Histoire: La Révolution française était-elle une Révolution bolchévique avant l’heure? (After communism, the French revolution gets its black book)

French revolutionFusillades de NantesNoyades de Nantesmariages républicainsNoyades de VendéeL’autorité d’une populace corrompue et tumultueuse doit plutôt être considérée comme une ochlocratie qu’une démocratie, comme le despotisme de la cohue, et non le gouvernement du peuple. James Mackintosh (1791)
Détruisez la Vendée et Valenciennes ne sera plus au pouvoir des Autrichiens. Détruisez la Vendée et le Rhin sera délivré des Prussiens. Détruisez la Vendée et l’Anglais ne s’occupera plus de Dunkerque. Détruisez la Vendée et l’Espagne sera morcelée et conquise par les méridionaux. Détruisez la Vendée et une partie de l’armée de l’Intérieur ira renforcer l’armée du Nord. Détruisez la Vendée et Toulon s’insurgera contre les Espagnols et les Anglais. Lyon ne résistera plus et l’esprit de Marseille se relèvera à la hauteur de la Révolution. La Vendée et encore la Vendée, voilà le chancre qui dévore le cœur de la République. C’est là qu’il faut frapper. Bertrand Barère de Vieuzac
Tous les Français, tous les sexes, tous les âges, sont appelés par la Patrie à défendre la liberté. Toutes les facultés physiques ou morales, tous les moyens politiques ou industriels lui sont acquis ; tous les métaux, tous les éléments sont ses tributaires. Que chacun occupe son poste dans le mouvement national et militaire qui se prépare. (…) Les maisons nationales seront converties en caserne, les places publiques en ateliers (…). Il faut que la France ne soit plus qu’un vaste camp. Barère (Rapport sur la réquisition physique des jeunes citoyens. août 1792)
La Vendée doit être un cimetière national. Turreau (Général en chef de l’armée de l’Ouest)
Qu’on ne vienne pas nous parler d’humanité envers ces féroces Vendéens; ils doivent tous être exterminés. Carrier
Que nous le voulions ou non, que cela nous plaise ou que cela nous choque, la Révolution française est un bloc dont on ne peut rien distraire parce que la vérité historique ne le permet pas. Clémenceau (intervention à l’Assemblée nationale suite à la sortie d’une pièce jugée blasphématoire sur Thermidor, 29 janvier 1891)
Quand un pays révolutionnaire lutte à la fois contre les factions intérieures et contre le monde, quand la moindre hésitation ou la moindre faute peuvent compromettre pour des siècles peut-être le destin de l’ordre nouveau, ceux qui dirigent cette entreprise immense n’ont pas le temps de rallier les dissidents, de convaincre leurs adversaires. Ils ne peuvent faire une large part à l’esprit de dispute ou à l’esprit de combinaison. Il faut qu’ils abattent, il faut qu’ils agissent, et, pour garder intacte leur force d’action, pour ne pas la dissiper, ils demandent à la mort de faire autour d’eux l’unanimité immédiate dont ils ont besoin. Jean Jaurès
La guillotine n’était qu’un épouvantail qui brisait la résistance active. Cela ne nous suffit pas. (…) Nous ne devons pas seulement « épouvanter » les capitalistes, c’est-à-dire leur faire sentir la toute-puissance de l’Etat prolétarien et leur faire oublier l’idée d’une résistance active contre lui. Nous devons briser aussi leur résistance passive, incontestablement plus dangereuse et plus nuisible encore. Nous ne devons pas seulement briser toute résistance, quelle qu’elle soit. Nous devons encore obliger les gens à travailler dans le cadre de la nouvelle organisation de l’Etat. Lénine
On s’étonne de la fatalité qui porte la Révolution à répandre le sang. C’est oublier que chez nous, la plupart des crimes sont le résultat de l’envie. La Révolution n’est que l’application sociale de l’envie. Blanc de Saint-Bonnet
Votre dictature n’est plus la dictature temporaire. (…) Elle est un système de gouvernement stable, presque régulier dans votre esprit. (…) C’est dans votre pensée un système de gouvernement créé une fois pour toute. (…) Vous concevez le terrorisme comme moyen de gouvernement. Léon Blum (Congrès de Tours, 1920)
En dépit du fait que tous les historiens sérieux, fussent-ils ardemment républicains, conviennent que la Révolution française pose un problème, l’imagerie officielle, celle des manuels scolaires du primaire et du secondaire, celle de la télévision, montre les événements de 1789 et des années suivantes comme le moment fondateur de notre société, en gommant tout ce qu’on veut cacher : la Terreur, la persécution religieuse, la dictature d’une minorité, le vandalisme artistique, etc. Aujourd’hui, on loue 1789 en reniant 1793. On veut bien de la Déclaration des Droits de l’homme, mais pas de la Loi des suspects. Mais comment démêler 1789 de 1793, quand on sait que le phénomène terroriste commence dès 1789 ? (…) L’idée de base du Livre noir de la Révolution est de montrer cette face de la réalité qui n’est jamais montrée, et rappeler qu’il y a toujours eu une opposition à la Révolution française, mais sans trahir l’Histoire. Qu’on le veuille ou non, qu’on l’aime ou non, la Révolution, c’est un pan de l’Histoire de la France et des Français. On ne l’effacera pas: au moins faut-il la comprendre. Jean Sévillia

« Instruction à charge« , « titre racoleur », « générique éclectique », « ton emprunté à Fouquier-Tinville », « discours abrupts sans aucun apparat critique », « amateurisme », « ton imprécateur ou partisan », « projet flou mal bâti », « sottise » …

« Pas révolutionnaire » (« quoi de neuf après Furet? »), « contributions inégales », « références datées, voire vieillies », « thèmes tragiques mais amplement étudiés, comme la Vendée » …

Alors qu’au lendemain du 90e anniversaire de la Révolution d’octobre et 20 ans après le Bicentenaire de la Révolution française …

Ou en attendant, en ce 40e anniversaire, un éventuel « livre noir de Mai 68 » …

Nos journaux de révérence n’ont pas de mots assez durs ou assez méprisants …

Quelle meilleure publicité, de la part de nos quotidiens de révérence, que ces quelques aménités pour la sortie le mois dernier du « Livre noir de la révolution française »!

D’abord, elles rappellent étrangement celles qui avaient salué, il y a onze ans, son prédecesseur sur le communisme (« Le Livre noir du communisme »).

Et confirment pour les lecteurs sceptiques que, dirigé par un père dominicain et réunissant toute une palette d’historiens réputés à droite (dont Stéphane Courtois, Pierre Chaunu, Jean Tulard ou Emmanuel Leroy-Ladurie), il ne risque pas de trop donner dans la langue de bois.

Mais surtout, dans leur outrance même, elles sont la preuve de l’opportunité et de la nécessité d’un tel ouvrage pour le grand ou plus jeune public qui n’a pas connu Furet ou n’a pas nécessairement accès aux connaissances partagées des spécialistes (sans parler du temps ou de l’appétit pour l’ajout, aux déjà 885 pages du livre, d’un large appareil critique).

En effet, en ces temps de politiquement correct et du retour à l’anti-libéralisme et à l’anti-américanisme les plus primaires, comment ne pas être attiré par un livre qui rappelle les parties sombres de la Révolution longtemps occultées et réhabilite les œuvres tout aussi longtemps occultées de ses critiques (dont Maistre, Rivarol ou Cochin)?

Et en ces temps de retour au vandalisme politique (luttes anti-CPE , anti-OGM ou émeutes de banlieue) ou, de Castro à Guévara ou Chavez, à l’apologie des pires dictateurs ou démagogues

Où des partis d’opposition revendiquent ou soutiennent la loi de la rue ou la prise en otage de la société tout entière par des grèves sauvages pour bloquer toute évolution ou réforme …

Comment, par ailleurs, ne pas voir d’un bon œil un ouvrage rappelant les analogies évidentes (et, entre références explicites, drapeau et hymne, dûment revendiquées au moins au début) entre les révolutions française et bolchévique?

Mêmes étapes (mais en accéléré et bien sûr à une tout autre échelle grâce à l’apport décisif d’une idéologie bien rodée et d’un appareil de révolutionnaires professionnels et militarisés) du processus révolutionnaire …

Systématisation de la même politique de Terreur, mêmes assassinats des familles régnantes, mêmes attaques contre les religieux, même utilisation de la guerre pour militariser et purger la société, mêmes phénomènes de surenchère …

Même sacralisation de la violence (« la sainte guillotine ») jusqu’à l’extermination, femmes et enfants compris, pure et simple (Vendée) …

Même vandalisme artistique et religieux (grandes abbayes, mobilier, objets liturgiques, vitraux, tombaux), antimonarchique (profanation des tombes royales de Saint-Denis, destruction des statues des rois sur la façade de Notre-Dame de Paris, jusqu’à demander la destruction du château de Versailles!) …

Même anti-intellectualisme avec l’élimination des scientifiques comme Lavoisier (« la République n’a pas besoin de savants ») …

Sans parler de tous ces Chou En-lai, Ho Chi Min, Fanon, Pol Pot et autres Khomeny qui ne pouvaient être à meilleure école pendant leurs séjours parisiens …

Les années noires de la Révolution
Jean Tulard
Valeurs actuelles
Le 01-02-2008

Il y avait une sorte d’histoire convenue de la Révolution qui négligeait le sang, les massacres, le génocide vendéen… En voici le contrepoint lui aussi écrit par des historiens.

La chute du mur de Berlin se produisit la même année que la célébration du bicentenaire de la Révolution. La coïncidence était fortuite mais les deux révolutions, la française et la russe, avaient été intimement liées. Albert Mathiez, spécialiste à la Sorbonne de la première, se plaisait à dresser un parallèle avec la seconde, citant Lénine qu’il admirait profondément. Les révolutionnaires russes avaient d’emblée fait référence à la Révolution française, donnant le nom de Marat à l’un de leurs navires.

Il était donc logique, qu’après un Livre noir du communisme, paru en 1997, suivit un Livre noir de la Révolution française, onze ans plus tard, livre noir rédigé par plus de quarante collaborateurs. N’en attendons pas un réquisitoire passionné contre dix ans de notre histoire, mais une remise en perspective de faits dont la violence parle d’elle-même et la réhabilitation d’idées qui ont été jusqu’à ces dernières années soigneusement occultées.

Au cœur de l’ouvrage, revenant sans cesse dans les contributions, un mot : la Terreur. Elle symbolise la Révolution. C’est elle qui sauve en 1793 le gouvernement révolutionnaire face à la guerre civile et à la coalition des monarchies européennes. Mais c’est elle qui le condamne aux yeux de la postérité.

La Terreur a été voulue, pensée et proclamée par le gouvernement révolutionnaire. Elle n’est pas un accident, un dérapage involontaire.

En réalité, les instruments de la Terreur avaient été mis en place bien avant le mois de septembre 1793. Chargé de juger des attentats contre la liberté, l’égalité et l’indivisibilité de la République, le Tribunal révolutionnaire, dont les jugements étaient sans appel, date du 10 mars 1793. Les comités de surveillance, qui ont pour mission de découvrir les suspects, sont établis le 21 mars. C’est au cours de ce même mois que l’envoi de représentants de la Convention dans les régions de guerre civile devient systématique.

Les grands procès politiques débutent en octobre : Marie-Antoinette, les girondins, Philippe Égalité, Bailly, Barnave… sont condamnés à mort et aussitôt exécutés. Hébert célèbre dans son journal, le Père Duchesne, « la sainte guillotine ».

Il s’agit de “terroriser” au sens propre l’ennemi politique. Déjà, en juillet 1789, les têtes coupées du gouverneur de la Bastille et du prévôt des marchands, portées au bout de piques, avaient semé l’épouvante et paralysé les résistances. Par la suite, les condamnés conduits à la guillotine doivent aller en charrette de la Conciergerie au lieu de l’exécution. Ce trajet dans les rues de Paris dure souvent plus d’une heure. Pourquoi ? Pour faire peur aux opposants.

La peur peut être aussi à l’origine du comportement des terroristes. Elle explique les massacres de détenus dans les prisons de Paris en septembre 1792. Paris est alors menacé par le duc de Brunswick ; on craint l’arrivée des Prussiens. Il faut tuer tous les royalistes qui risqueraient de dénoncer les “patriotes”. Du 2 au 6 septembre, plus de 1 300 prisonniers sans défense sont exécutés à l’arme blanche. Spontané à l’origine, le mouvement a été vite encadré par des meneurs. C’est souvent la fureur de la foule qui est à l’origine de violences, comme le meurtre du comte de Dampierre venu saluer la berline du roi au retour de Varennes, le 22 juin 1791.

En revanche, le génocide vendéen a bien été planifié comme le montre lumineusement Reynald Secher. Première étape : une guerre civile qui débute en mars 1793 et qui s’achève sur la défaite des Vendéens à Savenay en décembre. Guerre atroce mais équilibrée. La victoire des bleus est suivie par la mise en place d’un système d’anéantissement de la Vendée. Pas question de pardon après la défaite. L’alerte a été trop chaude. De là, selon un rapport présenté à la Convention, l’idée qu’il n’y aura « moyen de ramener le calme dans ce pays qu’en en faisant sortir tout ce qui n’est pas coupable, en exterminant le reste, et en le remplaçant le plus tôt possible par des républicains qui défendront leurs foyers ».

Conception reprise par Barère, “l’ondoyant Barère”, qui perd son sang-froid : « Détruisez la Vendée ! » Général en chef de l’armée de l’Ouest, Turreau confirme : « La Vendée doit être un cimetière national. » De là les innombrables scènes d’horreur décrites par Secher : il faut empêcher les Vendéens de se reproduire, donc, tuer également les femmes et y ajouter les enfants en passe de devenir de « futurs brigands ». Carrier, l’homme des noyades de Nantes, s’exclame : « Qu’on ne vienne pas nous parler d’humanité envers ces féroces Vendéens ; ils doivent tous être exterminés. » Il n’est pas jusqu’au nom de Vendée qui ne soit rayé de la carte : il y aura désormais un département Vengé. C’est l’extermination totale, un « populicide », écrit Gracchus Babeuf lui-même : un génocide.

C’est en ce sens qu’Hervé de Charrette, député du Maine-et-Loire, a cosigné avec Lionnel Lucca, député des Alpes-Maritimes, le 19 décembre dernier, une proposition de loi relative à la reconnaissance du génocide vendéen de 1793-1794. C’est la tache la plus sombre sur l’image de la Révolution.

Les thermidoriens le comprirent : Carrier fut arrêté, jugé et exécuté après la chute de Robespierre. Par ses outrances sadiques, il était le bouc émissaire idéal. Mais Turreau fut acquitté et son nom inscrit sur l’Arc de triomphe. Les révolutionnaires ne s’en prirent pas seulement aux hommes mais aux monuments. Ils n’innovaient pas ; les guerres de religion avaient déjà fait des ravages.

Dans le Livre noir, Alexandre Gady indique qu’il s’est agi d’abord d’un « vandalisme de pulsion ». La Révolution commence par l’incendie des barrières de l’octroi et la destruction de la Bastille, deux symboles abhorrés de l’Ancien Régime. Puis le vandalisme prend un tour religieux accompagné d’opérations spéculatives. C’est ainsi que disparaissent les grandes abbayes de Jumièges, Cluny, Orval… À Paris sont victimes de cette furie les Cordeliers, Saint-André-des-Arts, les Feuillants, l’église des Bernardins, la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés, le Temple… À l’intérieur des églises, disparaissent le mobilier, les objets liturgiques, les vitraux, les tombaux. Combien de grands hommes, dont Montesquieu, ont leurs cendres jetées à la Seine ou à l’égout.

Ce vandalisme est également antimonarchique. Comment ne pas évoquer la profanation des tombes royales de Saint-Denis et la destruction des statues des rois sur la façade de Notre-Dame de Paris. Mercier ira jusqu’à demander la destruction du château de Versailles ! Ne parlons pas de l’exécution du grand chimiste Lavoisier, même si le mot « la République n’a pas besoin de savants » est probablement apocryphe.

La partie sombre de la Révolution a été longtemps occultée et, avec elle, les œuvres des écrivains qui ont mis en doute les bienfaits de cette révolution. Le Livre noir les réhabilite. Ainsi Blanc de Saint-Bonnet, qui entend prouver que l’erreur et le mal sont à la source de la Révolution, retrouve-t-il toute sa place dans le courant philosophique français. Une place qu’il avait perdue pour avoir écrit : « On s’étonne de la fatalité qui porte la Révolution à répandre le sang. C’est oublier que chez nous, la plupart des crimes sont le résultat de l’envie. La Révolution n’est que l’application sociale de l’envie. »

Jacques Bainville et Pierre Gaxotte, qui ont donné de la Révolution une image si éloignée de la tradition républicaine, furent boycottés dans les milieux universitaires. Cochin, féroce censeur de la Sorbonne, n’a connu que tout récemment un regain d’intérêt. N’a-t-il pas osé montrer comment, à travers les sociétés de pensée, les Lumières du XVIIIe siècle ont engendré les massacres révolutionnaires loin des idées d’égalité et de fraternité. Qui lit Joseph de Maistre malgré les récentes rééditions de ses Considérations sur la France ? Il y prédit en 1796 les conditions de la restauration de la monarchie légitime dix ans plus tard. Et que dire de Rivarol, de Bonald, de Barruel, auteurs à redécouvrir grâce aux contributions savantes et objectives du Livre noir.

Stéphane Giocanti rappelle que cette occultation s’est faite sous une IIIe République triomphante où domine l’anticléricalisme et où persiste le souvenir d’une Commune de 1871 inspirée de celle de 1793. Les manuels scolaires des “hussards noirs de la République” visent à noircir l’Ancien Régime et à fixer en 1789 la naissance de la France. La preuve est facile à apporter. Ouvrons le manuel de deuxième année d’histoire de France d’Ernest Lavisse à l’usage des élèves de 11 à 13 ans, dans l’édition de 1914. On y lit que « le roi ne connaît que sa volonté, ou, comme il dit, que son bon plaisir. Il dépense à pleines mains ». Voilà qui justifie la chute de la monarchie. Quant aux révolutionnaires, « ils voulurent réformer l’État et entreprendre cette œuvre immense où le despotisme fit place à la liberté, les privilèges à l’égalité, les abus de toutes sortes à la justice». Deux lignes sur les massacres de septembre, rien sur la répression de Vendée. Mais le mot « crime » est employé à propos des exécutions de la Terreur. L’histoire officielle de la Révolution est désormais écrite. De là, ce Livre noir. Non qu’il conteste toutes les retombées d’une Révolution que stabilisa Napoléon.

Tout n’est pas négatif – loin de là – dans le bilan que l’on peut dresser en 1815, lorsque est restauré pour la seconde fois Louis XVIII et que semble se fermer la page de la Révolution. Les idées nouvelles – notamment l’égalité – sont consacrées dans le préambule de la Charte, ce à quoi s’était refusé le même Louis XVIII en 1795 dans sa proclamation de Vérone. Mais, jusqu’à aujourd’hui, l’histoire de la Révolution française semblait figée dans son moule républicain. Pourtant, comme l’observe le maître d’œuvre du Livre noir, Renaud Escande, « l’Histoire ne s’écrit pas comme la mythologie et son exigence de vérité ne devrait pas s’encombrer de visées utilitaristes », et, osons le mot, idéologiques.

Voir aussi:

C’est le même réflexe qui est à l’œuvre dans les deux révolutions. Des liens très étroits unissent le communisme à la révolution française. Lénine admirait Mathiez, le grand robespierriste de la Sorbonne. Des noms de révolutionnaires ont été donnés à des navires soviétiques. Il était nécessaire que le rapport Kroutchev, critiquant le modèle stalinien de la révolution communiste conduise à une révision de la révolution française, tant la révolution russe s’était constituée en héritière de la révolution française.

La Terreur a été voulue, pensée et proclamée par le gouvernement révolutionnaire. Elle n’est pas un accident, un dérapage involontaire.

Entretien avec Jean Tulard sur le Livre noir de la Révolution française

M. Tulard est le grand spécialiste de Napoléon. Membre de l’Institut après avoir été directeur d’études à l’École pratique des hautes études, professeur à l’université de Paris-Sorbonne et à l’Institut d’études politiques de Paris, Jean Tulard est l’auteur d’une cinquantaine d’ouvrages.
Il a collaboré au Livre noir de la révolution française à paraître ce lundi aux éditions du Cerf.
Ouvrage collectif regroupant les noms des plus grands spécialistes, ce pavé jeté dans la marre de la mémoire nationale fait le bilan des destructions révolutionnaires qui ont pesé et à bien des égards pèsent encore sur les destinées de la France. Il a bien voulu répondre à nos questions.

Af 2000 :Ce Livre noir de la révolution française paraît presque vingt ans après les célébrations du bicentenaire qui avaient donné lieu à de nombreuses publications. Certains se souviendront du livre de René Sédillot, Le coût de la révolution française, ou encore des ouvrages de Reynald Sécher sur le génocide Vendéen. Depuis, nous avons vu émerger une querelle autour des travaux de François Furet, puis comme une suite à cela un débat autour du Livre noir du communisme. Que s’est-il passé depuis lors ?

Jean Tulard: Il faut d’abord remarquer que, paradoxalement, le bicentenaire a donné lieu à un réquisitoire contre la révolution, y compris pour des gens venus de la gauche comme Furet : la révolution était décrite comme un dérapage, une perte de contrôle qui si elle n’était pas entièrement condamnable ne méritait pas une telle commémoration. Après le bicentenaire on a pu constater un tarissement des publications qui abondaient précédemment.

Af 2000 :Vous avez évoqué le nom de François Furet. Sur ses traces d’autres historiens ont entamé un véritable examen critique du communisme et partant de sa paléontologie, la Terreur jacobine : le directeur du Livre noir du communisme, Stéphane Courtois a également collaboré à ce Livre noir de la révolution française. Comment envisagez-vous cette collaboration ?

J.T.: Je ne suis pas surpris de voir des personnalités abusées par l’idéologie communiste, qui ont commencé leur recherches sur le communisme les poursuivre par des travaux sur la période révolutionnaire. C’est le même réflexe qui est à l’œuvre dans les deux révoltions. Des liens très étroits unissent le communisme à la révolution française. Lénine admirait Mathiez, le grand robespierriste de la Sorbonne. Des noms de révolutionnaires ont été donnés à des navires soviétiques. Il était nécessaire que le rapport Kroutchev, critiquant le modèle stalinien de la révolution communiste conduise à une révision de la révolution française, tant la révolution russe s’était constituée en héritière de la révolution française.

Af 2000 : Pourquoi la révolution a-t-elle été si sanglante ?
J.T. : Tout d’abord il y a les excès de la foule révolutionnaire avec ses débordements sanglants. Enfin et surtout la Terreur. En effet la Terreur est irréductible à des « débordements ». La Terreur est voulue pour terroriser les adversaires : dès le 14 juillet, lorsque la foule promène la tête de Launay cela n’a pas d’autre but. Il s’agit dès lors d’annihiler les résistances. La guillotine est dissuasive, mais lorsque l’on promène les condamnés dans une charrette au pas sur des kilomètres avant d’arriver à l’échafaud nous avons déjà à faire à un système terroriste. Les noyades de Nantes aussi sont dissuasives, lorsque les pêcheurs à la ligne sur les bords de Loire ont vu passer les cadavres au fil de l’eau ça a dû tempérer leurs sentiments contrerévolutionnaires.

Af 2000 :Vous avez écrit il y a plus de dix ans Le Temps des passions : espérances, tragédies et mythes sous la Révolution et l’Empire. À quelles passions la révolution a-t-elle donné libre cours?
J.T.: La haine et l’envie. Je vous répondrai en citant un mot de Napoléon : « Qu’est-ce qui a fait la révolution ? La vanité. La liberté n’a été qu’un prétexte. » Il s’agissait de détruire une société bloquée, dont la mobilité sociale s’était réduite.
Il y eut la haine de Marie-Antoinette entretenue par les gazettes et les chansons évoquant sa toilette et sa brioche. La révolution trouve sa source dans la lutte de la vanité des uns contre l’arrogance des autres. Ce fut la revanche des humiliés, pas celle des opprimés. Avec la nationalisation des biens du clergé émerge une nouvelle classe dominante, celle des bourgeois acquéreurs de biens nationaux : l’aristocratie laisse sa place à la ploutocratie. En effet, les révolutions sont toujours une bonne occasion de faire fortune.

Af 2000 : N’est-ce pas d’abord la passion de l’égalité comme l’a dit si justement Tocqueville ?
J.T. : Il faut appeler les choses par leur nom. Ce à quoi se refusent le libéral fumeux Tocqueville et ses disciples. Préférez lui l’ultra Fiévé, ce contrerévolutionnaire qui rejoindra Bonaparte d’ailleurs, qui dans son merveilleux roman La dote de Suzette rend si bien compte de ce que j’évoquais à l’instant : l’envie, la vanité, l’ambition et la cupidité. (…)

la suite dans l’AF2000, en kiosque le jeudi 17 janvier 2008…

Voir aussi l’intéressant débat avec l’historien Jean-Clément Martin sur France Culture (Lénine et Mussolini entre Saint-Just et Robespierre?, le 22 février 2008).

4 Responses to Histoire: La Révolution française était-elle une Révolution bolchévique avant l’heure? (After communism, the French revolution gets its black book)

  1. […] l’heure où le pays qui a entre autres donné au monde Chou En Lai, Pol Pot et Khomeny nous prépare un nouveau parti anticapitaliste avec un postier communiste-révolutionnaire […]

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  2. Patrick dit :

    Dommage que pour rétablir la vérité historique il faille renverser l’Histoire officielle.Je pense à ces générations d’historiens, de professeurs, réduits à reproduire les mêmes clichés, a bourrer le crâne de légions de têtes enfantines : le résultat on le voit tous les jours à la télé.Si vous avez 5 mn passez sur mon blog.

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    • jcdurbant dit :

      Désolé de répondre si tard: j’ai été faire un petit tour sur votre blog et vu des choses intéressantes, merci (et aussi d’avoir repris un de mes billets tout récemment)…

      Oui, vu la réaction des historiens professionnels au bouquin, il est clair que la désinformation a de beaux jours devant elle et que nos chères têtes blondes en ont encore pour quelques années de bourrage de crâne

      Connaisseriez-vous au fait les « charniers de Picpus » sur lesquels je suis tombé tout à fait par hasard (alors que j’habite pas très loin) en cherchant la tombe de La Fayette sur lequel je faisais un petit billet il y a un an ou deux?

      Ca a pas l’air très fréquenté et pourtant ça ferait une bonne intoduction pour nos chères têtes blondes avant qu’ils s’emballent trop sur notre chère Révolution nationale …

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  3. histoirefrht dit :

    Des articles de fond, des vidéos, des questions d’actualités, des scoops, des sondages,… toute l’Histoire est sur http://www.histoire.fr.ht

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