sur l’ensemble d’un groupe », a affirmé, quant à elle, la chancelière, Angela Merkel, lundi soir.

Crainte d’un basculement

Il est rare que M. Gabriel et Mme Merkel commentent ainsi un fait divers. De ce point de vue, leur choix d’intervenir en dit long sur leur crainte de voir l’opinion publique basculer dans le sens d’un rejet des immigrés. La chancelière a pu s’en rendre compte, mardi, lors du congrès de son parti, l’Union chrétienne démocrate (CDU), à Essen (Rhénanie-du-Nord-Westphalie).

Lors de son discours, ce sont en effet les passages les plus durs sur les questions identitaires et migratoires qui ont été le plus applaudis. Quand elle a, par exemple, expliqué que « le droit allemand prévaut sur la charia » et affirmé vouloir « interdire » le voile intégral. Ou encore quand elle a assuré que le gouvernement était déterminé à expulser tous les demandeurs d’asile déboutés.

Il n’est pas certain, cependant, que de telles déclarations suffisent à apaiser le débat. En témoigne, justement, la question posée mercredi à la « une » de Bild : « Les réfugiés ont-ils un problème avec les femmes ? » Une question qui a suscité, sur les réseaux sociaux, des réponses d’une grande violence raciste. Avec, bien souvent, un lien établi entre le cas de Maria L. et les agressions commises contre plus de 500 femmes à Cologne, le 31 décembre 2015.

Presque un an plus tard jour pour jour, le gouvernement allemand sait qu’il a tout intérêt à empêcher qu’un tel lien se fasse dans les esprits. A dix mois des prochaines élections législatives, lors desquelles elle briguera un quatrième mandat de chancelière, c’est la seule chose que peut attendre Mme Merkel : que ce fait divers reste un simple fait divers.

Voir par ailleurs:

En mer de Chine, le tournant de la militarisation

Des îles dont la souveraineté est contestée ont été équipées de missiles et de radars par Pékin, marquant une escalade des tensions dans la région

Frédéric Lelièvre, Hongkong
25 février 2016

Des missiles, des radars et des avions de chasse sur une poignée d’îlots stratégiques. En quelques jours, Pékin a montré que les tensions diplomatiques en mer de Chine méridionale devenaient également militaires. Des tensions qui concernent des territoires à la souveraineté contestée au large du Vietnam, des Philippines et de la Malaisie. Selon certains calculs, Pékin revendique 90% des 3,5 millions de km2 de cette mer.

Mercredi matin, les Etats-Unis ont fait savoir que des chasseurs de l’armée chinoise avaient été envoyés sur une île, Woody (Yongxing en chinois), de l’archipel des Paracels. Or c’est sur ce même îlot que la semaine passée la présence d’une batterie de missiles sol-air a été révélée par des photographies. Mardi soir, des radars sur un autre archipel, plus au sud, celui des Spratleys, ont en outre été mis à jour. Mercredi, l’amiral américain en charge du Commandement pacifique a jugé que la Chine était «clairement en train de militariser» les îlots qu’elle a artificiellement développés ces dernières années.

«Une militarisation inévitable»

Pour John Kerry, cette militarisation est «regrettable» et source de «grande inquiétude pour qui navigue» dans ces eaux, par lesquelles transite un tiers du commerce mondial. Le secrétaire d’Etat américain recevait mardi son homologue chinois. Wang Yi a répliqué que ces installations sont «cohérentes avec le droit qu’a la Chine d’assurer sa protection» et a pointé les actions ou manœuvres militaires des autres pays de la région, et celles des Etats-Unis.

«Les constructions réalisées par la Chine laissaient penser qu’elles finiraient par servir des buts militaires, mais nous assistons à un tournant car la militarisation entre dans une phase concrète», réagit Sébastien Colin. Chercheur au Centre d’études français sur la Chine contemporaine, il organisait ces jours avec l’Université baptiste de Hongkong une série de séminaires consacrée à ce dossier. Il est en particulier question de la maîtrise des mers dont les Etats-Unis jouissent depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.

«La militarisation était inévitable, confirme Li Mingjiang, professeur à l’Université Nanyang de Singapour, et invité à Hongkong. La Chine ne fait que rattraper son retard concernant des espaces qu’elle considère sous sa souveraineté. D’autant qu’elle a investi des milliards pour développer ces îlots.»

En septembre dernier, lors de sa visite aux Etats-Unis, le président chinois Xi Jinping avait pourtant annoncé qu’il n’armerait pas ces îles. «Il y a un décalage entre la parole et les actes. Cela fait désordre», poursuit Sébastien Colin.

Des inquiétudes autour «de nouveaux incidents» entre la Chine et les Etats-Unis

A l’avenir, Li Mingjiang redoute des accrochages entre les deux grandes puissances rivales. Des bateaux de pêche chinois pourraient, imagine-t-il, être envoyés pour stopper la progression d’un croiseur américain patrouillant dans la région. «La Chine a jusqu’ici fait preuve de retenue, or la colère monte à Pékin.»

Tran Truong Thuy, de l’Académie diplomatique du Vietnam, un des pays qui revendique certains îlots, redoute lui aussi «de nouveaux incidents» entre Chinois et Américains. Hanoï a certes qualifié les installations de missiles sur l’île Woody de «grave violation» de sa souveraineté, mais reste proche de Pékin. «Les grands pays de la région ne souhaitent pas prendre parti entre les Etats-Unis et la Chine», observe Tran Truong Thuy, parce que les enjeux économiques avec leur grand voisin sont trop importants. Même si elle tourne au ralenti, l’économie chinoise joue un rôle majeur. Sans oublier que Pékin leur fait miroiter des milliards d’investissements en infrastructure grâce à la construction de la Nouvelle route de la soie.

Ces enjeux expliquent pourquoi nombre de spécialistes locaux minimisent l’importance de la militarisation. C’est le cas de Chin Yoon Chin, amiral à la retraite, et directeur de l’Institut maritime de Malaisie. «N’exagérons pas, assure-t-il. Jusqu’ici, aucun bâtiment n’a été empêché d’effectuer ses manœuvres. Il n’y a donc pas de conflit. En outre, il pourrait se passer encore cinq ans avant que les installations militaires chinoises soient réellement opérationnelles. Les médias, américains en tête, sous-estiment les difficultés techniques pour les mettre en service.»

Une décision de justice pourrait cependant «changer la donne», soutient Li Mingjiang. Il s’agit de l’arbitrage de la Cour permanente de la Haye entre les Philippines et la Chine au sujet de plusieurs territoires. La décision, qui ferait jurisprudence, est attendue d’ici l’été.

Voir enfin:

Mer de Chine: la Cour d’arbitrage de La Haye donne tort à Pékin

Le Temps

12 juillet 2016

Dans le conflit opposant la Chine aux Philippines, la Cour permanente d’arbitrage de La Haye juge que Pékin a occupé des territoires sans base juridique (avec une carte)

La Cour permanente d’arbitrage de La Haye juge que Pékin occupe des territoires sans base juridique en mer de Chine méridionale. Elle a publié ce mardi un arrêt à ce sujet, très attendu, et rendu dans un climat international particulièrement tendu.

Selon l’arrêt, la prétention chinoise à contrôler une large portion de la mer de Chine méridionale, le long de la «ligne des neufs traits» (nine-dash line) n’a pas de validité juridique. Les îlots occupés aujourd’hui par la Chine n’ont jamais connu d’occupation humaine permanente et ne peuvent donner lieu à des revendications de souveraineté.

La Chine ne peut pas non plus réclamer une zone économique exclusive autour des îlots puisque ceux-ci ont été rehaussés artificiellement, mais ne sont pas des terres émergées à proprement parler.Très dur pour Pékin, l’arrêt estime enfin que ses revendications à l’encontre des Philippines en mer de Chine du Sud sont illégales et que la Chine a sévèrement endommagé l’écosystème marin par ses actions, violant ainsi ses obligations internationales.

Un dossier sous tension

En 2013, le gouvernement philippin avait appelé la Cour permanente d’arbitrage à juger illégale la souveraineté revendiquée par Pékin sur une série d’îlots situés sur une des voies maritimes les plus fréquentées. Le cas du récif de Scarborough est un des points de tension. Il est situé à 220 kilomètres des côtes philippines, mais à plus de 1000 kilomètres de la Chine.

Pour asseoir ses revendications, la Chine a agrandi des îlots ou récifs ailleurs en Mer de Chine et y a implanté pistes d’atterrissage, ports et autres installations dont, récemment, quatre phares sur des récifs, et un cinquième en cours de construction, a précisé lundi Chine nouvelle.

Pékin réagit en refusant l’arbitrage

Les autorités chinoises ont d’ores et déjà décidé de ne pas tenir compte de cet arrêt. La Chine «n’accepte ni ne reconnaît» l’arbitrage, ont-elles réagi mardi. Le verdict de La Haye n’est qu’un «bout de papier», tonnait ce lundi le Global Times, tandis que le Quotidien du Peuple, un autre média au service du pouvoir chinois, jugeait que la Chine était «victime» d’une cour acquise aux intérêts des Etats-Unis.

De leur côté, les Philippines saluent la décision, a déclaré mardi le ministre philippin des Affaires étrangères, tout appelant à la retenue. «Nos experts étudient (la décision) avec le soin et l’exhaustivité que cette décision arbitrale significative mérite. En attendant, j’appelle toutes les parties concernées à faire preuve de retenue et de sobriété», a ajouté le chef de la diplomatie de Manille Perfecto Yasay.

Les Etats-Unis aussi sont satisfaits. Le rejet par une Cour d’arbitrage de La Haye des prétentions territoriales de Pékin sur la mer de Chine méridionale est «une importante contribution à une solution» concernant les disputes de souveraineté dans la région, a estimé mardi le Département d’Etat américain.


Journée de la déclaration des droits/225e: Ces dons de Dieu sont antérieurs et supérieurs à toute législation humaine (Happy Bill of Rights Day !)

15 décembre, 2016
christy-four-freedomsCrédits Photo: Sébastien SORIANO/LE FIGARO
Sans doute vous m’appliquerez ce proverbe: Médecin, guéris-toi toi-même; et vous me direz: Fais ici, dans ta patrie, tout ce que nous avons appris que tu as fait à Capernaüm. Mais je vous le dis en vérité, aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie. Jésus (Luc 4:23-24)
Afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Jésus
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre,  il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Paul
Tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Préambule de la Déclaration d’indépendance (le 4 juillet 1776)
 Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (article premier, 1789)
Il n’y a que l’Occident chrétien qui ait jamais trouvé la perspective et ce réalisme photographique dont on dit tant de mal: c’est également lui qui a inventé les caméras. Jamais les autres univers n’ont découvert ça. Un chercheur qui travaille dans ce domaine me faisait remarquer que, dans le trompe l’oeil occidental, tous les objets sont déformés d’après les mêmes principes par rapport à la lumière et à l’espace: c’est l’équivalent pictural du Dieu qui fait briller son soleil et tomber sa pluie sur les justes comme sur les injustes. On cesse de représenter en grand les gens importants socialement et en petit les autres. C’est l’égalité absolue dans la perception. René Girard
Il n’y a pas en littérature de beaux sujets d’art, et qu’Yvetot donc vaut Constantinople ; et qu’en conséquence l’on peut écrire n’importe quoi aussi bien que quoi que ce soit. L’artiste doit tout élever ; il est comme une pompe, il a en lui un grand tuyau qui descend aux entrailles des choses, dans les couches profondes. Il aspire et fait jaillir au soleil en gerbes géantes ce qui était plat sous terre et qu’on ne voyait pas.Gustave Flaubert (lettre à Louise Colet, 25 juin 1853
La bonne et la mauvaise société doivent être étudiées. La vérité est dans tout. Flaubert (à Ernest Chevalier. 24 février 1842)
Il n’y a ni beaux ni vilains sujets et on pourrait presque établir comme axiome, en se posant au point de vue de l’Art pur, qu’il n’y en a aucun, le style étant à lui tout seul une manière absolue de voir les choses. Flaubert (à Louise Colet, 16 janvier 1852)
Une bonne partie de ce que nous observons dans les relations entre la France et les Etats-Unis est le produit d’une structure de relations que l’on doit penser comme la confrontation entre deux impérialismes de l’universel. (…) La France est une sorte d’idéologie réalisée: être français, c’est se sentir en droit d’universaliser son intérêt particulier, cet intérêt particulier qui a pour particularité d’être universel. Et doublement en quelque sorte: universel en matière de politique, avec le modèle pur de la révolution universelle, universel en matière de culture, avec le modèle de chic (de Paris). On comprend que, bien que son monopole de l’universel soit fortement contesté, en particulier par les Etats-Unis, la France reste l’arbitre des élégances en matière de radical chic, comme on dit outre-Atlantique ; elle continue à donner le spectacle des jeux de l’universel, et, en particulier, de cet art de la transgression qui fait les avant-gardes politiques et/ou artistiques, de cette manière (qui se sent inimitable) de se sentir toujours au-delà, et au-delà du delà, de jouer avec virtuosité de tous les registres, difficile à accorder, de l’avant-gardisme politique et de l’avant-gardisme culturel (…) C’est dire que nombre des choses qui s’écrivent ou se disent, à propos de la France ou des USA ou de leurs rapports, sont le produit de l’affrontement entre deux impérialismes, entre un impérialisme en ascension et un impérialisme en déclin, et doivent sans doute beaucoup à des sentiments de revanche ou de ressentiment, sans qu’il soit exclu qu’une partie des réactions que l’on serait porté à classer dans l’antiaméricanisme du ressentiment puissent et doivent être comprises comme des stratégies de résistance légitime à des formes nouvelles d’impérialisme… (…) En fait, on ne peut attendre un progrès vers une culture réellement universelle – c’est-à-dire une culture faite de multiples traditions culturelles unifiées par la reconnaissance qu’elles s’accordent mutuellement – que des luttes entre les impérialismes de l’universel. Ces impérialismes, à travers les hommages plus ou moins hypocrites qu’ils doivent rendre à l’universel pour s’imposer, tendent à le faire avancer et, à tout le moins, à le constituer en recours susceptible d’être invoqué contre les impérialismes mêmes qui s’en réclament. Pierre Bourdieu (1992)
La Révolution n’a fait que catalyser un tricolore qui était déjà dans l’air du temps, porté depuis plusieurs années par ceux qui se revendiquaient de la révolution américaine. Michel Pastoureau
En fait, la Révolution française n’est qu’un aspect d’une révolution occidentale, ou plus exactement atlantique, qui a commencé dans les colonies anglaises d’Amérique peu après 1763, s’est prolongée par les révolutions de Suisse, des Pays-Bas, d’Irlande avant d’atteindre la France en 1787 et 1789. Jacques Godechot
La Révolution américaine qui précéda la Révolution française, a influencé les débats de l’Assemblée constituante française autour de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen. Parmi les députés siégeaient en effet treize hommes qui sont allés en Amérique du Nord ou qui admirent la Révolution américaine : ce groupe informel des « Américains » est constitué des nobles envoyés en Amérique, comme officiers, par le Roi Louis XVI pour soutenir la guerre d’indépendance américaine. Il comprenait le marquis de La Fayette, le vicomte de Noailles (qui proposa la fin des privilèges et des droits seigneuriaux le 4 août 1789), les frères Lameth, le marquis de Ségur, le comte Mathieu de Montmorency, le duc de la Rochefoucauld d’Enville (qui traduit la Constitution américaine de 1787 en français) ; on peut ajouter le marquis de Condorcet qui publia De l’influence de la révolution de l’Amérique sur l’Europe. (…), l’influence américaine est surtout l’exemple de la mise en œuvre de principes révolutionnaires énoncés dans sa déclaration d’indépendance, Condorcet admettant, en introduction, que ces principes sont issus des philosophes Européens. La Déclaration des Droits américaine est l’un des éléments ayant pu inspirer la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen ; La Fayette fut le premier à présenter un projet de Déclaration en France, projet qui avait été discuté avec Thomas Jefferson, l’un des Pères fondateurs des États-Unis. Cependant, en dépit de l’autorité de tous ces auteurs, il faut convenir que, si la paternité américaine de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen est une très belle idée, elle ne tient pas à l’examen. D’abord, la Déclaration américaine des droits de 1791 est postérieure de deux ans à son équivalent français. D’autre part, contrairement aux Américains, les Français ont rédigé la Déclaration avant de rédiger une nouvelle constitution (1791). Enfin, elle ne comprend pas les mêmes dispositions et ne propose pas du tout la même philosophie politique. La Déclaration française peut toutefois être rapprochée et comparée au Préambule de la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776, en particulier « tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Cependant, en dépit de l’autorité de tous ces auteurs, il faut convenir que, si la paternité américaine de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen est une très belle idée, elle ne tient pas à l’examen. D’abord, la Déclaration américaine des droits de 1791 est postérieure de deux ans à son équivalent français. D’autre part, contrairement aux Américains, les Français ont rédigé la Déclaration avant de rédiger une nouvelle constitution (1791). Enfin, elle ne comprend pas les mêmes dispositions et ne propose pas du tout la même philosophie politique. La Déclaration française peut toutefois être rapprochée et comparée au Préambule de la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776, en particulier « tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Cependant, en dépit de l’autorité de tous ces auteurs, il faut convenir que, si la paternité américaine de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen est une très belle idée, elle ne tient pas à l’examen. D’abord, la Déclaration américaine des droits de 1791 est postérieure de deux ans à son équivalent français. D’autre part, contrairement aux Américains, les Français ont rédigé la Déclaration avant de rédiger une nouvelle constitution (1791). Enfin, elle ne comprend pas les mêmes dispositions et ne propose pas du tout la même philosophie politique. La Déclaration française peut toutefois être rapprochée et comparée au Préambule de la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776, en particulier « tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Wikipedia
They preached equality because they believed in the fatherhood of God and the brotherhood of man. They justified freedom by the text that we are all created in the divine image, all partakers of the divine spirit.  From this teaching flowed the emerging American rejection of monarchy and our bold embrace of democratic self-government. (…) If we are to maintain the great heritage which has been bequeathed to us, we must be like-minded as the fathers who created it. (…) Equality, liberty, popular sovereignty, the rights of man . . . are ideals. They have their source and their roots in the religious convictions. . . . Unless the faith of the American people in these religious convictions is to endure, the principles of our Declaration will perish. (…) We live in an age of science and of abounding accumulation of material things. These did not create our Declaration. Our Declaration created them. The things of the spirit come first. . . . If we are to maintain the great heritage which has been bequeathed to us, we must be like-minded as the fathers who created it.  President Calvin Coolidge (150th anniversary of the Declaration of Independence, 1926)
Like Tocqueville, who attributed America’s strength to its unique fusion of the spirit of liberty and the spirit of religion, Coolidge is rightly concerned about what will happen to the sturdy tree of liberty should its cultural roots decay. It is a question worth some attention as we eat our barbecue and watch the fireworks. Leon Kass
 ‘Le genre humain avait perdu ses titres: Montesquieu les a retrouvés et les lui a rendus’ (Voltaire). Mais il ne suffit pas qu’ils soient écrits dans les livres des philosophes et dans le coeur des hommes vertueux, il faut que l’homme ignorant ou faible puisse les lire dans l’exemple d’un grand peuple. L’Amérique nous a donné cet exemple. (…) Le spectacle d’un grand peuple où les droits de l’homme sont respectés, est utile à tous les autres, malgré la différence des climats, des moeurs et des constitutions. Il apprend que ces droits sont partout les mêmes. (…)  Tels sont les biens que l’humanité entière doit attendre de l’exemple de l’Amérique, et nous serions surpris qu’on regardât comme chimériques ces avantages, parce qu’ils n’ont pas une influence immédiate et physique sur le sort des individus. Ce serait ignorer que le bonheur des hommes réunis en société dépend presque uniquement des bonnes lois, et que, s’ils doivent leur premier hommage au législateur qui réunit à la sagesse de les concevoir la volonté et le pouvoir de les prescrire, ceux qui, par leur exemple ou par leurs leçons, indiquent à chaque législateur les lois qu’il doit faire, deviennent après lui les premiers bienfaiteurs des peuples. Condorcet (1786
Il n’y a rien de moins indépendant qu’un citoyen libre. Alexis de Tocqueville
Il y a quatre droits naturels que le prince est obligé de conserver à chacun de ses sujets ; ils ne les tiennent que de Dieu et ils sont antérieurs à toute loi politique et civile : la vie, l’honneur, la liberté et la propriété. Louis XVI
En me replongeant dans les écrits de Bastiat, j’ai découvert une défense de la liberté et de l’autonomie individuelle à la fois élégante et puissante. (…) Bastiat nous a rappelé que le sens du pouvoir va des individus vers le haut, et non de l’État vers le bas. C’est un message de tous les temps. Margaret Thatcher
Le libéralisme, ce serait aussi désastreux que le communisme. Jacques Chirac (Le Figaro, 16 mars 2005)
Beaucoup d’entre vous connaissent certainement le nom de l’économiste français Fréderic Bastiat et sa célèbre Pétition des marchands de chandelles, qui est devenue un texte connu et aujourd’hui déjà classique dans les manuels démontrant l’absurdité de l’ingérence politique dans l’économie. Le 14 novembre 2008, la Commission européenne a exaucé la pétition réelle et non fictive des marchands de chandelles en grevant les chandelles importées de Chine de droits de douane de 66%. Je ne croyais pas qu’un texte littéraire écrit il y a 160 ans puisse devenir une réalité, mais cela est arrivé. Václav Klaus (président de la République tchèque, devant le Parlement européen, le 20 février 2009)
Le libéralisme est un ensemble de courants de philosophie politique visant à faire reconnaître la primauté des principes de liberté et de responsabilité individuelle sur l’autorité du souverain (que ce souverain soit un monarque ou le peuple). Le vocable de libéralisme fait son apparition au début du XIXe siècle (on trouve le mot dans le Journal de Maine de Biran en 1818, et le terme de liberalism se trouve dans le New English Dictionary dès 1819). Les racines du libéralisme sont plus anciennes. L’opposition à la dictature de l’absolutisme du souverain est développée au fil des siècles notamment par la montée du scepticisme face au droit divin dans l’Europe des Lumières (XVIIIe siècle), mais aussi auparavant par la scolastique de l’École de Salamanque (XVIe siècle) faisant obligation morale au souverain de respecter les droits fondamentaux de chaque être humain au motif de sa nature de créature de Dieu, ou plus anciennement par les chartes médiévales (telles la Magna Carta) introduisant des droits fondamentaux dont le respect est exigé du souverain, ou encore par certains pans de la philosophie thomiste. La date des débuts formels du libéralisme ou de ses composantes politiques, économiques ou religieuses diffère selon les auteurs. De nombreux auteurs font débuter le libéralisme avec la Lettre sur la tolérance de John Locke (1689) qui complète les racines préexistantes.  Sur le plan politique, le libéralisme ne cherche pas à déterminer qui doit détenir le pouvoir : il fixe des limites à l’autorité politique, les moyens qu’elle peut ou ne peut pas utiliser. Cela a d’abord été une réponse à l’absolutisme des régimes de droit divin qui octroyait tous les pouvoirs aux monarques; par la suite, même la démocratie a vu émerger des structures politiques qui pouvaient aussi restreindre les prérogatives individuelles. Le libéralisme politique est consécutivement la doctrine politique visant à limiter les pouvoirs de l’État pour ramener celui-ci à la protection des droits et libertés individuelles. Sur le plan économique le libéralisme économique donne une grande place au principe de propriété individuelle et s’oppose aux pouvoirs qui perturbent le libre jeu de la concurrence. C’est tout autant l’étatisme ou l’État-providence qui instaurent des barrières au commerce, que la constitution de conglomérats ou ententes industriels qui acquièrent une position hégémonique sur le marché. L’accusation contemporaine la plus commune qui est portée contre le concept de libéralisme[1] comme pour sa pratique est qu’il n’accorderait quasiment aucune valeur à la réduction des inégalités et considérerait les politiques de solidarité comme dangereuses. Pour les libéraux, il s’agit de distinguer le fonctionnement de l’économie de la politique sociale, deux domaines ayant leurs propres objectifs. Ils considèrent que les mélanger crée des confusions, opacités et effets pervers au détriment des deux.(…) Ces droits, selon les libéraux, ne découlent pas d’une définition législative, ce sont des droits inhérents à la nature humaine et dont la légitimité est supérieure à toute loi. Le libéralisme économique n’en est qu’une conséquence directe, depuis le « laissez faire, laissez passer », mot d’ordre des physiocrates français au XVIIIe siècle en faveur de la libre circulation des biens et des marchandises, jusqu’à l’École autrichienne d’économie au XXe siècle. Les libéralismes social et moral sont aussi des conséquences, même si on les sépare du libéralisme économique car tout le monde n’adhère pas forcément simultanément aux trois. La thèse des droits naturels (droit à la vie, à la liberté et à la propriété) est largement développée par John Locke. De cette théorie est issue la conception moderne des droits de l’homme qui a fourni historiquement la justification idéologique de la Révolution américaine et de la Révolution française, sans pour autant préconiser la démocratie, de crainte que la « tyrannie de la majorité » (selon l’expression de Tocqueville) ne vienne limiter les droits individuels. Plusieurs libéraux contestent la thèse des droits naturels, et affirment que ces droits ne sont que des valeurs politiques (voir libéralisme politique). Les libéraux classiques soutiennent qu’en ce cas la société (via la démocratie) peut très bien limiter ou supprimer complètement la liberté de l’individu de façon tout à fait légale et démocratique (ce qui s’est produit par exemple avec l’accession d’Adolf Hitler au pouvoir). Pour les tenants de la thèse des droits naturels (qualifiés également d’imprescriptibles dans la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen), il est clair que ces droits sont antérieurs et supérieurs à tout droit politique ainsi qu’à la démocratie. Il subsiste ainsi une différence marquée entre libéraux partisans du jusnaturalisme (la Raison comme source du droit : le droit naturel), et libéraux partisans du droit positif (l’État comme source du droit), les premiers étant parfois accusés de faire de la métaphysique, les derniers étant taxés de relativisme ou de soumission à l’État. Toutefois, tous les libéraux admettent l’insuffisance du seul droit positif : Hayek distingue la loi et la « règle de la loi » ; Bastiat affirme que « Personnalité, Liberté, Propriété (…) sont antérieures et supérieures à toute législation humaine.» Ces droits ont un caractère universel, applicable à tous les hommes, sans égard au lieu ni à l’époque, ce qui les distingue de « droits » arbitraires fictifs : par exemple un droit au logement ne saurait être un droit naturel, car il est impossible à réaliser sans prendre aux uns pour donner aux autres, ce qui lui ôte tout caractère universel. Les droits des uns ne peuvent s’exercer aux dépens des droits des autres, plus précisément un droit ne peut s’exercer aux dépens d’une personne non consentante. Il faut noter que ces droits étaient déjà reconnus sous la monarchie : « il y a quatre droits naturels que le prince est obligé de conserver à chacun de ses sujets ; ils ne les tiennent que de Dieu et ils sont antérieurs à toute loi politique et civile : la vie, l’honneur, la liberté et la propriété. » (Louis XVI) L’éthique libérale découle des droits naturels, elle se ramène au principe de non-agression : ne pas voler autrui, ne pas utiliser la coercition ou la violence envers autrui, sauf pour se défendre d’une agression. C’est donc une éthique de tolérance, contraire au relativisme moral du collectivisme (selon lequel la fin justifie les moyens ou l’intérêt général doit prévaloir sur les options individuelles) La tradition libérale dont se réclament les libéraux remonte jusqu’au taoïsme original en Chine, à Aristote puis aux stoïques en Grèce. Au XVIe siècle, l’école de Salamanque, Montaigne, La Boétie et d’autres humanistes. Au XVIIe siècle, les levellers de la révolution anglaise, John Locke (qui fonde la philosophie libérale moderne). Au XVIIIe siècle, Montesquieu, Voltaire, les physiocrates, Turgot, Adam Smith, David Hume. La révolution américaine est riche d’auteurs libéraux, de Benjamin Franklin à Thomas Paine. Durant la Révolution française, les Girondins représentent le courant libéral, victimes de la Terreur étatique des Jacobins, et parmi ceux-là des factions de la Montagne. Quand ils ne sont pas combattus par la révolution ou par Napoléon, les libéraux sont dans l’opposition pacifique : Destutt de Tracy, Benjamin Constant (qui formalise l’essence du libéralisme). Au XIXe siècle, Jean-Baptiste Say, Charles Comte, Charles Dunoyer, Alexis de Tocqueville, Frédéric Bastiat (le classique par excellence), Gustave de Molinari; en Angleterre, Richard Cobden, John Stuart Mill, Lord Acton. Au XXe siècle, l’école autrichienne culmine avec Ludwig von Mises et Friedrich Hayek, l’objectiviste Ayn Rand cristallise les valeurs libérales, Murray Rothbard popularise le libertarianisme; on citera aussi Henry Hazlitt, Leonard Read, David Friedman, Antony de Jasay, etc.; en France, Jacques Rueff, Raymond Aron, Jean-François Revel, Pascal Salin, Henri Lepage, etc. Il n’y a pas une école unique du libéralisme, d’autorité ni de fondateur. Il y a par exemple de grandes différences entre Hayek et Aristote, Frédéric Bastiat et Thomas Paine ou John Stuart Mill. Friedrich Hayek écrit ainsi que : « Il n’y a rien dans les principes du libéralisme qui permette d’en faire un dogme immuable; il n’y a pas de règles stables, fixées une fois pour toutes. Il y a un principe fondamental : à savoir que dans la conduite de nos affaires nous devons faire le plus grand usage possible des forces sociales spontanées et recourir le moins possible à la coercition. » Certains libéraux, les utilitaristes (par exemple Maurice Allais), sans prendre parti sur les prémisses philosophiques du libéralisme, justifient le libéralisme parce qu’il engendre les organisations sociales les plus efficaces d’un point de vue économique. Le libéralisme politique, expression qui est pour certains libéraux un oxymore, désigne une réalité variable selon les pays. Aujourd’hui aux États-Unis le liberalism désigne une tradition politique militant pour la démocratie et le régime constitutionnel, favorable en général aux libertés civiles et à l’économie de marché, mais souvent aussi interventionniste, et qui s’oppose à celle des conservateurs ou des socialistes ; dans ce sens le terme anglais liberal équivaut à centre-gauche, réformiste, démocrate ou social-démocrate (Jean-François Revel emploie le terme de progressiste), ce qui a peu de choses à voir avec le sens premier. Originellement, le libéralisme politique est le courant de pensée qui, depuis Locke, Hobbes et Montesquieu, est attaché à circonscrire l’action du pouvoir et de l’État, et à définir les rapports de la sphère politique avec l’individu (séparation des pouvoirs, « contre-pouvoirs », etc.). En général est préconisée la démocratie libérale, que l’on connaît depuis le XIXe siècle dans la plupart des états occidentaux. Les libéraux les plus radicaux, les anarcho-capitalistes, affirment que la sphère des attributions légitimes du pouvoir politique est vide. Les libéraux plus modérés, les minarchistes, pensent qu’il existe des fonctions légitimes de l’État, qu’ils identifient souvent aux fonctions régaliennes: sécurité, police, justice, défense du territoire. La plupart des libéraux ne se posent pas ces questions de principes ; leur opinion est que le pouvoir politique est bien trop étendu, et s’étend sans cesse. Ils cherchent donc les moyens de restreindre et d’inverser cette expansion de l’État, la question de savoir où on s’arrêtera étant prématurée. Wikilibéral
Le fait que le libéralisme accorde une réelle valeur à l’expérience a entraîné une réévaluation continuelle des idées d’individualité et de liberté. John Dewey (1935)
Une étude du CEVIPOF de 2016, réalisée pendant les débats sur la loi Travail, montre qu’un tiers seulement des électeurs sont libéraux au sens économique. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon comme à l’intérieur des partis dits de gouvernement, il est de bon ton de critiquer une «révolution néolibérale» responsable des maux économiques du pays. À l’inverse, très peu d’hommes politiques assumeront en France un programme libéral. La France a-t-elle un problème avec le libéralisme? Alexis Feertchak
Jean Tirole rappelle aussi que les Américains sont deux fois plus nombreux que les Français à trouver des vertus aux marchés. La dénonciation du «grand méchant marché», pour reprendre le titre d’Augustin Landier et David Thesmar (2007), est un lieu commun politiquement d’autant plus séduisant qu’il permet de faire retomber la responsabilité de nos difficultés sur le monde extérieur «néolibéral»: l’Europe, la City, etc. Je ne dirai pas pour autant que la France a un problème avec le libéralisme, terme qui se pense mal au singulier. Il y a des traditions nationales différentes parmi les libéraux. Il est vrai que nous sommes héritiers d’une tradition qui pense que la vie économique doit être encadrée par le politique. Les Français, aujourd’hui comme hier, se méfient du marché, s’inquiètent des conséquences sociales de l’individualisme radical ; ils craignent une «société qui tombe en poussière», pour reprendre une métaphore postrévolutionnaire. Cette dénonciation française de l’individualisme lié au monde de l’argent vient des contre-révolutionnaires et des catholiques, et se trouve reprise par les premiers socialistes. La tradition anglo-américaine, protestante, est très différente: le mot «individualisme» en anglais est d’emblée positif, les Américains valorisent l’héroïsme entrepreneurial. En français le mot «individualisme» qui apparaît vers 1820 est resté très généralement négatif. Aussi bien coexistent en France à la fois une tradition illibérale, étatiste, et une tradition libérale qui dès le XVIIIème siècle défend l’individu moderne émancipé, valorise les initiatives individuelles tout en repoussant l’individualisme et en souhaitant un encadrement politique de l’économie. Lisez les admirables chapitres de Tocqueville en 1840 sur l’individualisme, ce «sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables, et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même». Tocqueville en vient à redouter l’émergence d’une nouvelle «aristocratie manufacturière», qui «après avoir appauvri et abruti les hommes dont elle se sert, les livre en temps de crise à la charité publique pour les nourrir». La description qu’il fait des usines de Manchester est tout aussi horrifique que celle que donnent le catholique Montalembert ou les socialistes – ce qui ne l’empêche nullement de dénoncer dans l’étatisme économique la «route de la servitude». Il est donc vrai qu’il y a dans notre tradition peu de partisans d’un marché sans régulation forte de l’État, peu de partisans d’un «État Croupion» ou du laissez faire – Frédéric Bastiat, malgré son talent, est peu écouté. L’attachement aux libertés politiques a suscité historiquement chez nous plus de combats que la liberté d’entreprendre, le politique prime sur l’économique – ce n’est pas nécessairement ilibéral… (…) le libéralisme se pense d’abord comme l’émancipation de l’individu par rapport à la tutelle de l’Église et à celle du souverain absolu, plus tard aussi par rapport à la tyrannie de la majorité que dénonce Tocqueville aux États-Unis. Ce qu’il y a de commun entre tous les penseurs libéraux, c’est l’idée que la liberté n’est pas un moyen mais une fin, ce qui peut se décliner dans des secteurs très divers: religieux, culturel, politique, économique… (…) ce n’est pas une doctrine, peut être pas même une philosophie, mais un attachement à un principe qui est l’autonomie de l’individu. Les libéraux français, si divers, mettent leur pensée à l’épreuve des responsabilités: Malesherbes (l’arrière-grand-père de Tocqueville) réclamant de la monarchie plus de transparence fiscale et luttant pour la reconnaissance des droits des protestants ; Benjamin Constant grand orateur parlementaire sous la Restauration, Guizot, Tocqueville, députés et ministres, Laboulaye… Raymond Aron est un «spectateur engagé». Une génération est plus sensible à l’urgence d’obtenir des garanties pour les individus (sous l’Empire, Mme de Stael ou Constant, sous le second Empire Laboulaye et Jules Ferry), une autre sera plus soucieuse d’assurer l’ordre (Guizot sous la monarchie de juillet). Il y a des moments libéraux et des générations libérales plus qu’un libéralisme, du fait même de cette volonté d’adaptation aux circonstances. (…) Le principe de liberté se déploie dans des secteurs très divers ; la reconnaissance de la singularité individuelle dans l’ordre culturel ou sociétal est aujourd’hui un enjeu considérable. Mais les libéraux du 19ème siècle (Constant, Tocqueville notamment) étaient déjà des défenseurs acharnés de la liberté des associations, de la presse, et des cultes… Le progressisme est une autre catégorie: on peut vouloir le progrès en opprimant les individus. Parmi les libéraux, il y a des «progressistes» qui réclament une extension des libertés – sous la Restauration par exemple contre l’emprise du clergé et d’une noblesse conservatrice ; plus tard les orléanistes comme Guizot ou les libéraux de la fin du siècle tendent à penser qu’ils ont atteint la fin de l’histoire et leur libéralisme tourne à l’immobilisme… cette tension se retrouve dans toute l’histoire des libéraux. (…) Pour Tocqueville, la préférence pour l’égalité caractérise toutes les démocraties, mais elle est bien plus forte chez les Français car elle résulte de l’éducation politique que leur a donnée la monarchie. Les rois ont accaparé tous les pouvoirs et divisé pour mieux régner: en donnant une multitude de petits privilèges, ils ont attisé l’envie entre les Français, tout en les privant de toute expérience pratique de la liberté. Si bien que la Révolution – dont Tocqueville admire l’élan en 1789 vers la liberté – a vite renoué avec la tradition absolutiste ; c’est à ce peu de goût pour la liberté et au désir insatiable de l’égalité que Tocqueville attribue la récurrence des révolutions en France et la fascination pour des régimes autoritaires comme celui de Napoléon III. Tocqueville fait néanmoins à la fin de sa vie de cette culture révolutionnaire et despotique un trait du continent européen plus que spécifiquement français: l’aire germanique lui semble ressembler à la France d’ancien régime (il apprend l’allemand pour aller voir en 1854 de l’autre côté du Rhin l’ancien régime encore tout vivant) ; la Russie qu’il ne connaît que par les livres lui semble un exemple extrême d’égalité dans la servitude. Il y a une histoire longue du continent européen qui enracine nos politiques dans l’expérience des anciens régimes. Cela dit, ni Tocqueville ni aucun des penseurs libéraux ne tombent durablement dans l’illusion d’une malédiction des origines qui rendrait impossible la liberté sur le continent européen. (…) Il y a en effet un illibéralisme originel de la démocratie française qui tient à l’ancienneté de la centralisation, à la tradition catholique aussi, qui a longtemps soumis la conscience individuelle aux droits de la vérité et au magistère du clergé. La première comme la seconde république ont repris l’idéal d’unanimité du catholicisme et de la monarchie. La pluralité des opinions est perçue comme suspecte. Et l’idée est très prégnante qu’entre le fort et le faible, c’est l’État qui protège. Cela dit, en pratique la centralisation de l’ancien régime n’est pas si forte qu’on le dit parfois: Tocqueville reconnaît que la règle est dure mais la pratique molle… ce qui peut se dire des régimes suivants. Aujourdhui, l’attachement à l’État n’empêche pas une forte revendication d’autonomie. (…) ce qui nous frappe tous aujourd’hui est la perte de confiance dans le personnel politique, la crise de la représentation et le doute sur la capacité de l’État à défendre un bien commun. L’enjeu aujourd’hui est de fonder précisément ce que Tocqueville cherchait à fonder: une communauté de citoyens, une revalorisation de la décision politique, une participation de tous à la vie publique. À ceci près que Tocqueville comme ses contemporains pensait une démocratie guidée par des notables, et qu’il nous faut penser à nouveaux frais la question des «élites» en évitant la confiscation du politique.  (…) Cela dit, la différence avec les pays anglo-saxons tient à l’histoire particulière des relations entre l’État et les religions en France ; la France a longtemps vécu sous un système concordaire depuis le concordat de Bologne en 1516 dont on célèbre l’anniversaire cette année et le concordat de 1801, complété par les articles organiques incluant les protestants (auxquels on ajoute les juifs en 1808) et ce jusqu’à la séparation de 1905. Le concordat reconnaît aux religions «reconnues» une mission publique, les protège en contrepartie d’un contrôle très tatillon (l’État propose au pape les nominations d’évêques, finance les cultes reconnus, surveille les réunions, le clergé doit prêter serment de fidélité etc.). Pour les libéraux (et aussi pour les catholiques à partir de 1830) cette forme de religion politique est une contrainte insupportable, mais ils réclament rarement avant la fin du 19ème siècle une séparation complète et immédiate comme aux États Unis, pour des raisons d’ordre public et aussi parce qu’ils pensent, comme Tocqueville, le maintien des croyances indispensable à la moralité et la cohésion: «pour qu’un peuple soit libre il faut qu’il croie». La loi de 1905 adoptée à la suite d’un conflit séculaire a été dans la pratique une loi de liberté: elle a mis fin à la fonction sociale et politique des religions tout en reconnaissant l’exercice public des cultes. Ce très long travail, très conflictuel, de la séparation explique la vigilance particulière des Français à l’égard de toute affirmation publique d’une religion qui menacerait l’espace commun de coexistence. Le deuxième aspect tient en effet à notre modèle social républicain qui se veut très intégrateur et redistributif: on sait que la redistribution est plus poussée quand les populations se perçoivent comme homogènes. L’acceptation de la redistribution et le consentement à l’impôt sont liés à ce que Tocqueville met au cœur de l’anthropologie démocratique: le sentiment de la similitude. Aux États-Unis, la faiblesse historique de l’État providence et de la redistribution va de pair avec la fragmentation sociale et l’acceptation des singularités ou du communautarisme ; en France le poids de la redistribution et l’ambition du projet intégrateur sont inséparables d’un fort sentiment de ce qui est commun, sentiment qui est blessé par tout ce qui est perçu – à tort ou à raison – comme une volonté de sécession. Toute la difficulté est aujourd’hui de combiner l’acceptation du pluralisme et de la distinction avec l’affirmation vigoureuse de la similitude sur l’essentiel et d’un projet commun. (…) Le refus du libéralisme par certains intellectuels n’est pas une nouveauté dans la tradition française – et la dénonciation de l’illibéralisme des penseurs français par les anglo-saxons est aussi une tradition. Friedrich Hayek s’en était pris très violemment à la tradition continentale européenne dans La route de la servitude en 1944 (titre emprunté à Tocqueville dans son grand discours contre le droit du travail en 1848): parmi les Européens infestés selon lui de rousseauisme il ne trouve à sauver que Kant, Constant et Tocqueville qu’il juge du reste peu français et pas exempt de toute contamination. Plus près de nous et dans un autre contexte idéologique, Tony Judt, s’en prend en 1992 dans Past imperfect French intellectuals 1944-1956 (trad. Fayard, 1992) à la fascination des penseurs français pour le marxisme. Les libéraux français n’ont pas dans notre univers intellectuel la position dominante qu’ils ont en Angleterre ou aux États-Unis pour les raisons historiques que j’ai données ; ils n’en ont pas moins un rôle essentiel quoique discontinu. Ils sont souvent meilleurs dans l’opposition…: sous le premier ou le second Empire, sous la Restauration. En France il y a dans les années 1970/1980 un grand moment libéral qui permet de penser le communisme ou le passé d’une illusion pour parler comme François Furet. (…) Tocqueville écrivait en 1835: «Il faut une science politique nouvelle à un monde tout nouveau»… La crise de la politique désormais n’est plus pensable comme une exception française. Mais l’intelligence de cette crise nouvelle gagne à la méditation des grands classiques. Marc Bloch rappelait que «l »ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent, elle compromet, dans le présent, l’action même». Françoise Melonio
Me voilà discrédité à tout jamais; et il est maintenant reçu que je suis un homme sans cœur et sans entrailles, un philosophe sec, un individualiste, un bourgeois, et, pour tout dire en un mot, un économiste de l’école anglaise ou américaine. Frédéric Bastiat
Et cette grande chimère, nous l’avons placée, pour l’édification du peuple, au frontispice de la Constitution. Voici les premiers mots du préambule: « La France s’est constituée en République pour… appeler tous les citoyens à un degré toujours plus élevé de moralité, de lumière et de bien-être. »  Ainsi, c’est la France ou l’abstraction, qui appelle les Français ou les réalités à la moralité, au bien-être, etc. N’est-ce pas abonder dans le sens de cette bizarre illusion qui nous porte à tout attendre d’une autre énergie que la nôtre? N’est-ce pas donner à entendre qu’il y a, à côté et en dehors des Français, un être vertueux, éclairé, riche, qui peut et doit verser sur eux ses bienfaits? N’est-ce pas supposer, et certes bien gratuitement, qu’il y a entre la France et les Français, entre la simple dénomination abrégée, abstraite, de toutes les individualités et ces individualités mêmes, des rapports de père à fils, de tuteur à pupille, de professeur à écolier?(…) Les Américains se faisaient une autre idée des relations des citoyens avec l’État, quand ils placèrent en tête de leur Constitution ces simples paroles: « Nous, le peuple des États-Unis, pour former une union plus parfaite, établir la justice, assurer la tranquillité intérieure, pourvoir à la défense commune, accroître le bien-être général et assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à notre postérité, décrétons, etc. » Ici point de création chimérique, point d’abstraction à laquelle les citoyens demandent tout. Ils n’attendent rien que d’eux-mêmes et de leur propre énergie. Si je me suis permis de critiquer les premières paroles de notre Constitution, c’est qu’il ne s’agit pas, comme on pourrait le croire, d’une pure subtilité métaphysique. Je prétends que cette personnification de l’État a été dans le passé et sera dans l’avenir une source féconde de calamités et de révolutions. Bastiat
Je ne désire pas pour mon pays autant le free-trade que l’esprit du free-trade. Le free-trade, c’est un peu plus de richesse ; l’esprit du free-trade, c’est la réforme de l’intelligence même, c’est-à-dire la source de toutes les réformes. Frédéric Bastiat (Lettre à Cobden, le 20 mars 1847)
La cause que nous servons ne se renferme pas dans les limites d’une nation. Elle est universelle et ne trouvera sa solution que dans l’adhésion de tous les peuples. (…) Les difficultés s’accumulent autour de nous ; nous n’avons pas pour adversaires seulement des intérêts. L’ignorance publique se révèle maintenant dans toute sa triste étendue. En outre, les partis ont besoin de nous abattre. (…) Tous aspirent au même but : la Tyrannie. Ils ne diffèrent que sur la question de savoir en quelles mains l’arbitraire sera déposé. Aussi, ce qu’ils redoutent le plus, c’est l’esprit de la vraie liberté. (…) Ce qui m’afflige surtout, moi qui porte au cœur le sentiment démocratique dans toute son universalité, c’est de voir la démocratie française en tête de l’opposition à la liberté du commerce. Bastiat (Lettre à Cobden, 9 novembre 1847)
De grands obstacles nous viennent aussi de votre côté de la Manche. Mon cher Cobden, il faut que je vous parle en toute franchise. En adoptant le Libre-Echange, l’Angleterre n’a pas adopté la politique qui dérive logiquement du Libre-Échange. Le fera-t-elle ? Je n’en doute pas ; mais quand ? (…) On dit souvent qu’il ne faut pas confondre les nations avec leurs gouvernements. Il y a du vrai et du faux dans cette maxime ; et j’ose dire qu’elle est fausse à l’égard des peuples qui ont des moyens constitutionnels de faire prévaloir l’opinion. Considérez que la France n’a pas d’instruction économique. Lors donc qu’elle lit l’histoire, lorsqu’elle y voit les envahissements successifs de l’Angleterre, quand elle étudie les moyens diplomatiques qui ont amené ces envahissements, quand elle voit un système séculaire suivi avec persévérance, soit que les wighs ou les torys tiennent le timon de l’État, quand elle lit dans vos journaux qu’en ce moment l’Angleterre a 34,000 marins à bord des vaisseaux de guerre, comment voulez-vous qu’elle se fie, pour un changement dans votre politique, à la force d’un principe que d’ailleurs elle ne comprend pas ?  Bastiat (Lettre à Cobden, 15 octobre 1847)
Mon ami, l’ignorance et l’indifférence dans ce pays, en matière d’économie politique, dépassent tout ce que j’aurais pu me figurer. Ce n’est pas une raison pour se décourager, au contraire, c’en est une pour nous donner le sentiment de l’utilité, de l’urgence même de nos efforts. Mais je comprends aujourd’hui une chose : c’est que la liberté commerciale est un résultat trop éloigné pour nous. Heureux si nous pouvons déblayer la route de quelques obstacles. — Le plus grand n’est pas le parti protectionniste, mais le socialisme avec ses nombreuses ramifications. — S’il n’y avait que les monopoleurs, ils ne résisteraient pas à la discussion. — Mais le socialisme leur vient en aide. Celui-ci admet la liberté en principe et renvoie l’exécution après l’époque où le monde sera constitué sur le plan de Fourier ou tout autre inventeur de société. — Et, chose singulière, pour prouver que jusque-là la liberté sera nuisible, ils reprennent tous les arguments des monopoleurs : balance du commerce, exportation du numéraire, supériorité de l’Angleterre, etc., etc. D’après cela, vous me direz que combattre les monopoleurs, c’est combattre les socialistes. — Non. — Les socialistes ont une théorie sur la nature oppressive du capital, par laquelle ils expliquent l’inégalité des conditions, et toutes les souffrances des classes pauvres. Ils parlent aux passions, aux sentiments, et même aux meilleurs instincts des hommes. Ils séduisent la jeunesse, montrant le mal et affirmant qu’ils possèdent le remède. Ce remède consiste en une organisation sociale artificielle de leur invention, qui rendra tous les hommes heureux et égaux, sans qu’ils aient besoin de lumières et de vertus. — Encore si tous les socialistes étaient d’accord sur ce plan d’organisation, on pourrait espérer de le ruiner dans les intelligences. Mais vous comprenez que, dans cet ordre d’idées, et du moment qu’il s’agit de pétrir une société, chacun fait la sienne, et tous les matins nous sommes assaillis par des inventions nouvelles. Nous avons donc à combattre une hydre à qui il repousse dix têtes quand nous lui en coupons une. Le malheur est que cette méthode a un puissant attrait pour la  (jeunesse. On lui montre des souffrances ; et par là on commence par toucher son cœur. Ensuite on lui dit que tout peut se guérir, au moyen de quelques combinaisons artificielles ; et par là on met son imagination en campagne. Bastiat (Lettre à Cobden, 5 juillet 1847)
On nous accuse, dans le parti démocratique et socialiste, d’être voués au culte des intérêts matériels et de tout ramener à des questions de richesses. J’avoue que lorsqu’il s’agit des masses, je n’ai pas ce dédain stoïque pour la richesse. Ce mot ne veut pas dire quelques écus de plus ; il signifie du pain pour ceux qui ont faim, des vêtements pour ceux qui ont froid, de l’éducation, de l’indépendance, de la dignité. — Mais, après tout, si le résultat du libre-échange devait être uniquement d’accroître la richesse publique, je ne m’en occuperais pas plus que de toute autre question agricole ou industrielle. Ce que je vois surtout dans notre agitation, c’est l’occasion de combattre quelques préjugés et de faire pénétrer dans le public quelques idées justes. C’est là un bien indirect cent fois supérieur aux avantages directs de la liberté commerciale (…) Si la liberté était proclamée demain, le public resterait dans l’ornière où il est sous tous les autres rapports ; mais, au début, je suis obligé de ne toucher qu’avec un extrême ménagement à ces idées accessoires, afin de ne pas heurter nos propres collègues. Aussi je consacre mes efforts à élucider le problème économique. Ce sera le point de départ de vues plus élevées. Bastiat (Lettre à Cobden, le 20 avril 1847)
La révolution de février a été certainement plus héroïque que celle de juillet ; rien d’admirable comme le courage, l’ordre, le calme, la modération de la population parisienne. Mais quelles en seront les suites ? Depuis dix ans, de fausses doctrines, fort en vogue, nourrissent les classes laborieuses d’absurdes illusions. Elles sont maintenant convaincues que l’État est obligé de donner du pain, du travail, de l’instruction à tout le monde. Le gouvernement provisoire en a fait la promesse solennelle ; il sera donc forcé de renforcer tous les impôts pour essayer de tenir cette promesse, et, malgré cela, il ne la tiendra pas. Je n’ai pas besoin de te dire l’avenir que cela nous prépare. (…) Il est évident que toutes ces promesses aboutiront à ruiner la province pour satisfaire la population de Paris ; car le gouvernement n’entreprendra jamais de nourrir tous les métayers, ouvriers et artisans des départements, et surtout des campagnes. (…) Pauvre peuple ! que de déceptions on lui a préparées ! Il était si simple et si juste de le soulager par la diminution des taxes ; on veut le faire par la profusion, et il ne voit pas que tout le mécanisme consiste à lui prendre dix pour lui donner huit, sans compter la liberté réelle qui succombera à l’opération (…) Comment, comment lutter contre une école qui a la force en main et qui promet le bonheur parfait à tout le monde ? Ami, si l’on me disait : Tu vas faire prévaloir ton idée aujourd’hui, et demain tu mourras dans l’obscurité, j’accepterais de suite ; mais lutter sans chance, sans être même écouté, quelle rude tâche ! Adieu, les élections sont prochaines, nous nous verrons alors ; en attendant, dis-moi si tu remarques quelques bonnes dispositions en ma faveur. Bastiat (Lettre à M. Félix Coudroy, 29 février 1848)
We hold from God the gift which includes all others. This gift is life — physical, intellectual, and moral life. But life cannot maintain itself alone. The Creator of life has entrusted us with the responsibility of preserving, developing, and perfecting it. In order that we may accomplish this, He has provided us with a collection of marvelous faculties. And He has put us in the midst of a variety of natural resources. By the application of our faculties to these natural resources we convert them into products, and use them. This process is necessary in order that life may run its appointed course. Life, faculties, production — in other words, individuality, liberty, property — this is man. And in spite of the cunning of artful political leaders, these three gifts from God precede all human legislation, and are superior to it. Life, liberty, and property do not exist because men have made laws. On the contrary, it was the fact that life, liberty, and property existed beforehand that caused men to make laws in the first place. Bastiat
Nous tenons de Dieu le don qui pour nous les renferme tous, la Vie, — la vie physique, intellectuelle et morale. Mais la vie ne se soutient pas d’elle-même. Celui qui nous l’a donnée nous a laissé le soin de l’entretenir, de la développer, de la perfectionner. Pour cela, il nous a pourvus d’un ensemble de Facultés merveilleuses ; il nous a plongés dans un milieu d’éléments divers. C’est par l’application de nos facultés à ces éléments que se réalise le phénomène de l’Assimilation, de l’Appropriation, par lequel la vie parcourt le cercle qui lui a été assigné. Existence, Facultés, Assimilation — en d’autres termes, Personnalité, Liberté, Propriété, — voilà l’homme. C’est de ces trois choses qu’on peut dire, en dehors de toute subtilité démagogique, qu’elles sont antérieures et supérieures à toute législation humaine. Ce n’est pas parce que les hommes ont édicté des Lois que la Personnalité, la Liberté et la Propriété existent. Au contraire, c’est parce que la Personnalité, la Liberté et la Propriété préexistent que les hommes font des Lois. Bastiat

Et si on relisait Bastiat ?

En ce 225e anniversaire de la Déclaration des droits américaine …

Qui inspira largement la nôtre …

Au lendemain de la disparition  d’un des pires dictateurs de la planète qui a donné lieu aux ignominies que l’on sait …

Et à l’heure où, sur fond de réveil des peuples contre leurs élites mais aussi de manoeuvres d’intimidation des forces de la réaction …

Recule déjà une droite qui venait tout juste de commençait enfin à s’assumer comme telle …

Refuse toujours l’obstacle une gauche qui n’a toujours pas réussi à faire son aggiornamento …

Et continue à se gauchiser une extrême-droite toujours plus tentée par l’étatisme et l’interventionnisme …

Retour avec le récent entretien du Figaro de l’historienne des idées Françoise Mélonio …

Sur cette difficulté si particulière, catholicisme et monarchie absolue obligent, avec le libéralisme …

Dont ne semble décidément vouloir se défaire la terre de Tocqueville, Constant et Bastiat …

Et redécouverte justement avec le fameux texte de Bastiat sur la loi …

De cette si farouche volonté de maintenir hors de portée humaine comme don divin, la précédence et la prééminence de la liberté sur le politique …

Les Français ont-ils un problème avec le libéralisme ?
Alexis Feertchak
Le Figaro
16/09/2016

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Alors que de nouvelles manifestations ont eu lieu contre la loi Travail, l’historienne des idées Françoise Mélonio a accordé au FigaroVox un entretien fleuve pour éclairer le rapport ambigu des Français avec le libéralisme.

Docteur d’État et agrégée de Lettres, normalienne, Françoise Mélonio est professeur de Littérature à l’Université Paris-Sorbonne. Ancienne directrice adjointe (Lettres) de l’École normale supérieure (Ulm), elle a été doyenne du Collège universitaire puis directrice des Études et de la Scolarité de Sciences Po Paris. Spécialiste de Tocqueville, elle a notamment dirigé la collection d’Histoire culturelle de la France publiée aux éditions du Seuil.

FIGAROVOX. – Une étude du CEVIPOF de 2016, réalisée pendant les débats sur la loi Travail, montre qu’un tiers seulement des électeurs sont libéraux au sens économique. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon comme à l’intérieur des partis dits de gouvernement, il est de bon ton de critiquer une «révolution néolibérale» responsable des maux économiques du pays. À l’inverse, très peu d’hommes politiques assumeront en France un programme libéral. La France a-t-elle un problème avec le libéralisme?

Françoise MELONIO. – Jean Tirole rappelle aussi (1) que les Américains sont deux fois plus nombreux que les Français à trouver des vertus aux marchés. La dénonciation du «grand méchant marché», pour reprendre le titre d’Augustin Landier et David Thesmar (2007), est un lieu commun politiquement d’autant plus séduisant qu’il permet de faire retomber la responsabilité de nos difficultés sur le monde extérieur «néolibéral»: l’Europe, la City, etc.

Je ne dirai pas pour autant que la France a un problème avec le libéralisme, terme qui se pense mal au singulier. Il y a des traditions nationales différentes parmi les libéraux. Il est vrai que nous sommes héritiers d’une tradition qui pense que la vie économique doit être encadrée par le politique. Les Français, aujourd’hui comme hier, se méfient du marché, s’inquiètent des conséquences sociales de l’individualisme radical ; ils craignent une «société qui tombe en poussière», pour reprendre une métaphore postrévolutionnaire. Cette dénonciation française de l’individualisme lié au monde de l’argent vient des contre-révolutionnaires et des catholiques, et se trouve reprise par les premiers socialistes. La tradition anglo-américaine, protestante, est très différente: le mot «individualisme» en anglais est d’emblée positif, les Américains valorisent l’héroïsme entrepreneurial. En français le mot «individualisme» qui apparaît vers 1820 est resté très généralement négatif. Aussi bien coexistent en France à la fois une tradition illibérale, étatiste, et une tradition libérale qui dès le XVIIIème siècle défend l’individu moderne émancipé, valorise les initiatives individuelles tout en repoussant l’individualisme et en souhaitant un encadrement politique de l’économie.

Lisez les admirables chapitres de Tocqueville en 1840 sur l’individualisme, ce «sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables, et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même». Tocqueville en vient à redouter l’émergence d’une nouvelle «aristocratie manufacturière», qui «après avoir appauvri et abruti les hommes dont elle se sert, les livre en temps de crise à la charité publique pour les nourrir». La description qu’il fait des usines de Manchester est tout aussi horrifique que celle que donnent le catholique Montalembert ou les socialistes – ce qui ne l’empêche nullement de dénoncer dans l’étatisme économique la «route de la servitude». Il est donc vrai qu’il y a dans notre tradition peu de partisans d’un marché sans régulation forte de l’État, peu de partisans d’un «État Croupion» ou du laissez faire – Frédéric Bastiat, malgré son talent, est peu écouté. L’attachement aux libertés politiques a suscité historiquement chez nous plus de combats que la liberté d’entreprendre, le politique prime sur l’économique – ce n’est pas nécessairement ilibéral…

N’a-t-on pas aussi tendance à oublier que le libéralisme n’est pas d’abord une doctrine économique de «laisser-aller», mais qu’il est au départ une doctrine philosophique, politique et juridique relative au rapport entre les individus, la société et l’État?

En effet le libéralisme se pense d’abord comme l’émancipation de l’individu par rapport à la tutelle de l’Église et à celle du souverain absolu, plus tard aussi par rapport à la tyrannie de la majorité que dénonce Tocqueville aux États-Unis. Ce qu’il y a de commun entre tous les penseurs libéraux, c’est l’idée que la liberté n’est pas un moyen mais une fin, ce qui peut se décliner dans des secteurs très divers: religieux, culturel, politique, économique…

John Dewey estimait en 1935 que «le fait que le libéralisme accorde une réelle valeur à l’expérience a entraîné une réévaluation continuelle des idées d’individualité et de liberté» (2). L’adaptation est-elle la première force du libéralisme?

Oui sans doute, parce que ce n’est pas une doctrine, peut être pas même une philosophie, mais un attachement à un principe qui est l’autonomie de l’individu. Les libéraux français, si divers, mettent leur pensée à l’épreuve des responsabilités: Malesherbes (l’arrière-grand-père de Tocqueville) réclamant de la monarchie plus de transparence fiscale et luttant pour la reconnaissance des droits des protestants ; Benjamin Constant grand orateur parlementaire sous la Restauration, Guizot, Tocqueville, députés et ministres, Laboulaye… Raymond Aron est un «spectateur engagé». Une génération est plus sensible à l’urgence d’obtenir des garanties pour les individus (sous l’Empire, Mme de Stael ou Constant, sous le second Empire Laboulaye et Jules Ferry), une autre sera plus soucieuse d’assurer l’ordre (Guizot sous la monarchie de juillet). Il y a des moments libéraux et des générations libérales plus qu’un libéralisme, du fait même de cette volonté d’adaptation aux circonstances.

N’existe-t-il pas aujourd’hui un libéralisme culturel ou sociétal, qui s’ajoute à la division traditionnelle entre libéralismes économique et politique? Quel est le lien entre libéralisme et progressisme?

Le principe de liberté se déploie dans des secteurs très divers ; la reconnaissance de la singularité individuelle dans l’ordre culturel ou sociétal est aujourd’hui un enjeu considérable. Mais les libéraux du 19ème siècle (Constant, Tocqueville notamment) étaient déjà des défenseurs acharnés de la liberté des associations, de la presse, et des cultes… Le progressisme est une autre catégorie: on peut vouloir le progrès en opprimant les individus. Parmi les libéraux, il y a des «progressistes» qui réclament une extension des libertés – sous la Restauration par exemple contre l’emprise du clergé et d’une noblesse conservatrice ; plus tard les orléanistes comme Guizot ou les libéraux de la fin du siècle tendent à penser qu’ils ont atteint la fin de l’histoire et leur libéralisme tourne à l’immobilisme… cette tension se retrouve dans toute l’histoire des libéraux.

Se référant à Tocqueville, Lucien Jaume estime qu’historiquement, les Français sont davantage attachés à l’égalité qu’à la liberté. Cela peut-il expliquer un certain antilibéralisme de l’Hexagone?

En effet Lucien Jaume met très vigoureusement ce point en lumière dans ses travaux sur l’histoire du libéralisme. Pour Tocqueville, la préférence pour l’égalité caractérise toutes les démocraties, mais elle est bien plus forte chez les Français car elle résulte de l’éducation politique que leur a donnée la monarchie. Les rois ont accaparé tous les pouvoirs et divisé pour mieux régner: en donnant une multitude de petits privilèges, ils ont attisé l’envie entre les Français, tout en les privant de toute expérience pratique de la liberté. Si bien que la Révolution – dont Tocqueville admire l’élan en 1789 vers la liberté – a vite renoué avec la tradition absolutiste ; c’est à ce peu de goût pour la liberté et au désir insatiable de l’égalité que Tocqueville attribue la récurrence des révolutions en France et la fascination pour des régimes autoritaires comme celui de Napoléon III.

Tocqueville fait néanmoins à la fin de sa vie de cette culture révolutionnaire et despotique un trait du continent européen plus que spécifiquement français: l’aire germanique lui semble ressembler à la France d’ancien régime (il apprend l’allemand pour aller voir en 1854 de l’autre côté du Rhin l’ancien régime encore tout vivant) ; la Russie qu’il ne connaît que par les livres lui semble un exemple extrême d’égalité dans la servitude. Il y a une histoire longue du continent européen qui enracine nos politiques dans l’expérience des anciens régimes. Cela dit, ni Tocqueville ni aucun des penseurs libéraux ne tombent durablement dans l’illusion d’une malédiction des origines qui rendrait impossible la liberté sur le continent européen.

La France est l’un des plus anciens États centralisés au monde, tradition que la Révolution française n’a fait qu’amplifier. Cet attachement à l’État participe-t-il du même mouvement de méfiance à l’endroit du libéralisme?

Il y a en effet un illibéralisme originel de la démocratie française qui tient à l’ancienneté de la centralisation, à la tradition catholique aussi, qui a longtemps soumis la conscience individuelle aux droits de la vérité et au magistère du clergé. La première comme la seconde république ont repris l’idéal d’unanimité du catholicisme et de la monarchie. La pluralité des opinions est perçue comme suspecte. Et l’idée est très prégnante qu’entre le fort et le faible, c’est l’État qui protège. Cela dit, en pratique la centralisation de l’ancien régime n’est pas si forte qu’on le dit parfois: Tocqueville reconnaît que la règle est dure mais la pratique molle… ce qui peut se dire des régimes suivants. Aujourdhui, l’attachement à l’État n’empêche pas une forte revendication d’autonomie.

Historiquement, la France est aussi un pays de petits propriétaires, très attachés à leur liberté par rapport à l’État, mais aussi par rapport aux différentes «puissances», qu’elles soient économiques, politiques ou financières. Comment expliquer la conjonction entre ce phénomène et l’attachement à un État fort?

La glorification de la petite propriété (rurale surtout) est un lieu commun libéral. Locke en fait le moyen pour chacun d’assurer sa conservation et son indépendance ; en France les petits propriétaires ayant bénéficié de la vente des biens nationaux et de l’abolition des droits féodaux, la petite propriété apparaît comme une conquête révolutionnaire. Jusque sous la troisième république, on trouve des éloges de la moralité des petits propriétaires, qui tient justement à leur indépendance. Mais c’est de l’État que le petit propriétaire attend la garantie dans ses transactions – et aussi le maintien de l’ordre qui assure le respect de la propriété. Guizot et Tocqueville sont protectionnistes et très attachés à l’ordre social… Je ne vois donc pas de contradiction entre le goût de l’indépendance et l’attachement aux garanties apportées par un État fort.

Ne retrouve-t-on pas aujourd’hui cette ambivalence au sein du Front national entre une vision étatiste et interventionniste dans les anciens territoires ouvriers et une vision davantage poujadiste parmi les artisans, les commerçants, les indépendants et les petits patrons, notamment dans le sud de la France?

Je ne m’aventurerai pas dans un commentaire sur les électeurs du Front national sur lesquels il y a d’excellentes études (Dominique Reynié, Pascal Perrineau).

Au-delà du cas spécifique de cet électorat, ce qui nous frappe tous aujourd’hui est la perte de confiance dans le personnel politique, la crise de la représentation et le doute sur la capacité de l’État à défendre un bien commun. L’enjeu aujourd’hui est de fonder précisément ce que Tocqueville cherchait à fonder: une communauté de citoyens, une revalorisation de la décision politique, une participation de tous à la vie publique. À ceci près que Tocqueville comme ses contemporains pensait une démocratie guidée par des notables, et qu’il nous faut penser à nouveaux frais la question des «élites» en évitant la confiscation du politique. J’aime à citer cette phrase de L’ancien régime et la Révolution: «ll n’y a rien de moins indépendant qu’un citoyen libre».

Il y a quelques années, la loi française anti-Burka déclenchait un tollé dans les pays anglo-saxons, ce qui est arrivé derechef avec les arrêtés anti-burkini cet été. Le modèle républicain à la française vient-il se heurter au libéralisme politique?

La question est compliquée par la menace terroriste, et le disgracieux burkini n’est pas, je crois, l’objet le plus adéquat pour s’interroger sur la place du religieux dans nos démocraties libérales.

Cela dit, la différence avec les pays anglo-saxons tient à l’histoire particulière des relations entre l’État et les religions en France ; la France a longtemps vécu sous un système concordaire depuis le concordat de Bologne en 1516 dont on célèbre l’anniversaire cette année et le concordat de 1801, complété par les articles organiques incluant les protestants (auxquels on ajoute les juifs en 1808) et ce jusqu’à la séparation de 1905. Le concordat reconnaît aux religions «reconnues» une mission publique, les protège en contrepartie d’un contrôle très tatillon (l’État propose au pape les nominations d’évêques, finance les cultes reconnus, surveille les réunions, le clergé doit prêter serment de fidélité etc.). Pour les libéraux (et aussi pour les catholiques à partir de 1830) cette forme de religion politique est une contrainte insupportable, mais ils réclament rarement avant la fin du 19ème siècle une séparation complète et immédiate comme aux États Unis, pour des raisons d’ordre public et aussi parce qu’ils pensent, comme Tocqueville, le maintien des croyances indispensable à la moralité et la cohésion: «pour qu’un peuple soit libre il faut qu’il croie». La loi de 1905 adoptée à la suite d’un conflit séculaire a été dans la pratique une loi de liberté: elle a mis fin à la fonction sociale et politique des religions tout en reconnaissant l’exercice public des cultes. Ce très long travail, très conflictuel, de la séparation explique la vigilance particulière des Français à l’égard de toute affirmation publique d’une religion qui menacerait l’espace commun de coexistence.

Le deuxième aspect tient en effet à notre modèle social républicain qui se veut très intégrateur et redistributif: on sait que la redistribution est plus poussée quand les populations se perçoivent comme homogènes. L’acceptation de la redistribution et le consentement à l’impôt sont liés à ce que Tocqueville met au cœur de l’anthropologie démocratique: le sentiment de la similitude. Aux États-Unis, la faiblesse historique de l’État providence et de la redistribution va de pair avec la fragmentation sociale et l’acceptation des singularités ou du communautarisme ; en France le poids de la redistribution et l’ambition du projet intégrateur sont inséparables d’un fort sentiment de ce qui est commun, sentiment qui est blessé par tout ce qui est perçu – à tort ou à raison – comme une volonté de sécession. Toute la difficulté est aujourd’hui de combiner l’acceptation du pluralisme et de la distinction avec l’affirmation vigoureuse de la similitude sur l’essentiel et d’un projet commun.

Alexis de Tocqueville, Benjamin Constant, Germaine de Staël, Victor Cousin, Hippolyte Taine, etc. la France a compté parmi les premiers intellectuels libéraux. Comment expliquer l’antilibéralisme qui siège aujourd’hui depuis longtemps parmi les «intellectuels» français?

Le refus du libéralisme par certains intellectuels n’est pas une nouveauté dans la tradition française – et la dénonciation de l’illibéralisme des penseurs français par les anglo-saxons est aussi une tradition. Friedrich Hayek s’en était pris très violemment à la tradition continentale européenne dans La route de la servitude en 1944 (titre emprunté à Tocqueville dans son grand discours contre le droit du travail en 1848): parmi les Européens infestés selon lui de rousseauisme il ne trouve à sauver que Kant, Constant et Tocqueville qu’il juge du reste peu français et pas exempt de toute contamination. Plus près de nous et dans un autre contexte idéologique, Tony Judt, s’en prend en 1992 dans Past imperfect french intellectuals 1944-1956 (trad. Fayard, 1992) à la fascination des penseurs français pour le marxisme.

Les libéraux français n’ont pas dans notre univers intellectuel la position dominante qu’ils ont en Angleterre ou aux États Unis pour les raisons historiques que j’ai données ; ils n’en ont pas moins un rôle essentiel quoique discontinu. Ils sont souvent meilleurs dans l’opposition…: sous le premier ou le second Empire, sous la Restauration. En France il y a dans les années 1970/1980 un grand moment libéral qui permet de penser le communisme ou le passé d’une illusion pour parler comme François Furet.

Donald Trump aux États-Unis, victoire du Brexit aux États-Unis, succès des partis populistes partout en Europe, éclosion de «démocratures» dans de nombreux pays émergents, le libéralisme ne connaît-il pas une crise profonde en tant que modèle politique? Dans Suis-je un libéral (1925), John Maynard Keynes écrivait: «Il nous faut inventer une nouvelle sagesse pour une époque nouvelle». N’est-ce pas aujourd’hui le défi du libéralisme pour se réinventer?

Tocqueville écrivait en 1835: «Il faut une science politique nouvelle à un monde tout nouveau»… La crise de la politique désormais n’est plus pensable comme une exception française. Mais l’intelligence de cette crise nouvelle gagne à la méditation des grands classiques. Marc Bloch rappelait que «l »ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent, elle compromet, dans le présent, l’action même».


(1) Jean TIROLE, Économie du bien commun, p. 58, éd. PUF, 2016.

(2) John DEWEY, The future of liberalism, éd. Later Works, 1935

Voir aussi:

« The Law »
A selected essay reprint
Frédéric Bastiat
Bastiat, Frédéric
(1801-1850)
Introduction

Walter E. Williams*

I must have been forty years old before reading Frederic Bastiat’s classic The Law. An anonymous person, to whom I shall eternally be in debt, mailed me an unsolicited copy. After reading the book I was convinced that a liberal-arts education without an encounter with Bastiat is incomplete. Reading Bastiat made me keenly aware of all the time wasted, along with the frustrations of going down one blind alley after another, organizing my philosophy of life. The Law did not produce a philosophical conversion for me as much as it created order in my thinking about liberty and just human conduct.

Many philosophers have made important contributions to the discourse on liberty, Bastiat among them. But Bastiat’s greatest contribution is that he took the discourse out of the ivory tower and made ideas on liberty so clear that even the unlettered can understand them and statists cannot obfuscate them. Clarity is crucial to persuading our fellowman of the moral superiority of personal liberty.

Like others, Bastiat recognized the greatest single threat to liberty is government. Notice the clarity he employs to help us identify and understand evil government acts such as legalized plunder. Bastiat says, « See if the law takes from some persons what belongs to them, and gives it to other persons to whom it does not belong. See if the law benefits one citizen at the expense of another by doing what the citizen himself cannot do without committing a crime. » With such an accurate description of legalized plunder, we cannot deny the conclusion that most government activities, including ours, are legalized plunder, or for the sake of modernity, legalized theft.

Frederic Bastiat could have easily been a fellow traveler of the signers of our Declaration of Independence. The signers’ vision of liberty and the proper role of government was captured in the immortal words: « We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal, that they are endowed by their Creator with certain Unalienable Rights, that among these are Life, Liberty and the pursuit of Happiness. That to secure these rights, governments are instituted among Men…. » Bastiat echoes the identical vision, saying, « Life, faculties, production—in other words individuality, liberty, property—that is man. And in spite of the cunning of artful political leaders, these three gifts from God precede all human legislation, and are superior to it. » Bastiat gave the same rationale for government as did our Founders, saying, « Life, liberty and property do not exist because men have made laws. On the contrary, it is the fact that life, liberty and property existed beforehand that caused men to make laws in the first place. » No finer statements of natural or God-given rights have been made than those found in our Declaration of Independence and The Law.

Bastiat pinned his hopes for liberty on the United States saying, « …look at the United States. There is no country in the world where the law is kept more within its proper domain: the protection of every person’s liberty and property. As a consequence of this, there appears to be no country in the world where the social order rests on a firmer foundation. » Writing in 1850, Bastiat noted two areas where the United States fell short: « Slavery is a violation, by law, of liberty. The protective tariff is a violation, by law, of property. »

If Bastiat were alive today, he would be disappointed with our failure to keep the law within its proper domain. Over the course of a century and a half, we have created more than 50,000 laws. Most of them permit the state to initiate violence against those who have not initiated violence against others. These laws range from anti-smoking laws for private establishments and Social Security « contributions » to licensure laws and minimum wage laws. In each case, the person who resolutely demands and defends his God-given right to be left alone can ultimately suffer death at the hands of our government.*1

Bastiat explains the call for laws that restrict peaceable, voluntary exchange and punish the desire to be left alone by saying that socialists want to play God. Socialists look upon people as raw material to be formed into social combinations. To them—the elite— »the relationship between persons and the legislator appears to be the same as the relationship between the clay and the potter. » And for people who have this vision, Bastiat displays the only anger I find in The Law when he lashes out at do-gooders and would-be rulers of mankind, « Ah, you miserable creatures! You who think that you are so great! You who judge humanity to be so small! You who wish to reform everything! Why don’t you reform yourselves? That task would be sufficient enough. »

Bastiat was an optimist who thought that eloquent arguments in defense of liberty might save the day; but history is not on his side. Mankind’s history is one of systematic, arbitrary abuse and control by the elite acting privately, through the church, but mostly through government. It is a tragic history where hundreds of millions of unfortunate souls have been slaughtered, mostly by their own government. A historian writing 200 or 300 years from now might view the liberties that existed for a tiny portion of mankind’s population, mostly in the western world, for only a tiny portion of its history, the last century or two, as a historical curiosity that defies explanation. That historian might also observe that the curiosity was only a temporary phenomenon and mankind reverted back to the traditional state of affairs—arbitrary control and abuse.

Hopefully, history will prove that pessimistic assessment false. The worldwide collapse of the respectability of the ideas of socialism and communism suggests that there is a glimmer of hope. Another hopeful sign is the technological innovations that make it more difficult for government to gain information on and control its citizens. Innovations such as information access, communication and electronic monetary transactions will make government attempts at control more costly and less probable. These technological innovations will increasingly make it possible for world citizens to communicate and exchange with one another without government knowledge, sanction or permission.

Collapse of communism, technological innovations, accompanied by robust free-market organizations promoting Bastiat’s ideas, are the most optimistic things I can say about the future of liberty in the United States. Americans share an awesome burden and moral responsibility. If liberty dies in the United States, it is destined to die everywhere. A greater familiarity with Bastiat’s clear ideas about liberty would be an important step in rekindling respect and love, and allowing the resuscitation of the spirit of liberty among our fellow Americans.


Notes for this chapter

Walter E. Williams, John M. Olin Distinguished Professor of Economics and Chairman of the Economics Department at George Mason University, Fairfax, Virginia.

Death is not the stated penalty for disobedience; however, death can occur if the person refuses to submit to government sanctions for his disobedience.The Law

Foreword

Sheldon Richman

The state is that great fiction by which everyone tries to live at the expense of everyone else.

—Frederic Bastiat

Frederic Bastiat (1801-1850) holds a special place in the hearts and minds of the friends of liberty. There is no mystery here to be solved. The key to Bastiat’s appeal is the integrity and elegance of his message. His writing exhibits a purity and a reasoned passion that are rare in the modern world. He always wrote to be understood, to persuade, not to impress or to obfuscate.

Through the device of the fable, Bastiat deftly shattered the misconceptions about economics for his French contemporaries. When today, in modern America, we continue to be told, by intellectuals as well as by politicians, that the free entry of foreign-made products impoverishes us or that destructive earthquakes and hurricanes create prosperity by creating demand for rebuilding, we are seeing the results of a culture ignorant of Frederic Bastiat.

But to think of Bastiat as just an economist is to insufficiently appreciate him. Bastiat was a legal philosopher of the first rank. What made him so is The Law. Writing as France was being seduced by the false promises of socialism, Bastiat was concerned with law in the classical sense; he directs his reason to the discovery of the principles of social organization best suited to human beings.

He begins by recognizing that individuals must act to maintain their lives. They do so by applying their faculties to the natural world and transforming its components into useful products. « Life, faculties, production—in other words, individuality, liberty, property—this is man, » Bastiat writes. And since they are at the very core of human nature, they « precede all human legislation, and are superior to it. » Too few people understand that point. Legal positivism, the notion that there is no right and wrong prior to the enactment of legislation, sadly afflicts even some advocates of individual liberty (the utilitarian descendants of Bentham, for example). But, Bastiat reminds us, « Life, liberty, and property do not exist because men have made laws. On the contrary, it was the fact that life, liberty, and property existed beforehand that caused men to make laws in the first place. »

For Bastiat, law is a negative. He agreed with a friend who pointed out that it is imprecise to say that law should create justice. In truth, the law should prevent injustice. « Justice is achieved only when injustice is absent. » That may strike some readers as dubious. But on reflection, one can see that a free and just society is what results when forcible intervention against individuals does not occur; when they are left alone.

The purpose of law is the defense of life, liberty, and property. It is, says Bastiat, « the collective organization of the individual right of lawful defense. » Each individual has the right to defend his life, liberty, and property. A group of individuals, therefore, may be said to have « collective right » to pool their resources to defend themselves. « Thus the principle of collective right—its reason for existing, its lawfulness—is based on individual right. And this common force that protects this collective right cannot logically have any other purpose or any other mission than that for which it acts as a substitute. » If the very purpose of law is the protection of individual rights, then law may not be used—without contradiction—to accomplish what individuals have no right to do. « Such a perversion of force would be… contrary to our premise. » The result would be unlawful law.

A society based on a proper conception of law would be orderly and prosperous. But unfortunately, some will choose plunder over production if the former requires less effort than the latter. A grave danger arises when the class of people who make the law (legislation) turns to plunder. The result, Bastiat writes, is « lawful plunder. » At first, only the small group of lawmakers practices legal plunder. But that may set in motion a process in which the plundered classes, rather than seeking to abolish the perversion of law, instead strive to get in on it. « It is as if it were necessary, before a reign of justice appears, for everyone to suffer a cruel retribution—some for their evilness, and some for their lack of understanding. »

The result of generalized legal plunder is moral chaos precisely because law and morality have been set at odds. « When law and morality contradict each other, the citizen has the cruel alternative of either losing his moral sense or losing his respect for the law. » Bastiat points out that for many people, what is legal is legitimate. So they are plunged into confusion. And conflict.

As long as it is admitted that the law may be diverted from its true purpose-that it may violate property instead of protecting it-then everyone will want to participate in making the law, either to protect himself against plunder or to use it for plunder. Political questions will always be prejudicial, dominant, and all-absorbing. There will be fighting at the door of the Legislative Palace, and the struggle within will be no less furious.

Sound familiar?

Bastiat finds another motive—besides the desire for booty—behind legal plunder: « false philanthropy. » Again, he sees a contradiction. If philanthropy is not voluntary, it destroys liberty and justice. The law can give nothing that has not first been taken from its owner. He applies that analysis to all forms of government intervention, from tariffs to so-called public education.

Bastiat’s words are as fresh as if they were written today. He explains that one can identify legal plunder by looking for laws that authorize that one person’s property be given to someone else. Such laws should be abolished « without delay. » But, he warns, « the person who profits from such law will complain bitterly, defending his acquired rights, » his entitlements. Bastiat’s advice is direct: « Do not listen to this sophistry by vested interests. The acceptance of these arguments will build legal plunder into a whole system. In fact, this has already occurred. The present-day delusion is an attempt to enrich everyone at the expense of everyone else. »

The world view that underlies the distortion of law, Bastiat writes, holds man as a passive entity, lacking a motor of his own and awaiting the hand and plan of the wise legislator. He quotes Rousseau: « The legislator is the mechanic who invents the machine. » Saint-Just: « The legislator commands the future. It is for him to will the good of mankind. It is for him to make men what he wills them to be. » And the razor-sharp Robespierre: « The function of government is to direct the physical and morale powers of the nation toward the end for which the commonwealth has come into being. »

Bastiat echoes Adam Smith’s condemnation of the « man of system, » who sees people as mere pieces to be moved about a chessboard. To accomplish his objectives, the legislator must stamp out human differences, for they impede the plan. Forced conformity (is there any other kind?) is the order of the day. Bastiat quotes several writers in this vein, then replies:

Oh, sublime writers! Please remember sometimes that this clay, this sand, and this manure which you so arbitrarily dispose of, are men! They are your equals! They are intelligent and free human beings like yourselves! As you have, they too have received from God the faculty to observe, to plan ahead, to think, and to judge for themselves!

After quoting several of those writers who are so willing to devote themselves to reinventing people, Bastiat can no longer control his outrage: « Ah, you miserable creatures! You think you are so great! You who judge humanity to be so small! You who wish to reform everything! Why don’t you reform yourselves? That would be sufficient enough. »

Nor does Bastiat allow unrestrained democracy to escape his grasp. With his usual elegance, he goes right to the core of the issue. The democrat hails the people’s wisdom. In what does that wisdom consist? The ability to pick all-powerful legislators—and that is all. « The people who, during the election, were so wise, so moral, so perfect, now have no tendencies whatever; or if they have any, they are tendencies that lead downward to degradation …. If people are as incapable, as immoral, and as ignorant as the politicians indicate, then why is the right of these same people to vote defended with such passionate insistence? » And « if the natural tendencies of mankind are so bad that it is not safe to permit people to be free, how is it that the tendencies of these organizers are always good? »

Bastiat closes his volume with a clarion call for freedom and a rejection of all proposals to impose unnatural social arrangements on people. He implores all « legislators and do-gooders [to] reject all systems, and try liberty. »

In the years since The Law was first published, little has been written in the classical liberal tradition that can approach its purity, its power, its nearly poetic quality. Alas, the world is far from having learned the lessons of The Law. Bastiat would be saddened by what America has become. He warned us. He identified the principles indispensable for proper human society and made them accessible to all. In the struggle to end the legalized plunder of statism and to defend individual liberty, how much more could be asked of one man?

—SHELDON RICHMAN,

November 1995

Voir enfin:

La Loi
Frédéric Bastiat
Œuvres complètes, vol. 4, p. 342.
Juin 1850.

La loi pervertie ! La loi — et à sa suite toutes les forces collectives de la nation, — la Loi, dis-je, non seulement détournée de son but, mais appliquée à poursuivre un but directement contraire ! La Loi devenue l’instrument de toutes les cupidités, au lieu d’en être le frein ! La Loi accomplissant elle-même l’iniquité qu’elle avait pour mission de punir ! Certes, c’est là un fait grave, s’il existe, et sur lequel il doit m’être permis d’appeler l’attention de mes concitoyens.

Nous tenons de Dieu le don qui pour nous les renferme tous, la Vie, — la vie physique, intellectuelle et morale.

Mais la vie ne se soutient pas d’elle-même. Celui qui nous l’a donnée nous a laissé le soin de l’entretenir, de la développer, de la perfectionner.

Pour cela, il nous a pourvus d’un ensemble de Facultés merveilleuses ; il nous a plongés dans un milieu d’éléments divers. C’est par l’application de nos facultés à ces éléments que se réalise le phénomène de l’Assimilation, de l’Appropriation, par lequel la vie parcourt le cercle qui lui a été assigné.

Existence, Facultés, Assimilation — en d’autres termes, Personnalité, Liberté, Propriété, — voilà l’homme.

C’est de ces trois choses qu’on peut dire, en dehors de toute subtilité démagogique, qu’elles sont antérieures et supérieures à toute législation humaine.

Ce n’est pas parce que les hommes ont édicté des Lois que la Personnalité, la Liberté et la Propriété existent. Au contraire, c’est parce que la Personnalité, la Liberté et la Propriété préexistent que les hommes font des Lois.

Qu’est-ce donc que la Loi ? Ainsi que je l’ai dit ailleurs, c’est l’organisation collective du Droit individuel de légitime défense.

Chacun de nous tient certainement de la nature, de Dieu, le droit de défendre sa Personne, sa Liberté, sa Propriété, puisque ce sont les trois éléments constitutifs ou conservateurs de la Vie, éléments qui se complètent l’un par l’autre et ne se peuvent comprendre l’un sans l’autre. Car que sont nos Facultés, sinon un prolongement de notre Personnalité, et qu’est-ce que la Propriété si ce n’est un prolongement de nos Facultés ?

Si chaque homme a le droit de défendre, même par la force, sa Personne, sa Liberté, sa Propriété, plusieurs hommes ont le Droit de se concerter, de s’entendre, d’organiser une Force commune pour pourvoir régulièrement à cette défense.

Le Droit collectif a donc son principe, sa raison d’être, sa légitimité dans le Droit individuel ; et la Force commune ne peut avoir rationnellement d’autre but, d’autre mission que les forces isolées auxquelles elle se substitue.

Ainsi, comme la Force d’un individu ne peut légitimement attenter à la Personne, à la Liberté, à la Propriété d’un autre individu, par la même raison la Force commune ne peut être légitimement appliquée à détruire la Personne, la Liberté, la Propriété des individus ou des classes.

Car cette perversion de la Force serait, en un cas comme dans l’autre, en contradiction avec nos prémisses. Qui osera dire que la Force nous a été donnée non pour défendre nos Droits, mais pour anéantir les Droits égaux de nos frères ? Et si cela n’est pas vrai de chaque force individuelle, agissant isolément, comment cela serait-il vrai de la force collective, qui n’est que l’union organisée des forces isolées ?

Donc, s’il est une chose évidente, c’est celle-ci : La Loi, c’est l’organisation du Droit naturel de légitime défense ; c’est la substitution de la force collective aux forces individuelles, pour agir dans le cercle où celles-ci ont le droit d’agir, pour faire ce que celles-ci ont le droit de faire, pour garantir les Personnes, les Libertés, les Propriétés, pour maintenir chacun dans son Droit, pour faire régner entre tous la Justice.

Et s’il existait un peuple constitué sur cette base, il me semble que l’ordre y prévaudrait dans les faits comme dans les idées. Il me semble que ce peuple aurait le gouvernement le plus simple, le plus économique, le moins lourd, le moins senti, le moins responsable, le plus juste, et par conséquent le plus solide qu’on puisse imaginer, quelle que fût d’ailleurs sa forme politique.

Car, sous un tel régime, chacun comprendrait bien qu’il a toute la plénitude comme toute la responsabilité de son Existence. Pourvu que la personne fût respectée, le travail libre et les fruits du travail garantis contre toute injuste atteinte, nul n’aurait rien à démêler avec l’État. Heureux, nous n’aurions pas, il est vrai, à le remercier de nos succès ; mais malheureux, nous ne nous en prendrions pas plus à lui de nos revers que nos paysans ne lui attribuent la grêle ou la gelée. Nous ne le connaîtrions que par l’inestimable bienfait de la Sûreté.

On peut affirmer encore que, grâce à la non-intervention de l’État dans les affaires privées, les Besoins et les Satisfactions se développeraient dans l’ordre naturel. On ne verrait point les familles pauvres chercher l’instruction littéraire avant d’avoir du pain. On ne verrait point la ville se peupler aux dépens des campagnes, ou les campagnes aux dépens des villes. On ne verrait pas ces grands déplacements de capitaux, de travail, de population, provoqués par des mesures législatives, déplacements qui rendent si incertaines et si précaires les sources mêmes de l’existence, et aggravent par là, dans une si grande mesure, la responsabilité des gouvernements.

Par malheur, il s’en faut que la Loi se soit renfermée dans son rôle. Même il s’en faut qu’elle ne s’en soit écartée que dans des vues neutres et discutables. Elle a fait pis : elle a agi contrairement à sa propre fin ; elle a détruit son propre but ; elle s’est appliquée à anéantir cette Justice qu’elle devait faire régner, à effacer, entre les Droits, cette limite que sa mission était de faire respecter ; elle a mis la force collective au service de ceux qui veulent exploiter, sans risque et sans scrupule, la Personne, la Liberté ou la Propriété d’autrui ; elle a converti la Spoliation en Droit, pour la protéger, et la légitime défense en crime, pour la punir.

Comment cette perversion de la Loi s’est-elle accomplie ? Quelles en ont été les conséquences ?

La Loi s’est pervertie sous l’influence de deux causes bien différentes : l’égoïsme inintelligent et la fausse philanthropie.

Parlons de la première.

Se conserver, se développer, c’est l’aspiration commune à tous les hommes, de telle sorte que si chacun jouissait du libre exercice de ses facultés et de la libre disposition de leurs produits, le progrès social serait incessant, ininterrompu, infaillible.

Mais il est une autre disposition qui leur est aussi commune. C’est de vivre et de se développer, quand ils le peuvent, aux dépens les uns des autres. Ce n’est pas là une imputation hasardée, émanée d’un esprit chagrin et pessimiste. L’histoire en rend témoignage par les guerres incessantes, les migrations de peuples, les oppressions sacerdotales, l’universalité de l’esclavage, les fraudes industrielles et les monopoles dont ses annales sont remplies.

Cette disposition funeste prend naissance dans la constitution même de l’homme, dans ce sentiment primitif, universel, invincible, qui le pousse vers le bien-être et lui fait fuir la douleur.

L’homme ne peut vivre et jouir que par une assimilation, une appropriation perpétuelle, c’est-à-dire par une perpétuelle application de ses facultés sur les choses, ou par le travail. De là la Propriété.

Mais, en fait, il peut vivre et jouir en s’assimilant, en s’appropriant le produit des facultés de son semblable. De là la Spoliation.

Or, le travail étant en lui-même une peine, et l’homme étant naturellement porté à fuir la peine, il s’ensuit, l’histoire est là pour le prouver, que partout où la spoliation est moins onéreuse que le travail, elle prévaut ; elle prévaut sans que ni religion ni morale puissent, dans ce cas, l’empêcher.

Quand donc s’arrête la spoliation ? Quand elle devient plus onéreuse, plus dangereuse que le travail.

Il est bien évident que la Loi devrait avoir pour but d’opposer le puissant obstacle de la force collective à cette funeste tendance ; qu’elle devrait prendre parti pour la propriété contre la Spoliation.

Mais la Loi est faite, le plus souvent, par un homme ou par une classe d’hommes. Et la Loi n’existant point sans sanction, sans l’appui d’une force prépondérante, il ne se peut pas qu’elle ne mette en définitive cette force aux mains de ceux qui légifèrent.

Ce phénomène inévitable, combiné avec le funeste penchant que nous avons constaté dans le cœur de l’homme, explique la perversion à peu près universelle de la Loi. On conçoit comment, au lieu d’être un frein à l’injustice, elle devient un instrument et le plus invincible instrument d’injustice. On conçoit que, selon la puissance du législateur, elle détruit, à son profit, et à divers degrés, chez le reste des hommes, la Personnalité par l’esclavage, la Liberté par l’oppression, la Propriété par la spoliation.

Il est dans la nature des hommes de réagir contre l’iniquité dont ils sont victimes. Lors donc que la Spoliation est organisée par la Loi, au profit des classes qui la font, toutes les classes spoliées tendent, par des voies pacifiques ou par des voies révolutionnaires, à entrer pour quelque chose dans la confection des Lois. Ces classes, selon le degré de lumière où elles sont parvenues, peuvent se proposer deux buts bien différents quand elles poursuivent ainsi la conquête de leurs droits politiques : ou elles veulent faire cesser la spoliation légale, ou elles aspirent à y prendre part.

Malheur, trois fois malheur aux nations où cette dernière pensée domine dans les masses, au moment où elles s’emparent à leur tour de la puissance législative !

Jusqu’à cette époque la spoliation légale s’exerçait par le petit nombre sur le grand nombre, ainsi que cela se voit chez les peuples où le droit de légiférer est concentré en quelques mains. Mais le voilà devenu universel, et l’on cherche l’équilibre dans la spoliation universelle. Au lieu d’extirper ce que la société contenait d’injustice, on la généralise. Aussitôt que les classes déshéritées ont recouvré leurs droits politiques, la première pensée qui les saisit n’est pas de se délivrer de la spoliation (cela supposerait en elles des lumières qu’elles ne peuvent avoir), mais d’organiser, contre les autres classes et à leur propre détriment, un système de représailles, — comme s’il fallait, avant que le règne de la justice arrive, qu’une cruelle rétribution vînt les frapper toutes, les unes à cause de leur iniquité, les autres à cause de leur ignorance.

Il ne pouvait donc s’introduire dans la Société un plus grand changement et un plus grand malheur que celui-là : la Loi convertie en instrument de spoliation.

Quelles sont les conséquences d’une telle perturbation ? Il faudrait des volumes pour les décrire toutes. Contentons-nous d’indiquer les plus saillantes.

La première, c’est d’effacer dans les consciences la notion du juste et de l’injuste.

Aucune société ne peut exister si le respect des Lois n’y règne à quelque degré ; mais le plus sûr, pour que les lois soient respectées, c’est qu’elles soient respectables. Quand la Loi et la Morale sont en contradiction, le citoyen se trouve dans la cruelle alternative ou de perdre la notion de Morale ou de perdre le respect de la Loi, deux malheurs aussi grands l’un que l’autre et entre lesquels il est difficile de choisir.

Il est tellement de la nature de la Loi de faire régner la Justice, que Loi et Justice, c’est tout un, dans l’esprit des masses. Nous avons tous une forte disposition à regarder ce qui est légal comme légitime, à ce point qu’il y en a beaucoup qui font découler faussement toute justice de la Loi. Il suffit donc que la Loi ordonne et consacre la Spoliation pour que la spoliation semble juste et sacrée à beaucoup de consciences. L’esclavage, la restriction, le monopole trouvent des défenseurs non seulement dans ceux qui en profitent, mais encore dans ceux qui en souffrent. Essayez de proposer quelques doutes sur la moralité de ces institutions. « Vous êtes, dira-t-on, un novateur dangereux, un utopiste, un théoricien, un contempteur des lois ; vous ébranlez la base sur laquelle repose la société. » Faites-vous un cours de morale, ou d’économie politique ? Il se trouvera des corps officiels pour faire parvenir au gouvernement ce vœu :

« Que la science soit désormais enseignée, non plus au seul point de vue du Libre-Échange (de la Liberté, de la Propriété, de la Justice), ainsi que cela a eu lieu jusqu’ici, mais aussi et surtout au point de vue des faits et de la législation (contraire à la Liberté, à la Propriété, à la Justice) qui régit l’industrie française. »

« Que, dans les chaires publiques salariées par le Trésor, le professeur s’abstienne rigoureusement de porter la moindre atteinte au respect dû aux lois en vigueur

, etc. »

En sorte que s’il existe une loi qui sanctionne l’esclavage ou le monopole, l’oppression ou la spoliation sous une forme quelconque, il ne faudra pas même en parler ; car comment en parler sans ébranler le respect qu’elle inspire ? Bien plus, il faudra enseigner la morale et l’économie politique au point de vue de cette loi, c’est-à-dire sur la supposition qu’elle est juste par cela seul qu’elle est Loi.

Un autre effet de cette déplorable perversion de la Loi, c’est de donner aux passions et aux luttes politiques, et, en général, à la politique proprement dite, une prépondérance exagérée.

Je pourrais prouver cette proposition de mille manières. Je me bornerai, par voie d’exemple, à la rapprocher du sujet qui a récemment occupé tous les esprits : le suffrage universel.

Quoi qu’en pensent les adeptes de l’École de Rousseau, laquelle se dit très avancée et que je crois reculée de vingt siècles, le suffrage universel (en prenant ce mot dans son acception rigoureuse) n’est pas un de ces dogmes sacrés, à l’égard desquels l’examen et le doute même sont des crimes.

On peut lui opposer de graves objections.

D’abord le mot universel cache un grossier sophisme. Il y a en France trente-six millions d’habitants. Pour que le droit de suffrage fût universel, il faudrait qu’il fût reconnu à trente-six millions d’électeurs. Dans le système le plus large, on ne le reconnaît qu’à neuf millions. Trois personnes sur quatre sont donc exclues et, qui plus est, elles le sont par cette quatrième. Sur quel principe se fonde cette exclusion ? sur le principe de l’Incapacité. Suffrage universel veut dire : suffrage universel des capables. Restent ces questions de fait : quels sont les capables ? l’âge, le sexe, les condamnations judiciaires sont-ils les seuls signes auxquels on puisse reconnaître l’incapacité ?

Si l’on y regarde de près, on aperçoit bien vite le motif pour lequel le droit de suffrage repose sur la présomption de capacité, le système le plus large ne différant à cet égard du plus restreint que par l’appréciation des signes auxquels cette capacité peut se reconnaître, ce qui ne constitue pas une différence de principe, mais de degré.

Ce motif, c’est que l’électeur ne stipule pas pour lui, mais pour tout le monde.

Si, comme le prétendent les républicains de la teinte grecque et romaine, le droit de suffrage nous était échu avec la vie, il serait inique aux adultes d’empêcher les femmes et les enfants de voter. Pourquoi les empêche-t-on ? Parce qu’on les présume incapables. Et pourquoi l’Incapacité est-elle un motif d’exclusion ? Parce que l’électeur ne recueille pas seul la responsabilité de son vote ; parce que chaque vote engage et affecte la communauté tout entière ; parce que la communauté a bien le droit d’exiger quelques garanties, quant aux actes d’où dépendent son bien-être et son existence.

Je sais ce qu’on peut répondre. Je sais aussi ce qu’on pourrait répliquer. Ce n’est pas ici le lieu d’épuiser une telle controverse. Ce que je veux faire observer, c’est que cette controverse même (aussi bien que la plupart des questions politiques) qui agite, passionne et bouleverse les peuples, perdrait presque toute son importance, si la Loi avait toujours été ce qu’elle devrait être.

En effet, si la Loi se bornait à faire respecter toutes les Personnes, toutes les Libertés, toutes les Propriétés, si elle n’était que l’organisation du Droit individuel de légitime défense, l’obstacle, le frein, le châtiment opposé à toutes les oppressions, à toutes les spoliations, croit-on que nous nous disputerions beaucoup, entre citoyens, à propos du suffrage plus ou moins universel ? Croit-on qu’il mettrait en question le plus grand des biens, la paix publique ? Croit-on que les classes exclues n’attendraient pas paisiblement leur tour ? Croit-on que les classes admises seraient très-jalouses de leur privilége ? Et n’est-il pas clair que l’intérêt étant identique et commun, les uns agiraient, sans grand inconvénient, pour les autres ?

Mais que ce principe funeste vienne à s’introduire, que, sous prétexte d’organisation, de réglementation, de protection, d’encouragement, la Loi peut prendre aux uns pour donner aux autres, puiser dans la richesse acquise par toutes les classes pour augmenter celle d’une classe, tantôt celle des agriculteurs, tantôt celle des manufacturiers, des négociants, des armateurs, des artistes, des comédiens ; oh ! certes, en ce cas, il n’y a pas de classe qui ne prétende, avec raison, mettre, elle aussi, la main sur la Loi ; qui ne revendique avec fureur son droit d’élection et d’éligibilité ; qui ne bouleverse la société plutôt que de ne pas l’obtenir. Les mendiants et les vagabonds eux-mêmes vous prouveront qu’ils ont des titres incontestables. Ils vous diront : « Nous n’achetons jamais de vin, de tabac, de sel, sans payer l’impôt, et une part de cet impôt est donnée législativement en primes, en subventions à des hommes plus riches que nous. D’autres font servir la Loi à élever artificiellement le prix du pain, de la viande, du fer, du drap. Puisque chacun exploite la Loi à son profit, nous voulons l’exploiter aussi. Nous voulons en faire sortir le Droit à l’assistance, qui est la part de spoliation du pauvre. Pour cela, il faut que nous soyons électeurs et législateurs, afin que nous organisions en grand l’Aumône pour notre classe, comme vous avez organisé en grand la Protection pour la vôtre. Ne nous dites pas que vous nous ferez notre part, que vous nous jetterez, selon la proposition de M. Mimerel, une somme de 600,000 francs pour nous faire taire et comme un os à ronger. Nous avons d’autres prétentions et, en tout cas, nous voulons stipuler pour nous-mêmes comme les autres classes ont stipulé pour elles-mêmes ! »

Que peut-on répondre à cet argument ? Oui, tant qu’il sera admis en principe que la Loi peut être détournée de sa vraie mission, qu’elle peut violer les propriétés au lieu de les garantir, chaque classe voudra faire la Loi, soit pour se défendre contre la spoliation, soit pour l’organiser aussi à son profit. La question politique sera toujours préjudicielle, dominante, absorbante ; en un mot, on se battra à la porte du Palais législatif. La lutte ne sera pas moins acharnée au-dedans. Pour en être convaincu, il est à peine nécessaire de regarder ce qui se passe dans les Chambres en France et en Angleterre ; il suffit de savoir comment la question y est posée.

Est-il besoin de prouver que cette odieuse perversion de la Loi est une cause perpétuelle de haine, de discorde, pouvant aller jusqu’à la désorganisation sociale ? Jetez les yeux sur les États-Unis. C’est le pays du monde où la Loi reste le plus dans son rôle, qui est de garantir à chacun sa liberté et sa propriété. Aussi c’est le pays du monde où l’ordre social paraît reposer sur les bases les plus stables. Cependant, aux États-Unis même, il est deux questions, et il n’en est que deux, qui, depuis l’origine, ont mis plusieurs fois l’ordre politique en péril. Et quelles sont ces deux questions ? Celle de l’Esclavage et celle des Tarifs, c’est-à-dire précisément les deux seules questions où, contrairement à l’esprit général de cette république, la Loi a pris le caractère spoliateur. L’Esclavage est une violation, sanctionnée par la loi, des droits de la Personne. La Protection est une violation, perpétrée par la loi, du droit de Propriété ; et certes, il est bien remarquable qu’au milieu de tant d’autres débats, ce double fléau légal, triste héritage de l’ancien monde, soit le seul qui puisse amener et amènera peut-être la rupture de l’Union. C’est qu’en effet on ne saurait imaginer, au sein d’une société, un fait plus considérable que celui-ci : La Loi devenue un instrument d’injustice. Et si ce fait engendre des conséquences si formidables aux États-Unis, où il n’est qu’une exception, que doit-ce être dans notre Europe, où il est un Principe, un Système ?

M. de Montalembert, s’appropriant la pensée d’une proclamation fameuse de M. Carlier, disait : Il faut faire la guerre au Socialisme. — Et par Socialisme, il faut croire que, selon la définition de M. Charles Dupin, il désignait la Spoliation.

Mais de quelle Spoliation voulait-il parler ? Car il y en a de deux sortes. Il y a la spoliation extra-légale et la spoliation légale.

Quant à la spoliation extra-légale, celle qu’on appelle vol, escroquerie, celle qui est définie, prévue et punie par le Code pénal, en vérité, je ne pense pas qu’on la puisse décorer du nom de Socialisme. Ce n’est pas celle qui menace systématiquement la société dans ses bases. D’ailleurs, la guerre contre ce genre de spoliation n’a pas attendu le signal de M. de Montalembert ou de M. Carlier. Elle se poursuit depuis le commencement du monde ; la France y avait pourvu, dès longtemps avant la révolution de février, dès longtemps avant l’apparition du Socialisme, par tout un appareil de magistrature, de police, de gendarmerie, de prisons, de bagnes et d’échafauds. C’est la Loi elle-même qui conduit cette guerre, et ce qui serait, selon moi, à désirer, c’est que la Loi gardât toujours cette attitude à l’égard de la Spoliation.

Mais il n’en est pas ainsi. La Loi prend quelquefois parti pour elle. Quelquefois elle l’accomplit de ses propres mains, afin d’en épargner au bénéficiaire la honte, le danger et le scrupule. Quelquefois elle met tout cet appareil de magistrature, police, gendarmerie et prison au service du spoliateur, et traite en criminel le spolié qui se défend. En un mot, il y a la spoliation légale, et c’est de celle-là sans doute que parle M. de Montalembert.

Cette spoliation peut n’être, dans la législation d’un peuple, qu’une tache exceptionnelle et, dans ce cas, ce qu’il y a de mieux à faire, sans tant de déclamations et de jérémiades, c’est de l’y effacer le plus tôt possible, malgré les clameurs des intéressés. Comment la reconnaître ? C’est bien simple. Il faut examiner si la Loi prend aux uns ce qui leur appartient pour donner aux autres ce qui ne leur appartient pas. Il faut examiner si la Loi accomplit, au profit d’un citoyen et au détriment des autres, un acte que ce citoyen ne pourrait accomplir lui-même sans crime. Hâtez-vous d’abroger cette Loi ; elle n’est pas seulement une iniquité, elle est une source féconde d’iniquités ; car elle appelle les représailles, et si vous n’y prenez garde, le fait exceptionnel s’étendra, se multipliera et deviendra systématique. Sans doute, le bénéficiaire jettera les hauts cris ; il invoquera les droits acquis. Il dira que l’État doit Protection et Encouragement à son industrie ; il alléguera qu’il est bon que l’État l’enrichisse, parce qu’étant plus riche il dépense davantage, et répand ainsi une pluie de salaires sur les pauvres ouvriers. Gardez-vous d’écouter ce sophiste, car c’est justement par la systématisation de ces arguments que se systématisera la spoliation légale.

C’est ce qui est arrivé. La chimère du jour est d’enrichir toutes les classes aux dépens les unes des autres ; c’est de généraliser la Spoliation sous prétexte de l’organiser. Or, la spoliation légale peut s’exercer d’une multitude infinie de manières ; de là une multitude infinie de plans d’organisation : tarifs, protection, primes, subventions, encouragements, impôt progressif, instruction gratuite, Droit au travail, Droit au profit, Droit au salaire, Droit à l’assistance, Droit aux instruments de travail, gratuité du crédit, etc. Et c’est l’ensemble de tous ces plans, en ce qu’ils ont de commun, la spoliation légale, qui prend le nom de Socialisme.

Or le Socialisme, ainsi défini, formant un corps de doctrine, quelle guerre voulez-vous lui faire, si ce n’est une guerre de doctrine ? Vous trouvez cette doctrine fausse, absurde, abominable. Réfutez-la. Cela vous sera d’autant plus aisé qu’elle est plus fausse, plus absurde, plus abominable. Surtout, si vous voulez être fort, commencez par extirper de votre législation tout ce qui a pu s’y glisser de Socialisme, — et l’œuvre n’est pas petite.

On a reproché à M. de Montalembert de vouloir tourner contre le Socialisme la force brutale. C’est un reproche dont il doit être exonéré, car il a dit formellement : il faut faire au Socialisme la guerre qui est compatible avec la loi, l’honneur et la justice.

Mais comment M. de Montalembert ne s’aperçoit-il pas qu’il se place dans un cercle vicieux ? Vous voulez opposer au Socialisme la Loi ? Mais précisément le Socialisme invoque la Loi. Il n’aspire pas à la spoliation extra-légale, mais à la spoliation légale. C’est de la Loi même, à l’instar des monopoleurs de toute sorte, qu’il prétend se faire un instrument ; et une fois qu’il aura la Loi pour lui, comment voulez-vous tourner la Loi contre lui ? Comment voulez-vous le placer sous le coup de vos tribunaux, de vos gendarmes, de vos prisons ?

Aussi que faites-vous ? Vous voulez l’empêcher de mettre la main à la confection des Lois. Vous voulez le tenir en dehors du Palais législatif. Vous n’y réussirez pas, j’ose vous le prédire, tandis qu’au-dedans on légiférera sur le principe de la Spoliation légale. C’est trop inique, c’est trop absurde.

Il faut absolument que cette question de Spoliation légale se vide, et il n’y a que trois solutions.

Que le petit nombre spolie le grand nombre.

Que tout le monde spolie tout le monde.

Que personne ne spolie personne.

Spoliation partielle, Spoliation universelle, absence de Spoliation, il faut choisir. La Loi ne peut poursuivre qu’un de ces trois résultats.

Spoliation partielle, — c’est le système qui a prévalu tant que l’électorat a été partiel, système auquel on revient pour éviter l’invasion du Socialisme.

Spoliation universelle, — c’est le système dont nous avons été menacés quand l’électorat est devenu universel, la masse ayant conçu l’idée de légiférer sur le principe des législateurs qui l’ont précédée.

Absence de Spoliation, — c’est le principe de justice, de paix, d’ordre, de stabilité, de conciliation, de bon sens que je proclamerai de toute la force, hélas ! bien insuffisante, de mes poumons, jusqu’à mon dernier souffle.

Et, sincèrement, peut-on demander autre chose à la Loi ? La Loi, ayant pour sanction nécessaire la Force, peut-elle être raisonnablement employée à autre chose qu’à maintenir chacun dans son Droit ? Je défie qu’on la fasse sortir de ce cercle, sans la tourner, et, par conséquent, sans tourner la Force contre le Droit. Et comme c’est là la plus funeste, la plus illogique perturbation sociale qui se puisse imaginer, il faut bien reconnaître que la véritable solution, tant cherchée, du problème social est renfermée dans ces simples mots : la Loi, c’est la Justice organisée.

Or, remarquons-le bien : organiser la Justice par la Loi, c’est-à-dire par la Force, exclut l’idée d’organiser par la Loi ou par la Force une manifestation quelconque de l’activité humaine : Travail, Charité, Agriculture, Commerce, Industrie, Instruction, Beaux-Arts, Religion ; car il n’est pas possible qu’une de ces organisations secondaires n’anéantisse l’organisation essentielle. Comment imaginer, en effet, la Force entreprenant sur la Liberté des citoyens, sans porter atteinte à la Justice, sans agir contre son propre but ?

Ici je me heurte au plus populaire des préjugés de notre époque. On ne veut pas seulement que la Loi soit juste ; on veut encore qu’elle soit philanthropique. On ne se contente pas qu’elle garantisse à chaque citoyen le libre et inoffensif exercice de ses facultés, appliquées à son développement physique, intellectuel et moral ; on exige d’elle qu’elle répande directement sur la nation le bien-être, l’instruction et la moralité. C’est le côté séduisant du Socialisme.

Mais, je le répète, ces deux missions de la Loi se contredisent. Il faut opter. Le citoyen ne peut en même temps être libre et ne l’être pas. M. de Lamartine m’écrivait un jour : « Votre doctrine n’est que la moitié de mon programme ; vous en êtes resté à la Liberté, j’en suis à la Fraternité. » Je lui répondis : « La seconde moitié de votre programme détruira la première. » Et, en effet, il m’est tout à fait impossible de séparer le mot fraternité du mot volontaire. Il m’est tout à fait impossible de concevoir la Fraternité légalement forcée, sans que la Liberté soit légalement détruite, et la Justice légalement foulée aux pieds.

La Spoliation légale a deux racines : l’une, nous venons de le voir, est dans l’Égoïsme humain ; l’autre est dans la fausse Philanthropie.

Avant d’aller plus loin, je crois devoir m’expliquer sur le mot Spoliation.

Je ne le prends pas, ainsi qu’on le fait trop souvent, dans une acception vague, indéterminée, approximative, métaphorique : je m’en sers au sens tout à fait scientifique, et comme exprimant l’idée opposée à celle de la Propriété. Quand une portion de richesses passe de celui qui l’a acquise, sans son consentement et sans compensation, à celui qui ne l’a pas créée, que ce soit par force ou par ruse, je dis qu’il y a atteinte à la Propriété, qu’il y a Spoliation. Je dis que c’est là justement ce que la Loi devrait réprimer partout et toujours. Que si la Loi accomplit elle-même l’acte qu’elle devrait réprimer, je dis qu’il n’y a pas moins Spoliation, et même, socialement parlant, avec circonstance aggravante. Seulement, en ce cas, ce n’est pas celui qui profite de la Spoliation qui en est responsable, c’est la Loi, c’est le législateur, c’est la société, et c’est ce qui en fait le danger politique.

Il est fâcheux que ce mot ait quelque chose de blessant. J’en ai vainement cherché un autre, car en aucun temps, et moins aujourd’hui que jamais, je ne voudrais jeter au milieu de nos discordes une parole irritante. Aussi, qu’on le croie ou non, je déclare que je n’entends accuser les intentions ni la moralité de qui que ce soit. J’attaque une idée que je crois fausse, un système qui me semble injuste, et cela tellement en dehors des intentions, que chacun de nous en profite sans le vouloir et en souffre sans le savoir. Il faut écrire sous l’influence de l’esprit de parti ou de la peur pour révoquer en doute la sincérité du Protectionnisme, du Socialisme et même du Communisme, qui ne sont qu’une seule et même plante, à trois périodes diverses de sa croissance. Tout ce qu’on pourrait dire, c’est que la Spoliation est plus visible, par sa partialité, dans le Protectionnisme

, par son universalité, dans le Communisme ; d’où il suit que des trois systèmes le Socialisme est encore le plus vague, le plus indécis, et par conséquent le plus sincère.

Quoi qu’il en soit, convenir que la spoliation légale a une de ses racines dans la fausse philanthropie, c’est mettre évidemment les intentions hors de cause.

Ceci entendu, examinons ce que vaut, d’où vient et où aboutit cette aspiration populaire qui prétend réaliser le Bien général par la Spoliation générale.

Les socialistes nous disent : puisque la Loi organise la justice, pourquoi n’organiserait-elle pas le travail, l’enseignement, la religion ?

Pourquoi ? Parce qu’elle ne saurait organiser le travail, l’enseignement, la religion, sans désorganiser la Justice.

Remarquez donc que la Loi, c’est la Force, et que, par conséquent, le domaine de la Loi ne saurait dépasser légitimement le légitime domaine de la Force.

Quand la loi et la Force retiennent un homme dans la Justice, elles ne lui imposent rien qu’une pure négation. Elles ne lui imposent que l’abstention de nuire. Elles n’attentent ni à sa Personnalité, ni à sa Liberté, ni à sa Propriété. Seulement elles sauvegardent la Personnalité, la Liberté et la Propriété d’autrui. Elles se tiennent sur la défensive ; elles défendent le Droit égal de tous. Elles remplissent une mission dont l’innocuité est évidente, l’utilité palpable, et la légitimité incontestée.

Cela est si vrai qu’ainsi qu’un de mes amis me le faisait remarquer dire que le but de la Loi est de faire régner la Justice, c’est se servir d’une expression qui n’est pas rigoureusement exacte. Il faudrait dire : Le but de la Loi est d’empêcher l’Injustice de régner. En effet, ce n’est pas la Justice qui a une existence propre, c’est l’Injustice. L’une résulte de l’absence de l’autre.

Mais quand la Loi, — par l’intermédiaire de son agent nécessaire, la Force, — impose un mode de travail, une méthode ou une matière d’enseignement, une foi ou un culte, ce n’est plus négativement, c’est positivement qu’elle agit sur les hommes. Elle substitue la volonté du législateur à leur propre volonté, l’initiative du législateur à leur propre initiative. Ils n’ont plus à se consulter, à comparer, à prévoir ; la Loi fait tout cela pour eux. L’intelligence leur devient un meuble inutile ; ils cessent d’être hommes ; ils perdent leur Personnalité, leur Liberté, leur Propriété.

Essayez d’imaginer une forme de travail imposée par la Force, qui ne soit une atteinte à la Liberté ; une transmission de richesse imposée par la Force, qui ne soit une atteinte à la Propriété. Si vous n’y parvenez pas, convenez donc que la Loi ne peut organiser le travail et l’industrie sans organiser l’Injustice.

Lorsque, du fond de son cabinet, un publiciste promène ses regards sur la société, il est frappé du spectacle d’inégalité qui s’offre à lui. Il gémit sur les souffrances qui sont le lot d’un si grand nombre de nos frères, souffrances dont l’aspect est rendu plus attristant encore par le contraste du luxe et de l’opulence.

Il devrait peut-être se demander si un tel état social n’a pas pour cause d’anciennes Spoliations, exercées par voie de conquête, et des Spoliations nouvelles, exercées par l’intermédiaire des Lois. Il devrait se demander si, l’aspiration de tous les hommes vers le bien-être et le perfectionnement étant donnée, le règne de la justice ne suffit pas pour réaliser la plus grande activité de Progrès et la plus grande somme d’Égalité, compatibles avec cette responsabilité individuelle que Dieu a ménagée comme juste rétribution des vertus et des vices.

Il n’y songe seulement pas. Sa pensée se porte vers des combinaisons, des arrangements, des organisations légales ou factices. Il cherche le remède dans la perpétuité et l’exagération de ce qui a produit le mal.

Car, en dehors de la Justice, qui, comme nous l’avons vu, n’est qu’une véritable négation, est-il aucun de ces arrangements légaux qui ne renferme le principe de la Spoliation ?

Vous dites : « Voilà des hommes qui manquent de richesses, » — et vous vous adressez à la Loi. Mais la Loi n’est pas une mamelle qui se remplisse d’elle-même, ou dont les veines lactifères aillent puiser ailleurs que dans la société. Il n’entre rien au trésor public, en faveur d’un citoyen ou d’une classe, que ce que les autres citoyens et les autres classes ont été forcés d’y mettre. Si chacun n’y puise que l’équivalent de ce qu’il y a versé, votre Loi, il est vrai, n’est pas spoliatrice, mais elle ne fait rien pour ces hommes qui manquent de richesses, elle ne fait rien pour l’égalité. Elle ne peut être un instrument d’égalisation qu’autant qu’elle prend aux uns pour donner aux autres, et alors elle est un instrument de Spoliation. Examinez à ce point de vue la Protection des tarifs, les primes d’encouragement, le Droit au profit, le Droit au travail, le Droit à l’assistance, le Droit à l’instruction, l’impôt progressif, la gratuité du crédit, l’atelier social, toujours vous trouverez au fond la Spoliation légale, l’injustice organisée.

Vous dites : « Voilà des hommes qui manquent de lumières, » — et vous vous adressez à la Loi. Mais la Loi n’est pas un flambeau répandant au loin une clarté qui lui soit propre. Elle plane sur une société où il y a des hommes qui savent et d’autres qui ne savent pas ; des citoyens qui ont besoin d’apprendre et d’autres qui sont disposés à enseigner. Elle ne peut faire que de deux choses l’une : ou laisser s’opérer librement ce genre de transactions, laisser se satisfaire librement cette nature de besoins ; ou bien forcer à cet égard les volontés et prendre aux uns de quoi payer des professeurs chargés d’instruire gratuitement les autres. Mais elle ne peut pas faire qu’il n’y ait, au second cas, atteinte à la Liberté et à la Propriété, Spoliation légale.

Vous dites : « Voilà des hommes qui manquent de moralité ou de religion, » — et vous vous adressez à la Loi. Mais la Loi c’est la Force, et ai-je besoin de dire combien c’est une entreprise violente et folle que de faire intervenir la force en ces matières ?

Au bout de ses systèmes et de ses efforts, il semble que le Socialisme, quelque complaisance qu’il ait pour lui-même, ne puisse s’empêcher d’apercevoir le monstre de la Spoliation légale. Mais que fait-il ? Il le déguise habilement à tous les yeux, même aux siens, sous les noms séducteurs de Fraternité, Solidarité, Organisation, Association. Et parce que nous ne demandons pas tant à la Loi, parce que nous n’exigeons d’elle que Justice, il suppose que nous repoussons la fraternité, la solidarité, l’organisation, l’association, et nous jette à la face l’épithète d’individualistes.

Qu’il sache donc que ce que nous repoussons, ce n’est pas l’organisation naturelle, mais l’organisation forcée.

Ce n’est pas l’association libre, mais les formes d’association qu’il prétend nous imposer.

Ce n’est pas la fraternité spontanée, mais la fraternité légale.

Ce n’est pas la solidarité providentielle, mais la solidarité artificielle, qui n’est qu’un déplacement injuste de Responsabilité.

Le Socialisme, comme la vieille politique d’où il émane, confond le Gouvernement et la Société. C’est pourquoi, chaque fois que nous ne voulons pas qu’une chose soit faite par le Gouvernement, il en conclut que nous ne voulons pas que cette chose soit faite du tout. Nous repoussons l’instruction par l’État ; donc nous ne voulons pas d’instruction. Nous repoussons une religion d’État ; donc nous ne voulons pas de religion. Nous repoussons l’égalisation par l’État ; donc nous ne voulons pas d’égalité, etc., etc. C’est comme s’il nous accusait de ne vouloir pas que les hommes mangent, parce que nous repoussons la culture du blé par l’État.

Comment a pu prévaloir, dans le monde politique, l’idée bizarre de faire découler de la Loi ce qui n’y est pas : le Bien, en mode positif, la Richesse, la Science, la Religion ?

Les publicistes modernes, particulièrement ceux de l’école socialiste, fondent leurs théories diverses sur une hypothèse commune, et assurément la plus étrange, la plus orgueilleuse qui puisse tomber dans un cerveau humain.

Ils divisent l’humanité en deux parts. L’universalité des hommes, moins un, forme la première ; le publiciste, à lui tout seul, forme la seconde et, de beaucoup, la plus importante.

En effet, ils commencent par supposer que les hommes ne portent en eux-mêmes ni un principe d’action, ni un moyen de discernement ; qu’ils sont dépourvus d’initiative ; qu’ils sont de la matière inerte, des molécules passives, des atomes sans spontanéité, tout au plus une végétation indifférente à son propre mode d’existence, susceptible de recevoir, d’une volonté et d’une main extérieures, un nombre infini de formes plus ou moins symétriques, artistiques, perfectionnées.

Ensuite chacun d’eux suppose sans façon qu’il est lui-même, sous les noms d’Organisateur, de Révélateur, de Législateur, d’Instituteur, de Fondateur, cette volonté et cette main, ce mobile universel, cette puissance créatrice dont la sublime mission est de réunir en société ces matériaux épars, qui sont des hommes.

Partant de cette donnée, comme chaque jardinier, selon son caprice, taille ses arbres en pyramides, en parasols, en cubes, en cônes, en vases, en espaliers, en quenouilles, en éventails, chaque socialiste, suivant sa chimère, taille la pauvre humanité en groupes, en séries, en centres, en sous-centres, en alvéoles, en ateliers sociaux, harmoniques, contrastés, etc., etc.

Et de même que le jardinier, pour opérer la taille des arbres, a besoin de haches, de scies, de serpettes et de ciseaux, le publiciste, pour arranger sa société, a besoin de forces qu’il ne peut trouver que dans les Lois ; loi de douane, loi d’impôt, loi d’assistance, loi d’instruction.

Il est si vrai que les socialistes considèrent l’humanité comme matière à combinaisons sociales, que si, par hasard, ils ne sont pas bien sûrs du succès de ces combinaisons, ils réclament du moins une parcelle d’humanité comme matière à expériences : on sait combien est populaire parmi eux l’idée d’expérimenter tous les systèmes, et on a vu un de leurs chefs venir sérieusement demander à l’assemblée constituante une commune avec tous ses habitants, pour faire son essai.

C’est ainsi que tout inventeur fait sa machine en petit avant de la faire en grand. C’est ainsi que le chimiste sacrifie quelques réactifs, que l’agriculteur sacrifie quelques semences et un coin de son champ pour faire l’épreuve d’une idée.

Mais quelle distance incommensurable entre le jardinier et ses arbres, entre l’inventeur et sa machine, entre le chimiste et ses réactifs, entre l’agriculteur et ses semences !… Le socialiste croit de bonne foi que la même distance le sépare de l’humanité.

Il ne faut pas s’étonner que les publicistes du dix-neuvième siècle considèrent la société comme une création artificielle sortie du génie du Législateur.

Cette idée, fruit de l’éducation classique, a dominé tous les penseurs, tous les grands écrivains de notre pays.

Tous ont vu entre l’humanité et le législateur les mêmes rapports qui existent entre l’argile et le potier.

Bien plus, s’ils ont consenti à reconnaître, dans le cœur de l’homme, un principe d’action et, dans son intelligence, un principe de discernement, ils ont pensé que Dieu lui avait fait, en cela, un don funeste, et que l’humanité, sous l’influence de ces deux moteurs, tendait fatalement vers sa dégradation. Ils ont posé en fait qu’abandonnée à ses penchants l’humanité ne s’occuperait de religion que pour aboutir à l’athéisme, d’enseignement que pour arriver à l’ignorance, de travail et d’échanges que pour s’éteindre dans la misère.

Heureusement, selon ces mêmes écrivains, il y a quelques hommes, nommés Gouvernants, Législateurs, qui ont reçu du ciel, non-seulement pour eux-mêmes, mais pour tous les autres, des tendances opposées.

Pendant que l’humanité penche vers le Mal, eux inclinent au Bien ; pendant que l’humanité marche vers les ténèbres, eux aspirent à la lumière ; pendant que l’humanité est entraînée vers le vice, eux sont attirés par la vertu. Et, cela posé, ils réclament la Force, afin qu’elle les mette à même de substituer leurs propres tendances aux tendances du genre humain.

Il suffit d’ouvrir, à peu près au hasard, un livre de philosophie, de politique ou d’histoire pour voir combien est fortement enracinée dans notre pays cette idée, fille des études classiques et mère du Socialisme, que l’humanité est une matière inerte recevant du pouvoir la vie, l’organisation, la moralité et la richesse ; ou bien, ce qui est encore pis, que d’elle-même l’humanité tend vers sa dégradation et n’est arrêtée sur cette pente que par la main mystérieuse du Législateur. Partout le Conventionalisme classique nous montre, derrière la société passive, une puissance occulte qui, sous les noms de Loi, Législateur, ou sous cette expression plus commode et plus vague de on, meut l’humanité, l’anime, l’enrichit et la moralise.

Bossuet. — « Une des choses qu’on (qui ?) imprimait le plus fortement dans l’esprit des Égyptiens, c’était l’amour de la patrie… Il n’était pas permis d’être inutile à l’État ; la Loi assignait à chacun son emploi, qui se perpétuait de père en fils. On ne pouvait ni en avoir deux ni changer de profession… Mais il y avait une occupation qui devait être commune, c’était l’étude des lois et de la sagesse. L’ignorance de la religion et de la police du pays n’était excusée en aucun état. Au reste, chaque profession avait son canton qui lui était assigné (par qui ?)… Parmi de bonnes lois, ce qu’il y avait de meilleur, c’est que tout le monde était nourri (par qui ?) dans l’esprit de les observer… Leurs mercures ont rempli l’Égypte d’inventions merveilleuses, et ne lui avaient presque rien laissé ignorer de ce qui pouvait rendre la vie commode et tranquille. »

Ainsi, les hommes, selon Bossuet, ne tirent rien d’eux-mêmes : patriotisme, richesses, activité, sagesse, inventions, labourage, sciences, tout leur venait par l’opération des Lois ou des Rois. Il ne s’agissait pour eux que de se laisser faire. C’est à ce point que Diodore ayant accusé les Égyptiens de rejeter la lutte et la musique, Bossuet l’en reprend. Comment cela est-il possible, dit-il, puisque ces arts avaient été inventés par Trismégiste ?

De même chez les Perses :

« Un des premiers soins du prince était de faire fleurir l’agriculture… Comme il y avait des charges établies pour la conduite des armées, il y en avait aussi pour veiller aux travaux rustiques… Le respect qu’on inspirait aux Perses pour l’autorité royale allait jusqu’à l’excès. »

Les Grecs, quoique pleins d’esprit, n’en étaient pas moins étrangers à leurs propres destinées, jusque-là que, d’eux-mêmes, ils ne se seraient pas élevés, comme les chiens et les chevaux, à la hauteur des jeux les plus simples. Classiquement, c’est une chose convenue que tout vient du dehors aux peuples.

« Les Grecs, naturellement pleins d’esprit et de courage, avaient été cultivés de bonne heure par des Rois et des colonies venues d’Égypte. C’est de là qu’ils avaient appris les exercices du corps, la course à pied, à cheval et sur des chariots… Ce que les Égyptiens leur avaient appris de meilleur était à se rendre dociles, à se laisser former par des lois pour le bien public. »

Fénelon. — Nourri dans l’étude et l’admiration de l’antiquité, témoin de la puissance de Louis XIV, Fénelon ne pouvait guère échapper à cette idée que l’humanité est passive, et que ses malheurs comme ses prospérités, ses vertus comme ses vices lui viennent d’une action extérieure, exercée sur elle par la Loi ou celui qui la fait. Aussi, dans son utopique Salente, met-il les hommes, avec leurs intérêts, leurs facultés, leurs désirs et leurs biens, à la discrétion absolue du Législateur. En quelque matière que ce soit, ce ne sont jamais eux qui jugent pour eux-mêmes, c’est le Prince. La nation n’est qu’une matière informe, dont le Prince est l’âme. C’est en lui que résident la pensée, la prévoyance, le principe de toute organisation, de tout progrès et, par conséquent, la Responsabilité.

Pour prouver cette assertion, il me faudrait transcrire ici tout le Xme livre de Télémaque. J’y renvoie le lecteur, et me contente de citer quelques passages pris au hasard dans ce célèbre poème, auquel, sous tout autre rapport, je suis le premier à rendre justice.

Avec cette crédulité surprenante qui caractérise les classiques, Fénelon admet, malgré l’autorité du raisonnement et des faits, la félicité générale des Égyptiens, et il l’attribue, non à leur propre sagesse, mais à celle de leurs Rois.

« Nous ne pouvions jeter les yeux sur les deux rivages sans apercevoir des villes opulentes, des maisons de campagne agréablement situées, des terres qui se couvrent tous les ans d’une moisson dorée, sans se reposer jamais ; des prairies pleines de troupeaux ; des laboureurs accablés sous le poids des fruits que la terre épanchait de son sein ; des bergers qui faisaient répéter les doux sons de leurs flûtes et de leurs chalumeaux à tous les échos d’alentour. Heureux, disait Mentor, le peuple qui est conduit par un sage Roi.

« Ensuite Mentor me faisait remarquer la joie et l’abondance répandues dans toute la campagne d’Égypte, où l’on comptait jusqu’à vingt-deux mille villes ; la justice exercée en faveur du pauvre contre le riche ; la bonne éducation des enfants qu’on accoutumait à l’obéissance, au travail, à la sobriété, à l’amour des arts et des lettres ; l’exactitude pour toutes les cérémonies de la religion, le désintéressement, le désir de l’honneur, la fidélité pour les hommes et la crainte pour les dieux, que chaque père inspirait à ses enfants. Il ne se lassait point d’admirer ce bel ordre. Heureux, me disait-il, le peuple qu’un sage Roi conduit ainsi. »

Fénelon fait, sur la Crète, une idylle encore plus séduisante. Puis il ajoute, par la bouche de Mentor :

« Tout ce que vous verrez dans cette île merveilleuse est le fruit des lois de Minos. L’éducation qu’il faisait donner aux enfants rend le corps sain et robuste. On les accoutume d’abord à une vie simple, frugale et laborieuse ; on suppose que toute volupté amollit le corps et l’esprit ; on ne leur propose jamais d’autre plaisir que celui d’être invincibles par la vertu et d’acquérir beaucoup de gloire… Ici on punit trois vices qui sont impunis chez les autres peuples, l’ingratitude, la dissimulation et l’avarice. Pour le faste et la mollesse, on n’a jamais besoin de les réprimer, car ils sont inconnus en Crète… on n’y souffre ni meubles précieux, ni habits magnifiques, ni festins délicieux, ni palais dorés. »

C’est ainsi que Mentor prépare son élève à triturer et manipuler, dans les vues les plus philanthropiques sans doute, le peuple d’Ithaque, et, pour plus de sûreté, il lui en donne l’exemple à Salente.

Voilà comment nous recevons nos premières notions politiques. On nous enseigne à traiter les hommes à peu près comme Olivier de Serres enseigne aux agriculteurs à traiter et mélanger les terres.

Montesquieu. — « Pour maintenir l’esprit de commerce, il faut que toutes les lois le favorisent ; que ces mêmes lois, par leurs dispositions, divisant les fortunes à mesure que le commerce les grossit, mettent chaque citoyen pauvre dans une assez grande aisance pour pouvoir travailler comme les autres, et chaque citoyen riche dans une telle médiocrité qu’il ait besoin de travailler pour conserver ou pour acquérir… »

Ainsi les Lois disposent de toutes les fortunes.

« Quoique dans la démocratie l’égalité réelle soit l’âme de l’État, cependant elle est si difficile à établir qu’une exactitude extrême à cet égard ne conviendrait pas toujours. Il suffit que l’on établisse un cens qui réduise ou fixe les différences à un certain point. Après quoi c’est à des lois particulières à égaliser pour ainsi dire les inégalités, par les charges qu’elles imposent aux riches et le soulagement qu’elles accordent aux pauvres… »

C’est bien là encore l’égalisation des fortunes par la loi, par la force.

« Il y avait dans la Grèce deux sortes de républiques. Les unes étaient militaires, comme Lacédémone ; d’autres étaient commerçantes, comme Athènes. Dans les unes on voulait que les citoyens fussent oisifs ; dans les autres on cherchait à donner de l’amour pour le travail. »

« Je prie qu’on fasse un peu d’attention à l’étendue du génie qu’il fallut à ces législateurs pour voir qu’en choquant tous les usages reçus, en confondant toutes les vertus, ils montreraient à l’univers leur sagesse. Lycurgue, mêlant le larcin avec l’esprit de justice, le plus dur esclavage avec l’extrême liberté, les sentiments les plus atroces avec la plus grande modération, donna de la stabilité à sa ville. Il sembla lui ôter toutes les ressources, les arts, le commerce, l’argent, les murailles : on y a de l’ambition sans espérance d’être mieux ; on y a les sentiments naturels, et on n’y est ni enfant, ni mari, ni père ; la pudeur même est ôtée à la chasteté. C’est par ce chemin que Sparte est menée à la grandeur et à la gloire… »

« Cet extraordinaire que l’on voyait dans les institutions de la Grèce, nous l’avons vu dans la lie et la corruption des temps modernes. Un législateur honnête homme a formé un peuple où la probité parait aussi naturelle que la bravoure chez les Spartiates. M. Penn est un véritable Lycurgue, et quoique le premier ait eu la paix pour objet comme l’autre a eu la guerre, ils se ressemblent dans la voie singulière où ils ont mis leur peuple, dans l’ascendant qu’ils ont eu sur des hommes libres, dans les préjugés qu’ils ont vaincus, dans les passions qu’ils ont soumises. »

« Le Paraguay peut nous fournir un autre exemple. On a voulu en faire un crime à la Société, qui regarde le plaisir de commander comme le seul bien de la vie ; mais il sera toujours beau de gouverner les hommes en les rendant plus heureux… »

« Ceux qui voudront faire des institutions pareilles établiront la communauté des biens de la République de Platon, ce respect qu’il demandait pour les dieux, cette séparation d’avec les étrangers pour la conservation des mœurs, et la cité faisant le commerce et non pas les citoyens ; ils donneront nos arts sans notre luxe, et nos besoins sans nos désirs. »

L’engouement vulgaire aura beau s’écrier : c’est du Montesquieu, donc c’est magnifique ! c’est sublime ! j’aurai le courage de mon opinion et de dire :

Quoi ! vous avez le front de trouver cela beau ! *

Mais c’est affreux ! abominable ! et ces extraits, que je pourrais multiplier, montrent que, dans les idées de Montesquieu, les personnes, les libertés, les propriétés, l’humanité entière ne sont que des matériaux propres à exercer la sagacité du Législateur.

Rousseau. — Bien que ce publiciste, suprême autorité des démocrates, fasse reposer l’édifice social sur la volonté générale, personne n’a admis aussi complètement que lui l’hypothèse de l’entière passivité du genre humain en présence du Législateur.

« S’il est vrai qu’un grand prince est un homme rare, que sera-ce d’un grand législateur ? Le premier n’a qu’à suivre le modèle que l’autre doit proposer. Celui-ci est le mécanicien qui invente la machine, celui-là n’est que l’ouvrier qui la monte et la fait marcher. »

Et que sont les hommes en tout ceci ? La machine qu’on monte et qui marche, ou plutôt la matière brute dont la machine est faite !

Ainsi entre le Législateur et le Prince, entre le Prince et les sujets, il y a les mêmes rapports qu’entre l’agronome et l’agriculteur, l’agriculteur et la glèbe. À quelle hauteur au-dessus de l’humanité est donc placé le publiciste, qui régente les Législateurs eux-mêmes et leur enseigne leur métier en ces termes impératifs :

« Voulez-vous donner de la consistance à l’État ? rapprochez les degrés extrêmes autant qu’il est possible. Ne souffrez ni des gens opulents ni des gueux.

« Le sol est-il ingrat ou stérile, ou le pays trop serré pour les habitants, tournez-vous du côté de l’industrie et des arts, dont vous échangerez les productions contre les denrées qui vous manquent… Dans un bon terrain, manquez-vous d’habitants, donnez tous vos soins à l’agriculture, qui multiplie les hommes, et chassez les arts, qui ne feraient qu’achever de dépeupler le pays… Occupez-vous des rivages étendus et commodes, couvrez la mer de vaisseaux, vous aurez une existence brillante et courte. La mer ne baigne-t-elle sur vos côtes que des rochers inaccessibles, restez barbares et ichthyophages, vous en vivrez plus tranquilles, meilleurs peut-être, et, à coup sûr, plus heureux. En un mot, outre les maximes communes à tous, chaque peuple renferme en lui quelque cause qui les ordonne d’une manière particulière, et rend sa législation propre à lui seul. C’est ainsi qu’autrefois les Hébreux, et récemment les Arabes, ont eu pour principal objet la religion ; les Athéniens, les lettres ; Carthage et Tyr, le commerce ; Rhodes, la marine ; Sparte, la guerre, et Rome, la vertu. L’auteur de l’Esprit des Lois a montré par quel art le législateur dirige l’institution vers chacun de ces objets… Mais si le législateur, se trompant dans son objet, prend un principe différent de celui qui naît de la nature des choses, que l’un tende à la servitude et l’autre à la liberté ; l’un aux richesses, l’autre à la population ; l’un à la paix, l’autre aux conquêtes, on verra les lois s’affaiblir insensiblement, la constitution s’altérer, et l’État ne cessera d’être agité jusqu’à ce qu’il soit détruit ou changé, et que l’invincible nature ait repris son empire.

Mais si la nature est assez invincible pour reprendre son empire, pourquoi Rousseau n’admet-il pas qu’elle n’avait pas besoin du Législateur pour prendre cet empire dès l’origine ? Pourquoi n’admet-il pas qu’obéissant à leur propre initiative les hommes se tourneront d’eux-mêmes vers le commerce sur des rivages étendus et commodes, sans qu’un Lycurgue, un Solon, un Rousseau s’en mêlent, au risque de se tromper ?

Quoi qu’il en soit, on comprend la terrible responsabilité que Rousseau fait peser sur les inventeurs, instituteurs, conducteurs, législateurs et manipulateurs de Sociétés. Aussi est-il, à leur égard, très exigeant.

« Celui qui ose entreprendre d’instituer un peuple doit se sentir en état de changer, pour ainsi dire, la nature humaine, de transformer chaque individu qui, par lui-même, est un tout parfait et solitaire, en partie d’un plus grand tout, dont cet individu reçoive, en tout ou en partie, sa vie et son être ; d’altérer la constitution de l’homme pour la renforcer, de substituer une existence partielle et morale à l’existence physique et indépendante que nous avons tous reçue de la nature. Il faut, en un mot, qu’il ôte à l’homme ses propres forces pour lui en donner qui lui soient étrangères… »

Pauvre espèce humaine, que feraient de ta dignité les adeptes de Rousseau ?

Raynal. — « Le climat, c’est-à-dire le ciel et le sol, est la première règle du législateur. Ses ressources lui dictent ses devoirs. C’est d’abord sa position locale qu’il doit consulter. Une peuplade jetée sur les côtes maritimes aura des lois relatives à la navigation… Si la colonie est portée dans les terres, un législateur doit prévoir et leur genre et leur degré de fécondité… »

« C’est surtout dans la distribution de la propriété qu’éclatera la sagesse de la législation. En général, et dans tous les pays du monde, quand on fonde une colonie, il faut donner des terres à tous les hommes, c’est-à-dire à chacun une étendue suffisante pour l’entretien d’une famille… »

« Dans une île sauvage qu’on peuplerait d’enfants, on n’aurait qu’à laisser éclore les germes de la vérité dans les développements de la raison… Mais quand on établit un peuple déjà vieux dans un pays nouveau, l’habileté consiste à ne lui laisser que les opinions et les habitudes nuisibles dont on ne peut le guérir et le corriger. Veut-on empêcher qu’elles ne se transmettent, on veillera sur la seconde génération par une éducation commune et publique des enfants. Un prince, un législateur, ne devrait jamais fonder une colonie sans y envoyer d’avance des hommes sages pour l’instruction de la jeunesse… Dans une colonie naissante, toutes les facilités sont ouvertes aux précautions du Législateur qui veut épurer le sang et les mœurs d’un peuple. Qu’il ait du génie et de la vertu, les terres et les hommes qu’il aura dans ses mains inspireront à son âme un plan de société, qu’un écrivain ne peut jamais tracer que d’une manière vague et sujette à l’instabilité des hypothèses, qui varient et se compliquent avec une infinité de circonstances trop difficiles à prévoir et à combiner… »

Ne semble-t-il pas entendre un professeur d’agriculture dire à ses élèves : « Le climat est la première règle de l’agriculteur. Ses ressources lui dictent ses devoirs. C’est d’abord sa position locale qu’il doit consulter. Est-il sur un sol argileux, il doit se conduire de telle façon. A-t-il affaire à du sable, voici comment il doit s’y prendre. Toutes les facilités sont ouvertes à l’agriculteur qui veut nettoyer et améliorer son sol. Qu’il ait de l’habileté, les terres, les engrais qu’il aura dans ses mains lui inspireront un plan d’exploitation, qu’un professeur ne peut jamais tracer que d’une manière vague et sujette à l’instabilité des hypothèses, qui varient et se compliquent avec une infinité de circonstances trop difficiles à prévoir et à combiner. »

Mais, ô sublimes écrivains, veuillez donc vous souvenir quelquefois que cette argile, ce sable, ce fumier, dont vous disposez si arbitrairement, ce sont des Hommes, vos égaux, des êtres intelligents et libres comme vous, qui ont reçu de Dieu, comme vous, la faculté de voir, de prévoir, de penser et de juger pour eux-mêmes !

Mably. — (Il suppose les lois usées par la rouille du temps, la négligence de la sécurité, et poursuit ainsi :)

« Dans ces circonstances, il faut être convaincu que les ressorts du gouvernement se sont relâchés. Donnez-leur une nouvelle tension (c’est au lecteur que Mably s’adresse), et le mal sera guéri… Songez moins à punir des fautes qu’à encourager les vertus dont vous avez besoin. Par cette méthode vous rendrez à votre république la vigueur de la jeunesse. C’est pour n’avoir pas été connue des peuples libres qu’ils ont perdu la liberté ! Mais si les progrès du mal sont tels que les magistrats ordinaires ne puissent y remédier efficacement, ayez recours à une magistrature extraordinaire, dont le temps soit court et la puissance considérable. L’imagination des citoyens a besoin alors d’être frappée… »

Et tout dans ce goût durant vingt volumes.

Il a été une époque où, sous l’influence de tels enseignements, qui sont le fond de l’éducation classique, chacun a voulu se placer en dehors et au-dessus de l’humanité, pour l’arranger, l’organiser et l’instituer à sa guise.

Condillac. — « Érigez-vous, Monseigneur, en Lycurgue ou en Solon. Avant que de poursuivre la lecture de cet écrit, amusez-vous à donner des lois à quelque peuple sauvage d’Amérique ou d’Afrique. Établissez dans des demeures fixes ces hommes errants ; apprenez-leur à nourrir des troupeaux… ; travaillez à développer les qualités sociales que la nature a mises en eux… Ordonnez-leur de commencer à pratiquer les devoirs de l’humanité… Empoisonnez par des châtiments les plaisirs que promettent les passions, et vous verrez ces barbares, à chaque article de votre législation, perdre un vice et prendre une vertu. »

« Tous les peuples ont eu des lois. Mais peu d’entre eux ont été heureux. Quelle en est la cause ? C’est que les législateurs ont presque toujours ignoré que l’objet de la société est d’unir les familles par un intérêt commun. »

« L’impartialité des lois consiste en deux choses : à établir l’égalité dans la fortune et dans la dignité des citoyens… À mesure que vos lois établiront une plus grande égalité, elles deviendront plus chères à chaque citoyen… Comment l’avarice, l’ambition, la volupté, la paresse, l’oisiveté, l’envie, la haine, la jalousie agiteraient-elles des hommes égaux en fortune et en dignité, et à qui les lois ne laisseraient pas l’espérance de rompre l’égalité ? » (Suit l’idylle.)

« Ce qu’on vous a dit de la République de Sparte doit vous donner de grandes lumières sur cette question. Aucun autre État n’a jamais eu des lois plus conformes à l’ordre de la nature et de l’égalité. »

Il n’est pas surprenant que les dix-septième et dix-huitième siècles aient considéré le genre humain comme une matière inerte attendant, recevant tout, forme, figure, impulsion, mouvement et vie d’un grand Prince, d’un grand Législateur, d’un grand Génie. Ces siècles étaient nourris de l’étude de l’Antiquité, et l’Antiquité nous offre en effet partout, en Égypte, en Perse, en Grèce, à Rome, le spectacle de quelques hommes manipulant à leur gré l’humanité asservie par la force ou par l’imposture. Qu’est-ce que cela prouve ? Que, parce que l’homme et la société sont perfectibles, l’erreur, l’ignorance, le despotisme, l’esclavage, la superstition doivent s’accumuler davantage au commencement des temps. Le tort des écrivains que j’ai cités n’est pas d’avoir constaté le fait, mais de l’avoir proposé, comme règle, à l’admiration et à l’imitation des races futures. Leur tort est d’avoir, avec une inconcevable absence de critique, et sur la foi d’un conventionalisme puéril, admis ce qui est inadmissible, à savoir la grandeur, la dignité, la moralité et le bien-être de ces sociétés factices de l’ancien monde ; de n’avoir pas compris que le temps produit et propage la lumière ; qu’à mesure que la lumière se fait, la force passe du côté du Droit et la société reprend possession d’elle-même.

Et en effet, quel est le travail politique auquel nous assistons ? Il n’est autre que l’effort instinctif de tous les peuples vers la liberté

. Et qu’est-ce que la Liberté, ce mot qui a la puissance de faire battre tous les cœurs et d’agiter le monde, si ce n’est l’ensemble de toutes les libertés, liberté de conscience, d’enseignement, d’association, de presse, de locomotion, de travail, d’échange ; d’autres termes, le franc exercice, pour tous, de toutes les facultés inoffensives ; en d’autres termes encore, la destruction de tous les despotismes, même le despotisme légal, et la réduction de la Loi à sa seule attribution rationnelle, qui est de régulariser le Droit individuel de légitime défense ou de réprimer l’injustice ?

Cette tendance du genre humain, il faut en convenir, est grandement contrariée, particulièrement dans notre patrie, par la funeste disposition, — fruit de l’enseignement classique, — commune à tous les publicistes, de se placer en dehors de l’humanité pour l’arranger, l’organiser et l’instituer à leur guise.

Car, pendant que la société s’agite pour réaliser la Liberté, les grands hommes qui se placent à sa tête, imbus des principes des dix-septième et dix-huitième siècles, ne songent qu’à la courber sous le philanthropique despotisme de leurs inventions sociales et à lui faire porter docilement, selon l’expression de Rousseau, le joug de la félicité publique, telle qu’ils l’ont imaginée.

On le vit bien en 1789. À peine l’Ancien Régime légal fut-il détruit, qu’on s’occupa de soumettre la société nouvelle à d’autres arrangements artificiels, toujours en partant de ce point convenu : l’omnipotence de la Loi.

Saint-Just. — « Le Législateur commande à l’avenir. C’est à lui de vouloir le bien. C’est à lui de rendre les hommes ce qu’il veut qu’ils soient. »

Robespierre. « La fonction du gouvernement est de diriger les forces physiques et morales de la nation vers le but de son institution. »

Billaud-Varennes. « Il faut recréer le peuple qu’on veut rendre à la liberté. Puisqu’il faut détruire d’anciens préjugés, changer d’antiques habitudes, perfectionner des affections dépravées, restreindre des besoins superflus, extirper des vices invétérés ; il faut donc une action forte, une impulsion véhémente… Citoyens, l’inflexible austérité de Lycurgue devint à Sparte la base inébranlable de la République ; le caractère faible et confiant de Solon replongea Athènes dans l’esclavage. Ce parallèle renferme toute la science du gouvernement. »

Lepelletier. « Considérant à quel point l’espèce humaine est dégradée, je me suis convaincu de la nécessité d’opérer une entière régénération et, si je puis m’exprimer ainsi, de créer un nouveau peuple. »

On le voit, les hommes ne sont rien que de vils matériaux. Ce n’est pas à eux de vouloir le bien ; — ils en sont incapables, — c’est au Législateur, selon Saint-Just. Les hommes ne sont que ce qu’il veut qu’ils soient.

Suivant Robespierre, qui copie littéralement Rousseau, le Législateur commence par assigner le but de l’institution de la nation. Ensuite les gouvernements n’ont plus qu’à diriger vers ce but toutes les forces physiques et morales. La nation elle-même reste toujours passive en tout ceci, et Billaud-Varennes nous enseigne qu’elle ne doit avoir que les préjugés, les habitudes, les affections et les besoins que le Législateur autorise. Il va jusqu’à dire que l’inflexible austérité d’un homme est la base de la république.

On a vu que, dans le cas où le mal est si grand que les magistrats ordinaires n’y peuvent remédier, Mably conseillait la dictature pour faire fleurir la vertu. « Ayez recours, dit-il, à une magistrature extraordinaire, dont le temps soit court et la puissance considérable. L’imagination des citoyens a besoin d’être frappée. » Cette doctrine n’a pas été perdue. Écoutons Robespierre :

« Le principe du gouvernement républicain, c’est la vertu, et son moyen, pendant qu’il s’établit, la terreur. Nous voulons substituer, dans notre pays, la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, les principes aux usages, les devoirs aux bienséances, l’empire de la raison à la tyrannie de la mode, le mépris du vice au mépris du malheur, la fierté à l’insolence, la grandeur d’âme à la vanité, l’amour de la gloire à l’amour de l’argent, les bonnes gens à la bonne compagnie, le mérite à l’intrigue, le génie au bel esprit, la vérité à l’éclat, le charme du bonheur aux ennuis de la volupté, la grandeur de l’homme à la petitesse des grands, un peuple magnanime, puissant, heureux, à un peuple aimable, frivole, misérable ; c’est-à-dire toutes les vertus et tous les miracles de la République à tous les vices et à tous les ridicules de la monarchie. »

À quelle hauteur au-dessus du reste de l’humanité se place ici Robespierre ! Et remarquez la circonstance dans laquelle il parle. Il ne se borne pas à exprimer le vœu d’une grande rénovation du cœur humain ; il ne s’attend même pas à ce qu’elle résultera d’un gouvernement régulier. Non, il veut l’opérer lui-même et par la terreur. Le discours d’où est extrait ce puéril et laborieux amas d’antithèses avait pour objet d’exposer les principes de morale qui doivent diriger un gouvernement révolutionnaire. Remarquez que, lorsque Robespierre vient demander la dictature, ce n’est pas seulement pour repousser l’étranger et combattre les factions ; c’est bien pour faire prévaloir par la terreur, et préalablement au jeu de la Constitution, ses propres principes de morale. Sa prétention ne va à rien moins que d’extirper du pays, par la terreur, l’égoïsme, l’honneur, les usages, les bienséances, la mode, la vanité, l’amour de l’argent, la bonne compagnie, l’intrigue, le bel esprit, la volupté et la misère. Ce n’est qu’après que lui, Robespierre, aura accompli ces miracles, — comme il les appelle avec raison, — qu’il permettra aux lois de reprendre leur empire. — Eh ! misérables, qui vous croyez si grands, qui jugez l’humanité si petite, qui voulez tout réformer, réformez-vous vous-mêmes, cette tâche vous suffit.

Cependant, en général, messieurs les Réformateurs, Législateurs et Publicistes ne demandent pas à exercer sur l’humanité un despotisme immédiat. Non, ils sont trop modérés et trop philanthropes pour cela. Ils ne réclament que le despotisme, l’absolutisme, l’omnipotence de la Loi. Seulement ils aspirent à faire la Loi.

Pour montrer combien cette disposition étrange des esprits a été universelle, en France, de même qu’il m’aurait fallu copier tout Mably, tout Raynal, tout Rousseau, tout Fénelon, et de longs extraits de Bossuet et Montesquieu, il me faudrait aussi reproduire le procès-verbal tout entier des séances de la Convention. Je m’en garderai bien et j’y renvoie le lecteur.

On pense bien que cette idée dut sourire à Bonaparte. Il l’embrassa avec ardeur et la mit énergiquement en pratique. Se considérant comme un chimiste, il ne vit dans l’Europe qu’une matière à expériences. Mais bientôt cette matière se manifesta comme un réactif puissant. Aux trois quarts désabusé, Bonaparte, à Sainte-Hélène, parut reconnaître qu’il y a quelque initiative dans les peuples, et il se montra moins hostile à la liberté. Cela ne l’empêcha pas cependant de donner par son testament cette leçon à son fils : « Gouverner, c’est répandre la moralité, l’instruction et le bien-être. »

Est-il nécessaire maintenant de faire voir par de fastidieuses citations d’où procèdent Morelly, Babeuf, Owen, Saint-Simon, Fourier ? Je me bornerai à soumettre au lecteur quelques extraits du livre de Louis Blanc sur l’organisation du travail.

« Dans notre projet, la société reçoit l’impulsion du pouvoir ». (Page 126.)

En quoi consiste l’impulsion que le Pouvoir donne à la société ? À imposer le projet de M. L. Blanc.

D’un autre coté, la société, c’est le genre humain.

Donc, en définitive, le genre humain reçoit l’impulsion de M. L. Blanc.

Libre à lui, dira-t-on. Sans doute le genre humain est libre de suivre les conseils de qui que ce soit. Mais ce n’est pas ainsi que M. L. Blanc comprend la chose. Il entend que son projet soit converti en Loi, et par conséquent imposé de force par le pouvoir.

« Dans notre projet, l’État ne fait que donner au travail une législation (excusez du peu), en vertu de laquelle le mouvement industriel peut et doit s’accomplir en toute liberté. Il (l’État) ne fait que placer la liberté sur une pente (rien que cela) qu’elle descend, une fois qu’elle y est placée, par la seule force des choses et par une suite naturelle du mécanisme établi. »

Mais quelle est cette pente ? — Celle indiquée par M. L. Blanc. — Ne conduit-elle pas aux abîmes ? — Non, elle conduit au bonheur. — Comment donc la société ne s’y place-t-elle pas d’elle-même ? — Parce qu’elle ne sait ce qu’elle veut et qu’elle a besoin d’impulsion. — Qui lui donnera cette impulsion ? — Le pouvoir. — Et qui donnera l’impulsion au pouvoir ? — L’inventeur du mécanisme, M. L. Blanc.

Nous ne sortons jamais de ce cercle : l’humanité passive et un grand homme qui la meut par l’intervention de la Loi.

Une fois sur cette pente, la société jouirait-elle au moins de quelque liberté ? — Sans doute. — Et qu’est-ce que la liberté ?

« Disons-le une fois pour toutes : la liberté consiste non pas seulement dans le Droit accordé, mais dans le Pouvoir donné à l’homme d’exercer, de développer ses facultés, sous l’empire de la justice et sous la sauvegarde de la loi. »

« Et ce n’est point là une distinction vaine : le sens en est profond, les conséquences en sont immenses. Car dès qu’on admet qu’il faut à l’homme, pour être vraiment libre, le Pouvoir d’exercer et de développer ses facultés, il en résulte que la société doit à chacun de ses membres l’instruction convenable, sans laquelle l’esprit humain ne peut se déployer, et les instruments de travail, sans lesquels l’activité humaine ne peut se donner carrière. Or, par l’intervention de qui la société donnera-t-elle à chacun de ses membres l’instruction convenable et les instruments de travail nécessaires, si ce n’est par l’intervention de l’État ? »

Ainsi la liberté, c’est le pouvoir. — En quoi consiste ce Pouvoir ? — À posséder l’instruction et les instruments de travail. — Qui donnera l’instruction et les instruments de travail ? — La société, qui les doit. — Par l’intervention de qui la société donnera-t-elle des instruments de travail à ceux qui n’en ont pas ? — Par l’intervention de l’État. — À qui l’État les prendra-t-il ?

C’est au lecteur de faire la réponse et de voir où tout ceci aboutit.

Un des phénomènes les plus étranges de notre temps, et qui étonnera probablement beaucoup nos neveux, c’est que la doctrine qui se fonde sur cette triple hypothèse : l’inertie radicale de l’humanité ; l’omnipotence de la Loi ; l’infaillibilité du Législateur ; soit le symbole sacré du parti qui se proclame exclusivement démocratique.

Il est vrai qu’il se dit aussi social.

En tant que démocratique, il a une foi sans limite en l’humanité.

Comme social, il la met au-dessous de la boue.

S’agit-il de droits politiques, s’agit-il de faire sortir de son sein le Législateur, oh ! alors, selon lui, le peuple a la science infuse ; il est doué d’un tact admirable ; sa volonté est toujours droite, la volonté générale ne peut errer. Le suffrage ne saurait être trop universel. Nul ne doit à la société aucune garantie. La volonté et la capacité de bien choisir sont toujours supposées. Est-ce que le peuple peut se tromper ? Est-ce que nous ne sommes pas dans le siècle des lumières ? Quoi donc ! Le peuple sera-t-il éternellement en tutelle ? N’a-t-il pas conquis ses droits par assez d’efforts et de sacrifices ? N’a-t-il pas donné assez de preuves de son intelligence et de sa sagesse ? N’est-il pas arrivé à sa maturité ? N’est-il pas en état de juger pour lui-même ? Ne connaît-il pas ses intérêts ? Y a-t-il un homme ou une classe qui ose revendiquer le droit de se substituer au peuple, de décider et d’agir pour lui ? Non, non, le peuple veut être libre, et il le sera. Il veut diriger ses propres affaires, et il les dirigera.

Mais le Législateur est-il une fois dégagé des comices par l’élection, oh ! alors le langage change. La nation rentre dans la passivité, dans l’inertie, dans le néant, et le Législateur prend possession de l’omnipotence. À lui l’invention, à lui la direction, à lui l’impulsion, à lui l’organisation. L’humanité n’a plus qu’à se laisser faire ; l’heure du despotisme a sonné. Et remarquez que cela est fatal ; car ce peuple, tout à l’heure si éclairé, si moral, si parfait, n’a plus aucunes tendances, ou, s’il en a, elles l’entraînent toutes vers la dégradation. Et on lui laisserait un peu de Liberté ! Mais ne savez-vous pas que, selon M. Considérant, la liberté conduit fatalement au monopole ? Ne savez-vous pas que la liberté c’est la concurrence ? et que la concurrence, suivant M. L. Blanc, c’est pour le peuple un système d’extermination, pour la bourgeoisie une cause de ruine ? Que c’est pour cela que les peuples sont d’autant plus exterminés et ruinés qu’ils sont plus libres, témoin la Suisse, la Hollande, l’Angleterre et les États-Unis ? Ne savez-vous pas, toujours selon M. L. Blanc, que la concurrence conduit au monopole, et que, par la même raison, le bon marché conduit à l’exagération des prix ? Que la concurrence tend à tarir les sources de la consommation et pousse la production à une activité dévorante ? Que la concurrence force la production à s’accroître et la consommation à décroître ; d’où il suit que les peuples libres produisent pour ne pas consommer ; qu’elle est tout à la fois oppression et démence, et qu’il faut absolument que M. L. Blanc s’en mêle ?

Quelle liberté, d’ailleurs, pourrait-on laisser aux hommes ? Serait-ce la liberté de conscience ? Mais on les verra tous profiter de la permission pour se faire athées. La liberté d’enseignement ? Mais les pères se hâteront de payer des professeurs pour enseigner à leurs fils l’immoralité et l’erreur ; d’ailleurs, à en croire M. Thiers, si l’enseignement était laissé à la liberté nationale, il cesserait d’être national, et nous élèverions nos enfants dans les idées des Turcs ou des Indous, au lieu que, grâce au despotisme légal de l’université, ils ont le bonheur d’être élevés dans les nobles idées des Romains. La liberté du travail ? Mais c’est la concurrence, qui a pour effet de laisser tous les produits non consommés, d’exterminer le peuple et de ruiner la bourgeoisie. La liberté d’échanger ? Mais on sait bien, les protectionistes l’ont démontré à satiété, qu’un homme se ruine quand il échange librement et que, pour s’enrichir, il faut échanger sans liberté. La liberté d’association ? Mais, d’après la doctrine socialiste, liberté et association s’excluent, puisque précisément on n’aspire à ravir aux hommes leur liberté que pour les forcer de s’associer.

Vous voyez donc bien que les démocrates-socialistes ne peuvent, en bonne conscience, laisser aux hommes aucune liberté, puisque, par leur nature propre, et si ces messieurs n’y mettent ordre, ils tendent, de toute part, à tous les genres de dégradation et de démoralisation.

Reste à deviner, en ce cas, sur quel fondement on réclame pour eux, avec tant d’instance, le suffrage universel.

Les prétentions des organisateurs soulèvent une autre question, que je leur ai souvent adressée, et à laquelle, que je sache, ils n’ont jamais répondu. Puisque les tendances naturelles de l’humanité sont assez mauvaises pour qu’on doive lui ôter sa liberté, comment se fait-il que les tendances des organisateurs soient bonnes ? Les Législateurs et leurs agents ne font-ils pas partie du genre humain ? Se croient-ils pétris d’un autre limon que le reste des hommes ? Ils disent que la société, abandonnée à elle-même, court fatalement aux abîmes parce que ses instincts sont pervers. Ils prétendent l’arrêter sur cette pente et lui imprimer une meilleure direction. Ils ont donc reçu du ciel une intelligence et des vertus qui les placent en dehors et au-dessus de l’humanité ; qu’ils montrent leurs titres. Ils veulent être bergers, ils veulent que nous soyons troupeau. Cet arrangement présuppose en eux une supériorité de nature, dont nous avons bien le droit de demander la preuve préalable.

Remarquez que ce que je leur conteste, ce n’est pas le droit d’inventer des combinaisons sociales, de les propager, de les conseiller, de les expérimenter sur eux-mêmes, à leurs frais et risques ; mais bien le droit de nous les imposer par l’intermédiaire de la Loi, c’est-à-dire des forces et des contributions publiques.

Je demande que les Cabétistes, les Fouriéristes, les Proudhoniens, les Universitaires, les Protectionistes renoncent non à leurs idées spéciales, mais à cette idée qui leur est commune, de nous assujettir de force à leurs groupes et séries, à leurs ateliers sociaux, à leur banque gratuite, à leur moralité gréco-romaine, à leurs entraves commerciales. Ce que je leur demande, c’est de nous laisser la faculté de juger leurs plans et de ne pas nous y associer, directement ou indirectement, si nous trouvons qu’ils froissent nos intérêts, ou s’ils répugnent à notre conscience.

Car la prétention de faire intervenir le pouvoir et l’impôt, outre qu’elle est oppressive et spoliatrice, implique encore cette hypothèse préjudicielle : l’infaillibilité de l’organisateur et l’incompétence de l’humanité.

Et si l’humanité est incompétente à juger pour elle-même, que vient-on nous parler de suffrage universel ?

Cette contradiction dans les idées s’est malheureusement reproduite dans les faits, et pendant que le peuple français a devancé tous les autres dans la conquête de ses droits, ou plutôt de ses garanties politiques, il n’en est pas moins resté le plus gouverné, dirigé, administré, imposé, entravé et exploité de tous les peuples.

Il est aussi celui de tous où les révolutions sont le plus imminentes, et cela doit être.

Dès qu’on part de cette idée, admise par tous nos publicistes et si énergiquement exprimée par M. L. Blanc en ces mots : « La société reçoit l’impulsion du pouvoir ; » dès que les hommes se considèrent eux-mêmes comme sensibles mais passifs, incapables de s’élever par leur propre discernement et par leur propre énergie à aucune moralité, à aucun bien-être, et réduits à tout attendre de la Loi ; en un mot, quand ils admettent que leurs rapports avec l’État sont ceux du troupeau avec le berger, il est clair que la responsabilité du pouvoir est immense. Les biens et les maux, les vertus et les vices, l’égalité et l’inégalité, l’opulence et la misère, tout découle de lui. Il est chargé de tout, il entreprend tout, il fait tout ; donc il répond de tout. Si nous sommes heureux, il réclame à bon droit notre reconnaissance ; mais si nous sommes misérables, nous ne pouvons nous en prendre qu’à lui. Ne dispose-t-il pas, en principe, de nos personnes et de nos biens ? La Loi n’est-elle pas omnipotente ? En créant le monopole universitaire, il s’est fait fort de répondre aux espérances des pères de famille privés de liberté ; et si ces espérances sont déçues, à qui la faute ? En réglementant l’industrie, il s’est fait fort de la faire prospérer, sinon il eût été absurde de lui ôter sa liberté ; et si elle souffre, à qui la faute ? En se mêlant de pondérer la balance du commerce, par le jeu des tarifs, il s’est fait fort de le faire fleurir ; et si, loin de fleurir, il se meurt, à qui la faute ? En accordant aux armements maritimes sa protection en échange de leur liberté, il s’est fait fort de les rendre lucratifs ; et s’ils sont onéreux, à qui la faute ?

Ainsi, il n’y a pas une douleur dans la nation dont le gouvernement ne se soit volontairement rendu responsable. Faut-il s’étonner que chaque souffrance soit une cause de révolution ?

Et quel est le remède qu’on propose ? C’est d’élargir indéfiniment le domaine de la Loi, c’est-à-dire la Responsabilité du gouvernement.

Mais si le gouvernement se charge d’élever et de régler les salaires et qu’il ne le puisse ; s’il se charge d’assister toutes les infortunes et qu’il ne le puisse ; s’il se charge d’assurer des retraites à tous les travailleurs et qu’il ne le puisse ; s’il se charge de fournir à tous les ouvriers des instruments de travail et qu’il ne le puisse ; s’il se charge d’ouvrir à tous les affamés d’emprunts un crédit gratuit et qu’il ne le puisse ; si, selon les paroles que nous avons vues avec regret échapper à la plume de M. de Lamartine, « l’État se donne la mission d’éclairer, de développer, d’agrandir, de fortifier, de spiritualiser, et de sanctifier l’âme des peuples, » et qu’il échoue ; ne voit-on pas qu’au bout de chaque déception, hélas ! plus que probable, il y a une non moins inévitable révolution ?

Je reprends ma thèse et je dis : immédiatement après la science économique et à l’entrée de la science politique

, se présente une question dominante. C’est celle-ci :

Qu’est-ce que la Loi ? que doit-elle être ? quel est son domaine ? quelles sont ses limites ? où s’arrêtent, par suite, les attributions du Législateur ?

Je n’hésite pas à répondre : La Loi, c’est la force commune organisée pour faire obstacle à l’Injustice — et pour abréger, la Loi, c’est la Justice.

Il n’est pas vrai que le Législateur ait sur nos personnes et nos propriétés une puissance absolue, puisqu’elles préexistent et que son œuvre est de les entourer de garanties.

Il n’est pas vrai que la Loi ait pour mission de régir nos consciences, nos idées, nos volontés, notre instruction, nos sentiments, nos travaux, nos échanges, nos dons, nos jouissances.

Sa mission est d’empêcher qu’en aucune de ces matières le droit de l’un n’usurpe le droit de l’autre.

La Loi, parce qu’elle a pour sanction nécessaire la Force, ne peut avoir pour domaine légitime que le légitime domaine de la force, à savoir : la Justice.

Et comme chaque individu n’a le droit de recourir à la force que dans le cas de légitime défense, la force collective, qui n’est que la réunion des forces individuelles, ne saurait être rationnellement appliquée à une autre fin.

La Loi, c’est donc uniquement l’organisation du droit individuel préexistant de légitime défense.

La Loi, c’est la Justice.

Il est si faux qu’elle puisse opprimer les personnes ou spolier les propriétés, même dans un but philanthropique, que sa mission est de les protéger.

Et qu’on ne dise pas qu’elle peut au moins être philanthropique, pourvu qu’elle s’abstienne de toute oppression, de toute spoliation ; cela est contradictoire. La Loi ne peut pas ne pas agir sur nos personnes ou nos biens ; si elle ne les garantit, elle les viole par cela seul qu’elle agit, par cela seul qu’elle est.

La Loi, c’est la Justice.

Voilà qui est clair, simple, parfaitement défini et délimité, accessible à toute intelligence, visible à tout œil, car la Justice est une quantité donnée, immuable, inaltérable, qui n’admet ni plus ni moins.

Sortez de là, faites la Loi religieuse, fraternitaire, égalitaire, philanthropique, industrielle, littéraire, artistique, aussitôt vous êtes dans l’infini, dans l’incertain, dans l’inconnu, dans l’utopie imposée, ou, qui pis est, dans la multitude des utopies combattant pour s’emparer de la Loi et s’imposer ; car la fraternité, la philanthropie n’ont pas comme la justice des limites fixes. Où vous arrêterez-vous ? Où s’arrêtera la Loi ? L’un, comme M. de Saint-Cricq, n’étendra sa philanthropie que sur quelques classes d’industriels, et il demandera à la Loi qu’elle dispose des consommateurs en faveur des producteurs. L’autre, comme M. Considérant, prendra en main la cause des travailleurs et réclamera pour eux de la Loi un minimum assuré, le vêtement, le logement, la nourriture et toutes choses nécessaires à l’entretien de la vie. Un troisième, M. L. Blanc, dira, avec raison, que ce n’est là qu’une fraternité ébauchée et que la Loi doit donner à tous les instruments de travail et l’instruction. Un quatrième fera observer qu’un tel arrangement laisse encore place à l’inégalité et que la Loi doit faire pénétrer, dans les hameaux les plus reculés, le luxe, la littérature et les arts. Vous serez conduits ainsi jusqu’au communisme, ou plutôt la législation sera… ce qu’elle est déjà : — le champ de bataille de toutes les rêveries et de toutes les cupidités.

La Loi, c’est la Justice.

Dans ce cercle, on conçoit un gouvernement simple, inébranlable. Et je défie qu’on me dise d’où pourrait venir la pensée d’une révolution, d’une insurrection, d’une simple émeute contre une force publique bornée à réprimer l’injustice. Sous un tel régime, il y aurait plus de bien-être, le bien-être serait plus également réparti, et quant aux souffrances inséparables de l’humanité, nul ne songerait à en accuser le gouvernement, qui y serait aussi étranger qu’il l’est aux variations de la température. A-t-on jamais vu le peuple s’insurger contre la cour de cassation ou faire irruption dans le prétoire du juge de paix pour réclamer le minimum de salaires, le crédit gratuit, les instruments de travail, les faveurs du tarif, ou l’atelier social ? Il sait bien que ces combinaisons sont hors de la puissance du juge, et il apprendrait de même qu’elles sont hors de la puissance de la Loi.

Mais faites la Loi sur le principe fraternitaire, proclamez que c’est d’elle que découlent les biens et les maux, qu’elle est responsable de toute douleur individuelle, de toute inégalité sociale, et vous ouvrez la porte à une série sans fin de plaintes, de haines, de troubles et de révolutions.

La Loi, c’est la Justice.

Et il serait bien étrange qu’elle pût être équitablement autre chose ! Est-ce que la justice n’est pas le droit ? Est-ce que les droits ne sont pas égaux ? Comment donc la Loi interviendrait-elle pour me soumettre aux plans sociaux de MM. Mimerel, de Melun, Thiers, Louis Blanc, plutôt que pour soumettre ces messieurs à mes plans ? Croit-on que je n’aie pas reçu de la nature assez d’imagination pour inventer aussi une utopie ? Est-ce que c’est le rôle de la Loi de faire un choix entre tant de chimères et de mettre la force publique au service de l’une d’elles ?

La Loi, c’est la Justice.

Et qu’on ne dise pas, comme on le fait sans cesse, qu’ainsi conçue la Loi, athée, individualiste et sans entrailles, ferait l’humanité à son image. C’est là une déduction absurde, bien digne de cet engouement gouvernemental qui voit l’humanité dans la Loi.

Quoi donc ! De ce que nous serons libres, s’ensuit-il que nous cesserons d’agir ? De ce que nous ne recevrons pas l’impulsion de la Loi, s’ensuit-il que nous serons dénués d’impulsion ? De ce que la Loi se bornera à nous garantir le libre exercice de nos facultés, s’ensuit-il que nos facultés seront frappées d’inertie ? De ce que la Loi ne nous imposera pas des formes de religion, des modes d’association, des méthodes d’enseignement, des procédés de travail, des directions d’échange, des plans de charité, s’ensuit-il que nous nous empresserons de nous plonger dans l’athéisme, l’isolement, l’ignorance, la misère et l’égoïsme ? S’ensuit-il que nous ne saurons plus reconnaître la puissance et la bonté de Dieu, nous associer, nous entraider, aimer et secourir nos frères malheureux, étudier les secrets de la nature, aspirer aux perfectionnements de notre être ?

La Loi, c’est la Justice.

Et c’est sous la Loi de justice, sous le régime du droit, sous l’influence de la liberté, de la sécurité, de la stabilité, de la responsabilité, que chaque homme arrivera à toute sa valeur, à toute la dignité de son être, et que l’humanité accomplira avec ordre, avec calme, lentement sans doute, mais avec certitude, le progrès, qui est sa destinée.

Il me semble que j’ai pour moi la théorie ; car quelque question que je soumette au raisonnement, qu’elle soit religieuse, philosophique, politique, économique ; qu’il s’agisse de bien-être, de moralité, d’égalité, de droit, de justice, de progrès, de responsabilité, de solidarité, de propriété, de travail, d’échange, de capital, de salaires, d’impôts, de population, de crédit, de gouvernement ; à quelque point de l’horizon scientifique que je place le point de départ de mes recherches, toujours invariablement j’aboutis à ceci : la solution du problème social est dans la Liberté.

Et n’ai-je pas aussi pour moi l’expérience ? Jetez les yeux sur le globe. Quels sont les peuples les plus heureux, les plus moraux, les plus paisibles ? Ceux où la Loi intervient le moins dans l’activité privée ; où le gouvernement se fait le moins sentir ; où l’individualité a le plus de ressort et l’opinion publique le plus d’influence ; où les rouages administratifs sont les moins nombreux et les moins compliqués ; les impôts les moins lourds et les moins inégaux ; les mécontentements populaires les moins excités et les moins justifiables ; où la responsabilité des individus et des classes est la plus agissante, et où, par suite, si les mœurs ne sont pas parfaites, elles tendent invinciblement à se rectifier ; où les transactions, les conventions, les associations sont le moins entravées ; où le travail, les capitaux, la population, subissent les moindres déplacements artificiels ; où l’humanité obéit le plus à sa propre pente ; où la pensée de Dieu prévaut le plus sur les inventions des hommes ; ceux, en un mot, qui approchent le plus de cette solution : dans les limites du droit, tout par la libre et perfectible spontanéité de l’homme ; rien par la Loi ou la force que la Justice universelle.

Il faut le dire : il y a trop de grands hommes dans le monde ; il y a trop de législateurs, organisateurs, instituteurs de sociétés, conducteurs de peuples, pères des nations, etc. Trop de gens se placent au-dessus de l’humanité pour la régenter, trop de gens font métier de s’occuper d’elle.

On me dira : Vous vous en occupez bien, vous qui parlez. C’est vrai. Mais on conviendra que c’est dans un sens et à un point de vue bien différents, et si je me mêle aux réformateurs c’est uniquement pour leur faire lâcher prise.

Je m’en occupe non comme Vaucanson de son automate, mais comme un physiologiste de l’organisme humain : pour l’étudier et l’admirer.

Je m’en occupe, dans l’esprit qui animait un voyageur célèbre.

Il arriva au milieu d’une tribu sauvage. Un enfant venait de naître et une foule de devins, de sorciers, d’empiriques l’entouraient, armés d’anneaux, de crochets et de liens. L’un disait : cet enfant ne flairera jamais le parfum d’un calumet, si je ne lui allonge les narines. Un autre : il sera privé du sens de l’ouïe, si je ne lui fais descendre les oreilles jusqu’aux épaules. Un troisième : il ne verra pas la lumière du soleil, si je ne donne à ses yeux une direction oblique. Un quatrième : il ne se tiendra jamais debout, si je ne lui courbe les jambes. Un cinquième : il ne pensera pas, si je ne comprime son cerveau. Arrière, dit le voyageur. Dieu fait bien ce qu’il fait ; ne prétendez pas en savoir plus que lui, et puisqu’il a donné des organes à cette frêle créature, laissez ses organes se développer, se fortifier par l’exercice, le tâtonnement, l’expérience et la Liberté.

Dieu a mis aussi dans l’humanité tout ce qu’il faut pour qu’elle accomplisse ses destinées. Il y a une physiologie sociale providentielle comme il y a une physiologie humaine providentielle. Les organes sociaux sont aussi constitués de manière à se développer harmoniquement au grand air de la Liberté. Arrière donc les empiriques et les organisateurs ! Arrière leurs anneaux, leurs chaînes, leurs crochets, leurs tenailles ! arrière leurs moyens artificiels ! arrière leur atelier social, leur phalanstère, leur gouvernementalisme, leur centralisation, leurs tarifs, leurs universités, leurs religions d’État, leurs banques gratuites ou leurs banques monopolisées, leurs compressions, leurs restrictions, leur moralisation ou leur égalisation par l’impôt ! Et puisqu’on a vainement infligé au corps social tant de systèmes, qu’on finisse par où l’on aurait dû commencer, qu’on repousse les systèmes, qu’on mette enfin à l’épreuve la Liberté, — la Liberté, qui est un acte de foi en Dieu et en son œuvre.

: Conseil général des manufactures, de l’agriculture et du commerce. (Séance du 6 mai 1850.)

: Si la protection n’était accordée, en France, qu’à une seule classe, par exemple, aux maîtres de forges, elle serait si absurdement spoliatrice qu’elle ne pourrait se maintenir. Aussi nous voyons toutes les industries protégées se liguer, faire cause commune et même se recruter de manière à paraître embrasser l’ensemble du travail national. Elles sentent instinctivement que la Spoliation se dissimule en se généralisant.

: Ici, l’éditeur renvoie à cette ébauche tirée des manuscrits de Bastiat.

: L’économie politique précède la politique ; celle-là dit si les intérêts humains sont naturellement harmoniques ou antagoniques ; ce que celle-ci devrait savoir avant de fixer les attributions du gouvernement.

Bastiat.org Le Libéralisme, le vrai Un site par François-René Rideau

 


Antiracisme: Cette invention appelée blancheur (From Black lives matter to Jesse Williams: When all else fails, blame whiteness)

12 décembre, 2016

Protestors rally during a Black Lives Matter demonstration, Sunday, July 10, 2016, in Cincinnati. More than a thousand protested against the shootings of black men by police officers. (AP Photo/John Minchillo)

Protesters march on 5th Avenue during the Millions March NYC on December 13, 2014 in New York. Thousands of people marched in Washington and New York on Saturday to demand justice for black men who have died at the hands of white police, the latest in weeks of demonstrations across the United States. AFP PHOTO/DON EMMERT (Photo credit should read DON EMMERT/AFP/Getty Images)

A poster with photographs of Joanne Chesimard, a fugitive for more than 30 years, is on display during a news conference giving updates on the search of Chesimard, Thursday, May 2, 2013, in Newark, N.J. The reward for the capture and return of convicted murderer Chesimard, one of New Jersey¿s most notorious fugitives, was doubled to $2 million Thursday on the 40th anniversary of the violent confrontation that led to the slaying of a New Jersey state trooper. The FBI also announced it has made Chesimard, now living in Cuba as Assata Shakur, the first woman on its list of most wanted terrorists. (AP Photo/Julio Cortez) NJ Trooper Shot Cuba

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Justin Timberlake holding Janet Jackson's costume after he pulled it off at the 2004 NFL Superbowl MTV Halftime program at Reliant Stadium, in Houston, Texas on February 1, 2004. (AP Photo/David Drapkin)

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Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’amour, comme la violence, abolit les différences. René Girard
Ce ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. (…) Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
I gotta have you naked by the end of this song. Justin Timberlake
Karim says his idea for what became YouTube sprang from two very different events in 2004: Janet Jackson’s « wardrobe malfunction, » during a Super Bowl show, and the Asian tsunami. USA Today
Savez-vous que les Noirs sont 10 pour cent de la population de Saint-Louis et sont responsables de 58% de ses crimes? Nous avons à faire face à cela. Et nous devons faire quelque chose au sujet de nos normes morales. Nous savons qu’il y a beaucoup de mauvaises choses dans le monde blanc, mais il y a aussi beaucoup de mauvaises choses dans le monde noir. Nous ne pouvons pas continuer à blâmer l’homme blanc. Il y a des choses que nous devons faire pour nous-mêmes. Martin Luther King (St Louis, 1961)
Ma grand-mère (…) est une personne blanche typique. Barack Hussein Obama
Quand j’ai lu le livre de Houellebecq, quelques jours après les assassinats à Charlie Hebdo, il m’a semblé que ses intuitions sur la vie politique française étaient tout à fait correctes. Les élites françaises donnent souvent l’impression qu’elles seraient moins perturbées par un parti islamiste au pouvoir que par le Front national. La lecture du travail de Christophe Guilluy sur ces questions a aiguisé ma réflexion sur la politique européenne. Guilluy se demande pourquoi la classe moyenne est en déclin à Paris comme dans la plupart des grandes villes européennes et il répond: parce que les villes européennes n’ont pas vraiment besoin d’une classe moyenne. Les emplois occupés auparavant par les classes moyennes et populaires, principalement dans le secteur manufacturier, sont maintenant plus rentablement pourvus en Chine. Ce dont les grandes villes européennes ont besoin, c’est d’équipements et de services pour les categories aisées qui y vivent. Ces services sont aujourd’hui fournis par des immigrés. Les classes supérieures et les nouveaux arrivants s’accomodent plutôt bien de la mondialisation. Ils ont donc une certaine affinité, ils sont complices d’une certaine manière. Voilà ce que Houellebecq a vu. Les populistes européens ne parviennent pas toujours à développer une explication logique à leur perception de l’immigration comme origine principale de leurs maux, mais leurs points de vues ne sont pas non plus totalement absurdes. (…) ce qui se passe est un phénomène profond, anthropologique. Une culture – l’islam – qui apparaît, quels que soient ses défauts, comme jeune, dynamique, optimiste et surtout centrée sur la famille entre en conflit avec la culture que l’Europe a adoptée depuis la seconde guerre mondiale, celle de la «société ouverte» comme Charles Michel et Angela Merkel se sont empressés de la qualifier après les attentats du 22 Mars. En raison même de son postulat individualiste, cette culture est timide, confuse, et, surtout, hostile aux familles. Tel est le problème fondamental: l’Islam est plus jeune, plus fort et fait preuve d’une vitalité évidente. (…) Pierre Manent (…) a raison de dire que, comme pure question sociologique, l’Islam est désormais un fait en France. Manent est aussi extrêmement fin sur les failles de la laïcité comme moyen d’assimiler les musulmans, laïcité qui fut construite autour d’un problème très spécifique et bâtie comme un ensemble de dispositions destinées à démanteler les institutions par lesquelles l’Église catholique influençait la politique française il y a un siècle. Au fil du temps les arguments d’origine se sont transformés en simples slogans. La France invoque aujourd’hui, pour faire entrer les musulmans dans la communauté nationale, des règles destinées à expulser les catholiques de la vie politique. Il faut aussi se rappeler que Manent a fait sa proposition avant les attentats de novembre dernier. De plus, sa volonté d’offrir des accomodements à la religion musulmane était assortie d’une insistance à ce que l’Islam rejette les influences étrangères, ce qui à mon sens ne se fera pas. D’abord parce que ces attentats ayant eu lieu, la France paraîtrait faible et non pas généreuse, en proposant un tel accord. Et aussi parce que tant que l’immigration se poursuivra, favorisant un établissement inéluctable de l’islam en France, les instances musulmanes peuvent estimer qu’elles n’ont aucun intérêt à transiger. (…) L’Europe ne va pas disparaître. Il y a quelque chose d’immortel en elle. Mais elle sera diminuée. Je ne pense pas que l’on puisse en accuser l’Europe des Lumières, qui n’ a jamais été une menace fondamentale pour la continuité de l’Europe. La menace tient pour l’essentiel à cet objectif plus recent de «société ouverte» dont le principe moteur est de vider la société de toute métaphysique, héritée ou antérieure (ce qui soulève la question, très complexe, de de la tendance du capitalisme à s’ériger lui-même en métaphysique). A certains égards, on comprend pourquoi des gens préfèrent cette société ouverte au christianisme culturel qu’elle remplace. Mais dans l’optique de la survie, elle se montre cependant nettement inférieure. Christopher Caldwell
« Securing the historic Paris climate agreement. » The accord was never submitted to Congress as a treaty. It will be ignored by President-elect Trump. « Achieving the Iran nuclear deal. » That « deal » was another effort to circumvent the treaty-ratifying authority of Congress. It has green-lighted Iranian aggression, and it probably ensured nuclear proliferation. Iran’s violations will cause the new Trump administration to either scrap the accord or send it to Congress for certain rejection. « Reopening Cuba. » The recent Miami celebration of the death of Fidel Castro, and Trump’s victory in Florida, are testimonies to the one-sided deal’s unpopularity. The United States got little in return for the Castro brothers’ propaganda coup. « Destroying ISIL » and « dismantling al Qaeda. » We are at last making some progress against some of these « jayvee » teams, as Obama once described the Islamic State. Neither group has been dismantled or destroyed. Despite the death of Osama bin Laden, the widespread reach of radical Islam into Europe and the United States remains largely unchecked. « Ending combat missions in Afghanistan and Iraq. » The Afghan war rages on. The precipitous withdrawal of all U.S. peacekeepers in 2011 from a quiet Iraq helped sow chaos in the rest of the Middle East. We are now sending more troops back into Iraq. (…) « Rebalancing to the Asia-Pacific region. » The anemic « Asia Pivot » failed. The Philippines is now openly pro-Russian and pro-Chinese. Traditional allies such Japan, Taiwan and South Korea are terrified that the U.S is no longer a reliable guarantor of their autonomy. (…) « Strengthening cybersecurity. » Democrats claimed Russian interference in the recent election. If true, it is proof that there is no such thing as « cybersecurity. » The WikiLeaks releases, the hacked Clinton emails and the Edward Snowden disclosures confirm that the Obama administration was the least cybersecure presidency in history. (…) « Making sure our politics reflect America’s best. » The 2016 presidential campaign was among the nastiest on record. WikiLeaks revealed unprecedented collusion between journalists and the Clinton campaign. Earlier, Obama had been the first president in U.S. history to refuse public campaign money. He was also the largest fundraiser of private cash and the greatest collector of Wall Street money in the history or presidential campaigns. (…) « Promoting immigrant and refugee integration and citizenship awareness. » The southern U.S. border is largely unenforced. Immigration law is deliberately ignored. The president’s refugee policy was unpopular and proved a disaster, as illustrated by the Boston Marathon bombings, the San Bernardino attack, the Orlando nightclub shooting and the recent Ohio State University terrorist violence. (…) So Obama now departs amid the ruin of the Democratic Party into a lucrative post-presidency: detached and without a legacy. Victor Davis Hanson
Si des gens noirs tuent des gens noirs chaque jour, pourquoi n’y aurait-il pas une semaine pour tuer des gens blancs? Sister Souljah (1992)
Pour accompagner le lancement de BET France et assurer l’animation d’un des programmes de la chaîne, Hedia Charni, Franco-Tunisienne, et Raphäl Yem, d’origine cambodgienne, ont été recrutés. Des choix que déplore Yan Boss. « Pour faire la promotion de la culture noire, il faut un minimum de Noirs à l’antenne. Vous ne pouvez pas ouvrir un restaurant halal et mettre des chinois à l’intérieur. » BET est un symbole fort lié à l’histoire des Afro-Américains. Fondée en 1980 par Robert Johnson, BET apparaît à une époque où les Noirs sont peu présents à la télévision américaine. Pour Yan Boss, le contexte français est similaire à celui des Etats-Unis dans les années 1980. (…) A la mi-octobre BET France avait tenté d’étouffer la polémique en affirmant que d’autres présentateurs issus de la « black culture » rejoindraient l’antenne. Seulement, l’emploi du terme « black » n’a pas non plus fait l’unanimité. Le Monde
Nous sommes des Noirs, il y a des Blancs. Moi, je ne dis pas “white”. J’ai le sentiment qu’en France, le Noir dérange. Christian Dzellat
During the finale of the Super Bowl XXXVIII halftime show, entertainers Justin Timberlake and Janet Jackson performed a song and dance routine to Timberlake’s song « Rock Your Body. » As Timberlake ended the duet by singing « gonna have you naked by the end of this song, » he tore away a portion of Jackson’s bustier, momentarily revealing her breast. The performers subsequently strained the credulity of the public by terming the episode a « wardrobe malfunction. » Chief Justice Roberts
What do we want? Dead cops. When do we want it? Now. Slogan (Millions March, New York, December 2014)
Pigs in a blanket, fry ’em like bacon. Bassem Masri
America is an empire that uses war to expand territory and power. American wars are unjust [and] destructive to Black communities globally . . . . The military industrial complex offers massive profits to private corporations from the death of our global diaspora . . . . The interlinked systems of white supremacy, imperialism, capitalism and patriarchy shape the violence we face. As oppressed people living in the US, the belly of global empire, we are in a critical position to build the necessary connections for a global liberation movement. Until we are able to overturn US imperialism, capitalism and white supremacy, our brothers and sisters around the world will continue to live in chains. Black Lives Matter
Black Lives Matter doesn’t condone shooting law enforcement. But I have to be honest: I understand why it was done. I don’t encourage it, I don’t condone it, I don’t justify it. But I understand it. Sir Maejor (BLM organizer)
The Black Panther Party emerged out of a love for their people and a devotion to empowering them. This powerful display of the human spirit, rooted in heart, is what compelled me to communicate this story accurately . . . . Nearly half a century later, we find our voices in a renewed chorus for justice and equality. We continue to witness a state apparatus that perpetuates a culture of fear and aggression with frequent and unwarranted displays of racial violence and oppression. Stanley Nelson
Le FBI a annoncé ce jeudi 2 mai avoir ajouté Joanne Chesimard à sa liste des «terroristes les plus recherchés», avec une récompense de 2 millions de dollars offerte pour sa capture. Joanne Chesimard a l’honneur douteux d’être la première femme sur la liste, qui existe depuis 2001 et sur laquelle ont figuré les noms tristement célèbres de Khalid Sheikh Mohammed, Oussama ben Laden, Ayman al-Zawahiri, et Adam Gadahn. Joanne Chesimard, qui était membre d’un groupe appelé la Black Liberation Army (l’Armée de libération noire), a été ajoutée à la liste quarante ans jour pour jour après la date où elle est accusée d’avoir tiré sur un policier d’Etat, et de l’avoir tué, sur une autoroute du New Jersey. (…) Joanne Chesimard, qui a désormais la soixantaine et est également connue sous le nom d’Assata Shakur –elle est aussi la marraine de feu Tupac Shakur–, a fini par être arrêtée et condamnée pour le meurtre de Werner Foerster. Elle est aussi devenue plus ou moins célèbre à cause des doutes sur sa culpabilité –elle nie avoir tué le policier– et des rumeurs selon lesquelles elle aurait été maltraitée en prison (elle est toujours relativement célèbre. En 2000, le rappeur Common a sorti une chanson sur elle, appelée A song for Assata, ce qui a mis le commentateur conservateur Bill O’Reilly très en colère). En 1979, Joanne Chesimard s’est échappée de prison. Les autorités pensent qu’elle est depuis 1984 cachée à Cuba, qui a pour habitude de donner asile aux fugitifs américains qui épousent des dogmes quasi-révolutionnaires. Slate
In too many places in this country, black boys and black men, Latino boys, Latino men . . . experience being treated differently by law enforcement—in stops and in arrests, and in charges and incarcerations. The statistics are clear, up and down the criminal-justice system; there’s no dispute. Barack Hussein Obama (2005)
We don’t really do a good job right now in collecting national data on a real-time basis, but we now have the tools and the technology to do it better. Barack Hussein Obama
The common assumption by the media and by the public was that the flash of nudity was an attention-grabbing publicity ploy; the question was by whom. Some signs seemed to point to MTV. Before the show, a few of the producers had entertained themselves by mock-ripping their clothes off at Timberlake’s final line. And in rehearsals, they had tried a move where Timberlake tore off Jackson’s kilt. Then there was an article on MTV’s website beforehand in which Jackson’s choreographer promised « shocking moments. » Marin Cogan
‘Stripping of cultures aside, the emblems that stood out most were the ones that came from Asia — specifically China. The dragon that Elsa Hosk wore wrapped around her body, the embroidered stiletto boots seen on Adriana Lima, the tail made of flames worn by Kendall Jenner. There’s a lot of talk of China as a dominant world power of the 21st century, and the U.S. government, Hollywood, and now Victoria’s Secret, it seems, are pivoting to face a new reality. But the Orientalism on display here doesn’t show an understanding or an attempt at dialogue. It doesn’t close any gaps. What condescension, for Victoria’s Secret to think that by wrapping a model in a dragon, it could connect directly with a new consumer in China. Don’t let yourself be hoodwinked by Victoria’s Secret’s brazen attempt to re-label what is clearly cultural appropriation by turning it into a celebration of ‘culture.The brand and its creative leads shamelessly cherry-picked imagery, breaking apart aesthetic references from wherever they wanted and stitching them back together again. They’re telling us its worldliness. It’s not, it’s a hack job. The fact is that even as the world gets more connected, a sexist, patriarchal, mostly white corporation continues to take what it wants for its own gain. Helin Jung
Nous savons qu’en cas d’al­ter­ca­tion, la police arrive toujours, d’une manière ou d’une autre, à désa­mor­cer le conflit, à désar­mer, et à ne pas tuer de Blancs. Ce qui va se passer, c’est que nous allons avoir des droits égaux et la justice dans notre propre pays. (…) Alors ne me parlez pas du progrès qui a été fait quand du personnel payé par l’Etat peut tirer depuis sa voiture sur un gamin de 12 ans seul dans un parc en plein jour. Qui peut le tuer et rentrer ensuite se faire un sandwich ? (…) On a passé des siècles à prier, des marques plein le corps. Et maintenant, nous payons pour nous barder le corps de marques [de vêtements] Il n’y a aucune guerre que nous n’ayons pas combattue, (…) aucun travail que nous n’ayons pas fait, aucun impôt que nous n’ayons pas payé. (…) Mais la liberté est en quelque sorte toujours conditionnelle ici. Vous êtes libre, continuent-ils à nous dire, mais elle aurait été en vie si elle n’avait pas agi librement. (…) Si vous critiquez la résistance, notre résistance, alors vous feriez mieux d’avoir un argumentaire solide sur la critique de notre oppression. Si vous n’êtes pas intéressés par l’égalité Noirs-Blancs, alors gardez-vous de conseiller ceux qui le sont. (…) On a fini de regarder et d’attendre pendant que cette invention appelée la blancheur nous utilise et abuse de nous; en enterrant les noirs hors de vue tout en extrayant notre culture, nos dollars, nos productions de divertissement comme s’il s’agissait de pétrole, d’or noir. Avilissant nos créations, puis les volant. Embourgeoisant notre génie, avant de nous essayer comme costume puis de jeter nos corps comme des pelures de fruits étranges. Ce n’est pas parce que nous sommes magiques que nous ne sommes pas réels. Jesse Williams
Jesse Williams a craché un discours raciste et haineux envers la loi et les blancs durant les BET Awards. Si ça avait été une personne blanche qui avait fait le même discours sur un afro-américain, il aurait été viré et réprimandé comme il le fallait, mais il n’y a eu aucun suivi concernant les actes de William. Aucun organisme ne s’est levé contre ses remarques racistes, et aucune action n’a été prise contre son attitude négative. Erin Smith
Le docteur sexy de la série médicale « Grey’s anatomy » s’est vu récompensé aux BET Awards, hier à Los Angeles, pour son engagement contre le racisme que connait les Etats-Unis. (…) En 2014, le jeune homme avait rejoint la marche de protestation qui dénonçait la mort du jeune afro-américain de 18 ans, Michael Brown, tué à Ferguson par un policier blanc. (…) Il a également produit cette année un film documentaire sur le mouvement militant « Black Lives Matter » (en français, « les vies Noires comptent »), intitulé « Stay Woke: The Black Lives Matter Movement« . C’est donc sans véritable surprise que l’on apprend la nomination de l’ancien instituteur pour le prix de l’humanitaire cette année. L’un des points forts de cette cérémonie qui récompensait les artistes afro-américains de l’année est donc le discours prononcé par Jesse Williams lors de sa remise de prix. L’acteur de Django Unchained et de Pulp fiction, Samuel L. Jackson a même avoué ne pas avoir entendu de pareil discours depuis les années 1960 (années qui ont marqué la combat pour l’égalité des droits avec Martin Luther King). Jesse Williams a ainsi débuté son discours en rappelant Tamir Rice, ce petit garçon de 12 ans, mort pour avoir osé jouer avec un pistolet en plastique devant un policier. (…) Le lauréat poursuit ensuite son discours en dénonçant fortement les violences commises par la police américaine, qui avait tué 967 personnes et dont 40% de victimes non armées étaient noires, sur la seule année 2015, selon le site d’information belge RTL Info. (…) Le « docteur Avery » a ensuite entamé une phase aux mots encore plus sévères, chewing-gum en bouche, mais digne des Black Panters, où il fait référence à l’esclavage qu’ont connu les communautés noires aux USA, notamment avec le commerce triangulaire du XVIIIème siècle et où il dénonce l’ironie de notre société de consommation. (…) sous un tonnerre d’applaudissements en brandissant son trophée. Nouvel Obs
Un discours «puissant» selon «Time». «L’un des plus mémorables» de l’histoire des prix, titre le «Washington Post». Jesse Williams, alias Jackson Avery de «Grey’s Anatomy», a reçu dimanche l’Humanitarian BET Award 2016, récompensant son engagement notamment contre le racisme. En effet, l’acteur est sur le devant de la scène depuis la mort le 9 août 2014 de Michael Brown, un jeune Noir de 18 ans –pas armé- par un policier blanc à Ferguson (Missouri). Il est notamment engagé en faveur du mouvement Black Lives Matter – né après ce drame et d’autres meurtres de Noirs par la police. Une cause qui lui tient vraiment à cœur comme en témoigne la tirade inspirée qu’il a délivrée en recevant son prix. Le métisse de 34 ans l’a dédiée à «tous les activistes, toutes les ONG de défense des droits de l’Homme, tous les parents qui se battent, les familles, les enseignants, les étudiants qui réalisent qu’un système construit pour nous diviser, nous appauvrir et nous détruire ne peut pas résister si nous le faisons.» Il a ensuite fait référence à Tamir Rice, qui aurait eu 14 ans samedi, mais aussi à d’autres victimes de ces «bavures», de Rekia Boyd à Eric Garner, en passant par Sandra Bland. Puis a élargi sa plaidoirie sur la cause des Noirs à notre époque. «Il n’y a aucune guerre que nous (les Noirs) n’ayons pas combattue, (…) aucun travail que nous n’ayons pas fait, aucun impôt que nous n’ayons pas payé. (…) Mais la liberté est en quelque sorte toujours conditionnelle ici. Vous êtes libre, continuent-ils à nous dire, mais elle aurait été en vie si elle n’avait pas agi librement», a-t-il lancé, appelant les Afro-Américains à se battre pour obtenir l’égalité une bonne fois pour toutes. Et gare aux Blancs qui dénigreraient l’importance de cette lutte. «Si vous critiquez la résistance, notre résistance, alors vous feriez mieux d’avoir un argumentaire solide sur la critique de notre oppression. Si vous n’êtes pas intéressés par l’égalité Noirs-Blancs, alors gardez-vous de conseiller ceux qui le sont», s’est-il emporté, ovationné par le public. «Et nous avons fini de regarder, et d’attendre pendant que cette invention appelée blancheur use et abuse de nous ; (…) garde les Noirs hors de sa vue et son esprit, pendant qu’ils pillent notre culture, nos dollars, notre pétrole (…) ghettoïsent et dévalorisent nos créations puis les volent», a-t-il poursuivi avant de conclure : «Ce n’est pas parce que nous sommes magiques que nous ne sommes pas réels». Paris Match
“What we’ve been doing,” said Williams, “is looking at the data and we know that police somehow manage to de-escalate, disarm and not kill white people everyday.” The problem is that the “data” say the opposite. The police do kill whites every day. And given the fact that whites account for 10 percent of violent crime, but are 50 percent of those who die at the hand of the police, white people actually have more to complain about than Mr. Williams. “Adjusted for the homicide rate,” says criminology professor Peter Moskos, “whites are 1.7 times more likely than blacks to die at the hands of police.” The “data” from the Centers for Disease Control shows that in 2014, the latest year data are available, 131 blacks and 261 whites were killed by cops. From 1999 to 2013, the totals were 1,724 black and 3,160 white. As to 2015, there are as of yet no official numbers. But the Washington Post says — according to its own tally — that 965 people were killed by police and less than 4 percent were white cops killing unarmed black men. The top preventable cause of death for young white men is car accidents. For young black men it’s homicide — almost always by other young blacks. Nearly 50 percent of all homicides are black-on-black. As to Williams’ implied clam of anti-black racial profiling, a 2013 report by the DOJ’s National Institute of Justice found that any racial differences in traffic stops can be ascribed to « differences in offending »: blacks are more likely to commit traffic offenses — speeding, no license, no child restraint, DUI, headlights out, expired tags and so on.  (…) If « whiteness » is « extracting our culture, » should Snoop Dogg apologize for getting rich by selling rap to whites? And didn’t Run-D.M.C. « culturally extract » their hit, « Walk This Way, » from Aerosmith? White folk, rise up! Did Williams, born to a white mom and black dad, really whine about the “invention called whiteness »? His mom was « invented » while his black father was “magic”? So a half-white actor whined about oppression on a black awards show, on a cable channel owned by a corporation whose largest shareholder is a family headed by patriarch Sumner Redstone, — a Jew. Only in America. (…) Is it too much to ask for the names of the oppressors who operate the “system »? After all, we’ve had a black president for seven years, plus back-to-back black attorneys general. Is Obama complicit? (…) What does it say that Obama’s Department of Justice has not filed civil rights charges against any of the officers involved in the death of the blacks Williams cited. Larry Elder
Japanese prints had, as everybody is taught in class, an enormous influence on French Impressionist art in the middle of the 19th Century. They were, exactly, an exotic appropriation.Well, it turns out that they weren’t really exotic at all. They were the product of the Japanese infatuation with Western perspective drawing and graphics, which had only recently arrived in Japan on ships and boats as part of the Japanese opening to the West. The Japanese artists saw them, and saw expressive possibilities in them that the Western artists were too habituated to the system to notice. The Japanese appropriated Western perspective in ways that Westerners would never have imagined. Then the Japanese pictures got sent back to Europe, where they looked wonderfully exotic, and re-made the Western art they originally hailed from. It’s exactly the same process that happened in our own lifetime when Howlin’ Wolf and Big Bill Broonzy records sailed over to Liverpool and the suburbs of London and were heard by boys who barely understood their context but loved their attitude. Ten years later you got Mick Jagger and John Lennon. Innocent imitation is always the engine of cultural innovation. Nor is it just that the borrowings can be beautiful. The things we borrow show us the things we are. Having passed through Chuck Berry, The Beatles and the Stones could better claim their own distinctive Englishness. In the same way, distinctly English food – all those real beers and farmhouse cheddars – has only gotten better because restaurants that served real Italian food helped showed how wonderful a coherent seasonal market-based cuisine could be. If we want to be ourselves, we have to travel – and nowadays, we do much of our travelling internally. Adam Gopnik
The concept of cultural appropriation emerged in academia in the late 1970s and 1980s as part of the scholarly critique of colonialism. By the mid-1990s, it had gained a solid place in academic discourse, particularly in the field of sociology. Some of this critique was rightly directed at literal cultural theft — the pilfering of art and artifacts by colonial powers — or glaring injustices, such as white entertainers in the pre-civil rights years profiting off black musical styles while black performers’ careers were hobbled by racism. Critics such as Edward Said offered valuable insight into Orientalism, the West’s tendency to fetishize Asians as exotic stereotypes. But the hunt for wrongdoing has gone run amok. The recent anti-appropriation rhetoric has targeted creative products from art to literature to clothing. Nothing is too petty for the new culture cops: I have seen them rebuke a Filipina woman who purchased a bracelet with a yin-yang symbol at a fair and earnestly discuss whether it’s appropriation to eat Japanese, Indian or Thai food. Even Selena Gomez, a Latina artist, was assailed a couple of years ago for sporting a Hindu forehead dot, or bindi, in a Bollywood-style performance. In some social-justice quarters, the demonization of “appropriative” interests converges with ultra-reactionary ideas about racial and cultural purity. I once read an anguished blog post by a well-meaning young woman racked with doubt about her plans to pursue a graduate degree in Chinese studies; after attending a talk on cultural appropriation, she was unsure that it was morally permissible for a white person to study the field. This is a skewed and blinkered view. Yes, most cross-fertilization has taken place in a context of unequal power. Historically, interactions between cultures often took the form of wars, colonization, forced or calamity-driven migration and subordination or even enslavement of minority groups. But it is absurd to single out the West as the only culprit. Indeed, there is a paradoxical and perverse Western-centrism in ignoring the history of Middle Eastern and Asian empires or the modern economic and cultural clout of non-Western nations — for instance, the fact that one of the top three entertainment companies in the U.S. market is Japanese-owned Sony.It is also far from clear that the appropriation police speak for the people and communities whose cultural honor they claim to defend. The kimono protest, for instance, found little support from Japanese Americans living in the Boston area; indeed, many actively backed the museum’s exhibit, as did the Japanese consulate. Most critics of appropriation, including some anti-kimono protesters, say they don’t oppose engagement with other cultures if it’s done in a “culturally affirming” way. A Daily Dot article admonishes that “an authentic cultural exchange should feel free and affirming, rather than plagiarizing or thieving.” A recent post on the Tumblr “This Is Not China” declares that “cultural appropriation is not merely the act of wearing or partaking in cultural symbols & practices that do not belong to you, it’s a system of exploitation & capitalisation on cultural symbols & practices that do not a) originate from b) benefit c) circle back to the culture in question.” It makes sense to permit behaviors that encourage empathy and genuine interest while discouraging those that caricature or mock a sampled-from culture. But such litmus tests leave ample room for hair-splitting and arbitrary judgments. One blogger’s partial defense of “Kimono Wednesdays” suggests that while it was fine to let visitors try on the kimonos, allowing them to be photographed while wearing them was a step too far. This fine parsing of what crosses the line from appreciation into appropriation suggests a religion with elaborate purity tests. What will be declared “problematic” next? Picasso’s and Matisse’s works inspired by African art? Puccini’s “Orientalist” operas, “Madama Butterfly” and “Turandot”? Should we rid our homes of Japanese prints? Should I take offense at other people’s Russian nesting dolls? And while we’re at it, why shouldn’t a wide range of cultural minorities within Western society demand control over access to their heritage, too? Can Catholics claim appropriation when religious paintings of Jesus or the Virgin Mary are exhibited in a secular context, or when movies from “The Sound of Music” to “Sister Act” use nuns for entertainment?Appropriation is not a crime. It’s a way to breathe new life into culture. Peoples have borrowed, adopted, taken, infiltrated and reinvented from time immemorial. The medieval Japanese absorbed major elements of Chinese and Korean civilizations, while the cultural practices of modern-day Japan include such Western borrowings as a secularized and reinvented Christmas. Russian culture with its Slavic roots is also the product of Greek, Nordic, Tatar and Mongol influences — and the rapid Westernization of the elites in the 18th century. America is the ultimate blended culture. Cathy Young
Tout le monde a tendance à admettre que les styles et les idées ne viennent pas de nulle part, qu’à un moment tout est appropriation. Rien de ce que nous faisons en ce monde n’est unique. Nous sommes conditionnés par notre propre background culturel. (…)  on s’intéresse aujourd’hui énormément au cosmopolitisme, aux mélanges [mash-ups]. Pensez par exemple à la musique. Michael North
Miley Cyrus peut-elle « twerker » (danser en se déhanchant de manière sexuellement suggestive, un peu à la façon Mapouka de Côte d’Ivoire) ? Une femme blanche peut-elle porter des dreadlocks ? Des étudiants peuvent-ils organiser une « soirée tequila » en portant des sombreros ? Un mannequin de Victoria Secret peut-elle défiler coiffée de plumes comme jadis les Amérindiens ? Tous ces actes peuvent respectivement heurter les Afro-Américains, la communauté mexicaine et les descendants des Amérindiens. On parle alors d’ « appropriation culturelle » ou « cultural appropriation », une expression qui s’est imposée depuis plusieurs années dans les médias nord-américains, y compris dans le New York Times.  » (…)  Récemment, c’est le créateur américain Marc Jacobs qui a fait les gros titres après avoir affublé de dreadlocks des mannequins blanches, lors de son défilé printemps-été 2017. La polémique illustre la difficulté posée par la notion d’appropriation culturelle : la mode occidentale s’est toujours inspirée d’autre cultures (comme l’a fait Yves Saint Lauren avec sa collection africaine en 1967). (…) En septembre, la question de l’appropriation culturelle s’est manifestée dans un domaine où elle est présente de longue date : la littérature. L’auteur américaine (blanche) Lionel Shriver a causé la polémique après avoir pris fait et cause pour des étudiants américains qui avaient suscité l’indignation pour avoir organisé une fête sur le thème de la tequila, où ils s’étaient affublés de sombreros. Shriver, elle-même vêtue d’un sombrero pendant son discours, entendait défendre le droit des auteurs qui appartiennent à la culture dominante de se mettre, dans leurs livres, à la place des dominés au travers de leurs personnages fictifs. Pendant l’intervention, une écrivain d’origine soudanaise, Yassmin Abdel-Magied, a quitté la salle. Dans une tribune, elle a expliqué avoir trouvé les propos de Shriver offensants. Selon elle, l’attitude de l’auteur « découle de la suprématie raciale. » (…) Cet été, lors de la cérémonie des Black Entertainment Television Awards, qui récompensent acteurs, musiciens ou encore sportifs noirs, Jesse Williams, un acteur connu pour son rôle dans la série Grey’s Anatomy, a dénoncé dans un discours poignant l’appropriation de la culture afro-américaine par les blancs. Quelques jours plus tard, les médias américains conservateurs se sont saisis des propos de l’actrice et présentatrice noire Whoopi Goldberg (connue notamment pour son rôle dans le film Sister Act), qui estimait que les femmes noires se teignant les cheveux en blond faisaient aussi acte d’appropriation culturelle. (…) Dans le quartier hipster de Bushwick, haut lieu des mélanges et de musique éclectique, le club House of Yes s’est retrouvé sous le feu des critiques cet été après avoir organisé une soirée sur le thème de Bangkok. Au programme : ladyboys (transsexuels) et cocktails aux couleurs locales. Mais une flopée de commentaires négatifs sur la page Facebook de l’événement a forcé les gérants du club à changer le thème de la soirée. La « Nuit à Bangkok » est devenue un soirée « Métropole tropicale ». « Nous avons notamment reçu des messages de personnes qui se plaignaient au sujet des ladyboys, disant que nous sexualisions une culture, » raconte Kae Burke, l’une des gérantes du club. Celle-ci se décrit comme une « femme blanche américaine privilégiée » et précise qu’elle a travaillé en Thailande pendant trois mois, où son partenaire y vit actuellement. Elle ajoute également avoir « collaboré avec des Thailandais pour créer le concept de la soirée. » Burke a de l’empathie pour ceux qui se sont offusqués de l’appropriation de la culture thaïlandaise par sa soirée. Mais, en même temps, « nous organisons des fêtes dans un club. Nous n’essayons pas de créer une vision historiquement exacte du pays, » explique-t-elle. « Lorsqu’ils vont faire la fête, les gens veulent du `sex, drug and rock and roll`, pas entrer dans un musée. » France Télévisions
If black and Latino males are “treated differently,” we might ask, Differently from whom? Statistically, they are more likely to be arrested and incarcerated than white males, but that disparity is dwarfed by another: the disparity with black and Latino females. There are more than 10 times as many males incarcerated as females. Could that difference be explained by factors other than discrimination against males? Bearing in mind, then, that there might be reasons for disparities other than prejudice, let us consider the Washington Post’s database on the use of deadly force by police, since this is the issue around which Black Lives Matter and the larger national debate revolve. The Post found that police killed 990 people in 2015. Of these, 494 were white, 258 black, 172 Hispanic, and 38 “other.” This means there were twice as many whites killed as blacks. On the other hand, since there are five or six times as many whites as blacks in America, clearly blacks were more likely to be killed, roughly three times as likely. But people killed by police are almost invariably in the process of being arrested or about to be arrested. This suggests that the relevant baseline against which to compare police killings is not the proportions of blacks and whites in the general population, but rather their presence in the population of arrestees. The FBI compiles national data on arrests. For 2015, the ratio of white to black arrestees for all crimes was 70 percent to 27 percent, a ratio of about 2 1/2 to 1. If we use that as the baseline for comparison, then police kill blacks slightly more often than their numbers would warrant. However, the Washington Post lists Hispanics as a third category parallel to whites and blacks. Confusingly, the FBI, which assembles crime data, does not do so. In presenting racial statistics, it assigns Hispanics to either the white or black category while offering separate tables dividing populations between Hispanic and non-Hispanic without respect to color. When forced into the bivariate categories of black and white, Hispanics overwhelming categorize as white. (According to the census, 20 times more Hispanics self-identity as white than as black.) If those listed by the Post as Hispanic were instead assigned to one racial category or the other, it would bring the ratio of whites to blacks killed by police still into nearly perfect alignment with racial ratio of arrestees in FBI data. The one area in which the Post reported finding a greater racial disparity was among unarmed individuals killed by police. In 2015, police killed 38 blacks and 32 whites. This ratio is out of line with the racial ratios of arrestees, but it is hard to know what to make of it. For one thing, the numbers are small and thus perhaps of little significance. For another, the Post’s “unarmed” category includes arrestees “holding an object unlikely to inflict serious injury, such as a stick or a broom handle.” In the moment, that broomstick might have felt more threatening to the officer than it appeared to the Post researcher who sorted the data. “Unarmed” does not always tell the whole story. Michael Brown was unarmed, but had he overpowered Officer Wilson, Brown might have seized Wilson’s gun. Several officers are killed each year with their own weapons. So even an unarmed arrestee can present a threat to an officer. What makes this disparity particularly unlikely to reflect racial bias is the contrast with the numbers for arrestees who were armed. In this category, the Post found 406 whites and 188 blacks killed by police officers, a ratio closely reflecting the population of arrestees. If anti-black bias were at work, why would it cause police to kill unarmed black people but not armed ones? Moreover, scholarly examinations of police behavior point to only modest racial disparities in the treatment of suspects, with no clear pattern. For example, a Rand Corporation study of New York’s stop-and-frisk program in 2006 found that “black pedestrians were stopped at a rate that is 20 to 30 percent lower than their representation in crime-suspect descriptions.” However, “Hispanic pedestrians were stopped disproportionately more, by 5 to 10 percent.” Whites were slightly less likely to be frisked or arrested after being stopped but slightly more likely to receive a summons. More recently, Roland Fryer Jr. a 39-year-old African-American economist at Harvard, completed studies of Houston police, showing that they were somewhat (16 to 25 percent) more likely to use force against black suspects (handcuff them, push them to the ground, and the like) but somewhat (22 percent) less likely to shoot them. One other realm in which numbers have been tossed around in the search for racial bias is in the composition of police forces. The New York Times produced a database on “the race gap in America’s police departments.” Elaborate graphs were presented online showing the racial composition of “local police departments from 17 metropolitan areas, sorted so that departments with the largest percentage-point differences of white officers to white residents are at the top.” But according to Justice Department data, in the United States as a whole, the proportion of police who are black is 12 percent, exactly the black percentage in the population. While the Times compiled a list of cities in which blacks are “underrepresented” in police departments, the law of averages means there must be roughly as many where blacks are “overrepresented.” While it is surely beneficial to have ethnically diverse police departments, this has no bearing on the core issue of Black Lives Matter. Several studies have shown that black police officers are more likely to shoot, not less. The criminologist Heather Mac Donald cites the example of the Detroit Police Department, which was subject to federal oversight for 11 years, dating back to the George W. Bush administration, “for alleged abuse of civilians, including a pattern of unjustified shootings.” That department, she notes, is two-thirds black. There is precious little evidence that racial bias determines the use of lethal force or other actions of police. This is not to say that all killings by police are justified. The South Carolina policeman who fired five rounds into the back of a fleeing Walter Scott is being tried for murder, rightly so, and this, alas, is surely not the only incident of its kind. But the large disparities between the races in all manner of unhappy encounters with the criminal-justice system are accounted for mainly by disparities in the rates of criminal behavior. Although there are five to six times as many whites as blacks in America, more murders are committed by blacks than whites. Blacks, in fact, are about seven times more likely than whites to commit murder. The same seems to be true for robberies, based on the FBI’s national database of arrests. For other crimes, more whites than blacks are arrested. But controlling for population size, blacks are three times more likely to be arrested for aggravated assault, and other assaults, and 2.5 times more likely for rape, burglary, or larceny and other property crimes. Not only are blacks far more likely to run afoul of the law, their victims are mostly blacks. According to FBI statistics, blacks murdered nearly five times as many blacks as they murdered whites in 2015. Criminologist Peter Moskos prepared for his vocation by working for more than a year as a policeman in Baltimore’s roughest neighborhood. He offers this stunning datum: “Each year in Baltimore’s Eastern District approximately one in every 160 men aged 15 to 34 is murdered. At this rate, more than 10 percent of men in Baltimore’s Eastern District are murdered before the age of thirty-five.” Ironically, despite the specter of black-on-white crime, a white person is as likely to be killed by a police officer as by a black civilian. A black person on the other hand is about ten times more likely to be killed by another black civilian than by an officer. Anyone taking to heart the sanctity of black lives might well endorse stricter courts and policing rather than the reverse. (…) A 2014 study by the House Budget Committee found that the federal government alone had spent 799 billion dollars on such programs, meaning the total with state and local funds must exceed one trillion a year. All of these efforts including affirmative action presumably have contributed to a measurable narrowing of the disparities. How to narrow them further is a matter that deserves far-reaching consideration, but this inquiry will not be advanced by demagoguery including the absurd notion that American society, or any substantial part of it, doubts that black lives matter. Commentary

Attention: un racisme peut en cacher un autre !

« Puissant », « mémorable », « émouvant », « bouleversant », « poignant »

En cette fin de règne des catastrophiques années Obama et Hollande …

Où face à la montée des périls …

Comme du matraquage multiculturaliste ….

Ou de la censure anti-conservatrice de nos médias …

La réaction des peuples se voit traitée de tous les noms …

Et où de l’actuel supposé leader du Monde libre au premier rappeur venu ou à la création de  Youtube

Tout n’est que métissage et effacement des différences

Quelle meilleure illustration …

De l’étrange schizophrénie du monde dit progressiste …

Que les tombereaux d’éloges qui ont salué en juin dernier la récompense par une industrie fondée tout entière sur le succès de transfuges blancs à la Justin Timberlake ou Eminem

De l’auteur d’une vidéo encensant un mouvement se réclamant explicitement, entre deux appels au meurtre de policiers ou invitations à la Maison Blanche, d’une criminelle en fuite

Qui de par ses origines: fruit de l’union d’un père noir et d’une mère suédoise …

Comme de par sa position: docteur sexy, noir et aux yeux bleus, de la série médicale « Grey’s anatomy » …

Incarne littéralement à lui tout seul l’appropriation culturelle qu’il dénonce …

Et se paie en plus le luxe – véritable petit joyau de racisme à l’envers – de fustiger …

L’ « invention appelée blancheur » et son « système construit pour divi­ser, appau­vrir et détruire » ?

Enorme claque : Jesse Williams livre un incroyable discours sur le racisme aux Etats-Unis
Le docteur sexy de la série médicale « Grey’s anatomy » s’est vu récompensé aux BET Awards, hier à Los Angeles, pour son engagement contre le racisme que connait les Etats-Unis.
Laure Blachier
Nouvel Obs
28/06/2016

Vous le connaissez sûrement sous le nom de « Docteur Jackson Avery« , mais c’est bien son interprète, Jesse Williams, qui a été récompensé hier au BET Awards pour son engagement contre le racisme. Il a ainsi reçu le prix de l’humanitaire.

Un prix mérité
L’acteur de 34 ans s’était déjà fait remarquer par sa forte mobilisation quant à la question d’inégalité raciale. En 2014, le jeune homme avait rejoint la marche de protestation qui dénonçait la mort du jeune afro-américain de 18 ans, Michael Brown, tué à Ferguson par un policier blanc. Cette tragédie avait ensuite été suivie d’une série d’événements tristement similaires.

Mais l’implication de Jesse Williams ne s’est pas arrêtée là. Il a également produit cette année un film documentaire sur le mouvement militant « Black Lives Matter » (en français, « les vies Noires comptent »), intitulé « Stay Woke: The Black Lives Matter Movement« . C’est donc sans véritable surprise que l’on apprend la nomination de l’ancien instituteur pour le prix de l’humanitaire cette année.

Un discours émouvant et fort

L’un des points fort de cette cérémonie qui récompensait les artistes afro-américains de l’année est donc le discours prononcé par Jesse Williams lors de sa remise de prix. L’acteur de Django Unchained et de Pulp fiction, Samuel L. Jackson a même avoué ne pas avoir entendu de pareil discours depuis les années 1960 (années qui ont marqué la combat pour l’égalité des droits avec Martin Luther King).

Jesse Williams a ainsi débuté son discours en rappelant Tamir Rice, ce petit garçon de 12 ans, mort pour avoir osé jouer avec un pistolet en plastique devant un policier.

Hier, ça aurait du être le quatorzième anniversaire du jeune Tamir Rice.

Le lauréat poursuit ensuite son discours en dénonçant fortement les violences commises par la police américaine, qui avait tué 967 personnes et dont 40% de victimes non armées étaient noires, sur la seule année 2015, selon le site d’information belge RTL Info.

Alors ne me parlez pas du progrès qui a été fait quand du personnel payé par l’Etat peut tirer depuis sa voiture sur un gamin de 12 ans seul dans un parc en plein jour. Qui peut le tuer et rentrer ensuite se faire un sandwich ?

Le « docteur Avery » a ensuite entamé une phase aux mots encore plus sévères, chewing-gum en bouche, mais digne des Black Panters, où il fait référence à l’esclavage qu’ont connu les communautés noires aux USA, notamment avec le commerce triangulaire du XVIIIème siècle et où il dénonce l’ironie de notre société de consommation.

Le truc, c’est que nous gagnons tous de l’argent ici, mais ça ne suffit pas à arrêter tout ça. Dédier nos vies à gagner de l’argent et le donner uniquement pour se barder le corps de marques de vêtements, alors qu’on a passé des siècles à prier avec des vraies marques sur le corps… et maintenant nous payons pour avoir ces marques sur nous.

C’est ensuite une ode à la liberté qu’entame, Jesse Williams, qui rappelle bien qu’elle n’a jamais été aussi fragile aux Etats-Unis, avançant que les changements de mentalité sont beaucoup trop lents.

« Il n’y a pas de guerre où nous ne sommes pas battus, et ne sommes pas morts en première ligne. Il n’y a aucun travail que nous n’ayons pas fait, aucune taxe qu’ils ne nous ont pas prélevé et nous les avons toutes payées. Mais la liberté est toujours conditionnelle ici. ‘Vous être libres !’ Continuent-ils de dire. Mais elle serait vivante, si elle n’avait pas agit aussi librement justement. La liberté vient dans l’au-delà, mais l’au-delà est une arnaque : nous, nous la voulons maintenant !

Nous maintenons ce pays à flot de crédits pour des siècles et nous en avons marre d’attendre pendant que cette invention appelée blancheur use et abuse de nous, en enterrant les Noirs loin des yeux et loin du coeur, pendant qu’ils nous soutirent notre culture, nos dollars, nos divertissements… Comme le pétrole ! De l’or NOIR justement. Ils nous enferment dans des ghettos, dévalorisent nos créations, les volent, embourgeoisent notre génie, avant d’abonner nos corps comme des écorces de fruits étranges.

C’est pensé, c’est comme ça. Ce n’est pas parce que nous sommes magiques que nous ne sommes pas réels.

A ainsi conclu Jesse Williams sous un tonnerre d’applaudissements en brandissant son trophée.

Meilleur des discours (intégralité du discours de Jesse Williams)

Cette soirée a été aussi marquée par la prestation étonnante de Beyoncé et de Kendrick Lamar qui ont également rendu hommage à Martin Luther King en ouvrant la cérémonie sur une partie de son discours I have a dream. 

Voir aussi:

Vidéo – Jesse Williams, son boule­ver­sant discours contre le racisme
Gala

Jesse Williams a boule­versé les spec­ta­teurs et télé­spec­ta­teurs du BET Awards avec son discours. L’acteur de Grey’s Anatomy a notam­ment dénoncé les violences poli­cières dont sont victimes les Afros-améri­cains, sous les hour­ras de la foule.

Ce week-end, Jesse Williams (aussi connu sous le nom de Dr Avery dans la série Grey’s Anatomy) a pratique­ment volé la vedette à Beyoncé et Kendrick Lamar aux BET Awards. Non pas grâce à ses compé­tences de méde­cin sur petit écran, mais pour son soutien au mouve­ment Black Lives matters. Pour cela il a reçu l’Hu­ma­ni­ta­rian Award, un prix qui récom­pense chaque année un artiste pour son impli­ca­tion liée aux droits civiques et aux ques­tions sociales. Alors qu’il monte sur scène, le comé­dien s’est fendu d’un discours boule­ver­sant. Et a notam­ment dénon­cé les persé­­cu­­tions poli­­cières dont sont victimes les Afro-améri­­cains. “Nous savons qu’en cas d’al­ter­ca­tion, la police arrive toujours, d’une manière ou d’une autre, à désa­mor­cer le conflit, à désar­mer, et à ne pas tuer de Blancs. Ce qui va se passer, c’est que nous allons avoir des droits égaux et la justice dans notre propre pays”, a-t-il sommé.

Jesse Williams a notam­ment dédie son prix “aux acti­vistes, aux avocats des droits civiques, aux parents en diffi­culté, aux familles, aux ensei­gnants, aux étudiants qui se rendent compte qu’un système construit pour divi­ser, appau­vrir et détruire ne peut pas tenir si nous y résis­tons”.

Le comé­dien s’est ensuite lancé dans une diatribe enflam­mée, où il a mis en avant les injus­tices et les décon­si­dé­ra­tions auxquelles font face les Noirs-Améri­cains. “On en a marre d’at­tendre pendant que cette inven­tion appe­lée ‘blan­cheur’ use et abuse de nous, enter­rant les Noirs loin des yeux et loin du cœur pendant qu’ils nous soutirent notre culture, nos dollars, nos diver­tis­se­ments, comme le pétrole – l’or noir juste­ment! Ils nous enferment dans des ghet­tos, déva­lo­risent nos créa­tions, les volent embour­geoisent notre génie.”

Plus tard lors de la soirée, Samuel L. Jack­son a salué le discours de Jesse Williams. “Le speech de Jesse ressemble à ceux des acti­vistes des années 60. Ce frère a raison, et il dit vrai.”

Voir également:

Le poignant discours de Jesse Williams contre le racisme
Paris Match
27/06/2016

L’acteur Jesse Williams, récompensé dimanche pour son engagement, a livré un discours enflammé pour l’égalité raciale.

Un discours «puissant» selon «Time». «L’un des plus mémorables» de l’histoire des prix, titre le «Washington Post». Jesse Williams, alias Jackson Avery de «Grey’s Anatomy», a reçu dimanche l’Humanitarian BET Award 2016, récompensant son engagement notamment contre le racisme. En effet, l’acteur est sur le devant de la scène depuis la mort le 9 août 2014 de Michael Brown, un jeune Noir de 18 ans –pas armé- par un policier blanc à Ferguson (Missouri). Il est notamment engagé en faveur du mouvement Black Lives Matter – né après ce drame et d’autres meurtres de Noirs par la police. Une cause qui lui tient vraiment à cœur comme en témoigne la tirade inspirée qu’il a délivrée en recevant son prix.

Le métisse de 34 ans l’a dédiée à «tous les activistes, toutes les ONG de défense des droits de l’Homme, tous les parents qui se battent, les familles, les enseignants, les étudiants qui réalisent qu’un système construit pour nous diviser, nous appauvrir et nous détruire ne peut pas résister si nous le faisons.» Il a ensuite fait référence à Tamir Rice, qui aurait eu 14 ans samedi, mais aussi à d’autres victimes de ces «bavures», de Rekia Boyd à Eric Garner, en passant par Sandra Bland. Puis a élargi sa plaidoirie sur la cause des Noirs à notre époque.

« La liberté est toujours conditionnelle ici »

«Il n’y a aucune guerre que nous (les Noirs) n’ayons pas combattue, (…) aucun travail que nous n’ayons pas fait, aucun impôt que nous n’ayons pas payé. (…) Mais la liberté est en quelque sorte toujours conditionnelle ici. Vous êtes libre, continuent-ils à nous dire, mais elle aurait été en vie si elle n’avait pas agi librement», a-t-il lancé, appelant les Afro-Américains à se battre pour obtenir l’égalité une bonne fois pour toutes. Et gare aux Blancs qui dénigreraient l’importance de cette lutte. «Si vous critiquez la résistance, notre résistance, alors vous feriez mieux d’avoir un argumentaire solide sur la critique de notre oppression. Si vous n’êtes pas intéressés par l’égalité Noirs-Blancs, alors gardez-vous de conseiller ceux qui le sont», s’est-il emporté, ovationné par le public.

«Et nous avons fini de regarder, et d’attendre pendant que cette invention appelée blancheur use et abuse de nous ; (…) garde les Noirs hors de sa vue et son esprit, pendant qu’ils pillent notre culture, nos dollars, notre pétrole (…) ghettoïsent et dévalorisent nos créations puis les volent», a-t-il poursuivi avant de conclure : «Ce n’est pas parce que nous sommes magiques que nous ne sommes pas réels».

Voir encore:

The Twisted Fantasy World of Jesse Williams
His white mother was « invented » while his black father was “magic”?
Larry Elder
Frontpage magazine
July 5, 2016

According to Time Magazine, actor Jesse Williams, in accepting a humanitarian award from Black Entertainment Television, gave a “powerful” speech about police misconduct and black oppression. The speech ran nearly 4 minutes.

The take-way? The police routinely and illegally use deadly force against blacks while treating similarly situated whites in a different, less deadly way. Williams insisted that the facts back up this claim. “What we’ve been doing,” said Williams, “is looking at the data and we know that police somehow manage to de-escalate, disarm and not kill white people everyday.”

The problem is that the “data” say the opposite. The police do kill whites everyday. And given the fact that whites account for 10 percent of violent crime, but are 50 percent of those who die at the hand of the police, white people actually have more to complain about than Mr. Williams. “Adjusted for the homicide rate,” says criminology professor Peter Moskos, “whites are 1.7 times more likely than blacks to die at the hands of police.”

The “data” from the Centers for Disease Control shows that in 2014, the latest year data are available, 131 blacks and 261 whites were killed by cops. From 1999 to 2013, the totals were 1,724 black and 3,160 white. As to 2015, there are as of yet no official numbers. But the Washington Post says — according to its own tally — that 965 people were killed by police and less than 4 percent were white cops killing unarmed black men.

The top preventable cause of death for young white men is car accidents. For young black men it’s homicide — almost always by other young blacks. Nearly 50 percent of all homicides are black-on-black. As to Williams’ implied clam of anti-black racial profiling, a 2013 report by the DOJ’s National Institute of Justice found that any racial differences in traffic stops can be ascribed to « differences in offending »: blacks are more likely to commit traffic offenses — speeding, no license, no child restraint, DUI, headlights out, expired tags and so on.

So much for “the data.”

Williams also said:

“This invention called whiteness uses and abuses us, burying black people out of sight and out of mind while extracting our culture, our dollars, our entertainment like oil — black gold — ghettoizing and demeaning our creations then stealing them, gentrifying our genius and then trying us on like costumes before discarding our bodies like rinds of strange fruit. The thing is though … the thing is that just because we’re magic doesn’t mean we’re not real.”

Um-m, could you repeat that?

If « whiteness » is « extracting our culture, » should Snoop Dogg apologize for getting rich by selling rap to whites? And didn’t Run-D.M.C. « culturally extract » their hit, « Walk This Way, » from Aerosmith? White folk, rise up! Did Williams, born to a white mom and black dad, really whine about the “invention called whiteness »? His mom was « invented » while his black father was “magic”? So a half-white actor whined about oppression on a black awards show, on a cable channel owned by a corporation whose largest shareholder is a family headed by patriarch Sumner Redstone, — a Jew. Only in America.

Williams also talked about “the activists, the civil rights attorneys, the struggling parents, the families, the teachers, the students that are realizing that a system built to divide and impoverish and destroy us cannot stand if we do.” He proclaimed: “The burden of the brutalized is not to comfort the bystander. … If you have a critique for the resistance, for our resistance, then you better have an established record of critique of our oppression.”

Is it too much to ask for the names of the oppressors who operate the “system »? After all, we’ve had a black president for seven years, plus back-to-back black attorneys general. Is Obama complicit? Williams said:

“I don’t want to hear anymore about how far we’ve come when paid public servants can pull a drive-by on 12-year-old playing alone in a park in broad daylight, killing him on television and then going home to make a sandwich. Tell Rekia Boyd how it’s so much better to live in 2012 than it is to live in 1612 or 1712. Tell that to Eric Garner. Tell that to Sandra Bland. Tell that to Dorian Hunt.”

What does it say that Obama’s Department of Justice has not filed civil rights charges against any of the officers involved in the death of the blacks Williams cited?

Not everything Williams said was incoherent or factually wrong, At the beginning of his speech he actually put his finger on the real problem in the black community. He said, “For the black women in particular who have spent their lifetimes dedicated to nurturing everyone before themselves — we can and will do better for you,”

He appeared to be urging black fathers to step up.

Seventy-one percent of black children were born to unmarried mothers in 2014, as opposed to 25 percent in 1965. Obama said, “Children who grow up without a father are five times more likely to live in poverty and commit crime, nine times more likely to drop out of schools and 20 times more likely to end up in  prison.” In an interview with Kweisi Mfume, then the president of the NAACP, I asked, “As to the presence of white racism or the absence of black fathers, which poses the bigger threat to the black community?” Without hesitation, Mfume said, “The absence of black fathers.”

Rant about that, Mr. Williams.

Voir de plus:

Culture & Civilization
The Truth About Black Lives Matter
The movement paints a false and disturbing portrait of America in order to justify its even more disturbing aims
Joshua Muravchik
Commentary
Nov. 16, 2016

A Call to Arms

On September 20, a police officer in Charlotte, North Carolina, shot and killed Keith Lamont Scott, a 43-year-old black man whom police said they had observed sitting in a parked car with a marijuana cigarette and a pistol. Members of Scott’s family immediately contradicted this description of events on social media, claiming he had no gun and had been holding only a book. In the flash of a muzzle, Charlotte became the stage for the next act in a wrenching national drama about race and law enforcement.

Charlotte is a vibrant, growing, integrated metropolis, the very image of the “new South.” The officer involved was black, as was the police chief. The chief had in fact come to his post expressing skepticism about police treatment of blacks and had instituted innovative community-relations programs and training to address the problem of “implicit bias.”

Nonetheless, within hours of the shooting, protestors bearing handmade signs saying “It was a book” filled the streets. Before long, the protests had devolved into riots. Police cars, city buses, and private vehicles were smashed, as were office buildings and the city’s convention center. Trucks were looted and burned. Ten young African-American men set upon a white man, robbing, beating, and stomping him—and landing him in the hospital. A 26-year-old black man was shot dead by someone else in the crowd. Although 16 police officers received injuries, only one rioter was arrested.

Charlotte’s demonstrators had taken to the streets spontaneously. But the national protest movement that has emerged on this issue over the past two years does have a group, or coalition of groups, at its core, and it is called Black Lives Matter.

The Black Lives Matter website and the Twitter hash tag #BlackLivesMatter had been launched in 2013 by Alicia Garza, Patrisse Cullors, and Opal Tomeki—all in their thirties and all veteran activists. Cullors, a performance artist based in Los Angeles, founded Dignity and Power Now, which she says has “achieved . . . victories for the abolitionist movement.” The word “abolitionist” here refers to a vision of doing away entirely with the law-enforcement and criminal-justice systems. Garza is an officer of the National Domestic Workers Alliance, having previously run a San Francisco group called People Organized to Win Employment Rights (POWER). She, too, speaks of abolishing the criminal-justice system, albeit more tentatively than she speaks of abolishing the present economic system. Opal Tomeki, who describes herself as a “believer and practitioner of liberation theology,” is the New York–based executive director of Black Alliance for Just Immigration.

They were inspired to create Black Lives Matter out of anguish over the acquittal of George Zimmerman, a neighborhood-watch volunteer, ethnically white and Hispanic, who had shot to death the black 17-year-old Trayvon Martin in February 2012. During its first year, the group drew little attention. Then came Ferguson.

In that Missouri city, on August 14, 2014, Michael Brown was shot dead by a white police officer. The 18-year-old and 300-pound Brown, described as a “gentle giant,” carried no weapon at the time of his death. And according to individuals who said they had witnessed the shooting, he had either been gunned down while running from the officer or facing him with his hands raised, pleading, “Hands up, don’t shoot.”

The next day, Ferguson was convulsed in rioting, and protests broke out in other cities. Black Lives Matter sponsored a series of “Freedom Rides” to Ferguson, and its Internet messages went viral. Suddenly it found itself at the center of what the New York Times called “the most formidable American protest movement of the 21st century.” On the ground in Ferguson, new leaders emerged, notably DeRay Mckesson, a former school administrator who became a peripatetic protestor in cities across the Midwest, the South, and his home town of Baltimore, and Johnetta Elzie, a 26-year-old Ferguson native.

President Obama embraced the group, inviting Mckesson, Elzie, and other Ferguson protestors to the White House on more than one occasion and appointing one, Brittany Packnett, to a task force on policing. He spoke in defense of the now ubiquitous slogan when others asked, Don’t all lives matter? And he went out of his way to defend the group at a memorial service two years later for five Dallas policemen murdered by a black sniper at a Black Lives Matter demonstration.

Those competing to succeed Obama followed his cue. Hillary Clinton met with a delegation of Black Lives Matter activists who, according to Time, inspired her to denounce “mass incarceration” and propose a “new New Deal” for ethnic minorities. Her rival for the Democratic presidential nomination, Bernie Sanders, also met with activists who came away saying that the senator was “very open to being pushed” toward their point of view. The campaign of Republican aspirant Jeb Bush claimed that he, too, had met with the group, but this was later disputed by activists.

The entertainment and news media lavished attention on the new movement. Beyoncé, Rihanna, Pharrell Williams, and dozens of others made a video of support while actor Jesse Williams won the Black Entertainment Network’s Humanitarian Award for a separate video that he had made about Black Lives Matter. He stole the show at BET’s annual award ceremony with a speech decrying “this invention called whiteness [that] uses and abuses us, burying black people out of sight,” an observation aired live to an audience of 7.2 million on BET, MTV, Comedy Central, and nine other U.S. networks and streamed online before being rebroadcast in the UK, France, and Africa.

The New York Times Magazine ran a cover story on Black Lives Matter while the Washington Post undertook a mammoth investigatory project to compile a complete data base on fatal police shootings, ferreting out twice as many as shown in FBI reports. In 2015, Time named Black Lives Matter a runner-up for its annual “Person of the Year.”

Where the journalists and entertainers go, philanthropists are likely to follow, and so it was in this case even as a variety of groups and advocates jostled for the Black Lives Matter banner. Google announced a half-million dollar grant to Cullors to monitor and combat police brutality. George Soros’s Open Society Institute gave $650,000 in 2015 to “groups at the core of the burgeoning #BlackLivesMatter movement.” And the Ford Foundation announced it was spearheading a consortium of donors pledging to raise $100 million over six years for the Movement for Black Lives, a self-described “united front” of the original Black Lives Matter together with some two dozen other kindred organizations.

In announcing its grant, Ford enthused: “The Movement for Black Lives has forged a new national conversation about the intractable legacy of racism, state violence, and state neglect of black communities in the United States.” But is that an accurate or complete description of the legacy of race relations with which we live? Is it true, as Black Lives Matter asserts and its very name suggests, that American society as a whole deems black lives to be devoid of value? Is it true, as it further asserts, that the deaths of blacks at the hands of police reflect racism and worse? And if these things are not true, then what is Black Lives Matter really after?

To explore this we must first look more closely at the story of Ferguson. The New Yorker’s Jelani Cobb labeled it “a case study of structural racism in America and a metaphor for all that had gone wrong since the end of the civil-rights movement.” Ferguson is a paradigm, to be sure, but not exactly for the things Cobb suggests it represents.

Ferguson

While a local grand jury declined to indict Darren Wilson, the officer who shot Michael Brown, Obama’s Justice Department conducted its own painstaking investigation with an eye to bringing charges under federal civil-rights law. What it found, perhaps to its own surprise, was not merely ambiguity, which might have prompted the grand jurors to vote against an indictment. Rather, the evidence lent decisive support to Officer Wilson’s contention that he had acted in self-defense, and it showed that the widely circulated narrative about Brown and the actions that led to his death was a tissue of lies.

A video from a convenience-store surveillance camera captured the first act in this drama. It shows Brown reaching across the counter and brazenly helping himself to boxes of cigarillos without offering to pay, then walking to the exit. When the diminutive clerk tries to head him off, Brown shoves the man away, then menacingly turns on him until the man backs off.

The clerk called police, and the robbery was broadcast on police radio. Officer Wilson heard the call just as Brown and his accomplice, Dorian Johnson, were walking toward the officer’s SUV, which Wilson then maneuvered to block their path. The Justice Department report details what happened next:

Brown . . . reached into the SUV through the open driver’s window and punched and grabbed Wilson. This is corroborated by bruising on Wilson’s jaw and scratches on his neck, the presence of Brown’s DNA on Wilson’s collar, shirt, and pants, and Wilson’s DNA on Brown’s palm . . . .Wilson [said] that he responded . . . by withdrawing his gun because he could not access less lethal weapons while seated inside the SUV.

At this point, the conflict intensified:

Brown then grabbed the weapon and struggled with Wilson to gain control of it. Wilson fired, striking Brown in the hand. Autopsy results and bullet trajectory, skin from Brown’s palm on the outside of the SUV door as well as Brown’s DNA on the inside of the driver’s door corroborate Wilson’s account.

The forensic evidence supported the officer’s account:

According to three autopsies, Brown sustained a close range gunshot wound to the fleshy portion of his right hand . . . . Soot from the muzzle of the gun found embedded in the tissue of this wound coupled with indicia of thermal change from the heat of the muzzle indicate that Brown’s hand was within inches of the muzzle of Wilson’s gun when it was fired. The location of the recovered bullet . . . also corroborates Wilson’s account of the struggle over the gun and when the gun was fired, as do witness accounts that Wilson fired at least one shot from inside the SUV.

Brown ran and Wilson began to pursue him, but Brown stopped after about a block and turned around, heading back toward Wilson. No one knows why, although the marijuana later found in his system may have influenced his judgment. Brown’s accomplice Johnson, meanwhile, had disappeared in a different direction. The report continues:

Several witnesses stated that Brown appeared to pose a physical threat to Wilson as he moved toward Wilson . . . . While credible witnesses gave varying accounts of exactly what Brown was doing with his hands as he moved toward Wilson—i.e., balling them, holding them out, or pulling up his pants—and varying accounts of how he was moving—i.e., “charging,” moving in “slow motion,” or “running”—they all establish that Brown was moving toward Wilson when Wilson shot him. Although some witnesses state that Brown held his hands up at shoulder level with his palms facing outward for a brief moment, these same witnesses describe Brown then dropping his hands and “charging” at Wilson.

The autopsy results confirm that Wilson did not shoot Brown in the back as he was running away because there were no entrance wounds to Brown’s back . . . . [S]ome of those accounts are inaccurate because they are inconsistent with the physical and forensic evidence; some of those accounts are materially inconsistent with that witness’s own prior statements with no explanation, credible or otherwise, as to why those accounts changed over time. Certain other witnesses who originally stated Brown had his hands up in surrender recanted their original accounts, admitting that they did not witness the shooting or parts of it, despite what they initially reported either to federal or local law enforcement or to the media.

The Justice Department reviewed physical evidence—crime scene, autopsy, DNA, dispatch recordings, ballistics, fingerprints, and audio recordings of the gunfire—and interviewed witnesses who saw or claimed to have seen the shooting. Eight of them confirmed Wilson’s testimony. The one white among them was disregarded as unreliable. But the other seven—five blacks and two identified as “bi-racial”—were deemed credible in that their versions were consistent internally and with the physical evidence.

These witnesses were almost all reluctant. According to the report, signs had been posted around the neighborhood that read “snitches get stitches.” Residents seemed to believe it. One of the seven “repeatedly refused to give formal statements to law enforcement for fear of reprisal should the . . . neighborhood find out that his account corroborated Wilson.” The report goes on: “Served with a county grand jury subpoena [he] refused to appear. . . . explain[ing] that he would rather go to jail than testify.” Another phoned in his account, but “prosecutors and investigators tried to no avail to interview” him. Another, when called before the grand jury, initially claimed memory loss. Another “was reluctant to identify herself and ultimately met with [detectives] in a library parking lot.” Yet another initially offered a version contrary to physical evidence; when confronted on this by FBI interrogators, she replied, “You’ve got to live the life to know it,” explaining that “she feared offering an account contrary to the narrative reported in the media that Brown had held his hands up in surrender.” In short, fear hung over the neighborhood.

The Justice Department interviewed 23 other witnesses who contradicted Wilson and inculpated him. But in the case of all 23—two whites and the rest black—investigators concluded that their stories were untrustworthy. Either their accounts changed upon retelling or were flatly contradicted by physical evidence or by well-established facts. Some may have been confused. Others were simply lying either to feel important or out of ulterior motives. Chief in the latter category was Dorian Johnson, Brown’s accomplice in the convenience-store robbery.

That Johnson was a practiced liar was already established by a prior conviction for “a crime of dishonesty” and illustrated charmingly when he told the New Yorker’s Jake Halpern that “before entering the [convenience store] he and Brown ‘never talked about stealing things’ [but] were instead immersed in a discussion ‘about the Bible and God.’” However, Johnson told Department of Justice investigators “that just prior to going to [the store], Brown engaged in a 25-minute conversation about marijuana” with a local contractor. (The stolen cigarillos were intended for use in smoking marijuana.)

It was Johnson who, according to the Justice Department report, “made multiple statements to the media immediately following the incident that spawned the popular narrative that Wilson shot Brown execution-style as he held up his hands in surrender,” a narrative that gave rise to the meme “hands up, don’t shoot.”

It is difficult to gauge how much of black Ferguson was represented by the witnesses who came forth with true accounts, and how much by those who circulated false narratives or rioted following the shooting and the grand jury’s non-indictment decision. This second round of mayhem was directly instigated by Brown’s stepfather, who can be seen on video addressing a rally, exhorting those gathered to “burn this bitch down.”

Clearly, however, a considerable part of the black community felt alienated from the police, and a second Justice Department report concluded that “Ferguson’s approach to law enforcement both reflects and reinforces racial bias.” In sustaining its accusation of “racism,” the report instanced six racially pointed jokes found in the email of police or city officials. If such reprehensible items were common, they might add up to a culture of racism, but a total of six over six years of email exchanges among scores of individuals amounts to much less.

Among arrestees who were armed, 406 whites and 188 blacks were killed by police in 2015, a ratio closely reflecting the population of arrestees.

The report’s focus rested on the city’s reliance for a significant part of its revenue on fines for petty violations, largely automobile-related. This practice is common in Missouri and elsewhere, and it puts a disproportionate burden on poor people, therefore on blacks. Such behavior raises the question of whether justice can be blind if it is self-interested. For these reasons, long before the events in Ferguson, some states had begun passing laws limiting the authority of municipalities to levy fines.

The report also noted that a large majority of the city’s officers are white while a majority of its citizenry is black, and that blacks “experience disparate impact in nearly every aspect of Ferguson’s law enforcement system,” notably that “African Americans account for 85 percent of vehicle stops, 90 percent of citations, and 93 percent of arrests made by FPD officers, despite comprising only 67 percent of Ferguson’s population.”
In relying on “disparate impact” as a measure of discrimination, the Ferguson report provided a microcosm of an argument that goes to the heart of much national debate about race and criminal justice. President Obama deployed it in a 2015 speech: “In too many places in this country, black boys and black men, Latino boys, Latino men . . . experience being treated differently by law enforcement—in stops and in arrests, and in charges and incarcerations. The statistics are clear, up and down the criminal-justice system; there’s no dispute.” This sense of certainty comported oddly with the president’s own lament five months later at a White House forum on race and criminal justice that “we don’t really do a good job right now in collecting national data.” There is, moreover, much to dispute about how to interpret “the statistics,” as the president’s formulation, itself, unwittingly illustrated.

If black and Latino males are “treated differently,” we might ask, Differently from whom? Statistically, they are more likely to be arrested and incarcerated than white males, but that disparity is dwarfed by another: the disparity with black and Latino females. There are more than 10 times as many males incarcerated as females. Could that difference be explained by factors other than discrimination against males?

Bearing in mind, then, that there might be reasons for disparities other than prejudice, let us consider the Washington Post’s database on the use of deadly force by police, since this is the issue around which Black Lives Matter and the larger national debate revolve.

Crime and Policing by the Numbers

The Post found that police killed 990 people in 2015. Of these, 494 were white, 258 black, 172 Hispanic, and 38 “other.” This means there were twice as many whites killed as blacks. On the other hand, since there are five or six times as many whites as blacks in America, clearly blacks were more likely to be killed, roughly three times as likely. But people killed by police are almost invariably in the process of being arrested or about to be arrested. This suggests that the relevant baseline against which to compare police killings is not the proportions of blacks and whites in the general population, but rather their presence in the population of arrestees.

The FBI compiles national data on arrests. For 2015, the ratio of white to black arrestees for all crimes was 70 percent to 27 percent, a ratio of about 2 1/2 to 1. If we use that as the baseline for comparison, then police kill blacks slightly more often than their numbers would warrant. However, the Washington Post lists Hispanics as a third category parallel to whites and blacks. Confusingly, the FBI, which assembles crime data, does not do so. In presenting racial statistics, it assigns Hispanics to either the white or black category while offering separate tables dividing populations between Hispanic and non-Hispanic without respect to color. When forced into the bivariate categories of black and white, Hispanics overwhelming categorize as white. (According to the census, 20 times more Hispanics self-identity as white than as black.) If those listed by the Post as Hispanic were instead assigned to one racial category or the other, it would bring the ratio of whites to blacks killed by police still into nearly perfect alignment with racial ratio of arrestees in FBI data.

The one area in which the Post reported finding a greater racial disparity was among unarmed individuals killed by police. In 2015, police killed 38 blacks and 32 whites. This ratio is out of line with the racial ratios of arrestees, but it is hard to know what to make of it. For one thing, the numbers are small and thus perhaps of little significance. For another, the Post’s “unarmed” category includes arrestees “holding an object unlikely to inflict serious injury, such as a stick or a broom handle.” In the moment, that broomstick might have felt more threatening to the officer than it appeared to the Post researcher who sorted the data. “Unarmed” does not always tell the whole story. Michael Brown was unarmed, but had he overpowered Officer Wilson, Brown might have seized Wilson’s gun. Several officers are killed each year with their own weapons. So even an unarmed arrestee can present a threat to an officer.

What makes this disparity particularly unlikely to reflect racial bias is the contrast with the numbers for arrestees who were armed. In this category, the Post found 406 whites and 188 blacks killed by police officers, a ratio closely reflecting the population of arrestees. If anti-black bias were at work, why would it cause police to kill unarmed black people but not armed ones?

Moreover, scholarly examinations of police behavior point to only modest racial disparities in the treatment of suspects, with no clear pattern. For example, a Rand Corporation study of New York’s stop-and-frisk program in 2006 found that “black pedestrians were stopped at a rate that is 20 to 30 percent lower than their representation in crime-suspect descriptions.” However, “Hispanic pedestrians were stopped disproportionately more, by 5 to 10 percent.” Whites were slightly less likely to be frisked or arrested after being stopped but slightly more likely to receive a summons. More recently, Roland Fryer Jr. a 39-year-old African-American economist at Harvard, completed studies of Houston police, showing that they were somewhat (16 to 25 percent) more likely to use force against black suspects (handcuff them, push them to the ground, and the like) but somewhat (22 percent) less likely to shoot them.

One other realm in which numbers have been tossed around in the search for racial bias is in the composition of police forces. The New York Times produced a database on “the race gap in America’s police departments.” Elaborate graphs were presented online showing the racial composition of “local police departments from 17 metropolitan areas, sorted so that departments with the largest percentage-point differences of white officers to white residents are at the top.” But according to Justice Department data, in the United States as a whole, the proportion of police who are black is 12 percent, exactly the black percentage in the population. While the Times compiled a list of cities in which blacks are “underrepresented” in police departments, the law of averages means there must be roughly as many where blacks are “overrepresented.”1

While it is surely beneficial to have ethnically diverse police departments, this has no bearing on the core issue of Black Lives Matter. Several studies have shown that black police officers are more likely to shoot, not less. The criminologist Heather Mac Donald cites the example of the Detroit Police Department, which was subject to federal oversight for 11 years, dating back to the George W. Bush administration, “for alleged abuse of civilians, including a pattern of unjustified shootings.” That department, she notes, is two-thirds black.

There is precious little evidence that racial bias determines the use of lethal force or other actions of police. This is not to say that all killings by police are justified. The South Carolina policeman who fired five rounds into the back of a fleeing Walter Scott is being tried for murder, rightly so, and this, alas, is surely not the only incident of its kind. But the large disparities between the races in all manner of unhappy encounters with the criminal-justice system are accounted for mainly by disparities in the rates of criminal behavior.

Although there are five to six times as many whites as blacks in America, more murders are committed by blacks than whites. Blacks, in fact, are about seven times more likely than whites to commit murder. The same seems to be true for robberies, based on the FBI’s national database of arrests. For other crimes, more whites than blacks are arrested. But controlling for population size, blacks are three times more likely to be arrested for aggravated assault, and other assaults, and 2.5 times more likely for rape, burglary, or larceny and other property crimes.

Not only are blacks far more likely to run afoul of the law, their victims are mostly blacks. According to FBI statistics, blacks murdered nearly five times as many blacks as they murdered whites in 2015. Criminologist Peter Moskos prepared for his vocation by working for more than a year as a policeman in Baltimore’s roughest neighborhood. He offers this stunning datum: “Each year in Baltimore’s Eastern District approximately one in every 160 men aged 15 to 34 is murdered. At this rate, more than 10 percent of men in Baltimore’s Eastern District are murdered before the age of thirty-five.”

Ironically, despite the specter of black-on-white crime, a white person is as likely to be killed by a police officer as by a black civilian. A black person on the other hand is about ten times more likely to be killed by another black civilian than by an officer. Anyone taking to heart the sanctity of black lives might well endorse stricter courts and policing rather than the reverse.

The Agenda

Black Lives Matter is aware of its critics’ arguments and on its website responds thus: “The continued focus on black-on-black crime is a diversionary tactic . . . . To reduce violent crime we must fight to change systems rather than demonizing people.” Indeed, changing the system is the essential goal of Black Lives Matter; police violence is a wedge issue around which to rally support. “Neither our grievances nor our solutions are limited to the police killing of our people,” the group declares. “We seek not reform but transformation.”

BLM proclaims the goal of a “radical transformation of American democracy” and the “radical organization and self-determination of our communities.” Yet the term “radical” scarcely captures the full extreme of its views. “Black Lives Matter is an ideological and political intervention,” declares a founding statement, “in a world where Black lives are systematically and intentionally targeted for demise.” It goes on: “Black folks . . . face . . . deadly oppression” and “genocide.” In another statement the group explains: “We came together because we were tired of Black death at the hands of the state . . . . Death by a system designed to kill Black people.” Hence the slogan: “End the war on Black people.”

This past summer, the Movement released a full-blown platform. It called for “reparations for past and continuing harms . . . . inflicted on Black people.” These would take the form of “full and free access for all Black people (including undocumented and currently and formerly incarcerated people) to lifetime education,” “a guaranteed minimum livable income for all Black people,” “corporate and government reparations focused on healing ongoing physical and mental trauma, and ensuring our access and control of food sources, housing and land.”

Additional planks “demand” “independent Black political power and Black self-determination in all areas of society . . . remaking the current U.S. political system in order to create a real democracy where Black people and all marginalized people can effectively exercise full political power.” The document’s writers further demand “direct democratic community control of local, state, and federal law enforcement agencies” and “a restructuring of the economy to ensure Black communities have collective ownership.”

The group’s foreign-policy plank was no less extreme. It called for ending aid to Israel, which it described as an “apartheid state” engaged in “genocide . . . against the Palestinian people.” Some liberal Jewish groups expressed anguish, feeling compelled to draw a line against a black movement that they otherwise wished to embrace. But BLM’s view of Israel was of a piece with its view of the United States:

America is an empire that uses war to expand territory and power. American wars are unjust [and] destructive to Black communities globally . . . . The military industrial complex offers massive profits to private corporations from the death of our global diaspora . . . . The interlinked systems of white supremacy, imperialism, capitalism and patriarchy shape the violence we face. As oppressed people living in the US, the belly of global empire, we are in a critical position to build the necessary connections for a global liberation movement. Until we are able to overturn US imperialism, capitalism and white supremacy, our brothers and sisters around the world will continue to live in chains.

It is hard to understand why liberal Jewish groups felt torn in rejecting a movement with views such as these. Radical Jewish groups, however, experienced no distress: They embraced it all. Jewish Voice for Peace endorsed the platform “in its entirety, without reservation.”

The radicalism of Black Lives Matter consists not only of extreme far-left rhetoric. The movement also exhibits an ambiguous attitude toward the use of violence. Its “freedom rides” to Ferguson often featured the implicitly threatening slogan, “no justice, no peace,” and its platform applauds “the bravery of those in Ferguson,” an apparent reference to rioters who vandalized property and burned businesses.

At a December 2014 New York protest called Millions March, which brought out large numbers of Black Lives Matter supporters, one contingent of marchers chanted, “What do we want? Dead cops. When do we want it? Now.” And another contingent assaulted and injured two isolated police officers on the Brooklyn Bridge who were trying, without using any weapon, to restrain a marcher from heaving a garbage can onto people below.

Days later, Ismaaiyl Brinsley, a BLM sympathizer, ambushed and killed two policemen (one Hispanic, the other Asian) in Brooklyn after declaring his intention on Instagram to put some “pigs in a blanket.” Hours later on the streets of St. Louis, a small contingent of marchers taunted police by chanting, “Pigs in a blanket, fry ’em like bacon.” The chant was reportedly led by Bassem Masri, a Palestinian American whom the New York Times identified as “perhaps Ferguson’s most famous live-streamer.” His face shrouded in a kaffiyeh, Masri also shouted that the police could not stand up to the “real men” of the “Palestinian resistance.” In August 2015, BLM marchers in St. Paul also broke into the “pigs in a blanket” chant.

Brinsley’s act, in declared retaliation for the death of Eric Garner after being put in a choke hold by a New York City officer trying to arrest him, was the first of a series of murders intended to retaliate for police killings of black civilians. In July 2016, five officers were killed and seven others wounded by a sniper in Dallas at a BLM protest, and in Baton Rouge days later, three officers were killed and three wounded in an ambush. In September in Phoenix, a black man ran over three police officers in an unprovoked vehicular attack, but all survived their injuries.

When the Dallas attack occurred, President Obama held a press conference in Poland, where he was attending a NATO meeting. He insisted: “Americans of all backgrounds are rightly outraged . . . . That includes protestors.” But in truth, Black Lives Matter expressed no outrage. Rather it merely dissociated itself from the murders and went on the offensive, declaring, “To assign the actions of one person to an entire movement is dangerous and irresponsible.” It did not so much as offer condolences to the fallen officers’ families. And the organizer of a BLM rally in Atlanta told CBS: “Black Lives Matter doesn’t condone shooting law enforcement. But I have to be honest: I understand why it was done.” He did not elaborate, but if the system is, as Black Lives Matter says, “designed to kill Black people” and is engaged in “genocide” against them, violence would be a reasonable response.

In the Footsteps of the Panthers

BLM applauds, and in some cases lionizes, an earlier generation of black militants whose entire métier was violence, in particular the murder of police officers.

The founding Black Lives Matter group treats Assata Shakur as something of patron saint. The group’s website features a quote from her, and Patrisse Cullors, one of its three co-leaders, recited the quote in a television interview, explaining:

This is how we close out every meeting, every event, every action. This is from our beloved Assata Shakur, who is on the FBI[’s] most wanted list, and she is a powerful leader who we are inspired by. Many of us have “Assata taught me” sweaters.

Indeed, according to the New York Times, “T-shirts and hoodies that read ‘ASSATA TAUGHT ME’ . . . .became part of [Black Lives Matter’s] protest iconography.”

The core of the ‘black liberation movement,’ which supplanted the civil-rights movement, was the Black Panther Party. BLM sees itself in its direct line of descent.

Assata Shakur, the former Joanne Chesimard, is the one female on the FBI’s list of Most Wanted Terrorists. She was convicted of murdering New Jersey state trooper Woerner Foster in 1973 and served several years in prison before being broken out by some of her comrades in the Black Liberation Army and finding her way to Cuba, where she has lived since. She was believed by law-enforcement officials to have been involved in more of the group’s crimes than the one murder for which she was convicted. Newsday quoted an unnamed former BLA “soldier” who described her as “the soul of the group. She was very active, and she was very strong.”

The Black Liberation Army, an outgrowth of the Black Panther Party, is accused by the Fraternal Order of Police of the murder of 13 police officers. The BLA did not dispute that it engaged in such activity. Rather, members described these actions as merely “soldiers fighting soldiers.”

Such braggadocio masked a still more vicious reality. Investigative journalist Bryan Burrough captured something of the group’s sick sadism in recounting for Politico the January 1972 murders of New York police officers Greg Foster (who was black) and Rocco Laurie, a crime for which the BLA took credit in a letter to news organizations:

A moment after the officers passed, the three [BLA “soldiers”] turned and drew pistols [and] began firing directly into their backs. Foster was hit eight times . . . Six bullets hit Rocco Laurie. . . . As the two men lay dying, their three assassins marched calmly toward them. A witness later claimed one of the shooters, hollered, “Shoot ’em in the balls,” and . . . all three again opened fire. Three bullets were fired directly into Greg Foster’s eyes; two more were shot into Rocco Laurie’s groin. When both men lay still, two of the assassins . . . ran toward a waiting Chrysler, while the third man, apparently intoxicated by the moment, reportedly danced a jig over the dead men’s bodies.

Shakur is not the only cop-killer whose cause is championed by the Movement for Black Lives. Its platform contains a call to “cease all current investigations and cold cases into former activists,” specifically listing “activists and freedom fighters . . . of the ’60s and ’70s.” The list included Imam Jamil Al Amin, Kamau Sadiki, and the San Francisco Eight. Al Amin, the former H. Rap Brown, had opened fire on two black police officers who were attempting to arrest him on a warrant. He killed one and wounded the other and was convicted of murder. Sadiki, the former Freddie Hilton, was a BLA member convicted of the ambush murder of Atlanta policeman James R. Greene. The San Francisco Eight were former BLA members charged in 2010 with the murder of a police sergeant who died at his desk in Ingleside, California, in 1971 when the station was bombed.

The Black Lives Matter website explains that the group is “working to (re)build the black liberation movement.” It does not mention the civil-rights movement, which vanquished Jim Crow by awakening the nation’s conscience and securing passage of the Civil Rights Act of 1964, the Voting Rights Act of 1965, and the Fair Housing Act of 1968. Having achieved its key goals, that movement was largely supplanted by the “black liberation movement,” which gave voice to black rage but accomplished little else.

The core of this later movement was the Black Panther Party, and Black Lives Matter sees itself in its direct line of descent. The parallel between Black Lives Matter and the Panthers was expressed by Ferguson organizer Johnetta Elzie, who, said the New York Times, “often wore dark lipstick, . . . oversize sunglasses and a leather jacket . . . channeling a Black Panther.” It was drawn explicitly by Stanley Nelson, the maker of The Black Panthers: Vanguard of a Revolution, a two-hour Public Broadcasting documentary aired this year. This film, like the Movement for Black Lives, was financed by the Ford Foundation, on whose website Nelson explained: “Given the events in this country over the last year and a half or so, using the Panthers as an organizing tool seemed natural.” Thus, rather than give time on camera to any Panther detractors, Nelson produced what The Daily Beast’s cultural editor Michael Moynihan called a “hagiography.” In a statement issued to accompany the film, Nelson left little doubt that this was precisely his intent:

The Black Panther Party emerged out of a love for their people and a devotion to empowering them. This powerful display of the human spirit, rooted in heart, is what compelled me to communicate this story accurately . . . . Nearly half a century later, we find our voices in a renewed chorus for justice and equality. We continue to witness a state apparatus that perpetuates a culture of fear and aggression with frequent and unwarranted displays of racial violence and oppression.

The connection was also drawn by the New York Times, which gave over much of the front page of its Arts section to a breathless review of Power to the People, “an important new book” of photos of the Black Panthers by an ardent devotee, Stephen Shames, in collaboration with former party chairman, Bobby Seale. The book, intoned the Times, “has much to say about the current racial crisis.” The reviewer continued: “During the past half-century much has changed, yet little has changed, as the campaign to end systemic racism and violence against minorities, exemplified by the Black Lives Matter movement, remains as vital as ever.”

Yet the truth about the Panthers could scarcely be uglier. Their signature slogan was “Off the pig,” meaning murder policemen, and murder they did. Party founder and guiding spirit Huey Newton was convicted of shooting to death an Oakland officer, a conviction that was overturned on the technicality that the judge had failed to inform the jury that it had the option of finding “involuntary manslaughter” if it believed Newton was impaired when firing. But Hugh Pearson, the black author of the most complete and dispassionate history of the Panthers, found two unrelated Newton associates who each said that Huey had confessed to them he had indeed murdered the officer.

Eldridge Cleaver, the party’s other most powerful leader, also gunned down a policeman, leading to a siege and protracted shootout in which one Panther was killed while trying either to surrender or escape. Typical of much racial discourse that persists to this day, a luminous list of literati at the New York Review of Books—Susan Sontag, Norman Mailer, Jessica Mitford, John Gunther, and scores more—rushed to declare that the Panthers “were victims of an attack by Oakland police.” But David Hilliard, the party’s chief of staff, acknowledged the true story in his memoirs: “Eldridge . . . gives me the plan . . . . We’ll transport a cache of guns from my house to West Oakland, catch a policeman on the way, and gun him down.”

The principal victims of Panther violence, however, may not have been police but black civilians. In Soul on Ice, the book that made him famous, Cleaver describes the act of raping white women as his personal “insurrection,” while explaining that he first raped a number of black women “for practice.” Newton, too, raped at least one black woman, a story recounted in the left-leaning New Times by liberal journalists who also detailed, as has Hugh Pearson, the toll of Panther violence. It ranged from Newton’s murder of a 17-year-old black prostitute and the pistol-whipping of a black tailor to a deadly feud between the Panthers and a rival armed group called US.

Panther apologists make much of the group’s health and education programs, but these were rackets. When an organization of legitimate black-owned businesses offered to provide food for the Panthers’ ballyhooed breakfast program, Newton insisted that it would take only cash.

Arguably, in fact, the victims of the Panthers’ most extreme violence were Panthers—those who dissented or were members of rival factions or were seen by Newton as competitors. Alex Rackley, to cite just one example, was accused of spying for the authorities. He was bludgeoned and scalded with boiling water over several days before being taken out and shot. Three Panthers confessed to the crime. Several others were gunned down in internecine struggles. Male party members were “disciplined” by terrible beatings and bullwhippings, females by being forced into prostitution.

The Real America

While Black Lives Matter is run by people who nonetheless seem to embrace the Panthers’ legacy, many of its adherents and sympathizers are motivated simply by revulsion over the various publicized cases in which police have killed blacks, and by the dismay at the situation that these events symbolize—enduring inequality between black and white in America. How to redress this inequality and to reduce the number of lethal acts by police are important questions. But their consideration is impeded rather than advanced by rhetoric about a “war on blacks” or the claim that endemic racism lies at the root of these problems.

In truth, this society has made enormous efforts to eliminate racial disparities and to compensate for the historical injustices done to blacks through slavery and discrimination. For some 40 years now, under the rubric “affirmative action,” blacks have received preference in admission to colleges and universities and in many jobs. In addition, federal, state, and local governments have spent immense sums toward the goal of assisting those in need. These programs affect more whites than blacks in absolute numbers, but relative to population, they affect more blacks, and this was often the intent. The entire “war on poverty” was initiated by the Johnson administration out of the momentum and spirit of the civil-rights revolution of the 1960s, that is, with the goal of closing the racial gap very much in mind. (Hilariously, Hugh Pearson reports that in 1967, “Newton, Seale, and Bobby Hutton took their paychecks from the antipoverty program and opened up the first Black Panther office.”)

A 2014 study by the House Budget Committee found that the federal government alone had spent 799 billion dollars on such programs, meaning the total with state and local funds must exceed one trillion a year. All of these efforts including affirmative action presumably have contributed to a measurable narrowing of the disparities. How to narrow them further is a matter that deserves far-reaching consideration, but this inquiry will not be advanced by demagoguery including the absurd notion that American society, or any substantial part of it, doubts that black lives matter.
1 The Times shifted between speaking of blacks and of “minorities.” It’s true that “minorities” as a whole are somewhat underrepresented, primarily because only 12 percent of police officers are Hispanic although Hispanics make up about 16 percent of the population. Does this disparity bespeak discrimination? A vastly larger percentage of Hispanics than of blacks or whites are immigrants, meaning that deficits in English fluency and educational background alone likely account for all or most of the shortfall of Hispanic police.

Voir de même:

Black Lives Matter: A Movement Built on Lies
When facts don’t matter
Frontpage mag
July 12, 2016

The clown show known as Black Lives Matter is akin to a paranoid maniac who: (a) dreams that his spouse is having a torrid, illicit affair; (b) then berates and beats his spouse upon waking up; and (c) finally, when reminded that it was all just a dream, becomes even more enraged at the betrayal he supposedly suffered while he slept. There’s really no point to continuing the charade of calling Black Lives Matter by the phony name it has exploited since its inception. If black lives truly mattered to the know-nothings who comprise this movement, they would have something—anything—to say about the fact that approximately 5,500 of the 6,095 black victims of homicide in 2014 were killed not by white devils, not by satanic ghouls in blue uniforms, but by other blacks. Instead, all they give us is a silent, collective yawn punctuated with a raised middle finger. So from this point forward, Black Lives Matter will be called by its correct name, “Facts Don’t Matter.”

The mouthpieces of Facts Don’t Matter say their mission is to demand “an immediate end” to “the murder of Black people” by the hordes of racists who purportedly comprise our nation’s police forces. They tell us that African Americans are a hunted and endangered species, mowed down by blue-uniformed white sadists who are animated by bloodlust, bigotry, and dreams of genocide. But wait. It turns out that of all the people who have been killed by police in the United States in recent years, about 42% were white, 20% were Hispanic, and 32% were black—even as blacks committed nearly 39% of the types of serious crimes most likely to result in a violent confrontation with police. Last year was typical: 494 whites and 258 blacks were killed by police. And what do the race-obsessed demagogues at Facts Don’t Matter have to say about this? Nothing. Facts Don’t Matter.

Facts Don’t Matter tells us that police are particularly inclined to gun down, in cold blood, African Americans who are unarmed and pose no threat to anyone. Of course, “unarmed” victims are sometimes shot while they’re physically assaulting an officer or trying to take away his gun. But still, let’s play along and look at—if you’ll excuse the expression—the facts. In 2015, there were 38 unarmed blacks and 32 unarmed whites who were shot and killed by police. These figures are roughly proportional to the respective numbers of violent crimes committed by blacks and whites nationwide. So why the outrage? Because Facts Don’t Matter. Remember?

And does it matter that statistically, the likelihood of a police officer being killed by a black male is 18.5 times greater than the likelihood of an unarmed black male being killed by a cop? Nope. Facts Don’t … well, you know how it goes.

The plain truth is that if you search for evidence of systemic racism in police shootings, you won’t find it anywhere outside the imaginations of the Facts Don’t Matter racists and the imbeciles who support them. The premise underlying Facts Don’t Matter’s mission is a lie, founded on a fantasy, stapled to a hallucination, wrapped inside a fairy tale, strapped to the wing of a unicorn.

But naturally, none of this prevented Barack Obama—in the aftermath of the recent police shootings in Minnesota and Louisiana—from doing what he does best: lament America’s intransigent white racism, and foment black hatred and mistrust of police officers. This is where the President always shines, and dutifully he trotted out several old favorites from his well-worn collection of hackneyed platitudes:

  • “[T]here’s a big chunk of our citizenry that feels as if, because of the color of their skin, they are not being treated the same.”
  • “[T]he data shows that black folks are more vulnerable to these kinds of incidents. There is a particular burden that is being placed on a group of our fellow citizens.”
  • “[T]hese fatal shootings are not isolated incidents. They are symptomatic of the broader challenges within our criminal justice system, the racial disparities that appear across the system year after year, and the resulting lack of trust that exists between law enforcement and too many of the communities they serve.

A few hours later, a dozen officers were gunned down at a Facts Don’t Matter rally in Dallas, and five of them lay lifeless in pools of their own blood.

This atrocity was just a natural extension of the toxic and deadly anti-police climate that Obama had previously helped cultivate with many similar statements over the years. And not surprisingly, law-enforcement officers throughout urban America have responded to this troubling climate by becoming less proactive in apprehending criminal suspects, particularly for low-level offenses. This, in turn, has led to a dramatic rise in crime rates in a number of U.S. cities. For 2015 as a whole, America’s 56 largest cities experienced a 17% rise in homicides; in 10 heavily black cities, murders increased by more than 60%. During the first quarter of this year, homicides in the nation’s 63 largest cities increased by another 9%, while non-fatal shootings were up 21%. In other words, immense harm has been done to the very same “black lives” on whose behalf Facts Don’t Matter claims to work.

If Barack Obama were something other than a racist Marxist revolutionary, he would state clearly and unequivocally that the Facts Don’t Matter movement is nothing more than a horde of know-nothing degenerates who should be ostracized as the moral equivalents of cross-burning Klansmen. But that’s a bit much to expect from a man who has made yet another prominent racist, Al Sharpton, his leading adviser on matters of race. So instead, Obama doffs his hat to the Facts Don’t Matter clowns, and treats them like dignitaries. Leaders of Facts Don’t Matter have visited the Obama White House many times since 2013, meeting with not only the President, but also with the First Lady and a number of high-level administration officials.

In September 2015, for instance, Facts Don’t Matter leader Brittany Packnett—fresh off her seventh visit to the Obama White House—told reporters that the President had “offered us a lot of encouragement” while urging the activists to “‘keep speaking truth to power.’” The following month, Obama lauded Facts Don’t Matter for addressing “a specific problem that’s happening in the African-American community that’s not happening in other communities.” Two months after that, he described Facts Don’t Matter as a positive force that was shining “sunlight” on the fact that “there’s no black family that hasn’t had a conversation around the kitchen table about driving while black and being profiled or being stopped” by police. And at a Black History Month event at the White House this past February, Obama welcomed Facts Don’t Matter representatives and extolled their “outstanding work.”

This is the pathetic condition to which the our nation has sunk under Barack Obama: The President of the United States openly and unequivocally supports a racist terror group that is committed to the slaughter of police officers and the breakdown of law-and-order—and, by logical extension, to a steep and swift rise in death-by-homicide rates among civilians in dozens of cities across the country. And he’s done it all in the name of “racial justice.” People don’t get any uglier—or dumber—than this.

Voir aussi:

L’appropriation culturelle fait débat dans l’Amérique post-Trump
France Télévisions, Washington, D.C.
22 novembre 2016

Depuis l’élection de Donald Trump, certains Américains redoutent la libération de la parole raciste. Dans ce contexte, nous revenons sur la notion d’ « appropriation culturelle » – l’appropriation de la culture d’une minorité par les blancs. Régulièrement critiquée par les médias conservateurs comme Breitbart (pro-Trump), elle s’est imposée depuis longtemps dans le débat public aux Etats-Unis.

Miley Cyrus peut-elle « twerker » (danser en se déhanchant de manière sexuellement suggestive, un peu à la façon Mapouka de Côte d’Ivoire) ? Une femme blanche peut-elle porter des dreadlocks ? Des étudiants peuvent-ils organiser une « soirée tequila » en portant des sombreros ? Un mannequin de Victoria Secret peut-elle défiler coiffée de plumes comme jadis les Amérindiens ?

Le twerk de Miley Cyrus
Tous ces actes peuvent respectivement heurter les Afro-Américains, la communauté mexicaine et les descendants des Amérindiens. On parle alors d’ « appropriation culturelle » ou « cultural appropriation », une expression qui s’est imposée depuis plusieurs années dans les médias nord-américains, y compris dans le New York Times. « Je définis l’appropriation culturelle comme l’utilisation, sans autorisation, d’un élément d’une culture » minoritaire par la culture dominante, explique George Nicholas, un professeur canadien qui travaille sur les questions de propriété intellectuelle et d’héritage culturel.

Le dreadlock-gate chez Marc Jacobs

Récemment, c’est le créateur américain Marc Jacobs qui a fait les gros titres après avoir affublé de dreadlocks des mannequins blanches, lors de son défilé printemps-été 2017. La polémique illustre la difficulté posée par la notion d’appropriation culturelle : la mode occidentale s’est toujours inspirée d’autre cultures (comme l’a fait Yves Saint Lauren avec sa collection africaine en 1967). Alors, à quel moment ces emprunts deviennent-ils « inappropriés » ? « Depuis toujours, les sociétés humaines ont emprunté des éléments les unes aux autres. Le moment où cela devient problématique, c’est lorsque les héritages sont utilisés de manière systématique et sans que les héritiers de la culture puissent donner leur avis, » estime Nicholas, qui conseille aux designers de travailler avec les peuples concernés et partager leurs recettes avec eux.

En septembre, la question de l’appropriation culturelle s’est manifestée dans un domaine où elle est présente de longue date : la littérature. L’auteur américaine (blanche) Lionel Shriver a causé la polémique après avoir pris fait et cause pour des étudiants américains qui avaient suscité l’indignation pour avoir organisé une fête sur le thème de la tequila, où ils s’étaient affublés de sombreros. Shriver, elle-même vêtue d’un sombrero pendant son discours, entendait défendre le droit des auteurs qui appartiennent à la culture dominante de se mettre, dans leurs livres, à la place des dominés au travers de leurs personnages fictifs. Pendant l’intervention, une écrivain d’origine soudanaise, Yassmin Abdel-Magied, a quitté la salle. Dans une tribune, elle a expliqué avoir trouvé les propos de Shriver offensants. Selon elle, l’attitude de l’auteur « découle de la suprématie raciale. »

« Tous les lecteurs devraient se sentir offensés par le coup de Lionel Shriver avec le sombrero » juge Michael North, un professeur de littérature anglo-américaine qui travaille notamment sur la littérature post-coloniale, ajoutant que les bons auteurs se doivent d’éviter l’emploi de tels stéréotypes et « fausses généralisations ».

Pour autant, il ne porte pas un regard négatif sur les auteurs blancs qui se mettent dans la peau de personnages de couleur.  « Il existe des cas typiques dans la littérature, où un auteur anglo-saxon blanc a écrit des romans sous le nom de plume d’un amérindien, en s’appropriant l’expérience de groupes sans en avoir le droit, » raconte North. « Mais c’est aussi ridicule que de critiquer une auteur parce qu’elle écrit au sujet d’un homme. Aux Etats-Unis, on présuppose souvent que l’on n’a pas le droit de s’approprier l’expérience des autres peuples. » Il cite Les Aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain, parues en 1884. Le livre, concède-t-il, est très controversé aux Etats-Unis ou certains le qualifient de raciste, notamment car il emploie le mot « nègre ». Selon lui, cette critique « est en partie liée au fait que Twain mettait en scène un personnage Afro-Américain en s’exprimant pour son compte. »

Histoire et melting pot

Pourquoi la notion d’appropriation culturelle est-elle si courante aux Etats-Unis ? North met cela sur le compte d’une société très hétérogène, historiquement composée de nombreux migrants (et de leurs enfants). Selon le dernier recensement, 77% des Américains s’identifient comme blancs. Les minorités les plus nombreuses sont les hispaniques ou Latinos (17,6%) et les noirs (13,3%). « Nous avons aussi une histoire particulière avec les questions de race – une histoire exceptionnellement difficile » qu’il faut prendre en compte, affirme North.

Les plaies de cette histoire récente sont encore ouvertes. Cet été, lors de la cérémonie des Black Entertainment Television Awards, qui récompensent acteurs, musiciens ou encore sportifs noirs, Jesse Williams, un acteur connu pour son rôle dans la série Grey’s Anatomy, a dénoncé dans un discours poignant l’appropriation de la culture afro-américaine par les blancs. « On a fini de regarder et d’attendre pendant que cette invention appelée la blancheur [whiteness] nous utilise et abuse de nous; en enterrant les noirs hors de vue tout en extrayant notre culture, nos dollars, nos productions de divertissement comme s’il s’agissait de pétrole, d’or noir. Avilissant nos créations, puis les volant. Embourgeoisant notre génie, avant de nous essayer comme costume puis de jeter nos corps comme des pelures de fruits étranges. »

Quelques jours plus tard, les médias américains conservateurs se sont saisis des propos de l’actrice et présentatrice noire Whoopi Goldberg (connue notamment pour son rôle dans le film Sister Act), qui estimait que les femmes noires se teignant les cheveux en blond faisaient aussi acte d’appropriation culturelle. « Tout le monde s’approprie des choses… Les Japonais, les noirs, les Espagnols, nous nous approprions tous quelque chose les uns aux autres, » déclarait-elle alors. La sortie de Goldberg a déclenché une avalanche de critique sur les réseaux sociaux.

« Tout le monde a tendance à admettre que les styles et les idées ne viennent pas de nulle part, qu’à un moment tout est appropriation, » estime de son côté le professeur North. « Rien de ce que nous faisons en ce monde n’est unique. Nous sommes conditionnés par notre propre background culturel. » Le spécialiste de la littérature pointe du doigt une « étrange incohérence »: « on s’intéresse aujourd’hui énormément au cosmopolitisme, aux mélanges [mash-ups]. Pensez par exemple à la musique. » Dans le même temps, la société américaine est plus sensible que jamais à l’appropriation culturelle.

Une nuit à Bangkok

Et en effet, cette incohérence peut donner lieu à des situations incongrues. Dans le quartier hipster de Bushwick, haut lieu des mélanges et de musique éclectique, le club House of Yes s’est retrouvé sous le feu des critiques cet été après avoir organisé une soirée sur le thème de Bangkok. Au programme : ladyboys (transsexuels) et cocktails aux couleurs locales. Mais une flopée de commentaires négatifs sur la page Facebook de l’événement a forcé les gérants du club à changer le thème de la soirée. La « Nuit à Bangkok » est devenue un soirée « Métropole tropicale ». « Nous avons notamment reçu des messages de personnes qui se plaignaient au sujet des ladyboys, disant que nous sexualisions une culture, » raconte Kae Burke, l’une des gérantes du club. Celle-ci se décrit comme une « femme blanche américaine privilégiée » et précise qu’elle a travaillé en Thailande pendant trois mois, où son partenaire y vit actuellement. Elle ajoute également avoir « collaboré avec des Thailandais pour créer le concept de la soirée. »

Burke a de l’empathie pour ceux qui se sont offusqués de l’appropriation de la culture thaïlandaise par sa soirée. Mais, en même temps, « nous organisons des fêtes dans un club. Nous n’essayons pas de créer une vision historiquement exacte du pays, » explique-t-elle. « Lorsqu’ils vont faire la fête, les gens veulent du `sex, drug and rock and roll`, pas entrer dans un musée. »

Certains commentaires sont cinglants. « Les mêmes difficultés que les Thaïlandais combattent sur notre propre sol sont perpetuées, consommées et mises à profit… sur le sol américain, »  écrit อาลียา วัชร (ou alia vajra) sur Facebook. Elle cite des passages de la description de la soirée, dont certains font notamment allusion à la prostitution et au trafic sexuel.  « Quid de ceux qui n’ont jamais visité la Thailande ? (…) vos `features’ comme le thé glacé, le Pad Thai, les criquets frits et les allusions sexuelles, etc, seront [leur première impression ] d’une culture et d’un peuple qui est tellement plus complexe, » écrit-elle. « Bien que ce soit parti d’une bonne intention et d’une volonté de s’amuser, cela donne le sentiment d’être dégradant et réducteur. » Elle qualifie la description de l’événement de « propagande raciste ».

Le mot d’excuse de House of Yes, qui transforme le thème de la soirée, « One night in Bangkok », en « Métropole tropicale ».

« Les choses ont changé, » conclut quant à elle, Kae Burke, la gérante du club. « Les gens sont beaucoup plus sensibles aux questions culturelles qu’il y a dix ans. Il y des personnes qui recherchent des raisons de se plaindre. Et nous, nous devons naviguer dans cette sorte de cri permanent et faire en sorte de respecter les sensibilités de chacun. Nous voulons être sexy et drôles et ne pas nous prendre trop au sérieux. Mais certaines choses ne sont tout simplement plus drôles. »

Voir également:

Les coiffes amérindiennes dans les défilés font-elles du tort à une culture menacée ?
Ils dénoncent l’« appropriation culturelle », l’usage d’éléments folkloriques à des fins commerciales, pour « protéger » les cultures dominées. Jusqu’à museler la création ?
Violaine Morin
Le Monde
30.09.2016

Depuis plusieurs années, le débat sur « l’appropriation culturelle » ressurgit régulièrement. Dans l’industrie de la mode, la musique, le cinéma, la cuisine et les arts, l’usage d’un objet ou d’un motif venu d’ailleurs, d’un ornement, d’une mélodie, d’un instrument, d’un ingrédient, est dénoncé par certains comme un emprunt abusif à une culture dominée par la culture dominante (soit la culture occidentale).

Le rapport de force entre les deux cultures distingue l’appropriation culturelle de l’assimilation ou du métissage. La minorité n’a pas le choix d’accepter ou non l’appropriation par la majorité, il ne s’agit donc pas d’un échange d’égal à égal. On parle de « métissage » lorsque des éléments d’une culture donnée sont adoptés par une autre sans contexte de violence ou encore d’« assimilation » lorsqu’un membre d’une minorité adopte les codes culturels de la communauté dominante.

L’appropriation culturelle, elle, perpétue une forme d’oppression qui trouve ses origines dans la conquête ou la colonisation. Le terme est d’ailleurs apparu aux Etats-Unis dans les années 1980, avec l’essor des études post-coloniales, un champ de la recherche universitaire au croisement de la sociologie, de l’anthropologie et de l’histoire. L’un des cas d’appropriation culturelle les plus régulièrement soulevés est celui des éléments de la culture amérindienne, cette population ayant été victime de l’oppression puis de l’extermination par les colons d’origine européenne aux Etats-Unis.

Au cours du processus d’appropriation culturelle, le sens de l’élément emprunté se perd. A un deuxième niveau, l’appropriation peut donc être perçue comme irrespectueuse ou insultante par les membres de la communauté d’origine. L’élément est réduit à sa valeur esthétique et folklorique, dans le seul but de signifier l’exotisme. Et potentiellement de rapporter de l’argent, car c’est aussi la reconduction de « l’exploitation » de l’un par l’autre – l’un s’enrichissant aux dépends de l’autre – qui pose problème.

Des coiffes amérindiennes aux tatouages polynésiens

Les cas les plus emblématiques se trouvent dans l’industrie de la mode, qui emprunte des codes esthétiques, des motifs et des savoir-faire aux cultures traditionnelles. Un objet récurrent de discorde est la « coiffe » amérindienne. Cet élément de costume traditionnel n’est évidemment pas qu’un atour, il a un sens spirituel et social, souvent réservé aux anciens ou aux chefs de tribu. En 2012, un scandale a éclaté après un défilé de la maison de lingerie Victoria’s Secret, où l’une des mannequins portait une coiffe. Le chanteur Pharell Williams a également dû faire des excuses publiques après avoir porté une coiffe amérindienne en couverture du magazine Elle.

Mais d’autres polémiques plus récentes ont de nouveau agité ceux qui militent contre l’appropriation culturelle, de la collection Valentino à l’automne 2015 jusqu’à l’affaire des dreadlocks dans le défilé de la dernière collection Marc Jacobs à la Fashion Week de New York.

Le nouveau film d’animation de Walt Disney, qui sortira en novembre au cinéma, a lui aussi provoqué un débat, dans une tout autre région du monde. L’histoire de Vaiana, la légende du bout du monde, est située dans les îles polynésiennes et leur emprunte notamment la légende du demi-dieu Maui. A la mi-septembre, un costume du demi-dieu vendu dans les boutiques Disney a fait scandale. Le costume n’est plus en vente sur le site mais des captures d’écran diffusées par des médias anglo-saxons permettent de comprendre assez vite le problème : pour « ressembler » à Maui, qui n’est vêtu que d’un pagne et d’un collier, le costume est un simple tissu imprimé de nombreux tatouages.

Une aberration pour les Polynésiens, comme l’explique Arieta Tegeilolo Talanoa Tora Rika, journaliste originaire des îles Fidji et Tonga et fondatrice du site d’information Talanoa.com. Dans une interview à la BBC, la journaliste explique que les tatouages « racontent une histoire personnelle » et sont censés rappeler à ceux qui les portent leurs « valeurs » et leur identité. « Porter les marques d’un peuple ou d’un lieu auquel vous n’êtes pas relié physiquement ou spirituellement est considéré comme très irrespectueux. »

Dénoncer tout et son contraire

Les détracteurs de ce concept pourraient arguer du fait que les cultures modernes sont le fruit de métissages, et que l’on en vient à taxer d’« appropriation culturelle » à peu près tout et son contraire. Un exemple célèbre de « débordement » est l’affaire des cours de yoga dispensés aux étudiants en situation de handicap à l’université d’Ottawa, survenue à l’automne 2015. L’université a été obligée de supprimer un cours qui existait depuis de nombreuses années à la suite d’accusations d’appropriation culturelle.

Au-delà de la volonté légitime de protéger une culture menacée, ces attaques pourraient donc virer à la censure. Dans une tribune publiée par le Washington Post à l’été 2015, la journaliste russo-américaine Cathy Young accuse les « flics de la culture » d’ignorer l’histoire, de museler l’expression artistique et d’être un frein à la diversité.

« A une époque, ces critiques étaient destinées à des représentations vraiment injurieuses : les acteurs de cabaret grimés pour ressembler à des Africains, les caricatures, les expositions ethnologiques », déplore l’auteur, qui invite à faire la différence entre dénoncer des injustices réelles et traquer la moindre référence. Elle rappelle que le « métissage » se fait souvent au prix d’un rapport de force et d’une certaine violence : la colonisation, la guerre, la conquête territoriale sont les contextes historiques dans lesquels les cultures se sont mélangées.

Derrière la dénonciation de « l’appropriation culturelle », Cathy Young voit le spectre d’idées réactionnaires sur une supposée pureté raciale ou culturelle. « Quand on attaque les gens qui s’aventurent hors de leurs propres expériences culturelles, on entrave notre capacité à développer une tolérance et une compréhension de l’autre. »

Voir de plus:

To the new culture cops, everything is appropriation
Their protests ignore history, chill artistic expression and hurt diversity
Cathy Young
The Washington Post
August 21, 2015

Cathy Young is the author of two books, and a frequent contributor to Reason, Newsday, and RealClearPolitics.com.
A few months ago, I read “The Orphan’s Tales” by Catherynne Valente. The fantasy novel draws on myths and folklore from many cultures, including, to my delight, fairy tales from my Russian childhood. Curious about the author, I looked her up online and was startled to find several social-media discussions bashing her for “cultural appropriation.”There was a post sneering at “how she totally gets a pass to write about Slavic cultures because her husband is Russian,” with a response noting that her spouse isn’t even a proper Russian, because he has lived in the United States since age 10. In another thread, Valente was denounced for her Japanese-style LiveJournal username, yuki-onna, adopted while she lived in Japan as a military wife. In response to such criticism, a browbeaten Valente eventually dropped the “problematic” moniker.Welcome to the new war on cultural appropriation. At one time, such critiques were leveled against truly offensive art — work that trafficked in demeaning caricatures, such as blackface, 19th-century minstrel shows or ethnological expositions, which literally put indigenous people on display, often in cages. But these accusations have become a common attack against any artist or artwork that incorporates ideas from another culture, no matter how thoughtfully or positively. A work can reinvent the material or even serve as a tribute, but no matter. If artists dabble outside their own cultural experiences, they’ve committed a creative sin.To take just a few recent examples: After the 2013 American Music Awards, Katy Perry was criticized for dressing like a geisha while performing her hit single “Unconditionally.” Last year, Arab-American writer Randa Jarrar accused Caucasian women who practice belly dancing of “white appropriation of Eastern dance.” Daily Beast entertainment writer Amy Zimmerman wrote that pop star Iggy Azalea perpetrated “cultural crimes” by imitating African American rap styles.And this summer, the Museum of Fine Arts in Boston has been dogged by charges of cultural insensitivity and racism for its “Kimono Wednesdays.” At the event, visitors were invited to try on a replica of the kimono worn by Claude Monet’s wife, Camille, in the painting “La Japonaise.” The historically accurate kimonos were made in Japan for this very purpose. Still, Asian American activists and their supporters besieged the exhibit with signs like “Try on the kimono: Learn what it’s like to be a racist imperialist today!” Others railed against “Yellow-Face @ the MFA” on Facebook. The museum eventually apologized and changed the program so that the kimonos were available for viewing only. Still, activists complained that the display invited a “creepy Orientalist gaze.”

These protests have an obvious potential to chill creativity and artistic expression. But they are equally bad for diversity, raising the troubling specter of cultural cleansing. When we attack people for stepping outside their own cultural experiences, we hinder our ability to develop empathy and cross-cultural understanding.

* * *

The concept of cultural appropriation emerged in academia in the late 1970s and 1980s as part of the scholarly critique of colonialism. By the mid-1990s, it had gained a solid place in academic discourse, particularly in the field of sociology.

Some of this critique was rightly directed at literal cultural theft — the pilfering of art and artifacts by colonial powers — or glaring injustices, such as white entertainers in the pre-civil rights years profiting off black musical styles while black performers’ careers were hobbled by racism. Critics such as Edward Said offered valuable insight into Orientalism, the West’s tendency to fetishize Asians as exotic stereotypes.

But the hunt for wrongdoing has gone run amok. The recent anti-appropriation rhetoric has targeted creative products from art to literature to clothing. Nothing is too petty for the new culture cops: I have seen them rebuke a Filipina woman who purchased a bracelet with a yin-yang symbol at a fair and earnestly discuss whether it’s appropriation to eat Japanese, Indian or Thai food. Even Selena Gomez, a Latina artist, was assailed a couple of years ago for sporting a Hindu forehead dot, or bindi, in a Bollywood-style performance.

In some social-justice quarters, the demonization of “appropriative” interests converges with ultra-reactionary ideas about racial and cultural purity. I once read an anguished blog post by a well-meaning young woman racked with doubt about her plans to pursue a graduate degree in Chinese studies; after attending a talk on cultural appropriation, she was unsure that it was morally permissible for a white person to study the field.

This is a skewed and blinkered view. Yes, most cross-fertilization has taken place in a context of unequal power. Historically, interactions between cultures often took the form of wars, colonization, forced or calamity-driven migration and subordination or even enslavement of minority groups. But it is absurd to single out the West as the only culprit. Indeed, there is a paradoxical and perverse Western-centrism in ignoring the history of Middle Eastern and Asian empires or the modern economic and cultural clout of non-Western nations — for instance, the fact that one of the top three entertainment companies in the U.S. market is Japanese-owned Sony.

It is also far from clear that the appropriation police speak for the people and communities whose cultural honor they claim to defend. The kimono protest, for instance, found little support from Japanese Americans living in the Boston area; indeed, many actively backed the museum’s exhibit, as did the Japanese consulate.

Most critics of appropriation, including some anti-kimono protesters, say they don’t oppose engagement with other cultures if it’s done in a “culturally affirming” way. A Daily Dot article admonishes that “an authentic cultural exchange should feel free and affirming, rather than plagiarizing or thieving.” A recent post on the Tumblr “This Is Not China” declares that “cultural appropriation is not merely the act of wearing or partaking in cultural symbols & practices that do not belong to you, it’s a system of exploitation & capitalisation on cultural symbols & practices that do not a) originate from b) benefit c) circle back to the culture in question.”

It makes sense to permit behaviors that encourage empathy and genuine interest while discouraging those that caricature or mock a sampled-from culture. But such litmus tests leave ample room for hair-splitting and arbitrary judgments. One blogger’s partial defense of “Kimono Wednesdays” suggests that while it was fine to let visitors try on the kimonos, allowing them to be photographed while wearing them was a step too far. This fine parsing of what crosses the line from appreciation into appropriation suggests a religion with elaborate purity tests.

What will be declared “problematic” next? Picasso’s and Matisse’s works inspired by African art? Puccini’s “Orientalist” operas, “Madama Butterfly” and “Turandot”? Should we rid our homes of Japanese prints? Should I take offense at other people’s Russian nesting dolls?

And while we’re at it, why shouldn’t a wide range of cultural minorities within Western society demand control over access to their heritage, too? Can Catholics claim appropriation when religious paintings of Jesus or the Virgin Mary are exhibited in a secular context, or when movies from “The Sound of Music” to “Sister Act” use nuns for entertainment?

Appropriation is not a crime. It’s a way to breathe new life into culture. Peoples have borrowed, adopted, taken, infiltrated and reinvented from time immemorial. The medieval Japanese absorbed major elements of Chinese and Korean civilizations, while the cultural practices of modern-day Japan include such Western borrowings as a secularized and reinvented Christmas. Russian culture with its Slavic roots is also the product of Greek, Nordic, Tatar and Mongol influences — and the rapid Westernization of the elites in the 18th century. America is the ultimate blended culture.

So don’t let anyone tell you that there is art, literature or clothing that does not belong to you because of your racial, ethnic or religious identity. In other words: Appropriate away.

Voir aussi:

In the Beginning, There Was a Nipple
Ten years ago, 90 million people watching Super Bowl XXXVIII saw Janet Jackson’s breast for nine-sixteenths of a second. Our culture would never be the same
Marin Cogan
ESPN The Magazine
01/28/14

This story appears in ESPN The Magazine’s Feb. 3 Music Issue.

IF OUR CHILDREN or our children’s children ever dig up a time capsule from the beginning of the new millennium, they will find that in February 2004, America collectively lost its damn mind. Here’s what they’ll see: Janet Jackson on a stage in the middle of Houston’s Reliant Stadium, wearing a leather kilt and bustier, surrounded by dancers in corsets and bikini tops and bowler hats and helmets, looking like a ragtag steampunk army of cabaret chorus girls and Highlander extras and BDSM enthusiasts. They’re grinding their hips, Janet is caressing her corseted torso and 71,000 Super Bowl spectators are screaming themselves hoarse for the beatboxing of a 23-year-old white boy. Justin Timberlake emerges from an elevated platform beneath the stage in too-big khakis and a too-big jacket — pfff-ti-pff-ti-chk! pfff-ti-pff-ti-chk! pfff-ti-pff-ti-chk! pfff-ti-pff-ti-chk! — and a brass band blasts him into « Rock Your Body, » a song from his first solo album. He and Janet are romping across the stage, pausing their cat-and-mouse game every so often to work her booty into his hips. They’re singing call and response:

Talk to me boy …

No disrespect I don’t mean no harm

Talk to me boy …

I can’t wait to have you in my arms

Talk to me boy …

They’re marching up the steps, to a platform in the middle of the stage.

Hurry up ’cause you’re taking too long

Talk to me boy …

Better have you naked by the end of this song.

You know what happens next. Justin reaches over, grabs a corner of Janet’s right breast cup and gives it a hard tug. Her breast spills out. It’s way more than a handful, but a hand is the only thing Janet has available to cover it, so she clutches it with her left palm. The breast is on television for 9/16 of a second. The camera cuts wide. Fireworks explode from the stage. Cue the end of halftime. Cue the beginning of one of the worst cases of mass hysteria in America since the Salem witch trials.

Justin Timberlake never fully explained his role in exposing Janet Jackson, and Jackson said later she was upset that he remained mostly silent when people blamed her for Nipplegate. David Phillip/AP Images

THE WOMAN WHO planned the show wasn’t on the field to see her months of work go up in flames. Salli Frattini, an executive producer at MTV, which was contracted by the NFL to produce the halftime concert, was supervising from the production truck outside the stadium. She and her crew were riding high on the adrenaline of pulling off a 12-minute spectacular of music and choreography and pyrotechnics. When it ended, the truck erupted with cheering and high-fiving and hugging. The euphoria lasted just a few seconds before the phone rang. The officiating booth was calling, wanting to know whether they’d really just seen Janet Jackson’s boob.

The man on the phone was Jim Steeg, who had been head of special events for the NFL since the late 1970s, overseeing the evolution of the halftime show from a small-scale production featuring marching bands and dancing snowflakes and local heritage celebrations to full-scale rock extravaganzas starring the likes of Diana Ross, Michael Jackson and Aerosmith. When Nipplegate happened, Steeg was sitting next to the league’s head of officiating, who was TiVo-ing the event. « He rewound it for me, and then I immediately called Salli, » he says. « You could hear everyone screaming and hollering because what they pulled off and accomplished was over. I said to Salli, ‘Did you see what just happened?' »

« We were like, ‘Uh, we’re playing that back right now,' » Frattini says. « There was lots of chaos in the truck, and we played it back and we were like, ‘Oh, s — . What just happened?' »

Frattini stepped out of the truck and immediately ran into then-CBS Sports president Sean McManus. He looked her in the eye and asked gravely, « Did you guys know? » Frattini promised she had no idea that Jackson was going to be exposed. « Okay. That’s what I needed to know, » she remembers him saying.

Whether Frattini or the higher-ups at MTV, CBS and/or the NFL knew what was coming remains one of the enduring mysteries of the event — at least that’s the generous explanation for why millions of people watched the clip with the same intensity as that of JFK conspiracy theorists poring over the Zapruder footage. To this day it remains the most watched video in the history of TiVo, becoming such a touchstone that « wardrobe malfunction » soon earned a dictionary definition and Nipplegate became a household word. (For the record, not much areola was even visible underneath Jackson’s large starburst nipple shield.)

Wardrobe Malfunction The behind the scenes story of the Super Bowl XXXVIII halftime show.

The common assumption by the media and by the public was that the flash of nudity was an attention-grabbing publicity ploy; the question was by whom. Some signs seemed to point to MTV. Before the show, a few of the producers had entertained themselves by mock-ripping their clothes off at Timberlake’s final line. And in rehearsals, they had tried a move where Timberlake tore off Jackson’s kilt. Then there was an article on MTV’s website beforehand in which Jackson’s choreographer promised « shocking moments. »

To this day, everyone involved maintains the conspiracists have it wrong. The mock-ripping? That was their natural response to Timberlake’s closing lyric — « better have you naked by the end of this song » — not in anticipation of anything he might do. The tearing off of the kilt? It didn’t look good, so members of the production team say they killed it and never discussed another option. The article? The site was later updated with an editor’s note: « At the time of this report, MTV thought that the ‘shock’ was going to be the as-yet-unannounced appearance of Justin Timberlake as part of Janet’s performance. Janet Jackson’s subsequent performance was not what had been rehearsed, discussed or agreed to with MTV. »

In an on-camera apology after the event, Jackson backed up the producers, insisting she decided on the big reveal after the final rehearsal, without the knowledge of anyone at MTV. Timberlake was meant to pull off a piece of the costume, she later explained, but it was supposed to reveal only a lacy red undergarment; unfortunately, as it played out, that undergarment came off in Timberlake’s hand too. Timberlake also apologized but never offered his own version of events other than to coin the term « wardrobe malfunction. »

After the show, MTV producer Alex Coletti tried to find Jackson. « I tried to get in touch to make sure she was okay, » he says. « Her entire camp stopped answering the phones. I finally got to her tour manager, and they were already at the airport. » At first, Coletti assumed the singer was so mortified that she fled immediately. Then a new thought dawned on him. « No, she set us up and she’s out of here, » he says. « That was the last time I’ve seen or heard from Janet Jackson. »

Ultimately, it didn’t matter to the NFL whether the producers knew: The league decided that MTV would never again be involved in a halftime show. Says NFL corporate communications VP Brian McCarthy: « We turned over the keys to MTV, and they crashed the car. »

On Capitol Hill, then-FCC chairman Michael K. Powell called the halftime show « a new low for prime-time television. » Now he says the outrage was overblown. Michael Kleinfeld/UPI Photo/Landov

MICHAEL POWELL, THEN the chairman of the Federal Communications Commission, was watching the game at a friend’s house in northern Virginia. He’s a football fan and was excited to relax and watch the game after a rough couple of weeks. « I started thinking, Wow, this is kind of a racy routine for the Super Bowl! » he says, his voice pitching up in bemusement. « He was chasing her kind of with this aggressive thing — not that I personally minded it; I just hadn’t seen something that edgy at the Super Bowl. »

Then it happened. Powell and his friend gave each other quizzical looks. « I looked and I went, ‘What was that?’ And my friend looks at me and he’s just like, ‘Dude, did you just see what I did? Do you think she … ?’ And I kept saying, ‘My day is going to suck tomorrow.' » Powell went home and watched the moment again on TiVo. The same thought kept running through his mind: Tomorrow is going to really suck, he remembers thinking. « And it did. »

Typically, the FCC’s work is of little interest to people outside of the community of businesses, lawyers, lobbyists and Hill staffers involved in telecommunications policy. But L. Brent Bozell had been on a mission to make on-air indecency a cause for national outrage, and Jackson’s breast was his biggest opportunity yet.

Nine years earlier, Bozell had founded the Parents Television Council, an advocacy group dedicated to forcing advertisers, networks and the FCC to keep sleaze out of family-friendly TV programming. Just a year before Super Bowl XXXVIII, Bono, accepting a Golden Globe for best original song, called the moment « really, really f — ing brilliant » on a live NBC broadcast. PTC members filed a complaint, triggering an FCC investigation. Nine months later, Powell’s group determined that Bono’s fleeting F-word didn’t warrant a network fine. The PTC vehemently disagreed, and with its encouragement, members of Congress took to the House floor to call for action against indecency on TV. Two months before the Super Bowl, the Senate unanimously passed a resolution calling on the commission to reconsider the Bono decision (the FCC reversed its judgment in 2004 but still did not issue a fine) and to more strictly police indecency standards generally.

« We realized we’d really hit a nerve out there, and we weren’t alone in this thinking, » Bozell says. « That was all before Janet Jackson. Jackson was what lanced the boil. »

Previously, Powell says the FCC received only a handful of indecency complaints a year. It received 540,000 about Janet Jackson’s breast. The PTC launched a campaign to punish everyone involved. « An outraged public needs to make this backlash long and commercially painful, » Bozell wrote in an article. « The NFL needs to back off its trend of treating its fans with the lowest common denominator of sleaze. CBS affiliates need to worry about license revocations if these offenses keep repeating themselves. And MTV … ought to just be thrown out with the rest of the rusty garbage. »

Powell, a Republican whose father is Colin Powell, the then-secretary of state, hates when people remember the Nipplegate controversy as Republican-driven. For one of the only moments in recent memory, Congress was united, passing a bipartisan bill increasing the maximum fine for incidents of indecency from $32,500 to $325,000. In a Texas congressional race several months after the Super Bowl, a Democrat circulated newspaper clips about his Republican opponent — who’d written an op-ed decrying Jackson’s behavior — streaking as a college student.

Michael Powell himself immediately decried the show in no uncertain terms. « Like millions of Americans, my family and I gathered around the television for a celebration, » he said in a public statement. « Instead, that celebration was tainted by a classless, crass and deplorable stunt. » He announced an investigation of the show, promising it would be « thorough and swift. » He made the rounds in the media to underscore his point.

Today, Powell runs the National Cable and Telecommunications Association, the major trade association for the cable-TV industry. He loves reading about the latest developments in behavioral economics, neuroscience and mindfulness. He’s 50, but he looks no older than 35, dressed in gem-toned pants and glasses that look like they came from Warby Parker. Sitting in his office at the NCTA’s sleek modern building in DC, he does not look like a man who wants to spend his time policing boobs on TV. He does not sound like a man who wants to spend his time policing boobs on TV. Since leaving the FCC in 2005, he has declined almost every interview request to talk about boobs on TV. But 10 years later, Powell is finally ready to admit that he never wanted to police boobs on TV.

« I think we’ve been removed from this long enough for me to tell you that I had to put my best version of outrage on that I could put on, » he says, shrugging his shoulders and rolling his eyes. « Part of it was surreal, right? Look, I think it was dumb to happen, and they knew the rules and were flirting with them, and my job is to enforce the rules, but, you know, really? This is what we’re gonna do? »

Powell was driven in part by fear: The indecency statute is part of the criminal code, so someone convicted of broadcasting indecency could be imprisoned — as could an artist, at least theoretically. « As a leader, I thought that was really wrong, » Powell says. « I didn’t want this snowball, this juggernaut, to turn into pressure to go after Janet and Justin Timberlake. I thought we were getting into dangerous territory. » Launching an investigation into the halftime production quickly gave him some ground to stand on when members of Congress started asking why he wasn’t going after Jackson. Frattini and her team had to hand over their laptops; the government wanted access to every document and every bit of communication among the show’s creators. The FCC found nothing to suggest they had planned the moment and settled on a combined $550,000 fine for the 20 Viacom-owned stations — then the largest against a broadcaster in the commission’s history. Powell ended up testifying on the wardrobe malfunction more than anything else in his entire career, including his confirmation hearings. « I ended up testifying for nine hours on just this, » he says. « On 9/16 of a second. »


OF COURSE, OUR children and our children’s children will never need to dig up an actual time capsule to find out about the wardrobe malfunction. As soon as they hear about the time Janet Jackson’s breast was exposed on live TV, they’ll watch it online. And the reason they’ll watch it online is that in 2004, Jawed Karim, then a 25-year-old Silicon Valley whiz kid, decided he wanted to make it easier to find the Jackson clip and other in-demand videos. A year later, he and a couple of friends founded YouTube, the largest video-sharing site of all time.

Across the web, the moment went viral, back when that phenomenon was still somewhat novel. (Facebook was launched three days after the halftime show.) « Janet Jackson » became the most searched term and image in Internet history. And « we put TiVo on the map, » says MTV producer Coletti — TiVo enrolled 35,000 new customers in the aftermath of Nipplegate. When Coletti was having trouble with his service, he let slip to a customer service rep that he was the guy who produced the Super Bowl halftime show. TiVo gave him lifetime service and a special number to call in case he had any trouble.

The moment created other seismic cultural changes as well. Howard Stern — already a shock jock goliath with an audience of millions he built, in part, on testing the boundaries of the FCC — was dropped from Clear Channel two months following the Super Bowl, after the FCC fined the company $495,000 for a broadcast in which Stern discussed « sexual » and « excretory activity. » « Janet Jackson’s breast got me in a lot of trouble, » Stern told his listeners. Six months later, he signed a contract with fledgling satellite radio, framing the decision as an opportunity to break free from broadcast’s conservative constraints. As of early 2014, SiriusXM had 24.4 million subscribers, and Stern is credited as the media figure most responsible for introducing a new era in radio.

While Timberlake’s career as a solo artist took off after the Super Bowl, Jackson’s suffered. When her album Damita Jo debuted the month following the halftime show, low play counts led to online rumors that she’d been blacklisted by Viacom, the parent company of MTV and VH1. The record was her lowest-selling album since 1984. She withdrew from the Grammys under pressure, while Timberlake performed and accepted two awards. Throughout the controversy, the bodice-ripped Jackson suffered much more than the bodice-ripping Timberlake. « I personally thought that was really unfair, » Powell says. « It all turned into being about her. In reality, if you slow the thing down, it’s Justin ripping off her breastplate. »

Some critics saw gender and race at play and thought Timberlake ducked the heat. In a 2004 remix of the Jadakiss song « Why? » rapper Common asks, « Why did Justin sell Janet out and go to the Grammys? » Timberlake himself said he believed Jackson had taken a disproportionate amount of the backlash. « I probably got 10 percent of the blame, » he told MTV. « I think America’s probably harsher on women, and I think America is, you know, unfairly harsh on ethnic people. » After initially apologizing for the incident, Jackson told Oprah in 2006 she regretted taking the blame for an unplanned accident. Informed of Timberlake’s comments, Jackson smiled uncomfortably and confirmed that she felt her co-star hadn’t done enough to defend her. « Certain things you just don’t do to friends, » she said.

Clearly, it remains a sore subject for both artists. Jackson told Oprah she would never comment on the controversy again. When recently asked by The Mag about what he had taken away from the incident, Timberlake laughed nervously as his representative signaled to end the interview. « I take that I chose not to comment on it still, after 10 years, » he said. « I’m not touching that thing with a 10-foot pole, » he quickly added.

Meanwhile, for the people behind the media spectacle, the controversy never really went away. After the incident, Frattini and Coletti both left MTV to start their own production companies. « That was the last year I did the [MTV Video Music Awards], » Coletti says. « I’d produced six VMAs, all the highest-rated ones at the time. And all of a sudden, I wasn’t that guy anymore. »

The incident transformed how they work too: Frattini says she’s warier of talent, insists on knowing everything about their wardrobe before they perform and is careful to note every step of her production work in writing, cognizant that if anything goes wrong, government investigators may be reviewing her notes.

The wardrobe malfunction changed live television production too. Before then, most broadcasters employed audio delays only, but many began delaying video as well. The Grammys broadcast the Sunday after the Super Bowl used a five-minute delay, which Frattini says was an extreme example of a larger trend. Longer delays are more expensive and require more effort, but they became part of the cost of putting on live television.

Meanwhile, the NFL created contracts with more specific language about appropriate conduct, including wardrobe, and set stiff penalties for breaking them. The next six Super Bowl halftime performers were middle-aged men. One year after the league broke that streak with the Black Eyed Peas at Super Bowl XLV, M.I.A. raised her middle finger during Madonna’s 2012 performance and was sued by the NFL for $1.5 million.

The most common assumption was that the flash of nudity was just an attention-grabbing ploy. The question was by whom. David Drapkin/AP Images

THE MOST LASTING impact of the wardrobe malfunction was the way it highlighted the government’s inability to regulate indecency in our new digital democracy. The FCC has never had major control over regulating the media — the First Amendment prevents the commission from having a say over what appears in the newspaper, on cable networks or online. But in 1978, the Supreme Court ruled that because broadcasting was « uniquely intrusive, » the FCC had an obligation to regulate indecent content during the hours when children might be watching. The idea, Powell says, was that « you never know what’s going to come on, and so your kid can be in the audience, and then boom! By the time they get hit with it, the harm is done and your kid is blind. »

That gives broadcasters an amorphous obligation to act « in the public interest » and puts the FCC in the awkward position of judging indecency. It’s hard to imagine a legal theory less well-suited to the modern era, when TV guides are as anachronistic as rotary phones because everyone watches on demand, online and on their phones. « The Internet and YouTube have exploded the notion of balkanized living rooms — the Supreme Court’s original thesis that you can have this sanctity of your home and nothing should be able to invade you in that way, » Powell says. « I just think that’s probably a bygone era. »

As society has reached a consensus that there’s no way to control everything children see, the number of indecency complaints has decreased significantly. When Miley Cyrus twerked at the Video Music Awards last summer, the FCC received only 161 complaints (of course, as a cable channel, MTV doesn’t answer to the commission anyway). The moment became fodder for celebrity bloggers and morning show chatterboxes but was never treated as a problem that needed to be legislated away. The PTC dutifully issued a statement denouncing MTV for « sexually exploiting young women, » but no national outcry resulted. Perhaps not coincidentally, CBS never actually paid a fine in connection with Nipplegate — an appeals court ruled in 2008 and again in 2011 that CBS could not be held liable for the actions of contracted performing artists and that the FCC had acted arbitrarily in enforcing indecency policies. The Supreme Court declined to hear the case in 2012.

So for Powell, the halftime show represents « the last great moment » of a TV broadcast becoming a national controversy — the last primal scream of a public marching inexorably toward a new digital existence: « It might have been essentially the last gasp. Maybe that was why there was so much energy around it. The Internet was coming into being, it was intensifying. People wanted one last stand at the wall. It was going to break anyway. I think it broke.

« Is that all good? Probably not, but it’s not changeable either. We live in a new world, and that’s the way it is.

« They said the same thing when books became printed, right? They said it was the end of the world.

« But it wasn’t. »

Voir de même:

Zeitgeist
Justin Timberlake Finally Gets Called Out, 12 Years after Nipplegate
Emmanuel Hapsis
KQED

June 27, 2016

Nipplegate Revisited: Why America Owes Janet Jackson a Huge Apology
Justin Timberlake means a lot of things to people. Maybe he was your first crush back in the NSYNC days. Maybe he emboldened you to try out an all-denim look or an edgy Ramen noodle hairstyle. Or maybe he taught you a lesson about the Teflon nature of white male privilege and how, for some, nothing bad sticks.

But times are a-changing. Last night at the BET Awards, Jesse Williams delivered a speech that will blast your understanding of what getting goosebumps feels like to all-new stratospheric levels.

If you don’t have time to watch it in full, make time. If that’s not possible for some reason (nosy boss, bad internet connection, what have you), here are some choice lines that’ll give you an idea of what we’re working with here:

“Police somehow manage to deescalate, disarm and not kill white people everyday. So what’s going to happen is we are going to have equal rights and justice in our own country or we will restructure their function and ours.”
“The burden of the brutalized is not to comfort the bystander. That’s not our job, alright – stop with all that. If you have a critique for the resistance, for our resistance, then you better have an established record of critique of our oppression. If you have no interest in equal rights for black people, then do not make suggestions to those who do. Sit down.”
“We’ve been floating this country on credit for centuries, yo, and we’re done watching and waiting while this invention called whiteness uses and abuses us, burying black people out of sight and out of mind while extracting our culture, our dollars, our entertainment like oil – black gold, ghettoizing and demeaning our creations then stealing them, gentrifying our genius and then trying us on like costumes before discarding our bodies like rinds of strange fruit. Just because we’re magic doesn’t mean we’re not real.”
Justin Timberlake was presumably watching at home and felt moved, as anyone should. He decided to tweet from his glass house.Seems harmless. Jesse does deserve props for that speech. But there is an absurd lack of self-awareness at work here. One of the major points of Jesse’s speech is that black art is so often devalued, only to be appropriated by white people and reevaluated as suddenly worthy. No one knows this better than Justin Timberlake, who has made a career out of co-opting black culture and gaining the kind of success that is rarely afforded to those who originated it.

Twitter helpfully pointed this out for him:This is where Justin should have logged off. But no:

A one-two punch of condescension (“sweet soul”? really?!) and #AllLivesMatter / #We’reAllAfrican sentiment? Plus, a sardonic “bye” send-off? Justin, you are not Beyonce and people on Twitter speaking truth are not Felicia.

Yes, Justin, we are all human beings and should be treated equally, but that’s not our current reality. When someone from a marginalized group expresses his or her feelings on their lived experience, it is not appropriate to step in and say something that makes their message about you. Sometimes the best way to be an ally is to know when to stop talking and start listening.

For over a decade, Justin has gotten away with being mediocre (his last single, which is horrible, went straight to #1) and being a coward (lest we forget how he left Janet Jackson out to dry, after ripping her Super Bowl Halftime outfit). Judging by the response to an essay I wrote earlier this year about Nipplegate, it seems like many have forgotten. For those who missed it, here’s something to chew on:

When he sings, “Better have you naked by the end of this song,” he was supposed to pull Janet’s bustier to reveal a red lace bra, but both pieces ended up ripping off.

Then everyone got insanely mad at Justin for messing up. Oh, wait, sorry, I forgot about the patriarchy for a second. Let me try that again: then everyone got insanely mad at Janet for having breasts and no one ever really mentioned Justin again. For example, The Washington Post’s Tony Kornheiser wrote, “What Janet Jackson did was bizarre, deliberately flopping out of her costume like that.” Justin’s grabbing hand is entirely erased from the scene.

The senseless sexism didn’t end there. Janet was disinvited from that year’s Grammys. Meanwhile, Justin was not only allowed to attend, but also performed. Janet was blacklisted from radio and music video channels for the next several years, leading to multiple album flops, while Justin got to be goofy on SNL and become a movie star.
And what’s worse is that Justin let Janet take all the heat, more concerned with making it as a solo artist than doing the right thing. Granted, the way America so easily absolved him of any wrongdoing wasn’t really up to him and speaks to a national legacy of racism and sexism that’s far bigger than one single boy band member. But what was up to him was whether or not he used his privilege to highlight the unfair advantage he enjoys in this world and the hypocrisy of it all.

If Twitter had been around back in 2004, maybe Janet and Justin’s career trajectories would have taken different courses. Maybe so many wouldn’t have kept quiet as Justin moonwalked away from the mess he helped create, using Janet’s brother’s appropriated dance moves to boot. There’s no way to know.

Today, Justin apologized for his tweet and says he feels “misunderstood.” So does Janet. So do many African Americans. So do most people who aren’t straight white dudes.

It’s time for Justin to take a seat and some of his own medicine, the same dose he prescribed for Britney, another woman he used and then discarded to get to where he is today: Cry me a river.

Voir de plus:

Surprise! There’s a third YouTube co-founder
Jim Hopkins

USA TODAY

10/11/2006

SAN FRANCISCO — Jawed Karim doesn’t begrudge the spotlight on YouTube co-founders Chad Hurley and Steve Chen this week after they negotiated the video website’s sale to Google for about $1.7 billion.
After all, Hurley and Chen took the germ of an idea — famously hatched at a San Francisco dinner party — and turned it into a Silicon Valley company that became a global phenomenon in less than a year.

Still, Karim, 27, would like more people to know that he was YouTube’s third co-founder — and, he says, the guy who first suggested the idea that became the company. « It took the three of us, » he said Wednesday.

The story of YouTube’s birth, like that of many companies, is more nuanced than the one widely known. In many accounts, Hurley and Chen take center stage. If he’s mentioned at all, Karim is cast in a bit part, ending when he assumed an advisory role after leaving YouTube last year for graduate computer studies at Stanford.

Other entrepreneurs lost their place in history, too, says James Hoopes, a business history professor at Babson College near Boston. Historians and journalists « like to write about personalities, » so they often focus on individuals, brushing aside other co-founders. Popular wisdom, for example, says Bill Gates and Sam Walton single-handedly started Microsoft and Wal-Mart, respectively, but they were co-founders.

Karim says his idea for what became YouTube sprang from two very different events in 2004: Janet Jackson’s « wardrobe malfunction, » during a Super Bowl show, and the Asian tsunami.

YouTube fizzled in an early version, Karim says: A dating site called Tune In Hook Up drew little interest. The founders later developed the current site, now broadcasting 100 million short videos daily on myriad subjects.

YouTube says Karim was part of the « core » team that developed the idea for the company and notes that he is listed as one of three founders on its website. « There’s no question about that, » spokeswoman Julie Supan says.

Karim is one of the company’s biggest stockholders and is in line to get millions of dollars in Google shares when the deal announced Monday closes. He declined to reveal his stake, or the stakes of the other founders and venture-capital investors at Sequoia Capital.

Karim grew up in West Germany, and his family immigrated to Minnesota when Karim started high school. His Bangladeshi father is a chemist at 3M, and his German mother is a biochemistry research professor at the University of Minnesota. Karim got his bachelor’s in computer science and engineering in 2004 at the University of Illinois at Urbana-Champaign.

Hurley, 29, Chen, 28, and Karim met as early employees at PayPal, the payment service sold to eBay in 2002. The three, newly rich after leaving PayPal, talked about a start-up of their own, possibly a database venture, Karim says.

Voir par ailleurs:

Is this lingerie RACIST? Victoria’s Secret come under fire for ‘cultural appropriation’ over Chinese themes in blockbuster Paris show

Victoria’s Secret has been accused of ‘cultural appropriation’ and showcasing ‘racist’ underwear at its fashion show last night.

A whole host of famous faces including Kendall Jenner and Gigi Hadid were among the Victoria’s Secret Angels who modelled the lingerie company’s designs on the runway.

They wore elaborate creations, donning wings, tails, and statement jewellery as they walked the catwalk in Paris.

However, the exotic lingerie has fallen foul of some, who were unimpressed by the Asian and Mexican influences to some of the designs, and accused the brand of ‘cultural appropiation’.

In a piece entitled ‘Why Can’t Victoria’s Secret Stop Designing Racist Lingerie?’, which appears to have since been taken down online, Helin Jung criticised the brand in Cosmopolitan magazine.

Victoria’s Secret was also criticised for that giant dragon that Angel Elsa Hosk wore wrapped around her body

She accused the company of being condescending towards customers in China by borrowing from the country’s culture.

‘Stripping of cultures aside, the emblems that stood out most were the ones that came from Asia — specifically China,’ she wrote.

‘The dragon that Elsa Hosk wore wrapped around her body, the embroidered stiletto boots seen on Adriana Lima, the tail made of flames worn by Kendall Jenner.

‘There’s a lot of talk of China as a dominant world power of the 21st century, and the U.S. government, Hollywood, and now Victoria’s Secret, it seems, are pivoting to face a new reality.

‘But the Orientalism on display here doesn’t show an understanding or an attempt at dialogue. It doesn’t close any gaps.

‘What condescension, for Victoria’s Secret to think that by wrapping a model in a dragon, it could connect directly with a new consumer in China,’ Jung continued.

The exotic lingerie has fallen foul of some, who were unimpressed by the Asian and Mexican influences to some of the designs

The critical article has faced a fierce backlash with Twitter users rushing to defend the brand

‘The brand and its creative leads shamelessly cherry-picked imagery, breaking apart aesthetic references from wherever they wanted and stitching them back together again. They’re telling us its worldliness. It’s not, it’s a hack job,’ she added.

‘The fact is that even as the world gets more connected, a sexist, patriarchal, mostly white corporation continues to take what it wants for its own gain,’ she continued, ending by telling VS to stick to ‘thongs that don’t have cultural references.’

It is not the first time the brand has come under fire for something similar – in 2012 Victoria’ Secret attracted criticism after Karlie Kloss modelled a Native American-style headdress on the runway.

However, the article has faced a fierce backlash with Twitter users rushing to defend the brand.

Twitter users have criticised the article and defended the Victoria's Secret collection

Twitter users have criticised the article and defended the Victoria’s Secret collection

Sophie Sandor did not agreed that the catwalk show was 'racist, sexist  and patriarchal'

Sophie Sandor did not agreed that the catwalk show was ‘racist, sexist  and patriarchal’

Robby Soave wrote: ‘Not to be dramatic or anything but this article makes me fearful that we are entering a new Dark Ages.’

While Sophie Sandor ‏wrote: ‘Helin Jung tries to argue that Victoria’s Secret’s annual fashion show was racist, sexist & patriarchal. I’m searching for the reasons why.’

Victoria’s Secret has not yet responded to Cosmopolitan‘s allegation.

Footage from the event will air in 190 countries around the world, including the UK, on December 5.

Voir aussi:

Keith Ellison Will Help Republicans

The candidate to run the Democratic Party backed Farrakhan and always votes left.

There are two reasons. The first is that Mr. Ellison’s selection would mean the Democratic Party would be led by a left-winger’s left-winger, handing an early assist to the GOP and the Trump administration for the 2018 midterms.

After cataloging every vote cast by every congressman, the nonpartisan National Journal ranks the five-term Minnesota Democrat as among the House’s most left-wing members during his 10 years in Congress, and tied for the most liberal congressman in 2013 , 2011and 2008.

That’s why he went all-out for Sen. Bernie Sanders in the Democratic presidential primary. In return Mr. Ellison earned the backing of the avowed “democratic socialist,” as well as support from Sens. Elizabeth Warren and Harry Reid.

But this still leaves Mr. Ellison with a fundamental problem. This year’s exit polls found 28% of voters wanted the next president to continue Barack Obama’s policies while 47% wanted the new president to be more conservative. Only 17% said he should be more liberal. Mr. Ellison stands as the vanguard of that 17%, hardly the place to launch a decimated Democratic Party to political recovery.

He is unlikely to emphasize recruiting candidates who mirror the values of the flyover states that Democrats have been losing from the top of the ballot to the bottom. When then-Rep. Rahm Emanuel led the Democratic Congressional Campaign Committee in 2006, he knew his party could not regain the House majority unless it nominated candidates who could win moderate and even mildly conservative districts. So he refused to insist on ideological purity, even on issues like abortion and guns that are articles of faith to the Democratic left. But Keith Ellison is no Rahm Emanuel.

Nor is Mr. Ellison likely to craft a message that attracts middle-class voters in the political center. Instinctively, he’d rather appeal to avid readers of the Nation and Huffington Post.

Then there’s Mr. Ellison’s praise as a young man for the poisonous Nation of Islam leaderLouis Farrakhan. In a Nov. 30 interview with NPR, Mr. Ellison dismissed criticism of his support for Mr. Farrakhan as a “smear,” while acknowledging “at the time I didn’t pay close enough scrutiny to some of the other things he was saying.”

Here’s the problem with his explanation: Mr. Ellison defended the Nation of Islam founder for a decade, even calling him in a 1997 statement before the Minnesota Initiative Against Racism “a tireless public servant of Black people.” Ten years is a long time for Mr. Ellison to fail to grasp he was praising a bigot and anti-Semite.

This leaves the impression Mr. Ellison is not only radical but also duplicitous, especially after a transcript of a 2010 fundraising speech surfaced in which he said that while the U.S. should “be friends with Israel,” the U.S. “can’t allow another country to treat us like we’re their ATM.” He also complained that America’s Middle East policy “is governed by what is good or bad through a country of seven million people.”

Given all this, Mr. Ellison’s selection would further strain the Democratic Party’s relationship with the Jewish community, one of the party’s most loyal constituencies.

Mr. Ellison’s appearance at a 2000 fundraiser for the Legal Defense Fund of domestic terrorist Sara Jane Olson of the Symbionese Liberation Army, and his opposition to seeking extradition from Cuba of convicted cop killer Assata Shakur, may have contributed to the unease of some labor leaders. Officials of the firefighters and some of the building trades and hospitality industry unions have objected to the AFL-CIO’s efforts to jam through an endorsement of him.

Longer term, however, choosing Mr. Ellison as DNC chairman would likely catalyze a counter-reaction to the Sanders-Warren wing of the Democratic Party. It could lead more reasonable liberals to organize—sooner rather than later—an effort to reinvigorate their party as the Democratic Leadership Council did following Walter Mondale’s crushing 1984 defeat. That work eventually resulted in the 1992 election of Bill Clinton as president.

While the GOP might make short-term gains while Mr. Ellison is DNC chairman, the country would be better served in the long run by a healthy two-party system. That means Democratic Party leaders should pick a chairman who can actually rebuild the party instead of marching even further to the left and deeper into the political wilderness.

Mr. Rove helped organize the political-action committee American Crossroads and is the author of “The Triumph of William McKinley” (Simon & Schuster, 2015).

Voir encore:

BET France, une chaîne consacrée à la culture afro où « le Noir dérange »
Critiquée pour son absence d’animateurs noirs, la nouvelle chaîne BET France pose une nouvelle fois la question de la visibilité des Noirs dans les médias français.

Jacques-Alexandre Essosso (contributeur Le Monde Afrique)

Le Monde

28.10.2015

« Plein de journalistes noirs galèrent à trouver des emplois, ne serait-ce qu’un petit stage. Alors si même BET [Black Entertainment Television], une chaîne noire, s’y met, il y a un problème. » Pour Christian Dzellat, fondateur du portail d’information communautaire Nofi, l’absence d’animateurs noirs sur une chaîne consacrée à la culture afro est une insulte.

Le 21 octobre, après plusieurs jours de contestation, il est parvenu à rencontrer Thierry Cammas, président-directeur général de MTV Networks France (propriétaire de BET France), et Michael D. Armstrong, vice-président de BET US. Le soir même, Christian Dzellat a rapporté sur sa page Facebook que la nouvelle chaîne de télévision s’engageait à commencer une campagne de recrutement de « talents issus de la communauté noire ».

Appel au boycott
Le lendemain, la chaîne a formulé les mêmes engagements auprès du collectif Boycott BET France et du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN). « Ils nous ont expliqué qu’il s’agissait d’une erreur de communication. Nous en doutons un peu, mais au moins ils ont pris en compte nos revendications », souligne Yan Boss, le porte-parole du collectif. Le mouvement a cessé ses actions mais reste vigilant.

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Boycott BET France est à l’origine de la contestation. Le 14 octobre, le groupe a créé une page Facebook pour dénoncer le casting de la chaîne. En quelques jours, la page a rassemblé 5 000 likes, soit 4 000 de plus que la page officielle de la chaîne. L’objectif était d’interpeller la version française de BET et le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pour leur faire part de leur mécontentement. La presse américaine a également eu vent de la polémique, le magazine Ebony lui a consacré un article. Sollicité par Le Monde Afrique, BET France n’a pas souhaité s’exprimer. « Nous avons envoyé une bonne dizaine de courriers au CSA. Lors de notre entretien, le patron de la chaîne nous a dit qu’il avait eu une réunion avec eux à la suite de cela », explique Yan Boss.

Loin de l’idée initiale
Pour accompagner le lancement de BET France et assurer l’animation d’un des programmes de la chaîne, Hedia Charni, Franco-Tunisienne, et Raphäl Yem, d’origine cambodgienne, ont été recrutés. Des choix que déplore Yan Boss. « Pour faire la promotion de la culture noire, il faut un minimum de Noirs à l’antenne. Vous ne pouvez pas ouvrir un restaurant halal et mettre des chinois à l’intérieur. »

BET est un symbole fort lié à l’histoire des Afro-Américains. Fondée en 1980 par Robert Johnson, BET apparaît à une époque où les Noirs sont peu présents à la télévision américaine. Pour Yan Boss, le contexte français est similaire à celui des Etats-Unis dans les années 1980.

Hedia Charni et Raphäl Yem ne sont pas les cibles directes de la page appelant au boycott. Mais dans un paysage audiovisuel français qui laisse déjà peu de places aux Noirs, leur mise en avant sur une chaîne dédiée à la culture afro divise. « Il peut y avoir des personnes qui ne sont pas noires mais au moins pour le lancement, envoyez un signal fort pour dire on vous respecte », développait Christian Dzellat avant de rencontrer la direction de BET France.

« Tout se fait sans nous »
Cette absence de Noirs à la télévision, Claudy Siar l’observe depuis de nombreuses années. L’animateur de radio a été délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer entre 2011 et 2012. « Nous sommes tous piégés dans ce concept de la diversité qui n’a fait que marginaliser une frange de la population française. Il y a un peuple de la normalité, français et blanc, et la diversité (asiatiques, noirs, arabes…) », regrette celui qui est aussi l’actuel vice-président du Conseil représentatif des Français de l’outre-mer (Crefom).

A la mi-octobre BET France avait tenté d’étouffer la polémique en affirmant que d’autres présentateurs issus de la « black culture » rejoindraient l’antenne. Seulement, l’emploi du terme « black » n’a pas non plus fait l’unanimité. « Nous sommes des Noirs, il y a des Blancs. Moi, je ne dis pas “white”. J’ai le sentiment qu’en France, le Noir dérange », dénonce Christian Dzellat.

BET France a repris en main sa communication et devrait bientôt annoncer l’arrivée de nouveaux visages à l’antenne. Mais pour Claudy Siar le problème ne s’arrête pas à la question des animateurs. « Y a t-il à la tête de ce média des gens qui peuvent défendre la culture noire ? (…) Tout se fait sans nous, dans notre dos, contre notre volonté. »

Voir aussi:

Facebook accusé de manipuler les sujets tendance, la polémique fait rage
AFPQC  |  Agence France-Presse
10/05/2016

Facebook est accusé d’avoir manipulé les sujets présentés comme des tendances sur son site, aux dépens notamment des conservateurs américains, ce que réfute le réseau social, sous le feu des critiques.

La rubrique « Trending », qui n’existe pas dans la version française de Facebook, est une petite pastille qui se trouve en haut à droite de la page et mentionne les sujets dont on parle le plus sur le réseau social.

Les thèmes choisis sont, en théorie, identifiés par un algorithme qui repère le nombre total de mentions mais aussi une forte augmentation sur un court laps de temps, à l’instar de ce qui se voit sur d’autres réseaux sociaux, Twitter en premier lieu.

Mais selon le site d’information Gizmodo, spécialisé dans la technologie et affilié au groupe Gawker, ce service fonctionne en réalité comme une rédaction qui opère des choix éditoriaux affirmés, certains individuels, d’autres collectifs.

Des personnalités conservatrices, telles que les républicains Mitt Romney (candidat en 2012), Ted Cruz et Scott Walker (candidats à l’investiture républicaine en 2016), ou l’éditorialiste radio Glenn Beck, lui aussi conservateur, ont ainsi été écartés de la liste sur décision individuelle alors que leur nom faisait surface sur Facebook, selon des témoignages cités par Gizmodo.

Les journalistes présents s’attachaient également à ne pas utiliser de sites réputés conservateurs comme source et n’intégraient un sujet aux tendances que s’il avait été traité par des médias considérés comme plus neutres, comme le New York Times, la BBC ou la chaîne d’information CNN.

Ce traitement éditorialisé n’était pas le résultat d’instructions données par l’encadrement mais de l’initiative de jeunes journalistes orientés par leurs opinions politiques marquées à gauche, assurent tous les témoins cités.

En revanche, des consignes ont bel et bien été données, selon les prestataires interrogés par Gizmodo, pour que des sujets qui ne suscitaient pas d’activité suffisante soient pourtant intégrés aux tendances.

Il s’agissait principalement de nouvelles traitées par les médias de référence, concernant notamment la Syrie ou le mouvement protestataire américain Black Lives Matter.

Gizmodo cite également l’exemple de l’attaque de janvier 2015 contre Charlie Hebdo, relevée alors qu’elle ne faisait pas l’objet d’un intérêt global suffisant.

Règles rigoureuses

Les anciens prestataires indiquent que l’évolution de l’algorithme a eu pour effet de réduire sensiblement les interventions forcées durant leur passage au sein de Facebook de mi-2014 à fin 2015.

« Nous nous sommes penchés sur le sujet et avons conclu que ces allégations étaient infondées », a indiqué à l’AFP un porte-parole de Facebook.

Dans un message posté sur le réseau social, le responsable des « trending topics », ces fameuses tendances d’actualité, Tom Stocky, a assuré que son équipe était soumise à des « règles rigoureuses (…) pour assurer la cohérence et la neutralité » de la rubrique.

« Le travail de nos éditeurs est enregistré et vérifié, et violer ces règles peut être un motif de licenciement », a-t-il ajouté.

Les accusations de Gizmodo ont déclenché une vive polémique, nourrie par les médias identifiés comme conservateurs.

Le New York Post a même dédié sa Une au sujet mardi: « Vous ne lirez pas ça sur Facebook. Le site censure les informations ».

« Je me demande si le sondage Quinnipiac qui situe Trump au coude-à-coude avec Hillary (Clinton) en Floride, Ohio et Pennsylvanie est une tendance sur Facebook », a ironisé, sur Twitter, Ari Fleischer, ancien porte-parole de la Maison Blanche sous George W. Bush.

« Facebook est une société privée qui peut faire ce qu’elle veut. Si elle veut mettre en avant un sujet ou un point de vue, c’est son droit comme c’est celui de Fox News ou du New York Times », considère Joel Kaplan, doyen associé de la Newhouse School de l’université de Syracuse.

« Je pense aussi que c’est une bonne chose que tout média ou agrégateur insiste sur un sujet dont il pense qu’il est important », ajoute-t-il.

La polémique pose la question de l’influence d’une plateforme consultée quotidiennement par 1,09 milliard d’internautes.

Pour Joel Kaplan, elle est limitée: « Les gens abordent l’information avec leurs biais et leur grille de lecture. C’est lorsque les gens font passer ce qu’ils ont vu à leurs amis que son impact est le plus grand. »

Dans ce cas seulement, « cela peut faire une différence », selon lui.

Voir de plus:

Assessing the Obama Legacy—Against His Own Mileposts
Victor Davis Hanson
Natinal review
December 8, 2016
The president’s stated priorities have not turned out well. In his 2016 State of the Union address, President Obama summarized his achievements. That same night, the White House issued a press release touting Obama’s accomplishments. Now that he will be leaving, how well did these initiatives listed in the press release actually work out?
“Securing the historic Paris climate agreement.” The accord was never submitted to Congress as a treaty. It will be ignored by President-elect Trump. “Achieving the Iran nuclear deal.” That “deal” was another effort to circumvent the treaty-ratifying authority of Congress. It has green-lighted Iranian aggression, and it probably ensured nuclear proliferation. Iran’s violations will cause the new Trump administration to either scrap the accord or send it to Congress for certain rejection.
“Securing the Trans-Pacific Partnership.” Even Democratic presidential nominee Hillary Clinton came out against this failed initiative. It has little support in Congress or among the public. Opposition to the TTP helped fuel the Trump victory.
“Reopening Cuba.” The recent Miami celebration of the death of Fidel Castro, and Trump’s victory in Florida, are testimonies to the one-sided deal’s unpopularity. The United States got little in return for the Castro brothers’ propaganda coup.
“Destroying ISIL” and “dismantling al Qaeda.” We are at last making some progress against some of these “jayvee” teams, as Obama once described the Islamic State. Neither group has been dismantled or destroyed. Despite the death of Osama bin Laden, the widespread reach of radical Islam into Europe and the United States remains largely unchecked. The precipitous withdrawal of all U.S. peacekeepers in 2011 from a quiet Iraq helped sow chaos in the rest of the Middle East.
“Ending combat missions in Afghanistan and Iraq.” The Afghan war rages on. The precipitous withdrawal of all U.S. peacekeepers in 2011 from a quiet Iraq helped sow chaos in the rest of the Middle East. We are now sending more troops back into Iraq. “Closing Guantanamo Bay.” This was an eight-year broken promise. The detention center still houses dangerous terrorists.
“Rebalancing to the Asia-Pacific region.” The anemic “Asia Pivot” failed. The Philippines is now openly pro-Russian and pro-Chinese. Traditional allies such Japan, Taiwan, and South Korea are terrified that the U.S is no longer a reliable guarantor of their autonomy. “Supporting Central American development.” The once-achievable promise of a free-market, democratic Latin America is moribund. Dictatorships in Venezuela, Cuba, and Nicaragua remain impoverished bullies. All have been appeased by the U.S.
“Strengthening cybersecurity.” Democrats claimed Russian interference in the recent election. If true, it is proof that there is no such thing as “cybersecurity.” The WikiLeaks releases, the hacked Clinton e-mails and the Edward Snowden disclosures confirm that the Obama administration was the least cybersecure presidency in history. Share article on Facebook share Tweet article tweet “Growing the Open Government Partnership.” The NSA scandal, the hounding of Associated Press journalists, some of the WikiLeaks troves, and the corruption at the IRS all reveal that the Obama administration was one of the least transparent presidencies in memory.
“Honoring our nation’s veterans.” Obama’s Department of Veteran Affairs was mired in scandal, and some of its nightmarish VA hospitals were awash in disease and unnecessary deaths. Secretary of Veterans Affairs Eric Shinseki was forced to resign amid controversy. Former Homeland Security Secretary Janet Napolitano apologized for issuing an offensive report falsely concluding that returning war vets were liable to join right-wing terrorist groups. The southern U.S. border is largely unenforced. Immigration law is deliberately ignored.
“Making sure our politics reflect America’s best.” The 2016 presidential campaign was among the nastiest on record. WikiLeaks revealed unprecedented collusion between journalists and the Clinton campaign. Earlier, Obama had been the first president in U.S. history to refuse public campaign money. He was also the largest fundraiser of private cash and the greatest collector of Wall Street money in the history of presidential campaigns.
“Protecting voting rights.” Riots followed the recent presidential election. Democrats, without merit, joined failed Green Party candidate Jill Stein’s recount in key swing states they lost. Progressives are berating the constitutionally guaranteed Electoral College. State electors are being subject to intimidation campaigns. “Strengthening policing.” Lethal attacks on police are soaring.
“Promoting immigrant and refugee integration and citizenship awareness.” The southern U.S. border is largely unenforced. Immigration law is deliberately ignored. The president’s refugee policy was unpopular and proved a disaster, as illustrated by the Boston Marathon bombings, the San Bernardino attack, the Orlando nightclub shooting, and the recent Ohio State University terrorist violence.
Note what Obama’s staff omitted: his doubling of the U.S. debt in eight years, the unworkable and soon-to-be-repealed Affordable Care Act, seven years of anemic economic growth, record labor nonparticipation, failed policy resets abroad, and a Middle East in ruins. Why, then, has the president’s previously sinking popularity suddenly rebounded in 2016? More Barack Obama Obama’s Second Term Was a Complete Failure Obama’s Mixed Anti-Terror Legacy A Response to Brian Beutler Obama disappeared from our collective television screens, replaced by unpopular candidates Clinton and Trump, who slung mud at each other and stole the limelight. As a result, Obama discovered that the abstract idea of a lame-duck Obama was more popular than the cold reality of eight-year President Obama. He wisely adjusted by rarely being heard from or seen for much of 2016. So Obama now departs amid the ruin of the Democratic party into a lucrative post-presidency: detached and without a legacy. —

Victor Davis Hanson is a classicist and historian at the Hoover Institution, Stanford University, and the author, most recently, of The Savior Generals.

Voir enfin:

De la construction sociale de la race à l’abolition de la blancheur (Whiteness)

En finir avec la blancheur
David Roediger

Parti des Indigènes de la république

17 novembre 2014

Nous publions, ci-dessous, la traduction d’une allocution faite par David Roediger durant le Socialist Week à l’Université Iowa State, durant l’automne 1992. Ce texte a aussi servi d’introduction au recueil d’articles de D.Roediger Towards the Abolition of Whiteness, publié pour la première fois en 1994 aux éditions Verso. Bien évidemment, la date à laquelle David Roediger a prononcé cette allocution n’est pas anodine. D’une part, cela permet de comprendre le contexte politique dans lequel ce texte fut produit ainsi que les références utilisées par Roediger, comme notamment les attaques de Bill Clinton contre la rappeuse américaine Sister Souljah, lorsque cette dernière avait déclaré, suite aux émeutes de Los Angeles en 1992 : « (…) si des gens noirs tuent des gens noirs chaque jour, pourquoi n’y aurait-il pas une semaine pour tuer des gens blancs ». D’autre part ce texte est également intéressant en cela que les analyses de la question raciale en France sont très récentes par rapport à un pays comme les États-Unis. David Roediger est considéré comme l’un des précurseurs de ce que l’on nomme les whiteness studies (études sur la blancheur), même si lui-même récuse cette position de précurseur, écrivant que :

« Les bonnes raisons pour renier cette place de fondateur (ou de co-fondateur) des critical whiteness studies sont nombreuses. Produire une telle généalogie revient à faire du moment de publications de travaux sur la blancheur par des blancs, dans les années 1990, l’origine d’une  »nouvelle » ère d’investigations scientifiques, alors que dans les faits des écrivains et militants de couleur ont étudié depuis longtemps les identités et les pratiques des blancs, en tant que problèmes devant être historicisés, analysés, théorisés et contrés.[1] »

En effet, bien que les whiteness studies aient été institutionnalisées au début des années 1990, grâce notamment à deux ouvrages majeurs The Wages of Whiteness. The Making of the American Working Class (1991) de David Roediger et How the Irish became White (1995) de Noël Ignatiev, celles-ci se placent dans une longue tradition théorique et n’ont pas été « inventées » par les blancs. S’il nous semble primordial de publier cette traduction c’est pour plusieurs raisons. D’une part, David Roediger est un auteur dont certains textes devraient nous servir de références théoriques mais également nous aider à développer notre pensée décoloniale. Bien qu’hélas les textes de David Roediger disponibles en français soient trop rares[2]. D’autre part, les travaux de David Roediger permettent de réaffirmer l’importance de la race lorsque l’on analyse les contradictions de classes, sans pour autant appeler abstraitement à une « articulation ». En effet, comme l’écrit Sadri Khiari « Dire que finalement toutes les exploitations et les oppressions s’adossent et se chevauchent les unes les autres ne suffit pas à en résoudre l’équation, en l’occurrence que, s’il y a sans doute des intérêts communs à tous les opprimés, il y a également des conflits d’intérêts entre eux.[3] ». C’est d’ailleurs l’un des apports principaux de Roediger, puisque dans son ouvrage The Wages of Whiteness, il s’interroge sur la raison pour laquelle les ouvriers blancs tiennent tant à leur blancheur. C’est cela qui lui a fait développer l’idée (qu’il reprend à W.E.B. Du Bois) d’un salaire de la blancheur dont bénéficient même les ouvriers blancs. Pourtant, bien que les analyses de Roediger soient le plus souvent brillantes et très utiles à notre compréhension du racisme, dans le texte que nous reproduisons ci-dessous, il importe de pointer deux faiblesses : d’une part Roediger semble considérer la race comme un pur produit idéologique, « ontologiquement vide » comme il l’écrit lui-même, refusant par-là de percevoir la réalité matérielle de la race – et donc son autonomie vis-à-vis de la question de la classe ; d’autre part Roediger semble offrir comme solution aux blancs de simplement refuser d’être blancs, d’être des traitres à leur race en somme. Pourtant, il semble évident, comme l’a noté Satnam Virdee dans son essai Racism, Class and the Dialectic of Social-Transformation, que dissoudre le « club » des blancs ne suffira pas à dissoudre la blancheur. Une telle analyse semble, en effet, ignorer les structures qui produisent et reproduisent le racisme dans la société capitaliste. Même si une majorité de blancs rejetaient leur blancheur, ils bénéficieraient toujours des privilèges liés à celle-ci. C’est d’ailleurs ce que précise Roediger à la fin de son texte lorsqu’il écrit que « en un certain sens, les blancs ne peuvent pas totalement renoncer à leur blancheur, même s’ils le souhaitent », prenant l’exemple de l’héroïne italo-américaine du film Jungle Fever.

Mais l’intérêt de ce texte réside dans le fait de rappeler qu’être blanc, c’est également faire partie d’une race sociale (une race dominante). Car, analyser la race blanche est un point qui manque hélas bien trop souvent à nos analyses politiques. Parmi les militants et théoriciens politiques qui prennent en compte la question raciale comme une question systémique, trop nombreux sont ceux qui utilisent le terme « racialisation » pour parler en réalité des non-blancs, comme si les blancs n’étaient pas une race. Cette question, n’est pas qu’un simple problème de vocabulaire mais interroge réellement notre théorie politique et les conséquences pratiques qui en découlent. En effet, nous utilisons régulièrement les expressions « rapport de forces », « lutte des races », etc. … Or, un rapport, une lutte, nécessite un camp contre lequel nous luttons. Considérer que seuls les indigènes sont racialisés revient en quelque sorte à individualiser les blancs en ne nous focalisant que sur leurs attitudes et non sur la race sociale qu’ils forment. Les blancs pourraient être racistes ou non. Or, puisque nous analysons le racisme à partir des privilèges qu’ont les blancs, il est important de garder en tête que leurs privilèges découlent de leur race sociale. Nous proposerons donc de parler « d’indigénisation » et de garder le terme « racialisation » pour parler du processus historique qui a permis la naissance des races sociales blanches et non-blanches. Par ailleurs, ce texte pose des questions importantes et notamment celle du fossé entre la « mode » des études sur la race et la pratique politique. Notre but n’est bien évidemment pas de faire de l’anti-intellectualisme primaire mais bien de nous interroger sur le lien entre théorie et pratique décoloniale.

Bien que ce texte comporte donc quelques faiblesses, nous pensons qu’il est important de le publier et de nous intéresser à son économie générale plutôt qu’à certains points qui peuvent sembler vieillis ou peu pertinents pour notre situation. Nous espérons ainsi, humblement, par ce texte participer à la continuation de notre réflexion et de notre théorie décoloniale en vue de faire progresser notre organisation politique, donc notre pratique.

Selim Nadi, membre du PIR

De la construction sociale de la race à l’abolition de la blancheur (Whiteness)

David Roediger

Une plaisanterie circulant parmi les universitaires Africains-Américains met l’accent sur la distance entre les modes académiques d’études sur la race et la vie dans « le monde réel ». « J’ai remarqué, dit cette blague, que mes recherches démontrant que la race est une construction sociale et idéologique ne m’aident pas vraiment à trouver un taxi tard le soir ». Cet humour est assez ironique en cela que la plaisanterie ne rejette pas l’idée qu’il est important d’écrire sur, et d’analyser la construction sociale de la race, mais elle met l’accent sur le fait que la race peut être plus facilement démystifiée sur le papier que désarmée dans la vie réelle.

La problématique soulevée par « la blague du taxi » fait partie intégrante d’un questionnement plus large de récentes études critiques se basant sur le fait que les attentes de ces travaux, bien que se voulant populaires et politiques, n’ont jusqu’à présent pas abouti à des résultats pouvant endiguer l’avancée de la réaction aux États-Unis. Parmi les critiques les plus importantes au sein de ces « nouveaux travaux », on trouve une tendance à voir principalement le manque d’impact politique comme une preuve que ce ne sont pas uniquement les études postmodernes, mais également les travaux universitaires mettant l’accent sur le genre ou la race, qui seraient au mieux frileusement apolitiques et au pire obscènement hypocrites dans leur radicalisme. De telles attaques nécessitent une réponse, car elles marquent effectivement un point à travers la critique du jargon hyper-académisé que l’on trouve dans les écrits les plus récents, mais également parce que les intellectuels radicaux devraient se tenir à un minimum d’engagement politique. Il serait aisé de démontrer que les critiques de ces nouveaux travaux manquent elles-mêmes bien souvent de propositions politiques cohérentes au-delà d’un vague populisme et d’une nostalgie pour un marxisme qui ne peut pas survivre dans un monde où les femmes et les personnes de couleur forment de plus en plus le corps de la classe ouvrière et de la gauche. De la même manière, il serait facile d’arguer qu’il est injuste d’attendre du petit nombre d’enseignants à l’université qu’ils influent sur les habitudes des conducteurs de taxis américains. Ce qui est plus compliqué, mais pourtant nécessaire, pour ceux d’entre nous qui pensent que ces récents travaux contribuent modestement au changement radical, est d’être bien plus précis sur la manière dont cela se produit et sur les implications politiques de nos travaux.

En relevant ce défi, j’aimerai me focaliser en particulier sur les implications politiques découlant de l’idée que la race acquiert son sens par les actions des êtres humains dans des contextes historiques et sociaux concrets, et n’est pas une catégorie biologique ou naturelle. Le développement de cette perception de la race constitue un accomplissement majeur pour les récents travaux, accomplissement qui traverse largement les frontières disciplinaires. Les étudiants peuvent ainsi apprendre cette leçon en biologie par les écrits de Stephen Jay Gould ou Donna Haraway ; en histoire via les études percutantes de Alexander Saxton et Edmund Morgan ou encore par l’essai majeur de Barbara Field ; en sociologie avec Richard Williams ; en littérature avec les travaux de Toni Morrison ou Hazel Carby ; dans les études féministes (women studies) avec bell hooks ou Vron Ware ; dans les études religieuses avec Cornel West ; dans les cours sur les Africains-Américains en lisant l’indispensable Slave Culture de Sterling Stuckey. La théorie post-structuraliste a enrichi le travail de certains de ces universitaires et a fait connaître les études d’Eric Lott, Colette Guillaumin et Coco Fusco, chacun ouvrant des dimensions importantes dans la « dénaturalisation » de la race.

Les étudiants commençant à comprendre que la race ne prend tout son sens que dans les sociétés humaines, plutôt que dans l’ADN, sont ceux qui relient généralement tout ce qu’ils ont appris dans un certain nombre de domaines. Cela prend souvent du temps avant que le déclic ne se produise. Même au sein d’étudiants à la sensibilité de gauche, l’idée que la race est naturelle est tellement enracinée que l’on retrouve souvent la proposition selon laquelle l’éducation libérale [N.d.T : dans le présent texte, le terme « libéralisme » est à comprendre dans son sens anglo-saxon] et même radicale doit s’efforcer d’enseigner que la race n’est pas quelque chose de très important, mais est néanmoins une réalité matérielle. Lorsque les étudiants « pigent » cela, ils sont souvent extrêmement enthousiastes. Voir la race comme une catégorie faisant constamment l’objet de luttes et de réassignation, leur fait ainsi prendre conscience que les possibilités d’action politique, en particulier, et de capacité d’agir (agency) des humains sont bien plus larges que ce qu’ils pensaient. Ils réfléchissent ainsi à la manière par laquelle les structures d’oppression sociale ont contribué à la voie tragique qui a donné tout son sens à la race. Ils en viennent ainsi souvent à accuser ces structures. Concernant le degré limité, mais important, auquel ces choses arrivent, un coup d’œil à l’extravagant cauchemar du Reader’s Digest/New Republic permet d’appréhender ce qui s’incarne dans l’éducation supérieure américaine « politiquement correcte ».

Mais, aussi importante que soit cette transformation, elle sert le plus souvent à se frayer une voie à travers les séminaires universitaires plutôt qu’à travers le reste de notre quotidien. Tout comme le suggère la plaisanterie d’ouverture de ce texte, en raison même de son manque de substance, la race est une idéologie très puissante. Si les étudiants espèrent que le potentiel de la race leur ouvrira la voie simplement car elle permet une démystification intellectuelle importante du concept, ils seront très vite déçus. Plus important encore, l’idée que la race est construite socialement est si fondamentale que par elle-même elle implique des conclusions politiques spécifiques. En l’absence d’un large mouvement étudiant ou ouvrier au sein duquel ils pourraient « tester » la manière de passer de vues générales à des actions spécifiques, les étudiants ayant ouvert les yeux concernant la race risquent d’apparaître sur le devant de la scène durant la campagne de Clinton, avec l’accent qu’il met à vouloir rassembler tous les Américains. Ils risquent ainsi de terminer dans de petites sectes socialistes, où l’acceptation que la race est une catégorie naturelle est contre-balancée par une insistance plus grande sur l’idée que la race est également manipulée et mise en avant par les employeurs et les politiciens afin de diviser les ouvriers – insistance qui légitime un argument sonnant comme une totale démystification de la race, basée en fait sur une seule compréhension de classe. Sur les campus, les étudiants ayant été éclairés par la race se trouvent en général en train de militer pour l’expansion des études afro-américaines, car ils sont fascinés par la manière dont l’idéologie raciale a conditionné l’histoire et la vie quotidienne. Inversement, ils arguent que tout ce qui est spécifique racialement (race-specific) est illusoire et dangereux. Ceux qui s’en prennent à l’existence de la race comme catégorie naturelle, quant à eux, développeront souvent des positions politiques confuses. L’édition spéciale de Newsweek sur la rébellion de Los Angeles de 1992, par exemple, suit la voie progressiste selon laquelle le « concept véritable de race » serait une « relique scientifiquement absurde » puisqu’« il n’y pas de catégorie telle que  »noirs » ou  »blancs » … qui ne définissent aucunement une race ». Puis, ce même article propose plus ou moins aléatoirement un ensemble de solutions familières et confuses contre la crise urbaine, les incitations fiscales pour les entreprises, les aides sociales, les zones franches industrielles, l’entraide, les valeurs familiales et l’accroissement des forces de police.

Bien évidemment, aucun texte des intellectuels radicaux ne peut se substituer à un mouvement pacifique dans lequel les idées peuvent être mises à l’épreuve de la réalité. Mais il incombe néanmoins à ceux d’entre nous qui défendent l’idée que la race est une construction sociale de reconnaître que c’est là une percée intellectuelle vitale afin de dire que nous pensons que cette percée peut avoir une visée politique. La présente introduction débute par le court récit d’exemples d’Angleterre et d’Afrique. Cette section veut montrer que l’idée que la race est une construction sociale « fonctionne » assez largement, en aidant à clarifier certaines questions, mais qu’elle n’aide pas, en elle-même, pour autant, à résoudre la question de la direction à prendre concernant la race et la classe. Revenant aux États-Unis, ce texte critique la tentative de minimiser l’accent mis sur la prétendue « division » ou « illusion » de la question raciale dans les luttes politiques américaines. Il défend l’idée selon laquelle l’implication politique centrale résultant de l’idée que la race est construite socialement est la nécessité politique de s’attaquer à la blancheur (whiteness) en tant qu’idéologie destructrice plutôt que de s’attaquer au concept de race de manière abstraite. Bien que reconnaissant le passé tragique et le barrage à la création d’une classe ouvrière non-blanche, le présent essai arrive à la conclusion que la conscience de la blancheur (whiteness) contient également les éléments d’une critique de cette conscience et que nous devrions encourager des politiques basées sur des signes allant vers l’abandon populaire de la blancheur.

Notes transatlantiques sur la construction sociale de la race

Il est aujourd’hui quasiment impossible de voyager loin sans se heurter à l’éclatante évidence que la race est une idéologie construite socialement plutôt qu’une catégorie déterminée biologiquement. Dans la région Ashanti du Ghana, où ces lignes sont écrites, nous sommes salués dans la rue par des enfants qui chantent « Oburoni koko maakye ». Les Ashantis anglophones traduisent souvent cela par « bonjour homme rouge-blanc ». De la même manière, oburon wawu, termes généralement utilisé pour les habits occidentaux, est traduit de manière charmante par « l’homme blanc qui est mort ». Quoi qu’il en soit, oburoni dérive du terme Aburokeyre, le mot Akan pour « de l’autre côté de l’eau » et n’est donc pas l’équivalent de l’usage du terme blanc par les Euro-Américains. Les nombreux Chinois, Coréens et Japonais qui vivent désormais au Ghana sont généralement également qualifiés de oburoni. Mais en débattant de la traduction, les Ashantis pointeront le fait que ce n’est pas juste parce qu’ils viennent « de l’autre côté de l’océan » mais bien parce qu’« ils sont blancs » – c’est-à-dire qu’ils sont perçus comme ressemblant et agissant comme des Européens et des Américains. Les visiteurs Afro-Américains présentent un cas intriguant car ils ont littéralement traversé l’océan pour rejoindre les Ashantis. Dans la plupart des cas aujourd’hui, ce ne sont que les visiteurs ayant la peau la plus claire qui seront appelés oburoni. Mais récemment, il y a apparemment eu une tendance à leur accoler ce terme en utilisant ce dernier dans son sens originel. Il est ainsi intriguant qu’un spectateur britannique des discours de Malcolm X au Ghana sur la célébration de son pèlerinage à la Mecque me disait que les Ghanéens étaient surpris qu’un oburoni puisse dire de telles choses. En effet, l’un de ses auditeurs se rappelle qu’écoutant Malcolm, il le qualifiait d’homme blanc aux idées stupéfiantes. Bien que de forts éléments de liesse traversent de telles caractérisations, elles doivent nous alerter sur la complexité et la réalité de la construction sociale de la race.

D’autres expériences transatlantiques montrent la manière dont la construction sociale de la race pénètre la politique. En 1984, lorsque nous vivions dans le quartier londonien de Brent, des immigrés et descendants d’immigrés de diverses nationalités se désignaient souvent eux-mêmes de « Noirs », car cette catégorie « raciale » se rapprochait de ce que le travail brillant de A. Sivanandan a caractérisé de « couleur politique » des opprimés. Les Indiens d’Asie, les Pakistanais, les Malaisiens, les Turcs, les Chinois, les Bangladais, les Arabes et même les Chypriotes et quelques Irlandais s’identifiaient ainsi. Alors que je faisais une tournée de conférences en Afrique du Sud, en 1989, nous avons remarqué la manière par laquelle les opposants à l’apartheid définissaient la catégorie inter-raciale (mixed-race), créée par le gouvernement, de « colorés » (coloured) comme une simple création idéologique, en prenant toujours soin d’utiliser l’expression « soi-disant colorés ». Nombreux furent ceux, au sein de la population « soi-disant colorée » qui insistèrent sur le fait qu’ils étaient des Africains. Lors de cette même visite en Afrique du Sud, le fils d’un ouvrier africain du port de Cape Town nous raconta une histoire qui, plus tard, illustrera magnifiquement de quelle manière la race est une idéologie produite, et reproduite. L’indication « RÉSERVÉ AUX BLANCS » (WHITES ONLY), comme le racontait son père, n’apparut sur le bord de mer de Cape Town qu’après avoir observé des marins blancs américains esquiver les équipements « réservés aux Européens ».

Chacun de ces exemples est précieux en cela qu’il montre que l’idée que la race est construite socialement est valable et importante. Mais ils permettent également de pousser nos discussions vers la complexité permettant à de tels savoirs d’avoir une application politique. En les étendant, et en les sondant, on voit que chaque exemple soulève ses propres problématiques. Nous devons, par exemple, réfléchir au fait que depuis le début des années 1980, les initiatives visant à bâtir une identité pan-noire (pan-Black identity) au sein des opprimés britanniques furent confisquées et même démantelées par une résurgence aiguë des particularismes ethniques. Comment les militants politiques, armés par la connaissance qu’ils ont que la race est une catégorie idéologique et mouvante devraient-ils évaluer ce changement ? Était-ce le résultat inévitable de la tentative de bâtir des résistances basées sur « l’illusion » de la « couleur politique » ? Le particularisme ethnique est-il une identité plus historique, voire plus « réelle », liée à la survie d’une tradition inventée de négritude (Blackness) commune ? Ou, comme le maintient avec force Sivanandan, la vraie possibilité d’unifier les exploités autour d’une conscience liée à la « couleur politique », basée sur la classe et la race, a-t-elle été renversée par des politiques publiques délibérées et par l’opportunisme dans les rangs des leaders ethniques (ethnic leaders) ?

On retrouve le même type de problèmes dans l’exemple sud-africain. Dans mes anciennes conférences là-bas, je tentais désespérément d’étendre l’expression « soi-disant colorés » à toutes les constructions raciales, je parlais ainsi de « soi-disant blancs » et de « soi-disant noirs ». Afin de mettre en lumière le fait que ces catégories étaient également produites historiquement, cela apparaissait alors sans doute comme une stratégie justifiable. Pourtant, en tant que contribution au débat politique au sein du mouvement de libération sud-africain, ce fut moins pertinent. Les meilleurs militants réclamaient alors un programme complet de discrimination positive (affirmative action) dans les écoles, les structures du mouvement et dans la société plus largement, tenant au fait que la voie vers le non-racialisme incluait de prendre en considération la race. Cependant, j’offrais une formulation qui risquait de conforter les idées de ceux qui croyaient qu’un futur non-racial pouvait émerger de l’ignorance de politiques basées sur la race et qui défendaient l’idée que la race était inutile et contre-productive. Aussi puissante qu’elle soit, l’idée que la race est une construction sociale ne nous informe pas de manière magique sur les stratégies à adopter pour surmonter l’oppression race-classe.

Le tournant de l’exemple ghanéen apparaît comme étant plus prosaïque. Lorsque nous marchions dans Kumasi, spécialement dans les quartiers où nous n’avions jamais été auparavant, les habitants criaient parfois jovialement, en anglais, « Eh, vous êtes blancs ! ». Cela me frappait comme si j’étais un exemple déroutant, et surprenant, de non sequitur, avant que je ne réalise que l’on ne voyait quasiment aucun blanc marcher sur une longue distance ici. Le fond de leur pensée était en réalité « Eh, vous êtes blancs et vous vous promenez ici ! » ou « Eh, vous êtes blancs et devez avoir une voiture ! ». Bien que ce commentaire semblait porter purement « sur la couleur » ou « sur la race », il portait en réalité sur un comportement qui faisait qu’il était important de tenir compte de la couleur. Ainsi, bien que la race soit construite idéologiquement, elle est construite à partir du véritable schéma, prévisible et répété, de la vie réelle. En effet, comme le montrent Barbara Fields et Walter Rodney, c’est l’interconnexion avec la réalité qui donne à la race un intérêt aussi puissant et idéologique. Les blancs ne sont pas biologiquement programmés pour avoir une voiture ou une moto, mais au Ghana il est rare qu’ils en manquent, et c’est ce qui rend la race si importante dans un endroit si chaud, montagneux et poussiéreux, où même marcher est un travail. Dire cela revenait « en réalité » à prédire que les revenus des propriétaires de voitures, leur liens avec les entreprises multinationales et leur rôle dans les organisations humanitaires, les projets des missionnaires ou la recherche académique ne dissoudraient que difficilement la perception de l’interconnexion entre une voiture et la couleur de peau. Comme le remarque la magistrale History of Guyanese Working People de Rodney, les perceptions du monde en terme de race ont prospéré car elles semblaient « constituées des expériences de la vie quotidienne des gens ». La race est donc à la fois irréelle et une réalité visible. Sa démystification ne peut donc pas être accomplie par des exemples intellectuels hermétiques, mais seulement par une lutte politique et culturelle très compliquée.

Pourquoi continuer à parler de la race ?

L’évidence que la race est construite socialement, qu’elle est idéologiquement puissante et traversée par la complexité, est désormais mieux acceptée, mais reste toujours aussi fascinante. Électoralement, comme l’ont montré Thomas et Mary Edsall ainsi que d’autres, la blancheur est devenue, pour reprendre l’expression de Sivanandan, une « couleur politique » qui éblouit la coalition disparate de la nouvelle droite (New Right) et leur permet d’attirer assez de votes des classes moyennes et ouvrières blanches effrayées et aigries, pour régner. De la réalisation de la législation des droits civiques du milieu des années 1960, jusqu’à 1992, seul un démocrate a occupé la maison blanche, et il a, après une manœuvre politique astucieuse, salué l’importance de la « pureté ethnique ». Depuis la « négligence » de Willie Horton, même l’engagement démocrate mitigé pour les droits civiques s’est évanoui du parti, si enclin à la suspicion d’être « laxiste sur la race » que son leadership s’est engagé pour huit ans dans une recherche plus ou moins ouverte à un candidat blanc inattaquable dans ce qui était appelé une stratégie sudiste (Southern strategy) mais qui est mieux comprise en tant que stratégie des banlieues.

La blancheur exerce une telle force politique, malgré son complet discrédit en tant que « couleur culturelle », malgré le fait qu’elle soit devenue le sujet de plaisanterie des comiques de stand-up qui mettent en avant la vacuité de la « culture blanche » dans une nation où beaucoup de ce qui est nouveau, excitant, excellent et populaire – dans la musique, la mode, l’éloquence, la danse, la langue vernaculaire, le sport et de plus en plus dans la littérature, les films et les essais – vient des Afro-Américains, des Asiatiques-Américains ou des communautés Latinos. Nous faisons face, en bref, à une folle et ahurissante situation dans laquelle l’attrait pour la blancheur est pitoyablement maigre mais où l’effectivité de cet attrait pour la blancheur – de Howard Beach à Simi Valley jusqu’aux urnes électorales – est à son paroxysme. Le grand écrivain américain Ralph Ellison avait vu cela arriver il y a déjà une dizaine d’années et formulait alors une question qui touche directement le cœur de la politique et de la culture américaine moderne, de manière très précise :

Que fait, par ailleurs, un jeune blanc qui, avec un transistor radio collé à son oreille, braillant un air de Stevie Wonder, hurlant des épithètes raciales à de jeunes noirs tentant de nager sur une plage publique – et cela au nom de la sainteté ethnique de ce qui a été déclaré comme le territoire du quartier ?

Incapable de répondre à cette question et fatigué après une longue période de règles réactionnaires au niveau racial, nous avons toutes les chances d’être tentés de glisser de l’idée que le race est une construction idéologique à la conclusion qu’il est largement temps de dénoncer celle-ci comme un piège et une illusion et de revenir à des politiques populistes de réformes économiques. Ainsi, s’attarder sur la race, ou réclamer des remèdes « spécifiques à la race » (race-specific) est suspecté d’être contre-productif et même malveillant. L’article fermement matérialiste de Barbara Fields dans la New Left Review sur les origines du racisme américain se clôt par la critique, étonnamment idéaliste, d’une mère ayant demandé à son enfant de quatre ans si une playmate est « noire » puis qui se mit à rire lorsque l’enfant lui répondit qu’elle était « brune ». « Le rire bienveillant de la jeune femme fut provoqué par l’innocence d’une jeunesse, corrompue bien trop tôt », écrit Fields, « mais malgré toute sa bienveillance, son rire accélère cette corruption ». Fields argue que la femme, de même que les intellectuels radicaux qui mettent en avant la race comme un « tragique fléau » aux États-Unis, donne une réalité à la race. Elle suggère plutôt qu’en faisant cela ils sont comme le Ku Klux Klan et les meurtriers blancs de l’adolescent noir Yusef Hawkins. D’autres disent que nous devrions refréner nos discussions sur les questions raciales car seules les questions économiques peuvent générer des succès électoraux. Les propositions concrètes varient largement sur ce qui devrait être mis en avant à la place de la race. Fields propose ainsi la stratégie intéressante, mais totalement fantasque, de la discrimination positive basée sur la classe, alors que pour William Julius Wilson et les nombreux penseurs politiques influents autour du journal libéral American Prospect, les questions pouvant désarmer la race sont celles dans lesquelles la classe moyenne blanche a un intérêt direct, notamment l’emploi et l’assurance santé.

De telles stratégies s’adaptent à l’humeur consternée et démoralisée du libéralisme américain contemporain, et elles font massivement appel aux électeurs Afro-Américains qui sont prêts à tout sauf au Reaganisme (malgré le taux de participation électorale très bas et le peu d’alternatives, ils supportent généralement la candidature de Bill Clinton). Néanmoins, selon moi, les initiatives évitant une discussion frontale sur la race n’ont que peu de chances de réussir, même dans leurs propres conditions limitées. L’absence d’un vote libéral des travailleurs – à la fois car peu d’ouvriers sont organisés, mais aussi parce qu’une majorité de ceux venant de foyers blancs, contenant un syndicaliste, ont voté pour Reagan et Bush lors des trois dernières élections – laisse présager d’une alliance peu propice en cours, modérément progressive et basée sur la classe. Les démocrates ne pourront pas non plus être plus silencieux sur la justice raciale qu’ils ne l’ont été lors des récentes campagnes. La réticence de Clinton à commenter les rebellions de Los Angeles est une opération standard (exception faite durant la campagne de Jackson) concernant la race dans les politiques présidentielles démocrates post-1972, et non pas un phénomène nouveau. La stratégie consistant à ignorer la race a, en ce sens, été réellement tentée.

De même, les républicains ne s’engagent pas plus dans des débats ouverts sur la race. Ils formulent leur appel à un « vote de blancs » en termes de réformes sociales, d’écoles de quartier, de dureté face aux crimes et aux naissances « illégitimes ». Dans la course pour devenir gouverneur du Mississippi de 1991, le gagnant de l’aile droite du parti républicain Kirk Fordice, conclut une campagne de publicité contre les aides publiques par une photographie d’une femme noire et de son bébé. Il invitait littéralement les Mississipiens à voter contre les Afro-Américains, mais fit cela sans parler directement de race. Dans le sillage des rebellions de Los Angeles de 1992, la déclaration la plus essentielle de Bush fut : « Pour tous ceux qui se soucient de notre jeunesse, il est douloureux qu’en 1960, le pourcentage de naissances chez les mères célibataires fut de 5% – et que désormais il soit de 27% ». Comme le correspondant américain du journal londonien Observer, Andrew Stephen, le nota, « Pour les millions d’Américains qui entendirent cette importante déclaration, ce qu’il disait en réalité était  »je parle, bien évidemment, des noirs ». ». Même le très célébré Willie Horton en commentant la campagne de 1988 de Bush ne dit rien sur la race. Durant la campagne de 1992, Dan Quayle réussi à instrumentaliser l’hostilité contre les mères noires bénéficiants de l’aide sociale en parlant, entre autres, du personnage de sitcom blanc Murphy Brown. Une attention sérieuse envers la race est donc déjà absente des politiques américaines, et c’est logiquement la droite qui en bénéficie.

Mais le contenu positif des programmes de réformes économiques ne risque-t-il par de sevrer les électeurs blancs des politiques basées sur la race, ouvrant ainsi la voie à des expériences dans les campagnes électorales susceptibles de traverser les frontières raciales (racial lines) pour nourrir l’idée selon laquelle la race ne doit pas diviser les ouvriers ? Une telle stratégie a sous-tendu une large partie de l’approche de la race et de la classe qu’avait la gauche blanche américaine durant les dernières décennies. Les syndicats furent notamment perçus comme inculquant aux ouvriers blancs que leurs intérêts économiques coïncident avec ceux des Africains-Américains et que mettre leurs organisations en danger par des assauts « prématurés » contre le racisme, fut perçu comme allant contre les intérêts non seulement de la justice de classe mais également de l’égalité raciale.

Dans la mesure où nous arguons que la blancheur et les diverses sortes « d’ethnicités blanches » sont des réactions à l’aliénation, un cas intéressant de cette stratégie, issue d’une longue tradition, consistant à surmonter la race en mettant en lumière la classe, peut être présenté ici. Nous pourrions insister, comme je le fais dans Wages of Whiteness, sur le rôle de l’impuissance dans le travail et l’engendrement d’un règlement qui leur fait croire qu’ils sont des « ouvriers blancs », ou nous pourrions suivre « Reification and Utopia in Mass Culture » de Frederic Jameson en insistant sur la manière dont l’aliénation produite par des structures bureaucratiques et une culture commercialisée aide à assurer un ersatz d’ethnicité chez les blancs. Dans tous les cas, il semble que la participation à d’authentiques luttes contre l’oppression et l’impuissance soit un antidote utile contre la blancheur. Lorsque par exemple, une supportrice « blanche de droite » de la tentative de David Duke de devenir gouverneur de Louisiane en 1991 stoppa sa litanie contre le mythe « des noirs et de l’aide sociale » (« Ils achètent de nouvelles voitures chaque année … ») dans une interview avec USA Today, elle ajouta : « L’État ne va pas s’occuper de moi ». Peut-être que s’il y avait un large mouvement pour un système de santé décent cette femme pourrait s’y joindre, mettre la pression sur l’État, gagner une sorte de pouvoir et, au cours de sa lutte aux côtés des pauvres noirs, remettre en question le mythe qu’elle récitait jusqu’alors.

Il est difficile d’imaginer une assaut efficace contre la suprématie blanche qui ne tiendraitpas compte des millions de petits miracles de ce type, et qui n’inclurait pas un ralliement autour des griefs liés à la classe. Mais plus problématique encore est la tendance à supposer que la redécouverte de la mise en lumière de questions économiques règle tous les problèmes, ou même à appréhender les questions de stratégie politique en ne tenant compte ni de la race ni de la classe. Le dossier historique des réalisations antiracistes à partir de réformes économiques est bien mince. Du National Labor Union jusqu’aux populistes de la CIO, peu importe ce que nous souhaitons qu’ils aient réalisé et peu importent leurs autres réalisations, de telles coalitions ne surent pas répondre aux attentes lorsque la justice raciale fut en jeu. Ce dossier ne montre d’ailleurs pas non plus que les luttes communes peuvent « enseigner » une humanité commune sur le long terme. L’aile Tom Watson des populistes apprit spectaculairement la leçon de l’unité noirs-blancs et, plus spectaculaire encore, l’oublia aussitôt. L’expérience de la défaite – et il n’y a aucune garantie que les mouvements de classe vont gagner – entraine avec elle une recrudescence de la suprématie blanche. La convention agonisante du National Labor Union envisageait sérieusement certaines propositions de l’intellectuel sudiste raciste Hinton Rowan Helper pour dégager les noirs des États-Unis, tandis que le Knights of Labor, si brillamment égalitariste dans ses heures les plus glorieuses, commença à décliner après avoir accepté une résolution pour coloniser les Afro-Américains en vue d’aider « le prolétariat blanc ». Le motif pour lequel la meilleure issue dans un nouvel effort de réformes économiques minimise l’emphase immédiate sur la justice raciale reste flou, en particulier étant donné que la substance des réformes mollassonnes sur l’offre des néolibéraux, qui sont le fer de lance des stratégies économiques, est rarement ce par quoi les grandes transformations dans la conscience politique sont faites.

Les partisans de l’importance croissante mise dans l’appel au réformisme économique et au silence continu autour de la race ont parfois internalisé une sorte de marxisme qui entend mettre l’accent sur la réalité objective des rapports de classe comme quelque chose s’opposant à l’idéologie de la race. Je n’ai aucun problème avec cette distinction, cependant en l’appliquant nous devons imaginer que les ouvriers voient objectivement le monde à travers leur expérience de classe, dans une part de leur cerveau, et subjectivement à travers le filtre distordant de la race d’autre part. À un certain niveau de conscience, la classe est tout sauf un reflet fidèle de la réalité objective. De plus, la manière subjective par laquelle les ouvriers blancs perçoivent et définissent la classe est, aux Etats-Unis, totalement façonnée par leur blancheur. Deux récentes études sur les ouvriers du New Jersey confirment par ailleurs ce point. Dans l’excellente étude sociologique de David Halle sur les ouvriers du secteur chimique, les ouvriers blancs s’identifient comme des « travailleurs » ou des « classes moyennes ». Ils ont tendance à voir leurs voisins blancs comme eux en termes de classe, que ces voisins soient ou non des ouvriers salariés. Ils voient les ouvriers noirs qui ont les mêmes emplois qu’eux – des travailleurs qui sont, plus que les voisins blancs, plus nombreux à partager une appartenance à l’AFL-CIO avec les ouvriers du secteur chimique – comme différents en termes de classe, comme des «fainéants» et des « intrus ». Plus frappante encore est la récente étude de Katherine Newman sur le déclin industriel, qui se base sur des entretiens avec d’anciens ouvriers blancs dont l’usine a fermé à Elizabeth, dans le New Jersey. Nombre de ces ouvriers analysent cette austère expérience de classe en disant que leur employeur fut forcé de partir car il était impossible de faire des profits tout en employant des noirs et des hispaniques. Un mouvement espérant déborder David Duke simplement en popularisant un type de plans contre le chômage et pour le système de santé qui bénéficierait aux blancs les plus durement touchés, qui forment une large part de sa circonscription, pour attaquer de front le problème que beaucoup des pauvres blancs accusent l’État Providence de bénéficier à « ces gens là » serait illusoire. En tant qu’étude influente citée par le Edsalls elle a, pour un secteur clé de l’électorat blanc, « redéfini virtuellement tous les symboles et thèmes progressistes en termes raciaux et péjoratifs ». Dans une telle situation, on peut aisément arguer qu’attaquer le racisme est une condition préalable à des réformes se basant sur la classe tout comme les réformes se basant sur la classe sont une précondition pour attaquer le racisme.

Il y a environ un demi-siècle, C.L.R. James critiquait la stratégie de la gauche traditionnelle concernant la race et la classe en écrivant que «  le slogan  »Noirs et Blancs, unissez-vous dans votre lutte » est irrécusable en principe … Mais il est souvent trompeur et parfois même offensant face à la réalité multiple, tumultueuse et souvent meurtrière de la réalité des rapports raciaux aux États-Unis ». Nombre de ceux souhaitant défendre aujourd’hui une emphase unique sur les griefs économiques communs devraient récuser des termes comme « luttes », lorsqu’ils mentionnent la race dans leurs slogans et devraient même carrément récuser ce terme de leurs slogans. Mais nous devrions tout de même partager le malaise de James avec toutes les stratégies politiques qui supposent que les griefs de classe aux États-Unis ne peuvent être combattus sans porter une attention complète à la race.

Le théoricien britannique Terry Eagelton a jugé que le genre et la nation, tout comme la classe, sont des identités socialement construites basées sur l’aliénation qui « annule les particularité de la vie individuelle dans un collectif anonyme ». Mais il a refusé de suivre « certaines des théories poststructuralistes contemporaines » en concluant que nous devrions par conséquent supposer que l’on peut « faire le tour » de ces identités plutôt que de « couper à travers elles ». Il argua que « puisque la vérité demeure que les femmes sont opprimées en tant que femmes – de telles catégories, bien que pouvant être ontologiquement vides, continuent à exercer une force implacable » – nous devons lutter pour le (et parler du) genre. Nous devons poursuivre une stratégie politique « prônant l’anéantissement des catégories les plus métaphysiques ». Je suggérerais, quant à moi, que la race est une autre de ces catégories « ontologiquement vide » et « métaphysique » à laquelle nous devons nous confronter pour l’abolir. Beaucoup de gauchistes ou de libéraux admettraient peut-être la vérité qui réside dans cette critique de l’économisme, mais continueraient cependant à arguer que, que cela vous plaise ou non, des politiques « spécifiquement raciales » ont été en pratique complètement discréditées par leur inapplicabilité. En faisant un sérieux effort pour localiser « l’aile gauche des possibles », ils pointent les réalités démographiques et les schémas du vote des blancs et mettent ainsi l’accent sur les dangers d’une « démarche solitaire » des minorités qui s’organiseraient autour de griefs spécifiques. En effet les Edsalls et d’autres écrivains récents qui soutiennent des stratégies économiques ne le font pas par rejet de l’importance de la suprématie blanche mais – comme le meilleur exemple récent de telles stratégies, Bayard Rustin – sans prendre en compte l’influence néfaste du racisme. Lors d’un important débat public – durant les récentes élections sénatoriales – avec le politicien démocrate de Caroline du Nord Harvey Grant, une victime de l’offensive contre la race de Jesse Helm, l’historien populiste Lawrence Goodwyn défendit les réformes économiques comme la seule stratégie démocrate viable car il ne voyait aucun autre moyen de se sortir du racisme de l’électorat américain.

En s’opposant à un tel économisme nous devons être assez humbles pour admettre qu’il a triomphé comme stratégie contre la réaction car les alternatives existant contre cette-dernière se sont montrées bien moins attrayantes. Un libéralisme se basant sur la poursuite d’une discrimination positive incomplète ne s’est pas montré plus attractif qu’un libéralisme basé sur des créations d’emplois ou un système de santé d’emplois incomplets. Les tentatives de combiner et de transcender ces deux approches au sein d’une coalition arc-en-ciel (Rainbow Coalition) se sont largement montrées paralysantes. Les initiatives pour unir les ouvriers autour de revendications économiques révolutionnaires, plutôt que réformistes, ont eu une audience bien moindre que les appels de David Duke. En tentant de stopper un Duke, ou un Georges Bush, les opposants à la réaction se mettent à graviter autour de réformes économiques presque par défaut. Soutenir le pâle populisme d’Eddie Edwards en Louisiane ou Bill Clinton au niveau national n’est pas tant la « politique du moins pire » que le dernier recours existant.

Mais aussi compréhensible que soit ce « dernier recours », il n’en reste pas moins une impasse. Cette stratégie échoue généralement, même selon ses propres termes, en n’empêchant pas les Helms, Bush et Reagan d’accéder à la victoire (elle n’arrive même pas à empêcher Duke de gagner une majorité des « votes des blancs »). Plus sérieusement, la prudence et la peur de discussions ouvertes sur la race, alimentées par une attention constante aux « possibilités » électorales immédiates nous aveuglent quant aux vraies tensions au sein de la suprématie blanche. Cela nous laisse dans l’incapacité d’évaluer la façon dont un vrai questionnement sur la blancheur dans la culture américaine ouvre l’opportunité de mobiliser les gens dans une opposition bien plus effective à la fois aux oppressions de race et de classe. Tirer avantage de telles possibilités requiert non seulement que nous continuions à parler de la race, mais également que nous nous intéressions à un aspect généralement négligé lorsque l’on s’intéresse à la race aux États-Unis, la question de savoir pourquoi les gens pensent qu’ils sont blancs et si oui ou non ils devraient arrêter de penser cela.

Vers un dépérissement de la blancheur

Lorsque les habitants des États-Unis parlent de la race, ils parlent, généralement, uniquement des Afro-Américains, des Amérindiens, des hispano-américains et des Asiatiques-Américains. Lorsque les blancs entrent dans le débat, c’est uniquement car ils se « comportent » d’une certaine manière envers les non-blancs. On suppose généralement que les blancs « n’ont pas de race », bien qu’ils puissent être racistes. Les propositions les plus critiques des récents travaux universitaires sur la construction sociale de la race sont survenus précisément parce que les écrivains ont voulu s’attaquer à l’idée qu’il suffirait d’expliquer pourquoi les gens sont considérés comme des Noirs, des Asiatiques, des Amérindiens ou des Hispaniques et non pas à ce que Theodore Allen a magistralement nommé « l’invention de la race blanche ». Coco Fusco résume cette importante idée et sa portée politique en écrivant que : « les identités raciales ne concernent pas seulement les Noirs, les Latinos, les Asiatiques, les Amérindiens, etc. … ; elles sont également blanches. Ignorer l’ethnicité blanche revient à donner encore plus de puissance à son hégémonie en naturalisant celle-ci. ».

Afin de contribuer de la manière la plus complète possible à l’émergence d’une nouvelle société, les militants qui s’appuient sur les idées voyant la race comme une construction sociale doivent focaliser leur énergie politique à exposer, démystifier et défaire l’idéologie bien particulière de la blancheur, plutôt que de parler de la race en général. En défendant cette position, trois points majeurs méritent que l’on s’arrête dessus. Le premier est que, bien que ni la blancheur ni la négritude (Blackness) ne soient des catégories raciales scientifiques (ou naturelles), la première est infiniment plus fausse que la seconde, et c’est justement cette fausseté qui la rend si dangereuse. Le deuxième point est qu’en considérant que la blancheur et la négritude sont « la même chose » nous sapons ce qui est devenu, via la notion de « racisme inversé » (reverse racism), un instrument majeur renforçant le refus populaire chez les blancs de s’attaquer à la fois au racisme et à eux-mêmes. Le dernier point est que la blancheur est désormais une forme particulièrement cassante et fragile de l’identité sociale et qu’elle peut être combattue.

L’analyse moderne la plus pénétrante sur la blancheur est de loin un essai de seulement deux pages publié dans un magazine de société (lifestyle magazine). Écrivant dans Essence en 1984, James Baldwin réfléchissait sur le fait d’ « Être  »blanc » et autres mensonges » (On Being  »White » and Other Lies) et mit immédiatement le doigt sur ce qui fait de la blancheur une catégorie à part en tant que phénomène social américain. « La crise du leadership dans la communauté blanche est assez remarquable – et terrifiante – » écrivit Baldwin dès le début de son texte, « car il n’y a, en fait, aucune communauté blanche ». Il ne s’agit pas simplement de dire que la blancheur est oppressive et illusoire ; mais qu’elle n’est rien d’autre que cela. Nous parlons de la culture et de la communauté Afro-Américaines, et c’est très bien comme cela. En effet, la construction de divers groupes ethniques africains au sein du peuple Afro-Américain, si lucidement décrite par Sterling Stuckey, est l’authentique histoire d’un melting pot américain. Dans son attaque passionnée du concept de race Afro-Américaine et de race blanche, Barbara Fields caractérise les Afro-Américains de « nation ». C’est précisément ce que les blancs ne sont pas. Il y a bien une culture américaine, mais elle est assez « mulâtre » (Mulatto), pour reprendre la fine description qu’en fait Albert Murray. S’il y a une culture sudiste elle est encore plus métissée que la culture américaine. Il y a des chansons irlando-américaine, des quartiers italien-américains, des traditions slaves-américaines, des villages allemands-américains, etc. … Mais de telles cultures ethniques sont toujours menacées d’être englouties par le mensonge de la blancheur. La blancheur désigne, de Little Big Horn jusqu’à Simi Valley, non pas une culture mais précisément une absence de culture. C’est une attente assez vide, et donc terrifiante, que celle de bâtir une identité à partir de ce que quelqu’un n’est pas et de se demander comment freiner cela.

Quasiment aucune initiative de gauche n’a interpellé les ouvriers blancs afin de critiquer, et encore moins d’abandonner, leur blancheur. Le commentaire magnifique de Baldwin dans le film The Price of the Ticket selon lequel « tant que vous pensez que vous êtes blancs, il n’y a aucun salut pour vous », semble plus poétique que politique pour les radicaux qui ont trop longtemps confiné leurs luttes à encourager les blancs à s’unir aux noirs et qui ont trouvé qu’il était difficile de désarmer le racisme, et encore plus de penser à abolir la blancheur. Pourtant une politique hautement poétique est exactement ce qui est requis dans une situation où les ouvriers qui s’identifient comme blancs sont tenus de battre en retraite face à une réelle unité de classe et un antiracisme conséquent. Dans un essai fascinant de 1974, soulignant les conditions requises à l’émergence d’une unité des luttes des travailleurs, le grand théoricien vivant à Londres A.Sivanandan s’opposa aux formulations habituelles des rapports entre race et classe, écrivant que « en recouvrant son sens de l’oppression, à la fois de l’aliénation technologique et d’une culture blanche, la classe ouvrière blanche arrive à une certaine conscience de l’oppression raciale ». Sur ce point, le rejet de l’oppression raciale par les ouvriers blancs ne doit pas uniquement émaner de la participation commune à la lutte des classes, ou même à la lutte antiraciste, aux côtés des noirs, mais également d’une critique de la culture vide de la blancheur elle-même. Rejeter la blancheur fait ainsi partie d’un processus qui permet à la fois de renforcer la lutte contre le racisme et de recouvrir un vrai « sens de l’oppression » au sein des ouvriers blancs.

Tant qu’elle n’implique par une critique de la blancheur, la remise en cause du racisme se montre généralement superficielle et limitée. En effet, à ce point de jonction horrifiant dans les rapports de race, la plupart des blancs se décrivent eux-mêmes comme « non-racistes ». Même la suprématie blanche de David Duke, qui se traduit par la National Association for the Advancement of White People, permet à leurs soutiens de sentir que, comme l’un d’eux le déclarait à USA Today, ils ne font que la « même chose » que les Noirs dans la NAACP. Même certains membres assumés du Klan se décrivent désormais comme « non-racistes ». À St Louis, de jeunes blancs appellent les noirs « nègres » en partant du postulat « non raciste » qu’ils décrivent des attitudes et non pas de la génétique. « Les noirs sont gentils et polis », disent-ils, « mais les nègres sont de la vermine ». Il est facile de voir de tels raisonnement comme de la pure hypocrisie, notamment venant de la bouche de David Duke, mais nous devrions également affronter le fait que de nombreux blancs se sentent totalement étrangers à ceux que l’on nomme « intolérants » ou « racistes ». Pour la plupart des étudiants blancs ces termes impliquent le fait d’être « extrémistes », « violents » ou « en dessous de la moyenne ». La plupart de ces étudiants sont persuadés de ne pas être concernés par ces termes.

L’expression destructrice de « racisme inversé » grandit de plus en plus avec l’assurance qu’ont les blancs d’avoir dépassé la race. Ils sont persuadés de voir le monde à partir du seul mérite, alors que les multiculturalistes, les défenseurs de la discrimination positive, les pécheurs amérindiens, les nationalistes noirs et les leaders libéraux « ramènent la race dans le débat ». Une analyse qui se contente simplement de démystifier les conceptions de la race, sans se concentrer sur la critique de la blancheur, court le risque de renforcer ces notions très répandues.

Toute la lutte contre le concept de « racisme inversé » est en fait terriblement difficile lorsque nous échouons à questionner réellement la blancheur et qu’au lieu de cela nous restons sur le terrain politique habituel. Les conservateurs, comme le disait bizarrement Martin Luther King, occultant le fait qu’il était lui-même un défenseur de la discrimination positive, croient réellement en des normes sans race se basant ainsi sur un « contenu individuel ». Nous tentons donc d’argumenter à partir d’exemples historiques pour un auditoire qui n’est pas forcément disposé à voir sur le long terme. Nous pensons que le racisme implique le pouvoir systématique de dominer et que puisque les personnes de couleur n’ont pas un tel pouvoir, le racisme inversé n’est pas un concept pertinent. Pourtant, cet argument tout à fait valable tombe souvent dans les oreilles d’un sourd puisque les premiers à croire en l’idée d’un « racisme inversé » sont généralement les blancs persuadés d’être eux même sans pouvoir. Souvent, désespérés, nous commençons notre dernière phrase par « Mais vous refusez de voir que … ».

Mais ceux qui se sentent victimes du « racisme inversé » voient bien, eux. Ils voient bien, avec juste la bonne dose d’aveuglement, que le fait qu’ils soient blancs (mais non racistes) et qu’ils aient des privilèges de blancs, leur demande d’ouvrir les yeux. Lors du procès de la Simi Valley, ils virent Rodney King se faire rouer de coups, mais comme l’a montré un juré, d’une façon ou d’une autre King semblait tout de même « contrôler » la situation et menacer les policiers blancs. Lorsque Bill Clinton fit référence à sa blancheur, lors de sa comparution devant la coalition arc-en-ciel afin de s’en prendre à la rappeuse Sister Souljah, il espérait faire appel à des vues partagées par de nombreux blancs. Ou peut-être que ce n’était là que sa façon de voir. Il s’en prit au commentaire de Sister Souljah selon qui il est banal que de jeunes noirs de South Central à Los Angeles qui s’attaquent et se tuent mutuellement, puissent envisager de faire la même chose aux blancs pendant une semaine. En lui-même, le commentaire de Souljah n’est rien d’autre qu’un exercice introductif à la sociologie, mais le son de cloche de Clinton semblait comparer Souljah à David Duke. Sa demande que les auditeurs imaginent une situation qui serait inversée et que Duke fasse le même commentaire que Souljah était d’une certaine manière totalement absurde. Qu’est ce qui serait « inversé » dans cette situation? Duke irait-il à Simi Valley ou à Beverly Hills en disant qu’il est banal que des blancs qui s’attaquent entre eux toute l’année veuillent attaquer des noirs pendant une semaine ? La situation ne peut tout simplement pas être inversée. La police n’isole pas les blancs pour les harceler racialement et les brutaliser. On ne tue pas des centaines de jeunes blancs dans des guerres contre la drogue ou des guerres de gangs. Seuls les blancs peuvent prendre le commentaire de Clinton au sérieux. Et c’est d’ailleurs ce qu’ils font.

Mais l’incident de Sister Souljah doit également nous alerter sur le fait que nous ne devons pas capituler devant la blancheur. La coalition arc-en-ciel, devant laquelle a parlé Clinton, arrive à mobiliser des dizaines de milliers de blancs non seulement autour de politiques sociales démocratiques mais également autour de l’idée que la lutte contre le Reaganisme devrait inclure des personnes de couleur en tant que constituante centrale et comme leaders. Le succès le plus spectaculaire de la coalition arc-en-ciel dans la mobilisation de jeunes ouvriers blancs vers l’idée que le style de lutte du mouvement de libération noir était bien plus en phase avec leurs conditions sociales que n’importe quelle politique blanche – la mobilisation d’ouvriers automobiles du Midwest dans des rassemblements impressionnants en 1988 – ne s’est pas, il est vrai, toujours traduit en votes. La désorganisation de cette coalition, son manque de démocratie et sa timidité politique combinés au pouvoir continu de la mentalité raciale chez les blancs ont limité l’étendue jusqu’à laquelle les ouvriers blancs acceptent les non-blancs politiquement, mais la possibilité qu’ils puissent faire cela dans une organisation se mobilisant à la fois sur les questions de classe et de race, était clairement présente.

Nous pourrions penser que beaucoup de blancs aiment des artistes hip-hop comme Sister Souljah bien plus qu’ils n’apprécient Bill Clinton. L’énorme popularité de la musique et du style hip-hop dans la jeunesse blanche a souvent été décrite comme une fascination pour la violence et le sexisme au sein des jeunes hommes blancs de banlieue ; pourtant il semble que cela aille bien plus loin. La variété des messages des rappeurs attirent des hommes et des femmes des classes moyennes et ouvrières blanches, du collège à l’âge adulte. Contrairement au rock, qui amena les blancs à la musique Afro-Américaine mais qui dilua rapidement les influences noires de ce style musical, les blancs s’approprient le hip-hop sans pour autant vouloir le changer. En cela, le parallèle est plus proche de l’attrait de la classe ouvrière blanche pour la musique soul des années 1960 et 1970 (et c’est toujours le cas, voir notamment le film The Commitments) et peut-être pour le reggae également. Le hip-hop offre aux jeunes blancs non seulement la spontanéité, l’expérimentation, l’humour, le danger, la sexualité, les mouvements physiques et la rébellion, qui sont absents de ce que l’on considère comme la culture blanche, mais le hip-hop offre également une critique explicite et sévère de la blancheur.

Il serait bien évidemment ridicule de clamer que chaque fan de hip-hop blanc puisse trouver le chemin de sortie de la blancheur, sans parler du racisme. Il n’y a pas de solution miracle au racisme en Amérique et il est important de pointer les limites, comme les possibilités. Le « guido » de la sous-culture dans le New York Italo-américain, très bien décrit dans les récents écrits de Donald Tricarico, est un exemple ambigu de ces possibilités et de ces limites. Les Guidos ont pour la plupart adopté les codes du hip-hop et affirmé une identité italo-américaine distincte contre les « prétendants » blancs américains. Ils parlent d’eux même comme étant des Guinéens tournant les insultes anti-italiens, anti-noirs comme autant de signes honorifiques. Mais la rupture avec le racisme est loin d’être complète. Comme le souligne Tricario, en de nombreux points, les Guidos, « résistent à l’identification avec les jeunes noirs » et « mordent la main-même qui a nourri leur style ».

Historiquement, l’utilisation d’une image (souvent distordue) d’un mode de vie Afro-Américain afin d’exprimer une critique de la « culture blanche », ou le désir d’un mode de vie différent, n’a jamais réellement été un antidote au racisme. Ce vaudeville reflète de tels désirs sous le masque noir (blackface) tout en continuant à mépriser les Afro-Américains dans une parfaite illustration de la sage observation de Herman Melville que «  … l’envie et l’empathie, deux passions irréconciliables en théorie, se rejoignent néanmoins pour ne former plus qu’une ». En un sens, plus ce désir est fort, plus la réaffirmation de la blancheur et de la suprématie est forte. L’usage de la culture Afro-américaine pour critiquer la blancheur, comme le montre Norman Mailer, de manière largement involontaire, dans « The White Negro », n’est jamais sans superficialité, superstition et paternalisme. La perte de la blancheur peut avoir la même beauté que dans le film de John Waters Hairspray ou la même faiblesse et arrogance que dans Soul Man. Et ces deux extrêmes n’apparaissent pas qu’entre, mais aussi au sein, des individus blancs. Finalement, en un certain sens, les blancs ne peuvent pas totalement renoncer à leur blancheur, même s’ils le souhaitent. L’héroïne italo-américaine du film de Spike Lee Jungle Fever est un exemple de traitre à sa race ; pourtant lorsque la police arrive, elle reste blanche.

Mais même en prenant en compte tous ces problèmes, on ne peut pas ignorer les implications politiques du questionnement de masse de la blancheur comme une mode ainsi qu’une possibilité aux États-Unis. Dans diverses situations, y compris la campagne de Duke, les blancs avouent leur confusion quant à savoir si cela vaut vraiment la peine d’être blanc. Nous devons affirmer que cela n’en vaut pas la peine et que nombre d’entre nous ne souhaitent pas être blancs. Des initiatives contre un Duke ou un Bush ne devraient pas seulement être orientées vers une classe ou vers l’antiracisme, mais devraient en un sens être explicitement anti-blancs, avec une attention particulière sur la mise en lumière de la manière dont la blancheur installe une sorte d’apathie chez les blancs dans les politiques et la misère de la vie quotidienne. Lorsqu’un Clinton favorise la blancheur, nous ne devrions pas le laisser s’en tirer à si bon compte, pour la simple raison que ses commentaires sont racistes. Notre opposition devrait se focaliser sur le contraste entre la banqueroute des politiques blanches et les possibilités de non-blancheur. Nous devrions pointer non seulement que les blancs et les personnes de couleurs ont souvent des intérêts communs mais que les personnes de couleur agissent en faveur de ces intérêts bien plus conséquemment – dans la politique, au travail, et de manière très forte dans les luttes communautaires – précisément parce qu’ils ne sont pas embourbés dans la blancheur. Nous devrions transformer le « racisme inversé » d’un juron en une injonction (renversez le racisme!), faire campagne pour la discrimination positive sur la base à la fois de lutte pour la justice et du combat contre les privilèges qui reproduisent tragiquement la blancheur. Les coalitions pour des réformes économiques doivent être considérées non seulement comme des relais pour des mobilisations de classe et pour désarmer le racisme, mais également comme des lieux où les blancs apprennent que les non-blancs font généralement plus de connections entre la classe et la communauté que les blancs et tiennent donc une place centrale dans les mouvements insurgés. Si même MTV réalise qu’il existe une audience de masse pour la critique de la blancheur, nous ne pouvons pas ne pas nous rallier à, et ne pas apprendre d’un engagement constitutif à son abolition.

David Roediger

Notes

[1]David ROEDIGER, Accounting for the Wages of Whiteness. U.S. Marxism and the Critical History of Race » In : Wulf D. HUND, Jeremy KRIKLER et David ROEDIGER (dir.), Wages of Whiteness & Racist Symbolic Capital, Lit Verlag, 2011.

[2]On peut cependant noter : Elizabeth ESCH et David Roediger, « Pour déracialiser il faut penser la race », Période, http://revueperiode.net/pour-deracialiser-il-faut-penser-la-race-et-la-classe/ , Juin 2014. Ainsi que : David Roediger, « L’éclipse de la race et de la classe » In : Félix BOGGIO ÉWANJÉE-ÉPÉE et Stella MAGLIANI-BELKACEM (dir.), Race et capitalisme, Syllepse, 2012.

[3]Sadri KHIARI, « Les mystère de « l’articulation » races-classes », Parti des Indigènes de la République, http://indigenes-republique.fr/les-mysteres-de-l-articulation-races-classes/ , Juin 2011.

Voir de plus:

Joanne Chesimard, première femme sur la liste des «terroristes les plus recherchés» du FBI

Soupçonnée d’être cachée à Cuba, la sexagénaire condamnée pour avoir tué un policier est aussi la marraine de feu le rappeur Tupac Shakur.

Le FBI a annoncé ce jeudi 2 mai avoir ajouté Joanne Chesimard à sa liste des «terroristes les plus recherchés», avec une récompense de 2 millions de dollars offerte pour sa capture.

Joanne Chesimard a l’honneur douteux d’être la première femme sur la liste, qui existe depuis 2001 et sur laquelle ont figuré les noms tristement célèbres de Khalid Sheikh Mohammed, Oussama ben Laden, Ayman al-Zawahiri, et Adam Gadahn.

Joanne Chesimard, qui était membre d’un groupe appelé la Black Liberation Army (l’Armée de libération noire), a été ajoutée à la liste quarante ans jour pour jour après la date où elle est accusée d’avoir tiré sur un policier d’Etat, et de l’avoir tué, sur une autoroute du New Jersey.

«Joanne Chesimard est une terroriste intérieure qui a tué un agent des forces de l’ordre en l’exécutant», a dit l’agent spécial Aaron Ford dans un communiqué de presse.

«Aujourd’hui, date de l’anniversaire de la mort de Werner Foerster, nous voulons que le public sache que nous ne nous arrêterons pas jusqu’à ce que cette fugitive soit devant la justice.»

Joanne Chesimard, qui a désormais la soixantaine et est également connue sous le nom d’Assata Shakur –elle est aussi la marraine de feu Tupac Shakur–, a fini par être arrêtée et condamnée pour le meurtre de Werner Foerster. Elle est aussi devenue plus ou moins célèbre à cause des doutes sur sa culpabilité –elle nie avoir tué le policier– et des rumeurs selon lesquelles elle aurait été maltraitée en prison (elle est toujours relativement célèbre. En 2000, le rappeur Common a sorti une chanson sur elle, appelée A song for Assata, ce qui a mis le commentateur conservateur Bill O’Reilly très en colère).

En 1979, Joanne Chesimard s’est échappée de prison. Les autorités pensent qu’elle est depuis 1984 cachée à Cuba, qui a pour habitude de donner asile aux fugitifs américains qui épousent des dogmes quasi-révolutionnaires.

En 2005, elle a été designée «terroriste intérieure» par le FBI. Cette appellation aussi vague que flexible lui a probablement été appliquée parce que ses crimes étaient fondés sur une idéologie anti-gouvernement. A l’époque, une récompense d’un million de dollars avait été offerte pour sa capture. Une récompense qui a donc doublé.

Mais à quoi bon? Si Joanne Chesimard est bien à Cuba, elle est hors d’atteinte du FBI. Le gouvernement cubain ne va pas la laisser tomber. Par ailleurs, si le FBI était réellement intéressé par le fait d’alerter le public et de lui demander de guetter Joanne Chesimard, l’agence aurait probablement rendu très clair le fait qu’elle se fait désormais appeler Assata Shakur. A la place, le FBI l’appelle «Joanne Chesimard» dans tout son communiqué de presse, et note seulement à la fin que ce n’est plus son nom d’usage.

Ce communiqué montre en fait que les listes des criminels les plus recherchés du FBI servent autant aux relations publiques qu’à attraper des criminels. Elles sont des rappels symboliques que certains crimes sont trop horribles pour être oubliés, peu importe la date à laquelle ils ont été commis.

Les agents des forces de l’ordre n’aiment particulièrement pas qu’on oublie les gens qui ont été condamnés pour meurtre de policier, puis se sont échappés de prison, et sur qui on a écrit des chansons. Comme la branche du FBI de Newark l’a dit dans un autre communiqué:

«La justice n’a pas de date d’expiration, et notre détermination à capturer Joanne Chesimard ne diminue pas avec le temps qui passe. Au contraire, elle augmente encore plus quand on sait que cette tueuse continue à vivre libre.»

Je doute fort que le FBI s’attende à ce qu’ajouter Joanne Chesimard à sa liste des terroristes les plus recherchés l’aide à l’attraper. C’est probablement un geste symbolique, quelque chose qui fera plaisir à la police d’Etat du New Jersey, rassurera la famille de Werner Foerster, et dira au monde que si vous êtes condamné pour le meurtre d’un policier, le FBI ne vous lâchera pas jusqu’à ce que vous soyez au tribunal. D’une manière ou d’une autre.

Justin Peters

Traduit par Cécile Dehesdin

Voir encore:

 pop music

American music has always been a great and complex exchange. But who, exactly, gets to borrow from whom, and under what conditions, has become increasingly controversial. Paul Simon’s Graceland album — about to celebrate its 30th anniversary — was criticized at the time of its release for Simon’s use of “African” musical elements. Now? It’s almost impossible to imagine a white musician even attempting a similar experiment. The cultural stakes are too fraught, a point underscored by Grey’s Anatomy actor and activist Jesse Williams during a speech at the BET Awards in June in which he criticized white “gentrification” of black culture. What sounds to one listener like homage can sound to another like theft or, more politely, appropriation. And with the white-rapper likes of Macklemore and Iggy Azalea earning Best Rap Album Grammy nominations (as well as millions of dollars) — that can be hard to swallow for those who see hip-hop as a black form.

The appropriation issue, recently renewed and given a new energy by the passionate rhetoric of Black Lives Matter, has been around since at least the early 20th century. But are we just talking in circles? Is there a way forward? Here, New York pop-music critic Craig Jenkins and Vulture music columnist Frank Guan wrestle with the subject.

What is gained and what is lost by an increased sensitivity to cultural appropriation? What does acceptable cultural borrowing look like? Is it possible? Or even particularly desirable?

Craig Jenkins: I’m glad to have Gracelandto point to, because for me it’s an example of cultural exchange that — for all the complaints about the exploitative implications of a then-floundering white American folk musician sneaking off to South Africa and coming back with mountains of cash and the Grammy for Album of the Year — effected a net good. Sure, Simon broke boycotts intended to pressure the apartheid ruling power, but Graceland also put a human face on the struggle and introduced millions of Americans to the rich music of Africa. He helped make Ladysmith Black Mambazo international stars in the process.

If you’re an artist dabbling in a culture you weren’t born into, you should make yourself a conduit of the people’s art and journey. Simon’s Graceland move is leagues more mindful than the similarly culturally voracious move of someone like Iggy Azalea, for instance, who it’s clear is reveling in the language and mannerisms of hip-hop without expressing much concern for the history of the culture, the plight of the people in the cities that fuel it, or her own curious place in it. When she walks off with a string of chart-toppers — while remaining unapologetic in the face of conversations about how her path has been made easier by being an attractive white woman in the entertainment business — it feels like she’s made off with them at black art’s expense.

In response to Williams’s speech, Justin Timberlake made a gaffe on Twitter for which he was roasted online and for which he was compelled to apologize. This attests to a third kind of cultural borrowing in pop music that’s quickly coming under fire as politically savvy people are finding a voice on Twitter. Timberlake is a white artist who gives all appearances of being “down” with black culture, who benefits from a light coat of black inner-city flavor, but, as a former child star, reverts to media-coached, America’s-sweetheart mode when controversy arises. I think about Justin Bieber turning very publicly to Jesus when his hip-hop-inflected bad-boy persona started drawing court cases. I wonder how we would’ve weathered Gwen Stefani’s and Fergie’s squeaky-clean early-aughts hip-hop incarnations in this climate. Or Madonna’s “La Isla Bonita” video. I think I know acceptable cultural exchange when I see it, and it looks like collaboration, not costume, like advocacy, not avoidance. But I wonder if these nuances matter anymore.

Frank Guan: It seems to me that the question of what constitutes “permissible” borrowing of black-American music is something that black Americans decide among themselves through a continuous process of informal dialogue. If their music is rooted in their social position and represents a mode of political resistance, then it’s not just chords or rhythms or postures that are at stake for black Americans when their culture is (sometimes beautifully, but most times ineptly) replicated by the white majority for its own benefit: Their spiritual identities are on the line in a way that white Americans’ would not be if a black musician adopted, say, a Burt Bacharach tune for his or her own purposes. To my mind, great art fails to embody a better world, but it carries the promise of such a world and encourages its audience to be worthy of it. Mediocre art, on the other hand, reiterates the world as it already is: Lacking transformative energy, it can only reflect the stinginess and squeamishness of its society of origin.

In the end, I suspect that the more profoundly one is influenced by an artist from a different culture, the more one recognizes the foreign artist as someone intelligent enough to understand the consequences of choices of technique and feeling, and as someone mature enough to accept those consequences. It’s hard to do all that without accepting the other artist as, at the very least, a fellow human being. And it’s very hard to imagine anyone who could seriously resent the existence of albums like Graceland or the Talking Heads’ Afro-beat-indebted Remain in Light (or of individual songs like Bowie’s James Brown–influenced “Fame” or Kurt Cobain’s version of “Where Did You Sleep Last Night,” a traditional Appalachian song made famous by Lead Belly) simply because the artists are white while their musical influences are black. Quality matters in itself, but in these cases the excellence of the music testifies to the depth of the artists’ engagement with, and acceptance of, black humanity. Likewise, regarding the more recent artists that Craig cites, it’s difficult not to suspect that the lack of quality reflects a carelessness and obliviousness regarding black people so typical in society that its aesthetic reiteration, however profitable, is ultimately pointless.

Perhaps a more interesting question has to do with why, in the 30 years between now and Graceland, the number of instances where white musicians combine the genius of black musical culture with their own seems to have diminished. Is it just the ascendance of hip-hop, or is there something more at work?

Jenkins: I don’t think musicians are ever going to stop dabbling and borrowing, especially where there’s money to be made. Look at all the country guys talk-singing over programmed drums in the last three years. What is going to happen — is happening already — is that artists who employ aspects of, let’s say, hip-hop, without having to don the social and political stigmas that come with blackness, are going to have to do more reading about and listening to and speaking out for the culture that inspires them. The relationship needs to be reciprocal, and for many stars who’ve gotten very rich through some measure of cultural siphoning, it isn’t. And people are tired of that. And they have a means of carrying their displeasure directly to the offending parties and drumming up bad press without much effort. You used to have to mail off a letter when you were mad at a musician. Now a simple tweet will suffice.

There are nuances to being an ally, too. Many rap fans found Macklemore’s advocacy for black and gay rights a touch disingenuous, particularly after he made a big show of regretting having won Grammys he thought would go to Kendrick Lamar. He came off as too considerate to be believed, and that was just as upsetting for people as “Thrift Shop” burning up charts and racking up Grammys. For all his faults, Eminem in the first few years of his fame (before he became crabby and exasperating) is an example of a white rapper who approached the intersection of his race and fame smartly. He tapped Dr. Dre as his mentor, lent his stardom to lesser-known artists through his Shady Records label, and worked doggedly at his craft. If all of this seems like coincidence, consider his care in choosing sparring partners: Insane Clown Posse, Everlast, Fred Durst, Moby, *NSYNC — see a pattern?

It’s like a cookout. Come, laugh, and eat till you’re stuffed. And, especially if you’re thoughtful enough to bring something to the table and to show some respect, you’ll be fine.

Guan: Agreed: It’s not what you take so much as what you give back. It might be possible to interpret Jesse Williams’s speech, and other statements along those lines, as the assertion of some kind of total embargo on the importation of black culture by nonblack people, but I don’t think that’s really the issue. The issue concerns a very specific set of artists, occupying a superior social position to the artists and culture whose posturing and sounds they mimic, who leverage their status to garner fame and fortune — a fame and fortune they then deploy to obscure their lack of cultural intelligence and/or aesthetic value.

To take your cookout analogy and run with it, Craig, there’s a difference between, on the one hand, borrowing (hopefully with the appropriate level of tact and gratitude) someone else’s wine to add flavor to a dish of your own creation and, on the other hand, simply watering down that wine and then selling it to your well-off friends at a markup. I can’t be mad at the RZA and the rest of the Wu-Tang Clan for re-creating Asian martial-arts films in their own image, because they’re clearly doing something new and excellent; moreover, as far as I can tell, they’ve always been forthright about what they owe to Chinese culture. Or take the instrumental to A$AP Rocky’s “Peso,” which sounds like alternate background music for Chun-Li’s stage in the Street Fighter video game. It sounds heavenly, and that’s enough; it doesn’t matter that “Peso” helped pave the way for Rocky to be rich and famous. Who knows, it might not even matter that the four Englishmen in Led Zeppelin achieved enormous wealth and celebrity in part by copying the blues (and Celtic music, and Indian music, and funk, and reggae) so long as their music is superb. It’s arguable, at the very least, and there’s no way to win that argument decisively. But a demonstrably mediocre pilferer of other people’s music who, by capitalizing on easy access to a larger, wealthier, less-discerning core audience, converts their social superiority into bogus cultural achievement? In such a case I think we can firmly conclude that, speaking morally or aesthetically, we could stand to hear a lot less.

The question of who gets to speak about what (and how) only seems to get harder to answer and more tortured. The recent online arguments over who should be allowed to pass judgment on Beyoncé’s most recent album and who shouldn’t aren’t quite the same thing as the appropriation debate, but they’re touching on similar issues. How has the conversation about appropriation affected the way we talk about, and understand, artists?

Jenkins: Appropriation, underrepresentation, and disenfranchisement are all different parts of the same beast, and when people tire of fighting against the one, the patience to weather the others evaporates. The hand-wringing about who should write about the Beyoncé album, for instance — I caught flak for writing about it here, myself — was about black women in media feeling like there isn’t enough space for them in arts journalism. When you juxtapose these writers’ sentiments with black artists’ feeling constrained in their success by their race, it, to me, looks to be a different version of the same thing.

Another recent, poignant example: Kanye West taking umbrage at the reviews of The Life of Pablo in February. The album got rave reviews, but after earning a rare 9.0 (out of 10) from Pitchfork, West went off on Twitter, saying, “Pitchfork, the album is a 30 out of 10,” which a lot of people understandably took for another bit of textbook Kanye haughtiness. But his follow-up tweet was more pointed: “To Pitchfork, Rolling Stone, New York Times, and any other white publication. Please do not comment on black music anymore … I love love love white people but you don’t understand what it means to be the great grandson of ex slaves and make it this far.” The response from the majority of music blogs, which mystified me, was to run the remarks as another Kanye outburst and move along. This was a missed opportunity to unpack what it means for a prominent black artist to view outlets that cover his music as “white publications” covering a culture they weren’t born into. What he’s saying, albeit crassly, is that there are aspects of blackness that are not universally understood, and that this should be taken into consideration, however loosely, in the coverage of music. This isn’t a new sentiment: Prince used to send music publications scrambling because he would specifically request black journalists to do his interviews. (Never the easiest subject to cover, Prince also used to forbid journalists, of any race, to record the interviews they’d done with him.)

Now, cordoning off the coverage of music and the creation of music by race might solve one problem, but it creates others. It’s a bad idea, ultimately, because it doesn’t allow for the freest exchange of ideas. (I say this as a black Harlemite who, in the space of four days, followed up going to a Garth Brooks show with a Schoolboy Q concert.) We have to be respectful of and curious about our differences, and constantly and vigilantly look for ways to promote inclusiveness, and one day — maybe — the nagging feeling that the arts (and the thinking and writing about those arts: that is, their criticism) could stand to look a little more representative of the society they come from will start to fade away.

Guan: A critic who shares a social background with the artist they’re reviewing has an innate advantage over a critic who doesn’t. Criticism is a blend of formal analysis and empathy, and a social group defines itself in part by a higher capacity for empathy for those within it than without.

With that being said, cultural advantages aren’t necessarily decisive. Receptiveness to art is as much a personal matter, something to be tested and improved in solitude, as it is a matter of group solidarity. And, as much as I wish it weren’t the case, bad writing and slipshod thinking are the only things that are irrefutably capable of transcending all social and cultural boundaries.

In the end, the challenge for writers — and listeners — is the same: to be maximally receptive and convincing when presenting one’s perspective. When it comes to writing about black musicians, the obstacles are different for the white writer who’s socially empowered but culturally peripheral and for the black writer who’s socially peripheral but culturally at home. The former needs to develop literacy in black culture; the latter has to find a way to express specific cultural knowledge while also remaining accessible. Neither is an easy task.

Of course, it’s hard for any people who are socially dispossessed not to feel extra possessive when it comes to their cultural icons and their reception by a more socially dominant audience, particularly when there’s ample evidence of those same icons being celebrated (and dismissed) by the majority in an ignorant way. It’s kind of bleak right now: You have a tug-of-war between black cultural preeminence and white social dominance, and it’s hard to see how either side can give way.

*This article appears in the July 25, 2016 issue of New York Magazine.

Voir de même:

A Point of View: When does borrowing from other cultures become ‘appropriation’?

Adam Gopnik

  • BBC
  • 11 March 2016

A series of cases where Westerners (mainly white people) have been accused of stealing other people’s cultures, leads Adam Gopnik to wonder what wrong has been committed.

You may have heard of the current kerfuffle here in America about the sin of what is being called « cultural appropriation ». Some students at Bowdoin, a small liberal arts college in chilly Maine, were punished recently for wearing Mexican sombreros at a Mexican theme party. They had appropriated Mexican culture as a white person’s prerogative.

Then, at the Boston Museum of Fine Arts, the practice of trying on a kimono for a selfie in front of a Monet painting of a French woman wearing a kimono was declared verboten for Boston, so to speak. It was a form of cultural appropriation of what belongs to Japan, while a production of Gilbert and Sullivan’s « Mikado » was closed down for the same reason. It showed only a racist stereotype of Japan, as imperially imagined by Victorians. There have been more incidents, many at liberal arts colleges, involving Chinese food and the art form we wrongly call « belly dancing » and even the hugely popular practice of yoga. They belong to Others, and we cannot have them, or take them, for ourselves.

Now, I am not about to launch into a tirade against the « politically correct ». I am old enough to recall that political correctness actually began as a term of self-mockery used by the hyper-sensitive, ruefully, against themselves, lightly guying their own good efforts at eliminating the casual sadism of daily interactions. « I guess I’m just being a little politically correct here, but… » someone almost always a woman) would say in the 1980s, and then point out an instance of unconscious sexism somewhere in the room. And in truth, « politically correct » is almost always these days synonymous with « sensitively courteous ». We know this because when someone says « I am not going to be politically correct! », what he – and it is always a he – really means is, « I am not going to be sensitively courteous to anyone’s feelings except my own and that of my gang! » We have a demonstration of this principle every night on our screens over here these days, and it is a nightmare.

Nonetheless, I would be lying if I did not say that the practice we call PC has its absurd aspects. It is funny because it puts more weight on the words we use than the actions we take, always a mistake. My son’s dormitory at his liberal arts college has a live-in resident of deliberately indeterminate gender who wants to be referred to neither as « he » nor « she » – they are imprisoning patriarchal categories – nor as « it « (that would be an objectifying put-down) but as « they » and  » them ». This is at least convivial. When he – no, she – no, they – are there, it’s always a party.



There is something funny about this undue weight given to words, because we can’t be endlessly sensitive and attentive and courteous in every interaction we have in life. People who try end up seeming insipid and exasperating rather than entirely admirable. My own wife, Martha, for instance, who does try to be so in every exchange, is, though much loved, also famous for the length of time it takes her to extricate herself from a social occasion, having first to be certain that she has been nice to everyone. This leads her, perversely, to avoid many social occasions for fear of wearing herself out from attentiveness – the price of such niceness can be very high. Prolonged punctiliousness is exhausting to all, particularly to husbands – er, mates – er, partners – er, co-habitating life colleagues.

But the idea that cultures – recipes or poses or even hats – belong to one group rather than another is something worse than a moment in a comedy of manners – or, rather, it misses the way that a larger comedy of manners has always shaped what we mean by culture. Cultural mixing – the hybridisation of hats, if you like – is the rule of civilisation, not some new intrusion within our own. Healthy civilisations have always been mongrelised, cosmopolitan, hybrid, corrupted and expropriated and mixed. Healthy societies seek out that kind of corruption because they know it is the secret of pleasure. They count their health in the number of imported spices on their shelves.



One of my favourite stories of how healthy cultural hybrids happen involves Japan and the West, though not, in this case, the Mikado. You know those beautiful 19th Century Japanese prints, by Hiroshige or Hokusai or their friends, poetically depicting everyday events, or favourite places, all in charming comic book colour, with Mount Fuji often delicately if secretively included in every view (like a kind of sublime Where’s Wally). Those delicate black-edged figures and long almost cartoonish faces, those startling juxtapositions of foreground and distance, that informal and haiku-like lyricism – Japanese prints had, as everybody is taught in class, an enormous influence on French Impressionist art in the middle of the 19th Century. They were, exactly, an exotic appropriation.

Well, it turns out that they weren’t really exotic at all. They were the product of the Japanese infatuation with Western perspective drawing and graphics, which had only recently arrived in Japan on ships and boats as part of the Japanese opening to the West. The Japanese artists saw them, and saw expressive possibilities in them that the Western artists were too habituated to the system to notice. The Japanese appropriated Western perspective in ways that Westerners would never have imagined. Then the Japanese pictures got sent back to Europe, where they looked wonderfully exotic, and re-made the Western art they originally hailed from. It’s exactly the same process that happened in our own lifetime when Howlin’ Wolf and Big Bill Broonzy records sailed over to Liverpool and the suburbs of London and were heard by boys who barely understood their context but loved their attitude. Ten years later you got Mick Jagger and John Lennon. Innocent imitation is always the engine of cultural innovation.

Nor is it just that the borrowings can be beautiful. The things we borrow show us the things we are. Having passed through Chuck Berry, The Beatles and the Stones could better claim their own distinctive Englishness. In the same way, distinctly English food – all those real beers and farmhouse cheddars – has only gotten better because restaurants that served real Italian food helped showed how wonderful a coherent seasonal market-based cuisine could be. If we want to be ourselves, we have to travel – and nowadays, we do much of our travelling internally.

If all you know is your provincial culture, you don’t know enough to know if your culture is provincial or not. When it ceases to be, you’re not wise enough to recognise it. Appropriation is far more often empowering than oppressing. There’s no cheaper way to get the drop on a bad guy than to borrow his hymns and habits and make them your own. That’s what diaspora Jews have done throughout their history. It’s how German bred with Hebrew to become Yiddish and Yiddish became the great language of Jewish folk tale and protest.

So cultures cannot be corrupted enough, civilizations cannot be appropriated too often. Nor is this only seen in heroic acts of original innovation. It’s a nightly act of healthy practice. Last night, for instance, I made a Burmese curry, which combines Indian spices – cumin and turmeric – with the Chinese technique of stir-frying. The ingredients came from our local New York City Greenmarket – and I always mix butter in with the cooking oil, a habit picked up in Paris. The recipe also calls for yogurt, but my wife, of Icelandic extraction, prefers skyr, and it’s all put together by me, while I amuse no one but myself by doing my very bad international accents. So it’s actually a Jewish-Icelandic-Chinese-Indian-Burmese -French emigre-New York state stir-fry. All in one pot, and five minutes.

That’s the norm of cooking. That