Hannah Arendt: Attention, une banalité peut en cacher une autre ! (Was Arendt fooled by her desire for universalist approval ?)

https://i0.wp.com/www.la-croix.com/var/bayard/storage/images/lacroix/culture/cinema/au-coeur-du-film-hannah-arendt-le-proces-eichmann-2013-04-24-952230/33403936-1-fre-FR/Au-coeur-du-film-Hannah-Arendt-le-proces-Eichmann_article_popin.jpghttps://i1.wp.com/www.librairie-sciencespo.fr/ecommerce/media/catalog/product/6/a/6a49a6b39041ba4a2b7e1e2bb04a23b6.jpghttps://i1.wp.com/www.filmsfix.com/images/affiches/hannah-arendt-2.jpgThe trial has shown that under the stress of a national crisis, ordinary men, even able and extraordinary me, can delude themselves into the commission of crimes and atrocities so vast and so heinous as to stagger the imagination. How easily that can happen! There are those in our country today, too, who speak of the protection of the country. Of  survival. The answer to that is: survival as what? A country isn’t a rock. And it isn’t an extension of one’s self.  It’s what it stands for, when standing for something is the most difficult! Before the people of the world – let it now be noted in our decision here that this is what  we stand for:  justice, truth… and the value of a single human being! Judgment at Nuremberg
L’oppression mentale totalitaire est faite de piqûres de moustiques et non de grands coups sur la tête. (…) Quel fut le moyen de propagande le plus puissant de l’hitlérisme? Etaient-ce les discours isolés de Hitler et de Goebbels, leurs déclarations à tel ou tel sujet, leurs propos haineux sur le judaïsme, sur le bolchevisme? Non, incontestablement, car beaucoup de choses demeuraient incomprises par la masse ou l’ennuyaient, du fait de leur éternelle répétition.[…] Non, l’effet le plus puissant ne fut pas produit par des discours isolés, ni par des articles ou des tracts, ni par des affiches ou des drapeaux, il ne fut obtenu par rien de ce qu’on était forcé d’enregistrer par la pensée ou la perception. Le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente. Victor Klemperer (LTI, la langue du IIIe Reich)
Dans sa dernière signification, l’émancipation juive consiste à émanciper l’humanité du judaïsme. Marx
Déposséder un peuple de l’homme qu’il célèbre comme le plus grand de ses fils est une tâche sans agrément et qu’on n’accomplit pas d’un cœur léger, surtout quand on appartient soi-même à ce peuple.  Freud
Dans ce dernier ouvrage, le fondateur de la psychanalyse examine les origines du monothéisme en Égypte au moment de la révolution religieuse et esthétique du pharaon Akhenaton et expose une théorie nouvelle sur les origines de Moïse et de la religion juive. Note de l’Editeur (Gallimard, 1948)
Beate Zschäpe n’a jamais été présente, ni lors des crimes (contre huit commerçants turcs, un Grec et une policière), ni lors des braquages de banque, ni lors des deux attentats commis à Cologne. Pourtant, les chefs d’inculpation à son encontre sont sans ambiguïté : participation à dix meurtres, à des tentatives de meurtre (les victimes des attentats de Cologne), appartenance à une organisation terroriste, participation à quinze vols à main armée, attentats à l’explosif, incendie criminel. Pour les enquêteurs, son rôle était déterminant. C’est elle qui donnait une apparence de normalité, faisant les courses, gérant le budget, discutant avec les voisines, allant prendre un café au restaurant grec du coin… Selon le groupe de recherche Femmes et extrême droite, sur les cent vingt-neuf personnes avec qui la NSU aurait eu des contacts durant sa clandestinité, 20 % sont des femmes. On croit souvent que celles-ci jouent un rôle mineur dans la mouvance, mais c’est l’inverse, estiment ces chercheurs : « Sans l’engagement de jeunes filles et de femmes, les droites extrêmes ne fonctionneraient ni sur le plan pratique ni sur le plan idéologique. » Pour les enquêteurs, Beate Zschäpe était « le centre émotionnel » du groupe, sur lequel elle exerçait une « influence déterminante ». Le Monde
L’attitude d’Eichmann lui-même était différente. Tout d’abord, l’inculpation pour meurtre était fausse : « je n’avais rien à voir avec l’assassinat des Juifs. Je n’ai jamais tué un Juif ni d’ailleurs un non-Juif – je n’ai même jamais tué aucun être humain. Je n’ai jamais ordonné qu’on tue un Juif ou un non-Juif […] ». La défense ne prêta pas la moindre attention à la théorie personnelle d’Eichmann, mais l’accusation perdit, en vain, beaucoup de temps à vouloir prouver qu’Eichmann avait, au moins une fois, tué de ses propres mains. […] Il se souvenait parfaitement qu’il n’aurait eu mauvaise conscience que s’il n’avait pas exécuté les ordres – ordres d’expédier à la mort des millions d’hommes, de femmes et d’enfants, avec un grand zèle et le soin le plus méticuleux. […] Une demi-douzaine de psychiatres avaient certifié qu’il était « normal » […]. Eichmann n’était pas fou au sens psychologique du terme et encore moins au sens juridique. Malgré tous les efforts de l’accusation, tout le monde pouvait voir que cet homme n’était pas « un monstre » ; mais il était vraiment difficile de ne pas présumer que c’était un clown. […] Eichmann n’est qu’un figurant sans envergure […], un tâcheron besogneux de la solution finale. Lui « personnellement » n’avait jamais rien eu contre les Juifs, au contraire, il avait de « nombreuses raisons personnelles » de ne pas les haïr. […] Hélas, personne ne le crut. Et les juges ne le crurent pas parce qu’ils étaient trop bons […] pour admettre qu’une personne moyenne, « normale » ni faible d’esprit, ni endoctrinée, ni cynique puisse être absolument incapable de distinguer le bien du mal. […] Il ne fait aucun doute que, sans la coopération des victimes, il eût été difficile que quelques milliers de personnes, dont la plupart travaillaient, de plus, dans des bureaux, puissent liquider des centaines de milliers d’autres personnes. […] Pour un Juif, le rôle que jouèrent les dirigeants juifs dans la destruction de leur propre peuple est, sans aucun doute, le plus sombre chapitre de leur histoire. […] Si le peuple juif avait vraiment été non organisé et dépourvu de direction, le chaos aurait régné […] mais le nombre total de victimes n’aurait pas atteint quatre et demi à six millions. Hannah Arendt (Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal, 1966)
Il est dans la nature même du totalitarisme, et peut-être de la bureaucratie, de transformer les hommes en fonctionnaires, en « rouages » administratifs, et ainsi de les déshumaniser. (…) Eichmann n’est ni un Iago, ni un Macbeth ; et il ne lui serait jamais venu à l’esprit, comme à Richard III de faire le mal par principe. (Pour autant) Eichmann n’est pas stupide. C’est la pure absence de pensée-ce qui n’est pas du tout la même chose- qui lui a permis de devenir un des plus grands criminels de son époque …Que l’on puisse être à ce point éloigné de la réalité, à ce point privé de pensée ; que cela puisse faire plus de mal que tous les instincts destructeurs réunis qui sont peut-être inhérents à l’homme. Voilà une des leçons que l’on pouvait tirer du procès de Jérusalem. Hannah Arendt (Post-scriptum à Eichmann à Jérusalem)
Encore un peu et les Juifs se sont persécutés et exterminés eux-mêmes en la présence fortuite de quelques nazis. Golo Mann (historien et philosophe allemand, Die Zeit, 24 janvier 1964)
Je n’éprouve guère de sympathie pour ce ton qu’exprime bien le mot anglais flippancy (désinvolture) que vous employez si souvent tout au long de votre livre. Il est inconvénient au-delà de toute mesure pour traiter d’un tel sujet. Gershom Scholem (historien et philosophe juif), MB, Tel Aviv, 16 août 1963.
Mme Arendt ne dit pas expressis verbis que les Juifs furent plus coupables qu’Eichmann mais, comme elle tient à diminuer la responsabilité de ce dernier et à mettre en lumière celle des Juifs, elle donne parfois cette impression. La grande érudition qu’elle manifeste et l’objectivité supérieure à laquelle elle prétend rendent difficile d’éviter cette impression, dont il est plus difficile encore de prendre son parti. Hugh Trevor-Roper (historien anglais, Sunday Times, 13 octobre 1963)
À en juger par le nombre de malentendus qu’elle a provoqués, l’expression [« Banalité du Mal »] n’était pas très heureuse ; mais l’idée d’Arendt est importante. Tzvetan Todorov (philosophe et historien français, Face à l’extrême, Paris, 1991)
[Les thèses d’Hannah Arendt] comportent des généralisations illégitimes, des contre- vérités, des contradictions internes […].Hannah Arendt décrit minutieusement et dans son contexte historique et administratif la vie d’Eichmann — ce qui permet au lecteur d’entrer avec lui dans l’engrenage de la loi nazie » et donc de « comprendre » cet engrenage. Mais ce n’est qu’en termes généraux et synthétiques qu’elle parle de la « collaboration juive a sans jamais restituer les événements historiques, le climat de confusion, de panique et de terreur où elle se situe. Il aurait donc été souhaitable que Hannah Arendt ne réservât pas au seul Eichmann ses dons de pénétration psychologique, mais qu’elle en fit également bénéficier les responsables, juifs, dont elle juge les actes de l’extérieur seulement L’idée que la loi nazie était sentie par tous comme une justification morale suffisante en elle-même est démentie par ce fait que Hannah Arendt rapporte : au-delà d’un certain palier d’exécution, les ordres criminels devaient être codés ou signifiés au moyen de métaphores. C’est donc qu’il fallait ménager, non pas la « sensibilité » des subordonnés, comme Hannah Arendt voudrait le faire croire, mais bel et bien leur conscience morale. Il est donc faux qu’on ne puisse établir la responsabilité mo- rale d’Eichmann, puisqu’il participait aux réunions – où les décisions étaient prises en clair, pour être ensuite transmises en code. La vérité, c’est qu’Eichmann a préféré sa carrière ou son confort à toute autre considération. Il en allait de même des gardiens des camps d’extermination : ils avaient la possibilité d’être mutés dans des unités régulières. Les collaborateurs » juifs n’avaient pas cette possibilité. Ils ne pouvaient choisir- qu’entre l’obéissance, leur assassinat ou le suicide. Certains se sont suicidés. L’existence de polices juives, la mise en place de « Judenräte » par les nazis sont des faits. L’allégation selon laquelle sans l’action de leurs dirigeants un plus grand nombre de Juifs aurait pu avoir la vie sauve est dépourvue de tout fondement sérieux. Elle fait partie de ces hypothèses invérifiables et malveillantes qui, dans les pages de Hannah Arendt, sont présentées comme des faits historiques. Est-ce sur l’ordre de leurs dirigeants qu’en France, par exemple, les Juifs allaient faire la queue dans les commissariats pour se « déclarer » et fournir ainsi leur adresse à ceux qui les déporteraient ? Il est proprement scandaleux d’enfermer dans la même réprobation morale ceux qui, par tradition ou par principe, ne veulent pas se défendre — même si leur attitude est catastrophique pour leur entourage — et ceux qui ont fait du meurtre un principe. L’éducation reçue par un grand nombre de juifs et de dirigeants des communautés avait fait d’eux des êtres désarmés devant la violence et, en cela, comparables à des enfants. […] On dira peut-être que dissimuler le fait que des Juifs ont été contraints d’exécuter les ordres des nazis ou que certains ont collaboré, est une attitude puérile. Mais qui dit le contraire ? Ce qui est aberrant, c’est de mettre l’accent sur cette collaboration. A-t-on fait autant de tumulte autour des harkis ? Parle-t-on des soldats du général Ky ? Ou de l’immense majorité des Français qui — par le simple fait de vivre sous l’occupation sans se révolter de façon très notable — ont pendant quatre ans contribué à l’effort de guerre nazi ? Cela dit, il était évident que notre monde égaré pendant quelques années chercherait un peu partout des coupables. Il était non moins évident qu’il en trouverait enfin a que ce serait, bien entendu, les Juifs. Cest, sans aucun doute, le plus sombre chapitre de leur histoire. […] Si le peuple juif avait vraiment été non organisé et dépourvu de direction, le chaos aurait régné […] mais le nombre total de victimes n’aurait pas atteint quatre et demi à six millions. CATHERINE BAKES, assistante à la Faculté des Lettres ; MICHEL BORWICZ ; ALDC DERCZANSKY, chargé de conférences à l’École nationale des langues orientales ; PIERRE HESPEL (ancien déporté); GERARD ISRAEL, directeur des « Nouveaux Cahiers ; VLADIMIR JANKELEVITCH, professeur à la Sorbonne ; JACQUES MA- DAULE ; MADELEINE BARTHELEMY MADAULE ; ROBERT MISRAHI, assistant à la Faculté des Lettres ; RICHARD MARIENSTRAS, maître-assistant « à la Faculté des Lettres; OLIVIER REVAULT- D’ALLONNES, maître-assistant à la Faculté des Lettres (« Hannah Arendt est-elle nazie ? », Le Nouvel Observateur, 26 octobre 1966)
[…] Le procès Eichmann marque un véritable tournant dans l’émergence de la mémoire du Génocide, en France, en Allemagne, aux États-Unis comme en Israël […]. Pour la première fois, un procès se fixe comme objectif explicite de donner une leçon d’his- toire. Pour la première fois apparaît le thème de la pédagogie et de la transmission […]. Le procès Eichmann marque aussi l’avènement du témoin. En effet, à la différence du procès de Nuremberg où l’accusation s’était fondée principalement sur des docu- ments, le procureur israélien, Gideon Hausner, décide de construire la scénographie du procès sur la déposition des témoins. Le procès Eichmann a libéré la parole des témoins. Il a créé une demande sociale en témoignages, comme le feront en France d’autres procès ultérieurs, ceux de Klaus Barbie, Paul Touvier et Maurice Papon. Avec le procès Eichmann, le survivant des camps et ghettos acquiert son identité de survivant parce que la société la lui reconnaît. Annette Wieviorka, « La mémoire de la Shoah », La Mémoire, entre histoire et politique, Les Cahiers français, La Documentation française, juillet-août 2001)
L’implication du procès : « […] le procès créait des ondes de choc. Israël s’était imposé, avec la loi créant Yad Vashem1 et le procès Eichmann, comme le centre de la mémoire du génocide. […] Les choses changent lentement à la fin des années 1970. Le centre de la mémoire se déplace insensiblement d’Israël vers les États-Unis, en s’américanisant et en s’universalisant. Les États-Unis sont désormais un pays où les chaires d’ « Holocaust studies » et les mémoriaux se comptent par centaines, qui centralisent toutes les sortes d’archives, un pays qui produit avec l’Allemagne les recherches historiques les plus importantes, un pays aussi dans lequel l’Holocauste a été intégré à la culture et à l’Ethos national. Annette Wieviorka (« Le procès qui fait entrer la Shoah dans l’histoire », L’Histoire, n°362, mars 2011)
Le procès Eichmann est également un évènement exceptionnel par l’attitude de l’accusé lui-même. D’abord, Eichmann a été bien plus qu’un simple fonctionnaire zélé. Il a mené une carrière rapide et exercé des responsabilités importantes au sein du dispositif génocidaire. Il a été un homme de terrain et non un simple bureaucrate. Quant à son engagement dans le nazisme, il a été total. Ensuite, Eichmann présente la particularité d’être l’un des nazis de haut rang qui s’est le plus exprimé après- guerre, laissant des milliers de pages de mémoire d’entretiens, de notes avant le procès, et presque autant durant sa captivité. Enfin – et c’est un exemple atypique parmi les nazis déférés devant un tribunal – Eichmann, a activement, presque frénétiquement participé à son propre procès, répondant volontairement aux questions de la cour, discutant les documents présentés à charge, prenant des notes lors des dépositions de témoins. Henry Rousso (Juger Eichmann, Jérusalem 1961, Catalogue de l’exposition « Mémorial de la Shoah », avril-septembre 2011)
Le film est construit autour de la polémique créée par l’enquête d’Hannah Arendt sur le procès Eichmann. Dès la parution de ses premiers articles dans le New Yorker, le scandale éclate. La thèse nouvelle de la philosophe sur la banalité du mal apparaît sous un jour grandement contrariant pour l’opinion commune, et pour la cour de justice de Jérusalem qui voulait juger en Eichmann plus qu’un homme, le symbole de la responsabilité nazie dans le génocide juif. Or, Hannah Arendt ramène la question à des proportions à la fois moindres et plus inquiétantes : en effet, sans cacher l’horreur absolue de l’organisation administrative du génocide, Arendt montre que le régime totalitaire est parvenu à anesthésier les consciences, à altérer la faculté de jugement de chacun, et que ses idées se sont infiltrées un peu partout : cela concerne au premier chef Adolf Eichmann, présenté comme un fonctionnaire zélé incapable de penser par lui-même, et non comme le monstre décrit par l’accusation. Cela concerne dans une moindre mesure les Conseils juifs (Judenräte) qui ont eu l’aveuglement de « coopérer » avec le régime nazi en établissant des recensements et en organisant la vie des futurs déportés. Hannah Arendt s’appuyait alors sur le texte de Raul Hillberg, La Destruction des Juifs d’Europe, pour soutenir ce propos, qui a été depuis relativisé par les historiens (la résistance juive a été soulignée, et il a été montré que l’absence d’organisation juive, comme par exemple en Russie, s’accompagnait de pertes humaines aussi lourdes qu’ailleurs). Céline Deleurme-Poulmane (dossier Zéro de conduite)
A lawyer of my publisher at the time asked me to draw up a list of items she had lifted. I found about eighty, but he also said that I would have to prove that she could not have obtained the information anywhere else. That proof I could not supply, except in such instances as an error of spelling that she had copied. Raul Hilberg
Certainly Arendt’s ideas about Eichmann and his « banality » were kindling for a fire. But it was the material she drew from 
Hilberg on the Jewish councils–less than twenty of the nearly 300 pages of her book–that ignited the furor. The implication of her account was that whereas Nazis like Eichmann were merely banal bureaucrats, Jews had experienced a moral collapse during the war by failing to resist totalitarianism. (…) Michael Marrus, who has written critically about Arendt’s and Hilberg’s accounts of the Judenräte, says that while many Jewish historians have erred « too much on the side of heroism and resistance, » Hilberg « was way off on the other side of the spectrum. His views about the Jews are sometimes almost caricatural. » (…)  Hilberg and Arendt may have clung to these heretical positions because their exodus from Europe left them with similarly tortured perspectives on the Jews they had left behind. Both writers were steeped in German-Jewish culture, which had long disdained the less cultured Jews in Eastern Europe. Complicating matters was that it was Eastern Jews who had been overwhelmingly slaughtered. Arendt’s criticism of the Israeli prosecution in Eichmann’s trial was spiced by her distaste for what she saw as the Israeli muddle of Middle Eastern and Eastern European Jews. Her most famous relationship was with Heidegger, the philosopher and Nazi Party member, and her husband, Blücher, was a German gentile. In a similar pattern, Hilberg endlessly criticized Jewish scholars while heaping praise on German scholars who were studying the same material. More personally and concretely, though, the works of Hilberg and Arendt were colored by their experiences as young secular Jews influenced by Zionism. Arendt’s Zionist work–before and immediately after the war–is well-known. Hilberg’s Zionist background, on the other hand, has generally gone unrecognized. In his autobiography, he says little about his engagement with the Jewish community in Vienna. But his best friend from his youth, Eric Marder, recalls that both boys had gone to a Zionist school in Vienna, which taught them the need for Jews to build a home of their own and to defend themselves. The lessons stuck, says Marder, who left Vienna shortly after Hilberg’s family. Marder also ended up in Brooklyn, and he recalls that when he and Hilberg were in high school, they would walk home and talk about what was happening in Europe. « We both felt that politically the Jewish community in Europe had behaved badly. Instead of fighting the Nazis, they had surrendered to them. » At the time that Hilberg and Marder were having those conversations, Arendt was expressing similar disappointment about the apparent unwillingness of the Jews to stand up for themselves. During the war, Arendt wrote a series of articles for Jewish newspapers in the United States calling for Jews to form an army to fight back. In time, though, her writing reflected a growing, almost shamefaced recognition that the Jews would go down meekly. In 1944, in the article « From Army to Brigade, » she spoke of the « unbearable humiliation of the Jewish people, who felt that the whole world had damned them to the degrading role of victimhood. » Later on, both thinkers wanted to be seen as clear-eyed observers, unsullied by any attachment to the material they were studyingNathaniel Popper
Adolf Eichmann was, of course, in no way a banal bureaucrat: He just portrayed himself as one while on trial for his life. Eichmann was a vicious and loathsome Jew-hater and -hunter who, among other things, personally intervened after the war was effectively lost, to insist on and ensure the mass murder of the last intact Jewish group in Europe, those of Hungary. So the phrase was wrong in its origin, as applied to Eichmann, and wrong in almost all subsequent cases when applied generally. Wrong and self-contradictory, linguistically, philosophically, and metaphorically. Either one knows what one is doing is evil or one does not. If one knows and does it anyway, one is evil, not some special subcategory of evil. If one doesn’t know, one is ignorant, and not evil. But genuine ignorance is rare when evil is going on. Arendt should have stuck with her original formulation for the Nazi crimes, « radical evil. » Not an easy concept to define, but, you might say, you know it when you see it. Certainly one with more validity than banality. (Wasserstein dryly notes that « her epigones have tried valiantly to reconcile the two positions, she herself recognized the inconsistency »—between radical and banal evil— »but never satisfactorily resolved the fundamental self-contradiction. »). Ron Rosenbaum
If Eichmann was simply following orders, and his conduct was certifiably normal within the context of Nazi Germany, her own defense of Heidegger can reflect the way a social thinker such as herself might be conditioned by circumstances and advantage to curry favor in the midst of the most vile forms of evil. Having as a Jew escaped from Germany in 1933, Arendt remained for the rest of her life loyal to the whole philosophic tradition that had helped lead to Hitlerism. Paul Roazen
The debate about Heidegger reminded me of a conversation I had with philosopher Berel Lang on « the evolution of evil, » an exchange I wrote about in Explaining Hitler. We discussed whether Hitler represented a new depth of evil and what the next step down into the abyss might be. Were there degrees of evil—that led to Hitler? And would Hitler lead to degrees of evil beyond his own? I had suggested Holocaust denial was such a next step, in the sense that it added insult to injury, but Lang disagreed, arguing that Heidegger’s postwar silence on Nazism exemplified the next step in the evolution of evil. After the war, this purportedly great and comprehensive philosopher never published anything that addressed the fact of the Holocaust that his party perpetrated. It just didn’t impinge on his worldview. He had time to write polemics against mechanized agriculture but not industrialized murder. Lang thought Heidegger’s indifference was a whole new kind of evil. (He even wrote a book called Heidegger’s Silence.) Which brings us back to Arendt again. As the extent of Heidegger’s enthusiastic embrace of Nazism becomes more apparent, and as it becomes ever clearer that the allegiance was not merely opportunistic and careerist but derived from a philosophical affinity with his Fuhrer’s effusions, it becomes impossible not to reexamine certain questions. Such as: How much did Arendt know about the depth of Heidegger’s allegiance? Did Heidegger lie to her? Did she believe him the way she believed Eichmann? Did she assume his complicity with the genocidaires was something careerist and banal? Or worse, did she know? And did she disingenuously (or self-deceptively) construct her false banal Eichmann from her false banal Heidegger? (…) Wasserstein believes she internalized anti-Semitic literature; I would perhaps modify this to say she internalized the purported universalism of Germanic high culture with its disdain for parochialism. A parochialism she identified with, in her own case, her Jewishness, something she felt ashamed of on intellectual grounds, so primitive, this tribal allegiance in the presence of intellects who supposedly transcended tribalism (or at least all tribes except the Teutonic). One can still hear this Arendtian shame about ethnicity these days. So parochial! One can hear the echo of Arendt’s fear of being judged as « merely Jewish » in some, not all, of those Jews so eager to dissociate themselves from the parochial concerns of other Jews for Israel. The desire for universalist approval makes them so disdainful of any « ethnic » fellow feeling. After all, to such unfettered spirits, it’s so banal. Ron Rosenbaum
J’ai filmé le témoignage de Benjamin Murmelstein à Rome en 1975, pendant toute une semaine. Adjoint du grand rabbin d’Autriche, c’est lui qui fut contraint de négocier avec Eichmann après l’annexion de l’Autriche. Il le vit pratiquement chaque jour pendant trois ans et eut de lui la connaissance la plus profonde qu’on puisse imaginer. Plus tard, il devint le troisième président du Conseil juif de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie, que Eichmann appelait un « ghetto modèle », c’est-à-dire destiné à être montré. Pour mille raisons, je n’ai pas inclus son témoignage dans «Shoah ». C’était un film en soi et l’intégrer à « Shoah » aurait rallongé le film de deux ou trois heures. Le témoignage de Murmelstein, capital, est aveuglant d’intelligence et de clarté: Eichmann n’était pas du tout le falot bureaucrate dont Arendt a brossé le portrait en même temps qu’elle inventait le concept de banalité du mal, qui n’était au fond que la banalité de ses propres conclusions. Dès la fin 39, c’est Eichmann qui organise la première déportation de Juifs. Tout au long de ses rencontres avec Murmelstein, Eichmann apparaît comme un antijuif fanatique aboyant des ordres inexécutables qu’il multipliait à dessein. Les anecdotes à ce sujet sont nombreuses, odieuses, et irrécusables. Tout cela sera montré dans le film, et définitivement établi. (…) Le procès d’Eichmann a été un procès bâclé. Les historiens avaient encore très peu travaillé. On confondait les lieux, on bousculait les témoins, qui avaient vécu des expériences limite et étaient incapables de parler. Le procureur Gideon Hausner partageait l’ignorance générale. A la demande de Ben Gourion qui souhaitait en faire un acte fondateur pour Israël, Hausner a ouvert le procès par un immense discours moralisateur, insupportable. Cette ouverture a déplu à Arendt. A juste titre. Mais elle-même ne savait rien. C’était une juive allemande exilée qui ignorait tout de la réalité de ces choses et de ces gens. (…) Hilberg a beaucoup évolué sur cette question, vous savez. Nous avons eu de longues discussions à ce sujet. Je l’ai rencontré en 1975 à New York, pendant un colloque d’historiens sur l’Holocauste. Contrairement aux autres, il n’était pas gai, exubérant, le travail sur ces questions le concernait intimement. Il avait la voix métallique, ironique, il m’a tout de suite plu, nous sommes devenus amis. C’est à lui que j’ai demandé de faire revivre dans « Shoah » la mémoire de Tcherniakov, le président du conseil juif de Varsovie qui, lui, a choisi de se suicider, le 23 juillet 1942, quand il a vu que les déportations vers Treblinka commençaient et qu’il ne pouvait rien y faire. Hilberg, dans « Shoah » incarne littéralement Tcherniakov. Beaucoup d’autres se sont également suicidés. Vingt-quatre membres du même Conseil juif se sont parfois donné la mort la même nuit. Pourquoi Arendt n’insiste pas plutôt là-dessus? La première chose face à une catastrophe pareille, c’est l’humilité. Moi je suis resté des mois sans comprendre, quand j’ai commencé « Shoah », sans même être capable de dire quel allait être mon sujet. Jusqu’au moment où j’ai su ce que je devais faire. Claude Lanzmann

Attention: une banalité peut en cacher une autre !

A l’heure où s’ouvre à Münich le procès d’une « nazie ordinaire »

Et où, avec la sortie en France de son film (« Hannah Arendt« ), la réalisatrice Margarethe von Trotta comme Claude Lanzmann avant la sortie du sien à Cannes, nous font revivre un autre procès d’un « nazi ordinaire » …

A savoir, il y a 52 ans, celui du directeur du bureau des affaires juives de l’office central de sécurité du Reich et organisateur des déportations vers Auschwitz Adolf Eichmann …

Comment ne pas voir derrière la thèse, soutenue sur la base des travaux d’un Raul Hilberg revenu largement plus tard sur ses positions par la philosophe allemande Hannah Arendt, de « la banalité du mal » et de la participation des  conseils juifs mis en place par les nazis qui coopérèrent avec leurs bourreaux …

La possibilité, comme le rappelle Ron Rosenbaum, que dans sa quête de reconnaissance par la haute culture allemande incarnée par son amour de jeunesse Heidegger, Arendt elle-même ait pu à son tour, à l’instar ajouterions-nous d’un autre juif célèbre ayant lui aussi avant elle renié en partie ses racines (notamment en égyptisant son Moïse), être contaminée par la pensée même qui avait conduit au génocide de son propre peuple ?

Lanzmann critique l’idée de banalité du mal d’Hannah Arendt

Aude Lancelin

Directrice adjointe de la rédaction de Marianne, responsable du service culture et idées

Marianne

13 Novembre 2011

Aussi controversée qu’adulée, la philosophe Hannah Arendt revient au centre des polémiques avec « Ecrits juifs », recueil contenant cinq cents pages d’inédits. Cet événement, ajouté à l’entretien exclusif que nous a accordé ici Claude Lanzmann, permet de jeter un regard neuf sur l’auteur d’Eichmann à Jérusalem.

Son ami le philosophe Karl Jaspers lui avait un jour écrit : « Arrivera le moment que tu ne connaîtras pas : celui où les Juifs t’érigeront en Israël, comme à Spinoza, un monument, et te revendiqueront fièrement comme une des leurs ».

Ce moment-là n’est toujours pas arrivé pour Hannah Arendt, trente-six ans après sa mort. Arrivera-t-il un jour ? Les éditions Fayard permettent en tout cas d’ouvrir aujourd’hui à nouveaux frais cet épineux dossier. Ces « Ecrits juifs » ne contiennent pas l’intégralité des textes d’Arendt sur le judaïsme, l’antisémitisme et le sionisme écrits trente années durant. Un rayonnage entier n’y suffirait pas, tant celle qui put se voir accuser de désinvolture à l’égard de son peuple, passa en réalité une immense partie de sa vie de penseur à travailler sur ces thèmes.

Parmi les textes inédits aujourd’hui publiés : un essai majeur inachevé, « l’Antisémitisme », aussi fondamental sur le sujet que la première partie des « Origines du totalitarisme », ou encore les extraits d’un ouvrage de 1944, « The Jew as Pariah » (« Le Juif comme paria »), qui n’avait jusqu’ici été édité qu’aux Etats-Unis. Bien d’autres textes aussi, comme celui de 1941 où Arendt appelle à la constitution d’une armée juive, formée de volontaires de tous les pays, ou celui qui célèbre avec émotion la résistance du ghetto de Varsovie, et aussi des pièces importantes sur la controverse mondiale qui suivit la parution d’ « Eichmann à Jerusalem ».

« Hannah Arendt est-elle nazie ? »

Au total, ce ne sont pas moins de 500 pages d’inédits auxquels ce volume permet d’accéder. Ils aideront à corriger, peut-être même à adoucir, le regard porté sur une intellectuelle encore souvent vouée aux gémonies dans la communauté juive. Il faudra d’ailleurs attendre l’an 2000 pour que le premier livre d’Arendt soit traduit en Israël : « Eichmann à Jérusalem » justement, celui-là qui avait mis le feu aux poudres en 1964.

Avant cette date, l’idée d’accuser Arendt de « haine de soi » eut simplement semblé burlesque. Toute sa vie Arendt affirmera en effet avoir parlé politiquement au nom des juifs. Et à l’exception du journaliste dreyfusard Bernard Lazare, personne avant elle n’avait fait preuve d’une compréhension aussi profonde de l’antisémitisme spécifique aux temps modernes, personne n’avait fourni de thèses aussi convaincantes sur cette arme politique de destruction massive.

Après la parution d’ « Eichmann » toutefois, l’ère du soupçon commence. Une excommunication d’un genre nouveau la frappe. Deux ans plus tard, lorsque le livre paraît en France, une pétition d’intellectuels, notamment signée par Vladimir Jankélévitch et Robert Misrahi, feint de s’interroger dans les colonnes du Nouvel Observateur : « Hannah Arendt est-elle nazie ? ».

Eichmann plus jusqu’auboutiste d’Himmler ?

A l’origine d’une des plus violentes polémiques de la fin du siècle : un concept tout d’abord. Celui de « banalité du mal », sur lequel elle aura toute sa vie à s’expliquer. Banalité n’a pourtant jamais voulu dire innocence. En maniant ce concept au sujet du criminel SS Adolf Eichmann, concept emprunté à son premier mari Heinrich Blücher ou à l’écrivain Joseph Conrad selon les versions, c’est une vision finalement confortable du sadisme nazi qu’Arendt entend en fait réfuter.

Le désir d’y voir une espèce d’hyperbole démoniaque qui le tient au fond radicalement à distance. Plus dérangeante, la vision d’Arendt fait de la monstruosité une option humaine à chaque instant du temps actualisable. Aucune complaisance à l’égard d’Eichmann dans cette affaire, constamment présenté dans le livre d’Arendt comme une créature certes subordonnée, mais aussi comme un salaud intégral, encore plus jusqu’auboutiste qu’Himmler, et qui fit « de son mieux, jusqu’au bout, pour rendre réellement définitive la Solution finale ».

Restent que les révélations aujourd’hui faites par Claude Lanzmann au sujet du vrai Eichmann, de l’Eichmann historique (voir ci-dessous) mettent sérieusement à mal la thèse d’Arendt, aussi subtile soit-elle. Reste un autre aspect encore de la polémique, sur lequel il faut bien sûr revenir. Il concerne l’insistance d’Hannah Arendt sur le rôle joué par les « Conseils juifs », les Judenräte, dans la machine d’extermination nazie.

Un « ton sans cœur, souvent presque ricaneur et malveillant »

Pour Arendt, jamais cette dernière n’aurait pu déporter et tuer à une telle échelle si certains responsables des différentes communautés juives n’avaient aussi étroitement collaboré avec les assassins. On sait que la philosophe reporter se réclamait sur ce point de « La Destruction des juifs d’Europe » de Raul Hilberg, paru en 1961 dans l’indifférence générale et entretemps devenu l’une des études de référence sur le génocide opéré par le IIIème Reich.

On n’en reste pas moins troublé par le forçage indéniable qu’Arendt fait subir à certains faits, comme le cas du grand rabbin de Berlin Leo Baeck, présenté outrancièrement comme un véritable « Fürher juif ». On n’en reste pas moins étonné par sa vision finalement si peu compatissante des possibilités de rébellion qui s’offraient à ces gens. Rompant avec elle à cette occasion, Gershom Scholem, l’auteur des « Grands courants de la mystique juive », lui reprochera à ce sujet d’avoir inexplicablement usé d’un « ton sans cœur, souvent presque ricaneur et malveillant (sneering and malicious) ».

Un ton que l’on a depuis lors pris l’habitude d’associer à l’auteur des « Origines du totalitarisme », avec une injustice que ces « Ecrits juifs » permettent cette fois nettement de réparer. Orgueilleuse autant qu’on voudra, inutilement rigide dans sa façon de vouloir fixer sans faiblesse le soleil noir nazi, il est tout à fait faux en revanche de prétendre qu’Hannah refusait toute communauté de destin avec ses frères.

« Acosmique »

Ayant perdu la foi très tôt comme elle le confia un jour au rabbin de Königsberg, Arendt ne saurait certes avoir le même vécu juif que Scholem. Certains textes ici publiés, « Le Juif comme paria. Une tradition cachée » ou « Stefan Zweig : les juifs dans le monde d’hier » (1943), montrent bien dans quel univers moral et intellectuel celle-ci évolue.

Arendt ne prend conscience de sa judéité dans son enfance que par les insultes antisémites de ses camarades – l’expérience même décrite par Sartre dans son fameux essai de 1946. Ayant perdu l’héritage hébraïque de ses ancêtres sans avoir pour autant gagné une citoyenneté ferme, le sol de la politique européenne étant partout en train de s’effondrer, son destin est à l’unisson de celui de toute une intelligentsia juive à la veille de la catastrophe.

« Acosmique » écrit-elle, privée de monde autre que celui, idéal, de la haute culture, incertaine sur son identité alors même que celle-ci est devenue un chef d’inculpation, Arendt n’en demeure pas moins convaincue que « lorsqu’on est attaquée en qualité de Juif, c’est en tant que Juif que l’on doit se défendre ».

On finirait presque par l’oublier, mais l’idéal sioniste mobilisera en effet la jeune femme au plus haut point. Hostile à « l’assimilation », qui à ses yeux est incapable de résoudre le problème de l’altérité et de supprimer l’équation « l’étranger intérieur c’est l’ennemi », logique qui mène au camp, Arendt est même convaincue que le sionisme est « la seule réponse que les Juifs aient jamais trouvé à l’antisémitisme et la seule idéologie qui ait tenu strictement compte d’une hostilité qui allait les placer au cœur des événements mondiaux. »

C’est du reste la mission que lui confia Kurt Blumenfeld, le président de « L’Union sioniste d’Allemagne », qui provoquera l’arrestation d’Arendt en 1933, entraînant son départ précipité pour la France, qu’elle réussira à quitter en 1941 pour gagner « l’heureuse Amérique ». On sait moins quel fut l’enthousiasme d’Arendt durant les années de guerre à l’idée de voir naître un « foyer national », seul à même de protéger à l’avenir les Juifs car pour elle, quiconque n’appartient pas de plein droit à un corps politique se voit exposé à l’atomisation, à la biologisation et finalement à la mort.

Du Juif paria à l’Etat paria

Reste que son enthousiasme sera de courte durée, et cela non plus ne lui est pas toujours pardonné. Ainsi que de nombreux textes en témoignent ici, rapidement la philosophe se montre en effet très critique à l’égard de la tournure prise par cette expérience territoriale sur laquelle elle avait fondé tant d’espoirs.

Avec sa rectitude habituelle, Arendt exprime sa crainte de voir l’Etat-nation juif faire le choix de la coopération avec les puissances impérialistes plutôt qu’avec ses voisins, et se voir ainsi réduit à une Sparte moderne, à une tribu de guerriers « environnés par une population arabe entièrement hostile, enfermés entre des frontières constamment menacées, occupés à leur autodéfense physique au point d’y perdre tous leurs autres intérêts. »

L’idée que l’antisémitisme des années 30 puisse muter en antisionisme une fois l’Etat d’Israël fondé, effleure Arendt avant même la fin de la guerre. L’idée qu’au « Juif paria » au sein de son propre Etat puisse dramatiquement succéder un « Etat Paria » à l’échelle du monde entier la hante littéralement. Faute de pouvoir infléchir le cours de l’Histoire, faute de croire qu’un sionisme « antinationaliste » et « antichauvin » puisse réellement voir le jour, Arendt fait le choix de se désinvestir totalement.

Dès octobre 1944, sa rupture avec l’Etat intensément rêvé est bel et bien consommée. Dans une lettre à son amie la journaliste Mary McCarthy, postérieure à la controverse sur Eichmann, Arendt écrit : « Je sais bien que toute catastrophe en Israël m’affecterait plus profondément que toute autre chose. » Si l’on a parfois pu reprocher à Arendt son apparente insensibilité, nul ne l’a jamais suspectée de dissimuler ses vrais sentiments.

« Ecrits juifs » par Hannah Arendt, Fayard, 752 p., 28 euros. A signaler aussi la réédition d’« Hannah Arendt », biographie de référence par Elisabeth Young-Bruehl, Pluriel.

Bio express

Née en 1906 à Hanovre, Hannah Arendt, philosophe et théoricienne de la politique, est notamment l’auteur de : « les Origines du totalitarisme » (1951), « La condition de l’homme moderne » (1958) et « La crise de la culture » (1961). Juive allemande naturalisée américaine, elle meurt en 1975, dix ans après la polémique mondiale déclenchée par « Eichmann à Jérusalem ».

La faute d’Arendt

Le prochain film de Claude Lanzmann, qui sera tourné en 2012, portera précisément sur Benjamin Murmelstein, un de ces présidents des «Conseils juifs » sur le rôle desquels Hannah Arendt insistait dans Eichmann à Jérusalem, n’hésitant pas à les accabler et à leur imputer une part du crime. En exclusivité pour « Marianne », l’auteur de « Shoah » livre un témoignage totalement inédit, de nature à ébranler décisivement le regard porté sur l’Obersturmbannführer Adolf Eichmann, responsable sous le IIIème Reich des « affaires juives et de l’évacuation », jugé et condamné à la pendaison en mai 1962 à Jérusalem.

Marianne : A vos yeux, Hannah Arendt se trompe totalement quant à la personnalité et aux responsabilités écrasantes d’Eichmann…

Claude Lanzmann: Absolument et c’est une des raisons pour lesquelles j’entreprends de réaliser ce film. J’ai filmé le témoignage de Benjamin Murmelstein à Rome en 1975, pendant toute une semaine. Adjoint du grand rabbin d’Autriche, c’est lui qui fut contraint de négocier avec Eichmann après l’annexion de l’Autriche. Il le vit pratiquement chaque jour pendant trois ans et eut de lui la connaissance la plus profonde qu’on puisse imaginer. Plus tard, il devint le troisième président du Conseil juif de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie, que Eichmann appelait un « ghetto modèle », c’est-à-dire destiné à être montré. Pour mille raisons, je n’ai pas inclus son témoignage dans «Shoah ». C’était un film en soi et l’intégrer à « Shoah » aurait rallongé le film de deux ou trois heures. Le témoignage de Murmelstein, capital, est aveuglant d’intelligence et de clarté: Eichmann n’était pas du tout le falot bureaucrate dont Arendt a brossé le portrait en même temps qu’elle inventait le concept de banalité du mal, qui n’était au fond que la banalité de ses propres conclusions. Dès la fin 39, c’est Eichmann qui organise la première déportation de Juifs. Tout au long de ses rencontres avec Murmelstein, Eichmann apparaît comme un antijuif fanatique aboyant des ordres inexécutables qu’il multipliait à dessein. Les anecdotes à ce sujet sont nombreuses, odieuses, et irrécusables. Tout cela sera montré dans le film, et définitivement établi.

Qu’est-ce qui a pu à ce point induire Arendt en erreur ?

Le procès d’Eichmann a été un procès bâclé. Les historiens avaient encore très peu travaillé. On confondait les lieux, on bousculait les témoins, qui avaient vécu des expériences limite et étaient incapables de parler. Le procureur Gideon Hausner partageait l’ignorance générale. A la demande de Ben Gourion qui souhaitait en faire un acte fondateur pour Israël, Hausner a ouvert le procès par un immense discours moralisateur, insupportable. Cette ouverture a déplu à Arendt. A juste titre. Mais elle-même ne savait rien. C’était une juive allemande exilée qui ignorait tout de la réalité de ces choses et de ces gens.

Iriez-vous jusqu’à dire que l’insistance d’Arendt sur le rôle des « Conseils juifs» est suspecte ? Elle s’est toujours défendue sur ce point en invoquant les travaux de Raul Hilberg …

Hilberg a beaucoup évolué sur cette question, vous savez. Nous avons eu de longues discussions à ce sujet. Je l’ai rencontré en 1975 à New York, pendant un colloque d’historiens sur l’Holocauste. Contrairement aux autres, il n’était pas gai, exubérant, le travail sur ces questions le concernait intimement. Il avait la voix métallique, ironique, il m’a tout de suite plu, nous sommes devenus amis. C’est à lui que j’ai demandé de faire revivre dans « Shoah » la mémoire de Tcherniakov, le président du conseil juif de Varsovie qui, lui, a choisi de se suicider, le 23 juillet 1942, quand il a vu que les déportations vers Treblinka commençaient et qu’il ne pouvait rien y faire. Hilberg, dans « Shoah » incarne littéralement Tcherniakov. Beaucoup d’autres se sont également suicidés. Vingt-quatre membres du même Conseil juif se sont parfois donné la mort la même nuit. Pourquoi Arendt n’insiste pas plutôt là-dessus? La première chose face à une catastrophe pareille, c’est l’humilité. Moi je suis resté des mois sans comprendre, quand j’ai commencé « Shoah », sans même être capable de dire quel allait être mon sujet. Jusqu’au moment où j’ai su ce que je devais faire.

Propos recueillis par Aude Lancelin

Voir aussi:

The Evil of Banality

Troubling new revelations about Arendt and Heidegger.

Ron Rosenbaum

Slate

Oct. 30, 2009

Will we ever be able to think of Hannah Arendt in the same way again? Two new and damning critiques, one of Arendt and one of her longtime Nazi-sycophant lover, the philosopher Martin Heidegger, were published within 10 days of each other last month. The pieces cast further doubt on the overinflated, underexamined reputations of both figures and shed new light on their intellectually toxic relationship.

My hope is that these revelations will encourage a further discrediting of the most overused, misused, abused pseudo-intellectual phrase in our language: the banality of evil. The banality of the banality of evil, the fatuousness of it, has long been fathomless, but perhaps now it will be consigned to the realm of the deceitful and disingenuous as well.

The first of the two new reports—and the one most overlooked here in America, perhaps because it’s not online—appeared in the sober pages of London’s Times Literary Supplement on Oct. 9. It was titled « Blame the Victim—Hannah Arendt Among the Nazis: the Historian and Her Sources. » Arendt—the German-born refugee intellectual, author of the influential The Origins of Totalitarianism and the controversial Eichmann in Jerusalem: A Report on the Banality of Evil—has come under fire before for « blaming the victim » in her Eichmann trial book, but the author of the TLS piece, the distinguished British scholar Bernard Wasserstein, breaks new ground here with material I found shocking.

In a long, carefully documented essay, Wasserstein (who’s now at the University of Chicago), cites Arendt’s scandalous use of quotes from anti-Semitic and Nazi « authorities » on Jews in her Totalitarianism book.

Wasserstein concludes that her use of these sources was « more than a methodological error: it was symptomatic of a perverse world-view contaminated by over-exposure to the discourse of collective contempt and stigmatization that formed the object of her study »—that object being anti-Semitism. In other words, he contends, Arendt internalized the values of the anti-Semitic literature she read in her study of anti-Semitism, at least to a certain extent. Wasserstein’s conjecture will reignite the debate over Arendt’s contemptuous remarks on certain Jews who were victims of Hitler in her Eichmann book and in her letters.

Could these revelations help banish the robotic reiteration of the phrase the banality of evil as an explanation for everything bad that human beings do? Arendt may not have intended that the phrase be used this way, but one of its pernicious effects has been to make it seem as though the search for an explanation of the mystery of evil done by « ordinary men » is over. As though by naming it somehow explains it and even solves the problem. It’s a phrase that sounds meaningful and lets us off the hook, allows us to avoid facing the difficult question.

It was the banality phrase—and the purported profundity of it in the popular mind—that elevated Arendt above the ranks of her fellow exile intellectuals in America and made her a proto-Sontag figure, a cerebral star of sorts and a revered icon in cultural-studies departments throughout America. It was the phrase that launched a thousand theses.

To my mind, the use of the phrase banality of evil is an almost infallible sign of shallow thinkers attempting to seem intellectually sophisticated. Come on, people: It’s a bankrupt phrase, a subprime phrase, a Dr. Phil-level phrase masquerading as a profound contrarianism. Oooh, so daring! Evil comes not only in the form of mustache-twirling Snidely Whiplash types, but in the form of paper pushers who followed evil orders. And when applied—as she originally did to Adolf Eichmann, Hitler’s eager executioner, responsible for the logistics of the Final Solution—the phrase was utterly fraudulent.

Adolf Eichmann was, of course, in no way a banal bureaucrat: He just portrayed himself as one while on trial for his life. Eichmann was a vicious and loathsome Jew-hater and -hunter who, among other things, personally intervened after the war was effectively lost, to insist on and ensure the mass murder of the last intact Jewish group in Europe, those of Hungary. So the phrase was wrong in its origin, as applied to Eichmann, and wrong in almost all subsequent cases when applied generally. Wrong and self-contradictory, linguistically, philosophically, and metaphorically. Either one knows what one is doing is evil or one does not. If one knows and does it anyway, one is evil, not some special subcategory of evil. If one doesn’t know, one is ignorant, and not evil. But genuine ignorance is rare when evil is going on.

Arendt should have stuck with her original formulation for the Nazi crimes, « radical evil. » Not an easy concept to define, but, you might say, you know it when you see it. Certainly one with more validity than banality. (Wasserstein dryly notes that « her epigones have tried valiantly to reconcile the two positions, she herself recognized the inconsistency »—between radical and banal evil— »but never satisfactorily resolved the fundamental self-contradiction. ») But Arendt fled from radical evil into banality in more ways than one.

Where the Wasserstein article breaks new ground is in his citation of some of the anti-Semitic sources Arendt used for what is considered her major work, The Origins of Totalitarianism. Of course, Arendt has been called hostile to Jews, particularly those who lack the Germanic acculturation she was so proud of.

But The Origins of Totalitarianism has not, until now, come under fire on these grounds. And I must say that even though it’s a book massively bloated by irrelevant show-your-work history, it serves as ballast for an important theoretical insight: that the similarities among police-state surveillance regimes are more important than the differences, that the similarities can be summed up by a single word—totalitarianism—that applies to dictatorships of the left and right, of any ideology and by extension any theocratic regime or movement.

It’s a concept that has great relevance right now because there are still those who don’t understand how theocratic police states can be called « fascist. » Duh! It’s because they’re totalitarian. Whatever religion they profess, what they share with past fascist regimes is greater—in terms of denial of human rights—than what separates them. Just as political regimes adopt religious-type totalist worship of the state or the leader to enforce their oppression, religious or theocratic regimes adopt political oppression to enforce their orthodoxies.

But Wasserstein (who ironically delivered his conclusions originally at « the Hannah Arendt Lecture » at Holland’s Radboud Universiteit, Nijmegen in December 2008—probably not what they expected) has found some problems in her historical analysis of anti-Semitism.

He introduces his findings with a curt nod to the Arendt defenders: « In The New York Review of Books in 2007 Jeremy Waldron reproved the historian Walter Laqueur for having speculated that Arendt ‘had read too much anti-Semitic literature for her own good.’  » Waldron, Wasserstein observed, « considered the conjecture ‘offensive.’ « 

« Actually, » Wasserstein continues, « it merits serious consideration, as emerges if we examine the use of sources in her work. Consider, for example, Arendt’s discussion, in the second section of Origins, of the role of Jews in the gold and diamond rushes in South Africa at the turn of the twentieth century. She relies here on the account by the British economist J.A. Hobson in which he referred to Jewish financiers ‘leaving their economic fangs in the carcasses of their prey. They fastened on the Rand … as they are prepared to fasten upon any other spot on the globe’—part of a passage that Arendt quotes with explicit and unironic approval, commending it as ‘very reliable in observation and very honest in analysis.’ « 

« Fangs »? You say this sounds like pure Hitlerite rhetoric that could have been lifted from Mein Kampf? Well, yes, it does, doesn’t it?

And then there’s this: « One of her authorities on South African Jews, » Wasserstein reports, is an article by Ernst Schultze, « a longstanding Nazi propagandist, that appeared in … a German publication founded and directed by the prominent Nazi ideologist Alfred Rosenberg. »

And then « in a new preface [to The Origins of Totalitarianism] written in 1967, Arendt commends the work of the leading Nazi historian Walter Frank … whose ‘contributions,’  » Wasserstein quotes Arendt,  » ‘can still be consulted with profit.’ « 

Wasserstein wonders about her motives here: « Was she bending over backwards not to be totally dismissive of ideological opponents who despised her on categorical (i.e. racial) grounds? » he asks.

« But there must have been more to it than that, » he answers, « because modern Jewish history was the only subject where she repeatedly relied on Nazi historians as external authorities, that is, other than as evidence of what the Nazis themselves thought or did. Moreover she internalized much of what the Nazi historians had to say about Jews, from the ‘parasitism’ of Jewish high finance to the ‘internationalism’ of [Walther] Rathenau [the Weimar German minister assassinated by anti-Semites.] »

Of course, there have always been Jewish critiques of Jews. But Arendt’s « aversion clearly ran much deeper » than has been supposed, Wasserstein asserts. He concludes his piece by wondering, « Why? »

I believe the new Heidegger revelations may shed some light on that question. It’s always been controversial to discuss Arendt’s lifelong romantic infatuation with the Nazi-sympathizing professor and how it might have shaped her intellectual positions. Arendt’s defenders dismiss these as « tabloid » concerns, irrelevant to the purported transcendental purity of her thought.

But leaving Heidegger out of the equation is becoming ever more difficult. Not only did Arendt have an affair with him when she was an 18-year-old student about half his age, before Hitler took over, but despite his public exaltation of the Fuhrer, despite his firing Jews once he became rector of Freiburg University. We now know that she later resumed some kind of warm relationship with the brownshirt philosopher (yes, it turns out he often wore one to his lectures). Arendt helped usher Heidegger back into the intellectual version of polite society, indeed assisted in preventing his ostracism as a Hitlerite, at least by those who considered his notoriously opaque use of philosophical language to offer something of value beneath it—apart from further opacity.

The new Heidegger material offers further evidence of his slavish devotion to the Fuhrer, not merely in his public speeches but also in his desire to find a philosophical grounding for Hitlerism in the elevated realms of his thought.

Consider this quotation from a delightfully acerbic review essay by Carlin Romano in the Oct. 18 Chronicle of Higher Education,which discusses new revelations about Heidegger’s shameless adoption of Nazism.

Next month Yale University Press will issue an English-language translation of Heidegger: The Introduction of Nazism Into Philosophy, by Emmanuel Faye, an associate professor at the University of Paris at Nanterre. It’s the latest, most comprehensive archival assault on the ostensibly magisterial thinker who informed Freiburg students in his infamous 1933 rectoral address of Nazism’s « inner truth and greatness, » declaring that « the Führer, and he alone, is the present and future of German reality, and its law. »

Faye, whose book stirred France’s red and blue Heidegger départements into direct battle a few years back, follows in the investigative footsteps of Chilean-Jewish philosopher Victor Farias (Heidegger et le Nazisme, 1987), historian Hugo Ott (Martin Heidegger: Unterwegs zu Zeiner Biographie, 1988) and others. Aim? To expose the oafish metaphysician’s vulgar, often vicious 1930s attempt to become Hitler’s chief academic tribune, and his post-World War II contortions to escape proper judgment for his sins. « We now know, » reports Faye, « that [Heidegger’s] attempt at self-justification of 1945 is nothing but a string of falsehoods. »

Romano’s Chronicle piece generated an often-furious comments thread, a spectacle of postmodernists in temper tantrum mode.

I can understand the splenetic attacks on Romano for not taking Heidegger seriously, although the angry Heideggerian academics never explained exactly why we should.

In general, I’m in favor of separating the man (or woman) from the work, but it was Heidegger himself, his defenders don’t seem to recognize, who claimed Nazism for his own. He didn’t make the separation between man and philosophy that they conveniently claim to excuse his personal racism.

The debate about Heidegger reminded me of a conversation I had with philosopher Berel Lang on « the evolution of evil, » an exchange I wrote about in Explaining Hitler. We discussed whether Hitler represented a new depth of evil and what the next step down into the abyss might be. Were there degrees of evil—that led to Hitler? And would Hitler lead to degrees of evil beyond his own? I had suggested Holocaust denial was such a next step, in the sense that it added insult to injury, but Lang disagreed, arguing that Heidegger’s postwar silence on Nazism exemplified the next step in the evolution of evil. After the war, this purportedly great and comprehensive philosopher never published anything that addressed the fact of the Holocaust that his party perpetrated. It just didn’t impinge on his worldview. He had time to write polemics against mechanized agriculture but not industrialized murder. Lang thought Heidegger’s indifference was a whole new kind of evil. (He even wrote a book called Heidegger’s Silence.)

Which brings us back to Arendt again. As the extent of Heidegger’s enthusiastic embrace of Nazism becomes more apparent, and as it becomes ever clearer that the allegiance was not merely opportunistic and careerist but derived from a philosophical affinity with his Fuhrer’s effusions, it becomes impossible not to reexamine certain questions. Such as: How much did Arendt know about the depth of Heidegger’s allegiance? Did Heidegger lie to her? Did she believe him the way she believed Eichmann? Did she assume his complicity with the genocidaires was something careerist and banal? Or worse, did she know? And did she disingenuously (or self-deceptively) construct her false banal Eichmann from her false banal Heidegger?

Writer Paul Roazen once speculated on this question:

If Eichmann was simply following orders, and his conduct was certifiably normal within the context of Nazi Germany, her own defense of Heidegger can reflect the way a social thinker such as herself might be conditioned by circumstances and advantage to curry favor in the midst of the most vile forms of evil. Having as a Jew escaped from Germany in 1933, Arendt remained for the rest of her life loyal to the whole philosophic tradition that had helped lead to Hitlerism. …

It may forever remain a mystery, even more so now. Wasserstein believes she internalized anti-Semitic literature; I would perhaps modify this to say she internalized the purported universalism of Germanic high culture with its disdain for parochialism. A parochialism she identified with, in her own case, her Jewishness, something she felt ashamed of on intellectual grounds, so primitive, this tribal allegiance in the presence of intellects who supposedly transcended tribalism (or at least all tribes except the Teutonic).

One can still hear this Arendtian shame about ethnicity these days. So parochial! One can hear the echo of Arendt’s fear of being judged as « merely Jewish » in some, not all, of those Jews so eager to dissociate themselves from the parochial concerns of other Jews for Israel. The desire for universalist approval makes them so disdainful of any « ethnic » fellow feeling. After all, to such unfettered spirits, it’s so banal.

Voir également:

A Conscious Pariah

Raul Hilberg, the first historian to document the banality of Nazi evil, nursed a lifelong grudge against the woman who borrowed from and popularized his work, Hannah Arendt.

Nathaniel Popper

The Nation

April 19, 2010

Raul Hilberg was known for cultivating enemies. During faculty meetings at the University of Vermont, where he was a professor of political science from 1956 to 1991, the renowned historian of the Holocaust would unfailingly denounce the consensus position, whether it concerned faculty appointments or vacation policy. « He was an intensely stubborn and contrary person, » one of his old colleagues told me. In The Politics of Memory, an autobiography published in 1996, Hilberg dedicated a chapter to attacking fellow historians whose work he considered derivative or misguided. Among those admonished was Lucy Dawidowicz, a popular Holocaust scholar and author of the emotional bestseller The War Against the Jews (1975); Dawidowicz provided « vaguely consoling words » that « could easily be clutched by all those who did not wish to look deeper, » Hilberg complained.

But no one who wrote about the Holocaust nettled Hilberg more than Hannah Arendt. Hilberg’s anger toward the German refugee and New York intellectual erupted with the publication of Eichmann in Jerusalem, in which Arendt told the tale of Adolf Eichmann, the man responsible for implementing the Final Solution, against the backdrop of his trial for war crimes and crimes against humanity. (Eichmann was captured by Mossad agents in Argentina in May 1960. His trial in Jerusalem began in April 1961, and he was executed in May 1962.) Arendt’s study was serialized in five installments in The New Yorker in the spring of 1963 and then quickly published in book form in May of that year by Viking Press with its now infamous subtitle, « A Report on the Banality of Evil. » The work has attained a mythic status. Penguin publishes it in two inexpensive paperback editions–one a « Penguin Classics » and the other a « Great Ideas » version that, with its matte blue-and-white cover, is attractively designed for display next to cash registers as an impulse buy.

Hilberg died in 2007, and among the private papers he left to the University of Vermont library is a box stuffed with materials about his scholarly antagonists. Folders filled with Arendt clippings occupy half of the tightly jammed container. There is also a brown accordion folder holding two crisp copies of each of the five issues of The New Yorker in which Arendt’s study of Eichmann was serialized. Hilberg was obsessed with Arendt’s dispatches because two years before their appearance, with the Eichmann trial under way, he had published his own magnum opus, The Destruction of the European Jews, a multivolume work that is still widely considered in scholarly circles to be the first great history of the Holocaust and the cornerstone of Holocaust studies. « No other book will ever be, by my hand, annotated to such a degree, » Claude Lanzmann remarked in 1993, eight years after the release of his epic film Shoah. « A beacon of a book, a breakwater of a book, a ship of history anchored in time and in a sense beyond time, undying, unforgettable, to which nothing in the course of ordinary historical production can be compared. » (Hilberg is the only historian to appear in Shoah, which documents victims’ and perpetrators’ direct experiences of the Holocaust.)

As Hilberg read Arendt’s articles about Eichmann, he noticed a number of striking similarities to his own research. He tallied them on an accounting spreadsheet stored in the accordion folder with the New Yorker issues. At the bottom of the spreadsheet he divided the instances into « cert. » and « prob. » and penciled hash marks next to each category. Among the flagged passages is Arendt’s account of the plight of Bernard Lichtenberg, a Catholic priest in Berlin who was condemned to a concentration camp after speaking out against the deportation of the Jews. Hilberg noted the page on which Arendt’s version appeared and next to it wrote, in red ink, « verbatim. »

Hilberg had discovered Lichtenberg’s story in Nazi foreign office files, and he recounted it in his book in what were, for him, unusually emotional terms: « Dompropst Bernard Lichtenberg of St. Hedwig’s Cathedral in Berlin, dared to pray openly for the Jews, including those who were baptized and those who were unbaptized. » Arendt told Lichtenberg’s tale in the third New Yorker installment as a parenthetical aside in the story of a deported minister: « A similar fate befell the Catholic Dompropst Bernard Lichtenberg, of St. Hedwig’s Cathedral, in Berlin. » Lichtenberg, Arendt wrote, « had dared to pray publicly for all Jews, baptized or not. » In his book Hilberg footnoted the document from which he drew the anecdote; in The New Yorker Arendt gave no indication of her source–one of many similar instances.

In Eichmann in Jerusalem Arendt was a little more forthcoming about her debt to Hilberg. The book includes a note on sources in which she describes The Destruction of the European Jews as « the most exhaustive and the most soundly documented account of the Third Reich’s Jewish policies. » There are five quotes in the book followed by a discreet « (Hilberg), » including a few she had not sourced to him in the New Yorker series. Still, many facts reported by Hilberg that appeared without attribution in Arendt’s magazine pieces remained uncredited to him in Eichmann.

Hilberg stopped documenting Arendt’s borrowings on his spreadsheet after he read the third installment, but « verbatim » was not his last word about the series. Years later, in a letter also found among his papers, he explained to one of Arendt’s biographers, Elzbieta Ettinger, that he had « noticed what she had done as soon as I read the installments in the New Yorker. » He continued, « A lawyer of my publisher at the time asked me to draw up a list of items she had lifted. I found about eighty, but he also said that I would have to prove that she could not have obtained the information anywhere else. That proof I could not supply, except in such instances as an error of spelling that she had copied. » In The Politics of Memory, Hilberg dedicated a few pages to Arendt and obliquely mentioned that others had commented on her mostly invisible reliance on his research; he also averred that her work « consisted only of unoriginal essays on anti-Semitism, imperialism, and general topics associated with totalitarianism. » Despite his derision, Hilberg declined to publicly air his grievances. As a result, the scale of Arendt’s debt to him has remained largely unknown.

Hilberg’s indignation, as well as his decision to hold his fire, testify to the complex psychology of a Jewish man whose life had been threatened by the rise of Nazi terror but who managed to escape Europe and the Holocaust and lived thereafter with the resulting burden of guilt and luck. Arendt took a similar path out of Europe and carried much of the same emotional shrapnel. Hilberg and Arendt never met, in part because of his lingering bitterness toward her, but the strands of his research that she wove into her writing are only the most telling instances of the profound ways in which the two thinkers’ lives and ideas were intertwined. Both studied the problem of political evil in the twentieth century–Hilberg its social machinery in Nazi Germany, Arendt its origins in political systems like totalitarianism–and wrestled with the dilemma of the Jew in the twentieth century. Perhaps most important, at the core of their books about the Holocaust is a deep disappointment over the lack of Jewish resistance to the Nazis. After the war, both Hilberg and Arendt fashioned themselves as defiantly strong Jews, in contrast with their vision of the weak Jews they had left behind, and yet both remained fascinated by the story of those who were killed.

Raul Hilberg was born in Vienna in 1926, the only child of a cold, stolid mother and a quiet, proud father, whom Hilberg pitied and revered. In his youth Raul was a loner who took up solitary pursuits like geography, music and train spotting. His parents occasionally attended synagogue, but Hilberg was repelled by the irrationality of religion: « Already I was contrary-minded, turning away from religion, which at first became irrelevant to me and then an allergy, » he recalled in his autobiography.

After Hitler marched into Vienna during the Anschluss, the Hilbergs were forced out of their apartment at gunpoint. Hilberg’s father’s spirit was broken after he was jailed; he told his son, « Hitler will put us to the wall. » The family set off on a mad dash out of Europe, which ended a year later when they settled in Brooklyn after stopovers in France and Cuba. In 1944 Hilberg enlisted in the Army and ended up serving in a unit that swept through Germany as it was liberated; at one point Hilberg was in the Nazi headquarters in Munich and stumbled across portions of Hitler’s private library. Even before he was stationed in Europe, Hilberg had followed the scattered reports telling of the incipient genocide; in 1942 he made contact with an organization that asked him to call Stephen Wise, a leading rabbi in New York City. « What are you going to do about the complete annihilation of European Jewry? » Hilberg asked. Wise, Hilberg later remembered, hung up.

After the war, as a student first at Brooklyn College and then at Columbia, Hilberg was quickly drawn to the academic study of the fate he had escaped in Europe but that many of his relatives had not. « Briefly I weighed the possibility of writing a dissertation about an aspect of war crimes, and then I woke up, » he explained in his autobiography. « It was the evidence that I wanted. My subject would be the destruction of the European Jews. » He was soon spending long hours in a torpedo factory in Virginia that had been transformed into a repository for countless boxes of captured Nazi archives. Hilberg’s decision to study this material was not considered a professionally prudent one at the time, which may seem odd in the current era of Holocaust movies and proliferating Holocaust studies departments. But in the late 1940s and ’50s, the genocide of the Jews was a subject ignored in academic circles. History books of the era focused on the cult of Hitler and the Nazi terror but generally did not identify the slaughter of the Jews as a central part of the story of World War II. In the United States, the first college-level course dedicated to the subject of the Holocaust was taught in 1974–by Raul Hilberg. More than twenty years earlier, when Franz Neumann, Hilberg’s adviser at Columbia, learned of his dissertation topic, he quipped, « It’s your funeral. »

Hilberg’s study opens with a bold statement: « Lest one be misled by the word ‘Jews’ in the title, let it be pointed out that this is not a book about the Jews. It is a book about the people who destroyed the Jews. » Hilberg toiled for nearly a decade in the archives of the Nuremberg trials and other collections of recovered German documents. During his last lecture, which he delivered in Vermont just a few months before his death, he recalled the void that engulfed him at the outset of his research. « I was transported into a world for which I was totally unprepared, » he explained in his dry, austere manner. « I would read a document, but I would not understand what it meant. The context had to be built record by record. »

In Hilberg’s telling, the murder of the Jews was not a product simply of Hitler’s anti-Semitic rage (as Dawidowicz would later argue), nor was it preordained the moment the Nazi Party coalesced or even by the terror of Kristallnacht. « The destruction of the Jews was an administrative process, and the annihilation of Jewry required the implementation of systematic administrative measures in successive steps. » Hilberg presented a staggering picture of the bureaucratic machinery of extermination, which developed slowly over time and inundated every sector of German society–not just the Einsatzgruppen and the SS but also the finance ministry, foreign office and railways; everyone knew what was happening, and everyone cooperated.

Hilberg defended his dissertation in 1955 and submitted it to prominent publishing houses. It was roundly rejected until 1961, when a young press in Chicago, Quadrangle Books, decided to publish the work, printing it in double columns on cheap paper. From there, the massive tome began quietly and slowly to win over admirers. In a glowing review in Commentary, the British historian Hugh Trevor-Roper wrote that Hilberg’s book was « not yet another chronicle of horrors. It is a careful, analytic, three-dimensional study of a social and political experience unique in history: an experience which no one could believe possible till it happened and whose real significance still bewilders us. » Michael Marrus, the foremost historiographer of the Holocaust, says that it is now generally agreed that before Hilberg « there was not a subject. No panoramic, European-wide sense of what had happened. That’s what Hilberg provided. »

In Vermont, Hilberg embraced the role of the lordly European intellectual: he was a distant and often haughty scholar who favored somber, elegant suits and gave few indications of his personal entanglement with his research. On campus, he was revered for his courses and books (altogether he wrote and edited seven volumes concerning the Holocaust). I was told by Richard Sugarman, a philosophy professor at the University of Vermont who grew close to Hilberg, that « The phrase ‘spellbinding lecturer’ doesn’t do justice to him. Was it a little intimidating talking to him? Sure. He was not a recycled soul–he was an original. »

Beyond the mountains of Vermont, however, Hilberg’s achievements were generally unknown outside the scholarly community. The Destruction of the European Jews is scarcely mentioned in Peter Novick’s acclaimed The Holocaust in American Life (1999), which chronicles the rise of Holocaust consciousness. For Novick it was not Hilberg but the Eichmann trial and Arendt’s reporting on it that « effectively broke fifteen years of near silence. » After the trial, Novick writes, « there emerged in American culture a distinct thing called ‘the Holocaust’–an event in its own right, not simply a subdivision of general Nazi barbarism. »

Hannah Arendt was born twenty years before Raul Hilberg, in 1906, the only child of a middle-class European Jewish family. She grew up mostly in Königsberg, and Judaism was not an integral part of her daily life; religious observance was minimal, and anti-Semitic incidents were only an occasional irritant. According to Elisabeth Young-Bruehl’s sensitive biography, Hannah Arendt: For the Love of the World, Arendt was a moody young woman, particularly after her father died in 1913. She was drawn to books early on, and Goethe was the touchstone of her education. This led her eventually to the universities in Marburg and Heidelberg, where she studied philosophy with Karl Jaspers and Martin Heidegger.

Arendt is now popularly thought of as a nondenominational political theorist. But during the Nazi rise to power, she dedicated herself to Zionist relief organizations trying to help Jews flee Europe. Like Hilberg, an arrest awakened her to the severity of the Nazi regime: in 1933 she was apprehended for collecting documents for a Zionist organization. Also like Hilberg, Arendt directed her fear and anger at the quiescence of those around her. In 1936, when she attended the founding conference of the World Jewish Congress in Geneva, she wrote to her future husband, Heinrich Blücher, that « the Polish Jews will stop our mouths just as the German Jews did three years ago. And in the end we’ll all go to hell. » She worked with relief groups while planning her own escape from Germany; she reached New York City in 1941 and was soon writing for a number of Jewish publications. In an essay published in the New York German-Jewish newspaper Aufbau, she urged, « We can do battle against antisemitism only if we battle Hitler with weapons in our hands. »

After the war, Arendt’s activism waned as she grew intellectually fascinated with how the Nazis had managed to carry out the Final Solution. An early indication of her interest was a review she wrote for Commentary in 1952 of Léon Poliakov’s Bréviaire de la Haine: Le IIIe Reich et les Juifs (Breviary of Hate: The Third Reich and the Jews), which is generally recognized as one of two minor volumes on the Holocaust published before Hilberg’s landmark work. Arendt concluded the piece by underscoring the paucity of writing on the subject: « Research into Nazism, therefore, so frequently minimized today as ‘mere’ history, is indispensable for our understanding of the problems of the present and the immediate future. » For Arendt, covering the Eichmann trial was the perfect opportunity to explore those problems by delving into the psyche of the perpetrators, who intrigued her much more than the victims. As Arendt later told Samuel Grafton, a journalist commissioned by Look in the fall of 1963 to write an article about her account of Eichmann’s trial and the controversy it sparked, « I wanted to see one of the chief culprits with my own eyes as he appeared in the flesh. When, many years ago, I described the totalitarian system and analyzed the totalitarian mentality [in her study of Nazism and Stalinism, The Origins of Totalitarianism], it was always a ‘type,’ rather than individuals. »

Arendt spent weeks in Jerusalem observing the trial, and she left convinced that Eichmann was not a figure of great evil but rather an oddly cheerful, pathetic man whose desire for personal advancement meshed tightly with the gears of the totalitarian machine. In The New Yorker, she was critical of the Israeli prosecution and faulted the lead prosecutor for wanting « to try the most abnormal monster the world had ever seen. » Unlike the prosecutor, Arendt saw Eichmann not as a monster but a bureaucrat. « The trouble with Eichmann, » she said, « was precisely that so many were like him, and that the many were neither perverted nor sadistic, that they were, and still are, terribly and terrifyingly normal. »

It is often forgotten that Arendt folded Eichmann’s story into a more general account of the Holocaust–the table of contents of Eichmann in Jerusalem resembles a timeline of the event–and that this broader context introduced innumerable readers to the idea of the Holocaust. Arendt does not appear to have done research in archives with German documents, and given how little had been written on the subject she had few options when she looked for published sources of background material. There was, of course, one source that contained it all: The Destruction of the European Jews.

Arendt’s papers show that she had a complicated relationship with Hilberg’s work even before she began writing about Eichmann. When she returned to New York from Jerusalem, in August 1961, there was a letter from Quadrangle Books offering a special discount on The Destruction of the European Jews. In the copy of the letter in Arendt’s files, Quadrangle’s president, Melvin Brisk, promised that Hilberg’s book would provide a very different picture of Eichmann than the Israeli prosecution had in Jerusalem. « Hilberg shows that Eichmann was a bureaucrat worrying about a thousand details rather than a master planner. » Brisk explained, « We make this offer (good only until September 30th) because the Eichmann trial–which is still under way as I write this letter–makes the book doubly important in explaining what happened and why. » Arendt replied on August 7, enclosing a check for $14.95.

Brisk’s sales pitch was not Arendt’s first exposure to Hilberg’s book. Two years earlier, Arendt had been asked by Princeton University Press to review the manuscript of The Destruction of the European Jews; she advised Princeton not to publish it. In a letter in her archives dated April 1959, which Hilberg himself discovered, Princeton editor Gordon Hubel thanked Arendt for her « invaluable assistance » and tried to assuage any guilt she might have felt about her decision: « after we had rejected this manuscript, » Hubel confided, « we learned from Hilberg that he has $10,000 in financial backing toward the publication of this study, so I do not feel that our declining was in any way fatal to its eventual publication. » (In the end, a $15,000 donation financed the book’s publication by Quadrangle.)

Arendt’s evaluation of Hilberg’s manuscript is not among her papers. A plausible explanation of why she advised against its publication appears in a 1963 letter she wrote to the German publisher of Eichmann in Jerusalem. In it, she says that Hilberg « worked for 15 years only with the sources and if he had not written a very terrible first chapter, in which he did not understand much about German history, the book would be, so to speak, perfect. No one will be able to write about the topic without using it. » Arendt reiterated the point the following year in a letter to Karl Jaspers, offering that Hilberg’s book « is really excellent, but only because it is a simple report. » In his first chapter, Hilberg provides a brief timeline of anti-Semitism in Europe that begins with the Roman Empire under Constantine and ends with the Holocaust. Hilberg’s long view of history clashed with Arendt’s strong belief that the Holocaust was something entirely new–a product of modern society and the totalitarian system.

But while Arendt belittled some of its conclusions, she clearly recognized what a gold mine the book contained. Her reliance on Hilberg was apparent to Hugh Trevor-Roper, who reviewed Eichmann in Jerusalem in the Sunday Times two years after reviewing The Destruction of the European Jews in Commentary. Trevor-Roper postulated that, except for the trial, Hilberg’s « masterly study » was Arendt’s main source. « She acknowledges her debt, » Trevor-Roper wrote, « but the full extent of that debt can be appreciated only by those who have read both. Again and again the arguments, the very phrases, are unconsciously repeated. » Trevor-Roper’s review was largely forgotten, as was his conclusion that « indeed, behind the whole of Miss Arendt’s book stands the overshadowing bulk of Mr. Hilberg’s. »

Despite her opinion that Hilberg’s study was a « simple report, » Arendt does acknowledge its quotidian perfection at one point in her book–though, tellingly, in a parenthetical–when describing the arduous task faced by Eichmann’s Israeli prosecutors. « The prosecution, it must be admitted, was in a most difficult position in finding its way through this labyrinth of parallel institutions, which it had to do each time it wanted to pin some specific responsibility on Eichmann, » she explained, before discreetly adding: « (If the trial were to take place today, this task would be much easier, since Raul Hilberg in his The Destruction of the European Jews has succeeded in presenting the first clear description of this incredibly complicated machinery of destruction.) »

Like The Destruction of the European Jews, Eichmann in Jerusalem is mostly about the perpetrators. When Arendt does focus on the Jews, her concern is not isolated episodes of heroic resistance or the immense scale of human suffering but rather the Judenräte, the Jewish councils in Nazi-controlled Europe. It was an important matter to investigate. The councils were Jewish municipal administrations that provided basic services to ghettoized Jews and enforced Nazi orders and regulations, including compiling names of Jews for deportation. For Arendt the councils were a big moral question mark. She describes them as frequently willing and self-serving collaborators in helping the Nazis execute the Final Solution. In lines that have been repeated countless times since, she writes, « To a Jew this role of the Jewish leaders in the destruction of their own people is undoubtedly the darkest chapter of the whole dark story. » The cooperation of Jewish leaders, she continues, « had been known about before, but it has now been exposed for the first time in all its pathetic and sordid detail by Raul Hilberg. »

After this broad acknowledgment, Arendt peppers her account of the Judenräte with mostly unattributed quotations from German documents quoted in Hilberg’s book. Her most infamous act of blind borrowing is her provocative, offhand reference to « Dr. Leo Baeck, Chief Rabbi of Berlin, who in the eyes of both Jews and Gentiles was the ‘Jewish Führer.' » Jacob Robinson, who was an assistant to the chief prosecutor at the Nuremberg trials, wrote a book attacking Arendt’s portrayal of Eichmann in which he zeroed in on the Baeck statement and identified its likely source. Robinson hypothesized that the source « is probably Hilberg, who was careful to note that the expression ‘Jewish Führer’ applied to Baeck was a casual remark by Eichmann’s assistant, Dieter Wisliceny; it was left to Miss Arendt to ascribe the use of the epithet to ‘Jews and Gentiles’ in general. »

Certainly Arendt’s ideas about Eichmann and his « banality » were kindling for a fire. But it was the material she drew from 
Hilberg on the Jewish councils–less than twenty of the nearly 300 pages of her book–that ignited the furor. The implication of her account was that whereas Nazis like Eichmann were merely banal bureaucrats, Jews had experienced a moral collapse during the war by failing to resist totalitarianism. The Anti-Defamation League distributed a letter urging local offices to denounce her, the World Jewish Congress released a pamphlet about the book and multiple Jewish organizations hired researchers to find errors in it. Nearly every Jewish publication in America ran articles attacking her views. Arendt’s old friend Gershom Scholem broke with her and wrote a public letter in which he questioned her portrayal of the Jews: « In your treatment of the problem of how the Jews reacted to these extreme circumstances–to which neither of us was exposed–I detect, often enough, in place of balanced judgment, a kind of demagogic will-to-overstatement. » Scholem could have been describing Hilberg’s account of the Jewish councils–which is not surprising, given that Hilberg was Arendt’s source. In fact, Hilberg’s fastidiousness regarding the Baeck incident was an exception: he was generally indifferent, sometimes archly so, to the dilemmas faced by Jews in the ghettos. At one point he concludes that « Jews tried to avert disaster: by judicious compliance with orders, and sometimes by anticipatory compliance with orders not yet issued, » such as the forced labor program that the Jewish council in the Warsaw ghetto had set up. Where Arendt surpassed Hilberg was in the words of moral opprobrium she flung at several Jewish leaders.

As the negative reviews of Eichmann in Jerusalem poured in, Arendt wrote to Mary McCarthy: « One can say that the mob–intellectual or otherwise–has been successfully mobilized. » Arendt alleged in another letter, to a reader, that she was an innocent bystander who had been made a scapegoat. But she also recognized that the cause of the furor was her use of Hilberg’s Judenräte material. « That I am now in the center of this campaign is almost an accident. Ever since the publication of Hilberg’s book, those organizations have been worrying about what to do, » she wrote in response to a particularly vicious review of her work by Lionel Abel in the Summer 1963 issue of Partisan Review.

Arendt was not happy. She felt her ideas were being trampled by the uproar over Eichmann in Jerusalem. She was not without justification. Samuel Grafton noted in the draft of his Look article that « according to Viking Press, the book has sold only about 10,000 copies, an extremely small number for a work about which so much has been said. Many who are discussing it have not read it; in a sense the controversy has floated loose from the book, and become a phenomenon in its own right. » As Grafton’s son, the historian Anthony Grafton, explains in his essay « Arendt and Eichmann at the Dinner Table, » Look ended up killing his father’s article because as the contretemps heated up, Arendt grew irritable and stopped cooperating.

Hilberg was not happy either. After toiling for thirteen years on his book, he was being eclipsed by someone who had worked for little more than two years on hers. « Who was I, after all? » Hilberg asked bitterly in his autobiography. « She, the thinker, and I, the laborer who wrote only a simple report, albeit one which was indispensable once she had exploited it. » The situation was made clear in a letter that Siegfried Moses, the head of the Council of Jews from Germany, wrote to Arendt that spring. « I came to New York with the draft of a statement which was to be published by the Council of Jews from Germany. It was to attack the presentation given in Hilberg’s book. » But, Moses added, « Now, the defense of the council must oppose primarily your articles. » In his autobiography, Hilberg was emphatic in pointing out the differences between his and Arendt’s arguments. He noted that whereas Arendt’s analysis of Jewish leadership was restricted to the Judenräte, in The Destruction of the European Jews he had written that the Jews had a centuries-old tradition of saving themselves by complying with violent, anti-Semitic rulers–a precedent that collided with the unprecedented brutality of the Nazis.

But just as Arendt did not give Hilberg the full credit he was due, Hilberg did not properly acknowledge her insights. In writing about Eichmann, she had proposed a bold new way of describing how ordinary Germans had been drawn into the machinery of destruction–a discussion that Hilberg had avoided. On a more immediate level, Arendt, despite having taken liberties with some of Hilberg’s facts, had nevertheless acted as a popular interpreter of his research–providing visibility for a book that could easily have fallen down an academic mine shaft. In the process, this kick-started the rise of the study of the Holocaust.

There is no better testament to the cross-pollination of their ideas than the career of Christopher Browning, author of Ordinary Men: Reserve Police Battalion 101 and the Final Solution in Poland and one of the world’s most respected Holocaust scholars. Browning became interested in the Holocaust in the late ’60s when he was an activist against the Vietnam War. Like so many students at the time, he turned to Eichmann in Jerusalem in the hopes of understanding how governments are drawn into planning death and destruction. After noticing Arendt’s few references to Hilberg, Browning bought a copy of The Destruction of the European Jews. He read it during a long convalescence from mononucleosis, and it changed his life. « Some people have religious conversion experiences, » Browning said at a memorial service for Hilberg; « upon reading Hilberg I had a life-changing academic conversion experience. » Browning had been working toward a master’s in French history but then decided to write a dissertation on an aspect of Hilberg’s research. « Hilberg became visible to me by virtue of Arendt, » Browning told me. « For most people it was an entirely negative connection–but for me, it turned out to be entirely positive. »

Another kink in the story is that the claim on which Hilberg and Arendt had staked so much–Jewish compliance during the war–is considered, even by their admirers, to be the blind spot of their oeuvres. Young-Bruehl writes in her biography that Arendt’s knowledge of the Holocaust-era ghettos « was not always extensive enough to support her generalizations. » Amos Elon, in the introduction to the Penguin Classics edition of Eichmann in Jerusalem, says Arendt « was inexcusably flippant. » Hilberg, of course, was a meticulous researcher, yet the passages about the Jewish councils in The Destruction of the European Jews have a very different feel from the rest of the book. Whereas the book is generally heavily footnoted, these pages have long runs of clean or lightly footnoted discursive prose. Had Hilberg strayed from the facts? Michael Marrus, who has written critically about Arendt’s and Hilberg’s accounts of the Judenräte, says that while many Jewish historians have erred « too much on the side of heroism and resistance, » Hilberg « was way off on the other side of the spectrum. His views about the Jews are sometimes almost caricatural. » Browning agrees, and adds that Hilberg had an ornery attachment to these passages: « That’s the one chapter he would never change. He had a stubborn streak. »

Hilberg and Arendt may have clung to these heretical positions because their exodus from Europe left them with similarly tortured perspectives on the Jews they had left behind. Both writers were steeped in German-Jewish culture, which had long disdained the less cultured Jews in Eastern Europe. Complicating matters was that it was Eastern Jews who had been overwhelmingly slaughtered. Arendt’s criticism of the Israeli prosecution in Eichmann’s trial was spiced by her distaste for what she saw as the Israeli muddle of Middle Eastern and Eastern European Jews. Her most famous relationship was with Heidegger, the philosopher and Nazi Party member, and her husband, Blücher, was a German gentile. In a similar pattern, Hilberg endlessly criticized Jewish scholars while heaping praise on German scholars who were studying the same material.

More personally and concretely, though, the works of Hilberg and Arendt were colored by their experiences as young secular Jews influenced by Zionism. Arendt’s Zionist work–before and immediately after the war–is well-known. Hilberg’s Zionist background, on the other hand, has generally gone unrecognized. In his autobiography, he says little about his engagement with the Jewish community in Vienna. But his best friend from his youth, Eric Marder, recalls that both boys had gone to a Zionist school in Vienna, which taught them the need for Jews to build a home of their own and to defend themselves. The lessons stuck, says Marder, who left Vienna shortly after Hilberg’s family. Marder also ended up in Brooklyn, and he recalls that when he and Hilberg were in high school, they would walk home and talk about what was happening in Europe. « We both felt that politically the Jewish community in Europe had behaved badly. Instead of fighting the Nazis, they had surrendered to them. »

At the time that Hilberg and Marder were having those conversations, Arendt was expressing similar disappointment about the apparent unwillingness of the Jews to stand up for themselves. During the war, Arendt wrote a series of articles for Jewish newspapers in the United States calling for Jews to form an army to fight back. In time, though, her writing reflected a growing, almost shamefaced recognition that the Jews would go down meekly. In 1944, in the article « From Army to Brigade, » she spoke of the « unbearable humiliation of the Jewish people, who felt that the whole world had damned them to the degrading role of victimhood. »

Later on, both thinkers wanted to be seen as clear-eyed observers, unsullied by any attachment to the material they were studying–hence Hilberg’s stance as a disinterested scholar. « He wasn’t going to let somebody else define him–as a victim or a persecuted Jew, » Browning told me. « He just didn’t want to go there. » After the publication of Eichmann in Jerusalem, Gershom Scholem wrote to Arendt that she showed « little trace » of « Ahabath Israel: ‘Love of the Jewish people.' » She eagerly accepted his assessment: « I do not ‘love’ the Jews, nor do I ‘believe’ in them; I merely belong to them as a matter of course, beyond dispute or argument. » She had criticized Hilberg’s work by labeling it a « simple report, » but when she was attacked for being a self-hating Jew she used the label as a shield. « My position is that I wrote a report and that I am not in politics, either Jewish or otherwise, » she explained to Mary McCarthy in September 1963. « In other words my point would be that what the whole furor is about are facts and neither theories nor ideas. » She argued that she did not view the Jews any differently from any of the other people of Europe.

But it is hard not to see the youthful anger of both Hilberg and Arendt–the expression of an inchoate Zionist zeal–occasionally ruffling their more sober later writing. Scholem perceptively pointed to something very personal in Arendt’s work. In his letter, he told her, « Your book speaks only of the weakness of the Jewish stance in the world. I am ready enough to admit that weakness; but you put such emphasis upon it that, in my view, your account ceases to be objective and acquires overtones of malice. » With Hilberg, such overtones are evident when he describes innocent Jewish families going to their death: « During ghetto-clearing operations many Jewish families were unable to fight, unable to petition, unable to flee, and also unable to move to the concentration point to get it over with. They waited for the raiding parties in their homes, frozen and helpless. » The writing in the works of both thinkers rings with an almost visceral desire to distance themselves from the weak Jews that they imagined they had left behind, and from whom they had hoped for so much more during the war. Young-Bruehl says that in her life as well as her thinking, Arendt « took the position that I am not a victim here–I am a resistant. » But the outwardly sober and unemotional Hilberg was occasionally agitated by a resistant nerve. Yehuda Bauer, the eminent Israeli Holocaust scholar, recalls a moment when he was giving a lecture with Hilberg before a college class in Boston during the ’70s. Bauer spoke about Jewish resistance to the Nazis; Hilberg began his rejoinder on a characteristically dry note before suddenly losing his temper. « He yelled at those students and he said, ‘How many of you have guns in your home?' » Bauer remembers. « I said to him, ‘You think there will be Nazis in Boston?’ But he wasn’t talking to the students–he was talking to the Jews in Europe. For a moment he forgot himself. »

Discouraged by the response to Eichmann in Jerusalem, Arendt mostly stopped writing about Jewish issues. But she did not refrain from criticizing the Jewish world, particularly when it came to the justice of the State of Israel, which she had lost faith in, and American Jews’ stalwart defense of it. This political quarrel, though, obscured Arendt’s complicated understanding of her Jewish identity. It’s worth remembering that her first book was not a political treatise but a sympathetic biography of Rahel Varnhagen, the secular German-Jewish salon hostess who died believing that the great shame of her life, being born a Jew, was also her greatest gift. Similarly, Arendt never stopped feeling connected to her own Jewish heritage, but always on her own terms. Young-Bruehl tells of Arendt’s later years, when « everyone was very interested to observe that she put a great deal of energy into attending Seder with her friends–and the marking of Jewish holidays–in a way that she hadn’t really before. »

Professionally, Hilberg followed a different path after writing his great work. He maintained a single-minded commitment to The Destruction of the European Jews, advising translators on new editions right up to his death. He also worked more broadly on spreading a historical understanding of the Holocaust. He was an integral member of the council that oversaw the creation of the US Holocaust Memorial and Museum in Washington, and in letters to fellow council members he regularly warned against allowing the museum to become a community memorial for Jews, one dedicated to the image of the Jewish victim, instead of being a museum that would shed light on the entirety of the Holocaust.

Hilberg, like Arendt, remained largely estranged from collective Jewish life. He continued to live in Vermont, far from Jewish havens like New York City, and was twice married to non-Jews. He avoided synagogue and relished taking positions that antagonized many Jews. For instance, he rallied to the defense of Norman Finkelstein, who was lambasted for his book The Holocaust Industry, which argued that American Jewish institutions have exploited the memory of the Holocaust, turning it into shmaltz for financial and political gain. Peter Novick called Finkelstein’s work « a charge into darkness that sheds no light. » Hilberg not only praised Finkelstein’s « analytical abilities » but also noted his strength in defying the establishment. In letters and interviews, Hilberg attacked both the community of Holocaust scholars in the United States and the Jewish organizations that had sprung up to memorialize the Holocaust. What he had warned the Holocaust Memorial council against had come to pass. After drawing such a stark picture of the Jewish collapse in The Destruction of the European Jews, Hilberg was horrified that many American Jews would willingly and eagerly link themselves with the history of victimhood. « Where is our dignity? » he asked an editor at Knopf in 1988.

At the lecture he delivered a few months before he died, a question was put to Hilberg: « Why do you not feel part of your community? » Without missing a beat, he responded, in an even voice, « I don’t feel part of anything. I don’t feel part of the university I’ve been a part of for decades. I don’t feel part of Burlington, where I’ve spent all my years since 1956. I think some of us are just destined to be alone. » But Hilberg’s sense of being a man apart concealed the intense tug of war he had with his past. In his later years Hilberg returned to the subject of the Judenräte when he decided to edit the meticulous diaries of Adam Czerniakow, the head of the Jewish council in the Warsaw ghetto. Hilberg’s work on the volume is distinguished by a nuanced sympathy for the impossible situation in which the Jews had found themselves, but most of all for Czerniakow’s strong, silent decision to kill himself in the end rather than betray his principles.

Hilberg’s second wife, Gwendolyn Montgomery, who was born an Episcopalian, converted to Judaism in 1992, twelve years into their marriage. She did so for reasons of her own, without Hilberg’s prodding. She admits to having been surprised when Hilberg began quietly attending synagogue with her soon after her conversion. Hilberg’s friends, too, were surprised to learn that his postmortem arrangements included a request for a memorial service at the Burlington synagogue.

Hilberg had not become religious in any traditional sense. Like Arendt, his relationship with Judaism was very much on his terms. The legacy of Jewish victimhood galled him as much as it did Arendt, but it didn’t stifle his respect for the Jewish conscience. Here it was his turn to borrow from Arendt. Shortly before the end of the war, Arendt wrote an intriguing set of essays about the notion of « the Jew as pariah, » in which she identified Sholom Aleichem, Franz Kafka and Henrich Heine as heirs to the greatest Jewish tradition. « It is the tradition of a minority of Jews who have not wanted to become upstarts, who preferred the status of ‘conscious pariah,' » she claimed. « All vaunted Jewish qualities–the ‘Jewish heart,’ humanity, humor, disinterested intelligence–are pariah qualities. » In 1965, two years after the appearance of Eichmann in Jerusalem, Hilberg published a little-noticed essay in Midstream magazine in which he described the conditions that had motivated Germans to perpetrate the Holocaust. He then expressed his admiration for the pariahs of his people. « Jews are iconoclasts. They will not worship idols, » he wrote. « The Jews are the conscience of the world. They are the father figures, stern, critical, and forbidding. » He returned to the subject in his last lecture, in which he explained that despite his expressions of derision, his commitment had been « to my people, whether they want it or not, or like it. You know, I could have written my dissertation on multipartite treaties. I could have been a big shot. No, I wrote the dissertation that everyone without exception who was an adult told me not to write. »

This was not a description of the many Jews Hilberg was constantly criticizing but rather an idealized description of the community of Jews he imagined being part of, and people close to him understood as much. In his final months, as he was dying of lung cancer, one of the few people Hilberg wanted to see was Richard Sugarman. Many years earlier, Sugarman, who is an Orthodox Jew, had been walking around campus with a rabbi distributing Passover matzo. Sugarman remembers how the rabbi respectfully left Hilberg alone. « It seems to me that Professor Hilberg has his own avodah, » Sugarman recalls the rabbi saying, « his own way of service. »

Hannah Arendt » de Margarethe von Trotta

Bernard Marx

Regards

5 mai 2013

« Hannah Arendt » de Margarethe von Trotta

Le dernier film de Margarethe von Trotta, qui est sorti en France le 24 avril, sous le titre « Hannah Arendt » devait s’appeler « La controverse ». C’était un titre réducteur mais significatif. L’ambition de la cinéaste allemande est de montrer tout ensemble la vie et la pensée d’Hannah Arendt. Initialement, elle envisageait de la suivre depuis ses 18 ans, lorsqu’elle commence à suivre les cours des philosophes Husserl, Jaspers et Heidegger et lorsque celui-ci devient son amant, jusqu’à sa mort en 1975. Mais, à trop embrasser, la cinéaste disait ne rien saisir. Le scénario s’est focalisé sur quatre années, de 1960 à 1963, autour du procès d’Adolf Eichmann, du texte qu’Hannah Arendt en tire (« Eichmann à Jérusalem ») et de la violente polémique qu’elle suscite.

On connait l’histoire : Adolf Eichmann qui avait dirigé le bureau des affaires juives de l’office central de sécurité du Reich et organisé les déportations vers Auschwitz avait réussi à fuir en Argentine avec l’aide de la Croix Rouge et de dignitaires du Vatican. En mai 1960 il est capturé par des agents du Mossad et transporté à Jérusalem. Accusé de crimes contre le peuple juif et de crimes contre l’humanité, Il est jugé par un tribunal israélien. Le procès dure 8 mois d’avril à décembre 2011. Condamné à mort Eichmann est pendu le 28 mars 1962.

Femme, juive, allemande, apatride 18 années durant à partir de 1933, de nationalité américaine depuis 1951, penseuse inclassable, Hannah Arendt est en 1960 une professeure de théorie politique réputée. Son travail sur le totalitarisme entrepris de 1945 à 1949 et publié en 1951 aux Etats Unis a une importance considérable, bien que méconnu en France à l’époque, notamment à gauche, car elle compare l’Allemagne d’Hitler et l’URSS de Staline et affirme le caractère totalitaire des deux systèmes.

Elle propose au New Yorker de suivre le procès. « Une obligation qu’elle doit à son passé », « une cure a posteriori ». Son compte rendu parait en 5 articles en 1963 puis dans le livre « Eichmann in Jerusalem » publié peu après. La représentation qu’Hannah Arendt donne d’Eichmann (non pas un monstre, mais un homme au contraire très médiocre, rouage de la machine totalitaire), la thèse de « la banalité du mal » et l’affirmation d’une participation de responsables des communautés juives d’Europe à l’accomplissement du génocide provoquent des réactions d’une rare violence, y compris parmi certains de ses amis.

Filmer la pensée en action

Filmer l’intelligence en action, la pensée en train de produire est une gageure. Margarethe Von Trotta la relève. Son film d’un style très classique est passionnant. Tout n’est pas réussi. Des scènes dans les rues de Jérusalem manquent de vie. Les retours en arrière qui mettent en scène la relation d’Hannah Arendt avec Martin Heidegger n’ont pas de consistance. Mais Barbara Sukowa est remarquable. Margarethe von Trotta et elle font vivre devant nous Hannah Arendt, une femme indépendante, « addicte » à la cigarette, qui pense sans garde-fou et à contre-courant, qui aime son mari Heinrich Blücher et ses ami(e)s et se nourrit de ses échanges avec eux ; une femme qui élabore sa pensée allongée sur un sofa, en voyant Eichmann à Jérusalem, en travaillant d’arrache-pied sur les minutes du procès, qui a le goût de la contradiction et le courage de défendre son travail envers et contre tout ; une femme dont « le stradivarius est l’allemand » et « l’anglais est seulement un second violon », comme le montre tout au long du film un respect remarquable des langues utilisées par les uns avec les autres. La cinéaste choisit de recourir à des images d’archives pour tout ce qui concerne le déroulement du procès. Ni Eichmann ni les témoins ne sont joués. Elle ne recrée la salle d’audience que pour un seul plan. Pour la suite du procès, Hannah restera en salle de presse, assistant aux audiences via un téléviseur. Ces images d’archives sont d’une force terrible. Ainsi pouvons-nous ressentir à bonne distance le choc vécu par Hannah Arendt de voir Eichmann tel qu’il était dans sa cage de verre, plutôt « clown » que « monstre ».

A la fin du film Hannah Arendt s’explique devant un amphithéâtre comble. Cela dure plusieurs minutes. Cela ressemble au plaidoyer final d’un film de procès. La facture est parfois lourde entre les plans qui opposent la masse des étudiants ouverts et reconnaissants à ce que dit Hannah Arendt et les membres du conseil de l’université de Chicago figés dans leur rejet. Mais le texte du discours et l’interprétation de Barbara Sukowa rendent la scène limpide et mémorable.

Comprendre

Aujourd’hui 50 ans après la parution de « Eichmann à Jérusalem, essai sur la banalité du mal », la polémique n’est pas éteinte. Claude Lanzmann achève un film sur Benjamin Murmelstein, le dernier Président du Conseil Juif du ghetto de Theresienstadt, seul « doyen des Juifs » à n’avoir pas été tué durant la guerre. Il sera présenté dans quelques semaines à Cannes en 2013. Il y a un an et demi, en novembre 2011, dans une interview à Marianne, il expliquait le sens de ce projet, et s’en prenait à Hannah Arendt : « Eichmann n’était pas du tout le falot bureaucrate dont Arendt a brossé le portrait en même temps qu’elle inventait le concept de banalité du mal, qui n’était au fond que la banalité de ses propres conclusions… A la demande de Ben Gourion qui souhaitait en faire un acte fondateur pour Israël, Hausner a ouvert le procès par un immense discours moralisateur, insupportable. Cette ouverture a déplu à Arendt. A juste titre. Mais elle-même ne savait rien. C’était une juive allemande exilée qui ignorait tout de la réalité de ces choses et de ces gens… Le président du conseil juif de Varsovie a choisi de se suicider, le 23 juillet 1942, quand il a vu que les déportations vers Treblinka commençaient et qu’il ne pouvait rien y faire… Beaucoup d’autres se sont également suicidés. Vingt-quatre membres du même Conseil juif se sont parfois donné la mort la même nuit. Pourquoi Arendt n’insiste pas plutôt là-dessus ? La première chose face à une catastrophe pareille, c’est l’humilité ». A l’occasion de la sortie du film de Margarethe von Trotta, ces critiques sont reprises quoique formulées de façon moins virulentes, notamment par l’historienne Annette Wieviorka interviewée par la revue « L’Histoire ». Elle conteste également la teneur du film de Margarethe von Trotta : « Hannah Arendt n’est restée à Jérusalem que trois semaines, alors que le procès a duré plusieurs mois…Rien n’atteste qu’elle prit des notes lors du procès… Elle n’a que très peu vu parler l’homme dans la cage de verre… Elle n’est plus à Jérusalem, lorsqu’est évoqué l’épisode de la déportation des juifs hongrois. Le premier témoin est, le 24 mai, Pinhas Freudiger, qui était à la tête de la communauté juive orthodoxe de Budapest. Alors qu’il décrit le passage dans la ville d’un convoi de déportés, un homme se dresse dans la salle et hurle : « Vous nous avez administré des calmants. Vous avez aidé les Allemands. Ma famille a été anéantie. Pas la vôtre ! » Les caméras de Leo Hurwitz saisissent l’expulsion du perturbateur. Margarethe von Trotta intègre cet incident dans son film. Hannah Arendt ne l’a pas vu… »

Bref le travail d’Hannah Arendt, si non la personne qu’elle a été, continue d’être un objet de scandale. Et il porte, en effet, un débat crucial : comprendre ce qui s’est passé. On le doit aux millions de victimes de l’holocauste, comme on le doit aux survivants et aux vivants d’aujourd’hui et de demain. Le récit de l’Holocauste comme celui d’un crime perpétré par des tueurs fous et mauvais et comme un évènement de la seule histoire juive ne le permet pas. Comme l’a écrit le sociologue Zygmunt Bauman, avec un tel récit, « le message de l’holocauste sur la façon dont nous vivons, sur la qualité des institutions auxquelles nous faisons confiance, sur la validité des critères dont nous nous servons pour mesurer la décence de notre conduite et celle des schémas d’interaction que nous acceptons et considérons comme normaux- ce message est réduit au silence, il n’est jamais écouté et transmis » (Modernité et Holocauste. 1989. La fabrique éditions). Hannah Arendt n’a pas à elle seule dit tout ce qui permet de comprendre. Mais elle a dit quelque chose d’essentiel : « Eichmann n’est ni un Iago, ni un Macbeth ; et il ne lui serait jamais venu à l’esprit, comme à Richard III de faire le mal par principe ». Pour autant, « Eichmann n’est pas stupide. C’est la pure absence de pensée-ce qui n’est pas du tout la même chose- qui lui a permis de devenir un des plus grands criminels de son époque …Que l’on puisse être à ce point éloigné de la réalité, à ce point privé de pensée ; que cela puisse faire plus de mal que tous les instincts destructeurs réunis qui sont peut-être inhérents à l’homme. Voilà une des leçons que l’on pouvait tirer du procès de Jérusalem » (Post-scriptum à Eichmann à Jérusalem).

Voir également:

Cinéma – Hannah Arendt, de Margarethe von Trotta

Jérôme SEGAL

Nonfiction

23 avril 2013

Le film biographique – ou « biopic » selon l’anglicisme qui semble s’imposer aujourd’hui – est un genre cinématographique en vogue. Après le Lincoln étonnement peu controversé de Steven Spielberg et le Camille Claudel 1915 de Bruno Dumont (sorti le 13 mars), il y eut encore, dans un tout autre genre, 11.6. de Philippe Godeau, sur une convoyeur braqueur (le 3 avril), et la cuvée 2013 se poursuit avec le film Hannah Arendt, de Margarethe von Trotta. Le biopic est une fiction dont l’enjeu est de coller au plus près de la vie d’un personnage historique. Or, dès lors que ce personnage est une philosophe dont seuls les écrits permettent de saisir l’importance, la réalisation d’un film sur ce personnage pose une véritable question de méthode : il s’agit, ni plus ni moins, de traduire des idées en sons et en images tout en captivant le spectateur pendant près de deux heures.

La réalisatrice septuagénaire, qui avait fait forte impression dès ses débuts en adaptant avec Volker Schlöndorff le roman d’Heinrich Böll, L’Honneur perdu de Katharina Blum, a a effectué un choix déterminant : se concentrer sur la période du début des années 1960, lorsque la philosophe est exilée à New York et se retrouve confrontée au procès Eichmann. Le film débute avec l’arrestation d’Eichmann en mai 1960 et se termine quatre ans plus tard, après la sortie d’un des ouvrages essentiels d’Arendt (et de la philosophie politique du XXe siècle), Eichmann à Jérusalem : rapport sur la banalité du mal (1963). Dans un entretien au quotidien Der Standard, la réalisatrice a expliqué qu’elle comptait au départ relater toute la vie d’Hannah Arendt mais qu’elle s’est rapidement rendu compte que « cela aurait empêché de montrer sa pensée et ses pensées, ce qu’il y a en fait de fascinant chez Arendt ». Cette idée se retrouve dans le titre original du film (en allemand), Hannah Arendt – sa pensée changea le monde.

Si ses travaux sur les Origines du totalitarisme (1951) lui avaient déjà servi de viatique dans le monde intellectuel, c’est bien en couvrant le procès Eichmann qu’Hannah Arendt se fait connaître du grand public. Elle propose alors de considérer le criminel nazi Eichmann, non comme un « monstre » déséquilibré et sadique, motivé par la haine, mais plutôt comme un simple bureaucrate carriériste, scrupuleux et soumis à l’autorité – dont la participation à l’extermination des Juifs d’Europe s’expliquerait essentiellement par le fait qu’il était dénué du degré minimal de conscience autonome qui lui aurait permis de s’y soustraire. La réalisatrice a fait le choix d’utiliser les célèbres séquences d’archives du procès et s’en explique : « Je voulais qu’en tant que spectateur on parvienne au même résultat qu’Arendt. Cela ne marche que si l’on considère la vraie personne d’Eichmann, on voit alors la médiocrité de cet homme mais aussi que ce n’était pas un démon ». Dans ses articles, la philosophe évoque la « banalité du mal » et s’interroge ouvertement sur le rôle des Judenräte, ces organisations juives, créées à la demande des nazis, destinées à faciliter la « gestion » puis l’extermination des populations juives. On comprend aisément combien les articles d’Arendt ont pu choquer… et demeurent aujourd’hui encore controversés. Elle fut accusée à l’époque d’être « une juive se haïssant elle-même » (self-hating Jew) et cette accusation résonne encore dans d’autres débats (Stéphane Hessel en fut par exemple victime, même si en l’occurrence c’est son père qui était juif).

La plupart des spectateurs découvriront dans le film une Hannah Arendt très vive, douée pour les réparties, et qui, en raison de sa dépendance à la cigarette, suit les débats sur les écrans de la salle de presse afin de pouvoir fumer et taper en même temps à la machine. Cette mise en scène, avec la philosophe à l’extérieur de la salle d’audience, permet à la réalisatrice d’utiliser à loisir les films d’archives sur l’écran de la salle de presse. Admirablement campé par Barbara Sukowa qui avait déjà interprété le rôle-titre du film Rosa Luxemburg (1986), de la même réalisatrice, le personnage d’Hannah Arendt nous donne aussi un aperçu de ses pensées intimes. Allongée sur un sofa en cherchant les formulations qui conviendront le mieux pour décrire le « spécialiste » ou « le criminel moderne » (pour reprendre les termes du titre du film documentaire réalisé par Eyal Sivan et Rony Brauman en 1999), on revit avec elle des scènes du passé, notamment – les connaisseurs les attendront – celles concernant sa relation ambiguë, avant-guerre, avec son mentor, le philosophe Martin Heidegger (qui se compromettra ensuite avec le nazisme).

Contrairement à d’autres films biographiques (comme Le cas Wilhelm Reich, d’Antonin Svoboda, avec Klaus Maria Brandauer, sorti en début d’année dans les pays germanophones), le film de von Trotta respecte scrupuleusement les langues parlées par les figures historiques qu’il met en scène : Hannah parle allemand avec son mari Heinrich Blücher (un autodidacte qu’elle avait épousé lors de son exil en France, en 1940), ou encore avec le philosophe Hans Jonas (qui fait partie des intellectuels allemands installés à New York) ou encore avec Kurt Blumenfeld, son ami et contact essentiel, sur place à Jérusalem, pendant le procès Eichmann. Par contre, lorsqu’elle donne cours à la New School ou lorsqu’elle s’entretient avec la rédaction du New Yorker qui lui confie le reportage, on l’entend parler anglais avec un accent allemand parfait.

Il s’agit donc bien d’un film à ne pas rater, pour lequel la version originale s’impose, mais aussi d’un véritable manifeste pour l’apport des intellectuels d’envergure dans la couverture de procès dont les enjeux éthiques et philosophiques s’avèrent décisifs pour la civilisation contemporaine.

Voir également:

Hannah Arendt

Antoine de Baecque

L’Histoire

25/04/2013

Le nouveau film de Margarethe von Trotta est dans les salles depuis le 24 avril. Rencontre avec cette cinéaste allemande, qui dresse avec finesse le portrait de l’intellectuelle Hannah Arendt.

L’Histoire : Pourquoi avoir choisi ce moment de la vie d’Hannah Arendt, l’écriture d’Eichmann à Jérusalem et l’affaire qui a entouré la publication du texte dans le New Yorker ?

Margarethe von Trotta : Avec ma coauteur, Pam Katz, nous avons commencé à travailler sur ce projet en 2002, et, pendant longtemps, le scénario a évolué. Au début, le film commençait quand Hannah Arendt avait 18 ans et suivait le séminaire de Martin Heidegger ; il finissait avec sa mort en 1975. Mais nous avons compris que le film n’allait cesser de faire des sauts de puce d’un événement à l’autre, d’un pays à l’autre. Or je voulais raconter tout ensemble la vie et la pensée de la philosophe : comment montrer ce qu’Hannah Arendt a dans la tête ? Nous avons décidé, après deux ans de travail, de nous focaliser sur ces quatre années, de 1960 à 1963, autour du procès d’Adolf Eichmann et du texte qu’elle en tire, Eichmann à Jérusalem.

L’H. : Avez-vous travaillé sur archives ?

M. v T. : Il était important pour moi de montrer les vraies images du procès, filmées par Leo Hurwitz. Quand j’ai vu ensuite le film d’Eyal Sivan et Rony Brauman Un spécialiste (1999), cela m’a confirmée dans mon intention : ces images sont d’une force inouïe. Nous avons travaillé à Yad Vashem, à Jérusalem, et nous avons eu accès à tout. Nous avons également rencontré les proches d’Arendt : Lotte Köhler, sa secrétaire dans le film (en réalité son exécutrice littéraire), disparue en 2010 ; Elisabeth Young-Bruehl, qui a été son étudiante et a écrit la biographie de référence, également disparue ; enfin son dernier assistant, Jerome Kohn, qui s’occupe aujourd’hui de la publication de ses textes. Ils ont tous été extrêmement coopératifs. On pouvait tout leur demander : des éléments très quotidiens, qui sont importants dans un film où l’intimité du personnage prime, la couleur d’un rouge à lèvres, la matière de ses robes, la teinte de ses habits, mais également des archives rares ou des références précises.

L’H. : Jamais un acteur ne joue Eichmann…

M. v T. : Tout passe par les images qu’Hannah Arendt visionne en salle de presse, par son visage devant ces images. Dans mes recherches, j’ai vu des photos de cette salle, située juste en dessous du tribunal, et j’ai décidé d’y tourner cette partie du film. J’ai simplement reproduit les conditions de l’époque, des images en noir et blanc du procès diffusées en direct sur écran pour les journalistes. Si un acteur avait joué Eichmann, on n’aurait vu qu’une performance, ceci aurait constitué un contresens. Sa langue est essentielle, de même que son visage sur les archives : pas un mot, pas une phrase qui ne soit à lui, c’est une langue et un visage purement administratifs…

L’H. : Quel rapport entreteniez-vous avant de travailler sur ce film avec Hannah Arendt, son oeuvre et sa personnalité ?

M. v T. : Pour ma génération, qui a grandi dans l’engagement d’extrême gauche des années 1960-1970 en Allemagne, Arendt n’était pas la référence première. Nous préférions les spartakistes ou Rosa Luxemburg, à laquelle j’ai consacré un film en 1986. Arendt pouvait même être un peu gênante par sa pensée sur le totalitarisme et sa manière d’y mêler fascisme et communisme. Ce n’est qu’après la chute du Mur, en 1989, que j’ai commencé à la lire vraiment.

Cependant je me sentais en solidarité d’une autre façon avec Arendt, une solidarité d’apatride. Mes grands-parents ont fui la Russie en 1917, pour s’installer à Riga. Quand ils sont arrivés à Berlin, ils n’étaient plus russes, mais pas allemands non plus. Ma mère avait un passeport pour apatride, le Fremdenpass. De plus, j’ai vécu de nombreuses années de ma vie à l’étranger : je sais comment on se sent quand on ne parle pas sa langue. Comme le dit Hannah Arendt : « Je suis la jeune femme de l’étranger »…

Mais, au fond, je n’ai vraiment compris Arendt qu’en me jetant dans la lecture de ses textes. Au début, elle me paraissait arrogante. Puis j’ai compris un trait essentiel chez elle, qui m’a bouleversée, son génie de l’amitié. Je reconstitue cela avec beaucoup de soin dans le film, à travers ce groupe d’ami(e)s qui, à New York, pouvait l’entourer.

L’H. : La violence de la polémique, au moment de la publication d’Eichmann à Jérusalem, étonne encore.

M. v T. : Cette polémique a laissé des traces. Claude Lanzmann, par exemple, exècre toujours Arendt pour ce qu’elle a écrit dans ce texte. Dans le film, j’ai voulu laisser parler tout le monde, les plus haineux, les amis juifs qui ne comprennent pas, ceux qui essayent de comprendre, et ceux qui restent du côté d’Arendt. Il était surtout important de restituer l’émotion et les débats qui ont entouré la publication du texte. Le premier titre du film était d’ailleurs The Controversy.

L’H. : Comment Barbara Sukowa est-elle entrée dans ce rôle ?

M. v T. : Barbara a plongé, comme nous, dans les archives. Elle a beaucoup écouté les conférences d’Hannah Arendt. De plus, elle vit à New York depuis vingt ans, et, trois mois avant le tournage, elle s’est mise à parler à sa famille et à ses proches avec l’accent allemand si caractéristique d’Hannah Arendt. Enfin, et surtout, c’est une actrice extrêmement curieuse, méticuleuse, intelligente : elle était capable d’incarner aussi bien une femme qu’une pensée.

(Propos recueillis par Antoine de Baecque).

Pour en savoir plus :

Hannah Arendt : la controverse à l’écran, par Annette Wieviorka, ibid., p. 8.

Voir enfin:

Hannah Arendt: entretien avec la réalisatrice Margarethe von Trotta

HANNAH ARENDT – Le nouveau film de Margarethe von Trotta est dans les salles depuis le 24 avril. Rencontre avec cette cinéaste allemande, qui dresse avec finesse le portrait de l’intellectuelle Hannah Arendt.

Pourquoi avoir choisi ce moment de la vie d’Hannah Arendt, l’écriture d’Eichmann à Jérusalem et l’affaire qui a entouré la publication du texte dans le New Yorker?

Avec ma coauteur, Pam Katz, nous avons commencé à travailler sur ce projet en 2002, et, pendant longtemps, le scénario a évolué. Au début, le film commençait quand Hannah Arendt avait 18 ans et suivait le séminaire de Martin Heidegger ; il finissait avec sa mort en 1975. Mais nous avons compris que le film n’allait cesser de faire des sauts de puce d’un événement à l’autre, d’un pays à l’autre. Or je voulais raconter tout ensemble la vie et la pensée de la philosophe : comment montrer ce qu’Hannah Arendt a dans la tête ? Nous avons décidé, après deux ans de travail, de nous focaliser sur ces quatre années, de 1960 à 1963, autour du procès d’Adolf Eichmann et du texte qu’elle en tire, Eichmann à Jérusalem.

Avez-vous travaillé sur archives?

Il était important pour moi de montrer les vraies images du procès, filmées par Leo Hurwitz. Quand j’ai vu ensuite le film d’Eyal Sivan et Rony Brauman Un spécialiste (1999), cela m’a confirmée dans mon intention : ces images sont d’une force inouïe. Nous avons travaillé à Yad Vashem, à Jérusalem, et nous avons eu accès à tout. Nous avons également rencontré les proches d’Arendt: Lotte Köhler, sa secrétaire dans le film (en réalité son exécutrice littéraire), disparue en 2010 ; Elisabeth Young-Bruehl, qui a été son étudiante et a écrit la biographie de référence, également disparue ; enfin son dernier assistant, Jerome Kohn, qui s’occupe aujourd’hui de la publication de ses textes. Ils ont tous été extrêmement coopératifs. On pouvait tout leur demander : des éléments très quotidiens, qui sont importants dans un film où l’intimité du personnage prime, la couleur d’un rouge à lèvres, la matière de ses robes, la teinte de ses habits, mais également des archives rares ou des références précises.

Jamais un acteur ne joue Eichmann…

Tout passe par les images qu’Hannah Arendt visionne en salle de presse, par son visage devant ces images. Dans mes recherches, j’ai vu des photos de cette salle, située juste en dessous du tribunal, et j’ai décidé d’y tourner cette partie du film. J’ai simplement reproduit les conditions de l’époque, des images en noir et blanc du procès diffusées en direct sur écran pour les journalistes. Si un acteur avait joué Eichmann, on n’aurait vu qu’une performance, ceci aurait constitué un contresens. Sa langue est essentielle, de même que son visage sur les archives : pas un mot, pas une phrase qui ne soit à lui, c’est une langue et un visage purement administratifs…

Voir par ailleurs:

An Ethical Question: Does a Nazi Deserve a Place Among Philosophers?

Patricia Cohen

The New York Times

November 9, 2009

For decades the German philosopher Martin Heidegger has been the subject of passionate debate. His critique of Western thought and technology has penetrated deeply into architecture, psychology and literary theory and inspired some of the most influential intellectual movements of the 20th century. Yet he was also a fervent Nazi.

Now a soon-to-be published book in English has revived the long-running debate about whether the man can be separated from his philosophy. Drawing on new evidence, the author, Emmanuel Faye, argues fascist and racist ideas are so woven into the fabric of Heidegger’s theories that they no longer deserve to be called philosophy. As a result Mr. Faye declares, Heidegger’s works and the many fields built on them need to be re-examined lest they spread sinister ideas as dangerous to modern thought as “the Nazi movement was to the physical existence of the exterminated peoples.”

First published in France in 2005, the book, “Heidegger: The Introduction of Nazism Into Philosophy,” calls on philosophy professors to treat Heidegger’s writings like hate speech. Libraries, too, should stop classifying Heidegger’s collected works (which have been sanitized and abridged by his family) as philosophy and instead include them under the history of Nazism. These measures would function as a warning label, like a skull-and-crossbones on a bottle of poison, to prevent the careless spread of his most odious ideas, which Mr. Faye lists as the exaltation of the state over the individual, the impossibility of morality, anti-humanism and racial purity.

The book is the most radical attack yet on Heidegger (1889-1976) and would upend the philosophical field’s treatment of his work in the United States, and even more so in France, where Heidegger has frequently been required reading for an advanced degree. Mr. Faye, an associate professor at the University of Paris, Nanterre, not only wants to drum Heidegger from the ranks of philosophers, he wants to challenge his colleagues to rethink the very purpose of philosophy and its relationship to ethics.

At the same time scholars in disciplines as far flung as poetry and psychoanalysis would be obliged to reconsider their use of Heidegger’s ideas. Although Mr. Faye talks about the close connection between Heidegger and current right-wing extremist politics, left-wing intellectuals have more frequently been inspired by his ideas. Existentialism and postmodernism as well as attendant attacks on colonialism, atomic weapons, ecological ruin and universal notions of morality are all based on his critique of the Western cultural tradition and reason.

Richard Wolin, the author of several books on Heidegger and a close reader of the Faye book, said he is not convinced Heidegger’s thought is as thoroughly tainted by Nazism as Mr. Faye argues. Nonetheless he recognizes how far Heidegger’s ideas have spilled into the larger culture.

“I’m not by any means dismissing any of these fields because of Heidegger’s influence,” he wrote in an e-mail message referring to postmodernism’s influence across the academy. “I’m merely saying that we should know more about the ideological residues and connotations of a thinker like Heidegger before we accept his discourse ready-made or naïvely.”

Although the English text published by Yale University Press won’t be out in the United States for a few weeks, it is already making waves, as signaled by an essay in The Chronicle Review, the opinion and ideas journal of The Chronicle of Higher Education. In an essay titled “Heil Heidegger!” Carlin Romano, a critic for The Review, called Heidegger a “Black Forest babbler” and fraud who was “overrated in his prime” and “bizarrely venerated by acolytes even now.”

Few people have read the book, but the article has generated more than 150 online comments from vehement advocates and detractors, more than any other piece The Review has printed this year, said Liz McMillen, the editor. Others joined the fray.

Ron Rosenbaum, the author of “Explaining Hitler,” even extended the argument to the German Jewish philosopher Hannah Arendt, a former student and lover of Heidegger’s. Citing a recent essay by the historian Bernard Wasserstein, Mr. Rosenbaum wrote in Slate.com that Arendt’s thinking about the Holocaust and her famous formulation, “the banality of evil,” were contaminated by Heidegger and other anti-Semitic writings.

Commentators heatedly rejected the notion that significant ideas could not be distilled from vile ones. Writing for The New Republic’s Web site, tnr.com, Damon Linker declared it was “absurd” to “implicate Heidegger’s entire philosophical corpus.”

He and others echoed the views of the influential American philosopher Richard Rorty, who once wrote in The New York Times, “You cannot read most of the important philosophers of recent times without taking Heidegger’s thought into account.” Mr. Rorty added, however, that “the smell of smoke from the crematories” will “linger on their pages.”

In Mr. Faye’s eyes Heidegger’s philosophy cannot be separated from his politics in the way, say, T.S. Eliot’s poetic skills or D. W. Griffith’s cinematic technique might be appraised independently of his own beliefs. While he doesn’t dispute Heidegger’s place in the intellectual pantheon, Mr. Faye reviews his unpublished lectures and concludes his philosophy was based on the same ideas as National Socialism.

Without understanding the soil in which Heidegger’s philosophy is rooted, Mr. Faye argues, people may not realize that his ideas can grow in troubling directions. Heidegger’s dictum to be authentic and free oneself from conventional restraints, for example, can lead to a rejection of morality. The denunciation of reason and soulless modernism can devolve into crude anti-intellectualism and the glorification of “blood and soil.”

Passions about Heidegger have simmered for years. He joined the Nazi party in 1933 when he became rector of Freiburg University and oversaw the dismissal of all Jewish professors. After the war Heidegger was banned by a de-Nazification tribunal from teaching. In the 1950s Arendt re-established ties with him and labored to revive his reputation.

Heidegger was a critic of modern technological society and of the Western philosophical tradition that gave rise to it. He argued that we must overcome this tradition and rethink the very nature of human existence or being.

His prose is so dense that some scholars have said it could be interpreted to mean anything, while others have dismissed it altogether as gibberish. He is nonetheless widely considered to be one of the century’s greatest and most influential thinkers.

Theologians have used his critique of reason to explain the leap of faith; architects have been inspired by his rejection of conventional rules to introduce a buffet of new styles, materials and shapes to building design. His criticism of mechanistic technology has attracted environmentalists and planners.

A verbal brawl over Heidegger’s theories should not be surprising, though. After all, the classic American position on how liberal societies should treat dangerous ideas is worth more discussion.

That is precisely what Mr. Faye says he wants. In his view teaching Heidegger’s ideas without disclosing his deep Nazi sympathies is like showing a child a brilliant fireworks display without warning that an ignited rocket can also blow up in someone’s face.

Voir encore:

6 commentaires pour Hannah Arendt: Attention, une banalité peut en cacher une autre ! (Was Arendt fooled by her desire for universalist approval ?)

  1. […] lui aussi avant elle renié en partie ses racines (notamment en égyptisant son Moïse), être contaminée par la pensée même qui avait conduit au génocide de son propre peuple […]

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  2. […] lui aussi avant elle renié en partie ses racines (notamment en égyptisant son Moïse), être contaminée par la pensée même qui avait conduit au génocide de son propre peuple […]

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  3. […] Déposséder un peuple de l’homme qu’il célèbre comme le plus grand de ses fils est une tâche sans agrément et qu’on n’accomplit pas d’un cœur léger, surtout quand on appartient soi-même à ce peuple.  Freud […]

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