Présidentielles 2012: Vers un nouveau Bush-Gore 2000? (We hadn’t seen this since Vichy)

On n’avait pas vu ça depuis Vichy, on n’avait pas vu ça depuis les nazis. Michel Rocard (ex-premier ministre PS, 6 Août 2010)
C’est inacceptable, c’est le retour du pétainisme le plus nauséabond. En renvoyant, vers une mort probable, 3 Afghans dans leur pays en guerre, Eric Besson vient déjà de piétiner l’une des traditions fondatrices de notre République, le droit d’asile. Ira-t-il jusqu’à inventer le livret du bon français, délivré en Préfecture par le ministère de l’Identité nationale ? A quand les meetings de l’UMP où l’on entonnera « Maréchal nous voilà ! » ? (…) La limite du supportable est dépassée. Tous les démocrates doivent s’unir d’urgence pour faire stopper cette inquiétante dérive. Pierre Laurent (PCF, 26 octobre 2009)
A partir du moment où la police se livre à des interpellations massives opérées à l’improviste dans une certaine population, eh bien il y a rafle !  (…)  bien entendu aujourd’hui, il n’y a pas extermination, et il n’y a pas Allemands. Mais en revanche si l’on regarde l’attitude de la police française, les similitudes apparaissent.(…) « Les méthodes policières sont commandées par la nature des choses : c’est un problème technique. A partir du moment où vous voulez interpeller des gens qui n’ont pas commis de délit particulier, sauf celui d’être là, ou bien c’était celui d’être juif en 1942, vous allez les chercher là où ils sont, vous leur tendez des pièges pour les amener dans les préfectures, vous allez mettre des dispositifs policiers pour les interpeller dans les quartiers où ils habitent. (…) Ultime parallèle : quand la Cimade a interpellé les autorités sur ce placement des enfants en rétention, en leur disant « mais les enfants n’ont pas à être en rétention puisqu’ils ne sont pas expulsables », la réponse de l’administration a été “oui mais nous agissons dans un but humanitaire pour ne pas séparer les parents des enfants“. Eh bien, je le dit brutalement, j’appelle ça la jurisprudence Laval –Bousquet, parce que c’est exactement la réponse que Laval et Bousquet ont faite aux autorités chrétiennes quand les autorités chrétiennes leur ont demandé de ne pas interpeller les enfants juifs, Laval et Bousquet leur ont répondu qu’ils faisaient cela dans un but humanitaire pour ne pas les séparer de leurs parents. On peut penser qu’il s’agit d’une pure et simple coïncidence, n’empêche que la réponse est mot pour mot la même. Emmanuel Terray (anthropologue, 23 janvier 2007)
La campagne du premier tour a été indigente. Celle du second devient indigne. L’instrumentalisation de faits divers, l’improvisation de bien des propositions, le débauchage sans vergogne de voix extrémistes, tiennent aujourd’hui lieu de débat. Les lignes rouges républicaines sont franchies une à une. Je veux le dire aujourd’hui avec gravité. C’est une route sans retour. La dérive électoraliste qui s’est engagée est un processus incontrôlable et sans fin. Une concession en entraînera toujours une autre. Un gage à l’extrémisme toujours un plus grand encore. Une digue rompue en fera céder une autre. Halte au feu ! Je ne peux cautionner cette dérive. Le combat contre la logique des idées simples, de la peur et de la force, c’est l’engagement de toute ma vie politique au nom d’une certaine idée de la France. C’est la même spirale qui a entraîné la guerre en Irak et qui nourrit l’islamisme au nom du choc des civilisations. C’est la même spirale qui entraîne le Proche-Orient vers un désespoir toujours plus profond. Dominique de Villepin
Le sarkozysme, un néopétainisme ? L’Humanité (27.04.12)
Certes, le Front national de Jean-Marie Le Pen avait créé un précédent nauséeux. C’était en 1988. Il souhaitait récupérer le mythe de Jeanne d’Arc. Normalement, c’est le 8 mai, jour où, en 1429, elle aurait délivré Orléans de l’occupation anglaise. Pour avoir une audience la plus large possible, le FN avait choisi le 1er Mai, pour « une Fête du travail et de Jeanne d’Arc ». La date tombait, comme par hasard, entre les deux tours de la présidentielle. Le FN n’était pas en réalité le précurseur d’une manipulation de ce type. À l’origine, le 1er Mai est né de la lutte syndicale américaine et du grand mouvement social pour conquérir la journée de huit heures enclenché le 1er mai 1886. La répression devait être d’une rare violence : trois syndicalistes tués, cinq autres condamnés à mort par pendaison. Le mouvement prendra par la suite une dimension revendicative sociale internationale. C’est alors que Pétain, le 1er mai 1941, à Commentry lançait une réécriture de l’histoire. L’activité des syndicats ayant été suspendue et leurs biens saisis, il fera de cette date « une Fête du travail et de la concorde sociale », tout en profitant du moment historique pour jeter au feu le Code du travail. (…) Ce rapprochement entre les postures sarkozyste et pétainiste s’éclaire d’un jour nouveau. Le pétainisme, c’est quoi ? Il s’agissait, dans les circonstances de l’Occupation, du recyclage par un fascisme à la française des idées de la droite nationaliste, réactionnaire, à la fois monarchiste, bonapartiste et maurrassienne. Il s’inscrit dans la confusion des pouvoirs législatif et exécutif, le rejet du multipartisme, le corporatisme, la suppression des syndicats et des corps intermédiaires, le populisme au service d’une révolution nationale, l’apologie des valeurs traditionnelles synthétisées dans le triptyque « Travail, Famille, Patrie », le rejet des élites, le culte de la personnalité et le catholicisme comme valeurs universelles de civilisation, la stigmatisation des responsables supposés de la défaite… Les immigrés de notre époque ? De vieilles idées de droite que Sarkozy ripoline à peine. La musique des mots évoque des souvenirs : « Sarkozy, nous voilà ? » « J’ai tout donné à la France », a-t-il dit, il y a quelques jours. « Je fais à la France le don de ma personne », marmottait Pétain. « Aidez-moi », comme un refrain repris par le candidat UMP. Sarkozy n’entend-il pas « effacer l’héritage républicain » et du Conseil national de la Résistance, démolir l’État et le modèle social. L’affaire du 1er Mai sarkozyste révèle une cohérence d’ambition politique. Et un remodelage de la droite. L’Humanité
Pour l’occasion, le FN renoue avec ce lieu symbolique abandonné depuis 2006, faute d’argent et de militants assez nombreux. Depuis cinq ans, c’est sur la place — plus exiguë — des Pyramides que se rassemblaient les lepénistes le 1er mai. Dix jours après avoir créé la surprise dans les urnes, le parti espère réussir une démonstration de force dans la rue, mais ce n’est pas gagné. En 2002, pour ce qui avait été le plus grand rassemblement du 1er mai pour le FN, plus de 80000 personnes s’étaient déplacées selon les organisateurs (la police n’en avait compté que 10000). « C’était au lendemain de la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle, donc vraiment exceptionnel, dit-on dans l’équipe de Marine Le Pen. On s’attend aussi à avoir beaucoup de monde : 40000, pourquoi pas 50000 personnes, ce serait extraordinaire. » Plus en tout cas que les 3000 partisans venus l’an dernier entendre le discours de la toute nouvelle présidente du Front. Le Parisien
Au vu du bilan et des projets du président de la République, sa réélection ouvrirait, à coup sûr, une nouvelle séquence de lourds reculs sociaux (…) Derrière ses discours sur la ‘moralisation du capitalisme’ ou la ‘revalorisation du travail’, l’essentiel de son action a consisté à favoriser les actionnaires et les plus riches. Ses choix contribuent à faire payer la crise aux salariés qui n’en sont pas responsables (…) Le changement de politique pour conquérir la justice sociale, aider au vivre ensemble devient incontournable. Communiqué CGT (13.03.12)
Le 1er mai, nous allons organiser la fête du travail, mais la fête du vrai travail, de ceux qui travaillent dur, de ceux qui sont exposés, qui souffrent, et qui ne veulent plus que quand on ne travaille pas on puisse gagner plus que quand on travaille. (…)  Il y aura un très grand rassemblement le 1er mai autour du travail, et on défendra, nous, vraiment le travail. Pas le statut, le travail. Nicolas Sarkozy
Je ne savais pas que le 1er mai avait été privatisé par le Parti socialiste. Tenez-vous bien : il nous est donc interdit de nous réunir le 1er mai et nous n’avons pas le droit de parler du travail, le 1er mai ! Eh bien, j’ai envie que cette France qui travaille se rassemble à Paris le 1er mai et j’ai envie de lui parler de notre conception du travail. Nicolas Sarkozy
Il y a beaucoup de permanents syndicaux qui défilent le 1er mai qui ne sont pas forcément l’exemple-même du travail ou des travailleurs, mais ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est qu’il y a deux semaines de campagne, qu’il faut donner des rendez-vous aux Français et je ne vois pas pourquoi on ne leur donnerait pas rendez-vous le 1er. Le 1er mai n’appartient pas au Parti socialiste, il n’appartient pas aux syndicats, il appartient à tous les Français et parler du travail le 1er mai ne me paraît pas quelque chose d’absurde, même pour un candidat qui n’est pas le candidat du Parti socialiste. (…) Je ne reprends pas le terme parce qu’il a été épuisé en 48 heures, c’était aussi une réponse aux polémiques du Parti socialiste.  Henri Guaino
Les dirigeants ou les permanents de la CGT, qui appellent à voter pour un candidat (…), trahissent la cause du syndicalisme (…) Qui ça ne choquerait pas ? Est-ce qu’un syndicat a le rôle d’un parti politique ? (…) Les syndicats sont très utiles, ils font un travail de représentation des salariés, mais savez-vous qu’on n’a jamais vu un syndicat appeler à voter pour un candidat ? C’est la CGT qui innove, c’est une détestable innovation. Les dirigeants de la CGT, notamment M. Thibault, sont membres du Parti communiste, au moins les choses sont claires. Mais je ne confonds pas les dirigeants, qui passent, et des militants sincères qui doivent être bien malheureux qu’on utilise leur organisation au service d’un projet politique (…) M. Hollande défilera derrière les drapeaux rouges de la CGT, moi je parlerai devant une forêt de drapeaux tricolores (…) Ah bon ? Ca avait été annoncé. S’il n’y va pas, il se reposera en attendant le débat … Nicolas Sarkozy
La phrase qui consiste à dire – se faire traiter de fasciste par un communiste est un compliment- est une reprise mot pour mot de Pierre Laval le collabo, de la même manière que parler de fête du travail et dire que c’est le +vrai travail+, c’est mot pour mot le texte de l’affiche du Maréchal Pétain en 1941. Jean-Luc Mélenchon
Pendant longtemps, le 1er mai a eu une vocation insurrectionnelle et politique. En 1906, c’était violent, avec un appel à la grève générale. Ensuite, tout au long du XXème siècle, le 1er mai a plutôt eu une fonction de rassemblement des syndicats, avec pour mot d’ordre, des revendications notamment sur la durée du travail. Ces dernières années, le mouvement syndical a souvent été perturbé par le politique. En général, par les extrêmes, à droite comme à gauche. Souvent les militants communistes défilaient aux côtés des salariés, mais ils étaient relégués en fin de cortège. En réalité, ce sont les politiques qui s’invitent dans les cortèges. Ce n’est pas le 1er mai qui se politise. Et en général, les syndicalistes essaient de garder distance avec les élus. (…) C’est surtout très délicat pour la CFDT qui ne veut pas être partisane. Elle tient à rester sur des revendications purement syndicales, de pouvoir d’achat, de défense de l’emploi. François Chérèque a prévenu, il refuse de faire bras dessus-dessous avec Bernard Thibault. Et si le Front de gauche est trop présent, il ne se laissera pas faire. La CGT, elle, en revanche est plus tranchée, ce défilé a pour vocation de marquer son opposition à Nicolas Sarkozy. Alors qu’elle est engluée dans des guerres intestines pour la succession de Thibault, cette position n’a rien d’étonnant. Elle permet de ressouder les troupes. En pleine redéfinition de sa doctrine syndicale, la CGT renoue avec un syndicalisme de lutte. Quant à Force Ouvrière, par tradition, elle est toujours restée éloignée du 1er mai. Bernard Vivier (économiste et historien, Institut supérieur du travail)
En 2012, la participation frôle les 80 %, ce qui est important. Si elle est de 4 points inférieure à celle de 2007, elle est très supérieure à ce que les instituts de sondage prévoyaient : un effondrement proche de 10 points ! A mon sens, on doit y voir la très forte mobilisation de la gauche dans son rejet du sarkozysme. L’autre manifestation de cette colère à l’égard du président sortant s’est traduite par une plus faible participation des villes où Nicolas Sarkozy avait fait le plein en 2007. Typiquement, le retraité qui a voté pour le candidat UMP, il y a cinq ans, s’est abstenu au premier tour cette fois-ci. Ce qui laisse une certaine marge de progression pour le convaincre de se déplacer au second tour. En revanche, François Hollande semble ne disposer que de peu de réserve parmi les abstentionnistes du premier tour. (…)  Si l’on met l’accent sur sa deuxième place, on pourrait conclure à un échec par rapport aux présidents sortants tous arrivés en tête. Seulement, en 2002, Jacques Chirac, dont le bilan est jugé comme inexistant, a certes respecté la règle en s’offrant la première marche du podium, mais en ne captant que moins de 20% des voix. Aussi dire que la stratégie Buisson, ou plutôt Buisson-Guaino a échoué, est-il, à mon sens une erreur d’analyse. Christophe Guilluy
Depuis des années, on entend dire que face à la mondialisation et aux nouveaux enjeux la gauche n’a pas de réponse. Ce n’est pas faux, à une exception près : elle n’a pas de réponse… viable. Toutefois, c’est le discours de la gauche qui offre consolation et déni aux citoyens avec le plus d’efficacité. Angela Merkel est cruelle. Les chiffres sont implacables. Les marchés sont monstrueux. Les finances sont fascistes. Les forces qui en ont le courage se rassemblent pour affronter ces réalités crapuleuses. Tous les bons sentiments s’allient pour lutter contre la réalité. Ce ne sont que des idées médiocres, typiques des campagnes électorales. Elles gagnent très souvent, comme on a pu le voir en Espagne. Mais elles ne remportent que de petites batailles, car c’est bel et bien la réalité qui gouverne le monde d’une poigne de fer. Celle-ci observe d’ailleurs l’Europe avec amusement et stupéfaction. On ne peut pas se fier aux chimères, tours de magie et autres superstitions qui se propagent de toutes parts sur ce continent croulant, où l’on nous propose une solution miracle : « Ne vous affolez pas, il n’y a pas besoin de faire des efforts, car nous allons revenir en arrière.  » La gauche, devenue la potion magique des idées, promet aux Européens le retour des certitudes. Ce raisonnement défaillant séduit. Si les Européens ont de la chance, ils ne feront que rendre la route vers la croissance et la liberté plus difficile, longue et misérable. Dans le cas contraire, ils conduiront l’Europe à sa perte. ABC (journal espagnol)
[les élections de Bush et de Sarkozy] Bien sûr, il y a des différences. Mais il s’agit dans les deux cas d’un durcissement de la droite, dans un double contexte – la montée en puissance du néolibéralisme, et sur la scène internationale, celle du néoconservatisme après le 11 Septembre (période qui est aussi, en France, l’après-21 avril…). Eric Fassin

Vers un nouveau Bush-Gore 2000?

En cette journée du 1er mai que, renfloué par leur succès d’il y a une semaine après les vaches maigres des cinq dernières années ou en manque cruel de meetings face au véritable hallali  dont il est la bien commode victime,  tentent de se réapproprier tant le Front national que le président sortant …

Et dont nos hypocrites censeurs de gauche voudraient nous faire oublier l’origine explicitement socialiste …

Puisqu’on le sait c’est, avant sa confirmation à Bruxelles quelques mois plus tard puis par  la Russie bolchévique en 1920, le congrès de Paris de la IIe Internationale socialiste de juillet 1889 (date du centenaire de la Révolution française et de l’exposition universelle) qui, trois ans après les incidents de Haymarket square à Chicago suite à un attentat anarchiste et sur proposition française, internationalisera la Fête du travail en « Fête des Travailleurs »

A l’heure où, grisées par leur large victoire annoncée malgré une légère petite réduction des écarts (ou au contraire pris d’un lancinant doute?) au moment de rejoindre le Danemark  comme seul pays européen actuellement dirigé par la gauche …

Les forces du retour à l’immobilisme à gauche (dont des syndicats aussi peu représentatifs – 8% et essentiellement les postes à statut – qu’à la forte capacité de nuisance et qui, pour la première fois depuis 1988 appellent à voter contre le sortant) et leurs rats du navire à droite se lâchent complètement et nous ressortent, entre facile « reductio ad petainum » à tous les étages et rumeurs d’affaires les plus échevelées, les pires ficelles de leur magasin d’accessoires électoraux   …

Pendant qu’après nos résistants de choc, nos experts en manipulations en sont à nous bricoler de fausses affiches pétainistes comme nos hypocrites islamistes rameutent les foules des mosquées

Et que fort de ses centaines de millions de dollars de trésor de guerre de l’autre côté de l’Atlantique (déjà plus de soirées de collecte de fonds au compteur pour un premier mandat que l’ensemble de ses cinq derniers prédécesseurs réunis!),  l’accident industriel que s’est révélé être Obama ne semble toujours pas avoir pris la mesure du degré de rejet auquel il risque de faire face ..

Peut-on totalement exclure, au train où va la radicalisation et des deux côtés de l’Atlantique, un scénario aussi serré et contesté que celui de l‘élection présidentielle américaine de 2000 entre George Bush et Al Gore?

Jusqu’où Eric Besson va-t-il couvrir notre pays de honte ?

Pierre Laurent, Coordinateur national du PCF

L’Humanité

Paris, le 26 octobre 2009.

Pour masquer l’échec de sa politique, Nicolas Sarkozy a décidé de faire une nouvelle fois monter en ligne son petit ministre des sales besognes, pour cette fois redéfinir « ce que c’est qu’être français ? ». Un colloque de synthèse aurait lieu en février sur le sujet !

On croît rêver, mais c’est plutôt un cauchemar.

Peut-être le ministre espère-t-il y décréter ce qui distinguera les « bons » des « mauvais » Français. C’est inacceptable, c’est le retour du pétainisme le plus nauséabond.

En renvoyant, vers une mort probable, 3 Afghans dans leur pays en guerre, Eric Besson vient déjà de piétiner l’une des traditions fondatrices de notre République, le droit d’asile.

Ira-t-il jusqu’à inventer le livret du bon français, délivré en Préfecture par le ministère de l’Identité nationale ? A quand les meetings de l’UMP où l’on entonnera « Maréchal nous voilà ! » ?

Les propos du ministre sont scandaleux. Ils sont indignes de la France et de ses valeurs républicaines d’Egalité, de Liberté et de Fraternité.

La limite du supportable est dépassée. Tous les démocrates doivent s’unir d’urgence pour faire stopper cette inquiétante dérive.

Voir aussi:

Michel Rocard: «Sarkozy le paiera et il l’aura mérité»

Propos recueillis par Guy Sitbon

Marianne

6 Août 2010

Pour l’ex-Premier ministre socialiste, le président de la République exacerbe les tensions, au risque de courir à la guerre civile.

Marianne : Approuvez-vous le discours de Grenoble où le président de la République déclare son intention de déchoir de la nationalité française les citoyens d’origine étrangère qui attenteraient à la vie d’un policier ou de tout autre détenteur de l’autorité publique ?

Michel Rocard : Non, je ne l’approuve pas.

Non, résolument et totalement ?

M.R. : Non, résolument et totalement. Je condamne et la substance et le procédé. Mais d’abord, je voudrais vous parler de Marianne. Vous vous comportez, non comme des journalistes d’information pure, mais comme des acteurs politiques. C’est aux hommes politiques d’agir en politique. Ainsi, vous sollicitez de moi cette interview et je sais que, si je l’avais refusée, vous en auriez informé vos lecteurs. C’est une forme de chantage !

Pas le moins du monde, monsieur le Premier ministre. C’est le droit de savoir. Nous n’aurions probablement pas caché à nos lecteurs, dans un article, que vous, ou telle autre personnalité, n’avez pas souhaité répondre à nos questions. Ce n’est pas votre cas. Revenons à nos questions. Pourquoi, vous, dont on connaît la pensée tout en nuances, réprouvez-vous aussi radicalement ?

M.R. : C’est une question extrêmement grave. Vous savez, cela s’est trouvé ainsi, j’ai commencé ma carrière administrative au service des naturalisations. Nous étions chargés de dire, précisément à ces naturalisés d’origine étrangère, que la nationalité française leur était accordée pleinement, sans réserve et de façon irrévocable. Et voilà qu’on veut maintenant introduire une nouvelle catégorie de « citoyens d’origine étrangère ». Mais, si on veut en faire une loi, il faudra passer par le Conseil d’Etat et le Conseil constitutionnel. Ils casseront forcément un texte contraire au droit.

Votre opposition paraît même plus virulente que celle du PS, auquel vous appartenez…

M.R. : Le PS, comme moi, n’aime pas exacerber les tensions. Autrement, c’est la guerre civile. La démocratie exige de nous des comportements mesurés. Agiter le chiffon rouge pour faire descendre des gens dans la rue, ce n’est pas appartenir à une démocratie pacifiée, à des institutions solides. Je sais bien que le président recherche d’abord les effets d’annonce. Cette loi ne verra jamais le jour. Mais ça ne change rien aux intentions. Et les intentions, je vous le dis comme je le pense, les intentions sont scandaleuses.

Vous dites que le président cherche la guerre civile, qu’il veut faire descendre les gens dans la rue…

M.R. : Je dis qu’il le paiera et qu’il l’aura mérité.

La gauche propose-t-elle une politique différente ? A-t-elle mené au pouvoir une autre politique ?

M.R. : Bien sûr que oui. J’ai contribué à concevoir la police de proximité, qui décrispe les relations avec la population dans les quartiers difficiles. Nous avons obtenu des résultats sensibles. La prévention, c’est une œuvre de longue haleine. J’ai été maire dix-huit ans durant. La prévention des crimes et délits était notre priorité. La répression, c’est l’échec de la prévention. Avoir supprimé la police de proximité, c’est dramatique. Et on le paie. La délinquance augmente et augmente. La politique du « tout répression » favorise les tensions, accroît la délinquance. Et pourquoi ? Parce qu’on donne priorité à l’électoral. C’est exécrable, scandaleux.

Vous faites ce procès à un gouvernement, à un président pour lesquels vous avez de la sympathie, que vous avez parfois soutenu, n’est-ce pas ?

M.R. : Je ne sais pas qui rapporte ces bruits. Je ne partage pas cette vision, présente au PS, d’opposition systématique, du refus de coopérer sur toute la ligne. Quand des confluences avec l’adversaire se dégagent, je m’en réjouis. Sur les pôles terrestres, nous ne divergeons pas et je suis ambassadeur chargé des Pôles. De même, j’ai une mission sur la taxe carbone. Quand il y a désaccord, comme cette fois-ci, je ne l’étouffe pas non plus. Si je suis indigné, je le dis aussi, vous le voyez bien.

C’est une indignation morale ?

M.R. : Je serai sec et sans bavure : c’est inadmissible. Mais le pire, c’est que ça ne marche pas. Il n’y a d’amélioration ni sur le plan de la sécurité ni sur celui de l’immigration. On peut faire de grands discours mais, dans la réalité, la marge de manœuvre est faible, aussi bien pour la droite que pour la gauche. Il faut bien savoir qu’en tout cas les progrès seront minimes. On ne va pas étaler une ligne de barbelés le long des frontières. On ne va pas dresser les chiens policiers à flairer les sans-papiers. On ne peut pas refuser tout le monde. Et les étudiants étrangers ? Beaucoup déjà vont ailleurs, et c’est une perte pour notre pays. On ne peut pas expulser à tour de bras n’importe qui. Seulement les discours changent en fonction des gens auxquels on s’adresse. Quand on va chercher l’électorat du Front national, voilà sur quels scandales on débouche. La loi sur les mineurs délinquants passe de la responsabilité pénale individuelle à la responsabilité collective. On n’avait pas vu ça depuis Vichy, on n’avait pas vu ça depuis les nazis. Mettre la priorité sur la répression, c’est une politique de guerre civile.

Voir également:

Emmanuel Terray: «Quand on veut interpeller des indésirables, il faut aller les chercher là où ils sont »

Anthropologue, ancien directeur du Centre d’études africaines (EHESS-CNRS) entre 1984 et 1991, et membre de la Ligue des Droits de l’Homme, Emmanuel Terray est l’auteur d’un texte dont le Monde a refusé la parution « 1942-2006: réflexions sur un parallèle contesté », mais qui circule sur le net, et que l’on peut lire sur l’un des sites de la ligue des droits de l’homme ou sur celui de resf.

« A partir du moment où la police se livre à des interpellations massives opérées à l’improviste dans une certaine population, eh bien il y a rafle ! Effectivement, le terme de rafle a été utilisé dans plusieurs circonstances historiques. Au moins deux, dans l’espace de mon existence. Pendant la guerre bien entendu, l’exemple cité par le Petit Robert, c’est la rafle du Vel d’Hiv. Il y a eu aussi des rafles pendant la guerre d’Algérie, et il se trouve qu’à ce moment-là, j’ai assisté à certaines de ces rafles, en tous cas l’une d’entre elles, le 17 octobre 1961, où une manifestation pacifique, désarmée, a été proprement raflée par la police. A partir du moment où de telles opérations ont lieu, et elles ont lieu, je ne vois pas pourquoi on n’emploie pas le mot rafle. Le mot rafle s’écrit avec une minuscule, c’est nom commun. C’est par une sorte de pudeur ou de scrupule incompréhensible que ce terme n’est pas employé. » (…)

« Ce qui fait le caractère suprêmement tragique des rafles de 1942, dont je rappelle qu’elles sont effectuées pour l’essentiel par la police française, c’est qu’au terme de la rafle, la police française remet les gens qu’elle a capturé aux Allemands. Elle les remet aux nazis et à partir de ce moment-là, ils sont déportés, ils partent d’abord à Drancy, puis à Compiègne, et ils sont mis dans des trains en direction de l’Allemagne et à ce moment-là la police française se désintéresse de leur sort. C’est cette présence allemande qui fait tout le caractère unique et extraordinairement tragique de l’extermination de 1942, et bien entendu aujourd’hui, il n’y a pas extermination, et il n’y a pas Allemands. Mais en revanche si l’on regarde l’attitude de la police française, les similitudes apparaissent. »

« La première similitude, c’est le fait qu’un certain nombre d’individus qui vivent parmi nous, qui sont installés sur notre territoire, sont désignés comme des indésirables. Et ces indésirables, on décide de s’en débarrasser en les mettant dehors. La deuxième similitude est commandée par la nature des choses : à partir du moment où l’on veut interpeller des suspects collectivement désignés, il n’y a pas beaucoup le choix. Les techniques existent. C’est la convocation piège dans les préfectures, qui était déjà pratiquée en 1942. C’est la rafle, l’arrestation massive. C’est l’interpellation des enfants dans les écoles. On a beau me dire que les deux situations n’ont aucun rapport, c’est quand même la première fois depuis les années 1940-1945 que des enfants sont interpellés dans des écoles. C’est l’interpellation des gens à leur domicile comme ça s’est produit à Amiens, avec les conséquences tragiques que l’on connaît. Techniquement parlant quand on veut interpeller des indésirables, il faut aller les chercher là où ils sont. Le fait que la police française se soit vue fixer des objectifs chiffrés en la matière, et sur lesquels les responsables sont jugés par leur hiérarchie, a pour conséquence que cette chasse prend des formes tout à fait spectaculaires. »

« Ce qui c’est passé à deux pas de votre journal, place de la République, l’année dernière, à l’occasion des Restaurants du cœur, où la police est venu interpeller une trentaine de sans-papiers après en avoir contrôlé bien davantage, c’est une rafle. J’ai ici le rapport de la Cimade, il y a une rubrique rafles et une liste de rafles vous est indiquée : liste des rafles et nombre de personnes placées en rétention recensées par la Cimade. Ce document est dans le domaine public, chacun peut le consulter. Et la Cimade, qui est experte en la matière puisqu’elle était déjà sur ce front en 1940-42, n’hésite en aucun cas à parler de rafles, je ne vois pas pourquoi je m’abstiendrais d’en parler. »

« Les méthodes policières sont commandées par la nature des choses : c’est un problème technique. A partir du moment où vous voulez interpeller des gens qui n’ont pas commis de délit particulier, sauf celui d’être là, ou bien c’était celui d’être juif en 1942, vous allez les chercher là où ils sont, vous leur tendez des pièges pour les amener dans les préfectures, vous allez mettre des dispositifs policiers pour les interpeller dans les quartiers où ils habitent. Il faut savoir que cette année au métro Belleville, c’est pratiquement chaque semaine que les opérations de ce genre ont lieu. D’après ce que m’ont raconté les habitants du quartier, une semaine ce sont les Chinois, une autre semaine ce sont les Arabes, probablement en fonction des avions qu’il faut remplir, et ce sont des rafles qui sont ciblées sur des populations déterminées.»

« Une des conséquences de tout cela, c’est quand même le fait extrêmement grave que désormais, c’est par centaines que les enfants sont enfermés en centre de rétention. La Cimade le mentionne : les chiffres pour 2005 sont de l’ordre de 400. Et je pense qu’aujourd’hui ils ont beaucoup augmenté. Les parents sont soumis au chantage : ou bien vous les emmenez avec vous, ou bien on les met à la Ddass. C’est quand même extrêmement grave que des enfants de trois à six ans soient enfermés dans des centres de rétention. Ultime parallèle : quand la Cimade a interpellé les autorités sur ce placement des enfants en rétention, en leur disant « mais les enfants n’ont pas à être en rétention puisqu’ils ne sont pas expulsables », la réponse de l’administration a été “oui mais nous agissons dans un but humanitaire pour ne pas séparer les parents des enfants“. Eh bien, je le dit brutalement, j’appelle ça la jurisprudence Laval –Bousquet, parce que c’est exactement la réponse que Laval et Bousquet ont faite aux autorités chrétiennes quand les autorités chrétiennes leur ont demandé de ne pas interpeller les enfants juifs, Laval et Bousquet leur ont répondu qu’ils faisaient cela dans un but humanitaire pour ne pas les séparer de leurs parents. On peut penser qu’il s’agit d’une pure et simple coïncidence, n’empêche que la réponse est mot pour mot la même. »

Propos recueillis par Karl Laske.

Après plusieurs ouvrages d’anthropologie, Emmanuel Terray est l’auteur de Lettre à la fugitive, Odile Jacob, 1988 ; La politique dans la caverne, Seuil, 1990 ; Le troisième jour du communisme, Actes Sud, 1992 ; Une passion allemande, Seuil, 1994 ; Clausewitz, Fayard, 1999 ; En substance, Fayard, 2000, Traversées, avec Jean-Paul Colleyn, Labor, 2005, Face aux abus de mémoire. Actes Sud, 2006.

“1942-2006, réflexions sur un parallèle contesté”

Emmanuel Terray

Ligue des droits de l’homme de Toulon

 23 janvier 2007

La répression en cours de l’immigration illégale et ses divers procédés – opérations « coup de poing », contrôles au faciès, interpellation des enfants dans les écoles, convocations-pièges – évoquent inévitablement, aux yeux de certains de nos concitoyens, les années noires de 1940-1944… [1]

La répression de l’immigration illégale telle qu’elle est conduite par le Ministre de l’Intérieur et les divers procédés qu’elle met en oeuvre – opérations « coup de poing » dans les quartiers habités par les migrants, contrôles au faciès, interpellation des enfants dans les écoles, convocations-pièges au guichet des préfectures – évoquent inévitablement, aux yeux de certains de nos concitoyens, les années noires de 1940-1944 et le sombre souvenir des persécutions antisémites.

Bien entendu, sitôt que ce parallèle est explicitement énoncé, les protestations fusent pour souligner son caractère incongru. Les deux situations n’auraient, assure-t-on, rien de comparable, et leur seul rapprochement serait une insulte à la mémoire des victimes de l’extermination.

Voire… Assurément, il existe entre les deux épisodes des différences considérables, et il serait absurde de les nier. Cependant, sitôt qu’on cherche à les cerner de façon précise, il apparaît qu’elles tiennent presque exclusivement au rôle des occupants allemands : terriblement présents et actifs en 1942, ils ont – fort heureusement – disparu en 2006. En revanche, si l’on considère le comportement des autorités françaises, les similitudes sont manifestes.

En premier lieu, la présence de certaines personnes sur notre sol est constituée en « problème », et tous les esprits « raisonnables » s’accordent pour estimer que ce problème exige une solution. En 1940, une large fraction de l’opinion, débordant de très loin les frontières de l’extrême-droite, reconnaissait la réalité d’une « question juive » en France, même si des divergences profondes existaient quant aux réponses à lui apporter. De même, de la droite à la gauche, nos dirigeants proclament d’une même voix que l’immigration illégale met en péril nos équilibres sociaux et notre identité, et qu’il faut donc la refouler, les désaccords ne portant que sur la méthode.

En second lieu, les solutions envisagées passent toutes par l’expulsion partielle ou totale des personnes jugées indésirables. En 1942, cette expulsion prend la forme d’une livraison aux autorités occupantes. En 2006, les intéressés sont renvoyés dans des pays dont certains sont soumis à des dictatures impitoyables, dont d’autres sont ravagés par la guerre civile, dont tous sont marqués par le sous-développement, le sous-emploi et la pauvreté. Bien entendu, le résultat final est infiniment moins tragique aujourd’hui qu’hier, mais ce qui est caractéristique, c’est que, dans les deux cas, l’administration française se désintéresse entièrement de ce résultat : littéralement, ce n’est plus son affaire. On a soutenu qu’en 1942 les autorités françaises ignoraient le sort réservé aux Juifs par les nazis : peut-être, mais leur ignorance même était le résultat d’une décision réfléchie : elles ne voulaient pas le savoir. Il en est exactement de même aujourd’hui : ce qui compte pour le gouvernement, c’est de se débarrasser des hommes, des femmes et des enfants concernés ; sitôt la frontière franchie, il ne s’estime plus responsable de rien et les abandonne à leur destin en toute indifférence.

Pour expulser les gens, il faut d’abord s’assurer de leur personne. Nous retrouvons ici la gamme des procédés que j’évoquais en commençant. C’est que dans ce domaine les analogies résultent de la nature des choses ; la chasse à l’homme, surtout lorsqu’elle est assortie d’objectifs chiffrés, implique l’utilisation d’un certain nombre de techniques : rafles, convocations-pièges, interpellation des enfants dans les écoles, internement administratif. Quelles que soient les populations ciblées, le recours à ces techniques est inéluctable dès lors qu’on prétend à l’efficacité. Il faut d’ailleurs admettre que, sur ce point, le Ministre de l’Intérieur n’a guère innové par rapport à ses prédécesseurs de l’époque de Vichy et de la guerre d’Algérie et la police française n’a eu qu’à puiser dans ses archives pour retrouver les bonnes vieilles méthodes.

En quatrième lieu, la mise en oeuvre de la répression et les dérives qui l’accompagnent suscitent inévitablement des protestations de caractère moral ou humanitaire. Face à ces protestations, la riposte des responsables est la même, en 2006 comme en 1942, et elle est double : d’un côté, les autorités, nous disent-elles, ne font qu’appliquer la loi, et les protestataires s’entendent reprocher leur incivisme. Par ailleurs, pour désarmer les oppositions, les autorités introduisent des distinctions à l’intérieur de la population frappée par la répression. En 1942, le gouvernement de Vichy déclarait séparer le cas des Juifs français, dont il prétendait vouloir sauver au moins la vie, de celui des Juifs étrangers, livrés pieds et poings liés à l’occupant. De même aujourd’hui, Maître Arno Klarsfeld, l’ineffable médiateur promu par le Ministre de l’Intérieur, insiste sur l’opportunité d’opérer un tri, une sélection, entre les familles qui ont des attaches avec la France et celles qui n’en ont pas, l’expulsion de ces dernières n’appelant aucune objection de sa part.

Entre 1942 et 2006, les éléments de continuité sont donc nombreux, et il est d’autant plus légitime de les mettre en évidence que, comme les historiens l’ont aujourd’hui démontré, la politique anti-juive du gouvernement de Vichy ne lui a nullement été dictée ni imposée par l’occupant, même si elle comblait ses voeux. C’est d’eux-mêmes et spontanément que le gouvernement, l’administration et la police de Vichy ont offert et apporté leur concours aux autorités allemandes, notamment sous le prétexte proclamé de préserver la souveraineté de l’Etat sur le territoire national : ils ne sauraient donc excuser leur conduite au nom de la contrainte ou de la « force majeure ». La comparaison est donc légitime avec la politique présente, dont l’origine « française » n’est pas discutée.

Si les événements suivent leur cours actuel, il est vraisemblable que les analogies iront jusqu’à leur terme et que, dans trente ou quarante ans, des cérémonies de repentance seront organisées pour déplorer et désavouer la politique d’immigration pratiquée actuellement. Plutôt que d’attendre un tel dénouement, ne serait-il pas préférable de renforcer dès aujourd’hui la résistance à cette politique, en attendant d’y mettre fin dès que l’évolution de l’opinion le permettra ?

Emmanuel Terray

Ethnologue, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) [2].

Notes

[1] Ce texte dont Le Monde a refusé la parution, a été publié le 15 octobre 2006 sur le site du Cedetim : http://www.reseau-ipam.org/index.php.

[2] Emmanuel Terray est membre de la Ligue des Droits de l’Homme. Parmi ses publications récentes : Face aux abus de mémoire, préface de Christian Bromberger, Arles, Actes Sud, 2006.

Voir encore:

Droite

1er Mai : le sarkozysme, un néopétainisme ?

En annonçant un rassemblement pour opposer les salariés entre eux lors 
de la journée internationale des travailleurs, le candidat UMP entend draguer les voix du FN et avancer vers une recomposition autour d’une droite extrême.

Provocation ? Dévoilement ? L’annonce par Nicolas Sarkozy d’un grand rassemblement autour du « vrai travail » le 1er Mai, au Champ-de-Mars, à Paris, suscite une vive émotion au sein de la gauche et des organisations syndicales.

Tout est parti d’une phrase du candidat président lundi, au lendemain de sa défaite du premier tour. « Le 1er Mai, nous allons organiser la Fête du travail, mais la Fête du vrai travail, de ceux qui travaillent dur, qui souffrent et qui ne veulent plus que, quand on ne travaille pas, on puisse gagner plus que quand on travaille. » « On défendra, nous, le travail. Pas le statut, le travail. » D’aucuns y voient une manœuvre électoraliste d’entre deux tours pour capter la plus grande part possible des voix portées, dimanche dernier, sur l’extrême droite et la candidate du Front national. D’autres voix constatent une cohérence d’obédience pétainiste dans la politique menée depuis cinq ans et plus par l’actuel candidat de la droite extrême. Dans les deux cas, dérive ou conviction, le sarkozysme apparaît comme un danger pour la démocratie elle-même.

Sarkozy prend les accents de Pétain

Les réactions à gauche n’ont d’ailleurs pas tardé. Le NPA considère que Nicolas Sarkozy prend les accents de Pétain pour « gagner des voix » et appelle à faire du 1er Mai, « un raz-de-marée antiraciste et antifasciste contre la droite ». Jean-Luc Mélenchon, pour le Front de gauche, parle « d’une radicalisation du combat » par le candidat de la droite, tandis que son conseiller, Éric Coquerel, estime que « Sarkozy veut déclarer la guerre aux travailleurs qu’il méprise » et dénonce « un clin d’œil supplémentaire au FN ». François Hollande, candidat de la gauche au second tour, a aussitôt réagi : « Je n’oppose pas les Français entre eux. Je ne fais pas du 1er Mai une fête des uns contre les autres. » Ajoutant, hier, lors d’un meeting dans l’Aisne : « Un candidat qui commence à diviser les travailleurs, à mettre d’un côté ceux qui seraient les “vrais” et ceux qui seraient les “faux”, vous imaginez ce que cela peut faire pour la conduite du pays ? »

Le recyclage des idées de la droite nationaliste

Certes, le Front national de Jean-Marie Le Pen avait créé un précédent nauséeux. C’était en 1988. Il souhaitait récupérer le mythe de Jeanne d’Arc. Normalement, c’est le 8 mai, jour où, en 1429, elle aurait délivré Orléans de l’occupation anglaise. Pour avoir une audience la plus large possible, le FN avait choisi le 1er Mai, pour « une Fête du travail et de Jeanne d’Arc ». La date tombait, comme par hasard, entre les deux tours de la présidentielle. Le FN n’était pas en réalité le précurseur d’une manipulation de ce type. À l’origine, le 1er Mai est né de la lutte syndicale américaine et du grand mouvement social pour conquérir la journée de huit heures enclenché le 1er mai 1886. La répression devait être d’une rare violence : trois syndicalistes tués, cinq autres condamnés à mort par pendaison. Le mouvement prendra par la suite une dimension revendicative sociale internationale. C’est alors que Pétain, le 1er mai 1941, à Commentry lançait une réécriture de l’histoire. L’activité des syndicats ayant été suspendue et leurs biens saisis, il fera de cette date « une Fête du travail et de la concorde sociale », tout en profitant du moment historique pour jeter au feu le Code du travail.

Ce rapprochement entre les postures sarkozyste et pétainiste s’éclaire d’un jour nouveau. Le pétainisme, c’est quoi ? Il s’agissait, dans les circonstances de l’Occupation, du recyclage par un fascisme à la française des idées de la droite nationaliste, réactionnaire, à la fois monarchiste, bonapartiste et maurrassienne. Il s’inscrit dans la confusion des pouvoirs législatif et exécutif, le rejet du multipartisme, le corporatisme, la suppression des syndicats et des corps intermédiaires, le populisme au service d’une révolution nationale, l’apologie des valeurs traditionnelles synthétisées dans le triptyque « Travail, Famille, Patrie », le rejet des élites, le culte de la personnalité et le catholicisme comme valeurs universelles de civilisation, la stigmatisation des responsables supposés de la défaite… Les immigrés de notre époque ? De vieilles idées de droite que Sarkozy ripoline à peine.

La musique des mots évoque des souvenirs : « Sarkozy, nous voilà ? » « J’ai tout donné à la France », a-t-il dit, il y a quelques jours. « Je fais à la France le don de ma personne », marmottait Pétain. « Aidez-moi », comme un refrain repris par le candidat UMP. Sarkozy n’entend-il pas « effacer l’héritage républicain » et du Conseil national de la Résistance, démolir l’État et le modèle social. L’affaire du 1er Mai sarkozyste révèle une cohérence d’ambition politique. Et un remodelage de la droite.

Droite

Des similitudes entre des propos tenus par Pétain et par Sarkozy donnent à voir des visées d’une partie de la droite

Max Staat

L’Humanité

25.04.12

« Jamais, dans l’histoire de la France, l’État n’a été plus asservi qu’au cours des vingt dernières années (…) par des coalitions d’intérêts économiques et par des équipes politiques ou syndicales prétendant fallacieusement représenter la classe ouvrière. Le régime nouveau sera une hiérarchie sociale. Il ne reposera plus sur l’idée fausse de l’égalité naturelle des hommes, mais sur l’idée nécessaire de l’égalité des chances données à tous les Français de prouver leur aptitude à servir. Seuls le travail et le talent redeviendront le fondement de la hiérarchie française. » Contrairement à ce que d’aucuns pourraient croire de prime abord, tant certaines de ces idées, parfois même jusque dans les termes, nous sont familières dans la bouche du candidat président, ce discours n’a pas été prononcé par Nicolas Sarkozy. Il est l’œuvre de Pétain, qui, le 11 octobre 1940, après avoir signé l’armistice avec l’Allemagne nazie en juin et interdit les syndicats en août, définissait la société qu’il entendait promouvoir. Sarkozy n’est pas Pétain, fort heureusement, mais les similitudes donnent à voir des dangers, pour notre pays, d’une reprise par le président candidat des thèses de l’extrême droite. D’autant que cela ne date pas seulement du moment électoral qu’est la présidentielle, pour aller chercher les voix du Front national en vue du deuxième tour, mais d’avant. En fait, ces dérives témoignent d’une volonté d’une partie de la droite française d’aller au bout de la logique d’une société libérale ou, non seulement, les acquis sociaux seraient totalement remis en cause mais aussi 
tous les garde-fous démocratiques.

Présidentielle

Sarkozy et les similitudes pétainistes

Dominique Bègles

L’Humanité

27 avril 2012

Au-delà de l’immigration, le quinquennat sarkozyste a été marqué par des inspirations empruntées à l’idéologie et à la politique pétainistes visant à contester les valeurs de 1789.

«Le 1er Mai a été, jusqu’ici, un symbole de division et de haine. Il sera désormais un symbole d’union », Pétain (24-4-1941). Il transforme le rendez-vous internationaliste pour l’émancipation humaine en une « fête du travail et de la concorde sociale ». « Le 1er Mai, nous allons organiser la fête du travail, du vrai travail », Nicolas Sarkozy (23-4-2012). L’Humanité, qui, le 25 avril, a fait des rapprochements, a pointé les similitudes des discours, persiste et signe. Sur l’immigration. Pas seulement. Mais aussi sur des raisonnements sur le travail, la place des hommes, le modèle social républicain. Similitude, n’est pas équivalence : mais un même bain idéologique ? Bien avant cette campagne électorale, l’entourage de Nicolas Sarkozy connaissait le credo. Rachida Dati (24.9.2007) : « À déclarer indignes les gens qui ne le sont pas, on affaiblit l’indignité de ceux qui le sont. » Une phrase de Pétain qu’elle qualifiait de « sages paroles ». Zoom sur le sarkozysme et la place des syndicats, pudiquement appelés « corps intermédiaires ». Sarkozy y voit les raisons d’un immobilisme, et dénonce « leur politisation ». Pétain leur avait substitué des organisations « avec la mission de discipliner les réactions de leurs adhérents ». Pour Sarkozy « le pouvoir ne leur appartient pas ». Idem sur la prétendue réhabilitation de la valeur travail, de l’effort, du mérite, et l’opposition salariés-assistés dans le discours sarkozyste. Pétain : « Le travail répond à cette loi sévère de la nature que rien ne s’obtient sans efforts. (…) Seuls le travail et le talent redeviendront le fondement de la hiérarchie française. » Pétain a interdit les grèves, Sarkozy se félicite « qu’elles passent inaperçues ». Le capitalisme ? Pour Nicolas Sarkozy, il faut « moraliser le capitalisme », en « finir avec les 35 heures ». Il se prononce pour « un changement profond tant la France a pris de retard sur la marche du monde », un écho aux déclarations de Pétain : « Devant la faillite universelle de l’économie libérale, presque tous les peuples se sont engagés dans la voie d’une économie nouvelle. Nous devons nous y engager à notre tour et regagner le temps perdu ». Pétain encore : « Ouvriers, mes amis, n’écoutez plus les démagogues. (…) Ils vous ont tout promis. Ils n’ont rien fait d’efficace pour améliorer la condition des travailleurs parce que, vivant de leur révolte, ils avaient intérêt à encourager ses causes. » 2012 : Nicolas Sarkozy stigmatise « les permanents qui défilent le 1er Mai ».

Sarkozy à Poligny (28/10/2009) évoque « le rapport singulier des Français avec la terre » en lien avec « l’identité nationale ». Pétain (25/6/1940) : « La terre, elle, ne ment pas. » Il parle « d’ordre nouveau révolutionnaire », Sarkozy évoque le « vieux monde qui a besoin d’une nouvelle renaissance ». Le sarkozysme, un néopétainisme ?

Justice 27/04/2012

Ils ont été condamnés pour s’être opposés à Sarkozy en évoquant Vichy

Liza Fabbian | journaliste

« Un grand rassemblement » le 1er mai autour du « vrai travail »… Depuis lundi, de nombreux partis ou médias ont souligné l’ambiguïté de cette initiative lancée par Nicolas Sarkozy, le maréchal Pétain ayant lui aussi essayé de reprendre le 1er Mai aux syndicats. Nicolas Sarkozy a mis jeudi ces parallèles au compte de la « stupidité ».

Ce qui est moins connu, c’est que plusieurs citoyens anonymes ont, ces dernières années, été condamnés après avoir comparé la politique gouvernementale à celle de Vichy. Retour sur trois procès.

1

L’anarchiste jurassien

Parce qu’il avait comparé Nicolas Sarkozy à Pétain dans un e-mail, Romain Dunand, animateur de 35 ans qui militait dans la section de la CNT du Jura et dans le collectif RESF local, a comparu devant la justice le 17 janvier 2007.

Le 19 décembre 2006, il avait envoyé au ministère de l’Intérieur un e-mail intitulé « Bas les pattes sur Florimond Guimard », pour dénoncer la garde à vue d’un instituteur marseillais poursuivi après s’être opposé à l’expulsion d’un sans-papiers :

« Voilà donc Vichy qui revient ; Pétain avait donc oublié ses chiens ! »

Quelques mois plus tard, alors que Romain Dunand croit l’affaire oubliée, Nicolas Sarkozy saisit le ministère de la Justice pour « outrage ». Son avocat réclame un euro symbolique de dommages et intérêts.

Dans le procès verbal du jugement en appel, on peut lire :

« Une telle assimilation [entre la politique du ministère de l’Intérieur et celle du gouvernement de Vichy, ndlr], qui vient conforter et renforcer l’accusation de racisme, est, en raison de l’opprobre qui s’attache au régime de Vichy, offensante envers le ministre de l’Intérieur, qu’elle excède par sa gravité les limites de la liberté d’expression politique sans contrevenir ni aux principes constitutionnels ni [à la liberté d’expression]. »

Condamnation le 15 février 2008 par la 10e chambre correctionnelle de Paris : 800 euros d’amende et 1 euro symbolique de dommages et intérêts.

Condamnation en appel le 26 novembre 2008 : 800 euros d’amende, dont 600 avec sursis.

Lors de ce procès, l’historien et militant Maurice Rajsfus avait été cité comme témoin aux côtés de l’anthropologue Emmanuel Terray, qui avait lui-même publié dès 2006 un texte affirmant dans certains cas la « légitimité » de la comparaison de la politique gouvernementale envers les étrangers et de la politique anti-juive du gouvernement de Vichy.

Contacté par Rue89, Maurice Rajsfus indique que son soutien à Romain Dunand en 2008 constituait une « démarche citoyenne » :

« Quand Nicolas Sarkozy déclare que “Le Pen est compatible avec la République”, eh bien ça me paraît beaucoup plus grave. »

2

La militante de Vesoul

En décembre 2007, choquée par l’expulsion d’une jeune géorgienne dans sa ville de Vesoul, Simone Levavasseur, militante syndicale, politique et associative, écrit sous le coup de la colère au préfet de la Haute-Saône pour lui signifier qu’il « déshonore la France » :

« Il ne faut pas être profondément d’origine française pour le comprendre, ou bien être nostalgique de la période hitlérienne. »

A la veille des élections cantonales où elle se présente sur une liste des Verts, Simone Levavasseur est convoquée au commissariat. Le préfet porte plainte et demande un euro symbolique. La procureure requiert 400 euros d’amende.

Pour Randall Schwerdorffer, avocat de Simone Levavasseur :

« On n’outrage pas. On interpelle très fermement et très vivement dans un contexte politique. »

Condamnation le 19 février 2009 par le tribunal correctionnel de Vesoul : une amende de 300 euros pour outrage et 1 euro symbolique de dommages et intérêts au préfet Lamy.

Transformation en simple sursis de cette peine le 1er avril 2010 par la cour d’appel de Besançon.

3

Les quatre de Tours

Les Tourangeaux Jean-Christophe Berrier et Muriel El Kolli (de Soif d’UtopieS), et Chantal Beauchamp et Abd-El-Kader Ait Mohamed (de RESF) militaient contre l’utilisation du fichier Base élèves par l’administration, soupçonnée de s’en servir pour recueillir des information sur les enfants.

Ils publient en 2010 un communiqué assimilant les pratiques de la police à l’égard des sans-papiers aux « méthodes employées sous Vichy ».

Brice Hortefeux, alors ministre de l’Intérieur, porte plainte en 2010, pour « diffamation publique contre les administrations publiques ».

Condamnation le 5 avril 2011 par le tribunal correctionnel de Tours : trois des Tourangeaux ont été condamnés à 500 euros d’amende avec sursis, plus 300 euros de dommages et intérêts et 300 euros d’amende solidairement à verser à la partie civile (le ministère de l’Intérieur)

La peine est alourdie le 10 avril 2012 par la cour d’appel d’Orléans : ils devront également verser 6 000 euros solidairement pour la partie civile et 120 euros de taxe chacun.

Les quatre de Tours, qui ont été soutenus par onze intellectuels et militants cités comme témoins durant leur procès, ont fait savoir qu’ils comptaient maintenant se pourvoir en cassation.

Dès le début de l’affaire, les quatre militants s’étaient étonnés d’un « deux poids, deux mesures » :

« Des éditorialistes célèbres, des intellectuels ou des grands noms de la politique ayant effectué des comparaisons analogues ne seront jamais traduits devant les tribunaux ! »

Le 26 octobre 2009, le numéro deux du PCF, Pierre Laurent, avait qualifié le débat sur l’identité nationale de « retour du pétainisme le plus nauséabond ». Dans Marianne du 6 août 2010, Michel Rocard avait lancé à propos de la proposition de loi instaurant la responsabilité pénale collective pour les parents de mineurs délinquants :

« On n’avait pas vu ça depuis Vichy, on n’avait pas vu ça depuis les nazis. »

Ils n’ont pas été inquiétés.

« Vrai travail » and co. Au secours, Pétain revient !

Pascal Riché

Rue 89

Publié le 24/04/2012 à 09h36

Après la « France qui se lève tôt » de 2007, voici donc le « vrai travail » de 2012. Nicolas Sarkozy entend le fêter le 1er mai, à l’occasion d’un très grand rassemblement :

« Le 1er mai, nous allons organiser la fête du travail, mais la fête du vrai travail. »

L’idée est à peu près la même qu’avec la France qui se lève tôt : trier le bon grain de l’ivraie, les bons Français de ceux qui se lèvent tard, ou qui sont payés sans travailler (les « assistés ») ou qui font semblant de travailler (le « faux » travail, donc).

L’époque où il fallait être un « vrai Français »

L’expression a une petite odeur rance. D’où vient-elle ? Le NPA a mis les pieds dans le plat, pointant des « accents de Pétain ». Une époque où il fallait être un « vrai Français », où la devise nationale commençait par le mot « travail ». Ou le vrai travail était le travail de la terre, vraie elle aussi (elle ne « mentait pas »).

Appel aux travailleurs, discours du maréchal Pétain à Saint-Etienne, le 1er mars 1941

Le NPA est-il coupable d’une facile « reductio ad petainum » du débat ?

Le maréchal Pétain est le premier dirigeant politique de droite qui ait tenté de récupérer le 1er mai. Ce jour-là était aussi la saint-Philippe … Le 24 avril ( !) 1941, il a décidé de rendre férié cette journée-là, espérant rallier les ouvriers. Le 1er mai de cette année, il déclarait à ceux de Commentry (Allier) :

« Le 1er mai a été, jusqu’ici, un symbole de division et de haine. Il sera désormais un symbole d’union et d’amitié, parce qu’il sera la fête du travail et des travailleurs. Le travail est le moyen le plus noble et le plus digne que nous ayons de devenir maître de notre sort. »

L’églantine (rouge comme le sang des révolutionnaires et ouvriers) est alors remplacée par le muguet (blanc comme le lys).

Une fête de gauche tordue par l’extrême droite

Après la guerre, la fête est redevenue « républicaine » – le muguet a réussi à survivre, cependant. Mais le 24 avril ( ! !) 1988, au soir du premier tour de la présidentielle, Jean-Marie Le Pen a annoncé qu’il allait célébrer à sa façon le 1er mai, décrété « fête du travail et de Jeanne d’Arc », celle-ci étant dans la mystique de l’extrême droite, depuis toujours, l’incarnation de la résistance à l’étranger (Robert Brasillach, auteur apprécié par Jean-Marie Le Pen, écrivait dans Je suis partout, le 12 mai 1944 : « Jeanne appartient au nationalisme français dans ce qu’il a de plus réaliste, de plus profond et de plus attaché à la terre. »)

Depuis, chaque année, le FN organise ce rassemblement directement inspiré du pétainisme, donc. Marine Le Pen a repris la tradition : elle était l’an dernier la star de la fête, sur le podium installé au pied de la statue de la Pucelle, rue des Tuileries.

Une campagne qui empeste les années 40

L’odeur des années 40 est là, bien présente ; elle ne cesse d’empester cette campagne.

en février, un député a accusé le ministère de l’intérieur Claude Guéant de s’appuyer sur des idéologies qui ont conduit aux camps de concentration ;

le même mois, Claude Guéant a qualifié le FN de « nationaliste » et « socialiste », histoire de monter qu’il n’était pas le vrai méchant ;

puis Arno Klarsfeld, soutien de Sarkozy, a pris la défense de Guéant en accusant le FN d’avoir pour programme une réhabilitation du Maréchal.

Au secours, Pétain revient ! Ce n’est pas la faute de la mondialisation, de la « France qui souffre », de la « peur du déclassement » , des faiblesses du pouvoir d’achat ou de la montée du chômage… C’est la faute des réponses qu’apporte le pouvoir à toutes ces réalités. En glorifiant « l’identité nationale » et le « vrai travail », en affirmant que « toutes les cultures ne se valent pas », en se vantant de sa chasse chiffrée aux immigrés, il ne devait pas s’attendre à autre chose.

Voir par ailleurs:

PRÉSIDENTIELLE

La potion magique de la gauche est périmée !

La gauche serait-elle le nouveau remède aux inquiétudes des citoyens ? Pour l’éditorialiste conservateur Hermann Tertsch, si les mesures socialistes se veulent rassurantes, elles sont avant tout irréalistes, rétrogrades et dangereuses pour l’Europe.

Hermann Tertsch

ABC

25.04.2012

« Avec Hollande, nous avons plus de chances de nous affranchir de la dictature des marchés. » « Avec lui, nous pourrons enfin tenir tête à Merkel – cette sorcière, nazie, gouvernante, aigrie, madame Je-sais-tout. » « Ce sera la fin de l’angoisse de l’austérité. » « Ils vont enfin devoir lâcher du lest. » « Bientôt, on va pouvoir souffler. » Le lendemain du premier tour de la présidentielle française, on pouvait entendre ces phrases pleines d’un optimisme adolescent sur toutes les radios publiques et privées d’Espagne. Dans la péninsule, les stations sont de tout cœur avec leurs auditeurs, qui souffrent de la « terrible austérité », de la « dictature des marchés », de ces « politiciens sans âme » et de la « tyrannie des chiffres ». En réalité, le candidat socialiste français a fait mouche grâce à un message très simple en deux points. Le premier va de soi : « Votez pour moi parce que vous en avez assez de Sarkozy, ce fanfaron hyperactif et arrogant qui n’a pas résolu un seul problème. » Rien qu’avec cette déclaration, une bonne partie du travail est faite. Il peut remercier Nicolas Sarkozy, dont les manières ont été encore plus préjudiciables que le bilan médiocre de son quinquennat. C’est toutefois le second point défendu par François Hollande qui captive le plus au-delà des frontières françaises et, bien sûr, en Espagne surtout. Son message est le suivant : « L’effort n’en vaut pas la peine, alors économisons-nous. » Difficile de faire plus clair, simple et puissant.

Depuis des années, on entend dire que face à la mondialisation et aux nouveaux enjeux la gauche n’a pas de réponse. Ce n’est pas faux, à une exception près : elle n’a pas de réponse… viable. Toutefois, c’est le discours de la gauche qui offre consolation et déni aux citoyens avec le plus d’efficacité. Angela Merkel est cruelle. Les chiffres sont implacables. Les marchés sont monstrueux. Les finances sont fascistes. Les forces qui en ont le courage se rassemblent pour affronter ces réalités crapuleuses. Tous les bons sentiments s’allient pour lutter contre la réalité. Ce ne sont que des idées médiocres, typiques des campagnes électorales. Elles gagnent très souvent, comme on a pu le voir en Espagne. Mais elles ne remportent que de petites batailles, car c’est bel et bien la réalité qui gouverne le monde d’une poigne de fer. Celle-ci observe d’ailleurs l’Europe avec amusement et stupéfaction. On ne peut pas se fier aux chimères, tours de magie et autres superstitions qui se propagent de toutes parts sur ce continent croulant, où l’on nous propose une solution miracle : « Ne vous affolez pas, il n’y a pas besoin de faire des efforts, car nous allons revenir en arrière.  » La gauche, devenue la potion magique des idées, promet aux Européens le retour des certitudes. Ce raisonnement défaillant séduit. Si les Européens ont de la chance, ils ne feront que rendre la route vers la croissance et la liberté plus difficile, longue et misérable. Dans le cas contraire, ils conduiront l’Europe à sa perte.

DÉMESURE Contre Hollande, l’artillerie lourde

Connu pour ses articles polémiques, l’écrivain espagnol Salvador Sostres attaque François Hollande sans ménagement dans le quotidien espagnol El Mundo. « Une fois leurs esprits retrouvés, les Français se rendront compte que le candidat socialiste, soutenu par des journalistes-trompettistes démagogues, est un idiot dont les idées sont contraires aux intérêts de la république et de l’humanité », estime l’éditorialiste.

Comparant la gauche française et espagnole, Sostres dénonce le « faux argument de Hollande », qui promet de sauver l’Etat providence alors que « Sarkozy ne veut que le détruire ». Le système ruineux qui « appauvrit la société » est à l’origine de la crise que nous connaissons, « plus spirituelle qu’économique ». L’écrivain soupçonne un « problème d’intelligence » chez les socialistes du monde entier : la « rage » et le « ressentiment social » empêcheraient leur cerveau d’être « irrigué », ce qui les fait penser « peu et mal ». Pour Sostres, la « toute petite victoire de Hollande » est un « mirage » pour la France qui doit choisir entre devenir « un Etat moderne » ou se « laisser engloutir par le retard socialiste et ses politiques déficitaires et obsolètes ». Les Français doivent se réveiller et comprendre que « l’Etat papa, ruiné, alcoolique, consommateur de prostituées et de SDF » ne viendra pas les aider. Si les « trompettistes de la gauche se sont renforcés grâce à « l’insignifiante percée » d’Hollande, Sarkozy garde « toutes ses chances de gagner ». « Son principal atout : si les Français sont souvent cyniques et frivoles, ils ne sont pas idiots. »

Voir enfin:

Main basse sur l’Amérique

Philippe Thureau-Dangin

Courrier International

9 Janvier 2003

Imaginez un pays où le futur candidat à la présidence aurait été choisi par de riches magnats du pétrole; où d’autres industriels de la finance, du tabac ou de la pharmacie auraient financé sa campagne électorale et sa victoire à l’arraché. Imaginez maintenant que, dans ce même pays, les 100 plus importants PDG gagnent 1000 fois plus que leurs salariés « ordinaires »; où une infime partie des habitants – disons 0,1 % de la population – verrait ses revenus croître à une vitesse jamais vue depuis soixante-dix ans; où le président en question, pour combattre la crise économique, ne trouverait rien de mieux que des allégements fiscaux profitant à ces mêmes privilégiés…

Imaginez aussi que ce pays soit la première puissance militaire et économique du monde et qu’il veuille régenter la planète. Imaginez que ce président et ses mandants souhaitent imposer, de gré ou plutôt de force, un nouvel ordre pétrolier, où rien ne viendrait plus les contrecarrer… Tout cela n’est pas de la fiction. Les Etats-Unis mènent aujourd’hui une politique intérieure et étrangère dictée par les intérêts d’une petite élite de plus en plus héréditaire. (…)

Qu’il s’agisse de tiers-monde, d’environnement, de commerce, de géopolitique en Irak ou au Venezuela, toutes les décisions de Washington sont marquées du même sceau: un mépris affiché pour le bien commun. Certes, on le sait depuis Bernard de Mandeville et sa Fable des abeilles, écrite en 1714, les vices privés et les dépenses somptuaires des très fortunés peuvent apporter la « félicité » ou du moins du travail au grand nombre. Paul Krugman [professeur d’économie à l’université de Princeton] a donc évidemment raison d’évoquer l’Ancien Régime pour le retour au premier plan de cette élite cynique. Mais voulons-nous vraiment d’une pareille ruche, où, comme le dit Mandeville, règnent « la fraude, le luxe et la vanité »?

Philippe Thureau-Dangin

, la IIe Internationale socialiste se réunit à Paris, à l’occasion du centenaire de la Révolution française et de l’exposition universelle. Sur une proposition de Raymond Lavigne, elle décide le 20 juillet 1889

5 Responses to Présidentielles 2012: Vers un nouveau Bush-Gore 2000? (We hadn’t seen this since Vichy)

  1. jcdurbant dit :

    Voir aussi:

    Ça risque d’être une égalité parfaite, ce sera très très serré. Les résultats risquent d’être contestés, comme pour Bush en Floride. Sarkozy

    Mais heureusement Mediapart veille:

    Quoiqu’il en soit, si Sarkozy s’amusait à nous proposer un scénario à la Bush, il amorcerait un processus explosif dont nul ne pourrait prévoir les conséquences.

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  2. […] l’heure où notre Sarko-Bush nous mijoterait, mais Mediapart veille, un de ces coups fourrés dont il a le secret […]

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  3. […] passer pour victoire l’auto-sabordage d’une droite divisée  par le plus violent des terrorismes intellectuels […]

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  4. […] de faire passer pour victoire l’auto-sabordage d’une droite divisée  par le plus violent des terrorismes intellectuels […]

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