Présidentielle 2017: Attention, un racisme peut en cacher un autre ! (After Brexit and Trump, will France’s supposed progressives finally realize you can’t put the Trumpian genie back in its bottle ?)

4 avril, 2017
https://pbs.twimg.com/media/C8hiR22XkAEYqDF.pnghttps://pbs.twimg.com/media/C8hic2nXkAAS-zW.pngCe ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard
Ne serait-il plus simple de dissoudre le peuple et d’en élire un autre? Bertold Brecht
Toutes les stratégies que les intellectuels et les artistes produisent contre les « bourgeois » tendent inévitablement, en dehors de toute intention expresse et en vertu même de la structure de l’espace dans lequel elles s’engendrent, à être à double effet et dirigées indistinctement contre toutes les formes de soumission aux intérêts matériels, populaires aussi bien que bourgeoises.  Bourdieu
En présence de la diversité, nous nous replions sur nous-mêmes. Nous agissons comme des tortues. L’effet de la diversité est pire que ce qui avait été imaginé. Et ce n’est pas seulement que nous ne faisons plus confiance à ceux qui ne sont pas comme nous. Dans les communautés diverses, nous ne faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent. Robert Putnam
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
Force est de constater qu’on a trop souvent dans le passé joué avec le Front national. À gauche, en l’instrumentalisant. À droite, en pratiquant le déni. Passez-moi le mot : il faut « reprioriser » les choses. Il y a aura toujours une droite et une gauche, des différences entre elles et aussi, bien sûr, des confrontations. Mais aujourd’hui, la priorité commune, c’est le combat contre le FN. La droite doit en finir avec les facilités qui ont été trop longtemps les siennes et ce degré de porosité avec le FN imputable aux « buissonneries » d’hier. La gauche, elle, doit cesser d’être naïve ou idéaliste. Quant à la gauche de la gauche, se rend-elle compte que ses outrances anti-économiques, sa haine de l’Europe et du capitalisme ont comme seul résultat de saper les fondements de la République? Je suis effrayé quand je lis dans Le Point sous la plume de Michel Onfray que mieux vaut Alain de Benoist plutôt que Bernard-Henri Lévy. Mais où va-t-on? Toutes ces dérives creusent le sillon de Marine Le Pen. Je dis à tous : ne soyez ni naïfs, ni opportunistes, ni sectaires. Reprenez-vous! Et je pourrais dire la même chose au patronat, aux syndicats, aux autorités religieuses et à beaucoup d’intellectuels. Jean-Marie Le Guen
Quand Manuel Valls, dimanche, « revendique la stigmatisation de Marine Le Pen », il érige en martyr du Système celle qui ne cesse de se présenter comme telle avec un succès croissant. Alors que la diabolisation du FN est une stratégie d’appareil qui perd de plus en plus ses effets d’intimidation auprès d’électeurs excédés, c’est pourtant vers cette solution contre-productive que se précipite à nouveau le premier ministre. Il explique : « Mon angoisse (…) : j’ai peur pour mon pays qu’il se fracasse sur le Front national ». Mais la France n’a pas eu besoin du FN pour s’être déjà fracassée sur le chômage, l’endettement, le matraquage fiscal, la paupérisation, l’insécurité, la déculturation, l’immigration de peuplement, etc. C’est parce que ces sujets ne cessent de s’amplifier, faute de réformes adéquates, que Marine Le Pen est passée en tête dans les sondages. Quand Valls s’alarme de la voir « gagner l’élection présidentielle de 2017 », il ferait mieux de se demander pourquoi, au lieu de sortir les gourdins. Un chef du gouvernement qui, en s’attaquant au FN, prend une conséquence pour une cause tient un raisonnement bancal qui annonce l’échec. (…) Illustration avec le diagnostic du premier ministre, établi le 20 janvier, sur « l’apartheid territorial, social, ethnique qui s’est imposé à notre pays ». Rien n’est plus faux que ce constat d’une politique voulue de séparation raciale, même si le communautarisme ethnique est bien une réalité. Or c’est sur cette assise idéologique, irréaliste dès le départ, que le gouvernement entend construire sa « politique de peuplement », dont les termes laissent poindre l’autoritarisme déplacé. Cette politique vise à imposer partout la « mixité sociale » (entendre : mixité ethnique) dans le cadre, explique Valls, d’un « projet de société répondant aux exigences des Français exprimées le 11 janvier », c’est-à-dire lors de la grande manifestation en solidarité aux victimes des attentats. Or non seulement cette instrumentalisation partisane du 11 janvier est choquante, mais il est irresponsable de déplorer les ghettos et de ne rien faire pour interrompre l’immigration du tiers-monde qui ne cesse de les consolider. Ivan Rioufol
[Yves Bertrand, le patron des RG] explique que au départ, les gens du CRIF (…) ne voulaient pas en faire une grande manifestation et que c’est Mitterrand lui-même qui a imposé la grande manifestation publique, qui a imposé l’itinéraire classique de gauche c’est-à-dire République-Bastille-Nation. Pour bien mettre ce combat dans les combats de la gauche et qui a ainsi manipulé tout le monde. Tout ça, pour empêcher évidemment une alliance entre  la droite – Chirac pour parler vite – et le Front national évidemment parce que si le Front national devenait une espèce de monstre nazi, évidemment on pouvait plus s’allier à lui. Et c’est la grande stratégie de Mitterrand sur quinze ans qui a permis à la gauche de rester au pouvoir pendant toutes ces années. Eric Zemmour
C’est l’histoire d’une pièce de théâtre qui connut jadis un immense succès, mais dont le texte a vieilli. Les ficelles dramatiques paraissent convenues et désormais surjouées par un acteur grandiloquent devant une salle aux trois-quarts vides. C’est la République en danger, le fachisme ne passera pas ou, pour faire plaisir à l’acteur, « no pasaran ». Manuel Valls peut tout jouer, mal mais tout. Alors qu’il est en campagne pour des élections locales, il a déjà déclenché le programme spécial 21 avril 2002. Les loups sont entrés dans Paris. C’est trop tôt ou trop tard. A l’époque, le candidat vaincu Lionel Jospin n’avait pas tardé à reconnaître que tout cela était du théâtre, qu’aucun danger fasciste ne menaçait la République. En 2002, Manuel Valls était conseiller en communication du Premier ministre, et François Hollande, premier secrétaire du PS. Ah, ce n’est pas que les deux hommes ne désirent pas revivre un pareil séisme, mais ils veulent seulement que ce soit à leur profit. Car la seule chance de réélection de Hollande est de se retrouver au second tour face à Marine Le Pen. Le Président fait donc tout pour en faire la seule opposition, à la fois en majesté et diabolisée. Valls met son énergie et son sens de la démesure au service de cette tactique exclusive. Les deux hommes achèvent ainsi le travail commencé il y a trente ans par François Mitterrand: l’ancien président avait alors réussi à casser la droite en trois morceaux irréconciliables.  (…) La manoeuvre est limpide et poursuit trois objectifs successifs. 1) « réveiller et rameuter un peuple de gauche chauffé artificiellement au feu antifasciste ». 2) culpabiliser la gauche de la gauche, de Mélenchon à Duflot ». 3) préparer le troisième tour des départementales lors de l’élection des présidents des conseils généraux pour casser l’UMP entre ceux qui pactiseraient avec le diable. Eric Zemmour
Les « beaufs » vous remercient pour vos commentaires. Ces donneurs de leçon, sûrement lecteurs de Télérama, aiment les films hongrois, sous-titrés polonais et dont la scène essentielle du film est un plan fixe sur un pot de fleur rouge… Réaction à un commentaire de Bienvenue chez les cht’is (site FNAC)
Si la classe moyenne supérieure critique le succès des ch’tis avec tant de passion, c’est aussi que le film peut être interprété comme une satire sociale faite au nom de ces valeurs populaires contre les valeurs de la classe moyenne. (…) La satire sociale est un genre littéraire fréquent en France mais en général elle se fait au détriment de la classe populaire, du Roman de Renard aux Deschiens : il a fallu deux acteurs, certes intégrés à la classe moyenne puisqu’ils sont acteurs, mais suffisamment distants du fait de leur origine algérienne pour Kad Merad et kabyle par son père pour Dany Boom, pour assumer de se moquer de cette classe moyenne qui est devenue la leur. Quant à la classe moyenne, elle a dû trouver une explication au succès populaire du film par le biais du battage médiatique, sans comprendre cet aspect de revanche sociale. Philippe Cibois
[L’imagerie par résonance magnétique (IRM)] nous a permis de confirmer que les jugements moraux proviennent bien de phénomènes qui se produisent dans le cerveau. Mais, le plus intéressant, c’est de voir quelles parties du cerveau sont particulièrement actives quand nous formons ces jugements. D’après l’étude initiale de Joshua Greene, et celle d’António Damásio avant lui dans les années 1990, les régions du cerveau associées aux émotions jouent un rôle prépondérant, alors que celles dédiées au raisonnement mettent parfois du temps à se manifester. Un des grands sujets du débat aujourd’hui est de savoir quelle part associer au raisonnement logique et quelle part associer aux émotions. Le cortex insulaire antérieur [ou insula frontale] enregistre un pic d’activité quand une chose nous répugne : je suis de ceux qui pensent que les réactions émotionnelles ont tendance à guider le raisonnement et je crois que la plupart des ouvrages de neurologie s’inscrivent aussi dans cette lignée. (…) Nous jugeons d’emblée. C’est une des grandes découvertes de la psychologie sociale ; on parle parfois de “révolution de l’automaticité”. Cela remonte à Wilhelm Wundt [psychologue et philosophe allemand], il y a cent vingt ans. En un quart de seconde, nous réagissons au visage des gens, aux mots, aux propositions. Le raisonnement n’intervient qu’ensuite, il est beaucoup plus lent. Robert Zajonc, le célèbre psychologue social, affirmait dans les années 1980 que “les préférences se passent de logique”. Par exemple, notre esprit réagit à la nouveauté, comme devant une œuvre d’art, et cette réaction contraint ensuite la nature de notre raisonnement. Nous avons du mal à cerner le tableau d’ensemble et à voir ce qu’il montre. En revanche, nous n’avons aucun mal à nous dire : “Voilà l’hypothèse à laquelle je veux croire ; voyons maintenant si je peux trouver des informations pour l’étayer. Et si je n’en trouve pas, tant pis, je la laisserai tomber…” Mais, comme vous le savez, nous parvenons généralement à trouver des éléments pour l’étayer. (…) Notre morale est contrainte par une multitude de facteurs, l’un des principaux étant notre appartenance à un camp. Tout le monde sait que les personnes politisées sont insensibles aux arguments du camp adverse. C’est ce qui conduit ce camp d’en face à penser que nous ne sommes pas sincères, que nous ne sommes pas “rationnels” ; et chaque camp pense la même chose de l’autre. Ce que vous pensez de l’avortement, des droits des homosexuels, de l’aptitude des mères célibataires à élever leurs enfants aussi bien que les couples mariés : toutes ces opinions vous rattachent à un camp et, si vous avez le malheur de changer d’avis, vous devenez un traître, vous ne serez plus invité aux soirées et vous risquez même de vous faire traiter de tous les noms. (…) ce que l’on constate, c’est que les gens ne sont pas spontanément utilitaristes. (…) les gens ont beaucoup d’intuitions morales et (…) les expériences menées sur la persuasion montrent qu’il est très difficile de convaincre les gens. (…) Ce qui m’a frappé en lisant tous ces livres d’ethnographie et en travaillant en Inde, où j’ai fait des recherches pendant trois mois, c’est à quel point certains schémas se retrouvaient partout dans le monde, alors que l’expression finale de la morale est souvent unique et extrêmement variable d’une culture à l’autre. Quels schémas fondamentaux l’évolution peut-elle expliquer ? On pense tout de suite à la réciprocité. [Le sociobiologiste] Robert Trivers a écrit [en 1971] un article resté célèbre sur l’“altruisme réciproque”. Certains affirment que le sens de l’équité et la réciprocité sont des constructions 100 % sociales, entièrement apprises de nos parents, mais cela ne tient pas. Même chose pour les attentions dont nous entourons notre vulnérable progéniture. Nous sommes des mammifères et nous avons les tendances des mammifères. Si vous considérez ces deux caractéristiques, la réciprocité et l’attention à la progéniture, vous constatez que le nativisme [théorie selon laquelle certaines facultés seraient présentes dans le cerveau à la naissance] a raison dans les deux cas. Mes confrères et moi-même y avons ajouté les catégories suivantes : la fidélité au groupe (nous sommes doués pour les alliances), le respect de l’autorité, et le sacré ou la pureté (l’idée que le corps est un temple). Ces catégories sont uniquement descriptives et non normatives. Ce sont les cinq dont nous sommes convaincus, mais il en existe beaucoup d’autres. Aujourd’hui, nous estimons que la liberté est à part. Je pense que, à l’avenir, nous verrons dans la propriété ou la possession un fondement moral : on le constate dans l’ensemble du règne animal avec la notion de territorialité, et plusieurs laboratoires ont montré récemment que les enfants de deux ou trois ans avaient conscience de la possession (ce qui est dans la main de l’autre et pas dans la leur) et la prenaient en compte. Ce que j’ai découvert dans mes premiers travaux, c’est que la classe sociale était un facteur qui comptait parfois plus que la nationalité. J’ai commencé à travailler sur la question, et c’est comme cela que mes confrères et moi sommes arrivés à cette liste de fondements moraux. J’étais en train de faire ces recherches sur la morale quand les démocrates ont perdu l’élection [présidentielle] de 2000 aux États-Unis, puis ont reperdu en 2004 [Al Gore puis John Kerry ont perdu face au républicain George Bush]. (…) À l’époque, j’étais un progressiste convaincu : je ne pouvais pas voir George Bush en peinture. Je voulais me servir de mes travaux pour aider les démocrates à comprendre la morale des Américains, parce que Bush la comprenait, mais pas Al Gore. (…) s’ils avaient perdu, ce n’était pas à cause de Karl Rove [le conseiller politique de George Bush], de subterfuges ou de sorts qu’on leur aurait jetés, mais parce que les démocrates (ou les progressistes) avaient un éventail de fondements moraux plus étriqué – ils se focalisent sur l’égalité et la protection sociale, mais ne comprennent pas ­ou ne communiquent pas sur les valeurs viscérales, patriotiques, religieuses, hiérarchiques, basées sur l’appartenance au groupe, qu’ont la plupart des Américains. (…) Je faisais un travail de terrain ethnographique : je lisais les journaux conservateurs, je m’étais abonné au câble pour pouvoir regarder Fox News [une chaîne américaine d’information en continu réputée pour ses positions conservatrices] et, au début, j’ai été choqué. (…) Et puis, quand j’ai commencé à comprendre, à voir qu’il y a une cohérence dans leurs points de vue, que si vous vous souciez vraiment de la responsabilité de chacun et que vous êtes vraiment indignés par les parasites, les assistés, les gens qui font n’importe quoi, vous n’avez pas envie que la société leur vienne en aide. En découvrant ces valeurs, j’ai compris pourquoi certains considéraient l’État providence comme une des inventions les plus scandaleuses qui soient. J’ai donc commencé à identifier les sujets sur lesquels chaque camp voyait juste, certaines menaces, certains problèmes. Une fois que vous faites partie d’un clan moral qui vous assujettit, vous ne voyez plus les autres réalités. Cela vous empêche de voir les faits qui ne cadrent pas avec votre réalité. J’étais en train d’écrire le chapitre 8 de The Righteous Mind, dans lequel j’essayais d’expliquer la vision qu’ont les conservateurs de l’équité et de la liberté. Je l’ai confié à ma femme pour qu’elle le relise en lui disant que je ne pouvais plus me considérer comme un progressiste, étant donné que, à mes yeux, chaque camp voyait juste sur certains sujets. (…) Étudier la morale revient à étudier le système d’exploitation de votre vie sociale. Comme le système d’exploitation du monde universitaire est très progressiste, ou disons de gauche, j’étais prisonnier du camp progressiste. (…) Une fois que vous faites partie d’un camp, le raisonnement militant et le “biais de confirmation” [biais cognitif consistant à privilégier les informations confirmant nos idées préconçues ou nos hypothèses] pèsent si lourd que vous trouvez des éléments pour étayer tout ce que vous avez envie de croire. (…) si vous êtes partisan, vous n’allez pas proposer une analyse équitable de la réalité. Une démarche scientifique rigoureuse n’implique pas nécessairement que nous soyons tous neutres et impartiaux. Si la science fonctionne aussi bien, ce n’est pas parce que les scientifiques sont rationnels, c’est parce que la science en tant qu’institution garantit que tout ce qui sera dit sera remis en cause. Tant que ce marché intellectuel fonctionne, tant qu’il y aura des gens pour prendre le contre-pied, des spécialistes de votre discipline pour réfuter ce que vous dites, la science pourra regorger d’opinions partisanes, ce ne sera pas gênant. Le problème, c’est quand tout le monde a les mêmes partis pris, il n’y a plus personne en face. Il y a alors des risques que le groupe parvienne à des conclusions qui sont tout bonnement erronées. C’est ce qui s’est produit, non pas sur tous les sujets, mais sur certains sujets sensibles, comme l’origine ethnique, le genre, et la politique. Jonathan Haidt
J’ai constaté que la France était victime d’une multitude de trahisons. Il en va de nombreux politiciens qui, durant ces dernières décennies, ont cohabité avec la « bête » (l’islam radical, ndlr) à des fins électoralistes, mais aussi d’intellectuels à la vision et à la pensée tronquée par le « tiers-mondisme » et le « droit-de-l’hommisme » ; tous des collaborateurs par inaction qui sacrifient leur pays sur l’autel d’un combat d’arrière-garde. (…) En refusant d’affronter l’islamisation, de peur d’être taxée d’islamophobe, en tolérant les violations de la laïcité, la société française est complice de l’essor du terrorisme en France. La classe politique, à la recherche du vote islamique, est également complice. (…) C’est à se demander qui est raciste. Celui qui veut défendre sa société et ses valeurs ou celui qui veut imposer ses valeurs ?  Waleed Al-Husseini
Les dirigeants du PS français et de la social-démocratie européenne, en effet, sont en général des personnages que je considère comme des poulets élevés en batterie. Ils sortent des grandes écoles, sans aucun passé militant dans les luttes populaires, et encore moins dans l’internationalisme politique. Ils montent les marches du pouvoir politique en croyant que leur discours de gestionnaires, c’est du socialisme. Et ils font croire que ça se résume à ça. Ces dirigeants n’ont jamais compris ce qui se passe en Amérique latine parce qu’ils ne se sentent pas concernés. Dans le meilleur des cas, ils se contentent de reproduire le discours de la propagande étasunienne, repris par la majorité des médias. (…) Le président Hugo Chavez note, comme moi : « Les gens ne veulent pas comprendre que pour redistribuer les richesses auprès des pauvres, il faut changer les institutions ». Et Chavez nous interpelle : « Parce qu’il existerait une alternative ? Et où se trouvent donc vos magnifiques modèles, vous les Européens, que l’on devrait prétendument imiter ? ». (…) C’est donc pour cela que j’ai demandé à ces dirigeants qu’ils se taisent, et qu’ils observent avec respect le chemin montré par Chavez, Evo Morales en Bolivie, Rafael Correa en Équateur ou José Mujica en Uruguay. Non pas pour les imiter, mais pour apprendre d’euxJean-Luc Mélenchon
Soljenitsyne était une baderne passéiste absurde et pontifiante, machiste, homophobe, et confis en bigoteries nostalgiques de la grande Russie féodale et croyante.(…) C’était un perroquet utile de la propagande « occidentale ». Utile car au contraire de tous ceux qui avaient dénoncé avant lui le goulag et les camps staliniens, Soljenitsyne était une voix de droite parmi les plus réactionnaire. Jean-Luc Mélenchon (sénateur membre du bureau national du PS, 04/08/08)
Dans son dernier discours sur la culture, Marine Le Pen appelle de ses vœux une France qui retrouve sa grandeur. Mais l’art n’est pas fait pour servir la grandeur de la France, et c’est d’ailleurs bien ainsi qu’il la sert. Le Front national ne cesse de tirer à boulets rouges sur l’art contemporain, c’est-à-dire sur les formes de l’art sans précédent. C’est pourtant là que réside l’éminente fonction de l’art qu’est la subversion – qui va du léger déplacement au renversement scandaleux. La liberté de penser et de créer, la liberté d’inventer et d’affirmer, la liberté d’interpréter et de critiquer le monde comme il va ou ne va pas, sont choses précieuses, ô combien ! L’art comme fruit de ces libertés et des moyens qui lui sont offerts en France, c’est cela que le monde entier nous envie. Marine Le Pen présidente y mettrait un point d’arrêt. Comment s’en étonner quand le Front national promeut, quoi qu’il tâche de le faire oublier jusqu’à l’effacement, des idées racistes, antisémites, xénophobes et nationalistes ?Le Front national est aux portes du pouvoir. Nous appelons à faire barrage à Marine Le Pen lors de la prochaine élection présidentielle, puis aux législatives qui lui succéderont. Signataires : Archie Shepp, Léa Seydoux, André Wilms, Jean-Pierre et Luc Dardenne, Renaud, Jeanne Moreau, Matthieu Chedid, Annette Messager, Akhenaton, Shurik’n, Kheops, Imhotep et Kephren du groupe IAM, Vincent Elbaz, Valeria Bruni Tedeschi, Christian Boltanski, Cécile de France, Zazie, Abdellah Taïa, Anaïs Demoustier, Vincent Delerm, Anna Mouglalis, Vincent Macaigne, Kaoutar Harchi, Jérôme Ferrari, Mathilde Monnier, Karin Viard, Zabou Breitman, Laura Smet, Alexandre Chemetoff, Lolita Chammah, Marie Darrieussecq, Tahar Rahim, Emma de Caunes, Alysson Paradis, Denis Podalydès, Amos Gitaï, Georges Didi-Huberman, Romane Bohringer, Pascal Dusapin, Pascal Convert, Valérie Donzelli, Vincent Perez, Alain Françon, Théo Mercier, Charles Berling, Amira Casar, Jean-Michel Ribes, Alexis Jenni, Judith Chemla, Charles Fréger, Félix Moati, Albin de la Simone, Florence Loiret Caille, Laurent Bayle, La Grande Sophie, Magyd Cherfi, Ariane Ascaride, Jonathan Zaccaï, Antoine de Galbert, Béatrice Dalle, Jean-Pierre Vincent, Samir Guesmi, Olivier Py, Laurence Equilbey, Jules Sitruk, Paula Aisemberg, Jean-Noël Pancrazi, Renan Luce, Stéphane Foenkinos, Emmanuel Demarcy-Mota, Camélia Jordana, Brigitte Jaques-Wajeman, Zita Hanrot, François Regnault, Babx, Sofi Jeannin, Jérôme Kircher, Pauline Bastard, Francis Boespflug, André Markowicz, Claude Perron, Olivier Mantéi, Karen Vourc’h, Dominique Blanc, Olivier Rolin, Jeanne Cherhal, Gérard Wajcman, Jacky Ohayon, Rachel Arditi, Carine Tardieu, Stéphane Braunschweig, Marie Collin, Pascal Elbé, Farid Bentoumi, Laure Marsac, Émilie Brisavoine, Alexandre Tharaud, Irène Jacob, Yann Rabanier, Arthur Nauzyciel, Mathieu Chatenet, Brigitte Lefèvre, Sébastien Pouderoux, Élie Wajeman, Guillaume Gouix, Jean de Loisy, Laurent Gaudé, Philippe Quesne, Iván Argote, Arièle Butaux, Dominique Valadié, Elsa Lepoivre, André Engel, Corinne Bacharach, Anne Alvaro, Olivier Babinet, Yann Apperry, Thomas de Pourquery, Judith Henry, Sébastien Betbeder, Brigitte Sy, Gérard Lefort, Nicolas Bouchaud, Pierrick Sorin, Natalie Seroussi, Rodrigo Garcia, Anne-Lise Heimburger, Sylvie Ballul, Jean-François Sivadier, Anaëlle Lebovits-Quenehen, Isabelle Renauld, Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel, Yanowski, Vincent Winterhalter, Mathieu Bauer, Lise Wajeman, Marion Rampal, Cyril Descours, Olivier Cadiot, Stéphanie Murat, Daniel Jeanneteau, Océanerosemarie, Thomas Blanchard, Éric Génovèse, Richard Brunel, Françoise Lebrun, Rodolphe Dana, Sarah Petit, Emmanuel Noblet, Daniel Mesguich, Florence Thomassin, Olivier Gluzman, Ismaël Margain, Anne Marivin, Jean-Philippe Amar, Sigrid Bouaziz, Evelyne Didi, Guillaume Vincent, Caroline Deruas, Peter von Poehl, Jean-Luc Gaget, Cecile MacLorin Salvant, Thomas Enhco, Zaza Fournier, David Lescot, Micha Lescot, Marcel Bozonnet, Valérie Dréville, Laurent Poitrenaux, Michel Deutsch, Julia Piaton, Valérie Stroh, Yves-Noël Genod, Anne Paceo, Jean-Loup Rivière, Françoise Morvan, Odile Heimburger, Ludovic Lagarde, Samuel Achache, Jeanne Candel, Kyrie Kristmanson, Sarah Le Picard, Éric Génovèse, Julien Féret, Céline Gaudier, Mikaël Serre, Simon Jacquet, Bastien Lallemant, Charlotte Testu, Delphine Gleize, Fanny de Chaillé, Roxane Arnold, Raphaël Quenehen, Samuel Churin, Aram Kebabdjian, Jannick Thiroux, Marie Payen, Lola Gans, Raphaël Imbert, Servane Ducorps, Franck Krawczyk, Joëlle Petrasek, Yaron Herman, Marie Modiano, Zina Modiano, Lolita Sechan, Mona Achache, Caroline Guiela-Nguyen, Julie-Anne Roth, Sylvain George, Jean-Pierre Sarrazac, Natalie Beder, Alexis Pivot, Sarah Stern, Charlotte des Georges, Michèle Foucher, Maissiat, Catherine Frot, Yann Moix.
37% des Français estiment que les chaines de télévision n’ont aucun candidat préféré. Le premier candidat évoqué est Emmanuel Macron, par 35% des Français, nettement devant les autres candidats. Sondage Harris-Téléstar
Il n’y a pas de culture française, il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse. Emmanuel Macron
Non, il n’y a pas de culture française, il n’y a pas de littérature française ou de rock français. François Bayrou
Les élites sont affligeantes mais le peuple est décevant. Les gens du Midi de la France n’ont aucune excuse pour voter FN parce qu’ils ne vivent pas dans le naufrage industriel. Les gens du Midi qui votent Front national doivent être jugés pour ce qu’ils sont : de purs racistes anti- Arabes. Quant aux ouvriers du Nord, ils pourraient lutter pour l’égalité en succès, pour mener à bien un changement aussi drastique, ce serait la solidarité nationale et la fraternité. L’épreuve est à aborder en commun, par tous les Français. Or, parmi les Français, il y a ceux qui sont d’origine arabe ou musulmane. Avant même l’épreuve, le Front national divise la société. À quelle condition pourrions-nous le prendre au sérieux ? Soyons réalistes, laissons-lui son fond de commerce anti-immigrés ; il ne faut pas rêver. On pourrait toutefois prendre Marine Le Pen au sérieux si, à la suite d’une crise spirituelle, elle traçait une ligne claire entre les Français d’origine maghrébine, qui sont des Français pleins et entiers, et l’immigration actuelle et à venir. Le FN ne serait toujours pas gentil, mais il révélerait au moins une envie sérieuse de gouverner. Emmanuel Todd
Un  récent  sondage  OpinionWay  montre  que 83 % des Français jugent la campagne  de  mauvaise  qualité.  Elle  est  vue  comme   un  spectacle  soit  désolant  (les  affaires),   soit  attrayant  (les  débats).  La  percée  de   popularité de Mélenchon se fait dans tous  les  électorats, comme  si  les  Français  saluaient l’artiste indépendamment du choix politique qui leur est proposé.  (…) L’indécision  touche  40  %  des  électeurs  là   où  d’habitude  à  ce  stade  de  la  campagne   elle  oscille  entre  25  et  30  %.  (…) L’abstention  est  évaluée  15  points  au- dessus de ce qu’elle était au même  moment  en  2012.  C’est  énorme.  Cela représente entre 6 et 7 millions  d’électeurs  supplémentaires  qui  ne   sont  pas  encore  mobilisés.  Ce  qui   prouve une extraordinaire  difficulté  des  Français  à   entrer  dans  l’élection  et   un   accroissement   de    leur   distance   vis-à- vis de la politique et  des  partis.  Parallèlement,  il  y  a   une   plus   forte    indécision   chez    les    votants    qui     déclarent  plus  volontiers pouvoir changer  d’avis,   ce   qui   traduit  une  distance vis-à-vis des  candidats.  C’est  le  poids  de  l’affaire   Fillon,  le  positionnement  volontairement   confus de Macron, la crise profonde des socialistes.  (…) Il  y  a  une  forte  indécision  à  gauche  qui   touche  en  particulier  les  électorats  Hamon  et  Macron.  Pour  deux  raisons  différentes. Pour le premier, il y a un doute sur  l’utilité de son vote en faveur du candidat  socialiste. Pour les électeurs Macron, il y a  un doute sur le sens de leur choix : qui est  réellement Macron, quelle est la nature de  son programme, avec qui va-t-il gouverner ? À droite, le problème est celui de la  dispersion.  (…) L’électorat  Sarkozy   2012  est  complètement  dispersé  !  (…) on  a  une  élection  hors  du  commun  avec un risque d’écroulement du PS qui dominait  la  gauche  depuis  quarante ans, la dispersion des électeurs  de  la  droite  qui  pourrait conduire  à  sa  défaite et paradoxalement la victoire possible d’un candidat du centre alors même  que  le  pays  se  droitise. Il est même possible que le scrutin dé- cisif cette année pour connaître l’orientation politique du pays soit les  législatives, pas  la  présidentielle. Jérome Jaffré
The fact that Trump is no ideologue does not mean he cannot be a conduit for a new ideology. The British political establishment learned this lesson the hard way. For years, conservatives and liberals alike underestimated Thatcherism. They failed to see that behind Margaret Thatcher’s blonde hair and shrill voice was a revolutionary politics that reflected and accelerated fundamental social and economic changes. Thatcher, like Trump, was no philosopher. But she didn’t have to be. She merely had to attract people capable of refining the ideology and policy program that would eventually bear her name. And that is precisely what she did. Apart from those ideologues, the first to grasp the significance of Thatcher’s political project were on the far left: the magazine Marxism Today coined the term “Thatcherism” in 1979. These left-wing figures saw what those in the mainstream didn’t: Thatcher’s fundamental challenge to the economic and social structures that had been widely accepted since World War II. (…) There are powerful parallels between the late 1970s and the present. Just as Thatcher recognized growing dissatisfaction with the old order and gave voice to ideas that had been languishing on the margins, Trump has acknowledged and, to some extent, vindicated the anguish and anger of a large segment of the working class who are fed up with long-established systems. Also like Thatcher, Trump has attracted ideologues ready and willing to define Trumpism for him. Front and center is Stephen Bannon, the former executive chairman of Breitbart News, the ultra-nationalist home of the racist alt-right, who now serves as Trump’s chief strategist. Speaking at the Conservative Political Action Conference, Bannon defined Trumpism in terms of national security and sovereignty, economic nationalism, and the “deconstruction of the administrative state.” As he put it, “[W]e’re a nation with an economy. Not an economy just in some global marketplace with open borders.” This reflects a fundamental conflict between Thatcherism and Trumpism: the latter aims to sweep away the neoliberal consensus of unregulated markets, privatization, free trade, and immigration that comprised the former. But, even if the ideas are different, the tactics are the same. To consolidate support, Thatcher would go head-to-head with carefully selected enemies – from British miners to Argentina’s president, General Leopoldo Galtieri, to the bureaucrats in Brussels. Similarly, as the Hudson Institute’s Craig Kennedy recently told me, “Bannon wants to radicalize the anti-Trump liberals into fighting for causes which alienate them from mainstream America.” Every time Trump’s opponents march for women, Muslims, or sexual minorities, they fortify Trump’s core support base. Jacques argues that the British Labour Party’s failure fully to come to terms with Thatcherism is the main reason it spent almost two decades in the political wilderness. He believes that Prime Minister Tony Blair was the first leader to recognize Thatcherism for what it was: a new ideology that upended long-held rules and assumptions. But, Jacques asserts, Blair merely adjusted to the new ideology, rather than attempting to change it. None of this bodes well for Trump’s opponents, who are still a long way from recognizing the ideological implications of his presidency. Indeed, they remain so distracted by Trump’s apparent lack of leadership skill and even mental capacity – which, to be sure, cannot compare to that displayed by Thatcher – that they have yet to grasp the depth of the divisions and neuroses that Trump has exposed. It might be cathartic to call Trump an idiot, to laugh at his misspelled tweets and taped-up tie, but the implications of his presidency are serious. If Trump’s progressive opponents fail to engage seriously with the forces that Trump’s victory reflected and reinforced – in particular, the backlash against neoliberalism – not even impeachment will be enough to put the Trumpian genie back in its bottle. Mark Leonard (European Council on Foreign Relations)

Vous avez dit racisme de classe ?

A l’heure où à la veille du deuxième débat d’une élection …

Qui a vu l’assassinat juridico-médiatique en direct du seul candidat de l’alternance

Mais où 37% des Français veulent encore croire que les médias n’ont aucun candidat préféré …

Nos dits médias et nos sondeurs ventriloques font mine de s’étonner …
Que plus de 40% des électeurs potentiels soient encore indécis à moins de trois semaines du premier tour …
Où qu’ils saluent les prestations d’un chantre de tout ce que la planète peut contenir de dictatures, Castro, Chavez et Chine compris …

Alors qu’enfermée dans ses privilèges et sa suffisance toute une classe de belles âmes de la politique et des médias…

Qui a non seulement imposé à tous des décennies entières de mesures dont elle n’a jamais eu à subir les conséquences …

Mais condamné à l’éternelle difficulté électorale par sa diabolisation de sa faction la plus populaire une droite de plus en plus majoritaire dans le pays …

S’apprête à nous refaire pour imposer leur nouveau candidat des bons sentiments le coup du front républicain contre le prétendu racisme du parti des bonnes questions …

Jusqu’à, pour nos « grands intellectuels » (sic) et malgré l’éléphant de la pièce toujours plus envahissant de l’islamisme, appeler au changement brechtien de peuple pour cause de malpensance raciste …

Comment ne pas voir …

Après les exemples coup sur coup du Brexit et de l’élection de Donald Trump …

Le véritable racisme de classe auquel on a en fait affaire …

Et partant si la voix dudit peuple était à nouveau ignorée …

Le retour de bâton encore plus massif auquel il faudrait alors se préparer ?

Trump the Ideologue?
Mark Leonard
Project syndicate
Mar 29, 2017

LONDON – Historians may come to see the American actor Alec Baldwin as US President Donald Trump’s most useful ally. Baldwin’s frequent and widely viewed impersonations of Trump on the comedy show “Saturday Night Live” turn Trumpism into a farce, blinding the president’s political opponents to the seriousness of his ideology.

Of course, politicians are parodied all the time. But with Trump, there is already a tendency not to take his politics seriously. The form of those politics – unhinged tweet-storms, bald-faced lies, racist and misogynistic pronouncements, and blatant nepotism – is so bizarre and repugnant to the bureaucratic class that it can overshadow the substance.

Even those who seem to take Trump seriously are failing to get to the root of Trumpism. Democrats are so infuriated by his misogyny and xenophobia that they fail to understand how he connects with many of their former supporters. As for establishment Republicans, they are so keen to have a “Republican” in office implementing traditional conservative policies – such as deregulation and tax cuts – that they overlook the elements of his agenda that upend their orthodoxies.

Part of the problem may be that Trump has come out on both sides of most major debates, championing a brand of politics that privileges intensity over consistency. This may cause Trump-watchers to dismiss attempts to establish an ideological foundation for Trumpism – such as Julius Krein’s new journal American Affairs – as hopelessly oxymoronic. But the fact that Trump is no ideologue does not mean he cannot be a conduit for a new ideology.

The British political establishment learned this lesson the hard way. For years, conservatives and liberals alike underestimated Thatcherism. They failed to see that behind Margaret Thatcher’s blonde hair and shrill voice was a revolutionary politics that reflected and accelerated fundamental social and economic changes.

Thatcher, like Trump, was no philosopher. But she didn’t have to be. She merely had to attract people capable of refining the ideology and policy program that would eventually bear her name. And that is precisely what she did.

Apart from those ideologues, the first to grasp the significance of Thatcher’s political project were on the far left: the magazine Marxism Today coined the term “Thatcherism” in 1979. These left-wing figures saw what those in the mainstream didn’t: Thatcher’s fundamental challenge to the economic and social structures that had been widely accepted since World War II.

An editor of that magazine, Martin Jacques, who did as much as anyone at the time to provide a theoretical understanding of Thatcherism, recently explained to me why its significance was so often overlooked. “Political analysis at that time was very psephological and institutional,” he said. With its focus on “the performance of political parties,” he explained, it missed “the deeper changes across society.”

There are powerful parallels between the late 1970s and the present. Just as Thatcher recognized growing dissatisfaction with the old order and gave voice to ideas that had been languishing on the margins, Trump has acknowledged and, to some extent, vindicated the anguish and anger of a large segment of the working class who are fed up with long-established systems.

Also like Thatcher, Trump has attracted ideologues ready and willing to define Trumpism for him. Front and center is Stephen Bannon, the former executive chairman of Breitbart News, the ultra-nationalist home of the racist alt-right, who now serves as Trump’s chief strategist.

Speaking at the Conservative Political Action Conference, Bannon defined Trumpism in terms of national security and sovereignty, economic nationalism, and the “deconstruction of the administrative state.” As he put it, “[W]e’re a nation with an economy. Not an economy just in some global marketplace with open borders.”

This reflects a fundamental conflict between Thatcherism and Trumpism: the latter aims to sweep away the neoliberal consensus of unregulated markets, privatization, free trade, and immigration that comprised the former. But, even if the ideas are different, the tactics are the same.

To consolidate support, Thatcher would go head-to-head with carefully selected enemies – from British miners to Argentina’s president, General Leopoldo Galtieri, to the bureaucrats in Brussels. Similarly, as the Hudson Institute’s Craig Kennedy recently told me, “Bannon wants to radicalize the anti-Trump liberals into fighting for causes which alienate them from mainstream America.” Every time Trump’s opponents march for women, Muslims, or sexual minorities, they fortify Trump’s core support base.

Jacques argues that the British Labour Party’s failure fully to come to terms with Thatcherism is the main reason it spent almost two decades in the political wilderness. He believes that Prime Minister Tony Blair was the first leader to recognize Thatcherism for what it was: a new ideology that upended long-held rules and assumptions. But, Jacques asserts, Blair merely adjusted to the new ideology, rather than attempting to change it.

None of this bodes well for Trump’s opponents, who are still a long way from recognizing the ideological implications of his presidency. Indeed, they remain so distracted by Trump’s apparent lack of leadership skill and even mental capacity – which, to be sure, cannot compare to that displayed by Thatcher – that they have yet to grasp the depth of the divisions and neuroses that Trump has exposed.

It might be cathartic to call Trump an idiot, to laugh at his misspelled tweets and taped-up tie, but the implications of his presidency are serious. If Trump’s progressive opponents fail to engage seriously with the forces that Trump’s victory reflected and reinforced – in particular, the backlash against neoliberalism – not even impeachment will be enough to put the Trumpian genie back in its bottle.

Voir aussi:

Entretien. “Notre morale est limitée par notre appartenance à un groupe”
Pacific- Santa-Barbara

Courrier international
09/12/2016
Lire l’article original

Ce sont des systèmes de valeurs différents qui opposent libéraux et conservateurs, assujettissent notre sens moral et empêchent chacun des clans de percevoir d’autres réalités, assure le psychologue américain Jonathan Haidt.

Jonathan Haidt est l’auteur de L’Hypothèse du bonheur : la redécouverte de la sagesse ancienne dans la science contemporaine [Mardaga, 2010] et du best-seller The Righteous Mind [“L’Esprit vertueux”, inédit en français]. Il travaille actuellement à l’écriture d’un ouvrage sur le capitalisme et la morale.

Le domaine qui nous intéresse aujourd’hui est la psychologie morale. On étudie généralement la morale dans les facultés de philosophie et non de psychologie. Qu’est-ce que la psychologie morale ?

Jonathan Haidt : Il ne fait aucun doute que les philosophes peuvent nous aider à méditer sur ce que nous devrions faire, mais ce que nous faisons réellement est du ressort des psychologues. Nous étudions des aspects très divers de la nature humaine, dont la morale, le jugement moral, l’attitude morale, l’hypocrisie et la vertu. Autant de grands thèmes qui sont au cœur de la vie politique et de notre vie quotidienne.

Pour un psychologue, cela implique sans doute de mener des expériences, ou tout au moins des observations ?

Tout à fait. Cela fait intervenir des méthodes scientifiques qui ne sont d’ailleurs pas nécessairement expérimentales. Comme tout domaine dont l’étude est ardue, il convient d’utiliser un éventail de différentes méthodes : le travail de terrain, la lecture d’ouvrages variés, les entretiens avec des personnes qui ont des conceptions du monde différentes sur le plan moral, et ainsi de suite. En ce sens, cela se rapproche un peu de l’anthropologie.

Ces dernières années, on a assisté à certaines évolutions intéressantes, l’imagerie par résonance magnétique (IRM) nous donnant désormais une idée de ce qui se passe sur le plan physiologique quand une personne prend une décision.

Oui. On peut noter deux choses. D’abord, cela nous a permis de confirmer que les jugements moraux proviennent bien de phénomènes qui se produisent dans le cerveau. Mais, le plus intéressant, c’est de voir quelles parties du cerveau sont particulièrement actives quand nous formons ces jugements. D’après l’étude initiale de Joshua Greene, et celle d’António Damásio avant lui dans les années 1990, les régions du cerveau associées aux émotions jouent un rôle prépondérant, alors que celles dédiées au raisonnement mettent parfois du temps à se manifester. Un des grands sujets du débat aujourd’hui est de savoir quelle part associer au raisonnement logique et quelle part associer aux émotions. Le cortex insulaire antérieur [ou insula frontale] enregistre un pic d’activité quand une chose nous répugne : je suis de ceux qui pensent que les réactions émotionnelles ont tendance à guider le raisonnement et je crois que la plupart des ouvrages de neurologie s’inscrivent aussi dans cette lignée.

Nous avons généralement tendance à nous dire que, lorsque nous prenons une décision d’ordre moral, il s’agit quelque part d’une décision rationnelle, qui ne relève donc pas uniquement de l’intuition viscérale. Êtes-vous en train de nous dire que c’est une forme d’aveuglement ?

Oui, exactement. Nous jugeons d’emblée. C’est une des grandes découvertes de la psychologie sociale ; on parle parfois de “révolution de l’automaticité”. Cela remonte à Wilhelm Wundt [psychologue et philosophe allemand], il y a cent vingt ans. En un quart de seconde, nous réagissons au visage des gens, aux mots, aux propositions. Le raisonnement n’intervient qu’ensuite, il est beaucoup plus lent. Robert Zajonc, le célèbre psychologue social, affirmait dans les années 1980 que “les préférences se passent de logique”.

Par exemple, notre esprit réagit à la nouveauté, comme devant une œuvre d’art, et cette réaction contraint ensuite la nature de notre raisonnement. Nous avons du mal à cerner le tableau d’ensemble et à voir ce qu’il montre. En revanche, nous n’avons aucun mal à nous dire : “Voilà l’hypothèse à laquelle je veux croire ; voyons maintenant si je peux trouver des informations pour l’étayer. Et si je n’en trouve pas, tant pis, je la laisserai tomber…” Mais, comme vous le savez, nous parvenons généralement à trouver des éléments pour l’étayer.

Donc vous êtes en train de dire que le raisonnement moral n’est qu’une forme de rationalisation ?

En grande partie, oui, quand nous concevons un raisonnement moral sur une chose qui nous concerne de près ou de loin. Certains prétendent que je nie l’existence de la rationalité, mais rien n’est plus faux. Nous sommes capables de raisonner sur toutes sortes de choses. Si je veux me rendre d’un point A à un point B, je vais chercher une solution, et si quelqu’un me contredit et m’affirme qu’il est plus rapide de passer par C, je le croirai.

Notre morale est contrainte par une multitude de facteurs, l’un des principaux étant notre appartenance à un camp. Tout le monde sait que les personnes politisées sont insensibles aux arguments du camp adverse. C’est ce qui conduit ce camp d’en face à penser que nous ne sommes pas sincères, que nous ne sommes pas “rationnels” ; et chaque camp pense la même chose de l’autre. Ce que vous pensez de l’avortement, des droits des homosexuels, de l’aptitude des mères célibataires à élever leurs enfants aussi bien que les couples mariés : toutes ces opinions vous rattachent à un camp et, si vous avez le malheur de changer d’avis, vous devenez un traître, vous ne serez plus invité aux soirées et vous risquez même de vous faire traiter de tous les noms.

Quelle preuve avez-vous que les jugements moraux ne sont pas rationnels ?

J’ai commencé à me pencher sur ces questions quand j’étais en troisième cycle universitaire. Je lisais des tas de livres d’ethnographie sur la façon dont la notion de morale varie d’une culture à l’autre. Toutes les cultures avaient des codes moraux – sur le corps, les menstruations, les tabous alimentaires – je lisais aussi l’Ancien Testament et le Coran, tous ces écrits. La morale qu’on y trouve y semblait en grande partie viscérale et difficilement justifiable si l’on en compare les coûts et les avantages. Les utilitaristes nous disent : “En fait, ces gens ont tout bonnement tort ; la morale est une question de bien-être, et tout ce que nous avons à faire, c’est d’optimiser ce bien-être.”

Si la plupart des gens étaient utilitaristes par intuition, je pense que nous pourrions en effet tenir ce raisonnement. Mais ce que l’on constate, c’est que les gens ne sont pas spontanément utilitaristes. Encore une fois, je ne veux pas dire que l’utilitarisme est dans l’erreur. Je dis simplement que les gens ont beaucoup d’intuitions morales et que les expériences menées sur la persuasion montrent qu’il est très difficile de convaincre les gens.

Dans le cadre de mes recherches, j’ai proposé aux gens des scénarios dont les personnages commettaient des actes rebutants ou peu respectueux, mais ne faisaient de mal à personne. Exemple : une famille mange son chien après que celui-ci s’est fait écraser devant la maison. Face à un tel scénario, les étudiants de l’Ivy League [qui regroupe les universités les plus prestigieuses des États-Unis] jugeaient généralement que c’était acceptable – du moment que la famille l’avait choisi. Nous étions donc en présence d’un groupe qui était rationnel et utilitaire ou, pourrait-on dire, attaché à la notion de droit.
Mais la grande majorité des gens, en particulier ceux appartenant à la classe ouvrière, au Brésil comme aux États-Unis, disaient : “Non, c’est mal, c’est irrespectueux, ce n’est pas moral.” Donc, sur un plan purement descriptif, la plupart des gens ont des intuitions morales qui vont à l’encontre de l’utilitarisme. Quand vous les interrogez sur leurs intuitions, ou si vous réalisez des expériences dans lesquelles vous les manipulez, vous pouvez guider leur raisonnement pour révéler ces intuitions.

Vous divisez ces intuitions en cinq catégories. Pourriez-vous les récapituler ici ?

Ce qui m’a frappé en lisant tous ces livres d’ethnographie et en travaillant en Inde, où j’ai fait des recherches pendant trois mois, c’est à quel point certains schémas se retrouvaient partout dans le monde, alors que l’expression finale de la morale est souvent unique et extrêmement variable d’une culture à l’autre.

Quels schémas fondamentaux l’évolution peut-elle expliquer ? On pense tout de suite à la réciprocité. [Le sociobiologiste] Robert Trivers a écrit [en 1971] un article resté célèbre sur l’“altruisme réciproque”. Certains affirment que le sens de l’équité et la réciprocité sont des constructions 100 % sociales, entièrement apprises de nos parents, mais cela ne tient pas. Même chose pour les attentions dont nous entourons notre vulnérable progéniture. Nous sommes des mammifères et nous avons les tendances des mammifères. Si vous considérez ces deux caractéristiques, la réciprocité et l’attention à la progéniture, vous constatez que le nativisme [théorie selon laquelle certaines facultés seraient présentes dans le cerveau à la naissance] a raison dans les deux cas.

Mes confrères et moi-même y avons ajouté les catégories suivantes : la fidélité au groupe (nous sommes doués pour les alliances), le respect de l’autorité, et le sacré ou la pureté (l’idée que le corps est un temple). Ces catégories sont uniquement descriptives et non normatives. Ce sont les cinq dont nous sommes convaincus, mais il en existe beaucoup d’autres. Aujourd’hui, nous estimons que la liberté est à part. Je pense que, à l’avenir, nous verrons dans la propriété ou la possession un fondement moral : on le constate dans l’ensemble du règne animal avec la notion de territorialité, et plusieurs laboratoires ont montré récemment que les enfants de deux ou trois ans avaient conscience de la possession (ce qui est dans la main de l’autre et pas dans la leur) et la prenaient en compte.

Une des observations intéressantes de vos travaux est que progressistes et conservateurs sont liés à des systèmes de valeurs différents.

Ce n’était pas l’objectif de départ. Je m’intéressais à la façon dont la culture variait d’un pays à l’autre, notamment au contraste entre l’Inde et les États-Unis. Ce que j’ai découvert dans mes premiers travaux, c’est que la classe sociale était un facteur qui comptait parfois plus que la nationalité. J’ai commencé à travailler sur la question, et c’est comme cela que mes confrères et moi sommes arrivés à cette liste de fondements moraux. J’étais en train de faire ces recherches sur la morale quand les démocrates ont perdu l’élection [présidentielle] de 2000 aux États-Unis, puis ont reperdu en 2004 [Al Gore puis John Kerry ont perdu face au républicain George Bush].

À l’époque, j’étais un progressiste convaincu : je ne pouvais pas voir George Bush en peinture. Je voulais me servir de mes travaux pour aider les démocrates à comprendre la morale des Américains, parce que Bush la comprenait, mais pas Al Gore. Donc, quand on m’a invité à prononcer un discours devant les démocrates de Charlottesville en 2004, juste après l’élection, j’ai pris ma théorie transculturelle et je l’ai appliquée à la gauche et à la droite, comme s’il s’agissait de cultures différentes.

Cela a bien fonctionné. Je m’attendais à me faire manger tout cru : en gros, j’étais en train de dire à une salle remplie de démocrates que, s’ils avaient perdu, ce n’était pas à cause de Karl Rove [le conseiller politique de George Bush], de subterfuges ou de sorts qu’on leur aurait jetés, mais parce que les démocrates (ou les progressistes) avaient un éventail de fondements moraux plus étriqué – ils se focalisent sur l’égalité et la protection sociale, mais ne comprennent pas ­ou ne communiquent pas sur les valeurs viscérales, patriotiques, religieuses, hiérarchiques, basées sur l’appartenance au groupe, qu’ont la plupart des Américains.

Cela sous-entend que vous avez aidé les démocrates à reprendre à leur compte des vertus ou des raisonnements moraux qui ne leur sont pas naturels. C’est un peu comme si vous leur suggériez de faire preuve d’hypocrisie dans la transmission de leurs idées.

Au départ, je voulais simplement faire gagner les démocrates. Fallait-il leur conseiller d’exploiter une vertu (qu’ils la possèdent ou non) ? La question était posée. Ce qui est sûr, c’est que mon opinion évoluait à mesure que j’avançais. Je faisais un travail de terrain ethnographique : je lisais les journaux conservateurs, je m’étais abonné au câble pour pouvoir regarder Fox News [une chaîne américaine d’information en continu réputée pour ses positions conservatrices] et, au début, j’ai été choqué.

Et puis, quand j’ai commencé à comprendre, à voir qu’il y a une cohérence dans leurs points de vue, que si vous vous souciez vraiment de la responsabilité de chacun et que vous êtes vraiment indignés par les parasites, les assistés, les gens qui font n’importe quoi, vous n’avez pas envie que la société leur vienne en aide. En découvrant ces valeurs, j’ai compris pourquoi certains considéraient l’État providence comme une des inventions les plus scandaleuses qui soient. J’ai donc commencé à identifier les sujets sur lesquels chaque camp voyait juste, certaines menaces, certains problèmes.

Une fois que vous faites partie d’un clan moral qui vous assujettit, vous ne voyez plus les autres réalités. Cela vous empêche de voir les faits qui ne cadrent pas avec votre réalité. J’étais en train d’écrire le chapitre 8 de The Righteous Mind, dans lequel j’essayais d’expliquer la vision qu’ont les conservateurs de l’équité et de la liberté. Je l’ai confié à ma femme pour qu’elle le relise en lui disant que je ne pouvais plus me considérer comme un progressiste, étant donné que, à mes yeux, chaque camp voyait juste sur certains sujets.

Le lien de cause à effet entre vos recherches empiriques et votre revirement politique a donc été assez direct ?

Absolument. Étudier la morale revient à étudier le système d’exploitation de votre vie sociale. Comme le système d’exploitation du monde universitaire est très progressiste, ou disons de gauche, j’étais prisonnier du camp progressiste. J’essayais d’aider mon camp à gagner, comme l’aurait fait un militant. Nous débattons beaucoup en psychologie sociale de la question de savoir s’il est acceptable de militer, parce que beaucoup de psychologues sociaux le font, notamment sur les questions relatives à l’origine ethnique et au genre, et la plupart des gens pensent que cela ne pose pas de problème. Mais j’ai fini par me dire que c’en était un.

Une fois que vous faites partie d’un camp, le raisonnement militant et le “biais de confirmation” [biais cognitif consistant à privilégier les informations confirmant nos idées préconçues ou nos hypothèses] pèsent si lourd que vous trouvez des éléments pour étayer tout ce que vous avez envie de croire. J’aimerais me dire que mes travaux, au bout du compte, m’auront aidé à quitter le camp auquel j’appartenais pour devenir un électron libre.

Tirez-vous une généralité de votre propre expérience ? Ou bien êtes-vous en train de dire que les sociologues devraient se tenir à l’écart de la vie politique ?

Ce que je suis en train de dire, c’est que, si vous êtes partisan, vous n’allez pas proposer une analyse équitable de la réalité. Une démarche scientifique rigoureuse n’implique pas nécessairement que nous soyons tous neutres et impartiaux. Si la science fonctionne aussi bien, ce n’est pas parce que les scientifiques sont rationnels, c’est parce que la science en tant qu’institution garantit que tout ce qui sera dit sera remis en cause.

Tant que ce marché intellectuel fonctionne, tant qu’il y aura des gens pour prendre le contre-pied, des spécialistes de votre discipline pour réfuter ce que vous dites, la science pourra regorger d’opinions partisanes, ce ne sera pas gênant. Le problème, c’est quand tout le monde a les mêmes partis pris, il n’y a plus personne en face. Il y a alors des risques que le groupe parvienne à des conclusions qui sont tout bonnement erronées. C’est ce qui s’est produit, non pas sur tous les sujets, mais sur certains sujets sensibles, comme l’origine ethnique, le genre, et la politique.

Vous êtes psychologue de formation et la psychologie est généralement considérée comme une science sociale. Vous voyez-vous comme un sociologue ?

Oui, j’étudie la morale et, à ce titre, je suis sociopsychologue. Mais comme j’étudie un sujet précis sous une multitude d’angles différents, certains de mes écrits préférés sont l’œuvre d’historiens, d’économistes, d’anthropologues et de philosophes, notamment de philosophes qui lisent de la littérature empirique. Je me considère presque autant sociologue que psychologue social.

Y a-t-il un trait distinctif du sociologue que l’on ne retrouve pas chez le scientifique ou chez le philosophe ?

Les sciences naturelles sont le prototype de ce que nous pensons qu’est la science. Si vous étudiez les roches ou les quarks [des particules élémentaires de la matière], et qu’il existe une expérience définitive à réaliser, que vous préparez l’expérience en question, que vous obtenez des résultats, les choses sont claires, faciles à comprendre. Les roches et les quarks font exactement ce que les lois de la physique leur disent de faire. Les sciences sociales sont nécessaires parce que nos sujets d’étude ont une conscience et des intentions. Ce sont des “propriétés émergentes” que les roches et les quarks ne possèdent pas. L’étude des gens et des systèmes sociaux nécessite une boîte à outils différente et des modes de pensée différents, et vous ne pouvez pas éviter la question du sens. Si la notion de sens n’est pas pertinente en sciences naturelles, elle est incontournable en sciences sociales.

David Edmonds et Nigel Warburton

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Le cavalier et l’éléphant

Dans son ouvrage The Happiness Hypothesis (L’Hypothèse du bonheur : la redécouverte de la sagesse ancienne dans la science contemporaine, paru au éditions Mardaga en 2010) , Jonathan Haidt explique que, selon lui, l’esprit est divisé en plusieurs parties. Ce qu’il exprime à l’aide d’une métaphore devenue célèbre, où notre cerveau serait comme un cavalier juché sur un éléphant. Le cavalier représente la partie rationnelle, la part de nous qui planifie, résout des problèmes, décide d’aller dans telle direction, mais c’est l’éléphant, représentant le système émotionnel, qui fournit l’énergie nécessaire au voyage. Ce déséquilibre entre le petit cavalier et l’énorme éléphant souligne la prépondérance du rôle de nos émotions dans les processus de prise de décision.

2,5 millions

C’est le nombre de fois qu’a été vue la vidéo dans laquelle Jonathan Haidt évoque les racines morales des libéraux et des conservateurs. Il s’agit d’une conférence de 18 minutes filmée en 2008 dans le cadre de ce que propose depuis 1984 l’organisation à but non lucratif TED. Dans la vidéo mise en ligne le 8 novembre 2016 sur la plateforme TED, à la veille de l’élection de Donald Trump aux États-Unis, le psychologue social s’interroge sur la façon dont le pays pourra se remettre d’une élection présidentielle particulièrement “négative et partisane”. Deux semaines plus tard, cette vidéo comptait déjà plus de 900 000 vues.

 Voir également:
Jérôme Jaffré : « Le sens du vote a perdu en clarté »
PROPOS RECUEILLIS PAR ALBERT ZENNOU
LE FIGARO.- Dans cette présidentielle  totalement atypique, le nombre d’indécis  à 20 jours du scrutin n’a jamais été aussi  élevé. Comment l’expliquez-vous ?
Jérôme  JAFFRÉ.   –  Beaucoup de Français  ne reconnaissent plus l’élection présidentielle telle qu’elle est fixée par la Ve République, c’est-à-dire le moment d’un choix décisif  et  clair  sur  l’orientation  du  pays.   Un  récent  sondage  OpinionWay  montre  que 83 % des Français jugent la campagne  de  mauvaise  qualité.  Elle  est  vue  comme   un  spectacle  soit  désolant  (les  affaires),   soit  attrayant  (les  débats).  La  percée  de   popularité de Mélenchon se fait dans tous  les  électorats, comme  si  les  Français  saluaient l’artiste indépendamment du choix politique qui leur est proposé.
Que traduit cette indécision ? 
L’indécision  touche  40  %  des  électeurs  là   où  d’habitude  à  ce  stade  de  la  campagne   elle  oscille  entre  25  et  30  %.  Le  poids  des   partis a diminué avec à la clé des électorats  beaucoup plus flottants. Au surplus, le sens  du vote dans cette élection a perdu en clarté. Deux repères habituels sont émoussés :  le   vote-sanction,   qui   avait   poussé   par    exemple beaucoup d’électeurs à se mobiliser contre Sarkozy en 2012. Or, le retrait de François  Hollande  a  amoindri  cette  dimension. Il n’y a pas non plus de vote-espoir.  Les  sondages  montrent  que  quel  que   soit l’élu, les Français ont le sentiment que  la situation du pays ne s’améliorera pas.
Peut-on faire le lien entre indécision  et abstention ?
Il existe un lien entre les deux. L’abstention  est  évaluée  15  points  au- dessus de ce qu’elle était au même  moment  en  2012.  C’est  énorme.  Cela représente entre 6 et 7 millions  d’électeurs  supplémentaires  qui  ne   sont  pas  encore  mobilisés.  Ce  qui   prouve une extraordinaire  difficulté  des  Français  à   entrer  dans  l’élection  et   un   accroissement   de    leur   distance   vis-à- vis de la politique et  des  partis.  Paral- lèlement,  il  y  a   une   plus   forte    indécision   chez    les    votants    qui     déclarent  plus  volontiers pouvoir changer  d’avis,   ce   qui   traduit  une  distance vis-à-vis des  candidats.  C’est  le  poids  de  l’affaire   Fillon,  le  positionnement  volontairement   confus de Macron, la crise profonde des socialistes.   Mais   une   distinction   doit   être    opérée.  Ainsi  Marine  Le  Pen,  dont  on  sait   qu’elle  possède  l’électorat  le  plus  solide,  a   un  concurrent  naturel  :  l’abstention.  Elle   s’appuie  en  effet  beaucoup  sur  les  catégories populaires qui sont plus abstentionnistes. A contrario, les électeurs les plus éduqués et appartenant aux catégories sociales  les  plus  élevées  sont  aujourd’hui  plus  mobilisés mais aussi plus indécis. Selon Ipsos,  41  %  des  cadres  le  sont  contre  seulement   27 % des ouvriers.
Y a-t-il aujourd’hui une indécision  de droite et une indécision de gauche ?
Il  y  a  une  forte  indécision  à  gauche  qui   touche  en  particulier  les  électorats  Hamon  et  Macron.  Pour  deux  raisons  différentes. Pour le premier, il y a un doute sur  l’utilité de son vote en faveur du candidat  socialiste. Pour les électeurs Macron, il y a  un doute sur le sens de leur choix : qui est  réellement Macron, quelle est la nature de  son programme, avec qui va-t-il gouverner ? À droite, le problème est celui de la  dispersion.  Analyser  le  devenir  des  électeurs  Sarkozy  du  1 er   tour  de  2012  est  instructif.  Sur  les  27  %  obtenus  par  l’ancien   président, 15 points se portent sur Fillon,  6 sur Macron, 4 sur Marine Le Pen et 2 sur  les  autres  candidats.  L’électorat  Sarkozy   2012  est  complètement  dispersé  !  Fillon  a   un  électorat  très  solide  mais  installé  sur   une base trop étroite. L’urgence pour lui,  c’est  moins  de  rechercher  un  supposé   vote  caché  que  de  faire  revenir  derrière  lui les électeurs de droite.
Le favori des sondages est rarement élu…
C’est assez vrai mais surtout à six mois du  scrutin,  pas  à  trois  semaines  !  Mais  on  a  une  élection  hors  du  commun  avec un risque d’écroulement du PS qui dominait  la  gauche  depuis  quarante ans, la dispersion des électeurs  de  la  droite  qui  pourrait conduire  à  sa  défaite et paradoxalement la victoire possible d’un candidat du centre alors même  que  le  pays  se  droitise. Il est même possible que le scrutin dé- cisif cette année pour connaître l’orientation politique du pays soit les  législatives, pas  la  présidentielle. De  quoi  faire  se  retourner dans sa tombe le général de Gaulle !

Voir encore:

«Une trahison française», le brûlot de Waleed Al-Husseini face à l’islamisme

Waleed Al-Husseini, Palestinien réfugié en France, sort son deuxième ouvrage. Dans Une trahison française, il dénonce avec véhémence cette France qui s’accommode, voire s’acoquine, avec l’islamisme. Au risque de mettre en péril les valeurs de cette République qui l’a tant fait rêver.

Le jeune Waleed Al-Husseini a mûri. Peut-être est-ce grâce, ou à cause, de son quotidien pour le moins laborieux sur le sol français. Dans son premier ouvrage, Blasphémateur ! Les prisons d’Allah, le jeune palestinien racontait son histoire de blogueur incarcéré puis torturé en Cisjordanie pour avoir osé critiquer l’islam. Le jeune homme évoquait sa joie d’être arrivé, grâce aux autorités françaises, dans la patrie des Lumières en 2012.

Quel ne fut pas son désenchantement. La tristesse de Waleed Al-Husseini devenu réfugié politique s’est convertie en colère pour ne pas dire en rage. Pour l’auteur, l’islamisme qu’il a quitté en s’exilant de Palestine imprègne de manière croissante la France de Voltaire, non pas parce qu’il est supérieur, mais parce que la société française et ses politiques se taisent, s’y habituent, voire l’utilisent à des fins électoralistes. Dans Une trahison française, sous-titrée « Les collaborationnistes de l’islam radical dévoilés », Waleed Al-Husseini a décidé de tirer la sonnette d’alarme face à cette dangereuse complaisance. Il pousse un cri pour que les Français « sauvegardent leur liberté d’expression et de foi ».

« Tous des collaborateurs par inaction »

En 280 pages, le jeune Palestinien dresse un état des lieux de son pays d’accueil, il s’interroge, analyse – et il sait de quoi il parle puisqu’il était musulman avant de devenir athée – et supplie les dirigeants de son pays d’adoption d’ouvrir les yeux. « J’ai constaté que la France était victime d’une multitude de trahisons. Il en va de nombreux politiciens qui, durant ces dernières décennies, ont cohabité avec la « bête » (l’islam radical, ndlr) à des fins électoralistes, mais aussi d’intellectuels à la vision et à la pensée tronquée par le « tiers-mondisme » et le « droit-de-l’hommisme » ; tous des collaborateurs par inaction qui sacrifient leur pays sur l’autel d’un combat d’arrière-garde. »

Préserver la paix civile et pratiquer la politique de l’autruche en évitant la confrontation politique, intellectuelle et spirituelle est loin d’être la solution, elle ne peut que mener à la perte de la liberté d’expression. Et le jeune réfugié politique de dénoncer tour à tour le halal que les islamistes veulent imposer dans les cantines scolaires, les horaires de piscine aménagés pour les femmes, etc.

Waleed Al-Husseini décortique avec virulence la situation : la laïcité est en péril et l’islamisme s’immisce dans la société française. Parce que l’islam en France n’est plus une simple religion, une « affaire personnelle », mais tente de faire de la politique et du social. Et cet islam politique vise à faire passer la charia au-dessus des lois de la République.

« Islamophobie », un mot dont usent les islamistes

Et l’auteur d’évoquer l’utilisation croissante du terme « islamophobie », un mot qui « fait le jeu des islamistes » qui se posent alors en victimes. « Pourquoi ne pas avoir de haine envers ceux qui propagent la haine ? », s’interroge le réfugié politique. Dès lors, comment oser parler de « vivre ensemble » alors que l’islamisme, qui entend l’application de la charia dans tous les domaines, ne peut respecter la République et ses lois ? « En refusant d’affronter l’islamisation, de peur d’être taxée d’islamophobe, en tolérant les violations de la laïcité, la société française est complice de l’essor du terrorisme en France. La classe politique, à la recherche du vote islamique, est également complice. »

Dernier exemple en date, évoqué avec Waleed Al-Husseini, le spectacle tiré du texte posthume de Charb – l’une des nombreuses victimes de Charlie Hebdo – qui a été annulé à Lille sur demande de la Ligue des droits de l’homme. Lettres aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes, qui répond à ceux qui accusaient le journal satirique de provocations envers les musulmans, est pourtant lue depuis plus d’un an en milieu scolaire. En cause ? Une « crainte de débordements » du côté de Lille. Une pierre de plus à l’édifice du réfugié palestinien pour démontrer que la liberté d’expression a bel et bien du plomb dans l’aile en République française. Et de citer en exemple la polémique sur le voile, un thème sur lequel plusieurs politiques ont été pour le moins flous, voulant « adapter » le port du voile à la France : « Comment peut-on imaginer que cet anéantissement de l’individualité puisse relever du choix ? »

Ouvrir les yeux

Pour Waleed Al-Husseini, ce n’est ni la pauvreté ni la marginalisation qui transforme des citoyens en terroristes, c’est l’islamisation. Et les politiques de tous bords ne doivent pas « adapter » la loi de 1905 à l’islam, mais la faire respecter dans son intégralité. S’ils ne le font pas, s’ils continuent de fermer les yeux, l’auteur est convaincu que le pire est à venir, en matière de terrorisme principalement.

L’autre problème majeur constaté par le jeune essayiste est que la majorité des musulmans de France se sentent d’abord musulmans avant de se sentir français, et cela parce que nombre d’imams incontrôlés et incontrôlables prêchent cette doctrine-là. La charte de l’imam adoptée ce 29 mars en témoigne.

Fustigeant à tout-va la gauche française, et dans une moindre mesure la droite (Benoît Hamon, Nicolas Sarkozy, entre autres), on se demande si Waleed Al-Husseini ne fait pas le jeu des extrêmes et n’est pas raciste. Il se défend : « C’est à se demander qui est raciste. Celui qui veut défendre sa société et ses valeurs ou celui qui veut imposer ses valeurs ? » Et le jeune écrivain d’arguer qu’au contraire, l’expansion de l’islamisme fait aussi le jeu de l’extrême-droite qui l’utilise à des fins électoralistes.

Waleed Al-Husseini fait une prière : que tous les musulmans qui souhaitent la modernité réclament le droit élémentaire à la liberté d’expression, s’insurgent contre leurs institutions rétrogrades et adhèrent pleinement aux valeurs de la République.

Aujourd’hui, Waleed Al-Husseini est menacé, oralement et physiquement. Il vit sous protection policière. Il regrette amèrement que la vie d’athée/ex-musulman en France soit de plus en plus difficile à vivre pour certains de ses compatriotes. Une trahison française risque d’accroître sa liste de pourfendeurs et il en est conscient. « Cette entreprise dressera contre moi une grande partie de la communauté musulmane et l’ensemble des organisations islamiques, religieuses et politiques », écrit-il. Mais rien ne l’arrête et le jeune polémiste entend bien continuer son combat pour, dit-il, agir avant qu’il ne soit trop tard.

♦ Une trahison française, Ring Editions, sortie le 30 mars 2017. 18 euros.


Baisse de la natalité: Pourquoi il faut voter Fillon (After France, America faces unexpected baby bust)

1 avril, 2017
 
millennials living at home4Fertility Rate

For over a century, social scientists have predicted declines in religious beliefs and their replacement with more scientific/naturalistic outlooks, a prediction known as the secularization hypothesis. However, skepticism surrounding this hypothesis has been expressed by some researchers in recent decades. After reviewing the pertinent evidence and arguments, we examined some aspects of the secularization hypothesis from what is termed a biologically informed perspective. Based on large samples of college students in Malaysia and the USA, religiosity, religious affiliation, and parental fertility were measured using self-reports. Three religiosity indicators were factor analyzed, resulting in an index for religiosity. Results reveal that average parental fertility varied considerably according to religious groups, with Muslims being the most religious and the most fertile and Jews and Buddhists being the least. Within most religious groupings, religiosity was positively associated with parental fertility. While cross-sectional in nature, when our results are combined with evidence that both religiosity and fertility are substantially heritable traits, findings are consistent with view that earlier trends toward secularization (due to science education surrounding advancements in science) are currently being counter-balanced by genetic and reproductive forces. We also propose that the inverse association between intelligence and religiosity, and the inverse correlation between intelligence and fertility lead to predictions of a decline in secularism in the foreseeable future. A contra-secularization hypothesis is proposed and defended in the discussion. It states that secularism is likely to undergo a decline throughout the remainder of the twenty-first century, including Europe and other industrial societies.’ Lee Ellis, Anthony W. Hoskin, Edward Dutton and Helmuth Nyborg
Secularization is not likely to replace the popularity of religions. ‘Instead, over the long term, we predict that the most religious ‘shall inherit the earth,’ so to speak’. ‘This is especially so for the most fertile religious groups – Islam’. Lee Ellis, Anthony W. Hoskin, Edward Dutton and Helmuth Nyborg
En 100 ans à peine, les pays musulmans ont reproduit la multiplication par dix que l’Europe a réalisée entre 1500 et 1900. Au cours du dernier siècle, la population musulmane a grimpé en flèche de 140 millions à 1.4 milliard. Si l’Europe était parvenue à la multiplication par quatre observée aux États-unis (de 75 millions à 300 millions entre 1900 et 2006), les 1.6 milliards d’habitants de son continent auraient fait paraître bien chétives la Chine de 1.3 milliards et l’Inde de 1.1 milliards. Cependant, la part de l’Europe dans la population mondiale des hommes en âge de combattre, qui était de 27% en 1914, est aujourd’hui, avec 9%, inférieure aux 11% de 1500. Ainsi, les nouveaux habits du « pacifisme européen » et du « soft power » sont les cache-sexe de son impuissance. Gunnar Heinsohn
Depuis plusieurs années, l’Unaf met en avant les atteintes à la politique familiale. Et ce, dans une réflexion transpartisane. « La baisse du quotient familial et la réduction du congé parental depuis le 1er janvier 2015 » sont les principales mesures dénoncées. « Les familles s’interrogent. La confiance est perdue », poursuit Marie-Andrée Blanc en brandissant un chiffre clé : d’après une enquête de 2013, le désir d’enfant des Français est de 2,37 enfants par famille. Il est donc bien plus important que le nombre effectif d’enfants. Cet écart peut s’expliquer par la situation économique des ménages en temps de crise. Avoir plusieurs enfants demande généralement une stabilité concernant le logement, l’emploi, les revenus. Le pouvoir d’achat des familles n’étant pas extensible, le choix d’une deuxième naissance serait de moins en moins évident. « C’est inquiétant car un pays avec des enfants est un pays qui consomme et finance ses retraites. » L’argument économique est également validé par le démographe. Même s’il le nuance légèrement. « On sait qu’en période de croissance du chômage, il y a moins de naissances, note Laurent Toulemon. Mais je ne crois pas que l’affaiblissement de la politique familiale puisse avoir un impact. On n’a pas encore de données précises. » Le chercheur pense notamment à la récente restriction d’allocations pour les familles aisées (+ de 6.000 euros de revenus). Il valide en revanche une autre piste liée à la baisse du nombre de mariages depuis 1970. «Les couples mariés ont plus d’enfants que les autres. Et quand les couples mariés font peu d’enfants, la fécondité baisse.» Enfin à moyen terme, le déficit de naissances peut s’expliquer par la baisse du nombre de couples en âge d’avoir des enfants. La deuxième vague du baby-boom ayant déjà eu des enfants, il faudra peut-être attendre que la troisième génération se fasse appeler papa et maman. 20 minutes
I fail to see why any economist should be surprised by this. A record number of millennials are living at home. Unless the millennials… Shed student debt Move out on their own Get a job that supports raising a family No longer have to take care of their aging parents Have a significant change in attitudes about homes, families, debt, and mobility …. economists will still be wondering “what happened” years from now. Zero edge
Attention: une chute peut en cacher une autre !
Crise économique, explosion des déficits publics et de la dette privée, multiplication des Tanguy, banalisation du divorce, de l’avortement et du mariage homosexuel, dévalorisation des mâles et de la religion …
Et après, les mêmes causes produisant les mêmes effets, celle de la France il y a un an …
Chute record et inattendue de la natalité aux Etats-Unis six mois après !

Baisse de la natalité: Pourquoi les Français font moins d’enfants

POPULATION La France a enregistré 19.000 naissances de moins en 2015 qu’en 2014…

20 minutes

21.01.2016

Moins de biberons ou de tétées en pleine nuit, moins de couches, mais aussi moins de premiers sourires et de dents qui poussent. C’est d’une certaine manière le bilan comptable des familles françaises l’année dernière puisque celles-ci ont fait 19.000 enfants de moins qu’en 2014. Les derniers chiffres publiés par l’Insee révèlent une baisse de la natalité de 2,3 %, ce qui porte le nombre de naissances à son plus bas niveau depuis 10 ans.

La chute est conséquente, mais n’a rien d’alarmant selon Laurent Toulemon, démographe spécialiste de la fécondité. « On revient autour de 800.000 naissances par an. Ce sont des niveaux moyens sur 40 ans. En fait, il y a eu une fécondité très élevée entre 2006 et 2014. Ça relativise un peu la baisse. » Par ailleurs, avec un taux de 1,96 enfants par femme, la France fait toujours figure de bonne élève face à ses voisins européens qui tournent autour d’1,5.

Baisse du quotient familial et réduction du congé parental

Pas de quoi s’affoler, donc, mais il ne faudrait pas que la chute se poursuive dans les années à venir. « On doit garder ce taux de fécondité, c’est indicateur du bien-être des familles » prévient Marie-Andrée Blanc, la présidente de l’Union nationale des Associations Familiales (Unaf), associations apolitique et aconfessionnel représentant les 18 millions de familles sur le territoire français.

Pour elle, ce tassement de la natalité n’est pas surprenant. Depuis plusieurs années, l’Unaf met en avant les atteintes à la politique familiale. Et ce, dans une réflexion transpartisane. « La baisse du quotient familial et la réduction du congé parental depuis le 1er janvier 2015 » sont les principales mesures dénoncées. « Les familles s’interrogent. La confiance est perdue », poursuit Marie-Andrée Blanc en brandissant un chiffre clé : d’après une enquête de 2013, le désir d’enfant des Français est de 2,37 enfants par famille. Il est donc bien plus important que le nombre effectif d’enfants.

Le chômage responsable ?

Cet écart peut s’expliquer par la situation économique des ménages en temps de crise. Avoir plusieurs enfants demande généralement une stabilité concernant le logement, l’emploi, les revenus. Le pouvoir d’achat des familles n’étant pas extensible, le choix d’une deuxième naissance serait de moins en moins évident. « C’est inquiétant car un pays avec des enfants est un pays qui consomme et finance ses retraites. »

L’argument économique est également validé par le démographe. Même s’il le nuance légèrement. « On sait qu’en période de croissance du chômage, il y a moins de naissances, note Laurent Toulemon. Mais je ne crois pas que l’affaiblissement de la politique familiale puisse avoir un impact. On n’a pas encore de données précises. » Le chercheur pense notamment à la récente restriction d’allocations pour les familles aisées (+ de 6.000 euros de revenus).

En attente de la 3e vague du baby-boom

Il valide en revanche une autre piste liée à la baisse du nombre de mariages depuis 1970. «Les couples mariés ont plus d’enfants que les autres. Et quand les couples mariés font peu d’enfants, la fécondité baisse.» Enfin à moyen terme, le déficit de naissances peut s’expliquer par la baisse du nombre de couples en âge d’avoir des enfants. La deuxième vague du baby-boom ayant déjà eu des enfants, il faudra peut-être attendre que la troisième génération se fasse appeler papa et maman.

Natalité/fécondité: La natalité est l’étude du nombre de naissances au sein d’une population. Il ne faut pas la confondre avec la fécondité qui est l’étude du nombre des naissances par femme en âge de procréer.

Voir aussi:

Baby Bust: US Fertility Rate Unexpectedly Drops To Lowest On Record

Submitted by Michael Shedlock via MishTalk.com,

Economists figured the recovery would bring about increased confidence and a rise in the birth rate.

Instead, the rate dropped into a tie with the lowest birth rate on record.

This is yet another surprise for economists to ponder.

Please consider the Wall Street Journal report Behind the Ongoing U.S. Baby Bust.

The newest official tally  from the National Center for Health Statistics showed an unexpected drop in the number of babies born in the U.S. in 2015. The report was a surprise: Demographers had generally expected the number of births to rise in 2015, as it had in 2014. Instead, the U.S. appears to still be stuck in something of an ongoing “baby bust” that started with the recession and housing collapse and has yet to reverse.

The Wall Street Journal concludes “There’s still good reason to believe the birth rate will pick up in coming years. After slumping for nearly a decade into the 1970s, births picked up in the 1980s and 1990s (giving us the generation known as millennials.) The most common age in America is 24 or 25, meaning there’s a very large cohort of these millennials who are about to hit the years that people are most likely to become parents.”

No Mystery

I fail to see why any economist should be surprised by this. A record number of millennials are living at home.

This is simply too obvious. So I have two questions:

  1. Do economists read anything or do they just believe in their models?
  2. If they do read, how come they cannot grasp simple, easy to understand ideas?

Economists who could not figure any of this out now place their faith in the fact “a very large cohort of these millennials who are about to hit the years that people are most likely to become parents.

Mish’s Alternate View

Unless the millennials…

  1. Shed student debt
  2. Move out on their own
  3. Get a job that supports raising a family
  4. No longer have to take care of their aging parents
  5. Have a significant change in attitudes about homes, families, debt, and mobility ….

…economists will still be wondering “what happened” years from now.

Voir par ailleurs:

Mormons more likely to marry, have more children than other U.S. religious groups

The share of Americans who identify as Mormons has roughly held steady even as the percentage of Christians in the U.S. has declined dramatically in recent years, according to the Pew Research Center’s 2014 Religious Landscape Study. And the study found Mormons stand out in other ways: They have higher fertility rates and are far more likely than members of most other major religious traditions to be married – especially to other Mormons.

Mormons made up 1.6% of the American adult population in 2014, little changed from 2007 (1.7%), the last time a similar survey was conducted. By contrast, the percentage of Christians in the U.S. has dropped from 78.4% to 70.6% during the same time period.

Two-thirds (66%) of U.S. Mormon adults are currently married, down slightly from 71% in 2007 – but still high compared with current rates among Christians overall (52%) and U.S. adults overall (48%). (Marriage rates are lower across the board than they were several years ago.) 

Compared with many other religious groups, Mormons who are married are especially likely to have spouses who share their faith. Eight-in-ten Mormons who are married or living with a partner (82%) have a Mormon spouse or partner; among religious traditions, only Hindus have a higher rate of “in-marriage” (91%).

Mormons also tend to have more children than other groups. Mormons ages 40-59 have had an average of 3.4 children in their lifetime, well above the comparable figure for all Americans in that age range (2.1) and higher than any other religious group. Overall, Mormon adults have an average of 1.1 children currently living at home, nearly double the national average (0.6).

These findings line up with U.S. Mormons’ priorities as expressed in a 2011 Pew Research survey of the group. In that survey, 73% of U.S. Mormons said that having a successful marriage is “one of the most important things in life,” and 81% said the same about being a good parent. Among the general public, half or fewer call each of these life goals “one of the most important things in life.”

Some other findings about U.S. Mormons from the 2014 study include:

  • Most adults who were raised as Mormons still identify as Mormons today (64%), a retention rate roughly on par with that of evangelical Protestants (65%) and slightly above that of Catholics (59%). Among those who were raised as Mormons but have left the church, most are now religiously unaffiliated (21% of all those who were raised Mormon).
  • About as many people have joined the Mormon faith after being raised in another religious tradition (0.5% of U.S. adults) as have left the church after being raised Mormon (0.6%).
  • While the U.S. population has become more racially and ethnically diverse in recent years, the racial and ethnic composition of Mormons has not changed much; Mormons remain overwhelmingly white. Mormons were 14% non-white in 2007 and 15% non-white in 2014; Christians overall were 29% non-white in 2007 and 34% non-white in 2014.
  • Utah still has by far the biggest share of Mormon residents of any state (55%), a percentage that has changed little in recent years.

Présidentielle 2017: La preuve qu’il n’y a pas de vote caché Fillon (What hidden Fillon voters ?)

1 avril, 2017

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https://scontent-cdg2-1.xx.fbcdn.net/v/t31.0-8/17620412_1466183550078663_4346705336363751196_o.png?oh=13fa86878087cd88df38eee2bae2b1aa&oe=59690D04
Le problème, quand le refus de répondre augmente, est qu’à un moment les échantillons ne sont plus représentatifs politiquement, même s’ils le sont socio-démographiquement. Il n’est pas prouvé que le champ des orientations politiques des gens qui acceptent de répondre est le même que celui des gens qui refusent de répondre. Alain Garrigou
Un ancien conseiller d’Hillary Clinton était à Paris la semaine dernière, John Podesta. Il racontait que la plupart, une grande partie, des électeurs américains se sont décidés dans la dernière semaine de campagne. Ce qui peut aussi se produire en France parce que (…) il y a beaucoup de gens qui sont indécis. Et sur la majeure partie de ces gens qui se sont décidés la dernière semaine, une grande partie d’entre eux ont voté pour Donald Trump. Que vont faire aujourd’hui les Français dont on dit aujourd’hui qu’ils vont s’abstenir? L’enquête Ipsos qui avait été publiée dans Le Monde début mars disait qu’il y avait à peu près (…) 32% d’abstentions. Et sur ces 32%, vous en avez 45% de gens qui s’autopositionnent à droite. C’est énorme ! Si ces gens-là décident, la dernière semaine, après le dernier débat le 20 avril de se dire: ‘Finalement, Fillon, oui, c’est mon candidat.» Ca change tout. Ca peut faire basculer. Carl Meeus (Figaro magazine)
Ce qu’on voit en tout cas dans les reportages – Le Monde a plein de reporters qui suivent tous les candidats ou ne suivent pas les candidats mais qui vont voir les Français. On voit deux, trois choses qui sont nouvelles quand même. Effectivement, un électorat de droite qui normalement avait toutes les chances de voir son candidat arriver au pouvoir, qui est en partie tétanisé. Vraiment, et ça, c’est très frappant ! J’étais il y a une dizaine de jours dans la Sarthe, si vous voulez, personne ne parlait de l’élection présidentielle tellement c’était un sujet tabou (…) Et on voit ça dans beaucoup de régions qui normalement votent à droite où là vous avez une partie des électeurs fillonistes qui restent fillonistes mais qui sont très radicalisés. Et puis une partie d’électeurs qui sont complètement perdus et qui ne savent pas du tout où aller et qui vous demandent même: « Qu’est-ce qui peut se passer ? Qu’est-ce que je dois voter ? » Ca, c’est tout à fait nouveau, vraiment ! (…) Là, aujourd’hui, on voit vraiment de vraies difficultés sur l’électorat de droite. Et pour l’électorat d’Emmanuel Macron, il y a une partie des gens qui ne sont pas encore tout à fait sûrs. Et un paradoxe qui joue. Des gens qui aiment le renouvellement qu’incarne Emmanuel Macron et qui ont peur de ce renouvellement parce qu’ils ne savent pas très bien où ils vont. Donc, ça, c’est vraiment les deux, je trouve, phénomènes nouveaux de cette campagne. Raphaelle Bacqué
Gilles Boyer raconte dans son livre comment on est venu le voir, il y a un an en disant « Gilles on a un problème : Juppé est trop haut, trop tôt » : J’ai pas su gérer ce problème parce que, quand on vous dit que tout va trop bien, c’est difficile de trouver une solution. « A l’époque j’avais trouvé ça absurde parce que je ne pouvais tout de même pas faire baisser les sondages », poursuit l’ex-directeur de campagne. France inter
[Il est] possible qu’il y ait aujourd’hui un vote Fillon honteux, sur le modèle de ce qui s’est passé à la présidentielle de 2012 avec Nicolas Sarkozy. Des sondés ont tu leur choix mais ont voté pour lui. Les résultats au second tour de la présidentielle 2012 ont été finalement plus resserrés que tous ceux mesurés. (…) François Fillon peut agréger à son socle solide quelques points venant des abstentionnistes mais aussi de ceux d’électeurs de droite passés chez Emmanuel Macron. Jérôme Sainte-Marie (PollingVox)
Le retour aux affaires des chiraquiens nourrit bien évidemment le soupçon d’un cabinet noir.  Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire!  Mais l’addition d’indices troubles et de témoignages étonnants interroge. Plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil policier nous ont ainsi décrit par le menu l’existence d’une structure clandestine, aux ramifications complexes et dont le rayon d’action ne serait pas cantonné au seul renseignement territorial.  (…) Pour orchestrer les affaires judiciaires il existe une mécanique complexe aussi efficace que redoutable. Hollande a su en tirer profit. D’abord il y a Tracfin, le service de renseignement de Bercy, le ministère piloté durant tout le quinquennat par Michel Sapin, un ami de quarante ans du Président. La plupart des affaires judiciaires qui ont empoisonné Sarko et les siens ont trouvé leurs racines ici, dans cet immeuble ultra-sécurisé du 9e arrondissement de Paris, entièrement classé secret-défense. Là, cent vingt fonctionnaires sont habilités à fourrer leur nez dans les comptes en banque de n’importe qui.  Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé
On n’a jamais écrit ça. La seule personne qui croit qu’il y a un cabinet noir à l’Elysée, c’est François Fillon. (…) Ce cabinet noir n’existe pas. Nicolas Sarkozy avait mis en place une police politique. François Hollande, lui, a simplement instrumentalisé la police à des fins politiques, mais comme tous les présidents de la Ve République. Didier Hassoux
Le chef de l’Etat développe une véritable affection pour ce surdoué, dans lequel il voit une projection de lui-même. « Emmanuel, c’est le fils qu’on voudrait avoir », confie-t-il à son conseiller Gaspard Gantzer. « Emmanuel, c’est moi », déclare-t-il un autre jour aux journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme (« Un président ne devrait pas dire ça… » , Stock). En plus de son intelligence, Hollande apprécie par-dessus tout l’humour de Macron qui « apporte de la joie et de la fantaisie dans le travail ». Un jour, à l’Elysée, où doit se tenir un conseil sur l’attractivité, le jeune homme arrive sans cravate. François Hollande s’en irrite, mais préfère en rire. « Il lui passait tout », se souvient un membre du gouvernement. Le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, se moque de cet entichement pour celui qu’il surnomme « le petit marquis poudré ». Hollande et Macron ne se sont pas revus depuis, à part au dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France, brièvement, le 22 février dernier. Mais ils échangent toujours des SMS. Le président, qui dissèque la stratégie de son ancien protégé, lui conseille notamment de « rester de gauche ». Malin, jamais Macron n’attaque son ancien mentor. « Je fais attention à être respectueux de lui et des institutions », dit-il. Jacques Chirac avait eu le cœur crevé de laisser son bureau à Nicolas Sarkozy. Hollande, lui, jure qu’il préfère voir Emmanuel Macron lui succéder plutôt que François Fillon ou Marine Le Pen. « Si Emmanuel est élu, ce ne serait pas la plus mauvaise sortie pour toi, l’a conforté Julien Dray. Un pied de nez de l’histoire ! » Sauf progression spectaculaire du FN, Hollande ne devrait pas soutenir son ancien conseiller avant le premier tour. Il sait aussi qu’un appel de sa part pourrait être contre-productif. « Je ne veux pas prendre une position qui pourrait lui être défavorable, a-t-il récemment confié à des visiteurs. Déjà que Fillon dit qu’il est mon “porte-serviettes”… » Emmanuel Macron, lui, avec l’aplomb dont il ne s’est jamais départi, ne doute pas un seul instant que le chef de l’Etat saura l’aider au bon moment : « Il regarde ce qu’il y a autour comme offre, le chemin que je trace n’est pas celui qui le rend le plus triste. » Le Monde
On constate sur les enquêtes depuis plusieurs années une forme de droitisation de la société française selon deux modalités. Une plus grande préoccupation sur les sujets historiquement dévolus à la droite comme la sécurité, l’autorité mais aussi l’immigration, les valeurs et sans doute aussi toute la question de l’identité qui est une préoccupation largement partagée sur la place de l’islam. D’autre part, il y a aussi les valeurs entrepreneuriales sur la liberté donnée aux entreprises, sur la place de l’Etat (et donc sa réduction lorsque l’on est de droite) et une forme de reconnaissance du mérite. Les deux polarités de cette orientation à droite trouvent deux autres débouchés en dehors des Républicains, le Front National sur les aspects de sécurité, d’immigration, identité et de manière plus récentes chez « En Marche ! » sur les valeurs entrepreneuriales. Le candidat républicain n’est plus le dépositaire unique de ces valeurs dans cette élection, d’autant plus qu’il n’y a pas forcément superposition entre les deux au sens où il y a parfois même des formes d’incompatibilité entre des inspirations souverainistes dans le domaine de l’ordre et d’une forme de méfiance à l’égard de l’extérieur en opposition à des aspirations d’ouverture et de progressisme autour des valeurs entrepreneuriales. (…)  Ce que révèle ce baromètre Figaro c’est une autre difficulté à laquelle la droite française incarnée par les républicains est confrontée,  et que nous avons constaté tout au long du quinquennat. Nous ne voyons pas dans les enquêtes l’effet de bascule qui faisait que quand le gouvernement était à gauche et basculait, on observait une amélioration de l’image du parti de droite, une augmentation des sympathisants du principal parti de droite. Rien de tout cela ne s’est produit ce qui atteste de la difficulté de la droite à se positionner autour de deux tendances lourdes. La première c’est une interrogation sur le bienfondé des choix consentis par la droite comme par la gauche autour de la place de la France dans le monde et a fortiori de la France dans l’Europe, ce qui a induit des transferts de souveraineté et des choix de politique économiques que l’on a parfois du mal à faire comprendre ainsi qu’une demande de renouvellement de la manière de faire de la politique. On voit dans cette élection qu’il y a une aspiration à rebattre les cartes, à renouveler le paysage et la manière de faire de la politique. Il se trouve que là-dessus, les républicains sont en retard par rapport à tous les autres à l’exception du PS. En retard sur cette nouveauté de l’émergence d’un nouveau mouvement politique et aussi en retrait par rapport à cette tentation de briser le système actuel qui trouve des débouchés chez des candidats comme Marine Le Pen et Jean-Luc Melenchon. (…) Il y a incontestablement un désarroi chez les électeurs de droite dont certains ont le sentiment de se faire voler une élection. Ce n’est pas le cas de tous, il y a aussi des électeurs spontanément tentés par l’offre d’Emmanuel Macron qui peuvent d’ailleurs en parti être dans l’interrogation aujourd’hui. Il y a une double interrogation il y avait des faiblesses de l’adhésion aux Républicains et ses leaders qui précédait l’affaire Pénélope. Mais en même temps le désir d’alternance était tel et la perception des enjeux perçus par les électeurs au moment des primaires ont permis que ce soit quand même des primaires très mobilisatrices. S’est ajouté à cela le problème posé par un candidat dont on verra bien comment il ressort incriminé ou blanchi des affaires mais dont on a découvert qu’il n’était pas exactement celui que l’on croyait lorsqu’on l’a désigné pour représenter les chances des républicains lors de cette élection. Emmanuel Rivière 
On ne  rappellera jamais assez que les  sondages d’intentions de vote ne sont  pas des outils de prédiction ou  d’anticipation des résultats électoraux  mais des instruments de mesure et de  compréhension des rapports de force  à un instant donné. Bien évidemment,  plus la photographie de l’opinion sera  prise à une date proche du scrutin  et plus le cliché aura des chances d’être  ressemblant avec le verdict qui sortira  des urnes. Néanmoins, du fait  du délitement des appartenances  partisanes et de l’émergence d’offres  politiques nouvelles, la volatilité  électorale s’est considérablement  renforcée ces dernières années et des  mouvements d’opinion significatifs  peuvent intervenir dans la dernière  ligne droite, générant des écarts parfois  importants entre la dernière photo  instantanée et le tableau final. (…) Ce qui s’est passé en  Grande-Bretagne et aux États-Unis  a néanmoins agi pour nous, sondeurs  français, comme une piqûre de rappel.  Ces surprises électorales nous ont  incités à essayer d’améliorer encore  davantage la qualité de nos modes de  recueils et de traitements des intentions  de vote, exercice complexe et ardu. (…) À l’heure où les comportements électoraux sont de moins en moins  figés et où nous entrons dans une phase  de recomposition politique, il faut faire  preuve d’humilité et ne négliger  aucune approche. Pour l’Ifop, les  sondages demeurent un instrument  majeur pour comprendre et mesurer  les votes. Mais l’analyse, via des  méthodes de big data, des dynamiques  à l’œuvre sur les réseaux sociaux  constitue un autre instrument que nous  avons intégré dans notre boîte à outils. (…) Une part du corps électoral calibre son  vote en fonction du rapport de force  observé et se base pour cela  principalement sur les sondages.  Toutefois, les stratégies varient et les  choix ne sont pas forcément univoques.  Voyant qu’un candidat bénéficie d’une dynamique et pourrait atteindre le second tour, une partie des électeurs  peut être tentée de se rallier à lui  (c’est le « vote utile »). En revanche,  d’autres électeurs, considérant que ce  candidat n’a pas besoin de leur soutien,  peuvent, dans le même temps, décider  de voter pour un autre candidat, moins  bien placé dans les sondages, mais dont  le positionnement correspond plus  parfaitement à celui de ces électeurs.  Si les sondages ont manifestement un  effet sur une partie des électeurs,  cet impact est ainsi contrasté. (…) L’hypothèse d’une « sous-déclaration »  du vote Fillon s’appuierait sur le fait que  certains électeurs n’oseraient pas  indiquer qu’ils ont l’intention de voter  pour lui en raison des affaires qui  le concernent ou de son style de  campagne. Ce phénomène a longtemps  existé concernant le vote Front  national, qu’il était honteux d’avouer.  Mais du fait du développement des  enquêtes par Internet où le sondé est  seul face à son écran et plus en relation  avec un enquêteur, ce biais a disparu  pour ce qui est du Front national.  Il ne nous semble pas évident qu’un tel  phénomène se développe concernant  le vote Fillon. On rappellera à ce propos  que de nombreux sarkozystes avaient  brandi l’argument d’un « vote caché »  en faveur de leur champion, dont  le potentiel électoral n’aurait pas été  correctement mesuré par les sondeurs  à l’instar de ce qui s’était passé pour  Trump dans la primaire républicaine.  Or, Sarkozy fit au final un score  inférieur à celui dont il était crédité dans  les sondages dans les jours précédents le  scrutin. L’armée de réserve était restée  bien cachée… Cet exemple invalide donc de notre point de vue l’argument  de la sous-déclaration. Une incertitude  demeure en revanche sur le fait  de savoir si une partie des nombreux  électeurs de droite qui opteraient  aujourd’hui pour Macron ou Le Pen (soit  environ un tiers de l’électorat de droite)  ne va pas, au final, reconsidérer son  jugement pour faire en sorte que son  camp soit représenté au second tour. Jérôme Fourquet
Je m’appuie sur deux composants.  Le premier considère que la dynamique  d’échange d’arguments au sein de petits  groupes d’individus obéit à une logique  rationnelle. Or, il peut arriver que les  arguments pour et contre se neutralisent.  C’est là qu’intervient le deuxième  composant, qu’on pourrait qualifier de  levier déterministe de notre inconscient  collectif. C’est un biais cognitif ou un  préjugé parmi ceux du groupe qui  s’active pour sélectionner  « naturellement » un des choix, de façon  consciente ou inconsciente. Par exemple… Quatre individus discutent d’une réforme de leur cadre de vie.  Si deux  la soutiennent  et deux s’y opposent, le groupe ne sait pas quoi choisir. Dans  ce cas, le biais cognitif qui va s’activer est  « dans le doute, mieux vaut s’abstenir ».  Finalement, tous rejettent la réforme.  Pour pouvoir appliquer le modèle, il faut  à chaque fois identifier les préjugés qui  pourraient être activés en cas  d’impuissance de la raison. (…) Le modèle intègre actuellement trois  types d’individus : les rationnels, qui  peuvent basculer d’un côté ou de l’autre,  les inflexibles qui ne bougent pas, et les  contrariants qui s’opposent aux choix  majoritaires. Actuellement je dois, en  combinant différents sondages et ma  perception des préjugés potentiellement  activables, décider lequel de ces trois  ingrédients est déterminant dans une  campagne d’opinion donnée. (…) Invité aux États-Unis en février 2016, j’y ai compris que Trump « innovait ».  Quand il lançait ses affirmations  choquantes, il réveillait des préjugés  endormis ou gelés, et cela bouleversait  la hiérarchie des préjugés mobilisés  en cas d’hésitation. Certains préjugés  jouaient contre lui, mais il réussissait  à en réveiller d’autres qui lui étaient  favorables. Du point de vue de la  dynamique, c’était simplement génial. (…) Ce sont paradoxalement les indignés, qui en provoquant les débats contre Trump, ont finalement permis à de  nombreux opposants de basculer en sa  faveur. Aux États-Unis, le fait que la  campagne ait été très longue a clairement  joué pour Trump en créant de plus en  plus de cas de doutes collectifs. Après chaque chute, sa popularité remontait. (…) Il fallait absolument qu’il continue  sa dynamique provocatrice mais en  modifiant le positionnement des préjugés  à activer. Alors que, pour les primaires,  il avait activé des préjugés présents chez  des républicains, pour la présidentielle,  il fallait qu’il touche des préjugés  présents à la fois chez des républicains et  des démocrates. Ce qu’il a réussi entre autres avec le sexisme. À l’inverse,  Obama a essayé de remettre en avant  le préjugé selon lequel il n’était « pas fait  pour le job », défavorable à Trump,  mais sans succès. (…) Fin 2016, je considérais que son élection [Marine Le Pen] était passée de impossible à improbable,  c’est-à-dire possible. Depuis un mois,  son élection est devenue très possible.  Une abstention différenciée non  excessive peut la faire gagner malgré  un plafond de verre toujours actif. (…) [L’abstention différenciée] C’est l’écart entre l’intention de vote déclarée dans les sondages et le vote  effectif. Je démontre par exemple  que si 56 % des électeurs annoncent  qu’ils vont voter contre Marine Le Pen,  ils ne le feront pas autant qu’ils le disent.  Car, pour la première fois, des électeurs  ont une aversion forte à l’égard  de celui qui sera probablement  en face d’elle (Macron ou Fillon).  Si ne serait-ce que 30 % des électeurs  qui ont annoncé qu’ils voteraient contre  Marine Le Pen ne le font pas  et choisissent l’abstention, cela suffira à la faire gagner. Grâce à cette abstention  différenciée, elle passerait  de 44 % d’intention de vote à 50,25 %  des suffrages exprimés dans l’hypothèse  où 10 % seulement de ses propres  électeurs s’abstiennent. (…) Dans mon modèle, François Fillon  a un avantage décisif sur Macron :  il peut s’appuyer sur ces électeurs  inflexibles qui font la différence. Macron  semble ne pas en avoir beaucoup.  Dans certains cas de figure, mon modèle  montre qu’il suffit d’avoir plus de 17,16 %  d’inflexibles pour passer la barre des  50 % des suffrages exprimés face  à un candidat qui n’en aurait pas.  Et Fillon a un socle qui se situe  précisément autour de cette valeur seuil.  Mais est-il au-dessus ou en dessous ?  Il suffira d’une légère variation soit pour  qu’il remonte inexorablement et atteigne  le second tour soit pour qu’il perde toute  chance d’être qualifié. Serge Galam
Il est effectivement troublant de voir que les personnalités de droite sont reléguées assez loin dans le palmarès. Même quelqu’un comme Olivier Besancenot est jugé comme ayant plus d’avenir politique que les leaders de droite. Si on met à part Marine le Pen, qui a son fan club attitré, seul Alain Juppé parvient à émerger à la 4ème place, ce qui est tout aussi troublant parce que, vu son âge (il doit approcher les 75 ans), on peut avoir quelques doutes sur son avenir politique. En tout cas, ce mauvais classement de la droite est d’autant plus surprenant que François Hollande termine son mandat sur des records d’impopularité. A quoi faut-il attribuer ce mauvais résultat ? On peut penser qu’il y a un problème de leadership. La droite paye le prix de ses divisions. Pendant les cinq années qui viennent de s’écouler, elle n’a pas réussi à faire émerger des leaders forts. La décision de Nicolas Sarkozy de revenir en 2014 y est pour beaucoup : en rompant avec sa promesse de quitter la vie politique, il a de facto cassé la mécanique de sa propre succession. De plus, les affaires et les règlements de compte internes ont aussi contribué à griller d’autres personnalités, comme Jean-François Copé. Un autre facteur doit être pris en compte : il n’est pas évident, pour les leaders de droite, de trouver un créneau porteur, surtout avec un FN très fort, qui siphonne toute une partie de l’électorat de droite. En optant pour un positionnement très droitier, François Fillon espérait récupérer une partie de ces électeurs, comme Nicolas Sarkozy en 2007, mais pour l’heure, ça n’a pas marché. En revanche, il a fait fuir une partie des électeurs de droite modérés, qui sont tentés par Emmanuel Macron. C’est d’ailleurs ce que montre cette tribune publiée par des jeunes catholiques. Ce texte n’est évidemment qu’une simple tribune, mais on voit quand même qu’un nombre conséquent de catholiques se reconnaissent dans le discours du pape sur les migrants. C’est aussi la conséquence de l’évolution des catholiques français, lesquels se sont sécularisés et même gauchisés par certains côtés. On peut ajouter un dernier élément, en se demandant si la droite n’a pas tout simplement du mal à recruter de nouvelles personnalités. Les électeurs ont tendance à penser que les carrières politiques sont très attirantes. Mais ce n’est pas sûr : en politique, il y a beaucoup de coups à prendre, et les gains sont hypothétiques et modestes. Comparativement, les carrières dans l’économie et la finance sont certainement bien plus attirantes. (…) Si on regarde les sondages, on voit que François Fillon a perdu entre 6 et 8 points depuis le mois de janvier, ce qui l’a fait passer nettement derrière Marine Le Pen alors qu’il était devant elle auparavant. C’est évidemment une évolution très importante. Cela veut donc dire que beaucoup d’électeurs de droite ont été désarçonnés, déstabilisés par les révélations des médias et par les enquêtes judiciaires. Le choc de ces révélations a été d’autant plus vif que l’une des motivations du vote en faveur deFrançois Fillon aux primaires de la droite, c’était justement que celui-ci était plus fiable que Nicolas Sarkozy, non seulement sur le plan judiciaire, mais aussi sur le plan politique. En effet, dans le contexte des attentats, Nicolas Sakozy a sans doute payé cher le fait d’avoir baissé les effectifs de la police ou d’avoir désorganisé les services de renseignement, voire même d’avoir adopté des mesures emblématiques comme la suppression de la double peine, ce qui lui a été reproché, surtout après l’attentat de Nice). Donc, la différence entre François Fillon et Nicolas Sarkozy s’est surtout jouée sur cette question de la crédibilité. Cela explique le désarroi profond des électeursde droite aujourd’hui : si François Fillon n’est pas fiable sur le plan moral et judiciaire, pourra-t-il l’être sur le reste ? Va-t-il vraiment faire ce qu’il a annoncé ? Cela dit, cette baisse du soutien pour Fillon n’est pas forcément définitive. Certes, les intentions de vote semblent très stables, mais on peut se demander si les sondages ne se trompent pas, non pas parce qu’ils sont mal faits, mais plutôt parce que les électeurs masquent leur jeu. En fait, il est tout à fait possible qu’Emmanuel Macron soit surestimé et que, inversement, François Fillon soit sous-estimé. Une partie des électeurs de droite a sans doute des réticences à se déclarer en faveur de Fillon, compte-tenu du contexte très axé sur les affaires judiciaires. Inversement, le vote Macron est artificiellement gonflé par le désarroi et l’agacement de la droite. D’ailleurs, une bonne partie des électeurs de Macron ne sont pas encore sûrs de leur choix. Il n’est donc pas exclu quedans les tout derniers jours de la campagne, la tendance s’inverse. Les faiblesses de Macron vont s’approfondir, tandis que Fillon pourra bénéficier du fait qu’il a de l’expérience, ce qui n’est pas sans force dans le contexte actuel.Ce n’est pas un hasard si, à la fin du débat télévisé, François Fillon a fortement insisté sur son expérience d’élu et de responsable politique. (…) Peut-on vraiment parler d’un déplacement des valeurs vers la droite ? Il vaut mieux poser le problème autrement, en partant d’un premier constat : les valeurs libérales se sont fortement diffusées dans la société, autant sur le plan économique que sur le plan sociétal. Cette montée des valeurs libérales, qui est autant une victoire de la droite (pour l’économie) qu’une victoire de la gauche (pour les valeurs sociétales), ou du moins à leurs composantes libérales respectives, se caractérise par une mise cause du principe de la régulation. On voit bien en effet qu’il y a aujourd’hui une forte demande pour avoir moins de contraintes, moins de normes, plus de droits, plus d’autonomie (c’est le cas par exemple de la loi Travail, qui s’inscrit bien dans cette dynamique visant à s’affranchir des normes communes imposées par le haut). D’un autre côté, l’Europe et la mondialisation ont cependant provoqué de sérieuses difficultés, que ce soit dans le domaine économique (désindustrialisation, concentration des activités dans les grandes métropoles polluées et surchargées, prolétarisation du monde rural), ou dans le domaine sociétal avec la montée de différentes formes d’insécurité, autant physiques que culturelles. Or, ces évolutions vont dans le sens inverse du précédent : elles poussent au contraire à réclamer davantage de régulations, davantage d’interventions. On voit ainsi revenir des mesures que l’on croyait oubliées comme le protectionnisme, les nationalisations des entreprises, ou encore l’instauration de droits de douane ; et dans le domaine sociétal, on voit aussi des demandes en faveur d’un retour vers l’ordre, l’autorité, les frontières oul’identité nationale. Cette double évolution génère évidemment de profondes tensions, d’autant que les demandes de régulation viennent défier une sorte d’interdit, qui est régulièrement rappelé par les médias et une partie des élites, à savoir qu’il faut impérativement préserver les grands principes comme l’ouverture, le mélange, la tolérance. Certes, ces principes sont importants, mais le problème est qu’ils ne permettent pas de résoudre toutes les difficultés actuelles. Par exemple, comment l’ouverture ou la tolérance peuvent-elles régler le problème des travailleurs détachés ? Les différentes tensions qui se sont constituées permettent d’expliquer les positionnements politiques que l’on observe pendant la campagne électorale. En gros, on a d’un côté deux grands pôles qui s’opposent : d’un côté le pôle régulateur, avec sa variante de droite (Marine Le Pen) et sa variante de gauche (Jean-Luc Mélenchon) et de l’autre le pôle libéral (Emmanuel Macron). Entre les deux, on voit émerger des situations intermédiaires, que ce soit avec la variante de droite (François Fillon) ou avec la variante de gauche (Benoît Hamon). On verra le résultat, mais le problème est que l’élection risque fort de ne pas de trancher ces tensions. Quel que soit le vainqueur, les tensions vont persévérer car on ne voit pas comment elles vont pouvoir se résoudre d’elles-mêmes. Vincent Tournier
On peut penser qu’il est sous-déclaré dans les sondages, parce que c’est plus très bien vu de dire qu’on est pro-FillonPhilippe Moreau Chevrolet (MCBG Conseil)

Vous avez dit vote honteux ?

A l’heure où après la brillante démonstration que l’on sait, par les journalistes mêmes qui avait lancé l’affaire Fillon, qu’il n’y a pas de cabinet noir à l’Elysée …

L’on apprend par Le Monde que le futur ancien président continue à communiquer par SMS avec son ancien poulain et ministre …

Et où de ralliements en ralliements, la candidature de l’héritier honteux Macron ressemble de plus en plus à la voiture-balai des membres de son ancienne écurie …

Alors que dans un pays qui ayant historiquement laissé passer la chance de la protestantisation n’arrive toujours pas à se résoudre à sa modernisation

Et derrière l’anomalie d’une droite majoritaire dans les idées mais, du fait de l’ostracisation du parti des bonnes questions et des mauvaises réponses, toujours à la peine dans les élections…

Quatre électeurs sur dix sont encore indécis et que contrairement à ceux de François Fillon, un électeur de Macron sur deux dit encore pouvoir changer d’avis …

Et que l’ancien premier ministre socialiste se dit lui-même prêt à travailler avec la droite si elle l’emporte …

Démonstration expérimentale (à faire chez vous ou sur votre lieu de travail) :

Imaginez (par expérience de pensée) ou (plus courageux) testez-le en conditions réelles …

Comme auraient pu le faire des électeurs américains pour celle de Trump l’an dernier et comme je l’ai fait il y a deux jours …

Que vous défendiez la candidature Fillon ou même annonciez sa probable victoire …

Devant vos collègues ou vos amis …

Et voyez les regards horrifiés et l’indignation bientôt véhémente …

Avant le silence gêné et le vide quasi-sidéral se faire autour de vous !

Et s’il y avait un vote caché pour Fillon ?

  • Yves Thérard
 30 mars 2017
Chaque matin, Yves Thréard nous livre son analyse politique à quelques semaines de l’élection présidentielle.

Et s’il y avait un vote caché pour Fillon ?

Les partisans et l’entourage de Fillon veulent y croire. Ils s’accrochent à cette intuition comme à un rocher pour ne pas couler ni désespérer.

Selon eux, les sondages sous-évaluent leur champion car beaucoup d’électeurs n’oseraient pas dire qu’ils votent Fillon à cause de ses casseroles judiciaires. Comme naguère, on n’osait pas avouer qu’on votait Le Pen.
Et pour étayer leur pressentiment, ils citent les analyses de la société canadienne Filteris qui circulent sur Internet et qui avaient donné Trump gagnant. Elles mesurent le buzz, négatif et positif, des candidats sur les réseaux sociaux. Le poids numérique des candidats. Et là, Fillon arrive deuxième, devant Macron et derrière Le Pen.

Le seul problème, c’est que les méthodes de Filteris sont loin d’être fiables.

Tout cela est donc un peu fantaisiste ?

La thèse du vote caché se heurte au fait qu’aujourd’hui la plupart des sondeurs interrogent les électeurs non plus par téléphone ou en face à face, mais par Internet. Donc, sur ce support, inutile de se cacher, de ne pas dire la vérité sur son intention de vote.
Déjà, en 2012 et lors de la primaire de la droite, Sarkozy avait utilisé cet argument du vote caché : et on a vu le résultat, il a quand même perdu.
En revanche, il y a des arguments pour penser que Fillon est peut-être sous-évalué : d’abord,
4 électeurs sur dix sont encore indécis ; ensuite, 1 électeur de Macron sur 2 dit encore pouvoir changer d’avis ; enfin, Fillon est très fort chez les retraités, qui sont ceux qui votent généralement le plus massivement, contrairement aux jeunes.

Y a-t-il eu déjà des surprises dans le passé par rapport aux intentions de vote mesurées moins d’un mois avant le premier tour ?

Oui, en 1995, Chirac est donné devant Jospin, et c’est pourtant Jospin qui vire en tête. Et puis, il y a la surprise de 2002 où Jean-Marie Le Pen s’invite au second tour coiffant sur le poteau le même Jospin. Donc, pour Fillon, un miracle est toujours possible…

Voir aussi:

Sondages

La thèse du «vote caché», nouvel espoir du camp Fillon

 Cédric Mathiot
Libération
23 mars 2017 

Des électeurs qui n’osent pas dire qu’ils voteront pour le candidat de droite et des retraités galvanisés : voilà, à un mois du premier tour, le cocktail qui fait espérer les fillonistes. Sarkozy avait déjà utilisé le premier argument en 2012 et lors de la primaire en 2016… avec le résultat qu’on connaît.

C’est la théorie qui monte (ou que fait monter) le camp Fillon pour entretenir la flamme. En dépit de son retard dans les sondages, le candidat LR a toujours une chance de l’emporter, car il bénéficierait d’un «vote caché» d’électeurs ne se déclarant pas dans les enquêtes. C’est ce que suggèrent aux journalistes les soutiens de Fillon. Les mêmes s’appuient également sur la surprise de la primaire, qui a vu Fillon surgir du ventre mou des enquêtes d’opinion pour venir surclasser la concurrence.

Certains communicants contribuent aussi à véhiculer cette idée que le vote caché, ou vote honteux, jadis réservé au FN, concernerait désormais le candidat LR lesté de ses casseroles judiciaires. Le 8 mars, Philippe Moreau Chevrolet, président de MCBG Conseil, assurait ainsi sur LCI : «On peut penser qu’il est sous-déclaré dans les sondages, parce que c’est plus très bien vu de dire qu’on est pro-Fillon». Idem pour Dominique Reynié sur la même antenne, une semaine plus tard.

Une thèse guère convaincantes pour Jérôme Fourquet, de l’Ifop : «Les sondages sont aujourd’hui quasiment tous réalisés par Internet. Donc le fait de ne pas oser dire pour qui on vote ne se pose pas. On n’est pas en face-à-face ou au téléphone avec un enquêteur. On est devant son écran. Cet argument ne tient pas. La preuve, c’est que quand on demande aux gens pour qui ils ont voté avant, c’est très proche du réel, ce qui n’était pas le cas avant au téléphone.»

Le sondeur en veut également pour preuve que l’argument avait déjà été utilisé par Nicolas Sarkozy, avant d’être démenti par les faits : «Je me souviens qu’on parlait d’un vote caché pour Sarkozy, rappelle Fourquet. On parlait de beaucoup d’électeurs sarkozystes qui ne disaient pas qu’ils voteraient pour lui. Ce qui ne s’est pas vérifié.» 

Bis repetita

De fait, il y a cinq ans quasi jour pour jour, Nicolas Sarkozy affichait – comme François Fillon – des résultats peu enthousiasmants dans les sondages. Et déjà, ses proches s’accrochaient à cette bouée d’espérance du «voté caché» : «C’est parce que les partisans du Président n’osent pas tous se dévoiler», expliquaient-ils. Et de mettre en cause l’hostilité supposée des médias à l’égard du chef de l’Etat : «Il y a aujourd’hui un vote Sarkozy caché», «qui n’est plus, comme avant, sur le FN, mais bien plutôt sur le Président», assurait à Europe 1 un proche du candidat, en mars 2012.

Bis repetita lors de la primaire de la droite, fin 2016. Devancé par Juppé dans les sondages, le camp Sarkozy a ressorti l’élément de langage du réservoir d’électeurs tapis dans l’ombre. «Le vote caché est plus sur moi que sur Marine Le Pen», disait l’ex-chef de l’Etat auprès du JDD. Las, comme en 2012, les électeurs sarkozystes cachés… sont restés cachés. Et si surprise il y a eu lors du premier tour de la primaire par rapport aux sondages, ce fut celle de François Fillon, troisième dans les sondages, qui a écrasé Juppé et Sarkozy.

C’est également dans ce happening miraculeux de la primaire que réside l’autre motif d’espoir des fillonistes. Si le scénario de la primaire s’est passé une fois, pourquoi pas une seconde ? L’analyse ne repose pas là sur la honte supposée des sondés de se déclarer pro-fillon (la primaire s’était déroulée avant les premières révélations le mettant en cause), mais sur les angles morts des sondages. Le succès de Fillon s’était notamment expliqué par la surmobilisation parmi les votants des plus de 65 ans et des retraités (+15 points par rapport à la population nationale), que les enquêtes d’opinion n’avaient pas prévue. Or les personnes âgées étaient davantage acquises à Fillon qu’à ses concurrents. Elles auraient ainsi contribué à expliquer le score canon du candidat. La reproduction d’un tel scénario semble bien moins plausible dans une présidentielle, a priori plus mobilisatrice que dans une primaire. Mais rien n’interdit d’y croire.

Voir également:

D’où vient cette théorie du « vote caché » aujourd’hui revendiquée par l’équipe de François Fillon ?

ESPOIR CACHÉ – Depuis une semaine, l’équipe Fillon relaie la thèse du « vote caché » pour expliquer que les instituts de sondage sous-évaluent son candidat. De quoi parle-t-on ?

A moins de quatre semaines du premier tour, les sondages ne sont pas très favorables à François Fillon. Le candidat de la droite pointe en troisième position, entre 17 et 20%, loin derrière les deux favoris, Marine Le Pen et Emmanuel Macron.

Alors, par petites touches, l’équipe Fillon avance une nouvelle stratégie : donner au vote en faveur du candidat de la droite le goût de la transgression. Depuis une semaine, cette stratégie est relayée avec un argument, celui du « vote caché ». Des électeurs qui dissimuleraient leurs intentions, en raison de la « cabale » médiatique supposée contre leur candidat, et ne s’afficheraient que sur les réseaux sociaux. Jérôme Chartier, lieutenant de François Fillon, résumait ainsi cette semaine sur LCI : « Des électeurs n’osent plus dire aux sondeurs qu’ils vont voter pour François Fillon ». Un argument répété en boucle ces dernières heures par la députée LR Valérie Boyer, proche de François Fillon, qui du même coup met en doute la fiabilité des sondages.

Une théorie ancienne

L’hypothèse d’un « vote caché » est traditionnellement prêtée aux électeurs du Front national, surtout depuis l’élection de 2002. Elle s’évalue plutôt a posteriori. « Il y a toujours eu des spirales du silence. Pour les mesurer, on demande aux gens ce qu’ils ont voté à la dernière élection, puis on compare ces déclarations à la réalité du dernier vote », explique Guénaëlle Gault, Chief Digital Officer chez Kantar Public. Depuis cinq ans, on constate que cette sous-déclaration tend à disparaître : les électeurs FN assument de plus en plus, d’autant que les enquêtes se font souvent dans l’anonymat d’Internet.  « On a même constaté, dans certains cas, que les gens déclaraient davantage de vote FN que dans la réalité », ajoute la spécialiste. Le FN peut ainsi être parfois surévalué : par exemple, lors des régionales dans le Nord, Xavier Bertrand (LR) a battu Marine Le Pen avec 57,7% des voix, soit 4 points au-dessus des dernières prévisions.

Le fameux « vote caché » est toutefois revenu par un autre biais : comme argument de campagne. Dès 2012, les soutiens de Nicolas Sarkozy clamaient, avant le premier tour, que le Président sortant était sous-évalué. A l’arrivée, Nicolas Sarkozy avait terminé la course avec 48.36% des voix au second tour, légèrement au-dessus des derniers sondages qui le situaient entre 45 et 47%. Mais à l’époque, les enquêtes d’opinion avaient bien anticipé la remontée de Nicolas Sarkozy dans la dernière ligne droit, ce qui n’est pour l’heure pas avéré pour François Fillon. Nicolas Sarkozy a de nouveau annoncé un « vote caché » à son profit lors des primaires de la droite en novembre 2016, mais il a été éliminé dès le 1er tour avec 20.7% des voix.

Une équipe Fillon entre doigt mouillé et outils alternatifs

Comme l’indiquent les soutiens de François Fillon, c’est « sur le terrain » et au vu du succès des meetings qu’ils déduisent une sous-estimation de la popularité réelle du candidat. Une affirmation au doigt mouillé.

Mais ils s’appuyent surtout sur des outils alternatifs. Parmi ceux-ci, la mesure Filteris, du nom de cette société canadienne qui s’est fait un nom durant la campagne victorieuse de Donald Trump en évaluant « le poids numérique des candidats », à l’aune du buzz et de la perception qu’ils génèrent sur les réseaux sociaux (articles relayés, commentaires, mentions…), sans faire appel à des échantillons représentatifs comme les instituts de sondage. La société avait ainsi pu mesurer la dynamique de François Fillon lors de la primaire de la droite, tout en sous-évaluant largement, au premier tour, les intentions de vote en sa faveur, et en pronostiquant l’échec d’Alain Juppé dès le premier tour. La dernière mesure Filteris, au 31 mars 2017, place Marine Le Pen et François Fillon en tête des candidats les plus « bruyants » sur les réseaux sociaux, ce dont se réjouit le camp Fillon.

Prudence nécessaire

François Fillon doit-il pour autant crier victoire ? Probablement pas. « Les mesures de Filteris fournissent une approche complémentaire qui permet de détecter plus rapidement les dynamiques, la performance de la campagne », observe Guénaëlle Gault. « En revanche, on ne sait rien de la méthodologie utilisée. De plus, on ne peut pas déduire de ces éléments des intentions de vote. » Et encore moins mesurer un éventuel « vote caché »…

Les instituts de sondage traditionnels se mettent eux aussi à scruter les réseaux sociaux afin de percevoir plus rapidement la résonance d’une campagne. Chez Kantar, le dernier « indicateur d’engagement », publié le 19 mars, plaçait Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon en tête sur Facebook, devant François Fillon, Emmanuel Macron pointant à la cinquième place. Sur Twitter, François Fillon arrivait en tête devant Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Pourtant, le sondage réalisé simultanément ne prêtait que 17% des intentions de vote au candidat de la droite, 9 points derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Et jusqu’ici, aucun sondage n’a vu Jean-Luc Mélenchon parvenir au second tour de la présidentielle… Conclusion : ni le »poids numérique » d’un candidat ni son potentiel de buzz ne semblent permettre de déterminer s’il va bénéficier d’électeurs « cachés » et s’il remportera in fine la présidentielle. Est-ce vraiment surprenant ?

Voir encore:

Existe-t-il vraiment un « vote caché » Fillon ?

Selon ses soutiens, une partie des électeurs de François Fillon n’oseraient pas dire qu’ils voteront pour lui à cause des affaires. Une stratégie de communication bancale.

Erwan Bruckert

 Le Point
31/03/2017

Présidentielle 2017: Et si les bobos se réjouissaient trop vite ? (Behind Valls’s sacrifice hit or hail Mary pass, the reality of the soon-coming Trumpian revenge of back row France ?)

30 mars, 2017

La vengeance est un plat qui se mange froid. Proverbe bien connu
Chassez le naturel: il revient au galop ! Autre proverbe bien connu
Aux États-Unis, les plus opulents citoyens ont bien soin de ne point s’isoler du peuple ; au contraire, ils s’en rapprochent sans cesse, ils l’écoutent volontiers et lui parlent tous les jours. Ils savent que les riches des démocraties ont toujours besoin des pauvres et que, dans les temps démocratiques, on s’attache le pauvre par les manières plus que par les bienfaits. La grandeur même des bienfaits, qui met en lumière la différence des conditions, cause une irritation secrète à ceux qui en profitent; mais la simplicité des manières a des charmes presque irrésistibles : leur familiarité entraîne et leur grossièreté même ne déplaît pas toujours. Ce n’est pas du premier coup que cette vérité pénètre dans l’esprit des riches. Ils y résistent d’ordinaire tant que dure la révolution démocratique, et ils ne l’abandonnent même point aussitôt après que cette révolution est accomplie. Ils consentent volontiers à faire du bien au peuple ; mais ils veulent continuer à le tenir à distance. Ils croient que cela suffit ; ils se trompent. Ils se ruineraient ainsi sans réchauffer le coeur de la population qui les environne. Ce n’est pas le sacrifice de leur argent qu’elle leur demande; c’est celui de leur orgueil. Tocqueville
Toutes les stratégies que les intellectuels et les artistes produisent contre les « bourgeois » tendent inévitablement, en dehors de toute intention expresse et en vertu même de la structure de l’espace dans lequel elles s’engendrent, à être à double effet et dirigées indistinctement contre toutes les formes de soumission aux intérêts matériels, populaires aussi bien que bourgeoises.  Bourdieu
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama
J’ai toujours assumé la dimension de verticalité, de transcendance, mais, en même temps, elle doit s’ancrer dans l’immanence complète, de la matérialité. Emmanuel Macron
Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas qui sont Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins. […] Nous ne savons pas ce que peut bien dire James Dobson dans son émission de radio écoutée par des millions d’auditeurs. Nous ne savons rien de Reba et Travis. […] Nous sommes très peu nombreux à savoir ce qu’il se passe à Branson dans le Missouri, même si cette ville reçoit quelque sept millions de touristes par an; pas plus que nous ne pouvons nommer ne serait-ce que cinq pilotes de stock-car. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ… David Brooks
Well, my joke is that I consider myself a bobo with bad grades. If I’d studied more, I would have gotten into Harvard and I could afford the big kitchen and all that. But I am a bobo in some sense. You know, the essence of bobo life is people who consider themselves sort of artistic or writers or intellectuals but find themselves in the world of making money, in the world of commerce. And so I certainly am in that. You know, I consider myself a writer, and I live for ideas and things like that. But I also want a big house, so I’m caught between money and spirituality. David Brooks
I’ve written of the great divide in America as between the protected and the unprotected—those who more or less govern versus the governed, the facts of whose lives the protected are almost wholly unaware. Mr. Arnade sees the divide as between the front-row kids at school waving their hands to be called on, and the back-row kids, quiet and less advantaged. The front row, he says, needs to learn two things. “One is how much the rest of the country is hurting. It’s not just economic pain, it’s a deep feeling of meaninglessness, of humiliation, of not being wanted.” Their fears and anxieties are justified. “They have been excluded from participating in the great wealth of this country economically, socially and culturally.” Second, “The front-row kids need humility. They need to look in the mirror, ‘We messed this up, we’ve been in charge 30 years and haven’t delivered much.’ ” “They need to take stock of what has happened.” Of those falling behind: “They’re not lazy and weak, they’re dealing with bad stuff. Both conservative and progressive intellectuals say Trump voters are racist, dumb. When a conservative looks at a minority community and says, ‘They’re lazy,’ the left answers, ‘Wait a minute, let’s look at the larger context, the availability of jobs, structural injustice.’ But the left looks at white working-class poverty and feels free to judge and dismiss.” Peggy Noonan
It’s not just visual: In interview after interview in all corners of the state, I’ve found that Trump’s support across the ideological spectrum remains strong. Democrats, Republicans, independents, people who have not voted in presidential elections for years — they have not wavered in their support. Two components of these voters’ answers and profiles remain consistent: They are middle-class, and they do not live in a big city. They are suburban to rural and are not poor — an element I found fascinating, until a Gallup survey last week confirmed that what I’ve gathered in interviews is more than just freakishly anecdotal. The Gallup analysis, based on 87,000 interviews over the past year, shows that while economic anxiety and Trump’s appeal are intertwined, his supporters for the most part do not make less than average Americans (not those in New York City or Washington, perhaps, but their Main Street peers) and are less likely to be unemployed. The study backs up what many of my interviews across the state found — that these people are more concerned about their children and grandchildren. While Trump supporters here are overwhelmingly white, their support has little to do with race (yes, you’ll always find one or two who make race the issue) but has a lot to do with a perceived loss of power. Not power in the way that Washington or Wall Street board rooms view power, but power in the sense that these people see a diminishing respect for them and their ways of life, their work ethic, their tendency to not be mobile (many live in the same eight square miles that their father’s father’s father lived in). Thirty years ago, such people determined the country’s standards in entertainment, music, food, clothing, politics, personal values. Today, they are the people who are accused of creating every social injustice imaginable; when anything in society fails, they get blamed. The places where they live lack economic opportunities for the next generation; they know their children and grandchildren will never experience the comfortable situations they had growing up — surrounded by family who lived next door, able to find a great job without going to college, both common traits among many successful small-business owners in the state. These Trump supporters are not the kind you find on Twitter saying dumb or racist things; many of them don’t have the time or the patience to engage in social media because they are too busy working and living life in real time. These are voters who are intellectually offended watching the Affordable Care Act crumble because they warned six years ago that it was an unworkable government overreach. They are the same people who wonder why President Obama has not taken a break from a week of golfing to address the devastating floods in Louisiana. (As one woman told me, “It appears as if he only makes statements during tragedies if there is political gain attached.”) Voice such a remark, and you risk being labeled a racist in many parts of America. The Joe-Six-Pack stereotype of a Trump supporter was not created in a vacuum; it’s real and it’s out there. Yet, if you dig down deep into the Gallup survey — or, better yet, take a drive 15 minutes outside of most cities in America — you will learn a different story. That is, if you look and listen. Salena Zito
America is coming apart. For most of our nation’s history, whatever the inequality in wealth between the richest and poorest citizens, we maintained a cultural equality known nowhere else in the world—for whites, anyway. (…) But t’s not true anymore, and it has been progressively less true since the 1960s. People are starting to notice the great divide. The tea party sees the aloofness in a political elite that thinks it knows best and orders the rest of America to fall in line. The Occupy movement sees it in an economic elite that lives in mansions and flies on private jets. Each is right about an aspect of the problem, but that problem is more pervasive than either political or economic inequality. What we now face is a problem of cultural inequality. When Americans used to brag about « the American way of life »—a phrase still in common use in 1960—they were talking about a civic culture that swept an extremely large proportion of Americans of all classes into its embrace. It was a culture encompassing shared experiences of daily life and shared assumptions about central American values involving marriage, honesty, hard work and religiosity. Over the past 50 years, that common civic culture has unraveled. We have developed a new upper class with advanced educations, often obtained at elite schools, sharing tastes and preferences that set them apart from mainstream America. At the same time, we have developed a new lower class, characterized not by poverty but by withdrawal from America’s core cultural institutions. (…) Why have these new lower and upper classes emerged? For explaining the formation of the new lower class, the easy explanations from the left don’t withstand scrutiny. It’s not that white working class males can no longer make a « family wage » that enables them to marry. The average male employed in a working-class occupation earned as much in 2010 as he did in 1960. It’s not that a bad job market led discouraged men to drop out of the labor force. Labor-force dropout increased just as fast during the boom years of the 1980s, 1990s and 2000s as it did during bad years. (…) As I’ve argued in much of my previous work, I think that the reforms of the 1960s jump-started the deterioration. Changes in social policy during the 1960s made it economically more feasible to have a child without having a husband if you were a woman or to get along without a job if you were a man; safer to commit crimes without suffering consequences; and easier to let the government deal with problems in your community that you and your neighbors formerly had to take care of. But, for practical purposes, understanding why the new lower class got started isn’t especially important. Once the deterioration was under way, a self-reinforcing loop took hold as traditionally powerful social norms broke down. Because the process has become self-reinforcing, repealing the reforms of the 1960s (something that’s not going to happen) would change the trends slowly at best. Meanwhile, the formation of the new upper class has been driven by forces that are nobody’s fault and resist manipulation. The economic value of brains in the marketplace will continue to increase no matter what, and the most successful of each generation will tend to marry each other no matter what. As a result, the most successful Americans will continue to trend toward consolidation and isolation as a class. Changes in marginal tax rates on the wealthy won’t make a difference. Increasing scholarships for working-class children won’t make a difference. The only thing that can make a difference is the recognition among Americans of all classes that a problem of cultural inequality exists and that something has to be done about it. That « something » has nothing to do with new government programs or regulations. Public policy has certainly affected the culture, unfortunately, but unintended consequences have been as grimly inevitable for conservative social engineering as for liberal social engineering. The « something » that I have in mind has to be defined in terms of individual American families acting in their own interests and the interests of their children. Doing that in Fishtown requires support from outside. There remains a core of civic virtue and involvement in working-class America that could make headway against its problems if the people who are trying to do the right things get the reinforcement they need—not in the form of government assistance, but in validation of the values and standards they continue to uphold. The best thing that the new upper class can do to provide that reinforcement is to drop its condescending « nonjudgmentalism. » Married, educated people who work hard and conscientiously raise their kids shouldn’t hesitate to voice their disapproval of those who defy these norms. When it comes to marriage and the work ethic, the new upper class must start preaching what it practices. Charles Murray
We’re in the midst of a rebellion. The bottom and middle are pushing against the top. It’s a throwing off of old claims and it’s been going on for a while, but we’re seeing it more sharply after New Hampshire. This is not politics as usual, which by its nature is full of surprise. There’s something deep, suggestive, even epochal about what’s happening now. I have thought for some time that there’s a kind of soft French Revolution going on in America, with the angry and blocked beginning to push hard against an oblivious elite. It is not only political. Yes, it is about the Democratic National Committee, that house of hacks, and about a Republican establishment owned by the donor class. But establishment journalism, which for eight months has been simultaneously at Donald Trump’s feet (“Of course you can call us on your cell from the bathtub for your Sunday show interview!”) and at his throat (“Trump supporters, many of whom are nativists and nationalists . . .”) is being rebelled against too. Their old standing as guides and gatekeepers? Gone, and not only because of multiplying platforms. (…) All this goes hand in hand with the general decline of America’s faith in its institutions. We feel less respect for almost all of them—the church, the professions, the presidency, the Supreme Court. The only formal national institution that continues to score high in terms of public respect (72% in the most recent Gallup poll) is the military (…) we are in a precarious position in the U.S. with so many of our institutions going down. Many of those pushing against the system have no idea how precarious it is or what they will be destroying. Those defending it don’t know how precarious its position is or even what they’re defending, or why. But people lose respect for a reason. (…) It’s said this is the year of anger but there’s a kind of grim practicality to Trump and Sanders supporters. They’re thinking: Let’s take a chance. Washington is incapable of reform or progress; it’s time to reach outside. Let’s take a chance on an old Brooklyn socialist. Let’s take a chance on the casino developer who talks on TV. In doing so, they accept a decline in traditional political standards. You don’t have to have a history of political effectiveness anymore; you don’t even have to have run for office! “You’re so weirdly outside the system, you may be what the system needs.” They are pouring their hope into uncertain vessels, and surely know it. Bernie Sanders is an actual radical: He would fundamentally change an economic system that imperfectly but for two centuries made America the wealthiest country in the history of the world. In the young his support is understandable: They have never been taught anything good about capitalism and in their lifetimes have seen it do nothing—nothing—to protect its own reputation. It is middle-aged Sanders supporters who are more interesting. They know what they’re turning their backs on. They know they’re throwing in the towel. My guess is they’re thinking something like: Don’t aim for great now, aim for safe. Terrorism, a world turning upside down, my kids won’t have it better—let’s just try to be safe, more communal. A shrewdness in Sanders and Trump backers: They share one faith in Washington, and that is in its ability to wear anything down. They think it will moderate Bernie, take the edges off Trump. For this reason they don’t see their choices as so radical. (…) The mainstream journalistic mantra is that the GOP is succumbing to nativism, nationalism and the culture of celebrity. That allows them to avoid taking seriously Mr. Trump’s issues: illegal immigration and Washington’s 15-year, bipartisan refusal to stop it; political correctness and how it is strangling a free people; and trade policies that have left the American working class displaced, adrift and denigrated. Mr. Trump’s popularity is propelled by those issues and enabled by his celebrity. (…) Mr. Trump is a clever man with his finger on the pulse, but his political future depends on two big questions. The first is: Is he at all a good man? Underneath the foul mouthed flamboyance is he in it for America? The second: Is he fully stable? He acts like a nut, calling people bimbos, flying off the handle with grievances. Is he mature, reliable? Is he at all a steady hand? Political professionals think these are side questions. “Let’s accuse him of not being conservative!” But they are the issue. Because America doesn’t deliberately elect people it thinks base, not to mention crazy. Peggy Noonan
The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes. But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business. The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity. On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania. Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform. In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract. The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention. Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights. No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays. (…) In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection. Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun. In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant. The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh. Victor Davis Hanson
La mixité sociale, comme le précise Michel Pinçon, c’est le mélange des catégories sociales définies selon le revenu, le niveau de scolarisation, etc. Toutefois, on s’intéresse souvent à la mixité sociale de l’habitat, c’est-à-dire à une vision nocturne de Paris (où est-ce que les différents groupes sociaux dorment la nuit ?). Il faudrait tenir compte du million de banlieusards qui viennent chaque jour travailler dans Paris ; cette image diurne de Paris se fait alors plus mixte. On peut aussi se demander quelle est l’échelle pertinente pour apprécier la mixité sociale : est-ce l’immeuble ? l’îlot urbain ? le quartier ? la ville ? l’agglomération ? Pour les Pinçon – Charlot, Paris est une capitale assez petite en Europe (seulement 87 km2 sans les bois), une ville qu’on peut traverser à pied (aucun point de la ville est à moins d’une heure de marche du centre-ville), et une ville bien identifiée par ses boulevards périphériques : aussi ont-ils choisi l’aire de la ville pour évaluer cette mixité sociale. Alors qu’à la Libération, Paris comptait 65% d’ouvriers et d’employés pour 35% de cadres et de patrons, les proportions se sont aujourd’hui inversées, la mixité a changé. On est passé d’une ville populaire à une ville bourgeoise. Quel changement par rapport à l’après-guerre, où Paris était plus populaire que la moyenne nationale !
Monique Pinçon-Charlot insiste alors sur le terme de gentrification, à préférer au terme d’embourgeoisement. Les bourgeois bohèmes, ou bobos, sont très différents des bourgeois traditionnels de l’Ouest de Paris. La gentrification est un processus culturel et géographique qui transforme les quartiers populaires du centre et de l’est de Paris au bénéfice de cette nouvelle petite bourgeoisie émergente. Son mode de vie est très différent de celui des petits bourgeois traditionnels. Les bobos vivent de leur travail, non pas de leur patrimoine, ils se disent volontiers écolo et anti-racistes, favorables au PACS et à la parité, ou adeptes de la nourriture bio. Les Pinçon – Charlot ont un passage savoureux dans leur livre sur l’épicerie « Aux produits d’Auvergne », rue de Lappe, échoppe si appréciée par les bobos du Faubourg Saint-Antoine. Puisque le saucisson ou les fromages gras ne convenaient pas à ceux et celles qui veulent garder la ligne, le commerçant a dû s’adapter à la nouvelle clientèle et proposer du saucisson maigre et de la tomme maigre ! Peu représentatif de l’ensemble national à cet égard, Paris concentre énormément de métiers artistiques, de la mode, du cinéma, de la presse. Or, les « bobos » sont justement nés du développement de secteurs économiques comme les nouvelles technologies, la grande distribution, l’enseignement ou les médias, qui ont produit une nouvelle élite, des actifs plus jeunes que la moyenne, des diplômés assez à l’aise dans des familles recomposées avec une idéologie libertaire, menant des modes de vie très différents de la bourgeoisie de l’Ouest. Les bobos Faubourg Saint-Antoine n’ont rien à voir avec les bourgeois de l’Avenue Henri Martin. Parlons donc de gentrification plutôt que d’embourgeoisement, pour éviter les confusions. Les bobos profitent des espaces libérés à la faveur de la désindustrialisation de la capitale. Le parc André-Citroën laisse difficilement imaginer aujourd’hui les 17000 salariés de la marque automobile éponyme qui travaillaient sur les lieux mêmes en 1968. Aujourd’hui la verdure et les grands immeubles modernes ont biffé l’occupation ouvrière des lieux. Ironiquement, Paris a basculé à gauche au moment où elle devenait moins populaire que jamais. (…) Eric Maurin montre justement dans Le ghetto français que le phénomène de ségrégation commence par le haut de l’échelle sociale : les très riches ne veulent pas vivre avec les riches, les riches ne veulent pas vivre avec les moyennement riches, et ainsi de suite jusqu’aux chômeurs qui ne veulent pas vivre à côté des immigrés les plus récents… Tout en bas, les très pauvres n’ont plus que la possibilité de se loger là où il leur reste de la place. Sa recherche révèle donc en chacun de nous un complice plus ou moins actif de la ségrégation urbaine. On peut expliquer la concentration des plus riches par la recherche du contexte social le plus propice pour la réussite scolaire. Le milieu dans lequel on vit est ce qui fait la différence dans la réussite scolaire. En somme, si les enfants de votre voisinage réussissent à l’école, vos enfants réussiront aussi, quelles que soient les ressources de votre famille. Avec la démocratisation de l’enseignement, la compétition scolaire se fait plus importante. Comme les familles ont moins de pouvoir prescriptif aujourd’hui, elles comptent à présent sur le contexte favorable à la réussite scolaire pour assurer l’avenir de leurs enfants. Le contexte dans lequel on vit devient alors absolument crucial. (…) Monique Pinçon-Charlot souligne que les bobos de l’Est parisien ont un rapport assez particulier à l’école. Dans les interviews, ils se déclarent heureux de la mixité sociale, de vivre dans un quartier qui a des apparences populaires, mais quand on demande où ils scolarisent leurs enfants, leurs visages se ferment immédiatement ! Ils ne scolarisent pas les enfants dans leurs quartiers, mais contournent la carte scolaire et cherchent à bénéficier de dérogations. A contrario, les bourgeois traditionnels revendiquent explicitement de ne surtout pas scolariser leurs enfants avec des jeunes de milieux populaires. (…) Michel Sivignon s’étonne que l’on n’ait jamais autant parlé de mixité sociale – tout le monde semble pour ! – au moment où elle est la moins mise en pratique. Monique Pinçon – Charlot souligne que les grands bourgeois ne veulent pas de la mixité sociale. Ils habitent les beaux quartiers de l’Ouest, envoient leurs enfants dans des rallyes, tandis que les parents fréquentent des cercles fondés sur la cooptation sociale. En revanche, quand on a des responsabilités politiques, on ne peut pas se permettre de se proclamer contre la mixité sociale. (…) En fait, comme le précise Michel Pinçon, ceux qui prônent la mixité sociale sont simplement ceux qui ont la parole, notamment les bobos des milieux artistiques ou médiatiques. A cet égard, l’ouvrage des Pinçon – Charlot, Sociologie de Paris, relate les showrooms, magasins de mode et ateliers de la Goutte d’Or qui ont bousculé l’ambiance urbaine. Lors d’une inauguration, « le contraste était violent entre les journalistes (…) minces et légèrement vêtues de tenues estivales, et les femmes maghrébines portant, malgré la chaleur, voiles et djellabas. Dans les vitrines des mannequins présentaient des vêtements tout aussi peu gourmands en tissu, rendant leurs prix encore plus étonnants pour la population locale. Les jeunes créateurs disent apprécier ’’l’environnement pluri-ethnique, très favorable pour l’inspiration’’ » … (…) Les milieux populaires ne veulent pas forcément de la mixité sociale. Beaucoup d’anciens résidents du quartier de l’Horloge ont préféré quitter leur quartier après sa rénovation : il ne correspondait plus du tout à leur milieu de vie, la rénovation a mené à une gentrification fatale à son ambiance populaire. La ségrégation sociale est donc bien plus complexe que ce que l’on imagine. (…) L’idée de mixité sociale est née dans les milieux politiques, mais il y a un danger à mêler dans une même école des enfants d’origine sociale trop différente : les enfants de milieu populaire risquent de prendre en pleine face leur infériorité sociale et d’intérioriser leur situation de dominés et se persuader qu’ils sont mauvais. Monique Pinçon-Charlot rappelle l’expérience d’échanges d’élèves un jour par mois entre le lycée Janson de Sailly et le lycée de Goussainville. Les élèves favorisés de Janson ont beaucoup apprécié l’expérience, tandis que les élèves de Goussainville ont trouvé l’expérience beaucoup trop difficile pour eux. Tout y était question de violence symbolique : ce déplacement dans l’espace social leur faisait prendre conscience de leur infériorité… Le thème de la mixité sociale doit donc être manié avec des pincettes !D’autant que notre langage est remarquablement ambigu : quand un quartier populaire accueille des plus riches, donc quand la mixité sociale augmente, on parle positivement de gentrification ; quand un quartier riche accueille des plus pauvres, donc quand la mixité sociale augmente tout autant, on parle négativement de paupérisation ! Olivier Milhaud
Un ancien conseiller d’Hillary Clinton était à Paris la semaine dernière, John Podesta. Il racontait que la plupart, une grande partie, des électeurs américains se sont décidés dans la dernière semaine de campagne. Ce qui peut aussi se produire en France parce que (…) il y a beaucoup de gens qui sont indécis. Et sur la majeure partie de ces gens qui se sont décidés la dernière semaine, une grande partie d’entre eux ont voté pour Donald Trump. Que vont faire aujourd’hui les Français dont on dit aujourd’hui qu’ils vont s’abstenir? L’enquête Ipsos qui avait été publiée dans Le Monde début mars disait qu’il y avait à peu près (…) 32% d’abstentions. Et sur ces 32%, vous en avez 45% de gens qui s’autopositionnent à droite. C’est énorme ! Si ces gens-là décident, la dernière semaine, après le dernier débat le 20 avril de se dire: ‘Finalement, Fillon, oui, c’est mon candidat.» Ca change tout. Ca peut faire basculer. Carl Meeus (Figaro magazine)
Ce qu’on voit en tout cas dans les reportages – Le Monde a plein de reporters qui suivent tous les candidats ou ne suivent pas les candidats mais qui vont voir les Français. On voit deux, trois choses qui sont nouvelles quand même. Effectivement, un électorat de droite qui normalement avait toutes les chances  de voir son candidat arriver au pouvoir, qui est en partie tétanisé. Vraiment, et ça, c’est très frappant ! J’étais il y a une dizaine de jours dans la Sarthe, si vous voulez,  personne ne parlait de l’élection présidentielle tellement c’était un sujet tabou (…) Et on voit ça dans beaucoup de régions qui normalement votent à droite où là vous avez une partie des électeurs fillonistes qui restent fillonistes mais qui sont très radicalisés. Et puis une partie d’électeurs qui sont complètement perdus  et qui ne savent pas du tout où aller et qui vous demandent même: « Qu’est-ce qui peut se passer ? Qu’est-ce que je dois voter ? » Ca, c’est tout à fait nouveau, vraiment ! (…) Là, aujourd’hui, on voit vraiment de vraies difficultés sur l’électorat de droite. Et pour l’électorat d’Emmanuel Macron, il y a une partie des gens qui ne sont pas encore tout à fait sûrs. Et un paradoxe qui joue. Des gens qui aiment le renouvellement qu’incarne Emmanuel Macron et qui  ont peur de ce renouvellement parce qu’ils ne savent pas très bien où ils vont. Donc, ça, c’est vraiment les deux, je trouve, phénomènes nouveaux de cette campagne. Raphaelle Bacqué
Emmanuel Macron est le nom d’une bulle médiatico-sondagière qui éclatera dans le feu de la campagne électorale. Le candidat «En marche», novice en politique, finira bien par trébucher. Ces anticipations d’un affaissement inéluctable du champion d’un parler «et droite et gauche», qui résiste généralement mal à l’épreuve de vérité d’une campagne présidentielle, ont pour elles les leçons de l’histoire. Le candidat occupant la position la plus centrale dans le spectre politique part habituellement auréolé d’excellents sondages d’intentions de vote qui fondent au fur et à mesure que la bataille politique s’intensifie. (…) La malédiction du centre pèsera peut-être moins aujourd’hui en raison d’une configuration électorale très particulière. Une candidature centriste comme celle de Macron ne peut prospérer qu’en présence de candidats de droite et de gauche structurellement affaiblis. (…) La faiblesse personnelle du candidat de la droite républicaine et la faiblesse politique du candidat de la gauche socialiste se conjuguent pour offrir une exceptionnelle fenêtre de tir à une candidature authentiquement centriste. Tel est bien le positionnement du libéral de gauche Macron, adoubé par Bayrou, et qui aimante désormais les personnalités modérées de divers horizons. Un duel de second tour entre Le Pen et Macron exprimerait sans doute une certaine vérité de la période. Le clivage droite-gauche céderait la place à l’opposition ouverture-fermeture (version Macron) ou mondialistes-patriotes (version Le Pen). Qu’il s’agisse du libéralisme économique, du libre-échange, de l’Europe, de la mondialisation ou de l’immigration, l’affrontement se ferait presque terme à terme. Encore cette nouvelle polarité centre-extrême présenterait-elle sans doute un risque non négligeable pour la démocratie. Bénéficiaire de nombreuses complicités médiatiques et d’appuis importants dans les milieux économiques, Macron pourrait facilement faire alors figure de candidat des «élites». Les sondages qui le créditent d’une large victoire contre Le Pen au second tour n’ont, au stade actuel, guère de signification. Atypique, cette présidentielle pourrait bien l’être jusqu’au bout. Eric Dupin
En se focalisant sur les «ultras-riches» on loupe toujours le coche dans les débats sur la répartition des revenus: on montre du doigt certaines catégories étroites pour éviter une redistribution bien plus globale. Certes, l’enrichissement des très riches est indécent, mais se concentrer sur ce point est une façon pour les catégories aisées de se défausser, de repasser le mistrigri de la solidarité. Aujourd’hui, en France avec 3.000 euros nets par mois pour une personne seule (après impôts et prestations sociales), vous faites partie du club des 10% des plus favorisés. Vous êtes quoi? «Moyen»? Tout une partie des catégories aisées, qui peuvent se réclamer de la gauche, se déguisent en «classes moyennes», parfois «supérieures». Si tout le monde est moyen alors tout va bien, et il n’y a plus de domination sociale! (…) Une situation où les inégalités se creusent parce que les plus riches ont des revenus fous mais où les plus pauvres continuent à s’élever est très différente d’une situation où les écarts se creusent des deux côtés. Plus encore qu’au sein des classes moyennes, une partie des couches populaires sont exclues du progrès et le vivent très concrètement avec la baisse de leur niveau de vie. (…) L’école est génératrice d’inégalités sociales très structurantes. Avec le statut stable d’emploi, qui assure qu’on aura encore du travail demain, le diplôme est devenu l’une des protections majeures. Il sépare très souvent le monde des «stables» et celui des «flexibles». Les serviteurs des autres classes sont massivement des jeunes (parfois pas tant que cela) peu diplômés qui travaillent en horaires décalés, le dimanche, le soir pour des faibles salaires, ceux qui ont les emplois les plus difficiles et les tâches les plus épuisantes, sont massivement des gens qui n’ont pas réussi à obtenir le bon diplôme dans le système scolaire. Les stables ont besoin de toujours plus de flexibilité des flexibles, pour mieux les servir. Un diplômé peut aussi connaître une période de chômage, et son niveau de vie va peut-être baisser. Mais sa probabilité de retrouver un emploi n’a rien à voir avec celle des non diplômés, qui eux resteront sur le bord de la route. Au-delà de l’emploi, le formalisme du titre scolaire et son poids dans les parcours professionnels structure très fortement notre société. Un peu comme l’étiquette sociale dans l’Angleterre du XIXe siècle, le diplôme français joue cette forme d’étiquette beaucoup plus puissante que dans d’autres pays. (…) Comme pour les revenus, il faut remettre certaines pendules à l’heure. En France, 16% de la population française de plus de 25 ans a un diplôme supérieur au niveau Bac +2. Les classes moyennes du diplôme, c’est le CAP our le BEP, les pauvres, le certificat d’études. N’oublions pas que plus de la moitié des 25-29 ans ne sont pas diplômés de l’enseignement supérieur. Arrêtons de faire comme si c’était la règle. Le décalage est total entre la façon dont on se représente la société chez les diplômés et la société réelle: d’où notamment une incompréhension d’une partie de la classe politique, dont le discours s’adresse à une poignée de bac+5. Les autres ne comprennent pas son langage abscons. (…) Le discours sur la soi-disant précarisation en masse, les «intellos précaires», est un discours de réassurance des diplômés. Refuser de voir que les non diplômés sont bien plus souvent concernés est une manière de s’approprier la crise, de se placer parmi ses victimes et d’occulter la valeur du diplôme. (…) On confond donc des parcours de vie qui n’ont rien à voir en terme de statut et de position sociale, entre des Bac +5 dont une partie va effectivement avoir des difficultés quelques années avant de se stabiliser, et des sans diplôme qui vont galérer une grande partie de leur vie professionnelle et la terminer au niveau du Smic. S’apitoyer sur le déclassement des diplômés de l’enseignement supérieur est aussi une façon de ne pas parler de la vie des jeunes de milieux populaires, de les rendre invisibles. (…) Tout est une question d’accès à la parole publique: les Bac +5 peuvent se faire entendre, les autres beaucoup moins. La bourgeoisie culturelle –horrifiée si on la qualifie de «bobo»– refuse absolument de se voir bourgeoise, et tente de nier le rôle essentiel du titre scolaire qui forme son capital. Elle manifeste bruyamment contre le Grand Capital économique, mais pour elle ses titres ne sont pas du capital. Il y a aujourd’hui un discours de classe des diplômés ­–elle a toute une presse pour cela– qui occulte totalement la situation des couches populaires pour se concentrer sur sa prétendue misère. Arrêtons de nous cacher derrière notre petit doigt, on reste dans un système de domination de groupes sociaux par d’autres. Curieusement, on ne se demande pas qui est propriétaire du capital culturel, comment ses membres le conservent, avec quelles stratégies scolaires notamment. On le voit dès qu’on soulève la question de la démocratisation de l’école: essayez d’assouplir un tout petit peu la compétition scolaire ou de toucher à un cheveu de leur emblème, les «grandes écoles», et la réaction est immédiate. Ces classes diplômées ressortent leurs pancartes sur la complainte du niveau scolaire, en se servant de pseudo-intérêts des classes populaires pour justifier leur conservatisme. Le tour est joué. Notons que les porteurs de pancartes sont autant de gauche que droite, qu’ils sont très organisés, et d’une violence à la hauteur des enjeux pour eux: imaginez si leurs enfants n’étaient plus certains de prendre leur place! C’est tout l’ordre social qui serait alors bouleversé. C’est pour cela qu’aucun candidat à l’élection présidentielle n’a de projet de refonte sérieuse de notre système scolaire mais ne propose que des replâtrages. Il existe une forme de consensus des conservateurs de tous bords pour ne rien toucher au fond, pour ne pas transformer le système, se contenter d’empiler quelques dispositifs comme le nombre d’élèves par classe, de donner un peu plus dans quelques quartiers, mais ne pas toucher à la façon dont l’enseignement français est construit, à son élitisme, à son côté extrêmement académique, où tout est dans l’implicite pour les élèves, au système de notation sanction, etc. (…) Un système éducatif ne vise pas uniquement à produire l’excellence, il forme tout le monde. Il faut renverser notre mode de fonctionnement. L’école ne doit pas chercher à produire une élite soi-disant issue de tous les milieux (l’élitisme républicain, un mythe depuis le début) mais à faire progresser tout le monde, à ne laisser personne en chemin. Ce qui n’a rien d’incompatible avec des filières plus poussées. Mais il faut accepter d’en donner un peu moins à ceux qui ont déjà beaucoup et un peu plus à ceux qui ont peu. Regardez comment se lamentent les parents ultras diplômés dès qu’un de leur enfants soi-disant «s’ennuie» à l’école, et vous avez tout compris. Ou les tonnes de littérature sur nos pauvres «surdoués». C’est vrai que ceux qui dorment au fond de la classe, tout est de leur faute. Comme en plus une partie est d’origine immigrée… (…) Il y a également une lutte politique entre les formes d’inégalités, on pourrait parler d’une inégalité entre les inégalités. Pour ne pas voir les écarts de classe, on met en avant les «nouvelles inégalités» de la France dite «post-moderne». Très souvent, on s’inquiète de la parité entre femmes et hommes en oubliant la précarité. Vive les femmes au conseil d’administration du CAC 40, peu importe le temps partiel contraint, massivement féminin. Les femmes touchent 10% de moins que les hommes à poste équivalent, tout le monde connaît ce chiffre. Mais les femmes ouvrières gagnent trois fois moins que les femmes cadres, cela ne pose aucun problème. De la même façon, la mise en avant de la «diversité» sert souvent à faire diversion par rapport aux inégalités sociales. Plus de femmes ou de personnes de couleur dans les entreprises, cela ne remet pas en cause leur mode de fonctionnement, ni la répartition des revenus dans la société. On s’inquiète de l’égalité des «chances» pour mieux oublier à quoi mènent ces «chances», comment sont construites nos sociétés, leurs hiérarchies, les rapports de force qui s’y jouent. Tant que le système n’est pas bousculé, il a tout intérêt à mettre en avant quelques leurres. (…) Mais une forme d’inégalité ne doit pas en cacher une autre. Les tensions importantes de notre société naissent dans le refus de voir la situation de domination des catégories aisées, tant sur le plan des revenus que du diplôme, sur le reste de la population. Louis Maurin

Attention, une inégalité peut en cacher une autre !

A l’heure où tout à leur machiavélique et jusqu’ici redoutablement efficace machination contre la seule véritable alternance …

Nos médias et nos juges-justiciers nous ont déjà vendu, via leurs supplétifs de sondeurs-ventriloques, le résultat d’une élection qui n’a jamais connu autant d’indécis …

Et où perdu pour perdu, l’ancien premier ministre Manuel valls semble prêt à jouer la banque pour achever de plomber sa némésis et ancien collègue …

Déjà bien chargé avec dans ses fourgons pas moins de onze anciens ministres de Chirac (dixit Mélenchon) et on ne sait pas encore combien de Hollandais ..

En misant sur une (encore improbable) victoire Fillon avec lequel il s’est dit par ailleurs en ce cas prêt à collaborer

Qui prend encore la peine de rappeler non seulement la traditionnelle malédiction des candidats du centre …

Mais tout simplement le précédent Trump où se décidant la dernière semaine la majeure partie des indécis ont voté pour celui que tout le monde avait depuis longtemps condamné …

Ou même le véritable danger pour la démocratie que pourrait constituer au 2e tour voire après …

La non-prise en compte à nouveau, par un discours politique qui n’a que les mot parité et diversité à la bouche, de la véritable inégalité qui touche toute une population de précaires et de sous-diplômés

Par un candidat ou un vainqueur qui, fort de ses complicités médiatiques et économiques, n’apparaitrait alors que comme le candidat des élites ?

Une situation si extraordinaire qu’elle peut propulser un centriste à l’Elysée

Eric Dupin

Slate.fr

28.02.2017

Les précédents historiques montrent qu’un candidat centriste échoue généralement à conquérir la présidence. Mais Emmanuel Macron profite d’un contexte exceptionnel: le discrédit personnel du candidat de la droite conjugué à la faiblesse politique du candidat socialiste.

Emmanuel Macron est le nom d’une bulle médiatico-sondagière qui éclatera dans le feu de la campagne électorale. Le candidat «En marche», novice en politique, finira bien par trébucher. Ces anticipations d’un affaissement inéluctable du champion d’un parler «et droite et gauche», qui résiste généralement mal à l’épreuve de vérité d’une campagne présidentielle, ont pour elles les leçons de l’histoire.

Le candidat occupant la position la plus centrale dans le spectre politique part habituellement auréolé d’excellents sondages d’intentions de vote qui fondent au fur et à mesure que la bataille politique s’intensifie. C’est la mésaventure qu’ont connue Raymond Barre en 1988 et Edouard Balladur en 1995.

Un contre-exemple est cependant fourni par la campagne victorieuse de Valéry Giscard d’Estaing en 1974. Le candidat du «changement sans le risque» l’avait l’emporté grâce à la trahison de Jacques Chaban-Delmas par Jacques Chirac et ses amis, qui avait profondément divisé le camp gaulliste. Le soutien accordé à Macron par des personnalités socialistes droitières comme Gérard Collomb ou Christophe Caresche, s’il manifeste un réel trouble au sein du PS, n’a pas aujourd’hui la même portée.

Plus récemment, les candidatures présidentielles qui prétendaient chevaucher le clivage droite-gauche ont enregistré des résultats décevants après avoir eu leur heure de gloire. Jean-Pierre Chevènement, qui avait espéré réunir «les Républicains des deux rives», n’a obtenu que 5,3% des voix en 2002 après avoir culminé à 11-14% des intentions de vote.

En 2007, le centriste François Bayrou avait franchi la barre des 20% d’intentions de vote, se hissant parfois à 22-24% des suffrages potentiels, mais il n’a réalisé que 18,6% des voix le jour du scrutin. Un score tout de même honorable qui s’explique assez largement par les préventions suscitées, dans leur propre camp, par les deux principaux candidats de la droite et de la gauche, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal (ce qui nous rapproche un peu du cas présent).

Un potentiel électoral affermi

La fragilité des intentions de vote en faveur de Macron s’est longtemps lue dans la forte proportion de sondés qui le choisissaient mais déclaraient pouvoir encore changer d’avis. Il semble néanmoins que cette caractéristique, annonciatrice de futurs reculs, s’estompe.

Dans la dernière enquête Kantar-Sofres-OnePoint, 54% des électeurs de Macron se disent «sûrs de leur choix» (plus douze points par rapport à janvier), soit nettement moins que Marine Le Pen (78%) mais autant que Benoît Hamon (54%) et un peu moins que François Fillon (58%).

Le candidat «en marche» a également réussi à traverser sans dévisser ses premières polémiques électorales. Vers la mi-février, il pouvait s’être mis à dos, coup sur coup, son électorat de droite en qualifiant la colonisation de «crime contre l’humanité» et son électorat de gauche en estimant que les opposants au mariage homosexuel avaient été «humiliés».

Les intentions de vote en sa faveur ont effectivement glissé de 22 à 20% dans l’enquête en continu OpinionWay et de 19,5% à 18,5% dans celle de l’Ifop. Mais l’électorat semble y avoir moins vu des messages codés à destinations de certaines clientèles que l’expression de la franchise d’un non-professionnel de la politique.

Le ralliement de François Bayrou, porteur de la vraie croix centriste s’il en est, l’a aidé à se tirer de cette mauvaise passe pour renouer avec une dynamique ascendante qui le place désormais à 23-25% des intentions de vote selon les instituts, soit nettement au-dessus de François Fillon (20-21%).

Deux candidats entravés

La malédiction du centre pèsera peut-être moins aujourd’hui en raison d’une configuration électorale très particulière. Une candidature centriste comme celle de Macron ne peut prospérer qu’en présence de candidats de droite et de gauche structurellement affaiblis.

Or, c’est bien ce qui se passe actuellement. Les deux hommes qui portent les couleurs des deux partis qui ont dirigé le pays depuis plusieurs décennies –le Parti socialiste et les Républicains– mènent une campagne lourdement entravée malgré leur succès à leurs primaires respectives.

L’image personnelle de François Fillon a été gravement abîmée par ses affaires d’emplois fictifs. Pas moins de 64% des sondés ne l’aiment pas du tout ou peu contre seulement 17% d’appréciations positives, selon la dernière enquête Ipsos. Même Marine Le Pen est mieux notée, avec 23% de notes positives et 61% de négatives.

Et ce ne sont pas les déclarations excessives de l’ancien Premier ministre, décrivant un pays «en quasi-guerre civile», qui vont redorer son image dans l’électorat de la droite modérée. Politiquement, Fillon est en outre aux prises avec un exercice délicat de recentrage de son programme, comme il a commencé à le faire sur les questions de santé, pour tenter d’en gommer ses propositions les plus impopulaires.

Enfin, le candidat LR est contraint par la puissante menace lepéniste à regarder sur sa droite. Les accents sarkozystes de ses derniers discours de campagne, centrés autour des thématiques de la sécurité et de l’immigration, trahissent son souci de contenir la concurrence du FN. Ce faisant, Fillon laisse filer une partie de l’électorat de centre-droit vers Macron.

Le candidat socialiste est confronté à une problématique symétrique. Dans son cas, c’est la poussée de Jean-Luc Mélenchon qui contraint Hamon à regarder vers sa gauche. Le candidat de la «France insoumise» n’est qu’à deux à quatre points derrière celui du PS. Ce vif jeu de concurrence interne à la gauche permet à Macron de séduire les électeurs de centre-gauche.

Cette déperdition est d’autant plus forte que le programme de Hamon est très décentré à gauche par rapport à l’orientation et aux choix effectués par le PS tout au long de ce quinquennat. Cette contradiction reste le talon d’Achille du candidat socialiste. Elle explique que les sympathisants socialistes qui ont l’intention de voter Macron sont aussi nombreux sont que ceux qui choisissent Hamon.

Le retrait de Yannick Jadot permet au candidat socialiste de s’enlever une petite concurrence. Mais l’accord passé entre le PS et EELV, qui fait la part belle aux revendications écologistes, risque aussi d’ancrer Hamon sur une orientation de nature à inquiéter l’électorat de la gauche modérée.

Polarité centre-extrême

La faiblesse personnelle du candidat de la droite républicaine et la faiblesse politique du candidat de la gauche socialiste se conjuguent pour offrir une exceptionnelle fenêtre de tir à une candidature authentiquement centriste. Tel est bien le positionnement du libéral de gauche Macron, adoubé par Bayrou, et qui aimante désormais les personnalités modérées de divers horizons.

Un duel de second tour entre Le Pen et Macron exprimerait sans doute une certaine vérité de la période. Le clivage droite-gauche céderait la place à l’opposition ouverture-fermeture (version Macron) ou mondialistes-patriotes (version Le Pen). Qu’il s’agisse du libéralisme économique, du libre-échange, de l’Europe, de la mondialisation ou de l’immigration, l’affrontement se ferait presque terme à terme.

Encore cette nouvelle polarité centre-extrême présenterait-elle sans doute un risque non négligeable pour la démocratie. Bénéficiaire de nombreuses complicités médiatiques et d’appuis importants dans les milieux économiques, Macron pourrait facilement faire alors figure de candidat des «élites». Les sondages qui le créditent d’une large victoire contre Le Pen au second tour n’ont, au stade actuel, guère de signification. Atypique, cette présidentielle pourrait bien l’être jusqu’au bout.

Voir aussi:

«Les tensions de notre société naissent dans le refus de voir la situation de domination des catégories aisées»Les diplômés ont-ils pris en otage le discours sur les inégalités au détriment des classes populaires? C’est ce qu’explique Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

Slate.fr

Jean-Laurent Cassely

29.03.2017

Fondé en 2003, l’Observatoire des inégalités est devenu une référence sur le sujet pour tous ceux qui recherchent une information précise et fiable sur les multiples dimensions du phénomène. L’Observatoire s’apprête à lancer un Rapport sur les inégalités en France, panorama complet de la question pour lequel il fait appel aux dons des citoyens jusqu’au 24 avril. L’occasion de revenir avec son directeur, Louis Maurin, sur quelques idées reçues et de tenter de répondre à d’épineuses questions.

Alors que l’éducation supérieure devient l’atout primordial dans une économie de la connaissance, ce poids culturel est comme nié ou à tout le moins minoré au profit d’autres thématiques plus consensuelles, en particulier le déclassement des classes supérieures. Sans nier ces préoccupations, Louis Maurin invite à prendre du recul avec un discours qui risque de rendre invisibles des pans bien plus larges de la société française.

La représentation de la société française semble prisonnière de stéréotypes: un pays surprotégé ou, à l’inverse, malheureux et en déclin. Qu’en est-il réellement?

Le débat sur les inégalités reste complètement pollué. D’un côté, par ceux qui nous disent que tout va pour le mieux, de l’autre par ceux qui exagèrent. Prenons l’exemple de la pauvreté. On estime que notre pays compte 9 millions de pauvres dont les revenus sont de 60% du niveau de vie médian (niveau qui partage la population en deux), alors que pendant très longtemps la référence était la moitié du niveau de vie médian.

En changeant de seuil, on passe de 4,5 à 8,8 millions de pauvres… Or, ce seuil correspond à 2.500 euros de revenu (après impôts et prestations sociales) pour une famille avec deux enfants. On est très loin du niveau de vie de certaines familles parmi les plus démunies, qui doivent faire appel à des secours d’urgence ou à des associations caritatives. À force de tout confondre, on arrive à ces discours selon lesquels en fait, les pauvres sont riches, ils ont des téléphones portables et des écrans plats et donc tout va bien dans la société française.

Tout en restant un des pays où le taux de pauvreté est parmi les plus faibles au monde avec les pays du nord de l’Europe, la France a vu le nombre de pauvres augmenter d’un million en dix ans –au seuil de 50% du niveau de vie médian donc. Sans avoir connu une explosion des inégalités comparable à celle des pays anglo-saxons, la France a connu un phénomène d’accroissement des inégalités qui ne s’observe pas seulement «par le haut», au sommet des revenus, mais aussi «par le bas».

Un des lieux communs des inégalités consiste à opposer les ultrariches au reste de la population. Or, vous écrivez que cette focalisation sur le 1% nous exonère de réfléchir en profondeur aux questions qui fâchent…

En France, les «riches» sont tous ceux qui gagnent plus que nous… Tout le monde pense qu’il y a trop d’inégalités, c’est normal. Mais en se focalisant sur les «ultras-riches» on loupe toujours le coche dans les débats sur la répartition des revenus: on montre du doigt certaines catégories étroites pour éviter une redistribution bien plus globale. Certes, l’enrichissement des très riches est indécent, mais se concentrer sur ce point est une façon pour les catégories aisées de se défausser, de repasser le mistrigri de la solidarité. Aujourd’hui, en France avec 3.000 euros nets par mois pour une personne seule (après impôts et prestations sociales), vous faites partie du club des 10% des plus favorisés. Vous êtes quoi? «Moyen»? Tout une partie des catégories aisées, qui peuvent se réclamer de la gauche, se déguisent en «classes moyennes», parfois «supérieures». Si tout le monde est moyen alors tout va bien, et il n’y a plus de domination sociale!

Les inégalités augmentent-elles?

On peut faire trois constats.

En haut de l’échelle des revenus, le «festival» des années 2000, qui ont conjugué marasme économique, montée du chômage, baisses d’impôts et hausse des hauts revenus s’est un peu atténué. Les rendements financiers ne sont plus les mêmes et entre 2011 et 2013 la fiscalité s’est accrue pour les plus riches. Ils continuent de s’enrichir, mais plus avec les mêmes perspectives.

Les catégories moyennes, qui ne sont ni «martyrisées» ni «étranglées» contrairement à ce qu’on entend parfois, ont, en revanche, depuis 2008 un niveau qui n’augmente plus. Or, en matière de revenus comme dans bien des domaines, c’est moins le niveau lui-même qui compte que l’écart entre votre situation et ce à quoi vous aspirez. Vous n’êtes pas «étranglé», votre situation est meilleure que celle des catégories inférieures, mais le freinage est brusque: il marque une rupture.

On est depuis dix ans une société de stagnation des revenus, et c’est un changement historique. Depuis la Seconde Guerre mondiale, une partie des catégories sociales modestes (ouvriers, employés, agriculteurs), ont été aspirées par le haut et, à force de mobilité sociale, ont accédé aux couches moyennes. Elles arrivaient jusque récemment à obtenir des niveaux de consommation toujours plus élevés, une amélioration du logement, etc. Désormais, elles font du surplace.  Rien ne dit que cela durera toujours, mais il faut y prêter attention, ce phénomène de freinage est une source de tensions. Alors que les politiques publiques ont, c’est normal, comme priorité d’alléger le fardeau des plus démunis, une partie des classes moyennes ont tendance à se sentir oubliées.

«Le diplôme est devenu une des protections majeures, qui sépare le monde des “stables” et celui des “flexibles”.»

Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des Inégalités

En bas de l’échelle sociale, enfin, on observe un phénomène vraiment nouveau depuis notre précédent rapport de 2015: la baisse de niveau de vie réel des plus pauvres. Là, il ne s’agit plus de stagnation, mais bien de marche arrière. Jusqu’à présent, le modèle social a amorti en partie le choc, ce qui explique qu’on ne vive pas une situation à l’américaine avec un effondrement du niveau de vie. Mais avec le chômage, les indemnisations qui arrivent à leur terme, les jeunes qui arrivent à l’âge adulte et deviennent autonomes avec des niveaux de vie de plus en plus faibles et les familles qui en se séparant peuvent devenir deux foyers pauvres, le phénomène est inquiétant.

Une situation où les inégalités se creusent parce que les plus riches ont des revenus fous mais où les plus pauvres continuent à s’élever est très différente d’une situation où les écarts se creusent des deux côtés. Plus encore qu’au sein des classes moyennes, une partie des couches populaires sont exclues du progrès et le vivent très concrètement avec la baisse de leur niveau de vie.

Parmi les dimensions des inégalités sociales, lesquelles sont les plus handicapantes?

L’école est génératrice d’inégalités sociales très structurantes. Avec le statut stable d’emploi, qui assure qu’on aura encore du travail demain, le diplôme est devenu l’une des protections majeures. Il sépare très souvent le monde des «stables» et celui des «flexibles». Les serviteurs des autres classes sont massivement des jeunes (parfois pas tant que cela) peu diplômés qui travaillent en horaires décalés, le dimanche, le soir pour des faibles salaires, ceux qui ont les emplois les plus difficiles et les tâches les plus épuisantes, sont massivement des gens qui n’ont pas réussi à obtenir le bon diplôme dans le système scolaire. Les stables ont besoin de toujours plus de flexibilité des flexibles, pour mieux les servir.

Un diplômé peut aussi connaître une période de chômage, et son niveau de vie va peut-être baisser. Mais sa probabilité de retrouver un emploi n’a rien à voir avec celle des non diplômés, qui eux resteront sur le bord de la route. Au-delà de l’emploi, le formalisme du titre scolaire et son poids dans les parcours professionnels structure très fortement notre société. Un peu comme l’étiquette sociale dans l’Angleterre du XIXe siècle, le diplôme français joue cette forme d’étiquette beaucoup plus puissante que dans d’autres pays.

«Le discours sur la soi-disant précarisation en masse et les “intellos précaires”, est un discours de réassurance des diplômés. C’est une manière de s’approprier la crise, de se placer parmi ses victimes et d’occulter la valeur du diplôme.»

Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des Inégalités

Même avec la massification scolaire, il y a encore deux France dans le rapport aux études supérieures?

Comme pour les revenus, il faut remettre certaines pendules à l’heure. En France, 16% de la population française de plus de 25 ans a un diplôme supérieur au niveau Bac +2. Les classes moyennes du diplôme, c’est le CAP our le BEP, les pauvres, le certificat d’études. N’oublions pas que plus de la moitié des 25-29 ans ne sont pas diplômés de l’enseignement supérieur. Arrêtons de faire comme si c’était la règle. Le décalage est total entre la façon dont on se représente la société chez les diplômés et la société réelle: d’où notamment une incompréhension d’une partie de la classe politique, dont le discours s’adresse à une poignée de bac+5. Les autres ne comprennent pas son langage abscons.

Vous êtes vous-mêmes assez critique sur le «déclassement» social que connaîtraient les «intellos précaires» et plus généralement les catégories diplômées…

Le discours sur la soi-disant précarisation en masse, les «intellos précaires», est un discours de réassurance des diplômés. Refuser de voir que les non diplômés sont bien plus souvent concernés est une manière de s’approprier la crise, de se placer parmi ses victimes et d’occulter la valeur du diplôme.

Je ne veux surtout pas nier qu’il y a de vrais phénomènes de déclassement pour certains diplômes universitaires: les niveaux scolaires ne conduisent plus aux mêmes positions qu’hier. Comme pour les revenus, ce qui compte est l’écart entre les aspirations et la réalité. Au passage, c’est pour cela qu’il est totalement absurde de traiter les Français de «pessimistes», comme le laissait croire un rapport de France stratégie opposant la perception des inégalités par les Français à la «réalité».

Le Bac +5 ne vaut plus ce qu’il valait il y a vingt ans ou trente ans: que la jeunesse diplômée déclassée ait du ressentiment, c’est compréhensible. Mais il n’y a rien de commun entre la situation de ces classes-là et celles d’en dessous qui n’ont pas de diplôme. Certes, quand on part de rien et qu’on aboutit à rien, on tombe de moins haut, mais on vit avec rien. On confond donc des parcours de vie qui n’ont rien à voir en terme de statut et de position sociale, entre des Bac +5 dont une partie va effectivement avoir des difficultés quelques années avant de se stabiliser, et des sans diplôme qui vont galérer une grande partie de leur vie professionnelle et la terminer au niveau du Smic. S’apitoyer sur le déclassement des diplômés de l’enseignement supérieur est aussi une façon de ne pas parler de la vie des jeunes de milieux populaires, de les rendre invisibles.

Comment expliquer cette focalisation sur le «malheur» des plus diplômés? Est-ce le signe qu’ils vivent dans un «ghetto culturel» comme le formule Emmanuel Todd?

Tout est une question d’accès à la parole publique: les Bac +5 peuvent se faire entendre, les autres beaucoup moins. La bourgeoisie culturelle –horrifiée si on la qualifie de «bobo»– refuse absolument de se voir bourgeoise, et tente de nier le rôle essentiel du titre scolaire qui forme son capital. Elle manifeste bruyamment contre le Grand Capital économique, mais pour elle ses titres ne sont pas du capital. Il y a aujourd’hui un discours de classe des diplômés ­–elle a toute une presse pour cela– qui occulte totalement la situation des couches populaires pour se concentrer sur sa prétendue misère.

Arrêtons de nous cacher derrière notre petit doigt, on reste dans un système de domination de groupes sociaux par d’autres. Curieusement, on ne se demande pas qui est propriétaire du capital culturel, comment ses membres le conservent, avec quelles stratégies scolaires notamment. On le voit dès qu’on soulève la question de la démocratisation de l’école: essayez d’assouplir un tout petit peu la compétition scolaire ou de toucher à un cheveu de leur emblème, les «grandes écoles», et la réaction est immédiate. Ces classes diplômées ressortent leurs pancartes sur la complainte du niveau scolaire, en se servant de pseudo-intérêts des classes populaires pour justifier leur conservatisme. Le tour est joué.

Notons que les porteurs de pancartes sont autant de gauche que droite, qu’ils sont très organisés, et d’une violence à la hauteur des enjeux pour eux: imaginez si leurs enfants n’étaient plus certains de prendre leur place! C’est tout l’ordre social qui serait alors bouleversé. C’est pour cela qu’aucun candidat à l’élection présidentielle n’a de projet de refonte sérieuse de notre système scolaire mais ne propose que des replâtrages.

Il existe une forme de consensus des conservateurs de tous bords pour ne rien toucher au fond, pour ne pas transformer le système, se contenter d’empiler quelques dispositifs comme le nombre d’élèves par classe, de donner un peu plus dans quelques quartiers, mais ne pas toucher à la façon dont l’enseignement français est construit, à son élitisme, à son côté extrêmement académique, où tout est dans l’implicite pour les élèves, au système de notation sanction, etc.

«Les femmes touchent 10% de moins que les hommes à poste équivalent, tout le monde connaît ce chiffre. Mais les femmes ouvrières gagnent trois fois moins que les femmes cadres, cela ne pose aucun problème»

Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des Inégalités

Mais on va vous rétorquer qu’on vise l’excellence…

C’est tout le problème. Un système éducatif ne vise pas uniquement à produire l’excellence, il forme tout le monde. Il faut renverser notre mode de fonctionnement. L’école ne doit pas chercher à produire une élite soi-disant issue de tous les milieux (l’élitisme républicain, un mythe depuis le début) mais à faire progresser tout le monde, à ne laisser personne en chemin. Ce qui n’a rien d’incompatible avec des filières plus poussées. Mais il faut accepter d’en donner un peu moins à ceux qui ont déjà beaucoup et un peu plus à ceux qui ont peu. Regardez comment se lamentent les parents ultras diplômés dès qu’un de leur enfants soi-disant «s’ennuie» à l’école, et vous avez tout compris. Ou les tonnes de littérature sur nos pauvres «surdoués». C’est vrai que ceux qui dorment au fond de la classe, tout est de leur faute. Comme en plus une partie est d’origine immigrée…

La France a mis du temps pour ajouter les discriminations (ethniques, de genre) au logiciel des inégalités. Quels contasts l’Observatoire fait-il sur le caractère pluriel des inégalités?

Les inégalités se cumulent, et notre rapport donne toute leur place aux inégalités entre catégories sociales, entre femmes et hommes, entre Français et étrangers ou entre générations. Une femme noire originaire d’un pays extérieur à l’Union européenne et de parents ouvriers n’est pas dans la même situation qu’un homme blanc de plus de 50 ans.

Il y a également une lutte politique entre les formes d’inégalités, on pourrait parler d’une inégalité entre les inégalités. Pour ne pas voir les écarts de classe, on met en avant les «nouvelles inégalités» de la France dite «post-moderne». Très souvent, on s’inquiète de la parité entre femmes et hommes en oubliant la précarité. Vive les femmes au conseil d’administration du CAC 40, peu importe le temps partiel contraint, massivement féminin. Les femmes touchent 10% de moins que les hommes à poste équivalent, tout le monde connaît ce chiffre. Mais les femmes ouvrières gagnent trois fois moins que les femmes cadres, cela ne pose aucun problème.

De la même façon, la mise en avant de la «diversité» sert souvent à faire diversion par rapport aux inégalités sociales. Plus de femmes ou de personnes de couleur dans les entreprises, cela ne remet pas en cause leur mode de fonctionnement, ni la répartition des revenus dans la société. On s’inquiète de l’égalité des «chances» pour mieux oublier à quoi mènent ces «chances», comment sont construites nos sociétés, leurs hiérarchies, les rapports de force qui s’y jouent. Tant que le système n’est pas bousculé, il a tout intérêt à mettre en avant quelques leurres. Ça ne mange pas de pain.

Il ne s’agit pas d’occulter la domination masculine, le racisme, les discriminations et leur violence dans notre société. La femme dont les parents sont ouvriers, elle est aussi noire et en subit les conséquences. Aujourd’hui, les immigrés sont une cible facile pour l’homme blanc. Mais une forme d’inégalité ne doit pas en cacher une autre. Les tensions importantes de notre société naissent dans le refus de voir la situation de domination des catégories aisées, tant sur le plan des revenus que du diplôme, sur le reste de la population. Ces gourmands ont besoin de toujours plus de flexibilité à leur service. Ils risquent une indigestion.

Voir enfin:

Macron, confidences sacrées

Celui que ses adversaires accusent d’être un gourou « ne renie pas la dimension christique » du chemin qu’il suit. « La politique, c’est mystique. Mais je ne crois pas à la transcendance éthérée. Je ne sépare pas Dieu du reste ».

Le JDD

12 février 2017

C’est un petit rectangle de papier blanc très fin plié en quatre. Emmanuel Macron le sort de sa poche dans le TGV qui, vendredi, le conduit de Saint-Pierre-des-Corps à Paris. Et de le tendre à une collaboratrice : « C’est ce que m’a donné la dame qui avait une vision d’en haut… » Sourire suspendu du candidat d’En marche! On demande à lire. On n’est pas déçu. « Ce sera vous… Vous avez été choisi par ce qui est au-dessus de nous. Mais attention, restez toujours en harmonie avec votre âme. Annie M… » S’ensuivent un numéro de portable « 06 03… », et cette précision : « Candidature déposée dès votre appel du 19 janvier 2017. Troisième circonscription d’Indre-et-Loire. » Le mot, écrit à l’encre bleue, est daté du jour. Cette « Annie » qui tient « Emmanuel » pour un prophète le lui a remis pendant la séance de dédicaces de son livre.

«Il y a beaucoup de gens qui ont ça en tête. La politique, c’est mystique»

On demande à l’ancien ­ministre si cela lui arrive souvent. Il acquiesce : « Il y a beaucoup de gens qui ont ça en tête. La politique, c’est mystique. » Il est convaincu, Macron, que ce n’est pas parce qu’ils haïssent les politiques que les Français ont renoncé au sacré… « C’est tout mon combat. C’est une erreur de penser que le programme est le cœur d’une campagne. Les médias passent du commentaire d’un point de détail mineur du programme aux pires polémiques, et ainsi de suite. » Macron prend ce va-et-vient de haut. Il entend « construire une sacralité, selon l’un de ses amis, en ne s’abaissant pas à dire du mal des autres et en ne faisant pas de off avec les journalistes ». Il faut dire qu’il était à bonne école avec ­François Hollande : il lui suffit de faire l’inverse.

Macron a interdit à son public de siffler

« La politique, c’est comme la littérature, c’est un style, affirme l’ancien chouchou du Président. C’est une magie. Il faut définir le cœur de ce qu’on veut porter. » Ça ne nous en dit pas beaucoup plus. Un membre de son tout premier cercle risque un diagnostic : « Ce qui se passe entre Emmanuel et les Français repose non pas sur une idée choc qu’il aurait mise sur la table, mais sur une capacité de fascination de sa personne qui est l’émanation de ce qui l’anime. »

«J’ai toujours assumé la dimension de verticalité, de transcendance, mais en même temps elle doit s’ancrer dans de l’immanence complète, de la matérialité»

L’intéressé, lui, se propose de répondre à une question que nous ne lui avions pas posée : « Comment se construit le pouvoir charismatique? C’est un mélange de choses sensibles et de choses intellectuelles. J’ai toujours assumé la dimension de verticalité, de transcendance, mais en même temps elle doit s’ancrer dans de l’immanence complète, de la matérialité. Je ne crois pas à la transcendance éthérée. Il faut tresser les deux, l’intelligence et la spiritualité. Sinon l’intelligence est toujours malheureuse. Sinon les gens n’éprouvent de sensations que vers les passions tristes, le ressentiment, la jalousie, etc. Il faut donner une intensité aux passions heureuses. » En prêchant? « Dans mes discours, j’essaie de convaincre en donnant à voir. Contrairement aux autres, je n’ai pas un parti de gens qui réagissent de manière pavlovienne. Je leur ai interdit de siffler. Je leur donne à voir quelque chose d’autre. » Quoi? Un homme qui leur a hurlé sa ferveur, en décembre, à Paris, jusqu’à se casser la voix ; qui achève ses réunions publiques les bras en croix ; qui prône la « bienveillance » ; que Mélenchon accuse d’être « un champignon hallucinogène » et Fillon, « un gourou ».

« Je ne suis pas sûr que Dieu ait jamais parlé »

Dieu lui parle-t-il? À cet instant, il baisse la voix. Ne sourit plus. « Non. » Il tourne la tête vers la vitre de la voiture – de seconde classe, s’il vous plaît – et lance sans nous regarder, alors même qu’il n’aime rien tant, d’ordinaire, que planter ses pupilles dans celles de ses « semblables », comme il a dit en citant René Char, et les écarquiller un peu, un tout petit peu, juste ce qu’il faut pour vous faire sentir qu’il y a là de la profondeur et de l’étrangeté. « Je ne suis pas sûr que Dieu ait jamais parlé. À la fin, ce sont les voix qu’on crée soi-même. » Il a dit cela tellement vite. À croire qu’il se parle à lui-même.

C’est seulement après qu’il se retourne vers nous. On pense à Dominique de Villepin qui sature l’espace de ses mots empanachés et discourt de tout, sauf de Dieu : « Parce que c’est fondamental, nous avoua ce dernier il y a une poignée d’années. Je n’en parle jamais. C’est si fortement ancré en moi que ça ne se formalise pas politiquement. » On le raconte à Macron. Vous êtes pareil? on lui demande. « Je sais en parler de manière latérale. » Qu’est-ce à dire? « Je sais en dire ce qu’on peut en dire sans rien dévoiler. » Bigre. « Je ne sépare pas Dieu du reste. Je fais le lien entre la transcendance et l’immanence. » Dit autrement : là où Villepin ne s’adressait qu’à l’Histoire et aux étoiles, Macron se veut aussi en adéquation avec le monde réel.

«J’aime les gens qui ont un monde à part»

Mais le parallèle avec l’ancien Premier ministre ne le gêne ni ne le surprend. « Villepin reste d’une intelligence sur l’âme française qui est stupéfiante. On a une idée très semblable de ce qu’est la France. Je le vois régulièrement. J’aime beaucoup échanger avec lui. J’aime les gens qui ont un monde à part. » Estime-t-il, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, qu' »il y a quelque chose de christique dans ce qui lie l’électeur à l’élu »? « La dimension christique, je ne la renie pas ; je ne la revendique pas. » Ainsi soit-il.

Il insiste néanmoins : « Je ne cherche pas à être un prédicateur christique. » Dans la bouche de l’un de ses lieutenants, cela donne : « Attention, Macron n’est pas un déglingué qui vaticine. »

« Il faut osciller entre humilité et arrogance »

Depuis le début de la conversation, il n’a pas touché aux deux iPhone qu’il a posés à l’envers sur la tablette devant lui. Une politesse qui ne se fait (presque) plus. À l’instar de son refus du casse-croûte proposé par son équipe – « Je ne vais pas parler en mangeant, ce n’est pas correct » – ou encore de l’expression d’enfant de chœur qu’il emploie au sujet de cette bague qu’il porte à l’annulaire de la main droite, en parfaite symétrie avec son alliance – « parce que j’ai vécu longtemps hors mariage ». « Hors mariage », il a dit.

On sent que c’est important, ce talisman contre le sentiment d’avoir péché. La sémantique de communiant a contaminé ses proches. « Pour lui, cette campagne est un chemin de vie, assure l’un d’eux. Il suit ce chemin. » Depuis qu’il s’est mis en marche, la voie semble se dégager et les planètes s’aligner dans le ciel au-dessus de sa tête. « C’est ce que j’appelle la ruse de l’Histoire », confirme celui qui a l’œil ostentatoirement humble et le nez affûté par l’arrogance. « Il faut osciller entre humilité et arrogance. Si vous tombez d’un côté, vous devenez soit inefficace soit dangereux. » Amen.

Anna Cabana – Le Journal du Dimanche


Immigration: Attention, une xénophobie peut en cacher une autre (It’s not just a Western thing, stupid !)

29 mars, 2017
Police fired tear gas, water cannon and rubber bullets to disperse marches by hundreds of protesters in Tshwane on Friday, after mobs looted stores believed to belong to immigrants. (Reuters)

Un policier disperse une manifestation contre l’immigration clandestine à Pretoria, le 24 février 2017, en Afrique du Sud.

https://jcdurbant.files.wordpress.com/2014/05/image.jpeg?w=1200&h=
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Ce ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard
En présence de la diversité, nous nous replions sur nous-mêmes. Nous agissons comme des tortues. L’effet de la diversité est pire que ce qui avait été imaginé. Et ce n’est pas seulement que nous ne faisons plus confiance à ceux qui ne sont pas comme nous. Dans les communautés diverses, nous ne faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent. Robert Putnam
Un ancien conseiller d’Hillary Clinton était à Paris la semaine dernière, John Podesta. Il racontait que la plupart, une grande partie, des électeurs américains se sont décidés dans la dernière semaine de campagne. Ce qui peut aussi se produire en France parce que (…) il y a beaucoup de gens qui sont indécis. Et sur la majeure partie de ces gens qui se sont décidés la dernière semaine, une grande partie d’entre eux ont voté pour Donald Trump. Que vont faire aujourd’hui les Français dont on dit aujourd’hui qu’ils vont s’abstenir? L’enquête Ipsos qui avait été publiée dans Le Monde début mars disait qu’il y  avait à peu près (…) 32% d’abstentions. Et sur ces 32%, vous en avez 45% de gens qui s’autopositionnent à droite. C’est énorme ! Si ces gens-là décident, la dernière semaine, après le dernier débat le 20 avril de se dire: ‘Finalement, Fillon, oui, c’est mon candidat.  » Ca change tout. Ca peut faire basculer.  Carl  Meeus (Figaro magazine)
De ce point de vue une récente étude qualitative parue dans le Journal du Dimanche a souligné que pour une majorité de français (52%) Emmanuel Macron ne rassure pas. L’inquiétude qu’il suscite influe fort logiquement sur l’appréhension de son aptitude à habiter la fonction qui ne remporte pas non plus l’adhésion des sondés. Quand bien même le candidat pourrait toujours certes se rassurer en observant que ses concitoyens lui accordent majoritairement une proximité vis-à-vis de leurs préoccupations ainsi qu’une capacité à réformer le pays, sa personnalité interroge. Cette interrogation ouvre aussi une explication à la cristallisation relative, quoiqu’en progrès, des intentions de vote les plus fermes et les plus déterminées en sa faveur. Il existe à vrai dire un mystère Macron, un «je-ne-sais-quoi et presque rien» d’instable, d’inachevé qui entretient comme «l’ombre d’un doute»… Les Français, peuple d’épargnants, peuvent aimer l’aventure mais instruits par leur propre histoire ils la préfèrent très généralement dans la fiction, dans les romans d’Alexandre Dumas ou de Jules Verne , plus rarement quand il s’agit de s’y adonner eux-mêmes. À plusieurs reprises ces derniers jours, le leader d’En Marche! est venu corroborer malgré lui le voile de scepticisme qui enveloppe son comportement, son positionnement et son projet. Alors que des sondages instantanés le consacraient comme le «vainqueur» du premier débat présidentiel , une partie de la presse étrangère estimait que sa prestation l’avait plutôt desservi. Les réseaux, quant à eux, ne manquaient pas de bruisser avec ironie sur ses accords explicites et répétitifs avec François Fillon tout en moquant des agacements trahissant pour nombre de «twittos» une fébrilité et une nervosité peu maîtrisée. Très vite sur le sismographe ultrasensible de la campagne s’évanouissaient les premières appréciations positives postdébats, lesquelles se modéraient au fur et à mesure du retour à la campagne de terrain. Coup sur coup l’échec patent du meeting réunionnais et la gaffe géographique relative à une Guyane soudainement devenue insulaire dans la bouche de l’ancien ministre de François Hollande, alimentaient cette impression de trou d’air que les ralliements de quelques figures socialistes essentiellement, plus rarement à droite (et encore le plus souvent retirées de la politique active pour ces dernières) ne sauraient combler. Par-delà sa personnalité, c’est bien la stratégie de Macron qui interpelle. Trop de com’ finissant par tuer la com’, cette dernière, hypervisible, apparaît crûment pour ce qu’elle est: la seule cohérence d’un homme dont la ligne brisée sur les marches de la droite et de la gauche ne parvient pas à stabiliser un projet, encore moins à offrir un contenu autre que… «communicant». À La Réunion dans une île socialement souffrante, le télé évangélisme souriant et artificiellement participatif a fini par vider les rares travées occupées par un public clairsemé. Images terribles, peu reprises en boucle par les chaînes info mais «viralisées» par les médias sociaux, et qui renvoient implicitement à ce soupçon de vide qui lancinant accompagne la démarche du jeune postulant à l’Elysée. Le lapsus guyanais, quant à lui, au moment où la région s’enflamme relèverait de l’insignifiance s’il ne contribuait à entretenir des réserves sur la dimension «présidentiable» de l’impétrant à l’heure où la digitalisation subvertit toujours plus l’assurance des hommes publics en les exposant en temps réel à leurs contradictions, leurs oublis, leurs imprécisions et parfois leurs lacunes. Au fond ce sont les limites de la com’ qu’éprouve soudainement Emmanuel Macron: confronté à l’extrême visibilité il en subit tous les risques ; s’efforçant de toujours plus contrôler et scénariser ses apparitions, son comportement en est d’autant plus disséqué et scanné, laissant peu de places désormais à l’indulgence et à l’inattention des observateurs ; s’adressant prioritairement aux médias, il en oublie le peuple. À trop vouloir embrasser tous les codes de la com’ du médiatiquement lisse et correct, il en oublie aussi la politique… Ce qu’a contrario le vieil animal des tréteaux électoraux, Jean-Luc Mélenchon réintroduit non sans gourmandise: le peuple et la politique, ces deux grandes figures de la mythologie nationale, égrènent de toute part la narration du héraut de l’insoumission. Les mobilisations physiques réussies de sa manifestation pour une mythique VIe République et son meeting de Rennes viennent aussi rappeler, par contraste avec les démonstrations formatées et un tantinet kitchissimes du jeune favori des sondages et des médias, que la politique se fait aussi avec des gens, des foules, de la sueur et des cris, des colères et des sentiments, tout ce que la com’ aseptisée du jeune Macron tend à tenir à distance, voire à exfiltrer, pour ne pas dire évacuer… Là où le communicant paraît s’essouffler, si ce n’est stagner, le politique regagne du terrain, relance sa campagne, redonne à entendre ce qu’est la rhétorique tribunitienne, incarne une histoire de chair et d’os ; il fait en quelque sorte ce qu’on attend de lui: de la politique! Et tout laisse à penser que cette élection sera politique ou ne sera pas. Arnaud Benedetti
Englué dans des affaires qui le discréditent toujours un peu plus, le candidat de la droite a décidé de se maintenir et à continuer sa campagne. Pour cela, il a choisi une stratégie suicidaire pour son camp politique, celui de la dénonciation d’un complot contre lui. Dès le départ, la droite a cherché à mettre en cause la gauche dans la responsabilité des révélations faites au Canard enchaîné. Une accusation guère crédible, car quand on regarde vers le passé, ce genre de barbouzerie vient toujours du bord de la victime. Les « amis » politiques de la personne atteinte sont à la fois les premiers bénéficiaires de sa chute, mais aussi ceux qui sont les plus à même d’avoir les éléments pour le faire tomber. On regarderait du coté des sarkozystes, on serait sans doute plus proche de la réalité qu’en pointant François Hollande… Autheuil
Il faut dire qu’avec quatre fois plus d’homicides qu’à Marseille et une dégradation des conditions de sécurité, la Guyane se rapproche de ses voisins brésiliens et guyaniens et dépasse le Surinane en termes de taux d’homicides par habitant. Pourtant, ce mouvement, comme celui de 2009, a le mérite de mettre en lumière le profond malaise des sociétés ultramarines lié à l‘échec de 70 années de départementalisation. Le soutien populaire rappelle les différentes révolutions comme celles en Ukraine ou en Géorgie où les peuples réclamaient la considération et une plus grande justice sociale. Et se posent d’abord, le besoin d’un mieux d’Etat dans la question sociale. Les ultramarins ne veulent plus être marginalisés dans la République et ils posent la question de la présence et de l’efficience de l’Etat. Ils revendiquent aussi l’égalité. Les ultramarins se sentent d’abord Français mais la France les considère-t-elle comme des Français faute de véritables plans de rattrapage comme cela a été fait pour la Corse. Sur ce malaise, surfent des groupuscules qui s’interrogent sur l’appartenance à l’ensemble français. «Ne vaudrait-il pas mieux être indépendant? N’irions-nous pas mieux?» C’est une arrière-pensée par laquelle on voudrait montrer la faillite de l’Etat, donc de sa politique d’intégration de la Guyane dans la République. Il est grand temps pour le gouvernement d’assumer ses responsabilités. D’abord à court terme avec des ministres responsables qui répondent à la demande unanime des acteurs guyanais et se rendent sur place pour trouver une sortie honorable avant qu’ils ne soient contraints à le faire avec un prix politique plus lourd en raison d’une situation détériorée par les débordements violents et le risque d’embrasement généralisée en cas de bavures des forces de l’ordre. Il faut ensuite considérer la légitimité des demandes de remise à plat du système car depuis soixante dix ans et la départementalisation, malgré les progrès, on est loin du compte. Les DOM souffrent de chômage, de vie chère et de pauvreté, et d’injustice aussi. La seule comparaison de l’effort total net de la nation pour les outre-mer en 2013, 22,5 Mds d’euros, soit 2,2% des 1000 milliards de dépenses de l’Etat et de la sécurité sociale, pour 4% de la population, démontre le fantasme de l’assistanat. Certains territoires reçoivent d’ailleurs moins de crédits publics que la moyenne nationale par habitant, comme La Réunion qui perçoit 5% de moins et qui a vu ses transferts régresser de 17% en 5 ans. S’agissant des emplois publics, 8,16% de la population, ils sont plus élevés d’un point que la moyenne nationale, mais c’est le cas aussi pour d’autres régions hexagonales comme le Limousin (8,19%). Les outre-mer se situent toujours en queue de peloton des territoires nationaux. La situation économique et sociale demeure précaire: en 2009-2012, le PIB/habitant dans les DOM représentait, en moyenne, 62 % du niveau de l’hexagone, soit 83,2 % de la région métropolitaine la plus pauvre (Picardie) en 2012. Il s’échelonnait dans les quatre DOM «historiques», entre la moitié (Guyane) et les deux tiers (Martinique: 68,5 %) de la moyenne hexagonale et seulement 25,7 % de ce niveau à Mayotte (2011). Le chômage intolérable touche plus d’un actif sur cinq dans chaque département, avec un record à La Réunion (29 %). Les taux de chômage des jeunes (enquête emploi 2013) se situent entre 37,4% à Mayotte, 60,6% à La Réunion et 68,2 % en Martinique, contre 24,6% dans l’hexagone. Les quatre DOM «historiques» concentrent 6,7 % du total des chômeurs inscrits depuis plus d’un an, pour 2,9 % de la population. Le taux de pauvreté est trois et quatre fois plus élevés que dans l’hexagone: il s’établit par exemple à 42 % en 2010 à La Réunion, contre par exemple 24,8 en Seine-Saint-Denis en 2011. Les retards sont considérables en matière de santé (retard de 23 ans à La Réunion en terme de baisse de la mortalité infantile en 2011 ; retard de 27 ans en Martinique ; de 39 ans à Mayotte!). Cette exigence d’égalité réelle, la France la doit à l’Outre-Mer. C’est aussi son intérêt. Il ne saurait y avoir de territoires durablement délaissés. On ne peut plus accepter au XXIème siècle une situation d’inégalité collective qui différencie, discrimine et condamne selon que soit né en outre-mer ou dans l’Hexagone. Patrick Karam
South African musician Steve Hofmeyr has claimed that the number of white South Africans killed by blacks would fill a soccer stadium, that white Afrikaners are being killed “like flies” and that a white farmer is murdered every five days. But the claims are incorrect and grossly exaggerated. In fact, whites are less likely to be murdered than any other race group. (…) A 2004 report published in the SA Crime Quarterly compares homicide rates across all races from 1937 to 2003. Based on this, it is clear that homicide rates for all races increased over this period  (although they fell somewhat from 2003 onward). However, the increase in the white homicide rate began in the late 1970s and has remained markedly less than the increase in murder rates for all other race groups. (…) The “murder gap” between Interpol and SAPS numbers is easier to explain. Altbeker told Africa Check that Interpol combined both murder and attempted murder figures for South Africa, resulting in inflated numbers. This is confirmed by the 1999 Global Report on Crime and Justice published by the United Nations Office for Drug Control and Crime Prevention. Altbeker wrote extensively about the challenges with international crime data collection and comparison in a separate paper. (…) Whites are far less likely to be murdered than their black or coloured counterparts,” Lizette Lancaster, who manages the Institute for Security Studies crime and justice hub, told Africa Check. This is supported by an analysis of a national sample of 1,378 murder dockets conducted by police in 2009.  In 86.9% of the cases, the victims were Africans. Whites accounted for 1.8% of the cases (although whites make up 8.85% of the population). According to Lancaster official police statistics show that between April 1994 and March 2012 a total of 361 015 people were murdered in South Africa. Applying the 1.8% figure, it would mean that roughly 6,498 whites have been murdered since April 1994. Even if there were some variation on the 1.8% figure, the number of white murder victims would still fail to come anywhere close to filling a soccer stadium. The fact is that whites are less likely to be murdered than any other race in South Africa. The current murder rate of white South Africans is also equivalent to, or lower than, murder rates for whites recorded between 1979 and 1991. According to the 2011/12 SAPS annual report, Lancaster said,“only about 16% of murders occurred during the commission of another crime, mainly aggravated robbery. About 65% of murders started off as assaults due to interpersonal arguments and fuelled by alcohol and/or drugs, result[ing] in a murder”. The vast majority of murders are, she said,“social fabric crimes often perpetrated by friends or loved ones”. The 2012 Victims of Crime Survey confirmed this assertion, stating that 16.1% of victims were “murdered by unknown people from outside their residential area” with an additional 10.9% of “murders … committed by known perpetrators outside [the victims’] residential area”, and the balance of homicides committed by community members, spouses and friends or acquaintances. (…) The interpretation of data on “farm attacks” is problematic as it relies on old police data and current, self-reported data collected and submitted by the Transvaal Agricultural Union of South Africa (TAUSA). TAUSA figures for the 22 years between 1990 and 2012 state that 1,544 people were killed in farm attacks, an average of about 70 a year or one every 5.2 days. A report by trade union Solidarity, issued in 2012, found that 88 farmers were murdered in the 2006 to 2007 financial year. (…) According to a 2003 police committee of inquiry into farm attacks, cited by Solidarity, 38.4% of farm attack victims were described as being black, coloured or Asian. TAUSA’s figures suggest that 208 (or 13.5%) of those murdered in farm attacks between 1990 and 2012 were black. Hofmeyr’s statement that a white farmer is murdered every five days is therefore also incorrect. The claim would only be true if he included all farm attack victims of all races. (…) Steve Hofmeyr issued a written response to both this report and an article confirming Africa Check’s findings which was published by the Afrikaans newspaper, Rapport. The numerous claims Hofmeyr made and the “statistics” he presented do not add up. Since it was published, his post has had to be updated several times, removing, among other things, data that he claimed related to South Africa which actually came from another continent (and was also misconstrued). Hofmeyr’s strongest argument boiled down to this: “Far more than facts, it is people’s emotions and experiences that matter … So ‘our people die like flies’ is still applicable, emotionally – and does not need to be supported by facts.” Africa Check understands that perceptions do of course matter. As stated in our report, South Africa has one of the highest crime rates in the world and all murders are to be abhorred. Crime data, like all data everywhere, could and should be improved. This is something Africa Check is campaigning for. However, this is not a reason to dismiss inconvenient facts as Mr Hofmeyr does. Africa check
Je me suis rendu compte qu’il y avait des Camerounais qui ne savaient pas qu’au Cameroun on rapatrie les sans-papiers. Qu’ils sont arrêtés, placés en cellule, frappés quotidiennement, jusqu’à ce qu’ils trouvent un moyen de rentrer chez eux ! Ce fut le cas d’un Béninois qui me racontait son calvaire camerounais. Le visa pour le Ghana est l’un des plus exorbitants en Afrique. En plus, les policiers frappent les sans-papiers avant de les rapatrier. En Côte d’Ivoire, on rapatrie les sans-papiers, c’est un fait ! Le Gabon, l’Angola et la Guinée équatoriale sont les champions d’Afrique centrale en matière de rapatriement ! Très souvent, ils entassent les gens dans des bateaux avant de les renvoyer. Etc. Michel Tagne Foko

Ce n’est pas juste une affaire occidentale, imbécile !

A l’heure où, comme avec Trump aux élections américaines, le nombre incroyable d’indécis aux présidentielles françaises semble augurer un vote massif de dernière minute dans l’isoloir pour l’alternance …

Et où, incapables de voir qu’au-delà du système mis en place pour Sarkozy par le gouvernement Hollande et parfaitement décrit dans le livre de deux journalistes du Canard enchainé et sans exclure bien sûr la part éventuelle de rivaux de Fillon à droite, ce sont les même juges nommés par le même gouvernement Hollande qui depuis deux mois avec leurs relais dans les médias mais aussi probablement Bercy qui s’acharnent contre le seul Fillon et sa famille …

Les rats quittent le navire dans le camp même de la droite …

Pendant que sur fond d’attentats ou de projets d’attentats islamiques quasi-hebdomadaires, nos belles âmes n’ont pas de mots assez durs pour fustiger le seul président Trump de vouloir remettre de l’ordre dans une politique d’immigration devenue folle …

Ou de mots assez doux en France pour un Obama blanc qui ne connait pas de culture française et prend pour une île une Guyane …
Comment ne pas voir …
Derrière la résurgence ces derniers jours en Afrique du sud du plus virulent du racisme intra-africain …
Ou ces murs ou projets de murs, Mexique compris avec le Guatémala, qui s’érigent désormais sur l’ensemble de la planète …
Cette xénophobie dénoncée chez nous à longueur de journée par ceux qui sont les plus protégés des effets de leur politique …
Chez ceux-là même que sans limite aucune nous sommes sommés accueillir ?

Xénophobie en Afrique : « Il faut arrêter de croire que seule l’Europe expulse des gens ! »

L’auteur camerounais Michel Tagne Foko raconte une soirée entre Africains à Bruxelles. Chacun dénonce la situation en Afrique du Sud, oubliant que son propre pays pratique aussi les expulsions.

On m’a dit : « Michel, s’il te plaît, viens prendre un pot avec nous. » Sans hésitation, j’ai rejoint le groupe. C’était à Schaerbeek, à Bruxelles, non loin de la gare du Nord, vers 21 heures, dans un lieu où certains Africains se retrouvent pour refaire le monde autour de quelques bières et des prompts pas de danse. Entre deux bonnes bières belges s’introduit le sujet de l’immigration.

Tout a commencé par ce jeune Equato-Guinéen. Il a dit : « Vous avez vu les attaques contre les étrangers en Afrique du Sud ? C’est inadmissible ! Chez moi, ce n’est pas comme ça ! » Vient ensuite un Gabonais : « C’est horrible, c’est scandaleux ! » Un Centrafricain a enchaîné : « Mandela, il n’est pas gentil. » Tout le monde s’est tourné. On lui a dit : « Il est mort, Mandela. » Il a continué en disant : « Je voulais dire Thabo Mbeki ». Quelqu’un a dit : « C’est qui ça ? » Une autre personne a répondu : « C’est le président de l’Afrique du Sud. » Un Camerounais a dit : « Tu ne comprends pas le nom ? Il y a que ces gens-là pour s’appeler Béquille”. » Un Togolais a dit en riant : « En plus, on s’étonne qu’il rapatrie les gens. » Un autre : « Ce n’est pas Zuma machin là ? »« Zuma quoi ? », reprit un Congolais. « Je dis Zuma quelque chose », continua l’autre. Un Ivoirien dit : « Ah oui, sur Internet, on dit que c’est Jacob Zuma. » Le Centrafricain reprit la parole, il dit : « Il n’est quand même pas gentil »

Ça parlait. Ça riait. Ça discutait. Ça s’insurgeait. Ça buvait aussi. Ça s’abreuvait sans limites. Il y avait des professeurs. Il y avait des étudiants. Des docteurs en je-ne-sais-plus-quoi. Des vrais docteurs aussi. Il y avait un mélange fou. Des diplômés aux non-diplômés. Tout le monde avait la parole. Tout le monde s’insurgeait.

Et là, il y a ce Camerounais qui a dit : « Jacob Zuma est fou. » Quelqu’un a dit : « Tu savais qu’il est polygame, le mec ? » Un autre : « Oui polygame, il n’est africain que quand il veut la femme. Après, il devient européen et rapatrié. » Un Béninois : « Heureusement que [Patrice] Talon est là pour épargner ce genre d’humiliation à d’autres Africains. » Une personne ressemblant à un Burkinabé dit : « Il faut en finir avec cette histoire de visa entre Africains. » Un Camerounais : « Contrairement à certains pays, au Cameroun, tout le monde est le bienvenu. »

Pendant ce temps, assis tranquillement, je buvais mes bières. Eh oui, pour une fois, j’avais décidé de ne pas parler et d’observer les gens. Ça ne servait à rien de militer. Ils étaient tous contents d’être enfin d’accord. Chacun condamnait fermement ces gens d’Afrique du Sud qui chassent les étrangers. Ce qui m’intriguait était de voir comment chacun parlait de son pays comme d’un lieu où ce genre de chose n’existe pas. Chacun évitait de mal parler de son pays d’origine. Ils confondaient l’orgueil et la réalité. Ils étaient tous humanistes et les politiques de leurs pays aussi. Le monde semblait beau chez eux. J’étais estomaqué par cet abrutissement, cette ignorance.

Je m’explique :

— Je me suis rendu compte qu’il y avait des Camerounais qui ne savaient pas qu’au Cameroun on rapatrie les sans-papiers. Qu’ils sont arrêtés, placés en cellule, frappés quotidiennement, jusqu’à ce qu’ils trouvent un moyen de rentrer chez eux ! Ce fut le cas d’un Béninois qui me racontait son calvaire camerounais.

— Le visa pour le Ghana est l’un des plus exorbitants en Afrique. En plus, les policiers frappent les sans-papiers avant de les rapatrier.

— En Côte d’Ivoire, on rapatrie les sans-papiers, c’est un fait !

— Le Gabon, l’Angola et la Guinée équatoriale sont les champions d’Afrique centrale en matière de rapatriement ! Très souvent, ils entassent les gens dans des bateaux avant de les renvoyer.

— Etc.

Alors, que certains arrêtent de croire qu’il n’y a que chez les Européens que l’on rapatrie les gens. Les Africains aussi sont champions en la matière. L’Afrique du Sud n’est pas l’exception. Après avoir dit cela, je précise quand même, bien sûr, que je suis contre les rapatriements.

Michel Tagne Foko est chroniqueur, écrivain, éditeur d’origine camerounaise, membre de la Société des auteurs du Poitou-Charentes. Dernier ouvrage paru : De l’autre côté de l’Atlantique, éditions du Mérite (2015).

Voir aussi:

L’Afrique du Sud malade de la xénophobie

Analyse. Le pays apparaît désormais rongé par un sentiment anti-étranger aveugle qui s’étend maintenant au-delà des quartiers déshérités.

Le sentiment anti-étranger en Afrique du Sud est le signe d’un mal qui devrait épouvanter le pays. Cette maladie insidieuse a déjà pris tous les visages de la haine, à commencer par l’insulte qui fuse (makwerekwere veut dire « sale étranger ») dans la rue, dans les taxis collectifs, où, comme l’explique, atterrée, une dame originaire de la République démocratique du Congo (Congo Kinshasa), « on n’ose plus décrocher quand le portable sonne, de peur que les gens assis à côté entendent une langue étrangère ».

Ce mal, c’est une foule qui s’amasse dans un township, encourage les hommes à forcer le rideau de fer de la boutique voisine, avant de se livrer à une orgie de pillage, tandis qu’on passe à tabac, si on ne le tue pas, le propriétaire, cet étranger, ce makwerekwere. Il n’y aura aucune sanction, ou si peu. Il est interdit de toucher les quartiers riches, les banlieues cossues, les centres commerciaux. Les forces de sécurité y veillent. Le message est d’un cynisme net : défoulez-vous dans vos quartiers, mais pas touche aux îlots de prospérité et à ceux qui les peuplent.

Qui est visé ? Jusqu’à nouvel ordre, les ressortissants de pays d’Afrique ou d’Asie du Sud, qui ont en commun l’envie de vivre et de travailler dans le petit commerce, dans les quartiers les plus modestes. Ils y ont anéanti, il est vrai, la concurrence des échoppes sud-africaines. Or, derrière ces magasins, se dessinent des intérêts locaux, parfois liés à des responsables politiques. Lesquels, à l’occasion, montent les foules contre les étrangers, sûrs de leur impunité.

Un terrain de désespoir fertileAbdourazak Ali Osman, secrétaire général de l’Association des Somaliens d’Afrique du Sud, en sait quelque chose : son propre magasin a été ravagé. Autour de lui, on comptabilise les victimes : soixante-huit Somaliens tués dans le pays en 2016. « Chaque manifestation dans le pays dégénère désormais en pillage et en ­violence contre les étrangers », explique-t-il. A Diepsloot, un grand township près de Johannesburg, les Somaliens s’en vont. En 2015, ils y tenaient encore près de cinq cents commerces. Ailleurs, ils s’arment parfois, tentent de s’organiser en groupes d’autodéfense.

Voir également:

SA faces continent’s wrath as xenophobia rears its head again

Mike Cohen, Andre Janse van Vuuren
Mail & Guardian
28 Feb 2017

A resurgence of anti-immigrant violence has sparked outrage in other African countries and spurred calls for more to be done to stamp out xenophobia.

Residents of Mamelodi and Atteridgeville took to the streets last week to protest against the presence of undocumented Nigerians, Pakistanis and Zimbabweans, who they accuse of perpetuating crime and taking jobs away from locals. Police fired tear gas and rubber bullets to disperse the crowds, who stoned cars and used rocks to block off streets. At least 136 people were arrested.

Protesters in Abuja, Nigeria’s capital, vandalised the offices of South African company MTN in protest over xenophobic attacks. The Nigerian government summoned South Africa’s high commissioner to register its concerns about the threat to its nationals, Agence France-Presse reported, citing junior foreign minister Bukar Ibrahim. On Monday, Ghanaian lawmaker Okudzeto Ablakwa called on the African Union to take action.

“The government has to do more,” Ablakwa, who sits on the foreign affairs committee in Ghana’s parliament, told Accra-based Class FM. “Sometimes you don’t get very clear signals from authorities. Their comments sometimes exacerbate the situation and that really is worrying.”

Burning houses
Herman Mashaba, the major of Johannesburg, has labelled some undocumented migrants criminals. Residents of the city’s southern Rosettenville suburb this month set fire to at least a dozen houses that they said were used as drug dens or brothels and were mostly occupied by foreigners.

Anti-immigrant violence also claimed seven lives in 2015 before the army and police restored calm, and in 2008 about 60 people died and 50 000 were forced to flee their homes. Attacks have mostly taken place in poor townships, where some residents see migrants as competitors for jobs, business opportunities and scarce housing.

President Jacob Zuma has appealed for calm and condemned the violence.

“We are not a xenophobic country,” Zuma said in a February 24 statement. “At the same time, we cannot close our eyes to the concerns of the communities that most of the crimes such as drug dealing, prostitution and human trafficking are allegedly perpetuated by foreign nationals.”

Ablakwa said the South African government’s failure to create sufficient jobs and economic opportunities for its citizens has sparked a backlash against foreigners.

“We saw these xenophobic attacks in 2008, we saw it in 2015 and this latest one, it is becoming one too many,” he said. “If you are not careful, citizens who are in their home countries feel that citizens living elsewhere are not given the needed protection. What that will lead to is reprisal attacks.” – Bloomberg

Voir encore:

We like to tell ourselves we are better. We pride ourselves on being survivors of the fires of history. We are told we live in a country of believers. We have prayers at many occasions of state. But we also tell ourselves we are different, special, « not like other Africans, generally ». Such stories we tell of ourselves, sometimes believing the tales, sometimes telling them compulsively because we have to hide from harsher, less palatable truths about ourselves.

It has been a decade since the ugly, toxic waves of violent attacks across South Africa against people thought to be from elsewhere in Africa: 2008. It has been two years since a spectacular and similarly ugly wave repeated itself: 2015. In-between we marked twenty years of post-apartheid democracy, in the same year that Rwanda marked twenty years since the genocide which ripped its people apart.

It is 2017. We are travelling further in time from those early days of hope, of aspiring to better than we were before. The violence and violations of colonialism and apartheid were seemingly fresher, then. But memory is unreliable. We forget, or misremember, the past, and our own lives in that past. The eternal present, the forgetting of history, has painful consequences.

Given the painful history of division and dehumanisation, we like to think of ourselves, sometimes, some of us, as people attuned to injustice, and programmed to oppose it. But we are also living in one of the most unequal societies in the world. The signs and divisions are no longer as crudely racist. We signal differences by other means, and the markers of class have similar consequences for the full realisation of the humanity of those who benefit from the inequality, as well as those who are oppressed by it. If we would only connect.

South Africa’s fraught relationship with the rest of the continent is not a new phenomenon, or even a unique component of the post-apartheid settlement. The colonial authorities had similar anxieties about the special status of South Africa as a space of separation, different from the rest of the array of colonies.

Their apartheid heirs sharpened the division and thoroughly opposed to the rest of the continent.  Remnants of the latter, a certain de-historicised, if not historically ignorant reading of Africa, is rendered as « Afro-pessimism ». Nothing good has ever happened in Africa. Anything that works in Africa has come from elsewhere. Africa the eternal disaster, without history, without change.

But even apartheid’s gestures of separation were ambivalent. The apartheid white supremacist view of Africa was the obverse of the white nationalist Afrikaner view which posited the Herrenvolk as divine possessors of the land, overlords of those who dwelt in it, but also, myths about an empty landscape into which early pioneers moved, encountering black others migrating either at the same time or later. By such stories dehumanisation was justified, papered over, and learned as truth.

The legacy of ignorance about the rest of the continent which blighted apartheid South Africa lingers on into post-millennial post-apartheid South Africa. At the turn of the millennium, a senior political commentator and academic could confront two of Africa’s leading academics in a public seminar about the history and status of African studies in South Africa with the question: « What do you Africans bring here? » Amina Mama, one of the continent’s major intellectuals responded with an outline of the food, craft, trade, labour, and intellectual endeavour Africans have contributed throughout South Africa’s colonial, apartheid, and post-apartheid incarnations.

In 2008, a public meeting was held at the University of the Witwatersrand, Johannesburg, to respond to the waves of xenophobic attacks targeting people thought to be from elsewhere in Africa. One speaker after another reminded the audience of how the events in South Africa mirrored events elsewhere in Africa, earlier in the second half of the twentieth century. The « Ghana must go » events in Nigeria in the early 1980s.

The ugly underside of nationalism anywhere, of course, is xenophobia. If there are insiders who belong to the nation, that imagined community with a shared history, whether cultural or political, there must be outsiders, who do not share whatever culture or history or politics draws citizens into the circle. It is a small step thence to what Bessie Head outlined in Maru (1971): « They all have their monster. You just have to look different from them … then seemingly anything can be said or done to you as your outer appearance reduces you to the status of a non-human being. »

And of course you don’t hack or stab a human being to death. You do not set a live human being alight.  You don’t chase human beings and the children from their homes. First, you have to dehumanise them.  They have to be rendered as inhabitants of another category, where things resemble the human form, but do not have human status. It is the anti-Samaritan gesture; it distances, in order to destroy. That some of this stems from the dehumanisation of the destroyer does not excuse the destruction.

But there are actors who are less visibly involved. People like us do not invade other people’s homes, to threaten and harass them or to destroy their property. We have less crude ways of distancing ourselves from people we imagine to be foreign. We are too middle class, too formally educated, too smartly dressed to ever do such. We simply use the administrative tools at our behest to effect the same gesture: violence with grace, violation with gentility. We in the middle classes will object to the style of the violence and violation without necessarily see in them the reflection of our own attitudes and conduct.

We certainly do not march against immigrants. And what such a march signifies should strike any thinking observer as a march against modernity itself. To oppose migration is not only to want to undo the long march of history, from the deepest past, through the present, to the remote and precarious future. Opposition to immigration requires erasure of the traces of one’s own biography, one’s own ancestry, one’s own place in the present as a consequence of the past. It is an erasure of oneself, and therefore, an erasure of one’s humanity.

Yet, there is the parable of the Samaritan, that embodiment of the altruistic impulse. There are people like Paul Verryn, and many less well-known other religious people, who embrace, who shelter, who embody the best of their religious beliefs. And then there are those who are tasked with managing our communities, but who look on, perhaps waiting for the right moment to act, so that they may maximise whatever dubious benefits may be had from the tragedy and horror we face.

To conflate criminality and non-citizenship as some politicians have is not just dangerous, it is obscene.  What have our politicians done since the last wave of violence directed at non-South African Africans in 2015? What processes of healing and conciliation have they effected? What have the civil servants paid to manage our communities done to work towards undoing the painful fissures from our last encounter with and enactment of xenophobic violence in South Africa? The word « last » is deceptive, of course, because while these spectacular waves of violence peak in certain moments, the attitudes and violations happen every day,  degrading of the human beings they are directed at, and of the human beings who participate in them.

We like to tell ourselves we are better. We like to tell ourselves and the world we are not xenophobic.  We invent all sorts of reasons to explain away the violence. We blame the drug dealing. We blame the prostitution of « our daughterabrasive ands ». We blame the corruption of the police and their collusion with criminals.  We justify our violence. Or we distance ourselves from other people’s violence. What we do can be justified. We are not those people. Except … people have to flee their homes, live in uncertainty, and if we keep denying what is happening, worse.

What will we tell our children about what we said, what we did, how we acted to stop this, or what we failed to do?

The golden rule: do unto others … We are all in this together. I am an African.

Voir de plus:

Now Mexico wants to build a border wall with Central America to keep out illegal immigrants from El Salvador, Honduras and Guatemala

It seems Mexico agrees with Donald Trump’s plans to build a wall to keep out illegal immigrants – but only on its southern border with Central America.

Mexicans are calling for the border wall to keep out Guatemalans, Salvadorans and Hondurans fleeing violence in their own countries.

They complain ‘hordes’ of immigrants pass through on their way to the United States -who are then simply deported back to Mexico rather than their home countries by the US.

Central American migrants are left stuck in border cities with Mexican officials unable to afford to send them back to their own countries, according to an article by one of the largest newspapers in the border state of Tamaulipas, El Mañana, titled: ‘Yes to the Border Wall … but in Mexico’s South.’

Mexicans are calling for the border wall to keep out Guatemalans, Salvadorans and Hondurans fleeing violence in their own countries (Immigrants from Central America await transport from the U.S. Border Patrol on August 17, 2016 in Roma, Texas)

The real estate mogul sparked international outrage last year when he unveiled his idea for a giant wall on the US border with Mexico – which he claimed Mexico would pay for.

But while Mexican President Enrique Peña Nieto has mocked Trump’s plans, many Mexicans praised the concept of a border wall.

‘Trump’s idea of a border wall is a good one but it should be on the southern border with Central America in order to stop the flow of Central Americans from entering both countries,’ the El Mañana board wrote in July.

The paper also called for proper immigration checkpoints on the southern border.

El Mañana even criticized Hillary Clinton for failing to raise the issue of border security.

The newspaper says that many illegal immigrants turn to crime as shelters can often only provide a few days of food and bedding.

‘Many of these migrants when they are unable to find an honest way of life turn to robberies, kidnappings, extortion, and in the worst cases join the ranks of organized crime,’ El Mañana’s piece claimed.

A Mexican newspaper complains of ‘hordes’ of immigrants passing through on their way to the United States – who are then simply deported back to Mexico rather than their home countries by the US

As many as half are fleeing violence and gangs in their home countries yet most immigrants are eventually deported back home. Mexico deported 175,000 Central Americans last year – a 68 per cent increase from 2014.

That was the same year that the Central American refugee crisis hit headlines when thousands of migrant children arrived without their families at the US border.

The US has sent $75million for equipment and training to Mexico to help with the crackdown on immigrants, according to the Times.

One Honduran migrant, Rosa – whose husband, mother, sister, brother-in-law and two nephews were murdered in her homeland – fled with her two teenage sons earlier this year, Financial Times reports.

‘Mexico has become a wall for migrants,’ said Sister Magdalena Silva, co-ordinator of Cafemin- a privately run shelter for refugees in Mexico City. ‘The current policy is to arrest migrants to stop them from getting to the US border.’

Mexicans agree with Donald Trump’s concept of a border wall to keep out immigrants – but want it in the south of their country

She left Tegucigalpa, the Honduran capital, with her teenage sons in January 2016 after gangs tried to recruit her 14-year-old.

‘We know when a gang targets someone, they don’t leave them alone and they follow through on their threats,’ she said.

Rosa and her sons turned themselves over to authorities when they arrived in Mexico and were channeled into asylum procedures.

The family were shipped to a detention center in Mexico City where they were held in custody, in separate cell blocks for three months, before receiving the devastating news that their application for for asylum had been turned down.

Eventually they were allowed out of the detention center and sent to a refugee center.

But after their application was rejected, and her sons witnessed a woman lying in her own blood just a few blocks from the center, she decided to go north to the US.

The family turned themselves in once again a the US border to ask for asylum and Rosa and the 14-year-old have been released to live with a family in Baltimore to await the decision. Her 19-year-old son is still in detention.

Voir par ailleurs:

La fuite en avant de Fillon

Englué dans des affaires qui le discréditent toujours un peu plus, le candidat de la droite a décidé de se maintenir et à continuer sa campagne. Pour cela, il a choisi une stratégie suicidaire pour son camp politique, celui de la dénonciation d’un complot contre lui. Dès le départ, la droite a cherché à mettre en cause la gauche dans la responsabilité des révélations faites au Canard enchaîné. Une accusation guère crédible, car quand on regarde vers le passé, ce genre de barbouzerie vient toujours du bord de la victime. Les « amis » politiques de la personne atteinte sont à la fois les premiers bénéficiaires de sa chute, mais aussi ceux qui sont les plus à même d’avoir les éléments pour le faire tomber. On regarderait du coté des sarkozystes, on serait sans doute plus proche de la réalité qu’en pointant François Hollande.

Ce choix tactique, celui de l’homme qui se noie, brasse beaucoup d’eau, et s’accroche à la moindre planche, est désastreux pour la droite française.

Jamais, dans son histoire, la droite de gouvernement n’a sorti des arguments et une rhétorique qui s’apparente à celle l’extrême droite. Cela révèle une radicalisation, sur le fond et la forme. Jamais un parti qui se veut respectable ne devrait ainsi s’avancer dans les marécages du complotisme, qui rassemble des faits réels, créé des rapprochements surprenants et sans réels fondements, pour affirmer ensuite « qu’il ne s’agit peut-être pas d’une coïncidence » sans jamais apporter la moindre preuve. La voracité avec laquelle la droite se jette sur un ouvrage de journaliste, fort opportunément paru en période de campagne électorale (ça se vend mieux à ce moment là) « Bienvenue Place Beauvau », cristallise cette orientation. La principale thèse en est l’existence d’un « cabinet noir » du président de la République, qui a tout téléguidé, y compris la chute de proches comme Manuel Valls. Un poncif des mythes politiques et complotistes. Il est surprenant que François Hollande, qui s’est planté dans à peu près toutes ses manœuvres tactiques en cinq ans, au point d’être contraint à se retirer, ait réussi un tel coup. Encore plus étonnant, personne n’en a eu vent, pas même les journalistes qui ont passé un nombre incalculable d’heures à l’Elysée. Tout cela n’est pas sérieux, et François Fillon est même obligé de le reconnaitre, à demi-mot.

Cette campagne, relayée par les soutiens de Fillon, radicalise la base électorale de la droite conservatrice. Des gens que je connais, que sais être intelligents, tombent dans le panneau, et me disent vouloir croire à cette histoire à dormir debout. Ils veulent tellement que leur camp revienne au pouvoir, qu’ils sont prêts à tout pardonner à Fillon, et à soutenir les positions les plus farfelues. Leur angoisse est à la hauteur des espérances qu’ils avaient, il y a encore quelques mois : cette élection était imperdable pour la Droite, Fillon allait l’emporter haut la main. Le 24 avril au matin, lorsqu’ils constateront que leur champion a été éliminé dès le premier tour, ils seront hystériques, et leur colère mettra longtemps à retomber. Leur premier réflexe sera de contester la légitimité des urnes, et de refuser de reconnaitre le vainqueur comme légitime. Les députés et sénateurs LR, contraints par leur base à suivre le mouvement, refuseront toute alliance, même ponctuelle, avec le pouvoir en place. Entre 2012 et 2017, le groupe LR a été dans une position d’opposition frontale au pouvoir socialiste, refusant de lui faire le moindre cadeau, quand bien même certaines réformes auraient pu, sur le fond, emporter leur assentiment, comme par exemple la réforme constitutionnelle du conseil supérieur de la magistrature. Après 2017, cela risque d’être pire encore.

Cette hystérie fait, ou va faire partir les éléments les plus modérés. A l’UDI, il n’y a plus guère que les candidats aux législatives qui restent accrochés à Fillon, pour cause d’investiture. Tous les autres sont déjà chez Macron, où s’apprêtent à y aller. Une scission à droite est possible, avec une reconstitution de l’ancienne UDF, qui entrera dans la coalition gouvernementale de Macron, et un ancien RPR, rassemblant la droite conservatrice. Dans une telle configuration, le risque est grand d’avoir un parti LR qui se lance dans la compétition avec le FN, et vire encore plus dans le populisme et l’opposition frontale. Une pente encore plus accentuée avec cette affaire du « cabinet noir » qui radicalise la base militante et la déporte vers la droite. Si on ajoute à cela, les dégâts que ne manquera pas de causer la guerre de succession qui va s’ouvrir à droite, on se rend compte que la fracture à droite risque de s’accentuer au point de devenir difficile à recoudre. Alors que je pensais, il y a quelques mois, que le PS risquait l’éclatement, en fait, c’est maintenant le cas aussi à droite, ce qui est assez inédit.

Ce désastre de la droite vient avant tout d’une erreur d’analyse, qui s’est traduite par une erreur de casting. La clé de cette élection présidentielle est la volonté profonde de changement de la part des électeurs, avec un rejet très fort de la classe politique. Les français en veulent profondément à leur classe politique pour leurs échecs de fond : les quinquennats Sarkozy et Hollande ont été des échecs, sur le plan économique et social. La colère porte aussi sur la forme, sur l’attitude des élus, complètement coupés de leurs électeurs, au point de répondre « et alors ? » quand on reproche à l’un d’eux de s’être fait offrir des costumes à 6500 euros par un intermédiaire naviguant dans les réseaux de la Françafrique. Je ne suis pas certain que les responsables de la droite aient complètement compris cela. En tout cas, ils ne sont absolument pas en mesure d’y répondre.

Voir enfin:

Emmanuel Macron, le début de la fin ?
Arnaud Benedetti
Le Figaro
28/03/2017
FIGAROVOX/TRIBUNE- Emmanuel Macron a tenu à La Réunion un meeting en demi-teinte, avant de déclarer que la Guyane était une île. Pour Arnaud Benedetti, la stratégie de communication du candidat est en train de se fissurer.

Arnaud Benedetti est professeur associé à l’Université Paris-Sorbonne et coauteur de Communiquer, c’est vivre (entretiens avec Dominique Wolton, éd. Cherche-Midi, 2016), et de La fin de la Com (éditions du Cerf, 2017)

Macron est-il en passe de perdre la main? Nonobstant sondages favorables, commentaires médiatiques flatteurs et ralliements prometteurs, tout se passe comme si la séquence que traversait le jeune inspecteur des finances laissait entrevoir des failles qui révèlent tant les fragilités d’une personnalité que les limites d’une stratégie. La personnalité tout d’abord: celle-ci est la clef de voûte d’une élection qui se joue aussi sur la perception d’une psychologie, le test d’un caractère , la certification de qualités présupposées. Les opinions, ces variantes mesurables et «sociologisées» des peuples, agissent comme autant de tamis qui en viennent à profiler les candidats…

De ce point de vue une récente étude qualitative parue dans le Journal du Dimanche a souligné que pour une majorité de français (52%) Emmanuel Macron ne rassure pas. L’inquiétude qu’il suscite influe fort logiquement sur l’appréhension de son aptitude à habiter la fonction qui ne remporte pas non plus l’adhésion des sondés. Quand bien même le candidat pourrait toujours certes se rassurer en observant que ses concitoyens lui accordent majoritairement une proximité vis-à-vis de leurs préoccupations ainsi qu’une capacité à réformer le pays, sa personnalité interroge. Cette interrogation ouvre aussi une explication à la cristallisation relative, quoiqu’en progrès, des intentions de vote les plus fermes et les plus déterminées en sa faveur. Il existe à vrai dire un mystère Macron, un «je-ne-sais-quoi et presque rien» d’instable, d’inachevé qui entretient comme «l’ombre d’un doute»… Les Français, peuple d’épargnants, peuvent aimer l’aventure mais instruits par leur propre histoire ils la préfèrent très généralement dans la fiction, dans les romans d’Alexandre Dumas ou de Jules Verne , plus rarement quand il s’agit de s’y adonner eux-mêmes.

À plusieurs reprises ces derniers jours, le leader d’En Marche! est venu corroborer malgré lui le voile de scepticisme qui enveloppe son comportement, son positionnement et son projet. Alors que des sondages instantanés le consacraient comme le «vainqueur» du premier débat présidentiel , une partie de la presse étrangère estimait que sa prestation l’avait plutôt desservi. Les réseaux, quant à eux, ne manquaient pas de bruisser avec ironie sur ses accords explicites et répétitifs avec François Fillon tout en moquant des agacements trahissant pour nombre de «twittos» une fébrilité et une nervosité peu maîtrisée. Très vite sur le sismographe ultrasensible de la campagne s’évanouissaient les premières appréciations positives postdébats, lesquelles se modéraient au fur et à mesure du retour à la campagne de terrain.

Coup sur coup l’échec patent du meeting réunionnais et la gaffe géographique relative à une Guyane soudainement devenue insulaire dans la bouche de l’ancien ministre de François Hollande, alimentaient cette impression de trou d’air que les ralliements de quelques figures socialistes essentiellement, plus rarement à droite (et encore le plus souvent retirées de la politique active pour ces dernières) ne sauraient combler. Par-delà sa personnalité, c’est bien la stratégie de Macron qui interpelle. Trop de com’ finissant par tuer la com’, cette dernière, hypervisible, apparaît crûment pour ce qu’elle est: la seule cohérence d’un homme dont la ligne brisée sur les marches de la droite et de la gauche ne parvient pas à stabiliser un projet, encore moins à offrir un contenu autre que… «communicant». À La Réunion dans une île socialement souffrante, le télé évangélisme souriant et artificiellement participatif a fini par vider les rares travées occupées par un public clairsemé. Images terribles, peu reprises en boucle par les chaînes info mais «viralisées» par les médias sociaux, et qui renvoient implicitement à ce soupçon de vide qui lancinant accompagne la démarche du jeune postulant à l’Elysée. Le lapsus guyanais, quant à lui, au moment où la région s’enflamme relèverait de l’insignifiance s’il ne contribuait à entretenir des réserves sur la dimension «présidentiable» de l’impétrant à l’heure où la digitalisation subvertit toujours plus l’assurance des hommes publics en les exposant en temps réel à leurs contradictions, leurs oublis, leurs imprécisions et parfois leurs lacunes.

Au fond ce sont les limites de la com’ qu’éprouve soudainement Emmanuel Macron: confronté à l’extrême visibilité il en subit tous les risques ; s’efforçant de toujours plus contrôler et scénariser ses apparitions, son comportement en est d’autant plus disséqué et scanné, laissant peu de places désormais à l’indulgence et à l’inattention des observateurs ; s’adressant prioritairement aux médias, il en oublie le peuple. À trop vouloir embrasser tous les codes de la com’ du médiatiquement lisse et correct, il en oublie aussi la politique… Ce qu’a contrario le vieil animal des tréteaux électoraux, Jean-Luc Mélenchon réintroduit non sans gourmandise: le peuple et la politique, ces deux grandes figures de la mythologie nationale, égrènent de toute part la narration du héraut de l’insoumission. Les mobilisations physiques réussies de sa manifestation pour une mythique VIe République et son meeting de Rennes viennent aussi rappeler, par contraste avec les démonstrations formatées et un tantinet kitchissimes du jeune favori des sondages et des médias, que la politique se fait aussi avec des gens, des foules, de la sueur et des cris, des colères et des sentiments, tout ce que la com’ aseptisée du jeune Macron tend à tenir à distance, voire à exfiltrer, pour ne pas dire évacuer… Là où le communicant paraît s’essouffler, si ce n’est stagner, le politique regagne du terrain, relance sa campagne, redonne à entendre ce qu’est la rhétorique tribunitienne, incarne une histoire de chair et d’os ; il fait en quelque sorte ce qu’on attend de lui: de la politique! Et tout laisse à penser que cette élection sera politique ou ne sera pas…

Voir par ailleurs:

Are SA whites really being killed ‘like flies’? Why Steve Hofmeyr is wrong

Afrika check

24 June 2013

South African musician Steve Hofmeyr has claimed that the number of white South Africans killed by blacks would fill a soccer stadium, that white Afrikaners are being killed “like flies” and that a white farmer is murdered every five days. But the claims are incorrect and grossly exaggerated. In fact, whites are less likely to be murdered than any other race group.

Researched by Nechama Brodie

Are white Afrikaners really being killed “like flies”? Is a white South African farmer being “slaughtered every five days?” Would the number of whites “killed in SA in black on white violence” fill one of the country’s largest football stadiums?

These are some of the claims made recently by Steve Hofmeyr, one of South Africa’s most popular, and controversial, Afrikaans singers and performers. In a post on his blog and Facebook page titled “My tribe is dying”, Hofmeyr made several sweeping statements about South Africa’s murder rate and the quality of life of white Afrikaans-speaking South Africans.

Within a day of it being posted, Hofmeyr’s blog entry and a pie chart that he used to support some of his claims were “liked” by  more than 2,000 Facebook users. A similar number also shared the post on their Facebook pages.

The Facebook entry was subsequently removed but later reposted without the pie chart. By way of explanation Hofmeyr stated: “The facts are good but they shouldnt  be in a pie-chart. Im removing the pic. It will be replaced with the real PIE.” On his Facebook page Hofmeyr explained the issue with the pie chart was not with the statistics, rather: “It should be separate charts (pre&post Apartheid).”

At the same time, Hofmeyr posted an image of the interior of a “World Cup soccer stadium”  – which appears to be Johannesburg’s Soccer City – together with a statement that the “amount of whites killed in SA in black on white violence” would produce a body count capable of filling the stadium’s seats.

‘A lot of bodies to lose in stats’

Hofmeyr then went on to make the following statements on Twitter:

  • Old SA averaged 7039 murders/year from 1950. New SA averaged 24206 (SAP) or 47882 (Interpol). Sorry Columbia (sic). We still champs.”
  • When SAP claimed 26000 murders in 96, Interpol counted 54000. A lot of bodies to lose in stats.”
  • There is a discrepancy of 10 000 murders per year between government and MRC figures!”

Several readers asked Africa Check to investigate the accuracy of Hofmeyr’s various claims, among them that:

  • Whites are being murdered at a rate faster than any previous period in South Africa’s history.
  • A white farmer is murdered every five days.
  • During apartheid, black-on-black violence was responsible for the majority of black homicides, with only a fractional percentage of black murders due to government forces.
  • “Whites killed by blacks since apartheid 77.3%”.  This is unclear as Hofmeyr has not indicated what factor the percentage is of however Africa Check assumes Hofmeyr is stating 77.3% of all white homicides (since 1994) have been perpetrated by blacks.
  • The number of whites killed by blacks in South Africa is equivalent to, or more than, the number of seats at Soccer City stadium, which has a maximum seating capacity of 94,736.
  • There are significant discrepancies between murders reported by the South African Police Service and other agencies and that these discrepancies have been used to hide or obscure the “truth” about murder in South Africa.

Where does Hofmeyr get his information?

Hofmeyr declined to reveal his sources to Africa Check but later stated on Twitter: “Our unpopular pie-chart is from a book by Vusi Tshabalala and merely highlites the lie of white on black genocide during Apartheid”. Africa Check has not been able to establish whether Vusi Tshabalala really exists or which publication Hofmeyr was referring to.

On various white right-wing sites, reference is made to a “Vusile Tshabalala” who supposedly wrote an article in 2001 about the “killing fields” of post-apartheid South Africa. Invariably the sites describe Tshabalala as a “journalist” and then, for emphasis, as a “black journalist”. No indication is given of where Tshabalala worked, nor does he appear to have written any other articles.

Hofmeyr’s other claims appear to stem from a 2003 paper titled, “Murder in South Africa: a comparison of past and present”. It was written by Rob McCafferty, then a communications director for the conservative Cape Town-based lobby group, United Christian Action.

McCafferty’s paper, published at the peak of crime levels in South Africa, appeared to offer a comprehensive survey of crime literature and subsequent analysis of crime data and trends over a period of more than five decades. There are, however, several significant flaws in the presentation and interpretation of data, some of which McCafferty acknowledged himself.

There are no ‘average’ murders

McCafferty’s paper presented a graph based on figures sourced directly from “annual police reports and CSS: Statistics of Offence annual reports” showing the total number of murders reported to the police between 1950 and 2000.

McCafferty conceded in his paper that “factors such as population growth and differentials in time periods…would make it unfair to compare this data” and pointed out that it was “not logically sound to do such comparisons”.

But McCafferty proceeded to do just that and aggregated 44 years of murder numbers (309,583 recorded murders from 1950 to 1993) to reach an “average” of 7,036 murders a year under apartheid.

He then contrasted that figure with his own aggregation of post-1994 Interpol statistics, from which he determined an annual average of 47,882 murders.

This appears to make a case for a shocking increase in homicides in the post-apartheid era. But, as we explain below, the Interpol murder statistics McCafferty used are widely regarded as inaccurate.  And McCafferty’s “average” murder numbers show a very different picture when plotted against South Africa’s population figures.

Murder and other crime statistics are commonly expressed by statisticians, crime analysts and researchers as a ratio per 100,000 of the population rather than in raw numbers. McCafferty’s failure to have done so indicates exactly why this is preferred practise.

According to McCafferty’s graph, less than 2,500 murders were reported to the police in 1951. The census results of that year indicate that the total population of South Africa at the time was 12,671,452. The “murder ratio” therefore works out at 19.73 murders for every 100,000 people.

By 1970, the total number of reported murders appeared to be approaching 7,000. With a population of  about 21,7-million, this would equate to a murder ratio of 32.12 per 100,000.

McCafferty’s graph showed that the number of homicides increased steadily from 1950. What McCafferty had not taken into account was that South Africa’s population had also steadily increased.

By 1994, SA’s murder numbers, according to McCafferty, had reached 25,000 a year. With a population of just under 40-million, this translated to a murder ratio of a 62.5. South Africa’s murder rate for all races peaked in the period during and following the transition to democracy.

However, in a paper published by the Medical Research Council, crime analyst and author Antony Altbeker found that by 2003/4 the rate had fallen to less than 43 murders per 100,000. The murder rate has continued to decline since then, dropping to 30.9 for 2011/12 according to the South African Police Service Crime Statistics Overview. Significantly, given Hofmeyr’s claims, it is lower than the murder rate documented in 1970 under apartheid.

All the independent security and research experts we consulted for this report agreed that current murder figures provided by the South Africa Police Service (SAPS) should be considered accurate.

The trouble with apartheid-era data

Both Altbeker and Mark Shaw, a senior researcher at the Institute for Security Studies who has worked extensively with apartheid-era crime data, told Africa Check that official police figures during apartheid were not an accurate representation of national homicide rates.

Crime reports from the Bantustans – the nominally independent black “homelands“ established under the auspices of the apartheid state – were not included in South Africa’s national figures. In addition, according to Shaw, “a proportion of homicide cases among Africans were not reported or recorded” owing to the absence or lower levels of policing in the townships and rural areas.

Therefore it is probable that while white homicides during apartheid were accurately documented by the state, the number of black homicides was understated in official reports. For this reason, the “blacks killed” portions of Hofmeyr’s chart must be discounted; the data is simply not reliable enough to make any accurate findings – and the role of apartheid in creating or contributing to violence and murder in black communities is difficult to isolate.

Since 1990, race has not been listed as a category in official death records. This deliberate omission may have been intended to avoid exactly the kind of issue raised by Hofmeyr’s claims; the interpretation of raw data by non-experts to support some form of race-based conspiracy theory. In reality, however, the absence of such information has effectively perpetuated a race-crime mythology in South Africa.

It is, however, possible to gauge trends in white homicide based on older data. A 2004 report published in the SA Crime Quarterly compares homicide rates across all races from 1937 to 2003. Based on this, it is clear that homicide rates for all races increased over this period  (although they fell somewhat from 2003 onward). However, the increase in the white homicide rate began in the late 1970s and has remained markedly less than the increase in murder rates for all other race groups.

Murder by numbers

A central thread of Hofmeyr’s claims relates to apparent discrepancies in South African murder statistics.  Hofmeyr cites figures that appeared in McCafferty’s report which stated that “[w]hile police crime statistics show there were 21,683 murders in 2000, the [Medical Research Council] puts the figure at 32,482″.  McCaffrey also stated that ”while the SAPS claims there were 26,883 murders in 1995/96, Interpol claims there were 54,298”.

In its report at the time, the MRC said it “notes discrepancies in the statistics concerning road traffic accident deaths and homicides which needs further investigation”.  A revision of the 2000 data was published in 2006, in which the total number of deaths was revised downwards, from 550,000 to 520,000, and the “number of injury deaths” [which include homicide and traffic accidents] was “revised down by about 10,000”.

Based on this updated information, it was stated that “[o]f the estimated 59,935 injury deaths in 2000, 46% (27,563) were homicides”.  That still leaves a discrepancy of nearly 6,000 deaths.

Altbeker dealt with this specific issue in great detail in his report on murder and robbery in South Africa, in which he argued that “the MRC’s figures cannot be reliably used to refute the numbers presented by SAPS”. In short, he found that the data used to compile the MRC’s estimates had been incomplete or flawed and had yielded an inaccurate and overstated picture.

The “murder gap” between Interpol and SAPS numbers is easier to explain. Altbeker told Africa Check that Interpol combined both murder and attempted murder figures for South Africa, resulting in inflated numbers. This is confirmed by the 1999 Global Report on Crime and Justice published by the United Nations Office for Drug Control and Crime Prevention. Altbeker wrote extensively about the challenges with international crime data collection and comparison in a separate paper.

Both McCafferty and Hofmeyr’s claims about murder number discrepancies must therefore be dismissed.

White death in a time of democracy

Whites are far less likely to be murdered than their black or coloured counterparts,” Lizette Lancaster, who manages the Institute for Security Studies crime and justice hub, told Africa Check. This is supported by an analysis of a national sample of 1,378 murder dockets conducted by police in 2009.  In 86.9% of the cases, the victims were Africans. Whites accounted for 1.8% of the cases (although whites make up 8.85% of the population).

According to Lancaster official police statistics show that between April 1994 and March 2012 a total of 361 015 people were murdered in South Africa. Applying the 1.8% figure, it would mean that roughly 6,498 whites have been murdered since April 1994.

Even if there were some variation on the 1.8% figure, the number of white murder victims would still fail to come anywhere close to filling a soccer stadium. The fact is that whites are less likely to be murdered than any other race in South Africa. The current murder rate of white South Africans is also equivalent to, or lower than, murder rates for whites recorded between 1979 and 1991.

According to the 2011/12 SAPS annual report, Lancaster said,“only about 16% of murders occurred during the commission of another crime, mainly aggravated robbery. About 65% of murders started off as assaults due to interpersonal arguments and fuelled by alcohol and/or drugs, result[ing] in a murder”. The vast majority of murders are, she said,“social fabric crimes often perpetrated by friends or loved ones”.

The 2012 Victims of Crime Survey confirmed this assertion, stating that 16.1% of victims were “murdered by unknown people from outside their residential area” with an additional 10.9% of “murders … committed by known perpetrators outside [the victims’] residential area”, and the balance of homicides committed by community members, spouses and friends or acquaintances.

Even if the proportion of “outsider” crime was doubled for white homicide victims, this would still fall drastically short of the “77.3%” of white murders that Hofmeyr appears to claim are at the hands of black perpetrators.

Farm attacks

The interpretation of data on “farm attacks” is problematic as it relies on old police data and current, self-reported data collected and submitted by the Transvaal Agricultural Union of South Africa (TAUSA).

TAUSA figures for the 22 years between 1990 and 2012 state that 1,544 people were killed in farm attacks, an average of about 70 a year or one every 5.2 days. A report by trade union Solidarity, issued in 2012, found that 88 farmers were murdered in the 2006 to 2007 financial year.

So was Hofmeyr correct in claiming that “a white farmer is slaughtered every five days”?

According to a 2003 police committee of inquiry into farm attacks, cited by Solidarity, 38.4% of farm attack victims were described as being black, coloured or Asian. TAUSA’s figures suggest that 208 (or 13.5%) of those murdered in farm attacks between 1990 and 2012 were black.

Hofmeyr’s statement that a white farmer is murdered every five days is therefore also incorrect. The claim would only be true if he included all farm attack victims of all races.

Conclusion: Hofmeyr’s claims are grossly incorrect

Hofmeyr’s claims are incorrect and grossly exaggerated the level of killings.

South Africa certainly has one of the highest crime rates in the world and one that is characterised by a particularly high rate of violent crime. This is not an area where degrees of comparison offer any form of comfort. South Africans are affected daily by crime.

South Africa remains gripped by its fear of crime. In the 2012 Victims of Crime Survey, about 35% of households believed that crime had increased since the previous period.

Public figures like Hofmeyr, who disseminate grossly misleading information about crime patterns, only serve to contribute to this underlying fear. In addition, such misinformation creates or entrenches existing racial divisions and perpetuates an unfounded fear and hatred of other races.

Edited by Julian Rademeyer

Additional reading:

Where murder happens in South Africa

Farm murders: A national priority? (PowerPoint)

BLOG: Why it is more dangerous to be a farmer than a policeman in South Africa

FACTSHEET: South Africa’s official crime statistics for 2012/13

FACTSHEET: South Africa’s official crime statistics for 2013/14

A guide to crime statistics in South Africa

The politics of crime statistics

On 1 July Steve Hofmeyr issued a written response to both this report and an article confirming Africa Check’s findings which was published by the Afrikaans newspaper, Rapport.

The numerous claims Hofmeyr made and the “statistics” he presented do not add up. Since it was published, his post has had to be updated several times, removing, among other things, data that he claimed related to South Africa which actually came from another continent (and was also misconstrued).

Hofmeyr’s strongest argument boiled down to this: “Far more than facts, it is people’s emotions and experiences that matter … So ‘our people die like flies’ is still applicable, emotionally – and does not need to be supported by facts.”

Africa Check understands that perceptions do of course matter. As stated in our report, South Africa has one of the highest crime rates in the world and all murders are to be abhorred. Crime data, like all data everywhere, could and should be improved. This is something Africa Check is campaigning for. However, this is not a reason to dismiss inconvenient facts as Mr Hofmeyr does.

The sooner we all understand the reality of crime as it affects all individuals, the better that those living in South Africa will be able to engage with, participate in or lobby for initiatives aimed at addressing the very real problems that do exist, and that affect individuals from every community. Crime touches all of us, irrespective of race.

2 July 2013


FRANCOIS FILLON PRESIDENT ! (Contre le retour de la stasi maintenant, la seule véritable alternance, c’est François Fillon !)

26 mars, 2017
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Il faut dire que la rivale victorieuse de Bartolone a fait de la lutte contre la drogue un de ses thèmes de campagne … Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé
«L’émission de France 2, c’est du jamais vu! Du début à la fin, ce sont des interlocuteurs à charge. On a atteint un sommet de la caricature. » «Ça me profite. Ça provoque chez les Français un réflexe démocratique. Plus on m’attaque, plus je suis en forme! Madame Angot m’a fait du bien. Je vais gagner cette élection en partie grâce à vous. Une partie de la presse a décidé d’une scénarisation et ne veut pas en sortir. Mais une grande partie des Français veut l’alternance, qui ne peut pas être Emmanuel Macron. Je ne crois pas un instant à ces sondages. Je ne dis pas qu’ils n’ont pas de sens. Mais la situation politique est tellement instable, la campagne est tellement perturbée que vous ne pouvez pas vous fier à un moment donné. J’ai l’expérience des campagnes. Je sais que quand il y a du monde, je sais quand les gens ne viennent pas. Il n’y a jamais eu autant de monde. Il y avait 4000 personnes (vendredi soir à Biarritz), ce sont des signes qui ne trompent pas.»(…) «Qu’est-ce que vous voulez que je leur dise. Ce sont des militants politiques. Pourquoi j’irai leur parler? Ils viennent pour empêcher ma campagne. Vous croyez vraiment que ce sont des gens sincères? La plupart du temps, ce sont des gens d’extrême gauche. Les gens qui tapent dans des casseroles, ce n’est pas de la démocratie.» (…) «Vous avez un candidat à la présidentielle qui a gagné 3,5 millions et qui a déclaré 350.000 euros de patrimoine. Et ça ne vous pose aucun problème. (…) il y a un mouvement de fond pour Emmanuel Macron comme il y avait un mouvement de fond pour Alain Juppé, parce que c’était rassembleur». «Mais la France ne correspond pas à ça et l’élection sera différente. «Son programme se socialise au fur et à mesure que le temps passe! On aurait pu penser qu’Emmanuel Macron avait une vraie politique à proposer, maintenant c’est fini. Sur tous les sujets c’est une stratégie qui consiste à faire plaisir à tout le monde».(…) «Il y a deux ans, Emmanuel Macron était sur les mêmes positions que moi ». «Il nous est même arrivé d’en parler tous les deux. Et à mesure que la campagne avance, il s’adapte aux discours de gauche. Mais le désir d’alternance (des Français) il va le prendre en pleine face!» (…) «Il va finir par être le candidat des socialistes» (…) ‘il y a un certain opportunisme. Les gens pas sélectionnés pour les législatives veulent tenter leur chance chez Macron» (…) «Dutreil, c’était le meilleur ami de Bourgi. C’est lui qui lui a obtenu la légion d’honneur!» (…) «Personne n’a envie de continuer avec François Hollande et ses amis» (…) «La gauche a fait une erreur magistrale en réclamant mon départ! Demander à trente jours de l’élection présidentielle du seul candidat qui représente la droite, c’est un déni de démocratie incroyable».(…) «le président a une responsabilité considérable». «Sa première responsabilité, c’est de faire en sorte que le débat démocratique se déroule dans des conditions normales». «Deuxième chose, des soupçons de plus en plus lourds pèsent sur le rôle de Français Hollande dans cette affaire»(…) ««Nous en sommes en train d’identifier toutes les infractions mentionnées dans le livre Bienvenue Place Beauvau et dans les jours qui viennent un certain nombre de mes amis rendront publiques ces infractions et demanderont qu’une enquête soit ouverte» (…) «On est dans une situation où il est probable que compte tenu des procédures judiciaires je sois sur écoute quand j’apprends que le Président se fait remonter les résultats des écoutes judiciaires à l’Elysée». «Cela veut dire que le président de la République peut potentiellement écouter un candidat à l’élection présidentielle. Mais attendez, on est dans quelle démocratie là?» (…) «Pour la petite histoire je ne reçois pas de SMS pendant le débat. D’ailleurs, je n’en ai pas besoin. Je regardais l’heure parce qu’il y a des moments où c’était un peu long. Et je regardais un compte WhatsApp». (…) «Je regardais les commentaires des députés sur le débat, ça m’amusait de voir comment ils réagissaient».François Fillon

Contre le retour de la stasi maintenant, la seule véritable alternance, c’est François Fillon !

Les confidences de François Fillon sur la campagne : «Je vais gagner»
Le candidat Les Républicains juge «probable» d’être sur écoute puisque dit-il, «le Président se fait remonter les résultats des écoutes judiciaires à l’Elysée».
Marion Mourgue
Le Figaro
25/03/2017

De notre envoyée spéciale à Biarritz

Alors qu’il finissait un déjeuner avec des agriculteurs et des élus locaux dans une cidrerie près de Biarritz, François Fillon est venu voir la presse un petit moment pour le café. Au milieu des assiettes non desservies, le candidat voit un reporter essayer de faire un peu de ménage. «Ce n’est pas la peine, je suis un homme du peuple», démarre-t-il dès le départ comme une réponse à la question jeudi soir de David Pujadas, «M. Fillon, êtes-vous un homme d’argent?»

De cette soirée, il en a été beaucoup question. Si le candidat à la présidentielle a expliqué qu’elle lui avait «consommé beaucoup d’énergie», il s’est surtout insurgé contre le traitement qu’il avait eu. «L’émission de France 2, c’est du jamais vu! Du début à la fin, ce sont des interlocuteurs à charge. On a atteint un sommet de la caricature», indique-t-il, convaincu qu’in fine ce sera bénéfice pour lui. «Ça me profite. Ça provoque chez les Français un réflexe démocratique. Plus on m’attaque, plus je suis en forme! Madame Angot m’a fait du bien», sourit-il.

Devant les journalistes qui l’entourent, François Fillon se dit convaincu d’être déjà «qualifié» pour le second tour et persuadé de l’emporter. «Je vais gagner cette élection en partie grâce à vous. Une partie de la presse a décidé d’une scénarisation et ne veut pas en sortir. Mais une grande partie des Français veut l’alternance, qui ne peut pas être Emmanuel Macron.»

Comme pendant la primaire, l’ancien premier ministre est persuadé que les enquêtes d’opinion ne veulent rien dire. «Je ne crois pas un instant à ces sondages. Je ne dis pas qu’ils n’ont pas de sens. Mais la situation politique est tellement instable, la campagne est tellement perturbée que vous ne pouvez pas vous fier à un moment donné», déclare-t-il. A ses yeux, le seul vrai indicateur reste le terrain et surtout les réunions publiques qu’il enchaîne désormais à un rythme plus soutenu. «J’ai l’expérience des campagnes. Je sais que quand il y a du monde, je sais quand les gens ne viennent pas. Il n’y a jamais eu autant de monde. Il y avait 4000 personnes (vendredi soir à Biarritz), ce sont des signes qui ne trompent pas.»

Et si désormais à chaque déplacement il est accueilli par un concert de casseroles, voire d’œufs comme samedi matin à Cambon-les-Bains, le candidat LR n’a pas l’intention d’y répondre. «Qu’est-ce que vous voulez que je leur dise, lâche-t-il. Ce sont des militants politiques. Pourquoi j’irai leur parler? Ils viennent pour empêcher ma campagne. Vous croyez vraiment que ce sont des gens sincères? La plupart du temps, ce sont des gens d’extrême gauche», juge-t-il. «Les gens qui tapent dans des casseroles, ce n’est pas de la démocratie.»

En pleine face

Si François Fillon se montre très critique à l’égard de la presse, il l’est encore plus à propos d’Emmanuel Macron dont il estime que les médias sont trop cléments avec lui. «Vous avez un candidat à la présidentielle qui a gagné 3,5 millions et qui a déclaré 350.000 euros de patrimoine. Et ça ne vous pose aucun problème», entame-t-il. Constatant que l’ancien ministre semble bénéficier d’une dynamique, il reconnaît «un mouvement de fond pour Emmanuel Macron comme il y avait un mouvement de fond pour Alain Juppé, parce que c’était rassembleur», expose-t-il sans laisser apparaître une quelconque inquiétude. «Mais la France ne correspond pas à ça et l’élection sera différente.»

A ses yeux, le candidat d’En Marche! se serait même affadi. «Son programme se socialise au fur et à mesure que le temps passe! On aurait pu penser qu’Emmanuel Macron avait une vraie politique à proposer, maintenant c’est fini. Sur tous les sujets c’est une stratégie qui consiste à faire plaisir à tout le monde». De plus en plus sévère à l’égard de l’ancien conseiller de François Hollande, François Fillon poursuit: «Il y a deux ans, Emmanuel Macron était sur les mêmes positions que moi», en détaillant plus particulièrement les 35 heures et l’ISF. «Il nous est même arrivé d’en parler tous les deux. Et à mesure que la campagne avance, il s’adapte aux discours de gauche. Mais le désir d’alternance (des Français) il va le prendre en pleine face!»

François Fillon dit ne pas s’inquiéter des ralliements qui se multiplient en faveur du candidat d’En Marche! «Il va finir par être le candidat des socialistes», s’amuse-t-il en rappelant les ralliements des ex-ministres. Et quand on lui rappelle le soutien d’élus de droite, il explique qu’il«y un certain opportunisme. Les gens pas sélectionnés pour les législatives veulent tenter leur chance chez Macron», souffle-t-il. Fillon s’arrête sur le nom de l’ancien ministre Renaud Duteil, ex-chiraquien rallié à Emmanuel Macron. «Dutreil, c’était le meilleur ami de Bourgi. C’est lui qui lui a obtenu la légion d’honneur!», lance-t-il en renvoyant la balle dans l’autre camp.

Car si François Fillon reconnaît que «l’avalanche de polémiques et d’affaires» le «fragilise» et que le «FN profite de tout ça» – bien qu’il ne voit pas Marine Le Pen «en mesure de gagner l’élection présidentielle» -, il parie sur «le besoin d’alternance dans le pays». «Personne n’a envie de continuer avec François Hollande et ses amis», martèle-t-il.

Justement, François Fillon en vient à parler de «l’acharnement contre» lui «fait pour (l’)éliminer» et du communiqué du PS de mercredi réclamant son retrait de la campagne. «La gauche a fait une erreur magistrale en réclamant mon départ!», s’indigne-t-il. «Demander à trente jours de l’élection présidentielle du seul candidat qui représente la droite, c’est un déni de démocratie incroyable».

Le candidat LR cite nommément François Hollande: «le président a une responsabilité considérable». «Sa première responsabilité, c’est de faire en sorte que le débat démocratique se déroule dans des conditions normales», insiste le candidat. «Deuxième chose, des soupçons de plus en plus lourds pèsent sur le rôle de Français Hollande dans cette affaire», affirme-t-il en reprenant les accusations qu’il avait portées jeudi soir contre le chef de l’Etat et l’existence d’un «cabinet noir» à l’Elysée. ««Nous en sommes en train d’identifier toutes les infractions mentionnées dans le livre Bienvenue Place Beauvau et dans les jours qui viennent un certain nombre de mes amis rendront publiques ces infractions et demanderont qu’une enquête soit ouverte», détaille-t-il.

Mais François Fillon va plus loin. «On est dans une situation où il est probable que compte tenu des procédures judiciaires je sois sur écoute quand j’apprends que le Président se fait remonter les résultats des écoutes judiciaires à l’Elysée», déclare Fillon. «Cela veut dire que le président de la République peut potentiellement écouter un candidat à l’élection présidentielle. Mais attendez, on est dans quelle démocratie là?», s’insurge-t-il.

Et parce qu’il avait son téléphone dans la main, François Fillon en profite pour faire passer un message. «Pour la petite histoire je ne reçois pas de SMS pendant le débat. D’ailleurs, je n’en ai pas besoin. Je regardais l’heure parce qu’il y a des moments où c’était un peu long. Et je regardais un compte WhatsApp», affirme-t-il. Le député LR Lionel Tardy qui l’accompagnait ce matin a créé un groupe de discussion pour les élus qui soutiennent François Fillon. «Je regardais les commentaires des députés sur le débat, ça m’amusait de voir comment ils réagissaient», glisse Fillon.

A trente jours du premier tour, François Fillon se veut plus «en forme» que jamais. «Je ne redoute rien du tout», conclut-il.


Ecoutes de l’Elysée: Hollande m’a mis sur écoute (Fillon, quoting new book, says Hollande had him tapped)

24 mars, 2017
L’Élysée n’écoute rien. Il n’y a pas de système d’écoutes ici (…). Moi, personnellement, je n’en ai jamais lu une seule. François Mitterrand (02.04. 1993)
Il n’y a pas de cabinet noir à l’Elysée. Il y a un cabinet qui travaille mais nous n’avons pas à nous mêler des affaires et ma position a toujours été l’indépendance de la justice, le respect de la présomption d’innocence, et ne jamais interférer. C’est très différent de mes prédécesseurs. François Hollande (24/03/2017)
Le président Obama est tombé bien bas pour mettre mes téléphones sur écoute durant une période d’élections sacrée. C’est Nixon/Watergate. Une personne malfaisante (ou malade)! Donald Trump
N’oubliez pas : quand je dis écoutes téléphoniques, ces mots étaient entre guillemets […] parce que les écoutes téléphoniques, c’est quelque chose de plutôt vieux jeu. Mais cela recouvre vraiment la surveillance et beaucoup d’autres choses. Donald Trump
Vous savez pourquoi ils m’ont invitée ? Parce que, ce que je viens de vous dire, eux [les journalistes] ne peuvent pas le dire. Christine Angot
Je vais mettre en cause le président de la République. Il y a un livre sur le ministère de l’Intérieur et la place Beauvau dont j’ai pu lire les bonnes feuilles et qui explique comment Hollande fait remonter les écoutes judiciaires à son bureau, comment il est au courant des moindres faits et des filatures. On cherchait un cabinet noir, on l’a trouvé. Je demande qu’une enquête soit ouverte sur les allégations qui sont portées dans ce livre, parce que c’est un scandale d’Etat. Si ce qui est écrit dans ce livre est vrai, je pense que dans l’histoire récente de la Ve République, un chef d’Etat n’est jamais allé aussi loin dans l’illégalité, la prise de pouvoir sur des services sur lesquels il ne devrait pas avoir autorité. François Fillon
J’ai simplement dit qu’il y a un livre qui sort, dont j’ai découvert le contenu ces derniers jours. Il décrit un mécanisme incroyable d’intervention du pouvoir dans les affaires judiciaires. J’ai simplement dit que ce livre fait des révélations qui, si elles s’avèrent exactes, sont un scandale d’État. Il dit que les écoutes remontent directement à l’Elysée, que le président de la République a connaissance de toutes les procédures, etc. Je ne sais pas si c’est vrai ! Donc, il doit y avoir une enquête. François Fillon
Le retour aux affaires des chiraquiens nourrit bien évidemment le soupçon d’un cabinet noir.  Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire!  Mais l’addition d’indices troubles et de témoignages étonnants interroge. Plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil ploicier nous ont ainsi décrit par le menu l’existence d’une structure clandestine, aux ramifications complexes et dont le rayon d’action ne serait pas cantonné au seul renseignement territorial.  (…) Pour orchestrer les affaires judiciaires il existe une mécanique complexe aussi efficace que redoutable. Hollande a su en tirer profit. D’abord il y a Tracfin, le service de renseignement de Bercy, le ministère piloté durant tout le quinquennat par Michel Sapin, un ami de quarante ans du Président. La plupart des affaires judiciaires qui ont empoisonné Sarko et les siens ont trouvé leurs racines ici, dans cet immeuble ultra-sécurisé du 9e arrondissement de Paris, entièrement classé secret-défense. Là, cent vingt fonctionnaires sont habilités à fourrer leur nez dans les comptes en banque de n’importe qui.  Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé
Quelquefois ce n’est pas l’information elle-même qui est révélatrice de l’époque dans laquelle nous vivons, mais plutôt les réactions qu’elle suscite, et la manière dont elle nous est présentée. Ou occultée. (…) Hier, au cours d’une conférence de presse, Devin Nunes, actuel président de la Commission du renseignement de la Chambre des représentants a confirmé que des agences de renseignement américaines avaient collecté des informations concernant des citoyens américains participant au processus de transition de l’administration suite à l’élection de Donald Trump. Il a précisé que ces collectes, très probablement légales, avaient été réalisées entre novembre 2016 et janvier de cette année et ne concernaient en aucune manière la Russie.   Le problème, selon lui, est qu’un certain nombre de ces documents laissaient clairement deviner l’identité réelle des citoyens américains concernés, et que ces documents avaient largement circulé parmi des responsables (autorisés) de l’administration Obama  (…) Il a ajouté que la Commission du renseignement allait procéder à une enquête approfondie concernant ces opérations de surveillance et la dissémination des informations (confidentielles, ndlr) qui en résultèrent. Soulignant que ces écoutes avaient probablement été récoltées de manière fortuite, c’est-à-dire que les personnes concernées n’étaient pas directement visées par la surveillance, Devin Nunes a jugé troublant que leurs identités aient été «dévoilées» et s’est interrogé sur les raisons de ce choix. Mais le fait que l’élu républicain aille directement voir le locataire de la Maison Blanche sans informer au préalable les autres membres de la Commission du renseignement a provoqué le colère des démocrates qui ont dénoncé un coup politique. Lors d’une audition parlementaire lundi, le directeur du FBI avait affirmé ne disposer d’aucune information permettant d’accréditer la thèse d’écoutes de la Trump Tower mise en avant par Donald Trump. (…) C’est étrange, à l’époque où nous vivons, plus connectée que jamais, les nouvelles ont toujours du mal à franchir l’Atlantique, et quand elles le font, quelquefois, le contenu fait penser à ce qui reste d’un message après avoir été transmis par « téléphone arabe ». Alors précisons tout de suite que cette news avait fait l’objet d’une dépêche AFP dont le contenu reste encore accessible aujourd’hui dans le cache de Google.  Bon alors évidemment, c’est l’AFP, c’est l’aspect « téléphone arabe » de la chose.  Soit ils sont sourds, soit ils sont moins-comprenants, soit [mettez ici ce que vous voulez]. Parce qu’en effet le contenu (…) Ne semble pas refléter (c’est un euphémisme) les propos de l’intéressé, dont la vidéo est disponible un peu partout. Et dans la presse française ça devient… Apparemment, quelques idées se seraient encore perdues en cours de route, d’autres auraient été ajoutées, bref, c’est plus de l’intox, ça confine à l’art abstrait (France24) : Le président de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants a affirmé mercredi que des communications de l’équipe Trump, voire de Donald Trump lui-même, avaient été interceptées pendant la période de transition. Donald Trump, dans la tourmente pour avoir accusé sur Twitter, sans éléments de preuve, Barack Obama de l’avoir placé sur écoute, s’est dit, mercredi 22 mars, conforté par les déclarations d’un élu républicain sur de possibles opérations de surveillance qui n’avaient pas été révélées à ce jour. Devin Nunes, président de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants, a affirmé, tout en restant avare en détails, que les agences de renseignement américaines avaient intercepté des communications des membres de l’équipe Trump, voire de Donald Trump lui-même, durant la période de transition. «Il y a beaucoup d’informations dans les rapports que j’ai vus qui m’amènent à penser que l’administration précédente et nombre d’agences avaient une très bonne idée de ce que le président élu Trump faisait», a déclaré l’élu républicain, après avoir rencontré le chef de l’État à la Maison Blanche. «J’ai pensé qu’il était important que le président le sache», a-t-il ajouté. Donald Trump, qui s’exprimait au même moment lors d’une table ronde avec des élus afro-américains, a fait part de sa satisfaction. « Êtes-vous conforté par ces déclarations ? », lui a demandé un journaliste.  « Oui, d’une certaine manière. Je suis content qu’ils aient trouvé ce qu’ils ont trouvé », a-t-il répondu, sans autres précisions. Soulignant que ces écoutes avaient probablement été récoltées de manière fortuite, c’est-à-dire que les personnes concernées n’étaient pas directement visées par la surveillance, Devin Nunes a jugé troublant que leurs identités aient été «dévoilées» et s’est interrogé sur les raisons de ce choix. Mais le fait que l’élu républicain aille directement voir le locataire de la Maison Blanche sans informer au préalable les autres membres de la Commission du renseignement a provoqué le colère des démocrates qui ont dénoncé un coup politique. Lors d’une audition parlementaire lundi, le directeur du FBI avait affirmé ne disposer d’aucune information permettant d’accréditer la thèse d’écoutes de la Trump Tower mise en avant par Donald Trump. Source France24 avec AFP (…)  Exit donc le principal sujet de la conférence, à savoir que le nom des personnes sous écoutes étaient facilement reconnaissables (quand ils n’étaient pas en clair), et bonjour un tout nouveau grief, qui ne figure absolument pas dans la déclaration de l’intéressé : « voire de Donald Trump lui-même ».  Or Devin Nunes a déclaré, au contraire, que ces écoutes concernaient des personnes liées à la transition présidentielle, et non le président lui-même ou des membres de l’équipe de campagne (cela se passe après l’élection, ndlr). Une accusation pareille serait gravissime, surtout venant du président de la Commission du Renseignement, et à ce titre, l’invention pure et simple d’un pareil argument devrait valoir au journal qui l’aurait publié un joli macaron DecodexTM rouge, et la qualification de « fake news » sans parler du joli petit article dans Crosscheck qui va bien avec. Le Vilain petit canard
Les écoutes de l’Élysée, c’est l’un des premiers scandales de la présidence Mitterrand. En 1982, le chef de l’État souhaite la création d’une cellule antiterroriste à l’Élysée. Plusieurs gendarmes, dont Christian Prouteau, la composent. Il s’agit alors d’assurer la protection du président, ébranlée après l’attentat de la rue des Rosiers, et pour les gendarmes de dénicher de vraies informations afin de gommer l’affaire des Irlandais de Vincennes. Mais l’objet de la cellule déborde vite de ce cadre, qu’on pourrait qualifier d’intérêt général. Les gendarmes ouvrent de plus en plus grandes leurs oreilles. Les vingt lignes téléphoniques mises à leur disposition tournent à plein régime, hors des circuits officiels, au service quasi personnel de François Mitterrand. Avec des mobiles souvent fallacieux, on épie Jean-Edern Hallier – décidé à révéler l’existence de Mazarine Pingeot -, Carole Bouquet – peut-être parce que son mari d’alors était proche de la présidence algérienne -, Charles Pasqua, l’académicien Michel Droit… Et, dans cette liste assez extravagante, le journaliste du Monde Edwy Plenel, dont la mise sur écoute fut demandée expressément par François Mitterrand. L’affaire est jugée en 2004. Sur le banc des accusés, douze prévenus, douze maillons de la chaîne, du supergendarme Christian Prouteau à l’ancien directeur de cabinet de François Mitterrand, Gilles Ménage, en passant par celui du Premier ministre Laurent Fabius, Louis Schweitzer. François Mitterrand, décédé huit ans plus tôt, n’en est pas moins au coeur des débats. C’est le tribunal qui l’affirme : « Un grand nombre des écoutes reprochées aux différents prévenus ont pour origine une décision ou un choix émis par la plus haute autorité de l’État, à savoir le président de la République. » Sept des onze prévenus, dont Prouteau et Ménage, sont condamnés, ce que confirmera la Cour de cassation. Au tribunal, il manque un prévenu : le capitaine Guézou, le gendarme qui transcrivait les conversations et les apportait à l’Élysée. Le 12 décembre 1994, quelques jours après sa mise en examen, il s’est pendu. Le Point
Très clairement, un système a été mis en place, des hommes de confiance ont été placés à des postes stratégiques de façon à faire remonter les informations utiles. Ce qu’on appelle informations utiles, évidemment à l’Elysée, ce sont les informations qui concernent les affaires judiciaires qui visent Nicolas Sarkozy. (…) C’est simplement une organisation en fait. On appelle ça un cabinet noir mais c’est la mise en place d’une organisation, c’est-à-dire d’un système de relais au Ministère de la Justice, donc au cabinet du ministre, de la ministre à l’époque où on écrivait encore. Et puis aussi au Ministère de l’Intérieur et en tout cas, dans tous les endroits où des informations susceptibles d’être utilisées peuvent remonter. Stéphanie Marteau (20/04/2016)
Pour nous, l’affaire la plus symptomatique, c’est celle des écoutes contre Nicolas Sarkozy dans l’affaire incidente Bettencourt lorsque le parquet national financier lance une enquête sur le financement de la campagne électorale de 2007 de Nicolas Sarkozy. (…) En fait, on choisit en général les gens qui sont amenés à enquêter sur ces affaires. (…) Très concrètement, les policiers sont choisis en fonction de leurs états de service en général proches du pouvoir. Et notamment, l’enquête qui a été menée sur cette affaire par l’Office anticorruption de la Direction centrale de la Police judiciaire était dirigée et l’équipe d’enquête est clairement proche du pouvoir et proche du parti socialiste. (….) On choisit les gens mais ce ne sont pas que des magistrats. (…) Vous avez aussi des magistrats qui résistent. Par exemple, le procureur-général François Faletti (…) qu’on a mis à la retraite d’office, qui est quelqu’un qui a longtemps résisté à cette tendance à divulguer des informations sorties du dossier d’instruction afin qu’elles soient médiatisées et portent préjudice évidemment à Nicolas Sarkozy. Aziz Zemouri  (20/04/2016)
Les auteurs ne valident pas à proprement parler cette thèse du cabinet noir. « Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire! » Mais ils pointent tout de même « l’addition d’indices troubles et de témoignages étonnants. (…) Plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil policier nous ont ainsi décrit par le menu l’existence d’une structure clandestine, aux ramifications complexes ». En fait, sans apporter la démonstration d’une orchestration des affaires judiciaires, ils éreintent la thèse selon laquelle l’Elysée aurait découvert la mise sur écoute de Nicolas Sarkozy dans la presse. Et les auteurs d’affirmer que François Hollande, comme d’autres avant lui, a utilisé les administrations régaliennes pour recueillir des informations sur ses adversaires politiques. « L’impréparation, la méconnaissance de l’appareil policier et judiciaire ainsi que les circonstances ont très vite amené François Hollande à renier ses principes et adopter des méthodes qui n’ont rien à envier à celles de ses prédécesseurs ». Le livre décrit surtout comment l’Elysée a tenté de faire pièce aux réseaux sarkozystes, qui avaient noyauté l’appareil policier et judiciaire depuis une décennie. François Hollande a ainsi placé soit des proches soit des anciens chiraquiens à la plupart des postes clefs: à Tracfin, la cellule de renseignement de Bercy, à la Direction des affaires criminelles et des grâces, place Vendôme, et bien sûr au sein des renseignements et de la police.  Un chapitre est notamment consacré à Bernard Bajolet, patron de la DGSE, le service extérieur. Surnommé « l’autre espion du président », il reste tout de même relativement épargné par les auteurs. « Il est à Hollande ce que Squarcini était à Sarkozy, la faconde en moins, la rigueur et le courage en plus. L’un était flic de renseignement, amateur de coups tordus. L’autre est un diplomate, expert en rapport de force ». Le livre s’attarde aussi longuement sur l’affrontement, plus surprenant, entre François Hollande et Manuel Valls pour le contrôle de l’appareil d’Etat. Car il n’y a pas que les sarkozystes qui accusent l’Elysée d’avoir fomenté des coups bas contre leur champion, les vallsistes aussi. L’enquête sur le financement de l’orchestre de son épouse Anne Gravoin, qui a fuité dans l’Obs, aurait ainsi été conduite par « une société d’intelligence économique proche de l’Élysée, qui travaille en sous-main avec la DGSE… » Ils notent aussi qu’un proche de Hollande, Pierre-René Lemas, à la tête de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), est à l’origine de l’enquête judiciaire sur les contrats noués entre la CDC et le criminologue Alain Bauer, ami intime de Valls. Challenges
«La seule personne qui croit qu’il y a un cabinet noir à l’Élysée, c’est François Fillon », s’aventure même notre volatile, très vite devenu bien tatillon. Comparons. «Derrière ces ennuis à répétition qui ciblent les principaux rivaux du président sortant, difficile de ne pas voir la patte de Hollande», écrit celui qui dénonce (dénonçait ?) dans son livre « les secrets inavouables d’un quinquennat ». On pourrait s’arrêter là. Mais, bon public, continuons. « Pour orchestrer les affaires judiciaires il existe une mécanique complexe aussi efficace que redoutable. Hollande a su en tirer profit. D’abord il y a Tracfin, le service de renseignement de Bercy, le ministère piloté durant tout le quinquennat par Michel Sapin, un ami de quarante ans du Président[sic]. La plupart des affaires judiciaires qui ont empoisonné Sarko et les siens ont trouvé leurs racines ici, dans cet immeuble ultra-sécurisé du 9e arrondissement de Paris, entièrement classé secret-défense. Là, cent vingt fonctionnaires sont habilités à fourrer leur nez dans les comptes en banque de n’importe qui. » Encore ? « Depuis l’arrivée de Hollande au pouvoir, c’est comme si une malédiction judicaire s’était abattue sur son prédécesseur. » Une dernière : un « cabinet noir » ? « Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire ! » Mais il existe une « addition d’indices troubles et de témoignages étonnants » En effet, Didier Hassoux « n’a pas dit ça ».  Mieux, on déduit de la lecture de son enquête que François Hollande serait à l’origine de toutes les affaires qui ont touché le camp adverse pendant son mandat, sauf de celle-là. C’est vrai quoi, François Fillon on n’y touche pas. La preuve, le président l’a (re)dit lui-même ce matin: « il n’y a pas de cabinet noir à l’Elysée » (il n’a pas parlé de Bercy). C’est clair ? « Macron c’est moi » mais François Fillon c’est pas moi ! Si le malheur de l’un fait le bonheur de mon poulain c’est totalement fortuit. « Moi président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit en chaque instant exemplaire. […] Moi président de la République, je ferai fonctionner la justice de manière indépendante. […]Moi président de la République, je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur. » J’utiliserai seulement comme tel celui de mon prédécesseur pour mieux faire en sorte de choisir mon successeur. Ah non pardon, ça non plus il ne l’a pas dit… Causeur
Les bonnes feuilles de Bienvenue Place Beauvau, Police : les secrets inavouables d’un quinquennat, que nous publions, éclaboussent comme jamais auparavant la présidence de François Hollande. L’affaire est grave. Elle met en lumière les dérives de la présidence de la République, qui a cherché à s’informer et à déstabiliser, par (presque) tous les moyens, ses opposants. Trois journalistes d’investigation lèvent ainsi le voile sur la manière dont François Hollande a tenté d’utiliser le ministère de l’Intérieur et ses outils de surveillance et de collecte d’informations pour servir sans succès un intérêt politique : sa réélection. Mais aussi la presse, en n’hésitant pas à faire fuiter opportunément des informations compromettantes sur ses opposants, jusque dans son propre camp, comme ce fut le cas manifestement contre Manuel Valls et son équipe rapprochée — son chef de cabinet sera photographié au téléobjectif. L’espionnage politique au sommet de l’État semble être devenu une manie, tout comme les nominations au sein de l’appareil judiciaire, pour pouvoir “être branché” en permanence avec les affaires politico-financières du moment. À lire les trois auteurs, les écoutes téléphoniques et la diffusion de leurs transcriptions sur des “blancs” se sont presque généralisées. Plus accablant : la production de ces notes blanches sur la vie privée de concurrents et sur les affaires judiciaires touchant à la politique a même explosé depuis 2012. Méthodiquement, chaque adversaire politique fait l’objet d’un traitement individuel avec une utilisation systématique de leviers variés : campagnes de presse, divulgations de procédures judiciaires, révélations et menaces sur la vie privée de candidats potentiels à la présidentielle. Les auteurs du livre ne l’affirment-ils pas ? « Derrière ces ennuis à répétition qui ciblent les principaux rivaux du président sortant, difficile de ne pas voir la patte de Hollande. » Pas vraiment classés à droite, Didier Hassoux, journaliste au Canard enchaîné, Christophe Labbé, qui a rejoint le “palmipède” il y a quelques mois après avoir été au Point pendant de longues années, tout comme Olivia Recasens, qui a quitté l’hebdomadaire il y a quelques semaines, publient cette enquête implacable nourrie aux meilleures sources. S’ils révèlent que le chef de l’État ne s’était pas préparé à prendre en main l’appareil policier, ils racontent comment toutefois il se serait servi d’un cabinet noir pour discréditer ses concurrents à la présidentielle de 2017. Élection à laquelle il s’était préparé à concourir en duel face à Nicolas Sarkozy, avant de se prendre les pieds dans le tapis et de finalement disparaître du jeu. En octobre 2013, lorsque Valeurs actuelles révèle l’existence d’un cabinet noir à l’Élysée, personne n’imagine ce qui va être écrit moins de quatre ans plus tard dans ce livre, qui prouve et même aggrave — si les informations sont confirmées — les charges pesant contre l’Élysée. Une cellule aux ramifications profondes, dans les plus hautes sphères de l’appareil de l’État, a été mise en place par François Hollande. Objectif : empêcher par tous les moyens que Nicolas Sarkozy puisse se présenter à l’élection présidentielle. Écoutes abusives, fuites de dossiers judiciaires (en théorie protégés par le secret de l’instruction), publication des comptes rendus de ses auditions devant les juges et de ses conversations téléphoniques. Les policiers et les magistrats qui nourrissent la presse, en violation de la loi, ne seront jamais inquiétés. Sous la pression, Nicolas Sarkozy sera même obligé d’ouvrir une ligne sous un faux nom — Paul Bismuth — afin d’échanger avec son avocat — un comble ! — pour échapper aux écoutes. Même ce téléphone finira par être identifié par la justice et finalement placé, lui aussi, sur écoute. Le système médiatique, aidé par une partie de l’appareil judiciaire et de certains fonctionnaires de police, participe ainsi au petit jeu de massacre. Alors qu’arrive la fin du quinquennat, les langues se délient. Et les acteurs de la présidence Hollande livrent les secrets les plus inavouables. Déjà, dans l’Élysée off , Stéphanie Marteau et Aziz Zemouri, en 2016, confirmaient : « Oui, il y a bien un cabinet noir à l’Élysée. » Selon eux, les informations collectées transitent par Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire général de l’Élysée, qui les « distille ensuite au président de la République ». Sans surprise, François Fillon est depuis le début de sa campagne sous le feu nourri du même système qui ne veut pas de candidat de droite à la présidentielle. Qu’il s’appelle Sarkozy ou Fillon. Le candidat aura mis du temps à établir les liens. Il a affaire aux mêmes juges que Nicolas Sarkozy : Serge Tournaire, Aude Buresi ; au même service d’enquête, l’OCLCIFF ; au même parquet, le PNF ; les journalistes qui bénéficient de la violation du secret de l’instruction pour publier leurs scoops sont aussi précisément les mêmes. La technique des “poupées russes” ou des “filets dérivants” se révèle d’une efficacité redoutable : une affaire permet d’en ouvrir une autre, et ainsi de suite. Diaboliquement efficace pour convaincre l’opinion publique de la culpabilité d’un homme politique. Mais aussi, de moins en moins discrète, c’est l’objet de cette enquête : montrer comment, depuis le sommet de l’État, sont orchestrées les cabales politiques, judiciaires et médiatiques. Valeurs actuelles

Surveillance, écoutes abusives, diffusion de leurs transcriptions sur des “blancs”, collecte d’informations,  fuites opportunes d’informations compromettantes et de dossiers judiciaires (en théorie protégés par le secret de l’instruction), publication dans la presse des comptes rendus des auditions devant les juges et des conversations téléphoniques, nominations au sein de l’appareil judiciaire pour pouvoir “être branché” en permanence avec les affaires politico-financières du moment, campagnes de presse, divulgations de procédures judiciaires, révélations et menaces sur la vie privée de candidats potentiels à la présidentielle, cabinet noir pour discréditer ses concurrents, technique des “poupées russes” ou des “filets dérivants” (une affaire permet d’en ouvrir une autre, et ainsi de suite) …

Nous avions un Obama Big brother à l’Elysée et nous ne le savions pas !

A l’heure où commencent à se confirmer aux Etats-Unis les rumeurs d’écoutes de l’Administration Obama …

Pour tenter d’empêcher l’élection puis de discréditer l’élu du peuple américain …

Au lendemain d’une invitation du candidat de la droite sur la télévision d’Etat …

Qui, commissaire politique déguisée en « invitée surprise » comprise, avait tout d’un traquenard

Devinez qui de ce côté-ci de l’Atlantique …

Et 30 ans après les tristement célèbres écoutes du président Mitterrand

Semble se profiler derrière l’évidente machination

Qui entre campagnes de presse et divulgations de procédures judiciaires …

Et en dépit des étranges dénégations de dernière minute de ceux par qui le scandale est arrivé …

Vise à éliminer le seul candidat crédible de l’alternance ?

Les dossiers noirs de l’Élysée (écoutes, filatures, surveillance…)
Louis de Raguenel
Valeurs actuelles

23 mars 2017

En couverture. Écoutes, filatures, surveillance : un livre révèle les manoeuvres de François Hollande pour combattre ses adversaires politiques. Une enquête accablante qui achève le président sortant.

Les bonnes feuilles de Bienvenue Place Beauvau, Police : les secrets inavouables d’un quinquennat, que nous publions, éclaboussent comme jamais auparavant la présidence de François Hollande. L’affaire est grave. Elle met en lumière les dérives de la présidence de la République, qui a cherché à s’informer et à déstabiliser, par (presque) tous les moyens, ses opposants. Trois journalistes d’investigation lèvent ainsi le voile sur la manière dont François Hollande a tenté d’utiliser le ministère de l’Intérieur et ses outils de surveillance et de collecte d’informations pour servir sans succès un intérêt politique : sa réélection. Mais aussi la presse, en n’hésitant pas à faire fuiter opportunément des informations compromettantes sur ses opposants, jusque dans son propre camp, comme ce fut le cas manifestement contre Manuel Valls et son équipe rapprochée — son chef de cabinet sera photographié au téléobjectif.

« Difficile de ne pas voir la patte de Hollande »

L’espionnage politique au sommet de l’État semble être devenu une manie, tout comme les nominations au sein de l’appareil judiciaire, pour pouvoir “être branché” en permanence avec les affaires politico-financières du moment. À lire les trois auteurs, les écoutes téléphoniques et la diffusion de leurs transcriptions sur des “blancs” se sont presque généralisées. Plus accablant : la production de ces notes blanches sur la vie privée de concurrents et sur les affaires judiciaires touchant à la politique a même explosé depuis 2012. Méthodiquement, chaque adversaire politique fait l’objet d’un traitement individuel avec une utilisation systématique de leviers variés : campagnes de presse, divulgations de procédures judiciaires, révélations et menaces sur la vie privée de candidats potentiels à la présidentielle. Les auteurs du livre ne l’affirment-ils pas ? « Derrière ces ennuis à répétition qui ciblent les principaux rivaux du président sortant, difficile de ne pas voir la patte de Hollande. »

Pas vraiment classés à droite, Didier Hassoux, journaliste au Canard enchaîné, Christophe Labbé, qui a rejoint le “palmipède” il y a quelques mois après avoir été au Point pendant de longues années, tout comme Olivia Recasens, qui a quitté l’hebdomadaire il y a quelques semaines, publient cette enquête implacable nourrie aux meilleures sources. S’ils révèlent que le chef de l’État ne s’était pas préparé à prendre en main l’appareil policier, ils racontent comment toutefois il se serait servi d’un cabinet noir pour discréditer ses concurrents à la présidentielle de 2017. Élection à laquelle il s’était préparé à concourir en duel face à Nicolas Sarkozy, avant de se prendre les pieds dans le tapis et de finalement disparaître du jeu.

La technique des “poupées russes” ou des “filets dérivants” se révèle d’une efficacité redoutable

En octobre 2013, lorsque Valeurs actuelles révèle l’existence d’un cabinet noir à l’Élysée, personne n’imagine ce qui va être écrit moins de quatre ans plus tard dans ce livre, qui prouve et même aggrave — si les informations sont confirmées — les charges pesant contre l’Élysée. Une cellule aux ramifications profondes, dans les plus hautes sphères de l’appareil de l’État, a été mise en place par François Hollande. Objectif : empêcher par tous les moyens que Nicolas Sarkozy puisse se présenter à l’élection présidentielle. Écoutes abusives, fuites de dossiers judiciaires (en théorie protégés par le secret de l’instruction), publication des comptes rendus de ses auditions devant les juges et de ses conversations téléphoniques. Les policiers et les magistrats qui nourrissent la presse, en violation de la loi, ne seront jamais inquiétés. Sous la pression, Nicolas Sarkozy sera même obligé d’ouvrir une ligne sous un faux nom — Paul Bismuth — afin d’échanger avec son avocat — un comble ! — pour échapper aux écoutes. Même ce téléphone finira par être identifié par la justice et finalement placé, lui aussi, sur écoute. Le système médiatique, aidé par une partie de l’appareil judiciaire et de certains fonctionnaires de police, participe ainsi au petit jeu de massacre.

Alors qu’arrive la fin du quinquennat, les langues se délient. Et les acteurs de la présidence Hollande livrent les secrets les plus inavouables. Déjà, dans l’Élysée off , Stéphanie Marteau et Aziz Zemouri, en 2016, confirmaient : « Oui, il y a bien un cabinet noir à l’Élysée. » Selon eux, les informations collectées transitent par Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire général de l’Élysée, qui les « distille ensuite au président de la République ».

Sans surprise, François Fillon est depuis le début de sa campagne sous le feu nourri du même système qui ne veut pas de candidat de droite à la présidentielle. Qu’il s’appelle Sarkozy ou Fillon. Le candidat aura mis du temps à établir les liens. Il a affaire aux mêmes juges que Nicolas Sarkozy : Serge Tournaire, Aude Buresi ; au même service d’enquête, l’OCLCIFF ; au même parquet, le PNF ; les journalistes qui bénéficient de la violation du secret de l’instruction pour publier leurs scoops sont aussi précisément les mêmes. La technique des “poupées russes” ou des “filets dérivants” se révèle d’une efficacité redoutable : une affaire permet d’en ouvrir une autre, et ainsi de suite. Diaboliquement efficace pour convaincre l’opinion publique de la culpabilité d’un homme politique. Mais aussi, de moins en moins discrète, c’est l’objet de cette enquête : montrer comment, depuis le sommet de l’État, sont orchestrées les cabales politiques, judiciaires et médiatiques. Extraits.

Seize mois après avoir quitté l’Élysée, Nicolas Sarkozy a été placé sur écoute. Pendant près d’un an, la police judiciaire a espionné ses conversations. Une première dans les annales de la Ve République. Depuis l’arrivée de Hollande au pouvoir, c’est comme si une malédiction judiciaire s’était abattue sur son prédécesseur. En 2017, cinq ans après sa défaite électorale, ce sont pas moins de treize affaires judiciaires qui empoisonnent Nicolas Sarkozy ou son entourage. Au point que les sarkozystes, prompts à s’afficher en victimes, y voient la main d’un cabinet noir.

Comment Hollande utilise la chancellerie et Tracfin

Plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil policier nous ont ainsi décrit par le menu l’existence d’une structure clandestine, aux ramifications complexes, et dont le rayon d’action ne se serait pas cantonné au seul renseignement territorial. […]

Pour orchestrer les affaires judiciaires il existe une mécanique complexe aussi efficace que redoutable. Hollande a su en tirer profit. D’abord il y a Tracfin, le service de renseignement financier de Bercy, le ministère piloté durant tout le quinquennat par Michel Sapin, un ami de quarante ans du président. La plupart des affaires judiciaires qui ont empoisonné Sarko et les siens ont trouvé leurs racines ici, dans cet immeuble ultra-sécurisé du IXe arrondissement de Paris, entièrement classé secret-défense. Là, cent vingt fonctionnaires sont habilités à fourrer leur nez dans les comptes en banque de n’importe qui. Chaque semaine, le patron de Tracfin prend le chemin de l’Élysée pour assister, avec les directeurs des six autres services secrets, à la réunion organisée par le coordinateur du renseignement. […] Afin d’allumer la mèche d’une affaire politico-financière, il suffit que Tracfin pêche au bon endroit, remonte dans ses filets une infraction et la transmette officiellement à la justice. Ou officieusement à un service enquêteur qui se chargera de mener “une enquête d’initiative” avant qu’un magistrat ne la reprenne à son compte.

Une fois la machine lancée, le dossier emprunte un alambic judiciaire, sous le regard d’un autre ami du président, le directeur des affaires criminelles et des grâces, Robert Gelli, qui a partagé la même chambrée que François Hollande et Michel Sapin lors de leur service militaire. […] Lorsqu’il dirigeait l’association des procureurs, Gelli en avait fait l’arme de guerre des “petits pois” (expression péjorative de Nicolas Sarkozy pour désigner les juges, qui « se ressemblaient tous ») contre Sarkozy, déclenchant même une pétition chez les parquetiers — une jacquerie sans précédent. Il avait à cette époque comme adjoint au sein de l’association Bruno Dalles, l’actuel patron de Tracfin.

Depuis la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG), véritable tour de contrôle de la Place Vendôme, Gelli peut suivre en temps réel l’avancement de tous les dossiers politico-financiers. « La DACG n’est pas seulement l’oeil de la chancellerie, c’est aussi un moyen de piloter discrètement les dossiers politiquement sensibles », allègue un parquetier. Une pratique assumée par la chancellerie. Sur le papier, pourtant, c’en est fini de l’ère Sarkozy : il n’y a plus d’“affaires signalées”, ces dossiers que le pouvoir exécutif surveille de près et sur lesquels il intervient autant que de besoin, par le biais d’“instructions individuelles” adressées aux magistrats. « En fait, les choses se font plus subtilement, par exemple, sur l’opportunité d’ouvrir une information judiciaire, des consignes sont données… mais oralement », nous précise un magistrat. Chaque fois, ce sont les mêmes juges d’instruction qui sont désignés pour les affaires qui intéressent le Château. Ils sont moins de cinq, dont on retrouve le nom dans tous les dossiers qui concernent Sarkozy. Des habitués de la méthode des poupées russes.

Hollande informé par des “blancs” : Sarkozy dans le viseur

Un dérapage verbal incontrôlé : « Sarkozy, je le surveille, je sais tout ce qu’il fait », fanfaronne le président devant dix-neuf députés socialistes qu’il reçoit, le 17 février 2014, à l’Élysée. « Hollande a toujours voulu garder un oeil sur ses ennemis et même sur ses alliés de circonstance qui pourraient devenir ses adversaires », prévient en écho un éléphant socialiste qui a pratiqué à ses dépens l’ancien premier secrétaire du PS. Un “allié de circonstance” comme Alain Juppé, fidèle de Chirac s’il en est ? François Hollande n’a-t-il d’ailleurs pas nommé Augustin de Romanet, un des soldats du maire de Bordeaux, à la tête de l’un des plus gros fromages de la République : Paris Aéroport. Est-ce pour garder un oeil sur lui que Hollande y a également placé l’ex-préfet de Corrèze Alain Zabulon [celui-ci a régulièrement été cité dans les enquêtes de Valeurs actuelles comme une pièce maîtresse du cabinet noir, NDLR], ancien coordinateur national du renseignement ? Un homme en qui le président a toute confiance et qu’il a suggéré à Augustin de Romanet comme directeur de la sûreté.

Les propos imprudents de Hollande sur la surveillance de Sarkozy, Bruno Le Roux, le patron du groupe PS à l’Assemblée nationale, s’est aussitôt empressé de les démentir : « Le président de la République n’écoute ni ne surveille personne ! » Celui qui n’était pas encore ministre de l’Intérieur avait sans doute encore à apprendre, du moins si l’on en croit un vieux routard de la PJ : « Quand on branche une personnalité, on sait que les infos récoltées ne partent pas toujours uniquement au bureau du juge. Elles peuvent aussi nourrir des “blancs”. On sait que notre hiérarchie va faire remonter ces informations en haut lieu. C’est une pratique qui a toujours existé… » Lui comme ses collègues, manifestement rompus à ces méthodes, ne croient pas une seconde au scénario servi par l’Élysée, selon lequel François Hollande aurait découvert la mise sur écoute de Nicolas Sarkozy en lisant le journal le Monde. Pas plus qu’ils n’imaginent un Manuel Valls laissé dans l’ignorance.

[…] Quant à la Place Beauvau, elle est nécessairement dans la boucle dès le départ, puisque ce sont les fameux policiers de la Division nationale de l’investigation financière et fiscale, devenue l’Office central de lutte contre la corruption, les infractions financières et fiscales, qui ont branché les téléphones de l’ancien président, puis retranscrit ses conversations, tout en le géolocalisant en temps réel.

La police judiciaire de la préfecture de police de Paris pilotée depuis l’Élysée

Le patron de la PJ parisienne [Bernard Petit, NDLR] règne sur deux mille deux cents policiers et voit passer des dossiers politiquement très sensibles. En lien direct avec l’Élysée, véritable contre-pouvoir au ministère de l’Intérieur, la PJPP est aussi un sacré panier de crabes où les carrières se font et se défont, et les rivalités s’exacerbent.

L’étonnante demande de Bernard Petit

À peine arrivé, [le vallsiste Bernard Petit, patron de la PJ parisienne de décembre 2013 à février 2015, au moment des révélations contre Nicolas Sarkozy, NDLR] aurait demandé au chef de la Crim’ s’il avait quelqu’un pour faire des fadettes en toute discrétion. Une demande aussitôt ébruitée.

Une cellule de renseignement occulte d’une dizaine de personnes

Afin de prendre le contrôle de la boutique, Jack Bauer [surnom de Bernard Petit, NDLR] se donne six à huit mois. Et il a un plan. Dupliquer le service de renseignement criminel dont il avait fait une arme de guerre lorsqu’il était à Nanterre. […] Pour monter au 36 cette cellule rens’ d’une dizaine de personnes, Petit recrute même à la DGSE. Avec, en appui opérationnel, des hommes fiables qu’il dissémine dans différents services de la PJ sous la casquette de “documentaliste”.

Des “Imsi-catchers” utilisés contre Nicolas Sarkozy ?

Comment le portable caché de Sarkozy, le “toc”, comme on dit dans un jargon commun aux flics et aux voyous, a-t-il été repéré ? Quand Thierry Herzog achète dans une boutique SFR, à Nice, deux puces téléphoniques prépayées, avec la carte d’identité de l’un de ses anciens copains de lycée, Paul Bismuth, les deux hommes sont persuadés d’avoir parfaitement sécurisé leurs communications secrètes d’autant qu’ils n’utilisent ces lignes que pour échanger entre eux. D’où la sidération de l’avocat, lorsque des policiers se présentent à son domicile à la recherche du toc en question. « Les collègues lui ont ordonné de présenter ses téléphones. Il leur en a donné deux ou trois. Ils ont demandé s’il en avait un autre. Herzog a répondu “non”. Ils ont alors composé le numéro du téléphone de Bismuth, qui s’est mis à sonner dans la poche de son peignoir. L’avocat était livide… », raconte avec gourmandise un officier de la PJ de Nanterre. […]

« Savoir que la personne “branchée” utilise aussi un toc est une chose, identifier le numéro caché en est une autre, ajoute notre OPJ. […] le plus simple est d’utiliser un Imsi-catcher. » Des appareils [utilisés dans les affaires de terrorisme, NDLR] dissimulables dans un sac à dos ou une valise qui, en imitant le fonctionnement d’une antenne relais de téléphonie mobile, avalent à distance les communications de tous les portables qu’ils identifient y compris en mode veille. La plupart des Imsi-catchers sont en dotation à la DGSI et à la DGSE : les espions des deux services secrets en possèdent au moins une douzaine.

Une cellule chargée des surveillances discrètes dans les domaines sensibles

Pour placer des hommes fiables à des postes clefs dans l’appareil sécuritaire, des “flics” chiraquiens sont appelés à la rescousse. Le plus marqué est sans conteste Philippe Klayman. […] [Il] a tout de suite dit “oui” lorsque, quatre mois après l’élection de Hollande, le nouveau pouvoir lui a proposé de devenir patron des CRS. Un poste ultra-sensible parce que le maintien de l’ordre est une matière politiquement explosive, encore plus sous la gauche. Et puis les CRS ont une autre mission, plus confidentielle, celle de protéger en deuxième rideau l’intimité du président et des membres du gouvernement.

C’est cette même proximité avec la Chiraquie qui conduit la gauche à nommer directeur du renseignement territorial Jérôme Léonnet. À cette place stratégique, cet ancien conseiller sécurité de Dominique de Villepin […] a pour mission de redéployer une force susceptible de collecter autant d’infos que les ex-Renseignements généraux. […] Il dote ce nouveau service d’un bras armé, la Division nationale de la recherche et de l’appui (DNRA). Forte d’une soixantaine de personnes, la DNRA, ou “D7” pour les intimes, est officiellement chargée des surveillances discrètes dans les domaines sensibles. […] Léonnet nourrit la curiosité du Château avec des notes “qui n’ont jamais existé” sur des sujets politico-financiers.

Le chef de cabinet de Valls photographié soudainement par la police

À l’époque où François Hollande n’a pas encore renoncé à être candidat à sa propre succession, un autre rival potentiel que Sarkozy est dans son collimateur : Manuel Valls. Le chef de l’État ne va pas se priver de brider les ambitions de son Premier ministre.

Le 5 septembre 2014, Sébastien Gros et Serge Kasparian, attablés au Caméléon, un bistrot chic de la rive gauche parisienne, ne se doutent pas un seul instant qu’ils sont photographiés au téléobjectif. Les policiers des Courses et Jeux qui immortalisent la scène savent que leurs clichés vont faire date. Le chef de cabinet du Premier ministre Manuel Valls est surpris en grande conversation avec le patron de l’un des cercles de jeux parisiens visés par une opération mains propres. Sébastien Gros, trente-cinq ans, est l’homme de confiance de Valls. […] Ce jour-là, il rencontre un drôle de zigoto. Serge Kasparian, la cinquantaine, silhouette massive et visage buriné, dirige le Cercle Cadet, un établissement de jeux du nord parisien où l’argent coule à flots. En toute logique, le parquet de Paris [a ouvert] une enquête préliminaire le 28 décembre 2012 [concernant le Cercle Cadet]. Six mois plus tard, l’embryon de dossier [était] transmis à Serge Tournaire. Ce juge d’instruction est apprécié à l’Élysée pour son opiniâtreté dans les affaires mettant en cause Sarkozy. Star du pôle financier, il est l’un des premiers à découvrir les surprenantes photos de Sébastien Gros mais aussi à entendre ce qui se dit au cours du déjeuner. […] À la Direction des affaires criminelles et des grâces, Robert Gelli, proche de Hollande, suit avec attention le déroulé des événements.

Si la volonté de l’Intérieur est de nettoyer les cercles de jeux, considérés à juste titre comme des lessiveuses à argent sale, l’Élysée y voit sûrement un autre avantage. […] avec cette opération main propres, qui touche un proche conseiller de Manuel Valls, l’Élysée double la mise.

L’entourage de Manuel Valls en est pour sa part totalement persuadé : le Château fomente des coups bas. Comme cette fâcheuse rumeur d’une liaison entre le chef du gouvernement et sa ministre de l’Éducation qui alimente les conversations dans les salles de rédaction. L’ami Stéphane Fouks est illico appelé à la rescousse pour éteindre l’incendie médiatique. Le pape de la communication de crise, patron de Havas Worldwide, ex-Euro RSCG, est un copain de fac du Premier ministre. C’est le même qui joue le pompier volant, lorsque l’épouse de Manuel Valls, Anne Gravoin, est épinglée dans l’Obs. Un article décrit les conditions de financement de l’orchestre de la jeune femme par un curieux attelage : un mystérieux homme d’affaires algérien représentant en France un conglomérat koweitien, un marchand d’armes sud-africain, qui préside le plus grand groupe d’armement du continent, et l’homme de confiance du président congolais Denis Sassou Nguesso, un ancien de la Françafrique décoré en catimini de la Légion d’honneur par Manuel Valls. Dans les couloirs de Matignon, on fait remarquer aux curieux que cette enquête à charge a été conduite par une société d’intelligence économique proche de l’Élysée, qui travaille en sous-main avec la DGSE…

Valls à son tour victime de Hollande ?

En octobre 2016, alors que Manuel Valls caresse l’idée de se présenter à la présidentielle, sort un livre qui déstabilise un de ses amis. Dans Nos très chers émirs, consacré aux liens entre la France et les monarchies du Golfe, le secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement Jean-Marie Le Guen est accusé d’avoir reçu des pots-de-vin de l’ambassade du Qatar. Le jour même de la publication, le chef du gouvernement dénonce sur les ondes de France Inter une « campagne de déstabilisation » à son encontre. Dans sa tête, les munitions contre Le Guen ont été, en partie, fournies par le Château avec l’aide d’un dévoué artificier, Bernard Bajolet, le directeur de la DGSE.

La cible était d’autant plus idéale que Le Guen, censé consacrer tout son temps aux députés et aux sénateurs, accompagne Valls dans nombre de ses déplacements à l’étranger. Avec une prédilection pour les destinations africaines. Parce qu’il se croyait intouchable, le Premier ministre n’a pas vu venir le coup…

“Bienvenue Place Beauvau, Police : les secrets inavouables d’un quinquennat”, d’O. Recasens, D. Hassoux et C. Labbé, Robert Laffont, 264 pages, 19,50 €.

Voir aussi:

Valeurs actuelles

23 mars 2017

Débat. Invité sur le plateau de L’Emission politique sur France 2, François Fillon a dû faire face de nombreuses accusations et a eu même un clash avec l’écrivain Christine Angot. Il a aussi violemment chargé François Hollande et a dénoncé un « scandale d’Etat »…

Invité sur le plateau de L’Emission politique sur France 2, François Fillon a dû faire face de nombreuses accusations portant sur ses problèmes judiciaires et a eu même un clash avec l’écrivain Christine Angot. Il a aussi violemment chargé François Hollande et a dénoncé un “scandale d’Etat”

“Je vais mettre en cause le président de la République”

Au début de l’émission, en faisant un rapprochement avec ses mésaventures judiciaires du moment, François Fillon a frappé fort en évoquant l’existence d’un “cabinet noir” à l’Élysée. Il s’est ensuite attaqué frontalement à François Hollande.

“Je vais mettre en cause le président de la République”, a annoncé François Fillon. “Il y a un livre sur le ministère de l’Intérieur et la place Beauvau dont j’ai pu lire les bonnes feuilles et qui explique comment Hollande fait remonter les écoutes judiciaires à son bureau, comment il est au courant des moindres faits et des filatures. On cherchait un cabinet noir, on l’a trouvé. Je demande qu’une enquête soit ouverte sur les allégations qui sont portées dans ce livre, parce que c’est un scandale d’Etat. Si ce qui est écrit dans ce livre est vrai, je pense que dans l’histoire récente de la Ve République, un chef d’Etat n’est jamais allé aussi loin dans l’illégalité, la prise de pouvoir sur des services sur lesquels il ne devrait pas avoir autorité.”, a-t-il fustigé, en faisant référence à un ouvrage de révélations qui sort ces jours-ci en librairie, intitulé “Bienvenue Place Beauveau, Police : les secrets inavouables d’un quinquennat” (Robert Laffont).

Une déclaration qui a fortement déplu à l’intéressé. En effet, dans un communiqué, François Hollande a condamné “avec la plus grande fermeté les allégations mensongères de François Fillon”. Les propos du candidat des Républicains apportent “un trouble insupportable” à la campagne présidentielle, ajoute le président de la République. “L’exécutif n’est jamais intervenu dans aucune procédure judiciaire”, a ajouté l’Elysée, assurant que “sur les affaires particulièrement graves concernant M. Fillon, (…) le président de la République n’en a été informé que par la presse”.

Le programme économique

Entre les accusations et questions, parfois déplacées, sur l’emploi fictif de sa femme, ses costumes, son rapport à l’argent, François Fillon a tout de même parlé de son programme.

En abordant son programme économique, il a déclaré vouloir “relancer la dynamique de compétitivité”. “Depuis 20 ou 30 ans on a essayé de faire une politique qu’on jugeait la plus juste dans l’immédiat, la plus susceptible de donner des voix. Je veux mettre fin à cette situation qui a conduit à 6 millions de chômeurs et 9 millions de pauvres en relançant la dynamique de compétitivité (…) Chez nos voisins, la fiscalité du capital est à peu près à 30%. Chez nous elle est environ à 60-70%. On doit baisser la fiscalité du capital, et on le fait en baissant la fiscalité sur ceux qui ont du capital”, a-t-il expliqué.

En outre, il a exposé son projet pour les dotations allouées aux collectivités locales. “Je n’ai pas dit qu’on baissera les dotations aux collectivités locales, j’ai juste dit que la sphère des collectivités territoriales devait baisser leurs dépenses de 20 milliards d’euros (…) On s’est accordé sur une baisse d’un milliard et demi d’euros par an de baisse des dotations. Soit 7,5 milliards d’euros sur le quinquennat. On va passer un contrat ensemble. Ils auront une visibilité sur la baisse des dotations pour cinq ans, mais en échange on, va mettre en place des simplifications de normes, on va supprimer la réforme sur les rythmes scolaires”. “Mon programme (…) peut permettre de créer le plus d’emplois dans le pays, plus d’1,5 million”, argue l’ancien Premier ministre, notamment dans les services à la personne. François Fillon souhaite aussi réformer le statut d’auto-entrepreneur.

« Invitée surprise » de l’émission, l’écrivain Christine Angot

Dès son arrivée sur le plateau, Christine Angot a employé un ton particulièrement sec et accusateur face à François Fillon. Elle a affirmé que ce n’était pas un “dialogue” et ne voulait pas réellement écouter le candidat. Ce dernier ne s’est pas laissé marcher dessus. “Si vous êtes élu, on aura un président en qui une large partie population n’aura pas confiance (…) Si vous vous étiez retiré, dans le cas d’un second tour entre Les Républicains et le Front national, on aurait voté Les Républicains. Là Monsieur, le front républicain est mis en danger”, a-t-elle lancé. “Est-ce que vous nous faites un chantage au suicide?”, a poursuivi Christine Angot, évoquant la référence de François Fillon au suicide de Bérégovoy en 1993.

“De quel droit vous me condamnez ? Ce n’est pas parce qu’un journal a décidé de m’accuser que je suis coupable”, a rétorqué le candidat. “Vous savez pourquoi ils m’ont invitée ?”, a lancé l’écrivaine à François Fillon. “Parce que, ce que je viens de vous dire, eux [les journalistes] ne peuvent pas le dire”, a ajouté Christine Angot en quittant le plateau.

Un débat avec trois citoyens invités

François Fillon a d’abord été interrogé par une enseignante au sujet des programmes scolaires, et notamment sur les programmes d’histoire. “Quand on regarde les difficultés qu’on a à créer une cohésion de la nation française, on se dit que l’école a aussi une vocation d’éducation civique. Je demande donc qu’on fasse des corrections des programmes d’Histoire”, a expliqué l’ancien Premier ministre, ajoutant que “ce sont des enseignants qui doivent rédiger les programmes”. “Il ne s’agit pas d’enjoliver l’Histoire, mais de permettre aux enfants de mieux l’appréhender dans son ensemble. Que cela leur permette d’aimer notre pays car, vous le voyez bien, il y a de vraies fractures aujourd’hui”, a-t-il précisé. Puis, c’est Mireille Robin qui a interpellé le candidat de la droite au sujet du chômage. “Mon programme est destiné à donner du travail à tout le monde, car si on n’avait pas aujourd’hui 10 % de chômage, le débat qu’on a là aujourd’hui serait plus facile. Or on a ce chiffre très élevé, ça fait vingt-cinq ans qu’on n’arrive pas à résoudre le chômage, tout a échoué. La première chose que je propose c’est une vraie politique de relance de l’économie”, a déclaré François Fillon.

In fine, Steeve Briois, maire (FN) d’Hénin-Beaumont a débattu avec l’ancien maire de Sarthe  de la question de l’immigration. Un échange tendu, puisque Steeve Briois ne croit pas aux promesses de François Fillon, qui souhaite réduire drastiquement l’immigration légale, et promet de combattre durement l’immigration clandestine. “Tout ça, c’est du blabla”, lance l’élu FN. “Marine Le Pen fait des discours, mais il n’y a pas de mesures”. François Fillon lui répond alors : “Quand je regarde le programme de Mme Le Pen, elle dit ‘je ne veux aucune immigration’, ce qui n’a aucun sens. La France est un pays qui accueille des personnes étrangères. Cette histoire de zéro immigration est absurde.”

Voir également:

Christine Angot face à François Fillon : « Le coup de Bérégovoy, ça ne passe pas »

Pour son Emission politique, France 2 choisit un invité surprise de marque : l’écrivaine Christine Angot. L’échange fut très houleux avec le candidat de la droite décomplexée.

L’Obs
23 mars 2017

C’est un moment de télévision. Où il est en passe de le devenir. Pour son Emission politique, ce jeudi 23 mars, France 2 choisit un invité surprise de marque : l’écrivaine Christine Angot. Elle avait publié dans le « Journal du dimanche » une lettre ouverte, demandant à François Hollande de revenir sur sa décision de ne pas se représenter. L’échange fut très houleux entre l’écrivaine et François Fillon. Jusqu’au malaise, presque.

Christine Angot attaque d’emblée le candidat de la droite décomplexée : « Vous savez que si vous êtes élu, on aura un président en qui une large partie de la population n’aura pas confiance ? ». L’écrivaine raconte une histoire personnelle sur un bracelet qu’une amie lui aurait offert avant que cette dernière lui demande un papier sur son dernier livre. Et d’asséner :

« On ne comprend pas pourquoi vous ne vous êtes pas retiré. »

Le présentateur de l’Emission politique, David Pujudas, tente un moment d’organiser le débat et la discussion. « Non », répond Christine Angot.

« Moi j’ai rendu les costumes »

Réplique de François Fillon : « De quel droit vous me condamnez ? De quel droit vous estimez que l’emploi de mon épouse était illégal ? » Et d’enchaîner :

« On est dans un pays de droit, ce n’est pas parce qu’un journal a décidé de m’accuser que je suis coupable, et je ne le suis pas. Vous parliez de votre bracelet, moi j’ai rendu les costumes. « 

Pendant tout l’échange, les soutiens de François Fillon ont applaudi, puis hué ou même sifflé Christine Angot, qui accuse François Fillon, en faisant « le coup de Bérégovoy », de « faire du chantage au suicide ». « Ça ne passe pas. »

« Le pompon de toute cette histoire, c’est le coup de Bérégovoy. »

L’écrivaine quitte précipitamment le plateau de France 2. Un malaise est perceptible. « Vous savez pourquoi ils m’ont invitée ? », lance l’écrivaine à François Fillon.

« Parce que ce que je viens de vous dire, eux [les journalistes, NDLR] ne peuvent pas le dire ».

Voir encore:

Affaire Fillon: Canard qui s’en dédit…

Quand un journaliste de l’hebdo satirique se dément lui-même

Kevin Erkeletyan
Journaliste

24 mars 2017

Il est des oies dont on bourre le foie et des canards dont on bourre le mou. Mais quelle torture a-t-on bien pu faire subir à Didier Hassoux, le journaliste du Canard enchaîné, pour lui faire ainsi changer de ton ? Gêné aux entournures par « l’instrumentalisation politique » de son bouquin par la cible privilégiée de son employeur, le co-auteur de Bienvenue Place Beauvau n’a pas attendu plus tard qu’hier soir pour en faire l’autodafé. « On n’a pas écrit ça », a éructé le journaliste. Ecrit quoi ? Qu’il existe un « cabinet noir » à la main de François Hollande susceptible d’être à l’origine de l’interminable affaire Fillon. Accusation portée par ce dernier, sur la base de l’enquête du journaliste, sur le plateau de « L’Emission politique » hier soir.

«La seule personne qui croit qu’il y a un cabinet noir à l’Élysée, c’est François Fillon », s’aventure même notre volatile, très vite devenu bien tatillon. Comparons.

«Derrière ces ennuis à répétition qui ciblent les principaux rivaux du président sortant, difficile de ne pas voir la patte de Hollande», écrit celui qui dénonce (dénonçait ?) dans son livre « les secrets inavouables d’un quinquennat ». On pourrait s’arrêter là. Mais, bon public, continuons. « Pour orchestrer les affaires judiciaires il existe une mécanique complexe aussi efficace que redoutable. Hollande a su en tirer profit. D’abord il y a Tracfin, le service de renseignement de Bercy, le ministère piloté durant tout le quinquennat par Michel Sapin, un ami de quarante ans du Président[sic]. La plupart des affaires judiciaires qui ont empoisonné Sarko et les siens ont trouvé leurs racines ici, dans cet immeuble ultra-sécurisé du 9e arrondissement de Paris, entièrement classé secret-défense. Là, cent vingt fonctionnaires sont habilités à fourrer leur nez dans les comptes en banque de n’importe qui. » Encore ? « Depuis l’arrivée de Hollande au pouvoir, c’est comme si une malédiction judicaire s’était abattue sur son prédécesseur. » Une dernière : un « cabinet noir » ? « Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire ! » Mais il existe une « addition d’indices troubles et de témoignages étonnants »

En effet, Didier Hassoux « n’a pas dit ça ».  Mieux, on déduit de la lecture de son enquête que François Hollande serait à l’origine de toutes les affaires qui ont touché le camp adverse pendant son mandat, sauf de celle-là. C’est vrai quoi, François Fillon on n’y touche pas. La preuve, le président l’a (re)dit lui-même ce matin: « il n’y a pas de cabinet noir à l’Elysée » (il n’a pas parlé de Bercy). C’est clair ? « Macron c’est moi » mais François Fillon c’est pas moi ! Si le malheur de l’un fait le bonheur de mon poulain c’est totalement fortuit. « Moi président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit en chaque instant exemplaire. […] Moi président de la République, je ferai fonctionner la justice de manière indépendante. […]Moi président de la République, je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur. » J’utiliserai seulement comme tel celui de mon prédécesseur pour mieux faire en sorte de choisir mon successeur. Ah non pardon, ça non plus il ne l’a pas dit…

Voir de plus:

RMC/BMFTV
20/04/2016

« Cabinet noir »: ce qu’il y a vraiment dans le livre brandi par Fillon

Dans le livre « Bienvenue place Beauvau », trois journalistes évoquent une possible instrumentalisation de l’appareil policier et judiciaire par l’Elysée. Mais ils se refusent à voir un « cabinet noir » derrière le Penelopegate.

« On cherchait un cabinet noir, on l’a trouvé le cabinet noir ». Invité sur France 2 hier soir, François Fillon a  de nouveau dénoncé le complot politique qui serait ourdi contre lui à travers le Penelopegate et ses conséquences judiciaires. Pour étayer ses propos, il s’appuie, cette fois assez habilement, sur un nouveau livre: Bienvenue place Beauvau. Police: les secrets inavouables d’un quinquennat (éditions Robert Laffont).

Il est écrit par trois journalistes qu’on ne peut accuser de connivence avec la droite et son candidat. Ils ont réalisé, en 2012, un livre-enquête fouillé et à charge sur l’ex-patron du renseignement intérieur Bernard Squarcini: L’espion du président, au cœur de la police politique de Sarkozy (éditions Robert Laffont). Deux d’entre eux, Christophe Labbé et Didier Hassoux travaillent au Canard Enchaîné, tandis que la troisième,

La thèse d’un cabinet noir anti-Sarkozy

Quid alors de ce fameux cabinet noir? Au risque de décevoir le candidat LR,  le livre précise bien au sujet du Penelopegate: « le supposé cabinet noir de l’Élysée n’y est pour rien. » Ce sont, en fait, des proches de Nicolas Sarkozy qui alimentent la thèse d’une officine anti-Sarkozy au cœur du pouvoir. Ils dénoncent notamment les treize procédures diligentées contre l’ex-président, placé sur écoutes pendant près d’un an par des juges.

Les auteurs ne valident pas à proprement parler cette thèse du cabinet noir. « Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire! » Mais ils pointent tout de même « l’addition d’indices troubles et de témoignages étonnants. (…) Plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil policier nous ont ainsi décrit par le menu l’existence d’une structure clandestine, aux ramifications complexes ».

En fait, sans apporter la démonstration d’une orchestration des affaires judiciaires, ils éreintent la thèse selon laquelle l’Elysée aurait découvert la mise sur écoute de Nicolas Sarkozy dans la presse. Et les auteurs d’affirmer que François Hollande, comme d’autres avant lui, a utilisé les administrations régaliennes pour recueillir des informations sur ses adversaires politiques. « L’impréparation, la méconnaissance de l’appareil policier et judiciaire ainsi que les circonstances ont très vite amené François Hollande à renier ses principes et adopter des méthodes qui n’ont rien à envier à celles de ses prédécesseurs ».

Bataille de réseaux au sein de l’appareil policier

Le livre décrit surtout comment l’Elysée a tenté de faire pièce aux réseaux sarkozystes, qui avaient noyauté l’appareil policier et judiciaire depuis une décennie. François Hollande a ainsi placé soit des proches soit des anciens chiraquiens à la plupart des postes clefs: à Tracfin, la cellule de renseignement de Bercy, à la Direction des affaires criminelles et des grâces, place Vendôme, et bien sûr au sein des renseignements et de la police.

Un chapitre est notamment consacré à Bernard Bajolet, patron de la DGSE, le service extérieur. Surnommé « l’autre espion du président », il reste tout de même relativement épargné par les auteurs. « Il est à Hollande ce que Squarcini était à Sarkozy, la faconde en moins, la rigueur et le courage en plus. L’un était flic de renseignement, amateur de coups tordus. L’autre est un diplomate, expert en rapport de force ».

Le livre s’attarde aussi longuement sur l’affrontement, plus surprenant, entre François Hollande et Manuel Valls pour le contrôle de l’appareil d’Etat. Car il n’y a pas que les sarkozystes qui accusent l’Elysée d’avoir fomenté des coups bas contre leur champion, les vallsistes aussi. L’enquête sur le financement de l’orchestre de son épouse Anne Gravoin, qui a fuité dans l’Obs, aurait ainsi été conduite par « une société d’intelligence économique proche de l’Élysée, qui travaille en sous-main avec la DGSE… » Ils notent aussi qu’un proche de Hollande, Pierre-René Lemas, à la tête de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), est à l’origine de l’enquête judiciaire sur les contrats noués entre la CDC et le criminologue Alain Bauer, ami intime de Valls.

Voir par ailleurs:

Potential ‘smoking gun’ showing Obama administration spied on Trump team, source says

Republican congressional investigators expect a potential “smoking gun” establishing that the Obama administration spied on the Trump transition team, and possibly the president-elect himself, will be produced to the House Intelligence Committee this week, a source told Fox News.

Classified intelligence showing incidental collection of Trump team communications, purportedly seen by committee Chairman Devin Nunes, R-Calif., and described by him in vague terms at a bombshell Wednesday afternoon news conference, came from multiple sources, Capitol Hill sources told Fox News. The intelligence corroborated information about surveillance of the Trump team that was known to Nunes, sources said, even before President Trump accused his predecessor of having wiretappedhim in a series of now-infamous tweets posted on March 4.

The intelligence is said to leave no doubt the Obama administration, in its closing days, was using the cover of legitimate surveillance on foreign targets to spy on President-elect Trump, according to sources.

The key to that conclusion is the unmasking of selected U.S. persons whose names appeared in the intelligence, the sources said, adding that the paper trail leaves no other plausible purpose for the unmasking other than to damage the incoming Trump administration.

The FBI hasn’t been responsive to the House Intelligence Committee’s request for documents, but the National Security Agency is expected to produce documents to the committee by Friday. The NSA document production is expected to produce more intelligence than Nunes has so far seen or described – including what one source described as a potential “smoking gun” establishing the spying.

Some time will be needed to properly assess the materials, with the likely result being that congressional investigators and attorneys won’t have a solid handle on the contents of the documents – and their implications – until next week.

Because Nunes’s intelligence came from multiple sources during a span of several weeks, and he has not shared the actual materials with his committee colleagues, he will be the only member of the panel in a position to know whether the NSA has turned over some or all of the intelligence he is citing. However, Fox News was told Intelligence Committee Ranking Member Rep. Adam Schiff, D-Calif., had been briefed on the basic contents of the intelligence described by Nunes.

CIA Director Mike Pompeo is also sympathetic to the effort to determine, with documentary evidence, the extent of any alleged Obama administration spying on the Trump team, sources said.

At a dramatic Wednesday news conference, Nunes claimed to have seen evidence that members of the Trump transition team, possibly including the president-elect, were subjected to “incidental surveillance” collection that Nunes characterized as legal but troubling.

“What I’ve read bothers me,” he told reporters, “and I think it should bother the president himself, and his team because I think some of it seems to be inappropriate.”

Schiff blasted Nunes for not coming first to the Intelligence Committee with the information.

« If accurate, this information should have been shared with members of the committee, but it has not been, » Schiff said in a Wednesday statement.

James Rosen joined Fox News Channel (FNC) in 1999. He currently serves as the chief Washington correspondent and hosts the online show « The Foxhole. » His latest book is « A Torch Kept Lit: Great Lives of the Twentieth Century » (Crown Forum, October 4, 2016).

Voir aussi:

Fake News – Affaire des écoutes de Washington

Ph. Huysmans
Le vilain petit canard
23 March 2017

Quelquefois ce n’est pas l’information elle-même qui est révélatrice de l’époque dans laquelle nous vivons, mais plutôt les réactions qu’elle suscite, et la manière dont elle nous est présentée. Ou occultée.

Vous vous souvenez sans doute du tollé qu’avait provoqué, en pleine campagne présidentielle américaine, la publication de plusieurs dizaines de milliers d’e-mails de John Podesta, l’un des directeurs de campagne de la candidate démocrate, Hillary Clinton.

Cette affaire, révélée par Wikileaks et son dirigeant charismatique, Julian Assange, avait fortement ébranlé le camp démocrate par le caractère compromettant de certaines révélations.  Ainsi nous apprenions par Hillary Clinton elle-même qu’elle était parfaitement au courant du soutien des monarchies du Golfe (Arabie Saoudite, Qatar) à l’État Islamique, en Syrie.

Le camp démocrate avait rapidement réagi en rejetant la responsabilité sur les Russes TM, et en insinuant une possible collusion entre le candidat des républicains, Donald Trump et les services secrets de Vladimir Poutine, le nouvel épouvantail de service.  Vous aurez noté qu’à aucun moment les démocrates n’ont songé à nier les allégations de Wikileaks, ce qui aurait, en tout état de cause amené logiquement à démontrer que ces e-mails étaient authentiques.

Foin de tout cela, l’establishment américain, furieux de la victoire de Donald Trump et de la défaite de sa « pouliche » n’en démord pas : ce sont les Russes TM !  Même si entretemps Wikileaks a révélé un autre scandale plus inquiétant encore : Vault 7.  Il s’agit d’un ensemble de 8.761 documents de la CIA en provenance d’un réseau hautement sécurisé au sein du Centre de Cyber-renseignement à Langley (Virginie).   Ces documents comprennent des informations confidentielles relatives à la plupart des outils faisant partie de l’arsenal électronique de l’agence.  Malwares, virus, chevaux de Troie, exploits de failles dites « zero day », utilitaires de prise de contrôle distant, ainsi que leur documentation.  Cette collection extraordinaire, qui compte plusieurs centaines de millions de lignes de code conférerait à son propriétaire la même capacité de piratage que la CIA elle-même.

Parmi ces outils, certains portent la marque de hackers russes, ce qui rend possible, pour la CIA, de pirater un système tout en laissant des traces (fingerprints) laissant penser que la source du piratage était russe.

Les faits

Hier, au cours d’une conférence de presse, Devin Nunes, actuel président de la Commission du renseignement de la Chambre des représentants a confirmé que des agences de renseignement américaines avaient collecté des informations concernant des citoyens américains participant au processus de transition de l’administration suite à l’élection de Donald Trump.

Il a précisé que ces collectes, très probablement légales, avaient été réalisées entre novembre 2016 et janvier de cette année et ne concernaient en aucune manière la Russie.   Le problème, selon lui, est qu’un certain nombre de ces documents laissaient clairement deviner l’identité réelle des citoyens américains concernés, et que ces documents avaient largement circulé parmi des responsables (autorisés) de l’administration Obama :

« The real issue, Mr. Nunes told reporters, was that he could figure out the identities of Trump associates from reading reports about intercepted communications that were shared among Obama administration officials with top security clearances. He said some Trump associates were also identified by name in the reports. Normally, intelligence agencies mask the identities of American citizens who are incidentally present in intercepted communications. » Source : NYTimes

Il a ajouté que la Commission du renseignement allait procéder à une enquête approfondie concernant ces opérations de surveillance et la dissémination des informations (confidentielles, ndlr) qui en résultèrent.

Il s’est par ailleurs entretenu avec le président Trump pour lui faire part de ces découvertes, jugeant « important » que le président soit informé.  Celui-ci s’est dit satisfait.

Pendant de temps, dans la presse des bisounours

C’est étrange, à l’époque où nous vivons, plus connectée que jamais, les nouvelles ont toujours du mal à franchir l’Atlantique, et quand elles le font, quelquefois, le contenu fait penser à ce qui reste d’un message après avoir été transmis par « téléphone arabe ».

Alors précisons tout de suite que cette news avait fait l’objet d’une dépêche AFP dont le contenu reste encore accessible aujourd’hui dans le cache de Google.  Bon alors évidemment, c’est l’AFP, c’est l’aspect « téléphone arabe » de la chose.  Soit ils sont sourds, soit ils sont moins-comprenants, soit [mettez ici ce que vous voulez].

Parce qu’en effet le contenu :

Donald Trump’s communications may have been swept up in intelligence gathering on suspected foreign agents, according to explosive allegations made by the Republican head of the House intelligence committee.

Devin Nunes — who worked on Trump’s transition team and is now leading an investigation into possible links between that campaign team and Russia — said Trump’s communications may have been intercepted late last year.

Nunes however said there was no evidence that then-president Barack Obama ordered the surveillance — as Trump has claimed — or that the Republican billionaire was the target.

Rather, Nunes suggested, Trump’s communications were picked up during court-approved targeting of suspected foreign intelligence operatives.

The communications were not linked to Russia, he said, adding that they appeared to have «little or no intelligence value.»

«The president himself and others in the Trump transition team were clearly put into intelligence reports,» Nunes told reporters in front of the White House after briefing the president on the situation.

The information collected — spanning the November-January period between Trump’s election victory and his inauguration — was «widely disseminated» in US intelligence circles, he said.

US intelligence community rules dictate that information on Americans picked up incidentally in surveillance must be scrubbed or masked in intelligence reports.

Nunes suggested those involved in the surveillance had violated those rules.

As for Trump, he indicated he felt vindicated by the revelation.

«I somewhat do. I must tell you I somewhat do,» he said during a separate White House meeting. AFP/File / Nicholas Kamm

Ne semble pas refléter (c’est un euphémisme) les propos de l’intéressé, dont la vidéo est disponible un peu partout.

Et dans la presse française ça devient…

Apparemment, quelques idées se seraient encore perdues en cours de route, d’autres auraient été ajoutées, bref, c’est plus de l’intox, ça confine à l’art abstrait (France24) :

Le président de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants a affirmé mercredi que des communications de l’équipe Trump, voire de Donald Trump lui-même, avaient été interceptées pendant la période de transition.

Donald Trump, dans la tourmente pour avoir accusé sur Twitter, sans éléments de preuve, Barack Obama de l’avoir placé sur écoute, s’est dit, mercredi 22 mars, conforté par les déclarations d’un élu républicain sur de possibles opérations de surveillance qui n’avaient pas été révélées à ce jour.

Devin Nunes, président de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants, a affirmé, tout en restant avare en détails, que les agences de renseignement américaines avaient intercepté des communications des membres de l’équipe Trump, voire de Donald Trump lui-même, durant la période de transition.

«Il y a beaucoup d’informations dans les rapports que j’ai vus qui m’amènent à penser que l’administration précédente et nombre d’agences avaient une très bonne idée de ce que le président élu Trump faisait», a déclaré l’élu républicain, après avoir rencontré le chef de l’État à la Maison Blanche. «J’ai pensé qu’il était important que le président le sache», a-t-il ajouté.

Des écoutes récoltées de manière fortuite

Donald Trump, qui s’exprimait au même moment lors d’une table ronde avec des élus afro-américains, a fait part de sa satisfaction. « Êtes-vous conforté par ces déclarations ? », lui a demandé un journaliste.  « Oui, d’une certaine manière. Je suis content qu’ils aient trouvé ce qu’ils ont trouvé », a-t-il répondu, sans autres précisions.

Soulignant que ces écoutes avaient probablement été récoltées de manière fortuite, c’est-à-dire que les personnes concernées n’étaient pas directement visées par la surveillance, Devin Nunes a jugé troublant que leurs identités aient été «dévoilées» et s’est interrogé sur les raisons de ce choix.

Mais le fait que l’élu républicain aille directement voir le locataire de la Maison Blanche sans informer au préalable les autres membres de la Commission du renseignement a provoqué le colère des démocrates qui ont dénoncé un coup politique.

Lors d’une audition parlementaire lundi, le directeur du FBI avait affirmé ne disposer d’aucune information permettant d’accréditer la thèse d’écoutes de la Trump Tower mise en avant par Donald Trump. Source France24 avec AFP

Exit donc le principal sujet de la conférence, à savoir que le nom des personnes sous écoutes étaient facilement reconnaissables (quand ils n’étaient pas en clair), et bonjour un tout nouveau grief, qui ne figure absolument pas dans la déclaration de l’intéressé : « voire de Donald Trump lui-même ».  Or Devin Nunes a déclaré, au contraire, que ces écoutes concernaient des personnes liées à la transition présidentielle, et non le président lui-même ou des membres de l’équipe de campagne (cela se passe après l’élection, ndlr)[1].

Une accusation pareille serait gravissime, surtout venant du président de la Commission du Renseignement, et à ce titre, l’invention pure et simple d’un pareil argument devrait valoir au journal qui l’aurait publié un joli macaron DecodexTM rouge, et la qualification de « fake news » sans parler du joli petit article dans Crosscheck qui va bien avec.

Mais vous n’en verrez rien, il n’y aura pas d’erratum, et encore moins de macaron.  Ceci n’est pas une fausse news.  C’est de la réalité augmentée.  D’ailleurs on ne peut pas coller un macaron rouge à un journal mainstream, il n’y a rien pour l’accrocher, du coup, ça ne tient pas.

Note

[1] Representative Devin Nunes of California, the Republican chairman of the House Intelligence Committee, introduced the new claim into the deepening controversy over Russian meddling in the 2016 election. Yet Mr. Nunes also told reporters on Wednesday that he had no evidence to support Mr. Trump’s claim that he was directly or personally wiretapped.  Source : NYTimes

Voir enfin:

Mitterrand, le maître des écoutes

La gauche crie au scandale après les révélations sur Buisson. Aurait-elle oublié l’affaire bien plus grave des écoutes de l’Élysée de 1983 à 1986 ?

Michel Revol

Le Point
12/03/2014

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