Clémence Royer: De la lutte pour la vie à la lutte des classes et des races

Clémence RoyerLorsqu’en 1862 Clémence Royer, figure capitale de la sélection sociale et raciale à la française, affirme dans la préface à l’ouvrage de Darwin qu’elle vient de traduire en français: «Les hommes sont inégaux par nature: voilà le point d’où il faut partir», elle ne fait que crier haut et fort un postulat partagé par une bonne partie des élites intellectuelles. Georges Vacher de Lapouge s’inscrit dans cette mouvance lorsqu’il note en 1888 dans la Revue d’anthropologie: «Pas un homme sensé n’oserait soutenir […] qu’un million de nègres vaille un nombre égal d’Anglais ». Mémoire de la Shoah

A nos nouveaux convertis de l’anti-christianisme (pardon: de l’athéisme) si confiants en l’incontournable supériorité de la Science …

Petit rappel et retour sur l’une des héroïnes de la science et du féminisme, la première traductrice et introductrice de Darwin en France, Clémence Royer (1830-1902).

Mais aussi, à partir de sa remise en cause de la révélation chrétienne comme de la distinction absolue entre l’homme et l’animal, « figure capitale de la sélection sociale et raciale à la française« .

Qui, de son compatriote Vacher de Lapouge (et traducteur lui-même de l’apologiste de la hiérarchie raciale Ernst Haeckel) aux ses disciples autrichien ou allemand de celui-ci comme le défenseur de la lutte des races Ludwig Gumplowitcz (dont on retrouvera des passages entiers dans « Mein Kampf ») ou le grand théoricien de l’eugénisme nazi Hans Gunther, sans parler des épigones du maitre lui-même (les Lyell, Wallace et Galton) …

Permettra les immenses progrès de santé publique que l’on sait comme les aberrations (à l’ouest comme à l’est et avec certes la faible opposition voire parfois le soutien de nombre d’églises) de l’extermination des individus comme des classes ou des races « inférieurs » …

Emportée par sa foi dans le progrès, sa croyance dans l’inégalité entre les individus (« les hommes sont inégaux par nature ») et la sélection naturelle comme lois essentielles de la nature, C. Royer dénonce une société qui fait primer le faible sur le fort sous prétexte d’une « protection exclusive et inintelligente accordée aux faibles, aux infirmes, aux incurables, aux méchants eux-mêmes, à tous les disgraciés de la nature ». Elle ouvre ainsi incontestablement la voie à la théorisation de l’eugénisme, du racisme biologique et à ce qui va devenir le Darwinisme social.
Clémence Royer l’intrépide. La plus savante des savants

Conflits actuels

le 23 février 2006

Clémence Royer l’intrépide. La plus savante des savants. Aline Demars. Paris : L’Harmattan, 2005. 289 p. 24,50 €.

Aline Demars est à l’évidence sous le charme de son sujet. Il est vrai que Clémence Royer (1830-1902) est un personnage intéressant ne serait-ce parce que sa liberté, de femme et d’esprit, détonnerait en ce début de XXIe siècle, où bien des transgressions apparentes et des revendications ne sont que conformisme et consumérisme. Née dans un milieu catholique et légitimiste qu’elle s’empresse de renier, C. Royer a laissé une œuvre multiple, en volume et en contenu, fondée sur l’évolutionnisme comme clef de compréhension de toute chose, de l’univers à l’atome. Ses écrits mêlent les études philosophiques, l’économie politique, l’histoire et la préhistoire et une multitude de sujets annexes (dont une étonnante étude du système pileux chez l’homme…). C. Royer est restée dans les mémoires comme la première traductrice en langue française de Charles Darwin. Introductrice en France en 1862 de la théorie darwinienne elle attache également à son nom aux libertés qu’elle prit au moment de rédiger sa propre préface à l’Origine des espèces. Charles Letourneau parlera en 1897 d’une préface « terrible », « cassant les vitres », allant au-delà, jusqu’aux « conséquences dernières », de ce que Darwin n’osait encore publiquement envisager. Emportée par sa foi dans le progrès, sa croyance dans l’inégalité entre les individus (« les hommes sont inégaux par nature ») et la sélection naturelle comme lois essentielles de la nature, C. Royer dénonce une société qui fait primer le faible sur le fort sous prétexte d’une « protection exclusive et inintelligente accordée aux faibles, aux infirmes, aux incurables, aux méchants eux-mêmes, à tous les disgraciés de la nature ». Elle ouvre ainsi incontestablement la voie à la théorisation de l’eugénisme, du racisme biologique et à ce qui va devenir le Darwinisme social. L’ouvrage de Aline Demars constitue une première introduction à la vie et à l’œuvre de Clémence Royer, dont elle nous permet de retrouver la plume alerte dans la transcription de son autobiographie. En revanche, pour avoir une vue plus précise de ses travaux, replacés dans leur contexte historique et intellectuel, il demeure absolument indispensable de se reporter aux analyses de Claude Blanckaert ou de Geneviève Fraisse par exemple.

One Response to Clémence Royer: De la lutte pour la vie à la lutte des classes et des races

  1. […] Les hommes sont inégaux par nature: voilà le point d’où il faut partir. Clémence Royer […]

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :