Affaire Weinstein: Attention, une histoire peut en cacher une autre (A new manifestation of a much older story)

Alfred Hitchcock and Tippi Hedren, arrive at the festival theatre in Cannes, France, for the screening of The Birds in 1963

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Thémistocle offrait un sacrifice devant la trière amirale, quand on amena trois prisonniers de guerre d’une grande beauté, magnifiquement vêtus et couverts de bijoux. C’étaient, disait-on, les fils de Sandacè, la sœur du Grand Roi, et d’Artayctès. Le devin Euphrantidès les aperçut […], il saisit la main de Thémistocle et lui ordonna de consacrer les jeunes gens et de les immoler tous à Dionysos Mangeur de chair crue, en donnant à entendre le vœu de cette divinité. Un tel sacrifice, disait-il, assurerait aux Grecs le salut et la victoire. Thémistocle en fut stupéfait, comme par une prophétie grande et terrible ; mais la multitude, comme souvent dans les graves dangers et les situations difficiles, espérait son salut de l’irrationnel plus que des voies raisonnables : invoquant le dieu d’une seule voix, elle poussa les prisonniers devant l’autel, et força Thémistocle à accomplir le sacrifice, comme le devin l’avait ordonné. Plutarque
Tu ne convoiteras point la femme de ton prochain; tu ne désireras point la maison de ton prochain, ni son champ, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain. Deutéronome 5: 21
Si le Décalogue consacre son commandement ultime à interdire le désir des biens du prochain, c’est parce qu’il reconnait lucidement dans ce désir le responsable des violences interdites dans les quatre commandements qui le précèdent. Si on cessait de désirer les biens du prochain, on ne se rendrait jamais coupable ni de meurtre, ni d’adultère, ni de vol, ni de faux témoignage. Si le dixième commandement était respecté, il rendrait superflus les quatre commandements qui le précèdent. Au lieu de commencer par la cause et de poursuivre par les conséquences, comme ferait un exposé philosophique, le Décalogue suit l’ordre inverse. Il pare d’abord au plus pressé: pour écarter la violence, il interdit les actions violentes. Il se retourne ensuite vers la cause et découvre le désir inspiré par le prochain. René Girard
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
Il y avait vraiment des gens qui s’agitaient devant des courts-bouillons de grenouilles et de scorpions, mais nous savons que leurs manigances n’empêcheraient pas les avions de voler (…) C’est bien pourquoi, même lorsqu’elles étaient condamnées, même lorsqu’elles étaient techniquement coupables, les sorcières étaient des boucs émissaires. René Girard
Il arriverait, si nous savions mieux analyser nos amours, de voir que souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer, bien que nous souffrions jusqu’à mourir d’avoir à les leur disputer ; le contrepoids supprimé, le charme de la femme tombe. On en a un exemple douloureux et préventif dans cette prédilection des hommes pour les femmes qui, avant de les connaître, ont commis des fautes, pour ces femmes qu’ils sentent enlisées dans le danger et qu’il leur faut, pendant toute la durée de leur amour, reconquérir ; un exemple postérieur au contraire, et nullement dramatique celui-là, dans l’homme qui, sentant s’affaiblir son goût pour la femme qu’il aime, applique spontanément les règles qu’il a dégagées, et pour être sûr qu’il ne cesse pas d’aimer la femme, la met dans un milieu dangereux où il lui faut la protéger chaque jour. Le contraire des hommes qui exigent qu’une femme renonce au théâtre, bien que, d’ailleurs, ce soit parce qu’elle avait été au théâtre qu’ils l’ont aimée. Proust
Vous nous avez fait faire tout ce chemin pour nous montrer quoi: un triangle à la française ? Eglinton (Ulysse, James Joyce)
Elle était belle comme la femme d’un autre. Paul Morand
En 1974, un accident de la circulation impliquant le président Giscard d’Estaing, qui conduisait lui-même une voiture aux côtés d’une conquête, au petit matin dans une rue de Paris avait fait les titres de la presse satirique. (…) Mitterrand, entre deux dossiers, consacrait beaucoup de temps à son harem. Chirac nommait ses favorites au gouvernement. Ses disparitions nocturnes entraînaient l’inévitable question de Bernadette : « Savez-vous où est mon mari ce soir? » C’est ainsi: en France, sexe, amour et politique sont indissociables. Sexus Politicus
From the day the McMartin Pre-School molestation story broke on KABC-TV, on Feb. 2, 1984, the media have been major players in the story, influencing events as well as chronicling them, both by the stories they have published and broadcast and by the stories they haven’t. That is the conclusion of a three-month Times investigation completed and, except for a few relatively minor changes, written before the jury verdicts were announced Thursday. (…) Media feeding frenzies have become almost commonplace in recent years, as Gary Hart, Oliver North, Vice President Dan Quayle and Speaker of the House Jim Wright, among many others, could readily attest. But in McMartin, the media seemed especially zealous–in large part because of the monstrous, bizarre and seemingly incredible nature of the original accusations. More than most big stories, McMartin at times exposed basic flaws in the way the contemporary news organizations function. Pack journalism. Laziness. Superficiality. Cozy relationships with prosecutors. A competitive zeal that sends reporters off in a frantic search to be first with the latest shocking allegation, responsible journalism be damned. A tradition that often discourages reporters from raising key questions if they aren’t first brought up by the principals in a story. In the early months of the case in particular, reporters and editors often abandoned two of their most cherished and widely trumpeted traditions–fairness and skepticism. As most reporters now sheepishly admit–and as the record clearly shows–the media frequently plunged into hysteria, sensationalism and what one editor calls « a lynch mob syndrome. » On so volatile an issue in an election year, defense attorneys maintain, that helped make it all but inevitable that the case would be prosecuted on a scale greater than the actual evidence warranted. There were stories about child prostitution and massive child pornography rings, stories about children being exchanged between preschools for sexual purposes, stories about a connection between alleged molestation at McMartin and a murder eight years earlier. None of these charges was ultimately proved, but the media largely acted in a pack, as it so often does on big events, and reporters’ stories, in print and on the air, fed on one another, creating an echo chamber of horrors. The LA Times
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
Ca fait partie de ce puritanisme général qui nous envahit. Frédéric Mitterrand
Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : « Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas d’autres gosses? » Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même ». Daniel Cohn-Bendit (Grand Bazar, 1975)
La profusion de jeunes garçons très attrayants et immédiatement disponibles me met dans un état de désir que je n’ai plus besoin de réfréner ou d’occulter. (…) Je n’ai pas d’autre compte à régler que d’aligner mes bahts, et je suis libre, absolument libre de jouer avec mon désir et de choisir. La morale occidentale, la culpabilité de toujours, la honte que je traîne volent en éclats ; et que le monde aille à sa perte, comme dirait l’autre. Frédéric Mitterrand (”La mauvaise vie”, 2005)

J’étais chaque fois avec des gens de mon âge ou de cinq ans de moins. (…) Que vienne me jeter la première pierre celui qui n’a pas commis ce genre d’erreur. Parmi tous les gens qui nous regardent ce soir, quel est celui qui n’aurait pas commis ce genre d’erreur au moins une seule fois ? (…) « Ce n’est ni un roman, ni des Mémoires. J’ai préféré laissé les choses dans le vague. C’est un récit, mais au fond, pour moi, c’est un tract : une manière de raconter une vie qui ressemble à la mienne, mais aussi à celles de beaucoup d’autres gens.
 Frédéric Mitterrand
La rumeur, Frédéric Mitterrand, c’est qu’on dit ‘Frédéric Mitterrand, il aime les petits garçons. On dit, il est pédophile’. Franz-Olivier Giesbert
C’est pas vrai. Quand les gens disent les garçons, on imagine alors les petits garçons. Ça fait partie de ce puritanisme général qui nous envahit qui fait que l’on veut toujours noircir le tableau, ça n’a aucun rapport. (…) Evidemment, je cours le risque de ce genre d’amalgame. Je le cours d’autant plus facilement ce risque-là puisqu’il ne me concerne pas. (…) Il faudrait que les gens lisent le livre et ils se rendraient compte qu’en vérité c’est très clair. Frédéric Mitterrand (émission « Culture et dépendances », le 6 avril 2005)
DSK, dont tous les médias connaissent le goût pour une sexualité débridée, risquait des ennuis dans un pays qui ne plaisante pas avec la morale, en général, et le harcèlement sexuel en particulier. (…) Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). (…) Or, à la différence de ce qui se passe en France, aux Etats-Unis -où se trouve le siège du FMI – le moindre « comportement inapproprié » peut coûter son poste au titulaire d’un mandat public. Les Américains ne plaisantent pas avec ce genre de chose même si cela nous fait ricaner. Si dans six mois, il y a un scandale (selon les normes US), les médias français vont-ils encore écrire: on le redoutait, mais on ne vous a rien dit ? Notre crédibilité n’en sortirait pas renforcée. (…) Pour bien connaître DSK, je sais qu’il est en séduction permanente, même s’il n’a jamais eu de gestes déplacés. Et que cela choque et a choqué, surtout hors des frontières hexagonales. Tous les journalistes qui ont couvert ses activités publiques –y compris à Marianne- le savent et les anecdotes sont nombreuses. Mais être «pressant» n’est pas un délit pénal, que cela soit clair. En revanche, aux Etats-Unis, c’est tout comme. C’est tout ce que je voulais dire : une fois à la tête du FMI, il faudra que DSK ravale son côté « French Lover » lourdingue. Jean Quatremer (correspondant de Libération à Bruxelles, juillet 2007)
On le baptise « cinq minutes douche comprise », parfois trois, parfois dix, l’expression est presque entrée dans le langage courant. « Lorsqu’il avait un rendez-vous avec une femme, c’était à la minute près. Nous le déposions, il nous donnait un horaire en sortant de la voiture et il revenait à l’horaire exact, il ne fallait surtout pas être en retard », raconte son ancien chauffeur. Des femmes qu’il chevauche, sans plus de préliminaires, parce que le temps presse, parce que la quantité a pris l’ascendant sur la qualité. « Je me souviens d’un voyage à La Réunion, au début de son septennat. Une femme l’aborde et lui demande une dédicace sur l’un de ses livres qu’elle tient à la main. Le président s’approche et lui dit, avec un culot incroyable : “Montez dans ma chambre si vous voulez ?” Et la femme de suivre Jacques Chirac, tout sourire », se souvient l’un de ses gardes du corps à la mairie de Paris. Les anecdotes se succèdent, les témoignages plus ou moins vrais le voient courir, à l’heure du laitier, dans un couloir sombre d’un immeuble du quartier Montparnasse pour rejoindre une femme qui le guette derrière la porte. Un autre jour, on l’aperçoit rue de la Convention dans les bras d’une autre, à qui il rend visite chaque semaine. Il utilise aussi régulièrement une garçonnière dans l’immeuble du 241, boulevard Saint-Germain (dont le premier étage abrite le siège départemental du RPR) pour satisfaire ses plaisirs avec une collaboratrice du RPR ou une jeune ambitieuse qui cherche la chaleur fugace du pouvoir. Il y a les régulières, les coups de cœur, les « amuse-bouches » qui réussissent à franchir les cordons de sécurité pour approcher le président, d’autres qui partagent le même avion que le président et qui attendent, nues, dans son espace privé, brûlantes de désir. Elles sont députées, ministres, conseillères, bourgeoises provinciales, des inconnues qu’on lui apporte sur un plateau, et puis il y a celles avec qui il aura une histoire parallèle, tout cela vécu simultanément, réclamant de grandes qualités d’organisation. […] La nuit où la princesse Diana trouve la mort dans un terrible accident de la circulation sous le pont de l’Alma, le président de la République est introuvable. Nous sommes le 31 août 1997. Toute la République est debout. En désespoir de cause, Jean-Pierre Chevènement, le ministre de l’Intérieur, tente un appel à Bernadette Chirac qui, désappointée, lui répond qu’elle ne sait pas où est son mari. Ce soir-là, on le dit dans les bras d’une autre femme. Jean-Claude Laumond, son inséparable chauffeur, est réveillé alors qu’il dort dans sa voiture au pied de l’immeuble où se trouve le président. Arnaud Ardoin
He told me this is how things work in Hollywood and all of the actresses that have made it have made it this way. He told me first I would have sex with him, then he would take me to parties and show me who I would sleep with after that. I didn’t think anyone would believe me. I was nobody. Why would they? Heather Kerr
J’ai honte de n’avoir rien dit à ce moment-là […] J’imagine que c’était parce que ça ne m’étais pas arrêtée à moi et donc je pensais que ce n’était pas à moi de le dire. (…) J’ai rencontré Weinstein quand j’étais déjà âgée, mais il s’intéressait plutôt aux jeunes femmes parce qu’elles sont plus vulnérables. Jane Fonda
C’était plus que les rumeurs habituelles, les ragots. (…) Je savais qu’il avait fait plusieurs de ces choses. (…) J’en savais suffisamment pour réagir plus que ce que j’ai fait. (…) ‘aimerais avoir agi de façon responsable après ce que j’ai entendu. Pour faire ce que j’aurais dû faire, il aurait fallu que je ne travaille pas avec lui. Quentin Tarantino
Let us now consider the peculiar politics of Harvey Weinstein, the disgraced movie producer. Today Weinstein is in the headlines for an astonishing array of alleged sexual harassment and assaults, but once upon a time he was renowned for something quite different: his generous patronage of liberal politicians and progressive causes. This leading impresario of awful was an enthusiastic supporter of Barack Obama and Hillary Clinton. He was a strong critic of racism, sexism and censorship. He hosted sumptuous parties to raise money for the fight against Aids. In 2004 he was a prominent supporter of a women’s group called “Mothers Opposing Bush”. And in the aftermath of the terrorist attack against the French magazine Charlie Hebdo, he stood up boldly for freedom of the press. Taking to the pages of Variety, Weinstein announced that “No one can ever defeat the ability of great artists to show us our world.” To call this man a hypocrite is to state the obvious. This champion of women is now accused of sexual harassment on an epic scale. This defender of the press was excellent at manipulating it and on one memorable occasion is said to have physically roughed up a reporter asking tough questions. (…) What explains Weinstein’s identification with progressive causes? Perhaps it was all about cozying up to power, the thrill of being a friend of Bill Clinton. Perhaps it was all about moral absolution, in the same way that lists of corporations-that-care always turn out to be led by outfits like Walmart, Goldman Sachs and Exxon-Mobil. In the world of the wealthy, liberalism is something you do to offset your rapacious behavior in other spheres. It’s no coincidence that, in Weinstein’s desperate first response to the accusations against him, he thought to promise war against the National Rifle Association and to support scholarships for women. But it’s also something deeper than that. Most people on the left think of themselves as resisters of authority, but for certain of their leaders, modern-day liberalism is a way of rationalizing and exercising class power. Specifically, the power of what some like to call the “creative class”, by which they mean well-heeled executives in industries like Wall Street, Silicon Valley and Hollywood. Worshiping these very special people is the doctrine that has allowed Democrats to pull even with Republicans in fundraising and that has buoyed the party’s fortunes in every wealthy suburb in America. That this strain of liberalism also attracts hypocrites like Harvey Weinstein, with his superlative fundraising powers and his reverence for “great artists”, should probably not surprise us. Remember, too, that Weinstein is the man who once wrote an essay demanding leniency for Roman Polanski, partially on the grounds that he too was a “great artist”.  Harvey Weinstein seemed to fit right in. This is a form of liberalism that routinely blends self-righteousness with upper-class entitlement. That makes its great pronouncements from Martha’s Vineyard and the Hamptons. (…) Countless people who should have known better are proclaiming their surprise at Harvey Weinstein’s alleged abuses. But in truth, their blindness is even more sweeping than that. They are lost these days in a hall of moral mirrors, weeping tears of admiration for their own virtue and good taste. Thomas Frank
Hollywood a du mal à expliquer comment l’une de ses personnalités les plus célèbres a pu s’en sortir en toute impunité en agissant de la sorte depuis si longtemps. (…) Est-ce l’équivalent à Hollywood du « mur du silence » en matière policière, ou bien y a-t-il quelque chose de plus clinique à l’œuvre ? Une réponse possible se trouve dans les résultats de récentes études en psychologie. Selon des scientifiques aux États-Unis et en Israël, il existe certains traits de personnalité, les « trois composantes obscures » du narcissisme, de la psychopathie et du machiavélisme, qui sont le plus souvent associées à un comportement sexuellement violent. Une découverte intéressante dans les résultats de cette recherche, publiée en 2016 dans le journal Personality and Individual Differences (La personnalité et les différences individuelles), c’est que les traits de personnalité associés à un penchant au harcèlement peuvent être des « adaptations psychologiques spécialisées » qui permettent aux individus d’exploiter des « niches » dans la société. En d’autres termes, certains prédateurs sexuels pourraient faire carrière dans certains secteurs d’activité spécifiques qui leur permettent d’exploiter les autres. Les chercheurs ont également constaté que la disposition qui motive la réussite d’une personne peut également comprendre certains traits de personnalité qui expliquent sa tendance à exploiter les autres. Les traits nécessaires pour remporter les Academy Awards, par exemple, peuvent être semblables aux traits d’une personne qui recherche un grand nombre de partenaires sexuels et des relations qui nécessitent peu d’engagement.En ce sens, cette étude suggère que nous ne devrions pas être surpris de retrouver un parallèle semblable dans bien d’autres aspects de la société. Ce n’est pas seulement à Hollywood que les caractéristiques qui font d’une personne une star peuvent faire de la même personne un agresseur. (…) Lorsque les agresseurs sont démasqués, ils cherchent souvent à rejeter leur responsabilité. Prétendre souffrir d’un trouble tel que « l’addiction sexuelle » ou suivre un programme de réadaptation dans une clinique de réadaptation pour un « traitement », comme Weinstein vient apparemment de le faire, correspond à une réponse machiavélique classique. Si les allégations se confirment, Weinstein serait un exemple extrême d’agresseur aux « trois composantes obscures ». Mais cette combinaison de traits de caractère n’est pas si rare. En fait, de puissants prédateurs pourraient bien rôder en ce moment même autour de la machine à café. Selon une enquête de 1994 menée sur les employés du gouvernement fédéral des États-Unis, citée dans l’étude sur les « trois composantes obscures », 44 % des femmes et 19 % des hommes parmi les employés ont déclaré avoir été victimes de harcèlement sexuel au travail au cours deux années précédentes. Comme nous le rappellent les auteurs de l’étude de 2016, le harcèlement sexuel ne consiste pas toujours à essayer d’obtenir des faveurs sexuelles. Mais ce sont plutôt des motivations psychologiques, notamment le besoin d’accroître le sentiment d’estime de soi, l’attrait, ou la masculinité, qui peuvent conduire à des conduites d’abus de pouvoir de la part des prédateurs, lors de rapports visant à dominer ou à rabaisser les autres. Ce qui peut être particulièrement utile pour comprendre l’affaire Weinstein, quelle qu’en soit l’issue, c’est que Hollywood est bel et bien une bulle d’énergie narcissique. Les psychologues pourraient soutenir que cette caractéristique explique l’aveuglement dont certains ont fait preuve envers les soupçons de comportement pervers de l’un de leurs collègues. Le harcèlement sexuel est la priorité immédiate dans l’affaire Weinstein, comme il se doit, étant donné la gravité des soupçons de crimes et la détresse infligée aux victimes. Mais pour les psychologues qui cherchent à comprendre l’apparente connexion entre le succès et les maltraitances, l’apparente chute Weinstein n’est que la partie émergée d’un iceberg d’analyse.
L’exploitation est omniprésente dans le cinéma, c’est pourquoi nous devons lui refuser notre soutienCes projets au budget faramineux donnent à certains un pouvoir immense, utilisé pour briser des jeunes femmes. On devrait refuser d’exposer nos esprits à ce genre de choses. Si vous voulez des histoires à visage humain, lisez un livre. Ann Althouse
Combien de secteurs disposent d’un terme précis pour désigner l’échange de faveurs sexuelles contre un emploi ? interroge John Podhoretz. Est-ce un hasard si la pratique est tellement répandue dans le milieu du cinéma qu’elle a donné lieu à la locution ‘casting couch’, [un équivalent de notre ‘promotion canapé’] ? Dans combien de secteurs organise-t-on des réunions dans des chambres d’hôtel en dehors des heures de bureau ? Et lors de ces rendez-vous, dans combien de secteurs un patron dit-il à une jeune femme qu’elle ne doit pas hésiter à se dénuder devant lui, car l’emploi qu’elle brigue exigera d’elle qu’elle soit nue face à des millions de personnes ? John Podhoretz
The commentariat’s reaction to the Weinstein revelations has been desperately confused, and for once, the confusion is constructive, because there are strange ideological and moral convergences. The most extreme argument has it that he’s really not a unique monster, that every working woman in America has encountered a Weinstein, and that the problem derives from a culture of “toxic masculinity.” This attitude is an outgrowth of the now-fashionable view that there have been no real gains for women and minorities over the past half-century, that the gains are illusory or tokenish, and that something more revolutionary is required to level the playing field. As a matter of fact in the Weinstein case, this view is false. Women have indeed encountered boors and creeps in their workplaces. But a wolf-whistler is not a rapist. Someone who leers at a woman isn’t the same as someone who masturbates in front of her. Coping with grotesque and inappropriate co-workers and bosses is something every human being, regardless of gender, has had to deal with, and will have to deal with until we are all replaced by robots. It’s worse for women, to be sure. Still, no one should have to go through such experiences. But we all have and we all do. It’s one of the many unpleasant aspects of being human. Still, the extreme view of “toxic masculinity” contains a deeper truth that is anything but revolutionary. It takes us right back to Hobbes. His central insight—indeed, the insight of civilization itself—is that every man is a potential Weinstein. This clear-eyed, even cold-eyed view of man’s nature is the central conviction of philosophical conservatism. Without limits, without having impressed upon us a fear of the legal sanction of punishment or the social sanction of shame and ostracism, we are in danger of seeking our earthly rewards in the state of nature. The revolutionary and the conservative also seem to agree there’s something viscerally disturbing about sex crimes that sets them apart. But here is where the consensus between us breaks down. Logically, if the problem is that we live in a toxic culture that facilitates these crimes, then the men who commit them are, at root, cogs in an inherently unjust system. The fault ultimately is the system’s, not theirs. Harvey Weinstein is an exceptionally clever man who spent decades standing above and outside the system, manipulating it and gaming it for his own ends. He’s no cog. Tina Brown once ran Weinstein’s magazine and book-publishing line. She wrote that “strange contracts pre-dating us would suddenly surface, book deals with no deadline attached authored by attractive or nearly famous women, one I recall was by the stewardess on a private plane.” Which means he didn’t get into book publishing, or magazine publishing, to oversee the production of books and articles. He did it because he needed entities through which he would pass through payoffs both to women he had harassed and molested and to journalists whose silence he bought through options and advances. His primary interest wasn’t in the creation of culture. It was the creation of conditions under which he could hunt. Which may explain his choice of the entertainment industry in the first place. In how many industries is there a specific term for demanding sexual favors in exchange for employment? There’s a “casting couch”; there’s no “insurance-adjustor couch.” In how many industries do people conduct meetings in hotel rooms at off hours anyway? And in how many industries could that meeting in a hotel room end up with the dominant player telling a young woman she should feel comfortable getting naked in front of him because the job for which she is applying will require her to get naked in front of millions? Weinstein is entirely responsible for his own actions, but his predatory existence was certainly made easier by the general collapse of most formal boundaries between the genders. Young women were told to meet him in private at night in fancy suites. Half a century earlier, no young woman would have been permitted to travel alone in a hotel elevator to a man’s room. The world in which that was the norm imposed unacceptable limitations on the freedoms of women. But it did place serious impediments in the paths of predators whose despicable joy in life is living entirely without religious, spiritual, cultural, or moral impediment. Hobbes was the great philosopher of limits. We Americans don’t accept his view of things; we tend to think better of people than he did. We tend to believe in the greater good, which he resolutely did not. We believe in self-government, which he certainly did not. But what our more optimistic outlook finds extraordinarily difficult to reckon with is behavior that challenges this complacency about human nature. We try to find larger explanations for it that place it in a more comprehensible context: It’s toxic masculinity! It’s the residue of the 1960s! It’s the people who enabled it! The truth is that, on occasion—and this is one such occasion—we are forced to come face to face with the worst of what any of us could be. And no one explanation suffices save Hamlet’s: “Use every man after his desert, and who should ’scape whipping?” John Podhoretz
Exiling one mogul won’t bury this question: If people realize the system is exploitative and inhuman, will they still watch movies? For his misbehavior, film mogul Harvey Weinstein has been expelled from the Academy of Motion Picture Arts and Sciences. This is a pretty big deal, considering that director Roman Polanski, who pleaded guilty to rape charges involving a 13-year-old girl, is still a member. Hollywood has stood by Polanski for decades, even as other rape accusations surfaced. Whoopi Goldberg famously remarked eight years ago that his crime, in which he drugged and anally raped the girl, wasn’t “rape-rape.” Yet Hollywood has turned, with blinding speed, on Weinstein. He has been cast out in a way that previous Hollywood figures have not.  Why is this? I think it’s because Weinstein wasn’t as unusual as they’d like us to believe. I think it’s because Hollywood has figured out that the world is different now, and that the tame entertainment press and Hollywood publicists can’t control stories anymore. I think it’s because they hope that if they’re hard enough on Weinstein, the story will go away and the public won’t realize that he was part of an ecosystem of exploitation, part of business as usual, not a departure from it. They aren’t turning on Weinstein because they suddenly found out what he was like. They always knew. They’re turning on Weinstein because America found out what he was like, and they’re hoping to distract people before they draw the correct conclusion about what Hollywood in general is like. I don’t think it will work. Harvey Weinstein is a very large man, but he is not large enough to carry away all of Hollywood’s sins. (…) Hollywood is the way it is because the nature of the work — a lot of judgment calls, without much in the way of transparency or objective standards — means that people who want to abuse their power can do so. Having a mogul on your side, or sometimes even a talent agent or assistant producer, can make a career; having one of them mad at you can sink it. Weinstein seems to be an exceptionally unpleasant man, prone to bullying and abusing both men and women, in sexual and non-sexual ways. Even his sexual assaults seem more about humiliating his victims than about achieving straightforward sexual gratification. Weinstein’s actions seem more de Sade than Don Juan. But they were facilitated by scores or hundreds of accomplices: assistants, producers, actors and actresses, talent agents — kept under his influence with development deals and options and the like. And they did this because while Weinstein might have been an exceptional jerk, his behavior wasn’t so unusual for the industry. Hollywood folks hope you won’t draw that conclusion, but as further accusations involving other Hollywood figures come out, the conclusion will be hard to avoid. And that raises Hollywood’s biggest worry: Once people realize that the system that produces movies is exploitative and inhuman, will they still watch movies? Or are motion pictures the ”blood diamonds” of the entertainment world? As Ann Althouse wrote on her blog, “Because movies are shot through with human exploitation, we should withhold our patronage. These big expensive projects create immense power that is used to grind up young women, and we should not want to expose our mind to this material. If you need stories about human beings, read.”People reading instead of going to movies? That’s scarier to Hollywood than the worst of Harvey Weinstein’s deeds. No wonder they moved fast. Glenn Harlan Reynolds
Il n’a fallu que quelques jours aux puissants du cinéma américain pour mettre au ban le célèbre producteur, accusé de harcèlement sexuel et de viol. Est-ce pour mieux détourner l’attention de la vraie nature d’Hollywood ? Les transgressions du producteur Harvey Weinstein lui ont coûté sa place à l’Académie des Oscars. Ce n’est pas rien, quand on pense qu’elle compte encore parmi ses membres le réalisateur Roman Polanski, qui a plaidé coupable [de détournement de mineur] dans l’affaire du viol d’une adolescente de 13 ans. Alors même que d’autres accusations de viol ont fait surface, Hollywood soutient Polanski depuis des dizaines d’années. En 2009, Whoopi Goldberg a même déclaré à propos du crime – Polanski avait drogué et sodomisé la jeune fille – que ce n’était pas “vraiment” un viol. Pourtant, Hollywood s’est retourné contre Weinstein à une vitesse ahurissante. Il subit un ostracisme auquel ont échappé d’autres personnalités de son milieu. Pourquoi ? À mon avis, c’est parce que le cas de Weinstein n’est pas aussi inhabituel qu’on veut nous le laisser croire. Hollywood a dû comprendre que le monde avait changé et que les médias people et les attachés de presse dociles ne pouvaient plus étouffer ces histoires. De mon point de vue, ils espèrent qu’en se montrant intransigeants avec Weinstein l’affaire se dissipera. Ils veulent éviter que le grand public se rende compte que cet homme fait partie d’un système d’exploitation bien ancré et qu’il ne relève pas de l’exception. Ces individus n’ostracisent pas Weinstein parce qu’ils ont soudain découvert sa vraie nature. Ils l’ont toujours connue. Ils se retournent contre lui parce que le grand public a découvert sa vraie nature. Ils espèrent détourner l’attention de l’opinion avant qu’elle ne découvre le véritable visage d’Hollywood. À mon avis, cela ne fonctionnera pas. Harvey Weinstein est très fort, mais il ne l’est pas assez pour endosser tous les péchés d’Hollywood.“Combien de secteurs disposent d’un terme précis pour désigner l’échange de faveurs sexuelles contre un emploi ? interroge John Podhoretz. Est-ce un hasard si la pratique est tellement répandue dans le milieu du cinéma qu’elle a donné lieu à la locution ‘casting couch’, [un équivalent de notre ‘promotion canapé’] ? Dans combien de secteurs organise-t-on des réunions dans des chambres d’hôtel en dehors des heures de bureau ? Et lors de ces rendez-vous, dans combien de secteurs un patron dit-il à une jeune femme qu’elle ne doit pas hésiter à se dénuder devant lui, car l’emploi qu’elle brigue exigera d’elle qu’elle soit nue face à des millions de personnes ?” Le milieu hollywoodien est ce qu’il est car la nature du travail – les jugements personnels, peu de transparence, peu de normes objectives – permet à ceux qui le veulent d’abuser de leur position dominante. Avoir un magnat dans son camp, voire un agent ou un producteur adjoint, peut propulser une carrière – mais l’inverse est aussi vrai. Weinstein semble être un homme extrêmement désagréable, un habitué du harcèlement et des agressions à l’encontre des femmes comme des hommes, que ces actes soient sexuels ou non. (…) Mais ses comportements ont été facilités par des dizaines voire des centaines de complices : des assistants, des producteurs, des acteurs, des actrices et des agents qui sont restés sous son influence car ils en tiraient divers contrats et projets. Et tous l’ont fait car, bien que Weinstein soit peut-être un connard fini, ses agissements n’étaient pas exceptionnels dans le secteur. Les puissants d’Hollywood espèrent que vous ne tirerez pas cette conclusion, mais elle sera difficilement évitable face aux multiples accusations contre d’autres figures du cinéma américain. En découle la plus grande inquiétude du milieu : si les gens comprennent que le système qui produit des films est abusif, continueront-ils à en regarder ? Les films sont-ils les “diamants du sang” du monde du divertissement ? Glenn Harlan Reynolds
Aurais-je cédé à l’air du temps, et passé du côté de la délation et du déballage, moi qui, comme tant d’autres, ai pris mon clavier et tracé ces mots sur ma page Facebook, #MoiAussi, en donnant les âges auxquels ça m’est arrivé : 8, 24 et 35 ans. Faudrait-il trier le bon grain de l’ivraie, et séparer celles qui comme moi, ont utilisé le hashtag #MeToo, n’ont dénoncé personne et n’ont pas même exposé les faits, et celles qui ont choisi, au contraire, d’utiliser à plein la force humoristique de #balancetonporc, raconté sans détour ce qui leur était arrivé, et parfois même (très rarement, il faut le souligner) nommé celui qui les avait agressées ? Pour moi, la réponse est claire : entre la sobriété et la provocation, la retenue et le récit, c’est une simple question de style, peut-être d’âge ou de sensibilité – peu importe, au fond. Le fait important, c’est justement la rencontre évidente, amicale, solidaire de ces façons d’agir différentes. Ce que nous disons, ce que nous faisons en ce moment, est pour l’essentiel identique. Nous témoignons. Il n’y a pas moins de pudeur chez les unes que chez les autres, pas plus de vulgarité chez les autres que chez les unes. J’ai choisi #MoiAussi, mais plus j’y pense, plus j’apprécie le chic de #balancetonporc : pour toutes celles qui, parmi nous, ont reçu la vulgarité extrême au plus intime de leur corps, et qui en ont intériorisé la honte, y compris à leur esprit défendant, la respiration est plus libre depuis que ce remarquable retour à l’envoyeur a été balancé comme un direct du droit. Par le simple fait de dire que nous avons subi, nous faisons advenir quelque chose de neuf. La honte, peu à peu, change de camp. Nous sommes si nombreuses que c’en est impressionnant. Nous le savions déjà par nos discussions entre amies, mais quelque chose est absolument différent quand se dit au grand jour toute la gamme des choses subies, qui va des mots obscènes et des mains aux fesses aux agressions sexuelles, aux viols et aux menaces de mort. Ce qui change, depuis quelques jours, c’est justement que cette parole, longtemps privée, change de statut. Qu’elle devienne publique. Qu’elle soit posée là, dans l’espace commun, et qu’elle place chacune et chacun devant ses responsabilités. Prendre la mesure d’un héritage. Affronter la complexité du présent. Dessiner l’espoir du futur. Prendre la mesure d’un héritage. Aucune nostalgie du passé n’est décente. Car il y a toujours eu un envers sombre à la galanterie aristocratique célébrée depuis tant d’années par M. Finkielkraut. Cet envers se nommait la division des femmes en deux, celles qu’on respecte et celles qu’on méprise. Celles qu’on épouse et celles qu’on baise. Celles qui sont l’honneur de la famille et celles qui sont perdues de réputation. Ce grand partage n’était pas un accident, mais un véritable principe organisateur de la société, dans un monde fondé sur la complémentarité hiérarchique des sexes et qui désignait les femmes comme les responsables et les coupables de la sexualité des hommes. Séparation des femmes par classes. Quand le viol des « femmes de qualité » était férocement réprimé, le gibier à portée de main se nommait domestiques, lavandières, filles de ferme, employées, ouvrières, secrétaires. Séparation plus secrète des forts et des faibles dans le secret des familles, des institutions religieuses et des pensionnats, où l’on comprend que l’envers du décor, c’était le continent noir de la violence sexuelle sur certains des plus jeunes, des plus fragiles, petites filles mais aussi petits garçons. Division enfin des femmes par état matrimonial, dignes épouses et mères de familles d’un côté, filles perdues et filles-mères, catins et prostituées de l’autre. Ce principe de division a été dénoncé, et avec quel courage, par celles qui savent mieux que quiconque que naguère encore, leur métier les plaçait du côté de celles qu’on n’épouse pas. Nous ne devrons jamais oublier ce que nous devons aux actrices. Affronter la complexité du présent. Le point central, qui échappe manifestement à ceux qui s’indignent, est que dans ces témoignages, la volonté de faire tomber des têtes est très peu présente. Il ne s’agit pas principalement de traîner en justice, pas même de désigner des individus à la vindicte. Et, même si tout a démarré par l’affaire Weinstein, il faut savoir écouter au-delà. Réécouter, par exemple, le témoignage de Florence Darel à l’émission « Quotidien », exemplaire de dignité et de pudeur. Elle ne venait pas lyncher un homme déjà à terre, elle venait parce qu’une chaîne de solidarité se tisse anneau par anneau, et que seul le fait d’ajouter un témoignage personnel à un autre peut renverser le principe de l’omerta. Je redoute, bien sûr, que des injustices soient commises. Mais affronter ce risque ne peut pas être une raison de renoncer. Dessiner l’espoir du futur. J’ai entendu Laure Adler le dire magnifiquement un matin à la radio, mais aussi Anne Nivat à la télévision. Ce qui se passe aujourd’hui est une question de société, de culture, de civilisation. Pour celles qui parlent, c’est la fin d’une longue épreuve, dont on sent rétrospectivement à quel point elle était lourde. Mais en aucun cas ce qui domine n’est une plainte victimaire : c’est un geste de fierté, de foi en l’avenir et un pari sur l’intelligence collective. (…) Et c’est notre chance que cela ait été dit en premier par les actrices, ces incarnations de la séduction, dont nous admirons les silhouettes, dont nous aimons qu’elles montrent leurs jambes et leurs décolletés. Les comédiennes n’acceptent plus comme une fatalité de risquer les pelotages et les violences. Elles ne sont pas du gibier pour libidineux de petite ou de grande catégorie. Leurs témoignages sont comme ceux de milliers d’anonymes, et comme le mien aussi : l’appel à une nouvelle civilité sexuelle. Irène Théry
Où étaient ceux qui s’extasient lorsque des centaines de femmes étaient agressées sexuellement à Cologne ? Silence gêné. Où étaient-ils lorsque Libération publiait récemment une tribune appelant à ne pas dénoncer le harcèlement de rue au risque de faire des constats racistes ? Silence gêné. Où étaient-ils lorsque Marlène Schiappa niait tout simplement l’existence d’un harcèlement de rue à La Chapelle après la publication de témoignages très précis ? Où étaient-ils ensuite lorsque Caroline de Haas accusait finalement les trottoirs trop étroits plutôt que les hommes qui les occupent ? Silence gêné, encore et toujours. Qui peut honnêtement découvrir aujourd’hui qu’Hollywood est l’empire du vice et que le refus systématique de toute limite finit par produire des monstres ? Hollywood savait et le monde entier s’en doutait : comment s’étonner de l’absence de vertu dans un monde qui met un point d’honneur à la moquer, à repousser sans cesse les limites de la décence, à tourner tout sacré en ridicule, toute normalité en modèle dépassé, toute célébration de la fidélité en retour de l’ordre moral et qui qualifie de progressiste tout abandon des règles qui organisent l’humanité depuis la nuit des temps ? L’opulence, le refus de la contrainte et l’obsession d’une libération sexuelle toujours plus totale finissent par créer des “porcs”, quelle surprise…  Mais l’hypocrisie ne s’arrête pas là. Récemment, des dizaines de spécialistes étaient réunis à Rome pour un congrès international interdisciplinaire sur les dangers sexuels guettant des enfants hyperconnectés. Certains ont alors évoqué les conséquences désastreuses d’une exposition toujours plus précoce et fréquente à des films pornographiques et violents : modification du cerveau, délitement des liens affectifs ou tout simplement sociaux, corrélation entre violence et sexualité… Rares sont ceux qui ont relevé : quel crédit apporter à l’indignation des mondes médiatique et politique qui détournent ainsi le regard dans des domaines où ils pourraient agir concrètement ? Charlotte d’Ornellas
Ils n’ont rien dit pendant des années, se sont tus pendant des décennies par peur de perdre leur job. Ils, ce sont les hommes d’Hollywood qui retrouvent la mémoire depuis que le producteur le plus puissant de Hollywood, Harvey Weinstein, est accusé de viols et d’agressions sexuelles par de nombreuses actrices. Le réalisateur britannique Michael Caton-Jones a témoigné à son tour dans BuzzFeed. Le cinéaste devait diriger le film «B. Monkey» pour les studios Miramax. Il avait choisi Sophie Okonedo pour tenir le rôle principal féminin. Une actrice métisse britannique qui avait joué dans le film précédent du metteur en scène, «Le Chacal». Mais Harvey Weinstein ne voulait pas en entendre parler. «Harvey me dit : « penses-tu qu’elle est baisable ? »», décrit Michael Caton-Jones, qui lui répond qu’elle est «la meilleure actrice pour le rôle». Le désaccord pousse Harvey Weinstein à débarquer le récalcitrant du poste de réalisateur en l’annonçant dans le journal professionnel «Variety». Michael Caton-Jones va tenter de donner sa propre version des faits aux journalistes, mais ceux-ci ont préféré en rire. «B. Monkey» sera bien produit et mis en scène, par Michael Radford, avec l’actrice Asia Argento dans le rôle titre. Dans les colonnes du «New Yorker», la comédienne italienne accuse Harvey Weinstein de l’avoir violée en 1997… lors de la production de «B Monkey». «Comme j’avais ce film qui arrivait, je ne voulais pas me fâcher avec lui», expliquait-elle. Asia Argento était persuadée que le prédateur pouvait ruiner sa carrière si elle ne cédait pas à ses avances sexuelles. Ce que raconte Michael Caton-Jones prouve que tout un système était admis et su à Hollywood. Paris Match
 #Moiaussi, ou #metoo : c’est le hashtag qui fédère en ce moment les femmes dont la parole se libère enfin. Des femmes de tous âges, de toutes origines et de tous milieux sociaux témoignent avoir été victimes d’agressions sexuelles ou de harcèlement, de la part d’hommes de leur entourage ou d’inconnus. Chaque témoignage est glaçant, mais ce qui est pire que tout, c’est leur nombre, leur déferlement ininterrompu. Toutes les femmes, ou presque, ont connu cela. Le bâillon est tombé, et les récits pleuvent. Et j’ai l’espoir que ce soit le grand soir de la cause féministe, le séisme qui ébranlera enfin le vieux monde misogyne. La première agression, ou le « malentendu »J’ai treize ans. (…) le soir, nous nous retrouvons dans sa chambre. Sa mère est sortie. Nous sommes seuls. Que dire, si ce n’est que je ne contrôle plus rien ? Que les choses vont plus loin que ce que je voulais ? Je dis non, je lui dis « je préfèrerais garder mes vêtements », il réinsiste. (…) Il n’y a aucune violence, juste ma passivité, ma froideur pétrifiée qu’il ne comprend pas. Je n’ai pas hurlé « lâche-moi », j’ai juste attendu. Je crois qu’il ne sait même pas que je n’étais pas d’accord.  (…) La troisième agression (…) j’ai été agressée par un ancien ministre Ce n’est pas la « pire », mais celle qui m’a intellectuellement le plus ébranlée. Parce que les deux premières fois, je me disais que c’était peut-être ma faute. Je n’avais pas su dire non. Je n’avais qu’à prendre une veste. Mais cette fois-là, j’ai compris que ça pouvait arriver à n’importe quelle femme, dans n’importe quelle circonstance, que personne n’était à l’abri. Il faut que je vous détaille le contexte, pour que vous compreniez à quel point c’était inouï, à quel point cela révèle le sentiment d’impunité des prédateurs, et tout particulièrement, des prédateurs puissants. (…) Je repasse en boucle ce qui vient de se passer. Je suis fille d’un ministre en exercice, dans la rangée VIP d’un des lieux les plus huppés de la capitale, en pleine lumière. L’homme assis à côté de moi a occupé les plus hautes fonctions de l’Etat, est unanimement respecté, et accompagné de son épouse. Et il m’a agressée pendant tout un premier acte, malgré ma résistance vigoureuse. Je mesure soudain ce que cela signifie, et j’ai le vertige. Si cela m’arrive ici, maintenant, à moi, par lui, c’est que cela peut arriver à n’importe quelle femme, partout. Que personne n’est à l’abri. Ariane Fornia
Peu de voyageurs visitent Salvation mountain, si loin de tout, mais il y a un groupe de trois baroudeurs en survêtement douteux, deux jeunes et un vieux, qui me racontent être sur les routes depuis un an, et vouloir se poser quelques jours à Slab City. Ils me proposent un joint, une pipe de crack, ou de coucher avec l’un des trois (ou avec tous, c’est selon). Je décline avec ma politesse désormais habituelle et songe que si ça dégénère, j’irai me réfugier auprès du soldat de Jésus avec ses trois molosses. Mais ils acceptent mon refus avec une résignation gracieuse. Depuis que je suis seule en Californie, on m’a proposé toutes les drogues et tout le kamasutra. Je réponds non merci comme s’il s’agissait d’une tasse de thé. (…)  A mon retour au Joshua Tree Inn, je trouve près du feu de jardin deux couples qui étaient à la soirée karaoké, et qui me hèlent « eh Ziggy Stardust, viens t’asseoir avec nous » ! I Ils ont mon âge, l’âge où on a merdé sa vingtaine, ne sait pas trop où on en est de sa vie et part pour des virées dans le désert avant d’atteindre une trentaine sans gloire. On se dit qu’à nos âges, nos parents avaient des carrières, des plans de vie ambitieux, qu’ils étaient lancés. Nous avons fait des études passionnantes et sans issue et nous sommes des jeunes gens intelligents, cultivés et complètement inutiles à une société qui a de moins en moins besoin de main d’œuvre humaine. Nous ne croyons en rien, si ce n’est peut-être à l’amour. Ariane Fornia
Elles, ce qu’elles voulaient, c’était réussir (…) ou certainement faire un casting plus facilement parce qu’elles n’avaient pas fait d’études de cinéma. Mickaël Chemloul (ancien chauffeur français de Harvey Weinstein)
Je dois dire que j’ai été choquée par les faits les plus graves qui sont rapportés – à savoir que certaines d’entre elles accusent Harvey Weinstein de les avoir violées. Des facettes d’Harvey, j’en connais beaucoup, vu que j’ai travaillé avec lui à plusieurs reprises. Au tout début, quand je l’ai connu, il avait créé Miramax avec son frère et distribuait des films européens et étrangers importants aux Etats-Unis. C’est lui qui, par exemple, a fait connaître là-bas Krzysztof Kieslowski, Jane Campion, lui qui a distribué Les Amants du Pont-Neuf, de Leos Carax, sans toucher à son montage, contrairement à la réputation qui lui était faite. Il était, à cette époque, le seul distributeur américain que je connaissais qui avait un tel enthousiasme pour le cinéma d’auteur, le seul qui s’en donnait les moyens, car il y croyait. A l’époque, je ne me suis jamais sentie en danger avec lui, car je pense que j’étais déjà armée. La seule fois où j’ai entendu une insinuation sexuelle verbale de sa part, je ne l’ai pas prise au sérieux, j’ai répondu immédiatement par un revers de balle hors jeu. (…) Je me souviens qu’une actrice m’en a fait part un jour. (…) Comme toutes les filles, j’ai fait mes classes, j’ai appris à me détourner, à me rebeller, à m’insurger face à l’impunité masculine. Finalement, ces batailles-là m’ont permis de me positionner et souvent, la rage n’était pas loin. Ce sont des blessures, certes, mais c’est aussi une chance d’avoir pu me structurer rapidement par l’expérience de ces épreuves, qui ne sont évidemment pas souhaitables. Mais parfois, malheureusement, tout le monde n’a pas cette repartie, et certaines situations peuvent devenir beaucoup plus destructrices. Au cinéma, l’exercice du pouvoir est très particulier. Le producteur a un pouvoir, le metteur en scène a un pouvoir, l’acteur a un pouvoir. S’approcher de ces pouvoirs-là, c’est un peu comme des trous noirs dans l’espace, ils dégagent une énergie qu’il faut savoir décrypter, sentir, on peut tourner en orbite, mais gare à ne pas se laisser happer  Tout cela pour dire que quand j’ai travaillé avec Harvey Weinstein, je sentais qui j’avais en face. Le genre de type avec lequel je n’irai jamais m’amuser. J’ai déjeuné avec lui une fois en tête-à-tête dans sa suite, je n’ai pas senti de danger, mais je n’ai pas compris pourquoi il tenait à me voir. (…) Chaque situation est différente, ce serait dangereux de généraliser. Mais face à la corpulence d’Harvey, face à son énergie, sa voix, son débit, face aux mots qu’il utilise, à ses croyances, en s’approchant d’un tel pouvoir, il faut savoir où on met les pieds et éveiller son intelligence à ne pas se faire piéger. (…) C’est un homme que j’ai connu dans différentes situations. Une fois, je l’ai vu pleurer parce qu’il se sentait honteux, mais je l’ai vu aussi généreux, et également menteur. C’est un être complexe et tout aussi bizarrement attachant. Mais je savais aussi très bien quelle bête il y avait en lui. (…) Il y a peut-être des actrices qui sont plus influençables et moins préparées aux situations avec les gens de pouvoir, surtout quand on débute. Mais ce genre d’argument ne m’a jamais convaincu, peut-être parce que j’ai appris tôt à être responsable. Je n’ai jamais mis la parole de mon agent avant la mienne. J’écoute, mais je n’obéis pas. Sinon, c’est comme s’approcher d’un volcan. Si tu veux t’approcher du volcan, tu peux le faire, mais tu te brûleras, immanquablement. (…) Je précise que ça m’est arrivé de ne pas être prise dans des films parce que je n’avais pas répondu aux coups de genou sous la table, parce que je n’ai pas appelé le numéro de portable qu’on m’avait donné après avoir répété. J’ai raté quelques films comme ça. (…) C’est un métier dangereux. C’est pourquoi l’intuition est primordiale, ce n’est pas la tête qui doit opérer, c’est l’intuition. Et se poser les vraies questions qui authentifient votre parcours. (…) Le cinéma américain d’aujourd’hui est un cinéma du désir de puissance et de pouvoir, et, malheureusement, qui fait des petits un peu partout dans le monde. Le cinéma américain et son esprit dominent le monde. Juliette Binoche
I think working with actors is a little bit how a chef would work with a potato or a piece of meat. You have to kind of have a look at the potato or the piece of meat and see what kind of possibilities are in the ingredient. I know I’m using the wrong metaphor. I think my job is to see what potato is there and from there, just work under their conditions. I don’t think I have forced anybody. Bjork I may have forced here and there. For the good of the film, I just need to give them what they need. Lars von Trier
It was embarrassing and insulting—there were a lot of reasons why I didn’t want to tell the story. I didn’t want it to be taken advantage of, twisted, turned and made into an even uglier situation than it was. It wasn’t until years later that I told Donald the story. (…) He is absolutely true and honest in this book. Tippi Hedren
He was a misogynist. That man was physically so unattractive. I think to have a mind that thought of himself as an attractive, romantic man and then to wake up in the morning and look at that face and that body was tough. I think he had a whole lot of problems. (…) Well, I don’t know that I’ve gotten any revenge on him. Maybe this movie is a bit. But I’m not the first one this happened to. Other actresses never made any overt statements about it. What he did with his life is astounding. There is no one in this world that did films like he did. Nobody. (…) I have a strong Lutheran background, and my parents instilled in me strong morals. This was something I could never have done. I was not interested in him that way at all. I was fortunate enough to work with him, and as far as I was concerned, he ruined everything. (…) I said, I’ve got to get out of the contract. He said, I’ll ruin your career. And he did. He wouldn’t let me out of the contract. I’d be a really big star if he hadn’t stopped my career. There were so many people who wanted me for their films. All he said was, “She isn’t available.” That’s a mean, mean man. (…) That couple was an enigma to all of Hollywood. At one point, she came to me during “Marnie” and said, “I’m so sorry you have to go through all of this,” and I looked at her and said, “Alma, you could stop it.” Her eyes just glazed over, and she turned and left. (…) He ruined my career, but he didn’t ruin my life. That time of my life was over. I still admire the man for who he was. Teppi Hedren
In an hour and a half, there wasn’t enough time. There were times when it was absolutely delightful and wonderful. Hitchcock had a charm about him. He was very funny at times. He was incredibly brilliant in his field. I learned so much from that man about motion pictures, and how you make a motion picture. So there are things that weren’t able to be in the film to say, ‘Why would she stick around for all of this?’ It wasn’t a constant barrage of harassment. If it had been constantly the way we have had to do it in this film, I would have been long gone. (…) I hadn’t had any acting experience, except in commercials. To break down a script, to delve into how you become another character, the relationship of different characters in the film, was something that I didn’t know how to do. And to have as brilliant a genius as Alfred Hitchcock as my drama coach . . . It was something that I had never experienced before. I don’t know what to call it. I certainly gave no indication that I would ever be interested in any kind of a relationship with him. People have said, ‘Was he in love with you?’ No, he wasn’t. When you love someone, you treat them well. I think we’re dealing with a mind here that is incomprehensible, and I certainly am not capable of discerning what was going through his mind or why. I think he was an extremely sad character. As I said, we are dealing with a brain here that is unusual, genius, and evil, deviant almost to the point of dangerous because of the effect that he can have on people that are totally unsuspecting. (…) As far as seeing (The Girl), I was apprehensive. I have to say that when I first heard Toby’s voice as Alfred Hitchcock, my body just froze. It was hard to go through all of those years that had been eclipsed into an hour and a half. (…) I hope that young women who do see this film know that they do not have to acquiesce to anything that they do not feel is morally right, or that they are dissatisfied with, or simply wanting to get out of that situation, that you can have a strength, and you deserve it. (…) There was absolutely nothing I could do legally, whatsoever. There were no laws about this kind of a situation. If this had happened today, I would be a very rich woman. But I can look at myself in the mirror, and I can be proud. I feel strong. I lived through it beautifully. He ruined my career, but he didn’t ruin my life. Tippi Hedren
Cohn said to me, ‘I don’t think this is going to be a good movie, but Alfred Hitchcock’s a good director, so I’ll let you do it.’ I was happy to get away from Columbia for a while, because he was such a tyrant. (…) I didn’t find him controlling whatsoever. I found him a joy. (…) on how to interpret the character, he gave us complete freedom and trust. (…) I feel bad about all the stuff people are saying about him now, that he was a weird character. I did not find him to be weird at all. I never saw him make a pass at anybody or act strange to anybody. And wouldn’t you think if he was that way, I would’ve seen it or at least seen him with somebody? I think it’s unfortunate when someone’s no longer around and can’t defend themselves. Kim Novak
Alfred Hitchcock was a brilliant and wildly successful filmmaker but he also used his power for terrible things, according to actress Tippi Hedren and the new HBO film, The Girl. Hitchcock sexually harassed Tippi, one of his supposedly favorite actresses (she starred in two of his films) for years. The new film, starring Sienna Miller, shows this disturbing relationship between the famous actress and director. The film will hopefully show women how lucky they are today in terms of laws prohibiting sexual harassment and may act as a wake up call to others. The acknowledgement of sexual harassment is barely 40 years old. The first historical use of the term wasn’t until 1973 when MIT reports first addressed the gender issue and specific procedures were instated as ways to both protecting the victims and handling it. Tippi began working with Alfred in the early 1960s. (…) The Girl is based on the book Spellbound by Beauty,” by Donald Spoto. Screenwriter Gwyneth Hughes interviewed several people familiar with the Hitchcock-Hedren dynamic, including costume supervisor Rita Riggs, actress Diane Baker, and Hitchcock’s first assistant director Jim Brown. The film shows Hitchcock aggressively forcing a kiss on Hedren in the back seat of a car during the filming of The Birds, and later demanding that she “make yourself available to me sexually.” The film also suggests that Hitchcock punished her for rejecting his advances. (…) In one scene, he sends a prop bird crashing through phone booth glass without warning her. Another sequence shows him forcing her to work with live birds for five days for the film’s attic scene. Hedren suffered multiple cuts, including to her face, in both cases, according to the film. (…) But The Birds launched Tippi’s career as an actress and the “It Girl” of the moment. However, it didn’t last long. After she finished shooting Marnie with Hitchcock in 1963, she wanted to get out of her contract with Hitchcock but he wouldn’t let her. Back then there were no laws to protect her. He threatened her and said he would ruin her career, and according to Hedren he did. He told directors like Francis Truffaut that she wasn’t available for work. Her career did stall after those two very successful films. Hedren believes she is one of many actresses harassed by the cinematic legend. After Psycho, she said, actress Vera Miles refused to ever work with the director again. Hedren also said Suzanne Pleshette told her during The Birds filming, “It isn’t always like this.” But on the bright side, Sienna Miller thinks a lot has changed for women in film today. (…) But have things really improved for women? New research shows that women are starting to let sexual harassment roll off their back, or at the very least don’t let it affect them as much as men do. Men who are exposed to sexual harassment are more likely to find jokes and inappropriate touching “distressing,” while women just find it “bothersome.” Researcher Isis Settles, an associate professor of psychology at Michigan state says that the finding “suggests that sexual harassment is such a widespread problem that women have figured out ways to deal with it so it doesn’t interfere with their psychological well-being. The Grindstone
It’s no secret to those who take an interest in Hitchcock film lore that his leading ladies didn’t always think very highly of him; rumors have churned for years that he was mentally abusive to those who refused his advances and took his frustrations out the only way he could: by punishing the beautiful stars of his movies with extra-long hours on set and cruel stunts. And while some directors show tough love to their actors in order to get the very best performance out of them–I’m talking to you, Stanley Kubrick–actress Tippi Hedren insists that Hitchcock was deliberately evil to her and anyone else who went against him. Now, Hedren–who starred in « The Birds » and is also Melanie Griffith’s mother–is speaking out about the odd practices of the iconic director against the backdrop of a newly-finished HBO movie, « The Girl », which tells the behind-the-scenes stories of some of his most famous films. (…) Although she says there were good times in those days–such as being under his tutelage–sometimes the bad outweighed the good, especially when he used his long arm of influence to keep her from getting another job once she refused to work with him after their second film together. Back then, women had about as many rights in Hollywood as they did anywhere else; which is to say, not many. Webpronews
She was once his muse but when young Tippi Hedren refused legendary director Alfred Hitchcock’s sexual advances he ruined her career. Veteran actress Hedren, 82, says she would have been a rich woman if sexual harassment laws existed in 1963 when ‘The Birds’ was filmed. Her comments came as production of a television drama about her relationship with the ‘Psycho’ director is wrapping up. She claims he ruined her career when she refused to bow to his advances, but said he failed ruin her life. (…) Tippi Hedren spoke about the rampant sexual harassment as she joined the cast of ‘The Girl’, a collaboration between BBC and American network HBO which looks into the relationship she had with Hitchcock while making ‘The Birds’. At the time of filming Tippi, born Natalie Kay Hedren, was 34 years old, more than 30 years younger than Hitchcock, and engaged to be married to her second husband. The knowledge of this this did not stop his advances, something which becomes clear in ‘The Girl’. The film, based on the book ‘Spellbound by Beauty’ by Donald Spoto, portrays the director as a predator who demands sexual favours of his leading lady. (…) In one scene Hitchcock aggressively forces a kiss on Hedren in the back seat of a car during the filming and later orders her to make herself ‘available sexually’. The film also suggests that Hitchcock punished her for rejecting his advances. In one scene, the director sends a prop bird crashing through phone booth glass without warning Tippi. Another sequence shows her forcing her to work with live birds for five days for the film’s attic scene. Hedren had been told mechanical birds would be used, only to find live birds were let loose – again with no prior warning. Hedren, now aged 82, said there were times of delight working for Hitchcock while filming ‘The Birds’ and her only other film for him, ‘Marnie’. But once she rejected his advances, and refused to make another film with him, he effectively ended her career by stopping her working for two years. (…) He signed her to a personal contract which he upheld when she refused to work for him. For two years she sat a home unable to work despite offers from other Hollywood studios. While she was able to resume her career she never became a major star although she went on to make 50 films and has had guest appearances on TV shows including CSI: Crime Scene Investigators. The Daily Mail
Il était nécessaire que tout le début soit volontairement un peu long, tout ce qui concerne le vol de l’argent et la fuite de Janet Leigh, afin d’aiguiller le public sur la question : est-ce que la fille se fera prendre ou non ? […] On tourne et on retourne le public, on le maintient aussi loin que possible de ce qui va réellement se dérouler. Je vous parie tout ce que vous voudrez que dans une production ordinaire, on aurait donné à Janet Leigh l’autre rôle, celui de la soeur qui enquête, car il n’est pas d’usage de tuer la vedette au premier tiers du film. Moi, j’ai fait exprès de tuer la star, car ainsi le meurtre était encore plus inattendu. Alfred Hitchcock
La construction de ce film est très intéressante, et c’est mon expérience la plus passionnante de jeu avec le public. Avec Psycho, je faisais de la direction de spectateurs…  Alfred Hitchcock
Le film est sorti dans l’atmosphère de conformité sombre et étouffante des années 1950. […] Le couteau de Norman Bates était la force primale venue déchirer la tiédeur répressive des années 1950, aussi sûrement qu’Elvis. Owen Gleiberman (Entertainment Weekly)
It was actually the first time in the history of movies that it wasn’t safe to be in the movie theatre, and when I walked out into Times Square at noon I felt I had been raped. Peter Bogdanovich
Les femmes occupaient le haut de l’affiche au cours des années 1920 et 1930. Cela s’est évaporé au cours des années 1940, ce qui nous a menés aux années 1950 où les femmes étaient reléguées au second plan. Et c’est ce que le cinéma fait, au fond : il tue les femmes. Peter Bogdanovich
Hitchcock s’est battu pour tourner ce meurtre séparément du reste du film, ce qui veut dire d’une certaine manière que dorénavant, le meurtre allait devenir un élément acceptable au sein d’un divertissement. Il y avait déjà de la violence dans le cinéma américain, mais rien ressemblant à Psycho ; rien d’aussi intime, rien d’aussi soigneusement conçu, rien d’aussi sans remords. Bret Easton Ellis
C’est, je crois, la première expression moderne du corps féminin agressé. Et à certains égards c’en est l’expression la plus pure, parce que c’est dévastateur. Karyn Kusama
Hitchcock considérait le monde comme une machine morale très imparfaite. Il avait ce sens presque biblique de la fatalité et du châtiment qui s’abat sur ceux qui s’adonnent au péché avec désinvolture. Guillermo del Toro
Director Karyn Kusama describes the shower scene as “the first expression of the female body under assault.” (…) and the rest of “78/52”  offers piercing insight into “Psycho’s” extraordinary firstness. Before “Psycho,” horror was something out there (a monster, a haunted house, a force of otherworldly power coming at you). The film’s spectacular joke is that it played with all that 19th-century horror imagery (the Victorian house on the hill, the demon at large), only the monster was now us. It was in our heads. Death could arrive instantly, anywhere, even in the bathroom, with blood spilling into the water like inky raindrops and your soul spiraling down the drain. Hitchcock (…) took a leap into the pitch-black void, doing his own variation on Clouzot’s “Diabolique” (1955), another slimy nightmare about a corpse that won’t stay dead. (…) Then, of course, there’s the hole he peers through in the wall: The analysis presented of the painting he removes is a testament to how Hitchcock draped each scene with hidden symbolic layers — more than anyone could take in. (No one even mentions that almost every line in the first 40 minutes of “Psycho” can be read as a double entendre; that’s what gives the film its subliminal “dirty” dread.) (…) The scene lasts less than one minute but took seven days to film. These were clearly 45 seconds that shook the world. Philippe’s many interviewees (including film directors Peter Bogdanovich and Guillermo Del Toro, and Leigh’s daughter Jamie Lee Curtis) make a very good case that if you want to understand attitudes to sex, mothers and politics in early 1960s America, this is the only place to begin. Hitchcock’s decision to kill off a major Hollywood star a third of the way through a film in which she is seemingly the lead character was startling enough. It’s the manner of the death – the queasy, voyeuristic intensity of the scene – that still takes you by surprise, however many times you watch it. (…) There’s an interview with Leigh’s body double, Marli Renfro, who talks in very matter-of-fact way about how she was looked over by Hitchcock and Leigh and then given the job. However, close to 60 years after the film was made, many are still clearly startled by its raw power. The Independent
Il ferma la chambre à clef et après l’avoir fermée il me jeta sur le bord du lit en me frappant sur la poitrine avec une main, me mit un genou entre les cuisses pour que je ne puisse pas les serrer et me releva les vêtements, qu’il eut beaucoup de mal à m’enlever, me mit une main à la gorge et un mouchoir dans la bouche pour que je ne crie pas et il me lâcha les mains qu’il me tenait avant avec l’autre main, ayant d’abord mis les deux genoux entre mes jambes et appuyant son membre sur mon sexe il commença à pousser et le mit dedans, je lui griffai le visage et lui tirai les cheveux et avant qu’il le mette encore dedans je lui écrasai le membre en lui arrachant un morceau de chair. Artemisia Gentileschi
Loin de l’élégante douceur serpentine de Raphaël, la figure de Suzanne expose son malheureux corps à l’avidité des  regards. De fait,  notre héroïne est une femme désirable avec cette chevelure ondulée et dénouée, ces courbes toutes de rondeurs épanouies  jusqu’à ces plis encadrant l’abdomen qui soulignent la suavité des chairs. Alors que Lorenzo Lotto (1) avait choisi la représentation d’un modèle archaïque (femme au fond peu voluptueuse parce que réduite à la thématique symbolique), et qu’Alessandro Allori nous montrait sans guère de retenue la concrétisation d’évidents fantasme nés du récit (2, fig.3), Gentileschi   associe les données : tout en peignant le traumatisme d’une femme harcelée dans sa féminité, elle assume pleinement  l’érotisme inhérent au personnage. Le mouvement de ses bras indique non seulement  qu’elle a renoncé à préserver ce qui lui reste de pudeur mais aussi qu’elle cherche  à ne pas entendre les chuchotements sinistres de ses agresseurs. Ainsi, toute la partie centrale qui décrit le  corps comme objet de convoitise  nous renvoie à la séquence supérieure qui énonce l’esprit, tourmenté par cette parole annonciatrice de l’acte. (…) Harcèlement, violence, lâcheté, loi du silence : ce sont bien les termes du viol que l’on retrouve ici et ils résonnent avec des accents prémonitoires car, lorsqu’elle peint Suzanne et les vieillards  dans l’atelier romain de son père Orazio,  Artemisia Gentileschi  alors âgée de dix-sept ans, n’a pas encore été la proie des  outrages  d’Agostino Tassi et du lamentable procès qui suivit. Les actes qui nous sont parvenus témoignent de l’humiliante et sordide procédure qui devait prouver son statut de victime. Eternelle histoire  du sexe faible, coupable de l’innocence. Depuis, et c’est justice, cette figure est progressivement devenue une icône de la sensibilité féministe, et certains observateurs n’ont d’ailleurs pas toujours su éviter une lecture trop littérale de son œuvre en mettant en exergue la fréquence du thème vengeur de Judith tranchant la tête d’Holopherne. Delapeinture
Few artistic themes have offered so satisfying an opportunity for legitimized voyeurism as Susanna and the Elders. The subject was taken up with relish by artists from the sixteenth through the eighteenth centuries as an opportunity to display the female nude…with the added advantage that the nude’s erotic appeal could be heightened by the presence of two lecherous old men, whose inclusion was both iconographically justified and pornographically effective. Mary Garrard
The story is overdetermined as a Hitchcock motif, containing, as it does, so many of his signature themes. There is a long tradition in Western visual art of reading this biblical narrative as a rape scene, and this painting joins the number of classical rape paintings that adorn the back wall of Norman’s office, all of which signal the history of anti-woman violence, and that this hideous history is being made in the present. David Greven
We know from the subsequent actions that his vision has excited not only his lust but also his guilt and impulse toward punishment, triggering the murder of Marion, punishing her for a sexual titillation entirely due to Norman’s own voyeurism (like the plot of the Elders against Susanna). Thus guilt and violence of the sort depicted in the painting serve as a screen to block and transform the image of desire, a visual filter that darkens and perverts the sexual impulse. Gunning
In the original 1960 trailer for Psycho, Alfred Hitchcock notifies us that the parlor of the Bates Motel was Norman Bates’ (Anthony Perkins) « favorite spot, » then suggests that we visit the parlor with him. Once there, he points to a painting on the wall and says « This picture has great significance, because… » before lowering his eyes and changing the subject, leaving his audience to wonder what, if any, the great significance may be. The image is a copy of the 1731 painting Susanna and the Elders by Willem van Mieris (…), and the placement of the object itself is significant to the narrative of Psycho since it covers the hole through which Norman spies on Marion Crane (Janet Leigh). At the same time, the story of Susanna and its depictions in art have intertextual ramifications that extend in many directions, connecting this painting, and the other paintings in the parlor, with the characters and events in the film. For centuries, paintings of Susanna and the Elders have subtly played on the sympathies of viewers, inducing them to identify both with Susanna and with the Elders. By placing this painting so prominently in this scene, Psycho picks up this complicated identification of the spectator as it manipulates its own audience into identifying with both Norman and Marion. In the paintings and in the film, viewers find themselves identifying with both victim and perpetrator in acts of gendered violence.  (…) Thwarted rape is, in fact, the central event of the Susanna story, though it has often been euphemized as an « attempted seduction, » and many painters preferred to depict a moment of voyeurism rather than a physical attack. (…) The numerous versions of Susanna painted in Europe in the sixteenth and seventeenth centuries can be divided into two basic categories: those in which the elders spy on Susanna as she is unaware of their presence, and those that depict some moment after the elders have approached her. Those in the latter category can then be arranged along a scale of degrees of violence: there are many in which the elders are merely talking to Susanna as she listens, others in which they are rushing toward her and reaching out for her, and still others in which they are grabbing at her, pulling away her clothing and assaulting her quite forcefully. The Susanna painting on Norman’s wall would occupy a position toward the more violent end of this spectrum, serving as a subtle warning to the audience that Norman’s voyeurism will have a violent end (…) The violence in Norman’s Susanna prefigures his impending violence against Marion, while Susanna’s nudity prefigures Marion’s own. (…) The paintings in the parlor scene in Psycho reconnect Venus and Susanna, positioning Marion Crane as the third vertex in a triangle. Like Venus, Marion holds her arm diagonally across her chest; like Susanna, Marion is spied on and then attacked as she washes herself. Like both, she is desirable, which the psychiatrist at the end gives as the explanation for the crime perpetrated against her. In European paintings of the early modern period, both Venus and Susanna are almost always depicted as blondes, which underlines their visual symmetry to Marion and many other Hitchcock heroines/victims. (…) The Bible is ambiguous as to whether or not there was any physical contact between the elders and Susanna before she cried for help, thwarting any attempt they may have made to rape her by force rather than by coercion. There is no ambiguity, however, about the fact that they carry out the threat they made to her, accusing her of adultery and testifying to it at her trial, willing to see her executed for this imaginary crime once she had spurned their advances. Marion has refused Norman’s request that she remain in the parlor « just a little while longer, just for talk, » and a moment later he spies on her and then, like the elders, unleashes violence against her. Psycho echoes both the voyeurism and the misogynistic violence referred to in the Susanna story, but Norman’s use of it as the screen that hides his peephole makes the voyeurism connection especially sly, as Tom Gunning points out: « The congruence between the painting’s subject and the use Norman Bates puts it is so exact that it strikes one as a Hitchcockian joke » (…) The Bible plainly states that Susanna’s beauty is the cause of the elders’ crime: « Every day the two elders used to see her, going in and walking about, and they began to lust for her. They suppressed their consciences and turned away their eyes from looking to Heaven or remembering their duty to administer justice » (…). This scene in Psycho tells a similar story, using the Susanna painting as a metonymy: Marion is beautiful, Norman wishes to see more of her, so he peers illicitly through the wall; as a result, he is so inflamed with desire that he acts recklessly and violently against the woman he desires. As Gunning observes, the art serves both to hide the act of voyeurism and to twist it into something more sinister. That a work of art could inspire and motivate a man’s desire is an idea with a long history. Lynda Nead summarizes several accounts of men lusting after art: There are a number of myths, which are frequently recirculated, concerning the stimulating effects on male viewers of nude female statues and paintings. In his Natural History Pliny describes an assault on Praxiteles’ statue of Aphrodite of Cnidos. It seems that a young man had become so infatuated with the statue that he hid himself one night in the shrine and masturbated on the statue…In another permutation of this fantasy of male arousal there is the case from sixteenth-century Italy, of Aretino, who so admired the exceptional realism of a painted nude Venus by Sansorino that he claimed « it will fill the thoughts of all who look at it with lust. » Over two centuries later, there is the example of the bibliophile Henry George Quin, who crept into the Uffizi in Florence when no one was there, in order to admire the Medici Venus and who confessed to having « fervently kissed several parts of her divine body. » (…) as the Susanna paintings in the parlor have warned us, the prying eyes of men will seek out beautiful women wherever they go — they do not really have any safe and private spaces. Hitchcock pulls the entire audience into this sense of insecurity, thrusting them into a vulnerability parallel to Marion’s at the same moment that he leaves them no choice but to now identify with Norman. (…) In the novel by Robert Bloch on which Psycho is based, the character of Marion is named Mary, and her death happens in one sentence. Toles examines how Hitchcock’s film adaptation gives this event center stage: « Is Marion’s shabby, useless death a proper occasion for a virtuoso set piece? Surely an abbreviated, less conspicuously artful presentation would honor the victim more, if the meaning(in human terms) of what transpired figured at all in the artist’s calculations » (128). Even if Psycho has no moral as such, a young woman’s sudden death still means something, and the film distracts us from this by showing us a dazzling work of art. (…) In a similar way, Tintoretto’s breathtaking Susanna draws us in with its luminosity and makes us forget what the story was about. As Garrard observes: « Even when a painter attempted to convey some rhetorical distress on Susanna’s part… he was apt to offset it with a graceful pose whose chief effect was the display of a beautiful nude » (…). Garrard argues that the pleasure agenda of the male artists and their male patrons overwhelmed the meaning of the Susanna story, and the female painter Artemisia Gentileschi was the only one to identify with Susanna rather than the elders. (…) Much as Hitchcock elected to cast the charming, handsome young Perkins as Norman, Renaissance painters tended to paint the elders as venerable old men, who seem fairly respectable even as they perpetrate their crime against Susanna. Tintoretto’s elders bear a strong resemblance to St. Peter and other esteemed older religious figures who appear in his other canvases. Just as the viewer’s shared voyeurism with them made the painting more alluring and the elders more relatable, the elders’ appearance as nice, grandfatherly figures makes it difficult to judge them too harshly. In van Mieris’ painting, the elders are temporarily disfigured by wanton expressions, and their postures are more openly transgressive than they are in many other Susanna canvases. But the painting’s presence in the film carries with it all of the cultural freight of its history, and these ramifications remain on the screen as a result. The audience’s identification with Norman parallels the earlier identification viewers had with the Elders. Even if the viewer’s sympathies are split between the male violator and the female victim, these two stories form a part of the larger tradition of the perpetrators of violence against women being seen as somewhat sympathetic. (…)  Whether or not the full cultural impact of the Susanna story was familiar to the audience or the filmmakers of Psycho, it makes the film that much richer and more complex. As Wood writes: « [Hitchcock] himself — if his interviews are to be trusted — has not really faced up to what he was doing when he made the film. This, needless to say, must not affect one’s estimate of the film itself…Hitchcock (again, if his interviews are to be trusted) is a much greater artist than he knows » (…). Again, Hitchcock cast Anthony Perkins to make it that much easier — and more perilous — for the viewer to sympathize with Norman, as well as with Marion. This dual identification with both the victim and the perpetrator is emphasized by the Susanna paintings, linking Norman to the elders, which in turn links him to an expansive artistic and literary tradition that extends across many centuries and cultures. Hitchcock may not have known the full extent of the multilayered connections he was making by including these images, yet they hang on the walls of the Bates Motel, indicating that Norman’s crime is a new manifestation of a much older story. Katrina Powers

Attention: une histoire peut en cacher une autre !

A l’heure où entre libération salutaire de la parole et risque de basculement dans la vengeance purificatrice et souvent sélective

L’actualité des dernières semaines nous fait (re)découvrir révélation après révélation …

Le secret de polichinelle du sexisme de cette industrie incroyable où les entretiens d’embauche peuvent se faire après les heures de bureau et dans les chambres d’hôtel …

Mais en fait loupe grossissante de tous ces lieux où s’accumulent des pouvoirs désormais mondialisés …

Pendant que nos gouvernants et leurs amis prônant alors la pédophilie n’ont rien d’autre à faire que de nous préparer une énième commémoration d’un mai 68 dont c’est en bonne partie l’héritage …

Comment – hasard du calendrier ? – ne pas être surpris …

Par cet incroyable panagérique – un documentaire de 90 mn sur Arte hier soir – à la gloire de la fameuse scène de la douche de l’oeuvre maitressse d’Alfred Hitchcock …

Qui à l’aide de fascinantes interviews de réalisateurs et techniciens dissèque une scène qui prit 78 plans et 52 plans de coupe d’où le titre du film – et une semaine à réaliser …

Mais fait quasiment l’impasse sur la réputation sulfureuse du maitre du suspense …

Et notamment sa tumultueuse relation pourtant explicitement rappelée par un téléfilm de HBO il y a cinq ans …

Evec une Tippi Hedren dont il était obsédé et dont suite au refus de ses avances il ruinera la carrière ?

Et comment ne pas y voir …

Entre l’ancienne playmate et doublure de la scène en question qui raconte tranquillement comment pour obtenir le poste elle a dû se déshabiller devant Hitchcock et ses collaborateurs …

Le célèbre réalisateur et historien du cinéma Peter Boganovitch qui dit s’être senti violer à la première projection mais se félicite d’un « cinéma tueur de femmes » …

Ou le romancier Bret Easton Ellis qui y salue l’accession du meurtre au statut de spectacle respectable …

Et la cinéaste qui y voit « la première et la plus pure expression moderne du corps féminin agressé » …

Et avant la scène dite « culte » où la promesse affriolante d’une douche purificatrice suite à sa décision de rendre l’argent volé …

Se transforme sous nos yeux à la fois terrifiés et titillés face à la vulnérabilité totale de sa nudité …

En la plus terrifiante des punitions pour une femme doublement voleuse (d’argent et de mari) …

La « manifestation nouvelle », comme le rappelle l’universitaire américaine Katrina Power, « d’une histoire bien plus ancienne » …

A savoir derrière la référence qui y est faite (y compris explicitement par Hitchcock lui-même dans l’une des bandes-annonces) à l’un des tableaux qui décore le salon du héros criminel …

Celle de l’épisode biblique (mais non retenu par la tradition hébraïque ou protestante) de Suzanne et de ses vieillards concupiscents prêts pour avoir refusé leurs avances à la faire condamner à mort …

Qui, après des générations entières de peintres et à l’instar d’Hitchcock et de son héros criminel comme de leurs innombrables émules, a servi à dissimuler et justifier tant de voyeurisme et de mysogynie …

Mais cette fois à la dimension proprement exponentielle et planétaire de l’accumulation de pouvoir et de capital que permettent désormais la mondialisation et le dispositif tant filmique que médiatique …

(ce n’est plus avec le juge du coin mais avec potentiellement la planète entière des spectateurs que nos hypermimétiques Bill Gates du sexe peuvent désormais ravir leurs femmes-trophées)

Exception faite toutefois de l’oeuvre de la seule femme à avoir peint la scène …

A savoir la célèbre peintre caravagiste et première peintre femme à part entière Artemisia Gentileschi

Qui, dès 1610 et à dix-sept ans à peine mais apparemment déjà consciente de l’expérience qui allait plus tard être la sienne d’un viol (par un ami de son père) et d’un procès humiliant, en tira sa première et magistrale oeuvre…

Et  contre les facilités lascives des autres peintres fut la seule à avoir saisi et représenté …

Harcèlement, violence, lâcheté et loi du silence compris, toute la vérité proprement criminelle de cette tentative de viol ?

Marion, Venus, and Susanna in the Mirror:
The Paintings in the Parlor of The Bates Motel

Americana: The Journal of American Popular Culture (1900-present), Fall 2016, Volume 15, Issue 2
Katrina Powers
University of Chicago

In the original 1960 trailer for Psycho, Alfred Hitchcock notifies us that the parlor of the Bates Motel was Norman Bates’ (Anthony Perkins) « favorite spot, » then suggests that we visit the parlor with him. Once there, he points to a painting on the wall and says « This picture has great significance, because… » before lowering his eyes and changing the subject, leaving his audience to wonder what, if any, the great significance may be. The image is a copy of the 1731 painting Susanna and the Elders by Willem van Mieris (see Figure 1), and the placement of the object itself is significant to the narrative of Psycho since it covers the hole through which Norman spies on Marion Crane (Janet Leigh). At the same time, the story of Susanna and its depictions in art have intertextual ramifications that extend in many directions, connecting this painting, and the other paintings in the parlor, with the characters and events in the film. For centuries, paintings of Susanna and the Elders have subtly played on the sympathies of viewers, inducing them to identify both with Susanna and with the Elders. By placing this painting so prominently in this scene, Psychopicks up this complicated identification of the spectator as it manipulates its own audience into identifying with both Norman and Marion. In the paintings and in the film, viewers find themselves identifying with both victim and perpetrator in acts of gendered violence.

After Marion arrives at the Bates Motel, Norman brings her some sandwiches and milk then invites her into the parlor behind the motel’s office. Norman steps into the dimly lit parlor carrying the tray, which he sets down before switching on a lamp. In the doorway, Marion casts mildly surprised glances at the stuffed birds mounted high on the walls. The paintings in the parlor do not capture her or the camera’s prolonged attention, but they remain in the background in this scene and others. While Norman and Marion are talking, the camera cuts from him to her and back, never showing both of them in the same frame. Behind Norman, we see an owl perched menacingly in the corner. Beneath the owl and somewhat overshadowed by it hangs a small framed painting, which we never see close up and which has received much less critical attention than the Susanna painting has (see Figure 1). William Rothman does not attempt to identify this painting, but observes that « the nude in the painting on the wall is Marion’s stand-in in this frame [which] will be confirmed when Marion strikes that figure’s exact pose » (283). After she has finished eating, Marion holds her left arm diagonally across her chest, as we can see the woman in the painting is doing. While Rothman notes this figure’s pose but does not offer any interpretation of it, Neil Hurley sees the woman’s crossed arm as a pudicagesture: « On the wall is a picture of a nude woman modestly wrapping her arms around her body in a protective gesture; Marion is seen with one arm similarly gripping her other arm in a subconscious posture of self-defense » (240). Marion may be feeling defensive, but the woman in the picture is making this gesture for other reasons.

The picture behind Norman, next to the Susanna, is a copy of Titian’s Venus with aMirror, now in the National Gallery in Washington, D.C. (see Figure 2). In Titian’s painting, Cupid holds up a mirror as Venus poses, smiling with satisfaction at her reflection. Another Cupid figure reaches out to Venus from behind the mirror to lay a crown of flowers on her head. Venus is wrapped in a sumptuous red velvet cape bordered with fur and extravagant gold and silver embroidery, which covers the lower half of her body but appears to have fallen off of her right shoulder, leaving her torso bare. She holds her left hand up to her chest, perhaps to admire the gold bracelet and ring that adorn it, and check to see how well they go with her pearl earrings and the gold and pearl decorations she wears in her blonde hair. Venus’s crossed arm is neither shielding her nudity nor defending her, but is striking perhaps one of many poses as she contemplates her own loveliness. Her posture is reminiscent of the Medici Venus and the Capitoline Venus, both copies of Praxiteles’ ancient Venus Pudica statue, in which Venus uses her hands to cover her nudity from the eyes of an unknown observer. Thus the painting not only connects Marion to an idealized vision of feminine beauty, but also alludes to the relationship between Venus and Cupid, an ambiguously sexual mother-son relationship parallel to the one Norman is describing to a disquieted Marion. Later, we will see a small statue of cupid in the foyer of the Bates house.

When the parlor conversation begins, we see Norman from the front, more or less from Marion’s point of view. After Norman has finished his speech about private traps, Marion glances toward the house — in the direction of the Venus, but without seeming to see it — and says: « If anyone ever talked to me the way I heard… » For the first time, we see Norman in profile as he listens. He is leaning forward, blocking the Susanna with his torso, so that we can only see the Venus in front of him as he expresses his frustration with his mother. He says he would like to leave her forever, or at least defy her, then pauses and leans back, revealing the Susanna behind him. « But I know I can’t, » he concludes. Marion asks him why he doesn’t go away, and he inquires whether he should seek a private island, like her. « No, » Marion replies, setting down her sandwich and folding her left arm across her chest, « Not like me. »

Even as the audience reflects on Marion’s secret, her journey, and her possible repentance, Norman sees her as a reflection of the ideal of feminine beauty that hangs on his wall. George Toles has commented on  « the omnipresence of mirrors and reflections in Psycho. Beginning with Marion’s decision to steal forty thousand dollars, which she arrives at while looking at herself in the mirror, almost every interior scene prominently features a mirror that doubles as a character’s image, but that no one turns to face » (134). In the painting, Venus is looking at herself in a mirror. As Norman looks at Marion, he sees his images of Venus and Susanna reflected in her, or projected onto her.  Norman has been looking at these paintings for years, during the solitary hours he has presumably spent in the parlor, arranging his stuffed birds and peeping on previous guests. As Hitchcock told us in the trailer, it is his favorite spot. He’s not looking at the painting of Venus in this shot, but he is looking at Marion, casting his gaze — freighted with the remembered image of this painting — in her direction. Perhaps unconsciously reacting to his gaze, heavy with the reflections of these symbolic images, Marion crosses her arms, hugging herself protectively. Later, in the shower, she will strike a pudica pose reminiscent of many Venuses and Susannas as she folds her left arm across her chest, trying to shield herself from her attacker and also, conveniently, shielding her breasts from the viewer.

Titian’s image of Venus is reflected again in the painting hanging on the wall next to it, which the viewer of the film sees only when Norman leans back with his resigned, « But I can’t. » This painting depicts the story of Susanna and the Elders, as many critics have concurred. The story of Susanna, found in Chapter 13 of the Book of Daniel in the Catholic Bible and as Susanna in the Apocrypha, tells of a beautiful, married woman who was in the habit of walking in her garden, as two elders of the community would watch her in secret. One hot day, she decided to take a bath, and sent her maids inside to get oil and ointment. Seeing that she was alone, the two elders came out of their hiding places and threatened to blackmail her if she did not give in to their sexual demands. Susanna cried out for help, and her servants came running, only to hear the elders claim that they had caught her committing adultery with a young man, who had escaped. Susanna was convicted of this crime and sentenced to death by stoning, but young Daniel stood up at her trial and proved that the elders were lying. Her death sentence was then transferred to them.

Many scholars of Psycho have pointed out some of the important allusions that the painting makes. Donald Spoto, for example, underlines the connection between voyeurism, desire, and violence in both the painting and the film: « And so that we have no doubt about his intention, Hitchcock makes everything clear: Norman removes from the wall a replica of ‘Susanna and the Elders’…Norman, in other words, removes the artifact of deadly voyeurism and replaces it with the act itself. So much for ‘mere’ spying » (322). That this « artifact of deadly voyeurism » has been hanging in the parlor of the Bates Motel for some time suggests that it indicates some predisposition in Norman, as the uninitiated viewer will not fully understand until the end of the film. But there are further connections, as Erik Lunde and Douglas Noverr observe: « Indeed, a close reading of the Biblical story from the thirteenth chapter of the Book of Daniel reveals several themes elucidated in Psycho: voyeurism, wrongful accusation, corrupted innocence, power misused, secrets, lust and death » (101). Citing this passage from Lunde and Noverr, Michael Walker argues: « I would focus, rather, on the significance of the painting for Norman. The voyeurism theme is certainly relevant, but in the original story Susanna resists their sexual assault…it would be more accurate to describe the painting as depicting a rape fantasy, a fantasy which is unfulfilled; hence its particular relevance for Norman » (327). Thwarted rape is, in fact, the central event of the Susanna story, though it has often been euphemized as an « attempted seduction, » and many painters preferred to depict a moment of voyeurism rather than a physical attack.

In the Bible, the elders try to extort sex from Susanna by threatening a false accusation that will lead to death for her and dishonor for her family. Therefore, as Jennifer Glancy has shown, « their very real threat of force defines their action as attempted rape, not attempted seduction » (289). The Bible does not mention any physical contact taking place between the elders and Susanna. This part of the story states the following: « When the maids had gone out, the two elders got up and ran to her. They said, ‘Look, the garden doors are shut, and no one can see us. We are burning with desire for you; so give us your consent, and lie with us' » (Susanna 19-21). The passage only gives the words spoken between the elders and Susanna, so it is left to the reader to imagine whether or not some degree of contact occurred at the same time.

The numerous versions of Susanna painted in Europe in the sixteenth and seventeenth centuries can be divided into two basic categories: those in which the elders spy on Susanna as she is unaware of their presence, and those that depict some moment after the elders have approached her. Those in the latter category can then be arranged along a scale of degrees of violence: there are many in which the elders are merely talking to Susanna as she listens, others in which they are rushing toward her and reaching out for her, and still others in which they are grabbing at her, pulling away her clothing and assaulting her quite forcefully. The Susanna painting on Norman’s wall would occupy a position toward the more violent end of this spectrum, serving as a subtle warning to the audience that Norman’s voyeurism will have a violent end (see Figure 3).

Italian Renaissance paintings of the story tend to be tranquil and pastoral, often showing the elders spying on an oblivious Susanna. As the Baroque style became widespread in the seventeenth century, the theme of Susanna and the Elders remained popular but took a turn toward the dramatic and tenebrist, with wild elders emerging from deep shadows to grapple with a Susanna who struggles against them, her body and garments twisting attractively as they do in the version on Norman Bates’s wall. Roland-François Lack identified this Susanna as a 1731 canvas by Willem van Mieris, formerly housed in a museum in Perpignan but stolen in 1972 (n.p.).

The violence in Norman’s Susanna prefigures his impending violence against Marion, while Susanna’s nudity prefigures Marion’s own. However, the Bible indicates that the elders approached Susanna as soon as she had announced her intentions to take a bath to her two maids, and thus would not have had time to disrobe or actually begin bathing. Of course, the mere mention of a bath opened a window of opportunity that Renaissance artists would exploit as fully as possible, or as Tom Gunning puts it, « the theme also provided a religious alibi for painting the nude in the sixteenth through eighteenth centuries » (28). Ellen Spolsky concludes that the bath never happens in the Bible, but that it is « the painterly parallel of Susanna’s own desire to bathe in the heat of the day, and the Elders’ wish-fulfillment slander. The story spoke clearly to them [i.e. the painters] of the enjoyment of a woman’s body, of the lust of the eyes, and they represented it as they saw it in the mind’s eye » (115). The idea that Susanna actually took a bath and that the elders spied on her as she was bathing has become the version of the story most people know, or what Alice Bach terms the doxa. As Bach explains: « By doxa I mean one’s idea of a narrative plot point or character or place from some remembered version of it, such as thinking that Delilah cut off Samson’s hair…Often the doxic version becomes cultural baggage for the reader, setting up assumptions that blind one to what appears in the actual text » (4). The doxic version of the Susanna story is the one depicted in many paintings, that she was nude and in the bath as the elders spied on her or approached her.

While the Biblical text does not clearly justify painting a nude Susanna, the early modern art market did. Mary Garrard explains a further dimension of appeal that the story offered:

Few artistic themes have offered so satisfying an opportunity for legitimized voyeurism as Susanna and the Elders. The subject was taken up with relish by artists from the sixteenth through the eighteenth centuries as an opportunity to display the female nude…with the added advantage that the nude’s erotic appeal could be heightened by the presence of two lecherous old men, whose inclusion was both iconographically justified and pornographically effective. (149-150)
Many popular paintings depict Susanna as bathing in a lush garden while the elders are hidden among the foliage, creating a tranquil, pastoral scene in which the viewer of the painting may identify with the elders and their desire to sneak a peek at the lovely Susanna. An especially famous version of the scene by Tintoretto, now in Vienna, is emblematic of these erotically charged Renaissance Susannas (see Figure 4). Garrard notes that « Tintoretto…offers a representative depiction of the theme in his emphasis upon Susanna’s voluptuous body and upon the Elders’ ingenuity in getting a closer look at it » (150). The notion that the (presumed heterosexual male) viewer of the paintings is expected to see himself in the elders and thus feel some kind of empathy for them, although they are the villains of the story, is one that will resonate especially deeply in Psycho.

In Tintoretto’s image, Susanna sits poolside, one leg languorously dangling in the water as she smiles into a mirror. She is surrounded by jewelry, combs, perfume, and luxurious fabrics, and her blonde hair is pulled into an ornate, pearl-festooned arrangement. Spolsky points out the significance of these items: « In the paintings by Tintoretto…for example, the presence of conventional references to Venus (mirrors, jewels, peacocks, cupids), suggests that the beauty of the woman be read as mitigation of the Elders’ crime » (102). Tintoretto’s Vienna Susanna bears an especially strong resemblance to Venus in the Venus with a Mirror painted by Tintoretto’s fellow Venetian, Titian, a copy of which hangs adjacent to Norman’s Susanna. Indeed, in Tintoretto’s painting, Susanna’s mirror is propped against the hedge that one of the elders is hiding behind. As he pokes his head surreptitiously around the corner, he echoes the figure of Cupid in Titian’s painting, holding the mirror up so Venus can admire herself.

As mentioned, many painted Susannas of the sixteenth and seventeenth centuries seek to delight the heterosexual male viewer by inviting him to see himself in the elders’ position as voyeur, simultaneously making this intrusion seem less heinous by presenting Susanna as passive, or even willing. Giving attributes and postures of Venus to Susanna enhances this effect. Garrard observes that Rembrandt’s 1647 version of the story, in Berlin, is more sympathetic to Susanna’s plight, « Yet even Rembrandt implants in the pose of Susanna, whose arms reach to cover her breasts and genitals, the memory of the Medici Venus, a classical model that was virtually synonymous with female sexuality » (153). If Susanna is « virtually synonymous with female sexuality, » then how can anyone expect the elders not to spy on her? The paintings in the parlor scene in Psycho reconnect Venus and Susanna, positioning Marion Crane as the third vertex in a triangle. Like Venus, Marion holds her arm diagonally across her chest; like Susanna, Marion is spied on and then attacked as she washes herself. Like both, she is desirable, which the psychiatrist at the end gives as the explanation for the crime perpetrated against her. In European paintings of the early modern period, both Venus and Susanna are almost always depicted as blondes, which underlines their visual symmetry to Marion and many other Hitchcock heroines/victims.

The connection between Venus and Susanna is reinforced by the doubling of these two figures in two other paintings in the parlor. There appears to be a second Susanna hanging on the parlor wall opposite the Venus with a Mirror and the van Mieris Susanna. I have not been able to identify this extremely tenebrist version, though it bears a resemblance to Susannas by Anthony van Dyck and Mattia Preti. We first see this painting after Marion leaves, when Norman goes to the office to check the alias with which she signed the register, then steps back into the parlor (see Figure 5). We see the second Venus only when Arbogast (Martin Balsam) briefly inspects the parlor alone: it hangs next to the door that leads to the office (see Figure 6). This painting is only seen fleetingly, but the composition evokes the central part of Botticelli’s Primavera, depicting Venus and the Three Graces. Interestingly, this painting remains the only one we ever see in the frame with Arbogast; the private detective is not subjected to a visual association with the elders, as Norman repeatedly is.

While Norman and Marion are talking, we first see Norman in profile as he leans forward in his chair, and we see only Venus. When he leans back, revealing the Susanna image, this action suggests a progression from the Venus (serene, static, admiring herself in the mirror) and the Susanna (turbulently assaulted, still able to assume an attractive contrapposto in her distress). Female beauty can exist at peace so long as it remains unseen by unpredictable masculine energies, but once that happens, violence seems to be a natural part of the sequence. Raymond Durgnat cites Hitchcock as having a similar attitude toward the disruptive powers of feminine beauty: « As Hitchcock once said, ‘A beautiful woman is a force for evil.’ She may not be evil in herself, but male sexual desire is, and she can’t help provoking it. She’s the innocent cause of evil in others » (80). At the end of the film, the psychiatrist says, « He killed her because he desired her. » This connection between feminine beauty and male violence against it underlies the entire tradition of Susanna paintings.

When Norman first enters the parlor, however, the camera follows him as he crosses in front of the Susanna first, then bends down to set down his tray and turn on the lamp. As he bends, the Venus becomes visible behind him. He first goes quickly from Susanna to Venus, but then we see the paintings in the reverse order, more slowly, as he is sitting and conversing with Marion. After she retires for the night, the camera focuses on the Susanna for one moment, before Norman removes it to watch Marion undressing. As David Greven observes:

The story is overdetermined as a Hitchcock motif, containing, as it does, so many of his signature themes. There is a long tradition in Western visual art of reading this biblical narrative as a rape scene, and this painting joins the number of classical rape paintings that adorn the back wall of Norman’s office, all of which signal the history of anti-woman violence, and that this hideous history is being made in the present. (97)
The Bible is ambiguous as to whether or not there was any physical contact between the elders and Susanna before she cried for help, thwarting any attempt they may have made to rape her by force rather than by coercion. There is no ambiguity, however, about the fact that they carry out the threat they made to her, accusing her of adultery and testifying to it at her trial, willing to see her executed for this imaginary crime once she had spurned their advances. Marion has refused Norman’s request that she remain in the parlor « just a little while longer, just for talk, » and a moment later he spies on her and then, like the elders, unleashes violence against her.

Psycho echoes both the voyeurism and the misogynistic violence referred to in the Susanna story, but Norman’s use of it as the screen that hides his peephole makes the voyeurism connection especially sly, as Tom Gunning points out: « The congruence between the painting’s subject and the use Norman Bates puts it is so exact that it strikes one as a Hitchcockian joke » (28). Joseph Stefano’s screenplay calls for the parlor to be decorated with « paintings…nudes, primarily, and many with a vaguely religious overtone » (n.p.), but does not specify Susanna. When Norman removes a picture from the wall, the screenplay only says « a picture » (n.p.). Art director Robert Clatworthy recalled that Hitchcock was « far more finicky about odd unsettling details of decor — such as the kitschy sculpture of hands folded in prayer in Mother’s room — than with the structures themselves. Crucial for Hitchcock, too, were the sets for Norman’s parlor behind the motel office, the bathroom, and Mother’s room » (Rebello 95). It seems likely, then, that the inclusion of only images of Susanna and Venus — doubled ones at that, echoing the many other doubles in the film — rather than any other vaguely religious nudes that might have been chosen was indeed Hitchcock’s joke, and not anyone else’s.

Gunning analyzes the relationship between Norman’s voyeurism and his violence against Marion:

We know from the subsequent actions that his vision has excited not only his lust but also his guilt and impulse toward punishment, triggering the murder of Marion, punishing her for a sexual titillation entirely due to Norman’s own voyeurism (like the plot of the Elders against Susanna). Thus guilt and violence of the sort depicted in the painting serve as a screen to block and transform the image of desire, a visual filter that darkens and perverts the sexual impulse. (29-30)
The Bible plainly states that Susanna’s beauty is the cause of the elders’ crime: « Every day the two elders used to see her, going in and walking about, and they began to lust for her. They suppressed their consciences and turned away their eyes from looking to Heaven or remembering their duty to administer justice » (Susanna 8-9). This scene in Psycho tells a similar story, using the Susanna painting as a metonymy: Marion is beautiful, Norman wishes to see more of her, so he peers illicitly through the wall; as a result, he is so inflamed with desire that he acts recklessly and violently against the woman he desires. As Gunning observes, the art serves both to hide the act of voyeurism and to twist it into something more sinister.

That a work of art could inspire and motivate a man’s desire is an idea with a long history. Lynda Nead summarizes several accounts of men lusting after art:

There are a number of myths, which are frequently recirculated, concerning the stimulating effects on male viewers of nude female statues and paintings. In his Natural History Pliny describes an assault on Praxiteles’ statue of Aphrodite of Cnidos. It seems that a young man had become so infatuated with the statue that he hid himself one night in the shrine and masturbated on the statue…In another permutation of this fantasy of male arousal there is the case from sixteenth-century Italy, of Aretino, who so admired the exceptional realism of a painted nude Venus by Sansorino that he claimed « it will fill the thoughts of all who look at it with lust. » Over two centuries later, there is the example of the bibliophile Henry George Quin, who crept into the Uffizi in Florence when no one was there, in order to admire the Medici Venus and who confessed to having « fervently kissed several parts of her divine body. » (87)
As Nead observes, in the Pliny and Quin examples, the covert aspect of the man’s access to the art enhances his excitement: « The excitement is produced, partly at least, by the transgression of and deviation from norms of public viewing and by the relocation of the work of art within the realm of the forbidden » (88). Norman uses his van Mieris Susanna to shield his realm of the forbidden, but also draws strength from it to perform forbidden actions: after he spies on Marion, we see him in profile and can only see the edge of the painting’s frame as he rehangs it on the wall. Then he looks at the image for a moment before glancing ominously toward the house. Norman has transferred his illicit desire for the Venuses and the Susannas onto the real person Marion Crane; the painting has given him courage to peep in the first place, and now the combination of the painting and his real life voyeurism have inspired him to do violence against her.

The trope of a work of art depicting violence against women being seen as an inspirational precedent is quite ancient. In Terence’s comedy The Eunuch, Chaerea disguises himself as a eunuch in order to gain access to prohibited spaces and be close to Pamphila, the girl he desires. Later, he recounts to his friend Antipho how seeing a painting strengthened his resolve to assault the girl:

Presently they made preparations for her bath. I urged them to hurry. While things were being got ready, the girl sat in the room, looking up at a painting; it depicted the story of how Jupiter sent a shower of gold into Danae’s bosom. I began to look at it myself, and the fact that he had played a similar game long ago made me all the more excited: a god had turned himself into human shape, made his way by stealth to another man’s roof, and come through the skylight to play a trick on a woman…Was I, a mere mortal,  not to do the same? I did just that — and gladly. (379-381)
The story Terence evokes is that of Zeus and Danaë, in which the latter’s father locks her in a tower to protect her virginity, but Zeus visits her in the form of a rain of gold. Whether or not Danaë is a willing participant in this union is unclear, though Renaissance paintings tend to depict her as quite receptive to the arrival of the rain. Danaë, Susanna, Bathsheba, Venus, Lucretia, Diana, and Actaeon, along with a few other stories from antiquity, were considered in the Renaissance to offer legitimate pretexts for painting female nudes. In Chaerea’s account, delivered to his friend after the fact, he does not describe the painting, so the audience can only wonder if Danaë showed any resistance in the image. It is clear, however, that Pamphila did resist: a woman in the household later complains that « the villain ripped her whole dress and tore her hair » (387) and « the girl is crying and doesn’t dare say what happened when you ask her » (387). This description reveals that Chaerea has perpetrated a violent rape, although by his own account he merely « play[ed] a trick on a woman » (379). The play in general characterizes him as an immature rascal who learns responsibility by marrying his victim, rather than as a vicious criminal who merits punishment.

Like Chaerea, Norman’s lust is excited by a painting, and it encourages him in his transgressions. Like Susanna, Danaë, and Pamphila, Marion thinks that she is shielded by the walls of her private space, but a woman’s private space is subject to intrusion by men who see their desire for her as a justification for their invasion of her privacy. Terence’s audience has little chance to identify with Pamphila, who has no lines in the play. In Psycho, at the time that Norman spies on Marion through his Susanna-defended peephole, we have just met him as a character while Marion has been, for forty-five minutes, the heroine of the film.

At the moment of her death, Marion extends a hand in search of support before collapsing in the shower. Toles analyzes the shocking effect on the audience of the loss of her as a main character: « Marion’s gesture to save herself answers our felt need [that she survive], then instantly turns that need against us. Part of Hitchcock’s complex achievement in the film is gradually to deprive us of our sense of what ‘secure space’ looks like or feels like » (120-121). The audience thought that they were safe in identifying with Marion, just as Marion thought she was safe in Cabin One. But as the Susanna paintings in the parlor have warned us, the prying eyes of men will seek out beautiful women wherever they go — they do not really have any safe and private spaces. Hitchcock pulls the entire audience into this sense of insecurity, thrusting them into a vulnerability parallel to Marion’s at the same moment that he leaves them no choice but to now identify with Norman.

This switch of audience identification from Marion to Norman has been much discussed. Robin Wood describes the spectator’s sense of disorientation at the moment of her death: « so engrossed are we in Marion, so secure in her potential salvation, that we can scarcely believe it is happening; when it is over, and she is dead, we are left shocked, with nothing to cling to, the apparent center of the film entirely dissolved » (146). As Philip Skerry points out, throughout the Bates Motel scene, between Marion’s arrival and her murder, the camera gradually switches to Norman’s point of view (173), preparing the audience to identify with him after her abrupt departure from the story.  As Norman spies on Marion getting undressed, Skerry continues, « Hitchcock kindly allows the audience to spy with him » (175). Hitchcock, like the Renaissance painters of Susanna, depicts a scene of voyeurism and invites the viewer to join in, assuming the voyeur’s point of view — and expects viewers to react to this « kindness » with gratitude.

Joseph Smith notes that the peeping scene « serves as an effective link between the two halves of the film…it’s our first opportunity to observe Norman alone, and thus to begin identifying with him. Yet like our identification with Marion, the connection we feel with Norman is troubling. As Norman watches Marion undress, we watch too, and thus we share his guilt » (67). Smith continues, « Hitchcock accentuates the culpability of viewers — or at least of those viewers who are male — by cutting away just as Marion is about to remove her brassiere » (68). The assumption that the heterosexual male viewer sees himself in the voyeur is a central feature of the majority of paintings of Susanna and the Elders, particularly those that depict a voyeuristic scene before the elders approach Susanna. By placing the two Susannas in the parlor, Hitchcock has added a layer of assistance to help his viewer see himself in Norman.

Even in the original Biblical tale of Susanna, as Amy-Jill Levine argues, the text forces readers to identify with the elders. The character of Susanna, she writes, is « compromised by the elders’ desires. For the story to function, their desire must be comprehensible to the reader, and thus Susanna must be a figure of desire to us as well. And once we see her as desirable, we are trapped: either we are guilty of lust, or she is guilty of seduction » (313). This victim-blaming aspect of the original story — that Susanna’s beauty was the cause of her misfortune — was exploited to its fullest potential by painters in the early modern period, luring the viewer of the painter in to the perspective of the elders. Spolsky observes that one of the elders often holds up a shushing finger, « extended toward the viewer, as if to say ‘Don’t disturb her’ — and at the same time, ‘Don’t be so quick to judge us — wouldn’t you also be enchanted by her?' » (102). This same shared culpability is exploited in Norman’s peeping scene in Psycho and implemented to steer the viewer toward identifying with him. Much as Norman sees the elders in his painting as a mirror of himself, the viewers of Psycho now see themselves reflected in Norman.

Hitchcock takes this point to an extreme close-up during the scene in which Norman spies on Marion, just after removing the van Mieris Susanna from the wall. As he peers into Marion’s brightly lit room, a beam of light from the peephole illuminates his face. We see a close-up of his eye from the side, the light shining into it as he watches her. First, we see Marion tossing aside her blouse, standing in the black bra and half-slip we saw her wearing in her room in Phoenix, just after deciding to steal the money. We see her as if through the peephole, but the camera cuts away just as she reaches to remove her bra: now we see only Norman’s eye for a moment, before cutting back to his view as she wraps a robe around herself. Here the film pushes the limits of what can be tolerated by a mainstream audience. Psycho cannot show Marion naked, but it makes clear that Norman has seen her so, and it invites its audience to envy him. Skerry analyzes this important moment:

Norman has seen Marion naked; he has seen what no audience for a commercial film had seen up through 1960. This extraordinary situation of having a character not only see what an audience cannot in the diegesis of the film, but also see what an audience could not in the extra-diegetic world of cinema in general, is unique in Hitchcock’s oeuvre. In this subscene, Norman is the principal viewer, but what he sees cannot be shown to us. (119)
During this scene, the camera cuts back and forth between a Norman’s-eye view of Marion, and views of Norman’s eye itself. This intercutting allows the audience not only to identify with Norman but also to fill in the gap of what he is seeing that cannot be shown. In the Susanna paintings where she is unaware of the elders’ presence, the painters included the elders so that the audience could identify with them and take pleasure in knowing that they were seeing something they were not allowed to see. In Psycho, Norman actually sees what the audience cannot be allowed to see. Instead, we gaze upon his single, fascinated eye for this one moment.

In the scene in which Norman spies on Marion as she undresses, Psycho uses the montage technique to splice out her contextually inevitable nudity, substituting a brief shot of Norman’s eye in such a way that the audience imagines what he sees. In the murder scene, Hitchcock further assaults Hollywood’s Production Code, using montage to suggest images of both violence and nudity without actually showing either. Hitchcock’s masterful use of editing makes this possible, as Skerry observes:

This kind of scene construction and editing [i.e. in which violence is suggested but not shown] had evolved over the years, and directors had utilized these techniques to circumvent the Code by suggesting violence and by transferring the action to the mind of the spectator. Eisenstein had perfected this technique in his theory and practice of montage: shot A + shot B (both on the screen) = shot C (in the mind of the audience). (7)
Sergei Eisenstei’s theorization of montage technique was not concerned with avoiding showing violence. Eisenstein and other early Soviet filmmakers had set out to understand how the art of the cinema worked, and they had reached the conclusion that film editing was the one quality that was unique to cinema. Eisenstein observed that the proponents of montage had « discovered a certain property in the toy [i.e. film editing] which kept them astonished for a number of years. This property consisted in the fact that two pieces of film of any kind, placed together, inevitably combine into a new concept, a new quality, arising out of that juxtaposition » (4, emphasis in original). He gives examples of combinations of words, images, or ideas that create associations or new concepts when they are combined, arguing that this idea is not new in the cinema nor unique to it. For instance, if we see a grave and a woman weeping, we assume that she is the widow of the man buried there (4-5). In montage, Eisenstein continues, « Piece A (derived from the elements of the theme being developed) and piece B (derived from the same source) in juxtaposition give birth to the image in which the thematic matter is most clearly embodied. » Expressed in the imperative, for the sake of stating a more exact working formula, this proposition would read: « Representation A and representation B must be so selected from all the possible features within the theme that is being developed, must be so sought for, that their juxtaposition — that is, the juxtaposition of those very elements and not of alternative ones — shall evoke in the perception and feelings of the spectator the most complete image of the theme itself » (11, emphasis in original).

In Eisenstein’s breakdown of the idea, the « image of the theme itself » or image C, the abstract concept that the filmmaker wishes to get across to his audience, is best created in the mind of the spectator. This way, spectators can tailor their own « image of the theme itself » according to their own perceptions and experiences. In Eisenstein’s famous Odessa steps montage in Battleship Potemkin, the juxtaposition of (A) mercilessly firing troops and (B) suffering people are meant to create an image (C) of the injustices of capitalist imperialism. Shot (C) is the goal of the film, but it does not exist in it anywhere. Rather, viewers construct it in their minds.

In the shower scene in Psycho, Skerry explains that the carefully crafted juxtaposition of very short pieces of film create a terrifying montage: « Hitchcock prided himself on not actually showing the knife stabbing Marion. He claims that the violence occurs inside the viewer’s mind (shot C, in the Eisensteinian sense). He also claims that the nudity is equally suggestive, never explicitly shown » (11). Unlike the class struggle in Battleship Potemkin, the knife entering Marion’s torso is not too abstract to film, as the hundreds of slasher films released since Psycho have demonstrated. The Production Code prohibited it, however, and Hitchcock’s pride in not showing it might stem in part from his use of montage to cleverly sidestep the Code’s restrictions. In his interview with Skerry, screenwriter Joseph Stefano says: « I asked [Hitchcock], ‘How will you get that across? The knife goes like this, and then we cut to a fake wound?’ And he said, ‘Oh no, no. We don’t need any of that. This is a murder that is taking place in the audience’s mind, and it should be just a flash' » (56). In addition to any concerns he may have had about the Code, Hitchcock appears to have also felt pride that, by leaving the stabbing unseen, he was forcing the viewers to create a more terrifying vision in their minds.

Hitchcock’s shower scene went against the precepts of the « Hollywood montage » (Dmytryk 135) that was prevalent in classical studio films. The Hollywood style evolved to favor editing that reduced the story to its essence in a way that flowed smoothly for the viewer. Ken Dancyger explains that early directors « discovered that it isn’t necessary to show everything. Real time can be violated and replaced with dramatic time » (350). Dancyger gives an example of how dramatic time can be employed in a film to avoid wearying the audience with a scene of a character traveling. Instead, she will be shown departing, then « the editor then cuts to a street sign or some other indication of the new location » (359). This type of montage sought to present seamlessly a narrative that allowed the viewer to suppose what happened during unseen intervals. Instead of shot (C) being an abstract or unshowable concept as in the artistic Soviet montage, in the Hollywood montage shot (C) consists of narrative details with which the viewers need not concern themselves. As Skerry tells us: « Hitchcock once said that cinema was life with the boring parts left out » (143). The process of splicing together shots filmed at different times and in different places is unique to film, but the idea of streamlining a narrative to boil it down to its most compelling elements is far older than cinema.

As I discussed earlier, the Bible’s description of the story of Susanna does not directly refer to Susanna disrobing or getting into the bath. It merely states that (A) the elders were watching her and that (B) Susanna decided to take a bath. To borrow Eisenstein’s terminology, the juxtaposition of these two details « evoke[d] in the perception and feelings » (11) of many Renaissance painters the alluring image (C) of a seductive, Venuslike Susanna bathing as the elders watched her. While the Biblical story leaves out the details to keep the story moving, in the Hollywood sense of narrative economy, the image of a bathing Susanna is shot (C) in the Eisensteinian sense. Similarly, the violent paintings in which the elders assault her show a scene that is neither described nor contradicted in the Bible; they were assembled in the painters’ minds based on detail (A) the elders went up to her and (B) they demanded that she satisfy their desires. Given these facts, the extrapolation that (C) they ripped off her clothes and physically assaulted her will naturally emerge as the « image of the theme itself » (Eisenstein 11) in the minds of many readers.

These details, so lavishly embellished by so many generations of painters, are missing from the Biblical account in such a way that they are neither explicitly there nor impossible to imagine. They do not appear to be narrative lacunae to the reader of the Book of Daniel or the Apocrypha’s Susanna; the narrative flows smoothly and briskly, squeezing a great deal of drama and tension into a compact tale. A precise description of the movements of Susanna and the elders at every moment would transform this gripping whirlwind into a tedious slog. The story’s original creators eliminated details in the interest of dramatic time — creating a smooth, Hollywood montage of the essentials of the story. But painters reinterpreted the elision of detail — creating a vast lacuna of detail in their minds, inserting a shot (C) that stretched the likelihood of what (A) and (B) appeared to suggest. The universal association born of juxtaposition that Eisenstein described became either a pastoral voyeurism fantasy or a rape fantasy.

In the novel by Robert Bloch on which Psycho is based, the character of Marion is named Mary, and her death happens in one sentence. Toles examines how Hitchcock’s film adaptation gives this event center stage: « Is Marion’s shabby, useless death a proper occasion for a virtuoso set piece? Surely an abbreviated, less conspicuously artful presentation would honor the victim more, if the meaning(in human terms) of what transpired figured at all in the artist’s calculations » (128). Even if Psycho has no moral as such, a young woman’s sudden death still means something, and the film distracts us from this by showing us a dazzling work of art.

In a similar way, Tintoretto’s breathtaking Susanna draws us in with its luminosity and makes us forget what the story was about. As Garrard observes: « Even when a painter attempted to convey some rhetorical distress on Susanna’s part… he was apt to offset it with a graceful pose whose chief effect was the display of a beautiful nude » (150). Garrard argues that the pleasure agenda of the male artists and their male patrons overwhelmed the meaning of the Susanna story, and the female painter Artemisia Gentileschi was the only one to identify with Susanna rather than the elders. In Psycho, the audience has identified with Marion up until she is murdered, but her murder in the center of the film forces them to begin to identify with Norman.

As I discussed above, Psycho’s audience already began to identify with Norman during the voyeurism scene. The success of this is demonstrated by how many male film scholars express envy of Norman’s ability to watch as Marion removes her underwear. After Marion dies, the viewers of the film do not know to whom they should cling. In his interview with Skerry, screenwriter Stefano says: « After the shower scene we’ve lost the person that we were with, that we identified with, that we cared about. Remember, we didn’t want that cop to arrest her. We wanted her to get away with the money. W’’re all such felons at heart » (55). Stefano believes that the audience’s desire to identify with the protagonist is stronger than any desire they are likely to have to identify with justice and the law. Stefano says he told Hitchcock, « At that time [i.e. after Marion’s death], the movie is over unless we get the audience to care about Norman » (55). Several new characters, notably Marion’s sister Lila Crane (Vera Miles), are introduced in the second half of the film, and Marion’s boyfriend Sam Loomis (John Gavin) reappears. Though Sam and Lila could have the potential to become our new protagonists as they investigate Marion’s disappearance, the audience has already latched on to Norman.

Seeking to make the audience care about Norman, Stefano reports that it was his idea to include Norman’s lengthy cleaning up sequence after the murder, recalling times in his childhood when he was forced to clean up after his alcoholic father (55). In Spoto’s account of viewing the film, Stefano’s technique is effective: « Just as we have conflicting feelings about Marion…so we have divided feelings about Norman. He does such a first-rate cleanup of Mother’s messy murder, doesn’t he, and with him we’re ever so relieved when Marion’s car, which was momentarily stuck in the swamp, finally sinks with a septic gurgle » (320). Watching the premiere of the film with his wife, Stefano says that he heard the audience gasp when Marion’s car stopped sinking. He turned to his wife and whispered: « You know, I got them! They love Norman now. They don’t care if he buries her in a swamp » (63).

At this point, as far as the viewer knows, poor Norman is concealing the crime perpetrated by his « ill » but « harmless » mother. Norman’s efforts to protect his mother, Wood writes, make it easier for the viewers to shift their identification to him: « Norman is an intensely sympathetic character, sensitive, vulnerable, trapped by his devotion to his mother — a devotion, a self-sacrifice, which our society tends to regard as highly laudable…He is a likable human being in an intolerable situation » (146). While the viewer may have disapproved of Norman’s peeping and wished he had respected Marion’s privacy, this infraction is not enough to erase all of the sympathy we feel for his helpless sweetness and his efforts to do the best he can with his awful lot in life. He is himself very attractive, to the extent that a viewer who is attracted to men may find their judgment clouded as the narrative continues to unfold. If the heterosexual man can’t blame Norman for being a voyeur, the heterosexual woman really wants him to be as kind and gentle as he seems to be. In any case, we have no choice but to hold on to him, as Skerry explains:

We know from many of Hitchcock’s comments about the film that he enjoyed « tricking » the audience into identifying with Marion so that when she dies, we are left hanging, in a sense… Thus, if we accept the notion of identification, which was first discussed in Aristotle’s Poetics in the analysis of catharsis, then we can conclude that the killing of Marion creates for the viewer what Ortega y Gasset calls « existential shipwreck. » (176)
After a shipwreck, Ortega y Gasset writes, survivors look for something to cling to and will grab at any piece of driftwood they can find (Skerry 176). In Psycho, Skerry continues, this driftwood to which the viewer must cling is « the seemingly innocent, naïve, charming, boyish, and attractive character of Norman. In the cinematic world of the late 1950s, Norman would be the perfect romantic protagonist…It is probably Hitchcock’s greatest casting decision to propose Anthony Perkins for Norman » (176). In Bloch’s novel, Norman is middle-aged, overweight, and an alcoholic. Hitchcock proposed Perkins for the role, baiting the trap into which the viewer falls by making them like this attractive young man who appears to be awkward but perhaps noble. As Hitchcock himself says in the trailer, « This young man — you had to feel sorry for him. » Perkins’s sweet face is hard to resist, especially for first-time viewers who are concerned for him and what his mother appears to be putting him through.

The actor invested careful thought in the role. Stephen Rebello describes how Perkins « developed a powerful affinity not only for the surface behavior of Norman Bates but also for the inner workings. ‘It was my idea to have Norman nervously chewing candy in the film,’ Perkins enthused about the character who was to become a national folk antihero. ‘He would not plot malice against anyone. He has no evil or negative intentions. He has no malice of any kind' » (118-119).

Rebello’s description of Bates as « a national folk antihero » is intriguing. Even among experienced viewers who know who he is, know what he has done, Bates remains a compelling figure. Hitchcock and Perkins so carefully crafted him to be likable that we still like him after we learn the truth, as Smith suggests in his personal anecdote of seeing Psycho III in a theater in 1986: « During the scene in which Norman finally climbs into bed with an attractive woman, one young male viewer called out cheerily, ‘Go for it, Norman!’ That viewers could still feel this way years after knowing the truth about Bates is ample testament to Perkins’s nuanced, sympathetic portrait » (55). Without a doubt, this is true. But it also testament to the dual consciousness produced in the viewer by the original film, evoked by the image of Susanna and the Elders: one feels for poor, innocent Susanna. But one also feels for the elders, whose actions are not quite pardonable, but may be understandable.

Much as Hitchcock elected to cast the charming, handsome young Perkins as Norman, Renaissance painters tended to paint the elders as venerable old men, who seem fairly respectable even as they perpetrate their crime against Susanna. Tintoretto’s elders bear a strong resemblance to St. Peter and other esteemed older religious figures who appear in his other canvases. Just as the viewer’s shared voyeurism with them made the painting more alluring and the elders more relatable, the elders’ appearance as nice, grandfatherly figures makes it difficult to judge them too harshly. In van Mieris’ painting, the elders are temporarily disfigured by wanton expressions, and their postures are more openly transgressive than they are in many other Susanna canvases. But the painting’s presence in the film carries with it all of the cultural freight of its history, and these ramifications remain on the screen as a result. The audience’s identification with Norman parallels the earlier identification viewers had with the Elders. Even if the viewer’s sympathies are split between the male violator and the female victim, these two stories form a part of the larger tradition of the perpetrators of violence against women being seen as somewhat sympathetic.

After Norman peeps on Marion and replaces the van Mieris Susanna on the wall, the audience does not see this painting again. The second Susanna, however, continues to haunt Norman from a distance in later scenes: it is seen through the door when Norman is talking to Arbogast in the office (see Figure 7), and again when he hangs up the phone after talking to Sheriff Chambers (John McIntire) while sitting in the parlor (see Figure 8). In these scenes, it is on the wall opposite the other Susanna, perpendicular to the wall separating the parlor from the office. Near the end of the film, it moves and now hangs next to the door when Sam Loomis confronts Norman in the office (see Figure 9).

Previously, when Arbogast was snooping in the vacant parlor, this same space was occupied by the second Venus; thus, the progression from the ideal of female beauty to the act of violence against it is repeated as the second Susanna takes the place of the second Venus. The second Venus is only seen when Arbogast is in the parlor. Arbogast is never shown in the frame with either of the Susannas; as far as we know, he is not a pervert, and thus he is free from association with the elders. The second Susanna changes position, as though it were insistently inserting itself into the frame with Norman, hounding him, hanging over his shoulder like a guilty conscience.

Like Chaerea in The Eunuch, Norman Bates sees a painting of a woman’s privacy being violated and is inspired to violate a real woman’s privacy. Like the elders, his desire for a woman converts into an act of violence against her. Whether or not the full cultural impact of the Susanna story was familiar to the audience or the filmmakers of Psycho, it makes the film that much richer and more complex. As Wood writes: « [Hitchcock] himself — if his interviews are to be trusted — has not really faced up to what he was doing when he made the film. This, needless to say, must not affect one’s estimate of the film itself…Hitchcock (again, if his interviews are to be trusted) is a much greater artist than he knows » (151). Again, Hitchcock cast Anthony Perkins to make it that much easier — and more perilous — for the viewer to sympathize with Norman, as well as with Marion. This dual identification with both the victim and the perpetrator is emphasized by the Susanna paintings, linking Norman to the elders, which in turn links him to an expansive artistic and literary tradition that extends across many centuries and cultures. Hitchcock may not have known the full extent of the multilayered connections he was making by including these images, yet they hang on the walls of the Bates Motel, indicating that Norman’s crime is a new manifestation of a much older story.

Works Cited

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Walker, Michael. Hitchcock’s Motifs. Amsterdam UP, 2005.

Wood, Robin. Hitchcock’s Films Revisited. Columbia UP, 1989.

Voir aussi:

SUZANNE ET LES VIEILLARDS D’ARTEMISIA GENTILESCHI
delapeinture

avril 23, 2009

1610, coll. Schonborn, Pommersfelden.

Voici une œuvre qui conduit le drame à l’essentiel. Artemisia Gentileschi, au demeurant bien jeune, assimile avec retenue le double héritage des leçons véristes du Caravage et de la peinture claire des Carrache. Rigueur et sobriété, construction et vérité.

Dans ce tableau marqué par une puissante diagonale,  Suzanne occupe les deux-tiers de l’ensemble, laissant aux vieillards le dernier tiers supérieur. Cette division horizontale se double d’une illusion de champ avec le rebord de pierre sur lequel la baigneuse est assise. Celui-ci déborde du simple rôle de repoussoir visant à  accuser la profondeur et structure les principaux plans du récit .La lecture, sans faire l’objet d’anacoluthe,  pourrait ainsi se lire de bas en haut, chacune des séquences correspondant à un tiers de la composition, avec la figure de  Suzanne comme élément central, laquelle opère un raccourci espace-temps.

Première séquence : Suzanne sortant du bain avec  ce mouvement   ascensionnel créé par le chevauchement des jambes et la torsion de l’ensemble du bassin qui valide la lecture d’un épisode autonome. Mais les muscles, tendus par un effort désordonné, trahissent  une vive émotion et le linge blanc qui s’enroule encore mollement  semble  prêt à glisser le long de la cuisse (fig.1).

Seconde séquence : la violente intrusion des vieillards a jeté l’effroi chez Suzanne, effroi qui s’inscrit dans la gestuelle par le biais d’un contrapposto  si brutal  qu’il désarticule le modèle (fig.2).

Cette séquence centrale  constitue bien la quintessence visuelle de l’épisode : loin de l’élégante douceur serpentine de Raphaël, la figure de Suzanne expose son malheureux corps à l’avidité des  regards. De fait,  notre héroïne est une femme désirable avec cette chevelure ondulée et dénouée, ces courbes toutes de rondeurs épanouies  jusqu’à ces plis encadrant l’abdomen qui soulignent la suavité des chairs. Alors que Lorenzo Lotto (1) avait choisi la représentation d’un modèle archaïque (femme au fond peu voluptueuse parce que réduite à la thématique symbolique), et qu’Alessandro Allori nous montrait sans guère de retenue la concrétisation d’évidents fantasme nés du récit (2, fig.3), Gentileschi   associe les données : tout en peignant le traumatisme d’une femme harcelée dans sa féminité, elle assume pleinement  l’érotisme inhérent au personnage. Le mouvement de ses bras indique non seulement  qu’elle a renoncé à préserver ce qui lui reste de pudeur mais aussi qu’elle cherche  à ne pas entendre les chuchotements sinistres de ses agresseurs. Ainsi, toute la partie centrale qui décrit le  corps comme objet de convoitise  nous renvoie à la séquence supérieure qui énonce l’esprit, tourmenté par cette parole annonciatrice de l’acte.

Troisième séquence: le chantage des vieillards  menaçant de faire comparaitre de faux témoins en cas de résistance (fig.4). Sordide complot à l’encontre des plus démunis. C’est ici le temps où la parole  devient ce glaive invisible  qui lui meurtrit le cou au point de faire ployer la tête, et Suzanne, dans sa déchéance, rejoint symétriquement  la figure d’Adam  de la Sixtine. Les mains dessinent un parallélogramme dont le côté supérieur manifeste l’agression et le coté  inférieur  exprime ce mélange de  refus et de défense. Mais il existe une autre figure géométrique et si l’on prête attention à ce quadrilatère élargi par la main gauche du protagoniste qui se penche sur son acolyte, on peut trouver les clefs du drame : en premier lieu, l’expression  de l’acte sexuel avec cette main qui s’emboite à distance avec celle de Suzanne (fig.5 et 6), ensuite le point central constitué par l’index qui de façon péremptoire appelle au silence. Pour accentuer l’idée d’intrusion, Gentileschi prend d’ailleurs soin de placer la tête du comploteur dans la partie supérieure de ce quadrilatère.

Tout entière soumise à la trame du récit, l’économie formelle des moyens se retrouve dans la sobre utilisation des couleurs, porteuses de significations symboliques. Surface dominée par des tonalités froides où   les chairs blêmes, comme surexposées à une lumière trop crue, se détachent sur le fond grisâtre de la pierre, analogie muette de la solitude et de l’épreuve (3). Opposition classique du rouge et du blanc. Et le ciel, d’un bleu délavé, suggère timidement  une  promesse de salut.

Harcèlement, violence, lâcheté, loi du silence : ce sont bien les termes du viol que l’on retrouve ici et ils résonnent avec des accents prémonitoires car, lorsqu’elle peint Suzanne et les vieillards  dans l’atelier romain de son père Orazio,  Artemisia Gentileschi  alors âgée de dix-sept ans, n’a pas encore été la proie des  outrages  d’Agostino Tassi et du lamentable procès qui suivit. Les actes qui nous sont parvenus témoignent de l’humiliante et sordide procédure qui devait prouver son statut de victime. Eternelle histoire  du sexe faible, coupable de l’innocence. Depuis, et c’est justice, cette figure est progressivement devenue une icône de la sensibilité féministe, et certains observateurs n’ont d’ailleurs pas toujours su éviter une lecture trop littérale de son œuvre en mettant en exergue la fréquence du thème vengeur de Judith tranchant la tête d’Holopherne.

Mais je voudrais simplement finir  par un silence, ce vrai silence qui demeure celui de la compassion pour Artemisia et de l’admiration pour cette peinture de  vérité.

Notes

1. 1517, Florence, Offices.
2. 1561, Dijon, Musée Magnin,
3. Les rinceaux qui apparaissent  derrière Suzanne peuvent aussi évoquer la palme des martyrs.

Voir également:

30 octobre 2016

Suzanne et les vieillards, 1610, collection SchönbornPommersfelden

La première œuvre attribuée à Artemisia, qu’elle signe dès l’âge de dix-sept ans (sûrement aidée par son père, déterminé à faire connaître ses dons artistiques précoces), est sa Suzanne et les vieillards, réalisée en 1610, et aujourd’hui conservée dans la collection Schönborn à Pommersfelden. La toile laisse entrevoir comment, sous la conduite paternelle, Artemisia, en plus d’assimiler le réalisme du Caravage, n’est pas indifférente au langage de l’école bolonaise, qui s’inscrit dans le mouvement d’Annibale Carracci.

Elle reprend et modifie plusieurs fois les œuvres de son père, auxquelles elle donne une touche d’une âpreté réaliste que celui-ci n’avait pas. Elle leur confère une atmosphère dramatique, si prisée par les Napolitains, en accentuant le clair-obscur à la manière du Caravage, contribuant ainsi à l’évolution de ce style d’une façon déterminante.

À dix-neuf ans, alors que l’accès à l’enseignement des Beaux-Arts, exclusivement masculin, lui est interdit, son père lui donne un précepteur privé, le peintre Agostino Tassi. Un scandale marque alors sa vie. Artemisia est violée par Tassi employé à cette époque avec Orazio Gentileschi à la réalisation des fresques des voûtes du « pavillon des Roses » dans le palais Pallavicini Rospigliosi de Rome.

Celui-ci promet d’abord de l’épouser pour sauver sa réputation, mais il ne tient pas sa promesse et le père d’Artemisia porte l’affaire devant le tribunal papal. L’instruction, qui dure sept mois, permet de découvrir que Tassi avait formé le projet d’assassiner son épouse, avait commis un inceste avec sa belle-sœur, et voulu voler certaines peintures d’Orazio Gentileschi. Pendant le procès, Artemisia est soumise à un humiliant examen gynécologique et « soumise à la question » pour vérifier la véracité de ses accusations. Elle résiste à la torture et maintient ses accusations. Tassi est condamné à un an de prison et à l’exil des États pontificaux.

Judith décapitant Holopherne, musée Capodimonte, Naples, 1612-14.

Les actes du procès, dont a été conservée l’exhaustivité des documents et témoignages, frappent par la crudité de la relation des faits énoncés par Artemisia et par le caractère inquisitorial des méthodes du tribunal. Leur lecture à la lumière des thèses féministes de la seconde moitié du xxe siècle a eu une grande influence sur l’analyse de la personnalité d’Artemisia Gentileschi.

  • Témoignage d’Artemisia lors du procès, quand bien même cet événement donna lieu à de nombreuses rumeurs1 :

La toile, conservée au musée Galerie des Offices (Galleria degli Uffizi), qui représente Judith décapitant Holopherne (ca.1612-16142), impressionnante par la violence de la scène, a été interprétée comme un désir de revanche par rapport à la violence subie.

Un mois après la conclusion du procès, Orazio arrange pour Artemisia un mariage avec Pietro Antonio Stiattesi, modeste peintre florentin, qui permet à Artemisia, violentée, abusée et dénigrée, de retrouver un statut honorable.

La Vierge à l’Enfant de la Galerie Spada date des débuts romains.

Peu après, le couple s’installe à Florence, où ils ont quatre enfants, dont seule la fille, Prudenzia, vécut suffisamment longtemps pour suivre sa mère lors de son retour à Rome puis à Naples.

Voir de même:

Une peinture au rayon X par Kathleen Gilje

Liminaire

Artemisia Gentileschi est née en 1593. Artemisia Gentileschi est la fille aînée d’Orazio Gentileschi, un des plus grands peintres de la Rome baroque, proche du Caravage. Artemisia Gentileschi a sans doute appris la peinture dès son plus jeune âge dans l’atelier de son père. En 1610, elle a 17 ans, elle signe sa première œuvre autonome, une Suzanne et les vieillards. « Son père l’a sans doute peinte avec elle mais a laissé sa fille signer pour lancer sa carrière », estime Francesco Salinas, co-commissaire de l’exposition Artemisia, 1593-1654, Pouvoir, gloire et passions d’une femme peintre, au Musée Maillol, à Paris en 2012.

Suzanne et les vieillards, peinture d’Artemisia Gentileschi
Artemisia Gentileschi a perdu sa mère jeune. Pour parfaire ses connaissances en perspective, son père engage un ami qui devient son associé, Agostino Tassi. Cet homme séduit la jeune fille puis la viole. Pour continuer à la voir, Agostino Tassi lui promet le mariage. Mais il est déjà marié. Il tente de faire assassiner sa femme mais n’y parvient pas. Le père d’Artemisia porte plainte contre Agostino Tassi plusieurs mois après. À cette époque les filles sont considérées comme « possessions » des pères, c’était donc à lui de porter plainte, puisque c’était lui qui subissait un préjudice. Le procès qui suit a longtemps été plus connu que les œuvres d’Artemisia. Pour prouver l’innocence de la victime la jeune fille est mise au supplice, procédure courante à l’époque. Doigts enserrés dans des entrelacs, torture qui aurait pu être dramatiques et la priver de la pratique de son art. Agostino Tassi est condamné à l’exil des états pontificaux au terme d’un long procès. [1] Ses protecteurs parviennent cependant à révoquer sa sentence et le peintre continuera à commettre vols, fraudes et à séduire d’autres jeunes femmes.

On associe souvent la thématique de l’œuvre d’Artemisia ainsi que son intérêt quasi exclusif pour les figures féminines à son parcours et à sa vie privée. Ce qui explique les nombreuses héroïnes qui peuplent les toiles de la peintre, parmi lesquelles Judith, Cléopâtre, Bethsabée, Suzanne ou bien encore Yaël. Son père lui avait appris les fondements de l’art de Caravage dans lequel elle avait puisé de manière très personnelle, la violence et la cruauté de sa peinture.

Suzanne et les vieillards, peinture d’Artemisia Gentileschi au rayon X
« Le sujet de son premier tableau est tiré de la Bible, Suzanne et les vieillards (1610, Pommersfelden, Schloss Weissenstein). Sa composition triangulaire traduit l’horreur de Suzanne face à la proposition des vieillards lubriques. Malgré la signature bien visible d’Artemisia, certains se sont demandé si une si jeune peintre pouvait réussir à ce point un tableau et l’ont attribué à son père. Peut-être a-t-il conseillé sa fille et ajouté un coup de pinceau ça et là, mais la figure féminine ne ressemble définitivement pas aux siennes. Le thème a souvent servi, paradoxalement, à peindre des nus féminins lascifs ; peu de peintres ont voulu représenter la surprise et l’indignation de Suzanne devant des propositions aussi inattendues que dégradantes. On a aussi rapproché le tableau de l’histoire personnelle d’Artemisia, ce qui est un procédé réducteur qui fait oublier l’apport réel de l’artiste. » [2]

C’est à cette époque qu’Artemisia peint ses œuvres les plus reconnues, notamment Judith décapitant Holofernes. L’histoire d’Holofernes, général Assyrien menant les troupes qui envahissent et détruisent Béthulie, la patrie de Judith. Cette dernière décide de gérer la situation en venant à lui, flirtant avec lui afin qu’il baisse sa garde et ensuite le gaver de nourriture et de vins. Après qu’il se soit endormi, Judith et sa servante prennent son épée et le décapite. Problème réglé. Le sujet était très populaire à l’époque.

« La Judith d’Artemisia ne correspond pas à ce type, écrit Pascale Beaudet, historienne et critique d’art. Elle est jeune, digne, concentrée et se fait assister par sa servante, qui elle aussi est jeune, ce qui est un changement par rapport à la tradition picturale. L’autre apport majeur d’Artemisia est la collaboration active qui unit la servante et la maîtresse, sans parler du côté spectaculaire de l’égorgement, qu’elle rend réaliste en s’inspirant du travail du Caravage. »

Artemisia Gentileschi est considéré comme une icône de l’art féministe, à la fois à cause de ses déboires personnels et des thèmes de ses œuvres. En 1998, l’artiste contemporaine et restauratrice d’art Kathleen Gilje lui rend hommage au Musée national des femmes artistes de Washington en exposant une copie méticuleuse de la peinture Suzanne et les vieillards d’Artemisia Gentileschi exposée à côté d’une radiographie de la peinture, montrant une toute autre version de la peinture.

Suzanne et les vieillards au rayon X, par Kathleen Gilje
Cette version au rayon X est bien évidemment une invention, une interprétation artistique de Kathleen Gilje qui souligne ainsi à quel point l’histoire personnelle d’Artemisia Gentileschi reflète celle du sujet de sa peinture tant le personnage qu’elle représente et l’artiste elle-même ont été soumis à la concupiscence des hommes plus âgés.

[1] Actes d’un procès pour viol en 1612, suivis des lettres de Artemisia Gentileschi, éditions des femmes, 1983

[2] Artemisia Gentileschi, artiste peintre et femme libre, Pascale Beaudet

Voir de plus:

The Girl Shows Alfred Hitchcock’s Blatant Sexual Harassment Of His Muse Tippi Hedren

  • Meredith Lepore
  • The Grindstone
  • Sep 10 2012

Alfred Hitchcock was a brilliant and wildly successful filmmaker but he also used his power for terrible things, according to actress Tippi Hedren and the new HBO film, The Girl. Hitchcock sexually harassed Tippi, one of his supposedly favorite actresses (she starred in two of his films) for years. The new film, starring Sienna Miller, shows this disturbing relationship between the famous actress and director. The film will hopefully show women how lucky they are today in terms of laws prohibiting sexual harassment and may act as a wake up call to others.

The acknowledgement of sexual harassment is barely 40 years old. The first historical use of the term wasn’t until 1973 when MIT reports first addressed the gender issue and specific procedures were instated as ways to both protecting the victims and handling it. Tippi began working with Alfred in the early 1960s.

“People have said, ‘Was he in love with you?’ No, he wasn’t. When you love someone, you treat them well,” Hedren said of Hitchcock. “I think he was an extremely sad character. We are dealing with a brain here that was an unusual genius, and evil, and deviant, almost to the point of dangerous, because of the effect that he could have on people that were totally unsuspecting.”

The Girl is based on the book Spellbound by Beauty,” by Donald Spoto. Screenwriter Gwyneth Hughes interviewed several people familiar with the Hitchcock-Hedren dynamic, including costume supervisor Rita Riggs, actress Diane Baker, and Hitchcock’s first assistant director Jim Brown. The film shows Hitchcock aggressively forcing a kiss on Hedren in the back seat of a car during the filming of The Birds, and later demanding that she “make yourself available to me sexually.” The film also suggests that Hitchcock punished her for rejecting his advances. “It was horrifying. A horrible situation in which to be,” she says and shudders. “There were women who would have gone along with it, but I wasn’t one of those.”

In one scene, he sends a prop bird crashing through phone booth glass without warning her. Another sequence shows him forcing her to work with live birds for five days for the film’s attic scene. Hedren suffered multiple cuts, including to her face, in both cases, according to the film. Hedren said: “Actually viewing the film, I have to say that when I first heard [actor Toby Jones’s] voice as Alfred Hitchcock, my body just froze. I had not talked about this issue with Alfred Hitchcock to anyone. Because all those years ago, it was still the studio kind of situation. Studios were the power. And I was at the end of that, and there was absolutely nothing I could do legally whatsoever. There were no laws about this kind of a situation. If this had happened today, I would be a very rich women.”

But The Birds launched Tippi’s career as an actress and the “It Girl” of the moment. However, it didn’t last long. After she finished shooting Marnie with Hitchcock in 1963, she wanted to get out of her contract with Hitchcock but he wouldn’t let her. Back then there were no laws to protect her. He threatened her and said he would ruin her career, and according to Hedren he did. He told directors like Francis Truffaut that she wasn’t available for work. Her career did stall after those two very successful films.

Hedren believes she is one of many actresses harassed by the cinematic legend. After Psycho, she said, actress Vera Miles refused to ever work with the director again. Hedren also said Suzanne Pleshette told her during The Birds filming, “It isn’t always like this.”

“He ruined my career but he didn’t ruin my life,” she said. “If this had happened today I would be a very rich woman.” But on the bright side, Sienna Miller thinks a lot has changed for women in film today. “I hope that young women who do see this film know that they do not have to acquiesce to anything that they do not feel is morally right or that they are dissatisfied with or simply wanting to get out of that situation, that you can have a strength, and you deserve it. I can look at myself in the mirror, and I can be proud. I feel strong. And I lived through it beautifully. He ruined my career, but he didn’t ruin my life,” said Hedren.

But have things really improved for women? New research shows that women are starting to let sexual harassment roll off their back, or at the very least don’t let it affect them as much as men do. Men who are exposed to sexual harassment are more likely to find jokes and inappropriate touching “distressing,” while women just find it “bothersome.” Researcher Isis Settles, an associate professor of psychology at Michigan state says that the finding “suggests that sexual harassment is such a widespread problem that women have figured out ways to deal with it so it doesn’t interfere with their psychological well-being.

Voir encore:

Hitchcock star Tippi Hedren says director was ‘evil’, and she’d be rich if sexual harassment laws applied in the 1960s

She was once his muse but when young Tippi Hedren refused legendary director Alfred Hitchcock’s sexual advances he ruined her career.

Veteran actress Hedren, 82, says she would have been a rich woman if sexual harassment laws existed in 1963 when ‘The Birds’ was filmed.

Her comments came as production of a television drama about her relationship with the ‘Psycho’ director is wrapping up.

She claims he ruined her career when she refused to bow to his advances, but said he failed ruin her life.

‘I think he was an extremely sad character.

‘We are dealing with a brain here that was an unusual genius, and evil, and deviant, almost to the point of dangerous, because of the effect that he could have on people that were totally unsuspecting.’

Tippi Hedren spoke about the rampant sexual harassment as she joined the cast of ‘The Girl’, a collaboration between BBC and American network HBO which looks into the relationship she had with Hitchcock while making ‘The Birds’.

At the time of filming Tippi, born Natalie Kay Hedren, was 34 years old, more than 30 years younger than Hitchcock, and engaged to be married to her second husband.

The knowledge of this this did not stop his advances, something which becomes clear in ‘The Girl’.

The film, based on the book ‘Spellbound by Beauty’ by Donald Spoto, portrays the director as a predator who demands sexual favours of his leading lady.

The 90 minute television drama has an impressive cast with Sienna Miller as Tippy Hedren, Toby Jones as Alfred Hitchcock, Imelda Staunton as Hitchcock’s wife, Alma, and Penelope Wilton as his loyal assistant, Peggy Robertson.

In one scene Hitchcock aggressively forces a kiss on Hedren in the back seat of a car during the filming and later orders her to make herself ‘available sexually’.

Filming with his birds: Hitchcock and Tippi Hedren on set where, the actress claims, he sexually harassed her

The film also suggests that Hitchcock punished her for rejecting his advances.

In one scene, the director sends a prop bird crashing through phone booth glass without warning Tippi.

Actress Tippi Hedren, pictured in 2007, says she would have sued Hitchcock if sexual harassment laws existed in the sixties

Another sequence shows her forcing her to work with live birds for five days for the film’s attic scene. Hedren had been told mechanical birds would be used, only to find live birds were let loose – again with no prior warning.

Hedren, now aged 82, said there were times of delight working for Hitchcock while filming ‘The Birds’ and her only other film for him, ‘Marnie’.

But once she rejected his advances, and refused to make another film with him, he effectively ended her career by stopping her working for two years.

‘He ruined my career but he didn’t ruin my life,’ she said.

‘If this had happened today I would be a very rich woman,’ she added, alluding to the protection afforded by sexual harassment laws today.

Given the unwanted advances she could have possibly sued Hitchcock who died aged 80 in 1980.

Hedren, mother of actress Melanie Griffith, was working as a successful model when she was chosen by Hitchcock to star in ‘The Birds’.

The director had been looking for another blonde actress to replace Grace Kelly who had starred in three of his previous films.

He signed her to a personal contract which he upheld when she refused to work for him.

For two years she sat a home unable to work despite offers from other Hollywood studios.

While she was able to resume her career she never became a major star although she went on to make 50 films and has had guest appearances on TV shows including CSI: Crime Scene Investigators.

Voir aussi:

Hitchcock and Hedren now an HBO movie
He started her career. And he ended it.
Rob Salem
The Star.com

Oct. 19, 2012

He started her career. And he ended it.

Director Alfred Hitchcock’s relationship with actress Tippi Hedren was, to say the least, complicated. He discovered her. He put her in pictures. And then he put her through sheer living hell.

It is fairly well known that Hitchcock had a particular obsession with icy blondes, and none more so than former model Hedren, whom he nurtured and transformed from mannequin into actress, and starred in two of his films, The Birds and Marnie.

But when Hedren rejected his clumsy sexual advances, he cut her off completely, tying her up in an exclusive contract that prohibited her from working for anyone else.

The story is told in some detail in The Girl, a fascinating new HBO movie that debuts on HBO Canada Saturday night.

Hedren is the first to tell you that it isn’t the whole story.

“In an hour and a half, there wasn’t enough time,” says the now 82-year-old actress.

“There were times when it was absolutely delightful and wonderful,” she insists. “Hitchcock had a charm about him. He was very funny at times. He was incredibly brilliant in his field. I learned so much from that man about motion pictures, and how you make a motion picture.

“So there are things that weren’t able to be in the film to say, ‘Why would she stick around for all of this?’ It wasn’t a constant barrage of harassment. If it had been constantly the way we have had to do it in this film, I would have been long gone.”

At first, she says, Hitchcock was a benevolent mentor. “I hadn’t had any acting experience, except in commercials. To break down a script, to delve into how you become another character, the relationship of different characters in the film, was something that I didn’t know how to do. And to have as brilliant a genius as Alfred Hitchcock as my drama coach . . .”

Then things got ugly.

“It was something that I had never experienced before,” Hedren says. “I don’t know what to call it. I certainly gave no indication that I would ever be interested in any kind of a relationship with him.

“People have said, ‘Was he in love with you?’ No, he wasn’t. When you love someone, you treat them well. I think we’re dealing with a mind here that is incomprehensible, and I certainly am not capable of discerning what was going through his mind or why.

“I think he was an extremely sad character. As I said, we are dealing with a brain here that is unusual, genius, and evil, deviant almost to the point of dangerous because of the effect that he can have on people that are totally unsuspecting.”

That part of the story the movie gets right, Hedren confirms. “I do want to say how pleased I am with this film, with Sienna (Miller)’s portrayal, with Julian (Jarrold)’s direction and, of course, Toby (Jones), with his brilliant character depiction of Alfred Hitchcock. They were all brilliant; just wonderful.

For The Girl’s lead actress Sienna Miller, playing a real-life role is never easy – she previously portrayed Warhol muse Edie Sedgwick in the 2006 biopic Factory Girl. Hedren presented a much greater challenge.

“I think it’s always difficult when you’re trying to imitate somebody else as dramatic and brilliant as Tippi,” Miller allows. “I definitely tried to capture an essence in the film. It wasn’t supposed to be an exact replica.

“It was difficult during certain scenes, but not nearly as difficult as it was for Tippi. The bird attack scenes took five long days for her. It was about five hours for me. So while I definitely suffered a little bit, it was nowhere near the real thing.”

The filming of the attack sequence in The Birds is perhaps the most notorious part of the Hitchcock/Hedren saga. The scene was only supposed to involve stuffed and mechanical birds, or so Hitchcock had assured her. Instead, she did her best to protect herself as the crew hurled real, living and probably very angry birds at her head.

Though their beaks had been bound, one of the birds gashed her cheek, narrowly missing her eye. She broke down on set and they shot around her for a week to give her time to recover.

But the emotional scars remain.

“As far as seeing (The Girl), I was apprehensive,” Hedren confesses. “I have to say that when I first heard Toby’s voice as Alfred Hitchcock, my body just froze. It was hard to go through all of those years that had been eclipsed into an hour and a half.”

But go through it she did, when HBO held a private screening for Hedren and her invited guests. “At the end of it, nobody moved,” she says. “Nobody said anything until my daughter, Melanie Griffith, jumped up and said, ‘Now I have to go back into therapy.’”

Hedren is hoping that The Girl will resonate with other victims of sexual harassment.

“I hope that young women who do see this film know that they do not have to acquiesce to anything that they do not feel is morally right, or that they are dissatisfied with, or simply wanting to get out of that situation, that you can have a strength, and you deserve it.”

For Hedren, it wasn’t that simple. It was the waning days of the old studio system, and actors were treated, as Hitchcock himself is often quoted, like cattle.

“There was absolutely nothing I could do legally, whatsoever,” adds Hedren. “There were no laws about this kind of a situation. If this had happened today, I would be a very rich woman.

“But I can look at myself in the mirror, and I can be proud. I feel strong. I lived through it beautifully.

“He ruined my career, but he didn’t ruin my life.”

Voir de plus:

The new HBO movie “The Girl” depicts your relationship with Alfred Hitchcock, who, after giving you your first movie role in “The Birds,” plants an unwanted kiss on you, tries to blackmail you for sex and stalks you. Why would he do these things? 

He was a misogynist. That man was physically so unattractive. I think to have a mind that thought of himself as an attractive, romantic man and then to wake up in the morning and look at that face and that body was tough. I think he had a whole lot of problems.

The film made me ponder the expression “Revenge is a dish best served cold.” Is there any satisfaction in exacting revenge on a man who has been dead 32 years? 

Well, I don’t know that I’ve gotten any revenge on him. Maybe this movie is a bit. But I’m not the first one this happened to. Other actresses never made any overt statements about it. What he did with his life is astounding. There is no one in this world that did films like he did. Nobody.

The worst abuse happened after you rebuffed his advances. Actors have been known to sleep with less powerful directors for advancement in show business. Did you ever consider it? 

I have a strong Lutheran background, and my parents instilled in me strong morals. This was something I could never have done. I was not interested in him that way at all. I was fortunate enough to work with him, and as far as I was concerned, he ruined everything.

There is a scene in “The Girl” — as well as in the Donald Spoto book it’s based on — in which Hitchcock informs you that you are to be sexually available to him any time, any place. How do you even respond to that? 

I said, I’ve got to get out of the contract. He said, I’ll ruin your career. And he did. He wouldn’t let me out of the contract. I’d be a really big star if he hadn’t stopped my career. There were so many people who wanted me for their films. All he said was, “She isn’t available.” That’s a mean, mean man.

You’ve said that his wife, Alma, knew of his obsession with you. 

That couple was an enigma to all of Hollywood. At one point, she came to me during “Marnie” and said, “I’m so sorry you have to go through all of this,” and I looked at her and said, “Alma, you could stop it.” Her eyes just glazed over, and she turned and left.

How did you react to the news of his death? 
Relief.

Of course, you must not have gone to his funeral. 
I did.

Why? I would assume the only reason you’d want to see his grave is to spit on it. 
You don’t get it. He ruined my career, but he didn’t ruin my life. That time of my life was over. I still admire the man for who he was.

Years later, you bought a huge piece of land in California, where you still live, acquired a number of big cats and spent a decade making a movie with them called “Roar.” During the filming, a lion scratched your daughter, Melanie Griffith, and she needed plastic surgery. The cinematographer was scalped, and your former husband was mauled. Were you naïve about the dangers? 

We had not a clue what we were doing. We really didn’t. We had wanted to use Hollywood acting animals, but because instinct dictates a cat will fight a cat they didn’t know, all of the cat trainers said: “I don’t want my cat hurt, and I don’t want to get hurt. Get your own animals to do the movie.” We were in a learning process.

There’s a photo of you and a teenage Melanie, whose head is six inches away from Neil, your first live-in lion. 
He was not a live-in lion. Sometimes I get so annoyed with you writers.

The caption from your book reads, “Melanie and I with Neil, our first live-in lion.” 
O.K., I missed that one. O.K.

Does Melanie ever say at Christmas, “Mom, thank God I wasn’t eaten by the lions”? 
Oh, we all say that. Thank God we made it. Thank God nobody was killed. We all say that.

Harvey Weinstein ne peut laver tous les péchés d’Hollywood

Glenn Harlan Reynolds

USA Today

Il n’a fallu que quelques jours aux puissants du cinéma américain pour mettre au ban le célèbre producteur, accusé de harcèlement sexuel et de viol. Est-ce pour mieux détourner l’attention de la vraie nature d’Hollywood ?

Les transgressions du producteur Harvey Weinstein lui ont coûté sa place à l’Académie des Oscars. Ce n’est pas rien, quand on pense qu’elle compte encore parmi ses membres le réalisateur Roman Polanski, qui a plaidé coupable [de détournement de mineur] dans l’affaire du viol d’une adolescente de 13 ans.

Alors même que d’autres accusations de viol ont fait surface, Hollywood soutient Polanski depuis des dizaines d’années. En 2009, Whoopi Goldberg a même déclaré à propos du crime – Polanski avait drogué et sodomisé la…

Les transgressions du producteur Harvey Weinstein lui ont coûté sa place à l’Académie des Oscars. Ce n’est pas rien, quand on pense qu’elle compte encore parmi ses membres le réalisateur Roman Polanski, qui a plaidé coupable [de détournement de mineur] dans l’affaire du viol d’une adolescente de 13 ans.

Alors même que d’autres accusations de viol ont fait surface, Hollywood soutient Polanski depuis des dizaines d’années. En 2009, Whoopi Goldberg a même déclaré à propos du crime – Polanski avait drogué et sodomisé la jeune fille – que ce n’était pas “vraiment” un viol.

Pourtant, Hollywood s’est retourné contre Weinstein à une vitesse ahurissante. Il subit un ostracisme auquel ont échappé d’autres personnalités de son milieu.

Pourquoi ? À mon avis, c’est parce que le cas de Weinstein n’est pas aussi inhabituel qu’on veut nous le laisser croire. Hollywood a dû comprendre que le monde avait changé et que les médias people et les attachés de presse dociles ne pouvaient plus étouffer ces histoires. De mon point de vue, ils espèrent qu’en se montrant intransigeants avec Weinstein l’affaire se dissipera. Ils veulent éviter que le grand public se rende compte que cet homme fait partie d’un système d’exploitation bien ancré et qu’il ne relève pas de l’exception.

Des réunions dans des chambres d’hôtel

Ces individus n’ostracisent pas Weinstein parce qu’ils ont soudain découvert sa vraie nature. Ils l’ont toujours connue. Ils se retournent contre lui parce que le grand public a découvert sa vraie nature. Ils espèrent détourner l’attention de l’opinion avant qu’elle ne découvre le véritable visage d’Hollywood.

À mon avis, cela ne fonctionnera pas.

Harvey Weinstein est très fort, mais il ne l’est pas assez pour endosser tous les péchés d’Hollywood.“Combien de secteurs disposent d’un terme précis pour désigner l’échange de faveurs sexuelles contre un emploi ? interroge John Podhoretz. Est-ce un hasard si la pratique est tellement répandue dans le milieu du cinéma qu’elle a donné lieu à la locution ‘casting couch’, [un équivalent de notre ‘promotion canapé’] ? Dans combien de secteurs organise-t-on des réunions dans des chambres d’hôtel en dehors des heures de bureau ? Et lors de ces rendez-vous, dans combien de secteurs un patron dit-il à une jeune femme qu’elle ne doit pas hésiter à se dénuder devant lui, car l’emploi qu’elle brigue exigera d’elle qu’elle soit nue face à des millions de personnes ?”

Plus Sade que Don Juan

Le milieu hollywoodien est ce qu’il est car la nature du travail – les jugements personnels, peu de transparence, peu de normes objectives – permet à ceux qui le veulent d’abuser de leur position dominante. Avoir un magnat dans son camp, voire un agent ou un producteur adjoint, peut propulser une carrière – mais l’inverse est aussi vrai.

Weinstein semble être un homme extrêmement désagréable, un habitué du harcèlement et des agressions à l’encontre des femmes comme des hommes, que ces actes soient sexuels ou non. Même les agressions sexuelles dont il est accusé semblent viser l’humiliation des victimes plus que la simple satisfaction sexuelle. Weinstein s’apparente plus à Sade qu’à Don Juan.

Mais ses comportements ont été facilités par des dizaines voire des centaines de complices : des assistants, des producteurs, des acteurs, des actrices et des agents qui sont restés sous son influence car ils en tiraient divers contrats et projets. Et tous l’ont fait car, bien que Weinstein soit peut-être un connard fini, ses agissements n’étaient pas exceptionnels dans le secteur.

Les puissants d’Hollywood espèrent que vous ne tirerez pas cette conclusion, mais elle sera difficilement évitable face aux multiples accusations contre d’autres figures du cinéma américain. En découle la plus grande inquiétude du milieu : si les gens comprennent que le système qui produit des films est abusif, continueront-ils à en regarder ? Les films sont-ils les “diamants du sang” du monde du divertissement ?

“L’exploitation est omniprésente dans le cinéma, c’est pourquoi nous devons lui refuser notre soutien, écrit Ann Althouse sur son blog. Ces projets au budget faramineux donnent à certains un pouvoir immense, utilisé pour briser des jeunes femmes. On devrait refuser d’exposer nos esprits à ce genre de choses. Si vous voulez des histoires à visage humain, lisez un livre.”

Et si les gens pratiquaient la lecture au lieu d’aller au cinéma ? Rien n’inquiète plus les puissants d’Hollywood. Pas étonnant qu’ils aient réagi au quart de tour.

Voir aussi:
Popular Culture

Nasty, Brutish, and Fat

Of Hobbes and Harvey Weinstein

The reason Weinstein’s three decades of monstrous personal and professional conduct are so appalling and fascinating in equal measure is that he was clearly functioning outside the “social compact” Hobbes said was necessary to save men from a perpetual state of war they would wage against one another in the state of nature. For that is what Weinstein was doing, in his own way: waging Hobbesian war against the women he abused and finding orgasmic pleasure in his victories.

And Weinstein did so while cleverly pretending to leadership within the social compact and disingenuously advocating for its improvement both through political change and artistic accomplishment. Hobbes said the life of man in the state of nature was nasty, brutish, and short, but he did not say the warrior could not be strategic. Rochefoucauld’s immortal declaration that hypocrisy is the tribute vice pays to virtue is entirely wrong in this case. Weinstein paid off feminists and liberals to extend his zone of protection and seduction, not to help support the virtues he was subverting with his own vices.

Hobbes said that in the state of nature there was “no arts; no letters; no society.” But if the man in the state of nature, the nihilistic warrior, coexists with people who live within the social compact, would it not be a brilliant strategy to use the arts, letters, and society as cover, and a means of infiltrating and suborning the social compact? Harvey Weinstein is a brutal thug, a man of no grace, more akin to a mafioso than a maker of culture. And yet as a movie producer he gravitated toward respectable, quality, middlebrow, elevated and elevating fare. People wanted to work with him because of the kinds of movies he made. I think we can see that was the whole point of the exercise: It was exciting to be called into his presence because you knew you would do better, more socially responsible, more praiseworthy work under his aegis than you would with another producer.

And then, garbed only in a bathrobe, Weinstein would strike.

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Weinstein was universally known to be a terrible person long before the horrifying tales of his sexual predation, depredation, and assault were finally revealed. And—this is important—known to be a uniquely terrible person. His specific acts of repugnant public thuggishness were detailed in dozens of articles and blog items over the decades, and were notable precisely because they were and are not common currency in business or anywhere else. It was said of him after the latest revelations that he had mysterious abilities to suppress negative stories about himself, and perhaps he did; even so, it was a matter of common knowledge that he was the most disgusting person in the movie business, and that’s saying a lot. And that’s before we get to sex.

To take one example, Ken Auletta related a story in the New Yorker in 2001 about the director Julie Taymor and her husband, the composer Eliot Goldenthal. She had helmed a movie about Frida Kahlo produced by Weinstein. There was a preview screening at the Lincoln Square theater in Manhattan. The audience liked it, but some of its responses indicated that the plotline was confusing. Weinstein, whose hunger to edit the work of others had long since earned him the name “Harvey Scissorhands,” wanted to recut it to clarify the picture. Taymor didn’t, citing the audience’s favorable reaction. Then this happened:

He saw Taymor’s agent…and yelled at him, “Get the fuck out of here!” To Goldenthal, who wrote the score for Frida, Weinstein said, “I don’t like the look on your face.” Then, according to several witnesses, he moved very close to Goldenthal and said, “Why don’t you defend her so I can beat the shit out of you?” Goldenthal quickly escorted Taymor away. When asked about this incident, Weinstein insisted that he did not threaten Goldenthal, yet he concedes, “I am not saying I was remotely hospitable. I did not behave well. I was not physically menacing to anybody. But I was rude and impolite.” One member of Taymor’s team described Weinstein’s conduct as actually bordering on “criminal assault.”

Weinstein told the late David Carr in 2002 that his conduct in such cases had merely been the result of excess glucose in his system, that he was changing his diet, and he was getting better. That glucose problem was his blanket explanation for all the bad stories about him, like this one:

“You know what? It’s good that I’m the fucking sheriff of this fucking lawless piece-of-shit town.” Weinstein said that to Andrew Goldman, then a reporter for the New York Observer, when he took him out of a party in a headlock last November after there was a tussle for Goldman’s tape recorder and someone got knocked in the head.

Goldman’s then-girlfriend, Rebecca Traister, asked Weinstein about a controversial movie he had produced. Traister provided the predicate for this anecdote in a recent piece: “Weinstein didn’t like my question about O, there was an altercation…[and] he called me a c—.”

Auletta also related how Weinstein physically threatened the studio executive Stacey Snider. She went to Disney executive Jeffrey Katzenberg and told him the story. Katzenberg, “one of his closest friends in the business,” told Weinstein he had to apologize. He did, kind of. Afterward, Katzenberg told Auletta, “I love Harvey.”

These anecdotes are 15 years old. And there were anecdotes published about Weinstein’s behavior dating back another 15 years. What they revealed then is no different from what they reveal now: Weinstein is an out-and-out psychopath. And apparently this was fine in his profession…as long as he was successful and important, and the stories involved only violence and intimidation.

Flash-forward to October 2017. Katzenberg—the man who loved Harvey—publicly released an email he had sent to Weinstein after he was done for: “You have done terrible things to a number of women over a period of years. I cannot in any way say this is OK with me…There appear to be two Harvey Weinsteins…one that I have known well, appreciated, and admired and another that I have not known at all.”

So which Weinstein, pray tell, was the one from whom Katzenberg had had to protect Stacey Snider? The one he knew or the one he didn’t know? Because they are, of course, the same person. We know that sexual violence is more about power than sex—about the ultimate domination and humiliation. In these anecdotes and others about Weinstein, we see that his great passions in life were dominating and humiliating. Even if the rumors hadn’t been swirling around his sexual misconduct for decades, could anyone actually have been surprised he sought to secure his victory over the social compact in the most visceral way possible outside of murder?

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The commentariat’s reaction to the Weinstein revelations has been desperately confused, and for once, the confusion is constructive, because there are strange ideological and moral convergences.

The most extreme argument has it that he’s really not a unique monster, that every working woman in America has encountered a Weinstein, and that the problem derives from a culture of “toxic masculinity.” This attitude is an outgrowth of the now-fashionable view that there have been no real gains for women and minorities over the past half-century, that the gains are illusory or tokenish, and that something more revolutionary is required to level the playing field.

As a matter of fact in the Weinstein case, this view is false. Women have indeed encountered boors and creeps in their workplaces. But a wolf-whistler is not a rapist. Someone who leers at a woman isn’t the same as someone who masturbates in front of her. Coping with grotesque and inappropriate co-workers and bosses is something every human being, regardless of gender, has had to deal with, and will have to deal with until we are all replaced by robots. It’s worse for women, to be sure. Still, no one should have to go through such experiences. But we all have and we all do. It’s one of the many unpleasant aspects of being human.

Still, the extreme view of “toxic masculinity” contains a deeper truth that is anything but revolutionary. It takes us right back to Hobbes. His central insight—indeed, the insight of civilization itself—is that every man is a potential Weinstein. This clear-eyed, even cold-eyed view of man’s nature is the central conviction of philosophical conservatism. Without limits, without having impressed upon us a fear of the legal sanction of punishment or the social sanction of shame and ostracism, we are in danger of seeking our earthly rewards in the state of nature.

The revolutionary and the conservative also seem to agree there’s something viscerally disturbing about sex crimes that sets them apart. But here is where the consensus between us breaks down. Logically, if the problem is that we live in a toxic culture that facilitates these crimes, then the men who commit them are, at root, cogs in an inherently unjust system. The fault ultimately is the system’s, not theirs.

Harvey Weinstein is an exceptionally clever man who spent decades standing above and outside the system, manipulating it and gaming it for his own ends. He’s no cog. Tina Brown once ran Weinstein’s magazine and book-publishing line. She wrote that “strange contracts pre-dating us would suddenly surface, book deals with no deadline attached authored by attractive or nearly famous women, one I recall was by the stewardess on a private plane.” Which means he didn’t get into book publishing, or magazine publishing, to oversee the production of books and articles. He did it because he needed entities through which he would pass through payoffs both to women he had harassed and molested and to journalists whose silence he bought through options and advances. His primary interest wasn’t in the creation of culture. It was the creation of conditions under which he could hunt.

Which may explain his choice of the entertainment industry in the first place. In how many industries is there a specific term for demanding sexual favors in exchange for employment? There’s a “casting couch”; there’s no “insurance-adjustor couch.” In how many industries do people conduct meetings in hotel rooms at off hours anyway? And in how many industries could that meeting in a hotel room end up with the dominant player telling a young woman she should feel comfortable getting naked in front of him because the job for which she is applying will require her to get naked in front of millions?

Weinstein is entirely responsible for his own actions, but his predatory existence was certainly made easier by the general collapse of most formal boundaries between the genders. Young women were told to meet him in private at night in fancy suites. Half a century earlier, no young woman would have been permitted to travel alone in a hotel elevator to a man’s room. The world in which that was the norm imposed unacceptable limitations on the freedoms of women. But it did place serious impediments in the paths of predators whose despicable joy in life is living entirely without religious, spiritual, cultural, or moral impediment.

Hobbes was the great philosopher of limits. We Americans don’t accept his view of things; we tend to think better of people than he did. We tend to believe in the greater good, which he resolutely did not. We believe in self-government, which he certainly did not. But what our more optimistic outlook finds extraordinarily difficult to reckon with is behavior that challenges this complacency about human nature. We try to find larger explanations for it that place it in a more comprehensible context: It’s toxic masculinity! It’s the residue of the 1960s! It’s the people who enabled it! The truth is that, on occasion—and this is one such occasion—we are forced to come face to face with the worst of what any of us could be. And no one explanation suffices save Hamlet’s: “Use every man after his desert, and who should ’scape whipping?”

Voir aussi:

What Harvey Weinstein tells us about the liberal world

Harvey Weinstein seemed to fit right in. This is a form of liberalism that routinely blends self-righteousness with upper-class entitlement

The Guardian

21 October 2017

Let us now consider the peculiar politics of Harvey Weinstein, the disgraced movie producer. Today Weinstein is in the headlines for an astonishing array of alleged sexual harassment and assaults, but once upon a time he was renowned for something quite different: his generous patronage of liberal politicians and progressive causes.

This leading impresario of awful was an enthusiastic supporter of Barack Obama and Hillary Clinton. He was a strong critic of racism, sexism and censorship. He hosted sumptuous parties to raise money for the fight against Aids.

In 2004 he was a prominent supporter of a women’s group called “Mothers Opposing Bush”. And in the aftermath of the terrorist attack against the French magazine Charlie Hebdo, he stood up boldly for freedom of the press. Taking to the pages of Variety, Weinstein announced that “No one can ever defeat the ability of great artists to show us our world.”

To call this man a hypocrite is to state the obvious. This champion of women is now accused of sexual harassment on an epic scale. This defender of the press was excellent at manipulating it and on one memorable occasion is said to have physically roughed up a reporter asking tough questions.

Perhaps Weinstein’s liberalism was a put-on all along. It certainly wasn’t consistent or thorough. He strongly disapproved of Bernie Sanders, for example. And on election night in November 2008, Weinstein could be found celebrating Barack Obama’s impending victory on the peculiar grounds that “stock market averages will go up around the world.”

The mogul’s liberalism could also be starkly militaristic. On the release of his work of bold war propaganda, Seal Team Six, he opined to CNN as follows:

“Colin Powell, the best military genius of our time, supports the president – supports President Obama. And the military love him. I made this movie. I know the military. They respect this man for what he’s done. He’s killed more terrorists in his short watch than George Bush did in eight years. He’s the true hawk.”

In Weinstein’s world, politics often correlated with conspicuous displays of luxury goods – it was something you did on Martha’s Vineyard, or on the Riviera, or in the Hamptons, toasting the candidate or raising money for the good cause. Here is a glimpse of a Weinstein event for Aids research held in Cannes in 2000, as described by Roger Ebert:

“The private auction and the fashion show were followed by dinner and a public auction masterminded by Miramax chief Harvey Weinstein, who this year not only offered a massage by Heidi Klum, but persuaded [actors Kenneth] Branagh and [James] Caan to take off their shirts and act as subjects for a demonstration of her skills. The massage went for $ 33,000. ‘Karl Marx is dead,’ observed the director James Gray.”

There are sleazebags in every party, as Donald Trump frequently reminds us. But even so, Harvey Weinstein was unusual: a militant and vocal backer of a faith he appears to have violated in the starkest way.

What explains Weinstein’s identification with progressive causes? Perhaps it was all about cozying up to power, the thrill of being a friend of Bill Clinton.

Perhaps it was all about moral absolution, in the same way that lists of corporations-that-care always turn out to be led by outfits like Walmart, Goldman Sachs and Exxon-Mobil. In the world of the wealthy, liberalism is something you do to offset your rapacious behavior in other spheres. It’s no coincidence that, in Weinstein’s desperate first response to the accusations against him, he thought to promise war against the National Rifle Association and to support scholarships for women.

But it’s also something deeper than that. Most people on the left think of themselves as resisters of authority, but for certain of their leaders, modern-day liberalism is a way of rationalizing and exercising class power. Specifically, the power of what some like to call the “creative class”, by which they mean well-heeled executives in industries like Wall Street, Silicon Valley and Hollywood.

Worshiping these very special people is the doctrine that has allowed Democrats to pull even with Republicans in fundraising and that has buoyed the party’s fortunes in every wealthy suburb in America.

That this strain of liberalism also attracts hypocrites like Harvey Weinstein, with his superlative fundraising powers and his reverence for “great artists”, should probably not surprise us. Remember, too, that Weinstein is the man who once wrote an essay demanding leniency for Roman Polanski, partially on the grounds that he too was a “great artist”.

Harvey Weinstein seemed to fit right in. This is a form of liberalism that routinely blends self-righteousness with upper-class entitlement. That makes its great pronouncements from Martha’s Vineyard and the Hamptons. That routinely understands the relationship between the common people and showbiz celebrities to be one of trust and intimacy.

Countless people who should have known better are proclaiming their surprise at Harvey Weinstein’s alleged abuses. But in truth, their blindness is even more sweeping than that. They are lost these days in a hall of moral mirrors, weeping tears of admiration for their own virtue and good taste.

  • Thomas Frank is a Guardian columnist

Voir également:

« The movie industry I’ve known for the past 30 years… is reconstituting itself in my mind this week like pieces of a broken mirror being glued back in place… »

Anne Althouse

October 14, 2017

« … the cracks now forever visible, » writes Dana Stevens (at Slate), who’s been writing about movies for something like a decade, yet claims she « truly didn’t » know « any of the more sordid Weinstein rumors. » (Did she know any of the less sordid rumors? She does « guiltily question » whether she should have picked up some clues and could have dug into them.)

In this metaphorical reglued broken mirror in her mind, Stevens sees:

Gwyneth Paltrow holding her Oscar for Shakespeare in Love, standing beaming next to the man whose hotel suite she had to escape from a few years earlier after he invited her to the bedroom for a massage…. Or Mira Sorvino getting her Oscar for Mighty Aphrodite and then mysteriously—or perhaps not so mysteriously anymore—fading from the screen. Or Rosanna Arquette never going on to the career she deserved….

But the linked column doesn’t go where I would take it. When I saw the headline at Slate — « The Harvey Weinstein Scandal Is Changing How I Look at the Movies » — I thought it going to say what I’ve been saying: Because movies are shot through with human exploitation, we should withhold our patronage. These big expensive projects create immense power that is used to grind up young women, and we should not want to expose our mind to this material. If you need stories about human beings, read. A writer of books works alone (mostly) and uses words to create images of beautiful women and other human beings who do and say interesting, meaningful things. No actors needed.

But Stevens has no plan to redirect her consumption of stories. Well, her job is movie critic, so she can’t just say no, can she?

Voir encore:

HARVEY WEINSTEIN: THE LEFT’S CULTURE RAPE MONSTER

The Left’s culture war protects its own monsters.

Daniel Greenfield

Daniel Greenfield, a Shillman Journalism Fellow at the Freedom Center, is an investigative journalist and writer focusing on the radical left and Islamic terrorism.

In the spring of his final year as a movie mogul, Harvey Weinstein was doing what he always did. Or rather what he always did in public view: as opposed to what he has been accused of doing in hotel rooms and deserted office storage rooms. He was fighting a ratings war over a movie with adult content.

The movie was 3 Generations. It had been made two years earlier to cash in on the transgender boom. Back then it was called About Ray. But the reviews were bad and the movie was pulled a few days before it was supposed to be released. What do you do with a bad politically correct movie that you paid $6 million for? You start a culture war. And that’s exactly what Harvey Weinstein did.

He enlisted GLAAD, the gay rights group, to lobby for a PG-13 rating for the newly renamed movie.

« The Weinstein Company dared to tell culture-changing LGBTQ stories that Hollywood too often shies away from,” GLAAD president Sarah Kate Ellis shilled.

It didn’t hurt that Harvey was a donor to GLAAD and the Human Rights Campaign. Weinstein had even presented his pal, Bill Clinton, with a GLAAD award at its awards show.

Harvey’s gambit didn’t pay off financially. The reviews for 3 Generations were just as bad this time around. And it took in $60,000. Or 1 percent of what Harvey had paid for it. But Harvey had known two years ago that the movie wouldn’t make money. The 3 Generations campaign wasn’t about the movie, but about Harvey Weinstein’s brand as a courageous mogul on the political cutting edge of the industry.

Harvey Weinstein wasn’t really in the movie business. He was in the culture business.

Some of his movies were meant for general audiences. But mostly he sold the illusion of culture to a prosperous leftist elite. Sometimes that meant traditional highbrow British Oscar bait like The King’s Speech or Shakespeare in Love. But much of the time it meant pandering to their politics.

And thus, 3 Generations, for the transgender category, The Hunting Ground, for the campus rape category, Fruitvale Station, for police brutality, Wind River, for Native American oppression, and, if you reach back far enough, Fahrenheit 9/11 for the anti-war category and Miral, for the anti-Israel category.

And countless others.

Harvey Weinstein didn’t get all his Oscars and his clout in the industry because he had good taste. Or even a good idea of what would work. The 3 Generations debacle is a reminder of that. The New York Times pulled the trigger on the story that brought him down, after blocking a similar story in his heyday, because his company was faltering and no longer all that valuable to the finances of the big lefty paper.

Even at his peak, he was never all that big when compared to the big boys of the industry. His estimated net worth is under $300 million. What made him think he could grab Gwyneth Paltrow, the goddaughter of Steven Spielberg, an industry titan with a net worth of $3 billion, and get away with it?

All that clout which brought in Oscars, fawning media profiles and the frightened compliance of the women he abused, didn’t come from his cash, it came from his role as a culture warrior of the left.

When Harvey Weinstein wanted to bully the MPAA and promote a bad movie, he had the heads of the biggest gay rights groups at his beck and call. When he wanted to push Miral, an anti-Israel movie that was just as bad, he got it screened at the UN General Assembly Hall. When he wanted to promote, The Hunting Ground, a discredited documentary, Planned Parenthood was eager to step up.

Why was everyone from the United Nations to GLAAD so eager to accommodate Harvey?

Money was an obvious factor. Harvey donated enthusiastically to left-wing groups like Planned Parenthood and GLAAD. Just this year, he helped endow a chair in Gloria Steinem’s name.

But money wasn’t enough. Hollywood’s bigwigs routinely write big checks for trendy causes.

Harvey Weinstein got his clout as a culture warrior. An alphabet soup of lefty groups, right up to the UN, was eager to give him what he wanted because they saw him as championing their agenda.

He rolled out movies that pushed the left’s social and political agendas like no other company did. And in return, he got the same “rape pass” that Ted Kennedy, Bill Clinton and other top lefties did.

It wasn’t mere money that intimidated his victims. Harvey’s millions alone didn’t buy him the right to assault and then silence women, some of whom became famous and powerful in their own right, in an industry that is the subject of constant media attention and scrutiny. It was his connections on the left.

Harvey Weinstein shoveled large amounts of money into the media and lefty groups. But more than mere cash, he had their loyalty because he fought the cultural battles that they wanted him to fight.

And they provided him with exactly the stories he wanted. And none of the stories he didn’t want.

The media is hunting through Hollywood to find out who knew about Harvey. And everyone knew and said nothing. They said nothing because the media would have destroyed them. Look back at the old stories about Harvey’s conflicts with the MPAA, with Jewish groups over Miral, and so many others, and it’s easy to spot the heavy hand of Harvey in every article. The media let him write the story.

It let him write the story because he was telling their stories in theaters across the country.

What no one in Hollywood or the media can say is that the women whom he abused were collateral damage in a culture war. Harvey ran an assembly line on which movies about the left’s latest social agenda were rolled out. If you wanted campus rapes, police brutality, transgender, gay rights, anti-Israel or anything from the Left “R” Us emporium, he made it happen. And the price was ignoring the screams coming from his hotel rooms and the office storage rooms that he allegedly brought women to.

The left paid that price. It paid it, until Harvey wasn’t good for it anymore. And then it came to collect.

Harvey Weinstein didn’t assault women ‘despite’ his leftist politics as the media alleges in its fumbling efforts to connect him to toxic masculinity. He assaulted women because of his leftist politics. It was his politics that made him feel safe assaulting women. And it was his politics that made them feel unsafe about turning him in. How do you take on a man who has Planned Parenthood in his back pocket?

And it was his cultural transgressiveness that won him a pass. The cultural pioneers of the left who break all sorts of sexual boundaries are expected to occasionally transgress boundaries like consent. That’s true across the entertainment industry. And it was true across the counterculture in general.

How many rapes were there at Occupy Wall Street camps and how much sexual harassment was there in the Bernie Sanders campaign? That’s how leftist political and culture wars have always worked.

Harvey Weinstein’s willingness to push cultural boundaries insulated him from accusations of abuse by, on the one hand, making him appear too virtuously leftist to do such a thing, and on the other hand, giving him a pass for being too transgressive to be bound by the conventions of bourgeois morality.

And Harvey’s shabby defenses have called on both arguments, trying to wrap himself in the cause of gun control, signaling his usefulness to the left, and invoking the culture of the 70s, to create complicity.

Harvey is still hoping that the left’s culture war can be invoked to protect its fallen monster.

Following its “Tragedy + Trump = Story” formula, the media has run numerous stories trying to tie Harvey to Trump. It’s revealing, not only for the partisan cynicism of trying to associate the actions of a top Obama and Hillary donor with Trump, but because it shows why the media covered for Harvey.

Even now, it’s still incapable of acknowledging that a leftist can sexually abuse and rape. Its political tribalism is so strong that it needs to associate Harvey with Trump to be able to condemn him.

And that, more than anything else, shows why the media covered for Harvey Weinstein.

The women whom Harvey allegedly abused knew that the media’s rule is that there are no enemies to the left. And Harvey had worked hard to always stay to the left of everyone else. Including his victims.

Voir de plus:

Affaire Weinstein: « J’ai honte de n’avoir rien dit », regrette Jane Fonda

L’Express avec AFP

Dans une interview à la télévision américaine, l’actrice révèle avoir été au courant des pratiques du puissant réalisateur depuis un an.

« Grâce à Dieu on en parle! ». Jane Fonda est aujourd’hui soulagée de voir la parole des victimes se libérer à propos du producteur américain Harvey Weinstein, accusé par des actrices de harcèlement, d’agressions sexuelles et de viols. Des accusations dont la comédienne révèle avoir été au courant.

Dans une interview enregistrée jeudi et qui sera diffusée dans l’émission Hardtalk de BBC World news lundi, l’actrice a expliqué avoir découvert les accusations portées contre Harvey Weinstein il y a un an, mais ne pas avoir voulu en parler pour ne pas dévoiler l’identité d’une des accusatrices, une décision qu’elle regrette aujourd’hui. « J’aurais dû être plus courageuse et je pense qu’à partir de maintenant je le serai quand j’entendrai de telles histoires », a-t-elle déclaré.

Selon elle, si les victimes présumées n’ont pas souhaité parler plus tôt c’est parce que le producteur est « puissant » et que les jeunes femmes étaient « vulnérables » et « inquiètes que si elles parlaient ou faisaient quelque chose, leur carrière serait détruite », a estimé l’actrice, qui fut une figure de la contestation aux Etats-Unis dans les années 1960 et 1970.

« C’est une épidémie »

La star, qui aura 80 ans en décembre, avait confié à un magazine britannique avoir été violée enfant. Elle a raconté à la BBC avoir subi des avances d’un réalisateur français quand elle avait 21 ans, celui-ci lui disant qu’il avait besoin de savoir « quels types d’orgasmes » elle avait, pour un rôle.

Jane Fonda a aussi évoqué les scandales sexuels qui ont visé l’acteur américain Bill Cosby, l’ex-président du Fonds monétaire international, le Français Dominique Strauss-Kahn, et le président américain Donald Trump. « Nous avons maintenant un président dont nous savons qu’il a fait la même chose », a-t-elle affirmé. Pendant la campagne présidentielle, une vidéo de Donald Trump avait fuité dans laquelle le magnat de l’immobilier se vantait de pouvoir attraper les femmes par le sexe parce qu’il est célèbre.

Pour Jane Fonda, qui a raflé deux fois l’Oscar de la meilleure actrice, ces violences faites aux femmes sont « très très répandues », et pas seulement à Hollywood. « C’est une épidémie, assure-t-elle. J’espère que c’est un tournant », qui stoppera les agresseurs ».

« Il s’intéressait plutôt aux jeunes femmes »

Quelques heures plus tôt, Jane Fonda avait accordé une autre interview, à CNN cette fois-ci. L’actrice y évoquait déjà les accusations visant Harvey Weinstein et le fait qu’elle ait gardé le silence, alors qu’elle était au courant des pratiques du réalisateur. « J’ai honte de n’avoir rien dit à ce moment-là […] J’imagine que c’était parce que ça ne m’étais pas arrêtée à moi et donc je pensais que ce n’était pas à moi de le dire« .

« J’ai rencontré Weinstein quand j’étais déjà âgée, mais il s’intéressait plutôt aux jeunes femmes parce qu’elles sont plus vulnérables », raconte par ailleurs la star.

 Voir encore:

There’s No Virtue in Joining an Angry Mob

Harvey Weinstein’s actions were egregious. But high-minded outrage poses dangers of its own.

Paula Marantz Cohen

The Wall Street Journal

Oct. 19, 2017
The condemnations of Harvey Weinstein’s egregious behavior have become a deluge. We’ve seen this before—an ever-increasing tirade against a once-respected figure. It is as though we’ve learned the habit of outrage and feel obliged to be even more dramatically horrified than we were the last time this kind of news was revealed.
Woody Allen, admittedly a dubious judge, has been lambasted for warning against a witch hunt. But Mr. Weinstein can be guilty and still be the object of what looks like a hypocritical hunger for blood. Where were all these people who now say they were aware of his behavior a year, a decade, a quarter-century ago? Too afraid to speak up then but empowered to do so now when there is a chorus to back them up. It’s more like a lynch mob than a witch hunt. A lynch mob is still a lynch mob, even when its target is guilty.
The problem here goes beyond Harvey Weinstein. It is a symptom of a kind of responsiveness that has permeated this country on many levels and on many fronts. When the media becomes judge and jury, groupthink sets in and the mob expresses its indignation. No one is allowed to doubt or to express sympathy.
In the case of Mr. Weinstein, a man once lauded for his artistic taste and enjoyed for his crude but refreshing New Yorker manners is now the most egregiously horrible individual who ever lived, reduced overnight from a mogul into a monster—though at the same time we are told that everyone really knew what he was all along. Meanwhile, the media continues to relay one prurient detail after another, feeding the public’s maw for gossip, while allowing us to indulge in high-minded outrage.
There is something deeply worrisome about this kind of flattening process, both for what it says about those who never spoke up until now and for what it says about our inability to grasp the complexity of the human condition. We wonder about trolling on the internet, but our press encourages this in its tabloid-style piling on of reporting—in its inability to contextualize or restrain itself in the face of the public appetite for more of the same.
The Weinstein case has its correlative in the political arena. On both sides of the political spectrum, we seem driven by a need for dramatic outrage that masquerades as virtue. Once a case has been made in the public sphere, on whichever side, the case gets made again and again in increasingly simplistic terms. Any attempt to see around or outside the established scenario means that you are a bad person. The deadening, coercive nature of this kind of thinking is disturbing.
I am upset by what is happening in our country today. I don’t like the mean-spirited way our president behaves and expresses himself. I don’t like the way much of the press, both on the right and the left, seems intent on smug, simplistic reporting. I don’t like the way gestures, such as showing exuberance or seeming disrespect on the football field, have been blown up to mean something more or other than they should.
I don’t like the way some college students have become self-righteous know-it-alls, claiming to be traumatized by words and texts. And I don’t like the way many teachers have been made to feel they must toe a party line and walk on eggshells. This is not the way to nurture democracy, fairness and human compassion.
Get Harvey Weinstein out of the newspapers and into the courts. If convicted, punish him as the law requires, but remember that he, like all of us, is a human being. We have forgotten this about anyone who has been labeled our opposition, and this has made us a meaner and ultimately more dangerous country.
Ms. Cohen is a professor of English at Drexel University, where she is dean of the Pennoni Honors College.
Voir de même:

#Moiaussi : pour que la honte change de camp-

Ariane Fornia

18 octobre 2017

#Moiaussi, ou #metoo : c’est le hashtag qui fédère en ce moment les femmes dont la parole se libère enfin. Des femmes de tous âges, de toutes origines et de tous milieux sociaux témoignent avoir été victimes d’agressions sexuelles ou de harcèlement, de la part d’hommes de leur entourage ou d’inconnus. Chaque témoignage est glaçant, mais ce qui est pire que tout, c’est leur nombre, leur déferlement ininterrompu. Toutes les femmes, ou presque, ont connu cela. Le bâillon est tombé, et les récits pleuvent.

Et j’ai l’espoir que ce soit le grand soir de la cause féministe, le séisme qui ébranlera enfin le vieux monde misogyne.

Ceci n’est pas une confession

Cela fait plusieurs jours que j’hésite. Mais moi aussi, #moiaussi, j’ai besoin de vous raconter.
Pas sur Twitter, pas en 140 caractères. Je vous raconterai ici, dans cet espace qui m’appartient, où j’ai le temps de vous livrer à mon rythme ce récit et cette réflexion.
J’ai failli écrire « cette confession ». Mais non : la confession, c’est l’aveu du coupable. Et moi, je ne suis coupable de rien.

La première agression, ou le « malentendu »

J’ai treize ans. En vacances, je suis sortie avec un garçon bien sous tous rapports, gentil et intelligent. Sexuellement, nous ne sommes pas allés plus loin que ce qu’on appelait à mon époque une « pelle ». Ce stade-là me convient très bien.
Une fois rentrée chez moi à la fin du séjour, j’insiste pour aller lui rendre visite. Ce n’est pas le grand amour, mais je l’aime bien, et la ville dans laquelle il habite me tente beaucoup. Il m’a promis qu’on ferait du tourisme, qu’on irait à un concert. Ma mère hésite, puis appelle sa mère à lui, une femme très bien. « Aucun problème, je serai à la maison, elle peut venir. »
La journée se passe à merveille. Et puis le soir, nous nous retrouvons dans sa chambre. Sa mère est sortie. Nous sommes seuls. Que dire, si ce n’est que je ne contrôle plus rien ? Que les choses vont plus loin que ce que je voulais ? Je dis non, je lui dis « je préfèrerais garder mes vêtements », il réinsiste. Je me tortille, je me détourne, je me lève, je dis « ça te dirait qu’on aille regarder un film dans le salon ? », je passe du lit au canapé. Il m’y suit. Il n’y a aucune violence, juste ma passivité, ma froideur pétrifiée qu’il ne comprend pas. Je n’ai pas hurlé « lâche-moi », j’ai juste attendu. Je crois qu’il ne sait même pas que je n’étais pas d’accord. Je l’ai revu par hasard des années plus tard. J’étais glacée, lui très chaleureux. Charmant.

La deuxième agression, ou l’enfer du métro

J’ai dix-neuf ans, je suis à la fac à Paris. C’est le mois de septembre et l’été dure, il fait chaud, je suis en jean et chemisier blanc, un joli chemisier avec un col en dentelle, façon héroïne romantique. Je n’ai pas de veste. Je rentre de cours dans le métro bondé, quelqu’un me bouscule involontairement. Un mouvement brusque pour me rattraper, et mon chemisier craque. Deux boutons, pile sur la poitrine. Je porte un soutien-gorge, mais j’ai toujours eu beaucoup de poitrine, et ma mésaventure vestimentaire ne peut échapper à personne, tout le monde voit que je suis à moitié dépoitraillée. Je suis cramoisie. Je n’ai rien pour me couvrir.
Et ça commence. Un homme de cinquante ans, en tenue de cadre, passe sa langue sur ses lèvres en me regardant lubriquement. J’essaie de croiser mes bras, de me tourner vers le bord du wagon. Un homme d’une trentaine d’années vient se coller contre moi. Au début, je crois qu’il veut me cacher aux regards. Puis je sens quelque chose de tout dur contre ma cuisse. Son sexe en érection. Je suis paralysée, je ne bouge pas. J’attends que les stations passent, j’ai les larmes aux yeux. Je ne réagis pas, je ne repousse pas ce salaud, sans doute parce qu’au fond de moi je me dis que c’est ma faute. Parce que quand ton chemisier craque, c’est bien fait pour toi, tu mérites qu’on te colle une bite contre la cuisse. Evidemment.

La troisième agression, ou comment j’ai été agressée par un ancien ministre

Ce n’est pas la « pire », mais celle qui m’a intellectuellement le plus ébranlée. Parce que les deux premières fois, je me disais que c’était peut-être ma faute. Je n’avais pas su dire non. Je n’avais qu’à prendre une veste.

Mais cette fois-là, j’ai compris que ça pouvait arriver à n’importe quelle femme, dans n’importe quelle circonstance, que personne n’était à l’abri.

Il faut que je vous détaille le contexte, pour que vous compreniez à quel point c’était inouï, à quel point cela révèle le sentiment d’impunité des prédateurs, et tout particulièrement, des prédateurs puissants.

J’avais vingt-ans. A cette époque, mon père était ministre. Il était très exposé médiatiquement, et je souffrais beaucoup de cette attention extrême, de ce climat polémique qui rôdait tout le temps autour de lui, de ma famille, et j’aurais mille fois préféré l’anonymat. Mais le seul privilège de ministre qui me consolait, le seul dont lequel j’étais heureuse de bénéficier, c’était l’opéra. Le merveilleux opéra de Paris invitait régulièrement les ministres à assister aux représentations, et mon père, qui connaît mon amour pour l’art lyrique, me faisait souvent bénéficier de la deuxième invitation. L’y accompagner était une joie immense. Ce soir-là, nous allions voir un Wagner à l’opéra Bastille (était-ce Parsifal ? était-ce le Ring ?), et j’étais aux anges. Mais mon père a eu une urgence à gérer, et n’a pu me rejoindre qu’à l’entracte. Du coup, les sièges étaient rebattus, et quelqu’un s’est assis à ma droite, là où mon père aurait dû être.

Je ne sais pas si vous connaissez l’opéra Bastille. Dans cette immense et magnifique salle, une rangée est considérée comme la « rangée VIP ». C’est la catégorie Optima, la première rangée du premier balcon, en plein milieu de la salle (et non pas devant la scène), avec personne devant vous sur plusieurs mètres. C’est la rangée la plus exposée, où on voit aussi bien qu’on est vu. Les ministres, les hautes personnalités, les stars, sont toujours placés là, et c’était un immense bonheur pour moi de pouvoir en bénéficier. J’insiste là-dessus pour expliquer que ce ne sont pas des places discrètes, où on serait caché dans l’ombre. Ce sont des places où tout le monde sait qui vous êtes et voit ce que vous faites.

Un vieux monsieur à l’air éminemment respectable s’assoit donc à ma droite. Son épouse est à sa droite à lui. J’insiste. Son épouse est là. La représentation commence. Et au bout de dix minutes, le vieux monsieur a sa main sur ma cuisse. Je me dis qu’il doit être très âgé, perturbé. Je le repousse gentiment. Il recommence. Rebelote. Une troisième fois. Il commence à remonter ma jupe. Il glisse sa main à l’intérieur de ma cuisse, remonte vers mon entrejambe. J’enlève sa main plus fermement et je pousse un cri d’indignation étouffé, bouche fermée. Tout le monde me regarde. Il arrête. Dix minutes plus tard, il recommence. Je lui plante mes ongles dans la main. C’est un combat silencieux, grotesque, en plein opéra Bastille. Wagner sur scène, le vieux pervers contre la gamine en pantomime dans la salle.

A l’entracte, mon père arrive. Je le vois soucieux, je ne veux pas le stresser davantage. J’ai peur qu’il aille casser la gueule du type en plein opéra et qu’on ne puisse pas finir la représentation. C’est bête, mais je me tais aussi par respect pour sa femme assise à côté de lui – je ne veux pas l’exposer à cette humiliation. Je ne dis rien à mon père. Mais je change de place, et je demande à son officier de sécurité : « Pouvez-vous me dire qui est cet homme ? » Cinq minutes plus tard, il me donne la réponse, je cherche sur Google, je vérifie. C’est bien lui. Et je suis estomaquée.

 C’est un ancien ministre de Mitterrand, membre de plusieurs gouvernements, qui a occupé des fonctions régaliennes, qui est une grande figure de gauche, décoré de l’Ordre national du mérite et de plusieurs autres Ordres européens. Une statue vivante. La représentation recommence, je suis tranquille, mais je n’arrive pas à me concentrer sur la mort des Dieux et les vocalises de la cantatrice.
Je repasse en boucle ce qui vient de se passer. Je suis fille d’un ministre en exercice, dans la rangée VIP d’un des lieux les plus huppés de la capitale, en pleine lumière. L’homme assis à côté de moi a occupé les plus hautes fonctions de l’Etat, est unanimement respecté, et accompagné de son épouse. Et il m’a agressée pendant tout un premier acte, malgré ma résistance vigoureuse.

Je mesure soudain ce que cela signifie, et j’ai le vertige. Si cela m’arrive ici, maintenant, à moi, par lui, c’est que cela peut arriver à n’importe quelle femme, partout. Que personne n’est à l’abri.

Dans la voiture en rentrant, je raconte à mon père et à son officier de sécurité. Passé le moment de fureur, nous décidons de ne rien faire. Je ne supporte plus sa surexposition médiatique, qui m’affecte aussi par ricochet. Je sais que si je « balance mon porc », pour reprendre l’autre hashtag en vigueur actuellement, tous les regards seront braqués sur moi. Je ne dis rien.
Mais cela fait huit ans que j’ai envie de lui mettre une droite, et que parfois la nuit, je rêve que je l’ai fait, en pleine représentation, devant sa femme, devant tout le monde. En être réduite à rêver de tabasser un vieux, si ça ne l’est pas de l’impuissance.
Vous allez peut-être me dire « donne son nom ». Un reste de peur me retient, mais je crois avoir donné beaucoup d’indices. Et s’il se reconnaît et qu’il lui prend l’envie saugrenue de m’attaquer en diffamation, qu’il sache que mon père et son officier de sécurité d’alors pourront témoigner contre lui. Qu’il sache que je le méprise profondément, et que je plains sa femme.

La quatrième, la cinquième et la centième fois : une femme qui voyage

Je suis une voyageuse, une journaliste, une blogueuse voyage professionnelle. Je voyage souvent seule, loin de chez moi. C’est ma passion et mon métier. La plupart du temps, les gens sont bienveillants et chaleureux. Je fais de belles rencontres, sans arrière-pensée, avec des femmes et des hommes amicaux.

Mais parfois, cela dérape. Je racontais dans mon dernier article sur la Californie comment tout le monde m’avait proposé du sexe, tout le temps. Je l’ai raconté avec humour. C’est devenu mon mode de défense. La politesse et l’humour. Je souris, je dis « non merci » comme si on m’avait proposé une tasse de thé, je fais une blague, parce que je suis petite, une femme, qui n’a jamais fait d’art martial et qui préfère la stratégie d’évitement au conflit frontal. J’ai peur de me faire casser la gueule, violer, tuer. Donc je plaisante. Je suis mignonne, inoffensive. A un homme qui me demande de but en blanc, dans les rues de Nancy, si je veux un « bukkake » (terme japonais qui signifie l’éjaculation simultanée de plusieurs hommes sur une femme placée au centre de leur cercle), je réponds « non merci, je viens déjà de manger des sushis ». Il rigole, il me laisse tranquille. Et moi, je normalise ça. Je ne fais plus attention, je m’habitue.

Aujourd’hui, en voyant déferler les #moiaussi, je me dis que je ne veux plus accepter. Je ne veux plus normaliser. A chaque agression, j’ai été passive, je n’ai pas voulu déranger, j’ai pris la honte sur moi au lieu de la renvoyer sur celui qui méritait de la ressentir. Mais je ne suis pas coupable. Nous ne sommes pas coupables, et rien ne justifie le harcèlement.

Peu à peu, le monde commence à comprendre que, si tous les hommes ne sont évidemment pas des agresseurs, toutes les femmes ou presque ont un jour été agressées par un homme. Que c’est grave, et qu’il faut réagir.
Je ne me suis pas mise à haïr les hommes, j’en connais des tas de bien. Je ne crains pas les inconnus, j’ai fait des dizaines de rencontres paisibles et chaleureuses. J’aime les gens. Je n’ai pas une nature méfiante. Mais j’aspire à un monde amical et sain, où la confiance et l’amitié sont permises par le respect mutuel. Où personne ne vous touche, ne commente votre corps, ne vous scrute, sans votre consentement. Et je crois que cette semaine, nous avons fait un pas dans la bonne direction. Continuons le combat.

Voir de plus:

Juliette Binoche : « La femme est facilement moquée, ridiculisée, on a besoin de la diminuer »

L’actrice a collaboré plusieurs fois avec Harvey Weinstein, accusé de harcèlement sexuel et de viols. Elle témoigne dans un entretien exclusif au « Monde ».

Propos recueillis par Franck Nouchi (Médiateur du Monde)

Le Monde

Plusieurs des films qui ont contribué à la consécration internationale de Juliette Binoche étaient produits par Harvey Weinstein. Ainsi, Le Patient anglais, un film d’Anthony Minghella pour lequel l’actrice française a obtenu, en 1997, l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. Ou encore Le Chocolat, de Lasse Hallström, qui a valu à Juliette Binoche d’être nommée, en 2001, à l’Oscar de la meilleure actrice. Pour Le Monde, elle a accepté de sortir du silence qu’elle s’impose depuis que l’affaire Weinstein a éclaté.

Vous qui connaissez bien Harvey Weinstein, avez-vous été surprise à la lecture des enquêtes récentes qui l’accusent d’être un prédateur sexuel ?

Etant par monts et par vaux, je n’ai pas lu grand-chose, si ce n’est, un peu, ce que certaines actrices ont déclaré. Et je dois dire que j’ai été choquée par les faits les plus graves qui sont rapportés – à savoir que certaines d’entre elles accusent Harvey Weinstein de les avoir violées.

Des facettes d’Harvey, j’en connais beaucoup, vu que j’ai travaillé avec lui à plusieurs reprises. Au tout début, quand je l’ai connu, il avait créé Miramax avec son frère et distribuait des films européens et étrangers importants aux Etats-Unis. C’est lui qui, par exemple, a fait connaître là-bas Krzysztof Kieslowski, Jane Campion, lui qui a distribué Les Amants du Pont-Neuf, de Leos Carax, sans toucher à son montage, contrairement à la réputation qui lui était faite.

Il était, à cette époque, le seul distributeur américain que je connaissais qui avait un tel enthousiasme pour le cinéma d’auteur, le seul qui s’en donnait les moyens, car il y croyait. A l’époque, je ne me suis jamais sentie en danger avec lui, car je pense que j’étais déjà armée. La seule fois où j’ai entendu une insinuation sexuelle verbale de sa part, je ne l’ai pas prise au sérieux, j’ai répondu immédiatement par un revers de balle hors jeu.

Vous en parlait-on comme d’un harceleur ?

Je me souviens qu’une actrice m’en a fait part un jour.

Mais il ne vous a pas harcelée…

Personnellement, non. Mais je pense que j’ai eu assez tôt un sens du danger face aux circonstances que j’ai pu croiser dès l’enfance ou à mes débuts d’actrice. A 18 ans, un metteur en scène, pour me parler d’un nouveau projet, m’avait invitée à dîner. A la fin du repas, il m’a sauté dessus pour m’embrasser. Je l’ai repoussé immédiatement en lui disant : « Mais je suis amoureuse, j’ai un amoureux ! » Une autre fois à 21 ans, j’ai été invitée chez un producteur une heure avant un dîner organisé pour la fin d’un tournage, il s’est jeté sur moi sauvagement, j’ai dû le repousser pareillement.

Instinctivement, je souhaitais être respectée dans mes sentiments et dans mon corps. Mon histoire personnelle m’y incitait. A l’âge de 7 ans (j’ai raconté cet épisode dans le magazine Elle), un maître s’est permis des attouchements sexuels, à la suite de quoi j’ai commencé à mettre des pantalons pour me protéger. Une copine m’a parlé de ce qu’il lui arrivait également et j’ai pu en parler à ma mère. Et puis ça s’est arrêté.

Comme toutes les filles, j’ai fait mes classes, j’ai appris à me détourner, à me rebeller, à m’insurger face à l’impunité masculine. Finalement, ces batailles-là m’ont permis de me positionner et souvent, la rage n’était pas loin. Ce sont des blessures, certes, mais c’est aussi une chance d’avoir pu me structurer rapidement par l’expérience de ces épreuves, qui ne sont évidemment pas souhaitables. Mais parfois, malheureusement, tout le monde n’a pas cette repartie, et certaines situations peuvent devenir beaucoup plus destructrices.

Au cinéma, l’exercice du pouvoir est très particulier. Le producteur a un pouvoir, le metteur en scène a un pouvoir, l’acteur a un pouvoir. S’approcher de ces pouvoirs-là, c’est un peu comme des trous noirs dans l’espace, ils dégagent une énergie qu’il faut savoir décrypter, sentir, on peut tourner en orbite, mais gare à ne pas se laisser happer !

Tout cela pour dire que quand j’ai travaillé avec Harvey Weinstein, je sentais qui j’avais en face. Le genre de type avec lequel je n’irai jamais m’amuser. J’ai déjeuné avec lui une fois en tête-à-tête dans sa suite, je n’ai pas senti de danger, mais je n’ai pas compris pourquoi il tenait à me voir.

Vous aviez instauré entre lui et vous une sorte de rapport de force ?

D’une façon naturelle, oui, sans préméditation.

Ce que vous dites semble signifier que les actrices qui aujourd’hui l’accusent s’exposent à ce qu’on leur dise : « Vous n’avez pas été suffisamment clairvoyantes… »

Chaque situation est différente, ce serait dangereux de généraliser. Mais face à la corpulence d’Harvey, face à son énergie, sa voix, son débit, face aux mots qu’il utilise, à ses croyances, en s’approchant d’un tel pouvoir, il faut savoir où on met les pieds et éveiller son intelligence à ne pas se faire piéger. Si tu veux faire ce métier, c’est que quelque chose en toi te pousse à le faire, qui va au-delà de toi-même, au-delà du désir de ton besoin de pouvoir. Et c’est là que tu dois te poser la question essentielle : pourquoi suis-je là ? Qu’est-ce que je cherche ? Qu’est-ce que je veux ?

J’ai connu un acteur qui m’appelait au milieu de la nuit, venait sans prévenir chez moi, bref, il essayait de m’avoir. Une fois je l’ai foutu à la porte. Une autre fois, devant le maquilleur et coiffeur, je lui ai demandé pourquoi il m’avait appelé en pleine nuit. Il a fini par arrêter.

J’ai été élevée par une mère qui avait un sens de la force individuelle. Au fond de moi, j’aime être femme, mais je me sens aussi bien homme que femme. La force n’a pas de sexe. La force a pour force son individualité.

En vous écoutant, on se dit que le métier d’actrice n’est pas à mettre entre toutes les mains…

Mais absolument ! L’acteur doit voir, observer, jauger, renifler, esquiver, se protéger, mais au moment essentiel de son métier, c’est-à-dire devant la caméra ou sur une scène, se donner corps et âme ! Encore une fois, si l’on va y chercher un petit pouvoir personnel, on fait fausse route. Mais il existe un autre pouvoir, celui qui est au-delà de sa volonté et de ses propres désirs, mais qui passe par une descente en soi, et c’est cet autre pouvoir qui est passionnant, car il conduit à l’œuvre et à ce qui s’œuvre en soi.

Comment cela s’apprend-il ?

Par l’épreuve ! On passe par l’épreuve pour faire ses preuves ! Et on se débrouille dans l’épreuve. On parle, on lit. On cherche. On se confronte. On tombe. On change d’attitude. On est perdu. On s’éveille à l’épreuve. L’humour compte beaucoup. Et puis lâcher, lâcher les attentes, les peurs, les espérances de conquête, de satisfaction. Il y a une mise à mort intérieure dans l’épreuve. Un retournement. On n’est pas là pour se servir.

Mais on ne dénonce pas ?

Il y a longtemps, dans un entretien au magazine Première, j’avais donné le nom du réalisateur qui avait essayé de m’embrasser et que j’avais repoussé à 18 ans. A la suite de quoi, il m’avait écrit une lettre me demandant de dénoncer ce que j’avais déclaré dans ce magazine. Ce que je n’ai évidemment pas fait. Le producteur qui s’est jeté sur moi, je n’ai jamais donné son nom dans la presse. J’avais le choix entre taire son nom ou, au contraire, le poursuivre en entamant une procédure. Mais je ne pense pas qu’il faille se servir de la presse pour instruire un procès.

La perception du féminin est une force mystérieuse qui peut faire peur, et qui peut conduire les hommes au désir de la contrôler, de l’objectiver, de s’en emparer. Sans parler de la jalousie que peut susciter la femme, car elle peut enfanter. Mais on parle très peu de cet aspect-là. La femme est facilement moquée, imitée, ridiculisée, on a besoin de la diminuer.

Emma Thompson parle d’une crise de la masculinité…

En effet, parce que notre côté masculin ne descend pas facilement de son orgueil, il veut garder bonne figure, se protéger de la peur avec la vanité pour bouclier, garder son désir de puissance absolue pour se tenir droit. Donald Trump en est la plus récente stature symbolique, enfermé dans sa croyance la plus primaire. Il n’a pas conscience de son indécence. C’est une attitude que l’on peut trouver chez les femmes bien sûr, car les femmes comme les hommes doivent transformer leur désir de pouvoir, de possession et de jouissance.

Laisser tomber le masque de l’orgueil, c’est plonger dans ce que l’on ressent, chercher ce qu’il y a derrière, laisser ses émotions s’exprimer, en acceptant qu’elles ne sont pas forcément jolies, sans s’identifier à elles, elles nous indiquent où nous en sommes, car elles passent, les émotions, elles ne sont pas un but, mais une aide et, à un moment donné, elles nous quittent d’elles-mêmes, on n’a plus besoin d’elles, elles ne nous font plus peur, mais parfois, elles s’attachent rudement, car comme on peut être changé en un éclair, dans un élan fulgurant, il faut aussi parfois un temps infini pour que le fond de l’être soit épuisé par ses pulsions primaires pour vivre enfin une autre perception de nous-mêmes.

Cela fait des millénaires que le masculin essaye de dominer le féminin, des millénaires que le féminin n’est pas à sa juste place, il attend patiemment que le masculin se rende, abdique ses croyances de supériorité physique, créatrice ou intellectuelle. Le pouvoir n’est pas là où l’on croit. Le féminin et le masculin ne sont pas égaux, ils se complètent. Mais cela va sans dire que les hommes et les femmes doivent avoir les mêmes droits.

Pour en revenir à Harvey Weinstein, pensez-vous que si l’on s’en prend à lui aujourd’hui, c’est aussi parce qu’il est plus facile de s’en prendre à un homme dont le pouvoir est déclinant ?

C’est possible. Je l’ai croisé à Cannes au printemps dernier, et je l’ai senti en décalage. C’est un homme que j’ai connu dans différentes situations. Une fois, je l’ai vu pleurer parce qu’il se sentait honteux, mais je l’ai vu aussi généreux, et également menteur. C’est un être complexe et tout aussi bizarrement attachant. Mais je savais aussi très bien quelle bête il y avait en lui.

Certaines actrices disent s’être rendues dans sa chambre d’hôtel. Un refus, expliquait leur entourage, risquait de compromettre leur carrière…

Il y a peut-être des actrices qui sont plus influençables et moins préparées aux situations avec les gens de pouvoir, surtout quand on débute. Mais ce genre d’argument ne m’a jamais convaincu, peut-être parce que j’ai appris tôt à être responsable. Je n’ai jamais mis la parole de mon agent avant la mienne. J’écoute, mais je n’obéis pas. Sinon, c’est comme s’approcher d’un volcan. Si tu veux t’approcher du volcan, tu peux le faire, mais tu te brûleras, immanquablement.

Et y a-t-il beaucoup de volcans dans le cinéma ?

Il y en a. Je précise que ça m’est arrivé de ne pas être prise dans des films parce que je n’avais pas répondu aux coups de genou sous la table, parce que je n’ai pas appelé le numéro de portable qu’on m’avait donné après avoir répété. J’ai raté quelques films comme ça.

Toutes les actrices n’ont pas votre expérience, votre capacité à résister…

C’est un métier dangereux. C’est pourquoi l’intuition est primordiale, ce n’est pas la tête qui doit opérer, c’est l’intuition. Et se poser les vraies questions qui authentifient votre parcours.

Depuis plusieurs jours, des milliers de femmes s’expriment sur Twitter par le biais du hashtag #balancetonporc. Que pensez-vous de cette prise de parole aussi massive que subite ?

Si cela peut aider à changer les consciences, pourquoi pas ? Aujourd’hui, de nombreuses personnes profitent de ce moment pour s’ouvrir, se délivrer d’un non-dit, peut-être que cela finira par réveiller les consciences !

Dans cette affaire Weinstein, ce sont des femmes qui prennent la parole. Très peu d’hommes le font. Selon vous, existe-t-il une forme de complicité masculine ?

Tout d’abord, je pense que certains hommes ont été soumis à des situations similaires, soit avec des hommes ou même avec des femmes… Mais il est vrai que sur les plateaux de tournage, américains en particulier, c’est la force masculine qui domine. Aux Etats-Unis, à de très rares exceptions près, le pouvoir du final cut appartient aux producteurs.

En Europe, et tout particulièrement en France, la loi protège l’auteur, le final cut est un droit du metteur en scène, et de ce fait, la relation entre le metteur en scène et l’actrice est beaucoup plus forte qu’aux Etats-Unis. J’en ai parlé un jour avec Martin Scorsese : « Mais pourquoi ne consacres-tu pas un film à un personnage de femme ? » J’ai posé la même question à Steven Spielberg qui m’a assuré en avoir tourné un dans les années 1960. Personne ne s’en souvient.

Le cinéma américain d’aujourd’hui est un cinéma du désir de puissance et de pouvoir, et, malheureusement, qui fait des petits un peu partout dans le monde. Le cinéma américain et son esprit dominent le monde.

Diriez-vous que le cinéma américain est misogyne ?

Non, je dirais qu’il est dans la crainte du féminin, ce qui est un peu différent. Tant que le masculin n’aura pas le courage de vivre ses émotions entièrement, sans penser que c’est un truc de bonne femme, tant qu’il n’aura pas connaissance de sa vulnérabilité, de sa précarité, de sa délicatesse, on sera toujours dans le même système enfermant et enfermé. Le masculin doit sortir de son côté animal pour aller vers son humanité. C’est une écoute différente, une vision autre. Le chemin, c’est le féminin, c’est une force qui doit descendre en lui. Il doit se laisser gagner, comme une bête après avoir trop couru. Il a le choix. C’est en perdant qu’il gagne.

Voir aussi:

« Balance ton porc »: le grand Délathon a commencé!

Il faudra peut-être se souvenir de ce jour d’octobre 2017 où le mot « dénonciation » est devenu synonyme de « parole libérée ». On a encore du mal à trouver le terme qui qualifiera une époque où la délation est devenue un acte de courage, la surveillance un devoir moral et le déballage un brevet de correction. « Balance ton porc », le dernier gadget idéologique à la mode, n’est certes pas le premier épisode du grand Délathon. Comme le savait très bien Debord, la dénonciation est devenue dans les années 80 le sport favori des journalistes de gauche et il faudra un jour compter les victimes innocentes de la calomnie médiatique. Mais avec le secours de la technologie, elle est devenue une industrie. Et quand cette industrie se met au service de la meilleure cause du monde, celle des Femmes, elle devient un pouvoir redoutable. On se rappelle le déchaînement suscité en novembre 2013 contre les avocats de la liberté de prostitution (entre adultes). Ces salauds, qui défendaient une opinion certes contestable mais légitime, furent noyés sous un torrent de boue grâce au site confectionné à ce seul effet par un militant…libertaire ! Cependant, cet appel au lynchage numérique n’avait pas suscité le même enthousiasme que BTP (pour Balance ton porc), ni attiré la même bienveillance publique (encore que notre chère Najat l’approuvait grandement).

Weinstein et les vierges outragées

Peut-être faut-il préciser que je suis fermement opposée à toute contrainte, à toute violence exercée sur une femme ou sur un homme pour obtenir des faveurs sexuelles. Un homme, ça s’empêche. Et ceux qui ne s’empêchent pas doivent être sanctionnés ou matés. Pourtant, quand des actrices célèbres et primées expliquent qu’elles se sont tues sur les agissements d’Harvey Weinstein, pour ne pas mettre leur carrière en danger, j’ai du mal à les plaindre. Et quand elles ne parlent que pour se joindre à un lynchage déjà presque fini, j’ai du mal à admirer leur courage. Le tout Hollywood qui mangeait dans la main du producteur quand il était puissant, nous fait le chœur des vierges outragées maintenant qu’il ne peut plus ni lui nuire, ni lui servir et que cracher sur lui fait de chacun un héros.

L’inflation galopante du mal

Que des hommes, tentent, dans la vie professionnelle de profiter de leur pouvoir pour coucher, en particulier dans le milieu du cinéma, comme le dit mon ami Marc Cohen, cela existe sans doute depuis Plaute et Aristophane. Des patrons lourdingues et des chefs harceleurs, il y en a certainement dans tous les milieux – des hommes qui tentent leur chance aussi et heureusement. L’ennui, c’est qu’à la faveur de chaque scandale, on nous raconte la même légende : toutes les femmes sont harcelées, puisque le harcèlement est la norme. Depuis que l’affaire Weinstein a éclaté, on assiste, sur les bandeaux des chaînes info, à une inflation galopante du mal : au début, c’étaient 38 % des femmes qui avaient subi du harcèlement dans leur travail. Une semaine plus tard, on en est à 90 % (à peu près autant que la réussite au bac). Balance ton porc, cela signifie que chaque femme en a au moins un et que si tu ne le balances pas, tu es complice.

Des témoignages ne font pas une vérité

Seulement, pour que toutes les femmes soient harcelées, il faut étendre très largement la définition du harcèlement. « Fixer, c’est harceler »« Insister, c’est harceler », proclameune campagne dont les Transports publics bordelais sont très fiers. Dans le flot de témoignages recueillis sous le hashtag #Balancetonporc, on a vu apparaître des noms connus, celui-ci m’a fait une blague lourde, celui-là a essayé de m’embrasser et tel autre a louché sur mon décolleté. Certes, il y a aussi des histoires terribles de femmes obligées de supporter des gros porcs. Reste que des témoignages, aussi poignants soient-ils, ne constituent pas une vérité. Pour arriver à celle-ci, la Justice doit entendre l’autre partie. Et la plupart des journaux ne publieraient pas non plus ces récits sans solliciter le harceleur présumé (même si c’est exactement ce que France Inter a fait dans l’affaire Baupin, diffusant des témoignages à charge sans même faire réagir l’avocat du présumé coupable).

Être une femme, c’est pas si difficile

Autant l’avouer : je n’ai pas de porc à balancer. Il est arrivé que des hommes de pouvoir, qui étaient parfois mes supérieurs, me fassent des avances, et il est arrivé que je les refuse – sans autre conséquence que, une fois, des menaces qui n’ont pas été mises à exécution, leur auteur ayant compris le ridicule de la situation. Non seulement je n’ai pas été traumatisée mais je suis encore amie avec certains de ces « harceleurs ». Et je n’ai pas été traumatisée non plus par le grand Noir qui, dimanche matin, dans le métro, m’a lancé : vous êtes superbe ! Je lui dirais même volontiers qu’il a fait ma journée. Alors peut-être que j’ai de la chance. Mais, alors que le harcèlement est un délit pénal et qu’il est unanimement condamné par la société, on ne me fera pas croire que l’existence des femmes en France est un calvaire.

Le Maire harcelé

Avec Balance ton porc, le féminisme victimaire, habile à se saisir des agissements d’un seul pour dénoncer tous azimuts, a encore franchi une étape. Non seulement la délation est célébrée, mais ceux qui osent émettre un soupçon de réserve se voient sommés de faire leur autocritique. Invité sur France Info, Bruno Lemaire a déclaré qu’il ne connaissait pas de politique harceleur, mais que, s’il en connaissait un il ne le dénoncerait pas car, a-t-il répété, « la dénonciation n’a jamais fait et ne fera jamais partie de mon identité politique ». Eh bien, croyez-le si vous voulez, mais trois heures plus tard, le même publiait une autocritique écrite et filmée sur son compte Twitter : « Je me suis exprimé ce matin sur le problème du harcèlement sexuel subi par les femmes en France et je me suis mal exprimé. Je le regrette », déclare-t-il en introduction avec la mine d’un garçonnet pris en train de mater les magazines pornos de son père, avant de dérouler une longue explication dont il ressort qu’on ne trouvera pas soldat plus zélé que lui, désormais, dans la lutte contre les violences faites aux femmes.

Si j’étais un homme…

Que l’on puisse exiger d’un adulte qu’il renie publiquement des convictions exprimées le matin même et qu’il approuve un appel à la délation pour se conformer à l’hystérie collective du moment devrait tous nous terrifier. Le plus grave est bien que cette scène digne de Milan Kundera n’ait pas suscité de réaction. Alors peut-être que le stalinisme nous revient sous forme de farce, mais je ne suis pas certaine que celle-là nous fera rire longtemps. Pour tout dire, si j’étais un homme, je ne rirais pas du tout. Et comme j’ai d’excellents amis hommes j’ai peur pour eux.

En effet, si nous sommes toutes victimes, tous les hommes sont coupables ou susceptibles de l’être. Il convient donc de les placer sous surveillance. Reste à savoir comment on évitera que des femmes se vengent d’avoir été trompées, quittées, privées de la promotion ou du week-end à la mer qu’elles exigeaient en accusant leur amant ou leur voisin de bureau. J’ai interrogé deux de mes amis qui ont des vies amoureuses disons compliquées. Leur réponse, identique, donne une idée de l’époque dans laquelle nous vivons : « Je garde tous les SMS ». C’est beau, l’amour au temps du féminisme.

Voir de même:

Harcèlement sexuel : « Nous sommes si nombreuses que c’en est impressionnant »
Dans une tribune au « Monde », la sociologue Irène Théry estime que le hashtag #balancetonporc est le signe que la honte a changé de camp.

Irène Théry (Sociologue, directrice d’études à l’EHESS)

Le Monde

21.10.2017

Tribune. « Balance ton porc : le grand délathon a commencé », a écrit la journaliste Elisabeth Lévy dans Causeur. Et elle est si sûre de son jugement historique qu’elle prédit que, un jour, on se souviendra de ce mois d’octobre 2017 comme de « l’époque où la délation est devenue un acte de courage, la surveillance un droit moral, et le déballage un devoir de correction ».

Et Alain Finkielkraut d’en rajouter à « L’Emission politique » : avec ce hashtag dont la vulgarité et la brutalité passent l’imagination, c’est, selon lui, la fin de la plus élémentaire présomption d’innocence, tous les hommes brutalement transformés en porcs, cependant que sonne le glas d’une époque révolue, celle de la mixité heureuse et du respect des manières, cœur de la civilisation des mœurs, fierté d’une certaine identité française.

Je n’en reviens pas. Je me demande si nous vivons dans le même monde.

Aurais-je cédé à l’air du temps, et passé du côté de la délation et du déballage, moi qui, comme tant d’autres, ai pris mon clavier et tracé ces mots sur ma page Facebook, #MoiAussi, en donnant les âges auxquels ça m’est arrivé : 8, 24 et 35 ans. Faudrait-il trier le bon grain de l’ivraie, et séparer celles qui comme moi, ont utilisé le hashtag #MeToo, n’ont dénoncé personne et n’ont pas même exposé les faits, et celles qui ont choisi, au contraire, d’utiliser à plein la force humoristique de #balancetonporc, raconté sans détour ce qui leur était arrivé, et parfois même (très rarement, il faut le souligner) nommé celui qui les avait agressées ?

Pour moi, la réponse est claire : entre la sobriété et la provocation, la retenue et le récit, c’est une simple question de style, peut-être d’âge ou de sensibilité – peu importe, au fond. Le fait important, c’est justement la rencontre évidente, amicale, solidaire de ces façons d’agir différentes. Ce que nous disons, ce que nous faisons en ce moment, est pour l’essentiel identique. Nous témoignons. Il n’y a pas moins de pudeur chez les unes que chez les autres, pas plus de vulgarité chez les autres que chez les unes.

J’ai choisi #MoiAussi, mais plus j’y pense, plus j’apprécie le chic de #balancetonporc : pour toutes celles qui, parmi nous, ont reçu la vulgarité extrême au plus intime de leur corps, et qui en ont intériorisé la honte, y compris à leur esprit défendant, la respiration est plus libre depuis que ce remarquable retour à l’envoyeur a été balancé comme un direct du droit. Par le simple fait de dire que nous avons subi, nous faisons advenir quelque chose de neuf. La honte, peu à peu, change de camp.

La parole, longtemps privée, change de statut
Nous sommes si nombreuses que c’en est impressionnant. Nous le savions déjà par nos discussions entre amies, mais quelque chose est absolument différent quand se dit au grand jour toute la gamme des choses subies, qui va des mots obscènes et des mains aux fesses aux agressions sexuelles, aux viols et aux menaces de mort. Ce qui change, depuis quelques jours, c’est justement que cette parole, longtemps privée, change de statut. Qu’elle devienne publique. Qu’elle soit posée là, dans l’espace commun, et qu’elle place chacune et chacun devant ses responsabilités. Prendre la mesure d’un héritage. Affronter la complexité du présent. Dessiner l’espoir du futur.

Prendre la mesure d’un héritage. Aucune nostalgie du passé n’est décente. Car il y a toujours eu un envers sombre à la galanterie aristocratique célébrée depuis tant d’années par M. Finkielkraut. Cet envers se nommait la division des femmes en deux, celles qu’on respecte et celles qu’on méprise. Celles qu’on épouse et celles qu’on baise. Celles qui sont l’honneur de la famille et celles qui sont perdues de réputation. Ce grand partage n’était pas un accident, mais un véritable principe organisateur de la société, dans un monde fondé sur la complémentarité hiérarchique des sexes et qui désignait les femmes comme les responsables et les coupables de la sexualité des hommes.

Séparation des femmes par classes. Quand le viol des « femmes de qualité » était férocement réprimé, le gibier à portée de main se nommait domestiques, lavandières, filles de ferme, employées, ouvrières, secrétaires. Séparation plus secrète des forts et des faibles dans le secret des familles, des institutions religieuses et des pensionnats, où l’on comprend que l’envers du décor, c’était le continent noir de la violence sexuelle sur certains des plus jeunes, des plus fragiles, petites filles mais aussi petits garçons.

Division enfin des femmes par état matrimonial, dignes épouses et mères de familles d’un côté, filles perdues et filles-mères, catins et prostituées de l’autre. Ce principe de division a été dénoncé, et avec quel courage, par celles qui savent mieux que quiconque que naguère encore, leur métier les plaçait du côté de celles qu’on n’épouse pas. Nous ne devrons jamais oublier ce que nous devons aux actrices.

Distinguer la séduction et l’agression
Affronter la complexité du présent. Le point central, qui échappe manifestement à ceux qui s’indignent, est que dans ces témoignages, la volonté de faire tomber des têtes est très peu présente. Il ne s’agit pas principalement de traîner en justice, pas même de désigner des individus à la vindicte. Et, même si tout a démarré par l’affaire Weinstein, il faut savoir écouter au-delà.

Réécouter, par exemple, le témoignage de Florence Darel à l’émission « Quotidien », exemplaire de dignité et de pudeur. Elle ne venait pas lyncher un homme déjà à terre, elle venait parce qu’une chaîne de solidarité se tisse anneau par anneau, et que seul le fait d’ajouter un témoignage personnel à un autre peut renverser le principe de l’omerta. Je redoute, bien sûr, que des injustices soient commises. Mais affronter ce risque ne peut pas être une raison de renoncer.

Lire aussi :   « Le sexe et les corps sont encore une conquête à faire »

Dessiner l’espoir du futur. J’ai entendu Laure Adler le dire magnifiquement un matin à la radio, mais aussi Anne Nivat à la télévision. Ce qui se passe aujourd’hui est une question de société, de culture, de civilisation. Pour celles qui parlent, c’est la fin d’une longue épreuve, dont on sent rétrospectivement à quel point elle était lourde. Mais en aucun cas ce qui domine n’est une plainte victimaire : c’est un geste de fierté, de foi en l’avenir et un pari sur l’intelligence collective.

Ce pari sur l’intelligence dit une chose simple : ce qui se passe aujourd’hui n’est en rien une mise en cause du charme, du plaisir ou de la séduction. Il faut en finir avec ces amalgames : tout le monde sait parfaitement distinguer la séduction et l’agression. Tout le monde. Que l’on tente de séduire, ou qu’on se laisse séduire, on sait quand l’autre consent, et on sait quand on consent soi-même. La séduction, c’est justement l’art de lever un à un les possibles malentendus.

Et c’est notre chance que cela ait été dit en premier par les actrices, ces incarnations de la séduction, dont nous admirons les silhouettes, dont nous aimons qu’elles montrent leurs jambes et leurs décolletés. Les comédiennes n’acceptent plus comme une fatalité de risquer les pelotages et les violences. Elles ne sont pas du gibier pour libidineux de petite ou de grande catégorie. Leurs témoignages sont comme ceux de milliers d’anonymes, et comme le mien aussi : l’appel à une nouvelle civilité sexuelle.

Voir également:

La psychologie des superstars prédateurs sexuels

Project Syndicate
LONDRES – Le scandale d’agression sexuelle de Harvey Weinstein n’est pas près de s’arrêter. C’est tout le contraire : la police au Royaume-Uni enquête en ce moment sur plusieurs allégations qui impliquent le producteur oscarisé. Bien que Weinstein ait « explicitement nié » les allégations de rapports sexuels non consensuels et qu’aucune arrestation n’ait eu lieu, plus de deux douzaines de femmes, notamment les actrices Angelina Jolie, Gwyneth Paltrow et Rose McGowan, l’ont publiquement accusé de harcèlement. Les allégations s’étendent sur près de 30 ans.
Hollywood a du mal à expliquer comment l’une de ses personnalités les plus célèbres a pu s’en sortir en toute impunité en agissant de la sorte depuis si longtemps. Woody Allen a fourni un indice important. Bien qu’ayant collaboré avec Weinstein sur plusieurs films, il affirme que personne n’a jamais attiré son attention sur des allégations de mauvais traitements. « Et personne ne souhaitait le faire, parce qu’on ne s’intéresse pas à cela, a déclaré Allen à la BBC. « Ce qui vous intéresse, c’est de réaliser votre film. » D’autres personnes qui ont collaboré avec Weinstein au fil des ans ont fait des déclarations similaires.Est-ce l’équivalent à Hollywood du « mur du silence » en matière policière, ou bien y a-t-il quelque chose de plus clinique à l’œuvre ?Une réponse possible se trouve dans les résultats de récentes études en psychologie. Selon des scientifiques aux États-Unis et en Israël, il existe certains traits de personnalité, les « trois composantes obscures » du narcissisme, de la psychopathie et du machiavélisme, qui sont le plus souvent associées à un comportement sexuellement violent.Une découverte intéressante dans les résultats de cette recherche, publiée en 2016 dans le journal Personality and Individual Differences(La personnalité et les différences individuelles), c’est que les traits de personnalité associés à un penchant au harcèlement peuvent être des « adaptations psychologiques spécialisées » qui permettent aux individus d’exploiter des « niches » dans la société. En d’autres termes, certains prédateurs sexuels pourraient faire carrière dans certains secteurs d’activité spécifiques qui leur permettent d’exploiter les autres.Les chercheurs ont également constaté que la disposition qui motive la réussite d’une personne peut également comprendre certains traits de personnalité qui expliquent sa tendance à exploiter les autres. Les traits nécessaires pour remporter les Academy Awards, par exemple, peuvent être semblables aux traits d’une personne qui recherche un grand nombre de partenaires sexuels et des relations qui nécessitent peu d’engagement.

En ce sens, cette étude suggère que nous ne devrions pas être surpris de retrouver un parallèle semblable dans bien d’autres aspects de la société. Ce n’est pas seulement à Hollywood que les caractéristiques qui font d’une personne une star peuvent faire de la même personne un agresseur.

L’étude sur les « trois composantes obscures » a été publiée bien avant les allégations contre Weinstein, mais elle demeure la plus vaste enquête sur la personnalité des harceleurs sexuels. Les chercheurs (basés à Oakland University, à l’Université de Géorgie aux États-Unis et au Sapir Academic College en Israël), ont interrogé plus de 2 500 hommes et femmes en Israël. Les sujets susceptibles d’exploiter les autres ont fait preuve d’un certain nombre de caractéristiques, notamment d’insensibilité, d’un côté désagréable, de duplicité, d’égocentrisme, de manque d’honnêteté ou d’humilité et d’un intérêt excessif pour les talents et les objectifs d’une personne.

Ce dernier trait (également connu sous le nom de narcissisme), est un élément clé des trois composantes obscures. Les narcissiques ont tendance à être convaincus de leur propre magnificence et croient que les autres personnes devraient être flattées d’être dans leur entourage, même si cela implique des avances sexuelles.

Les machiavéliques, quant à eux, pensent que la meilleure façon d’interagir avec les autres est de leur dire ce qu’ils veulent entendre. Leur défaut de manipulation peut les conduire à un cycle de tromperie ininterrompue face à leurs collègues et amis, ce qui peut expliquer pourquoi une personnalité machiavélique peut se livrer à du harcèlement sexuel ou rechercher des rencontres sexuelles à court terme. Ils croient qu’ils sont tout simplement trop rusés pour se faire prendre.

Lorsque les agresseurs sont démasqués, ils cherchent souvent à rejeter leur responsabilité. Prétendre souffrir d’un trouble tel que « l’addiction sexuelle » ou suivre un programme de réadaptation dans une clinique de réadaptation pour un « traitement », comme Weinstein vient apparemment de le faire, correspond à une réponse machiavélique classique.

Si les allégations se confirment, Weinstein serait un exemple extrême d’agresseur aux « trois composantes obscures ». Mais cette combinaison de traits de caractère n’est pas si rare. En fait, de puissants prédateurs pourraient bien rôder en ce moment même autour de la machine à café. Selon une enquête de 1994 menée sur les employés du gouvernement fédéral des États-Unis, citée dans l’étude sur les « trois composantes obscures », 44 % des femmes et 19 % des hommes parmi les employés ont déclaré avoir été victimes de harcèlement sexuel au travail au cours deux années précédentes.

Comme nous le rappellent les auteurs de l’étude de 2016, le harcèlement sexuel ne consiste pas toujours à essayer d’obtenir des faveurs sexuelles. Mais ce sont plutôt des motivations psychologiques, notamment le besoin d’accroître le sentiment d’estime de soi, l’attrait, ou la masculinité, qui peuvent conduire à des conduites d’abus de pouvoir de la part des prédateurs, lors de rapports visant à dominer ou à rabaisser les autres.

Ce qui peut être particulièrement utile pour comprendre l’affaire Weinstein, quelle qu’en soit l’issue, c’est que Hollywood est bel et bien une bulle d’énergie narcissique. Les psychologues pourraient soutenir que cette caractéristique explique l’aveuglement dont certains ont fait preuve envers les soupçons de comportement pervers de l’un de leurs collègues.

Le harcèlement sexuel est la priorité immédiate dans l’affaire Weinstein, comme il se doit, étant donné la gravité des soupçons de crimes et la détresse infligée aux victimes. Mais pour les psychologues qui cherchent à comprendre l’apparente connexion entre le succès et les maltraitances, l’apparente chute Weinstein n’est que la partie émergée d’un iceberg d’analyse.

Voir encore:
Jacques Chirac, le crépuscule : l’homme à femmes
Paris Match

Dans « “Président, la nuit vient de tomber.” Le mystère Jacques Chirac » (éd. du Cherche-Midi), le journaliste Arnaud Ardoin a confessé Daniel Le Conte, son confident. Nouveaux extraits du livre-événement.

L’homme à femmes

On le baptise « cinq minutes douche comprise », parfois trois, parfois dix, l’expression est presque entrée dans le langage courant. « Lorsqu’il avait un rendez-vous avec une femme, c’était à la minute près. Nous le déposions, il nous donnait un horaire en sortant de la voiture et il revenait à l’horaire exact, il ne fallait surtout pas être en retard », raconte son ancien chauffeur. Des femmes qu’il chevauche, sans plus de préliminaires, parce que le temps presse, parce que la quantité a pris l’ascendant sur la qualité. « Je me souviens d’un voyage à La Réunion, au début de son septennat. Une femme l’aborde et lui demande une dédicace sur l’un de ses livres qu’elle tient à la main. Le président s’approche et lui dit, avec un culot incroyable : “Montez dans ma chambre si vous voulez ?” Et la femme de suivre Jacques Chirac, tout sourire », se souvient l’un de ses gardes du corps à la mairie de Paris.

« Elles sont députées, ministres, conseillères, bourgeoises provinciales »

Les anecdotes se succèdent, les témoignages plus ou moins vrais le voient courir, à l’heure du laitier, dans un couloir sombre d’un immeuble du quartier Montparnasse pour rejoindre une femme qui le guette derrière la porte. Un autre jour, on l’aperçoit rue de la Convention dans les bras d’une autre, à qui il rend visite chaque semaine. Il utilise aussi régulièrement une garçonnière dans l’immeuble du 241, boulevard Saint-Germain (dont le premier étage abrite le siège départemental du RPR) pour satisfaire ses plaisirs avec une collaboratrice du RPR ou une jeune ambitieuse qui cherche la chaleur fugace du pouvoir. Il y a les régulières, les coups de cœur, les « amuse-bouches » qui réussissent à franchir les cordons de sécurité pour approcher le président, d’autres qui partagent le même avion que le président et qui attendent, nues, dans son espace privé, brûlantes de désir.

Elles sont députées, ministres, conseillères, bourgeoises provinciales, des inconnues qu’on lui apporte sur un plateau, et puis il y a celles avec qui il aura une histoire parallèle, tout cela vécu simultanément, réclamant de grandes qualités d’organisation. […] La nuit où la princesse Diana trouve la mort dans un terrible accident de la circulation sous le pont de l’Alma, le président de la République est introuvable. Nous sommes le 31 août 1997. Toute la République est debout. En désespoir de cause, Jean-Pierre Chevènement, le ministre de l’Intérieur, tente un appel à Bernadette Chirac qui, désappointée, lui répond qu’elle ne sait pas où est son mari. Ce soir-là, on le dit dans les bras d’une autre femme. Jean-Claude Laumond, son inséparable chauffeur, est réveillé alors qu’il dort dans sa voiture au pied de l’immeuble où se trouve le président.

La revanche de Bernadette, la bienveillance de Claude

Depuis que sa force physique l’a quitté, la flamme de la rébellion s’est éteinte et les femmes ont repris le pouvoir, mais l’avaient-elles réellement perdu ? La seule différence, c’est qu’il ne peut plus « filer » comme avant. Impossible de se cacher, son espace de liberté s’est rétréci comme une peau de chagrin. C’est étouffant, lui qui aime tant les grands espaces et la liberté. Bernadette passe au bureau en coup de vent, se lamente beaucoup : « La vieillesse est un naufrage », reprenant une formule de Chateaubriand, immortalisée dans les Mémoires du général de Gaulle. Le président est assis dans son fauteuil, sage, silencieux, les yeux dans le vague. La télévision bourdonne doucement. Daniel est à ses côtés comme chaque matin. Il reprend consciencieusement ses rituels matinaux : revue de presse pour faire faire un peu de gymnastique au cerveau du président, pour l’obliger à se souvenir, ou en tout cas à conserver quelques bribes. Sans cet inlassable travail, le Grand aurait rompu les amarres depuis bien longtemps. C’est une certitude.

« A 81 ans, Bernadette vit sa vie »

Pendant que son mari reste toute la journée assis sur son fauteuil, Bernadette en profite pour courir les défilés de mode, partager des soirées chics avec son ami Karl Lagerfeld, participer jusqu’à pas d’heure à des soirées paillettes, comme si elle voulait, à grandes enjambées, vivre tout ce qu’elle n’avait pas pu faire lorsqu’elle était jeune mariée, prisonnière de sa vie de mère de famille, accrochée à son Jacques qui courait les filles. La voilà enfin libre.

A 81 ans, Bernadette vit sa vie. A quelques mètres du bureau de son père, une autre femme veille : Claude, sa fille, et bien plus encore, une vestale infatigable qui le protège, de lui-même, des journalistes qu’elle fuit comme la peste. Elle est son pilier, à la pierre rugueuse, exigeante, lunatique. Ces derniers temps, elle doit gérer mille petites choses qui au bout du compte ressemblent à un lourd fardeau : les études chaotiques de Martin, le petit- ls adoré, qui vient de trouver un emploi chez Christie’s, ses relations avec sa mère, en dents de scie, et mille autres petits tracas, pas toujours gratifiants, qui se percutent, s’entrechoquent, sans véritablement réussir à s’emboîter les uns dans les autres… Fatiguée, surmenée, parfois dépassée par les événements, elle fait front, comme un soldat consciencieux et mutique qu’elle a toujours été, c’est dans sa nature.

L’Elysée réfléchit à une commémoration de Mai 68

Jean-Dominique Merchet
L’Opinion
18 Octobre 2017

La présidence de la République ne veut pas se laisser enfermer dans une lecture « maussade » de l’héritage de 1968

L’Élysée commence à réfléchir à une commémoration de Mai 68, dont on célébrera le cinquantenaire l’an prochain, avec l’idée de sortir du « discours maussade » sur ces événements qui ont contribué à la modernisation de la société française, dans un sens plus libéral. Des personnalités comme Daniel Cohn-Bendit, proche du chef de l’État, seront vraisemblablement associées à la réflexion puis aux manifestations.

Pour Emmanuel Macron, Mai 68 appartient à un passé qu’il n’a pas connu, puisqu’il est né neuf ans plus tard. L’Élysée souhaite donner une dimension internationale à « 68 », car ce fut l’année du Printemps de Prague et de sa répression, des grandes manifestations aux États-Unis, du massacre à l’Université de Mexico, des mouvements étudiants dans toute l’Europe…

L’année 2018 marquera également le 60e anniversaire de la Constitution de 1958 et le Président entend le marquer d’un grand événement (et d’un discours), ainsi que le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, adoptée par les Nations Unies en 1948. L’année prochaine marquera enfin la fin du cycle des commémorations du centenaire de la Première guerre mondiale, avec une importance particulière pour le 11 novembre, qui se prêtera sans doute à la célébration de l’entente franco-allemande et de la construction européenne. Dès le mois prochain, l’accent sera mis sur Georges Clemenceau, cent ans après l’arrivée du Tigre à la présidence du conseil, le 16 novembre 1917.

Restera pour Emmanuel Macron à réfléchir au grand discours mémoriel sur l’Algérie – colonisation et guerre – que François Hollande n’a jamais prononcé. Mais c’est là un terrain bien plus miné que Mai 68.

Voir par ailleurs:

“Psychose” : autopsie d’un chef-d’œuvre sur Arte

Soixante-dix-huit plans et sept jours de tournage, un admirable travail collectif, un film dans le film, selon Hitchcock. La fameuse scène de la douche est magistralement décryptée dans “78/52 Les derniers secrets de Psychose”, d’Alexandre O. Philippe. A voir dimanche 22 octobre 22h35, sur Arte.

« Il fallait que ce soit fait sur un mode impressionniste. Nous avons donc procédé par petites touches : la tête, les pieds, une main, des parties du buste… » Ainsi s’exprimait Alfred Hitchcock, en 1964, sur la chaîne CBS, à propos de la scène culte de Psychose (1) (1960) : le meurtre, sous la douche, de Marion Crane (Janet Leigh) par Norman Bates (Anthony Perkins). A la lecture du scénario de Joseph Stefano, inspiré du livre de Robert Bloch, la séquence avait tapé dans l’œil du cinéaste. Incroyablement fragmentée, elle comporte soixante-dix-huit plans et cinquante-deux coupes. D’où le titre du documentaire – remarqua­ble – que lui consacre Alexandre O. Philippe, diffusé sur Arte cette semaine.

Tournée en décembre 1959, pendant sept jours – durée considérable pour quelques minutes de film –, cette scène est l’aboutissement d’un admirable travail collectif. Hitchcock, qui l’envisage comme un film dans le film, fait appel au graphiste Saul Bass pour élaborer un story-board. Le montage de George Tomasini prend quelques libertés avec le déroulé initial et transgresse les règles classiques de la grammaire cinématographique. Il enchaîne vues subjectives, raccords à 360 degrés autour de l’héroïne, coupes agressives (« jump cuts »), voire plans flous, pour provoquer la désorientation du spectateur. Et multiplie les rimes visuelles ­vertigineuses : le fond des WC (image ­taboue à l’époque), l’évacuation de la douche, l’œil de Janet Leigh.

Ce qui devait être une douche purificatrice prend la tournure d’une terrifiante punition

Au début du film, Marion Crane dérobe 40 000 dollars, s’enfuit de Phoenix en voiture et s’arrête pour la nuit au Bates Motel. Lorsque la scène commence, elle a décidé de faire machine arrière et de rendre l’argent : elle se lave avec un sourire satisfait (photo 1). Ce qui devait être une douche purificatrice prend alors la tournure d’une terrifiante punition. « Hitchcock considérait le monde comme une machine morale très imparfaite. Il avait ce sens presque biblique de la fatalité et du châtiment qui s’abat sur ceux qui s’adonnent au péché avec désinvolture », explique le cinéaste Guillermo del Toro, interrogé par Alexandre O. Philippe.

Le meurtrier (photo 2) est joué par une doublure d’Anthony Perkins, dont le visage est rendu invisible par un épais maquillage noir. Au moment du tournage, Perkins était à New York pour les répétitions d’un spectacle à Broadway. En septembre dernier, lors de la présentation de 78/52 au Festival européen du film fantastique de Strasbourg, le documentariste précisait : « Hitchcock trouvait la silhouette d’Anthony Perkins trop identifiable, il voulait que ce soit “quelqu’un d’autre” qui soit l’assassin. »

Dans la salle de bains, la vulnérabilité de Janet Leigh est totale (photo 3). Toute la séquence repose sur l’illusion cinématographique et le hors-champ. Le spectateur croit voir un meurtre – le public new-yorkais fut horrifié lors de la première, en juin 1960 –, mais, en réalité, le couteau ne touche jamais la chair. A l’exception d’un plan (photo 4). Pour tourner celui-ci, Hitchcock pose la pointe du couteau sur le ventre de Marli Renfro, la doublure de Janet Leigh – la vision d’un nombril féminin était osée pour l’époque. Il retire ensuite la lame, puis monte la séquence à l’envers, pour donner l’impression d’une pénétration.

3 Responses to Affaire Weinstein: Attention, une histoire peut en cacher une autre (A new manifestation of a much older story)

  1. jcdurbant dit :

    J’au­rais peut-être pu être victime si j’étais restée aux Etats-Unis, quand j’ai signé le film La Made­lon. (…) Hitch­cock n’était pas blanc-bleu. Il n’a pas eu le temps de m’har­ce­ler, on était dans un cock­tail, dans les années 1950. J’ai très bien compris dans son regard que si j’avais conti­nué à le voir et en privé, j’au­rais peut-être… ça se compre­nait dans la conver­sa­tion, la façon dont il s’ap­puyait sur la chemi­née… C’était un homme qui me faisait du charme.

    Line Renaud

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  2. jcdurbant dit :

    DID YOU SAY WITCH HUNT ?

    “I have been silenced for 20 years. I have been slut-shamed. I have been harassed. I have been maligned, and you know what? I’m just like you because what happened to me behind the scenes happens to all of us in this society. And that cannot stand, and it will not stand. No more. Name it. Shame it. Call it out. It’s time to be whole, it’s time to rise, it’s time to be brave.”

    Rose McGowan

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  3. jcdurbant dit :

    YOU JUST PRAY THAT YOU EMERGE WITH YOUR DIGNITY INTACT (British environment secretary forced to apologize for Weinstein joke that trivializes sexual assault)

    “Well, I know what you mean. Sometimes I think that coming into the studio with you, John, is a bit like going into Harvey Weinstein’s bedroom. John goes way past groping – way past groping. You just pray that you emerge with your dignity intact, but the broader point is that, yes, you can make a fool of yourself. »

    Michael Gove

    https://www.theguardian.com/politics/2017/oct/28/michael-gove-apologises-clumsy-harvey-weinstein-joke-today-show

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