Affaire Aubrac: Y a-t-il un agent non communiste dans la salle? (Print the legend!)

C’est ça, la Résistance: si la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende. D’après John Ford (L’homme qui tua Liberty Valance)
[Combattre]  par tous les moyens disponibles, y compris la force armée, pour le renversement de la bourgeoisie internationale et la création d’une république soviétique internationale. Programme du Comintern (1919)
La règle d’or de la stratégie est de garder ses options ouvertes. Raymond Aubrac
La “solution finale” (…) éveille chez moi un grand sentiment de culpabilité. Mes parents habitaient Dijon. J’ai pu les persuader de venir à Lyon et d’accepter de faux papiers, mais je n’ai jamais pu les décider à partir en Suisse. Ma mère était tentée, mais mon père, paradoxe de l’époque, faisait encore confiance au maréchal Pétain. Je m’en veux de ne pas avoir su les convaincre de partir. Ils ont été dénoncés par la Milice puis assassinés à Auschwitz. Raymond Samuel
Réexaminer les dossiers de la Résistance sous le prisme de l’appareil soviétique en France éclaire lumineusement d’étranges affaires. Pierre de Villemarest
Je voudrais, pour terminer, m’adresser à Lucie Aubrac à propos de la mémoire de la Résistance, à propos de la transmission du message et des valeurs de la Résistance, à propos de l’exigence de vérité. Car la stratégie mémorielle qu’elle vient de nous exposer me paraît très inquiétante. Et m’amène à crier casse-cou! En effet, vous vous adressez aux historiens en leur disant: «Mes amis, vous êtes bien gentils, mais avec vos scrupules positivistes vous voulez des faits précis, des dates, des données bien carrées, et vous n’en démordez pas. Seulement, la vie n’est pas comme cela. Et le public, ce n’est pas du tout cela qu’il attend.» Or je crois que c’est exactement l’inverse. Votre stratégie, destinée en principe à perpétuer l’image de la Résistance, me paraît à terme désastreuse, permettez-moi de vous le dire très franchement. Pourquoi? Parce que si sous couleur de rendre le passé plus vivant on se met à l’enjoliver, à broder, voire à inventer des récits, au lieu de s’en tenir fidèlement et rigoureusement aux données de fait, alors on s’expose à un très grave choc en retour. A confondre récit historique et récit de fiction, que devient le témoignage, sur lequel se fonde la confiance du public? Ne va-t-on pas vers un terrible boomerang? En ce qui concerne les historiens, ce n’est peut-être pas encore trop grave, car ils savent faire la critique du témoignage, mesurer la subjectivité du témoin, remettre les choses à leur place. Ils tiennent compte du contexte pour replacer le récit sous sa vraie lumière et le ramener à de justes proportions. Car ce qui compte pour eux en priorité, c’est l’interprétation et le sens à donner aux faits et aux événements. Mais le public ­ lecteurs, auditeurs, spectateurs de cinéma ou téléspectateurs ­ voit les choses autrement: il considère, quant à lui, l’histoire comme un ensemble de vérités, basé sur des faits et des dates à la fois précis et prouvés. S’il voit pointer l’ambiguïté, la fioriture, l’erreur, a fortiori l’affabulation, c’est la porte ouverte non seulement au doute, mais à l’idée qu’on ne peut croire personne. C’est en ce sens que je vous dis que votre stratégie me paraît contre-productive. Si on donne le sentiment à l’opinion que tout est flottant, que rien n’est sûr (à commencer par les témoins), bref qu’il n’existe pas de vérité, où va l’histoire de la Résistance? N’est-ce pas faire le jeu de ses détracteurs? François Bedarida (09.07.97)
« Ce qui est advenu à Raymond Aubrac après que Barbie l’eut gardé de juillet à octobre 1943 continue et continuera d’interpeller les historiens », écrit Jean-Pierre Azéma. Cette interpellation sur une situation individuelle, où le regard scrutateur de l’historien ne peut tout élucider, ne concerne qu’une frange d’historiens, celle qui frustrée peut-être de n’avoir point vécu une période aussi fascinante que celle de la Seconde Guerre mondiale, où certains faisaient l’histoire au lieu simplement de l’écrire, tient à s’emparer du pouvoir sur cette période en distribuant à sa guise les bons et les mauvais points sur les acteurs vivants ou disparus de la scène historique. Serge Klarsfeld
Raymond Aubrac est mort, à 97 ans. Entendre toquer à la porte cette invitée inattendue, dont les visites se font si rares: l’admiration. Ouvrir large sa porte. Rêver quelques secondes, seulement rêver, à cette traversée du dernier siècle, à ce petit Monsieur qui s’en va de collège en école, raconter aux enfants son histoire inimaginable. Admirer, simplement admirer, cette destinée de combattant d’outre-siècle, encore si présent au monde. Réflexe de matinaute, googliser les derniers jours: le mois dernier, encore, il soutenait une candidate socialiste dans le Val d’Oise. Logiquement, avec Stéphane Hessel, il appelait à voter Hollande, lequel, tout aussi logiquement, le citait en meeting. Se demander inutilement, absurdement, où sont les Aubrac d’aujourd’hui. Daniel Schneidermann (Arrêt sur images)
Grand résistant, humaniste, il sait mieux que personne, comme le savait sa femme Lucie, la valeur de l’engagement. (…) J’avais aussi rencontré le couple Aubrac lorsque j’étais élève en 3e à Courdimanche. Je ne les ai jamais oubliés depuis. Charlotte Brun (candidate PS, Montmorency)
Il y a soixante-huit ans, le 15 mars 1944, dans la clandestinité, le Conseil national de la Résistance (CNR) adoptait son programme. A la veille de cet anniversaire, à quelques semaines d’un vote déterminant pour l’avenir de la France et de sa jeunesse, nous, anciens résistants et fils de résistants, lançons cet appel pour que soient maintenus et transmis l’héritage et les valeurs de la Résistance. (…) Parce que nous pensons que la reconduction du sortant signifierait le démantèlement total du programme du Conseil national de la Résistance nous appelons à un vote de sauvegarde, d’optimisme et d’espoir. Nous voterons et appelons à voter François Hollande. RAYMOND AUBRAC, STÉPHANE HESSEL ambassadeur de France, corédacteur  (sic) de la Déclaration universelle des droits de l’homme (15.03.12)
Les hasards de la vie faisant bien les choses, voilà qu’à peine nommé inspecteur général à la reconstruction, Aubrac, toujours aussi rebelle, refuse le carcan administratif et fonde avec quelques amis communistes un Bureau de recherches pour l’industrie moderne (Berim) qui va expertiser et prévoir pour les municipalités progressistes et les futures démocraties populaires. En 1946, sa maison de Soisy va même abriter en toute simplicité amicale Hô Chi Minh, venu interminablement négocier à Fontainebleau l’indépendance de l’Indochine. C’est le début de longues et fidèles amitiés rouges, de contacts internationaux multiformes, de négociations discrètes entre l’Est et l’Ouest en pleine guerre froide. Au point qu’Aubrac fut parfois tout bonnement accusé d’être devenu depuis lors une sorte de taupe du KGB. L’accusation est repoussée sans peine d’un revers de main. Mais il faut bien avouer qu’on aimerait en savoir un jour beaucoup plus sur le pittoresque Berim, sur ses liens avec la Banque commerciale pour l’Europe du Nord de Charles Hilsum, à capitaux soviétiques, et avec Jean-Baptiste Doumeng, le futur milliardaire rouge édifiant son empire d’Interagra. De fil en aiguile, ou plutôt d’aciérie tchèque en filières néerlandaises, de nettoyages d’îlots insalubres à Aubervilliers en réfection de routes vers Fort-Lamy, notre Aubrac découvre dès 1953 la Chine de Mao aux audaces « souvent excessives » (sic) avec une belle naïveté de « compagnon de route » et ne s’éveillera vraiment de sa somnolence dogmatique qu’au spectacle de la terreur à Prague, vers 1956. Sur l’entrefait, le voilà reparti vers une aventure qui mobilisera toute la suite de sa vie : l’aide aux pays pauvres sous-développés, via la FAO et les amitiés progressistes. (…) Aubrac sauve pourtant la fin de son livre en décrivant par le menu le rôle, un rien surestimé peut-être, d’ami du Vietnam démocratique assiégeant les méchants Américains, participant aux efforts louables du mouvement Pugwash, hantant les coulisses d’une guerre sans fin entre Hanoï, Rome et New York.    (…) Au bilan, la fidélité au marxisme de sa jeunesse agacera, l’abcès du compagnonnage avec le Parti communiste semblera tout juste vidé, le mondialisme pro-Sud passera pour très daté. Reste Raymond, pétillant de malice, courageux à l’extrême, sympathique en diable. Debout, toujours. Avec Lucie. Et cela seul compte. Dieu qu’on les aime, ces deux-là ! Jean-Pierre Rioux (Le Monde, 06.09.96)
La Résistance est paradoxalement — car la mémoire des résistants peut paraître de prime abord glorieuse — le pan de la France des années noires qui pose encore le plus de problèmes. La Collaboration, la France de Vichy, les avatars du Français moyen, les étapes de la persécution des parias sont dorénavant relativement bien connus de l’honnête homme. Tandis que sur la Résistance, il est vrai, les livres qui firent pendant longtemps autorité furent ceux écrits par Henri Noguères qui entendait reconstruire l’histoire des résistants avec les seuls témoignages des acteurs, voire sous leur contrôle. Quant aux médias, leur intérêt est focalisé presque exclusivement sur les « affaires » (…) Reste enfin (…) à récuser l’argument d’autorité brandi, une fois encore (et cela devient lassant par les temps qui courent), pour lui dénier a priori le droit de mettre en cause des « héros » de la Résistance. Disons une fois pour toutes que si l’historien se doit de refuser d’instruire des procès de Moscou contre quiconque, il n’est en aucun cas astreint au devoir de révérence et qu’il n’existe pas de sanctuaire en histoire. Rappelons encore, comme Antoine Prost l’a fait remarquer dans ses Douze Leçons sur l’histoire, que, face à la demande de plus en plus pressante formulée par nos contemporains d’une histoire mémorielle, hagiographique ou vengeresse souvent médiatisée et pouvant alors passer d’un extrême à l’autre, l’une des tâches les plus pressantes de l’historien est bien de transformer en véritable histoire cette demande de mémoire. (…) pour analyser ce qui a pu se passer à Caluire, il faut prendre en compte à la fois la stratégie policière de l’Occupant et les retombées de différends politiques qui opposèrent Jean Moulin et un certain nombre de responsables des mouvements de Résistance (…) Sur le premier point, à la fin du printemps 1943, la saisie à Lyon, par la police française, de documents transmis ensuite par elle aux autorités d’Occupation avait — comme en fait foi le rapport rédigé le 27 mai par Kaltenbrunner — persuadé les Allemands du réel danger lié à l’émergence d’une « Armée secrète » dans la Résistance française non communiste. Si les activités politiques de cette dernière ne les embarrassaient pas trop encore, son potentiel militaire, surévalué dans les documents des résistants, les inquiétait beaucoup plus, car ces « soldats » clandestins paraissaient en contact étroit avec des officiers de l’ex-armée d’armistice autorisée par les Allemands en 1940 et dissoute en novembre 1942, alors que l’état-major de la Wehrmacht n’excluait plus qu’intervienne avant l’hiver un débarquement sur les côtes provençales. (..) Les arrestations de Caluire surviennent donc en pleine crise ouverte entre Jean Moulin, revenu de Londres « à la lune » de mars, et un certain nombre de responsables des mouvements de zone sud, avant tout ceux de Combat, dont son chef, Henri Frenay. Ceux-ci reprochent plus précisément à Moulin non seulement de leur allouer trop peu de moyens au moment où l’instauration du STO (Service du travail obligatoire en Allemagne) rend urgente la mise en place de maquis accueillant les réfractaires, mais encore de réintroduire, comme s’y était résolu de Gaulle, les partis politiques, au détriment des mouvements, dans le futur Conseil national de la Résistance. Moulin, pour sa part, considéra comme une très grave faute la tentative faite par Frenay de contourner la France libre et son délégué général en proposant aux services secrets américains, installés en Suisse, la livraison de renseignements, contre de l’argent et des moyens radio. (…)Sans doute, tout un chacun connaît des défaillances de mémoire légitimes et se trouve amené, au fil des ans, à mélanger 
ne serait-ce que des dates. Nombre de 
résistants ont eu, semble-t-il, de ces 
problèmes de mémoire. Leur mémoire 
se révèle le plus souvent, au moment de 
la confrontation avec les documents d’époque, comme une mémoire construite. Cette reconstruction intègre parfois le fait pour ces hommes qu’ils avaient déjà dû, jadis — et on le comprend aisément —, ruser avec les faits. Donnons un exemple classique : être arrêté signifiait en principe la nécessité d’être « mis au vert » ; d’aucuns, en 1943, alors que se confirmait l’idée que le débarquement interviendrait probablement avant la fin de l’année, ont pu ne pas tout dire à leurs camarades pour éviter cette exclusion, même temporaire. Après avoir rappelé que Raymond et Lucie Aubrac militent dans la Résistance depuis l’été 1940, on ne saurait trop souligner que si la Résistance s’était renforcée, elle n’était encore, au regard de la masse attentiste des Français en 1943, que le fait d’une minorité prenant volontairement et courageusement des risques. Ces risques encourus semblent souvent à ceux qui les ont pris autoriser des distorsions avec la vérité toute nue. Les raisons de ces distorsions (…) peuvent être multiples : souci de ne pas nuire à l’image globale de la Résistance, crainte que la mise en avant de telle ou telle réaction individuelle ne ternisse injustement une cause restée commune malgré les divergences, volonté de préserver le mérite civique qui donne à de tels actes valeur pédagogique, volonté bien humaine de taire des drames personnels ne remettant pas forcément en cause le bien-fondé d’une action collective, sans compter la nécessité d’adapter en quelque sorte au fil des années son témoignage (et ses souvenirs) aux avancées d’une recherche historique appuyée sur la découverte de documents et donc de faits inconnus à l’époque même de ceux qui en subissaient les retombées. Au total, le livre de Gérard Chauvy (…) débusque seulement une certaine reconstruction qu’ont opérée dans leur mémoire deux résistants authentiques qui, pour des raisons médiatiques, sont devenus les symboles d’une Résistance exemplaire, notamment parce qu’elle est présentée comme historiquement sans faille. Après la lecture du livre de Chauvy, il convient de prendre la relation des événements qu’ils ont vécus comme un simple récit, partiellement subjectif, récit qui ajoute à la relation de faits avérés quelques enjolivements et laisse subsister des zones d’ombre. Un récit ne saurait — et tous les historiens le savent — constituer le dernier mot d’une histoire de la Résistance qui reste encore à travailler. Peut-être, enfin, est-ce une preuve de plus de ce qu’il faudrait, en cessant de s’occuper exclusivement de ceux auxquels leur courage et leur action ont conféré figure de héros, accorder une plus grande part à ceux qui furent, selon l’expression de Pierre Brossolette, les « soutiers de la gloire », ceux qui se sont 
astreints à des actions répétitives, anonymes, à cette « Résistance sans héroïsme » dont parle Charles d’Aragon — ce qui ne signifie pas qu’elle fût sans danger ni sans mérite. Jean-Pierre Azéma (11/04/2012)
C’est de cette époque, au sortir de la guerre, que, selon lui, date son flirt poussé avec le parti communiste. Raymond Aubrac n’est qu’un « compagnon de route ». Mais fort précieux. Plus sans doute qu’il ne veut bien le dire dans son autobiographie souvent elliptique, où il se retranche dès la première phrase derrière les incertitudes de la mémoire. Loin de rester un simple sympathisant, il fut en effet le fondateur, et le codirigeant jusqu’en 1958, du BERIM (Bureau d’études et de recherches pour l’industrie moderne), ayant pour clients les municipalités de la « ceinture rouge » de Paris et les démocraties populaires. Rendant compte du livre de Raymond Aubrac dans Le Monde du 6 septembre 1996, Jean-Pierre Rioux écrit : « On aimerait en savoir un jour beaucoup plus sur le pittoresque BERIM, sur ses liens avec la Banque commerciale pour l’Europe du Nord de Charles Hilsum, à capitaux soviétiques, et avec Jean-Baptiste Doumeng, le futur “milliardaire rouge”. » Et, ajoutons, sur Jean Jérôme, infatigable banquier du PCF, que Raymond Aubrac expédie en trois lignes laconiques. Dans un livre retentissant, Les Aveux des archives. Prague-Paris-Prague, 1948-1968 (Le Seuil), l’historien tchèque Karel Bartosek vient de lever un coin du voile, en se fondant sur les archives du PC tchécoslovaque. Pour lui, c’est clair : le BERIM est en fait une des « sociétés de commerce sœurs » (littéralement « société de camarades »), par le biais desquelles le Parti tchécoslovaque participait au financement des différents partis communistes occidentaux, en l’occurrence le français, grâce au versement de commissions. Mais Karel Bartosek ne s’arrête pas là et, s’appuyant à la fois sur les comptes rendus des entretiens qui ont réuni les communistes tchécoslovaques et leurs homologues français au début des années 1950, et sur les Mémoires de Vincent Auriol, qui fait état de rapports de la préfecture de Police et du SDECE (service de contre-espionnage français) concernant Raymond Aubrac, affirme que ce dernier était le pivot des relations commerciales occultes entre la France et les pays de l’Est. Poussé dans ses retranchements, Raymond Aubrac concède : « Il est possible qu’un certain nombre de prestations aient eu des conséquences financières, et que, d’une façon ou d’une autre, le PCF ait pu y trouver son compte. Mais je n’ai jamais transporté de valise de billets de banque ! » Aujourd’hui encore, s’il condamne les aspects dictatoriaux des démocraties populaires, Raymond Aubrac ne peut cacher une vieille tendresse pour ces régimes avec lesquels il a été amené à travailler. « Là-bas , le chômage n’existait pas », maintient-il. On comprend mieux, dès lors, comment cet homme, si proche du Parti, a pu, en 1946, héberger Ho Chi Minh pendant les négociations franco-vietnamiennes de Fontainebleau. « L’oncle Ho », comme il l’appelle familièrement, deviendra même le parrain de sa fille. Ce fut pour le grand résistant le début d’une passion durable pour le Vietnam communiste, où il a fait au total treize voyages. Son engagement pro-vietnamien culminera, de 1967 à 1975, quand il s’activera en coulisses pour mettre fin à la guerre. Associé aux efforts du mouvement pacifiste Pugwash, composé de scientifiques occidentaux (dont les prises de position épousaient les intérêts de Moscou), Raymond Aubrac servira notamment d’émissaire à Henry Kissinger pour transmettre des messages à Ho Chi Minh dans l’espoir d’une « désescalade » du conflit.(…) Aujourd’hui, son engagement tiers-mondiste n’a nullement faibli.  (…) Cet homme toujours en alerte, qui a attendu d’être octogénaire pour publier ses Mémoires, semble vivre plus au présent et au futur qu’au passé, tourné vers les autres, mais toujours caustique et contrôlé. En fin stratège, qui prend plaisir à dire sa part de vérité, sans pour autant dévoiler toutes ses batteries… François Dufay (L’Histoire, 11/04/2012)
[Raymond Aubrac était|un agent soviétique, mais pas au sens où il aurait travaillé pour les services d’espionnage de l’Union soviétique. Il était plutôt un membre important du réseau communiste international, un sous-marin communiste si l’on veut ; en tout cas, beaucoup plus qu’un agent d’influence. Un homme comme lui avait évidemment un correspondant à Moscou. Nous n’avons pas de documents (…)Toutefois, l’ancien dissident tchèque Karol Bartosek avait découvert dans les archives du PC à Prague des documents qui montrent qu’Aubrac y était reçu par Klement Gottwald, le chef historique du PC tchécoslovaque, qui fut aussi un agent du Komintern. (…) Il faisait partie de ce qu’on appelle les « hors-cadres », des gens de haut niveau dont le PCF n’avait pas besoin qu’ils prennent leur carte. Ils leur étaient plus utile à l’extérieur. Aubrac était un ingénieur, sorti de l’Ecole des Ponts et Chaussées, et le PCF ne voulait pas le mettre en avant. Ce qui ne l’empêchait pas de participer à des réunions de cellules comme « observateur ». Avant guerre, sa future épouse Lucie était elle-même communiste, proche d’André Marty – qui fut représentant du PCF au Kominter. (…) La société qu’il dirigeait était le Berim – le Bureau d’études et de recherches pour l’industrie moderne. Placé sous la responsabilité de Jean Jérôme, l’un des hommes les plus importants et les plus secrets du PCF – cette société servait aussi de pompe à finances au Parti. C’est, par elle, que passait une partie des financements en provenance de l’Est – sous la forme de contrats plus ou moins bidons. Même chose avec les maires communistes. (…) Aubrac a joué un rôle très particulier dans l’affaire du Vietnam. Lorsque le dirigeant communiste Hô Chi Minh vint en France en 1946, il fut hébergé par les Aubrac à la demande de Jacques Duclos. Puis il servit de contact entre l’appareil communiste international et Henry Kissinger lui-même. (…) A la Libération, il est commissaire régional de la République à Marseille. Or De Gaulle va le virer sans ménagement et sans explication. A Marseille, il avait créé des CRS (Compagnies républicaines de sécurité) dont on découvrit plus tard qu’elles étaient entièrement infiltrées par le PCF. (…) C’était un gros poisson de l’appareil, très bien camouflé, en particulier derrière l’image de son épouse Lucie. Stéphane Courtois
Dans les années trente, il fréquente une sorte d’école de formation marxiste pour étudiants parisiens de haut niveau et ne semble pas avoir d’engagement militant; rien en tout cas qui l’empêche de postuler pour une bourse aux Etats-Unis, en 1937; ni de faire la Préparation militaire supérieure, à une époque de fichage intense des « rouges » dans l’armée puis de faire son service militaire comme officier. Pendant la guerre, beaucoup de communistes désireux de « faire quelque chose » malgré le pacte germano-soviétique contribuent à former les mouvements Combat, Libération, Franc-Tireur, etc. Quant le Parti reprend lui-même le combat, il leur dit de rester en place. Les cas les plus connus sont Pierre Hervé à Libé-sud et Marcel Degliame à Combat. Pour Aubrac, pas trace d’inféodation partisane quand il est à Libé-Sud. [avec le mouvement communiste international] Rien n’apparaît avant la guerre, ni pendant. Ensuite, il dit lui-même qu’il participe à la fondation du Mouvement de la Paix, piloté par Moscou, et son BERIM est bien en relations suivies avec les démocraties populaires (tout en étant aussi beaucoup tourné vers le Tiers-monde, jusqu’à nos jours); on peut parler alors de « sympathisant » ou de « compagnon de route ». François Delpla

Stagiaire marxiste, boursier américain(MIT, Harvard), passeur d’armes pour les Brigades internationales espagnoles,  cofondateur du Mouvement de la Paix, pacifiste du Pugwash, pompe à finances occulte du Parti, hébergeur d’Ho Chi Minh, émissaire secret de Kissinger,  enfants parrainés tant par le pépé De Gaulle que par l’oncle Ho ….

Attention: une affaire peut en cacher une autre!

Au lendemain de la mort de Raymond Samuel dit Aubrac

Et des nouveaux tombereaux d’éloges obligatoires qui, comme pour sa femme cinq ans auparavant l’ont suivi (on mesure, à la lecture du dernier billet du site Arrêts sur image, toute la prégnance du mythe dont profite encore largement l’inévitable indigné en chef et prétendu co-rédacteur de la Déclaration des droits de l’homme Hessel) …

Retour, avec les historiens Stéphane Courtois et François Delpla sur le site du journaliste de Marianne Jean-Dominique Merchet, sur l’envers de la véritable chanson de geste qu’est devenue en France l’histoire de la Résistance.

Mais peut-être aussi l’une des explications possibles tant aux incessantes divisions et luttes de factions qu’aux innombrables contradictions et incohérences dont sont truffés les souvenirs des uns et des autres.

A savoir le non moins légendaire mais pourtant largement moins célébré noyautage, y compris après-guerre, du milieu des résistants et anciens résistants par nombre d’agents ou compagnons de route travaillant plus ou moins pour les Soviétiques dont les Aubrac eux-mêmes …

« Raymond Aubrac était un agent communiste »

L’historien du communisme, Stéphane Courtois, décrit la face cachée du résistant, décédé aujourd’hui.

Secret défense

11.04.12

Directeur de recherches au CNRS, l’historien Stéphane Courtois est un spécialiste du communisme. Elève d’Annie Kriegel, il a été le maître d’oeuvre du Livre noir du communisme. Ses derniers livres sont « le Bolchevisme à la française » (Fayard) et, sous sa direction, « Sortir du communisme, changer d’époque » (PUF). Historien engagé, mais grand connaisseur des archives, il nous décrit la face cachée d’un personnage aujourd’hui encensé.

Qui était vraiment Raymond Aubrac ?

Un agent soviétique, mais pas au sens où il aurait travaillé pour les services d’espionnage de l’Union soviétique. Il était plutôt un membre important du réseau communiste international, un sous-marin communiste si l’on veut ; en tout cas, beaucoup plus qu’un agent d’influence. Un homme comme lui avait évidemment un correspondant à Moscou.

En a-t-on des preuves ?

Nous n’avons pas de documents, comme par exemple dans le cas de l’ancien ministre radical Pierre Cot. Toutefois, l’ancien dissident tchèque Karol Bartosek avait découvert dans les archives du PC à Prague des documents qui montrent qu’Aubrac y était reçu par Klement Gottwald, le chef historique du PC tchécoslovaque, qui fut aussi un agent du Komintern.

Mais Aubrac a toujours expliqué qu’il n’avait jamais été membre du PCF ?

(Rire). C’est exact, formellement, mais tout cela est cousu de fil rouge. Il faisait partie de ce qu’on appelle les « hors-cadres », des gens de haut niveau dont le PCF n’avait pas besoin qu’ils prennent leur carte. Ils leur étaient plus utile à l’extérieur. Aubrac était un ingénieur, sorti de l’Ecole des Ponts et Chaussées, et le PCF ne voulait pas le mettre en avant. Ce qui ne l’empêchait pas de participer à des réunions de cellules comme « observateur ». Avant guerre, sa future épouse Lucie était elle-même communiste, proche d’André Marty – qui fut représentant du PCF au Komintern.

Ses biographes le présentent comme une sorte d’industriel à la tête d’une entreprise d’urbanisme. Qu’en est-il ?

La société qu’il dirigeait était le Berim – le Bureau d’études et de recherches pour l’industrie moderne. Placé sous la responsabilité de Jean Jérôme, l’un des hommes les plus importants et les plus secrets du PCF – cette société servait aussi de pompe à finances au Parti. C’est, par elle, que passait une partie des financements en provenance de l’Est – sous la forme de contrats plus ou moins bidons. Même chose avec les maires communistes.

On apprend qu’il était à Saïgon lors de l’arrivée des chars du Nord-Vietnam en 1975. Qu’y faisait-il ?

Aubrac a joué un rôle très particulier dans l’affaire du Vietnam. Lorsque le dirigeant communiste Hô Chi Minh vint en France en 1946, il fut hébergé par les Aubrac à la demande de Jacques Duclos. Puis il servit de contact entre l’appareil communiste international et Henry Kissinger lui-même. Du sérieux, on le voit.

Son rôle durant la Résistance a fait l’objet de polémiques. On se souvient d’un procès contre l’historien Gérard Chauvy et d’une table ronde organisée en 1997 par Libération. Qu’en pensez-vous ?

Pendant longtemps, Aubrac et son épouse Lucie ont raconté qu’il s’était évadé à la suite d’une opération de la Résistance. Or, Arthur Kriegel – qui a participé à cette action commando – assurait qu’Aubrac n’était pas là quand elle eut lieu. Puis Aubrac a reconnu dans la biographie « autorisée » que Pascal Convert lui a récemment consacrée qu’il ne s’était pas évadé, mais qu’il avait été libéré.

Un autre épisode pose problème. A la Libération, il est commissaire régional de la République à Marseille. Or De Gaulle va le virer sans ménagement et sans explication. A Marseille, il avait créé des CRS (Compagnies républicaines de sécurité) dont on découvrit plus tard qu’elles étaient entièrement infiltrées par le PCF.

Quant à la table ronde de Libération, une anecdote est significative : Aubrac s’est mis en colère au moment même où Daniel Cordier lui a demandé d’avouer enfin qu’il était communiste. Jusqu’au bout, il l’aura nié. C’était un gros poisson de l’appareil, très bien camouflé, en particulier derrière l’image de son épouse Lucie.

Voir aussi:

« Aubrac était un compagnon de route, pas un agent communiste »

L’historien François Delpla répond à Stéphane Courtois.

Secret défense

12.04.12

L’historien François Delpla, spécialiste de la seconde guerre mondiale, réagit à l’entretien de Stéphane Courtois sur Raymond Aubrac, publié hier sur ce blog. Lui aussi historien engagé, mais pas du même côté, François Delpla est l’auteur d’un livre sur « Aubrac, les faits et la calomnie » (Le temps des cerises, 1998).

Raymond Aubrac était-il un agent communiste comme le dit Stéphane Courtois ?

Sûrement pas comme il le dit, c’est-à-dire avec un seul et même engagement depuis ses années d’étudiant avant guerre jusqu’en 1991 ? Lorsque j’ai connu Aubrac, à la fin des années 1980, il était ardemment pro-européen, par crainte que l’Allemagne ne réclame un jour ses provinces perdues en Pologne. D’autre part Aubrac a fait l’effort de clarifier la question de ses rapports avec le mouvement communiste de manière synthétique, à la fin de ses mémoires. Je comprends et même j’attends qu’un historien ne prenne pas cela pour argent comptant, mais Courtois a le plus grand tort de n’en tenir aucun compte – à se demander s’il a lu ces pages.

Quels étaient alors ses rapports exacts avec le PCF ?

Dans les années trente, il fréquente une sorte d’école de formation marxiste pour étudiants parisiens de haut niveau et ne semble pas avoir d’engagement militant; rien en tout cas qui l’empêche de postuler pour une bourse aux Etats-Unis, en 1937; ni de faire la Préparation militaire supérieure, à une époque de fichage intense des « rouges » dans l’armée puis de faire son service militaire comme officier. Pendant la guerre, beaucoup de communistes désireux de « faire quelque chose » malgré le pacte germano-soviétique contribuent à former les mouvements Combat, Libération, Franc-Tireur, etc. Quant le Parti reprend lui-même le combat, il leur dit de rester en place. Les cas les plus connus sont Pierre Hervé à Libé-sud et Marcel Degliame à Combat. Pour Aubrac, pas trace d’inféodation partisane quand il est à Libé-Sud.

Et avec le mouvement communiste international ?

Rien n’apparaît avant la guerre, ni pendant. Ensuite, il dit lui-même qu’il participe à la fondation du Mouvement de la Paix, piloté par Moscou, et son BERIM est bien en relations suivies avec les démocraties populaires (tout en étant aussi beaucoup tourné vers le Tiers-monde, jusqu’à nos jours); on peut parler alors de « sympathisant » ou de « compagnon de route ». Au plus tard en 1956, l’éloignement du couple Aubrac -et de bien d’autres- du mouvement communiste est patent -Raymond déclarant dans ses mémoires avoir « compris » un peu plus tôt, notamment lors du procès Slansky de Prague.

Pourquoi, à la Libération, de Gaulle lui a-t-il retiré son poste de Commissaire de la République à Marseille ?

Parce qu’il passait pour trop proche du PCF assurément. Mais là aussi l’historien doit faire attention ! Il a eu des audaces qu’on peut trouver sympathiques et qui n’étaient peut-être pas trop dans la ligne du Parti de l’époque, en matière de gestion des usines en déshérence notamment. Et de Gaulle a surtout sanctionné un rapport de forces local : les socialistes, Gaston Defferre en tête, avaient efficacement savonné la planche en faisant apparaître un Aubrac contesté et dépassé, notamment sur les questions de ravitaillement, résolues en un tournemain après son départ. Certains ont fait apparaître Raymond Aubrac, dans les questions d’épuration, comme un Robespierre bis, alors qu’il n’y a pas eu plus de condamnations à mort qu’ailleurs – et qu’il s’en explique aussi dans ses mémoires comme quelqu’un qui n’a rien à cacher -et que personne n’a démenti.

Que sait-on de l’épisode de ses évasions à Lyon durant l’occupation ?

Rien que d’honorable. Le récit fameux de son épouse Lucie peut être corrigé sur des détails mais n’a été contredit par aucun témoin ni aucune archive sur l’essentiel – alors qu’il a été au contraire abondamment recoupé. La Gestapo s’est tout bonnement fait avoir par une ruse habile. J’ajoute que Courtois utilise une grosse ficelle, à moins qu’il ne commette une confusion par une grave méconnaissance du dossier. Il prétend que Raymond aurait fini par reconnaître, devant Pascal Convert, « qu’il avait été libéré ». Or il n’a jamais varié sur ce point, qui concerne la première arrestation et la première libération, au printemps 43, l’épisode où Lucie va menacer de mort le procureur. Prétendre, comme le fait Courtois, qu’il s’agit de l’évasion ou de la libération au singulier, veut bien dire qu’il s’agit de l’épisode le plus connu, celui de l’attaque du fourgon le 21 octobre 1943, et que Raymond n’était pas dans ledit fourgon, la Gestapo profitant de l’épisode pour remettre en circulation son « agent » : Courtois se situe exactement sur la position de Gérard Chauvy et de Jacques Vergès.

Raymond Aubrac n’était pas Compagnon de la Libération. Pourquoi ?

Il n’est pas le seul ! Beaucoup de facteurs ont pu jouer. Mais on comprend bien avec quelle arrière-pensée certains posent la question dans son cas.

Voir encore:

Affaire Aubrac: Serge Klarsfeld répond à Jean-Pierre Azéma

Serge Klarsfeld

Libération

1er septembre 1997

Il s’agit d’une brève réponse au long point de vue de Jean-Pierre Azéma (1). J’ai montré dans Le Monde que l’explication du maintien de Raymond Aubrac à Lyon pouvait s’expliquer simplement: l’absence de Lyon de Barbie, chef de la Gestapo régionale, de la mi-juillet à décembre 1943 ainsi que la mobilisation de l’échelon national de la Gestapo à Paris sur une autre affaire d’envergure.

Les rapports Kaltenbrunner et Flora sont l’expression d’un intérêt pour les activités de l’Armée secrète que partageait justement le gestapiste Misselwitz, qui en est peut-être le rédacteur de base, et qui déplorait justement que son chef de bureau, Kieffer, en sous-estimait l’importance. Mais c’était Kieffer qui commandait et son énergie et celle de la Gestapo étaient consacrées à partir de juillet 1943 à récupérer, avec succès d’ailleurs, les parachutages d’armes que Londres tentait d’envoyer à la Résistance française.

Parmi les transférés de Lyon celui qui parla, Henri Aubry, fut remis en liberté. Je ne l’avais pas oublié, Jean-Pierre Azéma, mais je ne voulais pas l’accabler. Ceux que les Allemands considéraient comme des comparses, le docteur Dugoujon, par exemple ou la secrétaire d’Aubry, furent très vite relâchés. Quant à Bruno Larat, il se plaignait au magistrat allemand, Roskothen, le 1er décembre 1943: «Je demande à être traduit devant le tribunal, personne ne s’occupant plus de moi depuis mon interrogatoire à Lyon le 18 juillet 1943.»

Dans son témoignage d’après-guerre, Misselwitz ne minimise pas l’action répressive nazie, il l’explique et sans crainte personnelle, puisqu’il est devenu un des meilleurs agents de la France sur le territoire allemand.

«Ce qui est advenu à Raymond Aubrac après que Barbie l’eut gardé de juillet à octobre 1943 continue et continuera d’interpeller les historiens», écrit Jean-Pierre Azéma. Cette interpellation sur une situation individuelle, où le regard scrutateur de l’historien ne peut tout élucider, ne concerne qu’une frange d’historiens, celle qui frustrée peut-être de n’avoir point vécu une période aussi fascinante que celle de la Seconde Guerre mondiale, où certains faisaient l’histoire au lieu simplement de l’écrire, tient à s’emparer du pouvoir sur cette période en distribuant à sa guise les bons et les mauvais points sur les acteurs vivants ou disparus de la scène historique.

Personnellement, quand je suis confronté à l’un de ces acteurs ayant joué le rôle du «méchant», je ne lui reproche jamais que les actes qu’il a commis et je me sens blessé de voir reprocher à ceux qui ont joué le rôle du «gentil» les actes qu’ils auraient pu commettre.

Sous-entendre comme cela a été le cas pour certains participants à la table ronde de Libération (2) que Raymond Aubrac a été maintenu à Lyon parce qu’il avait parlé et suggérer que Lucie Aubrac aurait pu provoquer par imprudence l’arrestation de ses beaux-parents juifs, c’est avoir les mêmes relations avec la grande histoire que la presse à ragots avec la grande presse.

(1) «Affaire Aubrac: les faits sont têtus», publié dans Libération du 28 août.

(2) Publiée dans nos éditions du 9 juillet.

Voir par ailleurs:

Raymond Aubrac, an Exalted Leader of the French Resistance, Dies at 97

Douglas Martin

 The NYT

April 11, 2012

Raymond Aubrac, who took that nom de guerre as a storied leader of the resistance effort in Nazi-occupied France during World War II, died on Tuesday in a military hospital in Paris. He was 97.

His daughter Catherine announced the death.

Mr. Aubrac and his wife, Lucie, became exalted symbols of heroism in their country’s fight against the Germans, who defeated France in 1940. Their story of valor and love was told in movies and books, some written by them, and they were showered with national honors. Mrs. Aubrac died in 2007 at 94.

President Nicolas Sarkozy said Wednesday that the Aubracs and their colleagues had “operated behind the scenes and saved the honor of France, at a moment when it seemed lost.”

The couple were at the center of one of the most dramatic episodes in wartime France. Mr. Aubrac had been captured in June 1943 with Jean Moulin, a revered Resistance leader, and six other operatives. Tortured by Klaus Barbie, the notorious Gestapo officer known as the Butcher of Lyon, Mr. Aubrac was sentenced to death.

Mrs. Aubrac, who was pregnant, appealed to Barbie for mercy, saying she wanted to marry Mr. Aubrac to make their child legitimate — even though, unbeknownst to Barbie, they were already married. After he rebuffed her, she bribed another Nazi officer to allow the couple to have a marriage ceremony. As they met to sign a marriage certificate, she whispered to her husband that colleagues were planning his rescue.

That happened as a truck was transporting Mr. Aubrac and a dozen other prisoners from one jail to another. Suddenly, four cars appeared, their occupants brandishing machine guns. Five German guards were killed, and the prisoners escaped.

For the Aubracs, it was the end of a long underground battle that began with writing anti-Nazi graffiti and escalated into sabotage. Along the way they had together and individually used false names, including Vallet, Ermelin, Balmont and Aubrac, which they made their legal one.

After hearing the coded signal “Ils partiront dans l’ivresse” — “They will leave joyfully” — on BBC radio, the Aubracs were evacuated by a Royal Air Force plane to London in February 1944. In London they worked in Gen. Charles De Gaulle’s government in exile.

Mr. Aubrac was born Raymond Samuel on July 31, 1914, to shopkeepers in Vesoul, France. He studied engineering and law in France and received a scholarship to continue his studies at the Massachusetts Institute of Technology and Harvard for a year.

He met Lucie Bernard while participating in left-wing politics in Paris. They married on Dec. 14, 1939, in Dijon, after he warned her that it might be dangerous for her to marry a Jew.

“That just made me even more keen,” she said.

She joined the Resistance in October 1940, and he joined a month later. The couple settled in Lyon and founded Libération Sud, an underground network of Resistance fighters operating in southern France. Their principal activity was publishing the underground newspaper Libération. Mr. Aubrac was arrested twice before falling into Barbie’s hands. His parents died in the Auschwitz concentration camp.

After France was liberated in 1944, Mr. Aubrac was appointed commissioner to govern Marseille. But the rough justice he administered to Nazi collaborators during this period, called the “Epuration,” or purification, led to his dismissal in five months.

It did not end his involvement in public affairs, however. He was soon appointed to oversee the destruction of millions of mines around France. In 1958, the government of Morocco asked him to help in its economic development efforts, which he did for five years. He continued to work with less developed countries and took a position at the United Nations’ Food and Agriculture Organization in Rome.

When Ho Chi Minh, the North Vietnamese leader, came to Paris in 1946 to negotiate independence, he stayed in Mr. Aubrac’s home, explaining that he would have missed having a garden if he had stayed in a hotel. In 1967, as was later widely reported, the United States secretly enlisted Mr. Aubrac to travel to Hanoi to negotiate an agreement to end the Vietnam War. He failed, but an agreement similar to the one he helped fashion led to peace talks.

In 1975, Kurt Waldheim, the secretary general of the United Nations, used Mr. Aubrac as a channel to communicate with the North Vietnamese and Vietcong authorities during the war’s last throes.

Over the years, historians and others have suggested that there was circumstantial evidence that Mr. Aubrac had collaborated with the Nazis in occupied France. He successfully sued one author for libel in 1998, and asked that a jury of historians judge the evidence. The newspaper Libération, which he had helped found, assembled such a panel, and it concluded that he had not collaborated with the Nazis.

Among the several movies based at least partly on the Aubracs was “Lucie Aubrac,” a 1997 French release directed by Claude Berri and starring Carole Bouquet in the title role.

De Gaulle was the godfather of Mr. Aubrac’s daughter Catherine Vallade, while Ho Chi Minh was godfather of his other daughter, Elisabeth Helfer Aubrac. (Ho, an atheist, was said to prefer the term sponsor.) They survive him, along with his son, Jean-Pierre, and numerous grandchildren and great-grandchildren.

Mr. and Mrs. Aubrac celebrated most of their 67 anniversaries at Le Jules Verne, a restaurant on the second level of the Eiffel Tower. He told the newspaper Le Monde last year that marrying her was the best thing he had ever done.

“You know,” he said, “in life there are only three or four fundamental decisions to make. The rest is just luck.”

Voir aussi:

French Resistance leader Raymond Aubrac dies aged 97

One of the last great French Resistance leaders, Raymond Aubrac, whose wife famously led a daring commando raid to free him from the hands of the Gestapo, has died in Paris aged 97.

Henry Samuel, Paris

 11 Apr 2012

Mr Aubrac, whose parents died in Auschwitz, and his wife Lucie, are household names in France as the most famous couple to wage resistance against German occupation in the Second World War.

President Nicolas Sarkozy paid homage to « a heroic Resistance figure » whose « escape, thanks to the bravery of his wife Lucie Aubrac, has entered into the legend of the history of the Resistance ».

« These heroes of the shadows who saved France’s honour at a time when it appeared lost are disappearing one after the other. It is our duty to keep their legacy alive in the heart of our collective memory, » Mr Sarkozy said.

Mr Aubrac was a left-winger who was a close friend of Vietnamese Communist leader Ho Chi Minh and acted as a messenger between the US and Vietnamese governments in the early 1970s.

He had thrown his support in next week’s presidential election behind Mr Sarkozy’s Socialist rival, Francois Hollande, who hailed a couple who « found within themselves … the strength to resist Nazi barbarity ».

Born Raymond Samuel to a Jewish family on July 31, 1914 in the northeastern Haute-Saone region, he studied engineering in France and the United States.

He and his wife, who died in 2007 at the age of 94, formed one of the first underground Resistance groups – Liberation Sud – in the southeastern city of Lyon in 1940, which published Libération, one of the most widely read underground newspapers.

In June 1943, he was captured alongside Charles de Gaulle’s Resistance chief Jean Moulin in a Gestapo raid commanded by « The Butcher of Lyon », Klaus Barbie, on a doctor’s surgery in a Lyon suburb.

Moulin went on to die after being tortured. But Mr Aubrac was freed in October 1943 when his pregnant wife and a group of fighters ambushed a truck carrying 14 resistance members from Gestapo headquarters in Lyon.

It became one of the most celebrated of Resistance feats of the Second World War, and has been the subject of two French films, including Claude Berri’s 1997 movie « Lucie Aubrac » starring one-time Bond girl Carole Bouquet.

The couple fled to London, joining Charles de Gaulle’s Free French Forces base. Their daughter Catherine was born there in February 1944.

Returning to France after the war, Mr Aubrac oversaw defining and reconstruction efforts for the government and went on to run the UN’s Rome-based Food and Agricultural Organisation from 1964 to 1975.

Asked to define resistance in 2010, during the opening of a school in his name, he said: « Watch what’s going on, try to understand what’s happening around you in society. And when you get the feeling there’s an injustice, react to the injustice without being content just to notice it but try to do something.

« For me, that’s resistance, that covers small gestures but also some adventures. »

 Voir également:

French resistance hero Raymond Aubrac dies aged 97

France mourns ‘last great witness’ of the second world war, who defied the Nazis and survived torture by Klaus Barbie

Kim Willsher in Paris

The Guardian

11 April 2012

France is mourning the death of Raymond Aubrac, one of its last great heroes of the resistance, whose bravery and exploits with his wife Lucie against the Gestapo became the stuff of legend and film.

Aubrac, who died aged 97 in the Val de Grace military hospital in Paris on Tuesday evening, was, along with his late wife, a leading figure in the underground fight against Nazi occupation.

He was a Grand Officer of the Légion d’Honneur, held the Croix de Guerre and Rosette de la Résistance, and was one of only around 20 surviving members of the Compagnons de la Libération.

He remained politically active to the end, visiting schools and colleges to talk about his wartime experiences.

Aubrac was born Raymond Samuel, into a family of Jewish shopkeepers, on 31 July 1914 – the day the French Socialist leader and celebrated pacifist Jean Jaurès was assassinated, just after the outbreak of the first world war.

After studying law, then a master’s degree in science from Harvard, he was an army engineering officer on the Maginot line on the German border when the second world Wwar broke out.

His parents, Albert and Hélène Samuel, were deported from France and died in the Nazi concentration camps.

After marrying Lucie, whom he met in December 1939 as a student in Paris, both joined the French Rresistance using the pseudonym Aubrac.

Raymond Aubrac was involved in creating one of the eight movements that made up the National Resistance Council. The main activity of his movement was to publish a secret newspaper called Libération, the forerunner of today’s daily paper.

Aubrac was arrested in June 1943 at Caluire, near Lyon, with Jean Moulin, head of the Resistance Council, and 12 other fighters. He was interrogated and tortured by the notorious head of the Gestapo, Klaus Barbie – nicknamed the Butcher of Lyon. Moulin died after the ordeal.

In an interview with Paris Match in 1983, Aubrac recounted Barbie’s pleasure at making his victims suffer. « I had the impression that he wasn’t really interested in the answers of the questions he was asking. His pleasure was to feel his power, his force, by torturing. »

Aubrac was freed four months later when Lucie led a daring commando raid on a lorry moving him and other resistance members from jail in Lyon. The episode was later made into a film.

Hunted by the Gestapo, the couple fled for London, from where Aubrac travelled to Algeria. After the war, he became regional commissioner of the Republic at Marseille, responsible for de-mining the coastal area, before taking up the national post of inspector general for reconstruction.

Nicolas Sarkozy paid tribute to « a heroic figure of the resistance ». In a statement, the French president said: « These quiet heroes who saved the honour of France at a moment when she seemed lost are dying, one after the other. We have a duty to keep their memory alive at the heart of our collective remembrance. »

The Socialist presidential candidate, François Hollande, whom Aubrac had openly supported, said: « In the most sombre periods of the history of our country he, with Lucie Aubrac, was one of the righteous who discovered in themselves, and in the melting pot of universal values that is our republic, the force to resist Nazi barbarity ».

Serge Klarsfeld, a lawyer and president of the Association of Sons and Daughters of the Deported Jews of France, saluted the « last great witness » of the resistance. « They were extraordinary people », Klarsfeld said.

Lucie died in 2007 at the age of 94. The couple had three children and 10 grandchildren.

In an interview in Le Monde in March last year, Aubrac said the decision he was most proud of was choosing his partner. « You know, » he said, « in life there are only three or four fundamental decisions to make. The rest is just luck. »

Voir enfin:

Britain ‘masterminded French resistance’

France is only belatedly accepting the extent to which Britain masterminded its wartime resistance operations, according to one of Winston Churchill’s last remaining French secret agents.

Henry Samuel

Paris

05 May 2011

Captain Robert (Bob) Maloubier was an agent of the French section of the Special Operations Executive, or SOE. Churchill’s « secret army » was created to « set Europe ablaze » by encouraging and facilitating espionage and sabotage behind enemy lines during the Second World War.

Mr Maloubier, then only 20, took part in a string of daring missions in occupied France as a weapons trainer and demolitions expert, helping blow up a power station, a steel plant, and a submarine tender as well as preparing the ground for D-Day.

He gives his first full-blown account of his wartime operations in « Winston Churchill’s Secret Agent », released in France today.

« The French are a bit jingoistic; they think they freed themselves all alone. One always hears about the French resistance, » Mr Maloubier, 88, told the Daily Telegraph. « The influence of the SOE, experts who came over to train the French, has had very little coverage in France.

« We were very few in number after the war, how could we compete with political post-war resistance movements? We didn’t have our place.

On Friday Mr Maloubier, one of three remaining French SOE members, will commemorate alongside the Princess Royal the 70th anniversary of the air drop of the first SOE agent at Valencay, central France, and the 104 agents who died in the line of duty.

Between Georges Bégué’s first drop, in May 1941, and August 1944, more than four hundred F Section agents were sent into occupied France.

After escaping France aged 17 for Tunisia then Algiers, Mr Maloubier joined the SOE’s Special Detachment and spent six months in Britain learning how the arts of sabotage, killing and avoiding capture.

In one chapter, he provides an account of his narrow escape from German field gendarmes in Rouen on 20 December 1943.

On his way to pick up equipment and stores from a night parachute drop on a motorbike, he was stopped by German police. His companion, a forger, ran off, but « Bob » was ordered to remount his cycle with a German sitting behind him pressing a revolver into his neck.

In the final straight before the police station, he managed to throw off his German passenger, hurl the bike at him and run. As he fled, the Germans shot him through the lung but he managed to cross a field and dive into a frozen ditch to put the dogs off his scent.

« I said to myself, you’re dead. Nobody gets shot through the intestines and lung and survives ». However, in agonising pain, he managed to walk several miles back to his Rouen home and up six flights of stairs.

After clandestine surgery, he was flown back to England weeks later by an SOE « moonlight squadron » bomber, and was back in France by June.

After the war, Mr Maloubier’s life of action continued when he joined the fledgling French special services. He went on to found the French equivalent of the US Navy Seals, and designed the legendary Fifty Fathoms diving watch worn by Jacques Cousteau.

France has in recent years been reassessing the role of its citizens during the war, amid claims post-war historians exaggerated the number of French who joined the resistance.

Voir de plus:

Affaire Aubrac: Serge Klarsfeld répond à Jean-Pierre Azéma

Serge Klarsfeld

Le Monde

1er septembre 1997

Il s’agit d’une brève réponse au long point de vue de Jean-Pierre Azéma (1). J’ai montré dans Le Monde que l’explication du maintien de Raymond Aubrac à Lyon pouvait s’expliquer simplement: l’absence de Lyon de Barbie, chef de la Gestapo régionale, de la mi-juillet à décembre 1943 ainsi que la mobilisation de l’échelon national de la Gestapo à Paris sur une autre affaire d’envergure.

Les rapports Kaltenbrunner et Flora sont l’expression d’un intérêt pour les activités de l’Armée secrète que partageait justement le gestapiste Misselwitz, qui en est peut-être le rédacteur de base, et qui déplorait justement que son chef de bureau, Kieffer, en sous-estimait l’importance. Mais c’était Kieffer qui commandait et son énergie et celle de la Gestapo étaient consacrées à partir de juillet 1943 à récupérer, avec succès d’ailleurs, les parachutages d’armes que Londres tentait d’envoyer à la Résistance française.

Parmi les transférés de Lyon celui qui parla, Henri Aubry, fut remis en liberté. Je ne l’avais pas oublié, Jean-Pierre Azéma, mais je ne voulais pas l’accabler. Ceux que les Allemands considéraient comme des comparses, le docteur Dugoujon, par exemple ou la secrétaire d’Aubry, furent très vite relâchés. Quant à Bruno Larat, il se plaignait au magistrat allemand, Roskothen, le 1er décembre 1943: «Je demande à être traduit devant le tribunal, personne ne s’occupant plus de moi depuis mon interrogatoire à Lyon le 18 juillet 1943.»

Dans son témoignage d’après-guerre, Misselwitz ne minimise pas l’action répressive nazie, il l’explique et sans crainte personnelle, puisqu’il est devenu un des meilleurs agents de la France sur le territoire allemand.

«Ce qui est advenu à Raymond Aubrac après que Barbie l’eut gardé de juillet à octobre 1943 continue et continuera d’interpeller les historiens», écrit Jean-Pierre Azéma. Cette interpellation sur une situation individuelle, où le regard scrutateur de l’historien ne peut tout élucider, ne concerne qu’une frange d’historiens, celle qui frustrée peut-être de n’avoir point vécu une période aussi fascinante que celle de la Seconde Guerre mondiale, où certains faisaient l’histoire au lieu simplement de l’écrire, tient à s’emparer du pouvoir sur cette période en distribuant à sa guise les bons et les mauvais points sur les acteurs vivants ou disparus de la scène historique.

Personnellement, quand je suis confronté à l’un de ces acteurs ayant joué le rôle du «méchant», je ne lui reproche jamais que les actes qu’il a commis et je me sens blessé de voir reprocher à ceux qui ont joué le rôle du «gentil» les actes qu’ils auraient pu commettre.

Sous-entendre comme cela a été le cas pour certains participants à la table ronde de Libération (2) que Raymond Aubrac a été maintenu à Lyon parce qu’il avait parlé et suggérer que Lucie Aubrac aurait pu provoquer par imprudence l’arrestation de ses beaux-parents juifs, c’est avoir les mêmes relations avec la grande histoire que la presse à ragots avec la grande presse.

(1) «Affaire Aubrac: les faits sont têtus», publié dans Libération du 28 août.

(2) Publiée dans nos éditions du 9 juillet.

17 Responses to Affaire Aubrac: Y a-t-il un agent non communiste dans la salle? (Print the legend!)

  1. Bonjour à tous

    Absent de France et très mal relié à Internet du 14 au 28 avril, je prends connaissance seulement maintenant des remous qui ont suivi la mort et accompagné les obsèques de Raymond Aubrac après ma passe d’armes avec Stéphane Courtois sur le blog de Jean-Dominique Merchet.

    Je constate une tendance persistante (poussée à un point caricatural chez Courtois, mais récurrente dans beaucoup de commentaires) à l’amalgame manichéen, normale chez les nostalgiques de Staline mais curieuse chez ceux qui le détestent : on se demande ce qu’ils détestent au juste dans l’URSS et ses ramifications des années 30 aux années 50, puisqu’ils en copient à ce point les tics intellectuels.

    Pourquoi parle-t-on des Aubrac ? En raison d’une des actions les plus réussies de la Résistance française et les plus dommageables à l’occupant allemand : l’évasion de Monsieur sous l’impulsion de Madame, en blousant de main de maître la Gestapo, le 21 octobre 1943.

    Comme ils ont eu des liens, à présent bien circonscrits par la recherche, avec le mouvement communiste, il faut, pour tous les manichéens pro-américains ou pro-occidentaux de la planète, que cette action ait été de mauvais aloi.

    Or elle a, bien entendu, été disséquée, et elle a résisté à toutes les mises en cause. Il s’agit bien d’un grand exploit résistant, point.

    Courtois et beaucoup d’autres personnes font montre, devant ce dossier, de mauvaise foi ou de puérile perméabilité aux ragots. Peu importe. Je vais remettre ma blouse de toubib pour tenter une nouvelle fois de les guérir de leur manichéisme, car un vrai médecin ne renonce jamais !

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    • jcdurbant dit :

      Content de vous voir de retour d’un silence que je ne m’expliquais pas …

      Personnellement, sur l’action en question, l’affaire est close et, au-delà des inévitables petites défaillances de la mémoire après tout ce temps, les arguments de Klarsfeld comme les vôtres tout à fait convaincants.

      En revanche, ce que j’ai retenu chez Courtois et qui ne passe toujours pas pour moi, c’est le long silence sur tous les mensonges et les manipulations dont les Aubrac n’étaient bien sûr pas nécessairement directement responsables mais que la « légende Aubrac » a largement contribué à entretenir ou couvrir.

      Notamment, pour la période précédant ladite action et avant la rupture du Pacte germano-soviétique, la fameuse légende des « 75 000 fusillés » (sur un total, on s’en souvient, de 4 500), sabotages et espionnage dans les usines d’armement au profit de Moscou, faux appels (ou réécrits comme celui du 10 juillet), faux journaux, désinformation.

      Puis, après guerre, toute l’inféodation à Moscou et la continuation du défaitisme révolutionnaire par d’autres moyens (contre par exemple l’intervention de l’ONU en Corée), les campagnes de désinformation (Affaire Rosenberg, “Appels” et “Mouvements pour la Paix”, “Ridgway la peste”), espionnage jusqu’au plus haut niveau (Hernu), financement occulte du PCF (“l’or de Moscou”), compagnons de route et idiots utiles pour couvrir la réalité des régimes communistes (Sartre, Aragon, Picasso & co)…

      En somme, je me reconnais tout-à-fait dans les paroles de Wieviorka:

      Les Français n’auraient pas été choqués par les révélations apportées sur la «jeunesse française» de François Mitterrand si ce dernier, durant de longues années, ne s’était présenté comme le fier héraut d’une Résistance intérieure brisée par le général de Gaulle. Nul, aujourd’hui, ne pourrait suspecter les Aubrac, si ces derniers n’avaient prétendu de leur vivant accéder à la sainteté en se posant en résistant-modèle, en militant-modèle, en professeur modèle, en couple-modèle.

      Olivier Wieviorka

      Comme de Cordier:

      Les Aubrac font partie des volontaires qui, durant trois ans, ont pris tous les risques, tandis que le nazi Barbie nous traquait comme des bêtes. On ne doit pas l’oublier. Tant que les Aubrac sont restés dans l’anonymat, ils n’avaient à rendre de compte à personne, sauf à leurs camarades et à leurs pairs. Mais, à partir du moment où ils se sont prêtés à de multiples opérations médiatiques, qu’ils l’aient voulu ou non, ils sont devenus un mythe ou une légende. Qu’ils aient créé ou subi à leurs corps défendant cette dérive, ils prétendent en effet incarner l’esprit et le sens de notre action. Avec ce changement de statut, ils perdent les avantages du résistant anonyme et, à cause de cet excès d’honneur, doivent des comptes à tous les Français.

      Daniel Cordier

      Mais je n’oublie pas non plus ce que disait Raymond Samuel lui-même peu de temps avant sa mort:

      La « solution finale » (…) éveille chez moi un grand sentiment de culpabilité. Mes parents habitaient Dijon. J’ai pu les persuader de venir à Lyon et d’accepter de faux papiers, mais je n’ai jamais pu les décider à partir en Suisse. Ma mère était tentée, mais mon père, paradoxe de l’époque, faisait encore confiance au maréchal Pétain. Je m’en veux de ne pas avoir su les convaincre de partir. Ils ont été dénoncés par la Milice puis assassinés à Auschwitz.

      Raymond Samuel

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      • Les citations de Wieviorka et de Cordier datent du tout début de l’affaire Chauvy, en 1997. Ils sont alors perclus de doutes et soupçonneux d’un trafic pas très clair entre Lucie et Barbie, même s’il n’ont pas la chauvyenne imprudence (et impudence) de remettre en cause l’éclat et le prestige (mérités) de l’action du 21 octobre 43.

        Cordier en est d’ailleurs (sans doute par entêtement) toujours là. Il insinue publiquement que Lucie a passé avec Barbie un marché dont elle n’a jamais parlé, en JUILLET 1943 (elle datait de juin ses visites dans son bureau).

        Nous sommes donc, avec ces citations, dans la part d’ombre… non de la Résistance ou des Aubrac, mais de l’anticommunisme bobo des années 90.

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  2. […] une élection où, d’Aubrac à Hessel,  nos résistants de choc ont jusqu’à leur dernier souffle repris du service […]

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  3. […] qu’après nos résistants de choc, nos experts en manipulations en sont à nous bricoler de fausses affiches pétainistes […]

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  4. […] ce jour où notre dernier grand résistant national et co-rédacteur mondialement reconnu de la déclaration des droits de l’homme […]

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  5. carole freva dit :

    Il existe en 2013 une petite fille de Raymond Aubrac qui mange dans les poubelles. Elle s’appelle Célia et toute sa famille paternelle l’a chassée dès son plus jeune âge. En effet, sa mère est d’origine israëlite, et elle est pauvre. Peut-être est ce pour cela qu’elle fut tabassée par le fils de raymond aubrac au point de la défigurer et de lui casser toutes les dents.

    Ses autres petits enfants ont été admis dans la famille car leurs parents sont aryens et descendants de nazis, riches bien sûr. Pour connaître la vérité, peut-être faut il s’intéresser à cette propension de la famille aubrac de s’allier avec les descendants de nazis, et au commerce qu’ils font grâce à une guerre qui tua des dizaines de millions de gens.

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    • PRUDON YVES dit :

      carole frevia est folle et elle n a de cesse de pourrir la vie de la famille aubrac en general et de jean pierre en particulier ses propos ont ete constate par un avocat du barreau de macon qui lui a explique ce que coutait au penal la denonciation calombnieuse et la calomnie depuis elle ferme sa gueule et c est tres bien… qu elle continue je peux temoigner qu elle avait menace jean pierre aubrac de foutre le feu a sa maison avec lui dedans… c est absolument honteux de chercher a salir une famille glorieuse qui a porte tres haut notre drapeau dans les pires moments de la derniere guerre mondiale et de l occupation et j ai veritalement honte pour elle… qu elle explique donc a tracfin ou est l argent de son pepe de rennes… dont elle a herite d une charmante maison a rennes… abus de f……..e presumee…

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  6. Mazette !
    En voilà, une culpabilité aussi collective que tribale, mâtinée tout de même au pire endroit d’un « peut-être » !

    Mais ne s’agit-il pas, encore et toujours, dans le plus pur style Courtois (majuscule obligatoire), de cracher sur deux morts coupables d’un des plus beaux exploits résistants ?

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  7. jcdurbant dit :

    Beau galimatias en effet qui verrait, si l’on en croit votre histoire venue d’on ne sait où, la famille d’un Raymond Samuel dit Aubrac (dont, malgré les indéniables faits d’armes, mon « anticommunisme bobo » n’a certes jamais vraiment goûté la « légende » ou plus précisément la béatification d’après-guerre) chasser l’une de leurs descendantes parce que juive au nom d’une prétendue « propension à s’allier avec des descendants de nazis » ?

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  8. Je vous donne acte une fois de plus, Jean-Claude, de votre souci de ne pas vous laisser embarquer.
    De ce point de vue, et même si mes recherches (concernant les Aubrac et les calomnies déversées sur eux depuis la prise en main de la défense de Barbie par Vergès en 1983) sont souvent signalées sur votre site, je me permets de vous faire remarquer que ce signalement manque sur la page « légende » (lien ci-dessus).

    Je profite de l’occasion pour rappeler que les Aubrac eux-mêmes étaient pleinement d’accord avec vous pour fuir les béatifications d’après guerre, avant que le cynisme vergessien ne les contraigne à rétablir la vérité, dans les prétoires (où Vergès puis Chauvy ont perdu tous les procès en diffamation), les médias et les établissements scolaires.

    Il conviendrait aussi, à présent, de faire connaître le beau travail de Pascal Convert, qui a interrogé et filmé Raymond des centaines d’heures et publié le résultat sous la forme d’un gros livre et de deux films.

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  9. jcdurbant dit :

    Ouh la la ! Comment ai-je pu passer à côté non seulement du livre mais de l’effectivement très complet dossier que vous avez consacré à l’affaire sur votre site ? Désolé !

    Quant aux travaux de Convert, vous avez des liens ?

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    • Non point encore.

      Concernant les Aubrac, trois médias dont on pouvait attendre mieux ont été lamentables : le Monde, Libération et L’Histoire. Deux ont été très corrects : le Figaro et l’Humanité.

      Cherchant des liens pour vous, je n’ai pas retrouvé les beaux articles du Figaro sur le procès Chauvy, signés d’Armelle Héliot, mais j’ai trouvé deux textes de moi dans l’Huma, dont une interview que j’avais complètement oubliée, et les ai mis en ligne : http://www.delpla.org/article.php3?id_article=604 .

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  10. Bonsoir

    merci de ces réactions et actions; je vous envoie sous peu des informations sur les travaux de Pascal Convert.

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  11. jcdurbant dit :

    Merci d’avance, mais au fait vous avez vu le film de Von Trotta ?

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