Histoire: Le bilan positif de la colonisation

Fr_empire_3Après la récente abrogation de la fameuse loi sur le « rôle positif » de la colonisation* et à la veille de la nouvelle commémoration que vient de nous imposer la saint-sulpicerie chirakienne (le 10 mai, nous devrions dorénavant, parait-il, nous souvenir du crime contre l’humanité de la seule traite atlantique ou serait-ce du… jour d’adoption de la loi Taubira ?) et qui, après avoir trainé un malheureux historien devant les tribunaux (pour avoir osé nier le « caractère génocidaire » de l’esclavage, sous prétexte que le but des esclavagistes était de préserver la main-d’oeuvre servile, non de la tuer**), déchire déjà les organisations afro-caribéennes (carnaval de Rio ou… deuil national ?), quel bonheur de découvrir le blog d’un chercheur, Lucien Oulahbib, aussi érudit que libérateur par son irrespect à peu près complet de la bien-pensance tant universitaire que politique.

Quant au « bilan positif du colonialisme » dont il est sujet ici, quelle meilleure confirmation que le fameux mot de Soljenitsine: « Le seul vote qui compte, c’est celui qu’on fait avec ses pieds » ou… ses versions vietnamiennes (« Yankee go home and… take me with you ! ») ou indienne (“I really want to live in a country where the poor people are fat. ») ?

D’ailleurs, il n’y a qu’à regarder les bousculades devant les consulats iraniens ou saoudiens (sans parler des… cubains, nord-coréens ou chinois) ! Mais c’est pour les pays musulmans qu’on a le plus de mal à comprendre: après tout, c’est quand même à eux qu’on doit, dans le paradis sur terre de l’Andalousie et en plus de la traite africaine, la triple invention, décisive pour l’humanité, de… la rouelle, l’étoile jaune et du ghetto !

Le bilan positif du colonialisme

Par LSA Oulahbib

Prenons l’Algérie comme cas de figure. La laïcité, la constitution de l’Etat de Droit dépassant le stade tribal (que connût la France jusqu’à Louis XIII avec la Fronde des Grands, n’oublions pas que l’Algérie, en tant qu’Etat, par exemple, est une invention « colonialiste »), l’instruction pour tous, et surtout pour toutes, l’amélioration du système de santé, tout ceci permit l’explosion démographique de la population autochtone et sa sortie de l’état de survie dans lequel les colonisations arabo-islamiques et turques l’avaient maintenu.

Certes, il y eut spoliation des terres, surtout après l’insurrection kabyle de 1871 (dont l’origine est bien moins nationaliste que liée à des questions d’honneur) mais dès 1927 « les achats de terres par les indigènes dépasseront ceux des européens : 500 000 hectares au total en 1954 ».

(In Pierre Goinard, Algérie, l’oeuvre française, prix Maréchal Lyautey de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer, éditions Jacques Gandini, 2001, p.142; sur l’insurrection kabyle, voir p. 119 et mon écrit Les Berbères ou l’auto-étouffement in A l’ombre de l’Islam, minorités et minorités, Bruxelles, Filipson, 2005.).

Il y eut également la possibilité, en Algérie, (sénatus-consulte du 14 juillet 1865) que les natifs aient le choix « entre continuer d’être régis par la loi musulmane ou jouir des droits des citoyens français en étant régis par les lois civiles et politiques de la France » ( Pierre Goinard, idem, p. 110).

Cette intégration fut refusée par les arabo-islamisés (imprégnant également les kabyles, jusqu’à leur perte), jugeant incompatibles les avancées civilisationnelles citées plus haut (dont la laïcité, l’instruction pour les femmes, le droit individuel de propriété également) et les fondements de l’araboislamité, cette ancienne (et féroce) colonisation qui prétendait encore régir la destinée algérienne.

Elle était aidée en ce sens par le renouveau du nationalisme arabe et de l’islamisme (avec l’arrivée des Saoud). D’où l’organisation par la suite des bains de sang -Sétif, la Toussaint- pour empêcher un tel rapprochement.

Ce processus ne fut évidemment pas freiné par l’illusion des deux Collèges (indigène et européen), un communautarisme avant l’heure.

Pourquoi ?

D’une part parce qu’il n’y avait précisément pas, parmi les natifs de souche (à part Ferhat Abbas), une volonté réelle d’admettre ce que les Gaulois avaient réussi à concevoir : l’apport positif de la colonisation romaine avec un droit unifié, un désir d’union politique malgré la diversité, une conception de plus en plus démocratique des relations sociales, une organisation urbaine distincte des propriétés féodales et ecclésiatiques.

D’autre part, le refus arabo-islamique à évoluer identitairement en prenant en compte les acquis indéniables du point de vue de la civilisation humaine, (celle qui pose l’émancipation, l’ouverture, comme conditions de tout affinement singulier),s’alimentait du refus opposé, celui du tout ou rien, ne comprenant pas qu’il fallait appuyer ces autochtones qui cherchaient à la fois à s’écarter de l’arabo-islamité et de l’assimilation pure et simple (à la façon de ce qui s’est passé en France, avec les dégâts que l’on sait).

Sauf que cet intéressant débat, cette mise en perspective, est aujourd’hui noyé par les relativistes d’extrême gauche et de gauche, les communautaristes de droite et d’extrême droite, qui refusent le socle universel, mettent sur un même pied la sharia et les droits démocratiques fondant de plus en plus la citoyenneté de par le monde.

Il est incroyable, dans ces conditions, que d’aucuns au gouvernement, veulent remettre en cause la loi du 5 février 2005, pour « apaiser les tensions » alors que ce faisant ils leur ouvriraient encore plus la porte puisqu’elles sont fomentées par tous ceux qui refusent l’intégration dans le « Système » (dit « néo-liberal » pour faire mode) pour les uns (résidus gauchistes ayant aujourd’hui pignon sur rue dans les médias et les universités), système « occidental » pour les autres, remettant en cause les « valeurs » et « l’identité » « arabe », « islamique », « noir », autant de crispations en réalité, de nostalgie, refusant de concevoir que les traditions culturelles spécifiques évoluent, se nourrissent les unes les autres, se transforment.

Il est en fin de compte risible d’observer les mêmes individus s’étant battus contre l’immobilité, le fixisme, des « valeurs bourgeoises », soutenir aujourd’hui mordicus les revendications identitaires visant à figer une fois pour toutes la condition humaine et ses singularités sexuelles et individuelles dans un moule culturaliste refusant toute autre innovation que celles inscrites dans un livre écrit il y a treize siècles, ou dans les coutumes ancestrales.

Cette réaction, là, n’est pas dénoncée, sinon par quelques vagues critiques sur « la tentation obscurantiste » mais qui ne vont pas au fond, parce qu’elles ne voient pas que ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est l’avenir de la liberté. C’est-à-dire le devenir de la civilisation démocratique techno-urbanisée, avec ses différences culturelles, nécessaires, mais non suffisantes à elles seules pour penser l’interaction actuelle du devenir mondial et ce dans toutes ses dimensions.

Il est dommage que le débat en France et dans le monde, en soit réduit à cela, au degré zéro de l’analyse, diabolisant sans cesse l’autre, au lieu de percevoir aussi en l’autre, un même que soi. Un sentiment de dégoût ne peut que surnager désormais devant tant de manipulations.

__________________________

* il s’agit en fait de deux articles de ladite loi qui, on s’en souvient, ne suscitèrent guère sur le moment de contestation (la gauche se contentant de s’abstenir) et qui apparaissent justement comme une sorte de réponse au fâcheux précédent… Taubira. Les articles polémiques déclarant que:

«La Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’œuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d’Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française.» (Article 1).
«les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit» (Article 4).

Loi française n° 2005-158 du 23 février 2005

La «loi Taubira» sur l’esclavage stipule, elle, que la République française reconnaît (à quand les… « réparations » ?) la traite négrière comme un crime contre l’humanité (article 1) et que :

«Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent. La coopération qui permettra de mettre en articulation les archives écrites disponibles en Europe avec les sources orales et les connaissances archéologiques accumulées en Afrique, dans les Amériques, aux Caraïbes et dans tous les autres territoires ayant connu l’esclavage sera encouragée et favorisée.»(article 2)

Loi du 21 mai 2001 (mais adoptée en fait le 10 mai)

D’où la réaction d’un certain nombre d’historiens réclamant l’abrogation, pour cause de restriction du travail de l’historien, de toutes les lois « historiques » ou mémorielles (y compris donc les lois sur le racisme – dite « loi Gayssot » – et sur la reconnaissance du « génocide » arménien).

** Petit florilège des accusations portées contrre Pétré-Grenouilleau:

« A-t-on bien lu le livre de cet universitaire de second choix [sic] qui, à point nommé, sort de sa basse Bretagne [sic] pour falsifier les chiffres, relativiser la traite atlantique et oser comparer l’esclavage en Orient du VIIe siècle au crime raciste organisé des Lumières ? » « Aujourd’hui, donc, Monsieur Pétré-Grenouilleau ment, bidonne, falsifie et insulte les Africains et les Antillais sous un tonnerre d’applaudissements hexagonaux. »

Claude Ribbe auteur par ailleurs auteur d’un livre (Le Crime de Napoléon) suggérant que l’empereur aurait soufflé à Hitler… l’idée du gazage et et de l’extermination !

« Cent quarante ans avant la Shoah, Napoléon a utilisé les gaz pour exterminer la population civile des Antilles. Il a livré vivants des milliers d’Antillais en pâture à des chiens. Napoléon a créé des camps de concentration en Corse et à l’île d’Elbe où son[t] morts des milliers de Français d’Outre-mer. Il a fait vendre d’anciens soldats de la République enchaînés au fond des cales. Il a rétabli la traite négrière que la Révolution avait abolie, provoquant la mise en esclavage dans les colonies françaises d’au moins deux cent mille Africains et la mort d’un million d’autres. »

Claude Ribbe

Le collectif reproche quatre points au professeur Olivier
Pétré-Grenouilleau. Celui-ci se poserait en « censeur de la
représentation nationale » en déclarant que la loi Taubira, de 2001, «
pose problème ». Olivier Pétré-Grenouilleau bafouerait « la mémoire de
tous les descendants d’esclave[s] », en réduisant la traite atlantique
à un « simple système d’exploitation de l’homme, un banal expédient
économique ». Le professeur d’histoire aurait insinué que la loi
Taubira est « responsable de l’antisémitisme » et suggéré que « la
souffrance des Noirs [soit] moins importante que celle reconnue, à
raison, pour les Juifs. » Enfin, Olivier Pétré-Grenouilleau est accusé
de « nier la réalité de l’existence de descendants d’esclaves ». Au
terme de l’exposé, Patrick Karam déclare que le prix décerné par le
Sénat « résonne comme une gifle infligée à ceux, les descendants
d’esclaves, qui ont contribué à l’édification de la nation française et
à l’histoire de France »

Le site http://www.africamaat.com lui stigmatise « ce nouveau ‘David
Copperfield universitaire’ spécialisé dans la falsification de
l’historiographie de la Traite Négrière et son nouvel ami l’Harry
Potter des amphi, Pap Ndiaye [maître de conférences à l’École des
hautes études en sciences sociales] », qui aurait pour « stratégie » de
ternir l’image de l’Afrique coloniale par le recours à la « thèse
fantasmagorique de la traite interne africaine de 14 millions d’âmes
orchestrée par des rois sanguinaires dont les nouveaux amis, remplis de
‘bonnes intentions’, seraient venus d’Europe, à bord de leurs petits
vaisseaux, chargés de pacotilles » et dénonce les « fourberies de
‘Scapin Grenouilleau’ »

« C’est ainsi que l’historien à qui on s’empresse de tendre papier,
micros et caméras peut réussir cette merveille de raconter la traite
négrière de signe chrétien sans aucunement évoquer ni le tragiquement
exemplaire Code Noir ni les avatars juridiques européens de ce chef
d’oeuvre juridique, voulu par l’immense Colbert et le Roi Soleil,
célébré et remis en honneur dans un torrent de sang par Napoléon. »
Louis Sala-Molins, professeur émérite de philosophie politique à Paris
I et à Toulouse II, auteur de Le Code noir ou le Calvaire de Canaan

Réponses de l’historien:

« On sait que l’Afrique noire a été victime et acteur de la traite. Les historiens, quelles que soient leurs convictions politiques, sont d’accord là dessus. »« Cette accusation contre les juifs est née dans la communauté noire américaine des années 1970. Elle rebondit aujourd’hui en France. Cela dépasse le cas Dieudonné. C’est aussi le problème de la loi Taubira qui considère la traite des Noirs par les Européens comme un ‘crime contre l’humanité’, incluant de ce fait une comparaison avec la Shoah. Les traites négrières ne sont pas des génocides. La traite n’avait pas pour but d’exterminer un peuple. L’esclave était un bien qui avait une valeur marchande qu’on voulait faire travailler le plus possible. Le génocide juif et la traite négrière sont des processus différents. Il n’y a pas d’échelle de Richter des souffrances. » « se dire descendant d’esclave renvoie à un choix identitaire, pas à la réalité […] c’est choisir parmi ses ancêtres. »

« le caractère abominable de la traite n’est pas corrélé aux chiffres » « Il me semble également qu’il n’appartient pas à l’Etat, par l’intermédiaire de la loi, de dire l’histoire, au risque de confondre histoire, mémoire et morale. Plus que d’un ‘devoir de mémoire’, trop souvent convoqué à la barre, on a besoin d’un souci de vérité et d’analyse critique »

Source: « L’affaire Olivier Pétré-Grenouilleau » : éléments de chronologie

One Response to Histoire: Le bilan positif de la colonisation

  1. springfield dit :

    Vos arguments sont ridicules en comparaison de l’aliénation par le travail forcé, la spoliation des terres, la censure, la discrimination insidieuse, l’écrasement dans le sang de révoltes justifiées, le pillage des ressources, la création d’élites qui allaient diriger d’une main de fer les pays tout en restant à la botte de Paris après la décolonisation, l’enrichissement honteux d’une poignée de grosses entreprises, le refus de reconnâitre l’égalité entre les hommes, le racisme ambiant et « scientifiquement » justifié… L’histoire du Kenya, de l’Indonésie, de Madagascar, de la partition de l’Inde, de l’Afrique du Sud, des Antilles ou de l’Irak suffisent à vous renvoyer au rang des négationnistes honteux. Pourvu que vos idées restent confinées à votre petit cercle honteux.

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