Disney: De la boue au musée en 15 ans! (Only in France!)

Disney at the Louvre
Au seuil de la plus belle capitale du monde, ce barnum de carton-pâte à six lieues du Louvre … Ariane Mouchkine

« Tchernobyl culturel », « Biafra de l’esprit », « barbarie » …

Quel est cet étrange pays où, antiaméricanisme oblige, les élites peuvent émettre les pires insanités envers un producteur de la plus vile culture de masse et quinze ans après… l’encenser dans un temple de son art le plus raffiné?

A peine trois mois après l’immense succès que fut l’exposition du Grand Palais consacrée à Walt Disney sur notamment (de Doré et Daumier à Perrault et Murnau en passant par les romantiques, les primitifs et les préraphaélites – excusez du peu !) ses sources littéraires, artistiques et cinématographiques …

Et en cette semaine où le parc Disneyland Paris (13 millions de visiteurs par an, première destination de loisirs d’Europe) entame son 15e anniversaire …

On a du mal à se rappeler les tombereaux d’insultes et d’imprécations qui ont accompagné son ouverture à Marne-la-Vallée en 1992 et les avanies par lesquels le pauvre Disney a dû passer pour parcourir… ces fameuses « six lieues » qui le séparaient du Louvre!

Mais bon c’est aussi le même pays qui condamna les accords Blum-Byrnes sur le cinéma en 46, tenta dans la foulée de faire interdire le Coca Cola (les lobbies viticoles) avant d’interdire Tarzan en 1953 (le PCF) …

Pour finir, dans les années 60 et avec les réalisateurs de la Nouvelle Vague, par s’extasier (ce que nos amis américains n’ont toujours pas compris) devant le moindre film de Jerry Lewis!

Après on dira que les Etats-Unis sont le pays des excès et des contradictions …

Alors, mieux vaut ne pas trop se poser de questions et, pour ceux qui auraient raté l’expo, il reste toujours… Montréal!

L’exposition Il était une fois Walt Disney rapproche pour la première fois les dessins originaux des studios Disney des œuvres de l’art occidental – parfois au-delà – qui les ont inspirés, du Moyen Âge gothique au surréalisme. L’art de Gustave Doré, de Daumier, des peintres romantiques et symbolistes allemands, des préraphaélites anglais, tout autant que celui des primitifs flamands ou du cinéma expressionniste, a profondément marqué les réalisations des studios Disney.

Dès le milieu des années 1930, Walt Disney réunit toutes les informations possibles sur les artistes européens dont le style pouvait correspondre à ses projets. Et lorsque ses capacités ne suffirent plus, il eut l’intelligence de recruter des artistes dont les connaissances dépassaient de beaucoup les siennes, des émigrants venus d’Europe pour la plupart. Ces artistes, presque tous formés dans les académies européennes, apportaient avec eux la maîtrise technique de leur art – peinture, dessin, sculpture, illustration –, mais aussi toute la tradition esthétique et l’héritage artistique de leur pays respectif. Et certains Américains de naissance, réunis par Disney, n’étaient pas moins talentueux.

Walt Disney au musée ?…
Aux sources de l’art des studios Disney

Après avoir été présentée au Grand Palais à Paris où elle a remporté un vif succès, l’exposition Il était une fois Walt Disney arrive au Musée des beaux-arts de Montréal, en exclusivité nord-américaine, du 8 mars au 24 juin 2007.

Walt Disney au musée ? Si la question est posée d’emblée, c’est que le projet de cette exposition a été parfois accueilli avec un sourire perplexe. Comment expliquer en effet l’entrée de Walt Disney (1901-1966) et de la cohorte de ses personnages, de Mickey à Mowgli, dans une institution où ont été célébrés des maîtres incontestés, tels Nicolas Poussin, Édouard Manet ou Pablo Picasso ?

Parangon de la mièvrerie et du divertissement populaire pour les uns, conteur de génie pour les autres, Disney, en entrant au musée, est hissé de fait au rang des grands artistes de l’histoire de l’art occidental, là où certains ne comprendront sans doute pas sa présence. Pour l’auteur de ces lignes, on s’en doute, la réponse est évidente, de l’ordre de la conviction : Walt Disney est à ranger parmi les figures les plus importantes du cinéma et plus largement de l’art du XXe siècle.

L’exposition Il était une fois Walt Disney rapproche pour la première fois les dessins originaux des studios Disney des œuvres de l’art occidental – parfois au-delà – qui les ont inspirés, du Moyen Âge gothique au surréalisme. L’art de Gustave Doré, de Daumier, des peintres romantiques et symbolistes allemands, des préraphaélites anglais, tout autant que celui des primitifs flamands ou du cinéma expressionniste, a profondément marqué les réalisations des studios Disney.

Dès le milieu des années 1930, Walt Disney réunit toutes les informations possibles sur les artistes européens dont le style pouvait correspondre à ses projets. Et lorsque ses capacités ne suffirent plus, il eut l’intelligence de recruter des artistes dont les connaissances dépassaient de beaucoup les siennes, des émigrants venus d’Europe pour la plupart. Ces artistes, presque tous formés dans les académies européennes, apportaient avec eux la maîtrise technique de leur art – peinture, dessin, sculpture, illustration –, mais aussi toute la tradition esthétique et l’héritage artistique de leur pays respectif. Et certains Américains de naissance, réunis par Disney, n’étaient pas moins talentueux. La personnalité de ces artistes permettrait à elle seule de comprendre la richesse des sources de Disney.

Disney resta toute sa vie préoccupé par l’innovation technologique. Il comprit aussi l’importance de la littérature et du conte européens pour nourrir ses courts métrages. Aidé des conseils de ses artistes, il commença alors à acquérir des livres, qui allaient constituer dès 1934, la bibliothèque de travail des studios, au moment même où il décidait de se lancer dans l’aventure d’un long métrage avec Blanche-Neige et les Sept Nains, d’après les frères Grimm. Les achats d’ouvrages se multiplièrent, jusqu’au grand voyage que Disney effectua en Europe à l’été 1935. Ce séjour fut déterminant pour la constitution de son trésor documentaire et pour la suite des créations des studios Disney. En compagnie de membres de sa famille, Walt Disney passa onze semaines en France, en Italie, en Suisse, en Angleterre et aux Pays-Bas. Il en profita pour acheter près de 350 livres, tous destinés à la Walt Disney Studio Library. Tout ce que l’Europe comptait alors de grands illustrateurs se trouvait dans sa sélection : Arthur Rackham, Gustave Doré, Honoré Daumier, Grandville, Benjamin Rabier, Ludwig Richter, Wilhem Busch, Heinrich Kley, Attilio Mussino, John Tenniel, Charles Folkard, et bien d’autres. C’est cette prodigieuse richesse des sources et de l’inspiration de Walt Disney que l’exposition tente d’éclairer.

L’exposition se concentre sur les longs métrages d’animation produits sous la direction personnelle de Walt Disney, soit depuis Blanche-Neige et les Sept Nains (1937) jusqu’au Livre de la Jungle (1967), sorti presqu’un an après sa mort , en décembre 1966. À partir de ce corpus est reconstituée une histoire des sources d’inspiration de Disney, illustrant aussi, à travers cette œuvre, les liens qui unissent culture savante et culture populaire, la vieille Europe et l’Amérique.

L’exposition évoque en ouverture les premiers pas de Walt Disney et la création du personnage de Mickey, rendant hommage à l’homme et à ses principaux collaborateurs artistiques. Les sections suivantes sont consacrées aux sources littéraires et cinématographiques, puis à celles des décors et de l’architecture. Une place particulière est ensuite réservée au thème de l’anthropomorphisme, thème central dans l’œuvre de Disney. Plus loin, la genèse des principaux personnages disneyens est expliquée, film par film, de Blanche-Neige aux 101 Dalmatiens. Enfin, l’exposition s’ouvre aux influences qu’a exercées la production Disney sur l’art contemporain, de Warhol à Lichtenstein, bouclant ainsi l’évocation de ces allers-retours incessants entre les cultures et leurs représentations.

Si l’exposition met l’accent sur les sources européennes de Disney, il ne faut pas oublier la part importante des modèles proprement américains : le cinéma hollywoodien a d’ailleurs donné beaucoup de modèles aux personnages disneyens, de Chaplin à Douglas Fairbanks, en passant par Joan Crawford, Shirley Temple et Jean Harlow. Disney assumait sans complexe ces emprunts divers, en apparence discordants : Shakespeare et le vaudeville, le cinéma d’avant-garde et le cinéma populaire, la peinture classique et l’illustration pour enfants, Stravinski et l’harmonica.

Cet improbable mélange est devenu une forme d’expression unique, révolutionnaire, celle d’un étonnant recycleur d’images, d’un des plus grands conteurs, d’un artiste à part entière. S’il ne peut être considéré comme l’inventeur du dessin animé, il est le premier à lui avoir accordé un tel soin dans le traitement artistique : la qualité des dessins des studios Disney est l’une des découvertes de cette exposition. Alors que ce genre était menacé de rester un avatar du cinéma, lui-même longtemps relégué au rang d’art mineur, le perfectionnisme et le génie de Walt Disney ont ainsi offert au dessin animé une audience universelle.

Bruno Girveau, commissaire général de l’exposition

Musée des beaux-arts de Montréal: 1379, rue Sherbrooke Ouest |514-285-2000|
1-800-899-MUSE

Voir aussi:

A découvrir…
Le site de l’exposition
Expositions »

Il était une fois Walt Disney

Aux sources de l’art des studios Disney

Walt Disney (1901-1966) est certainement l’un des créateurs les plus originaux du XXe siècle. S’il n’est pas l’inventeur du dessin animé, il est le premier à lui donner une audience universelle. La réussite exceptionnelle de ses productions les range parmi les modèles de la culture américaine de masse, jusqu’à faire oublier leur extraordinaire genèse. Culture populaire et culture savante s’ignorent le plus souvent, et les liens qui les unissent sont mal étudiés et mal connus. Les longs métrages d’animation de Walt Disney, depuis Blanche-Neige et les Sept Nains, en 1937, jusqu’au Livre de la Jungle, en 1967, sont un des exemples les plus frappants d’influences réciproques entre ces deux cultures. Dans cet esprit, l’exposition se propose de rapprocher les dessins originaux des studios Disney des œuvres et créations de l’art occidental qui les ont inspirés.
Les origines : « … Et tout a commencé par une souris ! » (Walt Disney)
Premières sources En 1928, Walt Disney réalise Steamboat Willie, le premier court métrage d’animation avec son synchronisé de l’histoire du cinéma, donnant vie à l’un des personnages les plus célèbres du siècle, Mickey, imaginé par Disney et mis en forme par Ub Iwerks (1901-1971). En 1935, La Fanfare (The Band Concert) met en scène Mickey pour la première fois en technicolor. Dès lors et tout au long des années trente, les Oscars saluent régulièrement la production des studios Disney, jusqu’à la sortie en 1937 de Blanche-Neige et les Sept Nains. Premier long métrage d’animation, ce film est un énorme succès international et marque la naissance d’un genre capable de rivaliser avec le cinéma hollywoodien.
Walt Disney et les dessinateurs pionniers des studios Disney
Le talent de Walt Disney, qui renonce très tôt à dessiner, repose sur une intuition artistique infaillible, tant dans le choix et le rôle de ses collaborateurs que dans celui des sources littéraires ou artistiques de ses films. Il recrute ainsi quelques-uns des meilleurs illustrateurs européens émigrés en Amérique : le Suisse Albert Hurter (1883-1942), le Suédois Gustaf Tenggren (1886-1970) et le Danois Kay Nielsen (1886-1957). Formés dans les académies d’art de leurs pays, ces pionniers ont instillé leur culture dans les premiers films des studios, notamment Blanche-Neige et les Sept Nains (1937), Pinocchio (1940) et Fantasia (1940).
Galeries nationales du Grand-Palais. Fermé le mardi
16 septembre 2006 – 15 janvier 2007

Voir enfin l’article de l’Express qui persiste à l’appeler Eurodisney » (alors que le nom a officiellement changé en 1995) et qui semble avoir du mal à cacher une certaine joie mauvaise devant les « mécomptes » de l’entreprise et une joie tout court devant le succès (qui a quand même eu du mal à venir) du petit rival… gaulois (le Parc Astérix):

Euro Disney
Contes et mécomptes

Corinne Scemama
L’Express
Le 28/03/2007

Le parc de loisirs va fêter avec éclat son 15e anniversaire. Vrai succès touristique et commercial, le royaume de Mickey reste pourtant un gouffre financier, que les plans de sauvetage n’ont toujours pas réussi à combler. Voyage au pays des comptes défaits

Ce sera une de ces fêtes somptueuses et extravagantes dont seul Disney a le secret. Au début d’avril, le parc de loisirs de Marne-la-Vallée déroulera son tapis rouge, ses princesses et ses étoiles, Mickey, Donald, Peter Pan et les autres, pour inviter le public au château de la Belle au bois dormant. Ce sera Noël au cœur du printemps, un véritable feu d’artifice.

Nouvelles attractions, effet du 15e anniversaire… La citrouille va-t-elle enfin se transformer en carrosse? Euro Disney va-t-il s’en sortir?

Cette mise en scène exceptionnelle a été imaginée pour célébrer un événement de taille: le 15e anniversaire de Disneyland Resort Paris. En plus d’enchanter petits et grands, cette manifestation est destinée à prouver au monde qu’Euro Disney tient, plus que jamais, debout; que l’entreprise, contrôlée par le géant américain The Walt Disney Company (TWDC), est prête à repartir vers de nouvelles aventures. Et ce, malgré les vicissitudes, des hauts et des bas aussi vertigineux que les montagnes russes de Space Mountain, l’une des attractions vedettes.

A l’heure du bilan, le parc peut se prévaloir d’une belle réussite commerciale – 13 millions de visiteurs par an – mais certainement pas d’un succès financier: il n’a jamais été au rendez-vous. Aujourd’hui, Euro Disney veut convaincre son public, sa maison mère, l’Etat français, les banques et les actionnaires que les revers et les chutes de ces dernières années – dignes de la Tour de la terreur, la prochaine attraction phare (mise en service au début de 2008), où un ascenseur dégringole 13 étages à pleine vitesse – appartiennent désormais au passé.

Le tapis rouge, c’était, en 1987, le gouvernement français qui l’avait déroulé pour Disney. 2 000 hectares de terrain, vendus pour une bouchée de pain, dans les environs de Marne-la-Vallée, et des infrastructures de transports pour desservir le parc. Rien n’était trop beau pour Euro Disney, le «sauveur» de l’Est parisien. Mais le conte de fées seine-et-marnais a rapidement tourné au vinaigre. Traité de «Tchernobyl culturel» par des Français ulcérés par les manières brutales de la firme américaine, qui n’avait pas cru bon d’adapter son parc à l’Europe – les moustaches, les boucles d’oreilles et les jupes courtes étaient interdites – le lieu voit sa fréquentation battre d’emblée de l’aile. Pis, le montage montre rapidement ses limites. Les frais financiers sont exorbitants, les royalties reversées à la maison mère, excessives. Et l’action, cotée 23 € en 1992, s’effondre, au point de devenir une penny stock (action à moins de 1 €) à 8 centimes d’euro. Même pas le prix d’un Carambar! «La Walt Disney Company a sous-estimé les réticences de la France et fait des investissements disproportionnés», analyse Didier Arino, consultant chez Protourisme. Cette assurance – «de l’arrogance», juge un ancien cadre – ne s’est jamais démentie, malgré tous les aléas.

La première restructuration, conquise de haute lutte par le nouveau PDG, Philippe Bourguignon, en 1994, suivie de l’inauguration de Space Mountain, en 1995, et d’une baisse des tarifs, a donné un second souffle au parc. Franciliens, Britanniques, Espagnols et autres Européens sont, cette fois, au rendez-vous, faisant bondir la fréquentation, notamment celle des hôtels, remplis à 85%. Mais cela ne suffit pas.

L’Ile-de-France enchantée

Condamné à trouver perpétuellement de nouvelles ressources, le parc se lance dans une fuite en avant, qui se poursuit encore aujourd’hui. En 2002, l’entreprise franco-américaine s’endette pour créer un second parc, censé restaurer sa santé financière. «Cheap», selon l’expression d’un expert, le parc Walt Disney Studios se révèle très vite une catastrophe commerciale: il devait permettre d’atteindre 17 millions de visiteurs par an; c’est tout juste s’il n’en fait pas perdre. «La déroute financière s’est alors transformée en un désastre industriel. Euro Disney est proche du dépôt de bilan», raconte un banquier. «L’arrogance américaine, doublée d’un refus obstiné de faire des concessions, a fait le reste», ajoute un proche du dossier. Devant cet échec, un autre groupe que Disney aurait tiré les leçons de la crise. Mais, certaine d’avoir raison contre tous, la firme fait de la résistance. «Lorsque j’ai demandé à la direction s’il n’était pas exagéré de faire payer 49 € pour tester huit attractions, raconte un syndicaliste, on m’a répondu avec mépris: ‘‘Baisser les prix, c’est dévaloriser le produit. »»

Il faut recapitaliser ou supprimer les royalties

On efface tout et on recommence. En 2004, alors que le roi de l’entertainment est à nouveau au bord de la faillite, un plan de sauvetage vient donner un dernier coup de baguette magique. «Tout le monde a fait des concessions», se souvient Ignace Lahoud, directeur général adjoint finances. Ainsi, non seulement la dette – plus de 2 milliards d’euros – a été rééchelonnée jusqu’en 2023, mais les remboursements peuvent être ajournés en cas de difficultés. Autre cadeau royal: une levée de fonds de 250 millions d’euros pour investir. «Dans cette industrie, le renouvellement des attractions est primordial. Il faut réinjecter, tous les ans, entre 10 et 25% de son chiffre d’affaires pour enrichir l’offre», affirme Arnaud Bennet, président du Syndicat national des espaces de loisirs, d’attractions et culturels. Cet autofinancement ne pose, en général, pas de problème, la rentabilité du secteur étant forte. Excepté chez Euro Disney…

Ce nouvel afflux de liquidités, providentiel, a donné au parc un vrai coup de fouet. En ce frileux début de mars, la foule, qui déambule entre Space Mountain et Buzz l’Eclair, se presse derrière les palissades pour apercevoir les ouvriers mettre la dernière main au Crush’s Coaster, un grand huit étourdissant dans les profondeurs du Monde de Némo, ou pour visualiser le circuit de Cars. Surtout, le public s’extasie devant un bâtiment imposant et mystérieux, contrastant avec l’aspect angélique de la demeure de la Belle au bois dormant: la Tour de la terreur. Frissons et chiffres de fréquentation garantis. «Un atout pour relancer le deuxième parc», estime un employé. A deux semaines de la célébration, l’heure est à l’optimisme: «En un seul exercice, nous avons amélioré nos résultats d’exploitation et gagné 500 000 visiteurs», se réjouit le nouveau PDG d’Euro Disney, l’Américain Karl Holz, nommé à la fin de 2004. Ces performances pourraient faire croire qu’Euro Disney est définitivement sorti d’affaire. Il n’en est rien.

«Pourquoi laisser la boîte continuer à s’empêtrer dans des problèmes financiers sans fin?» interroge un ancien cadre, un brin énervé. La dette? A 2 milliards d’euros, elle reste considérable et grève Euro Disney de 100 millions d’euros par an de frais financiers. Le montage capitalistique? Il est bancal et peut parfois se révéler dangereux. Comme le prouve l’épisode tragico-comique de Center-Tainment, un groupe qui, en novembre 2006, a annoncé vouloir lancer une OPA sur Euro Disney. «Les Américains ont eu très peur», révèle un cadre. «Le jour où un prédateur comprendra qu’il peut, malgré le système de la commandite, racheter une partie de l’entreprise, ce sera la catastrophe», prévient un financier.

La firme de Burbank pourrait s’épargner de tels désagréments. «Par exemple, en remettant à plat la structure financière et en recapitalisant l’entreprise de manière définitive», analyse un ancien dirigeant. «2 milliards, c’est l’équivalent de la recette d’un DVD à succès de Disney. Ce n’est pas grand-chose pour eux», assure, pour sa part, un banquier.

Les Américains pourraient aussi décider de supprimer, jusqu’à ce que le parc fasse des bénéfices, les royalties (65 millions d’euros en 2006), sans lesquelles «Euro Disney, estime Didier Arino, serait presque à l’équilibre».

Euro Disney doit devenir une destination de vacances

Mais c’est le poids de la TWDC dans la gestion du parc qui plombe le plus Disneyland Paris. «Il y a un vrai problème de gouvernance», affirme un expert. Ce n’est pas un hasard si six présidents se sont succédé en quinze ans! Laissant très peu d’autonomie à leur filiale, les Américains pilotent sans rien comprendre aux Européens. Karl Holz a beau reconnaître la «complexité de l’Europe», en réalité, tous les PDG, sauf exceptions, ne sont que de superdirecteurs d’exploitation. De nombreux cadres talentueux ont préféré partir, après avoir passé trois ou quatre ans chez Mickey. La situation est donc coincée. Et insoluble. A moins, bien sûr, que TWDC ne décide de jeter l’éponge, comme elle l’a fait pour son parc de Tokyo. Mais, «pour la Disney, cette présence en Europe est stratégique. C’est sa plus belle vitrine», affirme Ignace Lahoud.

Faute de pouvoir agir sur la structure financière, les dirigeants d’Euro Disney préfèrent donc se concentrer sur le produit et les performances. Et s’adapter aux goûts de la clientèle. La répugnance à baisser les tarifs, elle aussi, a vécu. Cet hiver, l’entrée s’est vendue à 29 € seulement (49 € en 2002), afin d’attirer les Franciliens, sensibles au prix. Mieux, pour séduire les comités d’entreprise et gonfler sa fréquentation en un tournemain, Disneyland Paris propose, selon un syndicaliste, des billets à… 1 €! «C’est sa force: pouvoir dépenser de l’argent quand il en perd», s’amuse un consultant. «Le parc est désormais en dehors de toute logique économique, regrette un concurrent. Disneyland me fait penser au club de foot du Paris Saint-Germain. Ça ne marchera jamais, mais, au fond, tout le monde s’en fout.» Et personne ne s’inquiète, excepté les petits porteurs. Car, au bout du compte, le statu quo arrange tout le monde: l’Etat profite des retombées du parc et les banques s’y retrouvent, sachant que la maison mère réglera toujours l’ardoise. Le retour aux bénéfices, lui, est repoussé aux calendes grecques. Car, auparavant, il faudra que les dépenses par visiteur augmentent. Et que «Disneyland Paris devienne une destination de vacances», espère Dominique Cocquet, directeur général adjoint du groupe.

En attendant, la société peut continuer à fonctionner cahin-caha. Avec ce sentiment, fort en cette période d’anniversaire, d’être, tels les personnages de Disney, éternelle. Après tout, on ne peut vivre des contes de fées sans y croire un tant soit peu. Ni construire les attractions les plus acrobatiques sans espérer que, dans la vraie vie, on rattrape toujours ceux qui tombent. A l’intérieur de la Tour de la terreur, l’ascenseur fait une chute vertigineuse. Mais l’histoire se termine bien…

Les dates clefs

1992: La création du parc

Les bonnes fées – l’Etat français, The Walt Disney Company et les banques – se sont penchées sur le berceau d’Euro Disney pour lui assurer une belle existence.

1994: La restructuration

Euro Disney est dépassé par la polémique et les problèmes financiers. Philippe Bourguignon, le nouveau PDG, obtient une restructuration salutaire.

2001: Les gros soucis

Euro Disney replonge dans le rouge et les problèmes. Opaque, l’entreprise cache ses soucis financiers et de fréquentation.

2004: Les créanciers se rebiffent

Tous les pirates sont à l’assaut d’Euro Disney, en quasi-dépôt de bilan, et réclament leur dû. Avant de concéder un nouveau plan de sauvetage.

2007: Le nouveau départ

L’Ile-de-France enchantée
Corinne Scemama
LEXPRESS.fr du 28/03/2007
La puissance publique aider Disney à s’installer en Ile-de-France. Et en a retiré quelques bénéfices

Six milliards d’euros d’investissements, 13 600 emplois pour les deux parcs et 48 000 emplois indirects, 1 milliard de recettes fiscales. Le bilan de Disneyland Paris, dressé à l’occasion du 15e anniversaire du royaume enchanté, est, selon Jean-Pierre Weiss, directeur général d’Epamarne et d’Epafrance (les établissements publics d’aménagement de Marne-la-Vallée), largement positif. A la question «La puissance publique a-t-elle eu raison d’aider Disney à s’installer en Ile-de-France, dans le cadre d’un rééquilibrage vers l’Est?» il répond sans hésitation: «Oui!» Et ajoute que l’Etat est largement rentré dans ses frais. Avec 175 millions de visiteurs depuis l’ouverture du premier parc, en 1992 – soit l’équivalent de ceux qu’attirent le musée du Louvre et la tour Eiffel réunis – Disneyland Paris a aussi dopé le tourisme français (6% des recettes totales). «Nos 8,5 millions de nuitées, en 2005, font de nous le quatrième pôle hôtelier de France», explique Dominique Cocquet, directeur général adjoint d’Euro Disney. En quinze ans, les visiteurs de la première destination de loisirs d’Europe (60% d’étrangers) ont dépensé 39 milliards d’euros, dont plus de 60% en dehors du parc. Une indéniable réussite, qui met du baume au cœur des dirigeants d’Euro Disney.

La potion magique du parc Astérix
Corinne Scemama
L’Express
Le 28/03/2007

Le Parc Astérix a su séduire une clientèle familiale et fait jeu égal avec Euro Disney, en région parisienne. Explications d’un succès

C’est un village d’irréductibles Gaulois qui croise le fer avec le géant américain. Avec 1,8 million de visiteurs, le parc Astérix est, certes, loin de la fréquentation de Disneyland Paris (12,8 millions). Mais le deuxième parc à thème français a su séduire une clientèle familiale, au point de faire jeu égal, en Ile-de-France, avec le royaume de Mickey. Le secret de sa réussite? Pas de potion magique, mais une convivialité basée davantage sur l’émotion, les sensations et l’exploit physique que sur le rêve et l’enchantement. Un positionnement qui permet au guerrier gaulois et à ses amis d’exister, malgré des moyens plus limités. «Quand nos plus grosses attractions représentent, au maximum, un investissement de 10 millions d’euros, celles de Disney peuvent atteindre plus de 100 millions», souligne Alain Trouvé, patron du parc Astérix.

L’établissement, propriété de la Compagnie des Alpes, peut, en revanche, se targuer d’être très rentable: son résultat net représente de 8 à 10% de son chiffre d’affaires (70 millions d’euros en 2006). Et le cercle vertueux n’est pas près de se briser: désormais relié à Paris par une navette, Astérix a prévu de nouvelles attractions pour 2008, avant de fêter, en 2009, le 20e anniversaire du parc et les 50 ans du personnage d’Uderzo. Le combat risque donc d’être acharné entre le royaume enchanté et le village animé. Mais, c’est bien connu, les Gaulois adorent la bagarre, par Toutatis!

One Response to Disney: De la boue au musée en 15 ans! (Only in France!)

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