Affaire Enderlin: Récit d’un acharnement contre la vérité (France’s infamous Al-Dura forger goes for hail mary book)

L’image correspondait à la réalité de la situation, non seulement à Gaza, mais en Cisjordanie. Enderlin (Le Figaro, 27/01/05)
Oh, ils font toujours ça. C’est une question de culture. Représentants de France 2 (cités par Enderlin)
Il y a lieu de décider que Patrick Karsenty a exercé de bonne foi son droit à la libre critique (…) En répondant à Denis Jeambar et à Daniel Leconte dans le Figaro du 23 janvier 2005 que « l’image correspondait à la réalité de la situation, non seulement à Gaza, mais en Cisjordanie », alors que la diffusion d’un reportage s’entend comme le témoignage de ce que le journaliste a vu et entendu, Charles Enderlin a reconnu que le film qui a fait le tour du monde en entrainant des violences sans précédent dans toute la région ne correspondait peut-être pas au commentaire qu’il avait donné. Laurence Trébucq (Présidente de la Cour d’appel de Paris, 21.05.08)
Voilà sept ans qu’une campagne obstinée et haineuse s’efforce de salir la dignité professionnelle de notre confrère Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jerusalem. Voilà sept ans que les mêmes individus tentent de présenter comme une « supercherie » et une « série de scènes jouées » , son reportage montrant la mort de Mohammed al-Doura, 12 ans, tué par des tirs venus de la position israélienne, le 30 septembre 2000, dans la bande de Gaza, lors d’un affrontement entre l’armée israélienne et des éléments armés palestiniens. Appel du Nouvel observateur (27 mai 2008)
Pour l’opinion arabe et musulmane, Tsahal, l’armée israélienne, a assassiné un enfant. Mais un puissant lobby pro-israélien s’est mis en branle, visant à délégitimer le journaliste (il n’était pas présent sur les lieux du tournage), et instrumentaliser une théorie du complot : le film serait un « montage », une « mise en scène », une « manipulation » et une « imposture ». La campagne contre Charles Enderlin, en Israël et au sein de la communauté juive de France , va devenir haineuse, insultante, parfois menaçante. (…) La mécanique de la diffamation est en marche, elle ne s’arrêtera plus. (…) Elle dispose d’avocats déterminés et influents. A sa tête, Philippe Karsenty, pour qui l’affaire Al-Dura est devenue, depuis dix ans, un véritable fonds de commerce. Il est rejoint par l’ancien journaliste Luc Rosenzweig, l’ancien ambassadeur d’Israël à Paris, Elie Barnavi, Richard Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France, l’écrivain Alain Finkielkraut, parmi d’autres. (…) Si Un enfant est mort est d’abord le récit de l’acharnement contre un journaliste, c’est aussi un livre sur le conflit israélo-palestinien, en ce sens qu’il illustre l’intensité des haines dont celui-ci se nourrit. Le Monde
[Ce sont des ] groupes de pression vindicatifs, qui fourrent leur nez dans les organes de presse, et qui ont malheureusement franchi l’Atlantique maintenant. Les Américains ont subi la pression de gens de cette sorte pendant un certain temps, mais la France avait l’habitude d’être exempte de ce genre de choses. [Ces groupes] sont paranoïdes, ils sont têtus, ils n’abandonnent jamais, ils sapent l’énergie des bons journalistes. Je ne veux pas penser à tout l’argent que France 2 a dû dépenser pour défendre sa cause. Charles Enderlin est un excellent journaliste ! Même s’il s’agissait de la question de l’enfantement par la Vierge Marie, j’inclinerais à le croire. Un homme tel que Charles n’inventerait certainement pas une histoire. Jon Randal (ancien correspondant étranger à Paris du Washington Post, spécialiste du Moyen-Orient)
Ecoutez, toute cette affaire a été un cauchemar pour Charles. Il a reçu des courriers haineux, sa femme a été menacée, il est au bord de la dépression nerveuse. Vous voulez la vérité ? Je ne vais pas chercher des échappatoires. J’ai signé en faveur de Charles. Très franchement, je pense qu’il a réalisé sa séquence à la dernière minute et qu’il a été négligent, ensuite, il n’a pas voulu reconnaître qu’il s’est fait avoir. Un film d’une minute, et tout s’est emballé à partir de là. N’indiquez rien qui puisse permettre de m’identifier, je ne voudrais pas qu’il pense que je ne crois pas, à 100 %, à ce qu’il dit, ça le démolirait.  Journaliste anonyme
Est-ce que je pense que Charles Enderlin a manqué une bonne occasion de reconnaître d’emblée son erreur et de s’épargner ce tourment ? Naturellement. Vous savez avec quelle rapidité nous travaillons ? Un type envoie ses images de Gaza, il lui dit que les Israéliens ont abattu l’enfant : il le croit – je veux dire, même le porte-parole de l’Armée de Défense d’Israël l’a cru ! Mais vous ne pouvez pas avouer cela deux ans après les faits. C’est trop tard, cela signifierait que vous abdiquez. Charles a un superbe emploi, il approche de la retraite. Je ne pense pas qu’il voulait faire basculer le bateau. Vous connaissez Charles, il a toujours été sensible au statut ; il aime être le représentant de France 2 en Israël. De plus, ces gens rivés à leurs ordinateurs, ce ne sont pas de vrais journalistes, n’est-ce pas ? On ne peut rentrer de sa journée de travail, bloguer la nuit et s’imaginer qu’on est devenu un journaliste. Cela ne marche pas comme ça. Il y a des normes. (…) « On me l’a demandé ? C’était pour soutenir Charles. Savez-vous que sa femme est Danielle Kriegel ? C’est la fille d’Annie Kriegel [grande universitaire anti-communiste, aujourd’hui décédée], la sœur de Blandine [philosophe et ancienne assistante de Chirac à l’Elysée], la belle-sœur d’Alexandre Adler qui écrit sur la géostratégie et la politique dans la plupart des journaux français de qualité, hôte pérenne d’entretiens de haute qualité culturelle]. Jean-Yves Camus
Bon, peut-être qu’après tout, les balles n’étaient pas israéliennes, mais si quelque chose a été truqué, je suis sûr que Charles n’a rien à y voir. C’est un journaliste remarquable. Je le respecte et je suis sûr que c’est plus important que de savoir si une balle venait de droite ou de gauche. Après tout, beaucoup d’enfants palestiniens ont été tués au cours de l’Intifada. Vous savez, les Israéliens n’ont pas fait la moitié du bruit qu’on fait les Français autour de ça. (…) Vraiment, je trouve déplorable que des gens s’acharnent comme ça contre Charles Enderlin. Il a souffert, vraiment souffert. Et sa pauvre femme… Il fut un temps où ils voulaient émigrer en Amérique, vous vous rendez compte ?  (…) je n’ai pas lu cette pétition. J’ai une dégénescence rétinienne de la macula. Je ne peux plus lire. Theo Klein
Pour comprendre l’affaire Al-Dura, il est utile de garder une chose présente à l’esprit : En France, vous ne pouvez pas reconnaître avoir fait une erreur. C’est un pays où la loi des Jeux du Cirque romain s’applique encore : Vae victis ! Malheur aux vaincus. Si vous tombez, c’est le signal de la mise à mort. Ce n’est pas pour rien que Brennus était un Gaulois. Ses modernes héritiers français ne savent pas bien s’excuser, ou ne le font pas du tout, s’ils peuvent s’en dispenser. Pourquoi le feraient-ils ? Ce serait un aveu de faiblesse. Vacillez, et vous devenez la victime toute désignée. Ainsi, dans le cas de Mohammed al-Dura – un garçon palestinien de 12 ans, censé avoir été tué par des balles israéliennes durant un accrochage dans la bande de Gaza, le 30 septembre 2000 -, il ne fallait réellement pas s’attendre à ce que le journaliste Charles Enderlin, correspondant de longue date de la chaîne de télévision France 2, qui avait diffusé le reportage d’information de 59 secondes, admette immédiatement avoir assemblé en hâte les images de la séquence sensationnelle fournie par le cadreur palestinien habituel de la chaîne, sans vérifier quelles balles, en fait, avaient tué, ou n’avaient peut-être pas tué le garçon. Dans les huit années subséquentes, la petite silhouette de Mohammed al-Dura, recroquevillé à côté de son père accroupi, devint l’emblème de la seconde Intifada. L’image de « l’enfant martyr » apparut sur des affiches, des sites Web, des timbres-poste, et des plaques de rues, dans tout le monde musulman, du Mali à l’Indonésie, suscitant lynchages et explosions-suicide. (…) Entre temps, Enderlin et ses patrons de la chaîne d’Etat France 2, qui avaient distribué gratuitement leur reportage dans le monde entier, refusaient de répondre aux questions. Il s’opposaient catégoriquement à la demande de soumettre l’entièreté des 27 minutes de rushes filmés cet après-midi-là par le caméraman, ou à la reconnaissance de la moindre possibilité d’erreur, et jouaient au ping-pong, à la manière classique dont les administrations brouillent les pistes. (Le « Il ne s’agit pas tant du crime, que de la dissimulation de la vérité », n’est toujours pas entré dans la mentalité française). Il en a pris deux ans à Enderlin pour donner sa première interview à une collègue bienveillante, Elisabeth Schemla, la respectable rédactrice en chef du site Proche-Orient.info, et ancienne rédactrice associée de L’Express, entretien au cours duquel il a confondu « protéger ses sources » et ne pas communiquer la bande vidéo. (Confidence personnelle : j’étais, à l’époque, rédactrice en chef adjointe de Proche-Orient.info.) (…) Solidement campé sur une réputation depuis longtemps honorable, Enderlin, journaliste chevronné et Israélien titulaire de la double nationalité (française et israélienne), qui a passé la majeure partie de sa vie d’adulte dans la même fonction, n’avait jamais imaginé que l’affaire al-Dura le poursuivrait. Il était couvert par ses supérieurs hiérarchiques, ce qui lui conférait la sérénité d’un adepte du Zen, chose possible dans les grands organismes français dont l’esprit, de la base au sommet, est resté profondément et fondamentalement le même depuis la Cour du Roi Soleil [Louis XIV]. Sa couverture d’Israël et de l’Autorité palestinienne, quoique régulièrement critiquée par les groupes pro-israéliens, est hautement estimée par ses pairs. Il a réalisé une série documentaire bien informée sur les Accords d’Oslo, le processus de paix et les négociations de Camp David, en parallèle avec un livre qui a été publié en anglais ; et même si l’on peut arguer qu’il est trop proche de certaines de ses sources (quelques partenaires des négociations de paix ont en fait eu des discussions dans le Bureau de France 2, mis à leur disposition par Enderlin pour servir de terrain neutre et discret), ce fut une réalisation remarquable. Il était dans l’ordre des choses qu’un tel personnage ne puisse être sérieusement mis en difficulté par une bande d’activistes, ou de minables blogueurs, qui, de derrière leurs écrans d’ordinateurs, mettaient en cause son jugement professionnel. Quand il écarta les accusations de dissimulation [de certaines parties des rushes] en expliquant qu’il avait choisi de « ne pas montrer l’entièreté de la scène de l’agonie de l’enfant », qui eût été « intolérable », il s’attendait tout à fait à être cru sur parole. Mais les blogueurs et les activistes refusèrent de laisser mourir cette histoire. En fait, l’alliance improbable entre, parmi d’autres, un professeur d’histoire médiévale de l’université de Boston, un impétueux ancien directeur financier, et un ancien journaliste du Monde, firent bientôt apparaître des pratiques qui n’auraient surpris aucun journaliste ayant l’expérience de travailler dans un Etat totalitaire. La plupart des correspondants étrangers qui couvrent les événements des Territoires palestiniens à partir d’Israël s’en remettent aux journalistes, cameramen et cadreurs locaux. Ces nationaux palestiniens ne bénéficient pas des protections habituellement accordées aux journalistes internationaux. Eux et leurs familles sont l’objet de toutes sortes de pressions de la part d’un système qui n’est pas connu pour son respect des droits humains et des finesses de la liberté d’expression. La fabrication de scènes pour les photographes est une pratique courante. (…) Rosenzweig (…) décrivait les mises en scène, visibles sur la bande juste avant le tir fatal. On pouvait voir des Palestiniens transportés dans des ambulances sur des brancards, réapparaître sans la moindre blessure, le tout dans une atmosphère de carnaval, avec des enfants jetant des pierres devant la caméra, en dépit de ce qui était supposé être une situation tendue. La bande montrait des coups de feu occasionnels et non des tirs continus. De ce grand cirque général enregistré sur le film de Abu Rahma, la Ména concluait que tout l’épisode avait été mis en scène. (…) Jeambar et Leconte eux-mêmes admettaient que la bande montrait des Palestiniens simulant diverses actions de tirs et de débandades, ils relataient qu’ils avaient plaisanté à propos de ces scènes avec les responsables de France 2, qui leur faisaient visionner la bande. Tous ceux qui assistaient à cette projection pour visiteurs illustres et dirigeants de France 2, relate l’éditorial, étaient tombés entièrement d’accord sur le fait qu’il était impossible de déterminer d’où venaient les balles, mais qu’il était hautement improbable qu’elles aient pu provenir du poste israélien. Plus décisif encore, Jeambar et Leconte avaient également pris Enderlin en flagrant délit de mensonge (ou, comme ils l’ont exprimé aimablement, d’ « extrapolation ») : « Nulle part sur la bande, il n’y avait d’’agonie insupportable » », écrivaient-ils. « Elle n’avait pas été coupée, elle n’existait tout simplement pas. » (…) On se serait attendu à ce que la réputation professionnelle d’Enderlin subisse un dommage suite à tout cela. Erreur. En moins d’une semaine, une pétition fut rapidement lancée par ses amis, dans le Nouvel Observateur, le plus important hebdomadaire d’information de gauche en France. La pétition ne laisse aucune place à l’ambiguïté, ni au moindre doute, elle appelle la position soutenue avec véhémence par Karsenty, mais largement documentée, une « campagne de sept années de haine », dont le but est de ruiner « l’honneur professionnel » d’Enderlin. Dans le paragraphe introductif, elle affirme catégoriquement que Mohammed al-Dura a été tué « par des tirs venant de la position israélienne ». Elle exprime son extrême étonnement d’une décision judiciaire « qui accorde à des négationnistes obstinés ignorant des réalités locales et sans expérience journalistique,  la même crédibilité qu’à un journaliste, connu pour son travail rigoureux». Elle dit sa crainte que cette décision – chose choquante et horrible ! – « permette à quiconque, au nom de la bonne foi et d’un prétendu droit de critique et de ce qu’on appelle la liberté d’expression, de salir en toute impunité l’honneur et la réputation de professionnels de la presse. » Suivent les noms de plus de 300 journalistes – pardon, « professionnels de la presse » – et de centaines d’intellectuels plus hétérogènes (sous l’intitulé « Personnalités »), ainsi qu’un tas de simples surfeurs du Web (« Internautes »). Notons, ici encore, qu’alors que les journalistes sont cités dans un ordre apparemment alphabétique, le responsable éditorial d’un conglomérat de presse voisine avec un modeste journaliste de magazine de voyage – la distinction majeure entre pros et profanes est maintenue. C’est comme si la controverse qui fait rage depuis huit ans était devenue non pertinente. Aux « professionnels de l’information », considérés comme ayant raison par définition, il n’est pas question de demander des comptes. La corporation serrait les rangs. Anne-Elisabeth Moutet

Attention: un acharnement peut en cacher un autre !

Démasquage par la TV publique allemande, perte de ses procès en diffamation, condamnation de Canal plus, interview-fleuve de Karsenty dans Médias, limogeage de Chabot, déconstruction minutieuse de Taguieff …

A l’heure ou 10 ans tout juste après la tristement fameuse imposture de la prétendue mort en direct du petit Mohammed qui lançait la 2e intifada et contribuait largement  à mettre a feu et à sang le Moyen-Orient et une bonne partie du monde …

Le Quotidien de révérence, qui ne rechigne pas lui même à  l’occasion à recourir au bidonnage d’infos …

Ressort l’artillerie lourde (« opinion arabe et musulmane », « assassiné un enfant », « puissant lobby pro-israélien », « théorie du complot », « mécanique de la diffamation », « acharnement ») …

Pour lancer l’apparemment ultime baroud d’honneur (« Un enfant est mort », Charles Enderlin) censé « rétablir la vérité et laver l’honneur » du tristement fameux faussaire et jusqu’ici indéboulonnable correspondant permanent de France 2 à Jérusalem (bientôt 30 ans au compteur !) …

Comment ne pas profiter de l’occasion pour saluer ..

Avec l’impeccable (et ô combien rare et révélateur !) travail de vraie journaliste d’Anne-Elisabeth Moutet (vous en connaissez-vous beaucoup des journalistes français qui prennent la peine d’appeler les gens ?) sur les signataires de la tristement fameuse pétition du Nouvel Observateur d’il y a deux ans (merci encore à l’infatigable et si précieux travail de traducteur de Menahem Macina !)…

Au moment ou après des années de procédures judiciaires et de calomnies il se voit avec ses quelques rares soutiens comme Luc Rosenzweig, Elie Barnavi, Richard Prasquier ou Alain Finkielkraut à nouveau et tout aussi injustement désigné  à la vindicte populaire …

L’infatigable et courageux travail du journaliste indépendant Philippe Karsenty

Face probablement à l’un des plus tenaces et plus pernicieux acharnements contre la vérité de l’histoire du journalisme francais?

« Un enfant est mort », de Charles Enderlin : autopsie d’une calomnie

Laurent Zecchini

Le Monde

21.09.10

 Il est des livres que l’on écrit pour se défendre contre la diffamation, tenter de rétablir sa vérité et laver son honneur. Tel est l’objet d’Un enfant est mort. C’est peu dire que Charles Enderlin, correspondant permanent de France 2 à Jérusalem depuis 1981, a été meurtri par la campagne de dénigrement qui le poursuit depuis dix ans à propos de l’affaire du petit Mohammed Al-Dura.

Peut-être aurait-il pu choisir le silence, afin de permettre aux passions de s’apaiser, pour que s’éteigne cette polémique vipérine. Y aurait-il gagné en sérénité ? Il ne le croit pas : « Avec ou sans ce livre, cette campagne va continuer, parce que c’est mon travail, mes livres, c’est moi, qu’ils visent. »

Rappel des faits : le 30 septembre 2000, au carrefour de Netzarim, au centre de la bande de Gaza, un violent accrochage oppose de jeunes Palestiniens à l’armée israélienne. La seconde Intifada a commencé deux jours plus tôt. La caméra enregistre une scène dramatique : Jamal et son fils âgé de 12 ans, Mohammed, sont pris au piège, au milieu des tirs. Le père, atteint de plusieurs balles, est gravement blessé. Il tente de protéger son fils, en l’entourant de ses bras. Les rafales crépitent, et bientôt l’enfant ne bouge plus.

C’est une mort en direct. Les tirs, commentera Charles Enderlin, « sont venus de la position israélienne ». Le 3 octobre, interrogé par la BBC, le général israélien Giora Eiland, chef des opérations de l’armée, dressera un constat similaire, puis il se rétractera. Le cameraman de France 2, Talal Abou Rahmeh, ne sait pas alors que ses images vont faire le tour du monde, exacerber la tension israélo-palestinienne, semer les germes d’une intense controverse, toujours vivace.

Théorie du complot

Pour l’opinion arabe et musulmane, Tsahal, l’armée israélienne, a assassiné un enfant. Mais un puissant lobby pro-israélien s’est mis en branle, visant à délégitimer le journaliste (il n’était pas présent sur les lieux du tournage), et instrumentaliser une théorie du complot : le film serait un « montage », une « mise en scène », une « manipulation » et une « imposture ».

La campagne contre Charles Enderlin, en Israël et au sein de la communauté juive de France, va devenir haineuse, insultante, parfois menaçante. Talal Abou Rahmeh est qualifié de militant actif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), ce que les services secrets israéliens, le Shin Beth, démentiront. France 2 renouvellera sa confiance à son correspondant, dont la réputation professionnelle est indéniable, et la profession journalistique lui apportera un très large soutien. Rien n’y fait. La mécanique de la diffamation est en marche, elle ne s’arrêtera plus.

Elle dispose d’avocats déterminés et influents. A sa tête, Philippe Karsenty, pour qui l’affaire Al-Dura est devenue, depuis dix ans, un véritable fonds de commerce. Il est rejoint par l’ancien journaliste Luc Rosenzweig, l’ancien ambassadeur d’Israël à Paris, Elie Barnavi, Richard Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France, l’écrivain Alain Finkielkraut, parmi d’autres.

Le livre de Charles Enderlin n’est pas un règlement de comptes, mais une démonstration : il décrit minutieusement, faits et citations à l’appui, la trame et la progression d’une campagne de calomnies. Si Un enfant est mort est d’abord le récit de l’acharnement contre un journaliste, c’est aussi un livre sur le conflit israélo-palestinien, en ce sens qu’il illustre l’intensité des haines dont celui-ci se nourrit.

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UN ENFANT EST MORT de Charles Enderlin. Don Quichotte, 204 p., 18 euros.

Voir aussi:

L’affaire Enderlin : Être un journaliste français implique de ne jamais s’excuser

A.-E. Moutet

The Weekly Standard
07/07/2008

Traduction française : Menahem Macina pour upjf.org

Paris

Pour comprendre l’affaire Al-Dura, il est utile de garder une chose présente à l’esprit : En France, vous ne pouvez pas reconnaître avoir fait une erreur. C’est un pays où la loi des Jeux du Cirque romain s’applique encore : Vae victis ! Malheur aux vaincus. Si vous tombez, c’est le signal de la mise à mort [1]. Ce n’est pas pour rien que Brennus était un Gaulois [2]. Ses modernes héritiers français ne savent pas bien s’excuser, ou ne le font pas du tout, s’ils peuvent s’en dispenser. Pourquoi le feraient-ils ? Ce serait un aveu de faiblesse. Vacillez, et vous devenez la victime toute désignée.

Ainsi, dans le cas de Mohammed al-Dura – un garçon palestinien de 12 ans, censé avoir été tué par des balles israéliennes durant un accrochage dans la bande de Gaza, le 30 septembre 2000 -, il ne fallait réellement pas s’attendre à ce que le journaliste Charles Enderlin, correspondant de longue date de la chaîne de télévision France 2, qui avait diffusé le reportage d’information de 59 secondes, admette immédiatement avoir assemblé en hâte les images de la séquence sensationnelle fournie par le cadreur palestinien habituel de la chaîne, sans vérifier quelles balles, en fait, avaient tué, ou n’avaient peut-être pas tué le garçon.

Dans les huit années subséquentes, la petite silhouette de Mohammed al-Dura, recroquevillé à côté de son père accroupi, devint l’emblème de la seconde Intifada. L’image de « l’enfant martyr » apparut sur des affiches, des sites Web, des timbres-poste, et des plaques de rues, dans tout le monde musulman, du Mali à l’Indonésie, suscitant lynchages et explosions-suicide. Les autorités israéliennes prirent d’abord plus ou moins pour argent comptant le reportage français et déplorèrent, avec gêne, la mort de l’enfant, dans un communiqué hâtif (« Pour autant que l’on puisse en juger l’enfant a été atteint par un de nos tirs »). D’autres, toutefois, n’étaient pas aussi catégoriques.

Ils analysèrent et scrutèrent chacune des 59 secondes du film et tous les recoins du lieu, à la recherche d’indices, d’angles balistiques, de mouvements improbables et de motivations cachées. Le film montrait les deux protagonistes cherchant à se protéger des tirs, puis, plus tard, effondrés, quoique sans trace de sang ni de blessure. Quand des voix de plus en plus convaincantes commencèrent à mettre en question, à tout le moins, l’origine des tirs – l’emplacement du petit poste israélien rendait pratiquement impossible que Mohammed et son père, ce dernier censé avoir été blessé, aient été atteints par des balles israéliennes -, il en prit six semaines au porte-parole de l’armée israélienne pour affirmer, dans une interview, que « les deux versions de l’incident [sont] possibles », et deux mois supplémentaires pour qu’une enquête officielle soit diligentée.

Entre temps, Enderlin et ses patrons de la chaîne d’Etat France 2, qui avaient distribué gratuitement leur reportage dans le monde entier, refusaient de répondre aux questions. Il s’opposaient catégoriquement à la demande de soumettre l’entièreté des 27 minutes de rushes filmés cet après-midi-là par le caméraman, ou à la reconnaissance de la moindre possibilité d’erreur, et jouaient au ping-pong, à la manière classique dont les administrations brouillent les pistes. (Le « Il ne s’agit pas tant du crime, que de la dissimulation de la vérité », n’est toujours pas entré dans la mentalité française). Il en a pris deux ans à Enderlin pour donner sa première interview à une collègue bienveillante, Elisabeth Schemla, la respectable rédactrice en chef du site Proche-Orient.info, et ancienne rédactrice associée de L’Express, entretien au cours duquel il a confondu « protéger ses sources » et ne pas communiquer la bande vidéo. (Confidence personnelle : j’étais, à l’époque, rédactrice en chef adjointe de Proche-Orient.info.)

Même un documentaire d’une heure, réalisé en 2002 par la présentatrice allemande primée, Esther Shapira – qui travaille pour la Première Chaîne de la télévision d’Etat allemande -, n’a pas réussi à faire une brèche dans la position de France 2. Se tenant volontairement à l’écart de théories plus sujettes à controverses, le travail de Schapira mit un terme à la théorie selon laquelle « des balles israéliennes avaient tué Mohammed al-Dura ». Comme E. Schemla lui demandait pourquoi la télévision française ne diffusait pas le film de Schapira, Enderlin se déroba :

« Je ne décide pas de ce que la chaîne diffuse. J’ai des patrons, il y a des responsables au-dessus de moi… une hiérarchie professionnelle. »

Solidement campé sur une réputation depuis longtemps honorable, Enderlin, journaliste chevronné et Israélien titulaire de la double nationalité (française et israélienne), qui a passé la majeure partie de sa vie d’adulte dans la même fonction, n’avait jamais imaginé que l’affaire al-Dura le poursuivrait. Il était couvert par ses supérieurs hiérarchiques, ce qui lui conférait la sérénité d’un adepte du Zen, chose possible dans les grands organismes français dont l’esprit, de la base au sommet, est resté profondément et fondamentalement le même depuis la Cour du Roi Soleil [Louis XIV]. Sa couverture d’Israël et de l’Autorité palestinienne, quoique régulièrement critiquée par les groupes pro-israéliens, est hautement estimée par ses pairs. Il a réalisé une série documentaire bien informée sur les Accords d’Oslo, le processus de paix et les négociations de Camp David, en parallèle avec un livre qui a été publié en anglais ; et même si l’on peut arguer qu’il est trop proche de certaines de ses sources (quelques partenaires des négociations de paix ont en fait eu des discussions dans le Bureau de France 2, mis à leur disposition par Enderlin pour servir de terrain neutre et discret), ce fut une réalisation remarquable. Il était dans l’ordre des choses qu’un tel personnage ne puisse être sérieusement mis en difficulté par une bande d’activistes, ou de minables blogueurs, qui, de derrière leurs écrans d’ordinateurs, mettaient en cause son jugement professionnel. Quand il écarta les accusations de dissimulation [de certaines parties des rushes] en expliquant qu’il avait choisi de « ne pas montrer l’entièreté de la scène de l’agonie de l’enfant », qui eût été « intolérable », il s’attendait tout à fait à être cru sur parole.

Mais les blogueurs et les activistes refusèrent de laisser mourir cette histoire. En fait, l’alliance improbable entre, parmi d’autres, un professeur d’histoire médiévale de l’université de Boston, un impétueux ancien directeur financier, et un ancien journaliste du Monde, firent bientôt apparaître des pratiques qui n’auraient surpris aucun journaliste ayant l’expérience de travailler dans un Etat totalitaire. La plupart des correspondants étrangers qui couvrent les événements des Territoires palestiniens à partir d’Israël s’en remettent aux journalistes, caméramans et cadreurs locaux [3]. Ces nationaux palestiniens ne bénéficient pas des protections habituellement accordées aux journalistes internationaux. Eux et leurs familles sont l’objet de toutes sortes de pressions de la part d’un système qui n’est pas connu pour son respect des droits humains et des finesses de la liberté d’expression. La fabrication de scènes pour les photographes est une pratique courante.

Le professeur d’histoire médiévale, Richard Landes, un Américain à la voix douce, qui a passé son enfance en France et fait ses études primaires dans une école publique parisienne, devenu maintenant l’un des analystes les plus zélés de l’affaire al-Dura, a forgé un terme pour caractériser la manipulation palestinienne des médias : « Pallywood ». Il croit que tout l’événement al-Dura a été mis en scène ce jour-là. Utilisant des séquences tournées par d’autres caméramans alors présents sur les lieux, il expose sa thèse avec force sur ses deux sites très fréquentés et régulièrement mis à jour (The Augean Stables, et The Second Draft), ainsi que dans d’innombrables articles et interviews.

Entre en scène le bouillant Philippe Karsenty, Juif français qui s’est senti si déçu de la couverture, par les grands médias, de la seconde Intifada et des événements du Moyen-Orient en général, qu’il a abandonné une carrière réussie dans la finance, pour créer une agence d’observation des médias. Son site, Medias-Ratings, soumet la validité des informations de presse sur tous les sujets au test qu’il appelle « Méthode P.H.I.L.T.R.E. », qui évalue les articles sur les plans « exactitude, cohérence, indépendance, liberté, transparence, responsabilité et exhaustivité ». Karsenty se saisit du cas al-Dura et se mit à prendre à partie tous ceux qu’il considérait comme responsables de la perpétuation d’un dangereux mensonge.

Karsenty est un jeune quadragénaire, beau garçon, prompt à la réplique, sérieusement accro au téléphone cellulaire, qui a une foi inébranlable dans la mission qu’il s’est attribuée. Il s’est fait des ennemis parmi ses amis avec autant de brio qu’il s’en est fait au sein de l’establishment français. (Il y a chez lui quelque chose du poulbot qui sonne aux portes des immeubles voisins). Il a été l’objet d’attaques tant de la part de divers dirigeants juifs, que de la directrice de l’information de France 2, Arlette Chabot, d’Enderlin, et du président de France 2, Patrick de Carolis, ainsi que d’un tas de politiciens. Il recourt régulièrement à des expressions telles que « Je vais l’enterrer ! », et « Je vais mettre fin à la carrière de ce bâtard [qui fait preuve de] connivence ». Il est un peu fou, mais on peut faire valoir que beaucoup de saints et de héros l’étaient un peu également – si Jeanne d’Arc avait été plus heureuse dans son village de Lorraine, il est vraisemblable que nous autres, Parisiens, parlerions tous anglais aujourd’hui.

Karsenty n’est pas un saint, mais c’est le mélange spécial, en lui, de bravade, de ténacité, de testostérone, et d’évidentes mauvaises manières, qui a finalement fait vaciller France 2. (Quand je l’ai rencontré, je me suis remémoré l’ancien sénateur de New York, Alfonse d’Amato, qui se glorifiait de son surnom de « bouledogue de Brooklin », et à qui la Commission bancaire du Sénat laissa la bride sur le cou, dans l’affaire des Banques suisses qui refusaient de dévoiler le nombre et l’état des comptes des victimes de l’Holocauste. Jusqu’alors, les banques avaient eu affaire à des délégations courtoises, dirigées par des personnalités affables comme Paul Volcker, ancien président de la Réserve Fédérale, et Stuart Eizenstat, ancien sous-secrétaire d’Etat. Ils n’avaient abouti à rien. D’Amato sans prendre de prisonniers, débloqua le processus en quelque deux mois.)

En tout cas, il y a deux ans, après que Karsenty ait publié trop de libres opinions concernant l’ « infâme bobard » de l’affaire al-Dura, France 2 lui intenta un procès en diffamation. Dans un pays où les juges sont des fonctionnaires publics, le premier jugement surprit peu d’observateurs : on avait rendu un verdict favorable à l’institution, France 2, et statué que le profane Karsenty, devrait payer 1 euro de dommages aux plaignants, une amende de 1 000 euros, et 3000 euros supplémentaires de frais de justice. Même en tenant compte du tarif relativement modéré qui a cours en France, c’était un coup de règle sur les doigts. Karsenty prit le risque d’interjeter appel.

La Cour d’appel a siégé le mois dernier et demandé la preuve à couper le souffle, à savoir : les fameuses 27 minutes de la séquence originale non montée, de France 2, que même Enderlin n’avait pas vues quand il avait envoyé son sujet pour les informations du soir. (Son caméraman palestinien, Talal Abu Rahma, lui avait envoyé par modem environ 6 minutes [de prises de vues] aux fins de réalisation de la séquence pour les informations.) En traînant les pieds, France 2, remit finalement [au Tribunal] 18 minutes de film. (Dans le système judiciaire français ce qu’on appelle « outrage à magistrat » n’existe pratiquement pas.) La projection de ce film causa un instant de stupeur, quand les juges, jusqu’alors blasés, s’assirent et commencèrent à regarder, puis annoncèrent une suspension d’audience, pour demander ensuite à France 2 la totalité des rushes. Cela s’avéra être un tournant du procès.

Karsenty vint à l’audience lourdement chargé d’une tonne de documentation, dont un rapport balistique de 90 pages. Outre tout cela, la curiosité du tribunal fut attirée sur un article d’opinion de 2005, rédigé par deux journalistes de l’establishment, Denis Jeambar, alors rédacteur en chef de L’Express (équivalent français de Newsweek), et Daniel Leconte, responsable des documentaires d’information pour la chaîne culturelle gouvernementale franco-allemande, Arte (une sorte de PBS [Service public de diffusion]), l’un et l’autre peu susceptibles d’être impliqués dans cette indigne empoignade. Sur l’incitation de l’ancien journaliste du Monde, Luc Rosenzweig – qui s’était pris d’un grand intérêt pour l’affaire et avait commencé à écrire à son propos pour la petite équipe d’information de presse, Mena -, Jeambar et Leconte avaient, dès 2004, demandé à France 2 de leur montrer les rushes bruts originaux. Consciente de l’influence de Jeambar et de Leconte sur l’establishment, France 2 avait fait pour eux ce qu’elle avait refusé de faire pour d’innombrables autres, et leur avait montré, ainsi qu’à Rosenzweig, les 27 minutes de film.

Ce qui se produisit alors est typique du comportement de la chatte sur un toit brûlant, qu’ont même de fortes personnalités françaises quand elles sont confrontées à une sorte de violation d’un ordre de préséance, non exprimé mais bien connu, qu’ont les élites ici. Alors que Jeambar et Leconte prenaient leur temps pour réfléchir à ce qu’ils avaient vu, Rosenzweig eut l’impudence d’envoyer un article à la Ména, dans lequel il décrivait les mises en scène, visibles sur la bande juste avant le tir fatal. On pouvait voir des Palestiniens transportés dans des ambulances sur des brancards, réapparaître sans la moindre blessure, le tout dans une atmosphère de carnaval, avec des enfants jetant des pierres devant la caméra, en dépit de ce qui était supposé être une situation tendue. La bande montrait des coups de feu occasionnels et non des tirs continus. De ce grand cirque général enregistré sur le film de Abu Rahma, la Ména concluait que tout l’épisode avait été mis en scène.

Le fait d’avoir été devancé par Rosenzweig irrita Leconte et Jeambar. Ils exprimèrent leur mécontentement dans une libre opinion, parue en 2005 dans le journal de centre droit, Le Figaro. Ils consacrèrent une si grande partie de l’article à dénoncer Rosenzweig, l’audace qu’il avait eue de rendre compte en avant-première de ce qu’il avait vu en compagnie de ceux qui lui étaient supérieurs [dans le monde de la presse], ainsi que les conclusions qu’il osait tirer de manière indépendante, qu’il était facile d’oublier un fait capital : Jeambar et Leconte eux-mêmes admettaient que la bande montrait des Palestiniens simulant diverses actions de tirs et de débandades, ils relataient qu’ils avaient plaisanté à propos de ces scènes avec les responsables de France 2, qui leur faisaient visionner la bande.

Tous ceux qui assistaient à cette projection pour visiteurs illustres et dirigeants de France 2, relate l’éditorial, étaient tombés entièrement d’accord sur le fait qu’il était impossible de déterminer d’où venaient les balles, mais qu’il était hautement improbable qu’elles aient pu provenir du poste israélien. Plus décisif encore, Jeambar et Leconte avaient également pris Enderlin en flagrant délit de mensonge (ou, comme ils l’ont exprimé aimablement, d’ « extrapolation ») :

« Nulle part sur la bande, il n’y avait d’’agonie insupportable » », écrivaient-ils. « Elle n’avait pas été coupée, elle n’existait tout simplement pas. »

Cet article paru dans Le Figaro avait eu peu d’impact lors de sa parution, mais il s’avéra constituer un des élément cruciaux de la contestation, par Karsenty, de la version des événements, donnée par France 2. Il gagna son appel. L’arrêt, rendu le 21 mai, déclarait qu’il avait agi de bonne foi, en tant que commentateur de presse, et qu’il avait présenté un « ensemble cohérent de preuves », bien que la supercherie n’ait pu être définitivement prouvée. La juge notait également « des incongruités et des contradictions insupportables dans les explications de Charles Enderlin », dont la comparution devant un tribunal constituait sa première déposition sous serment, dans cette affaire.

On se serait attendu à ce que la réputation professionnelle d’Enderlin subisse un dommage suite à tout cela. Erreur. En moins d’une semaine, une pétition fut rapidement lancée par ses amis, dans le Nouvel Observateur, le plus important hebdomadaire d’information de gauche en France. La pétition ne laisse aucune place à l’ambiguïté, ni au moindre doute, elle appelle la position soutenue avec véhémence par Karsenty, mais largement documentée, une « campagne de sept années de haine », dont le but est de ruiner « l’honneur professionnel » d’Enderlin. Dans le paragraphe introductif, elle affirme catégoriquement que Mohammed al-Dura a été tué « par des tirs venant de la position israélienne ». Elle exprime son extrême étonnement d’une décision judiciaire

« qui accorde à des négationnistes obstinés ignorant des réalités locales et sans expérience journalistique,  la même crédibilité qu’à un journaliste, connu pour son travail rigoureux».

Elle dit sa crainte que cette décision – chose choquante et horrible ! –

« permette à quiconque, au nom de la bonne foi et d’un prétendu droit de critique et de ce qu’on appelle la liberté d’expression, de salir en toute impunité l’honneur et la réputation de professionnels de la presse. »

Suivent les noms de plus de 300 journalistes – pardon, « professionnels de la presse » – et de centaines d’intellectuels plus hétérogènes (sous l’intitulé « Personnalités »), ainsi qu’un tas de simples surfeurs du Web (« Internautes »). Notons, ici encore, qu’alors que les journalistes sont cités dans un ordre apparemment alphabétique, le responsable éditorial d’un conglomérat de presse voisine avec un modeste journaliste de magazine de voyage – la distinction majeure entre pros et profanes est maintenue. C’est comme si la controverse qui fait rage depuis huit ans était devenue non pertinente. Aux « professionnels de l’information », considérés comme ayant raison par définition, il n’est pas question de demander des comptes. La corporation serrait les rangs.

En parcourant la longue liste (à laquelle de nouvelles signatures s’ajoutent chaque jour, sur le site du Nouvel Obs), j’ai fait l’expérience de ce genre d’instant où votre vie défile en un éclair devant vos yeux. Il y avait les noms de gens de tous les magazines ou journaux dans lesquels j’avais travaillé ; de gens avec lesquels j’avais été formée ; de gens qui avaient été mes copains avant que la vie nous jette dans différentes directions ; et de gens que j’avais vus pour la dernière fois la semaine d’avant. Franchement, c’était effrayant comme à Stepford [4].

Je décidai d’appeler autant de personnes dont les noms m’étaient familiers, qu’il me serait possible. Je savais, ou croyais savoir, d’où venaient ces gens. Pourquoi avaient-ils signé ? Poser la question pouvait être gênant, me dis-je, mais n’est-ce pas notre travail que de poser des questions ?

Il s’avéra en effet, que c’était tout à fait gênant. J’en suis venue à reconnaître le moment où, après la salutation de la « voix-de-votre-passé », le blabla du genre « où-travaillez-vous-à-présent », et les évocations nostalgiques d’anciens rédacteurs, collègues, concurrents, preneurs de copie (« c’est entièrement fait à l’ordinateur maintenant, sans que personne ne vous dise que votre prose est incompréhensible ! »), j’arrive tout près du sujet. Quand je commence à expliquer que j’écris un article sur l’affaire al-Dura et que je me demande pourquoi ils ont signé la pétition, je reconnais immédiatement la pause révélatrice, l’instant du « Mon Dieu, elle s’est fait avoir par la Scientologie ! Elle est passée dans le camp des cinglés ! », après quoi tout l’exercice consistera à me raccrocher au nez le plus vite possible.

Et puis, il y a ceux qui, comme la rédactrice du département étranger d’un magazine libéral, avec laquelle, 25 ans auparavant, j’avais passé des soirées de beuveries, au cours desquelles nous déplorions les défauts de nos petits amis respectifs, et qui maintenant se débarrassait de moi comme d’un inconvénient.

« J’ai pas beaucoup de temps, trop de pages à publier, un employé en congé de maladie, c’est vrai, pourquoi poses-tu de telles questions, j’ai une semaine catastrophique, je ne peux vraiment pas te parler jusqu’à… ben, vendredi, mais tu auras donné ton article, d’ici là, n’est-ce pas ? »

« Oh, non, vendredi, il sera encore temps. » (Déception perceptible sur la ligne.)

J’ai appelé le vendredi suivant – n’ayant accès qu’à sa boîte vocale, j’ai actionné la fonction ’rappeler sans interruption’, jusqu’à ce que j’obtienne un grognement d’agacement en réponse à ma salutation.

« Je suis en interview, je ne peux pas parler, j’ai rien à dire ».

Clac.

Et puis, il y a eu le fameux Jon Randal, 75 ans, ancien correspondant étranger à Paris du Washington Post, un spécialiste du Moyen-Orient, que j’ai admiré durant les années où j’étais une journaliste inexpérimentée. Il m’a expliqué sur un ton tranchant qu’il considérait tout cela comme un dangereux courant américain de

« groupes de pression vindicatifs, qui fourrent leur nez dans les organes de presse, et qui ont malheureusement franchi l’Atlantique maintenant. »

(Ayant vécu à Paris durant plus de 40 ans, Jon est devenu effroyablement Français.)

« Les Américains ont subi la pression de gens de cette sorte pendant un certain temps, mais la France avait l’habitude d’être exempte de ce genre de choses. [Ces groupes] sont paranoïdes, ils sont têtus, ils n’abandonnent jamais, ils sapent l’énergie des bons journalistes. Je ne veux pas penser à tout l’argent que France 2 a dû dépenser pour défendre sa cause. Charles Enderlin est un excellent journaliste ! Même s’il s’agissait de la question de l’enfantement par la Vierge Marie, j’inclinerais à le croire. Un homme tel que Charles n’inventerait certainement pas une histoire. »

« Mais, tentai-je, de faire remarquer, il y a l’absence de l’agonie de l’enfant sur la vidéo. »

« Sottises. Les télévisions ne montrent pas la violence extrême. Vous le savez. Ecoutez, je ne sais pas de quel côté vous êtes dans cette affaire. »

 « J’essaie de comprendre le sens de tout cela. »

 « Je voudrais que vous appeliez Loren Jenkis, mon ami de NPR [National Public Radio ?] ; appelez David Greenway, du Boston Globe ; ils vous parleront des groupes de pression. »

C’était un autre sujet ; je n’avais plus le temps et je n’ai pas appelé.

Même cas de figure concernant le journaliste expérimenté du Figaro, qui pense que Charles Enderlin est tout simplement le meilleur journaliste en poste au Moyen-Orient.

« Ces gens, ceux qui l’attaquent, ce sont des extrémistes de droite, n’est-ce pas ? Vous ne pouvez prendre au sérieux tout ce qu’ils disent. »

Je concédai que l’imposture n’était pas prouvée, mais [j’insistai sur le fait que] les tirs venaient, selon toute vraisemblance, du côté palestinien.

« Esther Schapira… »

Soupir de désapprobation.

« Pas très sérieuse, non ? » [En français dans le texte.]

« Oui, mais pourtant, Schapira vient juste de recevoir le Prix Europe 2007 pour son documentaire sur le meurtre de Theo Van Gogh et a été nominée pour le prix Banff Television 2008. »

Petit borborygme de surprise polie. Même topo, rien de ce qu’il avait entendu jusqu’à maintenant ne le convainquait ni n’était susceptible de le convaincre de changer d’avis.

Puis, il y a eu celui qui insistait avec véhémence pour qu’on ne le cite pas, ni qu’on le décrive de quelque manière que ce soit, au point que je ne devais même pas mentionner son sexe.

« Ecoutez, toute cette affaire a été un cauchemar pour Charles. Il a reçu des courriers haineux, sa femme a été menacée, il est au bord de la dépression nerveuse. Vous voulez la vérité ? Je ne vais pas chercher des échappatoires. J’ai signé en faveur de Charles. Très franchement, je pense qu’il a réalisé sa séquence à la dernière minute et qu’il a été négligent, ensuite, il n’a pas voulu reconnaître qu’il s’est fait avoir. Un film d’une minute, et tout s’est emballé à partir de là. N’indiquez rien qui puisse permettre de m’identifier, je ne voudrais pas qu’il pense que je ne crois pas, à 100 %, à ce qu’il dit, ça le démolirait. »

Ça au moins, c’était tout à fait honnête.

Autre signataire impénitent : Jean-Yves Camus, politologue et expert de l’islam radical, avec qui j’avais travaillé à Proche-Orient.info, et qui ne voyait pas d’inconvénient à être cité nommément.

« Est-ce que je pense que Charles Enderlin a manqué une bonne occasion de reconnaître d’emblée son erreur et de s’épargner ce tourment ? Naturellement. Vous savez avec quelle rapidité nous travaillons ? Un type envoie ses images de Gaza, il lui dit que les Israéliens ont abattu l’enfant : il le croit – je veux dire, même le porte-parole de l’Armée de Défense d’Israël l’a cru ! Mais vous ne pouvez pas avouer cela deux ans après les faits. C’est trop tard, cela signifierait que vous abdiquez. Charles a un superbe emploi, il approche de la retraite. Je ne pense pas qu’il voulait faire basculer le bateau. Vous connaissez Charles, il a toujours été sensible au statut ; il aime être le représentant de France 2 en Israël. De plus, ces gens rivés à leurs ordinateurs, ce ne sont pas de vrais journalistes, n’est-ce pas ? On ne peut rentrer de sa journée de travail, bloguer la nuit et s’imaginer qu’on est devenu un journaliste. Cela ne marche pas comme ça. Il y a des normes. »

« Alors, demandai-je, pourquoi signer un texte qui émet catégoriquement l’opinion dangereuse que Mohammed al-Dura a été abattu par les Israéliens, si vous ne le croyez pas ? »

« On me l’a demandé ? C’était pour soutenir Charles. Savez-vous que sa femme est Danielle Kriegel ? C’est la fille d’Annie Kriegel [grande universitaire anti-communiste, aujourd’hui décédée], la sœur de Blandine [philosophe et ancienne assistante de Chirac à l’Elysée], la belle-sœur d’Alexandre Adler qui écrit sur la géostratégie et la politique dans la plupart des journaux français de qualité, hôte pérenne d’entretiens de haute qualité culturelle]. »

Avec toutes ces lettres de noblesse, le halo de respectabilité qui entoure Charles Enderlin atteignait l’opacité de la nuée obscure. Je fis une dernière tentative.

« N’aviez-vous pas la possibilité de demander que la pétition soit amendée ? Ou de lancer votre propre pétition ? »

Réponse de Camus, sur le ton de quelqu’un qui a trop de pain sur la planche pour s’occuper de détails secondaires :

« Trop compliqué. »

Nous prîmes date pour un déjeuner dans deux semaines et raccrochâmes.

A l’autre extrémité de l’échelle, il y a eu l’avocat-vedette, avancé en âge et quelque peu intimidant, Theo Klein, qui, 20 ans auparavant, avait été président du CRIF, le Comité officiel représentatif des Juifs de France. Je l’appelai et lui remémorai qu’il avait eu l’amabilité de m’inviter à sa réception pour le Bicentenaire de la Révolution Française, en 1989. (Son bureau était situé sur les Champs Elysée, et c’était le lieu rêvé pour assister à la parade organisée par Jean-Paul Goude, et pour entendre Jessye Norman, drapée dans un drapeau français géant, chanter à pleins poumons la « Marseillaise ».) Theo Klein accueillit aimablement mon appel, et entra dans le vif du sujet.

« Bon, peut-être qu’après tout, les balles n’étaient pas israéliennes, mais si quelque chose a été truqué, je suis sûr que Charles n’a rien à y voir. C’est un journaliste remarquable. Je le respecte et je suis sûr que c’est plus important que de savoir si une balle venait de droite ou de gauche. Après tout, beaucoup d’enfants palestiniens ont été tués au cours de l’Intifada. Vous savez, les Israéliens n’ont pas fait la moitié du bruit qu’on fait les Français autour de ça. »

Il était scandalisé… scandalisé par l’arrêt du tribunal.

En tant que fille et petite-fille d’avocats moi-même, je lui rappelai poliment qu’il n’était pas d’usage, en France, de critiquer une décision de justice. Il changea de sujet, comme s’il avait été piqué au vif.

« Vraiment, je trouve déplorable que des gens s’acharnent comme ça contre Charles Enderlin. Il a souffert, vraiment souffert. Et sa pauvre femme… Il fut un temps où ils voulaient émigrer en Amérique, vous vous rendez compte ? »

« Mais, suggérai-je, en fait, ce sont les Américains qui ont rectifié le plus d’erreurs des journalistes. »

« Sûrement pas après tant de temps ? »

« Même très longtemps après. Des rectifications ont été dûment insérées sur les sites Web des journaux, pour éviter que des métastases d’erreur factuelles ne se répandent. »

Maître Klein s’étonna un moment d’une telle rigueur. Elle lui semblait, pourrais-je dire, un peu futile. En ce qui le concernait, comme presque tous ceux auxquels j’avais parlé, il accordait bien moins de valeur aux faits qu’à la réputation. Pourtant, je décidai de revenir sur ce terrain-là, une dernière fois.

N’y avait-il pas quelque doute sur la réalité du tir fatal ? Pourquoi avoir signé ce texte ?

« Ma chère », dit Theo Klein, d’une voix extrêmement lasse. Je n’ai pas lu cette pétition. J’ai une dégénescence rétinienne de la macula. Je ne peux plus lire. »

* Anne-Elisabeth Moutet est journaliste politique à Paris et contribue souvent aux programmes de la BBC.

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Notes du Traducteur

[1] Littéralement : le pouce vers le sol. Lorsque un gladiateur était réduit à l’impuissance par son adversaire, ce dernier ne le tuait que si le président des Jeux du stade lui adressait le signe fatal, dont le sens se passe de commentaire.

[2] Pour comprendre l’allusion, il faut se souvenir de l’épisode suivant, réel ou légendaire. En 390 avant notre ère, après avoir assiégé Rome et l’avoir réduite à la famine, Brennus, le chef Gaulois vainqueur, accepte de traiter avec le tribun militaire romain, Quintus Sulpicius : il lèvera le siège de Rome contre le versement d’une forte rançon, 1 000 livres d’or (soit 327,45 kilos). Une grande balance est alors installée sur une place de Rome ; afin d’alourdir encore la rançon, les Gaulois y placent des poids truqués. Devant les protestations des Romains, Brennus ajoute encore à leur déshonneur en jetant son épée sur la balance et en prononçant ces mots célèbres : « vae victis » (malheur aux vaincus). (D’après une page Web privée).

[3] Voir, entre autres: Fiamma Nirenstein, « Les journalistes et les Palestiniens », Contemporary Magazine, janvier 2001.

[4] Allusion à un film fantastique, adapté d’un roman de Ira Levin, « Les épouses de Stepford,  relatant les mystérieuses transformations des épouses des hommes de Stepford, faisant d’elles des créatures robotisées, stéréotypées, soumises, et privées de leur personnalité antérieure. Voir, entre autres, sur le site (en anglais) de Wikipedia, l’article « The Stepford Wives ».

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 Ce texte d’une journaliste chevronnée, admirablement bien écrit et pertinent, m’a donné beaucoup de fil à retordre. Son anglais, très littéraire et riche en expressions qui ne me sont pas familières, est difficile à rendre dans la langue de Voltaire. Je demande donc à celles et ceux qui ont une bonne maîtrise des deux langues d’avoir la gentillesse et la simplicité de me relire soigneusement et de me signaler les fautes et/ou les imperfections de ma traduction. Quant au contenu du présent article, s’il est vrai qu’il ne contient aucune révélation, il a, sur beaucoup d’autres, l’avantage de mettre l’accent sur des aspects de l’affaire et de la controverse à son propos, qui n’ont pas suffisamment retenu l’attention des analystes. Les trois dernières pages, en particulier, dessinent un tableau haut en couleurs et d’une cruelle vérité, de la mentalité de certains journalistes. A.-E. Moutet est, à ma connaissance, la seule à avoir pris l’initiative de téléphoner à plusieurs des signataires de la pétition en faveur d’Enderlin, et de leur demander pourquoi ils ont soutenu le journaliste, et accablé ses critiques, alors que les preuves s’accumulent – l’arrêt récent de la Cour d’Appel en témoigne – que la thèse de l’exécution délibérée de Mohammed al-Dura par les soldats israéliens, émise par Enderlin – et sur laquelle il refuse obstinéement de revenir, depuis près de huit années – n’est pas soutenable. Un texte passionnant, que je vous invite à faire circuler largement. Il en vaut la peine. (Menahem Macina).

Mis en ligne le 30 juin 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

Voir enfin:

L’Affaire Enderlin
Being a French journalist means never having to say you’re sorry.
Anne-Elisabeth Moutet
The Weekly Standard
July 7 – July 14, 2008

Paris

To understand the al-Dura affair, it helps to keep one thing in mind: In France, you can’t own up to a mistake. This is a country where the law of the Circus Maximus still applies: Vae victis, Woe to the vanquished. Slip, and it’s thumbs-down. Not for nothing was Brennus a Gaul. His modern French heirs don’t do apologies well, or at all if they can possibly help it. Why should they? That would be an admission of weakness. Blink, and you become the fall guy.

So, in the case of Muhammad al-Dura-a 12-year-old Palestinian boy allegedly killed by Israeli fire during a skirmish in the Gaza strip on September 30, 2000-it was not really to be expected that the journalist who released the 59-second news report, Charles Enderlin, longtime Jerusalem correspondent for France 2 TV, would immediately admit having hastily slapped together sensational footage supplied by the channel’s regular Palestinian stringer, and not checked whose bullets had, in fact, killed, or perhaps even not killed, the boy.

In the ensuing eight years, the small figure of Muhammad al-Dura cowering beside his crouching father became the defining image of the second Intifada. The « child martyr’s » picture cropped up on posters, websites, postage stamps, and street names throughout the Muslim world from Mali to Indonesia, fueling lynchings and suicide bombings. The Israeli authorities at first took the French report more or less at face value and blandly deplored the child’s death in a hasty release (« To the best of our knowledge, the boy was hit by our fire »). Others, however, were not so sure.

They parsed and scoured each of the 59 seconds of the film and every corner of the location for clues, ballistic angles, improbable moves, and hidden motivations. The film showed the two figures first seeking cover from gunfire, then later slumped over, though with no sign of blood or wounds. When increasingly convincing voices came to question, at the very least, the point of origin of the shots-the location of the small Israeli garrison made it pretty much impossible for Muhammad and his father, who was allegedly wounded, to have been hit by Israeli bullets-it took six weeks for the Israeli army spokesman to state in an interview that « both versions of the incident [are] possible, » and two more months for an official investigation to be launched.

Meanwhile, Enderlin and his bosses at the state-run France 2, who had distributed their news item free worldwide, were refusing to answer questions. They flatly declined to provide the complete 27 minutes of footage taken that afternoon by the cameraman, or to concede any possible error, ping-ponging in the classical obfuscating pattern of bureaucracies everywhere. (« It’s not the crime, it’s the cover-up » hasn’t yet made it to France.) It took two years for Enderlin to give his first interview, to a friendly colleague, Elisabeth Schemla, the respected editor of the Proche-Orient.info website and a former L’Express associate editor, in the course of which he confused « protecting one’s sources » with not providing the tape. (Personal disclosure: I was at the time deputy editor of Proche-Orient.info.)

Even an hour-long documentary produced in 2002 by the award-winning German broadcaster Esther Schapira, who works for German state television’s First Channel, failed to make a dent in the stance of France 2. While purposely keeping away from more controversial theories, Schapira’s work comprehensively put paid to the « Israeli bullets killed Muhammad al-Dura » theory. Asked by Schemla why French television would not broadcast Schapira’s film, Enderlin stonewalled: « I don’t decide what the channel runs. I have bosses, there are people above me in charge  .  .  .  a professional hierarchy. »

Having dug in his heels in time-honored fashion, Enderlin, a seasoned journalist and a French-Israeli dual national who’d spent most of his adult life at the same job, never imagined the al-Dura story would dog him. He was covered by his superiors in the hierarchy, affording him the Zen-like serenity achievable in large French organizations, which are profoundly top-down and basically unchanged in spirit since the court of the Sun King. His coverage of Israel and the Palestinian Authority, while regularly criticized by pro-Israeli groups, was highly esteemed by his peers. He had produced a well-informed documentary series on the Oslo Accords, the peace process, and the 2000 Camp David talks, tied to a book that has been published in English; and, while it could be argued that he was perhaps too close to some of his sources (several of the parties to the peace talks actually held discussions at the France 2 bureau, loaned by a helpful Enderlin as discreet neutral ground), this was a notable achievement. Such a person could not, in the order of things, be seriously threatened by a bunch of activists or scruffy bloggers behind their computer screens questioning his professional judgment. When he dismissed accusations of a cover-up by explaining that he had chosen « not to show the full footage of the child’s agony, » which would have been « unbearable, » he fully expected to be taken on trust.

Yet the bloggers and the activists refused to let the story die. In fact the unlikely alliance of, among others, a professor of medieval history from Boston University, a hot-headed former financial executive, and a former Le Monde reporter soon brought to light practices that would surprise no journalist with experience working in a totalitarian state. Most foreign correspondents covering the Palestinian territories from Israel rely on local stringers, cameramen, fixers. These Palestinian nationals do not benefit from the protections routinely granted international journalists. They and their families can be subjected to all sorts of pressures by a system not known for its respect for human rights and free speech niceties. The staging of scenes for the benefit of photographers is common.

The medieval history professor, Richard Landes, a soft-spoken American who spent his childhood in France and got his early education in a Paris public school, now one of the case’s most devoted parsers, coined a word for Palestinian manipulation of the media: « Pallywood. » He believes the whole al-Dura incident was staged. Using footage taken by other cameramen on the scene that day, he argues his case forcefully on two well-visited and regularly updated websites (theaugeanstables.com and seconddraft.org) as well as in countless articles and interviews.

Enter the hothead. Philippe Karsenty is a French Jew who felt so let down by the mainstream coverage of the second Intifada and the Middle East in general that he gave up a successful career in finance to start a media monitoring agency. His Media Ratings (web address m-r.fr) challenges the validity of press stories on all subjects with a test he dubs « the P.H.I.L.T.R.E method, » rating articles for « accuracy, consistency, independence, freedom, transparency, accountability, and exhaustiveness. » Karsenty took up the al-Dura case and started firing away at everyone he saw as responsible for perpetrating a dangerous lie.

Karsenty is a boyish character in his early 40s with rapid-fire delivery, a serious cell-phone habit, and an unflagging, self-appointed sense of mission. He makes enemies among his friends with as much gusto as he takes on the French establishment. (There is something of the neighborhood kid ringing all the doorbells on the block about him.) He has attacked various French Jewish leaders as well as France 2’s news director, Arlette Chabot; Enderlin; France 2’s chairman, Patrick de Carolis; and a slew of politicians. He routinely uses expressions such as « I will bury him! » and « I will end that conniving bastard’s career! » He is a bit mad, but it can be argued that many saints and heroes were a bit mad-if Joan of Arc had been happier in her Lorraine village, we Parisians might all be speaking English.

Karsenty is no saint, but it was his peculiar blend of bravado, doggedness, testosterone, and plain bad manners that eventually caused France 2 to blink. (I was reminded, meeting him, of the former New York senator Alfonse D’Amato, who gloried in his « Brooklyn Rottweiler » nickname and was turned loose by the Senate Banking Committee on Swiss banks that refused to reveal the number and balances of their Holocaust victims’ accounts. Until then, the Swiss had only been confronted with polite delegations headed by the suave likes of Paul Volcker, the former Fed chairman, and Stuart Eizenstat, the former undersecretary of state. They had gotten nowhere. D’Amato, taking no prisoners, unlocked the process in a couple of months.)

At any rate, two years ago, after one Karsenty op-ed too many about the « arrant hoax » of the al-Dura affair, France 2 sued him for libel. In a country where judges are civil servants, their first ruling surprised few observers: They ruled for the national institution, France 2, and ordered the outsider, Karsenty, to pay one euro in damages to the plaintiffs, a fine of 1,000 euros, and another 3,000 euros in costs. Even accounting for France’s relatively moderate legal rates, this was a slap on the wrist. Taking a gamble, Karsenty appealed.

The appeals court convened last month and asked for-gasp-evidence, namely the famous 27-minute France 2 unedited master footage, which not even Enderlin had seen when he filed his item for the evening news. (His Palestinian cameraman, Talal Abu Rahmeh, had sent him by remote link about 6 minutes from which to make the news segment.) France 2, dragging its feet, eventually produced 18 minutes of film. (There is practically no such thing as « contempt of court » in such circumstances in the French judicial system.) The showing of this film made for an eerie moment at the trial, when the hitherto blasé judges sat up and started watching with more attention, then took a recess, after which they asked for all of France 2’s footage. It would prove to be the turning point in the proceeding.

Karsenty came to court loaded for bear, with trolleyfuls of documentation, including a 90-page ballistics report. Out of it all, the court also trained its sights on a telling 2005 Le Figaro opinion piece by two establishment journalists, Denis Jeambar, then editor in chief of L’Express (France’s answer to Newsweek), and Daniel Leconte, head of news documentaries at the state-run French-German cultural channel, Arte (a kind of French-German PBS), both unlikely participants in this undignified scrum. Jeambar and Leconte, egged on by a former Le Monde journalist, Luc Rosenzweig, who had taken a great interest in the case and started writing about it for the small Israeli news outfit Mena, asked France 2 as early as 2004 to show them the original raw rushes. Acknowledging Jeambar and Leconte’s weight in the French establishment, France 2 had done for them what it had refused to do for countless others and had shown them, and Rosenzweig, the 27 minutes of film.

What happened then was typical of the cat-on-a-hot-tin-roof behavior even powerful French figures display when faced with any kind of violation of the unspoken but well-understood order of precedence obtaining among the elite here. While Jeambar and Leconte took their time to ponder what they’d seen, Rosenzweig had the nerve to file a piece for Mena describing the tape’s scenes of staging just before the fatal shooting. You could see Palestinians being carried on stretchers into ambulances, then coming out again unharmed, all in a kind of carnival atmosphere, with kids throwing stones and making faces at the camera, despite what was supposed to be a tense situation. The tape showed occasional gunshots, not continuous firing. From the general horsing around captured on film by Abu Rahmeh, Mena concluded that the whole scene must have been staged.

Their being preempted by Rosenzweig incensed Leconte and Jeambar, who expressed their displeasure in the 2005 op-ed in the center-right Le Figaro. They spent so much of the piece denouncing Rosenzweig, his gall in reporting first on what he’d seen in the company of his betters, and the conclusions he’d dared draw independently, that it was easy to overlook a key fact: Jeambar and Leconte themselves not only conceded that the tape showed Palestinians stage-managing various shots and horsing around, they also described joking about those very scenes with the France 2 executives who were screening the tape for them.

All of those present at the screening-illustrious visitors and France 2 executives alike, the op-ed recounted-had ended up in full agreement that it was impossible to determine where the bullets had come from, but that it was highly unlikely that they could have come from the Israeli garrison. More crucially, Jeambar and Leconte also had caught Enderlin lying (or, as they kindly put it, « extrapolating »): « There was no ‘unbearable agony’ of the child anywhere on the tape, » they wrote. « It wasn’t edited out, it simply did not exist. »

The Figaro piece had little impact when it was published, but it turned out to be one of the crucial elements in Karsenty’s challenge to France 2’s version of events. He won his appeal. The ruling, handed down on May 21, stated that he had acted in good faith as a media commentator and that he had presented a « coherent body of evidence, » although the hoax could not be definitively proven. The judge also noted « inexplicable inconsistencies and contradictions in the explanations by Charles Enderlin, » whose appearance in court was his first sworn testimony in the matter.

You might think Enderlin’s professional standing would have been damaged by all this. You would be wrong. In less than a week, a petition was whipped up by his friends at Le Nouvel Observateur, France’s premier left-wing newsweekly. The petition conceded no gray areas, no hint of doubt. It called Karsenty’s vehemently argued but exhaustively documented stance a « seven-year hate-filled smear campaign » aimed at destroying Enderlin’s « professional dignity. » It flatly stated in the opening paragraph that Muhammad al-Dura was killed « by shots coming from the Israeli position. » It expressed rank astonishment at a legal ruling « granting equal credibility to a journalist renowned for his rigorous work, and to willful deniers ignorant of the local realities and with no journalistic experience. » It professed concern about a jurisprudence that would-shock! horror!-allow « anyone, in the name of good faith and of a supposed right to criticize and so-called freedom of speech, to smear with impunity the honor and the reputation of news professionals. »

There followed the names of over 300 journalists-sorry, « news professionals »-and hundreds more miscellaneous celebrity intellectuals (under the heading « Personalités »), as well as a vast slew of mere web surfers (« Internautes »). Note, here again, that while the journalists were listed in apparently neutral alphabetical order, the managing editor of a provincial news conglomerate cheek by jowl with a lowly travel magazine stringer-the key distinction between pros and outsiders was maintained. It was as if the eight-year controversy had been irrelevant. From « news professionals, » who were viewed as right by definition, no accountability could possibly be required. The guild was closing ranks.

Scanning the long list (to which new signatures are added daily at the Nouvel Obs website), I experienced a kind of life-flashing-before-my-eyes moment. There were the names of people from every magazine or newspaper I’d ever worked at; people I’d trained with; people I’d been great pals with before life packed us off in different directions; and people I’d last seen only the week before. It was, to tell the truth, Stepford-like scary.

I resolved to call as many of the familiar names as I could. I knew, or thought I knew, where these people came from. Why had they signed? It might be awkward to ask, I reasoned, but wasn’t it our business to ask questions?

As it turned out, it was plenty awkward. I came to recognize the moment when, after the « voice-from-your-past » greetings and the « where-are-you-now » fat-chewing and the nostalgic memories of past editors, colleagues, competitors, copy-takers (« all done by computer now, nobody to tell you you’re not making sense! »), I got around to the subject at hand. As I started explaining that I was writing a piece on the al-Dura affair and was wondering why they had signed the petition, I learned to recognize the telltale pause, the « Good Lord, she’s caught Scientology! She’s gone over to the crazies! » moment, after which the whole object of the exercise would become to hang up on me as fast as possible.

There were those, like a foreign editor at a liberal magazine with whom I’d spent boozy evenings bemoaning the failings of our respective boyfriends 25 years ago, who now brushed me off like an inconvenience. « Haven’t got time, too many pages to edit, staffer off sick, really, why do you ask such questions, have a catastrophic week, can’t really talk to you until . . . well, Friday, but you will have filed by Friday, right? »

« Oh, no, there’ll still be time on Friday. » (Palpable disappointment on the line.) I did call the following Friday-I only got past her voicemail by reprogramming my cell phone not to send out my caller ID-and got an angry hiss in answer to my greeting. « I’m in an interview, can’t talk, have nothing to say »-click.

There was the noted Paris-based former Washington Post foreign correspondent, 75-year-old Jon Randal, a Middle East expert I’d looked up to for years as a cub reporter, who trenchantly explained that he was seeing in all this a dangerous American trend of « vindictive pressure groups interfering with news organizations, » now unfortunately crossing the Atlantic. (Having lived in Paris for over 40 years, Jon had become alarmingly French.)

« Americans have been under the gun of such people for some time, but France used to be free of this kind of thing. [These groups] are paranoid, they’re persistent, they never give up, they sap the energy of good reporters. I can’t imagine how much money France 2 has spent defending this case. Charles Enderlin is an excellent journalist! I don’t care if it’s the Virgin Birth affair, I would tend to believe him. Someone like Charles simply doesn’t make a story up. »

But, I tried to interject, the absence of the boy’s « agony » from the tape?-

« Nonsense! Televisions don’t show extreme violence. You know that. Look, I don’t know what side you’re on in this? »

« I’m trying to make sense of it all. »

« I want you to call my friend at NPR, Loren Jenkins; call David Greenway at the Boston Globe; they’ll tell you about pressure groups. »

That was a different story; I had no time left and didn’t call.

Similarly, there was the seasoned reporter from Le Figaro who thought Charles Enderlin, quite simply, was the best reporter operating in the Near East today. « These people, the ones attacking him, they’re extreme rightists, yes? You can’t take anything they say seriously. » I conceded that the hoax wasn’t proven, but that the shots had in all likelihood come from the Palestinian side. Esther Schapira  . . .  There was a sniff. « Pas très sérieuse, non? »

« Well, actually, » I said, Schapira had just received the 2007 Europa Prize for her documentary on the murder of Theo van Gogh and been nominated for the 2008 Banff Television Awards. There was a small noise of well-bred surprise. All the same, nothing he’d heard until now had remotely convinced him or was likely to change his mind.

Then there was someone who insisted so vehemently on not being quoted or described in any way that I won’t even reveal this person’s sex. « Look, this whole thing has been a nightmare for Charles. He’s received hate mail, his wife has been threatened, he’s about to have a nervous breakdown. You want the truth? I don’t give a flying monkey about the case. I signed for Charles. In all honesty, I think he edited his film on deadline and was careless, and afterwards he didn’t want to admit he’d screwed up. A one-minute film, and it snowballed from there. Don’t put in anything that might identify me, I don’t want him to think I don’t believe 100 percent in what he says, he’d be devastated. »

This, at least, was bluntly honest. Jean-Yves Camus, the political scientist and expert on radical Islam, with whom I’d worked at Proche-Orient.info, was another unrepentant signatory, one who didn’t mind being quoted. « Do I think Charles Enderlin lost a good opportunity to own up to a mistake early in the day, and spare himself this anguish? Of course. You know how we work in a hurry? Guy sends him pictures from Gaza, tells him the Israelis shot the kid, he believes him-I mean, even the Israeli Defense Forces spokesman believed it! But you can’t own up one, two years after the fact. It’s too late, it would mean you abdicate. It’s a nice job Charles has, he’s nearing retirement age. I don’t think he wanted to rock the boat. You know Charles, he’s always been status-conscious; he likes being the France 2 man in Israel. Plus, these people behind their computers, they’re not real journalists, are they? You can’t come from your day job and blog at night and imagine you’ve become a reporter. It doesn’t don’t work like that. There are standards. »

Still, I asked, why sign a text adamantly asserting the dangerous notion that Muhammad al-Dura had been shot by the Israelis if you don’t believe it?

« I was asked to. It was to support Charles. Did you know his wife is Danielle Kriegel? Daughter of Annie Kriegel [a great anti-Communist academic, now dead], sister of Blandine [a philosopher and a former Chirac aide at the Elysée palace], sister-in-law of Alexandre Adler [Blandine’s husband, who writes about geostrategy and politics in most French quality newspapers, perennial guest on highbrow talk-shows]. »

With all those credentials, the cloud of respectability surrounding Charles Enderlin was reaching pea-soup opacity. I tried one last time.

« Couldn’t you have asked for the wording of the petition to be amended? Or started your own petition? » It would have been, Camus told me in the tone of someone who had too much on his plate to busy himself with ancillary details, « too complicated. » We made a date for lunch two weeks hence and hung up.

At the other end of the scale, there was the rather intimidating star lawyer Theo Klein, getting on in years, who 20 years ago had been the president of CRIF, the official umbrella representative body of French Jews. I called him and reminded him that he’d been kind enough to invite me to his 1989 French Revolution Bicentennial party. (His office was on the Champs-Elysées, and it was the dream vantage point from which to watch the Jean-Paul Goude-designed parade and listen to Jessye Norman, draped in a giant French flag, belting out the « Marseillaise. ») Theo Klein took my call pleasantly and dove into the thick of the matter.

« Well, perhaps the bullets were not Israeli after all, but if something was set up, I’m sure Charles had nothing to do with it. He is a remarkable journalist. I respect him, and I’m sure this matters more than whether a bullet came from the right or from the left. After all, many Palestinian children have been killed in the Intifada. You know, the Israelis haven’t made half the noise about this that some French Jews have. » He was outraged, outraged by the court ruling.

The daughter and granddaughter of lawyers myself, I gently reminded him that it wasn’t done in France to criticize a court ruling. He changed the subject as if stung. « Really, I find deplorable that people are hounding Charles Enderlin like that. He has suffered, really suffered. And his poor wife.  .  .  .  They wanted to emigrate to America at one stage, do you realize? »

Well, I suggested, Americans were actually rather big on correcting reporters’ mistakes.

« Surely not after so much time? »

Even after a long time. Corrections were duly appended to stories on the websites of newspapers, to prevent the eternal metastasizing of factual errors. Maître Klein marvelled for a moment at such thoroughness. It seemed, I could tell, a little pointless to him: He, like almost everyone else I’d spoken to, rated facts far below reputation. Still, I decided to go over that ground one last time. Wasn’t there some doubt about the actual fatal shot? Why sign this text?

« My dear, » Theo Klein said, in an infinitely weary voice, « I’m not a journalist. I haven’t read this petition. I have macular retina degeneration. I can no longer read. »

Anne-Elisabeth Moutet is a political journalist in Paris and a frequent contributor to the BBC.

3 commentaires pour Affaire Enderlin: Récit d’un acharnement contre la vérité (France’s infamous Al-Dura forger goes for hail mary book)

  1. […] aveuglement de nos belles âmes pour qui, à l’instar du tristement célèbre faussaire de France 2 Charles Enderlin et face au contre-sionisme mimétique des Palestiniens en particulier […]

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  2. […] savoir celui de l’inamovible maitre-faussaire et correspondant en Israël de notre pravda nationale, Charles Enderlin  […]

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  3. […] correspondait à la réalité de la situation, non seulement à Gaza, mais en Cisjordanie. Charles Enderlin (Le Figaro, […]

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