Guerre contre le terrorisme: C’est Rumsfeld qui avait raison (Rumsfeld vindicated by the Rand)

L’approche américaine du Moyen-Orient depuis 1945 a été tout entière guidée par l’impératif géostratégique – parfaitement légitime en tant que tel, insistons-y – du pétrole : s’assurer de la “station-service”, empêcher que d’autres puissances n’en privent les États-Unis ou s’y servent elles-mêmes. (…) Témoignage de son importance, cette stratégie acquit même un nom en 1956 : la “doctrine Eisenhower”. (…) L’impunité et l’immunité ont pris fin à la date du 11 septembre 2001. (…) Afin de mener la guerre contre le terrorisme, le président Bush a répudié et abrogé la “doctrine Eisenhower”. Laurent Murawiec
Ne vous y trompez pas, nous sommes en guerre. George W. Bush
Je suis le pire cauchemar du Hamas. (…) Il est très difficile de négocier avec une organisation qui est dédiée à l’extinction d’Israël. John McCain
La vérité est que c’est les Sunnites qui ont lancé cette guerre il y a quatre ans et qu’ils l’ont perdue. Les tribus ne gagnent jamais les guerres, elles ne font que rejoindre le camp des vainqueurs. Un Irakien
Si le président Musharraf n’agit pas, nous le ferons. Barack Obama
Il y a peu d’intérêt, et presque aucun enthousiasme, dans les forces ou les services de Renseignements pakistanais pour s’engager dans la sorte de longue et agressive campagne qui serait nécessaire pourfaire le ménage chez eux. Et à nouveau, l’opinion publique locale serait très opposée à une telle campagne, même si elle était mise en ooeuvre par les forces pakistanaises. L’opinion publique tend à être importante dans les pays où les populations sont enclines aux protestations et aux soulèvements violents contre le gouvernement. (…) Ce n’est que lorsque les Talibans et Al Qaeda menaceront de déstabiliser le régime pakistanais que nous verrons une réponse significative. C’est d’ailleurs ce que l’on a vu en Arabie Saoudite ces dernières années quand la famille royale au pouvoir a réalisé qu’elle risquait de perdre sa place dans la chaîne alimentaire si elle ne s’attaquait pas à la menace extrémiste. Mike Baker (ex-responsable de la CIA)
D’ailleurs, l’ancien Secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld avait de sérieuses réservations au sujet de l’utilisation du terme de guerre contre le terrorisme parce qu’il’s’inquiétait que le mot ne conduise les gens à exagérer l’importance de l’instrument militaire dans un conflit à multiples dimensions’. Rapport Rand

La « guerre contre le terrorisme » ne sert à rien.

Après la brillante suggestion du candidat démocrate d’utiliser la force, au mépris au besoin de la souveraineté du pays, contre les cellules terroristes au Pakistan s’il est élu …

Comme la dénonciation, dans un rapport de la Rand il y a quatre mois, du soutien d’éléments de l’Armée et des services secrets afghans aux insurgés talibans

Et au lendemain de l’annonce de l’élimination par un missile de l’armée américaine en Afghanistan du maitre-artificier d’al-Qaeda Abu Khabab al-Masri

Confirmation avec la sortie d’un nouveau rapport du centre de recherches stratégiques américain Rand …

Au terme d’une intéressante étude statistique des destinées (cycles de vie) du gotha du terrorisme mondial (648 groupes sur près de 40 ans classés selon leurs effectifs, revenus financiers, régime politique de leur territoire d’implantation, orientation (religieuse ou politique) et buts):

– que c’est l’ancien secrétaire de la défense Donald Rumsfeld critiqué et limogé après sa brillante victoire en Afghanistan avec une doctrine de réduction des forces militaires au simple appui de groupes locaux et sa critique de l’utilisation du terme « guerre contre le terrorisme » (laissant croire à une solution purement militaire et survalorisant les terroristes) qui avait raison

– que, contrairement aux autres, les groupes d’inspiration religieuse (sans parler du recours systématique aux attentats-suicide et de l’assistance d’appareils d’Etat) tels qu’Al Qaeda sont les plus résistants et les plus tenaces

– que pour eux toute solution politique (mais aussi la probabilité d’un succès) sont exclues du fait de l’étendue et de l’ambition de leurs objectifs (renversement des gouvernements du Maghreb, du Proche et du Moyen Orient et instauration d’un gouvernement islamique mondial ou califat)

– que la solution militaire est plus efficace et nécessaire contre les larges groupes de terroristes insurgés comme Al Qaeda ou les milices en Irak ou en Afghanistan (ou le GIA en Algérie: 1992-2005)

– que la solution militaire est plus efficace avec des forces locales du fait de leur meilleure connaissance et compréhension du terrain et plus grande légitimité comme les tribus sunnites en Irak (surtout si elles ont fini par comprendre qu’elles avaient perdu et où était vraiment leur intérêt – d’où l’effet indirect des nouveaux renforts comme preuve essentiellement de la détermination américaine), les forces étrangères pouvant alors se limiter à un rôle d’appui et de formation ou d’armement pour éviter d’attiser l’hostilité des populations et de fournir ainsi un réservoir de recrues aux terroristes

– que la solution policière et juridique (et notamment la concentration des efforts sur des délits annexes tels que le trafic de drogue, plus facile à prouver devant un tribunal) est efficace (du moins dans les Etats forts et aux systèmes de justice et police développés tels que la Grande-Bretagne ou l’Espagne, d’où le choix comme sanctuaire, par Al Qaeda,… des zones tribales afghanes!) pour mettre les suspects à l’ombre avant un attentat mais pas pour empêcher qu’ils en ressortent très vite du fait de la relative légerté des peines …

– qu’après enfin sept ans sans aucun attentat sur le sol américain, des dizaines de milliers de terroristes éliminés et leurs chefs terrés dans des grottes, Al Qaeda est plus forte que jamais

La « guerre contre le terrorisme » ne sert à rien
Laurent Suply
Le Figaro avec AFP
29/07/2008

Un groupe de réflexion a mis en évidence que la solution militaire est inefficace contre la plupart des groupes terroristes. Pour battre al-Qaida, il préconise une nouvelle stratégie basée sur le renseignement et la police, et de changer de vocabulaire.

Une autopsie du terrorisme pour trouver la stratégie susceptible de vaincre al-Qaida. C’est à cet exercice statistique que s’est livré la RAND Corporation, un groupe de réflexion américain qui travaille régulièrement pour le Pentagone. Pour tenter de comprendre le destin des groupes terroristes, les chercheurs ont compilé des données sur 648 groupes recensés à travers le monde entre 1968 et 2006.

Ils ont distingué chaque groupe en fonction de ses effectifs, ses buts, ses revenus financiers, du régime politique de son territoire d’implantation, de son orientation (religieux ou politique) et de ses buts. Ils ont ensuite passé au crible leurs destins. Sur les 648 groupes étudiés, 244 sont toujours actifs, et 136 se sont fragmentés ou ont fusionné avec d’autres groupes.

Les groupes religieux plus tenaces

Et parmi ceux qui ont effectivement cessé d’utiliser le terrorisme, les statistiques parlent d’elles-mêmes. La « bonne nouvelle » est que seuls 27 groupes (10%) ont cessé leurs activités après avoir rempli leurs objectifs, par exemple le FLN algérien. 114 (43%) ont déposé les armes suite à un accord politique avec l’Etat. Quant à ceux qui ont été réellement vaincu, 107 (40%) l’ont été par des moyens policiers et juridiques, les principaux étant le renseignement humain, l’infiltration des cellules, l’arrestation des leaders et le développement de la législation antiterroriste. Et 20 groupes seulement ont été écrasés sur le champ de bataille, par des moyens militaires, soit un pourcentage de 7%.

L’objectif du rapport étant d’évaluer les bonnes pratiques pour défaire al-Qaida, les historiques des mouvements similaires ont été spécialement étudiés. Mauvaise nouvelle : les groupes d’inspiration religieuse sont bien plus résistants que ceux qui ont une vocation politique. Depuis 1968, 62% des groupes terroristes ont cessé de nuire. Sur la même période, ce pourcentage tombe à 32% si l’on ne compte que les groupes religieux.

L’étude exclut d’office la solution politique pour al-Qaida, dont le but avoué est de renverser les gouvernements du Maghreb, du Proche et du Moyen Orient, pour unir le monde musulman sous une même bannière. La RAND Corporation estime que la probabilité d’un succès d’al-Qaida est proche de zéro, mais les statistiques montrent que les chances de parvenir à un accord politique sont d’autant plus faibles que les objectifs d’un groupe sont larges et ambitieux.

Quant à la solution militaire, à l’œuvre actuellement, l’étude conclut qu’ « il n’y a aucun solution au terrorisme sur le champ de bataille ». Et d’ajouter que la force brute a souvent « l’effet inverse » en attisant l’hostilité des populations, fournissant ainsi un réservoir de recrue aux terroristes. Le groupe note une augmentation des actions d’al-Qaida dans un rayon plus large, et juge que la stratégie américaine de « guerre contre le terrorisme » n’a pas réussi à affaiblir la nébuleuse terroriste.

Une armée présente mais discrète

Quelle stratégie adopter alors ? L’étude préconise un combat sur deux fronts. D’abord, mettre l’accent sur la solution policière contre al-Qaida dans le monde, en augmentant les budgets de la CIA et du FBI. Objectif : cibler les principaux « nœuds » du réseau al-Qaida, qu’il s’agisse de points de décision, de communication ou de financement. Cela implique également de mettre hors d’état de nuire les chefs des réseaux, avec les règles qui s’imposent dans un état de droit. Le rapport cite notamment un membre de l’Unité de Coordination de la Lutte Antiterroriste française, qui fait part d’une tactique citée en exemple : concentrer les efforts de polices sur des délits annexes tels que le trafic de drogue, plus facile à prouver devant un tribunal, pour mettre les suspects « à l’ombre » sans attendre qu’ils aient commis un attentat.

Ensuite, l’étude ne plaide pas pour un désengagement militaire total, en particulier pour la situation particulière de l’Irak, où al-Qaida participe à une insurrection armée globale. L’histoire montre que la solution militaire est plus efficace contre les larges groupes de terroristes insurgés (19%) que contre les groupes terroristes en général (7%). Dans ces zones, la présence militaire est « nécessaire », mais le rapport souligne qu’il ne doit pas nécessairement s’agit d’une présence américaine. Les forces locales y auraient une plus grande légitimité, et une meilleure compréhension. Il faudrait donc, selon cette étude, que les Etats-Unis cantonnent leur rôle militaire en Irak à de la formation ou de l’armement.

La RAND Corporation suggère quelques pistes idéologiques. Par exemple, le groupe estime que les fatwas émises par le Conseil des Oulemas en Afghanistan clamant que les kamikazes n’auraient ni vierges, ni vie éternelle, ont été bien plus efficaces que les tonnes de tracts de propagande largués par l’aviation américaine.

Autre changement symbolique mais crucial : troquer la « War on Terror » (guerre contre le terrorisme), qui laisse croire à une solution purement militaire, contre le plus classique « counterterrorism » (antiterrorisme). De même, il s’agit de ne plus faire passer Ben Laden et consorts pour des guerriers engagés dans une guerre sainte mais pour de simples criminels.

2 Responses to Guerre contre le terrorisme: C’est Rumsfeld qui avait raison (Rumsfeld vindicated by the Rand)

  1. -YMS- dit :

    La « guerre contre le terrorisme » ne sert à rien ! Certe mais remplacer le mot terrorisme qui ne veut rien dire par djihadiste et la situation change de tout au tout. Cette guerre aura un nom et le groupe élargi sera imputable de cette activité de base : le Djihad. Comme pour le nazisme où le peuple allemand fut imputable, le communisme où les peuples russes et chinois furent imputables, la pression sur ces choix collectifs oblige les autorités à faire allégeance ou combattre l’Occident. Dans cette action contre le terrorisme, on traite avec des potentats qui nous servent, Al-Takyya oblige, ce que nos politiciens dhimmi de l’ONU veulent entendre. Toute la chaine de combat leur échappe car ils ne peuvent se risquer à épauler leurs troupes qui renferment des taupes dormantes djihadistes prêtes à les éliminer à la moindre occasion. Le contraire identifie clairement un peuple renégat à l’Occident et le choix est clair, vous faites allégeance en nous donnant le choix et le plein contrôle de troupes supplétives qui vont se battre pour une cause bien identifiée en dehors du concept de tribus prêt à trahir à la moindre occasion. Dans la « guerre contre le terrorisme » l’Occident ne se crée pas d’obligations, dans la « guerre contre le djihadisme » nous avons un devoir de protéger ces troupes supplétives avant, pendant et après la fin de l’intervention… donc notre engagement ne peut comporter de date fixe et ne peut être compatible avec ces interventions sous l’égide de l’ONU. YMS

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  2. jcdurbant dit :

    Oui, heureusement qu’il y a encore quelques esprits forts pour nous rappeler certaines réalités:

    Comme Murawiec:

    “L’approche américaine du Moyen-Orient depuis 1945 a été tout entière guidée par l’impératif géostratégique – parfaitement légitime en tant que tel, insistons-y – du pétrole : s’assurer de la “station-service”, empêcher que d’autres puissances n’en privent les États-Unis ou s’y servent elles-mêmes. (…) Témoignage de son importance, cette stratégie acquit même un nom en 1956 : la “doctrine Eisenhower”. (…) L’impunité et l’immunité ont pris fin à la date du 11 septembre 2001. (…) Afin de mener la guerre contre le terrorisme, le président Bush a répudié et abrogé la “doctrine Eisenhower”.”

    Ou Luttwak:

    While anti-terrorist operations have been successful here and there in a patchy way, and the fate of Afghanistan remains in doubt, the far more important ideological war has ended with a spectacular global victory for President Bush. (…) Bush’s detractors must also contend with another great success: denuclearisation. It started with Libya, which in 2003, in fear of what Bush might do, surrendered all the equipment it had bought to make nuclear weapons. Then there is Syria, which lost its secret proto-nuclear reactor to a strike by the Israeli air force last September—a move made with Bush’s approval. The demolition of North Korea’s nuclear programme has finally started. It may continue to full denuclearisation if Bush’s successor keeps up the pressure. And most recently, the direct engagement of the US with Iran’s nuclear programme has started.

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