Liberté d’expression: Attention, une hypocrisie peut en cacher une autre (Armenian genocide row: Will France now finally come to terms with its own atrocities?)

Constitue un génocide le fait, en exécution d’un plan concerté tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux, ou d’un groupe déterminé à partir de tout autre critère arbitraire, de commettre ou de faire commettre, à l’encontre de membres de ce groupe, l’un des actes suivants : atteinte volontaire à la vie; atteinte grave à l’intégrité physique ou psychique; soumission à des conditions d’existence de nature à entraîner la destruction totale ou partielle du groupe; mesures visant à entraver les naissances;transfert forcé d’enfants. Article 211-1 (code pénal français, 7 août 2004)
Seront punis des peines prévues par le sixième alinéa de l’article 24 ceux qui auront contesté, par un des moyens énoncés à l’article 23, l’existence d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité tels qu’ils sont définis par l’article 6 du statut du tribunal militaire international annexé à l’accord de Londres du 8 août 1945 et qui ont été commis soit par les membres d’une organisation déclarée criminelle en application de l’article 9 dudit statut, soit par une personne reconnue coupable de tels crimes par une juridiction française ou internationale. Le paragraphe 1er du chapitre IV de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse est remplacé par cinq alinéas ainsi rédigés: Les peines prévues à l’article 24 bis sont applicables à ceux qui ont contesté ou minimisé de façon outrancière, par un des moyens énoncés à l’article 23, l’existence d’un ou plusieurs crimes de génocide défini à l’article 211-1 du code pénal et reconnus comme tels par la loi française. Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse (Art. 24 bis. et Art. 24 ter, 7 décembre 2011)
Si la loi française sur le génocide arménien était votée, je me rendrai en France et je déclarerai en public que le génocide arménien n’a jamais existé, même si je suis absolument persuadé du contraire.  Hrant Dink (journalise turco-arménien, avant son assassinat, 2007)
Comparer, c’est différencier. (…) Selon moi, le génocide caractérise un processus spécifique de destruction qui vise à l’éradication totale d’une collectivité. (…) Dans un nettoyage ethnique, on tue les gens en partie, mais on leur dit : par ici la sortie. Dans un génocide, on ferme toutes les portes. Jacques Sémelin (2005)
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor (2007)
La voie est ouverte pour toute mise en cause de la recherche historique et scientifique par des revendications mémorielles de groupes particuliers puisque les associations sont même habilitées par le nouveau texte à se porter partie civile. La criminalisation de la guerre de Vendée était d’ailleurs sur le point d’arriver sur le bureau de l’Assemblée en 2008 lorsque la Commission d’information sur les questions mémorielles avait conclu à la nécessité pour la représentation nationale de s’abstenir de toute initiative future en ce sens. D’autres propositions de loi se pressaient : sur l’Ukraine affamée par le pouvoir stalinien en 1932-1933 et les crimes communistes dans les pays de l’Est, sur l’extermination des Tziganes par les nazis, et même sur le massacre de la Garde suisse, aux Tuileries, en 1792 ! A quand la criminalisation des historiens qui travaillent sur l’Algérie, sur la Saint-Barthélemy, sur la croisade des Albigeois ? Mesure-t-on à quel degré d’anachronisme on peut arriver en projetant ainsi sur le passé des notions qui n’ont d’existence que contemporaine, et de surcroît en se condamnant à des jugements moraux et manichéens ? D’autant plus que la loi n’incrimine plus seulement la « négation » du génocide, mais introduit un nouveau délit : sa « minimisation », charmante notion que les juristes apprécieront. La loi Gayssot avait sanctuarisé une catégorie de la population, les juifs ; la loi Taubira une autre catégorie, les descendants d’esclaves et déportés africains ; la loi actuelle en fait autant pour les Arméniens. La France est de toutes les démocraties la seule qui pratique ce sport législatif. Et le plus tragique est de voir l’invocation à la défense des droits de l’homme et au message universel de la France servir, chez les auteurs, de cache-misère à la soviétisation de l’histoire. Les responsables élus de la communauté nationale croient-ils préserver la mémoire collective en donnant à chacun des groupes qui pourraient avoir de bonnes raisons de la revendiquer la satisfaction d’une loi ?  Pierre Nora
Malgré maint témoignages oraux et écrits l’affirmant, il n’était pas possible de prouver matériellement par des documents allemands que la morgue du crématoire 1 avait fonctionné en chambre à gaz homicide. Si les résultats de Leuchter sont confirmés après des dosages toxicologiques officiels, l’ingénieur aura apporté, en dépit de ses intentions, la preuve matérielle irréfutable de l’emploi homicide qui manquait aux historiens. Jean-Claude Pressac (1998)
La France est le premier pays à avoir conçu, organisé et planifié l’anéantissement et l’extermination d’une partie d’elle-même au nom de l’idéologie de l’homme nouveau. Elle est aussi le premier pays à avoir conçu et mis en place un mémoricide dans le but d’occulter ce crime contre l’humanité. En ce sens, la France est un double laboratoire et un modèle pour les régimes génocidaires.  Reynald Secher (2011)
Ce n’est pas au parlement de faire l’histoire. Mon opposition constante à la loi Gayssot sanctionnant le négationnisme dans la contestation de la Shoah est identique pour cette autre loi mémorielle qui revient, une fois de plus, à limiter la liberté d’expression et à pénaliser un délit d’opinion. Mais il y a surtout, dans l’attitude morale de la France, une énorme hypocrisie. Car l’Etat français se comporte en fait comme l’Etat turc, en refusant de reconnaître et en contestant même la réalité du génocide vendéen de 1793. La proposition de loi du député des Alpes maritimes, Lionel Luca, invitant la République « à reconnaître le génocide vendéen de 1793-1794« , déposée en 2007, n’a jamais été examinée. Ivan Rioufol (2011)
Détruisez la Vendée et Valenciennes ne sera plus au pouvoir des Autrichiens. Détruisez la Vendée et le Rhin sera délivré des Prussiens. Détruisez la Vendée et l’Anglais ne s’occupera plus de Dunkerque. Détruisez la Vendée et l’Espagne sera morcelée et conquise par les méridionaux. Détruisez la Vendée et une partie de l’armée de l’Intérieur ira renforcer l’armée du Nord. Détruisez la Vendée et Toulon s’insurgera contre les Espagnols et les Anglais. Lyon ne résistera plus et l’esprit de Marseille se relèvera à la hauteur de la Révolution. La Vendée et encore la Vendée, voilà le chancre qui dévore le cœur de la République. C’est là qu’il faut frapper. Bertrand Barère (1793)
Tous les Français, tous les sexes, tous les âges, sont appelés par la Patrie à défendre la liberté. Toutes les facultés physiques ou morales, tous les moyens politiques ou industriels lui sont acquis ; tous les métaux, tous les éléments sont ses tributaires. Que chacun occupe son poste dans le mouvement national et militaire qui se prépare. (…) Les maisons nationales seront converties en caserne, les places publiques en ateliers (…). Il faut que la France ne soit plus qu’un vaste camp. Barère (Rapport sur la réquisition physique des jeunes citoyens. août 1792)
La Vendée doit être un cimetière national. Turreau (Général en chef de l’armée de l’Ouest)
Qu’on ne vienne pas nous parler d’humanité envers ces féroces Vendéens; ils doivent tous être exterminés. Carrier
Il n’y aurait de moyen de ramener le calme dans ce pays qu’en en faisant sortir tout ce qui n’était pas coupable et acharné, en en exterminant le reste et en le repeuplant le plus tôt possible de républicains. (…) La guerre ne sera complètement terminée que quand il n’y aura plus un habitant dans la Vendée. Hentz et Francastel (commissaires de la République)
Quand un pays révolutionnaire lutte à la fois contre les factions intérieures et contre le monde, quand la moindre hésitation ou la moindre faute peuvent compromettre pour des siècles peut-être le destin de l’ordre nouveau, ceux qui dirigent cette entreprise immense n’ont pas le temps de rallier les dissidents, de convaincre leurs adversaires. Ils ne peuvent faire une large part à l’esprit de dispute ou à l’esprit de combinaison. Il faut qu’ils abattent, il faut qu’ils agissent, et, pour garder intacte leur force d’action, pour ne pas la dissiper, ils demandent à la mort de faire autour d’eux l’unanimité immédiate dont ils ont besoin. Jean Jaurès
Nous n’avons jamais eu l’ordre écrit de Hitler concernant le génocide juif, nous possédons ceux de Barrère et de Carnot relatifs à la Vendée. (…) D’ailleurs, à chaque fois que je passe devant le lycée Carnot, je crache par terre. Pierre Chaunu
Lénine assimilait les Cosaques à la Vendée pendant la Révolution française, et souhaitait leur appliquer le traitementque Gracchus Babeuf, l’”inventeur” du communisme moderne, qualifiait dès 1795 de “populicide.” Stéphane Courtois (préface du Livre noir du communisme, 1997)
Les soldats français leur disaient ’vous devez ouvrir les ventres de ces Tutsis que vous tuez afin qu’ils coulent et que les satellites ne les voient pas. Andrew Wallis (2007)
Nous accusons Gowon de génocide pour avoir cherché à exterminer quatorze millions de Biafrais de la plus horrible manière. Nous accusons Gowon de vouloir devenir un Hitler de l’Afrique. Colonel Ojukwu chef de la rébellion biafraise, 1967)
Comment peut-on être de gauche et laisser massacrer deux millions d’individus ? Le massacre des Biafrais est le plus grand massacre de l’histoire moderne après celui des juifs, ne l’oublions pas. Est-ce que cela veut dire que le massacre de millions d’hommes n’a pas de dimension politique ? […] La gauche, s’il en existe une, a fermé les yeux […] Sa préoccupation est simple : les gens qui meurent sont-ils de gauche? Bernard Kouchner (Le Nouvel Observateur, 19 janvier 1970)
J’étais hanté par Auschwitz, pourquoi la Croix-Rouge n’avait pas parlé ? Pourquoi la Croix-Rouge ne parlait pas devant le phénomène monstrueux du Biafra ? Est-ce la même chose ? Je ne voulais pas que mes enfants ou n’importe qui d’autre m’accusent de m’être tu à ce moment-là. Bernard Kouchner
Jamais d’images plus terribles n’ont été filmées depuis celle des découvertes des camps de concentration de l’Allemagne de 1945. Des corps d’enfants squelettiques ou déformés par des oedèmes, des visages où se lit l’hébétude résignée d’une agonie prochaine […]. Un enfer. […] Mais combien faudra-t-il de documentaires encore pour réveiller les consciences ? Le Monde (1968)
Ce que tout le monde ne sait pas, c’est que le terme de « génocide » appliqué à cette affaire du Biafra a été lancé par les services. Nous voulions un mot choc pour sensibiliser l’opinion. Nous aurions pu retenir celui de massacre, ou d’écrasement, mais génocide nous a paru plus  »parlant ». Nous avons communiqué à la presse des renseignements précis sur les pertes biafraises et avons fait en sorte qu’elle reprenne rapidement l’expression  »génocide ». Le Monde a été le premier, les autres ont suivi. Colonel Maurice Robert (responsable du SDECE durant la guerre du Biafra, 2004)
La direction de la propagande s’est servie de la faim. Après avoir essayé le pogrom, le génocide, la libération de notre province…Paddy Davies (membre de la direction de la Propagande du Biafra)
Je sais parfaitement que la direction de la propagande biafraise composée de professionnels, d’intellectuels et d’universitaires, avait étudié le système de propagande de Goebbels, de la Chine et dans une certaine mesure de l’Union soviétique. Elle a du adapter ses propres systèmes à la situation particulière du Biafra. Car les systèmes allemands sous Hitler et Goebbels étaient méthodiques, et le sytèmes chinois et russe étaient idéologiques. Or le Biafra n’avait pas d’idéologie en tant que telle. Il fallait donc trouver une autre voie qui ne soit pas la méthode hitlérienne car cette propagande était dirigée contre un peuple. On a donc renversé les méthodes de propagande d’Hitler. (…) Et finalement la France nous a apporté une aide concrète en nous envoyant des armes. Ce qui nous a permis de nous battre un an et demi de plus…C’était la France qui payait notre agence de presse ‘Mark Press’. Mark Press est devenue l’unique agence chargée de diffuser à l’étranger les nouvelles du Biafra. P.E Davies (journaliste à Radio Biafra et Voice of Biafra)
Le Biafra prive son propre peuple de ce qui est nécessaire à sa subsistance, dans l’espoir évidemment que le spectacle de ses souffrances va inciter les étrangers à imposer des restrictions politiques au Nigéria…La famine ne saurait devenir une arme de guerre acceptable du simple fait qu’elle est utilisée par un leadership aux abois contre sa propre population réduite à l’impuissance. Washington Post (11.07.1969, cité par Pierre Péan)
Moi j’étais un transitaire, un transitaire particulier mais un transitaire tout de même. J’étais le bras armé de l’aide française au Biafra puisque pratiquement toute l’aide française passait par Libreville : des mitrailleuses, des fusils-mitrailleurs, des fusils, des grenades, des bazookas, des petits canons également mais pas d’armes lourdes. Pas d’armes lourdes pourquoi? Parce que tout cela était transporté par avion. Et je dois vous dire que dans cette affaire je n’ai jamais eu affaire à mon ministre de tutelle mais je n’ai obéi et je n’ai agi qu’en fonction des instructions qui m’étaient données par l’Elysée. Maurice Delaunay (ambassadeur de France au Gabon lors de la guerre du Biafra)
Tous les moyens sont bons dans cette affaire. La Croix-Rouge et les Chevaliers de Malte, qui canalisent et acheminent officiellement vivres et médicaments au Biafra, ne regardent pas de trop près les lourdes caisses qui, manifestement, ne sont pas remplies de lait en poudre. Pour simplifier les choses, le colonel Merle, conseiller militaire de l’ambassade de France au Gabon, est aussi responsable de la Croix-Rouge. Pierre Péan
Le 12 juin (1967), le conseil des ministres prononcera l’embargo sur les armes et la mise en place d’une aide humanitaire au profit du Biafra…aide humanitaire qui couvrira le trafic d’armes à destination des sécessionnistes. Colonel Maurice Robert (responsable Afrique du SDECE durant la guerre du Biafra)
Armes et aide humanitaire transitaient essentiellement par Libreville et Abidjan, les premières profitant des ponts aériens organisés pour l’autre. Bongo avait été réticent au début mais, sous la double pression française et ivoirienne, il avait fini par accepter de soutenir la lutte biafraise. Colonel Maurice Robert
La France ne reconnaît toujours pas la sécession. Pour Foccart c’est un échec mais en coulisse De Gaulle semble s’y préparer activement. Il charge Foccart de monter une vaste opération de transport d’armes vers le Biafra. Foccart choisit le Gabon comme base arrière. Il vient d’y faire élire président le jeune Albert Bongo qui ne peut rien lui refuser. Joël Calmettes
A partir du moment où l’on n’était pas décidé à soutenir véritablement le Biafra, est-ce que cela valait vraiment la peine de commencer? C’est là l’enseignement que l’on peut tirer. Est-ce que cela valait vraiment la peine de commencer, de se donner tout le mal que l’on s’est donné pour arriver à un résultat aussi misérable. Maurice Delaunay (ambassadeur de France au Gabon lors de la guerre au Biafra)
Il ne faut ni intervenir ni donner l’impression d’avoir choisi. Mais il est préférable d’avoir un Nigéria morcelé qu’un Nigéria massif. Et par conséquent Mon Dieu si le Biafra réussissait ce ne serait pas plus mauvais pour nous. De Gaulle (cité par Foccart)
De Gaulle savait que si la France s’engageait la communauté internationale allait nous critiquer de façon très sévère. D’où réticence dans l’engagement et par conséquent liberté, je dirai presque conditionnelle pour aider Ojukwu clandestinement. Là je vais être plus clair, le feu vert n’est pas donné mais c’est un feu orange. Si les choses ne tournent pas bien nous sommes désavoués. C’est la règle du jeu. Colonel Maurice Robert (responsable Afrique du SDECE lors de la guerre du Biafra)
Pour la France, soutenir le Biafra, c’est s’opposer à l’ingérence des Soviétiques sur le continent et préserver ses intérêts pétroliers. Colonel Maurice Robert (responsable Afrique du SDECE durant la guerre du Biafra)
Un de mes plus grands regrets est de ne pas avoir pu remercier personnellement le général De Gaulle. Colonel Ojukwu (leader de la sécession biafraise)
Cinq ans avant la sécession biafraise, sans prévenir qui que soit, Foccart a pris ses dispositions au Nigéria au cas où. Près d’une dizaine d’agents du SDECE sont envoyés au Nigéria. Joël Calmettes
Dès 1963, l’Elysée avait détaché du SDECE le lieutenant-colonel Bichelot au cabinet présidentiel de Côte d’Ivoire pour aider le vieux Félix à suivre l’évolution politique au Nigéria. Quand Ojukwu, quatre ans plus tard, se lance dans l’aventure sécessionniste, Paris est prêt! Pierre Péan (Affaires Africaines)
En juin 1966 des dizaines de milliers de chrétiens, des Ibos sont tués par des musulmans Aoussas dans le nord du Nigéria. Deux millions de Ibos affluent vers leur terre d’origine : le futur « Biafra ». Foccart comprend immédiatement que c’est là la carte à jouer pour affaiblir le Nigéria. Discrètement certains agents du SDECE encouragent la sécession mais Foccart va plus loin. Huit mois avant la proclamation de l’indépendance il avait envoyé des armes au Biafra. L’avion qui les transporte un DC 4 s’écrase au Cameroun, le 11 octobre 1966. L’information passe totalement inaperçue : la France ne risquait pas grand chose le pilote et l’avion étaient américains. Joël Calmettes
La guerre civile opposant les tribus nigérianes entre elles, grâce à la sécession du Biafra, ne plonge pas tout le monde dans la consternation à Paris…Les commandos qui ont fait la « révolution » et, en provoquant la guerre civile, ont mis les Anglo-Saxons dans le pétrin, ont été entraînés et conseillés par des Européens qui ressemblent à s’y méprendre à des barbouzes français dépendant de Jacques Foccart, secrétaire général de la Communauté (sic) et à l’Elysée. Fortiche, non? Le Canard Enchaîné du (23 août 1967)
Officiellement, la France n’a apporté qu’une aide humanitaire aux Biafrais, mais il est aujourd’hui admis que les sécessionnistes ont bénéficié d’une aide militaire. Pour le général de Gaulle, il fallait briser la Fédération du Nigeria qui constituait, du fait de sa force économique, une menace potentielle pour l’ensemble de l’Afrique francophone. Si ce soutien militaire a toujours été nié publiquement, Jacques Foccart exprime dans ses mémoires le souhait du chef de l’Etat de véhiculer une image positive des Biafrais à la télévision française, instrument sur lequel il exerçait un contrôle et qu’il souhaitait mettre au service de son discours. (…) Pour alimenter sa propagande de guerre et justifier son statut de victime, le pouvoir biafrais s’est servi des images de la famine, profitant ainsi des ravages du blocus économique sur sa population : « La Direction de la Propagande a donc misé sur la famine, […] elle est devenue l’arme ultime » témoigne Patrick E. Davies. Ne pouvant remporter la guerre par la force militaire, les dirigeants biafrais ont compris que les images de la famine, filmées sur le terrain, pouvaient être utilisées comme preuve du génocide et devenir une arme médiatique. Ils ont alors accueilli des journalistes étrangers, probablement avec l’aide de la France, persuadés qu’à travers ce qu’ils allaient découvrir, ils ne pourraient que soutenir la volonté sécessionniste de la province. Perçues comme garantes d’objectivité et de transparence, les images de la famine ont été instrumentalisées, utilisées comme preuve des souffrances de la population biafraise et sont devenues un enjeu politique pour le Biafra. (…) Pour les dirigeants biafrais, la famine est devenue une arme médiatique destinée à pallier une faiblesse militaire, se retournant ainsi contre le pouvoir politique qui l’avait mise en place. En effet, la diffusion des images de la famine à la télévision donna naissance à un mouvement de sympathie en France en faveur de la cause biafraise. Elles ont suscité un mouvement de conscience « humanitaire » : de nombreuses associations de soutien aux Biafrais ont été créées, telles que le Comité international de lutte contre le génocide au Biafra par les futurs fondateurs de Médecins sans frontières ou le Comité d’action pour le Biafra, par un député UDR Raymond Offroy. D’autres associations, déjà en place et de tous horizons, ont tenté d’alerter la population et ont lancé des appels à la mobilisation. Parmi elles figurent les Francs-maçons, l’Union nationale des étudiants juifs de France, le Conseil œcuménique des Églises et la CGT. Les campagnes nationales d’août 1968 et de mars 1969 ont bénéficié du soutien de nombreux intellectuels qui ont lancé des appels au cessez-le-feu ou ont signé des pétitions proclamant le droit à l’indépendance du Biafra. Ces appels ou ces créations d’organisation sont, pour la plupart, le fait de personnes déjà engagées dans un mouvement de pensée ou religieux. Leur discours s’adressait à la fois aux dirigeants politiques et à la nation. Il est intéressant de noter que ces appels interviennent aux moments où la couverture télévisée de la guerre s’accélère et où les images de la famine et de l’aide humanitaire se trouvent au centre de l’attention. Celles-ci, loin d’avoir un statut passif, détiennent donc un pouvoir de persuasion et engagent à l’action. L’argument de génocide a souvent été repris pour condamner le sort de la population civile et l’horreur de la guerre. Les images de la famine montrent des personnes ayant perdu leur humanité et leur dignité. (…) La population française qui soutenait majoritairement l’organisation des opérations de secours n’a pas pour autant montré une forte mobilisation en faveur de l’indépendance du Biafra. Un sondage IFOP publié dans Le Monde en mars 1969 indique que deux tiers des Français estiment juste ou insuffisant l’aide humanitaire française apportée au Biafra (un tiers des sondés se déclarent sans opinion). Le public français a apporté un large soutien moral et financier : treize à quinze millions de francs ont été récoltés à l’issue de la première campagne nationale de juillet 1968. Les images de la famine ont rempli leur fonction, celle de susciter l’intérêt des téléspectateurs qui pour la première fois assistent à leur retransmission. Cependant, les manifestations organisées par les différentes associations n’ont pas connu le succès espéré : les tentatives d’attirer la population française pour l’encourager à soutenir la volonté d’indépendance de la province orientale ont échoué. (…) Pour contrer ces accusations, le gouvernement fédéral a accepté l’envoi d’une équipe d’observateurs mandatés par l’ONU qui a conclu à l’impossibilité d’affirmer l’existence d’un génocide au Biafra. Le pouvoir fédéral a pris les armes, non pas pour exterminer une ethnie, mais pour préserver l’unité du pays. Barbara Jung (2007)

Attention: une hypocrisie peut en cacher une autre!

Soutien secret pour cause de pétrole (suite à la perte de l’Algérie) et de géopolitique régionale d’une sécession  que l’on sait vouée à l’échec, livraisons clandestines d’armes sous couverture humanitaire, manipulation médiatique et travestissement de la situation en génocide via des officines de propagande alors que l’on sait que la rebellion en question joue de l’arme de la faim contre sa propre population …

A l’heure où,  après des décennies de réserve contrainte par la nécessité stratégique,  le parlement israélien semble vouloir profiter de l’actuel refroidissement de ses relations diplomatiques avec son seul allié musulman pour rejoindre la quinzaine de pays qui après l’ONU en 1985 et l’UE en 1987, ont officiellement reconnu  le génocide arménien de 1915 par les Turcs …

Pendant qu’au Nigéria les islamistes profitent à nouveau des célébrations de la Nativité pour reprendre leurs massacres de chrétiens …

Et au lendemain en France d’une adoption par l’Assemblée nationale du plus pur électoralisme (vote à la va vite en toute fin d’année, moins de 10% des députés présents, rejet probablement assuré du Sénat), une proposition de loi contre les génocides  complètement inutile et liberticide (après la reconnaissance  de 2001) en pénalisant la contestation …

Exposant logiquement le Pays autoproclamé des droits de l’homme à des contre-accusations turques aussi fantaisistes que celui d’un prétendu « génocide algérien »  …

Comment ne pas voir, au-delà des possibilités de dérives dues à une extension incontrôlée de l’acception des termes et de ses aspects liberticides notamment pour la recherche comme le rappelle l’éditorialiste du Figaro Ivan Rioufol, l’immense hypocrisie d’un pays qui n’a toujours pas reconnu les dérives génocidaires de ses propres révolutionnaires contre les Vendéens?

Mais également, beaucoup plus près de nous, son très trouble appui aux génocidaires du Rwanda de 1994 …

Où  27 ans plus tôt, ainsi que le rappellent l’universitaire Barbara Jung et un dossier sur le site Pressafrique,  son soutien à l’utilisation de l’arme de la faim par les rebelles biafrais de 1967-1970 (deux ans et demi de conflit, plus d’un million de victimes) ?

Le tout, comble de l’hypocrisie, sous couvert d’une campagne de presse apparemment montée de toutes pièces et appuyée notamment par nos fameux « French doctors » (qui fonderont pour ce faire l’Organisation pour la lutte contre le génocide au Biafra, rebaptisée trois ans plus tard  MSF et dont on vient d’ailleurs de fêter le 40e anniversaire) dénonçant les forces nigérianes pour… génocide!

L’image télévisuelle comme arme de guerre. Exemple de la guerre du Biafra 1967-1970

Barbara Jung

Institut Renouvin

19 octobre 2007

Le 31 mai 1967, la province orientale de la Fédération nigériane s’autoproclame République indépendante du Biafra, déclenchant une guerre civile de trente mois, extrêmement meurtrière, qui fit l’objet d’une large couverture télévisée en France. Pour la première fois, les téléspectateurs ont vu apparaître sur leurs écrans de télévision les images d’une famine, devenues, par le rôle politique que les nouveaux dirigeants biafrais ont voulu leur faire jouer, une « arme de guerre ». Ces images de corps décharnés sont celles qui ont le plus représenté la guerre du Biafra. Comme drame humanitaire et politique, elles constituent un repère capital dans l’histoire de l’information télévisée.

Au travers de l’analyse des notices [1] de l’Institut national de l’audiovisuel décrivant les deux cent quatre-vingt-cinq reportages diffusés au journal télévisé sur la guerre du Biafra et du visionnage des onze reportages réalisés par des magazines d’information télévisés, nous verrons comment et dans quelle mesure les images de la guerre ont rempli leur fonction d’« arme de guerre ».

Nous étudierons, dans un premier temps, la mise en place de la couverture télévisée de la guerre et les enjeux politiques qui s’y rattachent. Puis nous analyserons la lecture du conflit donnée par la télévision en nous demandant si elle fut influencée par les arguments de la propagande biafraise. Enfin nous verrons si la tentative des dirigeants biafrais d’ériger les images de la famine comme une arme de guerre a été couronnée de succès.

La mise en place de la couverture télévisée de la guerre du Biafra et ses enjeux politiques

La guerre du Biafra s’est déroulée à une période de l’histoire de l’information favorable à la mise en place d’une couverture télévisée des conflits. Le pouvoir biafrais a souhaité lui faire jouer un rôle politique de premier ordre.

Les enjeux politiques de la couverture télévisée

La couverture de la guerre du Biafra à la télévision française a bénéficié du contexte favorable de l’ascension du petit écran au cours des années soixante, et de l’amélioration des techniques de tournage qui rendent possible la réalisation de reportages sur le terrain. De plus, l’information constitue l’une des priorités inscrites dans les statuts de l’ORTF (1964) et occupe une place de choix sur l’ensemble des programmes diffusés, notamment grâce au développement du genre des magazines d’information télévisés qui privilégient les sujets d’actualité internationale. Mais au-delà des aspects techniques, la couverture de la guerre du Biafra à la télévision française a fait l’objet d’enjeux politiques. Officiellement, la France n’a apporté qu’une aide humanitaire aux Biafrais, mais il est aujourd’hui admis que les sécessionnistes ont bénéficié d’une aide militaire [2]. Pour le général de Gaulle, il fallait briser la Fédération du Nigeria qui constituait, du fait de sa force économique, une menace potentielle pour l’ensemble de l’Afrique francophone. Si ce soutien militaire a toujours été nié publiquement [3], Jacques Foccart [4] exprime dans ses mémoires le souhait du chef de l’Etat de véhiculer une image positive des Biafrais à la télévision française, instrument sur lequel il exerçait un contrôle et qu’il souhaitait mettre au service de son discours.

Obtenir le soutien du public français était également l’objectif du pouvoir biafrais, espérant que celui-ci exercerait une influence décisive sur les décisions politiques de ses dirigeants. En effet, pour vivre le Biafra avait certes besoin d’un soutien militaire face à une armée fédérale plus nombreuse et mieux équipée, mais aussi d’une aide diplomatique car il ne pouvait justifier son existence à l’égard du droit international. La stratégie alors adoptée par les dirigeants biafrais reposa sur l’orchestration d’une propagande élaborée sur différents thèmes, et sur la mise en place d’outils destinés à véhiculer son discours à l’étranger et rallier l’opinion publique internationale à sa cause.

Les instruments de diffusion de la propagande biafraise

Dès l’autoproclamation d’indépendance, les dirigeants biafrais ont constitué un gouvernement incluant un ministère de l’Information et une « Direction de la Propagande » composés de l’élite intellectuelle Ibo, tribu majoritaire au Biafra. Certains pays étrangers ont accepté sur leur territoire l’installation de bureaux d’information biafrais, lesquels constituaient pour Patrick E. Davies de « véritables officines de propagande » [5]. L’influence de ces organismes sur la presse française s’est exercée par le biais de l’Agence France-Presse qui cite régulièrement dans ses dépêches Radio Biafra, alors sous le contrôle de la Direction de la Propagande. De plus, les Biafrais ont eu recours à l’agence de relations publiques Markpress, basée à Genève et chargée de diffuser des nouvelles alarmantes par le biais de communiqués de presse au Royaume-Uni, aux États-Unis et en France, d’envoyer des films ou des photographies à la presse, et d’organiser le transport de journalistes au Biafra [6]. Le journaliste Claude Brovelli, à l’époque représentant de l’AFP au Nigeria, estime que le budget dépensé par le Biafra en termes de communication fut égal voire supérieur à celui attribué à la défense [7].

Gagner la guerre par les mots et les images

Dès le milieu de l’année 1968 les dirigeants biafrais essaient de convaincre le monde que le gouvernement fédéral a mis en place un plan génocidaire à l’encontre du peuple biafrais [8]. Le colonel Ojukwu va jusqu’à comparer le chef de l’autorité nigériane, le général Gowon, à Adolf Hitler : « Nous accusons Gowon de génocide pour avoir cherché à exterminer quatorze millions de Biafrais de la plus horrible manière. Nous accusons Gowon de vouloir devenir un Hitler de l’Afrique » [9]. Pour alimenter sa propagande de guerre et justifier son statut de victime, le pouvoir biafrais s’est servi des images de la famine, profitant ainsi des ravages du blocus économique [10] sur sa population : « La Direction de la Propagande a donc misé sur la famine, […] elle est devenue l’arme ultime » témoigne Patrick E. Davies. Ne pouvant remporter la guerre par la force militaire, les dirigeants biafrais ont compris que les images de la famine, filmées sur le terrain, pouvaient être utilisées comme preuve du génocide et devenir une arme médiatique. Ils ont alors accueilli des journalistes étrangers, probablement avec l’aide de la France [11], persuadés qu’à travers ce qu’ils allaient découvrir, ils ne pourraient que soutenir la volonté sécessionniste de la province. Perçues comme garantes d’objectivité et de transparence, les images de la famine ont été instrumentalisées, utilisées comme preuve des souffrances de la population biafraise et sont devenues un enjeu politique pour le Biafra.

La couverture de la guerre du Biafra à la télévision française

L’implication de la télévision française dans la couverture médiatique de la guerre est née de la diffusion d’images, sources privilégiées de l’information, et de l’adoption d’un ton engagé au profit de la cause des sécessionnistes : images dévoilant sans détours le drame humanitaire qui se joue au Biafra dès 1968, voix-off ou même absence de commentaire sont les principaux procédés utilisés pour dénoncer l’horreur de la guerre.

Une couverture précoce et rythmée par les événements humanitaires

La télévision a couvert la guerre très tôt, un reportage sur l’autoproclamation d’indépendance du Biafra étant diffusé le 30 mai 1967 [12]. Bien avant l’apparition des premières images de la famine et de l’aide humanitaire en juillet 1968, elle rend compte des événements militaires. Si un tournant s’opère en janvier 1968, avec la chute de la ville d’Enugu et un intérêt croissant pour les souffrances des civils, la couverture télévisée du conflit civil subit de nombreuses fluctuations et connaît trois pics de diffusion. Le premier a lieu de juillet à septembre 1968 et est dû à l’arrivée des premières images de la famine, aboutissant à l’organisation en août 1968 d’une campagne nationale de collecte de fonds relayée à la télévision. Après un essoufflement, la famine et l’aide humanitaire relancent la médiatisation de la guerre en mars 1969, mois au cours duquel une seconde campagne est organisée. Enfin, la couverture télévisée de la guerre atteint son point culminant en janvier 1970, mois de la signature de l’amnistie en faveur du pouvoir fédéral. Le regain d’intérêt sans précédent que porte la télévision à la guerre ce mois-ci est lié au fait que le pouvoir fédéral bloque le fonctionnement des opérations de secours auxquelles participe la France. Au cours de ces trois périodes, la guerre du Biafra devient un sujet d’actualité majeur.

La première chaîne française a consacré davantage de reportages sur la guerre que la seconde chaîne. Elle s’est impliquée au-delà de la programmation de reportages en devenant le support de deux campagnes nationales de collecte de fonds organisées par Pierre Sabbagh, figure légendaire du petit écran. La guerre a été couverte par plusieurs émissions. Parmi celles-ci, les journaux télévisés, dotés depuis 1963 [13] d’une nouvelle formule fondée sur le primat de l’image, occupent une place hégémonique avec la diffusion de 95 % des reportages sur la guerre (soit 285) et plus de la moitié d’entre eux (61 %) ont été programmés aux actualités du soir. Le genre du magazine télévisé, mis en place dans les années soixante, se prêtait également à la couverture de la guerre du Biafra, terrain d’excellence pour le « journalisme d’enquête » [14] et une mise en scène de l’actualité de manière à susciter une émotion chez le téléspectateur. La première chaîne occupe alors à nouveau une position hégémonique en ce qui concerne les magazines d’information télévisés. Le magazine hebdomadaire Panorama [15], produit par l’Actualité Télévisée puis par Information Première dès 1969, est celui qui a le plus couvert la guerre avec un total de sept reportages sur treize. Cinq Colonnes à la Une diffuse un unique reportage sur le Biafra en mai 1968 [16] et vit ses dernières heures. Il renaît de ses cendres avec la création de De nos envoyés spéciaux par Pierre Dumayet, Pierre Desgraupes, Pierre Lazareff et Igor Barrère, magazine qui programma un reportage sur la guerre en décembre 1968 [17]. Quant à la seconde chaîne, elle diffuse trois reportages sur la guerre dont deux au cours du magazine Point contre Point [18].

Une télévision perméable aux arguments du pouvoir biafrais ?

Si les rédactions télévisées ont eu majoritairement recours aux images fournies par les agences de presse britannique Visnews, et américaine United Press, les journalistes partis sur place ont été bouleversés par le sort subi par la population civile biafraise. Tous les reportages sans exception semblent condamner ouvertement l’attitude du gouvernement fédéral vis-à-vis des civils en diffusant des images à caractère dramatique, comme celles de maisons détruites, de réfugiés, de cadavres laissés à l’abandon, de soldats en haillons et de personnes victimes de la famine. Les images s’attachent essentiellement à montrer la violence des attaques à l’encontre de la population biafraise sur le plan militaire ou humanitaire. Les rédactions télévisées ont fait le choix de la transparence, de montrer l’horreur la plus insoutenable aux téléspectateurs. Le recours au grand plan sur les cadavres est fréquent, Panorama diffuse les images d’un civil biafrais froidement abattu par l’armée fédérale dans son village [19]. Le journaliste, comme certains médecins, s’arroge un rôle de témoin et de dénonciateur de l’horreur. Pourtant, si les magazines télévisés [20] jouent sur le registre émotionnel et adoptent un ton engagé en faveur des Biafrais, ils ne font pas leur la thèse du « génocide biafrais » et suivent la position de l’Organisation des Nations unies [21]. Le mot génocide figure dans deux reportages sur les neuf réalisés par un magazine d’information télévisé que nous avons pu visionner. Le premier est prononcé par le colonel Ojukwu, chef de l’autorité biafraise, tenant un enfant blessé dans ses bras : « Les enfants sont les vrais innocents de cette guerre. Je sais que Lagos perpétue un génocide à l’encontre du peuple biafrais ». Le second est prononcé par un journaliste qui se montre prudent affirmant que « pour le monde entier la guerre du Biafra reste une question nigériane, même si elle prend des allures de véritable génocide », critiquant à demi-mot la décision de l’ONU de ne pas intervenir dans le conflit, ni de retenir l’accusation de génocide.

La mise en scène de la famine et de l’aide humanitaire à la télévision française

Les images de la famine et de l’aide humanitaire sont celles qui ont le plus caractérisé la guerre du Biafra, et sont restées dans la mémoire collective. Près d’un mois après l’autoproclamation d’indépendance du Biafra, le gouvernement fédéral instaura un blocus économique. Huit millions de personnes se sont alors retrouvées entassées dans ce qui a été appelé le « réduit biafrais », territoire d’un rayon d’à peine 150 kilomètres. Ce cloisonnement provoqua une famine qui causa la mort d’environ un million de personnes en deux ans et demi. Pour la première fois, les journalistes de la télévision ont dû traiter un événement qui n’avait encore jamais fait l’objet d’une couverture télévisée et qui a donné naissance à l’humanitaire moderne. Les images de la population civile touchée par la famine commencent à être retransmises à la télévision en juillet 1968. Leur arrivée eut une conséquence concrète avec l’organisation le mois suivant d’une campagne nationale de secours en faveur des victimes, le contenu des reportages des journaux télévisés subit alors des modifications. Ces derniers diffusent les images de corps squelettiques, d’enfants ballonnés souffrant de kwashiorkor et de femmes ne pouvant plus allaiter leur nourrisson. Le documentaliste décrit « un homme d’une extrême maigreur » en train « d’agoniser » et des « plans très pénibles » [22]. Ces images dégagent une force émotionnelle et ont pour fonction d’attirer l’attention du téléspectateur devenu un donateur potentiel.

« Jamais d’images plus terribles n’ont été filmées depuis celle des découvertes des camps de concentration de l’Allemagne de 1945. Des corps d’enfants squelettiques ou déformés par des oedèmes, des visages où se lit l’hébétude résignée d’une agonie prochaine […]. Un enfer. […] Mais combien faudra-t-il de documentaires encore pour réveiller les consciences ? » [23]

écrit un journaliste dans Le Monde à propos d’un reportage diffusé sur la seconde chaîne en août 1968.

Dans les reportages réalisés par Panorama, l’horreur de la guerre est montrée par la diffusion d’images de corps mourants et décharnés. L’image est crue, dénuée de commentaire journalistique, le bruit ambiant rend l’atmosphère pesante et contribue à accentuer la tonalité dramatique des reportages. La force émotionnelle est dégagée par l’image seule. Les enfants, symbolisant l’innocence et la fragilité, se retrouvent souvent au centre de l’attention quand il s’agit de montrer l’horreur de la guerre : les documentalistes de l’INA décrivent dans les notices des images d’« enfants squelettiques », « affreusement maigres » ayant un « regard vide » ainsi que de « nombreux plans pitoyables » [24]. La couverture télévisée de la guerre du Biafra marque l’entrée d’un nouveau phénomène médiatique centré sur la diffusion de nombreuses images de personnes aux corps décharnés, au côté desquelles figure le personnel médical occidental.

Dès le mois de juillet 1968, au moment où la situation de la population civile s’aggrave, a lieu une intensification des opérations de secours. Les images de l’aide humanitaire occupent alors une place prépondérante au sein de la couverture télévisée du conflit [25]. Au cours du mois de janvier 1970, le nombre de reportages consacrés à l’aide humanitaire augmente de manière spectaculaire : depuis le mois de juin 1969 le gouvernement fédéral a déchargé le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) de sa tâche de coordination des secours, la situation humanitaire est dramatique et le gouvernement continue de bloquer le fonctionnement des opérations de secours. Cependant, d’après le contenu descriptif des notices de l’INA, il semble que l’objectif de la télévision française fut de stimuler la générosité des téléspectateurs en mettant en valeur l’action humanitaire de la France au Biafra. Les images les plus courantes à la télévision sont celles de colis affrétés par des associations humanitaires, de camions portant les insignes d’une organisation humanitaire, d’avions transportant des secours à destination du Biafra, de malades bénéficiant de soins, etc. Quand le personnel médical français figure dans un reportage, ce dernier s’attache à montrer des enfants malades mais en voie de guérison : ils chantent, sourient, sont soignés [26]. Si la représentation de l’aide humanitaire au Biafra paraît « classique » (par la diffusion d’images présentant le matériel humanitaire, les médecins, etc.), en réalité elle ne l’est pas puisqu’elle témoigne de la mise en place d’opérations de secours d’une envergure extraordinaire, destinées à venir en aide à des millions de personnes prisonnières du réduit biafrais.

Les images de la famine ont suscité l’engagement de médecins français parmi lesquels le Dr Gréletty-Bosviel, qui figure parmi les fondateurs de Médecins sans frontières : « Fin septembre 1968, on commençait à voir à la télévision des rushes sur le Biafra. J’étais à ce moment-là à l’OMS et j’ai demandé qu’on me laisse partir au Biafra » [27]. La guerre a permis la naissance de l’humanitaire moderne : certains médecins venus avec la Croix-Rouge ont rompu le principe de neutralité en prenant position contre le pouvoir fédéral qui entravait leur action, et en manifestant leur soutien aux Biafrais qu’ils croyaient victimes d’un génocide. Sans expérience de la médecine d’urgence ou sur les cas de grave malnutrition, ils ont vécu le traumatisme du tri chirurgical sur le terrain, et ont fondé à leur retour une nouvelle forme de médecine d’urgence. Affranchie du devoir de réserve, leur association aboutira à la création de Médecins sans frontières en décembre 1971. La victime de guerre, ou de catastrophe naturelle, et le médecin occidental qui n’hésite pas à braver les principes initiaux édictés par la Croix-Rouge deviennent, au cours des années soixante-dix, le couple-clé de la représentation humanitaire moderne.

Les images de la famine comme arme de guerre : un instrument efficace ?

Les téléspectateurs ont été sensibles à la diffusion des images de la famine : ils ont soutenus financièrement et moralement l’organisation des opérations de secours. Cependant, si certains individus déjà engagés dans un mouvement de pensée, politique ou religieux ou partis sur le terrain, ont clamé le droit des Biafrais à l’indépendance, le public français n’a pas prêté d’attention à l’issue politique de la guerre.

Un soutien important…

Pour les dirigeants biafrais, la famine est devenue une arme médiatique destinée à pallier une faiblesse militaire, se retournant ainsi contre le pouvoir politique qui l’avait mise en place. En effet, la diffusion des images de la famine à la télévision donna naissance à un mouvement de sympathie en France en faveur de la cause biafraise. Elles ont suscité un mouvement de conscience « humanitaire » : de nombreuses associations de soutien aux Biafrais ont été créées, telles que le Comité international de lutte contre le génocide au Biafra par les futurs fondateurs de Médecins sans frontières ou le Comité d’action pour le Biafra, par un député UDR Raymond Offroy. D’autres associations, déjà en place et de tous horizons, ont tenté d’alerter la population et ont lancé des appels à la mobilisation. Parmi elles figurent les Francs-maçons, l’Union nationale des étudiants juifs de France, le Conseil œcuménique des Églises et la CGT. Les campagnes nationales d’août 1968 et de mars 1969 ont bénéficié du soutien de nombreux intellectuels [28] qui ont lancé des appels au cessez-le-feu ou ont signé des pétitions proclamant le droit à l’indépendance du Biafra. Ces appels ou ces créations d’organisation sont, pour la plupart, le fait de personnes déjà engagées dans un mouvement de pensée ou religieux. Leur discours s’adressait à la fois aux dirigeants politiques et à la nation. Il est intéressant de noter que ces appels interviennent aux moments où la couverture télévisée de la guerre s’accélère et où les images de la famine et de l’aide humanitaire se trouvent au centre de l’attention. Celles-ci, loin d’avoir un statut passif, détiennent donc un pouvoir de persuasion et engagent à l’action. L’argument de génocide a souvent été repris pour condamner le sort de la population civile et l’horreur de la guerre. Les images de la famine montrent des personnes ayant perdu leur humanité et leur dignité.

« J’étais hanté par Auschwitz, [se souvient Bernard Kouchner], pourquoi la Croix-Rouge n’avait pas parlé ? Pourquoi la Croix-Rouge ne parlait pas devant le phénomène monstrueux du Biafra ? Est-ce la même chose ? Je ne voulais pas que mes enfants ou n’importe qui d’autre m’accusent de m’être tu à ce moment-là » [29].

… mais une faible mobilisation

La population française qui soutenait majoritairement l’organisation des opérations de secours n’a pas pour autant montré une forte mobilisation en faveur de l’indépendance du Biafra. Un sondage IFOP publié dans Le Monde en mars 1969 indique que deux tiers des Français estiment juste ou insuffisant l’aide humanitaire française apportée au Biafra (un tiers des sondés se déclarent sans opinion) [30]. Le public français a apporté un large soutien moral et financier : treize à quinze millions de francs ont été récoltés à l’issue de la première campagne nationale de juillet 1968 [31]. Les images de la famine ont rempli leur fonction, celle de susciter l’intérêt des téléspectateurs qui pour la première fois assistent à leur retransmission. Cependant, les manifestations organisées par les différentes associations n’ont pas connu le succès espéré : les tentatives d’attirer la population française pour l’encourager à soutenir la volonté d’indépendance de la province orientale ont échoué.

Cet échec est partagé par le pouvoir biafrais puisque le public français, s’il a été ému par les images des civils victimes de la famine, n’a pas incité le gouvernement à apporter une aide diplomatique au Biafra. Le Biafra a obtenu une aide humanitaire de grande ampleur mais a été privé de reconnaissance diplomatique de la part des grandes puissances.

Les Biafrais furent extrêmement présents dans les médias français au cours de la guerre civile qui ébranla le Nigeria de 1967 à 1970. Alors que le gouvernement fédéral fut peu représenté et se montra hostile aux journalistes, les dirigeants biafrais se sont servis de la presse comme d’une tribune pour véhiculer leur propagande de guerre. Les images ont fait l’objet d’une instrumentalisation au service d’une politique destinée à rallier l’opinion internationale à sa cause. Le gouvernement français aurait aidé le pouvoir biafrais à médiatiser les souffrances de la population civile [32], mais il a refusé de reconnaître officiellement le Biafra comme un État indépendant. Les images de la famine n’ont pas influé sur les décisions des dirigeants politiques mais ont joué un rôle certain dans l’envoi d’une aide humanitaire d’une nouvelle forme. La télévision fut investie d’une nouvelle mission sur la scène publique, celle de promouvoir des campagnes humanitaires. Nouveau partenaire d’associations humanitaires, elle diffuse des images dévoilant aux téléspectateurs français la maigreur des corps de personnes résidant à des milliers de kilomètres, victimes d’un blocus économique dans un contexte de la guerre civile. L’aide apportée par les « French doctors » est également largement couverte à la télévision française, et on ne peut étudier les images de la famine séparément de celles de l’aide humanitaire. La couverture de la guerre du Biafra a bien joué un rôle dans le conflit, les bases de l’humanitaire moderne ont été jetées et une nouvelle représentation de la victime de guerre est née à la télévision.

[1] Au moment de nos recherches, aucun des reportages diffusés au journal télévisé n’a fait l’objet d’une restauration sur support vidéo. Nous n’avions à notre disposition que des notices descriptives rédigées par un chef de l’antenne de l’INA qui retranscrivent plan par plan les images diffusées. L’accès aux magazines d’information fut plus aisé grâce à la restauration complète de la collection du magazine Panorama.

[2] En procédant à un envoi constant d’armes à partir de pays amis, comme le Tchad, le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Gabon. Voir Jean-Louis Clergerie, La Crise du Biafra, Limoges, PUF, 1994, p. 160.

[3] Le général de Gaulle a reconnu de manière implicite la nation biafraise dans un communiqué publié le 31 juillet 1968, au moment de l’arrivée des images de la famine : « Le Gouvernement constate que le sang versé et les souffrances qu’endurent depuis plus d’un an les populations du Biafra démontrent leur volonté de s’affirmer en tant que peuple ».

[4] Depuis 1958, Jacques Foccart était chargé des Affaires africaines et des Services spéciaux français auprès du général de Gaulle. Il raconte que le chef de l’État lui a demandé de faire en sorte que les députés de sa majorité, partis au Biafra et favorables à son indépendance, passent à la télévision. Également d’empêcher ceux rangés du côté du pouvoir fédéral d’avoir accès au petit écran. Voir Jacques Foccart, Le Général en mai. Journal de l’Élysée. 1968-1969, Paris, Fayard, coll. « Jeune Afrique », t. 2, 1998.

[5] Patrick E. Davies était journaliste pour le compte de la Direction de la Propagande. Voir Joël Calmettes, Histoires secrètes du Biafra : Foccart s’en va en guerre, Paris, Point du Jour (prod.), 2001, documentaire coul., 51 mn 41 s.

[6] Les communiqués ont été rassemblés dans un ouvrage. Voir Markpress Biafra Press Division, Genève, Aba (Biafra), 21 juin 1968. D’après le témoignage de Patrick E. Davies, la France aurait financé l’emploi de l’agence Markpress.

[7] Jean Wolf, Claude Brovelli, La Guerre des rapaces. La vérité sur la guerre du Biafra, Paris, Albin-Michel, 1969, p. 63.

[8] Voir les publications officielles du gouvernement biafrais ou publiées par l’Organisation de l’unité africaine (OUA).

[9] Le conflit Nigeria-Biafra, Documents produits par le Nigeria et le Biafra à la Réunion du Comité Consultatif de l’OUA à Addis-Abeba, août 1968, p. 34-35.

[10] Le blocus fut décrété le 1er juillet 1967 par le gouvernement fédéral à l’encontre de la province sécessionniste.

[11] Joël Calmettes, op. cit.

[12] Jean-Pierre Defrain, « L’indépendance du Biafra », Vingt-quatre heures d’actualités, Deuxième chaîne, EVN (Agence Eurovision News), 30 mai 1967, 0 mn 45 s.

[13] La formule fut lancée par Alain Peyrefitte.

[14] Forme de journalisme qui a prévalu dans les années soixante. Voir Hervé Brusini, Francis James, Voir la vérité : le journalisme de télévision, Paris, PUF, 1982.

[15] Benjamin Gallepe, Panorama, le magazine hebdomadaire de la rédaction. De l’Actualité Télévisée à Information Première. 1965-1970, (sous la dir. de Pascal Ory et Marie-Françoise Lévy) Université Paris I, Septembre 1999.

[16] Michel Honorin, « Le Biafra », Cinq Colonnes à la Une, Première chaîne, ORTF, 3 mai 1968, 20 mn 43 s.

[17] « Biafra : mort d’un mercenaire », De nos envoyés spéciaux, Première chaîne, Gamma, 5 décembre 1968.

[18] François Moreuil, « Biafra », Point contre point, Deuxième chaîne, ORTF, 31 octobre 1968, 25 mn 25 s. Jean-François Chauvel, René Puissesseau, « Le Biafra », Point contre Point, ORTF, 26 décembre 1968, 09 mn 35 s.

[19] Patrick Camus, Georges Pitoeff, « Biafra : trente mois de guerre », Panorama, Information Première, ORTF, SSR, Neyrac Film, 15 janvier 1970, 21 mn 36 s.

[20] Nous n’avons pas la possibilité de vérifier les journaux télévisés.

[21] Pour contrer ces accusations, le gouvernement fédéral a accepté l’envoi d’une équipe d’observateurs mandatés par l’ONU qui a conclu à l’impossibilité d’affirmer l’existence d’un génocide au Biafra. Le pouvoir fédéral a pris les armes, non pas pour exterminer une ethnie, mais pour préserver l’unité du pays

[22] Voir la notice in Pierre Sabbagh, « Reportage sur le Biafra », Télé Soir, Première chaîne, ORTF, 2 août 1968.

[23] Jacques Siclier, « Un peuple en train de mourir de faim », Le Monde, 15 août 1968, p. 4.

[24] Notice INA du reportage commenté par Jean-François Chauvel, « Biafra : Cécile Bourbon de Parme », Information Première, ORTF, 12 janvier 1970.

[25] Les documentalistes de l’INA décrivent des images de l’aide humanitaire dans un tiers des reportages consacrés à la guerre du Biafra.

[26] Voir la notice INA in Jacques Abouchar, « Appel pour le Biafra », Télé Soir, Première chaîne, EVN, 27 décembre 1968.

[27] Témoignage diffusé dans le documentaire réalisé par Joël Calmettes, série 2, Histoire, 28 décembre 2003.

[28] On compte parmi les intellectuels qui ont manifesté leur soutien aux Biafrais les écrivains Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, Claude Mauriac ; l’historien Pierre Vidal-Naquet ; des professeurs de droit ; des députés UDR ; des médecins et des journalistes.

[29] « De l’intervention à l’ingérence », Histoire Parallèle, ARTE, 26 février 2000.

[30] Le Monde, 18 mars 1969, p. 5.

[31] Jacques Foccart, Le Général en mai…, op. cit., p. 323.

[32] Ibid., p. 603. Général Jean Varret et Patrick E. Davies in Joël Calmettes, Histoires secrètes du Biafra, op. cit.

Voir également:

IMPLICATION FRANCAISE DANS LA GUERRE DU BIAFRA

pressafrique.com

Quelques citations d’acteurs français sur le terrain durant la guerre du Biafra

Propos de

Maurice Delaunay, Ambassadeur de France au Gabon lors de la guerre au Biafra. Entretien avec Joël Calmettes.Extrait du Documentaire. Foccart s’en va-t-en guerre, histoires secrètes du Biafra.

 » A partir du moment où l’on n’était pas décidé à soutenir véritablement le Biafra, est-ce que cela valait vraiment la peine de commencer? C’est là l’enseignement que l’on peut tirer. Est-ce que cela valait vraiment la peine de commencer, de se donner tout le mal que l’on s’est donné pour arriver à un résultat aussi misérable ».

Propos du Général Jean Varet, entretien avec Joël Calmettes.Extrait du Documentaire. Foccart s’en va-t-en guerre. Histoires secrètes du Biafra.

 »Alors ce que l’on peut regretter sur le Biafra, la seule chose que l’on peut regretter c’est que l’on a perdu. Si on avait gagné tout le monde aurait dit bravo. On a perdu pourquoi, j’en sais rien peut-être que l’on a pas été au bout de notre système peut-être que les anglais ont bien réagi, j’en sais rien. Mais moi j’étais très déçu de voir que j’étais rentré en France, qu’on annulait tout… » Propos du

Général Jean Varet, entretien avec Joël Calmettes.Extrait du Documentaire. Foccart s’en va-t-en guerre. Histoires secrètes du Biafra.

« D’aucuns diront on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs. En tous cas on a pas fait d’omelette mais on a cassé beaucoup d’oeufs »

Les raisons d’un engagement français criminel Histoire de la guerre au Biafra et implication française. Une guerre ayant fait entre 1 et 2 millions de morts Les signes avant-coureur de l’engagement militaire et des services secrets français au Biafra de 1963 à 1967

Trois semaines après la naissance du Biafra, De Gaulle donne à Foccart, qui le note dans son journal, son opinion sur la sécession :

« Il ne faut ni intervenir ni donner l’impression d’avoir choisi. Mais il est préférable d’avoir un Nigéria morcelé qu’un Nigéria massif. Et par conséquent Mon Dieu si le Biafra réussissait ce ne serait pas plus mauvais pour nous ».

D’après Joël Calmettes dans son documentaire Foccart s’en va-t-en guerre.

Histoires secrètes du Biafra.

« De Gaulle savait que si la France s’engageait la communauté internationale allait nous critiquer de façon très sévère. D’où réticence dans l’engagement et par conséquent liberté, je dirai presque conditionnelle pour aider Ojukwu clandestinement. Là je vais être plus clair, le feu vert n’est pas donné mais c’est un feu orange. Si les choses ne tournent pas bien nous sommes désavoués. C’est la règle du jeu. »

Colonel Maurice Robert, responsable Afrique du SDECE lors de la guerre du Biafra. Interview avec Joël Calmettes, extrait, Ibid.

« Pour la France, soutenir le Biafra, c’est s’opposer à l’ingérence des Soviétiques sur le continent et préserver ses intérêts pétroliers. »

Colonel Maurice Robert, responsable Afrique du SDECE durant la guerre du Biafra in « Ministre de l’Afrique » entretien avec André Renault, Ed. Seuil, p.181.

Dossier Biafra Afrik.com

Colonel Ojukwu.

« Un de mes plus grands regrets est de ne pas avoir pu remercier personnellement le général De Gaulle ».

Colonel Ojukwu, leader de la sécession biafraise à Joël Calmettes in « Conversation à propos de la guerre du Biafra ».

FRANCE CULTURE. Emission du 29.05.2003

Trente ans après, que reste-t-il du Biafra ? 30 mai 1967, une région sud-orientale du Nigéria peuplée majoritairement par la communauté des Ibos, le  »Biafra », conduit par le charismatique colonel Ojukwu, fait sécession et proclame son indépendance.

Le Nigéria dirigé par le général Yakubu Gowon, encercle la province du Biafra et à coups de bombardements puis de blocus alimentaire parvient à mater la sécession biafraise début janvier 1970, après 2 ans et demi de guerre civile.

En fait cette sécession biafraise fut soutenue en coulisse par de Gaulle et Foccart. La France pour ses intérêts va mener une guerre secrète au Nigéria. Il s’agissait d’affaiblir ce géant anglophone qui se tournait vers l’union soviétique. Pour Foccart, son Islam pro-soviétique menaçait de s’étendre aux pays voisins des ex-colonies françaises. D’autres part la province du Biafra était une région pétrolifère qui intéressait au plus haut point une France devenue dépendante en matière d’énergie depuis la perte de l’Algérie. Huit mois avant l’indépendance proclamée par le colonel Ojukwu, Foccart qui a le « feu orange » du général, envoie des armes pour la future armée du colonel Ojukwu.

Les spécialistes (Maurice Robert, Maurice Couve De Murville) ne donnent aucune chance à la sécession compte tenu du caractère miniscule de cette province et de son absence complète d’expérience en matière de guerre alors que le Nigéria est un géant puissamment armé et soutenu par l’Angleterre.

Pourtant Foccart avec le soutien implicite du général de Gaulle va soutenir logistiquement et militairement la sécession par l’intermédiaire des services secrets du SDECE et des mercenaires français.

Cette politique dirigée par la cellule africaine de l’Elysée va soutenir et encadrer une guerre vouée à la défaite. Par ce fait elle va prolonger l’agonie d’un peuple. Ce soutien logistique (notamment les livraisons d’armes) se fera sous couverture humanitaire avec la création des  »french doctors ». Il faudra attendre le départ du Général de Gaulle et l’arrivée de Georges Pompidou pour que ce soutien s’estompe face à l’avancée des troupes nigérianes.

Une politique françafricaine qui a généré de 1 à 2 millions de morts et préfigure à bien des égards certaines méthodes françaises appliquées au Rwanda en1994 (encadrement et formation d’une armée, livraisons d’armes, organisation de la propagande, instrumentalisation de l’humanitaire et des médias…).

L’amnésie et l’impunité menant à la reconduction.

 »Cinq ans avant la sécession biafraise, sans prévenir qui que soit, Foccart a pris ses dispositions au Nigéria au cas où. Près d’une dizaine d’agents du SDECE sont envoyés au Nigéria. » Joël Calmettes, Ibid.

« Dès 1963, l’Elysée avait détaché du SDECE le lieutenant-colonel Bichelot au cabinet présidentiel de Côte d’Ivoire pour aider le vieux Félix à suivre l’évolution politique au Nigéria. Quand Ojukwu, quatre ans plus tard, se lance dans l’aventure sécessionniste, Paris est prêt! »

Pierre Péan, Affaires Africaines, Ed. Fayard, p.72.

 »En juin 1966 des dizaines de milliers de chrétiens, des Ibos sont tués par des musulmans Aoussas dans le nord du Nigéria. Deux millions de Ibos affluent vers leur terre d’origine : le futur « Biafra ». Foccart comprend immédiatement que c’est là la carte à jouer pour affaiblir le Nigéria. Discrètement certains agents du SDECE encouragent la sécession mais Foccart va plus loin. Huit mois avant la proclamation de l’indépendance il avait envoyé des armes au Biafra. L’avion qui les transporte un DC 4 s’écrase au Cameroun, le 11 octobre 1966. L’information passe totalement inapperçu : la France ne risquait pas grand chose le pilote et l’avion étaient américains. »

Joël Calmettes , Ibid.

« La guerre civile opposant les tribus nigérianes entre elles, grâce à la sécession du Biafra, ne plonge pas tout le monde dans la consternation à Paris…Les commandos qui ont fait la « révolution » et, en provoquant la guerre civile, ont mis les Anglo-Saxons dans le pétrin, ont été entraînés et conseillés par des Européens qui ressemblent à s’y méprendre à des barbouzes français dépendant de Jacques Foccart, secrétaire général de la Communauté (sic) et à l’Elysée. Fortiche, non? »

Le Canard Enchaîné du 23 août 1967.

MANIPULATION DE L’OPINION PUBLIQUE : LA CREATION DU TERME  »GENOCIDE » PAR LES SERVICES. LA PROPAGANDE FRANCO-BIAFRAISE; comment les leaders sécessionnistes du Biafra affament leur propre peuple face au blocus Nigérian.

« Ce que tout le monde ne sait pas, c’est que le terme de « génocide » appliqué à cette affaire du Biafra a été lancé par les services. Nous voulions un mot choc pour sensibiliser l’opinion. Nous aurions pu retenir celui de massacre, ou d’écrasement, mais génocide nous a paru plus  »parlant ». Nous avons communiqué à la presse des renseignement précis sur les pertes biafraises et avons fait en sorte qu’elle reprenne rapidement l’expression  »génocide ». Le Monde a été le premier, les autres ont suivi. »

Colonel Maurice Robert, responsable du SDECE durant la guerre du Biafra in ‘Ministre de l’Afrique’, entretien avec André Renault, Ed. Seuil, p.180.

P.E Davies né en 1944, travaille pour la direction de la propagande Biafraise à Radio Biafra puis comme journaliste à Voice of Biafra. Extrait d’une interview avec Joël Calmettes in « Conversations à propos de la guerre du Biafra ».

« Je sais parfaitement que la direction de la propagande biafraise composée de professionnels, d’intellectuels et d’universitaires, avait étudié le système de propagande de Goebels, de la Chine et dans une certaine mesure de l’Union soviétique. Elle a du adapter ses propres systèmes à la situation particulière du Biafra. Car les systèmes allemands sous Hitler et Goebbels étaient méthodiques, et le sytèmes chinois et russe étaient idéologiques. Or le Biafra n’avait pas d’idéologie en tant que telle. Il fallait donc trouver une autre voie qui ne soit pas la méthode hitlérienne car cette propagande était dirigée contre un peuple. On a donc renversé les méthodes de propagande d’Hitler. »

« Et finalement la France nous a apporté une aide concrète en nous envoyant des armes. Ce qui nous a permis de nous battre un an et demi de plus…C’était la France qui payait notre agence de presse ‘Mark Press’. Mark Press est devenue l’unique agence chargée de diffuser à l’étranger les nouvelles du Biafra ».

P.E Davies travaillait pour la direction de la propagande Biafraise Extrait d’une interview avec Joël Calmettes in « Conversations à propos de la guerre du Biafra ».

« Le Biafra prive son propre peuple de ce qui est nécessaire à sa subsistance, dans l’espoir évidemment que le spectacle de ses souffrances va inciter les étrangers à imposer des restrictions politiques au Nigéria…La famine ne saurait devenir une arme de guerre acceptable du simple fait qu’elle est utilisée par un leadership aux abois contre sa propre population réduite à l’impuissance. »

Washington Post du 11.07.1969 cité par Pierre Péan, Ibid, p.81.

Exemple de propagande et de manipulation de l’opinion publique et des intellectuels français durant la guerre du Biafra: NOUVEL OBSERVATEUR 19.01.1970

Un médecin accuse…par Bernard Kouchner

Bernard Kouchner rentre du Biafra où il est allé comme médecin de la Croix-Rouge internationale.

Paddy Davies, membre de la direction de la Propagande (Biafra) (extrait du Doc Joël Calmettes : ‘Foccart s’en va-t-en guerre’):

 »La direction de la propagande s’est servie de la faim. Après avoir essayé le pogrom, le génocide, la libération de notre province… »

LES VENTES D’ARMES SOUS COUVERTURE HUMANITAIRE

Entretien avec Maurice Delaunay, ambassadeur de France au Gabon lors de la guerre du Biafra (doc de Joël Calmettes, Ibid) :

 »Moi j’étais un transitaire, un transitaire particulier mais un transitaire tout de même. J’étais le bras armé de l’aide française au Biafra puisque pratiquement toute l’aide française passait par Libreville : des mitrailleuses, des fusils-mitrailleurs, des fusils, des grenades, des bazookas, des petits canons également mais pas d’armes lourdes. Pas d’armes lourdes pourquoi? Parce que tout cela était transporté par avion. Et je dois vous dire que dans cette affaire je n’ai jamais eu affaire à mon ministre de tutelle mais je n’ai obéi et je n’ai agi qu’en fonction des instructions qui m’étaient données par l’Elysée. »

« Tous les moyens sont bons dans cette affaire. La Croix-Rouge et les Chevaliers de Malte, qui canalisent et acheminent officiellement vivres et médicaments au Biafra, ne regardent pas de trop près les lourdes caisses qui, manifestement, ne sont pas remplies de lait en poudre. Pour simplifier les choses, le colonel Merle, conseiller militaire de l’ambassade de France au Gabon, est aussi responsable de la Croix-Rouge »

Pierre Péan,Ibid.

 »Le 12 juin (1967), le conseil des ministres prononcera l’embargo sur les armes et la mise en place d’une aide humanitaire au profit du Biafra…aide humanitaire qui couvrira le trafic d’armes à destination des sécessionnistes. »

Colonel Maurice Robert, responsable Afrique du SDECE durant la guerre du Biafra, Ibid, p.181.

 »Armes et aide humanitaire transitaient essentiellement par Libreville et Abidjan, les premières profitant des ponts aériens organisés pour l’autre. Bongo avait été réticent au début mais, sous la double pression française et ivoirienne, il avait fini par accepter de soutenir la lutte biafraise »

Colonel Maurice Robert, Ibid,p.181.

LA CREATION DE BONGO : « UNE MARIONNETTE » AU SERVICE DE FOCCART

« La France ne reconnaît toujours pas la sécession. Pour Foccart c’est un échec mais en coulisse De Gaulle semble s’y préparer activement. Il charge Foccart de monter une vaste opération de transport d’armes vers le Biafra. Foccart choisit le Gabon comme base arrière. Il vient d’y faire élire président le jeune Albert Bongo qui ne peut rien lui refuser. » Joël Calmettes, Ibid.

Le lendemain déclaration du Président gabonais dont le correspondant de l’AFP rend compte de la façon suivante :

 »Le président Bongo a déclaré…M. Bongo a cependant ajouté que si l’unité du Nigéria se recréait, comme il le souhaite, il serait prêt… »

Moins de deux heures après que cette dépêche fut tombée sur les télex, l’AFP diffusait le rectificatif suivant :  »Prière supprimer : comme il le souhaite et lire la phrase :  »M. Bongo a cependant ajouté que, si l’unité du Nigéria se recréait, il serait prêt », etc..le reste sans changement ».

Ces trois lignes de rectificatif montrent à quel point le Président gabonais n’est alors qu’une marionnette dépendant des services de foccart. Il croît d’abord avoir le droit de dire que la sécession est terminée, qu’il souhaite personnellement l’unité du Nigéria ; Foccart, qui est à Libreville ce jour-là et qui l’a « briefé » le matin même avant qu’il ne s’adresse aux journalistes, a dû le rappeler à l’ordre et lui demander ce rectificatif. Toujours est il que Bongo corrige son « lapsus ».

Pierre Péan, Affaires Africaines, Ed. Fayard, p.82.

GRI-GRI INTERNATIONAL 15.12.09

12 novembre 1968, Bongo sort de l’Élysée et parle du Biafra

REFERENCES

Afrikara 2006 (Assassinats de coopérants)

1967-1970 : Comment la Francafrique fabriqua plus d’un million de morts au Biafra

Réseau Voltaire 1997

Quand la Françafrique foccartienne intervenait au Biafra (1967-70)…

Documentaire de Joël Calmettes. Histoires secrètes du Biafra.

Foccart s’en va-t-en guerre. France 3. 2001. 54 MIN 19 SEC

VIDÉO, COULEUR, V.O.F. E-mail : d.weitzel@pointdujour-prod.fr

Documentaire de Joël Calmettes. Conversations à propos de la guerre du Biafra. Diffusé sur la chaîne Histoire en 2004.

Maurice Robert. Ministre de l’Afrique: Entretiens avec André Renault (2004)

Pierre Péan. Affaires africaines de Pierre Péan . Ed. Fayard.

1983.

Voir aussi:

Génocide: la France n’a pas de leçon à donner à la Turquie

Ivan Rioufol

Le Figaro

21 décembre 2011

C’est pour un mauvais prétexte que la France semble vouloir se fâcher avec la Turquie. S’il s’agit de lui refuser l’entrée en Europe, autant le lui dire clairement et tout de suite. Mais le contentieux qui risque de s’ouvrir à l’occasion de l’examen, demain à l’Assemblée nationale, d’une proposition de loi visant à réprimer pénalement (un an de prison, 45.000 euros d’amende) la négation des génocides reconnus, dont le génocide arménien commis par les Turcs en 1915, manque d’arguments sérieux. Il est certes détestable de voir la Turquie refuser ne serait-ce que d’admettre la réalité de l’épuration ethnique et religieuse qu’elle a menée contre plus d’un million d’Arméniens : ce déni devrait être un argument suffisant pour lui refuser de rejoindre l’Union européenne. Cependant, ce n’est pas au parlement de faire l’histoire. Mon opposition constante à la loi Gayssot sanctionnant le négationnisme dans la contestation de la Shoah est identique pour cette autre loi mémorielle qui revient, une fois de plus, à limiter la liberté d’expression et à pénaliser un délit d’opinion.

Mais il y a surtout, dans l’attitude morale de la France, une énorme hypocrisie. Car l’Etat français se comporte en fait comme l’Etat turc, en refusant de reconnaître et en contestant même la réalité du génocide vendéen de 1793. La proposition de loi du député des Alpes maritimes, Lionel Luca, invitant la République « à reconnaître le génocide vendéen de 1793-1794 », déposée en 2007, n’a jamais été examinée. Or, comme le rappelle l’historien Reynald Secher, qui a trouvé aux Archives nationales les éléments établissant le génocide (1) : « La France est le premier pays à avoir conçu, organisé et planifié l’anéantissement et l’extermination d’une partie d’elle-même au nom de l’idéologie de l’homme nouveau. Elle est aussi le premier pays à avoir conçu et mis en place un mémoricide dans le but d’occulter ce crime contre l’humanité. En ce sens, la France est un double laboratoire et un modèle pour les régimes génocidaires (…) ».

Non, la France n’a pas de leçon à donner aux Turcs. Si Michelet, père de l’histoire officielle de la Révolution française, a beaucoup contribué à nier le génocide vendéen, les travaux de Secher apportent les preuves écrites et incontestables d’une « extermination partielle ou totale d’un groupe humain de type ethnique, ou racial, ou politique, ou religieux », pour reprendre la définition du génocide. La Révolution s’était donnée pour objectif, après la guerre civile de mars à août 1793, de rayer de la carte la Vendée et ses plus de 800.000 habitants, en répondant aux ordres de la Convention et plus particulièrement du Comité de salut public où siégeaient Robespierre, Carnot, Barère. C’est d’une manière scientifique, centralisée, planifiée que furent menés par l’armée les incendies de villages et les massacres de masse n’épargnant ni les femmes ni les enfants. A Nantes, les victimes liées entre elles étaient noyées dans la Loire. Or, non seulement la République n’a jamais reconnu ces crimes, mais elle a réussi à faire passer les victimes pour des coupables. S’il y a une injustice à réparer, c’est bien celle des ces milliers de Vendéens assassinés par la Terreur.

(1) Reynald Secher, Vendée du génocide au mémoricide , Editions du Cerf (préface de Gilles-William Goldnadel, postfaces de Hélène Piralian et de Stéphane Courtois)

2 Responses to Liberté d’expression: Attention, une hypocrisie peut en cacher une autre (Armenian genocide row: Will France now finally come to terms with its own atrocities?)

  1. […] après les calamiteuses lois mémorielles, du climat liberticide qui traverse actuellement nos sociétés comme de la fragilité de la candidature à sa propre […]

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