DOMTOM: Le spectre de mai 67 (Reaping what was sown on the old plantation)

Guadeloupe's 1967 riotsManifestement, on veut impliquer l’UPLG dans des actions terroristes et la faire passer pour une organisation terroriste, a-t-il déclaré. Nous serons amenés, dans ces conditions, à déclencher une série d’actions et une mobilisation de masse pour obliger le gouvernement de libérer Marie-Georges Michel sans condition. Cela pourra aller beaucoup plus loin que les barrages », a conclu M. Makouke, en faisant allusion aux journées d’émeute de juillet 1985. Le Monde du 06.02.87
Si quelqu’un blesse un membre du LKP ou un manifestant guadeloupéen, je ne réponds plus de rien. Elie Domota (porte-parole du LKP, directeur général adjoint de l’ANPE et secrétaire général de l’UGTG, premier syndicat de l’archipel, VO)
Ici, tout le monde est armé. La Guadeloupe a un taux d’homicides quatre fois plus élevé qu’une autre région française avec sa taille de population. Jean-Michel Prêtre (procureur local)
Il faut quand même voir que cette crise s’installe dans une situation sociale de familles antillaises dont le taux de monoparentalité est de 30 à 40% [contre 12% dans l’Hexagone]. Serge Romana (généticien)
Il est choquant de voir une force de police près de 100 pour cent blanche, face à une population noire. La jeunesse de Guadeloupe, c’est la jeunesse des banlieues. Il n’y a pas de constructions en béton, il y a des palmiers, mais c’est la même impasse, le même sentiment de pas d’avenir pour les jeunes, avec le chômage et le sentiment d’isolement. Malikh Boutih (leader de l’opposition socialiste)
Voitures incendiées, magasins pillés, rues désertes, routes barrées, barricades enflammées, touristes terrorisés, homicide …
.
A l’heure où les DOMTOM commencent à récolter, dans la violence, les fruits de décennies du clientélisme et de l’assistanat (20% de foyers fiscaux!) dont le délinquant multi-récidiviste qui a pendant 10 ans squatté l’Elysée s’était fait une spécialité …

Pendant que les uns soufflent sur les braises (les trotskos à la Besancenot ou Mélanchon ou même au PS toujours en quête, après Gaza, de leurs damnés de la terre) et d’autres, du côté des bonnes âmes, prônent la continuation de l’apaisement à tout prix et la culture de l’excuse

Laissant, dans les deux cas, la rue aux plus jeunes qui, manipulés par les enragés locaux, nous rejouent les scènes de guérilla urbaines apprises, depuis novembre 2005, sur les écrans de nos télés …

Retour (avec le notoirement très militant et donc nécessairement peu fiable site Bakchich) sur les tristement fameuses émeutes de mai 67 que tout le monde garde à l’esprit, certains comme menace à éviter, d’autres, les faits étant toujours plus de 40 ans après sujets à controverse, comme arme supplémentaire de chantage.

Qui avaient d’ailleurs probablement déjà servi de modèle à celles de juillet 1985 après l’évasion de quatre terroristes indépendantistes et la condamnation d’un militant indépendantiste qui avait blessé à coup de sabre un enseignant « métropolitain » qui avait donné un coup de pied à un lycéen guadeloupéen …

La Guadeloupe n’a pas oublié les événements de mai 67
Flash Back
Jean-Moïse Braitberg
Bakchich
17 février 2009

La crise qui secoue les Antilles ravive des plaies toujours pas cicatrisées. En mai 1967, 80 à 200 manifestants furent tués par la police française dans les rues de Pointe-à-Pitre. Souvenirs, souvenirs.

De 80 à 200 morts dans les rues de Pointe-à-Pitre. La Guadeloupe n’a pas oublié les événements de mai 67. L’une des revendications actuelles des grévistes de Guadeloupe est de demander une commission d’enquête indépendante sur les événements des 26 et 27 mai 1967 au cours desquels, en plein pouvoir gaulliste, de 80 à 200 manifestants furent tués par la police française dans les rues de Pointe-à-Pître. « Les gens ont encore peur quarante ans après. Ils voudraient être sûr qu’ils ne risquent rien à témoigner » explique le Dr Michel Numa, 76 ans, ancien militant indépendantiste qui était en prison à Paris au moment du massacre.

Tout avait débuté deux mois plus tôt. Le 20 mars 1967, à Basse-Terre, préfecture de l’île, un riche marchand « blanc pays », lance son chien sur un artisan noir. Révolté par cet acte digne de l’apartheid, le peuple de Basse-Terre laisse libre cours à la colère accumulée depuis longtemps. Durant trois jours, les 20, 21 et 22 mars 1967, Basse-Terre est en émeute. Dans un appel au calme, le préfet déclare comprendre la colère populaire et jure que cet acte raciste sera puni. Mais contrairement aux promesses, les émeutiers seront condamnés à de fortes peines de prison. Fin du 1er acte.

« Quand les nègres auront faim, ils reprendront leur travail »

Deux mois plus tard, à Pointe à Pitre, le 26 mai 1967, jour de commémoration de l’abolition de l’esclavage, 5000 ouvriers du bâtiment sont en grève pour une augmentation de salaire de 2%. Le délégué patronal, un certain Brizard aurait lancé aux grévistes : « Quand les nègres auront faim, ils reprendront leur travail ». Une manifestation s’organise. Face aux CRS rassemblés devant la chambre de commerce, les manifestants lancent des pierres et des bouteilles. La police tire immédiatement tuant Jacques Nestor, Militant du Groupe d’Organisation Nationale de la Guadeloupe (GONG). Selon Michel Numa, les ordres du préfet Bolotte, captés sur la fréquence de la préfecture disent aux officiers CRS : « Faites usage de toutes vos armes ».

Les deux jeunes ouvriers Taret et Tidas sont tués ainsi qu’un promeneur. La population et notamment les jeunes du lycée Baimbridge, révoltée, afflue le lendemain vers le centre de Pointe-à-Pitre. Des véhicules sont brûlés, les boutiques de la rue Frébault, principale rue commerçante de Pointe-à-pitre, sont incendiées et pillées. Plusieurs policiers sont blessés à coup de pierres et de sabre. Le bruit court qu’une armurerie a été dévalisée. Le préfet désarme les policiers noirs et fait appel à des gendarmes mobiles de Martinique et de France. Sous la direction du commissaire de police Canales et du capitaine CRS Rupin, policiers et « képis rouges » se livrent à la « chasse au nègre ». Arrêtés au hasard, des personnes sont exécutées dans les locaux de la gendarmerie de Morne Niquel. Des dizaines de personnes sont blessées, dont certaines mutilées à vie comme Solange Coudrieux. « On enjambait les cadavres dans la sous-préfecture », assure un témoin qui craint encore de donner son nom.

Le bilan de ces deux journées de répression n’est toujours pas connu car de nombreuses familles ont inhumé secrètement leurs défunts et caché leurs blessés de peur des représailles. La presse de métropole a parlé de « sept morts et certainement plus ». Le nombre exact s’approcherait vraisemblablement de 85 victimes. C’est le chiffre reconnu voici une vingtaine d’années par l’ancien ministre socialiste des DOM-TOM Georges Lemoine. Chez les Guadeloupéens on parle de 200 morts.

Vers une commission d’enquête ?

Le gouvernement français profita des événements pour liquider le mouvement nationaliste guadeloupéen incarné alors par le G.O.N.G. et l’Association générale des Etudiants guadeloupéens (A.G.E.G). De nombreux militants furent arrêtés. Certains, pris en flagrant délit, furent condamnés à de lourdes peines de prison ferme. Vingt-cinq autres, accusés d’avoir participé aux manifestations, furent incarcérés à Basse-Terre et seront jugés en avril 68. Enfin, Vingt-cinq militants Guadeloupéens, dont Michel Numa furent enfermés à la prison de la Santé, accusés d’atteinte à l’intégrité du territoire.

Pour les Guadeloupéens, le travail de mémoire n’a pas été fait. Chaque année, les 26 et 27 mai, les militants qui se souviennent se rendent à la préfecture pour demander la création d’une commission d’enquête, pendant que les élus guadeloupéens observent un silence remarqué. Il est vrai qu’à l’époque, ils avaient signé un texte rendant les manifestants responsables du massacre.

Il a fallu trente ans pour que l’on reconnaisse le massacre des Algériens jetés à la Seine par la police de Maurice Papon le 17 octobre 1961. Le préfet Bolotte, comme par un fait du sort, est mort le 27 mai 2008. Combien de temps faudra-t-il encore pour que justice soit rendue, même symboliquement aux victimes noires des événements de mai 67 ?

http://www.atout-guadeloupe.com/Emeutes-du-25-26-27-mai-1967-en-Guadeloupe_a776.html

Emeutes du 25-26-27 mai 1967 en Guadeloupe
Une page blanche de l’histoire Guadeloupéenne tente d’être écrit par son peuple

1997, la Guadeloupe se rappelle de ce qui s’est passé 30 ans plus tôt dans ses rues et dans son coeur.
2007, 40 ans aprés les faits, la mémoire se ravive, les historiens sont médiatisés, le voile se lève petit à petit sur ce qui serra un

mai 2007

C’est avec la manifestation du 1er mai dernier que s’est ouvert un mois de commémoration des évènements qui se sont déroulés en amont et tout au long du mois de mai 1967 en Guadeloupe. Les neuf organisations syndicales alors réunies à Capesterre Belle-Eau (sud Basse-Terre) demandent, 40 ans après, « la vérité sur le massacre de mai 1967 ». Une série de débats et de réflexions est par ailleurs prévue tout au long de ce mois de mai 2007.

Plus que la fête du travail, le 1er mai dernier lançait un mois de commémoration des évènements qui se produit en mai 67 en Guadeloupe. L’UGTG, l’union générale des travailleurs guadeloupéens, soutenue par la CGTG, FO et cinq autres organisations syndicales, décidait, de demander la vérité sur les évènements de Pointe-à-Pitre. Tandis que quelques semaines auparavant, le mouvement culturel Voukoum, plus connu pour son activité carnavalesque organisait un moment de réflexion sur les évènements de Basse-Terre. An tout sòs concept a proposé, samedi 5 mai, Mé, mwa pou sav’ – Mémwa pou sav’ (Mai, mois pour savoir, Mémoire pour savoir ). Une soirée en hommage aux évènements « qui marquèrent cette période de notre histoire il y a tout juste 40 ans ». La jeunesse locale en quête de son histoire ? « «Mé, mwa pou sav’, Mémwa pou sav’» est un concept visant à promouvoir et à diffuser l’histoire de la Caraïbe à travers la création de supports et la mise en place de manifestations à destination du grand public. Mé mwa pou sav’, Mémwa pou sav’ 2007 sera l’occasion d’ouvrir une page de notre histoire avec les rencontres Lékòl òbò kaz fondées sur le principe de l’université de la rue, l’institution du savoir populaire: «La cour (Lakou)» » expliquent les organisatrices, Kareen Fleming et Myriam Badia.

Retour se les évenements de mai 1967
En mai 67, en Guadeloupe, les revendications syndicales se sont mêlées aux revendications politiques pour entraîner une série d’évènements souvent sanglants.

Quelques années après l’indépendance de l’Algérie (1962), un peu plus de dix ans après l’indépendances des anciennes colonies françaises d’Afrique noires ( fin des années cinquante-début des années 60) , une vingtaine d’années après la départementalisation de la Guadeloupe jusque là colonie française, plusieurs années avant la fin des guerre de décolonisations de l’Afrique noire portugaise ( Mozambique, Angola) et en pleine mouvance indépendantiste, les ouvriers guadeloupéens demandent une augmentation salariale de 2,5%.
Les négociations échouent et débouchent sur un mouvement de révolte qui entraîne les mêmes devant les portes de la chambre du commerce et de l’industrie de Pointe-à-Pitre les 26 et 27 mai.
Les forces de l’ordre appelées sur les lieux tirent. L’une des premières victimes fut Jacques Nestor, militant du GONG (groupement d’organisations nationalistes de la Guadeloupe), très populaire à Pointe-à-Pitre. Rapidement, les affrontements s’étendent à toute la ville. Les jours qui suivirent donnent lieu à une vague d’arrestations, notamment parmi les militants du GONG qui sont emprisonnés, inculpés, et envoyés en métropole pour atteinte à l’intégrité du territoire national.

Le nombres de victimes reste, jusqu’à nos jours, sujet à caution. On parle en effet dans les jours qui suivent de cinq morts. En 1985, suite aux nombreuses interpellations du gouvernement, les chiffres officiels font état de 87 morts. Le 1er mai de la même année, plusieurs jeunes et travailleurs venus manifester à Capesterre Belle-Eau sont interpellés.

Le 22 mars, une émeute raciale éclatait dans les rues de Basse-Terre. Le procès qui s’ensuivit, du 19 février au 1er mars 1968, mettant en accusation dix-huit personnes. Un ouvrage intitulé « Le procès des Guadeloupéens » paru en 2003, retranscrit l’ensemble de l’affaire.

Les guadeloupéens n’ont pas accés aux documents de l’époque classés secret défense pendant encore 10 ans (1967-2017), pourquoi ?
Parce que des politiciens qui ont permit ce massacre sont encore vivants ! (rechercher par exemple dans les conseillers du gouvernement français de l’époque, un guadeloupéen connu apparaitra, entre autre ! )

On ne connait pas le nombre de morts de cette émeutes, pourquoi ?
Parce qu’il s’agissait d’un massacre, un carton de légionnaires furieux de ne pas prendre l’avion à 18 heures puisque réquisitionnés à 17 h 00 aprés l’annonce de la mort de Nestor. Parce que, comme en algérie, la politique a protégé ce massacre !

Refusons l’oubli, écrivons sur cette période ce que nous savons, les vérités historiques doivent être sus non pour renforcer une révolte trans-atlantique pour pour faire un travail de mémoire, casser la machine de l’oubli en place en Guadeloupe et en Métropole et pour se souvenir des morts.

Voir aussi:

La Guadeloupe sur un volcan
Pierre-Yves Lautrou, avec Hervé Pédurand (à Pointe-à-Pitre)
le 18/02/2009

La crise que traverse l’archipel se teinte de violence. Aux inégalités s’ajoute le malaise hérité d’une histoire, celle de l’esclavage, et d’un rapport de dépendance avec la métropole.

Les nuits tropicales sont toujours douces. Même en Guadeloupe, après un mois de grève générale. Mais celle-ci s’annonce plus chaude que les autres. Ce lundi 16 février au soir, après une journée marquée par quelques escarmouches et l’arrestation de plusieurs militants -relâchés dans l’après-midi- du Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP), le « collectif contre l’exploitation outrancière » de 49 organisations qui mène le mouvement, les rues de Pointe-à-Pitre et des environs se couvrent de dizaines de barrages, auxquels de jeunes casseurs mettent le feu. Plusieurs voitures et camionnettes subissent le même sort. Impossible de sortir de Gosier, où les gendarmes mobiles, lourdement équipés, tentent de dégager le passage. A Carénage, le hangar de Captain Nautic brûle dans la nuit, et les bateaux qui y étaient stockés, avec… Après cinq semaines de grève relativement paisible, la Guadeloupe semble reprise par ses vieux démons.

Trois jours plus tôt, l’ambiance était bien différente au Moule, une petite ville de 18 000 habitants, au nord-est de la Guadeloupe. Ce jour-là, le LKP célèbre le souvenir des quatre victimes du 14 février 1952, où une manifestation avait été sévèrement réprimée. Plusieurs milliers de personnes défilent en famille, dans une ambiance festive. Le soir venu, dans la douceur d’un alizé finissant, au pied de la scène du meeting où se succèdent les leaders du LKP, un vieil homme enchaîne les interviews. Assis sur un petit banc de pierre, ses deux béquilles posées contre lui, Solange Coudrieux, 72 ans, raconte son histoire en boucle aux journalistes.

Celle d’un jeune prof de gym promis à l’Insep, qui, un jour de la fin mai 1967, alors qu’il manifeste à Pointe-à-Pitre, est fauché par une balle. « Dans la jambe droite, comme plusieurs autres victimes, explique-t-il, le visage éclairé dans la nuit par les projecteurs des caméras. Celle qu’on coupait aux esclaves qui avaient cherché à s’échapper. » Ce jour-là, la police avait reçu l’ordre de tirer. On relèvera, selon les organisateurs, 85 victimes. Quarante ans après, Solange est apaisé. A ceux qui viennent respectueusement le saluer, le vieil homme répète: « J’ai le coeur arraché. » Et l’on comprend qu’il évoque son émotion de voir la Guadeloupe vivre des événements que tous, du syndicaliste du LKP au fonctionnaire haut placé venu de métropole, qualifient « d’historiques ».

Depuis le 20 janvier, donc, la Guadeloupe vit au ralenti. Dans les rues désertes et défoncées de Pointe-à-Pitre, les ordures et les restes calcinés des barrages s’accumulent. Au Gosier, les rares hôtels encore ouverts accueillent les derniers touristes que les agences de voyages n’ont pas découragés. Ceux qui ont réussi à franchir les obstacles jetés sur la chaussée pour venir à l’aéroport et logent au luxueux Creole Beach se rendent à peine compte que des gendarmes mobiles envoyés en renfort de l’Hexagone dînent discrètement dans une salle à l’écart.

A de rares exceptions près, grandes surfaces et boutiques gardent leurs rideaux baissés; écoles et université n’accueillent plus d’élèves depuis un mois. Chaque jour, ou presque, le LKP organise des « déboulés », durant lesquels les manifestants réclament, dans une ambiance festive, les désormais fameux 200 euros d’augmentation pour les bas salaires, dernière des 132 revendications du collectif encore insatisfaite.

Mais, dans cet archipel à la tradition rebelle, où le dialogue social s’est longtemps résumé à la castagne, ce mouvement-là va bien plus loin que d’habitude. « Ça n’est pas qu’un simple conflit opposant salariés et patron, précise Vincent Tacita, jeune entrepreneur insulaire à la tête d’une société de sondages. C’est une révolution sociétale. » Voilà, c’est dit: la Guadeloupe vit une crise d’identité profonde, où, dans une sorte de catharsis générale, tout est mis sur la table.

A commencer par les frustrations du présent. Les inégalités d’une société à deux vitesses, qui compte 23% de chômeurs et 30 000 RMIstes (pour 460 000 habitants), cohabitant avec des fonctionnaires payés 40% de plus qu’en métropole. Un équilibre fragile, jusqu’ici sauvé par le travail au noir, qui permettait aux « jobeurs » de survivre au jour le jour. « Mais le secteur du BTP, principal pourvoyeur de l’économie informelle, a commencé à souffrir dès l’été dernier », analyse un expert économique local. Ajoutez-y un regain de l’inflation, qui touche surtout le carburant et les produits de première nécessité, et l’exaspération des plus pauvres est arrivée à son paroxysme cet hiver.

Les « métros » trustent les postes de cadres

Une exaspération qui vise, au premier chef, les « profiteurs », identifiés aux descendants des colons blancs des Antilles -békés martiniquais, qui contrôlent une partie de l’économie de l’île, ou « blancs-pays » guadeloupéens, un peu moins influents -mais aussi l’Etat français, incapable d’assurer la concurrence et le contrôle des prix dans ce marché clos, dépendant des importations de la métropole.

Martinique, même combat?

Depuis le 5 février, les Martiniquais -un peu piqués au vif par le coup d’éclat des voisins de l’île soeur- se sont lancés à leur tour dans la grève générale. Comme à la Guadeloupe, la popularité du mouvement a surpris. Les revendications sont identiques -voire plus radicales. Et l’île tourne au ralenti. Pourtant, les similitudes s’arrêtent là: le collectif qui mène la grève se révèle beaucoup moins organisé et uni que le LKP. Surtout, l’arrière-plan historique est différent: alors qu’à la Guadeloupe nombre de colons blancs ont été guillotinés à la Révolution, ceux de Martinique, à l’époque sous domination anglaise, ont échappé à cette fin et sont parvenus à conserver leurs propriétés. On retrouve aujourd’hui ces békés -brutalement apparus dans la lumière à l’occasion du documentaire choc, Les Derniers Maîtres de la Martinique, que leur a consacré Canal + -à la tête des plus vastes exploitations agricoles, des groupes agroalimentaires, dans la grande distribution, la concession automobile ou encore le tourisme. Une puissance qui leur a permis de largement s’implanter à la Guadeloupe.

Blancs contre Noirs: même au sein de la bourgeoisie intellectuelle noire ou métisse, on vous raconte l’éternelle histoire du neveu ou du cousin parti conquérir un bac +5 en métropole et qui, revenu au pays, doit se contenter de petits boulots, parce que les « métros » trustent les postes de cadres. « A diplômes et compétences égales, nous ne sommes jamais recrutés, affirme Mélina Seymour Gradel, 26 ans, présentatrice sur la chaîne de télévision locale A1, étudiante et présidente de l’association Initiatives Jeunes. Nous ne pouvons même pas intégrer nos propres entreprises! »

Fin janvier, le premier round de négociations a donné lieu à une éclatante démonstration. Diffusées en direct à la télévision pendant trois jours, les discussions au World Trade Center de Jarry, l’immense zone d’activités aux portes de Pointe-à-Pitre, ont dévoilé un face-à-face révélateur: celui des principaux hauts fonctionnaires de l’île, tous blancs, et d’une délégation du LKP, beaucoup plus colorée. « L’Histoire nous remonte à la figure », admet quelques jours plus tard Yves Jégo, sur Canal+. Le secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer n’aura pas multiplié les allers-retours aux Antilles pour rien: il aura au moins compris qu’à la Guadeloupe le passé a encore du mal à passer.

Cette Histoire qui pèse si lourd, c’est évidemment celle de l’esclavage. Définitivement supprimé en 1848, il est quasi ignoré jusqu’à la célébration des 150 ans de l’abolition, en 1998. « Mais le mot d’ordre était ‘Tous nés en 1848’, rappelle l’historien René Bélénus, directeur du collège de Versailles, à Basse-Terre. Autrement dit: ‘Oublions les deux siècles précédents!' » Ils sont pourtant indispensables pour comprendre les lignes de fracture qui traversent encore la société guadeloupéenne. « L’économie a gardé ses structures héritées du xixe siècle, avec ses défauts et ses injustices », constate ainsi Nelly Schmidt, chercheuse au CNRS et auteure de La France a-t-elle aboli l’esclavage? (Perrin). Qui rappelle, au passage, que notre pays est l’un des rares à ne pas disposer d’une chaire d’enseignement de l’histoire de la Caraïbe et de l’esclavage.

Le passé comme justification du présent: trop facile pour certains Guadeloupéens. « Je refuse qu’on instrumentalise le devoir de mémoire, plaide Christophe Louis, le jeune patron métis de la CGPME, spécialiste de la défiscalisation et membre de l’équipe de négociation patronale. La commémoration devient un prétexte à notre faible développement. » Une position partagée par nombre de socioprofessionnels, désormais très pessimistes. « Quelle entreprise peut résister à un mois de grève? interroge Christian Deumié, restaurateur à Anse-Bertrand. Nous allons nous réveiller comme après un cyclone. » Selon Willy Angèle, patron du Medef local, 1 emploi sur 8 ne devrait pas survivre à cette crise.

Et maintenant? « Personne n’a pris la mesure de ce qui se passe en Guadeloupe », martèle Pierre-Yves Chicot, maître de conférences en droit public à l’université des Antilles et de la Guyane. Et le jeune universitaire de souligner la décrédibilisation des élus, l’impuissance de l’Etat et, durant les premières semaines, le sens politique et l’organisation du LKP, emmené par le très charismatique Elie Domota, à la tête, depuis le printemps, de l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG, indépendantiste), le principal syndicat de l’île, jusqu’ici plus réputé pour ses actions coups de poing que pour sa maîtrise des dossiers. « L’UGTG a su rassembler très largement, analyse Alain Plaisir, secrétaire général de la Centrale des travailleurs unis (CTU) et l’un des 10 porte-parole du LKP. Seule, elle n’aurait pas réussi à mobiliser autant de monde. »

Mais d’autres, comme ce responsable d’un grand établissement public, s’inquiètent de la « stratégie de guérilla » du LKP -dont certains commandos débarquent dans les entreprises et les magasins pour les obliger à fermer- et du « climat préinsurrectionnel ». Et si les chaudes nuits de Pointe-à-Pitre lui donnaient raison? Déjà, de nombreuses familles de cadres métro ont bouclé leurs valises. Cette fois encore, la Guadeloupe semble jouer son avenir sur la corde raide.

One Response to DOMTOM: Le spectre de mai 67 (Reaping what was sown on the old plantation)

  1. […] A l’heure où les DOMTOM commencent à récolter, dans la violence, les fruits de décennies du clientélisme et de l’assistanat (20% de foyers fiscaux!) dont le délinquant multi-récidiviste qui a pendant 10 ans squatté l’Elysée s’était fait une spécialité … […]

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