Rwanda: Faut leur ouvrir le ventre pour pas que les satellites les voient (More revelations on French involvement in Rwandan genocide)

France's role in Rwandan genocide Dans ces pays là, un génocide, ce n’est pas trop important. François Mitterrand
J’ai su au Rwanda pourquoi des juifs étaient morts pendant la guerre. J’ai su qu’Auschwitz était à la portée de tous. Bernard Kouchner (qui a lui-même, on le sait, perdu des grands-parents à Auschwitz)

Après la toute « récente » sortie des coups tordus de la CIA, la France commencerait-elle enfin à sortir les siens?

A l’heure où l’ancien squatteur de l’Elysée se fend d’une aussi cynique que pathétique tribune en une du Monde pour tenter de faire oublier, après les dix huit à la Mairie de Paris, ses douze longues années de mensonges et de corruption à la tête de l’Etat …

Pendant que son ancien premier ministre en fait de même pour les coups tordus qu’ils avaient tous deux concoctés contre celui qui allait devenir l’actuel président …

Et au moment où, 13 ans après l’un des pires génocides du siècle et avec l’arrivée d’une nouvelle diplomatie française, des documents (dont un nouveau film de Canal+: « Opération Turquoise » ) commencent à sortir et des choses enfin à bouger …

Comme l’arrestation hier de deux des génocidaires qui, depuis leur exfiltration par le gouvernement Mitterrand, coulaient des jour paisibles sur notre territoire …

Petit retour sur l’enquête d’un journaliste du Times (Andrew Wallis, « Silent Accomplice », « Complice silencieux ») sortie l’an dernier et dont nos médias se sont curieusement peu fait l’écho.

Faut dire, comme le rappelle le site Journal chrétien, qu’on y apprenait pas des choses très ragoûtantes sur ce que nos dirigeants, victimes à leur tour du « syndrome de Fachoda », avaient fait faire à nos forces armées sur place, jusqu’à notamment expliquer aux génocidaires comment dissimuler les corps de leurs victimes aux satellites espions: en leur ouvrant le ventre pour qu’ils coulent plus vite!

Extraits:

Vous devez ouvrir les ventres de ces Tutsis que vous tuez afin qu’ils coulent et que les satellites ne les voient pas.

Wallis juge que l’implication française va bien au-delà de simples accords avec le gouvernement et que, avant et pendant le génocide, les forces spéciales françaises ont armé et formé des soldats devenus ensuite des miliciens responsables de la plus grande partie des massacres.

« De septembre 1993 jusqu’au moment du génocide, les services secrets français au Rwanda ont participé à la surveillance des rebelles du Front patriotique rwandais. Leurs militaires commandaient de fait les forces militaires rwandaises. »Ils acheminaient des armes, ils acheminaient des radios, ils contribuaient à financer tout cela et ils ont poursuivi ces opérations même après que ce gouvernement fut vaincu. »

des soldats français sont restés au Rwanda déguisés en civils alors que leur contingent avait officiellement quitté le pays à la mi-décembre 1993.

Complicité française dans le génocide au Rwanda
JOURNAL CHRETIEN
Le 5 mai 2007

« Silent Accomplice » (« Complice silencieux »), du chercheur britannique Andrew Wallis, apporte de nouvelles preuves de la complicité française dans le massacre de Tutsis et de Hutus modérés par des milices formées par le gouvernement hutu soutenu par Paris.

Des militaires français ont expliqué aux extrémistes hutus comment cacher les preuves de leurs atrocités aux satellites espions, affirme l’auteur d’un nouvel ouvrage sur le génocide de 1994 au Rwanda.

« Leur rôle est assez clairement identifié, leur rôle est celui de complice de crime de génocide », insiste Andrew Wallis.

D’après Andrew Wallis, certains militaires étaient agacés par la vue des corps flottant dans les cours d’eau, ce que pouvaient saisir les satellites espions.

« Alors les soldats français leur disaient ’vous devez ouvrir les ventres de ces Tutsis que vous tuez afin qu’ils coulent et que les satellites ne les voient pas’ », a déclaré Wallis à Reuters, à Kigali.

La rivière rwandaise Akagera se jette dans le lac Victoria et elle a charrié des milliers de cadavres vers l’Ouganda voisin au moment des massacres. Des Ougandais affirment avoir retrouvé des dents humaines dans leurs poissons après le génocide.

« PREUVES MANIFESTES »

Wallis juge que l’implication française va bien au-delà de simples accords avec le gouvernement et que, avant et pendant le génocide, les forces spéciales françaises ont armé et formé des soldats devenus ensuite des miliciens responsables de la plus grande partie des massacres.

« Leur rôle est assez clairement identifié, leur rôle est celui de complice de crime de génocide », insiste Wallis.

« De septembre 1993 jusqu’au moment du génocide, les services secrets français au Rwanda ont participé à la surveillance des rebelles du Front patriotique rwandais. Leurs militaires commandaient de fait les forces militaires rwandaises. »Ils acheminaient des armes, ils acheminaient des radios, ils contribuaient à financer tout cela et ils ont poursuivi ces opérations même après que ce gouvernement fut vaincu. »

Cet auteur britannique a témoigné devant une commission rwandaise enquêtant sur le rôle de la France dans cette période.

Les autorités françaises ont déjà démenti de précédentes accusations formulées par Wallis.

Le Rwanda a rompu ses relations diplomatiques avec la France en novembre, en reprochant aux autorités françaises de ne pas reconnaître leur rôle dans la mort de 800.000 personnes en 1994.

Le Rwanda intente depuis avril une action devant la Cour internationale de justice (CIJ).

Cette initiative fait suite à la décision en novembre du juge Jean-Louis Bruguière de lancer des mandats d’arrêts contre neuf proches du président Paul Kagamé pour « complicité d’assassinat » de son prédécesseur Juvénal Habyarimana. La mort de ce dernier en avril 1994 dans la chute de son avion est considérée comme l’élément déclencheur du génocide.

D’après Wallis, le gouvernement provisoire créé après la mort de Juvénal Habyarimana et considéré comme responsable des massacres, a été formé à l’ambassade de France.

« Il y a des preuves manifestes d’un soutien politique français à un gouvernement provisoire qui était en train de tuer son propre peuple », dit le chercheur britannique.

Par Arthur Asiimwe

Un soldat belge a aussi accusé les Français d’avoir formé des génocidaires

Un ancien officier belge de la Mission des Nations unies aux Rwanda (MINUAR), le colonel à la retraite Walter Ballis, a accusé, lundi, des soldats français d’avoir entraîné militairement les miliciens Interahamwe, principaux bras armés du génocide de 1994, a rapporté mardi l’agence rwandaise d’information (ARI).

Le colonel Ballis, qui était chef adjoint des opérations à l’état-major de la MINUAR, a fait cette déclaration lors de sa déposition devant la Commission rwandaise d’enquête sur le rôle présumé de la France pendant le génocide de 1994.

« Notre cellule des renseignements faisait état de camps d’entraînement où des instructeurs français apprenaient aux Interahamwe des éléments de combat et de la guerre », a témoigné l’officier belge cité par ARI.

« Au cours des briefings journaliers, elle signalait la présence des gens du Détachement d’assistance militaire, (DAMI). Nous n’étions pas autorisés à les arrêter ou même à leur demander ce qu’ils faisaient à Kigali », a-t-il précisé.

« Une fois, (le général) Roméo Dallaire (commandant de la MINUAR, ndlr) a envoyé une patrouille après qu’il avoir reçu des informations faisant état d’entraînements des Interahamwe par des instructeurs français au nord de l’aéroport de Kigali », a relaté le témoin.

« Arrivés sur place, ils (les casques bleus de la MINUAR) n’ont vu personne », a indiqué Ballis, expliquant que les instructeurs français avaient certainement été avertis de l’arrivée de la patrouille MINUAR.

Selon lui, des soldats français sont restés au Rwanda déguisés en civils alors que leur contingent avait officiellement quitté le pays à la mi-décembre 1993.

« Certains Français, censés avoir quitté le Rwanda à la mi- décembre 1993, s’étaient déguisés en civils et ont continué à faire ce qu’ils faisaient avant. J’ai reconnu un d’entre eux que j’ai rencontré à l’Hôtel Méridien », a dit le colonel Walter Ballis, qui a affirmé avoir été surpris de constater le 09 ou le 10 avril 1994 que son uniforme de militaire belge avait disparu de l’hôtel Méridien où il logeait et en a conclu qu’il avait été volé.

Le colonel Ballis a indiqué que des témoignages faisaient état de la présence de militaires habillés en uniforme belge mais portant des bérets de l’armée française dans la nuit du 6 avril 1994 à Masaka, la colline d’où auraient été tirés les missiles qui ont abattu l’avion du président Juvénal Habyarimana.

Sans désigner explicitement les Français comme responsables de l’attentat, il a déclaré que les missiles qui ont été utilisés pour abattre cet avion n’existaient pas dans l’arsenal belge à cette époque.

« Je doute fort que les ex-Forces armées rwandaises (ex-FAR) du président Habyarimana disposaient de ces missiles, moins encore le Front patriotique rwandais (FPR, ex-rébellion, actuellement au pouvoir), a-t-il indiqué. »Ce n’est pas la France qui a commis le génocide, ce ne sont pas les Hutus comme ethnie qui ont commis le génocide. Dans chaque groupe de personnes, il y a de malins génies. Dans les hautes sphères de la politique française, il y a eu des gens qui ont eu des idées mauvaises sur le Rwanda », a-t-il conclu. (pana)

Voir aussi:

As the body count grew, France welcomed ministers of the genocidal Government to an official reception in Paris. Meanwhile, its military continued to send arms to bolster its Hutu allies in power, regardless of the genocide they were perpetrating.

Since 1994 France has been adept at trying to hide this stain on la gloire. Its ministers, including the current Prime Minister, constantly repeat the “double genocide” myth, which alleged that while Hutu killed Tutsi, the Tutsi also killed Hutu. It is akin to claiming that Holocaust victims were also mass murderers.

France, steeped in genocidal blood, must face trial

Andrew Wallis
The Times
December 5, 2006

The hastily arranged car boot sale outside the French Embassy in downtown Kigali last Monday did good business. On offer were laptop computers, televisions, three-piece suites and, well, even the cars themselves. Given the decision taken by the Rwandan Government ten days ago to expel the French Ambassador, his staff and to close all official French buildings in the tiny Central African country, there was clearly little expectation of a return.

Behind these scenes of gloomy embassy employees packing and selling their diplomatic and domestic baggage is a recent history between France and Rwanda steeped in a mire of blood and guilt. Indeed it is the second time in 12 years that the French have found the need for a sudden retreat from Rwanda.

In April 1994 the French Embassy became the setting for the formation of the extremist Hutu Government that was to organise and carry out the meticulously planned genocide of the Tutsis. Witnesses spoke of these ministers, many now facing life imprisonment for crimes against humanity, sitting in plush embassy chairs comparing notes on where the killing was going best. Their host, the French Ambassador, later helped to evacuate those extremists to Paris, away from the apocalypse they had created. The ambassador then made a bonfire of two rooms piled high with documents linking his Government with that of the Hutu dictatorship of Juvénal Habyarimana.

Rwanda is made up mainly of two ethnic groups, the vast majority being Hutu, who, under Habyarimana’s “apartheid” State, took total control of the army, bureaucracy and government. The Tutsi, 15 per cent of the population, were banished from public life.

When François Mitterrand, then the French President, decided in 1990 to send in crack paratroopers to protect Habyarimana, his French-speaking friend and ally, it looked like just another attempt by Paris to keep a client leader in power. The danger came from across the border in Uganda. Anglophone Paul Kagame and his Rwandan Patriotic Front, made up mostly of Tutsis previously driven from their homeland by a series of earlier massacres, had invaded.

During the next three years Mitterrand had no compunction in sending in troops to save a brutal and corrupt regime. The Hutu army received millions of dollars of French weaponry; and the French elite training corps trained its Rwandan allies in how to dismember bodies, fire its new heavy artillery and use attack Gazelle helicopters.

Habyarimana was assassinated on April 6, 1994, when unknown assailants shot down his Falcon 50 jet, another present from the French taxpayer. The event ushered in possibly the hundred bloodiest days in history. Up to one million Tutsis were slaughtered.

As the body count grew, France welcomed ministers of the genocidal Government to an official reception in Paris. Meanwhile, its military continued to send arms to bolster its Hutu allies in power, regardless of the genocide they were perpetrating.

Since 1994 France has been adept at trying to hide this stain on la gloire. Its ministers, including the current Prime Minister, constantly repeat the “double genocide” myth, which alleged that while Hutu killed Tutsi, the Tutsi also killed Hutu. It is akin to claiming that Holocaust victims were also mass murderers.

So the latest French government attempt to cover its Rwandan shame is no surprise to observers of La Françafrique. The timing behind the sudden release of Judge Jean-Louis Bruguière’s report, which blames Kagame for Habyarimana’s death, is no coincidence. Four senior French military and political figures will shortly give testimony before the international war crimes tribunal in Arusha. They have been called by the defence team of Colonel Théoneste Bagosora, who faces charges of being the mastermind behind the genocide.

It is deeply embarrassing, like being called to defend Nazis at Nuremberg. Shortly, too, Kagame’s government of reconciliation, which drove the genocidaire out in 1994, will announce the findings of its own inquiry into the French involvement in the genocide. It promises to uncover even more explicit details of Mitterrand’s crime.

President Kagame arrived in London on Sunday for a five-day visit to the UK. His 12-year-old Government has revived a country torn apart by genocide, corruption and poverty. He has emphasised there is no “Hutu” or “Tutsi” in his country now, only Rwandans. But while he has created a stable economy and new sense of pride, it is vital that the world, which looked the other way in 1994, now demands answers from France about its direct complicity in the genocide.

There seems to be an unwritten rule among Western leaders not to question each other’s foreign policies too closely. But genocide cannot be allowed to be so cynically forgotten. Tony Blair has a duty to ask some deeply troubling questions about how and why the Élysée supported a genocidal government before, during and after one of the most appalling episodes of killing the world has ever seen. He may put at risk having some of his own skeletons unearthed. But the dead and the traumatised survivors in Rwanda deserve such belated recognition — and respect.

Andrew Wallis is the author of Silent Accomplice: The Untold Story of France’s Role in the Rwandan Genocide

Voir enfin:

Il faut aider Habyarimana coûte que coûte et endiguer l’influence anglo-saxonne dans la région portée par l’Ouganda qui soutient la rébellion tutsie. Une assistance militaire technique a été décidée. Ses effectifs seront portés à 80 conseillers, qui jouent un rôle actif dans la formation des forces armées rwandaises. Le lieutenant-colonel Gilbert Canovas exerce même la fonction de conseiller du chef d’état-major.

Le pouvoir de Kigali voudrait « procéder à un génocide systématique », écrit l’ambassadeur le 19 janvier 1993

Le 3 mars, pour renverser les charges, le général Quesnot propose au président d’incriminer la rébellion en exigeant « une réorientation forte et immédiate de l’information des médias [français] sur notre politique au Rwanda en rappelant notamment (…) les graves atteintes aux droits de l’homme du FPR : massacres systématiques de civils, purification ethnique, déplacement de population… ».

Le 6 mai, le général Quesnot résume le danger d’une victoire militaire éventuelle du FPR, sa hantise. « Le président [ougandais] Museveni et ses alliés auront ainsi constitué un «Tutsiland» avec l’aide anglo-saxonne et la complicité objective de nos faux intellectuels, remarquables relais d’un lobby tutsi auquel est également sensible une partie de notre appareil d’Etat. » Quatre jours plus tard, à la télévision, François Mitterrand résume la prudence française en une phrase : « Nous ne sommes pas destinés à faire la guerre partout, même lorsque c’est l’horreur qui nous prend au visage. »

Génocide rwandais Ce que savait l’Elysée
Piotr Smolar
Le Monde
Le 03.07.07

Au cours des années de guerre qui ont précédé le génocide, qui a débuté le 6 avril 1994, l’Elysée a soutenu le régime de Kigali, malgré les signaux présageant des massacres à venir. C’est ce que révèlent plusieurs volumes d’archives officielles transmises au tribunal aux armées

Il est question de massacres, de réfugiés et de soldats français en ce 29 juin 1994, dans la salle où se tient un conseil des ministres restreint autour de François Mitterrand. Il est question du Rwanda, où la France vient de lancer l’opération humanitaire « Turquoise ». La machine génocidaire, lancée le 6 avril et qui fera entre 700 000 et 900 000 morts, tourne encore.

« Historiquement, la situation a toujours été périlleuse, dit François Mitterrand lors de ce conseil. Avant l’assassinat du président Habyarimana [dans l’attentat du 6 avril], on ne m’avait pas signalé de drames à l’intérieur du pays. » C’est faux. A partir de la fin de l’année 1990, plus de trois ans avant le déclenchement du génocide, l’Elysée avait reçu des signaux d’alerte diplomatiques et militaires.

Des signaux aussitôt négligés, au nom d’une vision conservatrice façonnée par l’histoire coloniale de la politique africaine de la France. La preuve en est fournie par plusieurs volumes d’archives de l’Elysée transmis au tribunal aux armées, dont Le Monde a eu connaissance. Ces archives dessinent bien une France « mithridatisée » à son sommet, c’est-à-dire accoutumée volontairement au poison, selon le mot de la mission parlementaire réunie en 1998. Elles répondent à deux questions-clés : Que savait la France des préparatifs de l’entreprise génocidaire ? Quelle était la nature de la coopération militaire décidée par l’Elysée ?

13 OCTOBRE 1990

« Des groupes d’autodéfense armés d’arcs et de machettes »

La version officielle de l’Etat français a toujours été la suivante : la présence militaire au Rwanda, à partir du dernier trimestre 1990, avait pour but non pas de soutenir unilatéralement le régime d’Habyarimana, mais de le pousser à un partage du pouvoir, tout en empêchant l’avancée militaire du Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagamé, soutenu par l’Ouganda.

Le 3 octobre 1990, le régime rwandais sollicite l’appui de la France contre l’offensive conduite par le FPR. François Mitterrand décide de l’envoi d’une compagnie du 2e régiment étranger de parachutistes afin de protéger, voire d’évacuer, les Français sur place. Le détachement Noroit restera trois ans. Ses effectifs monteront jusqu’à 680 hommes, soit quatre compagnies. Déjà, les prémices du génocide étaient visibles. En ce début octobre 1990, plusieurs milliers de personnes sont arrêtées arbitrairement dans la capitale ; elles ont le tort d’être tutsies ou d’avoir des intérêts communs avec des Tutsis. La France fournit néanmoins des munitions en masse à l’armée régulière, les Forces armées rwandaises (FAR).

Le 12 octobre, le colonel Galinié, attaché de défense à Kigali, s’alarme dans un télégramme diplomatique de la multiplication de ces arrestations. « Il est à craindre que ce conflit finisse par dégénérer en guerre ethnique », ajoute-t-il. Le lendemain, son supérieur, l’ambassadeur Georges Martres, précise : « Les paysans hutus organisés par le MRND [parti du président] ont intensifié la recherche des Tutsis suspects dans les collines. Des massacres sont signalés dans la région de Kibilira. » Les paysans, fidèles au régime, « participent de plus en plus à l’action militaire à travers des groupes d’autodéfense armés d’arcs et de machettes ».

FÉVRIER 1991

La France décide de « durcir le dispositif rwandais »

Et à l’Elysée ? On pense stratégie, front contre front. Il faut aider Habyarimana coûte que coûte et endiguer l’influence anglo-saxonne dans la région portée par l’Ouganda qui soutient la rébellion tutsie. Une assistance militaire technique a été décidée. Ses effectifs seront portés à 80 conseillers, qui jouent un rôle actif dans la formation des forces armées rwandaises. Le lieutenant-colonel Gilbert Canovas exerce même la fonction de conseiller du chef d’état-major.

Le 30 janvier 1991, François Mitterrand suggère par écrit à son homologue rwandais plusieurs conditions à un règlement politique de la crise. Cette approche non contraignante est accompagnée d’un soutien militaire massif. Le 3 février, l’amiral Jacques Lanxade, chef d’état-major des armées, soumet à François Mitterrand les différentes options envisagées, notamment l’envoi d’un détachement d’assistance militaire et d’instruction (DAMI) qui devrait « renforcer la coopération » et « durcir le dispositif rwandais ». Ces mesures, note le haut gradé, comportent le risque d’être interprétées par les autorités rwandaises comme un « soutien inconditionnel à leur politique ». Le 21 mars, le DAMI est envoyé.

Mais la situation se dégrade. Le soutien français au régime n’apporte pas de résultats. « La guerre déstabilise et radicalise de plus en plus » le Rwanda, affirme même Paul Dijoud, le directeur des affaires africaines du Quai, dans une note du 11 mars 1992 qui appelle à un renforcement de l’appui de la France à Kigali. Les livraisons d’armes s’accélèrent.

19 janvier 1993

Le pouvoir de Kigali voudrait « procéder à un génocide systématique », écrit l’ambassadeur

Face à l’avancée de la rébellion, Juvénal Habyarimana est contraint d’envisager des négociations. La position de la France n’est guère aisée. Le 19 janvier 1993, l’ambassadeur Martres envoie un télégramme après sa rencontre avec Jean Carbonare, président du mouvement Survie et membre de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH). Celle-ci est sur le point de publier un rapport accablant. Elle dispose, explique M. Martres, du témoignage d’un ancien membre des escadrons de la mort chargés des exactions, du nom de Janvier Afrika.

Selon ce dernier, le président rwandais aurait lui-même donné le signal de départ de massacres après une réunion avec ses collaborateurs. Il aurait intimé « l’ordre de procéder à un génocide systématique en utilisant, si nécessaire, le concours de l’armée et en impliquant la population locale dans les assassinats », écrit l’ambassadeur.

FÉVRIER 1993

« Exactions malheureuses commises par les extrémistes hutus », pour l’Elysée ; « programme de «purification ethnique» », selon la DGSE

Comme tout l’entourage du président Mitterrand, obsédé par la préservation de l’influence française dans la région, le diplomate Bruno Delaye décèle une autre urgence que ces alertes. Dans une note du 15 février 1993, le conseiller Afrique de l’Elysée s’alarme du fait que le FPR est « en mesure de prendre Kigali », bénéficiant entre autres de la « complicité bienveillante du monde anglo-saxon » et d’un « excellent système de propagande qui s’appuie sur les exactions malheureuses commises par les extrémistes hutus ». La notion d’ « exaction malheureuse » n’est pas développée. « Nous sommes aux limites de la stratégie indirecte d’appui aux forces armées rwandaises », note-t-il. Il faudra évacuer Kigali « à moins de devenir cobelligérants ».

Les analyses provenant du terrain sont de plus en plus inquiétantes. Le 18 février, la DGSE signe une note sur les « véritables massacres ethniques » et les 300 morts dénombrés au cours des semaines précédentes. Une des explications avancées par le service extérieur français est glaciale : « Il s’agirait d’un élément d’un vaste programme de «purification ethnique» dirigé contre les Tutsis », fomenté au sommet de l’Etat.

Le lendemain, le général Christian Quesnot, chef d’état-major particulier de François Mitterrand, ainsi que le numéro 2 de la cellule Afrique de l’Elysée, Dominique Pin, présentent différentes options au président.

La première consiste à évacuer les Français et à retirer le dispositif Noroit. Les auteurs la rejettent aussitôt : « C’est l’échec de notre présence et de notre politique au Rwanda. Notre crédibilité sur le continent en souffrirait. » Dans une autre note, M. Pin assure que les massacres ethniques s’amplifieront si la rébellion prend Kigali ; il faut donc accroître l’effort comme jamais. La France lance l’opération « Chimère ». « Du 20 février au 20 mars 1993, la présence militaire française au Rwanda a franchi un cap qu’elle n’aurait pas dû dépasser », résumera la mission parlementaire en 1998, qui soulignera les « nouvelles missions » des soldats français : « Les patrouilles, les contrôles de zone autour de la capitale et les vérifications d’identité aux points d’accès » de la capitale.

3 MARS 1993

« Exiger une réorientation forte et immédiate des médias »

Cet engagement radical de la cellule de l’Elysée ne fait pas l’unanimité. Le malaise gagne les rangs du gouvernement. Dans une note au président du 26 février, Pierre Joxe, ministre de la défense, se dit « préoccupé » par la position française et estime que l’envoi de deux compagnies supplémentaires ne serait pas « la meilleure façon » d’amener le président rwandais à « faire les concessions nécessaires ». Mais autour de François Mitterrand, dans ce palais hermétique, on veut défendre une autre perspective et justifier, à tout prix, la politique française. Le 3 mars, pour renverser les charges, le général Quesnot propose au président d’incriminer la rébellion en exigeant « une réorientation forte et immédiate de l’information des médias [français] sur notre politique au Rwanda en rappelant notamment (…) les graves atteintes aux droits de l’homme du FPR : massacres systématiques de civils, purification ethnique, déplacement de population… ».

Le 7 mars 1993, un accord est enfin trouvé entre les deux parties en conflit. Il prévoit un cessez-le-feu et le départ des deux compagnies françaises ; il ouvre la voie aux négociations politiques, qui aboutiront aux accords d’Arusha, le 4 août.

La France, elle, est entrée en cohabitation. Le 2 avril, un conseil des ministres restreint a pour thème le Rwanda. La droite découvre un dossier sans issue. Le ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, est tranchant. « Il y a des risques de massacres si nous partons et un risque de défiance africaine vis-à-vis de la France. Mais par contre, si nous renforçons nous nous enfonçons dans ce dossier. Nous ne pouvons pas partir. » Le premier ministre, Edouard Balladur, envisage d’envoyer 1 000 hommes de plus. François Mitterrand est d’accord et théorise : « La règle est qu’il n’y a d’intervention française que s’il y a agression extérieure et non pas s’il y a un conflit tribal. Ici, c’est mélangé, car il y a le problème tutsi. »

Après un an de négociations infructueuses, les accords d’Arusha sont enfin signés. Ils prévoient le partage du pouvoir et des élections dans les vingt-deux mois à venir. Une force internationale neutre, sous égide des Nations unies, doit être mise en place. Le 15 décembre 1993, la présence française retrouve son niveau du 1er octobre 1990, soit 24 assistants militaires. Pourtant, rien n’est réglé.

12 JANVIER 1994

« Eliminer 1 000 d’entre eux dès la première heure »

Dans un télégramme diplomatique du 12 janvier, l’ambassadeur à Kigali rapporte les confidences d’un informateur du représentant des Nations unies. Celui-ci a livré les détails « graves et plausibles » d’un plan de déstabilisation radicale du pays. Il commencerait par des provocations contre les troupes du FPR à Kigali, pour susciter une riposte. « Les victimes rwandaises que ne manqueraient pas de provoquer ces réactions seraient alors le prétexte à l’élimination physique des Tutsis de la capitale, explique le diplomate. Selon l’informateur de la Minuar, 1 700 Interhamwe [membres des milices populaires] auraient reçu une formation militaire et des armes pour cela, avec la complicité du chef d’état-major FAR. La localisation précise des éléments tutsis de la population de Kigali devrait en outre permettre d’éliminer 1 000 d’entre eux dans la première heure après le déclenchement des troubles. »

Trois mois plus tard, le 6 avril, un missile abat l’avion transportant le président Juvénal Habyarimana. En quelques heures, la machine génocidaire se met en marche comme prévu. « Matignon et le Quai d’Orsay souhaitent, dans cette nouvelle crise rwandaise, qui risque d’être très meurtrière, que la France ne soit pas en première ligne », écrit Bruno Delaye à François Mitterrand, le lendemain de l’attentat. La priorité est l’évacuation des Français. Elle s’effectue en quelques jours. La communauté internationale est paralysée et aphone.

L’ambassadeur de France au Rwanda, Jean-Michel Marlaud, lui, à l’instar de la cellule de l’Elysée, refuse d’accabler seulement les Hutus : « Tant qu’ils auront le sentiment que le FPR essaie de prendre le pouvoir, [ils] réagiront par des massacres ethniques », écrit-il le 25 avril. Le génocide est donc présenté comme une réaction spontanée, et non un plan. Trois jours plus tard, Bruno Delaye reconnaît que les massacres se déroulent « avec une ampleur horrifiante : de l’ordre de 100 000 morts, selon les responsables du CICR (…). Les milices hutues, armées de grenades et de machettes, massacrent les Tutsis qui n’ont pas pu trouver refuge dans la zone FPR ou bénéficier de la protection de la Minuar ».

6 MAI 1994

vers « un «Tutsiland» avec l’aide anglo-saxonne et la complicité objective de nos faux intellectuels »

La ligne française demeure marquée par ses pesanteurs historiques, quitte à nier la réalité. Le 6 mai, le général Quesnot résume le danger d’une victoire militaire éventuelle du FPR, sa hantise. « Le président [ougandais] Museveni et ses alliés auront ainsi constitué un «Tutsiland» avec l’aide anglo-saxonne et la complicité objective de nos faux intellectuels, remarquables relais d’un lobby tutsi auquel est également sensible une partie de notre appareil d’Etat. » Quatre jours plus tard, à la télévision, François Mitterrand résume la prudence française en une phrase : « Nous ne sommes pas destinés à faire la guerre partout, même lorsque c’est l’horreur qui nous prend au visage. »

Pourtant, la prise de conscience internationale commence à s’opérer. Le 17 mai, à la demande de la France, une résolution de l’ONU est adoptée, imposant la création de zones humanitaires sûres et un embargo sur les armes. Le lendemain, en conseil des ministres, Alain Juppé brave l’interdit : « Au Rwanda, le mot de génocide n’est pas trop fort. » Mais à l’Elysée, l’entourage de François Mitterrand s’accroche à ses présupposés. Le 24 mai, le général Quesnot s’alarme une nouvelle fois des ambitions du FPR. « L’arrivée au pouvoir dans la région d’une minorité dont les buts et l’organisation ne sont pas sans analogie avec le système des Khmers rouges est un gage d’instabilité régionale. » Dans les conversations informelles à l’Elysée, le général parle des « Khmers noirs » de Kagamé.

21 JUIN 1994

« Le passé est le passé »

La pression diplomatique monte, face à l’ampleur des massacres. Les ONG mettent en cause la France. Le 19 juin, l’Elysée publie même un communiqué exceptionnel, pour dénoncer les « procès sommaires » qui lui sont faits. Les médias n’auraient rien compris : la France serait au contraire à louer pour son engagement. L’opération humanitaire « Turquoise » est lancée ; elle va durer jusqu’au 22 août. « Toute cette mission doit être présentée comme une étape nouvelle de notre politique : «le passé est le passé» », écrit Bruno Delaye le 21 juin.

Mais il est difficile d’imposer l’idée d’une virginité en matière de politique africaine, après plus de trois ans d’étroite coopération avec Kigali. Au cours d’une réunion avec des représentants du FPR, le 22 juin, Philippe Baudillon, conseiller à Matignon, assure que le gouvernement de droite a développé une nouvelle approche vis-à-vis du continent. Il souligne la volonté d’Edouard Balladur d’établir des « relations claires » avec les pays africains, rapporte Bruno Delaye dans une note au président. « Votre interprétation des intentions françaises au Rwanda n’est pas la bonne, aurait dit le conseiller du premier ministre à ses interlocuteurs du FPR. Elle est en contradiction avec ce qui s’est fait depuis un an. » François Mitterrand enrage à cette lecture et ajoute à la main : « Inadmissible. Protester à Matignon. »

Le 14 juillet, le président parle à la télévision à l’occasion de sa dernière fête nationale en pleine lumière. François Mitterrand livre, une nouvelle fois, sa version de l’histoire. « Les Français sont partis plusieurs mois avant le déclenchement de ce génocide qui a suivi l’assassinat des présidents du Rwanda et du Burundi. A ce moment-là, on nous a suppliés de revenir en nous disant : «Sauvez les casques bleus, ramenez les Français, les Belges, les étrangers qui se trouvent au Rwanda», ce que nous avons fait. (…) Nous avons sauvé des dizaines, des milliers de gens, de pauvres gens qui avaient déjà supporté beaucoup de souffrances. »

3 Responses to Rwanda: Faut leur ouvrir le ventre pour pas que les satellites les voient (More revelations on French involvement in Rwandan genocide)

  1. […] Il faut ouvrir les ventres de ces Tutsis que vous tuez pour qu’ils coulent et que les satellites ne les voient pas. Soldats français au Rwanda lors du génocide (cité par Andrew Wallis) […]

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  2. […] dont il avait, lorsqu’il était dans les mêmes fonctions sous le président Mitterrand, soutenu et exfiltré les génocidaires […]

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  3. […] ventres de ces Tutsis que vous tuez pour qu’ils coulent et que les satellites ne les voient pas. Soldats français au Rwanda lors du génocide (cité par Andrew […]

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