Présidentielle 2012: Le PS est devenu l’expression des nouvelles classes dominantes

Ce ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama
Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas qui sont Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins. […] Nous ne savons pas ce que peut bien dire James Dobson dans son émission de radio écoutée par des millions d’auditeurs. Nous ne savons rien de Reba et Travis. […] Nous sommes très peu nombreux à savoir ce qu’il se passe à Branson dans le Missouri, même si cette ville reçoit quelque sept millions de touristes par an; pas plus que nous ne pouvons nommer ne serait-ce que cinq pilotes de stock-car. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ… David Brooks
Les tea party ne se résument pas à des positions pro life et anti-masturbatoires, la révolte est bien plus large et profonde (…), elle est sans doute à rapprocher aux mouvements souterrains résilients depuis des années qui se font désormais jour en Hollande, en Allemagne, en Suède maintenant, en Italie et en France depuis quelques temps, à savoir le refus, hétérogène, de se voir imposer d’en haut une vision idéaliste, désincarnée, réduisant le vivre ensemble au “care”, comparant toute volonté de conserver un certain art de vivre comme réactionnaire, analysant enfin tout refus de confondre ouverture et disparition comme raciste. (…) Les tea party sont évidemment dénoncées par les idéologues de Hollywood, de New York, de Washington DC, et aussi de st Germain des Prés puisqu’ils incarnent tous le nihilisme étatiste dénoncé par les tea party en ce qu’il parasite l’espace public, l’idéal public, la volonté commune, et très pratiquement les fonds publics pour fabriquer leur gloire par la victimisation (du “care”) c’est-à-dire par la transformation du peuple en assistés scotchés aux frasques de leur ego supposé artistique (…). Il ne s’agit donc pas de populisme, mais de se libérer de chaînes installées à nos poignets pour notre bien alors que ces bienfaiteurs sont en réalité le principal obstacle pour réellement faire de l’espace commun un bien au service de toutes et de tous. Lucien SA Oulahbib (16/9/2010)
Je pense qu’on n’aborde pas les vraies questions et qu’on donne le sentiment qu’on esquive un certain nombre de questions importantes. Je pense que la question de la maîtrise des flux migratoires est une question qui reste importante, qui taraude la société française et que le sentiment qu’il y ait une sorte d’invasion rampante ; et donc, tant qu’on n’abordera pas frontalement cette question-là en montrant qu’on est capable de maîtriser, de réguler, d’organiser ces flux migratoires, la question de la ghettoïsation ou plus exactement la ghettoïsation ethnique de la société française n’ait pas abordé…(…) Mais je pense que beaucoup de dirigeants ont peur d’ouvrir ces débats-là avec le fait que ça fasse le lit du Front National ; et moi je pense qu’une société qui cache, qui refuse les débats, c’est une société qui me donne le sentiment qu’elle a peur. Et donc à partir de là, ceux qui exploitent ces peurs sont en situation favorable. (…) Il y a deux solutions. – Soit on dit : ça n’existe pas tout ça ; et à ce moment-là, on se rassure et on pense que l’anti-Sarkozysme va nous faire gagner les élections présidentielles. – Soit on dit : ça existe mais à partir de là, on apporte nos réponses. Moi je n’apporte pas les réponses de Marine Le Pen. Vous ne m’avez pas entendu dire qu’il fallait rejeter les Immigrés. Je dis, au contraire, que la question qui est posée :- c’est comment on redonne un sens à ces phénomènes migratoires qui sont de toute manière des phénomènes inscrits dans l’avenir de l’Humanité.- Donc, comment on évite qu’ils soient parqués dans des ghettos et qu’ils aient le sentiment qu’ils sont toujours rejetés. Comment on évite, par exemple, qu’ils soient systématiquement stigmatisés. (…) le vrai débat n’est pas sur l’islam. Le vrai débat, il est sur la laïcité ; et là, tous les partis politiques doivent en discuter. Et donc, le problème, ce n’est pas d’aller discuter d’une religion et donc de donner le sentiment qu’on la stigmatise. Le problème c’est de redéfinir des règles communes, y compris sur les pratiques religieuses qui interpellent aujourd’hui dans notre pays. Julien Dray
Ce n’est (…) pas parce que « Claude Guéant parle comme Marine Le Pen » (dixit Jean-Louis Borloo) que cette dernière progresse dans l’opinion et perce dans les urnes d’une élection qui jusqu’alors fermait à son parti les portes du second tour. C’est parce que ceux qui, en 2007, avaient quitté Jean-Marie Le Pen pour Nicolas Sarkozy en espérant voir réaliser certains de leurs vœux estiment qu’ils n’ont pas été entendus. (…) Peut-on, après cela, parler sans rire, comme dimanche soir, sur la plupart des plateaux télé, de “réaction des électeurs contre la droitisation de l’UMP” ? La vérité est que, depuis les années 1990, la droite n’a cessé de se dédroitiser et, par voie de conséquence, de libérer un espace croissant au Front national dont les propositions d’aujourd’hui sont parfois en deçà de celles du RPR et de l’UDF d’alors (lire les propositions des états généraux de l’opposition, animés, voici vingt ans, par Nicolas Sarkozy et Alain Madelin)… Valeurs actuelles
Toutes les enquêtes, notamment celle publiée chaque année (le 21 mars) dans le rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, montrent qu’il y a un double mouvement : d’une part l’ouverture de la société française à la différence et, d’autre part, la stigmatisation, pour une partie de l’opinion publique, de l’immigration en provenance des pays musulmans et de l’Islam en général. Lorsqu’on pose aux Français la question de savoir quelle est l’image qu’ils ont des différents groupes vivant sur le territoire national et des différentes religions, une frange de la population exprime désormais ouvertement le fait que l’Islam est intrinsèquement un problème car possédant des bases et un contenu supposé incompatible avec le projet civilisationnel français et européen. L’attitude des Français face à l’intégration change également. Il y a encore une dizaine d’années, on considérait que les problèmes d’intégration des étrangers étaient dus davantage à la société d’accueil. Désormais, un grand nombre de Français pensent que la responsabilité de la non-intégration provient des étrangers eux-mêmes. Ce phénomène existe aussi au niveau européen : en Europe du Nord (Scandinavie, Pays-Bas), en Italie avec le succès de la Ligue du Nord, en Autriche dans une moindre mesure. L’un des changements fondamentaux est que l’extrême-droite a muté idéologiquement. Elle est devenue aujourd’hui différente du néofascisme traditionnel. Les références à la Seconde guerre mondiale et aux régimes autoritaires qui les ont précédés s’estompent mais il apparaît une nouvelle forme d’extrémisme qui s’appuie sur le retournement d’un certain nombre de valeurs considérées jusqu’à aujourd’hui comme faisant partie du logiciel idéologique progressiste. Pourquoi l’Islam est aujourd’hui critiqué ? En raison de son attitude vis-à-vis des femmes, voire au nom du féminisme ; en raison de son attitude envers les minorités donc au nom du principe d’égalité et de liberté religieuse. On voit également comment Pim Fortuyn dans un premier temps et d’autres par la suite ont expliqué qu’en tant qu’homosexuels, ils se sentaient agressés par un Islam qui ne tolère pas les différences sexuelles. In fine, l’Islam est attaqué non pas en tant que religion mais culture. (…) à l’intérieur de la droite de gouvernement, un certain nombre de responsables, y compris le président de la République, se sont eux-mêmes emparés de la question. Ils l’ont fait en nous expliquant que ce qui se passait de l’autre côté de la Méditerranée était positif mais en agitant le spectre de l’invasion des immigrants illégaux et en liant les évènements à la question de l’Islam. Ce n’est pas un hasard si, au moment précis où la France modifiait son attitude vis-à-vis du monde arabe pour prendre le parti des peuples qui se révoltent, le président de la République relançait dans le même temps le débat sur l’identité nationale. (…) La présentation des Musulmans comme étant potentiellement susceptibles de déferler sur nos côtes et étant par ailleurs adeptes d’une religion qui poserait problème dans son implantation sur le sol national concourent effectivement à attiser les peurs. Jean-Yves Camus
Le FN apparaît, plus que jamais, comme un vecteur de manifestation des préoccupations populaires. Le « vote utile » des électeurs frontistes exprime un message de mécontentement profond où se mêlent questions sociétales (insécurité, immigration) et socio-économiques (rejet du libre-échange et de la mondialisation). Le nouveau discours de Marine Le Pen parvient à conjuguer ces deux thématiques et à rentrer ainsi en résonance avec l’opinion d’une large fraction de la population. (…) L’argument moral jeté à la face de ces divers électeurs, ou encore les démonstrations idéologiques, ont peu de chance d’être efficaces. Seules des réponses apportées à leurs préoccupations concrètes par les partis républicains pourront convaincre cette France en crise qu’elle a mieux à faire que de crier sa colère en votant à l’extrême droite. Eric Dupin
Robert Putnam a découvert que plus la diversité dans une communauté est grande, moins les gens votent et moins ils donnent à des associations caritatives et travaillent à des projets communautaires. (…) Dans une étude récente, Glaeser et son collègue Alberto Alesina ont démontré qu’à peu près la moitié de la différence dans les dépenses sociales entre les Etats-Unis et l’Europe — l’Europe dépense bien plus — peut être attribuée à la diversité ethnique plus grande de la population américaine. Michael Jonas
Pour le chercheur en sciences politiques de l’Université du Michigan, Scoot Page, dans les lieux de travail de haut niveau, les différentes manières de penser parmi des personnes de différentes cultures peuvent être un avantage. “puisqu’elles voient et appréhendent le monde différemment que vous, c’est provocant. Mais la fréquentation de personnes différentes peut stimuler la créativité de tous. Les équipes diverses tendent à être plus productives.” (…) Autrement dit, les membres de communautés plus diverses peuvent faire plus de bowling seuls, mais les tensions créatrices lâchées par ces différences dans le lieu de travail peuvent propulser ces mêmes endroits à la pointe de l’économie et de la culture créatrice. (…) Page appelle ça le “paradoxe de diversité.” Il pense que les effets à la fois positifs et négatifs de la diversité peuvent coexister dans les communautés, mais qu’il doit y avoir une limite.” Si l’investissement civique tombe trop bas, il est facile d’imaginer que les effets positifs de la diversité puissent tout aussi bien commencer à s’affaiblir. Michael Jonas
Le mépris dans lequel les tient la classe dirigeante a quelque chose de sidérant. Nos élites sont mues par une invraisemblable prolophobie dont elles n’ont parfois même pas conscience. (…) Les impensés de la gauche sur la sécurité et l’immigration témoignent d’un déni persévérant de celle-ci face à l’expression de certaines souffrances sociales. (…) Avant d’être une posture politique, le front républicain est d’abord un réflexe de classe et de caste. Patrick Buisson
François Hollande (…) est à peu près au niveau de premier tour où les instituts situaient Ségolène Royal en 2007 à pareille époque et tout indique qu’il rassemblera le 22 avril moins de suffrages que celle-ci. Il n’y a aucune dynamique en faveur du candidat PS. A la différence de la campagne de Mme Royal, celle de François Hollande ne suscite ni élan ni adhésion. On arrive même à une situation tout à fait paradoxale et inédite : c’est la première fois qu’un candidat recueille dans certaines enquêtes moins de souhaits de victoire que d’intentions de vote au premier tour. Les motivations du vote Hollande sont pour les deux tiers de battre le candidat sortant. Toute la stratégie du candidat socialiste a été bâtie sur l’idée que l’élection serait un référendum anti-Sarkozy et qu’il n’y avait pas besoin d’un moteur de secours. Rien n’a été prévu au cas où le moteur aurait des ratés et où le pseudo-référendum tournerait au duel. Avec le croisement des courbes du premier tour, François Hollande ne peut plus se comporter en gestionnaire pusillanime d’une rente virtuelle. Il va devoir prendre des risques. Ce n’est peut-être pas l’exercice où il est le meilleur.
Ce concept de « droitisation » est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la « droitisation » consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes. (…) Est-ce Nicolas Sarkozy qui se « droitise » en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ? L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue. L’idéologie du « transfrontiérisme » n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale. Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices. Patrick Buisson

Attention: un succès sans lendemain peut en cacher un autre!

A l’heure où, contre l’avis de tous et « succès sans lendemain » ou non, les courbes ont commencé à s’inverser contre la domination jusqu’ici du seul candidat socialiste …

Et où, oubliant tant les joyeusetés de langage que les innombrables casseroles de l’autre  Corrézien qui avait  pendant 12 interminables années squatté le palais de l’Elysée, nos âmes délicates en sont à se pincer le nez devant la vulgarité du président sortant …

Retour, avec le conseiller qui avait déjà permis à Nicolas Sarkozy de l’emporter en 2007 Patrick Buisson, sur « l’impensé » et  la  » contradiction à ce jour non résolue » du PS …

A savoir qu’en se coupant de plus en plus de  « la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables », il est en réalité devenu le parti des privilégiés « des beaux quartiers » et « des meilleurs établissements », des protégés des désordres de la mondialisation ou des gagnants « en situation d’en recueillir tous les bénéfices » …

Autrement dit  « l’expression des nouvelles classes dominantes » …

Patrick Buisson : « Hollande rassemblera moins de voix que Royal »

13.03.12

Patrick Buisson, 62 ans, spécialiste des études d’opinion, est conseiller de Nicolas Sarkozy. Cet ancien journaliste fait partie de l’équipe resserrée que le candidat réunit chaque soir à l’Elysée.

Issu de la droite maurassienne, M. Buisson fut responsable dans les années 1980 de l’hebdomadaire d’extrême droite Minute. Il a conquis M. Sarkozy en lui prédisant la victoire du non au référendum européen de 2005. Il orchestra en 2007 le virage à droite de M. Sarkozy, sur le thème de l’identité nationale. Il dirige la chaîne Histoire, filiale de TF1, et la société de conseil Publifact. Il a été mis en cause par la Cour des comptes pour ses services facturés à l’Elysée sans appel d’offres.

Nicolas Sarkozy a-t-il perdu l’élection ?

Patrick Buisson : Les médias racontent l’histoire à laquelle ils ont envie de croire. Ce serait mieux s’ils s’intéressaient à celle qui est en train de s’écrire. Le rapport de forces du second tour tel qu’il ressort actuellement des enquêtes d’opinion repose sur l’hypothèse, jamais vérifiée à ce jour dans un scrutin présidentiel, d’une abstention sensiblement plus importante au second tour qu’au premier.

Que nous disent aujourd’hui les sondages ?

Qu’entre 40 % et 50 % de l’électorat de Marine Le Pen se refuse à faire un choix pour le second tour dans le cas d’un duel Sarkozy-Hollande, et qu’environ un tiers de l’électorat de François Bayrou est dans ce cas. L’avantage du candidat socialiste est donc construit sur un scénario qui verrait 4 à 5 millions d’électeurs du premier tour ne pas aller voter au second. Autrement dit, sur du sable.

Depuis 1965, il n’y a pas eu un scrutin présidentiel où la participation au second tour n’a pas été supérieure à celle du premier. La plupart de ceux qui disent ne pas vouloir choisir iront voter le 6 mai. Et les réserves sont ici plutôt du côté de Nicolas Sarkozy que de François Hollande. Les sondages ne sont que des instantanés qui donnent l’illusion du réel. En peinture, cela s’appelle un trompe-l’œil.

Vous annoncez depuis des semaines l’effondrement de François Hollande. Où est-il ?

Au lendemain de la primaire socialiste, François Hollande recueillait, selon les instituts, entre 35 % (IFOP et Ipsos) et 39 % (BVA) des intentions de vote. La dernière enquête réalisée le lundi 12 mars – celle de l’IFOP – le situe à 27 %. Libre à chacun d’interpréter ces chiffres comme bon lui semble mais n’importe quel politologue vous dira que ce qui compte dans une campagne, ce ne sont pas les niveaux mais les tendances. En d’autres termes, c’est le film qui raconte l’histoire, non les instantanés. Or, depuis novembre, la courbe des intentions de vote en faveur de Hollande est orientée à la baisse.

La tendance en faveur de Nicolas Sarkozy, depuis son entrée en campagne, est non moins incontestablement haussière. Les plus audacieux ajouteront qu’il suffit de prolonger les courbes pour connaître le résultat final.

Pourtant, M. Hollande reste très haut…

Il est à peu près au niveau de premier tour où les instituts situaient Ségolène Royal en 2007 à pareille époque et tout indique qu’il rassemblera le 22 avril moins de suffrages que celle-ci. Il n’y a aucune dynamique en faveur du candidat PS.

A la différence de la campagne de Mme Royal, celle de François Hollande ne suscite ni élan ni adhésion. On arrive même à une situation tout à fait paradoxale et inédite : c’est la première fois qu’un candidat recueille dans certaines enquêtes moins de souhaits de victoire que d’intentions de vote au premier tour. Les motivations du vote Hollande sont pour les deux tiers de battre le candidat sortant.

Toute la stratégie du candidat socialiste a été bâtie sur l’idée que l’élection serait un référendum anti-Sarkozy et qu’il n’y avait pas besoin d’un moteur de secours. Rien n’a été prévu au cas où le moteur aurait des ratés et où le pseudo-référendum tournerait au duel. Avec le croisement des courbes du premier tour, François Hollande ne peut plus se comporter en gestionnaire pusillanime d’une rente virtuelle. Il va devoir prendre des risques. Ce n’est peut-être pas l’exercice où il est le meilleur.

M. Hollande a-t-il réalisé un coup décisif, en proposant de taxer à 75 % les revenus supérieurs à un million d’euros ? Est-ce le pendant à gauche de ce qu’avait fait M. Sarkozy avec l’identité nationale en 2007 ?

Si vous voulez dire qu’il s’agit d’un marqueur transgressif, cela ne fait aucun doute. Si on considère l’objectif, c’est plus hasardeux. Avec l’identité nationale, le candidat Sarkozy était parvenu à attirer, dès le premier tour, un tiers des voix frontistes, tandis que, s’il faut en croire les enquêtes, la transgression des 75 % n’a rien pour l’instant d’un « coup décisif ». Ce n’est pas Hollande qui a élargi sa base vers la gauche radicale – il a perdu 2 points en une semaine – mais Jean-Luc Mélenchon qui est en progression. Le candidat de la gauche populiste sera toujours plus crédible qu’une pâle copie sociale-démocrate dans le registre de la lutte des classes qui réclame une certaine tonicité.

Comment justifiez-vous la droitisation de Sarkozy ?

Ce concept de « droitisation » est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la « droitisation » consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes.

La spécificité historique du vote Sarkozy en 2007, c’est d’être parvenu à amalgamer, comme de Gaulle en 1958, un vote populaire avec un vote de droite traditionnel. Transgression idéologique, désenclavement sociologique et victoire électorale ont fait système.

Est-ce Nicolas Sarkozy qui se « droitise » en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ?

L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue.

L’idéologie du « transfrontiérisme » n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale.

Vous avez dit que Marine Le Pen ne faisait pas une bonne campagne et la voilà qui refait parler d’elle sur la viande halal…

Marine Le Pen s’est aventurée sur des thèmes où sa crédibilité était faible tout en cessant d’actionner les ressorts du vote frontiste. Son retour précipité aux fondamentaux de son parti a surtout mis en évidence une impasse stratégique.

Sans perspectives d’alliance ni de présence au second tour, elle n’offre pas plus d’issue politique que n’en offrait son père en 2007. Dans ces conditions, le vote en faveur de la candidate du FN ne serait plus un vote de protestation mais un vote d’immolation. En votant pour Marine Le Pen, les catégories populaires qui exprimeraient ainsi leur souffrance seraient assurées du résultat contraire de celui qu’elles recherchent. Elles augmenteraient les chances de François Hollande et donc les risques liés à une politique de non-maîtrise des flux migratoires et à l’émergence d’un vote communautaire avec l’attribution du droit de vote aux étrangers.

Comment récupérer ces électeurs FN ?

Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire.

Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices.

J’entends dire çà et là que la stratégie qui consiste, non pas à se « droitiser », mais à prendre en compte les préoccupations populaires serait un échec. Un échec pour qui ? Il y a un an, les sondages donnaient Nicolas Sarkozy au coude-à-coude avec Marine Le Pen sans certitude de qualification pour le second tour. A la fin de janvier 2012, il ne la devançait que de 3 points en moyenne. Aujourd’hui, l’écart se situe entre 10 et 12 points.

Propos recueillis par Arnaud Leparmentier et Vanessa Schneider

Voir aussi: 

Sarkozy devant Hollande: succès sans lendemain

Eric Dupin

Rue 89

13 mars 2012

A l’Elysée, on croisait les doigts depuis longtemps. Dans l’attente du croisement des courbes d’intentions de vote de François Hollande et Nicolas Sarkozy. L’heureux événement tardait à se produire depuis la déclaration de candidature du président sortant, le 15 février.

Enfin, une première enquête plaçant le champion de l’UMP en tête du premier tour a été connue lundi soir. Celui-ci est crédité par l’Ifop de 28,5% des suffrages potentiels contre 27% pour le candidat socialiste.

Saturation de l’espace médiatique

Un institut, deux sondages

Plusieurs riverains ont été surpris de la différence entre l’enquête Ifop qui a fait beaucoup de bruit (première à indiquer un « croisement de courbes » entre Hollande et Sarkozy) et une autre enquête Ifop récente dans laquelle le candidat socialiste reste un demi-point au dessus de celui de l’UMP.

Il s’agit, en réalité de deux baromètres différents du même institut. La première enquête résulte d’un sondage périodique commandé par Europe 1-Paris Match-Public Sénat. Il est réalisé auprès d’un échantillon relativement important (1 692 personnes) selon une méthode mixte, à la fois par téléphone et par questionnaire sur Internet. Celle-ci a été conduite du 11 mars à 18 heures au 12 mars 2012.

La seconde enquête provient d’un sondage en continu (méthode du « rolling ») publiée tous les jours de la semaine sur le site de Paris Match à 18 heures et effectué uniquement sur Internet. 300 personnes environ sont interrogées chaque jour et les chiffres publiés prennent en compte les résultats obtenus au cours des trois derniers jours. Ces différences de date et de méthodologie expliquent de possibles discordances entre les deux types d’études.

Par bonheur, Sarkozy a été informé de la bonne nouvelle juste avant son passage à l’émission « Paroles de candidat » sur TF1. De quoi lui donner une pêche d’enfer. De fait, le Président-candidat a été très bon ce soir-là. Le format même de l’émission politique de la première chaîne, avec une interrogation par des Français avant tout soucieux de leurs propres problèmes, lui a permis de déployer ses talents d’avocat capable de plaider successivement les causes les plus diverses.

Au lendemain de la mise en scène réussie du meeting de Villepinte (Seine-Saint-Denis), le candidat Sarkozy sature ainsi l’espace médiatique. Une telle surexposition dope généralement, de manière plus ou moins durable, les intentions de vote du candidat qui en bénéficie.

Soulignons que l’enquête de l’Ifop citée plus haut a été réalisée les 11 et 12 mars, dans la foulée du grand rassemblement de l’UMP. Les prochains sondages, qui prendront en compte l’effet de l’émission de TF1, pourraient confirmer la tendance.

Ces observations ne signifient pas que la dynamique qui porte actuellement Sarkozy soit purement conjoncturelle. La stratégie de provocation droitière systématiquement mise en œuvre depuis sa descente dans l’arène électorale produit son effet. En début d’année, le candidat de l’UMP n’était pas simplement menacé de ne décrocher que la seconde place au premier tour de l’élection présidentielle. La forte audience de Marine Le Pen lui faisait courir le risque réel d’une pure et simple élimination.

Pour reprendre la même série d’enquêtes de l’Ifop, seulement quatre points séparaient Sarkozy de Le Pen début janvier. La candidate du FN est descendue de 20 à 16% aujourd’hui tandis que celui de l’UMP grimpait de 24 à 28,5% des intentions de vote. Le « candidat du peuple » autoproclamé a réussi à ramener sur son nom une fraction de l’électorat lepéniste.

Le flanc gauche de Hollande

A gauche, l’évolution est toute autre. Honnête gestionnaire de son patrimoine électoral potentiel, le candidat socialiste a laissé se dégarnir son flanc gauche. Il s’est certes efforcé, à l’occasion, de lancer des signaux dans cette direction comme la fameuse taxation à 75% des revenus supérieurs à un million d’euros par an.

Mais l’électorat de gauche le plus exigeant doute toujours de sa volonté de changer profondément les choses. Selon une habitude désormais bien installée, Hollande a d’ailleurs laissé entendre que des aménagements seraient prévus pour atténuer la douleur de cette tranche de 75% à vocation symbolique, de son propre aveu.

Dans ce contexte, la progression de Jean-Luc Mélenchon est assez logique. Le candidat du Front de Gauche est passé de 7,5% fin janvier à 10% actuellement. Parallèlement, le candidat du PS descendait de 31 à 27%. Une partie de l’érosion du potentiel hollandais vient également de la petite poussée, enregistrée par ce baromètre, de François Bayrou durant cette période.

La stratégie primaire de Sarkozy

L’élection présidentielle française est un sport très particulier qui oblige ses compétiteurs à pratiquer une drôle de gymnastique. Ils doivent mobiliser leur camp au premier tour avant de rassembler les Français au second. Et éviter deux erreurs :

•faire l’impasse sur la première haie, comme l’ont fait Edouard Balladur en 1995 ou Lionel Jospin en 2002 ;

•ou bien trop miser sur cette première étape, comme le fit Jacques Chirac en 1988.

Par sa stratégie « primaire », Sarkozy s’expose à ce risque. Le durcissement de sa campagne sur des thèmes très clivants (chômeurs, immigration, Europe, etc.) rendra difficile le rassemblement d’une majorité absolue d’électeurs sur son nom au second tour. Sa droitisation précipitera dans les bras de Hollande une bonne partie de l’électorat centriste. Pour l’heure, plus nombreux sont les supporters de Bayrou disposés à se reporter sur le candidat socialiste plutôt que sur celui de l’UMP.

Sarkozy peut certes espérer de meilleurs reports de l’électorat lepéniste que ceux que les enquêtes enregistrent aujourd’hui (moins d’un sur deux). Mais les partisans du FN qui n’ont pas été convaincus par un discours droitier dont la crédibilité reste douteuse à leurs yeux risquent fort de bouder jusqu’au dernier moment.

Hollande, candidat de convergence

A l’opposé, la percée de Mélenchon n’est guère dangereuse pour Hollande. Animé d’un solide antisarkozysme, l’électorat de Front de Gauche est d’ores et déjà disposé à se reporter comme un seul homme sur le candidat socialiste au tour décisif.

Celui-ci a certainement intégré cette donnée dans sa stratégie. Il se gardera sans doute d’un « virage gauche » qui aurait l’inconvénient d’indisposer un électorat centriste sur lequel il compte bien pour bâtir sa majorité électorale. Au prix d’innombrables ambiguïtés, Hollande s’emploiera à demeurer un bon candidat de convergence pour le second tour.

Voilà pourquoi le croisement des courbes du premier tour n’a guère d’incidence sur les équilibres du second tour. Hollande est crédité aujourd’hui de 54,5% de intentions de vote alors qu’il se situait à 54% au tout début du mois de janvier.

Réveiller le jeu

Ce fameux croisement de courbes, s’il devait être confirmé, n’en est pas moins une bonne nouvelle pour beaucoup de monde, et notamment pour les journalistes qui ne manqueront pas d’invoquer un suspense nouveau sur l’issue de la bataille présidentielle.

L’UMP retrouvera un moral qui était dramatiquement en berne ces dernières semaines. Sarkozy renouera avec sa fougue d’antan, au risque de se caricaturer lui-même.

Les socialistes eux-mêmes ont tout lieu de se réjouir de cet épisode. Manuel Valls a judicieusement sauté sur l’occasion pour proclamer que « rien n’est fait » et rameuter l’électorat de gauche autour du candidat socialiste. « Nous devons lutter en permanence à gauche contre la dispersion et la démobilisation », a expliqué le directeur de la communication de Hollande.

Nul doute que le PS exploitera ces nouveaux rapports de forces pour regonfler un « vote utile » qui perdait de sa pertinence dès lors que Hollande planait haut dans les sondages.

Faire la course en tête au premier tour n’est évidemment pas un gage de succès. Pour un Président sortant, c’est même la règle générale. Charles de Gaulle en 1965, Valéry Giscard d’Estaing en 1981, François Mitterrand en 1988, Jacques Chirac en 2002 ont tous devancé leurs concurrents lors de la première manche. Sarkozy devient, à cet égard, un Président normal.

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5 commentaires pour Présidentielle 2012: Le PS est devenu l’expression des nouvelles classes dominantes

  1. […] Ce concept de “droitisation” est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la “droitisation” consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes. (…) Est-ce Nicolas Sarkozy qui se “droitise” en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ? L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue. L’idéologie du “transfrontiérisme” n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale. Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices. Patrick Buisson […]

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  2. […] Ce concept de “droitisation” est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la “droitisation” consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes. (…) Est-ce Nicolas Sarkozy qui se “droitise” en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ? L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue. L’idéologie du “transfrontiérisme” n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale. Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices. Patrick Buisson […]

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  3. […] qu’après avoir sous-estimé la révolte de la France profonde et surestimé les élucubrations du néo-Robespierre, nos commentateurs à la […]

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  4. […] Ce concept de “droitisation” est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la “droitisation” consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes. (…) Est-ce Nicolas Sarkozy qui se “droitise” en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ? L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue. L’idéologie du “transfrontiérisme” n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale. Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices. Patrick Buisson […]

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