Désinformation: Au Monde, tous contre Alvaro Uribe!

25 mars, 2008

FARC girl (Le Monde)Après la brosse à reluire pour Ahmadinejad …

Et l’étrille pour Bush en Irak …

Le Monde se paye la tête d’Uribe!

« Messianique », « populiste », « latifundium », « fidèle allié de George W. Bush », « pion de l’empire », « danger pour la région », « allié des paramilitaires », « mafioso », « Israël de l’Amérique latine » …

Le Monde fait feu de tout bois (voir aussi ci-dessus, à titre de comparaison, l’image digne d’un publi-reportage pour illustrer un article précédent sur… les FARC!), pour enfoncer le président colombien.

Qui, à l’image de sa réélection et de ses 65% de sondages favorables, a le toupet non seulement d’être efficace (guérilla aux abois, campagnes et axes routiers sécurisés, homicides et enlèvements en diminution) mais… populaire au sein de son propre pays!

Démonstration avec notre confrère Philippe Convers:

En réponse à l’article du Monde « Colombie: Tous derrière Alvaro Uribe! »

A M. Delcas, journaliste du Monde :

1/ « Les caméras filment, évidemment. Messianique et populiste, Alvaro Uribe dirige son pays comme il gérait son latifundium»

Deuxième ligne, premier jugement de valeur : il n’y aurait que volonté de communication chez A. Uribe, et la presse serait totalement manipulée. Et un premier cadrage, tout de suite après : M. Uribe est un oligarque, de la race des grands propriétaires terriens (avec toute la charge sous-jacente : latifundia = absence de réforme agraire = justice privée = exploitation de paysans miséreux, etc.). Avant d’être un latifundiste, M. Uribe est un brillant avocat, qui a consacré plus de temps à sa carrière administrative et politique qu’à la gestion de son héritage. Vous attendez le deuxième tiers de votre article pour le rappeler, incidemment. Disposez-vous d’informations précises sur le nombre d’hectares appartenant à M. Uribe ? Si oui, pourquoi ne pas les donner en appui à votre assertion. Sinon, est-ce bien raisonnable de commencer votre article ainsi ?

2/ « la France, elle, comprend mal l’intransigeance du président colombien face aux guérilleros qui depuis plus de six ans détiennent Ingrid Betancourt en otage »

Vous êtes bien placée pour savoir pourquoi la France « comprend mal » qu’Alvaro Uribe n’aligne pas sa politique sur l’unique intérêt français depuis six ans vis-à-vis de ce pays : la libération d’Ingrid Betancourt. Je vous épargne tout ce que vous savez déjà sur la façon dont ce triste dossier a été traité à l’ambassade, au quai d’Orsay, à Matignon et, maintenant, à l’Elysée. Pourquoi inverser la charge et ne pas parler tout de suite de l’intransigeance des FARC ? Pourquoi passer sous silence les initiatives et diverses concessions du gouvernement ? Vous avez le droit de ne pas les juger suffisantes, il n’en reste pas moins qu’il est inexact et injuste de parler d’intransigeance du président.

3/ « Personne n’a entendu Nicolas Sarkozy rappeler que la démocratie se doit de combattre le terrorisme en respectant les règles de la démocratie »

C’est vrai et, personnellement, je m’en félicite. Les simagrées des administrations françaises successives dans cette affaire ont miné la crédibilité de notre pays. Le propos de M. Sarkozy est par ailleurs parfaitement absurde : la démocratie colombienne approuve majoritairement, comme vous le rappelez, l’action du président, y compris l’élimination de Raul Reyes. Et l’intervention en Equateur, pour contestable qu’elle soit d’un point de vue juridique, n’est pas totalement dépourvue de base légale, en droit international public.

4/ « Les Américains sont soupçonnés de jouer la carte de l’affrontement régional pour déstabiliser M. Chavez »

Pouvez-vous préciser : soupçonnés par qui ? La Colombie a-t-elle généralement une attitude agressive face à ses voisins ? A quand remonte la dernière guerre colombienne contre l’un de ses voisins ? La Colombie a-t-elle répondu à la mobilisation de troupes vénézuéliennes et équatoriennes à ses frontières ? L’armée colombienne, lors de son incursion éclair en Equateur a-t-elle tué un seul policier ou militaire équatorien ? Les seules personnes touchées étaient des membres ou des sympathisants de la guérilla colombienne.

5/ « Même le scandale dit de la parapolitique a épargné jusqu’à présent Alvaro Uribe »

Faudrait-il absolument que cette affaire ne l’épargne pas ? Est-il mis en cause au plan judiciaire dans ce dossier ? Ce « scandale » n’est-il pas un salutaire nettoyage, rendu notamment possible par la démobilisation des AUC et le retour à des conditions de sécurité permettant à la justice de faire son travail ? Vous en dites trop ou trop peu, et ne pouvez pas ne pas savoir le niveau d’ignorance de la situation colombienne en France. L’entrisme des barons paramilitaires (et des FARC également, d’ailleurs) dans la politique colombienne n’est pas nouveau. Je me rappelle encore les estimations sur le nombre de parlementaires soupçonnés d’être les obligés de certains caciques paramilitaires au début des années 2000 : elles étaient à peu près les mêmes que celles qui sont faites aujourd’hui et brandies comme preuve de la collusion du président.

6/ « les statistiques officielles sont certes sujettes à caution. Mais, en politique, la confiance importe plus que les chiffres »

Sur le premier point : avez-vous des raisons solides de croire au manque de fiabilité des statistiques colombiennes ? Si oui, pouvez-vous expliciter ? Il ne vous aura pas échappé que ces statistiques sont assez largement confirmées par les organismes internationaux (ONUDC, OEA entre autres) et les ONG locales. Croyez-vous sincèrement que les chiffres n’ont pas évolué, comme vous le sous-entendez dans la deuxième phrase ?

7/ « Toute réflexion sur les privilèges et les devoirs des nantis a disparu du discours politique »

Cette affirmation est d’une grande malhonnêteté. Si vous voulez dire que le gouvernement n’est pas un chantre de la lutte des classes, nous sommes d’accord. Mais vous allez plus loin. Par curiosité, j’ai cherché dans le site de la présidence de la république les mots clés ‘Inégalité, égoïsme, redistribution’. Il ne m’a pas fallu des efforts surhumains pour trouver des dizaines de références et de réflexions des responsables politiques au pouvoir sur ce sujet. En voici quelques unes : “Para nosotros es fundamental la intervención del Estado como garante de la cláusula social, como constructor de equidad”, “Hemos gravado a los sectores más pudientes con mayor impuesto de renta y el nuevo impuesto de patrimonio”, “la reforma no solamente se ha preocupado por obtener mayores ingresos para la Nación, sino por construir equidad, además por fomentar el empleo y además por ampliar, vía control de la evasión, la base tributaria de la Nación.”, “No avanzamos lo suficiente en la lucha contra el flagelo de la pobreza; los índices de desigualdad en la distribución del ingreso son pésimos -sólo superados por Brasil y Chile-”, “el presupuesto de la institución armada de la Patria ha crecido en un 19 por ciento, el presupuesto social de la Nación en un 49, el presupuesto para pagar pensiones en un 78”.

8/ « ses méthodes sécuritaires soulèvent un tollé chez les défenseurs des droits de l’homme »

Les défenseurs des droits de l’homme. Vous est-il possible d’être plus précise ? A vous lire, on a l’impression que tous les défenseurs des droits de l’homme sont révulsés par les méthodes de M. Uribe, alors gouverneur d’Antioquia. Ce n’est pas le cas, d’une part, et les ONG – qui sont loin d’être unanimes – n’ont pas le monopole de la défense des droits de l’homme d’autre part. Le souci des droits de l’homme est l’affaire de tous les gens de bonne volonté. Défenseur des droits de l’homme, ce n’est pas un métier, c’est un engagement personnel !

9/ « l’indispensable réforme en profondeur du système fiscal a été repoussée aux calendes grecques »

Je ne comprends pas que vous imputiez l’insuffisance réelle des progrès en matière fiscale au président. Vous n’ignorez pas les réticences qu’il a rencontrées au Congrès dans ce domaine. Pourtant, depuis 2002, l’assiette fiscale (le nombre de Colombiens soumis à l’impôt) a été multipliée par 4. Un impôt sur le patrimoine des plus riches a été levé. Il est totalement injuste de prétendre qu’Uribe n’a rien fait dans ce domaine !

Le reste est à l’avenant. Le choix des experts consultés atteste d’un parti pris complet. Le seul uribiste que vous citez nommément est un camionneur, auquel vous prêtez des propos destinés à démontrer la « lobotomisation » dont seraient victimes les Colombiens. Les progrès économiques ne seraient que le fruit de la conjoncture régionale. Le poids de l’argent de la drogue serait éludé et systématiquement sous-estimé. Les seuls proches du Président que vous citez seraient liés, par la génétique au moins, aux plus grands narcotrafiquant de l’histoire du pays. Tous les autres conseillers, qui ont la chance de ne pas avoir de lien de sang avec les mafieux n’existent pas.

Enfin, on a l’impression, à vous lire, qu’Uribe aurait toute latitude pour tout changer, tout de suite. Pourquoi ne remettez-vous pas en perspective la situation, dans tous les domaines, en particulier par rapport à ce qu’elle était dans la dernière décennie ? Le lecteur non prévenu croira que la drogue, le paramilitarisme, les inégalités ou la violence sont des phénomènes spontanés, récents, concomitants à l’ascension politique d’Uribe. Il faut comparer ce qui est comparable et juger relativement plutôt que dans l’absolu.

Un dernier point : pourquoi ne pas dire que le débat est riche en Colombie, sur ces questions comme sur toutes les autres. La presse est variée et libre. Il y a d’excellentes universités, publiques et privées. L’opposition politique dirige plusieurs villes, dont la première. Un vrai parti de gauche est aux commandes à Bogota. Etait-ce seulement envisageable il y a dix ans ? Les Colombiens reprennent la maîtrise de leur destin. Respectons-les davantage, je vous en prie.

Voir l’article en question:

En Colombie, tous derrière Alvaro Uribe!
Marie Delcas
Le Monde
Le 16.03.08

Tous les samedis, il arpente le pays à l’écoute des petites gens. En contremaître efficace, il résout leurs problèmes les plus immédiats : la route à goudronner, l’égout à réparer, le centre de santé à construire. Les caméras filment, évidemment. Messianique et populiste, Alvaro Uribe dirige son pays comme il gérait son latifundium, et la méthode plaît. Pour l’immense majorité de ses compatriotes, il est « le meilleur président que la Colombie ait jamais eu ».

A Quito et à Caracas, le son de cloche est différent : le fidèle allié de George W. Bush est perçu dans les capitales équatorienne et vénézuélienne comme « un pion de l’empire », « un danger pour la région », voire « un mafioso » et « un allié des paramilitaires ». La France, elle, comprend mal l’intransigeance du président colombien face aux guérilleros qui depuis plus de six ans détiennent Ingrid Betancourt en otage.

Alvaro Uribe fuit la presse étrangère, passe des heures au micro des radios de quartier. Auprès de ses électeurs, il s’est forgé une image d’homme d’action qui prend des risques et assume ses responsabilités. Mais il s’est attiré les foudres d’un continent susceptible en matière de souveraineté territoriale en faisant bombarder, le 1er mars, un camp des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) en territoire équatorien. En faisant abattre Raul Reyes, le numéro deux et négociateur des FARC, il a pris le risque d’exaspérer les médiateurs qui tentaient d’obtenir la libération des otages. « J’ai donné la priorité à l’efficacité militaire », a avoué le chef de l’Etat au cours d’une réunion informelle avec la presse.

« Les risques étaient bien calculés », pavoisent aujourd’hui ses partisans. Les « uribistes » sont fermement convaincus que leur président a gagné sur tous les plans. Raul Reyes est mort et la crise diplomatique est jugulée ; Quito et Caracas se retrouvent sur la sellette, soupçonnés de complicité avec une organisation terroriste. La presse colombienne se fait l’écho de ce « triomphe » du président. Personne n’a entendu Nicolas Sarkozy rappeler que « la démocratie se doit de combattre le terrorisme en respectant les règles de la démocratie ».

Pour justifier une incursion hors de ses frontières, le président Uribe a invoqué la « légitime défense » et les besoins de la lutte antiterroriste. L’argument a pesé, évitant à la Colombie une condamnation par l’Organisation des Etats américains. « Mais c’est l’appui de Washington qui a été décisif », avoue un diplomate colombien. Le même craint que la formule du président Hugo Chavez : « La Colombie est devenue l’Israël de l’Amérique latine » n’ait fait mouche dans la région.

« Alvaro Uribe n’a pas pu bombarder l’Equateur sans le feu vert des Etats-Unis », rappelle l’analyste Pedro Medellin. Les Américains sont soupçonnés de jouer la carte de l’affrontement régional pour déstabiliser M. Chavez, leur bête noire. Depuis la mise en place du Plan Colombie, en 2000, Bogota a reçu plus de 5 milliards d’aide militaire américaine.

« Uribe est un leader. Il nous a rendu confiance. Depuis qu’il commande, tout va mieux », résume Hector Barragan, un camionneur qui se dit « furibiste » – adepte de la « furie uribiste ». En six ans de pouvoir, le président n’est jamais passé sous la barre des 65 % d’opinions favorables. Il en était à 80 % à la veille de la crise diplomatique. « Et il doit maintenant en être à 110 % », ironise l’analyste Leon Valencia. L’union sacrée a en effet joué en faveur du président.

Critiques, revers et scandales glissent. Cet « effet Teflon » à toute épreuve laisse perplexes les instituts de sondage et désole les anti-uribistes – il y en a. Même le scandale dit de la « parapolitique » a épargné jusqu’à présent Alvaro Uribe. Plus de 40 parlementaires de la majorité présidentielle ont été mis en examen pour avoir frayé avec les milices d’extrême droite, coupables d’innombrables crimes atroces. Vingt-deux d’entre eux sont sous les verrous.

Le sénateur Mario Uribe, cousin et mentor du chef de l’Etat, pourrait bientôt les y rejoindre. « Personne n’est responsable de sa famille », rappellent non sans raison les « uribistes ». José Obulio Gaviria, un des conseillers présidentiels les plus influents – considéré comme l’idéologue du régime – avait, lui, pour cousin germain Pablo Escobar, le grand patron du cartel de Medellin tué en 1993. Personne n’est responsable de sa famille.

Les FARC restent les grands maîtres d’oeuvre de la popularité présidentielle. « Furibistes » et « anti-uribistes » sont d’accord sur ce point. Echaudés par le long et stérile processus de paix engagé par le président Andres Pastrana, les Colombiens ont élu en 2002 un président musclé pour en finir avec la guérilla.

« Poigne de fer et grand coeur », disait le premier slogan de campagne d’Alvaro Uribe, triomphalement réélu quatre ans plus tard. Entre-temps, la « sécurité démocratique » a fait ses preuves : une paix précaire est revenue dans les campagnes, les axes routiers ont été sécurisés, le nombre d’homicides et d’enlèvements a diminué. Les statistiques officielles sont certes sujettes à caution. Mais, en politique, la confiance importe plus que les chiffres. Le chef de l’Etat reste convaincu que « le conflit armé n’est pas la conséquence de la pauvreté, il en est la cause ». Toute réflexion sur les privilèges et les devoirs des nantis a disparu du discours politique. La politique sociale a été reléguée à un second plan. Priorité a été donnée à la protection des investissements privés et au budget militaire.

Mais Alvaro Uribe, c’est aussi un style de gouvernement. Ni cocktails ni yacht pour ce président qui a su se forger une image d’homme pieux, austère et travailleur. Le chef de l’Etat se laisse rarement photographier au repos. Au cours d’une de ses innombrables visites officielles à Washington, il a été surpris en train de déjeuner dans un fast-food.

Alvaro Uribe est originaire de la ville de Medellin, berceau de l’industrie nationale et des trafiquants de cocaïne. Dans les années 1970, il y fait de brillantes études de droit. Jeune promesse du Parti libéral, il démarre sa carrière politique à une époque où les compromissions entre la mafia et les élites locales étaient monnaie courante. En 1980, son père, éleveur de bétail, est assassiné par les FARC – le président se défend encore aujourd’hui de chercher vengeance. Pablo Escobar fait part de ses condoléances dans le journal. « Je n’ai jamais été l’ami de Pablo Escobar, même quand cela était à la mode », a assuré l’année dernière le chef de l’Etat. Virginia Vallejo, qui fut l’amante du mafioso, venait de raconter dans ses Mémoires les relations cordiales qu’entretenaient les deux hommes.

Après un détour par le Sénat, Alvaro Uribe est élu en 1995 gouverneur de son département, l’Antioquia. Sa gestion efficace lui vaut l’admiration de ses électeurs, ses méthodes sécuritaires soulèvent un tollé chez les défenseurs des droits de l’homme. Le gouverneur Uribe promeut en effet avec enthousiasme la création de coopératives privées de sécurité, qui viennent d’être légalisées. Déclarées par la suite inconstitutionnelles, les « convivir » ont contribué à l’explosion du paramilitarisme dans l’Antioquia. Un diplomate colombien qui était à l’époque en poste à Washington raconte que « personne ne voulait y recevoir le gouverneur de l’Antioquia, trop lié aux paramilitaires ». Les temps ont changé.

Les chefs paramilitaires vaquent désormais à leurs activités de l’intérieur de la prison. Officiellement, ils ont démobilisé leurs troupes. Trente mille hommes ont déposé les armes. Mais dans plusieurs régions du pays, des milices armées au service des narcotrafiquants se sont reconstituées. En application de la loi Justice et paix, les chefs paramilitaires qui avouent leurs crimes ne passeront pas plus de huit ans sous les verrous.

Les mauvais esprits mettent en perspective ce généreux pardon offert aux criminels paramilitaires et la virulence avec laquelle le président combat la guérilla. « Les premiers ont accepté le principe d’un cessez-le-feu, ils ont rendu les armes et ils avouent leurs crimes. Les guérilleros, eux, poursuivent leurs activités criminelles. Dès qu’ils accepteront un cessez-le-feu, nous leur ouvrirons les portes de la négociation », rappelle le haut-commissaire pour la paix, Luis Carlos Restrepo.

« Alvaro Uribe ne gouverne pas, il séduit et se garde bien de toute réforme structurelle qui pourrait affecter son capital politique », juge le professeur Pedro Medellin. L’indispensable réforme en profondeur du système fiscal a été repoussée aux calendes grecques. « Le président ménage tout particulièrement les grands groupes économiques liés aux médias », souligne Pedro Medellin.

« On oublie souvent que le président Alvaro Uribe a bénéficié d’une conjoncture économique particulièrement favorable. L’opinion publique a attribué la croissance au succès de la politique sécuritaire du gouvernement. Mais toute l’Amérique latine a connu une croissance positive », ajoute l’économiste Mauricio Perez. Le pays reste le premier producteur mondial de cocaïne du monde. Mais la question du poids de l’économie de la drogue dans le taux de croissance a, elle aussi, été éludée depuis longtemps.


Affaire Bruno Guigue: Liberté d’expression ou désinformation?

25 mars, 2008
Bruno GuigueA propos de terrorisme, l’Etat d’Israël, qui plus est, peut se targuer d’un palmarès hors compétition. Les odieux attentats du 11 septembre 2001 ont fait dix fois moins de victimes que le siège de Beyrouth par Tsahal en 1982. Ses admirateurs occidentaux doivent certainement s’extasier sur les prouesses d’une armée capable de tuer aussi aisément des enfants avec des missiles. Ils doivent aussi se confondre d’admiration devant les geôles israéliennes, où grâce à la loi religieuse, on s’interrompt de torturer durant le shabbat.
Car, analogie pour analogie, frappante est la ressemblance entre le Reich qui s’assied sur la SDN en 1933 et l’Etat hébreu qui bafoue le droit international depuis 1967.Comme son lointain prédécesseur, Israël, lui aussi, se « soustrait à toute critique d’une institution internationale impuissante ». Et s’il le fait, c’est pour mieux conquérir « son espace vital, de la mer au Jourdain », selon la belle formule employée par Effi Eitam, ministre d’Ariel Sharon, en 2002. Bruno Guigue
La peur d’être taxés ‘d’antisémitisme’ nous amène à fermer les yeux sur des ‘agissements inadmissibles au Moyen-Orient’ (…) Que se serait-il passé si nous avions soutenu le régime d’apartheid sud-africain contre la population noire majoritaire ? (…).
Et si nous avions décrit les enfants noirs abattus par la police comme les victimes d’un ‘acte sacrificiel’ de leurs propres parents ? (…) Il faut toutefois rappeler que les escadrons de la mort sud-africains n’utilisaient ni mitrailleuses héliportées, ni missiles…Depuis la seconde guerre mondiale, rarement un peuple aura été aussi vilipendé que le peuple palestinien. Rarement un peuple aura été aussi souvent excusé, jamais on ne lui aura à ce point passé ses caprices, que les Israéliens. Les ambassades israéliennes, de part le monde, s’emploient à tenir la jambe aux éditeurs, pour leur faire la leçon : ils ne doivent pas qualifier le Premier ministre israélien de ‘faucon’, car cela ‘enfreindrait la courtoisie’. Et les publicistes de rentrer dans le rang, le petit doigt sur la couture du pantalon.(…)
Notre couardise, notre refus de dire la vérité, notre peur d’être taxés d’ ‘antisémitisme’ – l’une des injures les plus graves qui puissent être proférées envers un journaliste – ne font que contribuer à la perpétration d’actes atroces au Moyen-Orient, et en même temps, en fermant les yeux, à les laisser se perpétuer sans rien dire. Nous serions bien inspirés de regarder bien en face ces « remakes » de l’ère de l’apartheid et de nous souvenir de l’époque où les hommes avaient encore un peu d’honneur. Robert Fisk (cité par Oumma.com)
Si on peut comparer un camp palestinien au ghetto de Varsovie, à qui doit-on alors comparer les soldats qui l’attaquent ? Coalition des Femmes pour une Paix Juste (mouvement pacifiste israélien cité par Oumma.com, suite aux propos d’un militaire israélien sur l’importance d’ ‘analyser les batailles du passé’, y compris ‘la manière dont l’armée allemande a combattu le ghetto de Varsovie’ au sujet d’une éventuelle mission dans ‘un camp de réfugiés à forte densité’ avec – cherchez l’erreur ! -… les plus faibles pertes possibles de part et d’autre !)
Il faut tout d’abord rappeler qu’il s’exprimait en tant que spécialiste des questions politiques et non en sa qualité de sous-préfet. Par ailleurs, il est exact que la législation française soumet la liberté d’expression des fonctionnaires à certaines limitations au nom de l’obligation de réserve : toutefois, de telles limitations doivent être conformes à l’article 10.2 de la CEDH, en particulier ses articles qui disposent que l’ingérence ainsi commise doit poursuivre des buts légitimes (la sécurité nationale, l’intégrité territoriale ou la sûreté publique, la défense de l’ordre et la prévention du crime, la protection de la santé ou de la morale, la protection de la réputation ou des droits d’autrui) et être justifiée par des considérations démocratiques. Oumma.com
L’usage d’une saine critique ne peut s’exercer équitablement en France. Si chacun a le loisir dans notre pays, fonctionnaire ou pas, de critiquer, condamner, dénoncer à peu près n’importe quel Etat, n’importe quelle religion, n’importe quelle personnalité, il existe une exception à cette règle et notre ami Bruno Guigue est puni d’avoir cru à l’existence d’une véritable et totale liberté d’expression au pays des droits de l’homme. Oumma.com

Après Charles Enderlin, Edgar Morin, Daniel Mermet, Pascal Boniface, on ne compterait plus, si l’on en croit Oumma.com, les « victimes du chantage à l’antisémitisme »

Comment ne pas partager à première vue en effet un tel appel aux grands principes de la liberté d’expression, y compris venant d’un site qu’on a pourtant senti moins déterminé lorsqu’il a fallu défendre celle par exemple d’un Robert Redeker?

Sauf qu’un fonctionnaire qui, comme le sous-préfet Bruno Guigue tout récemment limogé par la Ministre de l’Intérieur pour « manque à son devoir de réserve », répand, sans la moindre preuve fournie, de la désinformation du type « seul Etat au monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles », peut-il s’étonner, s’il ne reconnaît et ne s’excuse de son acte ou ne démissionne pas de lui-même, de se voir sanctionner par sa hiérarchie ?

Surtout que notre sous-préfet aux champs (qui, énarque et normalien devrait vite retrouver son corps d’origine d’administrateur civil après ses 6 mois de carrière-éclair) et auteur de plusieurs livres chez l’Harmattan sur Le conflit israélo-arabe dont « Proche-Orient: la guerre Des mots », ainsi que des tribunes sur la situation proche-orientale, notamment sur Oumma.com n’en était apparemment pas à son galop d’essai puisqu’il avait, certes jamais en sa qualité de sous-préfet et bien avant son éphémère carrière dans ce poste, ce qui ressemble beaucoup à une apologie, au moins partielle, de la fameuse conférence de la honte de Téhéran sur la réalité de la Shoah (merci Etabori):

La mémoire de la Shoah est devenue, entre les mains d’Israël et de ses alliés, une arme redoutable d’intimidation massive. (…) Le monde arabe est victime d’un terrorisme d’Etat auquel les puissances occidentales tressent des lauriers, par expiation secrète d’un crime de masse commis il y a soixante ans. Si la conférence de Téhéran a au moins une vertu, c’est de rappeler au souvenir d’un Occident amnésique cette formidable aberration historique. Bruno Guigue (sur la conférence de Téhéran sur la réalité de l’Holocauste, décembre 2006)

Mais pour que le lecteur puisse juger sur pièces, voici le texte de sa maintenant tristement fameuse tribune d’Oumma.com du 13 mars dernier, censée dénoncer, dans le « Point de vue » dans Le Monde du 27 février 2008, « l’hystérie verbale et la mauvaise foi insondables », ainsi que les « accusations si mensongères que même la liste des signataires ne tempère qu’à peine notre stupéfaction: Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Claude Lanzmann, Elie Wiesel, Pierre-André Taguieff, Frédéric Encel .. On peut facilement compléter la liste tant l’omniprésence des intellectuels organiques du lobby pro-israélien nous est devenue familière »:

Extraits :

Encore une fois, l’art de l’amalgame intellectuel atteint des sommets. Mêlant tout et son contraire, le texte publié par « Le Monde » mise sur la confuse indignation du lecteur en anesthésiant au passage son jugement critique. Louise Arbour portait le voile à Téhéran, soit. Mais aurait-elle pu, en Israël, organiser une réunion pendant le shabbat ? Les régimes religieux ont des exigences que n’ont pas les autres. On peut le déplorer, mais ils sont chez eux. L’offense à la religion, dans certains pays, est considérée comme une forme de racisme. Faut-il que nous allions les convaincre du contraire, et de quelle manière ? La peine de mort, enfin, est cruellement appliquée en Iran. Mais les aspects odieux du régime de Téhéran ne le résument pas pour autant, et le régime saoudien n’a rien à lui envier. Surtout pas l’amitié des Etats-Unis, où un président texan a été élu sur sa réputation d’exécuteur intraitable des criminels supposés. Sans parler d’Israël, seul Etat au monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles.

(…)

Charbonnier est maître chez soi, commentent-ils. C’est le docteur Goebbels qui utilisait cet argument d’opportunité, à la tribune de la Société des nations en 1933, pour se soustraire à toute critique d’une institution internationale impuissante ». On croit rêver. Car, analogie pour analogie, frappante est la ressemblance entre le Reich qui s’assied sur la SDN en 1933 et l’Etat hébreu qui bafoue le droit international depuis 1967. Comme son lointain prédécesseur, Israël, lui aussi, se « soustrait à toute critique d’une institution internationale impuissante ». Et s’il le fait, c’est pour mieux conquérir « son espace vital, de la mer au Jourdain », selon la belle formule employée par Effi Eitam, ministre d’Ariel Sharon, en 2002.

(…)

« Les grands crimes politiques ont toujours eu besoin de mots pour se légitimer. La parole annonce le passage à l’acte », philosophent nos signataires. Ils n’ont pas tort : le 29 février, le vice-ministre israélien de la Défense Matan Vilnaï a brandi la menace d’une « shoah » contre les Palestiniens avant de lancer à Gaza la sanglante opération qui fit 110 victimes palestiniennes en une semaine. Quitte à enfreindre un tabou religieux, l’Etat hébreu, manifestement, a franchi un cap sémantique avant de déchaîner sa puissance militaire : il est passé « de la parole à l’acte ».

« Retour de Dieu en politique », disent-ils. Nos intellectuels savent de quoi ils parlent : Israël n’est-il pas l’Etat confessionnel par excellence ? « Si la revendication d’un coin de terre est légitime, affirmait Theodor Herzl, alors tous les peuples qui croient en la Bible se doivent de reconnaître le droit des juifs ». Bibliquement établie, la légitimité d’un Etat juif en Palestine va de soi : le texte sacré tient lieu de titre de propriété. Pour les sionistes religieux, le retour des juifs en Eretz Israël est inscrit dans le récit de l’Alliance lui-même. Prendre possession de la terre que Dieu a donnée aux juifs fait partie du plan divin, et ce serait le contrarier que de renoncer à cette offrande.

Du coup, aucun compromis n’est possible avec les Arabes. En 1947, le grand rabbin de Palestine martelait le statut théologique du futur Etat juif : « C’est notre forte conviction que personne, ni individu, ni pouvoir institué, n’a le droit d’altérer le statut de la Palestine qui a été établi par droit divin ». Chef du parti national-religieux, le général Effi Eitam expliquait à son tour en 2002 : « Nous sommes seuls au monde à entretenir un dialogue avec Dieu en tant que peuple. Un Etat réellement juif aura pour fondement le territoire, de la mer au Jourdain, qui constitue l’espace vital du peuple juif ». Au moins, c’est limpide.

Rien d’étonnant, par conséquent, à ce que le lobby pro-israélien exècre l’ONU : son appétence pour le droit international est inversement proportionnelle à son engouement pour le droit divin. Il est vrai que l’un est infiniment plus favorable au Grand Israël que l’autre. Percuter les résolutions de l’ONU avec la Thora relève de l’exploit intellectuel et du prodige politique : Israël l’a fait. Pour nos signataires, « c’est au nom de Dieu que le plus grand crime terroriste de l’histoire fut commis ». Ce n’est pas tout à fait faux, à condition d’inclure dans l’analyse l’Etat hébreu, cet artefact colonial bâti au forceps sur les ruines de la Palestine au nom de la Bible et de la Shoah.

A propos de terrorisme, l’Etat d’Israël, qui plus est, peut se targuer d’un palmarès hors compétition. Les odieux attentats du 11 septembre 2001 ont fait dix fois moins de victimes que le siège de Beyrouh par Tsahal en 1982. Ses admirateurs occidentaux doivent certainement s’extasier sur les prouesses d’une armée capable de tuer aussi aisément des enfants avec des missiles. Ils doivent aussi se confondre d’admiration devant les geôles israéliennes, où grâce à la loi religieuse, on s’interrompt de torturer durant le shabbat. L’Etat hébreu mérite bien ce concert de louanges que les intellectuels organiques lui décernent à longueur de colonnes. Et quelle outrecuidance, de la part de l’ONU, de vouloir fourrer son nez sale dans les affaires intérieures israéliennes !

A l’instar des pires calomnies, les accusations publiées dans « Le Monde » du 27 février se sont répandues sur la toile. Elles suscitent sur certains blogs des commentaires haineux que l’on ose à peine citer. M. Doudou Diène y est qualifié de « défenseur de la secte du pédophile fou et des adorateurs du caillou ». On y lit que « depuis les invasions musulmanes le croissant fertile est devenu le croissant stérile, et la civilisation a émigré en Occident ». Sur l’ONU, un internaute déchaîné résume à sa façon l’article publié par « Le Monde » : « l’ONU, c’est un ramassis de la racaille islamiste et tiers-mondiste ». Qu’attend-on pour supprimer l’ONU ? Ce sera encore plus simple. Islamophobie déclarée, haine du monde arabe, stupéfiante arrogance occidentale, tout y est. Opération réussie, mesdames et messieurs les intellectuels organiques.

Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l’ONU
Bruno Guigue
Le 13 mars 2008
Oumma.com

Dans sa rubrique « Point de vue » du 27 février 2008, « Le Monde » a généreusement offert ses colonnes à un texte d’une hystérie verbale et d’une mauvaise foi insondables. Les accusations qu’il profère à l’égard du conseil des droits de l’homme de l’ONU sont si mensongères que même la liste des signataires ne tempère qu’à peine notre stupéfaction : Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Claude Lanzmann, Elie Wiesel, Pierre-André Taguieff, Frédéric Encel .. On peut facilement compléter la liste tant l’omniprésence des intellectuels organiques du lobby pro-israélien nous est devenue familière.

Le titre sans nuances de cette prose haineuse est déjà tout un programme : « L’ONU contre les droits de l’homme ». Dès les premières lignes, on peut y lire cet appel angoissé : « L’année 2008 verra-t-elle simultanément le soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme par l’ONU et la destruction de ses principes par la même ONU ? Tout porte à le redouter, tant depuis un certain nombre d’années, par ses dérives, l’ONU s’est caricaturée ». Inévitablement le lecteur non averti s’alarme : l’organisation internationale serait-elle brusquement devenue suicidaire ?

Mais par bonheur la suite nous éclaire aussitôt sur les préoccupations profondes de nos signataires :« A Durban, en Afrique du Sud, s’est tenue en 2001 la conférence mondiale contre le racisme, à l’initiative des Nations-Unies. C’est au nom des droits des peuples que furent scandés des « mort à l’Amérique ! » et « mort à Israël ! » et c’est au nom du relativisme culturel qu’on fit silence sur les discriminations et violences commises contre les femmes ».

Quel rapport entre la géopolitique du Moyen-Orient, manifestement en cause dans les appels à combattre les Etats-Unis et Israël, et l’oppression des femmes que viendrait cautionner le « relativisme culturel » ? Probablement aucun. Mais amalgamer les deux sujets présente l’intérêt polémique de suggérer une pernicieuse concurrence entre les victimes : vous qui condamnez Israël et l’Amérique, vous ne dites rien de la souffrance des femmes opprimées dans les pays musulmans. C’est une antienne dont la rhétorique lobbyiste est coutumière : elle permet de détourner le lecteur occidental de la critique de la politique américaine ou israélienne en fixant son attention sur un problème interne des sociétés moyen-orientales.

Ce rapprochement polémique entre les deux sujets, pourtant, est particulièrement cocasse. L’Arabie saoudite, où le port du voile est obligatoire et les femmes interdites de conduite automobile, est l’alliée historique des Etats-Unis dans la région. Le régime obscurantiste des talibans, lui, a vu le jour sous les auspices d’une CIA qui a prêté ses camps d’entraînement sur le sol américain aux combattants du mollah Omar. En revanche, l’Irak et la Syrie baasistes, plus proches de la norme occidentale en matière de condition féminine, n’eurent pas droit aux mêmes égards. Le premier a été pulvérisé sous les bombes US, la seconde est rangée dans la catégorie des « Etats voyous ». Mais peu importe : les partisans de la politique américaine au Moyen-Orient se croient fondés à donner des leçons en matière d’émancipation féminine.

S’agissant de l’ONU, en outre, on ne s’étonnera guère d’un tel ressentiment de la part des porte-parole du néoconservatisme à la française. Car les résolutions du conseil des droits de l’homme, comme hier les déclarations de l’assemblée générale, ont osé mettre en cause la répression israélienne en Palestine occupée. Les 47 Etats élus par leurs pairs au CDH bénéficient de l’égalité de vote. La sensibilité qui s’y exprime reflète donc une opinion majoritaire qui n’a aucune raison de cautionner l’occupation militaire des territoires arabes. Que les thuriféraires d’Israël, cependant, se rassurent : ces résolutions demeurent symboliques à défaut d’être exécutoires. Mais ce n’est pas suffisant. Il leur faut aussi en stigmatiser le principe par un usage grossier de la calomnie.

C’est à quoi s’emploient rageusement les signataires. « Par sa mécanique interne, les coalitions et les alliances qui s’y constituent, les discours qui s’y tiennent, les textes qui s’y négocient et la terminologie utilisée anéantissent la liberté d’expression, légitiment l’oppression des femmes et stigmatisent les démocraties occidentales .. Le CDH est devenu une machine de guerre idéologique à l’encontre de ses principes fondateurs. Ignorée des grands médias, jour après jour, session après session, résolution après résolution, une rhétorique politique est forgée pour légitimer les passages à l’acte et les violences de demain ».

Symptôme d’une psychose paranoïaque ou monument de la démonologie occidentale : on hésite sur le diagnostic. La seule certitude, c’est que ce réquisitoire contre des forfaits inexistants témoigne d’une inventivité hors du commun. Le conseil des droits de l’homme de l’ONU voudrait « anéantir la liberté d’expression » ? On se demande bien pourquoi et comment. Mais nos interrogations demeurent sans réponse. Nos polémistes annoncent « la mise à mort de l’universalité des droits » par l’ONU elle-même, mais cette mort annoncée reste nimbée de mystère. Aucune citation des résolutions du CDH ne vient étayer cette accusation, et les détracteurs de l’ONU condamnent ses idées supposées avec une violence inversement proportionnelle aux preuves de ce qu’ils avancent. Visiblement, ils préfèrent parler à sa place en procédant directement au commentaire de ce qu’elle est censée avoir dit.

En guise de citations, on doit alors se contenter des propos résumés au style indirect, sans guillemets, qu’aurait tenus M. Doudou Diène, rapporteur spécial sur le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie auprès de l’ONU. L’intellectuel sénégalais aurait ainsi déclaré qu’« énoncer une critique contre le port de la burqa constitue une agression raciste, que la laïcité est ancrée dans une culture esclavagiste et colonialiste, et que la loi française contre le port des signes religieux à l’école participe du racisme antimusulman ». Seul problème : ces citations sont introuvables. Si chacun de ces énoncés soulève évidemment des objections, encore faut-il qu’il ait été formulé. Une polémique grossière sur des citations qui n’en sont pas : le procédé condamne ses auteurs.

Au demeurant, les seules citations que les idéologues publiés par « Le Monde » auraient dû produire à l’appui de leur propre thèse sont celles du CDH lui-même. Mais ils se gardèrent bien de le faire. Livrant leur interprétation tendancieuse en lieu et place de la pensée d’autrui, ils pérorent gravement en prenant leur fantasme pour la réalité : « La confusion est à son comble, affirment-ils, quand est dénoncée comme une attitude raciste toute critique de la religion ». Mais d’où vient cette idée ? Qui l’a émise ? Nul ne le sait. N’importe qui, en revanche, peut vérifier ce qu’a énoncé le CDH sur la question religieuse. Il suffit de consulter les compte-rendus officiels des six sessions réunies depuis sa création en juin 2006.

Le 30 mars 2007, le CDH a ainsi adopté une résolution « sur la lutte contre la diffamation des religions ». Ce texte nuancé insiste sur « le droit de chacun à la liberté d’expression, qui devrait s’exercer de façon responsable et peut donc être soumis à de restrictions, prescrites par la loi et nécessaires pour le respect des droits ou de la réputation d’autrui, la protection de la sécurité nationale, de la santé ou de la morale publiques, et le respect des religions et des convictions ». Sur le plan des principes, ce texte ne diffère guère du droit positif en vigueur dans la plupart des pays, les Etats occidentaux ayant eux aussi entouré l’exercice de la liberté d’expression de certaines limites juridiques. En France, la reconnaissance de la liberté d’expression n’entraîne aucun droit à diffamer son voisin, toute forme d’injure manifestant une discrimination raciale ou religieuse est punie par la loi, et certaines dispositions législatives ont même eu pour effet d’énoncer une vérité officielle sur des faits historiques.

Naturellement, la teneur de cette résolution du CDH n’est pas indifférente au contexte politique lié à la « guerre contre le terrorisme » menée tambour battant par Washington. « Le Conseil se déclare préoccupé par les images stéréotypées négatives des religions et par les manifestations d’intolérance et de discrimination en matière de religion ou de conviction. Il se déclare en outre profondément préoccupé par les tentatives visant à associer l’islam avec le terrorisme, la violence et les violations des droits de l’homme. Il note avec une vive inquiétude l’intensification de la campagne de diffamation des religions, et la désignation des minorités musulmanes selon des caractéristiques ethniques et religieuses depuis les événements tragiques du 11 septembre 2001 ».

L’adoption de ce texte s’est heurtée à l’opposition des pays occidentaux, mis en minorité lors du vote final. Aucun d’entre eux n’y a vu, toutefois, le danger mortel pour la civilisation universelle que dénoncent les signataires de notre pamphlet antionusien. Au nom de l’Union européenne, la représentante de l’Allemagne « a fait remarquer que, comme l’a établi le rapport de M. Doudou Diène, la discrimination fondée sur la religion ne concerne pas uniquement l’islam, mais également le judaïsme, le christianisme et des religions et croyances venues d’Asie, ainsi que des personnes sans religion. Elle a également souligné qu’il est problématique de séparer la discrimination fondée sur la religion des autres formes de discrimination. Elle a aussi jugé l’utilisation du concept de diffamation contre-productive, préconisant plutôt un texte axé sur la liberté de religion ou de conviction ».

Que ce débat témoigne d’une différence de sensibilité sur les questions religieuses entre pays membres de l’organisation de la conférence islamique (OCI) et pays occidentaux est une évidence. Cela méritait une réflexion sur la sécularisation relative des sociétés concernées et la référence, explicite dans les pays musulmans, à des valeurs religieuses. Mais cette réflexion n’effleura même pas l’esprit de nos intrépides signataires qui, faute d’avoir lu les textes auxquels ils font vaguement allusion, en dénaturent volontairement la signification. Refusant de discuter rationnellement les arguments de l’autre, on préfère le stigmatiser en imaginant une dramaturgie grossière mettant en scène des personnages réels. Ce théâtre de marionnettes, du coup, tient lieu d’argumentaire.

C’est ainsi que nos signataires s’en prennent violemment à Mme Louise Arbour, haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU. « Elle a participé à une conférence à Téhéran consacrée aux droits de l’homme et à la diversité culturelle, dénoncent-ils. Portant le voile, comme la loi de la république islamique l’exige, la haut-commissaire a été le témoin passif de l’énoncé de principes à venir, ainsi résumés : offense aux valeurs religieuses considérée comme raciste. Bien pire, dès le lendemain de cette visite, vingt et un Iraniens, dont plusieurs mineurs, furent pendus en public. C’est en sa présence que le président Ahmadinejad a renouvelé son appel à la destruction d’Israël ».

Encore une fois, l’art de l’amalgame intellectuel atteint des sommets. Mêlant tout et son contraire, le texte publié par « Le Monde » mise sur la confuse indignation du lecteur en anesthésiant au passage son jugement critique. Louise Arbour portait le voile à Téhéran, soit. Mais aurait-elle pu, en Israël, organiser une réunion pendant le shabbat ? Les régimes religieux ont des exigences que n’ont pas les autres. On peut le déplorer, mais ils sont chez eux. L’offense à la religion, dans certains pays, est considérée comme une forme de racisme. Faut-il que nous allions les convaincre du contraire, et de quelle manière ? La peine de mort, enfin, est cruellement appliquée en Iran. Mais les aspects odieux du régime de Téhéran ne le résument pas pour autant, et le régime saoudien n’a rien à lui envier. Surtout pas l’amitié des Etats-Unis, où un président texan a été élu sur sa réputation d’exécuteur intraitable des criminels supposés. Sans parler d’Israël, seul Etat au monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles.

Les diatribes iraniennes contre l’Etat hébreu relèvent, elles, d’un affrontement géopolitique dont l’un des principaux paramètres est l’attitude d’Israël lui-même. S’il avait appliqué la peine de mort aux civils palestiniens avec davantage de discernement depuis soixante ans, il n’aurait pas suscité un tel rejet de la part de ses voisins proches ou éloignés. Sous occupation militaire, amputés d’une partie de leur territoire, ou régulièrement bombardés par son aviation, ces derniers ont d’excellentes raisons de le détester. Mais peu importe. Décidés à instruire à charge contre Mme Arbour pour son séjour à Téhéran, nos polémistes incriminent « son silence et sa passivité », qu’elle aurait justifiés par « le respect de la loi iranienne et le souci de ne pas offenser ses hôtes ».

« Charbonnier est maître chez soi, commentent-ils. C’est le docteur Goebbels qui utilisait cet argument d’opportunité, à la tribune de la Société des nations en 1933, pour se soustraire à toute critique d’une institution internationale impuissante ». On croit rêver. Car, analogie pour analogie, frappante est la ressemblance entre le Reich qui s’assied sur la SDN en 1933 et l’Etat hébreu qui bafoue le droit international depuis 1967. Comme son lointain prédécesseur, Israël, lui aussi, se « soustrait à toute critique d’une institution internationale impuissante ». Et s’il le fait, c’est pour mieux conquérir « son espace vital, de la mer au Jourdain », selon la belle formule employée par Effi Eitam, ministre d’Ariel Sharon, en 2002.

« Les grands crimes politiques ont toujours eu besoin de mots pour se légitimer. La parole annonce le passage à l’acte », philosophent nos signataires. Ils n’ont pas tort : le 29 février, le vice-ministre israélien de la Défense Matan Vilnaï a brandi la menace d’une « shoah » contre les Palestiniens avant de lancer à Gaza la sanglante opération qui fit 110 victimes palestiniennes en une semaine. Quitte à enfreindre un tabou religieux, l’Etat hébreu, manifestement, a franchi un cap sémantique avant de déchaîner sa puissance militaire : il est passé « de la parole à l’acte ».

Mais le meilleur a été gardé pour la fin. « Les idéologies totalitaires avaient remplacé les religions. Leurs crimes, les promesses non tenues d’avenir radieux ont ouvert grande la porte au retour de Dieu en politique. Le 11 septembre 2001, quelques jours après la fin de la conférence de Durban, c’est bien au nom de Dieu que le plus grand crime terroriste de l’histoire fut commis ». Lier dans une même trame le 11 septembre 2001 et les résolutions du CDH, il fallait oser. Il est vrai que nous avons affaire à des spécialistes.

« Retour de Dieu en politique », disent-ils. Nos intellectuels savent de quoi ils parlent : Israël n’est-il pas l’Etat confessionnel par excellence ? « Si la revendication d’un coin de terre est légitime, affirmait Theodor Herzl, alors tous les peuples qui croient en la Bible se doivent de reconnaître le droit des juifs ». Bibliquement établie, la légitimité d’un Etat juif en Palestine va de soi : le texte sacré tient lieu de titre de propriété. Pour les sionistes religieux, le retour des juifs en Eretz Israël est inscrit dans le récit de l’Alliance lui-même. Prendre possession de la terre que Dieu a donnée aux juifs fait partie du plan divin, et ce serait le contrarier que de renoncer à cette offrande.

Du coup, aucun compromis n’est possible avec les Arabes. En 1947, le grand rabbin de Palestine martelait le statut théologique du futur Etat juif : « C’est notre forte conviction que personne, ni individu, ni pouvoir institué, n’a le droit d’altérer le statut de la Palestine qui a été établi par droit divin ». Chef du parti national-religieux, le général Effi Eitam expliquait à son tour en 2002 : « Nous sommes seuls au monde à entretenir un dialogue avec Dieu en tant que peuple. Un Etat réellement juif aura pour fondement le territoire, de la mer au Jourdain, qui constitue l’espace vital du peuple juif ». Au moins, c’est limpide.

Rien d’étonnant, par conséquent, à ce que le lobby pro-israélien exècre l’ONU : son appétence pour le droit international est inversement proportionnelle à son engouement pour le droit divin. Il est vrai que l’un est infiniment plus favorable au Grand Israël que l’autre. Percuter les résolutions de l’ONU avec la Thora relève de l’exploit intellectuel et du prodige politique : Israël l’a fait. Pour nos signataires, « c’est au nom de Dieu que le plus grand crime terroriste de l’histoire fut commis ». Ce n’est pas tout à fait faux, à condition d’inclure dans l’analyse l’Etat hébreu, cet artefact colonial bâti au forceps sur les ruines de la Palestine au nom de la Bible et de la Shoah.

A propos de terrorisme, l’Etat d’Israël, qui plus est, peut se targuer d’un palmarès hors compétition. Les odieux attentats du 11 septembre 2001 ont fait dix fois moins de victimes que le siège de Beyrouh par Tsahal en 1982. Ses admirateurs occidentaux doivent certainement s’extasier sur les prouesses d’une armée capable de tuer aussi aisément des enfants avec des missiles. Ils doivent aussi se confondre d’admiration devant les geôles israéliennes, où grâce à la loi religieuse, on s’interrompt de torturer durant le shabbat. L’Etat hébreu mérite bien ce concert de louanges que les intellectuels organiques lui décernent à longueur de colonnes. Et quelle outrecuidance, de la part de l’ONU, de vouloir fourrer son nez sale dans les affaires intérieures israéliennes !

A l’instar des pires calomnies, les accusations publiées dans « Le Monde » du 27 février se sont répandues sur la toile. Elles suscitent sur certains blogs des commentaires haineux que l’on ose à peine citer. M. Doudou Diène y est qualifié de « défenseur de la secte du pédophile fou et des adorateurs du caillou ». On y lit que « depuis les invasions musulmanes le croissant fertile est devenu le croissant stérile, et la civilisation a émigré en Occident ». Sur l’ONU, un internaute déchaîné résume à sa façon l’article publié par « Le Monde » : « l’ONU, c’est un ramassis de la racaille islamiste et tiers-mondiste ». Qu’attend-on pour supprimer l’ONU ? Ce sera encore plus simple. Islamophobie déclarée, haine du monde arabe, stupéfiante arrogance occidentale, tout y est. Opération réussie, mesdames et messieurs les intellectuels organiques.

BRUNO GUIGUE


Barack Obama: Rattrapé par son passé de compagnon de route de la haine raciale (Fellow-traveling with a little race hatred seemed a small price to pay)

20 mars, 2008
Obama with SharptonJe sers d’écran blanc sur lequel les gens de couleurs politiques les plus différentes peuvent projeter leurs propres vues. Obama
Obama surfe sur cette vague d’aspiration des Blancs qui se projettent sur lui. Il parle d’espoir, de changement, d’avenir… Il se cache derrière ce discours éthéré, sans substance, pour permettre aux Blancs de projeter sur lui leurs aspirations. Il est prisonnier car à la minute où il révélera qui il est vraiment, ce en quoi il croit vraiment, son idéologie, il perdra toute sa magie et sa popularité de rock-star. (…) Il est prisonnier, car il ne peut pas être lui-même. (…) Les Blancs sont l’électorat naturel de Barack Obama. (…) C’est ça l’ironie: il a fallu que Barack Obama gagne les voix blanches pour emporter les voix noires. Shelby Steele

A l’heure où, poussé par la polémique, Obama se décide enfin à dénoncer les propos de celui qui, l’ayant amené au christianisme, célébré son mariage et baptisé ses enfants, lui a servi pendant 20 ans de pasteur …

Retour sur l’article, dans le WSJ d’avant-hier, du chercheur de Stanford Shelby Steele, qui pointe le piège dans lequel le candidat démocrate s’est enfermé.

S’il avait jusqu’ici réussi à jouer sur les deux tableaux du sentiment de culpabilité et du besoin de rédemption et d’innocence raciale des Blancs, c’était au prix d’une certaine invisibilité idéologique.

Mais la récente révélation qu’il avait passé (lui et sa famille) quelque deux décennies de sa vie à écouter, dimanche après dimanche, les sermons enflammés d’un pasteur nationaliste noir proche du notoire antisémite Farrakhan, a ruiné toute cette belle stratégie …

Extraits (traduits au babelfish) :

Le fait est que Barack Obama a été le compagnon de route d’un nationalisme noir anti-américain plein de haine toute sa vie d’adulte, refusant de prendre position et de dénoncer une idéologie pour qui sa propre mère n’avait pas de place.

Et quel mauvais présage de son jugement présidentiel que d’avoir exposé ses deux filles pendant leurs vies entières à ce qui est, pour le moins implicitement, le pire des vitriols anti-blancs?

Mais maintenant le projecteur d’une campagne présidentielle a révélé ce coin habituellement caché de la vie noire contemporaine: la complaisance la plus gratuite pour un anti-Américanisme rhétorique comme moyen de renforcement des liens intracommunautaires et d’affirmation de son identité noire. Et pourtant l’image de Jeremiah Wright, en une de tous les journaux télévisés de l’Amérique, nous a prouvé qu’il n’y a aucune vraie différence entre la haine rhétorique et la vraie haine.

The Obama Bargain
by Shelby Steele
WSJ
March 18, 2008

Geraldine Ferraro may have had sinister motives when she said that Barack Obama would not be « in his position » as a frontrunner but for his race. Possibly she was acting as Hillary Clinton’s surrogate. Or maybe she was simply befuddled by this new reality — in which blackness could constitute a political advantage.

But whatever her motives, she was right: « If Obama was a white man, he would not be in this position. » Barack Obama is, of course, a very talented politician with a first-rate political organization at his back. But it does not detract from his merit to say that his race is also a large part of his prominence. And it is undeniable that something extremely powerful in the body politic, a force quite apart from the man himself, has pulled Obama forward. This force is about race and nothing else.

The novelty of Barack Obama is more his cross-racial appeal than his talent. Jesse Jackson displayed considerable political talent in his presidential runs back in the 1980s. But there was a distinct limit to his white support. Mr. Obama’s broad appeal to whites makes him the first plausible black presidential candidate in American history. And it was Mr. Obama’s genius to understand this. Though he likes to claim that his race was a liability to be overcome, he also surely knew that his race could give him just the edge he needed — an edge that would never be available to a white, not even a white woman.

How to turn one’s blackness to advantage?

The answer is that one « bargains. » Bargaining is a mask that blacks can wear in the American mainstream, one that enables them to put whites at their ease. This mask diffuses the anxiety that goes along with being white in a multiracial society. Bargainers make the subliminal promise to whites not to shame them with America’s history of racism, on the condition that they will not hold the bargainer’s race against him. And whites love this bargain — and feel affection for the bargainer — because it gives them racial innocence in a society where whites live under constant threat of being stigmatized as racist. So the bargainer presents himself as an opportunity for whites to experience racial innocence.

This is how Mr. Obama has turned his blackness into his great political advantage, and also into a kind of personal charisma. Bargainers are conduits of white innocence, and they are as popular as the need for white innocence is strong. Mr. Obama’s extraordinary dash to the forefront of American politics is less a measure of the man than of the hunger in white America for racial innocence.

His actual policy positions are little more than Democratic Party boilerplate and hardly a tick different from Hillary’s positions. He espouses no galvanizing political idea. He is unable to say what he means by « change » or « hope » or « the future. » And he has failed to say how he would actually be a « unifier. » By the evidence of his slight political record (130 « present » votes in the Illinois state legislature, little achievement in the U.S. Senate) Barack Obama stacks up as something of a mediocrity. None of this matters much.

Race helps Mr. Obama in another way — it lifts his political campaign to the level of allegory, making it the stuff of a far higher drama than budget deficits and education reform. His dark skin, with its powerful evocations of America’s tortured racial past, frames the political contest as a morality play. Will his victory mean America’s redemption from its racist past? Will his defeat show an America morally unevolved? Is his campaign a story of black overcoming, an echo of the civil rights movement? Or is it a passing-of-the-torch story, of one generation displacing another?

Because he is black, there is a sense that profound questions stand to be resolved in the unfolding of his political destiny. And, as the Clintons have discovered, it is hard in the real world to run against a candidate of destiny. For many Americans — black and white — Barack Obama is simply too good (and too rare) an opportunity to pass up. For whites, here is the opportunity to document their deliverance from the shames of their forbearers. And for blacks, here is the chance to document the end of inferiority. So the Clintons have found themselves running more against America’s very highest possibilities than against a man. And the press, normally happy to dispel every political pretension, has all but quivered before Mr. Obama. They, too, have feared being on the wrong side of destiny.

And yet, in the end, Barack Obama’s candidacy is not qualitatively different from Al Sharpton’s or Jesse Jackson’s. Like these more irascible of his forbearers, Mr. Obama’s run at the presidency is based more on the manipulation of white guilt than on substance. Messrs. Sharpton and Jackson were « challengers, » not bargainers. They intimidated whites and demanded, in the name of historical justice, that they be brought forward. Mr. Obama flatters whites, grants them racial innocence, and hopes to ascend on the back of their gratitude. Two sides of the same coin.

But bargainers have an Achilles heel. They succeed as conduits of white innocence only as long as they are largely invisible as complex human beings. They hope to become icons that can be identified with rather than seen, and their individual complexity gets in the way of this. So bargainers are always laboring to stay invisible. (We don’t know the real politics or convictions of Tiger Woods or Michael Jordan or Oprah Winfrey, bargainers all.) Mr. Obama has said of himself, « I serve as a blank screen on which people of vastly different political stripes project their own views . . . » And so, human visibility is Mr. Obama’s Achilles heel. If we see the real man, his contradictions and bents of character, he will be ruined as an icon, as a « blank screen. »

Thus, nothing could be more dangerous to Mr. Obama’s political aspirations than the revelation that he, the son of a white woman, sat Sunday after Sunday — for 20 years — in an Afrocentric, black nationalist church in which his own mother, not to mention other whites, could never feel comfortable. His pastor, Rev. Jeremiah Wright, is a challenger who goes far past Al Sharpton and Jesse Jackson in his anti-American outrage (« God damn America »).

How does one « transcend » race in this church? The fact is that Barack Obama has fellow-traveled with a hate-filled, anti-American black nationalism all his adult life, failing to stand and challenge an ideology that would have no place for his own mother. And what portent of presidential judgment is it to have exposed his two daughters for their entire lives to what is, at the very least, a subtext of anti-white vitriol?

What could he have been thinking? Of course he wasn’t thinking. He was driven by insecurity, by a need to « be black » despite his biracial background. And so fellow-traveling with a little race hatred seemed a small price to pay for a more secure racial identity. And anyway, wasn’t this hatred more rhetorical than real?

But now the floodlight of a presidential campaign has trained on this usually hidden corner of contemporary black life: a mindless indulgence in a rhetorical anti-Americanism as a way of bonding and of asserting one’s blackness. Yet Jeremiah Wright, splashed across America’s television screens, has shown us that there is no real difference between rhetorical hatred and real hatred.

No matter his ultimate political fate, there is already enough pathos in Barack Obama to make him a cautionary tale. His public persona thrives on a manipulation of whites (bargaining), and his private sense of racial identity demands both self-betrayal and duplicity. His is the story of a man who flew so high, yet neglected to become himself.

Mr. Steele, a research fellow at Stanford University’s Hoover Institution and the author of « A Bound Man: Why We Are Excited About Obama and Why He Can’t Win » (Free Press, 2007).

(1) http://online.wsj.com/opinion
(2) http://forums.wsj.com/viewtopic.php? t=1815

Voir aussi:

« Si Obama l’emporte, c’est grâce à la soif de rédemption des Américains »

Shelby Steele, auteur d’un livre sur le candidat à l’investiture démocrate.
Recueilli par notre correspondant à Washington PHILIPPE GRANGEREAU
Libération
Le 11 février 2008

Shelby Steele est l’auteur d’Un Homme prisonnier, pourquoi nous sommes attirés par Obama et pourquoi il ne peut pas gagner, publié le mois dernier aux Etats-Unis (1). Chercheur sur les questions raciales à l’université de Stanford, en Californie, Steele est métis, comme Obama.

Pourquoi dites-vous qu’Obama est un «homme prisonnier» ?

Il surfe sur cette vague d’aspiration des Blancs qui se projettent sur lui. Il parle d’espoir, de changement, d’avenir… Il se cache derrière ce discours éthéré, sans substance, pour permettre aux Blancs de projeter sur lui leurs aspirations. Il est prisonnier car à la minute où il révélera qui il est vraiment, ce en quoi il croit vraiment, son idéologie, il perdra toute sa magie et sa popularité de rock-star. Les Blancs diront : «Ah mais je ne savais pas que vous pensiez ça !» Il est prisonnier, car il ne peut pas être lui-même.

Pensez-vous toujours qu’il perdra en dépit de ses bons scores répétés dans les primaires ?

Je crois toujours, pour l’heure, qu’il ne peut pas devenir président des Etats-Unis. A moins qu’il dévoile réellement qui il est, quelle est son idéologie, mais il n’a pas encore commencé à le faire. On ignore presque tout de lui. Il ne dit pas dans quelles circonstances il déclenchera une intervention militaire. Que pense-t-il de la doctrine de la guerre préventive ? De la discrimination positive ?

N’est-il pas aussi perçu comme une sorte de rédempteur pour le passé raciste et les erreurs de la guerre d’Irak ?

En disant qu’il ne peut pas gagner, je sous-estime peut-être la profondeur de cette aspiration qui peut au final lui apporter la victoire. Mais ce sera une victoire née de ce profond désir de rédemption des Blancs qui n’effacera pas le passé raciste ni les controverses de la guerre d’Irak. Il y aura juste un Noir à la Maison Blanche et rien ne changera vraiment. Quand Carl Stokes a été le premier maire noir élu d’une grande ville [Cleveland en 1967, ndlr], tout le monde disait que ça bouleverserait toute la culture américaine. En réalité, c’était juste un maire noir et c’est tout. La race n’a pas d’importance. Ce qui importe, c’est qui vous êtes, en quoi vous croyez, pas la couleur de votre peau.

Mais Obama ne se présente pas comme un candidat noir…

Si. Et il trompe les gens sur ce point. Il dit qu’il transcende la question raciale et que c’est la raison pour laquelle il faut voter pour lui. Mais par le simple fait d’énoncer cela, il démontre que toute sa campagne est précisément axée sur la question raciale. Quand il dit «qu’il ne voit pas une Amérique noire et une Amérique blanche, mais des Américains», c’est délibérément le message inverse qu’il veut faire passer. Si Barack Obama n’était pas noir, on ne connaîtrait probablement même pas son nom… Il propose une convergence entre sa peau noire et la présidence, et ses supporteurs applaudissent car ils pensent que cette convergence sera rédemptrice pour les Etats-Unis, qu’il blanchira l’Amérique de son pire péché : le racisme. C’est ça qu’il vend aux Américains, sa peau noire, pas son programme économique.

Comment la communauté noire le considère-t-elle ?

Les Blancs sont l’électorat naturel de Barack Obama. Les Noirs ont été ambivalents à son égard dès le début. Pourtant, dès que Barack Obama a pu démontrer qu’il emportait les voix des Blancs en grand nombre, et donc qu’il était capable d’arriver au pouvoir, les Noirs se sont rangés à ses côtés. C’est ce qui s’est passé en Caroline du Sud. Et c’est ça l’ironie : Il a fallu que Barack Obama gagne les voix blanches pour emporter les voix noires. Il n’a commencé à avoir ces voix noires qu’après avoir emporté le vote blanc lors de la primaire en Iowa.

Comment jugez-vous Bill Clinton, qui, fin janvier, a présenté Obama comme un candidat noir ?

C’était un geste évidemment raciste. Il espérait que les Blancs considéreraient Obama comme un Noir, et seulement un Noir.

Les Clinton ont beaucoup de mal à arrêter Barack Obama…

Oui car il est perçu comme une sorte de messie qui sauvera l’Amérique de quatre siècles de divisions raciales. C’est le fait qu’il est Noir qui le rend si difficile à battre, ce ne sont pas ses idées. S’il l’emporte, ça n’aura rien à voir avec lui ; ce sera le résultat de la soif de rédemption qu’ont les Américains blancs de surmonter leur passé. Cette soif est très puissante. J’ai grandi dans une Amérique où la ségrégation faisait partie des bonnes manières. Mais aujourd’hui, il n’y a pas de pire insulte pour un Blanc que d’être qualifié de raciste. C’est une sorte de nouveau puritanisme. Les coupables sont bannis à jamais de la société. Aujourd’hui, les Américains ne veulent plus être stigmatisés par leur passé honteux. C’est ce désir profond des Blancs qui alimente le phénomène Obama.

Vous voulez dire que si Barack Obama est élu, il le sera par le politiquement correct ?

Exactement. Pour les mêmes raisons, les Blancs utilisent le mot Africain-américain pour parler des Noirs afin de ne pas être soupçonné de racisme. C’est le langage du sentiment de culpabilité Blanc.

(1) Free Press, New York.

Voir enfin:

Discovering Obama
WSJ
March 19, 2008

The political tide for Barack Obama was inconceivable as recently as a few months ago, and it may still carry him into the White House. A mere three years out of the state legislature, the Illinois Senator has captured the Democratic imagination with his charisma, his silver tongue, and most of all, his claims to transcend the partisan and racial animosities of the day.

But the suddenness of Mr. Obama’s rise allowed him, until recently, to evade the scrutiny that usually attends Presidential campaigns. If nothing else, the uproar over Reverend Jeremiah Wright has changed that. In Philadelphia yesterday, the Senator tried to explain his puzzling 20-year attendance at Reverend Wright’s Chicago’s Trinity United Church of Christ, while also using his nearly 5,000-word address to elaborate on the themes that have energized his candidacy. It was an instructive moment, though not always in the way the Senator intended.
[Discovering Obama]
AP

Mr. Obama, of course, is in the midst of a chiefly political crisis. No one honestly believes he shares his minister’s rage, or his political and racial beliefs, which have been seen all over cable news and reveal a deep disgust with America. Mr. Obama’s fault, rather, was to maintain a two-decade entanglement with Mr. Wright without ever seeming to harbor qualms about the causes espoused by his mentor and spiritual guide.

Such complacency couldn’t simply be waved off, as the Senator tried initially to do, because it drills into the core of his political appeal: that he represents new thinking and an attempt to end cultural and racial polarization. Mr. Wright imperils the possibility inherent in the first black candidate who has a genuine shot at the Presidency, in part because race is only an element of the Senator’s political character, not its definition.

So yesterday Mr. Obama sought to rehabilitate his image by distancing himself from Mr. Wright’s race-paranoia. He talked about his own multiracial background — son of a white mother and Kenyan father — and said, « I will never forget that in no other country on Earth is my story even possible. »

Mr. Wright’s remarks « expressed a profoundly distorted view of this country, » Mr. Obama continued, and are « not only wrong but divisive, divisive at a time when we need unity » — his way of broadening out the discussion to include his political message.

Less uplifting was his attempt to pair Mr. Wright’s extremism with Geraldine Ferraro’s recent remarks as « the other end » of the spectrum on race. Mr. Wright’s sermons are rooted in a racial separatism and black liberation theology that is a distinct minority even among African-Americans. Ms. Ferraro was, at worst, saying that Mr. Obama is helped because many Americans want to vote for someone who is black.

It is also notable that Mr. Obama situated Mr. Wright within what the Senator sees as the continuing black-white conflict and the worst excesses of racial injustice like Jim Crow. He dwelled on a lack of funding for inner-city schools and a general « lack of economic opportunity. » But Mr. Obama neglected the massive failures of the government programs that were supposed to address these problems, as well as the culture of dependency they ingrained. A genuine message of racial healing would also have given more credit to the real racial gains in American society over the last 40 years.

The Senator noted that the anger of his pastor « is real; it is powerful, » and in fact it is mirrored in « white resentments. » He then laid down a litany of American woe: « the white woman struggling to break the glass ceiling, the white man who has been laid off, » the « shuttered mill, » those « without health care, » the soldiers who have fought in « a war that never should have been authorized and never should’ve been waged, » etc. Thus Mr. Obama’s message is we « need unity » because all Americans are victims, racial and otherwise; he even mentioned working for change by « binding our particular grievances. »

And the cause of all this human misery? Why, « a corporate culture rife with inside dealing, questionable accounting practices, and short-term greed; a Washington dominated by lobbyists and special interests; economic policies that favor the few over the many. » Mr. Obama’s villains, in other words, are the standard-issue populist straw men of Wall Street and the GOP, and his candidacy is a vessel for liberal policy orthodoxy — raise taxes, « invest » more in social programs, restrict trade, retreat from Iraq.

Needless to say, this is not an agenda rooted in bipartisanship or even one that has captured a national Presidential majority in more than 40 years. It would be unfortunate if Mr. Obama’s candidacy were toppled by racial neuroses, and his speech yesterday may have prevented that. But it also revealed the extent to which his ideas are neither new nor transcendent.


Tibet: Les autorités chinoises connaissent la capacité d’oubli des Occidentaux (One world, one nightmare for China?)

19 mars, 2008
Tibet protestÀ cinq mois des Jeux olympiques de Pékin, [les émeutes de Lhassa et la répression contre les Tibétains] rappellent crûment que la Chine est une puissance totalitaire, protectrice des pires dictatures en Corée du Nord ou en Birmanie, mais aussi des régimes les plus mafieux de la planète comme ceux du Cambodge, du Soudan, du Zimbabwe ou de Cuba. C’est la Chine faisant aujourd’hui tirer sur les Tibétains qui promet demain d’anéantir sous des milliers de missiles cux qu’elles nomment « frères », les habitants de Taiwan, s’il leur venait l’idée de déclarer leur indépendance. François Hauter (le Figaro)

L’année des Jeux sera-t-elle, comme nous l’évoquions il y a quelques mois, l’année de tous les dangers… pour la Chine?

Jeunes étudiants de l’élite tibétaine manifestant à visage découvert dans les grandes villes chinoises …

Manifestations touchant, bien au-delà de la Région autonome officielle et sans parler des réfugiés tibétains de par le monde, l’ensemble du Tibet historique …

Soutien populaire (jusqu’au pillage et lynchage de boutiquiers chinois ou musulmans?) aux moines qui manifestaient pour la première fois depuis 1989 pour l’anniversaire du soulèvement de 1959 …

Discours très incisif du dalaï-lama à l’occasion du 10 mars, où il évoquait la terreur et la « répression inimaginable » …

Voire Taiwan qui reparle d’un éventuel référendum sur son indépendance …

Serions-nous, cinq mois avant les Jeux Olympiques et autant de mois après les émeutes des moines birmans, en train d’assister à un éventuel début de réalisation du cauchemar parfait que pourrait devenir la consécration qu’étaient censés représenter les Jeux 2008 pour les assassins de Tienanmen?

Heureusement pour Beijing, comme le rappelle la spécialiste du Tibet Françoise Robin, les autorités chinoises connaissent (qui parle encore de la Birmanie ?) la capacité d’oubli des Occidentaux et de leurs médias …

« La limite du supportable pour les Tibétains a été atteinte »
Pour Françoise Robin, tibétologue et enseignante à l’INALCO, les manifestations violentes illustrent les frustrations d’un peuple laissé-pour-compte.
Courrier international
18 mars 2008

N’est-ce pas la première fois depuis fort longtemps que les relations entre Tibétains et Chinois s’enveniment au point de se solder par des morts et des blessés ?

Il s’agit d’une rupture, d’un tournant dans l’attitude des Tibétains vis-à-vis des Chinois, même si, dans le passé, pendant la Révolution culturelle en particulier, on a vu des épisodes de révolte violente antichinoise. Mais aujourd’hui, on a le résultat de cinquante ans d’occupation par une dictature coloniale. Ces décennies ont été émaillées d’innombrables protestations menées par des moines, suivies de vagues de répression très dure. Cette fois, comme en 1989, la foule s’est jointe aux moines qui manifestaient, le 10 mars, à l’occasion de l’anniversaire du soulèvement de 1959. Ce n’était pas arrivé depuis 1989. On ignore comment les violences ont commencé, ce qui est marquant, cependant, c’est que la première cible des attaques a été le secteur économique, à savoir les magasins tenus par des Chinois. Leur multiplication rapide a alimenté la rancœur des Tibétains, car elle a accentué leur sentiment d’être les laissés-pour-compte du développement économique, qui exacerbe leur désespoir face à la disparition de la culture et de la langue locales. La Chine pensait avoir anesthésié le sentiment identitaire et donc la revendication d’indépendance grâce à la croissance économique. Cela n’a pas marché dans la mesure où les Tibétains n’en ont pas bénéficié. Les jeunes Tibétains, dans leur grande majorité, n’ont pas accès à l’éducation ni à l’emploi, ils ne se voient pas d’avenir. Le fait que les manifestations des derniers jours aient réuni religieux et laïcs est la marque d’une exaspération qui dépasse tout, et qui fait surmonter la peur, la terreur ressentie quotidiennement par les Tibétains de Lhassa. Le passage à la violence, dont on ignore encore l’origine et l’étendue, est encore plus étonnant.

Comment interpréter les violences compte tenu de la politique de protestation pacifique du dalaï-lama ?

Il n’est pas impossible que le discours très incisif du dalaï-lama à l’occasion du 10 mars, où il évoquait la terreur et la « répression inimaginable », ait joué un rôle. Il est toutefois hautement improbable que le dalaï-lama ait tenu de tels propos avec l’intention de créer des troubles. Il a peut-être saisi l’occasion, en cette année olympique, de se réconcilier avec une jeunesse tibétaine en exil de moins en moins convaincue par le pacifisme et sa politique modérée en faveur de l’autonomie – et non de l’indépendance – tibétaine. Quoi qu’il en soit, que ses propos aient ou non été entendus au Tibet, les Tibétains étaient de toute façon prêts à manifester. La limite du supportable pour les Tibétains a été atteinte, et cela était palpable lors de mon séjour à Lhassa, en janvier. Ce qui est frappant et qui montre qu’une colère immense règne dans la population tibétaine, c’est que même des membres de l’élite tibétaine, des jeunes faisant des études dans les meilleures institutions possibles, à Lanzhou, à Pékin, à Chengdu, ont manifesté à visage découvert. Ils ont pris un grand risque. L’étendue géographique des manifestations est d’ailleurs extrêmement parlante, les manifestations ont touché surtout de nombreuses localités du Tibet historique, bien au-delà du territoire de la Région autonome du Tibet remodelé par les autorités chinoises [voir carte]. Cela montre très concrètement que la revendication territoriale des Tibétains est fondée et que la solidarité et la communauté de destin entre Tibétains, quelle que soit la province chinoise où ils résident, est vivace.

Les images d’émeutes ne risquent-elles pas d’émousser la solidarité internationale avec les Tibétains ?

Les autorités chinoises ont fait circuler des images montrant les Chinois de Lhassa comme des victimes. Cela risque de renforcer le nationalisme, déjà exacerbé, des Chinois et leur méfiance envers les Tibétains. Mais les manifestations de soutien aux Tibétains qui ont déjà eu lieu à travers le monde montrent que la propagande chinoise n’a pas atteint son objectif. Certes, on connaît la capacité d’oubli des médias occidentaux ; on a, par exemple, fort peu entendu parler de la Birmanie depuis la répression de manifestations de moines, en septembre 2007. Dans l’ensemble, au Tibet, seule la répression se profile à moyen terme, avec un Tibet fermé aux touristes étrangers pour les mois à venir. On peut se demander si l’Occident est capable de prendre la mesure de ce qu’un laisser-faire comme celui qui prévaut actuellement représente comme danger pour ses propres valeurs : droits de l’homme, liberté d’expression, justice. Les autorités chinoises connaissent la capacité d’oubli des Occidentaux et comptent dessus pour éviter que la question du Tibet n’envenime durablement leurs relations diplomatiques.
Propos recueillis par Agnès Gaudu

Voir aussi:

TIBET – Dans Lhassa en état de siège

Editorial
The Economist

Courrier international

17 mars 2008

Le correspondant de The Economist est le seul journaliste occidental officiellement présent dans la capitale tibétaine. Il raconte ce qu’il a vu depuis le début des émeutes, vendredi 14 mars.

Dimanche 16 mars, après deux jours d’émeutes, les autorités chinoises ont repris le contrôle du vieux quartier tibétain de Lhassa. Des soldats armés et casqués patrouillent dans les ruelles étroites, tirant quelques coups de feu occasionnels. Effrayés, les habitants restent cloîtrés chez eux, certains n’osant même pas s’aventurer sur les toits de peur d’être pris pour cible.

Jusqu’à présent, les forces de sécurité semblent avoir fait preuve d’une certaine retenue dans ce quartier de la ville. Des rumeurs persistantes mais non confirmées circulent toujours sur le nombre de Tibétains tués par des soldats lors des opérations de répression de vendredi et samedi derniers. Le dalaï-lama, chef spirituel des Tibétains en exil, a avancé le chiffre d’une centaine de morts. Mais nous ne disposons d’aucune information fiable permettant de comparer cette opération au massacre de la place Tian’anmen en 1989 ou à la répression de la dernière révolte antichinoise qui avait éclaté au Tibet au début de la même année. Toutefois, le délai imposé aux dissidents par Pékin pour qu’ils se rendent expirant lundi, certains habitants craignent une vague d’arrestations massive.

Le 14 mars, après des heures de violences, les soldats se sont déployés dans la nuit autour du quartier tibétain. Le lendemain, certains résidents ont continué d’attaquer les derniers commerces chinois restés intacts. J’ai vu un groupe de personnes saccager le rideau de fer d’un magasin, pendant que dans une autre ruelle, des insurgés jetaient dans un grand feu ce qu’ils avaient pillé. Un nuage de fumée s’élevait au-dessus de la principale mosquée de la ville. Dans ce quartier de Lhassa, de nombreux Chinois appartiennent à la communauté Hui, une minorité musulmane qui contrôle l’essentiel du commerce de viande dans la ville.

Les émeutiers ont commencé à se disperser à mesure que les forces de sécurité progressaient dans la ville (la plupart apparemment membres de la police du peuple, une brigade antiémeute). Au début, certains résidents ont jeté des pierres sur ces troupes non armées, avant d’être repoussés par des jets de gaz lacrymogène. Plus tard, dans la journée de samedi, des soldats armés ont pénétré dans le quartier, tirant quelques coups de feu isolés. Certains sont passés par les toits des maisons accolées les unes aux autres. Un soldat est même apparu sur le toit de l’hôtel de votre correspondant, effrayant un Tibétain et deux Occidentaux cachés derrière un balcon.

Pendant la nuit, de nombreux Tibétains sont montés sur les toits, alertés par des rumeurs annonçant des représailles de la communauté Hui en relation avec les incendies du quartier de la mosquée (on ignore encore si le bâtiment lui-même a été endommagé). Certains avaient préparé des stocks de pierres à lancer sur les assaillants. La tension n’est retombée qu’avec l’annonce du bouclage du quartier hui par les forces armées.

Dimanche, les autorités ont semblé avoir repris le contrôle des rues, même si de rares coups de feu (tirés dans un but dissuasif ou punitif) se faisaient encore entendre dans quelques ruelles. De rares habitants osaient encore sortir dans ce quartier habituellement bondé. Preuve de la confiance de Pékin dans l’efficacité de ses mesures de sécurité, deux représentants du bureau des Affaires étrangères de l’administration tibétaine se sont rendus dans l’hôtel où réside votre correspondant et qui se trouvait au centre des combats. Les deux hommes ont proposé d’affréter un vol spécial pour ceux qui le désiraient mais n’ont donné aucune instruction de départ. The Economist reste le seul média étranger dont la présence est officiellement autorisée au Tibet – une autorisation demandée et accordée bien avant que ces troubles n’éclatent.

Pour éviter que les habitants ne meurent de faim ou épuisent leurs réserves de beurre de yak (une denrée de base pour les Tibétains qui s’en servent pour faire du thé), les autorités vont devoir rapidement annoncer qu’ils peuvent circuler en toute sécurité pour acheter des produits de première nécessité. Même dans ce cas, l’armée voudra tout de même maintenir une présence visible, et la tension ne devrait pas retomber avant un certain temps. De nombreuses manifestations hostiles à l’occupation chinoise ont éclaté dans ce que Pékin appelle la région autonome du Tibet, ainsi que dans certaines provinces avoisinantes à forte dominante tibétaine. Les incidents les plus graves se sont produits dans la province du Gansu, à Labrang, où se trouve l’un des plus grands monastères tibétains. Pour de nombreux Tibétains, la tenue des Jeux olympiques à Pékin en août prochain représente une occasion rêvée pour attirer l’attention du monde.

A Lhassa, les autorités craignent que des Tibétains ne viennent troubler une cérémonie prévue en mai pour le passage de la flamme olympique. Il serait fâcheux pour les autorités chinoises de devoir annuler cet événement ou de l’organiser sous contrôle de l’armée. Pékin aura pourtant du mal à se tirer d’embarras et espère surtout que les gouvernements occidentaux ne répondront pas à l’appel au boycott des Jeux lancés par les sympathisants de la cause tibétaine. Mais la Chine n’a guère d’inquiétude sur ce point.


Iraqi Freedom/5e: L’ingratitude des peuples est sans limite (France seen through ungrateful Iraqi eyes)

19 mars, 2008
Chirac toasting his Saddam friendPour pénétrer dans la ville, les blindés appliquent la méthode de la « colonne infernale ». Rémy Ourdan (Le Monde du 08.04.03)
Si la direction américaine enchaîne erreur sur erreur en Irak, les Européens, et les Français en particulier, sont encore plus idiots car ils ne déterminent leur position qu’en fonction de Washington. Ils ne tiennent aucun compte de l’Irak et de ses habitants. Les Irakiens pensent que l’Europe et la France les ont doublement lâchés, d’abord face à Saddam, puis face à l’occupation américaine. La France n’est intéressée que par sa position antiaméricaine. Elle oublie les Irakiens. Chirac et Villepin doivent comprendre qu’aucun Irakien ne juge que leur position est courageuse… Qu’a fait la France pour aider l’Irak à se libérer du dictateur, puis pour aider l’Irak à retrouver sa souveraineté ? Rien ! Fakhri Karim (directeur de journal irakien)
J’ai été extrêmement choqué par l’opposition de la France à la guerre parce que, même si personne n’aime Bush, ni en Europe ni en Irak, l’essentiel était de nous libérer de Saddam. Je n’ai rien compris à la politique française. Sans parler de l’après-guerre où, une fois que tout est fini de toute façon, les Irakiens ont besoin d’aide face à l’insécurité, à la misère, et où la France est absente. Hilmi Dawood (journaliste kurde)
Une fois que la guerre a été achevée, nous avons vu que les promesses de la France d’aider le peuple irakien n’étaient que du vent. Rien n’est venu. La politique de la France, ce sont des belles paroles, et aucune efficacité. Bilal (étudiant sunnite en sciences politiques)
Je crois que la France n’était opposée à la guerre que parce qu’elle défendait ses propres intérêts, parce qu’elle était l’amie et recevait des cadeaux de Saddam. Mounaf (étudiant sunnite)
Tous les Irakiens un peu éduqués se plaignent de l’absence de la France. Quant aux autres, ils se fichent de l’Europe, car ils savent que ce sont les Etats-Unis qui font la loi. La position adoptée par la France l’an dernier l’a affaiblie aux yeux de la rue irakienne. Elle a prouvé que son opinion ne change rien. La France était contre la guerre, et la guerre a eu lieu! Amer Hassan Fayath (professeur de sciences politiques)
Quelle fidélité ? Nous, professeurs vacataires, avons eu nos salaires supprimés. La France ne peut même pas nous faire vivre pendant cette année de crise. Je suis francophile, je n’aime pas les Américains, mais eux nous offrent de bons jobs et de bons salaires. Ils m’ont proposé un poste. J’avais refusé jusqu’à présent, espérant que la France s’implique en Irak, mais je vais accepter. Je suis un peu fâché contre moi-même d’aller travailler avec l’occupant américain et d’accepter ses dollars, mais je suis encore plus fâché contre la France! professeur sunnite du Centre culturel français (fermé par mesure de sécurité)
C’est le même malentendu qui continue entre l’Europe et l’Irak après les attentats de Madrid. L’Europe, antiaméricaine et pacifiste, célèbre le retrait espagnol d’Irak, comme si elle venait de remporter une grande victoire ! Nous, Irakiens, pensons que le refus de la France et de l’Allemagne de nous aider, et le départ annoncé de l’Espagne sont une catastrophe. Pour que nous retrouvions nos esprits après les décennies terribles de Saddam, pour que nous sortions de ce tête-à-tête avec les Américains, nous avons, aujourd’hui plus que jamais, besoin des autres pays. L’ONU, l’Europe et la France n’avaient déjà pas beaucoup de crédibilité en Irak, mais elles ont tout perdu depuis un an en laissant Bush, que nous détestons par ailleurs, être l’unique tombeur de Saddam, puis en n’arrivant pas à notre rescousse une fois la guerre finie. Journaliste de Bagdad
Il est presque impossible, hormis chez les responsables baasistes déchus, de trouver quelqu’un qui soutienne la position de Paris dans la crise. Rémy Ourdan (Le Monde)

L’ingratitude des peuples est décidément sans limite …

Nous faire ça à nous Français, qui les avions tant défendus il y a cinq ans devant le monde entier et contre les impérialistes américains et leur Bush assoiffé de pétrole!

Surtout à notre Monde et notre Rémy Ourdan avec, on s’en souvient, ses courageuses dénonciations (reprenant les termes de son confrère Yves Debay) des « colonnes infernales » américaines dès le début de l’invasion.

Heureusement qu’il nous reste quelques attentats (voir bandeau de l’article) et Patrice Claude

IRAK ET TERRORISME Un nouvel attentat à la voiture piégée a fait 17 morts à Bagdad
La politique de la France reste très vivement critiquée par les Irakiens
Rémy Ourdan
Le Monde
Le 19.03.04

Il est presque impossible, hormis chez les responsables baasistes déchus, de trouver quelqu’un qui soutienne la position de Paris dans la crise

La politique de la France reste très vivement critiquée par les Irakiens. Contrairement à ce que croient souvent les Européens, le fait d’être opposé à l’occupation américaine ne fait absolument pas monter la cote de popularité de l’Europe, ou de tel ou tel pays, en Irak.

C’est un paradoxe, mais c’est une réalité. Si l’immense majorité des Irakiens souhaite et réclame publiquement la fin de l’occupation américaine, cette même immense majorité demeure satisfaite de la chute de Saddam Hussein et reconnaît en privé qu’un départ des troupes étrangères pourrait entraîner le pays dans la guerre civile. Les Irakiens savent par ailleurs que Washington a menti sur les armes de destruction massive, mais ils s’en moquent éperdument, la chute du tyran étant pour eux l’événement le plus positif depuis trente ans. Enfin, les Irakiens ont tendance, par habitude et par pragmatisme, à se ranger à la raison du plus fort.

Dans ce pays où, par tradition et avec le sourire, on répète encore souvent « France good, USA bad ! », on critique aussi très sévèrement la ligne politique française de l’année écoulée… « Si la direction américaine enchaîne erreur sur erreur en Irak, les Européens, et les Français en particulier, sont encore plus idiots car ils ne déterminent leur position qu’en fonction de Washington. Ils ne tiennent aucun compte de l’Irak et de ses habitants, estime Fakhri Karim, le directeur du journal Al-Mada, tentant de résumer le sentiment populaire. Les Irakiens pensent que l’Europe et la France les ont doublement lâchés, d’abord face à Saddam, puis face à l’occupation américaine. La France n’est intéressée que par sa position antiaméricaine. Elle oublie les Irakiens. Chirac et Villepin doivent comprendre qu’aucun Irakien ne juge que leur position est courageuse… Qu’a fait la France pour aider l’Irak à se libérer du dictateur, puis pour aider l’Irak à retrouver sa souveraineté ? Rien ! »

Hilmi Dawood, journaliste kurde, francophone et francophile, est lui aussi sévère. « J’ai été extrêmement choqué par l’opposition de la France à la guerre parce que, même si personne n’aime Bush, ni en Europe ni en Irak, l’essentiel était de nous libérer de Saddam, dit-il. Je n’ai rien compris à la politique française. Sans parler de l’après-guerre où, une fois que tout est fini de toute façon, les Irakiens ont besoin d’aide face à l’insécurité, à la misère, et où la France est absente. »

Même son de cloche sur l’après-guerre chez Bilal et Mounaf, des étudiants en sciences politiques, qui sont pourtant des sunnites radicalement antiaméricains et plutôt nostalgiques du pouvoir baasiste. « Une fois que la guerre a été achevée, nous avons vu que les promesses de la France d’aider le peuple irakien n’étaient que du vent. Rien n’est venu. La politique de la France, ce sont des belles paroles, et aucune efficacité », dit Bilal. « Je crois que la France n’était opposée à la guerre que parce qu’elle défendait ses propres intérêts, parce qu’elle était l’amie et recevait des cadeaux de Saddam », poursuit Mounaf. Beaucoup d’Irakiens ont, comme Mounaf, la conviction qu’il existait un lien spécial entre Paris et le Bagdad de Saddam Hussein.

Leur professeur, Amer Hassan Fayath, se dit « déçu ». « Tous les Irakiens un peu éduqués se plaignent de l’absence de la France, dit-il. Quant aux autres, ils se fichent de l’Europe, car ils savent que ce sont les Etats-Unis qui font la loi. La position adoptée par la France l’an dernier l’a affaiblie aux yeux de la rue irakienne. Elle a prouvé que son opinion ne change rien. La France était contre la guerre, et la guerre a eu lieu ! »

Il est presque impossible, hormis chez les responsables baasistes déchus, de trouver quelqu’un qui soutient la position de Paris dans la crise. Dans le souk, pas plus qu’ailleurs. « Je veux que les envahisseurs américains partent aussi vite que possible, mais je suis heureux qu’ils nous aient débarrassé de Saddam, le sanguinaire ! affirme Hamid, un marchand de tissus chiite. Je suis déçu, moi qui suis un admirateur du général de Gaulle et de Victor Hugo, que Chirac n’ait rien fait pour aider le peuple irakien. » « Nous voulions être amis avec les Français, renchérit son ami Majid, mais ils ont soutenu Chirac qui a lui-même défendu Saddam jusqu’à la fin. Je n’ai d’ailleurs toujours pas compris pourquoi. C’est très bizarre… »

Des employés irakiens de la France à Bagdad sont aussi amers. « On nous réunit tous les mois pour nous demander d’être patients et de «rester fidèles à la France», raconte un professeur sunnite du Centre culturel français, fermé par mesure de sécurité. Quelle fidélité ? Nous, professeurs vacataires, avons eu nos salaires supprimés. La France ne peut même pas nous faire vivre pendant cette année de crise. Je suis francophile, je n’aime pas les Américains, mais eux nous offrent de bons jobs et de bons salaires. Ils m’ont proposé un poste. J’avais refusé jusqu’à présent, espérant que la France s’implique en Irak, mais je vais accepter. Je suis un peu fâché contre moi-même d’aller travailler avec l’occupant américain et d’accepter ses dollars, mais je suis encore plus fâché contre la France ! »

« C’est le même malentendu qui continue entre l’Europe et l’Irak après les attentats de Madrid. L’Europe, antiaméricaine et pacifiste, célèbre le retrait espagnol d’Irak, comme si elle venait de remporter une grande victoire ! ironise un journaliste bagdadi. Nous, Irakiens, pensons que le refus de la France et de l’Allemagne de nous aider, et le départ annoncé de l’Espagne sont une catastrophe. Pour que nous retrouvions nos esprits après les décennies terribles de Saddam, pour que nous sortions de ce tête-à-tête avec les Américains, nous avons, aujourd’hui plus que jamais, besoin des autres pays. L’ONU, l’Europe et la France n’avaient déjà pas beaucoup de crédibilité en Irak, mais elles ont tout perdu depuis un an en laissant Bush, que nous détestons par ailleurs, être l’unique tombeur de Saddam, puis en n’arrivant pas à notre rescousse une fois la guerre finie. »


Irlande du nord: Quand la paix a changé le camp (Maze still divides Northern Ireland)

17 mars, 2008
H block (Maze prison)Tous les envoyés spéciaux ont le même problème : on les envoie sur place pour être dans l’histoire. Quand on leur demande de faire très court, ils se retrouvent obligés de synthétiser et de résumer, ce qui les oblige à se placer au-dessus. Et lorsqu’après on demande aux gens ce qu’ils pensent des journalistes, ils leur reprochent d’être tout le temps au-dessus. On place les journalistes dans une position d’échec inéluctable. La volonté qu’on a eue, au départ, c’est de raconter une histoire de dedans, où le journaliste est quelqu’un qui voit, qui entend et qui raconte de dedans. Et ça, ça demande un peu de longueur et de détail : les gens ont des habits, des couleurs, des odeurs… Notre projet, c’est de faire vivre le récit, au sens du reportage, dans tous ses genres : écrit, dessin, photo… (…) En Espagne, en Italie, dans la presse anglo-saxonne, le journalisme de récit vit. Il n’y a qu’en France où les directeurs de rédaction ont le sentiment de faire une immense faveur en laissant passer un vrai reportage. Patrick de Saint-Exupéry (rédacteur en chef de XXI)

A l’heure de l’information jetable des journaux gratuits, des chaines d’info en continu, des « coups » vidéo sur daily motion ou les sites internet des Nouvel obs (le faux SMS de l’ex à Sarko) ou autres Marianne (le débinage de la Môme Cotillard), des journalistes-combattants

Mais aussi de l’audacieux lancement, il y a tout juste un mois, du nouveau trimestriel XXI, par le grand reporter du Figaro Patrick de Saint-Exupéry (l’un des rares journalistes, notamment, à ne pas avoir relayé l’info d’Etat et à avoir dit la vérité sur la complicité française lors du génocide rwandais) et l’éditeur Laurent Beccaria qui reprend la grande tradition américaine (NYTimes Magazine, New Yorker, Atlantic Monthly ou Vanity Fair) ou britannique (Granta avec ses Rushdie, Kureishi ou Naipaul) des enquêtes ou articles d’actualité au long cours (de 10 à 30 pages associant journalistes, romanciers, dessinateurs, photographes et documentaristes sur… 200 pages et sans pub !) …

Retour, en cette fête de Saint Patrick et via l’un des derniers articles pour Libération de Sorj Chalandon (qui, proche des Républicains, parle justement dans la revue XXI de son amitié avec le fameux membre de l’IRA inflitré et assassiné – merci les journalistes indélicats qui avaient révélé son adresse! – il y a deux ans Dennis Donaldson), sur la destruction et réhabilitation, passablement controversée, du site d’un des derniers symboles du conflit d’Irlande du nord, la fameuse prison de Maze ou Long Kesh.

Dont, bien qu’elle abritât à la fois des prisonniers de l’IRA et des groupes unionistes protestants, le Sinn Fein avait fait, au prix de la vie des célèbres grévistes de la faim de 1981, le symbole de son combat …

Irlande du Nord
La paix change le camp
Accompagné d’anciens détenus, notre envoyé spécial a visité la prison de Long Kesh avant qu’elle ne soit détruite et remplacée par un stade, des cinémas, des restaurants, des pubs… Pour mémoire, seront conservées les cellules où sont morts les grévistes de la faim républicains de 1981.
Sorj CHALANDON
Libération
Le 6 septembre 2006

Belfast envoyé spécial
Je ne voulais pas venir. Ce sont mes amis qui me l’ont demandé.» Diarmuid Fox murmure. Il est fermé, tendu. Mains dans les poches, lunettes noires malgré le ciel bas, il regarde les miradors déserts, les réseaux de barbelés, les hauts murs, les grilles et les mauvaises herbes. Sa femme marche à ses côtés. Elle s’appelle Nora. Elle observe son homme, souriante et inquiète à la fois. «Y a-t-il d’anciens résidents ?» demande timidement la représentante de l’Office pour l’Irlande du Nord. «Moi», répond Diarmuid Fox. «Moi aussi», dit un autre homme, main levée. Il s’appelle Owen McCormick. «Soyez les bienvenus», reprend la fonctionnaire britannique.
Soldats de l’Armée républicaine irlandaise, Diarmuid Fox, 53 ans, et Owen McCormick, 50 ans, ont tous deux été détenus dans cette prison. Seize ans pour le premier, quinze pour le second. Les revoilà aujourd’hui à la porte du camp de Long Kesh, près de la ville de Maze, à 14 kilomètres au sud de Belfast. Entre le 9 août 1971 et le 28 juillet 2000, près de 25 000 républicains et loyalistes (fidèles au Royaume-Uni) ont été emprisonnés ici. En septembre 2000, le camp a fermé ses portes. Après la trêve décrétée par l’IRA en 1994, libérer tous les prisonniers et vider l’immense prison était l’un des engagements majeurs des Britanniques en faveur du processus de paix.

Long Kesh va être détruit. En attendant les pelleteuses, l’association d’anciens prisonniers républicains Coiste organise des visites pour les ex-détenus, leurs parents, leurs amis. Aujourd’hui, accompagnant Fox et McCormick, une dizaine de personnes. Et c’est un membre de l’administration britannique qui les guide aimablement à travers les barbelés.

Un symbole de normalisation

Mais quoi ? Que faire maintenant du camp de prisonniers ? La question a été sérieusement posée le 14 janvier 2003. Ce jour-là, un groupe de travail est mis en place pour décider du futur de la prison, auquel succède un panel, composé des quatre grands partis d’Irlande du Nord (unionistes et nationalistes), d’officiels britanniques et d’élus de la région de Lisburn, où se trouve le camp. Dans l’imaginaire des républicains irlandais, Long Kesh tient une place à part. S’il leur fallait ne conserver qu’une unique expression des souffrances endurées, ce serait Long Kesh. «On doit en faire un musée.» Au début, c’est le souhait des républicains. Toucher le moins possible. Laisser en l’état. Garder pour toujours ce lieu de mémoire. Les autorités sont contre ce voeu. Au symbole du combat de l’IRA, les Britanniques veulent opposer l’emblème du développement social et économique. Le site est immense, 1,4 million de mètres carrés. Parfaitement situé, à quelques centaines de mètres de l’autoroute reliant l’Irlande du Nord à la république sudiste. Les baraquements sont délabrés. Le terrain est en friche. Sanctuariser ce confinement sinistre ne leur semble pas aller dans le sens de la réconciliation. D’autant que les unionistes n’ont pas d’attachement particulier pour cette mémoire. Des centaines de paramilitaires protestants ont été emprisonnés dans ces mêmes enclos, mais aucune voix ne s’est élevée dans ce camp pour exiger sa conservation.
Pendant des mois, le groupe de réflexion travaille. Il consulte. Anciens prisonniers, professeurs d’université, architectes, acteurs de la vie politique et sociale, personnalités étrangères. La population locale est même appelée à envoyer ses propositions. «Quelle utilisation souhaiteriez-vous pour le futur de la prison ?» demandait un formulaire officiel. «Tourisme ? Commerces ? Environnement ? Sports et loisirs ? Education et santé ?» Peu à peu, une idée émerge. Celle d’un grand stade. Un stade «mixte», où joueurs de sports anglais et gaéliques trouveraient leur place. Où catholiques nationalistes et unionistes protestants pourraient tour à tour se divertir. Un symbole fort de normalisation.

«Oh ! Mon Dieu», dit doucement Nora. Nous venons d’entrer dans la cage («cellule») numéro 19, Diarmuid Fox s’est tu. Tout à l’heure, il racontait la prison. Le quotidien, la solitude, les tentatives d’évasion. Comme les autres, la fonctionnaire britannique l’écoutait. Voici le vieux Long Kesh, celui du statut de prisonniers politiques. C’est ici, jusqu’au 1er mars 1976, qu’ont été placés les combattants des deux camps. Un ancien terrain d’avion de la RAF. Des hangars de tôle ondulée en forme de demi-lune. Vingt et une cages, quatre-vingt-quatre hommes par cage. Nora regarde son mari. Il est près d’une petite fenêtre sale, aux barreaux rouillés. Au-dessus, une planche disjointe avec «Fox», son nom, et «51», son matricule. «C’est l’écriture de mon père, explique l’ancien prisonnier. Il m’avait apporté cette planche pour aménager la fenêtre. Il a été tué peu après par les paramilitaires loyalistes.» «On la reprend ?» demande Nora Fox. Son mari tire un peu sur le bois. Il tient bon. Regarde encore le morceau d’aggloméré. Puis décide de le laisser là. «C’est moi qui ai installé cette douille électrique», sourit l’ancien prisonnier. «Tu pourrais me faire ça à la maison ?» taquine sa femme. Puis il sort de sa cellule. Entre encore. Revient une dernière fois. Diarmuid Fox avait abattu un membre de la police royale d’Ulster. Il regarde le ciel grillagé. Sa femme le laisse seul. Elle a les larmes aux yeux. «C’est cette cage -là que vous allez conserver ?» demande Fox à la fonctionnaire. «C’est celle-là», répond la femme. «Alors je laisse tout ça en place», murmure l’Irlandais.

Les blocks en bordure du site

Le 30 mai dernier, le groupe d’écoute et de réflexion approuve l’ébauche d’un maître plan pour l’avenir de Long Kesh. Les Britanniques ont obtenu ce qu’ils voulaient. Et les républicains gardent la tête haute. Pour les premiers, voici venir un immense chantier. L’idée du stade mixte a fait son chemin. Sur plan, sur maquette, en photos virtuelles. D’une capacité de 42 000 spectateurs. Certains, même, le disent destiné à recevoir une partie des compétitions olympiques de Londres, en 2 012. Mais que faire d’un stade, en pleine nature et loin de tout, si ce n’est le socle d’une infrastructure plus complexe ? Voilà donc un centre équestre, un parc immense, un cinéma multiplexe, des restaurants, des pubs, un hôtel, un centre de loisirs, un bureau de chômage. Une ville en miniature, qui devrait générer du travail pour près de 6 000 personnes.

Après de longs débats, ce projet a été accepté par le mouvement républicain irlandais. Mais cet aval avait un prix : respecter le coeur de la douleur. Garder intact l’hôpital de la prison, où sont morts de faim en 1981 le député Bobby Sands et neuf de ses camarades. Ce ne sera pas un musée. Le mot ne convenait pas à tous. Mais un élément du nouveau «Centre international de réflexion sur la résolution des conflits». La cage 19, celle de Diarmuid Fox, sera conservée. Et aussi un block H. Et un mirador avec. Tout cela soigneusement démonté, puis regroupé en bordure du site.

Les voici, ces blocks. Des bâtiments en forme de H, posés non loin des cages, entourés de barbelés, et de grilles, et de portes, et d’enclos. Fox se tait une nouvelle fois. McCormick ne dit rien. Le petit groupe passe les portes du block H4 comme le seuil d’un sanctuaire. A partir du 1er mars 1976, après le retrait du statut politique, les combattants des deux camps ont été enfermés là. Chacun isolé dans une cellule de 2,50 x 2,10 m. Parce qu’ils refusaient le statut de droit commun et le costume carcéral, des centaines d’hommes ont vécu nus sur le ciment, enroulés dans leur couverture de lit, pendant quatre ans, étalant leurs excréments sur les murs de leurs cellules, car ils n’avaient pas le droit de vider leur tinette sans se soumettre au règlement.

Quelques mots en gaélique

C’est là, dans cette obscurité, les mains en porte-voix, que Bobby Sands a enseigné le gaélique à ses camarades. Là aussi qu’il a décidé de se laisser mourir de faim. Tout est encore en place. Les seaux, les sommiers tachés d’humidité, les murs délabrés, les rideaux sur le sol. «C’est hanté», dit Kevin. Il frissonne. Son père était retenu entre ces murs.
«Je suis absolument contre la construction d’un stade à Long Kesh !» explique Ian Quinn. Il a 35 ans. Il est postier, n’a jamais été en prison. Juste une mise en garde pour excès de vitesse. Quinn est protestant, mais il ne fait pas de politique. Quinn a signé la pétition contre le stade à Long Kesh. Seule protestation officielle existante aujourd’hui. «Nous voulons notre stade à Belfast, pas à Maze», exigent les mécontents. Hier, 5 septembre, 1005 personnes avaient signé le texte. Ce sont des supporteurs de football. C’est tout. Ils estiment que le site est trop loin de la ville. Pas pratique. Mal desservi et offert à un «marché captif». «Nous voulons choisir notre pub après le match, pas aller là où on nous dit d’aller», explique encore Ian Quinn. Il pense que tout ça, c’est de la «combine» de politiciens qui n’y connaissent rien en football. «Tous pareils ! Unionistes ou nationalistes ! Ils font ça parce que ça arrange tout le monde. Mais ils verront, quand personne ne fera le voyage de France ou d’ailleurs pour aller s’enfermer dans un stade au milieu de nulle part !»

Une cellule sombre. Un sommier. Un silence de deuil. Voici l’hôpital-prison. Le lit de Bobby Sands. Le petit groupe s’est séparé. Chacun se recueille seul. Ici et là, quelques murmures en gaélique. Nora touche le fer du lit. Un homme effleure le mur à deux doigts. Un mobile capture une vague photo. La fonctionnaire s’est retirée. Elle laisse ces femmes et ces hommes entre eux. «Il s’appelait comment le prêtre, au chevet de Bobby ?» demande un homme. «Je ne sais plus», répond un autre.
«Un stade», lâche doucement Diarmuid Fox. Et rien d’autre. Il est dans un mirador du tour de ronde. A perte de vue, les mêmes barbelés, les mêmes grilles, le même silence. «Nous n’avons jamais vu de fleurs», dit encore l’ancien prisonnier. Aujourd’hui, elles poussent libres entre les graviers du sol, dans les blessures de murs et les déchirements de tôle ondulée. Il est là, face au ciel, aux mouettes basses, au vent. «Je ne voulais pas revenir ici», dit-il encore. Longuement, il regarde ce qui ne sera plus.

Voir aussi l’entretien sur le blog d’XXI:

Sorj Chalandon: L’honnêteté du récit
Le blog XXI
Le 4 mars 2008

Journaliste, Sorj Chalandon a raconté, dans le premier numéro de XXI, l’histoire de son amitié avec le membre de l’IRA, Dennis Donaldson et la trahison de ce dernier. Il revient pour le blog sur l’impératif d’honnêteté qui l’a guidé tout au long de son travail en Irlande du nord.

INTERVIEW

Comment avez-vous concilié votre proximité avec les républicains nord-irlandais et le devoir d’honnêteté du journaliste ?

Si je me suis senti proche de l’idée du républicanisme irlandais, et si le soir venu, à Belfast, mes pubs étaient républicains, je me suis interdit les éditoriaux et les commentaires. J’ai cherché à raconter le conflit, ce que je voyais en étant sur place.

Il faut se souvenir de la couverture du conflit nord-irlandais par la presse française. Entre la fin des années 60 et la fin des années 90, il n’y a eu que de brefs répits dans un traitement très caricatural du mouvement républicain. La première, à la fin des années 60, lorsque le public a découvert l’oppression des nord-Irlandais catholiques, la violence de la police et de ses supplétifs civils. Une seconde, en 1981, pendant la grève de la faim de Bobby Sands et des 9 autres prisonniers républicains. Pour le reste, dès lors que les faibles ont décidé de se défendre, c’est le mouvement républicain dans son ensemble qui fut assimilé au terrorisme, sans réflexion sur son origine. C’est ce traitement qui doit être questionné.

Il y a des zones où la subjectivité semble poser moins de questions. Qui s’étonne du soutien des journalistes au commandant Massoud ? Quelles sont les interrogations face à ce qui ressort du commentaire absolu dans le couverture du régime castriste ? Je n’ai pas franchi cette limite-là.

Vous vous êtes senti isolé pendant toutes ses années ?

Pendant trente ans, j’ai été extrêmement seul, y compris au sein de mon propre journal, où mon intérêt pour l’Irlande était vu comme un hobby, ou une lubie. À Libération, j’ai heureusement bénéficié de la confiance de Serge July, que j’ai amené à Belfast à sa demande, en 1979.

Les médias soutenaient la politique répressive du Royaume-Uni et il m’a fallu constamment justifier ce qui était perçu comme mon « soutien » à l’IRA. Pour autant, je n’ai pas pris ce contre-pied par attirance pour le «politiquement incorrect», mais plutôt du fait d’un soutien sincère et une vision du métier de journaliste. Ce suivi a payé, puisque c’est Libération qui publie l’interview du Conseil de l’Armée (Army Council) de l’IRA annonçant le cessez-le-feu en 1994 : l’opinion britannique en prendra connaissance dans le journal.

Vous n’avez jamais eu l’impression que vous étiez passé de «l’autre côté», que votre travail journalistique pâtissait de votre sensibilité ?

Libération était un journal exigeant. La volonté d’équilibre y était extrêmement forte. Si j’oubliais le camp unioniste, il y avait toujours une remise à niveau. Les républicains aussi d’ailleurs me demandaient «d’aller dans le camp d’en face». J’ai consacré un temps important à aller à la rencontre des unionistes. Et c’était crucial. Je n’avais pas le droit de passer à côté de l’évolution de la mentalité protestante, forte depuis les années 80. On a vu apparaître la notion d’un «héritage irlandais», au sein de gens qui se sentent avant tout britanniques.

Mon projet a été de comprendre les peurs des deux camps et deux trajectoires parallèles : chez les républicains, celle du «fusil et du bulletin de vote» ; chez les unionistes, celle de l’acception du partage du pouvoir et des droits d’une part et de leur identité irlandaise d’autre part. Ce suivi s’est accompagné d’un devoir d’explication : être précis sur la guerre, sur les mots employés…

Vous ne pensez pas avoir été utilisé par l’IRA ?

Si par là, on entend communiquer des informations fausses, jamais. En donnant à comprendre le conflit, je travaillais pour l’établissement des faits. Certains de mes reportages ont été mal pris par le mouvement. Je me souviens notamment d’un article écrit à la suite de la création de la «Direct Action Against Drugs», une émanation de l’IRA destinée à éliminer les trafiquants de drogues. C’était au milieu des années 90, et nous étions après le premier cessez-le-feu. L’organisation avait revendiqué huit «exécutions» de dealers. L’IRA était très embarrassée lorsque j’ai rapporté que certains de ses membres en consommaient eux-mêmes.

Il y a eu également l’épisode de l’attentat contre le magasin Harrods à Londres le 17 décembre 1983. J’avais obtenu d’un membre de l’Etat Major de l’IRA l’information qu’une cellule dormante avait agi sans ordre de la hiérarchie. Il m’avait été dit que les coupables seraient «châtiés». Mon interlocuteur a démenti ses propos par la suite, mais l’IRA nous a confrontés, et ma source a finalement reconnu ses dires.

Je n’ai jamais eu l’impression d’être inféodé. Je veux pouvoir paraître devant les Protestants les mains et la tête propres. Le meilleur signe en est la crédibilité que j’ai acquise.

Propos recueillis par M.N.

BIOGRAPHIE

Journaliste, Sorj Chalondon a couvert l’actualité du conflit nord-irlandais pour Libération pendant plus de 30 ans. Proche de la cause nord-irlandaise, il a noué une relation d’amitié très forte avec un membre de l’IRA, Dennis Donaldson. De cette relation, et de la traîtrise de son ami, il a tiré un roman, Mon traître, et un récit pour le premier numéro de XXI. Il est titulaire du prix Albert-Londres en 1988 pour son travail en Irlande du nord et sur le procès de Klaus Barbie. Il a publié chez Grasset Le petit Bonzi (2005), Une promesse (2006), prix Médicis, et Mon traître (2008).

Voir enfin:

IRA was offered deal, says Bradley
Kate Butler and Liam Clarke
The Sunday Times
April 30, 2006

THE claim that the IRA was offered a deal by the British government that could have saved the lives of at least six of the 1981 hunger strikers has been supported by Denis Bradley, the former deputy chairman of the Northern Ireland Policing Board.

In an RTE documentary to be broadcast this week, Bradley, who later acted as an intermediary between the IRA and the British, says the deal offered by Margaret Thatcher’s government was similar to the one that was eventually accepted.

Bradley said his information came from people involved directly. “The memory, and there is some dispute about this, is that there was a phone call on a particular night direct to Maggie Thatcher as she was on her way to a conference in Portugal,” he says in the programme.

“What she was offering that night was basically what the hunger strikers settled for. There are some disputes around that, and I wasn’t there and I can’t be authoritative. But the story I heard is that the representative of the republican movement who was in the room was offered the settlement basically on the grounds of what was ultimately settled for.”

The British government representative recommended that republicans “should take this offer”, but Bradley says it was left to the prisoners in the Maze to decide. “It didn’t happen, and it went on. I think at that stage about three people were dead on the hunger strike, and it went on to become more.”

Bradley’s comments support claims made last year in a book by Richard O’Rawe, the IRA spokesman in the Maze prison at the time. O’Rawe said he and Brendan “Bik” McFarlane, the IRA prisoner’s commanding officer, accepted concessions offered by the Foreign Office on July 5, 1981, before Joe McDonnell, the fifth prisoner, died.

He says four key demands were conceded by the government, including prisoners’ right to wear their own clothes; segregation from loyalists; more visits; and education courses. Only free association for IRA prisoners was refused. But the IRA army council would not accept the deal.

According to O’Rawe’s book: “I said: ‘Bik, there’s enough there’, and his response was, ‘I agree with you, I’ll write to the outside and let them know’.”

McFarlane has denied this. “I would certainly, on no occasion, tell Richard O’Rawe, or anyone else, that a deal was there,” said McFarlane. “In his book he quotes me agreeing with him that this is a good deal, and that I would write to the (IRA) army council and tell them we’re accepting it. It never happened.”

Yesterday O’Rawe said Bradley had vindicated his position. “One of the points that I was denigrated on was the fact that I said that the offer came from the horse’s mouth, ie Maggie Thatcher. Bradley has now confirmed that,” he said.

“It was an offer. McFarlane had been adamant that there was no offer whatsoever. Bradley has now said that there was. Gerry Adams has yet to say. Who rejected this offer and by what authority did they do so?” O’Rawe suspects that Adams himself may be the republican to whom the offer was made. “It is time Adams got off the fence and came out and told us what happened here,” he said.

But Danny Morrison, a former Sinn Fein spin doctor, has also disputed O’Rawe’s claim. “If there was this sensational offer that the republican leadership had influenced the hunger strikers against, one would have thought that someone from the Northern Ireland Office would have used that against Sinn Fein,” he said. “Anyone who could read the papers knew that an offer was there, but no deal.”

John Nixon, a former INLA hunger striker, has told the RTE documentary that after the death of Bobby Sands on May 5 there was talk of calling off the protest. “People were saying, ‘let’s call it off, we have made our point’,” he said.

Denis Faul, the former chaplain to the Maze prison, has criticised Sinn Fein’s use of the protest to promote itself. “Sinn Fein were doing very well,” he said. “They were having a ball when men were dying in jail.”

Garret FitzGerald, who was taoiseach during the hunger strikes, says the combination of the intransigence of the IRA and their desire to get more than the prisoners would have been willing to settle for, and the British concern to deal with them, led to the hunger strike going on. I was in despair about it, the stupidity of both sides.”

Additional reporting: Nicola Tallant


Présidentielle américaine: Juste un vieil oncle qui dit parfois des choses avec lesquelles je ne suis pas d’accord (Obama cries uncle)

15 mars, 2008
Obama & friends

L’Amérique est toujours le tueur numéro 1 dans le monde. . . Nous sommes profondément impliqués dans l’importation de la drogue, l’exportation d’armes et la formation de tueurs professionnels. . . Nous avons bombardé le Cambodge, l’Irak et le Nicaragua, tuant les femmes et les enfants tout en essayant de monter l’opinion publique contre Castro et Khaddafi. . . Nous avons mis Mandela en prison et soutenu la ségrégation pendant 27 ans. Nous croyons en la suprématie blanche et l’infériorité noire et y croyons davantage qu’en Dieu. … Nous avons soutenu le sionisme sans scrupule tout en ignorant les Palestiniens et stigmatisé quiconque le dénonçait comme anti-sémite. . . Nous ne nous inquiétons en rien de la vie humaine si la fin justifie les moyens. . . Nous avons lancé le virus du SIDA. . . Nous ne pouvons maintenir notre niveau de vie qu’en nous assurant que les personnes du tiers monde vivent dans la pauvreté la plus abjecte. Rev. Jeremiah Wright (le 15 janvier 2006)
Pour la première fois dans ma vie d’adulte, je suis vraiment fière de mon pays. Michelle Obama

Qui, sermon après sermon, accuse l’Amérique de tous les maux, depuis le virus du SIDA, la formation de tueurs professionnels, l’importation de drogues et la création d’une société raciste qui n’élirait jamais un président noir jusqu’aux attentats du 11/9 en raison de ses politiques racistes et violentes?

Et qui a décerné en décembre dernier un prix au pasteur antisémite de la Nation of Islam Louis Farrakhan pour toute son œuvre?

Ou repris du LA Times, dans son bulletin paroissial, une tribune d’un membre du Hamas dont la charte, on le sait, appelle à la disparition d’Israël?

Euh … Personne de particulier, juste « un vieil oncle qui parfois dit des choses avec lesquelles je ne suis pas d’accord »

Du moins si l’on en croit l’un de ses amis personnels et membre, depuis une vingtaine d’année, de son église, un certain…Barack Obama!

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