Présidentielle 2007: qui nous délivrera… des vaines paroles et des fausses promesses?

https://i2.wp.com/www.congopage.com/IMG/jpg/Jacques_marseille.jpgJe suis convaincu que le libéralisme est voué au même échec que le communisme et qu’il conduira aux mêmes excès. L’un comme l’autre sont des perversions de la pensée humaine. Jacques Chirac (in « L’inconnu de l’Elysée », Pierre Péan)

Au moment où les principaux candidats de la très prochaine élection présidentielle rivalisent de promesses aussi irresponsables les unes que les autres – au point que les économistes du PS s’en arrachent les cheveux ou… quittent le navire.

Il faut lire d’urgence le dernier ouvrage du professeur d’économie de la Sorbonne Jacques Marseille (« Les bons chiffres pour ne pas voter nul en 2007 ») qui, à partir d’une centaine de tableaux statistiques, remet un certain nombre de pendules à l’heure sur la Maison France.

Où, pour ne prendre que quelques exemples, l’on apprend que le taux de chômage français serait plus proche de 20% que des 8,8% officiels (si on le mesure par rapport aux travailleurs non protégés) ; ou que les « jeunes » qui ne trouvent pas de travail sont en fait plus près de 8% que des 22% officiels (si on ne compte que ceux qui cherchent effectivement).

Ou, à l’heure où la Mère Royal promet encore de le réévaluer, que la France se smicardise (l’un des plus forts taux européens de population au smic, plus de 15% – dix fois plus qu’au Royaume-Uni ! – produisant un tassement sur les salaires des classes intermédiaires) du fait notamment du poids des charges sociales sur les entreprises et du trop faible nombre d’heures travaillées …

Ou que si la France avait le même taux de personnel (ie. en diminuant ses charges sur les employeurs de 60%) dans les seuls secteurs du commerce de détail et de l’hôtellerie-restauration, elle pourrait plus que résorber son chômage.

Ou que pour les heures travaillées et le niveau de vie (chiffres de 2005), la France des 35h se retrouve avec quelque 40% de travail en moins (617 h/an/hab, soit 51h/sem contre 801 au RU, soit plus de 66 h et 865 aux EU, soit 72 h et même par actif occupé 1546 h/an contre respectivement 1672 et 1804 pour – surprise!-… près de 40% de revenu en moins ($28 000 de PIB/hab contre $ 39 000 aux EU)!

Et enfin que l’ensemble des salaires des patrons surexploiteurs du CAC 40 (200 millions d’euros) ne permettrait de verser aux 3 700 000 pauvres qu’à peine plus de… 50 euros !

Les Bons chiffres pour ne pas voter nul en 2007
Perrin

février 2007

Introduction

Têtues, ces statistiques!

Les statistiques n’ont en général pas bonne presse. « Il y a trois sortes de mensonges : le mensonge, le fieffé mensonge et les statistiques ! » aurait affirmé le premier ministre de la reine Victoria, Benjamin Disraëli. « Les faits sont têtus, ajoutait l’écrivain américain Mark Twain. Il est plus facile de s’arranger avec les statistiques. »

On mesure l’enjeu de ce livre qui n’est rien d’autre qu’une collection de statistiques et qu’un pari sur le bon sens d’un peuple qui ne veut plus se laisser bercer de promesses et de vaines paroles. Car si les statistiques peuvent être régulièrement démenties, quand elles s’ingénient à prédire quel sera le taux de croissance pour les prochaine années ou même peuvent s’avérer assassines quand, mal interprétées, elles servent de support à la mise en place d’un CPE qui engloutira les chances du premier ministre pour les élections présidentielles de 2007, elles sont le plus souvent aussi « têtues » que les faits.
La statistique est « têtue » quand elle nous démontre, en effet, que ce ne sont pas 21,8% des jeunes Français de 15 à 24 ans qui sont au chômage mais, seulement 21,8% des jeunes qui ont terminé leurs études et qui cherchent un emploi, soit, seulement 7,8% des « jeunes ». Ce qui est moins anxiogène que ne le pensaient les lycéens et les étudiants qui sont descendus dans la rue en mars 2006.
La statistique est également « têtue » quand elle nous démontre que, de 1993 à 2005, la croissance des richesses produites par les Français a été sensiblement inférieure à celle produite par nos principaux partenaires européens et mondiaux.
La statistique est aussi « têtue » quand elle chiffre le montant de la dette accumulée par notre pays depuis vingt-cinq ans et qu’elle nous assure que les intérêts qui y sont attachés sont quasiment du même ordre que l’impôt sur le revenu.
Elle est aussi formidablement « têtue » quand elle nous apprend que 38% des élèves français de 15 ans ont redoublé au moins une fois alors les jeunes Finlandais, qui alignent les meilleures performances scolaires des pays de l’OCDE, ne sont que 2,8% à avoir subi une telle « punition ».
La statistique est par contre sujette à discussion quand elle cherche à mesurer l’évolution des prix depuis l’avènement de l’euro, quand elle évalue le revenu moyen des Français, quand elle interprète l’évolution des crimes et délits ou quand elle recense le nombre d’immigrés ou de demandeurs d’asile.
La statistique est enfin formidablement politique quand elle montre, par exemple, que c’est sous le gouvernement de Lionel Jospin que la construction de logements sociaux a lourdement chuté , que c’est au cours des cinq premières années de la présidence de François Mitterrand que le partage des richesses entre le « capital » et le « travail » s’est renversé d’une manière brutale au profit du « capital » et au détriment du « travail » et que c’est toujours au cours des « années Mitterrand » que la Bourse a le plus accru ses gains.
Tel est bien l’objet de cette collection de chiffres : nous inviter à observer et à réfléchir avant les échéances politiques capitales de 2007.
Les statistiques « têtues » ici rassemblées se veulent tout d’abord résolument optimistes. Certes, beaucoup de Français souriront ou, pire, s’esclafferont quand ils apprendront qu’une étude de la très sérieuse Association européenne du capital-investissement ( EVCA) et du cabinet KPMG place le « site France » au 2ème rang des pays européens les plus accueillants pour les investisseurs après l’Irlande mais devant le Royaume-Uni et l’Allemagne. C’est en fait parce qu’ils ignorent que leur pays a des atouts, considérables, qui ne demandent qu’à être exploités. Que 47% du capital de nos 40 premières entreprises soient en 2006 détenus par des résidents étrangers contre 33% en 1997 et contre seulement 19% des sociétés américaines cotées en dit long sur la schizophrénie d’un pays qui a l’un des taux d’épargne le plus élevé des pays industrialisés mais qui n’oriente pas cette épargne vers ses propres entreprises. Des entreprises grandes et moyennes qui ont démontré leur capacité à surmonter le choc de la mondialisation mais qui, pour les plus modestes d’entre elles, se retrouvent trop souvent étranglées par des prélèvements sociaux et fiscaux excessifs, par des réglementations tatillonnes et des besoins de trésorerie liés à la longueur excessive des délais de paiement.
Sept ans après leur création, les entreprises françaises ne parviennent à accroître leurs effectifs que de 7% en moyenne, contre 22% en Allemagne et… 126% aux Etats-Unis. En voilà bien une statistique qui tue… ! Si la France et les Français étaient plus attentifs au destin de leurs entreprises qui seront plus de 500 000 à devoir être cédées dans les dix prochaines années, nul doute que l’emploi, qui sera légitimement au cœur des débats de 2007, s’en porterait mieux.
La statistique est aussi résolument optimiste quand elle nous montre une France extraordinairement « féconde », avec un taux de fécondité de 1,9 dans une Europe ( 1,5) qui se « suicide » dans l’indifférence générale d’une population qui devrait méditer cette réflexion de « bon sens » du philosophe français du XVIème siècle, Jean Bodin : « il n’est de richesses que d’hommes ». Pourquoi cet atout considérable dont jouit notre pays n’est-il pas mis en avant et pourquoi, faute d’une politique familiale responsable, une Française sur deux qui voudrait un enfant de plus doit y renoncer pour des raisons économiques ? Faut-il rappeler cette autre statistique ? Dans un pays qui a choisi un système de retraite par répartition – trop de Français ne l’ont pas encore compris-, ce ne sont pas les cotisations versées au long de la vie active qui serviront à payer les pensions, mais les cotisations que verseront les actifs au moment où les seniors s’arrêteront de travailler. Dans ce système, qui dépend de la démographie, le droit à la retraite n’est pas un droit acquis mais un pari sur la fécondité. Ce n’est pas un hasard si les autres Etats européens, confrontés à une chute de leur taux de fécondité, ont relevé à 65 ans voire à 67 ans l’âge légal de départ à la retraite. Encore une question de statistique aussi « têtue » que les faits.
Surtout, les statistiques ici rassemblées nous invitent à l’humilité. Plutôt que de brandir à chaque instant l’excellence de notre « modèle social » ou celui de notre système de santé, comparons nous systématiquement aux autres pour tirer de cette comparaison les « leçons » qui nous permettront peut-être de mieux traiter nos problèmes qui ne sont pas minces. Une des statistiques les plus « têtues », en effet, est celle qui mesure notre « moral ». Sans manipulation possible, il est absolument évident que la consommation d’anti-dépresseurs en France a été multipliée par cinq de 1980 à nos jours. Sans mensonge éhonté, on enregistre bien plus de 10 000 suicides par an et 150 000 tentatives avérées, ce qui place nettement la France au-dessus de la moyenne européenne. Sans tricherie aucune, c’est un fait établi que 90% des consultations chez un médecin de ville français donnent lieu à la délivrance d’une ordonnance contre 43% aux Pays-Bas, sans que rien ne permette d’affirmer que l’état de santé des Français est deux fois plus désespéré que celui des Hollandais.
La seule question que posent ces statistiques, et elle est de taille, est de savoir pourquoi le « moral » des Français est aussi faible, pourquoi trois Français sur cinq sont convaincus que leur pays connaît un réel déclin, un déclin dont la défaite de la candidature de Paris face à Londres pour les Jeux Olympiques de 2012 a été une cruelle démonstration.
A cause du chômage et du pouvoir d’achat, nous répondent sans hésitation des statistiques décidément « têtues ». Avec 8,8% de chômeurs par rapport à la population active mais près de 20% si l’on rapporte le nombre de demandeurs d’emploi à la population salariée réellement soumise à la menace du chômage, la France fait bien figure de « maillon faible » d’une Europe qui a su mieux que nous, ou presque, combiner compétitivité, solidarité et plein emploi . Au classement du taux de chômage en Europe, la France est désormais 20ème sur 25, seuls la Lettonie, la Grèce, la Lituanie, la Slovaquie et la Pologne faisant pire que nous…Pourquoi ?
Parce que le nombre d’heures travaillées est plus faible en France qu’ailleurs ? Parce que nos politiques d’emploi sont moins efficaces qu’ailleurs ? Parce que nous avons créé des « trappes à pauvreté » plus que réelles incitations à trouver un emploi ? Les statistiques ici rassemblées permettront de se faire une « opinion » pour ne pas voter « nul » en 2007.
Avec , par ailleurs, un PIB par habitant seulement supérieur de 8% à la moyenne des vingt cinq Etats membres de l’Union européenne, les Pays-Bas, l’Autriche, le Danemark, la Belgique, le Royaume-Uni et la Suède se situant entre 15% et 25% au dessus de la moyenne, la France est en passe de se « smicardiser ». Autre statistique « têtue » : 15,6% des salariés français étaient en 2004 payés au Smic, contre 3,1% des Irlandais, 2,1% des Néerlandais, 5,5% des Portugais et 1,4% des Britanniques. Qu’il y ait dans l’opinion publique le sentiment que la vie est aujourd’hui plus difficile qu’hier est un sentiment totalement justifié tant il est vrai que le revenu de la majorité des Français n’est pas très élevé. Que la moitié des personnes habitant en France métropolitaine dispose d’un revenu disponible (c’est-à-dire après impôts et transferts sociaux) inférieur à 1 315 euros par mois en dit long sur les défaillances d’un pays qui est malgré tout la sixième puissance économique mondiale. Ce qui n’est pas rien .
La faute à qui ? La faute à quoi ?
Là encore, les statistiques permettent de formuler des hypothèses, sinon des convictions.
Force est tout d’abord d’examiner le nombre d’heures travaillées par habitant. Ainsi, un Britannique ou un Danois travaillent aujourd’hui environ 30% de plus qu’un Français. Qu’ils aient un revenu moyen supérieur de 10 à 20% de plus que celui d’un Français est à la mesure de cette différence. Pour expliquer l’écart de niveau de vie entre les Français et les autres, nul besoin de mettre en avant la productivité ou la modernité des uns par rapport aux autres. Il suffit simplement de comparer la quantité de travail. Un constat de « bon sens » partagé par les Français à revenus modestes qui ne sont que 35% à estimer qu’ils ont gagné aux 35 heures contre 56% qui pensent le contraire.
Serait-ce la faute aux fabuleux profits des patrons du CAC 40 ? Les statistiques ici rassemblées montrent que si l’on confisquait l’ensemble des salaires des patrons du CAC 40 ( environ 200 millions d’euros en 2005) pour redistribuer ce « magot » aux Français les plus pauvres qui sont, d’après le dernier rapport de l’Observatoire national de la pauvreté, 3 700 000, chacun toucherait un peu plus de 50 euros. Une statistique « têtue » qui montre que prendre l’argent aux riches pour le distribuer aux pauvres ne résoudrait en rien les problèmes bien réels que connaît la société française.
Serait-ce la faute aux inégalités qui se seraient considérablement aggravées ? Toutes les statistiques montrent, au contraire, que le taux de pauvreté en France a été divisé par deux dans les trente dernières années et que le rapport entre les revenus des 10% les plus riches et des 10% les plus pauvres ne s’est pas aggravé. Mieux, qu’au sein de l’Union européenne, les inégalités ne sont pas franchement plus marquées en France qu’ailleurs.
Sans doute alors serait-il plus utile d’observer les sommes que prélèvent l’Etat, les collectivités territoriales et les organismes sociaux sur le revenu des Français . « Têtues », les statistiques feront alors observer que la France est le pays d’Europe dont le ratio d’endettement a le plus augmenté depuis 10 ans et que c’est également celui où les dépenses publiques se sont le plus accrues. C’est bien le contraste entre le poids des dépenses sociales en France ( près de 30% du PIB) et leur faible efficacité par rapport à celle des pays qui y consacrent autant ou moins que nous qui alimente le faible « moral » des Français. En 10 ans, la dette est passée de plus de 81% du PNB à 44% au Danemark, de 75% à 51% en Suède et de 60% à 45% en Finlande mais de 52% à 65% en France . Et s’il y avait un lien de cause à effet entre l’endettement de la France et la stagnation du pouvoir d’achat des Français ?
Surtout et enfin, les statistiques ici rassemblées nous invitent à la « rupture », qu’elle soit « douce », « tranquille » ou « forte ». Que 55% des Français se réfugient dans l’abstention ou dans les votes extrêmes, que cette proportion atteigne 62,5% chez les employés et plus de 70% chez les ouvriers est une très mauvaise nouvelle pour la France. Qu’en mars 2006, 70% des personnes interrogées répondent que les hommes politiques se préoccupent « pratiquement pas » ou « très peu » de ce que pensent les « gens » est à la mesure des risques qui pèsent sur notre démocratie.
Autant dire que ce livre, fort modeste, n’a qu’une seule ambition : non pas fournir un essai de plus sur ce qu’il faut ou ne pas faire, sur les « vertus » et les « vices » respectifs des candidats qui se présentent aux élections présidentielles. Il veut simplement offrir à tous les Français de « bon sens », et ils sont la majorité, l’occasion de formuler un diagnostic partagé, et d’en tirer les conclusions qui s’imposent pour ne pas voter « nul » en 2007.
4 eme de couverture
Tous les Français le ressentent : les élections présidentielles puis législatives de 2007 seront capitales pour la France. Après vingt-cinq années de vaines paroles et de fausses promesses, ils veulent savoir quel est l’état réel de leur pays et ce qu’ils sont en droit d’attendre de l’avenir. C’est à tous ces Français de « bon sens » que s’adresse ce livre.
Considéré comme l’un des meilleurs essayistes et pédagogues de sa génération, Jacques Marseille, professeur à la Sorbonne, nous présente ici tous les chiffres qui, des revenus aux inégalités, de l’impôt à la dette, du chômage à l’emploi, de l’éducation à la sécurité, offrent l’occasion de formuler un diagnostic sur l’état de la France et d’en tirer les conclusions qui s’imposent pour ne pas voter « nul » en 2007.

Le Point – Le 2 février 2007

« Le petit Marseille illustré »
« Les bons chiffres pour ne pas voter nul en 2007 »
Le chômage des jeunes ? 7,8 % et non pas 21,8 % comme on le dit. Le chômage tout court ? 20 % et non pas 8,8 %… Dans son dernier ouvrage,
« Les bons chiffres pour ne pas voter nul en 2007 »,
Jacques Marseille s’appuie sur des statistiques difficilement contestables pour combattre les idées reçues. Un exercice de salubrité publique.

• Les stats du Professeur Marseille
Extraits
La protection sociale la plus coûteuse et la plus inefficace. Ce tableau, réalisé par les services de l’OCDE en 2006, permet pour la première fois de comparer les prélèvements fiscaux et sociaux dans les différents pays de l’OCDE. Ainsi, pour le cas type d’un célibataire au niveau de salaire moyen, l’ensemble des prélèvements fiscaux et sociaux pèse 71,3 % de son salaire brut contre 31,4 % aux Etats-Unis, 37 % au Royaume-Uni, 28,5 % en Irlande, 41,7 % au Danemark et 51 % en Allemagne. Seule la Belgique fait mieux ou… pis, avec 72,2 %.
Plusieurs remarques peuvent être faites à la lecture de ce tableau. La première colonne représente les impôts sur les revenus qui prennent en compte la CSG et la CRDS, ici comptabilisées au même titre que l’impôt progressif sur le revenu des personnes physiques. A noter qu’il est, ici, inférieur à celui qui pèse au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.
De même, les cotisations sociales à la charge des salariés (13,6 %) ne sont pas atypiques par rapport à celles des autres pays. Ce qui caractérise vraiment la France est la charge des cotisations employeurs (42,3 % du salaire brut), à comparer avec celle du Royaume-Uni (10,5 %) ou de l’Irlande (10,8 %). On s’étonnera moins que ces pays aient pu dans les dix dernières années combiner un taux de croissance économique élevé et une division spectaculaire du taux de chômage. Sans doute ont-ils mieux compris que les gouvernements français que ce sont les employeurs qui créent les richesses et donc les emplois…
Le déclassement de l’Université française. Quatre universités françaises parmi les 100 premières au palmarès décerné chaque année par l’université de Shanghai : maigre bilan. La mieux notée, l’université Pierre-et-Marie-Curie (Paris-VI), se hisse au 46e rang. Suivent, loin derrière, Orsay (Paris-XI) à la 61e place, Strasbourg à la 91e et l’Ecole normale supérieure à la 92e place. Humiliation supplémentaire, le modèle universitaire anglo-saxon domine souverainement : Harvard (EU) et Cambridge (RU) se placent en 1re et 2e places et, sur les 20 premières universités mondiales, 17 sont américaines, 2 sont anglaises et 1 est japonaise. Dans le top 100, les universités d’outre-Atlantique reviennent 53 fois, celles d’outre-Manche 11 fois.
La France perd du terrain alors même que se joue pour elle un enjeu majeur : diversifier le profil des étrangers venant étudier sur son sol, afin d’accueillir plus de ressortissants des contrées les plus dynamiques économiquement – donc, en proportion, plus d’Asiatiques et d’Américains et moins d’Africains, ceux-ci représentant aujourd’hui 54 % des étudiants étrangers installés en France.
Parmi les causes de ce déclassement de l’Université française, la taille modeste de nos établissements ainsi que leur extrême morcellement sont principalement évoqués : Paris agrège 17 universités différentes et une multitude d’écoles, Grenoble ou Bordeaux comptent 4 établissements, Toulouse, 3, etc. Pourtant, le ministre de l’Education nationale inaugurait le 5 décembre, à la surprise générale, la 85e université française, à Nîmes. Avec 3 700 étudiants et encore à peine une cinquantaine d’enseignants-chercheurs, elle constituera de très loin le plus petit pôle universitaire français. Nul doute qu’elle peinera à figurer un jour dans le palmarès de l’université de Shanghai.
Plus on travaille, plus il y a du travail pour tous. Dans presque tous les pays, le nombre moyen d’heures travaillées par habitant a baissé depuis vingt-cinq ans, sous l’effet conjugué du vieillissement de la population, qui a réduit le nombre d’actifs, de la montée du chômage et de l’abaissement de la durée légale du travail.
Seuls quatre pays ont fait exception à cette règle : les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Espagne et les Pays-Bas. Dans ces pays, même si le temps de travail par actif occupé a baissé, le nombre d’heures travaillées par habitant s’est stabilisé et a même augmenté. Ce sont autant de pays où le chômage a fortement baissé dans les quinze dernières années et où le plein-emploi est quasiment atteint. Une évolution qui tend à démontrer que plus on travaille, plus il y a du travail pour tous, un constat que peinent à comprendre les Français qui, depuis vingt-cinq ans, ont tenté de réduire le chômage en faisant entrer le plus tard possible les jeunes dans le monde du travail, en poussant le plus rapidement possible les seniors vers la retraite et en diminuant le nombre d’heures de travail des actifs occupés. Avec les résultats que l’on connaît.

L’avenir des jeunes est-il bouché ? En septembre 2005, quelques mois avant que les jeunes descendent dans la rue pour manifester leur angoisse, le Cereq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications) publiait une étude fort précieuse sur le destin des jeunes sortis du système éducatif en 2001. Elle démontrait que 71 % d’entre eux étaient en CDI (contrat à durée indéterminée) trois ans après. Parmi ceux-ci, 38 % l’avaient obtenu dès la sortie et la moitié six mois après. Une proportion d’autant plus remarquable que la croissance de l’économie nationale a été faible au cours de ces dernières années.
Cette proportion s’élevait à 92 % pour les jeunes issus d’écoles d’ingénieurs, à 76 % pour les diplômés de lettres, de sciences humaines, d’économie et de gestion, à 78 % pour les diplômés des secteurs de la santé et du social, à 76 % pour les titulaires de bacs techniques et professionnels et même à 60 % pour les jeunes non diplômés de niveau bac mais non titulaires de ce symbolique parchemin. Plus réjouissant encore, les titulaires d’un CAP-BEP industriel s’insèrent mieux dans la vie active (68 % en CDI après trois ans) que les étudiants sortis de l’université sans diplôme (62 % en CDI après trois ans).
Là où il y a un réel problème, et c’est bien le seul, c’est que 40 % des jeunes sans qualification – c’est-à-dire sortis du système éducatif sans avoir dépassé le niveau du collège – étaient toujours trois ans après au chômage. Plutôt que de seriner les inquiétudes d’une catégorie « jeunes » dont les deux tiers s’insèrent dans la vie active, il serait plus efficace de repérer les problèmes là où ils se posent.

Le travail ne paie plus. Le Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale (CERC) propose une nouvelle approche du pouvoir d’achat : celle du revenu disponible ajusté. Pour le mesurer, il faut ajouter au revenu disponible des ménages, c’est-à-dire le revenu net majoré des prestations sociales et diminué des impôts sur le revenu, le montant des prestations sociales gratuites dont ils bénéficient sans vraiment en réaliser la portée : remboursement des frais de santé, scolarité gratuite, etc.
Par ailleurs, le tableau présente ici non pas le niveau de vie moyen des Français mais celui des ménages, qui sont les personnes seules ou les ensembles de personnes partageant le même logement et mettant en commun tout ou partie de leurs revenus. Parmi les ménages dont la personne de référence (celui qui apporte l’essentiel des revenus) est active, ce sont les membres des ménages d’agriculteurs exploitants qui disposent du niveau de vie moyen le plus faible (14 126 euros en 2004) et les membres des ménages de cadres ou de professions intellectuelles supérieures (qui comprennent notamment les professions libérales) qui disposent du niveau de vie le plus élevé (28 619 euros en 2004). En 2004, les retraités, avec un revenu disponible moyen de 17 294 euros, ont un niveau de vie supérieur à celui des ménages actifs d’agriculteurs, d’employés et d’ouvriers !
Comme le montre l’évolution du niveau de vie moyen de 1996 à 2004, ce sont les classes moyennes et supérieures (cadres, professions intermédiaires et employés) qui ont enregistré (avec les retraités) les taux d’augmentation les plus faibles de leur revenu, alors que ce sont les ménages de chômeurs qui ont bénéficié des augmentations de revenus les plus fortes. Le ralentissement des revenus touche bien en priorité les catégories médianes de la population, l’écrasement de la grille des niveaux de vie aboutissant à ce qu’il faut bien appeler une « smicardisation » de la société française. Décidément, en France, le travail ne « paie » plus.

Le salaire de la frustration. La connaissance des salaires et des revenus en France émane essentiellement de deux enquêtes annuelles de l’Insee, qui portent chacune sur un échantillon de 30 000 ménages, l’une sur les salaires et l’autre sur l’ensemble des revenus déclarés au fisc. Ce sont ces derniers dont le tableau mesure l’évolution, en euros constants, c’est-à-dire inflation déduite, pour mesurer l’évolution réelle du pouvoir d’achat.
Il fait apparaître le revenu moyen qui divise l’ensemble des revenus par le nombre total des Français et, plus significatif, le revenu médian qui partage la population en deux ensembles égaux. En 2004, 50 % des Françaises et des Français avaient un revenu déclaré au fisc inférieur à 15 766 euros. Un revenu particulièrement faible qui plafonne depuis 2000. Alors que, de 1970 à 1984, le revenu médian avait augmenté de 50 %, 15,7 % de 1984 à 2000, il n’a augmenté que de 21 % de 1984 à 2004. Au cours des vingt dernières années, il n’aura augmenté que de 0,8 % en moyenne par an.
Ces classes moyennes, qui avaient été les premières à bénéficier des progrès économiques, sociaux et culturels des Trente Glorieuses (1945-1975), sont aujourd’hui à l’épicentre des bouleversements qui les font douter de l’avenir et de la capacité de nos sociétés à porter le progrès. 1 500 euros net par mois, tel est aujourd’hui le salaire de la frustration en France.

Des milliards d’euros dépensés sans « impact avéré ». La France consacre chaque année des sommes considérables à la formation des adultes – 23 milliards d’euros en 2005, soit 1,4 % du PIB, soit encore l’équivalent du coût du revenu minimum d’insertion (RMI), soit encore 40 % du montant de l’impôt sur le revenu – « sans aucun impact avéré sur les parcours professionnels », écrivent les économistes Pierre Cahuc et André Zylberberg. Ils dénoncent un système « opaque, éclaté, complexe et trop peu transparent pour assurer efficacement l’adaptation de la main-d’oeuvre et la promotion sociale ».
En fait, trente-cinq ans après l’adoption de la loi du 16 juillet 1971 qui a instauré un droit à la formation sur le temps de travail, l’accès à la formation est surtout réservé à ceux qui en ont le moins besoin, c’est-à-dire les salariés qualifiés des grandes entreprises.
Par contre, les salariés des PME, les personnes peu qualifiées et les personnes de plus de 50 ans menacées par la perte d’emploi en bénéficient peu.
Parmi les nombreux défauts, les auteurs mettent en avant « un amoncellement de dispositifs orchestrés par une multitude d’acteurs (Etat, collectivités locales, partenaires sociaux, associations…), des financements publics importants dont l’efficacité est totalement inconnue; des financements privés prélevés et redistribués selon des règles peu transparentes ». Sauf pour les organisations syndicales pour lesquelles la formation professionnelle constitue un moyen occulte de financement…
De tout cela naît une incitation à reverser les sommes à l’ensemble des salariés (soit environ 1 500 euros par an, soit un salaire mensuel supplémentaire), charge à eux de se former au mieux de leurs intérêts.

Une France smicardisée ? Sur les pays de l’Union européenne, neuf disposent d’une législation sur le salaire minimum. Les derniers à l’avoir introduit sont le Royaume-Uni en 1999 et l’Irlande en 2000. La situation de la France se caractérise par un nombre de salariés payés au smic qui est passé de 12,8 % en 1999 à 15,6 % en 2004, une proportion infiniment plus nombreuse que dans les autres pays européens. Une « smicardisation » de la classe moyenne qui a fait naître un sentiment de déclassement et d’immobilisme social chez ces Français « intermédiaires ».Progressant depuis les années 90 à un rythme beaucoup plus soutenu que le salaire médian (3,7 % en moyenne annuelle de 1999 à 2005 contre 2,6 % pour le salaire horaire moyen), le smic a fini par « rattraper » les salariés rémunérés légèrement au-dessus de ce plancher. Les politiques d’allégement des charges sociales ont également contribué à tirer les rémunérations vers le bas.
Les entreprises ont été dissuadées de mener une politique salariale progressive, préférant maintenir les salaires à des niveaux de rémunération proches du smic afin de ne pas perdre ces allégements de charges. L’enfer est toujours pavé de bonnes intentions
Les stats du Professeur Marseille
Le Point – Le 2 février 2007
Pour la France, le compte n’est pas bon. La collection de tableaux commentés (plus d’une centaine !) que présente Jacques Marseille, professeur d’économie à la Sorbonne, dans son dernier ouvrage, « Les bons chiffres pour ne pas voter nul en 2007 » (1), renvoie une image trouble du pays. Certes, il y a matière à optimisme quand Marseille fait parler les statistiques sur la fécondité ou sur l’attrait que la France exerce sur les investisseurs étrangers. Mais on butte aussi rapidement sur les maux du pays. Le pouvoir d’achat stagne. Le nombre de smicards en proportion des salariés est le plus élevé d’Europe. Un mauvais bilan symbolisé par le fait que la France est au cours des dernières années le pays européen qui s’est révélé le plus incapable de réduire son endettement public. Pas étonnant, dans ces conditions, que les classes moyennes s’inquiètent et que le pays tout entier broie du noir : la consommation d’antidépresseurs a été multipliée par cinq depuis 1980. Jacques Marseille ne prétend pas avoir réponse à tout. Mais, avec ses tableaux, il nous offre des pistes. La crise du logement social ? Saviez-vous que c’est sous le gouvernement Jospin que la France a interrompu son effort de construction ? Les 35 heures ? C’est à elles que l’on doit le drôle de record de la France, qui est l’un des pays d’Europe où l’on travaille le moins. Vous avez dit stagnation ? Marseille parle, lui, de traumatisme : les Français n’ont plus confiance dans leurs hommes politiques. La démocratie est en risque. Une bonne raison de se plonger dans les stats du professeur Marseille P. B.

Le Point – Jeudi 8 février 2007

Le chômage baisse mais son coût augmente

Combien de chômeurs en France ? 2 092 000 fin décembre 2006 selon le chiffre « officiel » produit par l’ANPE, 2 352 000 au sens du BIT ou 3 434 000 en y ajoutant les demandeurs d’emploi qui ont une activité réduite dépassant 78 heures par mois, ceux qui sont dispensés de recherche d’emploi, essentiellement les salariés âgés de 55 ou 57,5 ans et ceux qui sont inscrits en formation, occupent déjà un emploi et en cherchent un autre ? 8, 6% de la population active, selon le gouvernement, 14,3% en y intégrant toutes les catégories de demandeurs d’emploi non prises en compte par l’ANPE ou 20% en rapportant le nombre de demandeurs d’emploi, non pas à la population active mais, ce qui est plus logique, uniquement à celle qui est susceptible de perdre son emploi (voir Le Point du 2 novembre 2006)

[…]A la limite, pourquoi ne pas supprimer tous ces dispositifs et verser un chèque de 32 000 euros à chaque chômeur!

Ainsi posée, cette arithmétique ne répond pas en fait à la seule question qui vaille : combien coûte le chômage en France et quelle a été l’évolution de son coût ? Un question qui en suscite immédiatement une autre : la baisse du chômage s’explique-t-elle par un regain prometteur d’activité, une meilleure efficacité des dispositifs de placement des travailleurs ou, plus trivialement, par une injection de milliards supplémentaires destinés à masquer l’ampleur du fléau ?

Pour répondre à cette question, il suffit- ce qui est rarement fait par les commentateurs de statistiques- de recenser l’ensemble des dépenses pour l’emploi publiées par le Ministre de l’Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement. Elles se répartissent en deux grandes catégories : les dépenses « actives » et les dépenses « passives ». Ces dernières comprennent les prestations accordées aux chômeurs et les incitations financières au retrait d’activité qui englobent les prestations versées dans le cadre des garanties de ressources, des allocations spéciales du Fonds national de l’emploi, les contrats de solidarité, le plan social de la sidérurgie, les aides au départ d’agriculteurs âgés et l’aide à la réinsertion des travailleurs étrangers.

Les dépenses « actives » sont l’ensemble des sommes consacrées à améliorer l’employabilité des salariés et à leur proposer un emploi : opérations de formation professionnelle, insertion professionnelle des jeunes, aides à l’aménagement du territoire, aides en faveur de l’artisanat, exonérations fiscales ou sociales liées à la création d’emploi, aide à la création d’entreprises par les salariés privés d’emploi, travaux d’utilité collective, contrats emploi-activité, aides à la mobilité géographique, indemnisation du chômage partiel, subventions du Comité interministériel de restructuration industrielle ( CIRI) et fonctionnement de l’ANPE. Un catalogue à la Prévert qui est une insulte à l’ordonnancement classique des jardins à la française.

On y ajoute enfin le coût des mesures liées à la réduction du temps de travail, des lois Robien de 1996 aux lois Aubry de 1998 et de 2000 et aux allègements Fillon de 2003.

Au total, ces dépenses sont passées de 47, 2 milliards d’euros en 1995 à 67, 2 milliards en 2001 et à 74,2 milliards d’euros en 2004 (dernière statistique malheureusement disponible). 32 milliards pour les dépenses « passives » et 42 milliards pour les dépenses « actives ». Elles ont donc augmenté de 57,4% en dix ans alors que , pour prendre une statistique comparable et difficilement contestable, le nombre de chômeurs recensés au sens du BIT est passé entre 1995 et 2006 de 2 887 000 à 2 352 000. 74 milliards d’euros, c’est plus que le salaire annuel de 4 millions de salariés payés au SMIC ! C’est sept fois plus que les sommes affectées à l’enseignement supérieur.

Ainsi, on a dépensé 27 milliards d’euros supplémentaires en dix ans soit un peu plus de la moitié de l’impôt sur le revenu aujourd’hui) pour réduire le nombre de chômeurs de 18,5%. Chaque chômeur en moins (baisse de 535 000 entre les deux dates) aura coûté 50 000 euros par tête, soit presque le triple du revenu médian des Français ( celui que perçoit la moitié des salariés).

C’est dire qu’avant de se réjouir d’une éventuelle baisse du nombre des chômeurs, mieux vaut se lamenter de l’inefficacité d’une telle dépense. Contrairement à ce qui est trop souvent affirmé, en effet, ce n’est pas le manque de croissance qui explique la persistance du chômage en France à des niveaux incomparablement supérieurs à ceux de nos principaux partenaires mais l’enchevêtrement de dispositifs et d’aides multiples et diverses dont le foisonnement ne mesure que l’incapacité des divers gouvernements depuis dix ans à entamer de profondes réformes du marché du travail. Des milliards engloutis pour un résultat insignifiant : telle est la triste et coûteuse chronique des années perdues. A la limite, pourquoi ne pas supprimer tous ces dispositifs et verser un chèque de 32 000 euros à chaque chômeur ( 74 milliards divisés par 2,3 millions). Nul doute qu’avec ce chèque, il pourrait s’acheter rapidement un employeur. Nul doute qu’avec une telle mesure, on pourrait réduire de manière considérable le nombre de fonctionnaires.

Jacques Marseille

voir aussi sur les quelque 220 000 français exilés fiscaux en GB, « ce qui ferait de Londres la septième ville française à égalité avec les communes de Rouen, Lille ou Perpignan »:

Angèle, Vanessa, Valérie sont issues de l’immigration, respectivement indienne, maghrébine, africaine. Leur jugement est sans appel : la société multiculturelle britannique accepte davantage les différences que le modèle républicain français. Le racisme est moins perceptible. « Les employeurs locaux donnent à chacun sa chance sans s’attacher à la couleur de la peau ou de la consonance du nom. Je place sans problème des Noirs ou des Maghrébins dans les plus grands restaurants de Londres pour y occuper des postes à haute visibilité, ce qui serait impensable en France », insiste, expérience à l’appui, la conseillère du centre Charles-Péguy.

Pour un petit boulot ou une place à la City, ils tentent leur chance à Londres
LE MONDE | 31.01.07 |

LONDRES CORRESPONDANT

Quoi de neuf, Angèle ? », lance, un peu comme une grande soeur, la conseillère emploi du centre Charles-Péguy, Angéline Xabrame. « C’est nickel pour moi », réplique, la mine gourmande, Angèle Jabely, 22 ans. Arrivée à Londres au début de l’année, cette étudiante en communication a obtenu un poste administratif dans une société de restauration grâce à ce centre d’aide à l’insertion des nouveaux migrants français, âgés entre 18 et 30 ans. La visiteuse est à la recherche d’un deuxième job à mi-temps pour améliorer l’ordinaire. La responsable enfile les offres d’emplois comme des perles : hôtellerie, restauration, vente, garde d’enfants, enseignement du français… Ces postes à pourvoir sans délai sont payées au Smic (5,35 livres l’heure soit 8,1 euros), voire un peu au-delà. Le déclassement ne gêne pas Angèle Jabely, en raison de l’expérience de vivre ailleurs et du bénéfice linguistique potentiel.

Avec trois mots d’anglais, Vanessa Boucharaba, 20 ans, a débarqué le 28 janvier dans cette ville qui lui est totalement étrangère, grâce à l’aide de la mission locale Rhône-Alpes. Détentrice d’un bac professionnel, elle espère devenir réceptionniste dans un grand hôtel. « Je resterai à Londres si je me stabilise ici, avec une bonne place ». A ses côtés, Valérie Bienaimée, 30 ans, d’Aix en Provence, descendue de l’Eurostar munie d’un aller simple, est venue « pour changer de vie ». Cette diplômée de l’enseignement supérieur a entendu dire que la marge de manoeuvre pour ceux qui veulent entreprendre est moins étroite au Royaume-Uni qu’en France. Dès qu’elle maîtrisera suffisamment l’anglais, Valérie compte se lancer dans les eaux tumultueuses du business en ouvrant une boutique de mode à Londres.

Heureuse comme une jeune Française installée en Angleterre comme tant d’autres, pour échapper, les uns, aux lourdeurs de l’emploi, les autres au chômage ? La précarité, en tout cas, le trio en fait son affaire. Lucides, elles sont conscientes de l’insécurité de l’emploi (vite embauchés, vite licenciés), du coût de la vie, en particulier le logement et les transports, des carences du système de santé ou des différences culturelles fortes pour les non-anglophones. Qu’importe, ces expatriées sont jeunes, en bonne santé, enthousiastes et, surtout déterminées à « bosser » dur.

RACISME MOINS PERCEPTIBLE

Angèle, Vanessa, Valérie sont issues de l’immigration, respectivement indienne, maghrébine, africaine. Leur jugement est sans appel : la société multiculturelle britannique accepte davantage les différences que le modèle républicain français. Le racisme est moins perceptible. « Les employeurs locaux donnent à chacun sa chance sans s’attacher à la couleur de la peau ou de la consonance du nom. Je place sans problème des Noirs ou des Maghrébins dans les plus grands restaurants de Londres pour y occuper des postes à haute visibilité, ce qui serait impensable en France », insiste, expérience à l’appui, la conseillère du centre Charles-Péguy.

A quelques stations de métro de Lambeth, l’Old Billingsgate Market, dans la City. C’est un autre visage de l’immigration française qui assiste à la réunion publique de Nicolas Sarkozy. Cadres, Elise Duvergé et Guillaume Touchard applaudissent le modèle social anglo-saxon. La première, Bac + 5, est attachée de presse dans le tourisme : « Je ne trouvais pas de travail en France. J’ai commencé par le bas de l’échelle. On m’a donné ma chance. » Le second, consultant dans les télécoms, entonne le même refrain : « Si j’étais resté en France, je n’aurais droit qu’à un CDD. A Londres, j’ai trouvé un emploi avant même d’obtenir ma maîtrise de la London School of Economics. L’employeur m’a tout de suite fait confiance. Aujourd’hui, j’ai des responsabilités que je n’aurais jamais pu si vite obtenir en France. »

Nicolas Sarkozy a placé au premier rang des invités Olivier Cadic, président de la section britannique de l’Union des Français de l’étranger. « La France a besoin d’une meilleure reconnaissance de la réussite », confie celui qui, arguant des charges françaises, avait délocalisé en 1996 sa PME d’électronique dans la bienveillante Albion. Traître pour les uns, héros pour les autres, le fondateur de l’association La France libre d’entreprendre se sent aujourd’hui vengé en écoutant nos deux interlocuteurs.

Marc Roche
CHIFFRES

109 000 Français étaient inscrits au consulat en janvier 2007 contre 70 000 en 2000 et 44 000 en 1993.

ENTRE 200 000 ET 300 000 est le nombre de Français estimé, vivant outre-Manche, ce qui ferait de Londres la septième ville française à égalité avec les communes de Rouen, Lille ou Perpignan.

52 000 D’ENTRE EUX, inscrits sur les listes électorales, peuvent voter à l’élection présidentielle

ASSISTANCE. Il existe deux services d’assistance : le consulat et le Centre Charles-Péguy. Ce dernier aide les jeunes à trouver un emploi, un logement, des cours d’anglais et leur donne des conseils pratiques d’adaptation. La moitié des adhérents est constitué de diplômés de l’enseignement supérieur, l’autre moitié de jeunes peu ou pas qualifiés. (www.cei-frenchcentre.com)

2 Responses to Présidentielle 2007: qui nous délivrera… des vaines paroles et des fausses promesses?

  1. […] Je suis convaincu que le libéralisme est voué au même échec que le communisme et qu’il conduira aux mêmes excès. L’un comme l’autre sont des perversions de la pensée humaine. Jacques Chirac […]

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