Iran: Anniversaire, piège à cons! (The day the revolution died and the US president stood aside)

Neda's death (Tehran, June 20, 2009)Le monde extérieur doit jouer la carte des Iraniens eux-mêmes, ne plus parler aux geôliers mais à ses prisonniers. Il ne faut pas retomber dans le piège du changement de sièges car le jeu de cartes est toujours identique même si les cartes qui sortent sont différentes. Reza Pahlavi
Nous avons essayé d’envoyer un message clair disant que, selon nous, un changement est possible. Quel que soit celui qui est appelé à remporter l’élection au bout du compte, nous espérons que le débat vigoureux qui a eu lieu (en Iran) servira notre capacité à nouer le dialogue avec eux d’une nouvelle manière. Barack Hussein Obama (12 juin 2009)
C’est aux Iraniens qu’il appartient de décider. Nous n’allons pas nous en mêler. (…) Mon approche c’est: attendons de voir. (…) Je pense qu’il est important de comprendre que la différence en terme de politique réelle entre MM. Ahmadinejad et Moussavi n’est peut-être pas aussi grande qu’on ne l’a dit. Obama (16 juin 2009)
On tue et on bat les gens dans les rues de Téhéran et dans tout l’Iran et nous devrions les défendre. Comme nous l’avions fait pour les ouvriers polonais à Dantzig ou pour le peuple tchèque lors du printemps de Prague et comme nous avons défendu la liberté dans chaque partie du monde. Ce n’est pas ça que nous faisons en ce moment. John McCain
C’est un grand jour pour tous les Iraniens: un jour de prise de conscience de leur force. Ils sauront bientôt qui sont leurs amis ou ennemis au sein du régime ou encore en dehors des frontières de l’Iran. Cette foule que Reza Pahlavi a qualifiée de « combattante et fort capable » a montré sa capacité à surmonter sa peur, il lui faut maintenant le soutien des Etats libres. Il faudrait qu’ils oublient les faux-semblants comme Moussavi, Khatami, la validité du scrutin, mais aussi leurs contrats en Iran pour investir sur les Iraniens, uniquement sur les Iraniens. Pour l’instant, cette demande implicite des Iraniens est restée sans suite: on n’entend guère la France, l’Italie et les autres partenaires commerciaux de l’Iran. Le pire exemple est donné par Obama qui évite d’évoquer le sujet du soutien au peuple et veut uniquement s’adresser à Khamenei pour lui parler du scrutin, avec ce vague espoir d’une entente avec ce régime. Mais des voix se lèvent aux Etats-Unis, certains Américains critiquent cette attitude indigne de Barack Hussein Obama. Iran-Resist
Le régime des mollahs perd pied: il a ouvert une fenêtre pour aérer le système (…) et une bourrasque est entrée dans la maison. Iran-Resist
Pourquoi Moussavi a-t-il fait campagne contre Ahmadinejad ? De nombreux analystes pensent que Khamenei et ses conseillers voulaient contrecarrer l’ « effet Obama » : la montée, au sien de l’opinion iranienne, d’un mouvement tirant prétexte du « pro-islamisme » du nouveau président américain afin de préconiser une réconciliation avec les Etats-Unis et l’Occident. A cette fin, une stratégie en deux temps a été élaborée : autoriser Moussavi à incarner une ligne libérale ; puis le faire battre par Ahmadinejad. Mais apparemement, le vote « ahmadinejadiste » a été trop faible, même dans un contexte de fraudes et de manipulations. D’où les émeutes actuelles. Michel Gurfinkiel
Alors que mon cœur est avec ces nombreux Iraniens qui veulent désespérément se débarrasser d’Ahmadinejad, ma tête me dit qu’il vaut mieux qu’il reste au pouvoir. Quand Mohamed Khatami était président, ses mots doux ont endormi la vigilance du monde alors qu’il développait son programme d’armes nucléaires. Si les modèles demeurent sans changement, mieux vaut avoir un Ahmadinejad belliqueux, apocalyptique et rentre-dedans qui effraye le monde qu’un mielleux Moussavi qui à nouveau l’endorme pendant que tournent tranquillement les milliers de centrifugeuses. Daniel Pipes
Il n’y a aucune garantie qu’un clair soutien américain aurait modifié l’issue de la lutte entre l’autocratie et la liberté en Iran. Mais il n’en restera pas moins dans la grande geste de la liberté qu’au moment où la Perse s’est soulevée à l’été 2009, le responsable de la puissance américaine s’est dérobé et qu’un président si fier de son éloquence n’a même pas réussi à trouver les mots pour faire savoir aux forces de la liberté qu’il avait compris les sources de leur révolte. Fouad Ajami

Faux démocrates, faux massacres, catastrophe orchestrée, fausse contestation d’élections-bidon, faux manifestants, faux opposants et à présent… faux anniversaire?

Alors qu’en ce 1er anniversaire de la fausse révolution verte qui faillit déraper mais qui, à l’image de la pauvre Neda et faute de soutien international, fut finalement étouffée …

Et à l’heure où, entre les fausses commémorations, les si chic « petits Munich cathodiques » et l’énième curée anti-israélienne de la flottille, l’on repart pour un nouveau train de sanctions dont on sait à l’avance que l’Iran les contournera

Retour, avec Fouad Ajami, sur ce président américain « si fier de son éloquence » et qui, s’il avait apparemment bien perçu l’absence de choix réel entre Ahmadinejad et son clone Moussavi, n’a « même pas réussi à trouver les mots pour faire savoir aux forces de la liberté qu’il avait compris les sources de leur révolte »

Iran and the ‘Freedom Recession’
Facebook had no answer to the pro-regime vigilantes who ruled the streets. And the U.S. president, who might have helped, stood aside.
Fouad Ajami
The WSJ
June 11, 2010

Three decades ago, before his final flight to exile, the Shah of Iran had drawn a line: He would not fire on his people. He was a king, he said, and not a dictator. The army had not yet cracked; there were loyalists keen to make a stand against the revolutionary upheaval. But the man at the center of the storm had boarded a plane, with his immediate family, in search of a country that would have him.

It’s impossible to fathom such a principled retreat by today’s « Supreme Leader, » Ayatollah Ali Khamenei, and his vast apparatus of repression and terror. If anything, a year after the fraudulent election last June 12, the theocracy is entrenched and the Revolutionary Guards and the Basij, the regime’s murderous paramilitaries, man a political order bereft of mercy and restraint. Iran was not fated to have its « velvet revolution. » The Green movement that challenged the ruling apparatus has not been able to carry the day.

Those expecting a quick deliverance for the people of Iran never fully took in the power of the regime and its instruments of repression. This wasn’t Leipzig and Budapest and Warsaw and Berlin in 1989 when the Communist despotisms gave way; this was China after Tiananmen Square.

In retrospect, it could be said that the first Islamic Republic (1979-2009) had fallen, and that a second republic, more cruel and unapologetic in its exercise of power, had risen. It wasn’t pretty that first republic, but it had pretensions to a measure of pluralism and it gave some sustenance to those in Europe and in American liberal circles who believed that the Iranian revolution was making its way to an accommodation with the international order of states.

In his seminal book « The Anatomy of Revolution, » historian Crane Brinton had sketched the progression of revolutions: their outbreak and early euphoria, the destruction of the moderates, and the triumph of the extremists as revolutions devour their own children. In the final phase, there is Thermidor—borrowed from the calendar of the French Revolution—where there is a slow return to less heroic times, and a period of convalescence. Iran was to defy that revolutionary calendar, and it now appears to have entered an apocalyptic phase; a darker night of despotism has settled upon the weary people of Iran.

A schism has opened in Iranian society: Ayatollah Ruhollah Khomeini’s terrible children have turned on his garden-variety radical children. We can now see the hubris of cyber optimism, the naiveté of thinking that Twitter and Facebook and YouTube would topple a ruthless regime determined to maintain its grip on a restless nation. At the heart of it, this was and remains a brutal fight, a raw assertion of power. Facebook has no answer to the vigilantes of the Basij roaming the streets of Iran looking for prey. Twitter can’t overcome the Revolutionary Guard with the wealth and resources granted them by a command economy they have managed to organize to their own preference.

The truth of this Iranian state is straightforward: It is a petrocracy. Oil income sustains it, enables it to defy the opinions of its own people, and of people beyond. In the past year, Mahmoud Ahmadinejad and his allies in the bureaucracy and parliament have been pushing for a « streamlining » of the country’s extensive system of subsidies—in effect for a phasing out of price subsidies for bread, electricity, water and gasoline.

The system in place is inefficient and costly (it takes an estimated 40% of the budget to sustain the subsidies). But it isn’t a true desire for reform or economic progress that motivates President Ahmadinejad. What he and his supporters seek is a targeted system of rebates and cash transfers that would give the rulers yet greater powers to reward and to punish. This is the sword of Damocles over the opposition—an administered economy in the hands of the regime and of the Revolutionary Guard.

In the best of worlds, the struggle of Iran’s reformers would have still been a difficult undertaking. But Iran’s oppositionists labored against the background of a bleak international landscape.

Democratic struggles never occur in isolation. Freedom House tells us that there is a « freedom recession » in today’s order of nations. The world-wide economic crisis of 2008 has been a boon to authoritarianism, for pessimism and economic anxiety are the autocrats’ allies. Two of the great powers, China and Russia, are openly contemptuous of democratic norms, and China holds before others the success of its model—political autocracy and a crony-run economy.

The autocrats in Beijing and Moscow favor Iran’s rulers and partake of a worldview congenial to the regime in Tehran. Neither power cares about the conduct of Iran’s rulers at home—so wedded are both Russia and China to the principle of unfettered national sovereignty. Neither power would countenance tough, punishing sanctions on the Iranian regime. The Russians and the Chinese may have gone through the motions of imposing a fourth round of sanctions on Iran, but they did so secure in the knowledge that the Iranians will find a way around these sanctions as they have in the past.

In Iran’s larger neighborhood, the despotisms are in the saddle, and the masters of the Iranian regime can point to their alliance with Syria and Hezbollah and Hamas as evidence of their skill, of the drive that made Iran, for all practical purposes, a power of the Mediterranean.

There was once a time, not so long ago, that Turkey’s example of a successful, decent democracy could be held up as a rebuke to Iran. But that is no longer the case, as Turkey courts Iran and turns its back on its old American alliance. A regime that can tell its people that it is on the verge of becoming a nuclear power is not one to apologize for the show trials of dissidents or for the reformers hauled off to prison.

Meanwhile, America’s new standard-bearer, President Barack Obama, had come to a conviction that the pursuit of freedom in distant lands was not a legitimate American concern. From his first days in office, Mr. Obama signaled his resignation toward the despotisms of the Greater Middle East: He would take them as they come.

For the Iranian regime in particular, Mr. Obama held out the promise of « engagement. » This was to be his diplomatic showcase, the purest embodiment of his break with his predecessor’s legacy. Full of hubris about the appeal of his own biography to Muslims, Mr. Obama was certain that his diplomacy would work where George W. Bush’s hard line toward the theocracy had failed.

Then came last June’s election and an outpouring by the Iranian people for representative democracy. The Obama diplomacy was caught flatfooted by the tumult, to say the least. Mr. Obama had bet on Iran’s rulers, but a democratic opposition—in our image, speaking the language of democracy and unfurling its banners—was in the streets contesting the rulers’ will and the rulers’ truth. It was a moment of supreme embarrassment for the United States—a case of both strategic and moral failure on the part of the president.

There is no guarantee that categorical American support would have altered the outcome of the struggle between autocracy and liberty in Iran. But it shall now be part of the narrative of liberty that when Persia rose in the summer of 2009 the steward of American power ducked for cover, and that a president who prided himself on his eloquence couldn’t even find the words to tell the forces of liberty that he understood the wellsprings of their revolt.

Mr. Ajami, a professor at Johns Hopkins School of Advanced International Studies and a senior fellow at Stanford University’s Hoover Institution, is the author of « The Foreigner’s Gift » (Free Press, 2007).

Voir aussi:

Iran: Les difficultés de Moussavi et Karroubi
Iran-Resist
11.06.10

Le Mouvement Vert, fausse opposition interne du régime apparue le 12 juin dernier, ne mobilise guère car les Iraniens ne veulent en aucun cas cautionner un mouvement favorable au régime. Comme nous l’avions annoncé, on s’attend à une mobilisation nulle, c’est pourquoi Moussavi et Karroubi, les deux dirigeants du Mouvement Vert, ont annoncé que la « manifestation (d’anniversaire du Mouvement) n’aurait pas lieu ».

C’est désormais presque une règle : Moussavi annonce sa présence, évoque des obstacles, mais affirme sa volonté de se battre avant d’annuler. Il a à chaque fois droit à plusieurs énormes buzz médiatiques. Il agite ainsi les médias occidentaux depuis un an sans être jamais descendu dans la rue. Les Occidentaux ne prêtent guère d’attention aux preuves d’impopularité de Moussavi car ils aimeraient voir le régime réussir à simuler une démocratie pour améliorer son image et ainsi leurs relations commerciales. Grâce à cette cécité volontaire, le régime recommence inlassablement ses triples buzz autour des non-évènements. Le triple buzz est la seule actualité du Mouvement Vert comme cela a été aussi le cas pour les précédents modèles de faux opposants internes qui sont les alibis démocratiques du régime des mollahs.

La méthode du triple buzz est simple : on met en scène des efforts infructueux en faveur de la démocratie. Ces efforts sont toujours individuels : on ne voit rien de collectif. C’est le principe de Sisyphe ! Cela est dicté par l’absence de partisans à cette fausse démocratie, mais aussi le fait que ce processus n’est pas fait pour améliorer les choses, mais pour simuler une amélioration (que personne au sein du régime ne souhaite). Ainsi dans le cas de Moussavi et Karroubi, les deux hommes s’agitent sans que l’on ne voit intervenir d’autres personnes de leur groupe ou quelqu’un des nombreuses associations dissidentes du régime.

Le cas le plus courant de cette méthode de manipulation de l’opinion (occidentale) est l’annonce d’arrestation d’un individu isolé (souvent un inconnu), suivi du récit de ses malheurs en prison, puis sa libération grâce aux efforts internationaux. Une fois la personne libérée : elle donne des dizaines d’interviews à des grands médias occidentaux sur sa détention sans être inquiétée par le régime. Quand le soufflet retombe ou quand le régime a besoin, il recommence la même diversion avec un autre ! C’est le cas actuellement avec l’échec de la mobilisation par Moussavi et Karroubi, c’est pourquoi nous aurons sans doute droit dans les prochains jours à des arrestations surmédiatisées ou une aggravation de l’Etat de santé de certains prisonniers médiatiques du régime. Mais alors, nous ne verrons pas Moussavi et Karroubi prendre leur défense car cela laisse supposer une mobilisation que ces deux pions du régime sont incapables de réaliser.

Voir églement :

http://www.iran-resist.org/article5967

Iran : La « Révolution Verte », deuxième prise !
05.06.2010

Il y a un an, le régime des mollahs a voulu simuler une révolution de couleur pour donner une légitimité absolue à ses institutions ainsi qu’à son programme nucléaire (défendu par Moussavi), mais trois jours après le début de la révolution verte, les choses ont échappé aux mollahs. Le peuple a profité de la brèche pour descendre massivement dans la rue et contester le régime tout entier. Quand les mollahs avaient lancé leur révolution verte, les Européens étaient ravis car ce régime horrible qui leur vend le pétrole au dixième de son prix allait avoir une meilleure image. En revanche, dès que le peuple est descendu dans la rue, les Européens ont détourné les regards pour laisser le régime étouffer cette contestation et ils se sont, à nouveau, intéressés à l’Iran quand le régime a repris la promotion de son mouvement Vert. Un an après, alors que le peuple se rappelle cette double trahison, le régime et ses amis européens préparent fébrilement l’anniversaire de cette fausse opposition.

Il y a une véritable course à la promotion du Mouvement vert surtout en Europe. En France, la Cinémathèque Française organise une journée pour la promotion des ceux qui veulent la victoire de Moussavi, cet homme qui ne jure que par Khomeiny et la charia et qui de surcroît est un des 23 membres à vie du Conseil de Discernement de l’Intérêt du Régime, organe plénipotentiaire qui décide de toutes les politiques appliquées par les ministres et les gouvernements.

Le Vert est à l’honneur : ARTE organise une soirée thèma à la gloire de la « Révolution Verte » dont les partisans ont brandi fièrement l’année dernière les portraits de Khomeiny en dénonçant ceux qui avaient mis en doute leur fidélité à la révolution islamiste de 1979. Ainsi des organismes liés à des Etats qui se remplissent les poches en Iran tentent de faire croire à des millions d’Européens que la seule alternative pour l’Iran est une autre version de la république islamique.

Cela est loin d’être la vérité. Il y a un an, le 15 juin, trois jours après le début de la simulation verte, des millions d’Iraniens sont descendus dans les rues de toutes les grandes villes pour crier « mort à la république islamique » ou entonner en plein jour l’hymne national iranien qui a été écrit sous la monarchie progressiste des Pahlavi. Cela est arrivé au lendemain du soulèvement populaire iranien sur une place où 100 ans plus tôt, la foule de Téhéran avait pendu le maître à penser de Khomeiny.

Il y a un an, quand cela est arrivé, Moussavi, Karroubi et Khatami qui sont les animateurs du Mouvement Vert ont déserté la rue puis ont écrit une lettre ouverte au Guide Suprême pour le prier de « châtier le plus durement possible, y compris par la mort, ces voyous qui osaient contester le caractère islamique du pouvoir ».

Il y a un an, cet appel publié dans un grand quotidien iranien n’a pas refroidi l’ardeur des Iraniens, ils sont descendus plus massivement dans les rues. La foule a grossi au fil des jours car les Bassidjis, jeunes miliciens chargés de mater toute émeute, ont refusé de tirer. Le régime a perdu la face car il avait toujours prétendu que ses miliciens n’attendraient pas l’ordre de feu pour faire usage de leurs armes contre les contre-révolutionnaires, or, il ne s’est rien passé de tel. Cela avait forcé le régime à recourir au service des officiers des services secrets qui agissent en tenue civile et à des snipers qui tiraient depuis des toits ou juchés sur des motos sur les gens pour semer la terreur dans les cortèges. Cela a même fait une victime célèbre, Neda Agha-Soltan. Il y a un an, quand c’est arrivé le Mouvement Vert n’a pas condamné ces morts : Moussavi, Karroubi ou Khatami n’ont rien dit. Marjane Satrapi n’a pas fait un petit dessin. Le Mouvement Vert a même crié à une mise en scène !

10 jours durant (du 15 au 25 juin), les Iraniens ont contesté le régime, mais au bout du compte malgré les images époustouflantes d’une vraie révolution populaire envoyées via Skype, malgré la solidarité des jeunes de la milice (aujourd’hui récompensés par les calomnies du Mouvement Vert), la contestation s’est essoufflée car il n’y a eu aucune solidarité internationale. Le peuple a abandonné le combat. Aussitôt, les animateurs du Mouvement Vert sont sortis de leur silence et ont appelé à manifester pour surfer sur la vague. Les médias occidentaux dont les correspondants avaient perdu les piles de leurs caméras du 15 au 25 juin ont repris la noble tâche d’informer, mais ils ont tous eu une surprise de taille : il n’y avait plus personne dans les rues pour manifester sous la bannière verte hormis les 2 à 3000 manifestants professionnels du régime. Il y eut une dizaine d’appels à la manifestation de la part du Mouvement Vert, mais à chaque fois, ce fut un fiasco en termes de mobilisation.

Le régime qui a besoin de cette fausse révolution de couleur a alors dissimulé Moussavi et les slogans très islamistes du Mouvement Vert pour appeler à la manifestation le 9 juillet, date anniversaire de la contestation estudiantine de 1999. Le peuple a alors repris le chemin des rues, mais le soir quand les gens ont regardé les télévisions étrangères pour savoir si cette fois l’Occident avait enregistré leur envie de changement, ils ont constaté que le son des vidéos avait été trafiqué et que le régime avait ajouté des slogans en faveur de Moussavi. Dès lors le boycott devint total.

Le régime qui était battu a prétendu que la mobilisation avait été rendue impossible par la milice ! Mais alors que le régime semblait incapable de mobiliser les Iraniens pour sa fausse révolution démocratique interne, à l’appel d’opposants anonymes très clairement hostiles au régime, les Iraniens sont massivement descendus dans les rues dans tout le pays pour rendre un dernier hommage à Neda. Le message était clair, mais le régime n’a retenu qu’une seule chose : il était possible de mobiliser à nouveau les Iraniens. Le soir même , il a mis ses propres 3000 manifestants dans les rues pour crier des slogans pro-Moussavi dont les vidéos étaient destinées à être diffusées sur Youtube pour maintenir en vie le mouvement Vert qui n’existe pas.

Dès lors, le régime a commencé une autre stratégie : attirer les Iraniens dans les rues en faisant annoncer par avance des slogans patriotiques, c’est-à-dire non islamiques, ou légèrement contestataires. Mais les Iraniens ont encore boycotté les appels car les manifestations soi-disant patriotiques avaient lieu à des dates qui célèbrent des évènements clefs de la révolution islamique de 1979. En réponse à cette absence de la foule qui ridiculise le Mouvement Vert, le régime a organisé ses manifestations vertes en faisant annoncer une forte participation. Mais étant donné que cette mobilisation était fictive et qu’il ne pouvait diffuser des images pour prouver son authenticité, on est entré dans une phase où les images provenant de ces manifestations étaient toujours mal cadrées (regardant le ciel ou le sol), floues ou encore d’une très courte durée, mais toujours dotées d’une bande sonore très claire faisant état d’une foule immense.

Le régime a ainsi sauvé ses manifestations annoncées internationalement, mais il était bien embêté car tout cela n’a pas été planifié pour donner de la république islamique l’image d’une démocratie en construction, mais pour donner une légitimité démocratique à Moussavi qui incarne les valeurs fondamentales de la révolution islamique, c’est-à-dire le refus de tous compromis avec l’Occident. Cet homme soutient aussi le programme nucléaire iranien. En fait, la révolution verte veut donner une légitimité populaire au refus de tout compromis dans le programme nucléaire iranien afin de condamner moralement les sanctions contre ce programme. C’est pourquoi à l’approche du 1er janvier 2010, date à laquelle Obama devait annoncer des sanctions, Téhéran est allé encore plus loin dans la posture soi-disant anti-régime en faisant circuler des rumeurs de soulèvements dans les régions reculées pour mobiliser massivement les Iraniens lors d’une manifestation appelée par le mouvement Vert à la date du 27 décembre. Les Iraniens ont encore boycotté l’appel et le régime s’est retrouvé avec ses 3000 manifestants professionnels. Cette fois, il avait prévu le coup de l’absence du peuple en imaginant une petite révolution mise en scène hollywoodienne en plein centre ville entre les deux principaux carrefours de la ville. Malgré les efforts d’agitation médiatique, aucun Iranien n’est descendu de sa voiture pour se joindre à cette révolution bidon. Ce fut le dernier fiasco du régime. Le Mouvement Vert a cessé tout appel à la manifestation et arrive à son premier anniversaire après 5 mois de silence.

Ironie de l’histoire, cet anniversaire coïncide avec la possible adoption d’une nouvelle résolution dotée de nouvelles sanctions contre le régime. Même si les grandes puissances ont fait savoir qu’il n’y aurait aucune sanction paralysante dans cette nouvelle résolution, les sanctions déjà adoptées et en cours d’application restent en vigueur et continueront d’épuiser chaque jour d’avantage le régime, c’est pourquoi le régime des mollahs est allé très loin dans la posture anti-régime. La première concession a été de signer les appels à la mobilisation des Iraniens exilés non plus du nom du Mouvement Vert (couleur de l’Islam), mais du nom du « Mouvement Vert-Blanc-Rouge », les trois couleurs du drapeau iranien. Un de nos correspondants à Paris nous a rapporté que l’envoyé spécial du régime en France, chargé de la surveillance de la bonne tenue des manifestations, avait troqué son ruban vert pour un pin’s de la carte de l’Iran de couleurs Vert-Blanc-Rouge qui est depuis des années produit par les partisans de Reza Pahlavi. Ce n’est pas un hasard car le régime vient aussi de publier et diffuser en Iran des affiches vertes à l’effigie de Reza Pahlavi ! Sous le slogan « Pour la liberté », on voit l’homme le plus populaire de l’opposition et qui suscite le plus grand espoir de changement aux côtés de Moussavi. Pince-moi je rêve !

Dans nos émissions vers l’Iran sur Radio Toloo, nous avions demandé aux Iraniens de rester chez eux et en leur promettant que cela obligerait le régime à autoriser ce genre d’écarts pour les mobiliser, mais nous étions à cent lieu d’imaginer que le régime avouerait l’attrait du peuple pour Reza Pahlavi !

Ces affiches à l’effigie de Reza Pahlavi sont apparues au moment où le régime allait célébrer le rassemblement commémoratif de la mort de Khomeiny. L’image est forte. Le rassemblement qui a eu lieu hier a donné lieu à la mobilisation de moins de 5000 personnes dans tout l’Iran.

Les médias français ou encore américains n’ont parlé ni de cette moquerie silencieuse du peuple, ni de la disparition de la couleur verte, encore moins de l’apparition des couleurs patriotiques ou du portrait de Reza Pahlavi. Au lieu de ça, les Européens parlent de l’appel à la mobilisation des 8 partis iraniens d’opposition dont les dirigeants sont aux commandes de ce régime. Les Américains qui cherchent une alliance stratégique avec les mollahs et ne peuvent supporter la fin du régime islamique sont de la partie pour sauver le régime en sachant qu’ils pourraient le soumettre par la suite avec leurs sanctions. Ainsi le régime tente de mobiliser les Iraniens d’une manière frauduleuse et à l’extérieur ses amis Occidentaux sont à l’œuvre pour peindre en Vert cette mobilisation. On trouve donc des agents iraniens de promotion du Mouvement Vert comme Satrapi, Ebadi, Ghobadi et ses acteurs (les planqués du 15 au 25 juin) aux côtés de BHL, agent de promotion de la liberté à l’américaine qui est aussi le directeur du comité d’éthique d’ARTE ! Pince-moi je cauchemarde !

Dans ce contexte de faux-semblants, on comprend la joie affichée par le régime des mollahs qui annonce triomphalement que France 24 – la chaîne ouvertement pro-Vert – est en train de recruter des journalistes iraniens pour le lancement d’une version iranienne de cette chaîne (pour qui ?) à la date anniversaire du mouvement Vert !

Dire que ce pays a été un jour dirigé par le général De Gaulle vénéré en Iran ! On s’égare. On croit revivre le trémoussement des Français devant Khomeiny, un autre choix de l’Amérique qui leur avait promis de préserver leurs contrats après la chute du Chah. Au final, les Français avaient tout perdu car les pions islamistes de Washington ont par hasard décidé d’annuler tous les contrats européens. Cette fois aussi on parle d’un régime de transition du côté de Washington. La France perdra tous ses contrats comme en 1979. Il serait utile que les autorités françaises se réveillent. Un peu de réalisme, messieurs ! Oubliez le Mouvement Ver ! Le régime lui-même qui est très réaliste regarde vers Reza Pahlavi car le peuple regarde dans sa direction.

Voir enfin:

Iran: Des sanctions bonnes pour la poubelle!
Iran-Resist
10.06.10

Pour la quatrième fois depuis juillet 2006, le Conseil de Sécurité de l’ONU a adopté une nouvelle résolution dotée de nouvelles sanctions contre les mollahs avant que les Français et l’UE les appellent à reprendre le dialogue. Téhéran a annoncé qu’il continuerait à enrichir l’uranium et Ahmadinejad a dit que cette résolution était « bonne pour la poubelle ». Il a raison car la résolution 1929 ne contient rien qui puisse faire reculer le régime des mollahs.

Dans un mois, cela fera 4 ans que le Conseil de Sécurité adopte des sanctions contre l’Iran. 4 ans que les 5 Etats les plus puissants du monde adoptent des résolutions dotées de sanctions contre les mollahs et enfin, 4 ans qui n’ont pas permis d’avancer car non seulement Téhéran n’a pas reculé, il a même au contraire renforcé ses activités nucléaires. Cet échec de 4 ans est dû au fait que les Etats en question sont des partenaires privilégiés des mollahs pétroliers ou espèrent le devenir comme les Etats-Unis. De fait, aucun ne va adopter des sanctions de nature à mettre en péril le régime dont il a besoin : les sanctions efficaces sont en conséquence évitées et les résolutions sont bonnes pour la poubelle comme a si bien dit Ahmadinejad.

En quoi ces sanctions sont-elles inefficaces ? Tout d’abord, elles épargnent depuis 4 ans les banques d’affaires iraniennes. La dernière résolution « d’inspiration américaine, selon l’AFP » évoque enfin une banque d’affaires iranienne, la FIRST EAST EXPORT BANK installée dans la zone franche malaisienne, mais il s’agit d’une banque qui a perdu de son efficacité car elle est sanctionnée par les Américains depuis novembre 2009.

Autre problème, ces sanctions visent des organismes opaques d’un régime opaque qui peut à tout moment changer les noms des organismes visés ou créer des sociétés écrans pour opérer à leur place (cette dernière résolution a d’ailleurs repéré 3 organismes de ce genre). Les organismes visés sont par ailleurs des entreprises de transformation de métaux impossibles à sanctionner car elles n’ont aucun lien avec l’étranger. Ces sanctions sont également inefficaces car elles visent les directeurs de ces organismes, personnages interchangeables dont ils existent aucune photo. La présente résolution a par exemple rallongé la liste des entités visées en y ajoutant un homme et 18 nouveaux organismes avec des noms génériques comme « Groupe des industries spéciales » qui n’ont même pas une adresse précise !

Les sanctions onusiennes des 4 dernières années sont également inefficaces car elles interdisent la vente à l’Iran de différents types d’armes que l’Iran n’achète plus depuis 1991 puisqu’il a acheté les licences pour les produire sur son territoire. Dans ce domaine, la dernière résolution affirme avoir ajouté les chars de combats à sa liste alors que cette arme figurait déjà sur la liste de la résolution 1747 du mars 2007. Il y a donc non seulement de l’inefficacité, mais aussi des mensonges pour ne pas alourdir les sanctions existantes.

Un exemple formidable du recours au mensonge pour ne pas alourdir les mesures déjà adoptées est l’annonce dans la présente résolution d’un renforcement de la fouille des navires iraniens par une autorisation d’inspections en haute mer. Il est bon de préciser que ces inspections doivent avoir lieu en conformité avec le Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), c’est-à-dire avec l’accord de l’État du pavillon du navire (pays d’immatriculation du navire) qui peut être l’Iran ou l’un de ses partenaires. La mesure phare est donc vide de sens et trompeuse. Sachant qu’elle ne sera suivie d’aucun effet sur l’Iran, pour justifier par avance son inefficacité, les Américains et les Français ont fait publier un même article dans le New York Times et le Monde au sujet des changements de pavillons et de noms des navires pour échapper aux inspections [1]. On avait eu droit à ce genre d’article pour dénigrer l’embargo sur l’essence qui est la seule sanction capable de faire reculer les mollahs.

La malhonnêteté de l’approche réside dans le fait que les 5 grandes puissances, notamment les Européens, qui se disent concernés par les transports maritimes iraniens, s’intéressent aux navires mais pas à leurs contenus qui sont stockés à profusion sur les quais de leur pays comme nous l’avons signalé hier. Au lieu de fouiller ce qui est à leur portée, ils se plaignent de la difficulté de fouiller en haute mer !

Le fait est qu’il n’existe aucune volonté de nuire aux mollahs : les Européens, les Chinois et les Russes apprécient ce régime pour son opposition à l’hégémonie américaine et les Etats-Unis, loin d’être rancuniers, cherchent à s’allier à ce régime pour inverser la tendance et écraser les Européens, les Chinois et les Russes. Les mollahs sont des alliés utiles pour chacun des 5. Chacun tient à les harceler un peu, sans aller trop loin : les Américains pour les forcer à changer d’alliance, les autres pour empêcher cette catastrophe (pour leurs intérêts pétroliers). Tant que l’une des parties ne renoncera pas à cette approche, l’on aura droit à des résolutions et à des sanctions bonnes pour la poubelle.

One Response to Iran: Anniversaire, piège à cons! (The day the revolution died and the US president stood aside)

  1. […] Il n’y a aucune garantie qu’un clair soutien américain aurait modifié l’issue de la lutte entre l’autocratie et la liberté en Iran. Mais il n’en restera pas moins dans la grande geste de la liberté qu’au moment où la Perse s’est soulevée à l’été 2009, le responsable de la puissance américaine s’est dérobé et qu’un président si fier de son éloquence n’a même pas réussi à trouver les mots pour faire savoir aux forces de la liberté qu’il avait compris les sources de leur révolte.Fouad Ajami […]

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