Blogs: L’information libre serait-elle… de droite ? (II)

31 mars, 2007

Liberty over ORTFEn ce 50e anniversaire du Traité de Rome et de la fondation de l’Europe…

Et pour ceux qui restent attachés aux valeurs qui ont fait l’Occident et le Monde libre et seraient à la recherche d’une information un peu plus pluraliste …

Il faut saluer à nouveau le gros travail de Georges Clavet (du site Esprit européen) qui des 300 sites francophones de droite qu’il avait classés en septembre dernier est passé au classement de 1000 sites francophones de réinformation.

Où, comme le montre le petit aperçu ci-dessous des 100 premiers, on voit bien, à côté des nombreux sites chrétiens et des quelques sites (nord) africains (sans parler des sites d’extrême-droite où la réinformation est certes toute relative), les bonnes places de nos amis suisses (bafweb, Monnerat, ajm) canadiens (devoir, libertyvox), belges (libre belgique) et israéliens (Guysen, Memri, JPost).

Petite question quand même: où est le seul journaliste d’un média important français (que je connaisse en tout cas) à s’être fait jeter pour non-conformité à la pensée unique anti-américaine lors de la Guerre d’Irak et qui a depuis son blog, Hertoghe (Carte de presse)?

1000 sites francophones de réinformation classés par audience (janvier 2007)

Pourquoi un classement des sites de réinformation ?

Ce classement répond à un grave constat : aujourd’hui l’information donnée par les grands médias (télévision, radios, journaux) dans des pays francophones, comme la France, la Belgique, et à un degré moindre le Québec est très largement dominée par les idéologies de gauche où on trouve toujours les mêmes idées toutes faites, souvent fausses et contraires aux règles élémentaires de la pluralité d’opinion. Ces médias sont devenus presque tous interchangeables entre eux, disent presque tous la même chose et se réfèrent tous à la même agence de presse d’état. D’ailleurs la plupart des journalistes sont issus obligatoirement de quelques écoles de journalisme avec un programme politique uniquement et fortement ancré à gauche quand ce n’est pas à la gauche de la gauche; D’après les sondages, ils se disent de gauche à plus de 80%. Et naturellement les règles déontologiques de neutralité et de sens critique ont été oubliées. A quelques exceptions près, il n’y a plus qu’un politiquement correct de bon aloi et qu’un conformisme avec une pensée unique extrémiste, essentiellement socialiste, tiers-mondiste, trotskiste, altermondialiste et naturellement antichrétienne.

Les idéologies imposées par les médias, sous différentes variantes, se résument essentiellement à deux idéologies principales : le socialisme et le mondialisme/anti-conservatisme/antichristianisme. La première idéologie veut imposer les utopies étatiques que sont l’”anti-discrimination” et le nivellement par l’égalitarisme et le collectivisme au moyen d’un l’état tentaculaire et omniprésent, mais souvent irresponsable avec son hyper fiscalité et ses bureaucraties pléthoriques nationales et bientôt européistes. Naturellement les idéologues socialistes ont vu dans la construction actuelle de l’Union Européenne dont les pouvoirs s’étendent continuellement, un moyen efficace d’étendre ou de maintenir leurs idées dirigistes et planificatrices, puisque celles-ci ne pourraient plus désormais être contrecarrées par la diversité et la concurrence entre les états nations ainsi que par la volonté des peuples. La seconde idéologie, dans le but plus ou moins conscient de faire naître un nouvel ordre mondial, veut détruire tout ce qui a trait à l’idée de nation et de culture et veut imposer le relativisme des valeurs, le multiculturalisme, le multi-ethnisme (1), l’immigrationisme sans limite et l’islamisation du pays. Ce faisant, cette action aboutissant au développement du communautarisme et de la violence ainsi qu’à la destruction lente de la société, elle aboutit progressivement à son but plus ou moins conscient qui est de détruire l’héritage, les valeurs morales et l’identité du pays.

Tout cela est d’autant plus insupportable que la France ou la région de Wallonie en Belgique, pour ne citer que ces deux exemples, sont en plus dirigés, au mépris de la volonté d’une majorité du peuple, par une des classes politiques la plus idéologiquement à gauche d’Europe et qui n’hésite plus pour se faire réélire à chaque fois avec la bienveillance des médias, à proposer un programme flou de réformes qu’elle sait qu’elle n’appliquera pas car contraire à son idéologie, ou à promettre tout et son contraire. La conséquence est une classe politique gouvernante, officiellement toujours démocrate mais ignorant complètement la volonté majoritaire du peuple (2), et une grave crise économique et sociale depuis des années, et cela malgré les alternances politiques (ou les fausses alternances).

Ainsi ce classement devrait intéresser tous ceux qui ne parviennent plus à écouter la présentation systématiquement déformée de l’actualité ou des idées politiques par ces grands médias traditionnels, ou qui veulent être tout simplement réinformés de ce qui se passe réellement dans leur propre pays, sans filtre idéologique, censure systématique de l’information ou diabolisation de ceux qui ne pensent pas comme il faudrait. Pour cela, il n’est plus nécessaire de lire uniquement la presse étrangère comme il y a quelques années. Une information plus objective et pluraliste est maintenant possible avec de nombreux médias francophones sur Internet. La chape de plomb imposée par le milieu politique et médiatique recule. Puisque les médias classiques ne veulent plus jouer leur rôle traditionnel de contre pouvoir, Internet peut dorénavant les remplacer sans problème et la liberté de la presse reprend une certaine réalité.

Que recouvrent ces sites de réinformation ?

Le point commun de ces sites est de combattre la censure permanente et la désinformation des médias traditionnels qui sont inspirés par les idéologies d’une certaine gauche extrémiste qui prétend vouloir imposer sa vision unique et virtuelle du monde. La majorité des sites indiqués sont donc des sites de droite, d’autres (agences de presse, sites de documentation, sites d’histoire…) ne sont ni de droite ni de gauche, enfin quelques sites pourraient être classés à gauche.

D’une manière générale, ils rejettent l’égalitarisme, le collectivisme d’état ou le multiculturalisme, imposés autoritairement par un gouvernement et une technocratie, et non par le peuple souverain, mais qui désintègrent la société et appauvrissent tout le monde. Ils ne veulent pas faire table rase du passé, créer un homme nouveau et citoyen du monde, lutter contre toutes les inégalités ou les “discriminations” naturelles ou changer l’ordre naturel ou la culture de la société. Leurs idées différentes sont largement complémentaires entre elles: le conservatisme n’est pas incompatible avec le christianisme ni avec le libéralisme (à l’exception des courants libéraux utopiques et très minoritaires qui prônent l’état mondial ou l’absence d’état ainsi que la disparition des frontières). Naturellement on peut être à la fois chrétien, conservateur, libéral et néoconservateur. De même, on peut être à fois régionaliste, souverainiste et pour un marché commun européen dans une Europe des nations (en appliquant le principe naturel de la subsidiarité) puisque, n’existant pas un peuple européen comme il n’y a pas un peuple asiatique, africain ou mondial…, un état européen supranational et omnipotent tel que défini dans les traités ne peut devenir qu’une construction politique sans démocratie et sans les peuples.

Critère de choix d’un site de réinformation pour le classement

Ce classement a été établi sans aucun parti pris pour tel ou tel courant de pensée. En particulier, ce classement inclut tous les sites trouvés relativement importants défendant des valeurs conservatrices, chrétiennes et/ou libérales, à l’exception des sites qui sont uniquement des forums, mais de nombreux sites ont pu être oubliés en particulier des sites culturels, chrétiens et des sites africains. En outre, dans le cas spécifique des sites qui suivent l’actualité et dont l’audience est inconnue, en général seuls les sites mis à jour récemment et régulièrement ont été indiqués.

Les chiffres d’audience sont établis essentiellement sur une moyenne de 3 à 2 mois jusqu’au mois de décembre via, par ordre de préférence, les compteurs du nombre de visites publiés par le site, les statistiques d’audience du site, enfin à défaut via le site “alexa.com”, sachant que les chiffres de ce site permettent de déterminer, par échantillonnage, une audience moins précise qu’avec les moyens précédents et présentent une marge d’erreur inévitable qui peut parfois être grande mais qui donne un bon ordre de grandeur dans la plupart des cas et plus particulièrement pour les grandes audiences. A noter également que ces statistiques ne sont qu’une indication et que l’audience peut varier de manière importante d’un mois à l’autre, en fonction de l’activité du site ou de l’intérêt des lecteurs. Ces chiffres ne donnent donc qu’une indication à une date donnée.

(1) Ethnie : “groupement humain dont l’unité repose sur une communauté de langue et de culture”; (2) Démocratie : “Gouvernement où le peuple exerce la souveraineté” (Larousse)

1
www.vatican.va (6 langues)
VAT
chrétien (bibliothèque)
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3,9
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2
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Europe
droit européen, traités (textes)
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médecine
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11
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MAR
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Afrique
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BEL
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intern
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Chine
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Justice
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site
88
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Conservateur, géopolitique
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xiti
91
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histoire (monde)
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www.infoguerre.com
FRA
géopolitique
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www.genethique.org (fr, en, es)
FRA
bioéthique
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www.fdesouche.com
FRA
conservateur
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1800
1,9
123compteur
100
www.ajm.ch
SUI
conservateur
août-04
1800
1,5
analog.cx

Voir aussi:

109: Mena

129: Desinfos

139: Debriefing

141: Swissroll

150: le Devoir de précaution

162: UPJIF

164: Antifadas (hélas fermé, mais heureusement pas leurs archives)

178: PAF

187: Extreme-Centre

190: Les 4 vérités

205: ACMedias

207: Rockik

225: Primo-Europe

233: Daniel Pipes

259: Drzz

327: Checkpoint

338: Guy Sorman

342: Le gauchiste repenti

356: Mondes francophones

363: Amitiés Quebec-Israel

365: Gauche totalitaire

388: Denis Touret

418: Revue des deux mondes

456: Caccomo

493: Le Monde watch, Le Monde de Sisyphe

509: Sauvegarde retraites

537: Balagan

569: Alexandre Del Valle


Présidentielle: La “banlieue” vote à nouveau… Le Pen !

28 mars, 2007
Media rioters
GuignolLes émeutiers se sont retrouvés face à un discours médiatique fort alors que le discours politique était divisé. L’extraordinaire extension géographique des émeutes résulte de l’absence d’unité des pouvoirs publics face à la crise : la division est apparue au sein même de l’équipe gouvernementale, plusieurs jours durant. Dans le même temps, la télévision a joué à fond son rôle de tam-tam moderne. Nombre de verrous ont alors sauté. Une certaine unité d’ensemble a fini par se dégager, autour de slogans hostiles au ministre de l’Intérieur (Lucienne Bui Trong, ex-patronne des RG, mars 2006)
Guignol est une marionnette française née à Lyon en 1808. Son créateur Laurent Mourguet faisait partie de ces nombreux canuts qui, mis au chômage par la Révolution, s’était reconverti en marchand forain, puis en arracheur de dents. Pour attirer la clientèle et couvrir les cris de ses patients, il amusait la foule avec ses marionnettes. (…) Les personnages principaux du théâtre de Guignol sont le canut Guignol … et le gendarme Flageolet. (Wikipedia)

Refus d’une directrice d’école et de militants associatifs de laisser la police faire son travail lors du contrôle d’identité d’un étranger en situation irrégulière à Paris dans le XIXe …

Plus de 7h d’affrontements avec la police ainsi que de pillages par des bandes de voyous (majoritairement africains ou maghrébins) hier soir à la gare du Nord suite à l’interpellation d’un individu (congolais) sans titre de transport (qui se trouve être “un multirécidiviste, rentré illégalement sur le territoire, avec vingt-deux dossiers de violences volontaires”) ayant agressé un contrôleur de la RATP …

Un ministre et candidat qu’on menace et essaie d’interdire de “cité” dans certains quartiers…

A l’heure où, à moins d’un mois de l’élection présidentielle (comme un an et demi après les plus graves émeutes de notre histoire récente et cinq ans après l’irruption, pour les mêmes raisons, de Le Pen au second tour), la gauche et Bayrou rivalisent de démagogie en mettant tout sur le dos de Sarkozy …

On se demande bien ce que cherchent tous ceux qui attisent les flammes …

Que la majorité des habitants de ces quartiers défavorisés qui en ont marre d’être pris en otage et de voir brûler leurs moyens de transport ainsi que leurs crèches, écoles, centres de loisirs, commerces (ou agresser leurs pompiers, policiers, médecins, professeurs et autres chauffeurs de bus ou réparateurs) votent Le Pen quand ils ne peuvent pas le faire … avec leurs pieds?

Abandonnant ainsi à la minorité de casseurs et de voyous les ghettos qu’avec leurs agressions et leurs trafics (mais aussi, à l’instar de ces belles âmes des beaux quartiers dont la compassion est généralement inversement proportionnelle à la proximité au problème, leurs démagogues défenseurs à gauche et leurs pompiers-pyromanes dans les médias), ceux-ci s’évertuent jour après jour de leur fabriquer?

Les incidents de la gare du Nord ressurgissent dans la présidentielle
Le Parisien
Le 28/03/2007
Les violents incidents mardi soir gare du Nord à Paris se sont déplacés mercredi sur le terrain politique à moins de 4 semaines de la présidentielle, alors que certains syndicats de police s’inquiètent du fossé qui se creuse avec une partie de la population et des jeunes.

Ces affrontements de plusieurs heures entre jeunes et forces de l’ordre dans les sous-sol de la gare, à la suite de l’interpellation d’un voyageur sans billet, ont fait neuf blessés légers. Treize personnes ont été interpellées, dont cinq mineurs: placées en garde à vue, elles devront répondre de violences sur agents de la force publique, dégradations de biens publics et privés et vols en réunion.

Le nouveau ministre de l’Intérieur François Baroin, qui a succédé lundi à Nicolas Sarkozy, a effectué mercredi après-midi une visite éclair à la gare du Nord afin d’”encourager et conforter les forces de l’ordre”, auxquelles il avait auparavant rendu hommage pour leur “grand sang-froid”.

Le ministre, parfois accueilli par des cris plus ou moins hostiles de nombreux jeunes présents dans le grand hall de la gare, a dénoncé des “événements inacceptables, intolérables, inadmissibles”, rappelant que tout avait commencé avec le “contrôle d’une personne qui, au final, est un multirécidiviste, rentré illégalement sur le territoire, avec vingt-deux dossiers de violences volontaires”.

Il s’est élevé contre “toute exploitation politique déplacée” de ces violences, un voeu pieux à en juger par le tour très politique pris par la polémique.

Nicolas Sarkozy a lui aussi estimé que la police avait “fait son travail”. Le candidat UMP à la présidentielle, jugeant que “pendant des années on a laissé faire n’importe quoi”, a ajouté: “nous sommes le seul pays où l’on considère qu’arrêter quelqu’un parce qu’il ne paie pas son billet, ce n’est pas normal”.

Son adversaire socialiste Ségolène Royal a vu dans les affrontements un constat de “l’échec sur toute la ligne” de la droite en matière de sécurité.

“Bien évidemment les voyageurs doivent payer leur billet. Mais qu’un simple contrôle puisse dégénérer dans un affrontement aussi violent prouve que quelque chose ne va plus”, a-t-elle déclaré.

“Les gens sont dressés les uns contre les autres, ont peur les uns des autres. La police a parfois peur de se rendre dans certains quartiers ou de procéder à certains contrôles”, a-t-elle ajouté.

François Bayrou a également souligné que tout cela avait “eu lieu pour un ticket de métro”.

“On en arrive là parce que depuis longtemps, on a fait de la police uniquement une force de répression”, a estimé le candidat UDF à la présidentielle. “Depuis la présence de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur”, a-t-il précisé.

Philippe de Villiers, candidat du Mouvement pour la France (MPF), a mis en cause des “bandes ethniques” et “des barbares”.

Les réactions policières ont été contrastées. Nicolas Comte (SGP-FO, 3e syndicat de gardiens de la paix) a dit redouter “un véritable risque d’hystérisation des rapports police-jeunesse”, et Joachim Masanet (Unsa police, 1er syndicat de gardiens de la paix), tout en jugeant “régulière” l’intervention des forces de l’ordre, a affirmé impérative une “reprise du dialogue” pour “combler le fossé qui s’est creusé entre la police et les jeunes”.

A l’inverse, Synergie (second syndicat d’officiers) “s’insurge” contre cette “thèse d’une prétendue fracture entre les jeunes et la police”, de même que le SNOP (officiers, majoritaire) et Alliance (2e chez les gardiens de la paix), qui voit une “défiance”, non de la population mais des “voyous” et de certains “idéologues” à l’égard de la police.

Les émeutes de la gare du Nord enflamment la campagne présidentielle
Le Figaro

le 28 mars 20

Le Parti socialiste et François Bayrou tombent à bras raccourcis sur Nicolas Sarkozy qui se défend en accusant la gauche d’être “du côté de ceux qui ne paient pas leur billet dans le train”.

“Ne pas se transformer en pompiers incendiaires”. Les appels du tout nouveau ministre de l’Intérieur, François Baroin, mercredi sur Europe 1 sont restés lettres mortes. Les attaques pleuvent en effet sur Nicolas Sarkozy au lendemain des affrontements de la gare du Nord. Son adversaire de gauche, Ségolène Royal, a ainsi estimé que les affrontements de gare du Nord montraient “l’échec sur toute la ligne” de la droite en matière de sécurité depuis 2002.

“Si Ségolène Royal et la gauche veulent être du côté de ceux qui ne paient pas leur billet dans le train, c’est (son) choix”, a répliqué Nicolas Sarkozy de passage à la gare du Nord. Il n’est “pas normal que des gens interviennent” pour s’opposer à une interpellation, a tranché le candidat de l’UMP, estimant que “les forces de l’ordre ont réagi avec beaucoup de maîtrise”.

Une opinion partagée par ses porte-parole Rachida Dati et Xavier Bertrand qui, plus tôt dans la matinée, avaient accusé les socialistes de “justifier le désordre”.

Ségolène Royal s’est défendu de ces accusations de laxisme : “Bien évidemment, les voyageurs doivent payer leur billet. Mais qu’un simple contrôle puisse dégénérer dans un affrontement aussi violent prouve que quelque chose ne va plus”, a-t-elle déclaré sur Canal+.

Bayrou moque Sarkozy et Borloo

De Jack Lang à Bertrand Delanoë, en passant par le député de Paris, Jean-Christophe Cambadélis, les caciques du PS ont abondé dans le sens de leur candidate. Le conseiller spécial de Ségolène Royal, Jack Lang, a même demandé “une enquête” sur les violences pour établir s’il s’agit d’« incidents organisés ou fortuits ». Le maire de Paris Bertrand Delanoë a estimé que “de tels débordements, après la crise de l’automne 2005, confirment notamment l’erreur magistrale qu’a constitué la suppression de la police de proximité”. Jean-Christophe Cambadélis, enfin, a rappelé le précédent des incidents de la rue Rampal dans le XIXe arrondissement de Paris pour dénoncer “un climat sarkozien fait de tensions, d’exactions, de violence verbale et de stigmatisations”.

Le PS n’est pas seul à récuser les résultats de la politique de l’ex-ministre de l’Intérieur. Ainsi François Bayrou, sur LCP-Assemblée nationale, a déploré que Nicolas Sarkozy ait fait de la police “uniquement une force de répression”. Le candidat UDF à la présidentielle a associé à ses critiques Jean-Louis Borloo, ministre de la Cohésion sociale, qui, la veille, a apporté son soutien au candidat de l’UMP. “L’un est chargé des banlieues, l’autre est chargé de la sécurité, et on ne peut pas dire que dans ces incidents hier soir, ni les banlieues aient montré qu’elles avaient trouvé un grand équilibre, ni que la sécurité soit en France aujourd’hui quelque chose à propos (de quoi) on peut se rassurer”, a-t-il souligné.

De son côté, Philippe de Villiers, a évoqué “des bandes ethniques installées sur notre territoire et (qui) considèrent que même la gare du Nord, c’est leur territoire”. Sur BFM-TV, le candidat du MPF à l’élection présidentielle a évoqué des “barbares”. “Voilà le résultat de l’immigration incontrôlée”, a-t-il ajouté, assurant qu’ “il y a 800 cités interdites, où on nous recommande, à nous les candidats, de ne pas aller”.

Enfin la Ligue communiste révolutionnaire s’est dite “indignée” par “la brutalité de l’intervention policière”. L’organisation trotskiste se dit “solidaire du mouvement de protestation et de solidarité des voyageurs”.

Société

«Ici, c’est la loi de la jungle»
Propos recueillis mercredi matin à la gare du Nord, sur les lieux où se sont produits les violents incidents de mardi soir.
Par Hakim DJEROUDI
LIBERATION.FR : mercredi 28 mars 2007

Ce mercredi à 11 heures, gare du Nord. A la sortie du métro ligne 5, le murs blancs portent les marques des émeutes de la veille. Des message tagués: «27.03.2007, injustice CRS sur ados innocents», «Victoire pour l peuple», «Nique la police», «Nique le gouvernement», «Chirac crapule», «Nique Sarkozy»

«C’est un truc de malade» lâche une jeune passante qui constate les dégâts. On dirait qu’une guerre s’est déroulée ici. Des vitres cassées, les bornes de contrôle de billet hors-service, les vitres de la boutique «Bagafolie», le magasin de chaussure «Foot locker» pillés. Un groupe de jeunes habitués traîne devant les boutiques. L’un d’eux, qui a reçu un coup, porte un pansement à l’oeil. Il ne souhaite pas répondre à nos questions. Et montre même un peu d’agressivité si on insiste.

«Il y a souvent des groupes de jeunes, ici, explique Isabelle, 38 ans, employée d’un magasin qui vend des produits d’Auvergne. La police les chasse, mais ils reviennent à chaque fois». Trois employés sont venus réparer un photomaton dégradé.

Les gens stressés et pressés défilent, «comme d’habitude». «Cela fait huit ans que je suis là, poursuit Isabelle. J’ai remarqué qu’il y a une montée de la délinquance. Ici, c’est la loi de la jungle. Il y a du vol tout le temps. Les gens sont irrespectueux entre eux. Si vous vous laissez faire c’est fini».

Mais, en même temps, les contrôles incessants ne contribuent pas à apaiser les choses. «Cela fait quinze jours à trois semaines que les contrôleurs sont là en permanence, ajoute l’employée. Ce que je ne comprend pas c’est que il y a déjà eu ce genre de situation, mais elles ont toujours été contrôlées. A mon avis, c’est la veille des élections qui a motivé les gens et d’autres ont agi pour le plaisir de casser. Il n’y a pas eu que des jeunes, il y a eu des gens de toute sorte. Des jeunes habitués à trainer, des gens de passage venus s’en mêler, des spectateurs».

Un jeune lycéen, de passage: «Hier, j’étais là. Moi, j’ai participé à la bataille parce que les contrôleurs et les flics prennent trop la confiance. J’ai suivi le mouvement, et je n’ai pas trop cherché à comprendre pourquoi.»

Une dizaine de policiers sont présents. «Ils ne sont jamais là quand il faut, moi dès que j’ai des problèmes je me débrouille seule» poursuit la commerçante. «J’ai fermé la boutique à 17h30, l’histoire a démarré juste là, devant le photomaton. Deux dames, deux jeunes et une mère accompagnée de ses trois enfants se sont réfugiées dans la boutique. Puis, vingt minutes après j’ai fermé et je suis rentrée. Ce soir, ça risque d’être chaud, d’autant plus que le fait que la police soit là, cela pourrait entraîner les gens à recommencer».

Appel à la grève pour la directrice d’école
Défilé prévu aussi vendredi contre les arrestations de sans-papiers près des établissements.
Par Catherine COROLLER
Libération

Le 28 mars 2007

Le placement en garde à vue, vendredi, de Valérie Boukobza, directric d’école parisienne ( Libération de lundi), continue de faire des vagues. La jeune femme, soupçonnée d’outrage et de dégradations sur une voiture de police après que des incidents violents eurent éclaté à proximité de son établissement, lors de l’interpellation d’un Chinois sans papiers qui venait chercher ses petits-enfants, avait été interrogée pendant sept heures. Hier, les principaux syndicats enseignants du primaire (1) ont appelé leurs collègues à faire grève et à manifester vendredi. «On demande que les ministères de l’Education nationale, de la Justice et de l’Intérieur clarifient la situation de la collègue et annoncent qu’il n’y aura aucune poursuite judiciaire et aucune sanction administrative prise contre elle», explique Gilles Moindrot, secrétaire général du Snuipp.
«Légitime défense.» Les responsables syndicaux demandent également que Valérie Boukobza se voie appliquer le droit à la protection des fonctionnaires prévu par la loi. Cela lui garantirait l’assistance d’un avocat et du service juridique du rectorat. «Les fonctionnaires doivent être défendus par l’institution , affirme également Michel Delattre, secrétaire général de l’Unsa Paris. Surtout que nous considérons que notre collègue était en situation de légitime défense.» Lundi, ces mêmes syndicats avaient rencontré Maurice Quenet, recteur de l’académie de Paris. Selon eux, la discussion a tourné court, le responsable académique opposant une fin de non-recevoir à la demande de protection juridique, au motif que la situation de Valérie Boukobza relève d’une affaire privée. Le recteur aurait affirmé que «les faits [s'étant] produits à l’extérieur de l’école [sont] détachables de sa mission de directrice d’école».
Silence. Vendredi, les enseignants manifesteront également contre les arrestations aux abords des écoles. Le matin, une délégation syndicale se rendra à la préfecture de police pour réclamer que cessent de telles pratiques. Le cortège partira à proximité du ministère de l’Education nationale, façon d’interpeller Gilles de Robien, resté totalement muet depuis le début de cette affaire.
(1) Snuipp-FSU, SE-Unsa, SgenCFDT, SUD-Education, Snudi-FO, CGT-Education et CNT.

Scènes de ménage chez “Les Guignols de l’info”
LE MONDE
Le 26.03.07

La campagne présidentielle sème la zizanie entre les auteurs des “Guignols de l’Info”, l’émission satirique de Canal+. C’est Bruno Gaccio, auteur “historique” de l’émission, qui a mis le feu aux poudres en déclarant dans Libération du samedi 24 mars : “Ça fait cinq ans qu’on rit avec Sarko, ça suffit. Là, on ne rit plus avec, on rit contre.” Une déclaration que n’ont pas appréciée ses acolytes, Lionel Dutemple, Ahmed Hamidi et Julien Hervé, ainsi que le producteur de l’émission, Yves Le Rolland, qui refusent que les marionnettes soient instrumentalisées pendant la campagne.

“En affirmant qu’on est contre Sarkozy de manière militante, cela nous prive d’une certaine liberté et nous prête des intentions cachées”, protestent-ils. “Le militantisme supposé est incompatible avec l’esprit des Guignols, précise Yves Le Rolland. Notre seule inspiration, c’est ce qui peut faire rire. “Les Guignols de l’Info” reste une émission de divertissement. Ce qui ne nous empêche pas d’avoir un point de vue sur les gens.”

“On est là pour se moquer, on ne fait pas de politique. Nous ne sommes pas des journalistes, nous travaillons dans un monde de latex, surenchérit Ahmed Hamidi. Nos prises de position se voient à l’écran, inutile de le surligner.”

Contacté par Le Monde, Bruno Gaccio affirme que la citation de Libération, est “inexacte”. “Ce que je voulais dire, c’est que depuis quatre ans que l’on rit aux Guignols avec Sarkozy, le public va finir par penser que l’on rit contre lui, ce qui ferait sortir les Guignols de leur rôle.”

DÎNER

La tension entre Bruno Gaccio et les trois auteurs, qui ont rejoint l’émission en 2000, couve depuis plusieurs mois. Déjà, en début d’année, ils n’avaient pas apprécié d’apprendre par Le Parisien que Bruno Gaccio avait participé à un dîner avec Ségolène Royal, chez l’animatrice de télévision Daniela Lumbroso, enfreignant ainsi les “règles” des Guignols de ne pas rencontrer ceux qu’ils caricaturent. De plus, ils lui reprochent de continuer à parler en leur nom alors que “cela fait déjà un long moment qu’il est hors jeu”, comme le souligne Lionel Dutemple. En effet, Bruno Gaccio a rejoint depuis septembre 2005 l’unité de fictions de Canal+, où il développe des projets innovants. Il n’est revenu aux Guignols que pour la présidentielle, et a annoncé qu’il quittera l’émission en juin.

Ces turbulences au sein des membres de l’équipe n’affectent pas leur humour. “On adorerait dîner avec Chirac dès qu’il ne sera plus président, confie Ahmed Hamidi. Il nous a fait bouffer pendant dix ans. Il serait normal de lui offrir un resto !”

Sylvie Kerviel et Daniel Psenny

Télévision

Ils ont fait le Chirac de 1995. Qui est le candidat des «Guignols» en 2007 ?
Votez latex!
Par Raphaël GARRIGOS, Isabelle ROBERTS
QUOTIDIEN : samedi 24 mars 2007
Sapristi (1) ! Et ces bons vieux Guignols ? Bombardés meilleurs éditorialistes de France en 1995 quand ils campaient Chirac en sympathique loser mangeur de pommes trahi par Couille molle (comment s’appelait ce monsieur goitreux déjà ?), les Guignols se sont vu reprocher de l’avoir installé à l’Elysée. Et, en 2002, d’avoir décrédibilisé les politiques qu’ils représentaient en Supermenteur (Chirac) et Superbarbant (Jospin). En 2007, les Guignols , même s’ils alimentent moins la chronique, sont bien là au mieux de leurs audiences : 2,8 millions de téléspectateurs (contre 2,6 millions en 1995 et 2,5 en 2002) pour leurs quatre têtes de Turc du moment. Après les pommes de Chirac et plutôt que les mandarines de Bayrou, mangez du latex.
Sarkozy : «Cacalme, Lexomimil»
«Vous l’avez remarqué en regardant les Guignols , je ne veux pas de Sarkozy président.» Oui, Bruno Gaccio, on avait remarqué. Aux Guignols, Sarkozy, c’est depuis des lustres le Grand Satan : la «petite crotte» de Chirac, l’expulseur d’enfants immigrés. Le sale flic, qui a mis toutes les rédactions de France à sa botte compensée. Longtemps, les Guignols s’en sont tenus à cette fort ressemblante caricature. Et puis arrive le fameux «J’ai changé», le jour de son sacre, et son non moins fameux pull-over qu’il sortait dès le lendemain. Du caviar pour les Guignols : «Le mec, rigole Lionel Dutemple, un des auteurs, d’un seul coup il décrète qu’il sera supercalme !» Voilà Sarkozy faussement adouci, en «pull-over, calme, cool, zen». Qui, ces temps-ci comme le vrai, perd ses nerfs : l’atrabilaire est désormais au bord du nervous breakdown, tremblote «cacalme-coocool-zezen» avec le «Lexomimil» en intraveineuse. Mais Sarkozy, contrairement au Chirac de 1995, reste l’ennemi. «Ça fait cinq ans qu’on rit avec Sarko , ça suffit, assène Gaccio, chef des Guignols jusqu’en juin. Là, on ne rit plus avec, on rit contre.»
Bayrou : «Crûtû-crûtû-crûtû»
Le néo-rebelle qui fustige TF1, leur ennemie de toujours, du nanan pour les Guignols ? Ben non, même pas : tandis que, partout, on feint de découvrir Bayrou, ils le croquent comme ils le font depuis dix ans en gamin naïf qui rêve de se rebeller sous son poster «I love UDF». Seul aggiornamento : avec les sondages, le petit François est devenu insupportable. PPD ose-t-il le présenter en «chouchou des Français» qu’il monte sur ses grands poneys : «Eh ho ! Tu m’appelles pas chouchou, je suis un homme important maintenant !» Veut décorer la valise nucléaire d’autocollants Dora l’exploratrice, s’inquiète de ses futurs sommets : «A Poutine, je peux plus lui dire “Poutine tu pues la sardine” ?» Surtout, les Guignols fustigent l’absence de programme, l’inanité politique de Bayrou. Sa solution pour tous les problèmes ? «Prendre les meilleurs de droite, et les meilleurs de gauche.» Souci, quand Bayrou mélange les carburants de la pompe de gauche et de la pompe de droite : «Le moteur il a fait “crûtû-crûtû-crûtû”.» Pour Dutemple, Bayrou est «sans doute le Guignol de cette campagne» . Yves Le Rolland, directeur artistique, approuve : «Bayrou, c’est le personnage le plus intéressant, c’est avec lui qu’on peut le plus montrer notre spécificité. Pour nous, il reste ce qu’il était.» De fait, alors qu’en 1995, le Chirac des Guignols suivait l’opinion, leur Bayrou de 2007 va à son encontre. Les Guignols vont tout de même le faire accéder à la respectabilité, raconte Dutemple : «PPD va le regarder d’un autre oeil. Il va faire comme tous les médias : “Ouais, il a pas de programme, génial !”»
Royal : «Politique pour les tout-petits»
Ça se gâte avec Ségolène Royal : marionnette pas terrible, voix ratée, pas de gimmick, les auteurs ont du mal. «Pour des caricaturistes c’est la galère, reconnaît Le Rolland. Elle est un peu en creux. Elle ne nous fait pas tellement rire. C’est un peu comme Jospin qu’on n’a jamais vraiment réussi.» Résultat, depuis le début de la campagne, le personnage de Royal patine, sauf quand les Guignols s’attaquent à sa sale manie de parler aux Français avec des mots simples et font chanter son programme par Henri Dès «pour expliquer la politique aux tout-petits» : «Mme l’Iran a une bombe atomique/C’est catastrophique» la la la… Mais au fil des mois, la Royal de latex, tout en restant un personnage central, est devenue quasi muette, stoïque sous les coups de boutoir de ses ennemis, tellement violents qu’ils tournent à l’absurde. A la radio, on interroge la Royal de latex sur les porte-avions et, dans le taxi, le chauffeur la coince : «Dans une boîte de vitesses automatique, quel est le nom de la pièce sur laquelle reposent les roulements à billes ?» Elle ne sait pas et les quolibets fusent : «Elle sait pas et elle veut diriger la France !» Gaccio s’emporte : «Sarkozy peut faire n’importe quoi, tout le monde s’en cague ; elle, elle fait “atchoum”, tout le monde rigole “whoua la nulle”. Faut arrêter.» Ça s’appelle rouler pour Royal. «On ne peut pas faire ça», se défend Gaccio. C’est pas grave les gars, c’est juste de la politique.
Elkabbach : «Bravo Nicolas, t’es génial»
Voilà en fait le gibier favori des Guignols : nous, les journalistes. Enfin, pas nous à Libération, hein, mais tous les autres, les méchants, les moutons, les stipendiés flingués chaque soir à bout touchant. Totem de la complaisance médiatico-sarkozyste, le VRP multimédia Jean-Pierre Elkabbach. Ses interviews cire-UMP du matin se traduisent chez les Guignols en un festival de «pouffiasse !» contre Royal et de «t’as été génial, bravo Nicolas». Jeudi, dans une parodie de Vis ma vie, Elkabbach devait tester l’étrange profession de journaliste. Et il en suait à grosses gouttes, le pauvre, et s’indignait que son tuteur d’un jour ose poser des questions dérangeantes à Sarkozy : «Je suis très choqué, je sais pas comment il fait, c’est comme s’il n’avait aucune pudeur.» Le 22 avril, une fois que les auteurs auront voté tous à gauche , les marionnettes animeront la soirée électorale de Canal +. Les Guignols influenceront-ils le vote des téléspectateurs ? «Prrrrrrrt…, répond, lassé, Gaccio. S’il y avait une influence des Guignols , Besancenot serait à 17 % dans les sondages.»
photo RAphaël Dautigny
(1) Oui, on avait envie d’écrire «sapristi

Voir aussi les images télé: http://www.dailymotion.com/video/x1ka4h_emeute-compil-270307-gare-du-nord


Histoire de la Résistance: Les Armes de l’esprit (Weapons of the spirit)

25 mars, 2007
Le Chambon sur LignonDes pressions païennes formidables vont s’exercer sur nous-mêmes et sur nos familles pour tenter de nous entraîner à une soumission passive à l’idéologie totalitaire. Si l’on ne parvient pas tout de suite à soumettre nos âmes, on voudra soumettre tout au moins nos corps. Le devoir des chrétiens est d’opposer à la violence exercée sur leur conscience les armes de l’Esprit. (Pasteur André Trocmé, 1940)
Between 1943 and 1944, the Mufti [of Jerusalem] concentrated his activities on the Jews of the Balkans, in Eastern Europe. He prevented the rescue of Jews from Hungary, from Romania, from Bulgaria, from Croatia; and he thwarted the immigration of Jewish orphans to Palestine. He protested to the Nazis that not enough resources were being devoted to preventing the escape of Jewish refugees from the Balkans. This has been widely testified to. Here is one example. Wilhelm Melchers, a Nazi official who testified at the Nuremburg Trials on 6 August 1947, said: “The Mufti was making protests everywhere – in the offices of the Foreign Minister, the Secretary of State and in other SS Headquarters”. These protests had an immediate effect, as a rule. Far example, on 15 May 1943, the Mufti personally delivered to Ribbentrop a letter protesting against the plan to arrange the emigration of 4,000 Jewish children from Bulgaria. Ribbentrop succumbed to the Mufti’s pressure. He quickly arranged for a telegram to be sent to the German Ambassador in Sofia, by which he prevented the emigration from taking place. The tragic result, of course, was that 4,000 Jewish children were condemned to death. (Rapport de l’ONU, 5/12/1985)

Suite à notre dernier billet sur la légende Aubrac comme illustration du mythe qui a entouré la Résistance pendant la dernière guerre en France et l’apparent manque de combativité de la majorité de la population française …

Petit retour sur les travaux de l’historienne américaine Helen Fein, dont l’analyse des différentes réponses nationales des pays européens face au génocide juif (“Accounting for Genocide: National Responses and Jewish Victimization During the Holocaust”, 1979) pourrait être éclairante.

Comparant les destins différents des communautés juives sous le nazisme, elle montre en effet que les pays où celles-ci s’en sont “le moins bien sorties” sont apparemment ceux où il n’y avait pas eu d’institutions (politiques, religieuses) appelant à résister.

Comme par exemple les Pays-Bas ou la Pologne (dont les dirigeants et élites s’étaient exilés en Angleterre et/ou avaient été décimées par les assauts conjoints des Nazis et des Soviétiques) qui ont eu le pire bilan par opposition au Danemark où Christian X avait explicitement pris position contre la déportation et dont la population juive (avec l’aide de leurs voisins suédois) a été très largement épargnée.

La France, avec son régime collaborationniste mais une partie de ses élites résistantes, ayant eu une position intermédiaire.

Un peu comme la Bulgarie, dont les autorités religieuses avaient bien résisté mais qui finit par abandonner, suite notamment à l’intervention personnelle du Grand Mufti de Jérusalem et “oncle” d’Arafat – exflitré lui aussi par la France après guerre – , “ses” juifs thraces et macédoniens.

Une France donc où le régime a, en simplifiant, “sauvé” une bonne partie de ses juifs nationaux sur le dos (ie. en les livrant ou les abandonnant aux nazis) de ses juifs réfugiés …

D’où l’intéressant contre-exemple du cas très particulier de ces villages des Cévennes de descendants de huguenots, avec leur longue tradition de “résistance” religieuse (comme Le Chambon-sur-Lignon, révélé au grand public par le documentaire de Pierre Sauvage, qui sauva quelque 5 000 juifs sous l’Occupation, mais il existe, parait-il un tel village de Justes aux Pays-Bas et les Polonais sont, avec les Hollandais, les premiers sur la liste de Yad Vashem – merci madimaxi) …

On a ainsi l’impression qu’avec beaucoup de résistants, notamment au début, qu’ils sont quasiment livrés à eux-mêmes, aucune, sauf exceptions, institution politique, syndicale ou religieuse (hormis l’appel – de l’extérieur, non nécessairement à une résistance intérieure et pendant que le PCF négociait secrètement le maintien de sa presse avec l’ennemi – du 18 juin) n’appelant à résister et qu’ils s’improvisent résistants avec les moyens – très limités – du bord, certains dans les campagnes ou aux frontières, à partir de leurs pratiques locales faisant passer leur résistance comme une sorte de braconnage ou contrebande “glorifiée”.

Ce qui souligne encore plus leur courage mais aussi la faiblesse de leur nombre et donc à nouveau… le “manque de combativité” de la majorité.

Et bien sûr le décalage avec les récits largement idéalisés que, pour les raisons que l’on sait, on en a fait après coup et… le choc quand la vérité sort peu à peu.

Voir un extrait d’une lettre d’Helen Fein dans la NY Review of books :

Where both state and church refused to sanction discrimination—as in Denmark—internal resistance was highest. Where the state or native administrative bureaucracy began to cooperate, church resistance was critical in inhibiting obedience to authority, legitimating subversion, and/or checking collaboration directly. Church protest proved to be the single element present in every instance in which state collaboration was arrested—as in Bulgaria, France, and Romania…. The majority of Jews evaded deportation in every state occupied by or allied with Germany in which the head of the dominant church spoke out publicly against deportation before or as soon as it began.

Unfortunately, the Netherlands (which I discuss extensively) did not react as would be predicted from the level of pre-war anti-Semitism. There was little leadership from the Queen and government in exile (nor from political leaders in the Netherlands) to the civil service bureaucracy which executed German orders. This led to high state cooperation in registering Jews. “The more efficient, and almost foolproof, method of Jewish identification was devised not in the Reich, but in the Netherlands, by a pre-war Dutch civil servant who traveled to Berlin with his superior’s permission to display his innovation to the Gestapo: ‘The Gestapo had pronounced his identity card even more difficult to reproduce than its German counterpart.’”

Although there was early church protest in the dominant Protestant church, it was not a public nor vocal protest. Church leaders failed to inform their congregants of this as they did not read publicly their protest against the deportation of the Jews, deferring to a German request not to read it from the pulpit. Lacking leadership for resistance, the Dutch did not form a defense movement for people in hiding until the spring of 1943 when Dutchmen were threatened with deportation and forced labor in Germany. It was too late to help the Dutch Jews—by then less than half of them were left.

Deák is correct that only about 20 percent of Dutch Jews were saved but he is wrong about the Bulgarian toll. About 20 percent of Jews under Bulgarian rule became victims, including the Jews in territories formerly in Greece and Yugoslavia occupied by the Bulgarian state, as he explains later in his review.

Dr. Helen Fein

Cambridge, Massachusetts

Voir aussi la critique du film de Pierre Sauvage sur Le Chambon-sur-Lignon (“Les Armes de l’esprit”):

“Les Armes de l’esprit”
L’Humanité
Le 17 octobre 1990

De Pierre Sauvage au cinéma « Saint-Germain-des-Prés »

Si on avait laissé faire le temps et l’oubli, c’est tout juste si le nom de Chambon-sur-Lignon aurait eu droit à quelques lignes dans les manuels d’histoire de France, chapitre Deuxième Guerre mondiale, sous-chapitre occupation allemande et déportation. Grâce au film documentaire de Pierre Sauvage, les correcteurs de mémoire auront désormais la tâche plus rude.

« Les Armes de l’esprit », c’est l’histoire d’un aller-retour. Le passé éclaire le contexte par le noir et blanc des archives, et la couleur du reportage d’aujourd’hui donne la parole aux acteurs d’une histoire discrète mais glorieuse. De 1940 à 1944 les habitants d’une petite commune de la Haute-Loire défient Pétain, sa police, ses milices, ses lois antisémites, en accueillant, en cachant, en protégeant des familles juives françaises et étrangères. Le faussaire du village, Oscar O. de son vrai nom, Dr Jean-Claude Plunne de son nom de planque, spécialiste de la fabrication de faux-papiers, estime à cinq mille le nombre de Juifs sauvés au Chambon. Le cinéaste franco-américain Pierre Sauvage sera parmi les rescapés.

A l’origine d’une résistance trop méconnue, il y a cette terre cévenole avec derrière elle quelques siècles d’insoumission, ces Huguenots protestants qui ont appris à vaincre les persécutions et la peur, et il y a des hommes, héros ordinaires qui jaillissent à la lumière. Le pasteur du Chambon, André Trocmé, fera de son temple le lieu où apprendre à dire non sera parole d’évangile. Et quand l’une de ces femmes au visage doux qui a échappé aux trains de Nuit et brouillard se souvient, c’est pour dire : « Ce n’était pas au fait que nous étions juifs qu’ils réagissaient, mais au fait que nous étions pauvres. »


Débarquement: Un gigantesque travail de préparation (A cold look on the Longest Day)

23 mars, 2007

US Normandy graves (Coleville)Nouvel ouvrage d’historien sur le Débarquement en Normandie (“Histoire du débarquement”, Olivier Wievorkia) à partir de nouvelles archives américaines et anglaises et surtout sur les 15 mois de préparation.

Ne l’ayant pas encore lu, je m’en tiendrai à la critique de Paxton qui, malgré quelques petites réserves, le recommande.

De son inscription dans la lignée des nouveaux historiens américains et anglais plutôt révisionnistes, j’en retiens le manque d’enthousiasme des Alliés à libérer la France (que semblaient d’ailleurs partager… nombre de Français eux-mêmes!).

Et on peut imaginer que pour le trouffion de base américain, la vraie menace sur son pays devait plutôt lui sembler venir du côté du Pacifique dont après tout ils avaient déjà reçu une cinglante attaque directe sur leur propre territoire.

D’où peut-être l’apparemment grande fréquence de troubles psychiatriques (allant jusqu’à l’automutilation), qui tenait aussi peut-être, comme le suggère Paxton, d’une meilleure détection et prise en compte du côté américain ? Surtout comparé aux Allemands et aux Russes qui traitaient ça au peloton d’exécution!

Extraits de la critique de Paxton:

Parmi les nombreuses faiblesses qu’il relève chez les Alliés, la plus frappante est sans doute le faible moral des troupes.

En Normandie, le moral s’effondra en juillet lorsque Britanniques et Canadiens furent bloqués devant Caen, tandis que les Américains piétinaient dans le bocage du Cotentin. Un des facteurs que Wieviorka ne mentionne pas était l’habitude américaine de remplacer les pertes en intégrant des soldats non aguerris dans des unités où ils se sentaient isolés et vulnérables. (…) Confronté au même genre de problème, le commandement allemand fit exécuter 15 000 soldats et en fit emprisonner 420 000. Les Soviétiques appliquèrent les mêmes méthodes répressives. L’armée britannique, elle, n’exécuta que quarante de ses soldats.

Quant à la 2e division blindée française, elle échappa à cette baisse de moral, phénomène que Wieviorka explique à la fois par son arrivée sur place après l’immobilisation forcée de juillet, et par le fait qu’elle était uniquement composée de volontaires aguerris. Il aurait pu ajouter que ces hommes se battaient pour la libération de leur pays… On peut également se demander si la 2e DB disposait elle aussi du personnel psychiatrique qui a établi les surprenantes statistiques citées par Wieviorka à propos des armées britannique, canadienne et américaine.

Si ces pilonnages échouèrent à faire baisser la productivité allemande, ils obligèrent Hitler à maintenir 70 % de son aviation en Allemagne, laissant ainsi aux Alliés une supériorité aérienne cruciale en Normandie.

contrairement à « une légende tenace », les Alliés n’avaient aucune intention d’imposer un gouvernement militaire en France.

Un regard froid sur le jour le plus long
Robert O. Paxton
Le Monde
Le 05.01.07

Robert O. Paxton analyse l’ouvrage d’Olivier Wieviorka sur la campagne de Normandie

Depuis une dizaine d’années, certains auteurs britanniques et américains ont entrepris de présenter la campagne de Normandie d’une façon moins triomphaliste et héroïque que jusqu’alors. J. Robert Lilly a révélé les crimes commis par les troupes américaines en Normandie, et Alice Kaplan a montré que les soldats noirs étaient exécutés plus fréquemment que les blancs pour le viol de femmes françaises ; Paul Fussell a décrit les souffrances, les doutes et le malaise du fantassin américain ; enfin John Charmley a, avec d’autres, accusé Winston Churchill d’avoir perdu sa guerre sur le long terme parce qu’il avait épuisé l’Angleterre et subordonné son pays aux Américains.

L’impressionnant travail d’Olivier Wieviorka renforce cette nouvelle approche. Se fondant sur les ouvrages publiés mais aussi sur des recherches minutieuses dans les archives américaines et britanniques, il jette un « regard froid » sur la campagne de Normandie, décrite comme « un événement essentiellement humain, dans sa grandeur comme dans ses faiblesses ».

Parmi les nombreuses faiblesses qu’il relève chez les Alliés, la plus frappante est sans doute le faible moral des troupes. Les phénomènes de commotion ou de stress du combat n’étaient pas nouveaux – au cours de la première guerre mondiale, le haut commandement avait fini par comprendre que la détresse émotionnelle qui affectait certains soldats sur le champ de bataille n’était pas un signe de couardise mais révélait de véritables traumatismes psychiques.

En Normandie, le moral s’effondra en juillet lorsque Britanniques et Canadiens furent bloqués devant Caen, tandis que les Américains piétinaient dans le bocage du Cotentin. Un des facteurs que Wieviorka ne mentionne pas était l’habitude américaine de remplacer les pertes en intégrant des soldats non aguerris dans des unités où ils se sentaient isolés et vulnérables.

Le moral des troupes américaines s’améliora après le 25 juillet, date de la percée d’Avranches, qui ouvrit la route de Paris. Confronté au même genre de problème, le commandement allemand fit exécuter 15 000 soldats et en fit emprisonner 420 000. Les Soviétiques appliquèrent les mêmes méthodes répressives. L’armée britannique, elle, n’exécuta que quarante de ses soldats.

Quant à la 2e division blindée française, elle échappa à cette baisse de moral, phénomène que Wieviorka explique à la fois par son arrivée sur place après l’immobilisation forcée de juillet, et par le fait qu’elle était uniquement composée de volontaires aguerris. Il aurait pu ajouter que ces hommes se battaient pour la libération de leur pays… On peut également se demander si la 2e DB disposait elle aussi du personnel psychiatrique qui a établi les surprenantes statistiques citées par Wieviorka à propos des armées britannique, canadienne et américaine.

Il est toujours hasardeux de former des jugements sur les différents caractères nationaux en se fondant sur les performances au combat, lesquelles varient en fonction de l’expérience, de l’entraînement, du commandement et du ravitaillement. Du reste, les troupes alliées améliorèrent leurs capacités au fur et à mesure des combats. Mais il demeure que, de l’avis général, les soldats allemands s’avérèrent dans cette campagne les plus résilients et les plus entreprenants, les plus tenaces et les plus spartiates.

Si cet ouvrage est remarquablement bien documenté, certaines de ses conclusions paraissent cependant inutilement négatives. On peut difficilement affirmer par exemple que l’impréparation américaine de 1940 était due à la « sourde oreille » que le président Roosevelt aurait opposée à ceux qui le pressaient de réarmer. Le plus souvent, on a au contraire accusé Roosevelt d’avoir abusé de ses pouvoirs présidentiels, face à la puissante opposition des républicains, en aidant les Britanniques par des mesures qui confinaient à la déclaration de guerre, comme la loi prêt-bail (Lend-Lease Act) de mai 1941. Il fallut attendre l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, pour que l’opinion publique américaine, jusqu’alors massivement isolationniste, bascule en faveur de l’intervention.

De même, s’il est exact que les Etats-Unis sont parvenus à maintenir un meilleur niveau de vie à leurs citoyens que n’importe quel autre belligérant, et qu’ils n’ont pas appelé leur main-d’oeuvre industrielle sous les drapeaux, Wieviorka sous-estime l’intensité de la mobilisation de guerre en Amérique. Loin de recourir exclusivement à des « mesures libérales », le gouvernement américain procéda à l’arrêt total de la production de certains secteurs comme l’automobile, imposa contrôle des prix et rationnement et institua un impôt de 94 % sur les plus hauts revenus. Enfin, c’est le conflit avec le Japon, absorbant 35 % de l’effort de guerre américain, qui fut à l’origine de la pénurie de barges de débarquement, et non pas, comme il est suggéré, le refus américain de se plier aux impératifs des temps de guerre.

OPÉRATION DE DÉSINFORMATION

A l’énumération de tout ce qui n’a pas marché de leur côté, le lecteur peut légitimement se poser la question : comment les Alliés ont-ils pu l’emporter ? Un des facteurs-clés de la victoire fut l’élément de surprise. Une vaste campagne de désinformation, complétée par le stationnement d’une fausse armée dans le sud-est de l’Angleterre, avec chars en bois et échanges radio bidons, convainquit les Allemands de maintenir jusqu’à fin juillet des forces nombreuses dans le Pas-de-Calais, en attente du « vrai débarquement ». Un autre facteur fut le ravitaillement. Même si les Alliés ne surmontèrent jamais complètement leurs problèmes en ce domaine, les pénuries dont pâtirent les Allemands furent aggravées du fait que les attaques aériennes empêchaient tout transport durant la journée.

D’autres éléments qui expliquent la victoire des Alliés ne sont pas mentionnés dans ce livre, lequel se concentre d’abord sur le front normand. L’une de ces conditions, décisive, fut le front russe, qui mobilisa la plus grande partie des forces hitlériennes. Une autre fut la campagne de bombardements sur l’Allemagne. Si ces pilonnages échouèrent à faire baisser la productivité allemande, ils obligèrent Hitler à maintenir 70 % de son aviation en Allemagne, laissant ainsi aux Alliés une supériorité aérienne cruciale en Normandie. Le troisième élément fut, après mai 1943, la solution du problème des sous-marins nazis dans l’Atlantique nord, qui permit d’acheminer plus d’un million d’hommes et leur matériel en Angleterre.

Wieviorka étudie d’un regard moins « froid » la contribution française à la libération de la Normandie. Une grosse surprise émerge au fil de son analyse, extrêmement critique, des réticences alliées à l’égard de la Résistance et des forces de la France libre. L’auteur conclut que, contrairement à « une légende tenace », les Alliés n’avaient aucune intention d’imposer un gouvernement militaire en France.

Malgré quelques passages inutilement sévères, le travail d’Olivier Wieviorka constitue, parmi les ouvrages de langue française, la synthèse la mieux informée sur la campagne de Normandie. Il mérite à ce titre de figurer aux côtés du livre remarquable que François Bédarida consacra naguère au Débarquement (Normandie 44, Albin Michel, 1987).
Robert O. Paxton

Voir aussi la critique d’Amouroux dans le Figaro:

Pas de système D pour le jour J
Henri Amouroux de l’Institut.
Le Figaro
le 11 janvier 2007

OLIVIER WIEVIORKA – Face à une armée allemande encore redoutable, le Débarquement allié n’a réussi que grâce à un gigantesque travail de préparation.

QUEL LIVRE intéressant ! Avant de l’ouvrir, j’ai pensé : « Encore un livre sur le Débarquement… » Il s’agit bien, en effet, d’un livre sur le Débarquement, mais le récit des opérations militaires du 6 juin 1944 ne débute qu’à la page 220 d’un ouvrage qui en comporte, hors notes, 416. Voilà qui décevra les amoureux de « l’histoire bataille » et des incontournables Cornélius Ryan et Paul Carell qu’Olivier Wieviorka ne cite d’ailleurs pas dans sa bibliographie, ce qui est un signe. Celui d’un parti pris. Pour Wieviorka, en effet, et c’est en cela que l’architecture de son livre est originale, le Débarquement n’est que le résultat d’un gigantesque travail de préparation. Et il a raison contre les auteurs qui oublient, plus exactement négligent, minimisent, tout ce qui précède le jour J pour se lancer immédiatement dans le dramatique : les combats sur Omaha Beach ou la libération providentielle de Sainte-Mère-l’Église.

Or, ce qui précède le jour J : accord entre Américains et Anglais sur le choix du lieu, la Méditerranée étant éliminée au profit de l’Atlantique, le Pas-de-Calais au profit de la Normandie ; rassemblement et entraînement en Angleterre des centaines de milliers d’hommes nécessaires aux premières batailles, puis des millions qui devront suivre ; mise au point d’armes – les chars-fléaux, par exemple – bien adaptées aux conditions du débarquement ; repérage et localisation des défenses allemandes ; destruction du réseau ferré français afin d’interdire l’arrivée des renforts ; tout cela (on pourrait continuer) réclamait des mois, voire des années de discussions, de réflexion, de travaux multiples. Pour n’évoquer que (si l’on peut dire) le plan général du Débarquement dans ses très grandes lignes, c’est à partir de mars 1943 – quinze mois, donc, avant le premier assaut sur les plages de Normandie – que le général britannique Franck Morgan fut chargé de le préparer.

Dans une entreprise de l’importance du Débarquement, face à une armée allemande encore redoutable, il n’était pas possible de se fier à l’à-peu-près, d’attendre du « système D » ou du courage des hommes qu’ils arrivent à combler les oublis des bureaux, les négligences des états-majors. De la minutie de cette préparation, je retiens l’exemple des embarquements en Angleterre et débarquements sur les plages de Normandie. Wievorka leur a consacré un chapitre. Chapitre passionnant dans la mesure où l’accumulation de détails fait comprendre au lecteur l’importance de l’indispensable, du long et fastidieux travail réalisé « en coulisses ».

Un esprit dégagé de tout sectarisme

Wievorka, qui a disposé d’une impressionnante documentation, cite de nombreux, très nombreux chiffres. Ils ne sont jamais ennuyeux, car toujours intégrés au récit, bien mené quoique sans romantisme, ils perdent ainsi leur sécheresse. Un exemple encore : Wievorka évoque la situation de la Lutwaffe. Comment ne pas le faire ? Par sa domination, elle avait permis à l’Allemagne de gagner les batailles de mai-juin 1940 ; par son absence, en juin 44, au-dessus des plages de Normandie, elle facilitera grandement le succès allié. Wievorka écrit que l’Allemagne perdit 2 500 pilotes de chasse en avril 1944, 2 461 en mai. Il complète ces chiffres par des informations qui les éclairent. Au bout de trois mois, en effet, les escadres aériennes sont complètement usées, d’avril à juin 1944, l’allocation en kérosène a été divisée par près de quatre ; le temps d’entraînement des pilotes par cinq !

Tous les problèmes qui se sont posés avant, pendant et après la bataille sont abordés avec la même minutie, le même souci de renseigner le lecteur et de le faire dans un esprit dégagé de tout sectarisme. Intégrant, comme il le faut, le débarquement de Normandie, dans le cadre d’une guerre mondiale – et le rôle de l’Union soviétique n’est pas oublié – ce livre ne néglige pas le côté français mais il traite les relations libérateurs-libérés, parfois aigres-douces, avec une finesse dans l’analyse et une précision dans le renseignement assez rares pour être signalés.

Il y a longtemps que, sur un sujet aussi « connu » que le Débarquement, un livre ne m’avait apporté autant de plaisir de découvertes. Car si le « rabâchage » peut-être séduisant, la découverte constitue toujours pour l’esprit un merveilleux enrichissement.

Histoire du débarquement en Normandie d’Olivier Wievorka Seuil, 441 p., 24 €.


Bilan de Chirac: Total Corruption (l’art très chirakien d’enterrer les “affaires”)

22 mars, 2007

Chirac's oil for food racketNous parlions récemment de l’art très français d’enterrer les problèmes: vite, une commission ou un rapport !

Mais il faudrait bien sûr aussi parler de l’art très chirakien d’enterrer les casseroles (30 ans de marchés truqués, voyages et frais de bouche bidouillés, faux électeurs et emplois fictifs, valises de billets et barils de pétrole irakien): vite, une promotion du juge!

Comme ce dernier exemple où tous les journaux de révérence font semblant de s’intéresser à la (2e) mise en examen du PDG de Total pour, après celle du scandale “Pétrole contre nourriture” en Irak, des affaires de corruption en Iran et au Cameroun, tout le monde sait bien que tout ça n’est que du cinéma puisque l’affaire n’aura pas de suite.

Comme le rappelle le site Iran-Resist, le délinquant multi-récidiviste et actuel squatter de l’Elysée (qui se prépare lui aussi à échapper à ses nombreuses casseroles du temps de la Mairie de Paris) venant, contre l’avis de la magistrature, de promouvoir – façon prétendument “élégante” de le dessaisir – le juge en charge de l’affaire …

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Bilan de Chirac: l’Irak aussi! (Books confirm how a poll-obsessed Chirac played the peace card while preparing for war)

21 mars, 2007
ChirakC’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, avril 2003)
Même aux pires moments de notre relation, quand le général De Gaulle a quitté l’OTAN, critiqué la guerre du Vietnam et voulu remplacer le dollar par l’étalon-or, il n’est jamais allé aussi loin. Il n’a jamais tenté, lui, de monter une coalition contre nous. Kissinger (Paris, automne 2003)

Serait-ce la loi des conséquences inattendues ou la justice de l’Histoire?

S’il est une chose, en ce 4e anniversaire d’Operation Iraqi Freedom, que même ses détracteurs sont prêts à concéder au bilan calamiteux du président français (une dissolution manquée, la plus grande crise avec nos alliés américains depuis le retrait de l’OTAN de 66, tous les deux inspirés directement, on le sait, par son fidèle Villepin), c’est bien sa position contre la guerre d’lrak.

Et s’il est un livre qu’on ne peut accuser d’acharnement critique envers la personne de l’actuel squatter de l’Elysée, c’est bien le dernier hymne que vient de lui consacrer l’ex-tontolâtre Pierre Péan (“L’Inconnu de l’Elysée”).

Pourtant, c’est à travers ce dossier là et dans ce livre-là (qui s’appuie lui-même sur celui de deux autres de ses thuriféraires: “Chirac contre Bush, l’autre guerre “, Vernet et Cantaloube, 2004) que le correspondant américain à Paris du NYT John Vinocur nous fait (re)découvrir la face cachée d’une position qui fut tout sauf claire …

Comme, dès décembre 2002, l’envoi (dans le plus grand secret) au Pentagone du général Jean-Patrick Gaviard, sous-chef “opérations” à l’état-major des armées, pour présenter ses offres de service pour une éventuelle guerre en Irak …

Comme le fait que jusqu’au début 2003 et en France même, tout le monde était persuadé, comme s’en gaussait alors Le Canard (très) enchainé, que Chirac allait suivre les Américains dans la guerre …

Comme en janvier 2003 et en plus de préparatifs militaires poussés en France en prévision d’une éventuelle participation à la guerre d’Irak (Le Canard ayant, encore lui et entre autres, révélé l’indiscrétion d’un marchand de peinture s’étonnant d’une anormalement importante commande de peinture sable), les vœux de Chirac aux armées leur demandant de “se tenir prêts à toute éventualité” …

Comme, le 21 février (soit APRÈS le “Massacre de la St Valentin” perpétré par Villepin à la tribune de l’ONU), le conseil que Chirac fera délivrer aux Américains via notre ambassadeur à Washington de ne PAS passer par une deuxième résolution à l’ONU, les rassurant que la France se contenterait de “râler pour la forme” …

Comme le fait que les services français (les mieux renseignés avec les Russes, par tous leurs contacts sur place) étaient comme les autres à peu près sûrs que Saddam possédait encore des ADM …

Comme (aurait pu ajouter Vinocur) une fois la guerre déclenchée, l’assurance envoyée par l’Etat-major français de l’envoi de renforts français ou de fourniture au Qatar des équipements anti-ABC au cas où Saddam les utiliseraient …

Comme les paquets de vrais-faux passeports français découverts plus tard à Bagdad par les Américains et destinés aux dignitaires du régime que la France s’apprêtait éventuellement à exfiltrer …

Comme le fait enfin et à l’instar de l’autre membre du “camp de la paix” Gerhard Schroeder depuis recasé à la tête d’un des méga-projets gaziers de Poutine (dont l’une des ministres s’était permise, pendant sa campagne de ré-élection, de comparer les méthodes de Bush à celles d’Hitler!), que Chirac comme Villepin ont, manifs monstres aidant (où se cotoyaient, dans la bonne humeur que l’on sait, trostkos LCR ou LO, antimondialistes de Bové ou d’ATTAC, propalestiniens et islamistes avec leurs portraits de Saddam et… leurs “Mort aux juifs”!) vite été grisés par les sondages et les sommets de popularité que l’option antiguerre leur permettait d’atteindre …

Extraits :

in trying to transmute the fog of the runup to the war into glory, the book may provide more clarity than intended: “L’Inconnu de l’Élysée,” the country’s top nonfiction best seller, while idealizing Chirac’s role, brings unexpected new support to a thesis that France’s government was not so much struggling to save humanity as looking out for Numéro Un.

It credits the idea that France maneuvered for months while considering whether to participate in an American-led invasion of Iraq. And it suggests that Villepin, after summoning the United Nations Security Council to rise in opposition against America, actually thought that France could not sustain its position and would “link up with the United States” before the war began in March 2003.

a French general’s dispatch to Washington in December 2002 to explore a joint invasion plan (four months after Germany told the United States it would not join the war), or French conversations with the Bush administration about a method to accept an American justification for it

General Jean-Patrick Gaviard’s “offer of services” to the Americans, perhaps 10,000 to 15,000 troops in total, if the UN gave its green light to an intervention.

Péan’s book points further to a 2003 article by Rubin that tells of Villepin assuring the Americans that, under certain circumstances, France would participate in the military coalition even if Russia and China vetoed the war’s authorization.

(Separately, but not mentioned by Péan, Rubin describes a France that later in February, after forming an opposition front with Germany and Russia, was “suddenly scrambling to avoid a showdown with the United States.” According to Rubin, the French, in high-level communications, advised “the Americans to bypass the Security Council entirely. ‘Your interpretation [of Resolution 1441] is sufficient [to justify war],’ they counseled Washington, and ‘you should rely on your interpretation.’”)

French intelligence services actually “agreed in part with the American analysis on Iraq’s will to acquire a nuclear weapon” but had no proof

As Chirac and Villepin depart, the country’s role in the Middle East has shriveled to a bystander’s, and what was its dwindling primacy in the European Union — which they hoped to reassert by massing European opposition to the United States — has basically vanished.

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Destruction de l’environnement: Les Indiens aussi! (Pollution: it’s a crying Indian shame)

18 mars, 2007
it's a crying shameDepuis la fin du XIXe siècle, les ethnologues nous ont accoutumés à voir dans l’Indien un être rivé à sa communauté fermée au reste du monde. En privilégiant la vision d’informateurs censés préserver la tradition ancestrale, ils excluaient de leur champ d’observation tout ce qui faisaient des Indiens des êtres pareils à nous – c’est-à-dire inauthentiques, avides de changements et d’innovations. La vulgarisation … a fait le reste (…) l’Indien est devenu le dépositaire d’un savoir millénaire miraculeusement préservé; il entretiendrait avec la nature des relations d’une harmonie parfaite; figé hors du temps et de l’Histoire, il échapperait aux mélanges et aux contaminations qui seraient notre sort … Serge Guzinski (Télérama, 19/6/96)

Esclavagistes, nettoyeurs ethniques et maintenant… destructeurs de l’environnement!

Du moins si l’on en croit l’anthropologue révisionniste américain Shepard Krech.

Pour qui, à l’instar de l’acteur italo-américain Espero Corti qui sous le nom d’Iron Eyes Cody se fit passer sa vie durant pour un Cherokee et fit tant pour l’environnement (voir photo ci-dessus), l’Indien écolo est en fait une création des Blancs et donc un stéréotype, mais qui “fait maintenant partie de l’image que les Amérindiens ont d’eux-mêmes” et… de leurs arguments de revendication!

Et que, loin de s’inquiéter pour la destruction des animaux sauvages, ce sont eux (une fois initiés au commerce de la fourrure) qui ont provoqué la disparition de certaines espèces comme le castor de plusieurs régions du Canada.

Mieux encore, c’est les Blancs qui ont dû leur demander d’arrêter le saccage, car, croyant en la réincarnation, ils pensaient que plus ils en tuaient, plus il en renaissait.

Pour en finir avec le mythe de l’Indien écolo

Le “bon sauvage” ? Ne vous fiez pas à cette idée reçue, explique l’anthropologue américain Shepard Krech, spécialiste de l’histoire amérindienne.
D’où vient le mythe de l’Indien écologiste ?
Shepard Krech
Courrier international
le 20 avr. 2000

Selon la façon occidentale de percevoir l’autre, soit on l’idéalise, soit on le diabolise. Dès leur premier contact avec les indigènes d’Amérique du Nord, les Européens ont élaboré une double image de l’habitant du Nouveau Monde : celle du “bon sauvage” qui vit en harmonie avec la nature, dans un monde non corrompu par la civilisation – conception qui trouvera sa meilleure expression dans l’oeuvre de Jean-Jacques Rousseau -, et celle du sauvage ignoble, barbare sanguinaire. L’Indien écologiste, issu de la version positive du mythe, est un descendant du bon sauvage de Rousseau. Le mythe a ensuite évolué, s’est enrichi. Au début du XIXe siècle, dans les romans d’aventures de James Fenimore Cooper [auteur, entre autres, du Dernier des Mohicans], la dignité de l’Indien, sa noblesse, son courage, son intelligence sont exaltés. Au commencement du XXe siècle, Ernest Thompson Seton, premier chef scout, a contribué à mettre en valeur les habiletés de l’Indien : celui-ci est devenu un modèle pour les jeunes qui apprennent à s’orienter en forêt, à construire des canots et à allumer un feu. L’étape ultime est survenue à la fin des années 60, lorsque le bon sauvage est devenu écologiste.

L’Indien écolo est donc une création des Blancs ?
Tout à fait. Le mythe reflète bien davantage les préoccupations environnementales des Blancs des dernières décennies que la réalité historique des autochtones. C’est un stéréotype. Et il fait maintenant partie de l’image que les Amérindiens ont d’eux-mêmes. Depuis les années 60, ceux-ci contribuent d’ailleurs activement à la maintenir. D’abord, je crois que cela va de pair avec une idéalisation nostalgique des anciens modes de vie. Puis, le mythe devient un argument de revendication : si les Indiens sont vraiment en communion avec tous les êtres vivants, conscients des conséquences de leurs actes et soucieux de ne jamais provoquer de déséquilibres dans la nature, ils sont naturellement les plus aptes à gérer les ressources de leur territoire.

Dès le XVIIe siècle, écrivez-vous, les Amérindiens participant au commerce de la fourrure ont provoqué la disparition du castor de plusieurs régions du Canada, et ce sont les Blancs qui, les premiers, ont exprimé des inquiétudes…
Dès que naissait un marché pour la fourrure dans une région, le nombre des castors y chutait rapidement, à cause de la chasse intensive. Ainsi, en 1635, ils étaient déjà rares autour de Trois-Rivières et ailleurs le long du Saint-Laurent. A l’époque, le jésuite Paul Le Jeune et d’autres témoins ont déploré que les Indiens, trouvant une hutte de castors, y tuaient toutes les bêtes sans se soucier de laisser un couple pour la reproduction. Plus tard, dans les postes de traite, on a tenté d’introduire des mesures de conservation, notamment en refusant les peaux des animaux trop jeunes.

Les exterminations ont commencé après l’arrivée des Blancs et le début de la chasse commerciale, non ?
Le commerce entre les Indiens et les différentes régions existait avant l’arrivée des Blancs. Mais, sans l’énorme marché européen, les autochtones n’auraient pas tué autant d’animaux. C’est vrai pour le castor, mais aussi pour le cerf dans l’est des Etats-Unis et le bison dans les plaines de l’Ouest. L’Europe a fait exploser la demande. Je constate simplement que, dans la plupart des cas, les Indiens y ont répondu avec enthousiasme, contents d’échanger des peaux de peu de valeur pour eux contre des couteaux, des vêtements ou des fusils.

Si les Indiens étaient si peu écolos, pourquoi n’ont-ils pas causé plus de dégâts avant l’arrivée des Européens ?
Parce qu’ils n’étaient pas suffisamment nombreux. Situons leur population, avant l’arrivée des Blancs : entre 4 et 7 millions en Amérique du Nord – les anthropologues ne s’entendent pas sur le nombre. Sept millions, soit la population actuelle de l’Etat du New Jersey, répartis dans l’ensemble des Etats-Unis et du Canada…

Vous écrivez que les Indiens tuaient fréquemment plus d’animaux qu’ils ne pouvaient en manger. N’était-ce pas contraire à leurs croyances ?
Les Amérindiens entretenaient avec les bêtes une relation très intime : ils leur prêtaient des sentiments, une pensée humaine. Ainsi, les Indiens des Plaines croyaient qu’il ne fallait pas laisser s’échapper un bison après la chasse – il avertirait les autres de ne plus s’aventurer dans les parages. Ils s’assuraient donc de tuer toutes les bêtes prises au piège, au risque de gaspiller la viande. La plupart croyaient en la réincarnation. Ils pensaient que les animaux tués renaissaient la saison suivante et qu’en conséquence plus ils en tuaient, plus il en revenait. La disparition de l’espèce était à leurs yeux impensable.

Ne craignez-vous pas que votre livre nuise à la cause des autochtones ?
Je savais que j’abordais un sujet très délicat. Un journal autochtone, Indian Country Today, a d’ailleurs qualifié mon essai de “pure propagande” [anti-indienne]. Cela dit, les Indiens eux-mêmes ne servent pas toujours leur cause. Quand ils s’opposent au transport de déchets dangereux dans leurs réserves ou qu’ils oeuvrent à la préservation d’espèces menacées, ils sont à la hauteur de leur image. Pas lorsqu’ils proposent leurs réserves comme centres d’enfouissement ou qu’ils insistent sur leur droit de pêcher le homard au risque de compromettre le renouvellement des stocks. Peut-on leur en vouloir ? Au-delà du mythe, ce sont des êtres humains comme les autres, avec leurs contradictions, leurs désaccords, et qui font de leur mieux pour tirer leur épingle du jeu.

Et pourquoi le mythe est-il tenace ?
Depuis les débuts de la civilisation, l’être humain rêve d’un retour à la nature. A défaut de réaliser ce rêve, il va acheter une paire de mocassins, dénigrer la technologie, adhérer à un mouvement de protection de l’environnement ou croire à l’Indien écologiste.

Propos recueillis par Marie-Claude Bourdon

Voir la critique du WP:

Why stop killing buffalo if you believe they can be infinitely replaced, as long as the hunter demonstrates the proper respect?

On Native Ground
The Washington Post
Jennifer Veech
Aug 29, 1999

THE ECOLOGICAL INDIAN

Myth and History

By Shepard Krech III

Norton. 318 pp. $27.95

Reviewed by Jennifer Veech

In The Ecological Indian, anthropologist Shepard Krech sets off into the dangerous but compelling territory of Native American identity. As the title suggests, Krech is intent on examining the commonly and often dearly held belief in the Indian as ecologist par excellence. He takes on this stereotype in seven chapters that address many of the touchstones of the debate.

The book opens with the familiar image of Iron Eyes Cody’s portrayal of the Crying Indian. This well-known TV commercial, albeit now almost 30 years out of date, still crystalizes for many, both Europeans and Native Americans, the image of the Native American as the preserver of the American landscape. But, Krech argues, preservation and conservation are decidedly Western concepts, foreign in fundamental ways to a Native American world view. Quoting the historian Richard White, Krech explains that “the idea that Indians left no traces of themselves on the land demeans Indians. It makes them seem simply like an animal species, and thus deprives them of culture.” The image of the Ecological Indian, he argues, is a two-edged sword, one that many Native Americans embrace and others reject as a confining caricature.

Following his introduction, Krech takes his theory on the road, so to speak, and travels through a series of seven historical periods and geographical regions. Perhaps, in part, because these chapters cover such a great swath of time and geography they do not build on each other but instead function more as discrete elements, generating a sort of anthology of vignettes on Native Americans and the environment.

Krech begins his survey with the earlier period of human habitation in the Americas, the Pleistocene, which was witness to the extinction of myriad animal species. The debate surrounding the Native American responsibility for this loss was launched in the 1960s by the scholar Paul Martin, who argued that “man and man alone, was responsible.” Krech offers no simple conclusions, though even to raise the questions is to attack a 500-year-old icon. The image of “indigenous nobility,” he writes, “is a rich tradition whereby the Noble Indian . . . is a foil for the critiques of European American society.” Refusing to either endorse or destroy this icon, Krech instead asks that we take the Indian off his pedestal and see him as human, living in real rather than mythic time.

From the Pleistocene the book jumps centuries into the future, first to the Hohokam of Arizona and the mystery of their disappearance and then further still to look at the impact of European disease on native populations. In casting his eye toward the impact of epidemic illness, Krech regards the Indian not as actor but as acted-upon, and asks to what degree the seeming absence of Native Americans predisposed many newly arrived Europeans to view the Americas as an untouched wilderness.

The book’s final chapters are devoted to perhaps more familiar territory, the massive trade in animal skins and meat that developed in the wake of the European arrival. The hunts for buffalo in the West, white-tailed deer in the South, and beaver in the Northeast were enormous enterprises. Millions of animals were slaughtered and, in the case of the buffalo and beaver, driven to the brink of extinction in North America. It is difficult to reconcile these facts with our understanding of the very intimate relationship that Native Americans had with the creatures around them, relationships like that of the Cherokee, who believed “that if they failed to ask forgiveness for the deer that they had killed, then the deer would cause rheumatism” in the hunter. The discordance arises in part from trying to hold a pre-industrial society to the standards of 20th-century science. Many Native Americans did and do live in concert with the physical world; however, it is not a relationship founded on modern theories of ecology. Why stop killing buffalo if you believe they can be infinitely replaced, as long as the hunter demonstrates the proper respect?

This exhaustively re-searched volume is awash in historical information, to which its 86 pages of endnotes well attest. It serves as a good introduction to the question about Native American environmental responsibility, synopsizing the key points of the debate. What I was left wanting, however, was a closer look at the European origins of the myth itself, at the Europeans and European Americans responsible for this image of the Ecological Indian.

Krech leaves us with no easy generalizations. Instead he offers us a more complex portrait of Native American peoples, one that rejects mythologies, even those that both European and Native Americans might wish to embrace.

Jennifer Veech is a Washington poet and reviewer.

Voir aussi les critiques:

Dennis Prager and The Ecological Indian
(12/22/99)

Since Native peoples’ issues often and naturally coincide with environmental concerns, Native peoples themselves must be attacked. As environmentalists are increasingly recognizing, interest in Native peoples and causes offers a convergence point where ecological issues can be creatively conceived. Native peoples’ traditions are not made up by counter-culturalists or academic theorists — they are long-standing human ways that speak to the relationship to the natural world and can form the core of a realistic discussion among broad sectors of the population. Native traditional knowledge is sometimes abused or trivialized, but it is now widely accepted as a base on which to develop a true environmental philosophy.

Jose Barreiro, Bigotshtick: Rush Limbaugh on Indians, Native Americas Journal, Fall 1995

Talk (or is it schlock?) radio
Dennis Prager, radio personality and alleged moderate, conducted an interview with Shepard Krech III, author of The Ecological Indian. First, note that Prager is a conservative masquerading as a moderate. Let’s get that straight from the start.

I’d heard of The Ecological Indian but hadn’t read about it, much less read it. Nevertheless, I could tell how the interview would go from the mention of “buffalo,” “deer,” and “beaver.” And I was right.

Buffalo
Krech, a white anthropologist, says Indians killed more buffalo than they needed when they drove them over cliffs. Prager acts surprised by this “revelation.” My response:

1) That’s a fairly well-known fact, despite what Prager thinks 99% of Americans think. To pretend it’s a secret the PC police have tried to conceal is nonsense.

2) The buffalo jumps were carried out by a few tribes out of many that hunted buffalo. For one thing, you had to have cliffs nearby to conduct the maneuver. Vast stretches of the Great Plains had no usable cliffs…which is probably why there weren’t many buffalo jumps south of the Dakotas.

3) So what if some Indians killed, say, 50 buffalo when they needed 10…when there were still a million buffalo extant? Do conservationists use every scrap of wood and bark when they cut down a tree? Every scrap of meat and hide when they kill a cow? Do they never litter or discard a half-eaten meal?

Of course not. We don’t live in that needy a society. Even the best of us wastes a little because we can.

To equate Indians killing an extra 40 buffalo to Europeans killing the remaining 999,850 buffalo (leaving 100 of 1,000,000 alive) is the worst sort of joke. It’s intellectual sophistry and Prager is guilty of it. Does the word “vile” or “reprehensible” suggest anything to you?

Were the Indians comparable to today’s conservationists? Hell, yes. They wasted a little because all humans do, but they didn’t touch the overall supply. Their actions conserved the population even if they didn’t conserve every animal.

Were the Indians comparable to today’s Euro-Americans? Hell, no. The Europeans killed entire speciesas in permanently extinguished them. They also clearcut 90% or more of the virgin forests they found. In no way, shape, or form were the two groups equivalent.

Deer and beaver
Krech claims the Indians of middle America almost wiped out the deer and beaver. My response:

Both these alleged cases of massive hunting happened after Europeans arrived with their colonizing culture a fact Prager the sophist neglected to mention. In the 1700s and 1800s, especially east of the Mississippi, Indians were no longer acting on their original beliefs, uncontaminated by outside contact. They were no longer completely free agents.

The Europeans forced them to adopt a cash economy and so they adopted one to survive. If they wanted to buy guns (to defend their lives) or food (because they were forced from their bountiful homelands) they needed something to trade. The Europeans valued furs, skins, and meat. Can you guess what happened?

That’s right, the Indians got co-opted into the European system. So if Indians decimated species, it was because they mimicked European culture, not because it was inherent in their own culture. If the Europeans hadn’t come, the Indians wouldn’t have harmed the deer or beaver populations.

Again, the conniving Prager didn’t bring up these points, though they seemed obvious to me. The anthro Krech didn’t sound like he had an axe to grind, but Prager sure did. Even if the three examples were validand none were closethey’d cover only a third or so of the continent. So where does Prager get off claiming Indians as a whole were as bad as Europeans?

Because they decimated two animal species while aping Europeans and mildly wasted one species on their own? While Europeans laid waste to flora and fauna like a nuclear holocaust? Who was it, exactly, who wiped the passenger pigeon from the face of the earth? Who came close to extinguishing the buffalo and the bald eagle, our national emblem? Who caused the Dust Bowl, the burning rivers, the eggs laced with DDT?

Native Americans? Don’t think so. Look in the mirror if you want to know who, because we’re still putting profits before polliwogs. Which reminds me of the massive die-off of frog species occurring now, but that’s another story.

Prager’s claims are a pathetic excuse for an argument, if you ask me. It’s why I can’t stand ideologues like him. If I were to debate Prager on these issues, I’d kick his butt all over the map. As I’ve just shown.

Incidentally, I just read a review of The Ecological Indian in the Indian Country Today newspaper (10/11/99). The headline states the book is propaganda. That about sums it up.

Ecological Indian Talk
(8/27/00)

Most of the big shore places were closed now and there were hardly any lights except the shadowy, moving glow of a ferryboat across the Sound. And as the moon rose higher the inessential houses began to melt away until gradually I became aware of the old island here that flowered once for Dutch sailors’ eyes — a fresh, green breast of the new world.

Its vanished trees, the trees that had made way for Gatsby’s house, had once pandered in whispers to the last and greatest of all human dreams; for a transitory enchanted moment man must have held his breath in the presence of this continent, compelled into an aesthetic contemplation he neither understood nor desired, face to face for the last time in history with something commensurate to his capacity for wonder.

F. Scott Fitzgerald, The Great Gatsby, Chapter 9

Those descended from European stock, and probably from Asiatic as well, still feel a slight unease, the tiny remnant of the old looking-over-the-shoulder anxiety of the strangers in a strange land.

Bill Reid (Haida), quoted in Bill Reid

*****

Cultural attitudes toward nature
In “Ah, Sweet Nature … but Only If You Can Afford a Piece of It” (LA Times, 8/18/02), columnist John Balzar describes the essential importance of nature:

It is the nature of nature to inspire us. It’s our ancestral home, after all. Our DNA was coded by the rhythms of the natural world long before the advent of cars, air-conditioned office buildings and the 40-hour workweek. In fact, there is plenty of good evidence that the pace and accouterments of modern life are the root cause for so many people feeling adrift nowadays: We have, in fact, departed our element.

The human desire, the need, to reengage nature periodically is one of the essential arguments for conservation in this crowded epoch. The stillness, the solitude, the escape, the renewal that one finds in the natural world is our best, and perhaps final, source of balance.

A key question is whether this feeling is universal across all cultures, especially the progress-oriented Euro-American culture. It’s intuitively obvious that indigenous cultures, which lived and still live in close proximity to nature, would cherish it more. But some have questioned whether this truism is in fact true.

One such skeptic is Shepard Krech, author of The Ecological Indian. Krech tries to paint Native Americans as no better or worse than Euro-Americans, but fails. The best he can do is cast doubt on the eco-warrior stereotype his Anglo brethren created.

Some quotes from Indians

Significantly, Krech somehow manages to avoid quoting Indians about their own beliefs. Here are some quotes he missed on Native and European attitudes toward their environment. They refute his suggestion that Indians had the same values as Europeans and didn’t respect or cherish nature.

Note that the earliest views were voiced and recorded before the environmental movement – before it became “politically correct” to portray Indians as eco-warriors. In fact, the eco-warrior stereotype is an exaggeration of Native people’s real love for the land and everything on it.

They are in the Sonoran Desert now, but they speak little of it. They do not tell of the giant cactus, they leave us practically nothing in the way of a description of the land. This is normal for such men at such a time. The world as we now see it, one rich with metaphors for nature and keen for the feel of wild land, that world does not exist in the minds of Europeans in the sixteenth century. It has yet to be born. Europe seemed to hate nature. By the time of the Doomsday Book in England in 1086 less than two percent of the virgin forest remained. Nature seemed to be the enemy to the puny humans confronting it. By the sixteenth century Henry VIII of England would have two or three hundred deer rounded up, penned, and then amuse himself by watching his dogs rip them to shreds. And this attitude let to a verbal emptiness when confronting this new world across the water. Gonzalo Fernández de Oviendo, a contemporary of Cabeza de Vaca, in writing his history of the conquests confessed that he could not describe landscapes: “Of all the things I have seen, this is the one which has left me without hope of being able to describe it in words.” Nor could Columbus, as any reading of his journals will reveal.

Charles Bowden, The Sonoran Desert, on Alvar Núñez Cabeza de Vaca’s trek through the Southwest, 1535-1536

The white man seeks to conquer nature, to bend it to his will and to use it wastefully until it is all gone and then he simply moves on, leaving the waste behind him and looking for new places to take. The whole white race is a monster who is always hungry and what he eats is land.

Chiksika (Kispokotha Shawnee), elder brother of Tecumseh, speaking to Tecumseh, March 19, 1779

The only way to stop this evil is for all the red men to unite in claiming an equal right in the land. That is how it was at first, and should be still, for the land never was divided, but was for the use of everyone. Any tribe could go to an empty land and make a home there. And if they left, another tribe could come there and make a home. No groups among us have a right to sell, even to one another, and surely not to outsiders who want all, and will not do with less.

Sell a country! Why not sell the air, the clouds, and the Great Sea, as well as the earth? Did not the Great Good Spirit make them all for the use of his children?

Tecumseh (Shawnee), speech to William Harrison, Governor of the Indiana Territory, August 11, 1810

Every Indian village in the old days had its granaries of corn, its stores of dried beans, berries, and pumpkin-strips, as well as its dried buffalo tongues, pemmican and deer’s meat. To this day all the Fisher Indians of the north and west dry great quantities of fish, as well as berries, for the famine months that are surely coming.

Many of the modern Indians, armed with rifles, have learned to emulate the white man, and slaughter game for the love of slaughter, without reference to the future. Such waste was condemned by the old-time Indians, as an abuse of the gifts of God, and which would surely bring its punishment.

When, in 1684, De la Barre, Governor of Canada, complained that the Iroquois were encroaching on the country of those Indians who were allies of the French, he got a stinging reply from Garangula, the Onondaga Chief, and a general statement showing that the aborigines had game laws, not written, indeed, but well known, and enforced at the spear-point, if need be:

We knock the Twightwies [Miamis] and Chictaghicks [Illinois] on the head, because they had cut down the trees of peace, which were the limits of our country. They have hunted beaver on our lands. They have acted contrary to the customs of all Indians, for they left none of the beavers alive, they killed both male and female. (Sam G. Drake’s Indian Biog. 1832, p. III.)

Hunter says of the Kansas Indians:

I have never known a solitary instance of their wantonly destroying any of those animals [buffalo, elk, and deer], except on the hunting-grounds of their enemies, or encouraged to it by the prospect of bartering their skins with the traders. (Hunter’s Captivity, 1798-1816, p. 279.)

After all, the Wild Indians could not be justly termed improvident, when the manner of life is taken into consideration. They let nothing go to waste, and labored incessantly during the summer and fall, to lay up provisions for the inclement season. (Indian Boyhood, Eastman; pp. 237-8.)

Ernest Thompson Seton, “Chapter II: The Spartans of the West,” The Book of Woodcraft, 1912

Every part of this country is sacred to my people. Every hill-side, every valley, every plain and grove has been hallowed by some fond memory or some sad experience of my tribe.

Even the rocks that seem to lie dumb as they swelter in the sun along the silent seashore in solemn grandeur thrill with memories of past events connected with the fate of my people, and the very dust under your feet responds more lovingly to our footsteps than to yours, because it is the ashes of our ancestors, and our bare feet are conscious of the sympathetic touch, for the soil is rich with the life of our kindred.

Chief Seattle (Suquamish), from a speech, 1854

A long time ago this land belonged to our fathers; but when I go up to the river I see camps of soldiers on its banks. These soldiers cut down my timber; they kill my buffalo; and when I see that, my heart feels like bursting; I feel sorry….Has the white man become a child that he should recklessly kill and not eat? When the red men slay game, they do so that they may live and not starve.

Satanta (Kiowa), quoted in New York Times, October 26, 1867

Of the 3,700,000 buffalo destroyed from 1872 through 1874, only 150,000 were killed by Indians. When a group of concerned Texans asked General (Philip) Sheridan if something should not be done to stop the white hunters’ wholesale slaughter, he replied: “Let them kill, skin and sell until the buffalo is exterminated, as it is the only way to bring lasting peace and allow civilization to advance.”

Dee Brown, Bury My Heart at Wounded Knee

We love them [the buffalo] just as the white man does his money. Just as it makes a white man feel to have his money carried away, so it makes us feel to see others killing and stealing our buffaloes, which are our cattle given to us by the Great Father above to provide us meat to eat and means to get things to wear.

Bull Bear (Cheyenne), quoted in The Buffalo War: The History of the Red River Indian Uprising of 1874

Our land is more valuable than your money. It will last forever. As long as the sun shines and the waters flow, this land will be here to give life to men and animals. We cannot sell the lives of men and animals; therefore, we cannot sell this land. It was put here for us by the Great Spirit and we cannot sell it because it does not belong to us.

Sitting Bull (Hunkpapa Lakota), answer to US delegates who wanted him to sign a treaty, c. 1876

Behold, my friends, the spring is come; the earth has gladly received the embraces of the sun, and we shall soon see the results of their love! Every seed is awakened, and all animal life. It is through this mysterious power that we too have our being, and we therefore yield to our neighbors, even to our animal neighbors, the same right as ourselves to inhabit this vast land.

Yet hear me, friends! we have now to deal with another people, small and feeble when our forefathers first met with them, but now great and overbearing. Strangely enough, they have a mind to till the soil, and the love of possessions is a disease in them. These people have made many rules that the rich may break, but the poor may not! They have a religion in which the poor worship, but the rich will not! They even take tithes of the poor and weak to support the rich and those who rule. They claim this mother of ours, the Earth, for their own use, and fence their neighbors away from her, and deface her with their buildings and their refuse. They compel her to produce out of season, and when sterile she is made to take medicine in order to produce again. All this is sacrilege.

This nation is like a spring freshet; it overruns its banks and destroys all who are in its path. We cannot dwell side by side. Only seven years ago we made a treaty by which we were assured that the buffalo country should be left to us forever. Now they threaten to take that from us also. My brothers, shall we submit? or shall we say to them: “First kill me, before you can take possession of my fatherland!”

Sitting Bull (Hunkpapa Lakota), quoted in Indian Heroes and Great Chieftains, Charles A. Eastman, 1918

...I belong to the earth out of which I came. The earth is my mother.

You white people get together, measure the earth, and then divide it….Part of the Indians gave up their land. I never did. The earth is part of my body, and I never gave up the earth.

Toohoolhoolzote (Wallowa), prophet, 1877

The earth was created by the assistance of the sun, and it should be left as it was….The country was made without lines of demarcation, and it is no man’s business to divide it….The earth and myself are of one mind. The measure of the land and the measure of our bodies are the same….Do not misunderstand me, but understand me fully with reference to my affection for the land. I never said the land was mine to do with as I chose. The one who has the right to dispose of it is the one who created it. I claim a right to live on my land and accord you the privilege to live on yours.

Chief Joseph (Nez Perce), 1879

You ask me to plow the ground. Shall I take a knife and tear my mother’s breast? Then when I die she will not take me to her bosom to be born again.

Smohalla (Wanapum), from a speech, late 19th century

The Great Spirit is in all things, he is in the air we breathe. The Great Spirit is our father, but the earth is our mother. She nourishes us, that which we put into the ground she returns to us, and healing plants she gives us likewise. If we are wounded, we go to our mother and seek to lay the wounded part against her, to be healed.

Big Thunder (Wabanaki), late 19th century, quoted in The Indian’s Book by Natalie Curtis

From Wakan-Tanka, the Great Mystery, comes all power. It is from Wakan-Tanka that the holy man has wisdom and the power to heal and make holy charms. Man knows that all healing plants are given by Wakan-Tanka, therefore they are holy. So too is the buffalo holy, because it is the gift of Wakan-Tanka.

Flat-Iron (Oglala Sioux), late 19th century

The -shi-wi, or Zuis, suppose the sun, moon, and stars, the sky, earth, and sea, in all their phenomena and elements; and all inanimate objects, as well as plants, animals, and men, to belong to one great system of all-conscious and interrelated life….

Frank Cushing, Zui Fetiches, Second Annual Report of the Bureau of American Ethnology, 1880-1881 (Washington, D.C., 1883)

The landscape is our church, a cathedral. It is like a sacred building to us.

Zuni saying, quoted in Through Indian Eyes

The work of the white man hardens soul and body. Nor is it right to tear up and mutilate the earth as white men do. We simply take the gifts that are freely offered. We no more harm the earth than would an infant’s fingers harm its mother’s breast.

Unknown Indian, quoted in “The Ghost-Dance Religion and the Sioux Outbreak of 1890,” 1896

The Chiricahua, indeed all the Apache, had the priceless inheritance of those who live so close to the natural world that they cannot ever forget that they are a part of it and it is a part of them.
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To the Indian mind, a man’s attachment to his homeland was not a romantic nostrum but a vital necessity. A man sickened and eventually died a whole people might die awayif cut off from the life-source of the land itself. And so Geronimo, that “bloodthirsty savage,” ends has autobiography with a plea that has the unmistakable dignity of profound conviction: he asks the Great Father, Theodore Roosevelt, to return him and his people to their Arizona homeland.

Frederick Turner, Introduction to Geronimo, His Own Story, 1906

All things are the works of the Great Spirit. We should know that He is within all things: the trees, the grasses, the rivers, the mountains, and all the four legged-animals, and the winged peoples; and even more important, we should understand that He is also above all these things and peoples.

Black Elk (Oglala Sioux)

The Indian loved to worship. From birth to death he revered his surroundings. He considered himself born in the luxurious lap of Mother Earth and no place to him was humble.

Luther Standing Bear (Oglala Sioux), 1868-1937

We do not like to harm trees. Whenever we can, we always make an offering of tobacco to the trees before we cut them down. We never waste the wood, but use all that we cut down. If we did not think of their feelings, all the other trees in the forest would weep, and that would make our hearts sad, too.

Unknown Fox Indian, quoted in Ethnography of the Fox Indians, 1939

More quotes on cultural values
Native and Euro-American beliefs differ
Our self-righteous superiority complex

Longstanding love and respect
Krech suggests the Indians’ love of nature is a recent belief adopted to make them look holier-than-thou. He writes: “Since 1970, Indians themselves have set expectations for their behavior consistent with, and helping to reinforce, the image of the Ecological Indian thriving in public culture. Many write of Indians as ecologists and conservationists who have never wasted and have always led harmonious lives in balance with nature.”

But as these quotes show, respect for the natural world goes back almost as long as people have been recording Indian thought. Non-Indians such as Turner and Cushing also recognized the difference between Native and European values.

Note that Indians don’t deny using nature’s gifts. Obviously they killed, ate, and used plants and animals for food, shelter, and tools. They cleared brush with fire, farmed the land, and built canals, mounds, and towns. The question is whether they did so carefully and thoughtfully or foolishly and wastefully.

Likewise, today’s environmentalists don’t oppose using land for crops, timber for building, or oil for energy. What they oppose is using these resources up. In other words, using them wantonly until they’re gone, and polluting the air and water while doing so. This is the same or similar attitude to that of traditional Native people.

In contrast to the biblical book of Genesis, in which God creates man in his own image and gives him dominion over all other creatures, the Native American legends reflect the view that human beings are no more important than any other thing, whether alive or inanimate. In the eye of the Creator, they believe, man and woman, plant and animal, water and stone, are all equal, and they share the earth as partners even as family.
The Spirit World (American Indians), Time-Life Books

The earth is our mother. We believe that. I’ve met indigenous people from around the world and I’ve yet to find a difference of opinion on that. It’s much more than a saying, it’s much more than a word, it’s a real compassion and a longevity.

Chief Oren Lyons (Onondaga), quoted in Surviving in Two Worlds

The only thing that holds us together is our religion, but I wonder if it will last. It’s not just a religion, like the Catholic religion. God doesn’t mean fear. He means the Creator, the One Above. The mountains over there. The sky above. It’s Mother Earth. The stories we learned as children were about God meaning love and God meaning beauty, just as it is in nature everywhere around you. There is no church because all is a church to us here.

Tony Frank Martinez, quoted in Taos Pueblo, 1986

We believe that all living things come from our sacred mother earth, all living things, the green things, the winged things of the air, the four-leggeds, the things that crawl and the two-leggeds….But the important thing in our philosophy is that we believe we’re the weakest things on earth, that the two-legged is the weakest thing on earth because we have no direction….Now, because we are the weakest things on earth, we do not have license to exploit or manipulate our brother and sisters and we also know, because of our role in life, that the buffalo and all other relatives of ours teach us, and so we built our civilization.

Dennis Banks (Chippewa), Wounded Knee testimony, 2/12/74

I will start by repeating the words of Associate Chief Judge Murray Sinclair of the Provincial Court of Manitoba, himself Ojibway, in an address he gave to a conference on Aboriginal justice in Saskatoon in 1993:

I am not a biblical scholar, but as I have come to understand it, in Judaeo-Christian tradition, man occupies a position just below God and the angels, but above all other early creation … According to the Genesis account of creation … “God said “Let us make man in our image and likeness to rule the fish in the sea, the birds of heaven, the cattle, all wild animals on earth, and all reptiles that crawl upon the earth…” Mankind was told to: “… fill the earth and subdue it, rule over the fish in the sea, the birds of heaven, and every living thing that moves upon the earth.” In sharp contrast, the Aboriginal world-view holds that mankind is the least powerful and least important factor in creation … Mankind’s interests are not to be placed above those of any other part of creation. In the matter of the hierarchy, or relative importance of beings within creation, Aboriginal and Western intellectual traditions are almost diametrically opposed. It goes without saying that our world-view provides the basis for those customs, thoughts and behaviours we consider appropriate.” (emphasis added)

Within the Ojibway world-view, then, the hierarchy of creation placed the earth (and its life-blood, the waters) in first place, for without them there would be no plants, animals or human life. The plant world stood second, for without it there would be no animal or human life. The animal world was third. Last, and least important of all, was mankind, for nothing whatever depended on our survival. We were also clearly the most dependent, and therefore owed the greatest duty of respect and care for the other three. Our central duty was not to subdue them, but to learn how they interacted, or connected, so that we could accommodate ourselves to those existing relationships. Any other approach, in the long run, could only result in a disruption of the healthy equilibria which had existed for millennia and which, in fact, created the conditions for our own evolution.

Rupert Ross, Red Jacket and the Right to Rule, 1994

[A non-Indian] said that he was really sorry about what had happened to Indians, but that there was good reason for it. The continent had to be developed and he felt that Indians had stood in the way and thus had had to be removed. “After all,” he remarked, “what did you do to the land when you had it?” I didn’t understand him until later when I discovered that the Cuyahoga River running through Cleveland is inflammable….How many Indians could have thought of creating an inflammable river?

Vine Deloria Jr. (Standing Rock Sioux), We Talk, You Listen; New Tribes, New Turf

Brothers and Sisters do not be fooled by the wiles of the trickster. This entire argument is a family fight between the Three CousinsJudaism, Islam, and Christianity. All three of them are so off their sacred, ancient path that they fail to recognize or be recognized by Nature herself. They forgot how to be related and mimic the ways of Eya and Iktomi. They bask in their dominance of Nature and revile as less than, those of us who still hold on to our traditional matriarchal ways.

They speak out of both sides of their mouth and still find time to consume natural resources at a disproportionate rate. Truly they are Eya, the great consumer. Grandmother Earth will not continue to allow the Three Cousins to run amuck. Nature has her own ways of ebb and flow.

James Starkey, The World According to the Three Cousins, 9/9/02

“We have always interacted intensively with our environment,” said Ross Soboleff, a member of the Haida and Tlingit nations in Juneau, Alaska. “We’ve never put it on a pedestal and worshipped it.”

Lester, director of the tribal energy group, said conflicts between Indians and environmental groups are born of differing cultural views.

“In the Indian world view, the cosmos is not divided between light and darkness. For the environmental movement, it is. A tribe can be very ecologically minded and very development-minded at the same time,” he said.

Environment, Inc.: Drilling Debate Jolts Old Image of Indians, Sacramento Bee, 12/9/01

“We must renew and redouble our efforts to wage peace,” she said, adding that Americans also need to open their eyes to the social and environmental impacts they cause by being the largest consumers of natural resources in the world.

“We are pretty much pigs,” [activist Winona] LaDuke later told participants at a private fund-raiser. “It means we live in a continuing reality of wanting something that someone else has.”

LaDuke, a member of the Mississippi Band of Anishinabeg, said Native Americans, with their historical ties to the land, must be leaders in the fight to regain a consciousness of caring for the environment. If the natural world is not healed and protected, we will pay.

“We have a predator-prey relationship with our land, and the land is the prey” LaDuke said. “Those issues will plague us in this society as ever-open sores.”

From Parallels Drawn Between Child Rearing and Political Activism, Indian Country Today, 10/4/01

More Native quotes on nature
North American Indians: the spirituality of nature

More evidence for Natives as ecologists
Yellowstone a study in vital role of wildfires

Westerners vs. nature
Some quotes suggest the standard Euro-American view of nature: a dead, unproductive resource waiting to be put to use for the “betterment” of humanity.

In the evening the men in two of the rear canoes discovered a large brown bear lying in the open grounds about 300 paces from the river, and six of them went out to attack him, all good hunters….[One] shot him through the head and finally killed him.

I walked on shore and killed a female ibi or big horn animal.

I saw near those bluffs the most beautiful fox that I ever beheld. The colours appeared to me to be a fine orange yellow, white and black. I endeavored to kill this animal….

Lewis and Clark showing their appreciation of nature, May 1805, as quoted in The Essential Lewis and Clark

Ours is a shockingly dead view of creation. We ourselves are the only things in the universe to which we grant an authentic vitality, and because of this we are not fully alive.

Frederick Jackson Turner, historian, late 19th century, quoted in The American Indian and the Problem of History

In contrast to the Native views expressed above, the modern American view still echoes Turner’s 19th-century view. Many people have noted this. For instance:

Human beings are the most dangerous animals. They’ve gotten so far from nature that they’ve lost their common sense. I have a fascination with modern man’s lack of perspective. We have become enemies of nature.

Peter Beard, nature photographer, quoted in the LA Times, 2/4/01

Why has the leader of the free world opted out? The first reason lies deep in the national psyche. The old world developed on the basis of a coalition — uneasy but understood — between humanity and its surroundings. The settlement of the US was based on conquest, not just of the indigenous peoples, but also of the terrain. It appears to be, thus far, one of the great success stories of modern history.

“Remember, this country is built very heavily on the frontier ethic,” says Clapp. “How America moved west was to exhaust the land and move on. The original settlers, such as the Jefferson family, moved westward because families like theirs planted tobacco in tidewater Virginia and exhausted the soil. My own ancestors did the same in Indiana.”

Americans made crops grow in places that are entirely arid. They built dams — about 250,000 of them. They built great cities, with skyscrapers and symphony orchestras, in places that appeared barely habitable. They shifted rivers, even reversed their flow. “It’s the American belief that with enough hard work and perseverance anything — be it a force of nature, a country or a disease — can be vanquished,” says Clapp. “It’s a country founded on the idea of no limits. The essence of environmentalism is that there are indeed limits. It’s one of the reasons environmentalism is a stronger ethic in Europe than in the US.”

Matthew Engel, Road to Ruin: How America is Ravaging the Planet, The Guardian, 10/24/03

All things considered, it may be the central assumption of technological society that there is virtue in overpowering nature and native peoples. The Indian problem today, as it always has been, is directly related to the needs of technological societies to find and obtain remotely located resources, in order to fuel an incessant and intrinsic demand for growth and technological fulfillment. The process began in our country hundreds of years ago when we wanted land and gold. Today it continues because we want coal, oil, uranium, fish, and more land. As we survey the rest of the world  whether it is the Canadian Arctic, the Borneo jungle, or the Brazilian rainforest  the same interaction is taking place for the same reasons, often involving the same institutions.

Jerry Mander, In the Absence of the Sacred, 1991

[The emerging and provocative field of eco-psychology] diagnoses the mounting psychic stress, mental illness and social disorder plaguing affluent societies as the consequence of a dysfunctional, immature relationship with nature. They decipher the psycho-historical trajectory of Western civilization from hunter-gatherer clans to agricultural societies and the urban megalopolis as a profound loss of humility and tender sense of earthly limitations once invoked by a harmonious and reverent liaison with nature. Humanity has become disconnected and alienated from a non-human world fallen and debased. Man has become enraptured in a mania of domination and absolute control to worship a hydra of endless consumption and materialism.

John Wickham, Resistance to Makah Whale Hunt Exposes Modern Madness, Indian Country Today, 10/20/05

As a left biocentrist, I have advocated for quite some time, in various publications, the need to return to some form of animism. Like deep ecologists and left biocentrists, Rod Preece in his 1999 book Animals and Nature: Cultural Myths, Cultural Realities, sees the necessity for a spiritual transformation. The following quotation, which is on my wall for a daily reminder, reveals a deep ecology understanding, particularly the concept of self-realization, even though deep ecology, unfortunately, is not discussed in this book:

All cultures think of their own interests first and only a spiritual education dedicated to a sharing of identities with other peoples, other animals, and nature as a whole can diminish the environmental destruction we face. It can be diminished by our being educated to share our identity with the natural world and thus understand it as a part of ourselves. (p. 230)

David Orton, e-mail, 10/7/01

We are at the crucial moment in the commission of a crime. Our hand is on the knife, the knife is at the victim’s throat. We are trained to kill. We are trained to turn the earth to account, to use it, market it, make money off it. To take it for granted. Logically, we will never be able to reverse this part of our culture in enough time to stop that knife in our hand. But that is the task at handto cease this act of violence. Everything we love, and everything we think we are, will be gone, will cease to be, unless we manage to change. We will either produce descendants who think a cactus, a rat, an insect, and a snake are as important as human beings, or we will not leave descendants. In the short run it pays to do as we have always done, lest we have less treasure with which to comfort ourselves in the dark and lonely nights. In the short run it might theoretically pay a hungry human being to eat its own liver, as one scientist has put it. But in a slightly longer run such a diet would be fatal.

…[W]e have made a career out of refusing to adapt. We say it is contrary to our custom. One glance at our towns and cities in the region makes this clear. They are all oases, space colonies implanted on what we seem to take to be the forbidding surface of Mars. Even when we try to fit inwith our gestures toward natural history, our science, our ecology, our environmental politicswe still seem to miss the point. The desert does not need us and in time, given our habits, will crush us and reject us. We do not plan for seven generations, we do not seem to give.

In the past we tended to remain silent while the ground that gives us life was murdered. Now we make studies of it before we kill it. Now we write stories protesting its death. And then we kill it, all of us, and share in the rewards of this act.

Charles Bowden, The Sonoran Desert

They paved paradise and put up a parking lot
With a pink hotel, a boutique and a swingin’ hot spot

They took all the trees, put ‘em in a tree museum
And they charged the people a dollar and a half just to see ‘em

Joni Mitchell, “Big Yellow Taxi”

More on Westerners vs. nature
Bush hates environmentalists: No question, the climate is heating up
Conservation “pays biggest dividends”

Little religious sacrifice
The following quote seems a telling point by itself:

Absent for the most part from the religions of the American Indians was the near universal practice of animal and human sacrifice to placate the gods. “North America had almost no sacrifice, even of animals. Mother Earth did not demand it.”

Lewis M. Hoppe, Religions of the World, 1976 (quote from Ruth Underhill, Red Man’s Religion, 1965)

But let’s not stereotype Indians as perfect paragons. Here’s one of the exceptions:

Near the scaffold I saw the carcase, of a large dog not yet decayed, which I supposed had been killed at the time the human body was left on the scaffold; this was no doubt the reward, which the poor dog had met with for performing the [blank space in manuscript] friendly office to his mistres of transporting her corps to the place of deposit. It is customary with the Assinniboins, Mandans, Minetares &c. who scaffold their dead, to sacrefice the favorite horses and doggs of their deceased relations, with a view of their being serviceable to them in the land of sperits.

Journal of Merriwether Lewis, April 20, 1805, quoted in The Essential Lewis and Clark

To sum up the valid points Krech makes and the valid points he misses, here’s an excerpt from Defending Mother Earth: Native American Perspectives on Environmental Justice (Jace Weaver, editor). It offers a sounder conclusion than Krech’s:

In reality, modern Natives and their ancestors are neither saints nor sinners in environmental matters. They are human beings. The Americas were no Edenic paradise. “People sometimes went hungry . . . ; wars were fought, and people died in them. Occasionally, a native civilization overtaxed its environment and collapsed.” Grinde and Johansen state, “Occasionally, in pre-Columbian times, native urban areas taxed the local environment (e.g., by overgrazing and razing the forests). Like all societies, those in pre-Columbian America faced the question of how to utilize land for purposes of survival. Indians manipulated the environment to improve their material lives.” The general consensus today, however, is that, given pre-contact population numbers, Native peoples could have wrought much more environmental damage than was the case. Again according to Grinde and Johansen, “While mistakes were made, the fact that Europeans found the Western Hemisphere to be a natural treasure house indicates that misuse of the environment was not frequent or sustained over long periods of time.”

Voir enfin:

Iron Eyes Cody

Claim: The actor known as Iron Eyes Cody was a true-born Native Indian.

Status: False.

Origins: Although no one could say exactly when we humans first began to have concerns about the effects our activities have on our environment, most of us baby boomers could pinpoint 1970-71 as the Iron Eyes Cody timespan during which we first became aware of the “ecology movement,” as the era when concern for what humans were doing to the world they lived in ran at a fever pitch. Protecting the planet’s resources by calling upon each person to pitch in and do whatever he or she could do to limit the abuse was seen as the right and proper focus of the times. High schools offered classes in ecology. Public school students painted posters decrying pollution. And television ads worked to remind everyone that the problem was real, here, and now.

Three events which occurred during the year between March 1970 and March 1971 helped bring the concept of “ecology” into millions of homes and made it a catchword of the era. One was the first annual Earth Day, observed on 21 March 1970. The second was Look magazine’s promotion of the ecology flag in its 21 April 1970 edition, a symbol that was soon to become as prominent a part of American culture as the ubiquitous peace sign. The third — and perhaps the most effective and unforgettable — was the television debut of Keep America Beautiful’s landmark “People Start Pollution, People Can Stop It” public service ad on the second Earth Day in March 1971.

In that enduring minute-long TV spot, viewers watched an Indian paddle his canoe up a polluted and flotsam-filled river, stream past belching smokestacks, come ashore at a litter-strewn river bank, and walk to the edge of a highway, where the occupant of a passing automobile thoughtlessly tossed a bag of trash out the car window to burst open at the astonished visitor’s feet. When the camera moved upwards for a close-up, a single tear was seen rolling down the Indian’s face as the narrator dramatically intoned: “People start pollution; people can stop it.”

That “crying Indian,” as he would later sometimes be referred to, was Iron Eyes Cody, an actor who throughout his life claimed to be of Cherokee/Cree extraction. Yet his asserted ancestry was just as artificial as the tear that rolled down his cheek in that television spot — the tear was glycerine, and the “Indian” a second-generation Italian-American.

(The spurious use of Native Americans to promote “save the Earth” messages was not limited to this one instance. A moving exposition on the sanctity of the land and the need for careful stewardship of it is still widely quoted as the bona fide words of Chief Seattle. Though the chief was real, the speech was not — the words came not from the chief’s own lips in 1854 but flowed from the pen of a screenwriter in 1971.)

Iron Eyes Cody was born Espera DeCorti on 3 April 1904 in the small town of Kaplan, Louisiana. He was the son of Francesca Salpietra and Antonio DeCorti, she an immigrant from Sicily who had arrived in the USA in 1902, and he another immigrant who had arrived in America not long before her. Theirs was an arranged marriage, and the couple had four
children, with Espera (or Oscar, as he was called) their second eldest. In 1909, when Espera was five years old, Antonio DeCorti abandoned his wife and children and headed for Texas. Francesca married again, this time to a man named Alton Abshire, with whom she bore five more children.

As teenagers the three DeCorti boys joined their father in Texas. He had since altered his name from Antonio DeCorti to Tony Corti, and the boys apparently followed suit as far as their surname was concerned. In 1924, following their father’s death, the boys moved to Hollywood, changed “Corti” to “Cody,” and began working in the motion picture industry. It was about this time Iron Eyes began presenting himself to the world as an Indian. Iron Eyes’ two brothers, Joseph William and Frank Henry, found work as extras but soon drifted into other lines of work. Iron Eyes went on to achieve a full career as an actor, appearing in well over a hundred movies and dozens of television shows across the span of several decades.

Although Iron Eyes was not born an Indian, he lived his adult years as one. He pledged his life to Native American causes, married an Indian woman (Bertha Parker), adopted two Indian boys (Robert and Arthur), and seldom left home without his beaded moccasins, buckskin jacket and braided wig. His was not a short-lived masquerade nor one that was donned and doffed whenever expedient — he maintained his fiction throughout his life and steadfastly denied rumors that he was not an Indian, even after his half-sister surfaced to tell the story in 1996 and to provide pointers to the whereabouts of his birth certificate and other family documents.

Cody died on 5 January 1999 at the age of 94.

Iron Eyes Cody wasn’t history’s only faux Indian. Others also falsely claimed this mantle:

* Long Lance, the 1928 thrilling first-person account of Chief Buffalo Child Long Lance, was the work of Sylvester Long, an African-American who conned the literary world into believing he was a Cherokee, and then a Cree. While the ruse lasted, Buffalo Child Long Lance was a hit on the lecture circuit and one of the darlings of New York society. His spree ended when the truth about his background was exposed in 1930, and he killed himself with a shot to the head in 1931.

* Grey Owl, a noted Canadian naturalist and author, lived as an Indian and claimed to be half-Apache. Only after his death in 1939 did the world discover he was really an Englishman born Archibald Belaney.

* One of the most popular books on Indian life is Forrest Carter’s The Education of Little Tree, the story of a boyhood spent with Cherokee grandparents. This “autobiography” was yet another fake, penned by Asa Carter, a white supremacist and Ku Klux Klan member.

Even if Iron Eyes was not a true-born Native American, he certainly did a lot of good on behalf of the Native American community, and they generally accepted him as one of them without caring about his true ancestry. In 1995, Hollywood’s Native American community honored Iron Eyes for his longstanding contribution to Native American causes. Although he was no Indian, they pointed out, his charitable deeds were more important than his non-Indian heritage.

Barbara “going native” Mikkelson

Additional information:
People Start Pollution, People Can Stop It “People Start Pollution, People Can Stop It” public service ad
(Keep America Beautiful)
Last updated: 9 August 2007

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Sources Sources:

Aleiss, Angela. “Native Son.”
The Times-Picayune. 26 May 1996 (p. D1).

Cody, Iron Eyes. Iron Eyes: My Life As a Hollywood Indian.
New York: Everest House, 1982. ISBN 0-89696-111-7.

Russell, Ron. “Make-Believe Indian.”
New Times Los Angeles. 8 April 1999.

Schmitz, Neil. “The Other Man.”
The Buffalo News. 8 October 1995 (Magazine, p. 12).

Waldman, Amy. “Iron Eyes Cody, 94, an Actor and Tearful Anti-Littering Icon.”
The New York Times. 5 January 1999 (p. A15).

The Boston Globe. “Iron Eyes Cody: Actor Known for Anti-Littering Ad.”
5 January 1999 (p. A13).


Staline: La rationalité du mal (The method behind the madness)

17 mars, 2007
Stalin Si la révolution tarde en Allemagne, nous devrons nous mettre à l’école du capitalisme d’État des Allemands, l’imiter de toutes nos forces, ne pas craindre les procédés dictatoriaux pour accélérer cette assimilation de la civilisation occidentale par la Russie barbare, ne pas reculer devant les moyens barbares pour combattre la barbarie. Lénine (1918)

En complément de notre billet sur le télé-film “Staline, le tyran rouge” , qui pêche effectivement par son excessive personnalisation …

Face à l’ampleur des massacres (20 millions de victimes, sans compter les dizaines de millions d’autres de ses émules, comme Mao, dans le reste du monde) qui pousse aux explications par la folie ou la monstruosité qui sont en fait des refus d’expliquer …

Il faut (re)lire l’excellente conférence de Stéphane Courtois de février 2003 devant l’Académie des sciences morales (merci sittingbull) qui a le grand mérite de montrer la rationalité ou plus exactement “le noyau rationnel” d’une telle orgie de terreur .

Au-delà bien sûr de l’éloge dithyrambique et contre la psychologie de la stigmatisation psychiatrique (paranoïa, complexes, mégalomanie) ou le registre de la monstruosité de la critique diabolisante (un nouvel Ivan le Terrible) ou les fausses ou trop partielles explications par l’idiotie ou la médiocrité (petit apparatchik inculte), il montre en effet que Staline était en fait dès le départ un révolutionnaire professionnel (jusqu’à “organiser des hold-ups pour alimenter les caisses du Parti”) qui très tôt rencontra Lénine avant d’en devenir le collaborateur direct et apprécié.

Qui, après sa prise de pouvoir, sut s’appuyer et s’entourer d’un parti formé de jeunes issus du même petit peuple que lui, contre les lettrés d’origine bourgeoise ou juive qu’étaient la plupart des chefs bolcheviques historiques.

Qui comprit très vite la nature totalitaire du régime léniniste qui aboutissait logiquement à la transformation du parti-mouvement révolutionnaire en parti-État et reposait sur “la prééminence constante du parti sur l’appareil d’État, de l’idéologie sur les contraintes de gouvernement, des idéocrates sur les technocrates, des ‘rouges’ sur les ‘experts’ “.

Et surtout qui impliquait, derrière les formules canoniques de “la dictature du prolétariat” et de l’extension de la révolution dans le monde, la “conservation du pouvoir par tous les moyens” à l’intérieur de la Russie et à l’extérieur et à terme (via l’étape imposée par la réalité de “la construction du socialisme dans un seul pays”), l’imposition d’une hégémonie soviétique.

D’où la “rationalité” de la folle industrialisation à marche forcée qu’il imposa à son pays pour se doter d’une grande armée moderne et mécanisée

D’où, dans les campagnes, la tout aussi forcenée et criminelle collectivisation de l’agriculture pour financer ladite surindustrialisation (y compris par l’achat ou le vol de la technologie à l’étranger), permettant aussi le contrôle (par une sorte de néo-servage mais aussi par l’accaparement de leur source de nourriture) de populations entières.

Ou, dans les villes, le contingentement systématique (qui deviendra vite, inefficacité du système oblige, rationnement) de tout (revenu, logement, ravitaillement, culture) comme la distribution des prébendes pour le contrôle, par l’assistanat systématisé, desdites populations.

D’où aussi la formidable instrumentalisation du nationalisme grand-russe (par liquidation ou russification des minorités ainsi que, sous couvert de lutte contre le “cosmopolitisme”, l’antisémitisme).

D’où l’autrement inexplicable acharnement après guerre, sur tout soviétique (ou sympathisant) ayant passé du temps en Occident (prisonniers de guerre, travailleurs forcés enrégimentés par les Allemands ou même combattants) et donc contaminés par la prospérité capitaliste.

Mais aussi, inséparable de l’appareil de terreur qu’il servait à masquer, un non moins formidable instrument de propagande avec une utilisation systématique de la dissimulation, de la désinformation et du secret, notamment avec le Komintern (virages antifasciste du Front populaire ou des pactes germano-soviétiques, Guerre d’Espagne, campagnes et mouvements “pour la paix”).

Extraits :
Il est indispensable de nourrir d’informations l’indignation face aux crimes monstrueux du Secrétaire général et de son père politique Lénine. Mais, le moment est venu – comme cela fut le cas pour le totalitarisme nazi – d’établir ce qu’Ernst Nolte appelle « le noyau rationnel », de comprendre Staline. Non pas en entrant en intelligence avec lui mais en rendant intelligible sa conduite.

Staline a sans conteste été l’homme politique qui a le plus pesé sur le XXe siècle. Churchill et Lénine n’ont influé sur les affaires mondiales que pendant cinq ans, Hitler et Roosevelt pendant douze ans. De Gaulle, Gandhi et Mao ont surtout marqué le destin de leur pays. Staline, lui, a participé au pouvoir dès 1917 avant de devenir un maître de plus en plus autocratique jusqu’à sa mort en 1953.

Ni rêveur, ni exalté, mais fanatique réaliste, il mesurait au plus près les rapports de force et ne s’engageait qu’à coup sûr, même s’il sut, à l’occasion, faire preuve d’une formidable audace. Il a imposé à l’ensemble du monde communiste un régime qui lui a survécu près de quarante années. Il a hissé au rang de superpuissance une URSS devenue matrice idéologique et politique d’un système communiste mondial.

S’il s’est montré aussi fanatique que Hitler, il a – en professionnel perfectionniste, super-Machiavel et remarquable stratège et tacticien de la politique – largement surclassé son concurrent totalitaire qui, par comparaison, fait figure d’amateur, voire de dilettante.

Staline a été le plus brillant homme de pouvoir du XXe siècle, celui qui sut le mieux mettre en adéquation ses moyens avec ses objectifs.

Bien sûr, un tel système fondé sur la destruction de la propriété privée et l’économie administrée, sur la terreur et le mensonge, et enfin sur la négation de la personne humaine et la prétention à créer un « homme nouveau », relevait du délire, « construction intellectuelle pathologique sans liaison avec le monde réel, et qui s’accompagne d’une conviction absolue »

Et ce système ne pouvait, à terme, que s’effondrer. Néanmoins, on ne peut rien comprendre à l’histoire du communisme au XXe siècle et à la pérennité d’un système aussi criminel si l’on néglige les qualités spécifiques de celui qui en hérita et sut en faire le modèle du totalitarisme.

Ces explications psychologisantes, si elles recèlent une part de vérité, reposent souvent sur des rumeurs qui s’avèrent aujourd’hui non fondées : cet homme aux nerfs d’acier n’a jamais tremblé, n’a connu aucun effondrement psychologique en juin 1941, et a pendant 35 ans travaillé 15 heures par jour.

En outre, ces explications, qui font appel au registre de la monstruosité, renvoient à la fois à un jugement moral et à une approche relevant du mystérieux et à l’inexplicable. Dans un article publié dans Le Monde du 12 juin 2002, la regrettée Françoise Giroud privilégiait cette approche à propos de Hitler, soulignant « le caractère systématique et gratuit » de la Shoa et rappelant que jusque-là « jamais l’homme n’avait exterminé méthodiquement d’autres hommes sans raison, par caprice en quelque sorte ».

De la même manière, l’une des chef de file de l’école révisionniste américaine sur l’histoire de l’URSS, Sheila Fitzpatrick, dans un ouvrage récemment traduit en français, écrit à propos de la Grande Terreur : « Il semble impossible, du moins à des esprits formés selon les principes des Lumières, qu’une chose aussi extraordinaire, aussi monstrueusement étrangère à l’expérience normale, puisse se produire “par hasard”. Les gens pensent que de tels événements doivent avoir une explication, et pourtant ceux-ci apparaissent fondamentalement irrationnels, absurdes, sans rapport avec les intérêts de qui que ce soit[15] ». Et, à l’en croire, la Grande terreur serait restée « un mystère », tant aux yeux des Soviétiques instruits qu’à ceux de la base.

On comprend que, face à de tels massacres, l’esprit humain se refuse à envisager les « raisons », bonnes ou mauvaises, qui ont pu les provoquer. Et pourtant, ces massacres ont été commandés par des hommes dont la conduite répondait à une démarche rationnelle que l’historien se doit d’élucider, sous peine de se voir assimilé à un conteur de village.

COMMENT COMPRENDRE STALINE
Stéphane Courtois
Académie des Sciences Morales et Politiques
séance du lundi 24 février 2003

L’image de Jossif Vissarionovitch Djougachvili, plus connu sous le pseudonyme de Staline – « l’homme d’acier » –, a suscité pendant des décennies les attitudes les plus contrastées allant de l’adoration à la diabolisation.

Dès les années 1930, Staline était devenu un symbole honni par tous ceux qui combattaient le communisme, qu’ils fussent ses concurrents les plus proches – comme les fascistes et les nazis – ou, au contraire, qu’ils aient perçu en celui-ci le chef d’un système anti-humain, comme le Pape Pie XI dans son Encyclique Divini Redemptoris du 19 mars 1937.

A l’inverse, dès la fin des années 1920 en URSS et le milieu des années 1930 dans les partis communistes regroupés au sein de l’Internationale communiste, Staline a été l’objet d’un formidable culte et le critère absolu de la fidélité au communisme. Critiquer Staline, si peu que ce soit, c’était passer dans le camp de l’ennemi de classe, même si être un thuriféraire impénitent ne garantissait pas contre un tel étiquetage infamant.

Pour les communistes du monde entier, Staline était à la fois « le grand Timonier » et « le petit père des peuples »,

Dans la première hagiographie publiée en France en 1935, Henri Barbusse décrivait le secrétaire général du Parti communiste bolchevique d’Union soviétique comme « l’homme à la tête de savant, à la figure d’ouvrier et à l’habit de simple soldat ». En 1937, Maurice Thorez, le chef du PCF, lui dédicaça ainsi sa propre autobiographie, Fils du peuple :

« Au camarade Staline,

le constructeur génial du socialisme,

le chef aimé des travailleurs du monde entier,

le guide des peuples,

le Maître et l’ami

qui me fit,

un jour heureux entre tous,

le grand honneur de me recevoir,

en témoignage de ma fidélité absolue

et de mon amour filial

Thorez[1] »

Génie, guide, maître, ami, fidélité, amour filial – autant de termes fort éloignés du registre politique et qui pourtant rendent bien compte de ce que le communisme fut avant tout, une passion. Une passion révolutionnaire, comme l’a si bien montré François Furet dans son grand livre Le Passé d’une illusion. Mais aussi une passion messianique : le salut des travailleurs et des peuples était assuré par l’amour que Staline leur portait et, qu’en contrepartie, chaque communiste et chaque travailleur devait porter à Staline.

Le soixante-dixième anniversaire du vainqueur de Stalingrad, en 1949, fut d’ailleurs l’occasion du plus stupéfiant déferlement d’adoration qu’un humain ait pu connaître au XXe siècle. Le PCF ne fut pas en reste qui publia une brochure et diffusa un film intitulés « L’homme que nous aimons le plus ». L’Humanité du 8 décembre 1948 publia à sa gloire un poème intitulé « Joseph Staline », dû à la plume de l’un des plus grands poètes français du XXe siècle :

Et mille et mille frères ont porté Karl Marx

Et mille et mille frères ont porté Lénine

Et Staline pour nous est présent pour demain

Staline dissipe aujourd’hui le malheur

La confiance est le fruit de son cerveau d’amour

La grappe raisonnable tant elle est parfaite

[…] Staline dans le cœur des hommes est un homme

Sous sa forme mortelle avec des cheveux gris

Brûlant d’un feu sanguin dans la vigne des hommes

Staline récompense les meilleurs des hommes

Et rend à leurs travaux la vertu du plaisir

Car travailler pour vivre est agir pour la vie

Car la vie et les hommes ont élu Staline

Pour figurer sur terre leur espoir sans bornes.

C’était signé Paul Éluard… Mais Louis Aragon ne fut pas en reste qui, lors de la remise d’un Prix Staline à Ilya Ehrenbourg à Moscou le 28 janvier 1953, quelques semaines seulement avant la mort du tyran, déclamait avec des accents pathétiques cet improbable dithyrambe :

« Ce prix porte le nom de l’homme en qui les peuples du monde mettent leurs espoirs de triomphe de la cause de la paix de l’homme dont chaque parole retentit à travers le monde de l’homme qui a amené le peuple soviétique au socialisme. […] Cette distinction porte le nom du plus grand philosophe de tous les temps. De celui qui éduque les hommes et transforme la nature de celui qui a proclamé que l’homme est la plus grande valeur sur terre de celui dont le nom est le plus beau, le plus proche, le plus étonnant dans touts les pays pour tous ceux qui luttent pour leur dignité, le nom du camarade Staline[2]. »

Si l’adoration était réservée aux croyants communistes, l’admiration était largement répandue chez les gentils. Nombre de nos rues et de nos places portaient le nom de Stalingrad, voire de Staline, et, lors de la mort du dictateur le 5 mars 1953, le Président de la Chambre des députés, Édouard Herriot, contre l’avis même du ministre des Affaires étrangères, proposa à l’Assemblée de s’associer « profondément » à « la douleur du peuple soviétique » et d’observer une minute de silence à la mémoire du « maréchal Staline »[3]. Seuls deux députés refusèrent de se lever…

Les raisons de cette adulation générale étaient fort diverses. Chez les communistes, elle relevait d’une croyance profondément enracinée dans leur triple passion révolutionnaire, scientiste et utopiste, et elle confinait à un amour pseudo mystique. Chez les non communistes, elle reposait sur la reconnaissance au vainqueur des armées nazies – le charme universel de Stalingrad –, sur une certaine fascination pour l’idée révolutionnaire et sa violence inhérente, et aussi, plus trivialement, sur les impératifs de la Realpolitik.

Chez tous, elle devait beaucoup à une formidable propagande : Staline avait en effet pris soin personnellement, dès les années 1930, de réécrire l’histoire de la révolution bolchévique afin de s’y attribuer le premier rôle, n’hésitant pas, pour rendre la chose plus crédible, à faire disparaître, d’abord symboliquement dans les bibliothèques et sur les photos, puis physiquement lors des purges et procès à grand spectacle, les principaux acteurs et témoins de cette histoire.

Pourtant, dès 1935 Boris Souvarine publiait la première et remarquable biographie de Staline, où il retraçait le parcours du Georgien vers le pouvoir absolu. En 1939, préparant une réédition, il développa le portrait de Staline comme l’un des grands criminels de l’histoire, dénonçant sa « terreur autocratique sans exemple présent à la mémoire humaine[4] ».

Ce portrait fut depuis largement complété, en particulier par les ouvrages de Robert Conquest[5] et d’Alexandre Soljenitsyne. Plus récemment, dans le Livre noir du communisme, Nicolas Werth a présenté une remarquable synthèse de la dimension criminelle du communisme soviétique, tant sous Lénine que sous Staline[6].

Grâce à l’exploitation de plus en plus active des archives soviétiques et d’Europe de l’est, on saisit mieux aujourd’hui les contours de cette gigantesque terreur de masse, scandée par quelques événements majeurs.

Et d’abord la guerre contre la paysannerie qui accompagna la collectivisation forcée des années 1929-1933, avec le slogan lancé par Staline : « Liquidons les koulaks en tant que classe ». Le « koulak » désignait celui qui manifestait la moindre opposition à la collectivisation, forme modernisée du servage. En 1930-1931, environ 30 000 « koulaks » furent fusillés, 1 680 000 déportés avec leurs familles, pendant que 1 million d’autres fuyaient leur village et que 2 millions étaient exilés dans d’autres régions. Puis de l’été 1932 au printemps 1933, ce fut la grande famine organisée contre la paysannerie ukrainienne en décrétant la réquisition par l’État de l’ensemble des récoltes, en envoyant des dizaines de milliers de commandos communistes s’emparer par la force de l’ultime ravitaillement des récalcitrants, Staline a provoqué un véritable génocide de classe et d’ethnie, entraînant la mort de 5 à 6 millions de personnes en neuf mois[7].

Après l’assassinat de Kirov le 1er décembre 1934, Staline commença à programmer la Grande Terreur, inaugurée à l’été 1936 par le premier des trois Grands Procès de Moscou. A cet effet, il nomma à la tête du NKVD l’un de ses affidés les plus proches, Nikolaï Iejov[8]. En dehors de toute procédure judiciaire et dans des délais déterminés, Iejov fut chargé de « traiter » des populations d’ « ennemis du peuple », selon des quotas fixés à l’avance, et des modalités ne comprenant que deux catégories : la 1ère – fusillés – et la seconde – déportés. Désormais, les ordres opérationnels du NKVD, directement inspirés par Staline, scandèrent les quatorze mois qui courent du 30 juillet 1937 au 1er novembre 1938 :

- ordre opérationnel n°00447 du 30 juillet 1937 visant les « koulaks » ayant terminé leur peine ou évadés du Goulag, les religieux et croyants, les ex-membres des partis non-communistes, les criminels et en général les « gens du passé », autorisant l’arrestation de 767 397 personnes, dont 386 798 fusillées.

- ordre opérationnel n°00486 du 15 août 1937, défini par le Bureau politique le 5 juillet 1937, autorisant l’arrestation de plus de 18 000 femmes d’« ennemis du peuple » et de 25 000 enfants de plus de quinze ans.

- ordre opérationnel n°00439 du 25 juillet 1937 visant les Allemands travaillant en URSS et les Soviétiques ayant eu des relations avec l’Allemagne, soit au total 68 000 personnes arrêtées dont 42 000 furent exécutées.

- ordre opérationnel n°00485 du 11 août 1937 visant tous les Soviétiques ayant eu des relations avec la Pologne ou des Polonais en URSS, soit au total 144 00 personnes arrêtées dont 110 000 furent exécutées, y compris la plupart des dirigeants et cadres du Parti communiste polonais réfugiés en URSS et dont le parti fut officiellement dissous par le Komintern en août 1938.

- ordre opérationnel n°00593 du 20 septembre 1937 visant les Soviétiques originaires de Harbin revenus de Mandchourie en URSS après le règlement de la question du chemin de fer de l’Est chinois en 1935 avec le Japon. 25 000 personnes furent arrêtées.

- d’août à octobre 1937, le NKVD déporta des frontières d’Extrême Orient au Kazakhstan plus de 170 000 Coréens.

Le 31 janvier 1938, le Bureau politique autorisa le NKVD à étendre son action aux opérations lettone, estonienne, grecque, iranienne, roumaine, finlandaise, chinoise, bulgare et macédonienne. Le 1er août 1938, le Bureau politique autorisa le NKVD à étendre ses activités à l’opération afghane. Le total des victimes de ces « opérations nationales » se monte à 350 000 personnes arrêtées dont 247 157 exécutées.

Le 19 septembre 1937, le Bureau politique autorisa le NKVD à intervenir en Mongolie extérieure, ce qui aboutit en quatre mois à l’arrestation de 10 728 « conspirateurs » dont 7 814 lamas, 322 propriétaires féodaux, 300 officiers ministériels, 180 responsables militaires, dont 6 311 étaient déjà fusillés au 31 mars 1938.

Parallèlement, Staline signa personnellement 383 listes transmises par Iejov, concernant plus de 44 000 membres du Parti communiste et de l’appareil d’État, dont 39 000 furent exécutés et les autres déportés.

Au total, du 1er octobre 1936 au 1er novembre 1938, 1 565 000 personnes furent arrêtées – 365 805 pour les « opérations nationales » et 767 397 en vertu de l’ordre n°00447, dont 668 305 furent exécutées et 668 558 envoyées en camp de concentration. Encore ces chiffres sont-ils sous-estimés et le nombre d’exécutés se monte-t-il à plus de 700 000. C’est ainsi que Staline mit en œuvre la « solution finale » au problème des « éléments anti-soviétiques »[9]. Il fut personnellement responsable de la Grande Terreur, trop souvent mise sur le compte du seul Iejov – d’où le terme de Iejovshina – alors qu’en 1937-1938, le chef du NKVD fut reçu 278 fois par Staline au Kremlin – « en moyenne tous les deux jours et demi ! –, à peine moins que Molotov, le bras droit du tyran.

Les accords Molotov-Ribbentrop du 23 août et du 28 septembre 1939, en provoquant la conquête par l’Armée rouge de la partie orientale de la Pologne, puis en juin 1940 des États baltes, de la Bessarabie et de la Bukovine du nord, entraînèrent de nouvelles vagues de terreur contre ces nations immédiatement soviétisés.

En Pologne, les Soviétiques firent en quelques jours environ 230 000 prisonniers de guerre dont la moitié – considérés comme Biélorusses et Ukrainiens – fut rapidement libérée. Mais 30 000 autres furent envoyés au Goulag et beaucoup d’autres incorporés de force dans l’Armée rouge comme nouveaux « citoyens soviétiques ». Et surtout, le 5 mars 1940, sur rapport de Beria, Staline et le Politburo décidèrent de faire assassiner 25 700 Polonais internés, dont 14 587 officiers prisonniers de guerre – 4 243 d’entre eux furent tués d’une balle dans la tête à Katyn. Précisons que le 2 mars 1940, Staline donna suite à la demande de Nikita Khrouchtchev, Premier secrétaire du PC d’Ukraine, qui sollicitait l’autorisation de déporter les 22 à 25 000 familles des hommes condamnés à mort trois jours plus tard par le Politburo[10] !

Parallèlement, le NKVD lança quatre grandes opérations de déportation visant en priorité les couches dirigeantes polonaises : le 10 février 1940 (140 000 personnes), le 13 avril 1940 (61 000), le 29 juillet 1940 (75 000) et en juin 1941 l’ensemble toucha 330 000 personnes – dont un tiers d’enfants de moins de 14 ans – selon les chiffres actuellement disponibles du NKVD, et 800 000 selon les chiffres du gouvernement polonais en exil pendant la guerre[11]. En outre, après le 22 juin 1941, le NKVD massacra sur place ou lors de transferts plusieurs dizaines de milliers de prisonniers polonais. Au total, le régime soviétique fit – morts et déportés – plus de 440 000 victimes en Pologne orientale du 17 septembre 1939 au 22 juin 1941, sur une population de 12 millions d’habitants. Massacres et déportations reprirent en 1944-1945 lors du retour de l’Armée rouge dans ces territoires occupés en 1939 et lors de son entrée dans les autres territoires appartenant en principe à la Pologne indépendante reconnue par Moscou.

L’invasion de l’Estonie par l’Armée rouge le 12 juin 1940, entraîna dans ce pays une vague de terreur communiste : de juin 1940 à juin 1941, plus de 2 200 personnes assassinées (dont 800 officiers, la moitié de ce corps !), 12 500 soldats et plus de 10 000 civils déportés en URSS puis à nouveau lors du retour de l’Armée rouge dans l’hiver 1944-1945 : 75 000 personnes arrêtées dont au moins 25 000 furent fusillées ou moururent dans les camps, et 75 000 exilés dont environ 6 000 furent tués en chemin par les Soviétiques en mars 1949, une nouvelle vague de déportation envoya plus de 22 000 personnes au Goulag. En outre, de 1944 à 1953, plus de 2 000 résistants maquisards furent tués au combat, 1 500 assassinés et 10 000 arrêtés. Au total, ce sont environ 175 000 Estoniens qui ont été victimes de la terreur soviétique, soit 17,5% de la population – ce qui rapporté à la population française correspondrait à 10,5 millions de personnes[12] !

Les mêmes méthodes furent pratiquées en Lituanie et en Lettonie, ainsi qu’en Bessarabie et en Bukovine du Nord.

La guerre fut l’occasion pour Staline de poursuivre ses opérations génocidaires avec la déportation de près de 900 000 Allemands de la Volga à l’automne 1941, de 93 000 Kalmouks du 27 au 30 décembre 1943, de 521 000 Tchétchènes et Ingouches du 23 au 28 février 1944, de 180 000 Tatars de Crimée du 18 au 20 mai 1944, auxquels s’ajoutent les Grecs, les Bulgares et les Arméniens de Crimée, ainsi que les Turcs, les Kurdes et les Klemchines du Caucase.

Après guerre, la terreur de masse continua et fut exportée dans les pays d’Europe de l’Est récemment conquis, s’accompagnant d’innombrables actes de barbarie.

Reste à comprendre les raisons profondes de cette orgie de crimes. Nombre d’auteurs ont mis en avant la paranoïa de Staline, et chacun d’insister sur son père – violent et alcoolique –, sur ses complexes – sa petite taille, son visage grêlé de marques de petite vérole, son bras gauche atrophié, sa faible culture –, sur sa méfiance maladive, voire sur sa cruauté et son plaisir de la vengeance il est vrai qu’en 1926, Staline confiait à un proche : « Choisir la victime, préparer minutieusement le coup, assouvir une vengeance implacable et ensuite aller se coucher… Il n’y a rien de plus doux au monde. »

Staline fut souvent comparé au tsar Ivan le Terrible et, l’un des premiers, Trotsky insista sur la personnalité paranoïaque et maladivement policière de celui qui allait le faire assassiner.

Paradoxalement, il fut suivi dans cette analyse par Nikita Khrouchtchev qui, lors de son « Rapport secret » au XXe congrès du PCUS en février 1956, multiplia les allusions psychiatriques à propos de Staline, dénonçant son caractère « maladivement soupçonneux », sa « nervosité », son « hystérie », « sa folie de la persécution qui atteignit des proportions incroyables » et sa « folie des grandeurs »[13].

Cette vision paranoïde s’est accompagnée d’une vision idiotique pour Trotsky, le secrétaire général était un personnage de troisième ordre, « la plus brillante médiocrité du Parti », un petit apparatchik qui n’était « ni un penseur, ni un écrivain, ni un orateur », et qui, par l’intrigue et l’absence de scrupule, s’était hissé au faîte du pouvoir. Il alla jusqu’à écrire que Staline était « parvenu au pouvoir par usurpation du droit à jouer un rôle aussi exceptionnel[14] ». Et Khrouchtchev d’emboîter le pas trente ans plus tard en expliquant sans rire que Staline menait les opérations militaires de la Seconde Guerre mondiale sur une mappemonde.

Staline a aussi souvent été présenté comme un bambocheur alcoolique passant son temps à visionner des films sans intérêt.

Ce portrait est parfois complété par l’idée qu’il aurait été un paniquard, un « terroriste terrorisé », réagissant à l’assassinat de Kirov par la fuite en avant, ou à l’attaque allemande du 22 juin 1941 par la dépression. Enfin, last but not least, revient de manière récurrente la rumeur selon laquelle Staline aurait été un agent de l’Okhrana, la police politique du tsar, au même titre que le fameux Roman Malinovski, l’un des préférés de Lénine, véritable agent provocateur démasqué en 1917 et fusillé.

Ces explications psychologisantes, si elles recèlent une part de vérité, reposent souvent sur des rumeurs qui s’avèrent aujourd’hui non fondées : cet homme aux nerfs d’acier n’a jamais tremblé, n’a connu aucun effondrement psychologique en juin 1941, et a pendant 35 ans travaillé 15 heures par jour.

En outre, ces explications, qui font appel au registre de la monstruosité, renvoient à la fois à un jugement moral et à une approche relevant du mystérieux et à l’inexplicable. Dans un article publié dans Le Monde du 12 juin 2002, la regrettée Françoise Giroud privilégiait cette approche à propos de Hitler, soulignant « le caractère systématique et gratuit » de la Shoah et rappelant que jusque-là « jamais l’homme n’avait exterminé méthodiquement d’autres hommes sans raison, par caprice en quelque sorte ».

De la même manière, l’une des chef de file de l’école révisionniste américaine sur l’histoire de l’URSS, Sheila Fitzpatrick, dans un ouvrage récemment traduit en français, écrit à propos de la Grande Terreur : « Il semble impossible, du moins à des esprits formés selon les principes des Lumières, qu’une chose aussi extraordinaire, aussi monstrueusement étrangère à l’expérience normale, puisse se produire “par hasard”. Les gens pensent que de tels événements doivent avoir une explication, et pourtant ceux-ci apparaissent fondamentalement irrationnels, absurdes, sans rapport avec les intérêts de qui que ce soit[15] ». Et, à l’en croire, la Grande terreur serait restée « un mystère », tant aux yeux des Soviétiques instruits qu’à ceux de la base.

On comprend que, face à de tels massacres, l’esprit humain se refuse à envisager les « raisons », bonnes ou mauvaises, qui ont pu les provoquer. Et pourtant, ces massacres ont été commandés par des hommes dont la conduite répondait à une démarche rationnelle que l’historien se doit d’élucider, sous peine de se voir assimilé à un conteur de village

En 1959, dans ses mémoires de guerre, le général de Gaulle, remarquable observateur des hommes de pouvoir, et qui avait été personnellement confronté au dictateur de Moscou en décembre 1944, écartait les faux semblants de l’éloge dithyrambique, de la critique diabolisante ou de la stigmatisation psychiatrique, pour aborder la question au fond :

« Staline était possédé de la volonté de puissance. Rompu par une vie de complot à masquer ses traits et son âme, à se passer d’illusions, de pitié, de sincérité, à voir en chaque homme un obstacle ou un danger, tout chez lui était manœuvre, méfiance et obstination. La révolution, le parti, l’État, la guerre lui avaient offert les occasions et les moyens de dominer. Il y était parvenu, usant à fond des détours de l’exégèse marxiste et des rigueurs totalitaires, mettant au jeu une audace et une astuce surhumaines, subjuguant ou liquidant les autres. »

Beaucoup des traits relevés dans ce portrait sont profondément exacts, mais le général se trompait quand, cherchant à définir « les buts du despote », il estimait que ceux-ci visaient à satisfaire « les rêves de la patrie », et que Staline « aima la Russie à sa manière », une Russie dont il aurait été « le champion rusé et implacable ». Il est vrai que de Gaulle n’a jamais cru à la vitalité historique des systèmes idéologiques, et que soixante-quatorze ans après le 7 novembre 1917, l’histoire lui a donné raison : le système communiste s’est effondré comme un château de cartes.

Il n’en reste pas moins que dans la phase de fondation du système, de 1917 à 1953, c’est bien l’idéologie qui a commandé la conduite de Lénine puis de Staline. Une idéologie révolutionnaire et communiste constituée en doctrine par Lénine et en vulgate par Staline, mais une idéologie qui, dans chaque conjoncture, a pesé sur les choix dans le sens de la « dictature du prolétariat » et d’un projet totalitaire de plus en plus affirmé, et contre la légitimité traditionnelle, et contre la légitimité démocratique.

Car, on l’oublie trop, Staline était un authentique bolchevique élevé à l’école du léninisme. Révolutionnaire professionnel dès 1900, à l’âge de 22 ans, il rencontra Lénine en 1905. Dès 1907, il s’occupa d’organiser des hold-up pour alimenter les caisses du Parti bolchevique, ce qui le faisait qualifier de « merveilleux Géorgien » par le chef du parti qui, en 1912, le coopta au Comité central, alors composé de treize membres.

Au printemps 1917, il fut élu en troisième position au Comité central, et en juillet-août 1917, alors que Lénine avait à nouveau plongé dans la clandestinité et que Trotsky n’avait pas encore rejoint les bolcheviks, Staline fut presque seul à diriger le parti il eut dès ce moment un rôle capital dans l’appareil.

En 1919, il était l’un des cinq membres du Politburo, seul à être également membre du Bureau d’organisation en 1922 il fut nommé secrétaire général du Comité central, c’est-à-dire chef de l’appareil d’un parti qui s’était emparé de l’un des plus puissants États du monde et qui se transformait rapidement en parti-État.

Staline n’était donc pas l’obscur apparatchik décrit par Trotsky, mais l’un des collaborateurs directs de Lénine et parmi les plus appréciés pour son soutien sans faille au leader, son sens de la discipline, son sang-froid et sa fermeté de caractère exceptionnels, sa détermination et son absence totale de scrupules et de pitié dans l’action qui furent des atouts majeurs lors de la guerre civile de 1918-1920.

C’est donc tout à fait logiquement que dans son « testament », dicté fin décembre 1922 dans ses derniers moments de lucidité, Lénine désigna Staline comme l’un des deux principaux responsables du parti, avec Trotsky.

Dans la bataille de succession, Staline montra infiniment plus de volonté et de sens tactique que ses adversaires. Il joua à la perfection les uns contre les autres, s’alliant d’abord avec Zinoviev et Kamenev pour éliminer du jeu son adversaire le plus dangereux, Trotsky, dès la fin de 1923, avant de l’expulser d’URSS en janvier 1929. A peine Trotsky écarté, il renversa ses alliances et se rapprocha de Boukharine, Tomski et Rykov pour écarter Zinoviev et Kamenev de la direction, mission remplie en 1925. Désormais assez puissant, il se retourna contre ses alliés de la veille : Boukharine fut exclu du Politburo en novembre 1929, Tomski en juillet 1930, et Rykov démis de ses fonctions le 19 décembre 1930[16]. S’étant emparé du parti, Staline le remodela à sa main, assurant la promotion de millions de jeunes issus des campagnes, au capital scolaire très faible – Iejov n’avait fait qu’une année d’école primaire –, fascinés par les situations qui leur étaient promises, mais contraints de démontrer en acte aussi souvent que nécessaire leur allégeance totale à leurs chefs et au premier d’entre eux, Staline – y compris par leur compromission dans les assassinats de masse. En retour, ce parti formé de jeunes gens frustes, brutaux et grossiers, s’est reconnu dans ce chef issu, comme lui, du petit peuple – à la différence de la plupart des chefs bolcheviques historiques qui étaient des lettrés marxistes issus de la petites noblesse, de la bourgeoisie russe ou des communautés juives des villes.

En six années, Staline s’est imposé comme LE patron – le vojd, le guide – à la suite d’une série de manœuvres où il montra toutes ses capacités d’homme de pouvoir, mais surtout une compréhension aiguë de la nature totalitaire du régime qui, déjà sous Lénine, reposait sur le principe du parti unique, de l’autorité incontestée du chef et de l’unité absolue du parti. La bataille avec Trotsky porta dès le second semestre 1923, sur deux points majeurs : la nature du pouvoir et celle du processus révolutionnaire.

A la différence de beaucoup d’autres bolcheviks, Staline avait compris que la conquête du pouvoir modifiait la nature du parti qui, de parti-mouvement révolutionnaire devenait un parti-État. Le 19 janvier 1924, il fit adopter une résolution dénonçant chez Trotsky une « tentative directe de discréditer l’appareil du Parti » qui ne pouvait « objectivement parlant, conduire à rien d’autre qu’à soustraire l’appareil de l’État à l’influence du Parti ». Derrière cette querelle se cache l’une des bases du système totalitaire : la prééminence constante du parti sur l’appareil d’État, de l’idéologie sur les contraintes de gouvernement, des idéocrates sur les technocrates, des « rouges » sur les « experts ».

C’est d’ailleurs sur ce point que Staline a clos sa conquête du pouvoir absolu le 22 septembre 1930, il écrivait à Molotov une lettre lui proposant de démettre Rykov, le chef du gouvernement : « C’est absolument indispensable. Sinon il y aura toujours une coupure entre la direction du parti et la direction de l’État. Avec la combinaison que je te propose, nous aurons enfin une parfaite unité des sommets de l’État et du parti, ce qui renforcera notre pouvoir. »

L’autre point d’achoppement portait sur les voies et moyens de la révolution bolchevique. En effet, la seconde promesse prononcée par Staline devant le cercueil de Lénine – après celle sur l’unité du parti – avait été de « sauvegarder et d’affermir la dictature du prolétariat », ce qui en clair signifiait de conserver le pouvoir par tous les moyens et de développer la puissance communiste inaugurée en novembre 1917. Là encore, Staline fit preuve d’un grand sens politique et d’une formidable efficacité. Face aux romantiques qui estimaient que la survie du pouvoir bolchevique passait par l’extension de la révolution à l’Europe et en particulier à l’Allemagne, Staline ne croyait pas à la puissance du mouvement ouvrier et révolutionnaire, ni en Europe ni ailleurs, et avait compris dès l’été 1923 que la naissance de l’URSS impliquait une mutation du processus révolutionnaire.

Dès août 1923, il conclut à l’échec de l’insurrection que la direction soviétique et le Komintern préparaient pour octobre en Allemagne, et l’échec du Parti communiste chinois en 1926-1927 le convainquit définitivement que le seul moyen de sauvegarder et de renforcer le pouvoir soviétique reposait sur « la construction du socialisme dans un seul pays », slogan qu’il avait rendu public le 17 décembre 1924. Ce choix stratégique impliquait de reprendre la marche en avant de la révolution communiste, provisoirement gelée par la NEP, ce qui entraîna trois décisions majeures.

La première engage l’URSS dans une industrialisation accélérée aux objectifs clairement annoncés par Staline en 1925 : « Il nous faut de 15 à 20 millions de prolétaires industriels, l’électrification des principales régions de notre pays, la coopération agricole et une industrie métallurgique hautement évoluée. Alors nous n’aurons plus à craindre aucun danger. Alors nous vaincrons à l’échelle internationale. » Cette industrialisation à marche forcée, placée sous le signe du Premier Plan quinquennal inauguré en 1928, développe une sidérurgie lourde et une industrie automobile et aéronautique, au prix de la surexploitation des ouvriers – leur salaire réel baisse de moitié entre 1928 et 1934 l’objectif de Staline est de doter l’URSS d’une grande armée moderne et mécanisée qui sera la pierre angulaire de la victoire militaire de 1945 et de l’expansion consécutive du système communiste.

La seconde décision est de collectiviser l’agriculture afin d’arracher à la paysannerie le capital indispensable au financement de l’industrialisation – « l’accumulation primitive » chère à Marx permet d’acheter la technologie à l’étranger –, mais aussi de placer le kolkhozien dans un semi-servage, et surtout de contrôler la production de nourriture, et par là, d’assurer au pouvoir un moyen de pression décisif sur la société.

La troisième décision consista, dès le milieu des années 1930, et bien plus intensément encore à partir de juin 1941, à instrumentaliser le nationalisme grand-russe, en liquidant ou russifiant les minorités et en habillant du terme de « patriotisme soviétique » un chauvinisme ethnique russe dont l’extravagance alla jusqu’à déclarer en 1945 le peuple russe « peuple-héros », avec pour contre-partie, dès 1943, la montée d’un antisémitisme hypocritement nommé « anticosmopolitisme ». Par là, Staline s’est solidement attaché les services des Russes afin de combattre les ferments permanents de désagrégation que représentaient les nationalités du nouvel empire communiste en cours de formation. Dans la mesure du possible, il pratiquera les mêmes méthodes à l’égard des nations conquises à partir de septembre 1939.

Ayant – par le contrôle du revenu, du logement, du ravitaillement et de la culture – ramené l’ensemble de la population au degré zéro de l’autonomie, le pouvoir peut désormais reconstruire la « société » comme il l’entend il extermine ou réprime ceux qui veulent conserver une once de liberté, et il distribue ses prébendes – en ces temps effrayants, un lit avec des draps propres dans une maison chauffée et trois repas par jour sont un luxe – à ceux qui font tourner la machine totalitaire : le parti, la police politique, l’armée et l’administration.

Car un tel système ne peut fonctionner que grâce à la terreur de masse qui trouve là sa justification « rationnelle ». En effet, dès 1918, Lénine écrivait : « Si la révolution tarde en Allemagne, nous devrons nous mettre à l’école du capitalisme d’État des Allemands, l’imiter de toutes nos forces, ne pas craindre les procédés dictatoriaux pour accélérer cette assimilation de la civilisation occidentale par la Russie barbare, ne pas reculer devant les moyens barbares pour combattre la barbarie . »

Ainsi les grandes vagues de terreur des années 1930, 1940 et du début des années 1950 visèrent « rationnellement » à atteindre plusieurs objectifs :

- assurer le pouvoir absolu du chef sur le parti et sur l’administration afin que celui-ci dispose d’un outil parfaitement discipliné

- assurer le pouvoir absolu du parti sur l’ensemble de la population afin d’imposer à celle-ci la politique définie par le chef et de réprimer toute résistance en liquidant « les hommes du passé »

- se préparer à la guerre en liquidant des catégories de populations définies selon des critères sociaux et/ou nationaux, considérées comme des cinquièmes colonnes potentielles

- consolider les conquêtes de 1939-1941 en liquidant les élites nationales des pays ou régions concernées

- profiter de la guerre pour affaiblir par des déportations de masse des nations non-russes, traditionnellement rebelles (comme les Tchétchènes) ou fidèles à des traditions culturelles incompatibles avec le communisme

- après guerre, neutraliser tous les Soviétiques – prisonniers de guerre, travailleurs forcés enrégimentés par les Allemands ou même combattants – contaminés par les « horreurs » de la prospérité capitaliste

- neutraliser d’éventuels héritiers trop pressés

- étendre le système de la manière la plus large hors d’URSS.

La terreur était le principal moyen rationnel de gouverner, et l’une des conditions de son efficacité était le secret qui l’entourait.

Dans le domaine de la politique étrangère, Staline montra les mêmes qualités exceptionnelles de prudence et d’audace, de vision stratégique et d’habileté tactique, de dissimulation et d’absence de scrupules, qui, du virage antifasciste du Front populaire en 1934 à celui des pactes germano-soviétiques de 1939, puis à Yalta, lui permirent d’assurer pour longtemps le pouvoir soviétique, de se constituer un empire européen et d’encourager très fortement l’émergence d’autres pôles communistes en Asie, puis en Amérique latine et en Afrique.

Cette terreur et cet expansionnisme ont été, très tôt, masqués par une formidable propagande, élément essentiel de la ruse, de la dissimulation et de la désinformation inhérentes à la politique de Staline, et à laquelle il portait la plus grande attention. Ce couple terreur/propagande est d’ailleurs illustré de manière symbolique par le couple Iejov : quand Nikolaï devint le chef de la Grande Terreur, sa femme était la directrice de la principale revue de propagande soviétique L’URSS en construction…

Il est indispensable de nourrir d’informations l’indignation face aux crimes monstrueux du Secrétaire général et de son père politique Lénine. Mais, le moment est venu – comme cela fut le cas pour le totalitarisme nazi – d’établir ce qu’Ernst Nolte appelle « le noyau rationnel », de comprendre Staline. Non pas en entrant en intelligence avec lui mais en rendant intelligible sa conduite.

Staline a sans conteste été l’homme politique qui a le plus pesé sur le XXe siècle. Churchill et Lénine n’ont influé sur les affaires mondiales que pendant cinq ans, Hitler et Roosevelt pendant douze ans. De Gaulle, Gandhi et Mao ont surtout marqué le destin de leur pays. Staline, lui, a participé au pouvoir dès 1917 avant de devenir un maître de plus en plus autocratique jusqu’à sa mort en 1953.

Ni rêveur, ni exalté, mais fanatique réaliste, il mesurait au plus près les rapports de force et ne s’engageait qu’à coup sûr, même s’il sut, à l’occasion, faire preuve d’une formidable audace. Il a imposé à l’ensemble du monde communiste un régime qui lui a survécu près de quarante années. Il a hissé au rang de superpuissance une URSS devenue matrice idéologique et politique d’un système communiste mondial.

S’il s’est montré aussi fanatique que Hitler, il a – en professionnel perfectionniste, super-Machiavel et remarquable stratège et tacticien de la politique – largement surclassé son concurrent totalitaire qui, par comparaison, fait figure d’amateur, voire de dilettante.

Staline a été le plus brillant homme de pouvoir du XXe siècle, celui qui sut le mieux mettre en adéquation ses moyens avec ses objectifs.

Bien sûr, un tel système fondé sur la destruction de la propriété privée et l’économie administrée, sur la terreur et le mensonge, et enfin sur la négation de la personne humaine et la prétention à créer un « homme nouveau », relevait du délire, « construction intellectuelle pathologique sans liaison avec le monde réel, et qui s’accompagne d’une conviction absolue »

Et ce système ne pouvait, à terme, que s’effondrer. Néanmoins, on ne peut rien comprendre à l’histoire du communisme au XXe siècle et à la pérennité d’un système aussi criminel si l’on néglige les qualités spécifiques de celui qui en hérita et sut en faire le modèle du totalitarisme.

[1] Cité par Philippe Buton, « Le PCF à la Libération : démocratie ou démocratie populaire, », in Stéphane Courtois (sous la dir.), Une si longue nuit. L’apogée des régimes totalitaires en Europe, Paris, Éditions du Rocher, 2003. Sur la soumission de Thorez à Staline, voir « 1944-1947, les entretiens entre Maurice Thorez et Joseph Staline », Communisme, n°45-46, 1996.

[2] Cité par Arkadi Vaksberg, Staline et les Juifs. L’antisémitisme russe : une continuité du tsarisme au communisme, Paris, Robert Laffont, 2003.

[3] Cité par Michel Winock, « Les Français pleurent le petit Père des peuples », L’Histoire, février 2003

[4] Boris Souvarine, Staline. Aperçu historique du bolchevisme, Ivréa, 1992.

[5] Robert Conquest, Staline, Paris, Editions Odile Jacob, 1993, et La Grande Terreur, suivie de Sanglantes moissons, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 1995.

[6] Nicolas Werth, « Un État contre son peuple », in Stéphane Courtois, Nicolas Werth et alii, Le Livre noir du communisme, Paris, Robert Laffont, 1997 et aussi « Sur la Grande Terreur », Le Débat, novembre-décembre 2002.

[7] 1933, l’année noire. Témoignages sur la famine en Ukraine, Paris, Albin Michel, 2000. Et aussi, Stéphane Courtois, « Le génocide de classe : définition, description, comparaison », Les Cahiers de la Shoa, n°6, 2002.

[8] Nous disposons depuis peu d’une remarquable biographie de Iejov : Marc Jansen, Nikita Petrov, Stalin’s loyal executioner. People’s commissar Nikolaï Ejov, Stanford, Hoover Institution Press, 2002. Toutes les indications qui suivent sur la Grande Terreur sont tirées de cet ouvrage.

[9] Ibid, p. 108.

[10] Voir le très novateur ouvrage de Victor Zaslavsky, Il massacro di Katyn. Il crimine et la menzogna, Rome, Ideazione Editrice, 1998.

[11] Sur ces bilans chiffrés, voir Alexandra Viatteau, Staline assassine la Pologne 1939-1947, Paris, Le Seuil, 1999 et Andrzej Paczkowski, « La Pologne victime de deux totalitarisme, 1939-1945 », in Stéphane Courtois, Une si longue nuit…, op. cit.

[12] Voir le remarquable chapitre de Mart Laar, « L’Estonie et le communisme », in Stéphane Courtois (sous la dir.), Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe, Paris, Robert Laffont, 2002.

[13] . Le rapport secret de Khrouchtchev sur Staline au XXe congrès du P.C. soviétique, Paris, Champ Libre, 1970, p. 43, 53, 62, 64 et 66.

[14] Léon Trotsky, Staline, p. XIII

[15] Sheila Fitzpatrick, Le Stalinisme au quotidien. La Russie soviétique dans les années 30, Paris, Flammarion, 2002, p. 289.

[16] Sur tout le processus de prise de contrôle du pouvoir par Staline et d’instauration d’un pouvoir personnel, voir Oleg Khlevniouk, Le Cercle du Kremlin. Staline et le Bureau politique dans les années 30 : les jeux du pouvoir, Paris, Le Seuil, 1996.

© Académie des Sciences Morales et Politiques 2003


Shopping ethnique: Plus indien que moi, tu meurs ! (Have genes, will travel)

16 mars, 2007
Wannabee IndianQuand on cherche à s’inscrire dans une université, on tente naturellement de tirer parti de son statut génétique. Adam Moldawer (père de deux futurs étudiants)

Partielle explication des vélléités de “nettoyage ethnique” de nos chers cherokee d’Oklahoma qui, pour se défendre, on l’a vu, contre des descendants d’esclaves ayant utilisé les tests ADN pour exiger leur réintégration?

Que penser en effet, si l’on en croit un article du NYT traduit en juin dernier par Courrier international, de ce nouvel et quelque peu intéressé engouement (lui aussi, argent des casinos oblige, génétiquement-assisté !) pour la découverte de ses racines qui, nouveau détournement du programme d’ “affirmative action”, semble se développer en Amérique?

Et qui, ultime paradoxe, a déjà fait de la minorité indienne prétendument génocidée…. la minorité américaine qui connaît la plus forte expansion démographique !

L’université du Michigan, comme la plupart des établissements d’enseignement supérieur, se fonde sur les déclarations des candidats. Ashley Klett, 20 ans, a effectué un test ADN qui a conclu qu’elle était à 2 % extrême-orientale et à 98 % européenne. C’est pourquoi sa sœur cadette a coché cette année la case “Asiatique” sur sa demande d’admission.

Mille et un avantages à ne pas être génétiquement blanc
Aux Etats-Unis, de plus en plus de gens utilisent des tests d’ADN pour prouver leur appartenance à une minorité et bénéficier ainsi de certains avantages.
Amy Harmon
The New York Times
Courrier international
le 15 juin 2006

Matt et Andrew Moldawer, deux jumeaux, s’étaient toujours crus blancs. Lorsqu’ils ont fait leur demande d’entrée à l’université, l’année dernière, leur père adoptif, Adam, un cadre supérieur de Silver Spring, dans le Maryland, a pensé qu’il vaudrait peut-être la peine de rechercher l’origine de leur teint légèrement mat avec un kit ADN dont il avait entendu parler. Les résultats – les garçons sont à 9 % amérindiens et à 11 % nord-africains – sont arrivés trop tard pour le processus d’admission, mais ils pourront peut-être leur valoir une aide financière. [Le système américain de discrimination positive favorise l’accès des “minorités” aux universités ou à certains emplois.] “Quand on cherche à s’inscrire dans une université, on tente naturellement de tirer parti de son statut génétique”, confie Adam Moldawer. Il sait que les parents biologiques des jumeaux sont blancs, mais ignore tout de leurs ascendants.
Les tests génétiques, qui étaient naguère un outil mystérieux réservé aux scientifiques, commencent à jouer un rôle dans la vie de tous les jours. Ils redéfinissent la façon dont les gens perçoivent leur origine, les raisons de leur comportement, les maladies qu’ils sont susceptibles de contracter.
Nombre de scientifiques accusent ces tests de promettre plus qu’ils ne peuvent apporter. Le patrimoine d’un ancêtre peut être trop dilué pour apparaître. Et les tests comportent une marge d’erreur : ce n’est pas parce qu’on présente un petit pourcentage d’une origine donnée qu’on la possède vraiment. Compte tenu de leur nature spéculative, il semble donc improbable qu’ils soient pris en compte par les établissements d’enseignement et autres institutions. Mais cela n’empêche pas certains de ceux qui les ont utilisés d’adopter une nouvelle ethnicité et de réclamer les privilèges qui vont en général de pair avec celle-ci.
Cette manne a provoqué l’apparition de plusieurs sociétés spécialisées dans les tests visant à déterminer l’origine ethnique. Ayant pour nom DNA Tribes, par exemple, ou Ethnoancestry, ces entreprises promettent de révéler à leurs clients leurs origines, pour une somme comprise entre 99 et 250 dollars.

Connaître son patrimoine, ce n’est pas le réclamer

“Si quelqu’un a l’air blanc et découvre qu’il ne l’est pas, il n’a pas vécu le genre de choses auxquelles la discrimination positive est censée remédier”, explique Lester Monts, l’un des administrateurs de l’université du Michigan. Cet établissement a obtenu le droit d’utiliser l’origine ethnique comme critère d’admission par une décision de la Cour suprême en 2003. L’université du Michigan, comme la plupart des établissements d’enseignement supérieur, se fonde sur les déclarations des candidats. Ashley Klett, 20 ans, a effectué un test ADN qui a conclu qu’elle était à 2 % extrême-orientale et à 98 % européenne. C’est pourquoi sa sœur cadette a coché cette année la case “Asiatique” sur sa demande d’admission. Les jeunes filles ne savent pas si ça a joué un rôle, mais la cadette a obtenu la faculté de son choix, “et ils lui ont donné une bourse”, précise Ashley Klett. Pearl Duncan a de plus grandes ambitions : elle veut un château. Descendante d’esclaves jamaïquains, Mme Duncan a identifié grâce aux archives le propriétaire d’esclaves écossais qui était l’arrière-arrière-grand-père de sa mère. Elle a ensuite fait un test ADN qui a confirmé qu’elle avait 10 % d’origines britanniques et lui a donné le culot de contacter ses cousins écossais. Ceux-ci ont fondé une compagnie pétrolière avec la fortune de l’ancêtre. “C’est une chose de connaître son patrimoine, c’en est une autre de le réclamer”, reconnaît Mme Duncan, aujourd’hui écrivain dans Manhattan. Les cousins écossais ont obtenu leurs onze châteaux grâce aux revenus du travail des ancêtres africains de Mme Duncan. Peut-être pourraient-ils en laisser un aux héritiers noirs de l’arrière-arrière-grand-père ?
C’est essentiellement le goût du jeu qui inspire Mme Duncan dans cette affaire d’héritage. En revanche, elle ne plaisante plus quand elle insiste pour que la famille écossaise cesse de faire référence à ses ancêtres en disant que c’étaient des “marchands de Virginie et des Caraïbes”. “En me reconnaissant, moi, les Ecossais commencent à reconnaître que ces types étaient des possesseurs d’esclaves”, déclare-t-elle. D’autres descendants d’esclaves connus sous le nom de Freedmen [un terme qui désigne les esclaves libérés] se fondent sur les tests ADN pour exiger d’être réintégrés dans les tribus indiennes qui possédaient jadis leurs ancêtres.
En effet, cinq tribus – Choctaw, Chickasaw, Creek, Seminole et Cherokee – ont possédé quelques milliers d’esclaves. [Elles sont connues sous le nom des “cinq tribus civilisées”, entre autres parce qu’elles ont adopté les techniques agricoles américaines, fixé leurs lois par écrit, et parce que certains de leurs membres se sont convertis au christianisme.] Leurs esclaves africains ont été libérés au moment de la guerre de Sécession, pour devenir, dans la plupart des cas, des membres à part entière de ces tribus. Mais, par la suite, celles-ci se sont souvent efforcées d’exclure les descendants de ces esclaves, les privant des soins médicaux et autres services réservés à leurs membres. Lors d’une réunion qui s’est tenue au début de l’année dans l’Oklahoma, certains Freedmen ont soutenu que les tests ADN révélaient leur origine indienne et que la tribu faisait preuve de racisme en les rejetant et en affirmant que leurs ancêtres n’étaient pas de véritables Indiens. “On a ce test ADN qui dit : oui, ces gens peuvent faire état d’un certain degré de sang indien”, explique Marilyn Vann, une Freedwoman cherokee qui demande à la justice fédérale de reconnaître son appartenance tribale. Or certaines tribus se sont considérablement enrichies depuis la loi de 1988 qui leur permet de construire des casinos. Les personnes qui invoquent leur appartenance tribale pour réclamer une part du gâteau ne manquent donc pas. Nombre d’entre elles brandissent aujourd’hui des tests génétiques pour étayer leurs prétentions.
“Avant, c’était : ‘Quelqu’un m’a dit que ma grand-mère était indienne.’ Aujourd’hui, c’est : ‘Mon test ADN dit que ma grand-mère était indienne’”, explique Joyce Walker, qui étudie les demandes de réintégration chez les Mashantucket Pequot, la tribu qui dirige le Foxwood Resort Casino, le plus grand établissement de jeu au monde, situé dans l’est du Connecticut. [Les Indiens Pequot, pratiquement exterminés au XVIIe siècle, ont été réduits en esclavage et se sont métissés avec les esclaves d’origine africaine.]

Un droit génétique à la nationalité ?

Pour certains, reconnaître la validité des tests ADN revient à porter atteinte à la souveraineté tribale. Mais si une tribu donne l’impression de rejeter les personnes dont les revendications sont légitimées par un test ADN pour limiter les versements de l’argent des casinos, elle aura du mal à faire croire qu’elle est la mieux placée pour faire appliquer les traités qui octroient ces bénéfices financiers tant convoités. “Les tests d’origine génétique jouent un rôle dans l’évolution de ce que l’opinion publique américaine considère comme important”, explique Kim Tallbear, professeur d’études amérindiennes à l’université d’Etat de l’Arizona. “Et, comme les tribus dépendent de la bonne volonté de l’opinion américaine, elles vont peut-être devoir céder.”
A l’autre bout du monde, les autorités israéliennes ne sont pas soumises à ce genre de pression. Elles viennent de refuser à John Haedrich ce qu’il appelle son droit génétique à la nationalité sans conversion au judaïsme. D’après les lois du retour israéliennes, seuls les juifs peuvent immigrer en Israël sans disposition particulière. Haedrich, un directeur de maison de retraite, a découvert grâce à un test ADN qu’il avait une signature génétique que l’on trouve fréquemment chez les juifs. Pour lui, ses ancêtres européens ont peut-être dissimulé leur confession par crainte des persécutions. Les rabbins consultés aux Etats-Unis ont également rejeté ses prétentions. “L’ADN, n’importe quoi !” lui a répliqué un rabbin d’une synagogue de Los Angeles qu’il était allé consulter. Haedrich ne s’est pas laissé démonter et a engagé un avocat pour attaquer le gouvernement israélien. “Le fait que j’ai été élevé gentil”, a-t-il écrit dans une annonce en pleine page parue dans le Jerusalem Post, “ne change rien au fait que je suis juif de naissance.”

Tests
Les tests commerciaux actuels reposent sur un système de comparaison. La société DNA Tribes prétend ainsi disposer d’échantillons provenant de 130 000 personnes, issues de 469 populations autour du monde. Votre ADN – ou plus précisément certains fragments de votre ADN – est comparé à ces échantillons. Un ordinateur analyse ensuite les ressemblances ou les différences et en tire des conclusions sur vos possibles origines. Toutefois, la signification ethnique de ces ressemblances est discutable.

Voir aussi:

Il y a un siècle, le nombre d’Amérindiens se limitait à quelques centaines de milliers et on redoutait leur disparition. Certains observateurs prédisaient alors que, en 1935, les Etats-Unis auraient tourné la page sur cette “race en voie d’extinction”. Mais les Amérindiens n’ont pas disparu, et une évolution inattendue est apparue après l’octroi des droits civiques, quand le mouvement Red Power s’est imposé, dans les années 1960. Quatre recensements consécutifs (qui donnaient une croissance de 7 % à 10 % pour d’autres groupes) ont révélé une montée en flèche du nombre d’Amérindiens, avec un accroissement de 50 % en 1970, de 70 % en 1980, de plus de 30 % en 1990 et de 100 % en 2000, année où ils ont dépassé les 4 millions. Jack D. Forbes, professeur honoraire d’études amérindiennes à l’université de Californie à Davis, observe que, si l’on tient compte des sous-évaluations et autres anomalies, le nombre total d’Indiens vivant aujourd’hui aux Etats-Unis avoisine en fait les 15 millions, voire les 30 millions. Selon le recensement de l’an 2000, c’est la minorité américaine qui connaît la plus forte expansion démographique.

Enquête
CHANGER D’APPARTENANCE ETHNIQUE – Ça vous dirait d’être indien ?
Aux Etats-Unis, des Blancs qui retrouvent dans leur généalogie un aïeul cherokee ou ojibwe peuvent se déclarer “Indien”. Certains s’intègrent même dans une tribu. Une façon nouvelle d’affirmer son identité.
Jack Hitt
The New York Times
Courrier international
Le 15 juin 2006

Dans le froid piquant d’un matin de mars, un grand rassemblement d’Indiens est en train de s’animer au champ de foire Jaycee, près de Jasper, dans l’Etat de l’Alabama. Entre les pick-up arborant les slogans “Fierté indienne” ou “La terre ne nous appartient pas, c’est nous qui lui appartenons”, de petits groupes se sont formés pour jeter un coup d’œil aux stands qui vendent des tapis indiens, des bâtons de danse, des couteaux artisanaux et des livres de généalogie. Wynona Morgan, une femme d’âge moyen portant une blouse indienne brodée simplement et quelques bijoux, est assise sous la bâche de son camping-car. Bien qu’elle n’ait découvert ses origines que récemment, elle sait depuis des années qui elle est. “Ma grand-mère m’a toujours dit qu’elle descendait d’Indiens”, m’a-t-elle déclaré.
Wynona fait aujourd’hui partie de la Tribu cherokee du nord-est de l’Alabama, une nouvelle tribu qui s’est regroupée sous ce nom en 1997 et a décidé de raconter son histoire à travers le Cedar Winds, un camping dont elle souhaite faire un “authentique village cherokee”. “La seule preuve réelle que nous avions de nos origines indiennes était ce bout de papier”, explique-t-elle. Elle exhibe une photocopie d’un document vieux d’un siècle autorisant l’un de ses ancêtres à toucher en qualité d’Indien une certaine somme du gouvernement américain. Avec l’aide d’un généalogiste amateur, du nom de Bryan Hickman, Wynona a pu remonter jusqu’à ses racines et, depuis, elle élève son fils Jo-Jo comme un Amérindien.
L’adolescent fait la fierté de sa mère : il a été nommé chef honoraire de la tribu et c’est lui qui, ce jour-là, doit conduire la “grande entrée” juste après la danse de l’herbe. “A l’école, ses camarades se moquent parfois du fait qu’il est indien, mais ça lui est égal”, confie Wynona. Ce qu’elle omet de dire, c’est que ces brimades lui sont infligées parce que lui et sa mère ressemblent moins à des Indiens qu’à des Blancs de l’Alabama. En fait, tous les Indiens présents au powwow ont l’air d’être des Blancs. Pendant mon séjour avec eux, je sentais qu’ils redoutaient de me voir soulever la question.
Ce malaise ethnique se retrouve jusque dans les tribus plus anciennes, car l’exogamie (le mariage hors tribu) a donné le jour à des individus qui ressemblent beaucoup moins à des Indiens que ceux des westerns. Cette inquiétude est particulièrement vive dans les nouvelles tribus. Au cours du week-end, les Cherokees du nord-est de l’Alabama avaient très peur que, comme d’autres, je les accuse de “fraude ethnique”. Hickman, le généalogiste, a voulu savoir si j’allais les “tourner en ridicule” : au cours des jours qui ont précédé le powwow, il m’a appelé à plusieurs reprises avec une pointe de panique dans la voix.
Wynona, elle, est ravie d’évoquer son statut relativement nouveau d’Amérindienne. Pendant des années, elle a assisté aux powwows en tant que Blanche, et c’est à l’issue de ses recherches généalogiques, il y a deux ans, que son appartenance à la tribu est devenue officielle. “J’ai horreur de dire ça, mais je suis une toute nouvelle Indienne, confie-t-elle. J’ai dû tout apprendre et je continue d’apprendre chaque jour.”
Chaque moment de la vie de Wynona est imprégné du profond plaisir que lui procurent les découvertes sur ses ancêtres. Elle sait, dit-elle, qu’il existe des pseudo-Indiens – on les appelle des “wannabes*” – et elle les trouve pitoyables. “J’ai entendu des gens se vanter d’avoir une ‘princesse cherokee’ dans leur ascendance, raconte-t-elle en riant. J’adore cette anecdote, car, bien sûr, il n’y avait pas de princesses chez les Cherokees.” Ce genre de plaisanterie circule beaucoup chez les Indiens, ces jours-ci.
Il y a un siècle, le nombre d’Amérindiens se limitait à quelques centaines de milliers et on redoutait leur disparition. Certains observateurs prédisaient alors que, en 1935, les Etats-Unis auraient tourné la page sur cette “race en voie d’extinction”. Mais les Amérindiens n’ont pas disparu, et une évolution inattendue est apparue après l’octroi des droits civiques, quand le mouvement Red Power s’est imposé, dans les années 1960. Quatre recensements consécutifs (qui donnaient une croissance de 7 % à 10 % pour d’autres groupes) ont révélé une montée en flèche du nombre d’Amérindiens, avec un accroissement de 50 % en 1970, de 70 % en 1980, de plus de 30 % en 1990 et de 100 % en 2000, année où ils ont dépassé les 4 millions. Jack D. Forbes, professeur honoraire d’études amérindiennes à l’université de Californie à Davis, observe que, si l’on tient compte des sous-évaluations et autres anomalies, le nombre total d’Indiens vivant aujourd’hui aux Etats-Unis avoisine en fait les 15 millions, voire les 30 millions. Selon le recensement de l’an 2000, c’est la minorité américaine qui connaît la plus forte expansion démographique.
Cette croissance est symptomatique de ce que les sociologues appellent l’“ethnic shopping”. Celui-ci reflète la tendance d’un nombre croissant d’Américains à renoncer à leur identité d’origine pour une autre avec laquelle ils se sentent plus en accord. Il n’y a pas un seul groupe ethnique sur cet hémisphère qui soit à l’abri des drames occasionnés par ces changements d’identité. En 2004, à Montréal, le choix de Tara Hecksher comme reine d’un défilé irlando-canadien a pu paraître bien inspiré : la jeune femme a un père irlandais et une mère nigériane. Mais, en voyant les traits de son visage et ses cheveux, la plupart des gens voient instinctivement en elle une Noire. C’est certainement ainsi qu’a dû la percevoir le voyou qui a interrompu le défilé en l’aspergeant d’un liquide blanc. Si l’identité est souvent cause de tourments, ceux-ci ne sont nullement plus profonds que chez les Amérindiens. Nombre de symboles de l’indianité – les parures, la vie spirituelle, la culture tribale – font l’objet de débats animés, voire de réglementations au niveau national. Du petit monde de Hollywood aux pseudo-guides spirituels, tout le monde se les approprie et les réduit ce faisant à l’état de vulgaires clichés. Il s’ensuit que beaucoup d’Indiens essaient de définir aujourd’hui les nouveaux Amérindiens en des termes qui se démarquent le plus possible d’une pseudo-indianité de consommation.
Jadis, identité ethnique et race étaient considérées comme des données bien définies, des qualités inhérentes à l’individu qui non seulement étaient immuables mais pouvaient aussi être mesurées, quantifiées et consignées sur des formulaires administratifs. Mais la diversité américaine et les mariages interraciaux – ainsi que la parfaite adéquation entre le réseau Internet et une recherche généalogique poussée – ont transformé cette étrange certitude en une question à choix multiples. Pendant la plus grande partie de l’histoire américaine, l’identité était contrôlée par l’Etat : le recenseur décidait de votre identité en remplissant tranquillement son questionnaire sur le seuil de votre porte. Mais, en 1960, le mode de recensement a été modifié pour permettre aux citoyens de déclarer par eux-mêmes leur identité ethnique. Le grand changement, cependant, n’est survenu qu’avec le recensement de l’an 2000, quand les Américains ont été autorisés à déclarer plus d’une race ou d’une identité ethnique. Depuis, les vieilles classifications se sont encore assouplies.
Combien la vie serait plus simple – mais aussi plus effrayante – si nous avions tous une carte d’identification ethnique. Lorsqu’un individu à la peau très blanche se présenterait comme Noir, il suffirait de lui demander sa carte fédérale garantissant qu’il a suffisamment de sang africain dans les veines pour être reconnu comme Africain-Américain. Or cela, on pourrait déjà le faire avec les Amérindiens. Certains d’entre eux possèdent ce qu’on appelle assez maladroitement une carte blanche, laquelle est officiellement connue sous le nom de certificat de degré de sang indien (CDIB, Certificate of Degree of Indian Blood). Cette carte certifie un certain pourcentage de sang indien et ne peut être délivrée qu’aux membres d’une tribu reconnue par les autorités fédérales.
L’habitude de mesurer le sang indien remonte au lendemain de la guerre de Sécession, quand le gouvernement américain décida de ne plus fonder sa politique d’extermination des Indiens sur la force des armes mais sur la méthode plus douce du métissage. Il eut l’idée diabolique d’accorder aux citoyens d’autant plus de récompenses et de privilèges qu’ils avaient moins de sang indien dans les veines. Le raisonnement était le suivant : en incitant ainsi les Indiens à épouser des Blancs, ceux-ci réduiraient leur part de sang indien, si bien qu’à terme la race finirait par disparaître. Cet encouragement aux mariages interraciaux est venu se greffer sur une tradition tribale d’accueil aux étrangers.
Pendant longtemps, bon nombre d’Indiens n’ont pas eu les traits typiques de leur race, en particulier dans l’est du pays, où les premiers contacts avec les Européens remontent à une époque plus lointaine. Dans les premiers temps, ce phénomène n’a pas suscité de malaise. Mais, après le mouvement des droits civiques – à partir duquel le débat n’a plus porté sur la dure condition des “Nègres” mais sur les droits des “Noirs” –, le mot “blanc” a revêtu une connotation raciste. Cette association explique sans doute la multiplication d’expressions ethniques plus respectables, telles que Irlandais-Américain ou Norvégien-Américain, lesquelles propulsent votre identité du Vieux Continent au Nouveau en faisant l’impasse sur la guerre de Sécession. C’est ainsi que la situation en pays indien se trouve compliquée par une pression ethnique inattendue : des gens qui pourraient se déclarer blancs mais qui préfèrent invoquer, légitimement ou non, la présence d’un Indien dans leur ascendance pour se présenter sous une autre identité. Et, dans un pays qui se définit par le malaise identitaire, quel plus grand salut pourrait-on espérer que l’appartenance à un peuple qui a toujours été là ?
L’année dernière, par un chaud après-midi d’été, de nombreuses familles, profitant des joies de la nature, barbotaient dans le lac de Chicagon, dans l’Etat du Michigan. Non loin de là, sous l’abri pique-nique, une bonne dizaine de personnes étaient rassemblées pour participer à un camp linguistique d’ojibwe. La responsable du camp, Wendy Geniusz, était une jeune blonde dont le joli sourire effronté reflétait l’origine polonaise de son père, qui avait grandi parmi les Ojibwes. Sa mère, Mary, était la petite-fille d’une Indienne du Canada qui avait renoncé à son appartenance ethnique en épousant un Ecossais presbytérien. Il y a environ vingt-cinq ans, quand Mary a eu son premier enfant, elle s’est dit qu’elle ne pouvait plus s’offrir le luxe d’avoir plusieurs origines : elle devait créer un environnement cohérent pour ses enfants.
Après avoir trouvé un guide spirituel pour l’introduire dans le monde de sa grand-mère, Mary a élevé ses enfants parmi les Ojibwes. Wendy est née indienne. Elle est connue sous son nom indien, Makoons, et, du plus loin qu’elle se souvienne, elle a toujours assisté à des cérémonies traditionnelles. Depuis cinq ans, ses journées commencent par une offrande de tabac et une prière. Elle est mariée à un Ojibwe – Errol Geniusz, qui a pris le nom de son épouse – et a décidé d’élever ses enfants dans la langue tribale. Elle a perfectionné ses connaissances de l’ojibwe à l’université du Minnesota, où elle a fait un doctorat sur la “Décolonisation du savoir botanique des Ojibwes”, et elle l’enseigne aujourd’hui aux autres membres de la tribu.
“Les gens me prennent généralement pour une Blanche, explique Wendy. Cela m’est arrivé tout récemment encore, alors que j’apportais avec ma sœur un paquet de vêtements usagés à une vente de charité indienne.” Mais elle se souvient aussi d’avoir assisté à une conférence nationale indienne, où chaque tribu était conviée à se lever et à saluer l’assistance. “J’étais assise avec les Chippewas Chicagoans, et ils m’ont demandé de les représenter car je parlais mieux l’ojibwe. Je me suis donc levée et j’ai employé une formule très simple, quelque chose comme boozhoo giinawaa, qui signifie ‘Bonjour à tous’. Après la conférence, tous ces gens sont venus me voir et m’ont serrée dans leurs bras en me disant qu’ils m’avaient prise pour une petite Blanche. Quand je parle, les gens sont d’abord étonnés, puis ils m’acceptent.”
Circe Sturm, auteur d’un récent ouvrage sur les nouvelles tribus indiennes, Claiming Redness [Revendiquer le rouge], écrit qu’une “grande différence entre les anciennes tribus et les nouvelles est que ces dernières rejettent fébrilement le blanc. On les entend souvent parler de ‘cheveux indiens’ ou de ‘pommettes indiennes’. Ils concluent solennellement leur conversation en disant : ‘Sur tous les plans, je me considère comme un Indien.’ Les anciennes tribus, elles, reconnaissent leur couleur blanche. Les Cherokees d’Oklahoma plaisantent souvent à propos de la notion de “Cherokees blancs”.
L’identité ethnique est une question délicate, car on tend à la considérer comme quelque chose de fondamental et d’immuable, alors qu’il s’agit souvent d’un compromis tacite entre la manière dont vous vous présentez et celle dont les gens sont disposés à vous voir. Wendy a vécu parmi les Ojibwes et ils la reconnaissent aujourd’hui comme une des leurs. S’il lui est aussi facile de se présenter comme une Indienne, c’est en partie parce que, pour son entourage, elle mène la vie d’une Indienne. Dans cette région du Michigan, ses traits européens sont perçus tout au plus comme un peu curieux. Cette “négociation ethnique” dépend de la région où l’on vit. Les Amérindiens reconnaissent l’existence d’une sorte d’éventail de possibilités. A une extrémité se trouvent les Indiens qui vivent dans des réserves établies de longue date dans l’ouest du pays, au sein d’une tribu reconnue et dont la plupart des membres conservent des traits typiquement indiens. A l’autre bout, il y a les “amateurs”, ces “groupies” qui traînent autour des powwows et espèrent trouver une branche indienne dans leur arbre généalogique. Ce sont des gens qui aiment porter la tenue tribale traditionnelle et “jouer à l’Indien”, pour reprendre le titre d’un ouvrage [Playing Indian, Yale Historical Publications, 1999] de Philip Deloria, professeur d’histoire à l’université du Michigan.
Quant à savoir où se situe la frontière de l’authenticité sur cet éventail allant des tribus de l’Ouest aux “amateurs”, la question reste ouverte. Il s’agit d’un territoire en cours de remodelage, ce qui explique le fort accroissement de la population indienne et l’intensité du débat sur l’opportunité de revendiquer ses origines indiennes. L’indianité est-elle conférée par la nature ou par l’éducation ? Relève-t-elle de la génétique, de la culture ou des deux ?
Face à la récurrence de telles questions, le regain d’intérêt pour les langues indiennes prend toute sa signification. Selon Laura Redish, directrice de Native Languages of the Americas, un centre de documentation sur le renouveau linguistique, quelque 150 langues indiennes sont actuellement parlées en Amérique du Nord ou ont disparu depuis assez peu de temps pour qu’on puisse les faire revivre. Au cours des dernières années, dit-elle, 80 % à 90 % des tribus ont pris des mesures pour encourager ce renouveau. Selon elle, le renouveau linguistique est au cœur du nouveau malaise identitaire. “Il faut de la volonté pour apprendre une langue. J’ai remarqué que les Métis qui vivent dans les zones urbaines étaient tout particulièrement avides d’apprendre – pour ne pas être considérés comme des wannabes. Cet intérêt pour la langue témoigne de leur désir d’être en phase avec leur identité.”
Comme l’apprentissage d’une langue est une tâche ardue et de longue haleine, la volonté nécessaire pour assister aux camps organisés par Wendy Geniusz ou pour participer à l’une des multiples actions destinées à faire revivre les langues indiennes exclut les “amateurs”. Ainsi, il sera un jour difficile de contester l’authenticité d’une cohorte d’Indiens indépendamment de facteurs généalogiques ou du pourcentage de sang indien. Dans cinquante ans, de nombreux individus aujourd’hui considérés comme des wannabes auront l’âge, les traditions et le sérieux pour eux. Qui s’aventurera alors à remettre en question leur indianité ? Il est bien plus probable que la redéfinition de l’identité américaine chez les Indiens – comme dans d’autres communautés ethniques – sera acceptée d’office, comme elle l’a toujours été ou a toujours été censée l’être.

* Wannabe est la contraction familière de Want to be, “celui qui veut être quelqu’un”.


Télévision: “Staline pour les nuls” soulève l’émotion de nos amis historiens

14 mars, 2007
Dictatorship for dummiesDans un pays ou l’Etat est le seul employeur, toute opposition signifie mort par inanition. L’ancien principe: qui ne travaille pas ne mange pas, est remplacé par un nouveau: qui n’obéit pas ne mange pas. Trotsky

Comment ! On a osé parler mal du camarade Staline au pays du dernier Tyrannophilus Rex d’Europe et… devant nos enfants!

Pour une fois qu’une télé populaire (M6, hier soir à 20h50, le 13/3/07) se voulait, à l’heure de la plus grande écoute, pédagogique et se décidait enfin à nous parler non hagiographiquement du “Petit père des peuples”, et, accessoirement… du pire criminel de l’histoire que fut Joseph Staline.

Naturellement il a bien fallu que les gardiens du temple historien (du moins les plus “archéos” de ses membres) montent au créneau, pour dénoncer cette vile falsification de l’Histoire (et l’hégémonie de la bande à Courtois !).

Comme, après la critique bien-pensante de Télérama qui (tout en reconnaissant son mérite pédagogique) le qualifie de « Staline pour les nuls », cettre lettre à une association d’historiens qui avait osé recommander le documentaire (certes non parfait : Staline semblant par exemple avoir encore battu Hitler tout seul, tant les Alliés anglo-américains sont peu mentionnés et notamment leurs envois d’armes).

Critique Télérama:

Staline, le tyran rouge
Documentaire (Histoire)
Réalisateur : Mathieu Schwartz, Serge de Sampigny, Yvan Demeulandre
Année : 2007
Mardi 13 mars 2007 de 20h50 à 22h30 (100′)

Télérama du Samedi 10 mars 2007 : Documentaire de Mathieu Schwartz, Serge de Sampigny et Yvan Demeulandre (France, 2007). 100 mn. Inédit.

« Staline pour les nuls » pourrait être le sous-titre de cette biographie du « petit père des peuples », nouvelle incursion de M6 dans le champ du documentaire historique. Réalisé à base d’archives en couleurs ou colorisées (première partie de soirée oblige), ce programme destiné à un large public pousse l’exigence de simplicité jusqu’à réduire l’histoire du stalinisme à la folie d’un homme, négligeant le contexte dans lequel son régime s’instaura, comme les circonstances de l’exercice de son pouvoir.

Soucieux de nous convaincre de la barbarie du stalinisme, les auteurs usent de procédés pour le moins accrocheurs. C’est le cas dès le prégénérique, qui confronte une image de Maurice Thorez exprimant son « amour ardent » pour Staline à la réalité chiffrée des méfaits du tyran : 1 million d’exécutions, 18 millions de prisonniers… Des chiffres qui s’inscrivent à l’écran pour marquer nos esprits, comme se gravent dans nos oreilles quelques formules assassines du « petit père des peuples ». Le reste est à l’avenant. Bruitage à tout-va des archives, musique omniprésente et commentaire emphatique concourent à l’hyperdramatisation de ce documentaire, dont la vertu essentielle est de parler d’histoire sur une chaîne et à un horaire habituellement dédiés au divertissement.

François Ekchajzer

Le fait qu’il n’existe que peu de travaux en français illustre l’état pitoyable auquel est réduit la « soviétologie » française : un historien français se met en péril s’il ne partage pas les vues de M.M. Nicolas Werth et Stéphane Courtois, comme je l’ai fait observer L’histoire contemporaine sous influence, Pantin, Le Temps des cerises, 2004. Il existe cependant un ouvrage traduit en français qui eût pu équilibrer la thèse du « tyran rouge » et qui porte en partie, malgré son titre, sur la période stalinienne, celui d’Arno Mayer, Les Furies, terreur, vengeance et violence, 1789, 1917, Fayard, Paris, 2002. L’APHG n’a cependant pas cru bon non plus de mentionner ce travail comparatif éclairant du grand historien américain, pourfendeur de la « soviétologie » de l’ancienne gauche radicale française qui a acquis « droit de cité dans les salons des VIe et VIIe arrondissements » en abjurant tapageusement le péché original de son appui à la révolution bolchevique (et à l’extrême gauche ici même) et en pratiquant « l’analogie entre Robespierre, Rousseau et la Grande Terreur d’une part, et Lénine/Staline, Marx et le goulag de l’autre » (op. cit., p. 10-11).

APHG et Staline, le tyran rouge

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Écrit par Annie Lacroix-Riz
12-03-2007
À l’attention de M. Hubert Tison, directeur de la rédaction et rédacteur en chef de la revue Historiens et Géographes et de M. Robert Marconis, président de l’Association des professeurs d’histoire et de géographie de l’enseignement public (APHG)

Chers collègues,

Je suis informée aujourd’hui par un collègue de l’enseignement secondaire, agrégé d’histoire, M. Weiser (que je remercie vivement de son initiative), du soutien apporté ès qualités par l’APHG (Association des professeurs d’histoire et de géographie de l’enseignement public), et, selon sa section d’Aix-Marseille, par « la rédaction d’Historiens et Géographes », à une production télévisée non encore diffusée. Après lecture de la pièce concernée, la diffusion par www.aphgAixMarseille.com d’une publicité intitulée « Documentaire pédagogique de M6 à destination des collégiens et des lycéens » (que vous trouverez reproduite ci-dessous), je constate avec stupeur que :

1° l’APHG a été dotée du privilège de visionner, avant la masse des spectateurs français, un « documentaire » de M6 intitulé « Staline, le tyran rouge », titre accrocheur qui semble augurer du même sérieux qu’une production antérieure, « Hitler, la folie d’un homme », dont l’intitulé constitue à soi seul un aveu de manque de sérieux scientifique. Je remercie l’association de faire savoir aux professeurs d’histoire et de géographie de l’enseignement public à quel titre elle a reçu ledit privilège de cette chaîne de télévision privée.
2° l’APHG accepte que son label et sa réputation auprès des collègues servent de relais publicitaire à une chaîne de télévision qui n’a pas habitué les élèves et étudiants des membres de l’association à des spectacles de nature à informer et éduquer la population française, qu’il s’agisse d’histoire ou de « télé-réalité » information et éducation qui constituent, au moins en partie, la mission de notre profession.

3° l’APHG donne sa caution, quasi complète, à cette émission, en dépit de la légère réserve finale destinée à sauver son honorabilité : « Bien sûr les réalisateurs ont fait des choix. Le documentaire ne dit pas tout. Le professeur doit remettre en perspective et compléter, expliquer, et initier les élèves à la critique de l’image ». C’est bien le moins que l’APHG reconnaisse au professeur d’histoire « de l’enseignement public » le droit ou le devoir de compléter l’enseignement de base dispensé par une chaîne privée de télévision. Concernant les bases « scientifiques » sur lesquelles le malheureux « professeur » pourra se livrer à cet examen « critique » a posteriori, vous lirez au point suivant mes remarques sur les références bibliographiques que vous fournissez aux collègues, pour la tâche à eux assignée après diffusion du « documentaire » colorisé.

4° l’APHG, au rebours de toutes les traditions de l’université relatives à la « disputatio » ou au débat scientifique, accentue encore cet appui par la référence à deux des travaux de M. Nicolas Werth, qui a déjà dispensé ses « conseils historiques » au « documentaire » réalisé par Mathieu Schwartz et Serge de Sampigny, et monté par Yves Deleumandre.

Je rappelle que Nicolas Werth, Directeur de Recherches au CNRS, a vu sa notoriété portée aux cimes par sa large participation à un ouvrage qui, sur le plan scientifique, a confirmé la « soviétologie » française en lanterne rouge de l’historiographie internationale : du Livre noir du communisme (Paris, Robert Laffont, 1997) réalisé sous l’égide de Stéphane Courtois, M. Werth a en effet fourni la partie présumée scientifique. Il s’est agi en réalité d’une opération politique et idéologique de grande envergure, à l’échelle tant de la France que de l’Europe unifiée. Cette opération éditoriale a donné l’élan décisif à l’assimilation entre nazisme et communisme qui peuple aujourd’hui les manuels scolaires (est-ce avec la caution scientifique de l’APHG?). Dans l’Europe unifiée comptant désormais nombre de pays d’Europe orientale supposés avoir acquis la liberté grâce à l’effondrement de l’abominable Union Soviétique, l’opération a abouti à ce que, malgré l’identité proclamée entre nazisme et communisme, les groupements communistes sont aujourd’hui pourchassés et interdits, tandis que les héritiers des bourreaux nazis et des collaborationnistes de la période 1939-1945 sont dotés de statues, places, etc., et érigés en héros de manuels scolaires ayant servi la liberté des peuples contre la barbarie soviétique. Un des derniers hauts faits de ces hérauts de la liberté s’est déroulé en Roumanie « démocratique », avec la récente réhabilitation « partielle », par la « cour d’appel de Bucarest », du dictateur nazi Ion Antonescu, chef des Gardes de fer, boucher hitlérien, tortionnaire et massacreur de juifs passé par les armes le 1er juin 1946 sur décision de la justice de son pays, événement rapporté par un historien américain, Radu Ioanid, dans le Monde du 2 mars 2007. Je signale en outre que M. Courtois, le maître d’œuvre du Livre noir du communisme, se fait aujourd’hui, entre autres tâches médiatiques, une spécialité de diffuser en tous lieux la bonne parole des organisations « ukrainiennes » : lesquelles se sont illustrées le 25 mai 2006 en rendant un hommage solennel sous l’Arc de Triomphe au pogromiste ukrainien Petlioura, outrage qui a valu auxdites organisations l’ire de la LICRA, organisation juive née de la défense de Samuel Schwarzbard, jeune juif ukrainien émigré à Paris qui y avait tué Petlioura en 1926.

L’APHG peut-elle expliquer pourquoi son soutien enthousiaste au documentaire réalisé sur les « conseils historiques » de M. Werth est doublé d’une publicité exclusive en faveur du même chercheur ? On imagine dès lors comment le professeur, convaincu des mérites de M. Werth à la fois par M6 et par l’APHG, pourra « remettre en perspective et compléter, expliquer, et initier les élèves à la critique de l’image » mise en forme sur les « conseils » de M. Werth.

Les collègues ignoreront donc que les travaux de M. Werth, devenu l’idole des manuels scolaires et universitaires, entrent en contradiction absolue avec nombre de ceux qui, dans le monde, font autorité. J’en citerai peu. L’un a été rédigé par son père, le remarquable journaliste anglais Alexander Werth, qui a passé en URSS les années de guerre d’extermination allemande contre ce pays, et en a tiré le gros ouvrage La Russie en guerre, Paris, Stock, 1964, 2 vol. Cette étude de journaliste demeure une des meilleures observations de la guerre en URSS et du soutien massif qu’a recueilli de sa population le « tyran rouge » dont Nicolas Werth décrit en tous lieux « la guerre contre son peuple ». Un des derniers livres universitaires en date, paru en octobre 2006 (donc, qui ne figure pas encore dans l’ensemble es bibliographies) confirme le sérieux du témoignage de 1964 : il a été rédigé par un des plus importants spécialistes internationaux de la politique extérieure soviétique des années trente à 1953, Geoffrey Roberts, Stalin’s Wars: From World War to Cold War, 1939-1953. New Haven & London: Yale University Press, 2006.

Sur l’histoire intérieure de l’URSS, « la famine en Ukraine » pour ne citer que cet aspect sur lequel M6 va nous faire frémir, l’APHG nous l’annonce est traitée par nombre de spécialistes mondiaux dans des termes absolument antagoniques avec les méthodes et les conclusions de M. Werth. On citera notamment les travaux de Douglas Tottle, Fraud, Famine and Fascism. The Ukrainian Genocide Myth from Hitler to Harvard, Toronto, Progress Book,1987 (photographe de formation qui a démontré, entre autres, que la campagne de presse germanique des années trente sur « la famine en Ukraine » a été alimentée par les photographies de celle de 1921-1922), et, plus récemment, ceux de spécialistes d’histoire sociale : Mark B. Tauger dont la plupart des articles et ouvrages sont téléchargeables (http://www.as.wvu.edu/history/Faculty/Tauger/soviet.htm) et R.W. Davies and S.G. Wheatcroft, The Years of Hunger: Soviet Agriculture, 1931-1933, New York, Palgrave Macmillan, 2004 (travaux catégoriques sur le caractère non volontaire et non génocidaire de la famine ou grave disette, non limitée à l’Ukraine, qu’a connue une partie de l’Union Soviétique en 1932-1933).

Le fait qu’il n’existe que peu de travaux en français illustre l’état pitoyable auquel est réduit la « soviétologie » française : un historien français se met en péril s’il ne partage pas les vues de M.M. Nicolas Werth et Stéphane Courtois, comme je l’ai fait observer L’histoire contemporaine sous influence, Pantin, Le Temps des cerises, 2004. Il existe cependant un ouvrage traduit en français qui eût pu équilibrer la thèse du « tyran rouge » et qui porte en partie, malgré son titre, sur la période stalinienne, celui d’Arno Mayer, Les Furies, terreur, vengeance et violence, 1789, 1917, Fayard, Paris, 2002. L’APHG n’a cependant pas cru bon non plus de mentionner ce travail comparatif éclairant du grand historien américain, pourfendeur de la « soviétologie » de l’ancienne gauche radicale française qui a acquis « droit de cité dans les salons des VIe et VIIe arrondissements » en abjurant tapageusement le péché original de son appui à la révolution bolchevique (et à l’extrême gauche ici même) et en pratiquant « l’analogie entre Robespierre, Rousseau et la Grande Terreur d’une part, et Lénine/Staline, Marx et le goulag de l’autre » (op. cit., p. 10-11).

5° l’APHG donne dans la surenchère antisoviétique et antistalinienne même par rapport à l’hebdomadaire culturel et de télévision Télérama. Ce magazine critique systématiquement les régimes qui ont aboli ou menacent d’abolir la propriété des grands moyens de production et d’échange (URSS, Chine, Cuba, Vietnam, Corée du Nord, etc., et désormais Venezuela du « tyran » Chavez). Le journaliste rendant compte du documentaire qui a émerveillé l’association considère cependant que « “Staline pour les nuls” pourrait être le sous-titre de cette biographie du “petit père des peuples”, nouvelle incursion de M6 dans le champ du documentaire historique ». Vous trouverez ci-après le commentaire intégral de François Ekchajzer de Télérama dans son n° 2982 du 7 mars 2007, p. 110 (transcription fournie par M. Weiser) :

« Staline, le tyran rouge

Documentaire de Mathieu Schwartz, Serge de Sampigny et Yvan Demeulandre (France, 2007). 100 mn. Inédit.

« Staline pour les nuls » pourrait être le sous-titre de cette biographie du « petit père des peuples », nouvelle incursion de M6 dans le champ du documentaire historique. Réalisé à base d’archives en couleurs ou colorisées (première partie de soirée oblige), ce programme destiné à un large public pousse l’exigence de simplicité jusqu’à réduire l’histoire du stalinisme à la folie d’un homme, négligeant le contexte dans lequel son régime s’instaura, comme les circonstances de l’exercice de son pouvoir.

Soucieux de nous convaincre de la barbarie du stalinisme, les auteurs usent de procédés pour le moins accrocheurs. C’est le cas dès le prégénérique, qui confronte une image de Maurice Thorez exprimant son « amour ardent » pour Staline à la réalité chiffrée des méfaits du tyran : 1 million d’exécutions, 18 millions de prisonniers… Des chiffres qui s’inscrivent à l’écran pour marquer nos esprits, comme se gravent dans nos oreilles quelques formules assassines du « petit père des peuples ». Le reste est à l’avenant. Bruitage à tout-va des archives, musique omniprésente et commentaire emphatique, concourent à l’hyperdramatisation de ce documentaire, dont la vertu essentielle est de parler d’histoire sur une chaîne et à un horaire habituellement dédiés au divertissement. François Ekchajzer ».

Pouvez-vous expliquer, chers collègues, aux « professeurs d’histoire et de géographie de l’enseignement public » pourquoi vous engagez la revue Historiens et Géographes et l’association en leur nom dans la promotion militante d’une production que même Télérama qualifie de « Staline pour les nuls ». Je me permets d’espérer que mes collègues membres de votre association solliciteront de votre revue et de l’association qui les représente un comportement plus conforme à la déontologie universitaire.

Bien cordialement,

Annie Lacroix-Riz
Ci-dessous panégyrique de l’APHG (WWW.aphgAixMarseille), envoyé à M. Weiser et communiqué par ce dernier :

Staline , le tyran rouge un documentaire de la chaine M6

Documentaire pédagogique de M6 à destination des collégiens et des lycéens

Nous attirons l’attention des adhérents de l’APHG, des lecteurs de la revue Historiens et Géographes sur la projection d’un nouveau documentaire en couleurs qui va sortir le mardi 13 mars à 20h50 sur M6

Après les documentaires sur Hitler, la folie d’un homme et Quand l’Algérie était française , M6 sort ce nouveau documentaire sur Staline , le tyran rouge . Réalisé par Mathieu Schwartz et Serge de Sampigny et Yves Deleumandre pour le montage, il a bénéficié desconseils historiques de Nicolas Werth, Directeur de Recherches au CNRS

Comment Staline a t-il conquis le pouvoir, comment est-il devenu un dictateur impitoyable comment a t’il dirigé d’une main de fer son pays (planification , collectivisation des terres , industrialisation à outrance) ? Pourquoi a-t-il éliminé ses amis comme ses opposants ? Le documentaire essaie de répondre à ces questions et de cerner la personnalité d’un tyran qui a causé en 30 ans la mort de millions de personnes. La famine d’Ukraine en est un exemple tragique.

Pour contourner la difficulté des films de la propagande stalinienne, les réalisateurs ont consulté plusieurs centaines de sujets d’archives émanant de 15 sources différentes, notamment à Moscou. Ils ont pu photographier quelques documents terribles auprès d’associations pour la mémoire des victimes du stalinisme. Beaucoup de ces images sont inédites.

Le documentaire est un récit historique réalisé à partir d’archives (Les deux tiers des images ont été colorisées pour rendre selon les réalisateurs le sujet plus accessible et plus réaliste). Aucune interview n’a été réalisée pour privilégier les documents d’époque : cahiers intimes photos, lettres. Les citations des protagonistes sont lues par des comédiens qui ont été colorisées pour les rendre plus accessibles à un grand public. Ajoutons que des cartes permettent de mesurer les évolutions territoriales de l’URSS, de situer par exemple les camps d’emprisonnement.

La revue Historiens et Géographes qui a vu le documentaire, le recommande, c’est un excellent support aux cours sur l’histoire de l’URSS en 3 ème, en 1ère et en Terminale. Il est libre de droits et peut donc être enregistré le jour de sa programmation le mardi 13 mars. et utilisé par la suite en classe sans aucun problème .Il dure plus d’une heure, mais il peut être présenté en totalité ou surtout en partie, en séquences par exemple pour analyser la période des procès, l’art de la propagande, la famine d’Ukraine, le travail forcé des opposants ou l’enterrement de Lénine ou Staline pendant la Seconde Guerre. Bien sûr les réalisateurs ont fait des choix Le documentaire ne dit pas tout. Le professeur doit remettre en perspective et compléter, expliquer, et initier les élèves à la critique de l’image.

A lire Nicolas Werth La terreur et le désarroi

Staline et son système, Perrin, collection Tempus , 2007, une réflexion neuve sur le stalinisme

La rédaction d’Historiens et Géographes

Voir aussi le dossier de presse du film avec un commentaire du site le blog TV :

M6 propose le mardi 13 mars, en première partie de soirée,un document exceptionnel, “Staline, le tyran rouge”.
Un document en couleurs de Mathieu Schwartz, Serge de Sampigny et Yvan Demeulandre.
Selon Bernard de la Villardière , les images ne sont pas inédites mais elles ont été peu exploitées auparavant. Interrogé par Télé star, le journaliste dit que certaines des images ont demandé beaucoup de négociations. “Les films montrant son épouse, suicidée, comme on le saura 60 ans plus tard, ou ses enfant,s ont rarement été montrés.” Il est temps d’être franc sur le sujet, ajoute-t-il, “d’arrêter avec l’étiquette romantique que certains collent au communisme soviétique. C’est aussi l’ambition de ce documentaire”.
Extraits du dossier de presse :
Le 9 mars 1953, Joseph Staline est enterré à Moscou devant un million de personnes. Ses funérailles sont celles d’un demi-Dieu. Ultime paradoxe pour l’un des plus terribles criminels de l’Histoire du 20ème siècle, qui a fait le malheur de son peuple tout en suscitant une admiration collective. Car en 30 ans de règne absolu, celui qui se faisait appeler complaisamment le petit père des peuples a causé la mort de plusieurs dizaines de millions de personnes …
“Comment cet enfant miséreux, ce révolutionnaire terne et sans envergure, est-il devenu le maître sanguinaire du plus grand pays du monde ? Ce documentaire a pour ambition de cerner la personnalité d’un tyran qui a transformé un rêve en cauchemar.
Porteur d’un idéal vite oublié, il écrase sans états d’âme tous ceux qui s’opposent à lui, “même par la pensée”. Ses camps de rééducation par le travail, plus connus sous le nom de Goulag, transforment 18 millions de Russes en esclaves.
Aussi machiavélique que parano, Staline invente le procès politique où les peines sont fixées avant même le début de l’audience. Pour asseoir son pouvoir, il terrorise son peuple comme on construit des usines, avec des plans et des quotas de personnes à exécuter. Il laisse mourir de faim 7 millions de paysans pour les punir de refuser sa révolution.”

M6 souligne que fidèle à l’écriture qui avait été adoptée pour le documentaire “Hitler, la folie d’un homme” et “Quand l’Algérie était Française”, ce nouveau document historique entend faire de “Staline, le tyran rouge” un portrait vivant, pédagogique et accessible à tous. Sa réalisation a nécessité un an de travail.
Les deux tiers des images ont été colorisées par un studio spécialisé dans les films historiques. Le tiers restant est composé de films d’époque tournés en couleurs.
Le film ne contient aucune interview, afin de privilégier les témoignages d’époque : discours, lettres, cahiers intimes. Lus par des comédiens.

“Si Staline avait une emprise absolue sur son pays, il l’a bien sûr également exercée sur les archives. Multipliant les films de propagande, il a parfois rayé des pans entiers de l’Histoire en falsifiant la réalité, en détruisant les photos, en effaçant même certains personnages des documents officiels. Pour contourner ces difficultés, nous avons consulté plusieurs centaines de sujets d’archives, films et photos émanant d’une quinzaine de sources différentes. Nous sommes allés à Moscou visionner des films dans les archives soviétiques. Nous avons également pu photographier quelques documents accablants auprès d’associations oeuvrant pour la mémoire des victimes du Stalinisme. Pour une part importante, ces images n’ont jamais été diffusées à la télévision française”.