Présidentielles 2012: Attention, une honte peut en cacher une autre (I don’t want to regulate capitalism, I want to strangle it)

Votons contre la honte! Marianne
Notre problème, ce n’est pas les étrangers, c’est qu’il y a overdose. C’est peut-être vrai qu’il n’y a pas plus d’étrangers qu’avant la guerre, mais ce n’est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d’avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d’avoir des musulmans et des Noirs […] Comment voulez-vous que le travailleur français qui travaille avec sa femme et qui ensemble gagnent environ 15000 francs, et qui voit sur le pallier à côté de son H.L.M., entassés, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, qui gagnent 50000 francs par mois de prestations sociales sans naturellement travailler ! Si vous ajoutez à celà le bruit et l’odeur, eh bien, le travailleur français sur le pallier il devient fou ! Et ce n’est pas être raciste que de dire cela. Nous n’avons plus les moyens d’honorer le regroupement familial. Et il faudra enfin un jour poser le grand débat qui s’impose dans notre pays, qui est un vrai débat moral, pour savoir s’il est naturel que des étrangers bénéficient d’une solidarité nationale à laquelle ils ne participent pas puisqu’ils ne payent pas d’impôts. Jacques Chirac (Meeting électoral, Orléans, 1990)
Célébrer l’histoire du communisme ou de la Terreur, c’est tout de même bien plus tolérant que de refuser l’entrée du territoire à un étranger qui ne s’est pas conformé à la loi. Théophane Le Méné
Nous ne voulons pas que des soldats français se fassent tuer, ni pour de Gaulle, ni pour Doriot et Déat, car ce n’est pas en associant son destin à un des groupes impérialistes en guerre que la France pourra se sauver; elle ne le fera qu’en se débarrassant de l’odieux régime capitaliste. L’Humanité (31 octobre 1940)
Je ne veux pas réguler le capitalisme, je veux l’étrangler. Jean-Luc Mélenchon
Il y a soixante-huit ans, le 15 mars 1944, dans la clandestinité, le Conseil national de la Résistance (CNR) adoptait son programme. A la veille de cet anniversaire, à quelques semaines d’un vote déterminant pour l’avenir de la France et de sa jeunesse, nous, anciens résistants et fils de résistants, lançons cet appel pour que soient maintenus et transmis l’héritage et les valeurs de la Résistance. (…) Parce que nous pensons que la reconduction du sortant signifierait le démantèlement total du programme du Conseil national de la Résistance nous appelons à un vote de sauvegarde, d’optimisme et d’espoir. Nous voterons et appelons à voter François Hollande. RAYMOND AUBRAC, STÉPHANE HESSEL ambassadeur de France, corédacteur  (sic) de la Déclaration universelle des droits de l’homme (15.03.12)
Aujourd’hui, je n’ai pas de consigne de vote. Franchement, je serais bien emprunté, c’est pour ça que je souris souvent en disant aux Français ‘Bonne chance’, parce que, franchement, je ne vois pas. J’aurais une position de principe qui est extrêmement claire : je suis tellement mécontent de ce que je peux voir que je regarderais pour le premier tour et voterais pour celui que je considère être le moins mauvais. Mais, au deuxième tour, je n’aurais pas un vote utile, je n’aurais qu’un vote sanction. Quelque soit celui qui est au pouvoir et bien je dirais je suis contre toi. Je ne suis pas pour toi, je suis contre toi. Moi, je prends position pour que mon vote compte au lieu de m’abstenir parce que les deux c’est la même chose. Je vais voter contre Sarkozy, mais si Hollande arrivait par la suite je serais contre lui de la même façon… Un premier tour où je chercherais le moins mauvais et un deuxième tour où je voterais contre celui qui est en charge pour manifester dans un poids une attitude de distanciation… (…) Franchement aujourd’hui, je me vois pas dire oui à l’un (…) mais par contre  je peux dire non à l’autre …  Tariq Ramadan (à partir de la 40e minute, 04.03.12)
Jamais de ma vie, je n’ai appelé à voter François Hollande. Je ne suis pas Français, je n’ai pas donné de consigne de vote. J’ai dit qu’il ne devait pas y avoir de consigne de vote musulman, que cela ne voulait rien dire. J’ai simplement appelé les citoyens français, de confesssion musulmane ou autre, à voter en conscience et à faire le bilan de la politique de Nicolas Sarkozy, qui est très mauvaise. Tariq Ramadan
Des recteurs de mosquées vont appeler à voter pour François Hollande (…) En tout, c’est un réseau de quelques 700 mosquées qui devrait se mobiliser en faveur du candidat socialiste. Ironie de l’histoire : l’organisateur de l’opération n’est autre qu’Abderrahmane Dahmane, ancien conseiller « Diversité » de Nicolas Sarkozy. Désormais conseiller à la mosquée de Paris, il avait claqué la porte de l’Elysée en mars 2011, alors que l’UMP venait d’annoncer la tenue d’une convention sur l’islam. Marianne
Pourquoi le fait que Hollande ait dit qu’il se serait désisté pour Mélenchon au second tour – si ce dernier était arrivé premier à “gauche”- ne pose pas autant de problèmes qu’à droite ? Parce que Mélenchon bénéficie de l’aura des 75 000 fusillés du PC alors que si ce dernier en a fait autant c’était surtout pour soulager le front soviétique, pour faire en sorte que le maximum de divisions nazies soient immobilisées en France, afin qu’elles ne puissent pas aller attaquer la vraie “patrie du socialisme “, pas du tout pour les beaux yeux de Marianne ; (…)  Le FN a beau avoir, dit-il, pas mal d’anciens résistants dans ses rangs rien n’y fait, et pourtant est-on sûr que les feu vichystes soutiennent le FN et pas plutôt le feu PFN, l’Oeuvre française, c’est-à-dire Karl Lang, Bruno Mégret, voire le Bloc Identitaire, qui tous les trois refusent l’assimilation des étrangers devenus français, alors que le FN est pour ; ne serait-ce pas, là, plutôt la barre, décisive, à placer? Lucien Ouhlabib
En 2007, Sarkozy, c’était Bonaparte au pont d’Arcole ! Il s’est emparé de thèmes, comme l’identité nationale, que Chirac avait totalement abandonnés. Il a désenclavé la droite en agrégeant un vote populaire au vote de droite traditionnel. Comme de Gaulle en 1958 ! Le problème, c’est qu’il manquait d’hommes pour appliquer la révolution culturelle qu’il incarnait, car la droite chiraquisée s’est soumise à l’hégémonie intellectuelle de la gauche depuis des décennies, au point de perdre ses repères. Alors que l’extrême gauche infiltrait le PS et le PCF tout en maintenant une expression politique autonome grâce à ses partis et ses associations, la droite n’a pas formé ses cadres ! On ne peut pas exiger d’un homme qu’il fasse en cinq ans ce que deux ou trois générations n’ont pas pu ou n’ont pas su faire avant lui !  Patrick Buisson
Le problème, c’est que cette droite, bien que majoritaire, continue d’être paralysée par la malédiction politico-morale pesant sur la prétendue « extrême droite ». Le fait que le programme de cette dernière ressemble comme deux gouttes d’eau à celui du RPR des années 80, que ses valeurs et ses références soient empruntées pour l’essentiel au général De Gaulle, que son leader, née 24 ans après la Libération, soit peu suspecte d’avoir collaboré avec les nazis, le fait enfin que bon nombre de ses cadres soient issus de la mouvance chevènementiste, n’y change rien. On ne dîne pas avec le diable, même avec une grande cuillère, et même quand ce n’est pas le diable : ce qui fait qu’en définitive, on ne mange pas très souvent. Le coup de génie de Mitterrand, plus machiavélique que jamais, qui permit au Front National de prendre son essor tout en prononçant un anathème perpétuel contre toute tentative d’alliance avec lui, a fragilisé la position de la droite depuis un quart de siècle- et ouvert régulièrement les portes du pouvoir à une gauche minoritaire. Mitterrand, qui croyait aux forces de l’esprit, en rigole encore. Le piège a fonctionné bien au-delà de ses espérances – avec la complicité résignée d’une droite dite républicaine qui n’a pas voulu prendre le risque de l’alliance et n’a en outre jamais osé retourner l’argument moral contre la gauche socialiste. En n’ayant pas eu l’audace de dénoncer l’alliance du PS avec le parti qui déclarait jadis que « Staline est l’homme que nous aimons le plus », la droite perdait automatiquement le droit de juger les autres. Frédéric Rouvillois
Il serait temps de comprendre que les millions de Français qui votent pour le FN ne veulent pas moins mais plus de République. Ils ont tort ? Admettons. Mais était-ce républicain de construire une Europe dans laquelle les décisions échappent largement aux élus du peuple ? Était-ce républicain d’inventer, au nom d’une conception mécanique de l’égalité, le collège unique dont la grande œuvre aura été de tirer les bons élèves vers le bas plutôt que les mauvais vers le haut ? Était-ce républicain de tergiverser pendant vingt ans avant d’interdire les signes religieux à l’école ? Était-ce républicain d’encourager l’idéologie de la repentance qui légitime la détestation de la France ? Était-ce républicain de prôner l’ouverture à tous les vents de la mondialisation, qu’elle fût économique ou culturelle ? Était-ce républicain de décréter que dans les écoles de Strasbourg on servirait “de la viande halal par respect pour la diversité, mais pas de poisson le vendredi par respect pour la laïcité” — impayable logique du maire socialiste de la ville ? Était-ce républicain de minimiser l’antisémitisme et le sexisme qui sévissaient et sévissent encore dans les “territoires perdus de la République” au motif que ceux qui les propageaient étaient victimes de l’exclusion sociale ? Était-ce républicain de traiter de salauds, de cons ou de fachos les électeurs qui, lassés d’être les cocus de la mondialisation, se sont tournés vers le FN ? Ou étaient-ils, durant toutes ces années, tous ces Républicains sourcilleux qui affichent aujourd’hui leurs âmes pures et leurs mains blanches ? Peut-être serait-il naïf ou imprudent de décerner à Marine Le Pen un brevet de vertu républicaine. En attendant, si la République semble aujourd’hui si mal en point, elle n’en est pas, loin s’en faut, la première responsable. Elisabeth Lévy
En 2012, la participation frôle les 80 %, ce qui est important. Si elle est de 4 points inférieure à celle de 2007, elle est très supérieure à ce que les instituts de sondage prévoyaient : un effondrement proche de 10 points ! A mon sens, on doit y voir la très forte mobilisation de la gauche dans son rejet du sarkozysme. L’autre manifestation de cette colère à l’égard du président sortant s’est traduite par une plus faible participation des villes où Nicolas Sarkozy avait fait le plein en 2007. Typiquement, le retraité qui a voté pour le candidat UMP, il y a cinq ans, s’est abstenu au premier tour cette fois-ci. Ce qui laisse une certaine marge de progression pour le convaincre de se déplacer au second tour. En revanche, François Hollande semble ne disposer que de peu de réserve parmi les abstentionnistes du premier tour. (…)  Si l’on met l’accent sur sa deuxième place, on pourrait conclure à un échec par rapport aux présidents sortants tous arrivés en tête. Seulement, en 2002, Jacques Chirac, dont le bilan est jugé comme inexistant, a certes respecté la règle en s’offrant la première marche du podium, mais en ne captant que moins de 20% des voix. Aussi dire que la stratégie Buisson, ou plutôt Buisson-Guaino a échoué, est-il, à mon sens une erreur d’analyse. Christophe Guilluy

Qui nous délivrera des 75 000 fusillés?

Alors qu’avec la reprise en compte des enjeux de civilisation qui pour une bonne part désormais font le réel clivage avec son adversaire de gauche, le président sortant voit se lever contre lui comme un seul homme les dégoûts et les hauts le coeur des bien-pensants de gauche comme de droite …

Dans une élection où, d’Aubrac à Hessel,  nos résistants de choc ont jusqu’à leur dernier souffle repris du service et où nos experts en manipulations en sont à nous bricoler de fausses affiches pétainistes pendant qu’entre deux phrases alambiquées nos hypocrites islamistes rameutent les foules des mosquées

Mais où ceux qui sont ou se sentent les plus touchés par les bouleversement actuels sont réduits, à gauche comme à droite, au statut de citoyens de seconde zone et leur vote (dont, de derrière leur « cordon sanitaire », on a soudain tellement besoin) à de la pure protestation ou colère …

Et que quatre ans après les Etats-Unis et après avoir lâché, pendant des mois et de Mélenchon à Joly, sa meute de chiens enragés pour faire le travail de démolition, le nouvel Obama blanc de Corrèze peut à présent nous refaire, face à la légendaire excitation de son adversaire, le coup de la force tranquille …

Retour, avec le site Causeur, sur le machiavélique piège du porteur masqué de francisque qui, pendant des décennies et en cette cruciale élection encore, continue de fragiliser une droite pourtant majoritaire dans l’opinion.

Et surtout, hier comme aujourd’hui, sur cette droite dite « républicaine » (jusque, à l’occasion, au président lui-même!) qui n’a jamais « osé retourner l’argument moral contre la gauche socialiste ».

Et, sans parler d’un bilan toujours attendu d’un système qui n’a toujours pas eu son Nuremberg, « dénoncer l’alliance du PS avec le parti qui déclarait jadis que ‘Staline est l’homme que nous aimons le plus’  » alias le « parti des 75 000 fusillés » qui en réalité ne pouvaient en dépasser 4 000 ...

Mais qui, après les sabotages et l’espionnage dans les usines d’armement au profit de Moscou de l’avant Pacte germano-soviétique, a pratiqué dans tout l’après-guerre, des campagnes de désinformation (guerre de Corée, “Ridgway la peste”, Affaire Rosenberg, “Appels” et “Mouvements pour la Paix”) à l’espionnage au plus haut niveau (Hernu) et au financement occulte du parti (“l’or de Moscou” via notamment Aubrac)  ainsi qu’avec ses quarterons de compagnons de route et d’idiots utiles (Sartre, Aragon, Picasso & co), la continuation du défaitisme révolutionnaire par d’autres moyens

Six millions et demi d’ennemis ?

Elisabeth Lévy

27 April 2012

“Marine Le Pen est compatible avec la République”. Que cette phrase prononcée par Nicolas Sarkozy ait été affichée en “une” de Libération sans le moindre commentaire, comme si elle devait à elle seule provoquer effroi et dégoût1 [2], puis qu’elle ait donné lieu à un festival de démentis, de postures et d’invectives, montre qu’il est temps que cette campagne s’achève: tous ces gens doivent être très fatigués pour qu’une telle banalité leur échauffe à ce point les sangs. Car enfin, si Marine Le Pen est incompatible avec la République, après son score de dimanche, une conclusion s’impose: la République est morte ou, à tout le moins, gravement menacée. Or, aussi criants soient ses échecs et insuffisances, nul ne s’est risqué à prononcer l’avis de décès. À l’instar du Président, on peut aussi se demander pourquoi la République tolèrerait en son sein un parti anti-républicain — qui aurait, de surcroît, été mis en selle par le seul chef de l’État dont le Parti socialiste ait jusque-là fait don à la France. En tout cas, si ses statuts comportaient la moindre ambigüité sur la question, il se serait assurément trouvé quelques associations pour saisir la justice.

Convenons cependant que cette démonstration par l’absurde n’est pas entièrement satisfaisante. Que le FN soit compatible avec la République ne signifie pas qu’il soit républicain. Certes, il n’est jamais sorti de la légalité républicaine — par exemple en tentant de remettre en cause dans la rue le résultat des urnes. Mais si la droite que l’on qualifiera de classique a accepté de participer à la mise en place d’un « cordon sanitaire » qui lui a valu pas mal de défaites électorales, ce n’est pas seulement, comme le soutient l’excellent Frédéric Rouvillois [3], parce qu’elle a lâchement cédé au chantage moral de la gauche, mais parce que les sorties de Le Pen père, sans parler de ses fréquentations déplorables et des traditions historiques dans lesquelles il s’inscrit, invitaient pour le moins à douter de son attachement aux valeurs de la République. De ce point de vue, le discours prononcé au congrès de Tours, en janvier 2011, par Bruno Gollnisch, fut sans équivoque. Il enflamma la salle (qui lui était largement acquise) en évoquant « nos morts du 6 février 1934 » et fit un tabac avec toutes les vieilles lunes de l’antiparlementarisme — il n’y manquait que la dénonciation de « la Gueuse ».

On comprend que la gauche se soit entichée d’un si précieux ennemi, du moins tant qu’il ne chassait pas trop sur ses propres terres électorales. Placer au centre du jeu un parti décrété hors-jeu revenait tout simplement à priver la droite de 10 à 15 % de ses électeurs dont les suffrages étaient en quelque sorte désactivés. Le tout en se payant le luxe d’apparaître comme le camp des valeurs contre celui du cynisme. Nul n’aurait eu le mauvais goût d’interroger le PS sur sa propre alliance avec un PCF dirigé par Georges Marchais qui resta jusqu’au bout l’homme de l’alignement sur l’URSS — qui aurait osé comparer le glorieux Parti des Fusillés à la nauséabonde extrême droite ? Le 21 avril 2002 et la défection de classes populaires peu sensibles aux oukases des sermonneurs révélèrent les limites de la manœuvre : eh les gars, ce n’est pas à nous que vous deviez piquer des électeurs !

Seulement, quoi qu’en disent les plus indécrottables des antifascistes de bazar, la victoire de Marine Le Pen change la donne. Certes, elle n’a pas changé son parti d’un coup de baguette magique. Mais en politique les discours engagent. Celui qu’elle prononça à Tours quelques heures après son rival défait était émaillé de références parfaitement républicaines, de Jaurès à la Résistance en passant par Valmy — où elle avait traîné son père il y a quelques années. On me dira qu’elle n’en pense pas moins : peut-être, mais à trop sonder les reins et les cœurs, on risque de faire des découvertes peu ragoûtantes. Et pas seulement dans les organes lepénisés.

Bien sûr, on ne se contentera pas de cette proclamation. Il faut donc examiner son programme, en tout cas ses points les plus contestés. Elle veut réduire, voire interrompre l’immigration, légale et illégale : on peut lui reprocher, au choix, son manque de générosité ou son irréalisme, mais est-il bien républicain d’ignorer que nombre de Français, y compris ceux qui ne votent pas pour elle, adhèrent à cette proposition, tout simplement parce que, dans la vraie vie, l’immigration n’est pas toujours une chance pour la France, en particulier pour les populations arrivées récemment dont l’intégration n’est pas précisément une réussite ? La préférence nationale qu’elle propose me semble personnellement de très mauvais aloi, mais il faut être crétin ou de mauvaise foi pour dire qu’elle établit une distinction entre Français. Tous les pays accordent certains droits à leurs seuls ressortissants, par exemple, celui de se présenter à la présidence de la République. Le principe n’est donc pas scandaleux en soi — rappelons qu’il donne la priorité à un Français d’origine étrangère récente sur un Américain.

On me parlera de son discours de haine, sans jamais dire à quels termes se rapporte cette qualification. J’ai détesté sa phrase sur les “Mohamed Merah déferlant sur nos côtes”. Reste que des phrases détestables, on en a entendu quelques-uns au cours de cette campagne. Alors oui, on peut désapprouver la façon dont Marine Le Pen pose la question de l’islam et de son acculturation en France. On me permettra de désapprouver tout autant le silence vertueux que tant d’autres préfèrent observer sur ce sujet. La laïcité mérite peut-être d’être défendue en termes plus choisis qu’elle ne le fait, mais la gauche qui ne la défend pas du tout est mal placée pour donner des leçons sur ce terrain.

Il serait temps de comprendre que les millions de Français qui votent pour le FN ne veulent pas moins mais plus de République. Ils ont tort ? Admettons. Mais était-ce républicain de construire une Europe dans laquelle les décisions échappent largement aux élus du peuple ? Était-ce républicain d’inventer, au nom d’une conception mécanique de l’égalité, le collège unique dont la grande œuvre aura été de tirer les bons élèves vers le bas plutôt que les mauvais vers le haut ? Était-ce républicain de tergiverser pendant vingt ans avant d’interdire les signes religieux à l’école ? Était-ce républicain d’encourager l’idéologie de la repentance qui légitime la détestation de la France ? Était-ce républicain de prôner l’ouverture à tous les vents de la mondialisation, qu’elle fût économique ou culturelle ? Était-ce républicain de décréter que dans les écoles de Strasbourg on servirait “de la viande halal par respect pour la diversité, mais pas de poisson le vendredi par respect pour la laïcité” — impayable logique du maire socialiste de la ville ? Était-ce républicain de minimiser l’antisémitisme et le sexisme qui sévissaient et sévissent encore dans les “territoires perdus de la République” au motif que ceux qui les propageaient étaient victimes de l’exclusion sociale ? Était-ce républicain de traiter de salauds, de cons ou de fachos les électeurs qui, lassés d’être les cocus de la mondialisation, se sont tournés vers le FN ? Ou étaient-ils, durant toutes ces années, tous ces Républicains sourcilleux qui affichent aujourd’hui leurs âmes pures et leurs mains blanches ? Peut-être serait-il naïf ou imprudent de décerner à Marine Le Pen un brevet de vertu républicaine. En attendant, si la République semble aujourd’hui si mal en point, elle n’en est pas, loin s’en faut, la première responsable.

Notons au passage que Libé, pour accentuer l’effet recherché, a préféré taire le prénom du Le Pen dont il est question, en l’occurrence la fille. ↩ [4]

URL dans cet article:

[1] “battle”: http://fr.news.yahoo.com/blogs/rue89-causeur-la-battle/vingt-neuvi%C3%A8me-round-le-front-national-est-il-130712090.html

[2] 1: #fn-17239-1

[3] l’excellent Frédéric Rouvillois: http://www.causeur.fr/un-seul-espoir-la-defaite,17172

[4] ↩: #fnref-17239-1

Voir aussi:

Un seul espoir, la défaite

Il faut un électrochoc pour remettre la droite sur les rails

Frédéric Rouvillois

Causeur

24 April 2012

« Les choses du monde les plus déraisonnables deviennent les plus raisonnables à cause du dérèglement des hommes », notait Pascal dans ses Pensées. C’est pourquoi le premier tour de la présidentielle porte l’observateur impartial à conclure que, pour la droite, le seul espoir serait celui de la défaite.

Au soir du 22 avril, sur TF1, quelques minutes seulement après l’annonce des résultats, le patron de l’UMP, Jean-François Copé, l’air plus matois, plus rusé, plus Raminagrobis que jamais, déclarait comme une évidence que la droite avait recueilli 48 % des suffrages, soit environ 28 % pour le candidat Sarkozy, et 20 % pour Mme Le Pen… La droite ? Les choses on le sait, sont un peu plus complexes, et le Front National, tout comme son électorat, ne s’accommode qu’imparfaitement de la grille d’analyse classique et de la dichotomie droite/ gauche. Mais bon, admettons : une droite à 48 %. Une droite qui, si l’on y ajoute une partie des électeurs de François Bayrou et ceux de Dupont-Aignan, apparaît largement majoritaire : une droite qui, au regard du principe démocratique fondamental, un homme égale une voix, devrait donc l’emporter sur une gauche qui, tout compris, atteint péniblement les 40 %.

Le problème, c’est que cette droite, bien que majoritaire, continue d’être paralysée par la malédiction politico-morale pesant sur la prétendue « extrême droite ». Le fait que le programme de cette dernière ressemble comme deux gouttes d’eau à celui du RPR des années 80, que ses valeurs et ses références soient empruntées pour l’essentiel au général De Gaulle, que son leader, née 24 ans après la Libération, soit peu suspecte d’avoir collaboré avec les nazis, le fait enfin que bon nombre de ses cadres soient issus de la mouvance chevènementiste, n’y change rien. On ne dîne pas avec le diable, même avec une grande cuillère, et même quand ce n’est pas le diable : ce qui fait qu’en définitive, on ne mange pas très souvent. Le coup de génie de Mitterrand, plus machiavélique que jamais, qui permit au Front National de prendre son essor tout en prononçant un anathème perpétuel contre toute tentative d’alliance avec lui, a fragilisé la position de la droite depuis un quart de siècle- et ouvert régulièrement les portes du pouvoir à une gauche minoritaire. Mitterrand, qui croyait aux forces de l’esprit, en rigole encore. Le piège a fonctionné bien au-delà de ses espérances – avec la complicité résignée d’une droite dite républicaine qui n’a pas voulu prendre le risque de l’alliance et n’a en outre jamais osé retourner l’argument moral contre la gauche socialiste. En n’ayant pas eu l’audace de dénoncer l’alliance du PS avec le parti qui déclarait jadis que « Staline est l’homme que nous aimons le plus », la droite perdait automatiquement le droit de juger les autres.

En montant le piège où la droite modérée, Jacques Chirac en tête, s’empressa de tomber la tête la première, Mitterrand, fin connaisseur de l’histoire de France, dût songer à l’inimitié mortelle qui, au début des années 1870, opposa entre eux légitimistes et orléanistes, les deux groupes qui formaient alors la majorité monarchiste à l’Assemblée nationale. Une inimitié sans véritable justification politique, mais qui, à l’époque, permit à une minorité républicaine unie d’empêcher toute restauration de la monarchie, et de faire adopter la république par une majorité de royalistes qui en avaient horreur.

Cependant, avec un candidat frontiste qui, dépassant les 18 %, représente objectivement près de la moitié de la « droite », une telle situation n’est plus tenable. Elle ne l’est plus, sauf à se résigner à une attitude suicidaire, celle des royalistes de 1870. Du point de vue de la droite, il paraît donc urgent de faire « bouger les lignes », comme Jean-François Copé semble du reste l’avoir admis en parlant de cette droite comme d’un ensemble homogène- et en précisant qu’il n’y incluait pas les électeurs du Modem, ce qui suppose que ces derniers seraient au fond plus éloignés de l’UMP que ne le sont les électeurs frontistes… Si la droite constitue désormais un ensemble, et que, comme l’a fait le président Sarkozy dès le soir du premier tour, on peut piocher dans le programme frontiste sans avoir à s’en excuser, qu’est-ce qui empêche de faire sauter les verrous, et de considérer que le Front National est un mouvement comme un autre, avec lequel on peut débattre, négocier et même s’allier sans perdre son âme ?

Ce qui l’empêche ? Un quart de siècle d’habitudes, de réflexes, de pudeurs et de soumission à ce que ses adversaires ont défini comme politiquement correct. Et comment déraciner tout cela ? Sans doute en éprouvant soi-même, très concrètement, les conséquences inévitables d’une telle attitude : bref, en perdant des élections que, numériquement, on aurait dû remporter. La potion est amère, et c’est sans gaieté de cœur que la droite devrait se résigner à la prendre : un électrochoc n’est jamais plaisant. Mais y a-t-il un autre moyen, pour elle, de s’extirper enfin du piège inventé par François Mitterrand ? Et y aura-t-il d’autres occasions ? C’est après leurs cuisantes défaites électorales de 1876 et 1879 que les royalistes de la IIIe République renoncèrent enfin à leurs dissensions, et acceptèrent de constituer un grand mouvement conservateur. Malheureusement, il était trop tard, l’heure était passée…

Voir enfin:

Influence.

Patrick Buisson, le stratège du président

Fabrice Madouas

Valeurs actuelles

21/03/2012

Patrick Buisson“C’est mon hémisphère droit”, a dit de lui Nicolas Sarkozy. Portrait d’un conseiller discret qui ne met pas ses convictions sous le boisseau.

On le présente comme l’“éminence grise” de Nicolas Sarkozy, inspirant au chef de l’État les thèmes d’une campagne menée tambour battant. Le retour aux frontières ? Buisson ! L’identité nationale et la défense des valeurs ? Buisson ! L’appel au peuple et la stratégie référendaire ? Buisson, vous dis-je ! Le chef de l’État n’a-t-il pas déclaré lui-même, en lui remettant la Légion d’honneur, le 24 septembre 2007 : « C’est à Patrick que je dois d’avoir été élu » ? Pourtant, “Patrick” a toujours refusé le poste de conseiller auprès du président que Nicolas Sarkozy lui proposait et n’occupe aucun bureau à l’Élysée.

On dit aussi de Buisson qu’il est “maurrassien”. « Aucune élection ne s’est jamais jouée sur des thématiques économiques », assène-t-il : politique d’abord ! Pourtant, il retient aussi du théoricien royaliste de l’Action française que « la monarchie, c’est l’anarchie plus un ». Et s’il place Bernanos, Bloy, Anouilh et Céline au sommet de son panthéon littéraire, il rappelle volontiers qu’il est également le biographe de Léo Ferré, dont il apprécie la poésie, comme celle d’Aragon – au moins la Diane française : « Je ne m’incline que devant le talent, et il n’est ni de droite, ni de gauche. »

Lui-même déroule de savantes analyses nourries de références historiques et politiques sur l’électorat populaire dont les aspirations sont depuis trop longtemps méprisées par une élite mondialisée. Pourtant, c’est aux Clermont-Tonnerre, l’une des plus vieilles familles de France, qu’il emprunte son aristocratique devise : “Si omnes, ego non” (“Si tous, pas moi”) – tirée de l’Évangile selon saint Matthieu.

On le dit enfin catholique. Par décret de Benoît XVI, il a reçu, le 21 janvier, l’insigne de commandeur de l’ordre de Saint-Grégoire-le-Grand, décerné par le Vatican à des catholiques ayant rendu des services signalés à l’Église. Si le discours du Latran (où Nicolas Sarkozy exaltait les racines chrétiennes de la France) doit beaucoup à Emmanuelle Mignon, c’est à Buisson qu’on doit le second voyage du président à Rome, en 2010, après l’interprétation captieuse d’une homélie du Saint-Père présentée par la presse comme une condamnation de la fermeté du gouvernement à l’égard des Roms. Il est à l’origine aussi des déplacements du chef de l’État à Vézelay, au Puy-en-Velay, à Domrémy pour l’hommage rendu « non pas à l’égérie du Front national, mais à la sainte de la patrie, symbole de l’esprit de résistance : Jeanne d’Arc, cette fille du peuple qui en remontre aux docteurs de la Sorbonne ».

Et pourtant ? Et pourtant, rien ! Car l’attachement de Patrick Buisson au Saint-Siège n’appelle aucune nuance : lui-même se dit, avec un soupçon de provocation, « papiste ultramontain », et l’Église romaine est la seule autorité devant laquelle il consent à s’agenouiller. Car Buisson n’aime rien autant que sa liberté – et le plaisir de transgresser le prêt-à-penser d’une bourgeoisie naguère conservatrice, aujourd’hui “bobo”, dont il a toujours combattu « l’assommant conformisme ». « Je suis un irrégulier », dit-il.

Est-ce cela – le goût de la transgression – qui le rapproche de Nicolas Sarkozy ? Le chef de l’État apprécie les analyses de Patrick Buisson, souvent iconoclastes mais toujours fondées sur une érudition historique qui laisse peu de prise à la contradiction. « Buisson, c’est mon hémisphère droit, s’amuse-t-il. L’homme est l’un des plus fins que je connaisse. Il m’apporte beaucoup. » Et Buisson encourage les audaces d’un candidat « capable de désenclaver sociologiquement et idéologiquement une droite dont Jacques Chirac avait réduit la base électorale à 20 % des suffrages au premier tour de l’élection présidentielle ». Le sarkozysme est « un empirisme sans tabou », a-t-il un jour résumé, d’une formule dont il est coutumier.

Ni le chef de l’État, ni son conseiller ne sont issus des cénacles technocratiques qui ont longtemps fourni ses dirigeants à la République. À la différence de Jacques Chirac et François Hollande, Nicolas Sarkozy, avocat de profession, n’a pas fait l’Ena. Et Patrick Buisson, 62 ans, est journaliste : ancien directeur de la rédaction de Minute (« En 1986, quand il tirait à 200 000 exemplaires »), puis de Valeurs actuelles jusqu’en 1994, il dirige aujourd’hui la chaîne Histoire. C’est à ses parents qu’il doit ses deux passions : « À mon père, ma culture politique ; à ma mère, mon ancrage catholique. »

« Mon père était issu des milieux populaires. Orphelin de père mort de ses blessures à la guerre, il avait commencé à travailler à 13 ans et c’est en suivant les cours des Arts et Métiers qu’il a pu devenir ingénieur électricien. Il était Camelot du roi [les jeunes royalistes liés à l’Action française]. C’était une école d’irrévérence, dont on mesure mal aujourd’hui l’influence intellectuelle. L’Action française et plus encore les Camelots étaient la matrice, aristocratique et populaire, d’une véritable contre-culture. Ce n’était cependant pas une contre-société : mon père n’a jamais été un “émigré de l’intérieur”. Il avait le goût et l’élégance de la vraie subversion. »

Cet engagement politique se traduit à la fois par une aversion pour le totalitarisme communiste (« J’avais 7 ans quand ma mère m’a conduit à la manifestation contre l’écrasement de l’insurrection hongroise par les chars soviétiques ») et par un soutien à l’Algérie française conçue, selon l’expression de l’historien Raoul Girardet, comme « un Far West : la dernière aventure avant l’avènement de la société marchande et le triomphe de la consommation de masse. Le mouvement de l’Algérie française s’inscrivait dans une cosmogonie de la Résistance à laquelle il empruntait ses mythes et ses mots (“armée secrète”). Qu’ils soient de droite ou de gauche, ses partisans se réclamaient d’une autorité morale supérieure au pouvoir légal – comme de Gaulle à Londres », se plaît-il à souligner.

En mars 1962, le jeune Patrick Buisson, 12 ans, refuse de se lever quand l’Éducation nationale impose aux élèves une minute de silence pour six victimes de l’OAS. Si omnes, ego non. C’est encore le souvenir de l’Algérie française qui le fera rencontrer neuf ans plus tard Jean-Marie Le Pen quand il rédigera, sous la direction de Girardet, un mémoire de maîtrise sur les acteurs de cette guerre civile.

Daniel Cohn-Bendit lui offre une autre occasion de se distinguer à Nanterre, en 1968. Soutenus par quelques enseignants courageux, les étudiants de la Corpo de lettres, dont il est vice-président, s’opposent à la mainmise des “gauchistes” sur la faculté. « Je me souviens encore de la banderole qui nous attendait à l’entrée : “Fascistes qui avez échappé à Diên Biên Phù, vous n’échapperez pas à Nanterre” ! »

La plainte qu’ils déposent contre Dany le Rouge précipitera les événements de Mai, que Buisson analyse dès cette époque comme le meurtre du père : « On met dans le même sac les figures patriarcales et archaïques de De Gaulle et de Pétain. Les fils de la bourgeoisie réclament la libération des moeurs, ses filles celle de la femme, et tous veulent jouir et consommer sans entraves. C’est la fin du pater familias romain, consacrée deux ans plus tard par la loi de 1970, qui remplace la “puissance paternelle” par l’autorité parentale. » Disciple de Philippe Ariès, Patrick Buisson étudie l’évolution des mentalités en historien. « On passe au cours des années soixante d’une société rurale, encore imprégnée de valeurs chrétiennes, à la société de consommation de masse où l’individu l’emporte sur la personne et l’anonymat sur les solidarités collectives. »

C’est à sa mère que Patrick Buisson doit l’essentiel de sa culture chrétienne. Et sa foi. « J’ai toujours été un admirateur inconditionnel de l’Église comme principe de civilisation : c’est de son sein qu’ont jailli les plus grands et les plus purs chefs d’oeuvre de l’humanité. Notre époque n’a que des banques pour cathédrales. » Il reconnaît cependant qu’il est resté longtemps « un catholique hors les murs » : « J’ai toujours été un homme des marges et longtemps un homme des seuils. »

Les développements du concile Vatican II l’ont exaspéré : « À partir de 1962, l’Église n’est pas allée au monde, elle s’est rendue au monde. Or l’Église a toujours été forte de son intransigeance. Bien des empereurs romains étaient prêts à faire une petite place à Jésus entre Apollon et Mithra. Beaucoup d’autres, au long des siècles, ont proposé à l’Église de conclure un pacte avec le monde. C’est parce qu’elle l’a toujours refusé qu’elle a traversé les âges. »

Il voit cependant dans « l’oeuvre considérable » de Benoît XVI (qu’il a remercié pour le Motu Proprio) et la fondation de communautés nouvelles les ferments d’une renaissance qui le réjouit : « Nous héritons d’une religion nue, débarrassée des scories du conformisme social qui corrompait son message au XIXe siècle. Nous avons la chance de pouvoir contester le courant dominant tout en étant fidèles aux valeurs éternelles, et le privilège redoutable d’avoir à choisir entre la faiblesse de Dieu, moins présent que jamais dans une société déchristianisée, et la puissance de l’homme qui ne cesse de s’accroître dans l’ordre technologique et matériel… »

Sommes-nous si loin de l’action politique et de l’élection présidentielle ? L’influence dépend aussi des rapports de force. D’âpres batailles se sont déroulées dans l’entourage de Nicolas Sarkozy avant la parution de son entretien dans le Figaro Magazine (11 février 2012). Le chef de l’État s’y prononce contre la légalisation de l’euthanasie au nom d’« un principe, celui du respect de la vie ». Certains de ses conseillers voulaient supprimer cette expression « parce que les associations pro-vie [hostiles à l’avortement] ont coutume de l’employer ». Il a fallu que Patrick Buisson pèse de tout son poids pour qu’elle soit maintenue dans cet entretien.

« Sur les enjeux de civilisation (euthanasie, mariage homosexuel, bioéthique, vote des étrangers, politique migratoire…), tout oppose François Hollande à Nicolas Sarkozy », dit-il, en rappelant aussi son influence sur des décisions symboliques, comme la promotion d’Hélie de Saint Marc à la dignité de grand-croix de la Légion d’honneur : « La politique, c’est l’art de gérer les symboles. Une fois que les paroles sont dites, la transgression est accomplie. »

Tous les électeurs en sont-ils convaincus ? À droite, beaucoup estiment que le compte n’y est pas et que la rupture promise en 2007 n’a pas eu lieu. Patrick Buisson n’ignore pas ces frustrations mais « s’il avait pu tout faire en cinq ans, Nicolas Sarkozy ne solliciterait pas un nouveau mandat ! », rétorque-t-il.

“Sortir de l’entre-soi grâce au référendum”

S’il évoque l’ampleur des crises que le gouvernement a dû affronter, Buisson avance un argument inédit pour expliquer que tous les engagements n’aient « pas encore » été tenus : « En 2007, Sarkozy, c’était Bonaparte au pont d’Arcole ! Il s’est emparé de thèmes, comme l’identité nationale, que Chirac avait totalement abandonnés. Il a désenclavé la droite en agrégeant un vote populaire au vote de droite traditionnel. Comme de Gaulle en 1958 ! Le problème, c’est qu’il manquait d’hommes pour appliquer la révolution culturelle qu’il incarnait, car la droite chiraquisée s’est soumise à l’hégémonie intellectuelle de la gauche depuis des décennies, au point de perdre ses repères. Alors que l’extrême gauche infiltrait le PS et le PCF tout en maintenant une expression politique autonome grâce à ses partis et ses associations, la droite n’a pas formé ses cadres ! On ne peut pas exiger d’un homme qu’il fasse en cinq ans ce que deux ou trois générations n’ont pas pu ou n’ont pas su faire avant lui ! »

Quelle garantie l’électeur a-t-il que ses attentes ne seront pas de nouveau déçues ? « Le référendum, répond Patrick Buisson. Nicolas Sarkozy s’adressera directement aux Français sur les questions importantes. Que ce soit sur l’immigration ou sur l’indemnisation du chômage. Et plus généralement, à chaque fois qu’il y aura blocage ou que les élites autoproclamées chercheront à réduire les droits du citoyen à ce que Guy Debord appelait “les droits de l’homme spectateur” privé de la maîtrise de son destin. »

« Redonner la parole aux Français, c’est sortir de l’entre-soi », poursuit Buisson. « Une élection présidentielle ne se gagne pas au centre mais au peuple », répète-t-il souvent. Quelle que soit l’issue de celle-ci, c’est sur cette ligne que campe aujourd’hui le candidat Sarkozy.

Voir enfin:

Anti-capitalists and Communists

In their own words

The Economist

Apr 16th 2012

S.P. |

PARIS

THE strict rules governing the right to equal airtime for all ten presidential candidates, which have been in place since last week, are based on a commendable principle. But the result, if you watch television or listen to the radio at the moment, gives the impression that France is awash with Communists, anti-capitalists and other revolutionaries.

Three candidates fall loosely into the far-left camp, and therefore between them are allocated nearly a third of all airtime: the Left Front’s Jean-Luc Mélenchon (pictured, above), who is backed by the Communists; the New Anti-Capitalist Party’s Philippe Poutou, a car-factory worker who took over from Olivier Besancenot, the postman who ran in 2007, and Nathalie Artaud, from the Workers’ Struggle.

Together, these three get 14%-18% of the vote, according to the latest series of polls, with the vast majority of that going to Mr Mélenchon. To put this figure in perspective, remember that François Bayrou, the centrist candidate, is polling at around just 9%-11%.

You really need to be here to appreciate the sort of discussions that are currently taking place on serious political programmes. For the benefit of those following from afar, here are some excerpts.

Mr Poutou was on the radio last week talking about his plan to reduce the French working week from 35 hours to 32. The idea, explained Mr Poutou patiently, is “to work as little as possible and to earn as much as possible”:

We’re told that the 35 hour week is a luxury. Well we think it should be reduced.

He then added:

If it was possible to not work at all, we wouldn’t be against that.

Mr Poutou sits squarely on the revolutionary far left, which dreams of overthrowing the capitalist system. So does Ms Artaud, who this weekend denounced Mr Mélenchon for being a mere “vote-catcher” for François Hollande. To this pair, Mr Mélenchon, who spent years as a Socialist Senator but is now backed by the Communists, is merely a harder-talking version of the traditional establishment left. The Communist Party, after all, was until ten years ago part of a formal governing alliance with the Socialist Party at national level, under Lionel Jospin, and has hooked up with the party on various lists at regional and local elections. So it is worth listening closely to the man.

Mr Mélenchon’s slogan is “Seize power”. His television clip ends with the line:

You see, with the will, we can share out the wealth. The money exists. What needs to be done is to make it available to everybody.

Here is a taste of the man in full flow, at a rally in Clermond-Ferrand, to rapturous applause:

Look the rich in the eye, and tell them not “I’m not dangerous” but “I am dangerous »: I’m going to empty your pockets!

And here he is explaining in a TV debate the core of his programme:

The number one question is not immigration or insecurity, the number one question in society is the sharing out of wealth…If I’m elected, we will share it out, and those who don’t want to share willingly will share by force.

I could go on, but will leave it at that for now. It may help explain why, outside France, with his 75% top tax rate, François Hollande comes across as an outdated, old-style tax-and-spend leftist. But inside the country, he is seen as a woolly moderate who has embraced austerity politics and the Brussels consensus.

4 Responses to Présidentielles 2012: Attention, une honte peut en cacher une autre (I don’t want to regulate capitalism, I want to strangle it)

  1. […] qui n’a jamais “osé retourner l’argument moral contre la gauche socialiste” et “dénoncer l’alliance du PS avec le parti qui déclarait jadis que ‘Staline est l’homme que nous aimons […]

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  2. […] d’une droite divisée  par le plus violent des terrorismes intellectuels comme ses alliances avec une extrême gauche ouvertement totalitaire […]

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  3. […] à la stratégie père Noël qui avait permis il y a cinq mois à une « gauche champagne«   alliée avec une extrême gauche ouvertement totalitaire  de faire passer pour victoire l’auto-sabordage d’une droite divisée  par le plus violent des […]

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