Présidentielle 2022: Ma chambre d’écho m’a tuer (Devinez qui, avec pourtant le meilleur mais hémiplégique message sur la menace islamique, s’est hélas fait piéger et a lui-même involontairement piégé ses très souvent jeunes partisans dans une véritable chambre d’écho médiatico-numérique pour revenir aux 7% qu’il avait au départ ?)

Le candidat Reconquête! à la présidentielle Eric Zemmour en meeting au Palais des Victoires à Cannes, le 22 janvier 2022The Allegory Of The CaveVous avez finalement un paradoxe aujourd’hui dans la politique française, qui est presque une tenaille. C’est à dire que nous sommes pris en tenaille entre d’une part une gauche qui dans son ensemble ne reconnait pas le danger de l’islamisme, ou en tout cas ne l’évalue pas à sa juste dimension. (…)  Et puis, (…) une droite qui est incapable de penser la question russe. (…) Il y a un côté, que je dirais presque tragique pour nous Français, de se dire qu’il n’y a pas vraiment sur la scène politique un homme politique qui est capable de penser de manière vraiment sérieuse ces deux menaces en même temps. Laure Mandeville
Songeons à la carence de ces avant-gardes qui nous prêchaient l’inexistence du réel ! Il nous faut entrer dans une pensée du temps où la bataille de Poitiers et les Croisades sont beaucoup plus proches de nous que la Révolution française et l’industrialisation du Second Empire. (…) Mais ce à quoi nous assistons avec l’islamisme est néanmoins beaucoup plus qu’un retour de la Conquête, c’est ce qui monte depuis que la révolution monte, après la séquence communiste qui aura fourni un intermédiaire. Le léninisme comportait en effet déjà certains de ces éléments. Mais ce qui lui manquait, c’était le religieux. La montée aux extrêmes est donc capable de se servir de tous les éléments : culture, mode, théorie de l’État, théologie, idéologie, religion. Ce qui mène l’histoire n’est pas ce qui apparaît comme essentiel aux yeux du rationaliste occidental. Dans l’invraisemblable amalgame actuel, je pense que le mimétisme est le vrai fil conducteur. Si l’on avait dit aux gens, dans les années 1980, que l’islam jouerait le rôle qu’il joue aujourd’hui, on serait passé pour dément. Or il y avait déjà dans l’idéologie diffusée par Staline des éléments para-religieux qui annonçaient des contaminations de plus en plus radicales, à mesure que le temps passerait. L’Europe était moins malléable au temps de Napoléon. Elle est redevenue, après le Communisme, cet espace infiniment vulnérable que devait être le village médiéval face aux Vikings.(…) J’ai personnellement l’impression que cette religion a pris appui sur le biblique pour refaire une religion archaïque plus puissante que toutes les autres. Elle menace de devenir un instrument apocalyptique, le nouveau visage de la montée aux extrêmes. Alors qu’il n’y a plus de religion archaïque, tout se passe comme s’il y en avait une autre qui se serait faite sur le dos du biblique, d’un biblique un peu transformé. Elle serait une religion archaïque renforcée par les apports du biblique et du chrétien. Car l’archaïque s’était évanoui devant la révélation judéo-chrétienne. Mais l’islam a résisté, au contraire. Alors que le christianisme, partout où il entre, supprime le sacrifice, l’islam semble à bien des égards se situer avant ce rejet. Certes, il y a du ressentiment dans son attitude à l’égard du judéo-christianisme et de l’Occident. Mais il s’agit aussi d’une religion nouvelle, on ne peut le nier. (…)  la montée aux extrêmes se sert aujourd’hui de l’islamisme comme elle s’est servie hier du napoléonisme ou du pangermanisme. (…) Pourquoi la révélation chrétienne a-t-elle été soumise pendant des siècles à des critiques hostiles, aussi féroces que possible, et jamais l’islam ? Il y a là une démission de la raison. Elle ressemble par certains côtés aux apories du pacifisme, dont nous avons vu à quel point elles pouvaient encourager le bellicisme. (…) Il faut donc réveiller les consciences endormies. Vouloir rassurer, c’est toujours contribuer au pire. René Girard
Nous sommes à un tournant identitaire, car nous sommes devenus minoritaires, nous, les Guyanais. En fait, nous payons aujourd’hui les plans de peuplement lancés dans les années 1970 pour noyer les mouvements indépendantistes d’alors et sécuriser le centre spatial. Jacques Chirac, le ministre de l’Agriculture de l’époque, a joué les apprentis sorciers. Christiane Taubira (députée PRG de Guyane)
A Mayotte et en Guyane, par exemple, plus d’un habitant sur quatre est un étranger en situation irrégulière. En Guadeloupe, le nombre de personnes en provenance d’Haïti ayant sollicité une demande d’asile est passé de 135 en 2003 à 3 682 en 2004. La majorité des reconduites à la frontière concernent l’outre-mer. Si, en métropole, on avait le même taux d’immigration clandestine, cela ferait 15 millions de clandestins sur le sol métropolitain. Vous imaginez les tensions sociales possibles. A terme, c’est tout l’équilibre démographique qui s’en trouvera modifié. Sans parler du fait que les immigrés irréguliers sont complètement exploités, cette situation engendre bien évidemment un fort déséquilibre économique et des tensions sociales exacerbées. Le travail clandestin, qui est une forme moderne d’esclavage, est tout aussi inacceptable au XXIe siècle. (…) [La remise en question le droit du sol] Il faudrait l’envisager pour certaines collectivités d’outre-mer, car nous sommes confrontés à des politiques de peuplement non maîtrisées. Si l’on ne fait rien maintenant, à terme, ce sera l’explosion sociale. Pour enrayer ce phénomène, nous devons avoir recours à des mesures à caractère exceptionnel. Une remise en question du droit du sol ne provoque pas les mêmes réticences outre-mer qu’en métropole. L’histoire, la géographie de l’outre-mer ne sont pas toujours les mêmes qu’en métropole. Le droit du sol n’a pas toujours connu la même application, et, au fur et à mesure qu’il a été étendu, il y a eu des abus. Je reviens sur la situation de Mayotte : la maternité de Mamoudzou est, avec 7 500 naissances annuelles, la plus active de France. Deux tiers des mères sont comoriennes, et environ 80% d’entre elles sont en situation irrégulière. On estime à 15% le nombre de ces mères qui retournent aux Comores après avoir accouché. Il y a aussi de nombreux cas de paternité fictive. Il est de notoriété publique qu’à Mayotte, la reconnaissance de paternité par un Français est un « service » qui s’achète. (…) La mobilisation de tous est nécessaire. (…) Surtout, il est essentiel que nos compatriotes d’outre-mer aient des attitudes responsables et civiques. On ne peut pas se plaindre de l’immigration clandestine et en même temps employer des clandestins comme jardinier, femme de ménage ou chauffeur de taxi. J’ai donné des instructions particulières pour qu’il soit fait application la plus stricte des obligations statutaires, avec procédures disciplinaires systématiques, aux fonctionnaires et agents des services de l’Etat qui seraient convaincus de telles pratiques. (…) [Pour la métropole] (…) Le droit du sol ne doit plus en être un. J’ai bien conscience de l’importance de ce débat. Des problèmes peuvent se poser au regard des libertés publiques et des conditions d’acquisition de la nationalité française, auxquelles je suis personnellement attaché. Mais lorsqu’on réduit le territoire et que l’on augmente les flux, ce n’est plus simplement un problème de cohésion sociale, c’est la question de la souveraineté qui est posée. François Baroin (17.09.2005)
J’ai (…) depuis le début de la méfiance, et ces sondages, bien en amont de l’échéance présidentielle, m’apparaissaient trop beaux pour être vrais, surtout lorsque l’on observait sa manière de faire campagne. (…) Je suis entré, fin mars dernier, dans le comité exécutif de la pré-campagne, avec un seul objectif : faire du candidat Zemmour le successeur du candidat Sarkozy en 2007, soit l’alliance du « Kärcher » et du « travailler plus pour gagner plus » en intégrant les enjeux sociaux et économiques du dernier mandat présidentiel, principalement la crise des gilets jaunes. Il m’apparaissait possible qu’Eric Zemmour puisse faire l’alliance entre les électeurs populaires et la bourgeoisie conservatrice qu’appelait Patrick Buisson de ses voeux. La forte notoriété de ce « pré-candidat » et le nouveau souffle qu’il aurait pu donner à la campagne m’apparaissaient le meilleur moyen de casser la digue mitterrandienne et de rebâtir une droite de conviction sur les cendres d’un Rassemblement National inapte à rassembler une majorité d’électeurs depuis 30 ans. Peut-être avons-nous trop demandé à Eric Zemmour : quitter le couloir de l’intellectuel sans concession qui essentialise tout avec un pessimisme bien trop communicatif. J’attendais qu’il devienne l’homme qui dit publiquement, avec humour et foi en l’avenir : « Je vous promets qu’une fois élu, je ne dirai plus ‘c’était mieux avant' ». Sa pré-campagne est sur la forme et sur le fond aux antipodes du titre de son livre. Il a préféré rester le Cassandre d’une France qui aurait précisément dit son dernier mot. (…) Je ne soutiens pas cette candidature teintée de désespérance. Il faut proposer « du rêve » à nos concitoyens et non seulement du sang et des larmes. A défaut, je ne saurais ni avoir envie, ni même y croire. Il faudrait qu’il reprenne son narratif de campagne totalement à zéro. Mais qui sait, peut-être est-ce encore possible ? (…) Pour emporter la présidentielle, la brutalité du lanceur d’alerte ne suffit pas. Je partage ses convictions sur le danger migratoire, mais il ne convaincra pas les Français de lui apporter leurs suffrages sur un simple « votez pour moi sinon vous allez mourir ». Or, en substance, c’est son message. En six mois de pré-campagne électorale, son ton pour le moins anxiogène n’a pas évolué depuis son terrible discours à la Convention de la droite de septembre 2019. Il faut proposer un projet de civilisation, un destin commun, non se borner à identifier des menaces, même si celles-ci sont réelles. Le message que les Français veulent entendre, c’est « rendre sa fierté à la France » et « rendre leur dignité aux Français ». (…) Au-delà du ton, la campagne d’Eric Zemmour s’articule autour d’une double erreur stratégique. Il est convaincu, et ne manque pas de le dire devant son équipe de campagne et ses proches, que son adversaire principal s’appelle Jean-Luc Mélenchon, qui s’enthousiasme de la créolisation de la France. Par opposition, il rentre dans le piège d’une vision ethnique de la civilisation française, croyant que le socle des 70% de Français hostiles à l’immigration voteront majoritairement pour lui sous prétexte qu’il serait le plus cohérent et le plus clair. D’un point de vue intellectuel, cela pourrait se défendre. Mais s’il fait de Monsieur Mélenchon son adversaire principal, il contribue à faire exister politiquement ce dernier, qui n’est pas le président sortant. Veut-il gagner la présidentielle ou terminer devant Monsieur Mélenchon ? En outre, il n’est pas propriétaire de la fermeté migratoire et sécuritaire, quoi que l’on pense de la sincérité des autres offres politiques. D’Emmanuel Macron, qui mettra en avant ses lois sécuritaires et son ministre sarkozyste Gérald Darmanin, jusqu’au Rassemblement national dépositaire du sujet depuis des années, en passant par des Républicains largement « zemmourisés », tous les états-majors politiques fourbissent leurs armes pour absorber le zemmourisme. (…) Le tournant principal, c’est la « croisée des chemins ». L’occasion manquée pour Eric Zemmour d’aller voir cette France de Christophe Guilluy dont il parlait si souvent sur CNews. Malheureusement, Eric Zemmour a préféré s’exprimer devant une France qui ne vote pas pour lui, une France des grandes villes où il n’avait que des coups à prendre. J’aurais préféré qu’il aille à Vierzon, Montluçon, Firminy, Etampes, Aurillac, Macon, Auch, Carcassonne, Combourg, Lens, Vesoul… Cette France des villes moyennes dévitalisées par la mondialisation et la métropolisation. Finalement, la seule étape véritablement populaire de cette campagne fut Charvieu-Chavagneux, ville péri-urbaine de la grande couronne lyonnaise, dont j’ai été le directeur de cabinet du maire pendant trois ans, de 2015 à 2018. En réalité, le véritable tournant de cette campagne, c’est l’incapacité d’Eric Zemmour à sortir des grandes lignes TGV de la SNCF. Il dénonce depuis longtemps, à raison, le Jacques Attali mondialisé des aéroports. Il est malheureusement son miroir bourgeois des grandes gares SNCF, et je le regrette. Qu’elle est pourtant belle, cette France des routes nationales, des routes départementales et des petites communes. Elle avait tant à lui apporter. (…) C’est amusant parce que lorsque l’on dit à Eric Zemmour que la France, et notamment les classes populaires, attendent un programme complet, par exemple pour que nos villes moyennes et nos petites communes cessent d’être dévitalisées par la métropolisation, pour leur pouvoir d’achat également, il répond exactement ceci : « Je ne suis pas candidat pour faire la même campagne que Marine Le Pen ». Autrement dit, cela ne l’intéresse pas vraiment. Marine Le Pen fait certainement d’excellentes propositions concrètes pour cette France rurale et péri-urbaine. Mais je demeure persuadé que Marine Le Pen, lorsque le décrochage d’Eric Zemmour sera incontestable, risque de voir resurgir toutes les critiques sur ses faiblesses structurelles : débat raté en 2017, parti ruiné, et peut-être une affaire d’assistants parlementaires qui ressortira opportunément. Elle n’est pas, à mon avis et sous toutes réserves, en mesure de battre Emmanuel Macron. (…) Je regrette une pré-campagne qui ressemble à un acte manqué. L’ascension fulgurante dans les sondages l’a certainement conforté, lui avec son équipe, dans ses certitudes. J’appelais de mes voeux une pré-campagne de contrepied, lors de laquelle il aurait pu développer une image d’homme empathique, compétent, créatif, visionnaire et optimiste. Ce qui me choque, puisque c’est votre terme, c’est qu’il entend passer du métier de journaliste à celui de chef d’Etat sans changer sa méthode de travail ni ses habitudes. Il a fait la même tournée littéraire et médiatique que pour ses précédents ouvrages. (…) Sur le doigt d’honneur, c’est objectivement un vilain geste. Mais je trouve que c’est paradoxalement un geste très humain. Il découvre la violence d’une campagne présidentielle, et il faut bien reconnaître que les attaques qu’il subit de ses opposants sont inouïes, scandaleuses et intolérables dans une démocratie. Je me mets à sa place, et je ne communierai pas au procès en indignité qui lui est fait. Sur le Bataclan, j’ai trouvé ça déplacé, et jamais je n’aurais conseillé cela. Surtout que tirer sur François Hollande revient à tirer sur un cadavre. Il aurait dû plutôt, par exemple, et comme je lui avais conseillé avec un ami, se rendre à la messe de Noël à Saint-Etienne-du-Rouvray, paroisse du Père Hamel, sans convoquer les journalistes. Il aurait pu faire une déclaration a posteriori pour lier christianisme, symbolique de Noël, civilisation française et lutte contre l’islamisme. (…) Je disais souvent à l’époque que m’occuper à plein temps du maillage territorial, de l’opérationnel militant et même des parrainages était compliqué pour le jeune trentenaire que je suis, même si j’ai quelques expériences en termes de campagne électorale, notamment au niveau local. Je trouve que l’équipe ne s’est pas, depuis, enrichie de profils réellement expérimentés. C’est bien sûr un signal de faiblesse qui préfigurait les erreurs de ces dernières semaines. Son équipe de communication, par exemple, est plus spécialisée dans ce que l’on appelle la « riposte », la communication « d’influenceur » ou même le « trolling ». Quel communicant sérieux aurait conseillé à Eric Zemmour de se rendre au Bataclan, ou d’arriver à Marseille en accusant la ville toute entière dans un tweet d’être le royaume de la racaille ? Et je ne vous parle pas des « newsletters » des Amis d’Eric Zemmour dont les textes font lever les yeux au ciel beaucoup de monde, avec des formules infantilisantes. Le tweet un peu immature sur Rama Yade : – « Je tiens à assurer Rama Yade de tout mon micro-soutien face au micro-drame qu’elle micro-traverse » – relève du trolling, pas de la communication d’un candidat en mesure d’accéder au second tour. Je n’ai pas compris pourquoi Antoine Diers, peut-être le meilleur élément politique de cette équipe, était réduit à un rôle d’animation médiatique et n’avait aucune information sur les opérations. Je n’ai pas non plus compris pourquoi Jean-Frédéric Poisson n’avait pas intégré le dispositif, par exemple pour diriger la recherche des parrainages ou le maillage territorial. Par ailleurs, Eric Zemmour ne gère absolument pas son équipe, il délègue tout à Sarah Knafo dont il attend qu’elle lui offre l’Elysée. Il ne participait jamais aux réunions du comité exécutif lorsque j’en faisais partie. [parler à la France des « gilets jaunes »] je crois que l’exercice lui coûte. Pour l’anniversaire des gilets jaunes, il a justement publié une vidéo directement adressée à ces derniers. Pendant dix minutes, il propose la suppression du permis à points, le rétablissement général des 90 km/h et une baisse de la CSG sur les bas salaires. Dix minutes pour trois mesures, annoncées dans un appartement parisien dont je n’ose demander le prix au mètre carré. Ce n’est pas une critique de classe, mais c’est une erreur de communication révélatrice d’une importante déconnexion du réel. (…) Il faut diviser par deux la taxe sur le carburant, rétablir en effet les 90 km/h, amnistier les petites infractions routières et, surtout, lancer un grand plan de rénovation des routes secondaires en France, pour réduire les accidents et fluidifier le trafic sur les axes les plus congestionnés. Mais pour saisir ce que vit l’automobiliste quotidien, il faut être entouré de gens qui connaissent le sujet. Eric Zemmour n’est pas entouré d’élus de terrain à même de lui faire saisir cette France qui pense que « nous sommes gouvernés par des lascars qui fixent le prix de la betterave et qui ne sauraient pas faire pousser un radis », selon le bon mot de Michel Audiard. En conséquence, soit ils votent Marine Le Pen, soit ils ne votent pas. Je pense depuis longtemps qu’offrir plus de libertés et de pouvoir d’achat aux automobilistes, c’est tendre enfin la main à ceux qui ont subi la relégation sociale, économique et même identitaire lors de ces quarante dernières années. C’est le geste symbolique principal pour ouvrir à nouveau un dialogue avec cette France qui ne vote souvent plus. Mais Eric Zemmour semble avoir trop de certitudes pour présenter un programme tenant compte de la trivialité du quotidien. (…) Une campagne est une course de fond, pas un sprint. Je suis très sceptique sur ses chances de dépasser les 6-8%, s’il obtient ses 500 signatures. Mais Eric Zemmour est un OVNI politique. Il a créé une dynamique qui, spectaculairement, montre à quel point les électeurs de droite sont en quête de radicalité sur les questions régaliennes. Il faut bien sûr porter ceci à son crédit. Il est déjà producteur des thèmes de la campagne, reléguant la gauche à ses absurdités progressistes, wokistes et ses débats sur le pronom « iel ». Grâce à lui en partie, la gauche est inexistante. Au-delà des thèmes de la campagne, il pourrait être aussi faiseur de roi, ou accompagner un candidat au second tour de la présidentielle, donc pourquoi pas contribuer à faire battre Emmanuel Macron. Mais nous en sommes encore loin. Cinq mois, c’est long, tout est ouvert. Pierre Meurin (novembre 2021)
Cependant, la pugnacité de l’ancien chroniqueur séduit davantage : près d’un Français sur deux estime qu’il veut vraiment changer les choses (51%,) et 48% le voient comme une personne dynamique… un électeur sur deux pense qu’Eric Zemmour peut se qualifier au second tour. Si les Français sont mitigés par rapport au personnage, ils s’avèrent plus nombreux à s’aligner sur ses déclarations. Lorsque l’essayiste déclare : « Il n’est plus temps de réformer la France, mais de la sauver », 51% sont d’accord. Le sondage confirme la personnalité clivante du candidat sur le volet politique. 79% des électeurs de Marine Le Pen et 56% de François Fillon sont d’accord avec Eric Zemmour sur le fait qu’ils se sentent étrangers dans leur propre pays, contre 19% d’Emmanuel Macron, 19% de Benoît Hamon et 16% de Jean-Luc Mélenchon. La semaine dernière, l’auteur de Le suicide français s’est retrouvé au coeur d’une énième controverse lors de sa visite à Marseille. A la sortie d’un restaurant où le polémiste venait de déjeuner, une passante [encartée France insoumise] lui a fait un [des plus élégants] doigt d’honneur. Le polémiste a répondu par le même geste en affirmant « et bien profond », sous le regard amusé de sa conseillère Sarah Knafo. Sur cette question, les Français sont partagés : 52% [?] estiment qu’ils ne sont pas choqués, contre 47% affirmant l’inverse. De son côté, le candidat d’extrême droite à la présidentielle a reconnu dimanche un geste « fort inélégant ». ll s’agit d’une rare concession du probable candidat depuis le lancement de la pré-campagne à Toulon mi-septembre de l’essayiste. Mais le mal était fait. « Le doigt d’honneur était le dernier geste du polémiste, aujourd’hui, c’est le premier geste du candidat », assurait Benjamin Cauchy, ancien Gilet jaune, à L’Express. Parmi les plus choqués par ce geste : les 65 ans et plus (67%)… L’Express
S’il ne fait pas l’unanimité dans les sondages, nombre de Français partagent son constat sur l’état de la France, selon un sondage publié mercredi 1er décembre par BFMTV. Sur six des principales analyses de l’éditorialiste étudiées, toutes réunissent l’approbation de plus de 40 % des sondés et quatre d’entre elles en rassemblent un sur deux ou plus. L’adhésion est encore plus claire lorsque l’on s’intéresse aux avis des sympathisants de droite. Selon ce sondage Elabe, 51% des Français sont ainsi d’accord lorsqu’Eric Zemmour déclare qu’il « n’est plus temps de réformer la France, mais de la sauver », ou quand il affirme que la droite comme la gauche sont responsables du « déclin » de la France et ont « menti, dissimulé la gravité de notre déclassement [et] caché la réalité de notre remplacement ». Ils sont 50 % à avoir « le sentiment de ne plus être dans le pays que vous connaissiez » et 49 % à juger que l’immigration « aggrave tous » les problèmes de la France. Les déclarations d’Eric Zemmour sur le fait de reprendre le pouvoir « aux minorités » et « aux juges » sont approuvées par 46 % des sondés et 41 % d’entre eux se sentent « étrangers dans leur propre pays ». Lorsque l’on interroge les soutiens de la droite et de l’extrême droite, les scores oscillent entre 56 % et 86 % selon les questions. Valeurs actuelles
La DGSI vient de cartographier les quelque 150 quartiers « tenus » selon elle par les islamistes : un document classé secret-défense, qui n’a pas été divulgué, à l’exception de l’Intérieur, même aux ministres intéressés. Lesquels se voient présenter le document oralement par un fonctionnaire assermenté, tant le sujet est sensible… Outre les banlieues de Paris, Lyon et Marseille, depuis longtemps touchées par le phénomène, y figurent plusieurs cités du Nord : entre autres Maubeuge, où l’Union des démocrates musulmans français (UDMF) a atteint 40% dans un bureau de vote et où « la situation est alarmante » ; l’agglomération de Denin ; ou encore Roubaix, où, « bien qu’historique, la situation prend des proportions inquiétantes », selon un préfet. Mais aussi des zones plus inattendues, comme en Haute-­Savoie ou dans l’Ain, à Annemasse, Bourg-en-Bresse, Oyonnax ou Bourgoin-Jallieu. Encore plus surprenante, « l’apparition de microterritoires qui se salafisent dans des zones improbables », poursuit ce préfet, comme Nogent-le-Rotrou, en Eure-et-Loir. Le JDD
Au-delà des gouffres culturels qui les séparent, le polémiste français et le milliardaire américain surfent sur la même révolte. Sans parler de leurs tempéraments indomptables. Il n’y a pas plus français qu’Éric Zemmour et pas plus américain que Donald Trump. Le premier est un intellectuel qui a lu tous les livres. C’est dans un dialogue permanent avec l’histoire de France, ses grands hommes, ses batailles, ses chutes et ses rédemptions qu’il a formé sa légitimité et son diagnostic sur la crise que traverse le pays. Homme de l’écrit et de télévision, il s’est fait connaître en plantant sa plume et son regard acérés dans les plaies du pays. Et c’est aujourd’hui par le récit qu’il propose à la France de ses maux que cet outsider part à sa conquête, même s’il n’est pas encore candidat. Il est de ce point de vue l’héritier d’une tradition très française qui veut qu’en politique, en France, on ait des lettrés, de Gaulle à Mitterrand, en passant par Giscard, Pompidou ou même Emmanuel Macron. On dit au contraire de Donald Trump qu’il n’aurait lu peu ou prou qu’un seul livre – … le sien! -, ce best-seller sur L’Art du deal qu’il fit écrire par un journaliste mais qui contribua à faire de lui, dans l’esprit de beaucoup de ses compatriotes, un exemple vivant du succès version américaine. Son monde est celui de l’immobilier new-yorkais, des chantiers de construction où il a toujours été en connexion avec les ouvriers du bâtiment, des gratte-ciel toujours plus hauts, des marchandages avec les politiques dans les coulisses sulfureuses de la mairie de New York. Un monde de l’action, de la puissance, de l’argent tape-à-l’œil, bref, du commerce, dont Alexis de Tocqueville estimait qu’il était à la base de presque tous les instincts de la société américaine. Très éloigné de celui d’Éric Zemmour, qui a toujours affiché son aversion pour le «modèle» d’outre-Atlantique. Mais au-delà des gouffres culturels qui séparent les deux hommes et de leurs différences de personnalités et de parcours évidentes, comment ne pas voir à quel point les ressorts des projets qu’ils défendent, et la dynamique de révolte contre le statu quo qui les porte, se ressemblent? Pour tous ceux qui ont suivi la campagne de Trump en 2016, le phénomène Zemmour a indiscutablement un air de déjà-vu. Par les thèmes tout d’abord, et en premier lieu celui du nationalisme,de la priorité absolue donnée à l’intérêt national. (…) Éric Zemmour surfe exactement sur le même thème, parlant même d’une France en danger de mort mais « qui n’a pas dit son dernier mot ». La place centrale qu’occupe la question de l’immigration dans les préoccupations des deux hommes découle directement de cette priorité. C’est le thème clé d’Éric Zemmour, celui du « grand remplacement » qui viendra si on ne reprend pas le contrôle des frontières. Et même si les Américains ont un rapport très différent à la question migratoire, c’est aussi le thème qui propulsa Donald Trump en tête de la primaire républicaine, en 2015 (…) Même si la question est évidemment beaucoup moins présente aux États-Unis en raison du très faible pourcentage de musulmans (0,8%), le Français et l’Américain ont aussi en commun une méfiance commune envers l’islam, la conviction que l’Occident chrétien doit être protégé comme civilisation, et l’idée qu’à Rome il faut vivre comme les Romains. Elle s’est manifestée chez Trump de manière épidermique dans son fameux décret interdisant provisoirement de visa les ressortissants de sept pays musulmans pour raisons de sécurité. Chez Zemmour, le thème est encore plus central, ce qui n’est pas étonnant, vu les défis que représentent la radicalisation d’une partie substantielle de la communauté musulmane de France et les attentats terroristes en série qui ont frappé le pays ces dernières années, jusqu’à la décapitation de Samuel Paty. Mais le polémiste français qui, contrairement à Trump, sait de quoi il parle, l’aborde de manière beaucoup plus intellectualisée et sophistiquée, puisqu’il s’agit de distinguer entre les musulmans et l’islam comme système politico-juridique, en reprenant la formule de Clermont Tonnerre sur les juifs à la Révolution: « Tout pour les musulmans en tant qu’individus, rien en tant que peuple. » Face à la révolution sociétale « woke » qui souffle sur nos sociétés, déconstruisant non seulement la nation mais l’héritage culturel occidental, la famille traditionnelle et même les différences entre les sexes, Trump et Zemmour sont également en phase, même s’ils ne sont de la même génération. Le «Donald» est dans toutes ses fibres un homme des années 1950, qui n’a jamais adhéré aux valeurs de la révolution sociétale des années 1960 et incarne même avec une forme de délectation provocatrice tous les vices de «l’homme macho». Persuadé que l’Amérique est fondamentalement «bonne», peu enclin à la culpabilité, il refuse aussi l’idée que l’esclavage aurait marqué à tel point le pays qu’il soit entaché à jamais d’un racisme systémique. Les grands mouvements étudiants de 1968, qui sont contemporains de ses années à l’université de Pennsylvanie, semblent avoir glissé sur lui. Il aime raconter qu’il n’y participait pas, préférant travailler sur les chantiers de son père. Un positionnement qui ne peut que séduire Éric Zemmour, grand critique, dans son livre Le Suicide français, de la révolution de 1968, qu’il voit comme la matrice de la déconstruction de la France. Pour eux, le patriotisme n’est pas une idée ringarde. Un diagnostic commun qui les a amenés à se dresser l’un comme l’autre contre le diktat du politiquement correct de la gauche. De ce point de vue, l’appel de Trump à continuer de dire « Joyeux Noël » au lieu de souhaiter « bonnes fêtes » (pour ne pas vexer les non-chrétiens) fait écho aux saillies de Zemmour contre l’écriture inclusive, l’un favorisant la moquerie, et l’autre la satire. Zemmour et Trump s’accordent aussi à penser que la relance de l’industrie manufacturière est essentielle au relèvement du pays et à sa souveraineté. Contrairement à ce que ses propos passés auraient pu laisser penser, le journaliste français est aussi un fervent adepte de l’allégement fiscal des entreprises, estimant que la France meurt d’une absence de création de richesse et d’un modèle social obèse. (…) Au-delà de tous ces thèmes, leur positionnement est similaire: celui de l’homme providentiel improbable surgi du peuple pour pallier les défaillances de la classe politique. Il s’agit de se dresser contre la doxa en vigueur, d’oser sortir des «limites» imposées par les élites culturelles et politiques dominantes, de dire tout haut ce que la majorité pense tout bas. Une libération de la parole qui confère aux deux personnages une image de radicalité et d’indomptabilité qui choque les élites mais devient le moteur de leur succès populaire. (…) Ces derniers jours, Éric Zemmour notait la ferveur et l’émotion intense qu’il ressentait chez les gens de toutes origines sociales qui se pressaient à ses signatures de livres. « Sauvez-nous, sauvez la France », lui lançaient-ils. Un engouement qui rappelait un peu, toutes proportions gardées, le phénomène Trump et les files d’attente gigantesques de ses fans à ses meetings. (…) Sa percée n’en révèle pas moins qu’il se passe quelque chose d’important dans les tréfonds de la France de 2021, comme ce fut le cas en 2016 dans les entrailles de l’Amérique. De plus, on peut se demander si les adversaires d’Éric Zemmour ne sont pas d’ores et déjà en train de reproduire les erreurs qui furent celles de Clinton face à Trump. Pendant des mois, l’establishment démocrate fut dans le déni absolu de l’importance du phénomène Trump, tentation qui semble présente en France, bien qu’à un moindre degré. La seconde erreur fut celle de la diabolisation délibérée, dans l’espoir de disqualifier l’adversaire. « Raciste », « fasciste », « antisémite », « virus », « peste brune »… Tous ces adjectifs utilisés contre le milliardaire de New York resurgissent en force dans l’hallali lancé contre Zemmour par une bonne partie de la classe politico-médiatique. En 2016, le procédé, au lieu d’affaiblir Trump, avait scellé son succès. Laure Mandeville
J’ai grandi dans une famille où l’amour de la France était inné, naturel, puissant, on ne rigolait pas avec ça. Éric Zemmour
Depuis toujours, dès que la France est affaiblie, les élites ont tendance à sacrifier la France et le peuple français à leurs idéaux universalistes. C’est très frappant. Vous verrez dans le livre. Je remonte le temps. Je suis remonté à l’évêque Cauchon et Jeanne d’Arc. On voit bien que cela a toujours été une tentation des élites françaises. Pour aller vite, depuis 1940, la France est très affaiblie. Et nous avons des élites qui ont décidé de jeter par-dessus bord la France et le peuple français au nom de l’Europe, des droits de l’homme et de l’universalisme. Macron est vraiment l’incarnation de ces élites-là. Il est passionnant, car c’est une espèce de quintessence chimiquement pure. Quand il dit : « Nous avons fait du mal », c’est déjà le discours de Chirac sur le Vel’ d’Hiv’ ou le discours de Hollande sur le Vel’ d’Hiv’ et en Algérie. Paul Thibaud avait écrit un très bon article qui faisait remarquer que, comme les politiques ne maîtrisaient plus rien, ils ont trouvé une posture qui consiste à dire du mal de nos ancêtres pour exister. (…) C’est la « révolte des élites » de Christopher Lasch à la fin des années 70. Il avait très bien vu cela aux États-Unis. C’est évidemment venu chez nous ensuite. (…) Je voulais montrer aux gens que tout cela était lié à une histoire millénaire et qu’il y avait des petites pierres comme dans Le Petit Poucet qu’on pouvait retrouver à chaque fois. Certaines époques nous ressemblent de plus en plus. Je retrouvais la phrase de René Girard dans son dernier livre qui disait : « Nous devons entrer dans une pensée du temps où Charles Martel et les croisades seront plus proches de nous que la Révolution française et l’industrialisation du Second Empire. » Je trouve cette phrase très frappante. Lorsque je dis cela, on dit que j’ai des obsessions et que je ne pense qu’à l’islam. Pourtant, ces paroles viennent de René Girard. Il a très bien compris que nous étions revenus dans un temps qui est celui des affrontements de civilisations entre chrétienté et islam, des guerres de religion et de la féodalité pré-étatique. (…) Ces pays de l’Est se révoltent, parce que la Hongrie a connu trois siècles d’occupation ottomane. C’est un roi polonais Jean III Sobieski , qui a arrêté les Ottomans à Vienne, en 1683. Il n’y a pas de hasard. Cette Histoire revient à une vitesse folle. Tout se remet en place pour nous rappeler à cette Histoire. (…) il y a effectivement un effet d’accumulation de toutes les crises du passé qui se concentrent aujourd’hui. C’est pour cette raison qu’il y a autant de pessimisme chez moi. L’idée même de roman national est finie. Je n’ai même pas essayé de refaire un roman national. La déconstruction des historiens qui, depuis cinquante ans, nous interdisent de parler de roman national était trop forte. Il n’en reste presque que des ruines. Si j’avais voulu faire un roman national, j’aurais fait une romance nationale. Ce n’est pas ce que j’ai fait. En revanche, j’ai voulu écrire une Histoire de France réaliste, non pas en fonction des idéaux et des populations d’aujourd’hui, mais en fonction de la réalité historique de l’époque. Aujourd’hui, les historiens ont décidé d’inventer une Histoire de France qui correspond à leurs obsessions et à leurs idéologies actuelles. Ils disent que j’ai des obsessions, mais les leurs sont : une histoire féministe, une histoire des minorités africaines et maghrébines, une histoire pacifiste, c’est-à-dire une histoire qui n’a jamais existé. Dans les livres d’histoire d’aujourd’hui, sur la Révolution française, il y a deux pages sur Olympe de Gouges, la grande militante féministe. Quand elle est guillotinée, en 93, par Robespierre, j’ai coutume de dire, pour plaisanter, que Robespierre ne sait même pas qu’il l’a fait guillotiner, tellement elle compte peu. Lors d’une émission sur France 2, mardi dernier, on a vu une grande fresque qui expliquait comment la France a été faite par les immigrés nord-africains et africains avec un grand manitou qui s’appelle de Gaulle. C’est une histoire inventée. (…) Ils sont tellement allés loin dans la diabolisation de Pétain et dans l’invention d’une histoire qui ne correspond plus à la réalité. Lorsqu’on repose le tableau de Pétain, de De Gaulle, de ce qu’était Vichy à l’époque et de ce qu’était 1940, que je dis que tout le monde se moquait, à l’époque, du statut des Juifs d’octobre 40, à Paris, à Vichy ou à Londres, et que les rats qui s’y intéressent disent « il a bien raison », car ils estiment à l’époque que les Juifs ont une responsabilité dans la défaite, j’ai l’impression de blasphémer. C’est tout simplement la réalité historique. On a tellement réinventé une histoire en disant que l’essentiel de la Seconde Guerre mondiale était la question juive qu’on tombe des nues quand je dis qu’à l’époque, personne n’en parlait. À Londres, ceux qui rejoignent le général de Gaulle sont d’accord avec Vichy là-dessus. Aujourd’hui, la réalité paraît blasphématoire. C’est extraordinaire. C’est pour dire la force inouïe de cette déconstruction historique. Pour moi, c’est le grand effacement de l’histoire pour correspondre au Grand Remplacement des populations. Eric Zemmour
Vous n’avez pas déménagé et pourtant vous avez la sensation de ne plus être chez vous. Vous n’avez pas quitté votre pays mais c’est comme si votre pays vous avait quitté. Vous vous sentez étrangers dans votre propre pays. Vous êtes des exilés de l’intérieur. Longtemps vous avez cru être le seul à voir, à entendre, à penser, à craindre. Vous avez eu peur de le dire, vous avez eu honte de vos impressions. Longtemps, vous n’avez pas osé dire ce que vous voyiez, et surtout vous n’avez pas osé voir ce que vous voyiez. Et puis, vous l’avez dit à votre femme, à votre mari, à vos enfants, à votre père, à votre mère,à vos amis, à vos collègues, à vos voisins. Et puis, vous l’avez dit à des inconnus, et vous avez compris que votre sentiment de dépossession était partagé par tous. La France n’était plus la France et tout le monde s’en était aperçu. Bien sûr, on vous a méprisé. Les puissants, les élites, les bien-pensants, les journalistes, les politiciens, les universitaires, les sociologues, les syndicalistes, les autorités religieuses, vous disaient que tout cela était un leurre, que tout cela était faux, que tout cela était mal. Mais vous avez compris avec le temps que c’étaient eux qui étaient un leurre, que c’étaient eux qui avaient tout faux – que c’étaient eux qui vous faisaient du mal. La disparition de notre civilisation n’est pas la seule question qui nous harcèle, même si elle les domine toutes. L’immigration n’est pas cause de tous nos problèmes, même si elle les aggrave tous. La tiers-mondisation de notre pays et de notre peuple l’appauvrit autant qu’elle le disloque, le ruine autant qu’elle le tourmente. C’est pourquoi (….) Nous devons reconquérir notre souveraineté, abandonnée aux technocrates et aux juges européens qui ont dépouillé le peuple français de sa capacité à décider de son sort, au nom des chimères d’une Europe qui ne sera jamais une nation. Oui, nous devons rendre le pouvoir au peuple ! Le reprendre aux minorités qui ne cessent de tyranniser la majorité, et aux juges qui substituent leur férule juridique au gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple. Depuis des décennies, nos gouvernants, de droite comme de gauche, nous ont conduit sur ce chemin funeste du déclin et de la décadence. Droite ou gauche, ils vous ont menti, vous ont dissimulé la gravité de notre déclassement, ils vous ont caché la réalité de notre remplacement. (…) C’est pourquoi j’ai décidé de (…) solliciter vos suffrages pour devenir votre président de la République. (…) Pour que les Français se sentent de nouveau chez eux et pour que les derniers arrivés s’assimilent à leur culture, s’approprient leur Histoire. (…) Le peuple français était intimidé, tétanisé, endoctriné. Culpabilisé. Mais il relève la tête, il fait tomber les masques, il dissipe les miasmes mensongers, il chasse ses mauvais bergers. (…) Nous allons transmettre le flambeau aux prochaines générations. Eric Zemmour
Je crois que la dynamique est de mon côté. Tous les éléments objectifs, les salles pleines, la ferveur, les audiences télévisées, le nombre d’adhérents, tout ça, c’est moi. Eric Zemmour (6 avril 2022)
La bulle de filtres ou bulle de filtrage (de l’anglais : filter bubble) est un concept développé par le militant d’Internet Eli Pariser. Selon Pariser, la « bulle de filtres » désigne à la fois le filtrage de l’information qui parvient à l’internaute par différents filtres ; et l’état d’« isolement intellectuel » et culturel dans lequel il se retrouve quand les informations qu’il recherche sur Internet résultent d’une personnalisation mise en place à son insu. Selon cette théorie, des algorithmes sélectionnent « discrètement » les contenus visibles par chaque internaute, en s’appuyant sur différentes données collectées sur lui. Chaque internaute accéderait à une version significativement différente du web. Il serait installé dans une « bulle » unique, optimisée pour sa personnalité supposée. Cette bulle serait in fine construite à la fois par les algorithmes et par les choix de l’internaute (« amis » sur les réseaux sociaux, sources d’informations, etc.). Eli Pariser estime que ce phénomène est devenu commun sur les réseaux sociaux et via les moteurs de recherche. Des sites tels que Google, Facebook, Twitter ou Yahoo! n’affichent pas toutes les informations, mais seulement celles sélectionnées pour l’utilisateur, et de manière hiérarchisée selon ses prédispositions supposées (y compris idéologiques et politiques). À partir de différentes données (historique, clics, interactions sociales), ces sites prédisent ce qui sera le plus pertinent pour lui. Ils lui fournissent ensuite l’information la plus pertinente (y compris du point de vue commercial et publicitaire), en omettant celle qui l’est moins selon eux. Si les algorithmes considèrent qu’une information n’est pas pertinente pour un internaute, elle ne lui sera simplement pas présentée. (…) Grâce à l’Internet l’information potentiellement disponible ne cesse de croître : elle est en théorie de plus en plus accessible, ce qui permettrait à un internaute proactif de découvrir de nombreux points de vue différents du sien. Mais paradoxalement, selon Bakshy et al. (2015) et d’autres auteurs, l’accès réel à l’information de presse, aux opinions et à l’information est de plus en plus filtré par des algorithmes de moteurs de recherche, et/ou via les réseaux sociaux. Des chercheurs ont montré qu’au sein de Facebook, le filtrage algorithmique puis le filtrage par les pairs limite le libre-arbitre de l’internaute en ne lui présentant pas une large part de l’information (et notamment en limitant son accès à des données ou interprétations qui seraient a priori plus difficiles à adopter pour lui) et en ne présentant souvent qu’une partie des facettes d’une information. Les brèves d’information partagées de pair à pair par des millions d’utilisateurs proviennent en effet très majoritairement de sources alignées sur l’idéologie ou les préférences de l’internaute. Le lecteur rencontre 15 % de contenu transversal en moins dans ses fils d’actualité (à cause du classement algorithmique) et il cliquera 70 % moins facilement sur des informations venant de sources inhabituelles pour lui. Comme dans une chambre d’écho, ce phénomène tendrait à s’auto-entretenir en reproduisant majoritairement les opinions, croyances et perspectives de l’utilisateur en formant un cercle vicieux. Un internaute d’une orientation politique donnée verrait plus de contenus favorables à cette orientation. Il serait moins soumis à des points de vue contradictoires car les algorithmes sélectionneraient pour lui les contenus les plus pertinents, ceux qui lui plaisent le plus. Par exemple, un internaute qui serait identifié comme « de gauche » par le site, se verrait alors proposer moins de contenus « de droite ». Des requêtes similaires peuvent alors donner des résultats très différents. Supposons par exemple que deux personnes, une plutôt à droite politiquement et l’autre plutôt à gauche, recherchent le terme « BP ». Les utilisateurs « de droite » trouveront des informations sur les investissements dans la British Petroleum. Les utilisateurs « de gauche » obtiendront des informations sur la marée noire dans le golfe du Mexique. Il en va de même pour la présentation des informations relatives à une guerre, par exemple la guerre d’Irak ou plus récemment les informations données aux partisans de Donald Trump aux États-Unis. La bulle de filtres peut influencer les relations sociales et les réseaux sociaux et inversement. Dans certains réseaux sociaux, la personnalisation algorithmique masquerait les messages les moins pertinents, ceux qui seraient les moins cliqués par l’utilisateur. Moins on interagit avec un « ami » Facebook, moins les messages qu’il publie nous seront visibles, moins l’on sera susceptible d’interagir avec lui. Pariser met en avant la « disparition » des messages de ses amis conservateurs de son flux d’activité Facebook. Alors qu’il avait ajouté des « amis » conservateurs pour lire leur opinion, la personnalisation ne lui suggérait plus les publications venant de ces personnes. Selon l’algorithme, cela n’était pas pertinent pour Pariser : il n’était pas censé cliquer ou lire ces opinions. La bulle de filtre réduirait donc le champ informationnel de l’internaute ; Selon A Saemmer (2017), de nombreux étudiants disent consulter la presse en ligne exclusivement ou principalement en suivant des liens postés par leurs amis sur les réseaux sociaux, c’est-à-dire sans consulter la « une » ou le sommaire des journaux. Selon Messing (2012), dans un réseau social, des appuis sociaux plus forts peuvent conduire à un buzz qui augmente la probabilité qu’un internaute choisisse de lire un contenu qui sans cela ne lui aurait pas été présenté, ce qui pourrait dans une certaine mesure contrebalancer son exposition sélective initiale. Néanmoins, en 2016 dans un long article, longuement commenté depuis, Katharine Viner, rédactrice en chef du journal The Guardian, estime que (…) si les réseaux sociaux colportent volontiers des rumeurs et des « mensonges avérés », cela tient aux bulles de filtres qui, en fonction des pages consultées, renvoient les utilisateurs à ce qu’ils ont l’habitude de consulter et qui, par conséquent tendent à les conforter dans leurs opinions au lieu de stimuler leur esprit critique. Le succès du Web social et la surcharge d’information que ce succès engendre ont rapidement provoqué le besoin de trier l’information, et de développer les capacités de filtrage des plateformes interactionnelles. Les moteurs de recherche comme Google ou les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter sont programmés pour mettre en avant de l’information dite « pertinente », autrement dit, susceptible d’intéresser l’utilisateur et d’écarter l’information jugée moins pertinente. La popularité des réseaux sociaux réside dans cette capacité à présenter efficacement et rapidement du contenu intéressant pour l’utilisateur. Le filtrage fonctionne grâce à la mise en place d’un algorithme. (…) Sur internet, les algorithmes instaurent une hiérarchie dans l’apparition des contenus sur l’interface des utilisateurs. Ils influencent chacun à leur manière l’accès à l’information et fournissent une expérience particulière et personnalisée pour chaque utilisateur. Par exemple, sur les réseaux sociaux, ce sont les « likes » ou les « retweets » qui provoquent la mise en évidence de certains contenus par rapport à d’autres, jugés alors moins pertinents. (…) La médiatisation de la théorie de la bulle de filtres d’Eli Pariser se veut participer de l’esprit critique, mais d’autres lectures sont possibles. Pour André Gunthert dans Et si on arrêtait avec les bulles de filtre ? (…), « le système de sélection de Facebook ne modifie que de 1 % l’exposition aux contenus politiques de camps opposés » ; il donne la parole à Dominique Cardon selon qui « la bulle, c’est nous qui la créons. Par un mécanisme typique de reproduction sociale. Le vrai filtre, c’est le choix de nos amis, plus que l’algorithme de Facebook. » Wikipedia
La bulle, c’est nous qui la créons. Par un mécanisme typique de reproduction sociale. Le vrai filtre, c’est le choix de nos amis, plus que l’algorithme de Facebook. Dominique Cardon
Une semaine avant le plus grand fiasco de la presse d’information américaine, abasourdie par l’élection de Donald Trump, le quotidien Le Monde publiait une enquête à charge, dénonciation sur une double page des bulles de filtre intitulée: « Facebook, faux ami de la démocratie »1. Une fois encore, c’est un journal papier qui nous alerte sur le danger constitué par les réseaux sociaux. Sous couvert de promouvoir l’échange et de favoriser la discussion, ceux-ci nous enfermeraient en réalité dans une chambre d’écho, nouvelle caverne de Platon qui ne ferait que nous renvoyer indéfiniment notre reflet. Magie de la bulle de filtre, concept à succès inventé en 2011 par l’activiste Eli Pariser, sur la base de l’intuition apparemment logique que les algorithmes qui pilotent les moteurs de recherche ou la présentation des contenus sur les médias sociaux orientent leur réponse en fonction des préférences de l’usager. Que personne ne sache exactement quels critères retiennent ces logiciels, dont les entreprises gardent jalousement les clés, ne fait pas obstacle à leur condamnation. Au contraire, le secret est constitutif du processus classique de diabolisation de la technique, dont le statut de boîte noire était déjà dénoncé par Gilbert Simondon, qui regrettait que l’ignorance ou le rejet de la culture technique en fasse le bouc émissaire favori des sociétés développées. Ce qui frappe évidemment dans la manière de présenter la question par un journal auto-proclamé « quotidien de référence », c’est l’absence de tout élément de comparaison. Le postulat des bulles de filtre une fois déduit de la nature de l’algorithme, il ne viendrait pas à l’idée des « enquêteurs » de vérifier de quelle diversité informationnelle bénéficie un abonné du Monde ou du Nouvel Observateur. On se souvient pourtant que l’hebdomadaire de la deuxième gauche, propriété du même groupe, a récemment licencié son numéro 2, Aude Lancelin, pour motif officiel de divergence idéologique – soit le méfait d’ouvrir les colonnes du magazine à des agitateurs aussi subversifs qu’Alain Badiou ou Emmanuel Todd, plutôt qu’à BHL… La surprise créée par l’élection de Donald Trump a permis de vérifier en vraie grandeur la dimension de l’entre-soi médiatique, qui n’a pas besoin d’algorithme pour évacuer de son horizon les motifs de trouble. La gravité de cet aveuglement est évidemment d’une toute autre ampleur, car si nul n’accorde à Facebook le rôle d’un contrepoids démocratique, celui revendiqué par la presse d’information est bien d’éclairer le citoyen. Une revendication des plus étranges lorsqu’on constate les parti-pris des organes d’information, chacun attaché à une clientèle et qui lui tend complaisamment le miroir qui est la condition de l’acte d’achat. Parle-t-on de la bulle dans laquelle évolue le lecteur du Figaro ou le spectateur de BFMTV? En réalité, derrière la rhétorique pseudo-technicienne et la dénonciation stéréotypée d’un communautarisme digital, se cache la prétention objectiviste d’une presse qui se dépeint en gardienne de l’universalisme des Lumières. Pour savoir la vérité, ne discutez pas sur Facebook, achetez plutôt Le Monde, seul garant d’une opinion réellement éclairée, nous dit sournoisement un article qui ne fournit aucun élément d’évaluation des bulles. Ou plutôt si: l’article présente rapidement les conclusions d’une véritable étude, publiée par la revue Science, qui constate que le système de sélection de Facebook ne modifie que de 1% l’exposition aux contenus politiques de camps opposés. Et donne la parole au spécialiste Dominique Cardon, qui résume: « La bulle, c’est nous qui la créons. Par un mécanisme typique de reproduction sociale. Le vrai filtre, c’est le choix de nos amis, plus que l’algorithme de Facebook ». Ce qui n’empêche pas le quotidien de condamner globalement « un forum au ton virulent, géré par un algorithme qui se dit “agnostique”, mais révèle son incapacité à susciter un vrai débat, fondement de la culture démocratique. » Fermez le ban! On ne pourrait pas démontrer de façon plus évidente le biais d’un article qui contredit ses éléments d’information les plus fondés, où les mécanismes décrits comme producteurs de « bulles » sont tout simplement les mêmes que ceux qui conduisent à la formation de l’opinion – soit un ensemble de choix individuels, pesés, discutés et négociés qui déterminent l’orientation du citoyen, socle de la vie démocratique. Traduisons: il n’y a pas de bulle. Et il n’y a pas non plus d’impartialité journalistique, qui se hisserait au-dessus de la subjectivité des réseaux sociaux. N’en déplaise au « quotidien de référence », qui s’adresse à une clientèle tout aussi calibrée par sa régie de publicité, c’est la prétention à l’objectivité, à la neutralité et à un pluralisme défini d’en haut qui constitue le principal obstacle à une information honnête, c’est-à-dire signée, et qui admet son orientation, plutôt que de la nier. La grande nouveauté de la présentation de l’information sur les réseaux sociaux, c’est justement d’y arriver toujours précédée par la signature du contact qui l’a sélectionnée, autrement dit l’indication implicite d’une lecture ou d’une position, qui pourra être interrogée ou discutée. Bien sûr, comme les rédactions, qui visent des groupes sociaux et s’adressent à des opinions politiques, les médias conversationnels tendent à normaliser l’échange. Il n’en reste pas moins, pour quiconque se souvient de l’univers de l’information avant internet, que la richesse et la diversité des sources proposées par les médias sociaux est tout simplement sans comparaison avec le petit monde de la presse d’avant-hier. Plutôt que des bulles, indépendantes et forcément étanches, la dynamique des réseaux sociaux produit des essaims informationnels perméables, orientés par les préférences et les affinités, mais toujours susceptibles d’être traversés par les impulsions virales, la contagion du LOL ou la sérendipité du web. Habités par la conviction de l’universel, les vieux médias découvrent avec frayeur les îlots minoritaires et la fragmentation communautaire, sans s’apercevoir qu’ils ne sont eux-mêmes pas moins polaires, relatifs et bornés. En réalité, c’est à une nouvelle pensée du divers qu’invite la conversation en ligne, faite de mobilisations ponctuelles et de repositionnements instantanés, reflet d’une société de moins en moins fondée sur des logiques d’appartenance, avec laquelle il va bien falloir apprendre à composer. André Gunthert
Dans les médias de la communication, une chambre d’écho, ou chambre d’écho médiatique est une description métaphorique d’une situation dans laquelle l’information, les idées, ou les croyances sont amplifiées ou renforcées par la communication et la répétition dans un système défini. Il s’agit d’une analogie avec la chambre d’écho acoustique, ou chambre réverbérante, dans laquelle les sons sont réverbérés par les murs. À l’intérieur d’une chambre d’écho médiatique, les sources ne sont généralement pas remises en question et les points de vue opposés sont censurés ou sous-représentés. John Scruggs, lobbyiste chez le cigarettier Philip Morris, décrit en 1998 deux mécanismes de ce qu’il appelle les «chambres d’écho». Le premier consiste en la répétition d’un même message par différentes sources. Le second mécanisme consiste en la diffusion de messages similaires mais complémentaires par une seule source. Scruggs décrit la chambre d’écho comme stratégie pour augmenter la crédibilité de certaines informations au regard d’une audience cible. Avec la démocratisation de l’internet et l’arrivée des médias sociaux, les chambres d’écho se sont multipliées. Les algorithmes des réseaux sociaux agissent comme des filtres et engendrent ce qu’on a nommé des bulles de filtres. L’utilisateur à l’intérieur d’une telle bulle obtient de l’information triée à son insu en fonction de son activité sur un réseau. L’accessibilité accrue aux informations correspondant aux opinions des individus fait que ces derniers sont moins exposés à des opinions différentes des leurs. Dans les chambres d’échos, les opinions opposées à celles de la majorité sont peu diffusées et, lorsqu’elles le sont, sont souvent la cible d’attaques par cette majorité pour les discréditer. Lorsqu’une information est reprise par de nombreux médias, elle peut être déformée, exagérée, jusqu’à être plus ou moins dénaturée. En augmentant l’exposition à une rumeur infondée, sa crédibilité a tendance à augmenter. À l’intérieur d’une chambre d’écho, il peut ainsi arriver qu’une majorité d’individus croient en une version dénaturée d’une information véridique, ou en une information carrément fausse. Souvent, les individus isolés au sein des chambres d’échos médiatiques sont entraînés dans un enfermement intellectuel et informationnel, construit en fonction de leur vision du monde, ce qui les conforte dans leurs convictions et les amène à l’incapacité à porter un regard critique et constructif sur les opinions qu’on leur présente. Ainsi, ces personnes sont moins aptes à juger de la qualité des informations auxquelles elles sont exposées. (…) Par ailleurs, ces chambres d’échos peuvent être touchées par la mal-information ou encore par les fake news. L’impact de ces dernières et des chambres d’échos est exacerbé par l’utilisation massive des réseaux sociaux. En effet, les débats politiques, ou encore les manifestations telles que celles des Gilets jaunes sont des événements propices à la création de fake news, qui seront alors propagées par les chambres d’échos. Wikipedia
Vendredi 10 décembre 2021, Paris (…) l’heure est à l’enthousiasme. Le polémiste tutoie les 15% dans les sondages et s’apprête à obtenir le ralliement l’ex-numéro 2 des Républicains, Guillaume Peltier. Tout paraît sourire au polémiste lorsqu’il entre dans le vestibule, et que la masse de journalistes converge vers sa personne. “Je suis un mix entre le RN et LR. C’est pour ça que je serai au second tour”, affirme-t-il ce jour-là, sûr de lui. Ce dimanche 10 avril, il en est pourtant très loin. Avec environ 7% des voix, l’ancien journaliste arrive quatrième (très) largement derrière Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. (…) En moins de cinq mois, son potentiel électoral a fondu comme neige au soleil. Parti comme une flèche après une période de vrai-faux suspense autour des ses intentions présidentielles, Éric Zemmour n’a cessé de perdre des points depuis le mois de février. Une trajectoire façon “montagnes russes” due en partie, à la guerre en Ukraine et aux pronostics hasardeux qu’il faisait à l’égard d’un Vladimir Poutine qu’il jugeait “agressé” par les intentions de Kiev. Mais ce n’est pas la seule raison. Le candidat nationaliste n’a pas réussi à attirer des poids lourds venant des Républicains, à l’exception de Guillaume Peltier, lequel avait déjà eu un passé à l’extrême droite, que ce soit au MPF de Philippe de Villiers ou au Front national de Jean-Marie Le Pen. Et les nombreux ralliements venant du Rassemblement national, de Gilbert Collard à Stéphane Ravier en passant par Nicolas Bay ou Marion Maréchal, n’ont pas produit le moindre effet sur sa concurrente d’extrême droite, qui avait beau jeu de reléguer ces défections au rayon des trahisons intéressées. (…) Face à l’impasse dans laquelle se trouvait sa candidature, Éric Zemmour a ensuite tenté de reproduire la recette qui lui avait permis de percer le plafond des sondages à l’automne: marteler les références identitaires afin d’imposer l’immigration dans le débat. Objectif: “montrer qu’il est le vrai et le seul candidat de droite de cette campagne”, entonnait son entourage. Le candidat de Reconquête! a eu une fenêtre de tir: son débat face à la candidate LR. (…) Problème, la présidente de la région Ile-de-France était aussi venue pour en découdre. Résultat: les échanges ont tourné au pugilat et ont encore une fois renvoyé l’image d’un Éric Zemmour davantage à l’aise dans le costume de bateleur médiatique que dans celui d’un chef de l’État capable de prendre en main le destin d’une nation. Une confrontation qui a par ailleurs conforté Marine Le Pen dans son refus de débattre avec le polémiste ou la candidate LR et de mener campagne loin des joutes télévisuelles qu’affectionne son concurrent. L’écart commençait à se creuser. Et le doute à s’installer dans ses troupes. À la peine dans les sondages, et alors que la guerre en Ukraine sature l’espace médiatique il apparaît comme celui qui ne veut pas de réfugiés ukrainiens sur le sol national, alors que les Français soutiennent l’accueil à 80%. Éric Zemmour s’en remet encore à la transgression, et propose, en mars, un ministère de la “Remigration”. Ultime coup de communication, comme une tentative désespérée d’attirer la lumière. En réalité, la proposition marginalise encore plus le candidat à l’extrême droite et permet à Marine Le Pen d’accentuer sa dédiabolisation, malgré un programme paradoxalement similaire sur l’immigration. Au RN, on rit de ces “provocations” qui ont l’avantage de définitivement cornériser l’essayiste. Un stratégie perdante qui a mécaniquement rebuté des LR hésitants à se déporter naturellement sur sa candidature comme il l’aurait souhaité. Raison pour laquelle Éric Zemmour en a été réduit à faire d’insistants appels du pieds en meeting, en faisant, par exemple applaudir Laurent Wauquiez et Éric Ciotti au Trocadéro. Deux poids lourds des Républicains qui sont restés jusqu’au bout fidèles à Valérie Pécresse, en dépit des offres formulées par le chef de Reconquête!, qui comptait sur la force surestimée de ses meetings spectaculaires pour faire pencher la balance de son côté. “Nous sommes les seuls à faire des rassemblement de cette ampleur”, défendait Samuel Lafont, sincèrement convaincu que ces événements agiraient comme des aimants à électeurs de droite: “chez Valérie Pécresse ils ont même  arrêter d’en faire, la dynamique est chez nous”. Manifestement, ces démonstrations de force destinées à faire de jolies images n’ont pas permis au fondateur de Reconquête! de rebondir. (…) Son entourage à beau pester contre le traitement qui est réservé au candidat, ces accrocs révèlent une forme d’amateurisme et un cruel manque d’anticipation.  Les derniers jours, Éric Zemmour donne l’impression de se rattacher à tout ce qui peut, d’une façon ou d’une autre, relancer sa campagne. De l’affaire McKinsey à la mort du jeune Jérémy Cohen, quitte à prêter le flanc aux accusations en récupération. Sans résultat. “Ce qui est dingue, c’est que nos réunions publiques sont pleines, et que les gens sont surmotivés sur le terrain”, relatait, mercredi 6 avril, au HuffPost, un élu RN rallié au polémiste, avant d’ajouter, réaliste: “enfin, c’est aussi surtout encourageant pour l’après”. Le lendemain de la présidentielle, Éric Zemmour l’a évoqué publiquement sur le plateau de France 2 mercredi 5 avril, en n’écartant pas l’idée de se présenter aux élections législatives au mois de juin. Un aveu d’échec pour qui prétend à la fonction suprême, comme s’il avait acté le fait que la marche était en réalité trop haute pour lui. De toute façon, était-il vraiment à la hauteur, ce candidat entouré de profils baroques, agrégeant les différentes galaxies de l’extrême droite, et s’enfermant dans une radicalité jusqu’à la caricature? Huffpost
Juin 2021. (…) Cette fois, c’est la bonne. Les partisans de l’union d’une droite dure le sentent, les planètes sont alignées, et un espace voit le jour entre Les Républicains et le Rassemblement national. (…) Le projet est simple : transformer, en quelques mois, l’homme des plateaux de télévision en un candidat à la présidentielle qui pourra, enfin, réconcilier une droite bourgeoise et patriote avec une droite plus populaire. Cette droite en est persuadée : Marine Le Pen, victime d’un plafond de verre, ne peut pas gagner, la droite dure a donc besoin d’un nouveau héraut. Les partisans de l’union ont enfin trouvé le porte-drapeau de leur récit, et c’est avec une tournée littéraire que les proches de l’ancien éditorialiste prennent la température. Le succès est immédiat. A chaque rendez-vous signature, une foule se presse sur le parvis, dernier ouvrage d’Eric Zemmour serré entre leurs bras. Dans les rangs, on loue les idées défendues par le polémiste, on lance des « Zemmour président », auxquels l’intéressé répond d’un sourire entendu. En septembre, dans un sondage Ipsos, il est crédité de 15% des intentions de vote, un point seulement derrière Marine Le Pen. On rêve, alors, du croisement des courbes. (…) La galaxie se structure. Les orphelins de la droite hors les murs croient enfin avoir trouvé une maison commune, et nourrissent des espoirs présidentiels. Mais arrive, déjà, la première polémique. Le 11 septembre dans l’émission « On est en direct », Eric Zemmour assure que s’il était élu, il interdirait les prénoms musulmans. Parmi ses premiers soutiens, on tique. « Toucher au prénom, c’est toucher au coeur même des gens, c’est une erreur absolue pour quelqu’un qui prétend à la fonction suprême », regrette l’un d’entre eux. Quelques semaines plus tard, il dresse un parallèle entre l’auteur de l’attentat de Toulouse, Mohamed Merah, et ses quatre victimes juives, tuées le 19 mars 2012. Puis c’est devant le Bataclan qu’Éric Zemmour dérape à nouveau, en profitant de sa visite sur les lieux de l’attentat pour critiquer l’action de François Hollande. « C’est ici qu’il a perdu une partie de la droite, analyse un observateur. On ne profane pas un cimetière, c’est aussi simple que ça. » Arrive, enfin, la séquence marseillaise, où une passante dispense Eric Zemmour d’un doigt d’honneur que lui rend bien ce dernier, assorti d’un élégant : « Et bien profond. » Eric Zemmour, pourtant, veut conter son récit. « Je veux montrer qu’il y a un horizon pour la droite, confie-t-il en marge d’un déplacement. Les systèmes partisans, l’impasse entre le RN et LR empêchent de défendre une certaine idée de la France : le cul-de-sac politique a des conséquences métaphysiques. » Mais le grand récit se perd, peu à peu, dans des petites phrases. La brutalité devance la présidentialité. Au grand dam de ses soutiens. « Il s’est laissé emporter par son public littéraire, et a cru qu’il pouvait s’adresser aux électeurs comme il s’adresse à eux, analyse l’un d’entre eux, qui pointe du doigt la responsabilité du premier cercle du polémiste, « jeune et avide de radicalité ». « Ils ont un aspect romantique, ajoute un autre. Un côté terre-brûlée dans lequel ils se permettent tout avec l’idée du : ‘tant pis si on perd, on aura bien foutu le bordel’. » D’autant que, si certains individus commencent à se montrer dubitatifs, les sondages, eux, continuent de s’envoler. Début novembre, Eric Zemmour culmine à 19% des intentions de vote, avant d’entamer une redescente. Le 30 novembre, mettant fin à un suspense inexistant, il déclare sa candidature à la présidentielle dans une vidéo postée sur Youtube. (…) Il s’agit désormais de montrer que le candidat peut embrasser la fonction d’homme d’Etat, lui faire endosser le costume de présidentiable. Et cela passera par la tenue d’un grand meeting à Villepinte. Véritable démonstration de force orchestrée par Olivier Ubéda, où ses soutiens se relaient à la tribune, pour montrer qu’il est capable de rassembler. Plus de 12 000 personnes, venues de tous les horizons, sont réunies dans une salle chauffée à blanc. Villepinte agit comme un puissant psychotrope, qui fait oublier aux militants les récents déboires. La jeune équipe se félicite : le pari est réussi, le polémiste a achevé sa mue, il est enfin devenu candidat. (…) Les murs tremblent, ce 2 mars, au 10 rue Jean Goujon. Eric Zemmour a obtenu ses parrainages. Il est officiellement candidat à la présidence de la République. L’heure est à la fête. (…) une semaine après l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine. Et le champ politique n’a pas le coeur à la fête. Mais à Reconquête, on vit la campagne en chantant. Dans les déplacements, en café avec les journalistes, au QG, on vante l’ambiance chaleureuse des équipes, celle de la « droite joyeuse ». Depuis Villepinte, les rangs se sont étoffés. Reconquête a dépassé les 100 000 adhérents, du jamais vu pour un parti naissant. L’appareil siphonne les rangs du Rassemblement national, et engrange quelques soutiens venus de la droite. Jérôme Rivière, Guillaume Peltier, Sébastien Pilard, Stéphane Ravier ont rejoint Eric Zemmour. Le 19 février, c’est au Mont Saint Michel que la Zemmourie s’est réunie pour accueillir Nicolas Bay (…) Les transfuges saluent la « libération » qu’est la leur, depuis qu’ils l’ont rejoint. Les coups d’œil aux sondages leur collent un grand sourire aux lèvres. En février, Eric Zemmour est encore en tête de la primaire informelle qui se joue à droite, devant Valérie Pécresse et au coude-à-coude avec Marine Le Pen. On s’apprête donc à faire cap sur Emmanuel Macron.  Avant que la réalité ne les rattrape, une nouvelle fois, sous la forme d’une déclaration polémique. Celle d’Eric Zemmour, qui soutient, sur RTL, que la France « ne doit pas accueillir de réfugiés ukrainiens ». Là où même Marine Le Pen se prononce en faveur du respect de la Convention de Genève. Et revient, d’un coup, l’étiquette de la brutalité qui lui colle à la peau. « C’est incroyable, la teneur de son discours fait penser qu’il pourrait avoir une famille ukrainienne en train de crever sur son palier qu’il n’ouvrirait pas la porte, lâche un observateur de la droite. De tels propos, ça ne fait que ressortir son manque d’humanité. » (…) Cette fois, rien n’y fait, et les sondages entament une chute lente mais inexorable. Si officiellement, les proches d’Eric Zemmour imputent sa baisse dans les intentions de vote au « réflexe légitimiste » d’un électorat de droite traditionnelle, en interne les langues se délient. « C’était l’erreur de trop », regrette un membre du premier cercle. La campagne déchante. 21 mars. Dans un sondage paru le matin même, le candidat nationaliste est retombé sous la barre symbolique des 10%. (…) « On est coincés, on est obligés de faire comme si on y croyait encore, souffle un salarié du parti. On ne va pas aller dire à nos militants que c’est cramé. » « Je ne me rendais pas compte que d’une semaine à l’autre on pouvait passer de 17% à 10%, c’est horrible pour nous, se lamente un cadre. On a toujours envie de tout prévoir, de tout contrôler mais on ne peut pas. » Même le ralliement de Marion Maréchal, annoncée depuis des mois comme la pièce maîtresse capable de basculer l’élection, n’y fait rien. Il est temps de sortir les rames. (….) Et comme souvent, en cas de tempête, le bateau tangue. Le vernis de l’entente cordiale craquelle. Les premiers soutiens goûtent peu de se faire (grand) remplacer au compte-goutte par les nouveaux ralliés, plus capés politiquement. Privés de médias, évincés des réunions stratégiques, relégués sur des déplacements de second plan, tout un pan de Reconquête nourrit un certain ressentiment. (…) Sur la ligne, aussi, les divergences commencent à poindre. Les défenseurs d’une politique plus axée sur le pouvoir d’achat ne comprennent pas que la question soit si peu abordée. Ceux dont les préoccupations se portent sur les classes populaires ne cessent de le répéter : « On n’imprime pas dans cet électorat, et c’est ce qui nous manque, mais les têtes pensantes ne font rien pour redresser la barre. » Au contraire, le premier cercle en est convaincu : il faut marteler sur les thématiques où l’on identifie Eric Zemmour. A savoir : immigration, identité et sécurité. Des sujets qui, le répètent ses proches, font toujours partie des premières préoccupations des électeurs. A Reconquête, on a un mantra : celui qui gagne l’élection est celui qui arrive à imposer son thème. (…) Alors, on se rassure en relevant la tête : les meetings, organisés aux quatre coins de la France, continuent d’être un succès. Chaque déplacement d’un orateur siglé Zemmour fait le plein. Les réunions publiques du candidat sont toujours impressionnantes, malgré un ou deux ratés, liés à la non prise en compte des impératifs du temps de parole. Le décalage entre les sondages et la dynamique de terrain est saisissant. Erreur 404 dans les équipes. « Comment peut-on être si bas dans les intentions de vote et constater une telle ferveur auprès des militants ? », s’interroge-t-on. Certains ébauchent une réponse : « Un meeting, ce n’est pas la France. Il faut parler aux électeurs plutôt qu’aux militants. On ne peut pas faire reposer une campagne uniquement sur des prises de guerre et des meetings », confie un cadre. En interne, on commence à se passer le mot : « Il est temps de se renouveler. » Une grande réunion publique, le 27 mars, au Trocadéro devrait permettre de rebondir, comme Eric Zemmour a toujours su le faire au cours de cette campagne. (…) La place du Trocadéro est comble. Éric Zemmour, debout sur une estrade, fait face à plusieurs dizaines de milliers de personnes. Il lève les mains vers le ciel. Il l’a fait. Lui qui, un an auparavant, était encore polémiste sur CNEWS, marche aujourd’hui dans les pas de Nicolas Sarkozy et François Fillon. Et jure qu’il fera mentir les sondages, où il est désormais le quatrième homme, seulement. A deux pas de la scène, un homme seul se fond dans la masse. Il observe le tableau, un vague sourire aux lèvres. Cet homme, c’est Paul-Marie Coûteaux, figure des milieux conservateurs et chantre de l’union des droites. A Villepinte, il avait pris la parole, devant une foule électrisée, pour encenser Eric Zemmour. Jadis fervent soutien, il n’est aujourd’hui qu’un spectateur dubitatif, qui contemple de loin une opportunité ratée. « J’avais pourtant fait part de mes réserves, mais ils ont pêché dans leur positionnement de départ, ils n’auraient pas dû verser dans une telle radicalité », regrette-t-il. Loin de la foule et de la musique tonitruante, Marine Le Pen continue sa campagne à bas bruit. Elle est désormais donnée finaliste, systématiquement, dans tous les sondages. Les Zemmouristes serrent les rangs. Ils en sont désormais persuadés : les sondages ne sont pas le reflet de la vérité, et leur stratégie est la bonne.  (…) Dynamique, rythme, et radicalité. La recette du cocktail explosif que va distiller Eric Zemmour pour cette dernière ligne droite. Avec une nouvelle proposition, portée par Nicolas Bay, Guillaume Peltier et Philippe de Villiers : la mise en place d’un ministère de la Remigration. A droite, on tique, encore et toujours. Car l’expression est empruntée au lexique de la droite identitaire et groupusculaire, et revendique de renvoyer dans leur pays d’origine tous les migrants et immigrés non européens. En interne, plusieurs craquent : « Trop c’est trop. » Mais encore une fois, le buzz fonctionne. La preuve par les actes, revendique Guillaume Peltier, désignant le flot de journalistes amoncelés autour de lui pour le questionner sur cette nouvelle trouvaille. D’ailleurs, un sondage leur donne raison : Selon Opinionway, « 55% des Français se déclarent favorables à la création d’un tel ministère ». CQFD. Et le pas de plus vers une nouvelle radicalisation. Si les sondages sont de leur côté, alors ce sont les médias, et les journalistes – « profession la plus détestée des Français », comme la Zemmourie aime à le rappeler – qui mentent. Attaquer la presse, faire mentir les sondages, vanter l’existence d’un vote caché. Jouer la carte du « nous » contre « eux », et du « tous contre nous ». Et, surtout, remettre au centre du débat les questions migratoires et civilisationnelles, à force de déclarations chocs. Telle est la stratégie d’Eric Zemmour, pour mener sa dernière bataille. Elle ne fait pas l’unanimité. « Ils sont restés dans une culture de partis de minorité, critique un salarié de Reconquête, venu des Républicains. Ils sont dans la culture du coup, alors qu’il faudrait voir sur le long terme. » (…) L’épisode, d’ailleurs, aura marqué la campagne par son caractère inédit. Jamais un parti naissant n’aura réuni tant de militants, ou connu une ferveur pareille sur le terrain. Jamais la fenêtre d’Overton n’aura été autant élargie, tant Eric Zemmour a distillé ses obsessions dans la campagne, au point de réussir à installer la théorie du « grand remplacement » dans le débat public. A quelques jours du premier tour, on dresse, déjà, à droite, l’éloge funèbre d’un candidat au parcours météoritique. « Dès le départ, ils se sont enfermés dans ce qu’ils font toujours : la campagne du buzz et de la punchline. Les références de Zemmour auraient dû être François Fillon et Marine Le Pen, c’est finalement Henri de Lesquen et Renaud Camus, il s’est transformé en addition de groupuscules identitaires. »  (…)rue Jean Goujon, le 24 mars. (…) Eric Zemmour (…) revient près de trois ans en arrière, au moment de la Convention de la droite. Il évoque le discours choc qu’il y a prononcé, d’une extrême virulence sur l’islam et l’immigration. « Je n’étais pas bon sur la forme, mais sur le fond, c’était l’un de mes meilleurs discours », assure-t-il encore aujourd’hui. Il dresse un parallèle avec le célèbre Discours des fleuves du sang, prononcé en 1968 par le très à droite Enoch Powell, lors d’un rassemblement conservateur à Birmingham. L’allocution provoque alors une tempête politique et son limogeage du cabinet fantôme. « La référence est des plus symboliques, assure un ami de longue date. Car ce qu’il faut retenir d’Eric Zemmour, finalement, c’est qu’il ne rêve pas de prendre le pouvoir. Il se complait dans sa radicalité. Ne s’est il donc pas contenté d’élargir sa propre fenêtre d’Overton pour mieux y rester enfermé ? » L’Express
Les regards sont humides et les accolades appuyées, ce dimanche, à la maison de la Mutualité. Les femmes ont chaussé leurs talons et les hommes leur veste de costume, mais le coeur n’est plus à la fête. Dans le lieu qui a accueilli Benoit Hamon en 2017 et Nicolas Sarkozy en 2012, la malédiction de la défaite se poursuit. Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle sont tombés. De même que le score d’Eric Zemmour, à 7%. Le même chiffre qu’au mois d’août 2021, au moment où celui qui était encore éditorialiste était testé dans les premières enquêtes d’opinion. La claque. Regards hagards, les militants présents dans la salle sont sonnés. « C’est pas possible, c’est pas possible », se lamente une trentenaire en s’effondrant dans les bras de son compagnon. « C’est injuste, c’est en complet décalage avec la ferveur qu’on a rencontrée sur le terrain, avec l’espoir qu’on a suscité », regrette un autre. Les zemmouristes ont la gueule de bois.  (…) L’échec, lui, est bel et bien présent. Eric Zemmour en convient, sur scène, le regard embué : « Nous sommes déçus. » Il analyse, aussi, les causes de sa chute. « Peut-être est-ce à cause de l’absence de campagne et de débat ? Du traitement qui nous a été réservé ? De la situation internationale ? Ou peut-être, aussi… de ma faute… » « Non, non, on vous aime ! », répond la salle d’une seule voix. Dans l’équipe, on explique ce résultat décevant par l’infusion de l’argument « vote utile » en faveur de Marine Le Pen. « Les électeurs de droite ont eu peur de la montée de Jean-Luc Mélenchon, et ont préféré se tourner vers Marine Le Pen », analyse un bras droit du candidat. (…) Pour l’heure, « la jeunesse de France » est sonnée. L’Express
Eric Zemmour n’a semble-t-il pas réussi à réunir « la bourgeoisie patriote », en dehors d’une partie de fillonistes de 2017 et des catholiques de La Manif pour tous, et « les classes populaires », qui sont restés pour l’essentiel fidèles à Marine Le Pen, qui dépasse les 23 %. Son parti Reconquête ! témoignait déjà de cette faiblesse : Eric Zemmour a en réalité bâti un nouveau Rassemblement national à la droite du RN, mais où les ralliés du parti Les Républicains sont rares : un obscur sénateur, Sébastien Meurant, un ancien député inconnu, Nicolas Dhuicq, et surtout Guillaume Peltier, l’ancien numéro deux de LR, qui est lui un rallié successif – ancien du Front national, du Mouvement national républicain (MNR) de Bruno Mégret, du Mouvement pour le France (MPF) de Philippe de Villiers, puis de l’UMP. Eric Zemmour a pu croire en la victoire : crédité d’à peine 7 % des voix en septembre 2021, il s’est hissé à 17 % ou 18 % des intentions de vote à mi-octobre, avant de redescendre inexorablement. Il a, à l’évidence, réussi à imposer ses thèmes de campagne, y compris à la droite classique, construit de toutes pièces un appareil qui revendique plus de 100 000 adhérents, imposé une domination quasi absolue sur les réseaux sociaux et rempli des meetings comme aucun des autres candidats. Mais la ferveur qu’il suscite chez ses sympathisants ne s’est pas traduite dans les urnes. (…) Le cercle de courtisans qui l’entoure a puissamment exacerbé l’hubris d’un homme qui n’en manquait pas, et qui ne s’est pas inquiété d’être devenu une sorte de gourou dont la seule présence électrisait les foules. Il faut enfin compter avec les outrances du candidat, qui ont marqué la campagne présidentielle : le « trait d’humour » qui lui a fait viser des journalistes avec un fusil au salon Milipol (20 octobre 2021), la conférence de presse sur les lieux même du Bataclan quant à la responsabilité de François Hollande (12 novembre 2021), le doigt d’honneur fort peu présidentiel à une militante à Marseille (27 novembre 2021), ses propos sur les handicapés et « l’obsession de leur inclusion à école », qui a fait bondir (14 janvier)… Sans compter la misogynie assumée de son passé de polémiste, qu’il a tenté de faire oublier mais qui lui vaut un déficit sévère dans l’électorat féminin. Mais c’est avec la guerre en Ukraine que le candidat a dégringolé dans les sondages. En raison, d’une part, de son admiration pour Vladimir Poutine (« Je rêve d’un Poutine français », avait-il dit en 2018), son incapacité à le qualifier de « criminel de guerre », et enfin sa répugnance à accueillir des réfugiés ukrainiens – contrairement à Marine Le Pen. Si l’on ajoute la faiblesse et la confusion de son programme [?], ses manœuvres assez politiciennes [?], lui qui se défend d’être un politicien – « supplice chinois » des ralliements du RN, minutieusement organisés, avec en point d’orgue celui de Marion Maréchal, bombardements d’informations douteuses sur le Net –, Eric Zemmour est bel et bien passé à côté de sa campagne. L’amertume l’a peu à peu porté vers le complotisme – la responsabilité des médias, les manipulations des sondages, « le vote caché » –, qui sont autant d’étapes de son échec du dimanche 10 avril. Franck Johannès
Ma chambre d’écho m’a tuer !
Devinez qui …
En ce lendemain de premier tour
Et le louable mais coûteux refus, sur l’économie, de la démagogie facile des Le Pen ou Mélenchon …
Mais une étrange hémiplégie sur la menace néo-impérialiste sino-russe …
S’est hélas fait piéger comme le débutant qu’il était …
Avec l’aide de médias au départ en manque de produits nouveaux …
Ne manquant pas de lui imposer, au moindre de ses faux pas, l’infamante étiquette d’extrême droite raciste et misogyne …
Pour finir par piéger au passage ses jeunes et eux-mêmes novices partisans pour la plupart …
Dans une véritable chambre d’écho médiatico-numérique…
Nouvelle caverne de Platon probablement amplifiée, de par la personnalisation algorithmique des moteurs de recherche et des réseaux sociaux, par l’effet de « bulle de filtrage »
Pour revenir quelque peu piteusement  avec le brutal retour du réel de l’élection elle-même …
A moins ultime pirouette de l’histoire …

Qu’en acceptant de jouer le « bad cop » en prenant comme il l’a fait  toute sa négativité sur lui …

Eric Zemmour permette au camp national …

Via la « good cop » Marine qui en a tant rajouté dans la démagogie économique …

D’arriver enfin à se glisser dans le petit trou de souris que pourrait nous offrir le sort …

Et nous débarrasser enfin de celui qui sans le putsch judiciaire contre Fillon il y a cinq ans …

N’aurait dû jamais quitter sa vraie place dans les notes de bas de page de la dite histoire … ?

Eric Zemmour : une déroute pour le polémiste d’extrême droite 
Le candidat d’extrême droite a obtenu 7 % des voix au premier tour de l’élection présidentielle du dimanche 10 avril. Il termine en quatrième position, loin derrière le trio de tête.
Franck Johannès
Le Monde
10.04.2022
Eric Zemmour a obtenu 7 % des suffrages exprimés au premier tour de l’élection présidentielle du 10 avril, selon les premières estimations Ipsos-Sopra Steria. Cette défaite s’explique sans doute par une combinaison de facteurs, que le candidat d’extrême droite a d’ailleurs vu monter lors des dernières semaines, en multipliant les appels à la mobilisation, dans toutes les couches de l’électorat.
Eric Zemmour n’a semble-t-il pas réussi à réunir « la bourgeoisie patriote », en dehors d’une partie de fillonistes de 2017 et des catholiques de La Manif pour tous, et « les classes populaires », qui sont restés pour l’essentiel fidèles à Marine Le Pen, qui dépasse les 23 %. Son parti Reconquête ! témoignait déjà de cette faiblesse : Eric Zemmour a en réalité bâti un nouveau Rassemblement national à la droite du RN, mais où les ralliés du parti Les Républicains sont rares : un obscur sénateur, Sébastien Meurant, un ancien député inconnu, Nicolas Dhuicq, et surtout Guillaume Peltier, l’ancien numéro deux de LR, qui est lui un rallié successif – ancien du Front national, du Mouvement national républicain (MNR) de Bruno Mégret, du Mouvement pour le France (MPF) de Philippe de Villiers, puis de l’UMP.
Cercle de courtisans
Eric Zemmour a pu croire en la victoire : crédité d’à peine 7 % des voix en septembre 2021, il s’est hissé à 17 % ou 18 % des intentions de vote à mi-octobre, avant de redescendre inexorablement. Il a, à l’évidence, réussi à imposer ses thèmes de campagne, y compris à la droite classique, construit de toutes pièces un appareil qui revendique plus de 100 000 adhérents, imposé une domination quasi absolue sur les réseaux sociaux et rempli des meetings comme aucun des autres candidats.
Mais la ferveur qu’il suscite chez ses sympathisants ne s’est pas traduite dans les urnes. « Je crois que la dynamique est de mon côté, a-t-il encore déclaré le 6 avril sur France Inter. Tous les éléments objectifs, les salles pleines, la ferveur, les audiences télévisées, le nombre d’adhérents, tout ça, c’est moi. » Le cercle de courtisans qui l’entoure a puissamment exacerbé l’hubris d’un homme qui n’en manquait pas, et qui ne s’est pas inquiété d’être devenu une sorte de gourou dont la seule présence électrisait les foules.
Il faut enfin compter avec les outrances du candidat, qui ont marqué la campagne présidentielle : le « trait d’humour » qui lui a fait viser des journalistes avec un fusil au salon Milipol (20 octobre 2021), la conférence de presse sur les lieux même du Bataclan quant à la responsabilité de François Hollande (12 novembre 2021), le doigt d’honneur fort peu présidentiel à une militante à Marseille (27 novembre 2021), ses propos sur les handicapés et « l’obsession de leur inclusion à école », qui a fait bondir (14 janvier)… Sans compter la misogynie assumée de son passé de polémiste, qu’il a tenté de faire oublier mais qui lui vaut un déficit sévère dans l’électorat féminin.
Dégringolade avec la guerre en Ukraine
Mais c’est avec la guerre en Ukraine que le candidat a dégringolé dans les sondages. En raison, d’une part, de son admiration pour Vladimir Poutine (« Je rêve d’un Poutine français », avait-il dit en 2018), son incapacité à le qualifier de « criminel de guerre », et enfin sa répugnance à accueillir des réfugiés ukrainiens – contrairement à Marine Le Pen.
Si l’on ajoute la faiblesse et la confusion de son programme, ses manœuvres assez politiciennes, lui qui se défend d’être un politicien – « supplice chinois » des ralliements du RN, minutieusement organisés, avec en point d’orgue celui de Marion Maréchal, bombardements d’informations douteuses sur le Net –, Eric Zemmour est bel et bien passé à côté de sa campagne. L’amertume l’a peu à peu porté vers le complotisme – la responsabilité des médias, les manipulations des sondages, « le vote caché » –, qui sont autant d’étapes de son échec du dimanche 10 avril.

Voir aussi:

L’ancien journaliste est devenu en quelques mois le phénomène surprise de cette présidentielle. Mais en politique, plus rapide est l’ascension, plus dure sera la chute.
L’Express
Marylou Magal
01/04/2022

Chapitre 1 : Le temps de l’insouciance

Juin 2021. Dans le VIe arrondissement de Paris, des passants de la rue des Saint-Père accélèrent le pas. Soudain, ils bifurquent, et poussent la porte cochère de l’un des immeubles. Dans les escaliers qui mènent à l’appartement, résonnent des chants grégoriens. Le salon, lui, abrite des livres et des bustes de Napoléon. Et il arrive, parfois, qu’Eric Zemmour y fasse irruption. Cet appartement est celui de Sarah Knafo. En juin, l’énarque de 28 ans n’a pas encore fait la Une de la presse people. Loin du bruit et de la fureur, elle active ses réseaux au sein de la « droite hors les murs ». Au coeur du Quartier latin, elle reçoit les uns, les autres. Elle consulte, interroge, apprivoise. Cette fois, c’est la bonne. Les partisans de l’union d’une droite dure le sentent, les planètes sont alignées, et un espace voit le jour entre Les Républicains et le Rassemblement national. 
Pendant un temps, le petit appartement tiendra lieu de QG de campagne officieux pour les entremetteurs de l’ombre qui composent ce qui deviendra la première équipe d’Eric Zemmour. Le projet est simple : transformer, en quelques mois, l’homme des plateaux de télévision en un candidat à la présidentielle qui pourra, enfin, réconcilier une droite bourgeoise et patriote avec une droite plus populaire. Cette droite en est persuadée : Marine Le Pen, victime d’un plafond de verre, ne peut pas gagner, la droite dure a donc besoin d’un nouveau héraut. Les partisans de l’union ont enfin trouvé le porte-drapeau de leur récit, et c’est avec une tournée littéraire que les proches de l’ancien éditorialiste prennent la température. 

Les orphelins de la droite hors les murs croient enfin avoir trouvé une maison commune

Le succès est immédiat. A chaque rendez-vous signature, une foule se presse sur le parvis, dernier ouvrage d’Eric Zemmour serré entre leurs bras. Dans les rangs, on loue les idées défendues par le polémiste, on lance des « Zemmour président », auxquels l’intéressé répond d’un sourire entendu. En septembre, dans un sondage Ipsos, il est crédité de 15% des intentions de vote, un point seulement derrière Marine Le Pen. On rêve, alors, du croisement des courbes. A Paris, entre deux déplacements, Sarah Knafo continue de rencontrer du monde, tente de draguer des soutiens. Tous se souviennent de sa pugnacité. « J’avais rencontré Sarah (Knafo, NDLR) et Eric (Zemmour, NDLR) à un dîner avec Erik Tegner (directeur de la rédaction de Livre noir, média poisson-pilote de la campagne Zemmouriste) et Marion Maréchal, se remémore Sébastien Pilard, ancienne figure de la Manif pour Tous, désormais membre de la campagne. Elle avait ensuite tenté de me convaincre de les rejoindre. Je lui ai dit de me rappeler quand elle aurait un sondage à deux chiffres, ça n’a pas manqué. » 
La galaxie se structure. Les orphelins de la droite hors les murs croient enfin avoir trouvé une maison commune, et nourrissent des espoirs présidentiels. Mais arrive, déjà, la première polémique. Le 11 septembre dans l’émission « On est en direct », Eric Zemmour assure que s’il était élu, il interdirait les prénoms musulmans. Parmi ses premiers soutiens, on tique. « Toucher au prénom, c’est toucher au coeur même des gens, c’est une erreur absolue pour quelqu’un qui prétend à la fonction suprême« , regrette l’un d’entre eux. Quelques semaines plus tard, il dresse un parallèle entre l’auteur de l’attentat de Toulouse, Mohamed Merah, et ses quatre victimes juives, tuées le 19 mars 2012. Puis c’est devant le Bataclan qu’Éric Zemmour dérape à nouveau, en profitant de sa visite sur les lieux de l’attentat pour critiquer l’action de François Hollande. « C’est ici qu’il a perdu une partie de la droite, analyse un observateur. On ne profane pas un cimetière, c’est aussi simple que ça. » Arrive, enfin, la séquence marseillaise, où une passante dispense Eric Zemmour d’un doigt d’honneur que lui rend bien ce dernier, assorti d’un élégant : « Et bien profond. » 

Démonstration de force à Villepinte

Eric Zemmour, pourtant, veut conter son récit. « Je veux montrer qu’il y a un horizon pour la droite, confie-t-il en marge d’un déplacement. Les systèmes partisans, l’impasse entre le RN et LR empêchent de défendre une certaine idée de la France : le cul-de-sac politique a des conséquences métaphysiques. » Mais le grand récit se perd, peu à peu, dans des petites phrases. La brutalité devance la présidentialité. Au grand dam de ses soutiens. « Il s’est laissé emporter par son public littéraire, et a cru qu’il pouvait s’adresser aux électeurs comme il s’adresse à eux, analyse l’un d’entre eux, qui pointe du doigt la responsabilité du premier cercle du polémiste, « jeune et avide de radicalité« . « Ils ont un aspect romantique, ajoute un autre. Un côté terre-brûlée dans lequel ils se permettent tout avec l’idée du : ‘tant pis si on perd, on aura bien foutu le bordel’. » D’autant que, si certains individus commencent à se montrer dubitatifs, les sondages, eux, continuent de s’envoler. Début novembre, Eric Zemmour culmine à 19% des intentions de vote, avant d’entamer une redescente. 
Le 30 novembre, mettant fin à un suspense inexistant, il déclare sa candidature à la présidentielle dans une vidéo postée sur Youtube. Dans l’équipe, on se passe le mot : la campagne prend une autre dimension. Il s’agit désormais de montrer que le candidat peut embrasser la fonction d’homme d’Etat, lui faire endosser le costume de présidentiable. Et cela passera par la tenue d’un grand meeting à Villepinte. Véritable démonstration de force orchestrée par Olivier Ubéda, où ses soutiens se relaient à la tribune, pour montrer qu’il est capable de rassembler. Plus de 12 000 personnes, venues de tous les horizons, sont réunies dans une salle chauffée à blanc. Villepinte agit comme un puissant psychotrope, qui fait oublier aux militants les récents déboires. La jeune équipe se félicite : le pari est réussi, le polémiste a achevé sa mue, il est enfin devenu candidat.

Chapitre 2 : La fin de l’innocence

Champagne shower ! Les murs tremblent, ce 2 mars, au 10 rue Jean Goujon. Eric Zemmour a obtenu ses parrainages. Il est officiellement candidat à la présidence de la République. L’heure est à la fête. Pour l’occasion, le QG de campagne se transforme en carré VIP sur les Champs-Élysées. Les équipes, en costume, se déhanchent sur fond de Bande organisée. Le responsable des signatures est repeint au champagne, ambiance Saint-Tropez. Heureusement que Gilbert Payet, mandataire financier de la campagne, est là pour passer la serpillère. La vidéo de la soirée circule sur les réseaux sociaux, et provoque, à droite, des réactions incrédules. « C’est absolument indécent« , lâche un élu, un temps séduit par les idées d’Eric Zemmour. Car la scène se passe une semaine après l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine. Et le champ politique n’a pas le coeur à la fête. 
Mais à Reconquête, on vit la campagne en chantant. Dans les déplacements, en café avec les journalistes, au QG, on vante l’ambiance chaleureuse des équipes, celle de la « droite joyeuse ». Depuis Villepinte, les rangs se sont étoffés. Reconquête a dépassé les 100 000 adhérents, du jamais vu pour un parti naissant. L’appareil siphonne les rangs du Rassemblement national, et engrange quelques soutiens venus de la droite. Jérôme Rivière, Guillaume Peltier, Sébastien Pilard, Stéphane Ravier ont rejoint Eric Zemmour. Le 19 février, c’est au Mont Saint Michel que la Zemmourie s’est réunie pour accueillir Nicolas Bay, entré en scène sur la musique de James Bond (car soupçonné par Marine Le Pen d’avoir été un agent double). Bottes aux pieds, la troupe nationaliste s’esclaffe, ravie de sa private joke. Les transfuges saluent la « libération » qu’est la leur, depuis qu’ils l’ont rejoint. Les coups d’œil aux sondages leur collent un grand sourire aux lèvres. En février, Eric Zemmour est encore en tête de la primaire informelle qui se joue à droite, devant Valérie Pécresse et au coude-à-coude avec Marine Le Pen. On s’apprête donc à faire cap sur Emmanuel Macron. 

La campagne déchante

Avant que la réalité ne les rattrape, une nouvelle fois, sous la forme d’une déclaration polémique. Celle d’Eric Zemmour, qui soutient, sur RTL, que la France « ne doit pas accueillir de réfugiés ukrainiens« . Là où même Marine Le Pen se prononce en faveur du respect de la Convention de Genève. Et revient, d’un coup, l’étiquette de la brutalité qui lui colle à la peau. « C’est incroyable, la teneur de son discours fait penser qu’il pourrait avoir une famille ukrainienne en train de crever sur son palier qu’il n’ouvrirait pas la porte, lâche un observateur de la droite. De tels propos, ça ne fait que ressortir son manque d’humanité. » Pourtant, ses équipes avaient tout fait, depuis décembre, pour lisser l’image du candidat d’extrême-droite. « Il faut qu’on arrive à le montrer tel qu’il est en privé, drôle et attentionné« , revendiquait un proche. Les communicants s’y sont employés pendant des semaines, à grand renfort de vidéos, montrant le candidat nationaliste hilare et entouré. Cette fois, rien n’y fait, et les sondages entament une chute lente mais inexorable. Si officiellement, les proches d’Eric Zemmour imputent sa baisse dans les intentions de vote au « réflexe légitimiste » d’un électorat de droite traditionnelle, en interne les langues se délient. « C’était l’erreur de trop« , regrette un membre du premier cercle. La campagne déchante. 
21 mars. Dans un sondage paru le matin même, le candidat nationaliste est retombé sous la barre symbolique des 10%. Un cadre se laisse lourdement tomber sur sa chaise, dépité. « Allez, on va boire« , grince-t-il, à l’évocation du chiffre. La campagne joyeuse n’est plus qu’un lointain souvenir. De même que le second tour, désormais inatteignable dans les esprits des uns et des autres. « On est coincés, on est obligés de faire comme si on y croyait encore, souffle un salarié du parti. On ne va pas aller dire à nos militants que c’est cramé. » « Je ne me rendais pas compte que d’une semaine à l’autre on pouvait passer de 17% à 10%, c’est horrible pour nous, se lamente un cadre. On a toujours envie de tout prévoir, de tout contrôler mais on ne peut pas. » Même le ralliement de Marion Maréchal, annoncée depuis des mois comme la pièce maîtresse capable de basculer l’élection, n’y fait rien. Il est temps de sortir les rames. 

Le vernis craquelle

Et comme souvent, en cas de tempête, le bateau tangue. Le vernis de l’entente cordiale craquelle. Flash-back. Dans l’Aisne, mi-janvier, la température frôle le négatif. Sous le parvis de la mairie, journalistes et salariés de la campagne attendent ensemble l’arrivée des personnalités de la journée. Eric Zemmour sort de la voiture, suivi de près par Guillaume Peltier, fraîchement nommé vice-président de Reconquête. « Ah ! Voilà votre nouveau patron« , lance, taquin, un journaliste à Antoine Diers, soutien de la première heure, pourtant directeur adjoint de la stratégie. Le sourire de ce dernier se crispe tandis que sa moustache se fige. « Mais ce n’est pas mon patron« , souffle-t-il. Ambiance. « Jusqu’ici, on gardait pour nous nos rancoeurs personnelles, parce qu’il fallait faire front commun, mais c’est terminé« , avance un cadre. Les premiers soutiens goûtent peu de se faire (grand) remplacer au compte-goutte par les nouveaux ralliés, plus capés politiquement. Privés de médias, évincés des réunions stratégiques, relégués sur des déplacements de second plan, tout un pan de Reconquête nourrit un certain ressentiment. « Ils devraient pourtant le savoir, sourit un salarié. Dans une campagne, ce n’est jamais le premier rallié le mieux récompensé, regardez Edouard Philippe. » 
Sur la ligne, aussi, les divergences commencent à poindre. Les défenseurs d’une politique plus axée sur le pouvoir d’achat ne comprennent pas que la question soit si peu abordée. Ceux dont les préoccupations se portent sur les classes populaires ne cessent de le répéter : « On n’imprime pas dans cet électorat, et c’est ce qu’il nous manque, mais les têtes pensantes ne font rien pour redresser la barre. » Au contraire, le premier cercle en est convaincu : il faut marteler sur les thématiques où l’on identifie Eric Zemmour. A savoir : immigration, identité et sécurité. Des sujets qui, le répètent ses proches, font toujours partie des premières préoccupations des électeurs. A Reconquête, on a un mantra : celui qui gagne l’élection est celui qui arrive à imposer son thème. 

Le décalage entre les sondages et la dynamique de terrain est saisissante

Alors, on se rassure en relevant la tête : les meetings, organisés aux quatre coins de la France, continuent d’être un succès. Chaque déplacement d’un orateur siglé Zemmour fait le plein. Les réunions publiques du candidat sont toujours impressionnantes, malgré un ou deux ratés, liés à la non prise en compte des impératifs du temps de parole. Le décalage entre les sondages et la dynamique de terrain est saisissant. Erreur 404 dans les équipes. « Comment peut-on être si bas dans les intentions de vote et constater une telle ferveur auprès des militants ?« , s’interroge-t-on. Certains ébauchent une réponse : « Un meeting, ce n’est pas la France. Il faut parler aux électeurs plutôt qu’aux militants. On ne peut pas faire reposer une campagne uniquement sur des prises de guerre et des meetings« , confie un cadre. En interne, on commence à se passer le mot : « Il est temps de se renouveler. » Une grande réunion publique, le 27 mars, au Trocadéro devrait permettre de rebondir, comme Eric Zemmour a toujours su le faire au cours de cette campagne. Mais le temps de la fête et des cotillons est bel et bien terminé. Et il n’y plus qu’à passer la serpillère.

Chapitre 3 : Le choix de la radicalisation

La place du Trocadéro est comble. Éric Zemmour, debout sur une estrade, fait face à plusieurs dizaines de milliers de personnes. Il lève les mains vers le ciel. Il l’a fait. Lui qui, un an auparavant, était encore polémiste sur CNEWS, marche aujourd’hui dans les pas de Nicolas Sarkozy et François Fillon. Et jure qu’il fera mentir les sondages, où il est désormais le quatrième homme, seulement. A deux pas de la scène, un homme seul se fond dans la masse. Il observe le tableau, un vague sourire aux lèvres. Cet homme, c’est Paul-Marie Coûteaux, figure des milieux conservateurs et chantre de l’union des droites. A Villepinte, il avait pris la parole, devant une foule électrisée, pour encenser Eric Zemmour. Jadis fervent soutien, il n’est aujourd’hui qu’un spectateur dubitatif, qui contemple de loin une opportunité ratée. « J’avais pourtant fait part de mes réserves, mais ils ont pêché dans leur positionnement de départ, ils n’auraient pas dû verser dans une telle radicalité« , regrette-t-il. 
Loin de la foule et de la musique tonitruante, Marine Le Pen continue sa campagne à bas bruit. Elle est désormais donnée finaliste, systématiquement, dans tous les sondages. Les Zemmouristes serrent les rangs. Ils en sont désormais persuadés : les sondages ne sont pas le reflet de la vérité, et leur stratégie est la bonne. « On est dans notre timing, assure Guillaume Peltier. On a eu une campagne en trois temps, avec la tournée littéraire qui était un test de notoriété, la précampagne de Villepinte au ralliement de Marion Maréchal, et maintenant on rentre dans le dur, avec une dynamique permanente. » Dynamique, rythme, et radicalité. La recette du cocktail explosif que va distiller Eric Zemmour pour cette dernière ligne droite. Avec une nouvelle proposition, portée par Nicolas Bay, Guillaume Peltier et Philippe de Villiers : la mise en place d’un ministère de la Remigration. A droite, on tique, encore et toujours. Car l’expression est empruntée au lexique de la droite identitaire et groupusculaire, et revendique de renvoyer dans leur pays d’origine tous les migrants et immigrés non européens. En interne, plusieurs craquent : « Trop c’est trop. » 

Attaquer la presse, faire mentir les sondages, vanter l’existence d’un vote caché

Mais encore une fois, le buzz fonctionne. La preuve par les actes, revendique Guillaume Peltier, désignant le flot de journalistes amoncelés autour de lui pour le questionner sur cette nouvelle trouvaille. D’ailleurs, un sondage leur donne raison : Selon Opinionway, « 55% des Français se déclarent favorables à la création d’un tel ministère« . CQFD. Et le pas de plus vers une nouvelle radicalisation. Si les sondages sont de leur côté, alors ce sont les médias, et les journalistes – « profession la plus détestée des Français« , comme la Zemmourie aime à le rappeler – qui mentent. Attaquer la presse, faire mentir les sondages, vanter l’existence d’un vote caché. Jouer la carte du « nous » contre « eux », et du « tous contre nous ». Et, surtout, remettre au centre du débat les questions migratoires et civilisationnelles, à force de déclarations chocs. Telle est la stratégie d’Eric Zemmour, pour mener sa dernière bataille. Elle ne fait pas l’unanimité. « Ils sont restés dans une culture de partis de minorité, critique un salarié de Reconquête, venu des Républicains. Ils sont dans la culture du coup, alors qu’il faudrait voir sur le long terme. » 
Faux, rétorque le premier cercle. « Si en septembre Eric Zemmour monte autant, c’est parce qu’il vient parler de l’identité de la France à un moment où personne ne se saisit de ce sujet, et c’est là-dessus qu’il imprime, que les gens l’attendent. » Retour aux fondamentaux, donc, pour rassembler plus largement. « Le ciment de l’union des droites, c’est ça, une seule chose relie tous nos électeurs : c’est la question de l’identité« , martèle un stratège. Le temps n’est plus à l’apaisement. Le premier cercle serre les rangs. A la barre, le duo Sarah Knafo et Guillaume Peltier. Ce sont eux qui dictent la ligne, qui entourent le candidat, qui co-écrivent et relisent ses discours. Le temps n’est plus à l’atermoiement. On réprimande sèchement ceux qui s’épanchent dans la presse, sommés de se reprendre. 
Malgré tout, les langues se délient. « On s’attendait à ce qu’il y ait une vraie démocratie interne, mais ce n’est pas le cas, regrette un engagé de la première heure. Nous ne sommes plus associés aux décisions, on a l’impression d’avoir été débarqués du bateau. » Alors les mis de côté s’organisent, et rêvent de l’après. « Il y aura forcément un congrès, et ce sera le moment de reprendre la main sur l’appareil. » La projection est devenue la plaisanterie des déçus, qui s’appellent régulièrement. « Tu fais quoi ? Je prépare le congrès« , raillent-t-ils au téléphone. Car si certains espoirs de conquête ont été enterrés, restera, après l’élection, une structure forte de plus de 100 000 adhérents, avec de nouveaux objectifs électoraux. Un butin pour lequel beaucoup sont prêts à se battre. « A ce moment-là, ce sera chacun pour soi et Dieu pour tous, prédit un cadre. Car dans le parti, beaucoup sont plus motivés par leur ambition personnelle que par leur conviction. » 
D’autres ne voient pas si loin, et se contentent d’un coup d’oeil dans le rétro. « Je ne me suis engagée que pour la campagne, après le premier tour je mets les voiles, mais on aura vécu une belle aventure« , commente une salariée. Pour plusieurs, la candidature Zemmour n’aura été qu’une parenthèse dorée de la vie politique, une sorte de quête romantique sans débouché, qui aura fait rêver, un temps, les espoirs des partisans de l’union. L’épisode, d’ailleurs, aura marqué la campagne par son caractère inédit. Jamais un parti naissant n’aura réuni tant de militants, ou connu une ferveur pareille sur le terrain. Jamais la fenêtre d’Overton n’aura été autant élargie, tant Eric Zemmour a distillé ses obsessions dans la campagne, au point de réussir à installer la théorie du « grand remplacement » dans le débat public. 

Le souvenir de la Convention de la droite

A quelques jours du premier tour, on dresse, déjà, à droite, l’éloge funèbre d’un candidat au parcours météoritique. « Dès le départ, ils se sont enfermés dans ce qu’ils font toujours : la campagne du buzz et de la punchline. Les références de Zemmour auraient dû être François Fillon et Marine Le Pen, c’est finalement Henri de Lesquen et Renaud Camus, il s’est transformé en addition de groupuscules identitaires. »  
Le soleil brille, rue Jean Goujon, le 24 mars. Un café fait l’angle, à deux pas du QG de campagne. Eric Zemmour, qui sort s’aérer, y croise quelques journalistes. Il s’arrête, pour discuter, et revient près de trois ans en arrière, au moment de la Convention de la droite. Il évoque le discours choc qu’il y a prononcé, d’une extrême virulence sur l’islam et l’immigration. « Je n’étais pas bon sur la forme, mais sur le fond, c’était l’un de mes meilleurs discours« , assure-t-il encore aujourd’hui. 
 
Il dresse un parallèle avec le célèbre Discours des fleuves du sang, prononcé en 1968 par le très à droite Enoch Powell, lors d’un rassemblement conservateur à Birmingham. L’allocution provoque alors une tempête politique et son limogeage du cabinet fantôme. « La référence est des plus symboliques, assure un ami de longue date. Car ce qu’il faut retenir d’Eric Zemmour, finalement, c’est qu’il ne rêve pas de prendre le pouvoir. Il se complait dans sa radicalité. Ne s’est il donc pas contenté d’élargir sa propre fenêtre d’Overton pour mieux y rester enfermé ? » Le premier tour se chargera de répondre à cette interrogation. Pour l’heure, escorté par ses gardes du corps, Eric Zemmour s’avance vers les Champs-Elysées, pour profiter, en solitaire, des quelques rayons de soleil.
Voir également:

Chez Zemmour, déception, pleurs… et sagesse : « C’est bien aussi la démocratie »
Le candidat qui espérait dynamiter la droite et le RN a rassemblé 7% des suffrages. Un résultat décevant pour l’ex-journaliste qui a appelé à voter pour Marine Le Pen.
Marylou Magal
L’Express
10/04/2022

Les regards sont humides et les accolades appuyées, ce dimanche, à la maison de la Mutualité. Les femmes ont chaussé leurs talons et les hommes leur veste de costume, mais le coeur n’est plus à la fête. Dans le lieu qui a accueilli Benoit Hamon en 2017 et Nicolas Sarkozy en 2012, la malédiction de la défaite se poursuit. Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle sont tombés. De même que le score d’Eric Zemmour, à 7%. Le même chiffre qu’au mois d’août 2021, au moment où celui qui était encore éditorialiste était testé dans les premières enquêtes d’opinion.

Retour à ses débuts.

La claque. Regards hagards, les militants présents dans la salle sont sonnés. « C’est pas possible, c’est pas possible », se lamente une trentenaire en s’effondrant dans les bras de son compagnon. « C’est injuste, c’est en complet décalage avec la ferveur qu’on a rencontrée sur le terrain, avec l’espoir qu’on a suscité », regrette un autre. Les zemmouristes ont la gueule de bois. « Bon, bah, on a perdu », admet un membre du premier cercle, sourire (jaune) en coin. « Bravo quand même », lâche un soutien à un artisan de la campagne, embrassade à l’appui. « On aura fait tout ce qu’on a pu… », lui rétorque ce dernier. Et on se console comme on peut. Notamment en regardant le score de Valérie Pécresse, autour de 5%.

Eric Zemmour appelle à voter pour Marine Le Pen

Sur les écrans géants installés dans la salle, les militants écoutent Valérie Pécresse assurer qu’elle votera pour Emmanuel Macron. Ils éructent, la huent, la sifflent. « Salope ! », crie un membre de cette assemblée dont une partie est décidément toujours aussi policée. Car, malgré la déception, la plupart des participants ont déjà en tête leur vote du second tour. « Ce sera Marine Le Pen, il n’y a même pas de question à se poser », assure une membre de Reconquête. Eric Zemmour, lui aussi, choisit une ligne claire. « J’ai bien des désaccords avec Marine Le Pen, mais je ne me tromperai pas d’adversaire. C’est la raison pour laquelle j’appelle mes électeurs à voter pour Marine Le Pen », déclare-t-il à ses militants, lors de sa prise de parole. Il assure, pour autant : « Reconquête n’abandonnera rien tant que la France ne sera pas reconquise. Je suis déterminé à poursuivre le combat avec tous ceux qui nous rejoindront, et je vous dirai quelle forme cela prendra. »

L’échec, lui, est bel et bien présent. Eric Zemmour en convient, sur scène, le regard embué : « Nous sommes déçus. » Il analyse, aussi, les causes de sa chute. « Peut-être est-ce à cause de l’absence de campagne et de débat ? Du traitement qui nous a été réservé ? De la situation internationale ? Ou peut-être, aussi… de ma faute… » « Non, non, on vous aime ! », répond la salle d’une seule voix. Dans l’équipe, on explique ce résultat décevant par l’infusion de l’argument « vote utile » en faveur de Marine Le Pen. « Les électeurs de droite ont eu peur de la montée de Jean-Luc Mélenchon, et ont préféré se tourner vers Marine Le Pen », analyse un bras droit du candidat.

« C’est bien, aussi, la démocratie »

Mais tout n’est pas déception, veulent croire les zemmouristes, Eric Zemmour le premier. « Politiquement, tout a changé, parce que nous avons fait irruption dans la vie politique et dépassé les partis moribonds, revendique-t-il à la tribune. Nous avons fait, en trois mois, ce qu’aucun politicien n’a fait en 15 ans. Nous avons construit le premier parti de France. » Les équipes, elles, préfèrent enjamber l’échec, et regardent déjà vers les prochains mois. « La première récolte n’est pas si abondante qu’on l’espérait, mais les graines sont semées », résume poétiquement Philippe Schleitter, le responsable des élections législatives à Reconquête. En statique, c’est décevant, mais en dynamique, un espoir se lève, car nous avons réussi à imposer nos thèmes et à mobiliser, plus que les autres, la jeunesse de France. » Pour l’heure, « la jeunesse de France » est sonnée. La musique s’éteint lentement tandis que la salle se vide. Une jeune femme hoquette, incapable de retenir ses larmes, devant Olivier Ubéda, l’organisateur des meetings. Qui rétorque : « Il ne faut pas pleurer, c’est la démocratie. C’est bien, aussi, la démocratie. »

Voir de plus:

Éric Zemmour, à la présidentielle, une « reconquête » qui a viré à la caricature
Faute d’avoir réussi à faire la jonction entre LR et le RN, le candidat s’est obstiné dans la radicalité pour exister, quitte à sombrer dans la caricature.
Romain Herreros

Huffpost

11/04/2022

POLITIQUE – Vendredi 10 décembre 2021, Paris, huitième arrondissement. Une cinquantaine de journalistes ont été conviés au QG de Reconquête!, avec la promesse de vivre un “moment d’échange” avec Éric Zemmour. Pendant près d’une heure, ce sont ses lieutenants qui se chargent de faire la conversation avec la presse, heureuse d’avoir à couvrir un événement politique dans une campagne qui peine à prendre, marquée par un contexte sanitaire encore compliqué.

Le variant Omicron inquiète déjà, mais aucun membre du staff n’est masqué. Car l’heure est à l’enthousiasme. Le polémiste tutoie les 15% dans les sondages et s’apprête à obtenir le ralliement l’ex-numéro 2 des Républicains, Guillaume Peltier. Tout paraît sourire au polémiste lorsqu’il entre dans le vestibule, et que la masse de journalistes converge vers sa personne. “Je suis un mix entre le RN et LR. C’est pour ça que je serai au second tour”, affirme-t-il ce jour-là, sûr de lui. Ce dimanche 10 avril, il en est pourtant très loin. Avec environ 7% des voix, l’ancien journaliste arrive quatrième (très) largement derrière Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

“J’ai commis des erreurs, je les assume toutes. J’en assume l’entière responsabilité”, a déclaré ce dimanche Éric Zemmour dans un discours crépusculaire, avant d’appeler ses électeurs à voter pour Marine Le Pen au second tour, malgré les critiques acerbes qu’il a formulées à son encontre tout au long de la campagne.

En moins de cinq mois, son potentiel électoral a fondu comme neige au soleil. Parti comme une flèche après une période de vrai-faux suspense autour des ses intentions présidentielles, Éric Zemmour n’a cessé de perdre des points depuis le mois de février. Une trajectoire façon “montagnes russes” due en partie, à la guerre en Ukraine et aux pronostics hasardeux qu’il faisait à l’égard d’un Vladimir Poutine qu’il jugeait “agressé” par les intentions de Kiev. Mais ce n’est pas la seule raison.

Sérieusement, qui connaît Jérôme Rivière?Philippe Olivier, conseiller spécial de Marine Le Pen, en février 2022
Le candidat nationaliste n’a pas réussi à attirer des poids lourds venant des Républicains, à l’exception de Guillaume Peltier, lequel avait déjà eu un passé à l’extrême droite, que ce soit au MPF de Philippe de Villiers ou au Front national de Jean-Marie Le Pen. Et les nombreux ralliements venant du Rassemblement national, de Gilbert Collard à Stéphane Ravier en passant par Nicolas Bay ou Marion Maréchal, n’ont pas produit le moindre effet sur sa concurrente d’extrême droite, qui avait beau jeu de reléguer ces défections au rayon des trahisons intéressées.

“Sérieusement, qui connaît Jérôme Rivière ou Stéphane Ravier, en dehors des militants et des journalistes?”, ironisait auprès du HuffPost, Philippe Olivier, conseiller spécial de la candidate RN, au moment où le polémiste prenait un malin plaisir de scénariser ces prises de guerre. “Il réunit toutes les chapelles de l’extrême droite, ça intéresse qui?”.

Face à l’impasse dans laquelle se trouvait sa candidature, Éric Zemmour a ensuite tenté de reproduire la recette qui lui avait permis de percer le plafond des sondages à l’automne: marteler les références identitaires afin d’imposer l’immigration dans le débat. Objectif: “montrer qu’il est le vrai et le seul candidat de droite de cette campagne”, entonnait son entourage. Le candidat de Reconquête! a eu une fenêtre de tir: son débat face à la candidate LR.

“C’est très important, il y a des points à aller chercher chez Valérie Pécresse. On pense qu’elle va finir vraiment très bas”, fanfaronnait auprès du HuffPost le président de la Génération Z, Stanislas Rigault, en amont de l’exercice. “Pécresse, ce n’est rien, elle n’a pas d’espace, c’est fini pour elle”, savourait un rallié du RN. Problème, la présidente de la région Ile-de-France était aussi venue pour en découdre. Résultat: les échanges ont tourné au pugilat et ont encore une fois renvoyé l’image d’un Éric Zemmour davantage à l’aise dans le costume de bateleur médiatique que dans celui d’un chef de l’État capable de prendre en main le destin d’une nation.

Des provocations pour attirer la lumière
Une confrontation qui a par ailleurs conforté Marine Le Pen dans son refus de débattre avec le polémiste ou la candidate LR et de mener campagne loin des joutes télévisuelles qu’affectionne son concurrent. L’écart commençait à se creuser. Et le doute à s’installer dans ses troupes. À la peine dans les sondages, et alors que la guerre en Ukraine sature l’espace médiatique il apparaît comme celui qui ne veut pas de réfugiés ukrainiens sur le sol national, alors que les Français soutiennent l’accueil à 80%.

Éric Zemmour s’en remet encore à la transgression, et propose, en mars, un ministère de la “Remigration”. Ultime coup de communication, comme une tentative désespérée d’attirer la lumière. En réalité, la proposition marginalise encore plus le candidat à l’extrême droite et permet à Marine Le Pen d’accentuer sa dédiabolisation, malgré un programme paradoxalement similaire sur l’immigration. Au RN, on rit de ces “provocations” qui ont l’avantage de définitivement cornériser l’essayiste.

Un stratégie perdante qui a mécaniquement rebuté des LR hésitants à se déporter naturellement sur sa candidature comme il l’aurait souhaité. Raison pour laquelle Éric Zemmour en a été réduit à faire d’insistants appels du pieds en meeting, en faisant, par exemple applaudir Laurent Wauquiez et Éric Ciotti au Trocadéro. Deux poids lourds des Républicains qui sont restés jusqu’au bout fidèles à Valérie Pécresse, en dépit des offres formulées par le chef de Reconquête!, qui comptait sur la force surestimée de ses meetings spectaculaires pour faire pencher la balance de son côté. “Nous sommes les seuls à faire des rassemblement de cette ampleur”, défendait Samuel Lafont, sincèrement convaincu que ces événements agiraient comme des aimants à électeurs de droite: “chez Valérie Pécresse ils ont même  arrêter d’en faire, la dynamique est chez nous”.

Manifestement, ces démonstrations de force destinées à faire de jolies images n’ont pas permis au fondateur de Reconquête! de rebondir. En parallèle, certains de ses déplacements tournent au sketch. À Moissac, Éric Zemmour est pris en flagrant de mise en scène dans une station essence. En fin de campagne, à Aix-en-Provence, l’intéressé est refoulé d’un complexe sportif appartenant à Zinedine Zidane. Un épisode qui rappelle le fiasco de son déplacement, non loin de là, à Marseille au mois de novembre. Son entourage à beau pester contre le traitement qui est réservé au candidat, ces accrocs révèlent une forme d’amateurisme et un cruel manque d’anticipation.

Aveu d’échec
Les derniers jours, Éric Zemmour donne l’impression de se rattacher à tout ce qui peut, d’une façon ou d’une autre, relancer sa campagne. De l’affaire McKinsey à la mort du jeune Jérémy Cohen, quitte à prêter le flanc aux accusations en récupération. Sans résultat. “Ce qui est dingue, c’est que nos réunions publiques sont pleines, et que les gens sont surmotivés sur le terrain”, relatait, mercredi 6 avril, au HuffPost, un élu RN rallié au polémiste, avant d’ajouter, réaliste: “enfin, c’est aussi surtout encourageant pour l’après”.

Le lendemain de la présidentielle, Éric Zemmour l’a évoqué publiquement sur le plateau de France 2 mercredi 5 avril, en n’écartant pas l’idée de se présenter aux élections législatives au mois de juin. Un aveu d’échec pour qui prétend à la fonction suprême, comme s’il avait acté le fait que la marche était en réalité trop haute pour lui. De toute façon, était-il vraiment à la hauteur, ce candidat entouré de profils baroques, agrégeant les différentes galaxies de l’extrême droite, et s’enfermant dans une radicalité jusqu’à la caricature?

La veille de la fin de la campagne officielle, Éric Zemmour partageait sur Twitter un photomontage montrant Emmanuel Macron et Marine Le Pen caricaturés sous les traits de personnes âgées lors d’un second tour imaginaire en 2042. Du Donald Trump façon 2016 sur la forme, mais sans le succès électoral qui va avec. Quelques heures plus tard, il accusait sur ce même réseau social Emmanuel Macron de “voler l’élection”. Du Donald Trump façon 2020, mais, cette fois, avec la défaite qui va avec.

Voir par ailleurs:

Et si on arrêtait avec les bulles de filtre?
André Gunthert

L’Image sociale

13 novembre 2016

Une semaine avant le plus grand fiasco de la presse d’information américaine, abasourdie par l’élection de Donald Trump, le quotidien Le Monde publiait une enquête à charge, dénonciation sur une double page des bulles de filtre intitulée: « Facebook, faux ami de la démocratie »1. Une fois encore, c’est un journal papier qui nous alerte sur le danger constitué par les réseaux sociaux. Sous couvert de promouvoir l’échange et de favoriser la discussion, ceux-ci nous enfermeraient en réalité dans une chambre d’écho, nouvelle caverne de Platon qui ne ferait que nous renvoyer indéfiniment notre reflet.

Magie de la bulle de filtre, concept à succès inventé en 2011 par l’activiste Eli Pariser, sur la base de l’intuition apparemment logique que les algorithmes qui pilotent les moteurs de recherche ou la présentation des contenus sur les médias sociaux orientent leur réponse en fonction des préférences de l’usager2. Que personne ne sache exactement quels critères retiennent ces logiciels, dont les entreprises gardent jalousement les clés, ne fait pas obstacle à leur condamnation. Au contraire, le secret est constitutif du processus classique de diabolisation de la technique, dont le statut de boîte noire était déjà dénoncé par Gilbert Simondon, qui regrettait que l’ignorance ou le rejet de la culture technique en fasse le bouc émissaire favori des sociétés développées3.

Ce qui frappe évidemment dans la manière de présenter la question par un journal auto-proclamé « quotidien de référence », c’est l’absence de tout élément de comparaison. Le postulat des bulles de filtre une fois déduit de la nature de l’algorithme, il ne viendrait pas à l’idée des « enquêteurs » de vérifier de quelle diversité informationnelle bénéficie un abonné du Monde ou du Nouvel Observateur. On se souvient pourtant que l’hebdomadaire de la deuxième gauche, propriété du même groupe, a récemment licencié son numéro 2, Aude Lancelin, pour motif officiel de divergence idéologique – soit le méfait d’ouvrir les colonnes du magazine à des agitateurs aussi subversifs qu’Alain Badiou ou Emmanuel Todd, plutôt qu’à BHL4…

La surprise créée par l’élection de Donald Trump a permis de vérifier en vraie grandeur la dimension de l’entre-soi médiatique, qui n’a pas besoin d’algorithme pour évacuer de son horizon les motifs de trouble. La gravité de cet aveuglement est évidemment d’une toute autre ampleur, car si nul n’accorde à Facebook le rôle d’un contrepoids démocratique, celui revendiqué par la presse d’information est bien d’éclairer le citoyen.

Une revendication des plus étranges lorsqu’on constate les parti-pris des organes d’information, chacun attaché à une clientèle et qui lui tend complaisamment le miroir qui est la condition de l’acte d’achat. Parle-t-on de la bulle dans laquelle évolue le lecteur du Figaro ou le spectateur de BFMTV? En réalité, derrière la rhétorique pseudo-technicienne et la dénonciation stéréotypée d’un communautarisme digital, se cache la prétention objectiviste d’une presse qui se dépeint en gardienne de l’universalisme des Lumières. Pour savoir la vérité, ne discutez pas sur Facebook, achetez plutôt Le Monde, seul garant d’une opinion réellement éclairée, nous dit sournoisement un article qui ne fournit aucun élément d’évaluation des bulles.

Ou plutôt si: l’article présente rapidement les conclusions d’une véritable étude, publiée par la revue Science, qui constate que le système de sélection de Facebook ne modifie que de 1% l’exposition aux contenus politiques de camps opposés5. Et donne la parole au spécialiste Dominique Cardon, qui résume: « La bulle, c’est nous qui la créons. Par un mécanisme typique de reproduction sociale. Le vrai filtre, c’est le choix de nos amis, plus que l’algorithme de Facebook ». Ce qui n’empêche pas le quotidien de condamner globalement « un forum au ton virulent, géré par un algorithme qui se dit “agnostique”, mais révèle son incapacité à susciter un vrai débat, fondement de la culture démocratique. » Fermez le ban!

On ne pourrait pas démontrer de façon plus évidente le biais d’un article qui contredit ses éléments d’information les plus fondés, où les mécanismes décrits comme producteurs de « bulles » sont tout simplement les mêmes que ceux qui conduisent à la formation de l’opinion – soit un ensemble de choix individuels, pesés, discutés et négociés qui déterminent l’orientation du citoyen, socle de la vie démocratique.

Traduisons: il n’y a pas de bulle. Et il n’y a pas non plus d’impartialité journalistique, qui se hisserait au-dessus de la subjectivité des réseaux sociaux. N’en déplaise au « quotidien de référence », qui s’adresse à une clientèle tout aussi calibrée par sa régie de publicité, c’est la prétention à l’objectivité, à la neutralité et à un pluralisme défini d’en haut qui constitue le principal obstacle à une information honnête, c’est-à-dire signée, et qui admet son orientation, plutôt que de la nier.

La grande nouveauté de la présentation de l’information sur les réseaux sociaux, c’est justement d’y arriver toujours précédée par la signature du contact qui l’a sélectionnée, autrement dit l’indication implicite d’une lecture ou d’une position, qui pourra être interrogée ou discutée. Bien sûr, comme les rédactions, qui visent des groupes sociaux et s’adressent à des opinions politiques, les médias conversationnels tendent à normaliser l’échange. Il n’en reste pas moins, pour quiconque se souvient de l’univers de l’information avant internet, que la richesse et la diversité des sources proposées par les médias sociaux est tout simplement sans comparaison avec le petit monde de la presse d’avant-hier.

Plutôt que des bulles, indépendantes et forcément étanches, la dynamique des réseaux sociaux produit des essaims informationnels perméables, orientés par les préférences et les affinités, mais toujours susceptibles d’être traversés par les impulsions virales, la contagion du LOL ou la sérendipité du web. Habités par la conviction de l’universel, les vieux médias découvrent avec frayeur les îlots minoritaires et la fragmentation communautaire, sans s’apercevoir qu’ils ne sont eux-mêmes pas moins polaires, relatifs et bornés. En réalité, c’est à une nouvelle pensée du divers qu’invite la conversation en ligne, faite de mobilisations ponctuelles et de repositionnements instantanés, reflet d’une société de moins en moins fondée sur des logiques d’appartenance, avec laquelle il va bien falloir apprendre à composer.

Alexis Delcambre, Alexandre Piquard, “Facebook, faux ami de la démocratie”, Le Monde, 3 novembre 2016, p. 14-15. [ ]
Eli Pariser, The Filter Bubble. What the Internet Is Hiding from You, New York, Penguin Press, 2011. [ ]
Gilbert Simondon, Du mode d’existence des objets techniques, Paris, Aubier, 1958. [ ]
Aude Lancelin, Le Monde libre, Paris, LLL, 2016. [ ]
Eytan Bakshy, Solomon Messing, Lada Adamic, “Exposure to ideologically diverse news and opinion on Facebook”, Science, 7 mai 2015. [ ]

Voir par ailleurs:

Zemmour lâché par un de ses premiers conseillers : « Il est déconnecté du réel »

Entourage défaillant, codes trop bourgeois, oubli de la France des « gilets jaunes »… Pierre Meurin, un des proches soutiens d’Eric Zemmour, fustige les lacunes de sa pré-campagne. Entretien choc.

Propos recueillis par Étienne Girard

L’Express

29/11/2021

Il a fait partie des lieutenants des premiers mois. Jusqu’à la fin de l’été, Pierre Meurin, âgé de 31 ans, figurait parmi les six membres du « comité exécutif » secret placé auprès d’Eric Zemmour pour préparer son entrée dans la vie politique. Cet ex-collaborateur de Marion Maréchal à l’ISSEP, également président pendant plusieurs années des Jeunes pour la France, le mouvement de jeunesse du parti de Philippe de Villiers, était chargé de structurer les forces zemmouriennes dans les territoires. C’est lui qui a coordonné, à la fin du mois de juin, la première campagne d’affichage en faveur de la candidature du polémiste. Aujourd’hui, pourtant, le voilà en retrait. Les choix stratégiques opérés depuis plusieurs semaines par Eric Zemmour ne lui conviennent pas. Au point de lui demander, dans une note d’alerte envoyée ce jeudi 25 novembre, de « réorienter radicalement (sa) campagne tant qu’il est encore temps ».

Dans ce document au ton sans concession, Meurin fustige l' »immaturité politique » du presque-candidat et de son entourage. Il lui enjoint d’élargir ses sujets d’attention, au-delà de l’immigration : « Vous adoucir est la clef de la suite de votre campagne ». A défaut, il lui prédit un score modeste le jour du premier tour, « entre 6 et 8% ». A quelques jours de la déclaration de candidature officielle d’Eric Zemmour, Pierre Meurin revient pour la première fois sur les coulisses de la pré-campagne et analyse auprès de l’Express les lacunes de sa stratégie. Il formule plusieurs recommandations d’urgence. Comme on tente d’arrêter un train qui déraille. Entretien fleuve et choc.

L’Express : Au printemps 2021, vous avez fait partie des premiers soutiens d’Eric Zemmour. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Pierre Meurin : J’ai quitté l’équipe de campagne à contrecoeur à la fin du mois d’août, pour des raisons personnelles. J’y ai conservé plusieurs amis dont j’ai pu mesurer l’enthousiasme lorsque la dynamique semblait inexorable. J’ai toutefois depuis le début de la méfiance, et ces sondages, bien en amont de l’échéance présidentielle, m’apparaissaient trop beaux pour être vrais, surtout lorsque l’on observait sa manière de faire campagne.

Sa manière de faire campagne, c’est-à-dire ?

Je suis entré, fin mars dernier, dans le comité exécutif de la pré-campagne, avec un seul objectif : faire du candidat Zemmour le successeur du candidat Sarkozy en 2007, soit l’alliance du « Kärcher » et du « travailler plus pour gagner plus » en intégrant les enjeux sociaux et économiques du dernier mandat présidentiel, principalement la crise des gilets jaunes. Il m’apparaissait possible qu’Eric Zemmour puisse faire l’alliance entre les électeurs populaires et la bourgeoisie conservatrice qu’appelait Patrick Buisson de ses voeux. La forte notoriété de ce « pré-candidat » et le nouveau souffle qu’il aurait pu donner à la campagne m’apparaissaient le meilleur moyen de casser la digue mitterrandienne et de rebâtir une droite de conviction sur les cendres d’un Rassemblement National inapte à rassembler une majorité d’électeurs depuis 30 ans. Peut-être avons-nous trop demandé à Eric Zemmour : quitter le couloir de l’intellectuel sans concession qui essentialise tout avec un pessimisme bien trop communicatif. J’attendais qu’il devienne l’homme qui dit publiquement, avec humour et foi en l’avenir : « Je vous promets qu’une fois élu, je ne dirai plus ‘c’était mieux avant' ». Sa pré-campagne est sur la forme et sur le fond aux antipodes du titre de son livre. Il a préféré rester le Cassandre d’une France qui aurait précisément dit son dernier mot.

Soutenez-vous toujours sa candidature à l’Elysée ?

Je ne soutiens pas cette candidature teintée de désespérance. Il faut proposer « du rêve » à nos concitoyens et non seulement du sang et des larmes. A défaut, je ne saurais ni avoir envie, ni même y croire. Il faudrait qu’il reprenne son narratif de campagne totalement à zéro. Mais qui sait, peut-être est-ce encore possible ?

Eric Zemmour n’a jamais caché vouloir axer sa campagne sur une radicalité maximale en matière d’immigration et d’identité, sur l’effacement supposé des traditions françaises.

Avez-vous cessé de partager ses constats sur la France ?

Pour emporter la présidentielle, la brutalité du lanceur d’alerte ne suffit pas. Je partage ses convictions sur le danger migratoire, mais il ne convaincra pas les Français de lui apporter leurs suffrages sur un simple « votez pour moi sinon vous allez mourir ». Or, en substance, c’est son message. En six mois de pré-campagne électorale, son ton pour le moins anxiogène n’a pas évolué depuis son terrible discours à la Convention de la droite de septembre 2019. Il faut proposer un projet de civilisation, un destin commun, non se borner à identifier des menaces, même si celles-ci sont réelles. Le message que les Français veulent entendre, c’est « rendre sa fierté à la France » et « rendre leur dignité aux Français ».

Vous lui reprochez en somme un ton trop pessimiste.

Au-delà du ton, la campagne d’Eric Zemmour s’articule autour d’une double erreur stratégique. Il est convaincu, et ne manque pas de le dire devant son équipe de campagne et ses proches, que son adversaire principal s’appelle Jean-Luc Mélenchon, qui s’enthousiasme de la créolisation de la France. Par opposition, il rentre dans le piège d’une vision ethnique de la civilisation française, croyant que le socle des 70% de Français hostiles à l’immigration voteront majoritairement pour lui sous prétexte qu’il serait le plus cohérent et le plus clair. D’un point de vue intellectuel, cela pourrait se défendre. Mais s’il fait de Monsieur Mélenchon son adversaire principal, il contribue à faire exister politiquement ce dernier, qui n’est pas le président sortant. Veut-il gagner la présidentielle ou terminer devant Monsieur Mélenchon ? En outre, il n’est pas propriétaire de la fermeté migratoire et sécuritaire, quoi que l’on pense de la sincérité des autres offres politiques. D’Emmanuel Macron, qui mettra en avant ses lois sécuritaires et son ministre sarkozyste Gérald Darmanin, jusqu’au Rassemblement national dépositaire du sujet depuis des années, en passant par des Républicains largement « zemmourisés », tous les états-majors politiques fourbissent leurs armes pour absorber le zemmourisme

A quel moment avez-vous commencé à douter de sa pré-campagne présidentielle ?

Le tournant principal, c’est la « croisée des chemins ». L’occasion manquée pour Eric Zemmour d’aller voir cette France de Christophe Guilluy dont il parlait si souvent sur CNews. Malheureusement, Eric Zemmour a préféré s’exprimer devant une France qui ne vote pas pour lui, une France des grandes villes où il n’avait que des coups à prendre. J’aurais préféré qu’il aille à Vierzon, Montluçon, Firminy, Etampes, Aurillac, Macon, Auch, Carcassonne, Combourg, Lens, Vesoul… Cette France des villes moyennes dévitalisées par la mondialisation et la métropolisation. Finalement, la seule étape véritablement populaire de cette campagne fut Charvieu-Chavagneux, ville péri-urbaine de la grande couronne lyonnaise, dont j’ai été le directeur de cabinet du maire pendant trois ans, de 2015 à 2018.

En réalité, le véritable tournant de cette campagne, c’est l’incapacité d’Eric Zemmour à sortir des grandes lignes TGV de la SNCF. Il dénonce depuis longtemps, à raison, le Jacques Attali mondialisé des aéroports. Il est malheureusement son miroir bourgeois des grandes gares SNCF, et je le regrette. Qu’elle est pourtant belle, cette France des routes nationales, des routes départementales et des petites communes. Elle avait tant à lui apporter.

On vous répondra que vous vous êtes trompé de candidat : vous décrivez la France et les thèmes de Marine Le Pen…

C’est amusant parce que lorsque l’on dit à Eric Zemmour que la France, et notamment les classes populaires, attendent un programme complet, par exemple pour que nos villes moyennes et nos petites communes cessent d’être dévitalisées par la métropolisation, pour leur pouvoir d’achat également, il répond exactement ceci : « Je ne suis pas candidat pour faire la même campagne que Marine Le Pen ». Autrement dit, cela ne l’intéresse pas vraiment.

Marine Le Pen fait certainement d’excellentes propositions concrètes pour cette France rurale et péri-urbaine. Mais je demeure persuadé que Marine Le Pen, lorsque le décrochage d’Eric Zemmour sera incontestable, risque de voir resurgir toutes les critiques sur ses faiblesses structurelles : débat raté en 2017, parti ruiné, et peut-être une affaire d’assistants parlementaires qui ressortira opportunément. Elle n’est pas, à mon avis et sous toutes réserves, en mesure de battre Emmanuel Macron.

Qu’est-ce qui, au fond, vous a choqué dans la démarche d’Eric Zemmour ?

Je ne suis pas choqué au sens moral du terme. Je regrette une pré-campagne qui ressemble à un acte manqué. L’ascension fulgurante dans les sondages l’a certainement conforté, lui avec son équipe, dans ses certitudes. J’appelais de mes voeux une pré-campagne de contrepied, lors de laquelle il aurait pu développer une image d’homme empathique, compétent, créatif, visionnaire et optimiste. Ce qui me choque, puisque c’est votre terme, c’est qu’il entend passer du métier de journaliste à celui de chef d’Etat sans changer sa méthode de travail ni ses habitudes. Il a fait la même tournée littéraire et médiatique que pour ses précédents ouvrages.

Sa venue devant le Bataclan le 13 novembre ou son doigt d’honneur à une militante ce samedi à Marseille vous paraissent-ils indignes d’un chef d’Etat potentiel ?

Sur le doigt d’honneur, c’est objectivement un vilain geste. Mais je trouve que c’est paradoxalement un geste très humain. Il découvre la violence d’une campagne présidentielle, et il faut bien reconnaître que les attaques qu’il subit de ses opposants sont inouïes, scandaleuses et intolérables dans une démocratie. Je me mets à sa place, et je ne communierai pas au procès en indignité qui lui est fait.

Sur le Bataclan, j’ai trouvé ça déplacé, et jamais je n’aurais conseillé cela. Surtout que tirer sur François Hollande revient à tirer sur un cadavre. Il aurait dû plutôt, par exemple, et comme je lui avais conseillé avec un ami,se rendre à la messe de Noël à Saint-Etienne-du-Rouvray, paroisse du Père Hamel, sans convoquer les journalistes. Il aurait pu faire une déclaration a posteriori pour lier christianisme, symbolique de Noël, civilisation française et lutte contre l’islamisme.

De nombreuses critiques commencent à se faire jour sur la faiblesse de l’entourage d’Eric Zemmour. Vous qui avez côtoyé de près les cadres de la pré-campagne, les comprenez-vous ?

Oui. Je disais souvent à l’époque que m’occuper à plein temps du maillage territorial, de l’opérationnel militant et même des parrainages était compliqué pour le jeune trentenaire que je suis, même si j’ai quelques expériences en termes de campagne électorale, notamment au niveau local. Je trouve que l’équipe ne s’est pas, depuis, enrichie de profils réellement expérimentés. C’est bien sûr un signal de faiblesse qui préfigurait les erreurs de ces dernières semaines.

Son équipe de communication, par exemple, est plus spécialisée dans ce que l’on appelle la « riposte », la communication « d’influenceur » ou même le « trolling ». Quel communicant sérieux aurait conseillé à Eric Zemmour de se rendre au Bataclan, ou d’arriver à Marseille en accusant la ville toute entière dans un tweet d’être le royaume de la racaille ? Et je ne vous parle pas des « newsletters » des Amis d’Eric Zemmour dont les textes font lever les yeux au ciel beaucoup de monde, avec des formules infantilisantes. Le tweet un peu immature sur Rama Yade : – « Je tiens à assurer Rama Yade de tout mon micro-soutien face au micro-drame qu’elle micro-traverse » – relève du trolling, pas de la communication d’un candidat en mesure d’accéder au second tour.

Je n’ai pas compris pourquoi Antoine Diers, peut-être le meilleur élément politique de cette équipe, était réduit à un rôle d’animation médiatique et n’avait aucune information sur les opérations. Je n’ai pas non plus compris pourquoi Jean-Frédéric Poisson n’avait pas intégré le dispositif, par exemple pour diriger la recherche des parrainages ou le maillage territorial. Par ailleurs, Eric Zemmour ne gère absolument pas son équipe, il délègue tout à Sarah Knafo dont il attend qu’elle lui offre l’Elysée. Il ne participait jamais aux réunions du comité exécutif lorsque j’en faisais partie.

Eric Zemmour a affirmé à plusieurs reprises vouloir parler à la France des « gilets jaunes », un sujet qui vous tient à coeur. Peut-il y parvenir ?

Non seulement je suis sceptique, mais je crois que l’exercice lui coûte. Pour l’anniversaire des gilets jaunes, il a justement publié une vidéo directement adressée à ces derniers. Pendant dix minutes, il propose la suppression du permis à points, le rétablissement général des 90 km/h et une baisse de la CSG sur les bas salaires. Dix minutes pour trois mesures, annoncées dans un appartement parisien dont je n’ose demander le prix au mètre carré. Ce n’est pas une critique de classe, mais c’est une erreur de communication révélatrice d’une importante déconnexion du réel.

Avez-vous formulé des propositions en ce sens auprès d’Eric Zemmour ?

Oui, bien sûr ! Et il avait l’air véritablement intéressé, je ne doute pas de sa bonne foi. Il faut diviser par deux la taxe sur le carburant, rétablir en effet les 90 km/h, amnistier les petites infractions routières et, surtout, lancer un grand plan de rénovation des routes secondaires en France, pour réduire les accidents et fluidifier le trafic sur les axes les plus congestionnés.

Mais pour saisir ce que vit l’automobiliste quotidien, il faut être entouré de gens qui connaissent le sujet. Eric Zemmour n’est pas entouré d’élus de terrain à même de lui faire saisir cette France qui pense que « nous sommes gouvernés par des lascars qui fixent le prix de la betterave et qui ne sauraient pas faire pousser un radis », selon le bon mot de Michel Audiard. En conséquence, soit ils votent Marine Le Pen, soit ils ne votent pas. Je pense depuis longtemps qu’offrir plus de libertés et de pouvoir d’achat aux automobilistes, c’est tendre enfin la main à ceux qui ont subi la relégation sociale, économique et même identitaire lors de ces quarante dernières années. C’est le geste symbolique principal pour ouvrir à nouveau un dialogue avec cette France qui ne vote souvent plus. Mais Eric Zemmour semble avoir trop de certitudes pour présenter un programme tenant compte de la trivialité du quotidien.

Est-ce à dire que vous pensez que, comme d’autres l’ont dit, « ça finira mal » ?

Pas forcément. Une campagne est une course de fond, pas un sprint. Je suis très sceptique sur ses chances de dépasser les 6-8%, s’il obtient ses 500 signatures. Mais Eric Zemmour est un OVNI politique. Il a créé une dynamique qui, spectaculairement, montre à quel point les électeurs de droite sont en quête de radicalité sur les questions régaliennes. Il faut bien sûr porter ceci à son crédit. Il est déjà producteur des thèmes de la campagne, reléguant la gauche à ses absurdités progressistes, wokistes et ses débats sur le pronom « iel ». Grâce à lui en partie, la gauche est inexistante. Au-delà des thèmes de la campagne, il pourrait être aussi faiseur de roi, ou accompagner un candidat au second tour de la présidentielle, donc pourquoi pas contribuer à faire battre Emmanuel Macron. Mais nous en sommes encore loin. Cinq mois, c’est long, tout est ouvert.

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