Antisémitisme: Les juifs encore! (When Jews add fuel to the antisemitic fire)

New antisemitismDans sa dernière signification, l’émancipation juive consiste à émanciper l’humanité du judaïsme. Marx
Déposséder un peuple de l’homme qu’il célèbre comme le plus grand de ses fils est une tâche sans agrément et qu’on n’accomplit pas d’un cœur léger, surtout quand on appartient soi-même à ce peuple.  Freud
Le fascisme allemand est venu et a disparu, le communisme soviétique est venu et a disparu lui aussi, l’antisémitisme, lui, est venu et il est resté. Il a simplement changé de masques, d’atours et de visages. Jonathan Sacks, grand rabbin du Royaume-Uni
De la même façon que le christianisme pourrait être mort à Auschwitz, Treblinka et Sobibor … alors je crains que mon judaïsme puisse mourir à Naplouse, Deheishe, Beteen (Beth-El) et El-Khalil (Hébron). Daniel Boyarin
La plus grande erreur qu’Israël pourrait faire actuellement, c’est d’oublier qu’Israël lui-même est une erreur…L’idée de créer une nation de Juifs européens dans un territoire de Musulmans arabes (et de quelques Chrétiens) a produit un siècle de guerres et de terrorisme comme nous le voyons maintenant…Sa plus formidable ennemie est l’histoire elle-même. Richard Cohen (Washington Post)
Il n’y a aucune raison de blâmer le Hezbollah. Richard Cohen (Pendant les combats de l’été 2006 entre Israël et le Hezbollah, Washington Post)
Au fil des décennies, nombre de gens de gauche ont été des opposants sans concessions à l’antisémitisme et ont combattu celui-ci. Voir certains de ceux qui prétendent être leurs héritiers contribuer à un antisionisme qui est porteur de nombreux traits de l’ancien antisémitisme ne peut que troubler et donner la nausée. Cela donne davantage la nausée encore de voir des Juifs se placer en première ligne de cette contribution. Alvin Rosenfeld
A une époque où la dé-légitimation et par la suite l’éradication d’Israël est un but crié avec une ferveur grandissante par les ennemis de l’état juif, il est plus que décourageant de voir des Juifs eux-mêmes rajouter à la calomnie. Que certains le fassent même au nom du judaïsme, rend la nature de leurs attaques des plus grotesques. (…) Leurs contributions à ce qui est en train de devenir un discours normatif, sont toxiques. Elles permettent de rendre respectables les visées antisémites contre l’état juif, par exemple, en affirmant que c’est un état de type nazi, comparable à l’apartheid en Afrique du Sud, qui est engagé dans un nettoyage ethnique et un génocide. Ces accusations ne sont pas vraies mais peuvent avoir comme effet de délégitimer Israël. Alvin Rosenfeld

Après les antimondialistes (pardon: les altermondialistes)… voici les alterjuifs!

A l’heure où notre nouveau président (qui a aussi ses dérapages) se sent obligé de proposer les Affaires étrangères à un Védrine (que ses exigences lui ont heureusement fait refuser) et où un Kouchner lui-même semble se védriniser à vue d’oeil …

Et comme après chaque fois (guerre des Six-jours dont on fête le 60e anniversaire dans quelques jours ou intervention du Liban l’été dernier) où Israël est obligé de démontrer à ses ennemis et au monde qu’il peut se défendre …

Mais aussi pendant que les roquettes continuent à terroriser Sdérot et que trois soldats israéliens (dont le Franco-israélien Guilad Shalit) sont toujours otages des mouvements terroristes Hamas et Hezbollah …

Petit retour, avec cet entretien dans le Jerusalem Post du sociologue et philosophe, Shmuel Trigano sur la délégitimation que doit subir régulièrement Israël et notamment au sein même du monde juif, avec les « alterjuifs », comme se nomment eux-mêmes certains des Juifs ennemis d’Israël.

Autrement dit la fraction juive du nouvel antisémitisme, cette troisième vague idéologique qui, selon l’islamologue américain Bernard Lewis, a suivi celles des antisémitismes religieux et racial.

Et qui « a en commun avec la première que les Juifs peuvent à nouveau s’y associer. Avec l’antisémitisme religieux, les juifs pouvaient se distancer du judaïsme et du converti, certains ayant même atteint de hautes positions dans l’Eglise et l’Inquisition. Avec l’antisémitisme racial, ce n’était pas possible, mais avec le nouveau, l’antisémitisme idéologique, les Juifs peuvent de nouveau se joindre aux critiques » (Wikipedia).

Extraits:

Il ne faut pas oublier que le fléau en question est venu d’Israël. Depuis la fin des années 1990, les postsionistes et autres nouveaux historiens se sont livrés à une entreprise méthodique de destruction symbolique d’Israël, accrédités par les chaires universitaires qu’ils occupent. Le coup ne pouvait pas être plus fatal. Si Israël le dit…

Le projet postsioniste a ceci de spécifique qu’il s’avance masqué derrière l’idéologie « droit-de-l’hommiste », qui pourrait bien être une mutation génétique du défunt marxisme, après l’effondrement de l’URSS.

C’est à ce moment-là du retour des nations, au moment où un nationalisme virulent secoue le monde arabe, que les postsionistes demandent à Israël de se faire hara-kiri…

avant de détruire quelqu’un, on ruine son image morale, son prestige de telle sorte que le frapper devient « normal ». C’est ce qui est en jeu aujourd’hui : tous ces discours augurent-ils d’une entreprise de destruction à venir d’Israël ?

Une entreprise de déligitimation de l’Etat d’Israël
Pierre Lurçat
Jerusalem Post
25 mai 2007

Sociologue et philosophe, Shmuel Trigano dirige la revue Controverses publiée aux éditions de l’Eclat, dont le dernier numéro est consacré aux « alterjuifs ». A l’occasion d’une conférence organisée à Jérusalem sur le thème de la délégitimation d’Israël, il revient sur la signification de ce concept et sur le danger que représentent ces Juifs ennemis d’Israël.

– Que désigne le concept d’ »alterjuif » et pourquoi lui avoir consacré un numéro de votre revue ?
Nous souhaitions aborder un des phénomènes les plus importants des années 2000 : ce discours d’intellectuels s’exprimant « en tant que Juifs », qui a envahi les médias pour faire entendre, au nom de la morale juive et des leçons de la Shoah, une condamnation au fond de l’existence de l’Etat d’Israël, qualifié de bourreau nazi, et des communautés juives accusées de communautarisme. Les discours condamnant Israël à cette époque provenaient aux trois quarts de ces milieux-là. C’est un phénomène considérable qui demande à être analysé. Comment le définir ?

Ces milieux sont juifs, à n’en pas douter, mais ils ont choisi de se dissocier du peuple juif en situation d’adversité, pour l’accabler en se revendiquant d’un « autre » judaïsme. Le mot d’alterjuif est l’heureuse invention d’une des membres du comité de rédaction, Muriel Darmon.

Les groupes qui se sont formés à cette occasion se définissaient comme « une autre voix juive », un « judaïsme alternatif », etc. Face à ce discours, les Juifs tout court sont restés interdits. Nous avons voulu reprendre ce discours point par point et en faire l’analyse critique.

– S’agit-il d’un phénomène particulier à la France ou bien existe-t-il aussi en Israël ?
C’est un phénomène juif mondial allant des Etats-Unis à Israël. Ce genre de choses n’arrive qu’aux Juifs. On n’a jamais vu un intellectuel arabe se livrer à un tel jeu de massacre sur son propre peuple, se faire l’avocat de son propre abaissement, de surcroît dans une situation aussi grave.

Le postsionisme s’y inscrit totalement dans la mesure où son projet est le démantèlement du peuple juif et de l’Etat d’Israël, leur ruine morale, intellectuelle et politique. Le projet postsioniste a ceci de spécifique qu’il s’avance masqué derrière l’idéologie « droit-de-l’hommiste », qui pourrait bien être une mutation génétique du défunt marxisme, après l’effondrement de l’URSS. Je veux parler du postmodernisme. On y retrouve la même incompréhension du fait national.

Ce fut la défaillance la plus grande du marxisme. L’histoire a confondu cette défaillance qui a produit des millions de morts : après 70 ans de communisme, ce sont toutes les vieilles nations de l’Europe de l’Est colonisées par l’URSS, c’est la sainte Russie orthodoxe qui sont réapparues comme si rien ne s’était passé, confirmant la permanence du fait national.

C’est à ce moment-là du retour des nations, au moment où un nationalisme virulent secoue le monde arabe, que les postsionistes demandent à Israël de se faire hara-kiri…

C’est à cette même contestation de la nation que se livrent les « nouveaux historiens » en déconstruisant le récit national juif, selon des méthodes très douteuses qui n’ont d’universitaire que le nom. Ces intellectuels ont perdu la mesure de la critique intellectuelle ou de la contestation politique. Plus profondément, ils ont perdu le sens de la réalité.

– Est-ce un phénomène psychologique (haine de soi juive) ou bien proprement politique ?
L’explication de la haine de soi est une explication psychologique déresponsabilisante. Sans conteste, il y a une dimension pathologique dans ces discours où transparaît paradoxalement une véritable inflation du moi qui part de la conviction de la toute puissance des Juifs (et d’Israël).

Nous avons quelques textes de psychanalystes qui analysent ce syndrome mais nous avons voulu y voir avant tout un acte politique et intellectuel. C’est à ce titre que nous avons analysé avec beaucoup de précision le discours de ces intellectuels et contesté leurs affirmations, qui prennent beaucoup de libertés avec la rigueur intellectuelle et la connaissance historique.

Nous avons en effet assisté à une perversion des critères de la morale et de la vérité qui a campé les victimes en coupables et accusé les victimes des coups qu’elles recevaient. Leur responsabilité politique devant la société occidentale est immense car ils ont contribué à étouffer la réalité de l’antisémitisme.

Les agressions antijuives annonçaient les émeutes qui ont secoué et secouent la France. En déniant l’existence de l’antisémitisme et en en accusant les Juifs eux-mêmes, ils ont endormi les réflexes de la société et sa vigilance face au djihad mondial.

– Quel rôle remplissent les alterjuifs dans le débat politique en France ?
Ce qui s’est passé ces dernières années peut mieux être contemplé avec le recul. Les alterjuifs ont bénéficié d’une couverture médiatique quasi totale, tout en se plaignant d’être victimes de la censure « communautaire ».

Ils ont pris en otage l’expression de la voix juive en se présentant en professeurs de morale juive, à un moment où l’Europe, et notamment la France chiraquienne, faisaient entendre une condamnation d’Israël, complaisante envers la cause arabe, pour des raisons à la fois internes (la présence d’une communauté arabo-musulmane très importante) et externe (s’opposer aux Américains).

Aucune autre opinion n’a pu s’exprimer en ces jours-là. La voix des alterjuifs apportait une confirmation de la condamnation. La pire des choses était que l’acte d’accusation était dressé par des voix juives. Mais au fond, c’est vieux comme le monde…

– Pourquoi les alterjuifs consacrent-ils tant d’efforts à vouloir priver les Juifs du droit de parler de la Shoah ?
C’est que la Shoah les gêne beaucoup. Elle les gêne parce qu’elle rappelle que les Juifs ont été détruits dans la Shoah en tant que peuple, tandis que leur vision pseudo-éthique d’un Israël « conscience » de l’humanité ne résiste pas à cette confrontation.

L’alterjudéité concerne en général des milieux juifs qui se sont éloignés de la vie juive. C’est leur droit, néanmoins ils ressentent une existence juive au grand jour comme une menace et une agression envers leur façon d’être, une monstruosité. Avez-vous remarqué que ce sont les Juifs vivants qui dérangent l’ordre du monde ? Les Juifs ont l’indécence de vivre après la Shoah et de rendre un coup quand ils le reçoivent !

– Existe-t-il un lien entre le phénomène alterjuif et la réalité politique israélienne ?
Il ne faut pas oublier que le fléau en question est venu d’Israël. Depuis la fin des années 1990, les postsionistes et autres nouveaux historiens se sont livrés à une entreprise méthodique de destruction symbolique d’Israël, accrédités par les chaires universitaires qu’ils occupent. Le coup ne pouvait pas être plus fatal. Si Israël le dit…

Sachez que ces livres sont automatiquement traduits en France. Comment voulez-vous que réagisse le public qui reçoit ces ouvrages ? Il les prend au sérieux. Il ne fait pas de doute qu’une société israélienne dont les élites produisent un discours autodestructeur de ce type-là, est gravement malade.

– Quel danger représentent les alterjuifs ?
Le danger concerne l’image de soi. On ne respecte que les gens qui se respectent. Montrer un tel visage, c’est lancer aux ennemis d’Israël, hélas fort nombreux, un signal très clair les poussant à l’attaque, en leur donnant le sentiment qu’il ne reste plus qu’à donner l’estocade finale pour en finir avec les Juifs.

Par ailleurs, leur discours pseudo-moral se fonde sur une injustice à base de mépris ethnique : ils pleurent le malheur palestinien – « péché originel » d’Israël – mais restent cois sur l’injustice dont le monde séfarade a été victime de la part du monde arabe. L’Etat d’Israël n’a aucune dette envers le monde arabe et les Palestiniens.

Il y a eu un échange de populations et des spoliations bien plus importantes pour les Juifs issus du monde arabe. Leur souffrance, leur mémoire, leurs intérêts sont profondément bafoués par ce discours autoaccusatoire. C’est comme s’ils n’existaient pas alors qu’ils constituent la majorité de la population israélienne.

Les dimensions symboliques et culturelles sont capitales sur le plan politique : avant de détruire quelqu’un, on ruine son image morale, son prestige de telle sorte que le frapper devient « normal ». C’est ce qui est en jeu aujourd’hui : tous ces discours augurent-ils d’une entreprise de destruction à venir d’Israël ?

Forum Leatid Israël et la revue Controverses organisent une soirée débat sur le thème « La déligitimation d’Israël : AlterJuifs et post-sionisme », avec Itshak Adda, Eliézer Cherki, Muriel Darmon, Manfred Gerstenfeld, Pierre-Itshak Lurçat et Shmuel Trigano. Mardi 29 mai, à 20h30. Campus Kiriat Moria (Binian Mélitz), 3, Rehov Ha’Askan, Jérusalem.

– Source : http://www.desinfos.com – La revue des infos
Voir aussi le récent entretien d’une victime de la radicalité progressiste, l’essayiste Alain Finkielkraut:

L’ironie c’est que ce coup me soit venu d’Israël. Israël, c’est à la fois le pays qui fait de moi un docteur honoris causa, et le pays où un petit cercle postsioniste veut ma peau.

Si un candidat de droite a tenu sur l’école des propos qui m’allaient droit au coeur, ce n’est pas parce qu’il était de droite. C’est parce que la gauche avait complètement délaissé ce terrain. La gauche a choisi la voie de la facilité démocratique, du pédagogisme, de la démagogie sur un certain nombre de questions comme l’école, la sécurité et l’intégration.

Quand un candidat de droite fait référence à un certain nombre de grandes figures pour dire ce que représente pour lui la France, et qu’il remonte à Jeanne d’Arc en passant par Pascal, par Voltaire, et en terminant par Georges Mandel, Guy Moquet, etc., que répond la candidate de gauche ? Elle répond par une référence à la France de Diam’s. Diam’s est une chanteuse de rap, qui a écrit et chanté un texte : Ma France à moi.

Ma France à moi, dit-elle, elle sèche les cours, elle s’éclate, elle n’aime que la culture américaine, et comme elle n’a pas de débouchés, elle vend de la merde, c’est-à-dire du shit, de la drogue, à des bourges, c’est-à-dire des bourgeois. Voilà la France dont se réclame effrontément une candidate de gauche. Qu’est-ce que ça a à voir avec la gauche ?

En enfer et sur un nuage
Alain Finkielkraut
Par Chantal Osterreicher
Jerusalem Post
24 mai 2007

Au sujet du mandat Sarkozy, Finkielkraut déclare : « Je pense que certaines des promesses seront tenues, notamment pour ce qui concerne l’augmentation du pouvoir d’achat, la libération du travail, la suppression de l’impôt sur les successions. D’autres promesses sont moins directement monnayables en réformes précises.

Comment voyez-vous le mandat Sarkozy ?

Tout est possible. Je pense que certaines des promesses seront tenues, notamment pour ce qui concerne l’augmentation du pouvoir d’achat, la libération du travail, la suppression de l’impôt sur les successions. D’autres promesses sont moins directement monnayables en réformes précises.

Va-t-il être capable de refonder l’école ? Il a eu raison de dire qu’on ne peut plus envisager le problème de l’école en termes de moyens. D’abord on a mis trop de moyens dans le secondaire et on a ruiné le supérieur. Va-t-il être capable de réintroduire à l’école l’exigence d’excellence et des grands auteurs ? Va-t-il être capable de réintroduire pour une démocratie vraie la sélection ?

Je n’en sais rien. Deux choses m’inquiètent : c’est que ces promesses-là puissent être oubliées au profit de promesses plus directement parlantes.

Et la deuxième chose, c’est l’opposition qu’il risque de rencontrer dans la rue. Dès qu’on prononce le mot de sélection, les enfants envahissent les avenues. Et dès qu’on veut refonder l’école, ce sont les syndicats d’enseignants, et les fédérations de parents d’élèves, qui depuis trente ans au moins, ne raisonnent qu’en termes de moyens.

Est-ce que vous pensez qu’avec Nicolas Sarkozy l’image d’Israël peut s’améliorer en France ?

Non. Vous savez, il ne faut pas surestimer le pouvoir des hommes politiques, même présidents. Tous ceux qui disent par exemple qu’il va faire main basse sur la presse se racontent des histoires. La presse est majoritairement contre lui, et continuera à l’être. Il n’a aucun pouvoir médiatique. Il a des amis, il a donc quelques journaux qui lui sont favorables. Le Figaro, mais Le Figaro est favorable à la droite. Peut-être Europe 1. Mais tout le service public, notamment à la radio, lui est hostile. Libération lui est hostile. Marianne lui est hostile.

Il n’est pas tout puissant, la politique n’est pas toute puissante. Les amuseurs sont beaucoup plus puissants. Les journalistes sont plus puissants que les politiques et les amuseurs plus puissants que les journalistes. Et Sarkozy sera traîné dans la boue comme président sans aucun problème.

Donc il ne faut pas exagérer son pouvoir. Il ne faut pas exagérer non plus son influence, son autorité idéologique. Il va peut-être infléchir la politique étrangère française, il va peut-être essayer de rompre avec une certaine tradition du Quai d’Orsay. Je ne suis pas sûr qu’il y réussisse, les pesanteurs sont très fortes. Et quand bien même il y réussirait, ça ne changera pas nécessairement l’état d’esprit de l’opinion.

L’opinion peut évoluer et évolue en général en toute indépendance du pouvoir politique. Dans une certaine frange de l’opinion, la déligitimation d’Israël a fait d’immenses progrès et cette frange de l’opinion ne sera certainement pas influencée par Sarkozy. Elle risque de se radicaliser encore d’avantage. Mais ce n’est pas toute l’opinion non plus.

Puisqu’on parle de l’opinion, qu’est-ce qui a changé pour vous depuis la parution de l’interview dans le Haaretz il y a deux ans ?

Tout a changé. Il y a pour moi un avant Haaretz et un après. Dans les jours qui ont précédé cet entretien, je m’étais exprimé dans Le Figaro sur les émeutes avec une très grande clarté. J’avais déploré l’héroïsation ou la victimisation des émeutiers. J’avais parlé au nom de ce que j’appelle le parti de l’indignation. J’avais dit que l’incendie d’école n’avait aucune excuse et j’avais dit aussi que la seule manière d’aider ces jeunes, c’était de leur faire honte.

Mais, cet article je l’avais lu, relu, vérifié. Avec Haaretz, les choses se sont passées tout à fait différemment. Je n’ai rien pu relire ni préciser. Et donc, certaines formules m’ont fait apparaître comme un raciste, ce qui est, pour de très bonnes raisons, le crime intellectuel majeur, la tache ineffaçable. Et depuis lors, je sais que sur Internet toutes sortes de diatribes sont lancées contre moi.

J’ai aussi des problèmes dès que je mets le nez dehors, en tout cas dès que je fais une conférence. C’était le cas à Aix il y a un an, c’était le cas plus récemment à Bourg-la-Reine. Je faisais une conférence sur l’école, et j’ai eu droit à la protection de deux cars de CRS. Certes, la manifestation voulant m’interdire de parler n’a pas réuni les foules, c’était une centaine de vieux gauchistes, certains d’ailleurs avaient basculé dans le négationnisme, mais c’est quand même très désagréable, ces gens qui hurlent « Finkielkraut raciste », etc.

L’ironie c’est que ce coup me soit venu d’Israël. Israël, c’est à la fois le pays qui fait de moi un docteur honoris causa, et le pays où un petit cercle postsioniste veut ma peau. Je ne pense pas que les choses puissent vraiment se tasser, d’autant plus aujourd’hui que l’actualité n’est plus comme autrefois évanescente. On pouvait le regretter, se dire que l’actualité c’est un événement qui n’apparaît que pour sombrer dans l’oubli.

Maintenant, il apparaît, et puis il est inscrit pour l’éternité sur Internet. Je pense que cet entretien du Haaretz est disponible. Il n’est donc pas l’entretien d’un instant mais l’entretien de tous les instants. C’est le regret que je peux éprouver. C’est un des griefs multiples que je peux adresser à ce dispositif terrifiant qu’est Internet.

Je pense qu’au Haaretz, beaucoup de gens ont compris que cet entretien n’avait pas été très honnête, que c’était une sorte de traquenard, que les titres choisis et les sous-titres voulaient me faire apparaître comme une sorte de Le Pen juif, que mes interlocuteurs avaient vu en moi l’équivalent diasporique du colon israélien qu’ils détestent.

Donc j’ai été une victime de la radicalité progressiste. Je disais tout à l’heure que la radicalité n’est pas l’apanage de la religion. La radicalité progressiste fait de la politique mondiale une sorte de guerre civile. Et ceux qui s’inscrivent dans cette guerre civile, par exemple en Israël, ne voient pas l’ennemi dans l’islamisme qui les agresse mais chez l’extrémiste juif.

Et ils ont cru que j’en étais l’équivalent français. Tout le monde à Haaretz ne pense pas ainsi. Pour moi, vis-à-vis de Haaretz, j’ai tourné la page. Malheureusement, cette page Internet ne la tournera jamais.

Vous avez également reçu un fort soutien durant cette période.

Les témoignages de sympathie se sont multipliés. J’ai reçu des milliers de lettres ou des courriels, les gens m’abordaient dans la rue. D’autant que j’ai eu l’occasion quand même en France de m’expliquer très vite.

Le Monde a publié des extraits de mon entretien, des extraits terribles. Dès le surlendemain, Le Monde m’a permis de préciser un peu les choses. Donc le lynchage n’a pas été total. Le vrai lynchage médiatique c’est quelqu’un qu’on accuse et qui n’a pas la possibilité de se défendre. Ça a été en France le cas d’un écrivain, accusé à mes yeux à tort d’antisémitisme, Renaud Camus.

Ma situation était curieuse. J’étais en enfer et j’étais sur un nuage. J’ai bénéficié de ce soutien. Il n’empêche, j’ai parlé au détour d’une phrase de l’équipe de France de football, je ne veux même pas y revenir, et il y a des gens pour qui je n’existe et je n’existerai jamais que par cette phrase. Aucune de mes autres interventions et aucune de mes oeuvres ne compte. Je suis aussi la victime, et ça me rappelle un roman de Kundera, d’une plaisanterie. Je suis persécuté par une plaisanterie.

J’ai donc reçu de nombreuses lettres de soutien après avoir publié ma réponse dans Le Monde. Ce qui m’a plu, c’est qu’elles venaient souvent de gens de gauche. Pas uniquement de Juifs, mais souvent de gens de gauche. J’ai compris que la diabolisation avait ses limites. En revanche, j’ai eu droit à la couverture du Nouvel Observateur où je suis apparu comme le chef de file des néoréactionnaires.

Et d’ailleurs ils n’ont pas changé, ils ont refait une couverture du même type il y a quelques semaines pour dresser à nouveau la liste des intellectuels qui virent à droite. Et ça aussi c’est une des grandes tristesses de l’époque, cette gauche qui se raidit, qui oublie toutes les leçons de l’antitotalitarisme, qui pratique le soupçon et même l’épuration.

Une gauche épuratrice est à l’oeuvre, et est tellement épuratrice qu’elle se stérilise totalement. Et on en revient à la candidature Ségolène Royal. Parce qu’une fois qu’ils ont épuré, ils n’ont gardé que les crétins.

Si un candidat de droite a tenu sur l’école des propos qui m’allaient droit au coeur, ce n’est pas parce qu’il était de droite. C’est parce que la gauche avait complètement délaissé ce terrain. La gauche a choisi la voie de la facilité démocratique, du pédagogisme, de la démagogie sur un certain nombre de questions comme l’école, la sécurité et l’intégration.

Quand un candidat de droite fait référence à un certain nombre de grandes figures pour dire ce que représente pour lui la France, et qu’il remonte à Jeanne d’Arc en passant par Pascal, par Voltaire, et en terminant par Georges Mandel, Guy Moquet, etc., que répond la candidate de gauche ? Elle répond par une référence à la France de Diam’s. Diam’s est une chanteuse de rap, qui a écrit et chanté un texte : Ma France à moi.

Ma France à moi, dit-elle, elle sèche les cours, elle s’éclate, elle n’aime que la culture américaine, et comme elle n’a pas de débouchés, elle vend de la merde, c’est-à-dire du shit, de la drogue, à des bourges, c’est-à-dire des bourgeois. Voilà la France dont se réclame effrontément une candidate de gauche. Qu’est-ce que ça a à voir avec la gauche ?

Le candidat de droite a cité Jaurès. La gauche a dit : « c’est une captation d’héritage ». Non ! Car il ne citait pas Jaurès pour son socialisme, il citait Jaurès pour son patriotisme, pour sa manière d’habiter la France, pour son rapport au passé. De même qu’il citait Jules Ferry parce que celui-ci avait adressé à tous les enseignants de France une lettre commençant par ces mots : « Monsieur l’instituteur ».

Et ce candidat, Nicolas Sarkozy a dit : « cette formule, c’est la civilisation même ». Eh oui ! Monsieur l’instituteur, c’est une expression qui oblige à se tenir droit. Diam’s, c’est la civilisation du laisser-aller et de l’avachissement total. La gauche a choisi l’avachissement et elle a trahi, ce faisant, le meilleur de son héritage.

Cette interview a été réalisée en collaboration avec Hélène Schoumann.
– Source : http://www.desinfos.com – La revue des infos

2 Responses to Antisémitisme: Les juifs encore! (When Jews add fuel to the antisemitic fire)

  1. […] Désinformation: Rien ne va plus pour Obama mais c’est la faute à Israël (If you can’t blame Bush, blame Israel) A une époque où la dé-légitimation et par la suite l’éradication d’Israël est un but crié avec une ferveur grandissante par les ennemis de l’état juif, il est plus que décourageant de voir des Juifs eux-mêmes rajouter à la calomnie. Que certains le fassent même au nom du judaïsme, rend la nature de leurs attaques des plus grotesques. (…) Leurs contributions à ce qui est en train de devenir un discours normatif, sont toxiques. Elles permettent de rendre respectables les visées antisémites contre l’état juif, par exemple, en affirmant que c’est un état de type nazi, comparable à l’apartheid en Afrique du Sud, qui est engagé dans un nettoyage ethnique et un génocide. Ces accusations ne sont pas vraies mais peuvent avoir comme effet de délégitimer Israël. Alvin Rosenfeld […]

    J'aime

  2. […] Dans sa dernière signification, l’émancipation juive consiste à émanciper l’humanité du judaïsme. Marx […]

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :