Universités françaises: dernier inventaire avant liquidation (French universities : last inventory before liquidation)

Entre 1951 et 1955, les jeunes d’origine modeste y étaient 29 %, contre 9 % trente ans plus tard. Ils ont aujourd’hui 24 fois moins de chances d’intégrer une grande école que des enfants de cadres ou d’enseignants. Libération
On ne nous a jamais appris l’idée du Rêve américain où tout est possible. Claire de la Vigne (Etudiante de 3e cycle, Nanterre)

Au moment où Normale Sup (99e mondiale pour l’université Jiao Tong de Shanghai, 79e pour Newsweek, 24e pour the Times) se décide enfin à lever le nez du guidon et regarder la réalité autour d’elle – avec le lancement d’un programme de tutorat pour aider les élèves des lycées difficiles à intégrer leur établissement (mais surtout pas, comme Sciences Po à faire de la discrimination positive avec concours d’entrée spécifique pour les candidats issus des ZEP!) …

Voir l’intéressant dossier du magazine « Capital » de ce mois sur le désastre de nos universités (« Comment sauver nos universités françaises du désastre ? »).

Où l’on mesure non seulement l’étendue du désastre (budgets de famine, cursus inadaptés, taux massif d’échec: 41% quittent l’université sans diplôme dans les deux premières années, contre 34% aux EU et 17% en GB où la sélection est la plus grande mais aussi la tyrannie des diplômes moins grande dans l’emploi.

Mais où l’on montre surtout que, comme souvent en France, ce qui manque le plus ne sont pas tant les solutions que… le courage politique!

Solutions proposées:

la sélection bien sûr, refusée généralement dans la rue avec la bénédiction de tous depuis des décennies par les premiers concernés: test à l’entrée en fac pour vérifier les connaissances de base, voire numérus clausus pour les filières les plus bouchées (eg. sport : 45 000 étudiants, 400 postes de professeurs d’EPS ; 26% des étudiants en sciences humaines (psycho, socio, histoire), soit 350 000 sur les 470 000 nouvelles inscriptions chaque année

– rééquilibrer l’offre de formation en développant les filières professionnelles (eg. en doublant le nombre de places en IUT et en les réservant aux bacs techno pour lesquelles elles étaient prévues et non les bacs S comme c’est le cas aujourd’hui)

– remettre de l’ordre dans l’orientation avec un guichet unique, contraindre les universités à publier le taux de chômage de leurs diplômés, donner aux facs de l’autonomie pour arrêter les gaspillages

– fusionner les universités de trop petite taille, notamment en région parisienne (avec 17 facs, d’où pour nombre d’entre elles une taille trop petite pour même entrer dans les classements internationaux et où les futurs étudiants ne se retrouvent plus) mais aussi « en province » où (carte scolaire oblige et comme dans le primaire et le secondaire les étudiants sont assignés à résidence – selon le principe prétendument républicain du « là où on naît, on reste ») sur un total de 136 facs, nombre d’entre elles n’atteignent pas la taille critique et 18 comptent moins de 100 élèves avec…18 étudiants dans certaines filières !

– redonner du pouvoir au président de fac (paralysé par des conseils d’administrations aux mains des syndicats de profs) et de la liberté aux universités pour recruter leurs enseignants chercheurs, mieux payer les chercheurs et leur supprimer le statut de fonctionnaires (1740 euros mensuels, soit moins de 20 000 euros annuels pour un maitre de conférence à bac + 8, mais aussi des taux de non-publication qui feraient rire – ou pâlir d’envie ! – la plupart des universitaires américains habitués à la dure loi du « publish or perish »: chimie : 91% ; physique : 82 ; maths : 77 ; sciences sociales : 75 ; sciences humaines : 68 !)

fusionner les labos des facs avec ceux du CNRS et des grandes écoles (comme dans la plupart des pays riches où la recherche a lieu dans les universités), augmenter les budgets et les répartir intelligemment, lancer un plan d’urgence pour remettre en état les locaux vétustes, accroître le budget des facs qui placent leurs étudiants sur le marché du travail

mieux répartir les crédits entre les universités et les grandes écoles : avec 4% des effectifs, les Grandes Ecoles trustent… 30% des ressources!, dépensant ainsi (sur nos poches de contribuables) jusqu’à dix fois plus par étudiant que l’université (Normale Sup : 40 000 euros annuels par étudiant à comparer avec une moyenne de 6700 euros pour les universités, soit un tiers de la moyenne américaine, dont, ne pas oublier, la rémunération des élèves eux-mêmes (1300 euros mensuels à Normale Sup; 1400-2100 à l’ENA; 500 à Polytechnique)!

– augmenter les droits d’inscription (la quasi-gratuité – 400 euros par année – entrainant une forte déresponsabilisation avec dans certains cas quelque 20% d’étudiants-fantômes inscrits juste pour les avantages de la carte (couverture sociale, réductions dans les transports ou musées, etc.)

– renforcer d’autant les bourses (0,1% du PIB vs. le double pour le Royaume-Uni et six fois plus pour la Suède), mais aussi les prêts à taux zéro

– avec facilités de remboursement pour les plus défavorisés, comme il se fait notamment aux EU (et on pourrait ajouter, les possibilités d’emploi interne, ce qui éviterait par exemple de fermer, contrairement aux universités américaines, les salles de lecture aux moments où les étudiants en ont le plus besoin, ie. après les cours, comme après 18h ou pendant les weekends et les vacances ou même… les pauses-déjeuner!)

– collecter beaucoup plus de fonds en créant des partenariats avec les entreprises – où on entend déjà bien sûr le tollé général profs-étudiants-syndicats-philosophes devant de telles dérives ultra-libérales …

Dans nos lycées de banlieue, les conseillers d’orientation ne parlaient même pas de Sciences-Po ou de Normale sup, car il était inimaginable qu’un élève y entre …

La rue d’Ulm prolongée jusqu’en banlieue
Normale sup lance un programme de tutorat pour aider les élèves des lycées difficiles à intégrer l’ENS.
Véronique Soule
Libération
le 12 octobre 2006

« Ce que je vise maintenant pour mes élèves, c’est Normal sup» : Henri Théodet est le proviseur du lycée Blanqui à Saint-Ouen, un établissement de Seine-Saint-Denis, classé tout à la fois en zone violence et en zone sensible. Plus de 53 % des élèves y sont issus de catégories sociales défavorisées contre 28,6 % au niveau national. Mais le proviseur refuse de baisser les bras. Il a déjà signé une convention éducation prioritaire avec Sciences-Po et a lancé des classes expérimentales de seconde. Et il fait désormais partie des treize premiers lycées impliqués dans le programme de l’Ecole normale supérieure pour promouvoir les élèves des quartiers défavorisés.

Coup d’envoi.

L’ENS de la rue d’Ulm se lance à son tour dans la bataille pour «l’égalité des chances». En présence du ministre de l’Education, Gilles de Robien, la directrice Monique Canto-Sperber a donné le coup d’envoi du programme «Entrer en prépa, entrer à l’ENS, c’est possible !» Ce projet vise à relancer l’ascenseur social et à refaire de l’ENS un lieu de mixité sociale. Entre 1951 et 1955, les jeunes d’origine modeste y étaient 29 %, contre 9 % trente ans plus tard. Ils ont aujourd’hui 24 fois moins de chances d’intégrer une grande école que des enfants de cadres ou d’enseignants. «Nous voulons que notre école, qui fut pendant des décennies la plus ouverte des grandes écoles, retrouve cette vocation, a plaidé Monique Canto-Sperber dans la salle des actes de la prestigieuse maison. Si nous échouons, il faudra en conclure que le monde scolaire est définitivement cloisonné, et que là où on naît, on reste. Pour les anciens élèves de l’école républicaine française que nous sommes, ce serait une conclusion inadmissible.»

Une cinquantaine d’élèves d’Ulm sont impliqués dans le projet qui va toucher, dans un premier temps, quelque 80 lycéens «talentueux» et «travailleurs», généralement de première. Chaque normalien s’occupera de deux élèves. Les tuteurs proposeront deux heures de cours, littéraire ou scientifique, toutes les deux semaines, alternativement rue d’Ulm et sur place, et une heure par semaine de langue. Pour la province, le tutorat se fera à distance par ordinateur. Trois fois par an, les normaliens iront sur place. Les lycéens viendront, eux, deux fois à Ulm pour des stages intensifs. «D’abord nous allons informer sur les filières de l’ENS, il faut briser la barrière psychologique qui interdit à ces élèves de s’y intéresser, explique Son-Thierry Ly, en première année de biologie à l’ENS. Puis nous accompagnerons les élèves au long de la scolarité, pour faire partager notre passion du savoir plutôt que pour du soutien scolaire. Enfin nous voulons créer un environnement culturel stimulant, conseiller des lectures, encourager la qualité de l’expression.» En faisant cela, «vous allez trouver un supplément de bonheur, un supplément d’âme», s’est exclamé Robien, qui alloue 25 000 euros au projet. Aux côtés notamment de la région Ile-de-France qui donne 20 000 euros. Mais ce tutorat, ne suffira pas à combler le retard accumulé par des jeunes chez qui souvent il n’y a pas de bibliothèque ni même de livres, et où les conversations sont à mille lieux des discussions livresques au milieu desquelles la plupart des normaliens ont grandi. Or, le principal concours littéraire (intitulé AL) d’entrée à Normale sup comporte essentiellement des dissertations, requérant avant tout d’excellentes qualités d’expression et une vaste culture.

Anonymat.

Interrogée, la directrice de l’ENS reconnaît le problème. Et avance plusieurs pistes de réflexion : «On pourrait augmenter la part des épreuves techniques, c’est-à-dire de langues ancienne et vivante, et éventuellement en introduire une nouvelle sur la technique argumentative, l’aptitude à raisonner.» Mais pas question de remettre en cause le sacro-saint principe républicain et méritocratique du concours unique et anonyme. Ni de faire de la discrimination positive comme Sciences-Po qui a mis en place un concours d’entrée spécifique pour les candidats issus des ZEP. «Il y a quelques années, dans nos lycées de banlieue, les conseillers d’orientation ne parlaient même pas de Sciences-Po ou de Normale sup, car il était inimaginable qu’un élève y entre, c’était exclu du paysage, se souvient Henri Théodet qui a ouvert une prépa littéraire dans son lycée et a déjà eu trois sous-admissibles à l’ENS. A partir du moment où cela devient possible, ça donne des ambitions, on ne pense plus que comme on est dans le 93, on ne peut pas, ça renforce l’envie de réussir et de se battre.

Voir aussi:

High and mighty
France’s elite is too clever by half
The Economist
Nov 14th 2002

Quant aux raisons de l’étrange longévité en France de ce mythe de l’égalité et de la gratuité de l’éducation (plus realistes, les Anglo-saxons ont l’habitude de dire qu’ « il y a pas de déjeuner gratuit »), c’est peut-être pas du côté de notre presse qu’il faudrait les attendre.

Quand ils ne sont pas eux-mêmes membres de cette élite scolaire (notamment via Sciences Po), nos journalistes peuvent en effet difficilement cracher dans la soupe: subventionnés par l’Etat à plus de 12% (si on compte l’agence de presse d’Etat AFP – plus de 100 millions d’euros par an -, les NMPP et les deductions fiscales) et muselés par une solide loi sur la protection de la vie privée avec cour spéciale (la fameuse XVIIe chambre du Tribunal correctionnel de Paris), sans parler des tout aussi fameuses menaces de « redressement fiscal » ou des écoutes téléphoniques et autres « notes blanches » des célèbres RG, cette police politique héritée de Vichy.

Sans compter qu’au delà des fameux « ménages » des plus célèbres d’entre eux, ils ont souvent bien d’autres chats a fouetter. Certains allant jusqu’à revendiquer ouvertement le droit d’user (bien sûr pour la bonne cause !) de leur influence sur l’opinion, comme, pour ne prendre que quelques exemples, un Jean-Marie Colombani, patron de notre « quotidien de révérence », un Charles Enderlin ou une Florence Aubenas, membre du Cercle Gramsci (du nom du théoricien marxiste qui, on se souvient, pronait l’entrisme dans l’enseignement, les médias et la culture).

– Voir enfin:

The Complete List: The Top 100 Global Universities
Newsweek

We evaluated schools on some of the measures used in well-known rankings published by Shanghai Jiaotong University and the Times of London Higher Education Survey. Fifty percent of the score came from equal parts of three measures used by Shanghai Jiatong: the number of highly-cited researchers in various academic fields, the number of articles published in Nature and Science, and the number of articles listed in the ISI Social Sciences and Arts & Humanities indices. Another 40 percent of the score came from equal parts of four measures used by the Times: the percentage of international faculty, the percentage of international students, citations per faculty member (using ISI data), and the ratio of faculty to students. The final 10 percent came from library holdings (number of volumes).

Here is our ranking:

1. Harvard University
2. Stanford University
3. Yale University
4. California Institute of Technology
5. University of California at Berkeley
6. University of Cambridge
7. Massachusetts Institute Technology
8. Oxford University
9. University of California at San Francisco
10. Columbia University
11. University of Michigan at Ann Arbor
12. University of California at Los Angeles
13. University of Pennsylvania
14. Duke University
15. Princeton Universitty
16. Tokyo University
17. Imperial College London
18. University of Toronto
19. Cornell University
20. University of Chicago
21. Swiss Federal Institute of Technology in Zurich
22. University of Washington at Seattle
23. University of California at San Diego
24. Johns Hopkins University
25. University College London
26. Swiss Federal Institute of Technology in Lausanne
27. University Texas at Austin
28. University of Wisconsin at Madison
29. Kyoto University
30. University of Minnesota Twin Cities
31. University of British Columbia
32. University of Geneva
33. Washington University in St. Louis
34. London School of Economics
35. Northwestern University
36. National University of Singapore
37. University of Pittsburgh
38. Australian National University
39. New York University
40. Pennsylvania State University
41. University of North Carolina at Chapel Hill
42. McGill University
43. Ecole Polytechnique
44. University of Basel
45. University of Maryland
46. University of Zurich
47. University of Edinburgh
48. University of Illinois at Urbana Champaign
49. University of Bristol
50. University of Sydney
51. University of Colorado at Boulder
52. Utrecht University
53. University of Melbourne
54. University of Southern California
55. University of Alberta
56. Brown University
57. Osaka University
58. University of Manchester
59. University of California at Santa Barbara
60. Hong Kong University of Science and Technology
61. Wageningen University
62. Michigan State University
63. University of Munich
64. University of New South Wales
65. Boston University
66. Vanderbilt University
67. University of Rochester
68. Tohoku University
69. University of Hong Kong
70. University of Sheffield
71. Nanyang Technological University
72. University of Vienna
73. Monash University
74. University of Nottingham
75. Carnegie Mellon University
76. Lund University
77. Texas A&M University
78. University of Western Australia
79. Ecole Normale Super Paris
80. University of Virginia
81. Technical University of Munich
82. Hebrew University of Jerusalem
83. Leiden University
84. University of Waterloo
85. King’s College London
86. Purdue University
87. University of Birmingham
88. Uppsala University
89. University of Amsterdam
90. University of Heidelberg
91. University of Queensland
92. University of Leuven
93. Emory University
94. Nagoya University
95. Case Western Reserve University
96. Chinese University of Hong Kong
97. University of Newcastle
98. Innsbruck University
99. University of Massachusetts at Amherst
100. Sussex University

4 Responses to Universités françaises: dernier inventaire avant liquidation (French universities : last inventory before liquidation)

  1. […] qu’un président d’université – ce qui en dit probablement plus long sur l’indigence des conditions de rémunération de ces derniers -, trois fois plus qu’un ministre – il […]

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  2. […] 4% des effectifs absorbant 30% des fonds publics … […]

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  3. […] cinq fois plus qu’un président d’université – ce qui en dit probablement plus long sur l’indigence des conditions de rémunération de ces derniers -, trois fois plus qu’un ministre – il […]

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  4. […] d’université cité par le Figaro, que pour une université et des chercheurs français paupérisés et sommés de « publier ou mourir » pour retrouver des financements et […]

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