Société: Maintenant, c’est à notre drapeau qu’ils s’en prennent! (Another blow for the French: Tricolor said to be inspired from US red white and blue)

US & French flags at Yorktown (1781)Je vous apporte, Messieurs, une cocarde qui fera le tour du monde et une institution civique et militaire qui doit triompher des vieilles tactiques de l’Europe et qui réduira les gouvernements arbitraires à l’alternative d’être battus s’ils ne l’imitent pas et renversés s’ils osent l’imiter. Lafayette
La Révolution n’a fait que catalyser un tricolore qui était déjà dans l’air du temps, porté depuis plusieurs années par ceux qui se revendiquaient de la révolution américaine. Michel Pastoureau
En fait, la Révolution française n’est qu’un aspect d’une révolution occidentale, ou plus exactement atlantique, qui a commencé dans les colonies anglaises d’Amérique peu après 1763, s’est prolongée par les révolutions de Suisse, des Pays-Bas, d’Irlande avant d’atteindre la France en 1787 et 1789. Jacques Godechot
Si la gauche progressiste a toujours opté pour le drapeau lorsque la patrie était en danger, elle a compris qu’il renvoyait aussi à des réalités d’oppression (…) La gauche, qui s’est largement fabriquée par des engagements intellectuels, se méfie de ces symboles englobants et fortement attachés à l’autorité de l’Etat. La politique des symboles est dangereuse car elle appelle à l’émotion et non à la critique. Le symbole, ça tue l’histoire. (…) La France a travaillé à laïciser l’espace public et politique. Mais avec cette invocation des symboles, on remet du religieux dans la République. C’est dangereux. Vincent Duclert (Ecole des hautes études en sciences sociales)

« Le symbole national serait d’origine yankee », s’étrangle Libération.

On savait déjà que notre fameuse Révolution était sérieusement débitrice de sa devancière américaine.

Et voilà qu’on veut encore maintenant nous prendre notre drapeau!

C’était bien la peine de faire tout ce foin pendant la récente campagne présidentielle.

La candidate socialiste, on s’en souvient, avait osé s’emparer, « Qu’un sang impur » de la Marseillaise compris, de ce dangereux objet « fauteur de guerre » jusque là réservé, entre deux coupes dumonde ou jeux olympiques, aux armées et au frontistes, allant jusqu’à souhaiter, au grand dam de ses adversaires politiques (et d’abord dans son propre camp!) que les Français aient « chez eux le drapeau tricolore » et l’exposent « aux fenêtres le jour de la fête nationale ».

Tandis que son adversaire de droite avait été affublé de l’insulte suprême de « Sarkozy l’Américain ».

Pourtant, n’avons-nous pas tous appris sur les bancs de la communale que c’était au moment de la révolution qu’on avait entouré le blanc du roi de France du bleu et du rouge de la ville de Paris?

Seul problème, selon l’historien Michel Pastoureau, c’est qu’au moment de la Révolution, la ville de Paris n’utilisait plus ces couleurs.

Et qu’en fait, c’est probablement notre Lafayette, juste revenu des fraichement indépendantes colonies américaines, qui en aurait ramené l’idée dans ses bagages.

Autrement dit, d’une vulgaire « reprise des couleurs du drapeau américain » suite au « vif intérêt suscité en France par la toute récente révolution d’outre-Atlantique ».

Seule et maigre consolation: les Américains l’avaient eux-mêmes repris… de l’Union Jack britannique!

Le drapeau tricolore: Du religieux dans la République

Jean-Baptiste de Montvalon

Le Monde

Le 29.03.07

L’objet en lui-même n’est « pas très beau », comme en convient volontiers l’historien Michel Pastoureau. Officiellement consacré par un décret du 15 février 1794, qui précisa que « le pavillon national sera formé des trois couleurs nationales, disposées en trois bandes égales, posées verticalement de manière que le bleu soit attaché à la gauche du pavillon, le blanc au milieu et le rouge flottant dans les airs », le drapeau tricolore français n’a, au demeurant, jamais suscité de formidable engouement esthétique. Mais il déclenche toujours autant de passions.

Son irruption fracassante dans la campagne présidentielle en témoigne. En souhaitant que les Français aient « chez eux le drapeau tricolore » et l’exposent « aux fenêtres le jour de la fête nationale », Ségolène Royal s’est attirée une volée de critiques de tous bords. Insuffisant, a jugé Jean-Marie Le Pen (FN), pour lequel « un drapeau n’a jamais fait un patriote ». Dérisoire, a estimé Nicolas Sarkozy (UMP), en ironisant sur le « drapeau obligatoire ». Inquiétant, a relevé François Bayrou (UDF), soucieux de se démarquer de cette « obsession nationaliste ». Dangereux, ont renchéri les candidats de la gauche radicale, que les propos de Mme Royal ont « fait flipper », selon l’expression d’Olivier Besancenot (LCR).

Les spécialistes du drapeau, qui s’étaient habitués à ce que leur objet d’étude disparaisse des écrans pendant les quatre années séparant deux Coupes du monde de football, ont assisté, quelque peu médusés, à cette brusque empoignade. Médiéviste et grand décodeur des symboles, M. Pastoureau s’étonne du « contraste entre l’actualité et l’inculture des gouvernants et des citoyens sur les emblèmes de la France ». Auteur de Bleu. Histoire d’une couleur (Seuil, 2000), il ne se réjouit pas, loin s’en faut, de voir aussi brusquement brandi sur la place publique cet objet qu’il juge lui-même « très dangereux ». « Comme il n’y a pas de savoir en ce domaine, on peut dire n’importe quoi. Et si chacun tire de son côté, c’est au détriment de l’unité nationale », prévient-il.

En épousant les fluctuations de l’histoire depuis plus de deux siècles, ce drapeau que chacun se dispute aujourd’hui a tout fait pour brouiller les pistes. Son origine même est controversée. Alors que le mythe dont il est entouré le fait apparaître au lendemain de la prise de la Bastille, M. Pastoureau estime que « la Révolution n’a fait que catalyser un tricolore qui était déjà dans l’air du temps », porté depuis plusieurs années par ceux qui se revendiquaient de la révolution américaine.

Derrière l’acception commune (le blanc de la royauté enserré par les deux couleurs de la Ville de Paris), la signification des trois couleurs est également controversée. Apparu dans ces limbes, le « pavillon national » a ensuite suivi le parcours politique du pays, erratique et saccadé. Né révolutionnaire, presque insurrectionnel, il s’est embourgeoisé au point d’être menacé de se voir débordé sur sa gauche par le drapeau rouge. En récusant ce dernier devant l’Hôtel de ville, en 1848, Lamartine sauve la mise aux trois couleurs. Lorsque, à l’inverse, en 1875, le comte de Chambord s’obstine à exiger le retour du drapeau blanc, c’est la chambre des députés qui préserve la République, et le drapeau tricolore avec.

Il n’y a pas que sa matière qui soit souple. « La polysémie du signe lui permet d’être revendiqué par tous les régimes », note Antoine Prost. Professeur à l’université Paris-I, cet historien en veut pour preuve ses propres souvenirs d’enfance, qui mêlent des levers aux couleurs à l’école, sous Vichy, aux vêtements de mêmes couleurs portés par les femmes à la Libération.

Le drapeau a toujours flotté au gré de vents contraires, se prêtant à merveille à ces « jeux d’opposition et de substitution » qu’évoque M. Prost. Mai 1968 voit refleurir des drapeaux rouges, ainsi que les drapeaux noirs des anarchistes. Le tricolore, qui recouvre les Champs-Elysées, devient alors l’apanage du pouvoir gaulliste.

Ce drapeau qui défile se défile aux yeux de l’observateur. D’autant qu’il porte en lui, comme le relève M. Pastoureau, une ambiguïté congénitale : il représente à la fois l’Etat, flottant sur ses bâtiments officiels, et la nation, qui en fait un usage spontané dans les stades.

Evoquant « l’effacement des idéologies internationalistes, qui dénonçaient dans l’identité nationale un facteur de guerre », M. Prost veut croire que « le contexte actuel est plus consensuel qu’en 1968 ». La méfiance d’une partie de la gauche n’a toutefois pas disparu. « Si la gauche progressiste a toujours opté pour le drapeau lorsque la patrie était en danger, elle a compris qu’il renvoyait aussi à des réalités d’oppression », souligne l’historien Vincent Duclert, professeur à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, qui cite « la colonisation, la répression ouvrière », et relève que « l’armée a toujours été une grande consommatrice de drapeaux ».

Le drapeau a couvert bon nombre d’actions et de projets pour le moins controversés, inspirant du coup, durablement, la méfiance de ceux qui les ont combattus. Cette même gauche « progressiste » ayant par ailleurs toujours privilégié la culture du débat par rapport au culte du chef, la simple évocation du drapeau peut encore y provoquer des réactions quasi allergiques.

« La gauche, qui s’est largement fabriquée par des engagements intellectuels, se méfie de ces symboles englobants et fortement attachés à l’autorité de l’Etat », poursuit M. Duclert. Codirecteur (avec Christophe Prochasson) du Dictionnaire critique de la République (Flammarion, 2002), par lequel il avait voulu montrer que « la République est plurielle », cet historien partage clairement la préoccupation qu’il vient de décrire. « La politique des symboles est dangereuse car elle appelle à l’émotion et non à la critique. Le symbole, ça tue l’histoire », souligne-t-il. Si les temps ont changé, M. Duclert inscrit toutefois les propos de Mme Royal dans la lignée d’une « gauche autoritaire », aux côtés de « Jules Guesde, Guy Mollet, Mitterrand ou Chevènement ».

« On a tous besoin de mythes », relativise Pascal Ory, du Centre d’histoire sociale du XXe siècle. « Les nationalistes ont instrumentalisé cette symbolique. Mais une nation, c’est aussi l’appropriation démocratique de son destin. On ne peut pas rejeter l’identification nationale dans la ringardise et le chauvinisme », affirme-t-il, en soulignant qu' »on peut aussi avoir une conception ouverte de la nation ».

Prononcé quelques jours avant les cérémonies du cinquantenaire du traité de Rome, le discours de la candidate socialiste a également relancé les spéculations sur la place de l’identité nationale dans la construction européenne. « Y a-t-il place pour une aventure à caractère national ? », s’interroge M. Ory, tout en relevant que « les conditions d’élaboration de la symbolique européenne n’ont pas suscité d’investissement collectif ».

Malaise identitaire et incertitudes face à l’avenir peuvent transformer un symbole désuet en valeur refuge, dont l’usage est de l’ordre de la croyance. « La France a travaillé à laïciser l’espace public et politique. Mais avec cette invocation des symboles, on remet du religieux dans la République. C’est dangereux », avertit M. Duclert.

Voir aussi:

L’historien Michel Pastoureau, grand expert en couleurs et symboles, pense plutôt qu’il s’agit d’une reprise des couleurs du drapeau américain. La naissance des Etats-Unis est alors toute récente et la révolution d’outre-Atlantique avait suscité un vif intérêt en France. Si cette thèse se confirmait, cela voudrait dire que le symbole national serait d’origine yankee. Gloups !

Trois couleurs dans le vent
Libération
Le 17/8/07

7 commentaires pour Société: Maintenant, c’est à notre drapeau qu’ils s’en prennent! (Another blow for the French: Tricolor said to be inspired from US red white and blue)

  1. […] Sur la véritable religion civile qu’est devenue, dans la première nation proprement mondialisée de l’histoire moderne, la bannière rouge blanche et bleue qui inspira a la Patrie autoproclamée des droits de l’homme son propre tricolore. […]

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  2. […] Je vous apporte, Messieurs, une cocarde qui fera le tour du monde et une institution civique et militaire qui doit triompher des vieilles tactiques de l’Europe et qui réduira les gouvernements arbitraires à l’alternative d’être battus s’ils ne l’imitent pas et renversés s’ils osent l’imiter. Lafayette […]

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  3. […] Je vous apporte, Messieurs, une cocarde qui fera le tour du monde et une institution civique et militaire qui doit triompher des vieilles tactiques de l’Europe et qui réduira les gouvernements arbitraires à l’alternative d’être battus s’ils ne l’imitent pas et renversés s’ils osent l’imiter. Lafayette […]

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  4. duamanes dit :

    La France est la patrie du mythe, un mensonge mille fois répété par l’état français. Les français meublent cet eldorado de la suffisence, mais n’en sont pas le Souverain.

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  5. […] Je vous apporte, Messieurs, une cocarde qui fera le tour du monde et une institution civique et militaire qui doit triompher des vieilles tactiques de l’Europe et qui réduira les gouvernements arbitraires à l’alternative d’être battus s’ils ne l’imitent pas et renversés s’ils osent l’imiter. Lafayette […]

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  6. […] Je vous apporte, Messieurs, une cocarde qui fera le tour du monde et une institution civique et militaire qui doit triompher des vieilles tactiques de l’Europe et qui réduira les gouvernements arbitraires à l’alternative d’être battus s’ils ne l’imitent pas et renversés s’ils osent l’imiter. Lafayette […]

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  7. […] Je vous apporte, Messieurs, une cocarde qui fera le tour du monde et une institution civique et militaire qui doit triompher des vieilles tactiques de l’Europe et qui réduira les gouvernements arbitraires à l’alternative d’être battus s’ils ne l’imitent pas et renversés s’ils osent l’imiter. Lafayette […]

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