Expo: La photo que vous ne verrez pas à la BNF (Fauxtography show at French National Library, but no Pallywood shots, please, we’re French!)

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Red flag over Reichstag with Soviet looters
controversesStaline avant Photoshop – Berlin, 2 mai 1945, Evgueni Khaldei
Berlin, 2 mai 1945. Alors que les combats se déroulent encore dans la capitale du Reich, un soldat soviétique maintenu par un officier dresse un drapeau rouge sur un pinacle du Reichstag. Comment ce symbole, parmi les plus célèbres et les plus reproduits du XXe siècle, a-t-il été fabriqué ? Au mois d’avril précédent, Evgueni Khaldei, un photographe de guerre de 28 ans, avait découvert dans les journaux la fameuse photo de Joe Rosenthal représentant des soldats américains plantant la bannière étoilée sur Iwo Jima, une île du Pacifique qu’ils sont en train de reprendre aux Japonais. Le jeune homme obtient le feu vert des autorités pour réaliser un projet similaire. Après quatre ans d’un effroyable affrontement, l’Armée rouge atteint enfin Berlin : Khaldei sait que le moment est arrivé. Il fait confectionner à Moscou en une nuit d’immenses drapeaux taillés dans des nappes et s’envole à l’aube pour Berlin. Avec deux soldats et un gradé, il grimpe sur le toit de l’ancien Parlement allemand, dont la coupole brûle encore, et réalise une série de mises en scène acrobatiques. Rentré à Moscou la nuit même, il livre son travail à l’agence Tass. Le rédacteur en chef remarque que l’officier porte une montre à chaque poignet, un détail qui risque d’alimenter la polémique sur les pillages de l’armée soviétique. C’est donc une image où a été effacée la montre du bras droit qui arrive peu après dans toutes les salles de rédaction de la planète. Auteur d’un des clichés les plus forts de l’Histoire, Evgueni Khaldei n’a pas touché la moindre prime et n’a bénéficié d’aucune reconnaissance particulière ; pis, il a été persécuté, en raison de ses origines juives, à la fin des années 50. Ce n’est qu’après la chute du Mur que Khaldei montra le cliché original non retouché. Après plus de quarante ans, cette icône, qui immortalisa le rôle du communisme dans l’écrasement du nazisme, se révélait être une photo fabriquée et retouchée. Ce qui n’enlève rien à sa puissance.
Le charnier imaginaire – Timisoara, Roumanie, décembre 1989, Robert Maass
Peu avant Noël 1989 paraît cette image qui accable le régime de Nicolae Ceausescu, le dernier dictateur communiste européen. Selon les insurgés, les émeutes des 17 et 19 décembre ont fait 4 632 morts dans la ville de Timisoara (une centaine, selon le bilan définitif). Robert Maass, un reporter américain, réalise cette photographie d’un père pleurant sur le corps de son bébé et de sa femme, assassinés par la Securitate. En fait, les opposants ont réalisé cette macabre mise en scène en déterrant une vingtaine de cadavres du cimetière. L’homme n’est pas le père de l’enfant, victime de la mort subite du nourrisson. La femme, qui n’est pas sa mère, a été emportée par une cirrhose. Malgré les doutes de certains envoyés spéciaux, les rédactions s’emballent. Timisoara devient le 20 décembre la première ville libérée du pays. Son nom restera le symbole de la manipulation la plus spectaculaire de l’histoire des médias. Pour la bonne cause. Fabien Roland-Lévy (Le Point)

Cherchez l’erreur!

Baiser de l’Hôtel de ville, gardien du Musée d’Orsay nu devant « Le Déjeuner sur l’herbe », cigarette supprimée d’une affiche de Sartre, poupées Barbie sodomisées au mixeur entre une auto-sodomisation de l’homo Mapplethorpe avec son propre manche de fouet et l’inévitable crucifix enuriné de Serrano, seins d’Angelina Jolie léchés par un cheval, prépubère Brooke Shields dans son bain, épaules bien dénudées de la petite Alice de Lewis Carroll, gamines nues de naturistes ou pédophiles artistes (ou le contraire?), petite victime de la faim soudanaise guettée par un vautour, enfant colombienne ensevelie vivante dans une coulée de boue …

Rarissime photo d’Auschwitz-Birkenau, petite victime juive de violeurs ukrainiens dans un ghetto polonais, photo de propagande nazie de Paris sous l’Occupation, original du Guevara des insupportables tee-shirts, mort truquée d’un républicain espagnol, Suaire de Turin, portrait de Bismarck sur son lit de mort, égérie de Man Ray nue dans la baignoire d’Hitler après la libération de Dachau, 2e montre effacée du poignet d’un soldat soviétique dépouilleur de morts faisant son lever de drapeau d’Iwo Jima sur le toit du Reichstag, Staline retouché sans Lejov, petite Vietnamienne victime d’un bombardement courant nue sur une route (suite à une erreur de tir sud-vietnamienne et non américaine comme il avait été dit), Aldo Moro en otage des Brigades Rouges, main déchiquetée des attentats du WTC, prétendu charnier de Timisoara, prisonniers irakiens bizutés d’Abou Ghraib …

A l’heure où, après des semaines de déchainement et d’acharnement médiatiques contre la seule Armée israélienne, l’enquête de cette dernière vient de conclure à l’absence de la moindre preuve objective pour les rumeurs d’exactions de ses soldats dans la récente guerre de Gaza …

Tout y est, sang, sexe, mort, guerre, du plus futile au plus grave, des clichés volés de célébrités au blasphème religieux, de la propagande d’Etat aux photos de guerre …

Et pourtant, ceux qui chercheraient, à l’expo lausannoise actuellement à la BNF de Paris (« Controverses », 80 photos de 1839 à 2007 et naturellement pour l’affiche… un prêtre en soutane noire embrassant sur la bouche une bonne soeur en cornette blanche!) la moindre photo de la manipulation la plus spectaculaire de l’histoire des médias, à savoir la supercherie du petit Mohammed du fixeur palestinien du correspondant de la télévision d’Etat Charles Enderlin

Ou d’ailleurs, sans parler des défilés d’enfants récupérés dans les morgues par Saddam pendant les sanctions de l’ONU, le moindre exemple des nombreux Timisoara qui ont marqué le conflit palestinien en Cisjordanie ou à Gaza ou la dernière guerre du Liban

En seraient pour leur argent car dans cette édifiante histoire du déplacement des tabous dans nos sociétés et à l’image des photos d’identité d’Algériennes « volées » en 1960 par un nécessairement rapace pouvoir colonial français ou même de la fameuse mais plus ambivalente « Madone algérienne » de la guerre civile des années 90 (mis à part peut-être une ambigüe photo de l’exécution de rebelles kurdes par le nouveau régime de Khomeyni prise en 1979 par… l’actuel photographe officiel d’Ahmadinejad!), le Palestinien ou musulman ne saurait être que victime et jamais manipulateur ..

Critique
80 photos « scandaleuses » sont décryptées dans une exposition
Michel Guerrin
Le Monde
05.03.09

Nombreuses sont les photos qui ont fait scandale, déclenché une polémique. Certaines ont choqué le public, blessé les personnes représentées. Elles peuvent mentir, être au coeur de la propagande menée par des régimes autoritaires ou des pays en guerre. La vérité et le mensonge que porte chaque image sont des sources de débats interminables. Sans même parler des clichés de paparazzi, elles sont l’enjeu de procès extravagants autour du droit d’auteur, du plagiat – avec de lourds intérêts financiers à la clé.

La passionnante exposition « Controverses », présentée à la Bibliothèque nationale de France, à Paris, jusqu’au 24 mai, brasse tous ces sujets. Quatre-vingts photos sont sur les murs, dans un ordre chronologique, de 1840 pour la première à 2007 pour la plus récente. Exposition sage et classique, à première vue. Mais chaque image a un double : une douleur, un conflit.

L’exposition avait fait beaucoup parler quand elle avait été présentée, il y a un an, au Musée de l’Elysée, à Lausanne, en Suisse. Son goût de piment devrait attirer un large public à Paris. Tous les thèmes de controverses sont au mur, afin de montrer comment la photographie, par son côté direct et populaire, en prise avec l’actualité, l’Histoire et l’argent, est un art qui peut faire des dégâts.

Beaucoup de photos sont connues – logique, elles ont fait parler. Ce sont même des icônes : Le Baiser de l’Hôtel de ville, de Doisneau ; le portrait de Che Guevara par Korda ; le combattant fauché par une balle durant la Guerre d’Espagne, de Capa ; le prétendu Suaire de Turin qui révélerait l’image du Christ ; le portrait de Bismarck sur son lit de mort ; un portrait de Staline retouché afin de supprimer la présence de Nikolaï Iejov, responsable de purges et fusillé en 1940 ; Aldo Moro, président de la Démocratie chrétienne italienne, pris en otage et photographié par des membres de Brigades Rouges avant d’être exécuté.

Pour ces images célèbres, et pour beaucoup d’autres qui le sont moins ou pas du tout, une chose frappe d’emblée : voir l’image seule ne suffit pas pour prendre la mesure du débat ou du scandale. On se demande même parfois où se loge le problème.

Sauf pour les images qui tournent autour du sexe, comme celles de gamines nues qui ont pu être jugées pédophiles. Ou encore celles qui montrent des corps meurtris ou morts : une main déchiquetée après les attentats du World Trade Center, le prétendu charnier de Timisoara en Roumanie, des prisonniers irakiens humiliés ou torturés par des soldats américains dans la prison d’Abou Ghraib.

C’est là que l’exposition prend toute sa force. Chaque image est accompagnée d’un texte plutôt long qui en raconte l’histoire. Une exposition où l’on passe plus de temps à lire qu’à regarder est rarement un bon signe. Pas ici. Les textes sont clairs, fourmillent de détails, de rebondissements, donnent les enjeux. Avec une fin ou pas.

L’histoire peut être savoureuse. Comme ces quatre années de procès et 2 millions de dollars de procédure que la société Mattel, fabricant des poupées Barbie, a intentés à l’artiste Tom Forsythe, pour avoir montré, en 1998, la pin-up blonde dans une posture jugée désavantageuse – un mixeur pointé sur ses fesses. Mattel a perdu.

L’histoire peut aussi être tragique. Le photoreporter sud-africain Kevin Carter, prix Pulitzer en 1994 pour une photo d’une fillette qui meurt de faim au Soudan, alors qu’un vautour la guette, s’est suicidé après avoir été critiqué à plusieurs reprises sur le thème : « Le charognard, c’est lui. »

ANGELINA JOLIE ET LE CHEVAL

Sans le texte, l’image est parfois pauvre, laisse toujours sur sa faim. Et inversement. Aussi, le catalogue, riche et fort bien fait, comportant des informations supplémentaires, est indispensable, sans doute mieux adapté au projet que l’exposition.

Ces images, alignées au mur ou rangées dans le livre semblent désormais assagies. Or, c’est faux. Elles restent ultrasensibles. Nous n’avons pas obtenu le droit d’en reproduire certaines, comme par exemple le portrait délicieux de l’actrice Angelina Jolie qui se fait lécher la poitrine par un cheval blanc (photo de David La Chapelle). « C’est un projet avec beaucoup de charge émotive », explique Daniel Girardin, l’auteur de « Controverses », qui n’a pas obtenu tout ce qu’il voulait, tant ces documents, notamment récents, restent douloureux pour ceux qui les ont réalisés ou ceux qui figurent dessus.

En revanche, deux images, qui ont provoqué des polémiques récentes, ont été ajoutées à la BNF par rapport à l’exposition de Lausanne : la première montre un gardien du Musée d’Orsay qui pose nu devant Le Déjeuner sur l’herbe (1862-1863) de Manet – provoquant un conflit entre le photographe et le musée. La seconde, une photo de Paris sous l’Occupation, par André Zucca (1897-1973), dont l’exposition, au printemps 2008 à Paris, provoqua une polémique monstre au motif que le public n’était pas clairement informé qu’il s’agissait de propagande nazie.

Même la BNF, qui héberge donc cet événement, a fait l’objet d’une polémique. En 2005, pour une exposition Sartre, elle a imaginé une affiche reproduisant un célèbre portrait de l’écrivain, mais en supprimant la cigarette qu’il avait entre les doigts. La presse lui est tombée dessus. Tout cela est joliment raconté à la BNF, qui, beau joueur, a conservé l’image dans l’exposition.

Controverses. Bibliothèque nationale de France. 58, rue de Richelieu, Paris-2e. Mo Palais-Royal. Tél. : 01-53-79-87-93. Du mardi au samedi, de 10 heures à 19 heures ; dimanche, à partir de 12 heures. 7€ et 5 €. Jusqu’au 24 mai.
Catalogue : sous la direction de Daniel Girardin et Christian Pirker, éd. Actes Sud/Musée de l’Elysée, 320p., 45€.

7 commentaires pour Expo: La photo que vous ne verrez pas à la BNF (Fauxtography show at French National Library, but no Pallywood shots, please, we’re French!)

  1. mohamed dit :

    Nous sommes heureux de voir que vous avez réussi à glisser au milieu de ce post sur l’exposition Controverses l’information, hyper-objective et que nul ne pourrait songer à soumettre à controverse, selon laquelle les soldats de l’armée israélienne se sont comportés en parfaits gentlemen à Gaza. C’est bien , vous faites bien votre boulot, vos patrons seront contents de vous.

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