Anniversaire: La Fayette, où es-tu? (From hero of two worlds to long-forgotten has-been: The strange inverted destiny of a French-born American hero)

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Lafayette statue, Paris
Aucun citoyen d’un pays étranger n’a jamais eu autant de si zélés admirateurs en Amérique, ni aucun homme d’État en France ne semble avoir jamais possédé pendant tant d’années et sans interruption une telle mesure d’influence et de respect populaires. British Encyclopedia (1911)
Avec les résultats que tu as dans tes études et le nom que tu portes, tu ne pourras réussir qu’en Amérique… Sarkozy père
Je parle devant le portrait de Washington et celui de Lafayette. Lafayette fut le premier à s’exprimer devant vos deux Chambres. Qu’est-ce qui a rapproché deux hommes si différents par l’âge et par les origines, Lafayette et Washington ? Ce sont des valeurs communes, c’est un même amour de la liberté et de la justice ? Quand Lafayette a rejoint Washington, il lui avait dit : « je viens ici, sur cette terre d’Amérique, pour apprendre et pas pour enseigner». Il venait du Vieux Monde vers le Nouveau Monde et il a dit : « je viens pour apprendre et pas pour enseigner ». C’était l’esprit nouveau et la jeunesse du Vieux Monde qui venait à la rencontre de la sagesse du Nouveau Monde pour ouvrir ici, en Amérique, une ère nouvelle à l’humanité tout entière. Nicolas Sarkozy (Washington, le 7 novembre 2007)
Les quatre décennies de l’activité politique de La Fayette, après l’engagement romantique et brillant de sa jeunesse américaine, doivent évidemment l’exclure du Panthéon. Imagine-t-on sérieusement qu’il puisse y retrouver des républicains prestigieux (…) ? Imagine-t-on à leur côté un général en chef qui n’a jamais été républicain et qui a abandonné son armée en pleine guerre pour passer chez l’ennemi ? Qu’il fût menacé alors d’être guillotiné à Paris, ayant été déclaré « traître à la nation » est avéré. Jean-Noël Jeanneney (Le Monde, le 8 novembre 2007)

Héros américain vénéré, héros puis traître et intrigant français largement oublié …

Retour, à l’occasion du récent discours du président Sarkozy (devant le portrait du premier étranger à avoir cet honneur) aux deux Chambres du Congrès américain, …

Et à l’instar d’un 250e anniversaire passé (le 6 septembre dernier, comme celui de Tocqueville il y a deux ans) bien inaperçu dans son propre pays, …

Sur l’étrange destinée inversée du marquis (Marie-Joseph Paul Yves Roch Gilbert Motier) de La Fayette.

Aussi adulé en Amérique que plus tard un Tocqueville, comme en témoignent, après les deux tournées triomphales qu’il y fit, la flopée de Lafayette, Fayette, Fayetteville (40 villes, 7 comtés et même une montagne) ou La Grange (du nom de sa propriété briarde) dans le paysage américain (sans parler des statues et portraits et jusqu’à la fameuse « National Guard », ainsi nommée en honneur de son régiment pendant la révolution française!).

Que, mises à part une rue parisienne et les « Galeries » du même nom, largement méconnu et oublié sur sa terre natale. Comme en témoignent la modestie de sa tombe (coincée entre les fosses communes de la guillotine de la place de la Nation) dans le cimetière privé de Picpus. Ou le fait que sa statue équestre de la place de l’Alma – face à celle de Washington, pour l’Exposition universelle de 1900 – est en fait un don des enfants des écoles des Etats-Unis.

Aussi méconnu et oublié en fait que son rôle dans la guerre d’indépendance américaine où, à l’instar de nombre de jeunes nobles français (Rochambeau, de Grasse, Berthier, Jourdan, l’amiral d’Estaing, Saint-Simon) ou européens comme le Polonais Kosciusko, le Prussien von Steuben ou le Rhénan von Kalb, sa fougue et son idéalisme tout juvéniles mais aussi sa soif de gloire servirent surtout à se venger de l’Angleterre pour la Guerre de Sept ans et la perte du Canada.

Tout comme d’ailleurs son rôle, à cheval sur deux continents et deux siècles, dans notre propre histoire, où finit par se retourner contre lui son incroyable longévité sous (excusez du peu)… cinq rois, deux révolutions, deux républiques et un empire!

Mais surtout, dans notre Révolution, où les appels à la modération du propriétaire d’esclaves mais créateur avec Brissot et l’abbé Grégoire de la « Société des Amis des Noirs » pour l’abolition de la traite et de l’esclavage ainsi que l’émancipation des protestants et des juifs devant la furie révolutionnaire le firent vite (et encore aujourd’hui comme le montrait dans Le Monde il y a quelques jours l’historien officiel Jeanneney) passer pour un traitre.

Eclipsant du coup son apport dans nombre de nos institutions comme l’inspiration qu’il ramena d’Amérique, notamment la « Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen » largement inspirée, dit-on, de la « Déclaration d’indépendance » américaine de 1776 (mais qui inspirera à son tour la « Bill of Rights » américaine de 1791).

Ou même… notre propre drapeau!

La Fayette au Panthéon ? Holà !
Jean-Noël Jeanneney
Le Monde
08.11.07

Le président Sarkozy, en visite officielle à Washington, vient à juste titre d’évoquer La Fayette, que l’Histoire a installé comme symbolique de l’amitié pluriséculaire entre la France et les Etats-Unis. Nous avions déjà appris de sa bouche, cet été, qu’il avait lu une biographie de cette figure importante. Rien de plus honorable. Mais une inquiétude a surgi ensuite lorsque le ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, célébrant avec l’ambassadeur américain le deux cent cinquantenaire de la naissance de La Fayette, avait promis de « porter au sommet de l’Etat » l’idée de transférer sa dépouille au Panthéon. Il me paraît urgent de mettre en garde contre cette étrange perspective.

Certains avaient, je m’en souviens, déjà évoqué cette éventualité lors du Bicentenaire de la Révolution française et elle avait été écartée comme malvenue. Entendons-nous : il n’est pas question d’occulter le rôle du jeune aristocrate qui eut le courage et la prescience d’apporter, comme volontaire, le soutien de son épée et de sa vaillance aux « insurgents » de l’indépendance américaine – aux côtés d’autres Français que l’on célèbre trop peu, tels Rochambeau, de Grasse, Berthier, Jourdan, l’amiral d’Estaing et aussi Saint-Simon, le grand précurseur du socialisme…

La Fayette fut un personnage de belle prestance, un honnête homme, fidèle aux siens, persévérant et sincère, l’un des plus exacts représentants, en somme, du courant libéral dans les premiers moments de la Révolution française. Notre temps apprécie son action en le saluant comme membre, avec l’abbé Grégoire, Brissot, Mirabeau et d’autres, de la Société des amis des Noirs, partisan de l’émancipation des protestants et des juifs, et même préoccupé par le sort des Indiens.

Soit. Mais enfin il ne messied pas de s’interroger sur ses états de service au regard de la nation et de la République. D’abord attentif à tirer parti de la prise de la Bastille pour sa popularité, qui l’obsédait (il fut, avant la lettre, un excellent « communicant »), La Fayette protégea la famille royale quand le peuple contraignit celle-ci à quitter Versailles pour Paris, en octobre 1789. Ce ne fut pas, à vrai dire, sans un certain panache, et sa popularité était presque intacte lors de la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790. Elle s’effondra lors de la fusillade du Champ-de-Mars qui, le 17 juillet 1791, fit une cinquantaine de morts parmi les partisans de la République venus protester contre les agissements du roi après la fuite à Varennes (même si c’est Bailly, le maire de Paris, plus que La Fayette, lieutenant-général de la Garde nationale, qui semble en porter la responsabilité).

Il y a plus grave, et ceci me paraît, en vérité, rédhibitoire : dans la nuit du 19 au 20 août 1792, La Fayette trahit sa patrie. En pleine guerre, il choisit, général en chef de l’armée du Nord, de fuir sa responsabilité, en franchissant les lignes ennemies avec son état-major et après avoir vainement cherché – dans un pays envahi ! – à soulever ses troupes contre l’Assemblée. Michelet a tout dit : « La Fayette ne semblait voir d’ennemi que les Jacobins. Par une adresse, il appelait son armée à rétablir la Constitution, défaire le 10 août, rétablir le roi. Cela équivalait à mettre l’étranger à Paris. Il n’y a aucun exemple d’une telle infatuation. Heureusement il ne trouva aucun appui dans son armée. »

Il avait espéré être bien accueilli dans le camp d’en face. Il fut, à son étonnement, emprisonné entre 1792 et 1797, en Allemagne et en Autriche, car son « image » en faisait pour les monarchies européennes un homme dangereusement subversif, ce qui lui permit d’ailleurs de la préserver. « Les Autrichiens lui rendirent le service essentiel de l’arrêter, et, par là, ils le réhabilitèrent », observe encore Michelet, qui accorde à La Fayette beaucoup de courage physique mais juge que la médiocrité de son intelligence fit de lui l’instrument privilégié de toutes les manipulations.

PASSÉ CHEZ L’ENNEMI

La Fayette ne fut libéré que par une clause spéciale imposée par Bonaparte dans le traité de Campo-Formio ; deux ans plus tard, en 1799, il rentra discrètement (on le comprend…) et conserva une attitude digne d’opposition libérale au Consulat et à l’Empire, sans rôle politique jusqu’en mars 1815. Il fut alors élu à la Chambre des Cent-Jours, et après Waterloo frappa Napoléon dans le dos en poussant ses collègues à réclamer son abdication : l’empereur, à Sainte-Hélène, l’accusa explicitement, à ce propos, de trahison renouvelée au 6e paragraphe de son testament. Ajoutons que, d’après le Mémorial de Sainte-Hélène, il voyait en lui « un niais », que sa « bonhomie politique devait rendre constamment dupe des hommes et des choses ».

La carrière de La Fayette comme opposant libéral continua sous la Restauration. Elle connut son apogée en juillet 1830, lors de la chute des Bourbons. La République était à portée de main, le soulèvement populaire lui étant largement favorable : c’est alors que La Fayette, élu par acclamations au commandement de la Garde nationale, à 73 ans, pesa de tout son prestige historique pour faire accepter Louis-Philippe comme roi des Français et voler leur victoire aux Républicains.

Concluons. Les quatre décennies de l’activité politique de La Fayette, après l’engagement romantique et brillant de sa jeunesse américaine, doivent évidemment l’exclure du Panthéon. Imagine-t-on sérieusement qu’il puisse y retrouver des républicains prestigieux, ses contemporains, comme Condorcet, Grégoire, Monge (trois grandes personnalités que François Mitterrand a souhaité y mettre en 1989), et plus encore Lazare Carnot, l’Organisateur de la Victoire contre l’envahisseur, qu’il puisse y rejoindre des militaires tombés au combat : Marceau, La Tour d’Auvergne, Lannes, etc. ?

Imagine-t-on à leur côté un général en chef qui n’a jamais été républicain et qui a abandonné son armée en pleine guerre pour passer chez l’ennemi ? Qu’il fût menacé alors d’être guillotiné à Paris, ayant été déclaré « traître à la nation » est avéré. C’est une explication. Une excuse ? Chacun en jugera. Quoi qu’il en soit, est-ce assez pour l’absoudre, en tout cas pour le célébrer ?

Jean-Noël Jeanneney est historien, professeur à Sciences Po et ancien président de la Mission du Bicentenaire de la Révolution en 1989.

Voir aussi:

La Fayette (1757 – 1834)
Le « Héros des Deux Mondes »

Le marquis Gilbert Motier de La Fayette demeure après plus de deux siècles le principal trait d’union entre la France et les États-Unis.

Mais son rôle historique ne se résume pas à ses années de jeunesse passées à combattre aux côtés des «Insurgents» américains. Il a aussi joué un rôle moteur dans les débuts de la Révolution française et à nouveau dans la révolution des Trois Glorieuses qui vit le remplacement de Charles X par Louis-Philippe 1er à la tête de la France.

Fabienne Manière

Un jeune homme plein d’audace

Né en Auvergne, au château de Chavaniac (ou Chavagnac), Gilbert Motier, futur marquis de La Fayette, perd très tôt son père, tué à la guerre. Il épouse à 17 ans une jeune et très riche héritière, Marie de Noailles. Cette alliance lui donne accès à la Cour de Versailles et au roi Louis XV.

Assoiffé d’aventures, il rencontre en secret Benjamin Franklin, venu plaider à Versailles la cause des Insurgents américains et, malgré l’opposition de sa famille, s’embarque dès 1777 pour l’Amérique, sur une frégate affrétée à ses frais, grâce à une avance sur sa fortune.

Il a 19 ans quand il débarque à Georgetown le 15 juin 1777. Un an plus tôt, les Insurgents, bien qu’en minorité dans les Treize Colonies anglaises d’Amérique du nord, ont proclamé unilatéralement leur indépendance.

Comme La Fayette, beaucoup de jeunes nobles européens ont pris fait et cause pour eux. Parmi eux le Polonais Kosciusko, le Prussien von Steuben, le Rhénan von Kalb…

La Fayette se présente à Philadelphie devant le Congrès américain et revendique humblement le droit de servir comme simple soldat. On lui attribue le grade de major général et il devient le proche collaborateur et l’ami du commandant en chef George Washington. Il considère celui-ci comme un père.

La Fayette, comme les autres nobles européens, va témoigner au combat d’une bravoure et d’un professionnalisme bien supérieurs à ceux des volontaires américains.

Le jeune marquis est blessé à la cuisse à la bataille de Brandywine le 11 septembre 1777, puis, après quelques mois de repos, se distingue en plusieurs occasions, notamment en pénétrant au Canada avec une poignée d’hommes et en secourant deux mille insurgés assiégés par les Anglais.

Au printemps 1779, il revient en France, où il reçoit un accueil triomphal, et plaide la cause de l’insurrection. Il réclame l’envoi d’un corps expéditionnaire.

Accédant à sa demande, le roi Louis XVI envoie un corps de 6.000 hommes outre-Atlantique sous le commandement du général de Rochambeau, avec le concours de la flotte du chef d’escadre François de Grasse.

La Fayette devance le corps expéditionnaire et arrive à Boston le 28 avril 1780 sur la frégate l’Hermione que lui a donnée le roi.

À la tête des troupes de Virginie, il harcèle l’armée anglaise de lord Cornwallis et fait sa jonction avec les troupes de Washington et Rochambeau.

Les troupes anglaises sont bientôt coincées dans la baie de Chesapeake, dans l’impossibité de recevoir des secours par mer du fait du blocus effectué par la flotte de De Grasse. C’est ainsi que les alliés franco-américains remportent la victoire décisive de Yorktown le 17 octobre 1781.

La reddition de lord Cornwallis à Yorktown (17 octobre 1781)

C’est pratiquement la fin de la guerre d’Indépendance. En attendant le traité de paix qui sera signé à Versailles, La Fayette peut s’en revenir en France, couvert de gloire et d’honneur.
Un libéral en avance sur son temps

Le marquis de Lafayette en 1792, par Joseph Court (musée de Versailles)Le noble et fortuné marquis va dès lors cultiver son aura et se mettre au service des idées les plus généreuses de son temps.

Le 17 février 1788, il crée avec Brissot et l’abbé Grégoire la «Société des Amis des Noirs», pour l’abolition de la traite et de l’esclavage.

Enfin survient la Révolution. La Fayette est élu député de la noblesse de Riom aux états généraux.

Dès le 11 juillet 1789, à l’Assemblée nationale, il présente un projet de Déclaration européenne des droits de l’homme et du citoyen (dont s’inspirera le Bill of Rights américain de décembre 1791).

Le 13 juillet, il est élu vice-président de l’Assemblée et le 15 juillet, prend la tête de la garde nationale. Le 17 juillet, il invite ses troupes à arborer une cocarde tricolore (est-ce un hasard si l’on y retrouve les trois couleurs de la bannière américaine ?).

Mais il ne tarde pas à être tiraillé entre son obligation de protéger le roi et son désir de faire progresser les idées libérales de la Révolution.

Lorsque les Parisiennes vont chercher le roi à Versailles le 5 octobre 1789, il se montre maladroit dans la défense du château. Il n’en promet pas moins au roi et à sa famille de les défendre quoi qu’il arrive. Cela n’a pas l’heur de rassurer la reine Marie-Antoinette, qui le déteste.

Le marquis de La Fayette, surnommé «Héros des Deux Mondes», tient son heure de gloire le 14 juillet 1790, à l’occasion de la Fête de la Fédération, quand il prête serment devant le roi au nom de la garde nationale.

Son étoile se ternit lorsque le roi et sa famille tentent de s’enfuir et sont rattrappés à Varennes le 21 juin 1791, sans qu’il ait pu soupçonner quoi que ce soit.

Un mois plus tard, le 17 juillet 1791, sur le Champ-de-Mars, La Fayette et ses gardes sont violemment pris à partie par des centaines de sans-culottes venus signer une pétition du club des Cordeliers réclamant l’instauration de la République.

La garde nationale tire. Une cinquantaine de manifestants sont tués. C’est la première fracture entre le marquis libéral et la Révolution.

Après la chute de la monarchie, le général de La Fayette, menacé d’arrestation, prend la fuite avec une partie de son état-major. Il est incarcéré par les Autrichiens qui ne goûtent pas particulièrement sa geste révolutionnaire.

Libéré cinq ans plus tard grâce à une clause particulière du traité de Campoformio négocié par Bonaparte, il revient en France sous le Consulat mais se tient à l’écart de la vie politique jusqu’à la chute de l’Empire, en 1814.
Nostalgie, quand tu nous tiens…

Lafayette âgéPendant les Cent-Jours qui suivent le retour de Napoléon 1er de l’île d’Elbe, La Fayette prend fait et cause pour l’empereur et se fait élire député à la Chambre des représentants. Mais après Waterloo, il intervient pour obliger l’empereur à un retrait définitif.

En 1818, sous le règne de Louis XVIII, La Fayette, encore auréolé par son passé américain et révolutionnaire malgré la soixantaine bien sonnée, se fait élire député de la Sarthe. Toujours à la pointe du libéralisme, il participe aux manigances de la Charbonnerie et, en 1825, s’offre un voyage triomphal aux États-Unis.

Lorsque la révolution des Trois Glorieuses éclate, qui chasse Charles X du pouvoir, il retrouve (à près de 73 ans !) le commandement de la garde nationale.

Le 31 juillet 1830, il accueille à l’Hôtel de ville de Paris le duc Louis-Philippe d’Orléans, qui est comme lui un noble libéral attaché à la Révolution.

Il convainc les insurgés parisiens de le porter sur le trône comme roi des Français en le présentant comme la «meilleure des républiques».
«La Fayette, nous voici !»

Le «Héros des Deux Mondes» meurt à 77 ans en pleine gloire. Il est inhumé à Paris dans le petit cimetière de Picpus, près d’une fosse commune où furent ensevelis de nombreuses personnes guillotinées sous la Révolution, y compris des membres de sa famille.

Devant sa tombe se recueilleront en 1917 les premiers Américains venus soutenir l’effort de guerre français et l’un d’eux aura ce cri du coeur : «La Fayette, nous voici !»

Salué en « héros de l’indépendance » en 1784, la deuxième visite de Lafayette en 1824 donna lieu à des démonstrations de reconnaissance sans précédents. Reçu en « hôte de la nation », Lafayette visite les 24 Etats américains en treize mois et il devient le premier étranger à s’adresser aux deux Chambres du Congrès. L’annonce de sa mort en 1834 est accueillie avec une grande tristesse dans le nouveau monde, qui honore la mort du Marquis par un deuil national, dont l’ampleur égala celui organisé pour la mort du Président George Washington.

Voir également sur le site de l’Ambassade de France à Washington:

Historique

Le 31 juillet 1777, après avoir traversé l’Océan Atlantique à bord de la Victoire, un jeune officier français de 19 ans se présente à Philadelphie aux quartiers du Général George Washington pour offrir ses services aux insurgés américains. Ce jeune homme est Marie Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier, Marquis de Lafayette, un des héros français de la guerre d’indépendance américaine.

Après avoir célébré, en 2006, le 225e anniversaire de la victoire de Yorktown, 2007 marque le 250e anniversaire de la naissance de Lafayette. Commémorer cette naissance est l’occasion de célébrer une amitié franco-américaine de plus de deux siècles qui demeure indéfectible aujourd’hui. « Notre Marquis », comme aimaient l’appeler les Américains au XVIIIe siècle, est l’incarnation historique de cette relation d’amitié et d’alliance entre les peuples français et américain.

Né le 6 septembre 1757 d’une famille aisée de tradition militaire, Lafayette rejoint les rangs des Dragons du Roi en 1772. C’est à Paris que le jeune capitaine se prend de passion pour la lutte des rebelles américains contre ce qui était, à l’époque, la meilleure armée au monde, et qu’il se porte volontaire pour rejoindre et assister les forces américaines.

Lafayette achète et arme un navire à ses frais avant de rallier les côtes américaines. Marqués par le souvenir récent des guerres franco-indiennes, les officiers américains réservent au départ un accueil tiède au jeune Français. La ferveur et la loyauté de Lafayette pour la cause américaine, sa modestie, ainsi que l’amitié portée par le Général Washington à son compagnon d’armes français eurent rapidement raison de cette méfiance.

La générosité de son engagement auprès des troupes américaines –Lafayette n’accepta aucune forme de rémunération pour ses services et puisera dans sa fortune personnelle pour lever, équiper et armer un régiment d’infanterie- et ses réalisations militaires contribuèrent également à la popularité du Français au sein des forces américaines. Il prouvera son ardeur au combat lors de sa première bataille ; blessé par balle à Brandywine, il insista pour organiser le retrait de ses troupes avant d’être soigné. Son engagement est remarqué et le jeune marquis se voit rapidement confier le commandement d’une division entière.

Marqué par cette première expérience américaine, Lafayette revient à Paris pour convaincre le Roi Louis XVI de soutenir la cause des révolutionnaires américains. Malgré les premières réticences de la Cour, il retourne en mars 1780 annoncer l’arrivée d’un corps expéditionnaire français composé de 5000 hommes, sous les ordres du Général Rochambeau, soutenu par la flotte du Comte de Grasse.

L’excellente réputation du Marquis de Lafayette aux Etats-Unis s’avérera déterminante pour faciliter la collaboration de l’Expédition Particulière avec les forces révolutionnaires américaines. Une année plus tard, l’expérience des troupes françaises jouera un rôle décisif au cours de la bataille de Yorktown, l’une des principales victoires des forces américaines et de leurs alliés, qui contribuera au départ des Britanniques.

De retour à Paris, Lafayette est comblé d’honneurs et entretient des relations diplomatiques avec les alliés américains et Benjamin Franklin. Des années durant, George Washington et le Marquis de Lafayette échangeront une correspondance soutenue, témoignant de leur amitié et de leur respect.

Homme des Lumières, inspiré par la démocratie américaine, il fût en France l’un des rédacteurs de la « Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen » proposée à l’Assemblée constituante en 1789. Aux Etats-Unis, il est considéré comme l’une des pierres angulaires de l’identité nationale américaine grâce à sa précieuse contribution à la lutte contre les troupes britanniques, ainsi que par ses liens avec les « Pères Fondateurs » de la Constitution américaine.

L’amitié et cette confiance des insurgés pour Lafayette sont longtemps demeurées ancrées dans les esprits américains. Preuve en est avec les accueils qui furent réservés au Marquis à l’occasion de ses deux voyages sur le continent américain. Salué en « héros de l’indépendance » en 1784, la deuxième visite de Lafayette en 1824 donna lieu à des démonstrations de reconnaissance sans précédents. Reçu en « hôte de la nation », Lafayette visite les 24 Etats américains en treize mois et il devient le premier étranger à s’adresser aux deux Chambres du Congrès. L’annonce de sa mort en 1834 est accueillie avec une grande tristesse dans le nouveau monde, qui honore la mort du Marquis par un deuil national, dont l’ampleur égala celui organisé pour la mort du Président George Washington.

Des décennies plus tard, l’Amérique saluait encore le rôle de Lafayette dans la guerre d’indépendance. A l’arrivée des troupes américaines en France pendant la Première Guerre mondiale, le Général John J. Pershing tint à réitérer la reconnaissance du peuple américain à un des « héros de l’indépendance américaine » en se recueillant devant la tombe du Marquis et en prononçant la désormais fameuse déclaration : « Lafayette nous voilà. »

Aujourd’hui, 25 villes ou villages portent le nom Lafayette aux Etats-Unis, et le Marquis de Lafayette est plus que jamais un symbole de l’amitié franco-américaine. En témoigne la citoyenneté d’honneur que lui a accordée le Président Bush en 2002 à titre posthume.

Tout au long de l’année 2007, l’anniversaire de la naissance du Marquis de Lafayette sera commémoré des deux côtés de l’Atlantique, de l’Auvergne à Paris, en passant par Washington DC et à travers les Etats-Unis.

Ambassade de France aux Etats-Unis – 2007

CONGRESS HONORS MARQUIS de LAFAYETTE

Whereas Marie-Joseph-Paul-Yves-Roch-Gilbert Du Motier, commonly known as the Marquis de Lafayette, was born on September 6, 1757, and occupies a considerable place in the history of… (Engrossed as Agreed to or Passed by House)

HRES 171 EH

H. Res. 171

In the House of Representatives, U. S.,

May 22, 2007.

Whereas Marie-Joseph-Paul-Yves-Roch-Gilbert Du Motier, commonly known as the Marquis de Lafayette, was born on September 6, 1757, and occupies a considerable place in the history of the United States;

Whereas Lafayette was a man of considerable military skill who expressed sympathy for American revolutionary fighters, decided to aid colonists in their struggle for independence, and was voted by Congress the rank and commission of major general in the Continental Army;

Whereas Lafayette’s military service was invaluable to General George Washington during many Revolutionary War battles, earning him the reputation as `the soldier’s friend’;

Whereas Lafayette’s strategic thinking, military skill, and dedication as a general officer serve as a model for present day American military officers;

Whereas Congress appropriated awards and honors in honor of Lafayette’s service to the American people, including the commissioning of a portrait that hangs in the House Chamber;

Whereas because of Lafayette’s strong belief in freedom, he advocated the abolition of slavery in the Americas, favored equal legal rights for religious minorities in France, and became a prominent figure in the French Revolution;

Whereas, in 1824, at the invitation of President Monroe, Lafayette embarked upon a triumphant, 13-month tour of all 24 States of the then-United States, during which he became the first foreign dignitary to address the House of Representatives, and visited many Masonic bodies;

Whereas because of America’s affection for Lafayette, many United States cities, towns, and counties have been named for him;

Whereas Lafayette symbolizes the assistance America received from Europe in the struggle for independence;

Whereas United States aid to France during the world wars of 1917-1918 and 1941-1945 stemmed in part from shared values of democracy and freedom, which Lafayette strongly supported;

Whereas the friendship between the people of the United States and France has not diminished; and

Whereas continued relationships between the United States and France are important to the success of our global partnerships: Now, therefore, be it

Resolved, That the House of Representatives–

(1) honors Marquis de Lafayette on the 250th anniversary of his birth; and

(2) urges the cadets of the United States military academies and military officers participating in various professional military education courses to study Lafayette’s impact on the creation of the United States and on the United States military.

Attest:

Clerk.

Source: Library of Congress

Voir de même sur le site de Cornell:

Sept. 20, 2007
Why Lafayette? Savior to Americans, betrayer to the French
By Linda Myers

Freelance writer Linda Myers recently discussed the Marquis de Lafayette with Steven L. Kaplan, the Goldwin Smith Professor of European History at Cornell and Chevalier des Arts et des Lettres. His book « La Fin des Corporations » [The End of the World of Guilds] won the 2001 Prix Littéraire Etats Unis-France for the best book by an American on a French subject.

Why, on the 250th anniversary of his birth, does Lafayette continue to be important to Americans?

Lafayette’s name has a powerful symbolic charge because of a great « mythification » surrounding his legacy. He was tasked by Louis XVI in 1779-80 to help Americans in their revolt against England, not out of any affinity for liberty but in order to avenge the French against the English, who had humiliated them in the Seven Years War (1756-63). For the king it was a war of national self-interest in which Lafayette was an agent.

Ideologically, Lafayette was sensitive to the American argument against taxation without representation and hostile to a tentacular central power with a despotic inclination. Concretely, when he crossed the Atlantic, he brought with him a decisive amount of military and naval assistance. What sealed Americans’ ongoing admiration for him was his friendship with Washington. He named his son after him, George Washington Lafayette, and he remained a friend of the American republic.

He seemed to be the connector, the bridge that bound together the new world and the old, affirming the new and inspiring people to shake off the chains of the past. It’s a myth but it makes Lafayette more popular.

The story about Americans arriving on French shores in World War I and declaring « Lafayette, we are here, » in effect announcing they had arrived to save France, in Wilsonian terms, from the Teutonic threat and reclaim freedom for Europe was also a self-interested act, this time in American self-interest.

How do the French view Lafayette?

Lafayette was an arch revolutionary in 1789-90. It made sense because these were the early moments of the French Revolution. He was a liberal aristocrat attracted to Enlightenment ideas, but his role was not without its ambitious and opportunistic aspects. He wanted to transform France into a constitutional monarchy, not a democracy. He had a Burkeian impulse of anxiety about breaking with the roots of the past. As seen by those on the Jacobin left, he betrayed the revolution by abandoning it when he thought it went too far.

Lafayette would never be admitted to the French Panthéon [the edifice in Paris where France’s greatest figures are buried]. But if there were an American Panthéon he would be enshrined in it.

Tell me how the Lafayette collection might interest a scholar of French history.

It is a splendid collection — one of the finest homogenous yet richly diverse collections outside of France, for anyone interested in the 18th century on both sides of the ocean. The papers stand as an emblem of the shared universalist political culture and the commitment to human rights that continue to link Americans and French, despite the tensions between the two nations.

Voir enfin l’entrée de l’Encyclopédie britannique (1911):

« Few men have owed more of their success and usefulness to their family rank than La Fayette, and still fewer have abused it less. He never achieved distinction in the field, and his political career proved him to be incapable of ruling a great national movement; but he had strong convictions which always impelled him to study the interests of humanity, and a pertinacity in maintaining them, which, in all the strange vicissitudes of his eventful life, secured him a very unusual measure of public respect. No citizen of a foreign country has ever had so many and such warm admirers in America, nor does any statesman in France appear to have ever possessed uninterruptedly for so many years so large a measure of popular influence and respect. He had what Jefferson called a ‘canine appetite’ for popularity and fame, but in him the appetite only seemed to make him more anxious to merit the fame which he enjoyed. He was brave to rashness; and he never shrank from danger or responsibility if he saw the way open to spare life or suffering, to protect the dead, to sustain the law and preserve order. »

Encyclopædia Britannica (1911)

Ou une éclairant protrait de lui par Philippe Bourdin:

Si les vertus rassembleuses des commémorations lissent l’image du héros, celle de Lafayette est double de son vivant, et ses nombreux biographes n’ont pas manqué tout au long de ces deux siècles de maintenir l’ambiguïté. Sa vie est de fait en permanence associée à une abondante littérature en prose ou en vers, à une imagerie nourrissant une culture populaire pleine de clichés. Côté pile, il est un niais et un médiocre, le “Gilles César” dénigré par Choiseul, une tête brûlée étant allé défendre les Insurgents sans ordre explicite du roi, un réformateur oublieux de la protection de Louis XVI et à ce titre vilipendé par la coterie de la reine, ou, la Révolution venue, un intrigant cherchant en vain à sauver la monarchie et surtout la famille royale, un traître aux patriotes – seules les Trois Glorieuses de juillet 1830 lui permettant de retrouver sa popularité de 1789-1790.

Côté face, il est un jeune, brillant et désintéressé chef de guerre, un habile diplomate, qui prouve ses talents avec les chefs indiens avant de grandement contribuer aux relations hispano- et surtout franco-américaines, depuis son amitié avec Washington jusqu’à celle avec Jefferson. Il est un médiateur entre la culture aristocratique européenne et la culture républicaine naissante des anciennes colonies anglaises. L’Amérique, qui l’a naturalisé et accueilli dans l’American Philosophical Society de Franklin, est de fait sa seconde patrie, et les prénoms donnés à deux de ses trois enfants (George Washington, Virginie) prouvent assez combien il vit intimement et intensément sa relation à l’autre continent.

Mais le “héros des deux mondes” devient surtout citoyen du monde. Dans les années 1780, il partageait les tables des souverains et des grands d’Europe, les attentes démocratiques du salon Condorcet et militait dans la Société des Amis des Noirs. Élu en 1818 à la Chambre des députés, Lafayette sera le grand témoin auquel rendront visite diplomates, élus, nationalistes libéraux, écrivains et admirateurs américains et européens. Mais tout à la fois il n’a cessé d’aimer les cercles de rencontre et les activités plus clandestins : la Franc-maçonnerie, le mesmérisme, la Société de Cincinatti, la Charbonnerie. Il est de ce point de vue là encore un homme dans son époque, goûtant à toutes les nouvelles formes de sociabilité et n’oubliant pas le devoir du partage, accompli au sein des sociétés philanthropiques des années 1780 (sa femme y est tout autant que lui impliquée), ou à travers les gestes charitables dont il fait profiter des terres auvergnates où il aime à se retirer. Porteur d’une mémoire et d’une conscience révolutionnaires, passeur d’idées entre Lumières et romantisme, il sait les rendre vivantes, défendant les Idéologues contre Napoléon ou les mouvements insurrectionnels en Grèce, en Pologne, en Italie, en Amérique latine, au nom des indépendances nationales et des droits de l’Homme.

Philippe Bourdin

Voir finalement:

La dernière bataille de La Fayette
Stéphane JOAHNY, envoyé spécial à Chavaniac
Le Journal du Dimanche
16 Août 2007
Vénéré aux Etats-Unis, ignoré en France, le général-marquis La Fayette, considéré comme le « fils adoptif » de George Washington, prendra-t-il sa revanche sur l’Histoire à l’occasion du 250e anniversaire de sa naissance ? Son village, Chavaniac, et la Haute-Loire l’espèrent. L’avenir de son château, sis dans la commune rurale d’à peine plus de 300 habitants, en dépend.

« Merci beaucoup. Bonne anniversaire (sic) à notre ami Lafayette. » Ce message recueilli sur un petit cahier, daté du 4 août dernier, est signé Sheila Holly. Cette habitante de Philadelphie compte parmi les 200 à 250 citoyens américains qui s’aventurent chaque année loin des circuits habituels des touristes d’outre-Atlantique pour visiter, dans le sud de l’Auvergne, le château de naissance du marquis de La Fayette. Une visite qui tient du pèlerinage. « J’en ai vu plusieurs se mettre à pleurer en entrant dans la chambre où il est né », témoigne Odette Begon.

La vie d’Odette se confond avec celle du château. Son père en a été le chef jardinier pendant cinquante ans. Sa mère y a travaillé jusqu’en 1996. Elle-même a commencé femme de ménage en 1983 avant de devenir gouvernante, pour tenir aujourd’hui la boutique et assurer l’accueil des visiteurs. Près de 15 000 par an, d’avril à novembre. Et la fréquentation ne cesse de grimper. Déjà +40 % en juillet. Août se présente bien avec sa météo frisquette et la commémoration qui s’annonce.

Nous sommes à Chavaniac-Lafayette, petit bourg de Haute-Loire à 650 mètres d’altitude. Un village de 333 habitants avec six exploitations agricoles encore en activité, son commerce multiservices, son hôtel-restaurant, son conservatoire botanique, son lot de résidences secondaires et la silhouette des monts d’Auvergne, du plomb du Cantal au puy de Dôme, pour dessiner l’horizon. Un village auvergnat comme tant d’autres ? Pas vraiment. La bannière étoilée y côtoie le drapeau tricolore. La mairie a pour adresse place George-Washington. Et un marquis de carton en perruque et redingote vous souhaite la bienvenue en anglais dans le « Lafayette’s native village ».

1916, début de l’âge d’or à Chavaniac

Marie Joseph Paul Gilbert Motier, marquis de La Fayette, est né ici en 1757, voilà deux cent cinquante ans, le 6 septembre. Odette attend cette date avec impatience. Elle n’avait que 6 ans lors des célébrations du bicentenaire de la naissance de La Fayette mais en garde un souvenir ému. Ce château, c’est un peu le sien. Pas un jour sans qu’elle y fasse un tour, même pendant ses vacances. Une affaire de famille. Retraité, son mari assure bénévolement depuis cinq ans l’entretien des 3 hectares de parc. Il s’excuse auprès des touristes pour l’état des roses – la grêle – et n’oublie pas d’indiquer l’emplacement de l' »arbre de lune », un sycomore né d’une graine emportée dans l’espace lors de l’expédition Apollo 14.

Ah, l’Amérique ! Si le château de Chavaniac-Lafayette est encore debout, c’est bien grâce aux dollars de l’Oncle Sam. Retour au début du XXe siècle. Bien avant l’entrée des Etats-Unis dans la Première Guerre mondiale, la bonne société de la côte est se mobilise pour soutenir les Poilus et prendre soin des orphelins de guerre. En ce printemps 1916, le château de naissance de La Fayette, presque en ruine à cette époque, est en vente. L’occasion est trop belle de rendre hommage à celui qui a versé son sang pour l’indépendance américaine. L’affaire est conclue pour 20 000 dollars de l’époque. Le début de l’âge d’or pour Chavaniac-Lafayette.

Des sommes considérables sont investies pour rénover cette maison forte du XIVe siècle déjà reconstruite en 1701 suite à un incendie. On y amène l’eau courante puis l’électricité. Le confort « moderne » (chauffage central, douches et sanitaires) fait irruption dans ce coin de campagne. Vision américaine oblige: un incongru donjon en béton armé voit le jour. Le père d’Odette Begon dirige pas moins de sept personnes pour s’occuper des jardins, du potager, de deux serres… Au fil des ans, plus de 20 000 enfants seront hébergés au château, éduqués et bientôt soignés, avec la création d’un préventorium pour le traitement des primo-infections de la tuberculose. Parmi eux, les petits-enfants de l’écrivain russe Tolstoï ou le futur cinéaste Jacques Tati.

« On ne peut plus attendre » pour rénover le château

« Nous, les enfants du village, nous n’avions pas le droit de les approcher, raconte Odette. A cause des problèmes de contagion. Chaque été, on leur installait un petit manège dans la cour du château. On les regardait en cachette. C’est vrai qu’on les enviait, mais on savait aussi qu’ils étaient loin des leurs… » Le château d’un côté, les habitants du village de l’autre. « Jamais on ne nous a fait visiter le château quand j’étais à l’école du village, se souvient Roger Meynadier, 62 ans, premier adjoint au maire de la commune. Et on ne nous parlait pas spécialement de La Fayette non plus. »

Les années 1970 voient la fin du préventorium. Le Mémorial La Fayette se « désaméricanise » peu à peu pour devenir une association loi 1901 made in France. Au programme: la mémoire de La Fayette, l’amitié franco-américaine, quelques rendez-vous culturels. Jacky Crespy, l’actuel président du Mémorial, reconnaît aujourd’hui qu’une certaine « léthargie » s’était emparée du château et qu’il a fallu « remonter la pente ». « Depuis dix ans, explique-t-il, plus de 800 000 euros ont été investis, grâce à des subventions de l’Europe et des emprunts, pour créer un parcours muséographique dont le succès ne se dément pas. Nos recettes nous permettent d’atteindre l’équilibre. Mais pas d’investir. J’ai un devis de 220 000 euros pour la toiture. Une fuite sous le château nous empêche d’utiliser le chauffage central, qui date de 1920. On ne peut plus attendre, sinon toutes les boiseries vont souffrir. » Classé cette année par Le Nouvel Observateur parmi les « cent lieux qui ont fait la France », le château de Chavaniac-Lafayette saura-t-il profiter du 250e anniversaire du général-marquis, « héros des deux mondes » et symbole inusable de l’amitié franco-américaine, pour s’offrir une cure de jouvence ?

Hélène Mansot compte beaucoup sur cet anniversaire pour « faire connaître » son village. « C’est la première année qu’il y a tant de fleurs. On a fait tout ce que l’on pouvait pour que Chavaniac se montre sous son meilleur jour, insiste madame la maire. Mais nous ne sommes qu’une petite commune avec peu de moyens. » Quelques milliers de personnes sont attendues les 24, 25 et 26 août prochain pour applaudir un concert-spectacle consacré à la vie de La Fayette. Une initiative du conseil général qui a placé l’année 2007 sous le signe du « grand homme de la Haute-Loire ». « Cette année, le département a compris l’intérêt que représentent, en terme d’image et pour le tourisme, La Fayette et le château de Chavaniac », se félicite Jacky Crespy.

Ministres, ambassadeur et président à l’anniversaire ?

Mais c’est le 6 septembre que « les huiles », comme le dit sans manière madame la maire, doivent investir Chavaniac pour la commémoration officielle. Elle compte bien serrer les mains de l’ambassadeur américain, du consul, des élus du département, mais aussi des ministres auvergnats Brice Hortefeux et Laurent Wauquiez. « Et peut-être celle du président », glisse Hélène Mansot. Pour des raisons de sécurité, l’ambassade américaine à Paris ne confirme pas la venue de Craig R. Stapleton à Chavaniac. Quant à la présence de Nicolas Sarkozy – invité ce week-end du président Bush, qui a élevé en 2002 La Fayette au rang de citoyen d’honneur, le sixième seulement de l’histoire américaine -, elle est « envisageable mais sans plus », répond prudemment le porte-parole du gouvernement, Laurent Wauquiez, ancien député de Haute-Loire.

La Fayette n’a passé que ses onze premières années sur ses terres auvergnates, au contact des enfants de paysans, à courir les champs et les bois. Mais tous ses biographes s’accordent à dire qu’il y est resté très attaché: il n’a cessé d’y revenir au gré de ses succès et de ses échecs. « La Fayette, c’est ici ! », martèle René Belin. Cet homme d’entreprise, natif de la ville voisine du Puy, se souvient avoir pêché, enfant, dans l’étang du château, tout « en rêvant à ce personnage qui pour moi avait conquis l’Amérique ». Il vient de publier un La Fayette, la passion de la liberté (Timée-Editions). Déjà l’an dernier, Gonzague Saint Bris avait réactualisé, en prévision de ce 250e anniversaire, son La Fayette paru en 1988. Avec succès puisque plus de 60 000 exemplaires ont été écoulés, selon son éditeur Télémaque. La Fayette redeviendrait-il prophète dans son propre pays ?

« Sa très longue carrière politique lui a sans doute porté préjudice »

« Pour les Américains, explique un chargé de mission de l’ambassade, il est l’un des héros qui ont contribué à la naissance d’une nation, quasiment le fils adoptif de George Washington. Il y a deux tableaux au Congrès: le portrait de Washington et celui de La Fayette. » « Il était jeune, il a dilapidé sa fortune pour habiller ses soldats insurgés, il était glorieux sans être vaniteux, il a combattu pour la liberté et en plus il a gagné: c’est un héros américain ! », résume Jacky Crespy, qui ne s’étonne plus de recevoir régulièrement des coups de téléphone de particuliers américains soucieux du bon état des drapeaux US qui flottent à Chavaniac.
Laurent Wauquiez ne peut s’empêcher de voir en La Fayette « un tenant de la rupture qui a su répondre à l’appel d’un monde nouveau, un aventurier pour qui tout est possible, un humaniste qui s’est battu contre l’esclavage mais qui, c’est vrai, a manqué sa sortie, qui n’a pas été visionnaire jusqu’au bout ».

Car La Fayette, héros américain, n’a pas laissé une trace à la mesure de son rôle dans l’histoire de France. « Sa très longue carrière politique lui a sans doute porté préjudice », confirme Xavier Comte, chargé de mission pour l’année La Fayette au conseil général de Haute-Loire. « Les Américains n’ont jamais compris le sort que l’histoire de France lui avait réservé, complète René Belin. Je suis persuadé que s’il était mort juste après la rédaction de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, il serait déjà au Panthéon ! »

Avec plusieurs amis, des deux côtés de l’Atlantique, et parmi bien d’autres initiatives, René Belin va lancer à compter de septembre une Convention La Fayette 2008 dont le but est de regrouper dans un vaste réseau tous ceux qui partagent ses valeurs. Dans ce cadre, celui qui a siégé dans de nombreux conseils d’administration, en France et aux Etats-Unis, émet deux voeux personnels: « Que son château, fortement dégradé, soit classé monument historique, car La Fayette appartient à la France et aux Français. Et que la commune de Chavaniac-Lafayette soit inscrite au Patrimoine mondial de l’humanité et qu’elle devienne un des hauts lieux de mémoire pour la défense des libertés. »

4 commentaires pour Anniversaire: La Fayette, où es-tu? (From hero of two worlds to long-forgotten has-been: The strange inverted destiny of a French-born American hero)

  1. Alexandra dit :

    Bonjour, j’ai trouvé cet article enrichissant et très intéressant. Je voulais juste vous signaler une erreur, la propriété de Lafayette « La Grange » ne se situe pas en Auvergne, mais en Seine-et-Marne. C’est Adrienne de Noailles qui transmit le château de La Grange-Bléneau à son mari qui y vécut de 1802 à sa mort en 1834.
    Bonne continuation.

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  2. jcdurbant dit :

    Oui, bien sûr, l’Auvergne, c’est sa terre natale; la Brie, où il finira ses jours, lui vient effectivement par la famille maternelle de sa femme (les Daguessau?).

    Merci et désolé pour cette coquille: c’est ce qui arrive quand on a pas beaucoup de lecteurs ou de lecteurs aussi attentifs que vous …

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  3. jcdurbant dit :

    « L’Hermione », frégate sur laquelle La Fayette rallia les insurgés américains en 1780, a réalisé sa première sortie dans l’Atlantique après un chantier titanesque de 17 années. Des milliers de personnes ont salué l’événement.

    Elle est sortie dans la nuit de samedi à dimanche de sa cale de construction pour rejoindre, en amont de la Charente, le port de commerce de Rochefort (Charente-Maritime). L’Hermione, le trois-mâts sur lequel La Fayette avait rejoint l’Amérique pour soutenir les insurgées en 1780, s’est élancé ce dimanche pour son premier voyage en direction de l’île d’Aix, au large des côtes de la Charente-Maritime.

    Des dizaines de milliers de spectateurs étaient présents sur son passage, lorsqu’elle a, au moteur, descendu cette fois la Charente, pour goûter, au bout de l’estuaire, aux eaux de l’océan Atlantique. Ce n’est pas encore le grand départ pour les États-Unis sur les traces de Gilbert du Motier (1757-1834), marquis de La Fayette, prévu en avril 2015. Mais la sortie du trois-mâts au large de la Vendée est un premier aboutissement pour ce défi lancé en 1997 par quelques passionnés: reconstruire « L’Hermione » à l’identique, en faisant revivre l’arsenal et les métiers de l’époque.

    Pour cette première navigation, la réplique, parée de ses gréements mais sans la totalité de ses voiles ni de sa mâture, en partie démontée pour passer sous le viaduc de la Charente, était précédée d’une parade nautique et saluée par une chaîne humaine postée sur les rives de l’estuaire. En juillet 2012, 65.000 personnes avaient déjà assisté à la mise à flots de la coque sur le fleuve. « C’est une étape importante: faire naviguer « L’Hermione » en mer, on ne l’a jamais fait ! », s’enthousiasme Benedict Donnelly, président de l’Association Hermione-Lafayette qui compte aujourd’hui 8.000 adhérents.

    Une première depuis deux siècles

    En 17 ans, la construction du navire – 65 mètres de long et 47 mètres de haut – a mobilisé des artisans venus de France, Grande-Bretagne, Allemagne, Espagne et Suède, ainsi que des dizaines de bénévoles. Les plans du navire ayant disparu, il a fallu rechercher ceux du « navire-jumeau » de « L’Hermione » et travailler sur la base des rares peintures de la frégate, coulée en 1793.
    Tout cela pour un budget de 25 millions d’euros, financé notamment par les quatre millions de visiteurs venus découvrir le chantier dans la ville-arsenal, mais aussi par les collectivités locales et des actions originales de financement participatif pour certaines pièces spécifiques du navire (proue, fanal…).

    Sur le pont, l’heure était à la sérénité. L’équipage, formé de 18 professionnels et 54 volontaires, vit à bord depuis le 1er septembre, et a passé sa première nuit à bord. Yann Cariou, ex-officier de marine de 57 ans, qui prendra le commandement de la frégate pour la traversée jusqu’à Boston, la première sortie était aussi « l’occasion de voir comment réagit le navire et d’apprécier ses qualités manoeuvrières ». « Mais surtout il y a eu de l’émotion : c’est quand même +L’Hermione+ et personne n’a fait naviguer un navire comme ça depuis deux siècles », s’est réjoui cet ancien commandant d’un autre trois-mâts prestigieux, le « Bélem ».

    Une fois la mâture remontée à l’île d’Aix, la frégate s’élancera pour plusieurs semaines d’entraînement en mer le long de la côte atlantique. Avant le retour mi-novembre à son port d’attache pour les derniers réglages et, enfin, le départ historique sur les traces de La Fayette.

    En 1780, il avait fallu 38 jours au jeune marquis de 23 ans pour traverser l’Atlantique et annoncer aux insurgés américains le soutien de la France contre les troupes de la Couronne britannique. Il avait alors reçu de George Washington le commandement des troupes de Virginie, scellant son destin de héros de l’Indépendance américaine.

    http://lci.tf1.fr/science/histoire/plus-de-200-ans-apres-la-fayette-l-hermione-va-prendre-la-mer-8481394.html

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