Présidentielle 2017: Pour une droite enfin de droite (Au moment où elle quitte momentanément la vie publique, la plus jeune députée de la Ve République livre son manifeste politique et prend date pour l’avenir)

Le nouveau président de la République Emmauel Macron a paradé sur les Champs-Élysées à bord d'une command car de l'armée, dimanche.Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains. Orwell
Il existe en France actuellement deux grands partis de gauche, dont l’un s’appelle la droite. Ghislain de Diesbach
 La droite mourut d’un crime majoritairement commis par la gauche (hormis les communistes, bien sûr, mais à partir de juin 1941). Eric Zemmour
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
On vous demande une carte blanche, et vous salissez l’adversaire, et vous proférez des mensonges. Votre projet, c’est de salir, c’est de mener une campagne de falsifications, de vivre de la peur et des mensonges. La France que je veux vaut beaucoup mieux que ça. Il faut sortir d’un système qui vous a coproduit. Vous en vivez. Vous êtes son parasite. L’inefficacité des politiques de droite et de gauche, c’est l’extrême droite qui s’en nourrit. Je veux mener la politique qui n’a jamais été menée ces trente dernières années. Emmanuel Macron
Le drame aujourd’hui est que les partis censés incarner les clivages politiques, au demeurant légitimes, ne représentent plus les Français. Nous allons au-devant de recompositions majeures en 2017. Il existe un espace politique – conservateur et souverainiste – qui n’est pas investi. Je verrais d’un très bon œil que cet espace se structure. Son objectif serait de rassembler le peuple français autour de l’identité culturelle de la France. (…) Les esprits sont mûrs pour faire quelque chose de neuf à droite. Cela dit, Sens Commun ne se reconnaît vraiment pas dans le discours d’un Florian Philippot ou d’une Marine Le Pen, tant sur le fond que sur la forme, notamment en raison de leur étatisme en matière d’économie ou pour l’éducation, qu’ils souhaitent centraliser encore plus ! Il existerait d’autres alternatives qu’une fusion pure et simple dans le FN. Encore faut-il être prêt à se détacher de tout logique partisane ou dynastique… (…) Je vous rejoins sur la question de l’urgence d’aimer et de faire aimer la France pour fondre tous les Français dans une vraie communauté de destin dans laquelle ils aient des repères communs. Il n’y a pas de fraternité possible s’il n’y pas de repères partagés. Là où je vous rejoins aussi, c’est dans la responsabilité de nos dirigeants, et en grande partie de nos dirigeants socialistes, qui ont toujours privilégié la diversité sur l’unité de la nation, et qui ont fondé leur politique, non pas sur la recherche du bien commun, mais sur les revendications des minorités, de telle sorte qu’ils ont sapé l’idée de destinée commune. Pour retrouver cette destinée commune, nous devons renouer avec notre passé. Or le drame de la France, c’est d’avoir dépossédé ses jeunes de leur Histoire et de leurs repères culturels. L’école n’assure plus cette mission d’intégration et de transmission, même si – et c’est pour cela qu’il faut savoir voir aussi les signes d’espoir, et pas seulement dénoncer ce qui ne va pas – des écoles sous contrat résistent, notamment à la réforme du collège, en continuant de transmettre cette culture de l’exigence. Des modèles alternatifs émergent aussi, comme la Fondation Espérance banlieues… Madeleine de Jessey (Sens commun)
Le combat des années à venir, c’est le combat identitaire. Il est multiforme. Je suis optimiste, car je constate, après les Manifs pour tous, qu’il y a – et ce n’était pas arrivé depuis extrêmement longtemps – une convergence des aspirations entre une jeunesse plutôt bourgeoise et une jeunesse populaire. Les aspirations de la première touchent surtout la vision de l’homme et de la femme, et celle de l’institution du mariage. Pour la seconde, elles concernent l’aspect identitaire, c’est-à-dire les mœurs et les modes de vie, car cette jeunesse-là est davantage confrontée au problème du multiculturalisme. Ces questions d’identité sont d’autant plus fondamentales que, un jour ou l’autre, nous deviendrons une communauté parmi les autres. Et ce jour-là, il deviendra extrêmement compliqué de changer la donne. (…)  Que les choses soient claires, je n’ai pas une vision racialiste de la France. Je crois en l’assimilation. Néanmoins, force est de constater que notre pays est devenu une usine à fabrication industrielle de Français de papier. La nationalité française est démonétisée pour deux raisons : le regroupement familial, qui a été une bascule terrible, et le droit du sol. L’assimilation ne fonctionnant plus, un certain nombre de communautés ne vivent plus ensemble, mais les unes à côté des autres en se regardant en chien de faïence. Quand je dis que la communauté française deviendra une communauté minoritaire, je parle de ceux qui seront encore porteurs de notre Histoire, de nos traditions, de nos mœurs et de cette façon de vivre à la française. (…) La sécession culturelle de nos banlieues, la montée de l’islam radical ou la multiplication des voiles dans la rue ne sont pas nées par elles-mêmes. Elles sont la conséquence directe du fait que, s’il est possible d’assimiler des individus, il n’est pas possible d’assimiler des peuples. La question du nombre se pose, ainsi que celle du grand remplacement. Marion Maréchal
À droite de l’échiquier politique, Madeleine de Jessey et Marion Maréchal-Le Pen incarnent une nouvelle génération. Elles n’ont ni le même itinéraire, ni la même philosophie politique. Mais si leurs stratégies politiques divergent, leurs univers ne sont pas si éloignés. Toutes deux sont nées en 1989 et ont fréquenté les mêmes bancs du lycée catholique hors contrat Saint-Pie X à Saint-Cloud. Elles incarnent aussi, chacune à sa manière, la jeune génération engagée dans les manifestations de 2013 pour la famille. Aujourd’hui, elles aspirent à changer la façon de faire de la politique, à remettre en question le primat de l’économie, quitte à bousculer leurs formations respectives. Madeleine de Jessey, après avoir été une des initiatrices des Veilleurs, plaide avec Sens Commun pour une réforme à l’intérieur des Républicains. Objectif : peser dans la primaire à droite. Marion Maréchal-Le Pen, elle, a repris un nom et une marque politique anti-système. Elle assume en son sein un ancrage catholique et des combats en faveur de la famille et de la bioéthique. Famille chrétienne
Securing national borders seems pretty orthodox. In an age of anti-Western terrorism, placing temporary holds on would-be immigrants from war-torn zones until they can be vetted is hardly radical. Expecting “sanctuary cities” to follow federal laws rather than embrace the nullification strategies of the secessionist Old Confederacy is a return to the laws of the Constitution. Using the term “radical Islamic terror” in place of “workplace violence” or “man-caused disasters” is sensible, not subversive. Insisting that NATO members meet their long-ignored defense-spending obligations is not provocative but overdue. Assuming that both the European Union and the United Nations are imploding is empirical, not unhinged. Questioning the secret side agreements of the Iran deal or failed Russian reset is facing reality. Making the Environmental Protection Agency follow laws rather than make laws is the way it always was supposed to be. Unapologetically siding with Israel, the only free and democratic country in the Middle East, used to be standard U.S. policy until Obama was elected. (…) Expecting the media to report the news rather than massage it to fit progressive agendas makes sense. In the past, proclaiming Obama a “sort of god” or the smartest man ever to enter the presidency was not normal journalistic practice. (…) Half the country is having a hard time adjusting to Trumpism, confusing Trump’s often unorthodox and grating style with his otherwise practical and mostly centrist agenda. In sum, Trump seems a revolutionary, but that is only because he is loudly undoing a revolution. Victor Davis Hanson
The globalised model (…) primarily based on an international division of labour, creates substantial wealth but does nothing to bond society as a whole. The job market has become deeply polarised and mainly concentrated in big cities, squeezing out the middle classes. For the first time in history, working people no longer live in the places where jobs and wealth are created. Those groups, which have lost out due to globalisation, no longer identify with traditional political parties. The rift between the global market’s winners and losers has replaced the old right-left split. This social and political divide coincides with a visible faultline between global centres plugged into the world economy and deprived outlying areas. All over the developed world the populist vote is gathering strength outside the big cities, in small and middling towns, and the countryside. In France these “peripheral” territories are driving the FN dynamic. In the US, the peripheral states put Trump in power, much as Brexit prevailed thanks to peripheral areas of the UK. In Austria support for Norbert Hofer, the far-right candidate in the recent presidential contest, comes from similar places. They are home to the majority of the working classes, disconnected and increasingly sedentary. Such territorial dynamics gather momentum as more mobile groups – the higher social classes, immigrants and minorities – concentrate in the cities. In this way the new social geography renews the old divide between sedentary and nomadic. But social issues are not the only determinant of the populist vote. Identity is essential too, linked as it is to the emergence of a multicultural society, which feeds anxiety in working-class environments. At a time of fluctuating majorities and minorities, amid demographic instability, the fear of tipping into a minority is creating considerable cultural insecurity in developed countries. Unlike the upper classes, who can afford to raise invisible barriers between themselves and the “other” (immigrants or minorities), the working classes want a powerful state apparatus to protect them, socially and culturally. So the populist surge is re-activating a real class vote. Christophe Guilluy
Faire le jeu de Le Pen, qui l’a fait mieux et avec une science plus consommée que le mortifère Mitterrand en son temps ? Il y a d’ailleurs eu quelque chose de profondément déplaisant à voir la fille de celui-ci venir sur un plateau déclarer avec candeur qu’elle allait voter Chirac en se bouchant le nez, sans qu’aucun serf médiatique ose lui rappeler que s’il y a bien quelqu’un qui a savamment peloté à son profit pendant quatorze ans la boule puante qui vient de nous exploser au nez c’est son père. De même, par la bouche mielleuse de ses représentants, la gauche sublime et fracassée, mais toujours aussi magnifique, ne s’est-elle pas privée de reprocher tartuffiennement à la droite de ne pas manifester à ses côtés dans la rue. Et personne n’a osé lui répondre que d’abord c’était sa rue, gloubiboulguisée à son image et ressemblance, et transformée en espaces de création, en zones franches pour le libre tapage des teufeurs sacrés de la scène techno ; et, surtout, que c’était son Le Pen. On leur laisse tout ça. Qui d’autre en a l’usage ?Pour comprendre dans ses tréfonds l’extase anti-lepéniste de ces derniers jours, il suffit de se souvenir, a contrario, de l’enthousiasme très modéré qu’avait suscité chez ces mêmes anti-lepénistes, à la fin de 1998, la brutale scission du Front national. L’éditorialiste Serge July, sous le coup de cette surprise, qui aurait dû être considérée, et à bon droit cette fois, pour divine, mais qui ne le fut pas du tout, alla jusqu’à écrire avec mélancolie : « Jean-Marie Le Pen est devenu bizarrement indispensable au bon fonctionnement de la démocratie française. »Il fallait comprendre que la modernité emballée en avait besoin pour rendre ses surenchères de toute façon plus aimables que lui ; et que s’il n’existait plus, il fallait le réinventer. Eh bien ça y est. Le malheur des temps l’a ressuscité in extremis. Philippe Muray (2002)
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
Si le candidat d’En marche! ne prend pas en charge les réalités populaires et les aspirations que dévoile cette élection, sa victoire sera une victoire à la Pyrrhus. La dynamique populiste est enclenchée et ne cessera de monter si on ne traite pas toutes les questions économiques, sociales et culturelles qui sont en jeu. La présidentielle de 2017 et la victoire d’Emmanuel Macron n’offrent qu’un sursis à ce monde d’en haut, mais, si le chef de l’État n’apporte aucune réponse aux catégories populaires, à cette France d’en bas qui se sent exclue de la mondialisation, il est probable que la bascule s’opère alors en 2022 avec le parti le plus à même de représenter cette dynamique-là. Le modèle actuel n’est pas socialement durable. Si la France d’en haut ne parvient toujours pas à être exemplaire et à parler à celle d’en bas, ses jours sont comptés. (…) À l’issue de mes travaux, j’ai distingué une fracture française qui se situe entre les grandes métropoles mondialisées et le reste, la « France périphérique ». Celle- ci n’est donc pas exclusivement rurale et englobe également des petites et moyennes villes. Elle concerne ainsi tous les territoires qui se trouvent à l’écart des grands pôles urbains, pôles qui créent le plus d’emplois et se trouvent insérés dans la mondialisation. Cette fracture s’observe d’ailleurs aussi bien en France que dans les autres pays européens ou aux États Unis: la logique est partout la même et provient d’une disparition des classes moyennes « le plus grand plan social de l’histoire. Ces classes sont devenues de nouvelles classes populaires, qui ont le sentiment d’être invisibles et de ne pas être économiquement intégrées. Comme partout dans les pays développés, les ressorts de la dynamique populiste reposent d’une part sur la destruction de la classe moyenne traditionnelle et sa mise à l’écart des métropoles mondialisées,et d’autre part sur l’émergence d’une société multiculturelle. Si une partie de la France populaire est réceptive au discours de Marine Le Pen, celle-ci ne rallie qu’une partie du monde d’en bas. Il est toutefois effectivement frappant de constater que son vote est surreprésenté dans cette France périphérique et sous-représenté dans la France des grandes métropoles. Le constat est inverse pour Emmanuel Macron, incarnation de la nouvelle bourgeoisie. Par ses propos sur la « société ouverte » , le néolibéralisme, le libre-échangisme, le candidat d’En marche! a été le candidat des grandes métropoles.. Partout en France, comme aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, les richesses et la création se concentrent dans les métropoles. Et partout dans le monde, ce modèle crée sa contestation populiste. Celle-ci émane des catégories qui constituaient hier le socle de la classe moyenne – ouvriers, employés, paysans – , et des  mêmes territoires. Catégories qui ont été les grandes perdantes du processus d’adaptation des économies occidentales aux normes de l’économie-monde. La mondialisation repose, en effet, sur une division internationale du travail qui condamne sur le temps long la classe moyenne occidentale. L’émergence d’une classe moyenne chinoise ou indienne s’est ainsi réalisée au détriment des ouvriers ou employés américains, français ou britanniques. Ce terrible constat explique que nous vivons depuis trente ans un processus de la sortie de la classe moyenne” qui vit désormais sur des territoires éloignés des zones d’emploi dynamiques. Et le vote Trump est porté par l’Amérique périphérique, le Brexit par la Grande-Bretagne périphérique, le vote Le Pen par la France périphérique (…) On observe déjà une division entre l’Est, qui a principalement voté pour Marine Le Pen, et l’Ouest, qui a davantage voté Macron. Mais cette géographie sociale provient de l’héritage industriel, où les industries étaient présentes essentiellement dans l’Est, et le rural et le tertiaire dans l’Ouest. Il est plus instructif de zoomer sur chaque territoire. Que ce soit dans des régions où Marine Le Pen est en tête ou d’autres dans lesquelles Macron l’emporte, une même logique s’opère. Ainsi, à l’issue du premier tour, en Bretagne, où Macron a obtenu plus de voix, celles-ci ont été gagnées dans les grandes villes bretonnes, comme Rennes. Dans cette dernière, Marine Le Pen a fait moins de 6%, mais a dépassé les 20% dans certaines zones rurales bretonnes. De la même manière, à l’Est, la candidate du FN fait un score moins bon dans des grandes villes comme Nancy, alors qu’elle triomphe dans les petites villes de la région. On le constate, la dynamique France périphérique-métropole marche à l’intérieur de chaque région. Il y a donc une sociologie assez similaire. Le premier tour révèle donc l’ »implosion des partis traditionnels. (…) Si les affaires ont évidemment joué, la difficulté de la droite a été ,dès le départ, d’arriver à convaincre cet électorat de la France périphérique, désormais arrimé au Front national. Il ne se sent pas représenté par la droite traditionnelle, perçue comme trop libérale. L’entrée en campagne de François Fillon sur le mode de réduction des dépenses publiques et d’adaptation aux normes de l’ économie mondialisée a eu un effet destructeur. Son échec réside dans son incapacité à se connecter avec cet électorat populaire et dans le fait que son discours s’est en partie adressé à une classe moyenne en voie de disparition. (…) ]Pour le vote Fillon] Une minorité, à la marge, parce qu’elle est totalement dans une logique anti- système, a voté FN. Mais le reste des électeurs de cette France insoumise s’est plus largement reporté sur Emmanuel Macron ou réfugié dans l’abstention, pour une raison simple : les voix de Jean-Luc Mélenchon proviennent davantage de l’ électorat populaire des banlieues des grandes villes que des véritables périphéries. Cela reste un vote plutôt des grandes métropoles, avec beaucoup d’ électeurs de la fonction publique et de la gauche classique. Christophe Guilluy
Sur les plans géographique, culturel et social, il existe bien des points communs entre les situations françaises et américaines, à commencer par le déclassement de la classe moyenne. C’est « l’Amérique périphérique » qui a voté Trump, celle des territoires désindustrialisés et ruraux qui est aussi celle des ouvriers, employés, travailleurs indépendants ou paysans. Ceux qui étaient hier au cœur de la machine économique en sont aujourd’hui bannis. Le parallèle avec la situation américaine existe aussi sur le plan culturel, nous avons adopté un modèle économique mondialisé. Fort logiquement, nous devons affronter les conséquences de ce modèle économique mondialisé : l’ouvrier – hier à gauche –, le paysan – hier à droite –, l’employé – à gauche et à droite – ont aujourd’hui une perception commune des effets de la mondialisation et rompent avec ceux qui n’ont pas su les protéger. La France est en train de devenir une société américaine, il n’y a aucune raison pour que l’on échappe aux effets indésirables du modèle. (…) Dans l’ensemble des pays développés, le modèle mondialisé produit la même contestation. Elle émane des mêmes territoires (Amérique périphérique, France périphérique, Angleterre périphérique… ) et de catégories qui constituaient hier la classe moyenne, largement perdue de vue par le monde d’en haut. (…) la perception que des catégories dominantes – journalistes en tête – ont des classes populaires se réduit à leur champ de vision immédiat. Je m’explique : ce qui reste aujourd’hui de classes populaires dans les grandes métropoles sont les classes populaires immigrées qui vivent dans les banlieues c’est-à-dire les minorités : en France elles sont issues de l’immigration maghrébine et africaine, aux États-Unis plutôt blacks et latinos. Les classes supérieures, qui sont les seules à pouvoir vivre au cœur des grandes métropoles, là où se concentrent aussi les minorités, n’ont comme perception du pauvre que ces quartiers ethnicisés, les ghettos et banlieues… Tout le reste a disparu des représentations. Aujourd’hui, 59 % des ménages pauvres, 60 % des chômeurs et 66 % des classes populaires vivent dans la « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des espaces ruraux. (…) Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit. L’antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer. (…) Il y a un mépris de classe presque inconscient véhiculé par les médias, le cinéma, les politiques, c’est énorme. On l’a vu pour l’élection de Trump comme pour le Brexit, seule une opinion est présentée comme bonne ou souhaitable. On disait que gagner une élection sans relais politique ou médiatique était impossible, Trump nous a prouvé qu’au contraire, c’était faux. Ce qui compte, c’est la réalité des gens depuis leur point de vue à eux. Nous sommes à un moment très particulier de désaffiliation politique et culturel des classes populaires, c’est vrai dans la France périphérique, mais aussi dans les banlieues où les milieux populaires cherchent à préserver ce qui leur reste : un capital social et culturel protecteur qui permet l’entraide et le lien social. Cette volonté explique les logiques séparatistes au sein même des milieux modestes. Une dynamique, qui n’interdit pas la cohabitation, et qui répond à la volonté de ne pas devenir minoritaire. (…) La bourgeoisie d’aujourd’hui a bien compris qu’il était inutile de s’opposer frontalement au peuple. C’est là qu’intervient le « brouillage de classe », un phénomène, qui permet de ne pas avoir à assumer sa position. Entretenue du bobo à Steve Jobs, l’idéologie du cool encourage l’ouverture et la diversité, en apparence. Le discours de l’ouverture à l’autre permet de maintenir la bourgeoisie dans une posture de supériorité morale sans remettre en cause sa position de classe (ce qui permet au bobo qui contourne la carte scolaire, et qui a donc la même demande de mise à distance de l’autre que le prolétaire qui vote FN, de condamner le rejet de l’autre). Le discours de bienveillance avec les minorités offre ainsi une caution sociale à la nouvelle bourgeoisie qui n’est en réalité ni diverse ni ouverte : les milieux sociaux qui prônent le plus d’ouverture à l’autre font parallèlement preuve d’un grégarisme social et d’un entre-soi inégalé. (…) Nous, terre des lumières et patrie des droits de l’homme, avons choisi le modèle libéral mondialisé sans ses effets sociétaux : multiculturalisme et renforcement des communautarismes. Or, en la matière, nous n’avons pas fait mieux que les autres pays. (…) Le FN n’est pas le bon indicateur, les gens n’attendent pas les discours politiques ou les analyses d’en haut pour se déterminer. Les classes populaires font un diagnostic des effets de plusieurs décennies d’adaptation aux normes de l’économie mondiale et utilisent des candidats ou des référendums, ce fut le cas en 2005, pour l’exprimer. (…) [Macron] Il y a au moins une chose qu’on ne peut pas lui reprocher : il n’avance pas masqué ! Il ne cherche pas à faire semblant de tenir un discours « de gauche ». Il dit : « pour s’en sortir, il faut encore plus de libéralisme » ce qui est assez cohérent intellectuellement et assez représentatif de ce qu’est devenue la gauche. Christophe Guilluy
Le clivage sépare ceux qui bénéficient de la mondialisation de ceux qui en pâtissent. Il est à la fois géographique et social. Que ce soit aux États-Unis, en Suède, au Danemark, aux Pays-Bas ou en Autriche, les territoires s’adaptent toujours de la même façon au modèle économique mondialisé : les métropoles deviennent de nouvelles citadelles, un monde fermé auquel on ne peut accéder sans ticket d’entrée. Impossible pour les classes populaires d’y acheter leur logement, compliqué d’y louer, à moins d’habiter dans des quartiers de logements sociaux. On nous explique que la révolution numérique efface les différences entre New York et le Cantal, ce n’est pas vrai. Les catégories supérieures se replient de plus en plus dans les territoires gagnants de la mondialisation, alors que la classe moyenne disparaît. (…) Nous assistons à un clivage à l’intérieur même des classes populaires. Le FN reste en tête avec un score de 37 % chez les ouvriers et Jean-Luc Mélenchon engrange effectivement des voix, notamment au sein des catégories populaires de banlieue. Ce sont les mêmes qui avaient voté Hollande en 2012. À l’inverse, les catégories populaires de la France périphérique ont plutôt voté FN. La question culturelle et identitaire s’est invitée au cœur des stratégies électorales des partis politiques. (…) il y a une dimension ethnoculturelle très nette. Ce fonctionnement est en place depuis plus de quinze ans, rien de très neuf. Nous ne sommes plus sur un clivage strictement social. Prenez une cité d’Hénin-Baumont par exemple, le « petit Blanc » va voter FN et le « petit beur » va voter Mélenchon… Alors même que les deux partagent une réalité géographique et sociale, leur vote diverge ! Cela signifie bien que la question culturelle et identitaire s’est invitée au cœur des stratégies électorales des partis politiques ! Les partis dits républicains prétendent le contraire la main sur le cœur, mais c’est bien évidemment faux. Au moins sur la question de l’émergence de la société multiculturelle, les partis américains ont moins de pudeur sur le sujet. (…) C’est ce fait de ne pas pouvoir partager un capital culturel ou historique commun que j’appelle l’insécurité culturelle. Ce phénomène est assez universel, par exemple, la petite bourgeoisie magrébine quitte les quartiers où se concentre l’immigration africaine. En réalité, personne ne souhaite être minoritaire, car cela signifie dépendre de la bienveillance de la majorité. (…) On constate une féminisation de cet électorat  [FN], même s’il reste majoritairement masculin, et une progression dans des catégories jusqu’ici peu séduites par le FN. C’est le cas des employés, dont 32 % ont voté en faveur de Marine Le Pen, ou des salariés de la fonction publique, qui sont 27 % à avoir porté leurs voix en faveur de la représentante du FN. Sur le plan géographique, le vote progresse dans des régions que l’on disait traditionnellement plus hermétiques à ce vote, comme la Bretagne avec plus de 15 % en faveur du FN. Cela peut sembler inattendu, mais c’est en réalité très logique. (…) Il faut regarder sur le temps long : le Brexit puise ses racines dans la politique menée par Margaret Thatcher dans les années 80. De la même manière, l’élection de Donald Trump n’aurait pu se produire sans la financiarisation de l’économie sous Bill Clinton… En France, la désaffiliation politique des classes populaires germe à la fin des années 70, lors du démarrage de la désindustrialisation. Cette désaffiliation augmente en même temps que la classe moyenne disparaît catégorie après catégorie. Cela a commencé avec les ouvriers, puis les paysans, maintenant les employés… Des bataillons entiers sortent progressivement de la classe moyenne, basculent dans le chômage ou la précarisation de leur emploi. Il y a dans l’esprit des gens l’idée que les classes populaires, c’est une France finissante vouée à disparaître un jour ou l’autre. Sauf que les gens ne disparaissent pas physiquement ! Prenez les 15 premières métropoles de France. Elles représentent 40 % de la population. Si l’on remonte les recensements, les mêmes métropoles en 1968 représentaient… 40 % de la population ! Cela peut sembler contre-intuitif, mais leur poids démographique n’a pas bougé, car, contrairement à ce que l’on imagine, la croissance des territoires a suivi celle des métropoles. (…) Ce qui est frappant, c’est qu’il y a un potentiel majoritaire avec des gens qui se croient minoritaires. En somme, c’est un conflit de classe, sans conscience de classe. Nous ne sommes pas la Grèce : il y a encore beaucoup de gens qui ont beaucoup à perdre. Les retraités et les fonctionnaires, qui sont protégés de la mondialisation, n’ont aucune raison de renverser la table. Il y a aussi, à la marge, le vote des minorités qui va se porter vers le parti le moins anti-immigrés. On voit bien que le Front national est bloqué par sa sociologie : les catégories populaires ne lui suffiront pas. Mais les coups de boutoir seront de plus en plus violents. On peut très bien imaginer demain voir un FN atteindre les 30-35 % au premier tour. Cela signifiera que les digues sont en train de céder. Pour l’instant, la difficulté que rencontre Emmanuel Macron est la suivante : comment tenir un discours optimiste sur la mondialisation, tout en captant les voix des perdants de cette mondialisation, ceux dont le niveau de vie a diminué ces vingt dernières années ? Pas facile. (…) Tout d’abord, le clivage gauche-droite ne structure plus complètement l’opinion. La preuve : le candidat de droite comme le candidat de gauche ont été éjectés dès le premier tour. Ceux qui ont franchi l’obstacle, ce sont des candidats qui se revendiquent « ni de droite ni de gauche ». Ce vieux clivage n’est encore pertinent que pour les retraités et les fonctionnaires. Les autres électeurs se déterminent désormais par des thématiques, comme la mondialisation ou l’immigration. Cela n’en fait pas spécifiquement des gens de gauche ou de droite. Si le pays avait vraiment « basculé à droite », l’État providence serait par exemple remis en question par l’opinion. Or, c’est tout le contraire. L’attachement aux services publics se vérifie, tout particulièrement dans la France périphérique, où la fermeture d’un bureau de poste peut devenir un casus belli. Même chose sur la question de la laïcité : il existe des électeurs de droite comme de gauche qui y sont attachés. Le clivage gauche-droite était le clivage du XIXe et du XXe siècle. Ce qui détermine le vote aujourd’hui, c’est le rapport à la mondialisation, à l’économie et le niveau de désaffiliation aux partis. (…) Les résultats du second tour devraient dessiner une carte « chimiquement pure » de cette France périphérique, qui ne nous dira pas ce qui est urbain ou rural, mais qui nous éclairera sur la proximité ou non du marché de l’emploi. Deux grands pôles sont en train de se mettre en place. La question des clivages de classe, clivages culturels, clivages géographiques va enfin être posée. (…) On meurt de l’absence de conflits et de débats ! Si on veut éviter les violences réelles, il faut que cette conflictualité se traduise en débats à l’Assemblée nationale. Il serait tout à fait sain que les députés s’affrontent autour de thèmes qui parlent à l’opinion. Le pire moment est celui que nous vivons : il n’existe aucune connexion entre le monde d’en haut et celui d’en bas. Cela conduit à l’assèchement de la pensée. Malheureusement, pour l’heure, la France « d’en haut » est encore dans ce mode de fonctionnement, très pratique pour ne jamais mettre les vraies questions sur la table. Cette posture applique la règle suivante : « Ceux qui votent pour le FN sont fascistes. Les classes populaires votent FN, donc, elles sont fascistes. Et comme on ne parle pas aux fascistes, on ne parle pas aux classes populaires. » Fermez le ban ! Si on assiste réellement à l’émergence de ces deux blocs, les gens « d’en bas » considéreraient enfin que l’Assemblée nationale travaille pour eux. Ils auraient envie d’élire des majorités qui vont les représenter, disposer de ministres qui défendent leurs intérêts… Cette recomposition, les partis politiques n’ont pas voulu l’entreprendre, alors que le corps électoral l’attendait depuis des années. Christophe Guilluy
J’avais l’impression qu’il [Nicolas Sarkozy] avait déjà cette géographie sociale bien en tête. Comme s’il savait que cette France populaire, qui l’avait élu en 2007, allait être une nouvelle fois l’enjeu de cette présidentielle. (…) Je ne pense pas que le qualificatif de droitisation soit pertinent. Pour cette France-là, on est arrivé à la fin de la bipolarisation droite-gauche. Par exemple, en matière d’immigration, tout le monde pense grosso modo la même chose, à gauche comme à droite. Quand on regarde comment se comportent les Français – là où ils vont vivre, là où ils souhaitent scolariser leurs enfants -, on s’aperçoit que tout le monde évolue dans une même logique. Ce qui change, c’est le discours de justification de ses actes… Par ailleurs, cette France populaire reste très attachée à l’Etat providence, aux services publics, à la laïcité, aux thématiques traditionnelles de la gauche. (…) Ce qui définit cette classe qui se sent menacée de déclassement, c’est son incapacité à ériger des frontières symboliques avec un monde qu’elle juge menaçant. Le bobo de Belleville, qui habite en plein cœur d’un quartier très métissé, peut résider dans un immeuble de lofts, socialement homogène, et contourner la carte scolaire. Les prolétaires de la Picardie, eux, n’ont pas les moyens d’ériger ce type de frontière invisible. C’est pour ça que cette classe populaire exprime aujourd’hui une demande d’Etat fort et de protectionnisme. La question sociale est centrale pour elle, à la condition qu’elle se combine avec une question d’ordre culturel. (…) Sur ces questions culturelles et identitaires, la gauche tient un discours peu clair. Car elle a la trouille de dire les choses. Je pense qu’on vit désormais dans une société multiculturelle sans oser le dire. Pour la première fois dans notre histoire, dans certains espaces, se pose la question d’appartenir à une majorité ou à une minorité relative. C’est ce que révèle l’épisode sur la viande halal : au-delà la question de l’étiquetage, le sentiment diffus de pouvoir devenir, sans le savoir, minoritaire, est très présent. (…) C’est compliqué pour [François Hollande] car il ne faut pas désespérer «Boboland», c’est-à-dire ces classes intellectuelles et supérieures qui vivent en centre-ville, profitent des bienfaits de la mondialisation et votent en majorité pour la gauche. Je dis cela sans mépris. C’est une réalité sociologique importante pour la gauche. Il est difficile de tenir un discours pour cette France des centres-ville et celle rejetée à la périphérie. Un exemple : le protectionnisme européen. François Hollande avait la possibilité de reprendre à son compte les thèses qu’Arnaud Montebourg avait développées pendant la primaire. Mais aujourd’hui depuis le discours de Villepinte de Nicolas Sarkozy, je pense que c’est trop tard. Christophe Guilluy
On brode beaucoup sur la non intégration des jeunes de banlieue. En réalité, ils sont totalement intégrés culturellement. Leur culture, comme le rap, sert de référence à toute la jeunesse. Ils sont bien sûr confrontés à de nombreux problèmes mais sont dans une logique d’intégration culturelle à la société monde. Les jeunes ruraux, dont les loisirs se résument souvent à la bagnole, le foot et l’alcool, vivent dans une marginalité culturelle. En feignant de croire que l’immigration ne participe pas à la déstructuration des plus modestes (Français ou immigrés), la gauche accentue la fracture qui la sépare des catégories populaires. Fracture d’autant plus forte qu’une partie de la gauche continue d’associer cette France précarisée qui demande à être protégée de la mondialisation et de l’immigration à la « France raciste ». Dans le même temps, presque malgré elle, la gauche est de plus en plus plébiscitée par une « autre France », celle des grands centres urbains les plus actifs, les plus riches et les mieux intégrés à l’économie-monde ; sur ces territoires où se retrouvent les extrêmes de l’éventail social (du bobo à l’immigré), la mondialisation est une bénédiction. Christophe Guilluy
En 2012, la participation frôle les 80 %, ce qui est important. Si elle est de 4 points inférieure à celle de 2007, elle est très supérieure à ce que les instituts de sondage prévoyaient : un effondrement proche de 10 points ! A mon sens, on doit y voir la très forte mobilisation de la gauche dans son rejet du sarkozysme. L’autre manifestation de cette colère à l’égard du président sortant s’est traduite par une plus faible participation des villes où Nicolas Sarkozy avait fait le plein en 2007. Typiquement, le retraité qui a voté pour le candidat UMP, il y a cinq ans, s’est abstenu au premier tour cette fois-ci. Ce qui laisse une certaine marge de progression pour le convaincre de se déplacer au second tour. En revanche, François Hollande semble ne disposer que de peu de réserve parmi les abstentionnistes du premier tour. (…)  Si l’on met l’accent sur sa deuxième place, on pourrait conclure à un échec par rapport aux présidents sortants tous arrivés en tête. Seulement, en 2002, Jacques Chirac, dont le bilan est jugé comme inexistant, a certes respecté la règle en s’offrant la première marche du podium, mais en ne captant que moins de 20% des voix. Aussi dire que la stratégie Buisson, ou plutôt Buisson-Guaino a échoué, est-il, à mon sens une erreur d’analyse. Christophe Guilluy
Il serait temps de comprendre que les millions de Français qui votent pour le FN ne veulent pas moins mais plus de République. Ils ont tort ? Admettons. Mais était-ce républicain de construire une Europe dans laquelle les décisions échappent largement aux élus du peuple ? Était-ce républicain d’inventer, au nom d’une conception mécanique de l’égalité, le collège unique dont la grande œuvre aura été de tirer les bons élèves vers le bas plutôt que les mauvais vers le haut ? Était-ce républicain de tergiverser pendant vingt ans avant d’interdire les signes religieux à l’école ? Était-ce républicain d’encourager l’idéologie de la repentance qui légitime la détestation de la France ? Était-ce républicain de prôner l’ouverture à tous les vents de la mondialisation, qu’elle fût économique ou culturelle ? Était-ce républicain de décréter que dans les écoles de Strasbourg on servirait “de la viande halal par respect pour la diversité, mais pas de poisson le vendredi par respect pour la laïcité” — impayable logique du maire socialiste de la ville ? Était-ce républicain de minimiser l’antisémitisme et le sexisme qui sévissaient et sévissent encore dans les “territoires perdus de la République” au motif que ceux qui les propageaient étaient victimes de l’exclusion sociale ? Était-ce républicain de traiter de salauds, de cons ou de fachos les électeurs qui, lassés d’être les cocus de la mondialisation, se sont tournés vers le FN ? Ou étaient-ils, durant toutes ces années, tous ces Républicains sourcilleux qui affichent aujourd’hui leurs âmes pures et leurs mains blanches ? Peut-être serait-il naïf ou imprudent de décerner à Marine Le Pen un brevet de vertu républicaine. En attendant, si la République semble aujourd’hui si mal en point, elle n’en est pas, loin s’en faut, la première responsable. Elisabeth Lévy
Marine Le Pen aurait pu être la porte-parole du parti de l’inquiétude, elle aurait pu faire venir sur le plateau l’humeur de cette partie du pays qui voit sa disparition programmée et s’en désole. Elle aurait pu évoquer le séparatisme islamiste et l’immense tâche qui nous attend consistant à convaincre des dizaines, peut-être des centaines, de milliers de jeunes Français de l’excellence de leur pays, de ses arts, ses armes et ses lois. Or, du début à la fin, elle a paru retourner à son adversaire le procès en légitimité dont elle est sans cesse l’objet. Incapable de lui concéder le moindre point, autant que de lui opposer une véritable vision, elle a ânonné des mots-clefs comme « UOIF » et « banquier », croyant sans doute que cela suffirait à faire pleuvoir les votes, ce qui laisse penser qu’elle tient ses électeurs en piètre estime. Les insinuations sur l’argent de son adversaire, sa façon de dire à demi-mot au téléspectateur « si vous êtes dans la mouise, c’est parce que lui et ses amis se goinfrent », m’ont rappelé les heures sombres de l’affaire Fillon, quand des journalistes répétaient en boucle le même appel au ressentiment. L’autre France, celle qui n’a pas envie de l’avenir mondialisé et multiculti qu’on lui promet, mérite mieux que ce populisme ras des pâquerettes. (…) On n’est pas obligé, cependant, de hurler avec les bisounours. Quoi que répètent fiévreusement ceux qui adorent voler au secours des victoires, un faux pas, même de taille, ne suffit pas à faire de Marine Le Pen quelqu’un d’infréquentable. À la différence de l’intégralité de mes confrères qui se frottent les mains sur l’air de « je vous l’avais bien dit ! », je ne suis pas sûre qu’elle ait « montré son vrai visage ». L’ayant interviewée à plusieurs reprises, nous avons eu avec elles des engueulades homériques : jamais je ne l’ai vue, dans ces circonstances, faire preuve de la mauvaise foi fielleuse qu’elle a opposée à son adversaire – et je ne lui avais jamais vu, même sur un plateau, ce masque sarcastique. Avait-elle en quelque sorte intégré sa propre illégitimité, a-t-elle été mal conseillée par son cher Florian Philippot ou était-elle décidément très mal préparée à la fonction qu’elle briguait ? Toujours est-il qu’elle a raté son rendez-vous avec le peuple français. (…) Il faudra bien résoudre un jour ce petit problème de logique : il existe chez nous un parti que les tribunaux ne peuvent pas interdire, qui a le droit de se présenter aux élections, mais les électeurs n’ont pas le droit de voter pour lui et ses dirigeants n’ont pas le droit de gagner. Ce qui, on en conviendra, est assez pratique pour ceux qui l’affrontent en duel. On me dit qu’il respecte le cadre de la République, mais pas ses fameuses valeurs. Sauf que, pardon, qui est arbitre des valeurs, Le Monde, les Inrocks, Jacques Attali ? N’est-ce pas une façon bien commode d’exclure de la compétition ceux qui vous déplaisent ? Je ne me résous pas à vivre dans un monde où il y a une seule politique possible, un seul vote raisonnable et un seul point de vue acceptable. (…) Post Scriptum : je viens d’entendre un bout de la chronique de François Morel, l’un des papes du comico-conformisme sur France Inter. Il comparait – ou assimilait je ne sais – Marine Le Pen à une primate: Taubira, c’était dégueulasse; mais pour une Le Pen, c’est normal. Digne conclusion de la quinzaine de la haine (et de l’antifascisme nigaud) que nous a offerte la radio publique. Elisabeth Lévy
J’ai suivi cette campagne avec un sentiment de malaise franchement (…) qui s’est peu à peu transformé en honte.  (…) Malaise parce que la deuxième France, dont vous parlez, la France qui est périphérique, qui hésite entre Marine Le Pen et rien,  je me suis rendu compte que je ne la comprenais pas, que je ne la voyais pas, que j’avais perdu le contact. Et ça, quand on veut écrire des romans, je trouve que c’est une faute professionnelle assez lourde.  (….) Parce que je ne la vois plus, je fais partie de l’élite mondialisée, maintenant. (…) Et pourtant, je viens de cette France. (…) Elle habite pas dans les mêmes quartiers que moi. Elle habite pas à Paris. A Paris, Le Pen n’existe pas. Elle habite dans des zones périphériques décrites par Christophe Guilluy. Des zones mal connues. (…) Mais le fait est que j’ai perdu le contact. (…) Non, je la comprends pas suffisamment, je veux dire, je pourrais pas écrire dessus. C’est ça qui me gêne, c’est pour ça que suis mal à l’aise. (…) Non, je suis pas dans la même situation. Moi, je ne crois pas au vote idéologique, je crois au vote de classe. Bien que le mot est démodé. Il y a une classe qui vote Le Pen, une classe qui vote Macron, une classe qui vote Fillon. Facilement identifiables et on le voit tout de suite. Et que je le veuille ou non, je fais partie de la France qui vote Macron. Parce que je suis trop riche pour voter Le Pen ou Mélenchon. Et parce que je suis pas un hériter, donc je suis pas la classe qui vote Fillon. (…) Ce qui est apparu et qui est très surprenant – alors, ça, c’est vraiment un phénomène imprévu – c’est un véritable parti confessionnel, précisément catholique. Dans tout ce que j’ai suivi – et, je vous dis, j’ai tout suivi  – Jean-Frédéric Poisson était quand même le plus étonnant. (…) Une espèce d’impavidité et une défense des valeurs catholiques qui est inhabituelle pour un parti politique. (….) Ca m’a interloqué parce que je croyais le catholicisme mourant. (…) [Macron] L’axe de sa  campagne, j’ai l’impression que c’est une espèce de thérapie de groupe pour convertir les Français à l’optimisme. Michel Houellebecq
Leçon numéro 1. Le sacrifice de François Fillon, unique objet du premier tour, est complètement raté. Certes, sa candidature a été tuée, mais les électeurs ne sont pas en phase avec les sacrificateurs. Or, l’immolation est faite pour construire du consensus, pour détendre tout le monde, et le bourreau est supposé être l’artisan de la justice. Dans le cas de Fillon, l’exécution a exaspéré la méfiance à l’égard des gouvernants, de la justice, des médias, et de ses adversaires politiques. Au lieu de les libérer, le sacrifice a exaspéré les tensions. Leçon numéro 2. Le sacrifice de Marine Le Pen, objet unique du second tour, est non moins raté. Certes, elle ne gagnera très probablement pas, car une partie des électeurs est encore en faveur de l’ancienne liturgie dans laquelle un Front Républicain fait barrage au Mal, mais le doute a gagné les partisans du Bien – doute qui s’exprime dans l’abstention ou tout simplement dans le peu de conviction avec laquelle la « diabolisation » s’exprime – et les partisans du Mal deviennent de plus en plus décontractés, de moins en moins concernés par l’injonction morale, l’admonestation solennelle, l’argument d’autorité « antifa ». Leçon numéro 3. Donc, la victoire de Macron apparaîtra comme le résultat d’un double sacrifice raté. On le regardera comme une sorte d’importun, voire d’imposteur, qui n’aura pas réussi à transformer sa victoire sur les autres en victoire pour tout le pays. Il ne sera pas élu, il sera placé premier. Et nul doute que tout le monde réclamera la vidéo car le match a été scandaleusement arbitré. Leçon numéro 4. Nous avions bien compris, et toute la campagne l’a montré : le monde de Macron, c’est le hub France, avec ce raffinement de cruauté qu’il est en plus drogué à la dépense publique. Le hub France, c’est l’aéroport de Roissy. Au premier étage, une entrée réservée et discrète : dans des fauteuils cools, des dirigeants zens s’envoient un whisky japonais pas pingre en discutant avec leur private banker sur Internet. Au rez-de-chaussée, des cadres moyens sirotent de la bière et grignotent des cacahouètes dans un confort relatif, en gérant leur crédit revolving sur leur application bancaire de masse. Au sous-sol, les bagagistes payés au lance-pierre n’ont d’autre choix que le fondamentalisme (anti-immigré ou musulman) ou le vote Mélenchon. Faute de leur avoir enseigné La Fontaine et leur avoir donné des perspectives décentes, difficile de leur en vouloir, même s’il faut les dominer. Personne ne veut de ce monde-là. Nous allons voter pour. Le masochisme est officiellement devenu une catégorie de la pensée citoyenne. Ça faisait longtemps que ça couvait, ont noté les meilleurs observateurs. Leçon numéro 5. Il y a plus : sur le plan de la politique économique, Macron, c’est la double peine : le socialisme en grand et le libéralisme en roue libre. L’Etat local hypertrophié entièrement au service de la mondialisation, c’est-à-dire de la séparation des pauvres et des riches à l’échelle planétaire, comme elle déjà eu lieu à l’échelle urbaine, et entre les villes et les campagnes. Des entraves étatiques partout, obsédantes, au service de la libération des forces du marché, c’est-à-dire de la cupidité décomplexée. Le pire de la bourgeoisie, le pire de la bureaucratie. Le Français contemporain doit s’habituer à avoir deux maîtres : l’inquisition de la cupidité et l’inquisition administrative. Comme tout le monde ne peut pas avoir un parcours d’inspecteur des finances, élite pointue qui peut avoir une carrière de double inquisiteur, très peu gagneront dans ce monde. Gageons que sur les 250 000 marcheurs que revendique le mouvement d’Emmanuel Macron, à peine mille verront leur avenir s’éclaircir. Aux yeux des Français, Macron peut passer en six mois pour un uber gandin au centre d’une cour de gastéropodes liberticides, valets de l’esprit ploutocratique. Leçon numéro 6. Ce n’est pas parce qu’il est devenu à peu près normal que le FN est devenu intelligent. Sa fonction était de transformer la colère et la méchanceté irréfléchies en proposition politique pour lutter contre leurs racines même : l’ignorance, l’oisiveté démunie, le sentiment d’avoir été abandonnés par les dirigeants de la communauté nationale, la fierté blessée, l’humiliation de l’expulsé, l’angoisse du déracinement, la morsure du mépris. Le FN a beau dire qu’avec la bénédiction de Nicolas Dupont-Aignan, il a opéré la jonction des républicains et des patriotes, il y a des trous dans la raquette républicaine et des trous dans la raquette patriotique. Des trous dans la raquette républicaine, car son programme est marqué par une sorte de naïveté restauratrice – c’était mieux avant, retournons-y -, par la préférence pour une pédagogie punitive, et par l’absence de stratégie globale tant sur le plan européen que sur le plan économique, qui sont à pleurer. Sa conception de la République est celle d’un colonel d’infanterie en 1950. Respectable, mais l’expérience du monde réel et l’imagination véritablement constructive sont ailleurs. Et des trous dans la raquette patriotique, car, quand bien même le mot de souverainisme met d’accord les patriotes et les nationalistes, la ligne de fracture en ces deux sensibilités persiste, et reste lourde de malentendus, de querelles, de conflits. J’appelle patriotique le sentiment que la patrie doit être respectée et aimée comme l’espace qui nous vient du temps, si je puis dire, et dans lequel la communauté s’organise solidairement pour continuer son histoire ; j’appelle nationaliste ce sentiment d’exaltation qui nous vient des batailles, de la culture de la guerre, et qui nous porte à préférer la France à tout, y compris à la réflexion et à la sympathie. La difficulté qu’a le FN à se débarrasser des hibernatus maurrassiens qui se nourrissent à sa racine belliqueuse est le signe malheureux de son incapacité à distinguer les deux, et à en tirer les conséquences politiques. Il va falloir choisir entre la psychologie de la guerre et celle de la paix, quand on parle de la France. Marin de Viry
On a le sentiment d’un monde parisiano-parisien qui joue un jeu légèrement autiste. Celui de se rassurer. Celui des postures… Un monde qui regarde la France depuis son piédestal, la tête dans les nuages, dans la ouate rassurante de l’entre-soi du VIe arrondissement, et qui refuse d’être à l’écoute du peuple, qui est, soit dit en passant, souvent son public… et qui donnera vraisemblablement dimanche un score supérieur à 40% à la candidate du FN. En faisant pourtant un effort simple cette élite aurait certainement pu approcher et interroger les origines du mal, les racines du vote extrémiste – dans un contexte de crise économique interminable, de promesses non tenues de redressement de la courbe du chômage, et de pays sous tension, gangréné par la montée des fondamentalismes, le terrorisme qui est un cancer de ce siècle, et des violences quotidiennes. Mais pour comprendre ça, cette caste aurait peut-être dû faire l’effort de sortir la tête de sa poubelle dorée. Cette élite qui cherche encore à faire l’opinion, qui a le monopole de la parole public, qui possède les médias, quand elle n’est pas possédée par eux… Ce week-end, dans le cadre de la manifestation traditionnelle du 1er mai, en fin de cortège, les forces de l’ordre ont été l’objet d’attaques violentes de la part de casseurs et des membres des « Black Blocs », prétendument antifascistes. Frappé par un cocktail Molotov, un CRS d’une quarantaine d’années s’est transformé en torche humaine. L’image a fait le tour du monde, et notamment la Une du New-York Times. Elle semble avoir un peu moins passionné la presse française. L’homme est dans un état grave, brûlé au troisième degré. Où étaient, ces derniers jours, les pétitionnaires qui réclamaient encore il y a peu « justice pour Théo », et propageaient de manière irresponsable l’idée d’une police en guerre totale contre les jeunes-des-quartiers© ? Où étaient-ils pour dénoncer cette image – qui aura certainement plus d’impact que la plupart des discours, des débats, et des mises en garde pontifiantes sur le vote de dimanche ? Et ce n’est là qu’un exemple. Et dans la France macronienne hors-sol qui s’annonce, le ressentiment qui nourrit le vote extrême ne peut que prospérer. Dans la France de Macron, que l’on entrevoit dans son programme et ses discours, son effervescence de mots vides et de phrases creuses ; son charabia managérial ; La France « Start-up nation » ; la France de l’ubérisation ; la France qui fait (quoi ?) ; la France qui ose (quoi ?) ; quelle place pour l’autre France ? Celle que l’on a appelé « périphérique », qui souffre, qui est déclassée et se sent trahie ? Contre la montée en puissance de ce ressentiment, la farandole antifasciste, les cocktails dinatoires au théâtre du Rond-Point et les imprécations médiatiques n’auront aucun impact. Et ne feront même que renforcer ce sentiment d’humiliation. Continuons sur ce ton et nous aurons vraiment le Front national au pouvoir en 2022. Et, comme le rajoutait en plaisantant un ami, certainement Hans Gruber en 2027… François-Xavier Ajavon
Ce qui m’a frappé dans les débats des dernières années, c’est la difficulté avec lesquels ils sont parvenus à émerger. Car les plus importants d’entre eux portent précisément sur les sujets dont le «Parti des médias» – pour reprendre l’expression créée par Marcel Gauchet – tente d’empêcher l’évocation… Il y a comme ça, à chaque époque, des problèmes vitaux qui forment comme un angle mort du débat public. Ce sont précisément ceux qui vont décider de l’avenir. (…) Aujourd’hui, l’histoire est à nouveau en phase d’accélération brutale et le défi qui nous est lancé par l’islamisme politique, entré en phase de conquête du monde, est redoutable. Mais le Parti des médias, aveuglé par ses bons sentiments, préfère nous abreuver de petites nouvelles insignifiantes, d’une part, de ses grandes indignations, de l’autre. (…) chaque fois que le discours lénifiant sur le «vivre-ensemble» est contredit par des faits, ceux-ci font l’objet d’un remontage. Combien d’attentats islamistes ont été requalifiés en «actes commis par un déséquilibré»? Ou alors, on organise à la hâte une diversion. (…) Sur tous les plans, on se rapproche de la vérité en marchant en crabe. Ça ne facilite pas le règlement des problèmes. (…) Ayant vécu une partie de mon adolescence au Liban, repris des études à Oxford à 42 ans, enseigné trois ans en Pologne, beaucoup bourlingué en Europe, du Nord au Sud et d’Est en Ouest, j’avais fait mienne l’idée d’Attali selon laquelle les nations étaient en train de devenir des hôtels où l’on pose provisoirement ses valises, en prenant pour critère le rapport qualité/prix. En s’attaquant aux Juifs, comme l’ont fait Merah et Coulibaly, à un symbole de l’esprit de ma génération, comme Charlie, les infiltrés du djihad, cette cinquième colonne islamiste, m’ont «rendu la France», comme disait Aragon. Poète communiste, il a tourné patriote lors de l’occupation, après avoir longtemps conspué le drapeau et la Marseillaise. (…) L’hégémonie intellectuelle est toujours détenue par «presse qui pense», même si elle a de moins en moins de lecteurs: Télérama, Les Inrocks, Le Nouvel Obs, Libé, etc. C’est elle qui donne le ton, décerne des brevets et censure ce qu’ils appellent les «dérapages». Ces contestataires professionnels sont étonnés et furieux d’être à leur tour contestés. C’est que l’espèce de bouillie intellectuelle, ce néo-marxisme rudimentaire à base de slogans creux qui leur sert de pensée s’est fracassé sur la réalité sociale. Souvent demeurés intellectuellement dans les années 1960/70 (Derrida, Foucault, etc.), ils s’acharnent à «transgresser», à «renverser des tabous», alors qu’il n’y a plus, en face, que le vide. Ils rejouent éternellement la scène originelle de 68, alors qu’on a radicalement changé d’époque. C’est pourquoi les gens qui pensent juste ont opéré, depuis le début de notre XXI° siècle, ce retour à Camus, à Arendt, à Orwell – qui n’étaient certes pas des penseurs «réactionnaires». «Empêcher que le monde ne se défasse», comme disait Camus. Et ne pas pousser la tolérance à l’absurde, en prétendant tolérer la barbarie. Ne pas justifier l’inacceptable au nom du relativisme des valeurs. (…) lorsque je me retrouve devant mon ordinateur, avec un article à écrire, je pense: comment Christopher Hitchens tournerait-il ça? Orwellien lui aussi, «Hitch» savait comme personne mettre le doigt sur l’hypocrisie, la mauvaise foi, le double standard moral. Et c’était un esprit absolument libre. Un véritable voltairien de la fin du XX° siècle. Il n’a aucun équivalent en français, mais quelques héritiers en Angleterre, comme Nick Cohen. (…) Les dirigeants de l’UE ont refusé à l’Europe toute identité, toute substance, toute limite géographique: ils ont créé une coquille vide, un ensemble flou dans lesquels les citoyens ne reconnaissent pas. Comment s’étonner que ceux-ci se réfugient dans leurs États-nations. Au moins, pensent-ils, on en contrôle les dirigeants en les remplaçant lorsqu’ils prennent de mauvaises décisions. Et on peut en défendre les frontières, ce que l’UE refuse de faire, face à une crise migratoire qui va s’aggraver. (…) il y a aussi quelque chose de positif dans ce que les élites baptisent «populisme»: les simples gens ont parfois une vision plus juste que des dirigeants vivant hors-sol, dans l’ignorance des vrais problèmes de la population. Brice Couturier
J’admire la campagne qu’Emmanuel Macron a menée. Il a défendu les valeurs libérales. (…) Il s’adresse aux espoirs des gens et non à leurs peurs. Barack Hussein Obama
On vous demande une carte blanche, et vous salissez l’adversaire, et vous proférez des mensonges. Votre projet, c’est de salir, c’est de mener une campagne de falsifications, de vivre de la peur et des mensonges. La France que je veux vaut beaucoup mieux que ça. Il faut sortir d’un système qui vous a coproduit. Vous en vivez. Vous êtes son parasite. Emmanuel Macron
Notre culture, ça ne peut plus être une assignation à résidence. Il n’y aurait pas la culture des uns et la culture des autres, il n’y aurait pas cette formidable richesse française, qui est là, dont on devrait nier une partie, il n’y a d’ailleurs pas une culture française, il y a une culture en France, elle est diverse, elle est multiple. Et je ne veux pas sortir du champ de cette culture, certains auteurs ou certains musiciens ou certains artistes, sous prétexte qu’ils viendraient d’ailleurs. Emmanuel Macron
Le débat de l’entre-deux-tours a précipité la décision de Marion Maréchal-Le Pen de prendre du champ. Elle l’a jugé « catastrophique » et ruineux pour l’image présidentiable de Marine Le Pen. Elle se met en réserve du parti, en attente d’une occasion pour prendre sa part dans les recompositions politiques qui toucheront le FN, lui aussi. (…) Selon nos informations, non seulement la jeune femme et bientôt ex-députée se place en réserve de la politique, mais elle se tient de surcroît prête à jouer un rôle dans la grande recomposition politique à l’œuvre aujourd’hui, qui immanquablement touchera le FN. Aucun calendrier n’est fixé et ses intentions de rejoindre le monde de l’entreprise réelles – plusieurs grands groupes l’auraient d’ailleurs approchée. Mais depuis plusieurs mois déjà, des signaux lui sont envoyés par des élus LR qui rêvent de la création d’un grand parti clairement positionné à droite dans lequel la petite-fille de Jean-Marie Le Pen aurait toute sa place. Il semblerait que la jeune femme ne soit pas totalement indifférente à ces sollicitations. D’autant qu’à la différence de bien d’autres personnalités du FN, elle a su se tenir à l’écart des affaires financières du parti, la mettant à l’abri des éclaboussures inévitables consécutives aux poursuites judiciaires. « Elle est la seule à n’avoir pas souscrit aux crédits obligatoires du micro-parti Jeanne lors des élections régionales », rappelle fort à propos une élue de la région PACA. (…) Mais personne n’ignorait ses désaccords stratégiques avec le vice-président Florian Philippot et la direction de campagne emmenée par David Rachline, maire de Fréjus. Pour elle, le dogme de la sortie de l’euro devait être dépassé, et de ce point de vue, l’alliance avec Nicolas Dupont-Aignan lui était apparue comme une chance historique de rassemblement d’une partie de la droite autour du FN. « Dommage que cette alliance ne soit pas allée plus loin qu’une place de vedette américaine offerte à Dupont-Aignan lors du meeting de Villepinte », aurait-elle confié à ses proches.  (…) Personne n’imaginait une position aussi radicale, même si certains la redoutaient. Car chacun connaît l’étendue de la popularité de la plus jeune députée de France. Bien plus qu’un long et épuisant combat d’opposition interne en vue du prochain congrès prévu pour l’hiver prochain, Marion Maréchal a choisi le clash et l’effet de sidération. Ne restait qu’à l’habiller de raisons personnelles, réelles, pour éviter l’affrontement public. Mais le message est clair, son onde de choc n’est pas près de se dissoudre, les échanges que nous avons eus avec quelques élus importants ne laissent place à aucun doute. Marianne
Pour sûr, la politique a pris un coup de vieux. L’élection d’Emmanuel Macron, 39 ans, 66,10 % des voix, est aussi la victoire de son mouvement, En marche !, qui ringardise les partis. (…) Toutefois, sa « révolution démocratique » n’est qu’un mot creux ; un trompe-l’œil. L’immuable idéologie conformiste, technicienne et élitiste, reste son soutien. (…) C’est le « casse du siècle » que le cerveau d’En marche ! a commis sous les vivats de la gauche. L’Élysée n’a pu étouffer ses applaudissements, dimanche soir. Lundi, lors de la célébration de la capitulation allemande, François Hollande a affiché son paternalisme avec celui qui l’accompagnait dans ses premiers pas présidentiels. Catherine Barbaroux, membre du PS dès les années 1970, a pris la présidence d’En marche ! Croiser les sourires de la plupart des socialistes de cœur confirme le tour de passe-passe : la gauche éreintée a réussi l’exploit de se maintenir au pouvoir en rajeunissant la façade et en criant à la menace fasciste. Non content d’avoir participé à la suspicion sans preuve contre François Fillon et à l’immature hystérie contre Le Pen, le stratège inspiré espère l’explosion des Républicains en faisant miroiter des places aux gourmands. Faut-il le rappeler aux étourdis et aux dormeurs ? Le 7 mai 2017, la France a confirmé le choix, dissimulé par le flou, d’une rupture dans son modèle de civilisation. Le projet de Macron pour la France, approuvé par 20,4 millions d’électeurs, porte en lui la disparition de la nation assimilatrice, une et indivisible, au profit d’un « Hexagone » vu comme un « open space » où les minorités seront protégées par des discriminations positives et où la quête de visibilité de l’islam politique sera laissée en paix. 92 % des Français musulmans ont voté Macron, contre 62 % des catholiques. Celui qui chante La Marseillaise la main sur le cœur, comme aux États-Unis, a été félicité par Barack Obama et le Canadien Justin Trudeau, symboles de la cause postnationale, c’est-à-dire des sociétés ouvertes à la mondialisation et au multiculturalisme. Or ces deux causes sont au cœur de la crise identitaire, oubliée au profit de diversions sur la moralité de Fillon ou de Le Pen. Il y a de la farce démocratique dans ce hold-up électoral où les enjeux existentiels n’auront jamais été abordés par le vainqueur. Est-ce pour les avoir évoqués que Manuel Valls subit les humiliations des Macron’s boys ? La foule qui a applaudi l’élu, dimanche au pied de la pyramide du Louvre, partage probablement sa lassitude de l’État- nation, appelé à se diluer dans un monde où l’étranger ne se différencie plus du citoyen. Cette vision est celle de la pensée dominante, qui a grimé en affreux ceux qui parlaient de souveraineté et de limites. Cependant, 60 % des électeurs de Macron ont fait un choix par défaut pour s’opposer à Le Pen, qui a tout de même recueilli 10,5 millions de voix. De surcroît, 16,1 millions ont choisi l’abstention et le vote blanc ou nul, tournant le dos aux ordres d’abattre l’ennemi intérieur. Le socle électoral du président est donc fragile. Certes, sa victoire l’autorise à tout. Pour autant, il n’a pas reçu de blanc-seing pour disloquer un peu plus la France malade, au nom d’un optimisme insouciant. Des Français seront là pour le lui rappeler. Reste que Marine Le Pen n’a pas été à la hauteur de sa mission, qui était de représenter les oubliés de la mondialisation et les inquiets du libéralisme libertarien. (..) Sa confrontation télévisée du 3 mai, jugée vulgaire et désastreuse, est une des causes de son effondrement. L’immigration n’y a même pas été abordée. La diabolisation du FN a pu aussi effrayer plus d’un esprit perméable aux prêches du moralisme. Cependant, c’est bien sa stratégie d’ouverture à la gauche extrême qui a été incomprise. (…) La décision de Marion Maréchal-Le Pen, 27 ans, de se retirer du FN, mercredi, pour rejoindre la vie réelle, n’est pas motivée par son seul désir de se consacrer à sa petite fille. C’est un univers borné de branquignols adeptes de « fake news » (fausses nouvelles) et d’idées économiquement mal ficelées que l’élue a aussi choisi de quitter. (…) Si En marche ! a su fédérer la classe privilégiée des mondialistes (diplômés, urbains, riches), mise au service du seul pouvoir personnel de son leader narcissique, il reste à mobiliser ceux qui, en face, pourraient se reconnaître dans un conservatisme libéral et social. L’introuvable union des droites pourrait enfin voir là son issue. Ceux qui espéraient voir les Français en colère rejeter la tyrannie du politiquement correct, qui oblige à marcher les yeux grands fermés, ont perdu en beauté. La victoire de Macron conforte courtisans et médias. Tous ont défendu sa vision du monde, angélique mais fausse, au prix d’une infantilisation des peurs contre un « populisme » forcément nauséabond. Malheur aux vaincus ! Ivan Rioufol
Ce n’est pas seulement en revenant à un chômage minimum qu’on résoudra le malaise français. Il y a aussi des questions culturelles (« d’identité », de « vivre-ensemble », de « collectif », appelons-les comme on veut) qui se posent avec acuité. Malheureusement, elles sont souvent écartées d’un revers de la main dans le débat public, ce qui interdit à la fois d’y réfléchir et d’y répondre. (…) L’une des clés d’analyse, mais surement pas la seule, est qu’une partie de la population occidentale – pas seulement française ! – a l’impression que sa vie lui échappe, qu’elle ne contrôle plus rien, qu’elle subit ; et qu’à l’inverse, une autre partie profite pleinement et de manière injuste du monde et de ses opportunités. D’une certaine manière, la colère contre les inégalités (d’un Occupy Wall Street, Podemos et France Insoumise) rejoint le malaise identitaire (exprimé par Donald Trump ou le Front national) : l’un et l’autre expriment une demande d’unité, de cohésion identitaire et/ou sociale. Le test de l’ »insécurité sociale » est simple: voir si on appelle extrême la tradition. Sans jugement de valeur. Dire que la société doit s’ordonner librement autour/pour des personnes françaises, nées d’un père et d’une mère également considérés et mariés, et justement rémunérées pour le travail que doit leur ménager fraternellement la société est en général la définition du centrisme. C’est aujourd’hui ce qui est qualifié d’extrême, laissant au « nouveau centre » la source de l’insécurité sociale. Lorsqu’on en reviendra à dire que MLP est centre-droit et Mélanchon centre-gauche on comprendra sans doute mieux la pensée de la multitude déstabilisée face à celle de l’élite déracinée.. Cette impression d’abandon est cruciale et motive une demande de reconnaissance multiple : les citoyens concernés veulent « simplement » qu’on admette que leur mode de vie est aussi valable que les autres, que leur attachement à certaines traditions n’est pas méprisable, que leur vision du travail, notamment industriel, n’est pas une ineptie. Or, tout un discours politique décrit un sens unique du progrès intellectuel et moral, et désigne comme des arriérés voire des coupables ceux qui, pour une raison ou une autre, y résistent. Erwan Le Noan
Aujourd’hui le clivage droite/gauche n’est plus idéologique, mais philosophique et moral. (…) Quoiqu’ils en disent, les programmes respectifs de Nicolas Sarkozy et de François Hollande ne sont pas si éloignés que cela. L’époque où la droite et la gauche proposaient deux types de sociétés diamétralement opposées est révolue. Pour des raisons de fond, qu’on analysera pas ici, mais aussi pour des motifs plus conjoncturels: les caisses de l’Etat sont vides, les marges de manœuvre fort étroites, nombre de décisions ne se prennent plus à Paris mais à Bruxelles, et la mondialisation est passée par là. Est-ce à dire pour autant qu’il n’y a plus de droite ni de gauche? La réponse est clairement non. S’il est vrai que le libéralisme social de la droite (classique) et le socialisme libéral de la gauche (réformiste) se rejoignent aujourd’hui sur l’essentiel, on voit bien, à travers la personnalité et le style de leurs deux candidats, qu’il y a derrière deux visions du monde, de l’homme et de la société. Qui renvoient à des valeurs bien distinctes. Hervé Bentégeat
Le problème, c’est que cette droite, bien que majoritaire, continue d’être paralysée par la malédiction politico-morale pesant sur la prétendue « extrême droite ». Le fait que le programme de cette dernière ressemble comme deux gouttes d’eau à celui du RPR des années 80, que ses valeurs et ses références soient empruntées pour l’essentiel au général De Gaulle, que son leader, née 24 ans après la Libération, soit peu suspecte d’avoir collaboré avec les nazis, le fait enfin que bon nombre de ses cadres soient issus de la mouvance chevènementiste, n’y change rien. On ne dîne pas avec le diable, même avec une grande cuillère, et même quand ce n’est pas le diable : ce qui fait qu’en définitive, on ne mange pas très souvent. Le coup de génie de Mitterrand, plus machiavélique que jamais, qui permit au Front National de prendre son essor tout en prononçant un anathème perpétuel contre toute tentative d’alliance avec lui, a fragilisé la position de la droite depuis un quart de siècle- et ouvert régulièrement les portes du pouvoir à une gauche minoritaire. Mitterrand, qui croyait aux forces de l’esprit, en rigole encore. Le piège a fonctionné bien au-delà de ses espérances – avec la complicité résignée d’une droite dite républicaine qui n’a pas voulu prendre le risque de l’alliance et n’a en outre jamais osé retourner l’argument moral contre la gauche socialiste. En n’ayant pas eu l’audace de dénoncer l’alliance du PS avec le parti qui déclarait jadis que « Staline est l’homme que nous aimons le plus », la droite perdait automatiquement le droit de juger les autres. Frédéric Rouvillois
Ce concept de « droitisation » est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la « droitisation » consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes. (…) Est-ce Nicolas Sarkozy qui se « droitise » en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ? L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue. L’idéologie du « transfrontiérisme » n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale. Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices. Patrick Buisson
Le mépris dans lequel les tient la classe dirigeante a quelque chose de sidérant. Nos élites sont mues par une invraisemblable prolophobie dont elles n’ont parfois même pas conscience. (…) Les impensés de la gauche sur la sécurité et l’immigration témoignent d’un déni persévérant de celle-ci face à l’expression de certaines souffrances sociales. (…) Avant d’être une posture politique, le front républicain est d’abord un réflexe de classe et de caste. Patrick Buisson
En 2007, Sarkozy, c’était Bonaparte au pont d’Arcole ! Il s’est emparé de thèmes, comme l’identité nationale, que Chirac avait totalement abandonnés. Il a désenclavé la droite en agrégeant un vote populaire au vote de droite traditionnel. Comme de Gaulle en 1958 ! Le problème, c’est qu’il manquait d’hommes pour appliquer la révolution culturelle qu’il incarnait, car la droite chiraquisée s’est soumise à l’hégémonie intellectuelle de la gauche depuis des décennies, au point de perdre ses repères. Alors que l’extrême gauche infiltrait le PS et le PCF tout en maintenant une expression politique autonome grâce à ses partis et ses associations, la droite n’a pas formé ses cadres ! On ne peut pas exiger d’un homme qu’il fasse en cinq ans ce que deux ou trois générations n’ont pas pu ou n’ont pas su faire avant lui !  Patrick Buisson
On assiste à ce que j’appelle, la révolution conservatrice. C’est le mot de Napoléon à ses ministres : ‘N’ayez pas peur du peuple, il est encore plus conservateur que vous’. C’est en cela que Juppé, qui s’est fait le porte-parole de la modernité, tient un discours absolument ringard. Il ne se rend pas compte que cette révolution conservatrice est partout à l’œuvre dans la société occidentale. Fillon a fait une campagne qui, a sa manière – moins triviale, moins brutale que celle de Sarkozy -, était une campagne de transgression des tabous. Maurice Druon avait l’habitude de dire qu’en France, il y a deux partis de gauche dont l’un s’appelle la droite. C’est cette anomalie française qui est en train de prendre fin. Fillon assume une droite conservatrice. Juppé sera très probablement battu dimanche soir. Il représentait cette tradition de cette droite qui ne s’assume pas. Cette hypothèque qui pesait sur la droite est en train de sauter et c’est en cela que, dans l’histoire des idées, c’est un moment historique. Patrick Buisson (24.11.2016)
Le vote Macron est un simple désir d’appartenance sociale. Faire partie des vainqueurs. Patrick Buisson
À peine élu, notre nouveau président de la République court un mortel danger (…) les cataractes de compliments, les kilomètres de dithyrambes, les récits hagiographiques qui, depuis quelques jours, se déversent sans pitié et à flots continus sur l’infortuné chef de l’État. Ce dernier, insouciant, n’a pas l’air, pour l’instant, de prendre conscience de l’étendue de la pandémie. Il devrait pourtant se méfier, car le mal est sournois. Au début, la douche est délicieusement tiède et chatouille très agréablement l’épiderme. L’intéressé n’est, sans doute, pas tout à fait dupe du traitement flatteur qui lui est infligé. Mais, même s’il cultive une certaine méfiance envers les flagorneurs et les tient en piètre estime, il ne peut probablement pas s’empêcher de penser que ces portraits flatteurs, tout excessifs qu’ils soient, sont, après tout, en partie fondés. Ainsi va la nature humaine… Car Emmanuel Macron, n’en doutez pas, est le nouveau Richelieu de la politique, le Mozart de la finance, le Pic de la Mirandole de la culture. Il est aussi Jupiter, Chronos (grand maître des horloges en langage commun), nouveau Bonaparte, réincarnation de Clausewitz. Il marche sur les eaux du renouveau, ouvre la mer Rouge de la recomposition politique. Il met à jour la République d’Aristote en ajoutant aux trois catégories de gouvernement du philosophe grec (royauté, aristocratie, république) un objet politique novateur : le macronisme en marche. Il déroute le pèlerinage de Compostelle vers le Faubourg-Saint-Honoré. Il entame un bref service militaire juché sur un command car et les chaînes d’information continue se pâment d’admiration au spectacle de ce moderne Alexandre. L’histoire ne dit pas si, tel le roi de France après le sacre de Reims, il guérit les écrouelles, mais c’est éminemment probable. Le président Macron devrait être vigilant : on peut être asphyxié par un excès d’encens. Et après le miel vient le fiel. Il ne faut jamais perdre de vue que la roche Tarpéienne n’est pas bien éloignée du Capitole. Les sept collines de Rome sont pleines d’embûches : il convient de faire très attention où l’on met les pieds. Surtout, la vieille règle médiatique des trois « l » se vérifie souvent : d’abord on lèche, ensuite on lâche, enfin on lynche. Cela s’appelle des « séquences ». François Hollande en sait quelque chose… Pierre Beylau
Obama blanc Qui se souvient de la façon dont a été accueillie, par certains médias français, l’élection du nouveau président américain il y a maintenant plus de huit ans ?
Que n’a-t-on entendu sur la révolution douce en marche que le premier président noir allait sans aucun doute faire déferler sur une Amérique sclérosée.
Huit ans plus tard, quel résultat ? Donald TRUMP à la maison blanche ! Que nos médias bienveillants se souviennent et se méfient de ce qu’ils écrivent sur notre tout jeune et fringant président français. Ils pourraient déchanter. Mais nous avons la mémoire courte, alors… aw35
Le nouveau président, après avoir mis KO debout le Parti socialiste, est en train de faire éclater la droite. Nul n’ignore que la nomination d’Edouard Philippe, que l’on présente en un saisissant oxymore comme un «héritier spirituel d’Alain Juppé», vient habilement redonner au camp du centre-droit désavoué par les électeurs des primaires, de nouvelles perspectives. Sans surprise, Nathalie Kosciusko-Morizet ou Jean-Louis Borloo ont affiché depuis quelques jours leur volonté de saisir la perche tendue par Emmanuel Macron, et Bruno Lemaire a franchi le Rubicon en héritant d’un portefeuille-clef avec Bercy, mais qui mouille habilement la droite dans la responsabilité de la lutte contre le chômage. En réalité, ce centre-droit est cohérent: rien, absolument rien, ne le distingue du centre-gauche que Macron a miraculeusement sorti du bourbier dans lequel le désastreux quinquennat de François Hollande l’avait enlisé. Un même libéralisme économique doctrinaire et rigide, soumis aux injonctions de Bruxelles, un même refus de remettre en question le dévoiement d’une construction européenne qui est allée dans le mur, une même volonté de progressisme sociétal, un même manque d’imagination et de volonté pour réduire la fracture sociale. Cette situation serait pain bénit pour le Front national, si le débat du 3 mai n’avait fait éclater la grande supercherie en faisant la démonstration de l’incompétence et de la vulgarité de Marine Le Pen. Si l’on ajoute le retrait de Marion Maréchal Le Pen – dont on peut souhaiter qu’il lui permettra de prendre du champ face à une histoire politique et familiale dont elle semble prisonnière – on assiste peut-être au début du déclin de ce parti qui depuis plus de trente ans a d’abord servi à distiller de l’amertume, à déconsidérer l’amour de la patrie et à stériliser toute tentative de refuser la logique impérialiste de la grande marchandisation. Le FN aura beau revendiquer la justesse de son analyse sur «l’UMPS», il n’est pas certain qu’il soit en état de profiter de cette situation aux prochaines législatives. Paradoxalement, le gouvernement nommé par Emmanuel Macron et Edouard Philippe pourrait au contraire permettre à la droite de procéder à une saine clarification. Le scénario optimiste pour celle-ci serait que le traditionnel attelage entre ce qu’on appelait le RPR et l’UDF montre son caractère bancal et oblige à une recomposition en profondeur. A côté de ce centre-droit logiquement rallié (si ce n’est aujourd’hui, ce sera demain) à la majorité présidentielle, une droite au discours résolument patriote, décidée à refonder l’Europe sur le respect des nations, faisant de la réduction de la fracture sociale une priorité, conservatrice sur les valeurs qui fondent notre société (amour de la France, défense de la famille, refondation de l’école) a un boulevard théorique devant elle: entre, d’un côté, le sentiment des électeurs de droite d’avoir été volés de «leur élection» avec l’explosion en plein vol de la fusée Fillon, d’avoir été trahis par ses élites, et, de l’autre, la décrédibilisation du Front National, la marge de manœuvre est réelle. C’est ce qu’a bien compris par exemple Laurent Wauquiez. Mais c’est là où le bât blesse. A part ce dernier, dont la sincérité politique manque de crédibilité, aucune grande voix à droite ne vient porter un projet de rupture. Celle de François Fillon est devenue inaudible, et, comme je l’avais écrit ici au sortir des primaires, avant les affaires, son discours était trop imprécis par rapport à sa conception de l’Europe, et trop peu volontariste sur la question sociale, pour avoir pu parfaitement incarner cette aspiration à un changement en profondeur. Toujours est-il que celui que les électeurs des primaires avaient plébiscité est aujourd’hui discrédité. Il faut bien le reconnaître: depuis la disparition de Philippe Séguin, plus personne n’incarne cette droite gaulliste, patriote et sociale. Pour se recomposer, la droite doit avoir de vrais leaders. Elle en manque cruellement. Le scénario catastrophe pour elle serait d’être aspirée dans le sillage de la nouvelle donne imposée par Macron. Soit elle échouera avec lui, et elle sera d’autant plus affaiblie qu’elle hérite de la responsabilité de l’économie dans le gouvernement Philippe ; et alors, la route sera réellement ouverte aux extrêmes de droite et de gauche. Soit le président réussira et il se pourrait qu’il en recueille toute la gloire. Dans les deux cas, ce pourrait être une recomposition manquée et une décomposition plus ou moins complète. (…) Réussir pour la France signifierait rien moins que de restaurer le sens du politique, le souci du bien commun, l’amour du pays, la protection des plus fragiles ; reprendre sur de nouvelles bases la construction européenne, au service des nations ; avoir le courage de réformer l’Etat en reconstruisant et en préservant les plus pauvres. François Huguenin
Je pense que la stratégie victorieuse réside dans l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires. C’était la synergie qu’avait réussie Nicolas Sarkozy en 2007. Indéniablement, il y a des gagnants et des perdants de la mondialisation, une fracture territoriale, une France périphérique, une fracture mondialistes-patriotes, mais je crois que la droite traditionnelle et les classes populaires ont un souci commun, c’est celui de leur identité. Pas l’identité comme un folklore artificiel ou comme un musée qu’on dépoussière, mais comme un ciment social. L’identité, c’est ce qui nous donne le sentiment d’être un peuple, en dépit de lieux de vie différents, de modes de vie différents. Et ce ciment social a été brisé à plusieurs égards. L’enjeu essentiel de civilisation, à mon sens, est de savoir comment conserver, protéger, transmettre et vivifier ce ciment social. C’est là qu’intervient la question de l’école, de la transmission, de la culture, de nos traditions, de notre patrimoine, d’un certain mode de vie. Le philosophe François-Xavier Bellamy dit que l’avantage de la culture, c’est que c’est le seul bien qui se partage indéfiniment sans jamais léser personne. Si on s’attache à la transmission et à la vivification de la France, nation littéraire, nation philosophique, nation historique, à partir de là, on peut défendre ce ciment social et sauver le pays des fractures qui l’attendent. (…) La question identitaire permet de transcender les clivages. Elle comporte une dimension abstraite, c’est vrai, avec des symboles, la Marseillaise, la devise, notre patrimoine républicain, et une dimension charnelle, notre terre, notre terroir, notre gastronomie, la pierre locale avec laquelle on construit sa maison. Ces deux dimensions sont complémentaires. Pour parler de stratégie, le souci commun de l’électorat de la droite conservatrice et de la France périphérique, qui n’ont pas le même rapport à la mondialisation, c’est le souci de la transmission de leur patrimoine matériel et immatériel. À partir de ce constat, on peut imaginer des passerelles pour les rassembler et apporter des réponses en commun.(…) Quand une partie de la France conservatrice défend le mariage et la filiation, elle défend aussi une partie de l’identité française avec une certaine idée des rapports humains basée sur le bien commun et l’intérêt du plus faible plutôt que sur la jouissance et l’envie de l’individu dans une liberté sans limite. C’est donc un combat identitaire, qui peut rejoindre le combat identitaire des classes populaires plus axé sur les questions liées à l’immigration et au multiculturalisme. Bien sûr, il peut y avoir des divergences économiques, mais les moteurs de vote sont essentiellement spirituel, culturel et identitaire : les masses ne bougent pas autour de l’économie. Ce qui relie ces deux électorats, c’est donc le conservatisme. Il peut s’agir de conservation de l’identité, d’un mode de vie, mais aussi du patrimoine, des entreprises, d’un modèle économique à défendre en régulant la mondialisation. (…) je défends la conservation de ce qui est beau et juste dans notre histoire, je souhaite conserver les leçons de nos expériences passées ainsi qu’une certaine vision de l’homme, de sa dignité, du refus de sa marchandisation, d’ailleurs partagée par une majorité de Français. (…) Je pense que les courants de droite et de gauche continuent d’exister et de structurer la vie politique, car il y a des héritages philosophiques, culturels, des références et des logiciels qui continuent d’irriguer la vie politique française. C’est un clivage qui continue d’exister mais qui est inexact dans la structuration actuelle des partis. Pour caricaturer un peu, je reprendrais la phrase de l’historien Ghislain de Diesbach : « Il existe en France actuellement deux grands partis de gauche, dont l’un s’appelle la droite. » Pour être plus exacte, je dirais que les deux grands partis, Les Républicains et le PS, se retrouvent aujourd’hui dans un grand bloc centre droit, centre gauche en accord sur tous les sujets fondamentaux. (…) Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, cette union patriotique que j’appelle de mes vœux n’a pas de sens en prenant en compte les partis actuels : je ne vois pas comment le FN pourrait faire une alliance nationale avec Les Républicains au regard de la façon dont ils gouvernent et du logiciel qui est le leur. (…) Ce qui reste possible, c’est l’union des hommes. Il existe aujourd’hui une zone blanche, entre certains courants chez Les Républicains, que je qualifierais de droite nationale conservatrice, Nicolas Dupont-Aignan, ceux qui sortent du champ politique, comme Philippe de Villiers, certains élus et cadres de la droite, et le FN. Dans cette zone blanche, il y a une recomposition à opérer, qui s’apparenterait à l’union de certaines droites. Mais sans doute pas avec cette droite des Républicains, qui est une droite reniée. (…) un profil comme Laurent Wauquiez change la donne. Mais il faut voir ce qu’il fera de ce pouvoir ! Si c’est pour avoir un nouveau Sarkozy, ce n’est pas utile… Laurent Wauquiez est-il sincère ? Je ne sonde pas les cœurs et les reins. Est-il capable de mettre en place des alliances intéressantes ? Seul l’avenir le dira. Ce qui est sûr, c’est que, dans le paysage politique actuel à droite, il fait partie de ceux dont les déclarations laissent penser qu’on aurait des choses à se dire et à faire ensemble, je ne vais pas dire le contraire. Néanmoins, pour être honnête, je ne suis pas certaine que Laurent Wauquiez mènerait spontanément cette politique au conseil régional s’il n’y avait pas un groupe FN aussi fort, devenu incontournable électoralement. La présence du FN contraint la droite à mener une certaine politique et à se remettre en question. La réalité, c’est que la droite a été sous la coupe psychologique de la gauche pendant des années et que le poids du FN la force aujourd’hui à se repositionner. [la tentative de structurer une droite “hors les murs”, à mi-chemin entre Les Républicains et le FN]  ne pouvait marcher que dans l’optique d’être une passerelle entre la droite et le FN, or Les Républicains ne sont pas suffisamment en difficulté électorale pour accepter de bouger. La droite a une clientèle électorale, notamment chez les personnes âgées, qui lui reste très fidèle, lui permettant de survivre, en l’empêchant d’envisager cette recomposition. Les choses seront peut-être différentes dans dix ans. La génération qui vient a déjà mis un bulletin FN dans l’urne, elle est complètement décomplexée, plus du tout sensible à la diabolisation, n’a pas baigné dans le rêve européen et n’a rien à perdre. Dans les dix ans qui viennent, les cartes seront totalement rebattues… [Les figures de cette droite “hors les murs”, Buisson, Villiers, Zemmour] J’écoute ce qu’ils disent, je les lis. Ils sont assez complémentaires. Philippe de Villiers mène un combat culturel, Éric Zemmour un combat journalistique et Patrick Buisson un combat idéologique. Chacun à sa manière, ils ont fait bouger des lignes et réussissent à s’adresser à un lectorat transversal qui va du FN aux Républicains en passant par Dupont-Aignan. Ils incarnent cette droite intellectuelle à laquelle la gauche au pouvoir a permis de réémerger, mais c’est trop peu, ils sont trop peu nombreux, et il reste encore beaucoup à faire. Notamment par le biais d’Internet : l’enjeu de la génération patriote qui vient va être de mettre ses compétences au service d’une cause. (…) Lorsqu’on me demande à quelle droite j’appartiens, je réponds, en reprenant la classification de René Rémond, que je suis à la confluence de la droite légitimiste et de la droite bonapartiste. Mais, pour prendre une catégorie plus récente, j’appartiens à la “droite Buisson”. J’ai été très marquée, récemment, par son livre la Cause du peuple, dans lequel j’ai vu, exposés de manière claire, les fondements de cette droite nationale, identitaire, sociale, qui est la mienne. (…) [François Fillon] J’ai lu l’intégralité de son projet. On m’avait dit qu’il était formidable et je l’ai trouvé très décevant sur le fond. Je reconnais un certain talent à François Fillon parce qu’il a réussi, notamment à l’issue de la primaire, à se fabriquer de manière totalement artificielle la réputation d’un homme souverainiste, de droite, conservateur, alerte sur la question identitaire, alors que, quand on regardait dans le détail, c’était extrêmement léger, très peu ambitieux. De toute façon, sa campagne était impossible, il a été inaudible à cause des affaires… [Et sa posture de rebelle, de survivant, antisystème et anti-médias] Il l’a adoptée extrêmement tardivement… Si le but était de jouer comme Trump, c’était un peu petit bras. Je l’ai trouvé bon dans l’Émission politique, sur France 2. Il n’est pas un mauvais orateur. Mais j’ai senti qu’il avait des réserves, qu’il n’osait pas y aller. Il a par exemple supprimé la référence au Qatar et à l’Arabie saoudite dans un discours sur l’islamisme. Cet homme a manqué de courage dans sa campagne. [clivage entre “mondialistes” et “patriotes”]  Je crois que nous sommes confrontés aujourd’hui à une élite d’émigrés spirituels, au sens où, spirituellement, ceux qui nous dirigent ne sont plus nos compatriotes. Leur vie est à l’échelle mondiale, ils passent leur temps dans les business class entre New York, Doha et Singapour, la France est étriquée à leurs yeux, ils ne raisonnent plus à l’échelle nationale. Leur cynisme est d’autant plus fort que ces gens se sont évertués à briser les frontières des Français pour fabriquer de nouvelles frontières à leur profit grâce à l’argent. Ils ont, eux, des frontières géographiques, vivent dans les meilleurs quartiers en se préservant des problèmes liés à l’immigration et aux tensions culturelles qu’ils imposent aux Français. Ils ont, eux, des frontières sociales, se cooptent aux meilleurs postes, alors qu’il n’y a jamais eu aussi peu de fils d’ouvriers dans les grandes écoles. Ils ont, eux, des frontières scolaires, mettent leurs enfants dans les écoles privées quand les enfants des Français doivent subir les lamentables programmes et méthodes qu’ils ont mis en place. Et je trouve cela profondément injuste. En face, les patriotes sont tout simplement les partisans de l’enracinement, ce qui n’empêche pas d’être lucide sur les défis de la mondialisation. (…) Macron en est une belle incarnation. J’aime la formule de Finkielkraut : pour Macron, « la France n’est plus une histoire, la France n’est plus même un pays, c’est un pur espace ». À ses yeux, la France est une start-up multiculturelle, un business, qui doit être le plus rentable possible. S’il faut faire rentrer un million d’immigrés dans le pays parce que c’est rentable, quelles que soient les conséquences sociales, il le fera. Pour lui, la France est un territoire, pas une patrie ; c’est une population, pas un peuple ; ce sont des individus, pas des personnes. (…) Macron accomplit Mai 68. Avec lui, c’est l’idéologie du progrès, le culte du renouveau, qui implique nécessairement de faire table rase du passé. C’est l’idée soixante-huitarde selon laquelle l’homme ne peut s’émanciper que s’il se délie de tout héritage, de toute autorité, de tout cadre culturel. Je pense que c’est une erreur fondamentale. (…) Macron considère que la société apaisée, qui fonctionne, est celle dans laquelle les liens sociaux sont uniquement régis par les liens économiques, les liens égoïstes, le contrat. L’État est réduit au minimum, c’est le libéralisme intégral, une idéologie née à gauche, où l’individu prime sur toute autre considération. Macron ne voulait d’ailleurs pas avoir de programme, mais proposait un « contrat avec la nation ». Cela a des conséquences politiques très claires : quand vous avez une distension brutale du lien social, avec le terrorisme par exemple, que répond M. Macron ? Qu’il faut deux points de PIB en plus, qu’il faut réduire le chômage et investir dans les banlieues françaises. Il apporte une réponse strictement économique, alors qu’en fait, cette distension du lien social ne relève pas principalement de l’économie, mais du domaine moral et culturel. Ces gens-là n’arriveront pas à répondre à ces défis, ils sont à côté de la plaque, ils sont dans la négation anthropologique. Ce qui fait un peuple, ce n’est pas le contrat, c’est la pure gratuité. C’est, selon la formule de Renan, « d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir ». C’est ce sentiment commun qui permet naturellement le civisme, la politesse et la solidarité sans y avoir nécessairement un intérêt égoïste. (…) … C’est un bon communicant… Je suis frappée par sa capacité à mettre à profit la formule du cardinal de Retz, « on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». Il l’a théorisée, intellectualisée, et surfe sur une ambiguïté générale. Macron est l’incarnation de ce concept, c’est assez fort. Il est progressiste, mais j’ai envie de lui répondre par Orwell : « Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains. » Moi, je ne trouve pas plus humain de mettre en place un modèle économique qui fait fabriquer nos produits par des esclaves à l’autre bout du monde, d’avoir un Whirlpool en Pologne plutôt qu’en France, de créer des mouvements de population qui rendent tout le monde malheureux et génèrent des situations tendues et conflictuelles, que les droits de l’enfant d’avoir un référent père et mère soient niés, que les femmes louent leur ventre et vendent leur bébé. Cette vision de la société me fait peur. (…) je pense que Marine a bien perçu que la génération qui va subir tous les manquements et toutes les lâchetés de la classe politique, a de quoi être raide… C’est ma génération qui va payer les fractures territoriale et sociale ; qui va subir à grande échelle les cassures entraînées par le multiculturalisme ; qui va devoir combattre le fléau de l’islam politique et radical qui gangrène les banlieues ; qui va encore probablement connaître des dizaines de morts lors d’attentats ; qui va subir la casse sociale, le chômage de masse ; qui va payer les abus de la génération 68, qui a joué la cigale tout l’été et nous laisse des déficits incommensurables, des privilèges de classe intenables et irréformables… Quand on sait cela, il y a de quoi avoir une certaine raideur et une certaine exigence, car c’est ma génération qui va devoir se retrousser les manches et relever ces défis immenses. J’appartiens peut-être à une génération un peu dure, mais la vie est dure. Le chômage nous touche particulièrement, les jeunes sont les plus confrontés à l’insécurité du quotidien, à la cohabitation multiculturelle, aux difficultés de logement. Ma génération est désenchantée, elle sait que les lendemains ne chanteront pas et a compris qu’elle vivra moins bien que celle de ses parents. Nous sommes raides, mais l’angoisse est importante. Marion Maréchal-Le Pen

Attention: une jeunesse peut en cacher une autre !

A l’heure où avec le plus jeune président de la Ve république …

A la fois, à 20 ou 25 ans près, Blair ou Clinton français …

Voire Obama blanc et maitre du brouillage des cartes et du mélange des genres …

Nos médias tentent avec les déluges de louanges que l’on sait de nous faire oublier …

La véritable confiscation de vote, entre coup d’Etat légal et fatwa prétendument républicaine, que nous venons de subir …

Comment ne pas voir …

Avec la plus jeune et probablement la plus lucide de nos députés …

Au moment où elle se met momentanément et peut-être bientôt littéralement en retrait de sa famille politique …

Face à ces élites qui refusent à tous les frontières résidentielles, sociales ou scolaires qu’ils ont subtilement rétablies pour eux-mêmes …

Et qui imposent aux Français les problèmes dont leur argent et leurs privilèges leur permettent de se préserver …

Que la seule solution pour redonner espoir à ces 60% de Français que la nouvelle élection laisse de côté …

Ne peut passer comme la candidature Fillon ne l’avait hélas qu’esquissé …

Que par l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires ?

Geoffroy Lejeune
Valeurs actuelles

17 mai 2017

Testament. À 27 ans, elle quitte la politique pour des « raisons personnelles ». Pourtant, en seulement cinq ans de mandat, elle est parvenue à incarner une ligne singulière à droite et au sein du Front national. Pour Valeurs actuelles, la plus jeune députée de la Ve République livre en exclusivité son manifeste politique. Et prend date pour l’avenir.

Vous quittez la vie politique à seulement 27 ans, après cinq années de mandat. Depuis votre arrivée à l’Assemblée, en 2012, la notoriété a-t-elle été un poids ?
La notoriété a toujours fait partie de ma vie. J’ai grandi à l’ombre de celle de mon grand-père, de celle de mon père, plus tard de celle de ma tante : elle fait partie de mon quotidien. J’ai toujours été la “petite-fille de”, où que j’aille, quoi que je fasse, je n’ai jamais pu y échapper. Je n’ai jamais connu l’anonymat. Mais même si c’était assez pesant, cela s’est avéré positif et m’a permis de ne pas être grisée par la notoriété le jour où j’y ai été confrontée. J’ai donc un rapport assez détaché à cela, dépassionné. Pour moi, la notoriété est un outil dans le cadre de mon travail, pas une fin en soi. Cette exposition naturelle m’a permis aussi de ne pas chercher la médiatisation, d’avoir une communication raisonnée, maîtrisée, de ne pas chercher le bruit médiatique, de choisir pendant cinq ans certaines émissions, certains formats, de ne parler que lorsque j’avais quelque chose à dire, de ne pas être uniquement dans le slogan médiatique, mais dans une vraie construction politique.

Lorsqu’on est arrêté dans la rue, à 22 ans, qu’on ne peut plus être anonyme, cela joue-t-il psychologiquement ?
Oui, bien sûr. Ce qui est dur, c’est d’essayer de continuer à avoir une vie normale. Pour des raisons de sécurité, je n’y suis pas réellement parvenue : je suis passée d’une vie où je prenais les transports en commun, où je vivais comme tout le monde, à une vie plus cachée. Mais certains domaines m’ont permis de me préserver, de m’en extraire. Mes amis les plus proches ne viennent pas du milieu politique, ils sont des Français de tous profils, ils sont cadres dans l’événementiel, commerciaux, avocats, et en continuant à vivre avec ces gens-là je ne me suis pas déconnectée de la réalité. J’ai gardé ces amis, et leur vie simple. Je ne suis jamais sortie dans des endroits huppés, je ne vais pas dans les grands restaurants, j’ai des loisirs et des vacances simples, je n’ai jamais vécu grand train. Mon environnement social immédiat, c’est la classe moyenne.

Qu’avez-vous perdu en faisant de la politique ?
Je n’ai pas trop perdu, parce que j’y ai pris garde, mais je pense qu’en politique, on a tendance à perdre les amis capables de nous critiquer. Il y a un phénomène de cour qui s’installe assez naturellement, le côté “vu à la télé” biaise complètement les rapports humains, d’autant plus quand il y a des jeux de pouvoir dans les partis. On perd aussi beaucoup de sa liberté privée. On voit souvent la politique comme un milieu de profiteurs, mais c’est aussi un milieu sacrificiel à bien des égards, car il y a une grande porosité entre la vie publique et la vie privée, il est très difficile de garder un équilibre. Et puis il y a la contrainte des partis politiques, qui est frustrante. On peut critiquer le système des partis, légitimement à certains égards, mais ils sont incontournables dans le cadre institutionnel actuel. Malheureusement les initiatives isolées de la société civile, que l’on peut admirer par ailleurs, fonctionnent peu sur le plan électoral. Pour être efficace, il faut donc se plier à une discipline de parti, ce n’est pas toujours évident.

Vous avez le sentiment d’avoir perdu en liberté durant cinq ans ?
Forcément, c’est logique, surtout quand on a face à soi des gens qui passent leur temps à essayer de nous diviser, politiquement et humainement. J’ai toujours eu le souci de ne pas me dédire tout en ne faisant pas les choux gras des médias.

Cette contrainte vous a-t-elle oppressée ?
J’en ai été parfois un peu frustrée, oui, surtout à 27 ans. J’avais peur de devenir comme certains responsables politiques qui sont des moulins à slogans, ne servent que des éléments de langage. Ce n’est pas mon modèle.

Qu’avez-vous appris durant votre mandat ?
J’ai acquis des expertises et des compétences. La politique demande une grande capacité d’adaptation.

Au moment de votre élection, vous étiez particulièrement scrutée. On épiait la jeune fille blonde, certains ironisaient au sujet de “Barbie fait de la politique”, et vous vous êtes finalement révélée travailleuse, presque bonne élève…
Mon jeune âge a été indéniablement un handicap en termes de crédibilité. Lorsque je suis arrivée à l’Assemblée, j’ai suivi un parcours administratif et, au moment de créer mon adresse mail, on m’a demandé de quel député j’étais l’assistante ! De même, lors de mes premières réunions avec des responsables syndicaux agricoles, ils ne me regardaient pas, moi, mais mon assistant de 45 ans, qui était un homme. Ce n’est pas méchant, mais ce monde a du mal à avoir une interlocutrice de mon âge. Ma jeunesse a donc été davantage un handicap que ma féminité, qui, dans le jeu politique actuel, est un atout. Nous vivons encore dans le pays de la galanterie ! Je peux dire des choses fortes qui seront plus audibles que dans la bouche d’un homme ; l’agressivité à mon égard peut être assez vite mal perçue, et cela force aussi mes adversaires politiques à aller sur le fond en évitant les postures.

Vous prenez à rebrousse-poil les discours de femmes politiques qui se plaignent du sexisme…
J’ai toujours refusé de jouer les victimes. À une certaine époque, les gens s’enorgueillissaient d’être des héros, aujourd’hui ils se félicitent d’être des victimes ! Je trouve délétère cette victimisation permanente eu égard à son sexe, à son handicap, à son origine. Je n’ai jamais voulu jouer de ma féminité comme d’un handicap, je n’ai jamais été victime de misogynie, je le dis franchement, au contraire, cette féminité a été un atout. J’ai toujours trouvé cela très paradoxal que les femmes, surtout à gauche, disons-le, s’enferment dans cet élan victimaire pour pouvoir justifier certaines erreurs ou certaines carences.

François Fillon s’adressait à la droite traditionnelle, Marine Le Pen a séduit les classes populaires. Tous deux ont perdu cette élection présidentielle. Est-il possible de réconcilier ces deux électorats ?
Je pense que la stratégie victorieuse réside dans l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires. C’était la synergie qu’avait réussie Nicolas Sarkozy en 2007. Indéniablement, il y a des gagnants et des perdants de la mondialisation, une fracture territoriale, une France périphérique, une fracture mondialistes-patriotes, mais je crois que la droite traditionnelle et les classes populaires ont un souci commun, c’est celui de leur identité. Pas l’identité comme un folklore artificiel ou comme un musée qu’on dépoussière, mais comme un ciment social. L’identité, c’est ce qui nous donne le sentiment d’être un peuple, en dépit de lieux de vie différents, de modes de vie différents. Et ce ciment social a été brisé à plusieurs égards. L’enjeu essentiel de civilisation, à mon sens, est de savoir comment conserver, protéger, transmettre et vivifier ce ciment social. C’est là qu’intervient la question de l’école, de la transmission, de la culture, de nos traditions, de notre patrimoine, d’un certain mode de vie. Le philosophe François-Xavier Bellamy dit que l’avantage de la culture, c’est que c’est le seul bien qui se partage indéfiniment sans jamais léser personne. Si on s’attache à la transmission et à la vivification de la France, nation littéraire, nation philosophique, nation historique, à partir de là, on peut défendre ce ciment social et sauver le pays des fractures qui l’attendent.

La question identitaire unifierait donc toutes les droites ?
La question identitaire permet de transcender les clivages. Elle comporte une dimension abstraite, c’est vrai, avec des symboles, la Marseillaise, la devise, notre patrimoine républicain, et une dimension charnelle, notre terre, notre terroir, notre gastronomie, la pierre locale avec laquelle on construit sa maison. Ces deux dimensions sont complémentaires. Pour parler de stratégie, le souci commun de l’électorat de la droite conservatrice et de la France périphérique, qui n’ont pas le même rapport à la mondialisation, c’est le souci de la transmission de leur patrimoine matériel et immatériel. À partir de ce constat, on peut imaginer des passerelles pour les rassembler et apporter des réponses en commun.

Mais le programme très libéral de Fillon était un repoussoir pour les classes populaires, et la sortie de l’euro de Marine Le Pen effraie la droite…
Voilà pourquoi je parle de passerelles. Quand une partie de la France conservatrice défend le mariage et la filiation, elle défend aussi une partie de l’identité française avec une certaine idée des rapports humains basée sur le bien commun et l’intérêt du plus faible plutôt que sur la jouissance et l’envie de l’individu dans une liberté sans limite. C’est donc un combat identitaire, qui peut rejoindre le combat identitaire des classes populaires plus axé sur les questions liées à l’immigration et au multiculturalisme. Bien sûr, il peut y avoir des divergences économiques, mais les moteurs de vote sont essentiellement spirituel, culturel et identitaire : les masses ne bougent pas autour de l’économie. Ce qui relie ces deux électorats, c’est donc le conservatisme. Il peut s’agir de conservation de l’identité, d’un mode de vie, mais aussi du patrimoine, des entreprises, d’un modèle économique à défendre en régulant la mondialisation.

Vous revendiquez-vous conservatrice ?
Oui, car je défends la conservation de ce qui est beau et juste dans notre histoire, je souhaite conserver les leçons de nos expériences passées ainsi qu’une certaine vision de l’homme, de sa dignité, du refus de sa marchandisation, d’ailleurs partagée par une majorité de Français.

Croyez-vous à la persistance du clivage gauche-droite ?
Je pense que les courants de droite et de gauche continuent d’exister et de structurer la vie politique, car il y a des héritages philosophiques, culturels, des références et des logiciels qui continuent d’irriguer la vie politique française. C’est un clivage qui continue d’exister mais qui est inexact dans la structuration actuelle des partis. Pour caricaturer un peu, je reprendrais la phrase de l’historien Ghislain de Diesbach : « Il existe en France actuellement deux grands partis de gauche, dont l’un s’appelle la droite. » Pour être plus exacte, je dirais que les deux grands partis, Les Républicains et le PS, se retrouvent aujourd’hui dans un grand bloc centre droit, centre gauche en accord sur tous les sujets fondamentaux.

L’union des droites reste-t-elle un de vos objectifs ?
Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, cette union patriotique que j’appelle de mes vœux n’a pas de sens en prenant en compte les partis actuels : je ne vois pas comment le FN pourrait faire une alliance nationale avec Les Républicains au regard de la façon dont ils gouvernent et du logiciel qui est le leur.

Et au regard du logiciel du FN, qui se situe à gauche sur de nombreux sujets, notamment en économie ?
Ce qui reste possible, c’est l’union des hommes. Il existe aujourd’hui une zone blanche, entre certains courants chez Les Républicains, que je qualifierais de droite nationale conservatrice, Nicolas Dupont-Aignan, ceux qui sortent du champ politique, comme Philippe de Villiers, certains élus et cadres de la droite, et le FN. Dans cette zone blanche, il y a une recomposition à opérer, qui s’apparenterait à l’union de certaines droites. Mais sans doute pas avec cette droite des Républicains, qui est une droite reniée.

Vous avez à de nombreuses reprises cité des personnalités de droite comme Henri Guaino, Jacques Myard, Pierre Lellouche, Alain Marsaud, Éric Ciotti, en disant que pourriez travailler avec eux. Si, demain, Laurent Wauquiez dirige Les Républicains, cela changera-t-il la donne ?
Oui, un profil comme Laurent Wauquiez change la donne. Mais il faut voir ce qu’il fera de ce pouvoir ! Si c’est pour avoir un nouveau Sarkozy, ce n’est pas utile… Laurent Wauquiez est-il sincère ? Je ne sonde pas les cœurs et les reins. Est-il capable de mettre en place des alliances intéressantes ? Seul l’avenir le dira. Ce qui est sûr, c’est que, dans le paysage politique actuel à droite, il fait partie de ceux dont les déclarations laissent penser qu’on aurait des choses à se dire et à faire ensemble, je ne vais pas dire le contraire. Néanmoins, pour être honnête, je ne suis pas certaine que Laurent Wauquiez mènerait spontanément cette politique au conseil régional s’il n’y avait pas un groupe FN aussi fort, devenu incontournable électoralement. La présence du FN contraint la droite à mener une certaine politique et à se remettre en question. La réalité, c’est que la droite a été sous la coupe psychologique de la gauche pendant des années et que le poids du FN la force aujourd’hui à se repositionner.

Pourquoi la tentative de structurer une droite “hors les murs”, à mi-chemin entre Les Républicains et le FN, a-t-elle échoué politiquement ?
Elle ne pouvait marcher que dans l’optique d’être une passerelle entre la droite et le FN, or Les Républicains ne sont pas suffisamment en difficulté électorale pour accepter de bouger. La droite a une clientèle électorale, notamment chez les personnes âgées, qui lui reste très fidèle, lui permettant de survivre, en l’empêchant d’envisager cette recomposition. Les choses seront peut-être différentes dans dix ans. La génération qui vient a déjà mis un bulletin FN dans l’urne, elle est complètement décomplexée, plus du tout sensible à la diabolisation, n’a pas baigné dans le rêve européen et n’a rien à perdre. Dans les dix ans qui viennent, les cartes seront totalement rebattues…

Les figures de cette droite “hors les murs”, Buisson, Villiers, Zemmour, vous ont-elles influencée ?
J’écoute ce qu’ils disent, je les lis. Ils sont assez complémentaires. Philippe de Villiers mène un combat culturel, Éric Zemmour un combat journalistique et Patrick Buisson un combat idéologique. Chacun à sa manière, ils ont fait bouger des lignes et réussissent à s’adresser à un lectorat transversal qui va du FN aux Républicains en passant par Dupont-Aignan. Ils incarnent cette droite intellectuelle à laquelle la gauche au pouvoir a permis de réémerger, mais c’est trop peu, ils sont trop peu nombreux, et il reste encore beaucoup à faire. Notamment par le biais d’Internet : l’enjeu de la génération patriote qui vient va être de mettre ses compétences au service d’une cause.

À quelle droite appartenez-vous ?
Lorsqu’on me demande à quelle droite j’appartiens, je réponds, en reprenant la classification de René Rémond, que je suis à la confluence de la droite légitimiste et de la droite bonapartiste. Mais, pour prendre une catégorie plus récente, j’appartiens à la “droite Buisson”. J’ai été très marquée, récemment, par son livre la Cause du peuple, dans lequel j’ai vu, exposés de manière claire, les fondements de cette droite nationale, identitaire, sociale, qui est la mienne.

Vous ne vous dites pas bonapartiste ?
Il y a un côté très révolutionnaire chez Napoléon. J’ai une fascination pour ce personnage exceptionnel, pour ce génie militaire, qui a structuré de manière très efficace notre État nation, mais je trouve cette fascination un peu morbide : au service de ses ambitions personnelles, il a quand même été capable de sacrifier à une échelle industrielle des Français, et sa démarche fait peu de cas de la vie humaine, il a également réhabilité certains responsables à l’origine du massacre des Vendéens.

Qu’avez-vous pensé de la campagne de François Fillon ?
J’ai lu l’intégralité de son projet. On m’avait dit qu’il était formidable et je l’ai trouvé très décevant sur le fond. Je reconnais un certain talent à François Fillon parce qu’il a réussi, notamment à l’issue de la primaire, à se fabriquer de manière totalement artificielle la réputation d’un homme souverainiste, de droite, conservateur, alerte sur la question identitaire, alors que, quand on regardait dans le détail, c’était extrêmement léger, très peu ambitieux. De toute façon, sa campagne était impossible, il a été inaudible à cause des affaires…

Et sa posture de rebelle, de survivant, antisystème et anti-médias ?
Il l’a adoptée extrêmement tardivement… Si le but était de jouer comme Trump, c’était un peu petit bras. Je l’ai trouvé bon dans l’Émission politique, sur France 2. Il n’est pas un mauvais orateur. Mais j’ai senti qu’il avait des réserves, qu’il n’osait pas y aller. Il a par exemple supprimé la référence au Qatar et à l’Arabie saoudite dans un discours sur l’islamisme. Cet homme a manqué de courage dans sa campagne.

Croyez-vous réellement au clivage entre “mondialistes” et “patriotes” ?
Je crois que nous sommes confrontés aujourd’hui à une élite d’émigrés spirituels, au sens où, spirituellement, ceux qui nous dirigent ne sont plus nos compatriotes. Leur vie est à l’échelle mondiale, ils passent leur temps dans les business class entre New York, Doha et Singapour, la France est étriquée à leurs yeux, ils ne raisonnent plus à l’échelle nationale. Leur cynisme est d’autant plus fort que ces gens se sont évertués à briser les frontières des Français pour fabriquer de nouvelles frontières à leur profit grâce à l’argent. Ils ont, eux, des frontières géographiques, vivent dans les meilleurs quartiers en se préservant des problèmes liés à l’immigration et aux tensions culturelles qu’ils imposent aux Français. Ils ont, eux, des frontières sociales, se cooptent aux meilleurs postes, alors qu’il n’y a jamais eu aussi peu de fils d’ouvriers dans les grandes écoles. Ils ont, eux, des frontières scolaires, mettent leurs enfants dans les écoles privées quand les enfants des Français doivent subir les lamentables programmes et méthodes qu’ils ont mis en place. Et je trouve cela profondément injuste. En face, les patriotes sont tout simplement les partisans de l’enracinement, ce qui n’empêche pas d’être lucide sur les défis de la mondialisation.

À vos yeux, Macron est l’incarnation de ces élites ?
Macron en est une belle incarnation. J’aime la formule de Finkielkraut : pour Macron, « la France n’est plus une histoire, la France n’est plus même un pays, c’est un pur espace ». À ses yeux, la France est une start-up multiculturelle, un business, qui doit être le plus rentable possible. S’il faut faire rentrer un million d’immigrés dans le pays parce que c’est rentable, quelles que soient les conséquences sociales, il le fera. Pour lui, la France est un territoire, pas une patrie ; c’est une population, pas un peuple ; ce sont des individus, pas des personnes.

Macron est un héritier des soixante-huitards ?
Macron accomplit Mai 68. Avec lui, c’est l’idéologie du progrès, le culte du renouveau, qui implique nécessairement de faire table rase du passé. C’est l’idée soixante-huitarde selon laquelle l’homme ne peut s’émanciper que s’il se délie de tout héritage, de toute autorité, de tout cadre culturel. Je pense que c’est une erreur fondamentale.

Et sur le plan économique ?
Macron considère que la société apaisée, qui fonctionne, est celle dans laquelle les liens sociaux sont uniquement régis par les liens économiques, les liens égoïstes, le contrat. L’État est réduit au minimum, c’est le libéralisme intégral, une idéologie née à gauche, où l’individu prime sur toute autre considération. Macron ne voulait d’ailleurs pas avoir de programme, mais proposait un « contrat avec la nation ». Cela a des conséquences politiques très claires : quand vous avez une distension brutale du lien social, avec le terrorisme par exemple, que répond M. Macron ? Qu’il faut deux points de PIB en plus, qu’il faut réduire le chômage et investir dans les banlieues françaises. Il apporte une réponse strictement économique, alors qu’en fait, cette distension du lien social ne relève pas principalement de l’économie, mais du domaine moral et culturel. Ces gens-là n’arriveront pas à répondre à ces défis, ils sont à côté de la plaque, ils sont dans la négation anthropologique. Ce qui fait un peuple, ce n’est pas le contrat, c’est la pure gratuité. C’est, selon la formule de Renan, « d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir ». C’est ce sentiment commun qui permet naturellement le civisme, la politesse et la solidarité sans y avoir nécessairement un intérêt égoïste.

Trouvez-vous une qualité à Macron ?
… C’est un bon communicant… Je suis frappée par sa capacité à mettre à profit la formule du cardinal de Retz, « on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». Il l’a théorisée, intellectualisée, et surfe sur une ambiguïté générale. Macron est l’incarnation de ce concept, c’est assez fort. Il est progressiste, mais j’ai envie de lui répondre par Orwell : « Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains. » Moi, je ne trouve pas plus humain de mettre en place un modèle économique qui fait fabriquer nos produits par des esclaves à l’autre bout du monde, d’avoir un Whirlpool en Pologne plutôt qu’en France, de créer des mouvements de population qui rendent tout le monde malheureux et génèrent des situations tendues et conflictuelles, que les droits de l’enfant d’avoir un référent père et mère soient niés, que les femmes louent leur ventre et vendent leur bébé. Cette vision de la société me fait peur.

Marine Le Pen vous a affublée, il y a quelques semaines, du qualificatif « raide », comme votre génération, disait-elle…
Oui, je pense que Marine a bien perçu que la génération qui va subir tous les manquements et toutes les lâchetés de la classe politique, a de quoi être raide… C’est ma génération qui va payer les fractures territoriale et sociale ; qui va subir à grande échelle les cassures entraînées par le multiculturalisme ; qui va devoir combattre le fléau de l’islam politique et radical qui gangrène les banlieues ; qui va encore probablement connaître des dizaines de morts lors d’attentats ; qui va subir la casse sociale, le chômage de masse ; qui va payer les abus de la génération 68, qui a joué la cigale tout l’été et nous laisse des déficits incommensurables, des privilèges de classe intenables et irréformables… Quand on sait cela, il y a de quoi avoir une certaine raideur et une certaine exigence, car c’est ma génération qui va devoir se retrousser les manches et relever ces défis immenses. J’appartiens peut-être à une génération un peu dure, mais la vie est dure. Le chômage nous touche particulièrement, les jeunes sont les plus confrontés à l’insécurité du quotidien, à la cohabitation multiculturelle, aux difficultés de logement. Ma génération est désenchantée, elle sait que les lendemains ne chanteront pas et a compris qu’elle vivra moins bien que celle de ses parents. Nous sommes raides, mais l’angoisse est importante.

Avez-vous, par moments, été frustrée dans votre activité de député ?
Forcément, car le fonctionnement actuel des institutions ne permet pas à un député non inscrit d’être entendu. J’ai fait une fois voter un amendement très technique, pas politique, en commission, qui a été annulé deux heures plus tard à la suite d’une nouvelle réunion expresse de la même commission : voilà un exemple qui illustre à quel point l’intérêt général a complètement déserté cette Assemblée. J’ajoute que l’Assemblée nationale est en grande partie une chambre d’enregistrement des directives du Parlement européen, qu’on vit un simulacre de débat en commission, en sachant pertinemment que la France n’a pas de marge de manœuvre. Ensuite, les disciplines de parti sont tellement présentes qu’il n’y a aucun suspense sur les votes, on a beau argumenter, débattre, cela ne sert à rien. Ce fonctionnement est assez médiocre et très frustrant sur le plan intellectuel. Cela a d’ailleurs tué la qualité du débat car chacun récite sans emphase ses arguments. J’avais discuté avec un fonctionnaire présent depuis longtemps qui m’expliquait avoir vécu l’effondrement progressif du niveau des députés de législature en législature…

Continuerez-vous, une fois retirée, à intervenir dans le débat public ?
A priori non, ce n’est pas prévu.

Excluez-vous de mener un combat parallèle, sur le plan culturel par exemple ?
Non, je ne l’exclus pas. Si ma reconversion professionnelle me le permet, j’essaierai de le faire. Mais en tout cas, je ne ferai pas que cela.

Que retenez-vous du fonctionnement des médias, auxquels vous avez eu beaucoup affaire ?
Ce fonctionnement ne me convient pas du tout puisqu’il privilégie la superficialité, l’instantanéité et l’agitation du moment. J’ai constaté que certains journalistes, qui reprochent beaucoup de choses aux politiques, sont en réalité le strict reflet de leur médiocrité. À mesure que les politiques devenaient des petits technos formatés sortis de Sciences Po et de l’Ena, les journalistes devenaient des petits clones formatés sortis des écoles de journalisme. J’ai assez peu d’estime pour la profession, où je n’ai trouvé presque aucune culture historique, politique, où j’ai entendu du slogan et des éléments de langage, où beaucoup reprennent la dépêche AFP du matin, recopient ce qu’a écrit le collègue. Mais cet univers est le reflet du fonctionnement actuel de la société. J’avais lu une analyse scientifique expliquant que le fonctionnement cérébral des générations qui viennent était radicalement différent de celui de la génération de nos grands-parents. Les connexions neuronales se façonnent en fonction des stimuli extérieurs et de notre environnement : nos grands-parents, qui étaient soumis à moins d’informations, développaient leur mémoire et leur concentration, et ont beaucoup de mal avec la saturation de l’information et le zapping. La génération qui vient, elle, a une capacité à passer très vite d’une information à une autre mais de moins en moins de capacité de concentration et de mémoire. Cela pose un vrai problème de société : au lieu de contrer ce phénomène général, l’école l’accompagne, au lieu d’être un sanctuaire qui force le cerveau à développer ses capacités, elle s’aligne et baisse le niveau d’exigence. Et les médias s’adaptent à cela, au temps de cerveau disponible. Cela pose également un problème démocratique : on ne peut pas être un citoyen éclairé si on n’a pas un minimum de mémoire, de capacité d’analyse et de concentration. Disons-le aussi, le fonctionnement de certains médias, notamment leur financement, pour ceux qui vivent non pas de leurs lecteurs mais d’aides directes ou indirectes, ne les aide pas à se confronter à la réalité, les empêche de sortir de leur monde dogmatique, sectaire, idéologique.

Trouvez-vous les journalistes conformistes ?
Beaucoup sont bien-pensants, mais, pire : ils sont ultra-prévisibles. Certains journalistes commentent davantage qu’ils n’informent. On peut aujourd’hui faire de la politique à très haut niveau en répétant trois slogans à la radio le matin ; si on veut être paresseux, cet univers permet de l’être. Les formats sont toujours les mêmes, quand on va dans une émission, on sait exactement ce qu’on va entendre parce qu’ils répètent tous la même chose. J’ai vu un vrai manque de travail et une vraie paresse intellectuelle, et, très rarement, j’ai rencontré des journalistes pertinents dans leur approche, originaux. Dans certaines émissions, l’invité a parfois même moins d’importance que le journaliste qui est devenu le propre objet de l’émission.

Quels écrivains vous ont marquée, construite intellectuellement et politiquement ?
J’aime beaucoup Simone Weil, j’ai lu sa Note sur la suppression générale des partis politiques. Je suis marquée par les analyses d’Alain de Benoist, sans être d’accord avec lui sur tout, mais il a une capacité à démocratiser les sujets éminemment complexes notamment dans son livre sur la théorie du genre, les Démons du bien. Plus jeune, j’ai été marquée par les livres de Jean Sévillia, Historiquement correct, Moralement correct, le Terrorisme intellectuel, qui remettent en cause tous les paradigmes dans lesquels on évolue, cela m’avait fait énormément de bien. J’ai beaucoup aimé aussi les Fleurs d’Ulysse, de Jacques Trémolet de Villers, ainsi que son récent livre sur Jeanne d’Arc. J’apprécie la critique du libéralisme de Michéa, qui en pointe les dérives. J’ai aimé également le livre de Frédéric Rouvillois, Être (ou ne pas être) républicain. Les Déshérités de François-Xavier Bellamy est aussi un livre qui a compté pour moi politiquement.

Quelles sont vos références majeures parmi les classiques ?
Je suis une fervente lectrice de Péguy et Barrès, qui parlent mieux que quiconque de la France, même si ce n’est pas très politiquement correct. J’ai lu l’Anthologie de la poésie française de Pompidou, je l’ai toujours à côté de moi. J’ai lu Balzac, il y a longtemps, j’ai adoré Rousseau — sur le plan littéraire, moins sur le plan politique —, je vais lire le “petit Lavisse”, j’ai découvert au moment des commémorations de la Première Guerre mondiale Orages d’acier d’Ernst Jünger et les Croix de bois de Roland Dorgelès, qui retracent la ferveur patriotique de ces millions d’hommes dans l’horreur… J’ai en mémoire, aussi, un texte magnifique de Pic de La Mirandole sur la différence entre la nature animale et la nature humaine, De la dignité de l’homme. Au sujet de l’homme, il écrit : « À lui, il est donné d’avoir ce qu’il désire et d’être ce qu’il veut. »

Voir aussi:

Macron menacé par les coups d’encensoir
Attention danger : le malheureux nouveau président est assiégé par les flagorneurs, asphyxié par l’encens, assommé par les cascades de flatteries !
Pierre Beylau

Le Point

16/05/2017

À peine élu, notre nouveau président de la République court un mortel danger. La menace ne vient nullement des revanchards d’un Parti socialiste démembré, d’une droite en état de sidération, d’un Front national dont la boussole indique obstinément le Sud.

Non, le risque existentiel, vital, fourbe est tapi ailleurs : dans les cataractes de compliments, les kilomètres de dithyrambes, les récits hagiographiques qui, depuis quelques jours, se déversent sans pitié et à flots continus sur l’infortuné chef de l’État. Ce dernier, insouciant, n’a pas l’air, pour l’instant, de prendre conscience de l’étendue de la pandémie.

Il devrait pourtant se méfier, car le mal est sournois. Au début, la douche est délicieusement tiède et chatouille très agréablement l’épiderme. L’intéressé n’est, sans doute, pas tout à fait dupe du traitement flatteur qui lui est infligé. Mais, même s’il cultive une certaine méfiance envers les flagorneurs et les tient en piètre estime, il ne peut probablement pas s’empêcher de penser que ces portraits flatteurs, tout excessifs qu’ils soient, sont, après tout, en partie fondés. Ainsi va la nature humaine…

On lèche, on lâche, on lynche
Car Emmanuel Macron, n’en doutez pas, est le nouveau Richelieu de la politique, le Mozart de la finance, le Pic de la Mirandole de la culture. Il est aussi Jupiter, Chronos (grand maître des horloges en langage commun), nouveau Bonaparte, réincarnation de Clausewitz. Il marche sur les eaux du renouveau, ouvre la mer Rouge de la recomposition politique. Il met à jour la République d’Aristote en ajoutant aux trois catégories de gouvernement du philosophe grec (royauté, aristocratie, république) un objet politique novateur : le macronisme en marche. Il déroute le pèlerinage de Compostelle vers le Faubourg-Saint-Honoré.

Il entame un bref service militaire juché sur un command car et les chaînes d’information continue se pâment d’admiration au spectacle de ce moderne Alexandre. L’histoire ne dit pas si, tel le roi de France après le sacre de Reims, il guérit les écrouelles, mais c’est éminemment probable.

Le président Macron devrait être vigilant : on peut être asphyxié par un excès d’encens. Et après le miel vient le fiel. Il ne faut jamais perdre de vue que la roche Tarpéienne n’est pas bien éloignée du Capitole. Les sept collines de Rome sont pleines d’embûches : il convient de faire très attention où l’on met les pieds. Surtout, la vieille règle médiatique des trois « l » se vérifie souvent : d’abord on lèche, ensuite on lâche, enfin on lynche. Cela s’appelle des « séquences ». François Hollande en sait quelque chose…

Voir également:

Gouvernement Macron : « La droite conservatrice a un boulevard devant elle, mais pas de leader »

François Huguenin
Le Figaro
17/05/2017

FIGAROVOX/ANALYSE – Pour François Huguenin, le nouveau gouvernement Edouard Philippe prouve que la droite doit être recomposée pour constituer une force politique cohérente.


François Huguenin, historien des idées et essayiste est l’auteur d’une Histoire intellectuelle des droites (éd. Tempus, 2013) et dernièrement Les grandes figures catholiques de France (éd. Perrin, 2016).


On s’y attendait. L’unanimité avec laquelle les ténors de la droite ont entonné le soir du premier tour l’hymne du ralliement au futur président, sans aucune des réserves qui auraient pu l’accompagner et éviter qu’il soit interprété comme une ruée sur la gamelle, préparait une drôle de pagaille. La nomination d’un Premier ministre de droite est signée de la griffe Macron: entre une formidable habileté tactique qui jour après jour apparaît inédite dans la vie politique française depuis François Mitterrand, et un souci du rassemblement dont on ne saurait décréter a priori sans mauvaise foi qu’il est seulement calculateur.

En tous les cas, le nouveau président, après avoir mis KO debout le Parti socialiste, est en train de faire éclater la droite. Nul n’ignore que la nomination d’Edouard Philippe, que l’on présente en un saisissant oxymore comme un «héritier spirituel d’Alain Juppé», vient habilement redonner au camp du centre-droit désavoué par les électeurs des primaires, de nouvelles perspectives. Sans surprise, Nathalie Kosciusko-Morizet ou Jean-Louis Borloo ont affiché depuis quelques jours leur volonté de saisir la perche tendue par Emmanuel Macron, et Bruno Lemaire a franchi le Rubicon en héritant d’un portefeuille-clef avec Bercy, mais qui mouille habilement la droite dans la responsabilité de la lutte contre le chômage. En réalité, ce centre-droit est cohérent: rien, absolument rien, ne le distingue du centre-gauche que Macron a miraculeusement sorti du bourbier dans lequel le désastreux quinquennat de François Hollande l’avait enlisé. Un même libéralisme économique doctrinaire et rigide, soumis aux injonctions de Bruxelles, un même refus de remettre en question le dévoiement d’une construction européenne qui est allée dans le mur, une même volonté de progressisme sociétal, un même manque d’imagination et de volonté pour réduire la fracture sociale.

Cette situation serait pain bénit pour le Front national, si le débat du 3 mai n’avait fait éclater la grande supercherie en faisant la démonstration de l’incompétence et de la vulgarité de Marine Le Pen. Si l’on ajoute le retrait de Marion Maréchal Le Pen – dont on peut souhaiter qu’il lui permettra de prendre du champ face à une histoire politique et familiale dont elle semble prisonnière – on assiste peut-être au début du déclin de ce parti qui depuis plus de trente ans a d’abord servi à distiller de l’amertume, à déconsidérer l’amour de la patrie et à stériliser toute tentative de refuser la logique impérialiste de la grande marchandisation. Le FN aura beau revendiquer la justesse de son analyse sur «l’UMPS», il n’est pas certain qu’il soit en état de profiter de cette situation aux prochaines législatives. Paradoxalement, le gouvernement nommé par Emmanuel Macron et Edouard Philippe pourrait au contraire permettre à la droite de procéder à une saine clarification.

Le scénario optimiste pour celle-ci serait que le traditionnel attelage entre ce qu’on appelait le RPR et l’UDF montre son caractère bancal et oblige à une recomposition en profondeur. A côté de ce centre-droit logiquement rallié (si ce n’est aujourd’hui, ce sera demain) à la majorité présidentielle, une droite au discours résolument patriote, décidée à refonder l’Europe sur le respect des nations, faisant de la réduction de la fracture sociale une priorité, conservatrice sur les valeurs qui fondent notre société (amour de la France, défense de la famille, refondation de l’école) a un boulevard théorique devant elle: entre, d’un côté, le sentiment des électeurs de droite d’avoir été volés de «leur élection» avec l’explosion en plein vol de la fusée Fillon, d’avoir été trahis par ses élites, et, de l’autre, la décrédibilisation du Front National, la marge de manœuvre est réelle. C’est ce qu’a bien compris par exemple Laurent Wauquiez.

Mais c’est là où le bât blesse. A part ce dernier, dont la sincérité politique manque de crédibilité, aucune grande voix à droite ne vient porter un projet de rupture. Celle de François Fillon est devenue inaudible, et, comme je l’avais écrit ici au sortir des primaires, avant les affaires, son discours était trop imprécis par rapport à sa conception de l’Europe, et trop peu volontariste sur la question sociale, pour avoir pu parfaitement incarner cette aspiration à un changement en profondeur. Toujours est-il que celui que les électeurs des primaires avaient plébiscité est aujourd’hui discrédité. Il faut bien le reconnaître: depuis la disparition de Philippe Séguin, plus personne n’incarne cette droite gaulliste, patriote et sociale. Pour se recomposer, la droite doit avoir de vrais leaders. Elle en manque cruellement. Le scénario catastrophe pour elle serait d’être aspirée dans le sillage de la nouvelle donne imposée par Macron. Soit elle échouera avec lui, et elle sera d’autant plus affaiblie qu’elle hérite de la responsabilité de l’économie dans le gouvernement Philippe ; et alors, la route sera réellement ouverte aux extrêmes de droite et de gauche. Soit le président réussira et il se pourrait qu’il en recueille toute la gloire. Dans les deux cas, ce pourrait être une recomposition manquée et une décomposition plus ou moins complète.

Mais pour la France, on ne peut que souhaiter qu’Emmanuel Macron réussisse. Il n’est d’ailleurs pas complètement absurde de penser que cet homme qui a conquis le pouvoir à la hussarde, ne se satisfasse pas d’un quinquennat médiocre et qu’il ait compris que sa seule vraie réussite sera celle du pays – contrairement à ses trois prédécesseurs qui ont été (surtout Chirac et Hollande) des hommes des partis et n’ont pas été à la hauteur de leurs promesses. Celui qui a été à l’école de Paul Ricœur et qui semble avoir compris que la France est le composé hautement instable d’une tradition monarchique et d’une tradition républicaine, a de toute évidence une vision de la politique. Il est même possible d’imaginer, avec une bonne dose d’optimisme, je le concède, que l’homme qui semble avoir si facilement endossé le costume présidentiel ne se sentira pas tenu par les soutiens qui ont facilité sa prise du pouvoir, car un monarque n’est jamais lié par les promesses du dauphin. Mais réussir pour la France impliquerait de dépasser le système des partis dans une Ve République orpheline de de Gaulle, et non pas de revenir aux combines anarchiques de la IVe. Sans majorité stable, ce sera impossible. Réussir pour la France signifierait rien moins que de restaurer le sens du politique, le souci du bien commun, l’amour du pays, la protection des plus fragiles ; reprendre sur de nouvelles bases la construction européenne, au service des nations ; avoir le courage de réformer l’Etat en reconstruisant et en préservant les plus pauvres. L’ancien banquier le voudra-t-il? En aura-t-il le désir et la volonté? On peut légitimement émettre des doutes à ce sujet, mais on ne peut pas décider a priori que c’est impossible. Il est certain qu’il a la main, alors que la droite, promise au pouvoir il y a six mois, semble profondément désemparée, comme privée de toute énergie vitale, de toute capacité d’invention, et surtout de convictions fortes. C’est le plus inquiétant pour elle. Mais ce qui compte est bien, plus que jamais, la situation de la France.

Voir encore:

Front national : Marion s’en va, Marine resteVirginie Le Guay
Paris Match
17/05/2017

La petite-fille de Jean-Marie Le Pen part pour mieux revenir. Le temps de la remise en ordre de la maison lepéniste.

Marine Le Pen n’a pas su ­choisir. Marion le fait à sa place. Usée par les atermoiements incessants de sa tante tout au long de ces ­derniers mois. Horrifiée même du spectacle donné, lors du débat d’entre-deux-tours, par une candidate agressive, perdue dans ses dossiers et confuse dans ses propos. Une entreprise de ­démolition qui a fini par la démolir elle-même. Incompréhensible. Comme un acte suicidaire. La goutte d’eau de trop en tout cas pour la parlementaire qui hésitait depuis ­plusieurs mois sur la conduite à tenir. Partir ou rester ? Le score final (33,9 %), bien en deçà des espérances affichées, a achevé de la convaincre. Il était urgent de prendre l’air. A charge pour sa tante de faire un ménage qui n’a que trop tardé.

 Elle part donc. Officiellement pour mieux s’occuper de son enfant, Olympe, 3 ans en septembre prochain, qu’elle a eue avec Matthieu Decosse dont elle est aujourd’hui séparée. « Ma fille me manque », déplore souvent cette jeune mère qui depuis plusieurs mois la partage avec son ex-mari. « Je veux la voir grandir. » Marion Maréchal-Le Pen, âgée de 27 ans, a trop souffert elle-même des intrusions incessantes de la politique dans le clan familial. Difficile aussi d’oublier les vexations répétées de Marine Le Pen pendant la campagne. « Elle est trop raide », a laissé ­échapper, un jour, la patronne du FN à l’encontre de sa nièce. Ou encore : « Si je suis élue, elle n’aura pas sa place dans mon gouvernement. Je ne lui dois rien. » Pas très motivant comme perspectives de carrière…Convaincue que la ligne trop souverainiste de Florian Philippot n’était pas la bonne, Marion Maréchal-Le Pen, qui défendait un positionnement libéral et identitaire, a longtemps serré les dents. « Elle a joué corporate », résume son père Samuel Maréchal. Evincée des grands meetings et des réunions stratégiques par un vice-président omnipotent qui ne voulait entendre aucune voix dissonante, elle a multiplié en solo les réunions de soutien. Et surtout réfléchi à son avenir.

Elle veut démontrer qu’il y a une vie en dehors de la politique.

Entrée en politique il y a cinq ans à l’instigation de Jean-Marie Le Pen, qui de son propre aveu, a beaucoup fait pour la convaincre, elle s’est fait élire en 2012 dans la 3e circonscription du Vaucluse, choisie tout spécialement pour elle par son autoritaire aïeul. Ses premiers pas à l’Assemblée nationale furent hésitants. On la vit pleurer devant les caméras. La suite démontra sa capacité de travail et de progrès. Sur les plateaux télé, sa blondeur et sa fermeté firent des étincelles. Son compère, le rusé Gilbert Collard, député du Gard, n’eut, très vite, plus besoin de la prendre sous son aile. La « petite », qui lors du congrès du Front national de 2014 arrivait en tête du vote des militants pour le comité central – devant Louis Aliot, Steeve Briois et Florian Philippot – était devenue grande. Aujourd’hui, elle décide de partir dans le privé, le temps d’acquérir­ une expérience professionnelle. Et de démontrer qu’il y a une vie en dehors de la politique. Même et surtout lorsqu’on s’appelle Le Pen.

« Reviens quand tu veux. Tu es ici chez toi », lui a assuré sa tante

A en croire sa garde rapprochée, Marion Maréchal-Le Pen ne travaillera pas avec son père – toujours marié, mais séparé de Cécile Houphouët-Boigny, ­l’arrière-petite-fille de l’ex-président ivoirien Félix Houphouët-Boigny – comme le bruit en a couru. Elle aurait reçu de nombreuses propositions entre lesquelles elle hésite encore. En attendant, bien qu’elle ne soit pas candidate à sa succession dans le Vaucluse, elle fera campagne pour les législatives. « Marion soutiendra tous les candidats frontistes qui le lui demanderont. »

Comme une mini-­tournée d’adieu pour la fille aînée de Yann Le Pen, qui, forte des nombreux messages de soutien reçus sur sa boîte mail, n’exclut pas de revenir au FN dans quelques années. Elle s’en est ouverte « franchement » lors d’un entretien récent avec Marine Le Pen, qui s’est montrée « compréhensive » avec sa nièce. Epuisée elle-même par un emploi du temps infernal, la présidente du mouvement d’extrême droite l’a assurée de sa solidarité : « Reviens quand tu veux. Tu es ici chez toi. » L’une et l’autre ont décidé d’ignorer la réaction épidermique de Jean-Marie Le Pen, qui a qualifié le départ de sa petite-fille de « désertion ». « Aucune importance », a tranché Marion Maréchal, qui pourrait abandonner le patronyme maternel dans sa nouvelle vie. « L’avantage de commencer jeune, c’est qu’on a du temps devant soi. On peut choisir de desserrer l’étau », reconnaît Samuel Maréchal, très fier de la prise d’indépendance de sa fille qui devrait commencer sa nouvelle vie professionnelle en septembre.

Voir par ailleurs:

Rift between global market’s winners and losers has replaced the old left-right split

The Observer

All over Europe and the US, the populist dynamic is surfing on two basic trends: the demise of the traditional middle classes and the emergence of a multicultural society. The populist fever that has seized France, the UK and the US is consequently here to stay, reflecting a profound shift in western society and heralding political re-alignment along new social, territorial and cultural faultlines.

One of the forces driving the populist dynamic is the gradual sapping of the social categories which used to form the basis of the middle classes. In France, Britain, the Netherlands, Austria and the US the same people – blue- and white-collar workers, intermediate occupations and farmers – are joining the populist revolt. Moreover, this movement started long ago. Support for Trump is rooted in the rise of financial capitalism which started during the Clinton era. Brexit goes back to the rollback of industry initiated by Thatcher. In France, the (far-right) Front National (FN) began gaining momentum when heavy industry went into decline in the 1980s.

So does this mean that the globalised model is not working? Not at all, but it is absurd to look at the global economy in binary terms, for or against. For or against neoliberalism. The truth is that this model, primarily based on an international division of labour, creates substantial wealth but does nothing to bond society as a whole. The job market has become deeply polarised and mainly concentrated in big cities, squeezing out the middle classes. For the first time in history, working people no longer live in the places where jobs and wealth are created.

Those groups, which have lost out due to globalisation, no longer identify with traditional political parties. The rift between the global market’s winners and losers has replaced the old right-left split. This social and political divide coincides with a visible faultline between global centres plugged into the world economy and deprived outlying areas.

All over the developed world the populist vote is gathering strength outside the big cities, in small and middling towns, and the countryside. In France these “peripheral” territories are driving the FN dynamic. In the US, the peripheral states put Trump in power, much as Brexit prevailed thanks to peripheral areas of the UK. In Austria support for Norbert Hofer, the far-right candidate in the recent presidential contest, comes from similar places. They are home to the majority of the working classes, disconnected and increasingly sedentary. Such territorial dynamics gather momentum as more mobile groups – the higher social classes, immigrants and minorities – concentrate in the cities. In this way the new social geography renews the old divide between sedentary and nomadic.

But social issues are not the only determinant of the populist vote. Identity is essential too, linked as it is to the emergence of a multicultural society, which feeds anxiety in working-class environments. At a time of fluctuating majorities and minorities, amid demographic instability, the fear of tipping into a minority is creating considerable cultural insecurity in developed countries. Unlike the upper classes, who can afford to raise invisible barriers between themselves and the “other” (immigrants or minorities), the working classes want a powerful state apparatus to protect them, socially and culturally. So the populist surge is re-activating a real class vote.

Christophe Guilluy is the author of Le crépuscule de la France d’en haut (The Twilight of Elite France)

Voir enfin:

The French fracture

A social thinker illuminates his country’s populist divides.

The property market in any sophis­ticated city reflects deep aspirations and fears. If you had a feel for its ups and downs – if you understood, say, why young parents were picking this neighbourhood and drunks wound up relegated to that one – you could make a killing in property, but you also might be able to pronounce on how society was evolving more generally. In 2016, a real-estate developer even sought – and won – the presidency of the United States.

In France, a property expert has done something almost as improbable. Christophe Guilluy calls himself a geographer. But he has spent decades, as a housing consultant in various rapidly changing neighbourhoods north of Paris, studying gentrification, among other things. And he has crafted a convincing narrative tying together France’s various social problems – immigration tensions, inequality, deindustrialisation, economic decline, ethnic conflict and the rise of populist parties. Such an analysis had previously eluded the Parisian caste of philosophers, political scientists, literary journalists, government-funded researchers and party ideologues.

Guilluy is none of these. Yet in a French political system that is as polarised as the American, both the outgoing Socialist president, François Hollande, and his Gaullist predecessor Nicolas Sarkozy sought his counsel. Marine Le Pen, whose Front National dismisses both major parties as part of a corrupt establishment, is equally enthusiastic about his work.

Guilluy has published three books, as yet untranslated, since 2010, with the newest, Le crépuscule de la France d’en haut (roughly: “Twilight of the French Elite”), ­arriving in bookshops last autumn. The volumes focus closely on French circumstances, institutions and laws, so they might not be translated any time soon. But they give the best ground-level look available at the economic, residential and democratic consequences of globalisation in France. They also give an explanation for the rise of the Front National that goes beyond the usual imputation of stupidity or bigotry to its voters.

Guilluy’s work thus tells us something important about British voters’ decision to withdraw from the European Union and the astonishing rise of Donald Trump – two phenomena that have drawn on similar grievances.

***

At the heart of Guilluy’s inquiry is globalisation. Internationalising the division of labour has brought significant economic efficiencies. But it has also brought inequalities unseen for a century, demographic upheaval and cultural disruption. Now we face the question of what – if anything – we should do about it.

A process that Guilluy calls métropolisation has cut French society in two. In 16 dynamic urban areas (Paris, Lyons, Marseilles, Aix-en-Provence, Toulouse, Lille, Bordeaux, Nice, Nantes, Strasbourg, Grenoble, Rennes, Rouen, Toulon, Douai-Lens and Montpellier), the world’s resources have proved a profitable complement to those found in France. These urban areas are home to all the country’s leading educational and financial institutions, as well as almost all its corporations and the many well-paying jobs that go with them. Here, too, are the individuals – the entrepreneurs and engineers and CEOs, the fashion designers and models, the film directors and chefs and other “symbolic analysts”, as Robert Reich once called them – who shape the country’s tastes, form its opinions and renew its prestige.

Cheap labour, tariff-free consumer goods and new markets of billions of people have made globalisation a windfall for such ­prosperous places. But globalisation has had no such galvanising effect on the rest of France. Cities that were lively for hundreds of years – Tarbes, Agen, Albi, Béziers – are now, to use Guilluy’s word, “desertified”, haunted by the empty shopfronts and blighted downtowns that Rust Belt Americans know well.

Guilluy doubts that any place exists in France’s new economy for working people as we’ve previously understood them. Paris offers the most striking case. As it has prospered, the City of Light has stratified, resembling, in this regard, London or American cities such as New York and San Francisco. It’s a place for millionaires, immigrants, tourists and the young, with no room for the median Frenchman. Paris now drives out the people once thought of as synonymous with the city.

Yet economic opportunities for those unable to prosper in Paris are lacking elsewhere in France. Journalists and politicians assume that the stratification of France’s flourishing metropoles results from a glitch in the workings of globalisation. Somehow, the rich parts of France have failed to impart their magical formula to the poor ones. Fixing the problem, at least for certain politicians and policy experts, involves coming up with a clever short cut: perhaps, say, if Romorantin had free wifi, its citizens would soon find themselves wealthy, too. Guilluy disagrees. For him, there is no reason to expect that Paris (and France’s other dynamic spots) will generate a new middle class, or to assume that broad-based ­prosperity will develop elsewhere in the country (which happens to be where the majority of the population live). If he is right, we can understand why every major Western country has seen the rise of political movements taking aim at the present system.

***

In our day, the urban property market is a pitiless sorting machine. Rich people and up-and-comers buy the private housing stock in desirable cities and thereby bid up its cost. Guilluy notes that one estate agent on the Île Saint-Louis in Paris now sells “lofts” of three square metres, or about 30 square feet, for €50,000 (£42,000). The situation resembles that in London, where, according to Le Monde, the average monthly rent (£2,580) now exceeds the average monthly salary (£2,300).

The laid-off, the less educated, the mistrained – all must rebuild their lives in what Guilluy calls (in the title of his second book) la France périphérique. This is the key term in Guilluy’s sociological vocabulary, and is much misunderstood in France, so it is worth clarifying: it is neither a synonym for the boondocks nor a measure of distance from the city centre. (Most of France’s small cities, in fact, are in la France périphérique.) Rather, the term measures distance from the functioning parts of the global economy. France’s best-performing urban nodes have arguably never been richer or better stocked with cultural and retail amenities. But too few such places exist to carry a national economy. When France’s was a national economy, its median workers were well compensated and well protected from illness, age and other vicissitudes. In a knowledge economy, these workers have largely been exiled from the places where the economy still functions. They have been replaced by immigrants.

After the mid-20th century, the French state built a vast stock – about five million units – of public housing, which now ­accounts for a sixth of the country’s households. Much of it is hideous-looking, but it’s all more or less affordable. Its purpose has changed, however. It is now used primarily for billeting not native French workers, as once was the case, but immigrants and their descendants, millions of whom arrived from North Africa, starting in the 1960s, with yet another wave of newcomers from sub-Saharan Africa and the Middle East arriving today. In the rough northern suburb of Aubervilliers, for instance, three-quarters of the young people are of immigrant background. Again, Paris’s future seems visible in contemporary London. Between 2001 and 2011, the population of white Londoners fell by 600,000, even as the city grew by one million: from 58 per cent white British at the turn of the century, London is currently 45 per cent white.

While rich Parisians may not miss the presence of the middle class, they do need people to serve tables, trim shrubbery, watch babies and change bedpans. Immi­grants – not native French workers – do most of these jobs. Why this should be so is an economic controversy. Perhaps migrants will do certain tasks that French people will not – at least not on the prevailing wage. Perhaps employers don’t relish paying €10 an hour to a native Frenchman who, ten years earlier, was making €20 in his old position and has resentments to match. Perhaps the current situation is an example of the economic law named after the 18th-/19th-century French economist Jean-Baptiste Say: a huge supply of menial labour from the developing world has created its own demand.

This is not Guilluy’s subject, though. He aims only to show that, even if French people were willing to do the work that gets offered in these prosperous urban centres, there would be no way for them to do it, ­because there is no longer any place for them to live. As a new bourgeoisie has taken over the private housing stock, poor foreigners have taken over the public – which thus serves the metropolitan rich as a kind of taxpayer-subsidised servants’ quarters. Public-housing inhabitants are almost never ethnically French; the prevailing culture there nowadays is often heavily, intimidatingly Muslim.

***

At the opening of his new book, Guilluy describes 21st-century France as “an ‘American’ society like any other, unequal and multicultural”. It’s a controversial premise – that inequality and racial diversity are linked as part of the same (American-type) system and that they progress or decline together. Though this premise has been confirmed in much of the West for half a century, the assertion will shock many Americans, conditioned to place “inequality” (bad) and “diversity” (good) at opposite poles of a Manichaean moral order. This disconnect is a key reason American political discussions have turned so illogical and rancorous. Certain arguments – for instance, that raising the incomes of American workers requires limiting immigration – can be cast as either sensible or superstitious, legitimate or illegitimate, good or evil, depending on whether the person making them is deemed to be doing so on the grounds of economics or identity.

At a practical level, considerations of economics and ethnicity are getting harder to disentangle. Guilluy has spent years in and out of buildings in northern Paris (his sisters live in public housing), and he is sensitive to the way this works in France. A public-housing development is a community, yes, and one can wish that it be more diverse. But it is also an economic resource that, more and more, is getting fought over tribally. An ethnic Frenchman moving into a heavily North African housing project finds himself threatening a piece of property that members of “the community” think of as theirs. Guilluy speaks of a “battle of the eyes” fought in the lobbies of apartment buildings across France every day, in which one person or the other – the ethnic Frenchman or the immigrant’s son – will drop his gaze to the floor first.

Most places where migrant and native French cultures mix, Guilluy expects, will evolve as did the northern Paris suburbs where he works. Twenty years ago, these neighbourhoods remained a hub of Parisian Jewish life; nowadays, they’re heavily Arab. The young men living in them feel a burning solidarity with their Muslim brethren in the Middle East and often a loathing for Israel. Jews have faced steady intimidation in northern Paris since at least 2002, when the aftermath of the 9/11 attacks overlapped with the Palestinian “second intifada”.

Violence is rising. July 2014 saw a wave of attacks on Jewish businesses and synagogues in the suburb of Sarcelles. Jews have evacuated some municipalities north of Paris where, until recently, they were an integral part: Saint-Denis, La Courneuve, Aubervilliers, Stains, Pierrefitte-sur-Seine, Trappes, Aulnay-sous-Bois and Le Blanc-Mesnil. Many Jews still live safely and well in France, of course, but they cluster together in a smaller number of secure neighbourhoods, several of them on Paris’s western edge. Departures of French Jews to Israel run to about 7,000 a year, according to the Jewish Agency of France. The leavers are disproportionately young.

Guilluy has written much about how little contact the abstract doctrines of “diversity” and “multiculturalism” make with this morally complex world. In the neighbourhoods, well-meaning people of all backgrounds “need to manage, day in, day out, a thousand and one ethnocultural questions while trying not to get caught up in hatred and violence”. Last winter, he told the magazine Causeur:

“Unlike our parents in the 1960s, we live in a multicultural society, a society in which ‘the other’ doesn’t become ‘somebody like yourself’. And when ‘the other’ doesn’t become ‘somebody like yourself’, you constantly need to ask yourself how many of the other there are – whether in your neighbourhood or your apartment building. Because nobody wants to be a minority.”

Thus, when 70 per cent of Frenchmen tell pollsters, as they have for years now, that “too many foreigners” live in France, they are not necessarily being racist; but they are not necessarily not being racist, either. It’s a complicated sentiment, and identifying “good” and “bad” strands of it – the better to draw them apart – is getting harder to do.

France’s most dangerous political battles play out against this backdrop. The central fact is the 70 per cent that we just spoke of: they oppose immigration and are worried, we can safely assume, about the prospects for a multi-ethnic society. Their wishes are consistent, their passions high; and a demo­cracy is supposed to translate the wishes and passions of the people into government action. Yet that hasn’t happened in France.

Guilluy breaks down public opinion on immigration by class. Top executives (at 54 per cent) are content with the current number of migrants in France. But only 38 per cent of mid-level professionals, 27 per cent of labourers and 23 per cent of clerical workers feel similarly. As for the ­migrants themselves (whose views are seldom taken into account in French immi­gration discussions), living in Paris instead of Bamako is a windfall even under the worst of circumstances.

In certain respects, migrants actually have it better than natives, Guilluy stresses. He is not referring to affirmative action. Inhabitants of government-designated “sensitive urban zones” (ZUSs) do receive special benefits these days. But because the French cherish equality of citizenship as a political ideal, racial preferences in hiring and education took much longer to be imposed than in other countries. They’ve been operational for little more than a decade. A more important advantage, as the geographer Guilluy sees it, is that immigrants living in the urban slums, despite appearances, remain “in the arena”. They are near public transportation, schools, and a real job market that might have hundreds of thousands of vacancies. At a time when rural France is  getting more sedentary, the ZUSs are the places in France that enjoy the most residential mobility: it’s better in the banlieue.

In France, the Parti Socialiste (PS), like the Democratic Party in the US or Labour in Britain, has remade itself based on a recognition of this new demographic and political reality. François Hollande built his 2012 presidential victory on a strategy outlined in October 2011 by Bruno Jeanbart and the late Olivier Ferrand of the socialist think tank Terra Nova. Largely because of cultural questions, the authors warned, the working class no longer voted for the left. The consultants suggested a replacement coalition of ethnic minorities, people with advanced degrees (usually prospering in new-economy jobs), women, youths and non-Catholics – a French version of the Obama bloc. It did not make up, in itself, an electoral majority, but it possessed sufficient cultural power to attract one.

***

Guilluy came to the attention of many French readers at the turn of the millennium, through the pages of the leftist Paris daily Libération, where he promoted the American journalist David Brooks’s book Bobos in Paradise. Guilluy was fascinated by the figure of the “bobo”, an acronym combining “bourgeois” and “bohemian”, which described the new sort of upper-middle-class person who had emerged in the late-1990s tech-bubble economy. The word may have faded from the memory of English-language readers, but it stuck in France. You can find bobo in any good French dictionary, alongside bébédada and tutu.

For Brooks, “Bobo” was a term of endearment. Our nouveaux riches differed from those of yesteryear in being more sensitive and cultured, the kind of folk who shopped at Restoration Hardware for the vintage 1950s Christmas lights that reminded them of their childhoods. For Guilluy, as for most French intellectuals, “bobo” is a slur. These nouveaux riches differed from their predecessors in being more predatory and less troubled by conscience. They chased the working-class population from neighbourhoods it had spent years building up – and then expected the country to thank them.

In France, as in America, the bobos were both cause and effect of a huge cultural shift. The nation’s cultural institutions – from its universities to its television studios to its comedy clubs to (this being France) its government – remain where they were. But the sociology of the community that surrounds them has been transformed. The culture industry now sits in territory that is 100 per cent occupied by the beneficiaries of globalisation. No equivalent exists any more of Madame Vauquer’s boarding house in Balzac’s Père Goriot, where the upwardly mobile Rastignac had to rub shoulders with those who had few prospects of advancement. In most parts of Paris, working-class Frenchmen are just gone, priced out of even the football stadiums that were a bastion of French proledom until the country’s World Cup victory in 1998. The national culture has changed.

So has French politics. Since the age of ­social democracy, we have assumed that contentious political issues inevitably pit “the rich” against “the poor” and that the fortunes of one group must be wrested from the other. But the metropolitan bourgeoisie no longer live cheek-by-jowl with native French people of lesser means and different values. In Paris and other cities of Guilluy’s fortunate France, one often encounters an appearance of civility, even consensus, where once there was class conflict. But this is an illusion: one side has been driven from the field.

The old bourgeoisie hasn’t been supplanted; it has been supplemented by a second bourgeoisie that occupies the previously non-bourgeois housing stock. For every old-economy banker in an inherited high-ceilinged Second Empire apartment off the Champs-Élysées, there is a new-economy television anchor or hi-tech patent attorney living in some exorbitantly remodelled mews house in the Marais. A New Yorker might see these two bourgeoisies as analogous to residents of the Upper East and Upper West sides. They have arrived through different routes, and they might once have held different political opinions, but they don’t now. Guilluy notes that the conservative former French prime minister Alain Juppé, now the mayor of Bordeaux, and Gérard Collomb, the Socialist running Lyons, pursue identical policies. As Paris has become not just the richest city in France but the richest city in the history of France, its residents have come to describe their politics as “on the left” – a judgement that tomorrow’s historians might dispute. Most often, Parisians mean what Guilluy calls la gauche hashtag, or what we might call the “glass-ceiling left”, preoccupied with redistribution among, not from, elites: “We may have done nothing for the poor, but we did appoint the first disabled lesbian parking commissioner.”

Upwardly mobile urbanites, observes Guilluy, call Paris “the land of possibilities”, the “ideapolis”. One is reminded of Richard Florida and other extollers of the “Creative Class”. The good fortune of Creative Class members appears (to them) to have nothing to do with any kind of capitalist struggle. Never have conditions been more favourable for deluding a class of fortunate people into thinking that they owe their privilege to being nicer, or smarter, or more honest, than everyone else. Why would they think otherwise? They never meet anyone who disagrees with them. The immigrants with whom the creatives share the city are dazzlingly different, exotic, even frightening, but on the central question of our time – whether the global economic system is working or failing – they see eye to eye. “Our immigrants, our strength”, was the ­title of a New York Times op-ed signed by the Mayor of London, Sadiq Khan, the mayor of New York, Bill de Blasio, and the mayor of Paris, Anne Hidalgo, after September’s terrorist bomb blasts in New York. This estrangement is why electoral results around the world last year – from Brexit to the election of Donald Trump – proved so difficult to anticipate. Those outside the city gates in la France périphérique are invisible, their wishes incomprehensible. It’s as if they didn’t exist. But they do.

***

People used to think of the economy as congruent with society – it was the earning-and-spending ­aspect of the nation just living its life. All citizens inhabited the same economic system (which isn’t to say that all took an equal share from it). As Guilluy describes it, the new economy is more like a private utility: it provides money and goods the way, say, a power company provides electricity. If you’ve always had electricity in your house, what’s the worry? But it’s quite possible to get cut off.

For those cut off from France’s new-economy citadels, the misfortunes are serious. They’re stuck economically. Three years after finishing their studies, three-quarters of French university graduates are living on their own; by contrast, three-quarters of their contemporaries without university degrees still live with their parents. And they’re dying early. In January 2016, the national statistical institute Insee announced that life expectancy had fallen for both sexes in France for the first time since the Second World War, and it’s the native French working class that is likely driving the decline. The French outsiders are failing not just in income and longevity but also in family formation, mental health and education. Their political alienation is striking. Less than 2 per cent of legislators in France’s National Assembly today come from the working class, as opposed to 20 per cent just after the Second World War.

Unlike their parents in Cold War France, the excluded have lost faith in efforts to distribute society’s goods more equitably. Political plans still abound to fight the “system”, ranging from the 2017 Socialist presidential candidate Benoît Hamon’s proposals for a guaranteed minimum income to those of his rival Emmanuel Macron, the former economics minister, to make labour markets more flexible. But these programmes are seen by their intended beneficiaries as further proof of a rigged system. The welfare state is now distrusted by those whom it is meant to help. France’s expenditure on the heavily immigrant banlieue is already vast, in this view; to provide yet more public housing would be to widen the invitation to unwanted immigrants. To build any large public-works project is to do the same. To invest in education, in turn, is to offer more advantages to the rich, who are best positioned to benefit from it. In a society as divided as Guilluy describes, traditional politics can find no purchase.

With its opposition to free trade, open immigration and the European Union, the Front National has established itself as the main voice of the anti-globalisers. At regional elections in 2015, it took 55 per cent of workers’ votes. The Socialists, Républicains, Greens and the hard left took 18 per cent among them. In an effort to ward off the Front National, the traditional parties now collude as often as they compete. In the second round of those regional elections, the Socialists withdrew in favour of their Républicains rivals, seeking to create a barrage républicain against the FN. The banding together of establishment parties to defend the system against anti-system parties is happening all over the world. Germany has a “grand coalition” of its two largest parties, and Spain may have one soon. In the US, the Trump and the Sanders candidacies both gained much of their support from voters worried that the two main parties were offering essentially the same package.

Guilluy has tried to clarify French politics with an original theory of political correctness. The dominance of metropolitan elites has made it hard even to describe the most important conflicts in France, except in terms that conform to their way of viewing the world. In the last decade of the 20th century, Western statesmen sang the praises of the free market. In our own time, they defend the “open society” – a wider concept that embraces not just the free market but also the welcoming and promotion of people of different races, religions and sexualities. The result, in terms of policy, is a number of what Guilluy calls “top-down social movements”. He doesn’t specify them, but they would surely include the Hollande government’s legalisation of gay marriage, which in 2013 and 2014 brought millions of protesters opposing the measure on to the streets of Paris – one of the largest demonstrations in the country since the Second World War.

French elites have convinced themselves that their social supremacy rests not on their economic might but on their common decency. Doing so allows them to “present the losers of globalisation as embittered people who have problems with diversity”, says Guilluy. It’s not our privilege that the French “deplorables” resent, the elites claim; it’s the colour of some of our employees’ skin. French elites have a thesaurus full of colourful vocabulary for those who resist the open society: repli (“reaction”), crispation identitaire (“ethnic tension”) and populisme (an accusation equivalent to fascism which somehow does not require an equivalent level of proof). One need not say anything racist or hateful to be denounced as a member of “white, xenophobic France” or even as a “fascist”. To express mere discontent with the political system is dangerous enough. It is to faire le jeu de (“to play the game of”) the Front National.

***

In France, political correctness is more than a ridiculous set of opinions; it’s also – and primarily – a tool of government coercion. Not only does it tilt any political discussion in favour of one set of arguments; it also gives the ruling class a doubt-expelling myth that provides a constant boost to morale and esprit de corps, much as class systems did in the days before democracy. People tend to snicker when the question of political correctness is raised: its practitioners because no one wants to be thought politically correct; and its targets because no one wants to admit to being coerced. But it determines the current polarity in French politics. Where you stand depends largely on whether you believe that anti-racism is a sincere response to a genuine upsurge of public hatred or an ­opportunistic posture for elites seeking to justify their rule.

Guilluy is ambivalent on the question. He sees deep historical and economic processes at work behind the evolution of France’s residential spaces. “There has been no plan to ‘expel the poor’, no conspiracy,” he writes. “Just a strict application of market principles.” But he is moving towards a more politically engaged view: that the rhetoric of an “open society” is “a smokescreen meant to hide the emergence of a closed society, walled off for the benefit of the upper classes”.

It would be wrong, though, to see Guilluy as the partisan of any political project, let alone “playing the game” of one. Ideologically and intellectually, he is difficult to place. Sometimes he sounds like Paul Mason, author of the 2015 book PostCapitalism. That is, he looks at the destruction of working-class sources of power (from trade unions to industrial jobs) not as unfortunate collateral damage of the past thirty years of economic policy but as the overarching goal of it. He is more interested in how people act (where they move, the jobs they take, the way they form families) than in the opinions they spout. In a French context, he would be seen as among those in left-wing circles on whom certain civilisational truths once considered “conservative” have dawned. These include the novelist Michel Houellebecq, the philosopher Michel Onfray and the political philosopher Jean-Claude Michéa, who has been heavily influenced by the American historian Christopher Lasch. Guilluy, too, acknow­ledges Lasch’s influence, and one hears it when he writes, in La France périphérique, of family and community as constituting “the capital of the poor”.

Guilluy’s work is the most successful attempt to tow French political sociology out of the rut that it has been mired in since the Cold War and to direct it towards the pressing matters of our day. The “American” society that Guilluy describes – unequal and multicultural – can appear quite stable, but signs abound that it is in crisis. For one thing, it requires for its own replication a growing economy.

Since Tocqueville, we have understood that our democratic societies are emulative. Nobody wants to be thought a bigot if the membership board of the country club takes pride in its multiculturalism. But as the prospect of rising in the world is hampered or extinguished, the inducements to ideological conformism weaken. Dissent appears. Political correctness grows more draconian. Finally the ruling class reaches a dangerous stage, in which it begins to lose not only its
legitimacy, but also a sense of what its legitimacy rested on in the first place. l

Christopher Caldwell is a senior editor at the Weekly Standard. This article was first published in the quarterly magazine City Journal

Voir par ailleurs:

Madeleine de Jessey vs Marion Maréchal-Le Pen : les frondeuses de la droite

Samuel Pruvot, Antoine Pasquier

Famille chrétienne
30/05/2016

Divergentes par rapport à leurs formations respectives, Madeleine de Jessey, porte-parole de Sens Commun, et Marion Maréchal – Le Pen, député FN du Vaucluse, assument leur ancrage catholique, mais jouent de stratégies différentes. Pour la première fois, elles acceptent de débattre dans un face-à-face très libre. Extraits choisis.

Comment recevez-vous les appels successifs du pape François pour davantage d’accueil des migrants en Europe?

Marion Maréchal – Le Pen : Sa position interpelle, car la doctrine sociale de l’Église ne demande pas d’accueillir les migrants sans limites ni conditions. Le propre du responsable politique est de tenir compte du bien commun. Nous sommes obligés de prendre la mesure des conséquences sociales, sécuritaires et budgétaires de l’immigration. Cela veut dire qu’il faut réguler les flux migratoires pour préserver le bien-être de nos concitoyens. L’Europe ne doit pas uniquement faire face à des familles en provenance de pays en guerre dont parle le pape. Les récents drames de Cologne ont montré que la plupart des agresseurs venaient du Maghreb, et non de Syrie ou d’Irak. Je crois qu’il ne faut pas donner mauvaise conscience aux catholiques avec un discours du genre : « Vous êtes de mauvais chrétiens si vous ne pratiquez pas une politique d’accueil illimité. »

Madeleine de Jessey : Le pape n’a jamais dit qu’il était pour un accueil sans limites ni sans conditions : quand il est allé sur l’île de Lesbos, il n’est pas reparti dans son avion avec tous les réfugiés ! Le pape ne fait pas d’abord de la politique. Chaque geste de sa part a avant tout une dimension prophétique. Il est là pour témoigner de la radicalité de l’Évangile, d’une charité qui ne se limite pas aux sermons, mais qui est aussi en actes. Cela dit, l’Église est légitime à se mêler de politique pour aider au discernement des chefs d’État. Elle ne cherche pas à se substituer à eux mais à éclairer leur conscience. Le cri de l’abbé Pierre a permis jadis de sensibiliser les pouvoirs publics et l’opinion française sur le mal-logement (…).

Pour changer les choses, il faut arriver au pouvoir. La stratégie d’opposition du FN est-elle efficace?

M.M.-L. P.  : Nous ne sommes pas dans une stratégie d’opposition, mais dans une stratégie qui consiste à dire : « On préfère perdre sur nos idées que gagner sur celles des autres. » Cette stratégie prend du temps, elle est laborieuse, mais elle produira ses fruits quand nous aurons amélioré notre ancrage local. Je ne crois pas au plafond de verre.

M.J.  : Vous invitez à la patience face à votre bilan et aux résultats que vous allez obtenir, moi j’invite les membres du FN à comprendre que, nous aussi, nous avons besoin de temps. Pourquoi faites-vous preuve d’autant d’impatience vis-à-vis de notre bilan ?

M.M.-L. P.  : Car vous êtes élus pour un temps déterminé. Vous allez voter toutes les choses néfastes que l’on va vous proposer pendant dix ans ?

M.J.  : Il ne s’agit pas de voter pour des choses néfastes, mais de travailler de l’intérieur, sur le fond, pour que de bonnes propositions surgissent. Des premiers résultats sont déjà visibles.

Peut-on imaginer une alliance entre différents mouvements de droite, dont les vôtres?

M.M.-L. P.  : Faute de proportionnelle, le système est pour l’instant verrouillé autour du bipartisme. Est-ce que cela interdit pour toujours une alliance entre nous ? Vous savez, il ne faut jamais dire : « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau ! »

M.J.  : Le drame aujourd’hui est que les partis censés incarner les clivages politiques, au demeurant légitimes, ne représentent plus les Français. Nous allons au-devant de recompositions majeures en 2017. Il existe un espace politique – conservateur et souverainiste – qui n’est pas investi. Je verrais d’un très bon œil que cet espace se structure. Son objectif serait de rassembler le peuple français autour de l’identité culturelle de la France.

M.M.-L. P.  : J’ai un rêve. Plus exactement, il s’agit d’un rêve qui ferait suite à plusieurs cauchemars… Imaginons Alain Juppé désigné candidat de la primaire à droite. Second cauchemar, Alain Juppé victorieux à l’élection présidentielle. Mon rêve serait de voir se lever tous ceux qui, au sein des Républicains, n’en peuvent plus de cette ligne fédéraliste et laxiste.

M.J.  : Les esprits sont mûrs pour faire quelque chose de neuf à droite. Cela dit, Sens Commun ne se reconnaît vraiment pas dans le discours d’un Florian Philippot ou d’une Marine Le Pen, tant sur le fond que sur la forme, notamment en raison de leur étatisme en matière d’économie ou pour l’éducation, qu’ils souhaitent centraliser encore plus ! Il existerait d’autres alternatives qu’une fusion pure et simple dans le FN. Encore faut-il être prêt à se détacher de tout logique partisane ou dynastique…

M.M.-L. P.  : Mais ce bloc n’a pas vocation à se fondre dans le FN. Ce nouveau parti issu des Républicains garderait ses spécificités, car nous avons des histoires différentes. Mais nous avons un socle commun. Ce qui permettrait de mettre en œuvre des alliances locales pour battre cette droite qui a tout trahi.

La question de l’identité sera-t-elle un des axes de 2017, comme l’a déclaré dernièrement Édouard Balladur ?

M.M.-L. P. Le combat des années à venir, c’est le combat identitaire. Il est multiforme. Je suis optimiste, car je constate, après les Manifs pour tous, qu’il y a – et ce n’était pas arrivé depuis extrêmement longtemps – une convergence des aspirations entre une jeunesse plutôt bourgeoise et une jeunesse populaire. Les aspirations de la première touchent surtout la vision de l’homme et de la femme, et celle de l’institution du mariage. Pour la seconde, elles concernent l’aspect identitaire, c’est-à-dire les mœurs et les modes de vie, car cette jeunesse-là est davantage confrontée au problème du multiculturalisme. Ces questions d’identité sont d’autant plus fondamentales que, un jour ou l’autre, nous deviendrons une communauté parmi les autres. Et ce jour-là, il deviendra extrêmement compliqué de changer la donne.

M.J. Je vous rejoins sur la question de l’urgence d’aimer et de faire aimer la France pour fondre tous les Français dans une vraie communauté de destin dans laquelle ils aient des repères communs. Il n’y a pas de fraternité possible s’il n’y pas de repères partagés. Là où je vous rejoins aussi, c’est dans la responsabilité de nos dirigeants, et en grande partie de nos dirigeants socialistes, qui ont toujours privilégié la diversité sur l’unité de la nation, et qui ont fondé leur politique, non pas sur la recherche du bien commun, mais sur les revendications des minorités, de telle sorte qu’ils ont sapé l’idée de destinée commune. Pour retrouver cette destinée commune, nous devons renouer avec notre passé. Or le drame de la France, c’est d’avoir dépossédé ses jeunes de leur Histoire et de leurs repères culturels.

L’école n’assure plus cette mission d’intégration et de transmission, même si – et c’est pour cela qu’il faut savoir voir aussi les signes d’espoir, et pas seulement dénoncer ce qui ne va pas – des écoles sous contrat résistent, notamment à la réforme du collège, en continuant de transmettre cette culture de l’exigence. Des modèles alternatifs émergent aussi, comme la Fondation Espérance banlieues…

M.M.-L. P. C’est très bien ce que fait cette Fondation.

M.J. … qui œuvre à cette mission d’intégration, de transmission de l’amour de la France. Notre point de divergence, c’est lorsque vous dites que les Français vont devenir minoritaires. Je ne suis pas sûre de bien comprendre cette expression.

M.M.-L. P.Que les choses soient claires, je n’ai pas une vision racialiste de la France. Je crois en l’assimilation. Néanmoins, force est de constater que notre pays est devenu une usine à fabrication industrielle de Français de papier. La nationalité française est démonétisée pour deux raisons : le regroupement familial, qui a été une bascule terrible, et le droit du sol. L’assimilation ne fonctionnant plus, un certain nombre de communautés ne vivent plus ensemble, mais les unes à côté des autres en se regardant en chien de faïence. Quand je dis que la communauté française deviendra une communauté minoritaire, je parle de ceux qui seront encore porteurs de notre Histoire, de nos traditions, de nos mœurs et de cette façon de vivre à la française.

M.J. Pas seulement des « Français de souche », donc ?

M.M.-L. P. Non, je le répète, ce n’est pas une vision racialiste, mais culturelle et identitaire.

M.J. Je ne comprends pas, dans ce cas, pourquoi vous employez l’expression de « grand remplacement », qui désigne le remplacement du peuple français par le peuple africain. Car, comme le dit justement Finkielkraut à propos de cette expression, pour décrire un danger qui est réel, vous employez une expression qui est plus dangereuse encore et qui place ce problème sur le point de vue ethnique – même si vous vous en défendez –, alors que c’est un problème d’intégration. Ce genre d’expression va susciter la méfiance des Français de souche vis-à-vis des Français d’origine africaine, et renforcer le sentiment de victimisation des Français issus de l’immigration, donc retarder tout espoir d’assimilation et d’unité dans une même communauté de destin !

Je refuse de faire le décompte entre Français de souche ou non, du moment que chacun d’entre eux s’assimile, aime la culture française et la transmet et s’exclame, comme Romain Gary en son temps, qui n’était pas Français de souche : « Je n’ai pas une goutte de sang français dans mes veines, mais la France coule dans mon sang. »

M.M.-L. P. Votre réponse est éminemment naïve et politiquement correcte. La sécession culturelle de nos banlieues, la montée de l’islam radical ou la multiplication des voiles dans la rue ne sont pas nées par elles-mêmes. Elles sont la conséquence directe du fait que, s’il est possible d’assimiler des individus, il n’est pas possible d’assimiler des peuples. La question du nombre se pose, ainsi que celle du grand remplacement.

M.J. Je persiste à penser que le problème, c’est l’absence d’une vraie politique d’assimilation. L’assimilation ne fonctionne plus en raison de l’échec de notre école et de l’absence de discours patriotique en France. Prenez l’exemple des classes des écoles Espérance banlieue : dans quasiment aucune classe vous n’avez de Français de souche, et pourtant ces élèves se sentent bien plus Français que les élèves d’autres écoles. Pourquoi ? Parce que les enseignants ont un vrai projet consistant à transmettre l’amour de la France et de notre culture à ces élèves.

Pourquoi Famille Chrétienne a choisi d’organiser ce débat ?

À droite de l’échiquier politique, Madeleine de Jessey et Marion Maréchal-Le Pen incarnent une nouvelle génération. Elles n’ont ni le même itinéraire, ni la même philosophie politique. Mais si leurs stratégies politiques divergent, leurs univers ne sont pas si éloignés. Toutes deux sont nées en 1989 et ont fréquenté les mêmes bancs du lycée catholique hors contrat Saint-Pie X à Saint-Cloud. Elles incarnent aussi, chacune à sa manière, la jeune génération engagée dans les manifestations de 2013 pour la famille. Aujourd’hui, elles aspirent à changer la façon de faire de la politique, à remettre en question le primat de l’économie, quitte à bousculer leurs formations respectives.

Madeleine de Jessey, après avoir été une des initiatrices des Veilleurs, plaide avec Sens Commun pour une réforme à l’intérieur des Républicains. Objectif : peser dans la primaire à droite. Marion Maréchal-Le Pen, elle, a repris un nom et une marque politique anti-système. Elle assume en son sein un ancrage catholique et des combats en faveur de la famille et de la bioéthique.

Chez les catholiques, leurs personnalités interpellent. Pour éclairer les lecteurs, FC a voulu les confronter pour montrer leurs convergences et leurs divergences. Si elles restent des rivales politiques, elles ont néanmoins joué le jeu d’un débat très libre.

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7 Responses to Présidentielle 2017: Pour une droite enfin de droite (Au moment où elle quitte momentanément la vie publique, la plus jeune députée de la Ve République livre son manifeste politique et prend date pour l’avenir)

  1. jcdurbant dit :

    Vous avez dit « stratégie d’union des droites » ?

    Il existe une différence importante entre le fait d’incarner arithmétiquement la première force d’opposition, ce qui est à ce stade le cas du FN, et incarner, aux yeux des électeurs, l’alternance la plus souhaitée. Sans une stratégie d’union des droites, dont la mise en œuvre ne dépend d’ailleurs pas que de lui, le FN est encore loin du pouvoir. Parce que le mode de scrutin législatif limite le nombre des sièges qu’il peut gagner à un seuil inférieur à son poids réel. Mais aussi parce que, face à une recomposition politique visant a dépasser le clivage droite-gauche, celui qui sera à la tête de l’opposition doit se situer résolument à droite, pas «ailleurs».

    La constitution d’un groupe parlementaire serait déjà une réussite. Ensuite, si c’est pour que ledit groupe se retrouve, comme en 1986-88, totalement isolé dans le travail parlementaire, cela limite forcément le résultat à une visibilité accrue et a la rétribution symbolique de ceux qui sont élus. À moins que certains élus Républicains acceptent de travailler avec les élus frontistes . C’est possible sur les enjeux identitaires, presque impossible sur la sortie de l’UE.

    [la «ligne Philippot» a gagné] À court terme, sans doute, puisque c’est celle des deux campagnes. Mais avec un coût, qui est de crédibilité (un débat télévise absolument manqué) et de contestation interne, avec la mise en retrait de Marion Maréchal-Le Pen. Car il ne fait aucun doute qu’elle n’est pas encore sortie du jeu. Elle a une ligne politique, une popularité et le temps devant elle. Nous pourrons mesurer en juin les effets électoraux de son départ dans la région qu’elle avait choisie, et plus tard si elle et ses proches ont l’intention de se préparer pour 2022 en créant une structure propre. Si c’est son choix au moins, elle n’aura pas dégainé la première, puisque Florian Philippot a lancé la sienne

    Les changements de nom sont monnaie courante en politique! Ce qui compte, c’est la ligne idéologique, qui peut être soit nationale-républicaine avec l’entourage présent de Marine Le Pen, soit libérale-identitaire avec Marion Maréchal-Le Pen. Sur la base de ce qu’on voit ailleurs en Europe, en Autriche en particulier, c’est le second positionnement qui marche le mieux. Or le FPO n’a pas changé de nom. Son passé et celui de ses dirigeants sont assumés. Et les électeurs suivent.

    Laurent Wauquiez n’a pas lancé de signaux en direction de Marion Maréchal-Le Pen et (…) n’est pas celui qui tire la campagne des Républicains! La grande implosion de ceux-ci est l’espoir du FN. Il ne se réalise pas pour l’instant car les électeurs de droite croient dans leur majorité, que leur parti est réformable de l’intérieur. C’est bien pour cela que Fillon a gagné la primaire.

    Jean-Yves Camus

    http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2017/05/18/31001-20170518ARTFIG00272-jean-yves-camus-sans-une-strategie-d-union-des-droites-le-fn-est-loin-du-pouvoir.php

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  2. jcdurbant dit :

    La droite française ne sait plus qui elle est

    En novembre, Fillon avait vaincu Sarkozy, Juppé et ses autres rivaux car il avait su parler de la France, de notre héritage et de la nécessité d’honorer et de transmettre le monde reçu de nos pères. Les électeurs de droite étaient si sevrés de ce discours qu’ils lui ont exprimé leur gratitude en l’adoubant pour la présidentielle. Lors de la primaire, Fillon a été l’instrument d’une aspiration qui le dépassait. Or, il ne l’a pas vraiment assumée au cours de sa campagne. Aussi, la sensibilité conservatrice n’a pas été rejetée par le pays et demeure un espoir pour la droite. Une majorité de Français de tous milieux sociaux peut adhérer à un projet conservateur, à condition d’expliquer ce qu’on entend par là. Être conservateur, c’est considérer avec reconnaissance l’héritage qu’on a reçu en dépôt, apprécier sa valeur, lui prodiguer ses soins et le remettre, autant que possible, intact à ses successeurs. Ce n’est pas seulement une sensibilité personnelle, mais aussi une boussole pour l’art du gouvernement. (…) La droite française ne sait plus qui elle est. Le ralliement des juppéistes à Macron doit être l’occasion d’un travail intellectuel : que veut-elle vraiment ? En Grande-Bretagne, les différents courants du Parti conservateur sont fédérés par un héritage qui les dépasse et qui discipline leurs affrontements. Considérons la façon remarquable dont ce parti a assumé le résultat inattendu du référendum sur le Brexit. Nous n’avons pas affaire seulement, outre-Manche, à un cartel d’élus professionnels, mais à une véritable famille de pensée qui surplombe ses leaders successifs. Le problème de la droite française, au contraire, est qu’elle s’est définie en grande partie, depuis 1945, non par rapport à des idées, mais pour ou contre de Gaulle. Depuis la disparition de l’intéressé, en 1970, cette sensibilité ne sait plus se nommer et a perdu le souvenir de ses racines. On devrait s’attacher moins aux personnes, si exceptionnelles soient-elles, et davantage aux traditions qui les dépassent et les nourrissent. Redonner ses lettres de noblesse au conservatisme me paraît donc salutaire pour l’avenir de la France.

    Guillaume Perrault

    http://www.valeursactuelles.com/politique/interview-la-droite-francaise-ne-sait-plus-qui-elle-est-83670

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  3. jcdurbant dit :

    Même Rioufol se maréchalise !

    Qui comprend la droite ? Elle oscille entre collaboration et opposition. Devant cette offre aussi mouvante et imprécise, elle va payer cher, aux législatives, son refus de s’interroger sur elle-même. Dans un sondage Kantar Sofres publié ce mercredi par Le Figaro, La République en marche obtiendrait la majorité absolue avec 320 à 350 députés. En intentions de vote, le mouvement présidentiel récolterait 31% des suffrages, contre 18% pour LR, 17% pour le FN et 12 % pour La France insoumise. Mobilisée naguère par ses attaques contre le hollandisme, la droite n’a pas vu que son propre pacte fondateur, conclu il y a 15 ans, ne reposait que sur du sable et des mensonges de convenance. Je ne compte plus les invitations ici lancées pour aller vers un divorce et une refondation. Divorce : celui entre la droite honteuse, fascinée par un progressisme moralisateur à courte vue, et la droite assumée, soucieuse de lier la modernité à des préservations du passé. Refondation : celle d’un large mouvement libéral, conservateur et social qui puisse aborder les problèmes liés à l’endettement de la France et à la compétitivité des entreprises, les protections dues aux plus faibles, mais aussi les sujets interdits posés par une immigration qui refuse de s’intégrer, un islam politique conquérant, un conformisme consensuel émollient. Faute d’avoir été pensé, ce grand parti conservateur reste à construire, pour équilibrer le parti progressiste qui s’apprête à rafler la mise. Ce parti unique qui s’annonce est une anomalie qui ne peut perdurer.

    Hormis le libéralisme, qui peut être partagé par le camp d’en face, la vision présidentielle d’une société communautarisée et inclusive, ouverte aux minorités et à leurs discriminations positives, mérite une opposition structurée et argumentée. D’autant que, sur l’islam, l’intérêt du président semble marginal. « Macron a montré au cours de la campagne présidentielle qu’il ne connaissait pas le problème numéro un de la France », écrit l’écrivain Boualem Sansal à ce propos, dans Le Figaro de mardi. Reste à savoir qui saura prendre l’initiative de ce grand rassemblement, qui devrait s’ouvrir à tous ceux qui refusent la disparition de la nation une et indivisible. Vu la guerre de tranchées entre LR et le FN, la solution devra dépasser ces partis obsolètes. En tout cas il est aisé d’imaginer, sur le papier, faire travailler ensemble des Wauquiez, Guaino, Dati, Morano, Dupont-Aignan, mais aussi des Hortefeux, Copé, Bertrand ? Et pourquoi pas Marion Marechal Le Pen ? Quant à Baroin, qui redoute la « droite scrogneugneu », j’ai comme un doute…Et vous, qu’en pensez-vous ?

    Ivan Rioufol

    http://blog.lefigaro.fr/rioufol/2017/05/comment-reconstruire-une-vraie.html

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  4. jcdurbant dit :

    Le chantage au danger réactionnaire paralyse les perspectives de rénovation

    Emmanuel Macron a réussi un coup de maître en court-circuitant la primaire socialiste où s’est enlisé Valls. Il plaît aux jeunes générations en donnant une impression de parler-vrai, tout en incarnant une promesse de tolérance illimitée (le slogan «en marche» est un écho aux marches pour les droits civiques). Ce souffle de renouveau repose sur l’idée naïve d’un dépassement des faux débats. Le risque d’immobilisme est majeur, car l’absence de fermeté dans les convictions signifie que l’on n’a pas aiguisé sa réflexion. N’y a-t-il pas, chez Macron, une part d’esbroufe qui ressemble à celle de Richard Descoings ou du politicien espagnol Alberto Rivera? (…) Parce que les routines se parent du drapeau du changement. Et que le chantage au danger réactionnaire paralyse les perspectives de rénovation. Le renforcement du pouvoir exécutif qui caractérise la Ve République a été différé de plusieurs décennies à cause du spectre du coup d’État de Napoléon III. Semblablement, nous sommes aujourd’hui en faillite parce que le spectre du FN dissuade, depuis 40 ans, d’affronter les ponctions que le fonctionnarisme et l’immigrationisme font peser sur les finances publiques. (…) Plane effectivement chez nous le spectre d’une guerre civile froide. L’idée de retrancher du corps social des factions qui seraient indignes d’en faire partie. Dans l’entre-deux-guerres, notre pays a connu une éclipse quasi totale de la pensée libérale, conservatrice ou sociale-démocrate, au profit des idéologies totalitaires. Cette puissance d’attraction du communisme et du fascisme a promu des habitudes de malhonnêtetés intellectuelles graves. Le mensonge, la dissimulation et le refus des faits sont, chez l’intellectuel français, comme une seconde nature. (…) l’un dans l’autre, je pense qu’en France les élites sont en roue libre, avec un système de connivence, d’opacité et d’hypocrisie. De Mitterrand à Macron, en passant par DSK, les élites se délectent des questions d’alcôve, mais clouent le bec au bon peuple en lui disant «qu’on s’en fout!». (…) La gauche s’arroge le beau rôle et préempte la bonne place. Elle fait honte à la droite et l’oblige à refuser, non seulement une alliance avec l’extrême droite -ce qui est parfaitement défendable- mais à refuser tout «appoint» circonstanciel de voix d’extrême droite qui «mêlerait» les voix, ce qui, comme l’observe un politologue de la Belle Époque, est absolument contraire à tous les usages parlementaires. En obligeant finalement la droite à protester sans cesse de son éthique et à déclarer qu’elle n’a aucune proximité d’idées avec l’extrême droite, la gauche opère un travail de sape qui désarme son adversaire en grignotant une à une ses positions. (…) Les penseurs libéraux antitotalitaires de l’entre-deux-guerres préconisaient, au contraire, d’adopter, en les adaptant, les bonnes initiatives des régimes qu’ils combattaient: bousculer par exemple les routines des corps établis, accepter l’idée d’un exécutif fort ou de pouvoirs temporairement accrus. Car vouloir prendre le contre-pied systématique d’une idée fausse découle d’un esprit de système qui ne mène nullement à la vérité. Comme l’observe finement un penseur d’alors: «Tout ordre est un équilibre. Les meilleurs sentiments y peuvent créer un désordre réel si licence leur est donnée de se porter à leur paroxysme, et d’en étouffer d’autres qui ne sont ni moins bons ni moins profitables à l’organisme social». (…) Au XIXe siècle, prédomine la coupure entre les blancs, les bleus et les rouges ; au XXe siècle, c’est le clivage gauche-droite. Le clivage de l’avenir sera fonction de l’indice de satisfaction devant ce que j’ai appelé la «démocratie téléchargeable». (…) De façon sous-jacente, perdurent des modes de pensée ou des structures rhétoriques visant à écarter les faits dérangeants. Depuis un siècle, par exemple, les intellectuels sectaires utilisent un argument, greffé sur plusieurs idéologies successives, que j’appelle de «commisération psychanalytique». Cela vise à insinuer que le contradicteur est quelque peu psychorigide, à des manies, regarde les choses par le petit bout de la lorgnette, etc., bref, est en proie à des sortes de phobies. Cette logorrhée «scientifiante» empêche de considérer des hypothèses de toujours de la condition humaine: possibilité de corruption des élites, de décadence des civilisations, de déclin économique, d’abus de pouvoir des oligarchies, de monopolisation de la parole par des coquins, de captations de rentes de situation par des profiteurs… La «controverse du sens commun» est toujours d’actualité. (…) Tocqueville et Raymond Aron ont démontré que l’état social démocratique étouffe toute velléité factieuse ou subversive. En revanche, on observe une tendance à la désobéissance citoyenne, voire à la sécession civique. Beaucoup de gens ressentent plus ou moins confusément l’idée que quelque chose ne tourne pas rond. Lorsque, par exemple, 90 % des parisiens votent pour un même candidat, cela montre qu’une certaine sociabilité ne promeut pas la diversité des opinions, la complexité des questions et l’émancipation des intelligences du qu’en-dira-t-on et de la propagande.
    Marc Crapez

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  5. jcdurbant dit :

    La reine est morte, vive la reine !

    Parmi les raisons de la désaffection des électeurs pour le FN figure, sans aucun doute, et en premier lieu, l’abandon de ses fondamentaux : la lutte contre l’immigration et la dénonciation de l’islamisation de notre pays. Au lieu de cela Marine Le Pen qui, souvenons-nous, a été la première à dénoncer les prières de rue lorsqu’elle a pris la présidence du FN en 2011 s’est faite depuis beaucoup plus accommodante avec l’islam.

    La politique familiale ensuite. Son absence remarquée lors des grandes manifestations de « la manif pour tous » en 2013, la présence grandissante d’un lobby homosexuel parmi les dirigeants du Front national ont découragé les plus conservateurs de ses électeurs. Le départ de Marion Maréchal-Le Pen a consommé la rupture.

    Il faudra bien pourtant sortir le camp des patriotes de l’impasse politique où il se trouve aujourd’hui. Avec 70% d’opinions défavorables, Marine Le Pen est largement rejetée dans les enquêtes d’opinion, alors que les idées défendues par le Front national, sur l’immigration notamment, sont soutenues par une majorité de Français.

    Le temps est donc venu pour Marine Le Pen qui a permis au Front national de progresser régulièrement d’élection en élection de s’effacer. Elle n’est plus la locomotive qu’elle a été ces dernières années. Il est temps qu’elle prenne du repos et de la distance vis-à-vis de la vie politique !

    Un repos salutaire qui devrait permettre une recomposition du paysage politique à droite autour d’un mouvement authentiquement patriote et souverainiste attaché à la défense de notre société et de notre civilisation. Une droite fièrement ancrée dans ses valeurs et ses convictions prête à relever tous les défis grâce à la richesse des personnalités qui la composent. Patriotes, l’heure de prendre des initiatives a sonné !

    http://ripostelaique.com/dans-linteret-du-pays-il-est-temps-que-marine-sefface.html

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  6. jcdurbant dit :

    « Je pense que [la marque Front National est usée]. Je ne le pensais pas il y a cinq ans. J’ai toujours considéré que ce n’était pas un sujet tabou, parce qu’un nom n’est pas un contenu, mais je pense qu’aujourd’hui, elle ne permet pas de réunir au delà d’elle même. Je pense qu’aujourd’hui, nous devons réunir au delà du simple Front National. Pour cela, parce qu’il y aura une réalité nouvelle, il faut que cette réalité nouvelle ait un nom nouveau.”

    Marine Le Pen

    http://www.valeursactuelles.com/politique/pour-marine-le-pen-le-fn-est-une-marque-usee-85860

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