Mondial: Une main qui ne passe décidément pas (Sociologist looks at the far-reaching consequences of Henry’s handball on the psyche of his home country and the future of the world’s most popular game)

Thierry Henry's shameful handball (Nov. 2009)Le fair-play est la plus belle valeur. Elle implique dès le départ que la pratique du football, à quelques niveaux que ce soit, se déroule dans le respect. Celui de l’adversaire, des partenaires, de l’arbitre, des spectateurs, et donc de soi-même. Cette notion est indispensable au football. Raymond Domenech (septembre 2009)C’a été dur, laborieux et par moments miraculeux. Mais nous sommes heureux, tous ceux qui aiment le foot français sont heureux. Avoir participé à ça, c’est génial. Raymond Domenech (TF1, 18.11.10)

Dans une semaine, tout le monde aura oublié, on n’en reparlera plus. Jean-Pierre Escalettes (président de la fération française de football, 18.11.10)

La main de Thierry Henry, c’est le summum de la chance. Il a fait son job, c’est l’arbitre qui aurait dû voir la main. Ce n’est pas de la tricherie, le football c’est comme ça. Daniel Cohn-Bendit (Europe-Ecologie)

A la base, c’est Toto (Squillaci) qui va à la lutte de la tête. Moi, je suis derrière deux Irlandais. La balle rebondit, tape ma main, l’arbitre ne siffle pas… Thierry Henry
On ne va pas se faire hara-kiri parce que l’arbitre s’est trompé» «Je ne comprends pas pourquoi nous sommes présentés comme coupables. Tous les gens qui aiment l’équipe de France sont heureux de cette qualification. Moi aussi, bien sûr, mais avec un peu d’amertume, car cette joie est gâchée par un mauvais match des joueurs français, de l’arbitre, et aussi par la réaction des médias. Sur le terrain, je n’avais pas vu la main. Depuis, j’ai visionné les images, et c’est effectivement une erreur d’arbitrage. Pour moi, il s’agit d’un fait de jeu et non d’une tricherie. Je ne comprends donc pas pourquoi on nous demande de présenter des excuses. Raymond Domenech (19.11.09)
C’était presque un beau 0-0, j’aurais préféré que ce soit un mauvais 1-0. Raymond Domenech (suite au match contre l’Uruguay, 10.06.10)
Le Sénégal, je n’y étais retourné qu’une fois, quand j’avais 10 ans. C’était pour me faire circoncire et franchement ce n’était pas une bonne expérience. (…) Je ne me prends pas pour un philosophe, ne vous inquiétez pas, mais j’ai toujours dit que je n’étais ni sénégalais, ni français, ni noir… Je n’ai pas d’attaches et je ne veux pas mettre les gens dans des catégories. Malgré cela, j’ai des racines et elles sont africaines. Alors disputer cette Coupe du monde en Afrique, la première de l’histoire, c’est un privilège, un symbole. Je suis fier, car cette compétition donnera une autre image de l’Afrique. Je l’espère, en tout cas. (…) On mangeait tous dans le même plat, on était baigné dans la culture sénégalaise mais on s’est quand même vite européanisé. (…) J’étais le singe qui se déculotte devant les Blancs. J’étais un traître à la nation, obsédé par l’argent… c’est comme ça, je l’ai assumé grâce à l’aide de mes parents. Patrice Evra (capitaine des Bleus, défenseur de Manchester United, né à Dakar d’un père sénégalais et d’une mère capverdienne arrivé à 12 mois en Belgique, L’Equipe, 7 juin 2010)
Rien ne me ferait plus plaisir que de voir l’Angleterre gagner la Coupe du monde », reconnaît l’entraîneur du club londonien. (…) Quand je conduis à Londres, il y a une croix de Saint George sur la moitié des voitures. J’étais à Paris la semaine dernière et je n’ai pas vu une voiture avec un drapeau français. Cela résume tout. J’aime cette attitude, c’est pour cela que j’aimerais que l’Angleterre gagne la Coupe du monde. Quand je suis un peu en retard pour un match de l’Angleterre, je me presse parce que je ne veux pas manquer l’hymne national. En Angleterre, ils chantent le God Save The Queen comme un seul homme. Quand je suis en retard en France, je prends mon temps, parce que la moitié du stade siffle l’hymne. (…) La France pourrait être une force qui compte au Mondial. Mais elle manque de foi en elle parce que tout le pays a le sentiment qu’elle ne devrait pas être là, vu la manière dont elle s’est qualifiée contre l’Eire. Arsène Wenger (entraineur du club de football londonien Arsenal)
Je n’aurais pas choisi cet hôtel personnellement (…). L’Espagne, qui fait quand même partie des équipes favorites, a choisi un campus universitaire. (…) J’avais appelé les instances du football à la décence. En temps de crise, il faut y penser. » « Si la France va très loin, le choix d’un site proposant les meilleures conditions d’entraînement peut paraître judicieux (…). Par contre, si les résultats ne sont pas à la hauteur de nos attentes, la fédération et les instances du football devront s’en expliquer. Ce qui compte pour l’instant, c’est le résultat sportif des Bleus, que l’équipe montre son meilleur visage sur le plan sportif et qu’elle nous éblouisse par ses résultats plutôt que par le clinquant de ses hôtels. Rama Yade (secrétaire d’État aux Sports, Radio J)
Est-ce que chanter la Marseillaise, parce qu’on vous l’a demandé, est une manifestation de patriotisme ? S’ils ont envie de chanter, ils chantent (…) et ceux qui ne chantent pas, il ne faut pas le prendre mal », Je n’ai pas à leur demander ça. Ils font ce qu’ils veulent, les joueurs. » Le fait que certains demeurent impassibles (concentrés sur le match à suivre ?) ne doit pas être pris pour « du mépris ou de l’antipatriotisme ». Rama Yade (Direct 8, 08.06 .10)
Si effectivement elle ne peut les y obliger, elle pourrait à tout le moins comme ministre le souhaiter ! Généralement, chanter l’hymne de son pays est la marque de son attachement, de sa fierté et de son amour pour le pays que l’on représente ; et en l’occurrence pour les joueurs de l’équipe de France, un pays à qui l’on doit sa carrière… et sa fortune. Lionnel Luca
J’avais passionnément aimé l’équipe de France. (…) Le 18 novembre 2009, cette histoire a brutalement pris fin.
Ce 18 novembre 2009 (…) a joué un role de révélateur en catalysant d’un coup de éléments épars, quisont apparus en pleine lumière : le football, à l’instar des grands évènements sportifs, est un drame et une cérémonie rituelle de l’identité collective ; il appartient à tout le monde, puisque ses acteurs sont les représentants de la société , et non plus une élite représentant le seul football; à ce titre, les faits et gestes des joueurs et des responsables institutionnels engagent non seulement l’image du pays tout entier aux yeux des autres nations, mais l’estime que la communauté se porte à elle-même. Paul Yonnet

Séries de matches nuls ou victoires à l’arraché, affaire de prostitution, défaite contre l’équipe B de la Chine en match amical, polémique sur l’hôtel de grand luxe (589 euros la nuit contre 96 pour l’équipe de Ronaldo!), débat sur le manque de patriotisme au moment de l’hymne national …

En ce début de Coupe du monde en Afrique du sud (particulièrement éprouvante, couleur locale des vuvuzelas oblige, pour les tympans) et au lendemain d’un nouveau match nul des Bleus …

Retour, avec deux entretiens particulièrement éclairants du sociologue du sport et penseur dit ‘néo-réactionnaire’ Paul Yonnet (et dont il vient de tirer un livre: « Une main en trop ») sur cette main qui, depuis le match de la honte de novembre dernier contre l’Irlande, ne passe décidément pas.

Et qui explique, sondages à l’appui (neuf Français sur dix réprouvant et étant choqués, 56 % estimant que le joueur aurait dû se dénoncer), la difficulté actuelle d’un public français désormais incapable, à l’instar de l’entraineur français d’Arsenal Arsène Wenger, de se reconnaitre en une équipe nationale passée brutalement du statut (certes passablement écorné depuis la déroute de 2008) de « Brésil de l’Europe » à celui de honte et risée du monde.

Mais aussi l’émergence, au sein dudit public, d’une sorte de « conscience de classe » nouvelle (ce qui est tout à son honneur) face au cynisme intéressé du pas vu pas pris tant de ses idoles surpayées que de l’institution tentant de faire passer pour simple « fait de jeu » un évident acte d’antijeu.

Comme par ailleurs les paradoxes de « la plus grande compétition du premier sport de la planète » à la qualité de spectacle offert souvent moyenne, entre une bonne partie des 32 équipes présentes bien inférieures aux grands clubs européens et, pour les grandes équipes, des stars épuisées par de longues saisons (voire inquiètes de risquer par des blessures leur gagne-pain en club) et donc rarement à leur meilleur niveau de jeu.

Qui tout en étant l’occasion, pour les supporteurs comme pour les joueurs et contre l’hyper-cosmopolitisme des grands clubs, d’un « retour au bercail de l’identité nationale », n’est pas toujours la « purgation des passions » souvent mise en avant, mais la « mise en réserve de ressources de violence », aggravée par la difficulté à « résoudre la violence de l’injustice sportive ».

La « valeur identitaire nationaliste » « dépendant en fait beaucoup de l’histoire de chaque nation », compensation pour une Italie de formation récente et dérivatif pour une France « en perte de souveraineté » et « en crise de son modèle jacobin », à l’image de sa composition ethnique de moins en moins représentative de son immigration historique, son excès de joueurs d’origine africaine subsaharienne faisant craindre un « phénomène de relégation sociale ».

Sans compter, au-delà des clubs qui « achètent leurs titres à coup de déficits faramineux » et l’ouverture du marché aux jeux en ligne …

Les problèmes que pose un sport « sous-arbitré » (3 arbitres contre 7 pour le football américain aux mêmes nombre de joueurs et taille de terrain!).

Et « sous-régulé » (pourquoi ne pas ajouter comme au rugby ou au hockey, propose-t-il, les exclusions temporaires à l’arsenal un peu limité des sanctions?).

Ainsi que, même si elle n’est pas sans poser d’autres problèmes,  le « refus de l’assistance technologique » (ie. la vidéo).

D’où la tentation toujours plus grande pour les joueurs de céder à de véritables « réflexes acquis » de triche

Extrait:

Le foot n’est pas le spectacle de la justice. Ce n’est pas forcément l’équipe qui produit le meilleur jeu qui l’emporte. Et il y aura toujours une marge incompressible d’erreurs d’arbitrage. Mais il ne peut pas se transformer en spectacle de l’injustice, sinon il devient un poison social. Or, c’est ce qui se produit de plus en plus à cause de trois facteurs constitutifs de l’économie interne du football. Par rapport aux autres grands sports, les réalisations, c’est-à-dire le les buts, y sont rares. Ils sont du coup très valorisés. De plus, la règle n’est pas faite pour être appliquée de façon littérale, mais pour être interprétée en fonction de l’intentionnalité. Ce qui crée une jurisprudence chaotique. Enfin, c’est un sport sous-arbitré, du fait de l’insuffisance du nombre d’arbitres et du refus de l’assistance technologique. La conjugaison de ces trois éléments fait qu’il est tentant d’essayer de tromper l’arbitre. L’histoire du football est d’ailleurs jalonnée d’exemples de ce type, comme la main de Maradona en 1986 au Mexique ou plus récemment celle de Thierry Henry. Les joueurs ont une ressource de déloyauté qui est toujours prête à être mise en œuvre, à condition qu’ils étouffent un instant leur conscience morale, ce que beaucoup ne sont pas prêts à faire …

LE SOCIOLOGUE DÉCORTIQUE « L’AFFAIRE » THIERRY HENRY
Paul Yonnet, une main en trop,
analyse d’une honte nationale
en jeu une autre idée du sport n°436
6 Mai 2010

Comment une simple atteinte à la règle du jeu est-elle devenue l’objet d’un débat planétaire ? Analysant le geste et ses conséquences, Paul Yonnet dresse dans Une main en trop un état du football.

invité Paul Yonnet,

Pourquoi revenir six mois après sur « l’affaire » de la main de Thierry Henry en y consacrant tout un livre ?

Parce que cet événement a eu un retentissement planétaire et qu’il marque à mon sens une rupture dans la relation que la société française entretient avec le football. J’ai aussi voulu comprendre comment tout ceci avait été rendu possible : comment le fonctionnement même du football aujourd’hui a permis un tel concentré de « dénis » de justice.

Comment cette Main en trop s’inscrit-elle dans la réflexion que vous menez sur le « système » sportif ?

J’écris de façon régulière dans la revue de l’Union des clubs professionnels de football (1) et suis donc amené à réfléchir à l’évolution du jeu, en l’intégrant dans une réflexion plus large mais sans perdre de vue que le football est, de loin, le sport le plus populaire au monde. Or en regardant comment fonctionne un match dans son environnement institutionnel, on constate que le football se transforme
insensiblement en « spectacle de l’injustice », alors même qu’il relève désormais d’enjeux de société qui le dépassent. De ce point de vue, sans même prendre en considération les aspects financiers ou les affaires de paris truqués, la situation du football est explosive.

Vous mettez plus précisément en cause ce que vous appelez « la fabrique du score »…

Oui, car le problème tient en effet à la manière dont se « fabrique » le score dans un match de football. Alors qu’il devrait être un simple régulateur du jeu, l’arbitre est devenu à son corps défendant le deus ex machina qui détermine l’issue de la rencontre en sifflant ou en s’abstenant de siffler une faute. Et cette « fabrication du score » apparait de façon d’autant plus criante que chacune de ces décisions passe aussitôt au jugement impitoyable de la caméra: dans les secondes qui suivent l’action, le commentateur peut prendre le téléspectateur à témoin pour délivrer une appréciation définitive sur la décision de l’arbitre.

Vous affirmez aussi que le football est un « drame de l’identité » : qu’entendez-vous par là ?

Le match de football est un « drame » en ce qu’il respecte les trois règles du théâtre classique – unité d’action, de temps et de lieu – et se joue devant la communauté tout entière réunie. Bien sûr, cela vaut principalement pour les équipes nationales, dont les matchs réalisent les plus larges audiences. Mais alors, même ceux que le football indiffère sont représentés malgré eux par les joueurs qui portent le maillot bleu et les dirigeants nationaux.

Revenons au geste lui-même : à l’inverse de ceux qui plaident la « non
préméditation », vous affirmez au contraire qu’il s’agit d’un « réflexe
acquis »…

Il faut avoir trois choses à l’esprit : premièrement, le football de haut niveau oppose des équipes très proches l’une de l’autre; deuxièmement, les buts sont rares, donc déterminants ; troisièmement, c’est un sport sous-arbitré, d’où la tentation de frauder. Pour autant, il ne s’agit pas là d’un réflexe conditionné car le seul réflexe conditionné d’un joueur de football est justement de ne pas toucher la balle avec la main ! En revanche, on peut voir dans ce geste une « préprogrammation » qui tient au fait que le joueur sait pertinemment qu’une fraude non repérée peut faire basculer le match. Ce qui m’intéressait, c’était d’entrer dans la psychologie du footballeur pour comprendre ce qui se passe quand elle rentre en conflit avec la conscience morale de la loyauté sportive. Car Thierry Henry demeure un individu libre de ses actes au moment où il choisit non seulement de mettre la main, mais également de tromper l’arbitre en célébrant le but comme s’il était régulier.

Le débat suscité par ce geste n’est-il pas de nature à rassurer sur l’état de la société française, plus sensible au déshonneur qu’au résultat ? (2)

Je souscris à ce point de vue, et un sondage effectué au lendemain du match a montré que neuf français sur dix réprouvaient ce geste et avaient été choqués par l’enchaînement des faits, la main mais aussi les attitudes qui ont suivi, et ceci restait vrai parmi « les personnes intéressées par le sport ». L’Équipe a également mené un sondage auprès de ses lecteurs: pas moins de 70 000 ont répondu et 56 % ont estimé qu’Henry aurait dû se dénoncer auprès de l’arbitre pour faire annuler le but. Il y a donc eu une réaction spontanée faisant appel à une morale élémentaire: les gens auraient préféré la loyauté sportive à une victoire obtenue dans ces conditions-là. Un peu comme si ce public cessait d’être un magma informel et devenait brusquement animé par une « conscience de classe » face au fatalisme cousu de fil blanc de l’institution qui, elle, passait par pertes et profits un geste qualifié de « fait de jeu », alors que c’était clairement un acte d’antijeu. Lâchement, on reportait l’entièreté de la faute sur l’arbitre alors qu’on l’avait trompé de façon délibérée.

Comment expliquer la réaction si décalée des autorités du football français ?

Ce que n’ont pas du tout compris les responsables institutionnels, c’est que c’est la télévision qui construit l’image qui va rester, et que devant la télévision la manière dont le but a été marqué est d’une violence extrême. Ceci n’est pas ressenti de la même manière dans le stade, où la plupart des spectateurs n’ont pas vu sur le moment ce qui s’était passé. Cependant, l’information a vite circulé via les téléphones
portables et Zinedine Zidane, qui était en tribune, a bien compris qu’il y avait main en voyant les joueurs irlandais lever aussitôt le bras de façon unanime. Il n’en a pas douté.

Les éducateurs – des professeurs d’EPS à l’Usep – ont réagi en expliquant : comment désormais expliquer à nos jeunes qu’il faut respecter les règles ? Vous-même, quel discours leur tiendrez-vous ?

J’essaierais de leur expliquer que le sport, c’est rencontrer quelqu’un qui vous vaut en respectant la règle, et que tricher signifie mettre le doigt dans un engrenage, avec des conséquences comme la violence et un prix psychologique à payer, ainsi que c’est hélas le cas pour Thierry Henry. Je donnerais aussi en exemple Andreï Archavine, le joueur russe d’Arsenal, qui dans un match récent du championnat anglais a expliqué à l’arbitre, qui s’apprêtait à siffler penalty, que le défenseur n’avait pas fait faute sur lui. Je dirais surtout à ces jeunes que sur un terrain, ils conservent à tout moment leur libre arbitre et peuvent aller vers le bien ou le moins bien. Thierry Henry, lui, a fait le mauvais choix, et compte tenu de l’image qui était la sienne j’ai encore du mal à comprendre son attitude. Il faut néanmoins souligner qu’il s’est excusé, et qu’alors il s’est fait tancer par le milieu. On ne l’a pas non plus beaucoup aidé après son geste.

Vous semblez néanmoins plus critique à l’égard de cette main que du coup de tête de Zinedine Zidane en finale de la Coupe du monde 2006…

Et comment. Ce n’est pas du tout du même ordre. Je fais la comparaison en évoquant ce que j’appelle le « hachage doux », c’est-à-dire le ceinturage des joueurs dans la surface de réparation, qui est l’une des plaies du football moderne. Sans l’excuser, je souligne que le geste de Zidane venait en réponse à une série de provocations et d’actes d’antijeu de la part du défenseur italien. Plus largement, comment sortir de l’impasse provoquée par le fait que l’arbitre se trouve placé en porte-à-faux par l’usage généralisé du ralenti télé alors que l’accélération du jeu rend les matchs plus difficiles à arbitrer ? Je propose de combiner l’innovation technologique – avec un usage raisonné de la vidéo –, l’augmentation du nombre d’arbitres et l’évolution des règles, en élargissant la gamme des sanctions : coups francs dans la surface de réparation, interdiction de bâtir un mur de défenseurs, exclusions temporaires comme au rugby… L’un des problèmes structurels du football au plan du jeu tient à la disproportion entre la sanction selon qu’une faute est commise à l’extérieur ou à l’intérieur de la surface de séparation. Les sous-sanctions en dehors de celle-ci sont une incitation à la faute répétée pour briser l’attaque adverse avant qu’elle ne se développe, tandis qu’à l’inverse l’arbitre est parfois amené à siffler penalty sans qu’il y ait une occasion de but vraiment franche. Il faudrait revoir l’articulation des sanctions.

Pourquoi, à la différence du rugby, les autorités du football ne font-elles pas évoluer les règles en ce sens ?

Je ne saurais expliquer cette frilosité. Pour prendre l’exemple d’autres sports, on observe que certains ont décliné ou périclité du fait de l’incurie des dirigeants : je pense au cyclisme et à la boxe. Des sociétés courent au désastre par incapacité de se réformer. À la décharge du football, si son inertie confine parfois au conservatisme, il a néanmoins
réussi à devenir le premier sport de la planète en gardant sa simplicité. Le football est compréhensible par tous, à la différence du rugby aujourd’hui.

En conclusion de votre essai, vous observez que le geste de Thierry Henry marque « la fin d’un certain âge d’or »: est-ce le supporter déçu ou le sociologue qui s’exprime ?

Disons que ce sont un peu les deux. Pour moi, ce geste symbolise la fin d’un certain âge d’or du football vis-à-vis de la société française, comme si brusquement le public prenait conscience de ce qu’étaient vraiment ces idoles opulentes qu’il encensait, de quoi elles étaient capables, quelle image elles se faisaient de la loyauté sportive et comment le milieu footballistique – hormis un certain nombre de francs-tireurs comme Lizarazu, Cantona ou Wenger – était capable de faire bloc et de colmater toute intrusion étrangère en manifestant un certain cynisme de la victoire. Je crois que cela va laisser des traces. J’y vois une rupture et la fin d’un consensus – « on est tous ensemble, tous les mêmes » –, voire même l’apparition d’un antagonisme. Le football international est à la croisée des chemins : sera-t-il capable de résoudre la violence de l’injustice sportive ?

Le philosophe Michel Serres parle pour sa part du « vieux sport » répondant aux principes humanistes, pour le distinguer d’un sport contemporain où il ne se reconnaît plus tant celui-ci est dévoyé par l’argent, la violence et l’hypermédiatisation. Partagez-vous cette approche ? (3)

Il faut comprendre que les grands événements sportifs sont devenus les plus grands événements sociaux, de même que les Jeux olympiques de l’Antiquité étaient le plus grand événement des sociétés d’alors. Les Jeux olympiques antiques étaient une manifestation religieuse et aujourd’hui, pour être profanes, les grands événements sportifs touchent aussi au sacré en ce qu’ils rendent « visible » une société, c’est-à-dire le sentiment d’appartenir à une collectivité et à son histoire. Ils rendent visibles ce qui est ordinairement invisible: la transcendance du collectif, au-delà de nos existences individuelles, une croyance en cet autre monde, où « nous ne marcherons jamais seuls » (4). Par ailleurs, je suis réticent à évoquer de façon nostalgique les beautés du sport d’autrefois: si l’on recherche des pratiques vraiment pacifiques, il faut entrer dans ce que j’appelle le « second système des sports », où l’on ne se mesure qu’à soi-même. La nature du « premier » système des sports, celui de l’opposition entre adversaires et, partant, du sport-spectacle, n’a pas changé. La nouveauté, et là je rejoins Michel Serres, c’est l’hypermédiatisation, les enjeux sociaux et financiers, les revenus des stars du sport aujourd’hui.

Ce livre a été écrit à chaud. Plusieurs mois après, votre regard a-t-il changé ?

Non, rien de ce qui s’est passé depuis n’a modifié mon jugement, qui s’est plutôt aiguisé.

Et regarderez-vous les matchs de l’équipe de France cet été ?

Puisque la question est personnelle, j’y réponds de façonpersonnelle: je ne sais pas exactement où j’en serai cet été puisque fin juin je vais subir une opération à cœur ouvert…

Mais je regarderai sûrement les premiers matchs, même si pour moi il y a eu une rupture avec cette équipe, ceux qui l’entraînent et la représentent. Mon sentiment d’écœurement ne s’est pas dissipé.

RECUEILLI PAR PHILIPPE BRENOT

Si le sentiment d’injustice des Irlandais a été partagé par tant de téléspectateurs français, c’est aussi parce que la roublardise de Thierry Henry offrait la victoire et la qualification à une équipe qui, au vu du jeu produit, ne la méritait pas. Depuis la génération Platini, la France avait la réputation d’offrir un football chatoyant que Zidane et les siens portèrent à son zénith en l’an 2000, jusqu’au chant du cygne de l’été 2006. Passer en un instant du statut d’artiste à celui de tricheur aux yeux du monde entier est difficile à avaler pour un pays aussi soucieux de son image, dans les arts comme dans le sport. Au-delà du résultat, n’est-ce pas la manière qui importe ? Or sur le plan du jeu, pour l’équipe de France rien ne va plus. À tel point que son joueur le plus emblématique se voit réduit à en bafouer l’esprit. PH.B.
LE JEU ET SON ESPRIT
dossier

François F

Au re/éditions de Fallois « J’avais passionnément aimé l’équipe de France. (…) Le 18 novembre 2009, cette histoire a brutalement pris fin », explique Paul Yonnet dans son livre.

(1) La revue Profession Football peut être consultée sur http://www.ucpf.fr

(2) Parmi la multitude de réactions, citons celle de la ministre de la Santé et des Sports, Roselyne Bachelot, évoquant un « lâche soulagement », et la demande de trois députés UMP de faire rejouer le match, rejoignant là le souhait officiellement exprimé par le Premier ministre irlandais. Nombre de ces prises de parole sont recensées dans l’ouvrage de Pascal Boniface, Pourquoi tant de haines ?, paru aux éditions du Moment. De son côté, à l’issue de la partie, l’entraîneur français Raymond Domenech avait déclaré : « Nous sommes tous heureux, tous ceux qui aiment le foot français sont heureux. (…) Laissez-moi savourer. » Le président de la fédération française Jean-Pierre Escalettes s’était exprimé sur le même registre : « C’est d’abord une grande joie. La qualification est toujours belle. » Lire aussi la réflexion de Foot Citoyen Magazine (n° 24, mars 2010), en réaction à ceux qui pensent que « ça fait partie du jeu » (www.footcitoyen.org).

(3) Dans l’entretien édité en DVD par l’Insep en 2009. Paul Yonnet est également l’un des invités de cette collection « Regards sur le sport ».

(4) Référence implicite à l’hymne des supporters du Liverpool FC, « You’ll never walk alone ».

« MESURES ET DÉMESURE »DU FOOTBALL

Dans ce court extrait, Paul Yonnet explicite le sous-titre donné à son ouvrage. « Le football est comme un château de sable devant la marée montante. Il est complètement débordé par les phénomènes imprévus qu’il a engendrés ou qui s’y sont greffés: les soudures identificatoires, le supportérisme, la capitalisation, les flux financiers, à présent les paris en ligne. (…) Les dirigeants du football sont à la croisée des chemins. Ils ont devant eux un grand défi, celui d’apprivoiser la démesure que le foot a engendrée. Dans cette optique, et presque en préalable, le football devrait déjà apprendre à gérer ses mesures, et dans ce but réformer l’ensemble du système d’établissement du score. »

Sociologue et essayiste, Paul Yonnet, né en 1948, est l’auteur de Jeux, sports et masses (1985), de Systèmes des sports (1998) et de Huit leçons sur le sport (2004), trois ouvrages où il éclaire les ressorts du sport-spectacle. Prenant appui sur l’acte d’antijeu qui qualifia l’équipe de France pour la Coupe du monde de football, Une main en trop prolonge cette analyse. Pour Paul Yonnet, le « fait de jeu » du 18 novembre 2009 révèle la flagrante inadéquation entre l’arbitrage et un jeu qui va trop vite pour lui : « Le football n’est pas un spectacle de la justice, mais il ne saurait se convertir en spectacle de l’injustice », écrit-il. Cette démonstration en six chapitres est complétée par deux courts essais intitulés « Football, les paradoxes de l’identité » et « Sport et sacré ».*

*Le premier a été publié dans la revue Le Débat éditée par Gallimard (n°146, septembre-octobre 2007) et le second reprend le texte de la conférence prononcée en ouverture du colloque « Sport, religion, laïcité» organisé en septembre 2005 par l’Ufolep, l’Usep et la Ligue de l’enseignement (publié dans En Jeun°404, janvier-février 2007).

« SYSTÈMES DES SPORTS » ET SPECTACLE DE L’INJUSTICE
Une main en trop (mesures et démesure : un état du football), éditions de Fallois, 198 p., 18€. En librairie le 11 mai.

Voir aussi:

INTERVIEW Paul Yonnet (sociologue) : « A chaque match, c’est l’identité nationale qui est remise en jeu »
Les Echos
11/06/2010
Le sociologue et essayiste, spécialiste du sport et des loisirs, explique les raisons pour lesquelles la Coupe du monde suscite un tel engouement et analyse les dérives actuelles du foot-business.
INTERVIEW
PAUL YONNET, SOCIOLOGUE

A chaque match, c’est l’identité nationale qui est remise en jeu

Le sociologue et essayiste, spécialiste du sport et des loisirs, explique les raisons pour lesquelles la Coupe du monde suscite un tel engouement et analyse les dérives actuelles du foot-business.

Pourquoi la Coupe du monde déchaîne-t-elle autant de passion ?

C’est un événement de portée mondiale. Il s’agit de la plus grande compétition du premier sport de la planète. Il est donc logique qu’elle concentre autant d’attention, même si le football est avant tout un sport européo-centré. Pour les supporteurs, comme pour les joueurs, il s’agit d’un retour au bercail de l’identité. Face aux grands clubs, qui sont devenus des sélections cosmopolites, les équipes nationales permettent donc une identification facile, qui va de soi. D’autant qu’il n’y a plus le filtre des associations de supporteurs. A chaque match, c’est l’identité nationale qui est remise en jeu, transitivement, sans intermédiaire.

Vous estimez cependant que ce n’est pas le nec plus ultra du football…

C’est un tabou. Mais il faut quand même reconnaître que la qualité du spectacle offert est rarement très élevée. A chaque Coupe du Monde, il y a au maximum une poignée de matchs de très haut niveau. Cela tient au fait que sur les 32 équipes présentes, une bonne partie seraient battues par les grands clubs européens. Quant aux autres, les favoris, leur niveau de jeu est souvent inférieur à ce qu’on peut attendre, étant donné les joueurs qui les composent. C’est le cas cette année de la France, de l’Argentine ou du Brésil par exemple.

Où mettez-vous la limite entre des manifestations identitaires saines et l’expression d’un nationalisme plus inquiétant ?

En règle générale, le sport en tant que spectacle n’est pas la purgation des passions. Ce n’est pas une manière de ne pas faire la guerre, ni une catharsis, un apaisement. On est devant un phénomène inverse, proche de l’addiction, qui s’exprime dans l’euphorie de la victoire ou le ressentiment de la défaite, et met en réserve des ressources de violence. Mais cette équation répond surtout aux rencontres entre clubs. Dans une compétition entre nations comme la Coupe du Monde, la valeur identitaire nationaliste dépend en fait beaucoup de l’histoire de chaque nation. L’Italie par exemple, qui est de formation récente, concentre une forte dose de nationalisme autour de son équipe nationale. Pour la France, la question se pose en termes différents. Notre pays est en perte de souveraineté et connaît parallèlement une crise de son modèle jacobin. L’expression de l’identité nationale est un dérivatif à ses problèmes. Le phénomène identitaire ne fonctionne que si les Français sont séduits par leur équipe.

C’est ce qui explique le désamour dont souffre l’équipe de France ?

Il s’explique de manière très simple par le fait que cette équipe conjugue une absence de manière et de résultats. C’est une première dans l’histoire des Bleus. Sa composition ethnique n’est pas un frein à sa popularité, contrairement à ce que sous-entendent certains. Tout le monde se souvient de l’équipe black–blanc-beur de 98. La seule question que l’on peut se poser en la matière, c’est pourquoi la France présente une sélection qui n’est plus ethniquement parlant représentative de l’immigration. Jusque-là, c’était toujours le cas avec, historiquement, des représentants des communautés polonaise, italienne ou maghrébine. On assiste sans doute à un phénomène de relégation sociale. Ce qui veut dire que pour la population d’origine africaine subsaharienne, le sport reste un moyen de contourner les obstacles à la promotion sociale dans d’autres domaines de la vie collective. Ce n’est pas un très bon signe sur le fonctionnement de notre société.

Si l’on s’extrait du monde des sélections nationales pour parler du foot en général. Estimez-vous que la place prise par l’argent ait dénaturé le football ?

C’est un peu comme si vous me demandiez si l’argent avait défiguré la fête de Noël. Son sens demeure. On peut imaginer un tout autre football, où l’on ne comptabiliserait pas les buts, sans classement, auto-arbitré par les joueurs, et il existe des épreuves inspirées de cette philosophie. Il perdrait son sens actuel. La présence de l’argent pose la question du contrôle de son usage.

Ne demande-t-on pas trop au football ?

Le foot n’est pas le spectacle de la justice. Ce n’est pas forcément l’équipe qui produit le meilleur jeu qui l’emporte. Et il y aura toujours une marge incompressible d’erreurs d’arbitrage. Mais il ne peut pas se transformer en spectacle de l’injustice, sinon il devient un poison social. Or, c’est ce qui se produit de plus en plus à cause de trois facteurs constitutifs de l’économie interne du football. Par rapport aux autres grands sports, les réalisations, c’est-à-dire le les buts, y sont rares. Ils sont du coup très valorisés. De plus, la règle n’est pas faite pour être appliquée de façon littérale, mais pour être interprétée en fonction de l’intentionnalité. Ce qui crée une jurisprudence chaotique. Enfin, c’est un sport sous-arbitré, du fait de l’insuffisance du nombre d’arbitres et du refus de l’assistance technologique. La conjugaison de ces trois éléments fait qu’il est tentant d’essayer de tromper l’arbitre. L’histoire du football est d’ailleurs jalonnée d’exemples de ce type, comme la main de Maradona en 1986 au Mexique ou plus récemment celle de Thierry Henry. Les joueurs ont une ressource de déloyauté qui est toujours prête à être mise en œuvre, à condition qu’ils étouffent un instant leur conscience morale, ce que beaucoup ne sont pas prêts à faire.

Le foot se donne-t-il aujourd’hui les moyens de régler ces problèmes ?
Je ne le crois pas. Je suis même convaincu du contraire. Les problèmes du foot sont devant lui. L’UEFA le sait. Elle vient de s’attaquer à la question financière en imposant la règle du fair play financier aux plus grands clubs. L’objectif est de ramener à l’orthodoxie les clubs les plus endettés, qui achètent les titres prestigieux à coup de déficits faramineux. Mais pour régler les problèmes de fond, il faudra se résoudre à adopter l’arbitrage vidéo et aussi modifier certaines règles comme celle du hors-jeu, qui est concrètement inapplicable. Dans l’hypothèse d’un statu quo, on peut imaginer l’émergence d’un sport concurrent. Les problèmes vont être majorés par l’ouverture du marché des jeux en ligne dans de nombreux pays. Les tentatives de trucage existent déjà et vont se multiplier à l’avenir.
PROPOS RECUEILLIS PAR JACQUES HUBERT-RODIER ET FRANÇOIS VIDAL,

Voir également:

Mondial: Wenger soutient l’Angleterre et critique les Français
(AFP)
09 juin 2010

LONDRES — L’entraîneur français d’Arsenal, Arsène Wenger, confie dans une tribune au Sun que « rien ne lui ferait plus plaisir que de voir l’Angleterre gagner la Coupe du monde » et regrette le manque de patriotisme qui entoure l’équipe de France.

« Rien ne me ferait plus plaisir que de voir l’Angleterre gagner la Coupe du monde », reconnaît l’entraîneur du club londonien.

« Quand je conduis à Londres, il y a une croix de Saint George sur la moitié des voitures. J’étais à Paris la semaine dernière et je n’ai pas vu une voiture avec un drapeau français. Cela résume tout », selon l’Alsacien.

« J’aime cette attitude (ndlr: anglaise) et c’est pour cela que j’aimerais que l’Angleterre gagne la Coupe du monde », poursuit Wenger.

« Quand je suis un peu en retard pour un match de l’Angleterre, je me presse parce que je ne veux pas manquer l’hymne national. En Angleterre, ils chantent le God Save The Queen comme un seul homme. Quand je suis en retard en France, je prends mon temps, parce que la moitié du stade siffle l’hymne », explique-t-il encore.

« La France pourrait être une force qui compte au Mondial. Mais elle manque de foi en elle parce que tout le pays a le sentiment qu’elle ne devrait pas être là, vu la manière dont elle s’est qualifiée contre l’Eire », analyse Wenger en allusion à la main de Thierry Henry.

Evoquant le possible statut de remplaçant de son ancien protégé, Wenger juge qu' »il est en marge de l’équipe ». « Le problème est de le convaincre qu’il reste un joueur important », écrit l’entraîneur d’Arsenal. « La France ne marque pas assez et il a la classe et l’intelligence pour y remédier », selon lui.

Voir de même:

http://www.tf1.fr/my-telefoot/news/arsene-wenger-supporte-l-angleterre-5878767.html

Arsène Wenger supporte… l’Angleterre !
TFI
10 juin 2010

Arsène Wenger déclare dans une interview accordée au tabloïd anglais The Sun qu’il soutiendra l’Angleterre pendant la Coupe du monde. Au détriment de la France ?

Go England !
Le plus anglais des entraîneurs français, Arsène Wenger, connaît quelques soucis d’identité en ce moment. Dans un entretien donné au Sun, le manager d’Arsenal déclare sans retenue : « Rien ne me ferait plus plaisir que de voir l’Angleterre remporter la Coupe du Monde ».
Et les Bleus dans tout ça ? « Ils ont de bons joueurs qui sont très efficaces en contre-attaque, mais ils n’ont pas été convaincants contre les équipes qui défendent bas ». Plus que son patriotisme, Wenger semble surtout avoir perdu foi en l’équipe de France, qu’il croit apparemment incapable de bien figurer dans ce Mondial.

Pas un seul drapeau français
Paradoxalement, Arsène Wenger reproche au public français de penser comme lui : « Ce que j’aime avec l’Angleterre, c’est l’irrésistible croyance qu’a l’ensemble du pays pour son équipe. Lors de chaque Coupe du monde les gens sont incroyablement déçus lorsqu’ils ne gagnent pas, mais dès que le prochain tournoi approche, tous croient de nouveau qu’ils vont l’emporter ».
« Quand je conduis à Londres, il y a une croix de Saint George sur la moitié des voitures. J’étais à Paris la semaine dernière et je n’ai pas vu une voiture avec un drapeau français. J’aime cette attitude (des Anglais), et c’est pourquoi j’aimerais que l’Angleterre gagne la Coupe du Monde ».

Les Français apprécieront, joueurs comme supporters.

Voir enfin:

Mister Wenger are you crazy?

Laurent PICAT

jeudi 10 juin 2010

Installé à Londres depuis quatorze ans, Arsène Wenger aura le cœur du côté anglais de la Manche pendant la Coupe du Monde. Notamment parce qu’il regrette le manque de patriotisme des Français.

En rugby, ce serait un affront. Un Français arborant les couleurs blanche et rouge de l’Angleterre avant le début du Tournoi des VI Nations deviendrait un paria à l’heure du Crunch. Entraîneur d’Arsenal depuis 1996, Arsène Wenger a franchi la Manche depuis longtemps. Il est devenu l’une des figures du foot anglais et ne s’est rapproché de la France qu’avec ses recrues en provenance de Ligue 1 ou à l’occasion de matchs commentés sur TF1. Des rendez-vous en cabine qui lui ont permis d’observer les Bleus mais aussi leurs supporters. Et à la veille de l’ouverture de la Coupe du Monde 2010, l’ancien coach de Monaco a choisi son camp. Sans trembler. Sans faire de compromis. Plutôt discret et courtois, hormis lors de ses échanges musclés avec Sir Alex Ferguson ou José Mourinho, Arsène Wenger a fait une sortie surprenante dans le Sun. Un tabloïd à la réputation pourtant limitée.

« Rien ne me ferait plus plaisir que de voir l’Angleterre gagner la Coupe du Monde, écrit l’entraîneur français dans une tribune publiée jeudi, avant d’expliquer cette déclaration d’amour par le patriotisme de nos voisins. Quand je conduis à Londres, il y a une croix de Saint George sur la moitié des voitures. J’étais à Paris la semaine dernière et je n’ai pas vu une voiture avec un drapeau français. Cela résume tout. J’aime cette attitude et c’est pour cela que j’aimerais que l’Angleterre gagne la Coupe du Monde. Quand je suis un peu en retard pour un match de l’Angleterre, je me presse parce que je ne veux pas manquer l’hymne national. En Angleterre, ils chantent le God Save The Queen comme un seul homme. Quand je suis en retard en France, je prends mon temps parce que la moitié du stade siffle l’hymne. C’est la différence entre la France et l’Angleterre au niveau de l’amour de leur pays. Je trouve ça fantastique. »

S’il regrette la faiblesse de la ferveur française, Arsène Wenger la comprend aussi un peu. Et souligne le malaise né au mois de novembre avec l’affaire de la main de Thierry Henry. « La France peut être l’un des favoris de cette Coupe du Monde mais ils manquent de confiance parce que le pays entier a la sensation qu’ils ne devraient pas y être avec la manière dont ils se sont qualifiés contre l’Irlande, estime-t-il. Ils ont des bons joueurs qui sont très efficaces en contre-attaque mais ils n’ont pas été convaincants contre deux équipes qui ont défendu très bas. C’est un problème qui affecte aussi Thierry Henry, qui n’est pas certain de démarrer. Il est à la marge de l’équipe et croit qu’il ne va jouer que quand on aura besoin de lui. Le problème est de le persuader qu’il peut encore être un joueur important. La France ne marque pas assez de buts et il a la classe et l’intelligence pour changer ça. Mais la France doit l’intégrer à nouveau. » Un thé, Mister Wenger ?

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