Anti-américanisme: Tchernobyl culturel et Biafra de l’esprit (Mickey go home!)

Mickeygeorge_1Nouvelle illustration de l’antiaméricanisme français et petit rappel de ce jour fatidique où le Patrie de Molière, Voltaire et Sartre ne passa pas loin d’une véritable apocalypse culturelle ou du moins d’un… « Tchernobyl culturel »!

On se souvient en effet de la véritable tempête que suscita en 1992 l’ouverture du parc de loisirs Eurodisney de Marne-la-vallée dans la région parisienne et même dès le projet d’ouverture, comme en témoigne ce colloque organisé à Versailles le 16 novembre 1986 par la revue d’extrême-droite Eléments sur… « Le défi de Disneyland ».

Sans parler des cris (un brin prématurés) de victoire lorsque le parc connut, deux ans après son ouverture, quelques ennuis financiers …

Petit florilège:

– «Vous ? lui lança Ariane Mnouchkine. Mais, Robert, c’est un Tchernobyl culturel ! » A moi, qui n’en croyais pas mes oreilles, il rétorque, narquois : « Blanche-Neige, Peter Pan, Alice, c’est de la culture européenne, non ? Et lorsque vous êtes venus à Los Angeles, vous vous êtes tous précipités sur Disneyland. » Certes, nous y allâmes. Curiosité logique dans le contexte. Du reste, dans la jungle de macadam et de pollution qu’est la terrifiante mégapole californienne, le parc d’attractions du district d’Anaheim passe pour une oasis d’humanité et de poésie. En dépit de la dictature totalitaire régnant sur l’organisation du lieu et la prohibition d’alcool jusque dans les restaurants. En revanche, au seuil de la plus belle capitale du monde, ce barnum de carton-pâte à six lieues du Louvre relève autant de la colonisation idéologique que du racket économique. Un petit « Biafra de l’esprit », comme eût dit Aragon.

Michel Boué (L’Humanité, 10.04.92)

– Disneyland a été une réponse à mai-juin 1968. L’objectif véritable était de transférer les entreprises à taille moyenne loin de ce qui était alors la ceinture  » rouge  » tenue par le PCF et la CGT. Sous le spectaculaire et le monde virtuel, ne se cache pas seulement un  » méchant employeur, gentil divertisseur « , mais  » l’instrument d’une vassalisation volontaire de l’Europe », par un  » serial killer en puissance « , une entreprise  » d’infantilisation et véritable initiation au capitalisme totalitaire « . Disney répond à une tendance lourde de la société moderne caractérisée par l’effacement du Moi (l’identité personnelle) au profit d’une succession de rôles, liés à la commercialisation de marques « …

Disneyland est  » donneur de sens « , symbole, qui  » fait surgir la forme d’un devenir possible de l’humanité où se reconnaît un modèle jamais entrevu jusqu’alors « . Formatage. Formatage du  » guest  » – non client, mais invité d’un monde sur lequel il n’a aucun pouvoir. Formatage du salarié. Voyage vers la barbarie ?

Paul Ariès, (politologue, spécialiste de la mondialisation)

– les immigrants mexicains qui entrent aux États-Unis sont en meilleure santé que les États-uniens qui ont deux fois plus de troubles psychiques. Ils perdent au bout d’une dizaine d’années leur protection culturelle et connaissent alors des taux de dépression, d’anxiété et de drogues qui tendent à s’aligner sur ceux des Américains.

William Vega, psychiatre

– Disneyland avait fait couler beaucoup d’encre avant même d’ouvrir, en 1992. La direction américaine avait alors imposé son  » Disney look « , qui ressemblait au règlement intérieur d’un lycée religieux particulièrement répressif : les hommes devaient être impérativement imberbes et les femmes bannir toute fantaisie dans leur tenue vestimentaire, la longueur des ongles et des boucles d’oreille étant sévèrement réglementée.

Émilie Rive (journaliste de L’Humanité)

– Dans un communiqué, le Front national se réjouit de la fermeture du parc et condamne les gouvernements successifs qui ont cédé aux mirages et favorisé la contamination des esprits par une sous-culture importée de l’étranger. De son côté, le Parti communiste souligne qu’à travers l’échec d’Euro Disney c’est l’impérialisme américain qui essuie aujourd’hui un sévère coup de semonce.

L’Expansion

– Une fermeture serait lourde d’implications. Qu’il s’agisse de Walt Disney, de Coca-Cola, de McDonald’s ou de Levi Strauss, certaines marques sont des éléments du patrimoine mondial et le retrait de Disney équivaudrait, pour l’Amérique, à une sorte de Vietnam du marketing. Imaginez l’événement : la « World Company » – comme disent les Guignols de l’info – renvoyée dans ses foyers !

Bernard Cathelat, directeur du CCA (Centre de communication avancée)

– I hope with all my heart for a May 1992 that will set fire to Euro Disneyland.

Historian Jacques Julliard

the park is a terrifying giant’s step toward world homogenization.
Essayist Alain Finkelkraut

– Euro Disney represents the transformation of culture from craft into
industry. If we do not resist it, the kingdom of profit will create a
world that will have all the appearance of civilization and all the
savage reality of barbarism.

Novelist Jean-Marie Rouart

– the invasion of an American subculture, an enclave of the American leisure industry in France.

Culture Minister Jack Lang

– a horror made of cardboard, plastic and appalling colors, a
construction of hardened chewing gum and idiotic folklore taken
straight out of comic books written for obese Americans.

Journalist and former Sartre’s secretary Jean Cau

– Euro Disney will bombard France with uprooted creations that are to culture what fast food is to gastronomy.

Socialist politician Max Gallo

– It is not America that is invading us. It is we who adore it, who adopt its fashions and above all, its words.

Michel Serres

– France is in trouble if it feels threatened by Mickey Mouse and Donald
Duck. A child’s laughter has no nationality, no passport, no ideology.
Any moment of happiness is there to be enjoyed.

Writer Patrick Wajsdman

– It’s great for those who can never go to the United States to see the real thing.

First-time visitor Philippe Goupil

Sources:

ROBERT CONTRE FITZPATRICK
Avant de tourner casaque et de sombrer dans le loisir-business le numéro un de la mégapole de Marne-la-Vallée était un fidèle du festival d’Avignon et de ce que la culture française donne de mieux. Souvenirs d’un vrai Jekill et Hyde

Michel Boué
L’Humanité
10 avril 1992

A la vue du mastodonte en béton acidulé qui ouvre ce dimanche sa grande gueule à Marne-la-Vallée, de l’obscène verrue désormais plantée dans la peau douce d’Ile-de-France, de ce temple au dieu Dollar érigé à trente-deux bornes de Notre-Dame de Paris (ô Hugo !), le visiteur – je n’ai pas dit gogo mais je le pense – pourrait s’imaginer en ogre aux bottes de sept miles, en boss froid comme un ordinateur, en oncle Picsou new-look, le tout-puissant patron d’Euro Disneyland : or, Robert Fitzpatrick est, à ma connaissance, l’homme le plus charmant et le plus cultivé d’Amérique, en tout cas de Californie !

C’est là-bas, en 1984 à Los Angeles, que je rencontrai cet universitaire aussi francophone que francophile, bourré de diplômes en philosophie et en langues romanes s’il-vous-plaît, par-dessus le marché fou de théâtre, de musique classique, d’art contemporain. Natif de Toronto, ce séduisant quinquagénaire à l’iris bleu sous le cheveu court argenté dirigeait à l’époque l’Institut californien des arts. A ce titre, il avait eu l’idée – follement saugrenue en cette ignare contrée droguée de bagnoles et de télé – d’organiser en juillet un festival olympique des arts, en prélude aux Jeux de septembre (où l’apollon d’ébène Carl Lewis devait décrocher quatre médailles d’or). Une sorte d’Avignon sur fond de piscine trop bleue et de surfeurs trop bronzés. Défi dément !

C’est qu’Avignon, il connaissait comme sa poche cet amateur éclairé aujourd’hui transmuté en marchand de bluff et de pacotille. La Cour d’honneur du palais des Papes ? Il y était parmi les pionniers du public de Jean Vilar. C’est place de l’Horloge qu’il rencontra son épouse française. Bref, un Martien pour l’Amérique profonde. Son programme théâtral : Giorgio Strehler, Peter Stein, La Royal Shakespeare Company, les ballets Moïsseiev de Moscou, du kabuki japonais, excusez du peu. Sur cette affiche haut de gamme, la France se taillait la part du lion : la trilogie shakespearienne d’Ariane Mnouchkine pour laquelle on avait carrément rebâti une Cartoucherie de Vincennes en plein coeur de Hollywood ; les ballets grenoblois de Jean-Claude Galotta ; une exposition d’impressionnistes à tomber à genoux.

Une telle fleur faite à notre gauloise culture valait bien la médaille verte des Arts et Lettres. Elle fut remise à l’ami Fitzpatrick lors d’une garden-party en la résidence de notre consul. J’y étais, en compagnie d’un petit bataillon de journalistes parisiens conviés là-bas pour l’occasion. Fier comme Artaban, « Bob » nous rendit la politesse at home. Dans sa divine villa tapie dans la verdure d’une banlieue résidentielle. Le contraire des robinetteries en or pour stars enrichies. Ici, murs tapissés de livres et de toiles de maître. Le déjeuner, parfait, eut lieu sur la pelouse parsemée de statues de Calder. La conversation roula sur Proust et Euripide, ou dans ce genre. Exquis souvenirs…

C’est dire que lorsque le nom du P-DG d’Euro Disneyland parut dans nos gazettes, je crus à une homonymie, les Fitzpatrick pullulant aux USA comme chez nous les Dupont. Hélas ! sur la photo, le promoteur de Donald Duck ressemblait comme un jumeau à l’ancien fan de Gérard Philipe. Pour cause…

« Vous ? lui lança Ariane Mnouchkine. Mais, Robert, c’est un Tchernobyl culturel ! » A moi, qui n’en croyais pas mes oreilles, il rétorque, narquois : « Blanche-Neige, Peter Pan, Alice, c’est de la culture européenne, non ? Et lorsque vous êtes venus à Los Angeles, vous vous êtes tous précipités sur Disneyland. » Certes, nous y allâmes. Curiosité logique dans le contexte. Du reste, dans la jungle de macadam et de pollution qu’est la terrifiante mégapole californienne, le parc d’attractions du district d’Anaheim passe pour une oasis d’humanité et de poésie. En dépit de la dictature totalitaire régnant sur l’organisation du lieu et la prohibition d’alcool jusque dans les restaurants.

En revanche, au seuil de la plus belle capitale du monde, ce barnum de carton-pâte à six lieues du Louvre relève autant de la colonisation idéologique que du racket économique. Un petit « Biafra de l’esprit », comme eût dit Aragon.

Nos hexagonales indignations laissent de marbre Mr. Fitzpatrick. Robert l’Erudit s’est converti en Bouygues ludique puissance mille. Pour combien de millions de dollars avez-vous vendu votre âme, cher et regretté Bob ?

PRECARITE Disneyland : le Tchernobyl culturel
Émilie Rive
L’Humanité
16 mars 2002

 » Disneyland (à Marne-la-Vallée – NDLR) aurait été une réponse à mai-juin 1968. L’objectif véritable était de transférer les entreprises à taille moyenne loin de ce qui était alors la ceinture  » rouge  » tenue par le PCF et la CGT « , écrit Paul Ariès, dans son dernier livre (1), expliquant ainsi le choix de François Mitterrand, Édith Cresson
Paul Ariès. Le politologue, spécialiste de la mondialisation, s’attache à décrypter, espace après espace (land après land, selon la signification allemande), la montée en puissance de leur signifiant, et à montrer que, sous le spectaculaire et le monde virtuel, ne se cache pas seulement un  » méchant employeur, gentil divertisseur « , mais  » l’instrument d’une vassalisation volontaire de l’Europe « , par un  » serial killer en puissance « , une entreprise  » d’infantilisation et véritable initiation au capitalisme totalitaire « .  » Disney répond à une tendance lourde de la société moderne caractérisée par l’effacement du Moi (l’identité personnelle) au profit d’une succession de rôles, liés à la commercialisation de marques « , analyse Paul Ariès. Disneyland est  » donneur de sens « , symbole, qui  » fait surgir la forme d’un devenir possible de l’humanité où se reconnaît un modèle jamais entrevu jusqu’alors « . Formatage. Formatage du  » guest  » – non client, mais invité d’un monde sur lequel il n’a aucun pouvoir. Formatage du salarié. Voyage vers la barbarie ? Selon William Vega, psychiatre cité par l’auteur,  » les immigrants mexicains qui entrent aux États-Unis sont en meilleure santé que les États-uniens qui ont deux fois plus de troubles psychiques. Ils perdent au bout d’une dizaine d’années leur protection culturelle et connaissent alors des taux de dépression, d’anxiété et de drogues qui tendent à s’aligner sur ceux des Américains « . Nous irons sans doute moins vite. Mais le décryptage de Paul Ariès est à lire. Absolument.

(1) Paul Ariès : Disneyland – le royaume désenchanté, aux éditions Golias, 284 pages, 20 euros.


LE CHAUVINISME CULTUREL EXACERBE

Lalanne, Y. Le Bourdonnec et G. Pouzin
L’Expansion 20/01/1994

Dans un communiqué, le Front national se réjouit de la fermeture du parc et condamne les gouvernements successifs qui ont cédé aux mirages et favorisé la contamination des esprits par une sous-culture importée de l’étranger. De son côté, le Parti communiste souligne qu’à travers l’échec d’Euro Disney c’est l’impérialisme américain qui essuie aujourd’hui un sévère coup de semonce.

Certes, l’époque est révolue où l’on parlait de Tchernobyl culturel et où la bande à Picsou était accueillie devant la Bourse de Paris par les Jeunesses communistes aux cris de Mickey go home ! . Mais les braises ne sont pas éteintes : voir l’incendie provoqué, en octobre, par les dirigeants de la Ligue de l’enseignement, qui avaient eu l’inconscience de transmettre à leurs adhérents une proposition gratuite d’Euro Disney. Une fermeture serait lourde d’implications. Qu’il s’agisse de Walt Disney, de Coca-Cola, de McDonald’s ou de Levi Strauss, explique Bernard Cathelat, directeur du CCA (Centre de communication avancée), certaines marques sont des éléments du patrimoine mondial et le retrait de Disney équivaudrait, pour l’Amérique, à une sorte de Vietnam du marketing. Imaginez l’événement : la « World Company » – comme disent les Guignols de l’info – renvoyée dans ses foyers !

Que l’Europe soit capable de faire front à l’arrogance yankee pourrait d’abord passer pour un signe de vitalité. La survie du parc Astérix n’est-elle pas déjà un test de résistance concluant ? Et l’affluence au Futuroscope de Poitiers une victoire de l’intelligence sur la niaiserie ? Mais un échec de Mickey révélerait bien autre chose. L’Europe donnerait l’impression désastreuse d’avoir, consciemment ou non, cédé à ses vieux démons : repli et protectionnisme.

Chacune de nos nations possède sa culture, sa mentalité, son histoire, dit Georges Panayotis, patron de MKG Conseil, société de marketing de tourisme et d’hôtellerie. Chacune est un oeuf dur et les Américains, avec leur universalisme sommaire, ont cru pouvoir faire une omelette : erreur, surtout en cette époque très anti-melting-pot. Au fond, ce qui se joue à Marne-la-Vallée se ramène à ceci : va-t-on vers une harmonisation des nations et des cultures ou, au contraire, vers un rejet des uns par les autres ?

Le plus probable . Tout sera mis en oeuvre pour éviter qu’on ne nous tende un tel miroir. La seule issue, dit Bernard Cathelat, est d’obliger les Américains à s’adapter davantage à notre imaginaire. Et, pour cela, accentuons la concurrence, entourons-les de petits Gremlins. C’est aussi à sa capacité d’absorption qu’on juge une culture. Enquête réalisée par H. Chevrillon, P. Coquidé, Ch. David, D. Fortin, H. Gibier, B.

Only the French Elite Scorn Mickey’s Debut
Alan Riding
The New York Times
April 13, 1992

MARNE-LA-VALLEE, France, April 12 –

Confident that the Old World is ready for its intensely American blend of processed magic, the Walt Disney Company opened its first European theme park today, unruffled by muttering about cultural colonialism from French intellectuals.

Mickey Mouse and his accomplices were there to welcome the first few thousand families to Euro Disneyland with fireworks, brass bands and well-rehearsed smiles, while Disney employees in medieval costume waved cheerfully from the rococo ramparts of Sleeping Beauty’s Castle.

Robert J. Fitzpatrick, the Euro Disney president, who has spent five years turning these quiet sugar-beet fields east of Paris into an American fantasy world — « When You Wish Upon a Star » is heard here endlessly — said today that this is « the most wonderful park we have ever created. »

Cardboard and Chewing Gum

Predictably, many French intellectuals took a different view. In one such case, a writer, Jean Cau, dismissed the theme park as « a horror made of cardboard, plastic and appalling colors, a construction of hardened chewing gum and idiotic folklore taken straight out of comic books written for obese Americans. »

Yet the scoffers, who nicknamed the Disney company « Uncle Scrooge » and denounced the park as « a cultural Chernobyl, » provided free publicity. « If they bring their children to Disneyland, they’ll have a good time, » said Michael D. Eisner, chairman of the parent Walt Disney Company.

Certainly, concern about France’s cultural identity was not uppermost in the minds of the first wave of visitors. Gilbert and Patricia Le Clercq woke their two children at 4 A.M. and brought them here as a surprise. « It’s wonderful, » their 14-year-old daughter Severine said shyly. « I love watching the Disney cartoons. »

Seeing Big Thunder Mountain rising out of the French countryside 20 miles east of Paris, some visitors felt they were entering the United States. Philippe Goupil, who arrived with friends at 11 on Saturday night, said it was great for those « who can never go to the United States to see reality. »

Others came to compare Euro Disney with Disney theme parks in Anaheim, Calif., Orlando, Fla., and Tokyo. Bill and Susan Steeger, who had their first date at Disneyland 19 years ago, were determined not to miss the opening. They drove overnight from Bitburg, Germany, where Mr. Steeger works at an American air base.

To insure that no European home was unaware of the opening, the company inundated the European press and airwaves with an advertising and marketing blitz said to cost $220 million, including a $10 million gala televised across the continent and rebroadcast in the United States.

If all goes according to plan, Euro Disney hopes to lure 11 million visitors over the next year — more than enough to justify spending $4 billion on the park, with its 29 attractions in five different « lands, » and its adjacent resort, with six hotels, artificial lakes and an entertainment area.

Already Planning Another Park

Confident of success, the company is already planning to invest $3 billion more in a second park, Disney-MGM Studios/Europe, to open at its 4,800-acre site here in 1995. It also has plans for developing the area — one-fifth the size of Paris — through the year 2017.

Yet not everything went according to plan today. A strike ostensibly protesting a traffic overload closed the extension of the R.E.R., the suburban railroad that makes Paris a 45-minute ride from the park. Villagers at Meaux nearby demonstrated against the noise caused by night fireworks. And on Saturday evening, two bombs damaged nearby electricity pylons, though they failed to black out the park.

Unfounded fears of huge traffic jams may have resulted in fewer visitors than the 60,000 Euro Disneyland can handle each day. The park was opened to waiting crowds 45 minutes earlier than scheduled, but by mid-afternoon, the 12,000 parking places had not been filled. With customary secrecy, company officials refused to give attendance figures but insisted that they were happy with the turnout.

Disney’s executives always knew the risks of choosing to build the theme park in France, not only because this country has a Communist-led labor federation capable of making trouble, but also because of the Left Bank intellectual elite’s well-known distaste for American popular culture.

Nothing Risque, Please

An early cause for amusement and amazement was that, in hiring 15,000 employees, Disney imposed what some French labor leaders called repressive rules of appearance and behavior — no mustaches, minimal makeup, short fingernails, no smoking in public and « appropriate undergarments. »

As opening day approached, some intellectuals were true to form, falling over each other to denounce this new beachhead of « American imperialism » and to lament how the industrialization of fairy tales crushes the imagination of children and turns them into consumers and spectators.

Jacques Julliard, a writer, recalled the attack in May 1968 by leftist rioters on the Bourse, the Paris stock exchange. « I hope with all my heart for a May 1992 that will set fire to Euro Disneyland, » he declared.

Another writer, Alain Finkelkraut, said the park was « a terrifying giant’s step toward world homogenization. »

Jean-Marie Rouart, a novelist, said Euro Disney represented the transformation of culture from craft into industry. « If we do not resist it, » he warned, « the kingdom of profit will create a world that will have all the appearance of civilization and all the savage reality of barbarism. »

Cultural Arbiter’s Disdain

The Culture Minister, Jack Lang, who as watchdog of French correctness has often bemoaned the invasion of an « American subculture, » said he was too busy to attend today’s opening. A few days ago, he described Euro Disney as « an enclave of the American leisure industry in France. »

But no intellectual debate is complete in France without dissenting voices. And with American movies, television soap operas, fast food, rock music and blue jeans all preparing the way for Euro Disney in France, Michel Serres, a philosopher, noted:

« It is not America that is invading us. It is we who adore it, who adopt its fashions and above all, its words. »

Among the major reasons that Marne-la-Vallee was chosen over 200 competing sites across Western Europe is that it is within easy reach of a vast market. Paris draws 26 million tourists a year, and 109 million people live within six hours’ drive of Euro Disney.

In addition, Euro Disney acquired its huge plot here at below-market prices and was given long-term credits from state-owned banks under a contract signed in 1987 with then-Prime Minister Jacques Chirac’s conservative Government. The French also agreed to extend the R.E.R. and to connect Euro Disney to France’s high-speed train network by 1994.

Two questions can only be answered with time. Will the admission charge — the equivalent of $40 for adults and $27 for children under 11 — prove too high for Europeans? And will current plans to keep Euro Disneyland open throughout the winter prove viable? As always, the Disney Company insists that it has left nothing to chance.

The Ultimate Slap

This has sometimes required taking steps, if reluctant ones, across the cultural divide. In France, where no meal is complete without a glass of wine, Disney has not been willing to relax its worldwide ban on alcoholic drinks in its parks. But in recognition of the French palate, it argues that Euro Disneyland’s food is of a higher quality than that in other parks. And in a show of bravado, it has invited top Paris chefs to come and taste it.

To appease those who fear cultural colonialism, the company has made a point of emphasizing that many Disney characters — from Peter Pan to Cinderella — were taken from European fables — « European folklore with a Kansas twist, » as Mr. Eisner put it. Further, a section called Discoveryland pays special tribute to Jules Verne and H. G. Wells, and the French language is as official as English here.

Walt Disney’s own French connections also proved useful to the company’s publicists. Not only did he serve here as an American Red Cross ambulance driver during World War I, but he traced his surname to the Norman port of Isigny-sur-Mer, from which his d’Isigny forefathers set off to conquer England in 1066.

Max Gallo, a Socialist politician, is nonetheless unimpressed, predicting that Euro Disney will « bombard France with uprooted creations that are to culture what fast food is to gastronomy. »

But Patrick Wajsdman, a writer, said France was in trouble if it felt threatened by Mickey Mouse and Donald Duck. « A child’s laughter has no nationality, no passport, no ideology, » he said. « Any moment of happiness is there to be enjoyed. »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :